Bilan d'étape PQPM

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    Bilan d'étape PQPM - Presentation Transcript

    1. UNE GRANDE ÉCOLE : POURQUOI PAS MOI ? www.pourquoipasmoi.essec.fr BILAN D’ÉTAPE JANVIER 2003 - JANVIER 2008 DES PREMIERS RÉSULTATS PROMETTEURS UN ESSAI À TRANSFORMER… Th. SIBIEUDE - F. LOUVEAUX - C. DARDELET
    2. Les auteurs de l’ouvrage Thierry SIBIEUDE François LOUVEAUX Chantal DARDELET Titulaire d’un doctorat en gestion et Agrégé de géographie, ancien élève de Diplômée de l'École centrale de Lille, géographie de l’environnement de l'École normale supérieure de Saint- elle a travaillé pendant quinze ans en l’université de Cergy-Pontoise, Thierry Cloud, François Louveaux a commencé sa recherche et développement et gestion Sibieude a d’abord travaillé 10 ans à des carrière dans des lycées techniques de de projets industriels dans le secteur postes de direction de centres de profit Rouen et Sotteville-Lès-Rouen. Nommé privé. au sein de la Compagnie générale des professeur en classes préparatoires en Eaux puis comme directeur de la 1983, il a enseigné à Aix-en-Provence, Depuis plus de 10 ans, elle s’est promotion et de la diffusion de LA CINQ puis à Poitiers avant de rejoindre en impliquée sur les problématiques de la (membre du comité de direction), avant 2003 le lycée Henri IV à Paris. politique de la ville, à travers divers de devenir professeur en 1992 à l’IGIA engagements associatifs et un mandat (Institut catholique de Paris) puis au Formateur dans l'académie de Poitiers, il électif local. Ces expériences l'ont sein du Groupe ESSEC qu’il a rejoint en a assuré la préparation à l'agrégation conduite à rejoindre l'ESSEC en 1996. interne et des journées de formation. janvier 2004 pour développer Il s’intéresse tout particulièrement au Auteur de manuels, il a aussi participé au l'ingénierie du programme "Une Grande partenariat public-privé dans la gestion Dictionnaire critique de la École : Pourquoi pas moi ?", structurer des services urbains, à la responsabilité Mondialisation (Le Pré aux Clercs 2002 l'activité, anticiper son développement sociale de l’entreprise et à sa et www.mondialisations.org) et rédigé territorial et national. contribution au développement durable. l'article Mondialisation et enseignement Il a mené de nombreuses missions de de la géographie dans les Cahiers de Depuis 2005, Chantal Dardelet est conseil et d’étude. l'IREHG n°8 (Clermont-Ferrand 2000). animatrice du Groupe Ouverture sociale Il participe depuis dix ans aux différents de la Conférence des Grandes Écoles Il a publié deux ouvrages : jurys des concours de l'agrégation. (CGE) qui rassemble le réseau des - PME-PMI : Intégrer l’environnement grandes écoles interpellées sur la dans votre gestion - Denis Fougerat Ancien président de l'association des question de la mixité sociale des (Arthur Andersen) - Paris : Éditions professeurs des classes préparatoires formations d'élite. Elle a mis en place et Economica, mars 1995 littéraires (APPLS), il est membre depuis coordonne le Pôle Ressource Ouverture - Les rouages économiques de 8 ans de la Commission amont de la Sociale, en partenariat avec la l’environnement (avec Christophe Conférence des Grandes Écoles et Délégation interministérielle à la Ville, Sibieude) - Paris : Éditions de l’Atelier. participe aux travaux du Groupe qui est à disposition des porteurs de Ouverture sociale depuis ses débuts. Il a projets et de leurs partenaires À l’ESSEC, il a créé la Chaire été coresponsable de l'organisation du institutionnels et privés. Elle participe d’Entrepreneuriat Social à l’ESSEC en colloque « Démocratie, classes prépara- avec différents ministères, aux réflexions 2002, et en est le professeur titulaire. Il toires et grandes écoles » (mai 2003). Il sur les politiques publiques à venir dans est également codirecteur de l'Institut a été chargé d'une mission sur les le domaine de la réussite éducative et de des Villes et du Territoire. En 2002, il a concours littéraires par les Écoles l’égalité des chances. créé le programme « Une Grande École : normales supérieures (2006) et Pourquoi pas moi ? » à l’ESSEC avec participe comme expert depuis 1999 aux Pierre Tapie et Franck Vallerugo, différentes commissions réunies par la programme qui s’est développé sous sa Direction de l'enseignement supérieur responsabilité. sur les classes préparatoires. Il est par ailleurs vice-président du Conseil général du Val-d'Oise depuis 2002, président de la Commission Environnement, membre du Conseil national du Développement durable, président de la Clé pour l'autisme, administrateur de la FEGAPEI.
    3. Les partenaires
    4. Les acteurs du projet Le programme « Une grande École : Pourquoi pasmoi ? (PQPM) met en relation de nombreux acteurs L’ÉQUIPE PROJET À L’ESSEC LES LYCÉES PARTENAIRES SONT LES SUIVANTS Thierry SIBIEUDE, professeur titulaire de la Chaire Le Lycée Georges Braque d’Argenteuil : http://www.ac-versailles.fr/etabliss/lyc-braque-argenteuil/ Entrepreneuriat Social, Le Lycée Evariste Galois de Sartrouville Responsable fondateur du programme, http://www.ac-versailles.fr/etabliss/lyc-galois-sartrouville/ sibieude@essec.fr Le Lycée Galilée de Cergy Saint-Christophe http://www.lyc-galilee-cergy.ac-versailles.fr/accueil/ Chantal DARDELET, coordinatrice Ouverture Sociale, Le Lycée Jules Verne de Cergy le Haut Responsable du développement national, http://www.lyc-verne-cergy.ac-versailles.fr/ dardelet@essec.fr Le Lycée Simone de Beauvoir de Garges les Gonesse http://www.lyc-beauvoir-garges.ac-versailles.fr/ Félicie GOYET, chef de projet à l’ESSEC, Le Lycée Edmond Rostand de Saint-Ouen l’Aumône http://www.ac-versailles.fr/etabliss/lyc-rostand- goyet@essec.fr stouen/accueil.htm Le Lycée de l’Hautil de Jouy-le-Moutier Charlotte MACRON, chargé du développement territorial, http://www.ac-versailles.fr/etabliss/jlmhautil/ macron@essec.fr Le Lycée Camille Pissarro de Pontoise http://www.ac-versailles.fr/etabliss/lyc-pissarro-pontoise/ Claire MORKEL, assistante du programme, morkel@essec.fr - tél. 01 34 43 32 05 Les institutions et intervenants extérieurs partenaires sont : L’équipe projet encadre cette année - 48 étudiants tuteurs volontaires Le Théâtre 95, avec Sylvie Ollivier et Louise-Anne Monod Contact : sylvie.ollivier@voila.fr - Une dizaine d’étudiants impliqués autrement dans PQPM lamonod-m@orange.fr Les anciens étudiants tuteurs - plus de 200 à ce jour - se Le cabinet Testallia de Cergy sont constitués en association : Contact : testallia@voila.fr L’association PARTAGE (Parrains et tuteurs actifs des grandes écoles) L’association Finances et Pédagogie Contact : sophie.keller@essec.fr Contact : marie.mouche@ceifn.caisse-epargne.fr www.pourquoipasmoi.essec.fr
    5. Édito Édito E n janvier 2008, le programme de l’ESSEC Une Grande École : Pourquoi pas moi ? a accueilli sa sixième promotion de lycéens pour un cursus de 3 ans. 198 élèves les ont précédés depuis janvier 2003 ; près de 200 étudiants de l’ESSEC ont été tuteurs dans ce programme ; 8 lycées partenaires, leurs équipes de direction et les équipes pédagogiques, 24 professeurs tuteurs se seront impliqués, ainsi qu’une vingtaine d’entreprises partenaires qui apportent capitaux et parfois cadres. À l’échelle de la France, trente grandes écoles ont mis en place des programmes de ce type, essentiellement au sein de la Conférence des Grandes Écoles. Depuis sa création, le programme de l’ESSEC aura mobilisé 915 000 euros. En octobre 2007, pour le premier évènement Deuxième Cercle de l’année, ouvert à tous les élèves volontaires des lycées partenaires de l’ESSEC, 530 lycéens se sont inscrits pour un après midi consacré aux écoles à préparation intégrée… Ces quelques chiffres montrent que le programme Une Grande École : Pourquoi pas moi ? de l’ESSEC, que nous appellerons PQPM dans ce dossier, a cessé d’être expérimental pour devenir l’une des réponses possibles à une urgence sociale en France, celle de la diversification des élites et de l’égalité des chances d’accès aux formations d’excellence. Dans ce cadre, ces chiffres peuvent alors sembler modestes. Comment prétendre, en soutenant quelques dizaines d’élèves, pouvoir agir sur la société toute entière, dans le long terme, pour des changements majeurs ? Il est utile de rappeler ici quelques-unes des spécificités de PQPM par rapport à d’autres initiatives prises dans ce domaine : Par conception, le programme se veut « duplicable » sur la base de fondements communs : - l’engagement de l’institution dans la durée ; - le double tutorat : étudiants de l’ESSEC et professeurs du lycée d’origine ; - la revalorisation de la notion de travail et d’effort ; - le refus d’instaurer une voie réservée de recrutement sur critère social ; - la réhabilitation et la valorisation de l’entreprise ; - l’accompagnement de lycéens motivés, de bon niveau et d’origines telles que la perspective d’études supérieures longues ne leur est pas offerte. Par conception encore, le programme ESSEC se veut altruiste : il n’a pas pour objectif de fournir à l’ESSEC de nouveaux étudiants. Il se veut attaché au territoire. Il se veut source de rencontres, d’enrichissement mutuel pour les jeunes lycéens mais aussi pour les étudiants de l’ESSEC qui trouvent là une expérience humaine unique et un véritable plus dans leur formation. Il s’appuie sur des relations gagnant-gagnant entre les différents acteurs, conditions de la poursuite de l’action sur le long terme. Il est temps de mettre à plat les objectifs, les choix et les méthodes retenues par l’ESSEC, de faire un premier bilan, forcément partiel, des résultats du programme, en termes de pertinence, d’efficience, 1
    6. d’efficacité et de conformité, d’envisager alors de nécessaires approfondissements, inflexions, mais aussi diffusions. Il faut mesurer ce qui a été fait, ce qui reste à faire pour assurer la pérennité du programme, le diffuser. Ce document n’est pas une évaluation d’une politique publique. Ce n’est pas non plus le résultat d’une recherche universitaire. C’est une analyse approfondie menée avec le concours d’un observateur extérieur à l’ESSEC et à PQPM, qui a décortiqué les données très nombreuses recueillies depuis janvier 2003 et les a complétées par des échanges multiples avec les différents partenaires. Sur la base de ces premiers résultats et premiers acquis d’expériences, nous avons fondé ensuite quelques recommandations pour l’avenir. Avant même toute analyse de détail, il semble établi que ni PQPM, ni un aucun autre programme ne peut se présenter comme LA solution à la question de la diversité sociale. Il y aurait une solution unique à une question multiple ? Le croire serait moins utopique que dangereux. Thierry Sibieude
    7. Som ma Sommaire ÉDITO .................................................................................................................................................................................................................................................................................... P1 PREMIÈRE PARTIE : POURQUOI ? ............................................................................................................................................................................ P5 Pourquoi ce programme ? Une question majeure aujourd’hui ........................................................................................................ 7 - Comment répondre efficacement ? .............................................................................................................................................................................. 7 - Le choix entre deux grandes voies .............................................................................................................................................................................. 8 Pourquoi l’ESSEC ? Une tradition, une filière de recherche, un territoire. .................................................................... 9 DEUXIÈME PARTIE : COMMENT ? ............................................................................................................................................................................ P 11 Cibles et méthode. ................................................................................................................................................................................................................................ 13 Déroulement du programme. ................................................................................................................................................................................................ 13 Des procédures et des outils pour suivre et évaluer. .............................................................................................................................. 15 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ? ........................................................................................................................................ P 17 Une première approche : les résultats scolaires et les orientations choisies. ...................................................... 19 La pertinence de PQPM .................................................................................................................................................................................................................. 21 - Les élèves : une satisfaction lucide. ...................................................................................................................................................................... 21 - Les autres acteurs, tuteurs, enseignants : des données partielles, mais des indications intéressantes. ...................................................................................................................................................................................................................................... 22 L’efficacité de PQPM .......................................................................................................................................................................................................................... 24 - Images et représentations : ce qu’il faut d’abord changer. .................................................................................................... 24 - Les élèves : une métamorphose. ................................................................................................................................................................................ 25 - Quelle est la part qui en revient à PQPM ? ...................................................................................................................................................... 26 - Les tuteurs : enthousiasme et lucidité. .............................................................................................................................................................. 27 - Les entourages : pour le moment, surtout les familles ................................................................................................................ 27 L’efficience de PQPM .......................................................................................................................................................................................................................... 29 - Le projet « Postbac » .................................................................................................................................................................................................................. 29 - L’essaimage de PQPM .................................................................................................................................................................................................................. 30 - Le « deuxième cercle » .............................................................................................................................................................................................................. 31 La conformité de PQPM .................................................................................................................................................................................................................. 31 QUATRIÈME PARTIE : CONCLUSIONS ............................................................................................................................................................ P 33 Les premiers effets de PQPM : distance, mais ouverture .................................................................................................................. 35 - Un double constat partagé : PQPM mission quasi impossible ? .......................................................................................... 35 - Une rencontre, des convergences prometteuses mais inachevées .............................................................................. 36 Des pistes d’évolution ? .................................................................................................................................................................................................................. 37 - Approfondir, élargir ...................................................................................................................................................................................................................... 37 - Organiser le soutien post-bac et bien après. .............................................................................................................................................. 38 - En guise de premières conclusions .......................................................................................................................................................................... 39 Une certitude : un autre regard. ...................................................................................................................................................................... 39 Une incertitude majeure : le temps. .......................................................................................................................................................... 39 ANNEXES .................................................................................................................................................................................................................................................................. P 41 3
    8. 1 PREMIÈRE PARTIE : POURQUOI ? Pourquoi ce programme ? Pourquoi l’ESSEC ?
    9. 1 P REMIÈRE PARTIE : POURQUOI ? POURQUOI CE PROGRAMME ? d’efficacité économique bien comprise. La question s’élargit donc en même temps qu’elle se pose. Le terme de UNE QUESTION MAJEURE diversité est suffisamment large pour recouvrir non seulement des données socio-économiques, mais aussi AUJOURD’HUI. d’origine spatiale, sociale ou familiale. On se trouve alors à la fois au cœur de la question du recrutement des Pourquoi un tel programme ? Pour répondre à deux grandes écoles et autres formations d’excellence, car la questions majeures : l’égalité des chances d’accès aux réussite scolaire et universitaire est aujourd’hui très formations d’excellence et la diversification des élites fortement corrélée à l’origine sociale – et très au-delà, dans une France ouverte au monde. dans les sentiments contradictoires que fait naître la mondialisation. La rapidité des évolutions et des actions signe l’urgence. En moins de cinq ans, la question de la non diversité des élites est passée du stade du constat savant à celui des COMMENT RÉPONDRE EFFICACEMENT ? débats puis des politiques publiques. Cette rapidité a un corollaire logique : la multiplication d’expériences Le caractère très englobant de cette diversité suppose des encore peu ou pas évaluées et d’ailleurs évaluables, alors actions volontaires, continues, complexes, nécessairement même que cette évaluation est un impératif. La question longues et lentes. L’image usuelle de l’ascenseur social est socialement et politiquement majeure. Le coût et les peut faire croire à des effets immédiats. On sait pourtant implications des programmes très importants. que la promotion sociale demande du temps, se fait sur C’est au début des années 2000 que la question de l’égalité plusieurs générations. Mieux vaudrait d’ailleurs parler des chances d’accès aux formations d’excellence – et d’ascension sociale, car il y faut de la constance dans d’abord pour des raisons pratiques et symboliques les l’effort et de la volonté. L’urgence d’agir, de donner des Grandes Écoles et formations emblématiques – apparaît signes forts, remet alors au premier plan la question de clairement. On peut évoquer en 2001 la décision de l’accès aux formations d’excellence, et la réussite dans et l’Institut d’Études Politiques de Paris de créer une voie après ces formations3. C’est d’autant plus vrai que les d’accès spécifique à travers les « Conventions ZEP » et en études s’accordent à dire qu’il y a une marge de manœuvre 2002 la mise en place du programme de l’ESSEC. Le réelle, immédiate : s’attacher à lever l’autocensure des 17 janvier 2005, la signature de la Charte pour l’égalité étudiants issus de milieux modestes, non initiés, vis-à-vis des chances dans l’accès aux formations d’excellence, des études longues. puis en 2006 l’opération « 100 000 étudiants - 100 000 On s’aperçoit en effet qu’à niveau scolaire comparable, la tuteurs », illustrent diverses formes et modalités décision de s’engager dans des études longues est d’engagement de l’État – Délégation interministérielle à socialement très inégale. Les élèves, issus de milieux la Ville, ministère de l’Éducation nationale, de modestes ou qui ne les prédisposent pas à des études l’Enseignement supérieur et de la Recherche – de la longues, ne s’y engagent pas, alors même que leurs Conférence des Grandes Écoles, de la Conférence des résultats scolaires leur permettraient de le faire. Ils Présidents d’Université. On pourrait multiplier les méconnaissent ces études ou, pire, pensent qu’elles ne exemples d’acteurs mobilisés sur ce thème. Très sont pas faites pour eux ou qu’ils ne sont pas faits pour rapidement aussi on s’aperçoit que de l’égalité des chances elles. Cette autocensure touche toutes les voies de dans l’accès aux formations, on glisse à la question de la l’enseignement supérieur, pas seulement la filière classes « diversité » dans ces formations. Dans une France préparatoires-grandes écoles. On doit dire que cette ouverte au monde, peut-on admettre que les élites, les autocensure est aussi, partiellement, lucidité. Les grands dirigeants des entreprises comme des formations longues engagent des qualités intellectuelles administrations, présentent le même profil intellectuel, particulières, reposent parfois sur des habitudes, des social et que celui-ci soit de moins en moins représentatif connivences, des savoirs, savoir-faire et savoir-être qui ne de la société française2 ? Il n’y a pas là seulement une relèvent pas du domaine des seules connaissances. Elles question de justice sociale et de politique, mais aussi sont par nature incertaines, engagent sur de longues 2 Le récent rapport du Sénat - octobre 2007 – et avant lui le Colloque « Démocratie, classes préparatoires et Grandes Écoles » en mai 2003 notent que l’ascenseur social semble se gripper, plus ou moins nettement, à partir des années 1990. Le système ne reste pas sans réactions, comme en témoigne par exemple la forte croissance du nombre de boursiers en CPGE depuis trois ans. 3 Un article récent du sociologue Stéphane Beaud (Cahiers Français n°330, février 2006) rappelle que les mobilités sociales ascendantes se sont jusqu’ici construites sur plusieurs générations et non une seule. Il aborde aussi de façon critique la place donnée aux grandes écoles face à l’université dans la recherche de cette mobilité sociale, mais reconnaît aussi la force du modèle de réussite « immédiate » par les grandes écoles dans les représentations sociales. 7
