Mgr georges-darboy-oeuvres-de-saint-denys-areopagite-2sur2-les-oeuvres-1845-1892

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  • 1. ŒUVRES DESAINT DENYS LAREOPAGITE TRADUITES DU GRECET PRÉCÉDÉES DUNE INTRODUCTION PAR MGR DARBOY ARCHEVÈ:QUE DE PARIS R.E PRODUCTION DE LÉDITION ORIGINALE DE 1845. PARIS . lIAISON DE LA BONNE PRESSE 5, RUE BAYARD, 5.
  • 2. LIVRE DE LA HIÉRARCHIE CÉLESTE ARGUMENT DU LIVRE Tout vient de Dieu et retourne à Dieu, les réalités et la scienceque nous en avons. Une véritable unité subsiste au fond de lamultiplicité, et les choses qui se voient sont comme le vêtementsymbolique des choses qui ne se voient pas. C·est donc une loidu monde que ce qui est supérieur se reflète en ce qui est infé-rieur, et que des formes sensibles représentent les substancespurement spirituelles, qui ne peuvent être amenées sous lessens. Ainsi la sublime nature de Dieu, et, à plus forte raison, lanature des esprits célestes, peuvent être dépeintes sous lem-blème obscur des êtres corporels: mais il y a une racine uniqueet un type suprême de ces reproductions multiples. Or, entre lunité, principe et fin ultérieure de tout, et les créa-tures, qui nont en elles ni leur raison, ni leur terme, il y a unmilieu qui est à la fois science et action, connaissance et. pnfr!:ie,
  • 3. 2 DE LA. HIÉRARCHIE CÉLESTE et qui, expression mystérieuse de la bonté incréée, nous donne de la connaltre, de laimer et de limiter: ce milieu, ce~t la hiérarchie, institution sacrée, savante et forte, qui purifie, illumine et perfectionne, et ainsi nous ramène à Dieu, qui est pureté, lumière et perfection. Telre est en particulier la hiérarchie des Anges, ainsi nommésparce que, élevés par la bonté divine à un plus haut degré dêtre,ils peuvent recevoir une plus grande abondance des bienfaitscélestes, et les transmettre aux êtres inférieurs: car Dieu ne semanifeste pas aux hommes directement et par lui-même, maismédiatement et par des ambassadeurs (œyyalot;). Ce nom dangesdésigne proprement les derniers des esprits bienheureux; maisil peut très bien sappliquer aussi aux plus sublimes, qui pos-sèdent éminemment ce qui appartient à leurs subordonnés, tandisquau contraire on ne doit pas toujours étendre réciproquementaux plus humbles rangs de la milice céleste ce qui convient auxpremiers rangs. En effet, les pures intelligences ne sont pas toutes de la mêmedignité; mais elles sont distribuées en trois hiérarchies, dontchacune comprend trois ordres. Chaque ordre a son nom parti-culier; et, parce que tout nom est lexpression dune réalité,chaque ordre a véritablement ses propriétés et ses fonctionsdistinctes et spéciales. Ainsi les Séraphins sont lumière et cha-leur, les Chérubins science et sagesse, les TrOnes constance etfixité: telle apparalt la première hiérarchie. Les Dominations senomment de la sorte à cause de leur sublime affranchissementde toute chose fausse et vile; les Vertus doivent ce titre à lamâle et invincible vigueur quelles déploient dans leurs fonctionssacrées; le nom des Puissances rappelle la force de leur autoritéet le bon ordre dans lequel elles se présentent à linfluencedivine: ainsi est caractérisée la deuxième hiérarchie. Les Prin-cipautés savent se guider elles-mêmes et diriger invariablementles autres vers Dieu; les Archan~es tiennent aux Principautésen ce quils gouvernent les Anges, et aux Anges, en ce quilsremplissent parfois, comme eux, la mission dambassadeurs:
  • 4. ARGUllENT 3 telle est la troisième hiérarchie. Tels sont les neuf chœurs de larmée céleste. La première hiérarchie, plus proche de la Divinité, se purifie,sillumine et se perfectionne plus parfaitement; elle préside àlinitiation de la deuxième, qui participe, en sa mesure propre,à la pureté, à la lumièr~ et à la perfection, et devient à son tourpour la troisième le canal et linstrument des grâces divines.Même les choses se passent ainsi dans chaque ordre, et toutesprit reçoit, au degré où il en est capable, un écoulement plusou moins direct ou médiat de la pureté non souillée, de lalumière surabondante, de la perfection sans limites. Ainsi tous les membres de la hiérarchie ont ceci de semblable,quils participent à la même grâce, et ceci de différent, quils nyparticipent pas à un égal titre, ni avec un égal résultat. Et voilàla double cause de la distinction permanente quon reconnaHentre eux, et de lidentité des noms que padois on leur donne;tellement que, si les hommes eux-mêmes étaient appelés àexercer des fonctions jusquà un certain point angéliques, onpourrait les nommer des Anges. Ces principes expliquent suffisamment le sens et la raisondes formes corporelles sous le voile desquelles sont rp.présentèsles Auges. Elles devront être le signe des propriétés quils ont,des fonctions quils remplissent. Ainsi les choses matériellestrouvent leur type dans les esprits, et les esprits en Dieu, quiest tout en tous.
  • 5. CHAPITRE PREMIERCO.IIENT TOUTIl ILLU.INATION DIVINE, QUI PAR LA. BONTÉ CÉLESTE PASSE lUX CRÉUURES, DEIIEURE SIIIIPLE EN SOI, IIlLGRÉ Ll DIVERSITÉ DB lES EFFETS, ET UNIT LitS CHOSES QUBLLB TOUCHE DE SES RAYONS I. On enseigne qUI: toute lumiêre, toute grlee spirituelle ARGUIIB.IT. -nous vient du Pêre et nous ralllne à lui. II. Aprèl une invocation auChrist, on se propose dexpliquer les hiérarchÏE.s célestel, au moyen deioracles divins, qui, sous la multiplicité du sens figuré, cachent la simpli-cité du sens littéral. Ill. On montre que, pour se proportionner à nosforc!s, lÉcriture représente sous des figures matérielles les choselspiritullIes lt célestes, et lon indique comment de ces grosliers sym-boles notre âme pput séleTer aux contemplations les plus lublimes. 1. Toute grâ.ce excellente, tout don parfait vient den haut,et descend du Pere des lumières (1). Il Y a plus: touteémanation de splendeur, que la céleste bienfaisance laissedéborder sur lhomme, réagit en lui comme principe desimplification spirituelle et de céleste union, et, par sa forcepropre, le ramène vers lunité souveraine et la déifiquesimplicité du Père. Car toutes choses viennent de Dieu etretournent à Dieu, (on~me disent les saintes Lettres (2. II. Cest puurquoi, sous linvocation de Jésus, la lumière (1) Ép. de S. Jacq., l, n. - (2) Ép. au:s: Rom., Il, 3L
  • 6. CIUPITRE 1 5 du Père, oui, la vraie lumière qui éclaire tout homme venant au monde (1), et par qui nous avons obtenu daborder le Père, source de lumière, élevons un regard attentif vers léclat des divins oracles que nous ont transmis nos maUres ;- là, étudions avec bonne volonté ce qui fut révélé, sous le voile de la figure et du symbole, touchant les hiérarchies desesprits célestes. Puis, ayant contemplé dun œil tranquille et pur ces splendeurs primitives, ineffables, par lesquelles le Père, abîme de divinité, nous manifeste sous des typesmatériels les bienheureux ordres des anges, replions-noussur le principe infiniment simple doù ces splendeurs dérivent.Ce nest pas à dire toutefois que jamais elles existent endehors de lunité qui fait leur fond; car, lorsque, sattempérantpar providentielle bonté aux besoins de lhomme, pour lespiritualiser et le rendre un, elles se répandent heureusementen rayons multiples, alors même elles gardent essentip.lIe-ment une identité immuable et une permanente unité; et sousleur puissante influence, quiconque les accueille, comme ildoit, se simplifie et devient un, au degré où il en est personnel-lement capable. EtTectivement ce principe originel de divinelumière ne nous est accessible quautant quil se voile sousla variété de mystérieux symboles, et quavec amour etsagesse il descend, pour ainsi dire, au niveau de notrenature. Ill. Aussi le suprême et divin législateur a fait que notresainte hiérarchie fût une sublime imitation des hiérarchiescélestes; et il a symbolisé les armées invisibles sous destraits palpables et sous des formes composées, afin que, enrapport avec notre nature, ces institutions saintement figura-tives lélevassent jusquà la hauteur et à la pureté des types (t) Jean., l, 8.
  • 7. 6 DE LA HlÉRUCHIE CÉLESTEquelles représentent. Car ce nest quà laide demblèmesmatériels que notre intelligence grossière peut contempleret reproduire la constilution des ordres célestes. Dans ceplan, les pompes visibles du cuite nous rappellent les beautésinvisibles; les parfums qui embaument les sens représententles suavités spirituelles; léclat des flambeaux est le signe delillumination mystique; le rassasiement des intelligences parla contemplation a son emblème dans lexplication de lasainte doctrine; la divine et paisible harmonie des cieux estfigurée par la subordination des divers ordres de fidèles, etlunion avec Jésus-Christ par la réception de la divineEucharistie, El. ainsi de toute autre grâce, les natures célestesy participant dune façon qui nest pas de la terre, et lhommeseulement par le moyen de signes sensibles. Cest donc pournous diviniser en la forme où cela se pouvait, que nous avonsété miséricordieusement initiés al1 secret des hiérarchiescélestes par la nôtre qui en est comme le rudiment, elassociés à elles dans la participation aux choses sacrées; etles paroles de la sainte Écriture ne dépeignent les puresintelligences sous des images matérielles, que pour nous fairepasser du corps à lesprit, et des pieux symboles à la sublimitédes pures essences. ----
  • 8. CHAPITRE IIQUOIl DONNB TRis BIBN LINlBLLI6BSCB DIS CHOSBS DIVINBS BI CllLESTES "IR LE MOYE~ DB SIGNES QUf NB LEUR RESSEMBLBNT PAS ARGUMENT. - 1. Un expose la division de tout louvrage. II. On avertitque les symboles sous lesquels sont dépeintes les choses spirituelleset célestes ne leur ressemblent pas; et lon prévient une objection, enfaisant voir pourquoi les êtres moins nobles sont employés préféra-blement aux plus nobles dans ces descriptions flguratins. III. Onmontre quen ce sujet il y a deux manières de procéder: lune qui offreles réalités sous le déguisement des signes qui leur lessembleut, lautresous des formes qui leur sont diamétralement opposées; comme il y adeux manièles de parler de Dieu, lune par affirmations, lautre parnégations. IV. On enseigne que nulle chose nest mauvaise de tout point;et lon explique comment la colère, la concupiscence et les autrespassions pareilles peuvent être attribuées aux Anges. V. On rappelleque les Écritures désignent Dieu lui-même par le nom des substancesde tous les degrés, suprême, infélieur et intermédiaire. I. Jai cru devoir procéder ainsi: exposer dabord le butdes différentes hiérarchies, et le profit qui revient à leursmembres divers; plli~ célébrer les chœurs célestes, daprèsce que nous en apprennent les saints enseignements; enfindire SOllS quelles formes les ordres invisibles nous sontreprésentés dans les Écritures, et à quelle conception toutespirituelle ces symboles nouli doivent ramener. Car il ne faut
  • 9. 8 DE LA HIF.RARCHIE eÊLEsTEpas imaginer, avec lïgnorance impie du vulgaire, que cesnobles et pures intelligences aient des pieds et des visages,ni quelles affectent la forme du bœuf stupide, ou du lionfarouche, ni quelles ressemblent en rien à laigle impérieux,ou aux légers habitants des airs (1). Non encore; ce ne soutni des chars de feu qui roulent dans les deux, ni des trônesmatériels destinés â porter le Dieu des dieux (2), ni descoursiers aux riches couleurs, ni des généraux superbementarmés (3), ni rien de ce que les Écritures nomment dans leurlangage si fécond en pieux symboles (4), Car, si la Ihéologiea voulu recourir à la poésie de ces saintes fictions, en parlantdes purs esprits, ce fut, comme il a été dit, par égard pournotre mode de concevoir, et pour nous frayer vers les réalitéssupérieures ainsi crayonnées un chemin que notre faiblenature peut suivre. Il. Quiconque applaudit aux religieuses créations souslesquelles on peint ces pures substances, que nous navons nivues, ni connues, doit se souvenir que ce grossier desseinne ressemble pas à loriginal, et que toutes les qualificationsimposées aux anges ne sont, p~)Ur ainsi dire, quimaginaires. Dautre part, il y en a qui veulent que la théologie, quandelle prête un corps aux choses qui nen ont pas, respecte dumoins leur noblesse naturelle, et les dépeigne sous lesformes les plus pures et les plus spiritualisées en quelquesorte, et naille pas appliquer les plus ignobles conditions dumultiple à des substances simples et spirituelles. Car ainsi,croient-ils, notre pensée apprendrait à sélever, et de sublimesvérités ne seraient pas défigurées par dinconvenantes compa-raisons: faire autrement, cest outrager les vertus célestes et (i) ÊZéeh., i, 7. - (2) Daniel, 7, 9. - (3) Zaeh., t, 8. - (4) H. Maehab.,3, 25 ; Josué, 5, 13.
  • 10. CHAPITRE II 9fausser notre esprit fixé sur de profanes symboles. Car peut-être va-t-il imaginer que le ciel tressaille donc sous les pasdes lions et des chevaux, ou retentit d11ymnes mugissantes,et quon y voit toute une république d·oiseaux et dautresanimaux encore et des objets purement matériels: tous être~plus ou moins stupides et pleins de passions diverses dont letexte sacré rappelle limpertinente idée, en établissant uneressemblance énigmatique là où il ny pas de ressemblanceréelle, A cela je réponds: tout homme studieux de la vérité décou-vrira la sagesse des saints oracles en cette peinture des intel-ligences célestes, et comment il fut pourvu avec bonheur à ceque ni les vertus divines ne fussent indignement rabaissées,ni notre esprit trop plongé en de basses et terrestres imagi-nations. Au reste, si lon revêt de corps et de formes ce qui na ni corps ni formes, ce n·est pas seulement parce que nousne pouvons avoir lintuition directe des choses spirituelles,et quil nous faut le secours dun symbolisme proportionné ànotre faiblesse, et dont le langage sensible nous initie auxconnaissances dun monde supérieur; cest encore parce quilest bon et pieux que les divines Lettres enveloppe~t sousle mystère dénigmes ineffables, et dérobent au vulgaire lamystérieuse et vénérable nature des esprits bienheureux. Car chacun nest pas saint, et la science nest pas pour tous,disent les Écritures (1). Si donc quelquun réprouve cesemblèmes imparfaits, prétextant quil répugne dexposerainsi les beautés saintes et essentiellement pures sous deméprisables dehors, nous ferons simplement observer quecet enseignement se fait en deux manières. III. Effectivement, on conçoit que la vérité puisse soffrir (il 1. Cor., 8. 1.
  • 11. fO DE LA HIÉRARCHIE CÉLESTEsous les traits sacrés de figures auxquelles elle ressemble,ou bien sous Je déguisement de formes qui lui sont diamé-tralement opposées. Ainsi, dans le mystérieux langage deslivres sacrés, ladorable et suressentielle nature de notreDieu bienheureux se nomme quelquefojs Verbe, intelligence,essence (1), comme pour exprimer sa raison et sa sagesse.Son existence si souverainement essentielle, et seule causevéritable de toutes les existences, y est comparée à lalumière (2), etsappelle vie. Mais quoique ces nobles et pieusesmanières de dire paraissent mieux aller que les symbolespurement matériels, elles sont loin toutefois de représenterla divine réalité qui surpasse toute essence et toute vie, quenulle lumière ne reOète, et dont napproche ni raison, niintelligence quelconque. Souvent encore, prenant lopposé, et élevant notre pensée, les Écritures nomment cette substance invisible, immense, incompréhensible (3), indiquant ainsi cequelle nest pas, et non point ce quelle est. Et ces parolesme semblent plus dignes; car, si jen crois nos saints et tra-ditionnels enseignements, quoique nous ne connaissions pas cet infini suressentiel, incompréhensible, ineffable, cependant nous disons avec vérité quil nest rien de tout ce qui est. Si donc, dans les choses divines, laffirmation est moins juste,et la négation plus vraie, il convient quon nessaie point dexposer, sous des formes qui leur soient analogues, cessecrets enveloppés dune sainte obscurité; car ce nest point abaisser, cest relever au contraire les célestes beautés que de les dépeindre sous des traits évidemment inexacts, puisquon Il,·ooe par li quil y a tout un monde entre elles et les objets matériels. (i) Jean, i, i; Ps. i35,5. - (2) Jean, i, 4. - (3) t, Timolh. 6, tG;n,m. H, 33; P,. tU, t3.
  • 12. CHAPITRE Il 1 Que ces défectueux rapprochements aident notre pensée àsélever, cest, je crois, ce quun homme réfléchi ne voudrapas nier; car il est probable que de plus majestueux symbolesséduisent certains esprits, qui se représentent les naturescélestes comme des êtres brillants dor et dun splendideéclat, riches, magnifiquement vêtus, rayonnant dune doucelumière, enfin affectant je ne sais quelles autres formes quela théologie prête aux bienheureux archanges. Cest afinde désabuser ceux qui ne soupçonnent rien au-dessus desbeautés du monde sensible, et pour élever sagement leurpensée, que les saints docteurs ont cru devoir adopter cesimages si dissemblables; car ainsi les formes abjectes nepeuvent séduire sans retour ce quil y a de matériel ennous, parce que leur grossiëreté même réveille et soulève lapartie supérieure de nos âmes; et de la sorte ceux mêmes quisont épris des choses terrestres jugent faux et invraisem-blable que de si difformes inventions ressemblent aucunementà la splendeur des réalités célestes et divines, Du reste il fautse souvenir que rien de ce qui existe nest radicalementdépouillé de quelque beauté; car toutes choses sont éminem- ment bien, dit la vérité même (1). rv, Toutes choses donc offrent matière aux plus noblescontemplations; et il est permis de présenter le monde pure-ment spirituel sous lenveloppe si peu assorlie cependantdu monde matériel, étant avéré dailleurs que ces formes vont au premier dune tout autre manière quau second, Effective-ment, chez les créatures privées de raison, lirritation nestquune fougue passionnelle, et leur colère un mouvement toutà fait fatal; mais quand on parle de lindignation des êtres spirituels, on veut au contraire marquer la mâle énergie de (t) Genilse, i, 3t.
  • 13. 12 DE LA HIÉRARCHIE CÉLESTEleur raison, et leur invincible persistance dans lordre divinet immuable. Également nous disons que la brute a des goûtsaveugles et grossiers, des sortes de penchants quune dispo-sition naturelle ou lhabitude lui a forcément imposés, et unepuissance irrésistible des appétits sensuels qui la poussent vers le but sollicité par les exigences de son organisme. Quand donc, imaginant des ressemblances éloignées, nousattribuons de la convoitise aux substances spirituelles, il fautcomprendre que cest un divin amour pour le grand Espritqui surpasse toute raison et toute intelligence; qu~ cest unimmuable et ferme désir de la contemplation éminemmentchaste et inaltérable, et de la noble et éternelle union aveccette sainte et sublima clarté, avec cette beauté souveraine quina pas de déclin. De même, par leur fougue impétueuse, onprétend désigner la magnanime et inébranlable constancequeUes puisent dans un pur et perpétuel enthousiasme pour ladivine beauté, et dans un généreux dévouement à ce qui estvraiment aimable. Enfin, par silence et insensibilité, nousentendons, chez les brutes et chez les êtres inanimés, laprivation de la parole et du sentiment; mais en appliquantces mots aux substances immatérielles et intelligentes, nousvoulons dire que leur nature supérieure nest point soumise à la loi dun langage fugitif et corporel, ni à notre sensibilité organique, et indigne de purs esprits. Ce nest donc point ioc:onvenant de déguiser les chosescélestes sous le voile des plus méprisables emblèmes; dabord, parce que la matière, tirant son existence de celui qui est essentiellement beau, conserve dans lordonnance de ses par-ties quelques vestiges de la beauté intelligible; ensuite parce que ces vestiges mêmes nous peuvent ramener à la pureté des formes primitives, si nous sommes ~dèles aux règles anté- rieurement tracées, cest-à-dire, si nous distinguons en
  • 14. CHAPITRE Il ISquel sens différent une même figure sapplique avec égalejustesse aux choses spirituelles et aux choses sensibles. V. Du reste la théologie mystique, comme on sait, nemploiepas seulement ce langage saintement figuratif, quand il sagitdes ordres célestes, mais aussi quand elle parle des attributsdivins. Ainsi, tantôt voilée sous les plus nobles substances,la divinité est le soleil de justice (1), létoile du matin dont lelever se fait au fond de!! cœurs pieux (2), ou la lumière spiri-tuelle qui nous enveloppe de ses rayons: tantôt, revêtantde plus grossiers symboles, cest un feu qui brûle sans con-sumer (3), une eau qui donne la vie à satiété, et qui, pourparler en figure, descend en nos poitrines, et coule à flotsintarissables (4): tantôt enfin, déguisée sous des objetsinfimes, cest un parfum de bonne odeur (5), cest une pierreangulaire (6). Même les Écritures la présentent sous desformes animales (7), la compa,ant au lion, à la panthère,au léopard et à lours en fureur. Mais il y a quelque chosequi pourrait sembler plus injurieux et moins exact encore :cest que le Seigneur sest nommé lui-même un verdeterre(8),comme lenseignent nos mailres dans la foi. De la sorte tous ceux qui, pleins dune divine sagesse,parlent le langage de linspiration sacrée, conservent auxchoses saintes leur pureté originelle, au moyen de ces impar-faites et vulgaires indications; et ils usent tellement de cetheureux symbolisme, que dun côté, ni les profanes ne pénè-trent le mystère, ni les hommes dattention pieuse ne satta-chent rigoureusement à ces paroles purement figuratives; etque dautre part, les réalités célestes brillent à travers desformules négatives qui respectent la vérité, et des comparai. (i) lIalach., 4,2. - (2) Apoc.,22, i6.- (3) Exod., 3, 2. - (4) Jean. 7, 38.- (5) Cant.• i, 2. - 6) Éphés., 2, 20. - (i) Osée, i3, 7.- (II) Ps., 2t, i.
  • 15. 14 DE LA. HlgRARCHIE CIll.ESTE sons dont la justesse se cache sous lapparence dun objet ignoble. Il nest donc pas mal, pour les raisons quon a dites, de donner aux natures spirituelles des formes qui ne leur ressemblent que de si loin. Effectivement, si la difficulté de comprendre nous a poussés à la recherche, et si une scrupu- leuse investigation nous a portés josquà la hauteur d~!I choses divines, peut-être le devons-nous aux méprisables apparences imposées aux sainls anges; car ainsi notre esprit, ne pouvant se faire à ces repoussantes images, était solliciLé de se dépouiller de toute conception matérielle, et saccoutu- mait avec bonheur à sélever du symbole jusquà la pureté dutype. Ceci soil dit pour justifier les Écritures d"avoir déguisé les natures célestes sous lemblème obscur des êtres corporels. Maintenant il Caut définir ce que nous enlendons par lahiérarchie, et quels avantages reVIennent à ceux qui sy fontinilier. Or, je supplie mon Jésus-Christ (si1 est permis delappeler mien), de me guider en ces discours, lui qui inspiretout bon enseignement sur les hiérarchies. • Pour vous, mon fils, selon la loi sacrée de la traditionsacerdotale, recevez avec de saintes dispositions des parolessaintes; devenez divin par cette initiation aux choses divines;cachez au fond de votre cœur les mystères de. ces doctrinesdunité, et ne les livrez pas aux profanations de la multi-tude. Car, comme disent les oracles, il ne Caut pas jeter auxpourceaux léclat si pur et la beaut6 si splendide des perlesspirituelles.
  • 16. CHAPITRE ID Olll EXPOSE LA DDnllTIOll DII LA RU!RARCRIE ET SON UTILIT.Î ARGUlIB."fT. - I. On définit la hiérarchie. II. On expose quel est le butde lit. Iiiélarchil, et quelle subordination elle réclame; on montre quIsa beauté consiste dans limitation de la Dhinité, et quelle remplit letripl~ ministère de purifier, dilluminer et de perfectionner. III. Onexplique les devoirs respectifs de ceux qui sont ministres et sujets decette purification, f,ie cltte illumination et de cette perfection. J. Selon moi, la hiérarchie est à la fois ordre, science etaction, se conformant, autant quil se peut, aux attributsdivins, et reproduisant par ses splendeurs originelles comme une expression des choses qui sont en Dieu. Or, la beautéincréée,parcequelleestsimple, bonne et principe deperfeclion,est pure aussi de ~out vil alliage; toutefois, et selon les dispo-sitions personnelles de chacun, elle communique aux hommessa lumière, et, par un mystère divin, les refait au modèle deS8 souveraine et immuable perfection, II. Le but de la hiérarchie est donc dassimiler et dunir àDieu, quelle adore comme maUre et guide de sa science etdA ses fonctions saintes. Car, contemplant dun œil assuré labeauté suréminente, elle la retrace en soi, comme elle peut;el elle transforme ses adeptes en autant dimages de Dieu li) : (i) llatth., 5, ~.
  • 17. tG DE LA. HIÉRARCHIE CÉLESfEpurs et splendides miroirs où peut rayonner léternelle etineffable lumière, et qui, selon lordre voulu, renvoient libéra-lement sur les choses inférieures cette clarté empruntée dontils brillent. Car ni les initiateurs, ni les initiés des cérémoniessacrées ne doivent singérer en des fonctions qui nappar-tiennent pas à leur ordre respectif; même ce nest qUà lacondition dune nécessaire dépendance quon peut aspireraux divines splendeurs, et les contempler avec le respectconvenable, et imiter la bonne harmonie des esprits célestes. Ainsi, par ce mot de hiérarchie, on entend un certainarrangement et ordonnance sainte, irlJage de la beauté incréée,célébrant en sa sphère propre, avec le degré de pouvoir etde science qui lui revient, les mystères illuminateurs, etsessayant à retracer avec fidélité son principe originel. Effec-tivement la perfection des membres de la hiérarchie est dt:sapprocher de Dieu par une courageuse imitation, et, ce quiest plus sublime encore, de se rendre ses coopérateurs (1),comme dit la parole sainte, et de faire éclater en eux, selonleur force propre, les IIJerveiUes de laction ditine. Cest pourquoi lordre hiérarchique étant que les uns soientpurifiés et que les autres purifient; que les uns soient illu-minés et que les autres illuminent; que les uns soient perfec-tionnés et que les autres perfectionnent; il sensuit que chacunaura son mode dimiter Dieu, Car cette bienheureuse nature,si lon me permet une si terrestre locution, est absolumentpure et sans mélange, pleine dune éternelle lumière, et siparfaite quelle exclut tout défaut; elle purifie, illumine etperfectionne; que dis--je? elle est pureté, lumière et perfec-tion même, au-dessus de tout ce qui est pur, lumineux etparfait; principe essentiel de· tout bien, origine de toute (i) 1. Cor., 3, 9.
  • 18. CHAPITRE III 17biérarchiE, surpassant même toute chose sacrée par sonexcellence infinie. III. II me semble donc nécessaire que ceux quon purifie,~e conservant plus aucune souillure, deviennent libres detout ce qui a besoin dexpiation; que ceux quon illumine!loient remplis de la divine clarté, et les yeux de leur enten-dement exercés au travail dune chaste contemplation; enfin,que ceux quon perfectionne, une fois leur imperfectionprimitive abolie, participent à la science sanctifiante desmerveilleux .enseignements qui leur furent déjà manifestés;pareillement, que le purificateur excelle en la pureté quilcommunique aux autres: que lilluminateur, doué dune plusgrande pénétration desprit, également propre à recevoir et àtransmettre la lumière, heureusement inondé de la splendeursacrée, la répande à flots pressés sur ceux qui en sontdignes; enfin, que le dépositaire habile des secrets tradi-tionnels de la perfection initie saintement ses frères à laconnaissance des mystères redoutables quil a lui-mêmecontemplés. Ainsi, les divers ordres de la hiérarchie coo-pèrent à laction divine, chacun selon sa mesure propre; etpar la grâce et la force den haut, ils accomplissent ce que ladivinité possède par nature et excellemment, ce quelle opèredune fa~on incompréhensible, ce que la hiérarchie manifesteet propose à limitation des intelligences généreuses et chèresau Seigneur.
  • 19. CHAPITRE IV CB QUE SIGNIFIE LE NOl( DASGIII AaOU.lIBIlT. -·1. On enseigne que Dieu sest communiqué aux crlill-tures plll bonté, et que toutes les créatures participent de Dieu. 11. LesAnges sont appelés li. une participation plus excellente, et chargés detransmettre aux êtres inférieurs les secrets di vins. 1II. On établit queDieu ne sest jamais manifesté dans la pureté de son essence, mais tou-iours sous le voile de symboles créés; que les êtres inférieurs vouta Dieu par le ministl!re dêtres supérieurs, et que toute hiérarchie ren-ferme trois degrés distincts. IV. On fait voir que le mystére de lIncar-nation fut dabord anlloncé par les Anges, et que le Christ lui-même,dans sa ,oie mortelle, reçut les prescliptions de son Pére par le moyenIles saints Anges. I. Je crois avoir défini, comme il convient, ce que cestquune hiérarchie. Il faut célébrer maintenant celle des anges,et contempler dun œil tout spiritualisé les fictions vénérablessous lesquelles ils nous apparaissent dans les Écritures. Ainsiles mystérieux symboles nous élèveront à la hauteur de cespures et célestes substances, et nous louerons le principe dela science hiéFarchique avec cette sainteté que sa majestéréclame, et ces actions de grâces que la religion pratique. Avant tout, on doit dire que Dieu, essence suprême, a faitacte damOur en donnant à toutes choses leur es"ence propre,et en les élevant jusquà lêtre: car il napparlient quà la
  • 20. CHAPI1RF. Il" t9 cause absolue et à la souveraine bonté dappeler à la parti- cipation de son existence les créatures diverses, chacune au degré où elle en est naturellement capable. Cest pourquoi toutes, elles relèvent de la sollicitude providentielle de Dieu, cause universelle et suressentielle; même elles nexisteraient point, si lessence nécessaire et le premier principe ne sétait communiqué. Ainsi par cela même quelles sont, les choses inanimées participent de Dieu, qui par la sublimité de son essence est lêtre de tout; les choses vivantes participent decette énergie naturellement vitale, si supérieure à toute vie; les êtres raisonnables et intelligents participent de cettesagesse, qui surpasse toute raison et intelligence, et qui estessentiellement et éternellement parfaite. Il est donc certainque les essences diverses sont dautant plus proches de ladivinité, quelles participent delle en plus de manières. Il. Voilà pourquoi, dans cette libérale effusion de la naturedivine, une plus large part dut échoir aux ordres de lahiérarchie céleste quaux créatures qui existent simplement,ou qui ont le sentiment sans la raison, ou même qui sont,comme nous, douées dintelligence. Car sessa~ant à imiterDieu, et, parmi la contemplation transcendante de ce sublimeexemplaire, saisis du désir de se réformer à son image, lespurs esprits obtiennent de plus abondants trésors de grâce:assidus, généreux et invincibles dans les efforts de leur saintamour pour sélever toujours plus haut; puisant à sa sourcela lumière pure et inaltérable, par rapport à laquelle ilssordonnent, vivant dulle vie pleinement intellectuelle. Amsice sont eux qui, en premier lieu, et à plusieurs titres, sontadmis à la participation de la divinité, et expriment moinsimparfaitement, et en plus de manieres, le mystère de lanature infinie; de là vient quils sont spécialement et parexcellence honorés du nom danges, la splendeur divine leur
  • 21. 2U DE LA HIÉRAUClIlE CÉLESTEétant départie tout dabord, et la révélation des secretssurnaturels étant faite à lhomme par leur entremise. Ainsites anges nous ont intimé la loi, comme enseignent les saintesLd1res (1). Ainsi, avant et après la loi, les anges conduisaien 1à Dieu nos illustres ancêtres, tantôt en leur prescrivant desrègles ale conduite, et les ramenllint de lerreur et dune vieprofane au droit chemin de la vérité (2), tantôt en leurmanifestant]a constitution de la hiérarchie céleste, ou leurdonnant ]e spectacle mystérieux des choses surhumaines.ou leur expliquant, au nom du ciel, les événements futurs (3). Ill. Si quelquun veut dire que Dieu sest révélé immédia-tement et par tui-même à de pieux personnages, qne celui-làsache par les affirmations positives des Écritures que personnesur terre na vu ni ne verra lessence intime de Dieu (4, maisque ces apparitions saintes se font. pour lhonneur de lado-rable majesté, sous le voile de symboles merveiUeux que lanature humaine puisse supporter(5). Or, ces visioDs retraçantcomme une image de la divinité, autant du moms que ce quia forme pellt ressembler à ce qui est sans forme, el par làt!evant jusque vers Dieu ceux à qui elles son l accordées, lathéologie, dans son tangage plein de sagesse, les appellethéophanies; et ce nom leur convient, puisquelles communi-quent à lhomme une divine lumière et ane certaine sciencedes cboses divines, Or, les glollieux patriarches recevaient des esprits célesteslintelligence de ces mystérieuses manifestations. Car lesÉcritures nenseignent-elles pas que Dieu donna lui-même àMoïse ses ordonnances sacrées (6), ponT nous faire savoir que (t) Galat., 3, 19,; Act., 7, 53. - (2) Matth., 2, la.; Act., H, 13.- (3) Daniel, 7, ID; Isaïe, cap. fO. - (-1) i. Jean, 4, t2. - (5) Gen.,3, 8, et t8, t. - (6) Nomb., 9; Act., 1; Galat., 3.
  • 22. CH,lPITRE IVcette loi nétait que la figure dune autre sainte et divineéconomie? Et néanmoins nos mailres affirment quelle nousfut transmise par Jes anges, pour nous montrer quil est dansles exigences de Jordre éternel que les choses inférieuressélèvent à Dieu par le moyen des choses supérieures. Elcette règle natteint pas seulement les esprits qui soutiennentvis-à-vis lun de lautre des rapports de supériorité et dinfé-riorité, mai~ bien encore ceux qui sont au même rang, lesouverain auteur de tout ordre voulant quen chaque hiérarchieil y eût des puissances constituées en premier, second ettroisième lieu, afin que les plus élevées fussent guides etmaîtresses des autres dans les travaux de lexpiation, de1iilumination et de la perfection. IY. Aussi voyous-nous que le mystère de la charité dt)Seigneur fut dabord révélé aux anges, et quensuite, par leurmédiation. la grâce de cette connaissance descendit jusquànous. Le prêtre Zacharie apprit de saint Gabriel que lenfantqui lui viendrait des cieux, contre toute espérance, serait leprophète de lopération divine, que Jésus devait miséricordieu-sement manifester en sa chair, pour le salut du monde (1).Par II: même messager divin, Marie sut comment se consom-merait en elle le miracle ineffable de lIncarnation du Verbe(2). Un autre envoyé informa Joseph de lentier accomplisse- ment des saintes promesses taites a David son aïeul. Ce futencore un ange qui annon~a la bonne nouvelle aux bergers purifiés par le repos et le silence de la solitude, tandis queles chœurs de larmée céleste enseignaient aux hommes cet hymne de gloire tant répété dans lunivers. Mais, élevant les }eux vers des révélations plus sublimes encore, jobserve quele principe suressentiel des substances célestes, le Verbe, en (t) Luc, 1, t3. - (2) Ibid.
  • 23. 22 DE LA HIÉUReHIE ctLESTEprenant notre nature sans altération de la sienne, ne dédaignapas daccepter lordre de choses établi pour lhumanit~; mêmeil se soumit docilement aux prescriptions que Dieu son Pèrelui intima par le ministère des esprits. Ainsi cest un ange quifit connaître à Joseph la volonté divine touchant la fuite enÉgypte, et également sur le retour en Judée (1). Et toute lavie du Seigneur offre le spectacle de la même subordination;car vous connaissez trop bien la doctrine de nos traditionssacerdotales pour que jaie besoin de vous rappeler quunange fortifia Jésus agonisant (2), et que le Sauveur lui-mêmefut appelé ange du grand conseil (3), lorsque, pour opérerheureusement notre rédemption, il prit rang parmi les inter-prètes de la Divinité j car, comme il dit en celte qualité, tOll&ce quil avait appris du Père, il nous la manifesté. Il Mattia., cap. 2. - (2) Luc, 22. - 43. (3) Isaïe, 9.
  • 24. CHAPITRE VPOURQUOI OK APPELLE GÉNÉRALEMENT DU NOK nANGES Touns LES CÉLESTES BSSEKCES? ABGU.UT. - On enseigne que le nom dAnges, quoiquil C"onvicnneproprement au dernier rang de la hiérarchie céleste, peut sappli-quer cependant aux ordres supérieurs; car ils ont les qualités, et ilspeuvent remplir les fonctions, et par suite porter les titres quiappartiennent Il. leurs subalternes, mais non pas réciproquement. Jai fait voir, comme jai pu, doù vient que Jes Écrituresdonnent le nom danges aux esprits bienheureux. II mesemblerait bon dexaminer maintenant pourquoi la théologiedésigne indifféremment par cette commune appellation toutesles natures célestes en général (1), tandis que, dans lexplica-tion de chaque ordre en particulier, elle enseigne que lesanges tiennent le dernier rang de la hiérarchie invisible quilscomplètent, et quau-dessus cr eux .)0 trouve la milice desarchanges, les principautés, les puissances, les vertus et tousles esprits plus sublimes encore que la tradition nous faitconnaUre. Or, nous disons que, dans toute constitutionhiérarch~que, les ordres supérieurs possèdent la lumière etles f...culté!; des ordres inférieurs, sans que ceux-ci aient (t) Ps., t02: lIIatth., 2, 5.
  • 25. DE LA. HIÉRARCHIE CÉLESTEréciproquement la perfection de ceux-là. Cest donc justementque, dans la théologie, on appelle anges toute la foule sacréedes intelligences suprêmes, puisquelles servent aussi à mani-fester léclat des splendeurs divines. Mais, à aucun titre, lescélestes natures du dernier rang ne pouvaient recevoir ladénomination de principautés, de trônes, de séraphins, puis-quelles ne partagent pas tous les dons des esprits supé-rieurs. Or, de même que par elles nos saints pontifes sontinitiés à la connaissance de lïnetTable clarté quelles contem-plent, ainsi le dprnier ordre de larmée angélique est élevé àDieu par les augnstes puissances des degrés plus sublimes.On pourrait encore ré~oudre la difficulté dune autre sorte,en disant que ce nom danges fut donné à toutes les vertuscélestes, à raison de leur commune ressemblance avec la Divinité et de leur participation .plus ou moins intense·à ses splendeurs éternelles. Mais afin que nulle confusion ne se mêle en nos discours, considérons religieusement ce que les Écritures disent des nobles propriétés de chaque ordre de la hiérarchie céleste.
  • 26. CHAPITRE VIQUI! LEll lfArUAKI cU.BllTJlS SE DIVISENT U TROll oRnRas PRINCLP.LVI On montre: l, que Dieu seul connalt uact8meat Cf qui AaOl::IIEIll:, -concerne les ordres angéliques; II, que les neufs chœurs des Angesforment trois hiérarchies. J. Quel est le nombre, quelles sont les facultés des di versordres que forment les esprits célestes? En quelle manièrechaque hiérarchie est-elle initiée aux secrets divins? Cest cequi nest exactement connu que par celui qui est ladorableprincipe de leur perfection. Toutefois eux-mêmes nignorentni les qualités ni les illuminations dont ils sont particuliè-rement doués, ni le caractère auguste de lordre auquel ilsappartiennent. Mais les mystères qui concernent ces puresintelligences et leur sublime sainteté ne sont point chosesaccessibles à lhomme, à moins quon ne soutienne que, par lapermission de Dieu, les anges nous ont appris les merveillesquils contemplent en eux-mêmes. Cest pourquoi nous nevoulons rien affirmer de notre chef, mais bien exposer, selonnos forces. ce que les docteurs ont vu dans une sainteintuition et ce quils ont enseigné touchatlt les bienheureuxesprits. II, Or, la théologie a désigné par neuf appellations diverses
  • 27. 26 DE LA ml!RAuclIIE Clfi.E5TEtoutes les Datures angéliques, et notre divin initiateur lesdistribue en trois hiérarchies, dont chacune comprend troisordres. Selon lui, la première environne toujours la divi-nité et sattache indissolublement à elle dune façon plusdirecte que les deux autres (t), lÉcriture témoignant dunemanière positive que les trônes et ces ordres auxquels ondonne des yeux et des ailes, et que lhébreu nomme chérubinset séraphins, sont immédiatement placés auprè~ de Dieu etmoins séparés de lui que le reste des esprits. Ainsi, daprèsla doctrine de nos illustres maUres, de ces trois rangs résulteune seule et même hiérarchie, la première, qui est la plusdivine et qui puise directement à leur source les splendeurséternelles. Dans la deuxième, on trouve les puissances, Ip.sdominations et les vertus. Enfin, la troisième et dernière secompose des anges, des archanges et des principaulés. li Éléeh., i ; l~aïe, 6.
  • 28. CHAPITRE VII DES SÉUPBINS, DES CHMUBINS ET DES TRÔNES QUI FORMENT LA. PRBlllÈRB HIÉURCHI.K ARGUIIIlKT. -On enseigne: l, ce que signifient les noms de Chérubins,de Séraphins, de Trônes; II, quelle est la dignité de la première hié-rarchie, sa force contemplative, sa perfection; III, que les espritsinférieurs sont initiés à la science divine par leurs supérieurs, et lesesprits du premier rang par Dieu lui-même, et que tous recueillentavec respect la lumière qui leur est accordée j IV, quelle est la fonctionde cette première hiérarchie. I. Acceptant cette distribution des saintes hiérarchies, nousaffirmons que tout nom donné aux intelligences célestes estle signe des propriétés divines qui les caractérisent. Ainsi,au témoignage des hébraïsants, le mot de séraphins signifielumière et chaleur, et celui de chérubins, plénitude de scienceou débordement de sagesse. il convenait sans doute que lapremière des hiérarchies célestes fût formée par les plussublimes esprits; car tel est le rang quils occupent par-dessus tous les antres, qne, dans un commerce immédiat etdirect, la divinité laisse découler sur eux plus purement etplus efficacement les splendeurs de sa gloire et les connais-sances de ses mystères. On les appelle donc flammes brû-lantes, trônes, fleu,-es de sagesse, pour exprimer par cette
  • 29. 28 DE LA HIÉRARCHIE CÉLESTE dénomination leurs divines habitudes. Cest ainsi que le nom des séraphins indique manifestement leur durable et perpétuel attrait pOUl les choses divines, lardeur, lintensité, limpé- tuosité sainte de leur généreux et invisible élan, et cette force puissante par laquelle ils soulèvent, transfigurent et réfor- ment à lenr image les natures subalternes en les vivifiant, les embrasant des feux dont ils sont eux-mêmes dévorés, et cette chaleur purifiante qui consume toute souillure, et enfin cette active, permanente et inépuisable propriété de recevoir et de communiquer la lumière, de dissiper et dabolir touteobscurité, toutes ténèbres. Le nom des chérubins montre quils sont appelés à con- naître et admirer Dieu, à contempler la lumière dans son éclatoriginel et la beauté incréée dans ses plus splendides rayon-nements; que, participant à la sagesse, ils se façonnent à saressemblance et répandent sans envie, sur les essencesinférieures, le flot des dons merveilleux quils ont reçus. Le nom des nobles et augustes trOnes signifie quils sontcomplètement affranchis des humiliantes passions de la terre;quils aspirent, dans leur essor sublime et constant, à laisserloin au-dessous deux tout ce qui est vil et bas; quils sontunis au Très-Haut de toutes leurs forces avec une admirablefixité: quils reçoivent dun esprit pur et impassible les doucesvisites de la divinité; quils portent Dieu, en quelque manière,et sinclinent avec un frémissement respectueux devant sessaintes communications. 11. Tel est, selon nous, le sens des noms divers queportent ces esprits. Il nous reste à expliquer la hiérarchiequils forment. Je pense avoir déjà suffisamment marqué quetoute hiérarchie a pOlir but invariable une certaine imitationet ressemblance de la divinité, et que toute fonction quelleimpose tend à la double fin de recevoir et de conférer une
  • 30. CHAPITRE VU 29 pure lé non souillée, une divine lumière et une parfai le connaissance des saints mystères. Je voudrais maintenant enseigner dune manière convenable comment lÉctiture comprend lordre sublime des intelligences les plus élevées. Sachons dabord que cette première hiérarchie est également propre à toutes les natures supérieures. qui, venant immédia- tement après leur souverain auteur et placées, pour ainsi dire, au voisinage de linfini, lemportent sur toute puissance créée, soit visible. soit invisible. Elles sont donc très éminemment pures, non pas seulement en ce sens que nulle tache, nulle souillure ne les avilit et quelles ne subissent pas la loi de nos imaginations maté- rielles, mais surtout parce que, inaccessibles à tout principe de dégradation et douées dune sainteté transcendante, elles sélèvent par là même au·dessus des autres esprits, si divins quils soient; et encore. parce quelles trouvent, dans un généreux amour de Dieu, la force de se maintenir librementet invariablement en leur ordre propre, et que nulle altéra- tion ne leur peut survenir, la raideur dune volonté invincibleles attachant saintement aux fonctions merveilleuses qui leurfurent assignées. Egidlment elles sont contemplatives; et par là je ne veuxpas dire quelles perçoivent les choses intellectuelles aumoyen de symboles sensibles, ni que le spectacle de diverseset pieuses images les élève à Dieu; mais je comprendsquelles sont inondées dune lumière qui surpasse touteconnaissance spirituelle, et admises, autant que leur naturepermet, à la vision de cette beauté suréminente, cause etorigine de toute beauté, et qui reluit dans les trois adorablesPersonnes; je comprends quelles jouissent de lhumanité duSauveur autrement que sous le voile de quelques figures oùse retracent ses augustes perfections; car, par laccès libre
  • 31. 30 OK I.A HIfl.:RARCHlE CELESrEquelles ont auprès de lui, elles reçoivent et connaissentdirectement ses saintes lumières; je comprends enfin quilleur est donné dimiter Jésus-Christ dune façon plus relevée,et quelles participent, selon leur capacité, au premier écoule-ment qui se fait de ses vertus divines et humaines. Elles sont parraites aussi, non point parce quelles saventexpliquer les mystères cachés sous la variété des symboles,mais parce que, dans leur haute et intime union avec ladivinité, elles acquièrent, touchant les œuvres divines, cettescience ineffable que possèdent les anges; car ce nest pointpar le ministère de quelques autres saintes natures, mais deDieu immédiatement, quelles reçoivent leur initiation. Ellessélèvent donc à lui sans intermédiaire, par leur vertu propreet par le rang supérieur quelfes occupent; et par là encore,elles se fixent dans une sainteté immuable et sont appelées àla contemplation de la beauté purement intelligible. Ainsiconstituées dune façon merveilleuse par lauteur de toutehiérarchie quelles entourent au premier rang, elles apprennentde lui les hautes et souveraines raisons des opération~divines. Hl. Or, les théologiens enseignent clairement que, par uneadmirable disposition, les ordres inférieurs des pures intelli-gences sont instruits des choses divines par les ordres supé-rieurs, et que les esprits (lu premier rang à leur tour reçoiventdirectement de Dieu la communication de la science. Effecti-vement les saintes Écritures nous montrent tantôt quelquesunes de ces natures saintes apprenant de natures plus augustes,que cest le Seigneur des verlus célestes et le Roi de gloire qui,sous forme humaine, sélève dans les cieux (f); tantôt quelques:Iutres interrogeant Jésus-Christ en personne, et désirant () Ps., {o.
  • 32. CHAPITRE VII 31connaHre lœuvre sacrée de notre rédemption, recueillant lesinstructions de sa bouche, et informés par lui-même desmiracles de sa bonté envers les hommes: cest moi, dit-il, quiparlejustice et jugement pour le salut (t). Ici jadmire commentles essences que leur sublimité place au-dessus de toutes lesautres, éprouvent, aussi bien que leurs subalternes, quelquetimidité de désir à lendroit des communications divines: carelles ne débutp-nt point par dire au Seigneur: Pourquoi vosvêtements sont-ils rougis (~)? Mais elles se questionnentdabord elles-mêmes, manifestant par là leur projet, leurenvie de connaitre lauguste merveille, et ne prévenant pas larévélation progressive des lumières célestes. Ainsi la première hiérarchie des esprits bienheureux estrégie par le souverain initiateur même j et parce quelle dirigeimmédiatement vers lui son essor, recueillant autant quil sepeut la pureté sans tache qui produit la vive lumière, doùnait la sainteté parfaite, elle se purifie, sillumine et se perfec-tionne; oui, pure de tout ce qui est infime, brillante des pre-miers rayons de la lumière, riche et ornée dune sciencesublime quelle puise à sa source. Même je pourrais bien direen un mot que cette dérivation de la science divine est toutensemble expiation, illumination et perfection; car elle purifievraiment de toute ignorance, en communiquant à chaque intel-ligence, selon sa dignité propre, la connaissance des mystèresineffables; elle éclaire aussi, et, par la pureté.quelle donne,permet aux esprits de contempler au grand jour de cette lumièresuréminente les choses quils navaient point encore vues;enfin, elle les perfectionne en les confirmant dans la claireintuition des plus magnifiques splendeurs. IV. Telle est, autant que je puis savoir, la première biérar- (t) Isaïe, 63, t. - (2) Isail t et 2.
  • 33. 32 DE LA HIÉRARCHIE CÉLESTEchie des cieux; rangée comme en cercle autour de la divinité,elle lenvironne immédia tement, et, parmi les joies duneconnaissance permanente, elle tressaille dans la merveilleusefixité de cet élan qui emporte les anges. Elle jouit dune foulede suaves et pures visions; elle brille sous Je dOl1X reflet dela clarté infinie; elle est nourrie dun aliment divin, tout à lafois abondant, puisque cest la première distribution qui stmfait, et réellement un, et parfaite~ent identique, à cause dela simplicité de lauguste substance. Bien plus, elle a lhonneurdêtre associée à Dieu, et de coopérer à ses œuvres, parcequelle retrace, autant que peut la créature, les perfectionset les opérations divines. EUe connait dune façon surémi-nente plusieurs ineffables mystères, et entre, selon sa capacité,en participation de la science du Très-Haut. Etfectivement lathéologie a enseigné à lhumanité les hymnes que chantentces sublimes esprits, et où lon découvre lexcellence de lalumière qui les inonde: car, pour parler le langage terrestre,quelques-uns dentre eux répètent avec le fracas des grandeseaux: Bénie soit la gloire de Dieu du saint lien où il réside(l) 1Et dautres font retentir ce majestueux et célèbre cantique:Saint, sabt, saint est le Seigneur des armées; toute la terreest pleine de sa gloire (2) ! Mais nous avons expliqué à notre façon ces chants sacrésdes cieux dans le traité des hymnes divins, où il nous sembleavoir éclairci suffisamment cette matière. Je me contente ùerappeler ici que la première hiérarchie, initiée par linfiniecharité à la connaissance des divins mystères, les transmetavec bienfaisance aux hiérarchies inférieures. Pour tout direen un mot, elle leur enseigne que la majesté terrible, dignede toute louange, et au-dessus de toute bénédictiotl, doit être (i) Ézéch., 3, i.2. - (2) Isaïe, 6, 3.
  • 34. CHAPITRE VIl 33connue et glorifiée autant quil se peut, pal res intelligencesauxquelles le Seigneur se communique, puisquau témoignagede lÉcriture, elles sont, par leur sublimité divine, commedaugustes et saints lieux où la divinité repose. Elle leurenseigne que lunité très simple, subsistant en trois personnes,embrasse dans les soins de sa providence la création entière,depuis les plus nobles essences des cieux jusquaux plus vilessubstances de la terre; car elle est le principe éternel et lacause de toutes les créatures, quelle étreint par un lien mer-veilleux, ineffable,
  • 35. CHAPITRE VIIIDE LA SECONDE RllhURCIIJE, QUI SE COIIPOSB DIS DOBIYA.TIONS, DI!I v&nTUS ET DES PUISSANCES ABGUliENT. -1. On explique ce.que signifient I.s noms des Domina-tions, des Vertus et des Puissances; et comment cette seconde hiérar-chie reçoit lillumination divine, Il. On fait comprendre de quelle façonles esprits inférieurs reçoivent la lumière par le moyen des espritssupérieurs. I. Passons maintenant à la seconde classe des célestesintelligences, et, dun œil spiritualisé, essayons de contem·pler les dominations et les admirables phalanges des puis-sances et des vertus; car toute appellation donnée il ces êtressupérieurs révèle les propriétés augustes par lesquelles ils serapprochent de la divinité. Ainsi le nom des saintes dominations désigne, je peQse,leur spirituaUté sublime et affranchie de toute entrave maté-rielle, et leur autorité à la fois libre et sévère, que ne souillejamais la tyrannie daucune vile passion. Car, ne subissant nila honte daucun esclavage, ni les ~onditions dune dégradantechute, ces nobles intelligences ne sont tourmentées que dubesoin insatiable de posséder celui qui est la dominationessentielle et lorigine de toute domination; elles se façonnent
  • 36. ClIAPlfRK VIII 35 elles-mêmes et façonnent les esprits subalterne~ à la divine ressemblance; méprisant toutes choses vaines, elles tournent leur activité vers lêtre véritable, et entrent en participation deson éternelle et sainte principauté. Le nom sacré des vertus me semble indiquer celle mâle et invincible vigueur quelles déploient dans lexercice de leurs divines fonctions, et qui les empêche de faiblir et de cédersous le poids des augustes lumières qui leur sont départies. Ainsi portées avec énergie à imiter Dieu, elles ne font pas lâchement défaut à limpulsion céleste; mais contemplant dunœil attentif la vertu sur-essentielle, originale, et sappliquantà en reproduire une parfaite image, elles sélèvent de toutes leurs forces vers leur archétype, et à leur tour sinclinent, àla façon de la divinité, vers les essences inférieures pourles transformer. Le nom des célestes puissances, qui sont de m~me hiérar-chie que les dominations et les vertus, rappelle lordre parfaitdans lequel ellH., se présentent à linfluence divine, et lexer-cice légitime de leur sublime et sainte autorité. Car elles nese li~rent pas aux excès dun tyrannique pouvoir; mais sélan-çant vers les choses den haut, avec une impétuosité hienordonnée, et entrainant avec amour vers le même but lesintelligences moins élevées, dun côté elles travaillent à serapprocher de la puissance souveraine et principale i et delautre, elles la réfléchissent sur les ordres angéliques par lesadmirables fonctions quil leur est donné de remplir. Ornéede ces qualités sacrées, la seconde hiérarchie des espritscélestes obtient pureté, lumière et perfection, en la manièreque nous avons dite, par les splendeurs divines que luitransmet la première hiérarchie, et qui ne lui viennent ainsiquau second degré de leur manifestation. Il. Ainsi la communication de la science, qui se fait à un
  • 37. 36 DE LA HiÉRARCHiE (:ÉLEsrE ange par le ministère dun autre ange, exploique comment les dons célestes semblent perdre de leur éclat, à mesure que, séloignant de leur origine, ils sabaissent sur des êtres moinsélevés. Car comme nos maitres dans les choses saintes ensei-gnent que lïntuiLion pure nous instruit plus parfaitement qu~toute communication médiatement reçue, de même je penseque la participation directe, à laquelle sont appelés les angessupérieurs, leur manifeste mieux la divinité, que sils étaientinitiés par dautres créatures. Cest ponr cela aussi que notre tradition sacerdotale ditque les esprits du premier rang purifient, illumillenl et per-fectionnent les intelligences moins nobles, qui, par ce moyen,sélèvent vers le principe sur-essentiel de toutes choses, etentrent, autant qUIl leur condition permet, en part de lapureté, de lillumination et de la perfection mystiques. Carcest une loi générale, établie par linfinie sagesse, que lesgrâces divines ne sont communiquées aux inférieurs que parle ministère des supérieurs. Vous trouverez cette doctrineexprimée dans les Écritures. Ainsi quand Dieu, par clémencepaternelle, eut châtié Israël prévaricateur, en le livrant poursa conversion et son salut au joug odieux des nations bar-bares, il voulut encore, esSa.y8Dt de lameDer au bien les.tendres objets de sa sollicitude, briser leurs chaines et lesrétablir en la douceur de leur antique félicité: or, en cettecirconstance, un homme de Dieu, nommé Zacharie, vil unde ces anges qui entourent la divinité au premier rang (1)(car comme jai dit, la dénominatioo danges est commUDe àtoutes les célestes essences). Lauguste intelligence recevaitde Dieu même de consolantes parooles; à sa rencontre savan-cait un esprit dordre iB.lërieur, comme pour connaitre ce (t) Zach., t, 22.
  • 38. CBA:PlfllE VHl 37qui avait été révélé. Et effectivement, informé du conseil<!ivin par cette initiation mystérieuse, il eut ordr.e den ins-truire à son tour le prophète, qui apprit ainsi que Jérusalemau sein de labondance se réjouirait de la multitude de seshabitants. Un autre théologien, Ezéchiel, nous fait savoir (1)que le Seigneur très glorieux, qui règne sur les chérubins,porta ce décret dans son adorable justice: que dans leschâtiments paternels qui devaient corriger, comme il a étédit. le peuple israélite, les innocents seraient miséricordieu-sement séparés des coupables. Cette disposition est commu-niquée au premier des chérubins dont les reins brillent sousune ceinture de saphir. et qui a revêtu la robe flottante despontifes. En même temps, il reçoit ordre de transmettre lesecret divin aux autres anges armés de haches. Car pour lui,il doit traverser Jérusalem. et placer un signe sur le front deshommes innocents; et aux autres il est dit: Suivez-le autravers de la ville; frappez, et que votre œil ne se laisse pointattendrir; mais napprochez pas de ceux qui sont marquésdu signe. N·est-ce point par semblable disposition quunange dit à Daniel: Le décret est prononcé (2)1 et quun espritdu premier ordre va prendre des charbons ardents au milieudes chérubins (3) 1 Et ne reconnait-on pas plus nettementencore cette distinction hiérarchique. des anges, en voyantun chérubin placer ces charbons dans les mains de cet autrequi est revptu de létole sacrtle 1 en voyant quon appellelarchange Gabriel et quon lui dit: Fais entendre cette visionau prophète (4) 1 en apprenant enfin tout ce que rapportentles théologiens touchant ladmirable subordination des chœursangéliques? Type auguste que notre hiérarchie doit repro- (i) Ezéch., 9, iD tt suiv. - (2) Dan., 9. 23. - (3) Ezéch., iD. (4) Dan.,8, i6.
  • 39. 38 DE LA HIÉRARCHIE CÉLESTEduire aussi parfaitement quil lui est possible, pour êtrecomme un reflet de la beauté des anges, et pour nous éleverpar leur ministère vers le principe absolu de toute suprématieet autorité.
