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La bataille de Paris, un duel entre socialistes et écologistes ?
 

La bataille de Paris, un duel entre socialistes et écologistes ?

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Mémoire réalisé par Hugo SOUTRA en juin 2012, dans le cadre de ses études à l'Institut Français de Géopolitique. ...

Mémoire réalisé par Hugo SOUTRA en juin 2012, dans le cadre de ses études à l'Institut Français de Géopolitique.
Sujet: élections municipales 2014 à Paris, et rivalités entre PS et EE-LV

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    La bataille de Paris, un duel entre socialistes et écologistes ? La bataille de Paris, un duel entre socialistes et écologistes ? Document Transcript

    • La bataille de Paris : un duel entre socialistes et écologistes ? Institut Français de Géopolitique – Master 1 – 2011 / 2012 Hugo SOUTRA, sous la direction de Philippe SUBRA.Diffusion en totalité ou en partialité interdite sans l’accord de l’auteur ou de l’Institut Français de Géopolitique ©
    • 2Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Table des matièresRemerciements ......................................................................................................... 4Introduction............................................................................................................... 5I Elections législatives 2012, la pré-bataille de Paris.............................................. 7A) La conquête de Paris sera politique ou ne sera pas ............................................. 71) Les écologistes veulent entrer dans la cour des grands ................................................ 72) Une nouvelle dynamique qu’ils cherchent à appliquer à la capitale ............................ 13B) Le test des élections législatives à Paris ............................................................. 281) Les écologistes peuvent être satisfaits ..................................................................... 282) La bonne séquence d’EE-LV ne pénalise pas le PS .................................................. 40II Rivalités de pouvoirs entre frères ennemis ....................................................... 47A) «L’unité est un combat» ................................................................................... 471) Interdépendances et rivalités de pouvoirs ................................................................ 472) Des relations «bipolaires» exacerbées à Paris ........................................................... 59 3B) Les relations PS / EE-LV à l’épreuve du pouvoir .............................................. 741) 2001-2008, la douloureuse construction d’un rapport de forces .................................. 742) 2008-2014, la contrainte d’un rapport de forces évolutif ........................................... 90III Enjeux géopolitiques des élections municipales 2014 ................................... 103A) La Mairie de Paris, au cœur des stratégies politiques ...................................... 1031) Paris, un territoire plus que convoité ..................................................................... 1032) Une super-institution au service d’ambitions nationales .......................................... 110B) Vers un duel interne à la majorité municipale ? .............................................. 1171) Socialistes et écologistes affûtent leurs armes en vue de 2014.................................. 1172) Paris peut encore réserver bien des surprises .......................................................... 134Conclusion ............................................................................................................ 145Résumé : ................................................................................................................ 156 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • RemerciementsTout d’abord, je tenais à remercier les différents acteurs et observateurs de cette rivalitéparisienne entre le Parti Socialiste et Europe Ecologie-Les Verts. Les discussions que j’ai puavoir avec les différents élus ainsi que leurs collaborateurs mais aussi les militants locauxm’ont permis de mieux appréhender les positions de chaque parti et de chaque personnalitépolitique. Ces différents entretiens ont été indispensables à ma réflexion et viennent nourrircette recherche tout au long des pages suivantes. J’ai aussi pu avoir des échanges riches avecplusieurs journalistes suivant la vie politique parisienne, qui n’ont pas hésité à me consacrerde leurs temps personnel pour aborder cette recherche comme mon avenir professionnel. Jeprofite donc ici de l’opportunité qui m’est offerte de leur exprimer ma gratitude, qui va bienau-delà de ces quelques lignes.Dans un second temps, il me paraît indispensable de souligner le rôle joué par l’ensemble ducorps enseignant de l’Institut Français de Géopolitique, qui m’a donné l’occasion tout au longde cette première année, d’acquérir des compétences indispensables à l’exercice du métier de 4journaliste auquel j’aspire. Leurs différents cours, séminaires et présentations, m’ont permisde saisir les tenants et les aboutissants d’un conflit géopolitique, dans toute sa complexité.Plus particulièrement, mes remerciements s’adressent à Philippe SUBRA qui a dirigé cemémoire. Il a su m’orienter dès l’automne dernier sur les éléments clés permettant decomprendre la concurrence entre ces deux formations à Paris, et s’est montré disponible toutau long de ma recherche pour répondre à mes interrogations.Le soutien et les conseils de Mathilde COSTIL, allocataire de recherche à l’IFG, ainsi que deGuilhem MAROTE, me furent également précieux tant dans la rédaction de ces pages quedans la confection de mes cartes géopolitique disséminées dans cette recherche. Il va aussi desoi d’exprimer ma reconnaissance à mon entourage proche parfois mué en correcteurs, pourleur aide et leur soutien exprimé au cours de ces semaines de travail. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • IntroductionA lors que les élections législatives viennent de prendre fin ce 17 juin 2012, les acteurs politiques parisiens ont déjà les municipales de 2014 à l’esprit. Si elle devrait progressivement monter en intensité, la bataille pour la Mairie de Parisétait déjà prégnante dans les stratégies des élus écologistes et socialistes ces derniers mois.Galvanisé par un poids politique qu’il n’a jamais eu à l’échelle nationale, Europe EcologieLes Verts (EELV) a pour ambition de concrétiser la bonne dynamique enregistrée dans lacapitale au cours des précédents scrutins locaux. Concrètement, il s’agira pour eux d’ancrer laMairie de Paris à gauche tout en parvenant à inverser les rapports de forces de la majoritéplurielle, aujourd’hui sous la domination du Parti Socialiste et de Bertrand Delanoë.Discipline à l’intersection de la géographie, de l’histoire contemporaine et de la sciencepolitique, la géopolitique étudie les rivalités de pouvoirs sur un territoire, susceptible ded’aboutir à un conflit. Dans cette définition d’Yves Lacoste, il est entendu que le terme«rivalités de pouvoirs» peut recouvrir un large champ de relations : il peut aussi bien s’agird’affrontements que se livrent deux camps ennemis aux idéologies antagonistes, que de la 5concurrence exprimée entre deux forces partenaires aux intérêts divergents. Dans tous les cas,le territoire, qu’il s’agisse de celui d’un Etat ou d’une collectivité, doit être considéré commeun enjeu de pouvoir en tant que tel. Bien que les litiges locaux n’engagent ni armées ni neremettent en cause la souveraineté des peuples, les rivalités qui se déroulent dans desprocédures démocratiques (débats, élections, etc) n’en sont pas moins fortes que certainsconflits interétatiques. Dès lors que l’enjeu du conflit a été spatialisé et confronté aux rapportsde forces dans leur épaisseur historique mais aussi aux représentations de chaque acteur, cesjoutes locales deviennent éminemment géopolitiques.Dans la foulée des sénatoriales de septembre dernier où la droite parisienne s’est violemmentdivisée, les socialistes de la capitale ont vivement combattu l’implantation de l’écologisteCécile Duflot lors des législatives de juin 2012. Bien que moins intense et moins médiatique,de fortes tensions couvent également entre les deux principaux partis politiques formant lamajorité plurielle, qui domine et contrôle la Mairie de Paris depuis onze ans. Dès mai 2010,certains élus écologistes de la capitale clamaient leur intérêt pour le poste de Maire de Paris.Quelles divergences opposent le Parti Socialiste et EE-LV dans la gestion quotidienne de la Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • politique municipale de la capitale, au point de susciter de telles ambitions et de telles rivalitésplusieurs années avant le scrutin municipal ? Pourquoi sont-ils en conflit à Paris, alors queleurs relations semblent plutôt au beau fixe dans d’autres exécutifs locaux de province ou auConseil régional d’Ile-de-France, ainsi qu’au niveau national ?Si les trois forces politiques qui composent la majorité rose-verte-rouge de la capitale serejoignent dans l’objectif commun de faire battre la droite, ils n’en sont pas moins soumis àdes rapports de forces politiques internes : le Front de Gauche souhaiterait concurrencer legroupe écologiste, qui lui-même a pour ambition de dépasser son grand frère socialiste,aujourd’hui le plus haut dans la hiérarchie. Se comparant constamment entre eux, ils font descalculs, des hypothèses, opèrent des choix et appliquent des stratégies politiques pour arriver àleurs objectifs respectifs, qu’ils s’agissent de prendre le contrôle ou de conserver le fauteuil deMaire de Paris, d’augmenter leur poids politique en remportant davantage de postes électifs,de faire primer leurs idées sur celles des autres, de gagner en crédibilité pour s’inscriredurablement dans l’exercice du pouvoir, etc. Bien souvent, les rivalités personnelless’entremêlent aux rivalités partisanes. Dans un environnement comme Paris, dans un théâtregéopolitique comme celui de l’Hôtel de Ville, les rivalités personnelles sont même peut-être 6plus importantes encore que les divergences idéologiques.Réalisé à la suite d’un travail de recherche ponctué d’une enquête de terrain, ce mémoire apour objectif d’analyser les rivalités et les tensions rythmant les relations entre le PartiSocialiste et Europe Ecologie-Les Vert,s depuis 2001 jusqu’à aujourd’hui et la préparation duprochain scrutin municipal. Alternant entre l’échelle nationale et locale, cette recherchetentera de comprendre le lien entre leurs rivalités et le climat politique propre à la capitale. Enprenant également en compte les dynamiques de chaque partis, leurs stratégies politiques,leurs plans de communication ainsi que leurs capacités de mobilisation, nous tâcherons derépondre à cette problématique : la conquête géopolitique de l’Hôtel de Ville de Parisréinterroge t’elle le leadership du Parti Socialiste sur Europe Ecologie-Les Verts ? Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • I Elections législatives 2012, la pré-bataille de Paris A) La conquête de Paris sera politique ou ne sera pas 1) Les écologistes veulent entrer dans la cour des grands u’il est loin le temps où les écologistes manifestaient à vélo contre les autoroutesQ urbaines du Président Georges Pompidou ou tractaient dans les marchés accompagnés de joyeux orchestres. Dimanche 10 juin, ils étaient plutôt du genre àscruter dans le détail les résultats du premier tour des législatives, calculette à la main pourpréparer le bureau politique du lendemain. Le sourire aux lèvres. Les réactions dans lesmédias pleuvent. Alors que le MoDem s’est écroulé et que le Front de Gauche se tasse, lesécologistes font remarquer qu’eux progressent par rapport à leur triste performanceprésidentielle, qu’ils ne subissent plus «l’effet vote utile» et qu’ils retrouvent «leur électoratqui s’était porté sur Hollande le 22 avril dernier pour virer Sarkozy.» Après les 2,31%récoltés par Eva Joly, peu avaient «imaginé franchir la barre des 5%.» Pour couronner le 7tout, «leurs têtes d’affiches se portent bien1» : Noël Mamère est réélu à Bègles dès le premiertour avec 52% des voix, Cécile Duflot et François de Rugy n’ont pas été loin de l’imiter enrecueillant 48,7% à Paris et 47,3% à Nantes. Reprenant en cœur plusieurs éléments delangage, ils font une lecture très politique de ces résultats pourtant mitigés de premier tour,par le biais d’une langue de bois qu’ils n’ont longtemps pas su maîtriser.Car avant d’être politique dans les urnes, l’écologie a longtemps été revendicative sur leterrain : dans la France des 30 glorieuses, une poignée de citoyens - qu’ils soient défenseursde l’agriculture biologique, militants de la cause homosexuelle, féministes ou partisans de lanon-violence – rêvent de freiner la croissance pour donner naissance à une société alternative.Ils forment des groupes locaux, se réunissent, réfléchissent, manifestent, sensibilisent, sedivisent, se déforment : l’écologie est un mouvement citoyen désorganisé, hétéroclite. Avantde s’illustrer avec leurs amis altermondialistes dans l’occupation de terrain du Larzac ou lescombats ayant trait à l’installation d’une centrale nucléaire à Plogoff, les écologistes ontlongtemps été cloisonné en lisière de la société, à force de bousculer les certitudes d’unmonde en mutation.1 L’Express : Europe Ecologie a le sourire mais pas encore de groupe parlementaire, le 11 juin 2012 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Il faudra véritablement attendre 1974 et la candidature à l’élection présidentielle del’agronome René Dumont, pour que le mouvement écologiste se fasse entendre. La largemédiatisation du jeu politique dont ils bénéficièrent pour la première fois pendant cettecampagne provoqua même un débat interne à la mouvance écologiste : quelle est la méthodeoptimale à employer pour «changer le monde» ? Faut-il continuer à être un mouvementcitoyen influençant la société civile ou bien se structurer et faire son entrée dans le mondepolitique ? Tout en se démarquant des organisations traditionnelles, refusant d’intégrer lescodes du milieu politique, une partie des écologistes privilégia la deuxième solution etinventèrent des comités de campagne «biodégradables», disparaissant au lendemain de chaquescrutin. Déçus de l’alternance socialiste et des premières années d’un mitterrandisme bousculépar les crises, ils décident de s’inscrire comme une force politique durable : le parti des Vertsnaît au congrès de Clichy, en janvier 1984. Mais lorsque se posa quelques années plus tardl’épineuse question de la stratégie électorale à suivre, l’autonomie politique renvoyant dos-à-dos la droite et la gauche fût privilégiée à une stratégie d’alliances permettant de «modifier leschoses de l’intérieur». Le clivage était profond entre d’un côté les militants de gauche voired’extrême-gauche affirmés et revendiquant leur politisation à voix haute, et de l’autre ceux,pas forcément de droite, désireux de créer une troisième voie au-delà de l’opposition gauche / 8droite, entre marxisme et libéralisme. La division était d’autant plus dévastatrice pour lesVerts qu’elle était attisée… par une guerre des chefs, entre les quelques élus nationaux etrégionaux. Traduction dans les urnes : les écologistes réalisaient du yoyo électoral, selon lemode de scrutin, les enjeux de la campagne… et la profondeur de leurs divisions.Après un quart de siècle d’échecs électoraux où les écologistes ne parvinrent que trèsrarement à transformer en mandats leur relative popularité, les Verts changeaient doncradicalement de stratégie : le congrès de 1994 sacra Dominique Voynet et son idée decontourner les contraintes du scrutin majoritaire, par le biais d’alliances avec les partis degauche. Selon elle, c’était l’unique moyen de participer au pouvoir tant au niveau descollectivités locales que de l’Etat, et seule une entrée dans les exécutifs locaux et legouvernement pouvait permettre aux écologistes de confirmer aux scrutins nationaux sansproportionnelle (présidentielle, législatives) les «percées» réalisées lors des européennes etrégionales. Au milieu des années 90, l’amateur associatif devint alors un professionnel de lapolitique, les élections n’étaient plus un moyen d’influencer les autres partis mais une ported’entrée dans les exécutifs de gauche : les Verts ne voulaient plus seulement être unlaboratoire d’idées réfléchissant pour changer la vie mais être une force politique associée à la Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • gestion des politiques publiques. Trois ans après avoir acté leur participation à la gaucheplurielle de Lionel Jospin, ils obtenaient pour la première fois de leur jeune histoire sixdéputés et un poste ministériel.Mais l’efficacité de cette stratégie n’en resta pas moins toute relative : sans expériencepolitique et ne disposant d’aucune marge de manœuvre –«je me suis aperçu que lors desdécisions ministérielles, on n’arbitrait pas forcément sur la base d’arguments objectifs maisen fonction du poids des Ministres et des groupes politiques au Parlement, de l’émotion desfaits divers, de l’influence des lobbys, etc»2 – Dominique Voynet et les écologistesdéchantaient rapidement. Tout en perdant des électeurs, les divisions entre écologistess’accentuèrent. Le fait que les élus courent après les mandats – dans le but de crédibiliser lemouvement - n’empêchaient pas les militants, selon qu’ils soient libertaires ou pragmatiques,de continuer à débattre de façon véhémente sur la participation au pouvoir. Pour ne rienarranger, le choc du 21 avril 2002 éclipsa le score historique de Mamère –considéré commeun des responsables de l’élimination au premier tour de Lionel Jospin- et plombadéfinitivement leur stratégie de conquête électorale adossée aux succès socialistes, qui devaitthéoriquement les aider à évoluer. Faute de personnalités bénéficiant d’une notoriété nationale 9et disposant de fiefs électoraux, les écologistes réalisaient toujours des scores honorables lorsdes élections sur listes (municipales, régionales, européennes), mais continuaient à seridiculiser lors des scrutins uninominaux majoritaires (législatives, présidentielle). Alors queles thèmes environnementaux étaient au premier plan de la campagne présidentielle de 2007,Dominique Voynet réalisa même le plus mauvais résultat des Verts… depuis René Dumont !Les rêves que nourrissaient les écologistes de devenir la «majorité culturelle du 21ème siècle»ne semblaient alors plus être qu’un lointain espoir, alors que dans le même temps NicolasSarkozy écologisait son début de quinquennat3.A l’automne 2008, le constat est implacable : les écologistes ont le choix entre s’auto-décerner un satisfecit pour avoir eu «raison avant tout le monde» ou devenir crédible etprendre le pouvoir. Sous l’initiative de Daniel Cohn-Bendit, José Bové et Cécile Duflotémerge rapidement la nécessité de dépasser le parti des Verts, de se débarrasser de leur imagede vassal du Parti Socialiste pour s’affirmer comme une nouvelle force politique autonome, etainsi réapparaître positivement dans les radars médiatiques. Les adhérents des Verts mais2 Source : « La saga des écolos ».3 Il lança le Grenelle de l’Environnement le 6 juillet 2007, pour «refonder la politique de lécologie en France etinventer les conditions dune croissance nouvelle.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • aussi les acteurs associatifs ou syndicaux environnementalistes (Greenpeace, WWF, les Amisde la Terre, Fondation Nicolas Hulot) ainsi que les écolos-centristes, socialistes ou électeursd’extrême-gauche sont tous appelés à s’unir dans une structure provisoire, Europe Ecologie.Objectif initial de cette stratégie fédératrice ? Progresser dans les élections et acquérir uneprésence dans d’autres segments de la vie publique, comme le débat d’idées ou l’éducationpopulaire. Mais c’est encore et toujours au niveau électoral qu’ils se font remarquer. Lacréation d’Europe Ecologie est aussitôt couronnée d’un succès historique, lors des électionseuropéennes de 2009 : la nouvelle coalition, représentant des tendances assez diverses au seinde la galaxie écologiste, dépasse les prédictions les plus optimistes en recueillant 16,3% dessuffrages exprimés, frôlant le résultat du Parti Socialiste. Le scénario se répète quelques moisplus tard – sans être au coude à coude avec le PS cette fois-ci – lorsque les écologistes, malgréleurs faibles audiences dans les communes périurbaines, présentent aux élections régionales2010 des listes autonomes sur l’ensemble du territoire. Réalisant en moyenne 12,2% avec desperformances inédites en Rhône-Alpes, en Ile-de-France et en Alsace, Europe Ecologieconfirme la viabilité de cette alliance politique entre écologistes et environnementalistes. Unedynamique qui mérite toutefois d’être nuancée : ces deux scrutins élisent des assembléespolitiques dont les compétences collent aux thèmes de campagne écologistes, et dont le mode 10d’élection à la proportionnelle prend mieux en compte les petits partis dont Europe Ecologiefait partie.Le nouveau parti de l’écologie politique, copié-collé de ses deux derniers noms, naîtformellement à l’automne 2010 dans le but de peser véritablement dans l’exercice du pouvoir,et non plus seulement d’y participer pour moderniser le marketing électoral du PS. La créationd’Europe Ecologie-Les Verts est la stratégie des écologistes pour professionnaliser l’écologiepolitique dont l’histoire a pour l’heure été marquée par des hauts et des bas continus. Plus queréaliser des scores honorables et être représentés symboliquement, le nouveau parti écologisteaurait vocation à obtenir davantage de mandats pour agir et inventer les prémisses de lasociété de demain. En quête d’indépendance mais surtout d’influence, les écologistes nepeuvent pour autant exclure de leur stratégie les accords politiques de second tour, qui leurpermettent de négocier des contrats de majorités. Dès 2011 et au terme d’un premierrapprochement avec Solférino, ils investissent le Sénat en passant de 4 à 12 élus4 mais surtout,ils y fondent leur premier groupe parlementaire et disposent d’une influence inégalée4 10 élus le 25 septembre 2011, puis 12 avec la nomination du gouvernement de François Hollande. De même,16 eurodéputés écologistes siègent désormais au Parlement européen au lieu de 14 élus en 2009. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • puisqu’ils font la bascule dans une majorité de gauche étriquée (177 sénateurs de gauchecontre 171 de droite).Pragmatiques depuis leur renouveau et leur entrée de plain-pied dans la real-politik, lesécologistes s’attaquent dès l’automne 2011 à la séquence tant redoutée des électionsprésidentielle et législatives… encore avec l’aide du Parti Socialiste. La réalité institutionnellede la 5ème République et les contraintes du scrutin uninominal à deux tours, contraindraitEurope Ecologie-Les Verts à passer par cet exercice difficile : «C’est compliqué de faire desalliances avec le PS. Oui, on est une troisième voie ; oui, on est capable de passer desaccords ; mais non, ce n’est pas automatique. Nous revendiquons à la fois l’autonomie denotre projet politique différent, et la possibilité de passer des accords» tente de justifierCécile Duflot dans le livre d’Erwann Lecoeur5. Objectif : proposer à leur partenaire unprogramme de transition écologique et être l’initiateur d’une future majorité qui sestructurerait autour de réformes radicales et structurelles. Sans illusions sur une «vieillegauche productiviste et néo-libérale», les écologistes qui redoutent toujours autant d’«être lepoil à gratter de la social-démocratie»6 refusent de se vendre aussi facilement qu’en 19977 etentament d’égal à égal la négociation d’un accord électoral et programmatique, censé leurpermettre d’acquérir à terme leur indépendance politique. Réclamant une centaine de 11circonscriptions dont la moitié de gagnables pour peser à l’Assemblée nationale et se garantirune visibilité politique au cours de la prochaine mandature, ils obtinrent finalement 63circonscriptions dont 25 à 30 gagnables. De quoi assurer une représentation proportionnelle àleur poids politique et ainsi leur faire espérer la création d’un second groupe parlementaireindépendant, à l’Assemblée nationale cette fois-ci. Les deux formations publient en parallèleun document de trente pages où ils actent 80% d’idées communes dont un retrait militaired’Afghanistan, un contrôle public des banques, l’harmonisation de la taxation des revenus ducapital et de ceux du travail, une réduction de la part de l’énergie nucléaire dans la productiond’électricité française et la non-prolongation de 24 centrales nucléaires en fin de vie, etc. Uneclause de revoyure est signée en ce qui concerne des sujets plus polémiques, comme l’arrêt dela construction de l’EPR de Flamanville ou le moratoire sur l’arrêt de la construction del’aéroport Notre-Dame-des-Landes, où les représentations opposées de chacun étaient5 « Des Écologistes en politique », 2011.6 Tribune publiée le 18 août 2010 dans Le Monde « Yes we can »par Patrick Farbiaz et Pascal Durand7 «En 1997, nous avons été achetés pour pas cher» avouera Jean-Luc Benhamias, à l’époque secrétaire nationaldes Verts, dans Le Monde du 30 septembre 1998. Noël Mamère estimera pour sa part que Lionel Jospin a donnéaux Verts des «hochets pour amuser la galerie.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • susceptibles de faire sombrer leur partenariat. C’est sans nul doute l’accord le plus aboutijamais signé entre les deux partis notamment «grâce au talent des négociateurs d’EuropeEcologie-Les Verts.8» Après une séquence électorale plus que difficile symbolisée par les2,31% d’Eva Joly, les écologistes se rassurent en obtenant 17 députés mais sans empêcher leParti Socialiste d’avoir la majorité absolue à lui tout seul.Tantôt autonomes et capables de concurrencer le PS pour la place de première force politiquede gauche, tantôt réduits à subir l’hégémonie de leur partenaire voire même à observer leurplace d’alternative à la social-démocratie raflée par les communistes (dernièrement, le Frontde Gauche à la présidentielle), les écologistes courent comme toujours après la régularitéélectorale. Mais contrairement à l’après-2007, ils croient de nouveau en l’objectif detransformer une opinion sensibilisée en réussites électorales en attendant la réformeinstitutionnelle instaurant de la proportionnelle aux scrutins majoritaires nationaux que leur apromise François Hollande. De fait, EE-LV est persuadé d’avoir devant lui un espacepolitique à conquérir, tout en étant conscient qu’il est tout autant susceptible de disparaître.«Soit le Parti Socialiste est capable d’intégrer les ambitions et les orientations proposées parl’écologie politique, ou bien il n’en est pas capable, et c’est les écologistes qui dépasseront,un jour ou l’autre, les socialistes» estime Dominique Voynet, dans le documentaire La Saga 12des écolos. Selon Jean-Marie Bouguen, collaborateur parlementaire de Jean-Vincent Placé,«nous sommes au troisième âge de l’écologie politique» : après la naissance des Verts puisl’accès au pouvoir, Europe Ecologie-Les Verts achève «la mutation des écologistes vers unparti classique et doit aujourd’hui s’inscrire de façon décomplexée en situation deresponsabilité, afin d‘agir au maximum sur les politiques publiques». Cette entreprise denormalisation qui doit voir les élus EE-LV se banaliser dans l’exercice du pouvoir est enbonne voie, mais son avenir ne peut être préjugé à l’heure où ces lignes sont écrites. Alors queLes Verts, au fonctionnement trop brouillon pour arriver à leur objectif, n’étaient jamaisparvenus à se métamorphoser en vingt ans d’existence, Europe Ecologie-Les Verts doit veillerà ne pas retomber dans leurs travers passés, sous peine de dilapider le capital-sympathieaccumulé depuis les européennes 2009. La stratégie politique professionnalisante desdirigeants doit s’accompagner d’une rigueur interne visant à trouver le bon équilibre entreVerts historiques et nouveaux venus d’Europe Ecologie, apparatchiks et militants d’ONG ; lesectarisme des premiers ne devant pas cannibaliser l’utopisme des seconds.8 Pascal Durand sur Public Sénat, le 6 juin 2012. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • 2) Une nouvelle dynamique qu’ils cherchent à appliquer à la capitale omme l’écologie politique à ses débuts ou les Verts en leur temps, EuropeC Ecologie-Les Verts est un parti résolument urbain : ils réalisent leurs meilleurs résultats dans les territoires les plus dynamiques économiquementdémographiquement (Ile-de-France, Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées, Alsace), dans les grandes etvilles où se produisent des changements à la fois culturels et sociologiques. «Pourquoipensez-vous que Dominique Voynet, conseillère régionale de Franche-Comté puis Députée duJura ait décidé d’aller se faire élire Maire à Montreuil ? Chez les Verts, les figures, commeles programmes, se recentrent automatiquement vers les villes, terreau de l’écologiepolitique» explique Jean-René Bourge, chercheur en science politique à Paris VIII. De par lasensibilisation de l’électorat des grandes villes à l’écologie politique, les résultats électorauxde Lille, Bordeaux, Lyon mais aussi Paris sont étroitement analysés par l’état-majorécologiste. Europe Ecologie-Les Verts, qui ne gère aujourd’hui que 57 municipalités, dont 13seule la ville de Montreuil dépasse les 100.000 habitants, souhaite consolider ses basesacquises et conquérir de nouvelles grandes villes… dont Paris serait le symbole le plusprestigieux.Si le succès des européennes 2009 n’a pas permis d’arriver devant le Parti Socialiste àl’échelle nationale (16,28% contre 16,46% au PS), il n’a pas échappé aux écologistes que leurliste autonome était arrivée largement devant celle de leur partenaire-adversaire socialiste…dans la capitale : Daniel Cohn-Bendit y réalise 27,46% quand Harlem Désir ne parvient àrallier que 14,69% des suffrages derrière lui. L’année suivante aux régionales, la liste deCécile Duflot avait limité les dégâts face à celle d’Anne Hidalgo. De quoi faire naître l’idéeque Paris et sa région pourrait être le potentiel lieu du dépassement de la social-démocratiepar l’écologie politique. «Dire qu’ils y pensent n’est pas un euphémisme : étant donné que lenational ne lui réussit pas, EE-LV compte d’abord doubler le PS sur le plan local avant detirer des plans de dépassement politique. A ce titre, ils surveillent attentivement les grandesvilles comme Paris, Lyon ou Grenoble où ils savent que leurs élus sont costauds et que lesélecteurs répondent généralement présents. Dans ces villes, le PS n’est pas rassuré: les nidsécologistes qui pourraient éclore au niveau local risquent de s’étendre et de toucher un jour Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • ou l’autre les oiseaux du PS» analyse Rosalie Lucas, journaliste qui couvre le Parti Socialisteet Europe Ecologie-Les Verts pour le compte du Parisien. 14 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Depuis trois ans, la victoire d’écologistes sur les socialistes lors de scrutins locaux n’est plusseulement une ambition farfelue inventée dans les cerveaux verts. «Nous avons prisconscience que si nous arrivons à être plus sérieux et à la jouer intelligemment etcollectivement, nous pourrions peut-être concrétiser cette ambition» décrypte AdrienSaumier, un militant parisien. Autant dire que la présidentielle et les législatives – scrutinsnationaux qui ne réussissent traditionnellement pas aux écologistes – les intéressaientlocalement dans une logique de préparation du prochain scrutin municipal.«Les centres-villes sont une de nos meilleures bases, donc l’objectif de conquérir Paris en2014 est bien réel. Depuis des années, nous avons de plus en plus d’élus, la prochaine étapeconsiste à prendre le pouvoir ausein de l’exécutif local» raisonneYves Contassot, le porte-drapeaudes Verts lors des électionsmunicipales dans la capitale en2001. Particularité de cette nouvelle 15stratégie insufflée par EuropeEcologie-Les Verts : les écologistesn’hésitent plus à crier haut et fortleur ambition.Lors des premières électionsmunicipales organisées depuis un siècle dans la capitale, en 1977, Brice Lalonde avait déjàobtenu 10,1% des suffrages. Et depuis, la configuration politique n’a cessé de changer : lasociologie de l’électorat parisien a évolué, les quelques citoyens de gauche qui votaient pourdes raisons essentiellement sociales ont été remplacés par un vivier d’électeurs de la «gauchesociétale». «La forte concentration de classes moyennes et supérieures déjà sensibilisée àl’écologie politique, qui dispose des ressources intellectuelles comme le montre son fortniveau de diplôme, est typiquement un électorat auquel notre discours peut plaire» reconnaîtClaire Marynower, une cadre locale d’EE-LV-Paris. Au-delà de la structure même de lapopulation, les écologistes ont également été associés à la gestion de la ville depuis 2001 etl’accession au pouvoir de Bertrand Delanoë. Etre la pierre angulaire de la future majoritéparisienne en 2014, une de leurs bases militantes et électorales les plus importantes, est dansleur esprit une étape rationnelle et logique de leur évolution. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Mais contrairement aux élussocialistes bien implantés localement Cécile Duflot, apparatchik carriériste ouet disposant pour certains d’une aura plébéienne désintéressée ?nationale, le casting des écologistes Qui est réellement Cécile Duflot ? Si elle est loin de correspondre àparisiens manquait jusqu’ici de l’image de la «jeune femme arrivée par hasard en politique» qu’ellepersonnalités susceptibles d’incarner cherche à donner; la présenter comme une horrible cumularde revientle rôle de Maire de Paris. Leurs bons à sauter bien des étapes de son parcours. Fille d’une professeure etrésultats jusqu’ici étaient liés aux d’un cheminot du Val-de-Marne, Cécile Duflot intègre - après avoircaractéristiques de l’électorat suivi un DEA de géographie à l’université Paris VII- l’ESSEC, uneparisien plutôt qu’au profil de ses prestigieuse école de commerce parisienne. Diplômée en 2000, ellereprésentants locaux, peu reconnus. prend le contrepied du parcours-type de sa promotion en intégrant unConscients qu’un bon score en 2014 groupe immobilier spécialisé dans le logement social. Un an plusne sera possible que si le vote pour tard, elle s’engage chez les Verts qui participent alors auEE-LV induise plus qu’un simple gouvernement, mais pour «agir au niveau communal» à Villeneuve- Saint-Georges, dans sa proche banlieue parisienne. Du moins, tel étaitvote de témoignage, les écologistes l’objectif initial.ont profité des élections législatives En janvier 2003, elle est élue au Collège exécutif des Verts, où ellepour donner davantage de poids à est chargée de la réforme interne. Aux premières loges de l’échec de 16Denis Baupin, ainsi que pour la participation gouvernementale et de la gauche plurielle, mais aussiimplanter la secrétaire nationale, des divisions intrinsèques aux Verts, elle entame une ascensionCécile Duflot, à l’est de la capitale. fulgurante, digne d’une apparatchik passée par les pépinières deUne stratégie qui pourrait s’avérer partis –type MJS ou Unef. Désignée porte-parole du courant le plus àêtre la bonne, selon Marie-France gauche du parti, qui deviendra majoritaire au sein des Verts en 2005,Gairaud, journaliste du Parisien : «la Cécile Duflot s’impose rapidement comme une figurecandidature d’une personnalité incontournable : en multipliant les choix politiquement judicieux, elled’envergure nationale sur Paris est comble son «retard». A 31 ans, elle prétend déjà à l’investiture pour l’élection présidentielle de 2007, ne recueillant qu’un peu plus deune bonne chose pour EE-LV : ils 23% des suffrages… mais gagnant considérablement en notoriété.pourraient davantage marquer le Consécration au congrès national de décembre 2006, où elle devientcoup qu’avec des élus parisiens» la plus jeune secrétaire nationale des Verts ! La tâche qui lui incombemédiatiquement inexistants. «Pour n’est pas une mince affaire : (suite)2014, il nous faut une candidateemblématique, avec une visibilité et des espoirs à l’écologie politique. A partir de ce moment, fortenotoriété : la candidature dune Cécile Duflot s’emploiera à des réformes internes en cherchant àmembre du gouvernement contre rassembler l’ensemble de la mouvance écologiste, qu’elle soitune liste socialiste nest pas à exclure» explique Denis Baupin. au niveau de la société an lors de les investie politiquement ou Evoquée depuis un civile, avec milieux associatifs. «Le parti était électoralement, humainement et financièrement en difficulté, mon rôle a été de remettre le train – qui Hugo SOUTRA - Institut Françaisun tête à queue - sur les Juinpour le cas où le contexte avait fait de Géopolitique - rails 2012 nous serait à nouveau favorable.»