    10. années – cinq ans minimum. Elles sont financièrement LE CHOIX ENTRE DEUX GRANDES VOIES coûteuses et ne permettent guère d’avoir des revenus pour assumer leurs frais, sauf à être conduit à sacrifier ses Du point de vue conceptuel, deux voies se dessinent, chances de réussite. On ne peut raisonner en termes comparables dans les objectifs, contradictoires dans les seulement de moyens intellectuels. Les faits sociaux, pratiques, pas forcément incompatibles au regard de culturels, les conditions matérielles, l’entourage familial l’ampleur des défis et de la pluralité des situations de ces et amical interviennent lourdement à la fois dans la nouveaux jeunes à attirer et faire réussir. Faut-il ou non décision de s’engager dans des études longues, mais aussi une voie réservée pour corriger les biais sociaux du pour avoir de vraies chances de réussite dans ces études, système actuel ? Faut-il ou non avoir pour objectif un et enfin, et c’est encore un chantier non ouvert très lié prérecrutement dans son école ou sa formation ? celui-là à la diversité, après les études, pour une carrière On peut imaginer de créer des voies spécifiques pour réussie dans le monde du travail, l’entreprise. entrer dans les grandes écoles et formations d’excellence. Reconnaître la complexité, le caractère forcément multiple Les principes et présupposés sont clairs. Le système de la lutte contre l’autocensure n’est pas le prétexte pour actuel, à la fois par ses exigences intellectuelles mais aussi ne rien faire, mais au contraire un aiguillon pour agir. par des filtres sociaux plus ou moins cachés, ne permet pas à certains jeunes d’entrer dans les grandes écoles et Vouloir diversifier les réussites, lutter contre l’autocensure formations d’excellence. Il faut alors imaginer des des étudiants issus de milieux modestes – et pas procédures spécifiques d’entrée, qui combinent des seulement de ceux qui sont originaires de certains critères d’éligibilité bien définis, en termes d’origine territoires urbains – oblige à créer de la réussite et donc de sociale, voire territoriale ou familiale, et une nécessaire la confiance. Les jeunes visés par les politiques de sélectivité tout aussi forte que pour les autres diversité ou d’égalité des chances doivent être assurés étudiants, mais différente4. Ensuite, une fois entrés dans que l’effort souvent considérable qu’on leur demande, le cursus, il faut aussi prévoir des mécanismes d’aides sera couronné de succès, à condition bien sûr que, de matérielles et intellectuelles pour combler manques et leur côté, ils jouent le jeu et fassent les efforts lacunes. L’objectif est bien, à terme, de fondre ces nécessaires. Cette mise en confiance et en sécurité passe nouveaux recrutés dans le moule commun, une fois par des conditions matérielles, financement des études assurées leurs chances de réussite. L’Institut d’Études et hébergement. Elle suppose un dialogue permanent Politique de Paris est l’exemple, le champion très pour aider ces jeunes à changer d’une certaine façon de médiatique, de ce choix. La visibilité immédiate, tant monde, sans se renier et sans rejeter le leur. Elle conduit à auprès du public et des médias que des élèves des lycées mettre en place des procédures de soutien au travail partenaires, des familles, des décideurs est un argument universitaire (méthodologie, rattrapage académique de poids pour cette démarche. L’envers est qu’elle met en parfois), des aides pour se situer dans des milieux peu place une voie d’accès aménagée et un prérecrutement. connus. Elle suppose que les règles du jeu soient Certains y voient alors le risque d’une possible évolution transparentes, les engagements clairs et réciproques vers la généralisation de procédures dérogatoires, voire de entre l’étudiant et l’institution qui l’accueille, puis la quotas ou d’une sorte de discrimination positive, laquelle société qui l’emploiera, et devra reconnaître à sa juste heurte une conception de l’égalité et peut poser en valeur son engagement et ses capacités. filigrane à la société française de redoutables questions, comme celles de l’identification et de la reconnaissance de minorités. On a compris que les choix relèvent ici du politique. Les questions d’égalité des chances et de diversité sont des miroirs qui renvoient la société française à sa propre image, à celle qu’elle veut se choisir. D’autres expériences obéissent partiellement à cette logique avec des programmes de prérecrutement, souvent en créant des voies d’accès réservées, incluant une clause d’origine sociale. Certaines INSA sélectionnent ainsi des 4 En ce domaine, bien des pistes s’ouvrent, entre autres la prise en compte de qualités non scolaires - c'est-à-dire non évaluées directement par le système scolaire. L’École Nationale Supérieure des Arts et Métiers de Paris a ainsi lancé une expérience de sélection à partir de tests, évaluant notamment la vision dans l’espace. 8
    11. 1 P REMIÈRE PARTIE : POURQUOI ? lycéens qui entrent en prépa intégrée. Il y a aussi des POURQUOI L’ESSEC ? UNE projets de création à la rentrée 2008 de Classes préparatoires nouvelles avec des recrutements sur profil TRADITION, UNE FILIÈRE DE social pour préparer une ou des écoles d’ingénieurs situées dans le territoire proche du lycée5. Autre façon de procéder RECHERCHE, UN TERRITOIRE. enfin, l’idée de « percentage plans », inspirés du modèle américain, c'est-à-dire d’un accès automatique dans les « Le programme s’inscrit dans une double tradition de CPGE de leurs choix à un certain pourcentage des l’ESSEC : celle de l’innovation pédagogique et celle de la meilleurs élèves de tous les lycées : la diversité sociale et défense des valeurs humanistes ». La formule du directeur territoriale des lycées assure alors, par ricochet, celles des du Groupe ESSEC, Pierre Tapie, figure dans toutes les CPGE puis des grandes écoles et autres formations conventions que le programme PQPM signe avec les lycées d’excellence6. partenaires. L’antériorité de l’ESSEC dans les programmes d’ouverture sociale s’explique donc par l’histoire et les Au-delà de leur variété, toutes ces démarches sont sous évolutions de cette institution. tendues par l’idée que le système actuel – surtout le En amont, l’ESSEC a créé l’Institut de la Ville et du Territoire segment classes préparatoires/grandes écoles – est (IVT), spécialisé dans l’étude scientifique des questions désormais incapable d’assurer l’indispensable diversité urbaines. Dans cet Institut, il y a notamment une chaire sociale et est peu amendable efficacement. C’est le propos d’Entrepreneuriat social7. Le programme n’est donc pas un inverse qui sous tend l’analyse de l’ESSEC à travers le appendice social pour l’ESSEC, mais un projet qui s’inscrit projet PQPM. Celui-ci est fondé sur un double refus : celui dans une logique de recherche et de formation portée par d’une voie réservée avec des règles spécifiques et celui l’École. PQPM est à la fois un laboratoire d’études et une d’un prérecrutement. Ici pas question de voie réservée, occasion concrète de mettre en évidence deux des mais une aide pour réussir les concours et les études thématiques majeures de l’institut. supérieures telles qu’elles sont pour tous. Pas de volonté La Responsabilité Sociale des Entreprises y est de prérecrutement, mais celle de permettre à chaque pleinement engagée. Pour l’ESSEC qui entend jouer ainsi lycéen aidé de faire son propre choix, de la façon le plus un rôle moteur dans le développement des territoires. éclairée et donc la plus profitable possible. Une formule Pour ses étudiants-tuteurs qui sont ainsi sensibilisés à la résume l’ambition du programme : Permettre à chaque richesse mais aussi à la nécessité économique et sociale de jeune d’aller au plus loin de ses capacités dans la voie la diversité dans l’entreprise, jusque dans les élites qui est la sienne. Ce choix intellectuel fort s’explique par dirigeantes. Pour les entreprises partenaires qui un contexte propre à l’ESSEC. mobilisent leurs propres forces, capitaux et cadres dans un projet social et s’y affirment aussi comme particulièrement citoyennes8. Le Développement Socialement Durable est un second axe d’étude. Pour être durable, le développement doit être social9. Assurer une reproduction sociale élargie ne relève pas seulement de l’injonction sociale, mais aussi d’une justice sociétale, de la bonne marche d’une société, donc des entreprises. Le développement des capacités individuelles, l’acquisition d’un capital social est, pour les individus, la condition de la promotion individuelle et aussi collective, sociale, par effet d’entraînement, par la valeur d’exemple.10 5 Dans le Nord de la France, avec certaines Écoles des Mines, une initiative qui crée quelques remous, d’autant que ces nouvelles CPGE auraient des programmes spécifiques – avec un accent mis sur les langues étrangères par exemple. 6 Ce projet est mis en valeur par Patrick Weil et a trouvé un large écho, tant du côté des députés socialistes qui avaient un temps déposé un projet de loi en ce sens, que de Nicolas Sarkozy, qui semble émettre malgré tout des réserves. Il n’est pas sans intérêt de savoir que ce type de programme a été mis au point aux États- Unis, pour remplacer des démarches d’« affirmative action » abandonnées, entre autres pour des raisons juridiques. Une telle décision aurait l’avantage d’afficher clairement une volonté politique. Il faudrait s’assurer qu’elle permet bien d’augmenter réellement la diversité sociale et culturelle, en même temps que la diversité territoriale. Elle laisserait cependant entière la question de l’indispensable suivi avant, pendant et après les CPGE. 7 Cette Chaire est dirigée par le professeur Thierry Sibieude qui est aussi à l’origine du projet PQPM et le dirige. 8 SFR s’est associée la première au projet, d’autres entreprises ont suivi : Caisse d’Épargne Île de France Nord, Fondation Alcoa, Fondation Veolia. Il faut ajouter les partenaires de la Chaire Entrepreneuriat Social : MACIF, MAÏF, Groupe Caisse d’Épargne, Caisse des Dépôts et Consignations ; les entreprises engagées dans le soutien postbac : Accenture et sa Fondation, Deloitte ; sans oublier pour l’essaimage national, la Conférence des Grandes Écoles et la Délégation Interministérielle à la Ville. 9 Pour illustrer à quel point cette nécessité est aujourd’hui admise, partagée, on peut emprunter à une agronome, Sylvie Bonny, sa définition d’un développement durable « écologiquement sain, économiquement viable, socialement juste ». 10 On peut s’appuyer, par exemple, sur la communication de Thierry Sibieude au 4e colloque de l’ADERSE en 2006. 9
    12. Ces présupposés théoriques expliquent ainsi l’une des originalités du programme PQPM, qui ne repose pas sur le soutien scolaire, le tutorat pédagogique mais sur le développement des « capabilities » 11. Nourrie de réflexions théoriques et générales, l’expérience de PQPM peut en retour les nourrir en ne s’interdisant pas de regarder sans préjugés si des méthodes et des analyses, conçues dans des contextes très différents – autres grands pays développés, pays en développement – ne peuvent pas apporter des pistes exploitables : la mise à distance est toujours un exercice utile, heuristique, à condition bien sûr d’en mesurer les limites. Inscrite dans une certaine tradition de l’ESSEC, mais plus encore dans des thématiques de recherche, PQPM est aussi inscrit dans l’espace même de cette École « parisienne » sise dans une ville nouvelle12. L’ESSEC n’est ni entre Belleville et le Père Lachaise, ni entre plateaux agricoles de Saclay et vallée de la Bièvre, mais au cœur de Cergy- Pontoise, adossée presque à la Préfecture, à quelques dizaines de mètres de la gare RER de Cergy-Préfecture. Étudiants, comme intervenants et visiteurs qui se rendent de la gare aux amphis de l’ESSEC parcourent en quelques centaines de mètres une distance sociale, culturelle conséquente pour ne pas écrire considérable. Sa situation même fait que l’ESSEC ne peut échapper aux interrogations sur la ville, sur la volonté de mixité sociale dans les territoires et donc dans les esprits et la société. L’implantation au centre d’une ville comme celle-ci d’une ou plusieurs grandes écoles et universités a été voulue comme un moyen de créer un territoire nouveau, de donner des chances à une portion de banlieue et à ses habitants, d’affirmer une politique. Elle crée les conditions d’une possible cohabitation féconde entre des jeunes venus d’univers sociaux et culturels différents qui n’avaient que peu de chance de se côtoyer vraiment. C’était un pari ; c’est une richesse, mais il a fallu le volontarisme de quelques uns et l’engagement d’une communauté pour que la rencontre se fasse, la mise au point de méthodes originales et la mise en place de procédures strictes pour que l’expérience s’affirme et porte ses premiers fruits. 11 Au sens où l’entendent A. SEN et la philosophe Martha NUSSBAUM. Voir communication au 4e colloque ADERSE 2006 (article cité), ou encore SEN A, Development as freedom, Anchor 1999 12 Depuis le 1er janvier 2005, ce n’est plus une « ville nouvelle », mais une communauté d’agglomération. 10
    13. 2 DEUXIÈME PARTIE : COMMENT ? Des objectifs, une démarche, des procédures, des outils.
    14. 2 D EUXIÈME PARTIE : COMMENT ? « Le chemin sera long avant de changer les mentalités, mais surtout ne vous arrêtez pas en chemin car ce programme est vraiment bien et redonne confiance à des jeunes comme moi qui, ne connaissant pas ce programme, auraient décidé de s’en tenir au strict minimum ». Christopher, lycéen de la première promotion, qui termine son BTS bien décidé à poursuivre ses études, résume d’une certaine façon les objectifs que se sont fixés les promoteurs de PQPM. CIBLES ET MÉTHODE coopération dans le strict respect des compétences propres de chaque partenaire : le soutien scolaire éventuel est du domaine de l’Education nationale, donc Le programme vise trois cibles majeures : des professeurs tuteurs et/ou des structures de tutorat14 des lycéens de bon potentiel et de niveau social mises en place par les lycées partenaires. L’ESSEC modeste dans les lycées partenaires autour des idées de intervient dans le domaine extra scolaire : connaissance réussite, d’ambition et d’effort, avec pour objectif la et compréhension du monde contemporain, de poursuite d’études supérieures longues et réussies13 ; l’actualité, mais aussi activités culturelles au sens large, l’entourage proche de ces élèves : leurs lycées et les qui utilisent particulièrement les points forts des communautés éducatives, puis leurs familles, leurs étudiants, pratique de l’expression orale et écrite, du camarades, leurs quartiers - pour changer l’image des travail de groupe, et découverte du monde de études, rendre tangible l’égalité des chances et l’entreprise. Ce partage des tâches, fondé sur la participer à la valorisation des territoires coopération et le partenariat est l’un des socles sur des étudiants de l’ESSEC, futurs managers, et au-delà lesquels s’édifie le programme. d’eux l’ESSEC et ses personnels autour de l’idée de la richesse de la diversité ; au-delà encore, d’autres grandes écoles et formations le territoire et la société dans son ensemble, à travers DÉROULEMENT DU PROGRAMME. les entreprises impliquées, amenées à embaucher demain ces jeunes à égalité des chances avec les autres Du point de vue pratique le programme se déroule candidats, et à travers les pouvoirs publics sur la désormais en trois temps : le recrutement, nécessité, la possibilité et l’intérêt de promouvoir la l’accompagnement PQPM pendant les 3 années de lycée diversité. pour développer l’ambition et enfin, l’accompagnement postbac pour transformer cette ambition en réussite. Le pari de PQPM, c’est qu’en agissant localement sur quelques uns, on peut par diffusion, propager messages Le premier temps est donc celui du recrutement, qui se positifs et bonnes pratiques et par métamorphisation, fait sur différents critères : c'est-à-dire transformation à partir d’un noyau actif, agir Le volontariat : la motivation est primordiale. Le ainsi, de proche en proche, sur la société, les mentalités. programme s’inscrit dans une logique On est bien là dans la logique de l’entreprise sociale. d’accompagnement et non pas d’assistanat : le lycéen est le premier acteur de sa réussite. Les ambitions sont à la mesure du défi et reposent sur une Des critères sociaux : être issu d’un milieu modeste. certaine conception de ce que peut être l’action sociale, Des critères géographiques : être élève d’un des lycées dans le domaine éducatif comme dans d’autres : partenaires conventionnés avec l’ESSEC15. Les actions à mettre en œuvre sont ajustées pour Des critères scolaires : un bon potentiel avéré ou répondre à ces objectifs. pressenti par les professeurs. Des moyens concrets sont mis en rapport avec ces Après une réunion d’information sur PQPM avec les jeunes actions. et leurs familles, les lycéens intéressés écrivent une lettre Des indicateurs précis permettent de mesurer les effets, de motivation et remplissent un questionnaire de d’évaluer, d’affiner. candidature, qui sont examinés conjointement par les Dernière règle enfin, celle du partage des tâches, de la proviseurs et professeurs tuteurs de chaque lycée 13 De façon très significative, le programme PQPM a changé deux fois de nom. Au départ il s’appelait : « Une prépa, une grande école de gestion : Pourquoi pas moi ? », puis « Une prépa, une grande école : Pourquoi pas moi ? » et enfin aujourd’hui « Une Grande École : Pourquoi pas moi ? ». Les changements de noms traduisent ici non pas une ambition décroissante mais le souci de s’adresser à un plus grand nombre de jeunes dans le programme ESSEC et au-delà, et de respecter la liberté de choix des élèves. 14 Elles se développent dans tous les lycées, avec une injonction ministérielle très claire, et prennent des formes très diverses : professeurs spécifiquement désignés, appel aux tuteurs étudiants, intervention d’associations spécialisées comme Tremplin, partenariat avec d’autres organismes d’enseignement supérieur… 15 En 2002, au lancement du programme les lycées Galilée de Cergy-Saint-Christophe, Jules Verne de Cergy-le-Haut, Évariste Galois de Sartrouville, Georges Braque d’Argenteuil. En 2004, les lycées de l’Hautil à Jouy-le-Moutier et Camille Pissarro à Pontoise signent à leur tour la convention qui les lie à PQPM. En 2006, les rejoignent les lycées Edmond Rostand de Saint-Ouen et Simone de Beauvoir à Garges-les-Gonesse. En 2008 d’autres conventions devraient être signées. 13
    15. partenaire et l’équipe de l’ESSEC. Suit un entretien Ces modules sont mis en œuvre dans les séances individuel avec une commission constituée de représentants hebdomadaires de tutorat, des ateliers18 spécialisés, des du lycée et de l’ESSEC qui décide de l’admission. Il s’agit sorties culturelles, des journées d’immersion19 en d’évaluer la motivation réelle du lycéen, de s’assurer aussi entreprise, des visites d’entreprises, des conférences que son milieu familial ne lui apporte pas déjà le capital débats avec des responsables économiques ou social et culturel que le programme entend apporter et que politiques20, stages et séjours21. le niveau scolaire du jeune est a priori adapté à un dispositif qui va lui prendre du temps. Les lycéens retenus et leurs La clé de voûte du programme est un double tutorat : familles signent avec l’ESSEC et leur lycée un contrat Le tutorat-étudiant : les lycéens sont pris en charge à d’engagement pour trois ans16. l’ESSEC, par groupes constitués de 4 à 9 élèves et d’un binôme d’étudiants-tuteurs de l’ESSEC. Recrutés sur la Le programme s’étale ensuite sur 3 ans : les deux derniers base du volontariat et très largement du bénévolat22, les trimestres de la classe de seconde (100 heures environ), les tuteurs ESSEC s’engagent pour une année et sont formés trois trimestres de première (140 heures) et de terminale par l’ESSEC aux techniques d’animation et à la dynamique (140 heures), soit un volume horaire total de 380 heures. de groupe. Ils se réunissent pour des séances de bilan et Ces heures sont réparties entre : de formation, participent aussi, s’ils sont volontaires, à des séances de tutorat de trois heures à l’ESSEC avec des des rencontres avec d’autres étudiants tuteurs d’autres étudiants-tuteurs. écoles ou formations pour des échanges conviviaux des sorties culturelles le week-end. d’expériences, de pratiques23. Beaucoup d’étudiants des ateliers pendant les vacances avec des intervenants continuent à participer activement au programme au-delà extérieurs et des entreprises. de leur année d’engagement en tutorat. Le programme est donc contraignant et exigeant. « Le Le tutorat-professeur : dans les lycées partenaires au contenu pédagogique du programme, élaboré avec l’ensemble moins deux professeurs- tuteurs suivent les lycéens du des partenaires, vise à développer des compétences et des programme et font régulièrement avec eux le point sur comportements nouveaux : confiance en soi, curiosité leurs progrès, leurs difficultés et doutes éventuels. Ils intellectuelle, aisance verbale, sens de l’argumentation »17. Il servent d’interface avec l’ESSEC et les tuteurs étudiants, s’articule autour de sept modules. sont aussi les relais des opérations de « deuxième cercle », ouvertes à tous les lycéens des lycées partenaires. 16 Voir en annexe l’organigramme du recrutement 17 Extrait du dossier de presse PQPM. 18 Expression orale et écrite avec des comédiennes du Théâtre 95, codes sociaux, aide personnalisée à l’orientation, initiation à la gestion d’un budget… L’expression corporelle et le théâtre font presque toujours partie de ce que les élèves citent en fin de parcours comme expérience marquante. 19 Entre autres le « shadowing » qui permet aux jeunes de partager la journée d’un professionnel qui exerce un métier qui intéresse a priori l’élève – cadre dirigeant, chercheur, ingénieur, responsable communication, avocat… Ces séances laissent à tous les élèves une très forte impression : ils les citent tous lorsque l’on leur demande ce qu’ils retiendront de ces trois années de programme. 20 Jean-Pierre Raffarin, Jean-Louis Borloo, Catherine Vautrin entre autres se sont prêtés à l’exercice. 21 Deux exemples très marquants en 2006 : le stage de trois jours à Polytechnique et un voyage à Londres avec Polo Marco, association étudiante de l’ESSEC. Les effets de groupe s’ajoutent ici aux bénéfices habituels. 22 L’engagement, à l’ESSEC comme ailleurs, est valorisé dans le cursus académique par l’attribution d’UVEP ou de crédits ECTS et sous forme de défraiement ce qui se pratique déjà dans d’autres écoles. 23 Une association d’anciens tuteurs “PARTAGE” s’est créée. Elle organise deux fois par an des JPI Journées de partage inter écoles : voir plus loin. 14
