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Etudes Politiques Cevipof Le Figaro Etudes Politiques Cevipof Le Figaro Document Transcript

  • débats mercredi 24 mars 2010 LE FIGARO 14 étudesPOLITIQUES OPINIONS Figaro-Cevipof 2007-2010 : l’évolution des électorats Analyse du parcours des électeurs de Sarkozy, Royal, Bayrou et Le Pen depuis trois ans. ETUDE Les élections régionales Présidentielle 2007, régionales 2010 : ont été marquées par la volatilité LE PROFIL DES TRANSFUGES ÉLECTORAUX d’un électorat qui, au fil des scrutins le parcours des électeurs… DU SARKOZYSME, DE 2007 À 2010 fait de l’abstention un acte civique. SUR 100 ÉLECTEURS AU 1ER TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE 2007 LES MOUVEMENTS DES ÉLECTEURS en % De l’UMP De l’UMP De l’UMP Ensemble « Depuis trois ans, date du premier tour au PS au FN à l’abst. électeurs 5% 5% Présidentielle Régionales sexe de l’élection présidentielle, plus en % 1er tour (2007) 1er tour (2010) Évolution de 6,3 millions d’électeurs manquent Hommes 64 73 42 48 Abstentionnistes 16,23 53,67 + 37,44 à l’appel », souligne Pascal Perrineau Femmes 36 27 58 52 UMP-NC 25,74 11,61 -14,13 qui analyse la fonte et la recomposition VOT AU 2e TOUR VOTE des socles électoraux de Nicolas 49% DES RÉGIONALES, 41% MoDem 15,33 1,87 -13,46 Age Sarkozy, Ségolène Royal, François EN % FN 8,62 5,09 - 3,53 18-24 ans 17 3 10 10 Bayrou et Jean-Marie Le Pen. Pour PS 21,36 13,00 - 8,36 25-34 ans 17 24 22 16 le directeur du Cevipof, la dernière Europe Éco. 2,28 5,43 + 3,15 consultation a agi comme « une 35-49 ans 25 23 31 25 centrifugeuse » sur les électorats … de Nicolas Sakozy Présidentielle Régionales des quatre candidats arrivés en tête en % 2e tour (2007) 2e tour (2010) Évolution 50-59 ans 18 5 10 13 Listes du de l'UMP Listes de gauche e du scrutin de 2007 dessinant quelques A Abstentionnistes 16,03 48,78 + 32,75 60 ans et plus 23 45 27 36 lignes de recomposition politique. Listes du MoDem U UMP-NC 42,68 17,29 -25,39 Le « zapping des urnes » a Listes du FN C.S.P. interviewée F FN — 4,48 — principalement affecté l’électorat Artisans, commerç., chefs d'ent. 5 2 4 6 Abstentions, blancs et nuls P PS 37,75 26,42 - 11,33 de Nicolas Sarkozy : un électeur Cadres, prof. intellect. sup. 8 6 9 9 sur deux au premier tour et 41 % au second, contre 44 % et 33 % pour l’électorat de Ségolène Royal. 26% Prof. intermédiaires 13 9 14 13 Employés 12 13 23 15 En somme, la gauche a moins de 7% réserves électorales que la droite, VOTE AU 2e TOUR V Ouvriers 26 20 10 8 celle-ci étant maintenant mise au défi 65% D RÉGIONALES, 33% DES 3 VOTE AU 1er TOUR de trouver les thèmes pour convaincre EN % 10% DES RÉGIONALES, 51% Retraités 29 51 32 40 1% EN % les sarkozystes silencieux de revenir 2% Source : OpinionWay (1) Statut aux urnes en 2012. 1% Actifs 71 49 63 52 En outre, l’électeur français se révèle un adepte de l’infidélité partisane qui Inactifs 29 51 37 48 touche tous les partis. Cumulée avec … de Ségolène Royal … de François Bayrou «V l’abstention, elle efface du paysage politique régional le MoDem. L’étude d’OpinionWay pour ictoire historique ces questions. Mais l’on peut éclairer les mier, ni au second tour des élections Le Figaro montre ainsi la quasi pour la gauche », itinéraires empruntés depuis trois ans régionales. disparition de « l’électorat de « retour en force par les électeurs afin de prendre la me- Une part non négligeable des élec- l’hypercentre » dont rêvait François du FN », « défaite sure des blocs électoraux à partir des- teurs « sarkozystes » a pratiqué l’infidé- Bayrou. Épargnant la gauche, en rase campagne quels se construiront les succès et les lité électorale. Au premier tour des ré- l’infidélité partisane a aussi durement pour la majori- défaites électorales de demain. Aujour- gionales, 4 % ont voté pour le FN, 4 % frappé l’électorat de la majorité. té ». Pour juger de la pertinence de ces d’hui, personne ne peut pavoiser : le PS pour une liste d’Europe Écologie, 3 % Autant dire que la présidentielle interprétations des élections régionales, a rassemblé 13 % des électeurs inscrits pour une liste du PS. Au second tour, de 2012 se place déjà dans l’ardente il faut revenir en détail sur la séquence au premier tour, l’UMP 11,6 % le FN 5 % ont choisi la gauche, 5 % le FN. Les obligation de la reconquête. 2007-2010 et prendre l’exacte mesure 5,1 %, le Front de gauche 2,6 %, le transfuges vers la gauche sont davantage JOSSELINE ABONNEAU des mouvements qui ont redistribué en MoDem 1,9 % et même la force mon- des hommes, des jeunes, des actifs et des profondeur les cartes électorales. Pour tante, Europe Écologie, n’a entraîné que couches populaires que la moyenne de cela, il est nécessaire de partir d’une 5,4 %. Les gauches ont capté 23,9 % des l’électorat sarkozyste. Les transfuges analyse des évolutions en nombre de électeurs inscrits, les droites 17,7 %, les vers le FN sont massivement des hom- voix de 2007 à 2010 pour ensuite, à l’aide PAR PASCAL autres forces (dont le MoDem) 3 %. Au mes, des personnes de 60 ans et plus et d’un sondage OpinionWay (1) saisir le PERRINEAU second tour régional, les gauches ont des couches populaires. Cette sociologie « profil des flux d’électeurs qui ont changé directeur du Cevipof capté 26,4 % des inscrits, les droites dessine les contours des populations RÉGIONALES 2010 d’orientation électorale au cours de la 21,77 % (17,29 % pour la droite parle- électorales qui sont entrées en disgrâce VOIX RECUEILLIES période. mentaire, 4,48 % pour le FN). On est avec le sarkozysme. L’infidélité électo- AU PREMIER TOUR La seule gagnante D’abord, quelques chiffres simples loin des niveaux avec lesquels on gagne rale, même si elle est présente au sein de PAR LES LISTES EN POURCENTAGE pour cerner l’ampleur des mouvements de cette extraordinaire un second tour d’élection présidentielle l’électorat de « royaliste », est nette- DES INSCRITS de l’électorat. Au premier tour de redistribution (pour la droite : 39,4 % d’inscrits pour ment moins forte à gauche : 3 % seule- 13 % l’élection présidentielle de 2007, Nicolas est l’abstention, qui a Jacques Chirac en 1995, 42,7 % pour ment de cet électorat a choisi d’autres Sarkozy rassemblait 11 448 663 élec- Sarkozy en 2007 ; pour la gauche : listes que celles de la gauche au premier teurs. Trois ans plus tard, au premier progressé du second 40,2 % pour Mitterrand en 1981 et tour des régionales, 2 % seulement au pour le PS tour des élections régionales, les listes tour de 2007 à celui 43,8 % en 1988. second tour. En revanche, l’infidélité est de l’UMP associées au Nouveau Centre de 2010 de plus Le seul vainqueur « toutes catégo- devenue une norme dans l’électorat de et quelques autres alliés en attirent seu- ries » est le camp de l’abstention avec François Bayrou : 7 % seulement de ce- 11,6 % » lement 5 066 942. Plus de 6,3 millions de 14 millions 53,64 % des inscrits auquel on peut lui-ci a choisi une liste MoDem au pre- d’électeurs manquent à l’appel. On d’électeurs ajouter les électeurs qui ont choisi le mier tour des régionales, 12 % sont allés pourrait avoir l’impression que seul vote blanc ou nul (1,7 %). Au second à droite, 11 % à Europe Écologie et 15 % à pour l’UMP l’électorat du président a connu une tour, ce camp a capté 51,12 % des ins- gauche. Il ne reste alors presque plus telle attrition. Il n’en est rien. La pre- Les déceptions, les inquiétudes, les mé- crits (48,78 % pour l’abstention, 2,34 % rien de l’électorat de « l’hypercentre » 5,1 % mière impression doit être tempérée par fiances, mais aussi les attentes nou- pour les blancs et nuls). Comment en dont rêvait le patron du MoDem. le constat d’une érosion très forte des velles, les espoirs, les appréciations est-on arrivé là, quand il y a à peine L’abstention et l’infidélité ont touché électeurs de François Bayrou, de ceux d’autres lieux politiques (l’Europe en trois ans, on se réjouissait du retour des tous les électorats mais à des degrés di- pour le FN de Jean-Marie Le Pen et même de ceux 2009, la région en 2010) que le lieu na- Français aux urnes (16,23 % d’absten- vers. Le MoDem de Bayrou a été le plus de Ségolène Royal : au cours des mêmes tional ont engendré des déplacements tionnistes au premier tour et seulement atteint par ces deux processus, ce qui a 1,9 % trois années, François Bayrou a perdu profonds des lignes du partage électoral. 16,03 % au second tour de la présiden- entraîné sa quasi-disparition du pay- « plus de 6 millions d’électeurs, Jean- Ces vastes mouvements d’électeurs ont tielle) ? sage politique des régionales. Nicolas Marie Le Pen plus de 1,6 million et Ségo- profité essentiellement à deux forces : pour le MoDem lène Royal près de 3,9 millions. celle de l’abstention qui attire plus de L’infidélité est devenue une norme dans l’électorat Cette redistribution électorale ma- 16,2 millions d’électeurs par rapport à de François Bayrou : au premier tour des régionales, jeure est la même si l’on retient les se- l’élection de 2007 et celle de l’écologie conds tours : la gauche rassemblait politique qui agrège plus de 1,3 million 12 % sont allés à droite, 11 % à Europe Écologie VOIX RECUEILLIES » AU SECOND TOUR 16,8 millions d’électeurs au second tour d’électeurs à son socle de 2007. Certains et 15 % à gauche. Il ne reste presque plus rien de l’électorat 26,4% de l’élection présidentielle de 2007, elle ont perdu plus que d’autres mais tous de “l’hypercentre” n’en capte plus qu’environ 11,5 millions ont nourri le développement d’un im- au soir d’un second tour régional victo- mense corps électoral muet de plus de L’enquête OpinionWay apporte des Sarkozy en a beaucoup souffert et voilà pour les gauches rieux, soit presque 5,3 millions de 23 millions d’électeurs (et encore de plus éléments de réponse traçant les lignes la droite régionale réduite à la portion moins. L’électorat sarkozyste de second de 21 millions d’électeurs lors du second des reconquêtes et des fidélisations congrue. L’électorat de « royaliste » a 13 % tour était en 2007 de presque 19 millions, tour des régionales). électorales qui feront la décision de été davantage épargné, permettant à la il est aujourd’hui de 7,5 millions soit une 2012. L’électorat de « sarkozyste » a gauche de sortir victorieuse. perte de 11,5 millions. Même en y rajou- Les lignes des reconquêtes souffert aux régionales d’un très fort Ces infidélités électorales et ces retraits pour les droites tant tout ou partie des presque 2 millions Nombre de ces « silencieux de la politi- mouvement d’abstention (50 % de ce- abstentionnistes peuvent être passagers, d’électeurs frontistes du second tour ré- que » reprendront la parole lors de la lui-ci a boudé le premier tour, 41 % le mais pour que les forces de la droite par- gional, la fonte électorale des droites est prochaine échéance présidentielle de second) alors que l’électorat « roya- lementaire, du MoDem et, dans une très sévère : plus de 9 millions d’élec- 2012. Dans quel sens s’opérera leur re- liste » a été moins touché (44 % au moindre mesure, de la gauche socialiste teurs de droite se sont évaporés. La seule tour à la politique ? Que seront devenus premier tour, 33 % au second). La retrouvent une assise électorale solide, il gagnante de cette extraordinaire redis- ces deux à trois millions d’électeurs droite dispose donc de réserves électo- faut qu’elles parviennent à reconstruire tribution est l’abstention, qui a pro- écologistes qui, depuis juin 2009, rales dans l’abstention supérieures à des loyautés durables, reconquérir les gressé du second tour de 2007 à celui de constituent la troisième famille politi- celles dont bénéficie la gauche. Cet cœurs et faire tomber les retraits bou- 2010 de plus de 14 millions d’électeurs. que française ? Dans quelle mesure les électorat sarkozyste qui campe dans deurs. C’est une tâche difficile, mais pas Page réalisée Ces élections régionales ont agi com- candidats des grands partis reprendront l’abstention a un profil particulier : il impossible dans le temps bref de l’hori- en collaboration me une véritable « centrifugeuse » sur leur emprise électorale sur ceux qui les est davantage féminin, populaire et ac- zon 2012. Le moment présidentiel peut avec le centre les électorats des quatre candidats arri- ont quittés ? Que restera-t-il de cette tif que la moyenne de celui-ci. Encore être celui de ces reconquêtes. I de recherches vés en tête du scrutin de 2007. L’usure pulsion abstentionniste qui a saisi l’im- faut-il que la majorité trouve dans les politiques du pouvoir, la crise économique et fi- mense majorité du corps électoral ? Que mois qui viennent les thèmes qui per- (1) Enquête OpinionWay du 21 mars 2010 sur de Sciences Po nancière, la réapparition d’un mouve- pèsera l’incontestable domination de la mettront le retour de ces abstention- un échantillon de 8 297 personnes représenta- (Cevipof) ment profond de défiance politique, les gauche sur la scène régionale quand nistes vers les urnes et le vote en faveur tives, de 18 ans et plus, inscrites sur liste élec- Centre associé différences majeures d’enjeux d’une tous les feux seront braqués sur la scène de la droite. L’électorat de Bayrou a torale ; méthode des quotas ; critères : sexe, A au CNRS et dirigé élection à l’autre sont les éléments forts nationale et présidentielle ? payé un fort tribut à l’abstention : 51 % âge, CSP, agglomération, région de résidence ; par Pascal Perrineau interrogées en ligne système Cawy. de ce grand remue-ménage électoral. Il est trop tôt pour répondre à toutes de celui-ci ne s’est mobilisé ni au pre-
  • débats mardi 23 février 2010 LE FIGARO 16 étudesPOLITIQUES OPINIONS Figaro-Cevipof L’« écologisme» à l’épreuve des régionales En concurrence avec les socialistes, Europe Écologie peine à s’affirmer comme une force politique autonome. ÉTUDE Dopée par son score à deux chiffres aux élections européennes, Aux européennes Q Qui a voté Europe Écologie en juin 2009… la formation Europe Écologie de 2009… Ensemble E se Ensembl Ense Ensembl Niveau s’est lancée dans le pari risqué l'électorat 16 % d l'élect de l élect Profession du chef de ménage de diplôme de l’autonomie pour les élections Artisan, commerçant, régionales. … régions où... Ho Hommes 15 % chef d'entreprise 16 % Sans diplôme, certificat d'études 7% L’objectif est clair, il a toujours ... les écologistes Cadre, profession Fe Femmes 32 % taraudé la formation écologiste : 17 % intellectuelle devancent les socialistes BEPC, CAP, BEP 10 % en rompant son pacte de coalition Profession 24 % des gauches de 1997, Europe Écologie ... les socialistes 18-24 18-24 ans 18 % intermédiaire Baccalauréat 15 % cherche à soustraire définitivement devancent les écologistes 25-3 ans 25-34 22 % Employé 24 % au Parti socialiste une fraction Enseignement 23 % 35-4 ans 35-49 24 % supérieur de son électorat des classes moyennes, Ouvrier 13 % 50-6 ans 50-64 16 % les cols blancs et cette « bourgeoisie 65 ans et plus 8% Retraité 8% bohème » toujours séduite par les campagnes du charismatique soixante-huitard, Daniel Cohn-Bendit. L’écologisme électoral depuis 1974 * Toutefois, en l’état actuel des études 7,1 % … dont vote au 1er tour de la présidentielle de 2007 d’opinion, les « petits hommes verts » PRÉSIDENTIELLE d’Europe Écologie ne semblent 3,9 % 3,8 % 3,3 % Olivier Besancenot Marie-George Buffet Ségolène Royal Dominique Voynet 1,3 % 1,6 % 87 pas au meilleur de leur forme pour « plumer » la volaille socialiste qui les a toujours traités « en force 1974 1981 1988 1995 2002 2007 20 % 2% 26 % % d’appoint » et en « alliés dominés au sein de la coalition des gauches ». EUROPÉENNES 10,6 % 10,2 % 19,9 % Certes, ils ont cogéré avec la gauche 7,4 % et le Parti socialiste en particulier, 6,7 % 4,4 % 5% les régions. Ils n’en ont tiré jusque-là que peu d’avantage, à l’exception non négligeable pour cette formation François Bayrou politique de postes visibles au sein 1979 1984 1989 1994 1999 2004 2009 Nicolas Sarkozy Jean-Marie Le Pen des exécutifs régionaux. Par ailleurs, RÉGIONALES 14,7 % S *sont compris dans les pourcentages ceux de tous les courants écologistes (par exemple en 20 % 4% 0% ils ont perdu le monopole du dévelop- 8,4 % Abstention, 2009 : Europe Écologie et Alliance écologique pement durable. Cette, thématique indépendante). **en 2004, les Verts sont alliés blanc, nul innerve désormais tous les partis. avec le PS dans 14 régions, ils sont alliés à sans réponse Aujourd’hui, la conjoncture semble 2,4 % ** d'autres mouvements dans 4 et ne se redonner de l’allant au boa socialiste qu’Europe Écologie devra charmer - présentent seuls que dans 6 régions. Une comptabilisation nationale de l'influence de 20 % 1986 1992 1998 2004 l'écologisme n'est donc pas possible. Source : Sondage jour du vote, 7 juin 2009, Sofres A au second tour pour engranger quelques bénéfices de ses performances électorales en dents de scie. Ce n’est pas près la brillante percée présider aux destinées des régions. Un préoccupations sociales (chômage, là, la voie royale pour jouer les premiers électorale effectuée par PS lesté de sa légitimité de parti de emploi, financement des retraites) sont rôles ni la meilleure assurance Europe Écologie lors des pouvoir local, auquel bien souvent les en très forte hausse, les enjeux relatifs à pour s’enraciner durablement dans élections européennes écologistes ont été associés depuis l’environnement et à la pollution sont le paysage politique. I de juin 2009 (16,3 %, à 2004, reprend alors l’avantage. Autant, en baisse. Enfin, l’institution régionale JOSSELINE ABONNEAU 0,2 point derrière les sur la scène des européennes, les éco- bénéficie d’une cote de confiance bien socialistes), les