    • Cécile Duflot, apparatchik carriériste ou plébéienne désintéressée ?(suite) alors que Dominique Voynet vient d’enregistrer le plus mauvais résultat des écologistes (1,57%) à la présidentielledepuis la candidature de René Dumont en 1974, elle doit redonner de la visibilité et des espoirs à l’écologie politique. A partirde ce moment, Cécile Duflot s’emploiera à des réformes internes en cherchant à rassembler l’ensemble de la mouvanceécologiste, qu’elle soit investie politiquement ou au niveau de la société civile, avec les milieux associatifs. «Le parti étaitélectoralement, humainement et financièrement en difficulté, mon rôle a été de remettre le train – qui avait fait un tête àqueue - sur les rails pour le cas où le contexte nous serait à nouveau favorable.»Elle semble donner satisfaction puisqu’elle est reconduite pour un second mandat en décembre 2008. Refusant d’êtrecandidate au scrutin européen malgré la proposition d’une place éligible, Cécile Duflot remporte toutefois sa premièrebataille : les listes Europe Ecologie, portées par des candidats aussi différents que le «faucheur d’OGM» José Bové ou le«leader de Mai 68» Daniel Cohn-Bendit, réalisent 16,28% en juin 2009 –six points au-dessus de leur précédent record de1989- et obtiennent 14 députés européens ! Du jamais vu. Face au succès de cette stratégie d’union et d’autonomie, elle selance à son tour comme tête de liste aux élections régionales en Ile-de-France, accompagnée de l’ancien directeur de la Caissedes Dépôts Robert Lion, du co-fondateur des Enfants de Don Quichotte Augustin Legrand ou encore de la présidente d’Act-Up Emmanuelle Cosse.Suite au succès collectif des européennes, «il y avait le besoin de personnaliser le moment pour grimper une nouvellemarche. Et j’étais la bonne personne pour le faire puisque j’avais l’atout d’avoir un certain altruisme politique, de ne pas 17être cataloguée comme celle qui avait utilisé les Verts pour sa gloire personnelle.» La patronne des Verts, qui expliquera peuaprès avoir été lassée de «passer la serpillère», se révèle alors dans le paysage politico-médiatique, en assurant la majeurepartie des apparitions médiatiques d’une campagne à enjeux locaux. La liste qu’elle conduit dans la région-capitale recueille16,58% des suffrages (plus que la moyenne nationale) et lui donne le droit d’aller négocier doublement à Solférino durantl’entre-deux tours : d’abord l’accord global avec le PS de Martine Aubry en sa qualité de secrétaire nationale puis ensuite sonralliement francilien à Jean-Paul Huchon, en l’échange d’un groupe écologiste (qu’elle présidera par la suite) passant de 28 à50 élus.Plus d’un an plus tard, elle décroche un troisième et dernier mandat en interne avec 50% des voix, «véritable sacre» illustrantà merveille son «sans-faute» en interne, selon ses proches. Un sans-faute qui n’empêche pas le paradoxe Duflot d’apparaîtreau grand jour : estimant que les éléments les plus forts de l’histoire de l’écologie politique ont déjà été écrits et qu’elle est «del’âge de ceux qui ont à faire» et à agir, Cécile Duflot ne concrétise pas elle-même ses belles paroles. Auréolé du plusimportant poids politique que n’a jamais eu un leader écologiste, le côté calculateur de la secrétaire nationale transparaîtlorsqu’elle refuse de se lancer dans la difficile course à la présidentielle en 2012 puis une place indécise sur la liste sénatorialedu Val-de-Marne. Elle officialise le jour de ses 5 ans à la tête du mouvement écologiste, le 16 novembre 2011, sa candidatureaux élections législatives à Paris. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • réunions informelles, la candidature de Cécile Duflot aux élections municipales n’a cependanttoujours pas été confirmée par la principale intéressée : si elle reconnaissait à l’automnedernier sur le journal de France 2 que cela faisait «partie des choses possibles», elle a depuisajouté que ce n’était pas encore d’actualité... L’arrivée de la très médiatisée Cécile Duflotdans la 6ème circonscription de Paris démontre la volonté du parti de se donner les moyens deson ambition municipale. Depuis les débuts de l’écologie politique française, l’histoire verteétait teintée d’un amateurisme revendiqué, marquée par le refus du vedettariat.Automatiquement, toute stratégie d’un individu ressemblant à une marque d’ambitionpersonnelle s’exposait à de vives critiques, dans un parti où la base militante a une fortepropension à «couper les têtes» et à considérer cela comme une forme de notabilisation «à lamode radical-socialiste, voire socialiste tout court…»9 L’ancienne présidente de FranceNature Environnement et aujourd’hui députée européenne Sandrine Bélier confirme àSlate.fr10 que «nous avons une logique de partage du pouvoir qui peut conduire à uneméfiance envers nos leaders, mais cette culture change en ce moment» avec Europe Ecologie-Les Verts, où les têtes d’affiches sont de mieux en mieux acceptées.Autre point de satisfaction pour la direction nationale, l’arrivée de Cécile Duflot ne semblepas avoir froissé les élus écologistes parisiens : au fil des élections, ils semblent avoir pris 18conscience de leurs carences naturelles – dont l’absence de leadership - pour progresser ausein de la capitale, au point de réclamer presqu’unanimement l’implantation de la secrétairenationale. Mieux, certaines voix laissent espérer qu’une candidature consensuelle de Duflotaux municipales en 2014 pourrait mettre un terme à leurs historiques querelles internes… «Ily a eu des animosités très fortes chez les Verts à Paris. Le débat sur la participation aupouvoir, sur lequel s’entremêlaient les amitiés et inimitiés personnelles, ont provoqué desdégâts internes considérables au cours de la première mandature. En 2002, nous nousinsultions entre nous» révèle l’actuel patron d’EE-LV Paris, Hervé Morel.«Dès notre arrivée au pouvoir, les batailles d’appareils et de personnes ont remplacé lesbatailles d’idées : les «leaders» voulaient que tous les écologistes parisiens s’impliquent dansleur conflit privé et fassent allégeance à l’un ou l’autre» explique Anne Le Strat, ex-Conseillère de Paris verte, siégeant désormais en apparenté au groupe PS. Tout au long de lapremière mandature de Bertrand Delanoë (2001-2008), les Adjoints au Maire Yves Contassot,9 Blog de Pierre Minnaert, propos d’un militant de base. Article : « Législatives : candidature du mouvement ounotabilisation ? »10 « Pourquoi les écologistes n’ont pas la main verte avec la présidentielle », 13 février 2012 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • opposé nationalement à la participation gouvernementale, et Denis Baupin, ancien conseillerministériel de Dominique Voynet, se livrèrent une bataille feutrée en vue de l’investiture pourles municipales 2008. Depuis, les crispations semblent moindres. «Notre groupe n’a pasconnu de départs, de conflits de personnes ni de divergences de vote depuis quatre ans.Mieux, il a enregistré l’arrivée de deux anciens PS11» se félicite le co-président d’EE-LV auConseil de Paris, Sylvain Garel. Au contraire, explique un ancien Conseiller de Paris Vert,«les échos que j’ai m’indiquent que la seconde mandature est pire que la première : le groupen’aurait plus d’existence en tant que tel, chacun pousserait les projets de son arrondissementdans son coin.» A défaut de connaître la véritable ambiance régnant actuellement au sein dugroupe écologiste, j’ai interrogé Hervé Morel pour savoir si les rivalités couvant à propos del’investiture législative dans l’autre circonscription accordée par le PS12 aurait pu fairerenaître cette haine déchirant les écologistes parisiens : «Joker !», lance-t-il avant de sereprendre, «tout le monde voit bien que cette investiture aurait pu rallumer la flamme quinous a ravagé il n’y a pas si longtemps, mais franchement, cela aurait fait un peuréchauffé…»En dépit de l’image de maturité que les écologistes parisiens cherchent à afficher depuis 19quelques années, ils n’ont pas été loin de retomber dans leurs turpitudes passées sous l’appelde nouveaux enjeux de pouvoirs et de postes. Pour choisir son candidat aux législatives dansla seconde circonscription réservée selon l’accord avec le PS, Europe Ecologie-Les Verts a eul’embarras du choix, avec pas moins de neuf candidatures présentées : « Il y a tellement deprétendants à latterrissage dans la 10e circonscription de Paris quil faudra bientôt une tourde contrôle » samusait René Dutrey, candidat sur cette circonscription en 2007. Au-delà deplusieurs personnalités parisiennes – les Adjoints au Maire Denis Baupin et VéroniqueDubarry, mais aussi Yves Contassot désormais élu dans le 13ème arrondissement – quelquescadres du parti avaient également déposé leurs candidatures, en l’occurrence la trésorière EvaSas et le porte-parole Pascal Durand. Car si le candidat écologiste aux dernières municipalesDenis Baupin a finalement été élu député en juin 2012, sa désignation interne ne s’est pasfaite sans remous en décembre 2011. Cécile Duflot ayant fait main basse sur «sa» 6 èmecirconscription et le 20ème arrondissement où il est élu depuis 1995, l’Adjoint de BertrandDelanoë prévoyait initialement de se présenter dans une circonscription de sa ville d’origine,11 Il s’agit des élus du 20ème arrondissement, Michel Charzat et Katia Lopez12 Dans le cadre de l’accord, le PS soutient également le candidat écologiste dans la 10 ème circonscription deParis Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Caen. Problème : celle-ci n’a pas été intégrée à l’accord PS/EE-LV rendant ses chances d’êtreélu inexistantes. Il s’est finalement rabattu sur les désignations internes en Essonne, àGrenoble, à Saint-Brieuc… et dans la 10ème circonscription de Paris ! «C’est vrai que cela m’aun peu mis en difficulté» avouera-t-il peu après au Parisien13. «Son investiture ne l’honoraitpas, je n’aurais jamais déposé une candidature interne là où Denis est élu, dans la 6èmecirconscription… Les plans de carrières personnels doivent être mis de côté quand ils peuventavoir une incidence sur l’ambition du parti. Les apparatchiks l’ont fait gagner en internemais il n’a plus que les militants du PS pour faire sa campagne» enrage en privé le local del’étape Yves Contassot. Preuve de leur professionnalisation, ce dernier eut toutefois la sagessede ne pas tenir de tels propos sur la place publique.L’autre évolution remarquable de la stratégie parisienne d’EE-LV est d’avoir fait desprochaines municipales un enjeu moins en termes de performances électorales qu’en terme demultiplication de postes à responsabilité. L’objectif est d’imiter l’UMP et le PS, quasi-assurésde parvenir à la tête d’exécutifs locaux puisque contrôlant la majorité des postes électifs – desmaires aux parlementaires en passant par les conseillers généraux (ou de Paris) et lesconseillers régionaux – et ayant su nouer un système d’alliances les inscrivant comme le parti 20dominant de leurs camps respectifs. Pour s’inscrire durablement et peser dans la vie politiqueparisienne, le parti écologiste doit posséder davantage de fiefs électoraux14, avec des élusconfirmés et réélus possédant un solide réseau local15, à l’exemple de Jacques Boutault dansle second arrondissement de la capitale. La Mairie remportée en 2008 par Dominique Voynetà Montreuil, les bons scores d’EE-LV enregistrés dans les 2, 3, 10, 11, 18, 19 et 20èmearrondissements lors des européennes et régionales suivantes, en écho à la circonscription surlaquelle s’est faite triomphalement élire Cécile Duflot en juin 2012 sont autant de raisons quipeuvent laisser espérer aux écologistes de construire un «fief» dans le nord-est parisien. Ilsemble y avoir là une assise électorale, un potentiel qui reste toutefois à consolider pour enfaire à terme une situation «acquise».13 « Les écologistes se déchirent à Paris », Le Parisien, 15 décembre 2011.14 Refusant d’entrer dans le jeu des partis politiques puis engluée dans des coalitions avec le PS, les écologistesn’ont jamais pris le temps de constituer des fiefs électoraux, des zones de forces où s’accumulent municipalités,cantons, circonscriptions avec différentes échelles d’élus locaux, des forces militantes ou encore des relaissyndicaux et associatifs.15 Bien que cela ne soit pas le cas de Jacques Boutault, un mandat de parlementaire a son utilité dans laconstruction d’un fief politique. Ne serait-ce que grâce à sa réserve parlementaire, évaluée annuellement de150.000 à 200.000 euros par députés. Ils peuvent ainsi financer des projets dans leur circonscription, ou encoredistribuer des subventions aux associations… Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Pour Marie-Anne Gairaud, qui traite la vie politique parisienne au Parisien, «les écologistesauront tout de même du mal à faire du 20ème arrondissement leur fief parisien : il y a denombreux logements sociaux autour des boulevards des maréchaux, et la population est pluspréoccupée par les questions sociales qu’environnementales.» Même son de cloche chezJean-Marc Pasquet, conseiller régional EE-LV d’Ile-de-France et ancien patron des VertsParis : «Notre discours est très «centre de Paris» à parler de démocratie locale plus que delogement ou de petite enfance, et peut paraître en décalage dans un quartier où il y a 10%d’illettrisme, le double du chômage et de nombreux bénéficiaires du RSA…» Tout l’enjeu àterme pour le parti écologiste est de parvenir à démontrer que leurs combats contre lapollution ou encore le bruit pénalisent en premier lieu les catégories les plus populaires.«Notre positionnement «bobo» peut nous faire passer à côté d’un score à deux chiffres sinous ne nous adressons pas en parallèle aux plus faibles : nous avons le devoir de nousintéresser autant au cadre célibataire qu’aux familles nombreuses. Il faut trouver des pontsentre les attentes écologistes d’une population qui n’a plus de besoins matériels et les attentessociales d’un électorat bien plus fragile» continue ce cadre local. Car si les cadres moyens etsupérieurs représentent plus de la moitié de la population dans les 11ème et 20ème 21arrondissements depuis les nombreuses opérations d’urbanisme16 touchant l’Est de la capitale,la gentryfication ne s’est faite qu’à la marge dans certains micro-quartiers tels que les Hautsde Belleville ou Léon Frot. Une population socialement défavorisée est parvenue à s’ymaintenir dans des cités de logements sociaux, où les préoccupations sociales sont très forteset où le vote écologiste est lui, très faible. S’ils veulent un jour devenir dominateur dans l’Estparisien, les écologistes doivent parvenir à «transcender les classes sociales», à discourir parexemple autant sur la généralisation du bio dans les cantines municipales – où ils marquerontdes points parmi leur électorat aisé – que sur les problèmes d’obésité qui touchentmassivement les enfants des classes populaires.Une telle stratégie couplée à des scores historiques et une ambition inédite de la part desécologistes parisiens, aujourd’hui minoritaires dans l’exécutif de Bertrand Delanoë, n’a pasmanqué de faire réagir les socialistes de la capitale. Avant même la conclusion de l’accordentre Europe Ecologie-Les Verts et le Parti Socialiste, ils se sont employés à minimiser lesdégâts pour que «Paris ne soit pas sacrifié». Par exemple, en transmettant une position pour16 Les opérations d’urbanisme dans ces quartiers (réhabilitations, rénovations, reconstructions) ont débuté dansles années 1980. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • le moins malhonnête intellectuellement aux négociateurs de Solférino - «la fédération deParis est favorable à un accord électoral cédant aux écologistes parisiens deuxcirconscriptions gagnables, mais refuse toute candidature commune là où un Député PSsortant souhaite se représenter.» Alors que les onze parlementaires socialistes de la capitalesouhaitaient initialement briguer un nouveau mandat, seule une17 des douze circonscriptionsgagnables était théoriquement «libre» pour un candidat EE-LV… Il faut reconnaître quelorsque la fédération de Paris a transmis ce «mandat-piège» à la direction nationale du PS, desrumeurs de plus en plus insistantes faisaient état de l’implantation de Cécile Duflot dans lacapitale. Le patron de la fédération PS de Paris Rémi Féraud – qui a fait allégeance au Mairede Paris Bertrand Delanoë – menace alors son propre parti de présenter des dissidents partout«là où la secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts se présenterait.» En parallèle, ilintoxique les médias : «Cécile Duflot à Paris, c’est du bluff… Son parachutage ne fait paspartie d’un accord envisageable entre le PS et EE-LV»18. Sous couvert de «off», un proche duMaire de Paris va même plus loin: « Jamais on ne se laissera flinguer de lintérieur. Noussommes prêts à faire exploser laccord au niveau national ! »19. 2217 Il s’agit de la 11ème circonscription, qui plus est fragilisée par le redécoupage électoral.18 Sur France Bleu Ile de France, 8 novembre 2011.19 Source : Rue 89, «A Paris, Duflot attendue avec un bazooka par le PS » le 10 novembre 2011 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Dans les jours précédant lasignature de l’accord, Anne Le parachutage, une pratique ancestrale à ParisHidalgo, la première adjointe S’ils peuvent être légitimes lors de scrutins locaux, les débats sur leet candidate à la succession parachutage ont-t-il leur place lors d’élections nationales telles que lesde Delanoë en 2014, ne dit législatives ? La députation, contrairement aux cantonales ou auxpas autre chose : selon Le municipales où il est nécessaire d’être inscrit sur les listes électorales et deParisien, elle envoie à ses payer des impôts depuis au moins cinq ans sur le territoire convoité, nesoutiens des SMS du type «Il requiert aucune obligation de domicile. Pourquoi ? Parce que commefaut tenir bon. Pas de l’explique la Constitution de 1791, les députés «ne sont pas représentantsparachutage, sinon pas d’un département en particulier, mais de la Nation entière.» Ne représentantd’accord possible. Si pas pas les habitants d’une circonscription mais l’ensemble des Français, lad’accord, c’est pas la géographie ne devrait avoir en théorie que peu d’importance dans le scrutincata !»20. Le contenu de la législatif. Auparavant, le rattachement à une circonscription n’était considérénégociation entre les deux que comme une modalité du mode de scrutin : des hommes politiques d’envergure nationale comme Georges Clémenceau se parachutaient ainsiformations – accordant à Paris dans plusieurs circonscriptions à la fois, pour s’assurer une chance d’être élu.la 6ème et la 10ème, deux Battu aux élections législatives de la Seine en 1928, Léon Blum s’est lui, faitcirconscriptions jugées élire à l’Assemblée nationale un an plus tard, lors d’un scrutin partiel… à 23comme excellentes et Narbonne. La fidélité électorale des citoyens locaux était ensuitepermettant l’implantation de récompensée par la mise à disposition du réseau et de l’entregent de cesCécile Duflot – est dévoilé au pontes : une fois élu Président de la République en 1981, le charentais-bureau national du Parti landais François Mitterrand n’oublia pas, loin de la, le département de laSocialiste, le 15 novembre au Nièvre où il a été élu Député pendant près de 35 ans. «Qu’on le veuille ousoir. non, les parachutages ont toujours existé en politique. J’ai le regret de vous annoncer que François Mitterrand n’est pas né dans la Nièvre. Et à ce que je sache, l’arrivée de Royal à La Rochelle, c’est ça la politique autrement ? Et puis, est-ce qu’un parachuté fera moins bien la loi qu’un non-parachuté ? Est-ce qu’il aura moins d’empathie avec le territoire dans lequel il est élu… au suffrage universel ?» fait remarquer malicieusement une sénatrice PS rencontrée à l’automne dernier. Reste que depuis une trentaine d’années, le parachutage est connoté négativement, (suite) décentralisation de la vie politique a peu à peu inscrit l’ancrage local comme une condition sine qua non pour être élu député. Soucieux de disposer de fiefs leur assurant d’être élus et réélus, certains barons locaux ont accrédité20 l’idée qu’un député devait, à travers les lois votées «dans l’intérêt de la Le Parisien, « A Paris, Aubry lâche Delanoë », le 17 novembre 2011. Nation», défendre des projets locaux comme n’importe quel élu de terrain (sic). Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Le parachutage, une pratique ancestrale à Paris(suite) le parachutage est connoté négativement, associé à de basses manœuvres parisiennes. La décentralisation de lavie politique a peu à peu inscrit l’ancrage local comme une condition sine qua non pour être élu député. Soucieux dedisposer de fiefs leur assurant d’être élus et réélus, certains barons locaux ont accrédité l’idée qu’un député devait, àtravers les lois votées «dans l’intérêt de la Nation», défendre des projets locaux comme n’importe quel élu de terrain.Bien que bénéficiant d’un statut à part par rapport aux autres territoires concernés par les lois de décentralisation, Paris aelle aussi versé dans cette ode au localisme. Il est loin le temps où Jacques Chirac cumulait son mandat de Maire de lacapitale… à celui de Président du Conseil général de Corrèze (NDLR : de 1977 à 1979). Au cœur du pouvoir central, lacapitale a en effet été le lieu d’atterrissage de nombreux professionnels de la politique qui n’étaient pas Parisiens desouche, dont Bertrand Delanoë dans les années 70. Plus un territoire est acquis à un camp, plus la résistance des éluslocaux est forte contre les candidats «imposés d’en-haut» : en 1977, Jacques Chirac a combattu le candidat soutenu etenvoyé de l’Elysée par Giscard d’Estaing, Michel d’Ornano ; de même pour Jean Tibéri en 2001 face à Philippe Séguin.Cette année-là, Paris a basculé à gauche après la victoire d’un sénateur parisien quasiment inconnu jusqu’alors, qui aprofité du forfait à gauche de «parachutés» populaires comme Dominique Strauss-Kahn puis Jack Lang. BertrandDelanoë a-t-il pour autant installé par la suite une culture politique empêchant tout parachutage, dont celui de CécileDuflot, comme il l’affirme aujourd’hui ? Peut-être. Mais ce n’était pas encore le cas lors des législatives 2002, où 24l’ancien Ministre (Verts) de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement de son ami Lionel Jospin et jusqu’alorsDéputé du Val-d’Oise, Yves Cochet, s’est fait élire dans la 11ème circonscription de Paris à la suite d’un accord local.Concernant ses adversaires, le Maire de Paris ne s’est pas ému sur les implantations surprises de Christine Lagarde ou deRachida Dati lors des municipales 2008… mais a réagi au parachutage du Premier Ministre François Fillon, pressentipour être le candidat de l’UMP en 2014. Rémi Féraud, patron de la fédération PS de Paris et proche de Bertrand Delanoëanalyse : «Duflot, c’est le parachutage d’une dirigeante nationale pour en réalité préparer les prochaines municipales, àun moment où nous dénonçons le parachutage de François Fillon à Paris.» Plus qu’une culture politique éthiqueinterdisant les parachutages dans la capitale, il semble surtout que le PS parisien réagisse en fonction de ses intérêts et deses stratégies de campagne.«Ils me prennent vraiment pour un con! Ils se foutent de ma gueule» s’énerve le Maire deParis, à la sortie de la réunion. Même colère chez Anne Hidalgo, qui lança à Martine Aubrydont elle était la porte-parole au cours de la primaire socialiste, et dont le mari est le directeurde cabinet de la première secrétaire, «que je ne te croise plus jamais !» Cheffe du parti et donc Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • organisatrice de cet accord entre le PS et EE-LV, la Maire de Lille21 – dont c’est le seulmandat d’élue – est dans ses fonctions locales de dépendante des écologistes lillois. Enorganisant le rapprochement des deux formations politiques au niveau national, il apparaîtincontestable que Martine Aubry marque des points précieux dans la course à sa propreréélection aux municipales 2014.Mais la colère de l’exécutif socialiste parisien ne s’explique pas seulement par cette seule«trahison» : cet accord contrecarre directement les plans de Bertrand Delanoë, qui a déjàannoncé qu’il ne se représenterait pas en 2014 mais qui avait pour ambition que sa premièreadjointe – qui n’est toujours pas parvenue à imposer son leadership - lui succède à la tête del’Hôtel de Ville de la capitale. Les deux caciques parisiens n’avaient pas anticipé la nouvellestratégie parisienne d’Europe Ecologie-Les Verts, plus ambitieuse et conquérante. Et encoremoins prévu que leur secrétaire nationale - qu’ils considéraient comme une partenaireambitieuse mais soucieuse de son image d’élue proche des banlieues – ne prenne le risque detraverser le périphérique pour se faire élire à Paris. Déçus que ni le candidat PS ni la premièresecrétaire n’aient plié ni face à leurs exigences personnelles ni face au mandat délivré par lafédération de Paris, à quoi l’on peut rajouter l’amertume provoquée par leurs difficiles années 25de cohabitation avec les Verts parisiens, Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo dénonceront dansla foulée une «insulte faite aux parisiens», des «modifications arbitraires», des«parachutages» et des «tripatouillages» ; ils répèteront à qui veut bien l’entendre que cetaccord «n’est pas dans la culture politique que nous avons installée à Paris depuis 2001» etque «s’ils me demandaient de favoriser le parachutage d’un socialiste, je m’y opposeraiégalement.»Premier motif d’insatisfaction des socialistes de la capitale : la terre d’implantation queSolférino a accordée à Cécile Duflot. Il s’agit de la 6ème circonscription, une des plus à gauchede France et donc l’une des meilleures, détenue jusqu’ici par Danièle Hoffmann-Rispal. «Unpeu âgée et n’étant pas une figure possédant un gros poids politique, le PS parisien avait déjàpensé à la remplacer en interne et plusieurs scénarios avaient prévu de la faire sauter pourlaisser la place à Seybah Dagoma, Pascale Boistard ou Frédérique Calandra. Désormais,celle dont la principale utilité avait déjà été de dégager le chevènementiste Georges Sarre en2002 redevient un atout pour s’occuper du cas Duflot» décrypte Marie-Anne Gairaud,21 Martine Aubry n’est ni Ministre, ni Députée. La Mairie de Lille est son seul mandat électif. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • journaliste couvrant la vie politique de la capitale pour le compte du Parisien. La députéesortante est désormais le dernier espoir des socialistes pour éviter l’arrivée de Cécile Duflot,et que cette circonscription «10 étoiles», à leurs yeux «plus prolo que bobo», ne soitabandonnée à l’écologiste de 37 ans. Organisant la riposte du PS parisien, Anne Hidalgoconfie à plusieurs journalistes que «la guerre ne fait que commencer. Hoffmann-Rispalmaintiendra sa candidature. Et si Duflot choisissait une autre circonscription, elle trouveraitde toutes façons un candidat socialiste sur son chemin22.»Seconde inquiétude, les bruits qui prêtent à Cécile Duflot la volonté de se présenter auxprochaines élections municipales dans la capitale –en langage fleuri, de vouloir «bouffer le PSet tout faire péter en 201423.» Se disputant les mêmes électeurs – les classes moyennes etsupérieures diplômées – le PS et EE-LV ont jusqu’ici observé chacun de leur côté laproximité de leurs scores dans l’Est de la capitale et le rôle que ces territoires pourraient joueren 2014 du fait du nombre de Conseillers de Paris qu’ils possèdent : «la stratégie desécologistes et de Duflot a évidemment une visée municipale. Est-ce qu’elle a des visées sur laMairie du 20ème arrondissement ? Les bruits courent, nous les entendons, et ils nousinquiètent» ne se cache pas le patron du PS parisien, Rémi Féraud. «A deux ans d’une élection 26où il devra organiser la succession de Delanoë, nous aurions pu discuter entre socialistes del’arrivée de Duflot, d’un point de vue politique et stratégique : le parti rajoute de la difficultéà des difficultés déjà existantes…» se plaint Pascale Boistard, adjointe au Maire et cadreaubryste du PS parisien. Mais sur ce point, tous les socialistes parisiens ne possèdent pas lamême opinion : le député (PS) Jean-Marie Le Guen, qui brigue lui aussi la Mairie de Paris en2014, prend aussitôt ses distances avec la position du Maire de Paris et de sa premièreadjointe, en expliquant que «la compétition est légitime. Personne nest propriétaire deParis.» Son collaborateur parlementaire, Nicolas Vignolles, décrypte la position de sonpatron : «Delanoë a été très mauvais tactiquement, il n’aurait jamais dû pointer ainsi du doigtCécile Duflot. Cela démontre sa fébrilité. Il a un ressenti contre les écologistes du fait de sonpremier mandat, où les Verts l’ont gêné. A sa place, Jean-Marie Le Guen aurait fait le«baiser du scorpion» en lui souhaitant la bienvenue sur Paris avant d’organiser la contre-offensive.»22 Rue 89 le 16 novembre 2011, « Duflot vs Delanoë, la guerre est déclarée à Paris.»23 Rue 89 le 16 novembre 2011, « Duflot vs Delanoë, la guerre est déclarée à Paris.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Quelques jours plus tard, le député PS de Paris enfonce le clou et met en exergue la faute «desresponsables socialistes parisiens, qui ont mené une très mauvaise discussion.» Dans unelettre également transmise aux médias, il se demande s’il «existe encore une fédération du PS à Paris ?», un moyen de critiquer en creux le bilan de Rémi Féraud, patron de la fédération PS, proche du Maire de Paris et de sa première adjointe. Plusieurs élus et militants vont alors embrayer sur la fébrilité supposée du premier fédéral. Loin d’être un partisan de Jean-Marie Le Guen, le secrétaire de section du 11ème arrondissement Philippe Wehrung estime que «la fédération de Paris n’est pas n’importe quelle fédération socialiste: elle aurait dû jouer un plus grand rôle dans les négociations.» La gronde ne s’arrête pas 27 là. «Après le redécoupage, la fédération aurait dû réunir tous les parlementaires parisiens pour gérer la situation humainement. Au lieu de cela, elle a rayéles plus vieux et les plus fraîchement élus» déplore le Député sortant de la 10èmecirconscription, Serge Blisko, évincé après avoir assuré trois mandats à l’Assemblée tout eninstallant le PS à la tête du 13ème arrondissement. Quelle est la cause de cetacharnement contre Rémi Féraud ? Premier fédéral, Maire du 10ème arrondissement et ancienattaché parlementaire de Danièle Hoffmann-Rispal, ce dernier aurait tenté de «faire valoir sesintérêts personnels sur ceux du PS, en ne protestant qu’à demi-mots contre le choix de la 6èmepour que Solférino n’ait pas l’idée de donner la 5ème circonscription - qui comprend sonterritoire du 10ème – aux écologistes» analyse Marie-Anne Gairaud, journaliste au Parisien.«Aucune instance ne s’est réunie pour flécher des circonscriptions24, il y a eu un flouorganisé par Féraud pour que personne n’évoque le cas de la 5ème circonscription, qui étaitpourtant la seule où le député sortant de 73 ans, Tony Dreyfus, ne s’est pas représenté»24 Sens : donner des indications à la commission électorale Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • complète Philippe Wehrung. L’application à la lettre de la stratégie parisienne des écologistes,sans que Solférino n’y trouve rien à redire, aurait pu souder les socialistes parisiens dans unélan légitimiste. Mais à un an du prochain congrès PS et à deux ans des municipales, elle asurtout été l’occasion de règlements de comptes internes et de stratégies personnelles. B) Le test des élections législatives à Paris 1) Les écologistes peuvent être satisfaits igner un accord électoral – une tâche par définition compliquée entre formationsS politiques - en vue des élections législatives 2012 était rendu d’autant plus difficile que ce scrutin ressemblait à un saut dans l’inconnu pour l’ensemble des partis : ilinaugurait le redécoupage Marleix… qui n’a pas épargné la capitale, loin de là. En vertu de laConstitution qui prévoit que «l’Assemblée nationale, désignée au suffrage universel direct,doit être élue sur des bases essentiellement démographiques», le département de Paris, qui aperdu nombre d’électeurs depuis la dernière carte électorale réalisée en 1986, a été amputé de3 de ses 21 circonscriptions. Et le périmètre des 18 restantes a été allègrement modifié, le 28critère de base au redécoupage devenant le quartier et non plus l’arrondissement : des bureauxde vote ont été transférés d’une circonscription à l’autre, sans grand respect pour la cohérenceterritoriale, tandis que «certains bureaux de votes ont même été complètement défigurés, avecdes corps électoraux modifiés à 75%» me confie le responsable d’un service élections d’uneMairie d’arrondissement de la capitale. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • A sa publication, l’ensemble de la gauche parisienne, Verts et Socialistes confondus, ontvivement protesté ; le Maire de Paris Bertrand Delanoë (PS) expliquant même que«contrairement au discours de Monsieur Marleix selon lequel la gauche perdrait deuxdéputés et la droite un, ce découpage consisterait à faire en sorte qu’il y ait trois députés degauche en moins en 2012.» Sous la pression de la commission de contrôle, le Secrétaire d’Etatà l’Intérieur et aux Collectivités locales Alain Marleix, par ailleurs secrétaire national de 29l’UMP chargé des élections, a finalement dû revoir une partie de sa copie avec les différentsresponsables des partis politiques, pour finalement revenir en arrière dans 35 départementsdont Paris.Nettement favorable à la gauche qui comptait en 2007 treize députés sur vingt-et-un, lerapport de forces n’a pas été modifié par la seconde mouture du redécoupage : la gauchedevrait perdre un député et n’en compter plus que douze, tandis que la droite devrait passer dehuit à six. La nouvelle carte électorale semble avoir renforcé les circonscriptions, les rendanttoutes - mis à part la 3ème et la 11ème circonscription - imperdables et acquises au camp de lagauche ou de la droite. Si bien que la bataille législative ne semble plus se jouer aujourd’huide façon bipolaire… mais entre partenaires. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Les Verts, qui avaient deux députés élus dans la capitale depuis 2002, ont vu leurs circonscriptions –respectivement les anciennes 1ère et 11ème- disparaître ou tout du moins être fragilisées. La terre d’élection de Martine Billard, Députée Verte ayant rejoint le Front de Gauche Les accords législatifs sous l’ère Delanoë au cours de la dernière mandature, a été dépecée : les quatre petitsDans la foulée des municipales victorieuses de 2001, Solférino avait accordé arrondissements du centre parisienaux Verts trois circonscriptions gagnables : la 1ère à Martine Billard, la 11ème à ont été rattachés aux anciennesYves Cochet ainsi que la 12ème à l’environnementaliste Maryse Arditi. Lessocialistes parisiens se sont sentis floués. Mais craignant pour la solidarité de 4ème circonscription, ancrée àsa majorité municipale, le Maire de Paris n’a eu de cesse de répéter que «Les droite ainsi qu’aux 5ème et 7ème.Verts méritent leurs trois circonscriptions» ou encore qu’«on a besoin des Celle d’Yves Cochet, devenuVerts.» «Ce qu’il ne pouvait pas deviner, c’est qu’Arditi ferait sa campagne Député européen en décembresur le devenir des crapeaux dans le 15ème arrondissement… Aucun accord 2011, s’est-elle vue adjoindre desnational n’ayant été signé en 2007, le PS parisien repris logiquement cette bureaux de vote du conservateurcirconscription mais décida tout de même de ne pas présenter de candidats 6ème arrondissement et du quartiersocialistes contre Martine Billard et Yves Cochet» raconte l’Adjoint au Maire(EE-LV) Yves Contassot. le moins à gauche du 14ème 30 arrondissement (Montparnasse) En 2012, la situation se compliquait donc du fait du redécoupage électoral : ainsi qu’amputée du sud de sa«la 1ère circonscription de Billard répondait à tous les critères, elle n’auraitpas dû être modifiée. Mais le préfet de région qui suit le dossier du circonscription, traditionnellementredécoupage, m’a avoué depuis que le PS et l’UMP s’étaient entendus pour plus à gauche.la supprimer…» explique Hervé Morel, le patron d’EE-LV Paris. Sans Estimant que ce n’était pas à euxcompter que la 11ème circonscription d’Yves Cochet avait été «droitisée»selon les socialistes et les écologistes. Pour Sylvain Garel, co-président du de subir la perte d’un député degroupe EE-LV au Conseil de Paris, «le PS a cherché à nous faire payer gauche à Paris occasionné par cel’addition du redécoupage, mais nous nous en sortons bien au final. Il ne faut redécoupage, les écologistespas oublier que nous revenons de loin : en 1997, l’accord national du PS parisiens décidèrent denous proposait seulement la 14ème circonscription (sud du 16ème revendiquer d’autresarrondissement) où la gauche ne dépassait pas les 30% au second tour… » circonscriptions ayant été épargnées. Dopés par leurs excellents résultats lors des européennes de 2009 qui les virent côtoyer le PS au niveau national mais les dépasser largement dans la capitale, ils réclamèrent d’entrée de présenter leurs candidats sur les dix-huit circonscriptions, avec le Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • désistement et le soutien du PS au candidat écologiste dans trois, dont deux gagnables. Ils’agissait de la cinquième ou la sixième circonscription, dans l’est parisien ; la dixième, enlieu et place de la onzième circonscription, fragilisée par le redécoupage ; ainsi qu’unecandidature commune dans un bastion de la droite parisienne dans le centre de Paris, soit «lanouvelle 1ère circonscription où nous aurions souhaité légitimer Jacques Boutault » soit la2ème circonscription, tout aussi imprenable mais qui présentait l’avantage d’une médiatisationgarantie, du fait qu’elle serve de terre d’élection à l’ancien Premier ministre, François Fillon.Le Parti Socialiste soutiendra finalement deux candidats écologistes à Paris, comme lors desprécédents accords à la différence que le redécoupage électoral a réduit le nombre decirconscriptions. Une bonne affaire pour les écologistes, donc… mais aussi pour lessocialistes adeptes du coup de billard à trois bandes. Le poids politique des écologistes acertes augmenté ces derniers mois, mais le PS n’a pas cédé à leurs revendications sans serviren retour ses propres intérêts : pourquoi Solférino a-t-il accepté de lâcher la 10èmecirconscription et de reprendre la 11ème, «droitisée» ? Pour satisfaire la demande de leurspartenaires Verts, mais aussi et surtout pour permettre au Maire du 14ème arrondissementPascal Cherki25, de se présenter et d’être élu dans la 11ème circonscription… Même 31configuration dans la 6ème circonscription, où l’accord se fait au détriment de DanièleHoffmann-Rispal alors qu’entre temps, le député sortant de la 5ème circonscription voisineavait annoncé son retrait : cela satisfait Cécile Duflot qui insistait pour hériter de la 6èmecirconscription plutôt que la 5ème, mais cela a également permis au PS de faire une place ausoleil à la jeune Adjointe au Maire de Paris, Seybah Dagoma.Cette circonscription, qui depuis 1986 regroupait les quartiers de la Folie Méricourt (11è), deSaint-Ambroise (11è), de Belleville (20è) ainsi qu’une partie du Père Lachaise (20è) atoujours été de gauche. Y compris lors du règne de Jacques Chirac sur la Mairie de Paris(1977-1995), où le RPR contrôlait une partie des mairies d’arrondissements de l’est parisienlorsque ce n’était pas la totalité. En 2010, Alain Marleix a beau avoir pris ses ciseaux pour laremodeler26, cette circonscription n’en reste pas moins inscrite au cœur de deuxarrondissements républicains, puis populaires et donc très à gauche. Aucun des bureaux devote intégrés dans cette circonscription n’avait placé l’UMP en tête, au premier tour des25 Poids lourd de la motion C (courant Un Monde d’Avance classé à la gauche du PS), influente à Paris et quin’était jusqu’alors pas représentée dans l’équilibre interne des Députés de la capitale.26 Elle est depuis composée de la partie Est des quatre quartiers qui composent le 11 ème arrondissement (FolieMéricourt, Saint-Ambroise, Roquette et Sainte Marguerite) ainsi qu’une partie des quartiers de Belleville et duPère Lachaise Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • élections régionales 2010, certains coins de Belleville accordant même des scores staliniens àla liste d’union de la gauche au second tour (avec près de 90% des suffrages). Autant dire quemême une poussée légitimiste à la suite d’une hypothétique réélection de Nicolas Sarkozy en2012 n’aurait pas été suffisante pour faire basculer la 6ème circonscription à droite.Loin des arrondissements de pouvoirs où sont concentrés institutions et lieux d’influence dansquelques kilomètres carrés, l’Est parisien n’en est pas moins convoité. Malgré que la députéesortante de la 6ème circonscription, Danièle Hoffmann-Rispal avait annoncé sa volonté debriguer un troisième mandat, Solférino a décidé d’accorder l’investiture du PS à la secrétairenationale d’Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot. Ce qui n’empêcha pas le PS parisien etnotamment les élus de la circonscription, telle la Maire du 20ème arrondissement FrédériqueCalandra ou le sénateur et conseiller de Paris, David Assouline, de tout faire pour annulercette décision. Dès l’officialisation de l’accord, la Députée sortante Danièle Hoffmann-Rispal,une strauss-kahnienne ralliée à François Hollande pendant les primaires, réaffirme sa volontéde se présenter malgré l’accord électoral. Pour le secrétaire de la section du 11èmearrondissement Philippe Wehrung, le choix d’accorder cette circonscription n’est pascohérent : «la 6 ème circonscription est encore ouvrière et populaire dans certains recoins, et 32nos deux partis n’ont pas les mêmes positions sur des dossiers locaux stratégiques comme lemarché sauvage de Belleville ou les biffins. Surtout, la Députée sortante qui a été rayée de lacarte par Solférino est une des seules parlementaires socialistes – et l’unique à Paris – à êtreissue du militantisme ! Elle représente en quelque sorte la diversité sociale du PS» fait-ilvaloir. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Selon Le Monde, les deux femmes se seraient rencontrées à plusieurs reprises sur l’initiativede Cécile Duflot, mais sans parvenir à se mettre d’accord. Encore mi-janvier, «je résiste et jecontinuerai de résister» abonde Danièle Hoffmann-Rispal dans les colonnes du quotidien dusoir. «Si Cécile Duflot peut trouver un point de chute ailleurs que sur mon dos, ce seraitmieux. Quelle aille dans une circonscription plus difficile» explique-t-elle naturellement. Enpublic, c’est un discours plus policé qu’elle met cependant en avant : «je suis la petitevendeuse du Sentier qui s’est faite toute seule, à travers moi, c’est un peu de Belleville et deMénilmontant qui s’élèvent vers les ors de la République» décline t’elle inlassablement. Maisalors que l’élection de François Hollande devient de plus en plus probable, la députée sortanteva perdre un soutien de poids. Dans Le Parisien du 16 janvier, Bertrand Delanoë confie ainsique «jusqu’au 6 mai, toute mon énergie est tendue vers un seul objectif : la victoire deFrançois Hollande. Les élections législatives viendront après.» Guidé par ses ambitionsministérielles, le Maire de Paris accepte même de rencontrer Cécile Duflot, en marge duConseil de Paris le mardi 7 février, afin de reprendre langue selon un confidentiel deLibération : «faut pas quon se fâche, Cécile», aurait lâché le Maire de Paris à celle qui avaitsollicité cette entrevue, toujours selon ce quotidien. 33Mues par des intérêts convergents – empêcher l’arrivée de Duflot à Paris pour conserver lasinécure que représente la députation dans la 6ème circonscription pour l’une, ne pascompromettre ses chances en vue de l’élection de 2014 pour l’autre – Danièle Hoffmann-Rispal et Anne Hidalgo adoptent alors la même stratégie. Omettant de préciser que la 6èmecirconscription avait été découpée en 1986 sur mesure pour Georges Sarre et la gauche27, quela sociologie de l’est parisien a (presque) toujours été favorable aux valeurs de la gauche,qu’elle a elle-même précipité la chute du député sortant Georges Sarre en 2002, DanièleHoffmann-Rispal revendique d’avoir construit son succès pas à pas et d’être aujourd’hui surle podium des parlementaires les mieux élus de France28. «Ce travail de trente années, je necomprends pas qu’il doive se perdre sur un simple accord électoral» fait-elle valoiraujourd’hui. La première adjointe du Maire de Paris ne relâche pas non plus la pression vis-à-vis de sa (future) rivale écologiste, et continue son bras de fer, feutré mais sans concession,vis-à-vis de Solférino et de son ancienne amie, Martine Aubry. Lors de la journée de la27 «Lors du redécoupage de 1986, Georges Sarre a profité de sa fonction de leader de l’opposition au Conseil deParis pour être reçu par Charles Pasqua : pour qu’il ne conteste pas cette refonte de la carte électorale, le Ministrelui a offert le privilège de se préparer sa propre circonscription, en annexant tous les territoires les plus à gauchede l’est parisien» explique Philippe Wehrung, secrétaire de section dans l’Est parisien.28 Elle a obtenu 69% des suffrages, au second tour des législatives de 2007. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • femme le 8 mars, elle organise ainsi un dîner au restaurant La Comète pour «soutenir lacampagne de François Hollande… et la députée sortante évincée de la 6 ème circonscription,Danièle Hoffmann-Rispal.» Profitant de l’actuelle médiatisation de la vie politique ainsi quede la politisation de l’électorat parisien - qui suit l’actualité, lit les journaux, regarde lesdébats, s’exprime sur les réseaux sociaux – pour déstabiliser Cécile Duflot, Anne Hidalgolaisse fuiter dans un «indiscret» de L’Express29 sa stratégie de remplacer l’écharde Hoffmann-Rispal par l’épine Mélenchon, dans le pied de la secrétaire nationale d’EE-LV. La rumeur necessera de prendre de l’importance, jusqu’à l’officialisation de la candidature de ce dernier…à Hénin-Beaumont. Score réalisé par le candidat EE-LV (anciennement Les Verts) au premier tour de lélection présidentielle à Paris 1974 1981 1988 1995 2002 2007 2012 7,38 4,07 4,18 3,64 3,63 2,32 1,53 1974 1981 1988 1995 2002 2007 2012 34Si le faible score d’Eva Joly au premier tour de l’élection présidentielle (2,31%) est de natureà donner des espoirs aux dissidents socialistes, ce n’est pas le cas à Paris : dans la 6èmecirconscription, l’ancienne juge d’instruction réalise 5,66%, soit encore mieux que samoyenne parisienne (4,18%). Danièle Hoffmann-Rispal se console toutefois avec les 43,03%de François Hollande, qui améliore lui aussi son score parisien (34,83%) et national (28,63%).Statu quo : il faudra donc attendre le 6 mai pour connaître le casting définitif des candidats dela 6ème circonscription. Et pas question de faire des vagues avant d’avoir le résultat. Lepremier secrétaire fédéral du PS Rémi Féraud, qui n’a jamais caché être partisan d’unecandidature dissidente, se refuse ainsi d’aborder «la question des législatives entre les deuxtours de la présidentielle »30. Jusqu’ici contrainte en sa qualité de secrétaire nationale d’EE-LV de réaliser au minimum deux déplacements par semaine avec Eva Joly, Cécile Duflot n’apas attendu plus tard que le 23 avril, soit au lendemain du premier tour, pour lancer sa proprecampagne. Mais quand elle organise une distribution de tracts en faveur de François Hollandesur le marché Charonne dans le 11ème arrondissement, ou qu’elle colle des affiches de soutien29 L’Express, le 28 mars, Le PS pousse Mélenchon à se présenter.30 Source : Le Parisien, le 24 avril « Cécile Duflot écrasée par les socialistes » Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • à la sortie du métro Alexandre-Dumas (20ème), à chaque fois elle trouve sur son chemin…l’équipe de la députée socialiste sortante, Danièle Hoffmann-Rispal : des regards sombress’échangent jusqu’à l’arrivée des caméras de télévision, s’en suit alors des salutations poliesmais non moins crispées.François Hollande est finalement élu Président de la République le 6 mai 2012. Dans la 6èmecirconscription, il y recueille même 71,27% des suffrages…Une victoire dont compte bienprofiter la secrétaire nationale d’EE-LV, qui inaugure trois jours plus tard son QG decampagne, dans un ancien atelier de plomberie réaménagé rue Jouye-Rouve (20èmearrondissement), non loin de La Bellevilloise où les écologistes ont l’habitude de se réunir.Autour d’un buffet bio, l’ambiance est bon enfant… et les militants plutôt confiants : «c’estun fief écolo, une circonscription écolo ici, c’est un peu Bobo-land et tout le contraire de laFrance profonde !» explique une militante. Au-delà de la sociologie du corps électoral de la6ème circonscription – tout de même plus populaire que le centre bourgeois de Paris – ClaireMarynower, d’EE-LV Paris, fait valoir que «c’est un lieu traditionnel d’implantation pour lesécologistes : près d’un quart des militants parisiens sont du 11ème et du 20ème arrondissement,sans compter que le parti est bien structuré dans l’est parisien, avec 160 coopérateurs et un 35tissu le reliant à la Maison des Métallos, le squat de la Petite Roquette ainsi que denombreuses AMAP et jardins partagés.» Devant les journalistes, Cécile Duflot se vanted’avoir multiplié les rencontres avec les habitants et d’autres associations depuis le mois dejanvier, elle explique avoir «passé une grande partie de ma vie à Paris, c’est là que j’ai étémilitante associative, c’est là que je travaille, c’est là que mes enfants sont nés. Tous mesgrands-parents sont nés ici, mon père également : même sur une horrible loi du sang que jeréprouve, je pourrais avoir la carte.» Surtout, elle est consciente ce soir-là que la victoire deson candidat de substitution devrait décourager sa rivale locale…L’histoire politique de Paris montre en effet qu’un certain nombre de Députés sortants, mêmeemblématiques, ont été éliminés dès lors qu’ils ne disposaient plus du soutien du PartiSocialiste, que ce soit Michel Charzat en 2007 face à Georges Pau-Langevin, ou GeorgesSarre… en 2002 face à Danièle Hoffmann-Rispal. Sous la pression de son état-major, lavirulente députée sortante a donc elle aussi troqué sa stratégie de la terreur contre la voix de lasagesse, en se rangeant finalement derrière la secrétaire nationale d’EE-LV pour former unticket Duflot/Hoffmann-Rispal: «dans un moment où la gauche n’a fait que 51,6%, je ne peuxpas être un agent de la division. Assumer une division et risquer l’exclusion, ce n’est pas Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • simple au bout de 38 ans de militantisme. Encore la semaine dernière, je refusaisd’abandonner mais j’ai reçu beaucoup de coups de fil de Jean-Marc Ayrault, de BertrandDelanoë… J’en ai eu mal aux oreilles» raconte-t-elle. Chaque protagoniste de ce conflitinterne à la gauche semble avoir sauvé l’essentiel : il incombait à Duflot, encore secrétairenationale d’Europe Ecologie-Les Verts pour quelques semaines, de mettre en œuvre lerassemblement avec le Parti Socialiste au moins là où elle se présentait. Ainsi que de mettrefin aux critiques de Danièle Hoffmann-Rispal, «avec cette polémique, Cécile perd des plumesen terme d’images: elle s’est construite comme la jeune fille d’à-côté, naïve. Elle devient laReine-mère qui va faire deux marchés dans le 11ème arrondissement pour être élue à 60%»concède un dirigeant écologiste31. Lors de leur première conférence de presse commune, ladéputée sortante, qui se disait voici de cela encore quelques mois «humiliée à l’idée dedevenir la suppléante» de Cécile Duflot, reconnaissait de son côté que, «très franchement, jepréférerais qu’elle soit Ministre». Une telle nomination lui permettait ainsi de continuer àsiéger au Palais-Bourbon.Seule écologiste incontournable dans un prochain gouvernement de gauche, celle-ci alongtemps laissé planer le doute sur ses intentions : la secrétaire nationale d’EE-LV hésitait 36entre peser à l’Assemblée nationale, où l’attendait la présidence d’un groupe écologiste, oubien agir au gouvernement. Refusant de faire «de lanimation socioculturelle dans les médias,au cas où toute laction gouvernementale se déciderait à lElysée »32 ou rappelant qu’il n’étaitpas question pour elle d’imiter le sort réservé à Voynet, «otage du gouvernement Jospin : sic’est pour être le petit doigt sur la couture du pantalon dun président qui décide tout seul, çane sert à rien», Cécile Duflot semblait plus exigeante que nombre de ses acolytes Vertsopportunistes. Cela n’empêcha pas le Premier ministre Jean-Marc Ayrault de l’appeler dansl’après-midi du 16 mai, alors que les deux femmes posaient pour leur affiche de campagne auParc de Belleville, pour la nommer Ministre de l’Egalité des Territoires et du Logement. Ellebénéficia ainsi du plan de communication gouvernemental pour sa campagne : dans l’optiqued’instaurer un climat de confiance et de montrer que François Hollande tiendrait sesengagements, Matignon avait pris soin d’annoncer, avant le premier tour des législatives,plusieurs mesures dont la production de nouveaux logements sociaux et l’encadrement desloyers. Charge ensuite aux Ministres-candidats d’incarner spatialement la feuille de route dugouvernement. Mais Cécile Duflot ne s’en contenta pas. Malgré qu’elle ait signé une charte31 Libération le 19 novembre 2011, «Cécile Duflot veut surfer sur la vague écolo de l’Est parisien »32 L’Express le 23 février 2012 «Ecolos en recherche de ministères » Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • de déontologie – incluant une «clause Chevènement» interdisant les Ministres d’exprimer undésaccord avec une décision du gouvernement – lors de son entrée en fonction, elle fit unesortie tapageuse sur la légalisation du cannabis, à cinq jours du premier tour des électionslégislatives. Manière pour elle de démontrer qu’elle n’a pas perdue sa liberté d’expression etqu’elle fait campagne en liant thèmes sociétaux et sujets environnementaux.Mais son nouveau portefeuille ministériel n’a pas toujours été un avantage, au cours de lacampagne. Lors d’une réunion publique dans le 11ème arrondissement le 24 mai, elle a ainsiété accueillie par une centaine de mal-logés dénonçant ses «mesurettes». Ses prérogatives ontégalement offert un nouvel angle d’attaque à ses détracteurs : la candidate du Front de Gauchedans la 6ème circonscription, Danielle Simmonnet, a affirmé douter de «la volonté réelle dugouvernement de préserver le logement social […] la hausse du seuil de la loi SRU à 25% nesuffit pas, au niveau parisien nous devrions aller jusqu’à 30% pour garantir le maintien desclasses modestes et moyennes dans notre ville. Nous attendons une rupture avec la politiqueprécédente.» Son meeting final, organisé le 7 juin au gymnase de la Bidassoa (20 ème) encompagnie du Ministre délégué au Développement Pascal Canfin (EE-LV) et de sa suppléanteDanièle Hoffmann-Rispal a également été interrompu par une trentaine de «précaires en 37colère.» Elle n’a pu reprendre son intervention devant les 150 personnes présentes qu’une foisce comité d’accueil évacué. Recueillant 48,74% des suffrages exprimés au premier tour,Cécile Duflot a cru un temps qu’elle ferait partie des 36 députés élus dès le 1 er tour desélections législatives. Elle devra finalement atteindre la semaine suivante, où elle réalisa72,18%.Profitant du départ pour Bruxelles d’Yves Cochet, Denis Baupin était l’autre candidatécologiste soutenu par le Parti Socialiste, à Paris. Mais pas dans l’habituelle 11 èmecirconscription dévolue aux écologistes, abandonnée pour cause de redécoupage défavorable.Objectif d’Alain Marleix ? Rendre cette circonscription plus indécise, et dépendante de ladynamique de la présidentielle… avec l’espoir d’un basculement à droite par l’intermédiairede Jean-Pierre Le Coq, en cas de réélection de Nicolas Sarkozy. Par peur de perdre un de leursdeux députés parisiens, les écologistes de la capitale ont donc demandé, et obtenu, de migrerdans la 10ème circonscription voisine : regroupant une partie des 13ème et 14èmearrondissements, celle-ci avait été «sanctuarisée» à gauche, en récupérant l’ensemble desbureaux de vote longeant le boulevard des Maréchaux peuplé de logements sociaux. «Lesécologistes ont négocié en fonction du redécoupage, et selon une logique électoraliste : le Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • nord du 14ème arrondissement est plus bobo et écolo que le sud populaire, mais ils n’ont pasvoulu conserver leur terre d’élection droitisée» se plaint Thomas Antoni, un militantsocialiste du 14ème arrondissement. Interrogé par le magazine local «Le 13 du Mois», ledéputé sortant Serge Blisko avait une autre lecture de la négociation: selon lui, l’électorat decette 10ème circonscription remodelée est «très nouvelle gauche, type CFDT.» Et la sociologieélectorale d’Europe Ecologie-Les Verts montre que le parti écologiste a une certaineproximité avec cette deuxième gauche. Pour le militant local d’EE-LV, Adrien Delassus, lechoix de cette circonscription est également plus que cohérent : «le 14ème arrondissement estune vraie base de l’écologie politique : dans les années 70, plusieurs manifestations à vélos yont été organisées contre le projet d’autoroute urbaine sur l’avenue Vercingétorix. Et en1977, nous y recueillions déjà plus de 11% des suffrages.» Autre preuve, s’il en faut : la partiedu 13ème arrondissement adjointe à cette circonscription compte le «village» huppé de laButte-aux-Cailles, là où le vote écologiste est l’un des plus importants de Paris…Bien moins médiatisée que la 6ème circonscription, la configuration était pourtant la même. A62 ans Serge Blisko, qui estimait avoir été «licencié» par l’accord PS–EELV, a longtemps faitplaner l’hypothèse de sa dissidence. Surtout que l’écologiste Denis Baupin, dorénavant 38soutenu par le Parti Socialiste dans sa circonscription, n’avait lui aucune chance de devenirMinistre : contrairement à Danièle Hoffmann-Rispal, Serge Blisko ne pouvait donc pasespérer retrouver les bancs de l’hémicycle, même en devenant son suppléant. Mais le cas deBaupin et donc de Blisko ne comptant finalement que peu dans la perspective des électionsmunicipales 2014, cette rivalité intéressait moins le PS parisien et Anne Hidalgo. Tout au longde la campagne, le député sortant réfléchit en solitaire à jouer la carte du localisme et de laproximité pour fustiger un candidat… parachuté du 20ème arrondissement de Paris, oùl’Adjoint au Maire de Bertrand Delanoë est élu Conseiller de Paris. Face aux menacesd’exclusion proférées par Solférino à son encontre ainsi qu’aux sondages hyper-locauxl’avertissant qu’une dissidence ne serait pas récompensée, Serge Blisko, qui avait déjàinauguré sa permanence, a finalement décidé de mettre ses ambitions de côté. «La décisiondigne et pleine de rectitude que Serge Blisko a prise aujourd’hui (…) est la marque d’unprofond sens de la responsabilité et de l’unité dont il a toujours fait preuve», a salué lecandidat écologiste Denis Baupin, dans un communiqué. Un retrait qui n’empêcha pas ledéputé sortant d’envoyer, à huit jours du premier tour, une lettre à un millier de sympathisantsdans laquelle il dénonçait un «accord d’appareil» et rappelant que «les voix qui se porteront Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • sur Denis Baupin serviront à financer le parti des Verts !»33. Pour sa part, Denis Baupin,accompagné tantôt de Dominique Voynet, de Bertrand Delanoë ou de Jeau-Paul Huchon,continuait de mener campagne alertant sur la possibilité de voir Jean-François Copé devenirPremier ministre si les électeurs de gauche ne se mobilisaient pas. Il réalisa finalement42,89% au premier tour, puis fut élu avec 64,73% la semaine suivante.L’accord national entre les deux formations prévoyant qu’en échange de circonscriptionsréservées, Europe Ecologie-Les Verts se désiste «où il y avait un risque potentield’élimination de la gauche dès le premier tour34», les écologistes ont également pu présenterdes candidats dans les 16 autres circonscriptions de la capitale. Que ce soient JacquesBoutault, seul Maire écologiste de la capitale et candidat dans la 1 ère circonscription ouGuillaume Fillon -l’actuel attaché parlementaire du député écologiste François de Rugy- dansla 9ème circonscription, ils se sont tour à tour présentés au cours d’un meeting commun débutavril… au Théâtre de l’Opprimé, dans le 12ème arrondissement. Une salle au nom évocateur,pour un scrutin législatif qui ne réussit que rarement aux candidatures autonomes desécologistes. Ce soir-là puis au cours des semaines suivantes, deux axes de campagnes étaientperceptibles : la valorisation de leur bilan parisien –démontrer que depuis onze ans, les 39écologistes de la capitale étaient parvenus à transformer Paris- et l’importance qu’ils attachentau Parlement.Mettant en valeur leur ancrage local et leur notoriété d’élus municipaux, les candidatsécologistes n’ont pas hésité à s’appuyer sur les divergences qu’ils ont eues avec BertrandDelanoë au cours de ces dernières années, pour faire valoir l’intérêt de leurs proprescandidatures aujourd’hui. «Quelle idée d’insuffler 4.000 voitures de plus dans Paris, alorsqu’on essaie de reprendre de l’espace public pour les habitants ? Autolib’, c’est tout cequ’on ne cherche pas à avoir» dénonce35 la candidate EE-LV dans la 7ème circonscription deParis, Corine Faugeron. Pour ces candidats autonomes qui doivent affronter un candidatsocialiste, parfois même leur député sortant, le candidat PS est «leur concurrent, du faitqu’ils ne portent pas les idées écologistes qui méritent d’être représentées en France.» Etmême lorsqu’ils argumentent sur la nécessité d’avoir un groupe écologiste fort à l’Assembléenationale, transparaît la volonté de se différencier du Parti Socialiste. Ainsi, ils ne souhaitent33 Source : Le Parisien ; 1er juin ; « L’écologiste Baupin torpillé ».34 soit 70 circonscriptions sur les 577 que compte le territoire national.35 Sur le site 75011.fr Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • plus seulement «être associés à la gestion du pays, mais être une force incontournable pourla gestion du pays.» Ou encore, ils souhaiteraient voir l’Assemblée jouer le rôle de contre-pouvoir de l’exécutif, qui possède avec les projets de lois, l’initiative de la création des lois.Leurs discours semblent globalement avoir bien été entendus puisque les candidatsécologistes autonomes du PS36 réalisèrent 5,98%. 2) La bonne séquence d’EE-LV ne pénalise pas le PS lus que n’importe quel autre parti, les candidats écologistes battaient le pavé de laP capitale pour le scrutin législatif non pas forcément dans l’objectif de rejoindre l’Assemblée nationale, mais dans celui de préparer l’autre enjeu, celui des électionsmunicipales qui se tiendront dans moins de deux ans. A Paris, seuls deux candidats d’EuropeEcologie-Les Verts étaient soutenus par le PS ; seuls deux candidats pouvaient donc espérerraisonnablement être élus le 17 juin 2012. Du fait des contingences liées au scrutin majoritaireet de la concurrence à gauche d’élus PS mieux implantés et plus connus, les seize autrescandidats autonomes n’avaient aucune chance de décrocher un mandat de député de Paris.Leur objectif était plutôt de mobiliser les faibles troupes militantes, tout en refermant la 40parenthèse malheureuse de l’élection présidentielle pour remettre les compteurs à zéro. Sur unton «la vie politique est un long fleuve plus ou moins tranquille», ils expliquent à tour de rôleque l’important dans le «mauvais passage» de la séquence électorale de 2012 était avant toutde «faire avancer les idées écologistes pour préparer l’avenir.» «On ne se trompe pasd’élection, c’est une élection nationale» se justifiait Arlette Zilberg, tête de liste des Vertsdans le 20ème arrondissement aux municipales 2001 et candidate EE-LV dans la 15èmecirconscription37 : «il s’agit de battre l’UMP et parallèlement, de faire avancer les idéesécologistes afin d’acquérir à terme une majorité culturelle écologiste dans le 20ème.» Selon leprofil des candidats et les instants de la campagne, il est ainsi possible d’apercevoir lescandidats écologistes aux législatives faire campagne sur l’isolation des bâtiments, lapréconisation et le respect de l’ensemble des critères relatifs aux normes Haute QualitéEnvironnementale (HQE) ou encore la généralisation des programmes de sensibilisation au trisélectif à l’école primaire… comme il n’est pas rare de les entendre prôner la refonte du plande circulation parisien, défendre la piétonisation partielle de la Place de la Bastille ou encorela banalisation des zones 30 km/h dans la capitale.36 La moyenne nationale des candidats EE-LV non-soutenus par le PS est de 3,87% selon le politologue D. Boy.37 Dans un entretien accordé au site 75020.fr Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Scores du Parti Socialiste et d’Europe Ecologie-Les Verts au premier tour des élections législatives à Paris Elections législatives Parti Socialiste Europe Ecologie-Les Verts 2002 30,5 9,7 (5,49) 2007 29,1 7,5 (4,45) 2012 39,1 10,4 (5,98) (entre parenthèses : la moyenne des résultats des candidats écologistes autonomes)Avec une moyenne de 10,4% jusqu’ici jamais réalisée à Paris lors d’un scrutin uninominalmajoritaire à deux tours, les résultats du premier tour des législatives 2012 ont donc donnésatisfaction aux écologistes parisiens : les performances de Bernard Jomier qui réalise 11,1%dans la 16ème circonscription (19ème arrondissement), de Bastien François qui recueille 9,5%des voix dans la 18ème circonscription (9ème et 18ème arrondissements) et d’Arlette Zilberg quifait 7,9% dans la 15ème circonscription (20ème arrondissement) laissent présager de bonnesperformances écologistes dans ces quartiers aux prochaines municipales. Le score de JacquesBoutault (6,1%) dans la première circonscription de la capitale (1er, 2ème, 8ème, 9ème) laisse luiquelques regrets aux écologistes, qui souhaitaient initialement l’inclure dans l’accord électoral 41et présenter une candidature commune avec le Parti Socialiste, dont la candidate Claire Morela recueilli 34,07% des suffrages au premier tour. Le Maire du 2 ème arrondissement est lui déjàpassé à autre chose : «si nous voulons peser aux municipales en 2014, nous devons aller dansles territoires de conquête qui ne sont pas forcément ceux détenus par le PS» explique-t-il auMonde38.Au-delà de ces bons scores obtenus globalement, EE-LV Paris peut bien entendu se satisfaired’avoir obtenu deux nouveaux députés de Paris, en les personnes de Cécile Duflot et DenisBaupin. Cela correspond à leur stratégie d’implanter la secrétaire nationale d’EuropeEcologie-Les Verts au sein de la capitale – que cela serve leur ambition pour 2014 ou à pluslong-terme – ainsi que de conforter le poids politique de l’Adjoint au Maire de Paris et porte-drapeau des Verts aux municipales 2008, Denis Baupin. La première ne siégeant pas àl’Assemblée nationale du fait de son poste de Ministre, ce dernier devra profiter de la tribunepolitique qu’offre cette institution39, pour faire entendre la petite musique écologiste38 «Vague rose à Paris au premier tour », le 11 juin, Le Monde.39 Pressenti pour obtenir la présidence de la commission du développement durable, Denis Baupin a finalementhérité le 27 juin de la vice-présidence de l’Assemblée nationale. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • notamment sur des sujets concernant Paris, comme l’écologie urbaine. Mais plus que leuraction dans l’hémicycle ou au gouvernement, ce sont leurs terres d’élections qui réjouissentparticulièrement l’état-major écologiste.La 6ème circonscription dans laquelle a été élue Cécile Duflot regroupe une partie du 11ème etune partie du 20ème, deux arrondissements historiquement étiquetés à gauche : le premier aété le lieu de la prise de la Bastille en 1789 ; les révolutions de 1830 et de 1848 suivies par laCommune en 1871 ou les manifestations du Front Populaire ont fini par lui coller l’imageindéfectible d’arrondissement populaire. Aujourd’hui encore, la descente du boulevardVoltaire fait partie du parcours-type emprunté par bon nombre de centrales syndicales. Lesquartiers de Belleville et du Père Lachaise (20ème) ont longtemps été des faubourgs ouvriersinstallés en périphérie de Paris, avant d’être annexés à la capitale en 1860. Du fait d’une forteconcentration d’habitat précaire, l’arrondissement a été prioritairement pointé par la vagued’opérations de rénovation urbaine, menée par la Ville de Paris à partir de la fin des années1950. D’industriel, le 20ème arrondissement deviendra résidentiel : de vieux immeubles dequatre étages, séparés par de jolies impasses ornées de jardinets, ont été rasés dans le Haut-Belleville pour donner place à de vastes ensembles d’une quinzaine d’étages. Une politique 42du bulldozer qui fera fuir au fil des ans une population ouvrière âgée, progressivementremplacée au début des années 90 par des électeurs plus jeunes et plus aisés. Depuis cemoment-là, et notamment sous la pression de l’association de quartier La Bellevilleuse, laMairie de Paris cherche à préserver ses aspects de quartier-village et privilégie dès lors laréhabilitation de logements et le développement d’espaces verts.Ceci a son importance pour comprendre que l’ouvriérisation des 11ème et 20èmearrondissements est devenue une donnée du passé ! S’il est bien entendu plus populaire quel’Ouest parisien, l’Est ne peut plus vraiment être considéré comme prolétaire : sinon, pourquoila Maison des Métallos, incarnation de la toute-puissance de la CGT de l’époque, aurait ététransformée en lieu culturel accueillant plus de vernissages que de réunions politiques ?Pourquoi la clientèle ouvrière de la rue de Lappe aurait laissée place si rapidement à desétudiants, des célibataires, des jeunes couples, des cadres du secteur public comme du mondeprivé ? Le dernier recensement de 2008 donne une indication : les ouvriers ne représententplus que 5,4% de la population du 11ème arrondissement (5,2% à Paris), contre 29,6% decadres et professions intellectuelles supérieures (27,1% à Paris). Dans le 20èmearrondissement, la catégorie socioprofessionnelle la plus représentée en 1999 était les Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • employés (18,9%) tandis que ce sont les cadres et professions intellectuelles qui sontaujourd’hui les plus nombreux (20,8%). La hausse des prix de l’habitat risque de consolidercette tendance à l’embourgeoisement. Les 11ème et 20ème arrondissements sont donc desarrondissements populaires mais qui restent tout de même intégrés à une métropolemondialisée, rendant du même coup périlleux tout exercice visant à délivrer un résumésociologique.L’histoire passée comme récente de ces différents quartiers composant la 6 ème circonscriptiona pour point commun de rendre son paysage urbain et social très contrasté : des immeubles degrande taille accueillant une population immigrée et ouvrière ont une vue plongeante sur d’ex-ateliers transformés en lofts accueillant notamment des jeunes couples de cadres, des endroitsprisés des «gentryfieurs» se trouvent à quelques dizaines de mètres de poches de pauvreté, desbars branchés succèdent à des commerces ethniques, etc. Au niveau municipal, le PartiSocialiste domine spatialement ces deux arrondissements ancrés à gauche, mais EuropeEcologie-Les Verts veut faire évoluer son discours pour y séduire un nouvel électorat,essentiellement composé de classes moyennes (inférieures et supérieures) mais aussi dequelques familles défavorisées. Ils espèrent que les citoyens de la 6ème circonscription seront 43d’autant plus susceptibles de répondre à l’appel écologiste en 2014 qu’ils ontmajestueusement élus Cécile Duflot, deux ans plus tôt aux législatives 2012. A cheval surdeux arrondissements largement pourvus en conseillers de Paris – ces supers-élus locauxsiégeant à l’Hôtel de Ville et à qui revient l’élection finale du Maire de la capitale – cettecirconscription pourrait alors être une formidable rampe de lancement si la Ministre del’Egalité des territoires et du Logement est candidate aux municipales dans le 11ème ou plusprobablement le 20ème arrondissement. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • 44La 10ème circonscription a beau ne pas avoir grand-chose de comparable avec la 6ème, ellen’en reste pas moins ancrée à gauche : du sud-ouest du 13ème arrondissement au sud-ouest du14ème, elle est entièrement composée de territoires considérés comme une sorte de «campagneà proximité de la capitale», jusqu’à leur annexion en 1860. Autre ressemblance ? Soncontraste architectural. Encore aujourd’hui, un important habitat individuel agrémenté depetits jardins côtoie des immeubles des années 1930… et même des gratte-ciels, avec Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • notamment la tour Super-Italie, haute de plus de 110 mètres. Du fait de ses nombreux espacesverts, le sud de Paris est devenu un quartier uniquement résidentiel, prisé d’une populationaisée : les étudiants et les cadres désireux de fonder de jeunes familles ont pris d’assaut cetarrondissement et notamment les quartiers-villages comme Daguerre ou Pernety,anciennement composés d’ouvriers et d’employés. Bien que les disparités ne soient pas aussifrappantes que dans le 20ème arrondissement, il reste néanmoins quelques zones pluspopulaires aux alentours de la Porte de Vanves ainsi qu’une importante ceinture de logementssociaux tout le long du boulevard des Maréchaux. Suffisamment en tout cas pour assurer àcette circonscription et à ces arrondissements de rester à gauche encore quelques années…Mais le fait qu’EE-LV applique avec succès sa stratégie parisienne ne signifie pas pour autantque le PS ait à rougir et à s’inquiéter. Au contraire, les enseignements à tirer des électionslégislatives 2012 vont au-delà d’un simple vote de confirmation de la présidentielle etconfortent la capitale à gauche : laddition des voix recueillies dans les 18 circonscriptions(39,1%) au premier tour des législatives donne au Parti Socialiste un score supérieur à celuide François Hollande le 22 avril dernier (34,9%). Avec 60% des voix exprimées en moyennepour la gauche au second tour, le PS parisien qui ne parvient pas à ravir de nouvelles 45circonscriptions à la droite, bat toutefois «un nouveau record40». Il devance par ailleurs de dixpoints son score (29,1%) réalisé au premier tour des élections législatives de 2007.Dans des circonscriptions considérées comme clés par l’UMP qui y nourrissait des espoirs en2012 pour mieux reconquérir les mairies d’arrondissement en 2014, le Parti Socialiste estmême parvenu à creuser l’écart : dans la 8ème circonscription, la députée sortante SandrineMazetier (PS) s’ancre un peu plus, obtenant neuf points de plus que son élection de justesseen 2007, année, et dans la 11ème circonscription où Yves Cochet (Verts) ne se représentait pas,le maire du 14ème arrondissement Pascal Cherki (PS) devance de sept points le maire du 6èmearrondissement, Jean-Pierre Lecoq (UMP) alors que son élection était considérée commeindécise. Si la fracture électorale entre l’Ouest et l’Est parisien est toujours aussi nette, il est ànoter que le Parti Socialiste accomplit une percée dans les arrondissements aujourd’huidétenus par l’UMP. Dans la 2ème circonscription (5ème, 6ème et 7ème arrondissements), FrançoisFillon (48,6%) devance largement son rival socialiste Axel Kahn (33,9%) mais l’ancienprésident de l’université Paris-Descartes arrive tout de même en tête dans le 5ème40 Bertrand Delanoë, le 20 juin dans le Journal du Dimanche : «Paris, ville de gauche.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • arrondissement (41,9% contre 38% pour l’ex-Premier ministre), dont l’actuel Maire, JeanTibéri, est de droite. Dans la 12ème circonscription qui recouvre la majorité du 15èmearrondissement, le candidat radical Gilles Alayrac, soutenu par le PS, réalise un score de sixpoints supérieur à celui d’Anne Hidalgo en 2007, en recueillant 34,3% des voix au premiertour. Autre motif de satisfaction pour le PS parisien, Cécile Duflot (EE-LV) doit laisser, dufait de sa fonction de Ministre, son siège de députée de Paris à sa suppléante DanièleHoffmann-Rispal : la capitale apportera ainsi le même nombre de députés au groupe PS qu’en2007, et ce malgré le redécoupage électoral. 46 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • II Rivalités de pouvoirs entre frères ennemis A) «L’unité est un combat» 1) Interdépendances et rivalités de pouvoirs ncore aujourd’hui, les écologistes sont largement dépendants du PS. Si EuropeE Ecologie-Les Verts obtient des résultats honorables dans les élections locales ou supranationales, ils restent encore bien loin de pouvoir concurrencer leur grand frèresocialiste dans les scrutins nationaux les plus médiatisés. Et pour cause, le mode des scrutinsdes élections présidentielle et législatives41 censé garantir des majorités claires, nerécompense qu’un seul candidat. Du fait de l’absence de proportionnelle, le pourcentage devoix obtenues par les prétendants autre que le vainqueur n’est pas pris en compte.Evolution du rapport entre suffrages nationaux et sièges obtenus aux élections législatives depuis 1997. Elections législatives Accord national PS / Suffrages obtenus par Part des sièges Verts les Verts obtenus 47 1986 Non 1,21% 0% 1988 Non 0,35% 0% 1993 Non 4,08% 0% 1997 Oui 6,83% 0,69% (6 élus) 2002 Oui 4,51% 0,52% (3 élus) 2007 Non 3,25% 0,69% (4 élus) 2012 Oui 5,46% 3,12% (18 élus)Comme de nombreux autres petits partis qu’ils soient extrémistes ou centristes, le rapportentre le nombre de suffrages exprimés en faveur d’EE-LV reste généralement supérieur aunombre de postes de députés glanés : les écologistes ne parviennent pas à convertir les votesen leur faveur en mandats électoraux. Une gabegie institutionnelle qui a un double effetpénalisant pour ces petites structures, puisqu’elle fait automatiquement fuir un certain nombre41 Ces scrutins sont organisés selon le système majoritaire à deux tours. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • d’électeurs-sympathisants vers un «vote utile», vers un parti susceptible de «gagner»l’élection comme le PS ou l’UMP. Une tendance encore accentuée en 2002 par l’inversion ducalendrier électoral national – le scrutin législatif étant dès lors fixé le mois suivant l’électionprésidentielle – puisqu’il s’agit désormais d’attribuer ou non la majorité au Président de laRépublique nouvellement élu.S’ils veulent peser à l’Assemblée nationale, où se définissent les rapports de forces rythmantl’agenda politique du quinquennat, les écologistes doivent donc préalablement négocier descirconscriptions «gagnables» en fusionnant avec le Parti Socialiste, mieux implanté surl’ensemble du territoire. C’est «un moment difficile mais il n’y a pas d’autres solutions» selonla secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot. Au-delà de la nécessité dedevoir nouer un accord électoral pour tirer profit des contingences de la 5ème République, unealliance programmatique est par ailleurs le seul espoir des écologistes pour tenter de modifierle mode de scrutin, et ainsi corriger la faiblesse inhérente à leur structure pour retrouver leur«indépendance». Dans l’accord signé à l’automne 2011 entre les deux formations de gauche,il est ainsi prévu de revoir l’organisation institutionnelle et notamment le mode de désignationpour le Parlement, puisqu’entre 15 à 20% des sièges de l’Assemblée nationale devraient au 48minimum être élus en 2017 à la proportionnelle.Conscient que nouer de nouveau un accord avec le PS pourrait plomber la campagne de sacandidate et faire fuir un certain nombre de militants, Europe Ecologie-Les Verts s’y résolutmalgré tout. Car l’objectif était également de pouvoir constituer un groupe de députésindépendant, alors que celui qu’ils formaient bon gré mal gré avec le Front de Gauche s’étaitdisloqué à l’automne dernier. Sur le papier, 15 députés écologistes devaient initialement êtreélus en cas de défaite du PS à l’élection présidentielle, et de 25 à 30 en cas d’accession deFrançois Hollande à l’Elysée. Les dissidences d’élus socialistes locaux – désireux de profiterde la vague rose et de ne pas offrir de vitrine nationale aux élus locaux écologistes à moins dedeux ans des élections municipales – ont coûté leur place à une dizaine de candidatsécologistes42. Résultat : au soir du premier tour, les écologistes n’étaient plus assurésd’obtenir ce fameux groupe politique à l’Assemblée nationale. Clé de voûte de la stratégieécologiste des derniers mois, cette anomalie aurait été un terrible échec consacrant EuropeEcologie-Les Verts comme le supplément d’âme environnemental du géant socialiste. Seuls42 Des dissidents du PS local se sont présentés dans la moitié des 63 circonscriptions où le candidat écologisteétait soutenu par la direction nationale du PS. Résultat : seuls 40 ont pu se maintenir au second tour. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • 18 députés verts ont donc finalement été élus le 17 juin, soit juste de quoi former pour lapremière fois un groupe politique autonome. Un atout toutefois non négligeable dans le rôleque peut jouer EE-LV au cours de la prochaine mandature. Il lui garantit selon l’article 19 durèglement de l’Assemblée nationale un certain nombre de sièges en commission, unemeilleure répartition des places dans l’hémicycle ainsi qu’un temps de parole accru en séance.Le groupe écologiste bénéficiera de facilités matérielles (bureaux, voitures de fonction) etd’une enveloppe financière (45.000 euros par mois) leur permettant d’embaucher 8 chargés demission – susceptibles de produire des notes de synthèse, des amendements ou de gérer lacommunication – en plus des collaborateurs parlementaires de chaque député. Outre proposerla création d’une commission d’enquête et fixer l’ordre du jour, les présidents de groupepolitique peuvent également demander un scrutin public ou une suspension de séance.En somme, tout ce que recherche Europe Ecologie-Les Verts, qui a pris conscience qu’il neparviendrait pas à «changer le monde» s’il ne jouait pas un rôle important dans la vieparlementaire. Dans un contexte de bipolarisation et de présidentialisation accrue, l’obtentionde ce groupe qui leur permettra de faire entendre leurs différences aurait été inespérée si lesécologistes n’avaient pas passé d’accord avec le grand frère socialiste : bien que largement 49devant Eva Joly au premier tour de l’élection présidentielle, le Front National, le Front deGauche et le MoDem ne peuvent pas constituer de groupe politique autonome. A défaut depouvoir peser dans le rapport de force classique alors que le PS détient la majorité absolue, lesécologistes peuvent également se targuer de ce Ministère de la parole supplémentaire. Chargeà eux, ensuite, de transformer leur liberté d’expression en liberté de vote, d’articuler au mieuxleurs traditions libertaires et les règles de la solidarité gouvernementale.Mais la politique n’est pas qu’une question d’idéaux, elle est également une histoired’influence, de pouvoir… et donc de moyens financiers. L’argent est une inertie à toutestructure politique : un parti en faillite n’a plus les moyens de faire campagne et de se battrepour que ses idées soient représentées. Au contraire, une formation qui s’enrichit peut voirson avenir s’éclaircir. La vie politique est un secteur concurrentiel comme un autre, lessuffrages jouant le rôle de parts de marchés. Les finances sont constamment en ligne de miredes états-majors politiques, dans la mesure où aucun parti ne peut fonctionner sur les seulsdons, cotisations de militants et surplus d’indemnités des élus43 . Ne serait-ce que pour assurer43 Les députés PS verseraient ainsi 500 euros par mois à l’Association de Financement du Parti Socialiste. Cettesomme est beaucoup moins importante que les 1.500 euros versés par les députés écologistes à leur parti. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • le remboursement des emprunts liés au foncier, les frais salariaux, l’achat de matérielinformatique, etc… Europe Ecologie-Les Verts n’échappe donc pas à la règle. «Lesécologistes ont établi une stratégie mixte, mélange d’autonomie et d’alliances, car participerà des majorités et disposer d’une place dans l’exécutif est un levier nécessaire pour tout partipolitique : EE-LV est une machine qui a besoin de carburant, d’argent, et donc d’élus et devoix» explique Daniel Boy, directeur de recherches au Cevipof. Le parti écologiste estd’autant plus concerné que sa situation financière est loin d’être excellente : l’achat de sonsiège de La Chocolaterie (20ème) au début des années 2000 juste avant une série de mauvaisrésultats électoraux l’a durablement endetté et le menace encore aujourd’hui de devoir vendreses locaux ou de licencier une partie de sa quinzaine de permanents.Le négociateur en chef Jean-Vincent Placé a beau nier la mauvaise santé économiqueprésumée d’Europe Ecologie-Les Verts – «notre parti n’est pas du tout au bord de la faillite :nous avions 800 élus il y a six ans et en comptons plus de 2.000 aujourd’hui.» – la campagnede sa candidate Eva Joly l’a laissé transparaître à plusieurs reprises. L’hiver dernier,l’ancienne juge d’instruction confiait même aux réalisateurs du documentaire Stratèges sa«responsabilité économique envers Europe Ecologie-Les Verts. Si, quelques semaines avant 50l’élection, je suis crédité de 2,5%, cela ferait perdre trois millions d’euros au parti.»Anticipant son faible score à la présidentielle et la catastrophe financière qu’entraînerait lenon-remboursement44, son équipe de campagne avait entre-temps diminué le budget de lacampagne… Revenant sur son aventure, Eva Joly déclarait à quelques jours du premier tour45qu’elle aurait «aimé bénéficier des services d’une agence de pub, comme les autres, mais toutcoûte beaucoup d’argent. Chez nous, tout est fait maison!»Aujourd’hui, Europe Ecologie-Les Verts peut se satisfaire d’avoir survécu à une séquenceélectorale qui ne lui réussit jamais. Mais ils peuvent remercier pour cela… le Parti Socialiste :l’accord leur permettant de présenter 63 candidats écologistes avec le logo du poing et de larose aux législatives de juin dernier revêtait une composante financière non négligeable.Avant la signature de celui-ci à l’automne 2011, le parti écologiste ne parvenait plus àdécrocher de nouveaux prêts et se voyait dans l’obligation d’augmenter ses capacitésd’autofinancement46. A tel point que les ultimatums que lançaient les écologistes faisaient44 L’Etat prend en charge au maximum 800.000 euros de dépenses, pour les candidats ayant récueilli moins de5% des suffrages45 Entretien dans l’Express, le 18 avril.46 A cette période, Europe Ecologie-Les Verts avait hypothéqué les locaux de leur fédération du Nord-Pas deCalais, fait une levée auprès des groupes locaux et suspendu le versement du salaire de leurs permanents. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • office de «véritable coup de bluff47» et qu’ils n’étaient de toute façon pas en moyen declaquer la porte des négociations… Lors du conseil fédéral de septembre dernier, la trésorièreEva Sas préconisait en effet de «recueillir au minimum 1,5 million de voix en juin prochain,grâce à un score moyen de 6% dans les 577 circonscriptions» en cas de stratégied’autonomie. Pragmatique, elle faisait aussi valoir qu’«un score moyen de 35% dans 80circonscriptions réservées par le PS permettant de réunir 1,8 millions de suffrages» leurassurerait d’honorer les échéances bancaires et de dégager plus d’un million d’euros par an.Depuis la loi du 11 mars 1988 instituant un système de subventions publiques pour luttercontre les financements occultes, l’aide financière que reçoit chaque parti de la part de l’Etatse calcule en effet sur la base du résultat des élections législatives. Une première fractiond’une trentaine de millions d’euros est distribuée proportionnellement aux résultats obtenus aupremier tour des dernières élections législatives. Toutes les formations politiques ayant obtenuau moins 1% des suffrages exprimés dans cinquante circonscriptions peuvent la réclamer.Jusqu’ici, les 859 781 recueillies par les Verts lors des législatives 2007 leur donnaient droit à1,37 millions annuel. Avec 1.418.141 voix obtenues en 2012, Europe Ecologie-Les Vertsverra ce montant grimper à 2,38 millions d’euros par an, jusqu’en 2017, garantissant ainsi une 51certaine stabilité budgétaire. Sans compter qu’une deuxième tranche d’environ 40 millionsd’euros est ensuite répartie en fonction du nombre de parlementaires (42.228 euros par élu)rattachés à chaque parti, à condition que ces derniers soient déjà bénéficiaires de la premièrefraction. Là encore, c’est le cas d’Europe Ecologie-Les Verts : entre 2007 et aujourd’hui, ilsont même vu leur nombre de sénateurs augmenté de deux à douze, et de députés de quatre àdix-sept. Cette allocation a augmenté en cinq ans d’environ 250.000 euros à 1.250.000annuel… De quoi respirer financièrement, donc.Mais aussi étrange que cela puisse paraître, le PS n’avait pas moins besoin de cet accord, tantélectoralement au cours de la campagne présidentielle que pour la mandature à venir. Il a étéla première pierre du vote utile : sans connaître le détail des comptes de ses partenaires,Solférino avait toutefois conscience que son partenaire Europe Ecologie-Les Verts était unepetite structure ayant besoin du financement public : leur garantir un minimum de ressourcesen juin 2012 pouvait les «neutraliser» de façon à éviter toute critique du candidat socialiste,alors que le candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon faisait déjà preuve de47 selon des enquêtes de Marianne du 18 novembre 2011 et le Canard Enchaîné du 23 novembre 2011. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • véhémence et prenait le risque de diviser l’électorat de gauche. La réussite de cettenégociation rentrait également dans la stratégie de communication du candidat socialiste àl’Elysée. S’il a réalisé de nombreuses concessions en matière de circonscriptions, FrançoisHollande a fait valoir sa cohérence et sa fermeté au niveau de ses idées : au cours de lacampagne, il a réaffirmé la prévalence de son programme personnel sur tout autre «accordd’appareil», afin de se draper d’une image d’homme d’Etat et non seulement d’homme departi. François Hollande, qui prenait soin de sa stature de présidentiable, ne voulait pas tomberdans la critique politicienne des «affaires» de Nicolas Sarkozy48 : qu’à cela n’en tienne, lacandidate écologiste Eva Joly lui a rendu un fier service en axant toute sa fin de campagne surce thème.Il faut également avoir à l’esprit que depuis 2002, le scrutin législatif français se déroule dansla foulée de l’élection présidentielle. Pas surprenant dès lors que les états-majors réfléchissentdéjà à l’organisation de la mandature à venir, avant même que le nom de l’hôte de l’Elysée nesoit connu. En échange de «tickets» leur donnant droit à une poignée de députés, EE-LV n’aainsi pas présenté de candidats dans 70 circonscriptions susceptibles de voir un représentantde la gauche absent du second tour suite aux dispersions des voix entre socialistes, écologistes 52et communistes. Utile alors que la logique politique veut que le PS réunisse autour de lui unepartie de la gauche s’il veut espérer devancer l’UMP dans une France encline à votermajoritairement à droite lors des scrutins nationaux. Bien que signée six mois avant le premiertour, cette entente entre socialistes et écologistes garantissait également à François Hollandeune solidarité parlementaire pour la mandature à venir, et sécurisait de fait le projet de loi definances ou le budget de la sécurité sociale. Car le risque existait - il a été matérialisé par lescrutin présidentiel serré - que la composition de l’Assemblée nationale n’offre pas de largesmarges de manœuvres au PS. Sans affirmer publiquement leur désir d’avoir une majoritéabsolue afin de ne pas être accusés d’avoir des visées hégémoniques, le Parti Socialiste alancé plusieurs appels pour qu’une «vague rose» et non rose-verte-rouge, vienne conforterl’élection de François Hollande. La question de savoir si le gouvernement disposerait d’unemajorité absolue ou relative a son importance : elle est la garantie de pouvoir voter, et doncaccélérer la mise en œuvre de ses réformes sans risquer d’être mis en minorité.48 Affaire Bettencourt, Affaire Karachi, Affaire Khadafi, etc. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Avant même les élections législatives, la configuration de la future Assemblée nationale étaitdonc dans toutes les têtes socialistes. La principale crainte étant que le PS et ses alliés naturelsdu PRG doivent composer avec les députés du Front de Gauche, seul parti avec qui Solférinon’était pas parvenu à trouver d’accord législatif et qui avait pour objectif initial de se faireentendre, de ne pas laisser socialistes et écologistes à avoir la majorité à eux seuls. A l’imagedu futur Président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone qui a estimé souhaitable que lePS «ait la majorité absolue sans les Verts»49, de nombreux socialistes ne cachaient pas leurdésir d’hégémonie pour ne pas avoir besoin de compter sur leur partenaire écologiste…Comment le justifier ? Le fait d’avoir la majorité absolue faciliterait l’action du gouvernementet lui conférerait une légitimité encore plus importante en Europe. Motif officieux : la néo-Ministre Cécile Duflot venait de leur donner un avant-goût de sa conception de la solidaritégouvernementale avec une polémique sur la légalisation du cannabis, permettant de douterraisonnablement de la fidélité du groupe écologiste.La joie se lisait donc sur les visages socialistes, le 17 juin au soir. Ils obtenaient 280 députés àeux seuls et 314 avec leurs alliés historiques (divers gauche et radicaux de gauche), soit bienplus que la majorité absolue établie à 289 sièges. Avec 17 députés depuis le retrait de Cécile 53Duflot qui reste au gouvernement, Europe Ecologie-Les Verts –partenaire plus indépendant etdonc plus imprévisible que les deux forces satellites citées ci-dessus – obtient la meilleurereprésentation parlementaire de la courte histoire verte, mais ne sera pas indispensable auParti Socialiste : l’écologie politique ne pèsera pas autant qu’espéré à l’Assemblée nationale.Un soulagement pour Solférino et l’Elysée qui peuvent se targuer de contrôler des pouvoirsque la gauche n’avait encore jamais eu sous la 5ème République à savoir, la présidence, legouvernement, l’Assemblée nationale et le Sénat ainsi que la quasi-totalité des régions, lestrois-quarts des grandes villes et une grosse majorité des départements. D’autant plus quecette puissance institutionnelle ne s’accompagne d’aucuns partenaires suffisamment forts pourentretenir le débat et jouer un rôle de pouvoir de contrainte envers le parti social-démocrate.Cette relative interdépendance entre écologistes et socialistes ne garantit pas pour autant desrelations apaisées sur le plan national. Depuis quinze ans, les deux partis se retrouventrégulièrement à la table des discussions pour tenter de se mettre d’accord. Pourtant lanégociation n’a aboutie qu’à deux reprises. Si l’accord de la «gauche plurielle» avait permisen 1997 à Lionel Jospin d’accéder à Matignon et aux Verts d’obtenir 6 députés et 1 Ministre,49 Le 3 juin 2011, lors du Grand Rendez-vous Europe 1 / Le Parisien / I-Télé Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • seuls les députés sortants avaient ensuite été reconduits en 2002, au terme d’un accord a-minima. Bis répétita en 2007, seuls des accords locaux ont permis aux écologistes d’êtrereprésentés à l’Assemblée nationale. Et pour cause, la direction nationale avait claqué la portede Solférino après avoir réclamé une soixantaine de circonscriptions, dont la moitié degagnable, tandis que le PS n’était disposé qu’à leur en réserver 14, dont à peine la moitié degagnables.Avant d’aboutir à un accord électoral et programmatique historique en 2012, la négociation aété ponctuée de lourdes menaces et d’ultimatums vindicatifs. L’élément de langage sembleavoir été répété par l’ensemble des écologistes, à l’automne dernier : dans la bouche de lacandidate à l’élection présidentielle Eva Joly, cela donnait «pas question d’échanger nosprincipes contre quelques circonscriptions», dans celle de la secrétaire nationale CécileDuflot «nous sommes prêts à n’avoir aucun députés plutôt que de renier nos convictions»tandis que l’Adjoint au Maire de Paris Denis Baupin le formulait dans ces termes : «S’il fautrenoncer à nos convictions pour avoir des députés, il n’y aura pas de députés, c’est clair» ! Dans un entretien accordé au 54 Journal du Dimanche le 22 octobre, la patronne écologiste rappelle les conditions posées, insistant sur le fait que nous «sommes prêts au compromis, comme nous sommes prêts aussi à constater qu’il n’y a pas d’accord.» Ulcérés par cette pression médiatique imposée par leurs partenaires, les socialistes et en particulier le camp Hollande menacent de nenégocier qu’après le premier tour, sur la base exclusive du score d’Eva Joly. L’ancienneporte-parole des Verts et alors membre de l’équipe de campagne de François Hollande,Aurélie Filipetti, lui répond le lendemain dans le JDD : «Le Parti Socialiste a totalementintégré la problématique environnementale dans son programme. Notre doctrine a changé,les temps ont changé : les Vert ne sont plus en position d’exiger quoi que ce soit. L’avenir de Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • l’écologie, c’est le PS.» La bataille était à couteaux tirés entre deux états-majorsintransigeants, pleinement conscient qu’ils étaient là en train de bâtir le rapport de force de laprochaine mandature et qu’il était hors de question de céder du terrain.Si Europe Ecologie-Les Verts accepte de nouer des accords pour ne pas «être marginalisé» ets’inscrire durablement dans l’exercice du pouvoir afin d’infléchir la politique du PartiSocialiste, ils ne cachent pas nourrir l’ambition de faire à plus ou moins long-terme del’écologie politique l’idéologie du 21ème siècle ! Militants ou élus, beaucoup sont convaincusde transposer le processus de dépassement qui avait vu, au début du 20ème siècle, la SFIOconcurrencer de plus en plus fortement les radicaux de gauche. «Tout comme l’idéologie duParti Radical n’était plus adaptée aux valeurs de la société au sortir de la première guerremondiale, l’idée défendue par le PS qu’une croissance économique infinie puisse permettre àl’Etat-providence d’augmenter les revenus de tous n’est plus d’actualité. Or, son appareilbureaucratique ne peut pas sortir de ce paradigme» veut croire Hervé Morel, patron d’EE-LV Paris et professeur à HEC. Une représentation de l’avenir ambitieuse pour leur parti, queles écologistes justifient en faisant référence aux Tragédies de Shakespeare, où l’écrivainbritannique explique que les cycles de puissance ne cessent de se défaire pour recommencer, 55modifiant constamment les structures de pouvoir. «Si nous faisons parfois des accords avec lagauche, ce n’est pas parce que nous sommes solubles dans le PS, c’est une contrainte due aumode de scrutin. L’écologie politique, c’est un nouveau paradigme dans l’échiquieridéologique du débat politique, ce n’est pas un parti de la gauche traditionnelle, c’est unenouvelle forme d’espoir jadis représentée par la gauche, aujourd’hui par nous» lance YvesCochet50. A écouter les dirigeants d’EE-LV, l’écologie politique bien qu’encore enconstruction, serait la remplaçante toute trouvée d’idéologies appartenant au passé, et surlaquelle se fonderait encore le Parti Socialiste, comme la social-démocratie, le communismeou le libéralisme.Cette ambition avait déjà été matérialisée le 30 septembre 2011 lors d’une réunion de travailentre les écologistes français et leurs collègues allemands des Grünens, par la secrétairenationale Cécile Duflot. Cette fois-ci, elle n’avait pas hésité à affirmer que «la force montantede l’écologie dépassera à coup sûr la social-démocratie au XXIème siècle.» De retour àSolférino pour négocier l’accord sur la séquence électorale 2012, elle avait assumé sa phrase50 Yves Cochet : «Eva Joly n’a jamais tiré contre le PS», Le Monde, 24 novembre 2011 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • tout en niant vouloir «faire du Parti Socialiste le PRG de demain : ce n’est pas qu’unequestion de rapports de forces mais aussi de démontrer que les solutions écologistes sontpertinentes pour régler les problèmes […] d’une crise qui mérite des solutions du XXIèmesiècle puisque la crise que l’on vit aujourd’hui n’est pas conjoncturelle mais celle d’unmodèle de développement court-termiste» s’explique-t-elle dans l’émission Preuves par 3, surPublic Sénat. Au cours d’un entretien téléphonique qu’il m’a accordé, le politologue DanielBoy vient prudemment – «c’est difficile d’établir des prévisions, ce sont autant des questionsphilosophiques que de science politique» – à son secours, en expliquant qu’un cyclehistorique existe bel et bien et que l’écologie politique aura bien vocation à supplanter lasocial-démocratie, à terme. «Pour autant, la direction nationale d’EE-LV n’imagine pasdépasser le PS dans les deux ans ou trois ans à venir : il ne faut pas confondre la concurrenceimmédiate, qui peut se régler avec des accords, et ce qui peut être une vision à long-termedans une voire plusieurs décennies» clarifie-t-il.Surtout que l’écologie politique n’est pas si vieille, elle n’existe en réalité que depuis un peuplus d’une génération. Fatras d’idées nouvelles émergeant après Mai 68, elle rassembleinitialement une myriade de causes sans liens cohérents apparents, séduisant autant des 56féministes combattant pour la libération de l’avortement et la contraception que des militantsde la cause homosexuelle, des défenseurs des sans-papiers, des maoïstes, des partisans de lanon-violence, des journalistes de la presse alternative, des trotskistes, des marxistes-léninistes… qui ont tous des subtilités de discours et des stratégies différentes. Ils se fédèrentdans le but commun de «changer le monde, à un moment où la croissance et le progrès ontlaissé place à une succession de crises qui voient l’Occident sortir de la croissance commevecteur de progrès social» explique le sociologue-spécialiste de l’écologie politique, ErwannLecoeur51. En cela, l’écologie s’est formée dans le contre-modèle de la social-démocratie. Parla suite, les idées de la «deuxième gauche» véhiculées par la CFDT et le PSU vont beaucoupinfluencer l’écologie, avec l’arrivée de nombreux militants de ces deux organisationssyndicales et politiques. Pour autant, cette riche histoire d’idées fait-elle de l’écologiepolitique une idéologie ? Non, à en croire la définition de Guy Rocher qui la déterminecomme «un système d’idées et de jugements, explicite et généralement organisé, qui sert àdécrire, expliquer, interpréter ou justifier la situation d’un groupe ou d’une collectivité et qui,s’inspirant largement de valeurs, propose une orientation précise à l’action historique de ce51 Des écologistes en politique, 2011. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • groupe ou de cette collectivité.» Or, l’écologie politique n’a pas encore de pensée identifiée,de programmes à proprement parler qui dépasse quelques propositions à visée électoraliste.L’écrivain et journaliste Daniel Simonnet va encore plus loin dans une tribune publiée dansLe Monde52 : «l’alchimie entre ce mélange libéral et libertaire ne s’est pas précipité en unepensée singulière, cohérente. Lécologie est culturelle, sociale, philosophique peut-être, voirepoétique», mais pas politique.Ne se laissant pas abattre si facilement, les écologistes développent depuis plusieurs annéesleur plateforme idéologique, afin de ne pas s’enfermer dans le seul segment environnementalpas toujours payant électoralement : entre son discours d’investiture où elle devait rassurer lesmilitants de son écolo-compatibilité et ses vœux aux Français réalisés le 30 décembre, lediscours d’Eva Joly a pour le moins évolué : la candidate d’EE-LV n’y a pas prononcé uneseule fois les mots «écologie», «environnement» ou «nature» mais a disserté abondammentsur l’économie ou la justice. Et pour se donner les moyens de dépasser à terme le grand frèresocialiste, ils sont de plus en plus tentés par lier la question sociale dans la questionenvironnementale : «l’écologie, ce n’est pas de l’idéologie, c’est du simple bon sens. Lessocialistes, s’ils disent combattre les inégalités, ne comprennent pas que la crise écologique 57majeure que nous traversons pèsera et pèse d’abord sur les plus pauvres d’entre nous»expliquait ainsi Nicolas Hulot dans une interview accordée au Monde53. La question sous-jacente au dépassement de la social-démocratie par l’écologie politique, et donc de leurconcurrence actuelle et future, est en réalité de savoir si la question sociale (inégalités, travail)sera un jour remplacée par la question environnementale dans les préoccupations desélecteurs54. Autre preuve que le «Grand soir Vert» n’est tout de même pas pour si tôt, lesécologistes rivalisent électoralement avec le PS uniquement sur certaines élections locales etsupranationales, mais jamais nationales. Autant dire que la social-démocratie a encorequelques années devant elle… si elle parvient à dépasser ses propres limites.Car la dernière crise financière a poussé la social-démocratie dans ses derniersretranchements, selon Rémi Lefèbvre, professeur en science politique à l’université de Reims52 Le 2 avril dernier : «L’écologie n’est pas morte, c’est l’écologie politique qui n’existe plus ».53 8 février 2012, «Hulot : Je n’aurais pas dû me laisser intimider»54 Dans un baromètre sur la perception des risques en France commandé par l’Institut de Radioprotection et deSûreté nucléaire (IRSN), on apprend que la dégradation de lenvironnement nest plus une inquiétude que pour12% des Français, contre 24% en 2006. La crainte du chômage écrase toutes les autres angoisses. Petit motif desatisfaction pour les écologistes ? Sous leffet de la catastrophe de Fukushima, lappréhension concernant lerisque nucléaire a gagné 10 points depuis le baromètre 2011 et prend la 4ème place (18%) devançant même lesquestions de sécurité publique. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • et co-fondateur du club Gauche Avenir55 : «la crise a ouvert une fenêtre susceptible defavoriser l’aggiornamento social-démocrate, elle a fragilisé l’aile droite des partis sociaux-démocrates, mais la question du rapport au libéralisme n’a pas véritablement été tranchée.»De fait, l’idéologie social-démocrate ne semble pas s’être adaptée à l’évolution de la société etde l’économie, l’incitant à mieux prendre en compte certains méfaits de la mondialisation etcertaines dérives néo-libérales. Confrontés à la vision d’un réel indépassable, les partissociaux-démocrate – que ce soient le Labour anglais, le SPD allemand ou le PS français -n’imaginent plus pouvoir construire un nouveau rapport de forces avec le capital.L’économiste Frédéric Lordon, affilié au club des «Economistes attérés» et soutien Jean-LucMélenchon lors de la dernière campagne, pose une grave question dans une chronique publiéepar Télérama56 : «après deux décennies de conversions à tout va, le PS est-il encore «degauche» ? Ils ont fait de la construction européenne de Maastricht-Lisbonne uninquestionnable du débat politique… Or, qui cherche vraiment le fin mot des inégalités doitchercher à modifier ce cadre reconnaissant le primat de la finance actionnariale etl’orthodoxie de politique économique sous surveillance des marchés: si dans le « certaincadre » il n’y a pas d’autre solution possible, il y a néanmoins toujours la solution de sortirdu cadre. Et de le refaire. Les choses deviennent alors étrangement simples sous cette 58perspective : être de gauche, c’est être prêt à attaquer le cadre.» «Le PS peut parfois donnerl’impression d’être fébrile, d’avoir peur car il a des vieilles réponses à des vieilles questions.Les socialistes craignent les écologistes comme ils peuvent avoir peur du centre-gauche ou dusocialisme historique prôné par Jean-Luc Mélenchon» renchérit le politologue Daniel Boy.Sa mue serait d’autant plus urgente que le reste de la gauche ne lui fait plus de cadeau :entonnant le créneau de cadres du Front de Gauche, certains militants écologistes n’hésitentplus à dénoncer une social-démocratie «pervertie par le néo-libéralisme», avec l’acceptationde l’ordre établi comme seul ordre possible. Dans son livre paru 201157, l’Adjoint au Maire deParis va même plus loin, en expliquant que les personnalités politiques, libéraux commesociaux-démocrates, n’auraient pas suffisamment de vision ni de caractère pour faire face auxlobbies et renoncer au modèle économique libéral planétaire… Fervent opposant aux «khmersverts» dans sa ville de Lyon, le Maire PS Gérard Collomb veut croire au renouvellement desidéologies du PS, qui «ne raisonne plus avec l’idéologie communiste dominante du début du55 «La ligne social-démocrate ne fonctionne plus» sur la vie en rose, blog du journaliste David Revaultd’Allonnes.56 «Présidentielle J-51 : la campagne vue par Frédéric Lordon»57 « La planète brûle, que font les politiques ?» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • XXème siècle ou l’idéologie social-démocrate du XXème siècle mais pas non plus avec lesméthodes actuelles des Verts» défend-il sur Public Sénat. Et même si les négociateurs deFrançois Hollande ont limité les concessions dans le dernier accord programmatique, unepartie des socialistes dont les aubrystes avaient commencé à lâcher du terrain, comme lerapportent Anne-Sophie Mercier et David Revault d’Allonnes, dans Le Monde58: «on n’étaitplus dans l’hégémonie, dans la domination, mais presque dans un rapport d’égal à égal»explique le négociateur PS Philippe Martin, tandis que le conseiller de la première secrétaireGuillaume Bachelay proclamait lui, la «naissance de la social-écologie» à la publication del’accord programmatique. 2) Des relations «bipolaires» exacerbées à Paris aris est aujourd’hui ancrée comme une ville de gauche. Mais durant des dizainesP d’années, il n’en a pas été ainsi. Depuis les débuts de la IIIème République, la capitale était acquise à la droite. Et l’élection de son premier Maire en 197759 n’y changearien : elle resta sous la domination de Jacques Chirac et du RPR pendant plus de vingt ans 59encore. Mieux, le Maire de Paris sortant réalisait le «Grand Chelem»60 en 1983 et 1989. Quiaurait cru, dans ces années fastes pour la droite, que le basculement à gauche de ce fiefchiraquien était en marche ? Surement pas les socialistes, qui avaient intériorisé quesociologie électorale oblige, ils ne seraient jamais majoritaires à l’Hôtel de Ville.En réalité, le processus aurait débuté avec les premières opérations de rénovation urbaine(revalorisation du parc résidentiel, transformation du tissu industriel et commercial) lancéespar l’Etat, qui ont subtilement amorcé l’embourgeoisement de la capitale. Sans le vouloir –ces chantiers devaient initialement stopper l’hémorragie démographique frappant le Parispopulaire de l’après-guerre – la revalorisation de l’espace public parisien a progressivementmodifié la population disposée à vivre au cœur de la capitale. Sans conséquence électoraledans les années 1980, les constructions neuves du 15ème arrondissement puis lesréhabilitations de l’ensemble de la rive gauche (5ème, 6ème, 13ème et 14ème arrondissements) ontété les prémices d’une gentryfication61, ayant contribué plus tard à l’évolution des attentes58 « Comment les verts ont détaché le PS du nucléaire », Le Monde, 21 novembre 201159 La ville de Paris était jusqu’alors dirigée par un Préfet nommé sur décret de l’Elysée60 L’expression «Grand Chelem» désigne le fait qu’un parti, ici le RPR, arrive en tête dans tous lesarrondissements de la capitale61 Anne Clerval, « Les dynamiques spatiales de la gentryfication à Paris », Cybergeo, juillet 2010 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • politiques et du comportement électoral des Parisiens. Accompagnée d’une vague dedésindustrialisation, la hausse continue des prix de l’immobilier de la capitale ainsi que celledes loyers imposa en parallèle une logique ségrégative, rejetant les populations modestes ducentre de Paris vers la petite, voire la grande couronne. Parallèlement, le Maire de Parisentame à la fin des années 1980 la plus importante phase de cette rénovation urbaine, avec laréhabilitation du Nord et de l’Est de la capitale, majoritairement peuplés de classes populairesmais à l’époque électoralement acquis à Jacques Chirac. Ces nouveaux chantiers devantembellir ces quartiers populaires vont provoquer la fuite d’une partie de son électorat, âgé ettraditionnellement de droite. «En chassant cyniquement vers la petite couronne les Parisiensaux revenus les plus modestes et en construisant massivement des logements intermédiaires(PLI), la droite s’est prise à son propre piège : elle a fait venir à Paris des classes moyennescertes plus aisées, mais vivant toutes les réalités du salariat et donc de la précarité croissantede l’emploi» déroule le Maire PS du 11ème arrondissement Patrick Bloche, dans le livreSocialistes à Paris.Plus aisés mais aussi plus jeunes et confrontés aux effets secondaires de la mondialisation,cette nouvelle population de cadres moyens et supérieurs qualifiés va accélérer la fuite de la 60population ouvrière de la capitale, en s’installant elle-même dans des quartiers de l’Estparisien, les seuls encore accessibles à la vue de l’évolution exorbitante du prix du mètre carréailleurs dans Paris. Ce phénomène n’est pas visible uniquement au sein de la capitalefrançaise, mais se constate dans tous les centres-villes des mégalopoles mondiales, Londrescomme New York. Politiquement, il marque le début de la reconquête de la gauche. Auxmunicipales de 1995, la gauche redevient majoritaire dans six mairies d’arrondissements dunord-est parisien (3ème, 10ème, 11ème, 18ème, 19ème, 20ème). Six ans plus tard, les écologistesprésentent des listes pour la première fois dans l’ensemble des quartiers, réalisent un score àdeux chiffres dans les arrondissements centraux et péricentraux… et deviennentindispensables au Parti Socialiste. Dans l’espoir de faire passer l’Hôtel de Ville de Paris àgauche, les socialistes reconnus comme des élus sérieux et crédibles font alors de la place auxVerts, pourtant considérés jusqu’ici comme novices et utopiques. Cette alliance d’entre-deuxtours permettra au PS de garantir l’unité de la gauche pour l’emporter sur la droite. Au-delà decet avantage purement mathématique, elle lui permet également de se repositionner commeune force de changement, après des années d’échecs électoraux parisiens et alors que lasocial-démocratie n’était déjà plus en grande forme sur le plan idéologique. «Les Vertsprésentaient le visage d’une gauche moderne, correspondant mieux à la sociologie parisienne Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • notamment sur des quartiers aux modes de vies novateurs comme le Sentier, le Marais ouPernety» reconnaît Thomas Antoni, un militant socialiste du 14ème arrondissement. L’alchimieentre les deux formations fonctionne puisqu’au second tour, l’assise territoriale de la gauches’étend de l’Est jusqu’au centre de Paris. Grâce aux électeurs verts, la liste de la «gaucheplurielle» remporte la majorité des postes de Conseillers de Paris dans des arrondissementsqui apparaissent comme des bases fortes de l’écologie politique (2ème, 4ème, 9ème, 14ème), ainsique ceux du 13ème arrondissement. Détails des scores de la gauche au premier tour des élections municipales à Paris 1995 2001 2008 Suffrages obtenus par 30,20% 31,30% 42,90% le PS et ses alliés Sièges au Conseil de 58 69 90 Paris 61 Suffrages obtenus par 7,10% 13,10% 6,80% les écologistes Sièges au Conseil de 5 23 9 ParisUn comble : c’est au moment où Paris dit au revoir à ses classes populaires que la capitale –longtemps fief de la droite – bascule à gauche en 2001 ! Mais alors que la victoire de lagauche plurielle et renouvelée semblait également due à la défaite d’une droite divisée, entretibéristes et séguinistes, les commentateurs de la vie politique parisienne l’imputent euxprincipalement à «la nouvelle sociologie de la capitale». Autrement dit, à ces fameux «bobos»pour reprendre cette appellation aucunement scientifique désignant les bourgeois-bohèmes.Ressemblant sociologiquement aux électeurs de droite du fait de leur niveau de vie aisé, cettepopulation rajeunie et diplômée arrivée en parallèle de l’embourgeoisement de Paris amajoritairement voté à gauche en 2001. Occupant des positions professionnelles fortementprécarisées depuis les années 90, ces «nouveaux Parisiens» venus de quartiers plus riches dela capitale, de banlieue ou de province cumulaient bon nombre de caractéristiques favorisant Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • le vote à gauche. Loin d’attendre des propositions sur le logement ou le pouvoir d’achatformulées par une gauche sociale et populaire, ces «bobos» se reconnaissent dans ce que l’onpourrait appeler la gauche sociétale, attentive sur les questions touchant aux mœurs, aux droitsde l’homme ou encore au cadre de vie. Thèmes que le candidat socialiste Bertrand Delanoëavait pour partie repris, développant notamment des propositions en matière d’écologieurbaine et en s’alliant avec les Verts. «En 2001, nous avons été capables de mettre en face decette mutation sociologique une offre politique, conjointement avec les écologistes» se féliciteencore aujourd’hui l’ancien adjoint au Maire, Christophe Caresche.Parallèlement, le processus de gentryfication continue sa progression dans les arrondissementsde l’Est de la capitale – fortement dotés en conseillers de Paris – et gagne des quartierscomme la Goutte d’Or (18ème), les Buttes Chaumont (19ème), le canal de l’Ourcq (19ème),Belleville (20ème) ou la porte de Bagnolet (20ème). Selon Matthieu Jeanne, doctorant-chercheurà l’Institut Français de Géopolitique, «un tiers de la population parisienne change tous les dixans : des étudiants en fin de cursus ou des jeunes actifs, âgés de 25 à 39 ans, surdiplômés etprécarisés, s’y installent alors», bien souvent dans ces quartiers, où les prix de l’immobiliersont moins élevés. Après les «pionniers» arrivés dans les années 90, à la recherche d’uneauthenticité populaire ainsi que d’un environnement villageois à proximité d’espaces verts, 62qui ont entraîné la mutation politique de certains bastions jusqu’à peu sous dominationchiraquienne ; une seconde catégorie de gentryfieurs investit massivement ces quartiers del’Est parisien depuis le début des années 2000. Ce sont ces nouveaux Parisiens, souventcaricaturés comme des «bobos», qui vont renouveler la population de l’Est de la capitale pouren faire le terreau électoral de la gauche sociétale. Contrairement à l’idée répandue quivoudrait que ce terme fourre-tout désigne une nouvelle catégorie sociale homogène,les «bobos» sont aussi bien des personnes installés en professions libérales que des cadres ausein d’entreprises de communication, des journalistes, des enseignants de la fonction publiqueou encore des intermittents du spectacle. Certains n’ont plus d’attentes matérielles mais lamajorité sont des «intellos précaires.» Leur seul point commun ? Ils possèdent tous unimportant niveau d’éducation, et ont un mode de vie «libertaire» à priori semblable : ilsaccordent beaucoup d’importance à l’environnement, sans pour autant votersystématiquement pour les Verts.Par la suite, les succès du PS parisien et de ses alliés dans l’ensemble des scrutinsintermédiaires locaux (2004, 2008, 2010) et leur capacité à limiter les succès de la droite lors Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • des scrutins nationaux (2002, 2007)62 avant de la battre en 2012 vont peu à peu consacrer laprééminence de la gauche sur la capitale. Bien que défavorables nationalement à la gauche,les élections législatives de 2002 et 2007 permettent au PS parisien de gagner respectivementtrois nouvelles circonscriptions puis une, notamment dans le centre parisien et la rive gauche.Pour la première fois dans l’histoire du premier tour d’une élection présidentielle sous la VèmeRépublique, le candidat de la gauche en 2012 est arrivé en tête dans la capitale. Il amplifieégalement son score au second tour, avec un écart de onze points entre lui et son adversaireNicolas Sarkozy, quand il n’est que de trois sur le plan national… Avec la prise de la capitale,il semble aujourd’hui raisonnable d’affirmer que Bertrand Delanoë et le PS parisien ontdepuis su inverser les rapports de force et faire de cet ex-bastion chiraquien un fief de gauche.L’éditorialiste de France Inter Thomas Legrand, auteur du documentaire «Stratèges» diffuséaprès la présidentielle sur Canal +, est sans appel : les chances de l’UMP de remporter unscrutin à Paris sont désormais «aussi probables que les chances d’un indépendantiste corse dese faire élire à Strasbourg.» Plus mesuré, le patron du PS parisien et également Maire du10ème arrondissement, archétype des quartiers de centre-ville gentryfié où le départ des classespopulaires a été comblé par l’arrivée massive de classes sociales plus aisées, explique que «cen’est pas structurel mais la capitale est devenue un fief de gauche. Lorsque vous regardez la 63sociologie parisienne, il ne faut tout simplement pas la caricaturer comme bourgeoise etconservatrice, il ne faut pas confondre capital immobilier et financier avec le capital culturel,il ne faut pas faire abstraction de la jeunesse et du niveau de diplômes…»Aujourd’hui, Paris semble ancré à gauche au point que le jeu politique oppose davantage lesdeux partenaires ayant réussi à faire basculer la capitale – socialistes contre écologistes – quele traditionnel combat bipolaire, gauche contre droite. En effet, l’UMP ne semble pas encoreprête au renouvellement tandis qu’Europe Ecologie-Les Verts a su s’imposer ces dernièresannées au-delà d’un simple partenaire, mais comme un rival du Parti Socialiste parisien à partentière. Leur participation au pouvoir leur a permis de faire évoluer leur image. Le porte-drapeau des Verts en 2001 Yves Contassot explique que «l’accession au pouvoir municipalnous a permis de nous crédibiliser. Avant 2001, personne n’imaginait des «babacools» gérerdes budgets en milliards d’euros ! C’est d’ailleurs pour ça que j’ai dû faire la campagne de2001 en costume-cravate, ce n’était pas un plaisir. Mais au final, je me suis retrouvé avec unedélégation incluant 10% du budget municipal et avec 11.000 personnes sous mes ordres, soit62 Matthieu Jeanne, IFG, Les échecs de la droite parisienne depuis 2001 font-ils de Paris un fief de gauche ? Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • plus important encore que le Ministère de l’Environnement et de l’Aménagement du territoireque gérait à l’époque Dominique Voynet» analyse-t-il. Depuis 2001, ils en ont nourri desambitions… mais des échecs également. Sauf qu’aujourd’hui pour Europe Ecologie-LesVerts, il est bien loin le temps où Dominique Voynet n’obtenait à Paris qu’1,53% au premiertour de l’élection présidentielle 2007, soit une baisse – certes symbolique – de 0,04% parrapport à son score national, puis les municipales 2008 où ils virent leurs positions se rétracterpar rapport à 2001, à la suite d’un score moitié moins important (6,78%). Car depuis, lesVerts, devenu Europe Ecologie, ont obtenu près de 27,5% des suffrages aux européennes dejuin 2009 dans la capitale, avec des performances à plus de 35% dans le centre et l’estparisien. Une zone qui confirme ses préoccupations écologiques un an plus tard auxrégionales 2010, avec des scores avoisinant les 28% quand Europe Ecologie réalise tout demême 20,57% dans l’ensemble de la capitale. En 2012, Eva Joly double son triste scorenational (2,31%) dans les 2ème, 3ème, 10ème, 11ème et 18ème arrondissements, réalisant enmoyenne 4,18% dans la capitale. Les 4ème et 20ème arrondissements complètent la géographieélectorale63 du vote écologiste parisien. Europe Ecologie-Les Verts dépasse même les 10% aupremier tour des élections législatives 2012, confirmant dans une séquence électoralenationale qui ne leur réussit que très rarement, leurs bons scores parisiens enregistrés aux 64dernières régionales et leur percée des dernières élections européennes. Le Parti Socialiste dela capitale pourrait bien avoir du souci à se faire…«Pour autant, prévient le député de Paris Christophe Caresche, au rythme auquel la capitales’embourgeoise, il n’est pas dit que la situation à terme reste favorable à gauche.» Qu’onl’appelle embourgeoisement, évolution sociologique ou gentryfication, le phénomène qui viseà faire de Paris une ville uniquement de cadres l’inquiète. Car l’attractivité de l’espaceparisien rend cette hypothèse inéluctable : capitale centralisant l’appareil d’Etat et le pouvoiréconomique, au cœur d’une métropole internationale où les cadres supérieurs sont déjàmassivement présents, vivre à Paris sera bientôt réservé aux acquéreurs aisés et aux locatairesles plus solvables. Cet ancien fidèle de Bertrand Delanoë craint que l’univers libéral danslequel vivraient les citoyens aisés et instables politiquement de la capitale, ne finisse pas leurfaire adopter des valeurs plus en phase avec leur environnement et ne les guide vers un votede droite. Aujourd’hui séduites par l’écologie urbaine de la gauche plurielle, rien63 A noter que ces zones de forces d’Europe Ecologie-Les Verts sont également le lieu de mutations urbainesimportantes, avec réhabilitation du parc de logement et arrivée d’une nouvelle population, majoritairement descouches moyennes et supérieures. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • n’empêcherait ces classes moyennes et supérieures de voter demain à droite si l’UMPparvenait à faire son aggiornamento sur les questions sociétales.Le mécanisme du marché du logement faisant, les électeurs les plus précaires de la gauchesociétale (et non sociale) devraient être les prochains à être amenés à quitter Paris. Attirés parun coût du foncier moins élevé et le développement de la petite couronne où s’implantedésormais de grandes entreprises, la fuite des classes moyennes les plus paupérisées pourrejoindre la Seine-Saint-Denis ou le Val-de-Marne a même déjà débuté ! Ce qui poseévidemment problème au Parti Socialiste, dans la mesure où ces professions intermédiaires etautres salariés du secteur public, bénéficiant d’un niveau de vie confortable et d’un emploistable, représentent la colonne vertébrale de leur électorat parisien64. Ne pouvant pas sereposer uniquement sur les classes moyennes supérieures - volatiles et par définitionsusceptibles de retourner à droite selon l’offre politique - pour inscrire durablement Paris àgauche, le Parti Socialiste a nécessairement besoin de ces classes moyennes inférieures. Dumoins, c’est l’analyse que tirent certains de la politique menée par la majorité municipale cesdernières années. «Comme l’UMP en son temps, le PS ne fait rien pour maintenir les classespopulaires dans la capitale. Il table essentiellement sur les classes moyennes : lorsque 65l’équipe Delanoë créé des logements sociaux dans le 20ème arrondissement, c’est du PLIréservé aux classes moyennes et supérieures afin de les retenir dans la capitale» dénonceDominique Foing, journaliste indépendant, spécialiste des Verts et ayant enquêté récemmentsur la gestion du Maire de Paris.Alors que l’habitat social – doublé sous Delanoë pour parvenir au seuil de 20% fixé par la loiSRU - apparaît aujourd’hui comme l’outil le plus adapté pour freiner l’embourgeoisement dela capitale, seuls 10% des logements sociaux parisiens étaient adaptés, en 2007, aux plusmaigres revenus. Selon le journaliste Yvan Stefanovitch, «les familles paupérisées ne peuventpas postuler à des logements sociaux de type PLS ou PLI, où ils engloutiraient la moitié si cen’est plus de leur salaire65.» Le développement des espaces verts et d’initiativesd’appropriation de l’espace urbain66 serait également une autre «preuve» que l’équipemunicipale accompagne les désidératas des gentryfieurs, dans l’espoir de les fixer à gauche.Ceux-ci seraient en effet attentifs aux environnements (Canal de l’Ourcq, Canal Saint-Martin,64 Avec le faible électorat populaire résidant dans les logements sociaux de la capitale.65 Yvan Stefanovitch, Bertrand le magnifique, 2007.66 La gestion de jardins partagés ou l’organisation de repas de quartiers en pleine rue sont des appropriations del’espace urbain, Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Parc de la Villette, des Buttes Chaumont ou de Belleville, etc…) tranchant avec la densitéurbaine caractérisant habituellement Paris, ainsi qu’aux réseaux de proximité et à la vie dequartier.Cette prééminence de ces «nouveaux parisiens» inscrits aujourd’hui dans la gauche sociétale,alors qu’en parallèle l’électorat populaire de la capitale ne cesse de diminuer, exacerbe lesdivisions entre formations de gauche. Il faut reconnaître que le socialisme, qui n’a jamaisvraiment été «populaire» à Paris67, ne dominerait pas l’Hôtel de Ville s’il ne partageait pasavec les Verts cet électorat cultivé et diplômé, désireux de ne pas se laisser enfermer dans unseul parti politique. «L’effondrement du Parti Communiste nous a posé une difficulté dans lesannées 80 : alors que nous n’avons jamais eu la prétention de nous adresser aux mêmesélecteurs, il nous fallait nécessairement reconquérir son électorat ouvrier, afin de leconserver à tout prix à gauche» explique Christophe Caresche, député de Paris et ancienadjoint de Bertrand Delanoë. En vain. La succession de gouvernements de gauche à la fin desannées 80 et au début des années 90, trop occupés à prendre le virage libéral, éloignèrentencore un peu plus le PS des ouvriers et des classes populaires. 66Déjà en 1995, le futur Premier ministre Lionel Jospin recueillait davantage de voix chez lescadres et professions intellectuelles supérieures (31%) que chez les ouvriers (24%).Parallèlement, le Parti Socialiste se découvrait des accointances de plus en plus importantesavec les classes moyennes salariées, attachées aux valeurs individualistes du libéralismeculturel. «La géographie électorale nous a rapidement poussé vers les grands centres villes:la précarisation de beaucoup de professions intellectuelles, les modifications de leursconditions de travail les a peu à peu amenés à se retrouver dans la gauche, réduisant ainsi lanécessité pour nous d’aller séduire les classes populaires» argumente l’élu socialiste. Le PSparisien a d’autant plus intérêt à prendre en compte cette évolution de sa sociologie électoraleque le vote ouvrier, assez faible en nombre, n’est plus du tout conséquent ni stratégique dansles grands centres-villes. Aux élections municipales de 2001, le Parti Socialiste est sanctionnénationalement mais remporte les deux villes les plus riches de France, Paris et Lyon, grâceaux quelques voix des classes populaires mais surtout aux votes des classes moyennessupérieures. «L’évolution sociologique de notre électorat est symptomatique dans la capitale,67 La géographie électorale des zones de forces du PS sur le territoire national est en ce sens éloquente : lasociologie électorale du PS n’est pas la même dans la capitale française que dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • où le tissu urbain a profondément muté depuis la fin des années 1980 : la gentryfication àl’œuvre, les traditions libertaires d’un électorat de moins en moins populaire nous a guidésvers le pouvoir» résume Christophe Caresche.Une sociologie électorale finalement assez proche des Verts : le parti écologiste séduit luiaussi les classes moyennes, qu’ils soient cadres trentenaires urbains ou retraités ferventsdéfenseurs de la cause environnementaliste. Les dernières études sur leur électorat remontentaux élections européennes de 2009, où Europe Ecologie-Les Verts arriva devant le PS dans 15des 20 plus grandes villes françaises : Pascal Perrineau du Cevipof parlait alors d’une«modernité sociologique», dans la mesure où ils ont séduit 32% des cadres et professionsintellectuelles, 24% des professions intermédiaires et 23% de ceux qui ont un diplôme del’enseignement supérieur. Pour le sociologue Erwann Lecoeur, «s’il fallait proposer unportrait-type de l’électeur potentiel d’EE-LV, ce serait par exemple : une diplômée Bac+5 de35 ans, vivant en centre-ville, consommant fréquemment bio, sans voiture, pacsée et mère dedeux enfants, qui aime bien les écologistes mais ne vote pas à chaque élection !68»Ils sont régulièrement décrits comme héritiers de Mai 68, de la deuxième gauche (PSU, 67CFDT) ou encore du libéralisme culturel, avec des revenus suffisamment supérieurs à lamoyenne pour nourrir essentiellement des préoccupations «post-matérialistes». Contrairementà la majorité des électeurs désireux en premier lieu d’augmenter leur pouvoir d’achat oud’améliorer les conditions de travail, l’électeur écologiste issu de classe moyenne supérieuredébarrassée des contingences sociales, se préoccupe essentiellement de son «cadre de vie».Passé cette généralité, le spécialiste des Verts Erwann Lecoeur fait remarquer que «c’estmoins par leur niveau de revenus, de patrimoine, leur CSP ou leur provenance sociologiqueque cet électorat se détermine, que par leurs caractéristiques sociales et culturelles, leurniveau d’instruction, leur parcours de vie et leur attitude à l’égard du champ politique et dela société en général. A la fois écologistes patentés, déçus du socialisme, du centre et de lagauche radicale voire abstentionnistes déclarés, on peut parfaitement leur ajouter lesmultiples étiquettes à la mode : «bobos», «génération Y», «post-urbains», etc… En réalité, cesont autant des artistes que des faucheurs d’OGM, des membres d’une Association pour leMaintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP) que des ingénieurs s’intéressant aurenouvelable, des professeurs en pré-retraite créant leur potager, des victimes de Sicav68 Des écologistes en politique, 2011. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • cherchant à donner un sens à leurs investissements, etc… Leur point commun ? Ils agissenten local, dans leurs quartiers (cours de portage d’enfants, conférences anti-corruption,alphabétisation, défense des sans-papiers).» Des profils parfois assez proches des «nouveauxParisiens», ces classes moyennes urbaines et diplômées, arrivés par milliers ces dernièresdécennies. Selon Jean-René Bourge, chercheur en sciences politique à l’université Paris VIII:«le vote écologiste à Paris est très citadin, assez loin des préoccupations décroissantes quiont un temps eu trait à l’écologie politique. Dans certains cas, c’est un vote, qui revête mêmeun caractère de «green-washing»69 éclaire-t-il. Pour lui, les couches supérieures votant EE-LV –et particulièrement à Paris– ne sont pas aussi radicales que pouvaient l’être certainsmilitants écologistes : elles seraient désireuses de briser leurs chaînes sans ébranler pourautant l’ordre social établi, elles cultiveraient la contradiction des gentryfieurs investissant desquartiers populaires mais développant en parallèle l’évitement scolaire70… L’analyse du«potentiel électoral» du Parti Socialiste et d’Europe Ecologie-Les Verts montre qu’à Paris, cesdeux formations chassent de plus en plus sur les mêmes terres, à savoir celles attirant unélectorat jeune, urbain, diplômé et issus des classes moyennes voire supérieures. 6869 Définition : Procédé marketing visant à donner une image écologique sans réelle action en faveur del’environnement70 A Belleville, au collège Colette-Besson, moins de 15 % des élèves sont issus des classes moyennes, lamajorité est dorigine très modeste et de parents immigrés Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
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    • «L’évolution sociologique à Paris a contribué à faire émerger les écologistes mais ils doiventveiller à ne pas se reposer uniquement sur cet électorat instable. Si le public réceptif àl’écologie politique se limitait à ceux qui mangent bio et achètent équitable, si les écologistesse contentent de séduire cet électorat adepte du green-washing, sans les convaincre de lanécessité de changer les choses, ce mouvement n’a plus d’avenir politique» explique Anne LeStrat, Conseillère de Paris ex-Verte aujourd’hui affiliée au groupe socialiste. Pourquoi ? Lesécologistes parisiens, comme au niveau national d’ailleurs, ne rencontrent le succès électoralque par vagues : toutes les personnes «ayant le profil» apparent pour voter écologistes ne sontpas électeurs d’EE-LV pour autant. Si leur «socle bohème» apparaît suffisamment important àParis pour renverser le cours d’un scrutin, ces électeurs ne font leurs choix qu’au derniermoment, oubliant les écologistes en fonction des enjeux : autant il leur apparaît intéressant devoter pour EE-LV lors des élections européennes ou régionales, autant ils voteront «utile» sil’élection a un fort enjeu national entre gauche et droite. Dans une note à la fondation JeanJaurès, le sondeur Denis Pingaud71 qui démontre une corrélation entre le niveau de diplômeset la tentation du vote utile, explique par ailleurs que «cet électorat nouveau, à la fois volageet stratège, se détermine en fonction de critères qui combinent l’originalité de l’offre et sonattractivité concurrentielle dans le champ politique.» C’est ainsi que l’électorat écologiste à 71Paris peut varier d’un peu plus de 16.200 personnes (Dominique Voynet en 2007 : 1,53%) à163.000 personnes (Daniel Cohn-Bendit en 2009 : 27,46%).Cette volatilité électorale – le fait que certains électeurs aient tendance à modifier leurs votesentre deux scrutins – est un facteur de plus de concurrence entre le Parti Socialiste et EuropeEcologie-Les Verts. En temps normal, il avantage majoritairement le premier : les transfertsde voix et notamment celles des écologistes – qui se positionnent à 70% à gauche del’échiquier politique – jouent un rôle secondaire et impacte peu le Parti Socialiste, qui doitd’abord veiller à la fidélité de son propre électorat pour remporter les élections ; alors queselon une étude de l’agence «Somme toute»72 les transfuges du Parti Socialiste représententprès du tiers de l’électorat d’Europe Ecologie-Les Verts, de facto beaucoup plus dépendantsde cette imprévisibilité. «A Paris lors des européennes 2009, il y a eu une captation de notre71 Électorat volage ou électorat stratège ?72 L’agence «Somme toute» a réalisé une étude sociologique, sur la base d’un questionnaire auquel ont répondu3923 (15%) des 25411 électeurs ayant signé l’un des appels de soutien à Europe Ecologie. On y apprend qu’auxeuropéennes de 2009, EELV a rassemblé majoritairement des électeurs de Dominique Voynet (Verts) ou deSégolène Royal (PS), deux cinquièmes des électeurs d’Europe Ecologie lors des européennes 2009 auraient toutde même voté pour François Bayrou (MoDem) et Olivier Besancenot (LCR) au premier tour de l’électionprésidentielle 2007, et 10% pour Nicolas Sarkozy (UMP). Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • électorat commun par l’autorité morale de Daniel Cohn-Bendit. Mais neuf mois plus tard, ilsdescendaient de 28 à 20%...» explique avec intérêt Hervé Marro, conseiller d’Anne Hidalgo.Surreprésentés au sein de l’électorat potentiel des écologistes, les jeunes votent moins que lespersonnes âgées, qui s’abstiennent plus rarement et ont majoritairement tendance à privilégierle Parti Socialiste en cas de vote à gauche. Le renforcement du poids électoral des écologistesparisiens passe donc par une meilleure capacité à exploiter leur potentiel au niveau de ces«nouveaux Parisiens» désireux de retrouver la nature en ville, de parvenir à les mobiliser defaçon plus systématique… et pas seulement quand le Parti Socialiste est en crise. Ce systèmede vase communicant entre l’électorat de ces deux formations est en effet apparu au grandjour lors des élections régionales de 1992, alors que le PS subissait la révélation d’affairespolitiques et l’usure du pouvoir au niveau national : une partie de l’électorat socialiste – lesclasses moyennes urbaines et diplômées et non les couches populaires – s’était alors tourné,avec des électeurs de la gauche alternative, centristes ou abstentionnistes vers le partiécologiste. «Aux européennes de 2009, nous avons de nouveau payé cash notre détestableCongrès de Reims, avec l’élection d’Aubry à 52 voix près, les insultes et menaces de plainteentre socialistes, etc… L’effet de vase communicant entre notre électorat est encore plus clairà Paris qu’au national. Etant donné l’hémorragie des classes populaires, c’est la compétition 72permanente pour séduire les classes moyennes supérieures, la sociologie électorale desgrands centres urbains nous rassemble» développe Jean-Pierre Caffet, président du groupePS au Conseil de Paris. Ce que les écologistes gagnent, les socialistes semblent le perdre :plus qu’un électorat volatile qu’ils devraient fidéliser chacun de leur côté, les deux formationsalliées de la gauche plurielle parisienne se partagent surtout un électorat commun, dont laconvoitise provoque régulièrement des disputes entre les deux partis. Le PS et EE-LVcherchent par tous les moyens à attirer à eux ces électeurs désireux de ne pas se laisserenfermer politiquement.Si le combat politique entre ces deux formations est aussi intense dans la capitale, ce n’est passeulement du fait de cet électorat qu’ils ont en commun mais aussi à cause de profondsclivages idéologiques. Preuve en est dans les arrondissements de gauche de l’Est parisien,«notamment sur le dossier des biffins et des marchés sauvages. Ils ne comprennent pas que lemal-être des habitants est avant tout un mal-être des plus modestes d’entre eux… » tenteRémi Féraud, président de la fédération PS de Paris, avant d’énumérer : «nous sommesfavorables à la vidéosurveillance, ils sont contre le projet des Halles, etc….» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • «Les différences sont encore plus importantes sur le plan local : les politiques municipalessont la traduction concrète d’une vision du monde» théorise Alice Le Roy, une militanteécologiste du 11ème arrondissement et chargée de mission pour Yves Contassot, de 2001 à2010. Lui ne dit pas autre chose : «le clivage se voit évidemment plus sur le local qu’auniveau national, c’est l’application concrète d’une intention générale.» Comme expliquéprécédemment, l’écologie est pour le moins opposée à une social-démocratie qu’elle taxe de«productiviste.» «Le scientiste Delanoë est un homme formaté Jospin, très traditionnalistevoire archaïque : il considère que la science est source d’évolution positive de la conditionhumaine, que le progrès humain passe par le progrès technique, et que le progrès en généralva tout régler. Nos différences ont des répercussions fortes, ça nous est arrivés de nousdisputer fortement» reprend son Adjoint, Yves Contassot, sans donner d’exemples précis.«Au-delà d’être des inconditionnels du bétonnage, le Parti Socialiste et le Parti Communisteont peur de leurs administrés et ne veulent pas leur laisser trop d’autonomie !» fait valoirAlice Le Roy, qui a développé le principe des jardins partagés sous la délégation des Espacesverts. Les représentations des deux partis sur le concept de la mondialisation des territoires estégalement sujet à conflit à l’échelle parisienne. Le seul maire d’arrondissement écologiste de 73la capitale, Jacques Boutault, assure que «les socialistes se battent pour gagner une placedans le classement des mégalopoles mondiales, quand nous, nous allons plutôt chercher àrénover le schéma directeur de la région Ile-de-France pour réorganiser l’espace urbain dela capitale et travailler sur la vie des gens, pour leur bien-être.» A l’écouter, la priorité desécologistes serait d’améliorer le cadre de vie des Parisiens et les conditions de vies desFranciliens, tandis que le PS serait obsédé par le rayonnement de Paris en tant que ville-monde et la sauvegarde de la place de la capitale face à la Big Apple de New York, la City deLondres ou Bruxelles l’européenne… Une description que les socialistes, à quelques nuancesprès, assument: l’ex-Vert et désormais Adjoint à la Culture (PS) Christophe Girard explique«qu’au PS, nous sommes attachés à la vitalité économique de la ville : nous ne voulons pasque Paris devienne une ville-musée, une ville-promenade contrairement à ce que prônent lesécologistes.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • B) Les relations PS / EE-LV à l’épreuve du pouvoir 1) 2001-2008, la douloureuse construction d’un rapport de forces onforté par la conquête des six arrondissements de l’est parisien en 1995 et les septC circonscriptions parisiennes tombées dans l’escarcelle de la gauche aux législatives de 199773, le chef de l’opposition au Conseil de Paris, Bertrand Delanoë, se prépareà être candidat en 2001, dans le but d’être Maire de Paris. A gauche, peu osent croire en sonrêve : jamais la gauche n’a été majoritaire à Paris depuis la Commune… Lui, le néo-sénateurde Paris, voit dans cet objectif un défi à la hauteur de son ambition politique. La conjoncturelui est favorable : le RPR vient d’enregistrer un cuisant échec aux européennes (1999) à moinsde deux ans des municipales, et doit gérer en parallèle une tentative de putsch sur Jean Tibérilors du vote du budget en 2000 ainsi que des luttes de clans sur fond d’affaires et de mises enexamen. «Pendant que la droite chiraquienne se délite, Delanoë ne s’en occupe pas etamorce discrètement sa progression. Quasi-inconnu du grand public, il mène campagne surl’écologie, contre la pollution, pour plus de démocratie…» se souvient Bertrand Gréco,journaliste politique au cahier Paris du Journal du Dimanche. 74Pourtant, les divisions dans les rangs du PS parisien n’ont pas grand-chose à envier auxrivalités déchirant le RPR. Entre les militants réclamant une candidature emblématique pourune élection historique, et les autres désireux d’une campagne de terrain axée sur les enjeuxlocaux, la bataille fait rage. L’affaire de la MNEF ayant neutralisé l’ancien Ministre del’économie Dominique Strauss-Kahn qui ne cachait plus ses vues sur l’Hôtel de Ville, unepartie des militants se reportèrent sur l’ancien Ministre de la Culture de François Mitterrand,Jack Lang, alors Maire de Blois : ils fustigeaient le chef de l’opposition, «bon connaisseur desdossiers, un bon Maire adjoint74» mais n’ayant rien d’un bon Maire de Paris. Face à cescritiques, Bertrand Delanoë s’appliquait à ramener l’élection à un scrutin municipal d’unecollectivité lambda, allant à la rencontre des militants, section par section, quartiers parquartiers… Jusqu’au 27 mars 2000, trois jours avant l’investiture finale, où son ami lePremier ministre Lionel Jospin décida de nommer Jack Lang, Ministre de l’Education. Favorides primaires mais incertain de sa victoire finale aux municipales, ce dernier abandonnaimmédiatement son périple parisien. Dans la foulée, Bertrand Delanoë s’attela à nouer des73 Cela porta à 9 (sur 21) le nombre de circonscriptions parisiennes contrôlées par la gauche.74 Lyne Cohen-Solal, dans le documentaire «Paris à tout prix» d’Yves Jeuland. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • accords avec les différents partis de gauche (PCF, PRG, MDC) en vue de listes communes…exemptés les Verts, qui ont cette fois-ci préféré l’autonomie. Après une lutte acharnée entre«courants, sous-courants, tendances et sous-tendances»75, le parti écologiste choisit le Maire-adjoint du 3ème arrondissement Yves Contassot et non le porte-parole national Denis Baupinou l’outsider Jean-François Blet, pour mener la liste des Verts dans la capitale. Avec un motd’ordre : ne pas faire de cadeau au candidat socialiste, notamment sur le dossier de lacirculation automobile. Au point que Bertrand Delanoë se plaigne du fait que les écologistesparisiens fassent campagne contre lui, plutôt que contre la droite, pour «grappiller le plus devoix à gauche».Au premier tour, le score global de la gauche est en progression… mais cette hausse n’est pasdue au Parti Socialiste, qui n’améliore que d’un point sa performance de 1995, mais aux Vertsqui doublent leur précédent score. Face à la caméra, Yves Contassot annonce vouloir repartiren campagne dès le lendemain matin. «L’énorme surprise du 1er tour, ce n’est pas le score duPS : ils ne font qu’une faible poussée alors que nous, nous explosons notre score» décrypte-t-il aujourd’hui. En situation de relative faiblesse alors que les écologistes sont en capacité dese maintenir dans six arrondissements, Bertrand Delanoë se résoud à négocier un accord 75d’entre-deux tours avec les Verts, quel qu’en soit le prix à payer. «Après avoir fait nosdifférents calculs, nous nous sommes retrouvés aux alentours de 23h. Au-delà de lacomposition de la liste commune, seule la désignation des postes d’adjoints – à l’Hôtel deVille et dans les mairies d’arrondissements - est véritablement abordée et l’accord estfinalement trouvé vers 1h30 dans la première nuit suivant le premier tour. S’en suit la bataillepour la Mairie du 2ème arrondissement, une de nos revendications malgré que nous soyonsminoritaires, et que le PS acceptera finalement à l’aube» raconte Yves Contassot. «Quand à5 heures du matin, Caresche et Bloche m’appellent pour me prévenir qu’il faut lâcher laMairie pour garantir la négociation, je n’ai pas vraiment le choix…Je n’allais pas fairecapoter la prise de Paris pour mon intérêt personnel» me confie, encore amer, PierreSchapira. Tandis que la droite de Séguin et Tibéri s’embourbait dans ses divisions, la liste«Changeons d’ère» de Delanoë s’alliait avec celle des écologistes : la dynamique est alors àgauche. Minoritaire d’environ 4.000 voix sur la capitale au second tour, la gauche unie n’encontrôle pas moins la majeure partie des électeurs du Maire, grâce à l’obtention de sixnouveaux arrondissements76 fortement dotés en conseillers de Paris: au terme d’une première75 Libération «Chef de file surprise pour les Verts de Paris» le27 mars 200076 Ce qui porte le total du PS à douze arrondissements contrôlés sur vingt. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • négociation avec ses partenaires qui se révèleront plus tard être ses ennemis intimes, BertrandDelanoë prend donc les clés de la Mairie de Paris !Considérés comme quasi-illégitimes77 dans l’exercice du pouvoir jusqu’à leur récenteparticipation au gouvernement Jospin, les Verts – obtenant 23 conseillers de Paris et disposantde fait d’une minorité de blocage sur les 69 élus socialistes – deviennent désormaisindispensables à Bertrand Delanoë pour appliquer sa politique. «La classe politique dans sonensemble a longtemps été dubitative sur l’écologie politique. A Paris comme ailleurs, ilsétaient perçus comme des rigolos et des doux rêveurs» en convient le chercheur Daniel Boy.«Dès le début de notre cohabitation en 2001, il y a eu un terrible choc des cultures entre nosdeux formations» explique Anne Le Strat, élue Verte lors de la première mandature etaujourd’hui affiliée au groupe socialiste : «nous les écologistes, qui débarquions au Conseilde Paris, regardions le Parti Socialiste comme un parti de gestion composé d’une pléthore denotables, sans projet politique. De leur côté, certains ont fait l’effort de chercher à nouscomprendre tandis que d’autres nous ont directement rangés parmi les huberlulus !»Pour autant, la dynamique de l’alliance des socialistes et des écologistes est en marche et se 76fait sentir concrètement dès les premiers mois de la mandature : Bertrand Delanoë et sonadjoint à l’environnement Yves Contassot autorisent les Parisiens à s’allonger sur les pelousespubliques. Une pratique interdite sous les mandatures de Jacques Chirac et Jean Tibéri…Surtout, le nouvel exécutif s’appuie sur les rapports de l’Inspection générale de la Ville et dela chambre régionale des comptes pour jouer les cost-killers démocratiques et «mettre fin auxexcès du système Chirac.» Fini le temps où la Mairie de Paris mettait une voiture et unchauffeur à disposition du sénateur RPR de Nouvelle-Calédonie Dick Ukeiwé lors de sesséjours parisiens : le parc automobile fut diminué, passant de 200 à une centaine de véhicules,non pas attribués automatiquement mais accessibles en fonction du besoin invoqué. Finiégalement les agapes fastueuses dont la célèbre réception offerte en 1999 à 400 habitants deCorte, ville corse dont l’épouse du Maire Xavière Tibéri était originaire, qui coûta la bagatellede 78.157 euros aux contribuables parisiens : le budget de réception alloué au nouveau Mairen’excéda pas 17.950 euros en 2001 ; le coût global des réceptions de la Mairie passant lui de 3millions d’euros en 2000 à 2 millions en 2002. Tout au long de ses premiers mois, Bertrand77 Bien que leur ayant concédé 7 postes d’adjoints sur 19 pour les rallier, Bertrand Delanoë ne cachait pas queles Verts étaient la principale «inconnue de la mandature.» (source : « Comment Delanoë change Paris », janvier2002, L’Express) Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Delanoë fit sienne la formule de Jack Lang qui avait comparé l’élection de FrançoisMitterrand en 1981 à «un passage des ténèbres à la lumière» pour la France. En opposition augaspillage tant dénoncé au cours de la dernière mandature, la nouvelle équipe municipaledécida également de revaloriser le prix de location des permanences des partis, propriétés dela ville : le loyer réglé par le Parti Socialiste pour son local du 5ème arrondissement passa de 7à 4.610 euros par mois, celui du Parti Communiste (19ème) de 16 à 2.440 euros tandis que lapermanence de l’UMP (17ème) vit elle son loyer augmenter de 15 à 9.600 euros mensuels.Terminé également l’opacité dans la distribution des primes, l’absence de justificatifs dans lesfrais professionnels, l’attribution de logements à des loyers défiant toute concurrence, le non-respect du code des marchés publics, etc… La questure, une enveloppe de 20 millions d’eurosannuels échappant à tout contrôle et permettant de distribuer une dizaine de millions desurplus d’indemnités aux 163 élus, fût supprimée, tout comme la cellule de distributiond’environ 5.000 logements sociaux relevant du bon-vouloir du Maire fût remplacée par unecommission d’attribution collégiale78. Un «new deal» qui permit au Maire de prolonger l’étatde grâce et de recevoir le prix de l’élu local de l’année 2002.