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La Valeur De L information P1 Def

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Aujourd’hui la valeur de l’information sur le papier réside dans son traitement. …

Aujourd’hui la valeur de l’information sur le papier réside dans son traitement.

Les journalistes l’analysent, la mettent en perspective, valident les sources, l’illustrent.

Il faut aller encore plus loin pour parvenir à augmenter la valeur perçue de l’information dans la presse. Plus loin…au plus prés des attentes des lecteurs…

Bref la traiter en fonction de leurs attentes spécifiques, en pleine affinité avec eux.

Il existe plusieurs pistes de réflexion possibles, puisque chacun de nous valorise une information d’une façon différente :

- Brute : le lecteur se fait son opinion

- Transparente : l’information transparente : le lecteur suit l’information à la trace pour la valider en fonction des relais d’information

- Opérationnelle : elle devient un moyen de réalisation

- Gratuite : sa valeur est aussi dans son rapport qualité prix

- Ethique : sa valeur vient des valeurs et opinion des personnes qui la diffusent

- Expérientielle : il y a partage d’expériences

- Exclusive : il n’est pas accessible a tout le monde, rédigée par des experts

- Hyper disponible : disponible immédiatement

- Hyper-pertinente : l’information est ciblée

Le nouveau rôle de la presse : aggrégateurs d’information et de communautés d’intérêts.

Jusqu’alors la presse faisait particulièrement autorité face à d’autres grands médias comme la télévision ou la radio. Mais les gens ont accès à de plus en plus de sources ultra ciblées, que ce soient des médias presse, la télé…là ou ils veulent, quand ils veulent.

De plus, tout le monde aujourd’hui peut devenir producteur de contenu, et diffuse via les plateformes de blogging ou micro-blogging.

Il faut se rendre à l’évidence : l’information n’est plus maîtrisable et maîtrisée. Nous assistons à la montée d’un besoin grandissant de filtrage, de hiérarchisation et de simplification de l’information.

Certaines personnes sur internet, choisissent et organisent de façon quasi professionnelle leurs flux d’information grâce aux applications netvibes ou autres igoogle, la ou un très grand nombre de personnes sélectionnent leurs chaînes de TV en choisissant tel ou tel bouquet satellite, ou en choisissant leur journal au kiosque.

On voit paraître un besoin d’agrégation de l’information à la fois individuelle et collective.

C’est pour cela que la presse doit s’adapter. La presse doit donc désormais se présenter comme le meilleur point d’entrée pour prendre connaissance de l’ensemble de l’information qui circule dans la presse, internet, à la TV, de bouche à oreilles et qui est pertinente pour les lecteurs. Elle doit ainsi agréger, en faisant remonter l’ensemble des prises de paroles et en les intégrant : il ne s’agit plus de faire cohabiter l’information «officielle » aux cotés de l’information « non officielle » comme par exemple sur le site web du monde.

Dorénavant pour les journalistes, c'est comme si le vrai travail commençait après la diffusion d’une information. Ils deviendraient plus que jamais aggrégateurs de contenus similaires a ceux qu’ils ont signés et animateurs de communautés d’intérêts autour de ces contenus réunit. Cela permettrait a certains contenus d’émerger dans la presse et sur internet alors qu’ils n’étaient pas encore connus par les journalistes, cela permettrait d’effectuer périodiquement une grande synthèse.

Le développement de services autour de l’information

Puisque Internet a démultiplié les points de relais de l’information, on assiste à une scission entre le média et l’information. Il est donc important de coller au plus près des usages et de mieux appréhender les contextes de vie pour sélectionner au mieux les points de diffusion et la nature des contenus. "Direct soir" n'est que le début d'un grande vague d’innovations contextuelles dans la presse.

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  • j'aurais du ecrire. L'AFP donne le contenu éditorial des portails, qui l'éditorialisent les communiqués en fonction de l'actualité.
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  • Dans votre présentation, vous affirmer ceci:

    L’AFP donne la ligne éditoriale à Yahoo, à Orange, parce que ce sont eux qui donnent l’information à tous les Français qui vont sur Internet.

    Le député des Hauts-de-Seine, M. Frédéric Lefebvre, mérite d’être écouté. Ce porte-parole de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) communique l’essentiel de la réflexion de la majorité sur le thème des médias.

    Sa charge contre l’Agence France-Presse (AFP), coupable à ses yeux de ne pas relayer la condamnation de Mme Ségolène Royal dans une affaire de droit du travail, en dit long sur la perception par le pouvoir de l’influence des nouveaux médias.

    A l’écouter, l’AFP pose problème quand elle ne répercute pas la communication de son parti. Non pas tant en raison de l’importance de cette agence auprès des médias installés que de sa capacité à nourrir en contenus les grands portails Internet.

    «L’AFP donne la ligne éditoriale à Yahoo, à Orange, parce que ce sont eux qui donnent l’information à tous les Français qui vont sur Internet », estime M. Lefebvre .

    Pourtantl l'AFP a publié une dépêche sur la condamnation de Ségolène Royal:
    Ségolène Royal condamnée à verser leurs salaires à deux ex-collaboratrices

    (AFP) – 10 avr. 2008

    RENNES (AFP) — La Cour d'appel de Rennes a donné raison jeudi à deux ex-attachées parlementaires de Ségolène Royal, qui réclamaient depuis 1997 le versement de plusieurs mois de salaires non payés, a-t-on appris de source judiciaire.

    'Je suis entièrement satisfaite de la décision de justice qui a reconnu qu'il y avait licenciement abusif. Je voulais juste récupérer mes bulletins de salaires et la somme correspondante', a indiqué à l'AFP l'une des ex-assistantes, Evelyne Pathouot. Ce n'est absolument 'pas une vengeance envers Mme Royal', selon elle.

    Les faits remontent à 1997 lorsque, après la dissolution de l'Assemblée nationale, Mme Royal avait licencié, comme tous ses collègues députés, ses collaboratrices, attachées parlementaires.

    Les deux femmes l'avaient ensuite attaquée devant le conseil des prud'hommes de Niort, affirmant avoir continué à travailler pour elle pendant la campagne puis jusqu'en juillet, après son entrée dans le gouvernement Jospin.

    Le conseil des prud'hommes avait accédé à leur demande, mais uniquement sur une période d'environ trois semaines, le temps de la campagne électorale. Insatisfaites, elles avaient alors saisi la Cour d'appel de Poitiers qui, en février 2005, avait confirmé cette décision.

    L'arrêt avait ensuite été cassé en janvier 2007 par la chambre sociale de la Cour de cassation parce que la Cour d'appel n'avait pas pris en compte de nouvelles pièces versées par les deux plaignantes. L'affaire avait alors été renvoyée devant la Cour d'appel de Rennes.

    Le fond de l'affaire serait-il celui que présente le site politique.net ?

    http://www.politique.net/2008051601-segolene-royal-et-la-justice.htm
    l a suffi d'un communiqué de l'UMP refusé par l'AFP pour que la polémique s'enclenche et n'en finit plus de rebondir. Le 10 avril 2008, Ségolène Royal est condamnée par la justice à payer 2 mois de salaire à deux anciennes collaboratrices. Dès le lendemain, l'UMP décide d'envoyer à l'AFP un communiqué contre Ségolène Royal afin de souligner le caractère répréhensible de son attitude. Mais l'Agence France Presse, qui avait déjà publié une dépêche relatant la condamnation de Ségolène Royal, a refusé de diffuser ce communiqué. Le 1er mai, l'UMP envoie un deuxième communiqué, qui sera encore une fois refusé par l'AFP. Entre alors en scène le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefèbvre. Dans une lettre ouverte, il demande des comptes au président de l'AFP, soupçonné de partialité. La bataille entre l'UMP et l'AFP est alors ouverte : l'UMP considère que l'AFP doit reprendre tous les communiqués, alors que l'AFP se défend d'être un diffuseur de communiqués et rappelle qu'elle assure un travail critique de journaliste. Le débat sur la liberté de la presse est donc lancé. Mais au fait, pourquoi Ségolène Royal a-t-elle été condamnée par la justice ?


