Analyse du discours

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Analyse du discours

  1. 1. Zellig S. Harris Mme Françoise Dubois-CharlierAnalyse du discoursIn: Langages, 4e année, n°13, 1969. pp. 8-45.Citer ce document / Cite this document : Harris Zellig S., Dubois-Charlier Françoise. Analyse du discours. In: Langages, 4e année, n°13, 1969. pp. 8-45. doi : 10.3406/lgge.1969.2507 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lgge_0458-726X_1969_num_4_13_2507
  2. 2. RésuméLanalyse du discours effectue les opérations suivantes sur tout texte suivi, considéré individuellement.Elle rassemble les éléments (ou séquences déléments) dont les environnements à lintérieur dunephrase sont identiques ou équivalents, et les considère comme équivalents entre eux (cest-à-dire,membres de la même classe déquivalence). Le matériau qui nappartient à aucune classedéquivalence est associé au membre (dune classe) avec lequel son rapport grammatical est le plusétroit. On divise les phrases du texte en segments, constitués chacun dune succession de classesdéquivalence, de façon à ce que chaque segment obtenu soit aussi semblable que possible, par desclasses qui le composent, aux autres segments du texte. On examine alors la succession des segmentspour repérer la distribution des classes quelle offre et, en particulier, pour repérer des schémasdoccurrence de classes.Ces opérations ne font appel à aucune connaissance concernant le sens des morphèmes, lintention delauteur, ou sa situation. Elles nexigent que la connaissance de la limite des morphèmes, y compris lesjunctures de phrase et autres intonations morphologiques (ou ponctuation). Lapplication de cesopérations peut être renforcée par lutilisation des équivalences grammaticales (ou rapportsdoccurrence de morphèmes individuels), tirées de toute la langue ou du corps linguistique dont le texteen question fait partie. Dans ce cas, il est nécessaire de connaître les classes grammaticales desdifférents morphèmes du texte.Lanalyse du discours donne une foule de renseignements sur la structure dun texte ou dun type detexte, ou sur le rôle de chaque élément dans cette structure. La linguistique descriptive, elle, ne décritque le rôle de chaque élément dans la structure de la phrase qui le contient. Lanalyse du discours nousapprend, de plus, comment un discours peut être bâti pour satisfaire à diverses spécifications,exactement comme la linguistique descriptive construit des raisonnements raffinés sur les façons dontles systèmes linguistiques peuvent être bâtis pour satisfaire à diverses spécifications. Lanalyse dudiscours donne aussi des renseignements sur des fragments de discours plus longs que la phrase;ainsi, il se révèle quil y a des rapports entre les phrases successives, mais que ces rapports ne sontpas visibles dans la structure de phrase (en termes de ce qui est sujet et ce qui est prédicat, etc.), maisle sont dans le scheme doccurrence des classes déquivalence dans les phrases successives.
  3. 3. ZELLIG S. HARRISUniversité de Pennsylvanie ANALYSE DU DISCOURS * Cet article présente une méthode danalyse de lénoncé suivi (écritou oral) que nous appellerons discours 1. Cest une méthode formelle quine se fonde que sur loccurrence des morphèmes en tant quéléments iso-lables; elle ne dépend pas de la connaissance que le linguiste qui analysepeut avoir du sens spécifique de chaque morphème, et elle ne nous apprendrien de nouveau sur le sens particulier de chacun des morphèmes quifigurent dans le discours en question. Mais ceci ne signifie nullement quenous ne puissions pas découvrir autre chose que la manière dont la grammaire de la langue sillustre dans ce discours. Car, bien que nous usions deprocédures formelles, proches de celles de la linguistique descriptive,nous pouvons obtenir sur le texte étudié des renseignements que cettedernière ne fournissait pas. Cette information supplémentaire provient dun fait fondamental :lanalyse de loccurrence des éléments dans le texte nest faite quenfonction de ce texte particulier; cest-à-dire en fonction des autres élémentsde ce même texte et non en fonction de ce qui existe ailleurs dans la langue.En conséquence, nous repérons les corrélations spécifiques des morphèmesdu texte tels quils se présentent dans ce texte et, ce faisant, nous découvrons quelque chose de sa structure, de ce qui sy passe. Il se peut quenous ne sachions pas exactement ce que le texte dit, mais nous pouvonsdéterminer comment il le dit — ce que sont les schemes de récurrence desprincipaux morphèmes qui le forment. * Cet article est paru en anglais dans Language, vol. 28, 1952, pp. 1-30. Nous remercionsM. Z. Harris et la Société de Linguistique dAmérique qui nous ont autorisés à lepublier en français. 1. Jai le plaisir de remercier ici de leur collaboration trois hommes qui mont aidédans la mise au point de la méthode et dans lanalyse de divers textes : Fred Lukoff,Noam Chomsky et A. F. Brown. Les recherches antérieures dans la perspective de cetteméthode avaient été présentées par Lukoff dans Preliminary analysis of the linguisticstructure of extented discourse (University of Pennsylvania Library [1948]). Une analysedétaillée dun texte-échantillon a paru dans « Discourse analysis : a sample text » deZ. Harris, Language, vol. 28, n° 4, 1952, p. 474.
  4. 4. 9 On peut déterminer des schemes définis pour des textes donnés, pourdes individus, des styles ou des thèmes donnés. Dans certains cas on peuttirer des conclusions formelles du scheme spécifique de distribution desmorphèmes dans un texte. Et il est souvent possible de mettre en évidencedes différences de structure régulières entre les discours tenus par despersonnes différentes, ou dans des styles ou sur des thèmes différents. Préliminaires1. — Le problème. On peut envisager lanalyse du discours à partir de deux types deproblèmes qui, en fait, sont liés. Le premier concerne le prolongement dela linguistique descriptive au-delà des limites dune seule phrase à la fois.Le second concerne les rapports entre la « culture » et la langue (cest-à-direentre le comportement non-verbal et le comportement verbal). Le premier problème se pose parce que la linguistique descriptivesarrête généralement aux limites de la phrase. Ceci ne résulte pas dunedécision a priori, car les techniques linguistiques ont été élaborées pourpermettre détudier tout énoncé, quelle quen soit la longueur; mais il setrouve que, dans toutes les langues, presque tous les résultats obtenusconcernent un type dénoncé relativement court quon peut appeler phrase.Autrement dit, quand on établit une interdépendance dans loccurrencede deux éléments A et B, il se trouve presque toujours que ces deux éléments sont considérés comme se présentant dans une même phrase. Onpeut dire, par exemple, que les adjectifs anglais se trouvent avant le nomou après certains verbes (dans la même phrase) : the dark clouds, the futureseems bright, mais il est rare que nous puissions établir des interdépendances dépassent les limites de la phrase, par exemple si le verbe quiprincipal dune phrase a tel suffixe de temps, le verbe principal de laphrase suivante aura tel autre suffixe de temps. Nous ne pouvons pas direque, si une phrase est; de la forme NV, la suivante sera de la forme N.Tout ce que nous pouvons dire, cest que la plupart des phrases sont dela forme NV, que quelques-unes sont de la forme N, etc., et que ces structures figurent dans diverses séquences. Cest ainsi que la linguistique descriptive, partie pour décrire lesoccurrences déléments dans tout énoncé quelle quen soit la longueur,les décrit finalement surtout en fonction des autres éléments de la mêmephrase. On ne sest pas trop inquiété de cette limitation, parce quellena pas empêché lélaboration de grammaires adéquates : la grammaireexpose la structure des phrases; le locuteur construit chaque phrase particulière conformément à cette structure et produit sa propre séquence de phrases. Lautre problème, celui des rapports entre le comportement (ou
  5. 5. 10 situation sociale) et la langue, a toujours été considéré comme extra linguistique. La linguistique descriptive ne se préoccupe pas du sens des morphèmes et, bien quon puisse essayer de tourner la difficulté en parlant, non de sens, mais de la situation sociale et intersubjective dans laquelle lénoncé est produit, la linguistique descriptive nest pas armée pour tenir compte de la situation sociale : elle peut seulement définir loccurrence dun élément linguistique en fonction de loccurrence dautres éléments linguistiques. Les études menées sur les rapports entre la « culture » et la langue nont donc pas pu bénéficier des travaux distributionnels récents. Ainsi, elles font linventaire des sens exprimés dans la langue en étudiant le stock lexical; ou elles tirent des conclusions du fait que, dans une cer taine langue, un certain groupe de sens sexprime par le même morphème; ou elles discutent des nuances de sens et demploi dun mot en le rappro chantdautres (par exemple en stylistique). Elles ont aussi souligné cer tains points comme le fait quil faut considérer le sens global des syn- tagmes et non la somme des sens des morphèmes qui les constituent : ainsi « How are you? » est une formule de politesse plutôt quune question sur la santé de linterlocuteur. Cet exemple illustre bien la corrélation entre le discours et la situation sociale. De même on a étudié des caracté ristiques de la personnalité dans lénoncé en rapprochant les traits linguistiques récurrents dun individu avec des traits récurrents de son comportement et de sa sensibilité 2.2. — Distribution a lintérieur du discours. Lanalyse distributionnelle ou combinatoire à lintérieur dun discours considéré comme un tout spécifique se révèle pertinente pour létudede ces deux problèmes. Dune part, elle nous permet de dépasser la limitation à la phrasede la linguistique descriptive. Alors que nous ne pouvons pas définir ladistribution des phrases (ou plus généralement une quelconque relationentre les phrases) dans un ensemble arbitraire de phrases prises dans une.langue donnée, nous pouvons obtenir des résultats précis sur certainesrelations dépassant les limites de la phrase si nous ne considérons que lesphrases dun seul discours suivi, cest-à-dire celles qui ont été prononcéesou écrites les unes à la suite des autres par une ou plusieurs personnesdans une seule situation. Cette limitation de lanalyse au discours suivinen diminue pas lutilité, puisque toutes les occurrences de la langue ontune cohérence interne. La langue ne se présente pas en mots ou phrases 2. Nous considérons que les corrélations entre personnalité et langue ne sont passimplement liées aux corrélations entre culture et langue, mais quelles en sont un casparticulier. La raison dêtre de ce point de vue est que la plupart des caractéristiquesindividuelles dun énoncé (à distinguer des caractéristiques phonétiques) sont en corrélation avec les particularités de personnalité qui proviennent de lexpérience de lindividu dans des situations interpersonnelles conditionnées socialement.