    16. 2 D EUXIÈME PARTIE : COMMENT ? Le programme met en œuvre un grand nombre24 et une pédagogiques de réussites dans l’Eenseignement supérieur grande variété d’acteurs. Le schéma en annexe 3 illustre (IPRES) est à la fois repris par tous et sans concrétisation à les forces en présence. C’est bien là une de ses ce jour faute de moyens, même si la piste des CROUS complexités : faire travailler ensemble des univers qui ne se semble se préciser25. En ces domaines qui la dépassent, connaissent pas bien, notamment l’enseignement l’équipe de PQPM se veut force de proposition, de secondaire, l’enseignement supérieur, le monde du travail concertation, fédératrice, particulièrement par son activité et les représentants de l’État. au sein du groupe Ouverture sociale de la Conférence des Grandes Écoles. Au-delà du bac, l’accompagnement se poursuit, sous une forme nouvelle. En effet, l’objectif de PQPM est de permettre aux jeunes d’avoir un parcours et une réussite professionnelle auxquels ils ne croyaient pas avoir « droit », DES PROCÉDURES ET DES OUTILS dont ils se disaient que « ce n’est pas pour eux ». Susciter POUR SUIVRE ET ÉVALUER. l’espoir et ne pas le concrétiser serait dramatique pour ces jeunes et, au-delà, pour ceux que l’on veut convaincre que Parce que le programme est conçu dans la durée, bâti sur une la réussite n’est pas prédéterminée par le lieu d’habitation analyse théorique du développement social et de celui des ou la naissance. Les élèves de PQPM devenus étudiants « capabilities », sur la volonté de diffuser méthodes et doivent être suivis, conseillés, aidés si nécessaire dans leur pratiques, sur l’ambition de jouer sur les transformations des parcours postbac. L’ESSEC s’engage donc sur un territoires et de la société à partir de l’aide apportée à accompagnement personnel individualisé dans la durée. quelques-uns, les procédures sont dès le départ très Structures et procédures, postbac et post-PQPM, se mettent formalisées et les opérations de bilan régulières et voulues en place et pour ce faire, l’ESSEC s’est mis en quête de cohérentes sur toute la durée. nouveaux partenaires. Après l’information donnée aux nouveaux élèves de seconde La cellule PQPM organise des rencontres entre ex-tutorés, des lycées partenaires, puis le questionnaire et la procédure leur affecte une adresse mail permanente pour rester en de recrutement, les parents des élèves retenus sont conviés contact, s’informe régulièrement de leurs parcours, est à l’ESSEC pour une présentation de l’équipe et du programme, disponible en cas de besoin. Les anciens élèves ont un pour une visite des lieux qui accueilleront leurs enfants « parrain » référent, choisi par eux à leur départ de chaque semaine, pour un échange sur le rôle stratégique des l’ESSEC parmi les étudiants-tuteurs volontaires, qui est là parents dans la réussite d’un jeune, même quand ils sont pour les écouter, les aider. Des entreprises partenaires ont éloignés de la sphère des études supérieures, pour la accordé des bourses d’études pour assurer l’indispensable signature d’un contrat d’engagement26 entre l’ESSEC, l’élève soutien matériel, complémentaires des bourses nationales et ses parents. L’équipe de PQPM assure une permanence qui s’avèrent souvent insuffisantes et proposent également régulière, pour les élèves comme pour leurs familles. Les des parrains d’entreprise, qui sauront aider les jeunes à familles sont associées aux grands événements du confirmer ou préciser leur projet professionnel, à effectuer programme et entre autres la cérémonie de départ de leurs recherches de stages ou de missions en entreprise. promotion et de remise de l’attestation PQPM en fin de Terminale, occasion pour les sortants de faire le bilan de leurs Du côté des classes préparatoires, l’idée qu’il faut accueillir trois années de formation devant plusieurs centaines de de nouveaux publics et donc les aider, les guider dans un personnes, camarades, proviseurs et professeurs, tuteurs et monde qu’ils ne connaissent pas, fait son chemin auprès encadrement de l’ESSEC, famille et amis, occasion aussi de des associations de professeurs de classes préparatoires, dialoguer avec des « parrains de promotion », choisis pour des chefs d’établissements, comme auprès des leur valeur d’exemple et leur engagement en faveur de la responsables ministériels. Le projet de création d’Internat diversité et de l’égalité des chances27. 24 PQPM, c’est aujourd’hui une équipe projet constituée de 5 personnes, 48 étudiants-tuteurs, 8 proviseurs et 24 professeurs-tuteurs, 8 intervenants extérieurs, une vingtaine d’entreprises partenaires, sans oublier bien sûr les 160 lycéens actuels et leurs familles, les 77 anciens lycéens passés par le programme et leurs familles. 25 Il s’agirait de créer des internats ouverts en permanence, week-ends et petites vacances incluses, et surtout dotés de toutes les structures pour les aides pédagogiques, sociales, psychologiques dont ont besoin pour réussir ces nouveaux étudiants du supérieur. Concentrer les moyens d’aide pour au contraire ne pas concentrer tous les étudiants dans un seul lieu d’étude, un seul lycée à classe préparatoire par exemple. Au lycée Henri IV à Paris, les étudiants de la classe expérimentale CPES – Classe préparatoire aux études supérieures – sont hébergés par le CROUS de Paris, à la Cité universitaire ; à Marseille, les élèves de la classe expérimentale du lycée Thiers sont hébergés au CROUS. 26 La contractualisation est systématique entre tous les acteurs du dispositif : l’ESSEC signe aussi une convention avec tous les lycées partenaires, avec les étudiants tuteurs, avec les entreprises. 27 Le parrain de la première promotion est l’ancien capitaine de l’équipe de France de rugby, Abdelatif BENNAZI ; pour la seconde Aziz SENNI et Jérôme SCHATZMAN, entrepreneurs sociaux ; pour la troisième, Fatiha BENATSOU, membre du Conseil économique et social. Tous sont bien sûr très engagés dans la promotion de la diversité. 15
    17. Pour entrer dans le programme, les élèves volontaires On dispose donc d’un matériel riche, suivi, cohérent pour remplissent un questionnaire détaillé28 qui permet de essayer d’établir une évaluation de PQPM. La faiblesse des mieux cerner qui ils sont, de s’assurer qu’ils entrent dans effectifs concernés, pour le moment, conduit à privilégier les critères de recrutement, et d’effectuer ainsi une les données qualitatives, mais ces effectifs sont suffisants, sélection équitable. Il porte sur la situation familiale, le plus souvent, pour vérifier au moins que l’on ne l’environnement culturel, les pratiques culturelles, la transforme pas en généralité une remarque finalement très perception de soi, les attentes et les projets face à l’avenir. minoritaire. En fin de programme, les élèves de PQPM remplissent un questionnaire de sortie qui reprend, souvent sous la même Ce bilan d’étape est une nécessité. À cause de l’énergie et forme, rubriques et questions. On dispose alors d’un outil de l’implication qui ont été déployées par les concepteurs pour mesurer les transformations, les changements et les équipes ; à cause de l’importance des moyens d’images, de perceptions et de pratiques qui sont le cœur humains et financiers qui ont été consacrés à PQPM ; parce de l’ambition de PQPM. À cela s’ajoute classiquement une que PQPM a été conçu non comme une opération ponctuelle évaluation des pratiques et exercices, un bilan critique du mais durable, non comme un appendice social dans une programme et des avis sur ses possibles impacts, immédiats grande école, mais comme un élément de sa politique de et à terme, sur l’élève, sa famille et son entourage, le lycée, recherche et de formation ; non comme une la société. Les élèves de PQPM devenus étudiants sont expérimentation locale, mais comme l’affirmation de régulièrement contactés, après avoir donné leur accord principes généraux et la mise au point de méthodes et bien sûr, pour dire où ils en sont dans leur parcours, mais procédures, diffusables, duplicables et adaptables ; non aussi pour continuer à évaluer, avec le recul, les apports et comme un moyen de venir en aide à quelques unes et les lacunes éventuelles du programme, proposer des quelques-uns, si louable et important que cela soit, mais inflexions utiles. Ce sont toujours ces mêmes rubriques qui comme un outil pour transformer, à partir de ces quelques leur sont soumises, de façon à assurer un suivi cohérent là, par métamorphisation, les entourages et les territoires, dans le temps. et au-delà encore contribuer à changer les mentalités, à faire prendre conscience qu’égalité d’accès à l’excellence et Si ces questionnaires sont l’outil majeur de suivi, il existe diversité ne sont pas seulement des impératifs, mais des bien d’autres documents sur lesquels l’évaluation peut chances pour notre société, celle d’une France mondialisée, s’appuyer : ouverte au monde. Chaque séance de tutorat donne lieu pour chaque groupe à un rapport. Les tuteurs font un bilan annuel écrit sur chacun de « leurs » lycéens. Il y a des comptes-rendus des réunions d’équipes de tuteurs qui ont lieu tous les 15 jours, pour faire le bilan des séances de tutorat et préparer les rencontres suivantes. Les professeurs-tuteurs de chaque lycée sont régulièrement contactés, participent activement aux différents événements organisés à l’ESSEC ; à leur demande, une ou deux réunions annuelles de bilan, regroupant l’équipe PQPM, les professeurs-tuteurs, les équipes de direction de chaque lycée, sont organisées à l’ESSEC. Le programme est suivi par un double comité de pilotage : l’un est interne à l’ESSEC, avec la direction de l’établissement, des professeurs, la responsable de la direction des Relations Ecole-Entreprise… et l’autre est externe et rassemble l’ensemble des proviseurs des lycées partenaires, des représentants de la préfecture, de l’inspection d’académie et des entreprises partenaires. 28 Ce questionnaire a été mis en place dès le début en 2002. Il a été définitivement fixé dès 2003 et sert de base à tous les autres questionnaires remplis en cours de programme ou après. Il est aussi la source principale du questionnaire commun en cours d’élaboration pour toutes les Ecoles et formations participant au Groupe d’Ouverture Sociale. On a donc là un outil précieux pour toute évaluation, comparaison, avec une source suivie et cohérente. Par exemple, en juin 2007 on dispose ainsi de 198 questionnaires d’entrée, ce qui commence à constituer une base exploitable quantitativement. 16
    18. 3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ? Premiers éléments d’évaluation.
    19. 3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ? « L’évaluation doit être externe, destinée à informer la société - les décideurs, les parents d’élèves, les employeurs… - sur l’état du service éducatif, notamment sa qualité, ses résultats mais aussi son coût et son fonctionnement ; elle doit être interne, informer les acteurs, les aider à réfléchir sur leurs actions, sur l’organisation et à les infléchir pour les améliorer ». Ces propos de Claude Thélot, concernant le système Enfin sa conformité – le fait d’être conforme à certaines éducatif en général29, s’appliquent à l’évidence à PQPM. normes - s’estime à la qualité et au respect des Réalisée à partir des données fournies par l’ESSEC et en procédures, de l’information, de la contractualisation, étroite liaison avec l’équipe de PQPM, l’étude d’évaluation mais aussi au type de recrutement, qui doit être a été conduite par un évaluateur extérieur, qui conforme à l’objectif annoncé. n’appartient ni au programme, ni à l’ESSEC, conformément Pour tous ces éléments, nous disposons aujourd’hui de à des usages bien compris et compréhensibles. Elle est résultats, à compléter, étoffer, nuancer au fur et à mesure nécessairement partielle, lacunaire, car tous les acteurs que d’autres données auront été collectées. Bien n’ont pas encore été consultés dans cette première étape évidemment, ce bilan est proposé pour une analyse de neuf mois – entre autres les équipes de direction et les critique, le seul moyen, là encore de progresser. équipes pédagogiques des lycées partenaires, inachevée, car les résultats ne prendront pleinement leur sens que par des comparaisons entre les lycéens de PQPM et leur entourage, incomplète car l’on manque encore de données UNE PREMIÈRE APPROCHE : LES suffisamment nombreuses pour être statistiquement RÉSULTATS SCOLAIRES ET LES exploitables : PQPM n’a que cinq ans et il n’y a donc que trois promotions réellement engagées dans les études ORIENTATIONS CHOISIES. supérieures. Plus encore, le succès de PQPM et donc le rapport précis entre le coût et les bénéfices, ne se Parce que PQPM n’est pas un programme de soutien mesureront que dans quelques années30. scolaire mais d’abord de développement de la personnalité, des capacités et aptitudes, de construction Pour autant PQPM est « victime » de sa notoriété, de ses d’un projet d’avenir, les critères simples et manifestes que ambitions, des engagements et des espoirs qu’il a suscités, sont les réussites au bac, les mentions et les choix de l’importance des débats qu’il soulève. Il doit donc être d’orientation ne suffisent pas à en mesurer l’efficacité. évalué, en ayant bien en tête toutes les imperfections et Il est tout aussi évident que ce sont là des données les incertitudes. On peut essayer de l’analyser à travers importantes, que PQPM devrait avoir pour effet de quatre grandes rubriques, qui ne sont, à ce stade, contribuer indirectement à de bons résultats scolaires, et qu’inégalement évaluables. enfin que l’équipe de PQPM ne reste pas sans réagir devant des difficultés scolaires individuelles avérées. Il convient Sa pertinence d’abord – qui convient à l’objet, qui se surtout de ne prendre ces données que comme des ordres rapporte à la question posée dit le dictionnaire : le de grandeurs : seuls soixante-dix-sept lycéens de PQPM dispositif est il bien conçu ? Cela se mesure pour le ont passé le bac, la troisième promotion en juin 2007. Avec moment au degré de satisfaction des différents acteurs : de si faibles effectifs, il suffit d’un glissement de deux ou les lycéens d’abord, mais aussi les étudiants-tuteurs, les trois élèves pour aboutir à des évolutions significatives entourages, les lycées partenaires. des statistiques d’une année à l’autre : c’est pourquoi on Son efficacité ensuite - qui produit l’effet attendu - prendra en compte ici la moyenne sur les trois ans, en c’est-à-dire le degré de transformation des élèves entre ayant conscience que cet outil reste très grossier. leur entrée dans PQPM et leur sortie, celle des étudiants tuteurs et des entourages, puisque c’est bien là le cœur Les échecs au bac sont très faibles, le redoublement de la démarche, du pari. permet ensuite de réussir31 : le taux de réussite sur trois Puis son efficience - la capacité de rendement - qui se ans est de 95 %. Les deux tiers des lycéens obtiennent mesure au rapport entre les moyens et les résultats : leur bac avec mention, un lycéen sur deux obtient son bac cela renvoie à l’étoffement des moyens, aux évolutions avec la mention AB. du coût par élève, mais aussi à la diffusion du programme, à la mobilisation de nouveaux acteurs, à l’élargissement des publics. 29 Prononcés en 2006 à la tribune du 16e colloque international de l’Admée à Reims (Association pour le développement des méthodes d’évaluation en éducation). 30 Pour Pierre Tapie, directeur général du groupe ESSEC, la première étape significative sera 2009 « soit trois promotions à bac plus deux ». Pour Thierry Sibieude, responsable du programme le vrai bilan se mesurera plus tard encore « au nombre d’embauches de ces jeunes dans des postes à responsabilité ». 31 Il y a eu un cas de redoublement volontaire, une jeune fille voulant améliorer son dossier pour l’année suivante. Elle est aujourd’hui dans une école d’ingénieurs réputée. 19
    20. Type de baccalauréat choisi Après leur bac, les élèves choisissent trois voies BAC STI principales, pratiquement à égalité : un quart va en BAC L 1% BAC STG CPGE, un autre quart à l’université, un troisième vers des 3% 1% écoles à prépa intégrée, le dernier quart se dirigeant vers les IUT, les BTS ou d’autres voies singulières. On peut considérer que la voie grande école est donc choisie par un étudiant sur deux, avec selon les années plus de CPGE ou davantage de prépas intégrées. L’université n’est pas BAC S négligée et apparaît le plus souvent comme un choix BAC ES 55 % positif, fait en connaissance de cause, et non pas par 40 % défaut. Beaucoup d’étudiants évoquent la perspective d’intégrer ensuite une école après la licence. Si l’on compare ces choix avec les questionnaires remplis à l’entrée dans le programme en seconde, on s’aperçoit que les BTS qui étaient, à égalité avec les CPGE, la formation la plus connue33 par les lycéens de PQPM représentent moins Mention obtenue au baccalauréat de 10 % des choix finaux. C’est un indice d’une sensible Recalé TB transformation des images et des représentations. 5% 4% B Sans mention Domaine d’études 13 % 32 % Littéraire/Sciences Po Lycée 7% 6% Arts Sciences AB 6% 27 % 46 % Médical 6% Il semble bien, sous réserve de confirmation sur plus longue durée et en prenant en compte les résultats des programmes de type PQPM mis en œuvre par d’autres Éco-gestion écoles, que le programme se centre préférentiellement 48 % sur des élèves qui ne sont pas forcément les meilleurs scolairement32, mais ont un bon potentiel. S’il s’installe Filière suivie actuellement bien dans cette cible, le programme a une véritable Terminale originalité, le système scolaire ayant tendance – il ne peut 4% tout faire – à se focaliser sur les extrêmes, de la réussite CPGE ou des difficultés. BTS 26 % 9% La répartition par série de bac est attendue : un peu plus d’un bac sur deux est obtenu en section S, l’essentiel du IUT reste en ES, ce qui est un élément d’ouverture. Les autres 7% GE de la CGE bacs sont pratiquement absents, ce qui est logique au Licence Univ. 21 % regard du recrutement actuel du programme, mais offre, pourquoi pas, de nouvelles pistes de diversification et 29 % Autres “GE” d’ouverture. 4% 32 Ceux-là ne sont d’ailleurs pas forcément volontaires pour le programme, parfois parce qu’ils veulent réussir par eux-mêmes ; parfois même parce qu’ils craignent que d’être « étiquetés » PQPM ne leur porte tord, ne fasse croire à d’éventuels équipes pédagogiques de très grands lycées à CPGE – par exemple – qu’ils n’ont pas réussi « dans les mêmes conditions » que les autres. Les facteurs psychologiques sont complexes et essentiels. 33 Réponse à la question « À ce jour sais-tu ce que c’est que »… suivaient quatre rubriques – CPGE/IUT/BTS/ IEP et trois possibilités de réponse « non »/ « vaguement »/ « oui ». Pour toutes les rubriques 40 % des élèves cochent la case « vaguement » ; les deux tiers en savent pas ce qu’est un IUT ; un tiers cite les BTS et les CPGE Les formations les plus connues sont, comme par hasard, des formations dispensées dans des lycées. 20