élections régionales de logistes, sous la houlette de Daniel Co- supérieure à celle de l’Europe. En dé- mars 2010 vont être une épreuve de hn-Bendit, ont su incarner une euro- cembre 2009 (baromètre de confiance vérité. philie de bon aloi face à un PS ambigu politique Sofres-Cevipof-Edelman- Jusqu’à maintenant l’écologisme est et essoufflé, autant la scène des régio- Institut PMF), 64 % des sondés décla- resté une force marginale ou une force nales ne leur donne pas la même visibi- rent avoir confiance dans le conseil ré- d’appoint. Force marginale, depuis son lité et le même parfum de renouveau. gional, l’Union européenne n’attire la apparition sur la scène électorale au Le PS creuse ainsi l’écart avec les éco- confiance que de 44 %. milieu des années 1970, marginalité logistes, particulièrement chez les plus entrecoupée de poussées de fièvre PAR PASCAL de 50 ans, les cadres supérieurs et les Changement éphémères : 10,6 % aux élections euro- PERRINEAU cadres moyens. de la structure de classe « directeur du Cevipof péennes de 1989, presque 15 % pour Dans la concurrence que se livrent, L’écologie comme force politique a été des listes concurrentes aux régionales depuis de longues années, écologistes portée par l’affirmation d’un nouveau de 1992, plus de 11 % aux européennes L’écologie comme et socialistes auprès des classes moyen- clivage entre « matérialistes » et de 1999 (9,7 % pour la liste emmenée nes salariées, les seconds reprennent « postmatérialistes », où les enjeux de par Daniel Cohn-Bendit et 1,5 % pour force politique a été l’avantage alors qu’ils avaient été l’autonomie, de l’identité, du libéralis- celle dirigée par Antoine Waechter). portée par l’affirmation outrageusement dominés, il y a quel- me culturel ont été souvent incarnés par AUX ÉLECTIONS EUROPÉENNES Force d’appoint, depuis l’accord politi- dans nos sociétés ques mois. En juin 2009, 32 % des ca- les Verts. Cette évolution a été accom- que signé entre la direction des Verts et dres et professions intellectuelles ont pagnée par un changement de la struc- SCORES RECUEILLIS PAR LES LISTES ÉCOLOGISTES le Parti socialiste en janvier 1997 qui d’un nouveau clivage choisi Europe Écologie (contre 15 % ture de classe avec le développement met fin à la voie d’autonomie pour entre “matérialistes” seulement qui se sont tournés vers le des classes moyennes, des personnes 10,6 % des suffrages en 1989 l’écologisme et marque son inscription dans un statut d’allié dominé au sein de la coalition des gauches. et “postmatérialistes” où les enjeux PS) ; 24 % des professions intermédiai- res ont fait de même (contre 21 % pour le PS). Début février 2009, 15 % seule- employées dans les services, des profes- sions intermédiaires, des étudiants… Cependant, les liens qui se sont tissés de l’autonomie, ment des premiers et 15 % des seconds entre l’écologisme et ses électeurs sont « Tutoyer les grands » de l’identité, ont l’intention de voter en faveur des relativement faibles, labiles, et n’attein- 11 % L’excellent score atteint aux dernières listes d’Europe Écologie. 30 % des pre- dront jamais la force de ceux qui unis- élections européennes par Europe Éco- du libéralisme culturel miers et 33 % des seconds déclarent saient jadis les partis établis à leurs élec- au scrutin de 1999 logie, et plus largement par l’écologis- ont été souvent leur intention de se porter vers les listes torats captifs. La dynamique d’Europe » me (19,9 %, si l’on additionne les voix incarnés par du PS. En juin 2009, Europe Écologie a Écologie s’est abreuvée à plusieurs sour- des listes d’Europe Écologie et celles devancé largement le PS et atteint des ces : 20 % des électeurs qui avaient les Verts 19,9 % d’Alliance écologique indépendante), a sommets dans toutes les grandes ré- choisi Olivier Besancenot en 2007 ont pu donner l’impression que pour la gions où le secteur tertiaire est écrasant voté pour les écologistes en 2009, 20 % première fois, en presque quatre dé- (Ile-de-France : 20,9 % contre un PS à de ceux de François Bayrou, mais sur- des voix en 2009 cennies, l’écologisme pouvait sortir de 13,6 % ; Rhône-Alpes : 19,6 % contre tout 27 % de ceux de Ségolène Royal. Les son statut de marginalité politique pour leur électorat de 2009, 30 % de celui-ci 15,4 %). Dans toutes les grandes villes électeurs vont et viennent, particulière- venir « tutoyer les grands ». En effet, revenant vers le PS, 9 % vers la gauche universitaires (Grenoble, Toulouse, ment entre le pôle écologiste et le PS qui, en juin 2009, Europe Écologie a dépas- de la gauche, 9 % vers la droite, 6 % Montpellier…), il a dominé sans partage sur le terrain du « libéralisme culturel » sé la barre des 10 % dans l’ensemble vers l’Alliance écologiste indépendante le PS. Cet électorat de cols blancs, de et des demandes spécifiques à la « bour- des 22 régions métropolitaines, celle et 2 % vers le MoDem. Europe Écologie citoyens à haut niveau de diplôme, est geoisie bohème » des cols blancs, rede- « des 15 % dans 10 régions et a devancé semble être victime d’un « vote utile » le type même de l’électorat infidèle et vient compétitif. Le 22 novembre 2009, le Parti socialiste dans 8 régions (Alsa- qui bénéficie essentiellement au PS. In- ce, Bretagne, Corse, Ile-de-France, dépendamment du bilan des exécutifs Languedoc-Roussillon, Pays de la Loi- socialistes sortants, objet d’une appré- Le PS creuse l’écart avec les écologistes » re, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Rhô- ciation plutôt positive (selon la Sofres, chez les plus de 50 ans, ne-Alpes). Alors qu’en 2004 l’écologis- 69 % des personnes interrogées consi- me des Verts ne s’était compté à part dèrent que « le bilan du conseil régional les cadres supérieurs et les cadres moyens que dans 8 des 22 régions et était asso- est satisfaisant »), les listes d’Europe cié à tout ou partie de la gauche institu- Écologie pâtissent d’un « défaut de mobile. Auprès de cet électorat parti- Martine Aubry défend le mariage des tionnelle dans 14 régions, en 2010, le gouvernementalité » : interrogés les 13 culièrement volatil, les changements homosexuels et leur droit d’adopter. Le succès électoral des dernières euro- et 14 janvier par OpinionWay, 57 % des de conjoncture politique, d’enjeux et 12 janvier 2010, elle ressort la proposi- péennes a fait redécouvrir les charmes électeurs considèrent qu’Europe Éco- de paysage institutionnel ont tout leur tion d’accorder le droit de vote aux im- de l’autonomie : dans l’ensemble des logie n’est « pas capable de diriger une poids. Depuis juin 2009, la conjoncture migrés lors les élections locales. régions (sauf la Corse), Europe Écologie région en France ». Ils sont 75 % à pen- a changé, le PS semble s’extraire de la Pour les régionales, la performance part seul au combat des régionales. ser de même parmi les sympathisants période de crise qu’il traverse depuis sa d’Europe Écologie dépendra, d’une Page réalisée Pour l’instant, les sondages d’inten- de l’UMP, 60 % parmi ceux du Mo- défaite de 2007. Peu à peu, Martine part, de sa capacité à enrayer la recon- en collaboration tions de vote donnent des listes d’Eu- Dem, mais aussi 55 % parmi ceux du Aubry s’impose comme leader de quête socialiste de ces couches sociales avec le Centre rope Écologie dominées, dans la plu- PS. Un électorat qui avait pu être séduit l’électorat de gauche. Les enjeux natio- et culturelles et, d’autre part, du pou- de recherches politiques part des cas, par les listes PS. Dans une par la nouveauté d’Europe Écologie naux et locaux font leur retour, éloi- voir d’attraction d’Europe Écologie de Sciences Po enquête réalisée par la Sofres début fé- lors des européennes de 2009, par son gnant un enjeu européen sur lequel chez des électeurs séduits par un (Cevipof) vrier, les listes Verts Europe Écologie message européen clair et sa capacité à l’écologisme apparaissait comme une « centrisme de substitution » à l’heure Centre associé sont créditées de 13 % d’intentions de porter celui-ci au sein du Parlement avant-garde. Dans le baromètre des où gauche instituée et droite instituée A au CNRS et dirigé vote contre 28 % pour les listes du PS. européen ne lui renouvelle pas sa préoccupations des Français (Sofres-La font l’objet d’une profonde crise de par Pascal Perrineau Les listes écologistes gardent 44 % de confiance quelques mois plus tard pour Croix, 20 janvier-1er février 2010), les confiance. I
  • débats mardi 2 février 2010 LE FIGARO 16 étudesPOLITIQUES OPINIONS Figaro-Cevipof Les nouvelles formes de l’abstention Les prochaines élections régionales devraient être marquées par une faible participation. RÉGIONALES À moins de six semaines du premier tour du scrutin à deux tours renouvelant les conseils régionaux, L’ABSTENTION EN FRANCE TAUX D’ABSTENTION PAR RÉGION AUX ÉLECTIONS RÉGIONALES DE 2004, les partis politiques sont à la peine EN % DES INSCRITS pour mobiliser l’opinion sur des enjeux Premier tour Second tour 38,6 % 36,2 % d’une campagne qui, pour l’instant, En % Premier Second n’est pas perçue comme Régionales 1986 * 22,1 — tour 37,9 % 36,8 % tour 34,4 % 32,4 % « un vrai rendez-vous politique ». 38,5 % 43 % 34,9 % 38,8 % À l’aune de la participation Régionales 1992* 31,4 — 39,7 % 41,3 % 34,7 % 37,2 % aux scrutins régionaux précédents, 35,3 % 40,5 % 32 % 39,1 % Régionales 1998* 42 — plus de 40 tout laisse supposer que la défection des électeurs Régionales 2004 37,9 34,3 38,1 % 38,4 % 38 % 36,3 % 36,2 % 34,8 % 34,6 % 31,4 % sera la grande gagnante de 38 à 40 de cette consultation. Et déclenchera l’antienne d’une France civique Présidentielle 2007 16,2 16 35,3 % 32,9 % 31,6 % 31,1 % en voie d’américanisation. 35,7 % 40,1 % 32,1 % 35,6 % Législatives 2007 de 34 à 38 Anne Muxel, quant à elle, souligne 39,5 40 « une profonde mutation du lien Municipales 2008 33,5 34,8 34,5 % 31,2 % des citoyens à l’élection ». Présentée 33,2 % 38,7 % de 32 à 34 31 % 34,5 % comme « une réponse politique » Européennes 2009* 57,2 — l’« abstention appartient à la panoplie 34,3 % 30,4 % démocratique des intermittents *Un seul tour du vote ». Ce joker est utilisé pour 27,3 % moins de 32 25 % mettre en avant l’insatisfaction circonstancielle à l’égard de l’offre électorale. LES VOTANTS SYSTÉMATIQUES, LES VOTANTS INTERMITTENTS ET LES ABSTENTIONNISTES LA FRÉQUENCE DU VOTE DES FRANÇAIS AUX ÉLECTIONS Cette nouvelle conception SYSTÉMATIQUES LORS DE LA SÉQUENCE ÉLECTORALE 2007 (PRÉSIDENTIELLE ET LÉGISLATIVES) de la citoyenneté est marquée Votants constants Votants intermittents Abstentionnistes constants Ensemble par un rapport au devoir civique En % Question : « DEPUIS QUE VOUS ÊTES EN ÂGE DE VOTER, DIRIEZ-VOUS QUE plus individualisé, plus critique. Sexe Homme 45 42 40 45 VOUS VOTEZ À TOUTES LES ÉLECTIONS, À PRESQUE TOUTES LES ÉLECTIONS, Fondée sur une approche électorale À QUELQUES-UNES OU À AUCUNE ? » « consumériste », elle se caractérise Femme 55 58 60 55 par une mobilité de choix ; Votent à toutes les élections cette inconstance électorale met aussi à nu, l’affaiblissement Age 18-34 ans 22 54 43 29 Votent à presque des fidélités partisanes. toutes les élections Ainsi, l’apparent déficit démocratique 35-49 ans 28 32 27 30 relève d’un usage différent de l’acte Votent à quelques-unes 42 % Total 41 % 50 ans et + 50 14 30 41 de voter. À preuve, le taux ou à aucune 100 % d’« abstention systématique » plafonne à 10 % quand - toutes Diplôme Inférieur au bac 52 54 75 53 proportions gardées - la participation Sources : ne fait que s’amoindrir au fil des scrutins… I Bac ou supérieur 48 46 25 47 La France aux urnes. 60 ans d’histoire électorale, P. Bréchon, La Documentation française, 2009. Panel électoral français 2007, Cevipof/ministère de l’Intérieur. 17 % JOSSELINE ABONNEAU TOTAL 100% 100% 100% 100% Baromètre de confiance politique, Cevipof, décembre 2009 L es prochaines élections ré- confiance politique du Cevipof en dé- défiance, mais d’une défiance plus gionales ne passionnent cembre 2009, on peut prendre la mesu- conjoncturelle que structurelle. Elle pas. Et l’abstention risque re du fossé qui sépare aujourd’hui les participe moins d’une contestation dif- d’atteindre en mars de Français de leurs gouvernants et de fuse du système social et du système po- nouveaux records. À six se- leurs représentants. Indifférence ou dé- litique que d’une insatisfaction circons- maines du scrutin, un fiance, la réponse abstentionniste trou- tancielle à l’égard de l’offre électorale Français sur deux paraît disposé à rester ve nombre de justifications à la fois proposée. Le profil sociopolitique de ces en dehors de la décision électorale conjoncturelles et structurelles. Mais, abstentionnistes dans le jeu politique est (CSA). Cet indicateur de tendance doit au-delà de ce seul scrutin, il reste enco- d’ailleurs plus proche de celui des vo- être pris avec précaution tant l’électeur re à l’interpréter et à comprendre pour- tants que de celui des abstentionnistes est devenu imprévisible. Néanmoins, quoi et comment elle a pu devenir une systématiques, qui restent durablement bien des signes laissent penser que ces réponse politique dont les Français font hors du jeu politique. élections ne connaîtront pas une inver- un usage de plus en plus familier. Ce qui a profondément changé est la sion de tendance comparable à celle relative mobilité du choix électoral. Lors EN VINGT ANS qu’avaient enregistrée les régionales de PAR ANNE MUXEL Plusieurs scènes d’expression de la séquence électorale de 2007, les L’ABSTENTION A PROGRESSÉ DE directrice de recherche « 2004 par rapport à 1998. Premières au Cevipof Les modèles explicatifs traditionnels trajectoires de vote des mêmes électeurs 9 points consultations des Français après le séis- d’analyse de la défection électorale ne prenant en compte les deux tours de la me électoral de 2002, le scrutin avait suffisent plus à eux seuls pour compren- présidentielle et les deux tours des légis- alors suscité une forte participation des Français et leur remobilisation. Une ma- L’abstention dre l’ampleur du phénomène. Certes, le lien entre insertion sociale et insertion latives, mettaient en évidence l’impor- tance de leur inconstance et leur mobili- pour les européennes, jorité d’électeurs s’était saisie du scrutin peut politique est toujours observé. L’impact té. Cela pourtant dans un moment participer 6 points pour sanctionner le pouvoir en place et du niveau d’études est toujours vérifié. électoral particulièrement décisif et po- permettre à l’opposition de l’emporter. Mais alors que le niveau d’instruction de litisé. Seul un tiers des électeurs a voté Sans conteste aujourd’hui l’intérêt à la la population est en augmentation, alors constamment et systématiquement pour pour les municipales, pour le scrutin apparaît plus faible. Et les régionales ne sont pas attendues par généralisation que les couches moyennes se générali- sent, alors que le niveau de connaissan- l’UMP ou le PS et leurs candidats respec- tifs lors des quatre tours de scrutin (1). les Français comme un vrai rendez- d’une forme ces et d’informations est plutôt à la haus- L’affaiblissement des fidélités partisanes 5 points de veille » vous politique. En décembre 2009, plus se, la mobilisation électorale n’est et la moindre constance de l’électeur ont des deux tiers d’entre eux (69 %) ne s’y pourtant pas de mise. C’est bien le signe laissé place à une plus grande imprévisi- intéressent pas. Six ans auparavant, à la démocratique d’une profonde mutation du lien des ci- bilité et à davantage de fluidité sur la pour les législatives. même période, ils étaient beaucoup toyens à l’élection. Cela indique bien scène de la décision électorale. L’aug- moins nombreux dans ce cas (55 %) qu’une nouvelle conception de la ci- mentation de l’abstention intermittente (TNS-Sofres). La perspective du scrutin gressé de 6 points pour les municipales, toyenneté semble peu à peu s’imposer. y joue une part active. Les Français ren- régional n’alimente guère les conversa- de 9 points pour les européennes et de 5 Car l’abstention progresse quel que soit contrent chaque élection avec cette tions. À la mi-janvier seuls deux Fran- points pour les législatives. En 1986, date le niveau d’implication politique des nouvelle panoplie démocratique. çais sur dix reconnaissent en avoir parlé des premières élections régionales, seuls électeurs. Elle fait l’objet d’une même avec leur entourage (Ifop-Paris Match). 