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    L enfant fait la famille L enfant fait la famille Document Transcript

    • Nicoletta Diasio Université de Strasbourg Laboratoire « Cultures et Sociétés en Europe » (CNRS / UdS) <etnos@hotmail.com> comment l’enfant fait-il la famille ? Ou : Les enfants, objets et sujets du désir de famille l a famille tient une place centrale ses parents biologiques dans le cas des dans les recherches en sciences accouchements sous X ou d’adoption, sociales. Elle demeure un lieu les controverses sur le statut légal du privilégié d’appartenance, de trans- beau-parent dans les cas de recom- mission et de socialisation qui agit position familiale constituent autant comme une chambre d’écho formi- de témoignages de la centralité du dable de tous les grands changements lien de filiation dans les question- de société. Elle constitue un dispositif nements sociétaux. Ces débats sor- temporel qui participe à la création tent des enceintes scientifiques pour d’individus par leur inscription dans essaimer dans la société toute entière, un passé et leur projection dans le confrontée au jour le jour à de nou- futur, par le travail intergénérationnel velles configurations familiales et à de et le désir de prolongement de soi et nouveaux rapports à l’enfance. du groupe à travers la « fabrication » La famille contemporaine res- de descendants. La famille s’érige, semble ainsi à un paradis d’anthro- enfin, en objet paradoxal : au moment pologue. Côté filiation, on y repère où les formes d’alliance paraissent le toute une série de variations autour plus fragiles, les unions instables, les de la dissociation entre la qualité recompositions multiples, le désir de de géniteur et les statuts de parent famille n’a jamais été aussi intense et – social, spirituel, juridique – aux- les revendications autour de la filia- quelles la recherche ethnologique tion se placent au cœur des grandes nous a sensibilisés, depuis Morgan controverses de la société contempo- et son processus de dénaturalisation raine. Les débats autour de l’homopa- de la parenté. Il suffit de penser à la rentalité, des nouvelles technologies distinction entre parent biologique, du vivant, du diagnostic prénatal ou généalogique et domestique dans le préimplantatoire, les polémiques sur cas des familles recomposées (Théry l’avortement, sur le droit à connaître 1995, 1998) ou encore à la « parenté 8
    • Nicoletta Diasio Comment l’enfant fait-il la famille ? pratique » fondée sur le care analy- famille contemporaine, où la mise en de l’enfant témoigne de la vitalité de sée par Florence Weber (2005). Ces couple constitue une occasion d’épa- la lignée et assure la continuité fami- affiliations qui prennent forme dans nouissement individuel et un jalon de liale. Le désir d’enfant s’inscrit dans un le partage quotidien de soins et d’af- ce parcours de construction de soi qui souci de consolidation du lien intergé- fects semblent presque résonner avec constitue l’horizon de sens des sociétés nérationnel qui, par la projection dans cette parenté trobriandaise étudiée par contemporaines. En effet, comme de le futur, vient renforcer les racines Malinowski en 1930, où le père se fraye nombreux historiens, sociologues et plongées dans le passé : « d’une certai- sa place dans un système matrilinéaire anthropologues l’ont mis en exergue, ne façon, ce sont les enfants adultes qui par sa présence attentionnée auprès de la famille contemporaine est le pro- façonnent les grands-parents, de même l’enfant et de la mère. Des liens électifs duit d’un mouvement de privatisation que les nouveaux-nés “fabriquent” les peuvent s’établir sur l’axe vertical, tels et de « sentimentalisation » qui relève mères […]. Une fois la position relative ceux entre enfants et beaux-parents des nouvelles formes de l’intimité et des générations solidement réinstau- (Cadolle 2000), mais aussi sur l’axe de l’amour qui apparaissent à la fin du rée, les nouveaux parents retournent horizontal en donnant lieu à l’instau- 18e siècle (Ariès 1973, Shorter 1981, à certaines des valeurs qui ont marqué ration d’interdits d’inceste jusqu’à Luhmann 1990). Elle s’affirme