UNE GRANDE ÉCOLE :
POURQUOI PAS MOI ?
www.pourquoipasmoi.essec.fr
BILAN D’ÉTAPE
JANVIER 2003 - JANVIER 2008
DES PREMIERS RÉSULTATS PROMETTEURS
UN ESSAI À TRANSFORMER…
Th. SIBIEUDE - F. LOUVEAUX - C. DARDELET
Les auteurs de l’ouvrage
Thierry SIBIEUDE François LOUVEAUX Chantal DARDELET
Titulaire d’un doctorat en gestion et Agrégé de géographie, ancien élève de Diplômée de l'École centrale de Lille,
géographie de l’environnement de l'École normale supérieure de Saint- elle a travaillé pendant quinze ans en
l’université de Cergy-Pontoise, Thierry Cloud, François Louveaux a commencé sa recherche et développement et gestion
Sibieude a d’abord travaillé 10 ans à des carrière dans des lycées techniques de de projets industriels dans le secteur
postes de direction de centres de profit Rouen et Sotteville-Lès-Rouen. Nommé privé.
au sein de la Compagnie générale des professeur en classes préparatoires en
Eaux puis comme directeur de la 1983, il a enseigné à Aix-en-Provence, Depuis plus de 10 ans, elle s’est
promotion et de la diffusion de LA CINQ puis à Poitiers avant de rejoindre en impliquée sur les problématiques de la
(membre du comité de direction), avant 2003 le lycée Henri IV à Paris. politique de la ville, à travers divers
de devenir professeur en 1992 à l’IGIA engagements associatifs et un mandat
(Institut catholique de Paris) puis au Formateur dans l'académie de Poitiers, il électif local. Ces expériences l'ont
sein du Groupe ESSEC qu’il a rejoint en a assuré la préparation à l'agrégation conduite à rejoindre l'ESSEC en
1996. interne et des journées de formation. janvier 2004 pour développer
Il s’intéresse tout particulièrement au Auteur de manuels, il a aussi participé au l'ingénierie du programme "Une Grande
partenariat public-privé dans la gestion Dictionnaire critique de la École : Pourquoi pas moi ?", structurer
des services urbains, à la responsabilité Mondialisation (Le Pré aux Clercs 2002 l'activité, anticiper son développement
sociale de l’entreprise et à sa et www.mondialisations.org) et rédigé territorial et national.
contribution au développement durable. l'article Mondialisation et enseignement
Il a mené de nombreuses missions de de la géographie dans les Cahiers de Depuis 2005, Chantal Dardelet est
conseil et d’étude. l'IREHG n°8 (Clermont-Ferrand 2000). animatrice du Groupe Ouverture sociale
Il participe depuis dix ans aux différents de la Conférence des Grandes Écoles
Il a publié deux ouvrages : jurys des concours de l'agrégation. (CGE) qui rassemble le réseau des
- PME-PMI : Intégrer l’environnement grandes écoles interpellées sur la
dans votre gestion - Denis Fougerat Ancien président de l'association des question de la mixité sociale des
(Arthur Andersen) - Paris : Éditions professeurs des classes préparatoires formations d'élite. Elle a mis en place et
Economica, mars 1995 littéraires (APPLS), il est membre depuis coordonne le Pôle Ressource Ouverture
- Les rouages économiques de 8 ans de la Commission amont de la Sociale, en partenariat avec la
l’environnement (avec Christophe Conférence des Grandes Écoles et Délégation interministérielle à la Ville,
Sibieude) - Paris : Éditions de l’Atelier. participe aux travaux du Groupe qui est à disposition des porteurs de
Ouverture sociale depuis ses débuts. Il a projets et de leurs partenaires
À l’ESSEC, il a créé la Chaire été coresponsable de l'organisation du institutionnels et privés. Elle participe
d’Entrepreneuriat Social à l’ESSEC en colloque « Démocratie, classes prépara- avec différents ministères, aux réflexions
2002, et en est le professeur titulaire. Il toires et grandes écoles » (mai 2003). Il sur les politiques publiques à venir dans
est également codirecteur de l'Institut a été chargé d'une mission sur les le domaine de la réussite éducative et de
des Villes et du Territoire. En 2002, il a concours littéraires par les Écoles l’égalité des chances.
créé le programme « Une Grande École : normales supérieures (2006) et
Pourquoi pas moi ? » à l’ESSEC avec participe comme expert depuis 1999 aux
Pierre Tapie et Franck Vallerugo, différentes commissions réunies par la
programme qui s’est développé sous sa Direction de l'enseignement supérieur
responsabilité. sur les classes préparatoires.
Il est par ailleurs vice-président du
Conseil général du Val-d'Oise depuis
2002, président de la Commission
Environnement, membre du Conseil
national du Développement durable,
président de la Clé pour l'autisme,
administrateur de la FEGAPEI.
Les partenaires
Les acteurs du projet
Le programme « Une grande École : Pourquoi pasmoi ? (PQPM) met en relation de nombreux acteurs
L’ÉQUIPE PROJET À L’ESSEC LES LYCÉES PARTENAIRES SONT LES SUIVANTS
Thierry SIBIEUDE, professeur titulaire de la Chaire Le Lycée Georges Braque d’Argenteuil :
http://www.ac-versailles.fr/etabliss/lyc-braque-argenteuil/
Entrepreneuriat Social,
Le Lycée Evariste Galois de Sartrouville
Responsable fondateur du programme,
http://www.ac-versailles.fr/etabliss/lyc-galois-sartrouville/
sibieude@essec.fr
Le Lycée Galilée de Cergy Saint-Christophe
http://www.lyc-galilee-cergy.ac-versailles.fr/accueil/
Chantal DARDELET, coordinatrice Ouverture Sociale, Le Lycée Jules Verne de Cergy le Haut
Responsable du développement national, http://www.lyc-verne-cergy.ac-versailles.fr/
dardelet@essec.fr Le Lycée Simone de Beauvoir de Garges les Gonesse
http://www.lyc-beauvoir-garges.ac-versailles.fr/
Félicie GOYET, chef de projet à l’ESSEC, Le Lycée Edmond Rostand de Saint-Ouen l’Aumône
http://www.ac-versailles.fr/etabliss/lyc-rostand-
goyet@essec.fr
stouen/accueil.htm
Le Lycée de l’Hautil de Jouy-le-Moutier
Charlotte MACRON, chargé du développement territorial,
http://www.ac-versailles.fr/etabliss/jlmhautil/
macron@essec.fr
Le Lycée Camille Pissarro de Pontoise
http://www.ac-versailles.fr/etabliss/lyc-pissarro-pontoise/
Claire MORKEL, assistante du programme,
morkel@essec.fr - tél. 01 34 43 32 05
Les institutions et intervenants extérieurs partenaires sont :
L’équipe projet encadre cette année
- 48 étudiants tuteurs volontaires Le Théâtre 95, avec Sylvie Ollivier et Louise-Anne Monod
Contact : sylvie.ollivier@voila.fr
- Une dizaine d’étudiants impliqués autrement dans PQPM
lamonod-m@orange.fr
Les anciens étudiants tuteurs - plus de 200 à ce jour - se
Le cabinet Testallia de Cergy
sont constitués en association :
Contact : testallia@voila.fr
L’association PARTAGE
(Parrains et tuteurs actifs des grandes écoles) L’association Finances et Pédagogie
Contact : sophie.keller@essec.fr Contact : marie.mouche@ceifn.caisse-epargne.fr
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Édito
Édito
E n janvier 2008, le programme de l’ESSEC Une Grande École : Pourquoi pas moi ? a accueilli sa sixième
promotion de lycéens pour un cursus de 3 ans. 198 élèves les ont précédés depuis janvier 2003 ;
près de 200 étudiants de l’ESSEC ont été tuteurs dans ce programme ; 8 lycées partenaires, leurs équipes
de direction et les équipes pédagogiques, 24 professeurs tuteurs se seront impliqués, ainsi qu’une
vingtaine d’entreprises partenaires qui apportent capitaux et parfois cadres. À l’échelle de la France,
trente grandes écoles ont mis en place des programmes de ce type, essentiellement au sein de la
Conférence des Grandes Écoles. Depuis sa création, le programme de l’ESSEC aura mobilisé 915 000 euros.
En octobre 2007, pour le premier évènement Deuxième Cercle de l’année, ouvert à tous les élèves volontaires
des lycées partenaires de l’ESSEC, 530 lycéens se sont inscrits pour un après midi consacré aux écoles à
préparation intégrée…
Ces quelques chiffres montrent que le programme Une Grande École : Pourquoi pas moi ? de l’ESSEC, que
nous appellerons PQPM dans ce dossier, a cessé d’être expérimental pour devenir l’une des réponses
possibles à une urgence sociale en France, celle de la diversification des élites et de l’égalité des chances
d’accès aux formations d’excellence. Dans ce cadre, ces chiffres peuvent alors sembler modestes.
Comment prétendre, en soutenant quelques dizaines d’élèves, pouvoir agir sur la société toute entière, dans
le long terme, pour des changements majeurs ?
Il est utile de rappeler ici quelques-unes des spécificités de PQPM par rapport à d’autres initiatives prises
dans ce domaine :
Par conception, le programme se veut « duplicable » sur la base de fondements communs :
- l’engagement de l’institution dans la durée ;
- le double tutorat : étudiants de l’ESSEC et professeurs du lycée d’origine ;
- la revalorisation de la notion de travail et d’effort ;
- le refus d’instaurer une voie réservée de recrutement sur critère social ;
- la réhabilitation et la valorisation de l’entreprise ;
- l’accompagnement de lycéens motivés, de bon niveau et d’origines telles que la perspective d’études
supérieures longues ne leur est pas offerte.
Par conception encore, le programme ESSEC se veut altruiste : il n’a pas pour objectif de fournir à l’ESSEC
de nouveaux étudiants.
Il se veut attaché au territoire.
Il se veut source de rencontres, d’enrichissement mutuel pour les jeunes lycéens mais aussi pour les
étudiants de l’ESSEC qui trouvent là une expérience humaine unique et un véritable plus dans leur
formation. Il s’appuie sur des relations gagnant-gagnant entre les différents acteurs, conditions de la
poursuite de l’action sur le long terme.
Il est temps de mettre à plat les objectifs, les choix et les méthodes retenues par l’ESSEC, de faire un
premier bilan, forcément partiel, des résultats du programme, en termes de pertinence, d’efficience,
1
d’efficacité et de conformité, d’envisager alors de nécessaires approfondissements, inflexions, mais
aussi diffusions. Il faut mesurer ce qui a été fait, ce qui reste à faire pour assurer la pérennité du
programme, le diffuser.
Ce document n’est pas une évaluation d’une politique publique. Ce n’est pas non plus le résultat d’une
recherche universitaire. C’est une analyse approfondie menée avec le concours d’un observateur
extérieur à l’ESSEC et à PQPM, qui a décortiqué les données très nombreuses recueillies depuis
janvier 2003 et les a complétées par des échanges multiples avec les différents partenaires. Sur la
base de ces premiers résultats et premiers acquis d’expériences, nous avons fondé ensuite
quelques recommandations pour l’avenir.
Avant même toute analyse de détail, il semble établi que ni PQPM, ni un aucun autre programme ne
peut se présenter comme LA solution à la question de la diversité sociale. Il y aurait une solution
unique à une question multiple ? Le croire serait moins utopique que dangereux.
Thierry Sibieude
Som ma
Sommaire
ÉDITO .................................................................................................................................................................................................................................................................................... P1
PREMIÈRE PARTIE : POURQUOI ? ............................................................................................................................................................................ P5
Pourquoi ce programme ? Une question majeure aujourd’hui ........................................................................................................ 7
- Comment répondre efficacement ? .............................................................................................................................................................................. 7
- Le choix entre deux grandes voies .............................................................................................................................................................................. 8
Pourquoi l’ESSEC ? Une tradition, une filière de recherche, un territoire. .................................................................... 9
DEUXIÈME PARTIE : COMMENT ? ............................................................................................................................................................................ P 11
Cibles et méthode. ................................................................................................................................................................................................................................ 13
Déroulement du programme. ................................................................................................................................................................................................ 13
Des procédures et des outils pour suivre et évaluer. .............................................................................................................................. 15
TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ? ........................................................................................................................................ P 17
Une première approche : les résultats scolaires et les orientations choisies. ...................................................... 19
La pertinence de PQPM .................................................................................................................................................................................................................. 21
- Les élèves : une satisfaction lucide. ...................................................................................................................................................................... 21
- Les autres acteurs, tuteurs, enseignants : des données partielles, mais des indications
intéressantes. ...................................................................................................................................................................................................................................... 22
L’efficacité de PQPM .......................................................................................................................................................................................................................... 24
- Images et représentations : ce qu’il faut d’abord changer. .................................................................................................... 24
- Les élèves : une métamorphose. ................................................................................................................................................................................ 25
- Quelle est la part qui en revient à PQPM ? ...................................................................................................................................................... 26
- Les tuteurs : enthousiasme et lucidité. .............................................................................................................................................................. 27
- Les entourages : pour le moment, surtout les familles ................................................................................................................ 27
L’efficience de PQPM .......................................................................................................................................................................................................................... 29
- Le projet « Postbac » .................................................................................................................................................................................................................. 29
- L’essaimage de PQPM .................................................................................................................................................................................................................. 30
- Le « deuxième cercle » .............................................................................................................................................................................................................. 31
La conformité de PQPM .................................................................................................................................................................................................................. 31
QUATRIÈME PARTIE : CONCLUSIONS ............................................................................................................................................................ P 33
Les premiers effets de PQPM : distance, mais ouverture .................................................................................................................. 35
- Un double constat partagé : PQPM mission quasi impossible ? .......................................................................................... 35
- Une rencontre, des convergences prometteuses mais inachevées .............................................................................. 36
Des pistes d’évolution ? .................................................................................................................................................................................................................. 37
- Approfondir, élargir ...................................................................................................................................................................................................................... 37
- Organiser le soutien post-bac et bien après. .............................................................................................................................................. 38
- En guise de premières conclusions .......................................................................................................................................................................... 39
Une certitude : un autre regard. ...................................................................................................................................................................... 39
Une incertitude majeure : le temps. .......................................................................................................................................................... 39
ANNEXES .................................................................................................................................................................................................................................................................. P 41
3
1 PREMIÈRE PARTIE : POURQUOI ?
Pourquoi ce programme ?
Pourquoi l’ESSEC ?
1 P REMIÈRE PARTIE : POURQUOI ?
POURQUOI CE PROGRAMME ? d’efficacité économique bien comprise. La question
s’élargit donc en même temps qu’elle se pose. Le terme de
UNE QUESTION MAJEURE diversité est suffisamment large pour recouvrir non
seulement des données socio-économiques, mais aussi
AUJOURD’HUI. d’origine spatiale, sociale ou familiale. On se trouve alors
à la fois au cœur de la question du recrutement des
Pourquoi un tel programme ? Pour répondre à deux grandes écoles et autres formations d’excellence, car la
questions majeures : l’égalité des chances d’accès aux réussite scolaire et universitaire est aujourd’hui très
formations d’excellence et la diversification des élites fortement corrélée à l’origine sociale – et très au-delà,
dans une France ouverte au monde. dans les sentiments contradictoires que fait naître la
mondialisation.
La rapidité des évolutions et des actions signe l’urgence.
En moins de cinq ans, la question de la non diversité des
élites est passée du stade du constat savant à celui des COMMENT RÉPONDRE EFFICACEMENT ?
débats puis des politiques publiques. Cette rapidité a un
corollaire logique : la multiplication d’expériences Le caractère très englobant de cette diversité suppose des
encore peu ou pas évaluées et d’ailleurs évaluables, alors actions volontaires, continues, complexes, nécessairement
même que cette évaluation est un impératif. La question longues et lentes. L’image usuelle de l’ascenseur social
est socialement et politiquement majeure. Le coût et les peut faire croire à des effets immédiats. On sait pourtant
implications des programmes très importants. que la promotion sociale demande du temps, se fait sur
C’est au début des années 2000 que la question de l’égalité plusieurs générations. Mieux vaudrait d’ailleurs parler
des chances d’accès aux formations d’excellence – et d’ascension sociale, car il y faut de la constance dans
d’abord pour des raisons pratiques et symboliques les l’effort et de la volonté. L’urgence d’agir, de donner des
Grandes Écoles et formations emblématiques – apparaît signes forts, remet alors au premier plan la question de
clairement. On peut évoquer en 2001 la décision de l’accès aux formations d’excellence, et la réussite dans et
l’Institut d’Études Politiques de Paris de créer une voie après ces formations3. C’est d’autant plus vrai que les
d’accès spécifique à travers les « Conventions ZEP » et en études s’accordent à dire qu’il y a une marge de manœuvre
2002 la mise en place du programme de l’ESSEC. Le réelle, immédiate : s’attacher à lever l’autocensure des
17 janvier 2005, la signature de la Charte pour l’égalité étudiants issus de milieux modestes, non initiés, vis-à-vis
des chances dans l’accès aux formations d’excellence, des études longues.
puis en 2006 l’opération « 100 000 étudiants - 100 000 On s’aperçoit en effet qu’à niveau scolaire comparable, la
tuteurs », illustrent diverses formes et modalités décision de s’engager dans des études longues est
d’engagement de l’État – Délégation interministérielle à socialement très inégale. Les élèves, issus de milieux
la Ville, ministère de l’Éducation nationale, de modestes ou qui ne les prédisposent pas à des études
l’Enseignement supérieur et de la Recherche – de la longues, ne s’y engagent pas, alors même que leurs
Conférence des Grandes Écoles, de la Conférence des résultats scolaires leur permettraient de le faire. Ils
Présidents d’Université. On pourrait multiplier les méconnaissent ces études ou, pire, pensent qu’elles ne
exemples d’acteurs mobilisés sur ce thème. Très sont pas faites pour eux ou qu’ils ne sont pas faits pour
rapidement aussi on s’aperçoit que de l’égalité des chances elles. Cette autocensure touche toutes les voies de
dans l’accès aux formations, on glisse à la question de la l’enseignement supérieur, pas seulement la filière classes
« diversité » dans ces formations. Dans une France préparatoires-grandes écoles. On doit dire que cette
ouverte au monde, peut-on admettre que les élites, les autocensure est aussi, partiellement, lucidité. Les
grands dirigeants des entreprises comme des formations longues engagent des qualités intellectuelles
administrations, présentent le même profil intellectuel, particulières, reposent parfois sur des habitudes, des
social et que celui-ci soit de moins en moins représentatif connivences, des savoirs, savoir-faire et savoir-être qui ne
de la société française2 ? Il n’y a pas là seulement une relèvent pas du domaine des seules connaissances. Elles
question de justice sociale et de politique, mais aussi sont par nature incertaines, engagent sur de longues
2
Le récent rapport du Sénat - octobre 2007 – et avant lui le Colloque « Démocratie, classes préparatoires et Grandes Écoles » en mai 2003 notent que l’ascenseur
social semble se gripper, plus ou moins nettement, à partir des années 1990. Le système ne reste pas sans réactions, comme en témoigne par exemple la forte
croissance du nombre de boursiers en CPGE depuis trois ans.
3
Un article récent du sociologue Stéphane Beaud (Cahiers Français n°330, février 2006) rappelle que les mobilités sociales ascendantes se sont jusqu’ici
construites sur plusieurs générations et non une seule. Il aborde aussi de façon critique la place donnée aux grandes écoles face à l’université dans la recherche
de cette mobilité sociale, mais reconnaît aussi la force du modèle de réussite « immédiate » par les grandes écoles dans les représentations sociales.
7
années – cinq ans minimum. Elles sont financièrement LE CHOIX ENTRE DEUX GRANDES VOIES
coûteuses et ne permettent guère d’avoir des revenus pour
assumer leurs frais, sauf à être conduit à sacrifier ses Du point de vue conceptuel, deux voies se dessinent,
chances de réussite. On ne peut raisonner en termes comparables dans les objectifs, contradictoires dans les
seulement de moyens intellectuels. Les faits sociaux, pratiques, pas forcément incompatibles au regard de
culturels, les conditions matérielles, l’entourage familial l’ampleur des défis et de la pluralité des situations de ces
et amical interviennent lourdement à la fois dans la nouveaux jeunes à attirer et faire réussir. Faut-il ou non
décision de s’engager dans des études longues, mais aussi une voie réservée pour corriger les biais sociaux du
pour avoir de vraies chances de réussite dans ces études, système actuel ? Faut-il ou non avoir pour objectif un
et enfin, et c’est encore un chantier non ouvert très lié prérecrutement dans son école ou sa formation ?
celui-là à la diversité, après les études, pour une carrière On peut imaginer de créer des voies spécifiques pour
réussie dans le monde du travail, l’entreprise. entrer dans les grandes écoles et formations d’excellence.
Reconnaître la complexité, le caractère forcément multiple Les principes et présupposés sont clairs. Le système
de la lutte contre l’autocensure n’est pas le prétexte pour actuel, à la fois par ses exigences intellectuelles mais aussi
ne rien faire, mais au contraire un aiguillon pour agir. par des filtres sociaux plus ou moins cachés, ne permet pas
à certains jeunes d’entrer dans les grandes écoles et
Vouloir diversifier les réussites, lutter contre l’autocensure formations d’excellence. Il faut alors imaginer des
des étudiants issus de milieux modestes – et pas procédures spécifiques d’entrée, qui combinent des
seulement de ceux qui sont originaires de certains critères d’éligibilité bien définis, en termes d’origine
territoires urbains – oblige à créer de la réussite et donc de sociale, voire territoriale ou familiale, et une nécessaire
la confiance. Les jeunes visés par les politiques de sélectivité tout aussi forte que pour les autres
diversité ou d’égalité des chances doivent être assurés étudiants, mais différente4. Ensuite, une fois entrés dans
que l’effort souvent considérable qu’on leur demande, le cursus, il faut aussi prévoir des mécanismes d’aides
sera couronné de succès, à condition bien sûr que, de matérielles et intellectuelles pour combler manques et
leur côté, ils jouent le jeu et fassent les efforts lacunes. L’objectif est bien, à terme, de fondre ces
nécessaires. Cette mise en confiance et en sécurité passe nouveaux recrutés dans le moule commun, une fois
par des conditions matérielles, financement des études assurées leurs chances de réussite. L’Institut d’Études
et hébergement. Elle suppose un dialogue permanent Politique de Paris est l’exemple, le champion très
pour aider ces jeunes à changer d’une certaine façon de médiatique, de ce choix. La visibilité immédiate, tant
monde, sans se renier et sans rejeter le leur. Elle conduit à auprès du public et des médias que des élèves des lycées
mettre en place des procédures de soutien au travail partenaires, des familles, des décideurs est un argument
universitaire (méthodologie, rattrapage académique de poids pour cette démarche. L’envers est qu’elle met en
parfois), des aides pour se situer dans des milieux peu place une voie d’accès aménagée et un prérecrutement.
connus. Elle suppose que les règles du jeu soient Certains y voient alors le risque d’une possible évolution
transparentes, les engagements clairs et réciproques vers la généralisation de procédures dérogatoires, voire de
entre l’étudiant et l’institution qui l’accueille, puis la quotas ou d’une sorte de discrimination positive, laquelle
société qui l’emploiera, et devra reconnaître à sa juste heurte une conception de l’égalité et peut poser en
valeur son engagement et ses capacités. filigrane à la société française de redoutables questions,
comme celles de l’identification et de la reconnaissance de
minorités. On a compris que les choix relèvent ici du
politique. Les questions d’égalité des chances et de
diversité sont des miroirs qui renvoient la société
française à sa propre image, à celle qu’elle veut se choisir.
