Guilhem Bertholet - Interview du 3 mai 2012 - Partie 2 - Le Nouvel Economiste
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Guilhem Bertholet - Interview du 3 mai 2012 - Partie 2 - Le Nouvel Economiste

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Interview de Guilhem Bertholet dans le Nouvel Economiste du 3 mai 2012....

Interview de Guilhem Bertholet dans le Nouvel Economiste du 3 mai 2012.
Startups, incubateurs, financement de l'innovation...

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  • 1. Start up et incubationdans les technopoles. Mais leurs process adminis- pas pour telle raison,et qu’il va s’orienter vers telletratifs étaient trop longs, avec des incubations de voie durant la semaine prochaine.3 ans, des comités de suivi tous les mois. Rang françaisLes accélérateurs Il est bien difficile d’estimer la place tricolore dans Influencés par des méthodes américaines, nous l’écosystème global. Mais il est possible de direavons adapté les dispositifs au monde des start- que l’univers start-up français comble certainesup.L’incubation de ma première promotion a duré lacunes. Des entreprises hexagonales vont aux6 mois ! Tout le monde me disait que c’était trop Etats-Unis et sont accueillies dans les accéléra-court, ce qui n’était pas faux. Nous sommes passés teurs, quelques-unes ouvrent des bureaux euro-à 6 mois renouvelables. Il fallait compresser lesdélais car le monde s’accélère.Aujourd’hui, en un Cette capacité à adopter une grandean, un entrepreneur peut “from scratch” mettreen place une entreprise qui tourne et réaliser du vision, à penser en centaines dechiffre d’affaires.Avec les incubés,nous reprenons millions d’euros, a toujours manquéles basiques - “qui sont tes clients, quel est ton bu- dans l’Hexagone et même en Europe.siness model, quel est ton produit ?” -, puis noustravaillons sur l’équipe. Mais je n’ai jamais parlé péens voire mondiaux. Une génération conquérante voit le jour, à l’exemple de Criteo qui conçoit des bannières display de reciblage person- Avec les incubés, nous reprenons les nalisées, Advize, spécialisée dans la e-relation basiques - “qui sont tes clients, quel client instantanée, ou JolieBox, qui propose des est ton business model, quel est ton ventes de produits de beauté par abonnement et produit ?” Mais je n’ai jamais parlé qui rachète des concurrents anglais. Qu’elles ser- de business plan avant plusieurs mois. vent d’exemples à tous les autres. Car cette capacité à adopter une grande vision, à penser en “L’actif de la start-up est justement l’apprentissage qu’elle fait de ses fausses routes. centaines de millions d’euros, a toujours manqué Trompons-nous vite et apprenons de nos erreurs pourrait être le leitmotiv.”de business plan avant plusieurs mois. Dans les dans l’Hexagone et même en Europe. Devant la“accélérateurs”,version extrême des incubateurs, domination américaine, nous nous tournions uni- fondateurs ne sont pas les mieux placés pour gérer L’expérience acquisenous vérifions que deux conditions sont réunies : quement vers le marché national. J’en veux pour la période suivante. Le bébé devient adolescent Si c’était à refaire, j’irais encore plus vite. La vieont-ils mis le doigt sur une opportunité de marché, preuve le faible nombre de start-up développées et la transition peut être mal vécue quand l’entre- professionnelle est longue, l’apprentissage de sessont-ils capables de sortir un produit en 6 mois ? dans le BtoC.Trop de langues, de législations, de prise bute sur les capacités,la fatigue ou les envies erreurs et les rencontres que l’on fait est tout ceSi c’est le cas, nous levons beaucoup d’argent et monnaies différentes ainsi qu’une absence de mo- de l’entrepreneur. Certains évoluent avec leur en- que l’on garde.Qui commence tôt à tenter des cho-les encourageons à mettre des œillères de 6 à 12 dèles de réussite ont freiné les énergies. Il nous treprise, d’autres, quand ce n’est pas le cas, souff- ses en tirera profit sur le long terme. J’ai connumois pour se concentrer sur leur projet. J’avais manquait notre Michaël Dell. Nous avons sauté rent beaucoup plus qu’outre-Atlantique. Car auxcoutume de répéter aux incubés que s’ils ne vi- une génération et les Marc Simoncini (Meetic), Etats-Unis, c’est celui qui a créé qui est reconnu, “Si c’était à refaire,vaient pas le semestre le plus intensif de leur vie, Pierre Kosciusko-Morizet (PriceMinister), alors qu’en France c’est celui qui dirige. Le fonda-c’est que nous faisions mal notre job. Jacques-Antoine Grangeon (Vente-privée) ont teur qui s’en va ou qui est écarté perd donc la re- j’irais encore plus vite” plus partagé que leurs aînés.La création de start- connaissance. Les Anglo-Saxons savent le garderLa course de vitesse