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Liberation . Syrie
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Liberation . Syrie

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  • 1. AFP Le Parti de gauche fait monter la cote d’Eva Joly Draguée par le mouvement de Mélenchon, l’ex-candidate EE-LV à la présidentielle en profite pour s’assurer une place de choix sur les listes écologistes aux européennes de 2014. PAGE 8 Usain Bolt, le sprint en tête Le Jamaïcain a remporté, hier aux Mondiaux de Moscou et sous la pluie, un nouveau titre sur 100m, en 9”77. PP. 16­17 72002ET SI RAËL AVAIT RÉUSSI LE CLONAGE HUMAIN TOUT L’ÉTÉ, «LIBÉ» RÉINVENTE 40 ANS D’ACTUALITÉ CAHIER CENTRAL Syrie L’horreuràhuisclos Rébellionéclatée,jihadistes omniprésents,patrimoinedévasté, témoinsétrangersécartés… Al-Assadpoursuitsonmassacre. PAGES 2­5 AlamorguedeRaqqa,samedi,danslenorddelaSyrie.PHOTOALICEMARTINS.AFP •1,60 EURO. PREMIÈRE ÉDITION NO10029 LUNDI 12 AOÛT 2013 WWW.LIBERATION.FR IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,30 €, Andorre 1,60 €, Autriche 2,80 €, Belgique 1,70 €, Canada 4,50 $, Danemark 27 Kr, DOM 2,40 €, Espagne 2,30 €, Etats­Unis 5 $, Finlande 2,70 €, Grande­Bretagne 1,80 £, Grèce 2,70 €, Irlande 2,40 €, Israël 20 ILS, Italie 2,30 €, Luxembourg 1,70 €, Maroc 17 Dh, Norvège 27 Kr, Pays­Bas 2,30 €, Portugal (cont.) 2,40 €, Slovénie 2,70 €, Suède 24 Kr, Suisse 3,20 FS, TOM 420 CFP, Tunisie 2,40 DT, Zone CFA 2 000CFA.
  • 2. Ni l’armée ni les rebelles ne parviennent à prendre un avantage militaire décisif dans le conflit. Sur le plan diplomatique, la situation est gelée. Lalongueagonie dupeupledeSyrie ParALEXANDRA SCHWARTZBROD Témoin Dans une guerre civile, le personnage clé, c’est le témoin. Lui seul peut raconter l’horreur sans être soupçonné de partialité. Lui seul peut empêcher de laisser dire un jour à ceux qui auraient pu intervenir: «Nous ne savions pas.» En faisant régner la terreur, en libérant dès le début de la rébellion des jihadistes prêts à tout, en laissant proliférer des groupes criminels qui ont fait de l’enlèvement une industrie prospère, le régime de Damas est parvenu à ses fins: tarir le flot de tous ceux qui voulaient apporter de l’aide (humanitaires, diplomates) ou témoigner (journalistes), couper la Syrie du monde afin de régler le problème seul, sous le regard bienveillant d’un Poutine ragaillardi par cette occasion inespérée de peser à nouveau sur le (dés)équilibre de la planète. A force d’être vidés de tout bruit et de toute lumière, de résonner dans le vide et de tomber dans l’oubli à peine prononcés, les mots, sur ce conflit, ne veulent plus rien dire. «En Syrie, il se commet un crime contre l’humanité et les puissances occidentales y ont une grande part de responsabilité [car] la non- assistance à un peuple en danger est un crime», nous disait en avril le chercheur Gilbert Achcar. Quel chef d’Etat, de l’ONU ou de la Commission européenne, s’est levé depuis, pour dire qu’il n’acceptait plus l’intolérable? Personne. Le pire serait pourtant de se résigner. C’est pourquoi nous avons choisi de donner la meilleure place au témoignage accablant de Donatella Rovera. ÉDITORIAL A Rakka, dans l’est du pays, samedi. La seule grosse ville entièrement contrôlée par les rebelles a été bombardée par les avions de l’armée loyaliste. PHOTO NOUR FOURAT. 100000C’est, au minimum selon l’ONU, le nombre de personnes tuées en Syrie depuis le début de la révolte contre le régime, en mars 2011, avec une contestation pacifique qui s’est vite transformée en guerre civile. LA VILLE DE RAKAA BOMBARDÉE Au moins 13 civils, dont sept enfants, ont péri samedi dans un raid aérien sur la ville de Rakka, seule capitale provinciale aux mains des rebelles, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Libérée en mars, la ville est dominée par l’Etat islamique en Irak et au Levant, affilié à Al­Qaeda. Un jésuite italien critique du régime, le père Paolo Dall’Oglio, y est porté disparu depuis début août. REPÈRES «Sergueï Lavrov et moi ne sommes pas toujours d’accord sur la Syrie, mais nos deux pays sont d’accord pour une solution politique négociée via Genève 2.» JohnKerrysecrétaired’Etataméricain,après avoirrencontrésonhomologuerusse,vendredi LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 20132 • EVENEMENT
  • 3. ParHALAKODMANI L’ESSENTIEL LE CONTEXTE La situation ne cesse de se dégrader en Syrie, tant au plan humanitaire que sécuritaire, affirme Donatella Rovera, d’Amnesty International. Et jusqu’au patrimoine architectural, peu à peu emporté par la guerre. L’ENJEU L’objectif du régime est en passe d’être atteint: empêcher l’entrée de tout témoin étranger et couper la Syrie du monde pour mieux maintenir son emprise. Pour Donatella Rovera, d’Amnesty International, la situation sur le terrain empire mois après mois: «Peu de zones sont hors de portée des canons» P arfaite arabophone, Donatella Rovera, d’Amnesty International, vient de pas- ser un mois en Syrie dans les zones te- nues par la rébellion. Quelle est la situation sur place? J’ai été très frappée de la dégradation très ra- pide des choses par rapport à mon précédent voyage, il y a trois mois. C’est vrai sur le plan humanitaire et encore plus en matière sécu- ritaire. Les enlèvements sont quotidiens, même si l’on n’en entend pas parler à l’exté- rieur, sauf quand il s’agit d’étran- gers. Ils sont aussi bien le fait de groupes criminels qui font sem- blant d’être politiques que de groupes politiques se finançant par des activités criminelles. Des groupes de miliciens liés au régime pénètrent aussi en zone rebelle pour de telles opérations. On sent, en outre, une présence de plus en plus forte des grou- pes islamistes radicaux et les affrontements entre eux et d’autres formations de l’opposi- tion, notamment les Kurdes, deviennent tou- jours plus fréquents. A cela s’ajoutent des bombardements quotidiens des forces du ré- gime. L’aviation et les hélicoptères opèrent moins souvent, mais les tirs d’artillerie s’in- tensifient. Il y a très peu de zones hors de portée des canons et des missiles Grad. Que se passe-t-il à Alep? La situation alimentaire et sanitaire y est très difficile. Il n’y a pas d’eau et très peu d’élec- tricité. L’essence qui permet de faire tourner les générateurs est de plus en plus chère et j’ai vu son prix augmenter de 50% en dix jours. La ville est toujours divisée en deux. Même s’il est im- possible d’avoir une estimation précise, il y a environ 800000 ou un million de person- nes côté rebelle, et un peu plus du côté gou- vernemental, qui ne subissent pas des bom- bardements. Mais cette zone est désormais totalement encerclée et ceux qui y vivent ne peuvent plus se ravitailler que chez les rebel- les, ce qui entraîne une envolée des prix car il y a encore maintenant beaucoup plus d’ar- gent côté gouvernemental. Pour limiter la spéculation, les autorités rebelles ont fixé des quotas pour les produits de première néces- sité et elles interdisent de faire passer les mé- dicaments et le lait en zone gouvernemen- tale, mais les moyens de contournements sont nombreux. C’est en fait dans les territoi- res contrôlés par l’opposition que la situation humanitaire est de loin la plus mauvaise. Beaucoup de gens venus d’ailleurs se sont ré- fugiés là. Ils sont totalement démunis. Il y a un immense désespoir de la population et les trafics d’une économie de guerre prospèrent. Des structures politiques et administratives ont-elles été mises en place par l’opposition? Les conseils municipaux ou les conseils de quartier sont de plus en plus nombreux mais, souvent, ils ne représentent qu’eux-mêmes. Ces structures fonctionnent en parallèle de celles mises sur pied par les divers groupes combattants, qui ont cha- cun leur fief. C’est particulière- ment évident pour les groupes is- lamistes radicaux, le Front al-Nusra ou l’Etat islamique en Irak et ou Levant (EIIL), qui, au début, étaient discrets mais, dé- sormais, sont de plus en plus visibles. Il y a ainsi deux tribunaux, une cour unifiée et une cour islamique. La seconde a beaucoup plus de pouvoir car elle dispose d’un véritable bras armé et a les moyens de mettre en application ses décisions alors que l’autre ne le peut pas. Qu’avez-vous vu à Deir el-Zor, dans l’est? Cette ville isolée, en plein désert, où il est très difficile d’arriver et encore plus d’y entrer car la partie tenue par les rebelles, où ne vi- vent plus qu’une dizaine de milliers d’habi- tants, est encerclée, avec un seul accès tou- jours sous le feu des snipers. Mais toutes les zones rurales autour sont contrôlées par la rébellion. Dans la ville voisine de Hatlah, il y a eu, mi-juillet, des affrontements avec la population chiite. 40000 personnes ont fui en zone gouvernementale. Le Front Al-Nusra a fait sauter leurs mosquées et maisons pour bien signifier qu’il n’y aura pas de retour. Vous avez enquêté sur les crimes commis. Où en est-on? Les forces du régime continuent leurs bom- bardements indiscriminés sur les populations civiles. Il est important, dans chaque cas, de voir s’il y avait des objectifs militaires qui pouvaient justifier de telles frappes, mais dans un tel chaos, il n’est pas simple de me- ner des investigations. Jusqu’ici, nous n’avons pas non plus réussi à trouver des preuves formelles de l’emploi d’armes chi- miques. Les forces gouvernementales conti- nuent par ailleurs de pratiquer des exécu- tions sommaires, aussi bien de civils –y compris des familles entières– que de com- battants rebelles. Les forces de l’opposition pratiquent elles aussi de telles exécutions, mais à l’encontre d’ officiers, soldats ou mili- ciens capturés, sans s’en prendre aux civils. Mais certains groupes, notamment les jiha- distes, se montrent de pire en pire. Recueilli par MARC SEMO AP A vec 4400 morts, le mois de ramadan qui s’est achevé jeudi aura été l’un des plus sanglants depuis le début du conflit en Syrie, au printemps 2011. La tuerie banalisée se déroule dans le huis- clos toujours souhaité par le régime de Damas, bien aidé par les groupes jiha- distes.Acoupd’enlèvementsdejourna- listes et de menaces contre les tra- vailleurs humanitaires, ceux-ci ont réussi à éloigner les témoins étrangers, en particulier dans le nord. Tout au long du mois, le régime et l’op- position ont marqué tour à tour des points ou encaissé des coups, remporté des victoires ou subit des revers sur le terrain. Tous provisoires, dans cette guerre d’usure asymétrique installée dans la durée. L’épisode final aura été l’attaque au mortier du convoi de Ba- char al-Assad, en plein Damas, alors qu’il se rendait à la mosquée pour la prière de l’Aïd. L’opération, démentie jeudi par le gouvernement, a provoqué la panique dans la capitale, où les habi- tants ont fêté la fin du mois sacré au son du canon et des armes automatiques. Dernier pied de nez de l’opposition: le chef de la Coalition nationale a pu faire tranquillement sa prière dans une mos- quée de Deraa, après avoir franchi clan- destinement la frontière jordanienne. EMBUSCADE. Bachar al-Assad avait pourtant des accents triomphants, fin juillet, en félicitant ses troupes qui ve- naient de reprendre la plus grande par- tie de Homs, près de la frontière liba- naise. Trois jours après, les brigades rebelles du nord exultaient après la conquête de la base aérienne de Min- nigh, près d’Alep: l’aboutissement d’une bataille menée depuis huit mois contre l’aéroport, d’où partaient les avions qui pilonnaient toute la région. Le lendemain, l’opposition était acca- blée quand plus de soixante de ses com- battants sont tombés dans une embus- cade tendue par l’armée régulière dans les environs de Damas. Ces derniers jours, l’offensive lancée par les rebelles contre le bastion alaouite de la région côtière de Lattaquié, appro- chant Qardaha, village natal des Al-As- sad, marque une escalade aussi provo- cante que dangereuse. L’opération ne fait pas l’unanimité, même parmi les opposants, qui craignent des massacres de villageois alaouites par les extrémis- tes sunnites. «Son objectif est au con- traire de briser le plan de partition du pays par l’établissement d’un Etat alaouite, se- lon Abou Ibrahim, nom de guerre d’un chef de brigade rebelle LIBAN JORDANIE IRAK TURQUIE SYRIE Deraa Palmyre Deir el-Zor Hama RakkaIdlib La aquié Qardaha Homs Ras al-Aïn Al-Qoussayr Damas 50 km Alep loyaliste zones disputées kurde rebelle Territoire sous contrôle «Nous mettrons en œuvre toutes ses capacités pour défendre les Kurdes innocents menacés de mort et de terrorisme en Syrie.» MassoudBarzaniprésidentdela régionautonomekurdeirakienne Des raids aériens sur la ville de Salma, dans la province de Lattaquié, bastion alaouite, ont tué au moins 20 personnes hier alors que l’armée syrienne a lancé depuis trois jours une vaste contre­ offensive pour reprendre le contrôle de villages alaouites conquis ces derniers jours par les rebelles. LES ARMES RUSSES La Russie a fabriqué une partie des missiles sol­air S­300 destinés à la Syrie, mais la livraison a été reportée à 2014 malgré un acompte versé par Damas. Le 4 juin, Poutine affirmait que Moscou n’avait pas «pour l’instant» livré de S­300 pour ne pas «rompre l’équilibre des forces». Suite page 4 INTERVIEW L’offensive rebelle contre le bastion alaouite de la région côtière de Lattaquié marque une escalade aussi provocante que dangereuse. REUTERS LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 • 3
  • 4. L’Unesco a placé la totalité des monuments classés sur la liste des sites en péril et assiste, impuissante, à leur dévastation. Le patrimoine syrien rongé par les bombes et les pillages L e mausolée de Khaled ben al-Walid n’est qu’une victime de plus du conflit syrien. Le 22 juillet, des tirs d’obus ont totalement détruit ce haut lieu de pèlerinage sunnite, situé au plein cœur de Homs. Construit au IXe siècle par les seljoukides, le monument honorait un compagnon et le principal chef militaire de Mahomet. Vraisemblable- ment bombardé par l’armée syrienne, le mausolée vient s’ajouter à la longue liste des chefs-d’œuvre architectu- raux emportés par la guerre. locale, joint par Skype. Il ne s’agit pas, pour nous, de conquérir la zone, mais de perturber le dé- ploiement de l’armée pour qu’elle dégar- nisse ses positions dans le nord.» La division de facto du territoire syrien entre une région centrale et côtière sous le contrôle du régime, tandis que le nord, l’est et une partie du sud du pays sont dominés par les rebelles, est loin d’être figée. Les lignes de front sont mouvantes et chacun des deux camps garde l’ambition de contrôler l’ensem- ble du pays, tout comme leurs alliés in- ternationaux et, surtout, régionaux. PORTEFEUILLE. Car dans ce conflit où se joue bien plus que l’avenir d’un sys- tème politique en Syrie, les grandes puissances occidentales ont sous-traité le dossier aux acteurs régionaux. Or l’Iran poursuit une stratégie de domina- tion de tout le «croissant chiite» –entre Téhéran et Beyrouth–, auquel s’oppo- sent les pays sunnites, Turquie, Qatar et Arabie Saoudite en tête. Cette dernière a repris l’initiative depuis plusieurs se- maines. D’abord en prenant le contrôle, à la place du Qatar, sur la Coalition na- tionale des forces de l’opposition sy- rienne, élargie pour affaiblir la prépon- dérance des Frères musulmans en son sein et désormais présidée par Ahmad Assi Jarba, membre de la grande tribu des Chammar aux ramifications saou- dienne et syrienne. Riyad s’est lancé également dans un soutien militaire substantiel au commandement central de l’Armée syrienne libre, avec l’aval de Washingtonetpoursuitsadiplomatiedu portefeuille jusqu’en Russie. Le chef des renseignements saoudiens, Bandar ben Sultan, s’est rendu chez Vladimir Pou- tine à Moscou pour l’inviter à lâcher Al- Assad en échange de contrats d’arme- ment de 15 milliards de dollars et de ga- ranties pour le marché du gaz russe en d’un plus grand rôle dans la région. Of- fre rejetée par Moscou, d’autant moins prêt à abattre sa carte Al-Assad, qu’il croit sa victoire possible. Diplomatiquement, les dernières ten- sions entre Russes et Américains avec l’affaire Snowden (Libération de ce week-end) vont aussi peser sur le dos- sier syrien déjà bien négligé. L’annonce par les ministres des Affaires étrangères des deux pays, vendredi à Washington, de leur accord pour réunir une confé- rence dite de «Genève 2», apparaît comme un simple rappel qu’une solu- tion politique n’est pas exclue. Encore faut-il amener les belligérants syriens à la table des négociations. Or Al-Assad affiche sa détermination d’en finir par les armes avec les «terroristes», tandis que l’opposition, qui exige son départ comme préalable à toute discussion, n’a jamais su convaincre qu’elle pouvait of- frir une alternative. Ses divisions et l’in- compétence de ses principaux repré- sentants ont servi de prétexte légitime à ses alliés occidentaux, tout aussi divi- sés et hésitants, pour mesurer leur sou- tien, notamment militaire. «Les positions du régime comme de l’op- position rendent toute solution militaire ou politique illusoire», conclut le rapport de l’International Crisis Group, publié fin juin, et pointant les «métastases du con- flit». «Les alliés de chacune des parties donnent assez pour les faire tenir, mais pas assez pour s’imposer, faisant durer la guerre par procuration aux dépens des Syriens.» • Images satellitaires du quartier Ard al­Hamra, dans le nord d’Alep, avant et deux jours après une double frappe de missiles de l’armée syrienne, dans la A Alep, la mosquée de Khaled ben al­Walid, endommagée par des bombardements aériens. PHOTOS LENS YOUNG HOMSI. AP;ANADOLU AGENCY. AFP La mosquée des Omeyyades d’Alep, photographiée le 16 avril et le 20 juin 2013. Le 24 avril, le minaret s’est effondré. PHOTOS DIMITAR DILKOFF. AFP Suite de la page 3 LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 20134 • EVENEMENT
  • 5. sur place. A ce désastre cul- turel, il faut ajouter le fléau des pillages et du trafic d’ob- jets, qui se sont intensifiés ces derniers mois. «On sait que des objets provenant de si- tes syriens ont été saisis au Li- ban et d’autres circulent sur In- ternet, explique Karim Hen- dili. On a l’exemple récent de l’Irak, où des pièces qui avaient disparu n’ont jamais été retrouvées. Nous mobili- sons le marché de l’art afin qu’il ne se rende pas complice, même de manière involontaire, de ce trafic.» La sauvegarde des sites, tou- jours inaccessibles à cause des combats, est l’autre dif- ficulté à laquelle est confron- tée l’organisation. Un fonds d’urgence a bien été créé, mais il ne sera utilisable qu’une fois «le conflit ter- miné», ou quand l’Unesco aura «une fenêtre pour inter- venir». Incendie. Il y a pourtant urgence. En septembre, le vieux souk d’Alep, inscrit au Patrimoine mondial de l’hu- manité, a été détruit dans un incendie. En avril, dans la même ville, c’est le minaret de la mosquée des Omey- yades, joyau historique du nord de la Syrie, qui n’a pas résisté aux combats. L’Unesco peine même à se tenir informée de l’état des sites protégés. «Nous sommes en contact sur place avec la Direction générale des antiqui- tés et des musées de Syrie, dé- taille Karim Hendili. C’est très compliqué de mesurer l’ampleur des destructions et on s’est rendu compte, au Mali notamment, que nous avions sous-estimé les dégâts. Ce pourrait être la même chose ici.» Avec six sites classés au Patrimoine mondial de l’Unesco –les vieilles villes de Damas et Alep, la cité ro- maine de Bosra (sud), le site antique de Palmyre, les châ- teaux du Krak des chevaliers et de la forteresse de Saladin, et une quarantaine de villa- ges antiques du nord-ouest du pays–, la Syrie fait figure de perle historique au Moyen-Orient. «Il y avait une centaine de missions ar- chéologiques sur place avant la guerre», explique Karim Hendili. Mi-juillet, le Krak des chevaliers, un des bijoux historiques syriens, cons- truit pendant les croisades entre le XIe et le XIIIe siècle, a lui aussi été endommagé. Depuis le début du mois en effet, l’armée a intensifié sa puissance de feu pour re- prendre plusieurs positions rebelles, une stratégie qui s’avère catastrophique pour l’Unesco, qui voudrait met- tre en place des cordons de sécurité autour des princi- paux sites afin de prévenir des pillages. En février, des reliques appartenant selon la tradition au prophète Maho- met (trois cheveux et un fragment de dent) ont été dérobées dans la grande mosquée d’Alep. Inventaires.«On veut inciter les pays frontaliers à renforcer la sécurité aux frontières en prenant des mesures fortes pour empêcher ces objets de quitter le pays», poursuit Ka- rim Hendili, qui ajoute que l’Unesco travaille main dans la main avec Interpol et l’Or- ganisation mondiale des douanes. La mission s’avère plus que complexe puisque dans la majorité des cas, les inventaires imposés par la convention de l’Unesco de 1970 manquent de préci- sion. Impossible de fait de déterminer les pertes exactes dans beaucoup de cas. «Nous faisons face à un réseau de trafic d’objets culturels très organisé, n’hésitant pas à pro- fiter de la détresse des habi- tants qui se rendent parfois complices du trafic pour des raisons de survie», rajoute Karim Hendili. La communauté internatio- nale ne semble pas plus dé- terminée à agir sur ce point que sur le reste, dans ce con- flit qui a déjà fait plus de 100000 morts. «Notre mis- sion est de mobiliser au maxi- mum, conclut Karim Hendili. Le patrimoine est une partie essentielle de l’identité des ci- toyens. On a vu en Irak que la destruction ou le pillage des si- tes affectait énormément les populations. Les gens sur place ont besoin de se sentir soutenus.» THOMAS LIABOT «Détruire l’héritage du passé […] ne fait qu’accentuer la spirale de la haine et du déses- poir», lançait mi-juillet Irina Bokova, la directrice géné- rale de l’Unesco, qui tente de mobiliser la communauté internationale. Le 20 juin, l’organisation a ainsi placé la totalité du Patrimoine mon- dial syrien sur la liste des si- tes en péril, «comme une re- connaissance de la menace à laquelle ils font face», com- mente Karim Hendili, spé- cialiste du monde arabe au sein de l’Unesco. En un peu plus de deux ans de combats, les dommages causés aux sites historiques du pays sont considérables. La Syrie est pourtant signa- taire de la convention de La Haye de 1954 pour la pro- tection des biens culturels en cas de conflit armé. Un argu- ment qui semble bien mince face aux enjeux politiques Le Krak des chevaliers (province de Homs), inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, a été touché lors d’un raid aérien selon l’opposition. PHOTOS ABD RABBO. SIPA; AFP Le souk de la vieille ville d’Alep, au cœur des combats rapprochés entre rebelles et loyalistes depuis le début du conflit. PHOTOS HEMIS. AFP; ABD RABBO AMMAR. ABACA «On sait que des objets provenant de sites syriens ont été saisis au Liban et d’autres circulent sur Internet.» KarimHendilidel’Unesco soirée du 22 février 2013, ayant fait au moins 117 morts selon Amnesty International. PHOTOS 2013 DIGITAL GLOBE; ATRIUM LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 EVENEMENT • 5