D’autres expériences obéissent partiellement à cette
logique avec des programmes de prérecrutement, souvent
en créant des voies d’accès réservées, incluant une clause
d’origine sociale. Certaines INSA sélectionnent ainsi des
4
En ce domaine, bien des pistes s’ouvrent, entre autres la prise en compte de qualités non scolaires - c'est-à-dire non évaluées directement par le système scolaire.
L’École Nationale Supérieure des Arts et Métiers de Paris a ainsi lancé une expérience de sélection à partir de tests, évaluant notamment la vision dans l’espace.
8
1 P REMIÈRE PARTIE : POURQUOI ?
lycéens qui entrent en prépa intégrée. Il y a aussi des POURQUOI L’ESSEC ? UNE
projets de création à la rentrée 2008 de Classes
préparatoires nouvelles avec des recrutements sur profil TRADITION, UNE FILIÈRE DE
social pour préparer une ou des écoles d’ingénieurs situées
dans le territoire proche du lycée5. Autre façon de procéder
RECHERCHE, UN TERRITOIRE.
enfin, l’idée de « percentage plans », inspirés du modèle
américain, c'est-à-dire d’un accès automatique dans les « Le programme s’inscrit dans une double tradition de
CPGE de leurs choix à un certain pourcentage des l’ESSEC : celle de l’innovation pédagogique et celle de la
meilleurs élèves de tous les lycées : la diversité sociale et défense des valeurs humanistes ». La formule du directeur
territoriale des lycées assure alors, par ricochet, celles des du Groupe ESSEC, Pierre Tapie, figure dans toutes les
CPGE puis des grandes écoles et autres formations conventions que le programme PQPM signe avec les lycées
d’excellence6. partenaires. L’antériorité de l’ESSEC dans les programmes
d’ouverture sociale s’explique donc par l’histoire et les
Au-delà de leur variété, toutes ces démarches sont sous évolutions de cette institution.
tendues par l’idée que le système actuel – surtout le En amont, l’ESSEC a créé l’Institut de la Ville et du Territoire
segment classes préparatoires/grandes écoles – est (IVT), spécialisé dans l’étude scientifique des questions
désormais incapable d’assurer l’indispensable diversité urbaines. Dans cet Institut, il y a notamment une chaire
sociale et est peu amendable efficacement. C’est le propos d’Entrepreneuriat social7. Le programme n’est donc pas un
inverse qui sous tend l’analyse de l’ESSEC à travers le appendice social pour l’ESSEC, mais un projet qui s’inscrit
projet PQPM. Celui-ci est fondé sur un double refus : celui dans une logique de recherche et de formation portée par
d’une voie réservée avec des règles spécifiques et celui l’École. PQPM est à la fois un laboratoire d’études et une
d’un prérecrutement. Ici pas question de voie réservée, occasion concrète de mettre en évidence deux des
mais une aide pour réussir les concours et les études thématiques majeures de l’institut.
supérieures telles qu’elles sont pour tous. Pas de volonté La Responsabilité Sociale des Entreprises y est
de prérecrutement, mais celle de permettre à chaque pleinement engagée. Pour l’ESSEC qui entend jouer ainsi
lycéen aidé de faire son propre choix, de la façon le plus un rôle moteur dans le développement des territoires.
éclairée et donc la plus profitable possible. Une formule Pour ses étudiants-tuteurs qui sont ainsi sensibilisés à la
résume l’ambition du programme : Permettre à chaque richesse mais aussi à la nécessité économique et sociale de
jeune d’aller au plus loin de ses capacités dans la voie la diversité dans l’entreprise, jusque dans les élites
qui est la sienne. Ce choix intellectuel fort s’explique par dirigeantes. Pour les entreprises partenaires qui
un contexte propre à l’ESSEC. mobilisent leurs propres forces, capitaux et cadres dans un
projet social et s’y affirment aussi comme
particulièrement citoyennes8.
Le Développement Socialement Durable est un second
axe d’étude. Pour être durable, le développement doit être
social9. Assurer une reproduction sociale élargie ne relève
pas seulement de l’injonction sociale, mais aussi d’une
justice sociétale, de la bonne marche d’une société, donc
des entreprises. Le développement des capacités
individuelles, l’acquisition d’un capital social est, pour les
individus, la condition de la promotion individuelle et
aussi collective, sociale, par effet d’entraînement, par la
valeur d’exemple.10
5
Dans le Nord de la France, avec certaines Écoles des Mines, une initiative qui crée quelques remous, d’autant que ces nouvelles CPGE auraient des programmes
spécifiques – avec un accent mis sur les langues étrangères par exemple.
6
Ce projet est mis en valeur par Patrick Weil et a trouvé un large écho, tant du côté des députés socialistes qui avaient un temps déposé un projet de loi en ce sens,
que de Nicolas Sarkozy, qui semble émettre malgré tout des réserves. Il n’est pas sans intérêt de savoir que ce type de programme a été mis au point aux États-
Unis, pour remplacer des démarches d’« affirmative action » abandonnées, entre autres pour des raisons juridiques. Une telle décision aurait l’avantage
d’afficher clairement une volonté politique. Il faudrait s’assurer qu’elle permet bien d’augmenter réellement la diversité sociale et culturelle, en même temps
que la diversité territoriale. Elle laisserait cependant entière la question de l’indispensable suivi avant, pendant et après les CPGE.
7
Cette Chaire est dirigée par le professeur Thierry Sibieude qui est aussi à l’origine du projet PQPM et le dirige.
8
SFR s’est associée la première au projet, d’autres entreprises ont suivi : Caisse d’Épargne Île de France Nord, Fondation Alcoa, Fondation Veolia. Il faut ajouter les
partenaires de la Chaire Entrepreneuriat Social : MACIF, MAÏF, Groupe Caisse d’Épargne, Caisse des Dépôts et Consignations ; les entreprises engagées dans le soutien
postbac : Accenture et sa Fondation, Deloitte ; sans oublier pour l’essaimage national, la Conférence des Grandes Écoles et la Délégation Interministérielle à la Ville.
9
Pour illustrer à quel point cette nécessité est aujourd’hui admise, partagée, on peut emprunter à une agronome, Sylvie Bonny, sa définition d’un développement
durable « écologiquement sain, économiquement viable, socialement juste ».
10
On peut s’appuyer, par exemple, sur la communication de Thierry Sibieude au 4e colloque de l’ADERSE en 2006.
9
Ces présupposés théoriques expliquent ainsi l’une des
originalités du programme PQPM, qui ne repose pas sur le
soutien scolaire, le tutorat pédagogique mais sur le
développement des « capabilities » 11. Nourrie de
réflexions théoriques et générales, l’expérience de PQPM
peut en retour les nourrir en ne s’interdisant pas de
regarder sans préjugés si des méthodes et des analyses,
conçues dans des contextes très différents – autres grands
pays développés, pays en développement – ne peuvent pas
apporter des pistes exploitables : la mise à distance est
toujours un exercice utile, heuristique, à condition bien
sûr d’en mesurer les limites.
Inscrite dans une certaine tradition de l’ESSEC, mais plus
encore dans des thématiques de recherche, PQPM est aussi
inscrit dans l’espace même de cette École « parisienne »
sise dans une ville nouvelle12. L’ESSEC n’est ni entre
Belleville et le Père Lachaise, ni entre plateaux agricoles
de Saclay et vallée de la Bièvre, mais au cœur de Cergy-
Pontoise, adossée presque à la Préfecture, à quelques
dizaines de mètres de la gare RER de Cergy-Préfecture.
Étudiants, comme intervenants et visiteurs qui se
rendent de la gare aux amphis de l’ESSEC parcourent en
quelques centaines de mètres une distance sociale,
culturelle conséquente pour ne pas écrire considérable.
Sa situation même fait que l’ESSEC ne peut échapper aux
interrogations sur la ville, sur la volonté de mixité sociale
dans les territoires et donc dans les esprits et la société.
L’implantation au centre d’une ville comme celle-ci d’une
ou plusieurs grandes écoles et universités a été voulue
comme un moyen de créer un territoire nouveau, de
donner des chances à une portion de banlieue et à ses
habitants, d’affirmer une politique. Elle crée les
conditions d’une possible cohabitation féconde entre
des jeunes venus d’univers sociaux et culturels
différents qui n’avaient que peu de chance de se côtoyer
vraiment. C’était un pari ; c’est une richesse, mais il a
fallu le volontarisme de quelques uns et l’engagement
d’une communauté pour que la rencontre se fasse, la mise
au point de méthodes originales et la mise en place de
procédures strictes pour que l’expérience s’affirme et
porte ses premiers fruits.
11
Au sens où l’entendent A. SEN et la philosophe Martha NUSSBAUM. Voir communication au 4e colloque ADERSE 2006 (article cité), ou encore SEN A, Development
as freedom, Anchor 1999
12
Depuis le 1er janvier 2005, ce n’est plus une « ville nouvelle », mais une communauté d’agglomération.
10
2 DEUXIÈME PARTIE : COMMENT ?
Des objectifs, une démarche,
des procédures,
des outils.
2 D EUXIÈME PARTIE : COMMENT ?
« Le chemin sera long avant de changer les mentalités, mais surtout ne vous arrêtez pas en chemin car ce programme est
vraiment bien et redonne confiance à des jeunes comme moi qui, ne connaissant pas ce programme, auraient décidé de s’en
tenir au strict minimum ». Christopher, lycéen de la première promotion, qui termine son BTS bien décidé à poursuivre ses
études, résume d’une certaine façon les objectifs que se sont fixés les promoteurs de PQPM.
CIBLES ET MÉTHODE coopération dans le strict respect des compétences
propres de chaque partenaire : le soutien scolaire
éventuel est du domaine de l’Education nationale, donc
Le programme vise trois cibles majeures : des professeurs tuteurs et/ou des structures de tutorat14
des lycéens de bon potentiel et de niveau social mises en place par les lycées partenaires. L’ESSEC
modeste dans les lycées partenaires autour des idées de intervient dans le domaine extra scolaire : connaissance
réussite, d’ambition et d’effort, avec pour objectif la et compréhension du monde contemporain, de
poursuite d’études supérieures longues et réussies13 ; l’actualité, mais aussi activités culturelles au sens large,
l’entourage proche de ces élèves : leurs lycées et les qui utilisent particulièrement les points forts des
communautés éducatives, puis leurs familles, leurs étudiants, pratique de l’expression orale et écrite, du
camarades, leurs quartiers - pour changer l’image des travail de groupe, et découverte du monde de
études, rendre tangible l’égalité des chances et l’entreprise. Ce partage des tâches, fondé sur la
participer à la valorisation des territoires coopération et le partenariat est l’un des socles sur
des étudiants de l’ESSEC, futurs managers, et au-delà lesquels s’édifie le programme.
d’eux l’ESSEC et ses personnels autour de l’idée de la
richesse de la diversité ; au-delà encore, d’autres
grandes écoles et formations
le territoire et la société dans son ensemble, à travers
DÉROULEMENT DU PROGRAMME.
les entreprises impliquées, amenées à embaucher
demain ces jeunes à égalité des chances avec les autres Du point de vue pratique le programme se déroule
candidats, et à travers les pouvoirs publics sur la désormais en trois temps : le recrutement,
nécessité, la possibilité et l’intérêt de promouvoir la l’accompagnement PQPM pendant les 3 années de lycée
diversité. pour développer l’ambition et enfin, l’accompagnement
postbac pour transformer cette ambition en réussite.
Le pari de PQPM, c’est qu’en agissant localement sur
quelques uns, on peut par diffusion, propager messages Le premier temps est donc celui du recrutement, qui se
positifs et bonnes pratiques et par métamorphisation, fait sur différents critères :
c'est-à-dire transformation à partir d’un noyau actif, agir Le volontariat : la motivation est primordiale. Le
ainsi, de proche en proche, sur la société, les mentalités. programme s’inscrit dans une logique
On est bien là dans la logique de l’entreprise sociale. d’accompagnement et non pas d’assistanat : le lycéen
est le premier acteur de sa réussite.
Les ambitions sont à la mesure du défi et reposent sur une Des critères sociaux : être issu d’un milieu modeste.
certaine conception de ce que peut être l’action sociale, Des critères géographiques : être élève d’un des lycées
dans le domaine éducatif comme dans d’autres : partenaires conventionnés avec l’ESSEC15.
Les actions à mettre en œuvre sont ajustées pour Des critères scolaires : un bon potentiel avéré ou
répondre à ces objectifs. pressenti par les professeurs.
Des moyens concrets sont mis en rapport avec ces Après une réunion d’information sur PQPM avec les jeunes
actions. et leurs familles, les lycéens intéressés écrivent une lettre
Des indicateurs précis permettent de mesurer les effets, de motivation et remplissent un questionnaire de
d’évaluer, d’affiner. candidature, qui sont examinés conjointement par les
Dernière règle enfin, celle du partage des tâches, de la proviseurs et professeurs tuteurs de chaque lycée
13
De façon très significative, le programme PQPM a changé deux fois de nom. Au départ il s’appelait : « Une prépa, une grande école de gestion : Pourquoi pas
moi ? », puis « Une prépa, une grande école : Pourquoi pas moi ? » et enfin aujourd’hui « Une Grande École : Pourquoi pas moi ? ».
Les changements de noms traduisent ici non pas une ambition décroissante mais le souci de s’adresser à un plus grand nombre de jeunes dans le programme
ESSEC et au-delà, et de respecter la liberté de choix des élèves.
14
Elles se développent dans tous les lycées, avec une injonction ministérielle très claire, et prennent des formes très diverses : professeurs spécifiquement désignés,
appel aux tuteurs étudiants, intervention d’associations spécialisées comme Tremplin, partenariat avec d’autres organismes d’enseignement supérieur…
15
En 2002, au lancement du programme les lycées Galilée de Cergy-Saint-Christophe, Jules Verne de Cergy-le-Haut, Évariste Galois de Sartrouville, Georges Braque
d’Argenteuil. En 2004, les lycées de l’Hautil à Jouy-le-Moutier et Camille Pissarro à Pontoise signent à leur tour la convention qui les lie à PQPM. En 2006, les
rejoignent les lycées Edmond Rostand de Saint-Ouen et Simone de Beauvoir à Garges-les-Gonesse. En 2008 d’autres conventions devraient être signées.
13
partenaire et l’équipe de l’ESSEC. Suit un entretien Ces modules sont mis en œuvre dans les séances
individuel avec une commission constituée de représentants hebdomadaires de tutorat, des ateliers18 spécialisés, des
du lycée et de l’ESSEC qui décide de l’admission. Il s’agit sorties culturelles, des journées d’immersion19 en
d’évaluer la motivation réelle du lycéen, de s’assurer aussi entreprise, des visites d’entreprises, des conférences
que son milieu familial ne lui apporte pas déjà le capital débats avec des responsables économiques ou
social et culturel que le programme entend apporter et que politiques20, stages et séjours21.
le niveau scolaire du jeune est a priori adapté à un dispositif
qui va lui prendre du temps. Les lycéens retenus et leurs La clé de voûte du programme est un double tutorat :
familles signent avec l’ESSEC et leur lycée un contrat Le tutorat-étudiant : les lycéens sont pris en charge à
d’engagement pour trois ans16. l’ESSEC, par groupes constitués de 4 à 9 élèves et d’un
binôme d’étudiants-tuteurs de l’ESSEC. Recrutés sur la
Le programme s’étale ensuite sur 3 ans : les deux derniers base du volontariat et très largement du bénévolat22, les
trimestres de la classe de seconde (100 heures environ), les tuteurs ESSEC s’engagent pour une année et sont formés
trois trimestres de première (140 heures) et de terminale par l’ESSEC aux techniques d’animation et à la dynamique
(140 heures), soit un volume horaire total de 380 heures. de groupe. Ils se réunissent pour des séances de bilan et
Ces heures sont réparties entre : de formation, participent aussi, s’ils sont volontaires, à
des séances de tutorat de trois heures à l’ESSEC avec des des rencontres avec d’autres étudiants tuteurs d’autres
étudiants-tuteurs. écoles ou formations pour des échanges conviviaux
des sorties culturelles le week-end. d’expériences, de pratiques23. Beaucoup d’étudiants
des ateliers pendant les vacances avec des intervenants continuent à participer activement au programme au-delà
extérieurs et des entreprises. de leur année d’engagement en tutorat.
Le programme est donc contraignant et exigeant. « Le Le tutorat-professeur : dans les lycées partenaires au
contenu pédagogique du programme, élaboré avec l’ensemble moins deux professeurs- tuteurs suivent les lycéens du
des partenaires, vise à développer des compétences et des programme et font régulièrement avec eux le point sur
comportements nouveaux : confiance en soi, curiosité leurs progrès, leurs difficultés et doutes éventuels. Ils
intellectuelle, aisance verbale, sens de l’argumentation »17. Il servent d’interface avec l’ESSEC et les tuteurs étudiants,
s’articule autour de sept modules. sont aussi les relais des opérations de « deuxième cercle »,
ouvertes à tous les lycéens des lycées partenaires.
16
Voir en annexe l’organigramme du recrutement
17
Extrait du dossier de presse PQPM.
18
Expression orale et écrite avec des comédiennes du Théâtre 95, codes sociaux, aide personnalisée à l’orientation, initiation à la gestion d’un budget…
L’expression corporelle et le théâtre font presque toujours partie de ce que les élèves citent en fin de parcours comme expérience marquante.
19
Entre autres le « shadowing » qui permet aux jeunes de partager la journée d’un professionnel qui exerce un métier qui intéresse a priori l’élève – cadre
dirigeant, chercheur, ingénieur, responsable communication, avocat… Ces séances laissent à tous les élèves une très forte impression : ils les citent tous lorsque
l’on leur demande ce qu’ils retiendront de ces trois années de programme.
20
Jean-Pierre Raffarin, Jean-Louis Borloo, Catherine Vautrin entre autres se sont prêtés à l’exercice.
21
Deux exemples très marquants en 2006 : le stage de trois jours à Polytechnique et un voyage à Londres avec Polo Marco, association étudiante de l’ESSEC. Les
effets de groupe s’ajoutent ici aux bénéfices habituels.
22
L’engagement, à l’ESSEC comme ailleurs, est valorisé dans le cursus académique par l’attribution d’UVEP ou de crédits ECTS et sous forme de défraiement ce qui
se pratique déjà dans d’autres écoles.
23
Une association d’anciens tuteurs “PARTAGE” s’est créée. Elle organise deux fois par an des JPI Journées de partage inter écoles : voir plus loin.
14
2 D EUXIÈME PARTIE : COMMENT ?
Le programme met en œuvre un grand nombre24 et une pédagogiques de réussites dans l’Eenseignement supérieur
grande variété d’acteurs. Le schéma en annexe 3 illustre (IPRES) est à la fois repris par tous et sans concrétisation à
les forces en présence. C’est bien là une de ses ce jour faute de moyens, même si la piste des CROUS
complexités : faire travailler ensemble des univers qui ne se semble se préciser25. En ces domaines qui la dépassent,
connaissent pas bien, notamment l’enseignement l’équipe de PQPM se veut force de proposition, de
secondaire, l’enseignement supérieur, le monde du travail concertation, fédératrice, particulièrement par son activité
et les représentants de l’État. au sein du groupe Ouverture sociale de la Conférence des
Grandes Écoles.
Au-delà du bac, l’accompagnement se poursuit, sous une
forme nouvelle. En effet, l’objectif de PQPM est de
permettre aux jeunes d’avoir un parcours et une réussite
professionnelle auxquels ils ne croyaient pas avoir « droit »,
DES PROCÉDURES ET DES OUTILS
dont ils se disaient que « ce n’est pas pour eux ». Susciter POUR SUIVRE ET ÉVALUER.
l’espoir et ne pas le concrétiser serait dramatique pour ces
jeunes et, au-delà, pour ceux que l’on veut convaincre que Parce que le programme est conçu dans la durée, bâti sur une
la réussite n’est pas prédéterminée par le lieu d’habitation analyse théorique du développement social et de celui des
ou la naissance. Les élèves de PQPM devenus étudiants « capabilities », sur la volonté de diffuser méthodes et
doivent être suivis, conseillés, aidés si nécessaire dans leur pratiques, sur l’ambition de jouer sur les transformations des
parcours postbac. L’ESSEC s’engage donc sur un territoires et de la société à partir de l’aide apportée à
accompagnement personnel individualisé dans la durée. quelques-uns, les procédures sont dès le départ très
Structures et procédures, postbac et post-PQPM, se mettent formalisées et les opérations de bilan régulières et voulues
en place et pour ce faire, l’ESSEC s’est mis en quête de cohérentes sur toute la durée.
nouveaux partenaires.
Après l’information donnée aux nouveaux élèves de seconde
La cellule PQPM organise des rencontres entre ex-tutorés, des lycées partenaires, puis le questionnaire et la procédure
leur affecte une adresse mail permanente pour rester en de recrutement, les parents des élèves retenus sont conviés
contact, s’informe régulièrement de leurs parcours, est à l’ESSEC pour une présentation de l’équipe et du programme,
disponible en cas de besoin. Les anciens élèves ont un pour une visite des lieux qui accueilleront leurs enfants
« parrain » référent, choisi par eux à leur départ de chaque semaine, pour un échange sur le rôle stratégique des
l’ESSEC parmi les étudiants-tuteurs volontaires, qui est là parents dans la réussite d’un jeune, même quand ils sont
pour les écouter, les aider. Des entreprises partenaires ont éloignés de la sphère des études supérieures, pour la
accordé des bourses d’études pour assurer l’indispensable signature d’un contrat d’engagement26 entre l’ESSEC, l’élève
soutien matériel, complémentaires des bourses nationales et ses parents. L’équipe de PQPM assure une permanence
qui s’avèrent souvent insuffisantes et proposent également régulière, pour les élèves comme pour leurs familles. Les
des parrains d’entreprise, qui sauront aider les jeunes à familles sont associées aux grands événements du
confirmer ou préciser leur projet professionnel, à effectuer programme et entre autres la cérémonie de départ de
leurs recherches de stages ou de missions en entreprise. promotion et de remise de l’attestation PQPM en fin de
Terminale, occasion pour les sortants de faire le bilan de leurs
Du côté des classes préparatoires, l’idée qu’il faut accueillir trois années de formation devant plusieurs centaines de
de nouveaux publics et donc les aider, les guider dans un personnes, camarades, proviseurs et professeurs, tuteurs et
monde qu’ils ne connaissent pas, fait son chemin auprès encadrement de l’ESSEC, famille et amis, occasion aussi de
des associations de professeurs de classes préparatoires, dialoguer avec des « parrains de promotion », choisis pour
des chefs d’établissements, comme auprès des leur valeur d’exemple et leur engagement en faveur de la
responsables ministériels. Le projet de création d’Internat diversité et de l’égalité des chances27.
