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Musique pour mémoire de guerre: l'Irlande

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Recherche que j'ai effectuée durant le mois de Juillet 2012 en Irlande, sur la façon dont la musique traditionnelle et actuelle transmettent la mémoire collective des temps houleux passés de l'Irlande.

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Musique pour mémoire de guerre: l'Irlande Musique pour mémoire de guerre: l'Irlande Document Transcript

  • Marguerite GALLORINI28 Juin – 29 Juillet 2012Musique pour mémoire de guerreLhéritage musical de lIrlande surson passé mouvementé
  • TABLE DES MATIÈRESIntroductionI) Les périodes importantes de lhistoire dIrlande– Les trois chants phares de lIrlande– Contexte jusquau XX° siècle– Les événements du XX° siècle en chansonII) La musique actuelle– Les artistes contemporains perpétuant la tradition– La perception de la musique en Irlande– En Amérique: les groupes trop républicains– En Irlande du Nord: les marching bandsConclusionBibliographieSites internet
  • JUSQUÀ NOS JOURS, LA MUSIQUE CONNUE COMME LAplus ancienne en Irlande est celle des harpistes des clans gaëliquesdu IX° siècle. La harpe celtique, symbole national, est présente auxquatre coins du pays: en tant que sceau royal, sur les portes despubs, chez la compagnie aérienne Ryanair, sur le mur dentrée dubâtiment du premier ministre, en effigie de la célèbre bière irlandaiseGuinness1...Jusquau V° siècle, alors que la France, lAngleterre et le reste delEurope de louest et du sud faisaient partie de lempire romain,lIrlande resta intacte, pays jugé trop froid et pluvieux pour lecolonisateur méditerranéen. De ce fait, les romains nont jamaisvraiment influencé ses habitants. Cependant, dans les années 900, lesvikings établirent une forte présence sur lîle, et influencèrentbeaucoup sa vie culturelle et sa langue.LIrlande fut également colonisée par les normands (peuplenordique comme les vikings, normands signifiant hommes dunord), puis par lAngleterre, cette dernière provocant une longue période de troubles sociaux dans lepays jusquà aujourdhui. Le rayonnement de la langue irlandaise perdura jusquau XVI° sièclenéanmoins; après cela, langlais remplaça peu à peu la langue nationale, et aujourdhui lirlandais nestparlé que de façon minoritaire. La musique irlandaise, quant à elle, fut un moyen de résistance contrelenvahisseur, une manière de garder une part didentité nationale. À lépoque dHenri I, lecclésiastiquenormand-gallois Giraldus Cambrensis reconnaissait que les irlandais lui semblent incomparablementplus talentueux dans ces instruments que nimporte quelle autre personne qu[il ait] rencontrée(1982:103).Ainsi la musique irlandaise fait partie des traits culturels bien préservés du pays: encore aujourdhui,il existe de nombreux festivals où la musique traditionnelle est très présente, tout comme dans lesinnombrables pubs du pays, où lambiance de convivialité est due en grande partie à cette musiqueentraînante. On retrouve aujourdhui un grand nombre de chansons sur lesprit de rébellion contre lecolonisateur anglais, la guerre dIndépendance, la période des Troubles, la guerre civile, et autresrévoltes plus anciennes.Mais entre ce que les archives nous racontent, et ce que la réalité nous apprend, il y a parfois ungrand écart. Le but de ce voyage était donc de juger de la place que prend la musique traditionnellerebelle dans la vie quotidienne et culturelle daujourdhui. La musique irlandaise est-elle laissée pourcompte au profit dautres styles de musique plus tendances? Est-elle toujours un élément important dupatrimoine culturel du pays? A-t-elle atteint son objectif de transmission de la mémoire collective desluttes passées?Mon sujet se focalise principalement sur linfluence de la mémoire des guerres récentes sur la musiquedaujourdhui. Ainsi mon étude se basera principalement sur les plus importantes guerres et tensions duXX° siècle jusquà aujourdhui. Ceci est en Irlande un objet de vives discussions et de controverses: jenai eu ainsi aucun mal à en parler avec les gens.Note: tous les contenus que jai trouvés en anglais ont été ici traduits par mes soins.1 Pour lanecdote, la harpe celtique de Guinness est représentée dans le sens inverse de celle du sceau royal, pour éviter leplagiat.Harpe celtique dans le château deDublin
  • I) Les périodes importantes de lhistoire de lIrlandeLes trois chants phares de lIrlandeA Soldiers SongDe son nom original gaélique Amhrán na bhFiann, ceci est lhymne national irlandais (de RépubliquedIrlande). En anglais, l’hymne est connu sous le nom de A Soliders Song (La chanson dun soldat). Il futécrit par Peadar Kearney en 1907, et est devenu l’hymne national officiel irlandais en 1926. L’hymne esttoujours chanté en gaélique aujourdhui, et est constitué du refrain du chant original, beaucoup plus long.Lhymne, ainsi que lIrelands Call (voir plus bas), est joué lors des matches entre les 5 provinces delIrlande (Irlande du Nord incluse), et lorsque léquipe dIrlande joue à Dublin. Pour ce qui est desmatches internationaux, seul lIrelands Call est chanté.Gaélique Anglais FrançaisSinne Fianna FáilA tá fé gheall ag Éirinn,buion dár sluaThar toinn do ráinig chugainn,Fé mhóid bheith saorSean tír ár sinsir feastaNí fhagfar fén tiorán ná fén tráilAnocht a théam sa bhearnabhaoil,Le gean ar Ghaeil chun báis nósaoilLe guna screach fé lámhach nabpiléarSeo libh canaídh Amhrán nabhFiann.Destiny soldiers are we,Whose lives are pledged toIreland;Some have comefrom a land beyond the wave,Sworn to be free;No more our ancient sire landShall shelter the despot or theslave.Tonight we man the gap ofdangerIn Erins cause, come woe orwealMid cannons roar and rifles peal,Well chant a soldiers song.Nous sommes les soldats dudestin,Dont la vie est offerte à lIrlande;Certains viennent de par-delà lesmers,Jurés dêtre libres;Jamais plus notre patrie antiqueNe subira le tyran ou lesclave.Ce soir nous bravons le dangerPour lIrlande, à la vie, à la mort,Cest parmi le tonnerre des canonsQue nous chanterons la chansondun soldat.Irelands CallCest une chanson irlandaise utilisée comme hymne lors des matches internationaux de lÉquipedIrlande de rugby à XV. La chanson a été écrite par Phil Coulter en 1995 suite à une commande de laFédération Irlandaise de Rugby : léquipe de rugby irlandaise regroupant des joueurs venant de part etdautre de la frontière, cette chanson fut écrite pour aider à effacer les divisions sectaires et nationales.Cest pourquoi on y voit lidée dune unité entre toute lIrlande, entre les 4 provinces la constituant2(Munster, Ulster, Leinster, Connacht). Les irlandais sont tous égaux, tous citoyens du même pays,quelque soit lendroit leur origine.Irelands CallCome the day and come the hourCome the power and the gloryTraduction françaiseVienne le jour et sonne lheureVienne la puissance et la gloire2 Anecdote: le mot comté en gaélique est cúige, signifiant aussi cinquième. Ainsi, on suppose que dans un tempsrévolu, il ny avait pas 4, mais 5 provinces en Irlande.
  • We have come to answerOur Countrys callFrom the four proud provinces of IrelandChorusIreland, Ireland,Together standing tallShoulder to shoulderWell answer Irelands callFrom the mighty Glens of AntrimFrom the rugged hills of GalwayFrom the walls of LimerickTo Dublin townFrom the four proud provinces of Ireland(Chorus)Hearts of steelAnd heads unbowingVowing never to be brokenWe will fight, untilWe can fight no moreFrom the four proud provinces of Ireland(Chorus)Nous sommes venus pour répondreA lappel de notre paysDes quatre fières provinces dIrlande(refrain)Irlande, IrlandeEnsemble nous faisons faceÉpaule contre épauleNous répondrons à lappel de notre paysDepuis les redoutables Glens dAntrimJusquaux falaises escarpées de GalwayDepuis les murs de LimerickEt la baie de DublinDes quatre fières provinces dIrlande(refrain)Avec un cœur dacierEn ne se soumettant jamaisJurant de ne jamais être séparésNous combattrons jusquà ce queNous ne puissions plus combattre(refrain) »On voit dans ces deux chants patriotiques que le combat, ou plutôt la lutte, est omniprésente. Le chantvéhicule lidée de ne plus jamais se soumettre à la tyrannie et lesclavage – référence évidente aucolonialisme anglais, mais aussi peut-être à dautres invasions plus anciennes, comme celle des vikings.Légalité des hommes est une idée phare de lhymne irlandais: « Certains viennent de par-delà les mers /Jurés dêtre libres »: le peuple celtique est un mélange de plusieurs horizons, et cest bien de là quil tire saforce; tant que tous restent égaux, et quaucun deux ne cherche à asservir ses camarades comme lon faitles anglais, le pays restera uni.Par ailleurs, lhymne national est toujours chanté en gaélique: ceci traduit une certaine volonté degarder une identité celtique. Malheureusement aujourdhui, le gaélique en lui-même est une langue parléede façon minoritaire, dans quelques régions seulement (notamment sur la côte Ouest du pays) appeléesGaeltachtaí.The Fields of AthenryCette chanson est un autre hymne officieux, qui est chanté aux débuts de match de football, parexemple. Cette chanson de prisonniers fut écrite par Pete St John, un musicien folklorique de Dublin.Très belle et triste chanson, elle parle dun homme dAthenry (une ville du comté de Galway)condamné à être envoyé à Botany Bay pour avoir volé du maïs à Trevelyan pour ses enfants. Ici il est faitréférence à Sir Charles Trevelyan, administrateur colonial anglais qui était en charge de limiter la famine.Mais son manque daction et sa basse opinion des irlandais a encore plus exacerbé les fatalités causées parla Grande Famine.Lhomme dit ensuite à sa femme que ce nest pas grave, quelle doit élèver leurs enfants avec dignité,car lui, en voulant se rebeller contre la famine et la couronne anglaise, sest fait prendre et a perdu saliberté. La chanson se termine sur la jeune femme regardant le bateau de prisonniers partir pour BotanyBay.Botany Bay était une colonie en Australie utilisée pour isoler les prisonniers du reste de la populationbritannique. Ainsi il existe un lien fort entre ces deux pays aujourdhui. La chanson Back Home in Derryde Christy Moore fait aussi référence à cette colonie.
  • Événements importants du XXII° au XX° siècle, alimentant la mémoirecollective irlandaise:1169: Arrivée des barons normands en Irlande.1798: Rébellion des Irlandais unis1800: LActe dUnion réunit lIrlande au royaume de Grande Bretagne1845-1852: La Grande Famine8 Avril 1886: Présentation de la Home Rule BillArrivée des barons normands en IrlandeInitialement, le roi dAngleterre Henri II ne voulait pas contrôlerlIrlande, seulement ses barons afin quils ne deviennent pasautonomes. Mais ensuite il fit établir une seigneurie en Irlande, eten 1199, cette seigneurie dIrlande fut annexée au royaumedAngleterre. Ceci initia la longue histoire de tensions entreirlandais catholiques et anglo-irlandais protestants.Rébellion des Irlandais unisLa Société des Irlandais Unis était une organisation politiquelibérale, qui a évolué en une société républicaine révolutionnaire,alliée à la révolution française contemporaine, et inspirée de larévolution américaine de 1776. La France soutenait dailleurs larévolte irlandaise; tandis que Daniel OConnell, éminent politicienirlandais en faveur dun nationalisme pacifique, appelélÉmancipateur, était contre. Mais les opérations prévues à Dublin,qui devaient être le cœur de la révolte, échouèrent, et la rébellionmanquait cruellement de direction: elle fut réprimée dans le sang.Theobald Wolfe Tone, une fois reconnu, fut condamné à mort parles anglais.En septembre 1791, Theobald Wolfe Tone publia un "Argument avancé au nom des catholiquesdIrlande". Ce dernier maintenait que « les divisions religieuses étaient un outil de lélite pour [...](monter) une partie de la population contre lautre et pour rire de la défaite des deux », et prônaitlunité entre catholiques, protestants et presbytériens. Wolfe Tone était extrêmement influent, et est vuaujourdhui comme le père fondateur du nationalisme républicain irlandais.Un poème, Who Fears to Speak of 98? (Qui a peur de parler de 1798?) fut mis en chansonplusieurs fois. Le groupe The Wolfe Tones, par exemple, la repris dans son album Child of Destiny. Uneautre chanson, General Munroe, relate une bataille de cette même rébellion, la bataille de Ballynahinch,dans le comté de Down.LActe dUnion réunit lIrlande au Royaume de Grande BretagneCet acte avait pour but déviter une nouvelle révolte irlandaise, et dapaiser toute peur duneémancipation catholique, en donnant la majorité aux protestants dans le gouvernement. Ainsi le parlementirlandais fut intégré au gouvernement anglais, ce qui fit de cette union un échec, puisque cela a polariséencore plus la société irlandaise.Statue de Daniel OConnell, dansOConnell Street à Dublin
  • La Grande FamineLe mildiou frappa les terres dIrlande, et toutes les récoltes de pommes de terre, aliment de base desirlandais modestes, furent ruinées. La population dIrlande chuta de 8 à 5 millions de personnes. Déjàauparavant, les irlandais fuyaient la persécution religieuse en sexilant au Nouveau Monde, mais laGrande Famine fut une période décisive dans la diaspora irlandaise, avec plus dun million démigrés.Mais laccueil en Amérique était aussi froid que celui des anglais, puisque la population voyait dunmauvais œil ces nouveaux arrivants. Il était fréquent de voir des panneaux No dogs, no Irish – Pas dechiens, pas dirlandais à lentrée des commerces (finalement, lhistoire se répète sans cesse, il ny a queles protagonistes qui changent...).Présentation de la Home Rule BillCétait un projet de loi visant à donner une autonomie à lIrlande sous tutelle anglaise. Ce projet futprésenté en premier par le Premier ministre libéral William E. Gladstone, mais il fut refusé trois fois desuite, chaque refus attisant un peu plus la colère des nationalistes, eux-mêmes étant de plus en plusdivisés: ceci mena finalement à linsurrection de Pâques de 1916.Les chansons relatant les événements du XX° siècle à nos jours:Depuis longtemps déjà en Irlande, catholiques et protestants cohabitaient difficilement. Les baronsnormands sétant installés au XIX° siècle ont attiré la convoitise du roi dAngleterre pour cette île. Dèslors, l’Église catholique dIrlande, qui existait depuis lépoque de Saint Patrick, soit depuis le V° siècle,fut peu à peu remplacée par l’Église protestante, décrétée Église d’État par la couronne anglaise. Sensuivirent des injustices parlementaires et sociales envers les catholiques, qui étaient pourtant majoritairesdans leur pays.Avec la partition de lIrlande en deux, les catholiques restant en Irlande du Nord, appartenant auRoyaume-Uni, devinrent minoritaires; la discrimination saccrut, avec de nombreux pogroms contre eux,les poussant à fuir de leurs maisons et à se réfugier dans le sud. De là naquirent les manifestations pourlégalité des droits civiques entre catholiques et protestants en Irlande du Nord dans les années 1960, etainsi nationalistes, républicains et forces de lordre saffrontèrent plus que jamais.1916: Insurrection de Pâques1919-21: Guerre dIndépendance21 novembre 1920: Dimanche Sanglant à Dublin.1922-1923: Guerre civile entre royalistes et républicains1949: LÉtat Libre dIrlande devient la République dIrlande1960s-1970s: Manifestations pour les droits civiques en Irlande du Nord (début des Troubles)12 - 14 août 1969: Bataille du Bogside à Derry (Irlande du Nord)30 janvier 1972: Dimanche Sanglant à Derry21 juillet 1972: Vendredi Sanglant à Belfast10 avril 1998: Accord du Vendredi Saint (ou Accord de Belfast)Insurrection de PâquesLes faits de cette rébellion se sont cantonnés à Dublin. Néanmoins, cest une date importante pourtoute lIrlande, car les pro-indépendantistes étaient divisés. « Lopposition entre les nationalistes et le SinnFéin était intense et amère. En tant que composant de lUIL3, les nationalistes étaient amèrement anti-3 La Ligue des Irlandais Unis, parti politique nationaliste fondé en 1898.