  • 40. CHAPITRE IXDBLA DERNIERE HIÉU.RCHIB CKLE8TE,QUl COJlPRBND LIS PRINCIP.HJTIlS LES ARCHANGES ET LES ANGES ARGu.SIIT. - On expose: l, ce que signifie le nom des Principautés,JI, des Archanges et des Anges, (t quelles sont leurs fonctions res-pectives. III. On prouve quil ne faut pas accuser les Anges du peude profit que certaines âmes tirent de leur direction, ni eux, ni Dieune faisant défaut Il personne; IV, que la Providence divine embrassetous les peuples, quoique Israël ait été nommts la part spéciale duSeigneur. I. Il nous reste à conSidérer la dernière des hiérarchiescélestes en laquelle brillent les saintes principautés, lesarchanges et les anges. Mais je crois quil faut dabord cons-tater, comme nous pourrons, le sens de leurs nobles quali-fications. Or, le nom des célestes principautés fait voir quellesont le secret divin de commander, avec ce bon ordre quiconvient aux puissances supérieures: de se diriger invaria-blement elles-mêmes et de guider avec autorité les autresvers celui qui règne par-dessus tout; de se former, au degréoù cest possible, sur le modèle de sa principauté originale-et de manifester enfin son autorité souveraine par la belledisposition de leurs propres forces. Il. Lordre des archanges appartient â la même division
  • 41. 4.0 DE LA. HI~RA.RCHIE C~LESTEqne les saintes principautés. li est vrai toutefois, comme jaidit ailleurs, quils forment aussi une seule et même divisionavec les anges. Mais comme toute hiérarchie comprend depremières, de secondes et de troisièmes puissances, lordresacré des archanges est un milieu hiérarchique où les extrêmesse trouvent harmonieusement réunis. En effet, il a quelquechose de commun avec les principautés et avec les anges toutensemble. Comme les unes, il se tient éperdument tournévers le principe suressentiel de toutes choses, et sappliqueà lui dovenir semblable, et mène les anges à lunité par lin-visible ressort dune autorité sage et régulière; comme lesautres, il remplit les fonctions dambassadeur, et, recevant desl~atl1res supérieures la lumière qui lui revient, il la transmetavec divine charité dabord aux anges et ensuite par eux àlhumanité, selon les dispositions propres de chaql1e initié.Car, comme on ra déjà vu, les anges vienneJ;lt compléter lesdifférents ordres des esprits célestes, et ce nest quen dernierlieu et après tous les autres que leur échoit la perfectionangélique. Pour cette raison et eu égard à nous, le nom dangeslellr va mieux quaux premiers, les fonctions de leur ordrenoos étant plus connues et toùchant le monde de plus près.Effectivement il faut estimer qlle la hiérarchie supérieure etplus proche par son rang du sanctuaire de la divinité, gouvernela seconde par des moyens mystérieux et secrets; à son tour,la seconde, qui renf~rme les dominations, les vertus et lespuissances, conduit la hiérarchie des principautés, desarchanges et de~ anges dune façon plus claire que ne fait lapremière, mais plus cachée aussi que ne fait la troisième;celle-ci enfin, qui nous est mieux connue, régit les hiéran:hieshumaines rune pal lautre, afin que lhomme sélève et setourne vers Dieu, communie et sunisse à lui, en !uivant lesmêmes degrés par lesqueltJ, au moyen de la m-erveillease
  • 42. CH-.PITRE IX~Ilbordination des hiérarchies diverses, la divine bonté a faitdescendre vers nous le! Saintes émanations des lumièreséternelles. Cest pourquoi les théologiens assignent aux angesla présidence de nos hiérarchies, attribuant à saint Michelle gouvernement du peuple juif et à dautres le gouvernementdautres peuples (f) ; car lÉternel a posé les limites des nationsenTaiso~ du nombre de ses anges (2). III. Si lon demande comment donc il sest fait que lesHébreux seuls furent appelés à la connaissance de la vérité,DOUS répondrons qnil ne Caut pas imputer à ladministrationdes bons anges la chute universelle des peuples dans,Iidolâ-trie; mais que, de leur propre mouvement, les hommeseux-mêmes sont sortis de la voie qui mène à Dieu, entralnéspar orgueil et perversité dans le culte honteux des divinitésmensongères. Au reste, nous avons des preuves que lesmêmes choses arrivèrent à Israël. 1 Tu as rejeté la connais-sance de Dieu, dit le prophète, et tu es allé après les désirsde ton cœur (3). » Car ni la fatalité ne domine notre vie, nila liberté des créatures ne saurait éteindre les lumières queleur envoie la divine Providence; seulement, à raison del~négalité que présenterrt les différents esprits, ou bien ils neparticipent nullement, par suite dune triste résistance, àleffusion d~s splendeurs célestes, 00 bien le rayon divin,malgré son unité, sa simplicité parfaite, son immutabilitéet sa plénitude, leur est communiqué tHl des proportionsdiverses avec plus ou moins dabondance, plus ou moinsde clarté. Et effectivement, les autres nations doù nousa:vons nous-mêmes élevé les yel1x vers cet imqu~nse océan delumière à la participation de laquelle tous sont libéralementconviés, les autres nations nétaient point régies par je ne sais (Il Dan., 10. - (2) Dcutér., 32. - (3) OBée, 6.
  • 43. 42 DE LA HIlfRARCHIE ClfLESTEquels dieux étrangers, mais bien par lunique principe de tout;et lange gardien de chacune delles entrainait vers la véritésouveraine les hommes de bonne volonté. Et ici rappelez-vous en preuve Melchisédech, cet homme si aimé des cieux,zélé pontife, non pas dimaginaires divinités, mais du Très-Haut qui est seul réellement Dieu (1). Or, les théologiensne lappellent pas seulement servitetR de lÉternel, il!! le •nomment encore prêtre, pour montrer aux esprits clair-voyants que non seulement il était resté fidèle à celui quiest, mais quil initiait aussi ses frères à la ,connaissance dela seuje vraie divinité. IV. Je veux rappeler encore à votre science sacerdotaleque les soins providentiels et labsolu pouvoir de Dieu furentmanifestés en songe à Pharaon par lange des Égyptiens (2) etâ Nabuchodonosor par lange de Babylone (3), et que Josephel Daniel, .serviteurs du vrai Dieu, et qui égalaient presqueles anges en sainteté, fur~nt préposés â ces penples poureltplïquer les visions figuratives dont la divinité leur avaità eux-mêmes appris le secret, par le ministère des célestesesprits: car il ny a quun seul principe de tout et une seuleprovidence. Cest pourquoi on ne doit pas simaginer quunesorte de hasard ait fait échoir à Dieu le gouvernement de laJudae, et quen dehors de son empire, les anges, ses rivaux,ou ses adversaires, ou même quelques autres dieux, présidentaux destinées du reste du monde. Certes, si on les comprendbien, nos Lettres sacrées ne veulent pas dire que Dieu aitpartagé avec dautres dieux ou avec les anges ladministra-tion de lunivers, tellement quen ceUe dhision la nation hébraïque flll devenue son lot; mais elles veulent dire quunemême et universelle providence, ayant spécialement désigné (i) Gen.:U. - (2) Gen., ". - (3) Dan., 2.
  • 44. CHAPITRE XJcertains anges, commit à leur garde le salut de tous leshommes, et que, parmi linfidélité générale, les enfants deJacob conservèrent presque seuls le trésor des saintes lumièreset la connaissance du Très-Haut. De là vient que lÉcriture,présentant Israël comme voué au culte du vrai Dieu: li Il estdevenu la portion du Seigneur, ajoute.t-elle (f). If Et à desseinde montrer qUà légal des autres peuples, Israël avait été confiéà lun des anges, pour apprendre sous sa conduite à connaltrele principe unique de toutes choses, elle rapporte que,saint Michel est le guide sacré des juifs (2). Par là, elle nousfait entendre quil ny a dans lunivers quune seule et mêmeprovidence infiniment élevée par sa nature au-dessus de toutespuissances visibles et invisibles; que lange préposé à chaquenation attire vers la divinité, comme vers leur propre principE.,ceux qui le suivent de tout leffort de leur bonne volonté. (1) Deutér., 32. - (2) Dan., Ill.
  • 45. CHAPITRE XaltsuxJl BT CONCLUSJO~ DE CE QUI A ÉTB DIT rOUCBoUIT ,,ORDRa ANGBLlQUB AaOUUlIT. - On (ait voir: l, que les plus élevés des Anges sontéclairés dune lumière plus parfaite; II, que la. subordination hiérar-chique se maintient dans cette transmission de lumière; III, que lesAnges et les hommes sont doués dune triple heulté. 1. De ce qui a été dit, on doit inCérer que les intelligencesdu premier rang qui approchent le plus de la divinité, sainte-ment initiées par les splendeurs augustes quelles re~oiventimmédiatement, silluminent et se perfectionnent sous lin-fluence dune lumière à la fois plus mystérieuse et plusévidente; plus mystérieuse, Jarce quelle est plus spiriluelleet douée àune plu5 grande puissance de simplifier et dunir;plus évidente, parce qualors, puisée à sa source, elle brillede son éclat primitif, quelle est plus entière et quelle pénètremieux ces pures essences. A cette première hiérarchie obéi 1la deuxième, celle-ci commande à la troisième et la troisièmnest préposée à la hiérarchie des hommes; et ainsi, par divineharmonie et juste proportion, elles sélèvent lune par lautrevers celui qui est le souverain principe et ]a fin de toute belleordonnanc~,
  • 46. CHAPITRE X II. Or, tous les esprits sont les interprètes et les envoyésdune puissance supérieure, Les premiers porlent les volontésimmédiates de la divinité, que dautres reçoivent pour lestransmettre à ceux qui viennent ensuite. Car notre Dieu, enqui toutes choses forment une harmonie sublime, a telIementconstitué la nature des êtres, soit raisonnables, soit purementintellectuels, et réglé leur perfectionnement, que chaquehiérarchie forme un tout parfaitement organisé et comprenddes puissances de trois degrés divers. Même, à vrai dire,chaque degré offre en lui ce merveilleux accord: cest pourcela sans doute que la théologie représente les pieux séraphinscomme sadressant lun à lautre (1), enseignant ainsi avecparfaite évidence, selon moi, que les premiers communiquentaux seconds la connaissance des choses divines. III. Bien plus, jajouterai avec raison quon doit spéciale-ment distinguer en toute intelligence humaine ou angéliquedes facultés de premier, second et troisième degré, correspon-dant précisément aux trois ordres dillumination qui sontpropres à chaque hiérarchie; et cest en traversant ces degréssuccessifs que les esprits participent, en la manière où ils lepeuvent, à la pureté non souillée, à la lumière surabondanteet à la perfection sans bornes. Car rien nest parfait de soi;rien nexclut la possibilité dun perfectionnement ultérieur,sinon celui qui est par essence la perfection primitive et infinie. (i) Isaïe, 6.
  • 47. CHAPITRE XltOllJlQUOI LES BSPRiTS AN~ÉLJQUES SO~T lIo••lfs CJlNÉRALI!lIK1H VERTUS CÊLESTES AnOUMKIIT, - On rappelle, T, que les purs esprits ne sont pas QommésVertus célestes par la même raison quils sont appelés Anges; JI, quece nom du Vertus, qui lem est appliqué il tous indi&tinctement,nétablit pas la courusioll des oldres divers et des racultés partieulièles;mais que tous étant essence, ertu, et activité, peuvent être appelésEssences, Verlus et luis5luces, 1. Maintenant il importede considérer pour quelle raison nousavons coutume de dOllner indistinctement à toutes les naturesangéliques Je nom de verlus célestes (J). Or, on ne sauraitfaire ici le raisonnement quon a fait plus haut (2); on nesaurait dire que Je rang des vertus soit le dernier parmi les hié-rarchies invisibles, et que, comme les puissances snpfirieurespossèdent tous les dons communiqués aux puissances infé-rieures, et non pas réciproquement, il en résulle que loutesles divines intelligences doivent être uppelées vertus, el nonpas séraphins, trônes et dominations. C,~ raj!olImJcm~lIt nevaut pas, disons-nous; car les anges, el au-Jesslis deux Jesarchanges, Jes principautés et les puissances ne sJnl placés (1) Ps" 23, 79, 102, - (2) Plus baut, C4f. 5.
  • 48. CIJAPITRE XI 41par la théologie quaprès les vertus, et, par suite, ne parti-cipent pas à toutes leurs propriétés; et toutefois nous les nommons vertus célestes aussi bien que les autres sublimesesprits. 11. Néanmoins, en générr,lisant ainsi cette dénomination,nous nentendons pas confondre les propriétés des différentsordre!;; seulement, comme par la loi sublime de leur être on distingue dans tous les purs esprits lessence, la vertu et lacte.si tous ou quelques-uns dentre eux sont dits indifféremmentessences ou vertus célestes, il faut estimer que cette locution désigne ceux dont nous voulons parler, précisément parlessence ou la vertu qui les constitue. Certainement, après les distinctions si nettes que nous avons établies, nous nirons pas attribuer aux natures moins parfaites de!; prérogatives·suréminentes, et troubler de la sorte lharmonieux accord qui ègne parmi les rangs des anges; car, ainsi quon la déjà emarqué plus dune fois, les ordres supérieurs possèdent xcellemment les propriétés des ordres inférieurs; mais ceux- ci ne sont point armés de toute la perfection des autres, qui, ecevant sans intermédiaire les splendeurs divines, ne les transmettent aux natures moins élevées quen partie et audegré où elle!; en sont capables. 8
  • 49. CHAPITRE XIInou VIENT QUB LON nONNE LE NOM nANGES AUX PUNTIIES DE NOTRE HIÉRARCHIE AROUIIBNT.- 1. On recherche pourquoi le prêtre est nommé par unprophète lAnge du Seigneur tout-puissant, quand 11 est certain Que laperfection des supérieurs ne se trouve pas dans les inférieurs. Il. Onrépond que les inférieurs, quoiquils négalent pas la perfection dessupérieurs, les imitent, leur ressemblent par quelque endroit, rem-plissent des fonctions analogues aux leurs, et peuvent recevoir leurnom. Ill. On confirme la justesse de oette solution en observant queles anges et les hommes sont quelquefois appelés Dieux. L Ceux qui sappliquent à la méditation de nos profondsoracles adressent encore cette question: Sil est vrai quelinférieur ne partage pas entièrement les qualités du supé-rieur, pourquoi dans les saintes Écritures nos pontifes sont-ilsappeléll anges du Seigneur tout-puissant (1) ? n. Or, cette parole ne semble point opposée à nos précé-dentes assertions; car, si la perfection des premiers ordres nese trouve pas chez les dt>rniers dans toute son excellence,néanmoins elle leur est communiquée en partie, et selon ledegré de leur capacité, par la loi de cette universelle (1) Malach., 2, 7. - Apoc., 2.
  • 50. CHAPITRE XII 49harmonie qui unit si intimement toutes choses. Par exemple,les chérubins jouissent sans doute dune sagesse et duneconnaissance merveilleuses; mais les esprits inférieurs partici-pent aussi à la sagesse et à la connaissance, dune façonmoins sublime, il est vrai, et moins abondamment, parcequils sont moins dignes. Ainsi le don de la connaissance etde la sagesse est commun à toutes les intelligences célestes:mais ce qui est propre à chacune delles, ce qui est déterminépar leur nature respective, cest de recevoir le bienfait divinimmédiatement et en premier lieu, ou bien médiatement eten degré inférieur. Et lon ne se trompe pas, en appliquant cemême principe à tous les esprits angéliques: car, commedans les premiers brillent éminemment les augustes attributsdes derniers, de même ceux-ci possèdent les qualités deceux-là, tou~efois avec moins dexcellence et de perfection. Ilnest donc pas absurde, comme on voit, que la théologiedonne le nom danges aux pontifes de notre hiérarchie,puisque, en la mesure de leurs forces, ils sassocient auministère des anges par la fonction denseigner, et, autantquil est permis à lhumanité, sélèvent jusquà leur ressem-blance par linterprétation des sacrés mystères. Ill. Bien plus, vous pouvez savoir quon appelle dieux lesnatures célestes qui sont au-dessus de nous, et même lespieux et saints personnages qui ornent nos rangs, quoique lasouveraine et mystérieuse essence de Dieu soit absolumentincommunicable et supérieure à tout, et quoique rien nepuisse avec justesse et en rigueur lui être reputé semblable.Mais quand la créature, soit purement spirituelle, soit raison-nable, essayant avec ardeur de sunir à son principe, etaspirant sans cesse et de toutes ses forces aux lumièrescélestes, parvient à imiter Dieu, si ce mot nest pas trop hardi,alors la créature reçoit glorieusement le nom sacré de Dieu.
  • 51. CHAPITRE XIUroURQUOI IL .ST DIT QUB LB PROPHiTB ISUB WUT PURIIUI PAR. UII SÉRAPHIII ARGUMENT. - 1. On recherche pourquoi il est dit quIsaïe Cut purifi.6par un ange de premier, et non pas de dernier ordre. II. On r6pondque cet ange ne Cut sans doute pas un s6raphin, mais que ce titre luiCut donn6, à cause de la Conction quil remplissait. III. On rapporte unautre sentiment: cest que lenvoyé c61este appartenait effectivementau dernier rang de la hiérarchie céleste; mais comme il tenait sa Conc-tion des esprits supérieurs, elle leur Cut attribuée légitimement, demême quon peut bien dire quun pontife confère les ordres par leministêre des évêques, et le baptême par le ministère des prêtres,quand ils tiennent de lui leur pouvoir respectif. IV. On décrit la visiondIsaïe, on le Seigneur apparatt sur IOn trOne, et environné desSéraphins, et lon explique comment Isaïe fut purifié, et les autresmystères de cette vision. I. Appliquons-nous encore à considérer pourquoi il est ditquun séraphin fut envoyé à lun de nos théologiens; car ondemande avec raison comment il se fait que ce soit une desplus sublimes intelligences, et non pas un des esprits inférieursqui purifie le prophète (1). Il. Quelques-uns, pour lever la difficulté, invoquent en (1) Isaïe, 6.
  • 52. CHAPITRE XIII 5tprincipe ceLLe analogie intime qui règne, comme nous avons vu, entre toutes les célestes natures: daprès cela, lÉcriturenindiquerait pas quune intelligence du premier ordre fûtdescendue pour purifier Isaïe, mais seulement quun desanges qui président à notre hiérarchie reçut, en cc cas, ladénomination de séraphin, précisément à raison de la fonctionquil venait remplir, et parce quil devait enlever par le feu liniquité du prophète. et ressusciter dans son âme purifiéele courage dune sainte obéissance. Ainsi nos oracles par-leraient ici, non pas de lun des séraphins qui entourent letrône de Dieu, mais de lune de ces vertus purifiantes quisont immédiatement au-dessus de nous. III. Un autre me donna, touchant la présente difficulté, unesolution qui nest pas du tout dénuée de sens. Selon lui,quelle quelle fût dailleurs, la sublime intelligence, qui parcette vision symbolique initie le prophète aux secrets divins,rapporta dabord à Dieu, puis à la première hitrarchie, leglorieux office qui lui était échu de communiquer la pureté enceLLe rencontre. Or ce sentiment est-il vrai? Celui qui meninstruisit le développait de cette sorte: La vertu divine atteintet pénètr~ intimement toutes choses par sa libre énergie,quoiquen cela elle échappe à tous nos regards, tant par lasublimité inaccessible de sa pure substance, qUà raison desvoies mystérieuses par lesquelles sexerce sa providentielleacliviLé. Ce nest pas à dire toutefois quelle ne se manifestepoint aux natures intelligentes au degré où elles en sontcapables; car confiant la grâce de la lumière aux espritssupérieurs, par eux elle la transmet aux esprits inférieursavec parfaite harmonie, et en la mesure que comportent lacondition et lordre de chacun deux. Expliquons-nous plus clairement par le moyen dexemplesqui conviennent mal à la suprême excellence de Dieu, mais
  • 53. S2 DE LA. HIÉllA.RCHIE ct:LESTEqui, aideront notre débile entendement: le rayon du soleilpénètre aisément cette matière limpide et légère quil ren-contre dabord, et doù il sort plein déclat et de splendeur;mais sil vient à tomber sur des corps plus denses, par lobs-tacle même quopposent naturellement ces milieux à ladiffusion de la lumière, il ne brille plus que dune lueur terneet sombre, et même saffaiblissant par degrés, il devientpresque insensible. Également sa chaleur se transmet av,t:cplus dintensité aux objets qui sont plus susceptibles de larecevoir, et qui se laissent plus volontiers assimiler par le feu;puilf son action appar.ait comme nulle ou presque nuUe danscertaines substances qui lui sont opposées ou contraires; enfince qui est admirable, elle atteint, par le moyen des matièresinflammables, celles qui ne le sont pas; tellement quen descirconstances données, elle envahira dabord les corps qui ontquelque affinité avec elle, et par eux se communiquera média-tement soit à leau, soit à tout autre élément qui semble larepousser. Or cette loi du monde physique se retrouve dans le mondesupérieur, Là, lauteur lfOuveraio de toute belle ordonnance,tant visible quinvisible, fait éclater dabord sur les sublimesintelligences le::; splendeurs de sa douce lumière; et ensuite lessaints et précieux rayonnements passent médialement auxintelligences subordonnées. Ainsi celles qui les premièressont appelées à connaître Dieu, et nourrissent le brûlant désirde participer à sa vertu, sélèvent aussi les premières illhonneur de retracer véritablement en elles cette auguslPimage, autant que le peut la créature; puis elles s~appliquentavec amour à attirer vers le même but les natures inférieures.leur faisant parvenir les riches· trésors de la sainte lumière.que celles-ci continuent à transmettre ultérieurement. De lasorte, chacune delles communique le don divin à celle qui la
  • 54. CH...PITRE XIII 53suit, et toutes participent à leur manière aux largesses de laProvidence. Dieu est donc, à proprement parler, réellementet par nature, le principe suprême de toute illumination,parce quil est lessence même de la lumière, et que lêtre et lavision viennent de lui; mais à son imitation et par ses décrets,chaque nature supérieure est, en un certain sens, principedillumination pour la nature inférieure, puisque, comme uncanal, elle laisse dériver jusquà celle-ci les flots de la lumièredivine. Cest pourquoi tous les rangs des anges regardent à uste titre le premier ordre de larmée céleste comme étant,après Dieu, le principe de toute connaissance sacrée et pieuxperfectionnement, puisquil envoie au reste de3 esprits bien-heureux, et à nous ensuite, les rayons ùe léternelle splendeur:de là vient que, sils rapportent leurs fonctions augustes etleur sainteté à Dieu comme à celui qui eslleur créateur, dunau,tre cOté, ils les rapportent aussi aux plus élévées des puresintelIigences qui sont appelées les premières à les remplir età les enseigner aux autres. Le premier rang des hiérarchiescélestes possède donc, à un plus haut degré que tous les autres,et une dévorante ardeur, et une large part dans les trésors dela sagesse infinie, et la savante et sublime expérience desmystères sacrés, et cette propriété des trônes (t) qui annonceune intelligence toujours préparée aux visites de la divinité.Les rangs inférieurs participent, il est vrai, à lamour, à lasagesse, à la science, à lhonneur de recevoir Dieu; mais cesgrâces ne leur viennent quà un degré plus faible et dunefaçon subalterne, et ils ne sélèvent vers Dieu que par leministère des anges supérieurs qui furent enrichis les premiersdes bienfaits célestes. Voilà pourquoi les natures moinssublimes reconnaissent pour leurs ioitiateurs ces esprits.plus (1) Voir plus haut lexplication du mot trÔnes, chap. 1.
  • 55. DE LA. HIÉRARCHIE CÉLESTEnobles, rapportant à Dieu dabord, et à eux ensuite, lesfonctions quelles ont lhonneur de remplir. IV. Notre maUre disait donc que la vision avait été mani-festée au théologien Isaïe par un des saints et bienheureuxanges qui président à notre hiérarchie; et que le prophète,illuminé et conduit de la sorte, avait joui de cette contemplationsublime, où, pour parler un langage symbolique, lui apparu-rent et les plus hautes intelligences siègeant immédiatementlJl-dessous de Dieu, et environnant son trOne, et au milieu ducortège la souveraine majesté· dans la splendeur de sonessence ineffable, sélevant par delà ces vertus si parfaites.Dans ces visions, le prophète apprit que, par la supérioritéinfinie de sa nature, la divinité lemporte sans comparaisonsur toute puissance soit visible, soit invisible, et quelle estabsolument séparée du reste des êtres, et na rien de semblablemême aux. plus nobles substances i il apprit que Dieu est leprincipe et la cause de toutes les créatures, et la base iné-branlable de leur permanente durée, et que de lui procèdentlêtre et le bien-être des créatures même les plus augustes i ilapprit encore quelles sont les vertus toutes divines desséraphins, dont le nom mystérieux. exprime si bien lardeurenflammée, ainsi que nous le dirons un peu plus loin, autantquil nous sera possible dexpliquer comment lordre séra-phique sélève vers son adorable modèle, Le libre et sublimeessor, par lequel les esprits dirigent vers Dieu leur triplefaculté, est symbolisé par les six ailes dont ils semblaientrevêtus aux yeux du prophète. De même ces pieds et cesvisages sans nombre, que la vision faisait passer sous sonregard, lui étaient un enseignement, aussi bien que ces ailesqui voilaient les pieds, et celles qui voilaient le visage, etcelles qui soutenaient le vol constant des anges i car, péné-trant le sens mystérieux de ce spectacle, il comprenait de
  • 56. CHAPITRE XIII 55quelle vivacité et puissance dintuition sont douées ces noblesintelligences, et avec quel religieux respect elles sabstiennentde porter une téméraire et audacieuse présomption dans larecherche des profonds et inaccessibles secrets de Dieu, etcomment elles sappliquent à imiter la divinité par un infati·gable effort, et dans un harmonieux concert. Il entendait cethymne de gloire si pompeux et tant répété, lange lui commu-niquant la science, autant que cétait possible, en mêmetemps quil lui mettait la vision sous les yeux. Enfin soncéleste instituteur lui faisait connailre que la pureté des esprits,quelle quelle soit, consiste en la participation à la lumière etlIa sainteté non souillée. Or, cest Dieu même qui, pour dineffables motifs, et parune incompréhensible opération, communique cette puretéà toutes créatures spirituelles; mais elle est départie plusabondamment, et dune façon plus évidente, à ces verlussuprêmes qui entourent de plus près la divinité: pour ce quiregarde et les rangs subalternes de la hiérarchie angélique,et la hiérarchie humaine tout entière, autant chaque intelli-gence est éloignée de son auguste principe, autant vis-à-visdelle le don divin affaiblit son éclat, et senveloppe dans lemystère de son unité impénétrable. Il rayonne sur les naturesinférieures au travers des natures supérieures, et pour toutdire en un mot, cest par le ministère des puissances plusélevées quil sort du fond de son adorable obscurité. Ainsi Isaïe, saintement éclairé par un ange, vit que lavertu purifiante et toutes les divines opérations reçues dabordpar les esprits plus sublimes, sabaissaient ensuite sur tousles autres, selon la capacité quelles trouvent en chacun deux:cest pourquoi le séraphin lui apparut comme Jauteur, aprèsDieu, de la purification quil raconte. Il nest donc pas horsde raison daffirmer que ce fut un séraphin qui purifia le
  • 57. 56 DE LA HIÉRARCHIE CÉLESTEprophète. Car comme Dieu purifie toute intelligenoe, préci-sément parce quil est le principe de toute pureté; ou bien, pourme servir dun exemple familier, comme notre pontife, quandil. purifie ou illumine par le ministère de ses diacres ou deses prêtres, est justement dit purifier et illuminer, ceux quila élevés aux ordres sacrés lui rapportant leurs nobles fonctions ;de même lange qui fut choisi pour purifier le prophète, rap-porta et la science et la vertu de son ministère à Dieu dabordcomme à leur cause suprême, et puis au séraphin, comme aupremier initiateur créé. On peut donc se figurer lange comme instruisant Isaïe parces pieuses paroles: « Le principe suprême" lessence, laIl cause créatrice de cette purification que jopère en toi, cest» celui qui a donné lêtre aux plus nobles substances, qui» conserve leur nature immuable, et leur volonté pure, et quilt les attire à entrer les premières en participation de sa provi-Il dentielle sollicitude. Il (Car cest ce que signifie lilmbassadedu séraphin vers le prophète, daprès le sentiment de celuiqui m!expliquait cette opinion.) « Or ces esprits sublimes,» nos pontifes et nos mattres, après Dieu, dans les choses» saintes, qui mont appris à communiquer la divine pureté,» ce sont eux, cest cet ordre auguste qui par moi te purifie,Il et· dont lauteur bienfaisant de toute purification emploie» le ministère, pour tirer de son secret, et envoyer les donsIl de son active providence. » Voilà ce que mapprit monmaître; et moi je vous le transmets, ô Timothée. Maintenantje laisse à votre science et à Totre discernement, ou bien derésoudre la difficulté par rune ou lautre des raisons proposées,et de préférer la seconde comme raisonnable et bien imaginée,peut-être comme plus exacte ; ou de découvrir par vos propresinvestigations quelque chose de plus conforme à la vérité;ou enfin, avec la grâce de Dieu, qui donne la lumière, et des
  • 58. CHAPITRE XIII 57anges qui nous la transmettent, dapprendre de quelque autreune meilleure solution. En ce cas, faites-moi part de votrebonne fortune; car non amour pour les saints anges seréjouirait de posséder sur cette question des données plusclaires.
  • 59. CHAPITRE XIVeVB SIGNlllB LB NOIIDRB DES ANGES DONT IL EST lAIT IIBNTION DANS LÉCRITURE Y ARGUMENT. - 1. On enseigne que, sans être infini, le nombre desAnges est très grand, si lPand que les hommes ne sauraient limaginer,que Dieu leul le 80nnalt, et quil surpasse le nombre deI créaturelsensibles. Je crois bien digne encore de lattention de nos esprits cequi est enseigné touchant les saints anges, savoir: quil y ena miile fois mille et dix mille fois dix mille (1), lÉcriture redou-blant ainsi et multipliant lun par lautre les chiffres les plusélevés que nous ayons, et par là faisant voir clairement quilnous est impossible dexprimer le nombre de ces bienheu-reuses créatures. Car les rangs des armées célestes sontpressés, el il!l échappent à lappréciation faible et restreintede nos calculs matériels, et le dénombrement nen peut êtresavamment f!lit quen vertu de cette connaissance surhumaineet transcendante que leur communique si libéralement leSeigneur, sagesse incréée, science infinie, principe sur-essentiel et cause puissante de toutes choses, force mysté-rieuse qui gouverne les êtres, et les borne en les embrassant. (i) Daniel, cap. 1.
  • 60. CHAPITHE XVQUBLLES SONT LBS PORIIES DIVERSES DONT LIlcRITURE RUn LIlS ANGES, I.ES ATTRIBUfS MATÉRIBLS QUELLE LBUR DONNE, Jl.T LA lIGNIFICATION MUnRIEUSB DE CES SYMBOLES ÀRou.nT. - I. On montre que les mêmes intelligences peuvent êtrenommées supérieures et inférieures; 11, comment les esprits sontcomparés au feu; III, comment la forme humaine et nos attributscorporels leur conviennent; IV, pourquoi on leur donne des vête-ments et des ceintures, et V, divers instruments empruntés li. nos arts;VI, pourquoi on les compare aux vents et aux nues; VII, li. diversmétaux j VIII, aux animaux même, tels que le lion, le bœuf et laigle;IX, enfin li. des f1eul"es et li. des chars. J. Mais si bon nous semble, enfin, donnons quelque relâcheà notre entendement après cette contention quont réclaméenos considérations abstraites sur les saints anges; et abais-sons le regard sur le riche et varié spectacle des formes nom-breuses sous lesquelles apparaissent les natures angéliques,pour remonter ensuite de la grossièreté du symbole àlintelligible et pure réalité. Or, avant tout, je "OU1 ferai observer que linterprétationmystique des figures et des emblèmes sacrés nous montreraparfois les mêmes rangs de larmée céleste tour à tour commesupérieurs et inférieurs, les derniers comme investis du
  • 61. 60 DE LA. HIÉRA.RCHIE CÉLESTEcommandement, et les premiers comme soumis à des ordres,tous enfin comme ayant des puissances de triple degré, ainsiquon a vu. Cependant il ne faut pas croire que ces assertionsimpliquent aucune absurdité. Car, si nous disions que certainesnatures angéliques sont gouvernées par des esprits plus noblesquelles régissent néanmoins, et que ceux qui ont autoritéreconnaissent lempire de leurs propres subordonnés, il yaurait vraiment là confusion de langage et contradictiontla~rante. M.ais si nous affirmons, non pas que les angesinitient ceux-là même dont ils reçoivent linitiation. ou réci-proquement, mais bien que chacun deux est initié par sessupérieurs, et initie à son tour ses inférieurs, personne sansdoute ne prétendra que les figures décrites dans les saintesLettres ne puissent légitimement et proprement sappliqueraux puissances du premier, du deuxième et du troisièmeorftre. Ainsi lintention fixe de sélever vers le parfait, lactivitéconstante et fidèle à se maintenir dans lès vertus qui leursont propres, cette providence secondaire par laquelle ilssinclinent vers les natures inférieures et leur transmettent ledon divin, tous les esprits célestes participent à ces qualités,mais en des proportions quon a déjà indiquées : les unspleinement et avec sublimité. les autres seulement en partieet dune façon moins éminente. II. Mais entrons en matière, et, au début de nos interpré-tations mystiques, cherchons pourquoi, parmi tous lessymboles, la théologie choisit avec une sorte de prédilectionle symbole du feu. Car, comme vous pouvez savoir, elle nousreprésente des roues ardentes, des animaux tout de flamme,des hommes qui ressemblent à de brûlants éclairs; elle nousmontre les célestes essences entourées de brasiers consu-mants, et de fleuves qui roulent des tIots de feu avec unebruyante rapidité Dans son langage, les trOnes sont de feu;
  • 62. CHAPITRE XV 61les augustes séraphins sont embrasés, daprès la significationde leur nom même, et ils échauffent et dévorent comme le Ceu ;enfin, au plus haut comme au plus bas degré de lêtre, revienttoujours le glorieux symbole du Ceu. Pour moi, jestime quecette figure exprime une certaine conCormité des anges avecla divinité; car çhez les théologiens lessence suprême, pureet sans Corme, nous est souvent dépeinte sous limage du feu,qui a, dans ses propriétés sensibles, si on peut le dire, commeune obscure ressemblance avec la nature divine. Car le feumatériel est répandu partout, et il se mêle, sans se confondre,avec tous les éléments dont il reste toujours éminemmentdistingué; éclatant de sa nature, il est cependant caché, et snprésence ne se manifeste quautant quil trouve matière â sonactivité; violent et invisible, il dompte tout par sa force propre,ct sassimile énergiquement ce quil a saisi; il se communiqueaux objets et les modifie,. en raison directe de leur proximité;il renouvelle toutes choses par sa vivifiante chaleur, et brilledune lumière inextinguible; toujours indompté, inaltérable,il discerne sa proie, nul changement ne latteint, il sélève versles cieux, et, par la rapidité de sa Cuite, semble vouloiréchapper à tout asservissement; doué dune activité constante,les choses sensibles reçoivent de lui le mouvement; il enve-loppe ce quil dévore et ne sen laisse point envelopper; ilnest point un accident des autres substances; ses envahis-sements sont lents et insensibles, et ses splendeurs éclatentdans les corps auxquels il sest pris; il est: impétueux et Cort,présent à tout dwle façon inaperçue; quon labandonne àson repos, il semble anéanti; mais qu~on le réveille, pourainsi dire, par le choc, à linstant il se dégage de sa prisonnaturelle, et rayonne et se précipite dans les airs, et secommunique libéralement, S{lns sappauvrir jamais. On pour-rait signaler encore de nombreuses propriétés du feu,
  • 63. 62 DE LA HIÉRARCHIE C~LESTElesquelles sont comme un emblème matériel des opérationsdivines. Cest donc en raison de ces rapports connus que lathéologie désigne sous limage du feu les natures célestes:enseignant ainsi leur ressemblance avec Dieu, et les effortsquelles font pour limiter. Ill. Les anges sont aussi représentés sous forme humaine,parce que lhomme est doué dentendement, et quil peut éleverle regard eu haut; parce quil a la forme du corps droite etnoble, et quil est né pour exercer le commandement j parcequenfin, sil est inférieur aux animaux sans raison, pour cequi est d6lénergie des sens, du moins il lemporte sur euxtous par la force éminente de son esprit, par la puissancede sa raison, et par la dignité de son âme naturellement libreet invincible. On peut encore, à mon avis, emprunter aux diverses partiesdu corps humain des images qui représentent assez fidèlementles esprits angéliques. Ainsi lorgane de la vue indique avecquelle profonde intelligence les habitants des cieux contem-plent les secrets éternels, et avec quelle docilité, avec quelletranquillité suave, avec quelle rapide intuition, ils reçoiventla limpidité si pure et la douce abondance des lumièresdivines. Le sens si délicat de lodorat symbolise la faculté quils ontde savourer la bonne odeur des choses qui dépassent lenten-dement, de discerner avec sagacité et de fuir avec horreurtout ce qui nexhale pas ce sublime parfum. Louie rappelle quil leur est donné de participer avec une admirable science .au bienfait de linspiration divine. Le goût montre quils se rassasient des nourritures spiri-tuelles et se désaltèrent dans des torrents dineffables délices. Le tact est lemblème de leur habileté à distinguer ce quileur convient naturellement de ce qui pourrait leur nuire.
  • 64. CHAPITRE XV 63 Les paupières et les sourcils désignent leur fidélité il garder les saintes notions quils ont acquises. Ladolescence et la jeunesse figurent la vigueur toujours nouvelle de leur vie, et les dents, la puissance de diviser, pour ainsi dire, en fragments la nourriture intelligible qui leur est donnée; car tout esprit, par Ulle sage providence, décompose la notion simple quil a reçue des puissances supérieures, et la transmet ainsi partagée à ses inférieurs,selon leur disposition respective il cette initiation. Les épaules, les bras et les mains. marquent la force quontles esprits dagir et dexécuter leurs entreprises. Par le cœur, il faut entendre leur vie divine qui va se com-muniquant avec douce effusion sur les choses confiées il leurprotectrice influence; et par la poitrine, cette mâle énergiequi faisant la garde autour du cœur maintient sa vertuinvincible. Les reins sont lemblème de la puissante fécondité descélestes intelligences. Les pieds sont limage de leur vive agilité, et de cet impé-tueux et éternel mouvement qui les emporte vers les chosesdivines; cest même, pour cela que la théologie nous les areprésentées avec des ailes aux pieds. Car les ailes sont uneheureuse image de la rapide course, de cet essor céleste quiles précipite sans cesse plus haut, et les dégage si parfaite-ment de toute vile affection. La légèret.é des ailes montre queces sublimes natures nont rien de terrestre, et que nulle cor-ruption n~appesantit leur marche vers les cieux. La nudité engénéral, et en particulier la nudité des pieds, fait comprendreque leur activité nest pas comprimée, quelles sont pleinementlibres dentraves extérieures, et quelles sefforcent dimiterla simplicité qui est en Dieu. IV. Mais puisque, dans lunité de son but et la diversité de
  • 65. DE LA HIÉRARCHIE CÉLESTEses moyens, la divine sagesse donne des vêtements auxesprits, et arme leurs mains dinstruments divers, expliquonseoeore, du mieux possible, ce que désignent ces nouveauxemblèmes. Je pense donc que le vêtement radieux et tout de feu figurela conformité des anges avec la divinité, par suite de la signi-fication symbolique du feu, et la vertu quils ont dilluminer,précisément parce que leur héritage est dans les cieux, douxpays de la lumière; et enfin leur capacité de recevoir et leurfaculté de transmettre la lumière purement intelligible. Larobe sacerdotale enseigne quils initient à la contempllltion desmystères célestes, et que leur existence est tout entière con-sacrée à Dieu. La ceinture signifie quils veillent à la conservation de leurfécondité spirituelle, et que recueillant fidèlement en eux-mêmes leurs puissances diverses, ils les retiennent par unesorte de lien merveilleux dans un état didentité im-muable. V. Les baguettes quils portent sont une figure de leur royale autorité, et de la rectitude avec laquelle ils exécutent toutes choses. Les lances et les haches expriment la facuH-é quils ont de discerner les contraires, et la sagacité, la vivacité et la puissance de ce discernement. Les instruments de géométrie et des différents arts mOll- trent quils savent fonder, édifier, et acbever leurs œuvres, et quils possèdent toutes les vertus de cette providence secon- daire qui appelle et conduit à leur fin les natures infé- rieures. Quelquefois aussi ces objets emblématiqpes, que por!ent les saintes intelligences, annoncent le jugement de Di8Jllsur
  • 66. CHAPITRE XV 65 nous (1). soit, par exemple, les sévérités dune utile correction, ou les vengeances de la justice; soit aussi la délivrance du péril et la fin du châtiment, le retour de la prospérité perdue, ou bien enfin laccroissement à divers degrés des grâces tantcorporelles que spirituelles. Certainement un esprit clairvoyant saura bien appliquer ,avec justesse les choses quil voit auxchoses quil ne voit pas. VI. Quand les anges sont appelés vents (2), cest pour faireconnaître leur extrême agilité et la rapidité de leur action, quisexerce, pour ainsi dire, instantanément sur toutes choses,et le mouvement par lequel ils sabaissent et sélèvent sanspeine pour en traIner leurs subordonnés vers une plus sublimehauteur, et pour se communiquer à eux avec une provi-dentielle bonté. On pourrait dire aussi que ce nom de vent,dair ébranlé, désigne une certaine ressemblance des angesavec Dieu; car, ainsi que nous lavons longuement établi dansla théologie symbolique, en interprétant les sens mystérieuxdes quatre éléments, lair est un symbole bien expressif desopérations divines, parce quil sollicite en quelque sorte etvivifie la nature, parce quil va et vient dune course rapide etindomptable, et parce que nous ignorons les mystérieusesprofondeurs dans lesquelles il prend et perd son mouvement,selon cette parole: Vous ne savez ni doù il vient ni où ilva (3). La théologie représente aussi les anges sous la forme denuées (4); enseignant par là que ces intelligences sont heureu-sement inondées dune sainte etinetIahle lumière, et quaprèsavoir reçu avec une joie modeste la gloire de cette illumina-tion directe, elles en laissent parvenir à leurs inférieures les (1) Nombr., 22 j 11 Rois., 24; Ap., 20; Amos, 8; lér., 24.- (2) Dan., 7;PI., 11 et 103. - (3) Jean, 3, 8. - (4) Apoc., W.
  • 67. 66 DE LA HIERARCHIE C~LESTE rayons abondants, mais sagement tempérés i et quennn elles peuvent communiquer la vie, laccroissement et la perfection, en répandant comme une rosée spirituelle, et en fécondant le sein qui la reçoit par le miracle de cette génération sacrée. VII. Dautres fois les anges sont dits apparailre comme lairain, lélectre, ou quelque pierre de diverses couleurs. Lélectre, métal composé dor et dargent, figure, â raison dela première de ces substances, une splendeur incorruptible, et qui garde inaltérablement sa pureté non souillée i et à causede la seconde, une sorte de clarté douce et céleste. Lairain, daprès tout ce quon a vu, pourrait être assimilésoit au feu, soit à lor même. La signification symbolique des pierres sera différente, selonla variété de leurs couleurs i ainsi les blanches rappellent lalumière; les rouges, le feu; les jaunes, léclat de lor; lesvertes, la vigueur de la jeunesse. Chaque forme aura donc sonsens caché, et sera le type sensible dune réalité mystérieuse. Mais je crois avoir suffisamment traité ce sujet; cherchonslexplication des formes animales dont la théologie revêtparfois les célestes esprits. VIII. Or, par la forme du lion, il faut entendre lautoritéet la force invincible des saintes intelligences, et le secrettout divin qui leur est donné de senvelopper dune obscuritémajestueuse, en dérobant saintement aux regards indiscretsles traces de leur commprce avec la divinité (t), (imitant lelion quon dit effacer dans sa course lempreinte de ses pas,quand il fuit devant le chasseur). La forme de bœuf appliquée aux anges exprime leur puis-sanle vigueur, et quils ouvrent en eUJ des sillons spirituels,pour y recevoir la fécondité des pluies célestes: les cornes (i) Apoe., 4; Ézéeh., 1.
  • 68. CHAPITIŒ IV 67 sont le symbole de lénergie avec laquelle ils veillent à leur propre garde. La forme daigle rappelle leur royale élévation et leur agi-lité, limpétuosité qui les emporte sur la proie dont se nour-rissent leurs facuItés sacrées, leur attention à la découvriret leur facilité à létreindre (1), et surtout cette puissance deregard qui leur permet de contempler hardiment et de fixersans fatigue leurs regards sur les splendides et éblouissantesclartés du soleil divin. Le cheval est lemblème de la docilité et de lobéissance;sa couleur est également significative (2) : blanc, il figurecet éclat des anges qui les rapproche de la splendeur incréée;bai, il exprime lobscurité des divins mystères; alezan, ilrappelle la dévorante ardeur du feu; marqué de blanc et denoir, il symbolise la faculté de mettre en rapport et de conci-lier ensemble les extrêmes, dincliner sagement le supérieurvers linférieur, et dappeler ce qui est moins parfait à suniravec ce qui est plus élevé. Mais si nous ne cherchions une certaine sobriété de dis-cours, nous eussions pu appliquer avec quelque bonheur auxpuissances célestes toutes les qualités et les formes corpo-relles de ces divers animaux, par des rapprochements où lasimilitude éclaterait au travers de différences sensibles :comme si nous voulions voir, par exemple, dans lirascibilitédes brutes, cette mâle énergie des esprits, dont la colère nestquun obscur vestige, ou bien dans la convoitise de celles-là,le divin amour de ceux-ci (3), ou, pour tout dire en un mot,dans les sens et les organes des animaull sans raison, lespensées si pures et les facultés immatérielles des anges. Jenai assez dit pour lhomme intelligent; même linterprétation (1) Ézéch., t; Apoc., 8. - (2) Zach., 7. - (3) Apoc., 20; Zach., 8.
  • 69. 68 DE LA HIÉRARCHIE CÉLESTEdun seul de ces symboles suffit bien pour guider dan!! lasolution des questions analogues. IX. Considérons encore ce qne veut dire la théologie, lors-que parlant des anges, elle nous décrit des fleuves, des charset des roues. Le fleuve de feu désigne C<;lS caux vivifiantesqui, séchappant du sein inépuisable de la divinité, débordentlargement sur les célestes intelligences, et nounrissent leurfécondité. Les chars figurent légalité harmonique qui unitles esprits dun même ordre. Les roues, garnies dailes etcourant sans écart el sans arrêt vers le but marqué, expri-ment lactivité puissante et linflexible énergie avec lesquelleslange, entrant dans la voie qui lui est ouverte, poursuit inva-riablement et sans détour sa course spirituelle dans les régionscélestes. Mais ce symbolisme des roues est susceptible encore duneautre interprétation; car ce nom de galgal qui lui est donné,an rapport du prophète (t), signifie en hébreu révolution etrévélation. ElIeclivement ces roues intelligentes et enflamméesont leurs révolutions, qui les entraiDent dun mouvementéternel autour du bien immuable; elles ont aussi leurs révé-lations, ou manifestations des secrets divins, à savoir lors-quelles initient les natures inférieures, et leur Iont parvenirla grâce des plus saintes illuminations. Il nous reste àexpliquer enfin comment on doit comprendrelallégresse des anges. Car nimaginons pas quils soientsoumis aux accès de nos joies passionnées. En disant quils seréjouissent avec Dieu de ce que sont retrouvés ceux qui étaientperdus, on exprime le divin contentement, et cette sorte depaisible délectation dont ils sont doucement enivrés, à locca-sion des âmes que la Providence a raDlenées au salut, et aussi (t) Ézéch., iD, ta.
  • 70. CHAPITRE XV 69cet ineffable sentiment de bonheur que les saints de la terreconnaissent, quand Dieu les récrée par leffusion de son augustelumière. Telles sont les explications que javais à donner touchantles symboles que décrit la théologie. Tout incomplet quil soit,je me flatte que ce travail aidera notre esprit à séleverau-dessus de la grossièreté des images matérielles. Que si vous mobjectez, ô Timothée, que je nai pas taitmention de toutes les vertus, facultés et images que lÉcritureattribue aux anges, je répondrai, ce qui est véritAble, quencertains cas il maurait fallu une science qui nest pas de cemonde, que jaurais eu besoin dun initia lpur el dun guide;et que certaines explications que jomets sont implicitementrenfermées en ce que jai dit. Ainsi ai-je voulu à la fois et garder une juste mesure dansce discours, et honorer par mon silence les saintes profon-deurs que je ne peux sonder. FIN DE LA IllÉR.RCHIE CÉLESTE
  • 71. LIVRE DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUE ARGUMENT DU LIVRE Tous les êtres sont soumis à laction de la Providence; cetteaction sexerce selon des lois générales et particulières. Les loisgénérales se retrouvent dans toute hiérarchie ou gouvernement.dune classe dêtres; les lois particulières constituent la diffé-rence même par laquelle se distinguent entre elles les hiérarchiesdiverses. Ainsi, la hiérarchie est un milieu qui, plein de lumière et deforce, éclaire, attire et ramène les créatures à Dieu, leur prin-cipe et leur fin : voilà lunité, la généralité. Mais les créaturesreçoivent le don divin qui les perfectionne, en la façon que récla-ment leur essence et leurs facultés propres : voilà la distinction,la particularité. Il résulte de là que les hommes aussi bien que les anges sonlappelés à Dieu; mais ils ny vont pas de la même manière. AUI
  • 72. 72 DE LA HI~RARCHIE ECCLÉSIASTIQUE anges, purs esprits, suffit lintellection pure; les hommes, esprits emprisonnés dans des corps, seront élevés à la contemplation des choses saintes par des images sensibles, par de grossiers symboles. Cest pourquoi, divine dans son essence, sa force intime et son but, notre hiérarchie est revêtue de formes extérieures, et sapplique et sexerce corporellement et dune manière palpable. Les sacrements ·par lesquels sont établis, maintenus et vivifiés les ordres di vers de la hiérarchie ecclésiastique, portent donc un double caractère, à la fois esprit et matière, réalité et figure. Mais le monde supérieur projette sa lumière sur le monde inférieur, et il y a dans les choses qui apparaissent comme un vestige des choses purement intelliRibles. Ainsi, les rits usités dans les sacrements sont remplis de pieuses leçons; et un des devoirs et des secrets de la foi, cest détudier le divin danslhumain, lincréé dans le créé, lunité dans la multiplicité. Toute recherche touèhant les sacrements comprend troispoints : le premier" consiste à découvrir la raison du sacrementet comment il se lie à lensemble de nos doctrines; le deuxièmedécrit les cérémonies variées et les rits avec lesquels le sacre-ment sopère; le troisième, enfin, exprime le sens mystérieux despratiques usitées parmi ladministration des choses saintes. Ainsi, la fin de la hiérarchie ecclésiastique étant de nous assi-miler à Dieu, il faut dabord créer en nous la vie surnaturelle,nous enrichir dun principe 41VIll. capable de développementultérieur, comme tout ce qui vit. Enfantés à la grâce par lemiracle dune régénération spirituelle, nous avons besoin dunaliment qui nous soutienne et nous perfectionne, et leffort denotre liberté doit être dapprocher de Dieu en la proportion oùDieu daigne sabaisser vers nous. Mais autant il importe daspireret de tendre au but que la Providence fixe pour chacun de nous,autant il importe de suivre en cette course le chemin qui nousest tracé, et de respecter les limites pesées par la hiérarchie; carla volonté de Dieu est ordre, comme elle est vie. Même cettesoumission est la sauvegarde de la société entière, aussi bien
  • 73. ARGmlENT 73quun élément de perfection pour les individus, et rien ne doitêtre plus scrupuleusement observé et maintenu que les droit!et les devoirs respectifs des membres de la hiérarchie. Ainsi sedéploient, pour le bonheur de lhumanité, la grâce et la liberté;ainsi est sanctifiée "otre vie; ainsi est bénie notre mort. Les symboles sous lesquels nous sont départis les dons divinsont une merveilleuse analogie avec les effets que nous espéronsles divers sacrements. Lintelligence est réjouie et consoléequand elle entrevoit ces harmonieux rapports; la lumièreretombe en flots damour sur le cœur qui entre dans de. saintstressaillements. Sous cette double influence, la nature humainese perfectionne en l"emontant vers Dieu, qui ainsi spiritualise lamatière, divinise lesprit et se retrouve tout en tous.
  • 74. CHAPITRE PREMIERouaST-CE, DA.pRllS LA. TRADITION, QUI LA. HIlIRARCHII ICCLIISIA.STIOUI, Br QUIL IST SON BUT! AIIOUMENT. - 1. ATant dexpliquer la hi6rarchie eccl6slastique, on faitobserver que les mystères de la religion chr6tienne ne doivent pas êtredivulgués devant les profanes, mais que ceux qui, véritables Anges dela terre, ont la million dadministrer les sacrements et dinstruire, nepeuvent légitimement les faire connaltre quaux initiés. II. Notre hiérar-chie, image de celle des Anges, lui ressemble en son principe et en sonbut, mais ne lui ressemble pas en ses moyens. III. Ainsi toute hiérar-chie, et la nôtre en particulier, est la dispensation des choses saintes,qui partent de Dieu, comme de leur principe, et nous ramènent à Dieu,comme à. notre fin. IV. Mais la hi6rarchie angélique est purement spi-rituelle, parce quelle est un moyen destin6 à de pures intelligences,et la nôtre, spirituelle par un cOt6 est matérielle par lautre endroit,parce que nous sommes esprit et corps. V. Et il fallait, à cause decette double nature de lhomme, que les sacrements ou moyens desanctification, fussent signes et figures. I. 0 le meilleur de tous mes fils spirituels, que notrehiérarchie communique une science, et une inspiration etune perfection dont la nature, le principe et les résultats sontvraiment divins, cest ce que nous voulons démontrer, parlautorité des saints oracles, il tous ceux qui, daprès lestraditions de nos pontifes, furent jugés dignes des honneurs
  • 75. 75de linitiation sacrée Pour vous, ne divulguez pas indiscrè-tement les choses saintes; ayez-les, au contraire, en grandrespect, et honorez les mystères de Dieu par la pureté sublimedes noti<!ns que vous en exposerez, les couvrant dun voileimpénétrable aux yeux des profanes et ne les faisant con-nattre aux saints même qUà la lumière mystique dune expli.cation irréprochable. Comme notre foi le sait par lenseignement des Écritures,Jésus, suprême et divine intelligence, et principe souverai- nement efficace de toute hiérarchie, sainteté et perfection,Jésus envoie aux bienheureux esprits qui sont au-dessusde nous des illuminations tout à la fois plus transcendanteset moins obscures (1), et les façonne, autant quils en sontcapables, à limage de sa propre lumière. Également, par lasainte dilection qui nous entraine vers lui, le même Jésuscalme la tempête de nos soucis dissipants, et rappelant nosâmes à lunité parfaite de la vie divine, nous élève ausacerdoce et nous confirme dans la grâce habituelle et lafécondité permanente de ce noble ministère. Bientôt, parlexercice des fonctions sacrées, nous approchons des anges,essayant de nous placer comme eux dans un état fixe dim-muable sainteté. De là, jetant le regard sur la divine splen.deur de Jésus béni, recueillant avec respect ce quil nous estpermis de voir, et enrichis de la science profonde des con-templations mystiques, nous pouvons être consacrés et con-sacrer à notre tour, recevoir la lumière et la communiquer,devenir parfaits et ment:lr les autres à la perfection. Il. Or quelle est la constitution hiérarchique des anges, desarchanges, des saintes principautés, des vertus, des domina-tions, des trônes et de çes deux rangs augustes qui forment un (1) lIiérarchie céleste,ch. 13, nO 3
  • 76. 76 DE LA. HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUE même ordre avec les trônes, qui, daprès lenseignement de la théologie, entourent tlune adoration perpétuelle la ma-jesté divine, et que la langue hébraïque nomme chérubins etséraphins; cest ce que vous pourrez lire dans le traité que nous avons écrit touchant les différents chœurs de la milicecéleste, et où nous avons célébré· la hiérarchie invisible, non point, à la vérité, comme il eût convenu, mais selon notre pouvoir et en suivant les explications de la sainte Écriture.Il fant répéter cependant que toute hiérarchie, soit celle desanges, soit celle des hommes dont nous allons parler, déploielefficacité de ses fonctions selon une loi commune et uniforme.Ainsi, tout initiateur est dabord sanctifié par la connaissancedes sacrés mystères et, pour ainsi dire, déifié en raison desa nature, de soo aptitude. et de sa dignité; puis il transmetà ses inférieurs, autant quils· aD sont capables, la divine res-semblance quil a lui-même reçue den haut. Ceux-ci suivflntleur chef et également attirent leurs subordonnés, lesquelsobéissent dabord et puis commandent aussi à dautres. Parsuite de ces divins et harmonieux rapports, chacun, au degréqui lui est propre, entre en communion avec la beauté, lasagesse et la bonté essentielles. Mais il faut remarquer aussi que ces sublimes natures,objet de nos précédentes inv.estigations, sont incorporelleset leur hiérarchie invisible et céleste; la hiérarchie humaine,au contraire, se proportionnant à notre nature, présente unefoule de symboles sensibles qui servent à nous élever, selonnos forces, vers lineffable unité de Dieu. Les anges, subs-tances immatérielles, connaissent Dieu et la vertu divine parlintellection pure; et nous, ce nest que par le moyen de gros-sières images que nous pouvons arriver à la contemplationdes choses saintes. A la vérité. le but auquel aspirent tousces heureux imitateurs de Dieu est un, parfaitement un; tous
  • 77. CHAPITRE 1 77 cependant ne )attci~nent pas dune fac;on ul1iffl"me, mais chacun selon la vocation spéciale que les décrets divins lui out faite. Mais cette matière a été plus amplement développée dans mon T,ailé des choses s8nsible~ et intelligibles. A présent, je vais exposer de mon mieux ce quest notre hiérarchie, son principe et sa nature, plaçant mes efforts sous la protectionde Jésus, source et fin dernière de toute belle ordonnance. III. Or, selon les doctrines augustes de la tradition, lahiérarchie, en général, est la raison complète des formessacrées sous lesquelles elle subsiste: ou, si lon veut, unesorte dargument général de ce qui constitue telle ou tellehiérarchie en particulier. Ainsi la nôtre est définie avecjustesse: une fonction possédant en propre toutes les chosessaintes qui la caractérisent et communiquant labondance deses richesses spirituelles à lhiérarque ou pontife suprêmequelle a consacré. Car, comme en nommant la hiérarchie oncomprend dune façon sommaire tous les ordres sacrés quellerenferme, de même qui dit hiérarque, désigne un hommeinspiré de Dieu, un homme divin, versé dans la scienceparfaite des mystères et en qui est résumée et brille toutela hiérarchie quil préside. Le principe de la hiér~rchie est la Trinité, source de vie,bonté essentielle, œuse unique de tout, et qui, dans leffusionde son amour, a communiqué à toutes choses lêtre et laperfection. Dans le sein de son excellence et de sa bontéinfinies, cette Trinité indivisible, dont le mode dexister,ignoré des hommes, nest connu que delle-même, nourrit levœu de sauver toute créature intelligente, les anges et leshommes. Mais le salut nest possible que pour les espritsdéifiés, et la déification nest que lunion et ressemblancequon sefforce davoir avec Dieu.