    site: www.1234economy.com
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  • 1. PARTIE 1 LES ENJEUX DE LA LIBRE CIRCULATION DE L’INFORMATION Photo: kristel by Evil Erin
  • 2. PLAN PARTIE 1 Section 1- De l’analyse des médias : des moyens de communication devenus progressivement de plus en plus interactifs. Section 2 - Les nouveaux moyens de communication ont entra î né de nouvelles pratiques et engendré de nouvelles attentes d’inter activité avec les medias, les gens et contenus informatifs. Section 3- La libre circulation de l’information qui passe plus que jamais de main en main et qui se diffuse rapidement d’un support a l’autre exige un questionnement de fond sur la gestion de l’opinion publique. Section 4 - Les enjeux de la concurrence face à la TV et la radio : ces mass médias attisent l’émotion du public pour faire de l’audience alors que la presse doit faire preuve de discernement.
  • 3. Section 1 De l’analyse des médias : des moyens de communication devenus progressivement de plus en plus interactifs. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias. 1-2 Implications de la convergence numérique sur l’information Photo: Sleepeating
  • 4. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias. Decuyper Nathalie, professeur droit de l’information et de la communication.
  • 5.
    • Les médias sont un secteur d’activité économique particulièrement actif, une
    • véritable industrie dont l’évolution est aussi rapide qu’imprévisible et liée avec
    • l’évolution des pratiques culturelles générales. La recherche scientifique comme le
    • travail législatif se trouvent régulièrement dépassés par la vitesse et l’ampleur des
    • mutations du paysage et des pratiques médiatiques.
    1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 6. Définition des termes employés dans les médias: Média: Moyen de communication qui permet soit le déplacement de personnes ou de biens, soit l’échange symbolique, c’est-à-dire l’échange de messages, d’idées ou d’information. L’information  : dans le contexte qui nous occupe, deux familles sémantiques se distinguent ; Au sens restrictif, l’information est un élément qui peut être transmis par un signal. Au sens journalistique, l’information est « nouvelle », « actualité » c'est-à-dire « renseignement ou événement qu’on porte à la connaissance d’une personne, d’un public ». La communication  : terme qui s’applique à tout phénomène comportant un transfert d’information. L’information constitue en quelque sorte la substance, la matière et la communication l’action. La communication peut être interpersonnelle ou collective, proche ou télécommunication , naturelle ou médiatisée, bidirectionnelle ou unidirectionnelle.. Communication médiatisée  : recourant à des intermédiaires techniques pour l’acheminement des messages, par opposition à la communication naturelle. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 7. Définition des termes employés dans les médias: La diffusion  : est l’action de répandre des informations au moyen de messages, à partir d’un émetteur et de relais éventuels, à l’intention d’un ou plusieurs groupes de destinataires. Libre circulation de l’information: Capacité pour les faits et les idées d’être communiqués sans contraintes ni entraves. Liberté de presse: Droit reconnu à tout citoyen de publier ou de faire publier ses opinions dans un média. Média communautaire: Média qui appartient à une communauté locale ou régionale et dont les membres participent à la gestion. Média de masse: Ensemble de supports de diffusion massive de l’information (presse, télévi­sion, câblodistribution, etc.). Média traditionnel: Média établi avant l’implantation d’Internet par opposition au terme « nouveaux médias ». 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 8. Les fonctions essentielles de la communication : l’apport de Harold Lasswell - la surveillance de l’environnement (rassembler et traiter des informations que la société doit connaître sur les besoins, les menaces, les perspectives auxquelles elle doit faire face). - la mise en relation (corrélation) des composantes de la société dans leurs réactions face à l’environnement (interprétation de l’information et recommandations face aux événements rapportés, notamment organisation du pouvoir, des responsabilités, des lois). - la transmission de l’héritage social (savoirs et valeurs) d’une génération à l’autre, des anciens aux nouveaux membres du groupe (socialisation). 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 9.
    • Les fonctions essentielles de la communication : l’apport de Jean STOETZEL.
    • Il distingue, parmi les fonctions de la presse, l’information (fonction centrale) et trois autres fonctions
    • Appartenance sociale : on marque son appartenance à un ou des groupes, mais on se tient également informé de ce qui se pense et se fait dans ces groupes.
    • Récréation : on consomme les médias avant tout pour se distraire (les émissions « sérieuses » doivent intégrer une composante spectaculaire ou divertissante.
    • - Psychothérapie : il s’agit de purger, de soulager les tensions, notamment le défoulement qui libère des tensions et des frustrations accumulées par ailleurs.
    1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 10. Les grands modèles d’analyse : le Behaviorisme (1/9) Ivan Pavlov incarne à lui seul l’archétype du modèle méthodologique béhavioriste. Ses expériences sur le conditionnement des chiens ont démontré la façon font on peut induire une « réponse » en associant un « renforcement » (positif ou négatif) à un « stimulus » = le conditionnement classique. Le conditionnement opérant est le conditionnement qui permet l’apprentissage de comportements (le sujet apprend la séquence liant une certaine action à un certain effet). Le développement de médias capables de diffuser des contenus simultanément et instantanément à des publics nombreux et dispersés, a rapidement nourri de vives inquiétudes sur les effets produits par les médias et l’instrumentalisation qui peut en être faite. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 11. Les grands modèles d’analyse : les modèles linéaires, le système général de la communication (2/9) A la fin des années 1940 aux Etats-Unis, CLAUDE ELWWOD SHANNON travaillait dans une perspective essentiellement orientée vers l’efficacité de la communication en termes de quantité d’information transmise, de capacité de transmission d’un canal, de fiabilité de la communication par réduction des pertes et dégradations, c’est-à-dire essentiellement des préoccupations relatives au contenant (support matériel). L’ensemble des travaux de Shannon est à la fois général (il s’applique à la plupart des phénomènes de communication) et limité à la seule mesure de la transmission d’information au sens cybernétique, c’est-à-dire n’envisageant que les paramètres techniques. L’objet des recherches en question était d’optimiser les canaux physiques de communication. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 12.
    • Les grands modèles d’analyse : les modèles linéaires, le système général de la communication (2/9)
    • Shannon a élaboré une représentation schématique de la communication telle qu’il l’envisage dans son laboratoire, « le système général de communication » :
    • - Une source d’information énonce un message que l’émetteur va coder et transformer en signal qui va être acheminé par le canal, puis décodé par le récepteur, qui reconstitue un message à partir du signal et le transmet enfin au destinataire.
    • - Emetteur, canal et récepteur constituent les « intermédiaires techniques ».
    • - La notion de bruit, c’est-à-dire toute source d’interférence susceptible de détériorer le signal et donc d’affecter la communication, occupe également une position centrale dans ce modèle.
    • La communication ainsi modélisé place en tête des préoccupations la lutte contre le bruit, dans le but d’améliorer la fiabilité de la transmission, et ensuite de pouvoir réduire la redondance et ainsi augmenter les capacités et les débits de transmission.
    • sans qu’on ne voit la propagande qu’elles véhiculent, sans qu’on ne questionne leur relatives véracités, sans qu’on ne remette en cause leurs origines (notamment le fait que ces informations émanent du pouvoir étatique et sont inféodées aux instances dirigeantes qu’elles soient économiques, politiques ou encore religieuses).
    1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 13. Les grands modèles d’analyse : l’approche fonctionnaliste des médias (3/9) Remettant en cause cette linéarité de la diffusion et de la réception, les fonctionnalistes critiquent ce modèle statique. Modèle qui fait de l’individu et/ou du groupe une entité non réflexive, incapable de critiquer l’information reçue mais aussi et surtout un ensemble d’individus pensant tous de la même manière. Politiquement cette perspective théorique est intéressante. Elle considère qu’il convient uniquement de contrôler l’émission du message pour instaurer un véritable ordre de pensée social et politique sans que l’on puisse en changer. On peut définir l’approche fonctionnaliste comme étudiant « les relations possibles entre les individus, considérés comme sujets humains libres et autonomes, et d’autre part les médias de masse, considérés comme institutions de diffusion. » On s’interroge sur les usages plutôt que sur l’impact et les effets. Le problème central se déplace de la manipulation vers la séduction. L’opinion se formerait ainsi à partir d’un intérêt ou d’une réflexion personnelle mais aussi au travers d’autres réflexions menées dans le cadre de cercles restreints (famille, amis) ou de cercles élargis (collègues, médias). Chacun se forge-t-il sa propre opinion ? Ya-t-il des leaders (et dans ce cas il convient de s’adresser à eux en particulier) ? Quel rapport existe-il entre l’individu et la communauté dans laquelle il évolue... 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 14. Les grands modèles d’analyse : l’approche fonctionnaliste des médias (3/9) En schématisant, on peut résumer les différences de perspectives entre béhaviorisme et fonctionnalisme par le tableau suivant : 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 15. Les grands modèles d’analyse : la communication à deux étages (Katz et Lazarsfelt) (4/9) Ce modèle à deux étages distingue deux temps dans la communication de masse : 1. Premier temps : les messages sont d’abord perçus par les guides d’opinion qui 2. Dans un deuxième temps, retransmettent ces messages aux membres plus passifs de l’auditoire avec lesquels ils sont en contact. Le premier temps comporte deux processus distincts : - Réception et attention. - Réaction (acceptation ou rejet) à la tentative d’influence ou d’information. Les guides d’opinion sont presque à considérer, eux-mêmes, comme de véritables médias, émettant des messages vers un public, pouvant faire l’objet d’analyses de contenu, etc. La « mass communication » s’articule dans un système de relais. Mieux, ces relais ne sont autres que les relais traditionnels de la communication, antérieurs à l’avènement des médias modernes. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 16. Les grands modèles d’analyse : la communication à deux étages (Katz et Lazarsfelt) (4/9) Trois caractéristiques des guides d’opinion : 1. Intérêt plus vif pour les évènements en cause et s’expose dès lors plus volontiers aux médias. Il est actif, par opposition avec ceux qu’il influence (passif). 2. Il entretient de nombreux contacts avec les membres de son groupe. 3. le groupe qu’il influence se reconnaît en lui, si bien qu’il faut qualifier l’influence d’horizontale. Il faut distinguer le guide d’opinion du « notable » (influence verticale) ou de la « personnalité pilote » (vedette qui prend parti, par exemple). Facteurs qui pourraient moduler l’influence exercée par le guide d’opinion : 1. Qui il est (personnification de valeurs). 2. Ce qu’il sait (compétences). Ex : personnes âgées pour l’expérience. 3. Qui il connaît (position sociale stratégique), d’une part à l’intérieur du groupe, et d’autre part à l’extérieur. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 17. Les grands modèles d’analyse : la communication à deux étages (Katz et Lazarsfelt) (4/9) Le guide d’opinion est perçu par les membres de son entourage comme mieux informé et réagissant comme eux. On peut donc leur faire confiance. On peut, en outre, distinguer des « guides universels » et des « guides spécialisés », ces derniers exerçant leur influence que dans les domaines particuliers. Le guide d’opinion exerce principalement son influence auprès d’individus de la même tranche d’âge, ayant une profession et des opinions politiques semblables. Le rôle du guide se limite essentiellement à une fonction de renforcement des opinions du groupe, favorisant le conformisme social, la pression du groupe. En outre, les individus ont spontanément tendance à éviter la dissonance cognitive c’est-à-dire les messages qui contredisent ou mettent à mal leurs idées antérieures, leurs préjugés, leurs opinions. Ce modèle fait l’impasse sur l’influence directe que peuvent avoir les médias sur ceux qui sont identifiés comme passif, même dans des cas limités. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 18. Les grands modèles d’analyse : le paradigme de Lasswell (5/9) Harold Dwight LASSWELL développa un paradigme qui invite les chercheurs à décomposer les processus de communication en cinq domaines de questionnement résumés par une formule : Who says What through What channel to Whom with What effect ou “Qui dit Quoi par Quel canal à Qui et avec Quel effet?”= paradigme des 5w, des 5Q ou de paradigme des effets ou encore de question de programme. Lasswell s’intéresse surtout à la propagande politique, si bien que son paradigme concerne la communication de masse conçue comme processus de persuasion et d’influence. C’est donc la question des effets qui est centrale, alors que la perspective béhavioriste la considère comme simple conséquence mécanique du processus (réponse à des stimuli), Lasswell impose l’approche des effets comme sujet à part entière, dont la complexité justifie une étude spécifique et distincte par une discipline propre. Il manque le contexte de la communication, le « dans Quelles circonstances », mais aussi le « pourquoi ». Ce modèle renforce, par ailleurs, une vision atomiste (s’applique au niveau individuel et dérive d’ailleurs de modèles de communication interpersonnelle) et béhavioriste de la communication de masse : on en reste à la structure stimulus-réponse. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 19. Les grands modèles d’analyse : le paradigme de Lasswell (5/9) - L’analyse de régulation (« control analysis ») étudie les institutions médiatiques, leur organisation, leurs dirigeants, les journalistes, etc. - L’analyse de contenu s’attache particulièrement aux messages diffusés (émissions de radio ou de télévision, articles dans la presse) ; - L’analyse des médias envisage les techniques de diffusion proprement dites ; - L’analyse du public (« audience analysis ») se concentre sur les individus qui perçoivent les contenus - L’analyse des effets examine la nature et l’ampleur de l’impact des messages sur les destinataires. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 20. Les grands modèles d’analyse : l ’école de Palo-Alto (6/9) Les modèles linéaires de communication type émetteur- canal- récepteur montrèrent bientôt leurs limites : - Transformant abusivement les messages et leurs significations en objets matériels soumis à la plupart des lois physiques, ce qui n’aurait dû être qu’une métaphore a rapidement envahi la langue et les théories jusqu’à biaiser complètement les perception des phénomènes étudiés. - Tout était conçu en termes séquentiels et linéaires alors que la pensée, le langage et l’interaction sociale s’accommodent si mal à cette rigidité simpliste. - La communication se résumait à de simples transferts de mécaniques de messages explicites entre une source qui maîtrise le processus et un destinataire plus ou moins passif qui s’y soumet. - Les théories dérivées des modèles shannoniens limitent conceptuellement la communication à un « acte verbal, conscient et volontaire ». 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 21. Les grands modèles d’analyse : l ’école de Palo-Alto (6/9) L’idée centrale de l’ouvrage de Gregory BATESON consiste à concevoir la communication comme la matrice dans laquelle sont enchâssées toutes les activités humaines. En outre, Bateson élargit le champ de la communication à tous les processus par lesquels les individus s’influencent mutuellement. Il signifie ainsi que l’on peut parler de communication en dehors du cadre restrictif des échanges verbaux, intentionnels, explicites. Il y a une intéressante distinction entre quatre niveaux de communication : o Intrapersonnel (avec soi-même). o Interpersonnel (entre deux personnes). o Groupal (entre plusieurs personnes). o Culturel (entre de nombreux individus). 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 22. Les grands modèles d’analyse : l ’école de Palo-Alto (6/9) On parla rapidement d’approche social de la communication, de modèle orchestral, lequel abandonne l’image de ping-pong ou du projectile en postulant que chaque individu participe à la communication qui est , dès lors, envisagée comme un vaste champ d’interactions tous azimuts. La communication est permanente et pas nécessairement intentionnelle. Il n’y a plus de source ni de destinataire, plus d’émetteurs et de récepteurs, plus d’origine et d’aboutissement. Sous cet angle, le concept de communication est ramené à ses origines étymologiques de communion, mise en commun. Cette perspective entend envisager la communication (y compris verbal) comme un tout intégré. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 23. Les grands modèles d’analyse : la communication de masse de Schramm (7/9) Dans son modèle de la communication de masse, c’est l’institution médiatique (télévision, radio, organe de presse écrite) qui occupe la position centrale. Le modèle envisage la relation entre un média et son public. Le média décode les nombreux messages qui proviennent de l’extérieur, qualifiés «d’intrants » (dépêches d’agences de presse, communiqués de presse, lettres…). Ces messages sont interprétés et font l’objet d’un tri, d’une sélection. Les informations retenues sont alors encodées (on écrit un article ou on tourne un reportage). Afin d’être diffusées vers le public. La boucle de rétroaction est dite « par inférence » ou « par induction » car elle n’intervient qu’avec retard et de façon indirecte (baisse d’audience). La rétroaction par inférence ne permet d’adaptation dans le chef de la source que dans l’hypothèse d’une « prochaine fois », alors qu’un conférencier ou un acteur de scène peut, en permanence, adapter ses comportements de communication aux réactions du public perçues simultanément. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 24.
    • Les grands modèles d’analyse : la communication de masse de Schramm (7/9)
    • Ce modèle linéaire en termes d’émetteur- récepteur introduit trois éléments importants :
    • - Le public est considéré comme un ensemble de groupes qui, comme les individus qui les composent, sont dotés des mêmes capacités de décodage- interprétation- encodage que les médias ;
    • - Le public n’est pas considéré comme une masse inerte et passive ;
    • Les fonctions de sélection et d’interprétation des informations par les institutions médiatiques (et les individus qui la composent) sont identifiées et soulignées).
    • Pour Schramm, la rétroaction doit permettre à un interlocuteur de signifier à l’autre que la communication ne se situe éventuellement pas dans cette intersection d’expérience commune et, par adaptations successives, de s’en rapprocher.
    • Cet ajustement se produit par une succession, de part et d’autre, d’opération de décodage, d’interprétation puis d’encodage de messages.
    1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 25. Les grands modèles d’analyse : Hot media, Cool media (McLuhan) (8/9) Il considère les médias comme des extensions de nos sens. Sur cette base, il établit une échelle continue de classification des médias entre chaud et froid (les médias ne sont donc pas seulement chauds ou froids). Les médias chauds font appel à un seul sens. Ils découragent la participation, comportent peu de « blancs » à remplir, sont prêts à être consommés ; - Exemple : l’imprimé, la radio, la photographie, le disque, une conférence, le cinéma. Les médias froids prolongent plusieurs sens et permettent, encouragent même la participation, car il est nécessaire de compléter les messages. - Exemple : la parole, la conversation, la télévision, le téléphone. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 26. Les grands modèles d’analyse : les axiomes de Watzlawick (9/9) Il s’agit d’une perspective empreinte de systémique et de cybernétique. « L’explication du comportement humain passe ainsi d’une vision intrapsychique à une prise en considération du système relationnel de l’individu, l’unité d’analyse devient l’interaction. » Il énonça 5 axiomes, propriétés fondamentales de la communication, sortes de principes fondateurs de la pragmatique de la communication. 1. On ne peut pas ne pas communiquer. 2. Toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation, tels que le second englobe le premier et par suite est une métacommunication. 3. La nature d’une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires. 4. Les être humains usent de deux modes de communication : digital et analogique. 5. Tout échange de communication est symétrique ou complémentaire, selon qu’il se fonde sur l’égalité ou la différence. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 27. Les grands modèles d’analyse : les axiomes de Watzlawick (9/9) Cet axiome trouve son origine dans une distinction introduite par Bateson entre l’indice et l’ordre : lorsque des individus communiquent, ils échangent des informations sur leurs perceptions ou connaissances (indice) ; ces informations constituent alors la cause ou la base d’actions à venir (l’ordre). Le contenu correspond aux données, aux informations que l’on veut transmettre (message), alors que la relation constitue une métacommunication, une indication sur la façon dont doit être compris le message. Par exemple : la relation permet de cadrer la communication en distinguant l’injonction de la plaisanterie, l’insolence de l’ironie, notamment grâce au langage non- verbal, aux gestes, aux expressions du visage, aux intonations. L’importance relative de ces deux aspects peut varier considérablement. Nous pouvons imaginer les cas extrêmes dans lesquels la relation (personnage important) constitue l’aspect significatif de la communication, le contenu (discours) n’étant qu’un prétexte accessoire. La seule action de communiquer constitue le message le plus important. A l’inverse, certains échanges sont pauvres en relation, notamment lorsqu’on veut expressément ne laisser aucune place à l’interprétation. 1-1 Les grands modèles d’analyse des médias.
