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Le magistère de l'essentiel
 

Le magistère de l'essentiel

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Essai sur la langue française

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    Le magistère de l'essentiel Le magistère de l'essentiel Document Transcript

    • LE MAGISTERE DE L’ESSENTIEL Avant qu’il ne soit trop tard… 1
    • La France, c’est d’abord la langue française. F Braudel 2
    • A l’apogée de son influence sur les affaires du monde, leroyaume de France disputait à la Papauté et à l’Empire son autonomiepolitique. Il puisait dans les sciences, les arts et surtout dans les lettres, uneautorité intellectuelle et une légitimité morale pour asseoir sa puissancepolitique. Dès la fin de Moyen-Age, le français est ainsi devenu la langue dupouvoir et a marqué l’histoire de la Nation. Inspiré des philosophes desLumières, Condorcet avait compris que l’on ne pourrait définir unecitoyenneté ni garantir la démocratie sans la langue de la République. La langue et le pouvoir ont donc été très tôt liés. Et aujourd’huiencore, il persiste en France une révérence spéciale à l’égard des hommesd’écriture. Le rapport entre la culture et le pouvoir demeure. Le point derencontre entre hommes politiques et intellectuels est essentiellement lalangue. Le politique ne trouve sa légitimité que par l’intermédiaire d’undroit spécial, qu’il accorde à l’homme d’écriture et, par lui, à l’écriture. DeGaulle affirmait par exemple : « On ne met pas Voltaire en prison », pourjustifier sa clémence vis-à-vis des critiques violentes que Sartre lui opposait.L’écrivain représente pour le politique une chose sacrée, à laquelle cedernier n’ose pas s’attaquer. Et par l’écriture, on entend avant tout la qualitéde la langue. « On ne peut demander qu’une chose aux écrivains : qu’ilsaient du talent », déclarait de Gaulle, ou encore, au moment ducinquantième anniversaire de l’Alliance française : « Tout homme qui écritet qui écrit bien, sert la France ». De Gaulle reconnaissait de la sorte unesupériorité des écrivains dans le domaine du langage. Il n’était ainsi quel’héritier d’une tradition française qui accorde une révérence spéciale àl’écriture en France. Le pape Paul VI parlait à propos de la langue française, du« magistère de l’essentiel », confirmant à celle-ci la perpétuation de sonautorité politique. On sait le prestige qu’eût la civilisation grecque parl’importance de sa langue. Et quand aujourd’hui, des écrivains d’origineétrangère, tel Cioran, affirme encore « l’immatérielle suprématie de lalangue française », ou Boutros Boutros-Ghali qui rappelle qu’elle demeure« la langue du non-alignement », on sait le prestige que doit défendre laFrance ; un prestige dont les grands écrivains, de du Bellay, Défense etillustration de la langue française, en 1549 jusqu’à Rivarol, Discours surl’universalité de la langue française, en 1784, ont su faire l’hymne tout enassurant sa prééminence intellectuelle et son aura politique, en particulierdepuis la Révolution où le français est devenu symboliquement, la langue dela liberté. Quand la disparition du lien particulier qui unissait en France lapolitique et le monde des lettres est un signe évident de dégénérescence dela politique française… 3
    • Comment se met en place l’hégémonie de l’anglo-américain parle renoncement des élites nationales La fin du XXème siècle a vu s’imposer une civilisation universellefondée sur le culte de la modernité. La civilisation nouvelle, dénuée decivisme, de valeurs ou de morale, est devenue matérielle et individualiste.Elle procède par l’uniformisation de la société, qui, à travers un processusde standardisation, confond uniformité avec médiocrité. Dans la junglecontemporaine, les Etats-Unis d’Amérique sont le modèle type que l’on sedoit de suivre, à défaut d’être suspecté de réaction face à l’évolution logiquedu monde et de la sacro-sainte modernité. La civilisation universelle s’impose. Les moyens de communicationet les transports réduisent l’espace et le temps dans un monde en pleineévolution (ébullition ?). A l’instant, une information peut être transmised’un point à l’autre du globe. Les relations humaines dépendent del’économie, et la diplomatie du marché… La mondialisation s’impose comme modèle, et ce via les écrans decinéma et de télévision qui véhiculent l’image d’une société deconsommation, et à travers elle, le mythe américain, le rêve américain, laréussite américaine, « the american way of live »… et la nécessité de s’ysoumettre. La France croule ainsi sous une avalanche de clichés, et ce depuis leplan Marshall, et subit l’invasion d’un modèle politique délétère contrelequel seul le général de Gaulle avait osé résister. La stratégie d’influence internationale des Etats-Unis passe par lamaîtrise et la manipulation des images qui commandent désormais lesesprits et influencent servilement les consciences. Le modèle américainsuscite benoîtement l’enchantement, et la perte progressive de ses propresvaleurs et références. On standardise à présent les goûts et les désirs selonun type de société, et au moyen d’une langue devenue forcémentvalorisante : les chanteurs et autres acteurs s’exprimant en anglais sontdevenus la norme, la référence, et font autorité, même auprès d’un public necomprenant pas les paroles… Et malgré tout cela, on apprend, sous la plume de Serge Halimi, dansun article du mois de mai 2000 du Monde diplomatique, que militer contrel’anglo-américain revient pour nombre d’essayistes ou éditorialistesfrançais, à pratiquer une politique anti-américaine relevant d’une« déformation mentale ». Pascal Bruckner avance par exemple que « l’anti-américanisme, tout comme l’antisémitisme, est d’autant plus difficile àréfuter qu’il relève de la passion, donc de l’irrationnel » et même « de 4
    • bouffées comparables aux bouffées délirantes que l’on observe chez unmalade mental ». La défense de la langue française contre sa principaleconcurrente internationale révèle même une insolente ambition dès lorsqu’un académicien, Jean-François Revel, prononce sa lourde sentence : « sivous enlevez l’anti-américanisme à droite comme à gauche, il ne reste riende la pensée politique française ». S’il fut une époque où toute critiquecontre le régime soviétique devenait de l’anticommunisme primaire, touteréserve contre l’hégémonie de la puissance américaine reçoit maintenantl’anathème d’anti-américanisme primaire, qui tient pour le sociologueMichel Wieviorka, de la « maladie sénile » ou pour Alain Richard, Ministrede la défense, d’un « sentiment pathologique ». L’historien François Furetn’avait-il pas, lui, diagnostiqué un « fantasme jaloux de pauvre par rapportau riche » ? Les élites françaises ont adhéré à cette idée d’un universalisme rangéderrière la bannière américaine contribuant à cet "absolutisme de droitéconomique". Pascal Lamy, commissaire européen, et, à priori, garant auniveau des institutions du plurilinguisme officiel de l’Union, a prononcé sondiscours de Seattle en anlo-américain, le français étant pourtant une langueofficielle de l’OMC, détail diplomatique qui ne serait certes qu’une tristeanecdote, néanmoins symboliquement lourde de conséquences, s’il nes’obstinait à poursuivre sa sujétion, allant même jusqu’à avouer un jour sonadmiration pour les Etats-Unis d’Amérique, « son pays préféré ». Latrahison des élites, ces clercs de la construction européenne et de lamondialisation, devenus les chantres de la libre concurrence et, en son nom,de l’universalisme linguistique, réduit le principe d’un Etat démocratiquesouverain, en droit de s’exprimer librement dans sa langue nationale. Lamission de nos hauts fonctionnaires ou dirigeants de grandes entreprises eûtété de préserver notre patrimoine culturel, et non de l’abandonner à desmains avides. Les impératifs du commerce mondial obligeraient SergeTchuruk, PDG d’Alcatel, à exiger que l’on utilise l’anglais dans tout songroupe, de même pour Louis Schweitzer, PDG de Renault, pourtantancienne "vitrine " sociale de la France, et de quasiment tous les grandsgroupes industriels français… Cependant, ce qui se dissimule sous des prétextes économiques serépand aussi dans la diplomatie française. Bernard Kouchner, alorsreprésentant spécial du secrétariat général de l’ONU au Kosovo, ne s’estexprimé qu’en anglais lors de sa mission, même avec ses interlocuteursfrancophones, ne faisant entorse à la règle que pour abuser les médiasnationaux. Plus incroyable encore, Claude Allègre, alors Ministre del’Education nationale, a affirmé sans crainte du déshonneur que « lesFrançais doivent cesser de considérer l’anglais comme une langueétrangère ». Ce dernier est d’ailleurs revenu sur un décret de 1968 qui 5