  6. 6. 11indépendantes, mais en discours suivi, que ce soit un énoncé réduit à unmot ou un ouvrage de dix volumes, un monologue ou une discussionpolitique. Les ensembles arbitraires de phrases ne présentent en faitaucun intérêt, si ce nest pour vérifier la description grammaticale; et ilny a rien détonnant à ce que nous ne puissions pas trouver dinterdépendance entre des phrases ainsi assemblées. La succession des phrases dans undiscours suivi constitue, au contraire, un domaine privilégié pour lesméthodes de la linguistique descriptive, puisque celles-ci ont pour objetla distribution relative des éléments à lintérieur dun énoncé suivi quelleque soit sa longueur. Dautre part, lanalyse distributionnelle à lintérieur dun seul discours, considéré individuellement, fournit des renseignements sur certainescorrélations entre la langue et dautres formes de comportement. La raisonen est que chaque discours suivi est produit dans une situation précise— quil sagisse dune personne qui parle, ou dune conversation, ou dequelquun qui se met de temps en temps à son bureau pendant un certainnombre de mois pour écrire un type défini de livres dans une certainetradition, littéraire ou scientifique. Cette co-occurrence de la situation et du discours ne signifie pas, bien entendu, que les discours produits dans des situations semblables doivent nécessairement avoir certaines caractéristiques , formelles en commun, ni que les discours produits dans dessituations différentes doivent présenter certaines différences formelles; elle ne fait quexpliquer ou permettre lexistence de ces corrélations formelles. Il reste à prouver, à partir de données de fait, que ces corrélationsformelles existent bien en effet, que les discours dun individu, dungroupe social, ou relevant dun style particulier, ou portant sur un certainthème, , présentent non seulement des significations propres (dans leur choix des morphèmes), mais aussi des traits formels caractéristiques. Nousne parlerons pas ici du choix particulier des morphèmes, mais on peutétudier les caractéristiques formelles de ces discours par des méthodesdistributionnelles appliquées à lintérieur de chaque texte; et le fait deleur corrélation avec un certain type de situation donne un statut designification! à loccurrence de ces caractéristiques formelles.3. — Combinaison, avec la grammaire. On voit donc que la méthode présentée ici vient dune applicationdes méthodes distributionnelles de la linguistique à un discours à la fois,considéré comme un tout spécifique. On peut sen servir directement surun texte, sans faire appel pour son étude à aucune connaissance linguistiqueautre que les limites des morphèmes; ceci est possible parce quelanalyse distributionnelle est une méthode élémentaire, qui consiste simplement à établir loccurrence relative des éléments qui, dans le cas parti-
  7. 7. 12culier, sont des morphèmes. Pour montrer la validité de la méthode, oupour pouvoir éventuellement lappliquer à un matériau non-linguistique,il convient de nutiliser aucune autre connaissance préalable que leslimites des éléments. Si cependant nous nous intéressons non seulement à la méthode,mais encore à ses résultats, si nous voulons lutiliser pour découvrir toutce quil est possible de trouver sur un texte particulier, il est utile de lacombiner avec la linguistique descriptive. Dans ce but, il ne faut utiliserque les règles de la grammaire de la langue en question qui sont vraiespour toute phrase ayant une forme donnée. Par exemple, à partir de toutephrase française de la forme Nj V N2 (Ainsi le chasseur tue le lion), onpeut obtenir une phrase où lordre des syntagmes nominaux est inverseN2 — Nx (le lion — le chasseur) en changeant la forme verbale 3, le lionest tué par le chasseur. Le recours à ce genre dinformations grammaticales,dans lanalyse dun texte, se justifie par le fait que, puisque cette règlesapplique à toute phrase française de la forme N2 V N2, elle doit doncaussi être applicable à toute phrase de la forme N-|_ V N2 du texte qui nousintéresse, à la seule condition, naturellement, que ce soit du français. Etce recours à la grammaire permet dans bien des cas de pousser plus loinlapplication de la méthode danalyse du discours. Nous verrons ceci plus en détail à la section 7.3.; mais il faut signalerici que cet usage de linformation grammaticale ne remplace pas le travail qui pourrait être effectué par la méthode danalyse du discours et naffecte en rien lautonomie de cette méthode, il ne sert quà transformer certaines phrases du texte en phrases grammaticalement équivalentes (cf. ci-dessus la transformation de Nj V N2 en N2 V* Nx), pour rendre plus aisée lappli cation de la méthode danalyse du discours, ou pour la rendre possible dans certains passages du texte où elle ne létait pas auparavant. Et nous verrons quil ne sagit pas de décider arbitrairement quand et comment appliquer ces transformations grammaticales, mais que cest la structure même du texte qui les détermine. On peut pousser plus avant encore lapplication de la méthode dana lyse discours dans des textes particuliers si on utilise, non seulement les du résultats ordinaires de la grammaire, mais si on introduit également dans la linguistique descriptive létude des distributions spécifiques des mor phèmes individuels; dans certains cas, en effet, comme on le verra à la section 7.3., on aimerait pouvoir avoir des renseignements non plus sur toute une classe de morphèmes (comme la transformation de tout V en V*), mais sur un certain membre de cette classe, sur une restriction doc currence qui est vraie pour ce morphème-là, mais non pour les autres; on na pas toujours à lheure actuelle de tels renseignements, mais il est pos- 3. Dans ce cas de transformation du verbe correspondant à une inversion du sujet(N1 ci-dessus) et de lobjet (N2), on appellera la nouvelle forme verbale « forme conjointede la première » et on lécrira V*. La forme conjointe dun verbe actif est donc le passifet vice versa.
  8. 8. 13sible de les obtenir par des méthodes qui, fondamentalement, sont cellesde la linguistique descriptive. Enfin, on peut quelquefois pousser plus avant lapplication de lanalysedu discours dans des textes particuliers en tirant des renseignementsnon seulement de la grammaire de la langue mais aussi dune analyse descriptive de lensemble, écrit ou parlé, dont le texte fait partie : on peut considérer cette masse plus vaste de matériau comme le dialecte danslequel a été écrit ou dit le texte en question, et on peut dire, comme précédemment, que toute conclusion distributionnelle vraie pour toutes lesphrases dune forme donnée dans ce dialecte est vraie aussi de toute phrasede cette forme dans le texte en question. La méthode4. — Nature de la méthode. Nous avons soulevé deux questions : celle des rapports distribution-nels entre les phrases, et celle de la corrélation entre la langue et la situation sociale. Nous avons suggéré quon peut obtenir des renseignementsconcernant ces deux problèmes grâce à lanalyse formelle dun discourspris comme un tout spécifique. Quel genre danalyse faudrait-il utiliser?Pour en décider, considérons ce que permet le matériau. Puisque le matériau consiste simplement en une séquence de formeslinguistiques disposées en phrases successives, toute analyse formelle selimite à localiser des éléments linguistiques à lintérieur de ces phrases,cest-à-dire à établir les occurrences déléments; à moins dintroduire delextérieur des informations nouvelles, nous ne pouvons pas étudier lanature ou la composition de ces éléments, où leur corrélation avec descaractéristiques non-linguistiques. Qui plus est, il ny a pas déléments spéciaux qui soient a priori plusimportants que les autres, comme mais, ou je, ou communisme, qui nousconduiraient à nous intéresser au simple fait de leur absence ou de leurprésence dans notre texte. Toute analyse qui tendrait à découvrir la présence ou labsence dans un texte de certains mots particuliers choisis parle linguiste, serait une recherche sur le contenu du texte, qui reposerait finalement sur le sens des mots choisis. Si nous ne nous appuyons pas sur le sens dans notre analyse, les seuls morphèmes — ou les seules classes —que nous puissions traiter séparément sont ceux qui présentent des particularités de distribution établies grammaticalement. Puisque nous ne nous intéressons donc pas, en général, à tel ou telélément choisi à lavance, mais bien aux éléments qui figurent dans le texte, il est évident que nous ne voulons pas simplement affirmer tauto-
  9. 9. 14 logiquement quils figurent; nous chercherons à établir empiriquement comment ils figurent, — lesquels se trouvent toujours à côté de quels autres, ou dans le même environnement que quels autres, etc., — cest- à-dire loccurrence relative de ces éléments les uns par rapport aux autres» En ce sens notre. méthode se rapproche» plus de celle queJ!on< utilise pour élaborer la grammaire dune langue (qui établit; les. rapports distribution- nels entre les .éléments), que de celle que lon (utilise pour en j élaborer le• dictionnaire (qui dresse la liste de tous les éléments de cette langue, sans se préoccuper de, leurs .positions). Enfin, puisque, le matériau est une suite -finie de. phrases, ce que nous aurons établi sur la distribution.de chaque élément ne peut être valable que dans les limites de cette séquence de phrases — que ce soit un paragraphe ou un livre. Nous verrons plus loin (7.3.) quon peut parfois utiliser des renseignements concernant la distribution dun élément hors du texte consi déré; mais ceci ne peut être quun auxiliaire extérieur, à nutiliser que lorsque la distribution de cet élément dans le texte a été complètement établie.5. — Aperçu général de la méthode. Il résulte de tout ce qui précède que notre méthode devra établirles occurrences déléments et en particulier les occurrences relatives de tousles éléments dun discours dans les limites de ce seul discours. 5.1. Éléments dans des environnements identiques. Pour satisfaire à cette nécessité, nous pourrions. formuler de façondétaillée la distribution de chacun des éléments dans le discours — demême quen linguistique descriptive nous pourrions établir des formulesindividuelles rendant compte de tous les environnements (cest-à-dire dela distribution) de chaque élément dans les différentes phrases dunelangue. Mais ces formules individuelles sont de dimension impossiblepour toute une langue et, même pour un seul texte, elles sont difficilesà manier. De plus, dans les deux cas, elles ne constituent pas une basesatisfaisante pour procéder à une analyse comparée et pour en déduire desconclusions générales. Cest pourquoi, dans lanalyse du discours, commeen linguistique descriptive, on regroupe les éléments qui ont des distributions semblables en une classe et, à partir de là, on parle de la distributionde la classe considérée comme un tout plutôt que de celle de chacun deséléments pris séparément. Quand deux éléments ont des distributions identiques, cette opérationde regroupement ne présente aucune difficulté. En linguistique descriptive,cependant, cest rarement le cas, car peu de mots ont des distributions
  10. 10. 15identiques dans lensemble dune langue 4. Cela peut se trouver plus fréquemment dans un texte répétitif, où deux mots peuvent être toujoursemployés dans des phrases parallèles identiques — comme par exempledans les légendes à style en écho, dans les proverbes, dans les slogans, oudans les rapports scientifiques « secs », mais précis. 5.2. Éléments à environnements équivalents. Il est plus fréquent que deux éléments se présentent dans des environnements qui sont presque identiques, sans lêtre tout à fait; nous pourrons peut-être alors les regrouper en une seule classe distributionnelleen dressant une chaîne déquivalences qui lie les deux environnementspresque identiques 5. Cest ce quon fait en linguistique descriptive quandon dit, par exemple, quen. français la classe des adjectifs A se rencontreaprès la classe des noms N, en dépit du fait quun certain A (courageusepar exemple) peut ne jamais figurer après un certain N (table par exemple).Cest ce quon fait en analyse du discours quand on dit que deux partiesde lénoncé, qui ont le même environnement à un endroit, sont équivalentesmême en un autre endroit où elles nont pas le même environnement. Supposons par exemple que le texte contienne les quatre phrasessuivantes : Ici les feuilles tombent vers le milieu de lautomne Ici les feuilles tombent vers la fin du mois doctobre Les premiers froids arrivent après le milieu de lautomne Nous commençons à chauffer après la fin du mois doctobre. Nous pouvons dire que le milieu de lautomne et la fin du mois doctobre sont équivalents parce quils se présentent dans le même environnement (Ici les feuilles tombent vers) et que cette équivalence passe dans lesphrases 3 et 4. Ceci posé, on peut aller plus loin et dire que Les premiersfroids arrivent et Nous commençons à chauffer se présentent dans des environnements équivalents (le mot en supplément après est identique dansles deux environnements). Lélaboration de ces chaînes, qui font passerléquivalence de deux parties de lénoncé dune paire de phrases où leurenvironnement est vraiment identique, à une autre paire de phrases oùil ne lest pas, doit naturellement présenter de sérieuses garanties, sinontout devient équivalent à tout et lanalyse seffondre. On a le même problème quand on établit les classes en linguistique descriptive. Nous verronsplus loin (6.1.) le genre de garanties qui sont requises dans lanalysedu discours. De façon plus générale, si nous avons dans notre texte les séquences 4. Deux noms de personnes peuvent avoir des distributions identiques. Ainsipour toute phrase qui contient Bill, on peut trouver une phrase identique pour tout lereste, mais qui contient Jim à la place de Bill. 5. Des travaux inédits de N. Chomsky mont aidé à mieux comprendre lusage deces chaînes.