24
PQPM, c’est aujourd’hui une équipe projet constituée de 5 personnes, 48 étudiants-tuteurs, 8 proviseurs et 24 professeurs-tuteurs, 8 intervenants extérieurs,
une vingtaine d’entreprises partenaires, sans oublier bien sûr les 160 lycéens actuels et leurs familles, les 77 anciens lycéens passés par le programme et leurs
familles.
25
Il s’agirait de créer des internats ouverts en permanence, week-ends et petites vacances incluses, et surtout dotés de toutes les structures pour les aides
pédagogiques, sociales, psychologiques dont ont besoin pour réussir ces nouveaux étudiants du supérieur. Concentrer les moyens d’aide pour au contraire ne
pas concentrer tous les étudiants dans un seul lieu d’étude, un seul lycée à classe préparatoire par exemple. Au lycée Henri IV à Paris, les étudiants de la classe
expérimentale CPES – Classe préparatoire aux études supérieures – sont hébergés par le CROUS de Paris, à la Cité universitaire ; à Marseille, les élèves de la classe
expérimentale du lycée Thiers sont hébergés au CROUS.
26
La contractualisation est systématique entre tous les acteurs du dispositif : l’ESSEC signe aussi une convention avec tous les lycées partenaires, avec les
étudiants tuteurs, avec les entreprises.
27
Le parrain de la première promotion est l’ancien capitaine de l’équipe de France de rugby, Abdelatif BENNAZI ; pour la seconde Aziz SENNI et Jérôme SCHATZMAN,
entrepreneurs sociaux ; pour la troisième, Fatiha BENATSOU, membre du Conseil économique et social. Tous sont bien sûr très engagés dans la promotion de la
diversité.
15
Pour entrer dans le programme, les élèves volontaires On dispose donc d’un matériel riche, suivi, cohérent pour
remplissent un questionnaire détaillé28 qui permet de essayer d’établir une évaluation de PQPM. La faiblesse des
mieux cerner qui ils sont, de s’assurer qu’ils entrent dans effectifs concernés, pour le moment, conduit à privilégier
les critères de recrutement, et d’effectuer ainsi une les données qualitatives, mais ces effectifs sont suffisants,
sélection équitable. Il porte sur la situation familiale, le plus souvent, pour vérifier au moins que l’on ne
l’environnement culturel, les pratiques culturelles, la transforme pas en généralité une remarque finalement très
perception de soi, les attentes et les projets face à l’avenir. minoritaire.
En fin de programme, les élèves de PQPM remplissent un
questionnaire de sortie qui reprend, souvent sous la même Ce bilan d’étape est une nécessité. À cause de l’énergie et
forme, rubriques et questions. On dispose alors d’un outil de l’implication qui ont été déployées par les concepteurs
pour mesurer les transformations, les changements et les équipes ; à cause de l’importance des moyens
d’images, de perceptions et de pratiques qui sont le cœur humains et financiers qui ont été consacrés à PQPM ; parce
de l’ambition de PQPM. À cela s’ajoute classiquement une que PQPM a été conçu non comme une opération ponctuelle
évaluation des pratiques et exercices, un bilan critique du mais durable, non comme un appendice social dans une
programme et des avis sur ses possibles impacts, immédiats grande école, mais comme un élément de sa politique de
et à terme, sur l’élève, sa famille et son entourage, le lycée, recherche et de formation ; non comme une
la société. Les élèves de PQPM devenus étudiants sont expérimentation locale, mais comme l’affirmation de
régulièrement contactés, après avoir donné leur accord principes généraux et la mise au point de méthodes et
bien sûr, pour dire où ils en sont dans leur parcours, mais procédures, diffusables, duplicables et adaptables ; non
aussi pour continuer à évaluer, avec le recul, les apports et comme un moyen de venir en aide à quelques unes et
les lacunes éventuelles du programme, proposer des quelques-uns, si louable et important que cela soit, mais
inflexions utiles. Ce sont toujours ces mêmes rubriques qui comme un outil pour transformer, à partir de ces quelques
leur sont soumises, de façon à assurer un suivi cohérent là, par métamorphisation, les entourages et les territoires,
dans le temps. et au-delà encore contribuer à changer les mentalités, à
faire prendre conscience qu’égalité d’accès à l’excellence et
Si ces questionnaires sont l’outil majeur de suivi, il existe diversité ne sont pas seulement des impératifs, mais des
bien d’autres documents sur lesquels l’évaluation peut chances pour notre société, celle d’une France mondialisée,
s’appuyer : ouverte au monde.
Chaque séance de tutorat donne lieu pour chaque groupe
à un rapport.
Les tuteurs font un bilan annuel écrit sur chacun de
« leurs » lycéens.
Il y a des comptes-rendus des réunions d’équipes de
tuteurs qui ont lieu tous les 15 jours, pour faire le bilan
des séances de tutorat et préparer les rencontres
suivantes.
Les professeurs-tuteurs de chaque lycée sont
régulièrement contactés, participent activement aux
différents événements organisés à l’ESSEC ; à leur
demande, une ou deux réunions annuelles de bilan,
regroupant l’équipe PQPM, les professeurs-tuteurs, les
équipes de direction de chaque lycée, sont organisées à
l’ESSEC.
Le programme est suivi par un double comité de
pilotage : l’un est interne à l’ESSEC, avec la direction de
l’établissement, des professeurs, la responsable de la
direction des Relations Ecole-Entreprise… et l’autre est
externe et rassemble l’ensemble des proviseurs des
lycées partenaires, des représentants de la préfecture, de
l’inspection d’académie et des entreprises partenaires.
28
Ce questionnaire a été mis en place dès le début en 2002. Il a été définitivement fixé dès 2003 et sert de base à tous les autres questionnaires remplis en cours
de programme ou après. Il est aussi la source principale du questionnaire commun en cours d’élaboration pour toutes les Ecoles et formations participant au
Groupe d’Ouverture Sociale. On a donc là un outil précieux pour toute évaluation, comparaison, avec une source suivie et cohérente. Par exemple, en juin 2007
on dispose ainsi de 198 questionnaires d’entrée, ce qui commence à constituer une base exploitable quantitativement.
16
3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ?
Premiers éléments d’évaluation.
3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ?
« L’évaluation doit être externe, destinée à informer la société - les décideurs, les parents d’élèves, les employeurs… - sur l’état
du service éducatif, notamment sa qualité, ses résultats mais aussi son coût et son fonctionnement ; elle doit être interne,
informer les acteurs, les aider à réfléchir sur leurs actions, sur l’organisation et à les infléchir pour les améliorer ».
Ces propos de Claude Thélot, concernant le système Enfin sa conformité – le fait d’être conforme à certaines
éducatif en général29, s’appliquent à l’évidence à PQPM. normes - s’estime à la qualité et au respect des
Réalisée à partir des données fournies par l’ESSEC et en procédures, de l’information, de la contractualisation,
étroite liaison avec l’équipe de PQPM, l’étude d’évaluation mais aussi au type de recrutement, qui doit être
a été conduite par un évaluateur extérieur, qui conforme à l’objectif annoncé.
n’appartient ni au programme, ni à l’ESSEC, conformément Pour tous ces éléments, nous disposons aujourd’hui de
à des usages bien compris et compréhensibles. Elle est résultats, à compléter, étoffer, nuancer au fur et à mesure
nécessairement partielle, lacunaire, car tous les acteurs que d’autres données auront été collectées. Bien
n’ont pas encore été consultés dans cette première étape évidemment, ce bilan est proposé pour une analyse
de neuf mois – entre autres les équipes de direction et les critique, le seul moyen, là encore de progresser.
équipes pédagogiques des lycées partenaires, inachevée,
car les résultats ne prendront pleinement leur sens que par
des comparaisons entre les lycéens de PQPM et leur
entourage, incomplète car l’on manque encore de données
UNE PREMIÈRE APPROCHE : LES
suffisamment nombreuses pour être statistiquement RÉSULTATS SCOLAIRES ET LES
exploitables : PQPM n’a que cinq ans et il n’y a donc que
trois promotions réellement engagées dans les études ORIENTATIONS CHOISIES.
supérieures. Plus encore, le succès de PQPM et donc le
rapport précis entre le coût et les bénéfices, ne se Parce que PQPM n’est pas un programme de soutien
mesureront que dans quelques années30. scolaire mais d’abord de développement de la
personnalité, des capacités et aptitudes, de construction
Pour autant PQPM est « victime » de sa notoriété, de ses d’un projet d’avenir, les critères simples et manifestes que
ambitions, des engagements et des espoirs qu’il a suscités, sont les réussites au bac, les mentions et les choix
de l’importance des débats qu’il soulève. Il doit donc être d’orientation ne suffisent pas à en mesurer l’efficacité.
évalué, en ayant bien en tête toutes les imperfections et Il est tout aussi évident que ce sont là des données
les incertitudes. On peut essayer de l’analyser à travers importantes, que PQPM devrait avoir pour effet de
quatre grandes rubriques, qui ne sont, à ce stade, contribuer indirectement à de bons résultats scolaires, et
qu’inégalement évaluables. enfin que l’équipe de PQPM ne reste pas sans réagir devant
des difficultés scolaires individuelles avérées. Il convient
Sa pertinence d’abord – qui convient à l’objet, qui se surtout de ne prendre ces données que comme des ordres
rapporte à la question posée dit le dictionnaire : le de grandeurs : seuls soixante-dix-sept lycéens de PQPM
dispositif est il bien conçu ? Cela se mesure pour le ont passé le bac, la troisième promotion en juin 2007. Avec
moment au degré de satisfaction des différents acteurs : de si faibles effectifs, il suffit d’un glissement de deux ou
les lycéens d’abord, mais aussi les étudiants-tuteurs, les trois élèves pour aboutir à des évolutions significatives
entourages, les lycées partenaires. des statistiques d’une année à l’autre : c’est pourquoi on
Son efficacité ensuite - qui produit l’effet attendu - prendra en compte ici la moyenne sur les trois ans, en
c’est-à-dire le degré de transformation des élèves entre ayant conscience que cet outil reste très grossier.
leur entrée dans PQPM et leur sortie, celle des étudiants
tuteurs et des entourages, puisque c’est bien là le cœur Les échecs au bac sont très faibles, le redoublement
de la démarche, du pari. permet ensuite de réussir31 : le taux de réussite sur trois
Puis son efficience - la capacité de rendement - qui se ans est de 95 %. Les deux tiers des lycéens obtiennent
mesure au rapport entre les moyens et les résultats : leur bac avec mention, un lycéen sur deux obtient son bac
cela renvoie à l’étoffement des moyens, aux évolutions avec la mention AB.
du coût par élève, mais aussi à la diffusion du
programme, à la mobilisation de nouveaux acteurs, à
l’élargissement des publics.
29
Prononcés en 2006 à la tribune du 16e colloque international de l’Admée à Reims (Association pour le développement des méthodes d’évaluation en éducation).
30
Pour Pierre Tapie, directeur général du groupe ESSEC, la première étape significative sera 2009 « soit trois promotions à bac plus deux ». Pour Thierry Sibieude,
responsable du programme le vrai bilan se mesurera plus tard encore « au nombre d’embauches de ces jeunes dans des postes à responsabilité ».
31
Il y a eu un cas de redoublement volontaire, une jeune fille voulant améliorer son dossier pour l’année suivante. Elle est aujourd’hui dans une école d’ingénieurs réputée.
19
Type de baccalauréat choisi Après leur bac, les élèves choisissent trois voies
BAC STI principales, pratiquement à égalité : un quart va en
BAC L 1% BAC STG CPGE, un autre quart à l’université, un troisième vers des
3% 1% écoles à prépa intégrée, le dernier quart se dirigeant vers
les IUT, les BTS ou d’autres voies singulières. On peut
considérer que la voie grande école est donc choisie par un
étudiant sur deux, avec selon les années plus de CPGE ou
davantage de prépas intégrées. L’université n’est pas
BAC S négligée et apparaît le plus souvent comme un choix
BAC ES 55 % positif, fait en connaissance de cause, et non pas par
40 % défaut. Beaucoup d’étudiants évoquent la perspective
d’intégrer ensuite une école après la licence. Si l’on
compare ces choix avec les questionnaires remplis à
l’entrée dans le programme en seconde, on s’aperçoit que
les BTS qui étaient, à égalité avec les CPGE, la formation la
plus connue33 par les lycéens de PQPM représentent moins
Mention obtenue au baccalauréat de 10 % des choix finaux. C’est un indice d’une sensible
Recalé TB transformation des images et des représentations.
5% 4%
B
Sans mention Domaine d’études
13 %
32 %
Littéraire/Sciences Po Lycée
7% 6%
Arts Sciences
AB 6% 27 %
46 % Médical
6%
Il semble bien, sous réserve de confirmation sur plus
longue durée et en prenant en compte les résultats des
programmes de type PQPM mis en œuvre par d’autres Éco-gestion
écoles, que le programme se centre préférentiellement 48 %
sur des élèves qui ne sont pas forcément les meilleurs
scolairement32, mais ont un bon potentiel. S’il s’installe Filière suivie actuellement
bien dans cette cible, le programme a une véritable Terminale
originalité, le système scolaire ayant tendance – il ne peut 4%
tout faire – à se focaliser sur les extrêmes, de la réussite
CPGE
ou des difficultés. BTS 26 %
9%
La répartition par série de bac est attendue : un peu plus
d’un bac sur deux est obtenu en section S, l’essentiel du IUT
reste en ES, ce qui est un élément d’ouverture. Les autres 7%
GE de la CGE
bacs sont pratiquement absents, ce qui est logique au
Licence Univ. 21 %
regard du recrutement actuel du programme, mais offre,
pourquoi pas, de nouvelles pistes de diversification et 29 %
Autres “GE”
d’ouverture.
4%
32
Ceux-là ne sont d’ailleurs pas forcément volontaires pour le programme, parfois parce qu’ils veulent réussir par eux-mêmes ; parfois même parce qu’ils craignent
que d’être « étiquetés » PQPM ne leur porte tord, ne fasse croire à d’éventuels équipes pédagogiques de très grands lycées à CPGE – par exemple – qu’ils n’ont
pas réussi « dans les mêmes conditions » que les autres. Les facteurs psychologiques sont complexes et essentiels.
33
Réponse à la question « À ce jour sais-tu ce que c’est que »… suivaient quatre rubriques – CPGE/IUT/BTS/ IEP et trois possibilités de réponse « non »/
« vaguement »/ « oui ». Pour toutes les rubriques 40 % des élèves cochent la case « vaguement » ; les deux tiers en savent pas ce qu’est un IUT ; un tiers cite
les BTS et les CPGE Les formations les plus connues sont, comme par hasard, des formations dispensées dans des lycées.
20
3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ?
Les profils des lycéens sont très variés et variables satisfaction que manifestent ou non les participants,
suivant les années. Conformément aux objectifs du étudiants, tuteurs, proviseurs et professeurs, équipe de
programme, « les lycéens choisissent leur voie ». En bilan pilotage, familles et entourage des jeunes.
global sur les trois premières promotions, ils s’orientent
majoritairement vers les voies économiques et LES ÉLÈVES : UNE SATISFACTION LUCIDE.
commerciales à 48 %, puis vers les sciences à 36 %, vers
les formations médicales (médecin et kiné) à 7 %, les Pour ce qui regarde les élèves, cibles majeures du
autres partant vers des horizons divers : sciences programme, les propos évoqués, le fait que 40 des 44
politiques, filières artistiques… élèves des 2 premières promotions qui ont suivi PQPM
aient accepté de remplir un questionnaire assez lourd,
envoyé par voie postale, est significatif 34. L’est tout autant
LA PERTINENCE DE PQPM leur lucidité : le programme exige un engagement
conséquent. C’est d’autant plus vrai que les élèves ont
des facilités inégales, facilités matérielles, à ne surtout
En regardant si le programme est bien adapté à ses pas négliger pour des élèves de familles modestes ou très
différentes cibles, en mesurant la satisfaction des modestes, facilités intellectuelles aussi. Les élèves du
différents acteurs, apparaît un bilan nettement positif, programme n’ont pas un niveau scolaire homogène, une
mais encore incomplet. inégale aisance aussi pour s’exprimer par écrit, ce que
révèle l’orthographe des questionnaires, surtout les
Khalil est aujourd’hui étudiant en physique à l’Université questionnaires d’entrée, les questionnaires de sortie
de Jussieu. Étudiant de la première promotion de PQPM, à étant, sur le plan de l’orthographe comme de la syntaxe,
la question « Quel conseil donneriez-vous à un nouvel très notablement supérieurs35. PQPM exige de
entrant dans PQPM ? », il répond : « Accroche-toi bien, tu l’engagement, sur la durée, la capacité à être confronté
verras que cela t’apportera énormément ». aussi à ses faiblesses comme à ses manques, à les voir
Jérémie, étudiant en CPGE scientifique dans un lycée s’exprimer en public, le public restreint des groupes de
parisien très prestigieux, issu de la deuxième promotion, travail, celui de l’ensemble de la promotion, ou encore le
complète : « Assiste au maximum d’activités proposées, cadre impressionnant des centaines de camarades, amis,
même si elles occupent un temps non négligeable de la familles, membres de la direction et des personnels de
semaine et des vacances. Sois le plus ouvert possible sur ce l’ESSEC, réunis fin mai dans le grand amphithéâtre de
qui est proposé et réfléchis bien avant un éventuel départ du l’ESSEC pour la cérémonie de remise des « attestations
programme : il y a en définitive beaucoup à gagner ! ». PQPM »36.
Les avis de ces deux étudiants aux parcours universitaires Le programme est exigeant, il est aussi déroutant au
différents reflètent l’essentiel des avis recueillis en départ37. Guillaume, élève de la deuxième promotion
juin 2007 auprès de 40 lycéens des première et deuxième aujourd’hui en CPGE scientifique donne comme conseil
promotions de PQPM, les seules engagées alors dans « de participer au maximum à toutes les activités, même si
l’enseignement supérieur. Il faut ajouter qu’un mot on n’en voit pas l’intérêt immédiat » ; Amine, de la même
revient souvent, celui de chance, d’opportunité : promotion, aujourd’hui en 2e année dans un INSA, lui fait
Caroline, aujourd’hui étudiante en école de commerce écho « n’arrête pas le programme, même si tu n’en vois pas
développe : « Saisis l’opportunité qui s’offre à toi ! Tout le tout de suite l’intérêt » ; plus précise Myriam, qui était alors
monde n’a pas la chance d’avoir cette formation, alors sois en CPGE voie B/L avant d’intégrer l’IEP de Lille, filière
en fier mais va jusqu’au bout, car tu ne le regretteras pas, anglophone dit : « L’utilité de la maîtrise du français n’est
pour ta vie professionnelle future mais aussi pour ta vie pas évidente jusqu’au jour où l’on doit rédiger une lettre de
privée car ce programme est complet ». Le degré motivation ». Exigeant et déroutant, le programme est
d’efficacité de PQPM s’évalue en effet d’abord à la pourtant suivi avec assiduité par les élèves volontaires.
34
40 sur les 44 « sortis de PQPM » et engagés dans l’enseignement supérieur, ont répondu à un questionnaire adressé par l’ESSEC en juin 2007. Ils sont dans leur
deuxième année post bac pour la première promotion (2002/2005), sauf trois qui ont redoublé et sont, comme leurs camarades de la seconde promotion
(2003/2006), dans leur première année post bac. Ce questionnaire est détaillé, avec 87 rubriques : le plus souvent des cases à cocher, mais aussi des demandes
de précisions et des questions ouvertes. Son organisation, ses rubriques sont proches de celles des questionnaires de recrutement pour PQPM, ce qui permet
d’utiles comparaisons, mesure des évolutions.
35
Les citations rétablissent parfois, si nécessaire, l’orthographe correcte. Il y va d’une certaine forme de respect vis-à-vis des élèves que l’on cite.
36
Ces cérémonies de sortie ont été filmées. Les documents vidéo montrent de quoi sont capables les élèves sortants de PQPM, en termes d’élocution et d’aisance
face à un public important : ce peut être un élément non négligeable d’une évaluation.
37
Ce qui est vrai pour les deux premières promotions de PQPM le sera peut-être moins pour les suivantes, le programme et les équipes de l’ESSEC comme des lycées
partenaires s’étant rôdés ?