up est plus devenue un processus opensource don- comme board member ou président qui n’a plus une fin d’association difficile et à 21 ans, je parlaisLes porteurs de projet ne savent pas quel est l’at- nant envie de se lancer, d’autant qu’il existe un rien à voir avec l’opérationnel. par avocats interposés avec un cofondateur. Jetendu ni la vitesse à adopter. En allant dans l’ac- vrai savoir-faire technologique français. Les étu- crois que j’en ai tiré des leçons. Des opportunitéscélérateur, ils se servent du modèle de ceux qui diants ont encore le mauvais réflexe consistant à Génération Y que je n’ai pas provoquées s’offrent aujourd’huiont réussi. Nous enlevons tout ce qui n’est pas né- assimiler la start-up au risque absolu, mais la si- Etant né en 1981, je suis à la limite. Pourtant je me à moi ; je sais aussi mieux entretenir un réseau…cessaire au début car la seule chose que la start- tuation s’améliore grâce à un bon boulot des gran- reconnais dans ce qui caractérise cette génération. tout cela parce que j’ai vécu à fond cesup ne peut pas acheter est le temps. Il faut des écoles.L’université a encore des progrès à faire J’ai démissionné de mon poste chez Microsoft expériences.Le virus de la création est parfois dif-absolument qu’il se passe quelque chose durant en la matière. Enfin on manque encore d’“early parce qu’on ne m’offrait pas ce que je voulais. Le ficile à vivre, on peut perdre du temps, mettre sonles 18 premiers mois, qui correspondent à son adopters”parmi les utilisateurs,ces gens qui achè- management était surpris, puis d’autres que moi aura dans la balance,se fâcher avec la famille maisespérance de vie moyenne : mettre au point son tent en premier, donnent leur avis et encouragent ont suivi. J’ai l’intime conviction que les les rebonds sont très instructifs. Et ces aventuresproduit et faire venir les premiers clients,acquérir la création comme aux Etats-Unis. La culture permettent de rencontrer ceux qui deviennent deune bonne vision des briques – des fonctionnalités “geek” décolle, les premières émissions qui vrais mentors. Christophe Crémer, le fondateur- du prototype et donc lever beaucoup d’argent, parlent du Net apparaissent doucement. “Les spécificités de cette génération - de meilleurtaux.com,m’a beaucoup appris en ma- ne sont pas tombées du ciel. Elles sont tière de vente, Florian Grill de Co-Spirit et Media- “Nous enlevons tout ce qui n’est pas “Esprit start-up” la conséquence d’une vraie perte de Track m’a aidé à mieux cerner ce que signifie être nécessaire au début car la seule chose Il va de soi que certaines start-up sont plus “fun” sens dans les grandes entreprises” patron dans une entreprise,Pierre Kosciusko-Mo- que d’autres. Mais à chaque fois, tous les salariés rizet a une vision de la communication des plus in- que la start-up ne peut pas acheter ont l’impression de réinventer quelque chose, de téressantes. Enfin Julien Codorniou, chez est le temps” vivre une aventure commune. Chacun met un peu spécificités de cette génération - les “digital nati- Microsoft, m’a aidé par son approche de l’écosys- plus de sa personnalité. Il subsiste une frontière ves” que j’ai observés à l’incubateur d’HEC sont tème. Les spécialités et le prisme de pensée de ces“switcher” pour une alliance avec une autre en- moins marquée avec la vie privée – nombre de col- encore différents – ne sont pas tombées du ciel. entrepreneurs sont inestimables.treprise et vendre sa technologie… les lègues ont une activité sociale ensemble en dehors Elles sont la conséquence d’une vraie perte dealternatives sont nombreuses. L’essentiel est de sens dans les grandes entreprises. Les PME plusne pas rater les premières étapes en se posant les agiles, où les relations humaines comptent plus,mauvaises questions durant les premiers mois. Cette culture est née de la difficulté sont moins concernées. Mais les grandes sociétésCar aujourd’hui une start-up chasse l’autre, les des jeunes à trouver leur place dans sont devenues de grands paquebots qui avancentmodes se succèdent.Le réseau social Pinterest est la grande entreprise, la politique, tout seuls.Tout prend plus de temps à cause dessur le devant de la scène comme l’était Groupon ou même les associations. procédures de mise en place, mais finit par se ré-ou, avant lui, la géolocalisation. Dès qu’un engoue- aliser. Il est possible de faire avancer la machine. Bio expressment survient, 60 à 80 groupes en France pensent du boulot. Cet esprit se traduit aussi par une re- L’Oréal est resté pendant un an sans directeurà se lancer. Les copycats sont de plus en plus habi- cherche de sens plus marquée ; les gens se lèvent marketing. De nombreux jeunes ont donc eu l’im- L’entrepreneur habitéles. Durant la période