  • 78. 78 DE LA HIItRARCHIE ECCLÊSIASTIQUB Le but commun de toute hiérarchie, cest lamour de Dieuet des choses divines, amour généreux, céleste dans sonorigine, pur dans ses intentions; cest, même avant tout, lafui le, léloignement absolu de ce qui est contraire à la charité;cest la connaissance des choses dans la réalité de leur être,la vue et la science des vérités sacrées; cest enfin la parti-cipation à la simplicité inelTable de celui qui est souveraine-ment un, et le banquet mystique de lintuition qui nourrit etdivinise lâme contemplative, IV. Nous disons donc que, par un décret damour! cettesuprême béatitude, qui possède la divinité par nature et yfait participer ceux qui sont dignes de cette glorieuse trans-formation, a établi la hiérarchie pour le salut et la déificationde tous les êtres, soit raisonnables, soit purement spirituels.Seulement, pour les bienheureuses essences qui habitent lescieux, cette institution na rien de sensible et de corporel; carce nest point par lextérieur que Dieu les attire et les élèveaux choses divines; mais il fait étinceler au dedans delles-mêmes les purs rayons et les splendeurs intelligibles de sonadorable volonté. Au contraire, ce qui leur est départiuniformément et pour ainsi dire en masse, nous est transmis,à nous, comme en fragments et sous la multiplicité desymboles variés dans les divins oracles. Car ce sont les divinsoracles qui fondent notre hiérarchie. Et par ce mot il fautentendre non seulement ce que nos maîtres inspirés nous ontlaissé dans les saintes Lettres et dans leurs écrits théologi-ques, mais encore ce quils ont transmis à leurs disciples parune sorte denseignement spirituel et presque céleste, lesinitiant desprit à esprit dune façon corporelle sans doute,puisquils parlaient, mais joserai dire aussi immatérielle,puisquils nécrivaient pas. Mais ces vérités devant se traduiredans les usages de lÉglise, les Apôtres les ont exposées sous
  • 79. CH_oPITRE 1 79 le voile des symboles et non pas dans leur nudité sublime, car chacun nest pas saint i et, comme dit lÉcriture, la science nest pas pour tous (1). V. 01, nos premiers chefs dans la hiérarchie, pleins des grâces célestes dont Dieu bienfaisant les avait comblés, reçurent de ladorable Providence la mission den faire part à dautres, et puisèrent eux-mêmes dans leur sainteté le généreux désir délever à la perfection et de déifier leurs frères. Pour cela, et selon de saintes ordonnances, et en des enseignements écrits et non écrits, ils nous firent entendre par des images sensibles ce qui est céleste, par la variété et la multiplicité ce qui est parfaitement un, par les choses humaines ce qui est divin, par la matière ce qui est incorpo-rel, et par ce qui nous est familier les secrets du monde supé-rieur. Ils agirent ainsi dabord à cal1se des profanes qui nedoivent pas même toucher les signes de nos mystères, etensuite parce que notre hiérarchie, se proportionnant à lanature humaine, est toute symllolique, et quil lui faut desfigures matérielles pour nous élever mieux aux choses intelli-gibles. Toutefois la raison des divers symboles nest pasinconnue aux hiérarques, mais ils ne peuvent la révéler àquiconque na point encore reçu linitiation parfaite i car ilssavent quen réglant nos mystères daprès la tradition divine,les apôtres ont divisé la hiérarchie en ordres fixes et invio-lables et en fonctions sacrées qui se confèrent daprès le méritede chacun. Cest pourquoi, plein de confiance en vos religieusespromesses (car il est pieux de vous les rappeler), je vous aiappris ce devoir et dautres secrets semblables, et je compteque vous ne manifesterez les hautes explications de noscérémonies quaux pontifes lOS collègues, et qne vous leur (1) Marc" ~, Il, 9
  • 80. 10 DE LA HItRARCHIE ECCLÉSIASTIQUEferez faire le serment traditionnel de traiter purement leschoses pures et de ne communiquer quaux hommes divinsles choses divines, et aux parfaits les choses parfaites, et auxsaints les choses saintes. -~-_. ---- ...-
  • 81. CHAPITRE IIilES CÉRÉlIONIES QI1I SOBSERVENT DANS LILLUMINATION OU B.lPTÊ.IIE AltOUIIUT. - La première partie enseigne comment on arrive à la~ainteté; que le baptt>me est une naÏlunce spirituelle. et le principedes œuvres surnaturelles. On décrit dans la seconde partie les cérémonies solennelles du bap-tême, qui saccomplissent ainsi: 1. Lhiérarque lit quelque chose ùestlaints Évangiles. Il. Celui qui aspire au baptême cherche un parrain quiconsente à linstruire, et à le présenter à l"évêque. Ill. Lévêque reçoitla.spirant avec bonté; IV. lui adresse, en présence de tout le clergé, lesquestions prescritès; V. lui impose les mains, fait inscrire son nom;VI. le dépouille de ses vêtements, souffie sur lui. VII. Le catéchumènefait sa profession de foi, et reçoit le baptême; VIII. il revH une robeblanche et communie. On considtre dans la troisiême partie, l. combien ces rits sont pieux,Il. et comment ils désifJnent la grâce, III. que Dieu distribue avec a.mourà tous les hommes.; IV. comment on arrive à la perfection; pourquoilinscription du nom de celui quon baptise; V. pourquoi labjurationquon lui demande, pourquoi on le tourne vers lOrient; Vi. flue signi-fie lonction ([uon fait sur lui, VU. et son immersion dans leau, VIII.et son vêtement blallc, et la oouununion. PREMIÈRE PARTIE Ainsi quil a été dit, le but de notre hiérarchie est donc denous assimiler et de nous unir à Dieu autant quil est possible:glorieuse transformation qui sopère en nous, comme enseigne
  • 82. 82 DE LA HI~RA1CHfE ECCLÈSIASTIQUE13 parole sainte, par lamonr et lobservance des divins com-m3ndements; car qui maime, est-il dit, gardera ma parole,el mon Père "aimera~ et nous viendrons à lui et ferons notreuemeure en lui (1). Mais par où doit commencer laccomplissement des augustespréceptes? Le commencement est sans doute de former danslâme ces habitudes qui la disposent à recevoir et à exécuterle reste des enseignements sacrés, de lui ouvrir la route quimi ne à lhéritage céleste, de lui conférer une sainte et divinerégénération. Car, comme disait notre illustre maUre, le pre-mier mouvement de lâme vers les choses célestes, cest lamourde Dieu, et le premier pas dans la voie des commandements,cest cette régénération ineffable qui introduit dans notre êtreun principe divin. Or, comme cest ce principe qui détermineen nous une vie divine, celui qui ne la pas encore reçu, nepourra ni connaUre ni accomplir les célestes préceptes. Demême, humainement parlant, ne faut-il pas que lexistenceprécède en nous laction, puisque ce qui nest pas na ni mou-vement ni subsistance même, et que ce qui a lêtre, à quelquedegré que ce soit, nest actif et passif que dans les limites desa propre nature? Cela me paraU évident. Contemplons maintenant les symboles du sacrement de ladivine régénération. Mais que nul profane ne hasarde ici unregard téméraire; car des yeux débiles ne se fixeraient pasimpunément sur le soleil, et il est dangereux de toucher auxchoses qui nous dépassent, la sainte hiérarchie de lancienneLoi réprouvant Ozias parce quil usurpe les droits lévitiques,Coré parce quil simmisce dans les fonctions dun ordre supé-rieur, Nadab et Abiud parce quils ne remplissent pas sainte-ment leur légitime ministère. (t) Jean, U, 23.
  • 83. CHAPITRE Il DEUXIÈME PARTIE lUTES ET CÉRÉMONIES DE LILLUMINATION 1. Le pontife qui, toujours appliqué à imiter Dieu, voudraitque tous les hommes fussent sauvés, et vinssent à la connais-sance de la vérité, annonce à tous la bonne nouvelle, et leurfait savoir que Dieu, naturellement bon et favorable à ses créa-tures, a daigné, dans lexcès de son amour, sabaisser jusquàlhumanité, et que, pareil à un feu dévorant, il sunit à nous,pour nous transformer en lui, autant que chacun est digne dece glorieux commerce. Il Car à tous ceux qui le reçurent il a» donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu; à ceux qui» croient en son nom, qui ne sont pas nés du sang, ni de la» volonté de la chair, mais de Dieu (1). » II. Or, celui que presse le saint désir de participer à cesbiens célestes va dabord trouver quelque initié, et en réclameinstamment lhonneur dêtre présenté à lhiérarque; il luipromet ensuite dobéir à toutes les prescriptions, et le conjurede procurer son admission, et de veiller désormais sur saconduite. Le chrétien est pieusement avide du salut de cesolliciteur; mais balançant la pesanteur du Cardeau quon luiimpose avec la faiblesse humaine, il est saisi danxiété et dereligieuse frayeur; à la fin cependant il consent avec charité àfaire ce quon lui demande, et prenant son proLégé. le conduitau pontife. III. Le pontife accueille avec joie ces deux hommes, comme (i) Jean, l, i2.
  • 84. DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉSUSTIQUE le pasteur qui rapporte sur ses épaules la brebis perdue; et, par de mentales actions de grâces et dell signes corporels dadoration, il révère et bénit le seul principe de toute chose bonne, par qui sont appelés ceux qui sont appelés, et sauvés ceux qui sont sauvés.. IV. Puis il convoque au lieu saint tous les membres de la hiérarchie pour coopérer au salut de cet homme, et sen réjouir ct en rendre grâces à la divine bonté. Il commence par chanter avec tout le clergé quelque hymne tirée des Écritures; ensuite, il baise lautel sacré, sapproche du catéchumène, et lui àemande quel est son désir. V. Celui-ci, conformément aux instructions de son intro- ducteur, saccuse avec amour de Dieu de son infidélité passée, de lignorance où il était du vrai bien, et de navoir pas fait les œuvres dune vie divine; et il demande à être admis par la médiation du pontife à la participation de Dieu et des choses saintes. Le pontife alors lui apprend que Di{:)u très pur et infiniment parfait veut quon se donne à lui complètement et sans réserve; et exposant les préceptes qui règlent la viechrétienne, iIlïnterroge sur sa volonté de les suivre. Après la réponse affirmatÏ-e du postulant, le pontife lui pose la main sor la tête, le munit dil signe de la croix, et ordonne aux prêtresdenregistrer les noms du fùleul et du parrain. VI. Après cette formalité, lIne sainte prière commence;qtland lÉglise entière avec son pontife la terminée, les diacresdélient la ceinture et ôtent le vêtement du catéchumène.Lhiérarque le place en face de loccident, les mains dresséesen signe danathème contre celte région de ténèbres, et luiordonne de souffler sur Satân par trois fois, et de prononcerles- paroles dabjuration. Trois fois le pontife les proclame,trois fois le futur initié les répète. Alors le pontife le tourn!}vers lorient, lui faisant lever au ciel lell yeux et les mains,
  • 85. fJlAPITRE II Siet lui commande de senrôler sous létendard du Christ etdadhérer aux enseignements sacrés qui nous sOllt venus deDieu. • VII. Ensuite Vient la profession de .foi; le pontife en lit laformule à trois reprises, et lorsquelle a été répétée autant defois par le catéchumène, il le bénit parmi de saintes oraisons,et lui impose les mains. ;Be.leur côté, les diacres achèvent dele dépouiller de ses vêtements, et les prêtres apportent lhuilesainte. Il reçoit dabord .une triple onction des mains delinitiateur suprême, puis les prêtres continuent doindre lereste de son corps. Cependant linitiateur se rend vers lafontaine, mère de ladoption; il en purifie les eaux par desinvocations religieuses, et les sanctifie par une triple effusionde lhuile bénite, faite en forme de croix; il chante trois fois aussiun cantique dicté par le Saint-Esprit, mystérieux auteur delinspiration prophétique. Il ordonne quon lui amène le dis-ciple. Un ministre proclame le nom du parrain et du pupiHe.Celui-ci, conduit par les prêtres vers la fontaine salutaire,est remis entre les mains de lhiérarque, qui se tient debouten un lieu plus élevé. Là, le nom de linitié est publié denouveau. Alors le pontife le baptise, le plongeant trois foisdans leau, et len retirant trois fois, et invoquant les troispersonnes de la divine béatitude. Les prêtres reçoivent lebaptisé, et le remettent à son introducteur et patron: tousensemble, ils le revêtent dune robe blanche, signe de sonnouvel état, et le conduisent encore au pontife, qui le fortifiepar lonction dun baume consacré et le déclare digne departiciper désormais au bienfait souverain de la sainteEucharistie. VIII. Ces cérémonies achevées, le pontife qui, en les accom-plissant, ,descend, pour ainsi dire, à des choses secondaires,est bientôt rappelé à la contemplation des choses les plus
  • 86. E6 DE LA HIÉllARCHIE ECCLÉSIASTIQUEélevées (1); car en aucun tenlps, en aucune manière, il ne doitse fixer en ce qui le détournerait de ses hautes fonctions, maisbien, sous linfluence du Saint.Esprit, passer avec une infati-gable ardeur de ce qui est divin à ce qui est également divin. TROISIÈME PARTIE CONTEMPLATION J. Tels sont les symboles matériels qui cachent le mystèrede notre régénération divine. Or, ces symboles nont rien deprofane ni dinconvenant; mais ils offrent, comme en unmiroir matériel et accessible aux regards humains, lobjeténigmatique de sublimes contemplations. Et quy verrait-onde défectueux, même abstraction faite de la plus augusteraison qui explique ce sacrement, puisque par la seule per-suasion et par linstitution divine, il opère la sainteté en ceuxqui sen approchent, et que par lablution naturelle du corps,il leur rappelle, dune manière sensible, que la vie coupabledoit être expiée par une vie vertueuse et di vine? Quand doncil ny aurait rien de plus divin dans les signes qui voilentcette initiation mystérieuse, même alors je la trouveraispleine de religieuse décence j car elle forme aux habitudesdune conduite irréprochable, et en purifiant le corps parleau, elle exprime symboliquement le dépouillement total desfautes anLérieures. (1) Les commentateurs et paraphrastes, recherchant ce que saintDenys nomme ici choses plus élevées, pensent quil sagit de quelquesainte prière qui terminait la cérémonie du bapt~me solennel, ou bienla célébration du sacrifiee de la messe.
  • 87. CHAPITRE II S7 II. Ceci soit dit par manière dintroduction à lusage des âmes imparfaites; car il est bon de séparer les choses vulgairesde ce qui est saint et déitique, et de donner aux divers ordres une explication proportionnée à leurs forces respectives. Pour1I0US, il faut nous élever par une sorte dascension spirituellejusquaux principes des sacrements;.et dans la connaissanceprécieuse qui nous en viendra, nous verrons de quels types ilssont lempreinte, et quels secrets augustes ils expriment. Car,comme il a été clairement expliqué dans notre discours tou-chant la matière et lintelligible, les choses sacrées que lessens perçoivent sont les tableaux de celles q!li1s ne perçoiventpas, le guide et le chemin qui y conduisent; et celles-ci sont]e principe radical et lexplication des formes visibles denotre hiérarchie. Ill. Entrons maintenant dans notre contemplation. La douceet bienheureuse nature de Dieu, du sein de sa constanteImmutabilité, laisse tomber sur les intelligences les salutairesrayons de sa lumière. Si, par labus de sa liberté, lintelligencese détourne; si, éprise du mal, elle tient scellée pour ainsi diresa naturelle faculté de voir; si elle se soustrait à laclion dela lumière, la lumière ne labandonne pas pour cela, maiseUe continue à luire sur cette âme malade, et court se placeravec bonté sous SOI1 regard indocile. Si lintelligence, mécon-tente de sa portion respective du bienfait divin, essaie defranchir les bornes que Dieu lui a fixées; si elle sappliquetémérairement à contempler des splendeurs qui la surpassent,sans doute la lumière ne cessera pas pour cela de verser sesflots; mais lâme singérant avec imperfection dans les chosesparfaites ni nobtiendra ce qui ne lui fut point destiné, nimême ne conservera, à cause de son fol orgueil, ce qui luiavait été départi. Toutefois, comme je lai dit, li bienfaisantelumière étincelle sans cesse sur tous les e!lpri ts; tonjours
  • 88. 88 DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUEprésente, toujours préparée à se communiquer av.ec unelibéralité divine, Hleur est libre de la recevoir. Et lhiérarque se façonne à imiter cette sublime leçon. Ilrépand généreusement léclatante splendeur des divins ensei-gnements; à lexemple de la divinité il se montre toujours prêtà éclairer quiconque le désire; son cœur est sans jalousie, seslèvres nont pas damers reproches pour ceux qui combattirentla lumière, ou lambitionnèrent sans humilité; il fait luiredevant tous ceux qui viennent à lui le flambeau de la doctrinepontificale avec je ne sais quoi de divin et de parfaitementordonné, et dans lamesure qui convient aux besoins de chaquein telIigence. IV. Or, parce que Dieu est le principe de cette sainteinstitution qui apprend aux âmes à se connaître eUes-mêmes,quiconque voudra considérer sa propre natlH.e, saulla,dahordce quil est; el telle sera la première et douce récompense deson docile amour pour la lumière: devant œtte:contemplationde lui-même, faite dun œil tranquille et pur, les épaissesténèbres de son ignorance se dissiperont. Il est vrai que, dansson imperfection, il ne se prendra pas à désirer déjà le bonheurde participer etde sunir à Dieu; mais passant successivementdu bien au mieux, du mieux à ce qui est plus saint encore, etconsommant son initiation, il sélèvera pieusemtmt, et selonlordre, jusquau sein de la majesté in,finie. Le symbole de cettedépendance si bien ordonnée se trouve dans le respect craintifdu catéchumène, et dans la conscience quil a de sa faiblesse;cest pourquoi il réclame un patron qui veuille le présenterau pontife. Ainsi préparé, léternelle béatitude daigne se com-muniquer à lui; eUe le marque, pour ainsi dire, du sceau de salumière, le divinise, et le rend digne de lhéritage céleste etde la société des élus. Tout ceci est figuré par le signe de lacroix qui est fait sur le baptisé, et par linscription de son
  • 89. CHAPITRE II 89 nom sur le livre sacré parmi les noms dEl ceox qui sont appe- lés au salut. Du reste, figurent ensemble sur cette liste linitié et celui par lequel il fut amené à la vérité el à la vie: lun comme disciple atTectueux et li.dèle dun mailre bienveil- lant et pieux, lautre comme guide assuré qui ne sécartena pas des voies que Dieu a tracées. V. Mais il est impossible que les contraires se réuniSBent en un même sujet; et celui qui est en communion avec lunité, sil tient à se maintenir dans cet heureux état, ne saurait vivre en même temps dune vie opposée: quil se sépare donc absolument de ce qui pourrait rompre lunité. Cest ce qui est mystérieusement enseigné par les cérémonies du baptême, oùle catéchumène est dépouillé, pour ainsi dire, de sa vie anté·rieure et arraché sans pitié à toutes ses atTections : car sans vêtements, sans chaussure, placé en face de loccidQnt, il étendles mains pour renier toute participation avec la malice et les ténèbres, il semble repousser de son souffle les habitudes dini-quité précédemment contractées, il renonce solennellement àtout ce qui pourrait empêcher sa sanctification. Ainsi atTranchidu vice, et rendu à une pureté complète, on le tourne verslorient, lui faisant entendre que, par la fuite absolue du mal, ilsera digne dhabiter la r~ion de la lumière et de contempler lesdivines splendeurs, Puis ramené au principe dunité on rec,:oitavec confiance les protestations sacrées quil fait de se rappro-cher de celte unité par tous ses etTorts. Effectivement, et cecisans dou te est manifeste pour tous ceux qui sont versés dansla science de nos mystères, cest seulement par de généreuxH continuels élans vers lunité, par la mortification et lanéan-tissementde tout ce qui lui est contraire, que les intelligencesse constituent dans un état dinébranlable perfection. Car cenest pas assez de fuir liniquité, on doit encore déployerlénergie dun mâle courage, et lutter avec persévérance contre
  • 90. 90 DE LA IIIÉRARCHIE ECCLÉSl.~TIQUEla tentation dun funeste relâchement; bien loin de laisserlamour de la vérité se refroidir jamais, il faut tendre verselle, autant quon le peut., par un magnanime et éternel désir,et travailler à sélever sans cesse jusquà la sublimité de laperfection divine. VI. Or, vous trouverez ces enseignements heureusementsymbolisés dans les cérémonies de linitiation sacramentelle.Car le divin hiérarque commence, et après . lui les prêtresachèvent lonction sainte sur le corps de linitié, comme si,par cette figure, ils lappelaient aux combats dans lesquelsil doit sexercer sous la présidence du Christ. Car cestJésus-Christ qni en tant qne Dien, a institué ces combats;sage, il a réglé les conditions du succès; magnifique, il apréparé aux vainqueurs de nobles prix. Il y a quelque chosede plus merveilleux: parce quil est hon, Jésus-Christ entreen lice avec les athlètes, combattant pour leur liberté et leurtriomphe contre lempire de la corruption et de la mort.Linitié courra donc gaiement à ces luttes, car elles sontdivines; il restera fidèle, constamment fidl>le aux sage:> ordon-nances qui règlent son courage, soutenu par le fèrme espoirde récompenses éclatantes, et rangé sous la discipline de sonbon Seigneur et chef. Ainsi marchant sur les traces divinesde celui qui daigna être le premier athlète, il vaincra, commeson mailre, les malins esprits et les penchants déréglés, dursennemis du salut, et mourra avec Jésus-Christ de cette mortmystique qui tue le péché dans le baptême. VII. Et ici, observez avec quelle justesse les symboles SQnladaptés aux sacrements. Ainsi parce que la mort nest pasune destruction de notre substance, comme lont imaginéquelques-uns, mais simplement une séparation de principes •dabord réunis, et qui cessent désormais dapparaitre, lâmenaccusant plus sa présence, depuis quelle a quitté le corps,
  • 91. CHAPITRE Il IIIet le corps confié à la terre et soumis à des altérations succes-sives ne gardant plus aucune trace de sa forme première;pour cette raison! dis-je, la mort et la sépulture sont assezbien représentées par limmersion complète du corps dansleau baptismale. Lors donc quau baptême, trois fois onplonge dans leau, et trois fois on en retire le catéchumène,on lui fait entendre par cet enseignement saintement figuratifquil retrace les trois jours et les trois nuits que Jésus, lauteurde la vie, passa dans le tombeau après sa mort; si lon peutdire toutefois que lhomme retrace celui en qui le prince dece monde ne trouva rien qui lui appartint, selon la parolemystérieuse et profonde de nos oracles (1). VIll. Ensuite on donne au nouveau chrétien des habitsdune éclatante blancheur; car échappant par une ferme etdivine constance aux attaques des passion!, et aspirant avecardeur à lunité, ce quil avait de déréglé rentre dans lordre,ce quil avait de défectueux sembellit, et il resplendit de toutela lumière dune pure et sainte vie. Sous lonction de lhuile bénite, le baptisé répand une suaveodeur; car celui qui reçoit le sacrement de la régénérationest uni par là même au Saint-Esprit. Mais je laisse aux âmesqui furent jugées dignes dun auguste et pieux commerce aveccet esprit divin, de connaUre et dentendre ce que cest quecette "isite ineffable de la majesté céleste, dans laquellelhomme se trouve embaumé dun parfum spirituel, et élevéli la perfection. Enfin le pontife convie linitié à la très sainte Eucharistie,et le fait entrer en participation de ce mystère qui opère siefficacement la sainteté. (1) Jean, f, 30.
  • 92. CHAPITRE III DB aRÉlIIONIl!8 QUI 5J.CCOllllL155JEKT DUS J,EUCIlA.RISTIB AROUIlII!NT. -On enseigne dans la première partie que le sacrement de lEucharistie est le complément des autres sacrements, et quon le nomme Synaxe ou communion, parce quil DOUS unit à Dieu dune façon particulière et intime. On décrit dans la seconde partie les rites sacrés parmi lesquels se consacre et se distribue lEucharistie, et on signale quels sont ceux quon anmettait à la contemplation du mystère, quels sont ceux quon en pxcIuait. On explique dans la contemplation, 1. ce que signifient, dans la célé- bration des mystères, les cantiques et les leçons, et la participation du pain et ùu calice. Il. Après avoir invoqué celui qui réside en ce sacre- ment adorable, III. on remarque que Dieu immuable en soi daigne se communiquer à. tous les hommes, et que le pontife est une image ùe cette uniyersel1e providence, par 11& mission de conférer les choses uintes à ses inférieurs. IV. On Ilappelle les instructions renfermées dans les saints oracles, V. et comment les Êcritures disposent làme àla sainteté. VI. On marque pourquoi certains hommes sont exclus de lavue et de la réception des mystères; VII. comment les pécheurs sontindignes du don .iivin, que les justes seuls reçoivent; VIII. ce que signi-fient le baiser de paix, IX. la lecture des noms des saints, X. lablutionùes doigts du prêtre et lélévation de lEucharistie. XI. On décrit lescalamités que lhomme encourt par le péché, et la bonté que Dieu luia témoignée en le réparant. XII. On montre que le sacrifice est une com-mémoration de la passion du Christ, et quelle est la fin de la saintecemmunion; XIII. pourquoi lon fractionne et lon distribue le saintsacrement; XIV. et pourquoi le prëtre communie lui-même avant de,lonner la communion aux autres. XV. Enfin, quelles actions de grâ.ceslassemblée rend a Dieu.
  • 93. CHAPITRE Ill. 93 PREMIÈRE PARTIE Mais puisque nous avons nommé lEucharistie, il ne convient pas de passer outre, pour louer quelque mystère, avant celui- à; car, comme disait notre illustre maUre, cest le sacrement ~es sacrements. Or il nous faut débuter par la description des c~rémonies qui sy pratiquent, et puis, fondé sur lenseigne- ment pontifical et lautorité des Écritures, nous élever, avec lassistance du Saint-Esprit, â la contemplation spirituelle de cette divine institution. Et dabord recherchons pieusement pour quelle raison ce qui est commun à tous les autres sacrements de lÉglise est attribué par excellence à. celui-ci; pour quelle raison on le nomme spécialement communion et synaxe, quand tous éga- lement ont pour but de ramener à la simplicité de la perfec- tion divine la multiplicité de nos affections partagées, et de nous mettre en communion intime avec lunité, par cette sainte récollection de nos facultés si distraites. Or, nousdisons que les autres sacrements reçoivent leur complémentet leur perfection des riches trésors et de ladorable saintetéde celui-ci. Car il nest guère dusage quaucune de ces augustescérémonies se célèbre, sans que la très sainte Eucharistie,achevant lœuvre commencée, ne vienne élever linitié versDieu, et par la grâce ineffable du mystère parfait, opérer sonunion avec ladorable unité. Si done les· autres sacrementsdemeurent comme incomplets san& celui-ci, et nétablissentpoint entre lunité et nous une sainte et intime union, nepouvant communiquer une vertu quils nont pas; si la finessentielle de tous les sacrements, est de préparer celui quiJes reçoit à la participation de la très divine Eucbal1istie;
  • 94. 94 DE LA HltRA.RCHIE ECCLÉSIASTIQUEil faut convenir que nos pontifes, en lappelant synaxe, luiont donné un nom tiré de la nature des choses, et qui con-vient merveilleusement. Cest ainsi quavec une justesse par-faite le sacrement de la divine renaillsance a été nommé .1iIlu-mination, précisément parce quil initie lhomme à la lumièreet quil est pour nous le commencement des illuminationscélestes. Car quoiquil appartienne à toutes institutions sacra-mentelles de communiquer la lumière divine, toutefois cestle baptême qui ma, pour ainsi dir(!, ouvert les yeux, et cestpar la lumière auguste quil ma donnée que je mélève à 1&!:ontemplation des autres saints mystères. Il fallait dire ces choses avant de fixer le regard de notreattention sur chacun des rites qui sobservent en la célébra-tion de lEucharistie, et sur leur signification profonde, DEUXIÈME PARTIE MYSTÈRE DE LA COMMUNION OU SYNAXB Lhiérarque, après avoir prié au pied de lautel sacré, len-cense dabord, puis fait le tour du temple saint. Revenu àlautel, il commence le chant des psaumes que tous les ordresecclésiastiques continuent avec lui. Après cela, des ministresinférieurs lisent les très saintes Écritures, et ensuite on faitsortir de lenceinte sacrée les catéchumènes, et avec eux lesénergumènes et les pénitents : ceux-là restent seuls qui sontdignes de contempler et de recevoir les dh-ins mystères.Pour le reste des ministres subalternes, ceux-ci se tiennentauprès des portes fermées du saint lieu; ceux-là remplissentquelque autre fonction de leur ordre. Les plus élevés dentre
  • 95. CHAPITRE III 95eux, les diacres sunissent aux prêtres pour présenter surlautel le pain sacré et le calice de bénédiction, après toute-fois qua été chantée par lassemblée entière la professionde la foi. Alors le pontife ,achève les prières, et souhaite àtous la paix; et tous sétant donné mutuelIement le saintbaiser, on récite les noms inscrits sur les sacrés diptyques.Ayant tous purifié leurs mains, lhiérarque prend place aumilieu de lautel, et les prêtres lentourent avec les diacresdésignés. Lhiérarque bénit Dieu de ses œuvres merveil-leuses, consacre les mystères augustes, et les offre â la vuedu peuple sous les symboles vénérables qui les cachent. Etquand il a ainsi présenté les dons précieux de la divinité, ilSE. dispose â la communion, et y convie les autres. Layantreçue et distribuée, il termine par une pieuse action de grâces.Et tandis que le vulgaire na considéré que les voiles sensi-bles du mystère, lui, toujours uni â lEsprit-saint, sestélevé jusquaux types intellectuels des cérémonies, dans ladouceur dune contemplation sublime, et avec la pureté quiconvient à la gloire de la dignité pontificale. TROISIÈME PARTIE CONTEMPLATION I. Et maintenant, mon fils, après avoir décrit par ordre lescérémoniès figuratives, et avant de vous élever à la sublimitéde leurs archétypes, il faut me proportionner aux âmes encoreimparfaites, et les consoler par cette remarque, quellespeuvent tirer profit de linstitution de ces pieux symboles,quand même elles nen considèrent que lextérieur et lécorce.
  • 96. !J6 DE LA HIËRARCHIE ECCttSIASTIQUE Car les saints cantiques et la lecture des <Livius oracles leur apprennent les préceptes de la vertu, et quil faut se purifier entièrement de la corruption du péché. La participationcommune et pacifique à un seul et même pain sacré, et à unseul et même calice, impose à tous Wle mutuelle concorde,comme elle transmet à tous une vie identique; et elle leurrappelle ce divin banquet où furent célébrés pour la premièrefois ces mystères, et où lauteur même de ce sacrement. nylaissa point participer lapôtre indigne qui avait fait la cènesans pureté, sans esprit de conformité avec le Seigneur, Etde là ressort cette mémorable et sainte instruction, quil fautsapproeher des choses divines par la foi et avec la charité,pour obtenir dêtre transformé en les recevant. Il. Mais, ainsi que je lai dit, ces- considérations ressemblentà des tableaux qui ornent le vestibule du· temple. Laissons-lesaux esprits dont linitiation nest pas encore parfaite.; et nous,remontons de leffet à la cause. Là, guidés par la lumière deJésus, nous contemplerons le magnifique spectacle que pré-sentent les idées archétypes de notre communion sacramen-telle, et la céleste beauté dont elles brillent nous réjouira.Mais, ô très saint et très divin sacrement, soulevez ces voilesénigmatiques sous lesquels vous ête.scmf&térieusement caché;montrez-vous à découvert, et remplissez lœil de notre enten-dement des flots de votre pure lumière. Ill. Il nous faut donc pénétrer dans le sanctuaire, pourainsi dire, et recherchant le sens profond du premier de cessymboles, en considérer la beauté infinie: il nous faut voirpourquoi lhiérarque quitte le saint autel, va jUllquaux portes •du temple répandre le parfum de lencens, et revient enfin àla place doù il était parti. Or, quoique la souveraine et bien-heureuse nature de Dieu sincline vers les créalures- pourleur communiquer les trésors de sa bonté, cependant elle ne
  • 97. GlU.PlTRE 111 sort pas de cette ferme et constante immutabilité qui la caractérise; et tout en versant ses splendeurs sur les esprits déifiés, au degré qui leur convient, elle persiste dans on état didentité parfaite; de même donc le sacrement de la divine Eucharistie: un, simple, indivisible dans son principe, il revêt, dans lintérêt de lhumanité, différents symboles, et se cache sous toutes les formes extérieures qui nous représentent la divinité; et toutefois ces signes multiples se ramènent invariablement à une unité radicale, vers laquelle sont attirés aussi ceux qui reçoivent saintement ce mystère. De mêmeencore notre hiérarque: car quoique, dans sa charité, il fassepart à ses inférieurs du trésor de la scieRce pontificale,dont il cache la simplicité.pore sous la variété de cérémoniesénigmatiques; néanmoins libre, et ne contractant dans lecommerce des choses inférieures aucune souillure, il seramène en Dieu qui est son principe, et faisant son entréespirituelle dans lunité, il voit clairement les raisons divinesdes mystères quil accomplit, et, de la lorte, le terme de sonabaissement plein de condescendance vers les choses subal-ternes devient le commencement dun retour plus parfaitvers les choses supérieures. IV. Mais le chant sacré des Écritures qui entre, pour aillsidire, dans lessence de tous nos sacrements, devait seretrouver dans le plus auguste de tous. Car que voit-on daf;lsles livres inspirés de la sainte Écriture? on y voit Dieucréateur et ordonnateur de toutes choses; on y voit lesprescriptions religieuses et politiques de Moise; la conquêteet le partage des terres données au peuple choisi; la prudencedes juges, la sagesse des :rois et la sainteté des pontifes; laphilosophie magnanime de ces anciens personnages quenébranlèrent pas des accidents et nombreux et variés; lessaintsenseignements qui règlent ce que nous devons faire, et les
  • 98. DE LA H1ÉIlAllCHIE ECCLÉSIASrIQUEcantiques et la sublime peinture du divin amour, et les manireg-tations prophétiques de lavenir, et les actions merveilleusesde lHomme-Dieu, et les doctrines et les institulions, aussidivines dans leurs effets que dans leur principe, qui nousfurent laissées par les apôtres. et la profonde et mystérieusevision du divin et bien-àirhé disciple, et laugu!1ote théologiede Jésus. Voilà ce que lÉcriture enseigne à quiconque veutêtre déifié; voilà ce quelle confirme en le mêlant à tous lessacrements par lesquels nous sommes élevés à la divine res-semblance. Ainsi donc ces chants sacrés, qui ont pour bULde célébrer les œuvres et les paroles de Dieu, de louer lesdiscours et les actions des saints, forment comme un hymnegénéral où sont exposées les choses divines, et opèrent enceux qui les récitent saintement une heureuse disposition soità conférer, soit à recevoir les divers sacrements de lÉglise. V. Quand donc, par les charmes de lharmonie, le cantique des vérités sacrées aura préparé les puissances de notre âme à la célébration immédiate des mystères, et que les ayant soumises, pour ainsi dire, dans lentraînement de ce concert, aux cadences dun unanime et divin transport, elle nous aura accordés avec Dieu, avec nos frères et avec lIous-mêmes, alors ce que les chants pieux noffraient quen raccourci el sous lombre des fignres, la lecture des saintes Lellres le déve· loppera heureusement en des tableaux et des récits plus larges et plus manifestes. Là le regard du contemplateur religieux verra toules choses concoufir à une parfaite unité, sous linOuence dun seul esprit, et cest pour cela salls doute quon a établi cet ordre de lire dabord lAncien Testament, puis la Nouvelle Alliance, notre divine hiérarchie ensei~uant par là, je pense, que lun a prédit la vie du Sauveur, el que lautre la raconte i que lun a peint la vérité sous des symboles, et que lautre la montre dans sa réalité : car les pruphéties de
  • 99. CHAPITRE III Jancienne loi se trouvent vérifiées par les éé.lements de la loi nouvelle, et les paroles que Dieu prononce dans la première sont résumées par les actions quil fait dans la seconde. VI. Or, ceux qui ont fermé loreille à la trompette évangé- lique ne doivent pas même contempler les symboles de nos sacrés mystères, puisquils ont dédaigné de recevoir le salu- taire sacrement de la régénération divine, opposant aux paroles saintes ce lamentable refus: je ne veux pas connaUre vos voies. Qnant aux catéchumènes, aux énergumènes, aux pénitents, la loi de notr" hiérarchie leur permet bien dentendre le chant des cantiques et la lectnre des sainl"s Lettres; maiselle Ifs exclut du sacrifice et de la vue des choses saintes,que lœil pur des parfaits doit seul contempler. Car, reflet deDien, et remplie dune souveraine équité. la hiérarchie, seréglant avec nn pieux discernement sur le mérile des sujets,les appelle à la participation des dons divins chacnn en sontemps et dans la proportion convenable. Or. les catéchumènesne sont quau dernier rang; car jusqualors ils nont reçu aucunsacrement, et ne sont point élevés à ce divin état que donnela nais3ance spirituelle; mais ils sont encore portés, pourainsi dire, dans les entrailles de ceux qui les instruisent;là, leur organisation se forme et se parfait, tant quenfinarrive cet heureux enfantement qui leur communique vie ellumière. De même que dans lordre naturel, si le fruit encoreimparfait et informe échappe avant le temps il sa prison dechair, et si, triste avorton, il est précipité il terre sans con-naissanc-e, pour ainsi dire, sans vie, sans lumière, personneassurément ne jugera ici daprès la seule apparence; personnene dira que cet enfant est venu au jour, parce quil est sortides ténèbres du sein maternel: car, comme enseigne lamédecine si versée dans la science de notre organisme,la lumière tombe en vain sur les sujets qui ne peuvent la
  • 100. 100 DE LA HIIhu.RCHlE ECCLÊSU.STIQUErecevoir. Ainsi, dans les choses sacrées, la science sacerdotalefaçonne dabord et prépare à la vie les catéchumènes parlaliment des Écritures, et voilà la conception spirituelle: puiselle les porte jusquau temps de lenfantement divin, et alorselle leur communique les ùons salutaires de la lumière et dela perfection.Cest donc pour cela quelle éloigne les imparfaitsdes choses parfaites, veillant ainsi au respect des mystèreset environnant des soins prescrits par la hiérarchie la géné-ration et lenfantement des catéchumènes. VU. La foule des énergumènes est traitée comme immondeaussi; toutefois elle tient le second rang, et ainsi précède lescatéchumènes qui sont les derniers. Car je ne pense pas quilfaille mettre sur la même ligne ceux qui ne furent pointinitiés, qui demeurent encore étrangers aux choses saintes,et ceux qui, ayant déjà participé à quelque sacrement, sedébattent encore sous le joug des voluptés de la chairet des passions de lesprit; bien quon refuse à ceux-cilhonneur de contempler et de recevoir les sacrés mystères,et cela pour une haute raison. Effectivement lhomme vraimentdivin et digne de participer aux choses divines, et qui, setransformant par les pratiques de la perfection, sélève jusquàla plus haute conformité quil puisse avoir avec Dieu; lhommequi ne soccupe de sa chair, que quand la nature lexige etcomme en passant, et qui, temple et compagnon fidèle duSaint-Esprit, sapplique de tous ses efforts à lui ressembler,préparant à ce qui est divin une demeure divine: cet homme,dis-je, ne sera jamais tourmenté par les illusions et les terreursdiaboliques; au contraire il sen rira, il repoussera leur attaque;plus actif que passif vis-à-vis deHes, il les poursuivra victo-rieusement, et, par la force de son courage inaccessible auxpassions, il délivrera ses frères de linfluence des malinsesprits. Aussi je pense, ou mieux je suis parfaitement con-
  • 101. CHAPITRE III 101vainclol que nos hiérarques, dans leur sagesse consommée,regardent comme soumis à la plus désastreuse des posses-sions-, ceux qui, apostats de la vie divine, se rangent auxsentiments et. habitudes des- démons, et qui, victimeR de leurfolie extrême, se détournent des seuls vrais biens, des biensimpérissables et éternellement doux, pour ambitionner etconquérir je ne sais quoi de matériel, plein dinstabilité et detroubles immenses. des plaisirs hideux et corrupteurs, etpour demander à des choses fugitives et étrangères quelquejoie apparente, mais non pas réelle. Cest pourquoi la répro-bation du ministre chargé de faire le discernement tombedabord et spécialement sur ceux-ci, plutôt que sur les éner-gumènes; car il ne convient pas quil leur soit rien commu-niqué des choses saintes, si ce nest la doctrine des Écritures,qui peut les ramener à de meilleurs sentiments. Et en effet,si Jauguste mystère qui se célèbre, accessible seulement à cequi est pur et saint, repousse les pénitents qui cependant yont déjà participé: sil prononce que, dans sa sublimité, il nedoit être ni contemplé, ni reçu par ceux que limperfectionempêche encore de sélever jusquà la hauteur de la divineressemblance (car cette parole très pure frapptl quiconque uepeut sunir aux hommes jugés- dignes de la communion); à plus forte raison, cette multitude que tourmentent les passionsmauvaises sera estimée profane, sera privée de la vue et de la réception des choses saintes. Quand donc on aura exclu du temple et du saerifice dont ils sont indignes, et ceux qui nont pas encore été appelés à la grâce de linitiation, et ensuite les transfuges de la vertu, et puis ceux qui se laissent aller mollement aux frayeurs et illu&ions des démons ennemis, nayant pas encore atteint lefficace et inébranlable vertu de létat divin par une ferme et. eonstao.teo application aux choses du ciel; et ceux qui, sortis
  • 102. 102 DE U .. HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUEdt! la vie du péché, en conservent les impures imaginations,parce quils nont pas encore contracté lhabitude du saint etdivin amour; et enfin ceux qui ne sont pas réunis parfaitementâ lunité et auxquels, pour employer les termes de la loi, ilreste encore quelque tache, quelque souillure: après cela,dis-je, les ministres sacrés et les pieux assistants contemplentavec respect le mystère sacré, et dans une commune louange,célèbrent le souverain auteur et distributeur de tout bien, parlequel nous furent accordés ces sacrements salutaires quiopèrent la sainteté et la déification des initiés. Ce cantique,les uns lappellent hymne de louange, les autres, symbole dela religion; on la nommé plus divinement, seldn moi, trèssainte Eucharistie ou action de grâces, parce quelle renfermetous les dons que Dieu a faiL descendre sur nou~. Car on voitque toutes les œuvres divines que nous célébrons en cetterencontre se sont accomplies pour nous. Ainsi Dieu nous alibéralement conféré lexistence et la vie j il forme ce quenous avons de divin sur le type de ses beautés ineffables j ilnous perfectionne, nous élève à une sainteté plus sublime;voyant en pitié lindigence spirituelle où nous sommes tombéspar notre faute, il nous rappelle par des grâces régénératricesà la splendeur de nos premières destinées j il daigne prendreles infirmités de notre nature pour nous communiquer lesperfections de la sienne, et nous fail présent de ses propresrichesses et de sa divinité même. VIII. Etant achevé cet hymne à lamour de notre Dieu, lepain sacré est couvert dun voile, puis présenté avec le calicede bénédiction. On se donne ensuite le saint baiser et lonrécite pieusement les noms inscrits dans les diptyques. Ceux-là ne peuvent se ramener à lunité ni entrer avec elleen un pacifique et intime commerce, qui sont divisés aveceux-mêmes. Effectivement, si, touchés par les rayons qui
  • 103. CHAPITRE III ID:!viennent de lunité et contemplée et connue, nous savions nous précipiter et nous perdre en Dieu, unité souveraine, nous ne laisserions point aller nos âmes en ces convoitisesqui la partagent et qui lui font concevoir contre nos sem-blables ces inimitiés pleines de chair et de sang et de passion.Je crois donc, daprès cela, que cette cérémonie de la paixtend à établir en nous une vie dunité parfaite, rapprochantainsi les choses qui se ressemblent et ravissant à ceux quisont en proie à la division le spectacle de cette union toutedivine. IX. La récitation des sacrés diptyques, qui se fait après lapaix donnée, est comme un éloge de ceux qui se sont gardéspurs et saints, et qui sont arrivés par la persévérance jusquauterme de la vie parfaite. Ainsi sommes-nons excités et con-duits par leur exemple à ce bienheureux état et à ce reposdivin dont ils jouissent; ainsi sont-ils célébrés eux-mêmescomme des héros vivants; car, selon lenseignement de lathéologie, ils ne sont pas morts, mais ils sont passés à unevie plus parfaite (1). Remarquez encore que, si leurs nom!!sont inscrits dans les saints registres, ce nest pas que lamémoire de Dieu ait besoin, comme celle des hommes, dunsigne qui la réveille; mais cest pour faire entendre pieuse-ment que le Seigneur conserve une affectueuse et impéris-sable connaissance de quiconque sest déifié par la vertu. cc Caril connait ceux qui sont lui, dit lÉcriture (2); ,JI et ailleurs:te La mort de ses saints est précieuse devant lui (3), Il la mortse prenant ici pour la consommation en la sain teté. Observezenlin quaprès avoir déposé sur lautel les symboles sacréssous lesquels le Christ se voile et se communique, on y placeen même temps cette liste des noms dcJ saints, puur montrer (1) Sag., 5,6; Jean, U,23. - (2) Il. Timot., 2, 19. - (3) Pli. tlii, 15.
  • 104. 104 DE LA HIÉRA.RCHIE ECCLÉSIASTIQUE quils sont joints à lui, inséparablement joints dans la sain- teté dune céleste union. X. Ces cérémonies achevées, comme nous venons de dire, le pontife se lient dehout en face des symboles sacrés j puis, avec tout lordre sacerdotal, il se purifie les doigts. Car, pour employer le langage des Écritures, celui qui sort du bain naplus besoin que dune légère ablution (1). Par cette dernière et complète purification, il deviilndra limage de la très pure divinité. Alors il pourra sincliner avec bonté vers les choses iuférieures sans se laisser séduire ni captiver par elles, puis-quil est dans lunité; et les quittant avec toute la plénitude etlintégrité de sa perfection, il accomplira purement son glo-rieux retour à lunité divine. La hiérarchie légale avait, commenous lavons dit, ses ablutions sacrées; cest ce que représentent chez nous le pontife et les prêtres se lavant les mains.Ceux donc qui sapprochent du -sacrifice auguste doivent êtrepurs de toutes les abjectes illusions de lâme et se conformer,autant quils peuvent, à la sainteté du mystère. Ainsi seront-ils illuminés par les plus éclatantes manifestations de la divi-nité ; car les lumières célestes se plaisent â laisser tomber leurclarté sur les objets qui leur sont conformes et qui peuventla recevoir et plus entière el plus spendide. Or, si le pontifeet les prêtres se purifient les doigts devant lautel même, cestpour figurer que la purification spirituelle saccomplit souslœil de Jésus-Cbrist, qui pénètre jusquaux plus secrètespensées et soumet notre vie entière à un rigoureux examenet à des jugements pleins de justice et dimpartialité. Alorsseulement le pontife est uni aux choses saintes. Il donoellluange aux œuvres diJlines, consacre les augustes mystèreset les expose aux. regards du peuple.
  • 105. CHAPI1RE 111 105 XI. Or, quelles sont ces œuvres divines qui sal:complïrent pour lamour de nous, comme il· a été dit? Cest ce quil faut expliquer maintenant aussi bien que· possible; car réellement jll ne pourrais les nommer toutes~ bien loin de les eonUldtre clairement et de les révélèr aux autres, Mais celles que les pontifes. sacrés célèbrent et opèrent conformément à la tra- dition, celles-là seulement je les dirai, selon mes forces, aprèsavoir invoqué le secours de lEsprit inspirateur. Lorsque, dans le principe, la nature humaine perdit"insen- sément la grâce divine, eUe tomba dans une vie pleine de passions, qui aboutit à la corruption et à la mort. Car il étaitjuste que laudacieux transfuge de la bonté infinie, le violateurdu précepte dEden, qui, cédant aux attrayantes et fraudu-leuses suggestions cm lIesprit malin, avait secoué le jougqui donne la vie, fitt livré en proie à ses penchants quile détournent des biens célestes: doù vient ce déplorableéchange que nous avons fait de limmortalité avec la mort..Tirant son origine de la corruption, lhomme fut condamné àavoir une fin qui rappelât son principe, et volontairementdéchu dune vie supérieure et divine, il fut précipité dansl.abime contraire dune vie pleine de mutabilité et dangoisses.Ainsi égarée et fuyant loin du droit chemin qui mène au seulvrai Dieu, asservie â la multitude des cruels démons, notrenature ne vit pas quelle servait, non pas des dieux ou desamis, mais des ennemis atTreux; et bientôt les tyrannique!excès de leur méchanceté naturelle leussent réduite auxhorreurs dune irréparable ruine. Mais, par un conseil de sacharité et de sa miséricorde infinie, Dieu De dédaigna pas deprendre lui-même soin de nous. Cest pourquoi, dune part,prenant en réalité toutes nos misères, hors le péché, etsunissant à notre bassesse, et, de lautre, conservant sansconfusion et sans altération aucune les attributs de sa nature
  • 106. 106 DE U. HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQt:Bil voulut bien nous associer fraternellement, pour ainsi dire,à sa divinité et nous rendre participants de ses propres biens.Cest ainsi que, par le jugement et la justice, comme enseignela parole traditionnelle, et non par le déploiement de sa force,il renversa la domination quexerçait sur nous la troupe rebelledes démons. Par sa bonté, il opéra dans nous une transfor-mation complète: car il inonda dune douce et divine lumièrelobscurité de notre esprit et il orna Ile grâces célestes notredifformité spirituelle i il affranchit la maison de notre âmeet des viles passions et des souilJure!1 hideuses, en sauvantnotre nature menacée dune totale ruine, et il nous apprit àmonter vers le ciel et à mener une vie divine par la confor- mité que nous tâcherons davoir avec lui. XIl. Mais comment se pourrait accomplir cette ressem- blance, sinon en renouvelant tous les jours, par les bénédic- lions et sacrifices sacrés, la mémoire des œuvres divines? Cest aussi ce que nous faisons en mémoire du Christ, comme disent les Ecritures (1). Voilà pourquoi lhiérarque, debout au saint autel, bénit les œuvres admirables que, dans sa providence, Jésus-Christ a faites pour le salut du genre humain, par le bon plaisir du Père dans le Saint-Esprit, pour parler comme nos oracles. Quand donc il les a louées, quand, par lœil de lentendement, il les a contemplées avec un pieux respect, il procède à la célébration mystique du sacrifice en la manière que Dieu a instituée. Etant donc payé le tribut de louanges Il la divine bonté, saisi de cette crainte que la religion réclame dun pontife, il sexcuse doser approcher ces mystères si excellents, et il sécrie au Seigneur: Cl Vous lavez dit: Faites ceci en mémoire de moi (2). » Puis il demande la grâce de nêtre pas indigne de ce ministère par (1) Luc, 22, 19. - (2) Ibid.
  • 107. CHAPlfRE III 107 lequel lhomme imite un Dieu, et de retracer Jésus-Christ dans la célébration et la distribution des choses sacrées, et que ceux qui doivent y communier les reçoivent avec une pureté parfaite. Alors il achève lœuvre sainte et offre au! fllgard3 le mystère sous les symboles qui le rendtmt sensible. El découvrant et rompant en pièces le pain jusque-là couvert et formant un seul tout, et partageant entre tous le même calice, il multiplie mystérieusement et distribue lunité, et par là saccomplit le très saint sacrifice. Ainsi, Ce quil y a de caché, de simple et dun en Jésus, Yerbe divin, en revêtant notre nature· par infinie tendresse pour les hommes, a formé comme un composé visible, sans que la divinité en fût altérée, et a négocié heureusement notre union intime avec lui en mariant notre bassesse avec ses perfections sublimes, si toutefois nous adhérons à lui, comme des membres au corps, par la conformité dune divine el innocente vie, et si nous ne tombons pas dans les passions qui corrompent et qui tuent, et qui nous rendraient indignes de tout commerce avec les membres divins et incapables de participer à leur vie et santé. Car ceux qui désirent sunir àJésus doivent considérer la vie toute divine quil a menée.dans la chair, et tendre, par limitation fidèle de son inno- cence, à un état de sublime sainteté. XIII. Cest ce que montre clairement le pontife dans larélébration de ce mystère, lorsquil découvre les symbolessIIcrés, jusque-là caché! à tous les regards, et fractionne leurunité: et que, par lintime union du sacrement avec celui quilé reçoit, il fait communier la créature au trésor des grâcesdivines. Car ainsi, et en offrant à la vue Jésus-Christ, notrevie spirituelle, devenue pour ainsi dire sensible, il représentedune manière palpable que le Seigneur, sortant du secret de88 divinité, sest amoureusement fait semblable à nous en
  • 108. 108 DE LA HIERARCHIE eCCLÉSIASTIQUEprenant, mais !lans labsorber, notre humanité entière; quilrevêt notre nature composée, sans altération de son esstlnliel1eunité; et que, par un effet de cette même charité, il convie legenre humain à la participation de son essence et de sespropres richesses, pourvu cependant que nous nous unissionsà lui en nous appliquant à imiter sa divine vie; car ainsinous serons véritablement associés à la divinité et nouspartagerons ses biens. XIV. Quand donc il a reçu et donné la sainte communion,le pontife avec toute la pieuse assemblée de lÉglise lerminepar une sainte action de grâces. Car on reçoit avant de donneret la communion aux mystères précède la distribution quonen fait. Cest efficacement une admirable disposition etune règle générale dans les choses divines, que le pontifeentre en part et soit rempli le premier des grâees célestes,et quensuite seulement elles soient accordées aux autres hommes par son entremise. Cest pour la même raison queceux-là sont estimés profanes et rebelles à. nos saintes insti- tutions, qui osent enseigner les vérités sacrées avant davoir contracté lhabitude dy conformer leur vie. De même donc que, sous linfluence des rayons solaires, les substances les plus minces et les plus transparentes sont facilement inon- dées de clarté, et ensuite, comme dautres soleils versent la lumière qui les remplit sur les corps inférieurs; de même ceilli- là ne doit pas avoir la présomption de guider les autres dans les routes divines, qui nest pas encore élevé à un état de confoltDité parIaite avec Dieu, et que linspiration et lélection saintes nont pas appelé au commandement. XV. Cest ainsi que tous les oldres de notre hiérarchie réunis dans lÉglise, après avoir participé aux divins mystères, rendent grâces ensemble, chacun selon quil en est capable, ayant reconnu et loué les œuvres divines. Pour ceux qui ne
  • 109. CIUPITRE III 1~re~oivent et ne connaissent pas le don céleste, ils ne viendront jamais à en bénir le Seigneur, quoique, de leur nature, ces bienfaits merveilleux soient dignes duniverselles louanges.}fais, comme je lai montrp., entrainés par les mauvais pen-chants, ils nont pas voulu voir les œuvres divines, et, pourccla, ils sont restés ingrats envers les infinies miséricordes.Aussi, goûtez et voyez, dit lÉcriture (t); car cest en sinitiantà nos mystères que les fidèles apprécient lïmmensité des~ra.ces dont nous sommes enrichis, et cest après avoir con-templé dans la communion leur grandeur et leur excellence,quils éclatent en cantiques de louange pour les merveilles debonté que la divinité a°Opérées. (i) PI. 33, 9.