  • 28. 1- 2 Implications de la convergence numérique sur l’information Decuyper Nathalie, professeur droit de l’information et de la communication.
  • 29. De la convergence numérique, TIC et multimédia La numérisation qui fonde le succès technologique et économique de cette révolution du « multimédia » est liée à 2 corollaires qu’il faut distinguer pour comprendre la convergence. L’interconnexion permet à des systèmes de même nature d’échanger des messages et donc aux utilisateurs d’un réseau de communiquer avec ceux d’un autre réseau. Les normes et protocoles doivent être identiques ou compatibles. L’interopérabilité permet à des systèmes de nature différente d’échanger ou de partager de l’information ou des messages (entre poste privé et téléphone portable). 1-2 Implications de la convergence numérique sur l’information
  • 30. Les 4 implications de la convergence numérique sur l’information Précipitation et fragmentation L’information circule pratiquement en court-circuit. Toute bribe d’information est quasi instantanément relayée et distribuée, avant même d’être sérieusement vérifier, expliquer, mis en contexte. Plus l’événement est complexe et important, plus les bribes d’information éprouvent de grandes difficultés à appréhender les événements dont ils n’ont, au prix d’efforts importants, qu’une perception confuse et fragmentée. Le travail du journaliste est implicitement dévalorisé et considéré comme une perte de temps (décalage de plusieurs heures/jours). Validation de l’information Les TIC permettent et encouragent la participation sous diverses formes. Le public est invité à s’exprimer, à donner son avis sur divers sujets. Le nouveau modèle de validation favorise plutôt la popularité telle qu’exprimer par les manifestations d’opinion (forum, blogs). Ces différents outils apportent une impression réconfortante de démocratie et de transparence. La confiance qu’inspire le jugement des paris peut affecter le regard que nous portons sur l’actualité et, plus largement, le monde dans lequel nous vivons et influence, plus que refléter, le climat d’opinion. 1-2 Implications de la convergence numérique sur l’information
  • 31. Les 4 implications de la convergence numérique, TIC et multimédia sur l’information Presque- journalisme Des individus ou des organisations peuvent avec des moyens limité, mettre à disposition voire diffuser des contenus suivant des formats qui rappellent nettement ceux des médias d’informations. Cette émergence peut être envisagée comme un complément enrichissant du paysage médiatique pour autant que le public soit en mesure de surmonter la confusion des genres et qu’il ne soit pas tenté de substituer des sources presque journalistiques à ses ressources habituelles d’information journalistique. Survalorisation de l’information brute Il ne faut pas présenter comme préférable l’information brute et abondante alors même que la valeur ajoutée du journalisme, sa raison d’être a toujours été, précisément, d’opérer le travail de sélection, de vérification, de contextualisation et d’explication pour un public qui n’a ni le temps, ni les moyens, ni les capacités à le faire. 1-2 Implications de la convergence numérique sur l’information
  • 32. Section 2 Les nouveaux moyens de communication ont entrainé de nouvelles pratiques et engendré de nouvelles attentes d’inter activité avec les medias, les gens et contenus informatifs. 2-1 En quoi Internet est il radicalement différent de la presse ? (en anglais) 2-2 Les spécificité de la presse en ligne 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics. 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion. 2-6 La homepage, lieu de soi et espace partage : l'altérité dans la construction identitaire Photo: Roxyscience
  • 33. 2-1 How the web is different from print? Gerry McGovern, Web content management solutions, founder and CEO of Customer Carewords.
  • 34. Of all the things that make the Web different from print, linking is the most important. Are we tool-making animals or are we animals made by tools? It's an old question. How much did the quill shape our minds and worlds? We invented the printing press which then invented a new society, a new way of thinking. And now….what will happen to us ? ` The Web is about links. Print is about units of content. A 500-word article, a book, a magazine, a report. Print writing is often a solitary task. The Web is about linking. We're linking one piece of content to another. We're linking the consumer of the content with its producer. 2-1 En quoi Internet est il radicalement différent de la presse ?
  • 35. We invented the Web. How is the Web re-inventing us? What makes the Web different from print? We need to carefully answer this last question because otherwise we are in danger of approaching the Web with our print-thinking and print-techniques. We are in danger of saying: 'This is what quality writing is,' when really what we are saying is: 'This is what quality print writing is.‘ Here are some of the ways the Web is different from print: The Web is about links The Web is about tasks The Web is about finding The Web is about permanence The Web is a process The Web is about the customer 2-1 En quoi internet est il radicalement différent de la presse ?
  • 36. 5 major differences between web and print T he Web is a functional, task-oriented place. We come to the Web to do, and we already have the context when we get to the website. Print lends itself to length and because print is physically going out to the reader, it tends to have lots of contextual language. The Web is bare, hermetic, pared-down-an ugly but useful place. The Web is about the customer trying to find the content, rather than the content trying to find the customer. The Web turns much of advertising and marketing on its head. You must know the words your customers use when they search. Otherwise you are lost. The Web is about permanence. Over time, most print content degrades, dissolves, disappears. Try finding that brochure you published in print in 2003. But if you put it up on your website, it's still there. This is the great blind spot of web teams. Review and remove. 2-1 En quoi internet est il radicalement différent de la presse ?
  • 37. 5 major differences between web and print The Web is a process. Print is an event. You get it all together and then you publish. And then it's over. Job done. On the Web it's job begun. The print and IT culture of launch and leave is a ruinous strategy on the Web. Great websites involve continuous improvement of your top tasks. The Web is about the customer. It is not about the control of elites. It is about the wisdom of crowds, the collective intelligence. At the center of the Web is the customer, not the organization. It is about the things the customer wants to do, not the things the organization wants to do to the customer. 2-1 En quoi internet est il radicalement différent de la presse ?
  • 38. 2-2 Les spécificités de la presse en ligne Club Sénat.
  • 39. Contrairement aux autres médias, les sites d’information en ligne ne sont soumis à aucune chronologie prédéterminée. Ils n’ont pas de rythme de parution. Mis à jour en continu, ils sont capables de diffuser l’information instantanément. Cela modifie le cycle classique de l’information où tour à tour la radio annonce la nouvelle, la TV la montre et le quotidien la met en perspective. Les sites d’information, alimentés par les dépêches des grandes agences de presse, deviennent le premier lieu où l’information est annoncée. Ainsi trouve-ton souvent un encadré réservé à ces dépêches, non retraitées et diffusées instantanément lors d’un événement important. Internet est en passe de dicter son rythme aux autres médias car il y a toujours un site ou un blog pour annoncer un événement dès qu’il se produit. En parallèle à cette diffusion presque instantanée de l’information, les sites d’information en ligne proposent des archives, parfois anciennes de plusieurs années, et qui apparaîtront en lien sur la même page que des nouvelles fraîches de quelques heures. Les sites d’information en ligne proposent donc un nouveau rapport au temps, qui relie passé et présent de façon inédite dans l’histoire des médias. 2-2 Les spécificités de la presse en ligne
  • 40.
    • La diffusion globale de l’information est accélérée et les sites se concurrencent aussi sur le critère de la rapidité de mise en ligne.
    • Cette course conduit à privilégier l’information brute à l’analyse, qui demande plus de temps.
    • Les effets de l’électronique sur l’univers journalistique:
    • Quand les nouvelles se déplacent lentement, le journal a le temps de fournir des perspectives, de rétablir le contexte général, de relier cela avec les dernières nouvelles, et le lecteur reçoit un « package » complet.
    • Quand l’information vient à grande vitesse, il n’y a pas la possibilité d’un traitement aussi littéraire, et le lecteur reçoit un kit à monter soi-même. »
    2-2 Les spécificités de la presse en ligne
  • 41. L’information étant partout disponible, la produire compte moins qu’en maîtriser la diffusion. Parmi les indicateurs, celui de l’audience est mesuré par le trafic enregistré par le site qui indique le nombre de visiteurs (uniques ou réguliers), le nombre de pages consultées et la durée de leur passage. Connaître l’itinéraire de l’internaute a un impact sur le plan rédactionnel et publicitaire. Sur ce point, le métier de la presse en ligne diffère fondamentalement des médias traditionnels car il propose moins un contenu à un public qu’une gestion du trafic sur un réseau. Les liens permettant d’avoir accès à l’information ont donc une importance primordiale. 2-2 Les spécificités de la presse en ligne
  • 42.
    • Les moteurs de recherche apporteraient plus de la moitié de l’audience des titres de presse généralistes.
    • On peut distinguer cinq types d’itinéraires qui conduisent à un site d’information :
    • - la liste des favoris du navigateur web ;
    • - le lien envoyé par e-mail (dans une lettre d’information par exemple) ;
    • - l’échange de lien entre sites ;
    • - les moteurs de recherche ;
    • l’adresse du site directement tapée.
    • Parmi ces itinéraires-types, celui qui représente le plus important levier de croissance est le référencement, naturel ou payant, sur les moteurs de recherche.
    • Les éditeurs de sites d’information cherchent donc à obtenir le meilleur positionnement sur ces moteurs. Le moteur de recherche le plus utilisé en France est Google avec environ 80 % des recherches. Google a simplifié au maximum la recherche de l’information et donne accès à tout l’univers de l’internet « visible » depuis un simple espace de saisie dans lequel il suffit d’entrer un ou deux mots clés pour trouver une multitude de sites pertinents correspondant à la recherche.
    2-2 Les spécificités de la presse en ligne
  • 43. Google et les autres moteurs de recherche donnent accès à l’information d’une façon plus simple et plus personnalisée que sur tout autre site d’information et même sur tout autre média. Ils proposent une autre forme de navigation structurée par la recherche qui est précisément le point de rencontre entre l’offre et la demande. Cette position d’intermédiaires privilégiés de l’information a conduit les moteurs de recherche à proposer des véritables sites d’information en ligne (Google News, Yahoo News par exemple), sans journalistes et alimentés automatiquement par des algorithmes qui assurent la remontée des dépêches et des articles de journaux. Ils proposent des outils de personnalisation à l’internaute et cherchent à occuper la page d’accueil de leur navigateur. Le « journalisme d’algorithmes » pourrait peut être un jour prendre le dessus sur le « journalisme éditorialisé ». Le pouvoir des moteurs de recherche est aujourd’hui immense. Le bon référencement sur ces outils est une condition nécessaire au succès. Il peut, le cas échéant, entrer en conflit avec les principes de liberté d’expression dans la mesure où certains sites et mots clé peuvent être exclus. 2-2 Les spécificités de la presse en ligne
  • 44. L’accès ne se fait pas au tout que constitue le site mais directement à la partie qui intéresse l’internaute : l’information est fragmentée Le journal imprimé constitue une œuvre collective, achevée, que le lecteur peut saisir dans son intégralité. A l’inverse, un site d’information en ligne est une œuvre ouverte, en perpétuel changement, à laquelle l’internaute a accès de façon fragmentaire. Il est impossible de prendre la mesure de tous les contenus proposés par un grand site d’information puisque chaque jour des centaines de nouvelles pages sont ajoutées. Les sites sont ainsi démembrés : l’accès ne se fait pas au tout que constitue le site mais directement à la partie qui intéresse l’internaute. Le rôle des archives du site comme point d’accès et générateur de trafic est donc essentiel. A ce démembrement des sites d’information succède un remembrement grâce à la personnalisation assurée par l’individu en fonction de ses intérêts. La technologie des flux RSS par exemple permet de collecter en continu toutes les nouveautés des sites choisis et de les agréger sur une page personnalisée. 2-2 Les spécificités de la presse en ligne
  • 45. De nouveaux modes d’indexation de l’information à plusieurs entrées. Si les nouveaux codes d’écriture journalistique ne sont pas encore intégrés, les sites ont en revanche bien pris conscience que la présentation et l’indexation des articles sur le site devait être différente de ce qui était fait sur le journal papier. Tous les sites d’information en ligne utilisent ainsi plusieurs modes de classement de l’information : -une liste de rubriques thématiques semblable à un sommaire de presse écrite (International, Sciences, Sports, Culture, etc.) ; -une liste de formats (portfolios d’images, vidéos, tchats, blogs, etc.) ; -enfin, une présentation de l’information sous forme de classements (contenu le plus récemment mis en ligne, le plus consulté, le plus recommandé, etc.). Ce mode d’indexation de l’information à plusieurs entrées représente une grande nouveauté par rapport au classement traditionnel et figé des quotidiens imprimés : plusieurs parcours dans le site donnent accès au même article et l’internaute peut influer sur le classement des articles. 2-2 Les spécificités de la presse en ligne
  • 46. Le site d’information en ligne est aussi un lieu de débat où l’internaute peut s’exprimer au même titre que le journaliste. Enfin, est-il besoin de rappeler que la modification fondamentale dans la façon dont l’information est reçue provient de la possibilité donnée à l’internaute de réagir ? L’interactivité bouleverse le rapport des journalistes à leur lectorat puisque dès qu’un article paraît, il est possible de poster un commentaire lisible par tous, contrôlé seulement par un modérateur qui évite que des propos injurieux ou illégaux soient publiés. Les internautes ont peu à peu gagné du poids et de la place dans les sites d’information en ligne : ils ont d’abord été dirigés vers le courrier des lecteurs, puis vers des forums. Aujourd’hui, ils s’expriment dans le même espace que le journaliste (exemple : dans une colonne de droite à côté de chaque article sur lemonde.fr). 2-2 Les spécificités de la presse en ligne
  • 47. 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation. Marie Bénilde, enseignante et journaliste collaboratrice au Monde Diplomatique.
  • 48. L’AFP donne la ligne éditoriale à Yahoo, à Orange, parce que ce sont eux qui donnent l’information à tous les Français qui vont sur Internet Le député des Hauts-de-Seine, M. Frédéric Lefebvre, mérite d’être écouté. Ce porte-parole de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) communique l’essentiel de la réflexion de la majorité sur le thème des médias. Sa charge contre l’Agence France-Presse (AFP), coupable à ses yeux de ne pas relayer la condamnation de Mme Ségolène Royal dans une affaire de droit du travail, en dit long sur la perception par le pouvoir de l’influence des nouveaux médias. A l’écouter, l’AFP pose problème quand elle ne répercute pas la communication de son parti. Non pas tant en raison de l’importance de cette agence auprès des médias installés que de sa capacité à nourrir en contenus les grands portails Internet. « L’AFP donne la ligne éditoriale à Yahoo, à Orange, parce que ce sont eux qui donnent l’information à tous les Français qui vont sur Internet », estime M. Lefebvre . 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation.
  • 49. Les portails de Yahoo, Orange ou Google comptent en effet parmi les sites d’information les plus consultés en France avec ceux du Monde ou du Figaro. Particularité de ces acteurs nés sur Internet ou venus des télécommunications : ils agrègent des contenus en provenance d’autres sites d’information et des dépêches d’agences de presse, là où les médias traditionnels mobilisent des rédactions dédiées à leur production en ligne. Comme tels, ces nouveaux supports n’ont donc pas à proprement parler de ligne éditoriale. Depuis début juin, le site Orange.fr, consulté par quinze millions six cent mille visiteurs chaque mois, s’en remet aux journalistes du Figaro, propriété du sénateur UMP Serge Dassault, pour animer une interview politique quotidienne, ou à Radio Classique, propriété de M. Bernard Arnault, pour alimenter son espace en entretiens avec des patrons ou des acteurs de l’économie. La page d’accueil du portail, qui fait miroiter des informations sur les services, les sports ou les loisirs, délègue à l’AFP sa partie « actualités », où les internautes sont invités à réagir à travers des forums. 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation.
  • 50. La stratégie Orange est représentative de la tendance générale qui est à diffuser des contenus en libre accès financés par la pub. Fort du chiffre d’affaires de sa puissante maison mère France Télécom (54 milliards d’euros), Orange se positionne de plus en plus comme un média à part entière. Le groupe a acquis une partie des droits de retransmission du championnat de France de football ; il s’est offert la rediffusion des films de la Gaumont, de la Warner ainsi que des séries du réseau américain Home Box Office (HBO) : autant d’accords qui lui permettront d’abreuver une offre de six chaînes consacrées au cinéma et aux séries télévisées dès cet automne. Depuis le 2 juillet, il distribue en outre un bouquet d’une soixantaine de télévisions par satellite qui rivalise avec Canalsat, édité par le groupe Canal+. L’arrivée de ce nouveau mastodonte, qui entend se financer par la publicité tout en bénéficiant de la manne d’abonnés à son offre de services « triple play » (Internet-téléphone-télévision), illustre la transformation des moyens d’information à l’ère numérique. 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation.
  • 51. Car c’est en reprenant le modèle de l’agrégation de contenus les plus divers vers une multiplicité de supports que les médias traditionnels escomptent trouver leur salut. Sous la direction de M. Jean-Claude Dassier, son nouveau directeur de l’information, le groupe TF1 engage ainsi un rapprochement entre les rédactions de TF1, de La Chaîne info (LCI) et du site LCI.fr afin de fournir en images et en productions une plate-forme unique tournée vers tous les canaux. Le groupe Lagardère crée l’entité Lagardère News, décrite comme une « nouvelle fabrique de l’information » commune à l’ensemble de ses rédactions et de ses sites. Les sociétés de journalistes des médias de Lagardère (Europe 1, Paris Match, Journal du dimanche, Elle) pointent déjà le « risque de dilution de l’identité de chaque titre » au nom d’un meilleur rendement et au détriment de la qualité. Légitimée par l’obligation de réaliser des économies d’échelle à l’heure où le boom des recettes publicitaires sur Internet ne compense pas encore la perte de revenus sur les supports traditionnels, l’agrégation de contenus, notamment vidéo, génère assurément la plus forte audience. Mais à quel prix ? 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation.
  • 52. Ce qui a une conséquence directe sur le professionnel de l’information qui se mue en travailleur «multi supports » et «multitâches ». A l’approche des états généraux de la presse, annoncés pour l’automne par Mme Christine Albanel, un nouveau modèle de journaliste semble se mettre en place. Le professionnel de l’information se mue en travailleur « multi supports » et « multitâches ». Sur papier comme sur écran, au micro ou à la caméra, il « fournit du contenu », une palette de « produits » dont une partie croissante est accessible gratuitement. On le sollicite aussi pour stimuler, enrichir et parfois vérifier le flux de contributions produites sur le site Internet par les internautes. Dans un avenir proche, maîtriser une caméra numérique, utiliser les outils de montage vidéo, animer un plateau de débat télévisé, tout cela comptera davantage que la connaissance approfondie de certains domaines ou l’aptitude à réaliser des enquêtes. De nombreuses rédactions demandent déjà à leurs journalistes de contribuer au site en apportant sons, vidéos ou informations exclusives en échange d’un forfait modique (de 48 à 68 euros mensuels au Parisien - Aujourd’hui en France), voire à titre gracieux (comme à Ouest-France). 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation.
  • 53. A la vision verticale d’une voix d’autorité délivrant son savoir depuis un accès quasi privatif aux sources (agences de presse, institutions) se substituerait un « journalisme de conversation ». Du moins c’est ainsi que l’explique Pascal Riché, rédacteur en chef du site d’information en ligne Rue89, qui s’épanouit dans l’« échange horizontal, ouvert, interactif et itératif » avec le lecteur. Si un tel dispositif peut paraître viable pour les nouveaux acteurs de la Toile, il n’en demeure pas moins lourd de contraintes inédites dans les médias traditionnels. Une nouvelle étape de l’exercice du métier de journaliste serait-elle franchie ? Il s’agirait de fonder avec l’usager des médias une relation revigorée par la prise en compte d’une parole trop longtemps ignorée. Le risque tient d’abord au creusement d’un fossé entre des journalistes-orchestres, aptes à jouer la partition des technologies nouvelles, et des professionnels (rares) plus aguerris à la recherche et à la vérification des faits qu’aux moyens de les accommoder. 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation.
  • 54. Mais, comme dans le journalisme traditionnel, les effets induits par la recherche de l’audience maximale sont nombreux et pervers. En devenant à leur tour des agrégateurs d’images et des diffuseurs de rumeurs — comme l’annonce prématurée par M. Jean-Pierre Elkabbach de la mort de l’animateur de télévision Pascal Sevran sur le site d’Europe 1 —, les médias cèdent à ce que M. Elkabbach lui-même, aujourd’hui patron de Lagardère News, appelait la « dictature de l’émotion » et l’« immédiateté de l’apparence ». La raison en est simple : la plupart des sites d’information redoutent de perdre l’audience de ce qui fait « buzz » et engendre donc une fréquentation monnayable. La presse devient de la sorte le principal moteur de la « vedettarisation -vulgarisation » du politique, tendance qu’elle dénonce simultanément. 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation.
