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Harapan de françois rostaing
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Harapan de françois rostaing

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  • 1. Harapan* Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune garçoncontemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait l’intime conviction quece voyage allait définitivement changer sa vie. Il ne savait pas quels sentiments il devait avoir : tristesse, mélancolie, bonheur,exaltation, espoir, peur ? Tout se mélangeait dans sa tête. Cependant, il le sentait : il avaitpeur. Peur de l’inconnu. Sa vie passée ressemblait étrangement à cette mer qui peut être à la fois douce ettranquille et soudainement, coléreuse et dangereuse. Cette mer ressemblait vraiment à savie… Au départ, une vie douce et agréable auprès d’un père et d’une mère aimante, desparents humbles et pauvres mais tellement rassurants. Il avait grandi dans un petit villageproche de Makassar. Maman tissait. C’était la meilleure ouvrière, disait-on au village. Et Papatravaillait au champ avec Waka, le buffle d’eau. Puis la guerre était arrivée et comme unetempête en pleine mer, soudaine et mortelle, tout était allé très vite : l’orage japonais s’étaitabattu un jour sur la terre et Papa et Waka étaient morts. Presque en même temps. Liés pourtoujours dans le travail et dans la mort. Sa vie, comme la mer, s’était transformée : après le calme, la tempête s’était abattuesur lui. Les Japonais étaient entrés dans le village de Wayan. Maman avait juste eu le tempsde le cacher puis plus rien. Maman avait disparu, emportée avec d’autres villageois par lesmilitaires. Wayan avait dû se débrouiller presque tout seul, aidé cependant par quelquesvillageois qui avaient réussi comme lui à se cacher. Quelques années étaient passées.Combien? Wayan ne s’en souvenait pas exactement, vivant au jour le jour, une journéepoussant une nuit puis une année en poussant une autre. La faim, la peur, la misère, lessoldats, quelquefois l’espoir, rarement le bonheur…Il ne savait même plus si il ne savait pas,ou si il ne voulait pas savoir combien de temps s’était écoulé depuis la mort de son père et ladisparition de sa mère. Mais il vivait, survivait et c’était ça le plus important pour lui. Il vivaitdans le seul espoir qu’un jour, il retrouverait sa maman. Puis tout s’était enchainé : son oncle était arrivé un jour pour le chercher. Cet oncle,Maman en avait souvent parlé. Les seules choses dont Wayan se souvenait sur cet oncleétaient qu’il habitait très, très loin et que c’était “un grand homme”. La première fois qu’ilaperçut son oncle, Wayan le trouva plutôt petit mais très gentil et rassurant. Sentiment qu’iln’avait plus ressenti depuis très longtemps. Après, les deux étaient partis vers la grande villede Makassar, si pleine de couleurs, de gens et de bruits. Et ils avaient pris le navire. Son onclesavait donc où était partie Maman, Wayan en avait la conviction. Ils allaient la rejoindre, il enétait sûr. Cette peur de l’inconnu, il la chassa de sa tête dès qu’il se retourna une dernière foissur les lueurs de cette ville. Dos à la proue, il repartit vers sa cabine afin d’aller jouer une partie de Surakarta avecson oncle : après quelques parties, Wayan regarda autour de lui, examina un par un lesquelques individus qui partageaient sa cabine. Wayan ignorait leurs noms et encore plus leursorigines. Avant de s’assoupir il prit une grande bouchée d’air, émit un énorme soupir etrepensa une dernière fois à sa mère puis il éteignit les lumières après l’accord de ses voisins ets’endormit. Sa première nuit en mer fut pleine de rêves. Des rêves merveilleux. Il revoyait sonpère qui lui faisait de grands signes. Mais il n’arrivait pas à savoir si c’étaient des signes* Harapan signifie « attente » ou « espoir » en indonésien