«Les élus de l’époque, sous Chirac puis Tibéri, étaient des seigneurs qui jouissaient de tous 77les plaisirs, sans contraintes : corruption, clientélisme et abus, naviguant entre privilègesd’élus et intérêts personnels. En arrivant au pouvoir, nous avons révolutionné la vie politiqueparisienne. Ces avancées ont été permises par un groupe Vert volontariste… mais déjà perçu,à l’époque, comme belliqueux et peu coopératif» observe Jacques Boutault, seul Maired’arrondissement (2ème) à avoir renoncé à sa voiture et son chauffeur alloués d’office. Larénovation de la vie démocratique s’accompagna d’annonces relatives à la construction d’untramway ou la création de voies réservées aux bus, des mesures – poussées par les Verts –emblématiques d’une politique de gauche, et qui jouent au plan local celui desnationalisations en 1981. Mais les tensions firent rapidement leurs apparitions. La promessede remettre en question «l’hégémonie automobile pour vaincre la pollution» se matérialisa du15 juillet au 15 août 2001 avec la fermeture de la voie Georges-Pompidou, une opération quioccasionnera de nombreux bouchons et le tollé de l’opposition alors qu’une partie desParisiens n’étaient même pas encore en vacances : Bertrand Delanoë reconnaîtra «des erreurs,dont celle d’avoir écouté l’écologiste Denis Baupin au lieu de son intuition personnelle d’unefermeture plus tardive.» Le 26 juin 2002, le Maire de Paris décida de retirer à Jean-FrançoisBlet la présidence de la Société immobilière d’économie mixte de la ville de Paris (Siemp) en78 Le même système fût mis en place la même année pour l’attribution des places en crèche Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • charge de la lutte contre l’insalubrité : l’élu écologiste du 19ème arrondissement avait eu lamauvaise idée de recruter une directrice générale à 6.850 euros nets par mois. Lesprotestations du groupe Vert n’empêchèrent pas Bertrand Delanoë de démontrer toute sa«rectitude morale» par la médiatisation de son cas. Dès lors, une partie des Verts décidèrentde prendre le Maire à son propre jeu en matière d’intégrité et de transparence. A l’été 2002, ilssont les seuls à protester contre l’augmentation de revenus que s’était octroyée BertrandDelanoë79. «Avant les élections de 2001, le PS nourrissait une certaine forme decondescendance vis-à-vis des écologistes, et ils ont parfois donné raison à nos préjugés»expliquait Christophe Caresche, fidèle adjoint au Maire de Bertrand Delanoë, pour qui lesVerts «ont une pratique politique déconcertante, ils ne connaissent guère la discipline degroupe. Mais, bon, pour l’instant cela marche.»80 Les écologistes font également connaîtreleur colère… par l’humour et la provocation : après l’inauguration du quai FrançoisMitterrand à l’été 2003, ils déposèrent un vœu en Conseil de Paris pour rebaptiser celui d’enface au nom de Fernando Pereira81.Quelque mois plus tard, les Verts décidèrent de ne pas voter un vœu de Bertrand Delanoërelatif aux marchés publics. Alors qu’il avait lui-même engagé un recours devant le tribunal 78administratif en mars 1997 pour dénoncer un avenant à la convention qui liait la ville auxdistributeurs d’eau, Suez (ex-Lyonnaise des Eaux) et Véolia (ex-Compagnie générale desEaux et ex-Vivendi), l’ancien chef de l’opposition l’abandonna une fois devenu Maire deParis82. Le 15 décembre 2003, Bertrand Delanoë décida de mettre en vote la révision de cetavenant, sans demander aux groupes privés le remboursement des sommes indûment perçues.Les conditions de vote, en séance de nuit à 22 heures alors que la moitié de l’hémicycle étaitvide, ont été pointées du doigt : sous l’œil de quatre cadres supérieurs de ces deux groupes separtageant le duopole parisien, la première adjointe Anne Hidalgo présida la séance malgré unmélange des genres qui fit polémique83. Au bout d’une heure de débat, les élus socialistes et79 Le Conseil de Paris vota une augmentation de l’indemnité de 12% du Maire de Paris, passant de 7.200 à 8.100euros avec lajout dune indemnité annuelle de frais de représentation de 29.000 euros80 « Comment Delanoë change Paris », janvier 200281 Du nom du photographe mort dans l’attentat contre le navire de Greenpeace coulé par les services secretsfrançais en 1985.82 Ajouté par Jacques Chirac en 1987, cet avenant installait une sorte de garantie de revenus aux groupes privésmême en cas de baisse de consommation d’eau et structurellement, baisse de chiffre d’affaires : les distributeursauraient ainsi engrangés plus de 10 millions d’euros83 Ancienne chargée de mission auprès de la direction de la Compagnie générale des Eaux de 1995 à 1997, ladauphine de Bertrand Delanoë estime que ces anciennes fonctions relèvent de sa vie privée et que présider uneséance sur la politique municipale de l’eau, sous-traitée à son ancien employeur, ne constitue pas un conflitd’intérêt Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • chevènementistes votèrent la modification du contrat tandis que le PCF, les Verts, l’UDF etl’UMP s’abstenaient. La Mairie communiquera sur le fait que Suez et Véolia aient étécontraints à réduire leur marge de rentabilité de 6 à 4% à Paris84 mais pas sur les 10 millionsde trop-perçu que conservent les deux géants. La présidente de la Sagep –rebaptisée Eau deParis depuis – Anne Le Strat et conseillère (Verte) de Paris explique leur choix : «nous nepouvions pas voter contre, ça restait très positif par rapport à la situation passée. Mais noussouhaitions signifier que la Mairie aurait pu récupérer beaucoup plus d’argent…» A cetteépoque, les Verts n’osaient pas encore défier publiquement le Maire de Paris et remettre enquestion leur appartenance à son exécutif, même sur un dossier leur tenant particulièrement àcœur.Le 15 novembre 2004, le patron du groupe écologiste Alain Riou profita du médiatisé Conseilde Paris pour se lancer dans un réquisitoire contre la conception de la transparence telle quedéfendue par Bertrand Delanoë : «il serait intéressant qu’il y ait dans cette ville une meilleurecommunication des rapports, et pas uniquement une meilleure communication des rapportsqui ne donnent que des conseils et ne révèlent pas des dysfonctionnements préoccupantsgraves. Dès lors qu’il y en a, le rapport ou la partie du rapport n’est pas publié. Je me 79souviens très bien d’un débat dans la précédente mandature où le Maire actuel de Paris, quiétait président du groupe socialiste à l’époque, avait demandé la publication du rapportCasal, qui était un centre de jeunesse du 19ème arrondissement : Jean Tibéri avait alorsexpliqué que ce n’était pas possible «parce que l’on met en cause des personnes.»Aujourd’hui, quand ce problème est posé, ou bien la ville caviarde des pages entières rendantincompréhensible ce rapport, ou bien elle ne publie rien.» L’ancien rocardien obtint en guisede réponse que les rapports de l’inspection générale n’étaient pas là pour alimenter les pages«faits divers» des médias…Mis à part quelques coups d’éclats, les néophytes Verts n’ont en réalité pas fait beaucoup devagues en ce début de première mandature et n’ont que très rarement brandi la menace deleurs non-participations aux votes. Conscients de l’importance du vote du groupe Vert, desréunions internes à la majorité plurielle étaient organisées mensuellement avec les adjoints etles présidents de groupes. «Mis à part 20% des dossiers où nous étions totalement opposés, il84 Lorsque le bénéfice officiel brut dépasse rarement la barre des 3% dans les autres municipalités… Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • y avait au cours du premier mandat d’âpres négociations avant chaque Conseil de Paris, cequi permettait de parvenir à des compromis» confirme Hervé Morel, patron d’EE-LV Paris.Jean-Pierre Caffet, président du groupe socialiste au Conseil de Paris et à l’époque Adjoint deBertrand Delanoë en charge de l’Urbanisme explique que la première mandature a été unepériode de «construction de rapports de forces avec le Maire, de tensions, de longuesnégociations où ces réunions étaient nécessaires. Car à chaque fois ou presque, lesécologistes essayaient de le mettre en difficulté sur des sujets où ils pensaient que ce seraitpayant électoralement pour eux.» Contrairement à la culture de la synthèse et du consensusqu’on prête parfois aux socialistes, Bertrand Delanoë serait «resté sur la logique d’hégémoniequ’entretenait le PS sur son allié communiste pendant les années 70, ils ont la culture del’ordre et de la hiérarchie quand nous sommes plutôt libertaires. Selon lui, le pouvoir ne separtage pas» dénonce pour sa part Yves Contassot.6 juillet 2005, le verdict tombe : 54 voix contre 50, la ville de Paris n’organisera pas les JeuxOlympiques 2012. Les témoins de la scène, à Singapour, décrivent dans Le Parisien dulendemain un Bertrand Delanoë K.O. «comme s’il venait de croiser Mike Tyson sur un ring.»Le patron du comité Paris 2012 mettra une heure avant de trouver la force de faire face à la 80horde de journalistes l’attendant à la sortie du Comité olympique international, pourfinalement lâcher devant les caméras, «je suis politiquement mort»… Le Maire de Parisportait ce projet depuis 2003, faisant de «Paris 2012» une candidature très politique quand sonconcurrent londonien choisissait comme porte-étendard un ancien médaillé olympique. «Ladéception est à la hauteur de son appétit politique» écrit le journaliste Bertrand Gréco, dansson livre La Bataille de Paris. En présidant lui-même le comité de campagne, BertrandDelanoë en avait fait un pari sur son avenir : en cas de victoire, il en aurait recueilli toute lagloire et serai apparu comme un homme d’Etat et pas un simple Maire. Il avait même prévud’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de 2007 dans la foulée de ce succès. Toutétait prêt pour qu’il se lance dans la course… Au-delà de ce rêve élyséen qui venait des’envoler, l’organisation des Jeux Olympiques était également un formidable accélérateurcapable de faire gagner 20 ans à Paris, et donc, de lui garantir à minima sa réélection en 2008.«A la trappe, les projets de requalification de la porte de la Chapelle avec son Super-Dôme !Evaporés, les subsides que la région Ile-de-France et l’Etat s’engageaient à lui verser : plusd’un milliard d’euros destinés à la couverture des échangeurs de l’autoroute A1 et àl’accessibilité des transports aux handicapés. Aux calendes grecques, l’extension de Roland-Garros dans le bois de Boulogne ou encore la liaison express Paris-Roissy, sans parler de la Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • loi olympique qui aurait permis de s’affranchir des lourdeurs administratives et doncd’accélérer les procédures» résume le journaliste Bertrand Gréco.Le quotidien Libération n’y va pas de main morte : «ce jour-là, Paris a perdu les JO etDelanoë, beaucoup de sa superbe. Non parce qu’il a échoué, mais parce qu’il avait porté leprojet de bout en bout […] Pour la première fois, le Maire montrait en public son côtésombre, accusant les uns et les autres d’incompétence et s’absolvant lui-même de la moindreerreur.85» Cette défaite marqua un tournant dans sa mandature et ouvra la bataille de Paris,trois ans avant les échéances municipales. La droite sortira progressivement de sonhibernation… tandis que la majorité rose-verte-rouge traversera plusieurs crises. Le même été,24 personnes dont 18 enfants périrent dans des incendies survenus dans deux immeublesinsalubres du 3ème et 13ème arrondissement. Des drames qui vinrent se rajouter à l’incendie del’hôtel Paris-Opéra en avril 2005, qui avait pour sa part fait 24 morts dont 10 enfants.Qu’avaient ces accidents en commun ? Toutes les personnes décédées étaient d’origineafricaine (Mali, Sénégal, Gambie, Côte d’Ivoire), payaient un loyer pour s’entasser dans desconditions inhumaines. Des manifestations furent organisées pour dénoncer l’absence depolitique publique en faveur des mal-logés. Et si la responsabilité de Bertrand Delanoë ne put 81évidemment pas être mise en cause, cette hécatombe en trois volets dévoila tout ce que sonhabile communication masquait jusqu’alors : habitat précaire concentré au cœur de la capitale,pénurie de logements d’urgence ainsi que de logements sociaux, etc. «Alors que droite etgauche se livrèrent mutuellement un procès en irresponsabilité renvoyant successivement laresponsabilité sur Delanoë ou Tibéri… la controverse dépassa le Maire de Paris sur sagauche» m’explique Bertrand Gréco. En cause ? Cinq amendements présentés par les Vertsau Conseil de Paris du 26 septembre 2005, et portant sur la création d’un foyer de travailleursimmigrés par arrondissement, ou encore l’installation d’un détecteur d’incendie dans lesimmeubles insalubres, mais que l’adjoint PS en charge du logement refusa d’adopter. L’UMParriva en renfort et permit aux écologistes de faire passer leurs vœux, en mettant BertrandDelanoë en minorité. «Nous étions un peu paranoïaques à l’époque» confie l’actuel présidentdu groupe socialiste au Conseil de Paris Jean-Pierre Caffet, et ce dossier joua le rôled’étincelle qui mit le feu aux poudres après une période tendue dans la majorité.»85 Il accusa même publiquement le Premier ministre britannique social-démocrate Tony Blair de ne pas avoirrespecté trois des règles édictées par le Comité olympique international (CIO) et d’avoir «franchi la lignejaune.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • «Comment les socialistes pouvaient-ils sopposer à cela après ce qui sétait passé?» sequestionna86 ouvertement le président du groupe Verts au Conseil de Paris, René Dutrey,tandis que le Maire de Paris faisait valoir que «la tactique politicienne a joué un rôle danscette affaire […] une partie de la majorité municipale a voté avec lUMP sur un sujet majeur:la politique du logement. Je minterroge : sil ny avait pas eu les drames de cet été, cettemascarade politicienne aurait-elle eu lieu ? Car il est clair quelle ne fait absolument pasavancer la cause des mal-logés ni le combat contre linsalubrité.87» Le PS accuse les Verts deleur être délibérément «rentrés dedans» après l’échec des Jeux Olympiques et les incendiesmeurtriers. Pour Adrien Delassus, un militant proche de René Dutrey, «les Verts sont arrivésen 2001 avec la volonté de faire bouger les choses. Malheureusement pour les socialistes,nous n’avions pas qu’un rôle de pantins et nous avons pu mettre les mains dans le cambouis.»Ne souhaitant pas vivre le calvaire de Jean Tibéri dont le budget n’avait pas été adopté par samajorité en 2000, envenimant par la suite toute la fin de sa mandature, Bertrand Delanoëchercha un moyen de riposter face à ses partenaires écologistes. Plus subtile que leur retirerleurs délégations ou leurs avantages, le Maire de Paris s’employa à faire éclater le groupeVerts, en tentant de récupérer quelques individualités : ce sera le cas de Christophe Girard,adjoint à la culture et directeur de la stratégie chez LVMH, adhérent des Verts depuis 1998, 82qui dit «je savais que nous avions des cultures politiques différentes, mais je n’avais pasprévu pour autant cette crise qui heurte le Maire de plein fouet. Un élu cohérent par rapportà sa place dans l’équipe municipale, qu’il soit Vert, socialiste ou communiste, ne devrait pasposer de problèmes. Or, les écologistes se comportent comme des opposants même quand ilssont dans la majorité» regrette-t-il, avant de prendre sa carte au Parti Socialiste. Sa défectionaurait théoriquement du entraîner celle dautres écologistes modérés comme Denis Baupin.«Le Maire ma proposé dorganiser une scission du groupe, ce qui aurait entraîné uneexplosion des Verts88» explique l’adjoint en charge des transports, qui a refusé.Les négociations se poursuivent sous légide de Caresche : «le cabinet autour de Bertrand esttrop rigide avec les Verts. Ils jouent le rapport de force avec eux, cest une erreur. Surtout queles Verts navaient pas tort, au fond» explique-t-il à Bertrand Gréco. Sa démarchepacificatrice permet de renouer le dialogue avec les Verts, alors que la municipalité doitencore adopter les deux dossiers les plus importants de la mandature, à savoir le Plan local86 61 « Municipales 2008 : la bataille de Paris » de Bertrand Gréco88 « Municipales 2008 : la bataille de Paris » de Bertrand Gréco Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • d’urbanisme (PLU) et le Plan des déplacements de Paris (PDP) : une issue à la crise de lamajorité est trouvée au milieu de l’automne. Quoi qu’il en soit, cela marqua pour de bon la finde l’état de grâce pour Bertrand Delanoë : les écologistes venaient de prendre conscience de lapleine puissance et du poids politique que leur groupe charnière au Conseil de Paris pouvaitleur conférer. «Car les écologistes détiennent un otage de grand prix, dont personne n’apensé à afficher le portrait sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Et pour cause, puisque cet hommeligoté n’est autre que le Maire de Paris en personne» avance Sophie Coignard, journalisteauteur du livre à charge Le marchand de sable, «s’il lui vient des fantasmes d’autonomie, ilssavent vite lui rappeler sa condition.»Si bien qu’une nouvelle crise politique éclata en juin suivant, à propos du fameux Plan locald’urbanisme (PLU) censé redéfinir les nouvelles règles de construction dans la capitale etfaire l’ébauche du visage architectural de la ville dans les vingt années à venir. «Ne pas voterle PLU revenait à ne pas voter le budget ! Il était en débat depuis quatre ans et les écologistesavaient déjà voté une première version. Mais à dix jours du vote final où nous devionsentériner définitivement ce choix, ils ont décidé de nous faire chanter en le rejetant au coursde son examen dans les conseils d’arrondissements… avant de s’abstenir au Conseil de 83Paris» se souvient Jean-Pierre Caffet, jusqu’alors adjoint au Maire en charge de l’urbanisme,pour qui «les Verts n’ont pas souhaité l’adopter pour des raisons politiciennes et desquestions de rapports de forces internes, à l’approche de leur Assemblée générale.» Lesécologistes cherchaient également à se démarquer en vue de l’approche du scrutin municipal,critiquant ce «Plan libéral d’urbanisme» en mettant en avant le fait que social-démocratie etécologie politique ont des conceptions antagonistes en termes d’aménagements du territoire.La construction de tours et le ratio bureaux / logements sociaux leur posait problème. Lessocialistes s’en sortiront en menaçant… de ne pas voter le Plan des Déplacements de Paris(PDP) porté par l’écologiste Denis Baupin. Reste qu’au terme d’une séance où «les Verts nousinsultaient de vieille gauche, quelque chose s’est cassé. Dès lors, nous ne les considérionsplus comme des partenaires fiables» expliqua l’adjointe au Maire Sandrine Mazetier89, pourqui les écologistes ont fait preuve «d’opportunisme et de positionnement politicien.»«Sur le fond, il y a beaucoup de points de convergence entre nos deux groupes mais ils sontatténués par nos différences au niveau des pratiques, dans l’exercice du pouvoir. Les89 «Municipales 2008, la bataille de Paris», de Bertrand Gréco Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • écologistes, ce sont de bons tacticiens qui savent parfaitement nouer des accords avant lesélections… mais ne les respectent pas ensuite, ils sont dans la surenchère permanente» seplaint l’ancien cohn-bendiste Christophe Girard. «On a tous en mémoire ce jour de juin 2006où le groupe Verts vota avec l’UMP contre la construction de logements sociaux dans le16ème arrondissement» argue sa collègue Pascale Boistard, faisant référence au dossier duParc de Sainte-Perrine. L’adjoint au logement de Bertrand Delanoë venait de trouver uneparcelle de 5.000 mètres carrés dans le jardin public de trois hectares de Sainte-Perrine, où ilsouhaitait y ériger environ 200 logements sociaux pour les infirmières de l’AP-HP, quatrièmepropriétaire foncier de la capitale. Mais «contrairement à la communication démagogique àlaquelle s’employait le Maire, il était possible de construire des logements sociaux sansdéfigurer ce parc. Et ils s’en servent depuis pour nous accuser de nous être alliés avec ladroite, mais je ne compte pas le nombre de dossiers où le PS a eu besoin de la droite pourarriver à ses fins, que ce soit sur les subventions au Paris-Saint-Germain ou le parrainagepar la Mairie de Paris du sous-marin nucléaire Charles de Gaulle. C’est toute la force de lacommunication de Delanoë, il nous reproche ce qu’ils font à longueur de temps…» rétorquele véhément Maire du 2ème arrondissement, Jacques Boutault. 84Les divisions internes au Parti Socialiste et aux Verts ont également joué un rôle dans la fin depremière mandature tumultueuse qu’a rencontré la coalition parisienne. Les Verts parisiens nese divisent pas sur la stratégie politique à mener – ils sont unanimement favorables à lagénéralisation de l’autonomie au premier tour des élections puis à l’alliance avec le PS – maissur le principe même de l’organisation de la participation au pouvoir et du positionnementpolitique à avoir vis-à-vis de la majorité. Des tensions apparaissent régulièrement entre lesradicaux, représentés par Yves Contassot, qui n’ont jamais caché leur sympathie pourl’extrême-gauche, et les réformistes, emmenés par Denis Baupin, qui n’ont pas hésité àafficher leur proximité avec Bertrand Delanoë au cours de sa mandature. En toile de fond decette divergence d’options à laquelle se mêlait une intense guerre de courants internes et desentiments humains (jalousie, haine), se jouait l’hégémonie sur les Verts et ainsi l’investiturepour les municipales 2008.Pour l’écologiste Anne Le Strat, qui n’hésita pas à quitter le groupe Verts en 2008 pour sefaire élire sur la liste de Bertrand Delanoë, «le clivage au sein du groupe écologiste portaitnon pas sur des divergences idéologiques – ce qui aurait été sain - mais sur des rivalités depouvoirs entre acteurs politiques, cherchant à tout prix à se constituer leurs réseaux pour Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • compter sur des troupes solides lors des prochaines élections…» Nostalgique du passé, elle serappelle le temps où les écologistes «ne pensaient pas arriver au pouvoir mais seconcentraient à construire une majorité culturelle sur nos idées. Il y avait alors une bataillepolitique, entre deux courants forts qui s’adossaient à des conceptions différentes et à desstratégies opposées. Puis les écologistes ont cherché à se faire élire pour gagner de l’argent,et protéger leurs places.» «Notre erreur est d’avoir transposé les rapports conflictuels quenous pouvions avoir en interne jusqu’au Conseil de Paris, sans prendre en compte les médias.Nos bisbilles internes sont arrivées sur la table et le PS a logiquement tenté d’en profiter»analyse pour sa part Adrien Saumier, un militant écologiste. A écouter Yves Contassot,«Bertrand Delanoë a parfaitement su jouer sur les ambitions naissantes de certains pourinstaurer un climat malsain au sein de notre groupe, à quelque mois du début de lacampagne. Son directeur de cabinet Bernard Gaudillère disposait de deux listes sur sonbureau, une où était répertoriée les écolos «vulnérables et transférables» et l’autre contenantles noms d’élus qui ne se rallieraient pas contre des postes… Résultat, il avait tout l’appareilmunicipal pour présenter son bilan face à un groupe Vert hétérogène, qui ne s’entendait paset faisait campagne autour d’une écologie punitive» tente de se défausser aujourd’hui cecacique vert. 85Au final, leurs relations internes conflictuelles confirmèrent tout au long de la mandature laréputation d’amateurs qui a trait aux écologistes, et qui les empêcha de capitaliser sur leur bonrésultat de 2001. Car cette séquence – et ils le reconnaissent aujourd’hui – ne les aprobablement pas aidés à préparer l’élection municipale de 2008. «La haine entre lessocialistes est très très forte en interne, mais ils ont l’intelligence de présenter une imageharmonieuse à l’extérieur. Nous, nous avions quelques divisions entre nous mais le crions surtous les toits sans rien cacher à la presse» regrette le patron d’EE-LV Paris, Hervé Morel. Iln’a pas tort : la préparation du congrès du Mans à l’automne 2005 a elle aussi laissé beaucoupde traces au sein de la fédération PS de Paris. Tandis que la pression montait, les différentscourants socialistes s’affirmèrent dans la capitale… et les langues se délièrent, alors quel’exécutif municipal vivait un passage difficile. Jamais depuis 2001, le Maire de Paris –partisan discret de la motion de François Hollande - navait été autant attaqué au sein de sonpropre camp : les barons fabiusiens, maires des 3ème, 13eme, 14eme ou 20ème, soutiens de lamotion Fabius-Mélenchon manifestaient leur exaspération, tandis que les soutiens du NPS deMontebourg et Peillon montraient les crocs. Le député strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen,qui soutenait le même candidat que Bertrand Delanoë tentait pour sa part d’imposer son Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • courant sur la fédération. Pour mettre à bien sa stratégie, il n’hésita pas à se poser en sauveurdes socialistes de la capitale au cours d’un déjeuner d’octobre 2005 réunissant les différentsparlementaires favorables à la reconduite de François Hollande, jugeant la politiquemunicipale «pas assez audacieuse. Une fois qu’on a enlevé les JO, Paris Plage et NuitBlanche, il ne reste pas grand-chose.»Les critiques avaient beau se faire de plus en plus virulentes, Bertrand Delanoë n’y prêtaguère attention et continua son œuvre municipale. C’est ainsi qu’à l’été 2007, il inaugura lesystème de vélos en libre-service Vélib’ après un imbroglio juridique : le cahier des chargesindiquant de choisir l’offre jugée économiquement la plus avantageuse, l’américain ClearChannel avait initialement été privilégié à son concurrent français J.C. Decaux, qui proposaitdes vélos plus lourds et une redevance versée à la Mairie nettement inférieure. Après avoirfait appel sur la forme90, le groupe français numéro 1 mondial de l’affichage publicitaire surmobilier urbain a su réajuster son offre, en proposant un mode de financement plusavantageux pour le Maire de Paris, surtout en amont d’une campagne électorale : encontrepartie de la cession des 1.628 panneaux publicitaires de la capitale, l’entrepriseinstallerait et gèrerait 20.600 vélos en libre-service sans que l’opération ne coûte un sou à la 86municipalité ou au contribuable. Ne remettant pas en cause l’innovation Vélib’, les Verts sesont employés à critiquer le mode de financement choisi par le Maire de Paris : «lespromoteurs de ce deal «pub contre vélo» ont réussi ce tour de force de faire croire àbeaucoup de gens, y compris des élus, que ce système ne coûtait rien à la collectivité : en fait,si les villes bénéficient d’un nouveau service, elles abandonnent en contrepartie une recettetrès importante, à savoir la redevance qu’elles toucheraient normalement avec les recettespublicitaire» alerte le candidat écologiste et Adjoint aux Transports, Denis Baupin, dans leLibération du 4 septembre 2007.Le même jour, Bertrand Delanoë confirmait son intention de briguer un second mandat dansun entretien accordé au Parisien, et intitulé «mes convictions écologiques sont anciennes etfortes.» Dedans, le Maire de Paris y décline ses intentions : 25% de baisse des émissions degaz à effet de serre, respect des normes européennes en terme de pollution, renforcement destransports en commun au détriment des voitures… «Toutes ses propositions sont dans le plande déplacement de Paris présenté par les Verts» s’indigne l’inaudible candidat écologisteDenis Baupin, «nous avions dû nous bagarrer contre le PS et le PC pour faire adopter ce90 Le groupe JC Decaux a prétexté des mentions non correctes lors de la publication de l’avis de publicité, pourfaire appel de l’appel d’offre une fois le résultat en faveur de Clear Channel connu. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • plan» se souvient-il, amer. Déroulant son programme et revendiquant la paternité de lapolitique d’écologie urbaine menée ces dernières années, Bertrand Delanoë définit l’axe de safuture campagne. «Bien qu’il n’ait jamais eu le logiciel écologiste et ait été déçu de nospratiques amateures, Bertrand Delanoë a eu le flair nécessaire pour comprendre que nouspouvions lui être utiles. Il a eu l’intelligence de récupérer dans notre bilan tout ce qui étaitrécupérable, et qui correspondait à l’ère du temps» explique une Conseillère de Paris,écologiste. «Nous avons subi sa communication bien huilée, il est parvenu à s’attribuer lapolitique des transports de Baupin sans les embouteillages, l’éradication du logementinsalubre de Blet, l’invention de la Nuit Blanche de Girard, mes repas bios dans les cantinesscolaires ou encore les 30 hectares supplémentaires d’espaces verts de Contassot…» se plaintle Maire du 2ème arrondissement, Jacques Boutault, pour qui les socialistes avaient plusd’expérience quand nous «nous acharnions sur les dossiers mais improvisions devant lesmédias.» Pour l’Adjointe au Maire Pascale Boistard, «le PS s’est nourri des Verts, non paspar tactique politicienne ou opportunisme mais par pure réflexion. La mandature a été unapprentissage pour nous, ils nous ont convaincu que les questions environnementales étaientvitales et faisaient partie des préoccupations des citoyens.» 87Reste qu’«à la vue du bilan de Bertrand Delanoë et de l’équipe municipale ainsi que de l’étathors-service d’un groupe Verts divisé, les électeurs ont pu se questionner sur la nécessité depolitiser l’écologie et de voter de nouveau pour les Verts» explique Dominique Foing. Al’automne, le Maire de Paris renforça encore le sentiment de trouble qui pouvait naître au seinde l’électorat commun aux socialistes et aux écologistes : une enquête du magazine QueChoisir91 sur le prix de l’eau potable et les bénéfices faramineux réalisés par les deuxentreprises en situation de duopole, Véolia et Suez, fit grand bruit. Alors que ses partenairesde la gauche plurielle (PCF, Verts, MRC) réclamaient depuis 2001 de renégocier les contratspour repasser sous une régie municipale, que l’Inspection générale de la Ville, la société deconseil Service Public 2000 et la Commission Constantin avaient déjà épinglé la gestion del’eau dans la capitale tout au long de la mandature, Bertrand Delanoë annonça le 5 novembre2007, à cinq mois des municipales, la création d’une régie municipale «qui étendrait à ladistribution, la maîtrise qu’elle possède déjà sur la production de l’eau à Paris» explique soncommuniqué. Tout en se gardant la possibilité, par ailleurs, de réaliser des partenariatspublics-privés notamment sur la mission de la distribution de l’eau…91 Enquête publiée dans le numéro Que-Choisir du 29 octobre 2007 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Un double-langage qui illustre parfaitement la maîtrise de sa communication, grâce à une«novlangue92 destinée à rendre tout nouveau et tout bon. Sous Delanoë, les réunions dequartiers deviennent ainsi des «évènements solidaires et éthiques», le projet d’organisationde l’épreuve olympique des J.O. éthiques, populaires, écologiques et solidaires […]Mais quiaurait l’idée de s’opposer à une telle démarche, pour préconiser des JO gangrénés par lacorruption, réservés aux riches, polluants et égoïstes ?» se demande Sophie Coignard,journaliste d’investigation s’intéressant de près aux différents systèmes de pouvoirs, dans sonlivre consacré à Bertrand Delanoë, «Le Marchand de Sable». Elle observe dans son ouvrageque le Maire a multiplié par quatre le nombre de communiqués de presse, par rapport à JeanTibéri, «noyant ainsi l’information dans un flot de non-informations.» En cela, il peutcompter sur le précieux soutien de la Directrice de l’Information et de la Communication de laMairie de Paris, Anne-Sylvie Schneider à qui incombe la charge de transformer le savoir-fairedu Maire de Paris en faire-savoir. Ancienne journaliste à VSD, cette dernière a rencontré leporte-parole du Parti Socialiste en 1981, Bertrand Delanoë… qui l’a embauché pour luiconfier la rédaction de la lettre interne du parti. Un poste qu’elle occupa dix ans, avant dedevenir l’attachée de presse de Laurent Fabius à l’Assemblée nationale puis de Martine Aubryau Ministère de l’Emploi. Déléguée à l’information dans l’équipe de campagne du Maire, elle 88est promue en 2001 au sein de l’administration dès sa victoire… et se montre depuis,bienveillante avec son candidat le Maire. « Bertrand Delanoë a parfaitement su construireson réseau médiatique, en recrutant Anne-Sylvie Schneider à la communication, quibénéficiait de précieux appuis au sein de la presse de gauche, dont le Nouvel Observateur.D’autres journaux comme le JDD sont restés plus neutres, malgré les relations du Maire avecArnaud Lagardère. A côté de lui, nous n’avions pas le même réseau, ne nous en donnions pasles moyens et ne savions pas aussi bien communiquer» regrette son adjoint vert YvesContassot, selon qui cette carence s’est faite ressentie tout au long de leur campagne.Toute la chaîne de l’information était – et est toujours –centralisée vers le cabinet du Maire outout du moins la Directrice de l’information et de la communication : c’est elle qui fixe lesrendez-vous des Adjoints au Maire avec les journalistes et définit les messages à délivrer…voire s’occupe des suites à donner aux articles concernant la Mairie de Paris. Ainsi, ellen’hésite pas à appeler directement les journalistes qui se seraient éloignés de la «vérité92 Métaphore utilisée par Sophie Coignard, en référence à la langue fictive inventée par Georges Orwell dans sonroman 1984 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • officielle»93. Plus prosaïquement, c’est également Anne-Sylvie Schneider qui eut l’idée queBertrand Delanoë mène une «campagne délibérative» pour l’élection de 2008, en faisant latournée des vingt arrondissements parisiens en trois mois, afin de recueillir les propositions dela population. Bien que les propositions finales qu’il présentera - voitures propres en libre-service, extension du tramway, projets de tours – figuraient déjà toutes dans sonpréprogramme soumis à discussion lors de ces fameuses réunions de travail avec les Parisiens.«Bertrand Delanoë est parvenu à donner une image contraire à sa véritable personnalité, eten cela il est plus talentueux que Jean-Louis Borloo ou Nicolas Sarkozy : il a réussi à seconstruire un mausolée où il incarne le chevalier blanc dans un monde politique malhonnête.En réalité, il est à la tête d’un système de connivence avec de grands groupes comme Uni-bail, d’un système médiatique avec le Nouvel Observateur donc, le groupe Lagardère quil’interviewe régulièrement sur Europe 1 mais aussi le groupe Bolloré qui a obtenu Autolib’ etest propriétaire de Direct Matin… Fin analyste des intérêts qui se croisent, Delanoë offre descadeaux et attend des retours, il arrive parfaitement à actionner les différents leviers pourservir ses intérêts personnels» énumère Dominique Foing, auteur d’un livre à charge contre lagestion du Maire de Paris. S’ils ne se montrent pas aussi tranchés dans leurs interventionspubliques, les écologistes se plaignent diplomatiquement de son double-jeu. Pour le conseiller 89régional (EE-LV) d’Ile-de-France Jean-Marc Pasquet, «le fait que Bertrand Delanoë soit plusarchaïque et moins ouvert à l’écologie urbaine que le président de région Jean-Paul Huchon,issu de la deuxième gauche, pourrait être une chance pour nous. Mais ses talents decommunicants le font surfer sur nos étiquettes.»La construction d’une coalition demande du temps et la première mandature n’a clairementpas permis aux écologistes et aux socialistes parisiens de s’entendre. Pour Anne Le Strat, quia siégé au sein du groupe Verts avant de s’affilier au groupe socialiste en 2008, «la vérité dela première mandature ne se résume ni dans la posture «le PS nous a torpillé» ni dans lediscours présentant Bertrand Delanoë, comme «l’otage des Verts»… Avec 23 élus au Conseilde Paris, nous avions un vrai poids, nos menaces étaient prises au sérieux, et le cabinet duMaire nous écoutait et nous craignait.» Avec du recul, les écologistes se montrent satisfaitsde la première mandature où leur voix «a été entendue» sur le budget, le plan climat ou la93 C’est Anne-Sylvie Schneider qui s’est occupé elle-même du cas de Renaud Lecadre, journaliste de Libération,qui avait «osé» publier en 2005 un article sur les marchés publics de la Mairie de Paris, dans lequel il rappelaitque la présidente de séance lors du débat sur le contrat de l’eau au Conseil de Paris en décembre 2003 n’étaitautre que la première adjointe Anne Hidalgo, «qui a été chargée de mission à la Compagnie Générale des Eaux,détail de carrière trop peu connu des électeurs parisiens.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • politique du logement. «Durant ces sept années, nous nous sommes clairement aperçus quel’écologie politique n’était pas la social-démocratie traditionnelle de Bertrand Delanoë. Maiselle a toutefois le mérite de ne pas être à droite et de nous avoir permis de changer certaineschoses» résume le patron d’EE-LV Paris, Hervé Morel. 2) 2008-2014, la contrainte d’un rapport de forces évolutif ur la lancée d’une fin de mandature compliquée, la campagne pour l’électionS municipale 2008 a été extrêmement tendue entre les deux partenaires. Pour les écologistes comme les socialistes, ce scrutin était une épreuve désignant un vainqueuret un vaincu, mais déterminant aussi et surtout le rapport de force au sein de la gauche pourles années à venir. Désormais conscients des préoccupations électorales de nombreuxParisiens, l’ensemble des forces politiques ont verdit leur campagne : interdiction auxvéhicules polluants d’entrer dans la capitale pour l’UMP, péage urbain pour le PS,piétonisation des voies sur berges pour les Verts… mais aussi réalisation d’éco-quartiers, 90développement des énergies propres, mise en place d’un système en libre-service de véhiculespropres, etc. Une succession de mesures laissant penser, du moins en apparence, que lesstructures parisiennes des deux principaux partis de gouvernement avaient fait leuraggiornamento et prenaient désormais autant en compte les enjeux environnementaux que nepouvaient le faire Les Verts il y a quelques années. En ce qui concerne Bertrand Delanoë,c’était aussi une stratégie politique efficace visant à récolter les fruits des succès de samajorité plurielle, tout en imputant ses échecs aux Verts. Sentant la politique «s’écologiser» àleur détriment, les écologistes mirent fin à leurs traditionnelles campagnes joviales et netardèrent pas à riposter. Le député européen Daniel Cohn-Bendit, qui s’était déjà investi lorsde la campagne 2001 aux côtés d’Yves Contassot, suggèra de s’allier avec le MoDem pour«échapper à la maladie de l’hégémonie des socialistes», taclant dans la foulée BertrandDelanoë qu’il accusait d’être un «usurpateur : depuis sept ans, il n’est arrivé à l’écologie quepar un débat permanent avec les Verts.94» Pourtant habitué à négocier des compromis avec leMaire au cours de la première mandature, le candidat écologiste Denis Baupin n’était pasmoins offensif vis-à-vis du Maire et du PS parisien, revendiquant sans cesse la paternité de94 L’Express, 21 février 2008, «Cohn-Bendit traite Delanoë d’usurpateur » Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Vélib’, du tramway, des couloirs de bus ou encore de Paris-Plage. Dès septembre 2007, leMaire du 2ème arrondissement Jacques Boutault, accusait Delanoë de vouloir se «débarrasserdes écologistes.» Ambiance…Pour l’édile écologiste du centre parisien, «si l’on en croit les résultats des municipales, le PSa tiré un plus gros avantage de notre collaboration sur la première mandature, alors quenous n’avons pas réussi à capitaliser sur nos succès…» Augmentant de plus de quinze pointsle score de premier tour de la gauche en 1989, Bertrand Delanoë a en effet été largementmieux élu en 2008 (42,9%) qu’en 2001 (31,3%). «La frontière entre l’écologisme local et leprojet de Bertrand Delanoë qui ne voulait plus laisser les thèmes environnementaux à notresous-traitant des Verts était tellement confondu qu’en 2008, ça a empêché les Verts de faireun bon premier tour» analyse l’adjointe au Maire Pascale Boistard. «En se proclamant trèshabilement écologiste responsable, il a siphonné les voix traditionnellement acquises auxVerts. C’était une façon de dépouiller le fond de commerce des écologistes, tout en pointantque lui n’était pas excessif. Mais à la vue de son second mandat, on peut se demanderaujourd’hui si c’était une bonne chose ?» interroge son ex-fidèle, le député (PS) de ParisChristophe Caresche. Elle aussi libérée du devoir d’allégeance envers son parti, l’ancienne 91élue Verte Anne Le Strat estime pour sa part qu’il a suffi à «Bertrand Delanoë de faire valoirson bilan globalement positif et de jouer sur l’effet bénéfique du «Maire sortant», tandis queles Verts parisiens, au lieu de présenter leur action et vanter leur apport, ont simplementdonné l’image qu’ils étaient de simples emmerdeurs. Avec cette défaite, ils ont atteint leslimites structurelles de leur mode de fonctionnement, sans être parvenu à consolider leurimplantation ni à construire par-delà leur première expérience.» Disposant d’un faiblebudget de campagne depuis l’échec retentissant de Dominique Voynet en 2007 ayant durci lesconditions d’emprunts des Verts, «la stratégie d’autonomie au premier tour avait malgré toutdu sens pour nous. Mais elle n’a jamais été comprise par les électeurs parisiens95. Pourtant,quand vous connaissez la vision du PS sur ses partenaires, il devient facile de comprendreque si nous nous étions rangés derrière eux dès le premier tour pour obtenir des postes, nousn’existerions tout simplement plus. Nous ne voulions pas être le nouveau PRG !» déplore lepatron d’Europe Ecologie-Les Verts Paris, Hervé Morel.95 Dès septembre, un sondage créditait les Verts de 5% des voix contre 47% pour la liste de Bertrand Delanoë. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Avec 6,78%96 des voix contre 12,35% réalisés sept ans plus tôt, les rôles lors de lanégociation de l’entre-deux tours étaient inversés : sûr de lui et maîtrisant les débats, BertrandDelanoë n’a pas de concession à faire et domine largement Denis Baupin et Yves Contassot,qui plient rapidement bagage. Elu au second tour sans surprise (57,7%), la gauche plurielle neconquiert aucun nouvel arrondissement mais sept sièges de conseillers de Paris. Mais la bonnenouvelle n’est pas là pour le Maire : au-delà de sa réélection et de sa progression, il est surtoutheureux de posséder la majorité (82) avec ses alliés historiques du PCF et du MRC97, sansdépendre de ce partenaire «peu fiable» que représentent les Verts selon lui. Avec 90Conseillers de Paris contre 69 lors de la première mandature, les socialistes et ses partenaireshistoriques sont désormais « libres» comme le titre le supplément Paris Obs du NouvelObservateur en mars 2008. «La vie quotidienne de la gestion municipale est facilitée depuis2008, maintenant que les Verts ne sont plus un groupe charnière. Ils ont beau essayerd’emblématiser certains points, mais malheureusement pour eux, la politique municipale nes’arrête pas aux Halles ou à Jean Bouin» remarque Philippe Wehrung, cadre de la fédérationsocialiste de Paris.Les Verts repartent avec un groupe divisé par deux, qui passe de 23 à 9 et fait beaucoup moins 92de bruit. «Mais aujourd’hui, le mandat de Delanoë pâtit du faible poids des écologistes : unemajorité monocolore n’enchante pas les Parisiens» veut croire Jean-Marc Pasquet, ancienpatron des Verts Paris et aujourd’hui conseiller régional d’Ile-de-France. Adrien Saumierabonde : «Delanoë n’a plus le même souffle que lors du premier mandat. Je ne sais pas sic’est lié à l’effacement des écologistes, en tout cas c’est clair que nous ne sommes plusdéterminants, que nous ne possédons plus ce pouvoir de bascule qui faisait notre force»regrette ce militant parisien d’EE-LV. Un de ses collègues renchérit : «l’environnement n’adepuis 2008 aucune prise directe avec les orientations politiques, économiques et sociales dela majorité.» Pire, le Maire de Paris aurait profité de la baisse d’influence des Verts pourrenouer avec ses «atomes productivistes et mettre en œuvre ses chantiers fétiches comme JeanBouin ou les Halles». «Suite à notre raté de 2008, il y a eu de plus en plus de désaccords :chantiers des Halles ou de Jean Bouin, vidéosurveillance, construction des tours… BertrandDelanoë profite du rapport de force avantageux pour le Parti Socialiste pour n’écouter aucun96 Le plus mauvais score des Verts aux municipales parisiennes depuis qu’ils présentent des candidats danschaque arrondissement de la capitale : ils avaient en moyenne recueillis 8,2% en 1989 et 7,1% en 1995.97 Avec 90 Conseillers de Paris, le PS, le MRC et le PCF ont la majorité sans les Verts. Bertrand Delanoë n’estpas passé loin de la majorité absolue : avec 77 conseillers de Paris à lui seul, le PS est à cinq voix de la majoritéqu’il doit les trouver parmi les 10 communistes, les 3 radicaux, voire en dernier recours une partie des 9 Verts,qui ne suivraient pas la consigne du groupe… Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • de ses partenaires» se plaint le co-président du groupe EE-LV au Conseil de Paris, SylvainGarel.Comparatif des scores PS et EE-LV aux élections européennes 2009 (en % des suffrages exprimés)Résultats des européennes 2009 Europe Ecologie-Les Verts Parti SocialisteSuffrages obtenus en France 16,28 16,48Suffrages obtenus en Ile-de-France 20,86 13,58Suffrages obtenus à Paris 27,46 14,69Après leur claque aux municipales, les écologistes parisiens ont pu compter sur leseuropéennes de juin 2009 pour se rassurer, vérifier si Paris est bel et bien le terreau del’écologie politique que l’on prétend : cette élection supranationale est favorable auxécologistes, du fait du mode de scrutin à la proportionnelle, d’un faible enjeu politiquerendant plus propice le «vote de cœur» que le «vote utile», d’une abstention massive et d’unemobilisation plus importante des cadres et professions intellectuelles que de l’électorat 93populaire, ainsi que des thèmes environnementaux que cette campagne électorale met enavant puisque liés à certaines compétences du Parlement européen. Sans compter qu’enparallèle, face à l’image archaïque d’un PS sortant d’un congrès fratricide, les écologistes ontsu faire preuve de dynamisme et de fraîcheur, en rassemblant au-delà des Verts (Bové, Cohn-Bendit) et en composant des listes au personnel politique contestataire et renouvelé (Joly,Jadot). Et le moins que l’on puisse dire est que cette stratégie a fonctionné au mieux en Ile-de-France : les écologistes parisiens n’ont pas été déçus. Rivalisant au niveau national avec legrand frère socialiste, Europe Ecologie l’a largement devancé dans la région-capitale et àParis.Des scores «inattendus dans une telle ampleur» dont ils vont essayer de tirer profit pour créerune dynamique à gauche, alternative au PS parisien, leur permettant de bâtir leur nouvelleméthode de conquête sur la capitale. Après avoir intériorisé le fait d’être la chambre verte dela maison rose après le scrutin de 2008, les écologistes parisiens réclament désormais d’êtretraités d’égal à égal. Conformément à leur stratégie du rapport de forces évolutif tout au longde la mandature municipale, les écologistes font valoir aujourd’hui que le comportement deBertrand Delanoë est «autocratique» dans la mesure où il ne tient pas compte des révolutions Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • des scrutins intermédiaires. «Aux européennes 2009, nous avons été la principale force politique dans treize arrondissements sur vingt – soit plus que le PS aux dernières municipales – cela a représenté un véritable coup de tonnerre pour la gauche, devancés dans leurs propres fiefs par leurs petits partenaires» se félicite Hervé Morel. Car si le résultat national est catastrophique pour le Parti Socialiste qui se voit pour la première fois de son histoire directement concurrencé par les écologistes, les socialistes parisiens touchent, eux, le fond de l’abîme : la situation s’est totalement inversée par rapport au scrutin municipal s’étant déroulé un an auparavant, où ils avaient considérablement réduit le poids des écologistes. «Cela a été une douche froide pour nous, surtout après la piquette que nous leur avions mis en 2008 où nous les avions rayé de la carte du Conseil de Paris dans leurs fiefs des 3ème, 11ème et 19ème arrondissements» reconnaît l’Adjointe au Maire, Pascale Boistard. Projection des résultats d’EE-LV et du PS aux européennes 2009 selon le mode d’élection du Conseil de Paris Conseiller de Paris EE-LV Conseiller de Paris PS Projection du score Projection du score élus aux municipales élus aux municipales EE-LV aux PS aux européennesArrondissement 2008 2008 européennes 2009 2009Paris 1Paris 2 0 1 1 2 1 2 0 0 94Paris 3 0 3 2 0Paris 4 0 2 2 0Paris 5 0 1 2 1Paris 6 0 1 1 0Paris 7 0 0 1 0Paris 8 0 0 0 0Paris 9 0 3 2 1Paris 10 1 3 4 1Paris 11 0 7 7 2Paris 12 1 5 7 1Paris 13 1 9 7 2Paris 14 1 6 7 1Paris 15 0 4 2 1Paris 16 0 1 1 0Paris 17 0 3 2 1Paris 18 2 9 10 2Paris 19 0 9 8 2Paris 20 2 8 9 2Total 9 77 77 17 Explication : la loi PLM prévoit que la première moitié des sièges de l’arrondissement soit attribuée à la liste arrivée en tête. La seconde moitié est attribuée elle, à la proportionnelle, avec calcul des sièges restants selon la règle de la plus forte moyenne. Voir annexes. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Comme le démontre le tableau de politique-fiction ci-dessus, les écologistes possèderaient lamajorité au Conseil de Paris s’ils avaient fait leurs scores de 2009 au dernier scrutin.Toutefois, ils ne disposeraient pas de la majorité absolue à eux tous seuls, et seraientdépendants du Parti Socialiste à moins qu’ils ne trouvent des soutiens parmi le Front deGauche ou le MoDem. Ce calcul, Europe Ecologie-Les Verts l’a fait et entend bien désormaisne plus être réduit à un rôle de figuration dans les exécutifs locaux. Revigorés par ces bonsrésultats, les écologistes ne cessent de provoquer le Maire de Paris. A l’exemple de cetteséance de novembre 2009, où ils déposèrent 1009 amendements pour se plaindre del’installation programmée de 1009 caméras de vidéosurveillance dans la capitale, et ainsi seprononcer au cas par cas. «Ils continuent leur surenchère comme tout au long de la premièremandature. Ils ont même fait un recours au tribunal administratif pour ne pas que nousexaminions ces amendements en groupe et ainsi ne pas y passer cinq jours» dénonce leprésident du groupe PS au Conseil de Paris, Jean-Pierre Caffet.La «révolution européenne» de juin 2009 les redynamise également sur le plan électoral, entémoigne leur volonté de livrer une bataille d’influence au Parti Socialiste, en présentant deslistes autonomes au premier tour des régionales 2010. Contrairement au précédent scrutin 95francilien de 2004, où «englués dans notre stratégie de supplétifs du Parti Socialiste, notreprincipal objectif avait été d’arriver devant les communistes qui avaient choisi l’autonomie.Au final, avoir été consacré comme le premier partenaire du PS ne nous avait pas empêché demal vivre leur hégémonie dans l’hémicycle. Alors quand Huchon nous a renouvelé saproposition d’alliance dès le premier tour en 2010, nous avons décrété l’autonomie de notreliste» avec négociation au second tour, résume Jean-Marie Bouguen, ex-collaborateur d’EE-LV au Conseil régional travaillant aujourd’hui pour le groupe écologiste au Sénat. Objectif ?Profiter au maximum du mode de scrutin proportionnel à prime majoritaire, qui leur estfavorable… et peut-être ainsi devancer le Parti Socialiste pour la seconde fois consécutive98dans certains territoires dont la capitale. La bataille pour le contrôle de la région la plus richeet la plus peuplée de France avait donc un enjeu très politique puisqu’elle a permis aux forcesde gauche de se mesurer à nouveau, mais cette fois-ci selon le mode de scrutin le plussemblable de notre paysage institutionnel à celui des élections municipales99.98 Ils avaient réalisé 20,86% aux dernières européennes en Ile-de-France, soit plus de sept points que le PS(13,58%)99 Le scrutin municipal parisien se déroule au suffrage universel direct dans le cadre d’un scrutin de liste à deuxtours, selon le système de la représentation proportionnelle pondérée. Les élections régionales s’organisent elles Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Comparatif des scores PS et EE-LV au premier tour des élections régionales 2010 (en % des suffrages exprimés)Résultats des régionales 2010 Europe Ecologie-Les Verts Parti SocialisteSuffrages obtenus en France 12,18 23,52Suffrages obtenus en Ile-de-France 16,58 25,26Suffrages obtenus à Paris 20,57 26,26Le président sortant de la région Ile-de-France mit en avant Anne Hidalgo, pour affronter dansla capitale la liste de l’écologiste Cécile Duflot, qui se voulait porte-drapeau de son parti surl’ensemble de la région. La tâche de la première adjointe du Maire de Paris n’était pas desplus aisées : elle devait réaffirmer le leadership du PS parisien sur Paris pour tirer un trait surla déconvenue des européennes… une mission qu’elle semble avoir remplie au vu desrésultats. La liste socialiste dépasse de six points le score de la liste écologiste dans lacapitale. Mais celle qui est pressentie pour succéder à Bertrand Delanoë n’est pas parvenue às’imposer dans le cœur de ses collègues socialistes : «comment a-t-elle pu considérer que 96rester devant Europe Ecologie-Les Verts était le premier et seul objectif de la gaucheparisienne ?100 L’objectif était évidemment d’ancrer la région Ile-de-France à gauche pourl’avenir. Elle a eu des phrases plus intelligentes» se moque un Adjoint au Maire socialiste.S’ils ne sont pas parvenus à confirmer leur performance de 2009, les écologistes ont tout demême confirmé leur bonne dynamique, et en cela, ils ont réussi une partie de leur pari. Aprèsla difficile victoire de 2004 dans le cadre d’une triangulaire avec Jean-François Copé etMarine Le Pen, la liste d’union de la gauche semble avoir profité en 2010 de l’envolée duscore des écologistes au premier tour pour écraser l’UMP - 56,7% contre 43,1% - dans unerégion pourtant réputée prenable par la droite. Cécile Duflot, nouvelle présidente d’un groupequi passe de 24 à 50 élus dans l’assemblée régionale, y a vu une validation de leur stratégie de«diversité» au premier tour et de «rassemblement» au second des forces d’opposition àSarkozy. L’analyse fine des résultats de la capitale montre qu’Europe Ecologie-Les Vertsreste devant le Parti Socialiste dans le 2ème arrondissement, le talonne dans le 10ème et le 11èmeet confirme sa place de troisième force politique sur la capitale et même la deuxième dansaussi selon le suffrage universel direct mais dans le cadre d’un scrutin de liste à deux tours, selon le systèmeproportionnel à prime majoritaire.100 Suite à l’interview qu’elle donna au Parisien le 4 janvier 2010 : «notre objectif, c’est d’être devant les Verts.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • certains arrondissements de gauche ; tandis que les partisans d’Anne Hidalgo sont eux encorelargement en tête dans les arrondissements grands pourvoyeurs de Conseillers de Pariscomme ceux du Nord-est parisien. Pour la première fois depuis au moins 2001, les écologistessont devenus forts sans que le Parti Socialiste ne soit pénalisé en parallèle.La semaine suivante, Sylvain Garel et quelques-uns de ses acolytes du Conseil de Parisprenaient rendez-vous avec le Maire de Paris, afin de renouer le dialogue. «Ça fait deux ansque ça dure. On ne va pas encore continuer quatre ans comme ça» lançait-il au Figaro101.Depuis que les écologistes ont été laminés aux dernières municipales, le Maire n’a plus besoinde leurs voix tandis qu’eux critiquent avec véhémence les travaux du Stade Jean Bouin, ledossier Autolib’, la vidéosurveillance et les tours d’habitation. Objectif ? Tenter d’apaiser leclimat sur la base d’un nouveau rapport de force instauré par les européennes et corrigé parles régionales. Une accalmie toute relative dans la mesure où l’épineux dossier du stade JeanBouin (16ème) revient sur le devant de la scène, le même jour. Bertrand Delanoë parvient àfaire adopter avec l’aide des communistes une délibération déclarant «d’intérêt général» laconstruction d’un nouveau stade de rugby professionnel de 20.000 places sur le site de JeanBouin, pour un peu plus de 150 millions d’euros. Les Verts, le Nouveau Centre et l’UMP 97campent toujours sur leurs positions et votent contre. Depuis plusieurs mois, les écologistesdemandent la réaffectation de l’argent public dans d’autres projets comme par exemple leprolongement du tramway (T3) jusqu’à la porte d’Asnières. «Contrairement à la premièremandature où il n’y avait pas de véritable fracture idéologique, la seconde mandature deDelanoë pâtit de sa volonté de prestige et de son désir de faire parler de lui à l’étranger : lestravaux de Rolland Garros, de Jean Bouin ou des Halles n’auront pas un impact concret surla vie des Parisiens…» dénonce le Maire du 2ème arrondissement, Jacques Boutault. «LesVerts n’ont pas tort, la Ville fait des choses mais les habitants n’y sont pas associés. Lesgrands chantiers, des Halles à Roland-Garros, on va finir par se les prendre sur la gueule»craint Christophe Caresche, qui précise ne pas être «le seul socialiste à ressentir cette courseau prestige et ce manque de démocratie locale.»Mais sur le dossier de Jean Bouin en particulier, le motif d’insatisfaction des écologistes seraitailleurs, à en croire un Conseiller de Paris tenant à rester anonyme : «Investir autant d’argentpublic alors que la municipalité privilégie d’habitude les partenariats publics-privés, c’est101 Le 30 mars, à Paris, PS et Verts sur des bases nouvelles. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • louche. Comme d’autres, les Verts se sont rendus compte que ce n’était que du copinage…»En cause ? Les liens d’amitié que Bertrand Delanoë entretient depuis plus de trente ans avecle président du Stade Français, l’équipe de rugby qui héritera de ce stade alors qu’elle pourraità priori jouer à Charléty ou au Parc des Princes. Ancien attaché de presse de Dalida – prochedes cénacles socialistes – Max Guazzini s’est lié d’amitié avec le futur Maire de Paris dans lesannées 80, avant de fonder la radio NRJ lors de la libéralisation des ondes durant le premierseptennat de François Mitterrand, puis de devenir propriétaire du Stade Français en 1992 et lefaire grimper sur les premières marches du podium du Top 14. Ce n’est pas une simplepersonnalité mondaine participant à son comité de soutien parmi d’autres, Max Guazzini estun fidèle ami de Bertrand Delanoë. Les élus parisiens en sont conscients mais ceux ayant oséparler de «favoritisme», comme le président du groupe UMP Jean-François Lamour, ont faitl’objet d’une plainte en diffamation de la part du Maire de Paris.La trêve entre les deux partenaires de la gauche sera d’autant plus courte que les rivalitésinternes à la majorité municipale lors de cette seconde mandature ne sont plus seulementpolitiques, mais concerne aussi l’actualité judiciaire. Le Canard Enchaîné révèle en août 2010que Bertrand Delanoë négocierait avec l’UMP, afin de solder l’affaire des emplois fictifs sous 98Jacques Chirac. Tollé chez les écologistes – à l’initiative des poursuites lancées dans lesannées 90 contre l’ancien Président de la République - qui dénoncent d’une seule voix unenégociation «en catimini.» D’autant plus qu’ils ne sont pas d’accord sur le montant del’indemnisation prévue de 2,2 millions d’euros, portant sur le coût des 19 emplois fictifs de1992 à 1995 – impossible de remonter à une date antérieure du fait des délais de prescriptionen matière pénale : selon eux, Bertrand Delanoë pourrait réclamer plus de 7 millions d’euross’il menaçait d’une action devant un tribunal civil, où la prescription est de trente ans.Quelques mois plus tard, le Maire de Paris signe malgré tout un protocole l’engageant à retirerla plainte de la Mairie de Paris en partie civile, en l’échange du remboursement des salairesindument versés par l’administration de la capitale. But de la manœuvre ? Eviter un procès àl’ancien Président de la République tout en offrant à la Mairie la possibilité de rentrer dans sesfrais. Les Verts, eux, ne se sont pas calmés : les partenaires de Bertrand Delanoë dénoncentune «faute politique» et un «déni de justice», expliquant que le «remboursement par l’UMPsera un remboursement par l’argent des contribuables, l’essentiel de son budget provenantdu financement public et donc des impôts.» «Ce qui serait immoral, ce serait que les Vertsrestent mes partenaires tout en affirmant que j’ai opéré une rupture avec la morale publique» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • se défend Bertrand Delanoë. Une partie des écologistes rentre alors dans le rang. DenisBaupin explique qu’ils n’ont jamais remis en question son honnêteté mais que «nous avonssimplement été déçus par cette décision d’accord, qui n’est pas en adéquation avec l’effort deréhabilitation de la morale publique, qu’il défendait lors de son élection.102» D’autres aucontraire, à l’image de l’ancien Conseiller de Paris René Dutrey, dénoncent la «chirac-connection» de Bertrand Delanoë et pointent sa clémence présumée vis-à-vis de l’ancienPrésident de la République. En échange de sa non-intervention durant la bataille parisienne de2001 où le RPR s’est déchiré au point de laisser le chemin libre à Bertrand Delanoë, ouencore de l’avoir laissé porter seul le projet des Jeux Olympiques Paris 2012, le Maire deParis se serait engagé à ne pas égratigner Jacques Chirac… «Lorsque Delanoë transmet en2002 le dossier des frais de bouche au Parquet, il est conscient que les faits sont prescrits.Mais cela satisfait les Verts moins expérimentés et pas forcément au courant, qui réclamentun renouveau démocratique» décrypte un jeune élu UMP de la capitale. Dès 2005, leprésident du groupe écologiste au Conseil de Paris Alain Riou craignait que Bertrand Delanoën’aille pas au bout de sa démarche : il accusa alors l’avocat de la partie civile, et donc de laMairie de Paris, de confondre «vengeance et clémence» et de ne pas oser s’en prendre auxpuissants. 99Le climat se détériore à nouveau à l’automne 2010, suite à la décision du Maire d’interdireaux mineurs l’exposition du Musée d’art moderne de la ville, consacrée au photographeaméricain Larry Clark. Une décision qui avait déplu aux Verts, en dépit des clichés éloquentsrelatifs au sexe et à la drogue : les écologistes accusaient Bertrand Delanoë de«s’autocensurer» et que «si on commence à faire cela, on ne fait plus rien.» La réponse duMaire de Paris, transmise également à la presse, n’avait pas tardée «Votre lettre me paraîttraduire une profonde méconnaissance à la fois du contexte idéologique et politique danslequel l’art contemporain évolue aujourd’hui.» De plus en plus contesté, certains estimentque le premier édile de la ville ne prend plus la peine d’éviter les conflits depuis son échec auCongrès de Reims en novembre 2008, qui l’a conduit à faire son adieu forcé à la fonctionprésidentielle… alors qu’il s’était déjà interdit tout avenir parisien en annonçant sa volonté dene pas briguer de troisième mandat. Selon L’Express103 ou Le Point104, le Maire de Pariscentraliserait tout et se reposerait depuis uniquement sur son directeur de cabinet Nicolas102 L’Express, 5 novembre 2010 c’est l’amour vache entre Delanoë et les Verts.103 « Docteur Bertrand et Monsieur Delanoë », L’Express, janvier 2008104 « Le spleen de Bertrand Delanoë », Le Point, décembre 2010 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Revel105, la secrétaire générale Véronique Bédague-Hamilius et son collaborateur historique,Laurent Fary. «Le Maire ne s’occupe plus que des sujets, où il y a une rentabilité électoralepour lui ou Anne Hidalgo» déplore Christophe Caresche, son ancien adjoint à la sécurité. Unfonctionnement verrouillé vexant une partie de ses adjoints - associés au dernier moment surdes décisions concernant leurs propres délégations- et les Conseillers de Paris, à l’influenceréduite, qui ne lui pardonnent désormais plus rien. «Bertrand Delanoë s’essouffle sur sonsecond mandat, le PS parisien finit par s’endormir. Nous ne sommes plus là pour leur mettrela pression… Même certains de ses adjoints ne le comprennent plus, par exemple sur Roland-Garros ou Jean Bouin. Tout se décide dans le cabinet du Maire. Il a construit Autolib toutseul, avant de nous dévoiler par surprise son projet : il n’y a aucune concertation avecBertrand Delanoë, il n’écoute même pas les bureaux d’études !» se plaint Yves Contassot.Pour Christophe Girard, cette impression d’essoufflement au cours de la seconde mandatures’explique par la ferveur du début de mandat qui est retombée et les différents projets qui nesont pas encore sortis de terre. «Après, on peut toujours faire plus, c’est évident… Mais lacrise économique réduit nos marges d’actions, alors nous nous concentrons sur la livraisond’un certain nombre de chantiers, avant d’en lancer de nouveaux.» 100C’est le cas par exemple de la rénovation des Halles, autre sujet à conflit avec les écologistesparisiens. Elle émerge dans la tête de Bertrand Delanoë dès le début… de son premier mandat,à la fin de l’année 2002. Cet immense chantier qui prévoit notamment la réorganisation dujardin de plus de 4 hectares, de la gare où transitent 800.000 voyageurs par jour et du Forum,centre commercial prochainement recouvert d’une Canopée, aurait dû en principe durer quatreans. Plaintes des riverains, concours d’architectes cacophonique, crises politiques avec lespartenaires Verts, doutes sur la faisabilité technique, etc… A la fin de son premier mandat,son projet apparaissait au point mort. Il faudra attendre sa large victoire en 2008 qui permetdésormais à Bertrand Delanoë d’outrepasser les avis des écologistes, pour voir son projet sedébloquer à l’automne 2010 et lui laisser ainsi une chance de l’inaugurer avant la fin de sonmandat, en 2014. Votant contre la «vente du patrimoine municipal» avec les élus UMP quis’inquiètent de la santé économique de la Mairie, les écologistes dénoncent entre autre lemode de financement privilégié : chiffré à 760 millions d’euros hors taxe et hors surcoût, cetteopération est assurée aux deux tiers par la municipalité, l’autre partie revenant à la charge dunouveau propriétaire du Forum des Halles, le groupe Unibail-Rodamco. Yves Contassot105 Nicolas Revel est devenu secrétaire général adjoint de l’Elysée après la victoire de François Hollande. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • dénonce une «privatisation de l’aménagement urbain.» Certains hiérarques socialistespointent du doigt le comportement des écologistes, partenaire «imprévisible et ambigu quivote contre certains projets sans passer pour autant dans l’opposition.» Pour le président dugroupe socialiste au Conseil de Paris, Jean-Pierre Caffet, «certes, nous ne pouvons pasdemander à un groupe de tout voter, mais de là à accepter sans rien dire qu’ils déposent desrecours contre notre projet ou aident des associations de riverains à se battre… Les Vertsprennent des responsabilités impensables pouvant conduire à la rupture du pacte majoritaire,dans le seul but de construire des rapports de force sur des sujets identifiants.»A force d’être intégrés au pouvoir depuis de longues années désormais, la stratégie desécologistes est de signifier leur opposition ponctuelle sur certains dossiers clivants afind’éviter tout risque de banalisation dans le paysage politique parisien. L’inaugurationd’Autolib’ à l’hiver 2011 a de nouveau permis aux écologistes de faire entendre leur petitevoix dans un débat fortement médiatisé. Ils estiment que ce service de voitures en libre-service pourrait encourager l’usage de la voiture et donner un signal négatif aux alternativesque sont les transports en commun et Vélib’. Les coûts de mise en œuvre de ce servicedéveloppé par le groupe Bolloré ainsi que l’impact environnemental sont d’autres raisons 101avancées pour justifier leur opposition. «Il y a de nombreux désaccords mais pas sur tout nonplus : nous arrivons encore à nous entendre sur des sujets comme le logement social, lehandicap ou les crèches, et votons le budget, donc oui, nous sommes toujours partie prenantede la majorité. Après un regain de tension suite à l’arrivée de Cécile Duflot dans la capitale,le climat s’est même apaisé ces derniers temps» raisonne le co-président du groupe écologisteau Conseil de Paris, Sylvain Garel. Au-delà du rôle que la Ministre pourrait jouer auxprochaines élections municipales, certains élus socialistes ont contesté sa venue du fait que lasecrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts avait des points de vue opposés à ceux duMaire : elle «s’est opposée à tout, que ce soit le Jean Bouin, les voies sur berges ou Autolib,et a poussé la création du PassNavigo à tarif unique» déplorent-ils en chœur. «Les socialistessavent bien qu’ils ne gagneront pas en 2014 s’ils se fâchent avec les écologistes. Donc ils nedoivent pas trop les froisser…» s’amuse Pierre-Yves Bournazel, conseiller UMP de Paris. LesVerts sont parfaitement conscients de cette donne et peuvent donc en profiter pour continuer àse distinguer et à critiquer certains des grands chantiers de Bertrand Delanoë… quitte àprovoquer même quelques fissures au sein de la majorité et de nouvelles tensions en vue desprochaines municipales. «Il ne faut pas en rajouter non plus» estime pour sa part Pascale Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Boistard, «les relations entre les Verts et le PS à Paris ne sont pas pareilles qu’à Lyon où ilsne sont pas partenaires mais adversaires au quotidien.106» 102106 Partenaires comme à Paris depuis 2001, le conflit opposant les écologistes et les socialisteslyonnais est particulièrement violent. Dernière illustration en date lors des élections législatives 2012 :bien que ne se présentant pas personnellement, le Maire de Lyon a défendu corps et âme le dissidentThierry Braillard, face au candidat soutenu officiellement par le PS et EE-LV, Philippe Meirieu. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • III Enjeux géopolitiques des élections municipales 2014 A) La Mairie de Paris, au cœur des stratégies politiques 1) Paris, un territoire plus que convoitéI nvesti le 15 mai 2012 à 10h, le Président de la République nouvellement élu François Hollande se rendait à lHôtel de Ville à 15h, avant de rendre visite à la chancelière allemande Angela Merkel en pleine crise de la zone euro. Preuve s’il en fallait une, quela Mairie de Paris tient un rôle particulier dans la vie politique française, preuve également,que les apparences sont parfois trompeuses : avec sa superficie de 105 kilomètres carrés, laville de Paris apparaît bien ridicule face aux 1.500 de Londres voire même aux 240 deMarseille. C’est même le plus petit département de France ! Mais attention, l’étroitesseadministrative de cet Ovni institutionnel –à la fois commune et département– ne doit pas faireoublier toute la grandeur et toute la puissance qui sied à la capitale française. Et ce depuis déjàplusieurs siècles. Carrefour entre différents itinéraires commerciaux qu’ils soient terrestres ou 103fluviaux, la cité de Paris a épousé son destin national dès le début du 5ème siècle, enaccueillant sous Clovis, les principaux organes de pouvoirs du royaume des Francs. Tout aulong du Moyen-âge, de la Renaissance puis de notre époque la plus contemporaine,l’importance économique et politique de la capitale n’aura de cesse de croître, s’inscrivant aucœur des principaux évènements qui marquèrent l’histoire de notre pays. Au point même dedonner la réputation aux Parisiens –à force d’avoir été les déclencheurs de La Fronde, laRévolution française, la Commune ou encore les manifestations du Front populaire et Mai 68- d’être un peuple libre et rebelle.Cette proximité entre l’histoire de Paris et le rayonnement culturel de la France se rappelle àtous, ne serait-ce que par sa richesse architecturale, sa concentration de monuments – de lacathédrale Notre-Dame au Trocadéro, en passant par le Sacré-Cœur perché sur la butte deMontmartre et la Tour Montparnasse – qui lui confèrent ce style unique. Aujourd’hui encorecapitale mondiale de la gastronomie, de la mode ou encore du luxe, Paris dispose de plus de150 musées ainsi que de nombreuses salles de concerts, de spectacles et d’opéras éparpillésdans des quartiers mondialement célèbres comme la Bastille ou les Champs-Elysées. Letemps des Lumières a beau être révolu, Paris avec les pavés de son quartier latin et ses Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • nombreuses facultés reste un grand centre intellectuel : attirant près d’un quart des étudiantsfrançais, cette attractivité jamais démentie lui permet d’occuper le rang de première villeuniversitaire d’Europe. Pour décrire cette ville, l’écrivain Jean Giraudoux avait ces mots :«j’ai sous les yeux les 5.000 hectares au monde où il a été le plus pensé, le plus parlé, le plusécrit ; le carrefour de la planète qui a été le plus libre, le plus élégant, le moins hypocrite.»Dans notre monde plus contemporain, la capitale bénéficie également de nombreux atouts.Comptant à elle-seule plus de 2,2 millions d’habitants, la ville de Paris se trouve être le centrenévralgique de la région Ile-de-France, territoire français le mieux inséré dans lamondialisation et réunissant 18% de la population nationale. Une telle situation lui permet des’inscrire au cœur d’infrastructures performantes : sa plateforme ferroviaire d’exception - plusde 2.000 kilomètres de voies de métro, RER et Transilien avec 7 gares TGV qui en font laplus grande d’Europe - s’ajoute notamment à trois aéroports internationaux et à un réseauautomobile107 conséquent. Ces différentes positions sont des atouts non négligeables pour uneville assumant le rôle de capitale d’un pays tel que la France, elles lui assurent l’accessibilité,la mobilité et donc l’attractivité nécessaires à toute métropole. Et cela semble fonctionner,puisque la capitale accueille pas moins de 14 des 20 premières firmes françaises et 15 des 50 104plus grosses multinationales, regroupées dans le centre de Paris ou au sein du quartier deParis-La Défense, deuxième pôle financier européen derrière la fameuse City de Londres,seule autre métropole européenne pouvant se targuer du statut de «ville-mondiale».Traduction concrète : Paris n’est pas seulement le moteur de l’économie francilienne, il estaussi le principal poumon économique du pays. Avec un PIB de 552 milliards d’euros réaliséssur l’année 2009, la région Ile-de-France produit près d’un tiers de la richesse française, etquasiment autant qu’un Etat comme les Pays-Bas.Pour autant, la thèse du déclin de la France réinterrogeant la place de notre pays dans lemonde rejaillit automatiquement avec beaucoup plus de vigueur sur la capitale, par définitionfer de lance national. Pour le géographe Guy Burgel108, Paris serait le «laboratoire des risqueset des chances pour notre pays, à l’ère de la mondialisation.» Inquiétant puisque, selonl’économiste et journaliste Eric Le Boucher, «aucune région-capitale au monde ne perd sesemplois comme celle de Paris, aveuglée par son passé brillant, anémiée faute de s’inscrire107 Le réseau automobile parisien et francilien est notamment composé du boulevard des maréchaux, duboulevard périphérique, de la francilienne et du réseau autoroutier.108 Guy Burgel est l’auteur de l’ouvrage «Paris meurt-il ?» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • résolument dans la compétition mondiale des métropoles du XXIème siècle.» Vitrine del’image que l’on se fait de la France, le contrôle de la Mairie de Paris est un enjeugéopolitique majeur ne se réduisant pas aux traditionnelles échelles des collectivités locales,qu’elles soient municipales, départementales ou régionales. Paris est bel et bien un territoirenational, au centre d’initiatives culturelles et économiques, capables d’interpeller le mondeentier, avec ce que cela implique comme nouveaux enjeux et nouveaux défis au XXIèmesiècle.Que ce soit par son histoire, sa suprématie, son poids ou encore par les défis auxquels elle doitaujourd’hui répondre au nom de la France, Paris est un territoire stratégique. Mais le statutparticulier de la capitale, sa «rente de situation» qui en fait la ville la plus peuplée, la pluspuissante et la plus riche de France suscite en retour quelques désagréments. A commencerpar le fait qu’elle soit fortement jalousée, aussi bien aujourd’hui qu’hier. Déjà à l’époque de laRévolution française, les Jacobins et les Girondins ne parvenaient pas à se mettre d’accord surl’organisation du territoire - République unitaire ou décentralisation départementale ?-donnant naissance à l’opposition entre Paris et la province. Au fur et à mesure que lapolarisation de la capitale s’accentuait, la province devenait un hinterland de Paris-en-France 105et ne disposait plus que du rôle d’arrière-pays. Au sortir de la seconde guerre mondiale,l’ouvrage du géographe Jean-François Gravier, «Paris et le désert français» (1947) résuma cesentiment d’une France déséquilibrée, entre une région-capitale dynamique et une provincebelle-endormie. Malgré une réalité devenue beaucoup plus hétérogène et une province portéepar plusieurs métropoles régionales, il arrive d’entendre encore aujourd’hui des références àcet ouvrage.Dans la société mondialisée d’aujourd’hui, la perception négative de Paris - qui serait unecapitale prédatrice de sa province - tend à s’estomper, au point que la capitale apparaissecomme une des principales chances du pays, comme le principal lieu d’articulation entrel’économie et la culture française d’un côté, et l’économie et la culture mondiale de l’autre.Un rôle plus que jamais stratégique, qui entraîne automatiquement quelques luttes et rivalitéssymboliques entre l’autorité nationale et le décideur local, entre l’Elysée et le Maire de Paris,chaque élu cherchant à imposer ses vues aux yeux du plus grand nombre. Dans cetteperspective, il est intéressant d’observer la tradition qui veut que les Présidents de la VèmeRépublique laissent leurs empreintes sur la capitale de la France : si Sarkozy et de Gaullen’ont pas poussé de projets architecturaux à proprement parlé mais ont plutôt œuvré pour la Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • région (Grand Paris, aéroport de Roissy), Jacques Chirac a érigé le Musée du Quai Branly,non loin du Musée d’Orsay qu’avait choisi de réaménager pour sa part Valéry Giscardd’Estaing. François Mitterrand avait lui lancé une série de «Grands travaux» qui ont vu naîtrel’Arche de la Défense, la pyramide du Louvre ou encore l’Opéra Bastille. Tandis que GeorgesPompidou avait lui crée le centre culturel, qui porte son nom. Que nos contemporains serassurent, cette émulation n’a rien de nouveau puisqu’elle existait déjà entre le Roi de Franceet le gouverneur de Paris, étroitement surveillé. Mais alors que la capitale était administréependant la majeure partie du XXème siècle par un préfet nommé sur décret du Président de laRépublique, la loi du 31 décembre 1975 autorisa de nouveau l’élection du Maire de Paris. Leslois de décentralisation suivantes au cours de la décennie 1980 finiront d’amputer l’Etataménageur de son rôle de décideur hégémonique, le reléguant dès lors à celui de simpleincitateur. En raison de son poids déterminant qui évoque nécessairement l’avenir de laFrance, la capitale décentralisée n’est toutefois pas une collectivité aussi autonome que lesautres : l’Etat conserve la mainmise sur la RATP et prive le syndicat des transports d’Ile-de-France (STIF) de moyens financiers, tout comme il contrôle la voierie, compétence gérée parla Préfecture de Police. «Très franchement, je ne pense pas que Bertrand Delanoë se réveilletous les jours avec une sensation de manque née du fait qu’il n’ait pas la possibilité de fixer le 106prix des amendes ou de déterminer les horaires de stationnement» confie un adjoint au Maire.Quoi qu’il en soit, il n’est pas rare que quelques conflits éclatent encore aujourd’hui entre lesdeux détenteurs des principaux pouvoirs de France. La gouvernance du Maire de Paris a ainsirécemment été contestée par le Premier ministre sur le dossier des voies sur berges, dontl’Etat est propriétaire. Avec les futures échéances électorales en toile de fond, le bras de ferétait monté d’un cran en janvier 2012. Alors qu’un des projets phares de la secondemandature de Bertrand Delanoë est la piétonisation des quais de la rive gauche entre le PontRoyal et celui de l’Alma (2,3 kilomètres), François Fillon l’a prévenu que l’Etat n’entendaitpas signer le document autorisant ce réaménagement, du fait de «manquements» et de«défauts» révélés par une commission d’enquête à l’automne dernier. Propriétaire des bergesvia l’établissement public du Port autonome de Paris qu’il contrôle, l’Etat a théoriquement ledroit de s’opposer à cette initiative municipale. Mais dans la pratique, cela passe mal : leMaire de Paris réaffirme que «les élus choisis par les Parisiens sont pleinement légitimespour décider de l’aménagement de leur ville», tandis que son adjoint en charge dudéveloppement durable Denis Baupin dénonce un réflexe jacobin démontrant que «Paris estun îlot où la démocratie ne vit qu’à moitié.» Le député (PS) de Paris et candidat à la Mairie de Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Paris en 2014 Jean-Marie Le Guen demande pour sa part de «cesser de considérer que l’Etata un droit de cuissage sur Paris. François Fillon a une vision proconsulaire de la manière degouverner la capitale.»D’autre part, les évolutions actuelles de l’économie mondiale et de la société françaiseremettent en question la place de Paris dans le classement des villes Alpha (de niveaumondial). Alors que la contribution de l’Ile-de-France à la croissance française recule, Parisenregistre elle-même un moindre développement économique que sa banlieue, et risque vitede se faire reléguer dans un climat de concurrence exacerbée entre métropoles mondiales. Sila capitale mondiale du tourisme – qui jouit de la meilleure réputation du monde selon l’étudedu City Brand Index – ne veut pas devenir définitivement une ville-musée, Paris seretrouverait dans l’obligation d’impulser une politique dynamique pour son territoire et sesalentours. Bénéficiant d’un statut unique – à la fois ville et conseil général – lui octroyant descompétences supplémentaires (action sociale, développement local) par rapport à d’autresmunicipalités, l’avenir de la capitale française ne peut dorénavant plus s’écrire seul. Unenécessité accentuée à la fin des années 80 par les lois Deferre, qui ont fait de Paris…également la capitale d’Ile-de-France, une région dynamique manquant toutefois de cohérence 107territoriale : Paris intra-muros est toujours le fer de lance de l’économie nationale mais n’estplus un territoire isolé. Plus grande municipalité de cette région, l’influence de la ville deParis dans la vie politique francilienne lui confère un rôle particulier. Elle tend désormais às’homogénéiser avec les départements voisins de la première couronne, afin de renforcer sonrôle national mais surtout son assise internationale. L’enjeu géopolitique est considérable etfait naître des rivalités hyper-locales dans un contexte de concurrence nationale et mondiale.Car il faut savoir que l’idée de faire grandir Paris, principal atout de la France, ne date pasd’hier. Dès 1929, le professeur Albert Guérard posait la question alors farfelue de lamétropolisation de la capitale française : «l’avenir de Paris ne saurait être le Paris que l’onpersiste à nommer intra-muros.» Si une grande majorité s’accorde aujourd’hui sur cettenécessité de réorganiser le territoire parisien, les rivalités et l’enchevêtrement d’intérêtslocaux permettent de douter du futur espace métropolitain. Le sénateur de Seine-Saint-Deniset par ailleurs secrétaire national de l’UMP en charge de la gouvernance du Grand Paris,Philippe Dallier, reconnaissait qu’«à gauche comme à droite, ceux qui ont du pouvoir neveulent rien lâcher et ceux qui ont de l’argent ne sont pas enclins à le redistribuer.» La Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • récente montée en puissance d’intercommunalités aux alentours de Paris fait craindre enparallèle un éclatement du territoire métropolitain.Pour un tas de raisons et d’enjeux, la ville de Paris attise donc les ambitions et nourrit desrancunes à diverses échelles. Comme tout territoire de pouvoir, elle ne fait pas uniquementrêver les touristes. Bien que son rôle soit progressivement remis en cause, l’ensemble despersonnalités et partis politiques implantés localement ne s’y trompent pas : Paris reste àl’heure d’aujourd’hui une capitale mondiale au cœur d’un territoire d’exception, plus riche etplus peuplé que la majeure partie des collectivités territoriales françaises. Sans compter sonprestige et son poids politique, lui non plus sans commune mesure avec ce que peuventconnaître d’autres élus locaux. Le Maire de Paris gouverne la capitale de la France : il a lacharge, entre autres, de gérer des quartiers aussi emblématiques que le «cluster institutionnel»regroupant en l’espace de six kilomètres tout le pouvoir centralisé de l’Etat jacobin, à savoirles deux chambres parlementaires, l’Elysée, Matignon, la grosse majorité des ministères et denombreuses ambassades.L’enjeu financier qui a trait au contrôle de l’Hôtel de Ville de Paris n’est pas moins alléchant. 108Malgré la réforme de la taxe professionnelle et le gel des dotations de l’Etat, la concentrationde sièges sociaux et la prédominance des ménages aisés payant de lourds impôts contribuent àoffrir à la Mairie de Paris109 d’importantes recettes fiscales. En termes politiques, cela signifieun large budget de fonctionnement, et donc de multiples possibilités d’investissements et desmarges de manœuvres non négligeables. Pour l’année 2012, le Conseil de Paris a par exemplevoté un budget de 7,9 milliards d’euros, soit plus d’onze fois celui de la Mairie de Lyon, ouencore la somme des enveloppes allouées110 aux Ministère de l’Agriculture, de la Pêche et del’Alimentation, du Ministère de la Culture et du Ministère des Sports, de la Jeunesse et de lavie associative réunis… La Mairie de Paris est une collectivité hors-normes. A la foismunicipalité et Conseil général, l’Hôtel de Ville de Paris contrôle un territoire abritant uneimportante densité de postes électifs : 18 postes de députés sont en jeu aux électionslégislatives (sur 577), 12 sénateurs (sur 348) de la capitale siègent à la Chambre Haute, 41élus parisiens (sur 209) sont envoyés au Conseil régional d’Ile-de-France, 163 Conseillers deParis et 354 Conseillers d’arrondissements sont élus en fonction des résultats des électionsmunicipales, sans oublier les 20 postes de Maires d’arrondissement. De quoi aiguiser l’intérêt109 Qui perçoit également la taxe d’habitations et d’autres redevances110 Crédits de paiement du budget de l’Etat en 2010 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • de l’ensemble des forces politiques, qui voient dans la domination de la municipalité unmoyen d’augmenter leurs chances d’occuper ces positions de pouvoirs. Mais qui dit lieuprivilégié pour mener des carrières politiques dit aussi rivalités et luttes féroces.Dans la capitale, les conflits politiques sont exacerbés. Nichée à la place de l’ancienne salledu Trône, le Conseil de Paris accueille chaque mois 163 conseillers de Paris déchaînés, dansune ambiance souvent houleuse : «Ici, les logiques politiques sont beaucoup plus prégnantesque dans d’autres grandes villes ou en province. Le contexte national se ressent davantage,chacun est arque-bouté sur ses postures et ses clivages idéologiques et ne veut rien lâcher.Les désaccords sont mis sur la place publique, pour jouer le rapport de forces dans la presseet dans l’opinion. C’est ce que font les Verts et nous désormais, le Conseil de Paris est un lieuoù on fait véritablement de la politique, et pas de la simple gestion administrative de l’intérêtgénéral» explique Ian Brossat, président du groupe communiste. Un climat très politiquedigne des joutes de l’Assemblée nationale, qui se ressent également en période électorale :l’approche de scrutins rend souvent la situation électrique dans la capitale, les électionsmunicipales aiguisent appétits individuels et guerres fratricides, et amplifient tous lessentiments humains et ressentiments politiques. «Tous les candidats se préparent à livrer une 109guerre souvent bien éloignés des nobles enjeux d’une campagne traditionnelle» commente leréalisateur Yves Jeuland, dans son documentaire Paris à tout prix. Et cela dès la premièreélection du Maire de Paris en 1977, où le patron du RPR Jacques Chirac s’était fait élire audétriment du Maire centriste de Deauville, Michel d’Ornano, pourtant candidat parachuté parValéry Giscard d’Estaing et l’Elysée. En 2001, le candidat officiellement investi par le RPRPhilippe Séguin faisait campagne en évoquant la reconquête de Paris alors que la capitale étaitgérée par la droite depuis vingt-quatre ans, réclamant une rupture, dénonçant l’absence deculture démocratique, la politisation de la haute-administration, etc…Les élections municipales de 2014 risquent d’être tout autant mouvementées : sans prime ausortant du fait de la non-reconduction annoncée de Bertrand Delanoë, l’ensemble descandidats devraient jouer leur va-tout. Dans la perspective de ce scrutin municipalrelativement ouvert, les élections législatives où tout semblait joué d’avance au niveau durapport de forces gauche / droite ont servi de préparation interne… et de déclarationsd’intentions pré-electorales. La droite s’est durement affrontée au niveau des investitures, surfond de renouvellement, de parité et de parachutages en vue des municipales : le d’habitude sipondéré François Fillon a dû faire preuve d’autorité face à la maire du 7ème arrondissement Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Rachida Dati, pour s’implanter sur la rive gauche parisienne. L’arrivée de la «plébéienne»Cécile Duflot, dans l’est parisien si pourvu en conseillers de Paris et donc stratégique pour lescrutin de 2014, n’a pas fait moins de vagues à gauche, provoquant l’ire de la premièreadjointe du Maire de Paris Anne Hidalgo. 2) Une super-institution au service d’ambitions nationales our le landerneau politique, l’Hôtel de Ville de Paris a bien d’autres intérêts que sesP 15.000 mètres carrés et sept kilomètres de couloirs nichés sous les ors de la République. Son prestige offre la possibilité pour le Maire de Paris de s’inscrire dansune lignée hautement symbolique : c’est ici que Louis XVI y reçut la cocarde tricolore desmains du premier magistrat de la ville, Jean-Sébastien Bailly, le 17 juillet 1789, donnant ainsinaissance au drapeau français, associant encore aujourd’hui le blanc des Bourbons au bleu etau rouge de Paris. C’est à l’Hôtel de Ville également que les Parisiens proclamèrent lanaissance de la République le 4 septembre 1870. Six mois plus tard en mars 1871, c’estencore dans ce lieu mythique qu’une partie des habitants de la capitale, révoltés, décidèrent de 110fonder la Commune puis propagèrent le feu à l’Hôtel de Ville, pour répondre à la sanglanterépression du gouvernement réfugié à Versailles…Ce palais chargé d’histoire pourrait expliquer la notoriété des candidats pressentis cesdernières années à ce poste prestigieux, que ce soit Dominique Strauss-Kahn ou Jack Lang àgauche ou les anciens Premiers ministres Edouard Balladur et François Fillon, mais aussiJean-Louis Borloo à droite : aucun d’entre eux n’a jamais affiché la moindre ambition pour laprésidence du Conseil régional d’Ile-de-France. A croire qu’assurer le développement de larégion francilienne et le développement de la métropole parisienne les intéresse moins quecontrôler un territoire de 2,2 millions d’habitants disposant d’un budget de plus de 7 milliardsd’euros… Nul n’a oublié que c’est de la capitale que Jacques Chirac a pu mener son destinnational le menant à l’Elysée de 1995 à 2007. «Le Maire de Paris a plus de pouvoirs que lePrésident de la République sur un territoire plus que stratégique : la capitale de la France.Sauf qu’en plus, il n’a pas de Ministres et n’a pas besoin de déléguer ! C’est un postemerveilleux pour tout animal politique» raisonne le journaliste d’investigation DominiqueFoing. Le fidèle adjoint de Bertrand Delanoë aujourd’hui président du groupe PS au Conseilde Paris, Jean-Pierre Caffet, l’admet : «pour être honnête, si Paris suscite autant d’ambitions Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • politiques, c’est uniquement du fait que dans l’esprit de nombreuses personnalités politiques,la Mairie de Paris représente un raccourci pour accéder à l’Elysée. La seule exception quel’on a eu depuis 1977, c’est Jean Tibéri ...» rappelle-t-il sournoisement.Encore aujourd’hui, être à la tête de l’Hôtel de Ville de Paris revient à diriger un nœudstructurant de la vie politique française. Ne serait-ce qu’y occuper des fonctions d’Adjointsconfère déjà une responsabilité particulière, comme l’atteste le porte-drapeau des Verts en2001, Yves Contassot : «après notre élection, je me suis retrouvé avec une délégationincluant 10% du budget municipal et avec 11.000 personnes sous mes ordres, soit plusimportant encore que le Ministère de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire quegérait à l’époque Dominique Voynet» analyse-t-il, «alors le poste de Maire, je ne vous faispas un dessin…» Si la bataille pour la Mairie de Paris suscite autant de convoitises, c’estparce qu’occuper cette position de pouvoir unique dans le paysage politique français fait devous un homme puissant.Une fois élu, le Maire a par exemple la main sur un appareil administratif de 51.014salariés111 issus de la fonction publique d’Etat ainsi que de la fonction publique territoriale– 111en cela plus comparable à certains Ministères qu’à une traditionnelle collectivité territoriale, sigrande soit elle. C’est également lui qui contrôle les nominations dans de nombreuxorganismes affiliés, des sociétés d’économie mixte, des organismes HLM ainsi que lessubventions versées aux associations. Il dispose généralement d’une influence nonnégligeable au niveau des investitures parisiennes de son parti, ce qui lui permet de lancer etfaire vivre bien des carrières : ce pouvoir est un véritable atout pour se construire un réseaupolitique loyal. A en croire plusieurs conseillers de Paris rencontrés au cours de cette enquête,l’Hôtel de Ville de Paris serait un château où règnerait encore l’esprit de cour, faisant appel àl’ensemble des sentiments humains - la fidélité, la loyauté, la trahison, la lâcheté- : «BertrandDelanoë, comme les précédents Maires de Paris à leur époque, est un monocrate entouré devassaux» qui cherchent à tout prix à se faire remarquer, à lui plaire ou à l’influencer. Le Mairede Paris a su construire son propre système géopolitique, en conquérant de nouveaux postesélectifs lors des élections législatives (2002, 2007, 2012) malgré un contexte national difficilepour la gauche. Il a également su «placer» ses hommes dans les principales positions depouvoir de la municipalité – que ce soit son fidèle Jean-Pierre Caffet à la tête du groupe111 Chiffre issu du bilan social 2010 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • socialiste au Conseil de Paris ou le jeune Rémi Féraud qui lui a fait allégeance à la fédérationPS de Paris – afin d’éviter au maximum les contestations et ainsi asseoir son leadership surl’ensemble du territoire parisien. Au niveau régional, son syndicat mixte Paris Métropole(anciennement la Conférence métropolitaine) ne cesse de prendre de l’importance et pourraitjouer un rôle non négligeable à la veille de la métropolisation et de l’acte 3 de ladécentralisation. Preuve de son pouvoir considérable qui le fait craindre auprès d’autres élus :la façon dont il aurait imposé à un Jean-Paul Huchon silencieux sa première adjointe AnneHidalgo, en tant que tête de liste dans la capitale aux élections régionales 2010. La favorite etnuméro 1 annoncée du président sortant du Conseil régional d’Ile-de-France, Marie-Pierre dela Gontrie, jusqu’ici vice-Présidente de l’assemblée régionale, a été reléguée en troisièmeposition.Un mandat à l’Hôtel de Ville de Paris est clairement un avantage pour la suite d’une carrièrepolitique nationale. Hérité de l’Ancien Régime et réactualisé voici une vingtaine d’années, leprotocole républicain reconnaît la grandeur du Maire de Paris. Ce document fixe le les us etcoutumes du pouvoir en France. Toutes les autorités exerçant une fonction publique – du Papeaux ambassadeurs – doivent prendre place dans les cérémonies publiques, préséances et autres 112honneurs civils et militaires, dans un ordre déterminé par leur rang. Au premier chef, lePrésident de la République Française, suivi de son Premier ministre bien entendu, puis leprésident du Sénat et celui de l’Assemblée nationale. Du fait de la centralité et de laconcentration des pouvoirs à Paris, le Maire de Paris occupe la 21 ème position nationale,derrière le Président du Conseil constitutionnel mais devant le président du Conseil régionald’Ile-de-France, les parlementaires européens ou les Hauts-commissaires. Même le Préfet depolice de Paris est devant le Directeur général de la Police Nationale…Au-delà d’organiser les voyages officiels de l’exécutif français, le protocole républicain sertégalement de base pour élaborer le programme des visites des hôtes de la France. Durant leursséjours, tous les chefs d’Etat étrangers en visite d’Etat ou en visite officielle font étape àl’Hôtel de Ville de Paris, où ils sont reçus par le Maire pour une réception ou un déjeuner. Lepremier édile de la capitale ne fait pas que recevoir les grands de ce monde, il voyage à sontour et est invité dans les plus grandes capitales du globe. De quoi le faire passer dans un autremonde et assurer à cet élu local pas comme les autres une stature d’homme d’Etat. Pas dedoute pour Nicolas Vignolles, assistant parlementaire de l’ambitieux Jean-Marie Le Guen, «leposte de Maire de Paris est incontestablement un tremplin politique, il vous donne un certain Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • pouvoir en France mais aussi un certain poids à l’international. La capitale est une villeencore très jacobine, c’est le lieu de tous les pouvoirs. Le Maire de Paris gère autant voireplus d’agents que la Commission européenne et son rang protocolaire est quasi-équivalent àcelui d’un Ministre» développe-t-il.Les évènements de la politique municipale trouvent généralement un écho bien au-delà dupériphérique : dans un pays largement centralisé, la capitale concentre la majorité despouvoirs… et des médias. Tout ce qui se passe à Paris est relayé, commenté dans les journauxet sur les chaînes de télévision. Avant que la crise de la presse et la crise économique ne lesfrappe brutalement, les différents quotidiens disposaient tous d’un correspondant accrédité àl’Hôtel de Ville, comme ils en ont habituellement dans les institutions nationales. Unecouverture médiatique qui permet au Maire et aux Conseillers de Paris de profiter d’unevisibilité dont ne dispose pas la majorité des 925 parlementaires et encore moins les éluslocaux de province. Les élections municipales parisiennes – et la vie politique de la capitaleen général - sont incontestablement celles les plus médiatisées. Dans le tableau de bord Paris-Match de juin 2012, le Président de la République François Hollande occupe la deuxièmeplace avec 69% d’opinions favorables… derrière le Maire de Paris, Bertrand Delanoë qui 113recueille 72% d’avis positifs. Jusqu’à la récente séquence électorale, la dernière place dupodium était occupée par l’ancien Président et l’ancien Maire de la capitale, Jacques Chirac.Comme le démontre ce baromètre publié régulièrement, la proximité entre l’Elysée et l’Hôtelde Ville de Paris sont encore très proches. Avec plus de 2 millions d’habitants dont plus d’unmillion d’électeurs, la ville de Paris est d’ailleurs un terrain que tout candidat à la magistraturesuprême doit arpenter. Tout comme l’Ile-de-France, qui compte sept millions d’électeurs soitplus de 15% du corps électoral français : tous les candidats élus depuis 1965 sont arrivés entête dans la région francilienne.De 1975 à la fin des années 1980, les lois relatives à la décentralisation de Paris se sontsuccédées au point de doter le Maire de la capitale d’une autonomie quasi-comparable à celled’une ville de province, lui permettant dès lors de retrouver son prestige d’antan et une grandevisibilité. Le premier édile Jacques Chirac, en poste depuis 1977, en profita pleinement : lesélecteurs parisiens s’offrant à lui pendant plus de vingt ans, la capitale fût rapidementreprésentée comme le laboratoire politique du patron du RPR. Il a transformé l’Hôtel de Villede Paris en un véritable outil politique, une «machine de guerre présidentielle» lui permettantde rebondir après deux défaites à l’élection présidentielle (1981, 1988). A Paris, il amplifiait Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • son score de premier tour de 7 à 9%. Au-delà de priver la gauche de leurs posteshabituellement acquis de l’est parisien, son grand chelem de 1988 où il arriva en tête dans lesvingt arrondissements de la capitale, fût surtout le moyen de communiquer sur l’imageconsensuelle d’un Maire de «tous les parisiens», des quartiers bourgeois aux territoires pluspopulaires. Pour lui, la gestion municipale et la conquête de l’Elysée ne faisait qu’un. «Aprèss’être bâti son réseau et réorganisé l’Hôtel de Ville autour de son dessein personnel, il a su seconstruire une image de rassembleur, utilisée par exemple au cours des législatives de 1986avec le slogan «Ce qu’il a fait pour Paris, il le fera pour la France» qu’il a par la suiteutilisée pour se vendre au pays tout entier» se souvient le journaliste d’investigation,Dominique Foing. Une fois son entrée à l’Elysée entérinée, des premières fissures firentimmédiatement leurs apparitions dans la maison tenue par le RPR de la capitale depuis plusde vingt ans. «Depuis cette époque-là, les Maires de Paris peuvent raisonnablement rêver àleur tour d’un grand destin national» explique-t-il. Bénéficiant de l’état de grâce pendant lesquatre premières années idylliques de son mandat, l’actuel Maire de Paris Bertrand Delanoë alui aussi longtemps cru en son destin présidentiel.Originaire de Tunisie et élevé dans le Larzac, le jeune Bertrand Delanoë «monta» à Paris dès 114la fin de ses études, en 1974. Formé dans la pépinière du Parti Socialiste, il se fait rapidementdébaucher de son emploi de commercial chez Bitumes spéciaux pour intégrer Solférino où ildeviendra permanent, poste qu’il occupera pendant plus de dix ans. Dans le sillage de sonmentor, Lionel Jospin, il grimpa petit à petit dans l’organigramme du parti : porte-parole en1981 alors qu’il n’a même pas trente ans, il devient numéro trois du parti en 1983 et pilote lesfédérations. Ayant autorité sur l’ensemble des investitures du PS et ne se voyant plus aucunavenir à Paris qui se donnait corps et âme à Jacques Chirac, le jeune apparatchik en profitapour se parachuter en 1986 à Avignon… où la greffe ne prit pas avec les notables locaux.Lionel Jospin et François Mitterrand lui proposèrent d’autres circonscriptions maisprofondément marqué par cet échec, Bertrand Delanoë refusera. Après avoir démissionné duPS tout en conservant un matelas électoral local, en l’occurrence son poste de Conseiller deParis qu’il est parvenu à conserver depuis 1977, il devient apporteur d’affaires pour lepublicitaire Daniel Robert. Le futur Maire de Paris profite alors de son carnet d’adresses pourséduire des clients proches du pouvoir socialiste, comme les entreprises publiques Framatomeou Thomson mais aussi le Ministre de l’Economie et des Finances et la Mairie de Nevers, dutemps de Pierre Bérégovoy. En parallèle, il vend des séances de media-training aux grandspatrons et aux personnalités politiques. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Mais décidément, la chose publique tenaille Bertrand Delanoë. Il fait discrètement son retouren 1993 en prenant la tête de l’opposition au Conseil de Paris, dans l’indifférence générale.Objectif ? Démontrer que Paris n’est pas la citadelle imprenable que les éléphants du PS et lesbarons socialistes de l’est parisien imaginent. Tête de liste en 1995, cet ambitieux animalpolitique empêche un nouveau grand chelem de Jacques Chirac et remporte même six mairiesd’arrondissement. Quatre ans plus tard, il publie un livre-programme intitulé «L’honneur deParis» où il épingle le clientélisme du clan tibériste et critique leur vision du tout-voiture :sentant les aspirations des Parisiens évoluer, son vocabulaire s’enrichit de mots tels quedéveloppement durable, tri sélectif ou économie responsable ! Bertrand Delanoë comprendque les socialistes ne conquerront pas Paris en déroulant l’argumentaire traditionnel socio-démocrate. Alors que seulement 6% des Parisiens le connaissaient avant qu’il ne lance sacampagne, il est élu Maire de Paris le 18 mars 2001. Il tient sa revanche et se refait uneseconde jeunesse au sein du Parti Socialiste : son ami Lionel Jospin le réclame à ses côtéspour mener campagne en province en 2002. Par opposition au système Chirac, il se construitune image d’homme politique honnête et connaissant parfaitement ses dossiers dont ilrécoltera les fruits sur le long-terme. 115Son opération «Paris-Plage», qui consiste à transformer les quais de la capitale en stationbalnéaire, est un succès copié dans différentes villes comme Prague, Berlin ou Bruxelles. Lestélévisions du monde entier sont intriguées par le premier édile de «Paris-sur-mer.» La NuitBlanche est tout autant reprise, et s’exporte jusqu’à Montréal et Schangaï. Fort de sesréussites, il s’imagine aussitôt un destin présidentiable. Dans un entretien accordé enseptembre 2004 à Paris-Match, il annonce que «deux mandats à la tête de la Mairie de Parisseraient un grand maximum.» Quelques lignes plus bas, il confie dans une prophétie qu’ilespère auto-réalisatrice croire les Français «capables d’élire un Président de la Républiquehomosexuel.» Mais alors qu’il s’apprêtait à dévoiler ses ambitions en juillet 2005 pourl’élection présidentielle du printemps 2007, la candidature de Paris, pourtant grande favoritepour l’organisation des Jeux Olympiques 2012, ne fût pas retenue. Ravisé par cet échec etconstatant quelques mois plus tard que les élections municipales avaient été repoussées d’unan, il ne daigna même pas prendre part aux primaires socialistes où une défaite aurait pu, parricochet, le gêner en vue de sa réélection à la Mairie de Paris. Il fit timidement campagne pourla candidate investie par le Parti Socialiste, Ségolène Royal, en participant à une vingtaine demeetings aux quatre coins de la France. Un moyen, pensait-il secrètement, d’élargir son Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • audience et de séduire au-delà du périphérique parisien. Incontestablement, il se voyait déjàdans la course à l’Elysée pour 2012. Le journaliste du Journal du Dimanche Bertrand Grécorévèle même que le nom du site internet «www.delanoe2012.fr» aurait été déposé via lasociété d’hébergement OVH… le 30 janvier 2007, le même jour que son site officiel«www.bertranddelanoe.net».Après l’échec de Ségolène Royal à la magistrature suprême, Bertrand Delanoë compte utiliserau mieux le tremplin «chiraquien» de Maire de Paris. Au cours de l’université d’été du PartiSocialiste organisée à la Rochelle en 2007, il se vend comme l’homme providentiel.Préalablement, il avait informé les journalistes de ses ambitions élyséennes, évoquant sastratégie d’être sacré au prochain congrès de Reims puis d’en tirer la légitimité pour s’imposercomme le candidat naturel. Entre temps, Bertrand Delanoë fût réélu sans frayeur et ancraencore un peu Paris comme une ville de gauche. «Contrairement à Gérard Collomb qui estobnubilé par sa ville de Lyon, la grande affaire de Bertrand n’a jamais été Paris. Très vite, leterrain de jeu de la capitale est devenu trop petit pour lui. Sa passion a toujours été lapolitique, au sens de la conquête du pouvoir et non de la gestion des problèmes quotidiens»confie Christophe Caresche, son ancien assistant parlementaire et aujourd’hui député de Paris. 116Recevant tour à tour le soutien du premier secrétaire de l’époque François Hollande maisaussi des anciens Premiers ministres Michel Rocard et Lionel Jospin, Bertrand Delanoë sevoit conforté dans les sondages qui lui confère le statut de favori. Homme pressé par sonambition débordante, il va sauter une étape en publiant en mai 2008 son livre-campagne «Del’audace», amené à servir aussi bien à la conquête de Solférino qu’à la lointaine électionprésidentielle. Erreur, s’il en est. Avant de tenter de recueillir les suffrages du peuple français,le Maire de Paris aurait dû s’efforcer à convaincre les militants socialistes. Un extrait de sonlivre où il explique que «le libéralisme est d’abord une philosophie politique et j’y adhère. Jesuis donc libéral ET socialiste» fera polémique, alors que les clignotants de l’économiemondiale étaient au rouge durant l’été 2008. Par ailleurs, Bertrand Delanoë n’a pas su seconstituer un véritable réseau national pour préparer ce congrès de Reims : c’est tout juste s’ilpouvait compter sur les anciens jospinistes plus ou moins orphelins tels que Jean Glavany,Harlem Désir ou Elisabeth Guiguou. Malgré un fort rejet des cadres du parti, Ségolène Royalarriva en tête au premier tour, devant le Maire de Paris. Alors qu’il fallait trouver une majoritéalternative entre les motions arrivées derrière pour barrer la route à l’ex-candidate à l’électionprésidentielle, Bertrand Delanoë se découvrit nombre d’ennemis, de Dominique Strauss-Kahnà Laurent Fabius… en passant par Martine Aubry qui s’imposera finalement et enfilera Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • ensuite le costume de Première secrétaire du PS, tandis que Bertrand Delanoë rentra dépité àParis. Selon Le Point112, Laurent Fabius lui aurait confié peu après : «A Reims, plus queSégolène, cest toi quon voulait écarter.» B) Vers un duel interne à la majorité municipale ? 1) Socialistes et écologistes affûtent leurs armes en vue de 2014 l l’avait laissé entrevoir dès septembre 2004, fait campagne dessus en 2008 et encoreI réaffirmé cet automne : Bertrand Delanoë ne veut pas donner l’impression de s’accrocher à son poste et ne briguera donc pas de troisième mandat en 2014. Plusieursde ses proches lui ont demandé de réfléchir de nouveau à cette hypothèse, mais lui a pris sadécision définitive. Il prépare même sa succession depuis déjà plusieurs années…Si la préparation des élections municipales 2014 n’est pas officiellement ouverte, lesstratégies personnelles pour se faire une place sur la ligne de départ ont, elles, déjà débuté. Le 1175 mai 2010, le Canard Enchaîné reproche à la «dauphine» de Bertrand Delanoë, AnneHidalgo, de financer son magazine de quartier «Objectif 15» avec des publicités achetées parses interlocuteurs en tant qu’Adjointe chargée de l’urbanisme (Bouygues, Unibail, Nexity,Vinci, etc.) : une charge que beaucoup pensent provenir du «camp d’en face», en l’occurrencede l’Adjoint chargé de la santé et député de Paris, Jean-Marie Le Guen, qui se présentaitdevant la presse les jours suivants avec le journal satirique dépassant ostensiblement de sapoche… C’est un fait. Jean-Marie Le Guen et Anne Hidalgo ne s’aiment pas. Lors del’inauguration de l’Institut du Cerveau et de la moelle épinière au mois de septembre suivant,les deux adjoints de Bertrand Delanoë s’étaient laissé aller à un curieux manège, se disputantouvertement le micro pour discourir davantage que son ou sa rival(e). Les noms de PatrickBloche, et dans une moindre mesure de Christophe Girard et Jean-Pierre Caffet circulentégalement dans les cénacles socialistes. La dernière séquence présidentielle aurait pu mettresur orbite l’un ou l’autre des candidats : déjà considérée comme l’héritière officielle, la porte-parole de Martine Aubry, Anne Hidalgo, aurait mis toutes ses chances de son côté si la Mairede Lille était entré à l’Elysée le 15 mai dernier. Tout comme Jean-Marie Le Guen, si112 Le spleen de Bertrand Delanoë, Le Point, 9 décembre 2010. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Dominique Strauss-Kahn n’avait pas eu à affronter ses nouveaux déboires judiciaires. Lavictoire finale de François Hollande ne donne l’avantage à aucun. D’autant plus que les seulespersonnalités parisiennes entrées au gouvernement – Yasmina Benguigui, Georges Pau-Langevin, Dominique Bertinotti – ne sont pas du tout engagées dans la course auxmunicipales. «2014, ce sera un challenge puisque pour la première fois depuis 2001, nousserons au pouvoir au niveau national» se félicite Rémi Féraud. Sans tomber dans unpessimisme ambiant, les socialistes parisiens sont conscients que Paris s’est régulièrementsingularisé par rapport au pouvoir central : la capitale était communiste quand le reste duterritoire était radical ou socialiste, chiraquienne quand les Français élisaient et réélisaient lePrésident Mitterrand, jusqu’à devenir rétive à l’extrême-droite alors que le lepénisme ne cessede gagner du terrain113. «Ces responsabilités gouvernementales peuvent tout autant nousaider en débloquant des chantiers comme la piétonisation des voies sur berges que nousdesservir, par exemple si le gouvernement est impopulaire : souvenez-vous des municipalesde 1983…Ma crainte, c’est que la gestion nationale soit difficile et que l’électorat de gauchenous sanctionne par un vote Front de Gauche ou Europe Ecologie-Les Verts» anticipel’actuel patron de la fédération PS de Paris, Rémi Féraud. 118Les différents acteurs engagés dans la succession de Bertrand Delanoë sont pour l’heure dansle flou le plus total. Ils devraient y voir un peu plus clair à l’automne prochain, après leCongrès du Parti Socialiste qui devrait se dérouler les 27 et 28 octobre 2012. En fonction desrésultats des différentes motions, les équilibres au sein de la fédération PS de Paris devraientêtre impactés. Pour l’heure, Rémi Féraud n’a pas la majorité et est régulièrement remis encause, du fait de son faible poids politique face à des élus bien plus puissants que lui commeJean-Marie Le Guen, qui a occupé ce poste de 1993 à 2000, ou Patrick Bloche qui lui avaitsuccédé jusqu’en 2008. Il n’en reste que c’est le Maire de Paris, par l’intermédiaire de cesproches depuis 2000, qui a structuré cette fédération PS de Paris et qu’un fort sentimentlégitimiste y règne encore aujourd’hui. «Elle est dévouée corps et âme au Maire et donc àAnne Hidalgo» confie un militant pour qui «elle devrait probablement le rester : même quandDelanoë est devenu minoritaire en 2008114, elle est parvenue à rassembler un conglomérattrans-courant pro-chefs, qui n’impose rien politiquement et va là où le vent souffle.» «Le jeun’est pas encore clair. Nous ne connaîtrons les modalités de désignation du ou de lacandidat(e) parisien(nne) qu’à la fin de l’année. D’ici là, personne mis à part les élus113 «Paris, un enjeu capital» de Matthieu Jeanne, 2009.114 A la suite du Congrès de Reims, en novembre 2008. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • concernés ne seront plongés dans les échéances municipales, chacun se déterminera quelquesjours avant le Congrès» explique un autre.Le Maire de Paris veillant à ce que ses ouailles ne se déchirent pas et que sa successionn’engendre pas de guerre fratricide a plaidé pour l’organisation d’une primaire parisienne,tout en réaffirmant son soutien à sa première adjointe. L’idée avait initialement été évoquée…par son ennemi, Jean-Marie Le Guen. Répétant à l’envie que «personne n’est propriétaire deParis, la compétition est légitime et elle aura lieu de toute façon», le baron du 13èmearrondissement avait même émis l’idée d’ouvrir cette primaire aux écologistes, afin dedésigner un chef de file commun en vue de 2014. «Tout ce qui peut enrichir la gauche à Parisest bienvenu, non ? Ces blocages socialistes engendrent du sectarisme, et ce nest pas cequattendent nos électeurs» développait-il115 en visant sans la nommer Anne Hidalgo, ferventeopposante à l’arrivée de Cécile Duflot dans la capitale.«Ce climat de divisions avant même que la guerre de succession ne soit officiellement ouverteen inquiète plus d’un du côté socialiste, alors qu’une candidate écologiste d’envergurenationale est pressentie pour se présenter : ils ne cachent plus leur fébrilité, de peur de devoir 119à nouveau composer avec les écologistes après 2014» explique Marie-Anne Gairaud,journaliste au Parisien. Un raisonnement qui pourrait affaiblir à terme le Parti Socialiste, selonun militant : «le fait qu’il y ait de moins en moins de classes populaires à Paris nous pousse àtravailler d’abord avec nos alliés écologistes, plutôt que les communistes. Mais en attendant,nous devons arrêter de paraître aussi fébriles et de craindre le rapport de forces. L’esprithégémonique de certains tuera le Parti Socialiste…» s’énerve-t-il, laissant entendre que laguerre larvée entre les dissidents socialistes soutenus par Anne Hidalgo aient pu braquer unepartie de l’électorat commun entre Parti Socialiste et Europe Ecologie-Les Verts. «Pour mapart, je reste sur l’analyse de 2001, où la gauche a gagné en étant unie. Nos relations onttoujours été conflictuelles mais tant que les écologistes ne remettent pas en causeélectoralement notre leadership parisien, il n’y a pas à s’inquiéter outre mesure. Notrepriorité devrait être l’alliance et non le conflit» plaide le député de Paris ChristopheCaresche, par ailleurs défenseur de la création d’un parti social-écologique au Congrès deReims en 2008. A l’entendre, la concurrence en 2014 ne viendra pas de la droite encoredivisée et toujours pas en phase avec l’évolution sociologique parisienne, mais bien de la115 Le Monde le 25 octobre : «L’arrivée de Duflot tend les relations entre le PS et les Verts» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • gauche. «Les bons scores écologistes aux européennes et aux régionales ont été pour lesédiles socialistes parisiens un signal ! Même s’ils avaient en tête que c’étaient des scrutinslocaux qui plus est à la proportionnelle, ils ont compris que le PS était à touche-touche avecles écologistes… Ce qui s’entend au sein du groupe socialiste aujourd’hui, c’est qu’il n’y aplus la place pour l’hégémonie du PS comme avant, que l’écologie n’est plus une anomaliedans notre histoire politique. Mais de là à penser qu’ils seront un jour dépassés par lesécologistes, non, ils n’y pensent pas encore» livre Anne Le Strat, ancienne élue verte siégeantaujourd’hui comme affiliée au groupe PS. S’ils ne craignent pas de perdre leur fauteuil deMaire, ils s’inquiètent d’une percée des Verts au Conseil de Paris ayant pour effet de rognerles marges de manœuvre socialiste.Première adjointe depuis le retour de la gauche aux affaires parisiennes, Anne Hidalgo a lesfaveurs du Maire de Paris. Au cours de sa première mandature, Bertrand Delanoë a d’abordentretenu une saine émulation entre plusieurs de ses proches susceptibles de lui succéder, quece soit son fidèle lieutenant rencontré à l’Assemblée nationale Christophe Caresche, ledéputé-maire du 11ème arrondissement Patrick Bloche ou sa principale collaboratrice depuis2001, Anne Hidalgo. Longtemps moquée au cours de la première mandature pour sa 120délégation du «bureau des temps»116 dont personne n’a jamais véritablement compris l’intérêt,elle a mis du temps à s’imposer si tant est qu’elle y est parvenue. En tant que premièreadjointe, Anne Hidalgo aurait en théorie dû assurer l’intérim pendant la convalescence deDelanoë après son agression lors de la Nuit blanche en 2002. Dans les faits, il décidait sur sonlit d’hôpital tandis que Christophe Caresche, Patrick Bloche et son directeur de cabinetBernard Gaudillère exécutait les ordres. Elle en a été réduite à le remplacer dans les seulestâches de représentation. «Ca remonte à loin» la défend son conseiller Hervé Marro, «lasituation n’est plus la même aujourd’hui, elle a su imposer son leadership» feint-il de croire.Première étape selon lui : Anne Hidalgo est la seule proche de Delanoë à suivre son patrondans son soutien entêté à une candidature qui ne verra jamais le jour de Lionel Jospin auxprimaires socialistes de 2006, alors que les deux autres s’étaient déjà affranchis et étaient116 Cette innovation fût présentée comme une révolution destinée à offrir à chaque habitant «du temps pour bienvivre sa ville» : «comme dans de plus en plus de capitale progressistes comme Berlin ou Barcelone, il s’agit detravailler à l’allongement des horaires municipaux par exemple de la crèche qui est censée fermer à 18 heureset bloque un certain nombre de parents» explique Anne Hidalgo dans son livre, «Une femme dans l’arène». Riende mal à cela donc. Mais «est-ce à la première adjointe d’une des plus grandes villes du monde de s’occuperd’une mission de proximité comme celle-ci ?» se demandent ces détracteurs. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • tombés dans les bras de Ségolène Royal. Sans leur en tenir rigueur, du moins officiellement,le Maire de Paris sera dès lors plus reconnaissant envers sa première adjointe. Alors queChristophe Caresche n’est même pas convié dans l’exécutif et que Patrick Bloche a été prié dequitter la tête de la fédération de Paris et du groupe socialiste au Conseil de Paris, AnneHidalgo hérite en 2008 d’un portefeuille cette fois-ci stratégique - avec l’architecture etl’urbanisme - lui permettant de piloter des dossiers aussi emblématiques que l’aménagementdes voies sur berge ou la rénovation des Halles, et ainsi de «façonner le futur visage deParis.» Cheffe de file du PS dans la capitale lors des élections régionales, elle arrive devantEurope Ecologie-Les Verts au premier tour et remporte le second avec près de 58%.Néanmoins, elle ne rassure pas ses troupes qui pointe son «manque de sens politique.»Mais Bertrand Delanoë continue à braquer dès qu’il en a l’occasion les projecteurs sur sapremière adjointe. «Elle a incontestablement ses préférences, mais cela ne lui confère pas unavantage pour autant. Elle n’est pas libre, j’ai l’impression que sa fidélité l’empêched’exploser ! A moins que ce ne soit pour ne pas donner l’impression d’une ambitieuse presséede mettre à la porte le Maire qui a fait basculer Paris à gauche» témoigne une adjointe. Unrisque jugé comme suffisamment important pour la faire changer de stratégie depuis quelques 121mois : alors qu’elle multipliait les signes d’intérêt en confiant au Parisien117 dès l’été 2009 «sepréparer à l’échéance de 2014» et que Bertrand Delanoë lui faisait «confiance pour prendrela relève» ou encore en septembre dernier au Journal du Dimanche qu’elle pensait «à Paristous les jours, en me maquillant», elle cherche depuis à tirer sa légitimité non plus de sonadoubement par le Maire de Paris mais du travail effectué depuis 2008. «10% du territoireparisien est actuellement en projet, cela montre bien à quel point nous sommes au travail» sefélicite Hervé Marro, proche d’Anne Hidalgo : «à Paris, beaucoup tentent de faire entendreleurs petite musique avant. Mais nous, nous ne faisons pas de politique-fiction à perdre notretemps sur la préfiguration de scrutins qui auront lieu dans deux ans… Notre priorité, c’est deremplir les objectifs de la mission qui nous a été confiée, de livrer les projets en cours deconstruction à temps et de répondre aux besoins concrets des Parisiens.»Pour faire valoir ses intérêts pendant qu’elle «finit le boulot», Anne Hidalgo sait pouvoircompter sur la fédération qui est depuis 2008 entre les mains non plus de son concurrent maisd’un fervent delanoïste en la personne du Maire du 10ème arrondissement Rémi Féraud, qui ne117 Le Parisien, 5 juillet 2010 «Anne Hidalgo : «Sarkozy sature le paysage médiatique». Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • cache pas vouloir «aider Anne, mon soutien est de notoriété publique et c’est bien pour ça queje suis parfois contesté.» Reste que la première adjointe s’est énormément investie au cours dela campagne des élections législatives, soutenant activement la dissidence de DanièleHoffmann-Rispal pour empêcher une candidature de Cécile Duflot à Paris. Son objectif ?Gagner les «pré-municipales» en stoppant la poussée écologiste entamée aux européennes2009 et confirmée aux régionales 2010, faire des législatives l’étape numéro un de la contre-offensive du Parti Socialiste. Ce fût un échec dans la mesure où la secrétaire nationale d’EE-LV a finalement été élue. Elle a malgré tout permis de «montrer la réalité de Cécile Duflot,qui n’est qu’une caricature d’apparatchik» selon Rémi Féraud. Une critique qui devrait servird’argumentaire à Anne Hidalgo si la Ministre de l’égalité des territoires et du logement est belet bien candidate, tant la première adjointe s’applique à se construire une image d’anti-Duflot : après avoir subi des échecs aux législatives dans les 12ème (2002) et 13ème (2007)circonscriptions de Paris, Anne Hidalgo a fait le choix de ne pas se présenter en 2012 pourrespecter le non-cumul des mandats. Autre différence entre les deux femmes, Anne Hidalgoest implantée dans le 15ème arrondissement, un territoire acquis à la droite, «une terre demission qu’elle fait progresser depuis 2001» se vante-t-elle, plutôt que de partir se faire éliredans un territoire déjà ancré à gauche… 122Mais avant de faire valoir ses atouts, la première adjointe au Maire de Paris incarnant àmerveille le renouvellement et la continuité de l’action de Bertrand Delanoë devra faire sontrou au Parti Socialiste. Ses détracteurs pointent du doigt le fait que François Hollande aitobtenu 56% des voix aux primaires socialistes, dans «son fief du 15ème arrondissement, alorsqu’elle était la porte-parole de Martine Aubry.» Son adversaire le plus virulent, Jean-MarieLe Guen, met en garde contre le «syndrome Tibéri» faisant valoir que «les candidats naturelschargés d’assumer l’héritage, ça ne finit pas toujours très bien.» Elle préfère plutôt lacomparaison avec Dilma Roussef, qui est parvenue à succéder au géant Lula au Brésil…Reste que comme le font remarquer des mauvaises langues, ses treize années de premièreadjointe pourraient l’handicaper si des chantiers comme Jean Bouin ou les Halles setransforment en «boulet» ou si les critiques sur les rapports de la Mairie avec de grandsgroupes refont surface. Ne s’étant pas encore imposé au sein du PS parisien, Anne Hidalgopeut s’attendre à bien d’autres attaques. N’ayant occupé aucune fonction au sein de l’appareilsocialiste, elle peine à convaincre les caciques parisiens et donc à créer une dynamique autourde sa candidature. Elle compte parmi ses soutiens uniquement de jeunes élus comme SeybahDagoma ou Bruno Julliard. «Avant d’être investi, Bertrand Delanoë avait également été Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • contesté» se souvient le journaliste Bertrand Gréco, «la seule chose que l’on peut dire, c’estqu’aucun socialiste ne déchaîne aujourd’hui les passions pour lui succéder.» Si la logiquevoudrait qu’elle devienne malgré tout la porte-drapeau du PS parisien, elle devra élargir soncercle de soutiens au plus vite. «Plus une tête ne dépassera lorsqu’Anne Hidalgo finira parêtre investie. Mais au préalable, elle doit faire ce travail politique en interne, pour rassemblerau-delà de ses jeunes soutiens arrivistes se réfugiant sous la coupe de la première adjointe»prévoit une adjointe du Maire.«Les querelles d’ambitions socialistes s’expliquent certes au niveau de divergencesidéologiques, mais surtout en fonction de querelles de personnes» explique Bertrand Gréco,journaliste auteur du livre «Municipales 2008 : la bataille de Paris». En continuant ceraisonnement, il apparaît que la rivalité naissante entre Anne Hidalgo et Jean-Marie LeGuen… s’explique notamment par un facteur historique. Lorsque Georges Sarre quitta le PartiSocialiste pour rejoindre le MRC de Jean-Pierre Chevènement en 1993, il dût abandonner leposte de chef de l’opposition et de patron de l’appareil socialiste. Delanoë et Le Guens’accordèrent alors pour que le communicant désireux de faire son retour en politique héritede la présidence du groupe socialiste au Conseil de Paris, tandis que le second récupèrerait la 123fédération de la capitale. Cet accord tacite laissa rapidement place à une concurrence effrénéepour savoir qui des deux prendra le leadership sur le PS parisien : Bertrand Delanoëconstruisait pas à pas son parcours pour devenir tête de liste du PS tandis que Jean-Marie LeGuen œuvrait lui pour la carrière parisienne de Dominique Strauss-Kahn. Du moins jusqu’àce que leur mise en examen dans l’affaire de la MNEF en 1999 ne vienne les neutraliser.Tandis que son mentor démissionnait du Ministère de l’Economie et des Finances et mettaitfin à ses rêves parisiens, Jean-Marie Le Guen fût contraint d’abandonner la fédération de Parisoù il s’était construit son réseau et ne participa pas à l’aventure victorieuse de 2001. Ilaccusait dès lors un retard irrattrapable sur Bertrand Delanoë… sans pour autant oublier sesambitions. S’agaçant de l’habit d’héritière dont se drape Anne Hidalgo soutenue dans sadémarche par Bertrand Delanoë, le désormais Adjoint à la Santé Jean-Marie Le Guen prit ladécision de partir en campagne le plus tôt possible.Alors que ses adversaires sont coincés entre action municipale et campagne électorale, etdissertent sur la citation de Baltasar Gracian - «la science du plus grand usage est l’art de Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • dissimuler»118 - Jean-Marie Le Guen ne se fait lui pas prier pour avancer ses pions en vue del’élection de 2014. Le camp socialiste en est conscient : les critiques les plus acerbes sur lagestion delanoennienne de la capitale ou la crédibilité d’Anne Hidalgo viennentinvariablement de la bouche du député du 13ème arrondissement parisien. A l’automne 2010, ilexplique ouvertement dans une interview au Monde que «nous avons les acquis dune bonnegestion, dune rupture politique et morale avec la droite chiraquo-tibériste, mais nous devonsporter une vision pour le Paris de 2020. Depuis 2008, on est dans la gestion. Il nous faut unsecond souffle.» Ne bénéficiant pas de la même exposition médiatique ni du charme119 de sonadversaire, Jean-Marie Le Guen tente de se différencier par le projet. 124Il réclame une vision à long-terme et essaie de mobiliser des chercheurs pour repenser la ville-capitale, une rupture avec l’actuelle politique municipale. Rencontré alors qu’il sortait d’undébat télévisé sur Public Sénat, il développa : «l’idée que Paris peut tout faire dans son seulpérimètre est dépassée, Paris n’est plus un projet en soi ! Nous ne sommes pas d’accord avecBertrand Delanoë sur ce point, il agit trop lentement. Or, l’avenir de la capitale passe parune métropolisation la consacrant comme le cœur de ce Grand Paris.» Pour autant, il réfuteque son projet d’axer sa campagne sur le Grand Paris soit une stratégie pour coincer AnneHidalgo dans ses dossiers de première adjointe de Paris-intra-muros : «j’ai 58 ans et entamemon cinquième mandat de député, je ne me bats plus pour mon ambition politique mais pour118 Baltasar Gracian, L’Homme de cour, 1647.119 Sans tomber dans la misogynie, l’atout charme a une utilité et doit être pris en compte en politique. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • consacrer mes idées. Il se trouve que je ne suis pas un spécialiste des parcs et jardins etpréfère sortir des logiques du petit Paris, ce n’est pas plus compliqué que cela.» Pouracquérir plus de visibilité alors que son projet risque de ne pas être audible auprès d’unegrande partie des électeurs, il a décidé de lancer le club du «Grand Paris des citoyens» où ilmène d’ores et déjà campagne. Depuis mars dernier, cette structure de soutien s’est mêmemuée en micro-parti politique, habilité à récolter des dons auprès des électeurs.Peu avant les élections régionales 2010, son nom fût cité à l’Assemblée nationale pour créerun groupe intraparlementaire réunissant les quelques députés écologistes et des socialistes à lafibre environnementale : «Il y a un vrai sens politique à mener des discussions, à unrapprochement entre la pensée socialiste et la pensée écologiste» expliquait-il alors àL’Express, «jusquici, le PS na pas clairement pris ses distances avec le productivisme et leconsumérisme. Maintenant, il existe des divergences de fond avec les Verts. Même si je suisconscient des dangers du nucléaire, je ne vois pas aujourdhui comment nous en passer.»C’est l’autre particularité de Jean-Marie Le Guen : sous son image austère, il tient un discoursrelativement moderne sur l’écologie politique… et donc l’implantation parisienne de CécileDuflot. «Ce n’est pas gênant en soi. Il faudra de toute façon une fusion des aspirations 125socialistes et écologiques des Parisiens. Cela peut se passer après le premier tour desmunicipales ou bien dans le cadre dune primaire commune avec Europe Ecologie-Les Verts»raisonne-t-il120. Au point d’être accuser de vouloir favoriser la secrétaire nationale d’EE-LVpour mieux déstabiliser sa rivale socialiste, Anne Hidalgo.Le député-maire du 11ème arrondissement de Paris Patrick Bloche se tient en embuscade, prêtà surgir si le duel Hidalgo / Le Guen tourne mal. Premier secrétaire du PS parisien pendanthuit ans, patron du groupe socialiste au Conseil de Paris au cours de la première mandature,puis directeur de campagne de Bertrand Delanoë en 2008, Patrick Bloche a longtemps œuvréau cœur du dispositif du Maire de Paris. «C’est incontestablement celui qui possède le réseauinterne le plus puissant à Paris, il a quasiment occupé tous les postes même s’il ne s’en vantepas» explique un militant de son arrondissement. Dans l’édition de Libération du 30septembre 2011, il n’excluait pas la possibilité de se présenter - «je ne vais pas vous dire quele job de maire de Paris nest pas un job intéressant. Mais je suis incapable de vous direaujourdhui si je serai dans le jeu ou hors-jeu» - sans pour autant s’affirmer publiquementcomme candidat. Autre personnalité du PS parisien à cacher admirablement son jeu, il s’agit120 L’Express : « Fillon, Dati, Duflot, Hidalgo… Objectif Paris » Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • de l’ambitieux Adjoint au Maire en charge de la culture depuis 2001, Christophe Girard. Sipeu le voient enfiler le costume de Maire de Paris, l’ancien Vert inventeur de la Nuit Blancheet de Paris-Plage s’efforce toutefois de s’en donner les moyens… au cas où. «Je suis porteurd’un héritage de Bertrand Delanoë depuis des années, et je suis loyal vis-à-vis de la premièreadjointe. Anne Hidalgo est la mieux placée, mais rien n’est jamais écrit pour personne»confiait-il à L’Express à la fin de l’été dernier. Depuis, ce directeur de la stratégie de LVMHcontinue à réunir ses troupes grâce à son club baptisé Réel (réalité, égalité et liberté). Lors denotre entretien en avril dernier, il me confiait qu’il était «trop tôt pour savoir si je seraicandidat. Il faudra attendre de voir de quoi seront faits les premiers mois de l’année 2013,c’est là que les choses se décanteront…» avant de se reprendre, «mais je crois aussi beaucoupaux dynamiques des additions.»« Comme en 2010 où Anne Hidalgo avait affirmé que son objectif était d’arriver devantEurope Ecologie-Les Verts dans la capitale121, le PS parisien n’a cessé de paniquer cesdeniers mois en vue des élections municipales 2014, accréditant une nouvelle fois que ledépassement est possible» interprète Jean-Marie Bouguen, collaborateur du président dugroupe écologiste au Sénat, Jean-Vincent Placé. Au regard de leur électorat traditionnel 126urbain, des évolutions de la sociologie parisienne et des résultats des élections précédentesdans la capitale, Europe Ecologie-Les Verts entend frapper un grand coup à Paris. «Ce n’estque l’application de leur nouvelle logique électorale, dans la capitale comme au niveaunational : s’inscrire comme une force politique de gauche mais se présenter de façonautonome afin de mieux négocier au second tour» explique Rosalie Lucas, journalistecouvrant la gauche gouvernementale pour le compte du Parisien. Lors des récentes électionslégislatives, le parti écologiste a tenté de faire naître une dynamique en vue des prochainesélections municipales, en présentant des candidats dans l’ensemble des circonscriptions et enobtenant finalement deux députés parisiens, Cécile Duflot et Denis Baupin, dans desarrondissements stratégiques. De quoi nourrir leur ambition pour l’avenir….Car de l’ambition, ils en ont. Ils ne font plus mystère des vues qu’ils portent sur la citadelleparisienne : «remporter l’Hôtel de Ville dès 2014 est quelque chose de faisable» affirme sanssourciller le porte-drapeau des Verts en 2001, Yves Contassot. Ils ne souhaitent plus être lachambre verte de la maison rose et ont récemment été confortés dans leur choix. Plusieurs121 Interview au Parisien le 4 janvier 2010 : «notre objectif, c’est d’être devant les Verts.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • donnes ont en effet changées depuis les dernières élections municipales. En 2008, leurstratégie d’autonomie alors que l’action du Maire de Paris était dans sa grande majoritéappréciée était apparue comme contre-productive. «Au vu de l’actuel mandat de BertrandDelanoë et de nos nombreuses divergences, nos velléités d’indépendance devraient être mieuxacceptées...» lance un cadre d’EE-LV Paris. «Nous sommes beaucoup plus libres aujourd’hui.Il y a six ans, nous étions associés sur nombre de dossiers rendant l’autonomieschizophrénique, alors qu’aujourd’hui nous nous sommes singularisés sur de nombreuxdossiers» renchérit un militant. Autre avantage, se différencier ne pourra plus être considérécomme une «trahison» dans la mesure où le Maire de Paris laisse sa place : les compteursseront remis à zéro. «A nous désormais de montrer qu’un Maire écologiste changerait tout,qu’il n’y aurait pas un milliard d’argent public injecté pour un centre commercial ni 200millions pour la rénovation d’un vieux stade. Par contre, que nous aurions pu réduire de 2/3la consommation énergétique et donc les émissions de Co2 des bâtiments municipaux,(écoles, piscines, etc…) pour la moitié du prix de la rénovation des Halles» explique HervéMorel, d’EE-LV Paris. Depuis les dernières élections européennes où les écologistes ontdoublé le Parti Socialiste, les élus parisiens de la majorité les prennent davantage au sérieux.«Cette fois-ci, ils pourront compter sur une base sociologique qui leur est largement 127favorable, et aussi profiter, du moins en partie, de notre guerre de succession» explique lefondateur du pôle écologique au Parti Socialiste, Christophe Caresche. «Les guerres intestinesà la gauche font partie des divisions à prendre en compte, il faut se souvenir que BertrandDelanoë a été élu sur les divisions de la droite» rappelle un cadre d’EE-LV Paris, pour qui «ilne faut pas construire là-dessus mais faire preuve d’intelligence politique et savoir tirer profitdes circonstances.» Dernier élément à prendre en compte, et non des moindres lorsqu’il s’agitd’un scrutin parisien, le contexte national. L’année 2014 sera synonyme d’électionsintermédiaires pour la gauche au pouvoir. S’ils veulent faire une performance en 2014, lesécologistes doivent veiller à ne pas apparaître comme un satellite du Parti Socialiste, avec quiils viennent de passer des accords largement commentés. «Il va y avoir un subtil équilibre àtrouver entre solidarité de majorité et fidélité aux idées» reconnaît Jean-Marie Bouguen.«Sous-entendu : les écologistes parviendront à mettre en scène une participationgouvernementale un peu conflictuelle afin de retrouver des marges de manœuvres» décrypteIan Brossat, président du groupe communiste au Conseil de Paris.«Pour parvenir à nos fins, nous avons un an pour faire naître l’idée qu’élire un Maireécologiste est désormais possible à Paris, cette éventualité doit germer du second semestre Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • 2012 à l’été prochain. C’est très important parce qu’il faut qu’à l’automne 2013, nos deuxforces soient équivalentes. S’il y a un écart de 1 à 10 – comme lors des précédentesmunicipales – l’affaire est pliée d’avance» détaille Hervé Morel, patron d’EE-LV Paris. 128«Pour espérer dépasser le PS, nous devrons avoir bien travaillé notre projet et ne pas nouscontenter de nos postures traditionnelles : il est nécessaire de s’adresser à tous les Parisienspour gagner, et pas seulement à notre base électorale déjà séduite» avertit Adrien Saumier,militant du 13ème arrondissement. Autrement dit, ne pas seulement s’adresser aux associatifsenvironnementalistes administrant et cultivant des jardins partagés ou aux membres d’uneAMAP ayant créé des circuits-courts en partenariat avec un agriculteur pour se nourrir defaçon saine. «Concrètement, si nous décidons de piétonniser la place d’Italie ou celle de la Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Bastille, nous ne devons pas oublier pour autant l’économie locale et les commerçants quipourraient voir cette opération d’un mauvais oeil» illustre-t-il. Epousant l’analyse dAntonioGramsci selon laquelle « le pouvoir se gagne par les idées », il demande à Europe Ecologie-Les Verts de s’offrir une mue intellectuelle et qu’un projet élargi accompagne leurs nouvellesambitions électorales. Son appel pourrait avoir été entendu par le prochain secrétaire national,Pascal Durand. Celui-ci livrait dans une interview à Mediapart le 15 juin dernier122 que «nousne sommes pas assez vus comme porteurs d’un projet alternatif et crédible. Il va falloirprofiter de ces mois sans élection pour mener une réflexion et ouvrir un grand débat publicsur le nouveau cycle qui s’ouvre désormais pour lécologie politique ; un débat intellectuelafin de nous fédérer autour de ce qui nous rassemble, le projet et les idées, pour en tirer cequi sera le plus utile pour la société.» «A Paris, nos commissions de travail sont activesdepuis la rentrée de septembre 2011» se vante Hervé Morel. «Le projet 2008 comprenait 83pages et était découpé par thématiques… alors que l’écologie, c’est justement une visionglobale. Pour 2014, nous préparons un projet à deux échelles, répondant à ce qu’est unemétropole écologiste au 21ème siècle tout en déclinant ce que cela changerait trèsconcrètement, point par point, pour les habitants. Le seul moyen de gommer les clivages et delier les modes de vies différents entre tous les arrondissements, c’est de présenter un fil 129directeur : le nôtre sera la construction d’une ville robuste et capable de résister aux criseséconomiques et sociales qui sont encore devant nous, avec des adaptations concrètes, quiparlent à tous.» Selon lui, leur crédibilité passera par la richesse de leur projet, «il ne suffirapas d’évoquer les problèmes de transports ou de santé, mais aussi d’avancer des solutions enmatière de logement et de développement économique» plaide-t-il, afin de «récolter les fruitsde nos treize années de participation à la gestion de l’exécutif municipal.»Dès lors, il ne manque plus… qu’un candidat aux écologistes parisiens. «S’ils ont un boncandidat comme Daniel Cohn-Bendit, qui puisse rassembler au-delà du seul électorat Vert,les écologistes pourraient gagner Paris» reconnaît le socialiste Christophe Caresche. Mais«mis à part Brice Lalonde en 1977, nous n’avons jamais eu de personnalités écologistes àParis. Et nous n’en avons toujours pas aujourd’hui : le président du groupe au Conseil deParis n’impose rien, Denis Baupin n’a pas su rebondir après son échec de 2008 et YvesContassot souffre de son image de vieux Vert de la première génération» souffle un conseillerrégional (EE-LV) d’Ile-de-France. «Les écologistes parisiens n’ont jamais su faire émerger122 Pascal Durand : « Etre au gouvernement ou au Parlement ne doit rien changer à nos convictions » Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • de leader à Paris» susceptible de mettre en danger le Parti Socialiste, «mais Solférino vient deles y aider activement» peste Rémi Féraud, le patron PS de la fédération de Paris.L’implantation de Cécile Duflot dans l’est parisien au cours des dernières électionslégislatives est en effet pressentie comme une première étape avant une candidature à laMairie de Paris. «Elle a flairé le bon coup. Il y avait un vide intersidéral dans notre partialors que des divisions socialistes s’annoncent, le tout recoupé avec les derniers bons scoresécologistes sur la capitale et correspondant à ses nouveaux objectifs, elle n’a pas hésité uneseconde» observe Jean-Marc Pasquet, l’ancien patron des écologistes parisiens. Maisjusqu’ici, la nouvelle Ministre de l’Egalité des Territoires et du Logement n’a jamais confirméles bruits lui prêtant l’intention de briguer la succession de Bertrand Delanoë. L’automnedernier, Cécile Duflot entretenait le suspens123 : « Je ne dis pas non ni oui ; je sais que cesujet agite beaucoup de mes amis, je ne le prends pas avec légèreté. Les municipales sont uneéchéance majeure pour nous en termes de stratégie globale, pas seulement sur un planpersonnel. Mais aujourd’hui, j’ai d’autres choses à faire qu’à m’intéresser à mon cas, çaviendra...» Désormais qu’elle a hérité de ce super-Ministère lui permettant de «penser global»sur l’aménagement du territoire, la politique de la ville mais aussi et surtout le Grand Paris etle logement, la question se pose de savoir si elle a envie de le lâcher deux ans après pour «agir 130local» dans la capitale ? Si elle décide de participer à la bataille de Paris, elle pourraincontestablement tirer une légitimité de son activité ministérielle. Ses priorités d’ici 2014sont d’ores et déjà connues : il s’agit de réfléchir avec les différents acteurs métropolitains à lasuite à donner au Grand Paris tel que l’a conçu l’ancien Président Nicolas Sarkozy d’une part,et de faire voter une loi sur l’encadrement des loyers qui devrait permettre de fixer des prixmoyens de location en zone tendue d’autre part. Des dossiers qui pourront venir nourrir sonprojet pour la Ville de Paris… ou pas. Sa récente nomination au gouvernement renforce lesentiment d’Yves Contassot que «les élections législatives étaient indépendantes desmunicipales, et que son implantation n’a pas forcément d’incidence sur la tête de listeécologiste pour 2014.»«Cécile Duflot souhaitait simplement une circonscription assurée où elle ne serait pasmenacée dans sa réélection en 2017, même dans l’éventualité où la droite ferait son retour.Elle a désormais un matelas électoral dont elle ne disposait pas à Villeneuve-Saint-Georges.Après, s’il y a une fenêtre de tir pour les municipales, elle devrait se présenter mais ce n’est123 Cécile Duflot à Paris ? « Je n’exclus rien », le 17 novembre dans le JDD Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • pas sa priorité… » décrypte une sénatrice socialiste de Paris. Sa décision se fait attendre. Auxyeux de beaucoup d’élus écologistes parisiens, sa candidature serait la seule capable deprovoquer le dépassement. «Nous sommes conscients que si nous décidons de continuer noschamailleries entre nous, ce sera pour négocier des postes d’adjoints au Maire PS tout auplus. Alors que la dynamique que Cécile Duflot pourrait apporter est incroyable» plaideHervé Morel, qui y voit le moyen concret de faire franchir une nouvelle étape à l’écologiepolitique. Il est vrai que dans les campagnes municipales parisiennes surmédiatisées, lescandidats écologistes n’ont pas toujours réussi à se faire entendre. Nul doute qu’en excellentecommunicante, Cécile Duflot rendrait audible les propositions d’EE-LV Paris. Lorsque lecabinet Vae Solis a posé la question «quel est le meilleur communicant de la scène politiquefrançaise ?» à 56 journalistes en février dernier, ces derniers n’ont désigné ni NicolasSarkozy, ni François Hollande et encore moins Bertrand Delanoë mais… «Cécile Duflot : elledonne limpression dune "Sarkozy" au féminin, car elle a un vrai potentiel et sait retombersur ses pattes (…) Elle fait preuve dune vraie agilité intellectuelle et apporte toujours uneréponse à la question qui lui est posée.»Reste que si elle veut imposer une majorité verte à l’Hôtel de Ville, elle doit en premier lieu 131convaincre… les militants écologistes. «J’ai été sollicitée par les militants écologistesparisiens pour être candidate aux législatives. Ça correspondait aussi à un moment de ma vieoù je pouvais avoir envie d’une nouvelle aventure politique. Donc ça tombait bien» justifiait-elle à l’époque au site Le75011.fr. Sauf qu’elle n’a pas été plébiscitée : seuls 34 militants ontvoté pour Cécile Duflot (43 votants, 155 inscrits) lors de la consultation interne sur la 6èmecirconscription. Si l’accord qu’elle a signé avec le Parti Socialiste leur permet pour lapremière fois de leur histoire de se faire entendre à l’Assemblée nationale, si elle a suressouder et rénover un parti qui explosait sous Dominique Voynet, si elle a suprofessionnaliser un mouvement au point qu’un phénomène d’acceptation des leaders soitaujourd’hui perceptible, Cécile Duflot ne fait pas pour autant l’unanimité parmi la base etnotamment les militants tendance cohn-bendistes. L’ex-militante du 11ème arrondissementAlice Le Roy, qui s’est présentée contre elle en interne pour l’investiture législative, estimequ’elle fait «glisser l’écologie politique vers une sorte de Parti Radical de Gauche vaguementprotestataire. Elle s’est négociée sa place en faisant de la politique alimentaire sur le dos desidées, sans cliver. Or, elle ne peut pas raconter une histoire sur le politique autrement et fairetout son contraire. C’est une stratégie gagnante à court-terme pour elle mais perdante pourle parti à moyen-terme» lui reproche-t-elle. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • La bande à Duflot contestéeRongés en leur être intérieur, cadres comme militants sont à la fois reconnaissants que Duflot les aients conduits au pouvoir, et toutautant profondément déçus de ses dérives «léninistes.» Si le co-fondateur et trublion d’Europe Ecologie-Les Verts, Daniel Cohn-Bendit a attendu la fin de la campagne législative pour dénoncer «l’arrivisme» de la secrétaire nationale, le candidat éphémère desVerts à la présidentielle 2002, Alain Lipietz, a lui haussé le temps dès les premiers mois de 2012 : à l’écouter, la direction du partiécologiste est un «bunker tenu par la bande des quatre (Duflot, Placé, Sitbon-Gomez, Braud), qui ont le profil des Jeunes Socialistesarrivés trop tôt en politique. Moi en 1968, je rêvais d’être Prix Nobel, alors que Cécile Duflot est prête à vendre père et mère pourdevenir Ministre» lâchait-il au site Rue 89. Dans un référé au langage plus policé rendu le 4 mai dernier, le Tribunal de GrandeInstance de Paris ne disait pas autre chose : «le conseil fédéral devra établir un nouveau scénario des candidatures aux législatives2012. Le courant Envie a obtenu plus du quart des voix lors des élections internes et le conseil fédéral ne leur a accordé qu’unsixième des investitures», alors que les statuts EE-LV lui imposait de les répartir équitablement entre les différentes motions. Selon lejuge, le courant Maintenant de Cécile Duflot se serait en parallèle attribué plus de circonscriptions gagnables que ne le lui permettaitson poids interne. La direction ignorera ce cette décision, malgré les protestations de militants dénonçant «du clientélisme de la partd’une direction qui a trop promis de postes, et qui du coup est obligée d’écraser les minorités pour récompenser les fidélités etconserver le pouvoir.» «N’importe quelle organisation a ses perversités» se défend Cécile Duflot, pour qui il faut cependant «uneinfrastructure pour se présenter aux élections. C’est bien qu’il y ait beaucoup de grands penseurs, mais si cela ne fabrique pas, celan’existe pas. Moi, je suis quelquun qui veut que cela se traduise opérationnellement.» 