22 % des Français s’étaient abstenus. En réponse de la part des plus éloignés de la Électeur plus réflexif 2004, 38 % n’ont pas voté au premier sphère politique comme des plus impli- Le vote dans son principe n’est pas remis Défection électorale lancinante tour et 34,3 % au second tour. Si les pro- qués. Et par là même elle ne peut pas être en cause. Il est toujours considéré par une Ces nouvelles élections prennent donc nostics se confirment, le nombre des abs- interprétée seulement comme une dé- large majorité de Français comme le place dans un cycle à nouveau marqué tentionnistes aux régionales de 2010 aura faillance civique ou comme un déficit moyen d’action politique le plus efficace, par une défection électorale lancinante et quant à lui au moins doublé en l’espace de démocratique. bien devant la grève ou la manifestation. récurrente. Le sursaut civique de la prési- vingt-quatre ans. La participation politique se fait Mais il fait désormais l’objet d’une ré- dentielle 2007 n’aura été qu’une paren- Certains obstacles à la participation aujourd’hui à partir de plusieurs scènes ponse moins normative et plus affranchie thèse éphémère. Depuis, les trois élec- électorale peuvent être facilement repé- d’expression : le vote, l’abstention et la du « devoir civique ». Il s’inscrit dans un tions pour lesquelles les Français ont été rés. Les enjeux sont mal identifiés et la manifestation. C’est à partir d’un usage rapport à la politique à la fois plus indivi- consultés ont enregistré des taux record méconnaissance des présidents régio- combiné de la démocratie représentati- dualisé et plus critique, au sein duquel d’abstention : aux législatives de juin naux est grande. Les deux tiers des ve et de la démocratie participative que l’abstention peut participer à la générali- 2007 (39,5 % au 1er tour et 40 % au se- Français (65 %) ne peuvent pas citer le de plus en plus de citoyens se font en- sation d’une forme de veille démocrati- cond) aux municipales de mars 2008 nom du président de leur région (Baro- tendre. Et l’abstention joue dans ce que. L’électeur d’aujourd’hui est certes (33,5 % au 1er tour et 34,8 % au second) et mètre LH2). Mais il reste encore à com- triptyque politique un rôle décisif. Non plus inconstant, mais il est aussi peut- aux élections européennes de juin 2009 prendre pourquoi cette ignorance pèse pas l’abstention systématique qui est le être plus réflexif. L’alternance du vote et Page réalisée (60 %). Tout se passe dorénavant en aujourd’hui davantage sur les motiva- fait d’une proportion relativement sta- de l’abstention peut aussi être entendue en collaboration France comme si, en dehors de l’élection tions des abstentionnistes que lors des ble d’électeurs, environ 10 %. Mais par les politiques comme l’expression avec le Centre reine de la Ve République que représente scrutins précédents. De toute évidence l’abstention intermittente qui a pour d’une conscience citoyenne et d’une exi- de recherches politiques le scrutin présidentiel, tous les autres la campagne actuelle a beaucoup de mal corollaire l’instauration d’un usage dif- gence politique ayant pu s’affûter. I de Sciences Po scrutins, au niveau local ou supranatio- à embrayer. Si l’on ajoute à cela le fait férent de l’acte de voter. Cette réponse (Cevipof) nal, faisaient naître au mieux de l’indiffé- que plus des deux tiers des Français abstentionniste, de nature politique, est (1) Bruno Cautrès et Anne Muxel : Com- Centre associé rence au pire de la défiance, l’une et (69 %) ne font confiance ni à la gauche négociée et ajustée au cas par cas en ment les électeurs font-ils leur choix ? A au CNRS et dirigé l’autre se creusant au fil des années. En ni à la droite pour gouverner selon la fonction des enjeux perçus par l’élec- Le Panel Electoral Français 2007, Paris, par Pascal Perrineau l’espace de vingt ans, l’abstention a pro- mesure effectuée par le baromètre de teur. Elle porte certes la marque d’une Presses de Sciences Po, 2009 View slide
  • débats mercredi 13 janvier 2010 LE FIGARO 18 étudesPOLITIQUES OPINIONS Figaro-Cevipof Régions : une révolution inachevée En deçà de celle de ses principaux voisins européens, la régionalisation française reste au milieu du gué. JOSSELINE ABONNEAU QUARANTE ans après sa création, La proximité détermine l'efficacité la région peine encore à s’affirmer Question POUR CHACUNE DES INSTITUTIONS SUIVANTES, POUVEZ-VOUS DIRE SI ELLE EST dans l’opinion. Certes, la dernière TRÈS EFFICACE, ASSEZ EFFICACE, ASSEZ INEFFICACE OU TRÈS INEFFICACE Question DIRIEZ-VOUS QUE VOUS ÊTES Question POUVEZ-VOUS ME DIRE SI née des institutions territoriales n’a pu POUR RÉPONDRE AUX BESOINS DE LA POPULATION ? ATTACHÉ À VOTRE RÉGION ? LE CONSEIL RÉGIONAL EST EFFICACE ? réellement exister qu’avec l’élection au suffrage universel direct de ses Très efficace Assez efficace Assez inefficace Très inefficace Sans opinion En % Total attaché En % Total efficace conseillers qui remonte tout de même à près d’un quart de siècle. En % Grande gauche (EXG, PC, PS, DVG, Verts) 86 Grande gauche (EXG, PC, PS, DVG, Verts) 76 Contrairement à certains États de La commune 20 16 44 56 dont Extrême gauche (LO, NPA) 75 dont Extrême gauche (LO, NPA) 68 l’Union européenne (Allemagne, Italie, Espagne, Belgique, Royaume-Uni, etc.) qui ont porté sans faille l’autonomie Parti communiste 90 Parti communiste 65 régionale, la France reste encore Le conseil 11 59 17 3 10 prisonnière de sa culture jacobine. général Parti socialiste 89 Parti socialiste 78 Elle a toujours hésité à s’engager dans la voie de la décentralisation Verts 85 Verts 79 « craignant que la régionalisation Le conseil génère des discriminations », souligne 10 59 17 2 12 MoDem 89 MoDem 71 régional Bruno Rémond. Paradoxe, l’institution régionale Grande droite (NC, UMP, MPF, FN) 89 Grande droite (NC, UMP, MPF, FN) 66 semble encore « fragile » quand elle L'État dont 90 dont 68 3 32 41 18 6 UMP UMP affiche un bilan « impressionnant » dans le développement économique, FN* 81 FN* 56 technologique et l’aménagement du territoire consacrant. C’est d’ailleurs Sans préférence partisane 84 Sans préférence partisane 57 sur ce bilan que les partis orientent L'Europe 2 29 39 20 10 leur campagne pour le renouvellement *En raison de la faiblesse des effectifs, les résultats sont à interpréter avec prudence des conseils régionaux les 14 et 21 mars L Sondage Sofres réalisé pour l'Association des régions de France, du 27 au 30 novembre 2009 auprès d'un échantillon national de 1 000 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas, enquête réalisée en face-à-face). prochains. Notamment la gauche qui règne quasiment sans partage « sur les exécutifs régionaux. Selon ’évolution générale dramatiques en 1992 et en 1998 du mode toyens même s’ils ne voient pas toujours l’enquête TNS/Sofres diligentée par l’Association des régions, la gauche part porte, en effet, notre pays vers un équilibre de scrutin adopté en 1985, ont obscurci très clairement le sceau régional sur ces l’image institutionnelle et fonctionnelle réalités sauf lorsque les couleurs de ce- Les ressorts avec un atout : l’exécutif régional est nouveau. L’effort mul- de la région. Celle-ci, décriée car mal lui-ci décorent les rames TER. du sentiment qualifié d’« efficace » par 76 % des sympathisants de gauche tous partis tiséculaire de centrali- sation, qui fut long- connue, fut critiquée et taxée d’institu- Qui pourrait se passer des finance- tion superfétatoire, compliquant le mil- ments ainsi mobilisés ? Certainement amoureux confondus, suivis par ceux du MoDem temps nécessaire pour réaliser et le-feuille territorial alors que pas l’État qui, tout en ten- SELON le sondage TNS-Sofres, les (71 %) et enfin par ceux de la « grande maintenir son unité malgré les divergences pourtant les régions concour- tant de continuer à rester Français en phase avec le Parti com- droite » qui ne dirige que deux régions des provinces qui lui étaient successive- raient déjà remarquablement à maître de la définition de muniste ou l’UMP se révèlent être les (l’Alsace et la Corse). Ceci expliquant ment rattachées, ne s’impose plus désor- la réalisation de politiques pu- ces politiques publiques, plus attachés à leur région, quand en partie cela… I mais. Au contraire, ce sont les activités bliques essentielles pour l’ave- est progressivement deve- ceux ayant une préférence partisane régionales qui apparaissent comme les nir de la France : formation nu financièrement incapa- extrémiste de gauche ou de droite ressorts de sa puissance économique de professionnelle et apprentissa- ble de les assumer et admi- (extrême gauche, Front national) se demain… » (de Gaulle, discours pronon- ge, rénovation et construction nistrativement de les montrent les plus indifférents. cé à Lyon le 24 mars 1968). de lycées, amélioration des ré- gérer. Au sein de la gauche, les Verts, dont le Tout est dit. Et pourtant, quarante ans sultats de la politique éducati- Même si leur connais- régionalisme constitue l’une des pier- res angulaires de leur doctrine, cla- après, la réalisation de cette vision fulgu- ve grâce à l’élaboration des sance ou leur compréhen- ment moins leur patriotisme régional rante n’est toujours pas devenue l’option schémas régionaux de forma- sion du fait régional n’est que les socialistes. Ceux-ci se situent politique retenue pour organiser l’archi- tion, extensions universitaires, pas toujours des plus assu- sur la même longueur d’onde que les tecture d’ensemble des pouvoirs publics grands projets d’équipement PAR rées ou des plus affirmées, BRUNO RÉMOND supporteurs du MoDem ou l’ensemble en France. Où en est-on alors ? initiés par l’État et cofinancés PROFESSEUR un récent sondage, dili- de la « grande droite » (Nouveau « La gestation de la « région » fut lente, par les régions dans le cadre À SCIENCES-PO genté par l’Association des Centre, UMP, MPF, FN). parfois chaotique, mais toujours inspirée des contrats de plans successi- régions de France et réalisé Quasi viscéral pour les retraités et EN 2009 par une même préoccupation : doter la vement élaborés et signés. par la Sofres montre que inactifs, l’attachement régional se LES RÉGIONS ONT INVESTI France d’un espace territorial mieux Souvent méconnu, le bilan La les Français sont globale- renforce avec l’âge principalement préférence 5 997 adapté par sa configuration et sa superfi- des régions est pourtant im- ment attachés à leur ré- aux alentours de la cinquantaine. Tou- tefois l’activité professionnelle déter- cie que le département pour permettre la pressionnant. Sans elles, les partisane gion, comme d’ailleurs aux mine l’intensité de cet amour : très vi- définition et la réalisation des politiques grandes politiques publiques publiques d’importance, notamment ayant pour objectif de favoriser a un effet sur collectivités territoriales en général. vace chez les commerçants, les millions d’euros artisans, les chefs d’entreprise et les dans les lycées dans le domaine économique et en ma- le développement économique, l’appréciation Lorsqu’ils classent les ouvriers, il mollit chez les cadres et les tière d’aménagement du territoire. l’innovation technologique et du conseil échelons administratifs en intellectuels. Très ancré dans les zo- 3 195 l’aménagement du territoire fonction de leur proximité Bilan méconnu n’auraient pu se déployer aussi régional : pour juger de leur capacité nes rurales, le sentiment régional se dilue dans les zones urbaines pour de- mais impressionnant rapidement et aussi profondé- les personnes à répondre aux besoins de venir ténu dans l’agglomération pari- millions d’euros dans la Ce n’est qu’avec la loi du 2 mars 1982 ment. proches la population, la commune sienne. J. A. puis la première élection au suffrage Regroupées en deux grands formation professionnelle universel direct des conseillers régio- thèmes – éducation, forma- de la gauche sont arrive efficace)(76suivi ju- gent en tête % la du naux en 1986 que l’institution régionale a tion et emploi ; mobilité et dé- plus nombreuses conseil général (70 %) puis 2 661 La France hésite. Depuis le lancement acquis un statut de collectivité locale à veloppement durable – les in- que les autres du conseil régional (69 %). de la décentralisation en 1982, elle a quit- part entière et la clause de compétence terventions des régions ont un L’État et l’Europe sont ma- té la rive où un État tout autant napoléo- » générale qui fait la force de cette catégo- impact incontestable en à le juger joritairement jugés ineffi- nien que jacobin offrait aux citoyens une millions d’euros dans le transport rie d’institutions politico-administrati- contribuant à aménager le efficace caces (59 % pour les deux). vision claire de la structuration et de express régional ves, deux qualités ultérieurement re- territoire et améliorer la vie de De manière cohérente l’action de la puissance publique et l’illu- connues au niveau constitutionnel par la ses habitants. En 2009, hors avec la couleur des exécu- sion du respect du principe d’égalité grâ- 2 139 modification de la rédaction de l’arti- outre-mer et Corse, les régions ont in- tifs locaux, la préférence partisane a un ce à la mise en œuvre censée être unifor- cle 72 de notre texte fondamental. vesti 5 997 millions d’euros dans les ly- effet sur l’appréciation du conseil régio- me et homogène sur l’ensemble du Malgré les différents transferts de cées, 3 195 dans la formation profes- nal : les personnes proches de la gauche territoire de toute politique. Mais, s’en- millions d’euros compétence intervenus en 1983, 1985 et sionnelle, 2 661 dans le transport sont plus nombreuses que les autres à le gageant dans la voie de la régionalisa- dans l’apprentissage 1986 de l’État vers les régions, plusieurs express régional ou encore 2 139 dans le juger efficace (79 %). tion, elle s’est arrêtée à mi-gué, crai- années d’inertie politique – notamment domaine de l’apprentissage… gnant que la décentralisation et la sous le gouvernement de Lionel Jospin – Qui pourrait imaginer se passer des Vers un «congrès régionalisation génèrent des discrimina- dont les effets ont été aggravés par la services et des équipements de toute na- des départements» tions alors qu’elles sont surtout porteuses crise de légitimité qui affecta les conseils ture ainsi organisés et réalisés par les ré- Certes, un autre sondage LH2 a mis en de diversifications et d’émulations. régionaux du fait des conséquences gions ? Certainement pas nos conci- évidence le fait que beaucoup de Fran- Il en résulte que la « région » française çais ignoraient le nom du président à la reste fragile et bien loin, politiquement et tête de leur région. Mais connaissent-ils institutionnellement comme fonction- Une présidence mal identifiée mieux le nom du président du conseil nellement et financièrement, des don- général ou ceux des différents ministres nées peu ou prou semblables qui caracté- 65% composant le gouvernement ? Toujours risent l’autonomie et la responsabilité des Question est-il, justement parce qu’elle est régions italiennes, des communautés POUVEZ-VOUS ne peuvent citer contrastée, l’image que les Français ont autonomes espagnoles, des régions bel- DONNER LE NOM aucun nom aujourd’hui de la région est révélatrice ges et, bien plus encore, des Länder alle- DU PRÉSIDENT OU de l’ambiguïté de la situation dans la- mands ou des entités territoriales du quelle se trouve la dernière-née des col- Royaume-Uni ayant bénéficié d’une lar- DE LA PRÉSIDENTE lectivités territoriales françaises. Seule, ge évolution de compétences intervenues DE VOTRE RÉGION ? par essence, apte à se substituer à l’État à l’orée du XXIe siècle. La France reste dans la définition et la réalisation des très en deçà de ses principaux voisins. Et, Page réalisée politiques publiques qu’il ne peut plus ou sans se livrer ici à un examen exhaustif de en collaboration 29 % qu’il ne sait plus correctement mener à son contenu, on peut s’attendre à ce que avec le Centre de recherches 6 % Citent le nom bien car les données économiques, technologiques et sociales à prendre en le projet de loi relatif à la réforme territo- riale, dont la discussion parlementaire va citent du président politiques un autre nom considération imposent qu’elles soient tout prochainement s’engager, entraîne de Science Po diversifiées et adaptées aux réalités ter- une transformation de l’institution en (Cevipof) Sondage LH2 réalisé pour le Syndicat de la presse quotidienne régionale et France Bleue, du 30 octobre au 28 novembre 2009, ritoriales, son essor est attendu avec im- « congrès des départements » pulsion à A Centre associé auprès d'un échantillon de 5 100 personnes constituant un échantillon national représentatif de la population française au CNRS et dirigé âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas, enquête réalisée par téléphone). patience par certains, craint par rebours de celle qui a suscité puis institué par Pascal Perrineau d’autres. l’idée régionale en France. 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  • débats mercredi 2 décembre 2009 LE FIGARO 16 étudesPOLITIQUES Figaro-Cevipof OPINIONS Crise : pourquoi 2009 n’est pas 1929 L’inquiétude des Français ne s’accompagne pas d’une volonté de remise en cause du système politique. Contrairement aux idées reçues 75 véhiculées par certains leaders Source : Sondage GlobeScan pour BBC World Service, 29 033 personnes interrogées dans 27 pays entre le 19 juin et le 13 octobre 2009 d’opinion hexagonaux, la crise et ses répercussions sur les attitudes 4 4 4 politiques ne peuvent se penser 59 24 19 à travers le prisme de la crise 56 57 26 du capitalisme des années 1930. 53 Pour Pascal Perrineau, la crise actuelle 52 57 53 n’a pas rompu « l’arc de forces 47 20 20 démocratiques ». De plus, la rue 43 17 n’est plus un exutoire. Et les bouffées de violence de quelques groupes de États-Unis France Italie l’ultragauche visant une radicalisation politique massive n’ont pas, 29 29 pour l’instant, d’effet d’entraînement. 25 10 3 2 Certes, la crise perturbe le système 31 politique, le malmène mais ne le remet 19 16 23 45 31 40 jamais totalement en cause. 