  11. 11. 16AM et AN, nous dirons que M est équivalent à N, ou que M et N se présentent dans un même environnement A, ou que M et N se présentent tousdeux comme lenvironnement dun même élément (ou séquence déléments)A; et nous écrirons M = N. Si nous trouvons alors dans notre texte BM etCN (ou MB et NC), nous dirons que B est équivalent à C (au second degré),puisque B et C se trouvent dans des environnements M et N, dont nousavons établi léquivalence, et nous écrirons B = C. Puis, si nous trouvonsBK et CL, nous écrirons K = L, puisquils se trouvent dans les environnements B et C équivalents au second degré, et ainsi de suite. A titredexemple, continuons notre fragment de texte par la phrase suivante :Nous avons toujours des tas dennuis quand nous commençons à chauffer,mais il faut bien être prêt quand les premiers froids arrivent. Nous dironsque Nous avons toujours des tas dennuis est équivalent (dans ce texte)à mais il faut bien être prêt. Dire que B = C ne veut pas dire quils sont égaux en général, ni quilssignifient la même chose; on utilise le signe = pour lunique raison quele rapport entre B et C satisfait aux exigences techniques du rapportcommunément symbolisé par ce signe; quand nous posons B = C, celasignifie seulement que ce rapport est une étape dans une chaîne déquivalencesdune part B et C se rencontrent dans des environnements équi :valents (M et N); dautre part deux environnements (K et L), quels quilssoient, dans lesquels se trouvent B et G seront considérés équivalents. Il ne sert à rien de soulever des questions comme « Est-il vrai queB = C? » ou « A-t-on le droit de dire que K = L, simplement parce quona B = G et quon trouve BK et CL? ». Tout ce que nous proposons ici estune méthode danalyse, les seules questions pertinentes sont de savoirsi la méthode est utilisable et si elle conduit à des résultats intéressants et valables. On jugera si la méthode est utilisable en se fondant sur ses opérations, sans se préoccuper de ses résultats, que nous navons pas encore vus. Quant aux résultats, nous en étudierons lintérêt aux para graphes 8, 9 et 10, où nous verrons que les chaînes déquivalences révèlent une structure pour chaque texte. Il ne sagit pas de savoir si nous avons le « droit » de poser K = L, puisque tout ce que nous signifions par K = L est quon trouve BK et CL et que B = C; la justification viendra du fait quen regroupant toutes les équivalences, on trouve quelque chose sur la structure du texte. 5.3. Classes déquivalences. Après avoir établi quelles sont les séquences qui se rencontrent dansdes environnements équivalents, nous pouvons les regrouper en une seuleclasse déquivalence. Nous avons les formules A = B (tous deux se rencontrent devant N) et B = C, nous considérerons donc A, B et C commemembres dune même classe déquivalence. De même, M, N, K, L sont tousmembres dune autre même classe déquivalence. Reprenons notreexemple : Les feuilles tombent vers (Tx), Les premiers froids arrivent après
  12. 12. 17(To) et Nous commençons à chauffer après (T3) sont tous trois membres duneclasse déquivalence T, tandis que le milieu de V automne (Ex) et la fin dumois doctobre (E2) sont membres dune autre classe déquivalence E. Ily a encore une troisième classe déquivalence E composée de nous avonstoujours des tas dennuis quand et mais il faut bien être prêt quand. Il y avisiblement un rapport entre E et E puisque tous deux se rencontrent avecles deux derniers membres de T. Mais E se trouve après T, tandis queE se trouve avant T. En fonction de ces classes, on peut écrire les cinq phrases du fragmentde texte en six formules (la dernière phrase est double) : TE, TE, TE, TE,ET, ET; on ne peut visiblement pas faire de E et E une seule classe,mais on peut dire que, quand lordre de E et T est inversé (quand E seréfléchit dans T), on a E à la place de E. Si on modifie les membres de Epour leur donner la forme quils auraient sils suivaient T au lieu de leprécéder, ils deviennent des membres réguliers de E. Par exemple, onpourrait dire Nous commençons à chauffer avec toujours des tas dennuismais les premiers froids arrivent si brusquement quil faut bien être prêt.Cette phrase est de la forme TETE. Le nouveau syntagme avec toujoursbeaucoup dennuis est un membre deE en vertu de son occurrence après T;appelons le E3; il faut naturellement montrer quil est équivalent à Nousavons toujours des tas dennuis, sauf en ce qui concerne sa position inversepar rapport à T; nous verrons au paragraphe 7.3. à quelles techniqueson fait appel pour établir cette équivalence. De même il faut montrer quele nouveau syntagme E « mais... si brusquement quil faut bien être prêt(E4) est le réfléchi dans T du syntagme E mais il faut bien être prêt quand.Si on peut établir ces deux équivalences, on peut remplacer les deuxsyntagmes E par les syntagmes modifiés quon obtient quand on lesmet en position E. Nous obtenons par conséquent deux membres deplus dans E, et la classe E nexiste plus. On peut ainsi dresser des classes déquivalence (comme E) de toutesles séquences qui ont des environnements équivalents, à lintérieur dutexte, cest-à-dire les mêmes classes déquivalence dun même côté (avantou après). Les éléments (ou séquences déléments) qui appartiennent àla même classe déquivalence sont dits équivalents les uns aux autres, ousubstituts les uns des autres : nous verrons plus loin (paragraphe 10) que,par certains côtés (en particulier dans les extensions du texte), on peut lesconsidérer comme interchangeables ou substituables; dans ce cas la classedéquivalence peut aussi sappeler une classe de substitution. 11 est à remarquer que lopération consistant à grouper dans une mêmeclasse déquivalence des formes non identiques, ne repose pas sur le faitque leurs petites différences de sens sont considérées comme négligeables,mais sur le fait quon les trouve dans des environnements équivalents, ce qui signifie quon les trouve soit dans des environnements identiques (le milieu de lautomne et la fin du mois doctobre se rencontrent tous deux dans lenvironnement les feuilles tombent vers), soit dans des environne-
  13. 13. 18ments qui sont aux extrémités dune chaîne déquivalences garantie(Les premiers froids arrivent et Nous commençons à chauffer se trouventdans les environnments équivalents après le milieu de lautomne et aprèsla fin du mois doctobre). Notre méthode est donc essentiellement celle dela linguistique descriptive et non celle de la sémantique. 5.4. Ordres de phrase. Nous en arrivons maintenant à une opération que nemploie pas lalinguistique descriptive, à savoir la représentation de lordre des occurrences successives des membres dune classe. En linguistique descriptive,le seul ordre considéré est la position relative des différentes parties dune séquence : on décrit, par exemple, lordre de larticle et du nom en disant que le premier précède le second dans la chaîne du syntagme nominal.Dans lanalyse du discours aussi nous avons ce type dordre dans les partiesde la phrase, par exemple les ordres différents de E et E par rapport à T. Lordre des phrases successives ou dune certaine classe de mots dansdifférentes phrases (par exemple la relation entre des sujets successifs)nintéresse généralement pas la linguistique descriptive, car les formulesdistributionnelles quelle définit ne sappliquent normalement quà lintérieur dune seule phrase à la fois. Dans notre cas cependant, où il sagit detout un discours, le problème existe. Si nous considérions chaque phraseséparément, en ne la rapprochant des autres que pour comparer des structures, nous pourrions dire (comme en linguistique descriptive) que chacunedes phrases de notre fragment de texte consiste en TE. Mais, puisque nousconsidérons le texte comme un tout, nous ne pouvons dire quil consistesimplement en 6 fois TE : les membres de E et de T sont différents dans lesdiverses phrases; et leurs différences preuvent être particulières à ce texte,ou à un groupe de texte semblables. Nous pouvons représenter structurellement notre fragment de textepar un tableau à double entrée, laxe horizontal représentant la matièrequi se présente à lintérieur dune seule phrase ou sous-phrase, laxe vertical (ici divisé en 2 parties) représentant les phrases successives. Ti Ex T3 E2Dans ce tableau à double entrée, les différents symboles dans la rangéehorizontale représentent les différentes parties dune seule phrase ousous-phrase du texte, dans lordre dans lequel elles se présentent dansla phrase (sauf dans la mesure où lordre a été modifié par des transformations explicites comme pour le passage de E à E). Les colonnes verticales indiquent les différents membres dune classe déquivalence, danslordre dapparition des phrases où ils figurent. Le fait que lordre des symboles dune rangée puisse être différent delordre des éléments dans la phrase correspondante tient à ce que nos
  14. 14. 19connaissances linguistiques de la structure de phrase nous permettentde traiter les éléments indépendamment de leur ordre. Cest ce que nousfaisons quand nous ne tenons pas compte dans nos symboles dun ordreautomatique et qui réapparaîtrait dès la retraduction de nos symboles enlangue, — par exemple nous incluons mais... dans E4 même sil en estnécessairement séparé dans la phrase réelle (puisque mais se trouve généralement au début dune structure de phrase, quelle que soit la partiede la phrase à laquelle il se rapporte). Cest ce que nous faisons égalementquand nous remplaçons un certain ordre non automatique à valeur morphologique par les morphèmes qui sont grammaticalement équivalentsà cet ordre : ainsi quand, par exemple, nous remplaçons NXV N2 parN2 V* Nj_ (remplacement de le chasseur tue le lion par le lion est tué parle chasseur) ou quand, dans notre fragment de texte, nous remplaçons E avant T par E après T. Contrairement au traitement cavalier de lordre horizontal, nous ne pouvons rien changer à lordre dans une colonne verticale : nous navons là aucune connaissance linguistique a priori qui nous dise quels agence ments de phrase sont automatiques (sil y en a) et par conséquent à ne pas représenter, ni quels agencements peuvent être remplacés par des agen cements différents, mais équivalents. Une étude plus approfondie des séquences de phrases dans la langue nous donnera peut-être un jour des indications à ce sujet; elle établira peut-être, par exemple et pour prendre un cas très simple, que des séquences de phrases de la forme P parce que Q sont équivalentes à des séquences de la forme Q donc P, ou que P et Q est interchangeable avec Q et P (tandis que P mais Q peut nêtre pas pareillement interchangeable avec Q mais P) 6. Qui plus est, une étude approfondie dun certain texte ou de plusieurs textes dun certain type montrera peut-être que certaines séquences de phrases tout entières sont interchangeables ou équivalentes; et, grâce à ces données, nous pourrons peut-être simplifier laxe vertical du tableau à double entrée, en trouvant par exemple des schemes verticaux qui reviennent périod iquement. En attendant, laxe vertical reste une reproduction exacte de lordre des phrases ou sous-phrases du texte. 5.5. Résumé. Nous pouvons maintenant avoir un aperçu général de la méthode.On dira que des éléments (parties de texte — morphèmes ou séquences demorphèmes) sont équivalents entre eux sils se présentent dans lenvironnement dautres éléments identiques ou équivalents. Tout ensembledéléments équivalents entre eux sappelle une classe déquivalence. 6. Les mathématiques, et plus encore la logique, ont déjà établi des ordres dephrase spécifiques qui sont équivalents. On peut redécouvrir linguistiquement cetteéquivalence en trouvant que la distribution de chaque phrase est équivalente à celledes autres. Mais nous cherchons plutôt ici à découvrir dautres équivalences que cellesque nous savons déjà faire partie du système.