  • 110. CHAPITRE IV DBS cBftÉMONIBS QUI 8B .ONT BN L4 CONSÉCRATION DB LRUILE SAnfTl ABOU.UT. - Dans la première partie, on fait Toir que le sacrement du chrême se rattache à celui de ladorable Eucharistie. Dans la seconde partie, on décrit les rites usités en ce sacrement. Dans la contemplation, on explique: 1. pourquoi lhuile sainte est cou- Terte dun voile; II. comment ce mystère, caché aux profanes, se réèle aux saints; III. comment le saint chrême, les lectures et leschants qui accompagnent sa consécration, perfectionnent les âlllesIV. On montre la signification merveilleuse de lhuile sainte, et V. queplus les intelligences sont proches de Dieu, plus elles sont inondées delabondance des suavités célestes. VI. Les prêtres qui environnent leprélat consécrateur du saint chrême, représentant ICI Séraphins, VII.011 explique ce que signifient les ailes prêtées aux Séraphins; VlII.pourquoi ils se voilent la face et les pieds, IX. et sadressent lun li lautrcdans leurs chants sacrés. X. Un enseigne que le saint chrême repré-!lente Jésus-Christ, dont la divinité a daigné oindre et consacrer noIrechair, et que lusage fréquent de lhuile bénite est plein de salutll.Ïr.~sinstructions; XI. ainsi on lemploie dans le bapttlme, et XII. dans laconsécration des autels. PilEMIÈRE PARTIE Tel est le myslère de la sainte synaxe; telles se présententil la contemplation de nos esprits les merveilles par lesquellesla hiérarchie, COlllllle je rai dit sOllnml, nOLIs fait participer
  • 111. CHAPITRE IV IIIinlimement à lunité. Mais il est une autre sainte institution quise lie à celle-ci, et que nos maîtres ont nommée le sacrementde lhuile bénite. Après avoir cOnsidéré par ordre les diversesfigures qui composent ce sacrement, nous nous élèverons parune vue mystique jusquà lunité de son type inintelligible. DEUXIÈME PARTIE SACREMENT DE LA CONSÉCR.4.TION DE LIIU1LE SAINTE Ici, comme dans la célébration de lEucharistie, on fait sor-tir les indignes, après que le pontife a parcouru tout le templeen faisant fumer lencens, après le chant des psaumes et larécitation des divines Écritures. Puis lhiérarque prend lui-même le baume, le place sur lautel, le couvre de douzeaigrettes, pendant que tous, dune voix pieuse, font retentirlhymne sacré inspiré aux divins prophètes. Enfin il leconsacre par une prière solennelle. Il sen sert ensuitedans les sacrements augustes où quelque consécration sepratique, et dans presque toutes les cérémonies pontificales. TROISIÈME PARTIE CONTEMPLATION 1. Une première considération mystique nous donnera laclef de toutes les cérémonies qui saccomplissent dans la con-sécration de lhuile sainte. Cest quon nous fait voir, par cequi se pratique en ce sacrement, que les hommes pieux III
  • 112. 112 DE LA HItRARCHIE ECCLtSIASTIQUEdoivent tenir cachées leur sainteté et la bonne odeur de leurâme: car il leur fut enjoint par une bouche divine de nepoint étaler avec vaine gloire ces vertus dagréable parfum,Qui les rendent heureusement semblables à notre Dieu caché.En effet les l!ecrètes et si excellemment suaves beautés deDieu ne se prodigllent pas: mais ellel! se révèlent dune façonintelligible seulement aux hommes de vie intérieure, et veulenttrouver dans les âmes de pures et parfaites images delles-mêmes. Car limage de la vertu divine doit reproduire fidèle-ment son original. et contemplant du regard de lintelligencela douce beauté, se modeler ainsi et se façonner sur ce typemerveilleux. De même que, dans un ordre de choses matériel,le peintre, sil considère fixement son original sans détournerla vue sur aucun autre objet, sans diviser son attention, dou-blera pour ainsi dire celui qui pose devant lui, et offrira lavérité dans sa ressemblance, le modèle dans son image, et, àpart la différence des substances, les reproduira lun danslautre; ainsi par la constante et studieuse contemplation dusuave et mystérieux archétype, les peintres spirituels, amisdu beau, obtiendront de ressembler à Dieu avec une admirableexactitude. Aussi soccupant sans relâche dl> façonner leurâme à la ressemblance de la perfer.tion intelligible qui est siravissante, ils ne pratiquent aucune de leur!: sublimes vertuspour être vus des hommes, comme parle lÉcriture; mais celtehuile, tenue sous voile, est un précieux symbole où ilsapprennent que lÉglise cache ce quelle a de plus sacré, Cestpourquoi, vivantes images du Seigneur, ils ensevelissentreligieusement au fond de leur âme leurs saintes et divinesvertus i et le regard exclusivement fixé sur la suprême intelli-gence, ni ils ne sont visihles pour ceux qui ne leur ressemblentpas, ni ils ne sont tentés de les regard~r eux-même~. Au~si,fidèles à leur dessein, ils ëliment ce qui est réellement juste
  • 113. CHAPITRE IV 113et honnête, et non pas ce qui semble tel; ils naspirent pointà ce que le vulgaire nomme insensément gloire et f.élicité ;mais à limitation de Dieu, discernant ce qui est essentielle-ment bien ou mal, ils deviennent daugustes images de ladivine suavité, qui, possédant en soi le parfum du bien, nelexhale point pour la foule que séduisent les apparences,mais imprime la vraie beauté dans les âmes qui lui res-semblent. II. Maintenant, et après avoir considéré ce sacrement dans larichesse de sa beauté extérieure, jetons l~s yeux: sur ce quil ade plus divinement beau; voyons le en lui-même et dépouillé 4de ses voiles; et remplissons~nousde la clarté féconde quilrépand, et du parfum sacré dont il embaume les hommesspirituels. Or ceux qui environnent le pontife ne restent pasétrangers aux cérémonies de la consécration de lhuile sainte;au contraire, le mystère de cet acte leur est manifesté, maisnon pas au vulgaire qui ne pourrait le contempler dignement:voilà pourquoi ils le voilent saintement, et le dérobent auxyeux de la multitude, comme le prescrit la tradition. Car lerayonnement des choses sacrées, qui éclaire immédiatementet avec ?ureté les bommes pieux, parce quils sont enfants Qela lumière intelligible, et qui ...· erse les flots de sa nonne odeursur les facultés de leur esprit, ne parvient pas de la mêmemanière à la foule qui les suit. Et alors, ces contemplateursmystérieux du secret divin lenveloppent des sacrés symbolesque jai dits, et ne lexposent pas à la vue indiscrète d sprofanes : et cest à laide de ces symboles, que ceux quiappartiennent aux ordres inférieurs de la hiérarchie sélèventà la connaissal1ce de la réalité, chacun selon ses forces. III. Ce sacrement qui fait lobjet actuel de mon discours estdonc, comme je lai indiqué, si noble et si efficace quil sertaux consécrations hiérarchiques : cest pourquoi nos maUres
  • 114. 114 DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUEdivins, lui attribuant le même rang et la même énergie quausacrement de la communion (1), lont fait célébrer avec lesmêmes symboles à peu près, avec les mêmes cérémoniesmystiques, avec les mêmes chants sacrés. Ainsi vous verrezégalement le pontife quiller le sanctuaire pour aller répandrela bonne odeur de lencens dans le reste du temple, et revenirensuite à son poin t de départ, enseignant par Jà que les chosesdivines se communiquent à tous les saints, autant quils leméritent, sans éprouver toutefois diminution ni changement,sans perdre cet éta t dimmuable fixité qui leur est propre. Ainsiencore les chants et la lecture des saintes Lettres engendrentles imparfaits à la grâce de la filiation divine, opèrent laconversion spirituelle de ceux qui sont tourmentés par lesimpurs démons, délivrent des frayeurs et séductions ennemiesceux qui se laissent lâchement aller au mal, et présentent àchacun, selon quil en est capable, la sublimité de la vertu etla divine perfection. Par là ces hommes inspireront à leur tourde leffroi aux puissances hostiles, et seront préposés à laguérison des autres âmes; ils posséderont pour eux et commu-niqueront à leurs frères le privilège divin dune inébranlableconstance dans le bien, et une Corce merveilleuse pour com-battre les passions. Ces hymnes et lectures affermissent dansla vertu et empêchent de retomber dans le mal ceux qui, dunevie corrompue, sont revenus à de pieux sentiments; ellesachèvent de purifier ceux qui nont pas encore une puretécomplète; elles initient les justes il la vue et à la participation (1) Ces expressions ne signifient pas quil faille attribuer au sacre--ment du saint chrême les mêmes elfets absolument lIuopère la sainteEucharistie, car alors ces deux sacrements se confondraient en unseul. Lauteur a seulement voulu marquer que tous rleux confèrentdes grâces semblables, donnant à lâme chrétienne lumière, force elamour.
  • 115. CHAPITRE IV des cérémonies symboliques; elles donnent aux pl us parfaits laliment dune bienheureuse et céleste contemplation, prenant ce quils ont de divinement un pour le remplir de lunité, pour lélever à la souveraine unité. IV. Que dirai-je encore? Nest-il pas vrai que ce sacrement dont nous traitons discerne et renvoie, comme il se pratique dans la sainte Eucharistie, tous les rangs qui nont pas la pureté requise, et que nous avons déjà mentionnés? quil se montre aux saints seulement sous le voile de ses cérémonies; et que la hiérarchie naccorde quaux plus parfaits de le voir à découvert et de le célébrer? Or il me semble superflu de revenir ici sur des explications déjà souvent données; jaime mieux passer outre, et considérer le divin pontife tenant lhuile sainte couverte de douze aigrettes, et procédant à la célé- bration de cet auguste sacrement. Nous disons dabord que cette huile se compose par lemélange de diverses substances aromatiques, possédant lespropriétés des plus riches parfums, tellement que ceux quelIetouche sont embaumés, à proportion de la quantité qui leuren fut départie. Or, nOUS savons que le très divin Jésus estsuavité merveilleuse, et quil inonde invisiblement nos âmesdes torrents de ses saintes voluptés. Et si les senteurs maté-rielles flattent, et en quelque sorte nourrissent agréablementnotre odorat, pourvu quil soit sain alors et quil se présenteconvenablement à laction du parfum, on peut assurémentdire la même chose de notre discernement spirituel: car siles facultés de notre âme ne sont pa.s corrompues, ni incli-nées vers le mal, elles percevront les célestes parfums, serempliront dune sainte suavité et dun surnaturel aliment,selon la mesure de lopération divine, et en raison de notrefidélité à lui correspondre. Ainsi donc la composition mystiquede lhuile sainte, autant que le grossier s~mbole peut exprinwr
  • 116. 116 DE LA HIERARCHIE ECCLÊSIASTIQUEla réalité invisible, nous représente que Jésus-Christ, sourceabondante doù émanent les parfums surnaturels, exhale sabonne odeur, dans des proportions dinfinie sagesse, sur lesesprits qui lui sont plus conformes i de sorte que lâme, dansle transport dune joie douce et enivrée du bienfait divin, senourrit daliments célestes queIle puise dans les délicieusescommunications de la divinité. V. Or il me semble évident que les esprits angéliques, plusùivins que nous, sont plus proches aussi de la source dessuavités célestes qui leur sont mieux manifestées et pluslargement départies, à raison de leur pureté excellente, etqui, se répandant à flots pressés, remplissent la capacité aveclaqueIle ils se présentent au bienfait divin. Au contraire, lesintelligences inférieures et moins vastes ne peuvent contem-pler ni recevoir dune façon aussi sublime ces grâces qui,saintement voilées, ne se communiquent quavec sage mesureet proportionneIlement aux forces des sujets queIles visitent.Cest pourquoi les douze plumes ou aigrettes fignrent lordreùes séraphins, si élevé par-dessus les natures augustes quinous sont supérieures: ordre sacré placé auprès du Seigneur etlenvironnant sans cesse, plongé avec délices dans les contem·plations dont il est jugé digne, inondé avec pureté sainte deJabondance des dons spirituels, et pour parler notre langage,chantant dune voix éterneIle cet hymne tant répété à la gloiredo Dieu trois foÏ!; saint. Car la connaissance que possèdentces êtres merveilleux est infatigable, et elle brûle dun amourde Dieu qui ne se refroidit pas, et eIle échappe à la malice età loubli: aussi, selon moi, ce cri perpétuel symbolise bienla science et lintelligence constante et immuable des chose.;divines qui occupe toutes les forces de leur esprit et remplitleur cœur dactions de grâces. VI. II me semble quen traitant des hiérarchies célestes,
  • 117. CHAPITRE IV 111nous avons bien contemplé et exposé aux yeux de votre espritles propriétés incorporelles des séraphins, que les saintsoracles onl si heureusement dépeintes sous des images sen-sibles et explicatives des choses invisibles. Néanmoins, tommecet ordre sublime est repré:;enté ici par ceux qui entourentrespectueusement lhiérarque, il faut spiritualiser nos regards,et encore une fois contempler, rapidement du moins, son éclatdéiforme. VII. Or la diversité de visages, et les pieds sans nombrequon attribue à ces intelligences, figurent, à mon avis, lafaculté quelles ont de contempler à laise la divine lumière,et cette incessante activité dintelligence avec laquelle il leurest donné de pénétrer les célestes mystères, Les six ailes dontil est parlé dans les Écritures ne me paraissent pas exprimerici un nombre sacré, comme quelques-un:; lont pensé faus-sement, mais bien que les très sublimes esprits de cet ordreauguste et tout divin se distribuent en premières, secondeset troisièmes puissances qui tendent à Dieu, saffranchissentde toute entrave, et sélèvent sans relâche. De là vient que,dans sa sagesse sacrée, lÉcriture, décrivant la forme de cesailes, place les unes à la tête, les autres au milieu du corps etles autres aux pieds, pour montrer que ces esprits sont toutcouverts dailes, et aspirent de toutes leurs forces vers larp.alité suprême. VIII. Sils se voilent et la face et les pieds, et ne soutien-nent leur essor quavec les ailes du milieu, cela doit faireentendre à votre piété que cet ordre, si excellemment élevépar-dessus tous les autres, révère les hauteurs et les profon-deurs qui dépassent ses conceptions. et se porte avec mesureà la contemplation de Dieu, soumettant sa vie au joug de lacéleste volonté. et se laissant former ainsi à la connaissancede lui-même.
  • 118. 118 DE U. HIÉRARCIIIE .:CCLÉSIASfIQUE IX. Ce qui est dit dans les Écritures que lun criait à lautre, me semble indiquer quils se transmettent mutuellement et sans envie ce quils voient et ce quils comprennent de la divinité. Et je trouve ceci digne de remarque, que les saintes Lettres donnent par excellence le nom hébreu de séraphins à ces natures très saintes, à raison de la constante activité et de la dévorante ardeur de leur vie. X. Si donc, comme lassurent les hébraïsants, la théologie, donnant aux séraphins augustes une qualification qui exprime exactement leur nature. les nomme brûlants et pleins de fer- veur, on doit lire, en suivant la loi de ce mystérieux symbo- lisme, quils ont la vertu de dégager le parfum de la suavité divine. et d~ lexciter à sépandre et à exhaler ses plus puis- santes émanations. Car cette nature infinie, dont la bonne odeur surpasse tout entendement, aime à se manifester quandelle est excitée par des esprits fervents et purs, et à ceux quilattirent dune si excellente manière, elle communique avec une libérale profusion ses inspirations toutes divines. Aussiles très saintes intelligences de cet ordre élevé au-dessus descieux nignoraient pas que le très divin Jésus voulût êtresanctifié; elles savaient au contraire que dans sa douce etineffable bonté il était venu en notre humanité: et le voyantsanctifié en sa chair par le Père et par lui-même et par lEsprit,elles le reconnurent néanmoins à ses œuvres divines commeleur propre principe, et comme nayant subi en son essenceaucun changement. Cest ce quenseigne symboliquement latradition; cest ce quelle sait et représente quand elle placelemblème des séraphins sur le baume précieux quon va con·sacrer, et qui figure le Christ prenan t réellement toute notrehumanité, sans altération de sa divinité. II y a quelque chosede plus encore; cest quon se sert de cette huile bénite entoutes les consécrations religieuses, pour mettre en évidence,
  • 119. CHAPlflŒ IV 119selon le mot des Écritures (1), que celui qui fut sanctifié elqui sanctifie demeure constamment le même dans la diversitédes œuvres que sa bonté opère. Voilà pourquoi des onctionsfaites avec le saint chrême accompagnent la grâce perfection-Dante de la régénération divine qui nous est donnée aubaptême. De là vient, à mon avis, que le pontife forme dessignes de croix en versant lhuile dans le baptistère où sexpientnos péchés, etfait voir aux yeux contemplatifs que Jésus-Christest descendu dans la mort quil souffrit sur la croix pour nousrendre enfants de Dieu, et que, par le mystère de ce divin etvictorieux abaissement, ceux qui sont baptisés dans sa mort,comme dit lÉcriture, il les arrache à cet ancien gouffre decorruption lamentable, et les renouvelle dans une sainte etéternelle vie. Xl. Bien plus, celui qui est initié à lauguste sacrement dela régénération, reçoit, par la grâce de lonction sacrée,leffusion du Saint-Esprit; et ce rit figuratif fait heureusementsentir que celui qui, comme homme, fut pour nous sanctifiépar le Saint-Esprit, est celui-là même qui, gardant inaltérablesa divine essence, nous communique cet esprit sanctificateur. XII. Observez aussi religieusement que, daprès la loi des mystères augustes, la consécration de lautel sacré sopère parleffusion très pure de lhuile bénite. Et ceci est un céleste et profond mystère qui explique la source, la naLure et le secret divin de notre sanctification. Puis donc que touté intelligence pieuse et saintement consacrée en Jésus-Christ, autel divin sur lequel, offerts et mystiquement immolés, comme dit lÉcriture, nous trouvons accès vers Dieu, il nous faut con- templer des regards de lâme comment cet autel sublime, par qui les offrandes sont consacrées et sanctifiées, reçoit dabord (1) Héb., 2, H.
  • 120. 120 DE LA. HlgRARCHIE ECCLID;USTIQUEsa consécration du saint chrême. Car le très saint Jésus sesanctifie lui-même pour nous, et ensuite nous remplit de toutesainteté, puisque les choses qui furent bénies en lui, par unemiséricordieuse dispensation, descendent jusquà nous, quidevenons enfants de Dieu par le baptême. De là vient, jepense, que les divins chefs de notre hiérarchie, fidèles auxenseignements de la sainte tradition, et considérant ce qui sefait en ce sacrement, lont nommé consécration parfaite etentière, comme sils disaient consécration de Dieu, et lui ontglorieusement appliqué cette appellation dans le double sensdont elle est susceptible. Car il y a ici consécration de Dieu,en ce que, comme homme, il fut sanctifié pour nous, et en ceque, comme Dieu, il a coasacré et sanctifié toutes chosesdi~nes de sanctification. Quant à lhymne saint qui nous vient des prophètesinspirés, il signifie, au dire des hébraïsants, louange de Dieu,ou bien louez Dieu. Les diverses manifestations et œuvres deDieu étant décrites dans la variété des symboles dont lÉgliseles vOile, il convenait assez de répéter ce divin cantique desprophètes. Car il nous instruit, et en toute évidence et avecsainteté, que les bienfaits du Seigneur sont dignes des actionsde grâces de notre piété.
  • 121. CHAPITRE V .& U C01UBCB.A.TION DU UIIIlTl OIlBlla ARGu."". - Dans la première partie, après avoir, 1. mnoncé et loula beauté de notre hiérarchie, et, II. rappelé la constitution hiérarchiquedes esprits célestes, et montré que nous tenons un milieu entre les rangsdes anges et la hiérarchie mosaïque, III. on enseigne que la hiérarchiepossède le triple pouvoir de purifier, dilluminer et de perfectionner;~t, IV. que les inférieurs reçoivent les dons divins par le ministëre dessupérieurs. V. Ainsi, chez nous, le pontife est à la tête de notre hié-rarchie, et tout pouvoir découle de la plénitude de son pouvoir. VI. Onexplique les fonctions respectives de lépiscopat, du sacerdoce et dudiaconat, et, VII. que les supérieurs possèdent les pouvoirs des infé-rifurs, mais non pas réciproquement. Dans la deuxième partie, on décrit les rites de lordination deiévêques, des prêtres et des diacres. Dans la contemplation, 1. on montre ce en quoi ressemblent et diCoftirent ces diverses ordinations; II. pourquoi les ordinands lIéchissent!es genoux; III. pourquoi on leur impose les mains; IV. pourquoi onles signe de la croix; Y. que la récitation du nom des ordinands annonee quils furent lobjet dun choix divin. VI. On marque ce que signifie le baiser de paix; VII. limposition des teritures sur la tête despontifes j VIII. et la différence des génuflexions. PREMIÈRE PARTIE I. Telle est lauguste consécration de lhuile sainte. Maisaprès ce divin sacrement, il est temps de traiter des ordres
  • 122. 122 DE LA IIIERA.ReUIE ECCLÉSIASTIQUEsacrés, de leurs attributions, de leur vertu et efficacité, deleur perfection, et dexpliquer comment ces choses sontréparties entre les trois ordres majeurs. De la sorte on verraque la sage constitution de notre hiérarchie discerne et rejetteabsolument tout ce qui est irrégulier, désordonné et confus.et quelle fait briller au contraire, dans lheureux ensemble deses divers degrés, la décence, lharmonie et la majesté. Or, autraité des hiérarchies célestes, nous avons, je pense, suffisam-ment expliqué cette triple distinction qui caractérise toutehiérarchie, en disant daprès lautorité de la tradition, quony trouve dabord le don divin, la grâce, puis les esprits quiont la science et le pouvoir dinitier, enfin ceux qui reçoiventle bienfait du sacrement. Il. La sainte hiérarchie des natures célestes na dautresacrement que la pure et intelligible connaissance de Dieu etdes choses divines, au degré où elles en SOllt capables, etégalement un état proportionnel de conformité et dassimilll-tion à la divinité. Là sont illuminateurs et maitres en la sainteperfection les esprits plus proches de Dieu j car avec bonté etdiscrétion, ils font parvenir aux ordres subalternes les augusteslumières que leur donne directement la divinité, perfectionessentielle, et source de toute sagesse créée. Les rangsinférieurs à ces natures suprêmes, étant élevés par elles à lagrâce de lillumination divine, sont des initiés et doivent êtrenommés tels. Après cette hiérarchie surhumaine et toute céleste, Dieuvoulant dans sa bonté répandre sur nous la sainteté de sesdons précieux, donna dabord à lenfance de lhumanité,comme dit lÉcriture (1), la hiérarchie légale, et lui envoya unelumière que purent porter ses débiles regards, dissimulant la (1) Galat., 3, 26.
  • 123. CHAPITRE V 123 vérité sous dimparfaites images, sous des traits bien éloi· gnés de la pureté des originaux, sous dobscurs symboles, sous des énigmes dont le sens profond ne se découvrait quavec peine. Or, dans cette hiérarchie de la loi, le mystère, la grâce, cest que lhomme était élevé à ladoration spirituelle de Dieu. Les chefs sont ceux qui furent instruits dans la science du tabernacle par Moise, premier initiateur et maitre des pontifes anciens: car retraçant le tabernacle spirituel dans la hiérarchie qui préparait la nÔtre, il nomma toutes les céré- monies légales une image de Jexemplaire qui lui avait été montré sur le mont SinaI (1). Les initiés sont ceux qui, aidés par les symboles sacramentels, sélevaient, selon leurs forces, à une plus parfaite intelligence des mystères. Or, par celte initiation plus relevée, les théologiensentendent notre hiérarchie, quils nomment le complémentsacré et la fin de la précédente. Car notre hiérarchie est à lafois céleste et légale, et, comme un milieu qui unit deux extrêmes, elle participe de lune et de Jautre: de la pre·mière, à raison des contemplations spirituelles dont elleest enrichie; de la seconde, à cause des nombreux symbolesqui la matérialisent, pour ainsi dire, et à laide desquels ellesélève vers la divinité. Elle a également la triple distinctionqui se remarque en toute hiérarchie; à savoir les augustescérémonies de linitiation, les diRpensateurs sacrés des trésorsdivins, et ceux auxquels les choses saintes sont conféréesdans la mesure convenable. A son tour, chacune de ces troisparties, dans la hiérarchie actuelle, comme dans la hiérarchielégale, comme dans la divine hiérarchie des anges, se dis-tingue encore en premières, deuxièmes et dernières puis.sances; et ainsi brillent de sages proportions, une sainte (t) Exod., IS, l.
  • 124. lU DE LA HIÉRABCHlE ECCLÉSIASTIQUEharmonie, et cellt.e union intime qui maioLient à leur place lesdiverses parties dun tout. III. Daprès cela, voici dabord quelle est la divine énergiede nos augustes sacrements. Leur première puissance est depurifier les profanes, la seconde dinitier à la lumière ceuxqui furent purifiés, la dernièr(, qui résume les précédentes,de consommer les initiés dans la scie.nce des mystères déjàentrevus. Les ministres sac.rés composent la seconde disÛ!DctioDhiérarchique. Or, au premier degré, ils purifient par les sac.re-wents les âmes encore étrangères à la sainteté; puis, audeuxième, ils illuminent les initiés; et au dernier et suprêmedegré de la vertu sacerdotale, ils perf.ectionnent les pieuxilluminés dans lintelligence des lumières quil leur fut donnéde contempler. Enfin, on trouve également chez les initiés un triple degré.Au premier, ils sont purifiés; au deuxième et après la purifi-cation, ils sont illuminés et. admis à contempler quelques-unsdes mystères; dans le troisième et le plus élévé de tous, ilssont enrichis de la science parfaite des splendeurs dont ilsfurent inondés. Or, il a été traité de la triple vertu que possèdent nos sacre-ments. Nous avons montré par les Écritures que le sacrementde la régénération divine purifie et confère la lumière; que lasynaxe et la consécration de lhuile sainte nous consommentdans la science parfaite des œuvres de Dieu, et ainsi nousdonnent de DooS élever jusquaux douceurs dune sainte etintime union avec lui. II faut parler maintenant de lordre desministres qui se distinguent en trois classes, ceux qui puri-fient, ceux. qui illulDÏDEmt, ceux qui perfectionnent. lV. Cest une loi sacrée établie par la puissance suprême,que les choses inférieures soient attirées à la lumière divine
  • 125. CH• .PIfRE V 125par les choses supérieures. Ne voit-on pas également lesdiverses substances du monde sensible rechercher dabordles corps qui ont plus daffinité avec elles, et par eux exerttrsur dautres leur naturelle influence? Cest donc avec parfaiteconvenance que Dieu, principe et fondement de tout bel ordretant visible quinvisible, laisse tomber dabord se~ splendeursdéifiques sur ceux qui lui re~~emblent davantage, et quensuite,au moyen de ces esprits plus purs préparés à recevoir et âtransmettre la lumière, il verse, en la mesure convenable, leflot de ses clartés sur ceux qui suivent. Ceux donc qui lespremiers jouissent de la vision de Dieu doivent avec libéralitéet di~ernement manifester aux secon.ds les spectacles divill~auxquels ils furent eux-mêmes admis. A ceux-là dinitier auxmystères hiérarchiques, qui possèdent pleinement et autantquil appartient à leur ordre, la science des choses divines, etqui ont reçu le glorieux pouvoir denseigner. A ceux quembel-lissent la science et la perfection sacerdotales de conférer lessacrements à qui en est digne. V. Ainsi lordre divin de nos pontifes est le premier desordres qui voient Dieu; et il est en même temps le dernieret le plus sublime, parce quen lui se terminent et se com-plètent tous les ordres de notre hiérarchie. Car, comme IIIhiérarchie universelle a son complément en Jésus-Chri!lt,ainsi chaque hiérarchie particulière trouve le sien en 3o>npropre hiérarque. Or, la vertu du pouvoir pontifieal pas~eà tous les ordres sacrés, et cest par eux quil accomplit lesmystères qui sont du ressort de notre hiérarchie. Toutefoiset à lexclusion des autres ordres, la loi divine lui réservecertaines fonctions plus sacrées quil doit remplir par lui-même, et qui sont comme daugustes images de lefficacitédivine, par lesquelles tous les sacrements et les ordres delÉglise reçoivent leur perfection. Car quoique le prêtre puisse
  • 126. 126 DE LA mgRARcHIE ECCLgSJASTIQUE produire quelques-uns de nos vénérables sacrements, néan- moins il ne saurait donner celui de la régénération, sans If! saint chrême, ni consacrer la divine Eucharistie quen posant les symboles du sacrement snr un autel sanctifié. Et même il ne sera prêtre quautant que les initiations de lhiérarque lauront élevé à cette dignité. Cest pourquoi la loi divineattribue exclusivement au pouvoir parfait des pontifes la con-sécration des divers rangs de la hiérarchie, la confection delhuile sainte, et la bénédiction de lautel. VI. Ainsi lordre des pontifes est plein de force pour ~om­lI1uniquer la perfection; il possède seul le privilège de célébrerles plus sublimes mystères de notre hiérarchie; habile inter-prète, il révèle aux autres hommes la science des chosessacrées, et leur apprend à quelles vertus et à quelle saintetéils sont appelés. Lordre sacerdotal qui donne lilluminationprépare et conduit les initiés au spectacle des saints mystères,et accomplit les fonctions de sa charge en ra société et sousla dépendance des divins pontifes. Par sa force propre il nepeut que montrer les œuvres divines à travers le voile despieux symboles, et les faire contempler à celui qui se présente,en ladmettant à la participation des choses sacrées; mais ilrenvoie au pontife ceux qui désirent avoir lintelligence desmystères quils ont perçus. Lordre des diacres a pour missionde purifier, et de discerner entre le bien et le mal, avantdinvoquer le ministère des prêtres : il purifie donc ceux quisapprochent, les arrache aux habitudes mauvaises, et lesrend dignes de contempler et de recevoir les précieux sacre-ments. Voilà pourquoi au saint baptême, les diacres dépouil-lent le catéchumène de son premier vêtement, lui ôtent sachaussure, le tournent vers loccident pour faire abjuration,et ensuite le ramènent en face de lorient; et par le .pouvoirquils ont de purifier, ils lui enjoignent de dépouiller entière-
  • 127. CHAPITRE V 127ment la robe de sa première vie, et lui montrant les ténèbresdoù il sort, ils lui apprennent à y renoncer pour entrer dansune région de lumière. Lordre des diacres est donc destiné àpurifier, et à offrir ceux quil a rendus purs à laction iIIumi-natrice des prêtres; il agit sur les imparfaits, et les produit àla vie par la force purifiante des lumières et des doctrines derÉcriture. Il distingue aussi et sépare totalement les saintsdes profanes; cest pourquoi, daprès nos constitutions hié-rarchiques, il doit veiller aux portes de lÉglise, pour faifecomprendre que laccès des choses saintes ne sobtient quepar une purification complète; ainsi les ministres qui ontpouvoir de purifier préparent à la vue et à la participation desmystères, et lon ny est admis quaprès avoir contracté entreleurs mains une pureté sans tache, VII. Nous avons donc établi quà lordre épiscopal appartientla vertu de perfectionner, et quil perfectionne en effet; àlordre sacerdotal 13 vertu de conférer 13 lumière, et que réel-lement HIa confère; à lordre des diacres la vertu de purifieret discerner les différents sujets, de sorte cependant que le pre-mier a le secret de donner non seulement la perfection, maisencore la lumière et la pureté, et que le second peut à la foisilluminer et purifier, Les inférieurs nexercent pas les fonc-tions des supérieurs, et ils ne doivent pas se laisser emporterà une si téméraire usurpation. Mais les puissances plus divinesconnaissent leur propre force, et ont en même temps le secretde la perfection des puissances moins élevées, Mais les ordres de lÉglise étant les images des opérationsdivines, en ce qni1s représentent lharmonieux mélange dessplendeurs diverses que Dieu fait éclater dans ses actes, ils sedivisent en puissances de premier, second et troisième degréhiérarchiquement distinctes, pour reproduire par là, commeje rai dit, lunité et la variété des œuvres divines. Car, puisque
  • 128. 1l8 DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUEDieu souverain commence par purifier les intelligences qui lereçoivent, puis les illumine. et enfin les réforme à limage desa propre perfection, il est juste que la hiérarchie, figure deschoses célestes, se divise en ordres et puissances multiples,pour rendre évident que les opérations de Dieu se distinguentavec parfaite exactitude, et forment aussi un merveilleuxensemble. Voilà ce que nous pouvions dire sur les ordres de lÉglise,leur ministère, leur pouvoir et leurs actions. Essayons de voirmaintenant comment se fait leur consécration religieuse. DEUXIÈME PARTIE CÉRÉMONIES DE LA CONSÉCRATION DES SAI:STS ORDRE! Celui qui doit être élevé à la dignité épiscopale fléchit lesgenoux devant lautel. Là, on lui impose sur la tête le livredes divines Écritures; le prélat consécrateur étend la mainsur lui et récite de pieuses invocations, Cest ainsi que se faitlordination des évêques. Le prêtre se met aussi à genoux devant lautel. Lévêquealors lui impose la main droite sur la tête, prononce de saintesprières et opère ainsi la consécration sacerdotale. Le diacre amené devant lautel ne fléchit quun genou;sa tête est ombragée par la main droite du pontife, et saconsécration sachève par les prières fixées pour la consécra-tion des diacres. Au reste, lhiérarque consécrateur trace sur chacun deuxle signe de la croix; on publie leur nom et lordrequils re~oivent, et on termine par la cérémonie du saint
  • 129. CHAPITRE Vbaiser, teus les membres de la hiérarchie, lévêque à leurtate, sallolant ainsi celui qui est promu à quelquun des ordressacrés. TROISIÈME PARrIE CONlEMPLAnolll J. Les évêques, les prêtres, les diacres ont ceci de commun dans la cérémonie de leur consécration, quilssapprochent de lautel et fléchissent les genoux, que le pontifeleur impose les mains et trace sur eux le signe de la croix,quon proclame leur nom et quon lem donne le saint baiser.II ya ceLte particularité pour les évêques, quon leur place surla tête le livre des Écritures, ce qui na pas Heu pour les ordresinférieurs. Les prêtres mettent les deux genoux en terre, etainsi ils se distinguent des diacres qui ne doivent fléchir quungenou, comme je rai marqué. II. Or, cette cérémonie qui consiste à sapprocher delautel et à fléollir les genoux, enseigne, à tous ceux quientrent dans la hiérarchie, quils doivent entièremen·t sou-mettre leur Yie à Dieu et lui offrir toutes leurs facultés spi-rituelles purifiées et saintes, et dignes, autant quil se peut,du temple auguste et de lautel sacré de notre Sauveur quijustifie et consacre les âmes dune piété divine. III. Limposition des mains pontificales désigne la pro-tection divine sétendant paternellement sur les consacrés,comme snr de pieux enfants, pour leur donner les dignitésecclésiastiques et la force de les remplir, et pour éloigner deuxles puissances ennemies. Ce rit leur apprend encore à exercerleurs redoutables fonctions sous la dépendance de Dieu et àle prendre pour maître et pour guide dans tous leurs actos,
  • 130. 130 DE LA HIERA.RCHIE ECCLÉSIASTIQUE IV. Le signe de la croix invite à la mortification complètedes appétits sensuels et à limitation de Dieu; il rappellequon doit considérer sans cesse la vie divine qua menéeJésus-Christ en sa chair, et comment, dans sa justice sanstache, il est descendu jusquà la croix et à la mort, et queceux qui réforment leur vie à son exemple, il les marque dusceau de son innocence dont le signe de la croix est la figure. V. Le pontife proclame le nom des initiés et les ordresquils vont recevoir. Cette cérémonie mystérieuse annonceque, épris damour pour Dieu,le consécrateur se pose commelinterprète du choix céleste; que ce nest point par unecapricieuse faveur quil appelle aux dignités sacrées, maisquil agit sous linspiration den haut dans la consécrationdes ministres de lÉglise. Cest ainsi que Moise, linstituteurdes cérémonies de la loi, néleva point à la dignité pontifi-cale Aaron cependant son frère, et jugé par lui agréable àDieu et digne du sacerdoce, jusquà ce que, poussé par unmouvement surnaturel, il le créa grand- prêtre, selon le riteque Dieu lui-même lui prescrivit. Bien plus, notre premieret divin chef hiérarchique (car le très doux Jésus voulut biense faire notre pontife) ne se glorifia pas lui-même. commelattestent les Écritures (1); mais il fut glorifié par celui quilui dit: «Vous êtes prêtre pour léternité selon lordre deMelchisédech (2). » Cest pourquoi, lorsquil sagit dappelerses apôtres à lhonneur de lépiscopat, bien que, commeDieu, il fût lauteur de toute consécration, néanmoins, selonlesprit de la hiérarchie, il rapporta cette action à son Pèreadorable et au Saint-Esprit, recommandant aux disciples,ainsi quon le voit dans lÉcriture, de ne pas quitterJérusalem, mais dy attendre la promesse du Père, que III vous (1) Hébr., 5, 5. - (2) PI., 109,6.
  • 131. eIU.PITRE v t31 avez entendue de ma bouche, dit-il; cest que vous serez baptisés dans le Saint-Esprit (1). » Ainsi agit encore le prince des apôtres avec ses dix collègues dans la dignité pontificale: car élant question de consacrer un douzième apôtre, il en laissa religieusement le choix à la divinité. Il Montrez, dit-il, celui que vous avez élu (2); » et il reçut au nombre des douze celui quavait désigné un divin sort. Mais comme plusieurs ont parlé diversement et, selon moi, avec une piété peu éclairée de ce sort divin qui échut à Matthias, jémettrai moi-même mon opinion. Je crois donc que les saintes Lettres ont nommé sort en cet endroit quel- que céleste indice par lequel fut manifesté au collège aposto- lique celui quavait adopté lélection divine. Car ce nest point de son propre arbitre que le pontife sacré peut promouvoir aux saints ordres; mais il doit les conférer pontificalement, sons linspiration et avec la grâce de Dieu. VI. Le baiser qui termine la cérémonie de lordination renferme un sens très pieux. Tous les assistants revêtus de quelque ordre sacré et le prélat consécrateur lui-même saluent linitié par un baiser. Cest que, quand lâme religieuse, pré- parée par lhabitude des vertus sacerdotales, par la vocation divine el par la sainteté, se présente à la grâce de lordina-tion, elle est prise en affection par tous les rangs de sa hié-·rarchie; élevée à une beauté déiforme, elle aime les âmes qui lui ressemblent, et dont elle est réciproquement aimée. De là. cc sacré et mutuel embrassement, mystérieuse image de lacommunion fraternelle des pieux esprits et de leur douce etunanime allégresse, par où se maintient dans son intégrité la beauté surnaturelle de notre hiérarchie. VII. Ces cérémonies sont communes aux initiés de tous les (i) Act., i, ,. - (2) Ibid., i,2i.
  • 132. 132 DE LA HU;URCHIE ECCLÉSIASTIQUEordres, ainsi que je lai dit. Mais un rite particulier aux évêques,cest quon leur place sur la tête le livre des Écritures. Effec-tivement, puisqu-e la bonté souveraine, qui fonda toute dignitédans léglise, a conféré avec plénitude à nos pontifes la scienceet lautorité sacerdotales, cest avec raison quon pose sur leurtête sacrée les divines Écritures, qui contiennent et expliquentavec une profonde science toute la théologie, cest-à-dire lesparoles de Dieu, ses œuvres, ses apparitions, les discours etles actions des saints; présent ineffable, que la munificencecéleste a fait à notre hiérarchie. Ainsi le pontife entre en par-ticipation parfaite de toutes les richesses que possède lÉglise jet non seulement la scienCe surnaturelle et vraie de toutes les choses qui se font et qui se disent dans les mystères illumine son esprit sanctifié, mais encore HIa communique aux autres, en la mesure que prescrivent nos institutions, et, par le pri- vilège de sa dignité, il aœomplit les plus parfaites fonctions de notre hiérarchie et pénètre avec une divine certitude le sens profond dont elles sont le symbole. Les prêtres sont ordonnés, les deux genoux en terre, à la différence des diacres qui ne fléchissent quun genou et se présentent dans cette attitude au prélat consécrateur. VIII. Lagenouillement marque les humbles sentiments de celui qui se présente pour se soumettre saintement à Dieu. Nous avons dit souvent que trois ordres de différents ministres, par la vertu mystérieuse de trois sacrement!!, pré- parent les initiés de trois degrés divers et les façonnent à porter le joug salutaire du Seigneur. Or lordre des diacres, qui est simplement purificateur, ne fait faire quun seul pas à ses subordonnés; HIes présente à lautel où sopère la con- séoration mystérieuse des âmes que son ministère a purifiées : cest pour cela quil ne fléchit quun genou. Les prêtres, au contraire, courbent les deux genoux, parce que leur glo-
  • 133. CHAPITRE V 133rieux ministère a la vertu, non seulement de purifier ceux quileur sont soumis et de surnaturaliser leur vie, mais encore detes élever à cet état de perfection où il est permis de contem-pler les choses divines. Enfin le pontife, outre quil met lesdeux genoux en terre, recoit encore sur sa tête le livre desÉcritures, parce quïl a le pouvoir et le secret de conduireavec sage mesure ceux qui furent purifiés par le diacre etilluminés par le prêtre à la science des mystères quils ontconsidérés, et par là dopérer en eux une consécration aussiparfaite quil leur convient respectivement.
  • 134. CHAPITllE VI DE. DIVZISES CUSSES DB CEUX QUI SONT INITIÉ. Dalls la première partie, on signale: 1. ceux qui accom- AIIOIlIIB1lT. -plissent le travail de leur purification: II. ceux qui ont reçu la grice delillumination; Ill. ceux qui se perfectionnent, et en particulier le. moines, comme formant ensemble lordre total des initiés. Dans la deuxième partie, on cite les cérémonies de la consécrationmonacale. Dans la contemplation, on explique i 1. pourquoi le moine, dans lacérémonie de sa consécration, ne fléchit pas les genoux; II. ce quesignifient le renoncement quil prononce; III. le signe de la croix donton le marque; IV. le dépouillement de ses vêtements du siècle; V. la.sainte communion li laquelle il est convié; VI. Enfin on fait com-prendre comment il est vrai de dire que parmi les anges, il y en aqui sont purifiés. PREMIÈRE PARTlE I. Tels sont les ordres ecclésiastiques; tels leurs mini3-tères, leurs pouvoirs, leurs fonctions, leurs consécrations.Parlons maintenant des trois différentes classes dinitiés. Nous disons dabord que le rang de ceux qui doivent êtrepurifiés comprend cette foule dont il a déjà été fait mention,et qui est exclue de la célébration des mystères : tels sontceux que le diacre engendre spirituellement, forme et prépare
  • 135. CHAPITRE VI 135 , à la vie par la lecture des saints Livres; tels ceux quon presse par les enseignements des Écritures de revenir à la sainteté dont ils ont déchu; tels ceux quune lâche frayeur retient encore sous le joug des puissances ennemies, et quon encou- rage par la puissante parole des divins oracles; tels ceux quon sefforce de ramener de lhabitude du mal à lexercice du bien; tels enfin ceux qui, déjà convertis, nont pas encore la constanc~ de la vertu ni une sainleté à toute épreuve. Voilà donc la classe des purifiés que le diacre, par la vertu de son ministère, engendre, façonne et dispose, et qui, ayant ainsi contracté une pureté parfaite, sont admis à la vue et à la participation des mystères iIluminateurs. II. Ceux-là forment le second rang qui, revêtus dune innocence salls tache, contemplent et, autant que leur force permet, reçoivent quelques-uns de nos sacrements, et qui attendent du ministère sacerdotal le bienfait de lillumination. Car il me semble que, purs de souillure et de péché, et désor- mais fixés dans la vertu avec un inébranlable courage, ils doivent, sous la discipline des prêtres, jouir enfin des lumières divines, et participer aux sacrements augustes dont ils sont capables, et dans celte contemplation et cette com- munion puiser une ineffable allégresse, et, sous linfluence surnaturelle de la grâce, aspirer amoureusement à lintelli- gence des mystères. Cette classe, je la nomme le peuple saint; car il a passé par une expiation complète, et il a fait effort pour se rendre digne de contempler et de recevoir les sacre- ments iIluminateurs. III. Enfin parmi tous les initiés se placent au rang le plus élevé les moines, cohorte bénie qui, sétant appliquée aveccourage à se purifier entièrement et à faire ses actions avec une sainteté parfaite, est admise, selon ses propres forces, Ala participation et à la contemplation spirituelle des choses
  • 136. 136 DE LA HIERARCHIE ECCLESIASTIQlEsacrées. Aussi la sanctification de cette classe est-elle confiéeà la sollicitude des évêques; et cest dans la grâce de leursilluminations et dans la sublimité de leurs enseignementsquelle saisit lesprit des mystères quil lui est donné deméditer, et cest par la science qui lui en vient quelle essaiede sélever à la plus haute perfection. Qest pourquoi nospieux mailres, donnant à ces hommes de saintes qualifica-tions, les ont nommés tantôt thérapeutes, à cause du cultesincère par lequel ils adorent la divinité, et tantôt moines, àraison de cette vie dunité sans partage par laquelle, rame-nant leur esprit de la distraction des choses multiples, ils leprécipitent vers lunité divine et vers la perfection du saintamour. De là vient que la loi liturgique leur attribue unegrâce sanctifiante et prononce sur eux une sorte de prièreconsécratoire; seulement, ce nest pas le pontife qui larécite, comme dans les ordinations ecclésiastiques, mais bienle prêtre, auquel il est dévolu de célébrer cette consécrationsecondaire. DEUXIÈME PARTIE CÉRÉMONIES DE LA COllSÉCRATION MONACALE Le prêtre se tenant debout devant lautel prononce la for-mule de la consécration monacale. Linitié, placé derrière leprêtre, ne fléchit ni les deux genoux, comme lordre sacer-dotal, ni même on seul genou, comme les diacres; mais il setient debout pendant quon récite sur lui la prière déter-minée. Layant achevée, le consécratour savance vers lini-tié et lui demande avant tout sil renonce à toutes les distrac-tions du siècle, cest-à-dire, non seulement aux divers genres
  • 137. CHAPITRE YI 137de la vie commnne, mais même aux folles imaginations desmondains. Puis il lui expose ce que cest que la vie parfaite,en lavertissant quil doit sélever au-dessus dune sain-teté médiocre. Il en reçoit la promesse formelle dagir ainsi,le marque du signe de la croix, lui coupe la chevelure en i[lvo-quant les trois Personnes de léternelle béatitude, le dépouillede son premier vêtement pour lui en imposer un autre, luidonne, aussi bien que tous les prêtres qui lentourent, lesaint baiser, et ladmet à la participation des saints mystères. TR.OISIÈME PAR.TIE CONTEMPL.TION I. Par cette attitude du moine qui ne fléchit point lesgenoux et De reçoit pas sur la tête le livre des Écritures, maisqui se tient debout derrière le prêtre consécrateur, il est mar-qué que lordre monastique nest point établi pour la directiondes autres, mais que, soccupant de lui-même, il doit demeu-rer dans un état de solitaire et sainte vie, suivre fidèlementles prêtres et, doeile élève, se laisser conduire par eux à lascience sublime des mystères auxquels il participe. II. Le renoncement aux diverses manières de vivre et mêmeaux imaginations du siècle, si fécondes en distractions, annoncela baute perfection de la philosophie monastique, laquellesexerce à la science des commandements qui tendent à unirlhomme à Dieu. Car, comme je lai dit, les moines nappar-tiennent pas à la seconde classe dinitiés, inais bien à la plusélevée de toutes. Cest pourquoi beaucoup de choses se fontsans crime par les chrétiens vulgaires, qui demeurent absolu-ment interdites aux moines, parce quils doivent éviter tout
  • 138. 138 DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉ.IUASTIQUE ce qui divi~e lesprit et se recueillir religieusement dans lunité même; parce quils doivent former leur vie sur celle des prêtres avec le~quels ils ont plusieurs points daffinité, et dont ils sont plus proches que les initiés des autres rangs. III. Le signe de la croix, comme je lai déjà fait observer, symbolise la mortification complète de tous les appétits ~(n·suels. La tonsure exprime la pureté et la simplicité de la vie,et quon ne sapplique point à dissimuler la laideur de sonAme sous de mensongères apparences, mais quon sélève, au contraire, spontanément, à la ressemblance du type céleste par une vertu modeste et cachée en Dieu, et non par lartificedune beauté seulement humaine. IV. Cet acte par lequel on dépouille un premier vêtementpour en prendre un nouveau, témoigne quon passe dunesainteté médiocre à une sainteté plus parfaite; comme dansle baptême, le changement de robe indique que le catéchu-mène est sorti de la vie purgative pour entrer dans la vie delumière et de contemplation. Lorsquici le prêtre et tous ceux qui lenvironnent saluentensemble le nouvel élu, cela figure la communion intime quiexiste entre les pieuses intelligences, et la douce charité aveclaquelle elles se réjouissent de leur mutuel bonheur. V. A la lin de la cérémonie, le prêtre convie linitié à la saintecommunion, pour lui faire comprendre que, sil sélève à la hall-teur de la perfection monastique, non seulement il contem-plera les mystères augustes et y participera comme les initiésde la seconde classe, mais quil recevra la communion avecune divine intelligence de ce sacrement, et dune façon plusexcellente que le reste du peuple sacré. De là vient aussi que,dans la collation des saints ordres, le prélat consécrateur,avant de terminer, distribue aux ordinands la très saillteEucharistie: non seulement parce que la réception de ce sacre-
  • 139. CHAPITRE VI 139 ment adorable est le complément des honneurs hiérarchiquesqui leur sont conférés, mais encore afin quils entrent enparticipation de ce don merveilleux, autant quil leur estbesoin pour atteindre le degré de la perfection divine auquelils sont respectivement appelés. Concluons donc que nos initiations saintes consistenten la purification, lillumination, la perfection. Les diacresforment lordre sacré qui purifie; les prêtres, lordre quiillumine; les évêques, lordre qui perfectionne. La classe despurifiés se compose de ceux qui ne peuvent encore être admisà la vue et à la participation daucun sacrement; la classedes illuminés est celle du peuple saint; la classe des perfec-tionnés est celle des pieux moines. Cest ainsi que notre hié-rarchie, distribuée en des ordres que Dieu lui-même a établis,est rendue conforme aux hiérarchies célestes, et quelle con-serve, autant quil e~t possible aux choses humaines, commeJempreinte de Dieu et les traces de son auguste origine. VI. Vous mallez objecter sans doute quil ny a, parmi leshiérarchies angéliques, aucune classe de purifiés: car il nestni beau, ni vrai de dire que le péché se trouve dans les ordrescélestes. Et il faudrait que jeusse perdu le sens des chosessacrées, pour nier la pureté parfaite et la sainteté surhumainedes bienheureux esprits. Car si lun deux fût tombé dans lemal, il y a longtemps quil serait exilé du chaste et divinconcert que forment ses frères, et précipité dans la ténébreuseruine des anges rebelles. Toutefois la piété permet de direque, chez les hiérarchies célestes, la purification, pour lesintelligences moins nobles, consiste en la clarté que Dieuleur envoie touchant des choses jusque-là dérobées à leurvue; à savoir quand il les appelle à une connaissance plusparfaite des secrets divins et que, corrigeant lignorance oùelles sont actuellement plongées, il les fail élever par les
  • 140. DE LA HIÉIf..tRCHIE EœLÉSIASTJQUB~sprits supérieurs à la gloire dune plus profonde et pluslumineuse in1wtion. Ainsi, dans la céleste hiérarchie, il y ales ordres purifi~s, illuminés et perfetlionnés; et il y a lesordres qui purifient, qui illuminent et qui perfectionnent. Etles natures plus divines et de rang supérieur purgent de touteignorance les natures de rang inférieur, en la manière etdans la proportion qui convient à ces sublimes esprits; etelles les inondent des flots de lillumination divine, et lesperfectionnent en la science si sainte des pensées de la divi-nité. Car, nous lavons déjà dit, et les Écritures lenseignent,tous les ordres célestes nentrent pas en égale part des splen-deurs et des connaissances sacrées : pour tous la lumièrevient du sein de Dieu; mais les plus élevés la puisent immé-diatement à sa source. tandis que les autres la reçeivent parle ministère des premiers, et toujours elle sattempère auxforces de chacun.
  • 141. CHAPITRE VII nES CÎaÉIIOIUES QUI SE FONT POUR LES DÉFUNTS AROUMI!lIT. - On voit dans la première partie, 1. que les saints sor~tent de la vie avec joie et pleins de lespérance dun bonheur parfait,et que leurs corps ressusciteront dans la gloire; n. que diverses erreursfurent enseignées en ce point, et que ceux qui ont mal vécu meurentavec tristesse; Ill. que les fidèles se réjouissent li. la mort des saints. On décrit dans la deuxième partie les rites usités pour la sépulturedes fidèles, soit ecclésiastiques, soit séculiers. La troisième partie manifeste, 1. ce que signifie la sépulture desfidèles; II. ce que signifient les cantiques et les leçons; III. pourquoilon donne la sépulture li ceux qui sont encore dans les travaux delexpiation, les catéchumènes pourtant exceptés; IV. pourquoi lhié-rarque fait diverses prières sur le défunt et le salue; V. quelles pro-messes furent faites li ceux qui meurent saintement, et ce que cestque le sein dAbraham; VI. pourquoi lon prie pour les défunts, et aux-quels dentre eux servtnt ces prières; VII. que lhi~1Ii8, commeinterprète de Dieu, garantit au défunt laccomplissement des divinespromesses, en conséquence de son pouvoir de lier et de délier; VIII.pourquoi lon fait dei onctions lur le défunt; IX. Ge que signifie ladernière onction, et quel est le lieu des sépultures; X. que les invoca-tions que lon fait en lordination ne doivent pas être divulguéesimprudemment; XI. pourquoi lon blptise lei enfants, quoique priVésencore de lusage de taiSOD.
  • 142. 14.2 DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉSIASIIQUE PREMIÈRE PARTIE I. Il me semble nécessaire dexpliquer maintenant lescérémonies que nous pratiquons envers les morts. Car ilnen est pas des saints comme des profanes; mais ainsi quediffère la forme de leur vie respective, ainsi diffère leurentrée dans le trépas. Ceux qui ont mené une vie sainte, seconfiant dans les promesses véridiques du Seigneur dont ilsont vu comme une garantie en sa propre résurrection, arrivent,avec une espérance ferme et fondée et avec une joitl divine,au terme de la mort, comme à la fin de leurs pieux combats,pleinement certains que la résurrection générale les mettra,eux et tout ce qui les constitue, en possession dune vie etdun bonheur parfaits et éternels. Effectivement, les âmesdroites, qui, durant cette vie, peuvent encore déchoir et seprécipiter dans le mal, seront élevées, dans la régénérationfuture, à un état de divine immutabilité. J!:galement les corpspurs dont elles étaient compagnes dans le chemin de la vie,qui furent enrôlés et combattirent avec elles, pour prix deleurs nobles sueurs, recevront de leur côté la gloire de larésurrection, et partageront avec leurs alliées dautrefois lajouissance inaltérable dune vie toute divine: car rentrantdans la société des âmes auxquelles ils furent unis sur la lerreet devenus membres parfaits de Jésus-Christ, ils obtiendrontla douceur incorruptible dun immortel et divin repos. Cestpourquoiles saints sendorment dans la joie et parmi dinvin-cibles espérances, quand ils ont touché le terme de leurscombats généreux. II. Parmi Jes proCanes, ceux-ci pensent insensément quuntotal néant leur est réservé; ceux-là estiment que lunion des
  • 143. CIUPITRE "JI lU Ames avec les corps se brise sans retour, parce quelle con- viendrait mal aux esprits dans la félicité de la vie divine qui les attend; ils ne songent pas et ils nont pas compris cet enseignement de la science sacrée, que cette vie ainsi entendue a déjà reçu en Jésus-Christ sa glorieuse réalisation. Quelques- uns imaginent que les âmes sallieront à dautres corps; en quoi, ce Ille semble, ils sont injustes envers les corps qui ont partagé les travaux des âmes saintes, puisquils les privent indignement des divines récompenses qui les attendaientau bout de la carrière. Dautres enfin, inclinés vers je nesais quelles grossières pensées, disent que le saint et bien- heureux etat promis ail}( élus ressemble à cette vie terrestre, et avec une rare inconvenance, promettent à ceux qui serontles frères des anges un mode dalimentation propre à des corpsaltérables. Mais les hommes pieux ne donneront jamais en depareilles extravagances: car comme ils savent quils entreront, corps et âme, dans le repos du Christ, quand est venu le termede cette vie périssable, ils voient plus clairement, parce qllïlsen sont plus proches, le chemin qui les mène à limmortalité;ils célèbrent la bienfaisance céleste, et sont inondés dun divin "contentement, ne craignant plus une ruine ultérieure, mais.certains que la félicité conquise leur restera immuablement etpour léternité. Pour ceux au contraire qui sont pleins dini-quités et de criminelles souillures, si la sainte doctrine leurfut autrefois départie, et sils lont tristement rejetée de leuresprit pour se précipiter dans la corruption des voluptésignobles, le terme de cette vie étant arrivé, li- loi des oraclesdivins cesse de leur paraitre aussi méprisable; ils voient d"untout autre œil les charmes des plaisirs passagers, et gloriliantla vertu quils ont follement négligée, ils sortent de ce mondemisérablement et à regret, et totalement déchus de la douceespérance, à cause de leur déplorable conduite. 11
  • 144. DE L.-. HIÉRARCHIE F-CCLÉSIASTIQtB lU. Mais parce quaucune de ces tristesses ne trouble letrépas du juste, quand il est parvenu à la fin de ses combats,il abonde de la joie la plus pure, et, avec un sentiment debonheur inouï, il prend le chemin de la sainte régénération.De leur côté, les proches du défunt, je veux dire ceux qui luiappartiennent par une divine parenté et par la ressemblancedes mœurs, le nomment heureux, quel quil soit, davoiratteint victorieusement le but désiré; ils adressent des can-tiques daction de grâces à lauteur de son triomphe, etdemandent dobtenir eux-mêmes un semblahle partage. Puisils le prennent et le présentent à lhiérarque comme audistributeur des saintes couronnes : lhiérarque le reçoit avecempressement, et accomplit les rites sacrés que la loi fixepour ceux qui sendorment dans la sainteté. DEUXIÈME PARTIECÉRÉMONIES OBSERVÉES !. LÉGARD DE CEUX QUI MEURENT DANI LA Jl5TlCE Le divlD hiérarque rassemble le chœur sacré. Si le défuntappartenait au rang des clercs, on le place devant lautel, etle pontife commence la prière et laction de grâces à Dieu. Sile défunt était de lordre des moines, ou du peuple saint, onle place dans loratoire et devant lentrée du chœur, et lepontife fait également la prière et laction de grâces. Puis lesdiacrfs récitent les promesses véridiques contenues dans lesdivines Écritures touchant notre résurrection, et chantentpieusement des hymnes empruntées aux p~aumes touchant lemême dogme et dans le m~me sens. Ensuite le premier des
  • 145. CHAPITRE VII 145diacres renvoie les catéchumènes, proclame les noms de ceuxqui dorment déjà dans la mort, met sur le même rangetœcitele nom de celui qui vient de mourir, et invite les fidèles àdemander pour leur frète défunt un doux repos en Jésus-Christ.Cependant le divin hiérarque savance, prononce sur le cadavreune pieuse prière; après quoi, il le sallie, tous les assistantsfaisant le salut avec lui. Cette cérémonie achevée, le pontiferépand de lhuile sur le dérunt, prie saintement pour tontelassemblée, et dépose le corps en un lieu honorable, à côtédes corps de ceux qui occupaient durant leur vie le mêmerang hiérarchique. TROISIÈME PARTIE CONTEMPLA.TION J. Si les profanes voyaient ou entendaient réciter cessaintes cérémonies, ils en riraient éperdument sans doute etprendraient en pitié notre erreur. Mais il ne falit pas quecela nous étonne; car sils ne croienLpas, ils ne comprendrontpas, comme dit lÉcriture. POUT nous, considérant le sens spi-rituel des rites sacrés, et illuminés par Jésus-Christ, nousdirons que lhiérarque a raison de placer le défunt, soit autemple, soit en sa dernière demeure, panni ceu~ qui eul"ftnt lamême dignité: car cest là un mystérieuX" avertissement que,dans la régénération, tous obtiendront précisément le sortquils se seront fait durant la vie présente. Ain-si celui quiaura mené sur terre une vie sainte et divine, autant quil estpossible à J!homme· dimiter Dieu, jonira dans le srecle futurde la richesse dune félicité divine: celui qui aUTa mené une
  • 146. DE J,.A HI~RARCHIE ECCLÉSIA.STIQUE "ie sainte aussi, mais moins divinement relevée, trouvera également les récompenses dues à ses œuvres. Quand donc le pontife a remercié Dieu de cette sainte répartition, il pro- nonce sa prière, et célèbre ladorable puissance de Dieu qui brise nnjuste et tyrannique empire !lOUS lequel gémit notre nature, et évoque notre cause à son équitable tribunal. II. Le chant et la lecture des promesses divines révèlent ce que sont ces demeures fortunées où doivent habiter éternel- lement ceux qui vécurent dans la perfection, et en particulier celui dont on célèbre le trépas. Ptlr là aussi les assistants sont pressés de tendre à un semblable terme. III. Observez quici, tous ceux qui soccupent aux travaux de lexpiation ne sont pas exclus, comme il se fait dans les autres mystères. Mais les seuls catéchumènes sortent de lassemblée, parce que, absolument privés de toute initiation aux choses saintes, il leur est défendu de contempler les céré- monies plus ou moins relevées que lÉglise accomplit; car ils nont pas encore reçu, dans la régénération, principe efficace de lumière, la faculté de voir nos redoutables sacrements. Au contraire les autres classes de ceux qui se purifient furent déjà initiées aux dons divins; mais parce quils se sont de nouveau précipités follement dans le mal,au lieu da!lpirer et datteindre à une perfection ultérieure, cest juste quon les exclue de la vue et de la communion de ces mystères plus augustes que voilent les sacrés symboles : car il leur serait funeste dy participer indignement, et ils en viendraient à un plus grand mépris et deux-mêmes et des choses divines. Leur présence aux cérémonies des funérailles est au contraire fondée en raison; car là, ils apprennent clairement et peuvent.considérer lincertitude où nous sommes de lheure de la mort, les récompenses que nos oracles infaillibles promettent aux saints, et les douleurs infinies qui menacent les coupables
  • 147. CHAPITRE VIt 147comme eux. Ce leur sera peut-être une utile leçon dentendreles ministres sacrés nommer celui qui vient de mourir pieu-lIement, le glorifier avec solennité comme déjà reçu dans lesrangs des saints qui existent dès lorigine des siècles.Peut-être il leur viendra le désir dune gloire semblable, etles dépositaires de la science sacrée les auront convaincusque celui-là est véritablement heureux qui meurt dans leCluist. IV. Puis le divin hiérarque savance et prononce sur ledMunt une sainte prière; après quoi il le salue, et tous lesa..;sistants le saluent à sa suite. Par cette prière, on 1I0llicitela clémence divine de pardonner au défunt toutes les fautesquil a commises par humaine fragilité, de le recevoir en lalumineuse région des vivants dans le sein dAbraham, dIsaacet de Jacob, là où il ny a plus ni douleur, ni tristesse, nigémissemen t. V. Tel est le radieux éclat des récompenses célestes. Car quepourrait-on comparer à une immortalité parfaitement exemptede tristesse et pleine de gloire et de lumière? Et pourtant cespromesses qui dépassent tout entendement, quoique expri-mées en des termes proportionnés à notre infirme nature, n~portent que des noms bien inférieurs aux réalités quils repré-sentent. Car il faut croire à la vérité de la parole divine: li Lœilna point vu, loreille na point entendu et le cœur de lhommenajamais conçu ce qlle Dieu a préparé à ceux qui laiment(I)...Par le sein des patriarches et des autres bienheureux, je pensequil faut entendre ces divines et fortunées demeures où ceuxqui imitèrent Diell sont admis pour jouir dune vie parfaite etpleine dimmortelle félicité. Vr. Vous allez dire peut-être que ce sont là des choses (i) I. Cor., 2, 9.