    21. 3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ? Les profils des lycéens sont très variés et variables satisfaction que manifestent ou non les participants, suivant les années. Conformément aux objectifs du étudiants, tuteurs, proviseurs et professeurs, équipe de programme, « les lycéens choisissent leur voie ». En bilan pilotage, familles et entourage des jeunes. global sur les trois premières promotions, ils s’orientent majoritairement vers les voies économiques et LES ÉLÈVES : UNE SATISFACTION LUCIDE. commerciales à 48 %, puis vers les sciences à 36 %, vers les formations médicales (médecin et kiné) à 7 %, les Pour ce qui regarde les élèves, cibles majeures du autres partant vers des horizons divers : sciences programme, les propos évoqués, le fait que 40 des 44 politiques, filières artistiques… élèves des 2 premières promotions qui ont suivi PQPM aient accepté de remplir un questionnaire assez lourd, envoyé par voie postale, est significatif 34. L’est tout autant LA PERTINENCE DE PQPM leur lucidité : le programme exige un engagement conséquent. C’est d’autant plus vrai que les élèves ont des facilités inégales, facilités matérielles, à ne surtout En regardant si le programme est bien adapté à ses pas négliger pour des élèves de familles modestes ou très différentes cibles, en mesurant la satisfaction des modestes, facilités intellectuelles aussi. Les élèves du différents acteurs, apparaît un bilan nettement positif, programme n’ont pas un niveau scolaire homogène, une mais encore incomplet. inégale aisance aussi pour s’exprimer par écrit, ce que révèle l’orthographe des questionnaires, surtout les Khalil est aujourd’hui étudiant en physique à l’Université questionnaires d’entrée, les questionnaires de sortie de Jussieu. Étudiant de la première promotion de PQPM, à étant, sur le plan de l’orthographe comme de la syntaxe, la question « Quel conseil donneriez-vous à un nouvel très notablement supérieurs35. PQPM exige de entrant dans PQPM ? », il répond : « Accroche-toi bien, tu l’engagement, sur la durée, la capacité à être confronté verras que cela t’apportera énormément ». aussi à ses faiblesses comme à ses manques, à les voir Jérémie, étudiant en CPGE scientifique dans un lycée s’exprimer en public, le public restreint des groupes de parisien très prestigieux, issu de la deuxième promotion, travail, celui de l’ensemble de la promotion, ou encore le complète : « Assiste au maximum d’activités proposées, cadre impressionnant des centaines de camarades, amis, même si elles occupent un temps non négligeable de la familles, membres de la direction et des personnels de semaine et des vacances. Sois le plus ouvert possible sur ce l’ESSEC, réunis fin mai dans le grand amphithéâtre de qui est proposé et réfléchis bien avant un éventuel départ du l’ESSEC pour la cérémonie de remise des « attestations programme : il y a en définitive beaucoup à gagner ! ». PQPM »36. Les avis de ces deux étudiants aux parcours universitaires Le programme est exigeant, il est aussi déroutant au différents reflètent l’essentiel des avis recueillis en départ37. Guillaume, élève de la deuxième promotion juin 2007 auprès de 40 lycéens des première et deuxième aujourd’hui en CPGE scientifique donne comme conseil promotions de PQPM, les seules engagées alors dans « de participer au maximum à toutes les activités, même si l’enseignement supérieur. Il faut ajouter qu’un mot on n’en voit pas l’intérêt immédiat » ; Amine, de la même revient souvent, celui de chance, d’opportunité : promotion, aujourd’hui en 2e année dans un INSA, lui fait Caroline, aujourd’hui étudiante en école de commerce écho « n’arrête pas le programme, même si tu n’en vois pas développe : « Saisis l’opportunité qui s’offre à toi ! Tout le tout de suite l’intérêt » ; plus précise Myriam, qui était alors monde n’a pas la chance d’avoir cette formation, alors sois en CPGE voie B/L avant d’intégrer l’IEP de Lille, filière en fier mais va jusqu’au bout, car tu ne le regretteras pas, anglophone dit : « L’utilité de la maîtrise du français n’est pour ta vie professionnelle future mais aussi pour ta vie pas évidente jusqu’au jour où l’on doit rédiger une lettre de privée car ce programme est complet ». Le degré motivation ». Exigeant et déroutant, le programme est d’efficacité de PQPM s’évalue en effet d’abord à la pourtant suivi avec assiduité par les élèves volontaires. 34 40 sur les 44 « sortis de PQPM » et engagés dans l’enseignement supérieur, ont répondu à un questionnaire adressé par l’ESSEC en juin 2007. Ils sont dans leur deuxième année post bac pour la première promotion (2002/2005), sauf trois qui ont redoublé et sont, comme leurs camarades de la seconde promotion (2003/2006), dans leur première année post bac. Ce questionnaire est détaillé, avec 87 rubriques : le plus souvent des cases à cocher, mais aussi des demandes de précisions et des questions ouvertes. Son organisation, ses rubriques sont proches de celles des questionnaires de recrutement pour PQPM, ce qui permet d’utiles comparaisons, mesure des évolutions. 35 Les citations rétablissent parfois, si nécessaire, l’orthographe correcte. Il y va d’une certaine forme de respect vis-à-vis des élèves que l’on cite. 36 Ces cérémonies de sortie ont été filmées. Les documents vidéo montrent de quoi sont capables les élèves sortants de PQPM, en termes d’élocution et d’aisance face à un public important : ce peut être un élément non négligeable d’une évaluation. 37 Ce qui est vrai pour les deux premières promotions de PQPM le sera peut-être moins pour les suivantes, le programme et les équipes de l’ESSEC comme des lycées partenaires s’étant rôdés ? 21
    22. Le taux d’abandon est très faible, surtout si on exclut les renom44 – la troisième, une jeune fille, étant dans une abandons de la première ligne droite, à considérer comme prépa intégrée de commerce, l’EPSCI, trois étudiants des « erreurs de casting »38 ; l’assiduité est bonne, avec scolairement parmi les plus brillants donc. Cela tendrait à parfois des effets de groupe – tel lycée a un taux d’absence montrer que le programme est bien calibré pour des plus élevé que d’autres – et une difficulté particulière pour étudiants de bon à très bon potentiel mais pas forcement la classe de terminale, surtout à partir du second trimestre, pour les plus brillants. Ces derniers réussiraient d’ailleurs lorsque les exigences immédiates de l’examen se font plus sans le programme. Cela n’empêche pas l’un de ces étudiants, pressantes39. Trois des questionnaires remplis par les qui a eu mention TB au bac S avec les félicitations du jury, « sortants » de PQPM évoquent des « moments de creux », d’écrire à propos de PQPM « ce programme m’a vraiment des « moments difficiles », l’un dit que « trois ans c’est enrichi, culturellement et socialement. C’est d’ailleurs pour moi long », un autre que… « trois ans c’est très court ». la meilleure orientation que le programme ait à suivre », et de conclure « mais je suis conscient que cet avis n’est pas partagé Les réponses à la question « Quels conseils donnerais-tu à un par beaucoup ». À lire les réponses de ses camarades, on nouvel entrant dans PQPM? » permettent bien de définir ce constate qu’ils sont d’accord avec lui sur « l’intérêt culturel et qu’est PQPM pour ceux qui l’ont vécu. Ce qui revient le plus social » et beaucoup plus nombreux qu’il ne le croit à penser souvent, dans la moitié exactement des réponses40, c’est que c’est « la meilleure orientation », ce qui est plutôt l’expression « en profiter ». Viennent ensuite, à quasi égalité réconfortant pour le programme. d’occurrence « être assidu/aller jusqu’au bout/persévérer/s’accrocher » (11 citations) puis « chance/opportunité/atouts » (10 citations) : la vision LES AUTRES ACTEURS, TUTEURS, ENSEIGNANTS : d’ensemble qui se dégage traduit une adhésion lucide au DES DONNÉES PARTIELLES, MAIS DES programme, une bonne conformité aussi entre les INDICATIONS INTÉRESSANTES. attentes, le discours tenu par les responsables de PQPM et le bilan qui en est tiré par les élèves. Pour juger de la pertinence du programme PQPM, l’avis des élèves est essentiel mais insuffisant. Les autres acteurs du Les réponses aux autres questions de ce bilan des « sortis » programme, les tuteurs, les partenaires et d’abord les lycées, de PQPM permettent d’affiner l’analyse et de conforter ces les familles, l’entourage des élèves sont les cibles secondes premières évaluations. ou indirectes d’un programme qui a pour ambition Les élèves plébiscitent l’équipe de PQPM, en des termes d’essaimer hors de l’ESSEC, de se diffuser, qui a pour souvent très touchants. Tous sauf un se déclarent redevables vocation de faire des élèves de PQPM des noyaux de à PQPM, tous sont prêts à témoigner, s’engagent à tenir transformation, de métamorphisation de leurs entourages, l’équipe informée de leurs parcours, se déclarent disponibles qui a pour espoir d’être utile à des débats sociaux plus larges, pour aider à affiner l’évaluation du programme. Ils sont voire de contribuer à la définition de politiques publiques. En unanimes aussi pour dire que le programme n’a pas d’effets ces domaines, on ne dispose encore que de peu de négatifs sur les résultats scolaires, pas d’impact négatif sur ressources. Les étoffer sera la seconde phase de l’évaluation. les copains, la famille, le lycée41. Cette reconnaissance vis-à- On peut toutefois déjà esquisser quelques pistes. vis du programme et de ses acteurs mesure sa pertinence. Les réponses sont sans ambiguïté, d’autant que l’adhésion est lucide, parfois critique sur des pratiques, des méthodes Les tuteurs : une rencontre. et des apports42. À la question « si c’était à refaire, le referais-tu? » trente-sept répondent « oui » sans hésitation43. Les tuteurs étudiants de l’ESSEC jouent un rôle essentiel Stéphanie, issue de la deuxième promotion, en CPGE à Cergy dans PQPM. Étudiantes et étudiants volontaires de ajoute « avec plaisir! ». Trois de ses camarades seulement ont l’ESSEC, ils assurent par binôme l’encadrement d’un un avis plus mitigé : il est très significatif de voir que ce sont groupe de quatre à neuf élèves, d’un même niveau, venus deux étudiants de CPGE scientifiques parisiennes de grand d’un même lycée, lors des séances d’activités 38 Sur les 215 jeunes recrutés dans les 5 premières promotions, 31 ont abandonné, dont 26 au cours de la 1re année, le plus souvent en tout début de programme. Ils sont alors le plus souvent remplacés par d’autres lycéens volontaires. Certains abandons ont été liés à des déménagements ou des problèmes de santé. 39 Le fait est signalé aussi par les tuteurs – voir infra. La position de principe de PQPM – ne pas faire de soutien scolaire – peut parfois connaître des entorses, en cas de difficultés avérées d’un élève : l’équipe peut trouver des stages de renforcement scolaire pendant les congés. L’intérêt de l’élève prime alors, d’autant qu’il ne s’est agi que de très rares cas individuels. 40 Sur les quarante « sortants » qui ont répondu au questionnaire, 36 répondent à cette question. 41 Cette question visait à vérifier par exemple que le temps consommé par PQPM ne s’était pas fait au détriment de la scolarité. 42 Voir infra les analyses qui portent sur l’efficacité du programme, autre domaine évalué par les questionnaires des « sortis » de PQPM. 43 Sur une échelle de 1 (« non, sûrement pas ») à 5 (« oui sans aucune hésitation »), 34 réponses sont « 5 », 3 réponses « 4 » et 3 étudiants se situent à « 3 » 44 Louis-le-Grand et Saint-Louis, pour ne pas les nommer. 22
    23. 3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ? extrascolaires d’une durée de trois heures le mercredi ou le été tutrice d’un groupe de lycéennes de seconde du lycée samedi. Ils participent aux sorties culturelles et aux visites Simone de Beauvoir. Richesse de l’expérience, découverte d’entreprises, sont disponibles en dehors des séances réciproque, échanges entre jeunes de milieux différents, son prévues pour répondre aux interrogations et inquiétudes analyse résume bien ce que les tuteurs mettent en avant des élèves. Certains d’entre eux deviennent « parrains » à quand ils font le bilan de leur expérience. La pertinence du l’issue de leur année de tutorat, et continueront à suivre et programme ne fait là non plus guère de doutes. Sur les vingt conseiller des élèves sortis du programme. Ils sont au jeunes gens et les dix huit jeunes filles qui ont rempli le cœur même de la démarche, interface entre l’ESSEC, les questionnaire de bilan du tutorat 2006-200746. Ils sont quasi lycéens, les lycées et les familles. unanimes, 36 sur 38, pour dire leur fierté d’avoir participé à Chevilles ouvrières de la formation, ils sont en même l’expérience ; ils sont presqu’aussi nombreux, 34 sur 38, à temps des cibles majeures, car des vecteurs des souhaiter conserver des liens avec « leurs » tutorés, à avoir transformations que PQPM peut et doit apporter à le sentiment d’avoir « bien » ou « très bien » rempli leur l’ESSEC elle-même. PQPM doit les transformer eux aussi, contrat, à affirmer que si c’était à refaire, ils le referaient. dans le sens d’une plus grande connaissance et On trouve des formules fortes, inégalement académiques compréhension de la diversité. Il s’agit de leur donner des parfois. Stéphane, tuteur de seconde, écrit que « PQPM est occasions pour découvrir, comprendre et apprécier des une vraie raison de se la raconter sur des valeurs humanistes jeunes qu’ils n’ont pratiquement jamais côtoyés jusque-là et de solidarité, et que c’est une vraie ouverture sur le Val et qui seront dans leur vie professionnelle future, des d’Oise » ; Charlotte, tutrice de première, avoue que « la clients, des collaborateurs, parfois des supérieurs, du rencontre avec ces jeunes filles d’un autre milieu social me moins on l’espère. On peut même penser que certains faisait très peur » et fait ainsi indirectement le plus beau des d’entre eux, à cause de leur propre passé et de cette compliments à PQPM. expérience s’engageront dans la voie de l’Entrepreneuriat social, une des branches spécifiques de l’ESSEC, même si ce n’est pas l’objectif principal. Ils pourront aussi choisir Proviseurs, professeurs, parents : une de travailler dans le secteur de l’économie sociale, ou tout adhésion indispensable. simplement être plus enclins que d’autres à s’engager sous une forme ou une autre, dans la vie de la cité, en ayant L’avis des proviseurs et des professeurs des lycées développé une conscience citoyenne particulière. partenaires, et pas seulement des professeurs - tuteurs Enfin, par leur enthousiasme et leur exemple, ils associés à PQPM, est pour le programme un élément popularisent auprès des autres étudiants l’un des multiples particulièrement important. L’ESSEC a eu la pertinence de types d’engagement qui sont proposés aux étudiants de situer son programme hors du strict champ scolaire, en l’ESSEC45. Au delà encore, on peut penser que de futurs complément et en appui. Chacun doit rester dans son cadres ont une responsabilité sociale. Dans une France domaine de compétence. Aux lycées ce qui relève du ouverte à la mondialisation, qui perd certains de ses scolaire. À l’ESSEC de mettre en valeur ses domaines de repères traditionnels et doit s’en inventer d’autres, ces compétences spécifiques : le lien avec l’entreprise, la anciens tuteurs seront particulièrement bien placés pour gestion, l’entrepreneuriat social et tous les outils s’engager pleinement, s’ils le désirent, dans les débats et techniques et intellectuels que cela suppose. Aux les nécessaires transformations sociales. Les ambitions ne étudiants sélectionnés par des concours et des procédures sont pas minces, mais elles sont à la hauteur des défis. particulièrement exigeantes et sélectives, les qualités d’expression écrite comme orale, une large culture « Une expérience très enrichissante humainement : bonne générale, l’intérêt pour les questions internationales, humeur et « rigolades » accompagnaient nos séances. l’actualité économique, sociale et politique entre autres. L’échange fut mutuel et j’ai pris la mesure de leur vie de lycéennes. Plus qu’une expérience professionnelle, PQPM Cette division des tâches doit avoir pour corollaire un représente une aventure humaine et humaniste, de partage, travail en équipe, donc des procédures, mais aussi de la d’engagement social concret et enrichissant. Chaque tutorat confiance et des échanges. Les obstacles ne manquent est unique, il est ce que tutorés et tuteurs façonnent, pas. Certains sont culturels, la culture de l’Éducation ensemble, avec du temps et de l’implication ». Anne-Laure a nationale et celle de l’entreprise ne se rapprochent pas 45 Dans une école de gestion, l’engagement dans des associations de toutes natures est un élément de la formation. Il s’agit de favoriser le travail en équipe, de solliciter l’engagement, d’introduire des perspectives éthiques aussi. Il y a une multitude d’engagements offerts, ce qui semble d’ailleurs être un obstacle au développement de PQPM. Le programme, aux dires des tuteurs, est peu visible dans la « masse » des propositions offertes. 46 Fidèle à sa méthode, l’équipe de PQPM a proposé aux 48 tuteurs de 2006-2007 de remplir un questionnaire bilan conséquent. Il y a eu 38 réponses, soit un taux de participation de 80 %. Élabore collectivement par le groupe de pilotage de PQPM, il a été testé et modifié par quatre anciens tuteurs engagés depuis des années dans PQPM. Il repose sur une grille d’analyse comparable à celle des questionnaires « élèves », ce qui permet d’utiles comparaisons, exploitées plus loin. 23
    24. naturellement. D’autres obstacles sont institutionnels. Un et les encouragements qu’ils lui accordent. Ils signent le lycée dépend d’une inspection académique et d’un contrat d’engagement de leur enfant en début de rectorat, est géré par la Région, les enseignants évalués programme, sont conviés à l’ESSEC pour une réunion de par des instances nationales, les corps d’inspection. Le présentation du programme et des tuteurs, sont invités programme ESSEC engage des moyens définis et pilotés aux rencontres conviviales dont la cérémonie de départ, nationalement, mais gérés au niveau de la mission ville de sont contactés par l’équipe PQPM en cas de difficultés la préfecture… et l’on pourrait encore identifier47 d’autres particulières ou, par exemple, pour partager des intervenants publics, sans oublier les entreprises privées questionnements sur l’orientation, faire comprendre et partenaires. D’autres enfin sont matériels, les contraintes adhérer à des choix qu’ils ne connaissent pas, ne des emplois du temps, plus encore les distances48, les comprennent pas, qui leur font peur. En sens inverse, des déplacements, le fait encore que les élèves de PQPM sont parents prennent très vite l’habitude de s’adresser à dans des classes différentes bien sûr et ont pour tuteurs l’équipe de PQPM, de se déplacer aussi à l’ESSEC en cas de des professeurs qui, le plus souvent, ne sont pas les leurs difficulté ou de questionnement : c’est une preuve de en classe. réussite du programme, même si cela contraint encore un Ce rapide survol de quelques-uns des obstacles à peu plus les emplois du temps. surmonter incite à penser que la fidélité des lycées à PQPM, son extension à d’autres lycées, la très grande stabilité et l’engagement des professeurs – tuteurs, sont autant de marques indirectes de l’efficacité de PQPM. Le L’EFFICACITÉ DE PQPM programme doit « faire ses preuves » auprès de professeurs dont le premier réflexe, légitime, est souvent de penser Il s’agit ici d’évaluer le degré de transformation des que l’École devrait être capable de faire fonctionner élèves et de leur entourage, métamorphose et l’ascenseur social sans aide extérieure, que c’est son métamorphisation. devoir et son honneur ; un complément offert par d’autres, dans une coopération bien comprise et soucieuse des intérêts et des devoirs de chaque partenaire peut et doit IMAGES ET REPRÉSENTATIONS : CE QU’IL FAUT apparaître comme une chance supplémentaire pour les D’ABORD CHANGER. élèves, pas comme une concurrence ou pire une prothèse. Les proviseurs, en ce domaine comme pour le reste du « Aider chaque élève à aller au plus loin de ses capacités fonctionnement des établissements, jouent un grand rôle. dans la voie qui est la sienne ». La formule est répétée dans De leur soutien à PQPM, en face de tant d’autres charges, tous les documents de PQPM, de même d’ailleurs qu’elle parfois des sollicitations d’autres programmes dépend figure dans la « Charte pour l’égalité des chances dans largement le succès à terme du programme. On peut noter, l’accès aux formations d’excellence49 ». Ni programme de comme un signe très positif, l’émotion de certains pré-recrutement pour l’ESSEC ou pour tout autre grande proviseurs lorsqu’ils apprennent ce que sont devenus école, ni programme de soutien scolaire50, PQPM veut certains de leurs anciens élèves, lorsqu’ils les voient d’abord transformer l’image que les élèves se font d’eux- capables de s’exprimer avec aisance devant tout un mêmes, de l’enseignement supérieur, de leur avenir, de amphithéâtre lors des cérémonies de fin de programme : leur place dans la société, de celle d’un jeune de banlieue peu de quantifiable, des impressions et des témoignages dans une société française ouverte et diverse. La logique forts. est comparable pour les étudiants-tuteurs de l’ESSEC. Il Les parents d’élèves enfin jouent un rôle aussi discret s’agit d’abord de transformer l’image que les étudiants se qu’essentiel dans la réussite de leurs enfants et donc le font de publics inconnus, de cette nébuleuse vague et succès du programme. Du point de vue institutionnel, par présupposée inquiétante que l’on range sous l’étiquette les procédures, l’ESSEC souhaite vraiment associer les trop commode, trompeuse et injuste de « jeunes des parents, qu’ils positionnent comme les premiers acteurs de banlieues ». la réussite d’un jeune, surtout par le regard de confiance Ces mécanismes de transformation des images, des 47 Les projets acceptés au niveau national par la DIV sont ensuite mis en œuvre localement par les préfets, avec parfois des liaisons nécessaires entre la préfecture de région, la préfecture de département, le préfet délégué à la ville ou à l’égalité des chances là où il y en a, sans oublier le rectorat et l’inspection d’académie. 48 Il s’agit là d’une contrainte majeure. Une part importante des budgets est consacrée aux transports entre les lycées partenaires et l’école. C’est une contrainte lourde qui empêche de signer des conventions avec des lycées intéressés mais trop loin. La mise en place de stages pendant les vacances scolaires apparaît alors comme une voie prometteuse, permettant d’élargir les partenariats et aussi d’essayer d’autres pratiques pédagogiques, et enfin de jouer davantage sur les effets de groupe. Une expérimentation de ce type devrait être menée dans les prochains mois, avec de nouveaux lycées, géographiquement éloignés de l’école. 49 Charte signée le 17 janvier 2005, puis mise en œuvre par la circulaire de la Délégation interministérielle à la Ville du 22 août 2005. 50 Il y a pour cela d’autres programmes, celui de l’Éducation nationale « 100 000 étudiants -, 100 000 tuteurs », ou encore des associations très actives comme Tremplin ; d’autres établissements d’enseignement supérieur ont choisi de mettre en place des programmes de ce type, ou mixtes parfois : voir plus loin. 24