21
Le taux d’abandon est très faible, surtout si on exclut les renom44 – la troisième, une jeune fille, étant dans une
abandons de la première ligne droite, à considérer comme prépa intégrée de commerce, l’EPSCI, trois étudiants
des « erreurs de casting »38 ; l’assiduité est bonne, avec scolairement parmi les plus brillants donc. Cela tendrait à
parfois des effets de groupe – tel lycée a un taux d’absence montrer que le programme est bien calibré pour des
plus élevé que d’autres – et une difficulté particulière pour étudiants de bon à très bon potentiel mais pas forcement
la classe de terminale, surtout à partir du second trimestre, pour les plus brillants. Ces derniers réussiraient d’ailleurs
lorsque les exigences immédiates de l’examen se font plus sans le programme. Cela n’empêche pas l’un de ces étudiants,
pressantes39. Trois des questionnaires remplis par les qui a eu mention TB au bac S avec les félicitations du jury,
« sortants » de PQPM évoquent des « moments de creux », d’écrire à propos de PQPM « ce programme m’a vraiment
des « moments difficiles », l’un dit que « trois ans c’est enrichi, culturellement et socialement. C’est d’ailleurs pour moi
long », un autre que… « trois ans c’est très court ». la meilleure orientation que le programme ait à suivre », et de
conclure « mais je suis conscient que cet avis n’est pas partagé
Les réponses à la question « Quels conseils donnerais-tu à un par beaucoup ». À lire les réponses de ses camarades, on
nouvel entrant dans PQPM? » permettent bien de définir ce constate qu’ils sont d’accord avec lui sur « l’intérêt culturel et
qu’est PQPM pour ceux qui l’ont vécu. Ce qui revient le plus social » et beaucoup plus nombreux qu’il ne le croit à penser
souvent, dans la moitié exactement des réponses40, c’est que c’est « la meilleure orientation », ce qui est plutôt
l’expression « en profiter ». Viennent ensuite, à quasi égalité réconfortant pour le programme.
d’occurrence « être assidu/aller jusqu’au
bout/persévérer/s’accrocher » (11 citations) puis
« chance/opportunité/atouts » (10 citations) : la vision LES AUTRES ACTEURS, TUTEURS, ENSEIGNANTS :
d’ensemble qui se dégage traduit une adhésion lucide au DES DONNÉES PARTIELLES, MAIS DES
programme, une bonne conformité aussi entre les INDICATIONS INTÉRESSANTES.
attentes, le discours tenu par les responsables de PQPM et
le bilan qui en est tiré par les élèves. Pour juger de la pertinence du programme PQPM, l’avis des
élèves est essentiel mais insuffisant. Les autres acteurs du
Les réponses aux autres questions de ce bilan des « sortis » programme, les tuteurs, les partenaires et d’abord les lycées,
de PQPM permettent d’affiner l’analyse et de conforter ces les familles, l’entourage des élèves sont les cibles secondes
premières évaluations. ou indirectes d’un programme qui a pour ambition
Les élèves plébiscitent l’équipe de PQPM, en des termes d’essaimer hors de l’ESSEC, de se diffuser, qui a pour
souvent très touchants. Tous sauf un se déclarent redevables vocation de faire des élèves de PQPM des noyaux de
à PQPM, tous sont prêts à témoigner, s’engagent à tenir transformation, de métamorphisation de leurs entourages,
l’équipe informée de leurs parcours, se déclarent disponibles qui a pour espoir d’être utile à des débats sociaux plus larges,
pour aider à affiner l’évaluation du programme. Ils sont voire de contribuer à la définition de politiques publiques. En
unanimes aussi pour dire que le programme n’a pas d’effets ces domaines, on ne dispose encore que de peu de
négatifs sur les résultats scolaires, pas d’impact négatif sur ressources. Les étoffer sera la seconde phase de l’évaluation.
les copains, la famille, le lycée41. Cette reconnaissance vis-à- On peut toutefois déjà esquisser quelques pistes.
vis du programme et de ses acteurs mesure sa pertinence.
Les réponses sont sans ambiguïté, d’autant que l’adhésion
est lucide, parfois critique sur des pratiques, des méthodes Les tuteurs : une rencontre.
et des apports42. À la question « si c’était à refaire, le
referais-tu? » trente-sept répondent « oui » sans hésitation43. Les tuteurs étudiants de l’ESSEC jouent un rôle essentiel
Stéphanie, issue de la deuxième promotion, en CPGE à Cergy dans PQPM. Étudiantes et étudiants volontaires de
ajoute « avec plaisir! ». Trois de ses camarades seulement ont l’ESSEC, ils assurent par binôme l’encadrement d’un
un avis plus mitigé : il est très significatif de voir que ce sont groupe de quatre à neuf élèves, d’un même niveau, venus
deux étudiants de CPGE scientifiques parisiennes de grand d’un même lycée, lors des séances d’activités
38
Sur les 215 jeunes recrutés dans les 5 premières promotions, 31 ont abandonné, dont 26 au cours de la 1re année, le plus souvent en tout début de programme.
Ils sont alors le plus souvent remplacés par d’autres lycéens volontaires. Certains abandons ont été liés à des déménagements ou des problèmes de santé.
39
Le fait est signalé aussi par les tuteurs – voir infra. La position de principe de PQPM – ne pas faire de soutien scolaire – peut parfois connaître des entorses, en
cas de difficultés avérées d’un élève : l’équipe peut trouver des stages de renforcement scolaire pendant les congés. L’intérêt de l’élève prime alors, d’autant
qu’il ne s’est agi que de très rares cas individuels.
40
Sur les quarante « sortants » qui ont répondu au questionnaire, 36 répondent à cette question.
41
Cette question visait à vérifier par exemple que le temps consommé par PQPM ne s’était pas fait au détriment de la scolarité.
42
Voir infra les analyses qui portent sur l’efficacité du programme, autre domaine évalué par les questionnaires des « sortis » de PQPM.
43
Sur une échelle de 1 (« non, sûrement pas ») à 5 (« oui sans aucune hésitation »), 34 réponses sont « 5 », 3 réponses « 4 » et 3 étudiants se situent à « 3 »
44
Louis-le-Grand et Saint-Louis, pour ne pas les nommer.
22
3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ?
extrascolaires d’une durée de trois heures le mercredi ou le été tutrice d’un groupe de lycéennes de seconde du lycée
samedi. Ils participent aux sorties culturelles et aux visites Simone de Beauvoir. Richesse de l’expérience, découverte
d’entreprises, sont disponibles en dehors des séances réciproque, échanges entre jeunes de milieux différents, son
prévues pour répondre aux interrogations et inquiétudes analyse résume bien ce que les tuteurs mettent en avant
des élèves. Certains d’entre eux deviennent « parrains » à quand ils font le bilan de leur expérience. La pertinence du
l’issue de leur année de tutorat, et continueront à suivre et programme ne fait là non plus guère de doutes. Sur les vingt
conseiller des élèves sortis du programme. Ils sont au jeunes gens et les dix huit jeunes filles qui ont rempli le
cœur même de la démarche, interface entre l’ESSEC, les questionnaire de bilan du tutorat 2006-200746. Ils sont quasi
lycéens, les lycées et les familles. unanimes, 36 sur 38, pour dire leur fierté d’avoir participé à
Chevilles ouvrières de la formation, ils sont en même l’expérience ; ils sont presqu’aussi nombreux, 34 sur 38, à
temps des cibles majeures, car des vecteurs des souhaiter conserver des liens avec « leurs » tutorés, à avoir
transformations que PQPM peut et doit apporter à le sentiment d’avoir « bien » ou « très bien » rempli leur
l’ESSEC elle-même. PQPM doit les transformer eux aussi, contrat, à affirmer que si c’était à refaire, ils le referaient.
dans le sens d’une plus grande connaissance et On trouve des formules fortes, inégalement académiques
compréhension de la diversité. Il s’agit de leur donner des parfois. Stéphane, tuteur de seconde, écrit que « PQPM est
occasions pour découvrir, comprendre et apprécier des une vraie raison de se la raconter sur des valeurs humanistes
jeunes qu’ils n’ont pratiquement jamais côtoyés jusque-là et de solidarité, et que c’est une vraie ouverture sur le Val
et qui seront dans leur vie professionnelle future, des d’Oise » ; Charlotte, tutrice de première, avoue que « la
clients, des collaborateurs, parfois des supérieurs, du rencontre avec ces jeunes filles d’un autre milieu social me
moins on l’espère. On peut même penser que certains faisait très peur » et fait ainsi indirectement le plus beau des
d’entre eux, à cause de leur propre passé et de cette compliments à PQPM.
expérience s’engageront dans la voie de l’Entrepreneuriat
social, une des branches spécifiques de l’ESSEC, même si
ce n’est pas l’objectif principal. Ils pourront aussi choisir Proviseurs, professeurs, parents : une
de travailler dans le secteur de l’économie sociale, ou tout adhésion indispensable.
simplement être plus enclins que d’autres à s’engager sous
une forme ou une autre, dans la vie de la cité, en ayant L’avis des proviseurs et des professeurs des lycées
développé une conscience citoyenne particulière. partenaires, et pas seulement des professeurs - tuteurs
Enfin, par leur enthousiasme et leur exemple, ils associés à PQPM, est pour le programme un élément
popularisent auprès des autres étudiants l’un des multiples particulièrement important. L’ESSEC a eu la pertinence de
types d’engagement qui sont proposés aux étudiants de situer son programme hors du strict champ scolaire, en
l’ESSEC45. Au delà encore, on peut penser que de futurs complément et en appui. Chacun doit rester dans son
cadres ont une responsabilité sociale. Dans une France domaine de compétence. Aux lycées ce qui relève du
ouverte à la mondialisation, qui perd certains de ses scolaire. À l’ESSEC de mettre en valeur ses domaines de
repères traditionnels et doit s’en inventer d’autres, ces compétences spécifiques : le lien avec l’entreprise, la
anciens tuteurs seront particulièrement bien placés pour gestion, l’entrepreneuriat social et tous les outils
s’engager pleinement, s’ils le désirent, dans les débats et techniques et intellectuels que cela suppose. Aux
les nécessaires transformations sociales. Les ambitions ne étudiants sélectionnés par des concours et des procédures
sont pas minces, mais elles sont à la hauteur des défis. particulièrement exigeantes et sélectives, les qualités
d’expression écrite comme orale, une large culture
« Une expérience très enrichissante humainement : bonne générale, l’intérêt pour les questions internationales,
humeur et « rigolades » accompagnaient nos séances. l’actualité économique, sociale et politique entre autres.
L’échange fut mutuel et j’ai pris la mesure de leur vie de
lycéennes. Plus qu’une expérience professionnelle, PQPM Cette division des tâches doit avoir pour corollaire un
représente une aventure humaine et humaniste, de partage, travail en équipe, donc des procédures, mais aussi de la
d’engagement social concret et enrichissant. Chaque tutorat confiance et des échanges. Les obstacles ne manquent
est unique, il est ce que tutorés et tuteurs façonnent, pas. Certains sont culturels, la culture de l’Éducation
ensemble, avec du temps et de l’implication ». Anne-Laure a nationale et celle de l’entreprise ne se rapprochent pas
45
Dans une école de gestion, l’engagement dans des associations de toutes natures est un élément de la formation. Il s’agit de favoriser le travail en équipe, de
solliciter l’engagement, d’introduire des perspectives éthiques aussi. Il y a une multitude d’engagements offerts, ce qui semble d’ailleurs être un obstacle au
développement de PQPM. Le programme, aux dires des tuteurs, est peu visible dans la « masse » des propositions offertes.
46
Fidèle à sa méthode, l’équipe de PQPM a proposé aux 48 tuteurs de 2006-2007 de remplir un questionnaire bilan conséquent. Il y a eu 38 réponses, soit un taux
de participation de 80 %. Élabore collectivement par le groupe de pilotage de PQPM, il a été testé et modifié par quatre anciens tuteurs engagés depuis des années
dans PQPM. Il repose sur une grille d’analyse comparable à celle des questionnaires « élèves », ce qui permet d’utiles comparaisons, exploitées plus loin.
23
naturellement. D’autres obstacles sont institutionnels. Un et les encouragements qu’ils lui accordent. Ils signent le
lycée dépend d’une inspection académique et d’un contrat d’engagement de leur enfant en début de
rectorat, est géré par la Région, les enseignants évalués programme, sont conviés à l’ESSEC pour une réunion de
par des instances nationales, les corps d’inspection. Le présentation du programme et des tuteurs, sont invités
programme ESSEC engage des moyens définis et pilotés aux rencontres conviviales dont la cérémonie de départ,
nationalement, mais gérés au niveau de la mission ville de sont contactés par l’équipe PQPM en cas de difficultés
la préfecture… et l’on pourrait encore identifier47 d’autres particulières ou, par exemple, pour partager des
intervenants publics, sans oublier les entreprises privées questionnements sur l’orientation, faire comprendre et
partenaires. D’autres enfin sont matériels, les contraintes adhérer à des choix qu’ils ne connaissent pas, ne
des emplois du temps, plus encore les distances48, les comprennent pas, qui leur font peur. En sens inverse, des
déplacements, le fait encore que les élèves de PQPM sont parents prennent très vite l’habitude de s’adresser à
dans des classes différentes bien sûr et ont pour tuteurs l’équipe de PQPM, de se déplacer aussi à l’ESSEC en cas de
des professeurs qui, le plus souvent, ne sont pas les leurs difficulté ou de questionnement : c’est une preuve de
en classe. réussite du programme, même si cela contraint encore un
Ce rapide survol de quelques-uns des obstacles à peu plus les emplois du temps.
surmonter incite à penser que la fidélité des lycées à
PQPM, son extension à d’autres lycées, la très grande
stabilité et l’engagement des professeurs – tuteurs, sont
autant de marques indirectes de l’efficacité de PQPM. Le
L’EFFICACITÉ DE PQPM
programme doit « faire ses preuves » auprès de professeurs
dont le premier réflexe, légitime, est souvent de penser Il s’agit ici d’évaluer le degré de transformation des
que l’École devrait être capable de faire fonctionner élèves et de leur entourage, métamorphose et
l’ascenseur social sans aide extérieure, que c’est son métamorphisation.
devoir et son honneur ; un complément offert par d’autres,
dans une coopération bien comprise et soucieuse des
intérêts et des devoirs de chaque partenaire peut et doit IMAGES ET REPRÉSENTATIONS : CE QU’IL FAUT
apparaître comme une chance supplémentaire pour les D’ABORD CHANGER.
élèves, pas comme une concurrence ou pire une prothèse.
Les proviseurs, en ce domaine comme pour le reste du « Aider chaque élève à aller au plus loin de ses capacités
fonctionnement des établissements, jouent un grand rôle. dans la voie qui est la sienne ». La formule est répétée dans
De leur soutien à PQPM, en face de tant d’autres charges, tous les documents de PQPM, de même d’ailleurs qu’elle
parfois des sollicitations d’autres programmes dépend figure dans la « Charte pour l’égalité des chances dans
largement le succès à terme du programme. On peut noter, l’accès aux formations d’excellence49 ». Ni programme de
comme un signe très positif, l’émotion de certains pré-recrutement pour l’ESSEC ou pour tout autre grande
proviseurs lorsqu’ils apprennent ce que sont devenus école, ni programme de soutien scolaire50, PQPM veut
certains de leurs anciens élèves, lorsqu’ils les voient d’abord transformer l’image que les élèves se font d’eux-
capables de s’exprimer avec aisance devant tout un mêmes, de l’enseignement supérieur, de leur avenir, de
amphithéâtre lors des cérémonies de fin de programme : leur place dans la société, de celle d’un jeune de banlieue
peu de quantifiable, des impressions et des témoignages dans une société française ouverte et diverse. La logique
forts. est comparable pour les étudiants-tuteurs de l’ESSEC. Il
Les parents d’élèves enfin jouent un rôle aussi discret s’agit d’abord de transformer l’image que les étudiants se
qu’essentiel dans la réussite de leurs enfants et donc le font de publics inconnus, de cette nébuleuse vague et
succès du programme. Du point de vue institutionnel, par présupposée inquiétante que l’on range sous l’étiquette
les procédures, l’ESSEC souhaite vraiment associer les trop commode, trompeuse et injuste de « jeunes des
parents, qu’ils positionnent comme les premiers acteurs de banlieues ».
la réussite d’un jeune, surtout par le regard de confiance Ces mécanismes de transformation des images, des
47
Les projets acceptés au niveau national par la DIV sont ensuite mis en œuvre localement par les préfets, avec parfois des liaisons nécessaires entre la préfecture
de région, la préfecture de département, le préfet délégué à la ville ou à l’égalité des chances là où il y en a, sans oublier le rectorat et l’inspection d’académie.
48
Il s’agit là d’une contrainte majeure. Une part importante des budgets est consacrée aux transports entre les lycées partenaires et l’école. C’est une contrainte
lourde qui empêche de signer des conventions avec des lycées intéressés mais trop loin. La mise en place de stages pendant les vacances scolaires apparaît alors
comme une voie prometteuse, permettant d’élargir les partenariats et aussi d’essayer d’autres pratiques pédagogiques, et enfin de jouer davantage sur les effets
de groupe. Une expérimentation de ce type devrait être menée dans les prochains mois, avec de nouveaux lycées, géographiquement éloignés de l’école.
49
Charte signée le 17 janvier 2005, puis mise en œuvre par la circulaire de la Délégation interministérielle à la Ville du 22 août 2005.
50
Il y a pour cela d’autres programmes, celui de l’Éducation nationale « 100 000 étudiants -, 100 000 tuteurs », ou encore des associations très actives comme
Tremplin ; d’autres établissements d’enseignement supérieur ont choisi de mettre en place des programmes de ce type, ou mixtes parfois : voir plus loin.
24
3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ?
mentalités et des comportements sont au cœur de la deux, le goût pour l’actualité internationale (60 % des
démarche de PQPM. On cherche donc à évaluer des entrants comme des sortants disent s’y intéresser) et la
métamorphoses et des métamorphisations aussi, puisque lecture55, autour de 60 %.
le pari du programme est que ces transformations se Dans le même temps, l’intérêt pour le sport et le temps
propageront, de proche en proche, à l’ESSEC, aux autres passé devant la télévision reculent. Au contraire deux
lycéens des lycées partenaires, à leurs camarades, à leur fois plus d’élèves s’intéressent à l’actualité en général
entourage familial, aux territoires et enfin, au-delà, à la (Passage de 40 % à 80 %), l’actualité économique en
société. On peut aujourd’hui tracer, plus ou moins particulier (de 20 % à 40 %). Deux fois plus d’élèves
fermement, les contours de ces transformations, en déclarent après PQPM avoir du plaisir à apprendre (80 %
sachant que la métamorphisation reste un pari guère des sortants) et se sentent sûrs d’eux (près de 50 % des
évaluable aujourd’hui, car elle demandera du temps. sortants). Enfin, fréquentation des musées, du théâtre,
intérêt pour l’actualité politique sont des découvertes liées
au programme, tandis que l’usage du micro-ordinateur se
LES ÉLÈVES : UNE MÉTAMORPHOSE. généralise (100 % contre seulement 30 % au départ).
Élève de la seconde promotion de PQPM et étudiante en Le plus spectaculaire a trait à la culture : à l’entrée dans
BTS de commerce international, Denise synthétise ce qu’a PQPM, seul un élève sur deux répond qu’il est important
été pour elle l’apport du programme « PQPM m’a rendue d’être cultivé, contre la totalité des sortants ; à la
ambitieuse du point de vue scolaire, même si je pars avec un question « Es-tu cultivé ? » seulement ¼ des sortants
handicap par rapport aux enfants de cadres, du point de vue répond « oui », les autres plutôt « moyennement », mais à
culturel ». l’entrée une seule des 198 élèves avait répondu « oui ». En
Lorsqu’on compare les questionnaires remplis par les pourcentage l’évolution est spectaculaire. Encore faudrait-
élèves à leur entrée dans le programme et à leur sortie51, il bien sûr savoir ce que les uns et les autres mettent sous
on s’aperçoit que cet avis est très représentatif de les termes de « culture » et « cultivé », mais on peut lire
l’ensemble. une double prise de conscience :
- l’importance que joue la culture pour la vie professionnelle
Leurs réponses indiquent de très nets changements sur et les études ;
plusieurs aspects. Si l’on compare les réponses qu’ils - l’importance d’un certain retard culturel persistant56,
donnent aux dix-neuf questions qui portent à la fois sur la d’autant plus sensible sans doute que la fréquentation de
perception qu’ils ont d’eux-mêmes52, leurs pratiques PQPM et particulièrement les échanges avec les tuteurs, les
culturelles53, leurs centres d’intérêt pour l’actualité54, on sorties culturelles, ont donné à voir ce qui était « attendu »
note que, pour un indicateur sur deux, 10 sur 19 dans le supérieur57.
exactement, il y a de très nets changements, de plus 80 %
à plus de 400 % de taux d’évolution suivant les questions. Au-delà de la froideur vaguement et faussement
rassurante des chiffres, les élèves disent leurs
En revanche, les changements sont faibles pour 5 transformations. « J’ai beaucoup changé et mûri grâce à
indicateurs. Ce qui ne change pas ou peu ? Le sens de vous » écrit Khalil ; Sang-Hyan58 constate que le
l’effort (partagé par 70 % des entrants comme des programme l’a « vraiment touché et influencé », et Khalil
sortants), la persévérance (80 %), mais aussi la encore écrit que « PQPM permet aux lycéens de se
fréquentation des cinémas, habituelle pour un élève sur débarrasser de ce nuage qui les empêche de voir le plus loin
51
On disposait en juin 2007 de 198 questionnaires « entrants », remplis par les élèves candidats au programme et retenus depuis 2002 et de 40 questionnaires
« sortants » de PQPM. Les questionnaires entrant et sortant reprennent le plus souvent les mêmes rubriques, dans les mêmes termes, ce qui permet la
comparaison et l’analyse des transformations pendant les trois années de PQPM.
52
Es-tu curieux ? As-tu du plaisir à apprendre ? As-tu le sens de l’effort ? Es-tu persévérant ? Es-tu sûr de toi ?
53
Est-ce important d’être cultivé ? Es-tu cultivé ? Nombre d’heures hebdomadaires passées devant la télévision ? Fréquentation des musées ? des théâtres ? du
cinéma ? Aimes-tu lire ? T’intéresses-tu à l’actualité ? Quel usage fais-tu du micro-ordinateur ?
54
T’intéresses-tu à l’actualité politique ? Économique ? Sportive ? Internationale ? Aux sujets de société ?
55
Il faut être bien conscient que ces questions « simples » cachent de redoutables incertitudes sur les définitions. On s’aperçoit ainsi, à lire les fiches que l’actualité
« people » est souvent considérée comme faisant partie de l’actualité internationale… de même, « lecture » ne signifie pas forcément œuvres classiques ou
même livre.
56
Il ne s’agit pas là d’un retard « absolu » - qui pourrait le mesurer et surtout le décréter ! - mais d’un « retard » par rapport au type de références culturelles utiles
pour des études supérieures, au moins pour les examens et concours tels qu’ils sont.
57
Lorsque l’on demande aux jeunes entrants dans PQPM de définir « la culture », ils en ont une vision souvent double : c’est ce qui sert à dialoguer avec d’autres,
en particulier d’autres milieux ; c’est ce qui est utile dans la vie professionnelle future. La culture est envisagée comme un outil, un moyen pour réussir, s’intégrer,
pas comme une valeur en soi ou un plaisir.
58
Seconde promotion, en MPSI au lycée Charlemagne à Paris.