ainsi leur propre éducation. C’est là une présent inédits entre quasi-frères et comme un espace négocié entre les façon de reprendre position dans la quasi-sœurs (Fine 1998, Martial 2003). partenaires où trouvent leur place des lignée générationnelle » (Attias-Don- La multiplication de figures parenta- aspirations affectives, sexuelles, exis- fut & Segalen 1998, p. 100). les trouve son lieu d’élection dans les tentielles, et comme un dispositif qui Ce mouvement de recomposition de nouvelles technologies procréatives. permet d’« être soi avec les autres » l’ordre générationnel par la naissance Introduisant un processus artificiel, (de Singly 1996) : un instrument de d’un nouvel être n’est pas spécifique l’aide médicale à la procréation, crée le réalisation individuelle. Le « couple aux sociétés contemporaines. Ce qui parent biologique comme catégorie et associatif » impose, au moins idéale- par contre semble s’imposer avec force le différencie du parent « naturel », qui ment, une renégociation des positions dans les nouvelles configurations fami- n’a pas besoin de techniques médicales de genre (Thorne & Yalom 1992) et un liales est une sorte d’inversion du sens pour enfanter (Strathern 1992, Fran- travail complexe d’harmonisation de de la filiation. « Alors que le système klin 1997). Elle remet aussi en question temporalités : celles liées à l’affirma- habituel indique clairement un mou- la fausse évidence de la mater semper tion personnelle par le travail ou les vement « descendant », ce qui implique certa, face à la dissociation des trois études, la maturation psychologique et que le statut de l’enfant dépende de fonctions maternelles entre maternité affective, les étapes du cycle de vie, les celui des parents (un enfant est situé génétique, maternité gestationnelle et mises en couple successives, les délais dans la société comme « fils de »), tout maternité sociale, alors que l’incerti- contraignants de la physiologie. se passe désormais comme si, dans tude de la paternité peut désormais Le désir d’enfant prend forme alors certains cas, c’était l’enfant qui faisait être dissipée par le recours aux tests au croisement des exigences de réa- et défaisait l’adulte, conférant le statut ADN (Delaisi de Parseval 2004). lisation personnelle, des souhaits de de parent à des sujets en mal d’enfants. La dissémination et l’imbrication consolidation du couple, du besoin de La célèbre formule « l’enfant, père de des fonctions parentales entre dif- conformité aux modèles culturels de l’homme » résume bien un tel renver- férents acteurs sociaux, internes ou fécondité, des volontés de transmis- sement » (Delaisi de Parseval 2004, externes à l’unité domestique, non seu- sion. « L’enfant fait la famille » : dans p. 85-86). lement viennent fissurer l’image de la une société de l’incertitude et de l’ajus- Ce renversement de perspective famille nucléaire de type moderne for- tement permanent entre plusieurs réfé- relève aussi du nouveau statut de l’en- mée par le triangle mère-père-enfant, rences, le rapport de filiation devient fant et de sa place au cœur du disposi- mais accompagnent la dissociation le seul lien inaliénable (Beck 2001). tif familial. Il existe une relation forte entre alliance, sexualité et procréa- Comme le montre Nunes de Almeida, entre la famille moderne, fondée sur tion. Ainsi, si le mariage ne constitue l’enfantement devient aussi la preuve une culture des sentiments et l’im- plus une étape préliminaire et indis- de la réussite des reconfigurations pératif de la réalisation de soi déjà pensable à la filiation (Roussel 1989, conjugales, ainsi qu’« un des fronts de évoqués, et la diffusion d’une nouvelle Théry 1998), le cas des parentalités la réalisation masculine et féminine » image de l’enfant, sujet de droits, s’af- homosexuelles montre bien la dis- (2006, p. 118), au point que les Euro- firmant sur la scène sociale en tant jonction entre sexualité, conjugalité pean Values Surveys confirment dans le que personne. Le désir de famille se et procréation (Cadoret 2002) avec temps l’importance d’avoir des enfants donne à lire à l’aune du désir d’enfant la mise en évidence d’une distinction pour