  15. 15. 20Chaque phrase successive du texte est alors représentée par une séquencede classes déquivalence, celles auxquelles ses différentes parties appartiennent. Nous obtenons ainsi pour tout le texte un tableau à doubleentrée, laxe horizontal représentant les classes déquivalence contenuespar une seule phrase, laxe vertical représentant les phrases successives.Ce nest pas un tableau des structures de phrase (sujets, verbes, etc.),mais des schemes doccurrence des classes déquivalences dans tout letexte. Si les différentes phrases contiennent des classes entièrement différentes, ce tableau na pas dintérêt; mais ce nest généralement pas lecas. Il y a, dans presque tous les textes, des passages où certaines classesdéquivalence se répètent, dans les phrases successives, en un schemecaractéristique. Le tableau permet détudier ce scheme et on peut entirer divers types dinformation sur le texte, certaines analyses structurelles texte et certaines exégèses sur le texte. Pour les classes déqui duvalence, qui ont été établies distributionnellement, le tableau en montrela distribution. Pour le texte dans sa totalité, le tableau montre certainescaractéristiques de structure.6. — Mode opératoire. Nous allons maintenant montrer la procédure en détail, en appliquant la méthode à un texte spécifique, dun type très courant aujourdhui7. Millions Cant Be Wrong Millions of consumer bottles of X- have been sold since its introductiona few years ago. And four out of five people in a nation wide survey say theyprefer X- to any hair tonic theyve used. Four out of five people in a nationwide survey cant be wrong. You too and your whole family will prefer X-to any hair tonic youve used! Every year we sell more bottles of X- to satisfiedcustomers. You too will be satisfied! 6.1. Détermination des classes déquivalence. La première étape dans lanalyse du discours consiste à décider quelséléments doivent être considérés comme équivalents, donc placés dans lamême colonne du tableau. Ce nest pas toujours automatique, il ne sagitpas simplement de trouver ceux des éléments qui ont des environne- 7. Ceci est le texte authentique dun slogan, que nous avons trouvé sur une carte,qui selon toute vraisemblance, était accrochée à une bouteille de lotion capillaire. Untrès grand nombre de slogans ont été analysés, car ils offrent un matériau clair et répétitif qui est relativement facile à manier, au stade où nous en sommes arrivés danslanalyse du discours. On a aussi analysé de nombreux autres types de textes — desfragments de livres scolaires, de conversations, dessais littéraires, etc., qui feront lobjetdune prochaine publication.
  16. 16. 21 ments identiques, car 1° il peut y avoir plusieurs façons de couper une phrase en parties équivalentes; et 2° il nous faut déterminer dans quelle direction chercher les chaînes déquivalence qui sont moins évidentes. Le point de départ le plus simple est dexaminer les mots du texte qui sont le plus souvent répétés : presque tous les textes contiennent desmots très souvent répétés 8, qui sont souvent les mots-clés du texte. On peut en toute certitude mettre dans une seule colonne, cest-à-dire dans une seule classe déquivalence, les diverses occurrences de chacun de cesmots. Et on peut mettre dans une seule autre classe déquivalence lesmots voisins du mot-clé puisquils se présentent dans des environnements identiques. Dans notre texte, il ny a pas apparemment de mots-clés;mais nous pouvons partir de la séquence répétée cant be wrong, identiqueet donc naturellement équivalente : Millions est alors équivalent (pour ce texte) à Four out of five people in a nation wide survey, puisque tous deux se trouvent devant cant be wrong. Cette première étape pourrait aussi, bien entendu, être effectuéepour des mots répétés tels que of. Mais si nous devions regrouper tous lesenvironnements du mot of, nous ne pourrions pas utiliser la classe déquivalence qui en résulterait pour construire une chaîne dautres équivalences,car on ne trouverait rien dautre dans leur environnement. Tandis quela classe contenant millions et four out of five, que nous obtenons à partirdes répétitions de cant be wrong, se révélera, dans les paragraphes sui vants, liée à dautres parties de ce texte. En utilisant ainsi les répétitions, nous en venons à construire deschaînes déquivalence : nous nous demandons quels autres environnementsse présentent pour millions et four out of five... Pour millions nous avonsun autre environnement, à savoir of consumer bottles, etc., mais nousverrons plus tard (paragraphe 9) que cet environnement soppose aux environnements de four out of five; nous laisserons donc provisoirementde côté la séquence of consumer bottles, etc. Quant à Four out of five ina nation wide survey, nous le trouvons dans un autre environnementsay they prefer X- to any hair tonic they ve used. Nous suivons cette chaîne déquivalence en cherchant un autre environnement dans lequel say they prefer X- se trouve; il y a bien une autreoccurrence de cette séquence, mais elle se différencie de la première paryou à la place de they. A première vue, il paraît donc impossible de considérer ces deux séquences comme équivalentes, puisque notre méthodene donne aucune technique dapproximation, aucun moyen destimerune différence plus ou moins grande, qui puisse nous permettre de 8. Ceci est même vrai, bien quà un moindre degré, dans des textes écrits par ceuxqui respectent les consignes scolaires concernant lemploi des synonymes pour éviterles répétitions. Dans ce cas, on trouvera souvent les synonymes dans les mêmes environnements que le mot originel à ne pas répéter. Au contraire, quand un auteur a intentionnellement utilisé un mot différent pour exposer une nuance particulière de sens quece mot exprime, il y aura souvent une différence correspondante entre les environnements du synonyme et du mot originel.
  17. 17. 22 dire que ces deux séquences sont assez semblables pour être considérées comme équivalentes. En fait, puisque nous nopérons pas sur le sens desmorphèmes, le remplacement de they par you pourrait constituer une différence importante (comme ce serait le cas si tout le texte traitait de la distinction entre you et they). Telles quelles, ces deux séquences ne seraientdonc pas rapprochées par notre méthode; tout ce que cette méthodepourrait faire, serait de trier les parties identiques et les parties différentes. En fait il se trouve cependant quun examen un peu plus approfondi montre que ces deux séquences sont contextuellement identiques— cest-à-dire identiques quant à leur environnement pertinent ou contexte. On verra cela au paragraphe 7.1. Dans lélaboration des chaînes déquivalence, il importe de se conformer rigoureusement aux exigences formelles de la méthode, ceci constituela première garantie; si nous ne faisons jamais dapproximations, si nousne négligeons jamais une « petite » différence dans lenvironnement, nousserons assurés que deux membres quelconques dune même classe déquivalence ont au moins un environnement en commun. Si nous voulonsmettre dans une même classe deux éléments alors quaucun environnement de lun nest identique à un environnement de lautre, il nous faudraajouter à la méthode un postulat explicite, qui rendra égaux deux environnements ou neutralisera leur différence. Il faut enfin examiner, quand on se demande sil faut inclure ou nondeux éléments dans une même classe déquivalence, comment fonctionnerait, lanalyse du texte, la classe qui résulterait de cette inclusion, danscest-à-dire le genre de tableau à double entrée que lon obtiendrait enutilisant cette classe : ce facteur doit jouer un rôle, car il y a souventplusieurs chaînes déquivalence possibles qui satisfont à la méthode. Ilne sagit pas de considérer des critères externes, comme la longueur dela chaîne par exemple; il sagit plutôt de chercher une distribution systématique des classes, cest-à-dire dessayer détablir en termes de cesclasses un certain fait structurel sur le texte. Autrement dit, nous essayonsde dresser des classes telles quelles aient une distribution intéressantepour notre texte. On pourrait penser que cest une garantie plutôt circulaire pour la construction des chaînes déquivalence; mais cela signifiesimplement que toutes les fois que nous devons décider sil faut pousserplus loin une chaîne déquivalence, nous étudions comment le nouveaujalon sinscrira dans notre texte analysé, tel quil se présentera une foisreprésenté en fonction de cette nouvelle classe. On utilise aussi ce genrede considération en linguistique descriptive quand on doit décider, parexemple, jusquoù aller dans la subdivision dune séquence phonologiqueen morphèmes 9. 9. Cf. Methods in structural Linguistics, p. 160, de Harris (Chicago, 1951). Il va sansdire que cet emploi vague de la prévision est une formulation préliminaire. Des analysespoussées montreront ce que lon peut attendre des différents types de chaînes déquivalence, et permettront ainsi une formulation plus précise des garanties.