25
possible ». Il n’est pas douteux que le programme septembre 2007, une professeure d’un des lycées
transforme les élèves de façon nette et que les élèves en partenaires déclare : « Je ne savais pas qui dans mon lycée
ont conscience et le mesurent. Cette transformation ne se suivait le programme ; maintenant que je sais qui sont les
fait pas ex nihilo. Les élèves candidats à PQPM ont de élèves concernés60, je ne m’étonne pas des bons résultats du
bonnes qualités scolaires. Ils sont volontaires, programme, car ce sont des bons élèves, motivés et ouverts ».
persévérants, lucides aussi sur leurs handicaps, à la fois Sans aucun doute, mais cela fait partie du cahier des
personnels, sociaux et spatiaux : l’une évoque l’écart qui charges de PQPM et pourrait démontrer que la procédure de
la sépare « d’une fille de médecin », un autre évoque « les recrutement a été pertinente, que le programme a su attirer
enfants des cadres », un troisième compare son lycée et les celles et ceux pour qui il a été conçu, l’engagement dans le
« lycées parisiens ». Ils ont la volonté de s’en sortir, à programme se faisant sur la base du volontariat.
toutes les acceptions du terme. Ouverture apparaît L’analyse des résultats scolaires, de leur inégale
comme le mot-clé pour résumer ce qu’ils attendent de progression, celles des résultats au baccalauréat, des
PQPM et ce qu’ils disent en avoir retiré. Les élèves sont mentions éventuellement obtenues, des demandes faites
plus curieux, plus ouverts encore sur le monde en général, pour le postbac, de la satisfaction ou non de ces vœux, tout
sur la culture. Ils ont renforcé leur goût pour les études, cela constitue un bloc de données importantes,
découvert ou affirmé le plaisir d’apprendre, ont un indispensables pour approcher l’efficacité de PQPM. Ces
meilleur maniement de l’informatique, une aisance orale indicateurs ne sont pas suffisants, pas toujours aussi
tout à fait remarquable. Ils avaient des capacités de pertinents qu’on pourrait le souhaiter non plus. Ils ne sont
travail, d’intérêt, de curiosité, ils les ont amplifiées. Ils pas plus capables par exemple de mesurer la plus-value
étaient lucides sur leurs handicaps mais ils ont vaincu le apportée par PQPM. Privilégier des indicateurs très visibles,
blocage majeur de l’autocensure. Ils restent lucides, comme par exemple les mentions au baccalauréat ou les
conscients des difficultés qui les attendent. C’est d’ailleurs entrées en CPGE ou dans les prépas intégrées, risquerait
un atout pour eux et un « bon point » pour PQPM, à d’induire des effets pervers. Dans un contexte, parfois, de
condition de les aider encore à prendre davantage concurrence entre projets61, dans le cercle pas
confiance et pour cela assurer un suivi post-bac. obligatoirement vertueux qui relie la notoriété d’un
programme, sa capacité à attirer des partenaires, à
mobiliser des moyens et donc en bout de chaîne son
QUELLE EST LA PART QUI EN REVIENT À PQPM ? efficacité62, il peut être tentant de privilégier les résultats
les plus emblématiques, « visibles » et pour cela infléchir les
Si les transformations sont incontestables, que doivent- procédures de recrutement et/ou la conduite des opérations
elles au programme ou à d’autres facteurs : l’évolution d’accompagnement.
rapide des adolescentes et des adolescents ? L’apport, que Les élèves qui ont suivi PQPM ont leur propre avis sur
l’on sait premier, du lycée ? Ont-elles été suffisantes pour l’apport « scolaire » de PQPM. Ils sont unanimes pour dire
assurer aux élèves le succès qu’ils espèrent, qu’on leur a fait que PQPM n’a pas eu d’impact négatif sur leurs résultats
espérer ? À cette seconde question, question centrale, il est scolaires, ce qui après tout n’était pas aussi évident que cela
impossible de répondre aujourd’hui, même si tous, et quand on prend en compte le nombre d’heures que
surtout ceux qui sont engagés depuis cinq ans dans le représente PQPM, ce que soulignent d’ailleurs des élèves.
programme, sont impatients de le savoir. Pour certains PQPM a eu un effet positif indirect :
À la première question, il est et sera toujours difficile de « participer à PQPM m’a soutenu quand les résultats scolaires
répondre de façon vraiment précise. Il faudrait disposer n’étaient pas au niveau attendu », ou encore « lorsque je
d’outils pour comparer les transformations des élèves de perdais courage, le programme m’a remotivé » dit Juliana,
PQPM avec celles de leurs camarades59. Il sera par contre seconde promotion qui termine son BTS de commerce
impossible de savoir ce qu’aurait été l’évolution des élèves international. Nathalie, première promotion, en CPGE à
de PQPM s’ils n’avaient pas intégré le programme. Invitée à Cergy, apporte une précision : « PQPM n’a pas eu d’impact
une réunion d’information sur PQPM à l’ESSEC en sur mes notes, mais sur ma personnalité ». Globalement, les
59
Une conseillère d’orientation a engagé une étude, à partir de tests, pour mesurer l’ambition des élèves de PQPM comparée à celle de leurs camarades à l’entrée
dans le programme. Ce travail devrait en 2008 être renouvelé, cette fois à la fin du programme : on devrait y trouver des éléments intéressants de comparaison.
60
Il n’y a que quelques lycéens par lycée et ils ne sont pas tous dans les mêmes classes, ce qui explique cette remarque.
61
La concurrence est au moins double. Dans les lycées partenaires d’abord : dans les procédures actuelles, un établissement du supérieur qui veut monter une
opération de soutien ne s’adresse pas au lycée de son choix. Ce sont les services académiques et départementaux qui lui indiquent des lycées éligibles, choisis
en fonction d’une batterie d’indicateurs statistiques. On comprend bien le souci de l’Éducation Nationale de ne pas perdre ses indispensables prérogatives, le
souci aussi, très présent, d’être le plus juste possible. Le même lycée peut alors être sollicité par plusieurs établissements du supérieur, pour des programmes
plus ou moins différents ce qui introduit une « concurrence » peu satisfaisante : les lycéens éligibles ne sont pas en nombre indéfini. Un lycée proche, au profil
finalement assez comparable peut, lui, n’être éligible à rien… À cela peut s’ajouter aussi une forme de concurrence entre établissements du supérieur porteurs
de projets, et ce avec d’autant plus de probabilité que le projet de soutien est mis en avant par l’établissement et qu’il faut donc des résultats visibles.
62
L’ampleur des moyens matériels et humains disponibles ne garantit pas et ne résume pas le succès, mais elle y contribue.
26
3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ?
avis des élèves sont partagés : pour 1/3 d’entre eux, PQPM la Chaire d’Entrepreneuriat Social ne manque pas de
n’a pas eu d’effet sur leurs résultats et leurs méthodes de travail.
travail, 1/3 ont l’avis inverse et 1/3 sont entre les deux. Il
faudra croiser de plus près ces réponses avec le profil On retrouve donc chez les lycéens comme chez les étudiants
scolaire mesuré par les moyennes et les résultats : il semble tuteurs, le mélange d’enthousiasme et de lucidité. Entre ces
bien que l’apport « scolaire » (méthode de travail, deux groupes de jeunes, PQPM a créé une très forte
expression écrite) soit fort pour les élèves plutôt les moins alchimie. À l’évidence l’un des succès les plus grands et les
brillants scolairement et faible pour les plus brillants, une plus prometteurs du programme se trouve dans cette
conclusion déjà évoquée. Même si PQPM n’a pas vocation au rencontre, cet enrichissement mutuel, cette double
soutien scolaire, l’amélioration de certains apports découverte. Les élèves sortis de PQPM gardent des liens très
méthodologiques devra être envisagée dans les inflexions et forts avec leurs tuteurs et la réciproque est vraie. Au-delà
perspectives d’évolution. Au total, 1/3 des élèves pense d’eux, ce qui transparaît, c’est la découverte de l’ESSEC,
qu’il aurait peut-être fait le même choix d’orientation sans d’une école, du monde étudiant. Les anciens laissent souvent
PQPM, les deux autres tiers étant d’un avis plus neutre ou poindre de la nostalgie lorsqu’ils évoquent « les étudiants »,
contraire. Ce n’est pas du côté « scolaire » qu’il faut donc « les couloirs de l’ESSEC » et en particulier « le couloir des
chercher une éventuelle métamorphose, mais bien plutôt associations », « l’ambiance de l’école », « les associations ».
dans une ouverture sur d’autres réalités et la perspective Il y a bien eu un double changement d’image. Si Nathalie –
d’autres possibles, entre autres grâce à une rencontre très première promotion, dans une prépa intégrée d’école de
forte, avec les tuteurs. gestion – est fière « d’avoir montré un autre visage des
jeunes, même s’ils proviennent de banlieue et d’un milieu
modeste », Isabelle, première promotion, à l’université de
LES TUTEURS : ENTHOUSIASME ET LUCIDITÉ. Cergy, avoue que « les gens autour de moi me disent que les
étudiants de l’ESSEC sont des petits snobs - en fait ils disent
Si PQPM a pour ambition de changer l’avenir des élèves, en des choses beaucoup plus grossières – des gosses de riches, des
leur révélant leurs possibilités, il a aussi pour objectif de gens qui ont tellement travaillé en prépa qu’ils sont devenus
transformer les étudiants tuteurs de l’ESSEC et au-delà fous en entrant à l’école ». Juliana écrit « Ce qui m’a frappé à
d’eux, à terme et avec des espoirs mesurés, l’institution l’ESSEC, c’est la tranquillité des gens qui y séjournent et
puis l’entreprise et la société. semblent être si sûrs de leur avenir » : la formule en dit long
À étudier les réponses que les étudiants tuteurs donnent sur les deux milieux et l’intérêt essentiel de les rapprocher.
dans les questionnaires de bilan, on voit que cet objectif
est largement atteint. Là aussi l’unanimité est souvent la
règle. Tous sont heureux de l’expérience et la trouve LES ENTOURAGES : POUR LE MOMENT,
enrichissante. Elle les a souvent transformés, a SURTOUT LES FAMILLES
transformé leur regard sur ces jeunes différents d’eux.
« J’ai découvert des gens géniaux, c’est une leçon de vie et L’impact sur les entourages est encore difficile à évaluer,
d’humilité » : la formule d’Alexandre, tuteur de classe de faute de recul mais aussi de données.
première, est forte. Ils ont le sentiment d’avoir bien ou
très bien rempli leur contrat (31 tuteurs sur 38) ; pour Du côté de l’ESSEC, aucune étude n’a encore été menée.
cette tutrice de seconde, c’est aussi « avoir prouvé par des Les tuteurs regrettent parfois que PQPM ne soit pas assez
actes la sincérité de mes convictions ». Ils sont la même connu – avant même d’être reconnu – à l’ESSEC. Le soutien
écrasante majorité à penser que cette expérience est « un de la Direction de l’école et du Groupe est important et ne
plus dans leur formation de manager » : le succès, la s’est pas démenti ou affaibli. Il est trop tôt pour mesurer
longévité de PQPM, sa légitimité dans l’ESSEC, son pouvoir l’impact sur les personnels, le corps professoral, et sur
de métamorphisation tiennent aussi à cela. l’image et le renom de l’ESSEC parmi les autres écoles
En revanche, à la question « Est-ce une expérience françaises et internationales de management. Cela passe
valorisante sur un CV, pour un entretien, dans ta carrière ? » par des publications scientifiques, encore à venir. PQPM
les réponses des tuteurs se répartissent en trois tiers. Seul ouvre aux débats sur la ville, les quartiers, la
1/3 des tuteurs pensent que cette expérience sera gouvernance ; en filigrane, la question profondément
« beaucoup valorisée ». Penseraient-ils que chez les nouvelle et dérangeante en France de la prise en compte
professionnels du recrutement, dans les institutions ou non de la diversité des origines ; en arrière-plan des
économiques ce type d’engagement n’est pas ou pas débats politiques et sociaux sans doute en plein devenir.
encore pris en compte à sa juste valeur ? Ils pointent là
l’un des défis de PQPM vis-à-vis cette fois du monde des Les lycéens sont unanimes pour dire que PQPM n’a eu
entreprises, mais aussi de la société dans son ensemble : d’impact négatif ni sur le lycée, ni sur les copains. Ils
27
sont beaucoup plus hésitants sur d’éventuels apports recrutement social du lycée a un rôle majeur. PQPM
positifs. Ils sont deux fois plus nombreux à dire que PQPM apparaît ici comme un révélateur, partiel bien sûr, du
n’a pas eu d’impact positif sur leurs copains qu’à penser le fonctionnement global, des équilibres internes, bref de la
contraire. Dans le détail des questionnaires on trouve des personnalité propre de chaque établissement. PQPM
avis partagés. Certains soulignent un effet semble réussir particulièrement bien dans les lycées où
d’entraînement. Dans la première promotion, Caroline, en l’implication des équipes est forte et la présence
prépa intégrée dans une école de commerce en province, d’élèves issus de milieux défavorisés importante.
est affirmative mais prudente « Je parlais à mes copains du
programme, cela les enthousiasmait et cela a pu les pousser Les conclusions sont en revanche de nouveau unanimes
à agir différemment » ; Marie-Claire est très mesurée : lorsque l’on évoque l’impact de PQPM sur les familles. À
« Certains de mes camarades me posaient des questions, la question « Tes parents ont-ils adhéré à ton projet
quand les études en école de commerce les intéressaient » ; d’études ? », tous répondent « oui ». Cette adhésion n’est
dans la seconde promotion, Jocelyne, en IUT, est pas toujours immédiate, par exemple pour Lydie, de la
catégorique : « aucun impact », tandis que Christophe – première promotion, qui a choisi une formation artistique.
MPSI dans un grand lycée parisien constate : « Certains de Cette adhésion n’était pas d’emblée acquise. Marie Odile
mes camarades ont regretté de ne pas suivre le programme, décrit « Mon parcours est atypique dans mon entourage
malheureusement, ils s’en sont rendus compte en (famille ou amis). Personne n’a fait un choix similaire au
terminale ». À l’évidence, la situation évolue en effet en mien, ce qui a été effrayant pour eux. Ils n’ont compris que
terminale, à un moment où les élèves sont confrontés tardivement mon choix63 ». Les frères et sœurs apparaissent
concrètement, directement, à leur avenir professionnel : souvent, pratiquement une fois sur deux, comme des
Amine pense que « les stratégies de choix de CPGE apprises « cœurs de cible » pour PQPM. Stéphanie, deuxième
à PQPM ont joué pour les autres lycéens », Guillaume, promotion, CPGE à Cergy, illustre cela : « Mon frère a
deuxième promotion MPSI au lycée Michelet et qui a découvert PQPM, a été très intéressé et a voulu y
aujourd’hui intégré une grande école d’ingénieurs, participer ». Le frère de Mohamed, deuxième promotion,
apprécie « le fait que l’on ait été poussé à demander des Université de Cergy en « cursus prépa » « est tombé sous
CPGE de lycées réputés ». Participer au programme fait le charme des avantages ». Plus encore la jeune sœur de
d’ailleurs naître des sentiments contradictoires chez les Juliana, 12 ans, « a une réelle envie d’apprendre et elle veut
camarades de lycée. Pour Isabelle, première promotion, être meilleure que moi. Elle n’imagine plus son avenir sans
« Pour les copains, on est devenu une sorte d’élite, être de grandes études, déjà à son âge ». Les effets ne sont
sélectionné pour l’ESSEC forcément ça en jette » et elle pourtant pas univoques : « Mes parents ont mis la pression
ajoute « Il fallait du courage pour faire ces heures sur mes frères pour qu’ils participent au programme. L’un
supplémentaires » ; Marie Odile, seconde promotion qui n’a pas trop apprécié, l’autre en est très content » signale
étudie les sciences politiques dans une université anglaise, Isabelle.
note « des jalousies chez ceux qui ont tenté PQPM et n’ont Les transformations sont évidentes, même si l’on ne sait
pas été retenus ». Un tuteur de seconde signale « ils ont pas toujours mesurer ce qu’elles doivent directement au
parfois des difficultés dans leur lycée, des moqueries des programme. Le processus de métamorphisation est
autres, ils acceptent mal leur image de tête de classe ». beaucoup plus discret, au-delà du cercle familial, mais
Visiblement, les cas sont très différents, en fonction de la c’est le pari le plus osé, incertain et qui, de toute façon,
personnalité de chaque lycéen, mais aussi de la classe et demande du temps, de la continuité, du volontarisme. On
du lycée. perçoit une possible contradiction : il faut laisser du temps
Un effet lycée semble jouer, résultat de multiples à PQPM ; il faut que le programme fasse rapidement la
facteurs. Il dépend d’une part de l’importance que l’équipe preuve de son efficacité.
de direction de l’établissement accorde à PQPM, sa
politique générale, l’implication ou un certain retrait de
l’équipe enseignante, la présence de telle ou tel
professeur-relais, particulièrement convaincu, actif et
charismatique. D’autre part, il est évident que le
63
Son frère aîné, trente ans est étudiant, futur éducateur spécialisé ; sa sœur de 27 ans est secrétaire ; son autre sœur, 26 ans « sans profession ».
28
3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ?
L’EFFICIENCE DE PQPM Plus de moyens, car plus de partenaires, un étoffement
modéré de l’équipe PQPM, de nouvelles actions au lycée et de
plus en plus dans le postbac : la montée en puissance de
Il s’agit d’évaluer ici la capacité de PQPM à mobiliser PQPM se poursuit, sans accroc.
énergies et capitaux et l’utilisation qui est faite de ses
ressources. La dépense effective par élève pour le noyau de PQPM tend
donc à diminuer en réalité. Restent des questions sans
Le programme PQPM représente une mise de fonds réponse. Le programme est-il trop coûteux? Pourrait-on faire
importante64. Au départ du projet, la dépense était de aussi bien avec moins? Les sommes ne seraient-elles pas plus
l’ordre de 2 000 euros par élève et par an, financée efficaces si on les investissait dans d’autres actions, par
sensiblement à 50 % par la Délégation Interministérielle à exemple du soutien scolaire organisé dans les lycées? On est
la Ville, l’autre moitié étant prise en charge par l’ESSEC et là dans le domaine des convictions et des choix politiques au
ses partenaires. Aujourd’hui, la part de la DIV est passée à sens le plus large et noble du terme, en l’absence de toute
40 %, et avec un coût par élève identique, le programme comparaison objective possible. Ces derniers viendront,
s’est diversifié, offrant de nouveaux services et touchant partiellement, en leur temps.
un public plus large. La phase de démarrage et de mise en Les résultats de PQPM ne pourront se mesurer vraiment
place étant désormais achevée, on fait plus avec la même que dans quelques années à l’entrée dans la vie
somme. Cela suppose de pouvoir mobiliser au-delà du professionnelle des anciens lycéens d’abord, au déroulement
soutien de l’ESSEC, des entreprises partenaires de façon de leur carrière ensuite. Les comparaisons ne devront pas
importante et croissante. C’est fait. Le programme non plus perdre de vue le périmètre des actions de PQPM. Au-
poursuit son développement suivant différents axes, en delà des élèves eux-mêmes, l’objectif est de changer aussi les
fonction des besoins identifiés au fur et à mesure : entourages et d’abord les lycées et l’ESSEC. La mesure de ces
L’ESSEC a mis en place des actions nouvelles pour effets-là devra aussi faire partie du bilan. Les tuteurs par
renforcer le contenu pédagogique du 1er cercle, comme exemple sont marqués très positivement par leur expérience.
par exemple un séjour à l’étranger, la pratique de On peut espérer que ces jeunes, très bientôt dans la vie
l’anglais étant essentielle et les possibilités des familles active, à des postes de responsabilité, auront dans les
en ce domaine très réduites. entreprises une attitude autre, plus ouverte et plus
Le projet PQPM postbac a été mis en place pour accueillante, vis-à-vis des jeunes venus des « quartiers » :
répondre aux besoins des lycéens au-delà du l’action de transformation voulue par PQPM peut se
baccalauréat. Ce point sera repris plus loin. traduire de façon très nette et rapide.
L’essaimage du programme est bien lancé via le groupe
ouverture sociale de la CGE et le pôle ressources L’efficience de PQPM se mesure donc aux
ouverture sociale créé par la CGE et la DIV. approfondissements, aux extensions successives du
PQPM concerne désormais chaque année à l’ESSEC programme, à la diffusion des outils, des méthodes, des
environ 160 lycéens accompagnés de façon très intense, principes, à des actions complémentaires et à la mobilisation
dit « premier cercle ». Mais PQPM veut aller plus loin. d’énergies nouvelles.
Aujourd’hui, des actions volontaristes ont été mises en
place pour impacter plus largement l’ensemble des
communautés éducatives et des jeunes scolarisés dans LE PROJET « POSTBAC »
les lycées partenaires et sur le territoire. Ainsi, après
une année d’expérimentation, l’ESSEC a maintenant Le projet PQPM Postbac permet d’illustrer cette dimension.
engagé un programme nouveau, dit « deuxième Initialement, il n’était pas prévu de poursuivre
cercle », accueillant désormais, au-delà des lycéens l’accompagnement des jeunes au-delà du bac. L’hypothèse
« PQPM », tous les lycéens intéressés par les faite était qu’après la Terminale, les jeunes seraient armés
thématiques proposées, le plus souvent liées à pour poursuivre leur chemin, forts d’une ambition
l’orientation et à la découverte de l’enseignement nouvelle.
supérieur et des milieux professionnels (voir plus loin).
64
Pour l’année 2006, la dernière pour laquelle on dispose à ce jour des chiffres définitifs, la DIV a versé 558 500 euros pour des projets de type PQPM qui
concernaient 1 119 jeunes soit une dépense moyenne de 700 euros par lycéen et de 9 euros de l’heure par élève. Les prévisions pour 2007 sont du même ordre :
une subvention d’un peu plus d’un million d’euros pour un nombre prévisionnel de 1658 élèves – chiffre qui serait dépassé à ce jour - soit environ 630 euros. La
campagne 2007-2008 commence en janvier 2008 par le recrutement dans chaque école de sa nouvelle promotion de lycéens de seconde.
29
La réalité du terrain a rapidement montré qu’il était temps stricts et chargés), le niveau d’exigence n’est plus le
nécessaire de poursuivre l’accompagnement pour que même qu’au lycée66, le rythme des devoirs est élevé, la
l’ambition devienne réussite. En effet, des problèmes notation, calée sur les exigences des concours des grandes
concrets de plusieurs natures se sont posés : Écoles, souvent plus rude. Les ex PQPM risquent d’être plus
difficultés financières, que d’autres désarçonnés : il faut pouvoir leur apporter
difficultés psychologiques, une aide technique, intellectuelle et morale, ce qui
difficultés pratiques quant à la poursuite du projet suppose une mobilisation large67. Elle se dessine dans le
professionnel de certains étudiants. Groupe Ouverture Sociale, entre autres en lien avec la
Aujourd’hui l’action postbac prend logiquement de Conférence des Classes Préparatoires, une émanation des
l’ampleur. Cela passe par la recherche d’aides au associations de professeurs des CPGE, et l’APLCPGE,
financement des études : bourses d’études, jobs d’été. Les Association des Proviseurs des Lycées à Classes
stages procurent des ressources et permettent d’ajouter Préparatoires aux Grandes Écoles.
une ligne sur le futur CV, ce qui sera perçu comme un
« plus » par les futurs employeurs. En ce domaine, l’ESSEC Plus largement, la question du tutorat pré et postbac est
s’appuie sur des partenaires, entreprises et fondation inscrite au cœur des analyses et des impératifs actuels :
d’entreprises, dont certaines très fidèles puisque associées elle apparaît comme une extension indispensable des
maintenant depuis 3 ans. programmes de soutien. L’équipe PQPM apporte dans ces
débats son expérience et ses idées.