    • rendait obligatoire l’usage du français dans la rédaction de thèses etmémoires, allant jusqu’à encourager les universités à enseigner en anglais.Et comme pour lui donner raison, une étude britannique - « L’Europe en2010, une vision optimiste de l’avenir » - a prédit que l’anglais sera la seulelangue de travail dans l’Union élargie, après la capitulation de la France.Alain Minc ne prophétisait-il pas il y a déjà 13 ans, dans La GrandeIllusion, que l’anglais serait « la langue naturelle » de l’Europe ? L’anglaisqui n’est, précisons-le, la langue maternelle et nationale d’aucuns des Etatsde l’Europe continentale… Le Traité de Rome de 1957 et divers textes dérivés consacrent laplace du français dans les institutions communautaires, or les instanceseuropéenes bafouent au quotidien un droit qu’elles avaient pourtant mis unpoint d’honneur à élaborer : l’article 117 du Traité de Maastrich affirmantque « tous les documents doivent être traduits dans les langues detravail… » ne s’applique déjà plus dans les faits. Ainsi, lors de la réunion du8 et du 9 janvier dernier de la commission de la coopération et dudéveloppement, six sujets étaient à l’ordre du jour, pour lesquels ont étédistribués aux députés membres pas moins de 17 documents dits de« travail », dont 16 étaient en anglais sans traduction française, le seul quifut en français émanant du gouvernement du Mali… En somme, il fautmodifier notre code électoral et déclarer que ne pourront être candidats enFrance, lors des prochaines élections européennes, que les personnescapables de lire et de s’exprimer couramment en anglais, faute de quoi ils nepourront remplir leur mandat tant soit peu convenablement… Si un députéproteste de son banc, on lui répond que le Ministre de l’Economie et desFinances lui-même organise des conférences de presse en anglais à Bercy.S’il proteste auprès du Ministre des Finances ? On lui répond qu’assistentaux conférences de presse des correspondants de journaux ou de médiaseuropéens qui ne parlent pas tous français. S’il objecte qu’il faut alorsprévoir des dispositifs de traductions simultanées, on rétorque que les coûtsseraient énormes et que « de toute façon en Europe on parle anglais ». AuParlement européen, 9O % des documents de travail diffusés dans lescommissions sont déjà dépourvus de traduction française. Un députéfrançais du PPE, ayant déclaré être très gêné par cet état de fait pour pouvoirparticiper au débat, avoue cependant qu’il serait plus gêné encore deprotester car « on croirait alors (qu’il) ne parle pas anglais (sic) ». A la mention « in english only » qui figure sur le site internet de laBanque centrale européenne, Pierre Moscovici, Ministre délégué chargé desAffaires européennes a répondu que « la BCE n’étant pas soumise auxmêmes règles que les institutions communautaires originelles, elle n’aaucune obligation linguistique. Elle peut donc déclarer que la langueanglaise est son unique langue de travail ». La BCE ne se considère pas liée 6
    • par les décisions linguistiques du Conseil européen de 1958. Dans le mêmedomaine et contredisant une décision du Conseil d’Etat qui réaffirmait, le 20décembre 2000, que l’usage obligatoire de la langue française s’appliquaitaux documents boursiers tels qu’une offre d’émission, le conseil desMinistres du 20 avril adoptait un projet de loi, présenté par Laurent Fabius,autorisant la COB à apposer son visa sur des notices ou des offres enanglais. Parce que les Allemands ne voulaient pas de l’« ecu » qui sonnaitmal en leur idiome, ils ont imposé l’« euro ». Or quel représentantfrancophone s’est ému de la façon bien peu démocratique dont on a imposéle « cent »1, prononcé à l’anglaise, comme monnaie subdivisionnaire del’euro ? Toute ressemblance avec une monnaie existante serait bien entendufortuite… Que peut-on entreprendre maintenant qui ne rentre pas dans une" logique incontournable " d’uniformisation linguistique, et donc culturelle ?L’Etat agit-il suffisamment pour défendre l’intérêt fondamental de sonpeuple : le droit de s’exprimer dans sa langue ? On aurait pu légitiment espérer qu’au sommet de la hierarchieparlementaire européenne, une française tentât d’agir en faveur d’unepolitique de plurilinguisme qui aurait permis à sa propre langue de maintenirson rôle diplomatique. Mais, en deux ans de mandat, Nicole Fontaine n’auraabsolument rien entrepris pour contrer le déclin de la langue française ausein des institutions européennes, n’y songeant même pas lors de laPrésidence française de l’Union durant le deuxième semestre de l’année2000. Il faut dire qu’elle ne fut guère inspirée par le Président de laRépublique ou le Premier Ministre, qui avaient pourtant vaguement parléd’une « priorité » pour la France… "L’incivisme linguistique" est aussi et surtout le fait de nos grandsbarons d’entreprise tels Jean-Marie Messier (Vivendi), Jean-Cyril Spinetta(Air France), Michel Bon (France Télécom), Michel Pébereau (BNPParibas), Thierry Desmarest (Total Fina Elf), etc., ou des hauts représentantsfrançais des institutions européennes tels Pascal Lamy, commissaireeuropéen, Christian Noyer, vice-président de la BCE (qui s’exprime enanglais même lorsqu’un dispositif de traduction simultanée dans les onzelangues de l’Union est prévu) etc. Ils sont pour la plupart Enarques,Polytechniciens, ont fait leurs armes à l’Inspection des Finances… etméprisent la langue française ou du moins demeurent peu soucieux de sonavenir. Pourquoi s’empressent-ils à se soumettre à la puissance de la languedes maîtres ? « La réponse leur appartient, mais ils n’ont jamais pris lapeine de nous l’exposer, ni de la soumettre au débat public. Les raisons1 NB : par « cent », ne pas confondre le centième (0.01) et le centuple (100) ! 7
    • d’efficacité qu’ils invoquent parfois d’un ton agacé et arrogant ne sont pasdémontrées et ne tolèrent même pas de questions. L’affirmation de leurchoix délibéré vaut à leurs yeux justification »2. Nul doute que leurs vraismaîtres sont les fonds de pension américains… Pour dénoncer cette dérive linguistique3, quatre associations se sontregroupées4 pour fonder l’Académie de la Carpette anglaise et décerner, pardérision, le prix qui distingue chaque année un membre des élites françaisespour « son acharnement à promouvoir la domination de l’anglo-américain ». Le premier lauréat, en 1999, fut Louis Schweitzer. Sonsuccesseur pour l’année 2000, le prosélyte Ministre de la Défense AlainRichard, fut couronné, lui, pour avoir fait de l’anglais la « langueopérationnelle » de l’armée française5, dans la perspective du« rapprochement » de l’Eurocorps et de l’OTAN ; décision fort surprenantealors qu’aucun des Etats participants à l’Eurocorps n’est anglophone et quela France fournit les contingents souvent les plus importants dans lesinterventions militaires conjointes sous l’égide de l’ONU ou de l’OTAN…Mais par "anglais ", il faut bien sûr comprendre " américain "6. On conviendra avec Marie-Josée de Saint-Robert que le face-à-faceentre l’anglais et le français « rappelle moins celui qui, au XV et XVI siècle,opposa le français à l’italien, que celui qui, entre le premier et le V siècle denotre ère, vit le latin remplacer en Gaule la langue gauloise »7. En d’autrestermes, nous n’avons pas affaire à une dépossession linguistique, mais à unedomination politique multiforme dont la langue est un des nœudsnévralgiques. Comme nous l’avons déjà vu, admettre que derrière l’hégémonie del’anglo-américain se cache l’influence des Etats Unis relève d’unblasphème, et oser défendre le droit de s’exprimer dans sa propre langue2 Association le Droit de Comprendre, Les Français et leur langue en 2001, Editions desécrivains, Paris, 20013 Jusque dans ses divertissements, l’Europe ne respecte déjà plus la pluralité : lors duconcours Eurovision de la chanson, l’emploi de sa langue nationale était traditionnellementobligatoire pour chaque pays candidat. Mais l’anglais est à présent autorisé, et la plupartdes participants n’ont pas hésité à en faire usage lors de la dernière cérémonie. Il s’en estfallu de très peu pour que notre sympathique interprète ne chante elle aussi en anglais, secontentant d’achever sa " brillante " prestation par un émouvant couplet dans l’idiomed’"Outre-Manche ".4 Avenir de la langue française, Défense de la langue française, ASSELAF (Associationpour la sauvegarde et l’expansion de la langue française) et le Droit de Comprendre5 Toute plaquette de présentation de l’Armée française, même destinée à un publicfrancophone, est aujourd’hui rédigée en anglais…6 Pour asseoir définitivement sa soumission, le personnel de l’armée française utilisemaintenant des véhicules… américains (Ford) ! Quand l’armée était encore patriote…7 de Saint Robert Marie-Josée, La politique de la langue française, Que sais-je, PUF, Paris,2000 8
    • d’un élan réactionnaire des plus passéistes, "il faut savoir être de sontemps"… « D’où vient cette étrange volonté de mimétisme linguistique,cette fascination pour la puissance, qui va même au-devant des desiderataaméricains ? Peut être pouvons nous y voir la manifestation de la volontéfrustrée d’être ce que l’on ne pourra jamais être, sauf à changer depasseport : un citoyen américain, qui, seul, peut légitimement saluer labannière étoilée(…). Jusqu’à la chute du mur de Berlin, cette aspirations’est concrétisée dans l’atlantisme. Depuis lors, c’est le culte partagé de lamondialisation qui a pris le relais ». Cette analyse de Bernard Cassen dansle Monde diplomatique situe parfaitement le contexte politique ayantsuccédé à la Guerre Froide, qui favorise aujourd’hui l’essor linguistique dela langue du bloc "vainqueur ". Les Américains sont les plus performants enéconomie, ils dominent la science, contrôle la technique, sont les plus fortsaux Jeux Olympiques… Nous, humbles français, honteux de ne point êtreaméricains, refusons la moindre expression de patriotisme (en dehors desévénements sportifs), par crainte de paraître "ringards", et nous noussoumettons à la loi naturelle du plus fort en acceptant servilement notre"infériorité"… C’est faire preuve d’un réel mépris pour le français que de préférer àses mots ceux d’une autre langue quand ils ne sont pas nécessaires.L’Education nationale reflète parfaitement la dérive de la société française.Les enseignants doivent s’adapter à toujours plus de réformes, chaquenouveau ministre ajoutant sa touche personnelle par un projet "ambitieux",mais le résultat reste très mitigé : on affirme que de plus en plus d’enfantsapprennent à lire mais on constate une dégradation très importante duniveau scolaire à l’entrée en sixième. Dès lors, on ne parle plus du françaisque pour exiger la réforme de l’orthographe (comme si celle-ci incarnait àelle seule la difficulté de la langue, honte suprême) afin de rendre accessiblela langue à des individus qui, de toute façon, n’en font guère usage par écritet ne lisent pas8. Mais peut-être les exclus du système scolaires’intéresseront-ils un peu plus aux deux langues étrangères que l’on vabientôt leur imposer dès l’entrée au collège ?9 L’hégémonie de l’anglo-américain se justifie à présent pour desraisons pratiques, grâce à une grammaire simple, un vocabulaire concis etmieux adapté aux technologies etc. De partout dans le monde, on élabore8 Selon les évaluations du ministère de l’Education nationale en l’an 2000, 13 % des élèvesde sixième maîtrisent mal ou très mal les compétences de base en français, et 15,3 % desélèves ont juste le niveau.9 Lorsque l’on enferme un groupe d’individus plusieurs semaines de suite dans unappartement pour les observer, 24h sur 24, en rats de laboratoire, on découvre, atterré, l’étatde décrépitude avancée de la langue et, lorsque ces dignes représentants de toute unegénération attardée se mettent à chanter, en quelle langue croyez-vous qu’ils le fissent ? 9
