Le contenu n'a plus de valeur
by martin Lessard on Oct 28, 2011
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Dans un monde de surabondance de contenu, un site qui n'aura pas une composante sociale ne recevra qu'indifférence et ingratitude.
Dans un monde de surabondance de contenu, un site qui n'aura pas une composante sociale ne recevra qu'indifférence et ingratitude.
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Pas facile d’embarquer en cours de route et j’ai pas tellement la possibilité de me concentrer là-dessus, en ce moment. Mais je vais essayer de contribuer à vif, après une lecture par trop fragmentaire. Un peu comme si j’arrivais dans une salle de conférence à la fin d’une période de questions.
On peut dire que c’est la partie «regard éloigné» du travail anthropologique.
Donc, si je comprend bien, on parle du passage du «contenu en soi» à la «lecture sociale». Une grande question sous-jacente, c’est de situer ce changement dans un contexte plus large.
Un truc qui se discute souvent, dans le contexte de l’émergence de nouvelles pratiques, c’est le degré de discontinuité entre ces nouvelles pratiques et ce qui les a précédées. Le discours sur l’innovation fait souvent appel à des concepts de «révolution», de «disruption» et de «changement fondamental». Selon ce discours, la lecture sociale est un phénomène fondamentalement nouveau, qui nécessite une description d’un ordre nouveau.
Le contrepoint de ce discours ajoute, bien sûr, une notion de «continuité», d’«évolution», voire d’«émergence». C’est le fameux «rien de nouveau sous le soleil». Dans cette optique, la lecture a toujours été sociale. (J’ai tendance à associer ma voix à ce contrechant.)
Mais le discours sur la discontinuité est lui-même diversifié. On peut y entendre le «paradigme» de Kuhn autant que l’«épistémè» de Foucault (j’aime bien les rapprocher, ces deux-là). En ce sens, la lecture sociale est-elle un «changement de paradigme» (au sens strict) ou un «décalage infime, mais essentiel»?
Vais répondre sur Lettrures… 7 months ago Reply
http://lettrures.com/2011/11/01/contenus-et-liens-sociaux-un-echange-avec-martin-lessard-sur-slideshare/
Et je suis très curieux de la réponse de votre anthropologue :-) 7 months ago Reply
Votre précision me fait penser que finalement je touche un sujet plus près de McLuhan que de Lazarfeld peut-être. Mais il est vrai qu'une grande partie du contenu social échangée actuellement concerne une forme de communication phatique. Mais j'imagine qu'il faudrait alors commencer à bien délimiter les termes de nos objets avant de poursuivre notre conversation.
Mais poursuivons quand même. Je vais prendre un exemple.
Je suis bien l'évolution de l'écrit et de la lecture à l'ère des réseaux (sans en être un expert comme Hubert). Je sais que si le contenu a une valeur, tout de même, elle est pourtant maintenant effectivement éclipsée dans un monde de surabondance d'information par la relation (je vais lire Hubert avant de lire Marc, parce que je le connais personnellement). La relation ne se limite pas à des rencontres physiques non plus et Marc entrera éventuellement dans 'ma sphère d'experts'.
Par contre, n'étant plus dans un monde de rareté (relative) d'information, Marc aura grand peine à y entrer tant qu'Hubert réussit à satisfaire (saturer) ma curiosité à ce niveau. La valeur du contenu de Marc n'a donc 'pas de valeur' à mes yeux. Il pourra être revalorisé quand mon réseau (ma 'sphère d'experts') l'inclura davantage comme un incontournable (ou suite à des rencontres personnelles).
C'est effectivement le sens de ma présentation que vous résumez de si bonne manière: le message est rabaissé au rôle de moyen. La sélection des contenus (à contenu égal) se fait pour des raisons d'appartenance à une communauté (à la construction de celle-ci).
J'ai tout de même l'impression que c'était quelque chose de déjà présent dans la culture et que seul le partage à très grande échelle, comme on le voit sur Internet, le rend plus visible (d'où mon appel à un anthropologue qui connaîtrait la situation -- tiens j'en connais un je vais lui demander...) 7 months ago Reply
’Mutation fondamentale’ est peut-être une facilité de langage mais n’a de sens que dans le contexte particulier des échanges en ligne. D’ailleurs, s’agissant de Lazarfeld, je remarque que sa théorie vise à décrire le mode de percolation des idées, où les leaders d’opinion sont des vecteurs, c’est-à-dire que le sujet reste en fin de compte le contenu. Votre présentation pose bien la question anthropologique (justement) amenée par l’évolution des pratiques: lorsqu’on envisage le rôle des ’influenceurs’ on reste dans le cadre de la problématique de Lazarfeld, de la diffusion des idées/contenus, mais lorsqu’on pose que le partage devient la valeur, c’est bien d’une mutation qu’il s’agit, où le ’massage’ social devient la fin et le message est rabaissé au rôle de moyen (on pourrait soutenir qu’il en a toujours été ainsi mais il faudrait alors parler d’une ruse de la raison qui fait consonner deux logiques différentes selon un équilibre éventuellement mis en péril - mais ce serait dépasser les limites d’un commentaire déjà beaucoup trop long ;-)).
Merci en tous cas de votre réponse. 7 months ago Reply
Je dirais que je tente de remettre en relief le fait que les échanges communicationnelles ont une composante sociale qu'on a tendance à sous-estimer. En titrant que le Contenu n'a plus de valeur je pose en creux cet état de fait.
Je laisserai un anthropologue répondre à votre dernière question ;-) 7 months ago Reply
(Et très beau aussi: j'aime beaucoup le style 'moderne'.) 7 months ago Reply