  • républicains. Joe Devlin, leur chef officieux, avait foi en lempire britannique, et voulait se joindre auxbritanniques lorsque la première Guerre Mondiale éclata. »4. Cétait également le cas dun autre politiciennationaliste, John Redmond, qui pensait que combattre en France au côté de lAngleterre donnerait unebonne image de lIrlande et accélérerait le processus de son indépendance.Ces tensions, ainsi que les refus répétés de laHome Rule Bill, menèrent à lInsurrection dePâques du 24 Avril 1916, où lICA (lArméeCitoyenne Irlandaise), lIRB (la Fratrie RépublicaineIrlandaise), et une jeune génération de VolontairesIrlandais5, désespérés de gagner lindépendance enrestant pacifique et prêts à tout pour arracherlautonomie à lAngleterre (quitte à demander laideallemande) défilèrent dans la rue principale deDublin, OConnell Street, puis occupèrent plusieursendroits stratégiques, dont la Poste Centrale. Ilsaffrontèrent ensuite larmée de terre britannique, lapolice métropolitaine de Dublin et la police royaleirlandaise. Pádraig Pearse, lun des principaux chefsde cette expédition, proclama la Républiqueirlandaise, et devint le président du gouvernementprovisoire.Mais au bout de 5 jours de massacre, les insurgés durent capituler, le 29 avril 1916. 13 rebelles, dontles principaux leaders de linsurrection Pádraig Pearse, James Connolly et Joseph Plunkett, furent fusillésà la célèbre prison de Kilmainham, connue pour ses conditions insalubres6.James Connolly, dont la jambe avait été détruite lors de la bataille à la Poste Centrale, recevait sessoins au château de Dublin, où une aile était occupée par la Croix Rouge. Il était donc soigné pour êtrefusillé à la prison par la suite, comme les autres, même sil était déjà mourant: cétait pour lexemple.Pour continuer dans labsurdité, il fut emmené en ambulance à la prison, et na même pas été fusillé aumême endroit que les autres, tellement il était faible pour marcher jusquà lautre côté de la cour.Juste avant de descendre de lambulance, il sadressa calmement à sa femme:Nétait-ce pas une vie remplie, Lillie, et nest-ce pas là une bonne fin?La répression britannique de cette insurrection fut si sanglante aux yeux du monde entier que ceci jouafinalement en faveur de la cause indépendantiste irlandaise, 5 ans plus tard.→ Chanson sur linsurrection de Pâques:The Foggy Dew est une chanson populaire irlandaise à propos de cet épisode qui fut reprise, commebeaucoup dautres chansons traditionnelles, dans différentes versions. Elle fait partie du folklore irlandais,mais aurait une origine anglaise, et elle aurait été publiée aux alentours de 1815. Cette version initiale estune ballade qui parle dun jeune homme amoureux.Mais en 1919, une autre chanson appelée The Foggy Dew (parfois connue sous le nom Down the Glen)4 May McCann, in The Past in the Present: A Study of Some Aspects of the Politics of Music in Belfast, Thesis inPhilosophy, Queens University of Belfast, July 1985, p.94.5 Organisation fondée en 1913 pour assurer le vote de la Home Rule Bill. Elle fut dissoute à la fin de la Première Guerremondiale, et les plus radicaux dentre eux formèrent lIRA.6 Lors de ma visite de cette prison, jai appris quil y avait par exemple, en haut des murs des couloirs, des fenêtres sansvitres car la croyance commune était que lair qui rentrait et brassait lintérieur de la prison minimisait les risques de maladie;seulement la constitution des murs en calcaire faisait que le froid et lhumidité qui rentraient amenaient, au contraire, beaucoupde maladies et infections... Cette prison accueillait beaucoup de prisonniers politiques, mais aussi des familles et enfantspauvres pris en flagrant délit de vol de nourriture. Aujourdhui, cette prison nest plus en service et organise des visites guidées.Mural à Belfast commémorant lInsurrection de Pâques
  • fut écrite par un membre du clergé dans le comté de Down, en mémoire aux soldats irlandais tombésdurant linsurrection: voici ce que dit la dernière strophe de la chanson.As back through the glen I rode again and myheart with grief was soreFor I parted then with valiant men whom I nevershall see moreBut to and fro in my dreams I go and I kneel andpray for you,For slavery fled, O glorious dead, when you fell inthe foggy dew.Je revins dans la vallée, et mon cœur se remplit dechagrin,Car ce jour-là, jai dû me séparer davec de braveshommes, que je ne reverrai plus;Mais je vais et viens dans mes rêves, et jemagenouille et prie pour vous,Car lesclavage a disparu, O glorieux défunts,lorsque vous êtes tombés dans la rosée brumeuse.Cette chanson, en parlant dabolition de lesclavage, prend clairement le parti du côté républicain.Cette dernière version de The Foggy Dew fut la plus interprétée, par plusieurs artistes et groupesirlandais et anglais: The Dubliners, The Chieftains et la chanteuse Sinéad OConnor, Shane MacGowan(chanteur du groupe anglais The Pogues, populaire en 1980), et The Wolfe Tones. Les artistes bretonsAlan Stivell et Gilles Servat lont également reprise, ainsi que le groupe de rock celtique new-yorkais TheBlack 47 (dont nous parlerons à la fin), avec leur chanson Livin in America jouée sur lair de The FoggyDew.Par ailleurs, la version de Sinéad OConnor avec The Chieftains est quelquefois utilisée commemusique dentrée de The Dropkick Murphys sur scène lors de leurs concerts.Par ailleurs, les chansons de révolte étaient souvent, voire toujours, écrites bien après la rébellion enelle-même, et ce depuis des siècles:« Les chansons de la Rébellion de 1798 et de linsurrection dEmmet de 1803 ont été écrites, pour laplupart, à la fin du XIX° et au début du XX° siècle en commémoration des précédents événements. »( May McCann, Introduction: Les habitants dIrlande du Nord vivent dans le passé, Le passé dans leprésent: une étude de quelques aspects des politiques de la musique à Belfast, Belfast, 1985).Guerre dIndépendanceAprès la fin de la Première Guerre mondiale, toutes les colonies du monde ayant participé à la guerreaspiraient à leur autonomie. De plus, en Irlande, la Home Rule nest toujours pas adoptée, et le massacrede linsurrection de Pâques est encore vif dans les esprits. Cest pourquoi les membres du Sinn Féin,parti indépendantiste qui avait remporté la majorité des votes irlandais lors des élections parlementaires,décidèrent de proclamer lindépendance de la République dIrlande. La guerre dindépendance éclata, sedéroulant de janvier 1919 à juillet 1921, opposant lIRA (lArmée Républicaine Irlandaise) aux forcesbritanniques (cest-à-dire lIRC, la Police Royale Irlandaise créée par la Grande Bretagne en 1822, etdautres troupes paramilitaires comme les Black and Tans7, anciens combattants britanniques engagés parla Grande Bretagne en 1920, et les Auxiliaires).Finalement, un cessez-le-feu est décidé, donnant naissance au Traité anglo-irlandais du 6décembre 1921, donnant lautonomie à la majeure partie du pays, appelé État Libre Irlandais. Cependantsix comtés dans le Nord choisirent de rester au sein du Royaume-Uni.Dimanche Sanglant à DublinEn pleine guerre dindépendance, cette journée fit 30 victimes. LIRB (Fratrie Républicaine Irlandaise)avait pour mission dexécuter des agents britanniques, dont certains envoyés en Irlande pour infiltrer lesorganisations nationalistes. Au total, 14 personnes furent tuées et 6 blessées, dont 2 Auxiliaires, ceciprovocant un important handicap dans les services secrets britanniques en Irlande.Le même jour, un jeu de football gaélique se déroulait à Croke Park à Dublin. Les Auxiliaires7 Doù lautre appellation de la guerre dindépendance: la Tan War.