    • ainsi, par un fallacieux mélange d’efficacité et de simplicité, un "pidgin"universel, un anglais appauvri, basique, fait de phrase sans construction,sans conjugaison, et composé de mots dont le sens est bien souvent vagueou confus, et qui ferait pâlir d’effroi l’immense Shakespeare. En France, lefranglais s’immisce dans le langage courant et depuis l’on ne déjeune plusau restaurant, au mange au fast-food ; on délaisse l’estaminet pour lepub durant le week-end ; on ne soutient plus une équipe sportive, on lasupporte ; et, au faîte du cynisme, le milieu de l’entreprise dresse auquotidien un univers froid et impitoyable, celui des biznessman avecattaché-case, où s’illustrent pêle-mêle manager, brainstorming, briefing,marketing, mailing, … dans une mise à mort de la langue de Molière. Cettedémonstration peut certes paraître un peu facile, mais n’était-elle pas toutsimplement la preuve d’une inquiétante dégénérescence du français ? S’agit-il d’un simple phénomène de mode ou les prémisses, dans un mondemoderne où la qualité littéraire est un frein à la rapidité de l’information, àun moyen d’expression voulu facile, sorte d’Espéranto démarqué, nouveaulangage sans règles ni saveur devenu sabir difforme parsemé de sigles etd’abréviations qui, s’il évolue encore, nous ramènera au temps de lapréhistoire et des premiers borborygmes d’australopithèques ? Il faut refuser l’usage généralisé d’un code simpliste qui ne serait enréalité qu’une contrainte à la liberté d’expression, parce qu’il limiterait lacapacité d’expression. Pour être riche et profonde, une pensée doit êtreformulée dans une langue riche et rigoureuse. La langue française « ne secontente pas de transmettre le minimum opérationnel, elle organise unepensée », disait François Mitterrand. Dire que jusqu’à la Guerre de Cent Ans, l’Angleterre s’exprimait enfrançais. Et c’est parce qu’il dut renoncer à la couronne française, que le roiHenri VI interdit l’usage de notre idiome pour imposer au peuple et à laCour l’anglo-saxon… un "détail" historique sans lequel le monde entierparlerait aujourd’hui français ! A un moment de l’histoire, le français a certes dominé le monde, etl’anglais, la langue concurrente aujourd’hui, en est encore très fortementimprégné sémantiquement. Il n’empêche, la politique de l’autruche de ceuxqui considèrent normale l’évolution et acceptent le déclin de la France, voires’en réjouissent, dénigre toute volonté de sauvegarde de la langue française,cédant benoîtement au fatalisme. Saviez-vous que Louis Ferdinand Destouches, dit Céline, alors enexil au Danemark, avait interdit à son épouse de prononcer un seul mot endanois, car « son amour du français ne supportait aucun compromis »10. Quand le talent, le génie, refusent, eux, de se soumettre…10 Robert Véronique et Destouches Lucette, Céline secret, Editions Grasset, 2001 10
    • 11
    • Comment se met en place une « politique de la langue française ». La « politique de la langue française » regroupe l’ensemble desmesures prises par l’Etat pour affermir le rôle du français dans le mondemais aussi en France, tâche essentiellement assignée au Haut-Comité de lalangue française, à l’origine de la loi Bas-Lauriol de 1975 qui préservel’utilisation du français. Il est également à l’origine de toutes les autres loispromulguées depuis et dont l’objectif est la défense de la langue. Commestructure gouvernementale, il dispose de trop peu de moyens pour se faireentendre auprès des ministères, qui doivent financer la création d’unebanque de terminologie et contribuer à l’enrichissement du champ lexicalavec des commissions de terminologies, prouvant que notre langue est enmesure d’exprimer la modernité. Le rôle dévolu au Haut-Comité face àl’Académie française n’est malheureusement pas toujours très clair.L’Académie, créée en 1635, n’est pas très bien considérée aujourd’hui, alorsque son rôle paraît pourtant essentiel : à cette institution est confiée la gardede la langue, elle en est le tabernacle. Les membres de l’Académie sontqualifiés d’«immortels », comme s’ils avaient acquis la dimension du sacré.Une seule instance est d’ordinaire apte à conférer l’immortalité à sesmembres : l’Eglise. Il y a en France une métaphysique de la langue… Lefrançais ne demeure-t-il pas la langue diplomatique du Vatican ? C’est de toute manière l’ensemble de la politique de la langue quimanque de cohérence, comme le rappelle Marie-Josée de Saint-Robert,entre une dynamique inspirée par l’attachement au rôle international dufrançais, le statut de la langue en France et finalement, depuis une dizained’années, une volonté politique orchestrée par l’attention des linguistes aucorpus du français. Les modernes défenseurs de la langue françaises’ingénient à lutter contre le « franglais » ou les fautes de grammaire sansvoir que l’usage de l’anglais s’est déjà imposé dans des pans entiers del’activité nationale. La loi Toubon du 04 août 1994 fait de la langue française « unélément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France. Elleest la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des servicespublics ». La loi dispose que pour la présentation et le mode d’emploi desproduits, l’usage de la langue française est obligatoire, de même dans lesmessages publicitaires ou les programmes audiovisuels, et précise que lescolloques et congrès doivent comporter un dispositif de traduction. Laportée de cette loi demeure restreinte par la pression des médias et aussi duConseil Constitutionnel au nom de la liberté d’expression… Elle ne 12
    • s’applique de toute façon jamais lorsque les intérêts économiques sont tropimportants. « Les barbares obéissent à des hommes, les citoyens d’Athènesobéissent à des lois », affirmait Thucydide dans l’Histoire de la guerre duPéloponnèse… La Cour de Justice des Communautés européennes de Luxembourg adéclaré toute législation linguistique contraire au principe de librecirculation des marchandises, privilégie les directives à finalité économiquepar rapport aux objectifs nationaux à finalité culturelle et donne des textesfondamentaux de l’Union une interprétation qui va dans le sens dufédéralisme et d’une subordination des législations nationales à celle del’Union. Dans une décision rendue par exemple en septembre 2000, la Cours’oppose « à ce qu’une réglementation nationale impose l’utilisation d’unelangue déterminée pour l’étiquetage des denrées alimentaires sans retenirla possibilité qu’une autre langue facilement comprise par les acheteurs soitutilisée… ». Jusqu’à présent, les tribunaux nationaux n’ont encore retenuque le français comme « langue facilement comprise » par les acheteursfrançais… Producteurs et distributeurs tentent ainsi d’opposer maintenant laréglementation européenne pour contourner le droit français. L’Association le Droit de Comprendre peut aisément avancer que« les institutions européennes, fidèles à leur tactique depuis 1950, nes’attaquent jamais de front aux principes qui fondent les Etats membres oucertains d’entre eux, mais utilisent la méthode du contournement, enmettant en place des éléments divers sous couvert de dispositions techniquesou ponctuelles qui, une fois réunies, conduisent à l’instauration de mesuresqui auraient été rejetées ou pour le moins discutées, si cette constructionnouvelle avait été proposée ouvertement et loyalement aux citoyens.L’histoire de l’Europe bruxelloise est jalonnée de ces pratiques contraires àla démocratie ». La circulaire du 12 avril 1994 du Premier Ministre indique que lesAdministrations ont à respecter scrupuleusement les règles relatives àl’emploi de la langue française, que toutes les infractions doivent êtrerelevées, qu’aucune langue étrangère n’a à être privilégiée et pour finir, queles notations des agents publics doivent tenir compte du respect qu’ilsapportent à la langue française. Le moins que l’on puisse dire est que l’onest bien loin de tout cela dans les faits. Les responsables de la situationactuelle procèdent soit d’un choix délibéré, soit d’une totaleméconnaissance de leurs obligations, dans tous les cas sont imprégnés del’esprit de renoncement de nos dirigeants politiques et administratifs face àla pression de l’anglo-américain, que dénonce avec célérité le rapport del’Association le Droit de Comprendre sur « les Français et leur langue en 13
    • 2001 »11 : « Aux secteurs de l’Administration déjà touchés depuis longtemps(transports, postes, actions économiques de l’Etat, et relation avecl’Administration européenne), s’ajoutent depuis peu l’enseignementsupérieur et un nombre croissant d’entreprises publiques ou dont l’Etat estle principal actionnaire. » Les vrais responsables sont donc les hommes politiques qui sesuccèdent au pouvoir depuis plus de vingt ans et qui nouent des liensprivilégiés avec les milieux d’affaire. La politique de la langue françaisesemble bien plus théorique que pratique, symbolique plus que concrète, etn’encourage guère à l’optimisme. Il n’y a eu, sur ce sujet, aucun grand débatpolitique depuis le vote de la loi Toubon en 1994. Quand la politique devient l’otage de l’économie et manquecruellement d’ambition…11 Association le Droit de Comprendre, Les Français et leur langue en 2001, Editions desécrivains, Paris, 2001 ; cf infra 14