    25. 3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ? mentalités et des comportements sont au cœur de la deux, le goût pour l’actualité internationale (60 % des démarche de PQPM. On cherche donc à évaluer des entrants comme des sortants disent s’y intéresser) et la métamorphoses et des métamorphisations aussi, puisque lecture55, autour de 60 %. le pari du programme est que ces transformations se Dans le même temps, l’intérêt pour le sport et le temps propageront, de proche en proche, à l’ESSEC, aux autres passé devant la télévision reculent. Au contraire deux lycéens des lycées partenaires, à leurs camarades, à leur fois plus d’élèves s’intéressent à l’actualité en général entourage familial, aux territoires et enfin, au-delà, à la (Passage de 40 % à 80 %), l’actualité économique en société. On peut aujourd’hui tracer, plus ou moins particulier (de 20 % à 40 %). Deux fois plus d’élèves fermement, les contours de ces transformations, en déclarent après PQPM avoir du plaisir à apprendre (80 % sachant que la métamorphisation reste un pari guère des sortants) et se sentent sûrs d’eux (près de 50 % des évaluable aujourd’hui, car elle demandera du temps. sortants). Enfin, fréquentation des musées, du théâtre, intérêt pour l’actualité politique sont des découvertes liées au programme, tandis que l’usage du micro-ordinateur se LES ÉLÈVES : UNE MÉTAMORPHOSE. généralise (100 % contre seulement 30 % au départ). Élève de la seconde promotion de PQPM et étudiante en Le plus spectaculaire a trait à la culture : à l’entrée dans BTS de commerce international, Denise synthétise ce qu’a PQPM, seul un élève sur deux répond qu’il est important été pour elle l’apport du programme « PQPM m’a rendue d’être cultivé, contre la totalité des sortants ; à la ambitieuse du point de vue scolaire, même si je pars avec un question « Es-tu cultivé ? » seulement ¼ des sortants handicap par rapport aux enfants de cadres, du point de vue répond « oui », les autres plutôt « moyennement », mais à culturel ». l’entrée une seule des 198 élèves avait répondu « oui ». En Lorsqu’on compare les questionnaires remplis par les pourcentage l’évolution est spectaculaire. Encore faudrait- élèves à leur entrée dans le programme et à leur sortie51, il bien sûr savoir ce que les uns et les autres mettent sous on s’aperçoit que cet avis est très représentatif de les termes de « culture » et « cultivé », mais on peut lire l’ensemble. une double prise de conscience : - l’importance que joue la culture pour la vie professionnelle Leurs réponses indiquent de très nets changements sur et les études ; plusieurs aspects. Si l’on compare les réponses qu’ils - l’importance d’un certain retard culturel persistant56, donnent aux dix-neuf questions qui portent à la fois sur la d’autant plus sensible sans doute que la fréquentation de perception qu’ils ont d’eux-mêmes52, leurs pratiques PQPM et particulièrement les échanges avec les tuteurs, les culturelles53, leurs centres d’intérêt pour l’actualité54, on sorties culturelles, ont donné à voir ce qui était « attendu » note que, pour un indicateur sur deux, 10 sur 19 dans le supérieur57. exactement, il y a de très nets changements, de plus 80 % à plus de 400 % de taux d’évolution suivant les questions. Au-delà de la froideur vaguement et faussement rassurante des chiffres, les élèves disent leurs En revanche, les changements sont faibles pour 5 transformations. « J’ai beaucoup changé et mûri grâce à indicateurs. Ce qui ne change pas ou peu ? Le sens de vous » écrit Khalil ; Sang-Hyan58 constate que le l’effort (partagé par 70 % des entrants comme des programme l’a « vraiment touché et influencé », et Khalil sortants), la persévérance (80 %), mais aussi la encore écrit que « PQPM permet aux lycéens de se fréquentation des cinémas, habituelle pour un élève sur débarrasser de ce nuage qui les empêche de voir le plus loin 51 On disposait en juin 2007 de 198 questionnaires « entrants », remplis par les élèves candidats au programme et retenus depuis 2002 et de 40 questionnaires « sortants » de PQPM. Les questionnaires entrant et sortant reprennent le plus souvent les mêmes rubriques, dans les mêmes termes, ce qui permet la comparaison et l’analyse des transformations pendant les trois années de PQPM. 52 Es-tu curieux ? As-tu du plaisir à apprendre ? As-tu le sens de l’effort ? Es-tu persévérant ? Es-tu sûr de toi ? 53 Est-ce important d’être cultivé ? Es-tu cultivé ? Nombre d’heures hebdomadaires passées devant la télévision ? Fréquentation des musées ? des théâtres ? du cinéma ? Aimes-tu lire ? T’intéresses-tu à l’actualité ? Quel usage fais-tu du micro-ordinateur ? 54 T’intéresses-tu à l’actualité politique ? Économique ? Sportive ? Internationale ? Aux sujets de société ? 55 Il faut être bien conscient que ces questions « simples » cachent de redoutables incertitudes sur les définitions. On s’aperçoit ainsi, à lire les fiches que l’actualité « people » est souvent considérée comme faisant partie de l’actualité internationale… de même, « lecture » ne signifie pas forcément œuvres classiques ou même livre. 56 Il ne s’agit pas là d’un retard « absolu » - qui pourrait le mesurer et surtout le décréter ! - mais d’un « retard » par rapport au type de références culturelles utiles pour des études supérieures, au moins pour les examens et concours tels qu’ils sont. 57 Lorsque l’on demande aux jeunes entrants dans PQPM de définir « la culture », ils en ont une vision souvent double : c’est ce qui sert à dialoguer avec d’autres, en particulier d’autres milieux ; c’est ce qui est utile dans la vie professionnelle future. La culture est envisagée comme un outil, un moyen pour réussir, s’intégrer, pas comme une valeur en soi ou un plaisir. 58 Seconde promotion, en MPSI au lycée Charlemagne à Paris. 25
    26. possible ». Il n’est pas douteux que le programme septembre 2007, une professeure d’un des lycées transforme les élèves de façon nette et que les élèves en partenaires déclare : « Je ne savais pas qui dans mon lycée ont conscience et le mesurent. Cette transformation ne se suivait le programme ; maintenant que je sais qui sont les fait pas ex nihilo. Les élèves candidats à PQPM ont de élèves concernés60, je ne m’étonne pas des bons résultats du bonnes qualités scolaires. Ils sont volontaires, programme, car ce sont des bons élèves, motivés et ouverts ». persévérants, lucides aussi sur leurs handicaps, à la fois Sans aucun doute, mais cela fait partie du cahier des personnels, sociaux et spatiaux : l’une évoque l’écart qui charges de PQPM et pourrait démontrer que la procédure de la sépare « d’une fille de médecin », un autre évoque « les recrutement a été pertinente, que le programme a su attirer enfants des cadres », un troisième compare son lycée et les celles et ceux pour qui il a été conçu, l’engagement dans le « lycées parisiens ». Ils ont la volonté de s’en sortir, à programme se faisant sur la base du volontariat. toutes les acceptions du terme. Ouverture apparaît L’analyse des résultats scolaires, de leur inégale comme le mot-clé pour résumer ce qu’ils attendent de progression, celles des résultats au baccalauréat, des PQPM et ce qu’ils disent en avoir retiré. Les élèves sont mentions éventuellement obtenues, des demandes faites plus curieux, plus ouverts encore sur le monde en général, pour le postbac, de la satisfaction ou non de ces vœux, tout sur la culture. Ils ont renforcé leur goût pour les études, cela constitue un bloc de données importantes, découvert ou affirmé le plaisir d’apprendre, ont un indispensables pour approcher l’efficacité de PQPM. Ces meilleur maniement de l’informatique, une aisance orale indicateurs ne sont pas suffisants, pas toujours aussi tout à fait remarquable. Ils avaient des capacités de pertinents qu’on pourrait le souhaiter non plus. Ils ne sont travail, d’intérêt, de curiosité, ils les ont amplifiées. Ils pas plus capables par exemple de mesurer la plus-value étaient lucides sur leurs handicaps mais ils ont vaincu le apportée par PQPM. Privilégier des indicateurs très visibles, blocage majeur de l’autocensure. Ils restent lucides, comme par exemple les mentions au baccalauréat ou les conscients des difficultés qui les attendent. C’est d’ailleurs entrées en CPGE ou dans les prépas intégrées, risquerait un atout pour eux et un « bon point » pour PQPM, à d’induire des effets pervers. Dans un contexte, parfois, de condition de les aider encore à prendre davantage concurrence entre projets61, dans le cercle pas confiance et pour cela assurer un suivi post-bac. obligatoirement vertueux qui relie la notoriété d’un programme, sa capacité à attirer des partenaires, à mobiliser des moyens et donc en bout de chaîne son QUELLE EST LA PART QUI EN REVIENT À PQPM ? efficacité62, il peut être tentant de privilégier les résultats les plus emblématiques, « visibles » et pour cela infléchir les Si les transformations sont incontestables, que doivent- procédures de recrutement et/ou la conduite des opérations elles au programme ou à d’autres facteurs : l’évolution d’accompagnement. rapide des adolescentes et des adolescents ? L’apport, que Les élèves qui ont suivi PQPM ont leur propre avis sur l’on sait premier, du lycée ? Ont-elles été suffisantes pour l’apport « scolaire » de PQPM. Ils sont unanimes pour dire assurer aux élèves le succès qu’ils espèrent, qu’on leur a fait que PQPM n’a pas eu d’impact négatif sur leurs résultats espérer ? À cette seconde question, question centrale, il est scolaires, ce qui après tout n’était pas aussi évident que cela impossible de répondre aujourd’hui, même si tous, et quand on prend en compte le nombre d’heures que surtout ceux qui sont engagés depuis cinq ans dans le représente PQPM, ce que soulignent d’ailleurs des élèves. programme, sont impatients de le savoir. Pour certains PQPM a eu un effet positif indirect : À la première question, il est et sera toujours difficile de « participer à PQPM m’a soutenu quand les résultats scolaires répondre de façon vraiment précise. Il faudrait disposer n’étaient pas au niveau attendu », ou encore « lorsque je d’outils pour comparer les transformations des élèves de perdais courage, le programme m’a remotivé » dit Juliana, PQPM avec celles de leurs camarades59. Il sera par contre seconde promotion qui termine son BTS de commerce impossible de savoir ce qu’aurait été l’évolution des élèves international. Nathalie, première promotion, en CPGE à de PQPM s’ils n’avaient pas intégré le programme. Invitée à Cergy, apporte une précision : « PQPM n’a pas eu d’impact une réunion d’information sur PQPM à l’ESSEC en sur mes notes, mais sur ma personnalité ». Globalement, les 59 Une conseillère d’orientation a engagé une étude, à partir de tests, pour mesurer l’ambition des élèves de PQPM comparée à celle de leurs camarades à l’entrée dans le programme. Ce travail devrait en 2008 être renouvelé, cette fois à la fin du programme : on devrait y trouver des éléments intéressants de comparaison. 60 Il n’y a que quelques lycéens par lycée et ils ne sont pas tous dans les mêmes classes, ce qui explique cette remarque. 61 La concurrence est au moins double. Dans les lycées partenaires d’abord : dans les procédures actuelles, un établissement du supérieur qui veut monter une opération de soutien ne s’adresse pas au lycée de son choix. Ce sont les services académiques et départementaux qui lui indiquent des lycées éligibles, choisis en fonction d’une batterie d’indicateurs statistiques. On comprend bien le souci de l’Éducation Nationale de ne pas perdre ses indispensables prérogatives, le souci aussi, très présent, d’être le plus juste possible. Le même lycée peut alors être sollicité par plusieurs établissements du supérieur, pour des programmes plus ou moins différents ce qui introduit une « concurrence » peu satisfaisante : les lycéens éligibles ne sont pas en nombre indéfini. Un lycée proche, au profil finalement assez comparable peut, lui, n’être éligible à rien… À cela peut s’ajouter aussi une forme de concurrence entre établissements du supérieur porteurs de projets, et ce avec d’autant plus de probabilité que le projet de soutien est mis en avant par l’établissement et qu’il faut donc des résultats visibles. 62 L’ampleur des moyens matériels et humains disponibles ne garantit pas et ne résume pas le succès, mais elle y contribue. 26
    27. 3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ? avis des élèves sont partagés : pour 1/3 d’entre eux, PQPM la Chaire d’Entrepreneuriat Social ne manque pas de n’a pas eu d’effet sur leurs résultats et leurs méthodes de travail. travail, 1/3 ont l’avis inverse et 1/3 sont entre les deux. Il faudra croiser de plus près ces réponses avec le profil On retrouve donc chez les lycéens comme chez les étudiants scolaire mesuré par les moyennes et les résultats : il semble tuteurs, le mélange d’enthousiasme et de lucidité. Entre ces bien que l’apport « scolaire » (méthode de travail, deux groupes de jeunes, PQPM a créé une très forte expression écrite) soit fort pour les élèves plutôt les moins alchimie. À l’évidence l’un des succès les plus grands et les brillants scolairement et faible pour les plus brillants, une plus prometteurs du programme se trouve dans cette conclusion déjà évoquée. Même si PQPM n’a pas vocation au rencontre, cet enrichissement mutuel, cette double soutien scolaire, l’amélioration de certains apports découverte. Les élèves sortis de PQPM gardent des liens très méthodologiques devra être envisagée dans les inflexions et forts avec leurs tuteurs et la réciproque est vraie. Au-delà perspectives d’évolution. Au total, 1/3 des élèves pense d’eux, ce qui transparaît, c’est la découverte de l’ESSEC, qu’il aurait peut-être fait le même choix d’orientation sans d’une école, du monde étudiant. Les anciens laissent souvent PQPM, les deux autres tiers étant d’un avis plus neutre ou poindre de la nostalgie lorsqu’ils évoquent « les étudiants », contraire. Ce n’est pas du côté « scolaire » qu’il faut donc « les couloirs de l’ESSEC » et en particulier « le couloir des chercher une éventuelle métamorphose, mais bien plutôt associations », « l’ambiance de l’école », « les associations ». dans une ouverture sur d’autres réalités et la perspective Il y a bien eu un double changement d’image. Si Nathalie – d’autres possibles, entre autres grâce à une rencontre très première promotion, dans une prépa intégrée d’école de forte, avec les tuteurs. gestion – est fière « d’avoir montré un autre visage des jeunes, même s’ils proviennent de banlieue et d’un milieu modeste », Isabelle, première promotion, à l’université de LES TUTEURS : ENTHOUSIASME ET LUCIDITÉ. Cergy, avoue que « les gens autour de moi me disent que les étudiants de l’ESSEC sont des petits snobs - en fait ils disent Si PQPM a pour ambition de changer l’avenir des élèves, en des choses beaucoup plus grossières – des gosses de riches, des leur révélant leurs possibilités, il a aussi pour objectif de gens qui ont tellement travaillé en prépa qu’ils sont devenus transformer les étudiants tuteurs de l’ESSEC et au-delà fous en entrant à l’école ». Juliana écrit « Ce qui m’a frappé à d’eux, à terme et avec des espoirs mesurés, l’institution l’ESSEC, c’est la tranquillité des gens qui y séjournent et puis l’entreprise et la société. semblent être si sûrs de leur avenir » : la formule en dit long À étudier les réponses que les étudiants tuteurs donnent sur les deux milieux et l’intérêt essentiel de les rapprocher. dans les questionnaires de bilan, on voit que cet objectif est largement atteint. Là aussi l’unanimité est souvent la règle. Tous sont heureux de l’expérience et la trouve LES ENTOURAGES : POUR LE MOMENT, enrichissante. Elle les a souvent transformés, a SURTOUT LES FAMILLES transformé leur regard sur ces jeunes différents d’eux. « J’ai découvert des gens géniaux, c’est une leçon de vie et L’impact sur les entourages est encore difficile à évaluer, d’humilité » : la formule d’Alexandre, tuteur de classe de faute de recul mais aussi de données. première, est forte. Ils ont le sentiment d’avoir bien ou très bien rempli leur contrat (31 tuteurs sur 38) ; pour Du côté de l’ESSEC, aucune étude n’a encore été menée. cette tutrice de seconde, c’est aussi « avoir prouvé par des Les tuteurs regrettent parfois que PQPM ne soit pas assez actes la sincérité de mes convictions ». Ils sont la même connu – avant même d’être reconnu – à l’ESSEC. Le soutien écrasante majorité à penser que cette expérience est « un de la Direction de l’école et du Groupe est important et ne plus dans leur formation de manager » : le succès, la s’est pas démenti ou affaibli. Il est trop tôt pour mesurer longévité de PQPM, sa légitimité dans l’ESSEC, son pouvoir l’impact sur les personnels, le corps professoral, et sur de métamorphisation tiennent aussi à cela. l’image et le renom de l’ESSEC parmi les autres écoles En revanche, à la question « Est-ce une expérience françaises et internationales de management. Cela passe valorisante sur un CV, pour un entretien, dans ta carrière ? » par des publications scientifiques, encore à venir. PQPM les réponses des tuteurs se répartissent en trois tiers. Seul ouvre aux débats sur la ville, les quartiers, la 1/3 des tuteurs pensent que cette expérience sera gouvernance ; en filigrane, la question profondément « beaucoup valorisée ». Penseraient-ils que chez les nouvelle et dérangeante en France de la prise en compte professionnels du recrutement, dans les institutions ou non de la diversité des origines ; en arrière-plan des économiques ce type d’engagement n’est pas ou pas débats politiques et sociaux sans doute en plein devenir. encore pris en compte à sa juste valeur ? Ils pointent là l’un des défis de PQPM vis-à-vis cette fois du monde des Les lycéens sont unanimes pour dire que PQPM n’a eu entreprises, mais aussi de la société dans son ensemble : d’impact négatif ni sur le lycée, ni sur les copains. Ils 27
    28. sont beaucoup plus hésitants sur d’éventuels apports recrutement social du lycée a un rôle majeur. PQPM positifs. Ils sont deux fois plus nombreux à dire que PQPM apparaît ici comme un révélateur, partiel bien sûr, du n’a pas eu d’impact positif sur leurs copains qu’à penser le fonctionnement global, des équilibres internes, bref de la contraire. Dans le détail des questionnaires on trouve des personnalité propre de chaque établissement. PQPM avis partagés. Certains soulignent un effet semble réussir particulièrement bien dans les lycées où d’entraînement. Dans la première promotion, Caroline, en l’implication des équipes est forte et la présence prépa intégrée dans une école de commerce en province, d’élèves issus de milieux défavorisés importante. est affirmative mais prudente « Je parlais à mes copains du programme, cela les enthousiasmait et cela a pu les pousser Les conclusions sont en revanche de nouveau unanimes à agir différemment » ; Marie-Claire est très mesurée : lorsque l’on évoque l’impact de PQPM sur les familles. À « Certains de mes camarades me posaient des questions, la question « Tes parents ont-ils adhéré à ton projet quand les études en école de commerce les intéressaient » ; d’études ? », tous répondent « oui ». Cette adhésion n’est dans la seconde promotion, Jocelyne, en IUT, est pas toujours immédiate, par exemple pour Lydie, de la catégorique : « aucun impact », tandis que Christophe – première promotion, qui a choisi une formation artistique. MPSI dans un grand lycée parisien constate : « Certains de Cette adhésion n’était pas d’emblée acquise. Marie Odile mes camarades ont regretté de ne pas suivre le programme, décrit « Mon parcours est atypique dans mon entourage malheureusement, ils s’en sont rendus compte en (famille ou amis). Personne n’a fait un choix similaire au terminale ». À l’évidence, la situation évolue en effet en mien, ce qui a été effrayant pour eux. Ils n’ont compris que terminale, à un moment où les élèves sont confrontés tardivement mon choix63 ». Les frères et sœurs apparaissent concrètement, directement, à leur avenir professionnel : souvent, pratiquement une fois sur deux, comme des Amine pense que « les stratégies de choix de CPGE apprises « cœurs de cible » pour PQPM. Stéphanie, deuxième à PQPM ont joué pour les autres lycéens », Guillaume, promotion, CPGE à Cergy, illustre cela : « Mon frère a deuxième promotion MPSI au lycée Michelet et qui a découvert PQPM, a été très intéressé et a voulu y aujourd’hui intégré une grande école d’ingénieurs, participer ». Le frère de Mohamed, deuxième promotion, apprécie « le fait que l’on ait été poussé à demander des Université de Cergy en « cursus prépa » « est tombé sous CPGE de lycées réputés ». Participer au programme fait le charme des avantages ». Plus encore la jeune sœur de d’ailleurs naître des sentiments contradictoires chez les Juliana, 12 ans, « a une réelle envie d’apprendre et elle veut camarades de lycée. Pour Isabelle, première promotion, être meilleure que moi. Elle n’imagine plus son avenir sans « Pour les copains, on est devenu une sorte d’élite, être de grandes études, déjà à son âge ». Les effets ne sont sélectionné pour l’ESSEC forcément ça en jette » et elle pourtant pas univoques : « Mes parents ont mis la pression ajoute « Il fallait du courage pour faire ces heures sur mes frères pour qu’ils participent au programme. L’un supplémentaires » ; Marie Odile, seconde promotion qui n’a pas trop apprécié, l’autre en est très content » signale étudie les sciences politiques dans une université anglaise, Isabelle. note « des jalousies chez ceux qui ont tenté PQPM et n’ont Les transformations sont évidentes, même si l’on ne sait pas été retenus ». Un tuteur de seconde signale « ils ont pas toujours mesurer ce qu’elles doivent directement au parfois des difficultés dans leur lycée, des moqueries des programme. Le processus de métamorphisation est autres, ils acceptent mal leur image de tête de classe ». beaucoup plus discret, au-delà du cercle familial, mais Visiblement, les cas sont très différents, en fonction de la c’est le pari le plus osé, incertain et qui, de toute façon, personnalité de chaque lycéen, mais aussi de la classe et demande du temps, de la continuité, du volontarisme. On du lycée. perçoit une possible contradiction : il faut laisser du temps Un effet lycée semble jouer, résultat de multiples à PQPM ; il faut que le programme fasse rapidement la facteurs. Il dépend d’une part de l’importance que l’équipe preuve de son efficacité. de direction de l’établissement accorde à PQPM, sa politique générale, l’implication ou un certain retrait de l’équipe enseignante, la présence de telle ou tel professeur-relais, particulièrement convaincu, actif et charismatique. D’autre part, il est évident que le 63 Son frère aîné, trente ans est étudiant, futur éducateur spécialisé ; sa sœur de 27 ans est secrétaire ; son autre sœur, 26 ans « sans profession ». 28