  • envahirent alors le stade peu avant le début, et tirèrent dans la foule pour représailles, tandis que cesactions nétaient pas officiellement autorisées. 14 personnes furent tuées, dont deux enfants de 10 et 11ans, et 65 blessées. Ce massacre fut une raison non négligeable du soulèvement du peuple contre laroyauté anglaise. Les autorités britanniques ont présenté leurs regrets sur cette journée, sans en porter laresponsabilité. Deux officiers de lIRA ayant aidé à la mission du matin même contre les forcesbritanniques furent, quant à eux, arrêtés, torturés puis tués.Guerre civile entre royalistes et républicainsLa signature du Traité anglo-irlandais, ou Traité de Londres, ne mis malheureusement pas fin auxviolences, puisque les tensions religieuses et politiques ressurgirent dans la jeune Irlande du Nord, tandisque le reste du pays, nouvellement indépendant, sombra dans la guerre civile. Les indépendantistessaffrontèrent donc entre pro-traité et anti-traité, après la victoire des pro-traité aux élections de 1922.Pour ces derniers, cest le premier pas vers une indépendance complète; pour les opposants, cest aucontraire la fin de tout espoir dune République irlandaise complète.LIRA se divise en une nouvelle IRA anti-traité, menée par Éamon De Valera et Rory OConnor, etlINA (lArmée Nationale dIrlande) pro-traité.LÉtat Libre Irlandais devient la République dIrlandeBien que lIrlande fut autonome, celle-ci faisait encore partie du Commonwealth, et était donc encoresous légide de la couronne anglaise. Ainsi en 1937, une nouvelle Constitution de lIrlande fut adoptée,remplaçant celle de lÉtat Libre Irlandais et appelant le pays Irlande, Éire en irlandais. Mais lActe dele République dIrlande ne fut adopté quen 1949 par lAngleterre, déclarant que lÉtat était désormais uneRépublique.Éamon De Valera, qui avait contribué à introduire la nouvelle Constitution, fut président de lIrlande de1959 à 1973.Les TroublesCest une partie très instable politiquement et socialement de lhistoire de lIrlande du Nord, sétalantsur plusieurs périodes en Angleterre, en République dIrlande, et dans le reste de lEurope.La durée des Troubles est généralement datée de la fin des années 1960, période des premièresmarches pour les droits civiques (que nous allons voir ensuite), et est considérée par beaucoup commesachevant avec lAccord de Belfast en 1998. Cependant, quelques violences sporadiques ont subsistéjusquà aujourdhui.Le principal enjeu des Troubles était le statut constitutionnel delIrlande du Nord et la relation quil y avait entre les protestantsunionistes majoritaires, et les catholiques nationalistes minoritaires.Ainsi le plus dur de cette période sest déroulée en Irlande du Nord, oùla constante discrimination envers les catholiques était, dun point devue nationaliste, une preuve que lIrlande du Nord était un étatcorrompu et imposé par les anglais.Cette période sombre avait autant une dimension politique queparamilitaire, comme les divers incidents tels les Dimanches Sanglantset émeutes à Derry en témoignent.Il y avait, pendant cette période, une forte censure (et auto-censure)des chansons républicaines: ne serait-ce que siffler lair dune chanson
  • rebelle pouvait conduire à 2 ans demprisonnement8. Joan, de lIrish Traditional Music Archives deDublin, me disait que dans le Sud de lIrlande aussi, les chansons loyalistes ne pouvaient être ni jouées nichantées. Ainsi, la censure existait de part et dautre de la frontière, et pas seulement dans le Nord.Mais ce qui est intéressant est que les acteurs, eux, pouvaient dire et chanter des choses habituellementdéfendues, puisque cétait mis sur le compte du personnage, et non de la personnalité elle-même. Une foisen interviews par contre, ils se devaient de faire attention, car cétait de nouveau leur propre personne quiétait mise en jeu.Certains musiciens organisaient aussi des concerts à caractère politique, mais sans chansonscompromettantes dedans: le fait de se rassembler, ce qui comptait le plus, ne pouvait être interdit.Patricia est une dame qui habite dans un village près de Dublin et chez qui jai séjourné. Elle a vécudurant cette période, et, bien quoriginaire d’Écosse, elle sest mariée avec un irlandais et vit depuislongtemps en Irlande. Jai pu avoir des récits précieux de sa part.Elle ma informée que cest surtout le nord de lIrlande qui a souffert durant les Troubles. Lesconversations que jai eues avec dautres personnes, et mes propres visites du pays, ont dailleursconfirmer ceci.Et ainsi, dans le nord, les catholiques et protestants se comprenaient mieux, car ils étaient tous dans lamême situation miséreuse; alors que le sud du pays regardait plus à distance, et ne voulait pas trop semêler au problème. LIRA recrutait aussi dans le sud, et certains plans pouvaient y être élaborés, mais leplus dur de la guerre civile se déroulait néanmoins dans le nord. Il y avait notamment de nombreuxpogroms contre les catholiques, dont nous avons déjà parlé, pour les pousser à fuir. Dailleurs, Patricia maraconté que son mari, lorsquil était petit, vivait en Irlande du Nord. Un jour, des soldats britanniques ontdébarqué dans sa maison, et y ont mit le feu, parce que son père était un activiste – et pour cela, ils sensont pris à la famille toute entière. Ils se sont donc réfugiés dans le sud, cest-à-dire vers Dublin.Belfast a bien évolué depuis, mais il y a encore une trentaine dannées, il y avait des soldats quipatrouillaient partout, il y avait un couvre-feu, et si lon décidait malgré tout de sortir le soir, on ne savaitpas si lon allait rentrer vivant. Martin Dowling a fait lexpérience de cette période tendue à Belfast,lorsquil y était en visite en 1982 en compagnie du poète Michael Donaghy et du flûtiste Noël Lenaghan;période où la phrase de la nuit est ponctuée ça et là par des tournées de bière, des coups de feu, desapplaudissements; période où il y avait, dans les bars en eux-mêmes, une place du mort parce quelleétait placée de telle sorte que celui qui sy asseyait voyait quiallait entrer dans le bar pour lui tirer dessus; période où ilfallait savoir naviguer entre certains quartiers et certaines ruesplus ou moins sûrs de la ville, et dautres à absolument éviter.Mais, alors que lheure en est plus à la reconstruction et àlespoir à Belfast (cest du moins limpression que jen ai eue),Derry est encore une ville lourde de mémoire, très oppresséepar son passé, comme si son deuil nétait pas achevé, etlempêchait davancer.Le Musée du Free Derry, qui se situe dans le Bogside, relatelhistoire de lindépendance irlandaise, et surtout du DimancheSanglant de Derry. Encore aujourdhui dans ce quartier, il estimpossible dignorer cette histoire tragique, tant les muraux çàet là dans le quartier sont biens faits et imposants, et surtoutimpossibles à éviter (muraux situés dans le Free Derry Corner,là où le Dimanche Sanglant a débuté).8May McCann, in The Past in the Present: A Study of Some Aspects of the Politics of Music in Belfast, Thesis inPhilosophy, Queens University of Belfast, July 1985, p.42.À Belfast: Souvenir - Respect -Résolution
  • → Chansons sur la période des Troubles:The Town I Love So Well, de Phil CoulterIci le chanteur raconte sa joyeuse enfance simple à Derry, où il est né; mais dans les 2 dernièresstrophes, il exprime son désarroi en voyant la situation désespérée de la ville, et dautres villes dIrlandedu Nord, durant la période des Troubles. Cette chanson fut également reprise par The Dubliners.Whatever You Say, Say Nothing, de Colum SandsCest une chanson qui traite avec humour des tensions entre catholiques et protestants, et de tous lesinterdits absurdes, que ce soit des chansons, des mots, ou des sujets à ne jamais aborder. Donc tout aulong de la chanson, les paroles ne sont que des phrases comme je vais vous parler de vous savez quoi,mais vous ne devez le dire à personne. Cétait une riche idée, et une chose non aisée, de traiter dun sujetsensible comme celui-ci dune manière humoristique et très fine.There were roses, de Tommy SandsDans cette chanson, lauteur relate la façon dont Allan Bell (son nom étant changé dans les paroles parcelui de Isaac Scott), un ami protestant de Sands, fut assassiné à Newry par des paramilitairesrépublicains. Après cela, des paramilitaires loyalistes sont allés dans Ryan Road (la rue où habitait lafamille Sands, dailleurs) chercher un catholique à tuer sur le principe de œil pour œil, dent pour dent.Ironiquement, lhomme quils ont choisi était Sean OMalley (son nommé étant changé par celui de SeanMcDonald), un bon ami de la victime protestante, et de Sands.Une fois de plus, ce passé houleux revient toujours hanter le présent. Ces diverses guerres et conflitsrécents sont encore une source de profond chagrin, mais aussi dinspiration pour les artistes irlandais, quiutilisent leur art pour exprimer leur peine au monde entier, et ne jamais laisser le passé se faire oublier.La présence des roses dans le refrain peut nous faire penser à la chanson dElton John (que nousverrons plus tard), qui parle aussi de roses (mais de roses noires). La rose, associée au Moyen-Age avecla chrétienté (les cinq pétales de la rose identifiées aux cinq blessures du Christ), est petit à petit devenueassociée à la Vierge Marie (à lorigine de la dévotion catholique du Rosaire). Puis, par extension, la roserouge est devenue le symbole du sang des martyrs chrétiens.Mais cest également la fleur symbolique de lAngleterre: la guerre des deux roses (Wars of the Roses)opposa les deux grandes familles anglaises dYork (rose blanche) etde Lancaster (rose rouge) au XV° siècle, au temps des Tudors;ensuite Henri VII épousa Élisabeth dYork, doù lemblème de larose des Tudor, rouge à cœur blanc, réunissant les deux familles.Ainsi on peut associer cette guerre de familles à la guerre opposantles deux familles catholiques et protestantes en Irlande.Arising From the Troubles, titre on ne peut plus dactualité dansce sujet, est le nouvel album de Tommy Sands et de ses enfants,sorti en 2011.Les marches pour les droits civiquesA la fin des années 1960, de nombreuses mesures répressivesenvers les catholiques furent adoptées, et cette communauté étaitlargement sous-représentée au gouvernement. Cest alors quecommencèrent les marches pour les droits civiques, avec unesymbolique et un langage inspirés des mêmes marches de MartinLuther King aux États-Unis.Mural à Derry représentant lesmarches pour les droits civiques enIrlande du Nord
  • Ce fut véritablement un mouvement international, et la chanson (de façon générale), dans ces années60 et 70, eut « un rôle significatif dans la production et la transmission de lidéologie républicaine – ainsique lhistoire républicaine »9. Ainsi, la chanson irlandaise connut un grand regain dintérêt:« Le renouveau de la chanson folk est apparu en Irlande à la fin des années 1950 et 1960, et nétait pas[…] un phénomène national […]; cela faisait partie dun mouvement plus étendu, de jeunes gensprotestataires, qui opérait en Angleterre et aux États-Unis. […] Les chansons rebelles fonctionnaientcomme des chansons folk »10.Suite à une montée de la violence à travers lIrlande du Nord lors de nombreuses marches (pourtantpacifiques mais attaquées à répétition par des loyalistes), linternement sans procès fut introduit le 9 août1971, ce qui ne fit quempirer les situations inégalitaires existantes.→ Chansons sur les marches des droits civiques:Ce sont des titres que jai récupérés lors de ma visite aumusée de Free Derry, sur une pochette dun disque exposé(voir à droite), vieux titres dont je nai pas toujours purécupérer beaucoup dinformations:The Long March, Burntollet Ambush, We ShallOvercome, Friends of Civil Rights, Civil Rights Anthem,Fifth of October, We Shall Not Be Moved!, BogsideVolunteers, Free Belfast, Boys of Belfast Town, Rights ofMan.We Shall OvercomeElle est connue car elle était en premier lieu utilisée pour les marches des droits civiques aux États-Unis. Elle fut chantée par Pete Seeger (artiste New Yorkais folklorique), Joan Baez, Bruce Springsteen etdautres artistes dans les années 60 (dailleurs, Joan Baez la rechanté encore récemment en 2010 à laMaison Blanche, devant le président Barack Obama). Cette chanson, inspirée dun gospel chrétien, a ainsiété reprise pour les mêmes marches en Irlande, mouvement qui était international à lépoque (lun pour lesafro-américains, les autres pour les catholiques). Ce titre a dailleurs été utilisé par lAssociation pour lesDroits Civiques en Irlande du Nord en tant que slogan, ainsi quen titre de leur autobiographierétrospective.Fifth of OctoberCette chanson fait référence à une marche pour les droits civiques ayant eu lieu à Derry, le 5 Octobre1968, lorsque les manifestants furent attaqués par la police, armée de bâtons, de canons à eau et de gazlacrymogènes. La chanson termine sur une note défiante, en appelant les hommes de Derry à résister, etlorsque la lutte sera finie et que lon aura gagné, alors on pourra relever nos têtes avec fierté.We Shall Not Be MovedElle est également assez connue. Là aussi, cette chanson est au départ américaine, remontantprobablement jusquaux années desclavagisme, reprise par les activistes dans les années 1930. Cestdevenu un thème connu de protestation, tout comme We Shall Overcome. Elle a été chantée, elle aussi,par Pete Seeger.9 May McCann, in The Past in the Present: A Study of Some Aspects of the Politics of Music in Belfast, Thesis inPhilosophy, Queens University of Belfast, July 1985, p.42.10 May McCann, in The Past in the Present: A Study of Some Aspects of the Politics of Music in Belfast, Thesis inPhilosophy, Queens University of Belfast, July 1985, p.275.