    • Comment progresse l’anglicisation de la société française et desinstitutions internationales L’avenir de la langue française ne semblerait guère émouvoir noscompatriotes, son déclin dans le monde face à l’expansion de l’anglo-américain ne serait pas un sujet essentiel... Pourtant l’attachement du peuplefrançais à sa langue paraît ne pas se démentir au vu des chiffres de vente dulivre, du nombre de maisons d’éditions ou du succès, par exemple, de ladictée de Pivot. La raison de l’absence de réaction populaire est le fait desmédias et des pouvoirs publics qui entretiennent les Français dansl’ignorance en refusant de rendre officielles les statistiques du recul de lalangue face à l’anglais, et surtout en négligeant les conséquencesdésastreuses de cette tendance. La mort lente de la langue française, pour sûr, ne laisse pasindifférents les Français. Le combat ne se situe pas seulement au niveau du corpus de lalangue, de sa pureté académique, au risque de ne concerner qu’une certaineélite lettrée, mais bien au niveau de sa pratique, en général et au quotidien,au sein de la société. Les associations et personnes qui adhéraient à la cause de la languefrançaise ont rassemblé leurs forces pour fonder l’Association le Droit deComprendre, en octobre 1994, à l’initiative des deux principales structuresde défense et de promotion de la langue : Avenir de la Langue Française etDéfense de la Langue Française. Elles ont apporté, par leur action, unecontribution efficace, notamment avec un rapport paru en 1999 sur lasituation linguistique en France, suivi d’une seconde étude parut en 2001.Leur impact fut important et sensibilise progressivement les médias. Ledébat public est enfin ouvert. « Qui, dans le pays ou au gouvernement, prend réellement autragique une déclaration de l’Académie française sur l’orthographe ou lemasculin neutre ? », s’interroge, dans l’Emprise, Régis Debray. Petit à petit, les grands titres de la presse écrite, nationale etrégionale, s’intéressent à la langue française et lui consacrent des articles defond. Citons en exemple Libération, Valeurs Actuelles, Le MondeDiplomatique, Les Echos, et surtout Le Figaro, la Croix, la Voix du Nord etMarianne. En fait, seul un grand quotidien s’obstine avec acharnement ànier le problème, voire encourage le déclin du français : le journal LeMonde. Cette attitude a bien entendu un caractère idéologique, cette feuille 15
    • se contentant plutôt de faire écho aux articles enthousiastes de la presseanglo-saxonne sur l’américanisation exemplaire de la France. Les médias audiovisuels se sont peu à peu intéressés à la question,notamment France 2 avec le regretté « Bouillon de culture ». Les chaînescommerciales, elles, ne lui accordent qu’une maigre attention, voire, commesur TF1, lui jette l’opprobre, à l’instar de Patrick Le Lay qui, ayant fait lechoix des langues régionales contre « le centralisme linguistique » de« l’Etat Jacobin » crée TV Breizh. Dans l’ensemble, l’information ne circulant pas suffisamment, lesFrançais ne sont en aucun cas conscients de ce qui se trame contre leurlangue dans les institutions de l’Union européenne, un silence médiatique etpolitique lourd de conséquences, qui maintient paisiblement l’ignorance del’opinion publique et favorise tranquillement le recul de la langue française. * Le rapport sur Les Français et leur langue en 2001, sourced’information excellente à tous égards, présente un tableau exhaustif de lasituation linguistique de la France. On y apprend par exemple que lesinscriptions sur la voie publique, la signalisation, l’information du publicdans les transports, subissent une progressive contamination anglo-saxonne,quand la loi Toubon précise que, lorsque le message véhiculé nécessite destraductions, celles-ci doivent être au moins de deux. Or très rares sont lessituations où la loi est respectée. Celle-ci ne précise en revanche rien pour lenom des enseignes, et l’on voit fleurir à foison des marques anglophones,marques commerciales, aguicheuses et voyantes, et ce même pour desproduits français. Un exemple parmi tant d’autres, les « Relais H » dugroupe Hachette (Lagardère) sont devenus des « Relay ». Le rapport relève que la publicité est le domaine où la dérive est laplus inquiétante. La situation s’aggrave « que ce soit dans la rédaction dumessage publicitaire ou dans celle du slogan », et ce aussi bien sur lesaffiches dans la rue, le métro ou sur les autobus, que dans la presse écriteou, bien entendu, sur les écrans de télévision (et ce malgré le contrôle duCSA). Un article paru dans le Journal du Dimanche du 26 novembre 2000rapporte qu’après : More and more people need Alstom; There’s no betterway to fly, de Lufthansa; Chek into emotions, de Sofitel; Oasis is good;Architects of an Internet world, d’Alcatel; Your world beyond the frontiersd’AXA ; etc., « le CSA a épinglé une dizaine d’annonceurs comme Miko,Thomson, Yahoo, Siemens, Oasis, Lee Cooper, en leur demandant de revoirleur copie, car elles étaient tout simplement illégales. […] des slogansétrangers peuvent être utilisés mais doivent impérativement être traduits 16
    • dans les mêmes proportions, tailles et typographie identiques, senséquivalent. "Or, ce n’est pratiquement plus jamais le cas", proteste-t-on auCSA. » Si nombre d’entreprises étrangères provoquent la prolifération demessages en anglais, cela paraît moins surprenant que l’étonnanteinspiration des entreprises françaises telles Accor, Alcatel, Framatom, Axa,BNP Paribas, Total Fina Elf, Aventis, Vivendi ou France Télécom,spécialisées dans l’anglicisation de leurs messages. Osons croire à uneprovocation de la part des publicitaires, face à l’impuissance du BVP(Bureau de vérification de la publicité). Ainsi que le rappelle l’Association le Droit de Comprendre, « ladiffusion mondiale des marques pousse à la mondialisation des slogans.Tout ce qui peut participer à la standardisation et à l’uniformisation est unmoyen de réduire les coûts en amortissant sur un plus grand marché lesinvestissements publicitaires, ce qui favorise d’ailleurs les sociétésmondiales par rapport aux sociétés locales. » Et c’est bien pour cela que laloi Toubon a été votée. Or seules les associations de défense de la languefrançaise sont vigilantes et déposent des plaintes pour infraction à la loi.Mais le Parquet, peu sensible à la question, les classe sans suite en usant deson pouvoir discrétionnaire… Les plus grandes injustices liées à l’anglicisation s’observent dans lemonde du travail, où l’évolution qui concernait dans un premier temps lesdirigeants et cadres supérieurs des grandes entreprises françaises, s’étend àprésent à tout le tissu socio-économique, accentuant encore la fracturesociale (qu’avait pourtant si prestement dénoncée en 1995 le futur PrésidentChirac) en la doublant d’une fracture linguistique et culturelle. La manière dont s’impose l’anglais dans les entreprises est peuvoyante et sournoise, son but est de rendre nécessaire la connaissance decette langue pour accéder aux emplois qualifiés, en mettant une pression quiinculque l’idée d’une bonne intégration socioprofessionnelle par laconnaissance de l’anglais, devenue une source de promotion. Il s’agit ni plusni moins de mettre en place une nouvelle discrimination, qui, elle, n’a guèreémue Madame le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité… Dans la situation nouvelle d’exclusion abusive que provoque la nonpratique de cette langue12, il est à noter l’action des syndicats, en particulierla CGT et la CFTC, qui tentent de faire respecter la loi et de protéger lessalariés des grandes entreprises. La presse anglo-saxonne se félicite de l’américanisation avancée dela France, tel The Financial Post qui publie, en février 2000, un entretien 12 Le rapport révèle des situations à peine pensable, comme à la BNP Paribas (etce n’est qu’un exemple) qui exige la rédaction des notes internes ou la production de CV enanglais. 17
    • avec Thierry Desmarest (président de Total Fina Elf) dans lequel ce dernierse vante de dépenser des millions de dollars chaque année pour améliorer lapratique de l’anglo-américain de son personnel. Et ce journal de se désolerque les Québécois n’en fissent point de même… Cette politique industrielle de la pratique linguistique est vivementsoutenue par les eurocrates de la Commission qui louent l’extension « denouveaux marchés européens de travail ouverts et accessibles à tous »,donnant l’impression d’être les valets d’une construction politiqueeuropéenne basée sur un simple projet économique réalisé au profit desgrandes firmes multinationales, maintenant que ces dernières contrôlentl’organisation du système de production mondial à leur profit et ne sont plusliées ni aux Etats Nations ni à l’intérêt général. « Un environnement médiatique et culturel dominant, par levocabulaire comme par les images, instille sans relâche dans l’esprit detous les Français l’association inéluctable de la modernité et du succèsdans la vie à la langue d’outre-Atlantique : hors de l’anglo-américain, pointde salut. », affirme l’Association le Droit de Comprendre, qui ajoute que« L’anglophonisation de la France se fera d’autant plus rapidement etefficacement qu’on n’en parlera pas et que l’on réunira sans le dire lesconditions objectives de son accomplissement inéluctable. C’est presquefait : dans moins de dix ans, peuvent espérer ces excellents Français quesont MM. Tchuruk, Schweitzer, de Lassus et autres grands patrons, laFrance et l’Europe n’auront plus qu’une seule langue de travail officielle :l’anglo-américain. Le français sera peut-être encore autorisé à la cantine etpour le travail des personnels non qualifiés. Certaines grandes entreprisespourront alors enfin parrainer des œuvres de soutien pour la survie dufrançais comme langue de culture « riche et vivante ». Elles le ferontprobablement devant quelques caméras de télévision avec quelquespoignées d’euros, comme aujourd’hui elles parrainent les entreprisesd’insertion des chômeurs de longue durée qu’elles ont mis 20 ans à casser,à rejeter et à pousser vers la marginalité sociale. » Renault admet que l’adoption de l’anglais comme langue communeavec Nissan n’a pas favorisé le rapprochement des deux groupes et, enconséquence, offre à présent des bourses à des Japonais pour venir enFrance étudier le français. Quand il y a encore de l’espoir… * Le monde de la recherche, largement soutenu par son ministère detutelle, encourage au tout anglais, langue devenue l’unique référencescientifique sérieuse et outil de travail de base. Le français est jugé 18