13 13 50 Tel est l’enseignement principal que 10 11 le directeur du Cevipof tire notamment 9 8 6 7 17 d’une enquête internationale * 4 5 5 1 22 23 menée dans vingt-sept pays sur « la perception du capitalisme États-Unis France Italie Espagne Royaume-Uni Allemagne Espagne Royaume-Uni Allemagne de libre-échange et les attentes sur le rôle des gouvernements Les perceptions du capitalisme de libre-échange Les attentes vis-à-vis du rôle du gouvernement dans l'économie dans le contrôle des entreprises QUESTION : « Laquelle de ces trois phrases reflète le mieux votre opinion QUESTION : « Aimeriez-vous que votre gouvernement joue un rôle plus actif, et des grandes industries ». sur le capitalisme de libre-échange ? », en % moins actif ou le même rôle qu'il joue actuellement dans la propriété ou le contrôle direct Précédant l’Italie, l’Espagne, des grandes industries ? » Il est fondalement dans l'erreur et on a besoin d'un autre système économique Réponse en % la Grande-Bretagne et l’Allemagne, Il connaît des problèmes mais on peut les régler avec plus de régulation et de réforme la France affiche le plus fort potentiel Rôle plus actif Même rôle Rôle moins actif Sans opinion protestataire. Toutefois, les partisans Il marche bien et des tentatives pour augmenter la régulation le rendront moins efficace L tricolores de la régulation Il ne sait pas, sans opinion et de la réforme (47 %) devancent de cinq points le bloc militant pour a crise économique et fi- tion ne sont pas majeurs : l’extrême chement de la crise financière, la France « un autre système que le capitalisme » nancière qui a éclaté à gauche est en légère hausse (7,1 % en est: le pays où la minorité demandeuse (43 %) quand l’opinion allemande, l’été 2008 est la crise la 2007), l’extrême droite est stable d’un autre système que celui du capita- elle, se hisse au premier rang plus importante que le ca- (10,7 % en 2007). La première atteint lisme de libre-échange est la plus forte : du capitalisme réformiste (75 %). I pitalisme ait connue de- ses meilleurs niveaux chez les jeunes 43% de nos concitoyens pensent qu’un puis celle de 1929. Les ef- (17 %) et les professions intermédiaires tel système « est dans l’erreur et que l’on JOSSELINE ABONNEAU fets politiques de cette dernière furent (13 %) particulièrement du secteur pu- a besoin d’un autre système », ils ne sont délétères : Hitler arriva au pouvoir en blic, l’extrême droite gardant un haut que 29% en Italie et en Espagne, 19% en 1933, une vague autoritaire s’étendit niveau d’influence dans la population Grande-Bretagne, 13% aux États-Unis sur l’Europe et la démocratie libérale ouvrière (24 %) et le secteur privé. et 9 % en Allemagne. C’est en France, fut sur la défensive, particulièrement Pour l’instant on n’a pas l’impression cette fois-ci derrière le Brésil et le Chili, en France, avant de céder elle aussi la d’un « arc de forces démocratiques » que la demande d’intervention crois- place à la dictature. Quatre-vingts ans PAR PASCAL qui craque sous le poids de la crise. Mais sante du gouvernement dans la régula- plus tard, c’est souvent au prisme de la PERRINEAU les effets dissolvants de celle-ci n’ont tion des entreprises est la plus forte : crise de 1929 qu’est pensée la question DIRECTEUR DU CEVIPOF peut-être pas fait toute leur œuvre. 76 % contre 73 % en Espagne, 70 % en « des effets politiques de la crise. Dernier exutoire de la crise : la rue. Italie, 56 % en Grande-Bretagne, 45 % Dans de très nombreuses réactions Dans les années 1930, nombre de mani- en Allemagne et 43 % aux États-Unis. EN FRANCE LES EXTRÉMISTES d’acteurs politiques et d’intellectuels, on insiste sur le caractère menaçant La France festations, qu’elles soient à l’initiative de l’extrême gauche ou de l’extrême Cette demande interventionniste va même en France jusqu’à une demande PESAIENT des effets politiques de la crise. Le a un potentiel droite, dégénéraient. Les morts se majoritaire de contrôle plus étroit des 12,5 % 16 septembre 2008, l’homme d’affaires comptaient par dizaines, les blessés par grandes industries par le gouverne- Georges Pébereau précise dans un ar- protestataire milliers. La violence politique était bien ment : 57 % contre 53 % en Italie, 45 % ticle du journal Le Monde : « … nous non portée : le secrétaire général du PCF, en Espagne, 40 % en Grande-Bretagne, » des voix sommes dans une période prérévolu- Maurice Thorez, expliquait en 1931 que 31 % en Allemagne et 24 % aux États- aux élections européennes tionnaire ». L’ancien premier ministre négligeable « les barricades portent la lutte de classe Unis. Cette demande de contrôle s’en- Dominique de Villepin reprend cette à son niveau le plus élevé ». L’extrême racine dans un pessimisme français par- de juin 2009. antienne en avril 2009 en déclarant droite n’était pas en reste sur le terrain ticulier à la fois vis-à-vis de la crise, qu’il « existe un risque révolutionnaire La situation dans les urnes est égale- de la glorification de la violence et mais aussi vis-à-vis de la mondialisa- en France ». Olivier Besancenot pro- ment très contrastée. La crise de 1929 Charles Maurras expliquait doctement tion et de l’Europe. 64 % des Français phétise le 1er septembre 2009 sur RMC : avait nourri en son sein une poussée que sa « violence tend à fonder la sécurité pensent en novembre 2009 que « le pire « Il faudra que ça pète. » Dans un dis- électorale des extrémismes en France et intérieure de (sa) patrie ». de la crise reste encore à venir » (Sofres). cours du 29 janvier 2009, le président ailleurs. Aujourd’hui le message envoyé Parmi les grands pays d’Europe (Euro- de la République parle des risques d’un par les urnes semble être beaucoup plus Recherche d’alternatives baromètre n° 71 de septembre 2009), « nouveau totalitarisme ». Un même modéré. Si l’on prend comme référence En 2008-2009, nous sommes très loin l’opinion française est une des plus né- type d’approche est repris par les ana- les élections européennes de juin 2009 d’un tel encensement de la violence gatives sur l’état de l’économie nationa- lystes quel que soit leur bord. À titre dans les vingt-sept pays de l’Union et politique. Certes, aux confins de l’ul- le (87 % des Français considèrent que la d’exemple, Nicolas Baverez, le 16 août avec la prudence qu’implique une parti- tragauche, réapparaît une certaine fas- situation de l’économie française est 2009, déclare : « La déstabilisation des cipation faible (40,6% des inscrits), la cination pour une violence parée à très ou plutôt mauvaise contre 78 % en classes moyennes par le chômage de plupart des majorités de droite modérée nouveau de vertus rédemptrices. Ce moyenne dans l’Union européenne), masse peut mettre en péril la démocra- au pouvoir ont été sinon plébiscitées du courant très minoritaire s’est livré à de 73 % pensent que la mondialisation tie. » Même si l’on avance que « l’His- moins soutenues (Allemagne, France, véritables saccages à deux reprises, en constitue une menace pour l’emploi et toire ne repasse pas les plats », il y a de Italie, Pays-Bas). Dans l’Hexagone, on a avril 2009 à Strasbourg dans le cadre de les entreprises en France (contre 42 %) manière omniprésente la référence pu constater une progression de l’extrê- manifestations contre l’Otan puis en et 51 % que l’Union européenne ne nous aux années 1930 et aux perturbations me gauche (de 3,3% en 2004 à 6,1% en octobre à Poitiers lors de la réunion aide plutôt pas ou pas du tout à nous politiques majeures qu’elles ont 2009) mais aussi un déclin de l’extrême d’un collectif anticarcéral. Cette vio- protéger des effets négatifs de la mon- connues. Au regard de la France de ces droite (de 9,8 % en 2004 à 6,3 % en lence aux confins du terrain sociétal et dialisation (contre 36 % dans l’ensem- années-là, la situation politique ac- 2009). Dans l’ensemble, les forces ex- du terrain politique est le symptôme ble de l’Union). tuelle est pourtant bien différente. trémistes ne représentent qu’un mo- d’une délinquance qui charrie son lot Nombre de Français ne sont pas con- deste poids d’environ 12,5% équivalent de malaises liés à la crise et qui est sen- tents du monde tel qu’il va et sont à la Situation très contrastée à celui de 2004. sible dans le fait, par exemple, qu’après recherche d’alternatives. Mais contrai- À l’époque, les partis extrêmes du PCF Dans un récent sondage Ifop-Valeurs deux années de tendance baissière, les rement aux années 1930, cette recher- aux ligues fascisantes comptaient pres- actuelles du 2 novembre 2009 sur les in- statistiques de la délinquance ont enre- che d’alternatives se fait sans remettre que un million d’adhérents. Qu’en est-il tentions de vote pour une élection pré- gistré en août 2009 une forte poussée en cause le système politique. La pro- aujourd’hui ? La crise n’a déclenché sidentielle, le rapport de forces est le des vols avec violence sur les douze testation sourd mais s’inscrit dans une aucune dynamique militante. Les for- suivant: Nicolas Sarkozy 28%, Martine derniers mois. demande de réforme du système éco- Page réalisée mations extrémistes restent très faibles : Aubry 20%, François Bayrou 14%, Ma- La crise a des effets perturbateurs nomique et social qui n’a rien à voir en collaboration le Front national compte quelques di- rine Le Pen 11 %, Olivier Besancenot mais elle n’a aucun impact de radicali- avec la recherche de « lendemains qui avec le Centre de recherches zaines de milliers d’adhérents, quant au 9 %, Dominique de Villepin 8 %, Cécile sation politique massive. En cela, nous chantent », caractéristique des années politiques Nouveau Parti anticapitaliste, avec Duflot 5 %, Marie-George Buffet 3 %, sommes loin du scénario de 1929 et des 1930 et qui avait débouché sur la lugu- de Sciences po 9 000 adhérents, il ne fait pas recette. Nathalie Artaud 1 %, Nicolas Dupont- années qui suivirent. bre musique du totalitarisme. I (Cevipof), Bien qu’active dans l’animation de cer- Aignan 1 %. Le président sortant arrive Et pourtant, la France a un potentiel Centre associé tains mouvements sociaux, l’extrême largement en tête du 1er tour, les droites protestataire non négligeable. Dans une * Données exhaustives de l’enquête au CNRS et dirigé gauche est loin d’avoir les moyens de rassemblent 48 %, les gauches 38 % et enquête internationale * réalisée dans mise en ligne sur www.lefigaro.fr/ par Pascal Perrineau son « grand soir ». le centre 14 %. Les effets de radicalisa- vingt-sept pays, un an après le déclen- politique Ce journal SOCPRESSE SOCIÉTÉ DU FIGARO SA Directeur des rédactions Anne Huet-Wuillème Directeur artistique FIGAROMEDIAS Impression se compose de : 14, boulevard Haussmann 14, boulevard Haussmann Étienne Mougeotte (Édition, Photo, Révision), Jean-François Labour 9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09 L’Imprimerie, 79, rue de Roissy Édition nationale 75009 Paris 75009 Paris Directeur délégué Sébastien Le Fol Tél. : 01 56 52 20 00 93290 Tremblay-en-France 1er cahier 1 18 pages Président-directeur général Jean-Michel Salvator (Culture, Figaroscope, Télévision), Rédacteurs en chef Fax : 01 56 52 23 07 Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux Cahier 2 Économie Serge Dassault Président 10 pages Serge Dassault Comité éditorial Paul-Henri du Limbert Debora Altman (Photo) ISSN 0182-5852 Administrateurs Président-directeur général Cahier 3 Et Vous Michel Schifres, vice-président (Politique, Société, Sciences), Graziella Boutet (Infographie) Commission paritaire n° 0411 C 83022 14 pages Nicole Dassault, Olivier Directeur général, Pierre Conte Édition IDF Dassault, Thierry Dassault, Directeurs adjoints Étienne de Montety Frédéric Picard (Édition) Pour vous abonner Lundi au vendredi de 7h à 17h ; directeur de la publication de la rédaction Supplément 4 Jean-Pierre Bechter, Olivier (Débats et Opinions, Littéraire) , Direction, administration, rédaction sam. de 7h à 12h au 01 70 37 31 70. Fax : 01 55 56 70 11 Figaroscope Francis Morel Gaëtan de Capèle (Économie), Pierre Rousselin (Étranger) 14, boulevard Haussmann Gérez votre abonnement sur http://abonnes.lefigaro.fr 64 pages tabloïd Costa de Beauregard, Benoît Directeur de la rédaction A Promo Portage Habert, Bernard Monassier, Éditeur Anne-Sophie von Claer et Yves Thréard (Enquêtes, du Figaro.fr 75438 Paris Cedex 09 Tél. : 01 57 08 50 00 Formules d’abonnement pour 1 an Lavinia : diffusion Frédérick Cassegrain (Style, Art de vivre, So Figaro), Opérations spéciales, Sports) Club: 395€. Semaine: 229€. Week-end: 195€. sur une partie Rudi Roussillon Luc de Barochez direction.redaction@lefigaro.fr du territoire national
  • débats mercredi 4 novembre 2009 LE FIGARO 16 étudesPOLITIQUES Figaro-Cevipof OPINIONS Berlusconi : les ressorts d’une longévité Le « berlusconisme » a su fédérer des groupes sociaux très diversifiés et retenir un vaste électorat populaire. droite berlusconienne à la droite hexagonale ; cha- tria les techniques de marketing. Le leader transalpin englobant l’extrême droite et s’étendant jusqu’au JOSSELINE ABONNEAU cune a des gènes nationaux propres. de la droite a aussi su prendre la mesure de la commu- centre droit. ÉTUDE Longévité. Qu’il soit au pouvoir ou dans Toutefois une mise en perspective de la longévité nication pour asseoir son rôle de chef face à une oppo- Face à une gauche atomisée et en déliquescence l’opposition, Silvio Berlusconi domine la scène poli- politique du Cavaliere et de la solidité de son ancrage sition incapable de faire émerger un leader et des idéologique, il a innové en menant d’une manière tique depuis plus de quinze ans et cela, malgré ses électoral recèle de précieux indicateurs susceptibles idées. décisive la bataille des valeurs. Bref, au-delà de sa frasques. Certes, le président du Conseil italien ne d’éclairer les voies politiques empruntées par la droi- Parmi les mérites politiques de Silvio Berlusconi, il faconde, Silvio Berlusconi a innové dans sa façon de s’est jamais frotté au suffrage universel, ce qui limite te française désormais unie. convient de souligner son rôle déterminant de pacifi- faire de la politique, par son talent à se concilier et à singulièrement la comparaison avec la France. Le président du Conseil italien a ainsi innové dans cateur et de fédérateur des droites italiennes. Ainsi, il fidéliser un large électorat bien ancré dans les cou- Vu de loin, rien n’autorise à assimiler d’emblée la la communication politique et en utilisant avec maes- a su les unifier pour occuper un vaste espace politique ches populaires. I La confiance des Italiens Les résultats de la droite par formation Écart de confiance Total Italie dans Berlusconi entre fév. et août 2009 -6 % EN % ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2004 ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2009 Variations … LA PLUS CRITIQUE … LA MOINS CRITIQUE 55 2004-2009 Forza Italia 20,9 % Âge 32,3 % PDL 35,2 % +2,5 % 25-34 ans 35-44 ans 0% Alliance nationale 11,4 % -12 % et 55-64 ans 45-54 ans -3 % Ligue du Nord 4,9 % Ligue du Nord 10,2 % +5,3 % Niveau d'instruction 50 Titulaire Certificat d'une maîtrise -9 % d'études -4 % Total 37,2 % Total 45,4 % +8,2 % Cat. socio-professionnelle 45 Chef d'entreprise, prof. libérale et -10 % Ouvriers -2 % ÉLECTIONS NATIONALES 2006 ÉLECTIONS NATIONALES 2008 Variations chômeurs 2006-2008 Forza Italia 23,7 % Salariés 36 % PDL 37,4 % +1,4 % 40 Alliance nationale 12,3 % Secteur public -10 % Secteur privé -2 % Ligue du Nord-MPA 4,6 % Ligue du Nord 8,3 % +3,7 % Ville Moins de De 10 000 10 000 hab. -8 % à 30 000 hab. -3 % Autres centre droit 2,3 % MPA 1,1 % -1,2 % 35 Pratique religieuse 2004 2005 2006 2007 2008 Sept. 2009 Total 42,9 % Total 46,8 % +3,9 % Régulière -9 % Jamais -3 % Source : M. Nando Pagnoncelli, Ipsos Italie 2009. Photo : Globepix. Comment «Il Cavaliere» domine la scène italienne depuis quinze ans M ais pourquoi les Italiens phoser, renforcer la transformation du l’arrivée des immigrés, l’Europe, la mon- votent-ils pour Berlus- Parti communiste en force réformiste, dialisation, gens de faible niveau d’ins- coni ? C’est la question favoriser le développement de la Ligue du truction, catholiques pratiquants, bref un que se posent nombre Nord et précipiter l’entrée en politique de vaste électorat populaire. de Français amoureux Silvio Berlusconi. Celui-ci révolutionne la Sa popularité est-elle immuable ? Les de l’Italie, souvent communication politique, utilise les tech- sondages d’Ipsos enregistrent ses fluctua- choqués par le comportement du prési- niques de marketing, et mobilise ses télé- tions (graphique 1). En 2004 et 2005, Ber- EN ITALIE dent du Conseil comme par le périlleux visions. Il s’érige en un leader à double lusconi, au pouvoir depuis 2001, a déçu ses LORS DES ÉLECTIONS conflit d’intérêts entre ses affaires privées face : d’un côté, l’homme qui se prétend électeurs. L’approche de l’élection et sa LÉGISLATIVES DE 2008 et ses responsabilités publiques qui nourrit nouveau ne respecte pas les règles, lève les campagne hyperactive font remonter sa 47% de fortes tensions et d’incessantes polémi- tabous, multiplie les provocations, cote de popularité, et il est battu d’une poi- ques. PAR MARC LAZAR enfreint les règles du métier politique ; de gnée de voix. Dans l’opposition, il se refait Deux rappels s’imposent d’emblée. PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS l’autre, au contraire, celui qui se veut une santé, profitant de l’impopularité du « À SCIENCES PO PARIS des suffrages D’abord, tous les Italiens ne votent pas homme d’État, tutoyant ses collègues, gouvernement Prodi. Réélu en 2008, avec ont été recueillis pour ce milliardaire, propriétaire d’un s’occupant des affaires du monde, redon- une majorité parlementaire absolue, il par la droite et le centre droit. groupe qui contrôle entre autres la moitié des chaînes de télévision : il dispose certes Il a mis nant de la fierté à son pays. connaît un état de grâce vite rompu, entre autres, par l’adoption de la loi Alfano (qui Absence d’un adversaire d’importants soutiens, mais suscite égale- ment une forte hostilité voire de la détes- ensemble de poids donnait une immunité aux quatre plus hautes charges de l’État, mais qui vient tation. Le président du Conseil n’est d’ailleurs pas élu au suffrage universel. des valeurs Berlusconi s’est adapté à la montée en puis- sance de la démocratie de l’opinion et à la d’être déclarée non conforme à la Consti- tution