    29. 3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ? L’EFFICIENCE DE PQPM Plus de moyens, car plus de partenaires, un étoffement modéré de l’équipe PQPM, de nouvelles actions au lycée et de plus en plus dans le postbac : la montée en puissance de Il s’agit d’évaluer ici la capacité de PQPM à mobiliser PQPM se poursuit, sans accroc. énergies et capitaux et l’utilisation qui est faite de ses ressources. La dépense effective par élève pour le noyau de PQPM tend donc à diminuer en réalité. Restent des questions sans Le programme PQPM représente une mise de fonds réponse. Le programme est-il trop coûteux? Pourrait-on faire importante64. Au départ du projet, la dépense était de aussi bien avec moins? Les sommes ne seraient-elles pas plus l’ordre de 2 000 euros par élève et par an, financée efficaces si on les investissait dans d’autres actions, par sensiblement à 50 % par la Délégation Interministérielle à exemple du soutien scolaire organisé dans les lycées? On est la Ville, l’autre moitié étant prise en charge par l’ESSEC et là dans le domaine des convictions et des choix politiques au ses partenaires. Aujourd’hui, la part de la DIV est passée à sens le plus large et noble du terme, en l’absence de toute 40 %, et avec un coût par élève identique, le programme comparaison objective possible. Ces derniers viendront, s’est diversifié, offrant de nouveaux services et touchant partiellement, en leur temps. un public plus large. La phase de démarrage et de mise en Les résultats de PQPM ne pourront se mesurer vraiment place étant désormais achevée, on fait plus avec la même que dans quelques années à l’entrée dans la vie somme. Cela suppose de pouvoir mobiliser au-delà du professionnelle des anciens lycéens d’abord, au déroulement soutien de l’ESSEC, des entreprises partenaires de façon de leur carrière ensuite. Les comparaisons ne devront pas importante et croissante. C’est fait. Le programme non plus perdre de vue le périmètre des actions de PQPM. Au- poursuit son développement suivant différents axes, en delà des élèves eux-mêmes, l’objectif est de changer aussi les fonction des besoins identifiés au fur et à mesure : entourages et d’abord les lycées et l’ESSEC. La mesure de ces L’ESSEC a mis en place des actions nouvelles pour effets-là devra aussi faire partie du bilan. Les tuteurs par renforcer le contenu pédagogique du 1er cercle, comme exemple sont marqués très positivement par leur expérience. par exemple un séjour à l’étranger, la pratique de On peut espérer que ces jeunes, très bientôt dans la vie l’anglais étant essentielle et les possibilités des familles active, à des postes de responsabilité, auront dans les en ce domaine très réduites. entreprises une attitude autre, plus ouverte et plus Le projet PQPM postbac a été mis en place pour accueillante, vis-à-vis des jeunes venus des « quartiers » : répondre aux besoins des lycéens au-delà du l’action de transformation voulue par PQPM peut se baccalauréat. Ce point sera repris plus loin. traduire de façon très nette et rapide. L’essaimage du programme est bien lancé via le groupe ouverture sociale de la CGE et le pôle ressources L’efficience de PQPM se mesure donc aux ouverture sociale créé par la CGE et la DIV. approfondissements, aux extensions successives du PQPM concerne désormais chaque année à l’ESSEC programme, à la diffusion des outils, des méthodes, des environ 160 lycéens accompagnés de façon très intense, principes, à des actions complémentaires et à la mobilisation dit « premier cercle ». Mais PQPM veut aller plus loin. d’énergies nouvelles. Aujourd’hui, des actions volontaristes ont été mises en place pour impacter plus largement l’ensemble des communautés éducatives et des jeunes scolarisés dans LE PROJET « POSTBAC » les lycées partenaires et sur le territoire. Ainsi, après une année d’expérimentation, l’ESSEC a maintenant Le projet PQPM Postbac permet d’illustrer cette dimension. engagé un programme nouveau, dit « deuxième Initialement, il n’était pas prévu de poursuivre cercle », accueillant désormais, au-delà des lycéens l’accompagnement des jeunes au-delà du bac. L’hypothèse « PQPM », tous les lycéens intéressés par les faite était qu’après la Terminale, les jeunes seraient armés thématiques proposées, le plus souvent liées à pour poursuivre leur chemin, forts d’une ambition l’orientation et à la découverte de l’enseignement nouvelle. supérieur et des milieux professionnels (voir plus loin). 64 Pour l’année 2006, la dernière pour laquelle on dispose à ce jour des chiffres définitifs, la DIV a versé 558 500 euros pour des projets de type PQPM qui concernaient 1 119 jeunes soit une dépense moyenne de 700 euros par lycéen et de 9 euros de l’heure par élève. Les prévisions pour 2007 sont du même ordre : une subvention d’un peu plus d’un million d’euros pour un nombre prévisionnel de 1658 élèves – chiffre qui serait dépassé à ce jour - soit environ 630 euros. La campagne 2007-2008 commence en janvier 2008 par le recrutement dans chaque école de sa nouvelle promotion de lycéens de seconde. 29
    30. La réalité du terrain a rapidement montré qu’il était temps stricts et chargés), le niveau d’exigence n’est plus le nécessaire de poursuivre l’accompagnement pour que même qu’au lycée66, le rythme des devoirs est élevé, la l’ambition devienne réussite. En effet, des problèmes notation, calée sur les exigences des concours des grandes concrets de plusieurs natures se sont posés : Écoles, souvent plus rude. Les ex PQPM risquent d’être plus difficultés financières, que d’autres désarçonnés : il faut pouvoir leur apporter difficultés psychologiques, une aide technique, intellectuelle et morale, ce qui difficultés pratiques quant à la poursuite du projet suppose une mobilisation large67. Elle se dessine dans le professionnel de certains étudiants. Groupe Ouverture Sociale, entre autres en lien avec la Aujourd’hui l’action postbac prend logiquement de Conférence des Classes Préparatoires, une émanation des l’ampleur. Cela passe par la recherche d’aides au associations de professeurs des CPGE, et l’APLCPGE, financement des études : bourses d’études, jobs d’été. Les Association des Proviseurs des Lycées à Classes stages procurent des ressources et permettent d’ajouter Préparatoires aux Grandes Écoles. une ligne sur le futur CV, ce qui sera perçu comme un « plus » par les futurs employeurs. En ce domaine, l’ESSEC Plus largement, la question du tutorat pré et postbac est s’appuie sur des partenaires, entreprises et fondation inscrite au cœur des analyses et des impératifs actuels : d’entreprises, dont certaines très fidèles puisque associées elle apparaît comme une extension indispensable des maintenant depuis 3 ans. programmes de soutien. L’équipe PQPM apporte dans ces débats son expérience et ses idées. La réussite dans le postbac suppose aussi que les anciens lycéens de PQPM trouvent des interlocuteurs en cas de difficultés : aujourd’hui, ils ont tous un « parrain L’ESSAIMAGE DE PQPM PARTAGE », qu’ils ont choisi parmi leurs anciens tuteurs et qui est là pour les écouter, les aider. L’association L’ESSEC est devenue l’interlocuteur privilégié de la PARTAGE65 a été créée il y a deux ans par d’anciens tuteurs Délégation Interministérielle à la Ville pour les projets de l’ESSEC. Elle est amenée à évoluer rapidement pour d’aides éducatives pour les jeunes à bon potentiel issus des accueillir dans son bureau des anciens étudiants-tuteurs quartiers urbains en difficultés. L’ESSEC joue ainsi un rôle d’autres écoles. PARTAGE organise chaque année deux central dans la diffusion des initiatives et des pratiques, Journées Partage Inter-écoles, journées d’informations, par l’intermédiaire de la Conférence des Grandes Ecoles68 de rencontre, de partage d’expériences, de débats sur les et de l’une de ses structures, le Groupe ouverture sociale enjeux et les méthodes de tutorat. L’association se (GOS). Ce groupe a été mis en place par Christian Margaria, structure au niveau national et veut créer des espaces président de la CGE en janvier 2005, au lendemain de la d’échanges permanents pour rassembler des bonnes signature de la Charte. L’animation du groupe a été confiée à pratiques et des idées nouvelles inspirées de ce qui se Thierry Sibieude et Chantal Dardelet, compte tenu de leur passe dans les différentes écoles impliquées dans des expérience dans ce domaine acquise à l’ESSEC à travers dispositifs de type PQPM. Elle est en phase de diffusion au PQPM. Le GOS s’est doté d’un « pôle ressources69 » niveau national. La filiation avec les principes de PQPM est permettant de déployer des actions et outils d’envergure sur claire : mise en commun des bonnes pratiques, recherche le sujet. Aujourd’hui, une centaine d’écoles de la CGE se critique et prospective d’approfondissements, partir de disent engagées à un degré ou à un autre dans l’ouverture l’expérience et du local pour aller vers le général et le sociale. Quatre vingt quinze sont en lien avec le Groupe théorique. Ouverture Social. Cinquante-sept écoles ont effectivement mis en place un projet en direction des collèges ou des Les classes préparatoires demandent à tout étudiant un lycées. Trente de ces écoles70 ont un projet « de type DIV », effort de plus en plus fort d’adaptation. Si l’on reste dans c'est-à-dire financé par la DIV car il reprend les principes de un cadre connu (le lycée, des classes, des emplois du base de PQPM : critères sociaux, absence de voie réservée et 65 Parrains et tuteurs actifs des grandes écoles. La dernière Journée de partage inter-écoles PI, en novembre 2007 a réuni, malgré les aléas liés à la grève des transports, une centaine d’étudiants-tuteurs représentant 29 grandes écoles, de gestion, d’ingénieur et des Écoles normales supérieures (notamment l’ENS- LSH de Lyon). 66 C’est vrai pour toutes les voies du supérieur, universitaires ou non. C’est le passage entre exigences du secondaire et exigences du supérieur qui est difficile. 67 Un très vaste chantier s’esquisse. Ni les CPGE, ni surtout les concours des Grandes Écoles qui les pilotent n’échapperont sans doute à une analyse critique de leurs exigences et de leurs méthodes. Il ne s’agit pas de « baisser » le niveau d’exigence, mais de savoir ce qu’il faut exiger et surtout comment, par quels types d’exercices et de programmes y parvenir. Des écoles, des inspecteurs généraux, des universitaires, différents experts commencent à nourrir ce débat. 68 La Conférence des Grandes Écoles, CGE, créée en 1973 par 13 écoles, compte aujourd’hui 226 membres actifs, en majorité des directeurs de grandes écoles d’ingénieurs, de management et d’autres établissements de haut enseignement. 69 La DIV a signé une convention avec la CGE sur l’ouverture sociale des établissements d’enseignement supérieur, intégrant la mise en place d’un « Pôle ressources ». Cette mission a été confiée à l’ESSEC, qui participe à son financement (locaux, matériel, personnel). 70 40 % en région Île de France, des écoles d’ingénieur, de gestion, les Écoles normales supérieures de Lyon associées à l’école de Management de Lyon. 30
    31. 3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ? de prérecrutement, lycéens, programme qui n’est pas du une conférence; la conférence sur les métiers de l’ingénieur soutien scolaire, engagement sur plusieurs années; la moitié a réuni 280 participants; pour la première conférence de de ces écoles a repris le nom PQPM pour son projet. 2007-2008, « les écoles post-bac : pourquoi pas moi? » 530 L’évolution des effectifs entre 2006 et 2007 montre lycéens se sont inscrits. Les rencontres à visée plus culturelle clairement la montée en puissance : de 389 à 616 tuteurs, de – un concert de piano et une projection suivie d’un débat 1119 à 1673 lycéens (hypothèse minimaliste). Cette montée animé par Isabelle Giordano – ont eu un public moindre : 135 en charge doit se poursuivre car, en fonction de la date de personnes pour la projection, mais un taux de satisfaction démarrage de leur projet, toutes les écoles n’ont pas encore encore plus élevé que la moyenne – 100 % alors que la atteint leur capacité opérationnelle, c'est-à-dire les trois moyenne est de 93 %. L’initiative trouve donc un public : il niveaux – seconde, première, terminale. reste à donner l’habitude de venir à l’ESSEC, de rencontrer Les projets d’ouverture sociale non DIV71, aux objectifs d’autres gens, dans d’autres lieux, pour d’autres horizons. différents (soutien scolaire par exemple) ou aux publics différents (collégiens, étudiants dans les écoles, des universités, des CPGE) concernent 74 établissements scolaires et 1500 lycéens. LA CONFORMITÉ DE PQPM L’action des écoles de la CGE en faveur de l’ouverture sociale est donc importante et croissante ; l’équipe de L’étude de conformité de PQPM s’appuie sur l’analyse des PQPM joue un rôle charnière dans tous ces dispositifs. procédures mises en œuvre pour le recrutement, la L’essaimage de PQPM est une réalité forte. contractualisation avec les partenaires et plus généralement la transparence autour des pratiques. LE « DEUXIÈME CERCLE » Cent quatre-vingt-dix-huit lycéens ont participé en cinq ans à PQPM. Des données précises relevées lors du recrutement Le programme « deuxième cercle » est une nouvelle initiative nous disent qui ils sont : de l’ESSEC, une action complémentaire pour utiliser les Un tiers des élèves a au moins trois frères ou sœurs. ressources disponibles de façon plus efficiente et pour Un père sur cinq et une mère sur dix auraient le niveau agir sur d’autres lycéens dans les lycées partenaires. Lancé licence72. en juin 2006, le programme a pour objet d’élargir la portée Les pères et mères relèvent pour la moitié d’entre eux de la de PQPM à plus de lycéens et de professeurs, et d’accroître catégorie « ouvriers et employés73 ». l’impact territorial en invitant adultes, lycéens et Si 60 % des enfants ont des parents de nationalité entrepreneurs à l’ESSEC pour décloisonner les univers de française, seul 1/3 des parents est né en France. chacun. Les profils qui se dessinent ainsi sont bien loin de ceux Le programme propose des conférences suivies de d’étudiants actuels des classes préparatoires et des grandes témoignages et d’échanges avec des acteurs de terrain, à écoles. Les règles posées d’emblée74 dans la définition d’un hauteur de deux par trimestre autour de deux thématiques programme semblent bien respectées, le programme étant majeures : la découverte de l’entreprise, des métiers, de dit « destiné à des lycéens dont les origines modestes limitent l’enseignement supérieur d’une part, l’acquisition d’un la chance d’accéder à des études supérieurs de haut niveau capital culturel d’autre part. Ces conférences sont ouvertes (…) l’ESSEC et le lycée s’assurent en outre que leur milieu aux élèves et professeurs des huit lycées partenaires et familial ne leur apporte pas déjà le capital social ou culturel même à d’autres lycées au-delà de Cergy, sur la base du que le programme entend apporter »75 volontariat : des affiches dans les lycées, des annonces faites par les professeurs, une liste de diffusion préviennent La contractualisation est une politique systématique de les lycéens. Les conférences, le mercredi après midi en l’ESSEC. Cela correspond bien sûr à des obligations général ont lieu à l’ESSEC. Ces conférences ont rencontré un juridiques, vis-à-vis des lycées, des entreprises grand succès : 731 lycéens ont assisté l’an dernier à au moins partenaires. Pour les familles souvent peu à l’aise avec des 71 40 % en région Île de France, une quinzaine d’écoles de même profil que les précédentes, parfois d’ailleurs certaines qui ont un projet « lycée » et un projet « collège », mais aussi l’École normale supérieure de Paris (soutien scolaire), ou encore les projets « école ouverte » comme à l’ENSMP. 72 Données issues des déclarations des élèves, sans doute généreuses donc. Les enfants ne savent pas toujours très bien le niveau d’étude de leurs parents ; le fait que beaucoup de parents aient fait leurs études à l’étranger ne simplifie ni la connaissance, ni surtout les possibles équivalences, correspondances de diplôme. 73 Là encore, ce sont les déclarations des élèves, avec souvent beaucoup d’incertitudes sur ce que cela recouvre précisément. Il n’en reste pas moins que les ordres de grandeur sont parlants. 74 Plaquettes de présentation du programme PQPM. 75 Ce qui ne veut sûrement pas dire que les entourages familiaux ne soient pas très attentifs aux résultats des enfants, conscients de l’importance du scolaire. Lorsqu’il y a des frères ou des sœurs plus âgées, on trouve parfois de belles réussites scolaires et professionnelles, indices d’un réel investissement familial dans les études. On trouve aussi, plus nombreux encore, des frères et sœurs aux parcours très précaires : faible qualification et chômage. Cela ne veut pas dire que les familles se sont désintéressées, loin de là ; cela peut vouloir dire que PQPM est arrivé un peu tard ? 31
    32. milieux qu’elles connaissent mal, c’est une façon aussi de plus de lycées, de lycéens, de lieux. Son fonctionnement témoigner du respect, de donner un rôle actif aux parents, suppose des échanges réguliers entre tous les acteurs, les de les inviter à s’investir. Vis-à-vis des élèves, il s’agit de écoles, ce qui se pratique déjà au Groupe ouverture marquer un engagement réciproque, sur trois années. sociale, mais aussi entre les tuteurs, ce qui est en train de se structurer avec l’Association Partage, mais encore avec L’ESSEC joue par ailleurs un rôle central dans l’animation les équipes de direction et enseignantes des lycées, mais et la gestion des dispositifs d’aide éducative pour les enfin avec les entreprises partenaires, des projets à peine lycéens mis en place par les grandes écoles de la esquissés. On ne s’interdit sûrement pas, à terme, de Conférence des Grandes Écoles. On a rappelé que ces mettre place un réseau des anciens élèves, outil essentiel programmes bénéficient du soutien de la DIV et qu’a été dans le monde du travail. installé un « pôle ressource » confié à l’ESSEC qui participe Établir un réseau entre écoles suppose aussi des d’ailleurs à son financement. procédures d’évaluation et de régulation, pour s’assurer que les objectifs restent bien communs, les pratiques La mise en place de procédures communes entre les admises par tous. L’ESSEC a proposé de créer une différentes grandes écoles est un exercice délicat, « marque caution », portée par la CGE, qui serait un outil inégalement avancé. Plus l’engagement d’une école est précieux et commun de communication et figurerait sur fort, fondé sur des équipes volontaires, plus chacun essaie tous les documents : d’innover, de marquer sa propre différence, fondée sur des documents mis en commun par les projets de d’ailleurs sur des analyses, de vraies spécificités locales type PQPM, utilisables par tous tenant aux acteurs, aux territoires. Inversement, chacun sur les documents propres à chaque école du réseau, est aussi demandeur de conseils, parfois de produits clés rappelant ainsi que des initiatives spécifiques – par en main - des contrats, des procédures, des contenus de exemple une action vers les collèges, ou des ateliers de séances de tutorat. Tous sont bien convaincus de la soutien – n’empêchent pas l’école de s’inscrire dans un nécessité d’échanger les bonnes pratiques, persuadés que cadre national connu, facilement identifiable. toutes les expérimentations ont du bon. Si tous les programmes ont des bases communes, certaines pratiques Cela suppose d’établir un cahier des charges, une « charte diffèrent, entre autres la place qui est donnée ou non à un des principes fondateurs »76, de prévoir la gouvernance de éventuel soutien scolaire - lui-même par ailleurs bien ce réseau, les procédures de validation des candidatures et structuré à partir de certaines écoles ou d’associations. celles d’évaluation des résultats et de conformité. Cette Enfin, il est évident pour tout le monde que c’est la marque facilitera le repérage et la valorisation des collectivité, un réseau structuré des écoles qui peut donner programmes, aidera les multiples interlocuteurs à tous les à ces opérations la lisibilité et aussi la publicité qui leur niveaux – local, départemental, régional, national - à sont indispensables, vis-à-vis des institutions, des identifier les projets qui respectent le cahier des charges bailleurs de fonds publics comme privés, mais plus encore de base, au-delà des déclinaisons locales. La marque doit du public qui est ciblé, celui des jeunes à bon potentiel, permettre de réduire et optimiser les frais de dans les quartiers mais aussi dans d’autres territoires non communication, et aussi d’engager les différentes écoles toujours clairement ciblés par les politiques – zones partenaires au-delà de la bonne volonté initiale des rurales, petites villes et villes moyennes où le gâchis de équipes. L’ESSEC joue un rôle pilote dans cette initiative, potentiels prometteurs n’est sans doute pas moindre. compte tenu de l’antériorité du programme PQPM, de Assurer l’efficacité dans la diversité des pratiques et l’expérience acquise et des premiers résultats, mais aussi l’unité des principes, repose sur la constitution d’un et surtout du réel engagement de l’École. En effet, le réseau entre les écoles. Ses principes doivent être clairs programme s’inscrit dans une logique d’enseignement pour qu’il y ait une vraie cohérence et lisibilité, en et de recherche portée par l’École, celle de particulier auprès des administrations comme des l’entreprenariat social. PQPM n’est donc pas un établissements scolaires, parfois très sollicités. Ils doivent complément social, mais le résultat d’analyses être suffisamment larges pour fédérer le plus grand théoriques, un laboratoire de pratiques, un support nombre possible de partenaires : l’objectif est bien pour de nouvelles approches théoriques, la d’atteindre une masse critique, une taille suffisante pour concrétisation et l’outil d’une démarche à la fois disposer d’un vrai levier pour diffuser les changements : académique, sociale et professionnelle. 76 Voir encart (et annexe 1) 32
    33. 4 QUATRIÈME PARTIE : CONCLUSIONS Conclusions provisoires et perspectives.