  • Comme beaucoup de chansons folkloriques, les paroles ont été modifiées avec le temps, pour sadapteraux diverses circonstances; ceci étant rendu dautant plus possible que cette chanson a une structuresimple, les vers étant beaucoup répétés et changeant peu.Boys of Belfast TownCest une chanson qui a été interprétée par le fameux groupe canado-irlandais The Irish Rovers, dansleur album Down by the Lagan Side en 2000. Le nom de ce groupe vient dune chanson traditionnelleirlandaise très connue, The Irish Rover, relatant le voyage dun magnifique voilier partant de Cork jusquàNew York.La chanson The Boys of Belfast Town, aussi appelée The Boys of Belfast, est une joyeuse chansonrépublicaine parlant des garçons de Belfast, valeureux irlandais de haute renommée, fiers dêtre de vraisirlandais. Plus tard dans la chanson, ceux-ci se vantent de pouvoir combattre autant avec lépée que lecrayon (donc contester la couronne autant par la lutte armée quen utilisant les arts tels que des chansonsou autre pamphlet). Il est également fait référence à Paddys shore (voir explication ci-après).Cette expression signifie littéralement le rivage de Paddy. Paddy est un diminutif commun pourPatrick, cest-à-dire Saint Patrick. Cest une appellation de lIrlande couramment utilisée, comme lachanson traditionnelle Paddys Green Shamrock Shore (le rivage de trèfles verts de Paddy) entémoigne. Cette dernière chanson traite dun sujet plus triste, celui de lexil dun jeune homme enAmérique (les paroles de cette chanson varient dune version à lautre, mais toujours sur le mêmethème principal).Saint Patrick est vu comme un héros nayant jamais eu recours à la violence, et est réputé pour soncourage héroïque, son humilité et sa bonté. Il commença à évangéliser lIrlande en 432, en prêchant,en construisant des écoles et des monastères. Ainsi lIrlande est devenue chrétienne, supplantantlantique religion druidique, sans un martyr. Il montrera un jour la feuille de Trèfle comme symbole dela sainte Trinité, qui deviendra le symbole de lIrlande.La bataille du BogsideEn 1969, le Free Derry, quartier regroupant leBogside et le Creggan, en dehors des murailles de laville, sautoproclama enclave nationaliste autonometant que leurs demandes ne seraient pas satisfaites(notamment en matière de droits civiques).Le 12 Août, des Garçons Apprenti-loyalistesparadaient le long des murailles pour célébrer lavictoire protestante sur Derry en 1689, ce qui fut perçucomme hautement provocant pour les catholiques.Une confrontation entre loyalistes et RUC(Gendarmerie Royale dUlster) dun côté, et résidentsdu Bogside de lautre, commença alors. La RUC étaittrès mal préparée à cette bataille, et des Auxiliairesfurent demandés en renfort, ce qui inquiéta beaucouples habitants du Bogside, au vu des événements des années 1920 dont ils avaient été les auteurs. Laconfrontation continua pendant encore deux jours avant que les forces armées britanniques ne viennentrestaurer lordre, ce dont les habitants du Bogside étaient plutôt contents au début, puisque les troupesanglaises étaient un peu plus neutres que la RUC ou les Auxiliaires.Ce fut une sévère confrontation, impliquant missiles et gaz lacrymogènes, et elle est considéréecomme la première importante émeute ayant fait escalader lintensité de la période des Troubles; en effet,cela a initié une série démeutes à travers toute lIrlande du Nord, faisant 5 victimes, dont un garçon de 9ans à Belfast.Vous entrez maintenant dans le Derry Libre,slogan peint la première fois en Janvier 1969, parJohn Casey. A lépoque, ce mur faisait partie dunbâtiment, maintenant détruit
  • Le Dimanche Sanglant de DerryEn 1971, toutes les marches et défilés étaient interdits. De nombreuses personnes furent tuées lors desfréquentes émeutes opposant la population aux forces de lordre; de nombreux officiers furent aussi tuéspar lIRA provisoire (sétant séparée de lIRA officielle lannée précédente). La même année toujours, lesdeux branches de lIRA établirent à Derry une "zone de non-droit" pour larmée britannique et la PoliceRoyale à laide de barricades. Les affrontements entre jeunes nationalistes et larmée britannique semultiplièrent.Le 30 janvier 1972, une marche pacifique fut annoncée contrelinternement sans procès. Cette marche était permise dans lapartie nationaliste de la ville, mais les gens avaient prévu demarcher vers le Guildhall (hôtel de ville), donc hors desbarricades de larmée conçues pour modifier le parcours. Ungroupe dadolescents se sépara du défilé et persista à pousser labarricade, à coup de pierres, pour marcher vers le Guildhall. Àce stade, un canon à eau, des gaz lacrymogènes et des balles encaoutchouc furent utilisés pour disperser les émeutiers, blessantdeux civils. Mais jusquici, ce genre daffrontements était assezcommun.Des rapports auraient indiqué quun sniper de lIRA opéraitdans la zone, ainsi la brigade donna la permission au régimentparachutiste britannique daller dans le Bogside. Lordre de tirerà balles réelles fut donné et un jeune homme fut abattu dans ledos, Jackie Duddy, parmi la foule qui senfuyait. La poursuitedes violences par les troupes britanniques sintensifia et,finalement, lordre fut donné de mobiliser les troupes dans uneopération darrestation.Malgré un ordre de cessez-le-feu du quartier général delarmée, plus dune centaine de cartouches furent tirées directement dans la foule, blessant quatorzepersonnes. Il y eut au total 14 morts, tous des civils non armés qui fuyaient les tirs, aidaient des autresblessés, ou étaient déjà touchés et à terre.→ Chansons sur le Dimanche Sanglant:Sunday Bloody Sunday, de U2La chanson fait partie de leur album War, qui fut leur consécration, et leur premier album très engagépolitiquement. Cette chanson particulièrement est devenue leur hymne, et est interprétée par le groupelors de toutes ses tournées.Sur des harmonies toniques, elle relate le massacre de ce dimanche: les bouteilles brisées sous lespieds des enfants, les corps répandus tout le long de limpasse, les mères, enfants, frères et sœursdéchirés... Cette chanson a cependant un message despérance, celui quun tel massacre ne doit plus sereproduire, et quil ne faut pas céder à la haine (je ne céderai pas à lappel de la guerre, dit la chanson).Running Up Hill, de Declan McLaughlinJai récupéré le titre de cette chanson au musée du Free Derry également. Declan McLaughlin est unartiste qui fut dautant plus touché par lévénement quil est originaire de Derry lui-même. En allantécouter dautres de ses chansons sur un site de musique, jai pu le contacter par messagerie privée, et ilma gentiment donné les paroles de sa chanson, que je ne trouvais nulle part.Lartiste, évidemment attristé par ce massacre (mot quil emploie lui-même dans sa chanson:murder), évoque dans sa chanson les cicatrices que cela a laissé sur les habitants (comme, dans laMural dans le Bogside, avec les visagesdes 14 victimes du Dimanche Sanglant
  • troisième strophe, une mère qui va régulièrement pleurer son fils sur sa tombe).Un vers de la chanson, dans la deuxième strophe, résume parfaitement limpression que jai eu de cetteville: Its hard to build a future when your hunted by the past: il est difficile de construire un futurlorsquon est pourchassé par le passé. Derry est une ville hantée par son passé, qui lempêche de regarderdevant elle. Lidée des muraux dans le Bogside, bien quétant une bonne initiative, rappellentquotidiennement aux passants ce quil sest passé, dune façon passive mais répétée, et donc presquemalsaine.Il fait également référence, dans sa chanson, à We Shall Overcome, qui ici est appelée We WillOvercome, une nuance de titre comme lon retrouve dans tant dautres chansons populaires:As the bodies hit the pavementThe world seen all you done,As the bodies hit the pavementSomeone was singing We Will OvercomeTandis que les corps heurtaient les trottoirsLe monde entier a vu ce que vous avez fait,Tandis que les corps heurtaient les trottoirsQuelquun chantait We will overcomeMinds Locked Shut, de Christy MooreLa chanson démarre tranquillement sur un air serein, avec des paroles simples, ça sest passé unDimanche après-midi, un joli après-midi dhiver, une journée idéale pour se promener, puis le deuxièmecouplet attaque sans préavis en parlant des coups de feu, des pierres et des balles, puis du chaos, de lapanique et de la mort, mais toujours sur fond de musique douce qui contraste avec le sens des paroles...La particularité de cette chanson est que les noms des 14 martyrs y figurent.Bloody Sunday, chanté par Eileen WebsterLa chanson, qui fut aussi reprise par The Men of No Property, offre une ambiance calme et triste, enrelatant tout le déroulement de ce dimanche, en décrivant les manifestants pacifiques, larrivée desmilitaires dans leurs fourgons blindés, les bannières tachées de sang, et les ridicules procès suivant latragédie qui déclarèrent que les forces armées ne faisaient que leur travail.La chanson finit sur cet amer reproche, qui hélas fait sentir que certaines personnes ne peuvent encorepas tourner la page: On Englands proud history a crime added yet / How can we forgive them, how canwe forget?: Un autre crime est ajouté à la fière histoire dAngleterre, comment pouvons-nous leurpardonner, comment pouvons-nous loublier?.Heureusement, les résultats de lEnquête du Dimanche Sanglant, initié en 1998 par le premierministre anglais Tony Blair, ont été publiés le 15 Juin 2010, démontrant que les militaires avaientouvert le feu les premiers, sur des manifestants non armés et tous innocents, dont un qui était déjàblessé. Le premier ministre David Cameron sest par la suite excusé au nom du gouvernementbritannique.Le vendredi sanglant de BelfastCette journée fut une série dattentats à la bombe par lIRA, en réponse au massacre à Derry en janvier,mais surtout à lissue de négociations infructueuses entre lIRA provisoire et le gouvernement britannique.En un peu plus dune heure ce jour-là, commençant vers 14h, 22 bombes ont explosé à Belfast, tuant 9civils. LIRA déclara que les forces britanniques avaient été à chaque fois prévenues de lattentat suivantpour pouvoir évacuer les personnes; seulement, avec le grand nombre de bombes dans le centre-ville etcertaines fausses alertes, la situation était telle que lorsque les personnes étaient évacuées ailleurs, cétaitpour aller dans une autre zone piégée. En 2002 sur la BBC, lIRA a présenté ses excuses aux civilstouchés et aux familles des victimes.Lopération Motorman suivit cet attentat: ce fut une lourde opération militaire ayant pour but dereprendre contrôle des zones de non-droit comme le Free Derry, qui existaient également à Belfast et
  • ailleurs en Irlande du Nord. Cest depuis cette opération que le Free Derry cessa dexister, bien que le murYou are now entering Free Derry (Vous entrez maintenant dans le Derry Libre) dans ce qui était leFree Derry corner, fut laissé pour commémorer cette période, tous comme les muraux du Bogside et lemusée du Free Derry.→ Chanson sur létat de lIrlande dans les années 1970:Only Our Rivers Run FreeCette chanson, même si elle ne parle pas du Vendredi Sanglant particulièrement, fut tout de mêmeécrite par Michael McConnell en 1973, soit seulement un an après ce drame. Elle donne donc une bonneimpression de létat desprit des nationalistes à cette période-là.Elle fut beaucoup reprise, notamment par The Wolfe Tones et Christy Moore. Elle parle du statut delIrlande du Nord à la fin des Troubles. Cest une lamentation sur le sort de lIrlande, qui, selon la chanson,ne sera jamais libre (seules ses rivières coulent libres), car il ny a plus personne pour la défendre. Cestune sorte de reproche à cette attitude ambiante qui existe maintenant en Irlande, celle de vouloir resterneutre et arrangeant, plutôt que résistant et rebelle comme avant:Oh where are you now when we need youWhat burns where the flame used to beAre you gone like the snows of last winterAnd will only our rivers run free?Ah, où êtes-vous maintenant que lon a besoin de vous,Quest-ce qui brûle à la place de votre flamme rebelle,Êtes-vous partis comme les neiges du dernier hiver,Et est-ce que seules nos rivières seront jamais libres?Laccord du Vendredi Saint, ou accord de BelfastCet accord fut signé le vendredi précédent Pâques (doù son nom), le 10 avril 1998, entre le premierministre britannique, le premier ministre de la République dIrlande, les nationalistes (dont le Sinn Féin),et les unionistes. Il réunit ainsi plusieurs partis de toute lIrlande.Globalement, sa visée est de définir:– le statut et le mode de gouvernement en Irlande du Nord,– les relations entre celle-ci, le Royaume-Uni et la République dIrlande,– les Droits de lHomme– le respect de toutes les communautés et ethnies et de leurs traditions– la mise en hors-service des armes appartenant à tout groupe paramilitaire– la remise en liberté des paramilitaires en prison– la mise en service des mesures de sécurité britanniques à travers lIrlande du NordCet accord fut accepté par les votants de part et dautre de la frontière en Irlande, le même jour (le 23mai). Avec ce vote, la République dIrlande a renoncé à sa revendication aux 6 comtés de lIrlande duNord.→ Chanson relatant létat de Belfast quelques années avant le traité:Belfast:Elton John, artiste anglais très connu, a écrit une chanson sobrement appelée Belfast en 1995, dans sonalbum Made in England. Dans cette chanson il décrit lambiance triste laissée par la guerre et les tensionsreligieuses dans cette ville, et pourtant il aime cette ville car il nen a jamais vue de plus courageuse. Danscette chanson il dit quil essaie de regarder à travers des yeux irlandais. Cest une de ces chansons, dansla lignée de celles de Tommy Sands par exemple, qui préfèrent tirer des solutions pacifiques de cespériodes noires, et essaient dapaiser les esprits.smoking black roses: les roses noires représentent la vengeance et la mort (sachant que la rose est la
  • fleur symbolique de lAngleterre, mais la rose rouge étant aussi le symbole des martyrs chrétiens), tandisque le fait quelles soient fumantes fait référence à la fumée des canons de pistolets.No bloody boots or crucifixCan ever hope to split this emerald islandAucune botte sanglante ou crucifixNe peut espérer séparer cette île démeraudeAnd so say your lovers from under the flowersEvery foot of this world needs an inch of BelfastEt ainsi le disent vos amants depuis leur tombeChaque mètre de ce monde a besoin dun centimètre deBelfastLes deux premiers vers signifient que lIrlande ne pourra jamais être divisée par des soldats ou par undésaccord religieux seulement; les deux derniers vers quant à eux signifient que lorsque lon pense à tousceux qui ont perdu des proches dans cette histoire, et donc lorsquon se rappelle les massacres etoppressions dont lhomme a été capable à Belfast, il faut absolument ne jamais oublier cela pour ne pasrépéter nos erreurs à lavenir.Ballade irlandaise relatant brièvement trois grandes étapes de lhistoire dIrlande:Four Green FieldsCette chanson fut écrite en 1967 par le célèbre artiste folklorique irlandais Tommy Makem (mort en2007). Il fut de nombreuses tournées avec le groupe The Clancy Brothers, avec qui il connut un grandsuccès, notamment en Amérique, dans les années 50 et 60.Dans la première strophe, une vielle femme explique quautrefois elle avait quatre terres chéries, quedes étrangers sont venus piller, et ses enfants ont péri en voulant les défendre.Dans la deuxième strophe, la vieille femme dit quil y a de ça longtemps, il y avait la guerre et despillages, ses enfants sont morts de faim, et le sang coula sur ses quatre précieuses terres.Et enfin, la vieille femme dit que maintenant, elle a toujours quatre terres chéries, mais lune delle estencore aux mains des étrangers. Mais ses fils ont eu des fils aussi courageux que leurs pères, et ses quatreterres fleuriront de nouveau.this proud old woman: cette vieille femme fière, est clairement une personnification de lIrlande,qui voit siècle après siècle ses enfants, donc ses habitants, périr sous le joug anglais. Ses quatre précieusesterres ne sont autres que les quatre provinces dIrlande (Connacht, Leinster, Munster, Ulster).La première strophe relate donc larrivée des premiers anglais, et comment ils se sont appropriés lesterres irlandaises. Ensuite, cest la persécution et la privation quont connus les irlandais, notammentdurant lépisode douloureux de la Grande Famine, qui sont relatés. Et enfin, il reste une province, lUlster,donc lIrlande du Nord, encore aux mains ennemies. Mais un jour, lIrlande sera unifiée à nouveau: cest ledernier message, le dernier espoir de la chanson.Ce problème du statut de lIrlande du Nord est dailleurs on ne peut plus au cœur de la vie politiquebritannique contemporaine: en effet, dans mon cours de civilisation britannique de cette année, consacré àla vie politique anglaise, le dernier chapitre est: Key political issues: Northern Ireland [...] →Questions politiques clés: lIrlande du Nord […].Pour conclure, voici ce que dit Martin Dowling dans son essai Folk & Traditional Music, and theConflict in Northern Ireland, A Troubles Archive Essay, p. 9:Certaines chansons sont adoucies, dautres écoutées seulement en petits comités, beaucoup sontoubliées. Ce sont de vieilles et résistantes habitudes […] Seul le temps nous dira combien de ceschansons inventées en réponse aux Troubles survivront dans la tradition, et quelle forme ellesprendront aux mains des futures chanteurs.