  • 55. Les travers du journalisme en ligne apporteur d’audience se mesurent aussi à l’aune d’une dérégulation totale du métier. Noyé dans le flot incessant des nouvelles, le professionnel recruté pour son hyperréactivité sur la Toile joue au serpent qui se mord la queue : il fait savoir ce qui se sait, montre ce qui se voit, réagit à ce qui génère des réactions. Comme l’atteste le défilé ininterrompu de nouvelles plus ou moins anecdotiques et de vidéos sur le site Lepost.fr, édité par Le Monde, la hiérarchie de l’information n’a plus cours dans un cybermonde où prime la dernière livraison inédite. « Qu’est-ce qui importe dans ce flux mécanique ? » : telle est sans doute la dernière question que le journaliste de l’ère numérique est invité à se poser. Le discours patronal chante pourtant les vertus d’un métier régénéré par son aptitude à trier et à mettre des « contenus » divers sur les rails. Sans doute plus à la façon d’un chef de gare que d’un conducteur de locomotive. Le train de l’Internet n’attend pas, mais nul ne sait où il va. 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation.
  • 56. Cependant, le journalisme pour ordinateurs a aussi vu l’éclosion de sites indépendants qui ont joué leur rôle dans la contre-campagne sur le référendum européen de 2005. Il a permis l’apparition de canaux d’information et de réflexion alternatifs à la pensée dominante qui tranchent avec les règles de la connivence et de l’asservissement aux pouvoirs capitalistiques, politiques et économiques. La crise du journalisme de marché, son déclassement dans l’opinion publique sont en bonne partie imputables à l’émergence d’une parole libre et critique sur Internet. Une telle émancipation sera-t-elle de nature à rejaillir sur les sites des grands médias et à encourager l’impertinence de leurs journalistes ? On peut en douter tant le cadre d’expression défini par l’actionnaire est étroit. 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation.
  • 57. Les propriétaires misent en effet sur l’accumulation d’audience à travers des sites de médias gavés d’espaces vidéo qui se prévalent d’inventer une « nouvelle écriture journalistique ». En réalité, il s’agit surtout de satisfaire la demande en contenus multimédias d’ordinateurs reliés à des réseaux à haut débit obéissant à des logiques de télécommunications. Un tel paramétrage des sites, souvent conçu par des directions informatiques, détourne d’autant plus facilement du journalisme que l’économie de la presse incite à la réduction des coûts. Tel est le prix à payer tant que les recettes publicitaires sur le Net ne contrebalancent pas la chute des revenus du papier. 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation.
  • 58. A la compression numérique correspond une compression journalistique. En mai 2007, le groupe Hearst annonçait la suppression d’une centaine de postes de journalistes au San Francisco Chronicle pour lancer six mois plus tard un service de vidéos financé par la publicité sur le site du journal. « Ceux qui doivent partir sont des journalistes extrêmement compétents qui se consacrent à la recherche et à la couverture de la vérité, en toute indépendance et sans peur ni parti pris », note Neil Henry, enseignant en journalisme de l’université de Berkeley. Les coupes se sont multipliées dans les rédactions des quotidiens américains : deux cents rédacteurs licenciés au Mercury News de San Jose, cent au New York Times, cent à l’Union Tribune de San Diego. Depuis l’an 2000, la rédaction du Los Angeles Times est passée de mille deux cents à sept cents personnes. Aux journalistes, les patrons de presse préfèrent désormais les apporteurs d’audience participative. L’industrie de la robinetterie à commentaires a de beaux jours devant elle. 2-3 Les sites d’information en ligne modifient l’accès à l’information, sa production et sa consommation.
  • 59. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics. Olivier Tredan, doctorant CRAPE Université de Rennes.
  • 60. Le « journalisme citoyen » est un paradigme mou qui se diffuse comme une traînée de poudre auprès d’une frange d’internautes actifs. L’affaiblissement des frontières traditionnelles entre sources, médias et public réactive l’imaginaire d’une communication désintermédiée, où les contenus rédactionnels circuleraient hors des circuits médiatiques traditionnels. À première vue, l’internet est devenu le lieu d’un affrontement symbolique sur la définition d’une identité professionnelle en perpétuelle mutation : le journalisme. La récurrence des débats entre blogs et journalisme, menés tant du point de vue des professionnels que des amateurs, témoigne de ces questionnements. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 61. L’enjeu est de cerner une possible extension du territoire professionnel. D’un côté se déploient des discours de légitimation des journalistes pour borner leur territoire professionnel en refusant l’entrée de nouveaux acteurs ; de l’autre des producteurs d’information réfutent le qualificatif « journalistique » tout en s’en appropriant les savoir-faire et la terminologie. L’émergence de nouveaux espaces labellisés « journalisme citoyen », a pour première vertu de nous rappeler que le journalisme est une construction sociale, aboutissement d’un long processus historique. Les transformations sous-tendues par le phénomène de l’autopublication ont pour deuxième vertu de nous inciter à nous départir d’une vision trop média-centrée. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 62. Les nouvelles formes d’intermédiation doivent faire l’objet d’une vigilance accrue. L’internet apparaît de plus en plus comme un espace mosaïque composé d’espaces de socialisation (François, Neveu, 1999) participant de la construction de réalités sociales particulières, selon des dynamiques de reconfiguration des frontières public/privé. La « naturalisation » du « journalisme citoyen » conduirait à négliger la question de la capacité des profanes à produire, diffuser et s’approprier de l’information en dehors des espaces labellisés. Mais surtout, elle ne permettrait pas de saisir l’influence d’une représentation mythifiée du public dans l’évolution de la configuration journalistique. On fera ici l’hypothèse que ces nouveaux modèles proposent principalement une reconfiguration de la médiation, avec des logiques de réification des catégories du « journalisme » et du « citoyen », pour légitimer une identité professionnelle en canalisant des écrits « citoyens » vers des arènes de débat public. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 63. Deux visages du journalisme citoyen : les exemples d’agoravox et place publique D’un côté, l’identité professionnelle des porteurs du projet est floue : la porosité des frontières entre sources, pairs et publics est instrumentalisée par les initiateurs de ces expériences. De l’autre, les initiateurs sont des journalistes dont l’identité professionnelle est explicite. Toutefois, ils ont en commun d’affirmer la place du journaliste, en tant que médiateur porteur d’une expertise particulière, face à un public-source, comme communauté imaginaire, fédérée par une perception relativement similaire du monde social, un même souci pour la chose publique. Or, dans la mesure où la démarche de Place Publique s’est soldée par un échec, elle doit nous permettre de souligner les limites du concept de « journalisme citoyen ». Celles-ci sont imputables à une vision fonctionnaliste du statut et du rôle du journaliste. À l’inverse, le relatif succès d’AgoraVox, malgré une même grille de lecture, doit nous inciter à penser la manière dont la nouvelle figure du public est devenue une ressource pour légitimer la position d’acteurs émergents. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 64. AgoraVox s’inscrit dans une logique d’extension du journalisme, en se positionnant précisément dans un espace frontière entre journalisme, sources et publics. Il tire sa légitimité de cette position. Le projet part d’un constat qui a marqué l’histoire du Web : le témoignage profane peut être source principale d’informations, en particulier lors de circonstances exceptionnelles (les témoins) et d’un précédent comme modèle, le site sud-coréen Ohmynews , auquel la légende attribue une responsabilité dans l’élection du dernier Président sud-coréen. La juxtaposition des attributs de « citoyens » et de « reporters » révèle une représentation inédite dans l’univers professionnel dans la mesure où elle nie l’expertise du reporter. Toutefois, AgoraVox réalise bien un travail éditorial en sélectionnant et hiérarchisant les productions informationnelles des profanes – une notion qui doit elle-même être fortement relativisée. Ce travail est effectué par un comité éditorial encadré par la société Cybion , spécialisée dans la veille informationnelle, à l’origine de la plate-forme « citoyenne ». 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 65. En proposant une autre facette du « journalisme citoyen », l’objectif de Place Publique est d’implanter des agoras électroniques territorialisées , pour « renouveler » un dialogue citoyen et citadin. S’appuyant sur les collectivités locales, la démarche s’articule autour de la constitution de nouveaux espaces de débat public et l’acquisition par les « citoyens » des compétences jugées nécessaires pour la production d’informations locales, marquées du sceau de l’objectivité. Des sites de co-publication, développés sous le logiciel open - source SPIP , sont mis en place à l’échelle de la ville. Pour participer à ces arènes, une initiation aux techniques journalistiques doit être suivie ; elle est dispensée par les instigateurs du projet, des journalistes qui se partagent les postes-clés au sein des comités éditoriaux locaux. Postulant a priori l’incompétence des habitants (principalement acteurs associatifs) en matière de production d’informations, ces expériences entendent de transformer des « citoyens » en reporters disposant de leurs propres médias. La perspective de Place Publique rejoint dans une certaine mesure celle du Public Journalism (Beauchamp, Watine, 1996), pour laquelle la mission du journaliste est d’apporter son expertise au du public, afin d’assurer la mise en débat de questions publiques. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 66. Ces deux exemples permettent de souligner l’existence d’un imaginaire commun d‘internet caractérisé par l’émergence de nouveaux médiateurs. Le « journalisme citoyen » s’insère dans le contexte particulier de l’essor de l’auto - publication et de la perception d’une crise morale que traversent les médias de masse. L’imaginaire de l’internet (Flichy, 2001) a produit des outils visant à la « démocratisation » de la publication et de la distribution des informations. Pour reprendre la grille de lecture de Dominique Cardon et Fabien Granjon (2003), le développement des blogs s’insère dans un imaginaire social, celui d’une double critique anti-hégémonique (refus de la monopolisation de la production de l’information par les médias de masse) et expressiviste (souci de libéralisation de la parole profane dans l’espace public). 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 67. En sus de cet imaginaire social, l’essor des blogs est porté par un imaginaire technique. Qui a contribué à réactiver une utopie de la communication désintermédiée. Ces nouveaux dispositifs passeraient par des processus d’automatisation et des formes d’autonomisation de la médiation vis-à-vis des médias traditionnels (Weissberg, 1999). Les logiques d’interactivité dans la pratique du blog ont produit une représentation d’un nouvel espace public numérique et une forme d’intelligence collective, assurée par le jeu des liens hypertextuels. Cette conscience discursive a donné lieu à la production de la notion contestable de « blogosphère », qui désigne en réalité un ensemble de pratiques et de formats extraordinairement différents (Cardon et alii, 2006). Elle incarne un imaginaire qui se résume dans les titre et sous-titre évocateurs du livre de Dan Gillmor, essayiste, journaliste et blogueur américain , (2004) « We the Media, Grassroots Journalism by the People for the People » et à quelques exemples emblématiques d’un contre-pouvoir assumé par des blogueurs face aux journalistes conventionnels (Le Cam, 2006). 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 68. Plus qu’une concurrence ou une autonomie de l’autopublication par rapport au journalisme, il implique une évolution de l’espace journalistique, à ses marges. Le « journalisme citoyen » apparaît comme une dynamique qui accompagne la « profanation » d’un espace public médiatique. Les espaces dits citoyens sont le produit de stratégies d’acteurs qui visent à réactiver leur identité professionnelle, en jouant parfois sur le flou occasionné par la médiation de la technique. Celle-ci, rappelons-le, peut contribuer à éroder les frontières entre public, sources et journalistes. Derrière un discours sur la citoyenneté, les « foules intelligentes » et la démocratisation des procédés de publication, se noue une stratégie de légitimation d’une idéologie professionnelle, reposant tout particulièrement sur des savoir-faire spécifiques. Elle passe nécessairement par la recherche d’un modèle économique viable pour le journalisme en ligne, hors des organes de presse traditionnels. Ces expérimentations ont pour vertu de récuser toute ontologie du journalisme. Elles posent aujourd’hui la question de sa mutation (Ringoot, Utard, 2005) et renvoient à l’idée d’une plasticité structurelle du territoire professionnel (Ruellan, 1993), due notamment aux pressions exercées aux marges et aux évolutions des dispositifs techniques, organisationnels et conceptuels. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 69. Ainsi Place Publique repose sur une stratégie d’affirmation identitaire de la part de journalistes en situation de précarité professionnelle . Elle induit une approche fonctionnaliste et une vision média-centrée qui contribuent à légitimer la position « naturelle » des médiateurs traditionnels au sein de l’espace public. L’association a été fondée par des journalistes en position de relative marginalité au sein du champ journalistique : la confrontation aux habitants dans le dispositif Place Publique contribue à renforcer une identité professionnelle dépourvue jusqu’alors de reconnaissance. Cette stratégie repose sur l’existence supposée d’un idéal de profession fondée sur un ensemble de valeurs (l’objectivité par exemple) et un système de normes positives (la distanciation, le croisement des sources), dont seul le journaliste serait détenteur. Elle produit de fait une vision conservatrice des rapports sociaux, d’où les porteurs sortent toujours confortés dans leur position dominante. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 70. Le paradoxe, c’est que le public en tant que communauté imaginaire ne constitue qu’un artefact considéré comme donné et jamais réellement interrogé. Si le leitmotiv de ces initiatives était la re-mobilisation du citoyen, sa marginalisation trahie par une position périphérique dans le processus de production éditoriale contribue à réaffirmer la place centrale des journalistes dans le traitement et la mise en forme de l’information (dans le cas de Place Publique, le rédacteur se voit souvent imposer une commande par le comité éditorial) Place Publique atteste cette contradiction entre la volonté de centraliser et d’encadrer une parole profane et les réalités complexes de dynamiques décentralisées. Les initiateurs postulent une certaine ontologie du public : l’absence supposée d’expression publique, s’expliquant par une incompétence « naturelle » dans la gestion des techniques d’écritures. La négation des particularités du public s’exerce dans la mesure où certaines stratégies discursives sur le « journalisme citoyen » ont pour finalité de légitimer la position dominante du journaliste face aux citoyens. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 71. On peut émettre l’hypothèse que ces médias ne rencontrent de succès, en particulier AgoraVox, que dans la mesure où ils offrent un espace ressource pour le public - source, permettant la mise en visibilité de soi au sein d’un collectif sensible. Les contributions permettraient alors de renforcer au sein d’un monde social la position des contributeurs, structurée autour de la promotion de l’Internet – en témoigne l’attachement des contributeurs au concept discutable de Web 2.0 . Le public de ces plates-formes paraît, selon toute hypothèse, relativement homogène tant du point de vue de ses pratiques que de son profil sociologique. Bref, si le « journalisme citoyen » peut difficilement apparaître comme une réponse à la crise de la médiation traditionnelle des médias de masse, son développement contribue néanmoins à l’apparition de nouveaux acteurs qui produisent discours et dispositifs de légitimation et dont l’émergence est étroitement liée au développement de l’Internet. Ceci laisse en suspens les questions des représentations du public, comme usager des nouveaux outils et producteur de contenus informationnels. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 72. De la négation des caractéristiques d’amateurs – le public - qui sont traditionnellement exclus de l’analyse de configurations médiatiques. Les discours normatifs contribuent à renforcer la position dominante du journaliste. Et la réification des catégories «journalisme » et « citoyen » conduit à nier toutes dynamiques d’expression alternatives. Il est notable que le public - source se caractérise par sa propension légitime à prendre la parole. Une analyse non exhaustive à partir de l’observation des profils de quelques 6306 rédacteurs laisse entrevoir une forte majorité (60%) d’individus qui disposent d’une légitimité acquise dans l’exercice d’une activité professionnelle ou universitaire (dont 35 % de journalistes ou d’aspirants journalistes désireux de « se faire la main ») Ce public - source semble se caractériser par un capital culturel relativement élevé, matérialisant ainsi l’imaginaire initial d’un public actif et rationnel. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 73. L’exemple d’un des contributeurs d’AgoraVox permet de souligner la multiplicité des modalités d’intervention. Fred Cavazza se définit comme expert, « consultant indépendant » dans le domaine de la conception d’infrastructures de communication en réseaux. Sa visibilité constitue donc un enjeu professionnel important. Il occupe dès lors de multiples arènes médiatiques, allant de tribunes publiées dans la presse spécialisée en ligne à la publication d’articles dans le magazine de la FING, Internet Actu en passant par la mise à jour plus ou moins régulières de divers blogs (fredcavazza.net , E-marketing & Co ). La multiplicité des appartenances fait qu’il n’est pas toujours aisé de distinguer quelle identité il se revêt dans une intervention donnée. Cette pluralité d’appartenance donnerait un avantage concurrentiel face aux journalistes professionnels, moins intégrés dans des espaces où le niveau de compétences est élevé. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 74. AgoraVox offre de son côté une bonne entrée pour observer l’institutionnalisation d’un imaginaire autour du « public », regroupé sous le qualificatif générique de « reporters citoyens ». « Notre constat de départ est simple : grâce à la démocratisation effective des NTIC et d’Internet, tout citoyen est un “capteur d’information” qui peut devenir potentiellement un “reporter” capable d’identifier et de proposer des informations à haute valeur ajoutée. » D’une part, il vient questionner le renouveau du Public Journalism sur l’internet. Initié à la fin des années 1980, il a été fondé sur l’idée que les journalistes ne trouveraient leur salut que dans un sursaut moral en permettant au public de débattre des questions publiques. Aujourd’hui, comme le note Florence Le Cam (2006 - 152), « le développement des current events blogs semble prolonger [les pratiques quantitatives et surtout qualitatives de sondage de la population sur les sujets à traiter par les médias], et c’est ce qui est novateur, en les transférant du groupe des journalistes traditionnels vers le public lui-même. » Dans cette veine, l’enjeu est donc de constituer forums et arènes de débat public pour « rétablir les liens avec le public » (Watine, 2003, 234). Dans le cadre de sites collaboratifs, la liberté du traitement de l’actualité est, en apparence, laissée aux seuls contributeurs ; l’interactivité, par le jeu des commentaires et des trackbacks, constitue un indicateur quantitatif. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 75. L’émergence de la figure du public contribue plus fondamentalement à transformer la configuration médiatique. La capacité du public de produire du contenu et le nouveau regard porté par les médias sur ce public permettraient aujourd’hui d’externaliser la production de faits bruts. L’imaginaire du « tous rédacteurs » - le potentiel du public en matière de couverture d’événements - tend à se diffuser après la diffusion de documents amateurs – on a en tête les séquences vidéo du Tsunami de l’hiver 2004. Et cet imaginaire se concrétise par le développement de plateformes de blogs dans la presse quotidienne nationale et régionale (exemple du journal breton Le Télégramme ou par un partenariat entre un acteur majeur de l’internet (Yahoo!) et une agence de presse (Reuters) pour donner naissance au projet You Witness News , service qui permettra aux internautes de mettre en ligne des photos et vidéos pouvant être reprises par l’agence de presse. Cette tendance incite donc à réfléchir aux logiques d’interdépendance - la fameuse convergence - qui se développent au sein et autour des industries du contenu. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 76. L’identité journalistique est alors en question, face à l’émergence du public et de professionnels de l’informatique, qui « se sentent a priori compétents pour prendre le leadership dans les opérations de production » (Miège, 2000, 95). Cette mise en question n’a pas échappée aux acteurs eux-mêmes si l’on en croit la multiplication des discours de défense du regard surplombant des journalistes sur l’actualité - activités symboliquement rémunératrices. Le public remplirait une fonction de miroir du monde en rapportant des faits, dans des lieux ou via des thématiques trop éloignés du journaliste. Une telle perspective favorise l’émergence de nouveaux acteurs : des journalistes moins orientés vers la fonction traditionnelle de collecte et traitement d’informations, et davantage vers un suivi du « public journaliste » en s’assurant de la qualité de l’information au prisme de valeurs telles que l’objectivité, la neutralité. Ainsi conçue, la figure du public pousserait à la transformation de la médiation journalistique, amenant les journalistes à s’adapter progressivement à l’émergence du “citoyen”, du “public-source”. Bref, sont ici questionnées les stratégies identitaires et les productions discursives pour la reproduction d’une vision conservatrice des rapports sociaux, où les journalistes sont au final confortés dans leur position dominante. 2-4 L’autopublication issue des journalistes citoyens brouille l’espace frontière entre journalisme, sources et publics.