  • 6. Transparence:lapromesse incomplètedeBarackObama Le Président veut rassurer les Américains, échaudés par l’affaire Snowden, mais reste silencieux à propos de l’espionnage des Etats-Unis à l’étranger. L’ Union européenne est no- tée «3» sur la liste des «priorités»del’espionnage américain, révèle aujourd’hui le magazine allemand Der Spiegel, qui a pu accéder à un nouveau document volé par l’ancien agent Edward Snowden. Sur ce dossier daté d’avril, la National Security Agency (NSA), chargée du renseignement électronique des Etats-Unis, classe sur une échelle de 1 (l’intérêt maxi- mal) à 5 (faible intérêt) ses priorités d’espionnage. La France y figure comme une priorité moyenne, au même plan que l’Allemagne ou le Japon, mais avant l’Italie ou l’Espa- gne. L’Union européenne (UE) ap- paraît aussi comme une cible, avec une priorité «3» accordée à ses «objectifs de politique étrangère», son «commerce international» ou sa «stabilité économique», mais la note de 5 seulement en matière de «nou- velles technologies», «sécurité énergétique» ou «questions alimen- taires». La révélation tombe à pic, au moment où l’UE entame les né- gociations avec Washington sur un traité de libre-échange. D’autres documents fournis par Edward Snowden fin juin avaient déjà mon- tré que la NSA écoutait les bureaux de l’Union européenne à Washing- ton, à l’ONU ou même à Bruxelles. L’«indignation» alors exprimée par plusieurs dirigeants européens, surtout alle- mands, fut discrète et embarrassée. Ce que Barack Obama n’a même pas abordé en évoquant, lors de sa conférence de presse, les réactions à l’affaire Snowden. INNOCUITÉ. Juste avant de s’auto- riser une petite semaine de vacances, le Président a énoncé quatre propositions pour rassurer les Américains de l’innocuité des programmes de surveillance qui les visent. Pas un mot n’a été dit des programmes ciblant les «alliés» européens ou les usagers non amé- ricains des compagnies comme Facebook, Google, etc., dont les données sont passées au crible de la NSA. «Les Européens devraient parler plus fort pour être entendus à Washington, observe Marc Roten- berg, président de l’Electronic Pri- vacy Information Center (Epic). Obama n’ignore pas les préoccupations des di- rigeants européens, avec qui il parle en privé, mais son souci premier, vendredi, était de répondre aux énor- mes inquiétudes du public améri- cain.» L’espionnage américain est déjà bien contrôlé et il «évite les abus», a assuré vendredi Barack Obama, soulignant lui-même que les mesures qu’il propose ne visent qu’à rendre les Américains «plus à l’aise» avec ces programmes. «Si je dis à Michelle que j’ai lavé la vaisselle […] et qu’elle est un peu sceptique, peut-être ai-je besoin de lui montrer les assiettes, même si j’aimerais bien qu’elle me croie», a expliqué le Pré- sident. Une métaphore particuliè- rement triviale, qui lui a aussitôt valu les railleries de la presse. Le président américain a proposé de «réformer» la section 215 du Patriot Act, qui permet de collecter les re- levés téléphoniques de pratique- ment tous les citoyens américains. Sans remettre ce droit en question, il a invité le Congrès à «travailler» avec lui pour mettre en place «une plus grande surveillance, une plus grande transparence, et des limites à l’usage de cette autorité». Obama a aussi proposé d’ajouter un repré- sentant indépendant à la Fisc, la cour secrète chargée d’autoriser les écoutes qui, jusqu’à présent, n’en- tend que les arguments du gouver- nement. Il a promis la nomination à la NSA d’un officier chargé du respect de la vie privée, la création d’un site web où les services de renseignement publieront des do- cuments jusqu’alors classés secrets, et aussi la nomination d’un groupe «d’experts extérieurs» chargés de proposer d’autres réformes. CADRE. Toutes ces mesures vont dans le bon sens mais restent très insuffisantes, selon les défenseurs des libertés. «Ces propositions ne sont pas sans importance, mais elles ne vont pas assez loin, résume Marc Rotenberg. Ce qu’il faut, c’est mettre fin au programme actuel de collecte des relevés téléphoniques des Améri- cains, qui est illégal.» Pour ce qui est de l’espionnage à l’étranger, et ce- lui des Européens en particulier, des changements sont aussi pos- sibles, même si le problème est là plus diplomatique que juridique, explique cet expert: «Actuellement, le droit américain ne reconnaît pas le droit à la vie privée des citoyens non- américains.» «Espionner des non- Américains à l’étranger soulève des questions diplomatiques et politiques compliquées mais moins de problèmes au regard de la loi américaine, puis- qu’[ils] ne sont pas protégés par le quatrième amendement [de la Cons- titution américaine, qui permet de se prémunir contre des perquisi- tions et saisies non motivées, ndlr]», observe Stephen Vladeck, professeur à l’American University. Sur ce point aussi, la réflexion a pourtant commencé, rapporte Marc Rotenberg, invité la semaine dernière à la Maison Blanche à une réunion où le besoin de protéger les données privées au niveau interna- tional a été évoqué. «Il faudrait un cadre international faisant du respect de la vie privée un droit de l’homme fondamental, comme la commissaire Viviane Reding a commencé à le de- mander, côté européen», plaide le président d’Epic à Washington. Voilà qui pourrait aussi fournir un très bon sujet de campagne à l’UE: une occasion enfin positive de montrer que les Européens peuvent tenir tête aux Etats-Unis et sortir d’un scandale en obtenant de nou- velles avancées du droit.• ParLORRAINEMILLOT CorrespondanteàWashington «Les Européens devraient parler plus fort pour être entendus à Washington.» MarcRotenbergexpertendroitdelavieprivée RÉCIT Obama à la Maison Blanche, vendredi. Le chef de l’Etat s’est engagé à réformer le programme de surveillance de la NSA. PHOTO PABLO MARTINEZ. AP LE CAS SNOWDEN Le père d’Edward Snowden a annoncé hier avoir un visa pour visiter «très prochainement» son fils. «En tant que père, j’aimerais qu’il revienne à la maison à la condition qu’il ait droit, en tant qu’Américain, à l’application juste de la justice», a­t­il déclaré. REPÈRES «Nous avons déjà déclassifié un nombre d’informations à propos de la NSA sans précédent. Mais nous pouvons aller plus loin.» BarackObamavendredi «Des réformes se dessinent, pour cela, le Président et le peuple américains ainsi que le monde sont redevables à Edward Snowden.» JulianAssangefondateur deWikiLeaks,samedi LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 20136 • MONDE
  • 7. Les Maliens se sont rendus aux urnes dans le calme, hier, pour élire leur nouveau président. Ils devaient choi- sir entre Ibrahim Boubacar Keïta, donné largement favori avec 39,7% des voix au premier tour, et Soumaïla Cissé (19,7%), pour sortir leur pays de dix-huit mois de chaos. Les deux can- didats, vétérans de la vie politique malienne, ont appelé au «calme et à la sérénité» après avoir voté à Bamako, où le scrutin a été perturbé dans la matinée par de fortes pluies. Dans les grandes villes et régions administrati- ves du nord du pays (Gao, Tombouc- tou et Kidal), le vote s’est apparem- ment déroulé sans incident. Deux semaines après un premier tour réussi le 28 juillet, le second tour de la présidentielle doit rétablir l’ordre constitutionnel interrompu par un coup d’Etat militaire le 22 mars 2012, précipitant la prise du nord du pays par des groupes islamistes armés liés à Al-Qaeda. Le scrutin est surveillé par plusieurs centaines d’observa- teurs nationaux et internationaux et sa sécurité assurée par l’armée ma- lienne, les Casques bleus de la Mi- nusma et les forces françaises. C BONNE NOUVELLE LES CITOYENS DOIVENT DÉPARTAGER «IBK» ET CISSÉ Présidentielle:leMalivotedanslecalme Sur le lieu d’un attentat à Kerbala (au sud de Bagdad), hier. PHOTO M. MUSHTAQ. REUTERS D e nouveaux attentats ont fait plus de 60 morts et des cen- taines de blessés samedi en Irak, visant notamment des cafés et des marchés à Bag- dad, alors que la population fêtait la fin du ramadan, le plus meurtrier depuis cinq ans. Les violences quoti- diennes se sont intensifiées et font craindre une nouvelle guerre civile, alors que des centaines de prisonniers, dont des hauts responsables d’Al-Qaeda, se sont évadés en juillet grâce à un coup de main du réseau. En tout, 16 voitures piégées et des at- taques ont tué 61 personnes et blessé près de 300 autres à travers le pays samedi. A Bagdad, des attentats coordonnés à la voiture pié- gée ont fait 37 morts dans huit quartiers, selon des sources policières et médica- les. Les Etats-Unis ont quali- fié d’«ennemis de l’islam» les auteurs de ces attaques «lâ- ches […] dirigées contre des familles qui célébraient l’Aïd- el-Fitr» marquant la fin du ramadan. Le département d’Etat américain a rappelé qu’une prime de 10 millions de dollars (près de 7,5 mil- lions d’euros)était offerte pour «toute information qui aiderait les autorités à tuer ou capturer Abou Bakr al-Ba- ghdadi», le chef d’Al-Qaeda en Irak. Selon les Nations unies, plus de 1000 person- nes sont mortes en juillet, le bilan mensuel le plus élevé dans le pays depuis cinq ans. Le gouvernement attribue cette augmentation des attaques au conflit qui fait rage en Syrie voisine, et ac- cuse régulièrement des pays étrangers d’encourager ces violences. Mais la crise poli- tique qui oppose notamment la majorité chiite aux sun- nites, qui tenaient le haut du pavé sous Saddam Hussein, a également servi les intérêts des extrémistes. Les sunni- tes, qui accusent les autorités de chercher à les marginali- ser politiquement, orga- nisent des manifestations depuis la fin décembre, dé- nonçant notamment des ar- restations arbitraires. Les at- tentats à grande échelle ont repris à partir d’avril, après que les autorités ont abattu des dizaines de manifestants sunnites à Hawija. Par ailleurs, le gouverne- ment se montre incapable de fournir des services de base, en particulier un approvi- sionnement stable en élec- tricité, et très peu de lois ont été adoptées depuis les légis- latives de 2010. Le Premier ministre Nouri al-Maliki (chiite) est souvent accusé de chercher à monopoliser tous les pouvoirs, et blâme pour sa part ses opposants d’être à la solde de l’étranger. S.Etr. EnIrak,l’ombred’une nouvelleguerrecivile TERRORISME Des attaques ont fait des dizaines de morts samedi, concluant un ramadan meurtrier. ParSTÉPHANIEDESILGUYIntérim LesBritanniques montrentlescrocscontre leschiensméchants D e la prison à vie pour les propriétaires de chiens «dangereux et hors de contrôle»? Dans une consultation publique lancée cet été par le gouvernement britannique, les citoyens sont appelés à donner leur avis sur la répression envers les molosses. Instauré en 1991, le Dangerous Dog Act réprime les attaques de chiens dans les lieux publics de deux ans de prison et de 5 000 livres (environ 5800 euros) d’amende. Une peine rarement appliquée dans sa totalité. Rien n’est, en outre, prévu pour les agressions dans les jardins privés comme celle survenue en mars près de Manchester. Une adolescente avait été tuée par des Bullmastiffs chez une amie. Les proprié- taires n’ont jamais été pour- suivis. Depuis 2005, 16 per- sonnes sont mortes agressées par un chien. Avec 210000 attaques recen- sées chaque année et 6000 hospitalisations pour morsure, le gouvernement a décidé de sévir. Parmi les questions de l’enquête : «Combien d’années de prison faut-il instaurer pour le pro- priétaire d’un chien qui a blessé une personne ou qui a tué un chien guide d’aveu- gle ?» L’internaute peut choisir entre des peines de trois, cinq, sept ou dix ans. Dans l’hypothèse où la vic- time décède, la détention varie de sept ou quatorze ans à la prison à vie… Des propo- sitions qui semblent con- vaincre les employés qui sont quotidiennement en contact avec ces bêtes hargneuses. Postiers, électriciens doivent souvent ruser pour éviter at- taques, morsures, pouvant entraîner la perte d’une main ou d’un bras. Selon le syndi- cat des télécommunications, 23000 postiers ont été atta- qués par des chiens ces cinq dernières années. «Les pro- priétaires ont au mieux été condamnés à de la prison avec sursis. Les autres, à payer des peines d’amende de 100 li- vres», se lamente Dave Joyce, l’un de ses représentants. Autre phénomène, les pitbulls s’attaquent aussi aux chiens guides d’aveugle. Le rapport publié en juin par l’association Guide Dogs ré- vèle qu’il y a plus de dix agressions par jour. Son pré- sident lance un cri d’alarme: «Il faut que le gouvernement comprenne les répercussions que cela entraîne sur les mal- voyants. Un chien guide d’aveugle représente deux ans de travail et un investissement deplusde50000euros.»Pour la RSPCA, l’association bri- tannique de protection ani- male, le gouvernement de- vrait aller encore plus loin. «Acheter un chien n’est pas seulement un droit. Il faut res- ponsabiliser les propriétaires en les obligeant à suivre des cours pour éduquer leur animal et donner le pouvoir aux forces de police de les contrôler. Il faut avant tout prévenir les atta- ques», insiste David Bowles, son porte-parole. Les inter- nautes britanniques ont jus- qu’au 1er septembre pour ré- pondre au questionnaire.• VU DE LONDRES L’ancienne caserne mili­ taire de Targoviste, dans laquelle Nicolae Ceau­ sescu, l’ancien dictateur roumain, et sa femme, Elena, ont été exécutés en décembre 1989, sera ouverte au public dès sep­ tembre. «Les visiteurs pour­ ront voir le mur où ont été fusillés les époux Ceau­ sescu», a indiqué le direc­ teur du complexe muséal de Targoviste, Ovidiu Cars­ tina, affirmant que «l’inté­ rieur du bâtiment a été repeint dans les mêmes couleurs que celles de 1989 et le mobilier sera égale­ ment identique». Le musée est en train d’aménager la pièce où a été improvisé le procès, mais aussi la cham­ bre où les Ceausescu ont passé leur dernière nuit. L’ouverture au public de cette ancienne caserne a été décidée à la suite de demandes de groupes de touristes étrangers. Après avoir fui Bucarest le 22 décembre 1989, les époux Ceausescu ont été arrêtés par l’armée (passée du côté des protestataires) à près de 100 km de la capitale, et conduits dans une caserne militaire où ils furent fusillés trois jours plus tard, après un procès sommaire, et tout cela sous l’œil des caméras. LA MORT DES CEAUSESCU, COMME SI VOUS Y ÉTIEZ L’HISTOIRE «On combat mieux les préjugés en participant, plutôt qu’en boycottant les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi.» DavidCameron Premierministre britannique,quiaffirmait, surTwittersamedimatin, soninquiétudesurles violationsdesdroits deshomosexuelsenRussie, 1187C’est le nombre de nouveaux logements (793 à Jérusa­ lem­Est et 394 en Cisjordanie) pour lesquels le gouver­ nement israélien lance un appel d’offres. Les Palestiniens dénoncent cette mesure alors que les négociations de paix sont censées reprendre mercredi. SOUDAN Des combats oppo- saient toujours deux tribus arabes hier au Darfour, au lendemain d’affrontements ayant fait au moins 100 morts dans cette région, où les ri- valités tribales alimentent un regain de tensions après dix ans de violences. ÉGYPTE Les partisans du président islamiste destitué Mohamed Morsi ont appelé hier à de nouvelles manifes- tations alors qu’expire un ultimatum de fait et que les autorités s’apprêtent à dis- perser de force leurs sit-in sur deux places du Caire. LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 MONDEXPRESSO • 7
  • 8. 8 • FRANCE L’ex­candidate à la présidentielle a été invitée à la rentrée du Front de gauche, fin août. PHOTO FRANCK TOMPS EvaJolyfait del’effet àMélenchon Les proches du président du Parti de gauche tentent un rapprochement avec l’eurodéputée Europe Ecologie-les Verts. Leurs alliés communistes s’agacent. L a drague continue. Jean- Luc Mélenchon et les siens courtisent toujours Eva Joly, alors qu’elle avait marché à leurs côtés le 5 mai en fa- veur d’une VIe République. Dernière preuve d’amour: le Parti de gauche (PG) lui a en- voyé avant l’été une invitation à participer à la rentrée politique du Front de gauche, fin août à Greno- ble. La proposition est pour l’ins- tant restée sans réponse. Et l’en- tourage d’Eva Joly fait mine de ne pas être au courant… «Si Eva était invitée, elle pourrait tout à fait y al- ler», assure pourtant un de ses pro- ches. Qui fixe les conditions: «Par exemple pour parler réforme des re- traites. Mais si c’est pour faire un pas vers les européennes avec eux, Eva n’en sera pas.» RUMEUR. Alexis Corbière, lieute- nant de Mélenchon, confirme l’ini- tiative: «On aurait bien aimé qu’elle y soit, elle est la bienvenue. Mais ce serait un signe fort qu’elle n’a peut- être pas envie de donner.» D’autant plus fort qu’Europe Ecologie-les Verts (EE-LV) fera sa rentrée au même moment, à Marseille. Ses di- rigeants enrageraient de voir les caméras se braquer sur Grenoble. Quant à Joly, elle ne souhaite pas relancer les rumeurs, nées en mai, d’un départ vers le Front de gau- che. Dans la foulée de sa participa- tion – contre les consignes d’EE-LV – à la marche pour un changement de République, cer- tains l’annonçaient déjà sur une liste commune avec Mélenchon aux européennes. Avant que l’ex-ma- gistrate ne riposte: «Je suis écolo- giste, je suis une des fondatrices d’Europe Ecologie, j’y suis, j’y reste. Et je compte bien y peser.» Mais la rumeur persiste et, au siège du Parti communiste fran- çais (PCF), on reste convaincu que Mélenchon tente d’attirer l’ex-ma- gistrate sur la liste Front de gau- che (FG) en Ile-de-France. Manière de prouver son attractivité avec une belle prise. «C’est du pipeau», sou- tient-on chez Joly. «Je n’ai jamais discuté des européennes avec [son] entourage», jure de son côté Eric Coquerel, négocia- teur en chef du PG. Reste qu’au sein du Front de gauche, les communis- tes s’agacent du gringue fait par leur allié à Joly l’écologiste. Avec d’autres composantes du Front de gauche, ils ont clairement dit niet à une proposition faite avant l’été par François Delapierre (PG): que Joly et Mélenchon donnent chacun une «conférence» lors des estivales du mouvement. «En dehors des lea- ders du Front de gauche, on ne pou- vait pas avoir seulement Eva Joly, justifie Marie-Pierre Vieu (PCF). Et puis à un moment, il va falloir qu’elle énonce comment et où elle poursuit son parcours.» La camarade Joly est priée de choisir son camp. Sujet de débat au Front de gauche, la candidate écolo de la dernière présidentielle continue de ne pas faire l’unanimité à EE-LV. Parmi les dirigeants, ils seraient même nom- breux à se féliciter de la voir quitter le navire. «Comme pendant la prési- dentielle, elle continue de courir der- rière Mélenchon, alors que ce n’est pas la ligne qu’attendent nos élec- teurs», tacle Denis Baupin, vice- président (EE-LV) de l’Assemblée nationale. «Eva considère que si on gouverne avec les socialistes, ce n’est pas infamant de discuter avec le Front de gauche», rétorque son entou- rage. Depuis le 5 mai, les deux an- ciens concurrents de 2012 sont res- tés «en bons termes» et «en contact» par textos. Pas suffisant toutefois pour concrétiser l’hypo- thèse d’un transfert. L’an dernier dans Libération, Joly avait jugé Mé- lenchon «terriblement séduisant», avant de souligner que EE-LV «pro- pose davantage qu’une protestation». Au finale, ce jeu de séduction ren- force surtout le souhait de Joly de verrouiller sa place sur une liste EE-LV aux européennes. Elle a prévu d’annoncer lors des journées d’été qu’elle briguera un deuxième mandat d’eurodéputée. «Sa place est garantie», a déjà fait savoir Jean-Vincent Placé, qui ne fait pas partie de ses fans. Car, mal- gré ses 2% à la prési- dentielle, Joly bénéfi- cie toujours d’une aura certaine auprès des militants. Ses critiques chroni- ques contre le gouvernement et les socialistes restent appréciées d’une base désabusée. Or, à quelques mois d’un congrès où le numéro 1 du mouvement, Pascal Durand, et la ministre Cécile Duflot veulent rassembler le plus large possible, personne ne compte écarter une personnalité sur qui pourraient se cristalliser les mécontentements internes. «Si tu sors Eva, tu fous le boxon», convient Yannick Jadot, son camarade à Strasbourg. Même Daniel Cohn-Bendit –critique avec celle qu’il était allé chercher en 2009– y est allé de sa mise en garde: «Arrêtez vos conneries. Si Eva veut y aller, elle est dans le dis- positif.» En vue des européennes, l’entourage de Duflot aurait préféré voir Joly libérer sa deuxième place en Ile-de-France pour placer en tête de liste une Italienne franco- phone: Monica Frassoni, coprési- dente du Parti vert européen et ex- patronne du groupe écologiste à Strasbourg avec Cohn-Bendit. DÎNER. Joly tient bon. Son club po- litique lancé l’an dernier (#Engage- ment) est certes au point mort, mais elle débarquera à Marseille avec un petit livre dans son carta- ble. Titre de travail: «l’Europe, l’écologie, notre combat conti- nue». Elle doit intervenir sur les questions méditerranéennes en ouverture, le 22 août, puis répondre le lendemain à l’invitation de Julien Bayou et sa Nouvelle Ecole écolo- giste, pour faire le bilan de la parti- cipation verte au gouvernement. Son équipe prépare aussi, pour la rentrée, un dîner avec des repré- sentants de la gauche du PS. His- toire de montrer qu’elle ne discute pas qu’avec Mélenchon. Et qu’elle compte bien occuper toute sa place, à la gauche des Verts.• ParLILIANALEMAGNA «Je suis écologiste, je suis une des fondatrices d’Europe Ecologie, j’y suis, j’y reste.» EvaJolyaumoisdemai RÉCIT L’ÉTÉ À GAUCHE w EE­LV Journées d’été du 22 au 24 août à Marseille. w Parti de gauche Remue­ méninges du 22 au 24 août à Grenoble. w Front de gauche Estivales les 25 et 26 août à Grenoble. w Parti socialiste Université d’été à La Rochelle du 23 au 25 août. REPÈRES «[Mélenchon] est allié au Parti communiste [qui] est pronucléaire, proproductiviste et pro-infrastructures.» EvaJolyle12avril2012 àRue89 «Je ne vais pas attendre que ce gouvernement coure à l’échec, je veux qu’il change.» EvaJolyle9mai LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  • 9. 