  • II) La musique actuelleLes artistes contemporains perpétuant la tradition:Dans une boutique de musique à Dublin, jai relevé des noms de groupes sur un grand présentoirconsacré à des CD de groupes traditionnels contemporains; je ne vais parler que des plus populairesdentre eux:✗ The Dubliners11est un groupe de musiquefolklorique irlandais très connu, fondé en 1962. En allant auxArchives de Dublin, je suis passée devant un bar appeléPaddy ODonoghues; jai lu ensuite que cest là que lesmembres du groupe sétaient rencontrés pour la premièrefois12. A lépoque, tous les musiciens et chanteurs folkloriquesy allaient (aujourdhui ce nest plus pareil, cest devenu trèstouristique). A lintérieur, un mur leur est consacré, avec leportrait de chaque membre. Ce groupe renommé a denombreux amis artistes, dont Bono du groupe U2, et SinéadOConnor.Ils jouent beaucoup de chansons traditionnelles, sans toujours suivre la version originale – en ajoutantou enlevant certains vers et certains mots – dont des chansons rebelles, comme The Foggy Dew,interprétée dans les années 60. A lépoque, ceci faisait parfois lobjet de controverses, ce qui leur a valudêtre banni, entre 1967 et 1971, par la chaîne nationale RTÉ.Cette année 2012, le groupe a donc célébré son 50ème anniversaire. Le groupe sest également vuattribué un Lifetime Achievement Award par la BBC Radio 2 Folk Awards, en cette année 2012.✗ The Chieftains est un groupe traditionnel renommé ayant collaboré avec de nombreux artistesinternationaux, tels Sinéad OConnor, Sting, The Rolling Stones, Bob Dylan, Mick Jagger, The Corrs, ArtGarfunkel, Ziggy Marley, et Madonna, pour ne donner quune liste non exhaustive. Ils sont connus pouravoir popularisé la musique folklorique irlandaise, en jouant autant dans des pubs quen réalisant deschansons symphoniques pour le grand écran. Ils furent aussi le premier groupe à jouer dans le Capitole deWashington, et le premier groupe occidental à jouer sur la Grande Muraille de Chine!On voit leur influence jusque dans les publicités: lorsque jétais à la Guinness Storehouse de Dublin,on pouvait regarder des publicités pour la Guinness qui avaient été réalisées entre les années 50 etaujourdhui, et dans lune delle, ce sont The Chieftains qui font la promotion de la fameuse bière noire!Jai vu un programme, le lundi 2 juillet au soir, sur RTÉ One (chaîne de télévision nationale irlandaise)sur leur nouveau CD, Voice of Ages, sorti en 2012 pour leur 50ème anniversaire (comme The Dubliners).Lémission était une succession dextraits des chansons enregistrées en studio avec les différents artistescollaborateurs, et des explications du leader du groupe, Paddy Moloney13. De nombreux jeunes artistes deplusieurs pays ont participé à cet album: pas moins de 7 groupes folk et de jazz américains, ainsi que lesfameuses chanteuses irlandaises Imelda May et Lisa Hannigan; et enfin le chanteur écossais Paolo Nutini.11 A noter que Dubliners est également le nom du livre, publié en 1914, du célèbre écrivain irlandais James Joyce, dans lequelil décrivait la ville de Dublin comme un personnage à part entière, usant dune palette de couleurs dambiances de la capitale àcette époque. Si le groupe The Dubliners sest nommé ainsi, cest quà leurs débuts, un de leur membre était en pleine lecture dece livre.12 Eric Winter, in Dubliners Song Book, 1974.13 Qui habite, pour lanecdote, près des Wicklow Mountains de Dublin, donc pas loin de chez Patricia, cest elle qui me la dit!
  • ✗ The Planxty était un groupe irlandais folkloriquecréé en 1971, Christy Moore faisant partie des membresfondateurs du groupe. Ils se sont séparés en 1975 puis 1983,puis réunis en 2003 en faisant un dernier concert en 2005.Leur répertoire était très influencé par le talentueux – etaveugle – harpiste classique Turlough OCarolan (ayant vécuau XVII°/XVIII° siècle). Leur nom aussi en est inspiré,puisque le mot Planxty était souvent utilisé par cemusicien dans ses chansons (quant à son origine, il y aplusieurs explications dont on ne sait pas laquelle est lavraie).✗ Christy Moore est un chanteur folklorique irlandais.Il a mis en musique des poèmes de Bobby Sands, dontBack Home in Derry. La mélodie de cette chanson est cellede The Wreck of the Edmund Fitzgerald, chanson dumusicien canadien Gordon Lightfoot. Christie Moore aenregistré cette chanson sur son album Ride On, de 1984,considéré comme lun de ses meilleurs. Dans cet album, il ychante dailleurs de nombreuses chansons évoquant etcélébrant diverses luttes politiques dans le monde, ou leursconséquences.Christy Moore est un artiste très connu en Irlande, et qui se donne en concert encore aujourdhui. Ilétait dailleurs au Galway Arts Festival lorsque jy étais cet été, mais je nai pas eu loccasion de le voir.Bobby Sands était un membre de lIRA provisoire et un député à la Chambre des Communes duRoyaume-Uni. Il est mort après une grève de la faim de 66 jours, à la prison de Maze en Irlande duNord. Il est vu comme un héros de la cause républicaine et de la défense de la dignité des prisonnierspolitiques. Mais pour dautres, il est vu comme un terroriste, tout comme lIRA.✗ Clannad est un groupe familial dont les membres sont des frères, sœurs et oncles (commebeaucoup de groupes folkloriques, tels The Clancy Borthers ou The Fureys). Ils se sont formés en 1970dans le comté de Donegal, en Irlande du Nord.Ils se sont plus amplement fait connaître avec leur chanson écrite pour le thème de la série britanniqueHarrys Game en Octobre 1982, une série relatant la période des Troubles. Cette chanson resteaujourdhui la seule chanson chantée entièrement en irlandais à atteindre le n°5 dans les charts anglais etirlandais à la fois. Cette chanson fut reprise dans des films et des publicités américaines, ce qui a lancéleur carrière internationale. Après 10 ans de séparation, les membres du groupe (une sœur en moins,partie en carrière solo) se sont réunis en 2007. Ils ont réalisé une tournée au Royaume-Uni en Mars 2008,et en 2012, ils préparent un nouvel album ainsi quune tournée en Amérique du Nord et au Canada.Pour lanecdote, lorsque jétais à la Guinness Storehouse, en plus de la publicité avec la participationde The Chieftains, jen ai aussi vu une autre avec celle de Clannad!✗ Un autre groupe, jouant des chansons principalement rebelles, est The Wolfe Tones (tirant sonnom de Theoblad Wolfe Tone). Ce groupe est né dans la banlieue de Dublin en 1963, dont deux desquatre membres sont les frères Brian et Derek Warfield. Le groupe a fait de nombreuses tournées enIrlande, à Londres, puis aux États-Unis et au Canada après avoir acquis une plus grande renommée.Aujourdhui, le groupe ne se produit plus quen trio, puisque Derek Warfield a quitté le groupe en 2001.Stèle dans la Cathédrale Saint Patrick àDublin, représentant Turlough OCarolan
  • ✗ Derek Warfield sest produit en solo pendantquelques temps, puis se donne maintenant en concert avec unautre groupe quil a fondé, appelé Derek Warfield & The YoungWolfe Tones, groupe folklorique reconnu. Ils ont, entre autres,interprété la chanson Óró, Sé do Bheatha Bhaile, chansonfaisant originellement référence à une insurrection jacobite duXVIII° siècle (le titre signifiant: Bienvenue chez vous).Elle fut reprise au XX° siècle comme chanson rebelle, sesparoles étant retravaillées par le nationaliste Pádraig Pearse, lundes leaders de linsurrection de Pâques. Cette chanson futbeaucoup chantée à cette période, notamment par lesVolontaires Irlandais, et aussi lors de la guerre dindépendance.Elle fut connue sous dautres noms, comme Dord nabhFiann (Lappel des Soldats) ou An Dord Féinne. Les parolesremaniées par Pearse font référence à Gráinne OMalley, unefameuse cheftaine tribale et reine pirate, connue pour sarésistance (et plus tard sa capitulation) contre la reine ÉlisabethI. Elle reste, dans la mémoire collective, une héroïne irlandaisede lindépendance.✗ On peut aussi attirer lattention sur des musiciensfolkloriques dans la même vague que Christy Moore: Tommy Sands, et, bien que moins connu, son frèreColum Sands. Ils sont dIrlande du Nord, du comté de Down, nés de parents eux-mêmes musiciens quiont élevé leurs sept enfants dans lamour de la culture irlandaise. La maison de la famille Sands étaitconnue en Irlande du Nord, autant chez les catholiques que les protestants, pour être lendroit où seretrouver pour profiter de la musique et passer un bon moment.Tommy Sands est un artiste connu internationalement (il a joué à Carnegie Hall à New York ainsiquau Stade Olympique de Moscou), ami proche du chanteur américain Pete Seeger, et fait désormais destournées avec son fils Fionan et sa fille Moya. Sa chanson There Were Roses est par ailleurs très connue.Dans son essai, le Martin Dowling parle de cette chanson, page 7:La chanson se réfère également à une tradition irlandaise bien plus ancienne, an caoineadh, lalamentation. Dans le simple refrain, qui commence avec There were roses, roses, there were roses,la mélodie monte et se stabilise sur la première syllabe de roses, et on entend là un légermelisma14démotion, un secouement de douleur, qui résonne avec le ochóne is ochóne ó du plusancien gaélique amhrain caointe. Le refrain a une ancienne fonction, qui est de permettre àlaudience du chanteur deffectuer un acte de deuil public en unisson oral.✗ Declan McLaughlin est également un artiste actuel ayant à son répertoire de nombreuseschansons en rapport avec la situation en Irlande du Nord. Comme je lai déjà mentionné, jai pu être encontact avec cet artiste, et cest en échangeant avec lui que jai découvert lhorrible pratique du knee-capping, traduit en français par jambisme. Cest un acte qui a pour but de punir ou de menacer, sanstuer, en tirant dans le joint du genou. Cette pratique était courante en Italie et en Irlande du Nord, par lesparamilitaires notamment, mais aussi par des membres de lIRA provisoire. Aujourdhui, on a vent detelles pratiques à Gaza (encore un lien entre la Palestine et lIrlande du Nord...).Il a joué avec deux groupes pendant quelques années: The Screaming Bin Lids et The Whole TribeSings, groupes punk folkloriques, dont les chansons évoquent la vie en Irlande du Nord.14 Fait de chanter une seule syllabe tout en utilisant plusieurs notes à la suite, contrairement au fait de chanter une syllabe parnote.Affiche de Derek Warfield & The YoungWolfe Tones dans une rue à Dublin
  • Declan McLaughlin est connu dans cette région, et il a égalementfait de nombreuses tournées aux États-Unis. Il est très engagé dansla cause pour Gaza, comme dautres artistes irlandais identifiantbeaucoup cette situation à celle en Irlande il y a quelques années – etpour cause. Par ailleurs, sur le mur extérieur du musée du FreeDerry, il y a une reproduction de Guernica, ainsi quune peinture ensoutien à la Palestine (voir à droite).✗ Gary Óg est un musicien de musique folklorique irlandaiserebelle, originaire du sud de Glasgow, ville qui connut par un tempsune forte communauté irlandaise. Il a fait partie du groupe Éire Óg(Jeune Irlande), également de Glasgow, fameux groupe de musiquerebelle des années 90 dans la même lignée que The Wolfe Tones, parexemple.Aujourdhui, il fait carrière solo, et a fait des tournées jusquenAustralie. Il interprète surtout des chansons folkloriques irlandaisesrebelles, comme celle pour laquelle il est le plus connu: Go On Home British Soldiers, chansonprovocatrice souhaitant une Irlande libre, dont les paroles font par ailleurs référence aux 14 victimes duBloody Sunday de Derry. Il a également interprété The Fields of Athenry, Irish Soldier Laddie, et Willieand Danny, cette dernière chanson faisant référence à deux victimes républicaines qui furent prises dansune embuscade de larmée britannique, en 1984 à Derry.✗ Terry Cruncher ONeill est un artiste folklorique chantant beaucoup de chansons rebelles, etil est donc populaire en Irlande du Nord, surtout à Derry et Donegal, deux villes fortement républicaines.Il joue également au week-end annuel de commémoration des volontaires de lIRA de Derry15. Il ainterprété par exemple la chanson républicaine James Connolly (tout comme The Wolfe Tones, ladernière strophe en moins), une chanson parlant de la fusillade des 13 rebelles à la prison de Kilmainham,dont nous avons déjà parlé.There was many a sad heart, in Dublin thatmorning,When they murdered James Connelly, the IrishrebelIl y avait plus dun cœur morose à Dublin,ce matin-là,Lorsquils ont assassiné James Connolly, le rebelleirlandaisThe spirit they tried hard to quell,But above all the dim came the cry nosurrender,Was the voice of James Connelly, the Irish rebel.Ils ont bien tenté de réprimer lesprit de résistance,Mais à travers lobscurité on entendit le cri deralliement On ne se rendra pasCétait la voix de James Connolly, le rebelle irlandais.✗ Sinéad OConnor est une chanteuse irlandaise, qui sest fait connaître internationalement avec sareprise dune chanson de Prince en 1990. Elle a aussi, durant sa carrière, réalisé des chansons pour desfilms, et encore en 2012, elle a sorti lalbum How About I Be Me (And You Be You)?. Elle a collaboré avecde nombreux artistes tels que U2, The Chieftains, ou Damien Dempsey (musicien irlandais du nord deDublin).En 2002, elle a réalisé un album dont le titre est en gaélique, Sean-Nós Nua, et qui est un recueil dechansons traditionnelles irlandaises. Le nom Sean-Nós fait référence au style de musique traditionnelledu même nom, qui est un style de chant non-accompagné, ayant souvent pour sujet des lamentations, dela poésie, ou des événements politiques, mais aussi parfois des sujets comiques, notamment pour leschansons à boire. Dans cet album, il y a par exemple la chanson traditionnelle Óró, Sé do BheathaBhaile, chanson que lon a déjà vue reprise par Derek Warfield & The Young Wolfe Tones, mais qui futaussi reprise par The Dubliners et The Clancy Brothers.15 Cette année, cela se passait fin juin (mais jétais encore à Dublin); cétait le 25ème anniversaire de la mort des deuxmembres de lIRA Edward McSheffrey et Paddy Deery.