  • 77. 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion. goupil, blogeur : http://www.blogoergosum.com
  • 78. La presse écrite souffre et se plaint de la tendance des lecteurs à déserter les kiosques au profit de leurs écrans d’ordinateur. La bascule inexorable des crédits annonceurs vers la toile menace son existence même. Elle tire l’alarme et voudrait ancrer dans les esprits qu’avec elle, ce ne sont rien moins que l’expertise et l’objectivité qui vont disparaître de l’information à court terme. 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion.
  • 79. Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur de potins et rumeurs en tous genres. En effet, l’organisation en réseaux du web2 tend à regrouper des individus partageant les mêmes opinions, que ce soit par confort, par paresse intellectuelle ou plus simplement par esprit grégaire, et, bien évidemment, la subjectivité est au cœur de ces sites participatifs, jusqu’à en être parfois le moteur. Comparé à la presse écrite, c’est en quelque sorte un peu comme si le courrier des lecteurs avait été élevé au rang de ligne éditoriale. Aucune contrainte déontologique ne vient perturber le blog, et personne ne posera la question de la fiabilité de ses sources : si tout le monde le dit, c’est que ça doit être vrai. 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion.
  • 80. Le point fort d’un blog, c’est avant tout son côté spontané et réactif. Pour plaire, il doit avoir un concept original, du caractère. Le fait que la fiabilité et la qualité de l’info laisse souvent à désirer ne fera pas pour autant baisser l’audience. La majeure partie des blogs fonctionnent sur le modèle du lobbying : Ils ne sont pas influents par référence, mais par agrégation. Pour faire un parallèle, c’est un peu comme si on publiait le résultat d’un sondage sans dire que c’est un sondage ni même en exposer les questions: si tout le monde le pense, c’est que ça doit être vrai. L’enjeu d’un blog n’est d’ailleurs généralement pas l’information (tout du moins pas dans le sens où l’entend la presse traditionnelle) mais le trafic. Et pour le générer, tous les moyens ou presque sont bons. L’audience, c’est là que réside le vrai pouvoir. Politique et financier. Avec 1.000.000 de pages vues par mois, non seulement vous êtes influent, mais en plus, vos espaces pubs se dealent comme des petits pains. 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion.
  • 81. Le journalisme tel qu’il a été fondé dans les années 70 a vécu. Si nombre de journalistes se sont évertués à garder une certaine objectivité dans le traitement de l’information, beaucoup ont aussi dû avaler des couleuvres et parfois leur fierté pour pouvoir continuer d’exister, tout du moins le croyaient-ils … Car pour exister en tant que journaliste, il convient tout de même, dans l’absolu, d’être indépendant. Une fois l’indépendance perdue, vous êtes logiquement en sursis et votre crédit s’émousse car votre mission n’est plus que partiellement accomplie, que ce soit par manque d’objectivité ou par pieuse omission. Et là, ça n’est quand même pas de la faute d’Internet. L’indépendance, c’est un choix, souvent difficile à assumer, mais qui conditionne sine qua non le label « Journalisme ». 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion.
  • 82. Les rédactions voudraient nous faire croire que le web finira par avoir la peau du journalisme d’investigation, alors qu’elles se sont depuis longtemps déjà tiré une balle dans le pied. Les deux dernières publications totalement indépendantes des annonceurs et des groupes de presse (Marianne & Le Canard Enchaîné) ne se portent pas si mal. Elles ont beau jeu d’utiliser des grands mots tels que « dictature de l’imagerie populaire » après en avoir pratiquement inventé le concept. Certes, sur le web, l’information n’est jugée pertinente que si elle a été plébiscitée par les internautes, mais au moins la censure et l’auto - censure n’ont pas lieu d’être. 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion.
  • 83. L’un dans l’autre, cela ne revient-il pas à responsabiliser le lecteur dans l’interprétation de ce qu’il lit ? Ne serait-ce pas justement ce qu’il cherche ? Se faire une opinion par lui-même, y compris en prenant des raccourcis et en se dédouanant d’une analyse profonde et pertinente ? Quoiqu’il en soit, dans sa quête d’information, il aura tout loisir d’analyser une multitude de thèses contradictoires propres à forger sa conviction, et il pourra en prime promouvoir cette conviction en participant aux débats qu’il aura choisis. Du point de vue de l’utilisateur, c’est quand même un peu plus motivant que la simple lecture d’un article de presse qui ne dispose même plus d’une vraie caution journalistique. 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion.
  • 84. Quelques exemples. En témoigne le succès du Huffington post : ce blog à vocation citoyenne est devenu en 2 ans le 5e site mondial en terme de popularité, avec un concept simple : fédérer les bloggers de talent autour de l’actualité. Aujourd’hui sa fondatrice se retrouve en position de maintenir les médias américains traditionnels sous pression. Simplement avec la contribution de libres penseurs avertis, elle a constitué un véritable contre-pouvoir. Il va de soi que les journalistes sont parmi les premiers à contribuer (généralement de façon bénévole) sur ces tribunes libres, quand ils n’en sont pas directement les instigateurs. En France, des blogs tels que Rue 89, A.S.I., le Contre journal ou Latélélibre ont été initiés par des journalistes professionnels et connaissent aujourd’hui un certain succès d’estime. De surcroît, les publications ont aujourd’hui quasiment toutes leurs pendants sur la toile, généralement couplés à des forums, des blogs ou des podcasts. Même si les formules se cherchent encore un peu (abonnement, archives payantes, gratuité…) le fait est qu’elles ont toutes opéré ce changement de cap, et que celles qui ne l’ont pas encore fait se retrouvent au pied du mur. 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion.
  • 85. Ceux qui en sont encore à focaliser sur la perspective « expertise versus amateurisme » se trompent de problème. Il arrive aujourd’hui régulièrement qu’un journaliste professionnel se fasse moucher (preuves et sources à l’appui) par un simple citoyen, légitimement heureux d’avoir pu enfin prendre la parole. C’est ce que la presse traditionnelle a mis longtemps à comprendre : elle ne saurait avoir le monopole de l’expertise et de la pertinence. Et au lieu de continuer à se plaindre de son sort, elle ferait mieux de terminer sa remise en question et de se recentrer sur ses fondamentaux : fiabilité des sources, déontologie, objectivité et indépendance. C’est là que le web lui laisse encore un boulevard, car s’il est indépendant, il est aussi terriblement subjectif et déontologiquement souvent très limite. L’aventure du Huffington Post nous le montre clairement : il y a de la demande pour une information éclairée. Et servir la soupe deviendra un métier à part entière, voire un sacerdoce … 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion.
  • 86. Finalement, peu importe que le support papier soit amené à disparaître, on aura toujours besoin de vrais journalistes, épaulés ou critiqués par de vrais citoyens, avides de vraie information. Mais pour occuper ce terrain, il serait peut-être grand temps pour la presse d’affirmer plus clairement ses positions. 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion.
  • 87. Pendant que la presse écrite licencie, les sites d’information en ligne accroissent leur audience et leur part de marché publicitaire. Mais la pluralité des canaux ne favorise pas toujours le pluralisme. Car, sur Internet aussi, une forme dominante de journalisme émerge : elle reproduit l’information plutôt que de la produire, et récompense l’habileté technique des rédacteurs plutôt que leur curiosité. 2-5 Le blog, c’est avant tout un formidable vecteur d’opinion.
  • 88. 2-6 La homepage, lieu de soi et espace partage : l'altérité dans la construction identitaire. Annabelle Klein, Directrice du département de Sciences politiques, sociales et de la communication, Facultés universitaire Notre-Dame de la Paix Photos: Shizu_Bara
  • 89. Un élargissement des possibilités médiatiques d'expression personnelle et subjective enrichit considérablement la formation de soi, en tant qu'être singulier d'expression. Premièrement, si la plupart des activités communicationnelles sur Internet passent par l'écriture et la lecture, on peut dire que les homepages participent à cet incontestable élargissement des modes de communication de soi à d'autres modes que l'écriture. En effet, ces dispositifs allient textes, images (fixes ou animées), photographies, voire supports audiovisuels, etc. Ces nouvelles façons de se dire engendrent des récits de soi multi - médiatiques particuliers. Nous pensons que cet élargissement est formateur au sens où la démarche autobiographique s'en trouve ainsi enrichie et complexifiée. Et ce n'est pas tant la multiplicité des supports médiatiques que leur articulation qui rend ces nouveaux récits de soi tout à fait spécifiques. 2-6 La homepage, lieu de soi et espace partage : l'altérité dans la construction identitaire.
  • 90. Les homepages aident à penser les modifications profondes du rapport entre auteur et lecteur ou plutôt, comme nous venons de le souligner, entre créateur et visiteur. On assiste en effet sur Internet à une intrication des pôles en question. Citons, à titre d'exemple, les romans collectifs naissant sur la toile : le principe consiste à participer à sa réalisation en complétant ce que l'internaute précédent a apporté à l'œuvre commune. On assiste alors à une démultiplication de la notion d'auteur et à un processus d'énonciation multiple. En effet, la page personnelle se doit d'être envisagée en tant qu'elle engage une mise à distance de soi puisqu'on se " place " ailleurs ; on se retrouve peu ou prou " face " à soi-même, notamment à travers les yeux des autres sur soi. Des processus de centration et de décentration, d'identification et de désidentification opèrent et se renvoient les uns aux autres dans une dynamique incessante. Ce mouvement de rapport avec soi, de dialogue avec soi à travers les autres, s'atteste à travers les marques d'adresse explicites à l'autre : " Qu'en pensez-vous ? ", " Etes-vous d'accord avec moi ?  » 2-6 La homepage, lieu de soi et espace partage : l'altérité dans la construction identitaire.
  • 91. Il s'agit d'introduire de l'altérité dans la construction identitaire : « de l'autre dans le même » "De ce fait, la notion d'auteur se dissout, de même que celle de lecteur qui se rapproche de celle de contributeur et par là de celle d'auteur (ce qu'elle a toujours été d'une certaine façon mais qui ici s'instrumente).  » Certaines pages personnelles sont d'ailleurs construites à travers ce " multilogue " en rapatriant au sein de la page elle-même, tout en les mettant en perspective, les avis et commentaires divers des internautes passés par là. Les homepages sont dès lors formatrices au sens où, en partageant l'énonciation et en rendant ainsi visible la place de l'Autre dans son propre discours, se développe ce que Jean-Pierre Meunier appelle la décentration, c'est-à-dire cette capacité à prendre en compte plusieurs points de vue pour construire le sien. Il s'agit donc d'envisager la communication de soi à travers un travail d'ouverture à l'autre. Cette ouverture est particulièrement large dans l'expérience de création et de visite de pages personnelles puisque le destinataire est généralement multiple et indifférencié. Il est possible de recevoir les commentaires sur nos pensées les plus profondes provenant d'un internaute du bout du monde. 2-6 La homepage, lieu de soi et espace partage : l'altérité dans la construction identitaire.
  • 92. L’éclatement énonciatif (Marc Lits) A savoir que c'est dans la construction et l'identification des positions énonciatives que se joue un nouveau dispositif de communication lié à des logiques temporelle et de l'interactivité spécifiques. Si le destinataire est démultiplié et indéterminé , l'émetteur lui-même n'est plus unique ni unifié dans son énonciation. Car, malgré le fait qu'une page personnelle semble pourtant représenter le lieu identitaire d'Internet par excellence puisque c'est précisément la raison d'être de cette activité communicationnelle (la présentation de soi sur Internet), même là donc, l'émetteur n'est plus unique. Il se construit dans la relation avec ses récepteurs puisqu'il les sollicite à le compléter, à lui donner d'autres idées, à lui dire qui il est, en réinjectant parfois ces commentaires dans la homepage de façon circulaire. C'est donc à une mutation profonde du mode d'énonciation et, plus largement, de la pragmatique de la communication que nous avons affaire. 2-6 La homepage, lieu de soi et espace partage : l'altérité dans la construction identitaire.
  • 93. Le partage de savoirs informels Si l'on envisage la formation en termes d'acquisition de savoirs, on peut dire que tant la visite que la création de pages personnelles sont des actes formateurs car les savoirs qui y circulent sont d'ordre divers : savoirs techniques (informatique, le plus souvent), savoirs médiatiques (cinématographiques, par exemple), savoirs culturels (exemple :présentation, critique, voire dons d'extraits de musique), mais aussi " cyberculturels " (" comment j'ai fait pour entrer dans tel ou tel forum ", etc.), savoirs culinaires, bref, savoirs divers et surtout, savoirs sur soi, savoirs biographiques en quelque sorte. On peut parler d'un partage de savoirs en tant que contenus en tous genres. On pourrait dire que tous ces savoirs ont pour principale caractéristique d'avoir été préalablement pétris d'expérience par ceux qui en font état. En outre, ces savoirs informels qui constituent la homepage ne doivent pas être envisagés exclusivement comme des contenus (information) mais également en termes relationnels (communication). Après avoir présenté la seconde partie du titre, à savoir l'idée de savoirs informels, attelons-nous à l'idée de partage et de co-construction de ces savoirs. 2-6 La homepage, lieu de soi et espace partage : l'altérité dans la construction identitaire.
  • 94. A la fois lieu de soi et espace partagé. Prenons d'abord un exemple issu de l'espace construit matériellement pour mieux comprendre cette distinction et ensuite illustrer plus spécifiquement en quoi les concepts de lieu et d'espace permettent de différencier un double plan au sein des pages personnelles. Le lieu que constitue une maison se trouve transformé en espace par ses occupants dès l'instant où, habitée, elle devient en quelque sorte " pratiquée ". Sortant alors de l'ordre univoque et de la configuration stable et instantanée, elle devient effective, habitée, pratiquée et ainsi variable, mobile, plurivoque, toujours en mouvement, en devenir. Comme pour la maison, on peut en effet parler de lieu pour désigner la homepage en tant que site, point de repère personnel, aire de référence identitaire spécifique à la sphère Internet, position inscrite dans l'ordre des places que tisse le web. Ce lieu propre porte un nom, une adresse, et situe celui qui y dépose une part de lui à une place définie sur cette toile du web. 2-6 La homepage, lieu de soi et espace partage : l'altérité dans la construction identitaire.
  • 95. A la fois lieu de soi et espace partagé. L'espace est un lieu qui est pratiqué. C'est-à-dire dans sa mise en pratique, dans son " occupation ". Ainsi, la visite d'une page personnelle par un internaute en fait un espace, un lieu " pratiqué ", " expérimenté  ». Ce qui constitue l'une des caractéristiques du phénomène étudié, c'est que le lieu de soi porté par une homepage est en effet dénué de sens s'il n'est pas transformé en espace de soi partagé, c'est à dire si les savoirs informels ne sont pas échangés, partagés, co-construits. Ce qui nous pousse à avancer qu'une page personnelle qui ne serait jamais visitée demeurerait lettre morte, condamnée à rester lieu, dans toute sa fixité et sa stabilité. Ainsi, à partir des pages personnelles telles qu'elles se présentent sur la toile, il nous est possible de repérer les types d'adresses à l'autre, les transformations temporelles émanant ou non des interactions entre internautes, les marques de présence du destinataire, réel ou potentiel, etc. Toutes ces traces structurent et supportent la construction de l'objet-homepage (lieu) tout en en dévoilant le dispositif sous-jacent (espace). 2-6 La homepage, lieu de soi et espace partage : l'altérité dans la construction identitaire.
  • 96. La création d'un " cybersoi " La page personnelle, comme lieu et espace de soi, a pour particularité de constituer un lieu de reprise de l'expérience par rapatriement d'autres sphères identitaires qui produit aussi une expérience spécifique. Celle de " se mettre en commun " et de créer une entité spécifique, pour reprendre les termes de notre ami MöngôlO: " A la limite, l'écriture du journal s'apparente à un exercice de schizophrène où une partie réelle de soi se projette sous une autre forme pour entrer dans un milieu. Par exemple, à l'origine MöngôlO était seulement un pseudonyme destiné à empêcher les personnes que je connaissais de me reconnaître parce que ce journal ne leur était pas adressé. Mais petit à petit, MöngôlO est devenu une vraie entité, probablement au moins légèrement différente de l'entité qui la projette. Tout est séparé chez moi, l'endroit où les mails arrivent, ma façon de répondre, le contenu de mes réponses, même la langue utilisée pour la réponse... Pourtant c'est bien la même personne qui répond pour moi et pour MöngôlO. Mine de rien, et sans en avoir vraiment la volonté, j'ai créé une nouvelle entité, probablement une façette de moi-même qui s'exprimait pas avant. " 2-6 La homepage, lieu de soi et espace partage : l'altérité dans la construction identitaire.
  • 97. Cela montre assez bien la spécificité de l'expérience identitaire qu'engendre la création d'une page personnelle. Elle incite à percevoir l'importance de l'autonomisation de ce lieu par rapport à d'autres afin que cette figure de soi (et sa mise en commun sur le net) puisse se détacher du reste de la vie quotidienne pour dépasser les procès de " reprise " d'expérience et faire émerger une nouvelle façon de se dire. C'est en cela que nous pensons que les homepages s'avèrent parfois de véritables lieux/espaces suffisamment protecteurs pour la création de nouvelles formes identitaires. La homepage devient alors formatrice d'identités jusqu'alors inédites et, d'une certaine manière, propres au média utilisé. Ainsi, l'émergence d'un " cyber - soi " semble constituer une expérience novatrice et intéressante, surtout pour les jeunes. 2-6 La homepage, lieu de soi et espace partage : l'altérité dans la construction identitaire.
  • 98. Section 3 La libre circulation de l’information qui passe plus que jamais de main en main et qui se diffuse rapidement d’un support a l’autre exige un questionnement de fond sur la gestion de l’opinion publique. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ? 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ? 3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ? 3-4 La nécessité de réduire la complexité engendrée par la multiplicité des contenus informatifs disponibles ? 3-5 Vers un journalisme clé de vo û te de la démocratie. Photos: ShizuBara
  • 99. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ? Marc François Bernier, professeur au Département de communication de la Faculté des arts de l’Université d’Ottawa.
  • 100. La question de l'objectivité est incontournable pour qui veut traiter des devoirs professionnels des journalistes. Pour les sources d’information, l'objectivité journalistique est un facteur très important. Les obligations qu'elle impose aux journalistes assurent les sources que leurs versions et leurs interprétations de la réalité ne seront contestées que par d'autres sources et ne seront pas soumises aux biais et aux préférences du journaliste. Pour les journalistes aussi l'objectivité est un concept majeur : une étude de Phillips révèle que 98% des journalistes disent adhérer à cette valeur. On verra que l'objectivité journalistique, comme celle des scientifiques, est contestée de bien des façons, ce qui m'amènera à parler plutôt d'impartialité. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 101.
    • La question de l'objectivité est fonction des procédures de traitement de l’information qui a lieu dans la réalité a plusieurs.
    • Le concept d'objectivité a deux fonctions principales en journalisme:
    • - la première rend uniformes les procédures de travail des journalistes, il s’agit de règles d'écriture formelles
    • la seconde concerne les aspects éthiques et déontologiques de leur travail qui s’exerce avec d’autres personnes.
    • En effet, journalistes ne rapportent pas la réalité, mais participent plutôt, avec l'aide de leurs sources d'information, à un processus de construction de la réalité.
    • Du reste, explique Strentz, le recours aux sources d'information avait, à son origine, pour fonction première d'aider les journalistes à accomplir un meilleur travail, et quelques citations servaient à prouver qu'ils n'avaient pas « tout inventé ».
    • Ce processus est complexe et jette le doute sur la « vérité » que rapportent les journalistes, qui préféreraient se contenter du concept d'objectivité érigé en paradigme simpliste.