  • 2. d’adieux. Puis il y avait Maman : son beau sourire, ses yeux pleins de tendresse et ses longscheveux noirs. Elle l’attendait, c’était sûr. Le navire voguait sur la mer des Célèbes. Son oncle expliquait à Wayan que les côtes,au loin, très loin, étaient celles des Philippines. « Tu vois, Wayan, là-bas très loin, ce sont les Philippines, lui dit son oncle. C’est unautre pays différent du tien. » « C’est quoi un pays ? » demanda Wayan Que répondre ? Son oncle était étonné et complètement déconcerté par la question deWayan. Depuis qu’il avait récupéré cet enfant, il ne s’était jamais rendu compte que Wayanne connaissait que l’instinct de survie. Que pouvait-il répondre à ce jeune garçon qui n’avaitconnu, depuis trois ans, que les champs, la misère et la peur du lendemain ? Wayan était un inconnu pour lui. C’était le fils de sa sœur bien-aimée qu’il avaitquittée très tôt. Il prenait soudainement conscience que Wayan n’était jamais allé a l’école, qu’il nesavait ni lire ni écrire. Wayan n’avait aucune instruction. Par cette question, son oncle se promit une chose. Le voyage en bateau allait être long.Il en profiterait pour lui apprendre le plus simplement possible, la vie, le monde. Il tenteraitde lui donner un minimum d’instruction jusqu’à leur arrivée. Après, il savait quoi faire deWayan. Il allait changer sa vie. Le navire continuait sa route. La mer était plutôt belle. Wayan et son oncle avaient dela chance. L’instruction commença. L’oncle était jour après jour surpris. Wayan avait unetelle soif de savoir. Il posait des questions incroyables. Tellement enfantines quelquefois maissi souvent intelligentes. Toutes les nuits, l’oncle entendait Wayan parler tout seul, se répétanten boucle ce qu’il avait appris la journée. Le navire passait près des Philippines et naviguait maintenant en mer de Chine. Levoyage était long. La mer commençait à se former au large. Une énorme tempête éclata. Toutle monde sur le bateau fut malade. Une énorme houle secouait le bateau. La mer étaitdéchainée et d’énormes vagues passaient par-dessus bord. Wayan et son oncle étaient dans lacabine. Une odeur de vomi flottait à l’intérieur. Dormir pour passer le temps était difficile.Sortir de la cabine ? Cela était impossible. Le ventre était trop noueux, le cœur trop serré.Combien de temps durerait encore cet orage ? Ce calvaire dura plusieurs jours et plusieursnuits. Puis en pleine nuit, soudain, la tempête cessa, le navire s’équilibra. Le calme étaitrevenu. L’oncle et Wayan sortirent sur le pont. Que la mer était belle : calme, reposée, plate.La pleine lune s’étendait sur les vaguelettes, au loin. Le lendemain, l’instruction reprit encore plus vite. Les jours passèrent. Un matin, l’oncle réveilla Wayan. « Réveille-toi, Wayan, je vais te montrer quelque chose. » Wayan suivit son oncle. L’oncle pointa du doigt vers l’horizon et dit à Wayan : « C’est là-bas ! Nous sommes bientôt arrivés… » Très loin, Wayan distingua des côtes. Son oncle lui expliqua que sa vie était là-bas,dans ce pays : l’Indochine. Le bateau accosta sur le port de Saigon une semaine plus tard. Wayan n’en revenaitpas. Quelle effervescence ! Il y avait du monde partout sur le quai. Des petites carrioles tiréespar des hommes attendaient les passagers du bateau. Ce qui surprenait Wayan aussi, c’étaittous ces animaux : des poulets dans des cages en bois, des canards attachés les uns les autres