l’accomplissement personnel. Si en tant que rapport de filiation et des entre projet parental et projet conju- la fragilité des unions, la multiplication désirs des enfants, en tant qu’acteurs gal, qui reste souvent implicite, quoi- des géniteurs et des parents, la co-lon- des « jeux de famille »1. Car l’enfant est que opérante, dans le cas des couples gévité des générations, le mouvement aussi bien un petit être souvent voulu hétérosexuels. Les parentalités homo- d’individualisation bouleversent les et chéri, qu’un individu qui exprime sexuelles deviennent alors exemplaires relations familiales et parfois même des souhaits à la première personne et d’une transformation profonde de la l’ordre des générations, la présence contribue, par sa présence, son action, 9
    • sa parole, ses refus même et les arbi- d’étude, mais aussi les expériences des quier relationnel, tous les adultes qui trages qu’ils suscitent, à transformer enfants singuliers et la construction partagent leur vie, en jonglant avec les relations familiales et à dynamiser de leur subjectivité. L’enfant devient, les stéréotypes négatifs et en incluant le processus de transmission. dans ce début de siècle, la figure même ou excluant, selon le contexte, cer- La prise en compte du point de de l’individuation, pris qu’il est entre tains acteurs du groupe familial élargi vue des plus petits s’inscrit dans une le souci d’autonomie et de création de (Saint-Jacques & Chamberland 2000). sociologie de l’enfance qui, après son soi et les contraintes liées à sa position, Cette nouvelle écoute de la parole de affirmation dans les sciences socia- son âge, sa fragilité, sa dépendance de l’enfant n’est d’ailleurs pas une pré- les anglophones au début des années la famille (Qvortrup 1994, Jenks 1996). rogative des sciences sociales : elle quatre-vingt-dix, s’affirme en France Déplacer le regard des parents aux caractérise de plus en plus l’expertise de manière concomitante au déclin enfants, à leurs expériences et leur juridique ou médicale jusqu’à modi- des grands récits du social : « Ce petit agency signifie étudier « ce que l’enfant fier les pratiques des professionnels, objet insolite apparaît en même temps fait de ce qu’on lui fait », les processus par exemple dans les cas de divorce que la remise en discussion des théo- de « reproduction interprétative » à (Kaltenborn 2001). ries de la socialisation. Celle-ci surgit l’œuvre dans chaque génération (Cor- Mais si « dans une famille chacun à la lumière d’un retour général vers saro 1997), la manière qu’ont les plus peut être « roi », à la condition de l’acteur, de la redécouvertes des théo- jeunes de participer à la production préciser la nature de son royaume » ries de l’interactionnisme symbolique du monde dans lequel ils vivent et les (Singly 2004, p. 18), comment arrive- et des théories interprétatives (…), effets de cette participation dans la t-on à faire coïncider les frontières du puis rebondit avec la mise en évidence manière de penser les rapports entre royaume de chacun sans trop empiéter d’une forte désinstitutionnalisation classes d’âge, entre générations et dans le territoire de l’autre ? Et si la et la montée des théories de l’indivi- entre genres (Halldén 1998). Ainsi, la littérature sociologique et anthropolo- dualisme » (Sirota 2006, p. 14). Cette recomposition familiale vue du point gique met l’accent sur la multiplication approche interroge les visions socia- de vue des enfants montre que, au des acteurs dans les familles contem- lement construites de ce que l’enfance lieu de subir uniquement les choix poraines, comment les désirs des uns et l’enfant sont censés être dans une de parents qui « refont leur vie », les et des autres arrivent-ils à s’accorder ? société donnée, les modes de capture adolescents se saisissent de la pluripa- Sur quels objets, sur quelles finalités scientifique de l’enfant en tant qu’objet rentalité pour faire figurer, sur l’échi- s’agencent-ils pour « faire famille » ? 10 Revue des Sciences Sociales, 2009, n° 41, « Désirs de famille, désirs d’enfant »