    3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 102. L'objectivité journalistique : un ensemble de r êgles de travail que le journaliste s’applique. Charron et Lemieux décrivent ces r ègles comme des « techniques discursives particulières: mode indicatif, formules neutres, catégories de sens commun, identification et citation des sources, etc. Le recours à ces procédés n'est pas aléatoire. Au contraire, il constitue une obligation chez les journalistes nord-américains, surtout lorsque ceux-ci s'adonnent aux genres journalistiques factuels que sont le compte rendu et l'enquête. Chez les chroniqueurs, les critiques et les commentateurs, ces règles d'écriture neutres sont plus ou moins suivies, certains préférant un style plus flamboyant afin de créer des impressions et susciter des émotions au sein de leur auditoire. Quant aux éditorialistes, ils adoptent généralement une règle d'écriture neutre afin de donner un caractère d'objectivité et de détachement à l'énoncé de leurs arguments et de leurs commentaires. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 103. L'objectivité journalistique : un ensemble de r ègles de travail que le journaliste s’applique. Ainsi comprise et admise, l'objectivité journalistique permet de limiter le travail à la répétition de pratiques, à des routines. Elles délestent le journaliste de la responsabilité morale quant aux conséquences de ses actes professionnels pour les autres. En soutenant qu'il ne fait qu'obéir à des règles prédéfinies, comme rapporter les faits sociaux sans les censurer par exemple, le journaliste parvient à se préserver de tout sentiment de culpabilité, même lorsque le produit de son travail a des conséquences néfastes pour certains. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 104. L'objectivité journalistique : un processus de construction de la vérité à plusieurs éthique Le fait d'accepter ces procédés narratifs comme des éléments majeurs de l'objectivité journalistique offre aux journalistes une rationalité qui les immunise partiellement contre certaines théories divergentes et contrariantes. Par exemple, l'objectivité journalistique s'oppose fondamentalement à la théorie voulant que les journalistes ne rapportent pas la réalité, mais participent plutôt, avec l'aide de leurs sources d'information, à un processus de construction de la réalité. C'est par ce processus que des faits deviennent des événements, puis des nouvelles grâce aux interventions successives des sources et des journalistes. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 105. L'objectivité remise en question: 6 types d’opposition On en trouve les traces dans plusieurs codes de déontologie ainsi que dans les critiques adressées aux médias et à leurs journalistes. Pourtant, l'objectivité est une notion contestée qui fait l'objet d'au moins six types d'opposition, selon Gauthier. Ce sont des contestations d'ordre: 1-épistémologique, 2-ontologique, 3-psychologique, 4-pragmatique, 5-éthique 6-et idéologique. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 106. L'objectivité remise en question: l'opposition d'ordre épistémologique (1/6) Elle est fondée sur l'impossibilité d'avoir une connaissance pleine et entière de la réalité. Il est incontestablement impossible de tout connaître. Même pour l'individu qui passerait sa vie entière à lire, expérimenter, conceptualiser et calculer, de larges pans de la réalité demeureraient occultés. Du reste, le temps nécessaire pour découvrir, connaître, comprendre et raffiner tous les outils de recherche suffirait à remplir honorablement toute une vie! Que dire maintenant du journaliste qui doit accéder à la connaissance de sujets variés, généralement assez complexes comme le sont les comportements humains, en faire une synthèse et communiquer le tout, le plus souvent en quelques heures et à travers d'autres activités professionnelles? On admet facilement le bien-fondé de la contestation épistémologique de l'objectivité journalistique. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 107. L'objectivité remise en question: la contestation d'ordre ontologique (2/6) Elle a un rapport étroit avec le courant philosophique selon lequel la réalité n'existe pas indépendamment de l'observateur humain conscient. Contestable à plusieurs égards, ce courant philosophique ne résiste pas aux connaissances fournies par les sciences que sont l'anthropologie et, surtout, la paléontologie sur des époques précédant de plusieurs millions d'années l'émergence d'une conscience autoréflexive humaine. En somme, on sait que la réalité existait bien avant l' Homo sapiens . 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 108. L'objectivité remise en question: la contestation d'ordre psychologique (3/6) Elle est fondée sur la conviction que les journalistes, comme tous les humains, appréhendent toujours la réalité en fonction de leur subjectivité propre. Cette subjectivité étant différente d'un individu à l'autre, il va de soi que le cadre perceptuel diffère également, ce qui rend impossible le projet d'une connaissance objective: on observe plutôt une multitude de connaissances partielles et partiales conditionnées par ce que Boudon* nomme des effets de position (dans la société) et de disposition (cognitive, morale, idéologique, etc.). 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 109. L'objectivité remise en question: la contestation d'ordre pragmatique (4/6) L'objectivité journalistique ne serait en fait qu'une série de procédures relatives à la production de l'information, ce qui nous ramène à l'objectivité comme routine de travail. Ici, l'objectivité se réduit principalement au fait que tous les journalistes adoptent des pratiques identiques, dans toutes les circonstances, ce qui est perçu comme une méthodologie objective. Cela ne signifie pas que le produit de ces pratiques sera, lui, objectif. Boudon précise que « la connaissance sociale serait le fait non pas d'acteurs désincarnés capables de contempler la réalité comme de l'extérieur, mais, au contraire, d'acteurs socialement situés, c’est-à-dire caractérisés par une position et par des dispositions. De par leur position, ces acteurs peuvent percevoir la réalité plutôt sous un jour que sous un autre. De par leurs dispositions, même s'ils ont la même position, ils interpréteront – ou du moins pourront dans certains cas interpréter – la même réalité de manière différente. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 110. L'objectivité remise en question: la contestation éthique (5/6) Parce que l'objectivité des journalistes aurait pour conséquence d'occulter leurs différentes responsabilités (que l'on sait maintenant trop nombreuses). L'objectivité complique le travail des journalistes, car elle leur impose de toujours aller chercher la version opposée. Cela devient parfois problématique au point où un journaliste peut décider de ne pas faire mention d'une prise de position dans son compte rendu parce qu'il serait alors forcé de s'enquérir des réactions adverses. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 111. L'objectivité remise en question: la contestation d'ordre idéologique (6/6) Elle se manifeste quand l'objectivité est dénoncée comme un instrument de mystification utilisé par les pouvoirs dominants. Selon les tenants de cette thèse, l'objectivité journalistique n’est ni plus ni moins qu'une stratégie qui oblige les journalistes à accorder de l'importance aux arguments des détenteurs du pouvoir, lesquels peuvent faire valoir leurs points de vue, même lorsque ceux-ci ont toutes les allures de mensonges ou de demi -vérités. Grâce à cette « objectivité », les puissants sont assurés de ne pas être évacués des médias, qui pourraient autrement les contester à un point tel qu'ils risqueraient d'être renversés. La notion d'objectivité journalistique est une extension de l'objectivité scientifique. L'objectivité fut perçue comme un antidote à l'émotivité et aux excès partisans (jingoism) de la presse américaine conservatrice 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 112. Conclusion : vers plus d’impartialité du journaliste On s'entend généralement pour concevoir l'objectivité comme une interdiction faite au journaliste de biaiser ses comptes rendus en fonction de ses préjugés, de ses croyances, de ses convictions, etc. On lui demande de laisser ces considérations de côté, de les exclure de son travail de diffuseur d'informations, bien qu'elles soient souvent utiles dans le travail de collecte d'information, ne serait-ce que pour discuter avec les sources d'information afin de découvrir ce qu'elles veulent cacher ou de relever leurs incohérences. Au moment de livrer les fruits de son travail, le journaliste doit y aller de comptes rendus dits objectifs. Il ne doit pas prendre parti, mais présenter au public les éléments qui permettront à celui-ci de prendre parti. Quoique l'objectivité soit impossible à atteindre, cette convention journalistique, puisqu'elle en est une, n'en exige pas moins que le journaliste se limite aux faits et aux opinions des autres dans ses comptes rendus, qu'il soit impartial, ne prenne pas parti, et qu'en outre il divulgue ses sources pour assurer qu'il n'est pas l'auteur des énoncés ou l'acteur des faits relatés. Aucune interprétation de la part du journaliste ne doit « contaminer » le texte, en somme, et les commentaires doivent provenir des sources, comme le propose Sigal. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 113. Conclusion : vers plus d’exhaustivité des points de vue représentés Le journaliste doit également éviter de se trouver en conflit d'intérêts,ce qui signifie « dépersonnaliser » ses comptes rendus. Entman ajoute que l'impact d'une nouvelle doit être attribuable aux faits qui y sont relatés et non pas à l'intervention du journaliste lui-même. Cette façon de présenter la réalité ne serait pas une faiblesse, selon Szuskiewicz, mais plutôt un témoignage de force puisqu'elle oblige à absorber tous les points de vue relatifs à un événement et à les présenter de façon cohérente, logique et concise. McDonald propose quant à lui une définition dans laquelle l'objectivité implique une correspondance entre un objet de la réalité et la connaissance qu'il est possible d'en avoir, ce qui écarte tout biais personnel, tout parti pris qui déformerait la représentation du réel. Il rejoint ainsi une des thèses dominantes du positivisme scientifique. 3-1 De la difficulté de rester objectif alors que les procédures de traitement de l’information ont lieu a plusieurs ?
  • 114. 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ? Catherine Malaval et Robert Zarader, historienne et économiste de formation, conseil en communication d'entreprise.
  • 115. Presse d’opinion, presse d’information, voire presse à sensation, c’est épisodiquement le grand bazar du genre… Dans un monde d’information accélérée, raccourcie et zappée, souvent vite oubliée, la médiatisation et la captation du lecteur/auditeur empruntent souvent des chemins faciles, tentants et tortueux à la fois, ceux de la déformation, l’amalgame, la psychologisation des faits. La sélection subjective de la parole rapportée prime, comme l’oubli de la polyphonie, cette exigence de l’histoire d’être racontée à plusieurs voix. Le « storytelling » devient un mode de communication qui se substitue à l’histoire des faits. Le journaliste, au risque sinon de mettre en jeu l’avenir de sa profession, doit prendre ses distances avec l’exploitation médiatique, quand bien même elle apporte de l’audience, des lecteurs, de la publicité, de l’argent, de l’ascension sociale ou du pouvoir. Force est de constater que cette distinction entre le journalistique et le médiatique vaut plus en théorie qu’en pratique… 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ?
  • 116. La médiation de l’information, fonction noble du journalisme, est aujourd’hui devenue plus confuse. En témoignent avec évidence le débat très controversé qui s’est ouvert sur le rôle de la presse et des médias, a fortiori les interrogations posées sur leur influence sur l’opinion, ou les doutes et la défiance exprimés par la société civile dans les baromètres de confiance publiés depuis vingt ans par la Sofres. Une rupture fondamentale dans ce qui fait l’essence de la fonction journalistique se serait créée. A l’échelle de l’histoire, ce débat sur le rôle des médias et le métier de journaliste n’est pas nouveau. L’histoire des médias, au XIXe comme au XXe siècle, montre combien l’information a souvent joué de l’émotion des foules, capable d’entraîner un élan de pulsions collectives, comment les politiques aussi ont parfois su aller contre la voix de l‘opinion. 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ?
  • 117. Jamais les sources d’information écrites et visuelles n’ont été si nombreuses Les possibilités de croiser l’information ou de couvrir précisément et largement un sujet sont nombreuses ; elles occupent désormais une place centrale dans les relations entre les individus. La maturité de l’opinion a progressé, qui n’hésite plus à critiquer l‘information donnée (cf. l‘essor des rubriques « Le Médiateur »), à la commenter ou, pour certains lecteurs plus experts, à devenir « journalistes - citoyens » ou « journalistes - blogueurs » comme les y incitent de plus en plus de sites d‘information. Aujourd’hui, finalement, un article vit rarement seul, mais accompagné des multiples commentaires de lecteurs, parfois de leurs contributions bénévoles. Mais, le journalisme, c’est un métier ! Engageant un mouvement de professionnalisation qui pourrait séduire en France, la société américaine des journalistes professionnels a-t-elle ainsi entrepris de former ces apprentis journalistes, tant sur la technique du métier que sur les limites de la liberté de blogueur (diffamation, protection de la vie privée, droits d‘auteur)… 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ?
  • 118. Jamais également, la demande d’informations renouvelées et de vérités immédiates, contraire à l’essence même du métier d’enquête du journaliste, n’a été aussi forte. Jamais non plus, les moyens d’expressions et de contradictions individuelles ou communautaires n’ont été si puissants, notamment à travers la démultiplication de la parole à travers des blogs. Si puissantes également les possibilités de désinformation et de marketing viral appliquées à l’information. Enfin, l’esprit de mesure, que caractérise l’abondance désormais quotidienne des sondages d’opinion ou des votes en ligne, ajoute à cette confusion sans mesure, donnant l’illusion d’une analyse objective car, selon l’expression consacrée, statistiquement représentative, quantitative, communément partagée par l‘opinion. Mais qu’importe le plus ? Que l’échantillon interrogé soit représentatif ou, tout simplement parfois, que la question posée ait un intérêt ou ne soit pas posée de façon tendancieuse? 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ?
  • 119. Faire la différence entre l’information, l’opinion et le sensationnel. Il apparaît que le journaliste, au risque sinon de mettre en jeu l’avenir de sa profession, doit prendre ses distances avec l’exploitation médiatique, quand bien même elle apporte de l’audience, des lecteurs, de la publicité, de l’argent, de l’ascension sociale ou du pouvoir. Que vaut la parole d’une entreprise japonaise à l’heure où des discours contre la mondialisation et pour le patriotisme économique séduisent l’opinion? Un témoignage, faut-il le rappeler, n’est en réalité qu’une opinion…parmi d’autres. A chaque écart porté à la Une, les médias font leur autocritique, chacun se promet de ne plus céder à l’emballement, à l’envie du scoop, aux effets pervers de ses liaisons parfois dangereuses avec les politiques. Par exemple, l’annonce prématurée de la mort de Pascal Sevran sur Europe 1 ou encore des interviews truquées et des documentaires réalisés avec des figurants. De rappeler également, signe des temps, combien de simples faits divers aujourd’hui ont leur place dans les rubriques Société de grands médias nationaux. Ou simplement le choix de couvertures « people » qui certes font vendre et alimentent la surenchère, mais n’en demeurent pas moins discutables d’un point de vue éditorial. 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ?
  • 120. Les mutations de la « fabrique » de l’information, sa sélection, sa construction comme son traitement préoccupent … Le schéma classique, presque universel, du journaliste intermédiaire de l’information par un processus descendant émetteur-récepteur a vécu, au profit d’une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs. Pour certains sociologues, l’éviction récente du journaliste Patrick Poivre d’Arvor, symptomatique du poids pris par l’information spécialisée, communautaire et démultipliée (Internet), a annoncé la fin de cet « art du récit », de la « grand messe » généraliste, qui emporte le traitement de l’information dans une mécanique uniquement narrative et émotionnelle. « La délivrance de l’information répond à une dramaturgie, souligne ainsi Denis Muzet, le directeur de l’Institut Mediascopie. Comme le titrait Le Monde des livres récemment consacré aux Assises internationales du roman, « Rien n’est plus vrai que la fiction »… Le « partage du sensible » , qui donne à toute écriture, romancée ou journalistique, sa dimension politique et son inscription dans les mœurs du temps présent, caractérise le débat d’aujourd’hui. Entre réalité et juste analyse, comment lutter contre la tentation d’une fiction qui rendrait la mariée plus belle pour l’audimat? 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ?
  • 121. Raconter l’Histoire : la part de l’historicité et du réalisme économique LU, Metaleurop et Toyal sont des marques qui dont « stories » ont occupé l’espace médiatique récemment. « Stories » au sens anglo-saxon du terme, qui ont chaque fois été fabriquées, à partir d’une part de réalité, plus ou moins importante, mais avec tout ce que cela signifie de fictionnel, d’intrigant et de subjectif. Ce sont trois « stories » qui ont permis, à un moment donné, de nourrir un débat de société plus large, d’imposer une « morale » ou de donner au lecteur - citoyen le sentiment de faire partie de l’Histoire, quitte à ce que chacune de ces « histoires » perde une part de son historicité et de sa réalité économique. Sans se rappeler des détails, la mémoire se souvient toujours d’une histoire qui a fait grand bruit et qui selon la règle des trois unités, de temps, de lieu et d’action, de la tragédie classique, permet au dramaturge d‘établir la vraisemblance de l‘histoire. « Qu’en un jour, qu’en un lieu, un seul fait accompli, tienne le théâtre rempli », écrivait Boileau. Elle se souvient des mots (« patrons - voyous », « mondialisation », « délocalisation », etc.), dont le renouvellement et l’usage parfois dévoyés sont d’autres formes visuelles de cette recherche expressionniste du traitement de l’information, à tout le moins des relations complexes qui unissent les médias à leur époque. 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ?
  • 122. « Tout est récit » ou « tout est argumentation » ? Les deux thèses sont extrêmes et régulièrement discutées, à force de tables rondes et débats sur le rôle des médias aujourd’hui. Le récit ou le commentaire ? Comment redonner au récit sa juste signification ? Comment créer de la conviction plus que de la croyance ? Comment ne pas céder aux représentations communes… au mythe de la caverne ? Il ne s’agit pas de rejeter les commentaires et les interprétations, pas plus que d’opposer radicalement le journaliste factuel au storyteller, la critique serait trop simple. Simplement, il s’agit d’ordonner la pensée, de sortir des apparences et des simplifications de toute nature et surtout de se méfier du prêt - à - penser économique de la « story » bien-pensante ou dans l’air du temps. « Le travail de doxographie, propose Mariette Darrigrand , consisterait de la sorte moins à décrypter, comme si les signes avaient comploté entre eux, qu’à tenter d’observer dans leurs dynamiques les jeux du Logos (raison/vérité) et de la Doxa (opinion), couple éternel de la cité. » 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ?
  • 123. L’événement devient un objet de consommation, les uns le révèrent, les autres le consomment, avant de céder, tous, aux charmes d’un événement plus appétissant encore. « Les événements eux-mêmes sont demandés comme une nourriture. S’il n’y a point ce matin quelque grand malheur dans le monde, nous nous sentons un certain vide. Il n’y a rien dans les journaux. » écrivait déjà Paul Valéry en 1930. Inconsciemment, en flirtant ainsi avec l’écriture de l’histoire en direct, les médias cultivent aujourd’hui un étrange rapport au temps. L’événement médiatique, ainsi défini par les médias, devient le nouveau marqueur du temps ; il indique le point de non-retour, le passage d’un régime d’historicité à un autre. Il devient « avènement », comme le qualifie Michel Maffesoli . « (…) les événements, ou mieux même les avènements, sont considérés selon la logique du « devoir-être », selon ce que l’on aimerait qu’ils soient, plutôt que ce qu’ils sont. Tout simplement. (…) 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ?
  • 124. A trop vouloir tout rentrer dans son moule d‘interprétation, l‘on passe à côté de la dynamique propre des choses. Ainsi, la mutation sociétale va être analysée, indûment, au travers de pensées convenues (…)» C’est là le premier paradoxe historique de cette rupture dans l’essence même du traitement de l’information : alors que « l’actualité » est une notion fondamentalement a-historique , fondamentalement volatile et périssable, la mise en récit dramatique de l’événement donne à celui-ci une perspective passée et future nouvelle. L’événement entre dans un présent historique. Alors que même répétée, même renouvelée, une information perd de son intérêt par l‘effet de saturation que crée l’arrivée de nouvelles actualités, la mise en récit la pare d’une forme de pérennité et d’éternité. C’est là un autre paradoxe, et bien le contraire du travail historique. Ecrire l’histoire, n’est-ce pas imposer le temps de l’impossible retour vers le passé, en donnant aux faits leur part de conscience historique ? 3-2 La fabrique de l’information a lieu sur une toile interactive faite de multiples émetteurs eux-mêmes récepteurs ?
  • 125. 3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ? Richard A. Posner The New York Times Book Review, journaliste New York Times.