Groupon, 10 à 12 projets s’y le matin pour résoudre telle problématique.Tous pression de faire tourner des process, d’être inter- Les études de Guilhem Bertholet– prépa puis EM-rapportant ont été menés à l’incubateur HEC ! Il ont en commun l’envie de créer quelque chose de changeables, de ne pas impacter les choses. Ils se Lyon – ne le prédisposaient pas forcément à la créa-y a donc plus de monde sur la ligne de départ. grand, qui rencontre une réussite économique et sont construits en réaction à ce contexte, sachant tion d’entreprise. Mais après plusieurs stages enMieux vaut ne pas rater les premières étapes pour change le monde. Cette culture est née de la dif- que l’important n’était pas forcément de faire car- start-up il fonde Methodia,organisme de cours par-maintenir son avance. ficulté des jeunes à trouver leur place dans la rière, de rechercher la lisibité de leur parcours qui ticuliers à domicile. Il le quitte quelques années grande entreprise, la politique, ou même les asso- sera de toute manière varié sur les 45-50 plus tard pour voyager de par le monde,Les actifs de la start-up ciations. Qui n’a jamais entendu qu’il détenait les prochaines années, avec des phases de chômage. collaborant ensuite avec Eventattitude,une start-L’accélérateur est donc une sorte de préparation qualités pour occuper un poste mais qu’il était Ils aspirent plus à choisir. J’ai d’ailleurs fait des up belge d’événementiel photo, pour laquelle ilmilitaire qui magnifie la notion de timing. Plus trop jeune ? Le monde des start-up est très choix qui pourraient paraître aberrants selon des lance de nouveaux services et monte la filiale fran-l’incubé va vite, plus il peut agir sur la notion de exigeant mais aussi très ouvert. Les millionnaires critères classiques et financiers. Ils ne supportent çaise. Commence alors pour celui qui n’est népivot. Il doit savoir que le résultat sera forcément qui ont réussi sont accessibles, partagent leur ex- pas non plus qu’on leur mente. Les grandes entre- qu’en 1981 une période d’activité frénétiquetrès différent de son projet de départ. L’actif de la périence au cours d’événements comme “les apé- prises qui survendent un poste peuvent vite le re- durant laquelle il crée une agence de communica-start- up est justement l’apprentissage qu’elle fait ros entrepreneurs”,“start in Paris”.A mon époque gretter, car ceux qui n’ont pas encore d’enfants et tion par la bande dessinée, BD&Comm’ étudiante, des icônes comme Jean-Marie Messier qui retardent l’achat de leur appartement démis- aujourd’hui renommée SyDo, “coache” des créa- . “Le deuxième actif est l’état d’esprit étaient inatteignables. Cette culture start-up est sionnent plus facilement que leurs aînés. La teurs d’entreprise lors de leur lancement, fonde de l’équipe, tourné vers cet positive au départ ; elle pose problème lorsque la contrepartie est qu’ils sont demandeurs de puis préside l’Association des jeunes apprentissage continu” jeune pousse grandit. J’ai écrit dans un post qu’“il responsabilité et de sens. Les talents existent, il entrepreneurs lyonnais.Sa parenthèse chez Micro- fallait aussi savoir sortir du mode bisounours à un faut savoir les exploiter. Enfin, ce qui les soft où il travaille sur l’écosystème de l’industriede ses fausses routes.Trompons-nous vite et ap- moment donné du développement”.A 10-15 per- caractérise est bien sûr leur surutilisation des nou- du logiciel et sur IDEES,le programme d’appui auxprenons de nos erreurs pourrait être le leitmotiv. sonnes, tout est encore sympathique. Mais pour velles technologies. Les réseaux sociaux –Twitter, start-up duWeb et du logiciel,lui permet d’être re-Dans notre projet actuel, nous avons par exemple grandir il faut mettre de l’ordre et instaurer des Facebook et un peu LinkedIn - nous servent péré par HEC.Il y passe 3 ans comme responsabledéjà changé trois fois notre fusil d’épaule. Le reportings, recruter différemment. Il est d’ailleurs de plus en plus au recrutement. Nous de l’incubateur, où il accompagne plus de 80 start-deuxième actif est l’état d’esprit de l’équipe, forcément plus difficile de dire :“Tiens je vais avons envie d’avoir des gens qui nous ressemblent, up… Son départ en septembre 2011 est le débuttourné vers cet apprentissage continu. Mon rêve creuser ce domaine et si cela fonctionne je prends et les étudiants n’envoient pas leur CV pour faire d’une nouvelle aventure,celle d’une énième start-est que chaque collaborateur vienne me voir pour la responsabilité du développement.” Je le répète un stage en start-up. up.me dire qu’il a testé telle idée, que cela ne marche : la start-up est une phase temporaire. Parfois lesLe nouvel Economiste - n°1611 - Cahier n°2 - Du 3 au 9 mai 2012 - Hebdomadaire 29