  • 3. par terre. Des gens, des gens, des gens ! Wayan cherchait partout sa mère. Il était sûr qu’ellel’attendait sur le quai. Il cherchait, cherchait mais ne la voyait pas. « Mon oncle, où est Maman ? Je ne la vois pas ? » « Viens par ici, mon garçon, quelqu’un nous attend de ce côté. » Wayan était très déçu. La personne qui les attendait n’était pas sa maman. C’était unefemme, très belle, mais pas sa mère, accompagnée par un jeune garçon de son âge. Plus granden taille avec un teint plus blanc. « Je te présente Khué, ma femme, et Minh, mon fils. Voici Wayan, mon neveu. » Ils montèrent dans une voiture. Wayan n’avait jamais vu une voiture. Cela avançaittout seul, sans buffle devant et était très bruyant. « Nous allons à la maison. » Wayan n’en croyait pas ses yeux. Saigon était une ville magnifique. Des arbresmajestueux bordaient les routes du centre-ville. Ils arrivèrent devant une maison immenseavec un grand portail. « Te voici arrivé chez toi. Minh ? Montre-lui sa chambre ! » Wayan et Minh montèrent à l’étage. Minh ouvrit une porte. « Voilà ta chambre ! Je suis juste la porte à côté ! J’ai mis dans l’armoire les chemiseset les pantalons qui ne me vont plus. Ça tombe bien ! Tu es plus petit que moi ! Mes anciensvêtements t’iront parfaitement. J’ai mis des chaussures dans ce petit placard. Tu redescendssouper dès que tu es changé ! » Et il referma la porte. Heureusement, Wayan avait appris ce qu’étaient deschaussures ! Il se lava rapidement. Puis il se changea et descendit au premier. Son oncle, sa femme et Minh l’attendaient déjà dans le petit salon. Quellemétamorphose ! Wayan était magnifique habillé de sa chemise blanche et de son short bleu. La soirée fut longue et délicieuse. Accompagné de temps en temps par les petits crisdes margouillats accrochés aux murs, l’oncle raconta son histoire : il avait quitté son paysjeune, quitté sa famille, sa sœur. Il avait accosté en Indochine, des années auparavant. Il avaitbeaucoup travaillé pour pouvoir se payer des études. Mais il y était arrivé. Il avait passé lebaccalauréat puis de grands diplômes. Il avait rencontré Khué, issue d’une grande et richefamille de Hué. Puis il y avait eu Minh. Ensuite, les Japonais étaient venus en Indochine. Mais lui et sa famille ne risquaientrien en Indochine car il avait des relations. Avec l’invasion japonaise, il avait tout de suitecompris que sa sœur, restée si loin, était en danger. Il était parti dès qu’il avait pu mais peut-être trop tard. Et il avait retrouvé Wayan. Wayan écoutait son histoire. Des larmes coulaient le long de ses joues. « Et Maman alors ? Où est Maman ? Tu ne sais pas où est Maman ? » « Non, Wayan. Je ne sais pas. J’ai demandé à des amis de Hanoi. Ils peuvent peut-êtreme renseigner pour savoir ce qui est arrivé à ta maman. Mais pour l’instant, je n’ai aucunenouvelle. Wayan, je ne veux pas te laisser avec des illusions. Si je sais quoi que ce soit, je tele dirai. Mais pour l’instant, j’attends des réponses. Espère toujours Wayan. L’espoir m’adonné tout ce que je possède aujourd’hui. J’ai décidé de t’élever comme mon fils. Tu aurasune nouvelle vie à nos côtés. Nous sommes ta nouvelle famille. » Wayan alla se coucher. C’était la première fois qu’il dormait dans un vrai lit, avec desdraps. Il se mit à pleurer. Il aimait cet oncle, cette nouvelle famille, cette nouvelle vie, cenouveau pays. Mais ce n’était rien par rapport à l’amour qu’il avait pour sa mère. Il était sûrqu’un jour il la retrouverait. Le temps passa. Wayan allait dans la meilleure école de Saigon et avait un précepteur pour lui faireréviser les leçons du jour et l’avancer sur les leçons du lendemain. Il était très doué pour lesétudes.
  • 4. Un jour qu’il rentrait de l’école, son oncle et Khué l’attendaient sous le porche. Ilsavaient une expression de visage que jamais Wayan n’avait connue. Il ne savait pas si lanouvelle qu’ils avaient à annoncer était bonne ou mauvaise. « Wayan, un ami très haut placé m’a contacté cet après-midi. Les Japonais ont fait uneliste des prisonniers enfermés dans des camps et libérés depuis. Ma sœur bien aimée, tamaman, arrive dans une semaine par le bateau. » Wayan, plein de larmes, sut alors que sa vie avait définitivement changé. François Rostaing