  • 148. 148 DE LA HIÉR.tReUIE ECCLÉSIASTIQUEjustes, mais que, néanmoins, elles nexpliqnent pas pourquoilhiérarque sadresse à la clémence divine et demande que ledéfunt ()btienne la rémission de ses fautes et une glorieuseplace parmi les élus dans lhéritage céleste. Car, si tousreçoivent de la justice den haut la récompense de ~e quils ontfait de bien ou de mal ici·bas, celui qui est mort ayant achevésa course et ses amNles personnelles, la prière pontificalepeut-elle lui valoir un autre partage que celui quil a conquislui-même, et qui est le paitlment de sa vie terrtlstre cr Je sais très bien, pOGr lavoir appris des saintes Lettres,quil sera donné à chacun selon son mérite: CI Car le Seigneur,est-il dit, tient un compte exact, et chacun recevra ce qui estdû aux bonnes ou mauvaises actions quil aura faites en soncorps (1). » Ensuite, que les prières des justes ne soient dau-cune efficax:ité pour les vivants et à plus forte raison pour leImorts, à moins quon ne soit digne de cette sainte interces-sion, cest ce qui nous est transmis et enseigné par les Écri-tures. Car quel avantage revillt à Saül de la prière de Samuel?et au peuple hébreu de la médiation de ses prophètes (2). Telque celui qui, sarrachant lorgane de la vue, demanderait àj0uir de la lumière du soleil dont la splendelIl ne frappe que les yeux pnrs et sains: ainsi se nourrit de vaines et impossiblesespérances cehli qui, dune part, réclame les prières- des saints,el, de lautre, combat les effets quelles pl"oduisent naturel· lement par sa négligence envers les grâces divines et par sonéloignemeDt des lumineux et bienfaisants préceptes de Dieu.Jaffirmedonc, conformément à la parole sacrée, que les prièresdes justes nous sont très utiles dans cette vie, mais à ullecondition, cest que celui qui est désireux des dons divins et pieusement disposé it les recevoir, reconnaisse intimement sa I{JlT. Cor.,5,lO.- {2} 1. Rois. HiExod., 32,lO; Jérém., 1, uret Il, 41.
  • 149. GHAPITRE V1.tl 14.11 propre indignité, quil sadresse à quelques pieux personnages; les conjurant de lui venir en aide et de prier avec lui; alors il retirera de ce concours un immense avantage; alors il obt4endra les grâces célestes quil implore; la divine bonté lui .QUwrira les bras, à cause de la religieuse humilité de sa conscience et de son respect eavers les saints, à cause du louable et pieux objet de ses désirs et de ses demandes, et des dispositions convenables où il sest mis, Car ainsi le règlent les prescriptions de Dieu: les dons célestes sont accordés, dans lordre voulu, à ceux qui méritent de les recevoir par ceux qui méritent de les distribuer. Si donc quelquun viole cet ordre saintement établi, et, plein dune déplorable présomption, sestime suffi- samment préparé au commerce divin et dédaigne le secuurs des justes; sil adresse à Dieu des demandes déplacées et pro-fanes et na pas un ferme et constant désir des choses divines.assurément, et par sa faute, son imprudente prière serarejetée. Mais lexplication de ces prières que lhiérarque pr.ononcesur le déftlnt, je crois nécessaire de la donner, daprèll lesenseignements que nous ont transmis nos mailres inspir.és. VII. Le pontife sacré est linterprète des jugements divins,comme le dit lÉcriture; il est lange du Seigneur .toot-puissant. Or, il sait par les livres inspirés quune vie glorieuseet divine est réservée, daprès une équitable.appréa.iation ctenraison du mérite de chacun, â tous ceux qui auront vécusaintement, et que la charitable indulgeDce de Dieu daignefermer les yeux sur les taches qu~ils ont. contractées parhumaine faiblesse; car nul nest exempt de souillure, commeil est encore écrit. Lhiérarque a lu ces promesses dans nosinfaillibles oracles. Il demande donc quelles saccomplissentet que les saintes récompenses soient accordées à ceux quiunt vécu dans la piété. De plus, il représente comme une
  • 150. 150 DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUE image de la divine bonté en priant pour les autres comme sil sagissait de ses intérêts personnels. En même temps, certain de limmanquable effet des promesses sacrées, il explique etfait entendre aux assistants que ce quil demande, conformé- ment aux prescriptions célestes, saccomplira infailliblement en ceux qui ont persévéré dans une vie diVine. Car thiérarque,interprète de léquité divine, ne demanderait pas des chosesque Dieu ne tiendrait point pour agréables et quil nauraitpas promis de donner. Aussi ne fait-il pas de semblablesprières pour ceux qui meurent dans le péché, non seulementparce quen cela il serait infidèle à sa mission dinterprète, et singérerait en des fonctIOns pontificales témérairement etsans linspiration de celui qui est lauteur de nos mystèressaints, mais en~ore parce que son imprudente prière seraitsans résultat, et quil mériterait dentendre cette parole pleinede justesse: « Vous demandez et ne recevez point parce quevous demandez mal (1). Il Lhiérarque demande donc seule-ment ce que Dieu a promis, ce quil a pour agréable, cequil accordera infailliblement; et par là, il témoigne auDieu bon de la pureté de ses intentions saintes, et révèleclairement à lassemblée quels biens sont réservés aux élus. Comme interprètes des jugements divins, les pontifes ontégalement le droit de prononcer des exclusions, non pas, sir on me permet cette explication, que la sagesse infinie obéisseavec dépendance à leurs transports déraisonnables, mais cestque, par le mouvement du Saint-Esprit qui préside à nolrehiérarchie, et dont ils sont les organes, ils séparent ceux quela justice de Dieu a déjà condamnés. Car il est écrit: Cl Rece-vez le Saint-Esprit; à ceux dont vous remettrez les péchés,les péchés seront remis; à ceux dont vous les retiendrez, ils (i) Jac., ~, 3.
  • 151. CHAPITRE VII 151seront retenus (t). D Et il a été dit encore à celui qui futilluminé par les révélations du Pèrl très saint: Cl Tout ce quevous aurez lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ceque vous aurez délié sur la terre sera délié dans les cieux (2). »Tellement que cet apOtre et tout pontife qui lui ressembleadmettent les amis de Dieu et excluent les impies, en consé-quence de la manifestation que le Père leur fait de ses augustesjugements, quils interprètent ensuite et font connaitre auxhommes. Car comme nous lapprend lÉcriture. ce ne!lt pasde son mouvement propre ni par les instincts de la chair etdu sang, mais par linspiration de Dieu, qui linstruisait enesprit des Raints mystères, que Pierre a prononcé sa glorieuseprofession de foi en Jésus-Christ. Nos pontifes sacrés doiventdonc user de leur droit dexcommunier et de tous leurs pou-voirs hiérarchiques par le mouvement de Dieu, qui a établinos cérémonies saintes: à son tour, le peuple fidèle doit obéiraux pontifes dans lexercice de leurs fonctions, comme à deshommes in!lpirés; car il est dil : Cl Qui vous méprise meméprise (3). D VIII. Mais revenons aux cérémonies qui suivent la prière.Quand elle est achevée, lhiérarque salue le défunt que tousles assistants saluent à leur tour : car celui-là est digne delamour et de lhonneur de tous les justes, qui a fini sa viedans la sainteté. Après le salut, le pontife répand de lhuilesur le défunt. Or, souvenez-vous que, dans le sacrement derégénération, avant le saint baptême et quand linitié a tota-lement dépouillé ses vêtements anciens, sa première partici-pation aux choses sacrées consiste en lonction de lhuileMniLe; et, au terme de la vie, cest encore lhuile sainte quonrépand sur le défunt. Par lonction du baptême, on appelait (1) JoaD., 20. 2:1.- (2) Matt.• 16, t9. - (3) Lue, 10, 16.
  • 152. 152 DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUElinitié dans la lice des saints combats; lhuile versée sur ledéfUDt signifie quil a fourni sa carrière et mis fin à sesglorieuses luttes. IX. Cette cérémonie terminée, le pontife place le corps dudéfunt dans un lieu honorable, parmi les corps sacrés deceux qui appartiennent au même ordre. Car, si le défunt amené dans son corps et dans son âme une vie agréable àDieu, le corps, aussi bien que lâme, est digne dhonneur,parce quil a combattu avec elle en répandant de noblessueurs. Cest pourquoi la justice divine réserve à lâme et enmême temps au corps, son collaboFllteur et son compagnon,des récompenses proportionnées à leur vie, soit bonne, soitmauvaise. Par la même raison, la hiérarchie divinement ins-tituée appelle lune et lautre substances àla, participation desgrâces célestes: lâme, par la contemplation pure et la sciencedes sacrements qui saccomplissent: le corps, par lonctionfigurative de lhuile sainte et par les symboles sacrés de ladivine communion. De la sOllte, lhomme est sanctifié danssa nature entière; son salut total est opéré, et il lui est donnéde comprendre, par cette purification complète, que sa résur-rection sera également entière, totale. X. Quant aux invocations consécratoires des divers sacre-ments, on ne doiL pas les expliquer par écrit ni dévoiler eLproduire publiquement ce quelles ont de mlYSlérieux, et lavertu secrète que Dieu y a déposée. Mais lorsque, daprès lesordonnanees de notre sainte tradition, vous aurez appris ceschoses quil ne rallt jamais divulguer, et que le divin amouret des œuvres pieuses vous auront confirmé cians une saintetéplœ parfaite et plus intelligente, vous seres élevé par lillumi-nation mystiqge à la sublime science de ces réalités. XI. Que les enfants qui ne sauraient comprendre les chosesdivines soieDt admis à reetavoir la régénération sainte et les
  • 153. CIIAPrrRE VIIsymboles vénérables de la divine communion, cest pour lesprofanes, dites-vous, le sujet de railleries quils. oroientlégitimes: car alors lhiérarque enseigne les choses diviDasil ceux- qui ne peuvent écouter, il communique en vain œstraditions saintes à ceux qui ne peuvent comprendre; et, cequi nest pas moins ridicule, dautreSfont pOJ)r ces enfants desabjurations et prennent de saints engagements. Mais il ne fautpas que votre prudence saoerdot..le sindig~e contre cesmécréants; il vaut mieux les- amener à la lumière avec piétéet avec douceur, en réfutant leurs objections et en ajeutant,ùaprès nos saintes lois, que la science humaine nest pas lalimite des divins secrets, et que bewcoup de réalités mysté-rieuses ont des causes sublimes qui nous restent cachées,mais qui sont connues des hiérarchies supérieures à la nOtre;même beaucoup de choses échappent aux intelligencesangéliques et ne sont exactement oomprises que par Dieuinfiniment sage et auteur de toute sagesse. Cependant disons sur oette matière ce qui nous fut transmispar 110S pieux initiateurs, qui, eux-mêmes, avaient été ins-truits par la tradition primitive. Ils nous ont donc appris, cequi est véritable, que les enfants, élevés dans la pratique dela religion, contractent des habitudes de sainteté en se con-servant libres de toute erreur et eKempts de toute souillure.Ce qua~ant compris nos maîtres, il leur panlt bon de rece-voir les enfants en cette sorte : les parents naturels delenfant quon presente au baptême le confient à quelquunde nos initiés qui puisse linstruire oonvenablement deschoses divines, et qui en prenne soin désorma:is comme pèrespirituel et comme responsable du salut de son protégé.Quand donc ce fidèle a promis de former lenfant à une viesainte, le pontife lui ordonne de prononcer les abjurations etde contracter les engap-emenL:i ~·oulll:l: non pas quici,
  • 154. 154 DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUE comme le disent en raillant les infidèles, lun reçoive linitia- tion au lieu de laulre; car le parrain ne dit pas: Cest à la place de cet enfant que je fais les abjurations et les promesses; mais il affirme que son pupille lui-même abjure et promet, comme sil disait: Je mengage, lorsque cetenfant sera capable de comprendre les choses saintes, à lui persuader par mes religieuses instructions de renoncer aux choses mauvaises, et de prononcer et daccomplir des promesses de vertu. Je nevois donc rien dabsurde à ce quull enfant soit présenté ausaint baptême par le ministère dun guide et dun protecteur pieux qui se propose de lhabituer aux chose9 divines et dele préserver des atteintes du vice. Et lhiérarque admet lenfantà la participation des sacrés mystères, afin quil en soit nourri,quil vive constamment occupé à la contemplation des chosesdivines, quil sunisse à elles par de pieux progrès, quil sefixe en leur possession et sélève il la sainteté par les soins deson guide religieux. Tels sont, mon fils, les beaux et divins spectacles que maprésentés notre hiérarchie : peut-être des esprits plus clair-voyants auront fait, non pas seulement ces considérations,mais dautres plus brillantes et plus célestes, Et jestime quedes beautés plus radieuses et plus augustes resplendiront à vosregards si vous suivez la route que jai indiquée pour arriverà un foyer de lumière supérieure. Alors, mon bien-aimé,communiquez-moi ces clartés parfaites et révélez à mes yeuxces connaissances plus excellentes, plus intuitives que vouspourrez découvrir: car jai confiance que ce que jai dit ferajaillir les étincelles du feu divin que vous portez en votrecœur. FIN DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUB
  • 155. LIVRE DES NOMS DIVINS DENYS, PR:eTRE, A THIMOTHÉE, AUSSI PR:tTRE ARGUMENT GÉNÉRAL DU LIVRE Dieu habite le sanctuaire dune lumière inaccessible. 11 est llui-mème son propre spectacle; mais le regard de la créaturene supporterait pas lexcès de ces éternelles splendeurs : danscette vie surtout, lhomme ne peut contempler la divinité quenénigme et à travers un voile. Or, cette connaissance de Dieu nous vient par les créaturc~,qui sont comme un écho lointain, un obscur reflet des perfec-tions infinies. Elle nous est donnée aussi par les Écritures, quinous apprenrlent à penser et à parler convenablement de notreCréateur et Roi. Les noms quon lui donne renferment ces ensei-gnements élevéll, objet de notre ~oi; car les noms sont le signe,la représentation des réalités, et ce qui· est nommé se conçoitet existe. Ces noms multiples que Dieu reçoit dans les saintes Lettreslont empruntés, tantôt aux processions ineffables, tantôt aux
  • 156. 156 DES NOMS DIVINS productions temporaires; ils expriment, soit les bienfaits de la Providence, soit les formes sous lesquelles il a daigné apparaitre. Comme.les objets quil crée lui ressemblent par qnelque endroit, puisquil en est le principe et quaI en possède larohétype, et comme, dautre part, ils diffèrent essentiellement et infinimentde lui, puisquils sont les effets contingents dune cause absolue et souverainement indépendante, il sensuit quon peut lui appli- quer tous leurs noms et ne lui en appliquer aucun; quon peut parler de lui par affirmation et par négation; car, selon qUOIl veut le comprendre, il est tout ce qui est et nest rien dece qui est. Également parce quil y a en Dieu unité de nature et trinitéde personnes, il faut admettre que les qualifications qui frappentla substance sont applicables à la divinité tout entière; mais ilnen est pas de même des attributs relatifs qui caractérisent lespersouneB et doi ventJeur être exclu&ilement réservés. Ces.t ainsique la Trinité Il produit le monde; cest ainsi que lœuvre denotre rédemption fut opérée par la seconde Personne de laTrinité. Les noms divins sont pris indistinctement, comme on voit,dans lordre de choses surnaturelles et dans Jordre de chosesnaturelles, dans le monde pUlelDent intelligible et dans le mondesensible. Mms de quelque source quils dérivent, tous convien-nent à Dieu en ce qu"ils expriment des quaHtés ou maniètMdêtre que Dieu possède par anticipation et bternellement, pardroit de nature et immuablement, par néoessité de!lsence etsuréminemment. Ainsi, tout e1istait en lui avant dexister endehors de lui; tout lui appartient en propre, et le prêt quil faitaux créatures ne saurait ni lenrichir, ni lappauvrir: tout est àlui et en lui; mais rien nest à lui ni en lui au degré et en laforme où il est en nous. Cela même par quoi nous sommes,cétait lui avant lI:otre création; depuis notre création, ce nestplus lui, cest nous. En conséquence, toutes choses qui ont une existence positivecomme substance ou comme mode, toutes choses même qui sont
  • 157. ARGUllE~T 157possibles ont en lui leur principe et cause, leur modèle et règle,leur but et fin ultérieure: principe incommunicable, mais nonpas imparticipable; cause absolue, mais agissant librement;exemplaire parfait, mais qui rayonne imparfaitement dans lescréatures à cause de leur nécessaire incapacité, non à cause deslimites de sa bonté: fin suprème que chaque être cherche à safaçon, et trouve ou peut trouver dans les limites assignées à sanature propre. Car si le mal entrevu par les êtres finis devientlobjet de leur ardente poursuite, ce nest pas comme mal, cestcomme apparence de bien quil séduit: nulle cholle, en effet,nest totalement dépourvue de bien, et le mal est une privationdêtre, non une existence positive. Ainsi doivent sexpliquer et se comprendre toUf les nomsglorieux que lÉcriture donne à Dieu: la bonté, le plus 8land detous les titres, parce quil sétend non seulement à tout ce quiest, mais à tout ce qui peut être; lamour, fécondant le néantmême; la lumière, doux et exact symbole de celui qui est lesoleil des esprits et qui a vêtu les étoiles de splendeurs; la beautéet lamour,lètre, la vie, la puissance, la justice, le salut et larédemption. Même les extrêmes se trouvent rapprochés et harmo-nieusement unis en Dieu, à qui lÊcriture attribue à la fois lagrandenr et lexiguité, lidentité et la distinction, la similitude etla dissemblance, le repos et le mouvement. Enfin sa supériorité,son excellence transcendante est accusée par le nom de Dieu deIdieux, de Roi des rois, de Seigneur des seigneurs.
  • 158. CHAPITRE PREMIER QUBL BSI LE .ur DE CE DISCOURS, ET QUBST-CR QUI NOUS E!l~ BNSIUGNB TOUCHANT LES NOM. DIVINS A•• UJIBIIT. - 1. Il faut puiser dans lrs Écritures la science de Dieu; carles choses sensibles nous font mal connaltre les choses spirituelles, etplus mal encore la divinité. II. On ne doit ùonc parler de Dieu quedaprès les Écritures, où il sest révélé autant que le comportait notrenature. III. Cest pourquoi, recevant ce qui est enseigné, il nt" faut pasinterroger la majesté divine par un regard téméraire. IV. EffectivementDOUS ne la connaissons ici-bas que tlune façon énigmatique et par sesopérations mystérieuses; V. car toutes choses viennent de lui, et il estvrai de dire que les noms de ses œuvres diverses lui conviennent etne lui conviennent pas; quon peut tout affirmer et tout nier de lui:VI. et VII. quainsi aucun nom ne le désigne bien, et que tous les nomslui sont applicables j VllI. par la même raison, les bienFaits provideu·tiels de Dieu et ses opérations diverses servent li le qualifier. I. Après mes Institutions théologiques, ô pieux collègue,je crois devoir entreprendre lexplication des noms divinsIci encore, revenons à la règle tracée par les Écritures:nappuyons pas ce que nous affirmons de Dieu sur les parolespersuasives de la sagesse humaine (1), mais bien sur cettelcience forte que le ciel a inspirée à nos maUres, et pnrlaquelle nous sommes unis dune fa<;on ineffable et inconnueaux choses quon ne peut ni dire, ni savoir: union assurément (1) I. Cor., 2, ,.
  • 159. CHAPITRE 1 t59 s"upérieure à ce que peuvent et obtiennent notre raison et notre entendement. Que personne donc nait la présomption de rien dire, même de rien penser touchant la sur-essentielle et mystérieuse nature de Dieu, que ce qni nous en a été mani- festé den haut par les saints oracles. Car à la divinité seule appartient de connaitre infiniment son infinie perfection, qui surpasse tout discours, toute pensée, toute substance; mais lhomme lignore. Seulement élevons le regard vers les cieux, autant que la lumière des paroles divines voudra nous éclairer, et pleins de discrétion et de sainteté en ce qui regarde ces mystères, naspirons pas aux plus sublimes splen- deurs. En effet, daprès les profonds et véridiques enseigne- ments de la théologie, les choses divines sont révélées et données en spectacle à chaque intelligence selon sa force propre; et la bonté éternelle, usant dune salutaire et sainte réserve, ne livre pas aux choses finies toute son incompré- hensible immensité. Car, comme ce qui est intelligible ne peut être vu et saisi par les choses sensibles; ni ce qui est simple et immatériel, par les choses multiples et composées; ni enfin ce qui est incorporel, impalpable, sans figure et sansformes, par les choses revêtues de figures et de formes corpo- relles : ainsi, et par le même principe, linfini dans sonexcellence reste supérieur à tous les êtres; lunité suré-minente échappe nécessairement à toute conception; unitésublime, nulle pensée ne peut latteindre et nulle parolenexprime cet inexprimable bien; unité lJ.Ière de toute autreunité, nature suprême, intelligence incompréhensible, paroleinénarrable, sans raison, sans entendement, sans nom; ellenexiste point à la façon des autres existences; auteur detoutes choses, cependant elle nest pas, parce quelle surpassetout ce qui est, comme elle laffirme delle-même exclusive-ment, dans la profondeur de sa science.
  • 160. !60 DES NOIIIS mn;xs II. Cest pourquoi, ainsi que je rai avancé, il nest permisde dire et de pensér, toucMnt la suprême et mystérieusenature de Dieu, que ce qui en fut réélé dans les saintesÉcritures. Car là Dieu même a daigné nous apprendre quetous les êtres ne peuvent voir ni connaitre ce quil est,à raison de labsolue supériorité de sa propre e:lsence.Et vous verrez en effet la foule des théologiens proclamernon seulement quil est invisible et in~ompréhensible, maisencore quon voudrait vainement sonder cet abime, ny ayantpas de sentier qui mène à ses mystérieuses et infinies pro-fondeurs. Ce nest pas toutefois que le souverain bien exclueaucun être de sa participation; au contraire, il tire de sontrésor inépuisable, et répand sur toutes choses, proportion-nellement à le,ur capacité, le bienfait de ses splendeurs sacrées.Bien plus, il élève, autant que possible, à sa contemplation,à sa communion, à sa ressemblance, les pieuses intelligencesqui, se précipitant vers lui avec une respectueuse ardeur,nambitionnent pas, dans un mouvement de fol orgueil, plusde lumière quil ne leur en fut départi, et ne succombent pasnon plus à la tentation dun honteux relâchement; mais qui,sans hésitation et sans inconstance, marchent vers la clartédont Dieu les gratifie, et mesurant leur amour sur les donscélestes, suivent leur essor avec discrétion, fidélité et courage. Ill. Dociles à ces saintes lois auxquelles néchappent pasmême les rangs sacrés de larmée céleste, nous approchonsdu secret divin qui dépasse tout être et tout entendement,non point avec une téméraire curiosité, mais avec un religieu:xrespect, et honorons ce qui est ineffable par un humble silence;nous jetons le regard vers les splendeurs que la divineÉcriture DOOS envoie et trouvons dans cette lumière les véri-tables louanses de Dieu. Par la grâce de ce surnaturel ensei-gnement, nous sommes façonnés â recevoir lauguste clarté
  • 161. CHAPITRE 1 t61 quil nous transmet en la proportioo de notre aptitude, et à célébrer le doux principe de taule illumination sainte, daprès ce quil nOllS a manifesté de lui dans les Éoritures. Ainsi, disons-nous, il est la cause, lorigine, llessence et la vie detoutes choses; il rappelle et ressuscite ceux qui sétaient sépllXés de lui; il refait et restaure ceux qui avaient laissécorrompre en eux la sainte imawe de Dieu; il frxe dans lebien ceux qui chancellent au vent des passions impures;il affermit la vertu; il anime et soutient le juste qui aspire lila paIlfeoHon. Il elft la httIDène des illuminés, la sainteté desparfaits. Cest en sa divinité que les Cl"éatures se divinisent,en sa simplicité quelles se siIDlplifient, en son unité quellesatteignent lunité eUes-mêmes. Il est le principe radical etsuréminent de tout principe; il manife9te le secret de sa per-fection avec une sage bonté. En un mot, il est la vie de cequi vit, lessence de ce qui est, le prinoipe et la cause detoute vie, de toute existence, par la fécondité de son amourqui a produit et qlli conserve les créatures. IV. Voilà ce que Dans apprennent les Écritures, et vousobserver~z que, pour nous faire connaître et pour louer ladi"inité, les théologiens ont composé tous les noms dont ilsrappellent, daprès ses attributs et ses œuvres auSustes, Aussique voyons-nous en presque toutes les pages des saints oraclesrDieu y est célébré tantôt comme unité suprême, à llaisoD desa simplicitp, dA son absolue indivisibilité, en laquelle l~shommes sont créés avec leur individualité propre, et, maigrE:leurs puissances multiples et div:erses, ramenés à un merveil-leux ensemble et à une sorte de divine unité: tantôt commetrinité, pour ex:primer cette suréminente fécondité des troispErsonnes. ùoù tire son origine et son nom toute paternité, auciel et sur la terre. 11 est loué ici comme souverain auteur detout, parce que effectiwment toutes choses ont reçu lêtre de
  • 162. 162 DES ~mlS DlVINSsa bonté créatrice; là, comme sage el beau, parce que les êtres,sils conserventleur nature dans sa pureté originelle, sont pleinsde divine harmonie et de céleste beauté. Enfin il est excellem-ment nommé notre ami, parce quune des personnes divinesdaigna se faire véritablement homme, rappeler à soi et sunirlhumaine infirmité: miraculeuse alliance, où deux substancc~se rencontrèrent dans le seul Jésus, où léternel fut soumis auxconditions du temps, où celui qui dépasse infiniment toutenature, si élevée quelle soit, descendit jusquau néant de lanôtre, sans que néanmoins ses propriétés diverses en fussentaltérées et confondues. En un mot, il y a une foule dautreslumières conformes à celles de lÉcriture, et que nos pèresnous ont transmises dans le secret de leur enseignement tra-ditionnel. Or, nous les avons recueillies, mais sous le dégui-sement de religieux symboles, comme le veut notre conditionprésente; car dans sa tendresse pour lhumanité, la traditionsacerdotale, aussi bien que les divins oracles, cache ce quiest intelligible sous ce qui est matériel, et ce qui surpasse tousles êtres sous le voile de ces êtres mêmes; elle donne forme etfigure à ce qui na ni forme ni figure, et par la variété et lamatérialité de ces emblèmes, elle rend multiple et composéce qui est excellemment simple et incorporel. Mais quandnous serons devenus incorruptibles et immortels, et que leChrist n~s aura associés à sa félicité glorieuse, alors, commeil est écrit, nous habiterons éternellement avecle Seigneur (1),admis à la chaste contemplation de sa sainte humanité, ilnous inondera des torrents de sa splendide lumière, commeil arrh-a aux disciples dans le mystère de la transfiguration;également il fera luire ses clartés intelligibles sur notre âmedégagée alors de la matière et des passions, et parmi les (1) I. Thess., 4, 16.
  • 163. CUAPITRE 1 163 douceurs dune inconcevable union, elle senivrera des rayon~ épanouis de ce merveilleux soleil à peu près comme les célestes intelligences; car, ainsi que dit la parole de vérité, nous serons semblables aux anges et enfants de Dieu, puisque nous serons enfants de la résurrection (1). Maie; ici-bas les choses divines ne nous apparaissent quau travers de symboles accommodés à notre infirme nature; cest par là que nous atteignons jusquà un certain point les réalités spirituelles dans leur simplicité et leur unité, et que, possesseurs de ces connaissances touchant le monde angélique, nous faisons cesser toute opération de lentendement, pour contempler, autant quil est permis, la splendeur de Dieu: lumière infinie où sont fixées dune façon ineffable les bornes de notre savoir, et qui ne peut être comprise, ni exprimée, IIi vue parfaitement, parce quelle est supérieure à toutes choses et absolument inconnue; parce quelle renferme et dépasse éminemment les limites que peuvent atteindrelessence et la force de toutes les créatures ensemble; pareoquenfin, dans sa sublimité, elle nest pas saisie par.lintelli-genee même des natures angéliques. Car, si toutes connais-sances ont lêtre pour objet, et finissent là où lêtre finit.nécessairement celui qui lemporte sur tout être échappeaussi à toute connaissance. V. Mais si Dieu excède toute parole, tout savoir, tout enten-dement, toute substance, parce quil saisit, embrasse, étreintet pénètre éternellement toutes choses; sil est absolumeutincompréhensible; sil noffre pas prise aux sens, à limagi-nation, aux conjectures; si lon ne peut le nommer, le décrire,latteindre par lintelligence, le connaUre, comment doncavons-nous promis un traité des noms divins, quand il est il Lue, 20, 36.
  • 164. t64 DES NOMS DIVlNSdémontré que lêtre suprême n-a pas de nom et quil est au-dessus de tout nom? Assurément, commp lenseignenotle Ih redes Institutions théolQgiques, on ne saurait exprimer, ni con-cevoir ce quest cet un, cet inconnu, cette nature infinie, cettebonté essentielle, je veux: dire cette unité en trois personnes,qui sont un seul et même Dieu, un seul et même bien. Il y aplus: ce pieux commerce des vertus célestes avec la bontépleine â la fois de clarté et de mystère, soit quon regarde lachose en Dieu qui ae donne ou dans les anges qui reçoivent,ce pieux oommerce nest ni ~pliqué ni connu j et même dansces rangs sacrés, caure-là seuls en savent quelque chose quisont élevés à un degré de connaissance supérieure. 11 y aparmi nous des esprits appelés à une semblable grâce, autantquil est possible à lhomme de se rapprocher de lange: cesont ceux qui, par la cessation de toute opération intellec-tuelle, entrent en union intime avec lineffable lumière. Or,ils ne parlent de Dieu que par négations j et cest hautementconvenable: car en ces suaves communications avec lui, ilsfurent surnaturellement éclairés de cette vérité, que Dieu estIII cause de tout ce qui est, mais nest rien de ce qui est, tantson être lemporte sur tout être. Ainsi, quelle que soit en elle-même sa nature supra-substantielle et sa bonté immense, quiconque honore cettevérité qui dépasse toute vérité, ne la nommera pas raison,puissance, entendement. vie ou essence j mais il la présenteracomme surpassant dune façon i·ncomparable tout ce qui est habitude, mouvement, vie. imagination, conjecture. dénomi· nation, parole, raisonnement, intuition et substance, tout cequi est invariable et fixe, tout ce qui est union, limite, infinité, toutes- choses enfin. Puis donc que Dieu, qui est la bonté par essence, en vertu de son être a produit tous les êtres, il Ct)l}vient de louer sa providence, source de tout bien,
  • 165. CHAPITRE 1 165 pal ses propres ouvrages. Car toutes choses sont autour uelle, et existent pour elle; elle précède toutes choses, et en elle toutes choses snbsistent; cest parce quelle est, que lunivers fut produit et quil se conserve; et la création entière gravite vers elle : les natures douéls dintelligence et de raison, par la connaissance; les natures inférieures, par la sensibilité; et les autres, par le mouvement de la vie, ou au moins par le fait de leur existence comme substances, ou commtl modes. VI. Cest daprès cette double idée que les théologiens disent quon ne saurait nommer Dieu, et pourtant lui appliquent tous les noms. Ainsi, dune part, ils rapportent quen lune de ces mystérieuses rencontres où elle se manifeste sous forme sensible, la divinité lit reproche au mortel qui avait demandé: Quel est votre nom? et quelle ajouta, comme pour le détourner de la recherche de cet aug,llste secret: Pourquoi me demandes-tu mon nom? Il est admirable (1). Et nest-ilpas réellement admirable ce nom sublime, quon ne peutprononcer, et qui est placé au-dessus de tous les noms soitdu siècle présent, soit du siècle futur (2)? Dun autre côté la th.éologie applique à Dieu toutes les déno-minations; elle le llprésente disant de lui-même: Je suiscelui qui suis (3); je suis la vie, la lumière, le Seigneur, lnvérité. Elle le célèbre comme créateur; et décrivant la multi-tude de ses œuvres, elle le nomme bon, beau, sage et bien-aimé; elle le nomme Dieu des dienx, Seigneur des seigneurs,Saint des saints, lÉternel, l~tre et le Père des siècles; ellcle nomme auteur de la vie, sagesse, intelligence, Verbe. Ilctmnait, il possède tous les trésors de la science: il est furtet pui6sant; cest le Roi des rois, et lAncien des jours; il est (1) Ing., 13, 17 et sui v. - (2) Éphés., 1, 21. - (3) Exod., 3, 14.
  • 166. 166 DES NOliS DIVINSsans vieillesse et sans vicissitude; il est salut, justice, sancti-fication et rédemption; il surpasse tout par sa grandeur; ilest potté par un vent léger. II habite les cœurs, les espritset les corps, le ciel et la terre; constamment immuable, il estdans le monde, autour du monde, par deià le monde, par delàles cieux, par delà toute substance; il est soleil, étoile, feu eteau, vent, rosée et nuage, pierre angulaire et rocher; il esttout ce qui est, et nest rien de ce qui est (1). VII. Cest pourquoi il convient" également de nappliquer aucune dénomination et de les appliquer toutes au suprêmeauteur de tout ce qui existe: par là on confesse quil possède sur la création un empire absolu; qne toutes choses se rattachent à lui comme à leur centre, le reconnaissent pourleur cause, leur principe et leur fin, et quil est tout en tOllS, selon lexpression des Écritures (2); par là on proclame avec raison quil produit les êtres, leur conférant lexistence et laperfection; quil veille à leur conservation, et leur sert dabri,pour ainsi parler; enfin quil les ramène à lui, toujoursun, incompréhensible, ineffable. El en efTet, Dieu nest passeulement le principe de la conservation, de la vie et de laperfection, pour quon désigne par quelque bienfait partielsn bonté qui est au-dessus de tout nom; mai~ au contraire,parce que, dans la richesse infinie et la simplicité de sa nature,il a VII et embrassé éternellement tous les êtres, par la doucebonté de son universelle providence, ce quil y a de réalité entout peut être affirmé de lui. VIlI. Même, ce nest pas rien quaux actes et aux objets decette providence générale ou particulière que les théologiensempruntent les noms divins; mais ils sinspirent encore desapparitions merveilleuses qui, dans les temples ou ailleurs, (1) Écrit., passim. - (2) l, Cor., 15, 28,
  • 167. CIUllTRE 1 167 ont éclairé nos initiateurs et les prophètes; et selon la diversité des circonstances et des visions, ils imposent divers noms à cette bonté qui surpallse toute magnificence et toute expression. Ils la revêtent de formes humaines, et la repré- sentent sous le symbole du feu et de lélectre ; ils lui donnent des yeux, dt>s oreilles, une chevelure, un visage, des mains,des épaules, des ailes, des bras, un dos et des pieds. Ils parlent de sa couronne, de son trône, de son calice, de sacClupe, et dune foule dau tres attributions figuratives, que nousessayerons dexpliquer dans notre théologie symbolique (1). Mais, pour linstant recueillons dans les saints oracles cequi se rapporte au traité que nous avons entrepris j et ne perdant pas de vue désormais la règle que nous avons préala-blement tracée, arrivons à lexplication mystique des nomsdivins. Pour nous conformer aux pieuses prescripti~ns de lathéologie, contemplons avec lœil dun esprit déifié ces appella-tions par lesquelles Dieu se manifeste vraiment, et inclinonsloreille dun cœur pur vers linterprétation qui en est donnée.Puis, dociles à lenseignement traditionnel qui veut quonréserve aux saints les choses saintes, ne les livrons pas à larisée et aux moqueries des profanes; et si parfois de sem-blables hommes se rencontrent, détournons-les plutôt de lamalheureuse guerre quils font à Dieu. Gardez donc fidèlementce secret, comme lordonne la tradition, ô bien-aimé Timothée,et nallez pas inconsidérément divulguer les choses divinesaux indignes. Pour moi, que Dieu maccorde de louer digne-ment tous les noms de cette infinie bonté qui ne peut êtredésignée par aucun nom, et quil nôte pas de dessus mcslèvres la parole de vérité. Ct) Écrit., passim.
  • 168. CHAPITRE IlAPPELI..-fIOI!fI Go• • m,.. ET PARTICULIil:RKS DES PBRIOlfIIE DIVINIII KT CE QUB CEST QUUlfITÉ KT DISTIlfCTIOll Ill! DIEU AnGUBDT. - 1. La bon t,, la beauté, la vérité, la sagesse et les autrespropriétés absolues, aussi bien que les opérations ad extra, comme ditlécole, doilBBt être affirmées de toute la lfrinité, parce quelles con-viennent à Dieu, à raison de Ion eSlence, qui est la m~me dans lestrois personnes. Il. Mais.comme il ne faut pas affirmer avec distinctionlt,~ attributs essentiels, ainsi ne faut-il pas affirmer avec confusion lesattributs personnels, Ill. quil importe de connaltre parfaitement.IV. Ainsi les prpUliers peuvent se nommer unité ou union en Dieu;les seconds se nomment di.tinctions. V. Lei personnes en Dieu leùisünguent par les relations, mais non par lœuvre de la création, oùDieu est participé par le. êtrel finis, non pas substantiellement, maisl.ellement toutefoi~, VI. Même cette participation est in~gale ùans lescléatures diverses, a. raison dl leur incapacité native, nnn pas à causetle limperfection des communicationl divines. VII. Cest au moyll1lde ces parLicipatioll1l, mystérieux rayonnement de la nature divinedans les chOieS conlillgentes, que nous pouvons concevuir la divinité.VIII.AiDli toutes choses viennent de Dieu, qui est vraiment source dela. paternité et d~ la filiation; mais on doit remarquer que lelfet repré-sente la cause, mais non pas toute la cause. IX. Au reste, ce quil ya-de plus incompréhensible dans les œuvres de Dieu, cest le fait del"incarnation du Verbe, X. fait inouï qui nous a montré la naturehumaine associée à la gloire de la divinité. XI. Enfin, qut.lIe que soit lamultiplicité, la diversité des productions, des bienfaits divins, la naturede Dieu garde une identité permanente et une immuable unité.
  • 169. CHAPITRE H 169 1. Daprès lenseignement des saintes Lettres, la bontéessentielle est un attribut qui caractérise et fait connaître la nature même de Dieu. Et réellement nest-ce pas ce que la théologie a voulu· dire, quand elle nous montre la divinité elle-même prononçant ces mots : Pourquoi me nommez-vousbon? Il ny a personne de bon que Dieu seul (1). Or, nousavons examiné et établi ailleurs que toutes les dénomi-nations qui conviennent à Dieu, rÉcriture les applique nonpas à quelquune des adorables personnes exclusivemebt,mais bien à la divinité considérée dans toute sa perfection,dans son intégrité et sa plénitude, et quelle dé8igne ainsi sansdistinction, sans réserve et dune façon générale et absolue,linfinie richesse de lessence divine tout entière. Effectivement,comme nous lavons-marqué en nos Institutions théologiques,nier que (tette parole doive sentendre des trois personnes àla fois, cest un blasphème, cest entreprendre criminellementde déchirer lunité de leur indivisible nature. Loracle a doncle sens que nous lui donnoDS; ear le Verbe qui est la bonté paressence a dit: Je suis bon (2), et le Saint-Esprit est nommébon dans les chants inspirés du prophète (3). Si lon soutient que cette affirmation: Je suis celui quisuis (4), ne sétend pas à la divinité tout entière; di on la veutlimiter en ne lattribuant qUà une seule personne, commentexpliquer ce qui se lit ailleurs: Voici ce que dit celui qui est,qlli était, qui viendra, le Tout-Puissant (5); et encore: Pourvous, vous êtes constamment le même (6); et enfin: Lespritde ,-érité qlli est et qui procède du Père (7)1 Et si 1011 prétend que la vie nappartient pas à la Trinitétout entiilre, comment dOliC sera vraie cette parole du Verbe (i) Mattb., 19, 11. - (2) ibid., 20, IS. - iill Ps., i42, iO. -(4).Exod.,3, i4. - (3) Apoc., 1,4. - (6) Ps., !6i, 28. - (1) Jean. 15, 25.
  • 170. 170 DES ~OllS DlYIXSsacré: Comme le Père ressuscite les morts et leur donnela vie, de même le Fils donne la vie à qui il veut II) i et cetteautre: Cest lEsprit qui vivifie (2)1 Que la divinité ait sur tout lunivers une souveraine domi-nation, cest évident pour ce qui regarde le Père et le ~ils;et les saintes Lettres, en mille endroits, donnent le titre deSeigneur au Père et au Fils. Or, le Saint-Esprit est bienSeigneur aussi. Également, on attribue la beauté et la sagesseà la divinité tout entière i et la lumière, ra puissance de déifier,la causalité et les autres propriétés absolues de lessencedivine sont citées par les Écritures pour caractériser la divi-nité sans distinction. Cest ainsi quil a été dit en général:lout est de Dieu; et dune personne en particulier: Touteschoses ont été faites par lui et pour lui, et subsistent en lui (3) iet de la troisième enfin: Vous enverrez votre Esprit, et ilsseront créés (4). En un mot, le Verbe divin lui-même a dit:Mon Père et moi, nous sommes une même chose; et : Toutce que possède mon Père mappartient; et: Tout ce quiest à moi est à vous, et ce qui est à vous est à moi (5). Et ce qui lui est commun avec le Père, comme dopérer desœuvres divines, de recevoir un culte religieux, dêtre fécondeet inépuisable causalité, et de distribuer les dons de la grâce,il le trllnsmet et communique au Saint-Esprit dans une union substantielle. Et je pense que quiconque se livre à létude dessaintes Lettres avec une intention droite et pure, avouerasans peine que tout ce qui est en Dieu se trouve égalementdans les Irois personnes également parfaites. Je me bornedonc à lindiquer sommairement ici, parce quailleurs je laipéremptoirement établi par le témoignage développé des (t) Jean 1 5, 2t. - (2) Ibid., 6, 6. - (3) Rom., H, 36. - () Ps.,103, 30. - (5) Jean, iD, 30 et id., t.
  • 171. CHAPITRE Il 171~critures : les appellations communes et absolues que jet.:nterai dexpliquer doivent sentendre de la divinité toutfntière. U. Si quelquun objecte quainsi nous confondons en Dieuce quon y doit distinguer, nous répondons quil lui seraitbien impossible de démontrer la légitimité de son reproche.Car, si ce contradicteur nie en principe lautorité des divinsoracles, il est alors absolument étranger à notre philosophie;el, puisquil na souci de la sagesse sacrée de nos saints Unes,pourquoi vouloir linitier à la science théologique? Mais silaccepte la parole véridique des Écritures, guidés aussi parcette règle et éclairés de cette lumière, nous aurons hâle delui exposer avec bonne volonté nos moyens de défense. Nousrépondrons qne lenseignement sacré parle tantôt didentité,tantôt de distinction; quon ne doit pas diviser ce qui estlin, ni confondre ce qui est distinct, et que, dociles à cettedoctrine, il faut en recevoir avec fidélité les splendeursaugustes; car cest par là que les secrets divins nous sontmanifestés; et ce quil nous est donné den savoir, nous aspi-rons à le conserver comme une règle parfaite de la vérité.~ans addition, ni retranchement, ni altération aucune. Ainsice religieux respect sera et notre sauvegarde personnelle,(l notre force, pour justifier quiconque professe la même:loumission envers les Écritures. III. Daprès cela, et comme il a été longuement démontrédilns nos Institutions théologiques par le témoignage dessaintes Lettres, sont communs à la Trinité tout entière leslIoms qui la placent au-dessus de toute bonté, divinité,essence, vie et sagesse; et tous les noms de celte théologiequi procède par négation transcendantale; et également ceuxqui accusent la causalité, comme bonté, beauté, être, forcevivifiante, sagesse i et ceux enfin qui expriment les doux bien·
  • 172. 172 DES NOlIS DiVINS faits pour lesquels Dieu est appelé principe de toute chose bonne. Au contraire sont distincts les noms et les personnes tIu Père, du Fils et du Saint-Esprit, tellement quon ne sau- rait faire en ce point des affirmations réciproques ou abso- lument générales. Il faut regarder aussi cornille propres et incommunicables lincarnation de Jésus, qui sest €ait homme sans cesser dêtre Dieu, et les œuvres mystéritluses quil li véritablement opérées en son humanité sainte. IV. Mais je crois quil importe de reprendre la chose tle plus haut et dexposer ce que cest que cette unité et distinc-lion parfaite en Dieu, alin de donner plus de clarté à nos paroles, évitant la confusion et lobscurité, et procédant avec toute la précision, la netteté et l"ordre pos~ibles. Or, ainsiquil a été dit ailleurs, nos ancêtres dans la science théolo-gique nomment unité en Dieu les mystérieuses et absoluespropriétés de cette indivisible essence quon ne peut niexprimer ni connaître: et ils nomment distinctions les proces-sions et manifestations de la fécondité divine. Puis ils ajoutent,toujours dapres les Écritures, lue cette unité radicale a sesearactères particuliers, et quen chaque distinction il y a uneunité et des dIstinctions relatives. Par exemple, dans lunitéabsolue de sa nature transcendante, la Trinité entière possèdeen commun lêtre à son plus- haut degré, la divinité avec toutesa richesse, la bonté incommensurable, l"éternelle immuta-bilité dune indëpendance sans bornes, runitp. par excellence.A la Trinité entière le privilège de ne pouvoir être nommée etde mériter tous les noms, dêtre incompréhen.;ihle et pourtantconçue, deeréer et de détruire, de ne pouvoir PIre ni créée nidétruite. Aux trois adorables personnes ensemble la gloiredhabiter persévéramment tune dans lautre, !loi je puis parlerainsi, tellement que la plus stricte unité subsiste avec la distinc-tion la plus réelle. Cest ainsi, pour me servir dexemples sen-
  • 173. CHAPITRE II 173sibles et familiers, que, dans un appartement éollliilé de plu-sieurs flambeaux, les diverses lumières saUïentetsoDt toutesen toutes,sans néanmoins confondre ni perdre leur existencepropre et individuelle, unies ilvec distinction et distinctesdans lunité. Effectivement, de léclat projeté par chacun deces flambeaux, nous voyons se former un seul et total éclat,une même et indivisée splendeur, et personne, que je sache,ne pourrait, dans lair qui reçoit tous ces feux, discerner lalumière de ce flambeau davec la lumière des atrtre5, ni voircelle·ci sans celle-là, toutes se trouvant réunies, et non pasmélangées, en un commun faisoeau. Que si lon vient àenlever de lappartement UDe de oes lampes, léclat quellerépandait sortira en même temps; mais elle nemportera riende la lumière Iles autres, comme elle ne leur laissera rien de]a sienne propre; car, ainsi que je lai dit, lallilmce de tousces rayons était intime et parfaite, mais nimpliquait ni alté-ration, ni confusion. Or, si ce phénomène sobserve dans lair,qui est une sublltance grossière, et à loccasion dIll! feu toutmatériel, que sera-ce dooc de lunion divine, !li infinimentsupérieure à toute union qui saccomplit non seulement entreles corps, mais encore entre les âmes et Jes purs esprits?surtout si lon songe que les anges, ces saintes et sublimeslumières, sallient et lle pénètrent excellemment et lans con-fusion, selou le degré où il leur est donné de participer àcette uniou parfaite qui subsiste en Dieu. V, Si les noms divins doivent sappliquer avec distinction,ce nest pas seulement lorsquil sagit dexprimer, comme jaifait plus haut, que les adorables personnes, dans leur parfaiteunion, conservent leur subsistance propre, mais aussi lorsquilfaut marquer quen la génération éternelle toutes ohoses nesont nullement réciproques. Ainsi, le Père seulest Ill. sourcesubstantielle de la divinité; et le Père Dest palle Flils, el 0
  • 174. li4 DES ~OJIS DIVINSFils nest pas le Père; et la langue sainte attribue invariable-ment à chaque personne ses propriétés relatives. Voilà ce quily a de commun et de distinct dans cette ineffable et indivi-sible .nature. Mais il faut encore nommer distinction en Dieu les œuvresquil produit dans sa bonté féconde, lunité restant inaltérable,mais se dissimulant sous des formes multiples. Et alors celle distinction est commune aux trois personnes; car elle Il pour fondement lacte incompréhensible par lequel Dieu répandlêLre, la vie, la sagesse et les autres merveilles de sa bienfai-sance, qui se manifeste dans ses largesses et dans ceux qui ensont lobjet comme incommunicable à la fois et daignant secommuniquer. Cest donc chose indivisible, et par suite proproà toute la Trinité, dadmettre les créatures à sa parlicipationnon pas substantielle, mais réelle cependant; ainsi en est-il dupoint placé au centre dun cercle, par rapport aux lignes tiréesde la circonférence jusquà lui; ainsi encore de nombreusesempreintes participent du sceau qui les a gravées en laissant àchacune delles sa forme entière, sans rien laisser de sa subs-tance. Mais ces exemples représentent mal ce quil faut pen-ser en ce point de la cause souveraine du monde; car il ny ani contact, ni alliance qui établisse lunité entre elle et ceuxqui sont honorés de sa participation. VI. On mobjectera peut-être que la marque du cachet nestpas toujours parfaite, ni toujours la même. Mais il ne fautpas sen prendre au moule qui se présente avec des condi-tions absolument identiques; la différence des matières quilfrappe détermine seule linégalité quon observe parmi lesempreintes, quoique, dans les divers cas, la forme originülesoit de tout point identique. Par exemple, si la matière estdouce et facilement imprimable, polie et neuve encore j sielle noffre pas de résistance par sa solidité, et si elle na pas
  • 175. CHAPITRE Iltrop de mollesse et trop peu de consis tance, elle recevra limagepure, parfaite et durable. Mais sil lui manque quelquune despropriétés quon vient de dire, alors elle ne reproduira pas 10sceau, ou ne le reproduira quinfidèlement, et avec les inexac-titudes qui doivent dériver de son imperfection même. Mais il faut admettre encore la distinction, lorsquil sagitdu salut qui nous fut accordé par la divine miséricorde: carcest le Verbe sur-essentiel, qui seul a pris vérilablementnotre nature en tout ce qui la constitue; qui seul a opéré etsouffert les choses que Dieu opéra et souffrit par cetLe saintehumanité. Ni le Père, ni le Saint-Esprit neurent part en cetabaissement, à moins quon veuille dire que pourtant ils nyfurent pas étrangers, à raison du pardon plein damour quinous fut octroyé, à raison encore de la valeur surhumaine etineffable des actes que produisit" par son humanité celui quiest immuable en tant que Dieu et Verbe de Dieu. Cest ainsi que nous essayons dunir et de distinguer dansnos discours ce qui est un et distinct dans la divinité. VII. Les hautes et pieuses raisons de ces unions et distinc-tions divines, nous les avons puisées dans les saints oracles,et déduites, avec autant de détail quil se pouvait, en nosInstitutions théologiques. Nous avons éclairci les unes pardes développements pleins de vérité, appliquant un espritcalme et pur aux lumineux enseignements des Lettres sacrées;pour les autres qui sont mystiques, nous les avons étudiées,comme veut la tradition, par une faculté supérieure à tOliteopération intellectuelle. Car nous ne connaissons les chosesdivines et ce que le ciel nous manifeste quautant que nous yparticipons; mais de dire ce quelles sont dans leur principeet dans leurs formes, cest ce qui dépasse tout entendement,toute nature, toute science. Ainsi, lorsque nous nommons cemystérieux océan de lêtre, Dieu, vie, substance, lumière, ou li
  • 176. 178 DES ~mls DIVINSVerbe, nOlis ne concevons autre chose que les grâces qui nousen viennent et par lesquelles la déification, lexistence, la vieou la sagesse nous sont départies; mais pour lui, nous nelatteignons que par le repos complet des facultés de lenten-dement, napercevant plus ni déification, ni vie, ni substance,qui soutienne cemparaison exacte avec cette cause premièrl,suréminemment élevée par-dessus tout. Ainsi encore, nousavons appris des saintes Écritures que le Père est la sourcede la divinité; que le Fils et lEsprit sont, pour parler de lasorte, les fruits merveilleux de sa fécondité, et comme lesfieurs et léclat de cette riche nature: mais comment tela sefait-il, cest ce quon ne peut ni dire ni concevoir. VIII. La force de notre pensée se borne à entendre que toutepaternité e1. filiation saintes, parmi nous et dans les rang~des anges, dérivent de cette paternité et filiation primitiveset sublimes; et que cest de la sorte que les esprits revêtus depureté deviennent par la grâce et sont appelés dieux, fils etpères de dieux. Et cette mystérieuse fécondité sexerce spiri-tuellement, cest-à-dire saos lintermédiaire des sens, ni dela matière, mais par lintelligence. An reste, lEsprit-Saintsélève par-desl.us toute immatérialité et déification possibles,comme le Père et le Fils lemportent excellemment sur toutepaternité et filiation créées. Car il ny a pas de comparaisonparfaite entre les effets et leurs causes: â la vérité, lell effetsont une lointaine ressemblance avec leur cause; mais la causeconserve sur les effets une supériorité inexpugnable, précisé-ment parce quelle est leur principe. Ainsi, pour me servirdexemples connus, on dit que le plaisir et le chagrin donnentgaieté et tristesse, mais non pas quils se réjouissent etsattristent; le feu échauffe et brûle; mais il nest lui-mêmeni échauffé, ni brlilé. Et il ne me semble pas quon dise heureu-sement que la vie elle-même vit, et que la lumière est éclairée,
  • 177. CHAPITRE Il 177à moins peut-être quon yeuille marquer par là que la cause possède essentiellement et par excellence tout ce qui est dansson effet. IX. Ce quil y a de plus sensible dans la sainte doctrine, le fait de lincarnation du Sauveur, ne saurait être exprimé par aucune parole, ni connu par aucun entendement, non pas même par le premier et le plus sublime des archanges. Que Dieu se soit réellement fait homme, cest une vérité que nous avons religieusement acceptée. Mais comment fut-il formé du pur sang dune vierge. contrairement aux lois de la nature?Comment foula-t-il les flots dun pied sec, et sans que leur mobilité et leur inconsistance cédassent sous le poids de son<:orps? comment enfin saccomplirent les aulres miracles du Seigneur? cest ce quil nous est impossible de comprendre. Mais nous avons ailleurs suffisamment traité ce point, et notre illustre maUre, dans ses Éléments de théologie, en adit dadmirables choses, soit quil les eût reçues des pieuxthéologiens; soit quil les eût découvertes dans les Écriturespar une savante investigation, et après de laborieuses études;soit enfin quil en rat instruit par quelque inspiration spéciale,ayant non seulement appris, mais encore expérimenté leschoses divines, et façonné par cet enseignement du cœur, sije puis parler ainsi, à cette union mystique et à cette foi quonne puisera jamais dans les leçons dun homme. Pour exposerdans un court fragment quelques-unes des suaves contempla-tions de cette puissante intelligence, citons ce quil a écrit,dans louvrage indiqué plus haut, touchant Jésus-Christ.BXTRAIT DES ÉLÉ.VElIITS DE THÉOLOGIE DU BIENHEUREUX RIÉROTHÉE x. La divinité du Seigneur Jésus est la cause et le com- «J) plément de tout; elle maintient les choses dans un harmo-
  • 178. 178 DES NOMS DIVINSIl nieux ensemble, sans être ni tout, ni partie; et pourtant• elle est tout et partie, parce quelle comprend en elle, etIl quelle possède par excellence et de toute éternité, le tout etIl les parties. Comme principe de perfection, elle est parfaiteIl dans les choses qui ne le sont pas; et en ce sens quelleIl brille dune perfection supérieure et antécédente, elle nestIl pas parfaite dans les choses qui le sont. Forme suprême etIl originale, elle donne une forme à ce qui nen a pas; et dansIl ce qui a une forme, elle en semble dépourvue, précisément• à cause de lexcellence de la Ilienne propre. Substance• auguste, elle pénètre toutes les substances, sans souiller sa• pureté, sans descendre de sa sublime élévation. Elle déter-• mine et classe entre eux les principes des choses, et reste» éminemment au-dessus d~ tout principe et de toute classi-»fication. Elle fixe lessence des êtres. Elle est la durée,» elle est plus forte que les siècles et avant tous les siècles.» Sa plénitude apparait en ce qui manque aux créatures; sal) surabondance éclate en ce que les .créatures possèdent.Il Indicible, inetTable, supérieure à tout entendement, à touteIl vie, à toute substance, elle a surnaturellement ce qui est sur-l) naturel, et suréminemment ce qui est suréminent. De là» vient (et puissent nous concilier miséricorde les Jouanges• que nous donnons à ces prodiges qui surpassent toute• intelligence et toute paroJe), de là vient quen sabaissantIl jusquà notre nature, et prenant en réalité notre substance,» et se laissant appeler homme, Je Verbe divin fut au-dessus• de notre nature et de notre substance, non seulement parceD quil sest uni à Jhumanité sans altération ni confusion de saIl divinité, et que sa plénitude infinie na pas soutTert de cetII inetTablA anéantissement; mais encore, ce qui est bien plus» admirable, parce quil se montra supérieur à notre nature • et à notre substance dans les choses même qui sont propres
  • 179. CH.lPITRE Il 179» fi notre nature et à notre substance, et quil posséda dune» façon transcendante ce qui est à nous, ce qui est de nous. » XI. Mais cest assez sur ce point. Revenons à notre but etessayons de développer les noms divins qui expriment unedistinction absolument commune aux: trois personnes de laTrinité. Et afin quon sentende parfaitement sur ce que nousallons dire, nous nommons distinction, ainsi quon a vu plushaut, toutes les productions de la bonté divine. Car, enappelanlles êtres à sa participation et en laissant déborder sureu{ le torrent de ses bienfaits, la divinité devient choseséparable, multiple, nombreuse en ses œuvres, sans quelle-même se divise, perde sa simplicité, sorte de son unité.Ainsi, parce que, du sein de son unité adorable, Dieu distribueles existences et crée tous les êtres, on dit que cette sublimeunité se multiplie en ces êtres divers quelle produit; etnéanmoins, à travers la multiplicité, la production, la dislinc-tion de toutes choses, il reste identique, inaltérable, indivi-sible, parce quil est éminemment supérieur à tClut; quilexerce sa fécondité sans fractionner sa substance, et quilrépand ses dons sans que son trésor sappauvrisse. De mêm3quand il communique lunité à chaque partie et totalité, âchaque individualité et multitude, il garde essentiellement sonUI.ité immuable, non point comme parlie dun tout ni commeun tout composé de parties. Ce nest pas ainsi, certes, quïlest un, quil participe à lunité, quil possède lunité; mais ilest lunité transcendante, lunité radicale des êtres; il esttotalité indivisible, plénitude incommensurable; il crée, perfec-tionne et embrasse toute unité et multitude. Enfin, lorsque,par la grâce divine, les créatures, selon leur capacité res-pective, se transforment en dieux, il semble, et lon dit effec-tivement, quil y a pluralité de dieux divers; et toutefoisle Dieu principe et supérieur reste essentiellement seul, uni
  • 180. 180 DES NOliS DIVINSà lui-même, indivisé dans les choses divisibles, pur de toutmélange et constamment simple daus les choses multiples.Cest ce quentendait surnaturellement celui qui nous guida,mon maitre et moi, vers la lumière céleste, personnageprofond dans les choses saintes et glorieuse lumière du monde,lorsque sa main inspirée écrivait ceci: « Quoiquil y en ait» qui soient nommés dieux tant au ciel que sur la terre, et» quil y ait ainsi plusieurs dieux et plusieurs seigneurs; pour» nous, nous navons quun seul Dieu Père qui a créé toutes)) choses et qui nous a faits pour lui, et un seul Seigneur Jésus-» Christ par qui tout a été fait, et par qui nous sommes (1).1)Car, en Dieu, lunité précède et domine la distinction; maisla distinction nentame pas, ne déchire pas lunité. Or, nous voulons de tout notre cœur célébrer ces distinc-tions, ou, si lon veut, ces œuvres de bonté absolumentcommunes à la divinité tout entière, expliquant les nomsdivins par lesquels lÉcriture nous les représente. Mais ildemeure constant que toutes les saintes appellations quiexpriment la bienfaisance doivent sentendre indistinctementde la Trinité tout entière, quelque personne divine quonveuille désigner dailleurs. Il) 1. Cor., 8, li.
