Conclusion de le Session 2013 (Christian Salenson)
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Conclusion de le Session 2013 (Christian Salenson)

Conclusion de le Session 2013 (Christian Salenson)

Session nationale de l'Enseignement Catholique sur l'enseignement du fait religieux.

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Conclusion de le Session 2013 (Christian Salenson) Conclusion de le Session 2013 (Christian Salenson) Document Transcript

  • 1Conclusion de la session / Christian SalensonNotre objet était de mieux comprendre l’enseignement du fait religieux, sesenjeux, sa contribution à la paix sociale, personnelle, sans quitter le respect de ladiversité des croyances et sans confusion avec une démarche de type confessant pourne pas porter atteinte à sa nature propre, par probité intellectuelle, par déférence aussibien vis-à-vis de la démarche culturelle que de la démarche croyante… C’est en posantcette honnêteté de la démarche que le fait religieux peut être compris et déployé danstoutes ses dimensions et elles sont multiples.Il est temps maintenant de recueillir à chaud ce que nous avons appris au coursde cette session. Et d’abord nous vous donnons la parole dans un florilège de textes, dephrases que vous avez bien voulu dire…Nous avons essayé de notre côté d’écrire une conclusion de ces quelques jours,sans prétention à l’exhaustivité mais avec la préoccupation de dégager quelques axesvécus ou quelques axes de recherche à explorer par la suite dans nos pratiques, dans lesformations, dans d’éventuelles publications.Une meilleure intelligence de la laïcitéTout d’abord, une meilleure intelligence de la laïcité. J. C. Ricci nous a montré lacomplexité du concept de laïcité trop souvent réduit et parfois instrumentalisé pourrejeter les religions dans le domaine privé. Il nous a appris au moyen du droit - et JeanClaude Ricci nous a montré combien il était maître dans son art - que la laïcité est unconcept vivant, évolutif, en relation constante avec d’autres données de la vie… Il nous aappris à interroger ce concept.Il nous a surtout appris que la laïcité n’est pas une valeur autonome mais qu’elleest en référence constante à ce qui, pour le coup, est une valeur fondamentale : la libertéreligieuse. L’exercice de la laïcité s’évalue à l’aune d’un critère supérieur de jugementqu’est la liberté religieuse, liberté fondamentale des droits de l’homme.Il nous a aussi entrainé plus loin que l’hexagone. La Laïcité française est endépendance des traités européens et doit être lue à la lumière de la conventioneuropéenne des droits de l’homme.Une meilleure intelligence de la place du religieux/ des religions.Nous le pressentions mais nous l’avons vérifié. Nous avons besoin pour unemeilleure intelligence de l’enseignement du fait religieux, de mieux comprendre la placeet les enjeux du religieux et de la religion dans nos sociétés démocratiques etpostmodernes. Nous devons sortir d’une vue simpliste des religions réduite soit à être lachronique d’une mort annoncée constamment repoussée, soit à son rejet dans la sphèreprivée.
  • 2Nous sommes dans une nouvelle étape de la relation religion / société. Ce queJean-Marc Aveline, nourri de la recherche philosophique actuelle en Allemagne et enFrance, a appelé le « traduire ». Car aujourd’hui il ne s’agit pas simplement detransmettre mais de traduire. Il s’agit d’aller puiser et de rendre accessible ce trésorporté par une longue histoire, à travers des textes, des rites, des symboles… Les religionssont porteuses de richesses sur lesquelles on ne peut faire l’impasse et dont lesdémocraties ont besoin pour donner du sens et pas uniquement des règles. Soit dit enpassant, même si ce fut exprimé rapidement, il y a là aussi l’espace de la théologie quidoit elle aussi non pas tant répéter des énoncés catéchétiques que dirent quels en sontles contenus en terme d’expérience, de sens, de promesse de vie concrète.La dimension résistance.La religion et les religions ne sont pas réductibles à leur dimension sociale ni àêtre une force d’appoint dans les sociétés, assignées, au moyen du dialogue entre elles, àéviter les conflits. Autant le politique doit veiller à ce que les religions n’aient pas laprétention à l’hégémonie, autant il ne peut les cantonner et les assigner à remplir unetâche établie. Il ne détermine leur programmation. A contrario, les religions sont uneforce de résistance critique contre une réduction à la raison instrumentale, à la