La réussite dans le postbac suppose aussi que les anciens
lycéens de PQPM trouvent des interlocuteurs en cas de
difficultés : aujourd’hui, ils ont tous un « parrain L’ESSAIMAGE DE PQPM
PARTAGE », qu’ils ont choisi parmi leurs anciens tuteurs et
qui est là pour les écouter, les aider. L’association L’ESSEC est devenue l’interlocuteur privilégié de la
PARTAGE65 a été créée il y a deux ans par d’anciens tuteurs Délégation Interministérielle à la Ville pour les projets
de l’ESSEC. Elle est amenée à évoluer rapidement pour d’aides éducatives pour les jeunes à bon potentiel issus des
accueillir dans son bureau des anciens étudiants-tuteurs quartiers urbains en difficultés. L’ESSEC joue ainsi un rôle
d’autres écoles. PARTAGE organise chaque année deux central dans la diffusion des initiatives et des pratiques,
Journées Partage Inter-écoles, journées d’informations, par l’intermédiaire de la Conférence des Grandes Ecoles68
de rencontre, de partage d’expériences, de débats sur les et de l’une de ses structures, le Groupe ouverture sociale
enjeux et les méthodes de tutorat. L’association se (GOS). Ce groupe a été mis en place par Christian Margaria,
structure au niveau national et veut créer des espaces président de la CGE en janvier 2005, au lendemain de la
d’échanges permanents pour rassembler des bonnes signature de la Charte. L’animation du groupe a été confiée à
pratiques et des idées nouvelles inspirées de ce qui se Thierry Sibieude et Chantal Dardelet, compte tenu de leur
passe dans les différentes écoles impliquées dans des expérience dans ce domaine acquise à l’ESSEC à travers
dispositifs de type PQPM. Elle est en phase de diffusion au PQPM. Le GOS s’est doté d’un « pôle ressources69 »
niveau national. La filiation avec les principes de PQPM est permettant de déployer des actions et outils d’envergure sur
claire : mise en commun des bonnes pratiques, recherche le sujet. Aujourd’hui, une centaine d’écoles de la CGE se
critique et prospective d’approfondissements, partir de disent engagées à un degré ou à un autre dans l’ouverture
l’expérience et du local pour aller vers le général et le sociale. Quatre vingt quinze sont en lien avec le Groupe
théorique. Ouverture Social. Cinquante-sept écoles ont effectivement
mis en place un projet en direction des collèges ou des
Les classes préparatoires demandent à tout étudiant un lycées. Trente de ces écoles70 ont un projet « de type DIV »,
effort de plus en plus fort d’adaptation. Si l’on reste dans c'est-à-dire financé par la DIV car il reprend les principes de
un cadre connu (le lycée, des classes, des emplois du base de PQPM : critères sociaux, absence de voie réservée et
65
Parrains et tuteurs actifs des grandes écoles. La dernière Journée de partage inter-écoles PI, en novembre 2007 a réuni, malgré les aléas liés à la grève des
transports, une centaine d’étudiants-tuteurs représentant 29 grandes écoles, de gestion, d’ingénieur et des Écoles normales supérieures (notamment l’ENS-
LSH de Lyon).
66
C’est vrai pour toutes les voies du supérieur, universitaires ou non. C’est le passage entre exigences du secondaire et exigences du supérieur qui est difficile.
67
Un très vaste chantier s’esquisse. Ni les CPGE, ni surtout les concours des Grandes Écoles qui les pilotent n’échapperont sans doute à une analyse critique de leurs
exigences et de leurs méthodes. Il ne s’agit pas de « baisser » le niveau d’exigence, mais de savoir ce qu’il faut exiger et surtout comment, par quels types d’exercices
et de programmes y parvenir. Des écoles, des inspecteurs généraux, des universitaires, différents experts commencent à nourrir ce débat.
68
La Conférence des Grandes Écoles, CGE, créée en 1973 par 13 écoles, compte aujourd’hui 226 membres actifs, en majorité des directeurs de grandes écoles d’ingénieurs,
de management et d’autres établissements de haut enseignement.
69
La DIV a signé une convention avec la CGE sur l’ouverture sociale des établissements d’enseignement supérieur, intégrant la mise en place d’un « Pôle ressources ».
Cette mission a été confiée à l’ESSEC, qui participe à son financement (locaux, matériel, personnel).
70
40 % en région Île de France, des écoles d’ingénieur, de gestion, les Écoles normales supérieures de Lyon associées à l’école de Management de Lyon.
30
3 TROISIÈME PARTIE : QUELS RÉSULTATS ?
de prérecrutement, lycéens, programme qui n’est pas du une conférence; la conférence sur les métiers de l’ingénieur
soutien scolaire, engagement sur plusieurs années; la moitié a réuni 280 participants; pour la première conférence de
de ces écoles a repris le nom PQPM pour son projet. 2007-2008, « les écoles post-bac : pourquoi pas moi? » 530
L’évolution des effectifs entre 2006 et 2007 montre lycéens se sont inscrits. Les rencontres à visée plus culturelle
clairement la montée en puissance : de 389 à 616 tuteurs, de – un concert de piano et une projection suivie d’un débat
1119 à 1673 lycéens (hypothèse minimaliste). Cette montée animé par Isabelle Giordano – ont eu un public moindre : 135
en charge doit se poursuivre car, en fonction de la date de personnes pour la projection, mais un taux de satisfaction
démarrage de leur projet, toutes les écoles n’ont pas encore encore plus élevé que la moyenne – 100 % alors que la
atteint leur capacité opérationnelle, c'est-à-dire les trois moyenne est de 93 %. L’initiative trouve donc un public : il
niveaux – seconde, première, terminale. reste à donner l’habitude de venir à l’ESSEC, de rencontrer
Les projets d’ouverture sociale non DIV71, aux objectifs d’autres gens, dans d’autres lieux, pour d’autres horizons.
différents (soutien scolaire par exemple) ou aux publics
différents (collégiens, étudiants dans les écoles, des
universités, des CPGE) concernent 74 établissements
scolaires et 1500 lycéens.
LA CONFORMITÉ DE PQPM
L’action des écoles de la CGE en faveur de l’ouverture
sociale est donc importante et croissante ; l’équipe de L’étude de conformité de PQPM s’appuie sur l’analyse des
PQPM joue un rôle charnière dans tous ces dispositifs. procédures mises en œuvre pour le recrutement, la
L’essaimage de PQPM est une réalité forte. contractualisation avec les partenaires et plus généralement
la transparence autour des pratiques.
LE « DEUXIÈME CERCLE » Cent quatre-vingt-dix-huit lycéens ont participé en cinq ans
à PQPM. Des données précises relevées lors du recrutement
Le programme « deuxième cercle » est une nouvelle initiative nous disent qui ils sont :
de l’ESSEC, une action complémentaire pour utiliser les Un tiers des élèves a au moins trois frères ou sœurs.
ressources disponibles de façon plus efficiente et pour Un père sur cinq et une mère sur dix auraient le niveau
agir sur d’autres lycéens dans les lycées partenaires. Lancé licence72.
en juin 2006, le programme a pour objet d’élargir la portée Les pères et mères relèvent pour la moitié d’entre eux de la
de PQPM à plus de lycéens et de professeurs, et d’accroître catégorie « ouvriers et employés73 ».
l’impact territorial en invitant adultes, lycéens et Si 60 % des enfants ont des parents de nationalité
entrepreneurs à l’ESSEC pour décloisonner les univers de française, seul 1/3 des parents est né en France.
chacun. Les profils qui se dessinent ainsi sont bien loin de ceux
Le programme propose des conférences suivies de d’étudiants actuels des classes préparatoires et des grandes
témoignages et d’échanges avec des acteurs de terrain, à écoles. Les règles posées d’emblée74 dans la définition d’un
hauteur de deux par trimestre autour de deux thématiques programme semblent bien respectées, le programme étant
majeures : la découverte de l’entreprise, des métiers, de dit « destiné à des lycéens dont les origines modestes limitent
l’enseignement supérieur d’une part, l’acquisition d’un la chance d’accéder à des études supérieurs de haut niveau
capital culturel d’autre part. Ces conférences sont ouvertes (…) l’ESSEC et le lycée s’assurent en outre que leur milieu
aux élèves et professeurs des huit lycées partenaires et familial ne leur apporte pas déjà le capital social ou culturel
même à d’autres lycées au-delà de Cergy, sur la base du que le programme entend apporter »75
volontariat : des affiches dans les lycées, des annonces
faites par les professeurs, une liste de diffusion préviennent La contractualisation est une politique systématique de
les lycéens. Les conférences, le mercredi après midi en l’ESSEC. Cela correspond bien sûr à des obligations
général ont lieu à l’ESSEC. Ces conférences ont rencontré un juridiques, vis-à-vis des lycées, des entreprises
grand succès : 731 lycéens ont assisté l’an dernier à au moins partenaires. Pour les familles souvent peu à l’aise avec des
71
40 % en région Île de France, une quinzaine d’écoles de même profil que les précédentes, parfois d’ailleurs certaines qui ont un projet « lycée » et un projet
« collège », mais aussi l’École normale supérieure de Paris (soutien scolaire), ou encore les projets « école ouverte » comme à l’ENSMP.
72
Données issues des déclarations des élèves, sans doute généreuses donc. Les enfants ne savent pas toujours très bien le niveau d’étude de leurs parents ; le fait
que beaucoup de parents aient fait leurs études à l’étranger ne simplifie ni la connaissance, ni surtout les possibles équivalences, correspondances de diplôme.
73
Là encore, ce sont les déclarations des élèves, avec souvent beaucoup d’incertitudes sur ce que cela recouvre précisément. Il n’en reste pas moins que les ordres
de grandeur sont parlants.
74
Plaquettes de présentation du programme PQPM.
75
Ce qui ne veut sûrement pas dire que les entourages familiaux ne soient pas très attentifs aux résultats des enfants, conscients de l’importance du scolaire.
Lorsqu’il y a des frères ou des sœurs plus âgées, on trouve parfois de belles réussites scolaires et professionnelles, indices d’un réel investissement familial dans
les études. On trouve aussi, plus nombreux encore, des frères et sœurs aux parcours très précaires : faible qualification et chômage. Cela ne veut pas dire que
les familles se sont désintéressées, loin de là ; cela peut vouloir dire que PQPM est arrivé un peu tard ?
31
milieux qu’elles connaissent mal, c’est une façon aussi de plus de lycées, de lycéens, de lieux. Son fonctionnement
témoigner du respect, de donner un rôle actif aux parents, suppose des échanges réguliers entre tous les acteurs, les
de les inviter à s’investir. Vis-à-vis des élèves, il s’agit de écoles, ce qui se pratique déjà au Groupe ouverture
marquer un engagement réciproque, sur trois années. sociale, mais aussi entre les tuteurs, ce qui est en train de
se structurer avec l’Association Partage, mais encore avec
L’ESSEC joue par ailleurs un rôle central dans l’animation les équipes de direction et enseignantes des lycées, mais
et la gestion des dispositifs d’aide éducative pour les enfin avec les entreprises partenaires, des projets à peine
lycéens mis en place par les grandes écoles de la esquissés. On ne s’interdit sûrement pas, à terme, de
Conférence des Grandes Écoles. On a rappelé que ces mettre place un réseau des anciens élèves, outil essentiel
programmes bénéficient du soutien de la DIV et qu’a été dans le monde du travail.
installé un « pôle ressource » confié à l’ESSEC qui participe Établir un réseau entre écoles suppose aussi des
d’ailleurs à son financement. procédures d’évaluation et de régulation, pour s’assurer
que les objectifs restent bien communs, les pratiques
La mise en place de procédures communes entre les admises par tous. L’ESSEC a proposé de créer une
différentes grandes écoles est un exercice délicat, « marque caution », portée par la CGE, qui serait un outil
inégalement avancé. Plus l’engagement d’une école est précieux et commun de communication et figurerait sur
fort, fondé sur des équipes volontaires, plus chacun essaie tous les documents :
d’innover, de marquer sa propre différence, fondée sur des documents mis en commun par les projets de
d’ailleurs sur des analyses, de vraies spécificités locales type PQPM, utilisables par tous
tenant aux acteurs, aux territoires. Inversement, chacun sur les documents propres à chaque école du réseau,
est aussi demandeur de conseils, parfois de produits clés rappelant ainsi que des initiatives spécifiques – par
en main - des contrats, des procédures, des contenus de exemple une action vers les collèges, ou des ateliers de
séances de tutorat. Tous sont bien convaincus de la soutien – n’empêchent pas l’école de s’inscrire dans un
nécessité d’échanger les bonnes pratiques, persuadés que cadre national connu, facilement identifiable.
toutes les expérimentations ont du bon. Si tous les
programmes ont des bases communes, certaines pratiques Cela suppose d’établir un cahier des charges, une « charte
diffèrent, entre autres la place qui est donnée ou non à un des principes fondateurs »76, de prévoir la gouvernance de
éventuel soutien scolaire - lui-même par ailleurs bien ce réseau, les procédures de validation des candidatures et
structuré à partir de certaines écoles ou d’associations. celles d’évaluation des résultats et de conformité. Cette
Enfin, il est évident pour tout le monde que c’est la marque facilitera le repérage et la valorisation des
collectivité, un réseau structuré des écoles qui peut donner programmes, aidera les multiples interlocuteurs à tous les
à ces opérations la lisibilité et aussi la publicité qui leur niveaux – local, départemental, régional, national - à
sont indispensables, vis-à-vis des institutions, des identifier les projets qui respectent le cahier des charges
bailleurs de fonds publics comme privés, mais plus encore de base, au-delà des déclinaisons locales. La marque doit
du public qui est ciblé, celui des jeunes à bon potentiel, permettre de réduire et optimiser les frais de
dans les quartiers mais aussi dans d’autres territoires non communication, et aussi d’engager les différentes écoles
toujours clairement ciblés par les politiques – zones partenaires au-delà de la bonne volonté initiale des
rurales, petites villes et villes moyennes où le gâchis de équipes. L’ESSEC joue un rôle pilote dans cette initiative,
potentiels prometteurs n’est sans doute pas moindre. compte tenu de l’antériorité du programme PQPM, de
Assurer l’efficacité dans la diversité des pratiques et l’expérience acquise et des premiers résultats, mais aussi
l’unité des principes, repose sur la constitution d’un et surtout du réel engagement de l’École. En effet, le
réseau entre les écoles. Ses principes doivent être clairs programme s’inscrit dans une logique d’enseignement
pour qu’il y ait une vraie cohérence et lisibilité, en et de recherche portée par l’École, celle de
particulier auprès des administrations comme des l’entreprenariat social. PQPM n’est donc pas un
établissements scolaires, parfois très sollicités. Ils doivent complément social, mais le résultat d’analyses
être suffisamment larges pour fédérer le plus grand théoriques, un laboratoire de pratiques, un support
nombre possible de partenaires : l’objectif est bien pour de nouvelles approches théoriques, la
d’atteindre une masse critique, une taille suffisante pour concrétisation et l’outil d’une démarche à la fois
disposer d’un vrai levier pour diffuser les changements : académique, sociale et professionnelle.
76 Voir encart (et annexe 1)
32
4 QUATRIÈME PARTIE : CONCLUSIONS
Conclusions provisoires
et perspectives.
4 Q UATRIÈME PARTIE : CONCLUSIONS
LES PREMIERS EFFETS DE PQPM :
DISTANCE, MAIS OUVERTURE, RENCONTRE, DÉCOUVERTE
« Aujourd’hui, penses-tu qu’à niveau scolaire identique, les Alors même qu’ils sont entrés à l’ESSEC après une sélection
jeunes de milieu modeste aient autant de chance d’intégrer très exigeante, les tuteurs78 sont critiques – ou plutôt
l’ESSEC que des enfants de cadres ? » lucides ? – sur leur école. Les 2/3 pensent de fait, que
« Aujourd’hui, penses-tu qu’à niveau scolaire identique, les l’ESSEC « n’est pas une école ouverte à tous ». L’un d’eux,
jeunes de milieu modeste ayant suivi PQPM aient autant de un tuteur de seconde écrit avec malice « À l’ESSEC, rares
chance d’intégrer l’ESSEC que des enfants de cadres ? ». sont les élèves qui ne viennent pas d’un milieu privilégié,
voire très privilégié, voire très, très privilégié ». Les raisons
Ces deux questions, cette double question redoutable a été sont pour partie imputables à l’école : le coût des études,
posée à la fois aux élèves sortant de PQPM et aux tuteurs le montant insuffisant des bourses d’état, leur paiement
étudiants de l’ESSEC. Pourraient-elles permettre d’évaluer trop tardif, en filigrane parfois l’idée que les difficultés
les atouts et les chances de PQPM ? financières ne sont guère familières à certains ESSEC :
« L’argent, il n’y a que les riches que cela n’inquiète pas »
écrit Adil, ancien tuteur78. On a pu constater qu’aucun
UN DOUBLE CONSTAT PARTAGÉ : PQPM MISSION lycéen ne connaissait les nombreuses modalités existantes
QUASI IMPOSSIBLE ? d’aides au financement des études au sein du groupe
ESSEC79.
Fruit plutôt d’une réflexion intellectuelle pour les uns,
d’un vécu ou du moins d’une perception personnelle pour Mais pour l’essentiel, le manque d’ouverture sociale vient
les autres, le constat des tuteurs comme des élèves est d’ailleurs, en amont, du système éducatif en général,
sans appel : le niveau social détermine l’accès et la des classes préparatoires et des concours en particulier.
réussite dans les formations les plus sélectives. Le Hannafi écrit « Le problème ne vient pas de l’ESSEC, mais de
niveau scolaire n’y suffit pas : les quatre cinquièmes des l’amont », Alice précise, non sans contradiction possible,
élèves et 36 des 37 tuteurs l’affirment. Les élèves mettent « L’ESSEC est ouverte, pas les pratiques des concours ». Les
en avant un retard culturel, des conditions de travail, des critiques les plus vives portent donc sur les concours. On
handicaps familiaux et territoriaux : évoque leurs coûts, celui des inscriptions et des
« avoir une chance de rentrer à l’université avec les mêmes déplacements pour les oraux entre autres, même si des
chances qu’un fils de médecin », évolutions très positives sont observées en ce qui concerne
« m’en sortir malgré ma situation familiale, acquérir une les frais d’inscription pour les candidats boursiers. La
expérience utile pour moi qui ne suis pas issue d’un critique porte surtout sur leur nature même, ce qu’ils
milieu favorable », mesurent et valorisent. Des épreuves sont jugées
« je veux aller au bout de mes études, moi qui suis d’un socialement sélectives. Les épreuves « littéraires » et
milieu défavorisé », notamment de langues vivantes sont le plus souvent
« j’aimerais atteindre le même niveau qu’un lycée de citées. L’entretien oral de personnalité suscite des
Paris », opinions opposées. Pour l’un il est positif et moins
« je voudrais rencontrer des personnes d’un milieu que discriminant car il fait appel à des qualités non scolaires,
j’envisage pour plus tard ». énergie, conviction, initiative personnelle : « Le concours
Ces propos des questionnaires d’entrée dans PQPM sont ne sanctionne que des connaissances intellectuelles, sauf
révélateurs. l’entretien, et ne prend pas en compte des qualités comme la
77
18 jeunes filles et 20 garçons. Pour l’essentiel, ces étudiants sont issus du concours après les classes préparatoires, – 33/38, les cinq autres étant des « admis
sur titres » qui passent un concours spécifique après une formation universitaire réussie (universités pour quatre d’entre eux : droit, histoire, économétrie et
économie mathématique, IEP de Grenoble pour le cinquième. Les admis sur concours CPGE viennent à égalité de lycées parisiens (Henri IV, Chaptal, Lavoisier,
IPESUP) de lycées de la région Île de France (Versailles, Saint-Maur, Sceaux) et de province (Bordeaux, Clermont Ferrand, Toulouse, Annecy, Marseille, Reims,
Nancy) et pour cinq d’entre eux d’établissements privés. La plupart – 33/38 – ont reçu une formation fondée sur les mathématiques Il serait intéressant de voir
si leurs profil correspond bien au profil moyen de l’ESSEC. Et aussi de vérifier ce qu’affirme un des admis sur titre « le recrutement des admis sur titres est
socialement moins discriminant ».
78
L’un des anciens de PQPM, Mohamed – seconde promotion, Université de Cergy filière scientifique – cite lui « un proverbe de chez nous : si on a un problème
d’argent, c’est que l’on n’a pas de problème ».
79
En plus des dispositifs nationaux (bourses CROUS, bourses au mérite…) l’ESSEC propose des bourses d’études internes allant jusqu’à 80 % du coût des études
pour l’ESSEC MBA voire 90 % pour l’EPSCI en fonction des revenus familiaux, des « monitorats »… Il existe également des conditions de prêts très intéressants.
Enfin, l’apprentissage qui se fait sur 2 ans et est choisi par 33 % des étudiants, permet aux étudiants de gagner un certain pourcentage du SMIC fixé par la loi,
tout en ayant ses frais de scolarité (2 années sur 3) prises en charge par l’entreprise.
35
persévérance, l’originalité ». Judith au contraire dénonce le connaissances qui ne seraient plus guère partagées en
caractère formel et artificiel de cet exercice, allant jusqu’à dehors de certains milieux. Les questions se posent à
écrire que dans cette épreuve « Il y a de BONNES RÉPONSES l’ensemble des filières et pour tous leurs étudiants81. PQPM
à donner 80 ». Les concours semblent donc reposer trouve, paradoxalement une justification supplémentaire
largement moins sur des connaissances et des dans le constat des élèves et des tuteurs : au-delà du scolaire,
compétences acquises pendant les années de CPGE que sur il faut aussi agir sur le reste; un programme, s’il est bien
une longue préformation initiale, culturelle et sociale. conçu doit aussi dévoiler ses propres limites. Il n’y a pas de
Naîtrait-on ESSEC ? Si oui, que peuvent des programmes de « potion magique » et les questions qui se posent dépassent
formation complémentaires conçus sur trois ans ? les ambitions et les possibilités de tout programme.