  • 181. CHAPlTRE IIIDE LA lORCE DII: .u. PRIÈRE; DU BIENHEUREUX HIÉROTHÉE; DE .u. PIb"É ET DE LJ. MANIÈRE DE PARLER DE DIEU ARGUilI.ENT. -1. Cest seulement pal la prière quon peut aller à Difu,non pas quon veuille dire quil soit éloigné de nous, mais bien plutôtque nous nous rapprochons de lui; car dans la prière, Dieu descendmoins vers nous quil ne nous élève vers lui. II. Il Y Il quelque utilitéa traiter les questions quon va lire, mème après ce quen ont liitdautres écrivains. III. Modestes sentiments de lauteur par rapportli. SOIl œuvre. l. Commençons, si vous le jugez convenable, par étudier lenom de bonté, qui exprime plus parfaitement la totalité desœuvres divines. Et dabord invoquons la Trinilé, bontésuprême, cause de tout bien, qui nous dévoilera elle-mêmeles secrets de sa douce providence. Car il faut, avant tout, quela prière nous conduise vers le bienfaisant Créateur, et que,approchant de lui sans cesse, nous soyons initiés de la sorteà la connaissance des trésors de grâces dont il est commeenvi·ronné. A la vérité, il est présent à toutes choses; maistoutes choses ne se tiennent pas présentes à lui. Quand nouslappelons à notre aide par une prière chaste, lesprit dégagédillusions et le cœur préparé à lunion divine, alors nous luidevenons présents i car on ne saurait dire quil soit jamais
  • 182. 182 DES NO~IS DIVINS absent, puisquil nhabite pas un lieu et quil ne passe point dune place à lautre. Et même affirmer quil est dans tous les êtres, cest exprimer bien mal son infinité qui comprendet surpasse toutes choses. Lhomme sélève donc par la prière à la contemplation sublime des splendeurs de la divine bonté:tels, si une chaine lumineuse attachée à la vollte des cieux descendait jusque sur la terre, et si, la saisissant, nous portions sans cesse et lune après lautre les mains en avant, nous croirions la tirer à nous, tandis quen réalité elle resteimmobile à ses deux extrémités, et que cest nous qui avançons vers le splendide éclat de son radieux sommet. Téls encore,si, montés dans un navire, nous tenions pour nous aider uncâble fixé à quelque rocher, nous ne ferions pas mouvoir lerocher, mais bien plutôt nous irions à lui, et le navire avecnous. Tel enfin, si, du bord dun bateau, quelquun venait àpousser les montagnes du rivage, il nébranlerait certes pasces masses immenses, immobiles, mais lui-même séloigneraitdelles; et plus son effort serait violent, et plus il se rejetteraitloin. Cest pourquoi dans tous nos aetes, et surtout quand ilsagit de traiter des choses divines, il faut débuter par la prière,non pas afin dattirer cette force qui nest nulle part et qui estpartout, mais afin de nous remettre entre ses mains et de nousunir à elle par un souvenir et des invocations pieuses. II. Mais il convient de repousser un reproche quon pourraitme faire. Puisque mon illustre maUre Hiérothée a fait sonadmirable recueil des Éléments de théologie, devrais-je,comme si ce traité fût incomplet, écrire le présent ouvrageet dautres encore? Certainement, sil eût voulu continuerlexposition par ordre de toutes les matières théologiques, ctdévolopper en des traités particuliers la som~e entière de lathéologie, nous ne fussions jamais tombé en cet excès de folieet de témérité, dimaginer que nous paJ:lerions des mêmes
  • 183. CHAPITRE III 183choses avec plus de profondeur que lui et dune façon plusdivine; nous neussions pas entrepris un travail superflu pourrépéter ses propres discours; surtout nous neussions jamaiseommis cette lâcheté envers notre maUre et ami, auquel,après saint Paul, nous devons notre initiation à la sciencedivine, de lui dérober la gloire de ses pensées et de sessublimes enseignements. Mais comme il exposait sa doctrinedune façon vraiment relevée et émettait des sentencesgénérales et qui, sous un seul mol, cachaient beaucoup dechoses, nOlis tous qui sommes lell maitres des âmes encore novices dans la perfection, nous reçûmes lordre déclaicir etde développer, dans un langage mieux proportionné à nosforces, les idées si profondes et si concises de cette puissanteintelligence. Vous-même mavez adressé souvent une sem-blable exhortation et renvoyé son livre comme dépassant la portée ordinaire. Et effectivement je le regarde comme le guide des esprits avancés dans la perfection, comme ulle sorte deseconde Écriture qui vient à la suite des oracles inspirés desapôtres, et crois quil le faut réserver aux hommes supérieurs.Pour moi, je transmettrai, selon mon pouvoir, les secretsdivins à qui me ressemble. Car, si la nourriture solide nestque pour les parfaits, quelle doit être la perfection de celui qui la communique aux autres 1Jai donc eu raison de direque cette vue intuitive et cet enseignement relevé du sensspirituel des saintes Lettres re.quièrent toute la force dunemûre intelligence; mais que la connaissance et le dévelop--pement des considérations élémentaires conviennent à desmaitres et à des élèves moins capables. Je me suis encore scrupuleusement abstenu de toucheraucunement à ce que notre glorieux maUre a expliqué avecune évidence sensible, pour ne pas répéter en cette ren-contre les éclaircissements quil a fournis le premier. Toute
  • 184. DES NOliS DIVINS parole vient mal après la sienne; car il brillait même entre nos pontifes inspirés, comme vous avez vu quand vous et moi et beaucoup dentre les frères nous vinmes contempler le corps sacré qui avait produit la vie et porté Dieu. Là se trouvaient Jacques, frère du Seigneur, et Pierre, coryphée et chef suprême des théologiens. Alors il sembla bon que tous les pontifes, chacun à sa manière, célébrassent la toute- puissante bonté de Dieu, qui sétait revêtu de notre infirmité. Or, après les apôtres, Hiérothée surpassa les autres pieux docteurs, tout ravi et transporté hors de lui-même, profon-dèment ému des merveilles quil publiait, el estimé par tousceux qui lentendaient et le voyaient, quils le connussent ou non, comme un homme inspiré du ciel et comme le dignepanégyriste de la divinité. Mais à quoi bon vous redire cequi fut prononcé en cette glorieuse assemblée? Car, si mamémoire ne mabuse pas, il me semble avoir souvent entendude votre bouche des fragments de ces divines louanges : tantvous déployez toujours une pieuse ardeur en ce qui concerneles choses saintes. Ill. Mais laissons ces mystiques entretiens, quon ne doitpas divulguer aux profanes, et que dailleurs vous connaissezparfaitement. Rappelons seulement ceci: lorsquil fallait con-férer avec le peuple et amener les masses à la sainteté de noscroyances, comme Hiérothée lemportait sur la plupart de nosmaUres par sa ténacité en ce pieux travail, par la rectitude deson esprit, par la puissance de ses démonstrations et la vertude ses dillCours, tellement que nous étions vaincus par léclatde ce radieux soleil, - car nous avons la conscience de nous-même, et certainement nous sommes incapable de bien com-prendre ce quon peut savoir de Dieu, incapable dexpliquerparfaitement ce quon en peut dire, - cest pourquoi tantinférieur à ces hommes parfaits qui possèdent pleinement la
  • 185. CHAPITRE III Id5"érité théologique, une sorte de religieuse fra~eur nous eûtempêché de rien entendre et de rien dire touchant la divinephilosophie, si nous nétions convaincu quon ne doit pasnégliger la science sacrée, à quelque degré quon la reçoive.Et ce qui détermine en nous cette persuasion, cest, duncôté, le désir inné des esprils qui aspirent avec un insatiableamour à la contemplation des choses surnaturelles; cest,dautre part, la sage disposition des lois divines par où il està la fois défendu de sonder curieusement les secrets qui nOlisdépassent, et que nous sommes indignes et incapables deconnaUre, et ordonné dapprendre avec zèle et de transmettreavec bonté tout ce quil nous est utile et permis de savoir.Pour ces motifs, ni le travail, ni la lâcheté ne nous détour-neront de rechercher les choses divines en la mesure de nosforces; nous ne voudrions pas abandonner sans secours ceuxqui ne peuvent el1~ore sélever à une plus grande hauteur quenous. Ainsi aV0I1ll-110US été entrainé à écrire; et nous nevenons pas prOpOller témérairement des solutions nouvelles,mais seulement diviser et développer par des commentairesmoins concis ce qlle le divin Hiérothée a dit dune manièreplus angélique.
  • 186. CHAPITRE IVDU BON; D:l LA. LUllIÈRE ; DU BEAU; DE LAllO UR; DE LEXTASE; DU ZÈLE; ET QUE LE HAL NEST PAS UN ETRB, NB PROCÈDE PAS DE LETRE, NE SUBSISTI PAS DANS LETHE. AIlGU3IBIIT. - 1. L! bonté est le premier des attributs divins et leprincipe de toutes choses. II. De la bonté, en effet, proviennent lesrangs et les facultés des anges, les âmes et leurs propriétés, les êtresanimés et inaminés. III. La bonté est supérieure à tout, cOlDme ilparait en ce quelle appelle à lexistence les choses mêmes qui ne sontpas. IV. Elle a créé les cieux et ordonné leur mouvement; et le soleilqui attire tout à lui, est sa splendide image. V. Dieu est nommé lumi~l(iVI. et il est vraiment la lumière intellectuelle et le soleil des esprits.VII. Dieu, également, est beau et la beauté même, parce quil possMesuréminemment, et par anticipation, la beauté, et que toutes chosesbelles sont un reflet lie sa glorieuse perCection. VlII. Les anges sontdoués dun triple mouvement, IX. qui apparalt aussi dans les âmes,X. Toutes sont conservées par le beau et par le bon, où elles aspirentindéfiniment. XI. LÉcriture emploie encore le nom damour pour dési-gner Dieu; XII. même ce mot, parCois, semble préCéré par elle ëi. celuide dilection, que peut-être le vulgaire trouve plus pur. XIII. Lamourest plein denthousiasme et de jalousie. XIV. Dieu est ft la Cois lamour,le bien-aimé, lessence et lobjet de la dilection. XV. Lamour est unRecret dunion, XVI. et dordre parCait; XVII. et il trouve en Dieu son prin-cipe, son moyen et sa fin. XVIII. Comment les démons ne recherchentpas le bon et le beau; quest-ce que le mal 1 et doù vient-il ! XIX. Le mal,dabord, ne vient pas de Dieu et tout ce qui lxiste est bon en tant qui1existe.XX. Le mal, comme tel, nest bon li. rien; il porte seulement une
  • 187. CHAPITRE IV 187 apparence de bien qui peut séduire, mais il nexiste pas pur ct par lui-même; il est un accident du bien. XXI. Le mal ne vient pas de Dieu, et il nest pas en Dieu, il nest pas dans les choses elles-mêmes. XXII. Ainsi il nest pas dans les lmges; XXlII. par conséquent les démons ne sont pas mauvais par nature, mais par une déchéance qui toutefois ne les a pas privés de leurs facultés essentielles. XXIV. 11 ya également un certain sens, dans lequel on peut dire que le mal atteint nos âmes, mais cest toujours comme privation et non comme subs- tance; XXV. il nexiste pas non plus dans les animaux, XXVI. ni dans-la totalité de la nature, XXVII. ni dans les corps, XXVllI. ni dans la matière brute. XXIX. Bien plus, la privation nest pas mauvaise en elle- même. XXX. Le bien est donc la perfection, le mal un défaut. XXXI. Lebien na quune cause, le mal en a plusieurs. XXXII. Le mal nest quun accident qui survient aux substances. XXXIII. Le mal peut subsistersous lempire de la Providence, qui lempêche daltérer substantielle-ment les natures quil envahit. XXXIV. 11 sult donc que le mal nestni réalité, ni puissance quelconque. XXXV. Quy a-t-il de punissabledans le péché? I. Ces explications données, il est temps de passer à cetattribut de la bonté, que les théologiens reconnaissent excel-lemment et par-dessus tuut en la divinité adorable, quand ilsaffirment, je crois, que la bonté est lessence même de Dieu,et que par cela même quil est bon substantiellement et parnature, il répand la bonté sur tous les êtres. Car, comme lesoleil matériel, sans quil le comprenne ou quil le veuille,mais par le seul fait de son existence, éclaire toutes les chosesque leur organisation rend susceptibles de sa lumière; demême le bon, qui dépasse aussi éminemment le soleil quunoriginal, par cela seul quil est, dépasse la pâle copie quon entire, le bon répand sur tous les êtres, autant quils en sontcapables, la douce influence de ses rayons. Cest par là quesont produites les natures, puissances et perfections intelli-gibles et intelligentes; cest par III quelles subsistent et pos-sèdelit une vie éternelle, inaltérable; quelles sont affran-
  • 188. 18& DES NOlIS DIVINS chies de la corruption, de la mort, de la matière et de. la génération; quelles échappent à linstabilité, à la décadence, aux perpétuels changements. Par là, elles sont intelligibles, à cause de leur parfaite immatérialité; et purs esprits, elles sont surhumainement intelligentes, éclairées touchant les raisons propres des choses, et transmettant la lumièrè reçue aux autres substances angéliques. Là encore, elles trouvent leur permanence et fixité, leur maintien, la protection et un asil~ assuré; elles saffermissent dans lexistence et dans la félicité par le désir quelles ont de cette bonté suprême; et, sappliquant à limiter autant que possible, elles contractentsa ressemblance, et, daprès le divin précepte, communiquentaux rangs inférieurs les heureux bienfaits dont elles furentcombléesles premières. II. Cest de là que ces esprits tiennent leur céleste ordon-nance, leur fraternelle union, la faculté de se pénétrer lunlautre sans se confondre jamais, la force qui attire les infé-rieurs à la suite des supérieurs, et la providence amie queceux·ci exercent envers ceux- là, le soin avec lequel chacunse maintient en son degré propre, lactivité avec laquelle,sans sortir deux-mêmes, ils explorent ce qui les entoure,leur immuable et souverain amour pour la bonté infinie, ettoutes ces perfections dont il a été parlé en notre livre desOrdres angéliques et de leurs propriétés. Également toutce qui constitue la hiérarchie céleste, la purification, lillumi-nation et la perfection, telles quelles saccomplissent dans lasublime nature des anges, tout cela leur fut départi par labonté féconde qui a produil lunivers. Cest cette bonté pre-mière qui leur a donné dêtre bons: bonté mystérieuse dontils sont lexpression vivante, et qui les a créés angis, cest-à-dire messagers do silence divin, et lumineux tlambeaWtplacés au vestibule du temple où se cache la divinité.
  • 189. CHAPITRE IV 189 Après ces sain tes et vénérables intelligences, les âmesel toutes les richesses des âmes découlent de lincomparablebonté. Cest par elle, en effet, que les âmes sont douéesdentendement, quelles ont une vie subsistante et incorrnp-tible, quelles sont appelées à ressembler aux anges, etpeuvent être conduites par le généreux ministère de cesguides sacrés vers la source infinie de tous les biens, et par-ticiper, selon la mesure de leurs forces respectives, aux illu-minations qui tombent du sein de Dieu et au bonheur de seconformer à la bonté originale: cest de là, en un mot, quelle~tirent tous les biens que nous avons énumérés dans le traitéde lAme. Ensuite, sil faut parler des âmes irraisonnables, desanimaux, ceux qui fendent lair, qui marchent ou rampentsur la terre, qui nagent dans les eaux ou sont amphibies, quivivent cachés.et enfouis sous la terre, tout ce qui a sensibilitéet vie, tout fut animé et vivifié par cette bonté souveraine.Cest encore elle qui donne aux plantes cette vie où ellessalimentent et végètent; cest elle enfin qui donne à tout cequi na ni âme ni vie, dexister et dêtre substance. III. Or, si la bonté suprême lemporte sur toutes choses,comme on nen peut douter, alors, quoique sans forme, elledonne la forme à ce qui ne la pas. Alors la négation employéeen parlant delle sera une affirmation sublime; la privationdêtre, de vie, dentendement, deviendra chez elle une sur-éminence dêtre, une surabondance de vie et dentendement.Même, si lon pouvait parler ainsi, le non-être est travaillédu désir de cette bonté, et aspire à atteindre cet Être, océansans fond ni rivages. IV. Mais pour ne pas omettre ce qui ma échappé pIns bant,cest la même bonté qui a créé les cieux, le point où ils com-mencent et celui où ils finissent, et leur substance qui naug-
  • 190. 1!JO DES ~OlIS mnNSmente, ne diminue et ne saltère jamais, et, si je puis direainsi, le silencieux mouvement des sphères immenses quiroulent dans lespace. Elle a déterminé la superbe ordon-nance, la beauté, la lumière et le séjour fixe des astres et lacourse des étoiles errantes. Elle a produit ces deux grandsJuminaires, comme parle lÉcriture (1), qui reviennent pourdisparaitre périodiquement aux mêmes points de lhorizon;par où se limitent les jours et les nuits, les mois et lesannées, qui, à leur tour, marquent la distinction, le nombre,lordre et létendue des révolutions du temps et des chosesdu temps. Mais que ne dirait-on pas du soleil, si lon voulait consi-dérer à part cet astre radieux? Car la lumière vient du bon,et elle est une figure de la bonté; et le bon pourrait senommer lumière, )arcRéLype pouvant êLre désigné par sonimage. Car, comme la bonté de Dieu infini pénètre tous lesêtres, depuis les plus élevés et les premiers jusquauxderniers et aux plus humbles, et les surpasse tous, sans queJes plus sublimes puissent atteindre son excellence, ni Jesplus vils échapper à ses étreintes; comme elle répand salumière sur tout ce qui en est susceptible, et crée, vivifie,maintient et perfectionne; comme elle esL la mesure, ladurée, le nombre, lharmonie, Je lien, le principe et la fin detoutes choses: tel, image visible et lointain écho de la divinebonté, le soleil, fanal immense, inextinguible, resplendit entous les corps que peut envahir la lumière, fait briller SOIléclaL et enveloppe le monde visible, la terre et les cieux dela gloire de ses purs rayons. EL si quelques objets nen sonLIlullement pénétrés, ce nest pas quil ne puisse les atteindreou quil les frappe trop faiblement, cest que les objets eux- (1) Gen., t.
  • 191. CHAPITRE IV 191mêmes ne présentent que des éléments grossiers peu propresà recevoir la lumière : aussi elle semble passer outre, etétale sa richesse dans les corps mieux disposés j mais rien dece qui se voit néchappe à laction universelle de ce vastefoyer. Mème le soleil concourt à la production des. êtres orga-nisés : HIes amène à la vie, les alimente, leur donne accrois-sement et perfection, les purifie et les renouvelle. La lumièrenous mesure et nous compte les saisons, les jours et le resledu temps; et cest celte lumière même, quoique alors elleneût pas sa forme définitive, qui distingua les trois premiersjours de notre univers, daprès le récit de Moise. Ensuite, demême que la bonté attire à elle et, en tant que source divineet cause féconde dunité, appelle en son sein la foule des êtresqui sont dispersés, pour ainsi dire, et que toutes chosesaspirent à elle comme à leur principe, à leur sauvegarde et àleur fin; de même que, selon lexpression des Écritures, toutce qui subsiste vient ùe la bonté, et a été créé par sa puis-sance parfaite, et se conserve maintenu et protégé en ellecomme en un fond incorruptible; de mème que tout seramène vers elle, comme à son terme propre, et la désire :les purs esprits et les âmes avec intelligence; les animaux,par la sensibilité j l(s plantes par ce mouvement végétatif quiest comme un désir de vivre; les choses sans vie et douéesde la simple existence, par leur aptitude même à entrer enparticipation de lêtre; ainsi, et au degré où elle représentela bonté, la lumière, centre puissant, attire à elle tout ce quiest, ce qui voit, ce qui se meut, ce qui est capable déclat etde chaleur, en général tout ce quelle enveloppe de sesrayons: voilà pourquoi les Grecs nomment le soleil l).~o;, dumot cio).):~~, parce quil rassemble, maintient dans lunité lesêtres disséminés dans lunivers. Et toutes choses sensiblesaspirent vers lui, soit pour jouir de la vision, soit pour rece-
  • 192. 192 DES NOliS DIVINS voir de lui le mouvement, la lumière et la chaleur, pour êtreconservées par son vivifiant éclat. Ce que je dis toutefois non pas selon lopinion des anciens, qui regardaient le soleil commele dieu, le créateur et la souveraine providence du mondephysique, mais parce que, depuis la production du monde,les créatures ont rendu visible et intelligible ce quil y adinvisible en Dieu, même son éternelle puissance et sadivinité 1). V. Mais ceci a été traité dans la Théologie symbolique. Ilfaut interpréter maintenant le nom de lumière appliqué ausouverain bien. Or, la bonté est appelée lumière spirituelle,parce quelle remplit de sa splendeur intelligible tout espritcéleste; parce quelle chasse lignorance et lerreur des âmesoù elles se réfugient, leur dispense à toutes la lumière sacrée,purifie leur entendement des ténèbres dont lignorance lof-fusquait, se réveille et dessille leur œil intérieur appesanti etfermé par l obcurité. Elle leur envoie dabord un éclat modéré;puis, quand elles lont savouré, pour ainsi dire, et quelles ensont éprises, elle le répand avec plus dabondance, et enfin leverse à flots pressés, quand elles ont aimé beaucoup (2). Ainsielle les attire sans cesse de plus en plus, en raison toutefoisde leur zèle à aspirer vers la lumière. VI. Donc le bon, supérieur à toute lumière, est nommélumière intelligible, parce quïl est une source féconde et unlarge débordement de clarté, qui comble de sa plénitude tousles esprits, et ceux qui sont par-delà les mondes, et ceux quigouvernent les mondes, et ceux que les mondes renferment;qui renouvelle incessamment leur forc~ intellectuelle, lesembrasse en les enveloppant de son immensité, et les dépassepar son inaccessible élévation; qui, enfin, éblouissant prin- (1) Rom.,l, !o. - (2) Rom., 1,20.
  • 193. CHA.PITRE IV 193 cipe de toute splendeur, résume en soi, poc;sède éminem- ment et avec antériorité toute pui~saDce dillumination, etrassemble et tient étroitement unies Jes intelligences pureset les âmes raisonnables. Car comme lignorance et lerreurcréent la division, ainsi la lumière spirituelle, en apparais~sant, rappelle et ramasse en un tout compact les chosesquelle atteint, les perfectionne, les tourne vers lêtre réel,corrige leurs vaines opinions, ramène leurs vues multiples,ou plutôt lelUs imaginations capricieuses en une connais-sance unique, véritable, pure et simple, et les remplit dunelumière qui est unité, et qui produit lunité. VII. Nos théologiens sacrés, en célébrant linfiniment bon,disent encore quil est beau et la beauté même, quil est ladilection et le bien-aimé; et ils lui donnent tous les autresnoms qui peuvent convenir à la beauté pleine de charmes etmère des choses gracieuses. Or, le beau et la beauté seconfondent dans cette cause qui résume tout en sa puissanteunité, et se distinguent, au contraire, chez le reste des êtres,en quelque chose qui reçoit, et en quelque chose qui estreçu. Voilà pourquoi, dans le fini, nous nommons beau cequi participe à la beauté, et nous nommons beauté ce vestigeimprimé sur la créature par lE. principe qui fait toutes chosesbelles. Mais linfini est appelé beauté, parce que tous lesêtres. I~hacun à sa manière, empruntent de lui leur beauté;parce quil crpe en eux lharmonie des proportions et lescharmes éblouissants, leur versant, comme un flot de lumière,les raditllses émanations de sa beauté originale et féconde;parce quil appelle tout à lui (ce que les Grecs marquent bieneu dérivant u).O" beau, de ltœÀÉw, jappelle), et quen sonsein il rassemble tout en tout. Et il est à la fois appelé beau,parce qui! a une beauté absolue, suréminente et radicale-ment immnahle, qui ne peut commencer ni finir, qui ne peut
  • 194. 194 DBS NOllS DIVINSaugmenter ni décroitre; une beauté où nulle laideur ne semêle, que nulle altération natteint, parfaite sous tous lesaspects, pour tous les pays, aux yeux de tous les hommes;parce que de lui-même et en son essence, il a une beauté quine résulte pas de la variélé ; parce quil a excellemment etavec antériorité le fonds inépuisable doù émane tout ce quiest beau. Effectivement, la beauté et les choses belles pré-existent, comme dans leur cause, en la simplicité et en luniléde cette nature, si éminemment riche. Cest delle que tousles êtres ont reçu la beauté dont ils sont susceptibles; cestpar elle que tous se coordonnent, sympathisent et sallient;cest en elle que tous ne font quun. Elle est leur principe,car elle les produit, les meut et les conserve par amour pourleur beauté relative. Elle est leur tin et ils la poursuiventcomme leur terme ultérieur; car cest pour elle que tout aété fait. Elle est leur exemplaire, et ils ont été conçus surce type sublime. Aussi le bon et le beau sont identiques,toutes choses aspirant avec égale force vers lun et lautre,et ny ayant rien en réalité qui ne participe de lun et delautre. Même, joserai bien dire quon trouve du beau et dubon jusque dans le non-être; ainsi quand la théologie désigneexcellemment Dieu par une sllblime et universelle négation,cette négation est chose bonne et belle. Le bon et le beau,essentielle unité, est donc la cause générale de toutes leschoses belles et bonnes. De là vient la nature et la subsistancedes êtres; de là leur unité et distinction, leur identité et diver-sité, leur similitude et dissemblance; de là les contrairessallient, les éléments se mêlent sans se confondre; de là leschoses plus élevées protègent celles qui le sont moins, leségales sharmonisent, les inférieures se surbordonnent auxsupérieures, et ainsi toules se maintiennent par une immuablepersistance eD leur condition originelle. De là encore tous les
  • 195. CHAPITRE IV 195 êtres, en raison de leur affinité réciproque, sinfluencent, sadaptent lun à lauLre, et entrent en parmit accord; de là lharmonie de lensemble, et la combinaison des parties dans le tout. et linviolable maintien de lordre et la perpétuellesuccession des choses qui naissent et périssent; de là enfinle repos et le mouvement des purs esprits, des âmes et descorps: car celui-là est repos et mouvement pour tous, qui, au-dessus du repos et du mouvement, donne à .chaque chose sonimmuable raison dêtre, et lui imprime la direction convenable. VIII. Or, les pures intelligences sont douées dun triplt mouvement: dun mouvement circulaire. qui les fait gravitersans cesse vers les splendeurs éternelles du beau et du bon;dun mouvement direct, qui les entratne à des soins providen-tiels envers les natures inférieures; enfin, dun mouvementOblique, qui en même temps les porte vers leurs subalternes,et les maintient glorieusement dans leur invincible tendancevers le beau et le bon, principe sacré de leur persévérance. IX.. Lâme a aussi ce triple mouvement. Son mouvementcirculaire consiste à quitter les choses extérieures, pour ren-trer en elle-même; à ramener ses facultés intellectuelles versles idées dunilé, afin quenfermée comme dans un cercle,elle ne puisse ségarer; puis, dans cet atTranchissement desdistractions, dan~ ce recueillement intérieur et cette simplifi-cation delle-même, à sunir aux anges merveilleusementperdus dans lunité, et â se laisser ainsi conduire vers le beanet le bon qui lemporte sur toutes choses, qui est un. toujoursidentique. sans commencement, sans fin. Le mouvementobliqne de lâme consiste en ce que, selon !la capacité, elle e~téclaiFée de la science divine. non point par intuition et danslunité, mais par raisonnement et déduction, et par des opé-rations complexes et nécessairement multiples. Enfin, sonmouvement est direct, non pas lorsquelle se ramène en soi,
  • 196. 196 DES NOllS DlVINSet exerce rentendement pur, car en ce cas il y aurait, commeon la dit, mouvement circulaire, mais bien lorsquelle sinclinevers les choses extérieures, et que de là, comme à laide desymboles composés et nombreux, elle sélève à contemplerlunité dans sa simplicité. X. Ce triple mouvement, qui du reste existe aussi danslunivers matériel, et mieux encore le maintien, la persistanceet la stabilité de toutes choses, trouvent leur cause, leur sauve-garde et leur fin dans le beau et bon, qui est supérieur au~epos et au mouvement; et cest de lui et par lui que vient,cest en lui et pour lui que subsiste, cest vers lui que con·verge. tout repos et tout mouvement. En effet, cest de lui etpar lui que sont produites la substance et la vie des pursesprits et des âmes. De là dans la nature entière, la petitesse,légalité. la grandeur et les différentes mesures; de là les affi-nités, les combinaisons, et lharmonie des êtres, les totalitéset les parties, la simplicité et la multitude, la liaison des par-ties, et lunité des multitudes, et la perfection des totalités.De là la qualilé, la quantité et les gllllndeurs relatives; linfinité, les rapports et les différences; limmensité, la fin, leslimites, et les rangs, et lexcellence. De là la matière, la forme,la substance. De là les puissances ou facultés, les actions, leshabitudes, le sentiment. la raison, lintelligence, la notion, lascience et lunion intime. En un mot, tout ce qui est vientdu beau el du bon, subsiste dans le beau et dans le bon, etaspire vers le beau et vers le bon. Cest par lui que touteschoses existent et se produisent, cest lui que toutes chosesrecherchent, cest par lui que toutes choses se meuvent et seconservent. Également pour lui, par lui, en lui subsiste toutecause exemplaire, finale, efficiente, formelle et matérielle,tout priucipe, toute conservation, toute fin. Enfin tout être vient du beau et du bon; tout non-être se trouve dune façon
  • 197. CHAPITRE IV 197transcendante dans le beau et le bon, principe supérieur àtout principe, fin supérieure à toute fin, parce que de lui, parlui et pour lui, toutes choses sont, comme dit lÉcriture (1 J. Voilà pourquoi le beau et le bon est pour tous les êtres unobjet de désir, dappétence et damour: par lui et en vue delui, dans leffusion dun mutuel amour, les inférieurs aspirentvers les supérieurs. les semblables sentre-collllnuniquent,les plus excellents sinclinent vers de moins nobles; tous liemaintiennent avec amour dans lexistence, et ce quils fontet veulent, ils le fOllt et le veulent par amour du bon et dubeau. Même nous pouvons dire, en restant dans la vérité,que la cause universelle, par la surabondance de sa tendresse,aime, produit, petfectionne, conserve et dirige toutes choses,et que le divin amour est bonté en lui-même, dans sa sourceet dans son objet: car ce sublime artisan de tout ce quil ya de bon dans les êtres, éternel comme la bonté où il résideexcellemment, ne la laissa point dans une oisive fécondité,mais lui persuada deJÇercer cette puissance merveilleuse quia produit lunivers. Xl. Et quon ne nous reproche pas demployer ce motdamour contrairement à lautorité des saintes Lettres. Car("est, à mon avis, une chose déraisonnable et sotte de ne pasregarder à lintention de celui qui parle, et de nappuyer quesur des mots; et cest le fait non pas assurément de ceux quirecherchent avec zèle les choses divines, mais bien de ceuxqui ne 50nt jamais queffleurés par la parole, et ne lui permet-tent darriver que jusquà loreille de leur corps; qui neveulent pas saloir ce que signifie telle expression, et commentil est besoin de lexpliquer quelquefois par des lermes équi-valents et mieux connus; qui enfin sarrêtent trt;tement à 11) Rom., 2, 36.
  • 198. 198 DES NOMS DIVINSdes figures et à des lignes mortes, à des syllabes et à desparoles incomprises, lesquelles nont poitlt pénétré jusquàleur esprit, et nont produit quun vain bruissement autourde leurs lèvres et de leurs oreilles : comme si, au lieudemployer les mots quatre) figure "ectiligne, patrie) on nepouvait pas dire deu:J: (ois deu:J:) figu"e à lignes droites, solnatal; comme si enfin on ne pouvait user de circonlocution 1En effet, la saine raison apprend que cest à cause des sensquon se sert de lettres, de syllabes, de mots, décriture et deparole; tellement que les sens et les choses sensibles sontde trop lorsque lâme sapplique aux choses intelligiblespar lentendement pur; comme aussi la puissance intellec-tuelle devient elle-même inutile, lorsque lâme divinisée seprécipite, par une sorte daveugle course, et par le mystèredune inconcevable nnion, dans les splendeurs de la lumièreinaccessible. Mais si la pensée essaie de sélever à la con-templation de la vérité, par le moyen des choses matérielles,assurément il faut préférer celles qui se présentent aux sensavec une évidence plus frappante, comme les paroles lesplus claires, les objets les plus connus; car, si les sens ne~ont éveillés que par une vague image, ils ne peuvent trans-mettre à lesprit quLille notion obscure. Mais afin quon nesimagine pas que, par cette explication, nous faussons lesÉcritures, citons-les à ceux qui nous blâment davoir nommélamour: « Aime la sagesse, est-il dit, et elle te conservera;environne-la, et elle lélèvera; honore-la, afin quelle tem-brasse (1). » Et il Y a une foule dautres passages où lesdivins oracles parlent damour. XIl. Même il a semblé à quelques-uns de nos saintsdocteurs <Jue le nom damour était plus pieux que celui de (i) Proverb., ~.
  • 199. CHAPITRE IV 199dilection. Car le divin Ignace a écrit : Mon amour a étécrucifié. Et dans le livre qui est comme une introduction auxLettres sacrées, vous trouverez que lauteur parle ainsi de lasagesse: Je suis devenu amateur de sa beauté t t J. Quainsice nom damour ne nous effarouche pas, et ne nOLIs laissonspoint troubler par les objections quon ferait sur ce sujet.Pour moi, je crois que les théologiens inspirés confondentdans une même acception amour et dilection; mais quilsappliquent plus volontiers le mot damour aux choses divines,à raison des ignobles idées qui préoccupent certains esprit~.Car lorsquen traitant de Dieu, le nom damour apparait nonseulement sur nos lèvres, mais encore dans les Écritures, levulgaire qui ne comprend pas quelle d.ivine union lon exprimeainsi, précipite sa pensée, par habitude, vers une affectionimparfaite, sensuelle et bornée, qui nest certes pas. lamour,mais une image, ou plutôt une déchéance du véritable amour.Effectivement, cest chose qui dépasse la portée des intelli-gences communes, que cette intimité, cette fusion produitepar lamour divin: voilà pourquoi ce mot, qui leur semblequelque peu inconvenant, est appliqué à la divine sagesse,afin de les initier et de les conduire à la connaissance delamour réel, et de les arracher à leurs grossières imaginations.Lorsquil sagit au contraire des choses humaines, là où desesprits toujours fixés en terre prendraient occasion de mal, onse sert dexpressions moins périlleuses: Javais pour toi, ditun saint personnage, la dilection quon a pour les femmes (t).Mais vis-à-vis de ceux qui savent entendre les choses divines,les théologiens, dans leurs pieuses explications, emploient lesmots de dilection et damour comme ayant une égale force.Et ils indiquent par là Ulle certaine vertu qui rassemble, unit (il Sag., 8, 2. -(2) II Rois, i.
  • 200. 200 DES NOMS DIVINS et maintient toutes choses en une merveilleuse harmonie; qui existe éternellement dans la beauté et la bonté infinie éprise delle-même, et de là dérive dans tout ce qui est bon et beau; qui étreint les êtres égaux dans la douceur de communicationsréciproque.;, et dispose les supérieurs à des soins providen- tiels envers leurs subalternes, et excite ceux-ci à se tournervers ceux-là pour en recevoir stabilité et force. XIII. Lamour divin ravit hors deux-mêmes ceux qui cnsont saisis, tellement quils ne sont plus à eux, mais bien àlobjet aimé. Cela se voit dans les supérieurs, qui se dévouentsans roserve au gouvernement des inférieurs; dans les égaux,qui sordonnent lun par rapport à lautre; dans les moinsnobles, qui sabandonnent à la direction des plus élevés. Delà vient que le grand Paul, enivré du saint amour, dans untransport extatique, sécriait divinement: Je vis, ou plutôt cenest pas moi, cest Jésus-Christ qui vit en moi (1) : tel quunvéritable amant, hors de lui-même et perdu en Dieu, commeil est dit ailleurs (2), ne vivant plus de sa vie propre, mais dela vie souverainement chère du bien-aimé. Joserai même dire,parce quil est vrai, que la beauté et la bonté éternelle, causesuprême de tout, dans lexcès de sa douce tendresse, surtdelle-mëme par laction de son universelle providence, etdaigne bien se laisser vaincre aux charmes de la bonté, dela dilection et de lamour : tellement que du haut de sonexcellence, et du fond de son secret, elle sabaisse vers sescréatures, tout à la fois hors delle-même et en elle·mêmedans ce merveilleux mouvement. Aussi ceux qui sont versésdans la science sacrée nomment-ils Dieu jaloux, parce quilest plein damour pour tOU8 les êtres, et quil excite en euxla dévorante ardeur des saints et amoureux désirs; parce que (1) Galat., 2, 20. - (2) Il. Cor.,a, 13.
  • 201. CHAPITRE IV 201 réellement il se montre jaloux, ce quil désire méritant dêtre éperdument aimé, et ce quil produit provoquant ses vives tendresses. En un mot, lamour et son objet ne sont autrechose que le bon et le beau, et ils préexistent dans le bonet le beau, et ils ne se produisent que par le bon et le beau. XIV. Mais enfin que veulent dire les théologiens, quand il, nomment Dieu tantôt amour et dilection, tantôt aimable et bien-aimé? La première locution désigne la charité dont Dieuest la cause, le principe fécond et le père; par la seconde, ilest désigné lui-même. Comme amour, il sincline vers lacréature en tant quaimable, il lattire à lui, ou bien il sepose en face de lui-même comme objet intime de ses propre~a~pirations. On le nomme aimable et bien-aimé, parce quil estbon et beau; on le nomme amour et dilection, à raison de lavertu quil a délever et dentrainer les êtres vers lui, seulebeauté et bonté essentielle, et dêtre à lui-même sa qlanifes-tation, et un suave écoulement de lineffable unité, et uneexpansion douce, sans impur mélange; spontanée, arméedune activité propre, préexistant dans la bonté doù elledéborde sur tous les êtres, pour retourner ensuite à sa source.Ainsi apparalt·il excellemment que le saint amour ne reconnaitni commencement ni fin: cest comme un cercle étemel, dontla bonté est à la fois le plan, le centre, le rayon vecteur et lacirconférence: cercle que décrit dans une invariable révolu-tion la bonté qui agit sans sortir delle-même, et revient aupoint quelle na pas quitté. Cest ce qui fut divinement expli-qué par notre illustre maître, dans ses hymnes damour; ilnest pas sans à-propos de sen souvenir, et den citer iciquelque chose, comme couronnement de ce que nous avonsdit sur lamour.
  • 202. Z1I2 DES NOliS DI1NSXY. EXTRAIT DES HYMNES PIEUX DU BlE:SHEUREUX HIÉROTHÉE. " Par lamour, quel quil soit, divin, angélique, rationnel," animal ou instinctif, nous entendons cette puissance qui• établit et maintient lharmonie parmi les êtres, qui inclineJI les plus élevés vers ceux qui le sont moins, dispose les égaux» à une fraternelle alliance, et prépare les inférieurs à lactionJI providentielle des supérieurs. » XVI. AUTRE FRAGMBNT DU MÊME HIÉROTHÉE. fi Voilà que jai classé les différents amours et montré leur" commune origine. Jai dit alors les amours terrrstres et., célestes, la connaissance quon en peut avoir et lefficacité., quils possèdent. Entre eux tous exe.elle, pour les raisons •., que jai déduites, la hiérarchie sacrée des amours angéliquesJI et humains; et là jai trouvé plus spirituels et plus divins,» et jai célébré à ma manière les amours des pures intelli-» gences. Or, rassemblons maintenant et résumons tous ces» amours dérivés en un seul et universel amour, père fécond » de tous les autres. A une certaine hauteur apparaltra le » double amour des âmes humaines et des esprits angéliques;» et loin par delà brille et domine la cause incompréhensible » et infiniment supérieure de tout amour, et vers laquelle » aspire unanimement lamour de tous les êtres, en raison de » leur nature propre. » XVII. NOUVEL EXTRAIT DES MÊMES HYMNES. Ramenant donc ces ruisseaux divers à la source unique, « » disons quil existe une force simple, spontanée, qui établit
  • 203. CHAPITRE IV 203JIlunion et lharmonie entre tau tes choses, depuis le souverain» bien jusquà la dernière des créature3, et de là remonte,» par la même route, à son point de départ, accomplissant» delle-même, en elle-même et sur elle-même sa révolution» invariable, et tournant ainsi dans un cercle éternel. » XVIII. Mais on va me faire cette objection: Vous avez ditque même le non-être aime désire et recherche le beau et lebon i que le beau et le bon donne forme à ce qui est sansforme, et quon le caractérise très bien par des manières deparler négatives. Or, si taules choses le désirent, laiment etle chérissent, doù vient que la multitude des démons neconnait pas celle ambition? doù vient que plongés dans lamatière et totalement déchus de cet amour du bien qui enivresans cesse les anges, ils deviennent cause de tous les mauxet pour eux-mêmes, et pour tous ceux quon nomme pervertiset méchants? Pourquoi les démons, qui doivent lexistence àun principe bon, nont-ils eux-lDêmes rien de bon? ou, sileur nature fut créée bonne, comment sest-elle altérée? Etquelle chose la modifia si tristement? En un mot, quest-ceque le mal? de quel principe provient-il? en quel être existe-t-il? comment le Dieu bon a-t-il voulu produire le mal, et, levoulant, comment la-t-il pu? Ou, si le mal émane dune autresource, le bon nest donc pas la seule cause des êtres? Dailleurscomment la Providence nempêche-t-elle pas le mal de naltre,ou du moins de subsister? Et comment la créature se prend-elle damour pour le mal au mépris du bien? XIX. Tels sont ies doutes quon songera peut-être à pro-poser; mais nous prierons notre interlocuteur de considérerla chose à fond, Et dabord, nous dirons nettement que lemal ne vient pas du bien, et que, sil tirait de là Bon origine,il ne serait pas le mal i car le Ceu na pas la propriété deglacer, ni le bien de faire ce qui nest pas bon, La nature du
  • 204. 204 DES lOllS DIVINSbien étant de produire et de conserver, la nature du malétant de corrompre et de détruire, tous les êtres procèdent dubien, et rien de ce qui est ne saurait procéder du mal: le malnest donc pas, car il se détruirait lui-même. Sil subsiste, ilnest donc pas mal absolument, et il se mêle à quelque bien,doù il emlJrnute tout ce quil a dêtre. Or, si les créaturesaspirent au beau et au bon; si ce quelles font, elles le fonttoujours pour un bien, du moins apparent; si elles prennentinévitablement le bien pour mobile et pour but de leursintentions (car nulle chose nagit en la vue exclusive du mal),comment donc le mal se trouve-t-il dans les êtres? ou com-ment dit-on quil existe, sil est jamais dépouillé dun amourgénéral du bien? Je réponds: Tous les êtres procèdent du bien, De plus, lebien dépasse infiniment tous les êtres: doù il suit quen unecertaine manière le non-être a place en lui. Mais le mal nestni être, car alors il oe serait pas absolument le mal, ni non-être, car cette appellation transcendantale ne convient qUàce qui est dans le souverain bien dune façon suréminente. Le bien sétend donc loin par delà tout être et tout non-être;et le mal ne sera ni être ni non-être, mais quelque chose de plus étranger au bien que le non-être, quelque chose qui narrive pas même à la hauteur du non-être. Mais, dira-t-on, doù procède donc le mal? Car, sil nexiste pas, la vertu et le vice sont chose identique, et dans la généralité et dans les espèces; ou du moins, ce qui combat la vertu cessera dêtre un mal. Et pourtant la retenue et la dissolution, la justice et linjustice sont contraires; et je ne veux pas seulement dire quen fait un homme juste diffère dun homme injuste, et celui qui est modéré, de celui qui ne lest pas; mais antérieu- rement à la .manifestation de ces actes opposés et dans lâme même des sujets, il y a antipathie entre la vertu et le
  • 205. CHAPITRE IV 20:vice, entre la raison et la passion. Alors il faut nécessaire-ment accorder que le mal ne se confond pas avec le bien, carle bien nest point son propre ennemi; mais résultat dun seulet même principe. effet dune seule et même cause, il shar-monise, sallie et se complalt avec lui-même: aussi unmoindre bien ne soppose point à un plus grand bien, commeuu moindre chaud ou un moindre froid ne soppose point à unechaleur ou à une froidure plus intense. Donc le mal se trouvedans les êtres, il existe réellement, il est en hostilité positiveavec le bien; et, quoiquil soit une corruption de lêtre, ilnest pas exclu pour cela du rang des existences; au con-traire, il est quelque chose et principe générateur de quelquechose. Et ne voit-on pas souvent que laltération dunesubstance est la production même dune autre substance?Ainsi le mal a sa plaee et sa valeur dans la création, et cestà son efficacité que lunivers doit de nêtre pas une choseimparfaite, XX. A toutes ces difficultés la saine raison répond que le mal, en tant que mal, nengendre ni ne produit aucun être;et quil tend au contraire à vioier et à corrompre la nature deschoses. Si lon ajoute quil est fécond en ce que, par laltéra-tion dune substance, il donne lêtre à une autre substance,nous répliquerons, avec vérité, quen tant quil est corrup-tion et mal, il ne produit pas, mais plutôt dégrade et ruine,et que le bien seul est un principe dexistencp-. Ainsi, de lui-même le mal est destructeur, et il nest fécond que parle bien:tellement que, de sa nature, il nest rien ni auteur de rien, etquil doit à son mélange avec le bien et dexister, et davoiret de produire quelque chose de bon. De plus, ce nest pointsous le même rapport quune chose sera bonne et mauvaise àla fois; la faculté de produire et daltérer ne sera point iden-tique, et ne sexercera pas indépendamment du sujet où elle
  • 206. 206 DES ~OlIS DJrIl"S réside. Le mal absolu na donc ni être, ni bonté, ni fécondité, et nengendre aucun être, et ne produit aucun bien. Au con- traire, le bien, là où il est en un degré supérieur, opère des choses parfaites, pures de tout mal et de corruption; là où il existe à un moindre degré, il nopère que pes choses impar- faites, le mal sy rencontrant, précisément parce quil y a pri- vation de bien. Ainsi le mal nest pas un être, il nest ni bon ni bienfaisant; mais toute chose est dautant meilleureou pire quelle e!lt plus ou moins proche du souverain bien.Car linfinie bonté, à qui nulle existence ne demeure étran-gère, ne se communique pas seulement aux augustes naturesqui lenvironnent, mais elle sincline jusquaux plus humblessubstances, présente aux unes en un degré supérieur, àdautres avec moins de perfection, aux dernières enfin dunefaçon moins relevée encore, présente à toutes selon leur capa-cité respective. En elfet, celles-ci jouissent-pleinement du biensuprême, celles-là en sont plus ou moins privées; aux unes,il nen est accordé quune faible portion; aux autres, il nenvient quune sorte de lointain rayonnement. Cer, si touteschoses étaient appelées à une égale participation du bien, lesplus sublimes et les plus pures essences seraient ramenées auniveau des plus ignobles. Dailleurs, se pourrait-il que cettegrâce fût uniformément distribuée, quand tous les sujetsnapportent pas une semblable aptitude à la recevoir intégra-lement? Il Y a plus: telle est lexcellence du bien et telle sa forcepuissante, que si les choses mêmes où il ne se rencontre passont capables de le recevoir, cest à lui quelles doivent ceprincipe de perfectionnement ultérieur. Et si lon me permetdémettre cette vérité hardie, cest par le bien même que cequi est hostile au bien subsiste et peut exercer cette hosti-lité; ou mieux et en deux mots, toutes choses, en tant quelles
  • 207. CHAPITRE IV 207ont lêtre, sont bonnes et procèdent du bien, et en tant quellessont privées du bien, elles nont ni bonté ni être. Il nen vapas ainsi relativement à dautres qualités, telles que la cha-leur et la froidure. Pour avoir perùu la chaleur quils possé-daient, les corps ne laissent pas de se maintenir dans lêtre;quoiquelles naient ni vie, ni intelligence, plusieurs chosesnen existent pas moins; et Dieu, qui ne partage pas notremode dA subsister, subsiste toutefois dune façon surémi-nente. En général, quun objet cesse de posséder une qualité,que même il ne lait jamais eue, il nest point aboli pour cela,il nest pas un néant; mais ce qui est absolument dépourvude bien ne saurait exister nulle part, en aucun temps,daucune sorte. Ainsi limpudique. dun côté, sexclut du bien par sa brutale eonvoitise, et comme tel, il nest quun non-être, et les choses quil désire sont un non-être; mais dautre part, il participe encore au bien en ce sens quil garde unreste damitié et une manière dalliance avec ce qui est. Éga-lement la fureur tient au bien par le fait de son émotion, etpar son désir de redresser et de ramener ce quelle lstimemauvais à un but qui semble louable. De même celui qui seprécipite dans les dérèglements, aspirant a une vie qui lecharme, nest pas totalement déchu du bien, puisquil a undésir, le désir de la vie, dlune vie qui lui sourit. Enfin, si voussupprimez tout bien absolument, il ny a plus dès lors nisubstance, ni vie, ni désir, ni mouvement, ni quoi que cesoit. Si donc par la corruption dune substance, une autresubstance se produit, il ne faut pas lattribuer il la vertu dumal, mais à la présence dun bien incomplet. De même lamaladie est une altération partielle de lorganisation; je dispartielle, et non pas totale, parce qualors la maladie elle-mêmeaurait disparu. Mais lorganisme subsiste; et cest lanomalie 13
  • 208. 208 DES NOliS DIVI~Sdont il est atteint qui constitue la maladie. Ainsi ce qui neparticipe nullement au bien na de subsistance réelle ni ensoi, ni dans les êtres; ce qui tient à la fois du bien et du mal,nexiste que par son côté bon, et sélève parmi les êtresen raison directe du bien qui lui fut départi, Ou mieux encore,les choses ont plus 00 moins dêtre, selon quelles ont plusou moins le bien. En effet, ce qui nemprunte absolumentrien à lêtre, nexiste aucunement: ce qui tient de lêtre parun endroit, et par un autre nen tient pas, est dépourvu deréalité, en tant quil déchoit de lêtre éternel; mais en tantquil y participe, la réalité lui est acquise, et cest même parlà que sa perfection et son imperfection se maintiennent, etne retombent pas dans le néant. De même, le mal, quand il estabsolu et sans mélange de bien, ne saurait jamais trouverplace dans la série des choses réputéf.ls bonnes: ce quiest bon par un point et mauvais par un autre soppose à UDbien partiel, mais non pas au bien total, et il est maintenudans lexistence par ce quil a de bon, tellement que sanscette communication avec le bien, il ne serait pas même lesujet dune privation; car, si on la dépouille de tout bien,une chose nest ni meilleure, ni moins bonne, ni mauvaise;elle nest pas. Et en effet, comme le mal nest que-limper-fection dans le bien, si vous abolissez tout ce quil y a de bon, di!s lors il ne restera plus aucun bien, ni parfait, ni imparfait.Aiusi le mal nexiste et ne Se manifeste quautant quil est opposé à certains êtres, et quil se distingue de ce qui est bon. Car il est radicalement impossible que les mêmes choses, saLIs un même rapport, se trouvent en hostilité réciproque. Le mal nest donc point une substance. XXI. Il Y a plus: le mal nexiste pa~ dans les substances. Car, si tous les êtres procèllent du bien, si le bien est dans l.Jales choses et les comprend, il flcut ou que le mal nexiste
  • 209. CHA.PITRE IT lOgnaiment pas dans les substances, ou quil !Oit dans le bien.Or il nest pas dans le bien: car le froid nest pas dans lefeu, et cela ne peut devenir mauvais qui bonifie le mal : ousil est dans le bien, comment cela se fait-il? Dira-t-on quele mal émane du bien? mais cest absurde, impossible j car,comme on lit dans nos oracles sacrés, un bon arbre ne sauraitporter de mauvais fruits, ni réciproquement (1). Si le malnémane pas du bien, il a donc évidemment une autre origine,une autre cause. Car ou le mal dérive du bien, ou le biendérive du mal, ou il faut assigner au bien et au mal une sourcedifférente: car la dualité ne peut être principe, lunité aucontraire est le principe de la dualité. Or personne assuré-ment ne soutiendra que dune seule et même chose puissentprocéder deux choses de tout point contraires, etquau lieudêtre simple et un, le même principe soit composé, double,opposé à lui-même et variable. Mais on nadmettra pas nonplus deux principes contraires, qui dune part se pénètrentmutuellement et régissent le monde, et de lautre se livrentconstamment la guerre j ou en oas quon les admette, dabordDieu ne sera pas indépendant, oisans contradiction, si toute-fois son éternelle paix peut jamais être troublée j ensuite ledésordre et une hostilité permanente règneraient dans luni-vers. Pourtant la bonté suprême établit lharmonie entre tousles êtres j et elle est la paix même, et elle donne la paix, commedisent les écrivains sacrés. Cest pour.quoi toutes chosesbonnes sentraiment, et forment un merveilleux concert, pro-duites par une même activité, ordonnées par rapport à unmême bien, régulières- et unanimes dans leur mouvemen t, etse prêtant un mutuel appui. Ainsi le mal nest point en Dieu,et na rien de commun avec lui. Le mal ne vient pas de Dieu (t) Matt., 1, il.
  • 210. !IO DES NO~lS DIVINS non plus: car ouil faut oser dire que Dieu nest pas bon; ou Dieu fait du bien, et produjt des choses bonnes, et il nest pas seulement lauteur de quelques biens, mais de tous les biens, et il nopère pas aujourdhui ce qui est bon, et demain ce qui est mauvais: autrement ce quil y a de plus sublime en Jui, la causalité, serait soumis au changement et à laJtération. Et effectivement, ou Ja bonté constitue lessence même de Dieu, et alors Dieu p~ssant du bien au mal possèdera lexis- tence et la perdra tour à tour; ou la bonté ne lui parvient que par dérivation et secondairement, et en ce cas tantOt eliQ lui échoira, et tantOt lui sera retirée: ce qui est absurde. Donc le mal ne vient pas de Dieu, et il nest pas en Dieu, ni absolumenl, ni accidentellement. XXll. Le mal ne subsiste pas non plus dans les anges. Car,si lanl;e tire son nom des doux messages que lui impose lasuprême bonté; sil possède par emprunt et dune façonsubordonnée ce qui préexiste suréminemment en la divinitédont il est lorgane, il faut dire assurément que lange Elstlimage de Dieu, la manifestation des splendeurs invisibles,un miroir pur, splendide, parfaitement net, sans souillure etsans tache, qui rel;oit toute la magnifique empreinte, si lonpeut dire ainsi, de la bonté divine, et réfléchit, autant quepeut la créature, le mystère profond de celte bonté incom-préhensible. Donc le mal nexiste pas dans les anges. Mais:lont-ils mauvais parce quils punissent les pécheurs? Alorsil en faudra dire autant de quiconque corrige un coupable, etdes prêtres qui refusent les choses saintes aux profanes. Orle mal ne consiste pas à subir le châtiment, mais à lavoirencouru; ni à être légitimement privé de la communion, maisà devenir impur et à mériter lexclusion. XXIH. Les démons eux-mêmes ne sont pas mauvais parnature. AUlrement, ils nauraient pas le bien suprême pour
  • 211. CHAPITRE IV 211 créateur, ni un rang parmi les êtres, et naturellement et toujours dans le mal, ils neussent jamais pu déchoir du bien.Ensuite pour qui sont-ils mauvais? pour eux-mêmes ou pourdautres? Dans le premier cas ils doivent se détruire; dans lesecond, comment sexerce leur désastreuse influence, et surquoi? sur la substance, les facultés ou laction des êtresl Sur la substance? mais dabord ce nest quautant quelle sy plê- terait; car ils altèrent ce qui est sujet à la corruption, et non pas ce qui est naturellement inaltérable. Ensuite ceUe cor- ruptibilité nest ni toujours, ni universellement un mal. Etpuis il est faux que les choses se détériorent en tant quellessont essence et nature; mais par la violation de la loi qui lesconstitue, satTaiblit en elles lharmonieux accord de leurspuissances, et elles subsistent dans cet état. Le désordrealors nest que partiel; car sil était total, la dégradation dis-parattrait avec le sujet où elle réside, et ainsi la corruptionradicale serait un complet anéantissement. Donc on ne trouvepas ici un mal absolu, mais un bien imparfait; car ce qui estentièrement dénué de bien nexiste à aucun titre. Le mêmeraisonnement vaut en ce qui concerne les facultés et lactiondes êtres. Ensuite, créés par Dieu, comment les démons sont-ilsmauvais? Car le bien ne donne lêtre et la subsistance qUàce qui est bon. Or, on peut répondre quils sont nommésmauvais non pas pour ce quils ont, car ils viennent du bien,et une nature bonne leur fut départie; mais pour ce quileur manque, car ils nont pas su conserver leur excellenceoriginelle, comme lenseignent les Écritures (1). Car en quoi,je vous le demande, se sont pervertis les démons, sinon ence quils ont cessé de vouloir et de faire le bien1 Autrement (i) Jude, 6.