10 • FRANCE AParis,lesbains- douchesdeplus enpluspopulaires Gratuits depuis 2000, les thermes publics sont utilisés par plus d’un million de Parisiens: SDF, mais aussi retraités, étudiants, salariés… ParJUSTINERIGHO PhotosRENAUDBOUCHEZ O n les croyait disparus ou transformés en mythique boîte de nuit, les bains-dou- ches parisiens tournent à plein régime. Avec plus d’un million de passages, ils arrivent à saturation et sont confrontés à l’affluence de nou- veaux précaires. «Ils sont étudiants, retraités et même sa- lariés», explique un employé municipal. A l’instar de Karim. «Je connais tous les horaires des bains-douches de la ville. Dans ma sacoche, j’ai du shampooing, du gel douche, une brosse à dent, un rasoir et du dentifrice», explique ce travailleur qui se douche quatre fois par semaine dans un établissement de sa rue. MOUSSE. Créés à la fin du XIXe siècle pour faciliter l’accès à l’hygiène, les bains-douches se multiplient dans les années 30. C’est le cas de ceux de Bu- zenval (XXe), construits en 1927 dans un quartier populaire. A cette période, la ville implante des salles de bains communes pour permettre aux Pari- siens de se laver. Après-guerre, les dou- ches municipales se vident progressive- ment avec l’amélioration de l’habitat pour décliner à 300000 entrées à la fin des années 90. En mars 2000, la mairie de Paris décide d’en rendre l’accès gra- tuit, notamment pour améliorer l’hy- giène des plus démunis. Trois ans plus tard, le cap du million de douches est franchi. Et la tendance perdure. Un vendredi après-midi, Paris Ve. A quelques mètres des terrasses bondées de la place de la Contrescarpe, ils sont nombreux à converger au 50, rue Lacépède, un sac plastique à la main contenant une serviette et du savon. «Je viens aux bains-douches trois fois par se- maine», indique Henri, 48 ans, installé devant l’un des quatre lavabos, un ra- soir à la main. En arrivant, il a posé ses affaires dans la cabine numéro 13. Il l’a nettoyée à l’aide d’un jet à forte pres- sion, puis a sorti sa mousse à raser. «J’aime venir ici, c’est comme un culte, une église, cela m’aide. Et puis moi j’aime les gens!» clame d’une voix grave ce grand gaillard. Chez lui, à Vitry-sur- Seine (Val-de-Marne), il n’a pas d’eau chaude, car «cela coûte trop cher». Après s’être lavé, Danana(1), 36 ans, glane quelques renseignements. «C’est la première fois que je viens», annonce- t-il, souriant. Arrivé de Lyon pour signer un CDD de six mois, ce maître- nageur s’est retrouvé subitement sans logement. «Je devais récupérer l’appar- tement d’un ami, mais cela ne s’est pas fait. En attendant, je dors dans ma voi- ture. […] Je ne suis pas désocialisé, donc mentalement c’est facile à avaler.» Carte de l’Ile-de-France en mains, il grimpe sur son vélo pour rejoindre sa voiture, à 14 kilomètres de là. Un samedi midi, dans le XIXe arrondis- sement. «Inch’Allah! Un jour peut-être, j’aurais une douche chez moi», espère Halima, après s’être lavée dans l’une des 49 douches de la rue de Meaux. «Cela fait onze ans que je viens ici.» Construit dans les années 70, en pé- riode d’immigration, cet établissement accueille plus de 100000 visiteurs cha- que année, dont 10% à 15% de femmes. Sous le numéro de cabine, un large bout de scotch permet à l’agent d’inscrire à la craie l’heure d’entrée. «Normalement, c’est vingt minutes. Mais quand on peut, on leur laisse plus de temps», indique Marc Albéri. Agent rue de Meaux depuis six ans, il constate que la fréquentation des migrants évolue en fonction de la «proximité des conflits. Au moment du printemps arabe, il y avait plus de Tuni- siens. Et aujourd’hui, il y a davantage de Maliens». SQUAT. Un dimanche matin, dans le XXe arrondissement. Aux magnifiques bains-douches des Haies à la façade classée, un groupe de cinq Maliens finit de se préparer. Devant la glace depuis dix bonnes minutes, la tête sous le sé- choir, un peigne à la main, Oumar, 20 ans, se coiffe avec application. Autour de son poignet, un bracelet aux couleurs de l’Italie, d’où il vient d’arri- ver. Pour l’heure, il dort à Montry (Seine-et-Marne), dans un squat «sans eau et sans électricité», avec 80 personnes. «J’ai honte et ne sais pas quoi faire pour m’en sortir», s’in- quiète celui qui a quitté ses études à cause des troubles dans son pays. «Je veux apprendre le français», jure-t-il dans un italien impeccable. A la sortie, ses colocataires ne l’ont pas attendu. Il est midi. Les grilles se ferment derrière lui. «Je dois aller à Pyrénées, indique le chef d’établissement à l’un de ses agents. Ils ont cassé la vitre de la porte d’entrée, car on ne les a pas laissés se doucher.»• (1) Son prénom a été modifié à sa demande. «J’aime venir ici, c’est comme un culte, une église, cela m’aide. Et puis, moi, j’aime les gens!» Henri48ans REPORTAGE LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  • 10. FRANCE • 11 Aux bains­douches de la rue des Haies, dans le XXe arrondissement de Paris, en mai. L’établissement a été construit en 1927. Il accueille aujourd’hui aussi bien des habitués que des migrants fuyant des conflits. REPÈRES 17C’est le nombre de bains­douches que compte la ville de Paris. A la fin de l’année, la mairie devrait rouvrir un établissement rue Rocher, dans le VIIIe arrondissement. «Nous avons un ancien militaire qui continue de venir alors qu’il a une salle de bains. Il a toujours été habitué aux bains-douches et préfère voir du monde que d’être seul.» MarcAlbériagentauxbains­douchesdelarue deMeauxàParis(XIXe arrondissement) 1 km PARIS Ier IIe IIIe IVe Ve VIe VIIe VIIIe IXe Xe XIe XIIe XIIIe XIVe XVe XVIe XVIIe XVIIIe XIXe XXe Bains-douches de Paris Créées à la fin du XIXe avec le mouve­ ment hygiéniste, les douches municipales sont un service public venant s’ajouter aux fontaines publiques et aux vespasiennes. Payantes, elles se généralisent dans les années 1920­1930, sont modernisées dans les années 50, et ont tendance à fermer dans les années 80, mais sont encore un service public dans des communes comme Paris, Nantes, Rouen ou Clermont­Ferrand. LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  • 11. 12 • FRANCEXPRESSO U n militaire de 23 ans, «proche des idées de l’extrême droite ra- dicale», selon le ministère de l’Intérieur, a été déféré hier devant la section antiterroriste du parquet de Paris après quatre jours de garde à vue dans les locaux de la Direction cen- trale du renseignement intérieur (DCRI). Interpellé sur la base aérienne de Lyon-Mont Verdun le suspect «avait projeté de tirer à l’arme à feu contre une mosquée de la région lyon- naise», indique le communiqué de la Place Beauvau. Selon des sources pro- ches de l’enquête, ce jeune soldat aurait lancé, l’année dernière, un cocktail Molotov sur la porte d’une mosquée près de Bordeaux, ne faisant que peu de dégâts et pas de victime. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a félicité les agents de la DCRI pour avoir «permis de mettre [le sus- pect] préventivement à la disposition de la justice et hors d’état de nuire». Et il a réitéré «son engagement le plus résolu à lutter contre toutes les violences s’ins- pirant des idéologies les plus extrémistes […] qui ont pour seul objectif de propa- ger un climat de haine. Aucune tolérance ne sera admise.» G À CHAUD LE SUSPECT A ÉTÉ DÉFÉRÉ HIER DEVANT LES JUGES ANTITERRORISTES UnsoldatauraitcibléunemosquéeàLyon Le procureur de Marseille, Jean­Jacques Fagni, devant la presse hier. PHOTO BORIS HORVAT.AFP L’ émotion était grande hier en fin de journée dans le centre de Mar- seille, sur les lieux où un homme de 22 ans a été poi- gnardé vendredi. Une tren- taine d’habitants et d’étu- diants de la même école (Euromed) que la victime se sont recueillis dans le silence en présence de Patrick Men- nucci, le maire (PS) du sec- teur. Le matin, Jérémie, ori- ginaire des Vosges et venu en vacances chez des amis, avait succombé au coup de cou- teau qu’il avait reçu la veille en allant chercher une amie à la gare Saint-Charles. Samedi soir, un individu d’une quarantaine d’années, qui semble correspondre au suspect repéré sur les images des caméras de surveillance, a été interpellé. D’après les premiers éléments, il s’agi- rait d’un SDF, connu des services de police pour vols et violences. Et souffrant de troubles psychiatriques. Dans un communiqué, le ministre de l’Intérieur, Ma- nuel Valls, évoque un indi- vidu «manifestement et gra- vement déséquilibré, qui fera l’objet de soins psychiatriques sans consentement». L’auteur présumé de l’agres- sion, qui se trouve dans un état «très délirant», a été examiné par un expert psy- chiatre qui a ordonné son in- ternement. L’arrestation de ce marginal, qui s’est faite sans difficulté, a été rendue possible grâce aux recoupe- ments faits entre l’enquête de voisinage effectuée par les policiers et les images de vidéosurveillance. L’agression de l’étudiant a eu lieu vendredi soir, aux alen- tours de 23 heures. Grave- ment blessé à la gorge, il se rend dans un bar situé boule- vard d’Athènes et explique à la gérante avoir été agressé, avant de s’effondrer. Son téléphone portable n’ayant pas été retrouvé sur les lieux de l’agression, les enquêteurs n’ont pas écarté, dans un premier temps, l’hypothèse d’une rixe provoquée par le vol du téléphone. Selon une source proche de l’enquête, l’homme interpellé, «qui ne semble pas avoir pris cons- cience de ses actes», est «bien sûr» le suspect numéro 1, «même s’il n’a pas pu être en- tendu», en raison de son état. A Marseille, la droite s’est emparée de ce drame pour relancer la polémique sur l’insécurité dans la cité pho- céenne. Pour le maire (UMP) de Marseille, Jean-Claude Gaudin, «cet acte de violence […] démontre la nécessité ab- solue pour l’Etat d’augmenter les effectifs et la présence poli- cière dans les rues de la deuxième ville de France». Le ministre de l’Intérieur a, lui, appelé tous les responsables publics à la retenue, «afin d’éviter les surenchères et polémiques déplacées». G.Li (avec AFP) EtudianttuéàMarseille: unsuspectinterné MEURTRE L’agresseur présumé de Jérémie, 22 ans, serait un SDF déséquilibré connu de la police. L a riposte du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, à l’enquête consacrée par Libération le 9 août au Bugaled Breizh ne s’est pas fait attendre. Dans sa missive, le patron des mi- litaires affirme que «tout a été fait depuis l’ouverture de l’enquête judiciaire pour faire émerger la vérité dans cette affaire tragique». Le 15 janvier 2004, le chalu- tier finistérien sombrait avec cinq marins à son bord, pro- bablement crocheté par un sous-marin militaire partici- pant à un exercice de l’Otan. Mais, après presque dix ans d’enquête, la justice s’apprê- terait à rendre un non-lieu, ce qui fait dire aux familles des victimes que «les autori- tés ont sciemment fait entrave à la manifestation de la vérité». Sur ce point, Jean- Yves Le Drian précise «qu’à chaque demande par la justice de déclassification de docu- ments classés “secret défense” ou “confidentiel défense”, le ministre se doit de solliciter l’avis de la commission consultative du secret de la dé- fense nationale. Cette commis- sion a émis à six reprises un avis favorable à la déclassifica- tion des documents réclamés par les juges. Avis que nous avons systématiquement sui- vis», fait-il valoir. Mais cette mise au point ne convainc pas Dominique Tricaud, l’un des avocats des parties civi- les: «Il est aujourd’hui établi que l’armée française a menti en niant les manœuvres sous- marines à proximité du lieu du naufrage, en ne montrant aux familles qu’un côté de l’épave du “Bugaled Breizh” [celui où l’on ne voit pas l’implosion de la cale, ndlr], et en inven- tant la fable d’un cargo voyou reprise en chœur par les gou- vernements successifs.» A ce jour, le ministère n’a pas accédéàlademandedespar- ties civiles qui réclament la déclassification des journaux de bord de certains bâti- ments en manœuvre au mo- ment du naufrage, comme l’aviso Commandant Blaison ou la frégate Primauguet. Or, ces journaux consignent tous les mouvements observés au cours de la navigation, que ce soit en veille visuelle, radar de surface ou en surveillance sous-marine. D’où leur im- portance cruciale.• PROFANATION La façade d’une petite salle de prière musulmane de Lesparre- Médoc (Gironde) a de nou- veau été dégradée dans la nuit de vendredi par des tags de croix gammées. Elle avait déjà fait l’objet, mardi, d’un début d’incendie et d’ins- criptions similaires. ACCIDENT Un passager du car, dont l’accident a fait deux morts et une trentaine de blessés, hier dans l’Aude, a avoué avoir fait donner un brusque coup de volant au chauffeur. Pour une raison indéterminée, cet Ukrainien souhaitait qu’il s’arrête. Cinq autres personnes sont mortes sur la route, samedi près de Carcassonne. ÉCHANGES Matignon sera le théâtre mercredi d’une «conversation entre [le phi- losophe] Marcel Gauchet et le Premier ministre, en- touré de ses conseillers», ont annoncé samedi les services de Jean-Marc Ayrault. Aujourd’hui, une autre «con- versation» est prévue, avec une dizaine d’enfants. ROUGE L’automobiliste dé- cédée après une collision avec un TGV, samedi soir sur un passage à niveau en Sa- voie, s’était engagée alors que le feu de signalisation était rouge. La femme d’une trentaine d’années aurait calé sur le passage à niveau avant que les demi-barrières ne se rabattent. 53%des Français sont oppo­ sés aux restrictions à l’accès à la propriété sur l’Ile de Beauté proposées par Paul Giacobbi, prési­ dent du Conseil exécutif de Corse, d’après un sondage Ifop pour le JDD, réalisé les 8 et 9 août. «Je le dis à tout le monde: il y a un Premier ministre, la succession n’est pas ouverte.» L’adresse est venue hier dans le Journal du dimanche de François Rebsamen, le président hollandais des sénateurs socialistes. Le message vaut pour le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, et le président de l’Assemblée, Claude Bartolone –qui se retrouveront le 18 à Fran­ gy­en­Bresse (Saône­et­ Loire)–, mais aussi pour le locataire de la place Beau­ vau, Manuel Valls. Ce der­ nier «sait être au service de sa popularité», une méthode qui «lui réussit plutôt bien», juge le maire de Dijon, qui se serait bien vu premier flic de France. Sur l’exercice du pouvoir, Rebsamen a regretté qu’il y ait «par moments une ges­ tion trop technocratique», appelant l’exécutif à s’appuyer davantage sur les parlementaires. Et enjoint les ministres et le PS à faire la pédagogie de l’action engagée, soutenant que le chef de l’Etat, lui, «a fait ce devoir d’explica­ tion». PHOTO REUTERS REBSAMEN DÉFEND AYRAULT ET TACLE VALLS LES GENS«C’est une information bidon. […] Visiblement, certains n’ont pas attendu le 15 août pour terminer la trêve, certaines petites manœuvres mesquines commencent.» JulienDrayvice­présidentduconseilgénérald’Ile­de­ France,réfutantsurlesiteLelab.europe1.frqueFrançois Hollandeluiaitproposéd’êtretêtedelisteauxeuropéennes, commel’affirmaithierleJournaldudimanche ParWILLYLEDEVIN «BugaledBreizh»: justeunemiseaupoint DROIT DE SUITE LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  • 12. AprèslacatastrophedeDacca, lacasseouvrièrecontinue Depuis l’effondrement au Bangladesh de l’immeuble du Rana Plaza, l’absence de prise en charge des employés rescapés est dénoncée dans un rapport. S elon un think tank bangla- dais indépendant, 750 em- ployés du Rana Plaza n’ont toujours pas reçu d’indem- nisation, plus de cent jours après l’effondrement de cet immeuble dans la banlieue de Dacca qui a fait 1131 morts le 24 avril. «Ils n’ont plus de travail, pas d’ar- gent. Ils sont dans une situation mi- sérable», dénonce Kalpona Akhter, une activiste. Pire: le syndicat des patrons du textile, le BGMEA (1), est incapable d’identifier les em- ployés présents le jour du drame. Il parle de 2760 person- nes. En réalité, il s’agi- rait plutôt de 3900. En publiant ces données dans un rap- port du 3 août, le Centre pour un dialogue politique (CPD) a fustigé le «manque de stratégie» du gou- vernement et du patronat. La situation est grave: certains blessés ne peuvent pas payer leur traitement médical, des familles sont sans ressources car elles n’ont pas retrouvé d’emploi. Les em- ployeurs n’ont pas réglé l’intégra- lité des salaires, ni des heures sup- plémentaires (pour 60 heures de travail par semaine, payées 30 à 80 euros par mois), ni les indemni- tés de licenciement ou les assuran- ces décès (1000 euros par mort). Et tous les ouvriers ne bénéficiaient pas d’assurances… CERCLE VICIEUX. La confédération syndicale IndustriALL chiffre les besoins d’indemnisation à 54 mil- lions d’euros, bien plus que ce que le textile bangladais est prêt à payer. Syndicats et ONG tentent donc d’impliquer les marques occi- dentales qui s’approvisionnent au Bangladesh. Mais peu d’entre elles ont accepté. Une réunion est pré- vue en septembre à Genève pour les inciter à participer. En juillet, les groupes occidentaux ont passé deux accords séparés (80 européens d’un côté, plus le ja- ponais Uniqlo depuis jeudi, et 17 nord-américains de l’autre) pour améliorer la sécurité dans les usines bangladaises qui les fournissent et financer des travaux de rénova- tion. Mais l’accord américain reste non contraignant. Et comment répertorier des usines qui bourgeonnent sans aucun con- trôle? Comment les superviser avec seulement 51 inspecteurs pour 6000 entreprises (200 supplémen- taires doivent être embauchés d’ici la fin de l’année)? Comment s’as- surer que les travaux sont réalisés? Autre problème: à chaque accident, le pays annonce des mesures qui n’entrent jamais en vigueur, faute de contrôles. Comment sortir du cercle vicieux? Le CPD réclame «un plan concret, des responsabilités bien établies, un échéancier précis», ainsi que de la transparence, un code de conduite et des organes in- dépendants de contrôle. Mais rien de tel n’existe dans ce pays gangrené par la corruption. Mêmes inquiétudes pour le statut des syndicats. Sur 5000, seules quelques dizaines d’usines textiles en ont. La loi a légèrement changé mi-juillet. Jusqu’ici, le patron était prévenu quand un employé se syn- diquait: le harcèlement commen- çait alors, jusqu’au licenciement. Cette clause a été supprimée mais, selon la militante Kalpona Akhter, «ça ne signifie pas que les tra- vailleurs vont rejoindre les syndicats. Dès qu’ils commencent à s’organiser, les patrons les en empêchent. Il fau- drait une protection des délégués.» Le problème est plus profond, déplore le président du CPD, Re- hman Sobhan: «Pour que nous soyons com- pétitifs, il faut que les employés n’aient aucun droit, qu’on puisse les licencier sans problème. C’est la flexibilité qui nous permet d’être compétitifs.» Le Rana Plaza a tragiquement illustré les conséquences d’un manque de syndicats. «Au matin de la tragédie, déclare Sobhan, la pression a été mise sur les travailleurs qui refusaient d’entrer [l’immeuble présentait des fissures, ndlr]: “Si vous n’y allez pas, vous perdrez votre job.” “Quel choix avais-je? ont dit les employés. Si je n’entre pas, qui va nourrir mes enfants, qui va payer leurs études?” Si ces ouvriers avaient fait partie d’un syndicat, aucun employeur n’aurait pu les obliger à risquer leurs vies.» «SERMONS». Kalpona Akhter note néanmoins que «l’on voit main- tenant certains employés refuser d’entrer dans leur usine tant que la sécurité n’est pas améliorée». Un petit progrès… Mais pour Sobhan, la tragédie per- pétuelle du Bangladesh tient à cette «relation inégale de travail» entre employeurs et ouvriers: «C’est un problème systémique. Il n’y a pas de gouvernance dans ce pays capable de réguler la situation. La seule régula- tion, c’est le marché.» Et l’enjeu n’est pas circonscrit au Bangla- desh, ajoute Sobhan. «On va avoir des sermons de nos partenaires : “Vous devez faire ceci et cela.” Mais comme la concurrence va se poursui- vre, Wal-Mart et les autres cherche- ront toujours les fournisseurs les moins chers car les clients occiden- taux regardent surtout le prix.» Le tee-shirt acheté 5 dollars au Bangladesh «sera toujours vendu 25 à New York». Il faut donc, selon lui, «exiger des grandes marques qu’elles rendent des comptes sur les richesses que créent nos productions». Ce n’est pas gagné.• (1) Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association. ParMICHELHENRY «Il n’y a pas de gouvernance capable de réguler la situation. La seule régulation, c’est le marché.» RehmanSobhanprésidentduthinktankCPD RÉCIT Akhi, une ouvrière du Rana Plaza, faisait toujours partie des portés disparus le 24 mai, un mois après l’écroulement du bâtiment. PHOTO TASLIMA AKHTER 2000C’est le nombre de personnes mortes au Bangladesh dans des incendies ayant frappé des usi­ nes textiles depuis dix ans, selon le rapport du think tank CPD. BANGLADESH Golfe du Bengale BIRMANIE INDE INDE 100 km Dacca REPÈRES «Un grand nombre d’usines textiles fonctionnent en dehors des lois et en toute impunité.» LethinktankCPD danssonrapportdu3août 332victimes du Rana Plaza sont toujours portées manquantes. On a enterré 234 cadavres non identifiés. Des tests ADN sont en cours. LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 ECONOMIE • 13