  • On constate finalement que beaucoup dartistes ayant émergé dans la période des Troubles restentencore très actifs dans le paysage musical folklorique contemporain. Ils tiennent un rôle important danslexportation de la musique irlandaise à travers le monde, ainsi que dans la perpétuation de la traditionremise au goût du jour dans le pays-même. Heureusement, la relève est assurée par quelques jeunesartistes aspirant à chanter, eux aussi, la fierté de leur pays.La perception de lhistoire et de la musique folklorique en Irlande:La politisation systématique des chansonsSelon Gerry Smith16, lIrlande est un pays musical depuis toujours. Zimmerman, lui, dans Songs ofIrish Rebellion, explique que le fait dutiliser la musique comme moyen de révolte, de description du sortdes petites gens lors de bouleversements sociaux, de célébration des martyrs, ou pour inspirer quelquechangement politique, nest pas une pratique propre à lIrlande seule; cependant, dans un tel pays où lestensions sont récurrentes et violentes, et où la musique et léloquence sont bien développés, cette pratiquepouvait prendre de grandes proportions et des formes originales, et devenir tellement pénétrante quepratiquement nimporte quelle chanson en devenait politique.Joan, de lIrish Traditional Music Archives de Dublin, est elle-même chanteuse traditionnelle, et a reçuun Life Achievement Award (comme The Dubliners) lors du Tommy Makem Festival à Armagh, enIrlande du Nord. Elle ma parlé de ce phénomène de politisation des chansons: les chanteurs traditionnelsdaujourdhui chantent souvent des chansons à caractère politique sans trop le savoir, car toute chansondite traditionnelle contient quasiment obligatoirement un élément politique, la période de conflit avec leroyaume britannique ayant duré très longtemps. Elle-même na pris conscience de toutes cessignifications entre les lignes que depuis peu.Exemple: la chanson The Little DrummerChantée par Christy Moore avec The Planxty en 1974, cette chanson parle dun tambourineur danslarmée qui tombe amoureux dune aristocrate, qui bien sûr le rejette; désespéré, il lui dit alors quil vamettre fin à sa vie, donc la jeune femme finit par accepter de se marier avec lui, malgré leur différence decaste qui leur interdit dêtre ensemble. A première vue, on se dit que ce nest quune chanson damour,mais il y a des éléments politiques qui y sont liés, puisque la seule armée existante en Irlande, à lépoque,était larmée britannique; de plus, la jeune fille étant de bonne famille, son père est très certainement unlord anglais possédant une grande propriété dans le comté de Tipperary (la mention du lieu de Bansha enatteste): les seules familles possédant des terres en ce temps étaient de riches familles aristocratesanglaises, employant les irlandais locaux pour les cultiver.Autre exemple: la chanson Down By The Liffey17Side:Jai lu dans mon recueil de chansons populaires irlandaises que cette chanson fut écrite par PeadarKearney, lauteur de A Soldiers Song (il y est dailleurs fait référence dans cette chanson).Lair est le même que Down by the Tanyard Side, et The Slaney Side, chansons de Herbert Hughes – uncompositeur, critique musical et collecteur de chansons folkloriques irlandais originaire de Belfast,contemporain de William B. Yeats. Une autre chanson écrite sur la même mélodie est The Piper ofCrossbarry, célébrant les exploits de la troisième brigade de West Cork (une unité de lIRA) en 1921 (ilsont échappé à lencerclement de 1200 soldats britanniques lors de lembuscade de Crossbarry).Down By The Liffey Side fut notamment reprise par The Dubliners et The Wolfe Tones.16 Gerry Smith, Chapitre I: Listening to the Future: Music & irish Studies, in Music in Irish Cultural History, IrishAcademic Press, Dublin.17 Le Liffey est le fleuve qui passe à travers le centre de Dublin.
  • Cette chanson possède des éléments politiques, puisque Mary, dans la chanson, chante ce qui vadevenir lhymne national irlandais, et il est aussi fait allusion au parti nationaliste Sinn Féin. Mais le plusintéressant, cest que dans mon recueil de chansons populaires, il ny avait pas la totalité de la chanson: ilmanquait la dernière strophe, que jai retrouvée dans une autre version (qui, je pense, est loriginale); orcette strophe est la plus clairement républicaine, cest donc pourquoi ils lont supprimée dans le recueil,dans le fameux but de neutralité. Voici la dernière strophe:And well have little children, and rear themneat and cleanTo shout up the Republic and to sing about SinnFein,Theyll do what their old fellas did, whoEnglands power divide,Send them off with guns against the free statehuns,Down by the Liffey side.Et nous aurons beaucoup denfants, et les éduqueronsbien comme il fautÀ soutenir la République haut et fort et à chanter leSinn Féin,Ils feront ce que leurs ancêtres ont fait, ceux que lepouvoir de lAngleterre a divisés,Nous les enverrons prendre les armes contre lesennemis de lÉtat libre,Du côté de la rivière Liffey.Les tensions qui perdurentRegardant limpact de lhistoire de lIrlande sur ses habitants, jai regardé, avec Patricia, une émissionsur la chaîne RTÉ One (le Saturday Night with Miriam, du 30 juin 2012), où la journaliste aimée de lapopulation Miriam OCallaghan invitait lex-leader de lIRA – devenu maintenant vice-premier ministredIrlande du Nord – Martin McGuinness, aussi numéro 2 du Sinn Féin. Récemment, lors de sa visite enIrlande fin juin 2012, la reine dAngleterre a serré la main à cet homme, et ce geste symbolique abeaucoup fait parlé dans les médias. Jusquici, ce parti nationaliste avait toujours boycotté les visites de laReine.Il disait dans lémission que, bien que beaucoup de gens pensent que le processus de paix est terminé,il est au contraire encore en cours et fragile. Il reste des étapes à franchir et des réconciliations à faireentre les habitants dIrlande du Sud et du Nord, et entre lIrlande et lAngleterre. Cest pourquoi cettepoignée de main était un moyen, pour Martin McGuinness, de tendre la main à tous les unionistes duNord.Il a également dit que le processus de réconciliation est long, comme cest le cas de tous les processusde paix, et il ne faut pas oublier que cette guerre na encore même pas un siècle dexistence. La plupartdes habitants dIrlande aujourdhui, les seniors, sont des gens qui ont vécu cette guerre civile, qui ontconnu la souffrance des autres et de leurs proches, et vu des innocents se faire tuer.Par rapport à cela, Miriam a été droit au but en demandant à Martin McGuinness sil avait des remords,si toutes ces victimes en valaient la peine; car un autre point délicat en Irlande est le statut de lIRA.Beaucoup aujourdhui, comme Miriam, nen veulent pas quà lAngleterre mais aussi à lIRA et sesbombardements qui affectaient aussi la population civile, comme par exemple lors du Vendredi Sanglantde Belfast mal organisé. Beaucoup de familles ont souffert à cause des deux camps, en fin de compte, etaujourdhui lIRA est considérée comme une organisation terroriste par beaucoup dirlandais.Il y a donc visiblement toujours des tensions au sein du pays quant à cette période de Troubles. Jen aiparlé avec Patricia après cette émission, et elle ma dit quil ny avait plus les mêmes tensions quavant,entre le Nord et le Sud, cependant cest encore un grand sujet de conversation. Même si les tensions sontbeaucoup moins fortes quavant, le souvenir de ce passé commun et proche dans le temps est encore vif,et cest une chose qui ne peut pas partir en seulement quelques décennies – jen ai fait la constatation lorsde mon passage à Derry, où la ville elle-même rendait une impression de deuil généralisé par rapport àson Dimanche Sanglant, 40 ans plus tôt.De cette période qui divisaient même les familles en leur sein, un livre en témoigne assez fidèlement:The Railway Station Man, de Jennifer Johnston, une écrivaine irlandaise (je lavais emmené en Irlandepour le lire là-bas, sans savoir de quoi ça allait parler ou qui était vraiment lauteur... Quelle belle
  • coïncidence!). Ce livre relate une histoire damour entre une mère irlandaise veuve et un ancien héros deguerre anglais, sur fond de lutte pour lindépendance de lIrlande, dans lequel son fils est impliqué. À cettepériode les jeunes sengageaient dans lIRA pour défendre le pays de loppresseur, dautres sengageaienten nayant quune image glorieuse de leur action, sans trop savoir ce qui les attendaient... et les parentsbien souvent étaient impuissants face à ce phénomène, et navaient, comme on dit plus que leurs yeuxpour pleurer. Jennifer Johnston a également écrit The Old Jest, roman sur la Guerre dIndépendanceirlandaise, qui fut adapté au cinéma en 1988.Patricia ma aussi fait part du fait que certaines familles ne se parlaient toujours pas à cause de ce quilsétait passé entre leurs parents (notamment entre ceux qui étaient du côté des exécuteurs desrebelles/prisonniers politiques, donc côté britannique, et ceux qui ont été exécutés). LIrlande est un petitpays où il nest pas très caricatural de dire que tout le monde connaît tout le monde. Ainsi, on repèreencore facilement les marques laissées par la guerre civile car les familles et leur descendance restentproches et pas très éparpillées dans lespace.On peut donner en exemple larticle qui est paru dans le Derry Journal à propos du week-end decommémoration annuel des volontaires de lIRA (ayant eu lieu le 23/24 Juin 2012), où lon peut constaterquétaient présents, lors de cet événement, des frères et enfants de volontaires morts durant lesaffrontements. Il y a dailleurs, à Derry, de nombreuses commémorations de ce genre, comme lacommémoration du Dimanche Sanglant, ou bien encore la commémoration de lInsurrection de Pâques.Tous ces événements ne font que confirmer mon impression que Derry vit dans le passé, et ne permetpas aux gens davancer en paix (même si je ne serais pas daccord pour oublier ce passé).Là encore, ce passé étant très proche, on peut espérer que, comme partout, avec le temps les gensfiniront par faire leur deuil et par aspirer à un avenir plus pacifique.Le statut de la musique traditionnelle aujourdhuiPar rapport à la vision que les jeunes aujourdhui ont de la musique folklorique, cest Ronan, 26 ans18,qui ma expliqué que les groupes traditionnels nétaient pas si populaires que cela. Comme partout, ilssont un peu dans lombre des groupes et chanteurs internationaux, comme Lady Gaga et dautres; lesgroupes traditionnels ne seront jamais dans le top 10 des chansons de radio par exemple. Cestsympathique pour lambiance des pubs, mais ça ne va pas plus loin selon lui. En ça on peut donc dire queClannad avait bien réussi son coup, en écrivant leur chanson pour Harrys Game devenue n°5 des chartsanglais. Mais, 40 ans plus tôt, il ny avait pas les mêmes conditions socio-historiques.Il me semble que la pacification des deux camps joue aussi beaucoup dans ce manque dintérêt desjeunes pour la musique folklorique: ils ont peut-être moins besoin de ressentir leur identité irlandaise –si tant est quun tel concept existe – car il ny a plus l ennemi anglais commun. Les jeunes demaintenant nont pas vécu les atrocités des Troubles comme leurs anciens, pour qui cest encore très ancrédans leur mémoire. Il y a bien sûr le passage dune mémoire collective, et chaque famille transmet unecertaine idéologie à leurs enfants, mais même cela devient de plus en plus modéré. Les pensées semblentmoins polarisées quavant, et maintenant on veut apprendre aux descendances à savoir faire la paix et àvivre dans un monde plus harmonieux. Les gens ne veulent plus de cet extrémisme qui a mené à despertes humaines des deux côtés.Jen ai parlé avec Martin Dowling, qui ma dit que ceci est un aspect important de la musique enIrlande: toujours à cause de ce but de pacifisme, il existe un effet de rejet de la chanson traditionnelleirlandaise (surtout chez les jeunes, comme on la vu), au profit de chansons irlandaises ayant un côtéballade country américaine revisité (qui ressemble beaucoup à la vraie country américaine – on observedailleurs des instruments traditionnels, comme le banjo, autant utilisés en Irlande quen Amérique).En dehors des musiques sans paroles dans les pubs (musiques à boire, finalement), on nentend pasbeaucoup de chansons traditionnelles, et pour cause: la plupart de ces chansons sont tristes et/oupolitiques, ce qui nest pas très bon pour le commerce, tout simplement! En soirée, les gens consomment18 Jai connu Ronan grâce au couch-surfing: cétait le seul qui mait répondu, et même sil navait pas de place pour me fairedormir, on a pu discuter de mon sujet. Ronan est originaire de Cork, et vit et travaille à Dublin aujourdhui.