  • 212. ~12 D~ NOMS DlYINSet si la maliee est inhérente à leur nature, elle les suittoujours; or cependant le mal nest pas stable; donc ils nesont pas mauvais, sils se maintiennent dans le même état,puisque limmutabilité ne saurait appartenir quau bien. ·Sidonc ils ne furent pas toujours mauvais, ils ne le sont pointpar le fait de leur origine, mais par la dégradation qui lesa frappés. Au reste, ils ne sont pas dépouillés de tout bien,puisquils existent, vivent et comprennent, et quils sontagités par quelques désirs; seulement on les nomme mauvais,parce quils ne sauraient plus agir selon leur destinationprimitive. Ainsi pour eux, le mal, cest la déviation, et latransgression de lordre établi; cest linanité de laurs efforts,limperfection et limpuissanee; cest enfin laffaiblissement,labandon et la luine de cette foree qui les maintenait dansle bien. Enfin quy a-t-il de mauvais dans les démons.? une fureuraveugle, une convoitise brutale, une imagination sans frein.Oui, si 1011 veut; mais ces ohoies ne sont mauvaises, lliabsolument, ni dans tous les cas, ni en elles-mêmes. Car,pour dautres êtres, ce nest pas la présence, mais plutôtlabsence de ces mêmes passions qui détermine une altérationet un mal; au contraire ils existent et se trouvent protégéspar elles, précisément parce quils en sont affectés. Donc lanature des démons nest pas mauvaise en te quelle seconfor:me à ses lois constitutives, mais en ce queHe ne syconforme pas, Le bien dont ils étaient ornés na pas subi demutation; œ sont eux qui déchurent de leor glorieuse destinée.Et nous ne disons pas que les gwâces quils reçurent commeanges aient été détruites: non, elles subsistent dans leur inté-grité el dans leur Ilichesse; mais ils nen ont pas conscience,parce quils se sont pour jamais privés de la faculté de voir lebien. Ainsi parce quils existent, ils procèdent du bien, et
  • 213. t:HAPITRE IV 213sont bons, et désirent le beau et le bon, cest-à-dire, lêtre,la vie et lintelligence, toutes choses réelles; parce que,transfuges volontaires, ils sont entièrement dépouillés desbiens quils possédaient, on les nomme mauvais; et ils sontvraiment mauvais, à raison de ce qui leur manque, et ilsdésirent le mal quand ils désirent ce qui na pas de réalité. XXIV, Au moins faut-il avouer, me dira-t-on, quil y a desâmes mauvaises, Si lon entend par là quelles sallient auxméchants avec compassion, et pour les sauver, ce nest pointun mal, mais un bien : doux écoulement du bien suprêmequi rend bon ce qui est mauvais. Si au contraire lon veutmarquer que les âmes se dépravent, je demanderai commentcela se fait, sinon parce quelles cessent daimer et de fairele bien, et que, faibles et vaincues, elles faillissent à leurdestination. Ainsi nomroons-nous lair qui nous enveloppeténébreux, quand la lumière ne lui est pas présente; mais lalumière reste ce quelle est, capable de faire resplendir lesténèbres. Donc le mal ne subsiste ni chez les démons, ni ennous, comme réalité, mais comme privation des biens quenous devrions avoir, XXV, Le mal nexiste pas non plus dans les brutes, Otez-leur en etTet la fureur et la convoitise, et ces qualités quonnomme mauvaises, et qui ne sont réellement pas telles de leurnature, ils deviennent essentiellement dautres êtres. Le lionnest plus un lion, dès que vous le dépouillez de sa force etde sa furem:; et si le chien caresse indistinctement tous ceuxqui passent, il cesse de remplir sa fonction qui est de faire lagarde, daccueillir les gens de la maison, et décarter lesétrangers. Ainsi se maintenir dans sa propre nature nestpas un mal; mais cest corrompre sa nature, que daffaibliret dabandonner les instincts, les facultés et lactivité dont onest doué, Et parce que ce qui se produit par génération ne
  • 214. 214 DF..5 NOlIS DIVINSreçoit son perfectionnement quavec le temps, il suit quelimperfection nest pas toujours une anomalie et une ruine. XXVI. La nature considérée dans son ensemble ne ren-ferme pas le mal; car, comme toutes choses trouvent en ellelenrs raisons constitutives, il est manifeste que rien nosaurait lui Iluire. Il est vrai toutefois que les êtres particuliersrencontrent des choses qui leur sont naturellement conformes,et des choses qui leur sont naturellement hostiles : carchaque nature isolément prise a ses lois, et ce qui convientà lune peut contrarier lautre. Le vrai mal, cest quunenature éprouve ce qui la combat, et soit dépouillée de ce quitient à son essence. La nature nest donc pas mauvaise,mais cela est mauvais pour la nature, qui lempêche dagirdans le sens de ses forces propres. XXVII. Dans les corps le mal nexiste pas davantage,Car la laideur est bien la privation de la beauté, et lamaladie un désordre; cependant il ny a pas ici de malabsolu, mais seulement un moindre bien, puisque, si toutebeauté, toute forme, toute ordonnance avait disparu, le corpslui-même périrait. Le mal de lAme ne dérive pas non plusdu corps, la perversité se pouvant rencontrer en des êtresdépourvus de corps, comme les démons. Ainsi pour tous lesêtres, purs esprits, âmes et corps, le mal consiste dans ladiminution et la ruine des biens qui leur sont propres. XXVIII. Bien plus, la matière, en tant que matière, nestpas mauvaise, comme pourtant on a coutume de laffirmer;car elle nest pas dénuép. dornement, de beauté et de Corme.Et si elle na aucune de ces choses, si elle na ni qualité, nimanière dêtre quelconque, alors elle ne subsiste ni à létatactif, ni même à létat passif, Ensuite, comment la matièreserait-elle mauvaisel Si elle nexiste nullement, elle nestni bonne ni mauvaise; si elle existe de quelque façon que ce
  • 215. CHAPlfRE IV liSsoit, toutes choses provenant du bien, la matière aura lamême origine; et partant il faudra dire que le bien crée lemal, ou que le mal est bon parce quil sort du bien, Olt réci-proquement que le mal crée le bien, ou que le bien estmauvais parce quil sort du mal. Ou encore, nous voilàramenés à deux principes qui remontent eux-mêmes à unprincipe supérieur. De plus, si lon prétend que la matièrenexiste que comme nécessaire complément du monde,comment peut-elle être mauvaise1 Car autre ce qui estmauvais, autre ce qui est nécessaire. EL comment le bienemploie-t-i1 le mal à la production des êtres, ou comment lemal peut-i1 aspirer au bien, avec lequel il est essentiellementen contradictionl EL comment la matière quon supposemauvaise donne-t-elle à certains êtres la vie et la nourriture 1Car le mal, en tant que mal, nengendre ni nalimente, necrée ni ne conserve aucune chose. Enfin quand on avance quela matière, si elle ne corrompt pas directement les âmes, dumoins les entraîne vers le mal, cela est-il vrai? Car plusieursdentre elles se tournent vers le bien; or, le pourraient-ellesfaire, si elles étaient nécessairement inclinées vers le mal 1Donc la corruption des âmes ne vient pas de la matière,mais de la fausse direction que prend leur activité. Si lonajoute quil nen saurait être dune autre sorte, et que lesAmes obéissent nécessairement aux mobiles impressions dela matière dont elles ne furent pas créées indépendantes, jedemanderai à mon tour: Comment le mal est-il nécessaire,ou comment ce qui est nécessaire est-il mauvais 1 XXIX. Bien plus, ce que nous appelons privation ne con-tredit pas le bien par sa force propre. Car ou la privation estcomplète, et par là même elle nest quune radicale impuis-sance; ou elle nest que partielle, et en ce cas, si ellepossède quelque énergie, cest quon la considère à lendroit
  • 216. 216 DES NOliS DIVINS par où elle nest pas privation. Et en eITet, la privation dun bien partiel nest pas précisément un mal, et si la privation devient complète, le sujet même du mal <Hsparait, XXX. Pour tout dire en un mot, le bien procède dunecause unique et totalement parfaite, le mal résulte de défec-tuosités multiples et particulières. Dieu c@nnaU le mal -sousla raison du bien, et, devant son regard, les principes quiproduisent le mal sont des puissances capables de bien.Dailleurs, si le mal est éternel et créateur, sil possèdelexistence et lactivité, et sil agit réellement, doù luiviennent ces perfections? les reçoit-il du bien? ou le bien lesreçoit-il de lui? Ou y aurait-il quelque cause suprême qui lescommunique à lun et à lautre? Tout ce qui résulte naturel-lement dune chose, trouve en elle sa raison dêtre déterminée;or le mal, nayant pas sa raison dêtre déterminée, nest lerésultat naturel daucune chose; car ce qui est contre naturene dérive pas de la nature, comme lirrégularité na pas saraison dans la règle. Est-ce donc que lâme est cause du mal,comme le feu est cause de la chaleur, et quelle emplit de samalice les substances auxquelles elle sallie or Ou origi-nairement douée dune nature bonne, ses opérations seraient-elles tantôt bonne!! et tantôt mauvaises? Or, si lâme estnaturellement mauvaise, alors doù vient sa substance? Est-cedu principe souverainement bon qui a créé 10us les êtres 1Mais, en ce cas, comment peut-elle être essentiellementmauvaise, puisque la cause suprême ne produit que desœuvres bonnes? Si au contraire lâme est mauvaise dans sesactions, du moins ce nest pas toujours: autrement et si ellenétait créée conforme au bien, doù lui viendrait la vertu ?Reste donc à conclure que le mal est faiblesse et défectiondans le bien. XXXI. Toutes choses bonnes dérivent dune cause unique.
  • 217. CHAPITRE IV 217Puis donc que. le mal est lopposé du bien, toutes chosesmauvaises dérivent de causes multiples; non pas que ces.causes soient les raisons dêtre du mal, et le produisent parune efficacité positive; elles ne sont au. contraire que priva-tion, faiblesse, mélange inharmonique de-substances dissem-blables, Le mal na pas de fixité, ni didentité; mais il estvarié, indéfini, et comme Rottant en des sujets qui nont paseux-mêmes limmutabilité, Tout ce qui est, même ce quiest mauvais, a le bien pour. principe et pour fin; car cestpour le bien que toutes choses se font, et les bonnes et lesmauvaises, Celles-ci même, nOU9 les faisons par amour dubien; car personne nagit en se proposant diteetement le mal.Ainsi le mal nest pas une substance, mais un accident dessubstances, et on le commet non point en vue de lui, mais envue du bien. XXXlI. On ne doit pas altribuer au mal une eJistencepropre et indépendante, ni un principe où il trouve sa raisondêtre. Oui, il revêt une couleur plausible aux yeux dequiconque sy abandonne, paree quon recherche le bien;mais, au fond, iloest que désordre, parce que lon. estime bonce qui nest pas véritablement tel. Car autre est lintentionadoptée, et autre le fait accompli. Donc le mal fausse la route,natteint pas le but, trahit la nature, na ni cause ni principeformels, est en dehors de la fin, des prévisions, des désirs,etne subsiste réellement pas. Par suite il est une privation, unedéfectuosité, une faiblesse, un déréglement, une elTenr, uneillusion; il est sans beauté, .sans vie, sans iotelügence, sansraison, sans perfection, sans fixité, sans causa, sans manièredëtre déterminée. Il est infécond, inerte, impuissant, désor-donné, plein de contradiction, dincertitude, de ténèbres; il napas de substance et nest absolument rien de ce qui existe.Comment donc le mal a-t-il quelque puissance? par son
  • 218. 218 DES NOMS DIVINSmélange avec le bien; car ce qui est entièrement dénué debien, nest rien, et ne peut rien. Effectivement. si le bien estchose réelle, spontanée, puissante et énergique, que peutopérer ce qui est opposé au bien, ce qui na ni être, nivolonté, ni force, ni action? Au reste les choses mauvaisesne le sont pas constamment ni pour tous les êtres au mêmetitre. Les démons trouvent leur mal en ce quils cessent dese conformer à la bonté souveraine; les âmes en ce quellessont détournées de la droite raison; les corps en ce qui blesseleur nature. XXXIII. Mais comment y a-t-il du mal sous lempire de laprovidence? Le mal, en tant que mal, nest pas une réalité,et ne subsiste dans aucun être. Dune part, tous les êtressont lobjet des sollicitudes de la providence, et de lautre,le mal nexiste pas sans mélange de quelque bien. Or, le malast une déchéance du bien, et nul être ne saurait totalementdéchoir du bien. Puis donc quil en va ainsi, la providenceveille sur tous les êtres, et nul dentre eux ne lui échappe.Même elle se sert avec amour des choses devenues mauvaisespour leur amélioration, ou pour lutilité générale ou particu-lière des autres; et elle pourvoit à toutes, comme il convientà leur nature respective. Aussi nous réprouvons la paroleinconsidérée de quelques-uns qui prétendent que la provi-dence devrait nous entrainer forcément à la vertu; car cenest pas le propre de la providence de violenter la nature.De là vient que, maintenant les êtres dans leur essence, elleveille sur ceux qui sont libres, sur lunivers et ~ur chacune deses parties, en tenant compte de la spontanéité, de la totalitéou des particularités, et selon que les objets sont naturelle-ment susceptibles de ses soins pleins de tendresse, qui leursont toujours départis avec une libéralité splendide, et eDdes proportions convenables.
  • 219. CHAPITRE IV 219 XXXIV. Le mal donc nest point un être, et ne subsistedans aucun être. Le mal, en tant que mal, nest nulle part, etquand il se produit, ce nest pas comme résultat dune force,mais dune infirmité. Ainsi lexistence des démons est chosebonne, et eUe procède ùu bien; le mal pour eux consiste ence quils sont déchus de leur destination propre, quils nontpas su se tenir immuables dans leur état originel, ni garderdans son intégrité la perfection angélique qui leur étaitdépartie. Les démons recherchent le bien quand ils désirentlêtre, la vie, lintelligence; et quand ils ne désirent pas lebien, ils recherchent ce qui nest pas: ce nest point là pro-prement un désir, cest plutôt le néant du désir véritable. XXXV, Remarquons ici, daprès les Écritures, que ceux-làpèchent avec connaissance, qui négligent détudier etdaccomplir le bien quon ne peut ignorer; qui savent lavolonté du maUre et ne la font pas; ceux encore qui prêtentloreille pour écouter, mais sont lâches à croire et à pratiquerle bien; même il en est qui sappliquent à navoir pas lintel-ligence du bien, par corruption ou faiblesse de volonté. En unmot, comme nous lavons Salivent répété, le mal est une fai-blesse, une impuissance,. un ùéfaut en ce qui concerne lascience supérieure, ou la connaissance élémentaire. ou la foi,ou le désir, ou lexécution du bien. Mais cette faiblesse, dira-t-on, ne mérite pas châtiment; ilsemble, au contraire, quon doive lui pardonner. Lallégationserait bonne, si nous-ne pouvions agir aUfrement; mais parceque nous le pouvons, ainsi que létablissent les divinsoracles, enseignant que le bien répand abondamment surtous les êtres des grâces convenables, il sensuit que noussommes inexcusables de tenir en oubli les biens qui nousfurent départis, de nous en détourner, de les fuir, de lesabdiquer, Au reste, ceci fut expliqué convenablement, eu
  • 220. 220 DES NOIIS DIVINSégard à nos Corces, dans notre livre du juste Jugement de Dieu,od nous avons réfuté ces insensés sophistes qui osent bien.accuser la divinité dinjustice et de mensonge. Voilà que nous avons loué du mieux possible le biensuprême, comme véritablement admirable: comme principeet fin et lien universel des êtres; comme donnant la Corme àce qui nexistait pas, et créant tous les biens, el ne produi-sant aucun mal; comme providence et bonté parfaite, qui sur-passe tout être et tout non-être, qui rend bonnes les chosesmauvaises, et susceptibles de bien celles qui en sont privées;comme dignes de tous désil"S, de tout amour, de toute dilec-tion; comme réunissant enfin toutes les qualités que ce dis-cours a développées, jose le dire, avec quelque exactitude.
  • 221. CHAPITRE V DE LÈTRIl; 08 LON PAIRLE AUSSI 81:8 TYPE6 OU EXIl.PL.llRES AROlllENr. -1. On ne saurait ni connaltre, ni expliquer ce que Dieuest en soi j on comprend seulement que le nom de Bon qui lui estappliqué 11 plus ùextension que le nom dttre, II. On comprend encoreque Dieu puisse être désigné par les productions de sa fécondité ctpar les bienfaits de sa providence. III. Les objets créés sont dautantplus proches de Dieu quil leur a plus communiqué. IV. Il est surémi-nent en tout. V. Tout vient de lui, le temps et la durée. La participa-tion à. lêtre est le premier des dons quil nous fait. VI. Lêtre et toutce qui a lêtre procèdent de Dieu et sont en lui dune façon transcln-Jante. VII. Même les contraires le trouvent harmonieusement unisen lui. VIII. Les esprits angéliques, les âmes et toutes choses reçoiventde Dieu leur degré dHle ; et Dieu, infiniment au-dessus de tout, estnéanmoins en tout, et il porte en lui le type et lexemplaire de tout.IX. Ce quil y a de radical dans les créatures, cest la raison éternellequi les constitue et les détermine. X. Mais Dieu reste leur fin suprême,comme il est leur éternel principe. I. Nous devons aborder maintenant le nom divin dÊ:tre,véritable Dom de celui qui existe véritablement. Seulement1I0US observerons quece discours na pas pour but dexpliquerlessence infinie dans son excellence transcendante; car,sous ce rapport, elle est ineffable, incompréhensible; on nesaurait absolument la sonder, et elle éch;lppe même au regardintuitif des bienheureux. Mais nous ne voulons que célébrerla fécondité vivifiante de lessence première, qui se commu-
  • 222. DES NOlIS DIVINS nique à tous les êtres. Car, de même que la qualification de bonté, appliquée à Dieu, exprime toutes les productions éma- nées de cette cause universelle, et comprend tout ce qui est ou existant, ou possible, et sétend même par delà; ainsi ladénomination dêtre sétend à tous les êtres et par delà; ladénomination de vie, à tout ce qui vit et au-dessus de tout cequi vit; le nom de sagesse, à toutes choses douées dintelli-gence, de raison et de sensibilité, et plus loin encore. II. Jai donc intention de traiter exclusivement des nomsdivins qui désignent la providence, et non pas de manifesterce quest, dans les profondeurs de sa nature sur-essentielle, labonté, la substance, la vie, la sagesse de la divinité, quisurpasse toute bonté, toute divinité, toute substance, toutesagesse. toute vie, et qui habite, comme disent les Écritures,dans un mystérieux secret (1). Jai intention de louer la douceprovidence qui se révèle en ses œuvres, et la bonté libérale,cause de tous les biens, et lêtre, et la vie, et la sagesse de Dieuen tant quil crée par ces attributs lêtre, la vie, et la sagessede tout ce qui participe à lexistence, à la vie, à lintelligence,à la raison et à la sensibilité. Je naffirme donc pas quautrechostl soit le bien, et autre chose lêtre, la ·vie, la sagesse, niquil y ait des causes multiples et des divinités nombreuses dedifférents degrés, qui produisent chacune ses œuvres propres.Je dis, au contraire, quil nexiste quun seul Dieu, aureursouverain de toutes choses bonnes, et auquel appartiennenttoutes les qualifications que jemploie. Je dis quun de cesnoms sacrés sapplique â la providence divine considéréedans la totalité de ses bienfaits, et les autres à la mêmeprovidence, considérée dans ses effets plull ou moinsgénéraux, plus ou moins particuliers. (i) Job, 28.
  • 223. CHA.PITRE V 223 III. Mais on va me dire: Lêtre ayant plus dextension que la vie, et la vie plus que la sagesse, comment se fait-il que leschoses qui vivent remportent sur ce qui na que lexistence,les choses douées de sensibilité sur ce qui na que la vie, les choses raisonnables sur ce qui na que le sentiment, et lespures intelligences sur ce qui possède la raison, et quelles setrouvent ainsi plus élevées et plus proches de la divinité? Carles êtres qui participent aux plus larges bienfaits de Dieudevraient, ce semble, avoir plus de noblesse et dexcellenceque les autres. Oui, sans doute, si les substances spirituellespouvaient être dépourvues de vie et dexistence; mais si ellesont un être plus parfait que les autres êtres, une vie supérieureà celle des créatures vivantes, une force de comprendre et deconnaitre où natteint ni le sentiment, ni la raison; si, plusque toute autre existence, elles aspirent etcommunient au bonet au beau; alors, appelées à une participation plus complète •du souverain bien, honorées de grâces plus nombreuses etplus riches, elles seront assurément plus voisines de la divinité.Également, par Je glorieux privilège de la raison, les êtresraisonnables surpassent ceux qui nont que le sentiment; etceux-ci, par la sensibilité, lemportent sur les êtres qui nontque la vie; et ces derniers, par la vie, ceux quiont simplementlexistence. En un mot, on peut dire avec vérité que plus lescréatures participent à lunité, cest-à-dire, à Dieu qui abondeen richesses infinies, plus elles se rapprochent de lui, pluselles croissent en excellence. IV. Ces principes établis, proclamons que le bon est lêtrevéritable, et que cest lui qui donne lêtre à toutes choses. Or,Celui qui est, féconde et sur-essentielle cause de toute exis-tence même possible, a créé lêtre, la subsistance, la personneet la nature. Il est le principe et la mesure des siècles; il afait le temps et la durée des êtres; il est le temps des choses
  • 224. DES NOMS DIVINSqui passent, lêtre des choses qui ont lexistence à quelquedegré que ce soit, la production de tout ce qui est engendré.De lêtre vient la durée, et la substance, et lexistence, et letemps, et la génération, et ce qui ·en résulte, et tout ce quepossèdent réellement les êtres, et tout ce qui est accidentel,et tout ce qui est substantiel. Car Dieu nexiste pas dunemanière bornée; mais il est absolument et infiniment, possé-dant et lui-même et par anticipation la totale plénitude d~lêtre: aussi lappelle-t-on le Roi des siècles, parce quen luicomme dans sa source réside et subsiste lêtre de toutes choses,et parce quon ne saurait dire quil fut, quil sera, quil ait étéproduit, ou quil le soit, ou quil doive lêtre. Même, pourmieux dire, il nest pas; mais tout ce qui est a son être en lui.Et non seulement les choses -elles-mêmes, mais encore leuressence intime procède de celui qui existe avant léternité :car il est le siècle des siècles et il précède tous les temps. V. Ne craignon! donc pas de répéter encore que touteschoses et toute durée tirent leur être de celui qui existeéternellement. Oui, léternité et le temps procèdent de lui; et,principe sans commencement, il a créé les êtres, quels quilssoient, et la durée qui mesure leur existence. Tout participede lui, et rien ne lui demeure étranger. II est antérieur à tout,et tout subsiste en lui. En un mot, cest en Celui qui précèdelêtre que toule chose, quelle quelle soit, existe, se conçoit etse maintient. Lêtre apparaît comme la participation radicale,fondement de toutes les autres; on comprend en effet quelêtre en soi a la priorité sur les autres dons accordés auxcréatures, sur la vie, la sagesse, la ressemblance formelle avecla divinité; et, de quelques perfections quelles soient ornées,lêtre est la première participation quelles reçoivent. Il y aplus: ces participations, qui sont le fond des diverses subs-~ances, trouvent elles-mêmes leur fond dans la participation
  • 225. CHA.PITRE V 225 de lêtre nécessaire qui est lessence et la durée de toutes c~oses. Cest donc à juste titre que nous débutons dans les 10uaAges de Dieu par la qualification dêtre. puisque lêtre est le premier de tous ses dons; car, possédant en soi, de toute éternité, lexcellence et la plénitude de lêtre, il a produit dabord ce que jai nommé participation de lêtre, et ensuite, par elle, il a créé tout ce qui existe à quelque degré que ce soit. Cest donc par la participation à lêtre que les divers principes des choses existent et deviennent principes; mais ils existent dabord et puis deviennent principes. Et si vous voulez nommer participation de la vie le principe de toutes choses vivantes, et participation de la similitude le principe de toutes les choses semblables, et participation de lunitéle principe de toutes les choses unies, et participation delordre le principe de toutes les choses ordonnées, et enfinpartiCipation de tel ou tel genre, de la pluralité, de la diver- sité, le principe des choses de tel ou tel genre, des chosesmulliples ou diverses; vous verrez que ces participationscommunient dabord à lêtre absolu, et ainsi commencentpar avoir une subsistance; puis elles deviennent principesdes divers êtres, tellement quelles existent et sont commu-nicables précisément par leur participation à lêtre. Mais sitelle est la raison constitutive des principes eux-mêmes, elledevra se trouver plus essentiellement encore dans lès chosesqui dérivent des principes. VI. Puis donc que labsolue et infinie bonté produit lêtrecomme son premier bienfait, il convient de la louer dabordde cette grâce, qui précède toutes les autres grAces. Ainsi, laparticipation de lêtre, les principes des choses et les choseselles-mêmes, et tout ce qui existe en quelque sorte que cesoit, viennent de la bonté et subsistent en elle dune façonincompréhensible, sans diversité. sans pluralité. De même
  • 226. 226 DES NOMS DIVINStout nombre préexiste, confondu dans lunité, et lunité ren-ferme tout nombre en sa simplicité parfaite; tout nombre estun en lunité, et plus il séloigne delle, plus il se divise etse multiplie. Également tous les rayons du cercle se trouventunis dans un centre commun; et ce centre indivisible com-prend en lui-même tous les rayons qui sont absolumentindistincts, soit les uns des autres, soit du point uniquedoù ils partent. Entièrement confondus dans ce milieu, silssen éloignent quelque peu, dès lors ils commencent à seséparer mutuellement; sils sen éloignent davantage, ilscontinuent à se séparer en la même proportion; en un mot,plus ils sont proches ou distants du point central, plus aussisaugmente leur proximité ou leur distance respective. Vil. Ainsi encore, en ce quon nomme la nature universelle,les raisons diverseR de chaque nature particulière sont rassem- blées dans une parfaite et harmonieuse unité. AInsi dans lasimplicité de lâme sont réunies les facultés multiples qui pourvoient aux besoins de chaque partie du corps. Il est donc permis de sélever par le moyen de ces grossières et imparfaites images jusquau souverain Auteur de tout, et de contempler dun regard spiritualisé toutes choses en la cause universelle. et les substances les plus opposées entre elles en lunité indivisible doù elles procèdent. Car de ce principe fécond découle la participation de lêtre et toute existence, quelle quelle soit, tout principe, toule fin. toute vie immortelle, toute sagesse. tout ordre et harmonie, toute force, toute protection, tout affermissement et tout bienfait, toute intelli- gence, toute raison. tout sentiment. toute habitude, tout repos, tout mouvement, toute union, toute alliance, toute amitié, toute concorde, toute distinction, toute limitation. enfin toute autre réalité qui se rencontre dans les êtres. VIII. De cette même cause générale procèdent les anges,
  • 227. CHAPITRE V 227essences intelligibles et intelligentes, et les âmes, et lesnatures corporelles, et tout ce qui existe, soit comme modesdes substances, soit comme êtres de raison. Oui, les plussaintes et les plus sublimes puissances des cieux, cellesqui sont placées, si jose parler ainsi, près du sanctuaire delauguste Trinité, obtiennent delle et en elle et dexister etde ressembler à Dieu i ensuite ces mêmes bienfaits descendentsur les vertus inférieures avec moins dabondance, et arriventà la dernière hiérarchie en un degré, moindre encore parrapport aux autres rangs des anges, mais toujours supérieurà nos participations humaines. Également et dans le mêmesens, les âmes et les autres réalités possèdent lêtre et lebien-être i elles existent et sont bonnes i et lÉternel leur aconféré ces dons et il les leur conservei et cest de lui quellestirent leur origine, par lui quelles se maintiennent et enlui quelles se perfectionnent. A la vérité, il admet à une plushonorable participation de lêtre ces nobles substances quelÉcriture nomme éternelles (1) i mais lêtre ne fait défaut àaucune des autres choses. LÉternel a produit la participation de lêtre: ainsi lexis-tence relève de lui, et il ne relève pas delIe i elle est compriseen lui, et il nest pas compris en elle i elIe participe de lui,et il ne participe pas delie. Il est la mesure, le principe et ladurée de Jêtre i car il précède et lêtre et la durée, et il est lacause féconde, le milieu et la fin de toutes choses. De là vientque lÉcriture lui applique toutes les expressions qui désignentla raison constitutive des divers êtres et dit très bien de luiquil était, quil est et quil sera i quil a duré, quil dure etdurera i car ces locutions, pour qui Jes comprend religieu-sement, signifient que la divinité existe sllréminemment, (il PF., 23, 7 et 9.
  • 228. 218 DES No:lS DIVINS en quelque sensquoD veuUle le prendre, et quelle est le prin- cipe de toutes choses, quelles quelles fioient. EtTectivement Dieu nest pas tel objet à lexclusion de tel autre objet, il ne possède pas tel mode à lexclusion de tel autre mode; mais il est tout, dans ce sens quil a tout produit et qnil renferme en sa plénitude le prmcipe et la fin de tout; et il est en même temps au-dessus de tout parce quil existe done façon sur- essentielle et antérieurement à tout. Cest pourquoi toutes choses peuvent à la fois saffirmer de lui, et il nest pourtant aucune de ces choses: ainsi il a toute forme, toute beauté,et il est sans forme, sans beauté; car il possède pnr antici-pation, dune manière transcendante et incompréhensible, leprincipe, le milieu eL la tin de tout ce qui est; et, en vertu desa causalité une et simple, il répand sur lunivel"! entier le purrayon de lêtre. Car, si le même-soleil qni verse uniformémentles flots de sa lumière sur la substance et les qualités des corpssi nombreux et si variés, cependlnt les renouvelle tous, lesalimente, les conset"Ve et les perfectionne, les distingue et lesunit, les échautTe et les féconde, les fait ClOitre, les trans-forme et les fortifie; leur donne de produire et de se mouvoiret de vivre; si tous, selon leur natUTe respective, reçoiventlinfluence dun seul et même astre-, qui, ainsi, possède préa-lablement, sous la raison de lunité, les causes diverses detant deftets : à plus forte raison faut-il accorder que les typesde toutes choses préexistent, sous la condition dune parfaiteet surnaturelle unité, en celui qui est lauteur du soleil et detons les êtres : car cest lui qui produit les substances parune force qui le rend supérieur à toute substance. IX. Or, nOU9 nommons types 011 exemplaires les raisonscréatrices des choses, et qui préexistent dans la simplicitéde lessence divine. LÉcriture les appelle prédestinations etsaintes et bonnes volontés, qui constituent et réalisent les
  • 229. CIUPIfBE V 229 êtres, et selon lesquelles la souveraine puissance détermine et produit tout ce qui est. Quand donc le philosophe Clément ayance que les types ou exemplaires ne sont autre chose que ce qui se conçoit de plus noble dans les créatures, il ne donne pas aux mots leur valeur propre, rigoureuse et naturelle; et quand on accorderait que ce langage fût exact, encore faudrait- il lentendre dans le sens des saints oracles, où il est dit que les créatures ne nous sont pas manifestées pour quon les adore, mais afin que, par la connaissance qui nous en viendra, nous soyons élevés, selon la mesure de nos forces, jusquà la cause universelle (1). Toutes choses doivent être attribuées à Dieu, sans altération de sa simplicité ineffable. Car il communique dabord lexistence, premier don de sa bonté créatrice; puisil pénètre toutes choses et les remplit des richesses de lêtre,et il se réjouit dans ses œuvres. Mais tout préexistait en luidans le mystère dune simplicité transcendante qui exclut toutequalité; et tout est également contenu dans le sein de sonimmensité indivisible, et tout participe à son unité féconde,comme une seule et même voix peut trapper en même tempsplusieur~ oreilles. X. LÉternel est donc le principe et la fin de tous les êtres:leur prinèipe, parce quil les a créés; leur fin, parce quilssont faits pour lui. Il est le terme de tout et la raison infiniede tout ce qui est indéfini et fini, créateur des effets les plusdivers. Car, dans son unité, comme il a été souvent dit, ilpossède et produit tous les êtres; présent à tout et partout,sans division de son unité et sans altération de son identité;sinclinant vers les créatures sans sortir de lui-même;. tou-jours en repos et en mouvement, ou mieux encore, nayantni repos, ni mouvement, ni principe, ni milieu, ni fin, (i) Exod,. 2:>.
  • 230. DFS NOMS DIVINSnexistant en aucun des êtres et uétant rien de ce qui est.En un mot, nulles choses ne le représentent convenablement,ni celles qui ont une durée impérissable, ni celles qui sub-sistent dans le temps; mais il est au-dessus de la durée etdu temps et de ce qui est immortel et temporaire. Aussi lessiècles sans lin et tout ce qui subsiste, les êtres et les mesuresquon leur applique, sont de lui et par lui. Mais ce point sera traité ailleurs avec plus dA-propos.
  • 231. CHAPITRE VI ARGU.ur. - J. Dieu est la vie dob. procède toute vie. - II. Cestlui qui répand sur les êtres une vie analogue à leur nature respective.III. Et parce quil vivifie et féconde ainsi la création tout entière, il estnommé la vie universelle. I. Maintenant il nous faut louer la vie, cette vie éternelledoù procède la participation de la vie et toute vie particulière,etdoù la force vitale se répand, en la façon qui leur convient,sur tous les êtres qui la possèdent. Cest delle que vient,cestpar elle que subsiste la vie, et limmortalité des saints anges etcette activité inamissible qui les distingue: voilà pourquoi onles nomme impérissables et immortels; comme aussi on lesnomme mortels parce que ce nest pas deux-mêmes quilstirent lincorruptibilité et la permanence, mais bien de lacause féconde qui donne et conserve toute vie. Et comme, enparlant de lttre par excellence, nous avons dit quil est lefond éternel doù émane la participation de lêtre, de mêmenous affirmons ici que la vie divine produit et vivifie la parti-cipation de la vie, et que toute vie et tout mouvement vitalprocèdent de ce Coyer placé par delà toute vie et tout principede vie. Cest de là encore que nos âmes reçoivent lincorrupti-
  • 232. 232 DES NOMS DIVINS bilité; cest par là que, dans les animaux et les plantes, brille un dernier et lointain reflet de la vie. Ce principe disparais-sant, toute vie séteint, comme lenseigne lÉcriture; maisquand les choses qui, par faiblesse, ël"aient cessé dy parti-ciper, se tournent vers lui, à linstant elles revivent. II. Diell produit donc dabord le principe essentiel de toutevie créée, puis toutes choses- vivantes, se communiquant dunemanière analogue à chaque nature particulière. Il donne auxhabitants des cieux une vie conforme à la sienne, immatérielle,inaccessible au changement et à la mort, et une activité quine saurait se lasser, ségarer, ni finir. Et il laisse débordersa bonté immense jusque sur les démons eux-mêmes; carcest à lui, et non à aucune autre cause quils doiventlorigine et la conservation de leur vie. Les hommes, denature complexe, reçoivent une vie qui se rapproche de celledes anges; et quand nous le fuyons, Dieu, dans lexcès de SODamour, nous rappelle et nous convertit à lui, et ce quil y a deplus merveilleux, il a promis de nous remettre tout entiers, etnos âmes et nos corps, en possession dune parfaite etéternelle vie: renouvellement que lantiquité jugeait opposé àla nature, et que vous et moi et les amis de la vériténommons divin et slIpérieur à la nature; je veux dire à cettenature que nous voyons, mais non pas à la nature toute-puis-sante de Dieu vivant, qui, renfermant toute vie terrestre etcéleste, ne saurait trouver aucune vie opposée ou supérieureà elle. Cest pourquoi loin de lÉglise de Dieu, loin de touteâme pieuse les discours insensés de Simon qui nous contre-dit en ce point! Je le vois, malgré la bonne opinion quil a deson savoir, il ne comprend pas quavec un jugement droit onninvoquera jamais des arguments fondés sur lexpériencesensible, pour attaquer la cause universelle qui ne tombe passous lappréhension des sens. Et il faut dire à cet homme
  • 233. CHAPITRE VI 233que lui-même est en dehors de la nature; car, pour lauteursouverain ùe tout, rien ne peut lui être contraire. III. Cestde cette vie originelle que les animaux etles plantesre~oivent leur vie et leur développement. Toute vie, quellequelle soit, purement intellectuelle, raisonnable, animale,végétative; tout principe de vie, toute chose vivante enfin,empruntent leur vie et leur activité à cette vie suréminente,et préexistent en sa simplicité féconde. Elle est la viesuprême, primitive, la cause puissante qui produit. perfec-tiOlIDe et distingue tous genres de vie. Et à cause de sesnombreux et vivants effets, on peut la nommer vie multiple etuniverselle, et la considérer et la louer en chaque vie parti-culière; car rien ne lui manque: elle possède, au contraire,la plénitude de la vie; elle vit par elle-même et dune vietranscendante, et elle a une sublime force de vivifier et toutce que lhomme enfin peut dire de glorieux t(}uchant cetteinexprimable vie.
  • 234. CHAPITRE VlIDE LA SAGBSSE, DE LINTBLJ.lGBNCB, DE L.t RUSON, DB L.t VIlRITIl BT DB LA 1101 AROUMIlIlT. - J. Toute sagesse vient de la sagesse divine, qui est inson-dable, incompréhensible et inappréciable à lhomme. II. Cest de cetteinfinie sagesse que les anges tiennent leur intelligence, lhomme saraison, la brute sa sensibilité. Par cette sagesse, Dieu connalt tout dunefaçon inexprimabTe. III. Pour nous, il ne nous est donné de la con-naltre quimparraitement. IV. Cette connaissance de Dieu est mani-festée à lhomme par la parole révélée, qui fonde ainsi la foi. I. Maintenant, si vous lavez pour agréable, considéronscette douce et éternelle vie, en tant quelle est sage et lasagesse même; ou plutôt, en tant quelle produit toute sagesse,et quelle surpasse toute sagesse et toute prudence. Car nonseulement Dieu possède la sagesse avec plénitude, et sa pru-dence na pas de bornes; mais encore il sélève par delà touteraison, tout entendement et toute sagesse. Cest ce quavaitmerveilleusement compris ce personnage vraiment divin,notre commune lumière, à mon maUre et à moi, quand ildisait: Ce qui est insensé en Dieu est plus sage que leshommes (1); dabord parce que toute connaissance humaine (1) I. Cor., l, 25.
  • 235. CHA.PITRE VII 235 Dest quégarement, si on la compare à limmutabllit~ parfaite des éternelles pensées de Dieu; ensuite parce que cest lusage des théologiens de recourir à la négation précisément pour affirmer lexcellence des attributs divins. Ainsi les Écritures appellent invisible léblouissante lumière de Dieu; ineffable et sans nom celui auquel conviennent toutes louanges et tous noms; incompréhensible el échappant â toute recherche, celui qui est présent à tout, et que toutes créatures révèlent. Cest en ce sens quon doit entendre le saint Apôtre, lorsque, pour nous élever à la vérité qui ne peut sexprimer, et qui surpasse tout~ sagesse, il loue comme folie divine ce qui semblecontraire à la raison et absurde. Mais, comme jai dit ailleurs,si ramenant à notre taille ce qui est plus grand que nous, et invoquant une raison plongée dans le monde matériel, et comparant les choses divines aux choses humaines, nous nevoulons apprécier que par ce qui nous est connu léternellesagesse qui nous est cachée, nous tombons dans lillusion.Car il faut savoir que nous avons à la vérité une certainefaculté, par laquelle notre entendement voit les chosesintelligibles; mais quil y a aussi une union qui nous met enrapport avec ce qui nous dépasse, et où notre esprit natteintpas naturellement. Or cest par ce dernier moyen quil fautconsidérer les choses divines, non pas en les abaissantjusquà nous, mais en sortant de nous-mêmes, pour nousdonner tout entiers à Dieu; car il vaut mieux être à lui quànous. Dailleurs ceux-là seuls participent aux grâces divines,qui appartiennent à Dieu. Cest pourquoi, à la louange decelte sagesse que son excellence rend irraisonnable, insenséeet folle, nous publions quelle est la cause de toute intelli-gence et raison, de toute sagesse et de toute prudence; quedelle procède tout bon conseil, toute connaissance et habi-leté, et quen elle sont renfermés les trésors de la science
  • 236. DES .!OMS DlHNSet de la sagesse (1). Car, conformément à ce qui a étA dit,cette cause excellemment sage produit le principe absolude toute sagesse, et t.oute sagesse, tant en général quenparticulier. Il. Cest de cette source que les anges, puissances intelli-gibles et intelligentes, raçoivent leurs simples et bienheureusesnotions. Cette science divine, ils ne la cherchent pas dansle monde matériel, ni ne la déduisent délémetlts multiples,dobjets sensibles, ou de raisonnements Laborieux; maisnayant. rien de commun avec ces grossiers moyens, etn-étant point impliqués dans la matière et la multiplicité, ilsentendent ce quil leur est donné de connaUre en la divinité"dune façon simple, spirituelle, unitive. Et leur faculté etopération intellectuelle brille dune pnreté sans mélange etsans souillure, les rend capables de contempler les idéesdivines et à raison de leur simplieité, de leur immatérialité,et de leur unité parfaite, les façonne, autant quil est possible,à la ressemblance de lintelligence et de la raison infinimentsages de Dieu. Cest encore là cette sagesse originelle que lesâmes empruntent le raisonnement.; car, lie pouv.ant aborderdirectement lessence des choses, elles ny urivent quà laidede déductions compliquées. Aussi nos connaissances, à causede la multitude et de la variété des éléments dont elles seCorment, sont bien loin de celles des purs esprits; et toutefois,lorsque nous ramenons à lunité nos notions diverses, lascience humaine a quelque chose dangélique, aulant dumoins que Ume peut sélever à cette ressemblance. Ensuite,que la sensibilité elle-même soit un retIet de la sagesse divine,celit ce quon peut affirmer avec justesse. Bien plus, chez. lesdémons, lintelligence, en tant quintelligence, procède de la (1) Golo99., 2, 3.
  • 237. CRAPInE VIIsagesse suprême; mais, en tant quintelligence pervertie, quine sait, ni ne veut atteindre lobjet dun légitime désir, elleest plutôt une déchéance de la sagesse, On dit donc avec raison que la sagesse divine est leprincipe, la cause productrice, le perfectionnement, la con-servation et le terme de toute sagesse générale et particulière,et de toute intelligence, raison et sentiment: mais alors,comment Dieu, qui sélève par delà toute sagesse, est-ilnommé sagesse, intelligence, raison et connaissance? Com-ment peut-il y avoir pour lui quelque chose dintelligible,puisquil na pas dopérations intellectuellesl Commentpeut-il connaUre les choses sensibles, puisquil est absolu-ment en dehors du monde des sens? Pourtant les Écritures·enseignent quil sait tout, et que rien néchappe à son œilvigilant. Or, comme je lai souvent répété, ce qui est divin,il faut lentendre dune manière divine. Car, si lon nie quily ait en Dieu intelligence et sensibilité, ce nest pas que cesqualités lui manquent, cest quil les possède sous une formeplus éminente. Ainsi nous proclamons irraisonnable celui quidépasse toute raison j nous attribuons limperfection à celuidont la perfection est supérieure et préexistante à toute autre jnous nommons obscurité quon ne saurait ni atteindre, nivoir, locéan de la lumière inaccessible, précisément parcequelle dépasse excellemment toute lumière visible. Lenten-dement divin pénètre donc toutes choses par une vue trans-cendante; il puise dans la cause universelle la science desêtres qui ne sont pas encore; il a connu lee anges, avantqui1s fussent produits, et les a créés· ensuite; et toutes chosesenfin lui furent manifestées intimement et dès léternité, sije puis dire ainsi, avant quelles reçussent lexistence. Cestce que lÉcriture a voulu enseigner sans doute, quand elledit que Dieu connait les réalités antérieurement à leur
  • 238. 238 DES NOMS DIVINSproduction (1). Car lentendement diviu nétudie pas les êtresdans Jes êtres eux-mêmes; mais de sa vertu propre, en luiet par lui, il possède et contient par anlicipation lidée, lascience et la substance de toutes choses: non pas quil lescontemple dans leur forme particulière; mais il les voitet les pénètre dans leur cause quil comprend tout entière.Ainsi la lumière, si elle était intelligente, connaitrait lesténèbres par avance et en ses propres qualités, les ténèbresne pouvant se concevoir autrement que par la lumière. Puisdonc quelle se connaU, la divine sagesse connait tout;elle conçoit et produit immatériellement les choses maté-rielles, indivisiblement les choses divisibles, la diversitéavec simplicité, et la pluralité avec unité. Car, si Dieuproduit tous les êtres par lunité de sa force, il les com~ailratous aussi dans lunité de leur cause, puisquils procèdent delui, et préexistent en lui. Et il nOemprunte pas aux choses lascience quil en a; mais plutôt il leur donne à toutes de seconnaitre elles-mêmes et dêtre connues lune par lautre.Dieu na donc pas une connaissance particulièrè par laquelleil se comprend, et une autre connaissance par laquelle ilcomprend généralement le reste des êtres: mais cause uni-verselle, dès quil se cannait, il ne saurait ignorer ce quila lui-même produit. Ainsi Dieu sait toutes choses, parcequil les voit en lui, et non parce quil les voit en elles:ainsi encore les anges qui, daprès les Écritures, savent cequi se passe sur terre, constatent les phénomènes sensibles,non par la voie des sens, mais par une force supérieure, etpar la propriété de leur entendement fait à limage de Dieu. Ill. Il faut rechercher maintenant comment nous connais-sons Dieu, qut ni lentendement ni les sens natteignent, et (i) DaD., i3, 42.
  • 239. CHAPITRE VII 239qui nest rien de ce qui existe. Or nest-il pas vrai de dire quela nature de Dieu nous est inconnue, puisquelle dépasse touteraison, tout esprit, et ne saurait devenir lobjet de notrescience? nest-il pas vrai que par la magnifique ordonnancede lunivers que Dieu a établie, et où reluisent les images etles vestiges des idées divines, nous sommes élevés, commepar une route naturelle et facile, jusquà lêtre souverain,autant que nos forces le permettent, niant tout de lui, et leplaçant par-dessus tout, et le considérant comme la cause detout? Cest pourquoi toutes choses parlent de Dieu, et nulle chose nen parle bien; on le connaU par science, et à la fois par ignorance; il est accessible à lentendement, à la raison, à la science; on le discerne par la sensibilité, par lopinion, par limaKination; on le nomme enfin; et dautre part, il est incompréhensible, ineffable, sans nom. JI nest rien de ce qui existe, et rien de ce qui existe ne le fait comprendre. 11 est tout en toutes choses, et il nest essentiellement en aucune chose. Tout le révèle à tous, et rien ne le manifeste à personne: ces locutions diverses sappliquent très bien à Dieu, et on peut le désigner partoutes les réalités, en ce que toutes elles ont quelque analo~ie avec lui, qui lés a produites. Mais il ya encore une plus parfaite connaissance de Dieu qui résulte dune sublime ignorance et saccomplit en vertu dune incom- préhensible union; cest lorsque lâme, quittant toutes choses et soubliant elle-même, est plongée dans les tlots de la gloire divine, et séclaire parmi ces splendides abimes de la sagesse insondable. Toutefois je répète quon peut connaUre Dieu par la création; car, selon les Écritures, cest lui qui a créé toutes choses, et établi dinviolables rapports (1); qui a fondé, et qui maintient lordre et lharmonie universelle; qui (Il Proverb., 8; Sag., 1.
  • 240. DES NmlS mV:INS allie heureusement ensemble lextrémité inférieure dun rang plus élevé et lextrémité supérieure dun rang subalterne, et ramène toutes les créatures à one merveilleuse Imité et à un accord parfait. IV. Dieu est encore nommé raison dans les saintes Lettre!. non seulement parce quil est le distributeur de toute raison, intelligence et sagesse, mais aussi paroe quen son unitépréexistent les causes de tout, et quil pénètre lunivers,atteignant dun bout à lautre, comme parlent nos oracles (1);mais surtout parce que la raison divine est dune simplicitésallS égale, et que son excellence infinie la rend essentiel-lement supérIeure à tout, Et cette raison nest autre choseque la vérité dans sa simplicité parfaite, et la pure etinfaiIlihleconnaissance des choses; et sous ce rapport, elle devientlobjet de la foi divine; et la foi, base inébranlable, fixe lescroyants dans la vérité; et fixe la vérité en eux; et la véritéconnue dans sa pureté, les fidèles sy attachent avec ulleforce et une persuasion invincibleS". Car, si la connaissanceunit avec intimité son sujet et son objet; et si lignorance estpour celui en qui elle réside un principe de changement et devariation, certainement celui qui croit en vérité, comme dit laparole sacrée, ne pourra être détourné de la foi, quil garderaavec une ferme constance et une permanente immutabilité.Le fidèle ainsi dévoué a pleine conscience de son bonheur,quoique la foule laccuse de déraison et de folie. Au reste,cest juste: car elle ne sait pas que de lerreur il est passé à lavérité par la foi. Mais il ",oit très bien, lui, quil na pointperdu 1& sens, comme on semble le croire, et que par lapossession de la sainte et immuable vérité, il est affranchi delinstabilité et des tluclualions qui le poussaient sans ûn (i) Sag., 8.
  • 241. CHAPITRE VIIderreurs en erreurs, Aussi, chaque jour, nos maîtres dans lasagesse divine endurent la mort pour Ja vérité, et attestentpar leurs discours et par leurs œuvres que la doctrine chré-tienne touchant Dieu et la vérité lemporte en pureté et enélévation sur toute autre, et même que cest la seule véritable,la seule noble doctrine.
  • 242. CHAPITRR VIIIDE LA PUISSANCE, DR LA IUSTICR, DU SALUT, DE LA RJ!DEIIPTION; OU IL EST AUSSI TRAITÉ DE LIInfGALE RÉPARTITION DES BIENFAITS DIVINS ARGUBllIIT. - l, Quoique élevé au-dessus de toute force et de toutepuissance, Dieu est légitimement nommé force et puissance; II. dabordll.lrce quil possède cet attribut, ensuite parce quil la communiquéa:Jx créatures, III. La puissance divine pénètre donc tous les Hrllll.1". Elle a donné aux anges leur Corce propre; V. elle a créé la force deshummes, des animaux, deR autres êtres. VI. Que Dieu ne puisse sercaier, ce nest point une marque de faiblesse, mais le caractêre de laplus haute puissance. VII. ilieu est nommé justice, et effectivement ilCRt juste; VIII. et ce nest point une preuve dinjustice que la tribu-lation quil envoie aux saints. IX. Dieu est aussi salut et rédemption. J. Mais comme les théologiens, en célébrant les louangesde la vérité divine et de la sagesse suréminente, lappellentallssi puissance, justice, salut et rédemption, expliquonspareillement ces noms divins, selon la mesure de nos forces.Or, que Dieu souverain surpasse excellemment toute puis-sance réelle et imaginable, cest ce que nignore sans douteaucun homme versé dans la connaissance des Écritures j car,en plusieurs endroits, les saints livres attribuent à Dieu ladomination, et le placent au-dessus des vertus célestes (1). (1) II. Pierre, 2; Ps. 23.
  • 243. CHAPITRE VIII 2UComment donc les auteurs inspirés nomment-ils puissancece qui est par delà toute puissancel Ou comment devons·nous entendre ce nom appliqué à la divinité l II. Nous affirmons donc que Dieu est puissance, parceque dès léternité il possède en lui toute puissance à unéminent degré; parce quil est lauteur de toute puissance;parce quil a tout créé par sa puissance inaltérable et sanslimites. Oui, il a produit la raison constitutive de toute puis-sance, tant générale que particulière. Il est infinimem. fort.non seulement en ce que toute puissance vient de lui, maisaussi en ce quil dépasse toute puissance réelle et mêmeidéale; en ce quil peut sans fin donner lêtre à un nombreinfini de puissances nouvelles; en ce que sa puissancecréatrice, se fût-elle exercée de mille manières à la produc-tion de mondes infinis, conserverait néanmoins toute safécondité et son énergie inépuisables: et en ce quon nesaurait exprimer, ni connaître, ni comprendre cette puissancetranscendante, qui par sa vigueur extraordinaire forlifie lafaiblesse, et conserve jusquaux êtres où rayonnent mêmeses plus obscurs reflets: précisément comme on le remarquedans le monde physique, où une vive lumière frappe lesyeux les plus débiles, et où de grands bruits parviennentjusquà loreille la plus dure. Je ne parle pas de ce qui estabsolument sourd, car là il ny a pas douïe; ni de ce qui estabsolument aveugle, car là il ny a pas de vue. III. Ainsi à cause de son infinie richesse, la puissancedivine se communique à tous les êtres. Rien de ce qui existenest radicalement dénué de quelque puissltDce; mais toutechose a une force intellectuelle, ou raisonnable, ou viLale, oudu moins elle a lêtre: et lêtre, si lon me permet cettemanière de parler, ne tire sa possibilité que de cette puis-sance sur-essentielle.
  • 244. DES NOJIS DIVINS IV. Cest delle que les rangs·sacrés des anges tiennent leurdivin pouvoir, et lenr stabilité, et la constante et éternelleactivité de lenr intelligence, et nn ferme et infatigable désirdu bien. Cest de cette pnissance infiniment bonne et libéralequils ont reçu et ce pouvoir et ces destinées, et le désirde limmortalité, et le pouvoir même de désirer toujourspouVOIr. V. Cette infinie puissance répand ses bienfaits snr 1hommes, les animaux, les plantes, et sur toute la nature;elle fortifie les choses qui sunissent ensemble, les étreignantdans les nœuds dune communication réciproque; elle con-serve aux ahoses qui sont distinctes leur propre raisondêtre, les maintenant sans confusion et sans mélange dansleurs limites respectives; elle assu~ lordre universel, etdirige chaque être vers sa fin particulière. Elle garde inalté-rable limmortelle vie des purs esprits; ene garde incorrup-tibles et dans un ordre inviolable les. soleils qui brillent surnos têtes. Elle crée la perpétuité; elle dislÏngue les révolu-tions du temps par la variété des mouvements du ciel, et elleles rapproche par le retonr périodique des astres à leur pointde départ. Par elle le feu brûle inextinguible, et leau couleintarissable; elle met des bornes à la diffusion de lair; ellepose le globe dans lespace, et empêche que les productionsterrestres ne soient altérées dans leur genre. Elle tempère,elle harmonise entre eux les éléments, sans les séparer ni lesconfondre. Par elle persiste lunion de lâme avec le corps;par elle les plantes font leur travail dassimilation et daccrois-sement; par el~ les êtres conservent leurs propriétés essen-tielles, et lunivers demeure indissoluble. Ceux qui sontdéifiés reçoivent delle la grâce de pouvoir atteindre etdatteindre réellement à cet heureux état. En un mot, rienabsolument néchappe à luniverselle domination et aUl
  • 245. .:IUPITBE VIIl 245étreintes tutélaire~ de la puissance divine. Car, ce qui neparticipe à la puissance par aucun endroit nexiste pas, l1apas de rang parmi les réalités. VI. Mais le magicien Elymas nOus fait cette objection: SiDieu est tout-puissant, comment lun de vos théologiens a-t-ilaffirmé quil y a quelque chose que Dieu ne peut pas? Or,Elymas attaque ici le divin Paul qui enseigne effectivement queDieu ne peut se renier lui·même (t). Mais en discutant ce point.je crains bien quon ne me prenne pour un insensé, qui ramas-serait ses forces afin dabattre ces frêles maisons que lesenfants bâtissent sur le sable en samusant: comme si lintel-ligence exacte de ce passage réclamait des efforts prodigieux;comme sil fallait toucher à un hut hors de p0rtée. Car. serenier soi-même, cest sortir du vrai; or, la vérité, cest ce quiest; et déchoir de la vérité, cest déchoir de lêtre. Si donc lavérité, cest ce qui est. et si renier la vérité, cest rpnoncer àlêtre, Dieu ne saurait renoncer à lêtre; car il nesl. pas non-être: absolument cconme si lon disait que Dieu ne peut pasne pas pouvoir, quil ne saura jamais par expérience ce quecest quignorer quelque chose. Or, notre habile homme napas compris cette solution: pareil à ces athlètes qui ne sontpoint encore entré& en lice, qui se figurent avoir devant euxde débiles antagonistes, et dans la ferveur dun mâle courage,sescriment avec des adversaires absents, et frappent les airsde eoups superflus, et puis simaginent avoir triomphé, etsapplaudissent eux-mêmes, avant de connaUre la force deleurs rivaux. Pour nous, pénétrant selon nos forces le sensdelécrivain sacré, nous publions à la gloire du Dieu très-hautquil est tout-puissant, bienheureux et seul indépendant; quilsoumet les siècles eux-mêmes à son autorité, et ne saurait (i) Il. Timoth., 2, i3.