  18. 18. 23 On pourrait demander de quel droit nous mettons deux mots dansune même classe déquivalence pour lunique raison quils se présententtous deux dans le même environnement. Ce à quoi nous répondrons quela classe déquivalence indique seulement ce que font distributionnelle-ment ses membres dans le texte : si, dans ce texte, deux mots ne se présentent que dans des environnements identiques ou équivalents, alors,dans ce texte, il ny a pas de différence dans leur distribution (à part leurordre dans la colonne, qui est préservé). Nous ne nions pas quil puisse yavoir des différences de sens ou de distribution en dehors de ce texte. Nous avons jusquici reconnu deux classes déquivalence. Lune,que nous appellerons P, contient pour linstant : Millions Four out of five people in a nation wide surveylautre, que nous appellerons W, contient pour linstant : Cant be wrong sag they prefer X- to any hair tonic theyve used. 6.2. Segmentation. Dès que nous voyons à peu près quelles classes déquivalence nou&voudrions expérimenter dans notre texte, nous le divisons en segmentssuccessifs de manière à avoir, dans chaque segment, des occurrencessemblables des mêmes classes déquivalences. Si nous avons jusquici lesclasses P et W et si nous avons quelques successions de la forme PW,nous essayons de les diviser en segments contenant chacun exactement un Pet un W. Par exemple, le titre du slogan est représenté par PW. La première phrase après le titre paraît contenir un P (le mot Millions), mais lereste de la phrase nest pas égal à W et ne le contient pas; on laissedonc la phrase non analysée, et même son P est-il douteux. Lappartenance dun élément à une classe particulière dépend toujours de lappartenance de son environnement. Les éléments ne se définissent quen fonction de leur environnement. Ainsi donc, il se pourraitque le Millions de cette phrase ne soit pas le même mot que le Millionsdu titre. En linguistique descriptive, deux segments identiques du pointde vue phonologique ne constituent un même morphème que sils figurentdans la même classe de morphèmes : il faudrait probablement considérersun (soleil) et son (fils) comme le « même » morphème, au même titreque table (de bois) et table (de logarithmes); sils figurent dans des classesde morphèmes différentes, comme par exemple sea (mer) et see (voir),ils ne sont certainement pas le même morphème; et si nous voulons ne pasfaire disparaître le rapport entre (a) table (une table) et (to) table (tabuler) nous devons distinguer des morphèmes classés et des morphèmes nonclassés, et dire que le morphème non classé table figure à la fois dans laclasse N et dans la classe V. De la même façon, si nous rencontrons Millions deux fois, nous essayons de le considérer comme un « même » mor-
  19. 19. 24 phème répété (donc de la même classe), et de considérer ainsi ses deux environnements comme équivalents. Mais il se peut que nous découvrions ensuite quon obtient une meilleure analyse du texte en ne considérant pas ces deux environnements comme équivalents (parce que le premier environnement est équivalent à une certaine séquence A dans le texte, tandis que le second est équivalent à une autre séquence B, qui nest pas équivalente à A). Ainsi donc il se peut que nous ayons à considérer les deux occurrences de millions comme appartenant à deux classes diffé rentes. Nous verrons à la section 9 que cest bien le cas ici. ReVenons-en à notre segmentation. La deuxième phrase du texte est PW, et la troisième PW. Nous essayons donc de segmenter notre texte en tranches successives contenant chacune exactement PW et pas plus. Ces tranches seront alors les rangées successives de notre tableau à double entrée. Il sagira souvent dune phrase entière, mais pas nécessairement :les différentes sections dune phrase composée, chacune ayant sa proprestructure de phrase (comme les deux ET du paragraphe 5.3.), peuventaussi constituer des tranches. Mais toute autre portion de la phrase peutaussi constituer une de ces tranches. Par exemple, si nous avions dansnotre slogan la phrase : Millions of people — four out of five — cantbe wrong when they say they prefer X, qui, telle quelle est là, paraît consister PPWW, nous essaierions de la réduire à deux segments PW. enCes segmentations, moins évidentes, demandent la plus grande attention,car nous voulons non seulement que les occurrences de P et W soient lesmêmes dans chaque segment, mais aussi que le rapport entre P et Wsoit le même. Quand, dans une suite de phrases, chaque phrase tout entièrese réduit à PW,le rapport entre P et W dans chaque segment est le même;la linguistique descriptive nous apprend que cest le rapport entre sujetet prédicat. Nous navons pas besoin dutiliser ce renseignement spécifique pour analyser notre texte en PW successifs, mais nous tenons pouracquis que, quel que soit le rapport entre P et W dans un segment, il estle même dans tous les autres segments. Sans quoi il serait faux de dire,en face dun tableau à double entrée, comme les TE successifs du paragraphe 5.4., que les segments successifs sont identiques pour ce qui estde T et E. Nous verrons aux paragraphes 7.2. et 7.3. les techniquespermettant de vérifier que le rapport entre les classes déquivalence dechaque rangée est le même. 6.3. Séries de segments semblables. On ne réussira généralement pas à diviser tout un texte en segmentscontenant les mêmes classes déquivalence (dans le même rapport lesunes par rapport aux autres). Il peut y avoir ici et là des phrases quitout simplement ne contiennent pas ces classes : elles peuvent se révélerêtre des phrases dintroduction ou des ramifications dune autre sériede classes déquivalence. Et le texte peut être constitué de morceaux successifs, sortes de sous-textes à lintérieur du texte principal, comme des
  20. 20. 25 paragraphes ou des chapitres contenant chacun ses propres classes déqui valence différentes de celles des autres morceaux. En cherchant les segments qui contiennent les mêmes classes, on découvrira les limites de cette appartenance à une même classe, cest- à-dire les endroits où lon obtient des fragments du texte contenant des classes différentes. En règle générale un texte ne se réduira donc pas à une seule série de rangées identiques (chaque rangée, comme TE, repré sentant un fragment contenant les mêmes classes déquivalence), mais à une succession de séries de rangées identiques à lintérieur de chaque série avec, ici et là, des rangées individuelles et différentes. Ayant obtenu ce résultat, nous comparons alors les différentes sérieset rangées individuelles, pour voir leurs ressemblances et leurs différences en ce qui concerne lagencement de leurs classes, que les classes spéci fiques soient différentes ou non. Nous essayons de découvrir des schemesdans loccurrence de ces ressemblances au cours de la succession des sérieset des rangées individuelles. Par exemple, supposons un texte de laforme AB TE TE TE AB EP EP AB KD LM LM KD MS MS MSFBV MS. Si nous utilisons des crochets pour représenter une série defragments de la même forme en laissant momentanément BV de côté,nous pouvons alors représenter le texte par AB [TE] AB [EP] AB KD[LM] KD [MS]. Nous remarquons alors que AB [TE] AB [EP] et KD[LM] KD [MS] sont structurellement identiques : tous deux sont dela forme w [xy] w [yz]; cest un rapport particulier entre w, x, y et z;notre texte consiste en deux occurrences de cette structure, plus unedeuxième apparition du w de la première occurrence (cest-à-dire le AB)entre les deux structures (ou avant la seconde structure), et plus un FBVunique avant la fin de la dernière structure.7. — Techniques auxiliaires. Il faut affiner et compléter la procédure centrale, que nous venons devoir, à laide de plusieurs techniques auxiliaires. 7.1. Occurrence indépendante. La distribution des classes déquivalences (leur scheme doccurrence)et la segmentation en fragments qui les contiennent, dépendent dece que nous reconnaissons être une occurrence dun élément. A premièrevue, cela peut paraître tout simple : dans la suite Say they prefer X- toany hair tonic theyve used before, nous trouvons évidemment say une fois,they deux fois, etc., En y regardant de plus près cependant nous voyonsque toutes les occurrences des éléments ne sont pas indépendantes : certains éléments ne se trouvent, dans un environnement donné, quen présence dun autre élément. Cette situation est connue en linguistique descriptive; par exemple le 5- de he walks nest pas pris comme élémentindépendant, mais comme une co-occurrence automatique de he, par
  21. 21. 26comparaison avec / walk, you walk 10; et dans des formes comme bothhe and I, la présence de both entraîne toujours celle de and, si bien quonpeut considérer both ... and comme un seul élément — et non commedeux éléments. De la même façon, si dans un texte nous trouvons deséléments identiques (répétés) ou différents, dont lun napparaît que silautre est présent, nous concluons que ces occurrences ne sont pas indépendantes lune de lautre et nous indiquons leur occurrence combinéecomme un seul élément dans notre représentation du texte. Pour they prefer X- to any hair tonic theyve used nous ne pouvons lecomparer quà you too and your whole family will prefer X- to any hairtonic youve used. Dans les deux cas, ce qui vient avant prefer contient lemot qui précède ve; nous pouvons donc dire que le mot qui précède venest pas indépendant ou, plutôt, que le choix de lun des deux membresdu groupe they /you dépend de celui des deux mots de ce groupe qui setrouve devant prefer. Si le signe Q représente la répétition du membredu groupe they /you qui se trouve dans ce qui précède prefer, on a : U X J I J X XX they prefer X- to any hair tonic Qve used You... will prefer X- to any hair tonic Qve used. Maintenant que nous avons réduit ces énoncés à leurs élémentsindépendants, nous constatons que leurs dernières parties sont devenuesidentiques; par conséquent les premières parties des deux phrases setrouvent dans des environnements identiques, elles sont donc équivalentes; puisque la première appartenait à la classe P, la seconde you too...appartient aussi à P u. Ceci était un type doccurrence liée; il y en a bien dautres sortesquil faut étudier; et les enseignements tirés de cette étude sont utilesà la fois pour lanalyse du discours et pour une linguistique descriptive plus détaillée. Les pronoms en offrent un exemple important. Si le slogan avait dityou... will prefer it, au lieu de you... will prefer X-, nous commencerionspar considérer it comme un nouvel élément, à placer dans une nouvelleclasse déquivalence. Mais, en fait, loccurrence de it dépend de loccurrencede X- : si le X précédent avait contenu le morphème de pluriel(X-s), le pronom dans cette phrase aurait été them. Dautres mots dugroupe de it, comme he ou you, ne peuvent figurer tant que X- apparaîtdans la phrase précédente. Il en est de même pour des mots comme 10. Le s fait aussi partie de tous les noms singuliers (The child walk-s, etc.). Ou onpeut également considérer que walks, goes, etc., sont des variantes de walk, go, etc.après he et les noms singuliers. 11. Avant den venir là, il faut effectuer un certain nombre dautres opérations pourréduire Four out of fives... say they prefer... à deux séquences PW : Four... say... et theyprefer..., la phrase You... will prefer... étant une troisième séquence PW. Sinon, les motssay they resteraient, puisque la séquence P (équivalente à millions) est seulement Fourout of five people in a nation wide survey, et puisque la séquence W corrigée (identiqueau W de You... will prefer) est seulement prefer X- to any hair tonic Qve used (cf. paragraphe 9).