par la Cour constitutionnelle et qui Aux élections législatives, son parti, Forza Italia, a obtenu pour la désignation des contradictoires, personnalisation de la vie publique. Il s’est révélé un vrai acteur politique, exploitant est massivement rejetée par les Italiens). Sa popularité remonte au zénith au début de députés 23,7 % des suffrages en 2006 et, en 2008, devenu le Peuple de la liberté suite à tradition la crise de la gauche italienne incapable de se doter d’une identité, d’un projet, et de l’année 2009, en particulier au lendemain du tremblement de terre des Abruzzes alors sa fusion avec Alliance nationale, 37,3 % et modernité, constituer une alternative crédible. Il a qu’il se rend fréquemment sur place. Mais (tableau 1). Certes, Berlusconi en 2008 a pu unifié les droites en un seul parti, le Peuple elle baisse avec les révélations sur sa vie compter sur les 8,3 % de son allié de la libéralisme de la liberté, et scellé une solide alliance privée. Berlusconi a perdu 6 points Ligue du Nord, ce qui a concouru à porter le centre droit à près de 47 % des suffra- et protectionnisme, avec la Ligue du Nord à qui il donne en ce moment satisfaction sur presque tout. Il (tableau 3) en quelques mois. La chute est particulièrement prononcée chez les ges : mais, si les électeurs de cette forma- tion acceptent une union de raison avec sécurité occupe ainsi un vaste espace politique qui va des confins de l’extrême droite au centre catholiques pratiquants, les habitants des petites villes, les Méridionaux, soit l’Italie et compassion » « Il Cavaliere », ils n’ont jamais célébré un modéré. Berlusconi a su conquérir une traditionnelle, sans doute sensible aux cri- mariage d’amour avec lui et ne le recon- hégémonie « culturelle », en occupant le tiques venues de l’Église, mais également naissent pas comme un des leurs. Ensuite, Berlusconi, par deux fois, en 2001 et 2006, sociale vide laissé par la disparition de la Démocra- tie chrétienne et la faiblesse de la gauche. chez les chefs d’entreprise et les profes- sions libérales, préoccupés par la détério- a été battu par Romano Prodi. Il n’y a donc Il a mis ensemble des valeurs contradic- ration de l’économie italienne. Il perd aussi Page réalisée pas d’irrésistible ascension de Berlusconi fût-il inférieur à ses espérances, et, encore toires, tradition et modernité, Europe et chez les jeunes de 25 à 34 ans et les person- en collaboration fondé sur une télécratie toute-puissante. maintenant, sa popularité élevée ? À partir nation, libéralisme et protectionnisme, nes les plus âgées. avec le Centre du début des années 1990, l’Italie a été sécurité et compassion sociale, lutte contre À 73 ans, s’annonce sans doute l’autom- de recherches Un leader à double face ébranlée par une terrible crise politique. l’immigration clandestine et réconcilia- ne de Berlusconi. Qui toutefois inspire tou- politiques Néanmoins, Silvio Berlusconi domine la L’opération « Mains propres » des juges tion avec la Libye, etc. Cela lui permet de jours de la confiance à près d’un Italien sur de Sciences Po scène politique italienne depuis quinze milanais a aidé à faire tomber toute une cimenter son bloc social composé de grou- deux. Et qui bénéficie pour l’instant de plu- (Cevipof), ans, qu’il soit au pouvoir ou dans l’opposi- partie de la classe politique traditionnelle, pes très diversifiés : professions libérales et sieurs atouts : le contrôle d’une bonne par- tion. Comment interpréter sa présence disparaître les partis de gouvernement, en chefs d’entreprise (notamment dans le tie de la télévision et l’absence d’un adver- Centre associé obsédante, ses trois victoires électorales particulier la Démocratie chrétienne et le nord du pays), commerçants et artisans, saire de poids comme d’un candidat à sa au CNRS et dirigé de 1994, 2001 et 2008, son succès récent Parti socialiste, inciter le Mouvement mais aussi laissés-pour-compte de la succession dans son propre camp. Au par Pascal Perrineau aux dernières européennes (tableau 2), social italien, néofasciste, à se métamor- modernisation, personnes apeurées par royaume des aveugles… I SOCPRESSE SOCIÉTÉ DU FIGARO SA Directeur des rédactions Anne Huet-Wuillème Directeur artistique FIGAROMEDIAS Impression Ce journal se compose de : 14, boulevard Haussmann 14, boulevard Haussmann Étienne Mougeotte (Édition, Photo, Révision), Jean-François Labour L’Imprimerie, 79, rue de Roissy 9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09 Édition nationale 1er cahier 75009 Paris 75009 Paris Directeur délégué Sébastien Le Fol Tél. : 01 56 52 20 00 93290 Tremblay-en-France 18 pages Président-directeur général Jean-Michel Salvator (Culture, Figaroscope, Télévision), Rédacteurs en chef Fax : 01 56 52 23 07 Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux Cahier 2 Économie Serge Dassault Président 10 pages Serge Dassault Comité éditorial Paul-Henri du Limbert Debora Altman (Photo) ISSN 0182-5852 Cahier 3 Le Figaro et vous Administrateurs Président-directeur général Michel Schifres, vice-président (Politique, Société, Sciences), Graziella Boutet (Infographie) Pierre Conte Commission paritaire n° 0411 C 83022 12 pages Nicole Dassault, Olivier Directeur général, Édition IDF Dassault, Thierry Dassault, Directeurs adjoints Étienne de Montety Frédéric Picard (Édition) Pour vous abonner Du lundi au vendredi de 7 h à 17h ; Supplément 4 Figaroscope directeur de la publication de la rédaction (Débats et Opinions, Littéraire) , Direction, administration, rédaction samedi de 7 h à 12 h Tél. : 01 70 37 31 70 / Fax : 01 55 56 pages tabloïd Jean-Pierre Bechter, Olivier Francis Morel Gaëtan de Capèle (Économie), Pierre Rousselin (Étranger) 56 70 11 www.lefigaro.fr, rubrique abonnez-vous A Costa de Beauregard, Benoît Directeur de la rédaction 14, boulevard Haussmann Habert, Bernard Monassier, Éditeur Anne-Sophie von Claer et Yves Thréard (Enquêtes, du Figaro.fr 75438 Paris Cedex 09 Tél. : 01 57 08 50 00 Formules d’abonnement pour 1 an Rudi Roussillon Frédérick Cassegrain (Style, Art de vivre, So Figaro), Opérations spéciales, Sports) Luc de Barochez direction.redaction@lefigaro.fr Club : 395 €. Semaine : 229 €. Week-end : 195 €.
  • Études politiques Figaro-Cevipof 16 mardi 8 septembre 2009  Barack Obama: force et faiblesse d’une popularité encore élevée ÉTATS-UNIS La politique économique Popularité de Barack Obama en 2009 Popularité des six derniers présidents Moyenne d'appréciation positive pour les présidents et sociale commence EN % DE CEUX QUI APPROUVENT* SONDAGE SEPT MOIS APRÈS LEUR ARRIVÉE AU POUVOIR DEPUIS 1945, DATES DE MANDAT à peser sur la cote de popularité de Barack 70 Barack Obama John Kennedy (1961-1963) 70,1 % Photos : Le Figaro, Rue des archives Obama, passée sous le seuil 56 % des 60 % au début de l’été. 67 66 Dwight Eisenhower (1953-1961) 65 % Homme du renouveau de la George W. Bush gauche américaine, le premier 55 % George H.W. Bush (1989-1993) 60,9 % président afro-américain doit compter aujourd’hui avec Lyndon Johnson (1963-1969) 55,1 % l’émergence d’un scepticisme Bill Clinton croissant dans l’opinion alors 44 % Bill Clinton (1993-2001) 55,1 % que se profilent les élections 60 de mi-mandat en 2010. Barack Ronald Reagan (1981-1989) 52,8 % Obama perd notamment George H. W. Bush du terrain dans le domaine économique et social 69 % George W. Bush (2001-2009) 49,4 % (couverture sociale universelle, plans économiques). *La question utilisée pour mesurer la popularité du Ronald Reagan Richard Nixon (1969-1974) 49 % Ce renversement de tendance président est la suivante : est d’autant plus significatif pour « Approuvez-vous ou désapprouvez-vous le travail 60 % Gerald Ford (1974-1977) 47,2 % « l’as » de la communication que Barack Obama fait en tant que 17-23 août et de la pédagogie de masse président ? » (do you approve or disapprove of the job Barack Obama is doing Jimmy Carter Jimmy Carter (1977-1981) 45,5 % qu’il avait fait la différence sur as President ?) % de ceux qui approuvent. 52 ce dossier lors de la campagne 21-25 janvier 4-10 mai 17-23 août 60 % Harry Truman (1945-1953) 45,4 % présidentielle. Graphique 1 Graphique 2 Graphique 3 Source : Gallup Toutefois, la cote de Barack Obama reste encore à un niveau élevé sans atteindre les sommets LA VICTOIRE de Barack Obama qu’elle est mesurée régulièrement Mais il faut reconnaître que les En décembre 2008, 10 % seule- maintenant dans l’âge d’Obama. de celle de ses prédécesseurs à l’élection présidentielle du par l’institut Gallup (1), est passée temps ont changé, la crise écono- ment des Américains déclarent (…) Il y a un nouveau progressisme. George H. W. Bush, Ronald 4 novembre 2008 a été marquée en dessous de la barre des 60 %. mique et financière frappe dure- être satisfaits de « la manière dont Même pendant les huit années de Reagan et Jimmy Carter. par un engouement populaire Depuis son entrée en fonction, fin ment la société américaine et éro- les choses vont aux États-Unis ». Le Bill Clinton, il était l’otage des poli- J. A. que le Parti démocrate n’avait janvier 2009, il a perdu 15 points et de sa capacité d’enthousiasme déclin est vertigineux depuis le tiques républicaines. Il faisait par- pas connu depuis plusieurs la chute est particulièrement sen- vis-à-vis des politiques. En dépit début des années 2000 : en tie intégrante de l’ère Reagan. décennies. Avec 53 % des voix, le sible depuis le mois de juillet. de ce contexte tumultueux, le pré- décembre 2001, ils étaient 70 % à Aujourd’hui, c’est une nouvelle ère, courant de popularité en faveur Dans un premier temps, sident Obama garde une populari- l’ère la plus progressiste en matière du candidat démocrate a mobili- Barack Obama a su renouer avec té nettement positive. politique depuis 1964 avec Lyndon sé des groupes qui jusqu’alors des niveaux très élevés de popula- On retrouve dans cette popu- Par Johnson. » boudaient souvent les urnes : les rité, que son prédécesseur démo- larité élevée les caractéristiques de Pascal Perrineau Pour l’instant, le leader « trans- jeunes, les Noirs, les Américains crate, Bill Clinton, n’avait pas sa victoire électorale de 2008 : un formationnel » semble emporter la d’origine hispanique. connus. Sept mois après son arri- soutien record chez les jeunes conviction sur le terrain de la poli- Depuis son entrée en fonction vée au pouvoir, sa popularité pré- (64 % de job approval chez les jeu- tique étrangère et sur celui du ter- à la Maison-Blanche le 20 janvier sidentielle est à 56 %, à 12 points nes de 18 à 24 ans contre 48 % chez rorisme, mais la résistance de l’ère Page réalisée 2009, le nouveau président est res- devant celle de Bill Clinton mais au les plus de 65 ans), les minorités ancienne est plus forte sur le ter- en collaboration té à un haut niveau de popularité même niveau, peu ou prou, que ethniques (76 % chez les non- rain économique et social. Depuis avec le Centre de recherches (voir graphique 1) mais les pre- celle atteinte par George W. Bush à Blancs contre 46 % chez les le début de l’été, les difficultés politiques de Sciences Po miers signes d’une érosion se font l’été 2001 et en deçà des populari- Blancs) et les Américains modestes s’accentuent et les reproches com- (Cevipof), centre associé sentir particulièrement sur le ter- tés enregistrées pour George H. W. (64 % chez les Américains dont le mencent à fuser particulièrement au CNRS et dirigé rain économique et social. Depuis Bush, Ronald Reagan ou encore revenu mensuel est inférieur à sur le terrain économique (effica- par Pascal Perrineau. juillet 2009, la popularité, telle Jimmy Carter (voir graphique 2). 2000 dollars contre 50 % chez ceux cité du plan de relance, aide qui disposent d’un revenu supé- être satisfaits, 50 % en décem- apportée à General Motors, coût rieur à 7 500 dollars) (2). bre 2003, 45 % en décembre 2004, des dépenses publiques…) et sur 36 % en décembre 2005, 30 % en le terrain social (réforme du systè- La société américaine décembre 2006 et 27 % en décem- me de santé et de la couverture reste inquiète bre 2007. Le rendez-vous de sociale). Si cette popularité ne faiblit décembre 2009 sera décisif pour le Si Barack Obama convainc une pas, Barack Obama pourra peut- destin de la popularité d’Obama et majorité parfois large d’Améri- être intégrer le club des présidents on verra si son action présidentiel- cains sur le terrain des affaires américains populaires (Lyndon le réussit à inverser la courbe sans étrangères, sur la situation en Irak, Johnson, Ronald Reagan, George cesse montante des insatisfactions sur la situation en Afghanistan ou H. W. Bush) sans prétendre rejoin- des citoyens américains de l’ère encore sur le terrorisme, il est, dre les stars de popularité qu’ont Bush. Ce n’est qu’alors que l’on depuis le début de l’été, en minori- été, en leur temps, Dwight Eisen- pourra juger de la capacité de té sur les affaires économiques et hower et John Kennedy. Ainsi, si la Barack Obama de pouvoir entrer sociales. 55 % des personnes inter- popularité de Barack Obama est au panthéon des présidents les rogées le désapprouvent sur la élevée, elle n’est pas, contraire- plus populaires. question du déficit du budget fédé- ment à ce que l’on entend souvent Tout dépendra de la capacité ral, 50 % sur celle de la politique du en France, exceptionnelle au du président actuel à inscrire sa Healthcare et 49 % sur celle, plus regard de l’histoire de la popularité présidence dans la lignée des large, de la gestion de l’économie. des douze présidents nord-améri- grandes « présidences de transfor- Sur ce dernier point, la désappro- cains élus depuis l’après-guerre mation » (transformational presi- bation a progressé de 19 points (voir graphique 3). dency) que les États-Unis ont pu depuis début février. La popularité du président connaître dans le passé. James Obama s’enracine à la fois dans la MacGregor Burns, dans son étude L’économie, priorité rupture avec G. W. Bush, qui du leadership politique (Lea- des Américains atteignait, en fin de mandat, des dership, Harper and Raw, New Les « fondamentaux » de la plafonds d’impopularité (27 % York, 1978), a été le premier à politique étrangère, de l’image des seulement d’appréciations positi- introduire cette notion de trans- États-Unis à l’étranger, des quali- ves en novembre 2008). À cet formational leadership, un lea- tés personnelles restent au beau égard, Barack Obama est « l’anti- dership qui crée un changement fixe, mais les nuages se profilent à Bush ». significatif dans la vie des gens et l’horizon du paysage économique Mais sa popularité ne peut se des organisations et qui redessine qui reste aux yeux des citoyens résumer à ce seul rejet du prési- les perceptions et les valeurs, qui américains le terrain de bataille dent sortant. Il y a aussi l’impact change les attentes et les aspira- décisif où se feront les victoires et d’un style Obama fait à la fois de tions de ceux qui suivent le leader. les défaites politiques de demain. fermeté, de vision et de proximité Ce type de leadership rappelle la En juillet (10-12 juillet), 69 % avec ses concitoyens. Alors que sa figure de la « présidence de des Américains pensaient que popularité globale a décliné, il reconstruction » que le politolo- l’économie en général est le pro- garde en juillet 2009 une image gue Stephen Skowronek, dans son blème le plus important auquel le personnelle et politique très forte remarquable ouvrage The Politics pays est confronté aujourd’hui ; qui en renforce la dimension cha- Presidents Make. Leadership from 38 % le chômage ; 19 % le manque rismatique. 67 % des Américains John Adams to George Bush (The d’argent, 16 % le système de santé. pensent qu’il est un « leader fort et Belknap Press of Harvard Univer- À l’été 2008, avant le déclenche- capable de décider », 66 % qu’il sity Press, 1993) avait associée à ment de la crise économique et comprend « les problèmes aux- Abraham Lincoln et à Franklin financière, ils n’étaient que de 20 à quels les Américains sont confron- Delano Roosevelt. Le président 30 % à mentionner l’économie. tés dans leur vie quotidienne » et reconstructeur est celui qui crée C’est sur l’économie que Barack 59 % qu’il peut « diriger le gouver- un « nouveau régime ». Obama s’est imposé il y a un an, nement avec efficacité ». c’est sur le terrain de l’économie et Barack Obama a su redonner La fin d’une ère du social qu’il rencontre ses pre- aux Américains confiance dans ouverte par Reagan mières vraies difficultés, que sa l’institution de la présidence Le New Beginning de Reagan popularité, encore bien réelle, (25 % seulement de confiance en comme le New Deal de Roosevelt peut ternir et que les ambitions 2007, 51 % en 2009) alors que la ont mis en place de nouveaux régi- d’une présidence « transforma- confiance dans les banques s’est mes au sens où l’entend Joseph tionnelle » rencontreront le plus effondrée (41 % en 2007, 22 % en Skowronek. Qu’en est-il de la pré- d’obstacles 2009). Mais, globalement, le sidence Obama ? Douglas Brin- niveau de confiance dans les ins- kley, professeur d’histoire à Rice (1) Tous les sondages cités dans cet titutions politiques reste faible : University et biographe de nom- article sont des sondages de l’insti- 17 % pour le Congrès, 28 % pour breux présidents américains, dit tut Gallup que l’on peut consulter la justice, 39 % pour la Cour qu’il croit que l’élection d’Obama sur le site http://www.gallup.com/ suprême. La société américaine a marqué la fin d’une ère ouverte home.aspx reste inquiète et même parfois par Reagan. « L’âge de Reagan a (2) Sondage Gallup 27 juillet- A très inquiète. duré de 1980 à 2008. Nous sommes 2 août 2009 Obama Job Approval.