    • passéiste, son usage témoigne d’un manque d’ambition, pour ne pas direqu’il relève de l’amateurisme. Les jeunes chercheurs le maîtrisent de toutefaçon si mal qu’il leur est bien plus aisé d’écrire dans un jargon pseudoscientifique qui leur garanti un accès plus important auprès de leurs pairs. Ilest en effet bien plus simple de s’exprimer avec des codes primaires quedans un style châtiée. En tentant d’imposer l’anglais à la place de la langue nationale, leministre de la Recherche outrepasse ses fonctions et ne se soucie guère, luinon plus, de l’intérêt supérieur de la Nation. Il en est de même pour leschercheurs et administrateurs qui agissent au mépris total de la loi. Maisl’Administration se fiche bien de la loi, ou plus exactement ne la considèrepas comme s’imposant à elle. Serait-ce abuser que de rappeler auxchercheurs qu’ils doivent leur formation gratuite à un investissement del’Etat ? Bénéficiant de ressources publiques, ils ne publient même pas leursrésultats en français, ne daignant pas offrir leurs connaissances à lacommunauté nationale. Un vulgaire francophone n’est probablement pasapte à saisir la substantifique moelle du raisonnement scientifique… Onadmet aujourd’hui que l’industrie puisse suppléer l’Etat dans le financementdes laboratoires, au dépens bien souvent de toute éthique, dès lors, pourquoiles chercheurs seraient-ils comptables de ressources allouées dans le cadrede leur mission de service public ? Que l’on se rassure, le fait de ne jamaispublier en français n’est pas sanctionné. De même la loi ne s’applique pasaux organisateurs de congrès et colloques qui ignorent totalementl’existence même d’une autre langue que l’anglo-américain. Le snobisme universitaire pousse au tout anglais et progressivementse généralise la règle immuable de la mondialisation. Déjà les hôpitaux del’Assistance publique n’acceptent plus que les rapports rédigés en anglo-américain. Ecrire en cette langue permet en effet d’appartenir à l’élitemondiale, du moins offre cette illusion qui autorise à imiter les vraispuissants de ce monde : les Américains. Qu’importe que disparaisse la vieintellectuelle en français, qu’importe de renier aujourd’hui sa culture, sesancêtres et sa patrie, depuis que triomphe la Modernité et le Mondialisme ? Le 23 janvier 2001, le très médiatique Jack Lang affirme que s’ilétait dictateur, il interdirait l’anglais en primaire (sic). Mais le 27 mars, il seressaisit en se déclarant favorable à l’utilisation de langues étrangères pourl’enseignement de l’histoire, de la géographie, des maths, etc., dans lesecondaire et aussi dans l’enseignement professionnel. Autant dire qu’ilcautionne l’usage obligatoire de l’anglais à l’école de la Nation,certainement par soucis d’"ouverture au monde" (ou d’asservissement ?). La priorité du système scolaire français devrait être la maîtrise de lalangue française, véritable facteur de cohésion sociale. On sait cependant lasituation réelle de l’alphabétisation. De toute manière, que penser 19
    • aujourd’hui d’une institution dont les représentants, en panne d’imagination(ou par soumission au modèle américain), imposent Halloween à nospauvres enfants, une fête bien inutile et par trop mercantile pour êtrehonnête. Mais c’est peut-être cela que l’on nomme de nos jours,l’Instruction civique ? L’enseignement supérieur est devenu, lui, sous l’injonction desEtats-Unis, un marché très juteux entraînant une gestion commerciale desconnaissances. La langue est bien entendu l’instrument de conquête d’unempire soucieux d’imposer partout son modèle. HEC a par exemple obtenuen décembre 2000 le label américain de l’AACSB (American Assembly ofCollegiate Schools of business), un organisme qui s’imposeprogressivement en Europe afin de devenir la norme mondiale del’enseignement supérieur. Bernard Raoult, président de l’Agencegouvernementale EduFrance, créée en 1998 pour promouvoirl’enseignement supérieur français à l’étranger, propose sans rire de « créerau plus vite des cursus tout ou partie en langue anglaise dans toutes lesformations », ajoutant en prime l’idée d’adopter le calendrier universitaireaméricain. EduFrance sert en réalité à promouvoir un enseignementsupérieur en France mais qui ne serait pas français. En reproduisant surnotre système des valeurs qui ne sont pas les nôtres, en marchandisant lesavoir, on s’oppose par définition à la tradition de l’enseignement égalitaireet gratuit en France. C’est un bouleversement en profondeur de laconception française de l’université que l’on veut provoquer. Malgré tout cela, c’est encore l’utilisation de l’internet qui représenteaujourd’hui le plus gros risque pour la langue française. L’internet est une invention américaine qui, d’abord au service del’armée, accède au grand public en 1985, grâce au courrier électronique et sepropage progressivement dans le reste du monde. Le principe d’internet estde rendre accessible des informations, quelque soit le lieu d’origine et dedestination des personnes qui y accèdent. Dès lors, les sites à contenuinformatif, s’ils veulent toucher le plus grand nombre, utilisent une languecomprise du plus large public, ce qui conduit inévitablement àl’omniprésence effarante de l’anglais sur internet (si les institutionsinternationales, telle l’ONU, ne se présentent sur leur site qu’en versionanglaise, c’est plus de 75 % du contenu internet qui est en anglo-américain !). Lors d’échange de messages entre deux interlocuteurs français,l’anglais contamine la communication : on s’envoie des « mail » ou « e-mail », on utilise des mailing list etc., avec des en-têtes étrangementformatés : « to », « from », « subject », « reply-to », « forward to » (sanscompter le risque que l’on prend à ne pouvoir communiquer qu’en anglaissur les forums de débat, les « chat »). 20
    • Ainsi, le maniement de l’anglo-américain est inhérent à l’utilisationd’internet, au dépend du français. Mais indépendamment de cettedomination linguistique, l’autre danger qui pèse est celui del’appauvrissement de la langue française. Le courrier électronique utilise uncode informatique américain qui ne transcrit pas correctement les signesdiacritiques du français : accents, cédilles et trémas sont supprimés. Parailleurs, les courriels (pardon, les mails, restons « branchés »), sontconsidérés le plus souvent comme "utilitaires" et en tant que tels, doiventaller à l’essentiel. Il est donc inutile de mettre les formes et peu importe leserreurs grammaticales ou le néant lexical, du moment que l’interlocuteurvous comprends… Nous utilisons de toute manière des machines dont lessystèmes et les programmes sont conçus pour ne comprendre que l’anglais. Avec le développement d’internet, c’est tout l’univers informatiquequi progresse aux dépens du livre. Or ce support est fondamental dansl’approche de la culture française et dans l’épanouissement d’une vieintellectuelle qui passe par le support papier. Les générations futures,formées à l’informatique, perdront la maîtrise de la langue et ne pourrontplus savourer son immense richesse. Le programme d’action dugouvernement français, « Préparer l’entrée de la France dans la société del’information », est en cela très inquiétant. L’Etat souhaite former les futurscitoyens aux nouveaux outils de communication et développe pour cela unenouvelle pédagogie. On en fera jamais de trop pour imposer l’anglais… * La Délégation générale à la langue française qui dépend du ministèrede la Culture et de la Communication, informe régulièrement legouvernement, l’Assemblée et le Sénat sur la question de la languefrançaise. Le dernier rapport sur « la place de la langue française dans lesinstitutions internationales » offre une parfaite connaissance du problème àtout le personnel politique français. Nous aimerions à présent communiquer au grand public lesinformations dont disposent les élus de la Nation : « (…) le risque demonolinguisme qu’entraîne le recul de l’usage de notre langue dans lesorganisations internationales (est) constaté depuis plusieurs années. Deplus en plus, le statut de langue officielle et de langue de travail dontdispose le français dans la quasi totalité de ces organisations ne suffit pas àenrayer son déclin comme langue de travail et de communicationcourante… Par ailleurs, l’incidence de plus en plus marquée des décisionset des textes communautaires ainsi que de la jurisprudence de la Cour dejustice des communautés européennes sur la politique linguistique nationaleappelle une grande vigilance. En effet, cette incidence s’exerce dans desdomaines cruciaux pour la protection du consommateur et pour l’avenir denotre langue en France et en Europe, comme le commerce électronique, le 21