quasi-religion du libéralisme, à la tyrannie du marché… dans une défense de l’humain. Or celanous le vivons dans les établissements quand le caractère propre ne se réduit pas à unpeu catéchèse, à la première annonce ou à quelques activités pastorales. La dimensionde résistance se joue non seulement dans la société où les religions s’invitent dans ledébat démocratique mais aussi au sein des établissements scolaires. Nous savonsd’expérience la dérive de l’EC vers une école privée, instrumentalisée par des catégoriessociales…Des pistes de travail sont ouvertes :Nous avions mis cette session sous le label de l’éducation à la paix et on disait encommençant que la paix n’est pas uniquement ni même d’abord l’absence de conflitsmais qu’elle se déploie dans diverses dimensions : environnementale, de la relation àl’autre, de la pluralité culturelle et religieuse et aussi la dimension d’une histoirepersonnelle intériorisée.Nous nous étions fixés comme objectifs une meilleure définition del’enseignement du fait religieux, une meilleure connaissance de ses enjeux, unearticulation dans l’éducation à la paix. Qu’avons-nous mieux compris ?Dans la vie des établissementsL’adoption. Claire Ly a dénoncé le concept d’intégration dans sa violence dedésintégration de la culture antérieure. Elle nous a alertés par rapport au risque derenvoi de jeunes issus de l’immigration à la culture de leurs parents … culture qui n’estpas la leur. Elle nous a proposé de penser en terme d’adoption dans la réciprocité d’unehospitalité réciproque. Il nous semble que la merveilleuse ambigüité du terme « hôte »dit quelque chose de ce positionnement dans l’altérité puisqu’un même mot désigne à lafois et tout aussi bien celui qui accueille que celui qui est accueilli. Voilà qui vient
  • 3enrichir et donner sens à ce que vous vivez déjà, partiellement au moins, dans lesétablissements. Ce qui a été dit par Claire Ly est à croiser avec ce qui a été dit sur l’espritd’Assise, travail entrepris par Monique.Qu‘avons-nous mieux compris de l’enseignement lui-même du fait religieux ?Nous le savions il n’est pas réductible à ce qu’il a été si souvent et que l’on voitdans les manuels, à savoir un enseignement positiviste. Nous entendons parenseignement positiviste le savoir écrasé qui ne donne pas accès au sens. On désigne leséléments d’une architecture religieuse, on se contente de les nommer sans ouvrir à lasymbolique des lieux.Nous savons aussi qu’il n’est pas réductible à une approche patrimoniale parlaquelle certes on permet à des gens de ne pas être égaré dans la culture qu’ils habitent,d’avoir accès à ses productions culturelles mais qui en font plus des récepteurs passifsque des acteurs.Qu’avons-nous mieux compris ?Ouverture au symbole…Un des enjeux majeurs de la prise en compte du fait religieux dans l’enseignementest l’ouverture à l’intelligence symbolique du réel. Le réel ne se laisse pas réduire etappréhender par la seule raison instrumentale. Le concept ne suffit pas à rendre comptede l’intelligence des choses. Il a besoin de cette autre dimension de la raison qu’estl’intelligence symbolique. Ces deux formes d’intelligence du réel, celle du concept et celledu symbole se complètent. Ils sont comme les deux serpents du Dieu Hermèsreprésentés dans le caducée des médecins qui s’entourent dans une juste distance etdifférentiation. L’un et l’autre s’enroulent sans se confondre ni s’éloigner et ainsi dégagel’espace de l’herméneutique, de l’interprétation de la vie.Comprenons bien ! Il ne s’agit pas seulement d’explorer les symboles et lesmythes et rites – mais c’est nécessaire de mettre les symboles en travail - mais d’entrerdans ce mouvement poétique d’intelligence comme on l’a vécu dans la journée de jeudisur le terrain, comme on l’a entendu dans le travail d’Isabelle sur l’Au-delà. Il ne s’agitpas de transformer des symboles en concepts mais de les laisser travailler l’intelligence,la sensibilité, le rapport au temps etc… Nous sommes loin d’une approche positiviste dufait religieux !Du visible à l’invisible…On intitulerait bien ainsi l’apport de Ferrante Ferranti. Il ne nous a pas fait dediscours conceptuel. Il nous a fait l’exercice sous nos yeux… Cet exercice qui consiste aumoyen des images, de ce que l’on voit, de ce qui tombe sous nos sens, de nous ouvrir à ladimension cachée du symbole… Il a fait et refait constamment le passage, et nous enétions séduits, puis touchés, puis émus… Par des mots simples, tendres et fragilescomme des caresses, il nous a fait vivre cette ouverture de la réalité, de ce qui se voit,vers un ailleurs, des empreintes laissées dans la réalité vers la profondeur inaccessibledu réel…