    • Nicoletta Diasio Comment l’enfant fait-il la famille ? Comment être parents ou grands- Une première section analyse le accords et désaccords entre conjoints parents ? Comment être enfants ? Face désir d’enfant en tant que long che- sur la réalisation des projets de fécon- à l’étendue des transformations et de minement qui va de l’émergence du dité trouve un terrain d’élection chez la complexité des enjeux évoqués, les souhait aux différentes étapes de sa les couples homosexuels engagés articles ici publiés pointent le travail réalisation, via les négociations et les dans un processus de coparentalité, de recomposition qui a lieu aussi bien compromis avec la réalité sociale ou du moment que, comme le montre au moment de l’émergence du désir le partenaire. Ainsi en comparant Herbrand, la distinction conceptuelle d’enfant et de sa mise en œuvre, que deux pays dont les comportements entre désir d’enfant, désir de famille et dans des situations de « quête de légi- effectifs de fécondité sont profondé- désir d’être parent s’y affirme comme timité » d’un statut parental : le cas des ment différents, la France et l’Italie, une occasion de réflexivité. Il s’agit enfants adultérins, de l’adoption, de Régnier-Loilier et Vignoli analysent d’analyser ce rapport complexe entre la parentalité et grand-parentalité en le décollement entre fécondité sou- désir individuel, projet conjugal, nor- contexte homoparental, du divorce et haitée et réalisée pour s’arrêter sur les mes sociales et passion collective de des recompositions, des désirs ambi- variables construisant le désir : l’âge, la l’enfant qui a aussi ses moments de valents des femmes célibataires ou des classe, la religion, la situation matri- crise, voire de souffrance : ainsi la déci- étudiants vivant en couple. Il s’agit, moniale, les normes de références, les sion d’adopter suite à l’échec de l’aide dans ce numéro, d’aller au-delà des représentations et les expériences de médicale à la procréation engage les multiples formes de clivage introduites la famille. Ces variables sont contex- acteurs à dépasser le deuil de l’enfant par les nouvelles configurations fami- tualisées par Mazuy au niveau de la biologique pour libérer la parole du liales, pour analyser la famille comme programmation et gestion des attentes désir, s’ouvrir à l’entourage et prendre lieu de conjonction de désirs pluriels au sein du couple en montrant l’arti- en main un projet de parentalité par- avec un centrage spécifique sur les culation entre des temporalités gen- tagé (Nizard). désirs des enfants. Dans une société rées qui confirment la persistance des Une deuxième section déplace le accusée souvent de déliaison, le désir rôles masculins et féminins. Réaliser regard des parents à leur progéniture. d’enfant permet de lire les nouveaux un désir d’enfantement signifie alors Les auteurs interrogent le statut de modes de fabrication des liens sociaux composer entre trajectoires indivi- l’enfant, dans le rapport de filiation entre transmission, renouvellement de duelles, cycle de vie et temps de matu- et dans les relations intergénération- la société et affirmation de soi. ration affective du couple. L’étude des nelles, et analysent les dynamiques 11
    • familiales à partir du point de vue des questionne enfin l’entrée et la sortie de dans les termes du « devoir d’enfant ». plus petits. La centralité de l’enfant l’enfant du domaine de la subjectivité à Le traitement médiatique des femmes dans les sociétés contemporaines a été travers une approche psychanalytique célibataires au Canada met en scène porteuse à la fois d’une vision émanci- des parentés adolescentes, à savoir du une double tension : entre souci de patrice et d’une sacralisation qui n’est « devenir parent » de personnes qui, à liberté et aspirations familiales d’une pas exempte de revers obscurs (Gava- la lisière de l’enfance, désirent d’autres part, et entre modèles de conformité rini 2001). Ainsi le traitement politi- enfants. et désirs individuels d’autre part, avec que et médiatique de l’enfant victime Objet ou sujet de désir, l’enfant des oscillations ambivalentes entre ces en Italie montre comment le discours témoigne de la validité des nouveaux pôles (Lévy et al.). Le choix de ne pas sur l’enfance acquiert une dimension