    • droit des assurances ou le brevet européen. (…) le recul du français commelangue de conception et de travail, (est) particulièrement sensible depuis lesadhésions des pays du Nord en 1995, et amplifié par la succession en 1998et 1999 de présidences assurées par des pays non francophones (…). Ainsi,en 1999, plus de la moitié des documents de la Commission ont fait l’objetd’une rédaction initiale en anglais alors que le français était la languesource la plus utilisée en 1990. En outre, les délais de traduction enfrançais ont tendance à s’allonger(…) La préparation de l’élargissementaux pays d’Europe centrale et orientale s’effectue essentiellement enanglais, la Commission comme la majorité des pays candidats recourant demanière préférentielle à cette langue. Dans ses relations avec les pays tierset parfois même avec les pays d’Afrique francophones et du bassinméditerranéen, la Commission privilégie de plus en plus l’anglais audétriment du français… dans leurs relations de travail avec lesadministrations ou les entreprises françaises, les institutionscommunautaires recourent, dans certains cas, exclusivement à l’anglais.Cette situation est particulièrement préjudiciable en ce qui concerne lesappels d’offres liées aux programmes de la Commission, ou l’emploi quasiexclusif de l’anglais défavorise les petites entreprises francophones(…) Lefrançais même s’il bénéficie dans la quasi totalité des organisationsonusiennes, du statut de langue officielle et de travail, a de plus en plus dedifficultés à s’imposer comme langue de travail courante à l’assembléegénérale, le nombre de délégations s’exprimant en anglais est passé de 74en 1992 à 95 en 1999, celles s’exprimant en français passant dans le mêmetemps de 31 à 26(…) Le français recule également dans le domainejuridique, où il tend à devenir une langue de traduction dans les documentscomme dans les discussions, ce qui contribue à renforcer la place du droitd’origine anglo-saxonne… » Si la situation linguistique paraît très inquiétante, on ne note guère deréaction de la part des représentant de la Nation française… Brevet européen… L’Académie française avait pourtant rappelé que le français étant lalangue de la République, « la France ne peut accepter que des textes enlangues étrangères aient force de droit sur son territoire ». Elle avaitensuite solennellement demandé aux pouvoirs publics de ne pas signer leprotocole, refusant d’admettre pour la langue française la perte de son statutinternational. Le gouvernement est pourtant resté sourd, choisissant sanscrainte d’opprobre la politique de collaboration avec l’Amériquetriomphante… Le Conseil Constitutionnel a précisé en décembre 1999 que la libertéet l’égalité devant la loi nécessitent l’accès au droit et une intelligibilité quipassent par la compréhension de la langue dans laquelle le droit est exprimé, 22
    • offrant à la langue française un nouveau fondement constitutionnel dont legouvernement n’a absolument pas tenu compte dans le cadre du protocolede Londres. 23
    • Comment les langues régionales mettent en péril l’uniténationale La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et l’effondrement dubloc communiste en août 1991 ont mis un terme à la Guerre Froide. Lasituation nouvelle eut comme première conséquence le développement demouvements identitaires dans les ex-pays de l’Est, et le réveil de réalitésethniques que le communisme avait endormi. Libérés de leur joug, les étatsnouvellement constitués adhérèrent au Conseil de l’Europe, qui fut, dès sonorigine en 1949, le lieu d’expérimentation de l’Union et qui est composéaujourd’hui de 40 pays. L’augmentation du nombre de ses membres eutcomme corollaire l’augmentation du nombre de langues parlées, tandis queles rapports entre les peuples restaient délicats à gérer. Cette situation,complexe et tendue, entraîna la rédaction en 1992 de la Charte européennedes langues régionales ou minoritaires, cadre juridique offrant unereconnaissance officielle aux nouvelles entités politiques, avec commeobjectif de garantir alors la paix et la démocratie. Face à une criseéconomique et à la pression politique, l’Europe avait encouragé les nationsde l’Est à se soulever contre leur régime et à revendiquer leur autonomie aunom de la spécificité culturelle et linguistique. La Charte accompagna ainsil’effondrement du communisme. Le réveil des nations à l’Est est cependantmaintenant le prétexte au réveil des revendications irrédentistes à l’Ouest,avec le soutien des instances européennes… La Commission européenne, en effet, mène en étroite collaborationavec le Bureau européen pour les langues moins répandues (BELMR), unepolitique dont le but est d’assurer la promotion des langues menacées dedisparition. Le Bureau est un groupe de pression siégeant à Bruxelles, dontl’activité principale est la recherche de fonds pour les organisations localesdes défenseurs des langues régionales, qu’il représente officiellement. Lessubventions qu’il touche proviennent de la Commission qui rassemble ainsiles initiatives locales dans une coordination européenne ; le Conseil del’Europe apportant, lui, un soutien plus juridique. Entrée en vigueur lepremier mars 1998, vingt états ont signé à ce jour la Charte, dont la France,mais seuls huit d’entre eux l’ont ratifié.13 Le texte mentionne les « languesrégionales ou minoritaires », et comme en France, parler de minorité estassez mal vu, on préfère la désignation de langue régionale, qui regroupe unensemble hétéroclite de parlers vernaculaires, dont la diversité devient unevertu de l’Europe, par opposition aux Etats monolingues. Le dessein de la13 Norvège, Finlande, Hongrie, Pays-Bas, Allemagne, Liechtenstein, Suisse, et Croatie. 24
    • politique du Bureau est d’appeler les différentes communautés linguistiquesà rompre avec les Etats, puis de former une coalition pour la défense deslangues régionales, en édifiant une norme européenne en opposition à lanorme nationale. Les cercles militants régionaux devant obtenir le labeld’européanité pour jouir du soutien financier de la Commission ont, enretour, à lui porter hommage lige. Les défenseurs des langues régionalesn’ayant pas d’adversaire officiellement reconnu par les instanceseuropéennes, le discours linguistique européen se construit d’une seule voixqui participe à la définition d’un projet identitaire pour l’Europe, sur la basedes régions14. Que l’on sache, la République française est un modèle politique quine reconnaît pas la diversité ethnique ou religieuse. Si l’usage de languesrégionales dans la vie publique est impossible selon l’article 2 de laConstitution qui fait du français la langue unique de la République, la loiDeixonne de 1951 leur reconnaît tout de même une place. Si, depuisl’ordonnance de Villers-Cotterêts de 153915 et surtout depuis 1794, lalégislation impose l’emploi exclusif de la langue française dans tous lesactes publics et privés, c’est dans le but de l’unification de la Nation et, à lasuite, par soucis d’égalité dans le respect de l’idéal d’universalité né de laRévolution. Les autonomistes, dans leur logique de périphéries opposées aucentralisme étatique, développent un discours idéologique fondé sur unenracinement dans un sol, sur lequel vit une ethnie définie par l’usage d’unelangue qui fonde une communauté "de souche". "Racine", "Ethnie","Identité", "Traditions", sont les substantifs qui alimentent la rhétorique bienconnue des promoteurs de l’Europe aux cent drapeaux, tel Bruno Mégret. Leréveil des minorités que l’on salue comme un progrès, n’est en réalité qu’unretour de la féodalité. Comment peut-on vouloir à la fois unifier l’Europe etlutter pour l’autonomie des régions ? Le seul objectif clair de la politiqueeuropéenne est bien la disparition des entités nationales. Le BELMR, qui apropagé l’idée d’une Europe multiculturelle, est à l’origine de la politiquede soutien aux langues régionales, menée conjointement par la Commissionet le Conseil de l’Europe. Mais dans les faits, l’intégration européenne tenden réalité à une uniformisation qui favorise l’anglais, « la langue decommunication internationale ». Comme au début du marché unique en1986 la diversité linguistique de l’Europe faisait obstacle à la liberté decirculation des personnes et était dénoncée comme un frein à l’intégration,l’évolution du discours durant les années 1990 suscite à présentl’amusement, les langues régionales étant devenues « le patrimoine culturel14 Voir l’article de Christophe SCHEIDHAUER, in L’Opinion européenne, Presses deSciences Po/ Fondation Robert Schuman, Paris, 200115 L’Ordonnance de Villers-Cotterêts avait un but social, celui de permettre au peuple lacompréhension de la langue dans laquelle se rendait la justice. 25
    • de l’Europe »… On admire le paradoxe de la politique européenne : faire"l’unité dans la diversité" ! * Le BELMR dénombre quarante langues régionales. Il recense pourla France le breton, le catalan, le corse, l’allemand (et non l’alsacien), lebasque et l’occitan. Mais qu’en est-il des langues issues de l’émigrationtelles l’arabe dialectal, l’arménien occidental, le berbère, le romani, leyiddish ou encore le turc ? Le recensement des langues de France révèle en réalité 75 languesparlées sur le territoire français. Le Bureau a en effet "oublié" aussi laNouvelle-Calédonie, la Polynésie, la Guyane française… Plus que la langue unique, le français est surtout la langue communede l’ensemble du peuple français. Selon les principes de la Charte, la France devrait reconnaîtrel’existence de 75 minorités sur l’ensemble de son territoire et obligerl’Administration, l’Education, la Justice etc. à des traductions systématiqueen autant de langues, nœud gordien, dont il est de surcroît aisé d’imaginer lecoût exorbitant. Le recrutement de fonctionnaire ne pourra assurément plusgarantir l’égalité de tous si la connaissance d’une langue régionale estrendue nécessaire à l’embauche et ainsi, un individu non bilingue (et nonautochtone) sera systématiquement écarté des principales institutionsrégionales. Nous sommes effectivement à des lieux de la traditionrépublicaine française… L’apprentissage d’une langue unique officielle, lefrançais, favorise pourtant l’intégration d’une population d’origine émigréedans un état reconnu, dans sa tradition, terre d’asile. En reconnaissantaujourd’hui la diversité linguistique, la France prendrait le risque de rétablirl’inégalité, d’étendre la ségrégation des communautés et d’aggraver encorele phénomène de ghettoïsation. Comment des partis politiques tels le PS, lesVerts, l’UDF, DL et le RPR peuvent soutenir un processus ethniciste etantirépublicain ? Ils devraient pourtant être informés du statut d’autonomiede la Polynésie française (qui connaît un certain nombre de langueslocales…) qui fait de la langue française, depuis 1996, la langue uniqueofficielle, afin de permettre aux usagers des services publics l’utilisationd’un parler commun dans leurs relations avec les administrations,garantissant ainsi l’égalité pour tous… A trop s’ingénier à bien souvent ressusciter des idiomes régionaux,la défense du français dans les institutions européennes sera de plus en plusdélicate dès lors qu’en signant la Charte, la France ne pourra même plusimposer la pratique de sa langue dans ses propres institutions… 26