  • 126. Les grands journaux et chaînes de télévision sont devenus plus partisans et moins rigoureux. C’est la concurrence des nouveaux médias, et en particulier des blogs, qui explique cette évolution, diagnostique le juriste et blogueur Richard Posner. Cette concurrence accrue sur le marché de l’information s’est traduite par: -plus de diversité, -plus de polarisation, -plus de sensationnalisme, -plus de scepticisme Critiqués par la droite et par la gauche, ébranlés par des scandales, remis en question par des blogueurs arrivistes, ils sont devenus un sujet d’inquiétude et de controverse. Leur lectorat ou leur audience est en baisse, leur crédibilité sérieusement entamée. 3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 127. Les médias traditionnels sont attaqués de toutes parts. Ceux qui critiquent les médias s’accordent à penser que la fonction de la presse est d’informer les gens sur les questions sociales, politiques, culturelles, éthiques et économiques afin de leur permettre, par exemple, de voter en connaissance de cause et de s’exprimer en tant que citoyens responsables. Ils sont aussi d’accord sur le fait que le journalisme est une profession et non une simple activité commerciale et que, par conséquent, les journalistes et leurs employeurs ne doivent pas faire primer les considérations financières, mais ont pour mission de rendre compte fidèlement et sobrement de l’information, sans parti pris, en cantonnant l’expression de leurs sympathies politiques à la page éditoriale ou à ses équivalents dans la presse radio et télé. Tout le monde est d’accord, enfin, sur le fait que l’audience de la presse écrite et télévisée a reculé avec l’émergence de médias concurrents, en particulier le câble et Internet. L’audience de la presse écrite et télévisée a reculé avec l’émergence de médias concurrents, en particulier le câble et Internet. 3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 128. A partir de là, le diagnostic diverge en fonction des sympathies politiques. A gauche, et chez la plupart des journalistes (parce qu’ils sont majoritairement de gauche), on pense que le déclin des grands médias traditionnels autrefois dominants a entraîné une baisse de la qualité. On attribue cette détérioration à l’émergence à droite d’un journalisme peu fiable, incarné par Fox News (la chaîne câblée la plus regardée dans les foyers américains), le talk-show radiophonique de Rush Limbaugh et les blogs de Matt Drudge et autres. Mais les critiques n’épargnent pas les médias traditionnels qui, soutient-on à gauche, offrent, au nom d’un traitement équilibré de l’information, une caisse de résonance à la droite. A droite, on se réjouit de l’essor des médias conservateurs, y voyant le contrepoids tant attendu aux médias traditionnels réputés de gauche. Des médias traditionnels que l’universitaire Jim A. Kuypers décrit dans son livre Press Bias and Politics comme “un collectif partisan qui, consciemment et inconsciemment, tente de convaincre le public d’accepter comme vraie son interprétation du monde”. 3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 129. L’essor des nouveaux médias – en soi un phénomène plus économique que politique – a favorisé la polarisation La tendance actuelle à la polarisation dans la presse d’information n’est pas une conséquence de l’évolution des opinions politiques, mais des changements intervenus au niveau financier, et en particulier de la baisse des coûts pour les nouveaux venus dans le secteur. C’est la chute vertigineuse du coût des communications électroniques et l’assouplissement des barrières réglementaires à l’entrée de nouveaux acteurs, ce qui a conduit à une explosion du choix offert au consommateur. Quand on dit que la concurrence accroît la polarisation, on part du principe que les gens de gauche veulent lire des journaux de gauche et les gens de droite des journaux de droite. Mais ce présupposé contredit l’un des points sur lesquels les deux camps sont d’accord, à savoir que l’on consomme de la presse afin d’être mieux informé sur les grandes questions d’actualité. Mais nous n’aimons pas être dans le doute, donc nous cherchons des informations qui confortent nos convictions plutôt que celles qui les ébranlent. 3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 130. De la consommation de l’information et de l’opinion. Pourquoi consommons-nous de l’information et de l’opinion ? -pour nous informer sur des nouvelles qui ont une influence directe et immédiate sur notre existence. -nous divertir, et nous trouvons extrêmement divertissants les scandales, les violences, les crimes, les faiblesses des célébrités et les extravagances des puissants. -être confortés dans nos convictions en les voyant exprimées par des voix plus compétentes et prestigieuses que la nôtre. C’est pourquoi les gens acceptent que la presse soit partisane, et s’en délectent même. 43% des personnes interrogées dans l’enquête du centre de politique publique Annenberg jugeaient que c’était “une bonne chose que certains organes de presse aient un point de vue politique tranché dans leur couverture de l’actualité”. 3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 131. Les médias donnent au consommateur ce qu’il veut. Par souci de rentabilité, les médias satisfont les demandes « réelles » de leur public plutôt que la “soif de connaissance” posée comme postulat par les intellectuels et les directeurs d’écoles de journalisme. Ils donnent au consommateur ce qu’il veut, et plus la pression de la concurrence est vive, meilleurs ils sont à ce jeu-là. Cela signifie-t-il que la presse d’information était de meilleure qualité avant que la concurrence n’entraîne cette polarisation ? Absolument pas. Un marché donne aux gens ce qu’ils veulent, qu’ils désirent la même chose ou des choses différentes. Bousculer les consensus sociaux, aussi stupides ou dangereux soient-ils, n’est absolument pas pensable pour les médias, car ce n’est pas ainsi qu’ils s’attireront les sympathies du grand public. Non pas que les médias mentent sur les nouvelles dont ils rendent compte ; ils ont au contraire de puissantes raisons de ne pas mentir. Au lieu de cela, ils sélectionnent, orientent, décident quelle importance donner à telle ou telle information. 3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 132. Les journalistes écrivent pour répondre à une demande des consommateurs qui n’est pas une demande de vérités inconfortables. Les journalistes veillent à ne pas choquer, gardent une aura d’objectivité et satisfont le goût populaire pour le conflit et la compétition en rendant compte – au nom de l’“équilibre” – des deux facettes d’un problème, même si ces deux facettes n’existent pas. C’est ainsi que la “conception intelligente” [intelligent design], autrefois désignée par l’oxymore “science de la création”, alors qu’il s’agit d’un dogme religieux à peine voilé, bénéficie d’un traitement quasiment équivalent à celui accordé à la théorie de l’évolution. Ce n’est qu’avec réticence que les journalistes admettent aller dans le sens de leurs lecteurs ; cela contredit l’image de serviteurs de l’intérêt général qu’ils se font d’eux-mêmes. Ils veulent croire qu’ils informent le public et qu’ils ne se contentent pas de satisfaire une demande des consommateurs. Ils croient à la “démocratie délibérative” – la démocratie en tant que système dans lequel les citoyens déterminent la politique à suivre à travers un débat sur les grandes questions. 3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 133. La menace la plus récente, et sans doute la plus grave, pour la presse d’information traditionnelle vient des blogs Les journalistes accusent les blogueurs d’avoir fait baisser la qualité. Mais leur véritable souci est moins noble – c’est la menace que représentent les blogueurs, qui sont pour la plupart des amateurs, pour les journalistes professionnels et leurs principaux employeurs, les médias d’information traditionnels. Un journal sérieux comme The New York Times est une grande entreprise commerciale hiérarchisée qui établit plusieurs filtres de relecture, révision et correction entre le rédacteur et l’article publié. Un tel journal, s’il veut avoir une équipe fournie, est forcément tributaire des recettes publicitaires, et donc de la bonne volonté des annonceurs et des lecteurs. Cette dépendance entraîne toutes sortes de contraintes. En outre, la réputation d’un journal étant largement fondée sur l’exactitude de ses informations, il doit retarder la publication de nombreux articles, de façon à pouvoir effectuer les vérifications adéquates, mais aussi instaurer des règles permettant d’éviter les erreurs, ce qui le prive de nombreux scoops. 3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 134. En effet, les blogueurs sont plus libres, spécialisés, plus engagé. -Comme le blogueur travaille tout seul, on n’attend pas de lui qu’il soit précis et exact. -Comme il n’a pas d’annonceur (encore que cela soit en train de changer), il n’a aucune raison de faire patte de velours. -Et, comme il n’a pas besoin d’une large diffusion pour atteindre l’équilibre, il peut cibler un segment d’audience beaucoup plus restreint que ne peuvent le faire un journal ou une chaîne câblée. Il peut même ravir des lecteurs aux médias traditionnels et ne s’en prive pas.   Les blogueurs peuvent également atteindre un degré de spécialisation que peu de journalistes employés par les grands médias peuvent se permettre, car plus les journalistes sont spécialisés dans un secteur, plus l’entreprise doit en embaucher afin de couvrir tous les sujets. De même, libre de toute contrainte commerciale, le blogueur peut davantage creuser son sujet que n’osent le faire les médias traditionnels de crainte d’ennuyer leurs lecteurs.   3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 135. Et c’est toute blogosphère qui se mobilise de façon collective. Chaque blog pris séparément n’offre aucune garantie d’exactitude, mais la blogosphère dans son ensemble dispose d’un meilleur système de correction d’erreurs que les médias traditionnels, et cela, les journalistes ont du mal à l’avaler. De vastes masses d’informations sont mises en commun et triées à un rythme que les médias traditionnels sont incapables de suivre. Non seulement il existe des millions de blogs et des milliers de blogueurs spécialisés dans tel ou tel domaine, mais, de surcroît, les lecteurs publient des commentaires qui enrichissent les blogs, et l’information que recèlent ces commentaires, à l’instar des blogs eux-mêmes, circule dans la blogosphère à la vitesse des transmissions électroniques. Cela veut dire que les corrections apportées aux blogs sont elles aussi diffusées de façon quasi instantanée. En revanche, quand un média traditionnel se rend compte qu’il a commis une erreur, il peut se passer plusieurs semaines avant qu’il ne publie ou ne diffuse un rectificatif.   3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 136. Accuser les blogs de manquer de mécanismes de contrôle comme le font certains journalistes traditionnels n’a pas beaucoup de sens. Il y a plus de garde-fous dans la blogosphère que dans les médias traditionnels ; c’est juste qu’ils sont différents. Leur modèle rejoint l’analyse classique de Friedrich Hayek : le marché collecte et analyse de manière efficiente d’immenses quantités d’informations malgré son fonctionnement décentralisé, l’absence de régulateur ou de coordinateur et les connaissances très limitées dont dispose chacun des participants. En fait, la blogosphère est une entreprise collective – non pas 12 millions d’entreprises distinctes, mais une seule entreprise disposant de 12 millions de rédacteurs, grands reporters et éditorialistes, et tout cela pour un coût presque nul.   3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 137. Comment les médias d’information traditionnels peuvent-ils faire face à cette concurrence : d’autant qu’elle n’est pas tout à fait équitable ? Les blogueurs parasitent les médias traditionnels. Ils reprennent, sans débourser le moindre centime, les informations et opinions produites souvent à un coût très élevé par les grands médias. Le parasitisme est encore plus flagrant dans le cas de ces blogs qui proposent des liens vers des articles de journaux. Les liens permettent aux internautes de lire les articles sans avoir à acheter le journal. Ce que l’on peut légitimement reprocher aux blogueurs, ce n’est pas de décrédibiliser le journalisme par manque de rigueur, mais de nuire sur le long terme à la capacité des médias traditionnels à financer les articles mêmes dont dépendent les blogueurs.   3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 138. Comment les médias d’information traditionnels peuvent-ils faire face à cette concurrence : alors que le public perd confiance dans les médias traditionnels ? Au fur et à mesure que les entreprises de presse sont poussées vers l’une ou l’autre extrémité du spectre politique, le public perd confiance en elles et leur prête des intentions politiques. La confiance dans la presse d’information s’érode. -les blogs ont révélé au grand jour des erreurs commises par les médias traditionnels, erreurs qui, sans cela, n’auraient pas été détectées ou auraient fait beaucoup moins de bruit. -la concurrence exercée par les blogs et d’autres nouveaux médias a poussé la presse traditionnelle à réagir plus vite, parfois au détriment de la qualité. -la polarisation comme principale raison de cette perte de confiance. 3-3 Commet satisfaire la demande d’opinion réconfortante sans devenir aussi partisan que les blogs ?
  • 139. 3-4 La nécessité de réduire la complexité engendrée par la multiplicité des contenus informatifs disponibles ? François Laurent , Consumer Insight.
  • 140. Point de départ de la réflexion : La toile bruisse aujourd’hui d’innombrables discussions – consommateurs, experts de tous crins, politiques, etc. et bien sûr, informateurs des plus divers. 3-4 La nécessité de réduire la complexité engendrée par la multiplicité des contenus informatifs disponibles ?
  • 141. En termes d’information, le Web 2.0 marque le passage d’une société verticale à une société horizontale. Une société verticale, c’est une société où, si tous accèdent à l’information, seule une minorité possède le pouvoir de la diffuser – bref une oligarchie. … et bien évidemment, une société horizontale, c’est une société où tout un chacun peut émettre des messages, techniquement recevables par tous. Le Web 2.0 redonne non pas "le" mais "du" pouvoir, aux consommateurs dans ce derniers cas, et aux citoyens en général. 3-4 La nécessité de réduire la complexité engendrée par la multiplicité des contenus informatifs disponibles ?
  • 142. Les fonctions de la presse remises en question. En termes d’information, il convient de distinguer la production de l’analyse et du commentaire. Il est clair que le commentaire ne relève pas – exclusivement – du journalisme ; mis à part la presse militante, le commentaire tient plus du café du commerce, de l’opinion courante et/ou partisane … bref, entre totalement dans le champ du Web 2.0. L’analyse est du ressort des éditorialistes – ceux qui donnent sens aux faits bruts ; de tels billets sont nécessairement signés par de prestigieuses personnalités conférant leur autorité au titre qui les emploie. Bien sûr de telles signatures existent indépendamment des organes de presse – de plus en plus grâce au Web 2.0 ; mais existeraient-elles sans eux, qui les financent ? La production relève des seuls journalistes. Attention, produire de l’information, ce n’est pas seulement se contenter de relayer des communiqués : c’est avant tout, diffuser un matériau fiable – c’est-à-dire constaté de visu ou suffisamment recoupé. C’est même la base du métier de journaliste … et la fonction primaire de la presse. 3-4 La nécessité de réduire la complexité engendrée par la multiplicité des contenus informatifs disponibles ?
  • 143.
    • Mais c’est l’analyse qui confère promotion et prestige, pas la quête des faits bruts.
    • Les éditorialistes pèsent de plus en plus, et rentrent en compétition avec Monsieur Toutlemonde , le blogueur du coin de la rue, vous et moi.
    • Et la presse devient une véritable cacophonie.
    • Deux pistes sont actuellement explorées, l’une pour en sortir, l’autre pour l’organiser :
    • - en sortir, en privilégiant les sites valorisant l’analyse …on offre aux signatures les plus prestigieuses des espaces réservés : c’est le modèle du site américain Slate dont Jean-Marie Colombani s'apprête à lancer une version française ;
    • l’organiser, en favorisant le dialogue, entre la rédaction et ses lecteurs, mais aussi, surtout, entre ses lecteurs entre eux : c’est le modèle initié par Rue89 , où les fils de discussions se révèlent tout aussi instructifs que les papiers qui les initient (comme sur certains blogs, d’ailleurs).
    • Ce faisant, la presse se coupe de plus en plus de son métier originel – produire de l’information. En se désinvestissant de cette fonction primordiale, elle laisse la place à des non spécialistes – avec toutes les dérives potentielles : diffusion de fausses informations, rumeurs, etc.
    3-4 La nécessité de réduire la complexité engendrée par la multiplicité des contenus informatifs disponibles ?
  • 144. Un grand besoin de clarification pour réduire la complexité engendrée par la multiplicité des contenus informatifs disponibles. Tout produit, tout service, y compris la presse, apporte un bénéfice à ses consommateurs – bénéfice lui permettant de se distinguer de ses concurrents. Les hommes de presse s’inquiètent de ce qu’ils pourraient offrir de plus aux internautes – plus d’analyse, plus de dialogue : plus de "don" . En d’autres termes, progressez vers plus de dialogue, de conversation, etc. Mais avant tout, faire votre métier de journaliste : clarifiiez ! 3-4 La nécessité de réduire la complexité engendrée par la multiplicité des contenus informatifs disponibles ?
  • 145. 3-5 Vers un journalisme : clé de voûte de la démocratie. Géraldine Mulhmann, Professeur agrégée de science politique. Université Panthéon-Assas Paris II.
  • 146. Le journalisme intégrateur de la diversité, autrement dit de la conflictualité. Le débat sur le pluralisme est connu: des médias trop concentrés nuisent à la diversité des points de vues. Cependant, comme le rappelle Muhlmann, le journalisme se trouve dans une tension, celle de l’intégration, c’est-à-dire de l’homogénéisation, et de la diversité, autrement dit de la conflictualité. Car d’un côté, si le journalisme ne produit que de l’identité, alors le public, caractérisé par la diversité des intérêts et l’usage public de la raison, se transforme en « masse », en ensemble monolithique dépourvu de pluralisme. De l’autre, si la presse n’invite qu’au conflit, le public se désintègre du fait de l’absence de commun. Le journalisme doit donc s’adresser au public en tant que « rassemblement conflictuel », c’est-à-dire entretenir à la fois son unité et sa diversité. Comment ce journalisme doit-il s’incarner concrètement ? 3-5 Vers un journalisme : clé de voûte de la démocratie.
  • 147. De la distinction entre “News et stories” G. Muhlmann établit une dichotomie, sur la base des travaux de l’Ecole de Chicago, entre deux types de contenus journalistiques, à savoir les « news » et les « stories ». Les premières désignent les informations proprement dites, elles délivrent un savoir et suggèrent une interprétation de la part de du public, interprétation qui sera le fondement des conflits entre plusieurs individus. Les « stories », elles, répondent à la volonté de divertissement et à la curiosité du public, et donnent d’emblée le sens. Le véritable journalisme réside dans le primat donné aux « news » sur les « stories », bien que ces dernières aient un rôle essentiel dans le maintien d’un public. 3-5 Vers un journalisme : clé de voûte de la démocratie.
  • 148. La presse apparaît non plus comme une instance qui lisserait les conflits, mais au contraire les stimulerait. Les stories ont une fonction intégrative car elles intéressent les individus à la communauté démocratique. Mais elles ne peuvent être considérées à part entière comme du journalisme car elles tendent à gommer la différence entre le réel et la fiction et détruisent en cela la recherche d’objectivité (au sens d’objets communs) de l’écriture journalistique. Alors que les « news » conservent la pluralité et invitent à agir. Le journalisme, en tant qu’idéal-type, doit donc être balisé. La limite à ne pas franchir, selon G. Muhlmann, est le respect de la véracité des faits, seul capable de permettre au journalisme d’être un chemin vers l’action du public. 3-5 Vers un journalisme : clé de voûte de la démocratie.
  • 149. Par conséquent, le journalisme comme rassemblement conflictuel désigne également la tension constitutive de la démocratie, qui réside dans la réconciliation de l’irréconciliable, l’homogène et le divers. Ce journalisme, en sus d’être une institution au service du public, est véritablement démocratique en ce qu’il laisse une chance aux conflits de s’exprimer. La défense du journalisme est d’autant plus importante aujourd’hui, selon elle, car il a été délégué à la presse la fonction de regarder le pouvoir : « c’est au journalisme que revient de voir et de faire voir à tous » . Donner un sens aux conflits, leur donner une expression, orchestrer l’espace des opinions, être le relais permettant au public de contrôler le pouvoir, telles sont, selon elle, les missions du journalisme moderne. Cette conception du journalisme sauve à la fois de l’angélisme, qui prône un pluralisme et une objectivité naïves, mais aussi du désespoir, qui condamne à ne voir dans le journaliste qu’un manipulateur lui-même manipulé par les puissances de l’argent. 3-5 Vers un journalisme : clé de voûte de la démocratie.
  • 150. Section 4 Les enjeux de la concurrence face à la TV et la radio : ces mass médias attisent l’émotion du public pour faire de l’audience alors que la presse doit faire preuve de discernement. 4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ? 4-2 Comment retrouver du discernement et ne plus cultiver l’émotion et la complaisance à l’opinion publique ? 4-3 Comment satisfaire une demande de sensationnel, Sexe, argent, pouvoir, violence, sans devenir un produit mercantile ? Photo : Islandgirl
  • 151. 4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ? Alain Joannes, journaliste et créateur de "Multimédia" et du "Journal du Web" sur LCI, créateur de la webradio d'Arte.
  • 152. Deux anecdotes comme symptôme d'un journalisme suicidaire A la mi-décembre de l'année 2008, France Info a ouvert pratiquement toutes ses sessions d'information de la journée avec l'histoire d'une dame qui avait glissé sur une frite. "Ouvrir sur une info" signifie que la rédaction considère le fait relaté comme le plus important du moment. Les historiens de l'an 2108 qui fouilleront dans la mémoire médiatique numérisée du 16 décembre 2008 risquent de trouver une frite. Quelques semaines plus tôt, fin novembre, un journaliste travaillant pour le groupe Figaro déclarait qu'il avait professionnellement suivi les évènements de Bombay sur Twitter. Compte tenu du fait qu'aucune information originale n'a été diffusée par Twitter pendant ces évènements, force est de constater que ce journaliste a "couvert" les attentats de Bombay en lisant les réactions de gens qui regardaient la télévision 4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ?
  • 153. La profession ne doit pas renoncer à ses deux piliers : discernement et fiabilité Une profession qui place une frite à la "une" renonce à l'un des piliers de sa légitimité: le discernement qui, seul, permet de hiérarchiser les évènements selon leur portée. Evaluer la portée d'un évènement, c'est lui attribuer une valeur. Renoncer à hiérarchiser les évènements selon leur portée, c'est dévaloriser l'information et ceux qui la font. Une profession qui rend compte d'un évènement à partir des émotions de téléspectateurs inconnus renonce à l'autre pilier de sa légitimité: la fiabilité qui, seule, garantit un lien de confiance entre le journaliste et ses audiences. Les audiences n'ont aucune raison d'accorder leur confiance à un journaliste qui s'en remet aux audiences des chaînes de télévision pour relater des évènements cruciaux comme les attentats de Bombay. Le degré zéro du journalisme est atteint dans la mesure où nul n'a besoin d'un journaliste pour lire, directement, les gazouillis de Twitter. 4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ?