  22. 22. 27 this /these, who /which, qui dépendent eux aussi de mots particuliers appa raissant à un autre endroit du texte. Sans faire appel à aucune connais sance sur la signification de ces pronoms ou sur leur « référence » aux noms qui les précèdent, nous pouvons conclure, daprès leur distribution dans le texte, que ce ne sont pas des éléments indépendants : ils contiennent une partie (discontinue) de loccurrence du morphème auquel ils sont correliés. On rencontre un autre type doccurrence liée dans des expressions réciproques comme each other et together qui introduisent dans la langue certaines des fonctions remplies par les variables dans les expressionsmathématiques — mais avec ce manque de netteté et cette complexitéqui sont caractéristiques de la langue. La phrase Foster and Lorch saweach other at the same moment est normale; mais enlevez and Lorch, ettous les anglophones remplaceront immédiatement each other par autrechose. Autrement dit, nous ne trouvons pas de phrase qui contienne eachother sans contenir soit lexpression and Z, soit un morphème de plurieldans le nom correspondant. Et aussi bien nous trouverons la phraseElectrons and positrons attract each other, mais nous ne trouverons pas— dans un livre de physique tout au moins — la même phrase avecomission de and positrons, sauf sil y a aussi dautres modifications tellesque le remplacement de attract par repel. On peut remarquer que les éléments dépendants ont particulièrementtendance à appartenir, dans leurs différentes occurrences, à des classesdéquivalence différentes, puisque chaque occurrence appartient à la classede lélément, quel quil soit, qui lui est correlié. Si le texte disait : Youwill prefer X-, You will prefer it, The survey showed, It showed, la premièreoccurrence de it appartiendrait à la classe de X-, la seconde à la classede survey. Dans tous ces cas, on peut éliminer les rapports spéciaux doccurrence liée entre des éléments particuliers, en faisant simplement de lélément dépendant une partie de lélément auquel il est correlié (dont sonoccurrence dépend). Il est bien entendu que, quand nous parlons dedépendance, lapplication que nous en faisons est restreinte au texteparticulier considéré. Il se peut que linterdépendance entre les pronoms,ou les mots réciproques, et un quelconque nom voisin se maintienne danstous les textes où ces mots apparaissent; mais linterdépendance entreles deux occurrences de they ou de you dans notre texte est spécifiqueà ce texte; on pourrait trouver ailleurs la phrase they prefer X- to anyhair tonic youve used; mais dans ce texte particulier, nous navons pascette phrase. Cest pourquoi dans ce texte nous pouvons dire ce que lesecond pronom doit être, en considérant le premier. 7.2. Subdivisions des phrases. La présence déléments dépendants nous conduit à considérer différemment la subdivision des phrases.
  23. 23. 28 Quand les parties dépendantes dun élément sont dispersées sur toute une zone, nous devons généralement considérer toute cette zone comme constituant un seul fragment comportant cet élément. Dans they prefer X- to any hair tonic theyve used par exemple, nous avons mont ré que les deux occurrences de they sont interdépendantes dans ce texte; nous pouvons donc décomposer cet énoncé en they (se présentant dans les deux positions) plus... prefer X- to any hair tonic... ve used; de même pour la phrase avec you (également dans les deux positions). Il sagit là dun traitement plus général que celui du paragraphe 7.1., qui donnait un statut privilégié à la première occurrence de they et de you en en fai sant dépendre la seconde occurrence, et qui fondait lidentité des deux phrases dans leur dernière partie sur le fait que toutes deux renfermaient le même type de dépendance (Q). Ce nouveau traitement élimine la dépendance en considérant que lunique they ou you figure dans les deux positions, et établit sans conditions lidentité des secondes parties des phrases. Le résultat de ce nouveau traitement est que, puisque le they à double position sétend sur presque toute la longueur de la seconde partie, toute cette seconde partie doit être enfermée dans le même frag ment que they. Lunification des deux occurrences de they nous empêche donc de faire là deux segments; sinon nous aurions pu avoir deux segments : they prefer... et soit theyve used soit Qve used. Dun autre côté, il y a des cas où la dépendance nous conduit à distinguer plus de segments que nous ne le ferions autrement. Prenons parexemple la phrase Casals, who is self-exiled from Spain, stopped performingafter the fascist victory. Si nous étudions le texte dans lequel est enchâssécet énoncé, nous trouvons que le who est dépendant de Casais, tout commele second they est dépendant du premier : le texte contient And the sameCasals who... mais plus loin The records which... Nous pouvons donc direque le who « contient » Casals, cest-à-dire quil en est soit la continuation,soit la répétition. Mais laquelle des deux est-il? Sil en est la continuation,nous navons quun segment, la première partie (C) étant Casals who,la seconde (S) étant is self exiled... stopped... Sil en est la répétition, nousavons deux segments, lun enchâssé dans lautre : le premier est constituéde Casais (C de nouveau), plus stopped performing (Sx), le second de who(considéré comme équivalent de Casals) plus is self-exiled (S2). Nousnopterions pour la seconde solution que si nous pouvions montrer, enfonction du texte, que is self-exited... et stopped performing... sont deuxéléments distincts (et non simplement deux parties dun même long élément) — si, par exemple, nous trouvions dans le texte deux autresphrases : The press failed to say why he stopped performing, etc. But hehas stated publicly why he is self-exiled, etc. Dans tous les cas, who contientCasals. Mais si la phrase originelle est Casals who S, notre analyse donneCS, tandis que si (à la lumière des deux dernières phrases) nous considéronsphrase originelle comme étant Casals who S2SV notre analyse donne laCC S2 Sv et divise la phrase en deux segments CS2 et CSj, le résultat
  24. 24. 29étant que S2 et Sx sont équivalents puisquils apparaissent tous deuxaprès C. La seule différence quil y a entre le fait déconsidérer un élémentdépendant comme une continuation et le fait de le considérer commeune répétition réside dans le nombre de segments — un ou deux — enlequel nous pouvons alors décomposer le tout. Nous venons de voir que, quand une phrase contient un élément A,qui est dépendant de B, nous pouvons soit considérer toute la phrasecomme un seul segment dans lequel A est simplement une continuationde B, soit la considérer comme deux segments, lun contenant B et lautrecontenant A dans la même classe que B. En règle générale, on opteraplutôt pour cette seconde solution si le reste de la phrase peut se diviseren deux parties comparables, lune allant avec A et lautre avec B. Des choix de ce type peuvent se présenter même là où il ny a pasde formes dépendantes. Par exemple, dans notre second texte, nousavons ensuite la phrase The self-exiled Casals is waiting across the Pyreneesfor the fall of Franco; nous souhaitons mettre self-exiled dans la mêmeclasse que is self-exiled..., puisquils comportent les mêmes morphèmes(à condition de pouvoir montrer daprès le texte lui-même que self-exiledest équivalent à self-exiled from Spain); ceci nous donne la structure dephrase particulière S2 C S3, par comparaison avec les phrases CS précédentes. Si maintenant par un heureux hasard le texte contenait égalementla phrase Casals is waiting across the Pyrenees for the fall of Franco (cequi est trop demander en fait de répétition), nous serions à même de fairelanalyse suivante : nous avons comme phrases du texte : CS1} C is S2,S2CS3, CS3; les séquences S1} S2 et S3 sont toutes membres dune mêmeclasse déquivalence S, puisquelles apparaissent toutes après C. La difficulté vient de cet étrange objet quest S2CS3. Disons maintenant quetoute phrase XjAX2 peut être « transformée » en A is Xj : AX2 12; cecisignifie que, si XjAXg se trouve dans le texte, alors A is Xx : AX3 sytrouve aussi; dans ce cas, nous considérons XXAX2 comme équivalent àA is Xx : AX2. Notre étrange objet S2CS3 disparaît alors : nous le remplaçons C is S2 et CS3, qui tous deux se retrouvent ailleurs dans le même texte. par On peut continuer dans cette voie jusquà des transformations qui nesont pas déjà justifiées par le texte, pourvu quelles ne soient pas en contradiction avec lui. Par exemple, nous trouvons dans le texte les phrasesThe memorable concerts were recorded in Pardes... The concerts were recordedfirst on tape. Nous pouvons écrire ceci MNRX : NR2 (léquivalence deRx et R2 est supposée démontrée à un autre endroit du texte), et noustransformerions la première phrase en N is M : NRr Nous ne prétendons pas par là que notre transformation N is M (The concerts were memorable)figure vraiment dans le texte, ou quil ny ait pas de différence stylistiqueou autre entre The memorable concerts were recorded in Prades et The 12. Dans les formules comme A is Xt : AX2, le : indique la fin dune phrase oudun segment. (On lutilise de préférence au point qui risquerait dêtre confondu avecle point marquant les fins de phrase dans le texte de lauteur.)
  25. 25. 30concerts were memorable : The concerts (ou They) were recorded in Prades.Tout ce que cette transformation signifie, cest quon considère MNRj^comme équivalent de N is M : NRj, parce quon trouve bien S2GS3comme équivalent de C is S2 : CS3, en ce sens que tous deux figurentdans le texte modifié. Dune part nous avons éliminé de notre agencement en tableau lastructure de segment spéciale MNRX ou S2CS3 — spéciale parce queles autres segments sont tous de la forme NR ou CS. Dautre part, nousavons découvert que M (ou plutôt is M) est membre de la classe R. Maissurtout nous avons établi quune phrase peut être représentée par deuxsegments même si elle ne contient pas deux ensembles des classes déquivalence voulues. Cest ce qui arrive quand nous pouvons démontrerquune seule classe dans la phrase a ailleurs un rapport indépendant avecdeux autres classes ou éléments. Cette classe est donc répétée une foisdans chaque segment; et chaque segment marque individuellement lerapport de cette classe avec lune des deux autres 13. Ces difficultés dans la division en segments viennent des rapportsque les classes déquivalence entretiennent les unes avec les autres. Unephrase nest pas simplement loccurrence simultanée de différents morphèmes ou séquences; ceux-ci sont généralement liés, les uns aux autres,par un rapport spécifique, qui peut sexprimer par un ou plusieurs morphèmes dordre : You wrote Paul et Paul wrote you ne diffèrent que parlordre des morphèmes. Si nous trouvons dans notre texte plusieurs segments de la forme CS, cela signifie que C est dans un rapport particulieravec S — celui de se présenter avec S, et devant lui. Puisque nous nopéronspas sur le sens, nous ne savons pas ce que cest que ce rapport, maisnous prenons soin de représenter le même ordre de morphèmes dans laphrase par le même ordre de classes dans le segment. Quand maintenantnous trouvons S2CS3, nous ne savons pas quel est le rapport entre cetordre et lordre CS, et nous ne pouvons faire aucune comparaison entreles deux phrases. Il faut donc réorganiser ce S2CS3 inconnu, pour quilcontienne les mêmes classes dans le même ordre que dautres segments— et, bien entendu, nous devons montrer que la forme remaniée est équivalente, pour ce texte, à la forme originale. Dans la plupart des cas, laseule façon dy arriver est de diviser la phrase inconnue, au moyen detransformations comme celles que nous avons vues plus haut, en deux ouplusieurs segments, de façon à ce que les segments obtenus aient une formequi se rencontre dans le texte. De cette manière, nous obtenons un grand nombre de segments destructure semblable, même dans un texte dont les phrases sont trèsdifférentes les unes des autres. 13. Nous avons considéré ici le cas important de la séquence adjectif + nom+ verbe, dans laquelle le nom a des rapports indépendants avec ladjectif et avec leverbe. On peut représenter ladjectif, aussi bien que le verbe, comme prédicat du nom.Nous reviendrons sur cette question au paragraphe 7.3.