  • 13. [OULAISSEZ-LE...] A.CHANGEMENTD’ADRESSE B.SUSPENSIONÉTÉ A NOUS RENVOYER UNE DIZAINE DE JOURS AVANT VOTRE DÉPART A.MERCI DE NOTER MON ADRESSE DEVACANCES DU AU ADRESSE DE VACANCES COMPLÈTE: ADRESSE CODE POSTAL VILLE B. MERCI DE SUSPENDRE MON ABONNEMENT DU AU RÉFÉRENCE ABONNÉ(E) VOS COORDONNÉES HABITUELLES: NOM PRÉNOM ADRESSE CODE POSTAL VILLE EMMENEZ-LE Cet été, faites envoyer Libération directement à votre adresse de vacances [France métropolitaine uniquement] ou suspendez provisoirement votre abonnement COMMENT FAIRE?Rendez-vous sur www.libération.fr (pavé «gérer mon abonnement» à droite de la home page et enregistrez vous-même votre adresse d’été) ou remplissez le coupon ci-contre et renvoyez-le PAR FAX au: le 01 42 76 11 30 ou PAR COURRIER à Libération abonnement, B590-60643 CHANTILLY CEDEX [si vous le connaissez] MESSAGE RÉSERVÉ À NOS ABONNÉS N on, Pierre Moscovici n’a pas revu à la baisse, a-t-il martelé hier sur RTL, la prévision de croissance pour 2013. Oui, le ministre de Finances a bien assuré, la veille dans Nice- Matin, que la «croissance sera faible, voire étale, entre -0,1 et +0,1». Or, jusque-là, le gouvernement Ayrault ta- blait sur un mini-rebond de 0,1% du PIB. Le locataire de Bercy laisse donc entendre que cette prévision, qui sera affinée le 25 septembre lors de la présentation de la loi de fi- nance, tient de la fourchette haute. Et que le rebond es- péré a plus des allures de wishful thinking – vœu pieux– que de réalité écono- mique. A force de vanter les signes de convalescence, ce n’est plus de l’équilibrisme auquel se livrent les autorités françaises, c’est du funam- bulisme. «Il y a au moins un consensus pour dire que tout cela ne sera pas terrible, note un économiste. Moins 0,1 ou + 0,1, cela ne change pas grand-chose à l’arrivée: cela reste pathétiquement mau- vais». Mais ne pas terminer l’année sur une note récessive tient, pour l’exécutif, de l’impéra- tif. «Il y a quelque chose qui se passe», avait ainsi martelé mardi François Hollande, dans la foulée de son allocu- tion du 14 Juillet, où il avait tablé sur la «reprise» de l’économie. Ce volontarisme avait pris de court Moscovici qui avait dû assurer, dans la foulée, que la France était «sortie de récession». Sortie de la récession, peut- être (après avoir reculé au dernier trimestre 2012 et au premier trimestre 2013): le PIB devrait croître à nouveau au troisième trimestre, selon la Banque de France. Mais de là à claironner le retour de la croissance, il y a de la marge. Ou de l’incantation. Reste l’aveu, par le locataire de Bercy, de l’augmentation de 0,3% des prélèvements obligatoires pour le bud- get 2014. «Une hausse limitée, toujours dans la justice so- ciale», plaide Pierre Mosco- vici. «Une erreur majeure, s’étrangle Gilles Carrez, pré- sident de la commission des finances de l’Assemblée na- tionale. Comment voulez-vous que la consommation reparte si le pouvoir d’achat des mé- nages, en particulier des clas- ses moyennes, est encore altéré par une hausse de CSG pour le financement de la réforme des retraites?» Samedi, François Bayrou, président du Modem, avait rappelé que la chute de la production industrielle (-1,4% en juin par rapport à mai) et la hausse du déficit de l’Etat (+2,6 milliards fin juin sur un an) démentaient «l’optimiste affiché par le pouvoir». CHRISTIAN LOSSON «Sortiederécession»: l’œilde«Mosco» CROISSANCE Les prévisions du ministre des Finances, fluctuantes, tiennent de la méthode Coué. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) réduit légèrement ses prévisions de croissance de la demande mon- diale de pétrole pour cette année et la suivante. Pour 2013, l’AIE table désormais sur une hausse de 895000 barils par jour de la demande planétaire d’or noir, à 90,8 millions, alors qu’elle prévoyait une augmenta- tion de 930000 en juillet, détaille-t- elle dans son rapport mensuel sur le marché pétrolier. Et pour 2014, elle continue à tabler sur une accélération de la demande, qui devrait toujours atteindre un nouveau sommet à 92 millions de barils par jour, mais un peu moins forte qu’auparavant. Elle estime désormais la croissance de la consommation de brut à 1,1 million de barils par jour en moyenne, contre 1,2 million précédemment. L’agence a justifié ce léger abaissement par la révision à la baisse des prévisions de conjoncture du Fonds monétaire in- ternational (FMI). Cette année, le FMI ne prévoit plus qu’une croissance de l’économie mondiale de 3,1% (ali- mentée par les pays émergents), con- tre 3,3% en avril, et de 3,8% en 2014, au lieu de 4%. G À CHAUD LES PRÉVISIONS DE DEMANDE DE PÉTROLE SONT À LA BAISSE Laplanètemoinsgourmandeenornoir ParPHILIPPEBROCHEN DesproduitsSamsung boutéshorsdesEtats-Unis L a guerre des brevets en- tre Apple et Samsung, les deux leaders mon- diaux des smartphones et ta- blettes, ne connaît pas de trêve estivale. La marque à la pomme a obtenu vendredi l’interdiction de vente aux Etats-Unis d’appareils mobi- les de son rival sud-coréen, qu’il accuse de violer ses bre- vets. La décision a été prise par la Commission améri- caine du commerce interna- tional (USITC). Il y a une se- maine, la Maison Blanche avait cassé une décision si- milaire prise par l’USITC à la demande de Samsung contre les iPhone 3GS, 4, 4S et cer- tains iPad. Que reproche Apple à Samsung? La firme de Cupertino avait déposé plainte contre la firme sud-coréenne en août 2011, car elle estimait que certains smartphones et tablettes de son concurrent copiaient des fonctionnalités de ses iPhone et iPad. L’USITC a jugé des violations avérées pour deux brevets. Elles portent sur des techno- logies liées aux écrans tacti- les et à la détection d’acces- soires comme les écouteurs. Apple n’a toutefois pas gagné sur toute la ligne: l’USITC a rejeté ses accusations contre Samsung pour quatre autres brevets. Deux portaient sur la forme des appareils, et no- tamment les coins arrondis qui caractérisent les iPhone et les iPad. Quelles conséquences pour le sud­coréen? Samsung Electronics Ame- rica et Samsung Telecommu- nications America sont inter- dits «de continuer à importer, vendre et distribuer des articles qui enfreignent» ces deux brevets. La décision n’indi- que toutefois pas quels sont les appareils concernés. Mais selon des sites américains, les produits en cause seraient ses produits phares: les Ga- laxy S4G, Fascinate, Capti- vate, Galaxy Tab et Galaxy Tab 10.1, ainsi que des smart- phones et tablettes commer- cialisés en 2010 et 2011. Le groupe sud-coréen a laissé entendre que la portée de cette décision serait limitée. Les produits cesseront­ils d’être vendus? La décision de l’USITC ne prendra effet qu’après l’ex- piration d’un délai de deux mois durant lequel Obama peut opposer son veto. Washington y a eu recours la semaine dernière pour la première fois depuis 1987 en faveur d’Apple. Une décision interprétée comme du pro- tectionnisme par Séoul.• DÉCRYPTAGE La banque centrale allemande l’assurerait: la Grèce aura besoin début 2014 d’un nouveau soutien financier, selon Der Spiegel hier, citant un document de la Bundesbank. Une fuite qui pourrait relancer le débat sur l’attitude de la chance­ lière Angela Merkel, notam­ ment soupçonnée par Peer Steinbrück, leader du parti social­démocrate, de mini­ miser la situation financière de la Grèce pour ne pas compromettre ses chances de remporter les élections du 22 septembre. Athènes a déjà utilisé 90% des 240 milliards d’euros d’aides promises… QUERELLE OUTRE­RHIN SUR LA GRÈCE L’HISTOIRE NUCLÉAIRE Tepco, qui ex- ploite la centrale de Fukushima, a commencé à pomper de l’eau souterraine radioactive pour tenter de réduire les rejets dans l’océan Pacifique. ALIMENTATION Les produc- teurs d’œufs bretons sus- pendent leurs actions dans l’attente d’une réunion avec le préfet. Ils avaient détruit des œufs pour protester con- tre la faiblesse des cours. «Thorasoumis uneoffreàplus de1,18milliardde dollars[885millions d’euros,ndlr] àEmpireState BuildingAssociates.» JasonMeisterdufonds d’investissement enimmobilier LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 201314 • ECONOMIEXPRESSO
  • 14. LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr ET SI RAËL AVAIT RÉUSSI LA PHOTOCOPIE HUMAINE Untasde clonesrit REWIND Cet été, «Libération» transforme l’Histoire en fictions. Reportage en 2047 au grand raout des clones de France. C omme chaque année, le Clone Fest pose aujourd’hui ses quartiers au parc naturel du Gâtinais français (Essonne). Le rendez-vous, instauré en 2020, rassemble ceux qui se ressem- blent, nés depuis 2002 grâce aux 200271973 2013 L’ÉTÉDES40ANS ParÉRICLORETetGUILLAUMETION EnvoyésspéciauxauparcduGâtinais(Essonne) PHOTOJULIEGUICHES.PICTURETANK
  • 15. II • 20027 LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr efforts de la société Clonaid. Trois jours de partage en partenariat avec les associations 130 Millions d’Amis et Tel quel, mais aussi de débat, car tous ne sont pas amoureux de l’uniforme: quel- ques associations de dissidents, on le sait, souhaitent «rétablir les différen- ces». Pour mieux connaître leur quoti- dien, nous avons interrogé cinq clones de Francis, 65 ans, retraité de la marine. Ils ont entre 21 et 44 ans, sont ensei- gnant ou sociologue et ont traversé la vie dans l’ombre de leur modèle ou, comme ils disent, leur «numéro 1». «J’étais un peu leur maman» Fransix 44 ans, gardien de prison «Dans les cloneries [fratries de clones, ndlr], ce qui est primordial, c’est le ran- gement. Sans ça, on n’arrive à rien. Par exemple, 20 personnes qui cherchent leur deuxième chaussette dans le même dortoir, c’est pas possible. C’est un mo- tif d’éradication. Pour la première cam- pagne de clonage de Francis, on était apparus une douzaine. Dès 3 ans, cha- cun avait son rôle, par exemple, pour Francys, c’était les organes (lire ci- après); pour Francisse les actes admi- nistratifs; pour moi c’était l’inten- dance. Je devais m’occuper des onze autres. J’étais un peu leur maman, et avec moi, c’était carré. «J’ai eu une enfance plutôt agréable car on ne me demandait pas d’être bon en classe ou de servir d’esclave sexuel. Tant que j’arrivais à finir mes lessives, mon repassage, mon ménage et les courses, après avoir préparé le repas, mis la table et l’avoir débarrassée, fait un peu de vaisselle et rangé la maison, j’étais tran- quille jusqu’au petit déj du lendemain. J’avais pas à me plaindre. «Ensuite, je me suis occupé des clones des onze autres campagnes. Mais c’était pas pareil, on avait des problèmes de place, on a dû s’entasser dans des gar- de-meubles. J’avais comme une im- pression de déjà-vu. Et puis on était trop différents. En âge, je veux dire. Autant j’étais proche de mes premiers frères, que je pouvais reconnaître à l’odeur, autant ceux-là, j’étais infoutu de retenir ne serait-ce que leur prénom. Il y a eu des moments difficiles, c’est vrai, mais comme dans toutes les fa- milles de 145 personnes. Le pire, je crois, c’est le jour de l’anniversaire, ou celui du départ en vacances. L’impor- tant dans ces cas-là, c’est de rester uni, soudé. Une équipe.» «Putes à volonté, buffet gratuit soir et midi» Francys 28 ans, enseignant «Vous savez, on s’habitue. Chaque Clone Fest, c’est peut-être le dernier. On est une trentaine, je crois, à servir de réservoir d’organes pour Francis. Et Francis, son truc, c’est la picole. Il y a des gens qui clopent, bon, on peut leur changer un poumon et même avec un seul poumon, son clone survit. Ou un seul rein. Mais le foie, une fois qu’on me l’aura enlevé pour l’autogreffer à Francis, à la poubelle le Francys. C’est le progrès : Francis va mourir Depuis 2020, le Clone Fest rassemble ceux qui se ressemblent grâce aux efforts de la société Clonaid. PHOTO JULIE GUICHES. PICTURETANK
  • 16. • III20027 LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr POUR DE VRAI 1997 Messager des Elohim («nos créateurs») depuis 1973, Claude Vorilhon dit Raël fonde Clonaid, société promeuvant l’éternité par le clonage. 2000 Raël abandonne la direction de Clonaid à Brigitte Boisselier, ex­chimiste à Air Liquide et guide­évêque raélienne. 26 décembre 2002 Naissance annoncée, depuis la Floride, par Brigitte Boisselier, d’Eve, premier bébé cloné par sa société. Janvier 2003 Après avoir annoncé des preuves ADN du clonage d’Eve (que personne n’a jamais vue), Boisselier explique que les parents du bébé ne sont plus très chauds pour le test génétique. 13 janvier 2003 Le tribunal de Fort Lauderdale en Floride entame une procédure judiciaire contre Thomas Kaenzig, vice­ président de la société Clonaid. 2013 Le clonage humain reproductif n’a toujours pas été réalisé. beurré comme un Petit Lu sans jamais avoir frôlé la cirrhose. Moi, en re- vanche… «Bon, il y a des compensations. Putes à volonté, buffet gratuit soir et midi. J’ai de la chance, pour les filles, Francis a passé un deal avec une boîte russe, c’est de la qualité. Des clones de la même fille tous les week-ends, pour la sentimentalité, et des produits dif- férents tous les soirs de semaine. Côté bouffe, rien que du bio et du diététique, afin d’éviter qu’on meure d’obésité avant d’avoir livré nos organes. «Comme tous les CPM [clones précoce- ment mortels, ndlr], j’ai eu à choisir un métier en rapport avec mon savoir in- time de la mortalité. Les pompes funè- bres ou légiste, ça ne me disait trop rien. J’ai fait dans la facilité. Prof de philo. Apprendre à mourir, la révolte, l’être, tout ça. Mais cette année, je pré- pare des Immortels aux grandes écoles de communication. C’est la première fois, ça me plaît bien. Je leur fais les œuvres complètes d’Alan Harrington et Michel Houellebecq en extraits. Là, j’en suis au développement créatif comme passe-temps pour l’éternité, ça a l’air d’accrocher. Ils ont une disserta- tion à rendre pour l’an prochain : “Peut-on créer continûment sans deve- nir Dieu?” J’espère ne pas passer par la case morgue avant d’avoir fini le pro- gramme…» «Même les vaches ont des taches» Phrancis 21 ans, sans emploi «Je suis là mais en fait je ne suis pas là. J’ai pas le droit d’être là. S’ils me trou- vent ici, ils me rectifient d’emblée, s’il vous plaît notez que je ne suis pas là… [A la demande de Phrancis, son prénom a été modifié, ndlr.] Tout petit, j’ai com- mencé à me demander pourquoi on était autant à se ressembler. Quel inté- rêt de recouvrir la planète de personnes identiques, sans signe distinctif. C’est vrai, ça, même les vaches ont des ta- ches. Et puis j’ai compris. «Revenez dans deux cents ans, et vous ne trouverez plus qu’une dizaine de fa- milles qui peupleront la Terre. Le clo- nage thérapeutique, c’est du flan. Parce que le but, c’est pas de soigner, c’est de sélectionner les élus qui feront partie du grand shebaz, le voyage cosmique pour retrouver nos ancêtres Elohim. C’est ça la vérité, c’est aussi pour ça que le Clone Fest est organisé, pour qu’on ne se perde pas de vue. Les affiches du conseil général de l’Essonne, le barbecue à 14 heures, je veux bien, mais c’est une couverture. L’essentiel, c’est les yeux, regardez… Je te vois, tu me vois, on se comprend. Tu vois? «Raël, pour moi, c’est le seul qui peut nous sauver, il va briser le miroir. J’ai un contact avec lui. Tous les jours, il vient me voir, avec son manteau blanc il entre dans ma chambre, me de- mande si je vais bien, il prend soin de moi. Je sais qu’il sait que nous savons qu’ils savent. C’est pour ça que les cho- ses vont changer, ça va être différent, avec des différences. (Il crie) Des diffé- rences ! Après le barbecue, vous verrez… (Il est soudain ceinturé par des membres de la sécurité.)» «On veut un enfant non né» Francisse 39 ans, employé «C’est en visitant la mère de Francis que j’ai rencontré Polyne. Une fille sympa. Je ne peux pas me plaindre. D’ailleurs, Francis est plutôt cool avec moi. Je fais la queue à la poste, aux As- sédic, aux expos du Grand Palais, c’est moi qui cause aux garçons de café, évi- demment je travaille à sa place, bref tout le sale boulot, mais Francis aime bien se garder quelques activités. Par exemple, il bosse en été, pour mater les filles en jupettes et sandales. Pendant ce temps, je me repose. Là, c’est un peu pareil. Je vais voir sa mère tous les di- manches à sa place, mais Francis ne dit rien, rapport à mon histoire avec Po- lyne; tant que je fais la conversation avec sa daronne, que je lui apporte des chocolats, que je supporte ses chanta- ges au suicide… Polyne, c’est le clone 78 de la mère de Francis. Elle a 33 ans, elle est coiffeuse. On l’a fabriquée à l’épo- que où l’on croyait que Pauline, sa nu- méro 1, avait un don de divination et que ça pourrait servir d’en avoir plu- sieurs en cas de guerre, de canicule, de pénurie de lolcats… On s’est aperçu trop tard que Pauline n’avait aucun don. Elle se contentait d’écouter les voisins à tra- vers la cloison et de leur prédire ce qu’elle avait entendu. «Avec Polyne, je crois qu’on s’aime vraiment. On envisage de déposer une demande de stérilisation, afin d’être sûrs que notre enfant sera unique puis- que non né. Vous savez, être clone, c’est parfois dur. Je vois mon pote Rayanne, que son numéro 1 utilise pour pratiquer l’autofellation, c’est pas top glamour.» «Un moyen efficace de s’épanouir en société» Francyx 41 ans, sociologue «Dès 2005, le clonage a d’abord été une préoccupation des couples homo- sexuels, qui y voyaient un moyen sim- ple d’avoir des enfants, avant les lois sur l’adoption ou la PMA. Il y a eu les dé- bordements que l’on sait dans les cou- ples gays, chacun des partenaires se trouvant plus beau que l’autre et insis- tant pour que leur fils soit à son image. Chez les lesbiennes, à l’inverse, cha- cune voulait que la fille du couple soit le clone de sa partenaire. Assez vite, beaucoup de couples d’hommes se sont séparés. Chacun trouvait plus avanta- geux de vivre avec son seul clone que de supporter les humeurs d’un partenaire qui n’était, de fait, qu’une copie impar- faite de lui-même. «Mais la fracture décisive dans l’évolu- tion du clonage remonte à l’affaire des Grotowsky [en 2021, Boris Grotowksky a épousé le clone, alors âgé de 17 ans, de sa mère, clone qui a ensuite voulu se marier avec le clone d’un des jumeaux qu’elle avait eus avec Grotowsky, ndlr], qui, bien que ressortissant davantage à la psy- chiatrie, a eu des conséquences juridi- ques énormes, notamment la loi de dé- cembre 2024 sur l’encadrement marital des clones, qui deviendra deux ans plus tard la loi sur l’encadrement sexuel. «Aujourd’hui, le clonage reste un moyen efficace pour s’épanouir en so- ciété, c’est-à-dire en restant chez soi pendant que vos clones vous représen- tent au dehors. Il n’a plus, de par son encadrement juridique –et même, ne nous voilons pas la face, par une cer- taine lassitude de ses plus fervents sup- porteurs– cet attrait de l’interdit gé- mellaire et de la quête sexuelle infra-identitaire qu’il a pu générer jadis. Aujourd’hui, le “droit à la ressem- blance”, c’est un truc de vieux.»• Demain: Le rock n’est pas revenu à la mode. SurFranceInfojusqu’au24août avec 40ANS 40jourspourrevivre40années! Dulundiauvendredià9h15,lesamedià8h15etàréécoutersurfranceinfo.fr
  • 17. LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr VOUS PERMETTEZ? Conceptstores, duvideaubide Une robe Alaïa, en jersey, encolure carrée, à 2600 euros, en vente chez Colette? OK, on ajoute au panier. Notre petite entreprise ne connaît pas la crise. Des boucles d’oreilles «ailes» en or blanc 18 carats, sertis de diamants blancs et diamants noirs, Elise Dray à 11025 euros? Elles sont nécessaires pour écrire, on les fera passer en notes de frais, tant pis pour les clips qui pincent. La créatrice a un «instinct artistique», «une énergie positive», elle s’inspire de «son amour pour les animaux», et «ses idées bouillonnent», dit la présentation. Tout comme nous. Est-ce une chance ou un pléonasme, d’être ornée de son reflet? Et le doudou? Doit-il ressembler à l’enfant, comme le chien à son maître? Une marque américaine de poupées s’est posé cette question et c’est une vision d’horreur que de voir des milliers de petites filles, Frankenstein en goguette, choisir et composer la poupée qui leur ressemble le plus, dans un espace rose, immense, et sonore, accompagnées d’un double plus âgé toujours féminin, et d’autant plus double qu’il y a des miroirs. A l’opposé, le concept store Colette cultive la pièce unique, la rareté, et, avec elle, le manque. Concept store? Et pourquoi pas «marchand de couleurs», ou «tout à 10000 euros»? En 2002, dans le sillage de Colette, le concept store bat son plein, et les boutiques qui vendent du flan, «une ambiance», et un peu de soleil dans l’eau tiède, prolifèrent. Déjà, une dizaine d’années avant, lors de la publication de Qu’est-ce que la philosophie? coécrit avec Guattari, Deleuze s’insurgeait que des publicitaires s’octroient le concept de concept, propre à l’activité philosophique. «C’est quoi le concept de ta robe?» nous demande-t- on, tandis qu’on boit de l’eau dans le water bar de Colette, après avoir humé le luxe dans l’espoir et la crainte d’être contaminée: «un grand moment d’émotion» comme disent les rédactrices de mode après les défilés. Les clients de Colette «viennent de toutes les provenances sociales», c’est la cofondatrice et directrice artistique de la boutique qui l’assure au magazine Stratégie. En 2002, cependant, coincées entre l’éclatement de la bulle boursière et le 11 Septembre, le luxe a peur. Les ardeurs de la consommation et le désir de se distinguer s’écrouleront-ils à leur tour? Mais non. Tel James Bond 007, ils ont été les premiers à reprendre du poil de la bête. Dans le Nouveau Luxe, à paraître en septembre chez Stock, Yves Michaud explique: «Entre 1995 et 2012, le marché mondial du luxe est passé de 77 milliards d’euros à 212 milliards. Les prévisions du cabinet Bain and Co, spécialisé dans l’analyse de ce marché, tablent sur 230 milliards d’euros en 2014.» Qui plus est, il est devenu immatériel. Acheter du vent n’est plus à la portée de toutes les bourses.• ParANNEDIATKINE Larubriquedes chiensnécrosés ÇA VA ÇA VIENT L’Amibox promet un accueil éternel à nos animaux domestiques. J acques Dambron est de la race des inven- teurs foudroyants. Dès qu’un problème débarque, il se creuse les méninges et hop, eurêka, coup de génie. Par exemple: un jour de ciel gris, en 2002, son chien Bilou meurt. Un cocker. Triste his- toire. Jacques Dambron vou- lait enterrer Bilou mais rien ne faisait l’affaire. «Je n’ai pas trouvé de réceptacle, je l’ai enveloppé dans son plaid. C’était triste», expliquait-il à Libé après le drame. Avec l’énergie de l’endeuillé, il lance l’Amibox: le cercueil pour animaux. Brevet. Le principe est sim- ple, c’est comme pour les humains sauf que la boîte est plus petite (à voir pour les cadavres de Saint-Bernard) et qu’elle évite le chêne et l’acajou. Onze ans après le lancement, l’inventeur se souvient: «Je commercialisais des boîtes pour pièces anato- miques à l’époque, des boîtes pour recueillir les membres amputés, un bras, une jambe. J’ai appelé ça l’Anatbox. Je m’en suis inspiré pour le cer- cueil. J’ai déposé le brevet et tout de suite j’ai été appelé par des Anglais. Ils sont férus de petits animaux là-bas, les sou- ris et tout, ils sont fous de ça!» A quoi ressemble une Ami- box? Imaginez un cercueil Ikea, à assembler entre deux sanglots sur le tapis du salon. Ni clou ni vis, les quatre planches s’emboîtent. En- suite, à moins de vouloir creuser dans le potager la sé- pulture de Riri, Fifi ou Lou- lou, il vous faut un cimetière. Pourquoi pas Asnières-sur- Seine (Hauts-de-Seine)? As- nières pour un chien, c’est le Père-Lachaise pour un fan de Jim Morrison, sauf que la star ici s’appelle Rintintin. Dans les allées, gravés sur des stè- les marbrées, on croise les noms de feu les fidèles com- pagnons : Mémère, Titine mais aussi Roro, Hulk et le surprenant Robespierre, qui râle au fond de son trou. C’est qu’il y a du monde au dortoir d’Asnières, des chiens, des oiseaux, des la- pins nains ou pas, des hams- ters morts de fatigue, épuisés d’avoir trop couru, des pois- sons rouges, des lions, des singes… Ils sont plusieurs di- zaines de milliers à garnir les allées du premier cimetière animalier au monde, inau- guré en 1899. Alors cette Amibox, une arnaque? L’in- vention d’un truc vieux de cent quinze ans? La nuance est dans le prix : Jacques Dambron a pensé à celui qui n’a pas 3540 euros à claquer pour réserver 1 m2 de pelouse sur vingt ans. Voilà le but de l’Amibox: permettre, pour un peu plus de 30 euros, d’enterrer son furet domes- tiqué «dans la dignité». Pro- blème, les planches de peu- plier n’ont pas percé. Jouet. On aurait dû en trou- ver au supermarché, entre le jouet qui couine et la laisse à grelot. Jacques Dambron es- pérait en écouler 5000 par mois, il se voyait précurseur d’un secteur que la crise ne pouvait pas plomber puisque les chiens continueraient à mourir, quoi qu’il arrive. «Mais en France, le maître va chez le véto quand il sent la fin venir. L’animal est euthanasié puis congelé jusqu’à ce qu’une entreprise vienne le chercher pour la crémation. Ça se passe comme ça dans 90% des cas. Après, bien sûr, il reste des gens qui creusent leur jardin, mais encore faut-il en avoir un!» Du coup, Jacques Dambron a quitté la France. Comme d’autres patrons. Enfin, lui vit toujours en Alsace mais son Amibox a traversé la Manche. Les Anglais sont les derniers à lui trouver une utilité. Désormais, à Ribeau- villé, l’inventeur se consacre à Transhygiène, sa boîte de boîtes pour membres ampu- tés: «Je vends dans 350 hôpi- taux et cliniques sur toute la France. Ça marche bien.» MATHIEU PALAIN ETAUSSI CHAUDBIZ Tousceuxqu’on«M» A u Maroc, mariage royal. Rien à voir avec une version raï de Fred Astaire, mais de vraies épousailles entre Moham- med VI, monarque de droit divin, et Salma Bennani, jeune informati- cienne originaire de Fès (pas de bla- gues, svp). Elizabeth II est tristou- nette, elle perd sa mère, la bien nommée «reine mère» et sa sœur Margaret la même année. Chez les roturiers, Macaulay Culkin, qui avait été élu «l’enfant le plus mignon du monde» en 1994 (par un jury qui n’était pas uniquement composé de Michael Jackson), sort avec Mila Ku- nis (toujours pas de blague, svp). Ils resteront ensemble jusqu’en 2010. SURPRISE Ni clou ni vis, les quatre planches s’emboîtent. PHOTO DR IV • 20027