« Il y a une forte différence entre un encadrement de trois
ans et un encadrement de vingt ans, même si PQPM fait UNE RENCONTRE, DES CONVERGENCES
beaucoup ». Maud résume sans doute la position de la PROMETTEUSES MAIS INACHEVÉES : LA PLUS
moitié des étudiants tuteurs qui répondent non à la GRANDE RÉUSSITE DE PQPM ?
question : « Aujourd’hui, penses-tu qu’à niveau scolaire
identique, les jeunes de milieu modeste ayant suivi PQPM La distance entre tuteurs et élèves est grande au départ.
aient autant de chance d’intégrer l’ESSEC que des enfants de PQPM semble bien la réduire doublement et c’est sans
cadres ? ». Du côté des élèves, la proportion est d’ailleurs conteste son premier mérite. « Donner du temps à des
presque la même, 57 % répondent « oui », 43 % « non ». personnes de talent qui n’ont pas eu la chance que j’ai eue » ;
Plutôt inquiétante a priori, cette réponse ne l’est sans « J’ai découvert des gens géniaux, c’est une leçon de vie et
doute pas vraiment. La question est à l’évidence d’humilité » ; « Un an de bonheur avec des élèves géniaux que
prématurée et sans doute mal formulée : parler de l’accès à je n’aurais jamais rencontré sans » ; les tuteurs de première
l’ESSEC, c’est évoquer l’une des plus grandes des Grandes sont particulièrement enthousiastes82 lorsqu’ils parlent de
écoles, placer la barre très haut. Il serait sans doute « leurs » élèves. À la question « Que pensez-vous de l’apport
judicieux de remplacer ESSEC par « grande école » ou des tuteurs ? », la totalité des sortants de PQPM répondent
mieux « études supérieures longues ». On remarquera « excellent », les plaçant ainsi de peu devant l’équipe de
aussi que PQPM n’a pas été conçu comme un moyen de PQPM, ce qui n’est pas peu dire. PQPM permet des
permettre aux jeunes d’intégrer l’ESSEC : viser rencontres improbables, fécondes, riches pour l’avenir.
l’intégration conduirait PQPM à une sélection beaucoup Tuteurs et élèves n’appartiennent pas aux mêmes
plus sévère de ses candidats, à pratiquer des exercices milieux. Aux questions sur leur origine sociale, « De quel
beaucoup plus en lien avec le concours, et l’ESSEC à milieu social es-tu issu ? », et sur « L’ouverture à la culture
modifier sans doute ses épreuves ou créer une voie de leur famille ? », étudiants et élèves répondent de façons
spécifique. très différentes. Les 2/3 des tuteurs se déclarent issus de
« milieux favorisés » ou « très favorisés », et sont un peu plus
Les remarques des étudiants et des élèves montrent bien nombreux encore à dire qu’ils viennent « d’un milieu
les limites des opérations de soutien : par définition elles cultivé 83». Sur les 198 élèves entrés dans PQPM, la moitié a
ne peuvent suffire à tout régler, en particulier elles ne un parent et souvent les deux dans la catégorie ouvriers ou
peuvent dispenser d’une réflexion sur les concours eux- employés et il n’y a qu’un parent sur six qui puisse être
mêmes. Tenir au principe des concours ne doit pas rattaché à la catégorie des « cadres moyens »84. Lorsque l’on
empêcher de réfléchir à de possibles inflexions de leurs demande aux élèves s’ils pensent « avoir une famille ouverte
pratiques, de leurs épreuves, mais au contraire y inciter. à la culture » 1/3 répond « peu ou pas » et pratiquement la
S’il s’agit bien de recruter, de façon exigeante et anonyme, moitié – 47 % - « assez »85. Si l’on compare les pratiques
sur des connaissances et des compétences, encore faut-il culturelles des entrants dans PQPM et celles des tuteurs, les
être sûr que c’est bien encore cela que l’on mesure dans les écarts sont considérables et significatifs. Tous les tuteurs se
concours et pas, pas seulement, des pratiques et des décrivent comme « curieux », tous pensent qu’« il est
80
Ce qui fera frémir n’importe quel membre de jury, mais en dit long sur les images et, peut-être, certaines pratiques.
81
Le chantier est plus que délicat. Si tout le monde s’accorde pour dire que les concours doivent sélectionner sur des connaissances, des savoir faire, des qualités
et comportements qui seront très utiles pour réussir dans la vie professionnelle, au-delà des concours, le consensus s’arrête là. Il semble logique de chercher à
privilégier ce qui a été acquis en CPGE pour limiter le rôle des héritages, mais comment ? Certaines écoles d’ingénieurs réfléchissent à une profonde refonte de
leurs enseignements, ce qui rejaillirait peut-être à terme sur les concours : l’École centrale de Paris semble envisager de faire travailler ses étudiants par grands
thèmes, à partir de cas, plus qu’en fonction du traditionnel découpage par disciplines. Visiblement on s’interroge sur toute la chaîne CPGE-GE.
82
Ce n’est sans doute pas un hasard. Les élèves de premières sont déjà habitués à PQPM et il n’y a pas la pression directe de l’examen comme en terminale.
83
Deux étudiants dont les parents sont enseignants se déclarent de milieu social « assez favorisé » et « très cultivé ».
84
Avec d’ailleurs des précautions. Il faudra vérifier au cas par cas les déclarations des élèves, parfois très floues.
85
Il est significatif et touchant de voir que les élèves assortissent souvent leur réponse d’une note positive, soit une explication – « n’a pas pu aller à l’école à
cause de la guerre », soit un élément valorisant : « ma mère est ouverte à la culture asiatique, elle a certaines connaissances et aime la musique classique » écrit
une élève de la seconde promotion du lycée Jules Verne (Cergy-le-Haut).
36
4 Q UATRIÈME PARTIE : CONCLUSIONS
important d’être cultivé », il n’y a qu’un élève entrant sur recrutement est large. Les tuteurs ont découvert une autre
deux pour partager ces avis ; un peu moins d’un élève sur réalité et on peut espérer qu’ils ne l’oublieront pas, ni dans
deux dit « avoir du plaisir à apprendre », contre 94,8 % des leur vie professionnelle, ni dans leur vie de citoyen, ni dans
tuteurs ; les élèves sont deux fois plus nombreux que les d’éventuels engagements sociaux, culturels ou politiques.
tuteurs à déclarer passer plus de deux heures par jour Ces métamorphoses ne s’expliquent pas seulement par
devant leur téléviseur. PQPM, mais lui sont liées. Les effets sur les entourages sont
Après PQPM, si l’on considère cette fois les réponses des encore modestes, il faudra plus de temps, plus d’élèves, plus
sortants, ces distances se sont considérablement de programmes. La reconnaissance vis-à-vis de PQPM n’est
réduites, les trajectoires rapprochées, les profils pas exempte de critiques, ce qui est un autre élément
beaucoup plus proches. Cela s’explique largement par positif. Il semble donc utile de continuer PQPM, en lui
l’évolution naturelle d’un jeune entre quinze et vingt ans et donnant des moyens améliorés et accrus sans doute.
par l’apport du lycée. Mais on peut sans doute y voir aussi
l’effet de PQPM. Les trois quarts des élèves sortants se
disent cette fois curieux, les quatre cinquièmes ont « du
plaisir à apprendre », tous sauf un disent qu’il est
DES PISTES D’ÉVOLUTION ?
« important d’être cultivé ». Ils sont pris le goût de suivre
l’actualité, ont découvert le théâtre et les musées, APPROFONDIR, ÉLARGIR
consacrent moins de temps à la télévision, s’intéressent
moins à l’actualité sportive et deux fois plus à l’actualité Les sortants de PQPM ont un avis très positif et
politique qu’à leur entrée dans le programme. concordant sur les exercices qui leur ont été proposés
durant les trois années de formation : la plupart sont
Cette rencontre et ce rapprochement sont des apports appréciés par les ¾ au moins des élèves. Raison de plus pour
décisifs de PQPM, porteurs d’avenir tant pour les élèves que s’intéresser à ce qui est un peu moins prisé : Les ateliers de
pour les étudiants de l’ESSEC, pour le devenir des uns codes sociaux, l’aide à l’expression écrite, les relations avec
comme des autres. Si les profils se sont singulièrement les professeurs tuteurs des lycées et le goût pour la lecture
rapprochés, des différences nettes demeurent. Sur le ne recueillent qu’entre ¼ et ½ d’avis positifs. La question
sentiment d’être cultivé : un quart des sortants se déclare « PQPM t’a-t-il apporté une aide pour les méthodes de
« très cultivé », contre la moitié des tuteurs. Sans aucun travail? » est celle qui divise le plus les élèves, en trois tiers
doute l’écart dû aux héritages familiaux n’a pas été pratiquement. Les ateliers sur les codes sociaux sont les plus
comblé. Il faudrait en outre se demander ce que « cultivé » novateurs, délicats, dérangeants aussi. Les élèves n’en
veut dire pour les uns et les autres. Les pratiques culturelles voient pas toujours l’intérêt. Ne pourrait-on penser aussi
restent assez différentes : les tuteurs sont trois fois plus qu’ils ne veulent pas en voir l’intérêt, car cela touche très
nombreux à déclarer fréquenter le théâtre, deux fois plus vite à l’intime, conduit à des remises en cause délicates?
nombreux à aller régulièrement au cinéma. Enfin et c’est Beaucoup d’écoles et formations ont mis en place ce type
sans doute le point le plus délicat, seul un sortant de PQPM d’activités dans leurs propres programmes. On disposera
sur deux se déclare « sûr de lui » ; c’est déjà deux fois plus rapidement d’une banque de données, de pratiques et d’avis
qu’à l’entrée dans PQPM, mais 1/5 de sortants ont « peu propres à affiner ces approches. L’intervention de
confiance en eux », contre moins de 10 % des étudiants. psychologues aux côtés des formateurs est sans doute
souhaitable.
L’apport de PQPM peut ainsi se résumer à quelques mots clés : Les autres réticences posent pour l’essentiel la question
ouverture et découverte – de soi, des autres, d’un autre du soutien scolaire. Suffisant pour les uns, presque superflu
futur, d’autres horizons pour les plus brillants, il reste insuffisant pour d’autres,
rencontre, rapprochement, main tendue. scolairement moins à l’aise. Ces avis partagés traduisent une
Maxence, élève de la seconde promotion conclut « voilà, que vraie diversité des élèves sur le plan scolaire. En écho, on
dire à part que PQPM a changé ma vie ». Tous ne le diraient remarque la diversité de leurs choix de formation. Tout cela
pas aussi fortement, mais les mutations, les transformations est à porter au crédit de PQPM, qui n’est donc pas une
sont réelles. Les élèves n’ont plus la même image d’eux, des machine à calibrer, mais reste en accord avec son principe
études, de l’ESSEC, du monde qui les entoure, de leur avenir. fondateur : « Aider chaque élève à aller au plus loin de ses
Ils n’en restent pas moins très lucides. La diversité de leurs capacités dans la voie choisie », comme avec un autre
choix, des CPGE les plus prestigieuses à des formations principe, ne pas empiéter sur ce qui est du domaine du lycée.
courtes, n’illustre pas un gâchis, mais au contraire le Certes, mais on ne peut sans doute en rester là. On peut
respect des choix individuels, le fait aussi que le imaginer des voies non directement scolaires86 pour
86
Ce qui veut dire souvent des techniques que les professeurs de lycée n’ont pas toujours le temps ou les moyens de mettre en œuvre.
37
favoriser l’expression écrite, comme des ateliers d’écriture ORGANISER LE SOUTIEN POST-BAC ET BIEN APRÈS.
ou la réalisation par les élèves d’un journal de bord écrit et
audiovisuel. L’expression orale est un point fort du « L’accompagnement dans la durée » est l’un des principes
programme, bien en lien avec les qualités testées par les de PQPM, comme d’ailleurs des autres programmes qui
concours des grandes écoles : il s’agirait de trouver les s’inscrivent dans la « Charte pour l’égalité d’accès aux
moyens de faire le pendant pour l’écrit. La pratique des formations d’excellence » et figure dans la « Charte du
langues étrangères ou au moins de l’anglais semble un tutorat » 88. Cette durée ne peut se réduire aux années
autre domaine prometteur : le voyage à Londres a été un lycées. Les jeunes de PQPM ont été aidés avant le bac, ils
souvenir fort des élèves, et il a d’autres vertus que la doivent l’être après, sous des formes variées, qui sont en
pratique de la langue. Une école de gestion peut sans train de s’inventer. L’enjeu n’est pas mince car rien ne
doute mobiliser des moyens, les siens et ceux de serait pire que d’avoir fait naître des espoirs et de les voir
partenaires, pour aider à cette pratique in situ. Les tuteurs déçus. On peut être sûr, et les exemples ne manquent pas
de l’ESSEC font d’ailleurs des séjours et voyages dans les cités, qu’en cas d’échec, l’effet boomerang serait
linguistiques, l’un des atouts maîtres des jeunes issus des redoutable. Inégalement selon leurs choix, les jeunes de
milieux plus favorisés pour réussir à entrer dans les PQPM vont entrer dans un monde dont ils ne maîtrisent pas
grandes écoles. Toutes ces inflexions demandent une bien les « codes », comme la notation en CPGE. Ils seront
nouvelle et encore plus efficace coopération, partage des confrontés à des camarades venus d’autres milieux qui ont
tâches comme des responsabilités avec les équipes des entre eux une forte connivence intellectuelle et
lycées partenaires. Le tutorat scolaire est l’affaire des comportementale souvent. Leurs professeurs ont
lycées, qui peuvent mobiliser aussi, au-delà de leurs l’habitude de ce public « traditionnel », savent s’adresser à
moyens propres, d’autres partenaires, étudiants, eux, pas franchement aux nouveaux publics que l’on veut
associations, Écoles. L’ESSEC ne peut s’en désintéresser et et doit attirer dans l’enseignement supérieur pour les y
surtout les actions doivent être cohérentes, faire réussir.
complémentaires, souples. « Peut mieux faire en ce À cela s’ajoutent des faits matériels. Il faut pouvoir
domaine » serait-on tenté d’écrire. financer ses études, souvent aussi un logement et des
déplacements. À la distance physique, aux frais financiers
On peut enfin suggérer que le programme s’ouvre à s’ajoute souvent un dépaysement qui peut être, dans un
d’autres sensibilités. Les littéraires : on conçoit qu’il premier temps, déstabilisant. La mobilité, sous toutes ses
n’est pas possible de tout faire, mais le livre et la lecture formes : physique, intellectuelle, comportementale, n’est
n’apparaissent-ils pas un peu comme des parents pauvres ? certes pas socialement homogène89.
Sans doute faut-il imaginer, là encore, d’autres types L’équipe de PQPM doit alors assurer une permanence, une
d’approches, par exemple des débats autour d’un livre avec présence, aider les ex-lycéens à pouvoir communiquer avec
les auteurs, organisés par des élèves volontaires ? Ce type elle et entre eux. Cela passe par des moyens matériels,
d’événement aurait comme autre avantage de pouvoir être l’adresse mail permanente, par des échanges et la
ouvert à des publics plus larges. L’ouverture la plus disponibilité d’une équipe qui doit alors s’étoffer pour
décisive pourrait concerner les voies technologiques. Les faire face aux multiples demandes. Cela passe
élèves issus de milieux modestes y sont particulièrement éventuellement par des structures associatives. Cela passe
représentés. Agir là, c’est donc agir rapidement et par la recherche de partenariats nouveaux, avec des
efficacement. L’ESSEC a consacré une de ses opérations institutions et des entreprises90 pour le financement (des
« deuxième cercle » de cette année aux bacheliers de la aides, des bourses, mais aussi des stages, des emplois
voie technologique pour les sensibiliser à l’existence et d’été), pour fournir aussi des parrains d’entreprises. En
aux enjeux des prépas ECT. Aller plus loin suppose liaison aussi avec les enseignants des CPGE et des autres
d’adapter méthodes et pratiques ; cela suppose surtout structures qui reçoivent les ex-PQPM : la coopération dans
qu’en aval, les grandes écoles offrent des possibilités ce domaine n’a rien d’inné, les susceptibilités sont
accrues à ces bacheliers et, elles aussi, mettent en place grandes et la légitimité de l’ESSEC ne va pas ici de soi. Il
de nouveaux parcours87. s’agit donc d’être capable d’innover, de mettre en contact,
87
Ce dossier est donc riche mais complexe. On peut aussi imaginer aller plus loin et créer de l’excellence dans les filières des bacs pro- cf. par exemple les
propositions de J.P Boisivon. On sortirait là du domaine de compétence de l’ESSEC, pas de ses capacités d’initiatives. La nécessité de constituer un réseau
national d’établissements impliqués dans les opérations de diversification sociale des élites n’en serait que plus forte.
88
La Charte du tutorat (Cf Annexe 2 à mettre peut-être en écatr, reprend les aspects qui paraissent essentiels pour un tutorat efficace, aux vues des 5 années
d’expériences de PQPM
89
On peut s’en faire une idée en lisant les différentes contributions rassemblées par Jean-Pierre Orfeuil dans « Transports, pauvretés, exclusions, pouvoir bouger
pour pouvoir s’en sortir » éditions de l’Aube, 2004.
90
Il y a de la part de plus en plus d’entreprises une forte volonté de s’impliquer concrètement dans les projets « diversité ». Reste à organiser des synergies, ce qui
n’est pas le plus facile.
38
4 Q UATRIÈME PARTIE : CONCLUSIONS
de trouver des structures forcément souples, diverses, EN GUISE DE PREMIÈRES CONCLUSIONS…
évolutives. La logique est à l’évidence celle des synergies
à créer, des réseaux à construire. Juliana, seconde promotion, en BTS : « Le mot de
Ces réseaux seront indispensables aussi après les études, conclusion ? Je n’ai pas grand-chose à dire, à part un grand
pour une vie professionnelle réussie. Larissa, élève de la merci à tous d’avoir cru en nous et de nous avoir offert une
seconde promotion, élève en PCSI dans un lycée parisien si belle expérience »
écrit : « Ma mère redoute que ce soit dur pour moi de trouver
un stage ou un emploi comme ça l’est pour ma sœur, étant
donné que nous n’avons pas de réseau et qu’il est dur de nos Une certitude : un autre regard.
jours pour une personne de couleur de trouver un emploi à
responsabilité dans des domaines autres que la santé et le C’était son principal enjeu, c’est une incontestable
paramédical ». PQPM ne peut tout faire bien sûr et ne doit réussite. PQPM a changé les regards, bouleversé les
pas non plus tout faire. Il faut aider sans assister, être images, déplacé les perspectives. Une rencontre, une
présent sans être trop présent, être dans découverte réciproque et riche a eu lieu entre les élèves et
l’accompagnement et pas dans l’assistanat. C’est à les tuteurs. Ils en sortent différents. L’image de l’ESSEC en
chacun des PQPM de construire librement son propre sort grandie. Surtout, le programme a vraiment changé la
projet, mais en sachant qu’il aura, si besoin, des vie et les perspectives de certaines et de certains lycéens,
interlocuteurs. À l’ESSEC revient de participer à la mise en et particulièrement les moins brillants scolairement
place de réseaux qui la dépassent, de fournir aussi des d’entre eux. PQPM a changé leur vision du monde, les a
éléments pour des débats puis des décisions qui ne persuadés qu’il n’y avait pas de fatalité, que leur sort
relèvent pas d’elle mais conditionnent aussi, à terme, la n’était pas déjà écrit, prédéterminé par leur origine
réussite de PQPM. Tout cela suppose d’organiser ces familiale, culturelle, territoriale. Ce succès est dû à une
réseaux et ces débats, avec le double impératif de implication sans faille de l’équipe, à la compétence, la
l’efficacité et du respect des libertés d’action et des générosité et à la ténacité des initiateurs, aussi au fait que
différences d’analyse des différents partenaires. On est à PQPM n’est pas seulement une opération sociale mais
la fois au cœur de PQPM et bien loin de ce seul programme. s’appuie sur une réflexion théorique beaucoup plus large
et a bénéficié d’un soutien sans faille de l’institution
ESSEC. Ne pas décevoir celles et ceux à qui on a montré
qu’un autre monde était possible pour eux, grâce à leurs
qualités, leurs efforts, leur travail est aujourd’hui un défi,
un impératif. La clé de la réussite c’est que PQPM a
montré à ces jeunes qu’on leur faisait confiance, que
l’on avait confiance dans leurs qualités, qu’une grande
école, que des jeunes gens et des jeunes filles talentueux,
issus d’un tout autre milieu, d’autres territoires, promis à un
avenir brillant, les ont rencontrés, découverts, se sont
intéressés à eux, ont cru en eux. C’est dans le regard des
autres que les élèves se sont découverts, ont commencé à
croire en eux.
Une incertitude majeure : le temps.