  • 246. ~i6 DES NOMS DIVINS éprouver de vicissitude; et mieux encpre, que dans sa puis. sance sur-essentielle, tous les êtres préexistent dune manière transcendante, et que par sa force infinie, il donne à toutes choses, avec une libéralité magnifique, et de pouvoir exist.er et dexister réellement. VII. Nous disons encore que Dieu est justice, parce quil distribue à tous les êtres, selon leur dignité respective, lessages proportions, la beauté, lordre et le parfait ensemble; parce quil assigne à tous leurs fonctions et leurrang, daprès une règle souverainement équitable j et parce quil est la causepremière de leurs opérations diverses. Car la justice divinerègle toutes choses, les limite, les maintient sans mélange niconfusion, et leur donne ce que réclame le degré délévationoù elles sont placées. Or, si cela est vrai, ceux qui accusentléquité de Dieu commettent eux-mêmes, sans ~. faire attention,une criante injustice. Car, à les entendre, Dieu aurait dûdonner limmortalité à ce qui est mortel, la perfection à cequi est imparfait; régir par la nécessité ce qui est libre,assurer limmutabilité à ce qui change, la force parfaite à cequi est faible, léternité à ce qui est temporel, limmobilité àce qui est variable, et une durée sans fin à nos plaisirs fugitifs;en un mot, ils voudraient que toutes choses fussent préci-sément le contraire de ce quelles sont. Mais il faut savoir quela justice divine est bien véritablement justice, par cela mêmequelle traite tous les êtres selon leur" valeur propre, et main-tient chaque nature en son rang et en sa puissance respective. VIII. Mais on dira peut-être: Y a-t-il justice à ce que lesgens de bien soient abandonnés sans secours aux vexationsdes méchants? A cela nous répondons: Si ces personnesréputées saintes placent leur affection dans les biens ter-restres, tant recherchés par les hommes charnels, alors ellessont totalementdéchlles de lamour divin. Et je ne comprends
  • 247. CHAPITRE VIII 247pas quon les nomme samtes, puisquelles font cet outrageaux biens célestes et pleins de véritables attraits, de leur pré-férer sacrilègement des biens si peu dignes quon lesaime et quon les poursuive. Si au contraire elles aiment leschoses éternelles, elles devraient se réjouir quil leur soitdonné datteindre lobjet de leurs vœux. Effectivement nesapprochent-elles pas de la perfection angélique, à mesurequéprises dun ardent désir des cieux, elles renoncent auxaffections terrestres, et trouvent matière à ce généreux exer-cice dans les tribulations endurées pour la vertu? Ainsi, àvrai dire, il convient beaucoup mieux à la justice divine de nepas amollir, de ne pas briser par des prospérités temporellesla mâle énergie des hommes de bien j mais de les secourir aucontraire, si on voulait les corrompre par cet endroit, de lesfortifier dans leur noble et laborieux combat, et de les récom-penser enfin selon leur mérite. IX. De plus, la justice divine est encore nommée le salutuniversel, parce quelle protége et conserve tous les êtres danslintégrité de leur nature propre et dans leur rang spécial, etparce quelle est la cause très pure de leurs opérations par~ticuIières. Si lon veut aussi lappeler salut, parce quelle pré-serve toute chose de la corruption, nous applaudissons volon.tiers à qui comprend de la sorte cet attribut, et nous pensonsque dans son sens, comme dans le nôtre, le salut est cetteforce universelle, qui fait que toutes choses subsistent inva-riables, sans trouble ni dégradation j qui prévient les luttes etJhostilité, en maintenant lessentielle distinction de chaqueêtre; qui empêche que les substances diverses ne saltèrentmutuellement dans leur nature ou ne se gênent dans leursopérations, et enfin qui fixe et affermit les raisons constitu-tives de chaque existence, de peur quelles ne se corrompentet ne se convertissent en leurs contraires,
  • 248. 248 DES NOMS DIVINS Cest entrer également dans lesprit dp.s saintes Lettres que de proclamer que la divinité est aussi salut, parce que sa bonté secourable répare les ruines que tous les êtres pour- raient subir dans leurs biens propres, autant du moins que leur nature les rend susceptibles de cette restauration. De là vient qwe les théologiens donnent à Dieu le titre de rédempteur, soit parce quil ne permet pas que les substancesretombent dans le néant, soit parce que, si quelques-unesdentre elles se précipitent dans lerreur t::t le désordre, etviennent à déchoir de leur perfection naturelle, il remédie àleur faute, à leur faiblesse et à leur désastre; quil supplée ilce qui leur manque, soutient paternellement leur infirmité etles délivre du mal, et que, bien plus, il les affermit dans lebien, leur restitue abondamment ce quelles avaient perdu,rétablit en elles lordre troublé et la beauté éclipsée, les renùparfaites enfin et les affranchit de toutes choses funestes. Mais cest assez sur tous r.es points. Nous observeronsseulement que la justice règle et détermine dans luniversune certaine égalité de proportion, mais quelle exclut tout~inégalité qui résulterait dun défaut de proportion; car, si parinégalité lon voulait entendre ces différences qui caraetérisent et distinguent les êtres, nous dirions que la justicedivine la maintient, veille à ce que le désordre et la confu-sion ne sétablissent pas dans le monde, et à ce que chaquesubstance se conserve dans lespèce à laquelle naturellementelle appartient.
  • 249. CHAPITRE IXDE L4 GR&NDEUR Er DE LA PIlfIT8SSE; DI: LIDENTITÉ ft DB LA nIVERSITIi; DE LA SI.ILITUDE ET DB LA DISIEBBL.t.NCJ:; DU REPOli ET DU BouvnBNr; DB LÉGALITÉ ARGU:ltJlllT. - 1. De la grandeur, de la petitesse, de lidentitli, de ladifftlrence appliquées il Dieu. Il. Pourquoi il est nommé grand. Ill. Pour-quoi il est nommli petit. IV. Comment lidentité lui convient; V. Commentla diversité, la longueur, la largeur et la proCondeur, VI. Dieu peutP1re nommtl semblable, VII. et encore dissemblable a. cause de lana-logie et des différences profondes qui elListent entre la cause et leselfets. VIll. Il,Y a en Dieu repos et mouvement. IX. Comment il fautentendre ce mouvement qui est triple. X. De ltlgalité en Dieu. l. Mais puisquon affi~me de la cause universelle la grandeuret lexiguité, lidentité et la diversité, la similitude et ladissemblance, le repos et le mouvement, contemplons cesnoms symboliques et voyons ce quils révèlent. Les Écrituresdonc publient la grandeur de notre Dieu souverain; et elles lereprésentent comme le souffle dun vent léger, ce qui marquesa petitesse. Elles lui attribuent lidentité quand elles disent:Pour vous, vous demeurez le même (1); et la diversité quandelles le voilent sous des formes et des figures nombreuses. <Il Ps., iDt, 28
  • 250. ~50 DES NOllS DIVINS Elles supposent en lui similitude, puisquil crée les choses semblables, et dissemblance, puisque rien absolument ne lui ressemble. Elles enseignent quil demeure immobile, dans un parfait repos, assis éternellement, et quil se meut, en péné- trant par sa vertu toutes créatures. Enfin elles lui donnent divels noms de pareille valeur. II. Or, Dien est appelé grand à cause de la grandeur qui lui appartient en propre, dont il fait part à tout ce qui estgrand dans lunivers, et qui sétend et déborde par-dessus toute grandeur; parce quil embrasse tout lieu, quil dépassetout nombre, quil excède toute infinité; parce que sa pléni-tude suprême et sa magnificence débordent en nombreuxbienfaits, qui, répandus sur toutes les créatures avec uneprofusion splendide, néprouvent aucune diminution, maiscoulent avec la même surabondance, et loin de sappauvrir,deviennent dautant plus riches quils sont plus largementdépartis. Celte grandeur est infinie, sans bornes, sans mesure,et elle éclate excellemment dans ces libérales communicationsâ tous les êtres, qui ne sauraient toutefois y participer quedune manière limitée. III. On attribue à Dieu lexiguité ou la subtilité, parce quilny a en lui ni masse, ni distance, et quil pénètre partontsans obstacle. De plus, la petitesse est lélément et le principede toutes choses, et vous ne trouverez absolument rien quine soit petit par quelque endroit. Qu"and donc cette qualitésapplique à Dieu, il faut comprendre quil sétend facilementà toutes choses, quil les pénètre de sa présence et de sonactivité, quil atteint jusque dans, les profondeurs de lâmeet de lesprit, des jointures et des moelles, et quil discerne lesinclinations et les pensées du cœur (t) ou, pour mieux dire, (Il lIébr., . 12.
  • 251. CHAPITRE IX 2&1 tout ce qui existe; car nulle créature nest invisible à ses yeux. Conçue ainsi, cette exiguité ne saurait se mesurer, ni sapprécier; elle est invincible, illimitée, infinie; rien ne la contient, et elle emhrasse tontes choses. IV. On attribue à Dieu lidentité, parce quil est éternel par essence, quil demeure toujours en lui, et subsiste inalLérable- ment, et setrouve présent à tout dune façon constante; parce quen vertu de sa force propre, il règne assis pour jamais sur le trône glorieux et paisible de son immutabilité incomparable; parce quil ne peut ni changer ni déchoir, et quil est fort, invariable, pur, immatériel, indépendant, et quil néprouve ni accroissement, ni diminution; parce quil nest pas engendré, et ici je ne veux point dire que sa génération doive un jour sopérer ou quelle ne soit pas encore parfaite; je ne veux pas seulement nier quil ait tel principe ou quil soit lui-même tel produit; je ne veux pas marquer non plus quil nexiste nullement; mais jentends quil ne reconnalt ni naissance, ni origine aucune, quil est éternel, essentiellement parfait, toujQUrs le même, trouvant en lui son immuable et uniformeraison dêtre. On lui attribue encore lidentité, parce que roestlui qui fait reluire cette perfection en toutes les créaturescapables de la recevoir; qui ordonne entre elles les chosesdiverses, et qui, source féconde et cause suréminente diden-tité, possède éternellement tous les contraires dans lunitéindivisible de sa souveraine essence. V. La diversité est affirmée de Dieu, parce que sa pro-vidence le rend présent à tous les êtres; et que, pour leurcommune utilité, il est tout en tout, sans cesser toutefois dedemeurer en lui, sans se départir de son essentielle identité,immobile en cette activité permanente et parfaitement simple;ensuite parce que sa vertu féconde et inépuisable transformeet divinise ceux qui se convertissent à lui. Une autre manière
  • 252. l52 DES NOMS DIVINSde comprendre la diversité nous est encore Cournie par lesformes variées que Dieu a revêtues dans ses fréquentesapparitions, et qui renferment dautres enseignements où lessens natteignent pas. Car, si lon voulait dépeindre lâmesous des traits empruntés au monde physique, et attribuer àcette nature indivisible les membres du corps humain, nouscroirions à coup sûr que ce langage ne lui est pas proprementapplicable et ne lui convient que dans un sens compatibleavec son immatérialité : ainsi la tête serait une image delentendement; le col figurerait lopinion qui tient le milieuentre la raison et linstinct; la colère serait représentée parla poitrine, la concupiscence par lestomac, la foree quisoutient notre vie par les cuisses et les pi~ds, et les noms desdiverses parties du corps deviennent le symbole des facultésde lâme. O., à plus forte raison faot·il spiritualiser, par lasainteté et la noblesse des explications mystiques, lesapparences et les fonnes multiples sous lesquelles se voilecelui qui est supérieur à tout. Et si vous appropriez à Dieu,quon ne saurait ni toucher ni figurer, les trois dimetlsionsdes corps, la largeur en Dieu sera la protection immense clontil couvre toutes les créatures; la longueur, cest sa force quis·élend par delà les mondes; et la profondeur, cest le mystèrede son obscurité incompréhensible à tous les êtres, Mais si jemarrêtais à lexplication de ces diverses formes et apparences,je vous jetterais dans lillusion, mêlant en un même traité lesnoms divins empruntés aux choses intellectuelles avec lesnoms dérivés de symboles matériels, et dont jai parlé dansun livre spécial. Seulement il faut observer ici que cettediversité quon attribue à Dieu nimplique aucune altérationde son immuable identité, mais désigne la multiplication deses œuvres dans lunité, et la simplicité de tous les actes desa puissaDce féconde.
  • 253. CHAPITRE IX 253 VI. Si lon attribue à Dieu la similitude dans le même aell!que lidentité, et parce que dans son unité indivisible il esttoujours parfaitement semblable à Ini-même, nOU8 sommesloin dimprouver cette dénomination; mais, considéré dansson essence, les théologiens affirment que Dieu nestsemblable à aucun être; seulement il se fait semblablequiconque aspire à lui et imite, selon quil lui est possible,la perfection qui surpasse tout t1tre et toute intelligence.Telle est la force de cette noble similitude, quelle inclinetoutes les créatures vers Dieu comme vers leur cause; cestpourquoi il faut dire que toutes ressemblent à Dieu, parcequ·elles sont faites à son image et à sa ressemblance, et nonpas que Dieu soit semblable à elles, comme on ne dit pasque lhomme soit semblable à son portrait. Ainsi, il estpossible que des choses de même ordre se ressemblent lesunes aux autres; il est possible quentre elles se trouve unesimilitude réciproque, fondée sur une forme préexistantequelles reproduisent également. Mais cette réciprocité nesaurait avoir lieu entre la cause et les effets: car celle-làsétend plus loin que ceux-ci, et Dieu ne sépnise pas encommuniquant la similitude à tel ou tel objet; mais il la créeen tous les êtres où elle se trouve; il produit la participation dela similitude: cest un vestige de la similitude divine qui reluiten toutes les créatures et détermine leur admirable union. VII. Mais à quoi bon insister sur ce point, quand lÉcritureelle-même attribue à Dieu la dissemblan-ee, et affirme quilne peut être comparé à aucune chose, quil diffère de tout,et, ce qui est plus étrange; que rien absolument ne lui estsemblable? Néanmoins ceci nest pas contraire à ce qui a étédit plus haut touchant la similitude: car les mêmes chosessont semblables, et tout à la fois di.ssemblables à Dieu :!lemblables, en ce qu·elles imitent jusquà un certain point
  • 254. 254 DES liOlIS DIVINS linimitable perfection; dissemblables, en ce quelles sont les effets bornés dune cause infinie, et ainsi sen trouvent éloignés à une inappréciable distance. VIII. Que signifie le repos et limmobilité divine, sinon que Dieu demeure en lui, et garde, parmi Je calme dune stabilité parfaite, lidentité de son être; que ses opérations sont les mêmes et sexercent sur un même objet, et de la même sorte; et quil est absolument immuable, ne trouvant en lui aucun principe de variation, ni hors de lui aucune cause de change- ment? Et ceci doit se prendre dans un sens transcendant; car Dieu, supérieur à toute stabilité et permanence, crée en tous les êtres la permanence et la stabilité; et cest en lui que tous sont contenus, et par lui quils conservent, avec une pleine sécurité, la possession de leurs biens propres. IX. Ensuite quand les écrivains sacrés enseignent quelimmuable se meut et pénètre toutes choses, ne peut-on pas appliquer heureusement à Dieu cette manière de dire? car ilfaut croire pieusement que le mouvement ici ne consiste pasen ce que Dieu se déplace, saltère, se modifie ou change; etquil ne sagit pas dun mouvement local qui saccompliraiten ligne droite circulaire, ou oblique; et que ce mOQvementne ressemble pas à celui des esprits, des animaux et desdifférents êtres de la nature. Mais on veut dire seulement queDieu crée toutes choses, et les maintjent, et veille avec pro-tection sur elles; et quil leur est présent, et les embrassedune invincible étreinte, et les couvre de la sollicitude deson active providence. Bien plus, dans un sens mystique, onpeut attribuer le mouvement à notre Dieu immuable. Ainsile mouvement en ligne droite marquerait la force invincible,le développement régulier et inaltérable des opérations deDieu et lacte par lequel il a créé lunivers. Le mouvementoblique serait un symbole des continuelles productions et de
  • 255. CHAPITRE II 255la stabilité féconde de Dieu. Par le mouvement circulaire on entendrait lidentité de Dieu, et limmensité par laquelle ilembrasse les milieux et les extrêmes, qui se trouvent commeenveloppés lun dans lautre, ct la force par laquelle il attireà lui toutes ses créatures. X. Si lon veul encore nommer égalité ce que les Écrituresappellent identité et justice, on dira très bien quil y a égalitéen Dieu, non seulement parce quil est parfaitement simpleet immuable, mais encore parce quil sincline vers touteschoses, et les pénètre également; et parce que, souverainauteur de légalité essentielle, il fait que tous les êtressinfluencent mutuellement avec une constante harmonie,et participent à lui en proportion de leur capacité naturelle,et reçoivent les dons divins, selon leur mérite respectif: etparce quen vertu de sa force infinie, doù émane toute égalité,il possède éternellement, en lunité de son essence, et dunemanière suréminente, cette égalité qui se trouve dans les pursesprits, dans les êtres doués de raison ou de sentiment, dansles substances inanimées, dans la nature universelle, dansles créatures libres.
  • 256. CHAPITRE XDU DOKnUn:UR SUPRllHE ET DE LA.NCIEN DES lOUaS; OU LON TRA.lT• .lUSSJ DE LÉTERNITÉ ET DU TB.PS. ARGUII.IlItt. - J. Lon explique pourquoi Dieu est nommé dominateur,Il. et ancien des jours. lU. Ce que sont le temps et léternité. I. Parmi les noms que lon donne à Dieu, expliquonsmaintenant ceux de dominateur suprême et dancien des jours.On lappelle dominateur, parce quil est limmuable base quicontient et environne toutes choses, et les fixe, les affermit,les étreint, et en fait un tout indissoluble; parce quil estcomme la source immensément féconde doù procède luni-vers; parce quil attire tout à lui, comme à un centre puis-sant; et quainsi, par sa force invincible, il maintient tousles êtres réunis en lui-même, et les protège par une sortedinexprimable embrassement, et ne permet pas que séchap-pant de son sein, où est la stabilité, ils aillent se précipiterdans le néant. Dieu est encore nommé dominat.eur, parcequil commande à tous les mondes, et les régit avec unepleine et forte indépendance; et parce quil est lobjet dudésir et de lamour u~iversels, et que toutes choses subissentson joug par lIne naturelle inclination, et tendent instinctive-ment vers lui, attirées par les charmes puissants de SOliindomptable et suave amour.
  • 257. CHAPITRE J: 257 JI. Dieu est nommé lancien des jour!, parce que toutes choses trouvent en lui leur durée et leur temps et quil précède les jours et le temps et la durée. Et quand on dit de Dieu quil est le temps·, les- jours, les saisons, la perpé- tuité, ces paroles doivent être prises dans· un sens con- venable; elles signifient quil est exempt de variation, et inébranlable en tous ses mouvements, et se meut incessam- ment sans sortir de lui-même; et quil est lauteur de la durée,du temps, et des jours. Voilii pourquoi, dans les apparitionssaintes dont furent honorés· les prophètes, Dieu prend tantôtla figure dun vieillard, tanUU celle dun jeune homme, indi-quant par la première quil est antique, et existe dès le com-mencement, et par la seconde quil ne vieillit pas; ou parlune et lal1tre, considérées ensemble, quil est présent àtoutes les créatures depuis· leur origine jusquà lheure pré-sente. Ou bien encore, selon les enseignements de notreinitiateur, cette double forme révèle lantiquité de Dieu j la pre-mière représente lantériorité, et la seconde est un symbolede la priorité numérique; car lunité, et ce qui sen rapproche,précède ce qui sen éloigne davantage. lIT. Je crois quil irnJlorte dexaminer ce que les Écrituresentendent par ces mots de temps et déternité. Car ellesattribuent non seulement léternité- à ce qui na ni commen-cement, ni origine quelconque, mais encore à ce qui estincorruptible, immortel, et ne connalt ni changement, nialtération, comme lorsquil est dit: Levez-vous, portes éter-nelles (1), ou autres choses semblables. Souvent aussi ondécore du nom déternité les choses anciennes, et lon nommeégalement éternité la complète durée des siècles, parce quele propre de léternité cest dêtre antique, immuable, et de (i) Ps. 23,.1
  • 258. DES NOllS DIVINS mesurer la totalité de lêtre. Le temps est la mesure de cequi est soumis aux conditions de la naissance et de la cor-ruption, de ce qui se modifie et saltère: ,"oilà pourquoi,daprès les divins oracles, nous qui, en ce monde, sommescirconscrits par le temps, nous deviendrons éternels, lors-quil nous sera donné dentrer dans les siècles incorruptibles,et immuables. ParCois ~nfin on parle dune éternité qui finitet dun temps éternel; néanmoins nous savons que les saintesLeUres réservent plus particulièrement le mot déternité pourles choses qui sont véritablement, et appliquent le mot detemps aux choses qui passent. II ne Caut donc pas imaginerque ce qui est nommé perpétuel soit réellement coéternel àDieu qui précède tous les sièclp.s; mais, suivant avec fidélitéla parole sacrée, nous donnerons à ces expressions de tempset déternité le sens quelle y attache elle-même; et nousdirons que les ch"oses qui tiennent le milieu entre ce quiest véritablement et ce qui passe, participent à la fois deléternité et du temps, Ainsi Dieu est nommé perpétuité ettemps, parce quil est lauteur du temps et de la perpétuité;ancien des jours, parce quil précède et dépasse le temps, etchange les temps et les saisons; antérieur aux siècles, pareequil était avant quils ne fussent, et que son règne est lerègne de tous les siècles. Amen 1
  • 259. CHAPITRE XIDE LA PA.IX, 111 CE QUB SIG~IFIENl CES IIOTS : ntrRB EN SOI, nB U JIN SOI, nE PUISSANCE EIr SOI, ET AUTRIlS SBMBLABLES ARGUIIL"(T. - J. La paix divine concilie et unit les êtres i et il résullede cette harmonie une sorte de merveilleux silence. Il. Dieu a créé lapaix et toutes les choses qui en jouissent. 1II. II la maintient merveil-leusement parmi la foule immense des êtres doués de propriétés con-traires. IV. Même la paix existe dan, les choses douées dun éternelmouvement; V. et rien nest étranger à ce doux bienfait. VI. On peutdire avec justesse, mais en considérant les choses sous un différentrapport, que Dieu est vie, sagesse, bonté essentielle, et créateur de lavie, de la sagesse et de la bonté essentielles. 1. Et maintenant honorons par la 10,uange de ses œuvresharmoniques la paix divine, qui préside à toute alliance. Carcest elle qui unit les êtres j qui les concilie, et produit entreeux une parfaite concorde; aussi tous la désirent, et elleramène à lunité leur multitude si diversifiée, et combinantleurs forces naturellement opposées, place lunivers dans unétat de régularité paisible. Cest par leur participation à lapaix divine, que les premiers dentre les esprits conciliateurssont unis avec eux-mêmes dabord, puis les uns avec lesaulres, enfin avec le souverain auteur de la paix universelle;et que par un effet ultérieur, ils unissent les natures subal·
  • 260. 260 IJES NOliS DJVINSternes avec eux-mêmes, et entre elles, et avec la cause uniquede lharmonie générale. Car ce principe parfait, étendant àtoutes les créatures son action indivisible, les listingue, leslimite, les maintient, et enveloppe comme par des liens puis-sants la collection totale de ces substances diverses; et il nepermet pas quelles brisent leur union et se dispersent àlinfini et se résolvent sans tin, déchues de tout ordre, detoute stabilité, séparées de Dieu, en g.uerre avec eHes-mêmes,et confondues les unes avec les autres dans un trouble.Immense. Mais quest-ce que cette paix et ce divin calme, que lesaint personnage Justus appelle silence, et immobilité mer-veilleusement active; comment Dieu demeure dans le reposet le silence; comment il vit par lui-même et en lui-même, etse pénètre intimement et tout entier; comment, soit quilentre en lui-même, soit quil se multiplie en ses œuvres, ilne déchoit pas de son unité parfaite, mais au contraire, envertu de cette unité sublime qui na pas dégale, sincline verstoutes les créatures, sans sortir de- son propre fonds: voilàce quil nest ni permis, ni possible à aucun être de dire, nide comprendre. Ainsi, proclamant que la paix divine est inef-fable et incompréhensible, puisquelle surpasse toutes choses,nous considérerons seulement ses diverses participations quelesprit embrasse et que le langage explique, autant toutefoisque le peuvent des hommes, et surtout des hommes aussigrandement inférieurs que nous. II. Disons donc dabord que Dieu produit la raison essen-tielle de toute paix, et la paix, soit dans lunivers entier, soitdans chaque individu; et que rapprochant rune de lautre lesdiverses substances, ilIes réunit sans-les altérer, tellementque dans cette alliance où il ny a ni séparation, ni intervalle,elles se maintiennent dans lintégrité de leur propre espèce,
  • 261. CHA.PITRE Xl 261 et ne sont point dénaturées par le mélange des contraires; et que rien ne trouble ni leur concert unanime, ni la pureté de leur essence particulière. Il faut donc contempler cette paci- fique harmonie dans la simplicité parfaite de son principe, qui les unit à lui dabord, puis avec elles-mêmes, enfin toutes ensemble, et qui les étreignant dans sa force, et les proté- geant dans sa sagesse, les ordonne sans les confondre. Cest par lui que les esprits célestes se trouvent unis à leur propre entendement et aux objets de leur connaissance, et de là se plongent éperdument dans les incompréhensibles secrets. Cest par lui que les âmes raisonnables, rassemblant leurs raisonnements multiples quelles réduisent à lunité dun oon- cept pur, et dégageant la vérité de tout ce qui est matérielet divisible, sélèvent, en suivant cette route tracée pour leurs forces, jusquà cette union que la pensée ne saurait atteindre.Par hii encore, lunivers subsiste inaltérable dans le merveil-leux ensemble de ses parties, et toutes choses, liées par desapports harmonieux, forment un concert parfait, de sortequelles sont rapprochées sans confusion et maintenues sansséparation, Car de cette sublime et univer~eIle cause, la paixdescend sur toutes les créatures, leur est présente, et lespénètre en gardant la simplicité et la pureté de sa torce, elleles ordonne, elle rapproche les extrëmes à laide des milieux, etles unit ainsi ~omme par les liens dune naturelle concorde;elle daigne appeler à sa participation les plus viles substancesde lunivers: elle fait que toutes choses conspirent à une sortede fraternel accord par leur unité individuelle et leur identité,par leur commune réunion et assemblage. Et toutefois elledemeure indivisible, et sa simplicité est lexemplaire où toutes·choses se vuient, et elle pénètre tout, sans sortir jamais desa constante immutabilité. Car elle sétend et se communiqueà tous les êlres, en la façon qui leur convient, et sa fécon-
  • 262. 262 DES NmlS DIVINSdité paisible déborde en flots surabondants, et sa puissanteunité se concentre tout en elle-même) et subsiste pleinementinaltérable. 111. Mais, dira·t-on, est-il vrai que toutes choses aspirentà la paix? Car il y en a plusieurs qui se plaisent dans la dis-tinction et la diversité, et sappliquent sans cesse à fuir lerepos. Or, si en faisant cette objection, lon veut entendrepar distinction et diversité les propriétés des différents êtres,et exprimer que nul dentre eux ne veut déchoir de sa nature,assurément nous nirons pas rejeter une telle explication,mais nous remarquerons que cette tendanc~ même est undésir de la paix. Car toutes choses ne demandent qUâ êtreen paix et en union avec elles-mêmes, et â conserverimmuables et intacts leur essence et ce qui en dérive. Etchaque substance est maintenue dans l"intégrité de sa naturepropre par la douce influence de cette paix parfaite qui gou-verne lunivers; qui prévient la confusion et lhostilité, etprotège les êtres soit contre eux-mêmes, lloit contre les autres;et qui les confirme dans la ferme et invincible puissance degarder leur paix et leur sLabilité. IV. Que si les choses mobiles, au lieu dentrer en repos,cherchent à perpétuer leur mouvement naturel, cet effortmême est un désir de la paix que Dieu a faite parmi la créa-tion, et qui empêche que les êtres ne viennent à déchoirdeux-mêmes; qui conserve constantes et inaltérables en tousles êtres doués du mouvement laptitude qui le reçoit el lavie qui le transmet; et qui leur donne dêtre en paix aveceux-mêmes, de rester invariables et daccomplir leurs fonc-tions propres. V. Si, au contraire, on prend cette diversité pour unedéchtlance de la paix, et si lon veut conclure que tOlteschoses nambitionnent pas la paix, nous répondrons quil n·y
  • 263. CIIArITllE XI 263 a rien absolument dans lunivers en quoi ne se trouve une certaine union; car ce qui uest ni stablé, ni défini, ce qui na ni fixité. ni destination propre, nexisle réellement pas. Si lon ajoute que la paix et ses doux charmes ont pour ennemis les hommes qui se plaisent dans les querelles et les emportements, dans les variations et les caprices, nous dirons qualors même ils suivent une impulsion qui ressemble au désir de la paix, et quagités en tous sens par des passions diverses, ils aspirent à les apaiser follement: car imaginant que la paix se rencontre en la pleine jouissance des biens passagers, ils se troublent de ne pouvoir conquérir les voluptés dont ils sont épris. Mais que ne devrait-on pas dire de cette paix qui nous fut donnée en la charité de Jésus·Christ? Car cest par là que nous avons appris à nêtre plus en guerre avec nous-mêmes,avec nos frères, avec les saints anges; cest par là au contrairequen leur société, et selon la mesure de nos forces, nousproduisons des œuvres divines sous limpulsion de Jésusqui opère tout en tous, et crée en nous une paix ineffable,prédestinée de toute éLernité, et hous réconcilie avec lui danslEsprit et en lui-même et par lui avec le Père. Au reste, nousavons suffisamment traité de ces dons admirables dans nosInstitutions théologiques, nous appuyant sur le témoignagedes livres inspirés. VI. Mais parce que vous mavez écrit un jour, à dessein desavoir ce que jentends par lêtre en soi, la vie en soi, lasagesse en soi; parce que je vous jette dans lincertitude enaffirmant tantÔt que Dieu est la vie en soi, tantÔt quil est lecréateur de la vie en soi, jai cru, 0 pieux ami, devoir résoudreun doote que jai fait naître. Et dabord, pour répéterce que jai mille fois avancé, il nimplique pas contradic-tion de dire que Dieu est la puissance essentielle, la vie
  • 264. 264 DES NmlS DIVINSessentielle, et quil est aussi le créateur de la vie, de la paixdé la puissance essentielles. Car dans le dernier cas, londésigne Dieu par les choses qui sont, et spécialement par teschoses qui précèdent toutes les autres, parce quelTectivementil a tout produit; dans le premier cas, Dieu est représentécomme surpassant, par son essence suréminente, toutes leschoses qui sont et même celles qui préexistent à toutes lesautres. Mais enfin quentendons-nous· par lêtre en soi, la vieen soi, et par ces principp.s absolus que lon suppose crééspar Dieu avant tout le restel Or, notre assertion na riendambigu; mais elle est eIacte et sexplique avec facilité. Carnous nadmettons pas que lêtre considéré absolument soitune substance divine, ou angélique, qui ait tout produit;celui-là seul qui lemporte sur tout est le principe, la subs-tance, la cause qui a créé toutes choses, même lêtre en soi.Nous nadmettons pas que la vie émane de quelque divinitéautre que le Dieu suprême, vivant principe de tout ce qui vit,et même de la vie en soi. En un mot, nous nadmettons pasque les choses aient pOUl principes et pOUl" causes produc-trices ces êtres doués dune existence propre, que quelques-uns ont nommés follement les dieux et les créateurs du monde,et qui; nétant que chimères, nont pu assurément être lobjetdune vraie science, ni pour la génération qui les inventa, nipour les générations postérieures. Mais nous disons que lêtreen soi, la vie en soi, la divinité en soi, si lon considère ceschoses en Dieu, et comme principes et sous le rapport de lacausalité, sont lunique et souverain principe, lunique etsouveraine cause de tout. Si on les considère comme partici-pées par les êtres- finis, et comme perfections que lincommu-nicable essence de Dieu leur transmet, elles sont la productionmême de lêtre, de la vie, de la déification; tellement que leschoses, qui y participent selon leur capacité propre, sont
  • 265. CHAPITRE XI 265 nommées avec vérité existantes, vivantes et divines. Et il en est de même des autres attributs. Voilà pourquoi lon dit que le Dieu bon est lauteur de ces formes, soit qu·on les examine en elles-mêmes, ou dans la totalité des êtres, Oudans les individus; lauteur aussi des choses qui entrent enparticipation de ces formes, soit intégralement, soit partielle-ment. Mais est-il besoin de nous étendre pluslonguement surce sujet, quand la plupart de nos pieux: initiateurs enseignentque celui.. qui est par·dessus toute bonté, toute divinité, acréé la bonté même, la divinité même, et regardent ces formesessentielles comme un don ,qui procède de Dieu, et par lequelles choses sont constituées bonnes et divines, quand ilsnomment beauté en soi cette émanation qui est lessence detoute beauté soit générale, soit particulière et qui rend leschoses ou totalement ou partiellement beJles? Toutes ceslocutions, et les locutions semblables quon emploie, ou quonpeut employer, expriment les grâces providentielles qui brillentdans les créatures, et qui descenùent avec richesse et à flotspressés du sein de Dieu, dont la nature reste incommuni-cable: tellement que la cause universelle dépasse excellem-ment toutes ses œuvres, et que, supérieur à toute substanceet à toute nature, Di(>u lemporte de tout point sur toutesehoses, quelle que soit leur substance et leur na.ture.
  • 266. CHAPITRE XU ~u SAINT DKS SAINTS; DU ROI DES ROIS; DU SEIGlIKDR DES SEIGNEURS; DU DIEU DES DIEUX ARGUlIBIIT. - I. On peut citer lneore une foule de noms appliquesli Dieu; II. par exemple, la sainteté, lempire lui sont attribués,)JI. et il y a un sens profond en toutes ces paroles. IV. On donne liDieu le titre de Saint des saints li cause de la plénitude de sa sainteté. 1. Après avoir traité la question qui précède, ·dans desproportions bien convenables, je pense, louons celui auquelon peui appliquer toutes les qualifications honorables,comme Saint des saints, Roi des rois, et régnant éternelle-ment et par delà tous les siècles; comme Seigneur desseigneurs, et Dieu des dieux. Et dabord il faut expliquer ceque nous entendons par la sainteté même, par la royauté,la domination, la divinité, et ce que veulent marquer lesl~critures, en employant ainsi ces noms redoublés. II. Ainsi la sainteté, pour parler le langage des mortels,est une pureté exempte de tout crime, parfaite, et absolument!lans tache. La royanté est la répartition des destinationsdiverses, des biens, des droits et des devoirs. La dominationne consiste pas seulement en une certaine excellence sur leschoses inférieures, mais encore en une pleine et complètepossession de ce qui esi bean et bon, et dans nne vraie et
  • 267. CHAPITRE XII 267inaltérable stabilité: aussi la racine des mots domination,dominateur, et seigneur, signifie-t-elle fixité et assurance. La divinité, cest une pensée active qui promène son regard surlunivers i qui, dans sa bonté providentielle, embrasse et con..tient toutes choses, et les remplit delle-même, et qui surpasseéminemment toutes les créatures, objets de sa sollicitude. Ill. Or ces attributs divers conviennent dans un sensabsolu à la cause universelle et transcendante i et lon doitdire qu·elle est sainteté suréminente, domination parfaite,royauté souveraide, et divinité très pure. Car cest en elleque subsistent, cest de son unité et de sa plénitude quedécoulent la perfecLion et la gloire sans tache d.e toute puretécréée, et cette disposition, cet agencement des êtres qui excluttoute désharmonie, inégalité et disproportion i qui maintienttoutes choses dans lordre, et imprime une direction salutaireà tout ce qui est digne de sa participation. Là encore préexiste,et de là émane toute domination, toute possession immuabledes vrais biens, et toute bonté providentielle, sappliquant àsurveiller et à régir lunivers, et se donnant elle·même avectendresse pour diviniser ceux qui la reçoivent. IV. Mais parce que lauteur de toutes choses les possèdeavec plénitude et dans un degré hautement supérieur, on lenomme Saint des saints, et on lui donne divers titres •analogues, pour désigner sa causalité féconde et son excellenceinfinie. Cest comme si lon disait: De même que les chosessaintes et divines, et honorées de la domination et de laroyauté, lemportent sur les choses qui sont dépourvues deces qualités; de même que les participations lemportent surle~ choses où elles brillent: ainsi lêtre souverain surpassetous les êtres; ainsi le pr~ncipe essentiellement incommuni-cable surpa!5se et les participations et ceux qui les reçoivent.Or lÉcriture nomme saints, rois, seigneurs et dieux les ordres
  • 268. DES NOliS DIVINSsupérieurs de chaque hiérarchie : à eux le don divin estcommuniqué dans sa simplicité pure; mais il se différencie,et contracte une sorte de multiplicité, en passant jusquauxrangs divers des ordres inférieurs : toutefois à limitationde la providence céleste, les premiers ramènent en eux àlunité les distinctions de leurs subordonnés.
  • 269. CHAPITRE XIII DE LA PlflurRCTION ET nE LUNITE ARGVIIIlNT. - J. On fait voir pourquoi DIeu est nommé parfait j II. pour-quoi il est nommé un. III. Lunité est au fond de toutes choses, parcequelles furent produites par le un. La trinité des personnes ne romptpas lunité en Dieu. IV. Épilogue. I. Mais cest assez sur ce point. Il nous reste, si vous lejugez convenable, à envisager la l!uestion sous sa face la pluscomplète: car la théologie affirme chaque chose séparément,et toules choses ensemble du créateur souverain; elle lenomme parfait et un. OI: Dieu est parfait, non seulement parce quil possèdeessentiellement la perfection, et quil trouve en lui, et envertu de sa nature propre, sa forme immuable, et que tousses attributs sont absolument parfaits; mais encore parce quesa perfection dépasse celle de tous les êtres; què tout ce quiest infini trouve en lui sa limite, tandis que lui-même necannait pas de borDes, et De saurait être ni renfermé, nicontenu; et quil sétend à la fuis à tout, et au delà de tout,par ses bienfaits inépuisables et ses opérations incessantes.On lui attribue encore la perfection, parce que toutes chose~préexistent en lui, et parce que linfiuence universelle 61
  • 270. 270 DES NOliS DIVINSinaltérable, les flots toujours féconds et abondants de sa libé-ralité communiquent la perfection à tout ce qui la possède, etfaçonnent toutes choses à limage de la perfection suprême. II. Dieu est nommé un, parce que dans lexcellence de sasingularité absolument indivisible, il comprend toutes choses,et que sans sortir de lunité, il est le créaleur de la multi-plicité: car rien nest dépourvu dunité; mais comme toutnombre participe à lunité, tellement quon dit une couple,une dizaine et une moitié, un tiers, un dixième, ainsi tauleschoses, et chaque chose, et chaque partie dune chose tien-nent de lunité; et ce nest quen vertu de lunité que toutsubsiste. Et cette unité, principe des êtres, nest pas portiondun tout; mais, anlérieure à toute universalité et multitude,elle a déterminé elle-même toute multitude et universalité.Cal il ny a pas de pluralité qui ne soit une par quelqueendroit: ce qui est multiple en ses parties, est un dans Ratotalité; ce qui est multiple en ses accidents est un dans sasubstance; ce qui est multiple en nombre, ou par les facultés,est un par lespèce; ce qui est multiple. en ses espèces, estun par le genre; ce qui est multiple comme production, estun dans son principe. Et il ny a rien qui nentre en parti-cipation quelconque de cet un absolument indivi~ible, etrenfermant dans sa simplicité parfaite chaque chose indivi-duellement, et toutes choses ensemble, alors même quellessont mutuellement opposées. La pluralité nexisterait passans la singularité j mais la singularité peut exister sans lapluralité, comme lunité précède tout nombre multiple. ~t sivous considérez les diverses parties de lunivers commeunies de tout point entre elles, vous aurez alors lunité dansla totalité. m. Il faut remarquer de plus que les choses ne sont jamaIsréputées unies, quautant quelles présentent le caractère spé-
  • 271. CHAPITRE Xli 271 cifique dune unité préconçue. Enfin on voit que lunité est le principe élémentaire de tout; et si vous en faites abstrac- tion, il ny a plus ni totalité, ni partie, il ny a plus rien: car toutes choses préexistent, et sont renfermées suréminem- ment dans lunité, Aussi la théologie, considérant la Trinité comme unique cause de tout, la désigne sous le nom dunité; et elle enseigne quil ny a quun seul Dieu Père, un seul Seigneur Jésus- Christ, un seul et même E~pril-Saint, dans la simplicité inef. fable dune même unité, où toutes choses préexistent merveil- leusement, et sont rassemblées et unies sans division, Cest donc avec raison quon attribue et quon rapporte tout à cette nature auguste; car elle a tout produit et tout ordonné; en elle tout subsiste et se maintient; tout reçoit delle son com- plément, et tout se dirige vers elle. Et vous ne trouverez pas un seul être qui ne doive ce quil est, et sa perfp-ction et sa permanence, à cette unité transcendante que nous reconnais- sons en la Trinité sainte. En conséqnence, il faut que, rame- nés de la pluralité à lunité par la vertu de la simplicité divine, nous donnions gloire spéciale à la Trinité et Unité céleste, comme à lunique principe des choses, qui précède toute sin- gulntHé et pluralité, toute partie et totalité, toute limite, el immensité, tout fini et infini; qui constitue tous les êtres, et même la raison de lêtre; qui, sans altération de son unité,produit chaque chose et la totalité des choses, coexistant,antérieur et supérieur à tout, lemportant sur toute unitécréée, dont il produit lui-même la forme essentielle : carlunité qui apparatt dans les créatures, se conçoit commenombre, et tout nombre participe à lexistence. Mais lunitésur-essentielle détermine et la raison de lunité et tout nombrecréé; et elle est le principe, la cause, la mesnre et lordre delunité, du nombre et de tout ce qui existe. Et quoique rOD 15
  • 272. 212 DES NOMS DIVINSapproprie à la divinité qui dépasse toutes choses les nomsdUnité et de Trinité, toutefois cette Trinité et cette Unité nepeuvent être connues de nous, ni daucun être: mais afin deglorifier saintement cette essence indivisible tt féconde, nousdésignons par les noms divins de Trinité et dUnité ce quiest plus sublime quaucun nom, plus sublime quauc11Ile subs-tance. Car il nest ni unité, ni trinité; il nest ni nombre, nisingularité, ni fécondité; il nest ni aucune existence, ni aucunechose connue qui puisse dévoiler lessence divine si excellem-ment élevée par-dessus toutes choses, dévoiler un mystèresupérieur à toute raison, à toute intelligence: et Dieu ne senomme pas, et ne sexplique pas; sa majesté est absolumentinaccessible. Même si on lappelle bon, ce nest pas que cetitre soit parfaitement digne de lui; mais cest que par ledésir de concevoir et dexprimer quelque pensée touchantcette ineffable nature, on lui consacre principalement la plusauguste de toutes les dominations. Ce langage est parfaite-ment conforme à celui des Écri tures; et pourtant il est loin dereproduire toute la vérité. De là vient que les théologiens ontpréféré sélever à Dieu. par la voie des locutions négatives;parce quainsi lâme se dégage des choses matérielles quilétreignent; quelle pénètre à travers lts pures notions quonpeut avoir de la divinité, et par delà lesquelles réside celuiqui dépasse tout nom, toute raison, toute connaissance;et quenfin elle sunit intimement à lui, antant quil peut secommuniquer, et que nous sommes capables de le recevoir. IV. Nous avons recueilli en ce discours, et expliqué denotre mieux, les noms divins purement intelligibles. Nonseulement nous sommes resté au-dessous de la dignité dunpareil sujet, car les anges mêmes pourraient en dire autantavec vérité; non seulement nous ne lavons pas traité à lafaçon des anges, car les derniers dentre eux lemportent sur
  • 273. CHAPITRE XIII 273nos plus excellents théologiens: non seulement les théo-logiens, et leurs studieux. auditeurs, et leurs disciples noussurpasseraient; mais il sen faut même beaucoup que nousayons atteint à la hauteur de nos collègues. Cest pourquoisil y a de lexactitude en notre langage, et si dans la mesurede nos forces, nous avons fourni quelque heureuse interpré-tation des noms divins, il faut en faire hommage à lauteurde tous biens, qui donne dabord la grâce de dire, et ensuitecelle de bien dire. Si quelque point, analogue à ceux quenous avons discutés, se trouve omis, on doit supposer quenous léclaircirions par la même méthode que les précédents.Si, au contraire, nos expressions sont inexactes et nos déve-loppements imparfaits; et si nous nous sommes éloigné dela vérité en tout ou en partie, soyez assez bon pour redressercelui qui nest pas dans lignorance volontaire, instruire celuiqui a besoin dapprendre, prêter secours à celui qui estdébile, rendre à la santé celui qui ne prend pa!! plaisir à êtremalade. Soyez assez bon pour laisser -venir jusquà moi ce quevous a donné la richesse infinie, soit que vous layez trouvéen vous, soit que dautres vous laient transmis. Quil nevous soit pas fastidieux de faire du bien à votre ami : car,vous le voyez, je nai retenu captif en moi aUClm des ensei-~nements de la sainte tradition; mais je les ai communiquésdans toute leur pureté, et jen ferai part encore soit,à vous,soit à dautres pieux personnages, autant que nous seronscapables, moi den parler, et mes auditeurs de les entendre;et ainsi sera respectée la tradition, à moins qui1 ne marrivede comprendre, ou dexprimer mal notre doctrine. Mais, si Dieu le veut avoir pour agréable, que ces chosessoient et restent dites. Nous terminons ici notre traité desnoms intelligibles de Dieu, et, sous sa conduite, nous allonsaborder la théologie mystique.
  • 274. TRAITÉ DE LA. THÉOLOGIE MYSTIQUE .- ... ARGUMENT GÉNÉRAL DU LIVHE La théologie mystique est la science expérimentale, affecti l~i"fuse de Dieu et des choses divines. En elle-mème et dans sesmoyens elle est surnaturelle; car ce nest pas lhomme qui, desa force propre, peut faire imasion dans le sanctuaire inacces-sible de la Divinité: cest Dieu, source de sagesse et de vie, quilaisse tomber sur lhomme les rayons de la vérité sacrée, letouche, lenlève jusquau sein de ces splendeurs infinies quelesprit ne comprend pas, mais que le cœur goûte, aime et révère.La prière seule, quand elle part de lèvres pures, peut inclinerDieu vers nous et nous mériter la participation aux dons célestes.Le but de la théologie mystique, comme de toute grA.ce divine,est de nous unir à Dieu, notre principe et notre fin : voilà pour-quoi le premier devoir de quiconque aspire à cette science estde se purifier de t.oute souillure, de toute affection aUI chosescréées; de sappliquer à la contemplation des adorables perfec-tions de Dieu, et, autant quil est possible, dexprimer en lui lavive image de celui qui, étant souverainement parfait, na paldédaigné de se nommer notre modèle. Quand lllme, fidèle à sa vocation, atteint enfin Dieu par cegoût intime et ce sentiment ineffable que ceux-là peuvent appré-cier, qui lont connu et expérimenté, alors elle se tient calme etpaisible dans la suave union dont Dieu la gratifie. Rien ne sauraitdonner une idée de cet état: cest la déification de la nature.
  • 275. CHAPITRE PREMiER . . . CE CUII: C .lST QUE L OBSCURITE DIVINS ARGllIENT.- I. Aprê~ une invocation li la Trinit~, on rait voir quile~t n"lessaire de sabniquer soi-mpme pour arriver li la contemplationmystique; II. quon peut tout nier et tout allirmer de Dieu. III. Ce quPcest que la divine obscurité, et comment on y pénètre. I. Trinité suprà-essentielle, très divine, souverainementbonne, guide des chrétiens dans la sagesse sacrée, condl1i~ez­nous à cette sublime hauteur des Écritures, qui échappe àtoute démonstration et surpasse toute lumière. Là, san!voiles, en eux-mêmes et dans leur immutabilité, les mystèresde la théologie apparaissent parmi lobscurité très lumineuseduo silence plein denseignements profonds: obscurité mer-veilleuse qui rayonne en splendides éclairs, et qui, nepouvant être ni vue ni saisie, inonde de la beauté de ses feuxles esprits saintement aveuglés. Telle est la prière que je fais.Pour vous, ô bien-aimé Timothée, exercez-vous sans relâcheaux contemplations mystiques; laissez de côté les sens et lesopérations de lentendement, tout ce qui est matériel et intel-lectuel, toutes les choses lui sont et celles qui ne sont pas,et dun essor surnaturel, al1tl vous unir, aussi intimementquil est possible, à celui qui est élevé par delà toute essenceet toute notion. Car cest par ce sincère, spontané et total
  • 276. tlIABITRB f 277abandon de vous-même et de toutes choses, que libre etdégagé dentraves, vous vous précipiterez dana léclat mysté-rieux de la divine obscurité. Il. Veillez à ce que ces choses ne soient pas entendues parles indignes: je veux parler de ceux qui se fixent dans lacréature, qui nimaginent au-dessus du m.onde de la natureaucune réalité supérieure, et qui estiment pouvoir connaîtrepar la force de leur propre esprit celui qui a pris les ténèbrespour retraite (1). Mais si la doctrine des divins mystèresdépasse la portée de ces hommes, que dira-t-on des profanesqui désignent la cause sublime de tout précisémellt par lesplus viles substances de lunivers, et sQutiennent quelle narien de plus excellent que ces simulacres impies et de formesmultiples que leurs mains ODt façonnés? tandis quon doit luiattribuer et affirmer delle ce quil y a de positif dans lesêtres, puisquelle en est la cause; ou mieux encore, le nierradicalement, puisquelle leur est infiniment supérieure; tandisencore quici la négation ne contredit pas laffirmation, elque cette nature suprême sélève au-dessus de tout, au-dessusde toute négation comme de toute affirmation. 1lI. COest en ce sens que le divin apôtre Barthélemi disaitque la théologie est tout ensemble développée et briève,lÉvangile ample, abondant et néanmoins concis. Par là il mesemble avoir excellemment compris que la bienfaisante causede tout sexprime en de nombreuses et en de courtes paroles,sexprime même sans discours, ny ayant pour elle ni discoursni pensée, parce quelle est essentiellement supérieure aureste des êtres, et quelle se manifeste dans sa vérité et sansvoile à ceux-là seuls qui traversent le monde matériel et intel-lectuel, franchissent les hauteurs de la plus sublime sainteté, (1) PB" n, 13.
  • 277. DE LA THOOLOGIE MYSTJQUE et, laissant de côté désormais toute lumière, tout accent mys- térieux, toute parole qui vient du ciel, se plongent dans les lénèbres où habitent, comme dit lÉcriture, celui qui règne snr lunivers (1). Et ici lon peut observer quil fut enjoint au divin Moïse de se purifier dabord (2) et de se séparer ainsi des profanes; que, la purification achevée, il entendit les sons variés des trompettes, et vit divers feux qni sépanouissaient en purs et innombrables rayons; et quenfin, laissant la mul- titude, il monta en la société de quelques prêtres choisis jus- quau sommet de la montagne sainte. Toutefois, il ne jouit pas encore de la familiarité de Dieu; seulement il contemple lion pas la divinité qui est invisible, mais le lieu où elle apparait (3). Ceci veut faire entendre, à mon avis, que les ehoses les plus divines et les plus élevées quil nous soitdonné de voir et de connaUre sont, en quelque sorte, lexpres-sion symbolique de tout ce que renfnrme la souveraine nature de Dieu: expression qui nous révèle la présence de celui qui~chappe à toute pensée et qui siège par delà les hauteursdu céleste séjour. Alors, délivrée du monde sensible et dumonde intellectuel, lâme entre dans la mystérieuse obscuritédune sainte ignorance, et, renonçant à toute donnée scienti-fique, elle se perd en celui qui ne peut être ni vu ni saisi; toutentière à ce souverain objet. sans appartenir à elle-même ni àdaulres; unie à linconnu par la plus noble portion deIIe-même, et en raison de son renoncement à la science; enfinpuisant dans cette ignorance absolue une connai::isance quelentendement ne saurait conquérir. (1) PI.. 96, 2. - (2) Exod., t9., - (3) ·Ibid., 33.
  • 278. CHAPITRE IlCO••R IL FAUT SUNIR IT PAYBR TRIBUT DI LOUANGES AU CRÉATEUR IT SOUVIlRUN .AITRI DI TOUTES CHOSES AROU.IIIfT. -On exprime le désir dêtre admis dans lobscurité di vine,de connaltre Dieu par cet acte de sublime ignorance, qui consiste àsavoir que Dieu nest absolument rieR de tout ce qui est. Nous ambitionnons dentrer dans cette obscurité trans-lumineuse, et de voir et de connaUre précisément, par leffetde notre aveuglement et de notre ignorance mystique, celuiqui échappe à toute contemplation et à toute connaissance.Car cest véritablement voir et connaUre, cest louer linfinidune façon suréminente, de dire quil nest rien de ce quiexiste. Ainsi, celui qui façonne de la matière brute en unenoble image, enlève les parties extérieures qui dérobaient lavue des formes internes, et dégage la beauté latente par leseul fait de ce retranchement. Mais je pense quon doit suivreulle voie toute différente, selon quon parle de Dieu par affir-mation ou par négation. Pour les affirmations, débutant parles plus sublimes, puis descendant peu à peu, nous sommesarrivé jusquaux plus humbles. Ici, au contraire, nous partonsdes négations les plus modérées pour monter aux plus forles;et nous osons tout nier de Dieu, afin de pénétrer dans celte
  • 279. OE LA THEOLOGIE MYSTIQUEsublime ignorance, qui nous est voilée par ce que nous con-naissons du reste des êtres, et de contempler cette surna-turelle obscurité, qui est dissimulée à nos regards par ce queDOUS trouvons de lumil~eux dans le reste des êtres.
  • 280. CHAPITRE DltUItLLU UPI1UIIATIONS ET QUILLES NÉGATIONS CONVI&llN.J:I!IT .. u. DIVINITIi AROUMIlIIT. - Lauteur rappelle quil a expliqué dans les Institutionsthéologiques ce qui concerne lunité de natur!. !.t la trinité des personnesen Dieu; quïl a traité dans le Livre des Noms divins ce qui regardeles divers attributs d1l la divinité; quil a dans la Théologie symboliquerendu raison des figures sensibles quon prête métaphoriquement ilDieu, et quainsi il sera brier dans le présent écrit. Il enseigne comnH:nton procède dans les affirmations et négations quon emploie dans lu.théologie. Dans notre livre des Institutions théologiques, nous avonstraité des principales affirmations qui conviennent à ladivinité, Nous avons dit que Dieu très bon a une natureunique et une triple personnalité; ce quest en lui la paternité,et la filiation, et ce que signifie le nom du Saiot-Esprit;comment du cœur de Dieu, source immatérielle et indivisible,ont jailli des lumières pleines de suave bonté, et commentces douces émanations ne se séparent pas de leur principe,persévèrent dans leur identité persooD.eUe, et demeurent luneen lautre, par une manière dêtre aussi éternelle que leuréternelle production; que le suprême Seigneur Jésus a réelle-ment et substantiellement pris la nature humaine; enfin toutce que nos Écritures enseignent et que lon a pu lire dans
  • 281. 282 DE LA THÉOLOGIE lUYSTIQUB J10uvrage cité. Dans le traité des Noms divins, nous avons expliqué pourqnoi Dieu se nomme bon; pourquoi il s~ nomme lêtre, la vie, la sagesse, la force; pourquoi il reçoit une foule àaulres qualifications analogues. Dans la Théologie symbo- lique, on a vu comment les choses divines portent des noms empruntés aux choses sensibles; comment Dieu a forme etfigure, membres ct organes; comment il habile des lieux etrevêt des ornements; pourquoi enfin on lui prêle du courage, des tristesses el rie la colère, les transports de livresse, des serments et des malédictions, et le sommeil et le réveil, etles autres symboles et pieuses images sous lesquels nousest représentée la divinité, Or, vous aurez remarqué, je pense, que nos locutions sontdautant plus abondantes quelles conviennent moins à Dieu:ee!lt pour cela que nous avons dû être plus bref dans lesInstitutions théologiques et dans lexplication des Nomsàivins que dans la Théologie symbolique. Car à mesure querhomme sélève vers les cieux, le coup dœil quil jette sur lemonde spirituel se simplifie, et ses discours sabrègent :oomme aussi en pénétrant dans lobscurité mystique, nonseulement nos paroles seront plus concises, mais le langage,mais la pensée même nous feront défaut, Ainsi dans les traitésantérieurs, procédant de haut en bas, notre discours allaitsétendant en proportion de la hauteur doù il descendait; iciau contraire, procédant de bas en haut, il devra se raccourciren sélevant, et parvenu au dernier terme il cessera tout à faitet sira confondre avec linetTable, Mais vous me demanderez sans doute doù vient quen faisantdes affirmations sur Dieu, nous débutons par les plus sublimeset quen faisant des négations, nous commençons par lesplus humbles? Cest que, voulant affirmer la chose qui est au-dessus de toule affirmation, ce qui a plus daffinité avec elle
  • 282. CHAPITRE III 283devait être émis dabord comme assertion fondamentale desassertions ultérieures j et voulant nier une chose qui est au-dessus de toute négation, ce qui a moins de conformité avecelle devait être éliminé en premier lieu. Car ne dira-t-on pasque Dieu est vie et bonté, avant de dire quil est ou air oupierre? Et ne dira-t-on pas que Dieu ni ne seuivre, ni nesemporte, avant de dire quon ne peut ni le nommer, ni lecomprendre?
  • 283. CHAPITRE IVQUE iE SUPRÊME WTEUR DBS CRosas HNSIBLES N EST AB80LUIIKNT RIEN DE TOUT CE QUI TOIIBE SOUS LES 81"8 Anu_DT. - On donne quelques exemples de théologie négative, etlon montre que rien de ce qui est sensible ne convient il Dieu. Voici donc ce que nous disons touchant la cause de toustes êtres, et qui est si élevée au-dessus deux: elle nest pasdépourvue dexistence, ni de vie, ni de raison, ni dentende-ment; elle nest point un corps; elle na ni figure, ni forme,ni qualité, ni quantité, ni grosseur; elle noccupe aucun lieu,et nest point visible, et na pas le sens du toucher; elle napas de sensibilité et ne tombe point sous les sens; on netrouve jamais en elle le désordre et le trouble qui naissen~des passions grossières, ni cette faiblesse que déterminentles accidents matériels; elle nest pas indigente de lumière;elle néprouve pas de changement, de corruption, de partage,de disette ou de ruine i enfin, ni ~l1e nest, ni eUe ne possèderien de corporel.
  • 284. CHAPITRE ,QUE LE SUPRiM. AUTEUR DES CHOSES INTELLIGIBLU NEIT ABSOLUMEllT IUEN DE CE QUI III CONÇOIT PAI LElITENDEMEIlT AnGl·lIBl1T. -On enseigne que Dieu Dest rien de ce que nous con-naiRsons, mais quil surpasse tout ce qui, en quelque façon que cesoit. peut être perçu par notre entendement. Voici encore ce que nous disons en élevant notre langage:Dieu nest ni âme, ni intelligence; il na ni imagination, ni opinion, ni raison, ni entendement; il nest point parole oupensée, et il ne peut être ni nommé, ni eom."ris : il nest pasnombre, ni ordre; grandeur, ni petitesse; égalité, ni inégalité;similitude, ni dissemblance. Il nest pas immobile, pas enmouvement, pas en repos. Il na pas la puissance, et nest nipuissance ni lumière. Il ne vit point, il nest point la vie. Il nestni essence, ni éternité, ni temps. Il ny a pas en lui perception.Il nest pas science, vérité, empire, sagesse; il nest niun, ni unité, ni divinité, ni bonté. Il nest pas esprit,comme nous connaissons les esprits;il nest pas filiation, oupaternité, ni aucune des choses qui puissent être comprisespar nous, ou par dautres. Il nest rien de ce qui nest pas,rien même de ce qui est. Nulle des choses qui existent nele connait tel qui1 est, et il ne connait aucune des choses
  • 285. 2116 DE LA rHÉOLOGIE M"STJQI1qui existent, telle quelle est. Il ny a en lui ni parole, ni nom,ni science; il nest point ténèbres, ni lumière; erreur, nivérité. On ne doit faire de lui ni affirmation, ni négationabsolue; et en afûrmant, ou en niant les choses qui lui sontinférieures, nous De saurions laffirmer ou le nier lui-même,parce que cette parfaite et unique cause des êtres surpassetoutes les affirmations, et que celui qui est pleinement indé-pendant, et supérieur au reste des êtres, surpasse toutes nosDégatïoDs. ftK DK LA TriOLOGIK IInnQ08
  • 286. LETTRES DI SAINT DENYS LARÉOPAGITB • • • LETTRE PREMIÈRE A CAlUS, TIlItRAPEU fil AIIOUMIlIlT. - Lignorance dont il est question dans le Traité ·dela Théologie mystique, nest point la plivation, mais bien plutôtlexcës, la sublimité. de la connaissance, qui nest jamais quimpllr-faite quand elle nous vient par les créatures. Les ténèbres se dissipent devant la lumière, surtout devantune abondante lumière; lignorance se corrige par les connais-sances, surtout par des connaissances variée•. Il nen est pasainsi de lignorance mystique, qui nest point Me privation,mais une supériorité de science. Dites donc, et éest vrai, que •la lumière réelle nest point aperçue de ceux qui en jouissent,et que lignorance qui est selon Dieu ne va pas avec la con-naissance des créatures. Ainsi ces sublimes ténèbres sont