  • 18. LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr D’un côté les bars à ginjinha où les anciens trempent leur moustache, de l’autre, la jeunesse et ses hangars discothèques au bord du Tage. PHOTO ALPH.B.SENY.DIVERGENCE Lisbonne comme du bon pain ÇA A EU LIEU Destination prisée, la ville est alors convoitée pour sa capacité à mêler le neuf et l’ancien. L es villes ont leur temps et leurs mo- des. Un peu avant Berlin et après Bar- celone, Lisbonne est l’une des destinations françai- ses branchées autour de 2000. Au point qu’en 2002, la nou- velle bande dessinée la célèbre en carnets de voyage. Il y a Du- puy et Berberian, aux éditions Cornélius, qui croquent l’acti- vité flegmatique de la capitale: silhouettes au téléphone, en voiture, sur des bancs, comme détachés des décors baroques de la cité. A chaque page, Lis- bonne apparaît comme un spectacle dont les deux dessi- nateurs chercheraient à com- prendre la mise en scène. Peu après, Nicolas de Crécy livre chez Casterman son Lisbonne, voyage imaginaire, une quaran- taine d’aquarelles obsédées par les enchevêtrements de rails, lignes électrifiées de tram, tremblement au loin d’une coupole blanche. Côté texte, Raphael Meltz (future revue R, de réel) raconte la ville sans l’avoir visitée, d’où l’«imagi- naire» du titre. Pourquoi Lisbonne à ce mo- ment-là ? Les visiteurs de l’époque ont ce sentiment, qui caractérise toute ville exci- tante, que l’ancien et le neuf s’y fertilisent mutuellement sous leurs yeux. D’un côté, azulejos et vieux bars à ginjinha (liqueur de griottes) où les an- ciens trempent leur moustache dès 9 heures du mat, et de l’autre, une jeunesse qui car- bure à la Sagres dans des han- gars démesurés au bord du Tage, friches industrielles de- venues temples postmodernes, certains ressemblant à Gotham City autant que les christs en cire des églises ressemblent ici, avec leurs perruques de crin, à des épouvantails divins. L’économie portugaise s’est fortement développée dans les années 80, et depuis 1994 l’Union européenne distribue au titre du développement «ré- gional» 3 milliards d’euros chaque année au pays, soit 3% à 4% de son PIB. L’embellie de Lisbonne est alors fulgurante, boostée en particulier par l’Ex- position internationale de 1998 qui pousse à la rénovation de ses infrastructures (le gigan- tesque pont Vasco-de-Gama en est l’exemple phare), décrasse les façades du quartier popu- laire de l’Alfama et déchaîne l’urbanisme sur les docks. Mais peu après 2002, la manne commence à s’épuiser. ÉRIC LORET ÇA PASSE OU ÇA CLASSE Mickaël T on prénom n’est pas anodin: il fait entrer la société française dans l’ère de l’inven- tivité à tout crin, de la créativité bon mar- ché dans les maternités. En particulier, les or- thographes multiples sont prisées. Exemple pour toi: Michael, Mickaël, Michæl, et ses dérivés, Mika, Michal, Michelhouellebecq… A part avec ce dernier, tu as peu de chance de finir DG ou DA d’une entreprise. La faute aux Michael (Jackson, Jordan) dont le nom a été francisé avec l’accent. Tu es le grand frère CSP- de tous les pauvres gars à venir: Kevin, Logan, Brandon, Ryan… Tout l’été, coupez, collez et reconstituez le dessin de Stéphane Blanquet sur une page de Libé (du 9 juillet). Les puzzles complets gagneront une surprise. PUZZLE • V20027
  • 19. LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr Vous affirmez apprécier surtout les films qui se font descendre dans la presse. Honnêtement, je pense que les jour- nalistes ont naturellement tendance à préférer les sujets sombres, com- pliqués, et ça n’est pas dans ce type de cinéma que je me retrouve. Je préfère les choses légères, romanti- ques, drôles, qui donnent une vision plus positive de la vie. Mes films fa- voris sont Pretty Woman, Risky Busi- ness, Titanic, entre autres. […] La célébrité ne vous a-t-elle pas volé une partie de votre enfance? Honnêtement, non. J’ai vécu une enfance merveilleuse, et ce qui m’arrive aujourd’hui correspond à ce que j’ai toujours désiré, ce pour quoi je me suis le plus employée. Je crois fermement au destin: certai- nes personnes sont faites pour vivre certaines choses. Nous avons tous des prédispositions naturelles, que Dieu nous a offertes. Dans mon cas, j’ai toujours aimé chanter et danser. C’est juste devenu quelque chose que je partage désormais avec le monde entier. Vouschantez: «Jenesuispasencore unefemme.»Aquelmomentsaurez- vous que le cap est franchi ? Honnêtement, ça n’est pas tant lié à un fait précis, qu’au sentiment de grandir un peu plus chaque jour. Les degrés d’interprétation diffèrent se- lon chacun. En ce qui me concerne, quand je chante «je ne suis plus une gamine, pas encore une femme», cela signifie que je demande à ce qu’on me prenne comme je suis, aussi bien sur le plan artistique qu’humain. Vous dites: «L’Amérique est sans doute le meilleur pays au monde.» C’est là où je suis née, où j’ai tou- jours vécu, et c’est vrai que j’ai un sentiment patriotique très déve- loppé. J’essaye de rentrer à la mai- son environ toutes les deux semai- nes, j’y mène une vie on ne peut plus banale. Je me brosse les dents, traîne dans la salle de bains, me re- pose. J’aime les Etats-Unis de tout mon cœur, de toute mon âme. C’est un pays adapté à tout, où on peut trouver les vêtements qu’on veut, faire ses courses, s’amuser, rencon- trer des gens délicieux. Et la peine de mort? Honnêtement. Quelqu’un qui a commis des atrocités mérite une punition à la hauteur de ses actes. Il retiendra ainsi la leçon pour la fois suivante [sic]. Que pensez-vous de Bush? C’est un grand président, mais je ne fais pas de politique. Vous dites souvent «honnêtement». Avez-vous peur qu’on mette en doute votre authenticité ? Non, c’est juste un tic de langage, que j’ai depuis l’enfance, comme for real. Il ne mérite pas qu’on l’inter- prète. […] Quel confort trouvez-vous dans la religion? Petite, j’allais à l’église tous les di- manches. Ça n’est plus possible maintenant, mais cela ne m’empê- che pas de prier chaque jour. J’écris aussi un journal intime tous les soirs… La foi fait partie de moi et je crois que rien n’arrive par hasard. Alors, pour quelle raison êtes-vous si célèbre aujourd’hui? Ça, je l’ignore, c’est sans doute ce qui était prévu pour moi. Quels sont vos rêves? Faire d’autres films, améliorer mon jeu de comédienne, avoir un enfant, un beau mari. […] Les trois premiers noms de per- sonnalités françaises qui vous vien- nent à l’esprit ? (Après réflexion.) Désolée, mais je n’en connais aucune, absolument personne. Honnêtement ? Oui. Recueilli par GILLES RENAULT (paru le 2 avril 2002) L’interviewé de samedi­dimanche était James Ellroy. «Jecrois fermement audestin» QUI VA LÀ? Quelle chanteuse et actrice répondait cette année­là à nos questions? Téléphone, mon amour QUIZ Une journée sans portable? Si, si, c’est possible. 1 En 2002, à quelle date est organisée la deuxième Journée mondiale sans téléphone portable? A.Le 1er janvier. B.Le 6 février. C.Le 14 février. D.Le 1er avril. 2 Quel événement avait limité la médiatisation, en 2001, de la première Journée mondiale sans portable? A.La sortie de La Vérité si je mens! 2. B.Le retour du groupe Texas avec Inner Smile. C.La suspension d’un arrêt antimendicité à Royan. D.L’arrivée d’Alfred Sirven à Roissy après quatre ans de cavale. 3 Après avoir inventé la journée sans portable, Phil Marso a publié le premier livre entièrement en langage SMS. Quel est son titre? A.Pa Sage a taBa vo SMS. B.La font’N j’M! C.6’lens! On m’Errrrrrrrr! D.Le d’Rnyé jr d’1 kondané. 4 Combien y a-t-il d’antennes relais de téléphonie mobile en France en 2012? A.38000. B.99000. C.157000. D.192000. 5 Que veut dire GSM? A.Groupe spécial mobile. B.Grattement sans motif. C.Granularité supra moyenne. D.Grandes sinusoïdales modérées. Réponses:1.b.Le6février,parcequec’estla Saint­Gaston(«yaletéléfonquison…»);2.d. Coïncidence:ladeuxièmejournéesans portableaété,elle,éclipséeparl’arrivéede DidierSchulleràRoissyaprèssixansde cavale;3.a.PaSageataBaestparuen2004. LesautrestitressontaussidePhilMarso,mais plusrécents;4.c.Chiffreétabliselonles autorisationsfigurantsurCartoradio;5.a. D’APRÈSA.P ETAUSSI QUI TWEETE? Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J’ai connu la peur et la terrible solitude. #mode#adieu#bravoRéponse:YvesSaintLaurentfaisantsesadieuxàlacouture. Variation géopolitique sur le principe bêta de l’analogie. Ou comment mettre en scène la guerre, la lutte des clas- ses, quand on est un chanteur «engagé» –un temps quali- fié par Libé de «faux comme les blés (qu’il ramasse)». Duo de voix franco-belge, et de mèches blondes et rousses. Réponse:Manhattan­KabouldeRenaudetAxelleRed. BANDE­SON, MAIS C’EST BIEN SÛR! ParDAVIDCHRISTOFFEL REUTERS VI • 20027
  • 20. LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr A fghanistan, Yougoslavie, Liban, Tchétchénie, Rwanda… Luc Dela­ haye a photographié les grands con- flits. Son travail, souvent récompensé, reçoit notamment le prix Niepce cette année-là. Son approche se radicalise à partir de 2001, quand il cesse sa collaboration avec la presse. Delahaye met à distance sa perception physi- que et mentale des situations qu’il choisit de photographier. A l’écart du temps réel de l’information, ses images s’inscrivent en creux par rapport à celles des médias: elles sont travaillées en de grands formats qui im- priment un ordre à la réalité du monde. Les territoires aux contours meurtris que photo- graphie Delahaye sont saisis dans une forme documentaire sous tension. Ses images–ta- bleaux destinés aux musées, aux galeries– se distinguent par un lyrisme froid. Explo- rant la frontière entre réalité et imaginaire, œuvres et documents de l’histoire immé- diate, elles interrogent les relations entre art, histoire et information. SERVICE PHOTO PHOTOSCOPIE Cadres deguerres Le Camp de réfugiés de Jénine, 2002 (239x111 cm). PHOTOS LUC DELAHAYE COURTESY GALERIE NATHALIE OBADIA, PARIS «Taliban», 2001 (237x111 cm). • VII20027
  • 21. VIII • 20027 LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr Affaire Rose bonbon. Ce roman de Nicolas Jones­Gorlin (Gallimard), qui met en scène un pédophile, s’attire les foudres de l’Enfant bleu et de la Fondation pour l’enfance. Le ministère de l’Intérieur s’en mêle, mais le ministre, Nicolas Sarkozy, finalement n’interdit pas le livre. En août, l’ouvrage portait le bandeau «Amours mineures.» En septembre il est vendu sous cellophane avec un avertissement. Polémique en Allemagne. Le nouveau roman de Martin Walser, Tod eines Kritikers (Mort d’un critique) est-il antisémite? C’est en tout cas ce que pense Marcel Reich­Ranicki, critique influent, d’origine juive polonaise, directement visé par le livre. Mort de l’éditeur Siegfried Unseld (Suhrkamp), de Chaim Potok, Jean­Toussaint Desanti, Etiemble, Timothy Findley, Astrid Lindgren, Pierre Bourdieu. Atteinte d’un cancer, Gabrielle Wittkop se suicide, comme elle l’a annoncé à son éditeur Bernard Wallet (Verticales): «Je vais mourir comme j’ai vécu: en homme libre.» Auteur d’Etre sans destin, le Hongrois Imre Kertész a le prix Nobel, Pascal Quignard le Goncourt pour les Ombres errantes (Grasset), Philip Roth le Médicis étranger pour la Tache (Gallimard). Début du premier roman de Soazig Aaron, le Non de Klara (éditions Maurice Nadeau). «Klara est revenue. Voilà, c’est écrit. Il faut que je l’écrive pour que ce soit plus vrai et pour y croire. Depuis trois jours, je ne suis certaine de rien. Klara est revenue. Ce cahier au mauvais papier est providentiel… sinon, tout va couler, je vais couler.»• ParCLAIREDEVARRIEUX LE CARNET LIVRES Gabrielle Wittkop meurt «en homme libre» J ean-Marie Messier, «J2M», ou plutôt «J6M», Jean-Ma- rie Messier Moi-Même Maî- tre du Monde, voulait devenir un empereur des médias, et le faisait savoir. Il est à la tête de la vieille Compagnie générale des eaux, re- baptisée Vivendi en 1998. Après une série d’acquisitions, le groupe quitte son secteur d’activité histo- rique, l’eau et les déchets, pour investir massivement dans les nouvelles technologies et les mé- dias, plus risqués, mais autrement plus glamours. Une analyse des discours de l’époque des patrons du CAC 40 montre que J2M est ce- lui qui emploie le plus le «je» lors- que les nouvelles économiques sont bonnes et le «nous» quand c’est négatif. Il se comporte comme une star, multiplie les couvertures de magazines et se fait loger par Vivendi dans un apparte- ment à New York d’une valeur de 17 millions de dollars. Ah, l’Amé- rique… Hélas, tous les actionnaires ne sont pas séduits, et J2M découvre qu’il est presque un employé comme les autres. Après la révélation d’énor- mes pertes pour 2001 (13,6 mil- liards d’euros, un record pour la France), l’icône du capitalisme est acculé à la démission le 1er juillet 2002. En 2011, il est condamné à trois mois de prison avec sursis et 150 000 euros d’amende pour «abus de bien social» lié à son pa- rachute doré de 20,5 millions d’euros et «diffusion d’informations fausses ou trompeuses» sur la santé financière de Vivendi. QUENTIN GIRARD L’empire Messier prend l’eau BOULET L’ex­Vivendi a pris les pépettes mais se retrouve devant les juges. ParMACHINEBIDULE CASE MÉMOIRE ParHUGUESMICOL
  • 22. Pour fêter nos 40 étés Choisissez l’abonnement qui vous correspond 3 semaines 18 * 1 mois 26 * 2 mois 39 * 3 mois 49 * jusqu’à 62%de réduction Bulletin d’abonnement À découper et renvoyer sous enveloppe affranchie à Libération, service abonnement, 11 rue Béranger, 75003 Paris Oui, je profite de l’offre « spécial 40 étés » de Libération : o 3 mois pour 49 € au lieu de 127,80 € (-62%) o 2 mois pour 39 € au lieu de 85,20 € (-54%) o 1 mois pour 26 € au lieu de 42,60 € (-39%) o 3 semaines pour 18 € au lieu de 28,80 € (-38%) Important : si vous souhaitez recevoir Libération sur votre lieu de villégiature (France métropolitaine uniquement), veuillez renseigner ci-dessous votre adresse personnelle, et sur un papier libre vos dates de congés ainsi que l’adresse de votre lieu de vacances ou appelez le 03 44 62 52 08 et précisez le code AETE13 (règlement par carte bancaire uniquement). Nom : ______________________________________________________________________ Prénom : ___________________________________________________________________ Adresse : ___________________________________________________________________ Code postal : Ville : ______________________________________________________________________ Téléphone : E-mail : _______________________________________ @___________________________ Ci-joint mon règlement : o Chèque à l’ordre de Libération o Carte bancaire N° Expire le Cryptogramme mois année les 3 derniers chiffres au dos de votre carte bancaire Date et signature obligatoires Offre valable jusqu’au 31 août 2013, réservée aux particuliers pour un premier abonnement en France métropolitaine. La livraison du quotidien est assurée par porteur avant 7h30 dans plus de 500 villes, les autres communes sont livrées par voie postale. Les informations recueillies sont destinées au service de votre abonnement et, le cas échéant, à certaines publications partenaires. Si vous ne souhaitez pas recevoir de propositions de ces publications cochez cette case o AETE13 IMMoBILIER REpERToIRE ENTRE NoUS JoUR DE FêTE immo-libe@amaurymedias.fr Contact: Tél: 01 40 10 51 66 repertoire-libe@amaurymedias.fr Contact: Tél: 01 40 10 51 66 entrenous-libe@amaurymedias.fr Contact: Tél: 01 40 10 51 66 FoRMATIoN mouamrane@amaurymedias.fr Contact: Tél: 01 40 10 52 11 Very dear Dine, Tu glisses, les années glissent sur toi sans jamais te rattraper. Happy Birthday. Bonjour. Comme un rendez-vous...Très belle journée d'anniversaire . Pensées et baisers complices carino a VoTre serViCe DÉMÉNAGEURS " DéménagemenT UrgenT " miCHeL TransPorT Devis gratuit. Prix très intéressant. Tél. 01.47.99.00.20 micheltransport@ wanadoo.fr LoCaTion DoM-ToM Cayenne Guyane Française Loue appt T2-3 neufs T2 650€HC T3 775€HC Piscine gardien port. elec. Pas de frais d'agence Tel 05.94.25.62.25 ViLLégiaTUre MoNTAGNE saVoie : CHaLeT 120m2 Village nature 1 400 m ALTITUDE Calme. 1 000 € la quinzaine à partir du 17/08. TeL : 06 78 99 25 40 Profession Coiffeur un métier d’avenir ! Formul’A vous propose des formations de : CAP en 1 ou 2 ans BP en 1 ou 2 ans Nos conseillers en formations se feront un plaisir de vous renseigner au 01.53.20.45.52 ou 01.53.20.45.59 Je désire recevoir une documentation sur ǢǢ Le CAP ǢǢ Le BP Nom : ................................................ Prénom : ..................................... Adresse : .................................................................................................. CP/Ville : ......... Tél : ............................... Port :...................................... E-mail : ..................................................................................................... Pour de plus amples renseignements retournez ce coupon à : Formul’A - Réf. SE - 105 boulevard Magenta - 75010 Paris La reproduction de nos petites annonces est interdite MESSAGES pERSoNNELS Libellule, Rêver et vivre la vie, vraiment ensemble. Papillon Mon beau Mr X, mon cœur bat pour vous et votre absence n'y change rien. Plonger dans vos yeux et ne plus remonter... ÉTRANGER VENISE Rialto - Apt 2/3p clair confort clim vue - 100E/nuit 06.86.70.22.91 VENISE et ses plages du lido, loue standing appt 80m2, 100 m place St Marc Tél : 06.70.04.71.44 VenTe maison IMMEUBLES (11) Urgent particulier vend immeuble 160 m2 sur niveaux, situé au centre de Port la Nouvelle, donnant sur le port de plaisance au coeur du village. L'immeuble est composé de 4 appartements : 2 studios de 20 m2 1 t2 de 48 m2 1 t3 de 50 m2 tous déja loués à l'année et récemment rénovés (plomberie, électricité, toiture, peinture...) Prix : 199 000 € GES : D - Classe énergie : E AGENCES S'ABSTENIR scimex@hotmail.fr Tél. 06.09.27.63.60 Pour vos annonces immobilières dans Professionnels, contactez-nous au 01 40 10 51 24, Particuliers au 01 40 10 51 66 immo-libe@amaurymedias.fr LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 ANNONCES • 15
  • 23. Le sprinteur jamaïcain a remporté son deuxième titre mondial sur 100 mètres, hier, sous la pluie moscovite. ParALAINMERCIER EnvoyéspécialàMoscou de sortir un parapluie. Mais un souffle a parcouru le public. La foudre dans les cieux, la foudre sur la piste. Un éclair moins fugace, habillé de jaune et sur- nommé «Lightning Bolt». Le reste se raconte en peu de mots, d’une traite, sans ponc- tuation. Usain Bolt glisse sa sil- houette dans le cinquième couloir. Au centre de la piste. A sa place. Fidèle à son image, il laisse sa concentration se cacher sous un manteau d’exubérance. Les autres finalistes roulent des méca- niques, sauf Christophe Lemaitre, le seul Français de la course, moins at- tendu que Jimmy Vicaut (éliminé en de- mie), mais un chouïa plus consistant. FREIN À MAIN. Le Savoyard ne bouge pas d’un cil. Les yeux fermés, il respire un grand coup, comme pour s’impré- gner de l’odeur d’une soirée où il n’était Boltl’éponge Usain Bolt (9’’77) a devancé l’Américain Justin Gatlin (9’’85) et le Jamaïcain Nesta Carter (9’’95). PHOTO KAI PFAFFENBACH. REUTERS C urieux présage. A Moscou, hier soir, un éclair a déchiré le ciel au-dessus du stade Loujniki, quelques mi- nutes seulement avant la finale du 100 m masculin. Les sprinteurs l’ont-ils vu? Usain Bolt oui qui, dans les starts, en toute décontraction, fit mine RÉCIT LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 201316 • SPORTS