    34. 4 Q UATRIÈME PARTIE : CONCLUSIONS LES PREMIERS EFFETS DE PQPM : DISTANCE, MAIS OUVERTURE, RENCONTRE, DÉCOUVERTE « Aujourd’hui, penses-tu qu’à niveau scolaire identique, les Alors même qu’ils sont entrés à l’ESSEC après une sélection jeunes de milieu modeste aient autant de chance d’intégrer très exigeante, les tuteurs78 sont critiques – ou plutôt l’ESSEC que des enfants de cadres ? » lucides ? – sur leur école. Les 2/3 pensent de fait, que « Aujourd’hui, penses-tu qu’à niveau scolaire identique, les l’ESSEC « n’est pas une école ouverte à tous ». L’un d’eux, jeunes de milieu modeste ayant suivi PQPM aient autant de un tuteur de seconde écrit avec malice « À l’ESSEC, rares chance d’intégrer l’ESSEC que des enfants de cadres ? ». sont les élèves qui ne viennent pas d’un milieu privilégié, voire très privilégié, voire très, très privilégié ». Les raisons Ces deux questions, cette double question redoutable a été sont pour partie imputables à l’école : le coût des études, posée à la fois aux élèves sortant de PQPM et aux tuteurs le montant insuffisant des bourses d’état, leur paiement étudiants de l’ESSEC. Pourraient-elles permettre d’évaluer trop tardif, en filigrane parfois l’idée que les difficultés les atouts et les chances de PQPM ? financières ne sont guère familières à certains ESSEC : « L’argent, il n’y a que les riches que cela n’inquiète pas » écrit Adil, ancien tuteur78. On a pu constater qu’aucun UN DOUBLE CONSTAT PARTAGÉ : PQPM MISSION lycéen ne connaissait les nombreuses modalités existantes QUASI IMPOSSIBLE ? d’aides au financement des études au sein du groupe ESSEC79. Fruit plutôt d’une réflexion intellectuelle pour les uns, d’un vécu ou du moins d’une perception personnelle pour Mais pour l’essentiel, le manque d’ouverture sociale vient les autres, le constat des tuteurs comme des élèves est d’ailleurs, en amont, du système éducatif en général, sans appel : le niveau social détermine l’accès et la des classes préparatoires et des concours en particulier. réussite dans les formations les plus sélectives. Le Hannafi écrit « Le problème ne vient pas de l’ESSEC, mais de niveau scolaire n’y suffit pas : les quatre cinquièmes des l’amont », Alice précise, non sans contradiction possible, élèves et 36 des 37 tuteurs l’affirment. Les élèves mettent « L’ESSEC est ouverte, pas les pratiques des concours ». Les en avant un retard culturel, des conditions de travail, des critiques les plus vives portent donc sur les concours. On handicaps familiaux et territoriaux : évoque leurs coûts, celui des inscriptions et des « avoir une chance de rentrer à l’université avec les mêmes déplacements pour les oraux entre autres, même si des chances qu’un fils de médecin », évolutions très positives sont observées en ce qui concerne « m’en sortir malgré ma situation familiale, acquérir une les frais d’inscription pour les candidats boursiers. La expérience utile pour moi qui ne suis pas issue d’un critique porte surtout sur leur nature même, ce qu’ils milieu favorable », mesurent et valorisent. Des épreuves sont jugées « je veux aller au bout de mes études, moi qui suis d’un socialement sélectives. Les épreuves « littéraires » et milieu défavorisé », notamment de langues vivantes sont le plus souvent « j’aimerais atteindre le même niveau qu’un lycée de citées. L’entretien oral de personnalité suscite des Paris », opinions opposées. Pour l’un il est positif et moins « je voudrais rencontrer des personnes d’un milieu que discriminant car il fait appel à des qualités non scolaires, j’envisage pour plus tard ». énergie, conviction, initiative personnelle : « Le concours Ces propos des questionnaires d’entrée dans PQPM sont ne sanctionne que des connaissances intellectuelles, sauf révélateurs. l’entretien, et ne prend pas en compte des qualités comme la 77 18 jeunes filles et 20 garçons. Pour l’essentiel, ces étudiants sont issus du concours après les classes préparatoires, – 33/38, les cinq autres étant des « admis sur titres » qui passent un concours spécifique après une formation universitaire réussie (universités pour quatre d’entre eux : droit, histoire, économétrie et économie mathématique, IEP de Grenoble pour le cinquième. Les admis sur concours CPGE viennent à égalité de lycées parisiens (Henri IV, Chaptal, Lavoisier, IPESUP) de lycées de la région Île de France (Versailles, Saint-Maur, Sceaux) et de province (Bordeaux, Clermont Ferrand, Toulouse, Annecy, Marseille, Reims, Nancy) et pour cinq d’entre eux d’établissements privés. La plupart – 33/38 – ont reçu une formation fondée sur les mathématiques Il serait intéressant de voir si leurs profil correspond bien au profil moyen de l’ESSEC. Et aussi de vérifier ce qu’affirme un des admis sur titre « le recrutement des admis sur titres est socialement moins discriminant ». 78 L’un des anciens de PQPM, Mohamed – seconde promotion, Université de Cergy filière scientifique – cite lui « un proverbe de chez nous : si on a un problème d’argent, c’est que l’on n’a pas de problème ». 79 En plus des dispositifs nationaux (bourses CROUS, bourses au mérite…) l’ESSEC propose des bourses d’études internes allant jusqu’à 80 % du coût des études pour l’ESSEC MBA voire 90 % pour l’EPSCI en fonction des revenus familiaux, des « monitorats »… Il existe également des conditions de prêts très intéressants. Enfin, l’apprentissage qui se fait sur 2 ans et est choisi par 33 % des étudiants, permet aux étudiants de gagner un certain pourcentage du SMIC fixé par la loi, tout en ayant ses frais de scolarité (2 années sur 3) prises en charge par l’entreprise. 35
    35. persévérance, l’originalité ». Judith au contraire dénonce le connaissances qui ne seraient plus guère partagées en caractère formel et artificiel de cet exercice, allant jusqu’à dehors de certains milieux. Les questions se posent à écrire que dans cette épreuve « Il y a de BONNES RÉPONSES l’ensemble des filières et pour tous leurs étudiants81. PQPM à donner 80 ». Les concours semblent donc reposer trouve, paradoxalement une justification supplémentaire largement moins sur des connaissances et des dans le constat des élèves et des tuteurs : au-delà du scolaire, compétences acquises pendant les années de CPGE que sur il faut aussi agir sur le reste; un programme, s’il est bien une longue préformation initiale, culturelle et sociale. conçu doit aussi dévoiler ses propres limites. Il n’y a pas de Naîtrait-on ESSEC ? Si oui, que peuvent des programmes de « potion magique » et les questions qui se posent dépassent formation complémentaires conçus sur trois ans ? les ambitions et les possibilités de tout programme. « Il y a une forte différence entre un encadrement de trois ans et un encadrement de vingt ans, même si PQPM fait UNE RENCONTRE, DES CONVERGENCES beaucoup ». Maud résume sans doute la position de la PROMETTEUSES MAIS INACHEVÉES : LA PLUS moitié des étudiants tuteurs qui répondent non à la GRANDE RÉUSSITE DE PQPM ? question : « Aujourd’hui, penses-tu qu’à niveau scolaire identique, les jeunes de milieu modeste ayant suivi PQPM La distance entre tuteurs et élèves est grande au départ. aient autant de chance d’intégrer l’ESSEC que des enfants de PQPM semble bien la réduire doublement et c’est sans cadres ? ». Du côté des élèves, la proportion est d’ailleurs conteste son premier mérite. « Donner du temps à des presque la même, 57 % répondent « oui », 43 % « non ». personnes de talent qui n’ont pas eu la chance que j’ai eue » ; Plutôt inquiétante a priori, cette réponse ne l’est sans « J’ai découvert des gens géniaux, c’est une leçon de vie et doute pas vraiment. La question est à l’évidence d’humilité » ; « Un an de bonheur avec des élèves géniaux que prématurée et sans doute mal formulée : parler de l’accès à je n’aurais jamais rencontré sans » ; les tuteurs de première l’ESSEC, c’est évoquer l’une des plus grandes des Grandes sont particulièrement enthousiastes82 lorsqu’ils parlent de écoles, placer la barre très haut. Il serait sans doute « leurs » élèves. À la question « Que pensez-vous de l’apport judicieux de remplacer ESSEC par « grande école » ou des tuteurs ? », la totalité des sortants de PQPM répondent mieux « études supérieures longues ». On remarquera « excellent », les plaçant ainsi de peu devant l’équipe de aussi que PQPM n’a pas été conçu comme un moyen de PQPM, ce qui n’est pas peu dire. PQPM permet des permettre aux jeunes d’intégrer l’ESSEC : viser rencontres improbables, fécondes, riches pour l’avenir. l’intégration conduirait PQPM à une sélection beaucoup Tuteurs et élèves n’appartiennent pas aux mêmes plus sévère de ses candidats, à pratiquer des exercices milieux. Aux questions sur leur origine sociale, « De quel beaucoup plus en lien avec le concours, et l’ESSEC à milieu social es-tu issu ? », et sur « L’ouverture à la culture modifier sans doute ses épreuves ou créer une voie de leur famille ? », étudiants et élèves répondent de façons spécifique. très différentes. Les 2/3 des tuteurs se déclarent issus de « milieux favorisés » ou « très favorisés », et sont un peu plus Les remarques des étudiants et des élèves montrent bien nombreux encore à dire qu’ils viennent « d’un milieu les limites des opérations de soutien : par définition elles cultivé 83». Sur les 198 élèves entrés dans PQPM, la moitié a ne peuvent suffire à tout régler, en particulier elles ne un parent et souvent les deux dans la catégorie ouvriers ou peuvent dispenser d’une réflexion sur les concours eux- employés et il n’y a qu’un parent sur six qui puisse être mêmes. Tenir au principe des concours ne doit pas rattaché à la catégorie des « cadres moyens »84. Lorsque l’on empêcher de réfléchir à de possibles inflexions de leurs demande aux élèves s’ils pensent « avoir une famille ouverte pratiques, de leurs épreuves, mais au contraire y inciter. à la culture » 1/3 répond « peu ou pas » et pratiquement la S’il s’agit bien de recruter, de façon exigeante et anonyme, moitié – 47 % - « assez »85. Si l’on compare les pratiques sur des connaissances et des compétences, encore faut-il culturelles des entrants dans PQPM et celles des tuteurs, les être sûr que c’est bien encore cela que l’on mesure dans les écarts sont considérables et significatifs. Tous les tuteurs se concours et pas, pas seulement, des pratiques et des décrivent comme « curieux », tous pensent qu’« il est 80 Ce qui fera frémir n’importe quel membre de jury, mais en dit long sur les images et, peut-être, certaines pratiques. 81 Le chantier est plus que délicat. Si tout le monde s’accorde pour dire que les concours doivent sélectionner sur des connaissances, des savoir faire, des qualités et comportements qui seront très utiles pour réussir dans la vie professionnelle, au-delà des concours, le consensus s’arrête là. Il semble logique de chercher à privilégier ce qui a été acquis en CPGE pour limiter le rôle des héritages, mais comment ? Certaines écoles d’ingénieurs réfléchissent à une profonde refonte de leurs enseignements, ce qui rejaillirait peut-être à terme sur les concours : l’École centrale de Paris semble envisager de faire travailler ses étudiants par grands thèmes, à partir de cas, plus qu’en fonction du traditionnel découpage par disciplines. Visiblement on s’interroge sur toute la chaîne CPGE-GE. 82 Ce n’est sans doute pas un hasard. Les élèves de premières sont déjà habitués à PQPM et il n’y a pas la pression directe de l’examen comme en terminale. 83 Deux étudiants dont les parents sont enseignants se déclarent de milieu social « assez favorisé » et « très cultivé ». 84 Avec d’ailleurs des précautions. Il faudra vérifier au cas par cas les déclarations des élèves, parfois très floues. 85 Il est significatif et touchant de voir que les élèves assortissent souvent leur réponse d’une note positive, soit une explication – « n’a pas pu aller à l’école à cause de la guerre », soit un élément valorisant : « ma mère est ouverte à la culture asiatique, elle a certaines connaissances et aime la musique classique » écrit une élève de la seconde promotion du lycée Jules Verne (Cergy-le-Haut). 36
    36. 4 Q UATRIÈME PARTIE : CONCLUSIONS important d’être cultivé », il n’y a qu’un élève entrant sur recrutement est large. Les tuteurs ont découvert une autre deux pour partager ces avis ; un peu moins d’un élève sur réalité et on peut espérer qu’ils ne l’oublieront pas, ni dans deux dit « avoir du plaisir à apprendre », contre 94,8 % des leur vie professionnelle, ni dans leur vie de citoyen, ni dans tuteurs ; les élèves sont deux fois plus nombreux que les d’éventuels engagements sociaux, culturels ou politiques. tuteurs à déclarer passer plus de deux heures par jour Ces métamorphoses ne s’expliquent pas seulement par devant leur téléviseur. PQPM, mais lui sont liées. Les effets sur les entourages sont Après PQPM, si l’on considère cette fois les réponses des encore modestes, il faudra plus de temps, plus d’élèves, plus sortants, ces distances se sont considérablement de programmes. La reconnaissance vis-à-vis de PQPM n’est réduites, les trajectoires rapprochées, les profils pas exempte de critiques, ce qui est un autre élément beaucoup plus proches. Cela s’explique largement par positif. Il semble donc utile de continuer PQPM, en lui l’évolution naturelle d’un jeune entre quinze et vingt ans et donnant des moyens améliorés et accrus sans doute. par l’apport du lycée. Mais on peut sans doute y voir aussi l’effet de PQPM. Les trois quarts des élèves sortants se disent cette fois curieux, les quatre cinquièmes ont « du plaisir à apprendre », tous sauf un disent qu’il est DES PISTES D’ÉVOLUTION ? « important d’être cultivé ». Ils sont pris le goût de suivre l’actualité, ont découvert le théâtre et les musées, APPROFONDIR, ÉLARGIR consacrent moins de temps à la télévision, s’intéressent moins à l’actualité sportive et deux fois plus à l’actualité Les sortants de PQPM ont un avis très positif et politique qu’à leur entrée dans le programme. concordant sur les exercices qui leur ont été proposés durant les trois années de formation : la plupart sont Cette rencontre et ce rapprochement sont des apports appréciés par les ¾ au moins des élèves. Raison de plus pour décisifs de PQPM, porteurs d’avenir tant pour les élèves que s’intéresser à ce qui est un peu moins prisé : Les ateliers de pour les étudiants de l’ESSEC, pour le devenir des uns codes sociaux, l’aide à l’expression écrite, les relations avec comme des autres. Si les profils se sont singulièrement les professeurs tuteurs des lycées et le goût pour la lecture rapprochés, des différences nettes demeurent. Sur le ne recueillent qu’entre ¼ et ½ d’avis positifs. La question sentiment d’être cultivé : un quart des sortants se déclare « PQPM t’a-t-il apporté une aide pour les méthodes de « très cultivé », contre la moitié des tuteurs. Sans aucun travail? » est celle qui divise le plus les élèves, en trois tiers doute l’écart dû aux héritages familiaux n’a pas été pratiquement. Les ateliers sur les codes sociaux sont les plus comblé. Il faudrait en outre se demander ce que « cultivé » novateurs, délicats, dérangeants aussi. Les élèves n’en veut dire pour les uns et les autres. Les pratiques culturelles voient pas toujours l’intérêt. Ne pourrait-on penser aussi restent assez différentes : les tuteurs sont trois fois plus qu’ils ne veulent pas en voir l’intérêt, car cela touche très nombreux à déclarer fréquenter le théâtre, deux fois plus vite à l’intime, conduit à des remises en cause délicates? nombreux à aller régulièrement au cinéma. Enfin et c’est Beaucoup d’écoles et formations ont mis en place ce type sans doute le point le plus délicat, seul un sortant de PQPM d’activités dans leurs propres programmes. On disposera sur deux se déclare « sûr de lui » ; c’est déjà deux fois plus rapidement d’une banque de données, de pratiques et d’avis qu’à l’entrée dans PQPM, mais 1/5 de sortants ont « peu propres à affiner ces approches. L’intervention de confiance en eux », contre moins de 10 % des étudiants. psychologues aux côtés des formateurs est sans doute souhaitable. L’apport de PQPM peut ainsi se résumer à quelques mots clés : Les autres réticences posent pour l’essentiel la question ouverture et découverte – de soi, des autres, d’un autre du soutien scolaire. Suffisant pour les uns, presque superflu futur, d’autres horizons pour les plus brillants, il reste insuffisant pour d’autres, rencontre, rapprochement, main tendue. scolairement moins à l’aise. Ces avis partagés traduisent une Maxence, élève de la seconde promotion conclut « voilà, que vraie diversité des élèves sur le plan scolaire. En écho, on dire à part que PQPM a changé ma vie ». Tous ne le diraient remarque la diversité de leurs choix de formation. Tout cela pas aussi fortement, mais les mutations, les transformations est à porter au crédit de PQPM, qui n’est donc pas une sont réelles. Les élèves n’ont plus la même image d’eux, des machine à calibrer, mais reste en accord avec son principe études, de l’ESSEC, du monde qui les entoure, de leur avenir. fondateur : « Aider chaque élève à aller au plus loin de ses Ils n’en restent pas moins très lucides. La diversité de leurs capacités dans la voie choisie », comme avec un autre choix, des CPGE les plus prestigieuses à des formations principe, ne pas empiéter sur ce qui est du domaine du lycée. courtes, n’illustre pas un gâchis, mais au contraire le Certes, mais on ne peut sans doute en rester là. On peut respect des choix individuels, le fait aussi que le imaginer des voies non directement scolaires86 pour 86 Ce qui veut dire souvent des techniques que les professeurs de lycée n’ont pas toujours le temps ou les moyens de mettre en œuvre. 37
    37. favoriser l’expression écrite, comme des ateliers d’écriture ORGANISER LE SOUTIEN POST-BAC ET BIEN APRÈS. ou la réalisation par les élèves d’un journal de bord écrit et audiovisuel. L’expression orale est un point fort du « L’accompagnement dans la durée » est l’un des principes programme, bien en lien avec les qualités testées par les de PQPM, comme d’ailleurs des autres programmes qui concours des grandes écoles : il s’agirait de trouver les s’inscrivent dans la « Charte pour l’égalité d’accès aux moyens de faire le pendant pour l’écrit. La pratique des formations d’excellence » et figure dans la « Charte du langues étrangères ou au moins de l’anglais semble un tutorat » 88. Cette durée ne peut se réduire aux années autre domaine prometteur : le voyage à Londres a été un lycées. Les jeunes de PQPM ont été aidés avant le bac, ils souvenir fort des élèves, et il a d’autres vertus que la doivent l’être après, sous des formes variées, qui sont en pratique de la langue. Une école de gestion peut sans train de s’inventer. L’enjeu n’est pas mince car rien ne doute mobiliser des moyens, les siens et ceux de serait pire que d’avoir fait naître des espoirs et de les voir partenaires, pour aider à cette pratique in situ. Les tuteurs déçus. On peut être sûr, et les exemples ne manquent pas de l’ESSEC font d’ailleurs des séjours et voyages dans les cités, qu’en cas d’échec, l’effet boomerang serait linguistiques, l’un des atouts maîtres des jeunes issus des redoutable. Inégalement selon leurs choix, les jeunes de milieux plus favorisés pour réussir à entrer dans les PQPM vont entrer dans un monde dont ils ne maîtrisent pas grandes écoles. Toutes ces inflexions demandent une bien les « codes », comme la notation en CPGE. Ils seront nouvelle et encore plus efficace coopération, partage des confrontés à des camarades venus d’autres milieux qui ont tâches comme des responsabilités avec les équipes des entre eux une forte connivence intellectuelle et lycées partenaires. Le tutorat scolaire est l’affaire des comportementale souvent. Leurs professeurs ont lycées, qui peuvent mobiliser aussi, au-delà de leurs l’habitude de ce public « traditionnel », savent s’adresser à moyens propres, d’autres partenaires, étudiants, eux, pas franchement aux nouveaux publics que l’on veut associations, Écoles. L’ESSEC ne peut s’en désintéresser et et doit attirer dans l’enseignement supérieur pour les y surtout les actions doivent être cohérentes, faire réussir. complémentaires, souples. « Peut mieux faire en ce À cela s’ajoutent des faits matériels. Il faut pouvoir domaine » serait-on tenté d’écrire. financer ses études, souvent aussi un logement et des déplacements. À la distance physique, aux frais financiers On peut enfin suggérer que le programme s’ouvre à s’ajoute souvent un dépaysement qui peut être, dans un d’autres sensibilités. Les littéraires : on conçoit qu’il premier temps, déstabilisant. La mobilité, sous toutes ses n’est pas possible de tout faire, mais le livre et la lecture formes : physique, intellectuelle, comportementale, n’est n’apparaissent-ils pas un peu comme des parents pauvres ? certes pas socialement homogène89. Sans doute faut-il imaginer, là encore, d’autres types L’équipe de PQPM doit alors assurer une permanence, une d’approches, par exemple des débats autour d’un livre avec présence, aider les ex-lycéens à pouvoir communiquer avec les auteurs, organisés par des élèves volontaires ? Ce type elle et entre eux. Cela passe par des moyens matériels, d’événement aurait comme autre avantage de pouvoir être l’adresse mail permanente, par des échanges et la ouvert à des publics plus larges. L’ouverture la plus disponibilité d’une équipe qui doit alors s’étoffer pour décisive pourrait concerner les voies technologiques. Les faire face aux multiples demandes. Cela passe élèves issus de milieux modestes y sont particulièrement éventuellement par des structures associatives. Cela passe représentés. Agir là, c’est donc agir rapidement et par la recherche de partenariats nouveaux, avec des efficacement. L’ESSEC a consacré une de ses opérations institutions et des entreprises90 pour le financement (des « deuxième cercle » de cette année aux bacheliers de la aides, des bourses, mais aussi des stages, des emplois voie technologique pour les sensibiliser à l’existence et d’été), pour fournir aussi des parrains d’entreprises. En aux enjeux des prépas ECT. Aller plus loin suppose liaison aussi avec les enseignants des CPGE et des autres d’adapter méthodes et pratiques ; cela suppose surtout structures qui reçoivent les ex-PQPM : la coopération dans qu’en aval, les grandes écoles offrent des possibilités ce domaine n’a rien d’inné, les susceptibilités sont accrues à ces bacheliers et, elles aussi, mettent en place grandes et la légitimité de l’ESSEC ne va pas ici de soi. Il de nouveaux parcours87. s’agit donc d’être capable d’innover, de mettre en contact, 87 Ce dossier est donc riche mais complexe. On peut aussi imaginer aller plus loin et créer de l’excellence dans les filières des bacs pro- cf. par exemple les propositions de J.P Boisivon. On sortirait là du domaine de compétence de l’ESSEC, pas de ses capacités d’initiatives. La nécessité de constituer un réseau national d’établissements impliqués dans les opérations de diversification sociale des élites n’en serait que plus forte. 88 La Charte du tutorat (Cf Annexe 2 à mettre peut-être en écatr, reprend les aspects qui paraissent essentiels pour un tutorat efficace, aux vues des 5 années d’expériences de PQPM 89 On peut s’en faire une idée en lisant les différentes contributions rassemblées par Jean-Pierre Orfeuil dans « Transports, pauvretés, exclusions, pouvoir bouger pour pouvoir s’en sortir » éditions de l’Aube, 2004. 90 Il y a de la part de plus en plus d’entreprises une forte volonté de s’impliquer concrètement dans les projets « diversité ». Reste à organiser des synergies, ce qui n’est pas le plus facile. 38
    38. 4 Q UATRIÈME PARTIE : CONCLUSIONS de trouver des structures forcément souples, diverses, EN GUISE DE PREMIÈRES CONCLUSIONS… évolutives. La logique est à l’évidence celle des synergies à créer, des réseaux à construire. Juliana, seconde promotion, en BTS : « Le mot de Ces réseaux seront indispensables aussi après les études, conclusion ? Je n’ai pas grand-chose à dire, à part un grand pour une vie professionnelle réussie. Larissa, élève de la merci à tous d’avoir cru en nous et de nous avoir offert une seconde promotion, élève en PCSI dans un lycée parisien si belle expérience » écrit : « Ma mère redoute que ce soit dur pour moi de trouver un stage ou un emploi comme ça l’est pour ma sœur, étant donné que nous n’avons pas de réseau et qu’il est dur de nos Une certitude : un autre regard. jours pour une personne de couleur de trouver un emploi à responsabilité dans des domaines autres que la santé et le C’était son principal enjeu, c’est une incontestable paramédical ». PQPM ne peut tout faire bien sûr et ne doit réussite. PQPM a changé les regards, bouleversé les pas non plus tout faire. Il faut aider sans assister, être images, déplacé les perspectives. Une rencontre, une présent sans être trop présent, être dans découverte réciproque et riche a eu lieu entre les élèves et l’accompagnement et pas dans l’assistanat. C’est à les tuteurs. Ils en sortent différents. L’image de l’ESSEC en chacun des PQPM de construire librement son propre sort grandie. Surtout, le programme a vraiment changé la projet, mais en sachant qu’il aura, si besoin, des vie et les perspectives de certaines et de certains lycéens, interlocuteurs. À l’ESSEC revient de participer à la mise en et particulièrement les moins brillants scolairement place de réseaux qui la dépassent, de fournir aussi des d’entre eux. PQPM a changé leur vision du monde, les a éléments pour des débats puis des décisions qui ne persuadés qu’il n’y avait pas de fatalité, que leur sort relèvent pas d’elle mais conditionnent aussi, à terme, la n’était pas déjà écrit, prédéterminé par leur origine réussite de PQPM. Tout cela suppose d’organiser ces familiale, culturelle, territoriale. Ce succès est dû à une réseaux et ces débats, avec le double impératif de implication sans faille de l’équipe, à la compétence, la l’efficacité et du respect des libertés d’action et des générosité et à la ténacité des initiateurs, aussi au fait que différences d’analyse des différents partenaires. On est à PQPM n’est pas seulement une opération sociale mais la fois au cœur de PQPM et bien loin de ce seul programme. s’appuie sur une réflexion théorique beaucoup plus large et a bénéficié d’un soutien sans faille de l’institution ESSEC. Ne pas décevoir celles et ceux à qui on a montré qu’un autre monde était possible pour eux, grâce à leurs qualités, leurs efforts, leur travail est aujourd’hui un défi, un impératif. La clé de la réussite c’est que PQPM a montré à ces jeunes qu’on leur faisait confiance, que l’on avait confiance dans leurs qualités, qu’une grande école, que des jeunes gens et des jeunes filles talentueux, issus d’un tout autre milieu, d’autres territoires, promis à un avenir brillant, les ont rencontrés, découverts, se sont intéressés à eux, ont cru en eux. C’est dans le regard des autres que les élèves se sont découverts, ont commencé à croire en eux. Une incertitude majeure : le temps. Le temps, c’est d’abord la suite du parcours de ces premières promotions, la réussite d’études choisies, un emploi, plus tard une carrière accomplie. C’est ensuite la poursuite du programme. L’engagement de l’équipe n’est pas en cause, mais il faut des résultats rapides, tangibles. Il y a une redoutable contradiction. D’un côté la certitude qu’il faut laisser du temps au temps, que l’ascension sociale, la diversité se construisent dans la durée et demanderont plus d’une génération. De l’autre l’exigence sociale et politique de résultats démonstratifs. Parce que ces questions ont été trop longtemps occultées ou négligées, 39
    39. elles se révèlent quand la situation est tendue et qu’il faut un simple vœu pieux. Ce réseau doit conjuguer autonomie des résultats rapides, donner au moins le sentiment que les de chaque partenaire, convergence de pratiques, « choses bougent ». Cela explique la multiplication récente évaluations régulières. Cela peut passer par la création des acteurs, des programmes, des actions. Cette d’une « marque-caution », ce qui oblige à formaliser ce qui, multiplication est une richesse, mais si la multiplicité des encore aujourd’hui, dépend souvent d’abord d’engagements approches correspond bien à la variété des situations et des personnels d’équipes : à une question nationale, les problématiques, le temps est désormais venu d’évaluer les réponses sont, pour le moment encore largement locales, pratiques, de retenir celles qui sont apparemment les plus dépendant de facteurs et d’engagements locaux. On efficaces. Il y va de l’urgence d’apporter des réponses, imagine aisément aussi que la question de la gouvernance même partielles. Il y va du coût financier et humain de ces de ce réseau ne sera pas simple à résoudre. En ce domaine, programmes : il n’y aura pas de place pour tous les projets. l’ESSEC a une légitimité forte liée d’une part à l’antériorité Dans ces perspectives, la voie choisie par l’ESSEC n’est pas de son engagement sur la question, et d’autre part aux sans risque. En privilégiant la variété des profils comme des démarches théoriques et aux prolongements académiques choix postbac, l’absence de pré-recrutement et de voie de PQPM, inscrits dans les programmes de recherche de réservée, l’ESSEC joue sur le moyen et le long terme ; l’établissement. D’autres écoles et formations ont d’autres d’autres choix sont plus immédiatement porteurs, visibles, atouts à faire valoir. Finalement on demande à des projets médiatiques aussi. Changer les regards et les perspectives, qui doivent beaucoup à de fortes implications personnelles c’est agir sur la durée. Le coût est-il alors proportionnel à d’équipes et d’école de se fondre dans un réseau où ce qui l’effet, faut-il engager de telles sommes pour ce type compte d’abord c’est l’ensemble du dispositif. La mue n’est d’effets ? Ne pourrait-on obtenir, à moindre coût des pas évidente, mais elle est nous semble-t-il, simplement résultats comparables ? Ces questions n’ont pas de réponses, vitale. pour le moment et sans doute pour longtemps, car on ne sait pas mesurer vraiment et surtout immédiatement les Le succès actuel de PQPM ne fait pas de doute. Il se mesure à changements des mentalités, encore moins leurs effets à la satisfaction de tous les acteurs, à la transparence des terme et sur les entourages. Annoncer des pourcentages de procédures, à une mobilisation croissante de partenaires et réussite à tel concours, des mentions au baccalauréat est d’énergies. Il se traduit par une double rencontre et beaucoup plus immédiatement compréhensible, propose des découverte, une ouverture, une profonde modification des succès mesurables, admis mais insuffisants. images et des projets, la lucidité des élèves et des tuteurs. Il faut rendre hommage à tous ceux qui ont rendu cela L’avenir de ce programme, car ni le soutien de l’ESSEC, ni possible, l’ESSEC, l’équipe PQPM, les lycées, les partenaires l’engagement de l’équipe ne donnent des signes de institutionnels et les entreprises, et, avant tout, les tuteurs, fatigue, du moins dans la voie de développement qu’il les lycéens et leurs familles. propose, tient donc largement, à sa capacité à se diffuser. PQPM est sans doute à une charnière. D’ici deux ans les Seule une assez large diffusion permettra, en jouant sur le premiers résultats au niveau « L » seront des indications nombre des élèves, d’afficher ces réussites immédiates et précieuses. Surtout, la voie ambitieuse et longue choisie reconnues en même temps que de ne pas renoncer à faire pour PQPM doit pour être confortée s’inscrire dans un progresser, à leur rythme, ceux qui ont pour le moment les réseau encore à délimiter. Sans aucun doute, cela ne peut moyens et le goût d’ambitions plus réduites. De ne pas s’en réussir que si, à l’ESSEC comme dans les autres écoles et tenir uniquement à des élèves de tel quartier ou, plus formations, les programmes d’égalité des chances et de sûrement, de telle origine. De dégager de bonnes pratiques diversité s’appuient sur un engagement ferme des en pouvant les évaluer avec quelque assurance. Seuls le institutions et des personnels, y compris, pour certains nombre et la durée peuvent permettre d’espérer de vraies lieux au moins, dans les programmes de recherche. Un preuves de métamorphisation, d’agir en profondeur sur les soutien et une cohérence des politiques publiques et de entourages, familles, lycées, quartiers et territoires, car on l’opinion est indispensable, ce qui passe par une sait par avance que ce type de phénomènes demande… du communication transparente et maîtrisée qui soit attentive temps. à protéger les jeunes et leurs familles. Il n’y a sans doute d’avenir que dans un réseau d’écoles et C’est le dernier paradoxe. Le succès de PQPM passe par d’établissements du supérieur qui se reconnaissent dans l’affirmation d’une voie originale de promotion et de un certain nombre de principes et de pratiques, qui transformation sociale par les études supérieures. Il faut s’engagent sur le long terme, qui mobilisent vraiment, l’affirmer, tout en étant bien persuadé, qu’elle n’est ni la au-delà des équipes de projets, l’ensemble de leurs seule voie possible ni la seule efficace. Il n’y a pas de voie acteurs. On imagine bien tout ce qui peut faire de cette idée unique pour affirmer la diversité. 40
    40. Visite d’entreprise avec des premières, à la FNAC Logistique. Après-midi d’accueil de la nouvelle promotion de lycéens de seconde : un grand jeu de piste dans l’ESSEC en 2008 sur le thème de l’Europe, où étudiants- tuteurs et lycéens de seconde, de première et de terminale font connaissance. Visite d’une usine de Alcoa Fastening System. Des sorties culturelles tout au long des 3 années, ici une exposition au Des rencontres régulières à l’ESSEC, pour les lycéens et leurs centre Georges Pompidou. professeurs-tuteurs.