  • Études politiques Figaro-Cevipof 14 mardi 2 juin 2009  Nicolas Sarkozy ou le présidentialisme assumé EXÉCUTIF Le chef de l’État a imposé, Considérez-vous que les qualificatifs suivants dans le style et la forme, s'appliquent bien à Nicolas Sarkozy ? EN % DE RÉPONSES POSITIVES 50 Capable de réformer le pays un nouveau mode d’exercice du pouvoir. Dynamique 85 48 Sympathique La personnalité du président, Courageux 75 46 À la hauteur des événements son activisme, son style et ses Sait prendre choix politiques révèlent une des décisions difficiles 66 42 Fait ce qu'il dit Source : Sondage CSA/Le Parisien Mai 2009 forme singulière de l’exercice A une stature du pouvoir présidentiel. internationale 64 41 A un vrai projet pour la France Toutefois, « la fibre Fait un bon président bonaparto-gaulliste A le sens de l'État 60 41 de la République qui constitue l’un des tempéraments majeurs Sait où il va 54 36 Proche des gens de la droite française » Apporte des solutions innerve le « sarkozysme », Compétent 54 30 aux problèmes des Français affirme Pascal Perrineau. Tant dans l’exercice Maîtrise bien ses dossiers 52 L'image de Nicolas Sarkozy 26 Suffisamment à l'écoute de tous les Français LE FIGARO du pouvoir que dans l’usage de la médiatisation, le président Dans le temps long des cultures politiques re, qui ne soit conférée et maintenue par lui, dans la transgression des barrières qui sépa- interrogées ainsi que des qualités liées à la a mis ses pas dans ceux françaises, on découvre des continuités enfin qu’il lui appartient d’ajuster le domaine rent vie publique et vie privée et même au dimension la plus régalienne de la fonction de ses prédécesseurs : et des ruptures permettant de cerner suprême qui lui est propre avec ceux dont il sein du privé, vie intime et vie non intime. La (sens de l’État, stature internationale) sur il n’a pas inventé la réalité de l’exercice sarkozyste attribue la gestion à d’autres… » François privatisation de l’espace public n’a, là aussi, laquelle il s’était nettement imposé face à l’hyperprésidentialisation, du pouvoir : pérennité et affirmation Mitterrand a maintenu la lecture gaullienne pas attendu Nicolas Sarkozy pour s’épa- Ségolène Royal et qui a été réactivée lors de que pratiquaient déjà du présidentialisme, mariage intime des institutions en préservant les prérogati- nouir. Famille et politique présidentielle ont sa présidence de l’Union européenne. de Gaulle et Mitterrand, de l’action politique et de l’action ves du président. À peine élu, il déclarait le pu être intimement mêlées sous François Cependant, les attentes vis-à-vis de la fonc- mais il l’a poussée plus loin. médiatique et adaptation de l’exercice 2 juillet 1981 : « J’exercerai dans leur plénitude Mitterrand ou sous Jacques Chirac. En tion présidentielle ont évolué dans la société Il n’a pas innové « en articulant du pouvoir à une société qui a changé. les pouvoirs que me confère la Constitution revanche, l’exposition d’une certaine intimi- d’aujourd’hui. On l’avait déjà ressenti lors étroitement exercice du pouvoir (…). Nul n’ignore, au sein du gouvernement té de la vie d’un président est davantage liée de la campagne présidentielle. Les électeurs présidentiel et maîtrise comme ailleurs, que le président de la Répu- à la présidence Sarkozy. Elle comporte des hésitent entre un président en pleine « capa- de l’agenda médiatique », Par Pascal Perrineau * blique peut à tout moment faire prévaloir risques car si l’intime est dévoilé, il y a trans- cité », sachant manier l’autorité et éventuel- mais il exploite un registre l’opinion qu’il a de l’intérêt national. » gression et cela peut troubler, après les avoir lement la distance qui sied à tout pouvoir ouvert par Giscard d’Estaing. Hyperprésidence ne veut pas dire omni- attirés, les citoyens qui y assistent. Ce dévoi- suprême, et une autre figure, celle d’un pré- La modernité du sarkozysme potence. Nicolas Sarkozy exerce une empri- lement de la vie personnelle du président, sident plus proche, plus « ordinaire », « sans réside, selon Pascal Perrineau, se sur l’État plus clairement affichée, par particulièrement sensible dans l’année qui a qualités ». Ces deux figures de la « capacité » « dans la transgression exemple, que celle de Georges Pompidou suivi la victoire du 6 mai 2007, a pu coûter et de la « proximité » se sont affrontées en des barrières qui séparent hier. Mais cette emprise n’est pas plus forte cher à Nicolas Sarkozy en termes d’image et 2007, elles sont toujours à l’œuvre en 2009. vie publique et vie privée, sur l’État de 2009, elle l’est incomparable- de popularité. Sur cette deuxième dimension plus empa- et même, au sein du privé, ment moins que sur l’État de 1969. thique et moins verticale, Nicolas Sarkozy vie intime et non intime ». Enfin, la réforme de la Constitution mise Les deux corps du président est moins bien placé. Les inquiétudes et fra- À l’aune de la place en œuvre à l’été 2008 revalorise beaucoup le Ce nouveau style d’exercice du lea- gilités liées à la crise redonnent à cette du libéralisme dans l’histoire Un bonapartisme du XXIe siècle rôle de contrepoids du Parlement. dership qui peut ignorer la part d’ombre et deuxième dimension un espace et expli- de France, Lucien Jaume Le présidentialisme renforcé de Nicolas de distance qui participe de l’autorité prési- quent la position plus difficile de Nicolas montre comment Sarkozy est décodé comme un signe d’une L’omniprésence médiatique dentielle traditionnelle est à l’origine d’un Sarkozy lorsqu’on demande à l’opinion de Nicolas Sarkozy s’emploie « dérive monarchique », au mieux, autoritai- Nicolas Sarkozy n’est pas le premier pré- processus de désymbolisation dont il est dif- savoir si la notion de « bon président de la à adapter ses convictions re, au pire. Or, la plupart des monarchies sident à articuler étroitement exercice du ficile de mesurer tous les effets. Pour repren- République » s’applique bien à lui. libérales en phase sont héréditaires et dynastiques. La référen- pouvoir présidentiel et maîtrise de l’agenda dre les catégories de Kantorowicz (« Les Dans le style et dans la politique, dans la avec la mondialisation au rôle ce, telle que l’avance Alain Duhamel, à un médiatique. Giscard faisant figurer sa fille deux corps du Roi »), le « corps naturel », forme et dans le fond, le sarkozysme, tout en de l’État, auquel les Français « bonapartisme du XXIe siècle » et à un sur les affiches de la campagne présidentiel- prosaïque qui marque la proximité d’un étant très marqué par la modernité, s’inscrit sont historiquement attachés. « pouvoir consulaire » est plus pertinente le de 1974, Mitterrand donnant en 1985 des président suractif, a envahi le « corps politi- selon René Remond, dans «cette combinai- « Depuis son élection, note-t-il, dans la mesure où elle implique la conserva- leçons de modernité langagière et médiati- que », hiératique qui symbolise la distance son de la référence au peuple souverain et de la ligne Sarkozy apparaît tion de la forme républicaine de la France et que au journaliste très branché qu’était Yves et la solennité de la République. Pour l’ins- l’aspiration à un pouvoir fort, cette alliance comme un mixte d’étatisme la suprématie du pouvoir d’un homme légi- Mourousi, Jospin poussant la chansonnette tant, le premier corps l’emporte sur le de l’autorité et de la démocratie, assortie ou d’esprit sécuritaire et de foi timé par le suffrage universel. dans une émission de Patrick Sébastien… la second. La « personne » a envahi la « fonc- d’une tonalité sociale, le tout accompagné dans la liberté des individus. » Si Nicolas Sarkozy a poussé plus loin le « politique spectacle » est une vieille affaire. tion » et a perturbé le cérémoniel, davantage d’une intention ou d’une affectation de J. A. processus que ne l’avaient fait ses prédéces- En revanche, enfant lui-même de la télé- solennel, auquel la République gaullienne modernité », caractéristique de cette fibre seurs, l’hyperprésidentialisation n’a pas été vision, le président actuel a épousé plus nous avait habitués. Il est frappant de voir bonaparto-gaulliste qui constitue un des inventée par lui. Souvenons-nous du général étroitement les logiques de la communica- que l’enquête CSA sur l’image de Nicolas tempéraments majeurs de la droite françai- de Gaulle lors de la conférence de presse du tion audiovisuelle et les a poussées à leur Sarkozy (infographie ci-dessus) propulse au se. Comme tout pouvoir qui marque, Nico- 31 janvier 1964 : « Il doit être évidemment point d’orgue. La communication accompa- premier plan des qualités liées à la « person- las Sarkozy invente et perpétue. entendu que l’autorité indivisible de l’État est gne intimement l’action politique à tous ses ne » : le dynamisme, le courage, la capacité à confiée tout entière au président par le peuple stades. prendre des décisions difficiles qui définis- * Directeur du Centre d’études qui l’a élu, qu’il n’en existe aucune autre, ni Une des caractéristiques fortes de ce sent l’activisme présidentiel lui sont accor- de la vie politique française (Cevipof)-Centre ministérielle, ni civile, ni militaire, ni judiciai- nouveau registre communicationnel réside dés par plus des deux tiers des personnes de recherches politiques de Sciences Po. Le chef de l’État est-il un libéral? Son pragmatisme n’est pas liberté en France ; c’est l’État qui, durant la à la façon américaine. S’impose en effet cette revanche, réformer les institutions et le ser- une rupture dans notre histoire. monarchie, sous la Révolution, avec Napo- mission de préserver l’égalité et de protéger vice public, lutter contre la crise appelle un léon, puis dans la continuité républicaine, a les plus faibles qui témoigne de plus loin que volontarisme d’État assez voyant. Ce prag- TOUT président est contraint à prendre en été le fabricant de l’unité nationale, le pro- l’idée républicaine du XIXe siècle : c’est la matisme étatico-libéral n’est pas une ruptu- charge l’histoire de la France. À tra vers l’opi- tecteur du lien social et le défenseur de marque de la lutte contre l’Ancien Régime et re dans notre histoire, pas plus que la per- nion publique et les institutions, le passé valeurs universelles à l’extérieur. En même les privilèges déclarés et officialisés par la loi. sonnalisation du pouvoir destinée à exerce une forme de présence. Pour savoir si temps, par les droits de l’homme, le Code dramatiser les changements. Sarkozy est Sarkozy appartient au libéralisme, il civil, l’école laïque et les voies de l’élitisme Favoriser l’émergence de règles républicain et libéral, partie par conviction, convient de comparer avec la culture de la républicain, l’État favorise la liberté en Sarkozy a des convictions libérales, en partie par devoir d’État : la prose de son liberté en France. Ce terrain est plus assuré l’encadrant. Ce n’est pas contraire aux prin- phase avec la mondialisation, mais il doit les action est de tradition française, son lyrisme que celui d’un « sarkozysme » hypothétique, cipes libéraux, malgré ceux qui croient que le adapter au rôle de l’État auquel les Français ou son vedettariat participe à la mondialisa- Page réalisée en collaboration étant donné qu’il est encore trop tôt et, sur- libéralisme est le désordre. Dans le cadre du sont attachés, tantôt comme pacificateur tion. Il faut distinguer les deux registres que avec le Centre de recherches tout, compte tenu du pragmatisme foncier libéralisme gouvernant, depuis Guizot jus- dans nos guerres civiles tantôt comme pro- l’acteur marie habilement sur la scène politi- politiques de Sciences Po de ce président. Depuis son élection, la ligne qu’à Giscard d’Estaing ou Balladur, l’État a tecteur des services d’intérêt général. Don- que nationale et internationale. (Cevipof), de Sarkozy apparaît comme un mixte d’éta- privilégié l’appel à une liberté organisée d’en ner davantage la parole à la société, favoriser LUCIEN JAUME centre associé au CNRS tisme, ou d’esprit sécuritaire et de foi dans la haut, plus que la libre association des indivi- l’émergence de règles chez les acteurs eux- (Directeur de recherches Sciences Po et dirigé par Pascal Perrineau liberté des individus. Telle est la culture de la dus, des communautés locales et des intérêts mêmes, tel est et restera le pôle libéral ; en Cevipof CNRS) ÉVÉNEMENT ROLAND-GARROS SUR RENDEZ-VOUS PLACE DES MOUSQUETAIRES EN DIRECT ET EN PUBLIC Jean-Marc MORANDINI Lundi - Vendredi • 11h00 - 14h00 Alexandre DELPÉRIER et Fabrice SANTORO Lundi - Jeudi • 20h00 - 22h30 Alexandre RUIZ et Fabrice SANTORO Vendredi • 20h00 - 22h30 Samedi - Dimanche • 15H00 - 23H00 europe1.fr A
  • Études politiques Figaro-Cevipof 16 mardi 26 mai 2009  Le socialisme européen en panne de modèle ÉLECTIONS EUROPÉENNES À l’aune du reflux de leur Le PS dans les urnes depuis 1974 EN % DES SUFFRAGES EXPRIMÉS présence gouvernementale dans les États de l’Union Les candidats où ils gouvernent dans huit du parti pays contre onze en 2001, socialiste 1981 et 1988 1995 et 2002 2007 François Mitterrand Lionel Jospin Ségolène Royal les sociaux-démocrates aux présidentielles pourraient enregistrer une nouvelle perte 35 34,10 d’influence le 7 juin, date du renouvellement du Parlement européen. 30 28,9 Européennes En dépit de la crise 25,87 Présidentielle et de leurs incantations 25 25,85 au retour de l’État providence, 23,30 les sociaux-démocrates peinent 24,73 Législatives à se mettre en phase avec leur 20 23,53 électorat historique. En France, le PS a toujours tenu 16,18 ses distances avec les tentatives 19,1 15 de « modernisation » de la Source : sondages social-démocratie notamment post-présidentiels Sofres, vis-à-vis du « blairisme ». 10 Cevipof, Ifop Néanmoins, le PS n’est pas 1972 1975 1978 1981 1984 1987 1990 1993 1996 1999 2002 2005 2008 parvenu à enrayer la désaffection des ouvriers, employés et LE FIGARO des personnels de la fonction publique. Sa nature profonde l’y À l’instar de la gauche réformiste assumer l’exercice du pouvoir comme l’ont ou avec celles qui sont sur sa gauche ? Son notamment en matière d’éducation, de empêche. C’est ce que démontre européenne, le PS est confronté montré Alain Bergounioux et Gérard Grun- électorat présente une structure compara- recherche et de formation professionnelle. Marc Lazar, qui met au jour à un vide d’identité. berg dans L’ambition et le remords. Les ble à celle de la plupart des autres partis de Alors qu’elle a partout nourri discussions les principaux points socialistes français et le pouvoir. gauche : des salariés de plus de 50 ans, et controverses, le PS a majoritairement d’achoppement. « Le PS, qui n’a CHAQUE parti qui compose le socialisme Les années Mitterrand, de 1971, lors- appartenant plutôt au secteur public, choisi de l’esquiver ou de la dénigrer. jamais procédé à un vrai bilan européen présente des points communs que celui-ci s’empare du nouveau PS, à vivant dans des grandes villes, diplômés, Aujourd’hui, avec la crise financière et éco- historique de la gauche et du avec les membres de cette famille et des 1995, date de la fin de sa seconde présiden- partageant des valeurs « libertaires » ; en nomique, il pense que le « social-libéralis- communisme, cède une fois particularités déterminées par une longue ce, représentent un tournant. Dans un pre- revanche, il ne comporte guère de jeunes, me » est mort et que le temps de l’État est encore à ses vieilles inclinations : histoire et son insertion dans le système mier temps, la stratégie de l’union avec le de catégories populaires, de précaires ou de retour, ce qui lui donnerait rétrospecti- il gauchit son discours contre politique national. Le socialisme en Fran- PCF accentue ses traits avec sa volonté de de salariés du privé. vement raison. le capitalisme sous la pression ce, quel que soit le nom que le parti ait pris rompre avec le capitalisme, son vaste pro- Le PS, à l’instar de toute la gauche Le PS, qui n’a jamais procédé à un vrai de la gauche radicale désormais au fil du temps, a néanmoins d’indéniables gramme de nationalisations et sa critique européenne, est confronté à un vide bilan historique de la gauche et du com- plus trotskiste que communiste. » singularités au regard des partis sociaux- de la « timidité » sociale-démocrate. Pa- d’identité : son réformisme ne s’avère guè- munisme, cède une fois encore à ses Pour Pascal Perrineau, le vote démocrates d’Allemagne, d’Autriche et des reille continuité coexista avec les ruptures re tranchant ni mobilisateur et encore vieilles inclinations : il gauchit son dis- socialiste « n’est plus l’expression pays scandinaves. introduites par François Mitterrand, com- moins son socialisme. Enfin, il butte sur la cours contre le capitalisme sous la pres- politique privilégiée des couches À la différence des puissantes machi- me l’assimilation de la logique présiden- question du leadership, non point par sion de la gauche radicale désormais plus populaires ». En un quart nes sociales-démocrates, le PS, doté d’une tielle des institutions de la Ve République. manque de talents mais parce que l’autori- trotskiste que communiste. Les autres de siècle de consultations fragile organisation, n’entretient que des té du leader est affaiblie par sa tradition- partis socialistes et sociaux-démocrates politiques, sa base électorale liens lâches avec les confédérations syndi- Crise du leadership nelle culture