  • 4IntérioritéMais alors l’apprentissage de l’intériorité est un des chantiers ouverts. Maisqu’est-ce que l’intériorité ? Le piège serait évidemment de ne voir là que ou d’abord laquestion de la prière étroitement comprise… ce qui nous interdirait dans un mêmeinstant de comprendre et l’intériorité et la prière ! … Nous avons vu en acte commentl’enseignement du fait religieux, à travers la photographie est un chemin d’ouverture àl’intériorité, dans ce passage sensible du visible vers l’invisible… nous l’avons entrevuavec la minute de silence dont nous a parlé Agnès, avec ces phrases étonnantes dejeunes… Assurément là s’ouvre un espace de recherche pour nous tous…Qu’avons-nous mieux compris ?Multiplication des supports et des entréesNous avons multiplié les supports… Le religieux ne se laisse pas enfermer dansdes lieux, dans des espaces, ou dans des temps particuliers, dans les expressions de lareligion… Nous avons vu comment il pouvait se donner à vivre dans l’EPS et que lerapport au corps était un lieu privilégié de l’incarnation ouvrant même à la dimensionthéologique de l’EPS ! L’incarnation n’est pas une notion théologique abstraite réservéeà l’homme de Nazareth, mais ce que la théologie désigne comme un mystère est àl’œuvre dans la relation au corps de tout un chacun…Nous sommes entrés par le cinéma… Nous pouvons utiliser (est-ce le mot quiconvient) des séquences cinématographiques, et pas uniquement parce qu’ellesabordent des sujets religieux mais parce qu’elles sont dans des démarches religieusescomme ce fut le cas pour le film de Pasolini à propos de la démarche de l’artiste… Nousl’avons vu aussi à partir du film « des hommes et des dieux », qui ne fut pas en vain unprix de l’éducation nationale…Qu’avons-nous mieux compris ?Compréhension du mondeNous avons mieux compris que l’on ne peut pas comprendre le monde danslequel on vit et la culture dans laquelle nous baignons sans la compréhension dureligieux. Nous l’avons abordé par deux aspects : La relation avec le judaïsme est uneblessure de notre culture. Ce refus de l’altérité traverse notre histoire depuis l’antiquité,en passant par l’affaire Dreyfus et jusqu’au drame de l’extermination. Anne Sophie nousa montré comment on pouvait à partir d’un simple roman de Schmitt, L’enfant de Noé,travailler ce lien avec cette dimension de la culture et ouvrir de nouvelles approches.Marie-Laure nous a conduits dans une intelligence pondérée, scientifique,rigoureuse de l’islamisme aujourd’hui. Ainsi nous percevons bien que c’est l’intelligencenon seulement de la culture mais de l’actualité et donc de la manière d’habiter
  • 5aujourd’hui le monde qui pour une part est en jeu dans l’enseignement du fait religieux…Nous sommes loin de la seule approche patrimoniale…Nous avons mieux compris pourquoi tant de résistances à l’enseignement du faitreligieux qui n’ont d’égales que son urgente nécessité. Cela tient à la nature même de cequ’est le religieux. Les phénomènes religieux sont complexes. Ils entrainent unevéritable révolution culturelle, qui n’a comme enjeu à terme, selon Philippe Joutard riende moins que la maitrise de la globalisation du monde dans laquelle nous sommes. Unerefondation de l’école, dont on parle en ce moment, se laissera évaluer par cette capacitéà ouvrir à l’enseignement du fait religieux et des arts… nous sommes loin de lamarginalisation périphérique de ces enseignements.Dominique nous rappelait qu’un enseignement objectif n’avait de sens que s’il nefaisait pas l’impasse sur deux choses : d’une part sur l’expérience humaine du divin etd’autre part sur les croyances dans lesquelles cette expérience tente de se dire, nousrappelant que, dans une apparent paradoxe, ces croyances, en un sens anhistoriques,furent souvent productrices d’une longue histoire .Conclusion (éducation à la paix…)Et puis il a ce qui ne peut se dire que par la médiation de la célébration… qui dit lamême chose en nous le faisant vivre autrement et dans un au-delà des mots. Cettecélébration d’une éducation à la paix, il nous plait de la voir dans la pièce ce Pierre etMohammed, dans cette célébration d’une humanité plurielle pour rappeler cette belleexpression de Pierre Claverie.C’était la célébration de ce quasi-sacrement de l’amitié avec l’autre, avec toutautre différent et désiré…