  • plus avec une musique de fond joyeuse. Dautant plus quen Irlande, chose qui nexiste pas ailleurs (dumoins pas en France), lorsquune personne commence à chanter dans un pub (et la moitié du temps, ceschansons sont des lamentations), tout le monde se tait et écoute en signe de respect: ce nest donc pas bonpour pousser à la consommation. Le paysage musical des pubs a ainsi évolué lui aussi.Il existe aussi certains groupes ayant une connotation négative: entre écouter The Chieftains, aurépertoire traditionnel plutôt gentil, et écouter The Wolfe Tones, au répertoire bien républicain, il y aune différence. Ces derniers étant très pro-IRA, et lIRA étant mal vue par les irlandais aujourdhui, TheWolfe Tones passent pour être un groupe assez extrémiste (par contre il me semble que Derek Warfield &The Young Wolfe Tones na pas la même réputation). Ronan me disait donc que si une personne disaitouvertement quelle aimait bien ce groupe, elle pourrait passer pour quasiment pro-terroriste.Après ce que ma dit Ronan, il est vrai que les groupes traditionnels ne sont pas ce qui est écouté leplus par les jeunes; cependant, de par de ce que jai vu lors de mon tour de lIrlande, je trouve que lamusique folklorique en elle-même représente une dimension beaucoup plus importante que la musiquefolklorique en France, par exemple. Ne serait-ce quen se baladant dans les villes on voit que la musiqueest très présente, quand on voit ici ou là un trio de rue jouant des airs traditionnels, ou un musicien seuljouant de luilleann pipe, de la guitare, dela mandoline, de la concertina ou autreinstrument traditionnel. Où quon sebalade, dans les rues, dans les pubs, oudevant les hauts-parleurs de magasins demusique, on entend beaucoup de musiquetraditionnelle (et lors du festival demusique traditionnelle à Miltown Malbay,jai tout de même entendu quelques trioschanter des chansons républicaines). ÀDublin, jai pensé que cétait pour attirerles touristes; mais lorsque jai vu quecétait pareil ailleurs, je crois que cela estinhérent au pays, et cest une chose trèsagréable. De ce côté-là, lIrlande est unpays du Sud, le beau temps en moins!Je dirais en fait quil existe toutsimplement trois grands courants de musique traditionnelle en Irlande: il y a les groupes qui ne parlentpas de la guerre, et que lon entend facilement, puisquaccessible à toute la population sans risque decontroverse; les groupes et chanteurs comme Tommy Sands et Christy Moore qui sont tout de mêmepolitiques, mais pour une pacification de lIrlande; et pour ceux qui le souhaitent, il est égalementpossible de trouver des groupes ou chanteurs (plus quon ne le pense) républicains, chantantprincipalement des chansons rebelles traditionnelles (ils sont toutefois moins connus par le grand publicque par les connaisseurs, dans cet éternel but de modération). Dans une boutique de souvenirs jaidailleurs vu un présentoir où il y avait deux types de CD, un exclusivement de ballades traditionnelles,lautre de chansons de rébellion.Entre compréhension et haine mal placéeJoan ma aussi dit quavant, le patriotisme était un sentiment très populaire en Irlande, sans être unehaine aveugle des anglais. La population se comprenait mieux, car les gens étaient tous dans le mêmepanier, la même misère: il y avait autant de pertes des deux côtés, et voyaient bien que la guerre étaitvaine, donc ils se serraient plus les coudes. Tandis quaujourdhui, ce qui est un peu un paradoxe est queles gens qui pour la plupart nont pas connu les temps dintenses problèmes, sont ceux qui entretiennentcette haine aveugle (attention, il y a une différence entre haine aveugle et résistance contre loppresseur).Groupe improvisé dune douzaine de musiciens dans un pub àMiltown Malbay
  • Comme souvent, lorsque lon ne connaît pas quelque chose personnellement, on a tendance à aller plusdans lextrême car on na moins dinformations sur lesquels se faire notre opinion, et celle-ci en devientdonc faussée, et nous pousser à nous engager dans des causes quon ne connaît finalement pas vraiment.Les amalgames sont donc faciles à faire.Les gens ont perdu des proches, des parents, des amis, et cest quelque chose qui ne peut pas secomprendre rationnellement. Évidemment, cest comme ça que la guerre se passe toujours; mais lorsqueça nous arrive, on se rend alors vraiment compte que rien ne devrait justifier la mort dinnocents.Selon Joan, on peut voir ces changements dans les paroles des chansons rebelles: dans les chansons de1798, les paroles étaient beaucoup plus patriotiques et compréhensives; maintenant ce nest que sur lesennemis anglais et à quel point il faut les détester.Me concernant personnellement, je ne sais pas de quel avis je suis; tout de même, lAngleterre a bel etbien envahi le pays et cest à cause deux quil est maintenant divisé, ça nest pas une invention, donc jecomprends le point de vue des républicains qui réclament une Irlande unifiée, comme elle devrait lêtre.Cest une sorte de colonisation pacifique que représente lIrlande du Nord aujourdhui, finalement,seulement personne, si ce nest les républicains, ne semble sen préoccuper. LAngleterre aurait dûrenoncer à lIrlande toute entière lors du traité de Belfast, et ne pas chercher à négocier le terrain.Cependant, dun autre côté je comprends aussi que les gens ne veulent plus de guerre ou de tension, etpréfèrent oublier tout ça. Tellement de familles ont perdu leurs proches dans cet affrontement, et au final,aujourdhui tout le monde vit normalement, donc à quoi bon continuer de se battre? Il est préférablemaintenant de régler ces questions de façon pacifique et diplomatique, plutôt que par la force. Leproblème reste que lIrlande a moins de poids par rapport au Royaume-Uni, donc les voies diplomatiquesprofitent souvent plus au pays le plus influent. Mais au final, peut-être que si la terre entière devaitremettre en question quelle terre appartient à qui, on nen aurait jamais fini...Pour les irlandais fortement républicains, cetteattitude se compare à de la soumission, et làencore je comprends leur point de vue. Javoueque moi-même cette situation me déplaît un peu,et jaimerais voir une Irlande unie; après toutcette situation de la période des Troubles est trèscomparable à celle dIsraël/Palestine (ce nest paspour rien que de nombreux artistes irlandaissoutiennent la Palestine).Quelle tristesse quun si beau pays naie pasplus de pouvoir et d’aplomb aujourdhui, tout çaparce quil na jamais eu la chance de pouvoir sedévelopper de façon indépendante et nonsoumise. Donc moi-même je suis hésitante quantà ma position, et je pense que je tendrais tout demême plus du côté républicain.En Amérique: les groupes trop républicainsLa musique irlandaise sest beaucoup répandue aux États-Unis, suite aux émigrations massive dIrlandeau XIX° siècle (pour cause de famine et de persécution religieuse comme on la vu), ainsi que dans tout leRoyaume-Uni. Depuis les années 70, il y a un regain dintérêt pour cette musique dans le monde entier(appelé folk revival). La musique irlandaise est devenue un champ spécialisé qui sest développé en undomaine reconnu et populaire (daprès le Music in Irish Cultural History, de Gerry Smith, Irish AcademicPress, Dublin), notamment aux États-Unis, où est concentrée une forte communauté irlandaise (surtout àBoston, où « en 1900, la moitié de la population de la ville est dorigine irlandaise, dont les Kennedy »).Mural à Belfast pour la cause palestinienne
  • Grâce à cela, la musique irlandaise connaît un succès international.Cest un phénomène de grande ampleur, dont jai aussi parlé avec Martin Dowling (cest lui qui mainformé du groupe The Flogging Molly, dont je vais parler): de nombreux groupes américains reprennentdes chansons irlandaises, telles quelles ou en les retravaillant, et bien souvent ces chansons sont trèsrépublicaines, dans la lignée de celles de The Wolfe Tones. La différence entre les deux pays et que danslun, ce style est populaire, dans lautre, cest plutôt mal vu, comme on la vu plus tôt. Quelque chose quimavait dailleurs étonnée est que, déjà en France, lorsque javais parlé de The Dropkick Murphys à monami irlandais, celui-ci ne les connaissait pas. Et une fois sur place, jai eu la surprise de voir quen effetces groupes américano-irlandais nétaient que très peu connus. En revanche, en causant avec desaustraliens dans différentes auberges de jeunesse, jai constaté quen Australie ils étaient plus populairesquen Irlande. Cest là que je me suis dit quil devait y avoir une sorte de légère censure sur les ondes.Ces groupes républicains sont cependant vraiment populaires en Amérique, et je trouve celaintéressant de voir comment, dans toutes ces histoires de migrations forcées, les générations évoluent. Onen a récemment parlé en cours de Migrations forcées, à luniversité de Macédoine de Grèce où je suisactuellement: la première génération de migrants, ceux qui font le voyage, reste relativementcommunautaire dans le nouvel environnement plutôt hostile (dans le cas des irlandais, on peut dire quelenvironnement était vraiment hostile, lorsquon sait que sur les vitrines des pubs américains il y avait despancartes No dogs, No Irish, déjà mentionné plus tôt). La seconde génération de migrants sont lesenfants, qui apprennent le langage et la culture de nouveau pays, et tentent tant bien que mal de sintégrer,en rejetant leur propre culture. Puis vient la troisième génération, donc celle daujourdhui en Amérique,où les descendants de migrants souhaitent renouer avec leurs origines et leur culture initiale: il y a uneémergence dethnicité, selon les termes de Frederik Barth (dans Ethnic Groups and Boundaries, 1969).En Amérique, on brandit volontiers la fierté dêtre irlandais, et de soutenir lIRA; lorsquon a été séparépar un océan de toute la période des Troubles, il est aussi difficile de parler en connaissance de cause(cela rejoint le point dont jai parlé plus tôt). Beaucoup daméricano-irlandais, plus irlandais que lesirlandais eux-mêmes, ne sont guidés que par une image idéalisée de lIrlande et de la lutte pour sa liberté,et parfois en font trop. Toutefois, qui peut leur enlever cette envie de renouer avec leurs origines, et quipeut les blâmer de souhaiter une Irlande réunifiée?The Dropkick MurphysCe groupe punk rock celtique, que jai connu par mon frère, sest fondé en 1996 à Quincy près deSouth Boston. Dans toutes leurs chansons, la cornemuse, laccordéon, la mandoline et la flûte,instruments traditionnels, sont très présents. Jai aussi entendu parler récemment que chaque année, pourla St Patrick, ils jouent une semaine daffilée à Boston: preuve quils sont très appréciés sur leur continent,encore plus dans leur ville dorigine, qui compte une forte communauté de descendants irlandais. Voicideux chansons populaires quils ont interprétées:Johnny, I Hardly Knew Ya:Elle est aussi connue sous le nom de Johnny We Hardly Knew Ye ou Johnny I Hardly Knew Ye. Ils lontreprise dans leur album The Meanest of Times, en 2007. Lair de la chanson fut reprise, il y a longtemps,pour la chanson When Johnny Comes Marching Home Again, durant la Guerre de Sécession.Cette chanson du XIX° siècle raconte la grande tristesse dune femme du Comté de Kildare lorsquelleretrouve le père de son enfant revenant de la guerre, mutilé. Cette technique de montrer les horreurs de laguerre pour en dissuader le plus possible les jeunes, et de montrer que rien de bon nen sort, était souventemployée dans les poèmes et chansons anti-guerre.Des troupes irlandaises avaient été envoyées en renfort des troupes britanniques en Inde, et pour cefaire les campagnes de recrutement donnaient souvent une image de la guerre idéalisée, sans parler desmorts et des mutilations bien entendu, mais du courage, du patriotisme: des beaux concepts, donc –
  • encore aujourdhui, on voit des publicités pour le recrutement dans larmée française parlant de laconfiance, dêtre soi-même, de se surpasser, sans montrer les morts, les rescapés, les traumatisés, leshandicapés.Cette chanson anti-guerre, avec ses images assez grotesques mais non moins horrifiantes, fut ainsi unmoyen de dissuader les jeunes irlandais de se battre pour la cause anglaise. De plus, les soldats irlandaisrescapés nont pas été pris en charge par larmée par la suite, ils furent véritablement abandonnés à leursort, comme le dit cette chanson: Yell have to be put with a bowl out to beg, ce qui donne à peu prèsTu nauras plus que ton bol pour mendier.Lors de ma visite au musée de Galway, jai vu deux affiches de la Première Guerre mondiale, appelantles jeunes à sengager dans larmée. Elles utilisaient des représentations de harpes et de cornemuses,instruments traditionnels dIrlande, les deux parlant de l appel de la guerre, comme si cétait un instinctnaturel:The Green Fields of France:Cest une chanson anti-guerre écrite par Eric Bogle (né en Septembre 1944), un chanteur australien néen Écosse. La chanson est initialement intitulée No Mans Land, mais est aussi connue populairementsous le titre de William McBride. The Dropkick Murphys lont reprise en 2005 dans leur album TheWarriors Code.Dans la chanson, lauteur visite un cimetière du Front Occidental de la première Guerre Mondiale, etsassoit à côté dune tombe dun soldat irlandais ou écossais du nom de William McBride, visiblementmort à 19 ans en service, et à qui il pose toutes sortes de questions sur la guerre, son but, sesconséquences...Dans les paroles, lauteur fait référence aux musiques militaires The Last Post (lair final de salut pourles soldats de lex-empire britannique et ses alliés morts au combat, joué par les clairons) et The Flowersof the Forest (antique air folklorique écossais, pleurant la mort de Jean IV et ses nobles durant la bataillede Flodden Field dans le nord de lAngleterre, en 1513). Ce dernier air est dailleurs connu dans tout leCommonwealth comme La Lamentation (The Lament), joué le Jour du Souvenir (Remembrance Day),cest-à-dire le 11 novembre, en commémoration des soldats tombés lors de la Première Guerre mondiale.On peut faire un parallèle entre The Green Fields of France et le poème de John MacCrae In FlandersFields, écrit durant la bataille des Flandres (aussi connue sous le nom de première bataille dYpres19) en19 Il existe également un musée du nom de In Flanders Fields en Belgique à Ypres.