132Selon la secrétaire nationale, il est nécessaire de se professionnaliser et de s’organiser dans un parti, avec les affres qui en découlent.Et convainc sur ce point son habituel détracteur, le polytechnicien Alain Lipietz, qui reconnaît un pêché originel à tout parti politique,du fait de «la structure du pouvoir, mais aussi de celle de l’esprit humain : toute mystique tend à dégénérer en religion, puis enbureaucratie, puis en simple enjeu de pouvoir. On peut inventer des moyens d’enrayer ce processus, le ralentir, parfois le renversermais c’est une tendance inévitable» écrivait-il dans son ouvrage «Qu’est ce que l’écologie politique ?» en 2003. Même son de clochedans le documentaire «La saga des écolos» où la candidate aux présidentielles de 1995 et 2007 Dominique Voynet donne raison àCécile Duflot : «soit on considère qu’un parti politique, c’est un lieu dans lequel des gens mal de leur peau vont chercher un sens àleur vie, etc. Soit alors, on considère que c’est pour faire ce à quoi sert un parti politique, c’est-à-dire conquérir le pouvoir, sipossible le garder, pour transformer vraiment les politiques publiques et alors changer la vie !» Seul hic, la colère des quelquesmilitants parisiens est davantage nourrie par un bilan moins flatteur qu’il n’y parait. Si EE-LV n’a jamais été aussi fortinstitutionnellement grâce à une stratégie efficace à mettre au crédit de Cécile Duflot, le parti écologiste n’en reste pas moinsstructurellement fragile. Hors résultats obtenus par les candidats de l’union pour la majorité présidentielle (soutenus par le PS), lesécologistes n’ont totalisé que 3,9% des voix au premier tour des élections législatives (6% à Paris). De faibles scores autonomes quiseraient une conséquence directe de la satellisation au PS. Autre effet secondaire de l’alliance avec le Parti Socialiste : l’hémorragiequi touche les troupes écologistes, déjà peu nombreuses d’habitude. Après une vague de défections enregistrées vers le Front deGauche au cours de la dernière campagne présidentielle, le nombre de militants EE-LV serait passé de plus de 15.000 fin 2011 àmoins de 10.000 en juin 2012, selon Libération. Cette même année, le taux de ré-adhésion au sein de la coopérative – une structuresouple de sympathisants et non de militants – ne serait lui que de 5%... Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • D’autres comme Adrien sont plus partagés : «son implantation à Paris se justifie puisque sonambition sert la stratégie du parti et les écologistes parisiens. Mais cela aurait pu se faired’une autre manière sur la forme : j’aurais préféré qu’elle soit un peu plus présente à Parisces derniers temps, ailleurs qu’à La Chocolaterie124. Je ne lui demandais pas de fairel’ensemble des marchés en plein hiver, simplement, ne pas déléguer tout le boulot à des porte-flingues locaux de son courant aurait été le bienvenu.» Lui, comme d’autres, a signé lamotion «Objectif Paris», un courant essentiellement porté par des militants qui a obtenu plusde 40% des suffrages à la dernière assemblée générale d’EE-LV Paris : ils ne s’opposent pas àl’investiture de Cécile Duflot mais lui demandent de s’investir en retour sur le terrain, deréfléchir «de façon collective et de ne pas seulement suivra les conseils de son politburocomposé de Jean-Vincent Placé et Stéphane Sitbon-Gomez. Nous avons bien compris la leçonde 2008 et ne repartirons pas dans des guerres intestines, mais il faut que Cécile Duflot sortede sa tour d’ivoire.»Ils réclament une primaire au sein d’EE-LV Paris où ils réfléchissent à envoyer leur candidatcontre «l’establishment des élus, coupés de la base» selon leurs mots. Il pourraitéventuellement s’agir de Jean-Marc Pasquet, conseiller régional d’Ile-de-France et ancien 133patron des Verts Paris. A moins que celui-ci n’apporte directement son soutien à JacquesBoutault, autre prétendant à l’investiture interne mais misant lui sur une action de proximité.«A ma petite échelle, j’ai démontré que des écologistes pouvaient être capables de gérer unexécutif municipal» se vante le maire du 2ème arrondissement de Paris depuis 2001. Lui qui aannoncé sa candidature à l’Hôtel de Ville dès mai 2010 s’efforce aujourd’hui d’apparaître auxantipodes de la carrière politique de Cécile Duflot. «On doit faire de la politique là où l’on vit,là où l’on travaille» estime celui qui a gardé une activité à mi-temps au sein de Pôle emploi,où il est en charge du développement durable : «la politique, ce n’est pas un métier. Il estindispensable que les politiques soient en contact avec la vraie vie», lance-t-il encore… «Il yaura de toute façon un débat interne chez les écologistes parisiens, pour trancher laquestion : est-ce un militant historique qui a accédé depuis dix ans à des responsabilitéslocales importantes qui doit porter les couleurs de l’écologie politique à Paris, ou doit-onprivilégier le spectacle politique avec une candidature plus symbolique, susceptible de mieuxdrainer une adhésion ? Car si Cécile Duflot ne se présente pas, il y aura nécessairement unélu avec une dimension nationale qui voudra récupérer sa place, que ce soit Yannick Jadot ou124 Le nom du siège des écologistes. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Augustin Legrand» parie-t-il. «L’hypothèse de présenter Jacques Boutault serait séduisante…s’il n’avait pas l’ombre de Cécile derrière lui. Il est notre meilleur second choix» estime poursa part Hervé Morel, qui estime que la probabilité de voir Europe Ecologie-Les Vertsdevancer le Parti Socialiste en 2014 serait moindre si Cécile Duflot n’était pas candidate.Rendre crédible l’hypothèse d’un dépassement à l’intérieur de la majorité plurielle gérant laville-capitale aurait «un impact énorme pour l’écologie : les campagnes municipales de Parisont un écho national, cela pourrait créer une dynamique positive partout en France quiaffirmerait les élus écologistes comme des challengers du PS sur l’ensemble du territoire»espère Yves Contassot. En réalité, c’est probablement plus cet objectif de peser davantage quiles pousse à mettre sous pression le PS parisien que le doux rêve de s’asseoir directementdans le fauteuil de Bertrand Delanoë. Du propre aveu de certains acteurs de premier plan,c’est avant tout «une posture permettant de motiver les troupes. Le vrai objectif sera de faireune percée au Conseil de Paris et d’emporter deux ou trois nouvelles Mairies, parmi celle du3ème, du 5ème, du 10ème, du 11ème voire du 18ème ou du 20ème arrondissement.» «Si je vous disaisque Duflot ou Boutault serait Maire de Paris en 2014, vous diriez que je délire et vous auriezdes raisons de le penser : c’est structurellement peu probable. Mais se positionner ainsi nous 134crédibilise, nous met en capacité d’accéder à des responsabilités encore plus importantes.Est-ce que ce sera suffisant pour arriver en tête en 2014 ? Nous verrons bien, et sinon, cesera pour 2020 ! Quoiqu’il en soit, cette stratégie devrait nous permettre de poser les basesd’une écologie politique puissante et de gommer nos faiblesses structurelles» argumente leMaire du 2ème arrondissement, Jacques Boutault. 2) Paris peut encore réserver bien des surprisesAu cours de la campagne présidentielle, Bertrand Delanoë a semblé hésiter entre son poste deMaire de Paris et une nomination au gouvernement, en cas de victoire de François Hollande.«Jai été élu jusquen 2014 et je pronostique que je vais être maire de Paris jusquà cette date.Maintenant je ne sais pas ce quil va se passer en 2012… Il faut savoir que lon est dans unepériode où il y a parfois des gouffres qui seffondrent sous vos pieds et quil ne faut pas êtreégoïste. Je ne dois pas non plus refuser daider» expliquait-il dans une interview au journalgratuit Métro125. Selon son adjointe Pascale Boistard, «il est tiraillé envers cette possibilité et125 16 décembre 2011 : «Delanoë se lâche pendant son chat » sur Metro Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • celle de devoir lâcher son fauteuil de Maire de Paris. C’est son bébé…» Mais au fur et àmesure que les chances de voir un second socialiste entrer à l’Elysée grandissaient, celui quin’a jamais occupé de poste d’envergure nationale ne cachait plus son intérêt pour occuper unministère régalien (Justice, Affaires Etrangères) : alors que sa première adjointe Anne Hidalgocontinuait à se battre corps et âme pour empêcher la venue de Cécile Duflot dans la capitale,Bertrand Delanoë a lui brusquement fait machine arrière, acceptant même de rencontrer lasecrétaire nationale d’EE-LV en février. Car si cet «élu des grandes conquêtes est persuadéqu’Anne Hidalgo fera moins bien que lui» selon un membre de son entourage, il enrage àl’idée que Cécile Duflot puisse lui succéder. Dans ses plans, cette attitude conciliante etconstructive lors des législatives devait lui garantir une entrée au gouvernement lecontraignant de céder immédiatement son fauteuil à sa première adjointe, qui gagnerait dèslors en exposition à la fois politique et médiatique. Mais malgré son volontarisme affiché,Bertrand Delanoë ne fût pas récompensé le 16 mai au soir. Alors le 3 juin sur Canal +, ildécida de se faire plus clair : «Je suis maire de Paris, jai des devoirs et je les fais en étanttrès heureux. Mais en même temps je ne suis pas indifférent à la réussite du quinquennat deFrançois Hollande. Si dautres hypothèses [d’entrer au gouvernement] existent à un momentdonné, nous les étudierons.» Un appel du pied qui restera lettre morte : il ne fera pas partie 135des quatre nouveaux ministres nommés le 21 juin. Un confidentiel du Journal du Dimancheexplique que le Président de la République nouvellement élu a préféré s’entourer de«techniciens que de politiques» en mettant «les grandes gueules dont Delanoë dehors.» Cesoir-là, Bertrand Delanoë décida de réunir ses troupes pour tirer les enseignements de laséquence électorale et évoquer ses conséquences sur la capitale. Au menu donc :l’implantation de Cécile Duflot et l’installation durable de François Fillon, qui pourraientrebattre les cartes en vue des élections municipales 2014. «Des partisans du maire de Pariscomptent bien mettre les pieds dans le plat ce soir : Anne Hidalgo peut-elle toujours succéderà Bertrand Delanoë ?» écrit l’hebdomadaire Le Point, qui révèle l’information. La premièreadjointe est-elle la mieux placée pour barrer la route de Cécile Duflot ?Le PS parisien s’apprête à vivre une période de turbulences mais les écologistes neparviendront pas forcément à en profiter pour leur ravir le fauteuil de Maire de la capitale. Carle rapport de forces entre le Parti Socialiste et Europe Ecologie-Les Verts ne mêle passeulement des ambitions et des stratégies politiques, mais aussi des réalités. «Le dépassementest impossible, ne serait-ce que pour des raisons structurelles» croit savoir Thomas Antoni,militant socialiste du 14ème arrondissement. «Ils n’ont quasiment pas de troupes militantes au Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • point que l’on nous demande de faire campagne pour leurs candidats soutenus par Solférinoaux législatives» explique-t-il. En effet, EE-LV Paris peine à dépasser le millier d’adhérentsau niveau parisien126 quand le Parti Socialiste de la capitale peut compter sur 10.000 encartés,dont environ 7.000 militants actifs. A la veille d’une campagne, cette guerre des chiffres n’estpas seulement symbolique. 136Le fait que le PS ait encore une tradition militante et qu’il soit visible sur les marchés ou auxmétros peut rassurer l’électeur, notamment dans un scrutin de proximité. Le réseaumédiatique d’EE-LV, dont les leaders apparaissent régulièrement à la télévision, ne sera pasforcément suffisant pour remporter une élection municipale. Surtout, cette faiblesse militantepose un problème organisationnel : tandis que les statuts du Parti Socialiste prévoient que tout126 Plus précisément 1256 en décembre 2011.Selon Libération, les chiffres de décembre 2011 auraient étédivisés par près de trois au niveau national, passant d’environ 16.000 à 6.000. Impossible de savoir dans quellemesure cette baisse a impacté les troupes parisiennes. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • militant doit obligatoirement être adhérent d’un syndicat et d’une association (FCPE, RESF,Unef, LMDE mais aussi des associations défendant les droits LGBT ou l’économie solidaire),les écologistes ne s’y investissent qu’à l’échelon individuel.Du coup, ils ne possèdent pas de têtes de réseaux ni de leaders d’opinions susceptibles derelayer leurs positions parmi la société civile. Les principales associations avec qui ils tissentdes liens sont… environnementalistes (La Ressourcerie, La petite rockette mais aussi AMAP,jardins partagés) et donc déjà acquise à l’écologie politique : elles ne leur permettent guèred’élargir leur base électorale et de s’adresser de façon subliminale à la population. Et sansstratégie de double-adhésion à la fois partisane et syndicale ou associative, les écologistesauront toujours autant de mal à s’implanter localement et à se faire connaître de la population.«Nous essayons de nous trouver des relais dans des associations, car il est nécessaire d’avoirun tissu économique, social et associatif dense si l’on veut avoir une influence locale etconcrétiser notre rêve de supplanter le PS à Paris. Mais il faut reconnaître qu’ici, ils sont trèsbien implantés. Nous allons réduire cet écart d’influence petit à petit, nous n’avons pas àrougir de nos actions» se défend Claire Marynower, membre du bureau exécutif d’EE-LVParis et en charge de la coopérative127 «Notre meilleure organisation combinée à la gestion de 137la municipalité nous permet de continuer à tisser un lien avec la société civile et à restermajoritaire politiquement. C’est comme ça que le Parti Communiste était parvenu àconserver aussi longtemps sa banlieue rouge» se félicite Philippe Wehrung, le secrétaire desection du PS dans le 11ème arrondissement.Pour le patron d’EE-LV Paris, Hervé Morel, le Parti Socialiste parisien est également bienaidé… par le Maire de Paris : «Bertrand Delanöe a une vision tibériste des subventionsassociatives, sa distribution clientéliste de l’argent public permet au PS d’asseoir sonimplantation locale. Des associations vivent aujourd’hui des subventions municipales et ontdes salariés à payer à chaque fin de mois, ils sont contraints en échange d’agiter le drapeaudu PS et de vanter la politique du Maire de Paris sur le terrain» dénonce-t-il. Chaque année,des milliers d’associations reçoivent en effet des subventions de la part de la Mairie, dansl’objectif d’offrir aux citoyens la possibilité d’exercer des activités aussi nombreuses que127 La coopérative d’EE-LV Paris comptait 1476 adhérents en décembre 2011. Là aussi selon Libération, le tauxde ré-adhésion serait inférieur à 5% au niveau national. Impossible de savoir dans quelle mesure cette tendance aimpacté le réseau parisien. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • variées dans une multitude de domaines. Déjà en 1987, Richard Balme128 signalait lesrelations d’interdépendance qui pouvaient naître entre les associations subventionnées et lepouvoir local. A en croire, Hervé Morel, ce serait d’autant plus le cas à Paris que la villedispose à la fois du budget le plus important et du tissu associatif le plus dense. L’intérêtpremier de distribuer des millions d’euros de subventions pour le Maire de Paris serait enréalité de structurer le corps électoral en un réseau de clientèles dépendantes et donc faciles àactionner, de se doter en quelque sorte d’un moyen de contrôle politique. Il est d’autant pluscompliqué de vérifier ces accusations que les rapports de synthèse sur les associations publiésannuellement sur le site de la Mairie, ne listent pas les bénéficiaires des subventionsmunicipales.D’autres tendances structurelles lourdes de la vie politique française semblent handicaperEurope Ecologie-Les Verts dans son ambition de conquérir l’Hôtel de Ville. A commencerpar ses propres faiblesses. «Nous n’avons pas les moyens humains ni financiers pourrépondre aujourd’hui à l’attente des citoyens parisiens. Le parti avait dû licencier la moitiéde ses salariés après les élections législatives 2007 et l’échec aux dernières électionsmunicipales nous a fait passer, à Paris, de 3 permanents à plein-temps à un seul à mi- 138temps129. Des intellectuels nous sollicitent mais nous ne sommes toujours pas parvenus àstructurer une fondation, alors que le PS peut compter sur les think-tanks comme Terra Novaou Jean Jaurès» se lamente Hervé Morel. «La surface médiatique ne fait pas naître uneprésence parmi la société civile, dans les réseaux intellectuels ou encore dans lesassociations. Or, la direction nationale ne fait rien en ce sens, elle se réjouit des initiativesindividuelles mais ne nous aide pas à construire des liens dans le monde des idées, del’entreprise ou du syndicalisme ni des réseaux parmi les chercheurs ou les hauts-fonctionnaires» se plaint Jean-Marc Pasquet, plus véhément, pour qui «l’empathiesociologique de l’opinion, les thématiques porteuses et l’absence de leadership au PS nesuffiront pas si nous refusons de nous inscrire dans ces réseaux d’influence.»Si l’administration ne fait pas gagner ou perdre une élection à elle seule, elle peut jouer ungrand rôle dans la campagne : la compilation des bonnes idées ne fait pas un projet, qui doitnécessairement être nourri en parallèle de l’expertise d’hauts-fonctionnaires, susceptiblesd’imaginer de nouvelles politiques publiques ou d’élaborer des propositions crédibles tant sur128 «La participation aux associations et le pouvoir municipal», 1987, Richard Balme129 La fédération PS de Paris dispose, elle, de 4 permanents à plein-temps. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • le plan juridique que budgétaire. Ce qui fait dire au Maire du 2ème arrondissement JacquesBoutault que «la politisation de l’administration sous Delanoë peut être un frein : il sera plusaisé pour le PS de nourri leur projet avec l’aide de l’administration, que pour nous. Dans cecas, nous devront associer au mieux les Parisiens à la construction de notre programme, pourqu’ils le portent et en aient envie» raisonne-t-il. A défaut de pouvoir compter sur des comitésd’experts, les écologistes devront s’appuyer sur les notes fournies par des militants et despersonnalités, amateurs mais proches de leur mouvement, pour alimenter leur réflexion. Cequ’avait fait Bertrand Delanoë en 1995 et 2001, quand l’administration de la Mairie de Parisétait chiraquienne…La bataille des municipales de la capitale ne fait aujourd’hui que commencer, et il est encorebien trop tôt pour présumer de son résultat final. D’autres forces que le Parti Socialiste ouEurope Ecologie-Les Verts y participeront et seront amenées à jouer un rôle important. «Ceque l’UMP a démontré depuis dix ans sur Paris n’améliore pas vraiment notre crédibilité envue des municipales 2014, mais nous nous attelons à construire une stratégie politique claire,avec un leader concentré uniquement sur la prise de Paris et disposant d’un projet novateur»confie le conseiller de Paris (UMP) Pierre-Yves Bournazel. La droite parisienne espère tirer 139profit des rivalités naissantes à gauche et qui devraient encore s’accentuer au cours de lacampagne pour montrer son nouveau visage et ainsi mettre fin à la série noire entamée depuisplus de vingt ans. La droite au premier tour des élections municipales de Paris, de 1989 à 2008 1989 1995 2001 2008 Suffrages obtenus par 54,8% 51,4% 44,2% 33,2% l’ensemble des listes de droite Sièges obtenus au Conseil de 141 99 71 63 ParisDu moins, tel est le discours de ce jeune élu du 18ème arrondissement de Paris : «les attentesdes Parisiens ont évolué. Or, on ne conquiert par une ville contre ses habitants ! Il faut sortirdes clivages idéologiques traditionnels pour nous adapter à cette nouvelle sociologie.»Malheureusement pour lui, cette prise de conscience n’est pas perceptible chez l’ensemble descaciques de la droite parisienne, loin de là. Et il le sait, «les responsables de la fédérationUMP de Paris n’ont pas cette volonté de reconquête de Paris car ils ont déjà tout : ils sontsoit députés-maires, soit sénateurs-maires» argumente-t-il. En effet, la majorité des cadres se Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • sont fait élire lorsque Jacques Chirac était encore Maire de Paris, à une époque où la droitecontrôlait encore la Mairie de Paris, la région Ile-de-France, les vingt arrondissementsparisiens et dix-neuf circonscriptions sur vingt-et-une. Après avoir perdu deux fois l’Hôtel deVille de Paris, trois fois le Conseil régional, douze arrondissements et treize circonscriptions,l’UMP de la capitale semble aujourd’hui profondément défaite. Aux dernières électionsmunicipales, la droite semblait avoir tiré les leçons de ses erreurs de 2001 : une primaire futorganisée pour débattre du projet et du candidat, aplanir les dissensions puis se réunir autourdu gagnant et ainsi conforter son leadership. Mais aussitôt Françoise de Panafieu investie avecle plébiscite des militants parisiens, que les divisions entre élus de l’opposition reprirent deplus belle. L’arrivée de personnalités médiatiques et relativement populaires – commeChristine Lagarde, Jean-Marie Cavada ou Rachida Dati – sur ses listes aurait dû doter l’UMPparisienne d’une image plus dynamique… si la tête de liste, bien qu’en apparence moderne,n’était pas elle-même l’héritière d’une dynastie gaulliste investie de longue date dans la viepolitique parisienne.Revisitant la célèbre formule «halte au feu, chasse au con» de Pierre Lellouche exprimée aucours de la campagne fratricide de 2001, plusieurs quadras et trentenaires de l’UMP de la 140capitale réclament un renouvellement générationnel. «Depuis qu’ils ont perdu le père Chirac,ils se chamaillent et s’entretuent pour des miettes» résume la sénatrice de Paris ChantalJouanno130. Ils sont conscients que les discours nationaux mais aussi l’égoïsme territorial et lerefus de la mixité sociale exprimés par une partie de leurs aînés de l’Ouest parisien necorrespondent plus aux attentes de la majeure partie de l’électorat de la capitale. Mais lasolution n’est pas aussi simpliste que de passer un coup de balai et faire la place à denouveaux talents. Des rivalités politiques s’entremêlent à ce conflit de générations : Parisdonne un écho particulier à la guerre que se livre Jean-François Copé et François Fillon pourasseoir leur leadership sur l’UMP. Pressentie depuis la fin des élections municipales de 2008,l’arrivée de François Fillon aurait dû initialement mettre fin aux divisions de l’UMP dans lacapitale et permettre d’amorcer le processus de la reconquête de Paris. En réalité, elle n’a faitque raviver les tensions. Déjà à l’été 2011, la préparation de la liste sénatoriale tourna à lafoire d’empoigne entre «fillonnistes» et «copéistes», cadres de l’appareil et dissidents : lechoix de la fédération de Paris d’offrir la tête de liste à l’ancienne Ministre des Sports ChantalJouanno ainsi que la quatrième place à un autre proche du Premier ministre de l’époquesuscita la colère d’une partie des maires d’arrondissements, soutenus par la jeune garde de130 «L’UMP, un univers impitoyable» livre de Neila Latrous et Jean-Baptiste Marteau, 2011. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • l’UMP parisienne. Des listes parallèles se montèrent et remportèrent deux sièges de sénateursparisiens, soit autant que la liste officiellement investie. La fédération, majoritairement pro-Fillon, expliqua alors que «les dissidences nous ont coûté» un cinquième siège tandis que lesdissidents, plus ou moins soutenus par Jean-François Copé et la direction nationale du parti,répliqua que «ce sont les méthodes de la fédération qui nous ont font perdre.»A ce moment, les élections municipales 2014 étaient déjà dans tous les esprits… et lesélections législatives 2012 cristallisèrent à nouveau les ambitions. La maire du 7èmearrondissement, et ancienne Garde des Sceaux, Rachida Dati décide d’entrer en résistanceface au parachutage de l’ancien Premier ministre François Fillon, dans la 2ème circonscriptionde Paris. Mais si les jalousies et autres rivalités peuvent être considérées comme habituelles etpresque raisonnables dans un parti politique, des attaques ad hominem d’une violence inouïese multiplient entre ces deux acteurs : l’hôte de Matignon est accusé par les copéistes, et doncson propre camp, de trafic d’influence à la suite de l’embauche du fils de Jean Tibéri auMinistère des Finances, contre l’avis de Bercy. Ou encore de recel d’emploi fictif, après avoirembauché au sein de son cabinet une chargée de mission soupçonnée de s’occuper de sacampagne législative. Rachida Dati se plaint alors de «ne pas avoir les mêmes moyens, ni le 141même pouvoir» que François Fillon. L’ancien Premier ministre se défendra lui de ne pasrespecter la parité en invoquant le fait que «Rachida Dati est un homme !». Finalement, elle seretirera le 16 mai, en contrepartie de l’assurance de jouer un rôle de premier plan auxélections municipales de 2014. Cela tombe bien, son rival local et jusqu’ici candidat pressentide l’UMP semble désormais décidé à laisser la place. Je ne crois pas aux carrières à laChirac. Et je préfère anticiper la future loi sur le cumul des mandats, à laquelle, je suis plutôtfavorable» aurait-il déclaré à quelques journalistes le 6 juin dernier, selon le Canard Enchaîné.Craignant d’endosser une défaite en 2014 dans la capitale, il préfèrerait prendre la présidencedu parti à Jean-François Copé pour préparer sa candidature à l’élection présidentielle de 2017.A moins de deux ans du scrutin, l’UMP Paris se cherche plus que jamais un candidatsusceptible de faire consensus. Au-delà de Rachida Dati et de Chantal Jouanno, correspondanttoutes les deux à la sociologie parisienne et déjà implantées dans la capitale, les noms de Jean-Louis Borloo et de François Baroin se font comme souvent entendre.Si l’UMP ne veut pas attendre l’échéance de 2020 et le moment où les classes moyennespourraient être à leur tour chassées de Paris, remettant alors en cause l’hégémonie de lagauche, leur dernier espoir de remporter l’élection municipale de 2014 serait… de réformer la Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • loi Paris-Lyon-Marseille. Le but ? Organiser l’élection du Maire de Paris non plus par lesConseillers de Paris, mais au suffrage universel, directement par les citoyens. Dans le systèmeactuel qui prévoit un nombre d’élus au Conseil de Paris proportionnel à la population pararrondissement, la droite est handicapée par la carte électorale : sur les dix les plus peuplés(du 11ème au 20ème) et donc les plus fournis en nombre de Conseillers de Paris (126 sièges deConseillers de Paris sur 163), la gauche en détient sept131. Faisant valoir que BertrandDelanoë avait été élu en 2001 en étant majoritaire en sièges mais minoritaire en voix, PhilippeSéguin puis Françoise de Panafieu ont déjà réclamé ce changement institutionnel. «Une telleréforme avant 2014 serait louable mais cela m’étonnerait que les députés s’en saisissent.Lorsqu’elle était aux manettes entre 1997 et 2002, la gauche ne l’a pas fait donc je ne voispas ce qui la pousserait aujourd’hui à agir en ce sens» croit Pierre-Yves Bournazel. Si uneévolution du mode de scrutin d’élection dans les trois plus grandes villes françaises était encours de préparation, il devrait plutôt s’agir en l’occurrence d’un rééquilibragedémographique que d’une refonte organisationnelle. Car aujourd’hui, le nombre deConseillers de Paris – qui sont les électeurs finaux du Maire - élus par arrondissements estfixé selon… le recensement de 1975 ! Le mode de scrutin actuel ne tient pas compte desévolutions démographiques en cours depuis bientôt quarante ans, et induit en creux que tous 142les électeurs parisiens ne pèsent pas le même poids selon le quartier où ils vivent. Si lareprésentation des Conseillers de Paris était ajustée au dernier recensement, les 5ème, 6ème10ème, 19ème et 20ème arrondissements devraient chacun gagner au minimum un Conseiller deParis supplémentaire, au détriment des 1er, 2ème, 7ème, 16ème et 17ème. Autrement dit, la droiteperdrait au minimum trois nouveaux Conseillers de Paris tandis que la gauche se verrait denouveau confortée.Si Europe Ecologie-Les Verts et le Parti Socialiste semblent donc en capacité de se livrer unmatch tout en conservant l’Hôtel de Ville tellement l’UMP ne semble pas aujourd’hui prête àreconquérir Paris, il ne faudrait tout de même pas ajouter de la division aux divisions. Et c’estpourtant ce que s’apprête à faire le Front de Gauche, auréolé de ses 11,1% recueilli au premiertour de l’élection présidentielle à Paris. S’ils ne nourrissent pas l’ambition de devenirmajoritaires au niveau local, les communistes n’entendent pas rester les bras croisés pourautant. Preuve en est, l’absence de Jean-Luc Mélenchon et de ses acolytes dans legouvernement de Jean-Marc Ayrault, dû au fait des nombreuses élections intermédiaires qui131 Elle est donc assurée d’au moins 64 des 83 sièges de ces arrondissements (11 ème, 12ème, 13ème, 14ème, 18ème,19 , 20ème) puisque le mode de scrutin offre habituellement plus de trois quart des sièges à la liste majoritaire. ème Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • auront lieu en 2014… dont les élections municipales. Dès lors, ils estiment avoir tout intérêt àsurfer sur leur bonne dynamique et à construire une alternative au Parti Socialiste. «Vu lamauvaise passe économique actuelle, le contexte sera difficile pour le gouvernement en 2014.Et à Paris, la colère ne se traduit pas par un vote Front national mais par un vote Front deGauche» décline le jeune président du groupe communiste au Conseil de Paris, Ian Brossat,pour qui les écologistes ont fait une double erreur en signant un accord électoral et en actant laparticipation gouvernementale : «ils sont tellement à la recherche de postes qu’ils ont acceptéd’être pieds et mains liées à la social-démocratie. Europe Ecologie-Les Verts ne semblent pasavoir compris que plus le temps passe, plus le dilemme entre logique d’austérité et désir derésistance se fera forte.»Au cours de la campagne présidentielle, il est vrai que de nombreux électeurs écologistes sesont rabattus sur Jean-Luc Mélenchon. Y compris à Paris. Est-ce imputable à la volatilité quicaractérise ces électeurs ou assiste-t-on à une tendance plus structurelle ? Réponse en 2014.Face à l’absence de vision de la social-démocratie et aux balbutiements éternels de l’écologiepolitique, certains mélenchonistes rêvent de supplanter le tout par le retour d’une gauchemusclée. Pour l’adjointe au Maire de Paris, Pascale Boistard, «le sujet qui devrait préoccuper 143les écologistes parisiens n’est pas l’organisation du dépassement du Parti Socialiste.L’urgence pour eux, c’est de se soucier du Front de Gauche !» prévient-elle sournoisement.Mais Ian Brossat ne compte pas leur faire plus de cadeaux au grand frère socialiste : «il fautque le PS sorte de sa représentation qui n’existe plus : Le Front de Gauche n’a pas la mêmeculture politique que le Parti Communiste. Pour nous, il est clair qu’il y a deux voies àgauche et qu’elles sont inconciliables.» A l’entendre, les socialistes n’aimeraient lescommunistes que faibles et disciplinés. Et la perspective de voir son groupe prendre du poidsen 2014 les inquiéterait : «après avoir battu à Paris le record de Georges Marchais en 1981,nous n’avons plus vocation à être les porteurs d’eau de la majorité. Nous n’avons pas encoreformellement tranché la stratégie politique pour 2014 entre union ou autonomie au premiertour, mais c’est déjà une évolution puisque nous ne nous étions même pas posée cettequestion en 2008…» se félicite Ian Brossat, qui fixe le prix de la solidarité du Front deGauche à 18 conseillers de Paris (contre 10 aujourd’hui) et une mairie d’arrondissement.La dernière inconnue qui plane sur le scrutin de 2014, bien que très improbable, serait que ledossier du Grand Paris s’accélère considérablement et que le territoire politique etinstitutionnel de la capitale évolue dans les deux ans à venir. La réorganisation institutionnelle Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • des collectivités locales de la région parisienne induite par le projet du Grand Paris pourraitavoir de grandes conséquences politiques : une gouvernance métropolitaine de la capitale etde sa banlieue opèrerait de facto une redistribution des pouvoirs politiques et financiers.Concurrencée par une structure plus vaste aux pouvoirs renforcés, la Ville de Paris intra-muros verrait son poids politique décroître en flèche. Logiquement intéressé par lapéréquation et la refonte des pouvoirs qu’elle induirait, plusieurs élus dont le président del’Assemblée nationale Claude Bartolone ou le sénateur (UMP) de Seine-Saint-Denis PhilippeDallier plaident pour la création d’une collectivité en plein exercice, en lieu et place de lacapitale et des trois départements de la petite couronne.Au-delà de la perte de compétences et de revenus fiscaux pour Paris, une telle révolutionredécouperait également les frontières électorales favorisant aujourd’hui la gauche. Lesélecteurs de ce nouveau «Département de la Seine» éliraient alors le Maire du Grand Paris(comme il en existe un du Grand Londres), qui devrait superviser l’aménagement du territoireet mettre en place une stratégie à long-terme. Les Maires des différentes communes et desvingt arrondissements de la capitale se verraient eux confier la gestion du quotidien. «LeGrand Londres est bien en avance, leur Maire est déjà élu au suffrage universel. Peut-être 144que nous arriverons à leur modèle dans 20 ans, mais dans les mois ou années à venir, laissez-moi en douter» tranche le sénateur (PS) de Paris et patron du groupe socialiste au Conseil deParis, Jean-Pierre Caffet. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • ConclusionC ette recherche devait nous permettre de mieux appréhender le conflit opposant socialistes et écologistes parisiens, partenaires de la gauche plurielle au pouvoir depuis onze ans, pour décrypter les enjeux des prochaines élections municipales2014. Tout au long de ces pages, nous avons pu observer que s’ils avaient besoin l’un del’autre pour assurer le contrôle de la Mairie de Paris, ils ne s’en privaient pas pour étaler leursdésaccords sur la place publique. C’est la particularité de la capitale : constamment sous lecrépitement des flashs des appareils photos et autres caméras, le Conseil de Paris setransforme en tribune surmédiatisée poussant les élus à privilégier leurs idéologies respectiveset le débat politique, sur la gestion quotidienne municipale. Sans se connaître, le PartiSocialiste et les Verts étaient toutefois à établir un rapport de force interne tout en travaillanten bonne intelligence, au début de la première mandature. C’est à l’automne 2005, à un peuplus de deux ans du prochain scrutin municipal, que la situation va dégénérer : les influentsécologistes mirent régulièrement en minorité le Maire de Paris, Bertrand Delanoë.Bénéficiant depuis l’élection de 2008 d’une quasi-majorité absolue, le PS en serait depuis 145devenu «hégémonique et peu respectueux de ses partenaires», tandis que les Verts,sanctionnés par les électeurs qui ont considérablement réduits leur poids politique, se seraitaffirmé comme «un allié loin d’être fiable.» Eux qui, contrairement aux socialistes, n’avaientpas su capitaliser sur leur succès inattendu de 2001 profitèrent alors de la refondation du partivert censé leur faire passer le cap de l’adolescence et les propulser à l’âge adulte. Un an aprèsleur humiliation des municipales 2008, les écologistes parisiens ne sont pas loin de doubler lescore socialiste aux européennes de juin 2009. Tout en retrouvant leur position de deuxièmeforce de gauche derrière le PS, ils confirment leur montée en puissance lors des électionsrégionales suivantes. Mais au Conseil de Paris, la situation n’évolue pas dans le sens voulupar les écologistes : ils continuent à voter le budget mais remettent allègrement en causecertaines politiques municipales, critiquent les orientations socialistes, et n’hésitent plus à sedésolidariser de la consigne de vote fixée par l’exécutif municipal.Cette phase de différenciation fait partie intégrante de la nouvelle stratégie électoraled’Europe Ecologie-Les Verts, en place depuis 2010 et qui vise à les singulariser pour mieuxles faire apparaître comme une force indépendante. Objectif ? Ne plus se contenter de Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • participer à l’exercice du pouvoir, mais peser sur les choix politiques… en prenant à terme lecontrôle de la Mairie de Paris. Pour tenter d’honorer cet objectif ambitieux, ils s’en donnentles moyens: les élections législatives 2012 leur ont permis de régler les derniers dispositifs deleur stratégie parisienne pour 2014. La direction nationale et les élus parisiens ontconjointement travaillé ensemble, pour faire de la place à la secrétaire nationale Cécile Duflotet ainsi profiter au mieux du flou régnant entre Solférino et le PS parisien. Même les aubrystesde l’équipe de Bertrand Delanoë reprochent à Martine Aubry d’avoir favorisé la stratégie desVerts, sans tenir compte du contexte local violent dans la capitale, depuis 2005. Plus qu’unsimple décor de rivalités entre deux partis, l’Hôtel de Ville de la capitale d’un pays aussicentralisé que la France est un acteur du conflit : sa prise de contrôle a toujours suscité desambitions, alimenté les rivalités et exacerbé les divisions. L’enjeu est autrement plusimportant qu’une victoire aux élections municipales dans n’importe quelle autre ville. Lesrivalités et les représentations qui en découlent, également. La conquête de la Mairie de Parisest une source d’espoirs et de fantasmes : accélérateur de carrière nationale pour les uns, ouvitrine permettant d’imposer au plus grand nombre ses idées, pour les autres.Sans avoir pour ambition de prédire le résultat d’une élection dont la campagne officielle n’a 146pas encore commencée, ce mémoire a, dans un second temps, cherché à dresser les atouts etfaiblesses de chaque acteur. A l’aube de 2014, le Parti Socialiste parisien semble fébrile :tandis qu’eux s’apprêtent à tourner la page du système mis en place par Bertrand Delanoë, lesécologistes ont retrouvé une certaine autonomie et semblent prêts à tout pour profiter de cettepériode de turbulences. Mais les partenaires de Duflot ne seraient «structurellement passuffisamment puissants» pour atteindre leurs objectifs : élus peu audibles, faibles réseauxintellectuels, associatifs, syndicaux, peu de troupes militantes, etc… C’est oublier un peu viteque le parti écologiste fait figure d’exception sur la scène politique française et qu’il n’ajamais construit un succès électoral de façon ordinaire. A Paris, ils comptent jouer sur lacapacité de séduction de leur leader, qui devra être en phase avec l’évolution sociologiqueengendrée par l’embourgeoisement de Paris, et tirer leur avantage de problèmesenvironnementaux qui se posent avec vigueur dans les métropoles. Nul ne sait si lesécologistes arriveront à dépasser le PS parisien dès 2014, mais en raison de la placeprépondérante qu’occupe Paris dans la vie politique française, il est permis de s’interroger surles conséquences que pourrait avoir un tel succès dans la capitale. Permettrait-il l’émergenced’un «écologisme municipal», qui serait le prémisse d’un dépassement national de la social-démocratie par l’écologie politique ? Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • BibliographieOuvrages«Apartés», Cécile Duflot, 2010.«Bertrand le magnifique, enquête au cœur du système Delanoë», Yvan Stefanovitch, 2008.«Carnets de campagne dans les coulisses d’Europe Ecologie», par Jean-Marie Bouguen, 2010.«Comptes et légendes de Paris : enquête sur la gestion de Delaöe», Dominique Foing, 2011.«Des écologistes en politique», Erwann Lecoeur, 2011.«Europe Ecologie, miracle ou mirage ?», Roger Lenglet et Jean-Luc Touly, 2010.«La face cachée de Bertrand Delanoë», Patrick Rigoulet, 2010. 147«La nouvelle géopolitique des régions françaises», sous la direction de B. Giblin, 2005.Chapitre sur l’Ile-de-France, par Philippe Subra.«Le marchand de sable», Sophie Coignard, 2005.«Municipales 2008 : la bataille de Paris», Bertrand Gréco, 2007.«Socialistes à Paris, 1905-2005», Laurent Villate et Pierre-Yvain Arnaud.«Une femme dans l’arène», Anne Hidalgo, 2006.Articles scientifiques:« La Nièvre, fief présidentiel », François Charmont, avril 2011.«Les dynamiques spatiales de la gentryfication à Paris», Anne Clerval, Cybergéo, 2010. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • «Les échecs de la droite parisienne font-ils de Paris un fief de gauche ?» Matthieu Jeanne,2009.«Les Verts et le pouvoir, regards géopolitiques sur les écologistes français : stratégies etreprésentations », Sylvie Vieillard-Coffre, Hérodote, 2001,«Paris à contre courant», chapitre écrit par Jean Chiche et Daniel Boy en 2002 dans «Le votedes villes »«Paris/Londres : enjeux géopolitiques de villes capitales», Béatrice Giblin, Delphine Papin,Philippe Subra, Hérodote, 2001«Paris, un enjeu capital» Matthieu Jeanne, Hérodote, 2009.Articles de presse : 148Lecture régulière du cahier «Paris» du Journal du Dimanche et du Nouvel Observateur. Suiviattentif des articles politiques du Parisien et du Monde, concernant la gauche en général et lesécologistes en particulier. Veille des différents articles, brèves ou confidentiels parus dansL’Express, Le Point, Le Figaro, Libération mais aussi Rue 89 ou le trimestriel Megalopolis.Audio / Vidéos :«Paris en campagne», La suite dans les idées, France Culture le 2 juillet 2011.« 2001, la prise de l’Hôtel de Ville », réalisé par Serge Moati en 2001.« Paris à tout prix », réalisé par Yves Jeuland en 2001.« La saga des écolos », réalisé par Valérie Manns et Alice Le Roy en 2010. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • AnnexesGrille d’entretiens p. 150Calcul des Conseillers de Paris p. 153Procès-verbal de soutenance p. 155Résumé p. 156 149 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Entretiens : - Depuis plusieurs mois, les acteurs politiques établissent les stratégies politiques de conquête et / ou de préservation de leur pouvoir dans la capitale : en cela, ils sont les premiers concernés par cette recherche et les mieux à même d’en parler, puisque ce sujet traite de leurs partis, de leurs relations, de leurs ambitions, de leurs rapports de forces ainsi que de leurs carrières. Les interviews ont varié entre discours officiel et éléments de contexte, en off.Pierre-Yves Bournazel (1h30 le 7 février, à l’Hôtel de Ville de Paris)Nicolas Vignolles (1h le 16 février, à l’Assemblée nationale)Jean-Marc Pasquet (2h le 27 février, dans un café du 11ème arrondissement) 150Yves Contassot (1h15 le 2 mars, dans une annexe de l’Hôtel de Ville)Hervé Morel (2h le 7 mars, au siège d’Europe Ecologie-Les Verts)Sylvain Garel (2 X 30 min par téléphone, les 5 et 12 mars)Pascale Boistard (1h30 le 23 mars, dans une annexe de l’Hôtel de Ville)Jean-Marie Bouguen (45 min le 23 mars, au Sénat)Christophe Caresche (1h45 le 29 mars à sa permanence, dans le 18ème arrondissement)Anne Le Strat (1h30 le 11 avril, au siège d’Eau de Paris)Christophe Girard (30 min le 19 avril, à l’Hôtel de Ville de Paris) Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Ian Brossat (1h30 le 25 avril, au siège national du PCF)Jacques Boutault (1h45 le 26 avril, à la Mairie du 2ème arrondissement)Rémi Féraud (2 x 1h30 les 2 mai et 15 mai, à la Mairie du 10ème arrondissement)Hervé Marro (1h le 3 mai, à l’Hôtel de Ville de Paris)Jean-Pierre Caffet (1 heure le 16 mai, à l’Hôtel de Ville de Paris)Pierre Schapira, (45 min le 22 mai, à l’Hôtel de Ville de Paris) - J’ai également sollicité plusieurs chercheurs et de nombreux journalistes s’intéressant à la vie politique parisienne. La prise de recul des premiers m’a permis d’intégrer dans ma réflexion des éléments auxquels je n’avais pas pensé au premier abord. Les stratégies politiques utilisant à merveille les médias, les seconds sont quelque peu 151 acteurs à leur insu : ils m’ont donné les éléments nécessaires pour comprendre ce conflit dans son épaisseur historique.Bertrand Gréco (1h30 le 26 janvier, à la rédaction du Journal du Dimanche)Dominique Foing (1h30 le 31 janvier, dans un café du 11ème arrondissement)Rosalie Lucas (1 heure le 6 février, dans un café du 12ème arrondissement)Daniel Boy (30 min par téléphone, le 8 février)Marie-Anne Gairaud (30 min par téléphone, le 20 février)Jean-René Bourge (1h le 5 mars, au département Science politique de l’université Paris 8) Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • - Les relations entre pouvoir politique et territoire ne sont pas l’apanage des élus, mais aussi l’œuvre d’hommes de l’ombre, qu’ils soient secrétaires de l’appareil parisien, d’une section de quartier ou simple militants.Claire Marynower (1h le 21 février, dans un café du 11ème arrondissement)Adrien Saumier (1h30 le 29 février, dans un restaurant du 10ème arrondissement)Adrien Delassus (1h30 le 6 mars, dans un restaurant du 11ème arrondissement)Philippe Wehrung (2 heures le 7 mars, dans un café du 4ème arrondissement)Alice Le Roy (1 heure le 9 mars, dans un café du 11ème arrondissement)Thomas Antoni (2 heures le 1er avril, dans un café du 14ème arrondissement) 152 - Certains acteurs que j’aurai trouvé pertinent d’interviewer n’étaient soit pas disposés à répondre à mes questions, soit indisponibles. Parmi eux : Patrick Bloche, Danièle Hoffmann-Rispal, Bernard Gaudillère, Nicolas Revel, Eva Sas, Lucie Schmidt, Géraldine Chalencon, Arlette Zilberg, Fanélie Carrey-Comte, Mickaël Dudragne, Nathalie Laville, Christine Brunet. - D’autres acteurs ont accepté de me répondre à condition que leurs propos restent confidentiels. Ils ne figurent bien évidemment pas dans cette liste. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Calcul des sièges au Conseil de Paris :La loi Paris-Lyon-Marseille régissant le mode de scrutin des élections municipales de lacapitale prévoit que la première moitié des sièges de l’arrondissement soit attribuée à la listearrivée en tête. La seconde moitié est attribuée elle, à la proportionnelle, avec calcul dessièges restants selon la règle de la plus forte moyenne.Exemple : dans le 20e arrondissement on a 13 sièges de conseillers de Paris à pourvoir. Laliste gagnante « A » a obtenu 31% des 100 000 voix, et quatre autres listes , « B », « C », « D», « E », 24%, 19%, 16% et 10% des voix. Suivant la règle de l’arrondi et celle de la primemajoritaire, la liste gagnante remporte 7 sièges de conseillers de Paris. Il reste 6 sièges àpourvoir, soit un quotient électoral de 100 000 (suffrages totaux exprimés) divisé par 6 (siègesrestant à répartir) = 16667. Ensuite, le nombre de voix de chaque liste est divisé par cequotient électoral. Le résultat arrondi à l’entier inférieur correspond au nombre de siègesattribués.A a obtenu 31 000 voix, aura 31 000 : 16667 = 1,85 soit 1 siège. 153B a obtenu 24 000 voix, aura 24 000 : 16667 = 1,43 soit 1 siège.C a obtenu 19 000 voix, aura 19 000 : 16667 = 1,13 soit 1 siège.D a obtenu 16 000 voix, aura 16 0000 : 16667 = 0,96 soit 0 siège.E a obtenu 10 000 voix, aura 10 0000 : 16667 = 0,59 soit 0 siège.Pour les sièges restants, on procède comme suit : les scores de chacune des listes sont diviséspar leur nombre de sièges de la première attribution plus un. Les résultats sont comparés et lesiège va à la liste au quotient le plus élevé.Il reste dans notre exemple 3 sièges à attribuer. On calcule le nouveau quotient :Pour la liste A, 31 000 : (1 + 1) = 15 500Pour la liste B, 24 000 : (1 + 1) = 12 000Pour la liste C, 19 000 : (1 + 1) = 9 500Pour la liste D, 16 000 : (0 + 1) = 16 000Pour la liste E, 10 000 : (0 + 1) = 10 000La plus forte moyenne est celle de la liste D. Le premier des trois sièges à attribuer va donc à Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • la liste D. On recommence pour le deuxième des trois sièges à attribuer, en ajoutant à la listeD son siège gagné :Pour la liste A, 31 000 : (1 + 1) = 15 500Pour la liste B, 24 000 : (1 + 1) = 12 000Pour la liste C, 19 000 : (1 + 1) = 9 500Pour la liste D, 16 000 : (1 + 1) = 8 000Pour la liste E, 10 000 : (0 + 1) = 10 000Le deuxième des trois sièges restant à attribuer va à la liste A. Pour le dernier des trois sièges :Pour la liste A, 31 000 : (2 + 1) = 10 333Pour la liste B, 24 000 : (1 + 1) = 12 000Pour la liste C, 19 000 : (1 + 1) = 9 500Pour la liste D, 16 000 : (1 + 1) = 8 000Pour la liste E, 10 000 : (0 + 1) = 10 000 154Le dernier des trois sièges à attribuer va à la liste B. Le total des sièges est donc :A = 7 + 1 + 1 = 9 siègesB = 1 + 1 = 2 siègesC = 1 siègeD = 1 siège.E = 0 siège. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • 155Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
    • Résumé :Co-artisans de la prise de Paris en 2001, et depuis partenaires au sein de la majorité plurielle,les socialistes et les écologistes de la capitale nourrissent un rapport a lautre compliqué. Silsse considèrent encore aujourd’hui alliés, ils nen sont pas moins rivaux au quotidien. Sedisputant le même électorat, sur un territoire électoralement favorable malgré unembourgeoisement apparent, le duel parisien entre ces deux formations de gauche est d’uneintensité égale aux joutes politiques opposant habituellement droite et gauche.Que ce soit lors des séances animées du Conseil de Paris ou dans le cadre de nos entretiens, le 156Parti Socialiste et Europe Écologie-Les Verts ne font désormais plus mystère de leursdivergences de points de vue. Dans la perspective des élections municipales de 2014 où unsuccesseur devra être trouvé au Maire Bertrand Delanoë, les écologistes de la capitale ont déjàannoncé leur objectif : devancer leurs concurrents et partenaires socialistes pour prendre lepouvoir du stratégique Hôtel de Ville de Paris. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012