  • 154. Le consentement à son propre pillage constitue un aspect crucial de l'esprit de soumission qui condamne une grande partie de la presse écrite. Toute conférence de rédaction au sein d'une station de radio ou d'une chaîne de télévision consiste essentiellement à chercher dans les journaux imprimés ce qui peut être transposé en sons ou en images. Bien sûr, il y a l'AFP mais les dépêches de l'AFP ne sont pas diffusables telles quelles. C'est du brut. Les articles de la presse écrite ont prédigéré cette matière brute et préparé, en synthétisant un évènement complexe et en scénarisant un récit, la mise en forme dont l'audiovisuel a besoin. La presse écrite aurait pu, juridiquement, limiter le pillage de ses contenus par la radio et la télévision car il relève moins du droit de citation que du plagiat et du vol d'idées.     4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ?
  • 155. La radio et la télévision pillent la presse écrite beaucoup plus que le web ne pourra jamais le faire. La créativité journalistique : trouver des sujets diversifiés, trouver des angles variés, trouver des modes innovants et pertinents de narration - représente en moyenne probablement moins de 10% de la production d'informations par la radio et par la télévision. Selon les circonstances - actualité riche ou pauvre, spectaculaire ou abstraite - on peut raisonnablement estimer à 90% en moyenne la part des informations que l'audiovisuel diffuse après l'avoir importé de la presse écrite. Si la collecte et le pré-traitement de l'information sont assurés par des journalistes nombreux dont certains très compétents dans la presse écrite, l'audiovisuel n'a pas besoin d'investir dans des rédactions pléthoriques et dans des journalistes experts aux salaires élevés.   4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ?
  • 156. L'audiovisuel a fini par faire adopter par la presse écrite son tempo, la volatilité de ses contenus et sa propension a cultiver l'émotivité des audiences. A quelques exceptions françaises près, comme "Le Monde" ou "Les Echos", les quotidiens s'essoufflent à courir derrière la radio et la télévision qui les pillent. Le suivisme empressé, fébrile, de la presse écrite accélère jusqu'à l'emballement hystérique la fameuse "circularité de l'information": une nouvelle publiée le matin par un quotidien est amplifiée tout au long de la journée par les radios et gonflée le soir par les télévisions, obligeant la presse écrite à rebondir sur l’audiovisuel, lequel reprend de plus belle jusqu'à la saturation. Croire, comme ce fut sans doute le cas à la création d'Europe N°1 dans les années cinquante et de France Info à la fin des années quatre-vingt, que l'apparition de nouveaux canaux de diffusion allait accroître et améliorer l'offre d'informations, donc stimuler dans la population le désir d'être plus et mieux informée, a été la marque d'une étonnante naïveté au sein de la profession. 4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ?
  • 157. Les audiences sont d'autant plus frustrées que le recyclage médiatique brasse plus de plagiat que d'éléments nouveaux. Souvent la même information rabâchée à outrance pendant plusieurs jours est subitement délaissée sans avoir été clarifiée. C'est, du matin au soir, la même "info" répétée avec les mêmes angles, les mêmes mots puisés dans un vocabulaire minimaliste, tandis que les commentaires et les éditoriaux ressassent les mêmes idées convenues sur les mêmes thèmes avec de pauvres métaphores desséchées. Telle qu'elle fonctionne, la presse ne mérite pas le pluralisme qu'elle revendique. 4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ?
  • 158. Des articles réducteurs tuent le plaisir de lire En renonçant à son propre tempo, en voulant tout "couvrir", même et surtout le futile pourvu qu'il soit émotionnel, la presse écrite quotidienne renonce surtout au recul, à l'approfondissement. Les spécificités de la mise en page et de la typographie lui permettent encore de proposer une hiérarchisation des évènements. Certains quotidiens, comme "Le Monde", perpétuent le récit consistant sans se résigner au réductionnisme que l'audiovisuel impose à l'écrit. Globalement cependant, la presse écrite quotidienne sacrifie la densité factuelle et la qualité du récit. Elle s'enlève la légitimité de faire payer le plaisir de lire.   Impossible de détecter dans ce journalisme rétréci un talent émergent dont on pourrait se dire qu'il sera probablement un écrivain, voire un historien. La disparition des grandes signatures internes, résume une autre démission, celle des journalistes politiques de la presse écrite dont le travail d'élucidation est assumé depuis une vingtaine d'années par les directeurs d'études des instituts de sondages. . 4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ?
  • 159. De la dévalorisation accélérée de l'information et la dévaluation de ceux qui la font. La presse écrite a renoncé à ce qui fait sa valeur: recul, sélectivité, approfondissement, hiérarchisation, qualité du récit écrit et de la photographie. Cette résignation à n'être plus que le terne reflet palpable de l'audiovisuel vient aussi d'un marketing fallacieux: les gens de l'imprimé ont cru que la futilité, l'actualité envahie par l'insignifiance des faits et dits des "people", allaient leur ramener une partie des audiences accaparées par la radio et par la télévision. Or ce qui peut séduire certains téléspectateurs ne plaît pas forcément aux lecteurs. L'art difficile de l'entretien, par exemple, a été abandonné au profit de versions fades et chétives des talk shows. Exercice généralement sans autre intérêt radiophonique et télévisuel que de produire des émissions à moindre coût en obligeant la presse écrite à "faire de la reprise", comme disent cyniquement les gens de le l'audiovisuel. 4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ?
  • 160. De la conséquence du renoncement à traiter l'actualité comme l'Histoire en train de se faire. Auteur, notamment, de "Inside USA" (qui suscita ma vocation à la fin des années cinquante) John Gunther est un archétype du journaliste. Sans se prendre pour un sociologue ou un historien, il hisse sa conception de l'actualité et de son traitement aussi près que possible des approches réservées aux sociologues et aux historiens. De Gunther, je garde l'idée d'un journaliste qui doit aspirer à travailler comme l'auxiliaire des futurs sociologues et historiens. Par ailleurs, John Gunther a a soigneusement séparé ses observations et recherches journalistiques de ses créations romanesques. Enfin, sa manière d'écrire élégante mais précise fait de lui une référence suprême aussi bien dans le journalisme que dans la fiction puisque certaines de ses oeuvres romanesques ont été adaptées pour la télévision et pour la scène. 4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ?
  • 161. De l’art de la petite phrase…qui entre dans l’histoire… Il faut savoir que la plupart des invités des "talk shows" audiovisuels - anglicisme bizarre mais symptomatique pour une station de radio - sont choisis en fonction de leur capacité à prendre des postures spectaculaires, à émettre des jugements et des "petites phrases" qui seront "reprises" le lendemain par la presse écrite. Laquelle après avoir été pillée assure en plus la promotion des pillards. 4-1 La presse peut elle rester un mass media sans renoncer à ses deux piliers naturels : discernement et fiabilité ?
  • 162. 4-2 Comment retrouver du discernement et ne plus cultiver l’émotion et la complaisance à l’opinion publique ? Roger Nifle, sémiologue
  • 163. Il est temps qu’une exigence de discernement remplace la complaisance à l’opinion publique. La réalité du monde est maintenant dominée par les médias qui se retranchent derrière l’opinion publique et le droit d’informer. Il n’y a d’opinion publique que l’expression d’une émotion publique, principal enjeu de l’activité médiatique, plus pour le pire que pour le meilleur. Des croyances passant pour les plus avérées ne sont alors que des manipulations expertes véhiculées par des médias pas toujours conscients de leur pratiques et trop rarement soucieux de leur éthique. Il est temps qu’une exigence de discernement remplace la complaisance à l’opinion publique. C’est vrai pour tous, responsables, politiques, journalistes, et chacun d’entre nous. Il faudra aussi s’attarder sur les effets de l’opinion publique sur la conscience individuelle et collective. 4-2 Comment retrouver du discernement et ne plus cultiver l’émotion et la complaisance à l’opinion publique ?
  • 164. Quel sens les médias donnent ils a leur activité ? Certains sont tournés vers l’optimisation de leur audience ? livrer au public une histoire (storytelling)qui va complaire au public. Ils renforcent une émotion publique. D’autres sont tournés vers une position partisane ? choisir, interpréter, faire parler, distordre sans vergogne. La puissance de l’émotion publique est capable de faire taire toute vérité et même de rendre coupables ceux qui tentent de s’y opposer. Des fois ils sont tournés vers “le pouvoir des médias” et sa sacralisation ? mettre en scène assignant aux autres des rôles dans des scènes dont ils sont les organisateurs. Parallèlement ils se prennent pour principal objet d’intérêt: le traitement par les médias de telle ou telle question passe pour l’actualité elle même. Et enfin il y a des médias qui jouent leur rôle de médiation entre les hommes, avec leur histoire, en devenir pour leur bien commun. 4-2 Comment retrouver du discernement et ne plus cultiver l’émotion et la complaisance à l’opinion publique ?
  • 165. Les médias ameutent l’opinion publique en générant des émotions. Qu’est ce que “l’opinion publique” ? C’est une émotion collective fomentée par les médias. Ameuter l’opinion publique (ameuter = transformer en meute). Raconter une histoire c’est un jeu de redondances, de mises en écho avec des émotions humaines, soit universelles soit liées à une Histoire, une population, ou même des circonstances qui exacerbent telle ou telle sensibilité. Quand cette histoire est mise en scène avec des événements réels, éventuellement provoqués, quand elle joue sur la gamme d’émotions publiques déjà entretenues antérieurement (caution de l’opinion publique), quand elle s’attache à utiliser les travers des médias si sensibles aux enjeux d’opinion publique alors l‘efficacité est redoutable. Tous les corporatismes savent en jouer, les experts en intérêts particuliers déclarés intérêt général, même certains politiques dans des moments particuliers ou au long cours. 4-2 Comment retrouver du discernement et ne plus cultiver l’émotion et la complaisance à l’opinion publique ?
  • 166. Ils nous manipulent l’opinion en se rangeant du coté de l’opinion générale. L’immense majorité des événements d’opinion publique sont le fait de ces manipulations grâce aux médias complaisants aux effets d’opinion publique plus qu’aux enjeux supposés des campagnes engagées. Plaire ou déplaire aux médias grave question des professionnels de l’émotion publique. Les médias ne sont pas seulement manipulés ils sont aussi co-manipulateurs souvent pour des raisons d’emprise sur le public, par la fabrication de l’opinion publique à coup de canons émotionnels. Les armes de destruction massive sont les armes émotionnelles des médias. Elles détruisent l’âme ou la conscience des gens. Encore une fois, si la question de l’opinion publique nous amène à la responsabilité des médias qui la construisent il y a aussi d’autres fonctions et d‘autres actions possibles qu’il va être temps de refonder et consolider. 4-2 Comment retrouver du discernement et ne plus cultiver l’émotion et la complaisance à l’opinion publique ?
  • 167. Cette situation ne tiens que par les mécanismes de résonance et de dépendance que l’émotion publique met en jeu. En effet s’il y avait maîtrise de l’émotion il n’y aurait pas une telle dépendance et à ce truisme il faut ajouter que l’on pourrait aussi mieux se protéger des effets de résonances individuelles et collectives et ainsi préserver son discernement. On voit bien comment fonctionne le cercle vicieux. Plus de puissance émotionnelle, moins de discernement, plus de dépendance et d’emprise, plus de susceptibilité au bombardement émotionnel, plus d’amplification de puissance. Les médias sont soumis eux aussi à ce processus ce qui fait qu’ils sont souvent sincères dans leur aveuglement, pris aussi par l’effet d’entra î nement entre eux et de l’opinion publique dans laquelle ils baignent dans la confusion générale. 4-2 Comment retrouver du discernement et ne plus cultiver l’émotion et la complaisance à l’opinion publique ?
  • 168. La résistance est-elle possible ? S’il est possible de se tenir à distance des canons émotionnels, une grande partie de la population y arrive, un peu, si tant est que l’environnement propre, éventuellement choisi, puisse servir d’amortisseur. Cependant la situation d’aujourd’hui montre la défaillance des références traditionnelles (notamment celles dites modernes) en même temps que l’accroissement de l’exposition et des vagues entières de supposées sagesses sombrent dans des croyances dont l’opinion publique est la principale source de certitudes, de source sure, et les manieurs de médias les sources savantes sinon morales. On voit même des gens de média se faire les clercs ou militants de ces croyances d’autant plus évidentes qu’elles sont émotionnellement fondées. La sacralisation du sentiment fait qu’y porter atteinte est sacrilège. 4-2 Comment retrouver du discernement et ne plus cultiver l’émotion et la complaisance à l’opinion publique ?
  • 169. Le phénomène Internet : l’implication personnelle rendue possible rend les individus et les groupes moins démunis devant les médias Les vocations manipulatoires s’y exercent bien mais les sources sont tellement nombreuses, les choix personnels tellement plus variés, la passivité tellement moins “naturelle” que l’impact des médias et l’opinion publique n’y ont pas la même prise. Plus aucun raisonnement s’il n’est pas soutenu par une “opinion publique" n’est soutenable comme on dit du développement durable. C’est le discernement des Sens qui est de la plus grande conscience et qui permet une plus grande maîtrise de ce qui se passe et une moindre emprise de l’opinion publique. Pour cultiver le discernement du Sens il faut se trouver confronté à la pluralité des Sens, à la variété de leurs conséquences, à l’incertitude. Il faut se trouver provoqué à ne pas réagir en automate mais en autonome. 4-2 Comment retrouver du discernement et ne plus cultiver l’émotion et la complaisance à l’opinion publique ?
  • 170. Cela va avec une plus grande autonomie des personnes aussi plus impliquées dans des communautés partageant un m ême point de vue qui émergent partout. Nous sommes à un stade de “maturescence” de la civilisation humaine, “hominescence” dit Michel Serres. C’est celui de l’âge du Sens, de la culture du discernement qui commence avec l’intelligence symbolique. Or les communautés de Sens c’est l’antidote de l’opinion publique lorsqu’elles sont fondées sur un discernement du Sens ou du moins sa quête avec la recherche du Sens du bien commun. La perte des repères qui en a fait le signe d’un prolifération nous met au seuil de cette “quête de Sens” qui ne vaut que comme recherche du discernement et plus loin, de connaissance de l’humanité de l’homme et de son engagement dans la cité pour son développement qui n’a pas d’autres lieu, c’est à dire en soi, là où on est, avec les autres. Mais c’est justement le terrain aussi de l’opinion publique. La crise de Sens est une épreuve salutaire qui renvoie de plus en plus à cette approche du discernement qui implique sa personne comme celle des autres et dépasse l’exercice d’une raison qui a perdu le Sens. 4-2 Comment retrouver du discernement et ne plus cultiver l’émotion et la complaisance à l’opinion publique ?
  • 171. 4-3 Comment satisfaire une demande de sensationnel, Sexe, argent, pouvoir, violence, sans devenir un produit mercantile ? Justine Andanson et Nelly Giordano, journalistes et blogueuses.
  • 172. Le sensationnel, le sexe, le scandale... sont des phénomènes de masse qui plaisent à la foule depuis la nuit des temps. Racolage, interviews choc, sujets graveleux, articles provocateurs, la presse à sensation ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui. Face à l’attrait de l’image et du sensationnel, la presse est appelée, de plus en plus, à virer dans l’émotionnel et dans la mise en scène. De ce fait, les articles et photos ont tendance à basculer dans la « société du spectacle ». 4-3 Comment satisfaire une demande de sensationnel, Sexe, argent, pouvoir, violence, sans devenir un produit mercantile ?
  • 173. Le spectacle de l’anormalité est sécurisant pour le public angoissé par ce qui échappe à son appréhension. De ce fait, les articles et photos ont tendance à basculer dans la « société du spectacle ». Ils doivent s’attacher à choquer pour plaire et bousculer les lecteurs de leurs quotidiens pour séduire, dégager une image extraordinaire, une image d’évasion ... Le monstrueux, l’excessif, l’horrible rentrent par là dans l’ordre reconnu du monde. Autant de champs ouverts à l’interprétation qui font fonctionner les imaginations et suscitent des émotions. Selon Georges Auclair, le fait divers exerce sur le lecteur une puissante fascination, en lui permettant de vivre, par procuration, une autre expérience, dans la zone de l’interdit, de la transgression de l’ordre social, de l’irrationnel, exorcisant ses peurs, ses turpitudes, ses passions coupables. Faire du sensationnel donne toujours l’illusion d’exister. 4-3 Comment satisfaire une demande de sensationnel, Sexe, argent, pouvoir, violence, sans devenir un produit mercantile ?
  • 174. Le sensationnel, les titres accrocheurs, marquent la naissance de la presse moderne, dans le sens qu’elle vise un plus grand nombre de « consommateurs ». L’objectif n’est plus d’instruire en priorité mais d’attiser la curiosité d’un maximum de lecteurs. Ainsi, sexe, argent, pouvoir, violence sont des thèmes qui « fonctionnent », qui font vendre. Gloria Awad dans Du sensationnel, place de l’événementiel dans le journalisme de masse, explique que le journal hiérarchise et structure son attente d’événement, conditionné tant par son contexte et son histoire que par le contrat de lecture qu’il établit avec son destinataire, le lecteur. Le journal donne une connotation, un coefficient dramatisant à l’évènement et le « spectacularise ». Le sensationnalisme assume donc un rôle de rituel régulateur dans les sociétés industrielles modernes. 4-3 Comment satisfaire une demande de sensationnel, Sexe, argent, pouvoir, violence, sans devenir un produit mercantile ?
  • 175. A partir d’un aperçu historique de la presse à sensation, par opposition avec les journaux d’opinion, l’exploitation du sensationnel est perçue comme un principe fondateur du journalisme de masse. Quand un journal choisit des images « choc » en une ou qu’un magazine titre « A 70 ans, j’ai eu mon premier enfant », il vend du spectacle, du rêve. Et c’est ce rêve qui va être réutilisé par le magazine afin de combler les lecteurs et de faire fantasmer les Français. Ce commerce de l’ « évasion » est exploité par les éditeurs et capté par le marketing. Et ce n’est pas le seul credo utilisé par le magazine. Le sensationnel, le hors norme, suscite énormément l’intérêt des lecteurs. Si les gens sont prêts à payer pour ce produit et si les magazines en font l’un de leurs sujets de prédilection, c’est en partie grâce à cet aspect. En 1973, des chercheurs, Katz, Gurevilch et Hass, se sont interrogés sur les besoins des lecteurs et les fonctions remplies par les médias, presse écrite comprise, auprès de leur public. Apparemment, ces besoins se diviseraient en cinq catégories : cognitifs, affectifs, d’intégration, de contact et enfin d’évasion. Le lecteur aurait des attentes, des besoins, des utilisations et des gratifications auxquels le magazine doit répondre. Sang, scandale, sexe, les « 3 S » seraient la recette miracle pour attirer l’attention. 4-3 Comment satisfaire une demande de sensationnel, Sexe, argent, pouvoir, violence, sans devenir un produit mercantile ?
  • 176. Le sensationnel plaît, la recette n’est pas nouvelle. Ce qui l’est un peu plus, c’est cette façon sans pudeur dont les gens l’alimentent en devenant acteurs. Exhibitionnisme, « autothérapie », volonté de témoigner, les « people » déballent tour à tour leurs histoires « loufoques », leurs vies privées dans les médias ou à travers des autobiographies. De plus en plus d’hommes et de femmes font les gros titres grâce à ce type de témoignages sensationnalistes. Le sensationnel plaît, la recette n’est pas nouvelle. Ce marché de l’offre (impudeur-exhibitionnisme) et de la demande (impudeur-voyeurisme) est particulièrement dynamique. Ce nouveau phénomène arrange bien les rédactions. Il leur permet d’élargir leur cible et d’augmenter les revenus du journal. Ainsi, pour ne pas se laisser totalement engloutir par la télévision, les magazines jouent la carte du sensationnel et de la provocation. Banalisé, fonctionnalisé, parcellisé, le sensationnel dans les magazines est devenu un véritable produit de consommation. 4-3 Comment satisfaire une demande de sensationnel, Sexe, argent, pouvoir, violence, sans devenir un produit mercantile ?
  • 177. Il n’y a plus de frontière entre l’individu et la société : « je suis pensé par les autres » Dominique Melh, chercheuse au Centre d’étude des mouvements sociaux (EHESS/ CNRS), distingue quatre catégories d’individus : ceux qui profitent des médias dans le but de faire passer un message, ceux pour qui l’exposition médiatique tient lieu de « thérapie cathartique », ceux qui sont le porte-parole d’une communauté, d’une association (...) et enfin ceux qui désirent livrer leur propre expérience et défendre leur point de vue. Ces nouveaux adeptes des médias n’ont ni les mêmes buts, ni les mêmes besoins. Et pourtant, ils apparaissent sur des magazines similaires, racontent des anecdotes semblables, et exhibent leur intimité de manière identique. Selon Michel Maffesoli, dans Le Temps des tribus, nous revenons au phénomène ancien, où il n’y avait pas de frontière entre l’individu et la société, où tout est désormais sur la place publique. Il y a perte de soi dans l’autre. L’autre m’intéresse parce qu’il est mon miroir. En effet, ces articles qui fleurissent dans les magazines sont à la mode parce que, dans une société en quête d’idéologies et de repères, ils tendent un miroir au téléspectateur ou au lecteur, qui s’identifie fatalement à l’un ou l’autre des protagonistes. Débarrassé de sa connotation péjorative, le voyeurisme permet, dans certains cas, de mieux affronter la réalité. 4-3 Comment satisfaire une demande de sensationnel, Sexe, argent, pouvoir, violence, sans devenir un produit mercantile ?
  • 178. Jusqu’où est-on prêt à aller ? La contrainte financière et l’aspect commercial de l’information sont indéniables. L’information est devenue un produit et se consomme. La presse à sensations illustre parfaitement l’aspect mercantile des médias. Des procédés journalistiques plus proches du cancan que de la véritable information. Parfois, le profit passe avant l’éthique. Les journalistes ont le pouvoir de se taire sur des sujets et le pouvoir d’en maltraiter d’autres. Le corps médiatique subit les contraintes de la société de consommation qui l’amène à développer une presse mercantile. 4-3 Comment satisfaire une demande de sensationnel, Sexe, argent, pouvoir, violence, sans devenir un produit mercantile ?