    • Le problème linguistique est biaisé par un débat malhonnête engagépar des militants peu soucieux des réalités françaises contemporaines, dansun Etat qui ne reconnaît ni la différence ethnique entre ses citoyens nil’existence de minorités. En ratifiant la Charte, le cas d’une régionfrontalière comme l’Alsace deviendrait particulièrement sensible carl’allemand y serait reconnu langue officielle, ce qui raviverait le vieux débatqui avait opposé à la fin du XIX siècle, Mommsen à Fustel de Coulanges :le premier affirmait que l’Alsace était allemande parce qu’on y parlait undialecte allemand ; le second avançait que l’Alsace était française parce queles alsaciens étaient citoyens français… Il faut ici saluer la prise de positionextrêmement courageuse du vice-président de la région Alsace (encouragéepar sa récente élection à la présidence de la Communauté Urbaine deStrasbourg), qui, dans un essai paru en 1999, dénonce les inquiétantesdérives pangermanistes dans sa région et se prononce clairement contre laCharte16. Pour le BELMR, il est nécessaire d’élaborer une approche"européenne" de défense des cultures régionales qui passe essentiellementpar l’éducation, selon des modèles pédagogiques étendus sur toute lascolarité, avec un enseignement bilingue paritaire, voire un enseignementsuivant la méthode de l’immersion totale, projetant donc le français ensituation de simple langue vivante étrangère. Il importe avant tout dans cettelogique de rompre totalement avec les systèmes nationaux d’enseignement.Les écoles Diwan pour le breton, Seaska pour le basque, Abcm pourl’alsacien, Calendretas pour l’occitan, Bressola pour le catalan, peuventainsi enseigner une langue et aussi, en toute liberté pédagogique, expliqueren cours d’histoire leur "colonisation" par la France … L’enseignement des langues régionales est aujourd’hui fondé sur levolontariat des élèves et des professeurs, or, en 2001, seul 152 557 élèvessur 12 millions ont suivi les cours de Langue et Culture régionale. LeMinistre de l’Education Nationale, Jack Lang, souhaite maintenant accroîtrece chiffre et, le 03 mai, a proposé au Conseil supérieur de l’éducation, desprojets de circulaires visant à encourager la création d’établissementspratiquant "l’immersion". Jack Lang prévoit de plus la création d’un Conseilacadémique des langues régionales. Malheureusement, le Conseil a émis, àsa demande, un avis défavorable. Mais que l’on se rassure, son avis n’estque consultatif… Lang, souhaite voir aboutir les mesures qui « constituentune mise en œuvre de fait des engagements de la Charte européenne sur leslangues minoritaires, que la France n’a pas pu ratifier malgré la volontégouvernementale ». Il s’agit ni plus ni moins d’un détournement deprocédure qui pourrait être le prélude à une révision constitutionnelle visantà supprimer l’article 2 de la Constitution, afin de permettre l’enseignement16 GROSSMANN Robert, Main basse sur ma langue, Contre les dérives linguistiques etpolitiques en Alsace, Editions La Nuée Bleue, Strasbourg, Octobre 1999 27
    • dans une langue autre que le français, en prenant le risque d’offrir àl’anglais la possibilité de devenir la langue d’enseignement. Le consensus culturel autour des langues régionales, dernier rejetonde la pensée unique, est le fruit d’une véritable dictature du puissant "lobby"linguistique, pour lequel l’apprentissage obligatoire d’une langue régionaleest le symbole d’une reconquête identitaire, l’épanouissement personnelétant à rechercher, selon les bien-pensants, dans les langues régionales etdans le repli sur les microcommunautés. Mais est-ce seulement le souhait dela majorité des Bretons, Corses, Basques ou Alsaciens ? Toutes les étudesréalisées à ce jour prouvent plutôt le contraire, ce que conforte également lescore quasi confidentiel des listes régionalistes aux différents scrutinsélectoraux locaux. Le peuple français n’est peut-être pas aussi sensible qued’aucuns l’affirment au réveil identitaire. Dans un pays ou l’unitélinguistique et l’unité nationale vont de pair, la montée descommunautarismes ne peut que mettre en péril l’identité nationale. Leverdict du Conseil constitutionnel est d’ailleurs sans appel : la Charteeuropéenne des langues régionales minoritaires est inconstitutionnelle. Sil’article 2 n’impose pas l’usage généralisé du français dans tous les actespublics et privés, le législateur peut néanmoins imposer le français danscertains actes, en particulier dans les administrations et les services publics.De sûr, personne ne peut être contraint à utiliser une autre langue que lefrançais... S’il importe d’apporter notre soutien aux cultures régionales et decontribuer à la sauvegarde de notre patrimoine culturel national, il importeaussi de ne pas se tromper d’objectif : le but visé n’est pas l’affaiblissementpolitique de la République mais au contraire le renforcement de son unité,au nom du pacte républicain qui implique d’être solidaire du combatlinguistique dès lors que les militants des langues régionales, en sus de leuraction, saisissent l’urgence d’une mobilisation en faveur du français. LeConseil précise bien que des dispositions, permettant l’usage d’autreslangues que le français, sont inconstitutionnelles lorsqu’elles instituent defaçon obligatoire une sorte de droit à pratiquer une autre langue. Ainsi lasignature de la Charte pourrait entraîner des conséquences très graves pourla France et n’être qu’une boîte de Pandore inutilement ouverte auxrevendications des indépendantistes. Contrairement à l’avis favorable deBernard Poignant, député socialiste au Parlement européen, auteur d’unrapport au Premier Ministre favorable à la Charte, il semble bien qu’il seraitimprudent de ratifier un texte remettant en cause la Constitution, quandl’urgence du combat linguistique dicte plutôt de réagir contre l’influence del’anglo-américain dans les institutions européennes, internationales et mêmenos propres institutions. L’Etat doit avoir pour la langue française une réelleambition et mener une grande politique, afin de lui assurer un avenir face à 28
    • l’hégémonie de l’anglo-américain. Ce n’est que lorsque le climat politiquesera apaisé et la confiance retrouvée, que le débat sur les langues régionalesretrouvera la sérénité. Si le débat sur l’avenir de la langue française semble volontairementétouffé, en revanche celui de l’avenir des langues régionales semble s’êtreaccru depuis1999, bénéficiant d’une vive attention des médias, parce qu’ilmet en exergue les revendications identitaires portés par un puissant groupede pression et des mouvements terroristes, entendus, eux, des pouvoirspublics. Le terrorisme corse a obtenu les accords de Matignon, preuve quel’on ne peut se faire entendre en France que par la violence17… Contrairement à la défense de la langue française, la dynamique quis’est instaurée à propos des langues régionales est devenue "politiquementcorrecte". Elle soulève des questions fondamentales liées à la mondialisationet à la crise d’identité que cette dernière provoque, et au risqued’uniformisation que l’on a déjà dénoncé. Elle est également directementliée à la perte de repères que génère la construction européenne autour d’unecitoyenneté européenne qui n’existe pas et ne signifie rien, et qui pourraitbien provoquer le repli sur soi que l’on observe à travers la montée des"nationalismes ethniques" et de la violence des crispations identitaires,source de la haine de l’autre. L’Observatoire des pratiques linguistiques en France est consacréexclusivement aux langues régionales et minoritaires et ne s’intéresse pas aurecul du français face à l’anglo-américain. Afin de favoriser une alliancecontre ce dernier, il est certes nécessaire de réconcilier la France avec leslangues régionales, mais lorsque Jean-Guy Talamoni déclare que les Corsesdoivent privilégier l’anglais au français, ils ne sont pas nombreux ceux quis’en offusquent… Quand le débat sur les langues régionales, et toutes les questionsqu’il soulève ne font que commencer…17 Les militants pour la défense de la langue française prennent note… 29