modèles familiaux à un moment de enfanter peut alors être perçu comme sacrée, fondée sur le contrôle de la bouleversement profond des rap- un déficit identitaire, voire une patho- « vie », ce qui légitime un processus de ports d’âge, de sexe, de génération. logie. déplacement des figures d’autorité et Ces déplacements ne vont pas sans Nous revenons ainsi au début du suscite un mouvement d’inquiétude résistances, réactions ou demandes de voyage et à cette interrogation qui sur la tenue du lien entre générations reconnaissance. Épreuves, conflits et soustrait le désir de famille aux aléas historiques et généalogiques (Dia- quêtes de consensus font l’objet de la et aux temporalités brèves pour le sio). Cette image d’enfant vulnérable troisième partie du numéro. En ana- resituer dans des impératifs sociaux contraste avec l’enfant négociateur lysant l’exemple de la présomption de continuation et de renouvellement. qui, dans le texte de Klinger, retourne de paternité ou de maternité d’en- Conjuguer le regard des enfants et la fragilité en force, en endossant tour fants adultérins dans les procédures des parents, croiser leurs paroles, nous à tour la figure de l’enfant victime, de divorce, Nagy montre la persis- permet de nous aventurer dans un pro- du rusé ou de l’aventureux. L’inquié- tance d’un modèle de référence qui jet historique fragile et incertain où, en tude se manifeste plutôt du côté des adopte les règles physiologiques de redéfinissant ce qu’est un enfant, nous parents, surgissant de l’absence de l’engendrement pour organiser une questionnons le statut même d’adulte maîtrise, de la pluralité des référen- filiation qui demeure toujours une prêt à devenir parent. ces et de la diversité des pratiques. donnée sociale. La tension entre sang Preuve, si nécessaire, que les discours et volonté dans l’établissement de liens sur l’enfant ne peuvent pas coïncider de filiation s’appuie sur l’asymétrie, avec les discours des enfants qui se les culturellement construite, des corps réapproprient de manière réflexive et féminins et masculins. La différence instrumentale. De la même manière, de genre et la centralité des liens bio- dans l’article de Mathiot, la famille logiques interviennent aussi dans la s’affirme comme un lieu de recherche, construction de liens intergénération- d’apprentissage, et d’application d’un nels en contexte homoparental : Gross impératif consensuel. Toutefois, les y analyse la manière dont la légitimité paroles d’adolescents sur leurs expé- à entrer dans un régime de grand- riences de recomposition familiale parentalité dépend de la distance par semblent montrer les ambiguïtés de la rapport au modèle bioconjugal. Par notion de démocratie familiale, déjà ailleurs, ce modèle est remis en ques- évoquée par Fize (1990) : l’arrivée d’un tion par l’arrivée d’un petit enfant, cet nouveau parent fragilise l’échange événement contribuant à l’acceptation démocratique et engage un processus de l’homosexualité des parents de la de redéfinition des positions d’auto- part des grands-parents. L’enfant fait rité, fondées sur une légitimité fragile. lien, et ce lien électif ou biologique Migliore nous invite, dans son texte, à impose une redistribution des places et remplacer le concept de socialisation demande à être réinventé dans le quo- et de transmission à sens unique par tidien, même dans ces cas de crise où l’idée de mandats intergénérationnels il faut, comme l’affirme Guiraud-Ter- réélaborés par les enfants acteurs à rier, rester parents après la séparation travers des mécanismes simmeliens conjugale. Le caractère inconditionnel d’action réciproque. Les enfants turi- et insoluble du rapport à l’enfant est nois qu’elle a interviewés participent à analysé dans le cadre des actions de la construction de l’histoire familiale, médiation familiale et dans les enjeux influencent les processus d’éducation, liés à la résidence alternée comme idéal- s’approprient de façon dynamique ce type de la coparentalité. Un dernier que les parents leur transmettent et le exemple des contradictions induites modifient pour construire leur par- par la réinvention des rôles parentaux cours personnel. L’article de Reniers est celui qui lit le « désir d’enfant » 12 Revue des Sciences Sociales, 2009, n° 41, « Désirs de famille, désirs d’enfant »