des égaux et la compétition cherchent quant à eux à inventer de nou- s’est rétrécie. À preuve en 2007 cales, à l’exception de ceux noués avec les Dans un second temps, à partir du entre les ego. velles formes de régulation et à lutter « la proportion de bourgeois, syndicats des enseignants. De même, il n’a tournant de la rigueur, en 1983-1984, contre les inégalités sociales qui se sont cadres et professions toujours eu qu’un faible enracinement s’amorce une conversion forcée à une Le poids considérable creusées sans renoncer à leur acceptation intellectuelles ayant voté dans la société, hormis dans le Nord-Pas- culture pragmatique de gouvernement, de la fonction publique de l’économie de marché, à l’impératif de à gauche étant équivalente de-Calais. Son électorat était et reste moins assez semblable à celle des autres socialis- Connaître des tourments comparables la réforme de l’État et au refus de l’esprit à celle des ouvriers qui ont fait important qu’ailleurs en Europe et la clas- tes européens, et, de manière quasi hon- signifie-t-il pour autant que le PS est désor- d’assistance. de même ». se ouvrière y occupe une portion congrue. teuse, au réformisme comme référence mais un parti socialiste comme les autres ? Enfin, le PS est plus dépendant du J. A. identitaire. Débarrassé du défi communis- Le PS conserve encore des traits qui le spé- secteur public et de la fonction publique Le tournant des années Mitterrand te (le PCF s’est effondré en quelques cifient. Ses traditionnelles faiblesses orga- qui exercent un poids considérable et, En outre, le PS a été confronté à la vive années), le PS se rapproche alors des partis nisationnelles continuent de le différencier en un certain sens, se servent désormais concurrence du PCF, qui, de 1945 à la fin sociaux-démocrates. Un rapprochement comme son positionnement idéologique. de lui pour imposer leurs propres inté- des années 1970, l’a largement dominé. facilité par sa pleine intégration au sein de La grande entreprise de rénovation de la rêts. Ainsi, bien que le PS adhère au Cela a accentué ses propres caractéristiques l’Internationale socialiste et du Parti socia- gauche des années 1990, symbolisée par le manifeste du PSE pour les élections idéologiques et politiques : l’obsession de liste européen (PSE). blairisme, visait à relancer une social-dé- européennes, il s’avère à la fois un parti ne pas avoir d’ennemi sur sa gauche, le La situation présente du PS est proche mocratie en voie d’épuisement par l’assi- socialiste comme un autre et irréducti- refus du réformisme, la réticence au com- de celle du reste de la gauche réformiste milation du libéralisme, la reconnaissance blement différent. promis, l’inclination à la radicalité, un goût européenne. Comme les autres partis, le de l’économie de marché sans approuver MARC LAZAR prononcé pour l’intransigeance doctrinale, PS est confronté à un dilemme de straté- la dérégulation généralisée et le déploie- une propension à la division, la difficulté à gie : faut-il s’allier avec les forces centristes ment de politiques publiques innovantes, * Professeur des universités à Sciences Po. Le PS perd son audience populaire En 1988, Mitterrand réunissait 41 % du vote ouvrier au premier Vote en faveur du PS au 1er tour de la présidentielle tour de la présidentielle. En 2007, Royal n’en attirait plus que 25 %. Vote ensemble électorat Vote ouvrier Vote des cadres et professions intellectuelles DANS sa période de gloire, l’électorat 41 socialiste a su agréger trois types d’électo- 35 rats : l’électorat ouvrier et plus largement 29 26 des couches populaires (ouvriers et em- 23 25 25 25 ployés), celui de la fonction publique et 21 18 celui des bourgeois à haut niveau de diplô- 16 13 Source : me dont une partie s’incarne dans la caté- sondages gorie des bobos. En 1988, François Mit- post-présidentiels Sofres, Cevipof, terrand attirait, au premier tour, 41 % du Ifop vote ouvrier, 37 % de celui des employés, 40 % de celui des fonctionnaires et 29 % du 1988 1995 2002 2007 vote des cadres et professions intellectuel- LE FIGARO bourgeoisement de l’électorat socialiste. En savoir plus extrême ainsi que la « gauche de la gau- Par Pascal Perrineau * Cette évolution est encore plus sensible che » attirent autant sinon plus que le PS. quand on compare les seconds tours de - A. Bergounioux, G. Grunberg, L’Ambition Dans le dernier sondage d’intentions de 1988 et de 2007, où le candidat socialiste et le Remords. Les Socialistes français vote pour les européennes réalisé par représente l’ensemble de la gauche : en et le pouvoir, l’Ifop pour Paris Match, 19 % seulement 1988, François Mitterrand captait 75 % du Paris, Pluriel, 2007. des ouvriers annoncent un vote PS, 14 % vote ouvrier et 50 % du vote des cadres et - E. Külahci, La Social-démocratie un vote MoDem, 15 % un vote UMP, professions intellectuelles, en 2007 Ségolè- et le chômage, Bruxelles, 24 % un vote pour les forces de « la droite ne Royal rassemble seulement 48 % du Éd. de l’Université de Bruxelles, 2008. de la droite » (FN et souverainistes) et vote ouvrier et 46 % du vote des cadres et - R. Lefebvre, F. Sawicki, La Société 22 % un vote pour la « gauche de la gau- professions intellectuelles. La chute est des socialistes. Le PS aujourd’hui, che ». Le vote bourgeois en faveur du PS vertigineuse en milieu ouvrier (– 27 %) Bellecombes-en-Bauge, Éd. du Croquant, continue en revanche à prospérer : alors que l’érosion n’est que faible en 2006. 35 % des cadres supérieurs et professions les. Vingt ans plus tard, en 2007, la candi- milieu bourgeois (– 4 %). En 2007, la pro- libérales s’apprêtent à voter en faveur des date socialiste ne recueille que 25 % du portion de bourgeois, cadres et professions milieu ouvrier qu’en milieu bourgeois, en listes socialistes. Le « peuple » est électo- vote ouvrier (– 16 %), 24 % du vote des intellectuelles qui ont voté à gauche (46 %) 1995 il faisait 4 points de moins, en 2002, ralement une force de plus en plus employés (– 13 %), 29 % du vote des sala- est équivalente à celle des ouvriers qui ont 5 points et en 2007 il faisait jeu égal (voir indomptable et imprévisible, le Parti riés du public (– 11 %) et 25 % du vote des fait de même (48 %). En 1988, le différentiel graphique ci-dessus). Ségolène Royal s’est socialiste en souffre. cadres et professions intellectuelles entre ces deux pourcentages était de contentée de stopper le processus d’em- (– 4 %). 25 points, il n’est plus en 2007 que de deux bourgeoisement du PS, elle ne l’a pas du * Directeur du Centre d’études La chute d’influence dans les milieux points. La polarisation politique recoupait tout inversé. de la vie politique française (Cevipof)-Centre populaires et dans le monde du public une forte polarisation sociale. Ce n’est plus Cette perte massive des couches de recherches politiques de Sciences Po. est sévère et dépasse en intensité l’éro- le cas aujourd’hui. populaires est sensible dans l’ensemble sion de l’influence nationale (Ségolène de la famille socialiste en Europe. Ce qui a I Précision : dans l’article intitulé Royal a rassemblé 9 points de moins que Une force de plus en plus imprévisible été politiquement et idéologiquement « D’où viennent les électeurs du MoDem » Page réalisée en collaboration François Mitterrand dans l’ensemble de Le PS, au premier comme au second construit à la fin du XIXe siècle et pendant publié dans nos éditions du 19 mai 2009, avec le Centre de recherches l’électorat). tour de l’élection présidentielle, ne peut les premières décennies du XXe siècle, à le rapport de forces entre l’UMP et le PS politiques de Sciences Po Seuls les secteurs les plus bourgeois de plus se présenter comme l’expression savoir la représentation des couches faisait référence à l’enquête OpinionWay (Cevipof), l’électorat (cadres et professions intellec- politique privilégiée des couches popu- populaires derrière le mouvement socia- Fiducial pour Le Figaro. Ce sondage, paru centre associé au CNRS tuelles) ont mieux résisté. Ces mouve- laires. Au premier tour, en 1988, le candi- liste, est en train de se déstructurer. L’abs- dans nos éditions du 13 mai, l’estimait A et dirigé par Pascal Perrineau ments divers se sont traduits par un em- dat socialiste faisait 12 points de plus en tention, la droite et souvent la droite à 27 pour l’UMP et à 22 pour le PS.
  • Études politiques Figaro-Cevipof 14 mardi 19 mai 2009  D’où viennent les électeurs du MoDem ÉLECTIONS EUROPÉENNES LE CENTRISME a toujours été une La consultation réalité électorale sous la Ve Répu- Les centristes aux présidentielles et aux européennes du 7 juin sera un test blique, même si la logique très sur la capacité de bipolaire des institutions lui a réser- 18,6 % Source : Cevipof Photo: ©Rue des Archives/AGIP, Sébastien Soriano, Derrick Ceyrac Jean VOTE AUX PRÉSIDENTIELLES, en % François Bayrou à coaliser vé une place plus ténue que sous la Lecanuet François un électorat hétérogène. IVe République. En dépit de ce pro- VOTE AUX EUROPÉENNES, en % Bayrou cessus de laminage électoral, Jean 15,6 % Champions de l’intégration Lecanuet soutenu par le MRP en 20 européenne, les démocrates- 1965 rassembla 15,6 % des suffra- Alain chrétiens des États fondateurs ges, Alain Poher, en 1969, en attira Poher de l’Union peuvent 23,3 % ce qui reste le point d’orgue 15 23,3 % se targuer d’une expérience du centrisme sous la Ve République. 12 % gouvernementale François Bayrou reprit, en 2002, 9,3 % de plus d’un demi-siècle. l’héritage de ce centrisme aux vel- 10 Simone Veil Ce courant idéologique est né léités oppositionnelles mais n’agré- 8,4 % des clivages socio-économiques gea que 6,8 % des votes autour de sa et du clivage entre l’État personne. Ce n’est qu’en 2006- et l’Église caractérisant 2007, après avoir mis fin à l’alliance 5 6,8 % la fondation de l’État moderne. qui le rattachait à la droite et créé François Bayrou Prenant l’exemple des partis cet « hypercentre » indépendant, « centristes agrariens » qu’il parvint à faire renouer le cen- 0 des pays Baltes et scandinaves, trisme avec un score à deux chif- 1965 1969 1989 1999 2002 2004 2007 David Hanley ajoute un troisième fres : 18,6 % au premier tour de clivage opposant « le monde l’élection présidentielle de 2007. urbain à la ruralité ». Le MoDem reste la troisième échoué : Lecanuet fut écarté du jouer le rôle du supplétif électoral déceptions est fragile et volatil. La palette centriste À l’étroit dans les régimes force du paysage politique français second tour en 1965 par un Fran- qui jusqu’alors a été le sien. C’est souvent un électorat du der- dans l’Union européenne bipolaires, le centrisme derrière l’UMP (27 %) et le PS çois Mitterrand, candidat de la gau- Cela exige qu’il domine le can- nier moment qui marie à la fois s’épanouit dans le multipartisme (22 %). Le centrisme autonome de che unie dès le premier tour, Alain didat socialiste, ce que seul Alain l’héritage de la vieille tradition Classification réalisée favorisé par les élections François Bayrou n’est pas encore Poher, qui avait pourtant atteint le Poher avait réussi à faire en 1969 démocrate chrétienne (parmi les d’après le titre du parti, à la proportionnelle. en position de bouleverser le rap- second tour, fut sévèrement battu mais, à l’époque, le courant socia- départements qui ont offert à Bay- ou selon les critères Sous la Ve République, après port de forces entre les grands par- en 1969 par Georges Pompidou. En liste était exsangue. Et même cette rou ses meilleurs scores, on compte des politologues. l’effondrement du MRP en 1967, tis de la gauche et de la droite. Il est 2002, François Bayrou se contenta éventuelle suprématie électorale beaucoup de terres de forte prati- Les partis membres du PPE le centrisme est ravalé au rang à 14points de l’UMP et à 9 points du d’un modeste témoignage. Enfin, n’est pas complètement garante que catholique : Finistère, Ille-et- (Parti populaire européen) de force d’appoint vouée à la PS dans un statut qui reste, jusqu’à de la victoire finale puisque Alain Vilaine, Haute-Loire, Pyrénées-At- sont exclus. recherche d’alliances qui lui nouvel ordre, celui de la plus grosse Poher avait été écrasé (41,8 %) lantiques, Bas-Rhin, Haute-Savoie) permettront de peser sur la vie des « petites forces » (quatre points Par par le candidat de droite, Georges et une sociologie plus moderne où Bulgarie : Dvizenie za Prava i politique. Le « centrisme devant les écologistes, six points Pascal Perrineau * Pompidou. nombre de jeunes électeurs et de Svobodi (DPS)**. autonome de Bayrou n’est pas en devant le NPA et le FN). citoyens aisés et diplômés disent, Chypre : Dimokratoko Komma position de bouleverser le rapport L’électorat du dernier moment dans leur vote, leur volonté d’une (DIKO) ; Europaiko Komma (EK)*. de forces entre les grands partis Devenir la deuxième force Mais il est vrai que la gauche de « alternative ». Estonie : Eseti Keskerakond de la gauche et de la droite », Le paradoxe veut qu’un Fran- l’époque était sous influence d’un Reste à l’homme qui tente de (EK)**. assure Pascal Perrineau. Pour çois Bayrou qui ne cesse de dénon- communisme fort peu sensible aux coaliser cet électorat hétérogène à Finlande : Suomen Keskusta ouvrir une brèche électorale lors cer « l’hyperprésidence » et le « pou- sirènes du socialo-centrisme. organiser la fidélisation de ses sou- (Kesk)* (agrarien). de l’élection européenne, voir personnel » ne puisse compter Aujourd’hui l’espace du socialo- tiens et à amplifier le ralliement. La France : MoDem*; Nouveau François Bayrou doit marier que sur l’élection présidentielle et centrisme est plus significatif : le tâche est difficile, les législatives de Centre. « l’héritage de la vieille tradition l’aventure personnelle consubstan- PCF est marginal, le PS hésite sur juin 2007 et les municipales et can- Lettonie : Latvijas Cels (LC) démocrate-chrétienne à une tielle à la candidature à une telle ses stratégies d’alliance, des mo- tonales de 2008 ont montré que le (agrarien)**. sociologie plus moderne de élection, pour envisager de « rebat- bilités significatives se sont instal- chemin était parsemé d’embûches Lituanie : Darbo Partija *(DP) ; citoyens aisés, diplômés aspirant tre les cartes » et de passer du statut, en 2007, il resta le « troisième hom- lées entre l’électorat de gauche et et d’obstacles. Les européennes du Liberalu ir Centro Sajunga (LiCS)**. à une alternative politique ». certes enviable mais marginal, de me », certes à un niveau consé- l’électorat centriste : en 2007, sur 7 juin s’inscriront-elles dans cette Suède : Centerpartiet* (agrarien). Même si on se souvient troisième force à la position de quent (18,6 %) mais fut nettement 100électeurs qui ont voté pour continuité ou marqueront-elles de son bon score à l’élection deuxième force autour de laquelle dominé par Nicolas Sarkozy François Bayrou, 40 avaient choisi l’ouverture de la brèche électorale * Membre du Parti démocrate présidentielle de 2007 (18,6%), la donne politique se réorganise en (31,2 %) et même Ségolène Royal la gauche en 2002 contre seulement pour le leader du MoDem ? européen. cette tâche s’avère ardue. profondeur. Jusqu’à maintenant (25,9 %). Il espère devenir en 2012 26 la droite. Cet électorat capable ** Membre du parti ELDR ou groupe J. A. une telle ambition a toujours le « deuxième homme » et ne plus de recueillir les frustrations et les * Directeur du Cevipof. Alde du Parlement européen. Bayrou ou l’éternel dilemme du centre C’EST d’abord en termes négatifs troisième clivage qui oppose le ne, ils obtiennent de tout temps que le centre se définit;il ne se veut monde urbain à la ruralité. En leurs meilleurs résultats dans les ni de droite ni de gauche. Ces deux Scandinavie et dans les pays Bal- terres classiques du catholicisme pôles idéologiques doivent être tes, les centristes sont surtout des électoral. Leurs renforts politi- pris dans un sens socio-économi- agrariens. De nombreux partis ques sont venus (un peu) des cou- que. Pour utiliser la terminologie libéraux (LibDems britanniques, rants libéraux ou sociaux-réfor- du célèbre politologue norvégien FDP allemand), victimes du sys- mistes, notamment pendant les Stein Rokkan, sur la genèse des cli- tème électoral de leur pays, qui années de l’UDF. Ils ciblent des vages politiques en Europe au XIXe accuse une forte tendance bipo- électeurs proeuropéens surrepré- et XXe siècles, ils sont l’expression laire, revendiquent l’étiquette sentés dans les couches les plus d’un clivage fondamental survenu centriste. Dans ces États, l’espace qualifiées et diplômées de l’élec- dans le devenir de la société mo- du centre est réduit alors qu’il est torat. derne lors de son industrialisation. sensiblement plus large dans les Le grand problème de ce cen- La droite se portant davantage pays où le multipartisme s’épa- trisme vient de la nature du systè- du côté des possédants, la gauche nouit grâce à la proportionnelle. me politique de la Ve République, plutôt du côté de ceux qui n’ont de plus en plus bipolaire quel que pas de propriété. Traduite sur le Catholicisme électoral soit le niveau d’élection. À suppo- plan des partis politiques, la droite Ces différents centristes se ser que le noyau du vote centriste rassemble donc les partis conser- retrouvent au niveau européen se situe autour de 8-10 %, le parti vateurs, voire libéraux ; la gauche dans le Parti