  • 24. La Néo-Zélandaise de 1,93 mètre est l’archifavorite d’une épreuve qu’elle domine de la tête et des épaules. Valerie Adams avance à poids de géant E conome, Valerie Adams. En gestes. Et plus encore en temps. Hier matin, elle n’a pas passé plus d’une heure dans le stade Loujniki pour les qualifications du lancer du poids. Un échauffement soigné, puis un jet solide, mesuré à 19,89 mètres. Sans un regard sur le reste du concours, la Néo- Zélandaise de 28 ans, véritable géante d’un sport qu’elle écrase sans partage depuis une demi- douzaine d’années, a ensuite rangé ses chaussures de lanceuse au fond de son sac. Puis, elle a quitté le terrain. En zone mixte, elle a répondu d’un regard de tueuse aux quelques audacieux ayant osé lui réclamer un com- mentaire, avant de s’engouffrer sans un mot dans le minibus la ramenant à l’hôtel. Pétanque. Il faudra attendre la finale d’aujourd’hui (18h25) pour en savoir un peu plus long sur le fond de sa pensée. Elle était déjà en route que ses rivales bataillaient encore avec leur en- gin pour en finir de ces qualifi- cations. Sa stratégie ne fait pas dans la nuance: «Tout déchirer d’entrée.» Tuer le concours au premier essai. Puis attendre la suite. Ces six dernières an- nées, la méthode a payé. Valerie Adams a décroché trois titres mondiaux (2007, 2009 et 2011), plus deux médailles d’or olym- piques (2008 et 2012). Sa série de victoires consécutives vient de dépasser la ligne des quarante. «Parfois, il m’arrive de regretter de ne pas être un peu plus poussée par la concurrence, concède-t- elle. Je pourrais peut-être lancer un peu plus loin.» La dernière adversaire à s’être risquée à bousculer sa belle assu- rance, la Biélorusse Nadzeya Os- tapchuk, purge une peine de suspension pour un contrôle po- sitif à la méténolone, un stéroïde anabolisant. A l’observer rouler son poids de 4 kilos dans la paume de sa main, comme s’il s’agissait d’une vul- gaire boule de pétan- que, on la croirait fa- cilement née pour être lanceuse. Valerie Adams mesure 1,93m. «L’héré- dité», résume-t-elle. Sa mère, originairedesTonga,aujourd’hui disparue, avouait 1,82m. Son père, un Anglais, culmine lui à 2,08m. Son poids? Les derniers effrontés à l’avoir interrogée sur la question ne s’y risqueront plus. Sa fiche précise 122kg. Mais son coach, le Suisse Jean-Pierre Egger, raconte: «Quand elle a quitté la Nouvelle-Zélande pour venir s’entraîner avec moi, à Ma- colin, elle sortait d’une période dif- ficile. Elle s’était un peu laissée al- ler, jusqu’à atteindre 135kg. Sa masse grasse étouffait son explosi- vité.» Le lancer du poids occupe toute sa vie. Elle n’en fait pas mystère, avouant d’une voix lisse avoir construit toute son existence autour de cette disci- pline. Depuis deux ans, elle passe le plus clair de son temps en Suisse, loin de sa famille. Elle y habite un appartement austère et s’y connaît peu d’amis. «Je mange, je dors, je lance», dit- elle. Un sacerdoce. Conquêtes. Mais la jeune femme s’en contente. Et expli- que: «Je sais le prix des choses. La vie s’est chargée de me l’ap- prendre.» Valerie Adams a grandi avec sa mère, Lilika, dans un quartier difficile d’Auckland. Son père, un ancien militaire, les a aban- données très tôt pour poursuivre ses con- quêtes. «J’ai vingt frères et sœurs», abrège-t-elle. L’un deux, Steven, a été drafté en juin pour faire carrière en NBA (le championnat nord- américain de basket), sous les couleurs d’Oklahoma City. A la mort de sa mère, en sep- tembre 2000, l’adolescente se cherche un toit et un sens à don- ner à son existence. Elle habite un temps dans un centre pour orphelins. Puis découvre l’ath- létisme, par hasard, à la suite d’une rencontre avec une an- cienne lanceuse néo-zélandaise devenue entraîneur. Trois ans plus tard, elle comprend qu’elle a trouvé sa voie en montant sur le podium pour recevoir la mé- daille d’or des championnats du monde cadets. En se posant à Moscou, la semaine passée, Va- lerie Adams a avoué à la presse de son pays que son statut de grandissime favorite lui pesait un peu sur les épaules. «Je res- sens une certaine pression», a-t- elle glissé. Ses rivales n’en ont pas cru un mot. A.M. (à Moscou) LaFrançaisede34ansapporteauxBleusleurpremièremédaille. AvecMélanieRobert-Michon, ledisquedure L’ attente n’altère pas l’émotion. Elle lui donne un surplus d’épaisseur. La Française Mélina Robert-Michon a noyé sous les larmes, hier soir, sa médaille d’argent du lancer du disque. Un sanglot de débutante pour une athlète dont le nom avait fini, avec le temps, par quitter les rangs des candidats à la lumière. La Lyonnaise a fêté ses 34 ans le mois dernier. En 2009, elle a mis son maillot au clou pour donner naissance à une fille, Elyssa. Elle ne regarde plus trop vers l’avenir, de peur de ne pas s’y trouver. Jusqu’à hier soir, elle appartenait au passé. Mais un concours de rêve a brisé les idées toutes faites. A son troisième essai, un jet à 65,13m a glissé la Française presque par effraction à la deuxième place provisoire. A son 6e et dernier, elle a enfoncé le clou: 66,28m, nouveau record de France. Sandra Perkovic, la Croate, une «gamine» de 23 ans, a fait main basse sur l’or. Robert-Michon a saisi la mé- daille d’argent avec des gestes mal assurés. Faute d’habitude. «Quand je parlais d’un podium, tout le monde rigolait», glisse-t-elle à sa sortie du terrain. Sa longévité,l’athlète l’explique avec des mots simples. «J’ai la chance d’être bien entourée, par des entraîneurs et un préparateur physique qui m’ont amenée où j’en suis sans être arrêtée par les blessures. Et la naissance de ma fille m’a permis de souffler. Sans elle, je n’en serais pas là.» A attendre de voir son nom enfin appelé pour une cérémonie de po- dium, elle a appris à déjouer les pièges des con- cours. «Je ne panique plus après un premier essai raté, dit-elle, je sais qu’il en reste au moins deux autres.» La patience a payé. Il était temps. A.M. (à Moscou) pas vraiment invité. Au moment des présentations, une couleur domine. Le jaune. Sur les huit finalistes, quatre portent le maillot de la Jamaïque: Usain Bolt, Nesta Carter, Kemar Bailey-Cole, Nickel Ashmeade. Et le tenant du titre, Yohan Blake, Jamaïcain lui aussi, n’a pas fait le voyage pour cause de bles- sure. Le sprint n’est plus tout à fait universel. Départ. Bolt se relève. Trois foulées, puis cinq. La course se lance à peine: elle est terminée. A sa gauche, l’Améri- cain Justin Gatlin s’accroche comme un damné à l’illusion d’un miracle. Il ré- siste. S’obstine. A 30 mètres de la ligne, le stade ne sait plus trop si Gatlin s’est mis en surrégime ou si Bolt a oublié le frein à main. Le doute ne dure pas. Le Jamaïcain pousse un peu plus fort sur les bras. L’Américain cède. Normal. En 9’’77, Usain Bolt reprend un titre mondial du 100 mètres qu’il avait laissé filé deux ans plus tôt, à Daegu, par une lourde soirée sud-coréenne, à cause d’un faux départ aussi stupide qu’inat- tendu. Personne n’y trouve à redire, ni sur la piste ni plus haut, dans des tribu- nes trop mal remplies. Le 100 mètres est sa chose. MIMIQUES. Et le Jamaïcain aime l’expli- quer avec des airs studieux: «L’am- biance des grands championnats me transcende. Quand j’entre dans le stade, je me sens dans un état différent, prêt à aller vraiment vite.» La victoire l’ac- cueille sans surprise. Elle vient enrichir une collection où s’entassent désormais six médailles d’or olympiques et autant aux championnats du monde. Mais le chrono le laisse amer. «Même si je suis heureux, je voulais faire mieux, concède- t-il. Après la demi-finale, mes jambes étaient un peu dures. Je ne sais pas pour- quoi, mais c’est ainsi. Ce soir, le record du monde n’était pas de la partie. Mais je me suis battu pour aller chercher la victoire. En Jamaïque, les gens n’attendent rien de moins, ils veulent que je domine. Je ne pouvais pas les décevoir.» Puis, Bolt a re- pris ses mimiques de clown et entrepris de divertir l’assistance. «Une revanche sur Daegu? Non, pourquoi? Daegu, je n’y penserais plus si vous n’étiez pas tout le temps en train de me parler de mon faux départ! C’est sûr, le temps aurait pu être meilleur. Mais avec cette pluie, c’était dif- ficile. Ce soir, ce n’était pas Chantons sous la pluie, mais plutôt “Courons sous la pluie!”» Dans son ombre, Justin Gatlin ébauche un sourire. L’Américain ne se plaint pas de sa médaille d’argent. Il en apprécie la valeur, certain de n’avoir tout bête- ment pas les jambes, le talent et l’aura pour la changer en or. «Je crois que j’étais un peu trop nerveux, dit-il. Du coup, je me suis laissé gagner par un trop plein d’excitation. Et j’ai raté ma course sur les 30 derniers mètres.» Christophe Lemaitre n’a pas eu le temps de se demander si sa 7e place, en 10’’06, marquait son retour en grâce après une saison chaotique, ou plus tristement l’évidence d’un recul dans la hiérarchie planétaire. Le Français a quitté le stade Loujniki sur une civière, avant d’être emmené vers son hôtel en ambulance. En cause, une violente douleur ressentie à la jambe droite sitôt l’arrivée franchie. Pierre Carraz, son coach, n’en faisait pas mystère hier soir: «Il ne faut pas rêver, c’est cuit pour la suite des championnats.»• LES PODIUMS Femmes w 10000m 1. Dibaba (ETH), 2. Cherono (KEN), 3. Oljira (ETH) w Marathon 1. Kiplagat (KEN), 2. Straneo (ITA), 3. Fukushi (JAP) w Disque 1. Perkovic (CRO), 2. Robert­Michon (FRA), 3. Barrios (CUB) w Longueur 1. Reese (É.­U.), 2. Okagbaré (NIG), 3. Spanovic (SER) Hommes w 100m 1. Bolt (JAM), 2. Gatlin (É.­U.), 3. Carter (JAM) w 10000m 1. Farah (G­B), 2. Jellan (ÉTH), 3. Tanui (KEN) w Décathlon 1. Eaton (É.­U.), 2. Schrader (ALL), 3. Warner (CAN) w 20km marche 1. Ivanov (RUS), 2. Chen (CHI), 3. Lopez (ESP) REPÈRES 4e C’est le classement du décathlonien français Kevin Mayer (21 ans), plombé par un concours de poids raté samedi, avant de signer une seconde journée de feu hier, en battant quatre (!) records personnels. AP MO FARAH CHAMPION DU 10000 Le Britannique d’origine soma­ lienne Mo Farah a remporté samedi le titre qui lui manquait, celui de champion du monde du 10000 mètres, en 27’21’’71, aux dépens de l’Ethiopien Ibrahim Jeilan (27’22”23) et du Kényan Paul Tanui (27’22”61). Contrairement à ses deux courses remportées l’an passé sur 5000m et 10000m aux JO de Londres, Farah n’a pas tout écrasé, manœuvrant durant une course lente à l’issue de laquelle il fit parler une pointe de vitesse incompa­ rable sur la distance: il détient le record d’Europe du 1500m, avec 3’28’’81. Pas de quoi faire taire cependant les doutes sur ses spectaculaires progrès. AFP LES FINALES DU JOUR w 110 mètres haies hommes 19h30. w Perche hommes 17 heures. w Marteau hommes 18h30. w 100 mètres femmes 19h50. w 400 mètres femmes 19h15. w Poids femmes 18h25. w Heptathlon (1re journée). LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 • 17
  • 25. ESCRIME Les Français ont raté leur compétition en individuel, se rattrapant un peu lors des épreuves collectives. LamesenpeinedesBleus auxMondiauxdeBudapest L es championnats du monde d’escrime de Budapest s’achève- ront aujourd’hui avec deux épreuves par équipe ; le fleuret homme et le sabre femme. Bilan d’étape. Les Bleus La compétition par équipe à la rescousse Incapable de placer le moin- dre escrimeur dans un quart de finale, quelle que soit l’arme, le camp tricolore s’est refait dans les compéti- tions par équipe. Les filles du fleuret ont ouvert la voie sa- medi: si Corinne Maitrejean, Anita Blaze, Astrid Guyart et Ysaora Thibus n’ont pas existé en finale contre les in- vincibles Italiennes (18-45), la victoire contre les Russes en demie (45-42) fut le meilleur moment de la se- maine tricolore. Logique aussi: cinq finales en Coupe du monde (dont une vic- toire) et une deuxième place aux championnats d’Europe en juin. La Française Corinne Maitrejean se réjouit: «Vice- championnes du monde, on ne l’avait jamais fait. Ça reste extraordinaire», surtout der- rière des Italiennes hors- concours. Dans l’Equipe, le directeur technique natio- nal de l’escrime, Christian Peeters, y a vu «la première pierre d’une reconstruction» ou la conclusion heureuse d’une saison «chaotique où tout était focalisé sur les élec- tions fédérales». Hier, Ulrich Robeiri, Alexan- dre Blaszyck, Ivan Trevejo et Daniel Jérent ont décroché la médaille de bronze à l’épée en s’imposant face à la Polo- gne (45-35). Celle-là a un goût particulier, l’écho loin- tain d’une gloire passée, comme la lumière d’une étoile morte qui continue à briller dans l’espace: les frè- res Fabrice et Jérôme Jeannet ont longtemps régné sur la discipline, le titre mondial ayant été la possession du camp français entre 2005 et 2011. L’homme Christian Bauer Encore lui! Viré en 2001 par la direction technique natio- nale française, Christian Bauer a été, depuis, l’homme lige de bon nombre de succès olympiques ou mondiaux de sabreurs de tous horizons. Un banco pour les Russes à Budapest: or (Veniamin Reshetnikov) et argent (Ni- colay Kovalev) chez les gar- çons, argent (Ekaterina Diat- chenko) chez les filles et l’or par équipe dans la compéti- tion masculine. Bauer a pris la Russie en main en 2010: treize médailles olympiques ou mondiales plus tard, il fait figure d’homme providen- tiel. Avant ça, le coach stras- bourgeois avait déjà connu la consécration avec l’Italie et la Chine : l’or au sabre pour Aldo Montano aux Jeux d’Athènes en 2004 et pour Zhong Man lors des JO de Pékin en 2008. Des succès à répétition qui avaient permis à Bauer d’ac- cumuler de plein droit les critiques sur les choix de la fédération française au fil de l’effondrement des tricolores lors des grands champion- nats. Il n’y a en principe aucune chance que Bauer ne prenne le chemin du retour: on explique en France qu’il est désormais «trop cher» et qu’il est bien là où il est, pro- longeant même sa collabo- ration avec la Russie jus- qu’en 2017. L’histoire Razzia estonienne sur l’épée Jeudi restera comme le jour de gloire du sport estonien avec un doublé historique à l’épée, une gageure pour un pays de 1,3 million d’habitants. Passe encore pour l’immense –il mesure 1,91m– Nikolay Novosjolov chez les hommes, vainqueur en finale (15-7) du Vénézué- lien Ruben Limardo Gascon, champion olympique en titre et symbole de la mondialisa- tion galopante de l’escrime: tout de même numéro 5 au classement international, Novosjolov a eu à Budapest un de ces états de grâce dont rêvent les escrimeurs à l’ap- proche des grandes compéti- tions, «gardant toujours un temps d’avance tactique sur ses adversaires», selon son entraîneur. C’est la victoire une demi- heure plus tard de sa compa- triote Julia Beljajeva qui a surpris: encore junior l’an passé (elle n’a que 21 ans) et sans référence avant ces Mondiaux, la native de Tartu, 64e mondiale, a sorti les nu- méros 1 et 2 mondiales à Bu- dapest, s’imposant d’une touche (15-14) lors d’une fi- nale à suspense. «Elle a fait ce qu’elle devait faire avec tranquillité, a déclaré son coach. Elle n’a pas toujours été brillante mais elle a attendu son heure. Elle ne craint per- sonne. Elle est dure.» STÉPHANIE ROSCOP Hier, à Budapest, la France a décroché le bronze à l’épée en s’imposant face à la Pologne (45­35). PHOTO IMRE FOLDI. AP Vendredi Montpellier­Paris­SG: 1­1 Pour Montpellier: Cabella (10e) Pour Paris­SG: Maxwell (60e) Samedi Evian TG­Sochaux: 1­1 Pour Evian TG: Ehret (4e). Pour Sochaux: Contout (54e) Lille­Lorient: 1­0 Pour Lille: Origi (13e) Valenciennes­Toulouse: 3­0 Pour Valenciennes: Melikson (37e s.p.), Saez (52e), Pujol (93e) Nantes­Bastia: 2­0 Pour Nantes: Fjordjevic (23e), Palmieri (91e c.s.c.) Bordeaux­Monaco: 0­2 Pour Monaco: Rivière (82e), Falcao (87e) Lyon­Nice: 4­0 Pour Lyon: Lacazette (13e, 69e), Grenier (55e), Gourcuff (92e) Rennes­Reims: 2­1 Pour Rennes: Pajot (9e), Erding (84e) Pour Reims: Krychowiak (45e+1) Dimanche Ajaccio­Saint­Etienne: 0­1 Pour Saint­Etienne: Brandao (34e) Guingamp­Marseille: non parvenu Programme de la 2e journée Vendredi 16 août. A 20h30: Sochaux­Lyon. Samedi 17 août. A 17 heures: Marseille­Evian TG. A 20 heures: Nice­Rennes, Toulouse­Bordeaux, Saint­Etienne­Guingamp, Reims­Lille, Bastia­Valenciennes. Dimanche 18 août. A 14 heures: Mo­ naco­Montpellier. A 17 heures: Lorient­ Nantes. A 21 heures: Paris­SG­Ajaccio. LA 1re JOURNÉE DE L1 Le classement 1/38 journées POINTS JOUÉS GAGNÉS NULS PERDUS MARQ. ENC. DIFF. 1 Lyon 3 1 1 0 0 4 0 4 2 Valenciennes 3 1 1 0 0 3 0 3 3 Monaco 3 1 1 0 0 2 0 2 4 Nantes 3 1 1 0 0 2 0 2 5 Rennes 3 1 1 0 0 2 1 1 6 Lille 3 1 1 0 0 1 0 1 7 Saint­Etienne 3 1 1 0 0 1 0 1 8 Evian TG 1 1 0 1 0 1 1 0 9 Paris­SG 1 1 0 1 0 1 1 0 10 Sochaux 1 1 0 1 0 1 1 0 11 Montpellier 1 1 0 1 0 1 1 0 12 Guingamp 0 0 0 0 0 0 0 0 13 Marseille 0 0 0 0 0 0 0 0 14 Reims 0 1 0 0 1 1 2 ­1 15 Ajaccio 0 1 0 0 1 0 1 ­1 16 Lorient 0 1 0 0 1 0 1 ­1 17 Bordeaux 0 1 0 0 1 0 2 ­2 18 Bastia 0 1 0 0 1 0 2 ­2 19 Toulouse 0 1 0 0 1 0 3 ­3 20 Nice 0 1 0 0 1 0 4 ­4 On a suffisamment vu des joueurs formés en Ligue 1 par­ tir s’enterrer sportivement contre d’énormes salaires pour saluer la démarche de l’ex­Stéphanois Pierre­Emerick Aubameyang, attaquant, 24 ans et 19 buts avec les Verts l’an passé. Non content de signer en juin à Dortmund, vice­champion d’Europe où l’on imagine la concurrence interne sauvage, le Franco­Gabonais a marqué trois buts samedi lors de la victoire (4­0) de son équipe à Augs­ bourg pour le compte de la 1re journée du championnat allemand. Et il a parlé plaisir dans l’Equipe: «Les ballons arrivent tout le temps, avec une énorme densité dans le jeu, c’est vraiment un autre rythme qu’en L1…» PHOTO AP L’ANCIEN STÉPHANOIS AUBAMEYANG FLAMBE EN ALLEMAGNE LES GENS VOILE Le défi italien Luna Rossa s’est qualifié pour la finale de la Coupe Louis-Vuitton en battant Ar- temis Racing, le défi suédois, samedi à San Francisco. La finale aura lieu du 17 au 30 août face à Emirates Team New Zealand, le vainqueur disputant la Coupe de l’America contre Oracle à partir du 7 septembre. FOOT Manchester United a remporté (2-0) contre Wigan le Community Shield, match opposant rituellement en début de saison le vainqueur du championnat anglais pré- cédent à celui de la Cup. Face à une équipe de Wigan relé- gué en L2 la saison passée, MU n’a pas brillé, devant son salut à deux buts du Néerlan- dais Robin Van Persie. «En raison du renforcement d’équipes comme le Racing Métro, Toulon ou le Stade français, ce sera plus tendu pour nous. On est outsider. Ce n’est pas plus mal qu’on soit plus dans l’anonymat.» Jean­BaptisteElissaldeentraîneurdesarrièresduStade toulousain.LeTop14reprendvendredi LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 201318 • SPORTS
  • 26. JEUX-METEO LIBÉRATION, LUNDI 12 AOÛT 2013 ECRAN&MEDIAS 19 LIBÉRATION www.liberation.fr 11,rueBéranger75154Paris cedex03 Tél.:0142761789 Editépar laSARL Libération SARLaucapital de 8726182€. 11,rueBéranger,75003Paris RCSParis:382.028.199 Durée:50ansàcompter du3juin1991. Cogérants NicolasDemorand PhilippeNicolas Associéeunique SAInvestissementsPresse aucapitalde18098355€. Directoire NicolasDemorand PhilippeNicolas Directeurdelapublication NicolasDemorand Directeurdelarédaction FabriceRousselot Directeursadjoints delarédaction StéphanieAubert SylvainBourmeau EricDecouty FrançoisSergent AlexandraSchwartzbrod Directriceadjointe delarédaction, chargéedumagazine BéatriceVallaeys Rédacteursenchef ChristopheBoulard (technique) GérardLefort Françoise-MarieSantucci (Next) Directeursartistiques AlainBlaise MartinLeChevallier Rédacteursenchefadjoints MichelBecquembois (édition) JackyDurand(société) OlivierCostemalle etRichardPoirot (éditionsélectroniques) Jean-ChristopheFéraud (éco-futur) LucPeillon(économie) NathalieRaulin(politique) MinaRouabah(photo) MarcSemo(monde) Bayon(culture) SibylleVincendon et FabriceDrouzy(spéciaux) PascalVirot(politique) Directeuradministratif etfinancier ChloéNicolas Directricede la communication ElisabethLaborde Directeurcommercial PhilippeVergnaud diffusion@liberation.fr Directeurdu développement PierreHivernat ABONNEMENTS Marie-PierreLamotte 0344625208 sceabo@liberation.fr abonnements.liberation.fr Tarifabonnement1an Francemétropolitaine:371€. 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Q MOT CARRÉ 6 5 1 4 9 8 3 2 7 2 7 9 5 3 6 4 1 8 3 4 8 1 2 7 5 9 6 9 8 5 6 1 3 2 7 4 1 6 7 2 4 5 9 8 3 4 2 3 7 8 9 1 6 5 7 3 6 9 5 1 8 4 2 5 9 2 8 6 4 7 3 1 8 1 4 3 7 2 6 5 9 E R O S D N U I C I N C U E O D R S S U D R C I O E N N C R E U D S O I O I E N R S C D U U D S O I C R N E D E N C O U I S R C S I D N R E U O R O U I S E N C D Strasbourg Dijon Lyon Toulouse Bordeaux Orléans Nantes Caen Brest Lille Paris Montpellier Marseille Strasbourg Dijon Lyon Toulouse Bordeaux Orléans Nantes Caen Brest Lille Paris Montpellier Marseille Nice Nice Strasbourg Dijon Lyon Toulouse Bordeaux Limoges Orléans Nantes Caen Brest Lille Paris Montpellier Marseille Nice Ajaccio NuageuxSoleil Couvert Faible Modéré Fort Calme Peu agitée AgitéeAverses Pluie Éclaircies Orage 1 m/17º LLEE MMAATTIINN Des passages nuageux sont présents sur la moitié nord du pays en le traversant d’ouest en est. Un soleil toujours présent sur le sud. LL’’AAPPRRÈÈSS--MMIIDDII Temps agréable, avec une chaleur sans excès et de rares orages en montagne. Températures de saison. -10°/0° 1°/5° 6°/10° 11°/15° 16°/20° 21°/25° 26°/30° 31°/35° 36°/40° FRANCE MIN/MAX Lille Caen Brest Nantes Paris Nice Strasbourg FRANCE MIN/MAX Dijon Lyon Bordeaux Ajaccio Toulouse Montpellier Marseille SÉLECTION MIN/MAX Alger Bruxelles Jérusalem Londres Berlin Madrid New York Neige 0,6 m/17º 0,3 m/24º 0,3 m/26º 0,3 m/26º LUNDI Peu d'évolution, journée calme et assez ensoleillée. Quelques orages possibles sur les régions méridionales en soirée. MARDI Conditions anticycloniques favorisant un temps généralement parfaitement bien ensoleillé. MERCREDI 0,1 m/26° 0,3 m/18º 15/22 15/27 15/26 22/29 14/28 16/32 18/30 21/28 11/21 18/31 12/21 12/25 18/37 16/28 10/21 12/17 12/19 9/23 11/23 22/29 15/22 0,3 m/17º 0,1 m/17º 0,3 m/24º 0,3 m/21º 0,3 m/26º 0,6 m/17º 0,6 m/17º 0,3 m/24º 0,1 m/21º 0,3 m/21º 0491270116 Téléchargez gratuitement l’application ePresse.fr sur *Prix de l’abonnement mensuel, sanssans engageen ment. À choisic r parmi les sélections d’ePresse. Voir conditionsditions sur ePresse.fr. © La petite agence dans la prairieieie - CrédiCrCCC ts photos : Thinkstonks ck. - RCS Paris B 529B 5 127 748. Vos magazines vos journaux voyagent avec vous ! et Forfait spécial été Vos magazines vos journaux t ! et Vos magazines Forfait spécial été journaux & magazines 10€* 15 A LA TELE CE SOIR 20h50.Lesexperts: Miami. Sérieaméricaine: Unevéritéédulcorée, Lamaisondessecrets, Lecontrat, Transfertàhautrisque. AvecDavidCaruso, EmilyProcter. 23h55.Forgotten. LeRéseau-Identité, Àpileouface. Série. 1h45.Reportages. Magazine. 20h45.Meurtres auparadis. Sérieaméricaine: Relookingextrême, Lesecretdupirate, Fauxsemblants. AvecBenMiller,Sara Martins. 23h40.Private practice. L’enfantroi, Quelquechosedoit changer. Série. 1h10.Auclairdelalune. 20h45.Mademoiselle. Comédiedramatique françaisedePhilippe Lioret,85mn,2000. AvecSandrine Bonnaire, JacquesGamblin. 22h05.Soir3. 22h30.Ladilettante. Comédiefrançaisede PascalThomas,118mn, 1998. AvecCatherineFrot. 0h30.Quatreidoles danslevent. 20h55.Engrenages. Sériefrançaise: Épisodes9&10. AvecCarolineProust, GregoryFitoussi. 22h40.Spécial investigation. Vousreprendrezbien duclone? Documentaire présentépar StéphaneHaumant. 23h30.L’œildelinks. 0h00.Lacliniquede l’amour. 20h50.Lamenace. Dramefranco- cananadiend’Alain Corneau,110mn,1977 AvecYvesMontand, CaroleLaure. 22h30.Lesparapluies deCherbourg. Comédiemusicalede JacquesDemy,91mn, 1964. AvecCatherine Deneuve,Nino Castelnuovo. 0h35.Médéemiracle. 20h50.L’amour estdanslepré. Télé-réalitéprésenté parKarineLe Marchand. 23h10.Nouveaulook pourunenouvellevie. Spécialmariage: JérémyetJessica/ VirginieetÉlodie. Documentaire présentépar CristinaCordula. 1h45.Theunit: commandod’élite. 20h45.Simple. Téléfilmd’Ivan Calbérac. AvecBastienBouillon, JulienDrion. 22h15.Pasdepanique. TéléfilmdeDenis Rabaglia. AvecFrédéric Diefenthal,Roland Giraud. 23h45.Leschevaliers duFiel. Repasdefamille. Spectacle. 20h40.Saletemps pourlaplanète. République Dominicaine- Lespectrehaïtien. Documentaire. 21h30.Vusurterre. Rajasthan. Documentaire. 22h25.Cdansl’air. Magazine. 23h30.Avisdesorties. 23h40. SuperstructuresSOS. Documentaire. 20h40.Cadfael. Téléfilmbritannique: L’apprentidudiable, Traficdereliques, Lemoineaudu sanctuaire. AvecDerekJacobi, SeanPertwee. 0h35. BruceLee: l’épopéedudragon. Documentaire. 2h05. Programmes denuit. 20h50.Ultime convoyeur. Canada, Mongolie, Australie-Parties1&2. Documentaire. 0h15.Strikeback- LeprojetAurore. Budapest-Parties1&2. Série. 2h00.Pokernight. Jeu. 3h15.Programmesde nuit. 20h45.Lamaison assassinée. Dramefrançaisde GeorgesLautner, 110mn,1987. AvecPatrickBruel, AnneBrochet. 22h25.Lepacha. Policierfrançaisde GeorgesLautner, 90mn,1969 AvecJeanGabin, DanyCarrel. 23h55.Madolaniçoise. Spectacle. 20h50.Astérix etlesindiens. Filmd’animation françaisdeGerhard Hahn,85mn,1995. 22h15.Lesdouze travauxd’astérix. Filmd’animation franco-belgedeRené Goscinny, Albert Uderzo, HenriGruelet PierreWatrin,82mn, 1976. 23h50.Medium. Série. 20h45.FabienCosma. Téléfilmfrançais: Graindesable. AvecLouis-Karim Nébati,PierreVaneck. 22h25.FabienCosma. Sansraisonapparente. Téléfilm. 23h55.LesParent. Cash-Cash, C’estpastoujoursdu cadeau. Série. 0h45.Ilssontfousces humains. 20h50.Enquête d’actualité. Businessetfiesta: lafoliedelaCôte d’Azur. Documentaire. 22h25.Enquête d’actualité. Soleil,funetbig business:ilsmisent toutsurl’été. Documentaire. 0h25.Quartier général. 20h45.Unefemme siparfaite. TéléfilmdeBernard Uzan. AvecVéronique Genest,Philippe Caroit. 22h20.Obèses:perte depoidsextrême. Mélissa. Documentaire. 23h55.Skinsparty: quandlafêten’aplus delimites. 20h50.Commissaire Moulin. Téléfilmfrançais: Passageprotégé AvecYvesRénier, ClémentMichu. 22h30.Commissaire Moulin. 36quaidesOmbres. Téléfilm. 0h05.Starstory. Reggaypride,âged’or, héritageetrévolution. Documentaire. TF1 ARTE M6 FRANCE 4 FRANCE 5 GULLIW9TMCPARIS 1ERE NRJ12 D8 NT1 D17 FRANCE 2 FRANCE 3 CANAL + Miami. Sérieaméricaine: Unevéritéédulcorée, Lamaisondessecrets, Lecontrat, Transfertàhautrisque. AvecDavidCaruso, EmilyProcter. 23h55.Forgotten. LeRéseau-Identité, Àpileouface. Série. 1h45.Reportages. Magazine. auparadis. Sérieaméricaine: Relookingextrême, Lesecretdupirate, Fauxsemblants. AvecBenMiller,Sara Martins. 23h40.Private practice. L’enfantroi, Quelquechosedoit changer. Série. 1h10.Auclairdelalune. Comédiedramatique françaisedePhilippe Lioret,85mn,2000. AvecSandrine Bonnaire, JacquesGamblin. 22h05.Soir3. 22h30.Ladilettante. 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ARTE M6 FRANCE 4 FRANCE 5 GULLIW9TMCPARIS 1ERE NRJ12 D8 NT1 D17 meteo du 12:LIBE09 11/08/13 12:22 Page1