  26. 26. 31 7.3. Transformations grammaticales. Nous avons vu jusquici comment on peut étudier la structure duntexte sans faire appel à aucune information qui ne soit pas fournie par letexte lui-même : la procédure directe consiste à dresser des classes déquivalence et à découvrir des schemes de combinaison de ces classes dansles segments successifs du texte (cest-à-dire à trouver des combinaisonssemblables ou partiellement semblables). On obtient souvent cependantbeaucoup de petites classes et de segments qui ne sont pas semblables,parce que les phrases sont si différentes les unes des autres; quand cestle cas, on saperçoit quen comparant les phrases du texte on peut parfoismontrer quune partie dune phrase est équivalente (pour ce texte) àune partie différente dune autre phrase et, par conséquent, quelle contientles mêmes classes. Ceci dépend du nombre de répétitions que contient letexte. Passons maintenant à la possibilité de pousser plus loin dans lamême direction en faisant appel à une information extérieure au texte;celle-ci sera de la même nature que celle que nous avons cherché à établirà lintérieur du texte, cest-à-dire quelle conservera léquivalence departies de phrases (au sens où MNR est équivalent à N is M : NR); ellereviendra à la même opération fondamentale, cest-à-dire à la comparaisonde phrases différentes. Et elle tendra au même but : montrer que deuxphrases, différentes par ailleurs, contiennent la même combinaison declasses déquivalence, même si elles contiennent des combinaisons différentes de morphèmes. La seule nouveauté, cest quau lieu de comparerdeux phrases du texte, nous comparerons une phrase du texte à desphrases qui ne sont pas dans le texte. On pourrait penser quil sagit là dune différence capitale et sinterrogersur la validité de lapplication à notre texte dune équivalence ainsi établie. Nous avons déjà répondu à cette objection au paragraphe 3 : sinous pouvons montrer que deux séquences sont équivalentes dans toutesles phrases anglaises où elles figurent, alors elles sont équivalentes danstout texte écrit en anglais. Si dans toute phrase anglaise contenant XAY,le XAY est équivalent à A is X : AY, alors si nous trouvons S2CS3 dansnotre texte anglais nous pouvons dire que S2CS3 équivalent à C is S2 : CS3. Mais quest-ce que Y équivalence? Deux éléments sont équivalents sils se trouvent dans le même environnement à lintérieur de la phrase.Deux phrases dun texte sont équivalentes simplement si elles se trouvent toutes deux dans ce texte (sauf si on découvre des détails de structure assez fins pour montrer que deux phrases ne sont équivalentes que si elles figurent dans des positions structurelles semblables dans ce texte). De même, deux phrases dune langue sont équivalentes si elles se rencontrent toutes deux dans cette langue. En particulier, on dira que des phrases de la forme A sont équivalentes à des phrases de la forme B si, pour chaque phrase A, on peut trouver une phrase B contenant les mêmes morphèmes,
  27. 27. 32 mises à part les différences dues à la différence de forme entre A et B : par exemple, I^VNa est équivalent à N2 is V-en by Nx parce que pour toute phrase comme Casals pldys the cello, on peut trouver une phrase The cello is played by Casals. Nous ne soutenons nullement que deux phrases équivalentes signi fient nécessairement la même chose, ni quelles soient pareilles du point de vue stylistique. Mais par contre nous soutenons que toutes les phrases ne sont pas ainsi équivalentes : la relation déquivalence nest pas sans intérêt, comme elle le serait si elle existait pour toutes les phrases. Par exemple, NjVN,} nest pas équivalent à Nx is V-en by N2, parce que cette dernière forme se trouve pour certains N± et certains N2 (I saw you et / was seen by you), mais pas pour tout Nj^ et tout N2 (on ne trouve pas Casals is played by the cello) u. Nous affirmons de plus que lapplication de cette équivalence grammaticale provenant de lextérieur nous per mettra de découvrir dans notre texte des segments semblables supplément aires nous ne pourrions pas trouver par la simple comparaison des que phrases du texte. Ainsi, on peut démontrer que dans divers environne ments he, etc., sont grammaticalement équivalents aux noms qui les who, précèdent, et que Nx who Vx V2 est équivalent à NjVg : N^; dans Casais, who is self-exiled... stopped performing..., il y a deux segments CSX : G is S2; nous aboutirions à ce résultat (sans avoir à nous préoccuper de savoir si Casals who constitue une occurrence prolongée de C, ou deux occurrences répétées), même sil ny avait pas dautre occurrence de who dans le texte, cest-à-dire même si lanalyse était impossible à partir du seul texte. Léquivalence grammaticale nous est particulièrement utile si nous avons par exemple un grand nombre de segments contenant tous Casais, entremêlés avec beaucoup dautres contenant he, et si nous ne pouvons trouver aucun environnement contextuel commun pour démont rer que Casais et he sont équivalents. Dès que nous acceptons cette équivalence grammaticale, nous pouvons montrer que tous les environnements Casais sont équivalents à ceux de he; et ceci peut à son tour de nous permettre de découvrir dautres équivalences à partir du texte. On peut explorer plus systématiquement léquivalence grammaticaleen introduisant une technique de variation expérimentale. Supposonsque nous ayons une phrase dune forme donnée A et que nous voulionsune forme B; nous essayons de modifier A, le changement consistant uniquement en la différence formelle qui existe entre A et B, pour voirce qui se passe alors en A. Supposons par exemple que nous ayons Thememorable concerts were recorded... qui est de la forme MNR, et que nousvoulions rendre la forme de cette phrase comparable à celle de segmentsprécédents commençant par N; à cette fin, nous cherchons une variante 14. Il est vrai quon pourrait soutenir que cette dernière phrase est encore grammaticale. Mais la grammaire actuelle ne fait pas de distinctions entre les divers membresdune classe morphologique. Par conséquent, lexigence que la phrase B contienne lesmêmes morphèmes que la phrase A sort de la grammaire, au sens courant de ce terme.
  28. 28. 33de cette phrase qui commence par The concerts; on peut essayer delobtenir en plaçant un informateur dans une situation sociale authentique productrice de parole (et non un exposé linguistique sur la parole),dans laquelle il énoncerait une phrase commençant par The concerts etcontenant les mots memorable et recorded 15. Ou bien on peut y arriverpar le travail fastidieux de lobservation, en cherchant une phrase quicommence par The concerts et contienne memorable et recorded. Par luneou lautre de ces deux méthodes, nous pourrions obtenir The concertswere memorable and were recorded, ou quelque chose dapprochant 16,qui montrerait que quand M (ou tout autre adjectif) passe de lautre côtéde N (le nom qui le suit), on insère is; MN est équivalent à N is M. Nousdécouvrons ainsi que, quand MNR passe à une forme qui commencepar N, un is apparaît entre N et le M qui le suit. Cette technique consistant à faire varier la forme grammaticaledune phrase, tout en gardant constants ses morphèmes ne peut pas sappliquer à lintérieur dun texte; car là, tout ce que nous pouvons faire,cest étudier le matériau qui nous est donné. Mais on peut lutiliser pourla langue, hors du texte, car nous avons le droit, en tant que locuteurs,de créer une situation sociale qui pourrait amener un autre locuteur àprononcer telle phrase plutôt que telle autre parmi toutes les phrases dontil dispose. Cette technique est particulièrement utile avec une langue comme langlais, où tant de morphèmes figurent dans diverses classesgrammaticales. Le paragraphe précédent montre la précaution essentielle que nous devons prendre quand nous appliquons léquivalence grammaticale pour étoffer les classes déquivalence contextuelle : nous ne nous posons pas simplement la question : Quelles formes de phrase sont équivalentes àMNR? Il peut y en avoir beaucoup. La question que nous nous posons est : Puisque N... est une forme commune dans ce texte, et puisque nous y trouvons aussi MNR, peut-on remplacer cette dernière forme par une phrase équivalente de la forme N...? Le sens du changement à opérer nest pas arbitraire mais vient entièrement du texte. Comme précédem ment, revient à diviser les phrases en des segments aussi semblables cela que possible. Tout ce que nous nous demandons, cest sil existe une équi valence grammaticale qui relie MNR à la forme N...; la réponse est oui, pourvu quun is figure dans la forme N...; ce qui à son tour fait de is M 15. Pour donner un exemple très simple, on peut lire en compagnie de linformateur laphrase du texte The memorable concerts were recorded, puis sarrêter et lui dire de façonhésitante et interrogative « That is to say, the concerts » (cest-à-dire, les concerts...)et attendre quil donne la suite. 16. Nous pouvons trouver beaucoup de phrases qui commencent par The concertset qui contiennent les deux autres mots, par exemple The concerts were not memorable,but were neverthless recorded. Ces phrases contiendront divers mots en plus de ceux de laphrase originelle; mais le seul mot nouveau qui se trouvera dans toutes les phrases de laforme voulue NMR (ou plutôt dans une sous-classe des phrases NMR) sera une formedu verbe to be. Cest donc le seul mot nouveau qui soit indispensable quand on opèrele changement pour obtenir cette forme.