européen des libé- a évidemment besoin d’alliances est socialiste ou communiste. Ce raux, démocrates et réformateurs pour peser ; jusqu’ici il a toujours qui, a priori, laisse peu d’espace au (ELDR) ou le PDE (Parti démocra- pactisé avec la droite, ce qui lui centre, si ce n’est pour devenir un te européen) ou le groupe com- permettait d’hériter de ministères pôle de ralliement – provisoire ? – mun au Parlement européen Alde et de bénéficier de l’absence d’un pour les déçus de droite ou de gau- (Alliance des libéraux et démo- candidat de droite concurrent che. D’autres clivages politiques crates pour l’Europe). La plupart dans certaines circonscriptions que le seul clivage socio-économi- des démocrates chrétiens se re- réservées. que peuvent servir de base pour trouvent au Parti populaire euro- Mais la percée de Bayrou en fonder un parti. Le clivage État/ péen (PPE), dont le centre de gra- 2007 a mis au jour le paradoxe Église a produit des partis de vité s’est porté vers des positions fondamental du centrisme fran- « défense religieuse », surgis en plus droitières que celles qui çais et souligné les limites de son réponse à l’offensive « moderni- étaient les siennes aux origines. éventuelle croissance. Son chef et sante » portée par des partis de Illustration, s’il en est, de la diffi- ses idées peuvent séduire (et type libéral ou radical et devenus culté de bien cerner la réalité cen- mordre sur la gauche et la droite progressivement des partis démo- triste. à la fois). Mais comment avoir crates chrétiens. En fait, quand on Le MoDem se situe dans la une majorité parlementaire avec parle de centrisme, il s’agit le plus ligne de la Démocratie chrétienne un parti nain, réduit à quatre souvent de ces derniers, qui récu- française. Depuis l’effondrement députés ? sent souvent la classification à du MRP en 1967, les démocrates L’avenir du centrisme passe droite. chrétiens se sont organisés sous par le renforcement du MoDem. Forts surtout dans les pays différentes étiquettes, depuis le Les élections européennes de- fondateurs de l’Union, les démo- Centre démocrate de Lecanuet vraient l’aider. Le vrai test sera en crates chrétiens ont une longue jusqu’à Bayrou. Ces formations 2012. Si Bayrou accède au second expérience gouvernementale de- ont des traits communs sous leur tour, tout devient possible. Sinon, puis 1945. Partisans de l’écono- changement – fréquent – de nom. le centrisme sera réduit à la por- mie mixte, d’une politique sociale Ils veulent élargir leur base au-de- tion congrue qui, historiquement, généreuse, comme garante de la là du réservoir (en diminution semble être la sienne. cohésion sociale, du dialogue progressive) des catholiques pra- DAVID HANLEY entre partenaires sociaux, ces tiquants, à l’instar de partis frères de l’Université de Portsmouth partis ont une pratique souple qui tel le Centre démocrate humanis- leur permet de gouverner tantôt te wallon. D’où la disparition de avec la gauche, tantôt avec la toute référence confessionnelle Page réalisée droite. Ils furent, dès le début, dans le nom et dans sa doctrine. en collaboration champions de l’intégration euro- Hormis cela, leur doctrine politi- avec le Centre d’études 1 péenne. Ce courant fut représen- que ressemble pourtant toujours de la vie politique française té en France par le Mouvement assez bien à l’offre démocrate (Cevipof)-Centre républicain populaire (MRP). chrétienne classique. de recherches de la vie D’autres partis dits centristes Nonobstant leur volonté de politique de Sciences Po, A trouvent leur origine dans un diminuer leur tonalité chrétien- dirigé par Pascal Perrineau
  • Étude politique Figaro-Cevipof 16 mardi 28 avril 2009  France et Europe: les raisons d’une défiance ÉLECTIONS EUROPÉENNES À six semaines du scrutin, Les attitudes des Français sur l'appartenance à l’Union européenne Deux sondages sont effectués chaque année : au printemps et à l’automne les Français font montre POURCENTAGE DES FRANÇAIS CONSIDÉRANT QUE L’APPARTENANCE À L’UNION EST UNE « BONNE CHOSE » d’indifférence à l’égard TRAITÉ DE LISBONNE de l’Union. CRISE DE LA ACTE UNIQUE EUROPÉEN 74 % « VACHE FOLLE » Dans le trio de tête des pays euro- PREMIÈRES ÉLECTIONS RÉFÉRENDUM SUR LE philes au cours des années 1970, 75 EUROPÉENNES AU SUFFRAGE TRAITÉ CONSTITUTIONNEL la France se situe dans la moyen- UNIVERSEL DIRECT ne des États de l’Union. Au tamis PRÉSIDENCE DELORS de trente ans d’études de l’opi- À LA COMMISSION nion européenne, Pascal Perri- EUROPÉENNE GUERRE DU KOSOVO neau montre comment « l’opi- nion française se retrouve aux 68 côtés d’opinions de pays tradi- tionnellement plus réticents vis-à- EURO EUROPE À 25 vis des vertus de l’Union euro- péenne et taraudés par l’euroscep- ticisme et l’europhobie ». Pour le directeur du Cevipof, 61 l’Europe, « instance de paix et de croissance des trois dernières décennies, est passée au rang de bouc émissaire des difficultés françaises ». Les Français, expli- que-t-il, utilisent l’Europe com- 54 me « un écran noir sur lequel ils projettent leurs inquiétudes socia- les, économiques et identitaires ». 50 % Rompant avec le « consensus mou », le désamour des Français pour l’Europe fait désormais cli- 47 vage politique. Celui-ci s’étant RÉFÉRENDUM MAASTRICHT Source : Eurobaromètres fortement manifesté en 2005 lors du référendum sur la ratification du traité constitutionnel de l’Union européenne. Depuis 1979, la chute linéaire de 40 43 % la participation aux scrutins qui ont renouvelé le Parlement au 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 suffrage universel conforte ces évolutions de l’opinion hexago- nale. Ainsi, l’élection génère un « vote d’humeur » des électeurs Les citoyens français projettent que la barre des 50 % d’opinions positives pour chacun de leur pays respectif), 21 % Pour en savoir plus qui entendent sanctionner la leurs inquiétudes sociales, sera dépassée. Un retour éphémère de la pensent que c’est une « mauvaise chose » politique gouvernementale sans économiques et identitaires confiance européenne est sensible à (contre 15 % des Européens), 27 % se ralliant – Dictionnaire critique de l’Union européenne, toutefois mettre en péril le pays. sur l’Europe. l’automne 2004 ou encore fin 2007 mais ces à la position sceptique selon laquelle Yves Bertoncini, Thierry Chopin et al., dir., Appelant l’électeur à « voter pour sursauts passagers ne changent rien à la per- l’appartenance ne serait « une chose ni bon- Armand Colin, 2008. ses idées » (Écologistes-Verts, ception que l’Europe n’est pas un rempart ne ni mauvaise ». Fin 2008, la France est cou- – Dictionnaire des élections européennes, mouvements ruraux tel CPNT) la Par Pascal Perrineau * efficace contre de graves crises sanitaires pée en deux parts égales : les positions Yves Deloye, dir., Economica, 2005. consultation favorise, outre la (épisode de la vache folle) ou le retour de la eurosceptique et europhobique rassem- – Parlement puissant, électeurs absents ?, multiplication des listes, l’émer- guerre sur le théâtre européen (conflits et blent 48 % de nos concitoyens, la position Pascal Delwit, Philippe Poirier, dir., gence de listes protestataires massacres dans l’ex-Yougoslavie). Sur vingt- europhile en attirant 49 % (3 % se réfugient Ed. de l’Université de Bruxelles, 2005. (extrême gauche) ou de fortes six mesures de l’opinion effectuées de 1996 à dans le « sans réponse »). La France reste loin – Le Vote européen 2004-2005, personnalités (Bernard Tapie en 2008, seules six voient la barre des 50 % derrière les Pays-Bas (80 %), l’Allemagne De l’élargissement au référendum français, 1999) voire le maintien de partis d’opinions positives franchie. Dans le (64 %), la Belgique (65 %), le Danemark Pascal Perrineau, dir., Presses en voie de marginalisation (PCF, contexte général de retour de la confiance (64 %), l’Espagne (62 %), l’Irlande (67 %) et de Sciences Po, 2005. Radicaux de gauche). que la France a connue en 2007, 60 % des ne figure qu’à la seizième place de l’europhi- J. A. personnes interrogées considèrent, fin 2007, lie. C’est dans ce contexte de chute de ten- lequel ils projettent leurs inquiétudes que l’appartenance de la France à l’Union sion européenne que vont se tenir les élec- sociales, économiques, identitaires. Parti- européenne est une bonne chose. tions européennes du 7 juin. culièrement en France, l’Europe d’instan- La « lune de miel » est brève puisque dès ce de projection positive des rêves de paix LA FRANCE a longtemps été dans le peloton le printemps 2008 la rechute est brutale : en « Figures du mal » et de croissance dans les trois décennies de tête de l’europhilie. Interrogés dans les quelques mois, l’appréciation positive de La crise économique et financière imprè- qui suivirent le Traité de Rome est peu à années 1970 par l’instrument de sondage l’appartenance de la France à l’Union euro- gne désormais tous les domaines de la vie et peu devenue, pour certains, le « bouc européen qu’est l’Eurobaromètre, les Fran- péenne passe de 60 % à 48 %. La France est marque tout du sceau d’un pessimisme cer- émissaire » des difficultés françaises. À çais répondent massivement que « l’appar- avec la Grèce le pays où la chute de confiance tain. Mais celui-ci semble battre des records droite et à gauche et particulièrement à tenance de la France à l’Union européenne est la plus sévère dans l’UE. L’opinion fran- dans le cas français. Si déjà 69 % des Euro- l’extrême des deux camps, de nombreuses est une bonne chose » : ils sont entre 52 % et çaise se retrouve aux côtés d’opinions de péens pensent que « la situation de (leur) éco- forces politiques en ont fait une arme stra- 68 % à partager cette opinion tout au long pays traditionnellement plus réticents vis-à- nomie nationale est mauvaise », ils sont 85 % tégique et l’Europe prend place mainte- des années 1970. Au cours de la décennie 80, vis des vertus de l’Union et taraudés par en France. Si 69 % des Européens jugent « la nant dans l’arsenal des « figures du mal » : le niveau d’europhilie monte jusqu’à attein- l’euroscepticisme et l’europhobie : la Finlan- situation de l’emploi mauvaise dans (leur) mal bureaucratique, mal néolibéral, mal dre le sommet de 74 % à l’automne 1987. de (44 %), la Grèce (47 %), la République pays », ils sont 88 % en France. Si 34 % des cosmopolite, mal interventionniste… Aux yeux des Français, la présidence Delors tchèque (48 %)… Sur les vingt-sept pays de Européens disent que « d’une manière géné- L’Europe fait clivage et rejoint les figures (1985) et l’Acte unique européen (1986) ont l’UE, la France n’est plus au printemps 2008 rale les choses vont en ce moment, dans la de « l’ami » et de « l’ennemi » qui définis- redonné à l’Europe le visage d’une réalité et qu’à la dix-neuvième place sur cette échelle mauvaise direction dans l’UE », ils sont 51 % sent le cœur de la politique. Décidément, d’un avenir désirables. L’embellie dure jus- d’europhilie. On est loin des années 1970 où en France. Si 43 % des Européens sont l’Europe est entrée en politique, elle fait qu’au début des années 1990. En effet, en la France était toujours dans le trio de tête des d’accord avec la proposition selon laquelle clivage, le consensus mou et permissif 1992, la fracture du débat autour du référen- pays europhiles et même des années 1980 et « l’Union nous aide à nous protéger des effets d’antan a laissé la place à un vrai combat dum sur Maastricht politise et clive la ques- 1990 où l’Hexagone figurait peu ou prou dans négatifs de la mondialisation » (37 % n’étant politique qui partage le pays en profon- tion européenne qui jusqu’alors relevait la moyenne européenne. pas d’accord), ils ne sont que 36 % en France deur. Il s’est exprimé avec force en 2005, il d’un consensus mou que les meilleurs Dans le dernier sondage Eurobaromètre (56 % n’étant pas d’accord). Si 36 % seule- s’exprimera, sur un mode davantage observateurs de la question européenne de fin 2008, la situation reste la même : 49 % ment des Européens estiment que « depuis mineur, en juin 2009. qualifiaient de « consensus permissif ». des Français considèrent que « le fait pour la 2004, l’élargissement a affaibli l’UE», ils sont Les premiers signes d’une érosion dura- France de faire partie de l’Union européenne 54 % à penser de même en France. (*) Directeur du Centre d’études de la vie ble et régulière se font sentir et, à partir de est une bonne chose » (contre 53 % de Nombre de nos concitoyens semblent politique française (Cevipof)-Centre 1995, ce n’est plus qu’exceptionnellement l’ensemble des Européens qui pensent cela utiliser l’Europe comme un écran noir sur de recherches de la vie politique de Sciences Po. L’inexorable chute de la participation au scrutin européen Les abstentionnistes sont de plus Convaincus que leur vote ne changera matiques, alors que dans les scrutins pure- de 12 % cinq ans plus tôt. Cependant, avec en plus nombreux à cette élection : rien, les Français estiment que le Parlement ment hexagonaux ces petits partis recher- 16,8 % des voix, l’UMP a amélioré de plus de ils sont passés, en vingt-cinq ans, européen reste trop éloigné de leurs préoc- chent des alliances avec des formations quatre points le résultat calamiteux des lis- de 37 % des inscrits à 57,4 %. cupations quotidiennes. Toutefois, la géo- hégémoniques, notamment avec le PS. tes RPR-DL de 1999 (12,5 %). Parallèlement, graphie de l’abstention illustre l’opposition Cependant, le traumatisme de l’élection l’UDF a conforté son implantation, notam- DEPUIS 1979, date de la première élection du entre la France rurale, plus participative, et présidentielle de 2002 a contribué à réduire ment dans des terres étrangères à la démo- Parlement européen au suffrage universel, la la France urbaine, plus abstentionniste. l’ampleur d’un mouvement où chacun fait cratie chrétienne (Ile-de-France, Sud-Ouest, participation électorale hexagonale se réduit Avec des nuances entre départements campagne sur son programme. En 1999, les Est). Elle a capitalisé 12 % des suffrages comme peau de chagrin. Et les oracles sonda- « bourgeois », plus civiques, et départe- listes classées « divers », qui cumulaient quand elle n’en recueillait que 9,2% au scru- giers sont formels : au soir du scrutin du ments « populaires » plus abstentionnistes : 12,4% des suffrages exprimés, ont perdu la tin de juin 1999. 7 juin, les abstentionnistes devraient encore en 2004, la participation du Pas-de-Calais moitié de leurs suffrages (6,2 %) cinq ans Cinq ans après sa scission « mégrétiste », constituer le premier parti de France(*). était de 28,3%. Fait nouveau : les électeurs plus tard. Cette tendance à la bipolarisation et malgré la concurrence des souverainistes, Au terme d’une croissance quasi linéaire ont nettement boudé les urnes en Moselle, entre la gauche et la droite républicaine a le Front national a reconquis la totalité de depuis trente ans, l’abstention est passée de dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, trois laminé l’extrême gauche et Chasse Pêche l’espace de l’extrême droite (9,8% des suf- 37% des inscrits en 1979 à 57,4% en 2004. départements jusque-là très civiques et très Nature et Traditions. frages exprimés en 2004, contre 5,7 % des Désormais, plus d’un électeur sur deux bou- proeuropéens. La gauche en général et le PS en particu- voix exprimées en 1999). Il conserve ses bas- de les urnes. lier ont tiré les bénéfices de ce face-à-face. tions du Nord-Ouest (12,9 %), du Sud-Est et En 2004, la division du territoire en huit Le traumatisme de 2002 Avec 28,9 % des suffrages exprimés en 2004, de l’Est (12%). Sans parvenir, cependant, à circonscriptions interrégionales, présentée Paradoxalement, le scrutin génère un le PS a assuré l’un de ses meilleurs résultats s’affirmer en Ile-de-France dont la liste était comme un moyen de rapprocher du ter- vote d’humeur contre la politique gouverne- électoraux, asseyant sa domination sur un menée par Marine Le Pen. Page réalisée rain les eurodéputés, n’a pas enrayé la mentale. Cette attitude électorale favorise PCF marginalisé (5,2 %) et sur les Verts JOSSELINE ABONNEAU en collaboration avec désaffection des électeurs. Bien au contrai- l’émergence de forces protestataires ou thé- (7,4 %), en recul de deux points sur leur sco- le Centre d'études re. La descente aux enfers de la participa- matiques (extrême gauche, mouvements re de 1999. (*)Le sondage Eurobaromètre, effectué dans de la vie politique française tion va en s’accélérant. En tête du palmarès ruraux, etc.) ; outre la « consécration » d’une Le scrutin de 2004 a aussi transformé la les 27 États membres sur des échantillons (Cevipof)-Centre des records d’abstention, la consultation personnalité (Bernard Tapie en 1999), elle droite, comparaison faite avec ses résultats représentatifs, État par État entre janvier de recherches de la vie de juin 2004 a aggravé le score de 1999 encourage les velléités d’indépendance des de 1999. Certes, elle a pâti de l’affaiblisse- et février 2009, prévoit une participation politique de Sciences Po, (53,24 % des inscrits contre 57,4 % cinq ans petites formations (Verts, PCF, PRG), qui ment des souverainistes à l’étiage : les listes de 34 % pour l’ensemble des États de l’Union A dirigé par Pascal Perrineau. plus tard). font alors campagne sur leurs propres thé- MPF et RPF ont cumulé 8 % en 2004 au lieu et de 47 % pour la France.