  • 27. J’ avais 6 ans lorsque je suis allée pour la première fois dans un aéroport pour y accueillir un oncle qui revenait à Saigon après deux ans d’études supé- rieures en Iowa. A cette époque, les passagers se rendaient à l’aérogare en marchant directement sur le tarmac. Nous devions être une tren- taine de la famille à le regarder descen- dre de l’avion en enfant prodige avec ses pantalons aux rebords retenus par des dizaines d’agrafes qui brillaient sous le soleil, le rendant presque magique. En 2012, près de 95,5 millions de pas- sagers ont transité par les couloirs de l’aéroport Hartsfield-Jackson à Atlanta aux Etats-Unis. Beijing arrive au deuxième rang en ayant accueilli les milliards de pas de ses 85 millions de voyageurs dans sa structure gigantesque en forme de dragon au toit aérodyna- mique. A Copenhague, du bois franc recouvre le plancher de l’aérogare depuis une cinquantaine d’années et des tableaux ornent les murs, rem- plaçant les panneaux publicitaires, annonçant ainsi les rues bondées de bicyclettes et les eaux dépolluées des ports pour la baignade des citadins. Sur le Web, des vidéos montrent un ter- rain de golf au milieu de deux pistes d’atterrissage à Bangkok en Thaïlande, ves- tige d’une autre époque et pro- bablement l’il- lustrationd’une culture où on ne questionne pas les ac- commodements et les compromis exi- gés par la cohabitation. Chaque aéroport porte et raconte une histoire qui lui est propre. Cependant, puisque leur rôle premier consiste à être parfaitement fonctionnels et efficaces, ils finissent par se ressembler comme les gouttes d’eau d’une même rivière. Peu importe le continent sur lequel nous nous trouvons, peu importe la langue nationale de ces lieux, les haut-parleurs projettent les mêmes sons en bruit de fonddansunjargonparticulierquenous qualifions d’international. Les annonces publiques traversent l’espace sans ac- crocher les oreilles des passagers, qu’ils soient solitaires ou accompagnés. De même, sur les tableaux, nous cher- chons des codes, des séries de sym- boles : «AF389 10 : 40 45 T2» que nous avons appris à saisir comme le morse. Alors, malgré la beauté gran- diose des lattes de bois qui tapissent l’immense plafond du terminal 2E de Roissy-Charles-de-Gaulle, malgré la sculpture géante en métal rouillé de Ri- chard Serra dans l’aire d’attente du Pearson à Toronto, malgré les dix mille plantes qui adoucissent le mur de 14 mètres de haut par 300 mètres de long à l’aéroport de Singapour, nous marchons presque tous à la même vitesse en tirant une valise sans obser- ver l’environnement qui nous entoure. Ces longs et larges couloirs qui ne tolè- rent pas l’errance hypnotisent et aveu- glent les voyageurs par leur effet directif et labyrinthique. Même les boutiques qui longent les murs ne réussissent pas toujours à nous distraire puisque d’un aéroport à l’autre, nous passons devant les mêmes enseignes, les mêmes pro- duits et étrangement, les mêmes ven- deurs. Ils arborent le même sourire des- siné pour nous asperger de gouttelettes de parfum et nous vendre des tee-shirts cousus par des mains dénuées de désirs dans des manufactures qui ne suppor- tent pas toujours le poids du travail ano- nyme.Cesmorceauxdevêtements,affi- chant fièrement et clairement l’identité nationale du pays visité, jouent pourtant le rôle premier des souvenirs. Ces espaces standardisés, impersonnels et de taille surhumaine nous permet- tent d’y être sans exister et dans mon cas, de redevenir invisible, presque sourde et muette comme la petite fille de 10 ans que j’étais à l’aéroport de Kuala Lumpur où je revoyais la lumière pour la première fois, après quatre mois passés dans un camp de réfugiés sans électricité. Dans ces zones interstices, je retrouve mon identité d’apatride Ces espaces impersonnels nous permettent d’y être sans exister et dans mon cas, de redevenir invisible… ParKIMTHÚY Ecrivaine québécoise d’origine vietnamienne.Elle quitteleVietnam aveclesboat peopleà10ans. VitàMontréal,et, aprèsavoirété traductrice interprète, avocate, restauratrice… elleseconsacre àl’écrituredepuis 2009. «Dans les aéroports, je redeviens l’apatride» Céline Boyer, artiste photographe, a invité des personnes d’origines différentes à témoigner sur leurs ancêtres, leurs racines. Avec le tracé cartographique de leurs origines projeté au creux de la main. Diogène, 26 ans, Rwanda: «En 1994, à 10 ans, j’ai vécu le génocide, j’ai perdu la majorité de ma famille et de mes proches. Depuis ce jour­là, j’ai commencé l’exode, d’un camp de réfugiés au Zaïre (devenu RDC) jusqu’à mon arrivée en France en 2004. Là, j’ai repris l’école car je ne savais pas parler le français. Fin 2009, j’ai réalisé mon premier court métrage intitulé “Coup 2 cœurs”.» EMPREINTES, ÉDITIONS PARENTHÈSES, 2009. RÉALISÉ À BESANÇON, AVEC LE SOUTIEN DU CONSEIL GÉNÉRAL DU DOUBS D’OÙ ÉCRIVEZ­VOUS? (11/16) C’est une forme d’indiscrétion doublée d’un grand respect. Demander à ceux qui commet­ tent fictions ou essais, écrivains, philosophes ou chercheurs, «d’où ils écrivent». Le lieu géo­ graphique bien sûr, les petits rituels d’auteur UN ÉTÉ AUX SOURCES DE L’ÉCRITURE mais aussi l’histoire personnelle qui infuse jusqu’au bout de la plume. Une manière d’approcher l’alchimie de l’écriture qui, toujours, intrigue et subjugue. LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 201320 • REBONDS
  • 28. d’alors, celle qui obéit, attend et ne questionne pas. Aujourd’hui, possédant un passeport valide, je pourrais demander pourquoi le hasard m’a choisie pour passer dans le scanner qui me dénude sans me dés- habiller, pourquoi deux avions à moitié vides partent presque à la même heure vers la même destination ou pourquoi personne ne répond à la vieille dame assise dans une chaise roulante garée à côté de la fontaine d’eau. Mais, je pré- fère me taire, car le silence transforme ces lieux en isoloirs. J’entre dans ces bulles détachées du quotidien, de la li- gnedutempspourcréerdetoutespièces des univers qui me permettent de jouer avec les gestes que j’ai volés en catimini au coin des rues et les frissons éphé- mères qui ont secoué le réel. Au rythme des décollages, les mots émergent des sillons de la mémoire pour donner un sens aux objets que je chéris, comme cette roche ramassée dans l’eau couleur jade de la Baie d’Along qui s’assoit de tout son poids sur la pile de feuilles pour les empêcher de s’envoler et du même souffle, de faire disparaître dans le vent souvenirs et tremblements. En phase avec la patience des voyageurs qui avancent sagement en serpentin entre les cordons de sécurité, les mots s’alignent pour former des phrases qui voguent et s’acheminent jusqu’au cœur en faisant des détours et par moments, des manœuvres inattendues et dange- reuses. Parfois, certaines phrases font perdre un battement de cils et certaines autres en ajoutent ou referment les pau- pières jusqu’au départ de l’avion… Ou jusqu’à ce que les yeux cessent de brû- ler. Je peux me permettre d’attendre la fin des vagues à l’âme ou de ne pas résister aux séismes émotifs puisque, assise au milieu de ces innombrables rangées de sièges, je ne suis jamais déchirée entre les rôles de mère, d’amie, d’épouse, d’enfant, de citoyenne, de femme… Dans l’uniformité de la scène des avions garés dans l’aérodrome der- rière les vitres, je flotte dans l’apesan- teur de ceux qui ne sont pas attendus. Je prolonge parfois cet état de détache- ment en m’attardant près des carrousels à l’arrivée pour donner le temps à une phrase de clore une idée. Je franchis toujours la porte de sortie avec appréhension parce que la marée de gens qui attendent impatiemment derrière les vitres givrées l’apparition de la silhouette de leurs proches redé- marre instantanément les aiguilles de la montre. Si j’étais à Saigon, il y aurait aussi des chauffeurs de taxi qui guettent les touristes étourdis et mal avisés. Par réflexe, mes jambes recommencent dès lors à courir, à suivre le pouls de Stock- holm, de Belgrade, de Varsovie, de Lon- dres, de Bucarest tout en oubliant le mien et celui des mots. Or, parfois, seu- lement parfois, les portes s’ouvrent sur des bras qui m’attrapent au vol, me soulèvent et me transportent directe- ment dans une autre bulle, celle où les lèvres scellées par un baiser arrêtent le temps de nouveau. Derniers ouvrages parus: «A toi», avec Pascal Janovjak; «Mãn», aux éditions Liana Levi, 2011 et 2013. Demain: Joël Pommerat Le crépuscule de Mme Merkel R este-t-il encore quel- ques billets d’opéra pour «le Crépuscule de Mme Merkel»? La règle d’or en politique étant que toute bonne action doit être sanctionnée, le rejet tant euro- péen que mondial de la merkel- économie doit être blessant pour une chancelière qui aura servi sa nation tout aussi bien que ses prédécesseurs de la CDU. A l’instar de Konrad Adenauer ou Helmut Kohl, Mme Merkel est susceptible de remporter un troisième mandat fédéral en septembre, mais à la diffé- rence des deux premiers et de Margaret Thatcher, l’autre grande dame de la politique européenne, elle aura le bon goût de quitter la chancellerie au moment de son choix plutôt que d’être éjectée par son pro- pre parti ou par les électeurs. Avec elle s’en ira aussi la vision étroite d’une orthodoxie éco- nomique soutenue par une Eu- rope en croissance zéro depuis le crash bancaire de 2008. Il est de bon ton de mettre la respon- sabilité du crash sur le dos des banquiers américains avides et des traders sans foi ni loi de la City. Les deux accusations sont vraies mais beaucoup de banques allemandes, suisses, françaises et toutes les banques de l’Union européenne ont pataugé dans les mêmes eaux troubles, tirant d’avantageux profits des produits dérivés, fonds spéculatifs et autres ins- truments financiers douteux du capitalisme casino. On ne peut pas accuser Mme Merkel d’avoir corrompu les finances publiques de quel- ques pays d’Europe du Sud, d’être responsable des bulles immobilières irlandaise ou espagnole ou du refus des gou- vernements grecs, de droite comme de gauche, de faire payer leurs contribuables. Elle ne préside pas non plus l’archipel des paradis fiscaux échappant au contrôle britan- nique et ce n’est pas non plus la faute de Mme Merkel si l’Alle- magne a des voisins comme la Suisse, le Luxembourg et le Liechtenstein susceptibles de donner des conseils d’optimi- sation fiscale à Al Capone. C’est que Mme Merkel a eu de la chance; toute la sale besogne de nettoyage et de remise à flots de l’économie allemande ayant été faite par son prédé- cesseur Gerhard Schröder –et comme l’affirme le sagace Pre- mier ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker: «Si tous les leaders européens savent ce qu’il faut faire, aucun d’entre eux ne sait comment être réélu après l’avoir fait.» Monsieur Schröder en est l’exemple type, celui qui a gelé le salaire des travailleurs pendant une demi-décade et a créé des emplois sous payés… le capitalisme industriel alle- mand a été sauvé mais pas M. Schröder, éjecté par son électorat de base. Certes, Mme Merkel n’a pas fait de mal à l’économie allemande. Mais de façon plus large, elle n’a pas fait de bien à l’éco- nomie européenne ; après cinq années de merkeléconomie, la moitié de l’Union euro- péenne est en récession tandis que l’autre a une croissance nulle ou faible. De plus, son style de management a minima pousse irrémédia- blement l’Allemagne vers la croissance zéro. En conséquence, elle doit à pré- sent faire face à un mouvement populiste antieuropéen sem- blable aux Nigel Farage britan- nique, Geert Wilders hollan- dais, Beppe Grillo en Italie, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mé- lenchon en France. Le parti an- ti-euro allemand n’a pas encore trouvé son porte-parole, mais si la croissance continue de bais- ser, cela ne saurait tarder. La merkeléconomie est trop moralisatrice pour être expor- table. Bien entendu, les autres Etats de l’Union européenne pourront apprendre de l’Alle- magne que les réformes du marché du tra- vail et l’équili- bre des dépen- ses sont les piliers indis- pensables du nouveau paradigme économi- que. En dépit des attaques stu- pides de quelques socialistes français contre Mme Merkel, il semblerait que le président Hollande se merkélise à vue d’œil. N’a-t-il pas annoncé des coupes majeures dans les dé- penses publiques, l’augmenta- tion de l’âge de la retraite et des exonérations fiscales pour les entreprises privées… tout ParDENISMACSHANE AncienministredesAffaires européennesdugouvernement deTonyBlair comme son «non» au gaz de schiste en écho au rejet du nucléaire de Mme Merkel, qui montre bien comment le vote vert est un point central des politiques franco-germa- niques. Les gestes en matière d’énergie ne sauraient en aucun cas se substituer aux exigences de croissance et d’emploi. L’Europe a besoin d’une nou- velle pensée économique, une «Economie sociale de marché» à la Erhard. Et quoi qu’il en soit, l’imagination, la vision et les risques poli- tiques sont des notions qu’on peut difficilement associer avec Mme Merkel. S’il est faux de la rendre responsable de tous les pro- blèmes européens, on est en droit de se demander si la mer- keléconomie est la bonne réponse. Cette femme, qui a fait ce qu’elle a pu, est à pré- sent un obstacle au progrès. Toutes les étoiles politiques finissent par pâlir et tandis qu’elle regarde Berlin depuis les fenêtres de son grand bureau de la chancellerie, elle semble souveraine. En réa- lité, le crépuscule d’Angela Merkel a déjà commencé. Traduction de Florence Illouz Angela Merkel aura le bon goût de quitter la chancellerie au moment de son choix plutôt que d’être éjectée par son propre parti ou par les électeurs. L'ŒIL DE WILLEM LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 REBONDS • 21
  • 29. 22 • CULTURE ARTS A Edimbourg, l’exposition «No Foreign Lands» mêle grands formats et petits dessins du peintre écossais, dont une toile s’est vendue en 2007 plus de 8 millions d’euros. à sucre de Lam. Mais il les reprend dans un univers propre, où l’autoportrait n’est jamais loin. Conservateur d’art contemporain à Mon- tréal, Stéphane Aquin fait observer le chan- gement radical de contexte entre une telle approche et l’arrivée d’un Delacroix à la cour du sultan à Tanger en 1832. Doig place des figures énigmatiques devant un mur du souk ou sur une plage caribéenne avec un goût appuyé pour les valeurs franches, mais il n’est pas Matisse enchanté par le Maroc. Ni Klee, clamant «je suis peintre» enivré par le soleil de Tunisie. Ni Gauguin, en quête mal- heureuse d’une Océanie mythique. Né de parents britanniques qui ont beaucoup déménagé, Doig peint là où il se trouve, où ses vies familiale, professionnelle et senti- mentale le conduisent. L’exotisme est bien mort, lui. Le peintre s’accroche à la réalité qui l’entoure, dans les lambeaux d’un empire britannique défait, non dans l’imaginaire d’un ailleurs rêvé. D’où le titre de l’exposi- tion, «No Foreign Lands» («Nul territoire étranger»). Et plus exactement, entend pré- ciser Stéphane Aquin: «Nul territoire étranger à la peinture.» «Jamais, note-t-il, Peter Doig ne s’est montré autant en prise avec le réel et en même temps aussi abstrait.» Un manifeste qui ne doit pas déplaire à l’ar- tiste. En s’entretenant avec lui, on ne peut qu’être saisi de ses constantes références admiratives à l’abstraction. Mais une abstraction qu’il prend tout en tension, en rupture impossible, au bord toujours. Doig s’inspire généralement d’une scène vue, par- fois appuyée par une photographie, laissant reposer cette image dans son esprit avant de la retriturer sur la toile, le cas échéant en col- lision avec une autre image. Il part d’un frag- ment de tableau de Bacon, d’une représenta- tion du débarquement de Christophe Colomb, d’un homme saoul qui s’accroche à un arbre, dont le chapeau de paille se trans- forme progressivement en halo, d’un plon- geur sur un canot, transfiguré en Neptune au visage étrangement féminin. Lui-même, ses enfants, ses amis, sa compagne paraissent régulièrement dans des scènes d’autonarra- tion, sur un mode assez viril. L’artiste est un grand sportif, passionné de ski et de hockey, ou d’autres exercices comme le cricket, dont il reprend les figures de style. HARPON. Dans ses meilleurs moments, il instille le doute, le temps ou le geste sus- pendu, l’inattendu. Ce joueur de ping-pong absurde, sans adversaire. Comme il n’a pas de balle, de toute manière… Doig avoue recourir par endroits à l’anamorphose, nichée dans l’ombre d’une montagne ou le repli d’une vague. Parfois, l’évocation lui échappe… Il peut accoler deux vues dissemblables, un vieux hippie au manteau de cuir croisé sur un parking au Canada, replacé devant une boutique aveugle de Vienne. Il travaille très longuement sur ses œuvres, revenant des années sur la toile, en multipliant les études à partir de plusieurs points de vue. Dans ses différentes versions d’un pêcheur au harpon marchant sur fond de forêt tropicale (Pelican), la plus déran- geante est celle qui fait disparaître la plage, donnant la sensation d’un homme qui évolue sur l’eau, ou sur le ciel, dans des coulures de bleu de toute beauté. Le grand apport de cette exposition, compa- rée à des manifestations antérieures, telle celle, plus classique, du musée d’Art mo- derne de la Ville de Paris, il y a cinq ans, est de décomposer le travail de l’artiste, depuis ses grands formats jusqu’à des études plus resserrées, qu’il réalise même a posteriori. Lui-même attire l’attention sur un petit des- sin, fait des années plus tard, qui «donne tout son sens» à la grande paire de tableaux bapti- sée Pelican. Animal qui, soit dit en passant, incarne dans la tradition populaire du Moyen Age le père absolu, l’équivalent du Christ. L’inquiétude se glisse ainsi dans ces paysages, tel le corbeau qui plane à proximité de la tête de l’artiste.