    • Comment apparaît une résistance à l’échelle mondiale :« Egaux,Différents, Unis : la Francophonie »18 La Francophonie regroupe tous les pays qui ont le français enpartage, dans l’optique de tisser entre eux des liens qui permettront la miseen place d’une politique privilégiée par la culture. Cette idée d’une "communauté francophone", lancée notamment vers1965 par les présidents Habib Bourguiba, Norodom Sihanouk et surtoutLéopold Senghor, aboutit en mars 1970, lors de la conférence de Niamey, auTraité instituant l’Agence de Coopération culturelle et technique des paysfrancophones, qui deviendra par la suite l’Organisation Internationale de laFrancophonie (OIF). On entend par Francophonie, la communauté d’idées et desentiments nés de l’usage commun du français, ainsi que les institutions,organismes et associations destinés à protéger et à développer cet usagedans le monde. Le mot s’impose en 1984, selon la volonté du PrésidentFrançois Mitterrand qui crée alors le Haut Conseil de la langue française etprend l’initiative d’organiser, en 1986, la réunion du premier Sommet de laFrancophonie à Paris. Pour Senghor, le chantre de la négritude, « laFrancophonie, c’est cet humanisme intégral qui se tisse autour de la terre :cette symbiose des énergies dormantes de tous les continents, de toutes lesraces qui se réveillent à leur chaleur complémentaire ». Une conscience francophone est apparue, féconde et créative, quirassemble aujourd’hui, à travers le monde, tous les hommes unis par unmême idéal, un même humanisme, des hommes qui partagent une mêmelangue. La Francophonie ne sert pas une puissance, elle est une ouverture aumonde, un rassemblement de religions diverses, d’opinions philosophiquesdifférentes, unies derrière une langue commune exprimant des cultures etdes imaginaires différents. Il se développe une multipolarité active, l’idée dela Francophonie du Québec, de Romancie, de la communauté française deBelgique, de la Francophonie africaine, de la créolité et de l’Arabo-francophonie. Il ne s’agit pas de rassembler tous ces pays derrière l’étendardtricolore, mais de réunir divers partenaires afin de partager et de développerun patrimoine culturel et linguistique19. Comme le disait René Depestre,poète haïtien, la langue française est devenue « un lieu d’identité multiple ».18 devise inscrite sur un timbre dédié à la Francophonie.19 Le Québec crée aujourd’hui bien plus de mots que la France, comme traversier pourferry-boat. 30
    • L’unité francophone n’est pas une fiction, elle unit culturellementdes peuples avec des liens bien plus solides que ne le fait une unionéconomique, fût-elle continentale. Face à la mondialisation, il incombe aux pays francophones de serapprocher des autres grandes aires culturelles, l’Hispanophonie, laLusophonie, l’Arabophonie, afin de s’aider mutuellement contrel’hégémonie de l’anglo-américain. « Lorsque décline une langue à vocationuniverselle, c’est la liberté qui recule sur l’ensemble de la planète, la libertéde penser différemment, c’est à dire la liberté de vivre autrement »,affirmait François Mitterrand. En 1993, alors que toute la presse mondiale se gaussait des positionsfrançaises sur l’exception culturelle face au rouleau compresseur américain,le cinquième Sommet de la Francophonie à Maurice, a bouleversé la donneinternationale (47 pays francophones rejoignent la position de la France, enla présence amicale de Boutros Boutros-Ghali, le Secrétaire général de laFrancophonie, alors Secrétaire général de l’ONU…) « Le rayonnement linguistique confère une influenceinternationale », avance Stélio Farandjis20, qui affirme également que lesfondateurs de la Francophonie ont su qu’elle « était la part supérieure de laFrance et celle qui la dépassait parce qu’elle était la partie la plus nobleque plusieurs nations partageaient entre elles et qui les obligeait à donnerle meilleur d’elles-mêmes », pour se mobiliser autour de la particularitéintellectuelle du génie français… Par son discours de 1967 resté célèbre, « vive le Québec libre », deGaulle fonde véritablement la francophonie. La langue est aussi l’objet decet acte puisqu’il crée une nouvelle communauté fondée sur l’idendité de lalangue. Aucune solidarité d’ordre ethnique ou racial n’est invoquée. DeGaulle démontre pour la première fois que la politique étrangère et ladiplomatie peuvent s’appuyer sur le pouvoir de la langue. La francophonieirrigue à partir de ce moment, du moins en partie, la politique française enEurope et vis-à-vis du Sud. Elle pourrait certainement jouer un rôle plusimportant et le peu de cas que la France fait du rôle diplomatique de salangue est un signe majeur de l’oubli des principes cardinaux de sapolitique. Elle pourrait commencer par inscrire dans sa Constitution unedisposition relative à un engagement de sa part en faveur de la Communautéfrancophone. La Francophonie privilégie la coopération entre ses membres,l’« entente francophone » dont parlait François Mitterrand, et s’oppose auxconceptions impériale ou tribale de l’organisation du monde. Elle réunit20 Stélio Farandjis (Secrétaire général du Haut Conseil de la Francophonie), Philosophie dela Francophonie, Les cahiers de la Francophonie, Editions L’Harmattan, 1999 31
    • dans un même projet la langue, la culture, l’économie et la politique, etplaide pour un soutien aux pays en voie de développement ainsi que pourune régulation sociale à l’échelle internationale. A l’aube du XXIème siècle, la France doit opposer au libéralismecannibale une solidarité active entre les continents, s’assurer que tous lespays ont quelque chose à échanger au cœur du système du libre-échange…et relever le défi de l’hégémonie anglo-américaine. Quand « il convient, affirmait le Président François Mitterrand, de nepas renoncer à ce que nous sommes »… 32
    • En guise de conclusion La France a perdu sa souveraineté monétaire en abandonnant le droitrégalien de frapper sa monnaie, elle a perdu son indépendance diplomatiqueet sa puissance militaire en acceptant de se ranger dans l’OTAN etl’Eurocorps. Devra-t-elle aussi, avec la complicité de ses dirigeants,accepter, sans réagir, de perdre le dernier attribut de sa souveraineté, l’usagede sa langue nationale ? Ce qu’il faut d’urgence dénoncer, c’est ce que legénéral de Gaulle appelait l’école du renoncement national : « aux esprits,aux partis, aux journaux qui lui appartiennent, l’idée même que la Francepuisse jouer un rôle qui soit le sien apparaît comme impossible, dérisoire,voire scandaleuse. » Ce que l’on nous promet comme avenir n’est rien d’autre que laperspective de la domination de notre civilisation par la seule valeurmarchande, sans en mesurer toutes les conséquences. Pour Stélio Farandjis,« L’Histoire offre des choix, et aujourd’hui les choix sont encore pluscontrastés qu’avant. Ou nous allons vers une civilisation uniformisée,standardisée, en bref, le désert de la langue unique (de plus en plus réduiteet flottante), de la pensée unique, de la culture unique industrialisée, ensomme la civilisation du tout Coca Cola ; ou bien nous allons vers unejungle généralisée ou se télescoperaient tous les intégrismes, toutes lescommunautés ghettoïsées, tous les enfermements identitaires, en un mot, lacivilisation du tout Ayattolah. », laissant à la francophonie le soin de« repousser les deux mâchoires de cet étau infernal ». L’idée s’est imposée chez les nouvelles "élites" économiques,culturelles, et politiques françaises, que l’anglo-américain est LA langue del’élite mondiale, qu’elle est le bagage minimum pour réussir socialement (etmatériellement), dans un monde merveilleux (à la Walt-Disney) où l’anglaisest devenu LA langue de communication, LA référence. Quand anglais rimeavec modernité… Le temps est à la prise de conscience de l’ampleur du recul de lalangue française, de « la mal-bouffe » à la « mal-langue », selonl’expression de Thierry Priestley, les maux sont les mêmes… A l’origine de la loi Toubon, la presse allemande (et anglo-saxonne)fut très virulente et ne manqua pas de railler alors "l’exception française".Pourtant, aujourd’hui, l’Allemagne élabore sa propre loi, plus contraignanteencore, afin de promouvoir la langue de Goethe et le plurilinguisme. Après 33
    • l’Italie et l’Espagne refusant le protocole de Londres sur la réformelinguistique du brevet européen, c’est maintenant au tour de la Pologne, duBrésil et de la Russie de mettre en place une politique de défenselinguistique. On constate la mise en place progressive, à l’échelle mondiale,d’une résistance à l’hégémonie anglo-américaine, et la naissance d’une luttefondamentale pour la diversité culturelle, en opposition à l’impérialismeaméricain. L’Alliance française à travers le monde doit s’autofinancer, or, s’ilest touchant de voir des capitaux étrangers soutenir ainsi la langue française,il demeure scandaleux que la France n’agisse pas plus en faveur de sapropre langue. Il apparaît que le combat linguistique, pour être efficace, doit semener au niveau d’une nation, puis dans un rassemblement de nations. Enaucun cas au sein d’une organisation qui pour détruire les nations, s’inventeun modèle supra-national où s’impose inéluctablement le monolinguisme…A quelle diplomatie indépendante pourrait rêver l’Europe si elle adopte lalangue de l’hyperpuissance mondiale ? Le rapport sur Les Français et leur langue en 2001 conclut surl’Europe que « les dérives des institutions européennes, de la Commission etdes autres, vers une préférence généralisée pour l’usage de l’anglaisconstituent non seulement une violation des traités européens, quireconnaissent le principe du multilinguisme et de l’égalité des langues, maisun élément important quoique insidieux d’un alignement général de l’Unioneuropéenne sur la plus grande puissance non européenne actuelle, puisquela langue est le véhicule et le signe du développement intellectuel,universitaire, scientifique et finalement politique. », et pose pour finir LAquestion : « la Commission est-elle seulement capable d’être autre choseque le relais des puissants groupes de pression économique européens etaméricains qui lassaillent chaque jour ? » Le récent Traité de Nice nous a offert de constater un sursautd’orgueil des différentes nations qui composent l’Union, un signeencourageant pour ceux qui croient encore possible la création d’une autreEurope, d’une Europe des nations, dans laquelle le combat linguistique serapossible. En attendant, l’Etat français n’a pas su convaincre les élites del’importance du combat pour la langue française, mais, avec une volonténouvelle, la situation peut rapidement évoluer. Les citoyens, enfinconscients du danger, manifesteront de plus en plus fort l’attachement à leurlangue. Quand les politiques daigneront faire respecter le droit de parlerfrançais… 34