  • mai 1915. Dans le poème, lauteur demande à ceux qui sont encore vivants de défendre la cause queux-mêmes ont défendue, afin quils ne soient pas morts en vain, ou alors ils ne pourront jamais reposer enpaix; au contraire, dans la chanson de Bogle, le côté vain et inutile de la guerre est souligné, montrantquune guerre narrêtera pas les suivantes, et que les morts sont donc morts en vain, quoique lon fasse.Dans les deux, outre la ressemblance du titre, on remarque la présence des coquelicots (poppies), lafleur du souvenir, que lon retrouve sur les tombes et stèles britanniques. Ils sont par ailleurs encoreportés à la boutonnière des britanniques et des canadiens à chaque cérémonie commémorative de cetteguerre.The Black 47Ils se sont formés en 1989 à New York, et leur nom est inspiré de lannée 1847, la pire année de laGrande Famine irlandaise. Ils furent le premier groupe à être appelé américano-irlandais.Ils sont devenus appréciés grâce à leurs chansons engagées politiquement et traitant de sujets sociaux,attirant à la fois des gens de gauche grâce à leurs paroles socialistes, ainsi que des gens plus conservateursen traitant des sujets de vie de tous les jours en Amérique. Pour lanecdote, ce groupe sest fait connaîtrelorsquune de leur chanson, Home of the Brave, fut entendue par le manager de The Pogues, FrankMurray.Fire of Freedom:Cette chanson de 1993 parle de la lutte durant les Troubles, sur fond de musique un peu reggae.Lauteur parle dune femme qui a été trahie par son État et son Église, mais qui ne sarrêtera jamais de sebattre pour la liberté. Comme souvent, cela semble une personnification de lIrlande.Il y a également 2 vers écrits en irlandais dans cette chanson, répétés 3 fois, qui ne sont autres que letitre de la chanson du même nom qui fut interprétée par Derek Warfield & The Young Wolfe Tones, etSinéad OConnor.Le tableau suivant a pour but de représenter rapidement les deux aspects de la chanson, lun parlant delétat désastreux et injuste des choses, lautre exprimant lespoir et la lutte pour la liberté à travers lesgénérations. Le fait de terminer sur cette note despérance est très largement partagé par beaucoup dechansons populaires, ne serait-ce quavec Four Green Fields que lon a vu plus tôt, qui termine sur lespoirde voir les terres réunifiées un jour.Out in the streets all I hear is violenceBut the authorities react with silenceOne law for you, for me its another“Power to the people” sang Johnny Lennon20 years later were back at the beginningDehors dans les rues, je nentends que de la violenceMais les autorités ne réagissent quavec du silenceUne loi pour toi, une autre pour moi20Le pouvoir au peuple, chantait John Lennon20 ans plus tard, retour à la case départI want you to know, Ill love you foreverOur dreams will continue in the eyes of ourchildrenOró se do bheatha bhaileanois ar theacht an tsamhraidhJe veux que tu saches que je taimerai toujoursNos rêves continueront dexister dans les yeux de nosenfantsAh, bienvenue à la maisonmaintenant que lété arriveThe Flogging MollyIls se sont assemblés en 1997 à Los Angeles. Ils sont musicalement plus ressemblants à The Dropkick20 Ceci fait référence aux arrestations arbitraires faits par larmée britannique.
  • Murphys quà The Black 47. Le fondateur du groupe, Dave King, est né et a grandi à Dublin, et est partibrièvement à Londres lorsquil avait une vingtaine dannées, avant de partir pour Los Angeles.Ils ont réalisé leur album Float, en 2007, à Wexford en Irlande. Et, pour lanecdote, le chanteur dugroupe écrit les paroles de ses chansons sur une machine à écrire de 1916, date de lInsurrection dePâques!Drunken Lullabies:Au vu du titre, on pourrait penser que cest une chanson à boire toute simple. Mais, comme la plupartdes chansons, celle-ci est politiquement influencée, faisant clairement référence aux Troubles, et à quelpoint toute cette guerre entre catholiques et protestants était vaine. Cette chanson peut toutefois sétendreà toutes les guerres, puisque la guerre de manière générale est quelque chose qui napporte rien de bon.Lauteur mentionne Roisin, et il regarde ses yeux simprégner dune couleur rouge sang: ici cest uneréférence à Róisín Dubh, signifiant en irlandais rose noire (on retrouve encore cette référence auxroses, comme dans There Were Roses), qui nest autre quune chanson politique très populaire en Irlande,écrite au XVI° siècle, dont la traduction est créditée à Pádraig Pearse une fois de plus. Dans cettechanson, la personnification de lIrlande en une jeune fille servait, plus quà un but poétique, à éviter lacensure imposée sur les chansons parlant de lIrlande à lépoque.Drunken Lullabies est une chanson républicaine qui souhaite revoir lIrlande réunifiée, tout en gardantdes moyens pacifiques, puisque cest aussi une chanson anti-guerre.Whats Left of the Flag:Cette chanson parle, clairement, du drapeau irlandais. Ce drapeau est vert/blanc/orange, le vertreprésentant les catholiques, ou le républicanisme irlandais datant de la Société des Irlandais Unis de1790; lorange représentant les adeptes de William dOrange, donc les protestants; le blanc au milieusignifiant la paix entre les différentes traditions perdurant en Irlande.Cette chanson parle, comme dans la précédente, du conflit irlando-britannique, et de liberté,notamment de la réunification de lIrlande, comme lorsquil fait référence à la relève de ce quil reste dudrapeau, ou lorsquil souhaite que la liberté règne sur tous: comprendre sans le joug anglais.And by mornin well be freeWipe that golden tear from your mother dearAnd raise whats left of the flag for meAu matin, nous serons libres,Essuie cette larme dorée sur la joue de ta mèreEt relève pour moi ce quil reste du drapeauFrom the East out to the Western shoreWhere many men and many more will fallBut no angel flies with me tonightTill freedom reigns on all.Des côtes lest jusquaux côtes de louest,Où nombre dhommes et dautres encore vont tomber,Mais il ny a pas dange pour voler avec moi ce soir,Pas jusquà ce que la liberté règne sur tous.En Irlande du Nord: les marching bandsIl existe un phénomène montant, en Irlande du Nord, de fanfares protestantes de flûtes et depercussions, tandis que lOrdre dOrange (les adeptes de William dOrange) décline – mais je naimalheureusement pas eu loccasion dassister à lune de ces fanfares.Leur musique est souvent perçue comme provocante pour les traditions nationalistes, ainsi ces paradesont été bien souvent la principale source de tensions sectaires. On parle rarement de ces fanfares, à moinsden parler négativement, en relation avec des émeutes, ce qui rabaisse encore lopinion générale sur elles.Cest ce que lauteur du livre Blood and Thunder, Darach MacDonald, dit lui-même lors de sa rencontreavec lex-éditeur du Derry Journal, Garbhan Dawney: ils ne sont vus que comme « des uniformes un peugrossiers, rattachés à lOrdre dOrange, et traînés ensemble au début de la saison pour jouer fort de la
  • musique provocant leurs voisins catholiquespacifiques. »Mais tout cela est plus complexe que ça nyparaît: cest toute une tradition, faisant partieintégrante de la culture des jeunes protestantsdIrlande du Nord: « Une large partie de leurpropre identité vient de la parade musicale. » Eten cela, ils ressemblent plus quils ne le pensent àlAssociation Athlétique Gaélique (uneorganisation qui promeut les anciens jeuxgaéliques, mais également la musique, le langageet la danse gaélique – côté catholique ici,contrairement donc aux fanfares du côtéprotestant).Lauteur a passé toute une saison avec laFanfare de Flutes des Jeunes Loyalistes deCastlederg, afin de voir les choses de lintérieur,et de mieux comprendre ce phénomène. Cestainsi quil a vu son opinion sur ces fanfaresévoluer:Je partageais la vue des médias sur ces voyous martelant des chants funèbres et sévères avec pluspour but de faire du bruit que de favoriser la bonne entente. Je pensais que leurs parades annuellesnétaient que des défilés de vestons se vantant de la suprématie protestante, avec pour seul but dedéranger le paisible voisinage. Mais je ny connaissais rien, et depuis ma recherche pour monnouveau livre, Blood and Thunder: Inside an Ulster Protestant Band, cest incroyable tout ce que jaiappris en seulement un an, à assister à des répétitions et des parades avec un esprit ouvert.Jai par exemple appris que ces fanfares:– ont amené la culture populaire des jeunes à se mélanger aux groupes de flûtes traditionnels dansles années 1970,– jouent autant des airs traditionnels irlandais partagés que des hymnes, des musiques de films etdes chansons actuelles populaires,– simpliquent toute lannée dans la poursuite de la culture et de la musique chez des milliers jeunesmembres de fanfares,– organisent des compétitions grâce à des saisons durant 9 mois dehors, et ensuite ont tout unprogramme de concerts dhiver au-dedans,– enseignent et valorisent la discipline et la parade ordonnée, ainsi que ladresse musicale.Grâce à des enquêtes comme celles-ci délivrant une meilleure compréhension des différencesculturelles au grand public, peut-être les tensions entre catholiques et protestants finiront-elles parsatténuer, afin de favoriser une meilleure entente quotidienne. La route est longue, mais au final rien nestimpossible.Un quartier unioniste à Belfast, brandissant fièrement ledrapeau anglais lors de cette période estivale où sontorganisées de nombreuses marches protestantes, culminantavec le 12 juillet, marquant la victoire de 1690 desprotestants sur les catholiques
  • La musique folklorique en tant que moyen de transmission du patrimoine dun pays est une méthodeutilisée depuis que le monde est monde. En Irlande, elle constitue un patrimoine vivant malgré les aléasde lhistoire, et sapparente à une transmission orale de la mémoire collective du pays comme à lépoquedes premiers harpistes gaëliques. Ses trois chants les plus connus, utilisés lors des matches de football oude rugby, attestent dailleurs de la volonté dharmonisation de la tradition et de la mémoire collectivedans le monde moderne.Car la musique irlandaise nest certainement pas quun recueil de mélodies à boire: la dimension axéesur les luttes contre loppresseur est très présente et sans cesse renouvelée, constituant jour après jourune source dinspiration pour les artistes, jeunes et moins jeunes, aspirant à perpétuer la mémoire. Pourun peuple ayant acquis son indépendance si récemment, il est important de ne pas oublier les luttes deleurs ancêtres ayant résisté autant par les armes que par la musique.Une autre conséquence des précédentes persécutions est le résultat actuel de la diaspora irlandaisedu XX° siècle: il existe de nombreuses communautés irlandaises éparpillées de par le monde, constituéesdes générations descendant des premiers immigrés, et qui aspirent aujourdhui à ressentir de nouveauleur identité irlandaise. Ainsi la perpétuation de la tradition des chansons irlandaises ne se cantonnepas seulement à lîle, mais se retrouve aussi aux États-Unis.Les jeunes générations en Irlande, nayant pas connu le plus dur du conflit irlando-britannique, netrouvent apparemment pas un réel intérêt à la musique de leurs aïeuls, puisquils ressentent moins lebesoin de reconnecter avec leur origines, contrairement aux descendances dexilés. Ainsi, comme partoutailleurs en Europe, les artistes internationaux sont largement diffusés sur les radios en Irlande;néanmoins, jai personnellement ressenti que la musique folklorique tenait un rôle important. Cela estpeut-être moins perceptible pour quelquun qui y a vécu toute sa vie, tandis quà travers mes yeux defrançaise, jai remarqué une différence entre lIrlande et la France à ce niveau-là. Alors bien que lesjeunes, à première vue, sintéressent plus à ce qui est branché, une grande partie du pays reste attachéà ses racines – peut-être est-ce aussi le signe dune nostalgie dune autre époque, comme dans la chansonrépublicaine Four Green Fields.LIrlande garde des séquelles de son passé houleux. Encore aujourdhui, de vieilles tensions perdurententre catholiques et protestants, et entre unionistes et nationalistes. Les histoires récentes entre famillessont loin dêtre oubliées, et les malentendus culturels entre chaque camp empêchent bien souvent unebonne entente générale – comme lors des soulèvements dus à certaines fêtes protestantes durant lété ouaux marching bands, perçus comme provocantes par les catholiques.Malgré tout, lIrlande se met en marche vers un futur plus apaisé. Sans oublier ses martyrs mort poursa libération, elle tente de faire la paix avec ses vieux démons, et à tirer des leçons de toutes cesviolences. Cette volonté dapaiser les tensions peut cependant avoir des effets négatifs sur la musiquetraditionnelle, comme lorsquelle mène à la censure de certaines paroles ou chansons entières.Heureusement, les artistes irlandais ne se taisent pas, eux, et remettent constamment au goût du jourdes chansons rebelles, ou en écrivent de nouvelles. Quel que soit le but visé – appeler à la réunificationdu pays, dissuader de la guerre, ou simplement rappeler des chansons anciennes passées aux oubliettes –elles gardent finalement toutes la même propriété: perpétuer la mémoire dune lutte commune, de lafaçon la plus vibrante possible, et la chanter au monde entier.
  • Bibliographie:Mes cours dhistoire de Grande-Bretagne de ma licence danglaisFolklosongs & Ballads Popular in Ireland, volume 3, édité par John Loesberg, éd. Ossian (Cork),1980.The Past in the Present: A Study of Some Aspects of the Politics of Music in Belfast,Thesis in Philosophy by May McCann, Queens University of Belfast, July 1985Songs of Irish Rebellion, Political Street Ballads and Rebel Songs, 1780 – 1900,by Georges-Denis Zimmerman, Dublin, 1967Songs of Resistance, published by the Jackie Griffith Cumann of Sinn Féin, Dublin, first time in June1975Songs of struggle and protest, by J. McDonnell (Ed.)1979.Dubliners Song Book, by Eric Winter, 1974Folk and Traditional Music and the Conflict in Northern Ireland, A Troubles Archive Essay, by MartinDowling, 2010Blood & Thunder: Inside an Ulster Protestant Band, by Darach MacDonald, The Mercier Press Ltd,1st June 2010Sites internet:http://www.tommysands.com/http://www.wikipedia.org/http://www.culturenorthernireland.org/précisément: http://www.culturenorthernireland.org/article.aspx?art_id=3386http://soundcloud.com/http://folkmusic.about.com/http://www.traditionalmusic.co.uk/http://celtic-lyrics.com/http://www.rollingstone.com/http://www.musiconline.xpg.com.br/http://www.columsands.com/http://www.belfasttelegraph.co.uk/http://news.bbc.co.uk/http://www.kinglaoghaire.com/http://www.derryjournal.com/