• NO FOREIGN LANDS de PETER DOIG Museum on the Mound, Scottish National Gallery, Edimbourg. Jusqu’au 3 novembre. Rens.: www.nationalgalleries.org PeterDoig, strassetpalette L es colonnes massives du temple pal- ladien abritant l’exposition au cœur d’Edimbourg se sont parées de pures tonalités de bleu, de rouge ou de vert pour le retour de l’enfant prodigue. Parta- geant sa vie entre New York et Trinidad, Peter Doig est revenu dans sa ville natale présenter le travail en grande part inédit de ces douze dernières années, dans une exposition vibrante qui sera présentée en 2014 au Musée des beaux-arts de Montréal, coproducteur de l’événement. Par ombres découpées et vagues chromati- ques, Peter Doig projette son propre voyage intérieur sur les paysages qu’il a traversés, de Londres à Toronto. En 2007, provenant de la collection Saatchi, son White Canoe a été adjugé pour plus de 8 millions d’euros chez Sotheby’s à Londres, un prix jamais atteint par un artiste européen vivant. Mais, impres- sionnant par sa stature autant que par son mental, l’homme a voulu conserver la force de son propos. Refusant de se «laisser dis- traire» par la célébrité, pour citer un artiste qui avoue «l’angoisse ressentie devant chaque toile» à l’idée de ne plus se renouveler. LAMBEAUX. «A maintes reprises, la peinture a été déclarée morte», note l’introduction du catalogue. Peter Doig est resté sourd à cet avis de décès, expérimentant la peinture comme risque, continuant d’affirmer «la sensualité de la couleur, les harmonies formelles et le maniement expressif exaltés par tant de grands artistes comme Munch, Gauguin, Ma- tisse et Bonnard à l’orée du modernisme». La liste n’est pas innocente, à commencer par Matisse, l’auteur de la Danse, tant semble intense le regard porté par le peintre sur son chromatisme, ses arabesques ou sa découpe des formes… Le nombre de créateurs dont il tire inspiration, d’une toile à l’autre, est du reste impressionnant: des étagements silen- cieux de Hopper à un personnage hésitant de Daumier en passant par des tiges de canne ParVINCENTNOCE EnvoyéspécialàEdimbourg Il peut accoler deux vues dissemblables, un vieux hippie au manteau de cuir croisé sur un parking au Canada, replacé devant une boutique aveugle de Vienne. LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  • 30. CULTURE • 23 Pour sa dixième édition, le festival accueille durant un mois sculpteurs, peintres, photographes, musiciens et comédiens. A Edimbourg, les arts se côtoient et festoient L’ ouverture de l’exposition de Peter Doig a donné le coup d’envoi du Festival des arts à Edimbourg. Pendant tout le mois d’août, plus de 250000 visiteurs se pressent dans une atmosphère bon enfant dans les rues au décor gothique, surplombées par l’impo- sante forteresse royale. La ville devient alors la capitale mondiale des festivals, mêlant les arts plasti- ques, la musique, la danse et le théâtre. Des constructions de Krijn de Koning aux délicates formes métal- liques de Sara Barker, cette édition est la dixième du Festival des arts. Le musée national tente de cerner la personnalité de Marie Stuart, venue de France pour régner sur l’Ecosse, égarée entre amants et haines religieuses. La galerie de portraits expose les photographies de Picasso, Dalí ou Kiki par Man Ray. La rencontre de la collection contemporaine Daskalopoulos avec le fonds du musée d’Art moderne est particulièrement réussie. Une exposition sur la sorcellerie depuis le XVIIe est plus confuse. Le festival international de musi- que, lui, accueille une brochette de talents dont Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre venus inter- préter les symphonies de Schubert. Le festival off Fringe, plus littéraire, inonde théâtres, boutiques et rues de ses versifications: il compte plus de 3000 propositions. Ces deux dernieres manifestations ont été créées en 1947. Chaque année, la cité en accueille une douzaine, d’art de la rue, de films, de jazz, de science ou de contes, qui lui rapportent plus de 300 millions d’euros en revenus touristiques. Trente-cinq fois la mise investie… V. N. (à Edimbourg) Pelican (Stag), 2003. PHOTO COURTESY. MICHAEL WERNER GALLERY francemusique.fr Daniel Barenboim dirige Beethoven, Wagner & Berg Ce soir à 21h en direct du Festival international de piano de La Roque d'Anthéron West-Eastern Divan Orchestra House of Pictures, 2000­2002. PHOTO COURTESY. MICHAEL WERNER GALLERY LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  • 31. Capleton, patriarche du dancehall et récidiviste en matière d’anathèmes contre les homosexuels. PHOTO DR «Mais vu le caractère sporadique des injures, une telle décision relèverait forcément de l’interprétation, porte- rait atteinte à la présomption d’inno- cence et deviendrait une prise de po- sition politique.» Capleton est attendu le 16 août pour un concert à Berlin. Son tourneur allemand, Frank Stephan, invoque, lui, la prescription des faits: «Lors- que j’écoute ses chansons de ces dix dernières années, je n’entends rien d’homophobe. C’est un professionnel, qui ne prendrait pas le risque d’être blacklisté en Europe, comme a pu l’être Sizzla», interdit de concert dans plusieurs pays l’an dernier. Même son de cloche pour Michel Jovanovic, son tourneur français et organisteur du festival No Logo à Fraisans (Jura) où l’artiste jouera le POLÉMIQUE Malgré leurs promesses, plusieurs stars du raggae usent encore de paroles homophobes dans leurs chansons. Dancehall:lesgays toujourspasàlafête D ans quelques jours, le Roto- tom Sunsplash de Benicas- sim, en Espagne, plus grand rendez-vous reggae d’Europe, suc- cédera au Geel Festival belge qui a réuni, il y a huit jours, 65000 spec- tateurs, 10000 de plus qu’en 2012. En France, après le Garance Festival (fin juillet) et le Reggae Sun Ska (début août), le saint graal de l’ap- prenti rasta est incarné par la tour- née de Capleton, star du ragga dan- cehall, penchant turbulent du reggae jamaïcain. S’il attire de plus en plus d’adeptes, le reggae ne fait pas toujours consensus, même parmi ses fidèles. La semaine der- nière, le groupe Tryo dénonçait cer- tains artistes de la scène reggae, dans la Dépêche: «On trouve des ar- tistes dans les festivals en Europe qui prônent [la] violence, les homosexuels au bûcher… Dans le reggae, une mu- sique prétendument tolérante, se ca- chent aussi parfois des messages de haine.» Si le reggae au sens large (roots reggae, rocksteady, early reggae, etc.) porte généralement un message de paix, le dancehall, lui, glorifie volontiers la violence, no- tamment homophobe. En 1988 déjà, Buju Banton sortait Boom Bye Bye («Tirez une balle dans la tête des gays […] brûlez-les comme de vieux pneus»), bien avant que Capleton n’appelle à «brûler les pé- dés, saigner les pédés» en 2001, dans Burn Out Di Chi Chi : deux hymnes pour les actuels fans de dancehall. A tel point que la diffu- sion massive de ces chansons con- tribuerait aux violences anti-gays en Jamaïque, pays décrit en 2006 par le Time comme «l’endroit le plus homophobe de la planète», où le code pénal condamne toujours l’homosexualité. Selon le maga- zine, «les activistes des droits des homosexuels attribuent la flambée d’homophobie en Jamaïque essentiel- lement à une scène musicale reggae de plus en plus brutale». «Bourru». Bien qu’il ait déjà renié le Reggae Compassionate Act (lire ci-contre) plusieurs fois lors de ses tournées 2011 et 2013 à l’étranger, Capleton continue de faire figure de patriarche du dancehall. «Légi- férer dans ce genre de cas relève du casse-tête, explique Me Mathieu Davy, avocat spécialisé en pro- priété intellectuelle. On est dans un flou juridique entre le droit à la li- berté d’expression artistique et l’at- teinte aux dignité et intégrité de tiers. La justice civile et pénale fran- çaise ne peut pas se saisir du pro- blème, car les incitations à la haine n’ont pas été commises en France.» Seule la justice administrative peut invoquer le trouble à l’ordre pu- blic, en amont. L’avocat ajoute: 15 août : «C’est de l’histoire an- cienne, il s’est déjà expliqué de ses erreurs. Capleton est bourru mais c’est un homme de parole. Il faut croire qu’il est plus facile de détruire une réputation que de la recons- truire.» Et pour cause: il y a deux mois, un militant de la cause gay s’en est pris physiquement à la star, sur la scène du festival californien Reggae in the Hills. Un tourneur peut être poursuivi pour complicité si un concert dégé- nère. Mais il faut pour cela prouver qu’il avait la certitude que des pro- pos injurieux seraient tenus. Ce dont se défend Michel Jovanovic: «Forcément, il y a toujours un risque. Mais depuis huit ans et une vingtaine de concerts, on n’a rien à signaler. La probabilité que Capleton dérape est tellement faible… S’il contrevenait à la loi, il serait condamné, et on ne le soutiendrait évidemment pas.» Fon- dateur de Tjenbé Rèd, l’association qui coordonnait l’action Stop Mur- der Music en France, David Auer- bach Chiffrin va plus loin: «Les tourneurs, salles et organisateurs se foutent de la portée homophobe des paroles. Ils font souvent semblant de ne pas être au courant, ce qui est im- possible tant il s’agit d’un tout petit milieu. On a bien vu récemment que la société française avait une grande marge de tolérance à l’expression ho- mophobe.» «Patois». La musique dancehall n’en finit plus de faire des émules à travers le monde. Loin des con- troverses, on compte le prince de l’electro, Diplo, Snoop Dog (entre- temps converti à la religion rasta- fari, et rebaptisé Snoop Lion), ou même le rappeur Pusha T parmi ses récents adeptes. Toujours plus pré- gnant, le dancehall s’est révélé in- dispensable en soirée, comme l’ex- plique Julien Guichard, ex du magazine Têtu et organisateur des soirées «polysexuelles» Street Life: «C’est un son qui marche, et qui est programmé. Même si nous sommes parfois amenés à filtrer pour éviter les morceaux homophobes. C’est surtout une question de principe, car le patois jamaïcain est dur à comprendre!» D’autant que «pour qu’une injure soit répréhensible, il faut qu’elle soit compréhensible», selon Me Davy. Les associations homosexuelles n’ont qu’un seul recours : faire pression sur les organisateurs. Une action semblable avait été menée en mai 2008 par seize organisations de «défense des droits humains», dont Tjenbé Rèd faisait partie. Elles avaient écrit une lettre ouverte aux maires et aux responsables des sal- les qui programmaient Sizzla, afin de les informer des propos tenus par le chanteur. Il faudrait alors justifier, a priori, d’une atteinte à l’ordre public qui n’a pas encore eu lieu. Mais cette interprétation, pour l’avocat, «pourrait être apparentée à une forme violente de censure». DAVID DE ARAUJO En signant en 2007 le Reggae Compassionate Act (RCA), des reggaemen comme Beenie Man, Sizzla et Capleton s’engageaient à rayer de leur répertoire les chansons homophobes. On estime que le boycott mené par des organisations homosexuelles leur aurait coûté environ 1,88 million d’euros. Peter Tatchell, activiste le plus célèbre de la cause homosexuelle au Royaume­Uni et instigateur du RCA, est aussi l’inventeur de Stop Murder Music, mouvement qui a fait interdire, dès 2005, de nombreux concerts d’artistes susceptibles d’attiser la haine contre la communauté LGBT. «Capleton a beau avoir signé le RCA, il a rompu l’accord à plusieurs reprises, affirme Tatchell. On ne peut pas lui faire confiance.» Récemment de passage au festival belge Kokopelli pour sa tournée 2013, l’artiste a joué Slew Dem, ouvertement homophobe. En France, l’incitation à la haine n’est pas un crime mais un délit passible de dix ans de prison maximum. Quant au RCA, il a une valeur symbolique et contextuelle. Mais en aucun cas juridique. D.d.A. PAROLES, PAROLES… Bandeau_E1_DCDC_Libération_Exe.indd 1 10/07/13 16:12 LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 201324 • CULTURE
  • 32. Taïgué Ahmed (au premier plan) à Moula, au Tchad, en mai 2012. PHOTO PHILIPPE GUIONIE D epuis 2007, le choré- graphe et danseur tchadien Taïgué Ah- med, très actif dans son pays, mène parallèlement à ses propres créations des ateliers de danse dans les camps de réfugiés, notam- ment à Moula et à Yaroun- gou (Libération du 25 mai 2012). Une telle opération transethnique, réparatrice, sociale et artistique ne pou- vait échapper à l’African Ar- tists for Development (AAD), fonds de dotation français qui met en relation les artistes et les populations locales (1). En 2011, l’AAD lance son programme Refugees on the Move, apportant son soutien à Taïgué Ahmed. La méthode que celui-ci a mise au point dans le cadre strict des camps du Haut Commissa- riat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), sert aujourd’hui de modèle pour d’autres chorégraphes afri- cains, dans des situations si- milaires. Les ateliers gagnent d’autres pays, le HCR esti- mant à 10,4 millions le nom- bre de réfugiés sur le conti- nent en 2011. Conteur. Aujourd’hui, en dépit d’un contexte politi- que instable, un atelier se déroule en Centrafrique, dans le camp de Batalimo, situé à l’est de Bangui, qui accueille 8 000 réfugiés congolais venus de la pro- vince de l’Equateur, au nord-est de la république démocratique du Congo. Bo- niface Watanga, chorégra- phe centrafricain, est le coordinateur du programme qui a aussi pour but d’inté- grer les réfugiés dans la vie locale. Ne concevant pas son art sans engagement social, notamment auprès de la jeunesse africaine, ce conteur, chorégraphe et comédien de 38 ans passe par l’exercice des danses traditionnelles mais aussi hip-hop et contemporaines, afin que chacun des partici- pants retrouve son espace et ses repères. Le programme se déplacera à nouveau, sur le même principe: un artiste du pays en relation avec les réfugiés. Actuellement en «forma- tion» à Batalimo avec Boni- face Watanga, les danseurs, chorégraphes et professeurs de danse Ciza Muhirwa (Bu- rundi) et Aloyce Makonde (Tanzanie) s’apprêtent à prendre le relais dans leurs pays respectifs dès septem- bre. Suivront huit autres chorégraphes africains, dont le Burkinabé Salia Sanou, bien connu en France, co- fondateur de la Termitière, centre de danse contempo- raine à Ouagadougou. Grâce à ce travail de terrain, un ballet transethnique pourrait à terme voir le jour. Le spectacle Where Are We? que Taïgué Ahmed a présenté en décembre, lors du festival Souar Souar, qu’il coanime à N’Djamena avec l’aide de l’Institut français, était aussi une première qui devrait se renouveler dans d’autres pays. Les réfugiés y avaient occupé la scène comme le centre-ville. Hygiène.Lors des premiers ateliers, certains arrivaient avec des machettes, ne sa- chant pas ce qui les attendait. «Il a fallu déposer les armes, rire, se prendre par la main, se souvient Taïgué Ahmed. D’autres avaient l’habitude de fréquenter les maquis et arri- vaient saouls.» Ce sont les mêmes que l’on a retrou- vés dans le spectacle dévoilé, avec seaux en plastique et foulards voltigeant pour tout décor, et qui furent large- ment applaudis. Outre leur enseignement de la discipline, les chorégra- phes diffusent aussi des messages de prévention contre le sida, de mise en garde contre les mariages précoces et sur la nécessité de la scolarisation, de l’hy- giène, n’hésitant pas non plus à débattre sur des sujets tabous comme l’excision ou la polygamie. «La danse est une arme, dit encore Taïgué Ahmed. Elle permet à chacun de reprendre possession de son corps et, par là, de son espace vital.» MARIE-CHRISTINE VERNAY (1) Rens.: www.aad­fund.org INITIATIVE Depuis six ans, des chorégraphes africains forment des exilés à leur art d’un pays à l’autre. Danse des réfugiés, l’effet papillon Grâce à ce travail de terrain lancé en 2007 au Tchad par Taïgué Ahmed, un ballet transethnique pourrait à terme voir le jour. Déjà auteur en 2006 d’un documentaire sur Diego Maradona, Emir Kusturica va en réaliser un autre, cette fois sur le président uruguayen José Mujica, l’homme qui reverse 87% de son salaire aux pauvres, continue, malgré son job, à vivre dans un quartier populaire de Montevideo et veut légaliser l’usage du cannabis dans son pays. Le cinéaste serbe, par ailleurs titulaire de deux palmes d’or cannoises (Papa est en voyage d’affaires, 1985, et Underground, 1995), s’est produit en concert lors du premier week­end d’août vêtu d’un maillot de la sélection nationale uru­ guayenne de foot. PHOTO AP EMIR KUSTURICA, EN AVANT MUJICA! LES GENS 239,8millions de dollars (180 millions d’euros), c'est le montant total des œuvres de la peintre américaine Joan Mitchell (1925­1992) vendues aux enchères depuis 1985, soit 646 œuvres, d'après une étude réalisée par Bloomberg pour Arnet sur la place des femmes dans le marché de l'art. Désormais très prisée par les collectionneurs, l’artiste devance ainsi sa compatriote Mary Cassatt (1098 œuvres pour 136,5 millions de dollars) et la Japonaise pop Yayoi Kusama (127,7 millions de dollars). LesCeltestiennentbon En dix jours, 700000 spectateurs ont assisté à la 43e édition du Festival interceltique de Lorient (FIL) qui s’est achevé hier, soit «une des meilleures éditions des dernières années», même si l’équilibre financier est précaire. La vocation du FIL est de rassembler les cultures celtiques contemporaines. La pro- chaine, du 1er au 10 août 2014, sera dédiée à l’Irlande. «LeComplexed’Icare»a40ans C’est en 1973 qu’est paru le roman d’Erica Jong bientôt tra- duit dans une quarantaine de langues et vendu à 20 millions d’exemplaires. Le Complexe d’Icare allait populariser dans le monde un érotisme féministe, inventant l’expression «zipless fuck», qui permettait à l’Américaine de faire comprendre simplement que convaincre l’autre de baiser n’est pas forcé- ment une entreprise si ardue. Mortd’EduardoFalù Le compositeur et guitariste s’est éteint à 90 ans. Figure de la musique populaire argentine, Eduardo Falù a joué partout et s’est produit avec Atahualpa Yupanqui et Mercedes Sosa. LE 14 AOÛT lesapaches AZIZ EL HADDACHI HAMZA MEZIANI JOSEPH EBRARD FRANÇOIS-JOSEPH CULIOLI MARYNE CAYON UN FILM DE THIERRY DE PERETTI ‘‘ La Corse comme vous ne l’avez jamais vue ’’ L’HUMANITÉ ‘‘ Un film choc à la tonalité pasolinienne ’’ LE JOURNAL DE LA CORSE ‘‘ Solaire, tragique, incandescent ’’ TROIS COULEURS ‘‘ Des acteurs exceptionnels ’’ TÉLÉRAMA Libé_122x163.indd 1 08/08/13 09:48 LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 CULTURE • 25
  • 33. 26 • BD Mâleoccidental BÉGAUDEAU/OUBRERIE LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  • 34. BD • 27 contemporain En librairie à partir du 30 octobre. A suivre... 29/39 RÉSUMÉ DES ÉPISODES PRÉCÉDENTS Le héros de cette bande dessinée, un dragueur obstiné, peine à trouver une partenaire. Ses entreprises sont infructueuses. Une fois de plus, il se retrouve dans une situation gênante: le petit copain de sa voisine nymphomane et très indépendante est mis à la porte. ©GUYDELCOURTPRODUCTIONS,2013 LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  • 35. Derviche crooner PORTRAIT DE NUIT (7/9) Barman! Une autre! D’un trait. Et ses yeux qui crient bra- guette… Il faut toujours suivre les lignes, nos repères, les mots gravés dans la poussière. La ligne de basse me suit, elle me traque. Et la sueur sur mon front… et ses gémissements étouffés par les basses dans les toilettes au carrelage blanc… salissure… crasse… La poésie et la blancheur… La chasse est tirée. L’ennui du vice. Barman ! Une autre ! D’un trait Une autre! D’un trait. Quoi? 60 euros s’il te plaît. Et la basse qui lancine, ondule, me remplit, je déborde. 60 euros s’il te plaît! Hé connard! Ça t’écorcherait la gueule de m’en offrir une? Spirale de couleurs et de cris… et la basse qui déverse. Flash! Averses de gestes! Mains velues! Bombers gonflés! Thorax bombé! Onomatopées! Coups! Claquement sec et sourd! Et soudain, plus rien. La lourde porte blindée du club qui se referme, et plus rien. Juste le chuintement de la ville, mon froc froissé et du sang pâteux sur mes gencives. Tout est rouge. Rouge et brillant. Il fait froid. Sèchement. L’ennui du vice… tout est rouge et brillant. L’émail rosé de mes dents et le sang sucré dans ma bouche. Le feu repasse au vert. Bastille. Je marche. Bout de viande errant le long d’une bro- chette de rue… défilés de noms célèbres à chaque angle d’avenue. Tiens! En haut, à gauche, une baie vitrée éclairée… qui vit là? Un type qui part trimer? Un couple en train de baiser? Un insomniaque qui ressasse? Une mère au foyer neurasthénique? Le type de ma petite brune, jaloux, inquiet, qui l’attend. Un destin parmi tant d’autres. L’ennui du vice. J’avance. Boulevard Rochechouart. Dans un renfoncement, une espèce de rat musqué croisé chien gît devant deux exclus vautrés, anonymes en fin de droit. Tout est brillant. Et le nom lustré des rues. «Hé! T’aurais pas une clope?» Ma bouche émet un son négatif. Court silence. Puis crachats de mots. Glaviots de bruits et fautes de frappes. C’est soudain. Bruyant et misé- rable. La politesse est une arme redoutable. Bien qu’inef- ficace contre un troupeau de punks. Je prie… que les pigeons déversent leur amour-propre sur toi, ton clebs et la femelle serpillière qui te sert de faire-valoir. Pffff… je marche. Je continue, le pas lent. Je m’allume une clope, l’ennui du vice. Pigalle. Encore deux minutes et j’appelle un taxi… deux minutes, 16 clignotements de peep-show, 7 prostituées, 3 berlines noires immatriculées en Russie, 2 éboueurs au loin. Des poubelles, des épaves, des vies détruites… l’ennui du vice et moi. Deux minutes… taxi! Encore raté. Mon caleçon me rentre dans le cul. Le bout de mes doigts gercés sent le tabac. L’ennui du vice. Combien d’enfants sont nés le temps que je pose la question? Et combien sont morts… et là, mainte- nant? Une prostituée qui passe. Très peu vêtue, rimmel ambré. Com- bien? Des seins massifs, fermes, dégueulant du corset. Pourquoi payer? Parce que j’ai assez… combien tu dis ? 30 euros ? Je me gratte l’arrière du crâne. Ré- flexion. Un taxi s’arrête. La vitre se baisse, propre et fumée. «Vous allez où ?» Le temps tue les histoires d’amour. Adieu ma belle… la porte se ferme. Claque ! Et les mamelles disparaissent… rembobinage. Agacé. «Vous allez où? — Chez ta mère, lui faire des bisous…» Un taxi, on lui demande d’avoir son permis, une borne, pour ce qui est de l’humour, c’est comme les sièges en cuir. C’est en option. La portière claque et la voiture s’enfuit. Il aurait pu descendre. Il m’aurait amoché. Je me serais senti vivant… Froid sec et craquant. Doigts gercés. Boulevard Stalingrad. Tout est rouge. Et tout ce que je sais, c’est que je suis là, ici et maintenant. Je suis là. Seul. Six heures du mat. Et Paris qui rutile. Et moi qui suis là. A tourner en derviche autour de la nuit, intoxiqué de toutes parts, défiguré de fatigue. Je ne suis qu’une pauvre tache sur le drap blanc des cieux… et vous aussi d’ailleurs. Le jour se lève, ponctuel. Tout est rouge. Tout est brillant. Et l’ennui du vice. L’ennui du vice, l’ennui du vice. • ParROMANROMAN IllustrationALEXANDRELUU UN AUTRE REGARD Depuis cinq ans, Libération et l’Association pour l’aide aux jeunes auteurs (Apaj) organisent un concours réservé aux moins de 30 ans, parrainé par Erik Orsenna. Le thème de l’année était «Portraits de nuit», une approche personnelle et originale d’un lieu ou d’un personnage, avec une forte dimension nocturne. C inq heures du mat, l’ennui du vice. Tout est brillant. Brillant et rouge. Une infinité de rues rectilignes. Et des bancs, verts, écaillés, vieillis, fatigués qui se contentent d’être là, je marche. Un feu, rouge aussi. Stoïque, imprévisible, rouge. Le mugissement de l’hiver qui joue de l’harmonica et le vent vicieux qui s’immisce sous mon tee-shirt, comme une lettre dans une enveloppe, une lettre d’amour à la poubelle. Passage clouté, je traverse. Désert d’avenues qui se déversent le long du vent. Dunes de grisaille. Texture poisseuse des trottoirs. Ciel dégagé. Sans étoile, sans espoir, j’avance. Le feu passe au vert, l’ennui du vice. Je marche depuis Bastille. Le matin guette mais la nuit n’en finit pas. Je marche toujours. Un kebab ferme, une Clio rouge passe, le trottoir inégal et la lumière blanche des Abribus. Une odeur de vinaigre. Merde! Un chewing-gum sous ma semelle… Un tas de carton moisi; ça pue, ça suinte! Un être humain dessus. Un ronflement par-dessus. Je passe mon chemin, une traînée de pisse vaincue pendue aux nari- nes. Bastille. Comment ça Bastille? Ça fait trois fois que je repasse devant? L’ennui du vice. Où est mon paquet d’clo- pes? Rrrrrrrr… je tremble. C’est sûrement pas l’alcool, j’en ai bu plein. Va falloir se redresser, le béton est froid ce soir. Je stagne. Le feu passe à l’orange. Mon iPod n’a plus de batte- rie. Mon portable non plus. Plus de pile dans le dictaphone et carence d’endorphine. Bastille. Le feu passe au rouge. Il fait froid et j’ai dû perdre mon âme en boîte. L’ennui du vice. Open bar. Vodkas givrées! Lamelles de citrons et le vice est versé… Deep house en boucle… et le rythme binaire qui s’engouffre à travers mes membres… Des langues, partout! Visqueuses! Qui se frôlent… et qui mentent et qui bavent et qui lèchent! Cock- tail de salives et la fumée bleue des cigarettes… Barman! Une autre! D’un trait. Belle petite brune au bar… la chasse est ouverte. Cheveux fins. Doigts graciles, peau de pêche… LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013