    • Nicoletta Diasio Comment l’enfant fait-il la famille ? Bibliographie Saint-Jacques M.-C., Chamberland C. (2000), Notes « Quand les parents refont leur vie. Regards Ariès Ph. (1973), L’enfant et la vie familiale sous adolescents sur la famille recomposée », 1. Le français « enfant » garde une marge l’Ancien Régime, Paris, Seuil. Anthropologie et Sociétés, 24, 3, 115-131. d’ambiguïté sur ce point, en utilisant le Attias-Donfut C., Segalen M. (1998), Grands Segalen M. (dir.) (1991), Jeux de famille, Paris, même mot pour l’enfant-filius, donc l’être parents. La famille à travers les générations, Presses du CNRS. généalogique, et l’enfant-puer, par son Paris, Odile Jacob. Shorter E. (1981), Naissance de la famille moderne, inscription dans une classe d’âge. Beck U. (2001), La société du risque, Paris, Alto- Paris, Seuil. Aubier. Singly de F. (1996), Le Soi, le couple, la famille, Cadolle S. (2000), Être parent, être beau-parent. Paris, Nathan. La recomposition de la famille, Paris, Odile Singly de F. (2004), « Le statut de l’enfant dans la Jacob. famille contemporaine », in F. de Singly (dir.), Cadoret A. (2002), Des parents comme les autres. Enfants-Adultes. Vers une égalité des statuts ?, Homosexualité et parenté, Paris, Odile Jacob. Paris, Universalis, 17-32. Corsaro W. (1997), The Sociology of Childhood, Sirota R. (dir.) (1998-1999), « Sociologie de l’en- Thousand Oaks California, Pine Forge Press. fance », Education et Sociétés, n° 2, 3. Delaisi de Parseval G. (2004), « L’enfant depuis la Sirota R. (2006), « Petit objet insolite ou champ psychanalyse », in F. de Singly (dir.), Enfants- constitué, la sociologie de l’enfance est-elle Adultes. Vers une égalité des statuts ?, Paris, encore dans les choux ? », in Sirota R. (dir.), Universalis, 77-87. Eléments pour une sociologie de l’enfance, Ren- Fine A. (1998), « Parenté : liens de sang et liens de nes, PUR, 13-34. cœur », Sciences Humaines, 23, HS, 24-27. Strathern M. (1992), Reproducing the future. Fize M. (1990), La démocratie familiale, Paris, Anthropology, kinship and the new reproduc- Presses de la Renaissance. tive technologies, Manchester, Manchester Franklin S. (1997), Embodied Progress. A Cultural University Press. Account of Assisted Conception, London-New Théry I. (1995), Recomposer une famille, des rôles York, Routledge. et des sentiments, Paris, Textuel. Gavarini L. (2001), La passion de l’enfance. Filia- Théry I. (1998), Couple filiation et parenté tion, procréation et éducation à l’aube du XXI aujourd’hui, Paris, Odile Jacob. siècle, Paris, Delanoë. Thorne B., Yalom M. (eds.) (1992), Rethinking Gullestad M., Segalen M. (dir.) (1995), La famille Family. Some Feminist Questions, Boston, en Europe. Parenté et perpétuation familiale, Northeastern University Press. Paris, La Découverte. Weber F. (2005), Le sang, le nom, le quotidien : Halldén G. (1998), “Boyhood and Fatherhood :Nar- une sociologie de la parenté pratique, La Cour- ratives about a Future Family Life”, Childhood. neuve, Aux lieux d’être. Childrens and Parents, 5, 1, 23-39. Jenks C. (1996), Childhood, London-New York, Routledge. Kaltenborn, K.-F. (2001), “Individualization, Fam- ily Transitions and Children’s Agency”, Child- hood, 8, 4, 463-498. Luhmann N. (1990), Amour comme passion. De la codification de l’intimité, Paris, Aubier. Malinowski B. (1970), La vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie, Paris, Payot. Martial A. (2003), S’apparenter, Paris, Presses de la MSH. Neyrand G. (2000), L’enfant, la mère et la question du père, un bilan critique de l’évolution des savoirs sur la petite enfance, Paris, PUF. Nunes de Almeida A. (2006), « La sociologie et la construction de l’enfance. Regards du côté de la famille » in Sirota R. (dir.), Eléments pour une sociologie de l’enfance, Rennes, PUR, 115-123. Qvortrup J. (1994), « Childhood Matters. An Introduction », in Qvortrup J. et alii, Childhood Matters. Social Theory, Practice and Politics, Adelshot, Avebury, 1-24. Roussel L. (1989), La famille incertaine, Paris, Odile Jacob. 13