    41. Mai 2003 : Jean-Louis Borloo vient rencontrer à l’ESSEC les acteurs de la 1re promotion de lycéens. Ils étaient en seconde, ils sont aujourd’hui en Bac +3. Une invitation à Matignon en 2005 pour un échange avec les différents acteurs ; lycéens, étudiants, proviseur, professeurs du lycée, direction de l’ESSEC et équipe projet. La direction du Groupe ESSEC est fortement mobilisée autour de PQPM. Ici Françoise Rey, directrice générale adjointe avec Pierre Tapie, directeur général du Groupe ESSEC accueille en janvier 2008 la 6e promotion Thierry Sibieude. de lycéens dans le grand amphi de l’ESSEC. « Vous êtes ici chez vous… ».
    42. Écouter, accompagner, rechercher ensemble des solutions. De la convivialité, de la simplicité, une relation de confiance à instaurer Des temps informels pour créer les conditions d’échanges individuels où avec les familles, dans la durée. tous les questionnements sont possibles. Visite des locaux par les équipes des lycées et par les familles. Une grande Le tutorat étudiant : des rencontres en petits groupes où chacun se doit école : un lieu qui n’a rien d’inaccessible, qui pourrait donner envie. d’oser et d’être actif.
    43. L’équipe PQPM assure un suivi individuel des lycéens, y compris après le bac. Ici, un responsable du programme et 2 étudiants tuteurs rencontrent 2 ex-lycéens qui sont en CPGE. Les parents sont parties prenantes du dispositif. Ils sont invités une fois par an à l’ESSEC. Des anciens lycéens viennent même témoigner avec leurs Une équipe de professionnels encadre les étudiants tuteurs, Félicie Goyet, parents pour rassurer les nouveaux qui entrent dans le programme. coordinatrice du programme en weekend de formation des tuteurs. Séance de tutorat en amphi : 2 étudiants-tuteurs pour un groupe de 5 à 8 lycéens. Étudiants et lycéens : une grande proximité d’âge, une relation privilégiée.
    44. ANNEXES
    45. A NNEXES ANNEXE 1 LA CHARTE DES PRINCIPES 3 – Pour accompagner des lycéens volontaires, à bon potentiel, issus de milieu modeste, afin de les aider à FONDAMENTAUX DES PROJETS trouver leur voie, et leur donner l’ambition et les DE TYPE PQPM moyens d’aller « au plus loin de leurs capacités » Il s’agit de leur apporter un capital culturel et social et un bagage complémentaire de celui apporté par le lycée, La présente charte s’inscrit dans la continuité des attendus dans les filières d’excellence, que le lycéen n’a principes évoqués dans la circulaire du 22 août 2005 de la pas pu acquérir naturellement dans son environnement Délégation Interministérielle à la Ville, suite à la signature familial. Il ne s’agit pas de prérecrutement pour le 17 janvier 2005 de la « Charte de l’égalité des chances l’établissement porteur du projet. dans l’accès aux formations d’excellence ». L’accompagnement porte notamment sur l’aide Les établissements d’enseignement supérieur s’intégrant individuelle à l’orientation (découverte du milieu dans ce dispositif, s’engagent avec leurs partenaires à professionnel et des filières de l’enseignement respecter les principes énoncés dans la présente charte. supérieur), une meilleure connaissance des codes sociaux, le développement de la culture générale, de la 1 – Le projet d’égalité des chances est porté par un confiance en soi, de la curiosité, de l’esprit critique, du établissement d’enseignement supérieur, qui s’engage sens de l’initiative, autour de valeurs fortes (sens de en tant qu’institution, à favoriser l’égalité des chances l’effort, persévérance, engagement, responsabilisation, d’accès aux formations d’excellence et à développer confiance partagée, méritocratie…) l’ouverture sociale de ces filières : CPGE, grandes écoles, Les lycéens sont recrutés sur 3 critères : leur motivation, masters et doctorats universitaires… leur bon niveau scolaire et leur origine sociale modeste. L’établissement d’enseignement supérieur implique ses 4 – Dans la durée (de la seconde à la terminale), pour étudiants dans le projet, sous forme de tutorat régulier faire évoluer en profondeur les représentations, volontaire. Cette expérience doit être source comprendre et lever les blocages rencontrés, suivre d’enrichissement mutuel. Le tutorat constitue une individuellement chaque jeune dans son parcours expérience intéressante, formatrice et valorisante pour spécifique, l’aider à se construire son projet personnel et les étudiants. professionnel, jusqu’au baccalauréat. L’établissement ouvre ses portes aux lycées, et accueille Pour cela, les différentes parties (État, porteur du les lycéens dans ses locaux pour les séances de tutorat, projet, lycées, lycéens et familles, étudiants tuteurs) afin de démystifier les lieux, de favoriser les contacts s’engagent dans la durée, à travers des contrats et avec les étudiants et créer de fait un espace de mixité conventions qui stipulent les droits et devoirs de sociale régulier dans les écoles pour y développer chacun. naturellement la diversité sociale et culturelle. Elles participeront au comité de pilotage destiné à L’établissement mobilise d’autres acteurs locaux : travailler ensemble à la réussite du projet. préfecture, rectorat ou inspection d’académie, Le porteur de projet établira un rapport d’activité collectivités territoriales, entreprises, intervenants… annuel et s’inscrira dans une démarche d’évaluation pour mettre en place une dynamique territoriale autour permanente. de ce projet et l’inscrire dans la durée. Il maintiendra un lien avec les jeunes après la Terminale, pour favoriser la réussite de leur parcours postbac, tout 2 – En partenariat avec des « lycées de proximité » en assurant la traçabilité du devenir de ces jeunes, dans intéressés par un partenariat avec une grande école ou une optique d’évaluation une université pour développer l’ambition de leurs « bons » élèves, 5 – Les porteurs de projet travailleront en toute Les lycées concernés accueillent un grand nombre des transparence et en réseau, autour du Pôle ressource jeunes de milieu modeste ou défavorisé, en particulier ouverture sociale mis en place par la DIV, pour mutualiser issus de quartiers en politique de la ville. les bonnes pratiques, partager le bilan des réalisations, Les lycées désignent un ou plusieurs professeurs s’intégrer dans une démarche globale d’évaluation et ainsi référents pour suivre les lycéens tout au long de leur alimenter les réflexions sur les suites à donner à ces engagement dans le dispositif. initiatives. Source : ESSEC 43
    46. A NNEXES ANNEXE 2 LA CHARTE DES PRINCIPES Les tuteurs sont bénévoles. L’expérience humainement riche du tutorat leur apporte en outre une expérience FONDAMENTAUX DU TUTORAT professionnalisante qui pourra être reconnue et valorisée. (VISION DE L’ESSEC) Le projet est porté par une institution (établissement d’enseignement supérieur, CPGE, association nationale ou locale…) qui s’engage dans la durée. Le tutorat est un vecteur capital de promotion de l’égalité Les tuteurs sont encadrés par une structure des chances dans le développement de l’ambition professionnelle mise en place par l’institution qui définit individuelle et collective, dans la poursuite et la réussite des des objectifs généraux et opérationnels adaptés au études, dans l’accès à la vie professionnelle et dans la public visé, qui apporte aux tuteurs une formation et un cohésion sociale, en tant que lien de solidarité, d’efficacité accompagnement suivi. L’organisation intègre la nécessité et de performance. de traçabilité du tutorat qui permet le suivi individuel des Ses déclinaisons vers des publics divers se rejoignent autour jeunes et les réorientations du tutorat si nécessaire. d’une même vision : « Tout jeune doit pouvoir trouver sa place L’institution produit régulièrement un rapport d’activités dans la société et dans le monde du travail, en poursuivant des précis et transparent, et met en œuvre un dispositif études lui permettant d’exploiter pleinement son potentiel et d’évaluation des pratiques. ses talents, dans la voie qui est la sienne. ». Le tutorat est un L’institution en tant que telle s’engage, et veillera à moyen d’atteindre cette ambition. atteindre les objectifs visés. La présente charte a pour objectif de fédérer l’ensemble des 3 – Le tutorat s’inscrit dans la durée et s’appuie sur des initiatives partageant une même vision du tutorat dans ses valeurs fortes objectifs et ses fondements. Le tutorat s’inscrit dans la durée, sur la base d’un engagement réciproque du tuteur et du tutoré, pour 1 – Le tutorat se décline pour des publics variés, avec des permettre de dépasser durablement les difficultés du tuteurs adaptés et des partenaires institutionnels jeune, en donnant à chacun les moyens d’intégrer des clairement identifiés changements profonds des représentations et de s’inscrire Le tutorat s’adresse aussi bien à des élèves réputés dans de nouvelles perspectives durables. « bons » qu’on souhaitera amener jusqu’aux filières les Le tutorat peut se poursuivre sur plusieurs années, dans plus prestigieuses quel que soit leur milieu d’origine, qu’à une continuité éducative, assurée par la structure des élèves en difficulté scolaire que l’on essaiera de professionnelle. réconcilier avec les apprentissages et avec leur propre Il s’inscrit dans des valeurs fortes de responsabilisation avenir. S’ils sont à une étape N de leurs études (primaire, des différentes parties, en valorisant le sens du travail et collège, lycée, 1res années après le bac), ils seront tutorés de l’effort, la persévérance et le dépassement de soi, la par des jeunes déjà en niveau N+1 ou supérieurs, eux- confiance réciproque, l’exigence bienveillante. mêmes en situation de réussite. Le maillage des dispositifs de tutorat sera établi sous le 4 – Le tutorat établit une relation gagnant-gagnant entre pilotage des rectorats, en lien étroit avec les préfectures, un tuteur et un tutoré. en concertation avec les entreprises et les collectivités Le tuteur s’engage dans une démarche citoyenne, pour locales, afin d’identifier les bons partenaires partager son expérience et servir d’exemple à un plus opérationnels et financiers, dans un engagement durable. jeune. Il découvre en côtoyant régulièrement un Des comités techniques et des comités de pilotage sont environnement différent du sien, une réalité plus large de mis en place pour garantir le bon fonctionnement du notre société et prend conscience de la richesse de la tutorat. Si la mise en œuvre du tutorat est jugée diversité des origines et des profils. satisfaisante, et les premiers résultats probants, la Le tutoré découvre à travers la relation avec une personne pérennisation des moyens sera garantie, sur la base de plus avancée dans le cursus d’études ou d’insertion cofinancements à définir. professionnelle, un panel plus large de métiers et de formations possibles pour lui, lui permettant 2 – Le tutorat s’appuie sur des tuteurs bénévoles, progressivement de se construire un projet personnel et encadrés par une structure professionnelle portée par une professionnel plus ambitieux, qui lui permettra institution qui s’engage. Source : ESSEC 45
    47. d’atteindre sa propre excellence, quelque soit son profil. Il acquiert un bagage complémentaire de celui apporté par l’école, nécessaire à sa réussite, en termes d’acquisition des savoirs si nécessaire, mais aussi de compétences comportementales : confiance en soi, en confiance en l’avenir, connaissance du milieu professionnel, meilleure maîtrise des codes sociaux, culture générale, curiosité, esprit critique… tout en acquérant un nouveau capital relationnel.
    48. A NNEXES ANNEXE 3 PARTENAIRES FINANCIERS ÉQUIPE PROJET COMITE DE PILOTAGE INTERNE * DIV • Th. Sibieude, professeur Chaire ES • Directrice adjointe du Groupe ESSEC * Entreprises privées • Resp. communication • C. Dardelet, coordinatrice pôle • Responsable DREE ouverture sociale (ESSEC et CGE) • Experts • F. Goyet, chef de projet PQPM • Ch Macron, resp. deuxième cercle COMITE DE PILOTAGE EXTERNE • C. Morkel, assistante • 3 étudiants coordinateurs de tuteurs • Tous les proviseurs • Représ. Préfecture, IA • Représentants entreprises ÉTUDIANTS-TUTEURS ATELIERS THÉMATIQUES LYCÉENS Étudiants volontaires de l’ESSEC - Codes sociaux VOLONTAIRES - Expression orale et écrite 2 par groupe, 3 heures par semaine - méthodologie (de la 2nde - Aide personnalisée à l’orientation - visites culturelles à la Terminale) - Finances et Pédagogie - visites d’entreprises - projet d’année - découverte des grandes écoles SUIVI PAR LES FORMATION DES TUTEURS PROFESSEURS-TUTEURS 2 au moins par lycée ÉVALUATION DU PROGRAMME 47
    49. A NNEXES ANNEXE 4 ORGANIGRAMME DU RECRUTEMENT Echelle de temps Le lycée est partenaire du programme Septembre Le programme est présenté à l’équipe de professeurs au lancement de l’année. Novembre - Présentation détaillée aux professeurs principaux de 2nde du programme et des critères de sélection des lycéens. - Participation possible de l’ÉCOLE à cette rencontre Fin 11/ deb. 12 Présélection d’une liste de candidats potentiels lors des conseils de classe du 1er trimestre de 2nde - Les candidats et leurs familles sont conviés par le lycée, Fin 12/ deb. 01 à une réunion d’information sur le programme, avec participation de l’ÉCOLE. Questions/réponses Candidat intéressé ? Le candidat rédige une lettre de motivation et la remet au proviseur Le proviseur organise des entretiens individuels pour tous les candidats postulants : - À disposition : bulletin scolaire, lettre de motivation, situation familiale. - participants : le proviseur ou professeur-tuteur, l’ÉCOLE. Réunion d’un jury lycée/ÉCOLE, avec les professeurs - tuteurs. < 15/01 - Vérification des critères de sélection - Proposition des candidats en fonction du nombre de places. En final, le choix appartient à l’ÉCOLE. - Courrier de réponse à tous les candidats par le lycée - Convocation du candidat à la 1re rencontre à l’ÉCOLE - Invitation des familles à une visite des locaux de l’ÉCOLE Entre 15 et 30/01 1re rencontre à l’ÉCOLE en grand groupe avec les tuteurs Remise des contrats - famille à faire signer Visite des familles à l’ÉCOLE, la semaine suivante 49
    50. Le lexique • PQPM : abréviation de « Une Grande École : Pourquoi pas moi ? ». • CGE : Conférence des Grandes Écoles. • DIV : Délégation Interministérielle à la Ville. • PARTAGE : Association des anciens étudiants tuteurs. • JPI : Journées Partage Inter-écoles : évènements organisés par PARTAGE, qui rassemblent des étudiants - tuteurs de plusieurs dizaines de grandes écoles de toute la France. • Chaire ES : Chaire Entrepreneuriat social de l’ESSEC. • CPGE : Classe Préparatoire aux Grandes Écoles.
    51. E n janvier 2008, le programme de l’ESSEC Une Grande École : Pourquoi pas moi ? accueille sa sixième promotion de lycéens pour un cursus de 3 ans. 198 élèves les ont précédés depuis janvier 2003 ; près de 200 étudiants de l’ESSEC ont été tuteurs pour ce programme ; 8 lycées partenaires, leurs équipes de direction et les équipes pédagogiques, 24 professeurs tuteurs se sont impliqués, ainsi qu’une vingtaine d’entreprises ou institutions partenaires qui apportent capitaux et parfois cadres. À l’échelle de la France, trente Grandes Écoles ont mis en place des programmes de ce type, essentiellement au sein de la Conférence des Grandes Écoles. Ces quelques chiffres montrent que le programme Une Grande École : Pourquoi pas moi ? de l’ESSEC a cessé d’être expérimental pour devenir l’une des réponses possibles à une urgence sociale en France, celle de la diversification des élites et de l’égalité des chances d’accès aux formations d’excellence. Il est temps de mettre à plat les objectifs, les choix et les méthodes mises en place à l’ESSEC, de faire un premier bilan des résultats du programme, en termes de pertinence, d’efficience, d’efficacité et de conformité. Bref, il s’agit d’évaluer ce qui a été fait pour définir ce qu’il faut faire maintenant. En tant qu’entreprise sociale de l’ESSEC, le programme « Une Grande École : Pourquoi pas moi ? » à l’ambition de contribuer à une plus grande démocratisation, à une plus grande égalité des chances d’accès aux formations dites d’excellence, en agissant sur les causes qui ont conduit à la situation actuelle, en jouant sur divers publics : les lycéens accompagnés et leur environnement, les étudiants tuteurs des grandes écoles, ces institutions elles-mêmes, les territoires sur lesquels ils sont amenés à se rencontrer... En décortiquant des centaines de documents mémorisés tout au long des cinq années d’expériences de l’ESSEC, en retraçant des trajectoires individuelles diverses, en analysant les écrits produits systématiquement à chaque séance de tutorat par chaque groupe, en suivant les évolutions des regards posés par les différents acteurs sur eux-mêmes, sur leur avenir, sur la société... l’étude analyse l’impact du programme et son aptitude à atteindre les objectifs visés. Elle s’interroge sur l’avenir de l’action, sur les nécessaires approfondissements, les inflexions, les diffusions à envisager pour aller plus loin. www.pourquoipasmoi.essec.fr ESSEC avenue bernard hirsch BP 50105 CERGY 95021 cergy pontoise cedex TéL. 33 (0)1 34 43 30 00 FAX 33 (0)1 34 43 30 01 www.essec.fr essec business school, Paris. établissements privés d’enseignement supérieur, association loi 1901, accréditéS aacsb international - the association TO ADVANCE COLLEGIATE SCHOOLS OF BUSINESS, accrédités EQUIS - the european quality improvement system. affiliés à la chambre de commerce et d’industrie de versailles val-d’oise - yvelines.

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