  29. 29. 34 un équivalent de R. Comme ailleurs en linguistique, il ne sagit pas de donner à toutes les phrases nimporte quelle forme choisie arbitrair ement; méthode permet simplement de décrire les formes moins la fréquentes du texte (MNR) en fonction des formes fréquentes (N...). Pour lanalyse purement contextuelle, nous navons besoin de connaître que les limites des morphèmes. Pour utiliser les équivalences grammatic ales, devons également connaître la classe morphophonologique à nouslaquelle chaque morphème de notre texte appartient, puisque les règlesgrammaticales concernent des classes plutôt que des morphèmes indivi duels. Dans le cas considéré, la règle grammaticale est : adjectif + noinest équivalent à nom + is + adjectif; pour pouvoir lappliquer à notreséquence MN, nous devons savoir que le M est un adjectif et que le Nest un nom. On a constaté empiriquement que le nombre déquivalences grammaticales auxquelles on fait appel à chaque fois pour réduire des phrasesdun texte en des segments semblables, est relativement peu élevé. Cestpourquoi, même si on nest pas linguiste, on peut apprendre beaucoupsur le texte en utilisant (en plus de la méthode danalyse interne du texte)une liste préétablie des principales équivalences grammaticales pour lalangue en question. Voici quelques-unes des équivalences qui sont fréquemment utilisées (nous ne donnons aucune preuve de leur validité, et seulement quelques indications très approximatives des environnements dephrase où elles sappliquent) 17. 1) Si nous trouvons XCY, alors X = Y (X est équivalent à Y). LeC est une conjonction comme and, but, or, ou bien, dans certaines circonstances spéciales, un syntagme comme as well as, rather than, A-er than.X et Y doivent être dans la même classe grammaticale. Par exemple, dansI phoned him but he was out, X et Y sont tous deux de la forme NV; dansI saw it but went on, Y est seulement constitué par le syntagme verbalwent on, X ne peut donc inclure que le syntagme verbal saw it (et nontoute la séquence I saw if). Il sensuit que N^CN^ est équivalent àdeux segments N^ : N2V2 et NV^V-j = NVX : NV2. 2) La séquence Nx is N2 indique que Nj_ = N2. La classe de is comprendremains et dautres verbes. 3) Nj N2, avec un accent primaire sur chaque N, indique que Nx = N2;exemple : The pressure P increases est équivalent à The pressure increaseset P increases. 4) NV (that) NV = NV : NV; exemple / telegraphed that well arriveto-morrow est équivalent à I telegraphed : well arrive to-morrow. 17. A = adjectif. N = nom, V = verbe, P = préposition. Les indices indiquent desmorphèmes particuliers, sans tenir compte de leurs classes.
  30. 30. 35 5) NjVK^ = NgV*^, V et V* étant respectivement actif et passif ouvice versa. 6) NjPNa = NaP*^; exemple : (they seek) the goal of certaintyest équivalent à une certaine forme comme (they seek) certainty as a goat.Quand on inverse deux noms la modification des prépositions est bien plusgrande que la modification correspondante des verbes : dans le cas desverbes, elle seffectue simplement par laddition ou le retrait du morphèmede passif et du mot by; dans le cas des prépositions, il faut remplacer uneforme par une forme entièrement différente. Les paires de prépositionséquivalentes ne sont pas fixes : entre certains noms, le substitut de ofpeut être as; entre dautres noms, il peut être with. Néanmoins il est possible de trouver des structures dans lesquelles les noms de la séquenceN2 P N2 sont inversés. 7) Nj P N2 = Ag N1$ autrement dit, le morphème du second nom apparaîtsous une forme adjectivale avant le premier nom; exemple : trainingin médecine et medical training. 8) Des pronoms comme he, et certains mots commençant par wh-et th-, répètent un nom déjà énoncé. Quand ils sont précédés de plusieursnoms, quel nom répètent-ils? Cela dépend des détails de lenvironnementgrammatical; cest généralement le nom qui les précède immédiatement,ou le dernier nom figurant dans un environnement grammatical comparable.Par exemple, who = the man dans The man who phoned left no name(N who Vx V2 = NV2 : NVj); who = my roommate dans The man spoke tomy roommate, who told him to call again (N^Ng who V2 = N^Ng :N2 V2). Il y a de nombreux procédés pour déterminer quel est le nom quunpronom répète, et quel verbe va avec chaque nom. Dans the man whophoned, on ne peut pas insérer un sujet avant phoned, il faut donc prendrewho comme sujet. Dans The man I phoned was out, nous réduisons daborden / phoned : The man was out; ensuite, puisquon ne peut pas insérer uncomplément dobjet après phoned dans la phrase originelle, nous faisonsde the man le complément dobjet 18 de phoned et nous obtenons léquivalentphoned the man : The man was out ( : / 9) NV15 V2-ing = NVj_ : NV2; exemple : They escaped, saving nothingest équivalent à They escaped : They saved nothing. 10) NiClNLj VX = IS^VM, : NgVNj. Ici X représente une classedexpressions réciproques comme each other; par exemple : The Giantsand the Dodgers each beat the other twice est équivalent à The Giants beatthe Dodgers twice : The D. beat the G. twice. Léquivalence est quelque peudifférente pour les différents groupes de formes X. 18. La seule façon dexprimer lexclusion dun complément dobjet uniquement enfonction de loccurrence des éléments est de dire que lobjet figure déjà. Ce ne peut êtreI puisque / est le sujet de phoned, ce doit donc être lautre N, the man.
  31. 31. 36 11) ANV = N is A : NV, cf. lexemple the self-exiled Casals... du paragraphe 7.2. De même NVANj = NVNj who is A = NVNX : Nt is A;exemple : They read the interdicted books = They read the books which wereinterdicted — They read the books : The bocks were interdicted. 12) NjVKjPNg = NjVNa : N^VPNg; cest-à-dire quon peut remplacer double complément dobjet par deux compléments dobjet dis untincts dans deux segments qui répètent le sujet et le verbe; exemple :/ bought it for you = I bought it : I bought for you. Ces équivalences grammaticales conservent les morphèmes et leursrapports grammaticaux, mais sous une autre forme grammaticale. Onne peut avoir NjVNa = NgVNj, parce que cela modifierait le rapportsujet-objet avec le verbe; mais on peut avoir N2V*NX comme équivalentde NjVNa parce que là le verbe aussi est modifié de façon à ce que soitpréservé son rapport grammatical avec les noms inversés. II est absolumentessentiel de préserver les rapports grammaticaux, car ces rapportsexistent toujours entre les morphèmes dune phrase. Autrement dit, il y ades restrictions de commutabilité dordre et dintonation entre les différents morphèmes (ou classes de morphèmes) dune phrase et, quand nouspassons dune phrase à une phrase équivalente, nous voulons pouvoirretrouver les mêmes restrictions quand nous reviendrons à la phrase debase — puisque cette phrase de base, comme toute phrase, se définit par lesrestrictions qui lient ses différentes parties. Par conséquent, quand nousdivisons une phrase en différents segments pour dresser un tableau, nousne voulons pas que deux combinaisons des mêmes classes déquivalence(par exemple les deux premières combinaisons TE ci-dessus) représententdes rapports grammaticaux différents. Cest pourquoi, quand nous transformons une phrase qui contient certaines classes déquivalence, nousprenons soin de conserver leurs rapports grammaticaux originels. Cependant, nous trouvons quelquefois des morceaux de phrase quine contiennent aucune de nos classes déquivalence; autrement dit (dansle cas le plus simple), ils ne contiennent aucun matériau qui se retrouveailleurs dans le texte. Le rapport grammatical entre les morceaux uniqueset le reste de la phrase doit être conservé dans notre disposition en tableau,au même titre que celui des morceaux récurrents. Mais nous navons pasà nous préoccuper de conserver leur rapport quand leur position relativechange, puisque nous navons pas de raison de changer leur positionrelative : cest seulement les classes déquivalences que nous voulonsredisposer. Pour ce matériau non récurrent, nous voulons seulementconnaître son rapport aux classes déquivalence et indiquer ce rapport dans lanalyse. Létude du texte seul ne suffira peut-être pas, maisnous pouvons y arriver en faisant appel aux données grammaticales ouà la variation expérimentale. Revenons par exemple aux séquences Casais,who is self-exiled from Spain et the self -exiled Casals... Si cette dernière orme est S2 C, la première est C, C is S2 from Spain; puisque from Spain
  32. 32. 37est unique, tout ce que nous voulons savoir, cest où le mettre quand nousdisposons nos classes déquivalence, autrement dit, quel est son rapportà ces classes. La grammaire nous apprend que dans des phrases de la formeNV APN lunité minimale, dont PN est un constituant immédiat, est APNet que ce APN peut être remplacé par A tout seul 19. Par conséquent, si leA se trouve être membre dune de nos classes déquivalence alors que lePN ne lest pas, nous associons le PN à A dans sa colonne déquivalenceen écrivant APN au lieu de A tout seul comme membre de la classe. De façon plus générale, le matériau qui nappartient à aucune classedéquivalence, mais qui est lié grammaticalement à un membre dune classe,est joint à ce membre pour former un membre élargi de la classe en question; ainsi self-exiled from Spain est maintenant dans la même classe queseïf-exiled. Ceci se justifie par le fait que, puisque ce matériau ne se retrouvenulle part ailleurs dans le texte (ou ne sy retrouve que dans le même rapport grammatical à la même classe déquivalence), son seul effet, quand onreprésente le texte par ses classes déquivalence spécifiques, est précisément son rapport au membre spécifique auquel il est grammaticalement lié. On rencontre un cas particulier assez intéressant quand deux membresde la même classe déquivalence constituent conjointement lunité immédiatement supérieure de leur phrase (cest-à-dire quand ils sont les constituants immédiats de cette unité), quand, par exemple, ces deux membressont un adjectif suivi dun nom, avec AN = N. Dans ce cas, nous pouvonsconsidérer que ces membres constituent à eux deux un seul membre deleur classe commune et entrent tous deux dans un seul segment. Si nousles considérions comme deux occurrences de leur classe commune, il nousfaudrait mettre chaque occurrence dans un segment distinct. Les données grammaticales sont particulièrement utiles quand ilsagit de reconnaître les particules conjonctives. Il est facile didentifierces morphèmes à partir de la grammaire formelle, tout à fait indépendamment sens, mais il peut être difficile de les identifier dans lana de leurlysepurement contextuelle. Leur importance réside dans le fait que beaucoup de phrases dun texte peuvent contenir les mêmes classes, à partquelques mots non classés, souvent situés au début, dont la fonction grammaticale est de lier ou dintroduire les phrases, et qui nentrent pas dansles classes spécifiques qui couvrent la phrase ou le segment. Dans notredisposition en tableau, nous mettrons ces éléments, en raison de leur position grammaticale, dans une colonne spéciale au début. Nous pouvonsmême aller plus loin et mettre dans cette première colonne tout matériauquon ne peut faire entrer dans aucune des colonnes déquivalence. Cematériau conjonctif nest pas toujours immédiatement évident; remarquons quon peut analyser beaucoup de phrases de la forme JVV thatN1V1 comme constituées des classes déquivalence N^, le NV that étantrelégué dans la première colonne; par exemple dans la phrase We are proud 19. Sémantiquement, on dira que PN « modifie » le A.

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