Le temps, c’est d’abord la suite du parcours de ces premières
promotions, la réussite d’études choisies, un emploi, plus
tard une carrière accomplie. C’est ensuite la poursuite du
programme. L’engagement de l’équipe n’est pas en cause,
mais il faut des résultats rapides, tangibles. Il y a une
redoutable contradiction. D’un côté la certitude qu’il faut
laisser du temps au temps, que l’ascension sociale, la
diversité se construisent dans la durée et demanderont
plus d’une génération. De l’autre l’exigence sociale et
politique de résultats démonstratifs. Parce que ces
questions ont été trop longtemps occultées ou négligées,
39
elles se révèlent quand la situation est tendue et qu’il faut un simple vœu pieux. Ce réseau doit conjuguer autonomie
des résultats rapides, donner au moins le sentiment que les de chaque partenaire, convergence de pratiques,
« choses bougent ». Cela explique la multiplication récente évaluations régulières. Cela peut passer par la création
des acteurs, des programmes, des actions. Cette d’une « marque-caution », ce qui oblige à formaliser ce qui,
multiplication est une richesse, mais si la multiplicité des encore aujourd’hui, dépend souvent d’abord d’engagements
approches correspond bien à la variété des situations et des personnels d’équipes : à une question nationale, les
problématiques, le temps est désormais venu d’évaluer les réponses sont, pour le moment encore largement locales,
pratiques, de retenir celles qui sont apparemment les plus dépendant de facteurs et d’engagements locaux. On
efficaces. Il y va de l’urgence d’apporter des réponses, imagine aisément aussi que la question de la gouvernance
même partielles. Il y va du coût financier et humain de ces de ce réseau ne sera pas simple à résoudre. En ce domaine,
programmes : il n’y aura pas de place pour tous les projets. l’ESSEC a une légitimité forte liée d’une part à l’antériorité
Dans ces perspectives, la voie choisie par l’ESSEC n’est pas de son engagement sur la question, et d’autre part aux
sans risque. En privilégiant la variété des profils comme des démarches théoriques et aux prolongements académiques
choix postbac, l’absence de pré-recrutement et de voie de PQPM, inscrits dans les programmes de recherche de
réservée, l’ESSEC joue sur le moyen et le long terme ; l’établissement. D’autres écoles et formations ont d’autres
d’autres choix sont plus immédiatement porteurs, visibles, atouts à faire valoir. Finalement on demande à des projets
médiatiques aussi. Changer les regards et les perspectives, qui doivent beaucoup à de fortes implications personnelles
c’est agir sur la durée. Le coût est-il alors proportionnel à d’équipes et d’école de se fondre dans un réseau où ce qui
l’effet, faut-il engager de telles sommes pour ce type compte d’abord c’est l’ensemble du dispositif. La mue n’est
d’effets ? Ne pourrait-on obtenir, à moindre coût des pas évidente, mais elle est nous semble-t-il, simplement
résultats comparables ? Ces questions n’ont pas de réponses, vitale.
pour le moment et sans doute pour longtemps, car on ne
sait pas mesurer vraiment et surtout immédiatement les Le succès actuel de PQPM ne fait pas de doute. Il se mesure à
changements des mentalités, encore moins leurs effets à la satisfaction de tous les acteurs, à la transparence des
terme et sur les entourages. Annoncer des pourcentages de procédures, à une mobilisation croissante de partenaires et
réussite à tel concours, des mentions au baccalauréat est d’énergies. Il se traduit par une double rencontre et
beaucoup plus immédiatement compréhensible, propose des découverte, une ouverture, une profonde modification des
succès mesurables, admis mais insuffisants. images et des projets, la lucidité des élèves et des tuteurs. Il
faut rendre hommage à tous ceux qui ont rendu cela
L’avenir de ce programme, car ni le soutien de l’ESSEC, ni possible, l’ESSEC, l’équipe PQPM, les lycées, les partenaires
l’engagement de l’équipe ne donnent des signes de institutionnels et les entreprises, et, avant tout, les tuteurs,
fatigue, du moins dans la voie de développement qu’il les lycéens et leurs familles.
propose, tient donc largement, à sa capacité à se diffuser. PQPM est sans doute à une charnière. D’ici deux ans les
Seule une assez large diffusion permettra, en jouant sur le premiers résultats au niveau « L » seront des indications
nombre des élèves, d’afficher ces réussites immédiates et précieuses. Surtout, la voie ambitieuse et longue choisie
reconnues en même temps que de ne pas renoncer à faire pour PQPM doit pour être confortée s’inscrire dans un
progresser, à leur rythme, ceux qui ont pour le moment les réseau encore à délimiter. Sans aucun doute, cela ne peut
moyens et le goût d’ambitions plus réduites. De ne pas s’en réussir que si, à l’ESSEC comme dans les autres écoles et
tenir uniquement à des élèves de tel quartier ou, plus formations, les programmes d’égalité des chances et de
sûrement, de telle origine. De dégager de bonnes pratiques diversité s’appuient sur un engagement ferme des
en pouvant les évaluer avec quelque assurance. Seuls le institutions et des personnels, y compris, pour certains
nombre et la durée peuvent permettre d’espérer de vraies lieux au moins, dans les programmes de recherche. Un
preuves de métamorphisation, d’agir en profondeur sur les soutien et une cohérence des politiques publiques et de
entourages, familles, lycées, quartiers et territoires, car on l’opinion est indispensable, ce qui passe par une
sait par avance que ce type de phénomènes demande… du communication transparente et maîtrisée qui soit attentive
temps. à protéger les jeunes et leurs familles.
Il n’y a sans doute d’avenir que dans un réseau d’écoles et C’est le dernier paradoxe. Le succès de PQPM passe par
d’établissements du supérieur qui se reconnaissent dans l’affirmation d’une voie originale de promotion et de
un certain nombre de principes et de pratiques, qui transformation sociale par les études supérieures. Il faut
s’engagent sur le long terme, qui mobilisent vraiment, l’affirmer, tout en étant bien persuadé, qu’elle n’est ni la
au-delà des équipes de projets, l’ensemble de leurs seule voie possible ni la seule efficace. Il n’y a pas de voie
acteurs. On imagine bien tout ce qui peut faire de cette idée unique pour affirmer la diversité.
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Visite d’entreprise avec des premières, à la FNAC Logistique.
Après-midi d’accueil de la nouvelle promotion de lycéens de seconde : un grand
jeu de piste dans l’ESSEC en 2008 sur le thème de l’Europe, où étudiants-
tuteurs et lycéens de seconde, de première et de terminale font connaissance. Visite d’une usine de Alcoa Fastening System.
Des sorties culturelles tout au long des 3 années, ici une exposition au Des rencontres régulières à l’ESSEC, pour les lycéens et leurs
centre Georges Pompidou. professeurs-tuteurs.
Mai 2003 : Jean-Louis Borloo vient rencontrer à l’ESSEC les acteurs de la 1re promotion de lycéens.
Ils étaient en seconde, ils sont aujourd’hui en Bac +3.
Une invitation à Matignon en 2005 pour un échange avec les différents acteurs ; lycéens, étudiants, proviseur, professeurs du lycée, direction de l’ESSEC
et équipe projet.
La direction du Groupe ESSEC est fortement mobilisée autour
de PQPM. Ici Françoise Rey, directrice générale adjointe avec Pierre Tapie, directeur général du Groupe ESSEC accueille en janvier 2008 la 6e promotion
Thierry Sibieude. de lycéens dans le grand amphi de l’ESSEC. « Vous êtes ici chez vous… ».
Écouter, accompagner, rechercher ensemble des solutions.
De la convivialité, de la simplicité, une relation de confiance à instaurer Des temps informels pour créer les conditions d’échanges individuels où
avec les familles, dans la durée. tous les questionnements sont possibles.
Visite des locaux par les équipes des lycées et par les familles. Une grande Le tutorat étudiant : des rencontres en petits groupes où chacun se doit
école : un lieu qui n’a rien d’inaccessible, qui pourrait donner envie. d’oser et d’être actif.
L’équipe PQPM assure un suivi individuel des lycéens, y compris après le bac.
Ici, un responsable du programme et 2 étudiants tuteurs rencontrent 2 ex-lycéens qui sont en CPGE.
Les parents sont parties prenantes du dispositif. Ils sont invités une fois par
an à l’ESSEC. Des anciens lycéens viennent même témoigner avec leurs Une équipe de professionnels encadre les étudiants tuteurs, Félicie Goyet,
parents pour rassurer les nouveaux qui entrent dans le programme. coordinatrice du programme en weekend de formation des tuteurs.
Séance de tutorat en amphi : 2 étudiants-tuteurs pour un groupe
de 5 à 8 lycéens. Étudiants et lycéens : une grande proximité d’âge, une relation privilégiée.
ANNEXES
A NNEXES
ANNEXE 1
LA CHARTE DES PRINCIPES 3 – Pour accompagner des lycéens volontaires, à bon
potentiel, issus de milieu modeste, afin de les aider à
FONDAMENTAUX DES PROJETS trouver leur voie, et leur donner l’ambition et les
DE TYPE PQPM moyens d’aller « au plus loin de leurs capacités »
Il s’agit de leur apporter un capital culturel et social et
un bagage complémentaire de celui apporté par le lycée,
La présente charte s’inscrit dans la continuité des attendus dans les filières d’excellence, que le lycéen n’a
principes évoqués dans la circulaire du 22 août 2005 de la pas pu acquérir naturellement dans son environnement
Délégation Interministérielle à la Ville, suite à la signature familial. Il ne s’agit pas de prérecrutement pour
le 17 janvier 2005 de la « Charte de l’égalité des chances l’établissement porteur du projet.
dans l’accès aux formations d’excellence ». L’accompagnement porte notamment sur l’aide
Les établissements d’enseignement supérieur s’intégrant individuelle à l’orientation (découverte du milieu
dans ce dispositif, s’engagent avec leurs partenaires à professionnel et des filières de l’enseignement
respecter les principes énoncés dans la présente charte. supérieur), une meilleure connaissance des codes
sociaux, le développement de la culture générale, de la
1 – Le projet d’égalité des chances est porté par un confiance en soi, de la curiosité, de l’esprit critique, du
établissement d’enseignement supérieur, qui s’engage sens de l’initiative, autour de valeurs fortes (sens de
en tant qu’institution, à favoriser l’égalité des chances l’effort, persévérance, engagement, responsabilisation,
d’accès aux formations d’excellence et à développer confiance partagée, méritocratie…)
l’ouverture sociale de ces filières : CPGE, grandes écoles, Les lycéens sont recrutés sur 3 critères : leur motivation,
masters et doctorats universitaires… leur bon niveau scolaire et leur origine sociale modeste.
L’établissement d’enseignement supérieur implique ses 4 – Dans la durée (de la seconde à la terminale), pour
étudiants dans le projet, sous forme de tutorat régulier faire évoluer en profondeur les représentations,
volontaire. Cette expérience doit être source comprendre et lever les blocages rencontrés, suivre
d’enrichissement mutuel. Le tutorat constitue une individuellement chaque jeune dans son parcours
expérience intéressante, formatrice et valorisante pour spécifique, l’aider à se construire son projet personnel et
les étudiants. professionnel, jusqu’au baccalauréat.
L’établissement ouvre ses portes aux lycées, et accueille Pour cela, les différentes parties (État, porteur du
les lycéens dans ses locaux pour les séances de tutorat, projet, lycées, lycéens et familles, étudiants tuteurs)
afin de démystifier les lieux, de favoriser les contacts s’engagent dans la durée, à travers des contrats et
avec les étudiants et créer de fait un espace de mixité conventions qui stipulent les droits et devoirs de
sociale régulier dans les écoles pour y développer chacun.
naturellement la diversité sociale et culturelle. Elles participeront au comité de pilotage destiné à
L’établissement mobilise d’autres acteurs locaux : travailler ensemble à la réussite du projet.
préfecture, rectorat ou inspection d’académie, Le porteur de projet établira un rapport d’activité
collectivités territoriales, entreprises, intervenants… annuel et s’inscrira dans une démarche d’évaluation
pour mettre en place une dynamique territoriale autour permanente.
de ce projet et l’inscrire dans la durée. Il maintiendra un lien avec les jeunes après la Terminale,
pour favoriser la réussite de leur parcours postbac, tout
2 – En partenariat avec des « lycées de proximité » en assurant la traçabilité du devenir de ces jeunes, dans
intéressés par un partenariat avec une grande école ou une optique d’évaluation
une université pour développer l’ambition de leurs
« bons » élèves, 5 – Les porteurs de projet travailleront en toute
Les lycées concernés accueillent un grand nombre des transparence et en réseau, autour du Pôle ressource
jeunes de milieu modeste ou défavorisé, en particulier ouverture sociale mis en place par la DIV, pour mutualiser
issus de quartiers en politique de la ville. les bonnes pratiques, partager le bilan des réalisations,
Les lycées désignent un ou plusieurs professeurs s’intégrer dans une démarche globale d’évaluation et ainsi
référents pour suivre les lycéens tout au long de leur alimenter les réflexions sur les suites à donner à ces
engagement dans le dispositif. initiatives.
Source : ESSEC
43
A NNEXES
ANNEXE 2
LA CHARTE DES PRINCIPES Les tuteurs sont bénévoles. L’expérience humainement
riche du tutorat leur apporte en outre une expérience
FONDAMENTAUX DU TUTORAT professionnalisante qui pourra être reconnue et valorisée.
(VISION DE L’ESSEC) Le projet est porté par une institution (établissement
d’enseignement supérieur, CPGE, association nationale ou
locale…) qui s’engage dans la durée.
Le tutorat est un vecteur capital de promotion de l’égalité Les tuteurs sont encadrés par une structure
des chances dans le développement de l’ambition professionnelle mise en place par l’institution qui définit
individuelle et collective, dans la poursuite et la réussite des des objectifs généraux et opérationnels adaptés au
études, dans l’accès à la vie professionnelle et dans la public visé, qui apporte aux tuteurs une formation et un
cohésion sociale, en tant que lien de solidarité, d’efficacité accompagnement suivi. L’organisation intègre la nécessité
et de performance. de traçabilité du tutorat qui permet le suivi individuel des
Ses déclinaisons vers des publics divers se rejoignent autour jeunes et les réorientations du tutorat si nécessaire.
d’une même vision : « Tout jeune doit pouvoir trouver sa place L’institution produit régulièrement un rapport d’activités
dans la société et dans le monde du travail, en poursuivant des précis et transparent, et met en œuvre un dispositif
études lui permettant d’exploiter pleinement son potentiel et d’évaluation des pratiques.
ses talents, dans la voie qui est la sienne. ». Le tutorat est un L’institution en tant que telle s’engage, et veillera à
moyen d’atteindre cette ambition. atteindre les objectifs visés.
La présente charte a pour objectif de fédérer l’ensemble des 3 – Le tutorat s’inscrit dans la durée et s’appuie sur des
initiatives partageant une même vision du tutorat dans ses valeurs fortes
objectifs et ses fondements. Le tutorat s’inscrit dans la durée, sur la base d’un
engagement réciproque du tuteur et du tutoré, pour
1 – Le tutorat se décline pour des publics variés, avec des permettre de dépasser durablement les difficultés du
tuteurs adaptés et des partenaires institutionnels jeune, en donnant à chacun les moyens d’intégrer des
clairement identifiés changements profonds des représentations et de s’inscrire
Le tutorat s’adresse aussi bien à des élèves réputés dans de nouvelles perspectives durables.
« bons » qu’on souhaitera amener jusqu’aux filières les Le tutorat peut se poursuivre sur plusieurs années, dans
plus prestigieuses quel que soit leur milieu d’origine, qu’à une continuité éducative, assurée par la structure
des élèves en difficulté scolaire que l’on essaiera de professionnelle.
réconcilier avec les apprentissages et avec leur propre Il s’inscrit dans des valeurs fortes de responsabilisation
avenir. S’ils sont à une étape N de leurs études (primaire, des différentes parties, en valorisant le sens du travail et
collège, lycée, 1res années après le bac), ils seront tutorés de l’effort, la persévérance et le dépassement de soi, la
par des jeunes déjà en niveau N+1 ou supérieurs, eux- confiance réciproque, l’exigence bienveillante.
mêmes en situation de réussite.
Le maillage des dispositifs de tutorat sera établi sous le 4 – Le tutorat établit une relation gagnant-gagnant entre
pilotage des rectorats, en lien étroit avec les préfectures, un tuteur et un tutoré.
en concertation avec les entreprises et les collectivités Le tuteur s’engage dans une démarche citoyenne, pour
locales, afin d’identifier les bons partenaires partager son expérience et servir d’exemple à un plus
opérationnels et financiers, dans un engagement durable. jeune. Il découvre en côtoyant régulièrement un
Des comités techniques et des comités de pilotage sont environnement différent du sien, une réalité plus large de
mis en place pour garantir le bon fonctionnement du notre société et prend conscience de la richesse de la
tutorat. Si la mise en œuvre du tutorat est jugée diversité des origines et des profils.
satisfaisante, et les premiers résultats probants, la Le tutoré découvre à travers la relation avec une personne
pérennisation des moyens sera garantie, sur la base de plus avancée dans le cursus d’études ou d’insertion
cofinancements à définir. professionnelle, un panel plus large de métiers et de
formations possibles pour lui, lui permettant
2 – Le tutorat s’appuie sur des tuteurs bénévoles, progressivement de se construire un projet personnel et
encadrés par une structure professionnelle portée par une professionnel plus ambitieux, qui lui permettra
institution qui s’engage.
Source : ESSEC
45
d’atteindre sa propre excellence, quelque soit son profil. Il
acquiert un bagage complémentaire de celui apporté par
l’école, nécessaire à sa réussite, en termes d’acquisition des
savoirs si nécessaire, mais aussi de compétences
comportementales : confiance en soi, en confiance en
l’avenir, connaissance du milieu professionnel, meilleure
maîtrise des codes sociaux, culture générale, curiosité,
esprit critique… tout en acquérant un nouveau capital
relationnel.
A NNEXES
ANNEXE 3
PARTENAIRES FINANCIERS ÉQUIPE PROJET COMITE DE PILOTAGE INTERNE
* DIV • Th. Sibieude, professeur Chaire ES • Directrice adjointe du Groupe ESSEC
* Entreprises privées • Resp. communication
• C. Dardelet, coordinatrice pôle
• Responsable DREE
ouverture sociale (ESSEC et CGE)
• Experts
• F. Goyet, chef de projet PQPM
• Ch Macron, resp. deuxième cercle
COMITE DE PILOTAGE EXTERNE
• C. Morkel, assistante
• 3 étudiants coordinateurs de tuteurs • Tous les proviseurs
• Représ. Préfecture, IA
• Représentants entreprises
ÉTUDIANTS-TUTEURS ATELIERS THÉMATIQUES
LYCÉENS
Étudiants volontaires de l’ESSEC - Codes sociaux
VOLONTAIRES - Expression orale et écrite
2 par groupe, 3 heures par semaine
- méthodologie (de la 2nde - Aide personnalisée à l’orientation
- visites culturelles à la Terminale) - Finances et Pédagogie
- visites d’entreprises
- projet d’année
- découverte des grandes écoles
SUIVI PAR LES
FORMATION DES TUTEURS PROFESSEURS-TUTEURS
2 au moins par lycée
ÉVALUATION DU PROGRAMME
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A NNEXES
ANNEXE 4
ORGANIGRAMME DU RECRUTEMENT
Echelle de temps
Le lycée est partenaire du programme
Septembre Le programme est présenté à l’équipe de
professeurs au lancement de l’année.
Novembre - Présentation détaillée aux professeurs principaux de 2nde
du programme et des critères de sélection des lycéens.
- Participation possible de l’ÉCOLE à cette rencontre
Fin 11/ deb. 12 Présélection d’une liste de candidats potentiels lors des
conseils de classe du 1er trimestre de 2nde
- Les candidats et leurs familles sont conviés par le lycée,
Fin 12/ deb. 01 à une réunion d’information sur le programme,
avec participation de l’ÉCOLE.
Questions/réponses
Candidat intéressé ?
Le candidat rédige une lettre de motivation
et la remet au proviseur
Le proviseur organise des entretiens individuels
pour tous les candidats postulants :
- À disposition : bulletin scolaire, lettre de motivation,
situation familiale.
- participants : le proviseur ou professeur-tuteur, l’ÉCOLE.
Réunion d’un jury lycée/ÉCOLE, avec les professeurs - tuteurs.
< 15/01 - Vérification des critères de sélection
- Proposition des candidats en fonction du nombre de places.
En final, le choix appartient à l’ÉCOLE.
- Courrier de réponse à tous les candidats par le lycée
- Convocation du candidat à la 1re rencontre à l’ÉCOLE
- Invitation des familles à une visite des locaux de l’ÉCOLE
Entre 15 et 30/01 1re rencontre à l’ÉCOLE en grand groupe avec les tuteurs
Remise des contrats - famille à faire signer
Visite des familles à l’ÉCOLE, la semaine suivante
49
Le lexique
• PQPM : abréviation de « Une Grande École : Pourquoi pas moi ? ».
• CGE : Conférence des Grandes Écoles.
• DIV : Délégation Interministérielle à la Ville.
• PARTAGE : Association des anciens étudiants tuteurs.
• JPI : Journées Partage Inter-écoles : évènements organisés par PARTAGE, qui
rassemblent des étudiants - tuteurs de plusieurs dizaines de grandes écoles
de toute la France.
• Chaire ES : Chaire Entrepreneuriat social de l’ESSEC.
• CPGE : Classe Préparatoire aux Grandes Écoles.
E n janvier 2008, le programme de l’ESSEC Une Grande École : Pourquoi pas moi ? accueille sa sixième
promotion de lycéens pour un cursus de 3 ans. 198 élèves les ont précédés depuis janvier 2003 ; près de
200 étudiants de l’ESSEC ont été tuteurs pour ce programme ; 8 lycées partenaires, leurs équipes de
direction et les équipes pédagogiques, 24 professeurs tuteurs se sont impliqués, ainsi qu’une vingtaine
d’entreprises ou institutions partenaires qui apportent capitaux et parfois cadres. À l’échelle de la France, trente
Grandes Écoles ont mis en place des programmes de ce type, essentiellement au sein de la Conférence des Grandes
Écoles.
Ces quelques chiffres montrent que le programme Une Grande École : Pourquoi pas moi ? de l’ESSEC a cessé d’être
expérimental pour devenir l’une des réponses possibles à une urgence sociale en France, celle de la diversification des
élites et de l’égalité des chances d’accès aux formations d’excellence.
Il est temps de mettre à plat les objectifs, les choix et les méthodes mises en place à l’ESSEC, de faire un premier bilan
des résultats du programme, en termes de pertinence, d’efficience, d’efficacité et de conformité. Bref, il s’agit d’évaluer
ce qui a été fait pour définir ce qu’il faut faire maintenant.
En tant qu’entreprise sociale de l’ESSEC, le programme « Une Grande École : Pourquoi pas moi ? » à l’ambition de
contribuer à une plus grande démocratisation, à une plus grande égalité des chances d’accès aux formations dites
d’excellence, en agissant sur les causes qui ont conduit à la situation actuelle, en jouant sur divers publics : les lycéens
accompagnés et leur environnement, les étudiants tuteurs des grandes écoles, ces institutions elles-mêmes, les
territoires sur lesquels ils sont amenés à se rencontrer...
En décortiquant des centaines de documents mémorisés tout au long des cinq années d’expériences de l’ESSEC, en
retraçant des trajectoires individuelles diverses, en analysant les écrits produits systématiquement à chaque séance de
tutorat par chaque groupe, en suivant les évolutions des regards posés par les différents acteurs sur eux-mêmes, sur leur
avenir, sur la société... l’étude analyse l’impact du programme et son aptitude à atteindre les objectifs visés.
Elle s’interroge sur l’avenir de l’action, sur les nécessaires approfondissements, les inflexions, les diffusions à envisager
pour aller plus loin.
www.pourquoipasmoi.essec.fr
ESSEC
avenue bernard hirsch
BP 50105 CERGY
95021 cergy pontoise cedex
TéL. 33 (0)1 34 43 30 00
FAX 33 (0)1 34 43 30 01
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essec business school, Paris.
établissements privés d’enseignement supérieur,
association loi 1901,
accréditéS aacsb international - the association
TO ADVANCE COLLEGIATE SCHOOLS OF BUSINESS,
accrédités EQUIS - the european quality improvement system.
affiliés à la chambre de commerce et d’industrie
de versailles val-d’oise - yvelines.
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