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  • EMANUELSWEDENBORG LE LIVRE DES REVES (Dromboken) Journal des annees 1743-1744presente et traduit du suedois par Regis Boyer L AUTRE RIVE SERG INTERNATIONAL
  • LE LIVRE DES REVES
  • De Regis Boyer aux editions Berg InternationalLe monde du double, « La magie chez les anciens Scandinaves », 1986.La saga de Hervor et du roi Heidrekr (traduil de Iislandais ancien), 1988. © 1985 Berg International Editeurs 129, boulevard Saint-Michel, 75005 Paris ISBN 2-900269-37-7 2< edition, septembre 1993
  • EMANUELSWEDENBORG LE LIVRE DES REVES (Dromboken) Journal des annees 1743-1744presente et traduit du suedois par Regis Boyer LAUTRE RIVE BERG INTERNATIONAL
  • Ubi caritas et amor : LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG Comme son nom lindique, Emanuel Swedenborg est Sue-dois, et comme chacun sait, il a redige en latin une reuvreconsiderable qui fait de lui Iun des grands mystiques deIEurope moderne. Voila pour lessentiel et oimporte sil nesappelle pas vraiment Swedenborg, nimporte sil a composeau moins autant de travaux scientifiques que de mystiques.Ajoutez Seraphitus·Seraphita que Balzac, vaut-illa peine de lerappeler, a emprunte au grand Suedois (mais Oil? comment?pourquoi? allez donc savoir !) et le tour de la question est fait.o impenetrables, inexpugnables, imperissables brumes duNord! Parce que Ioccasion mest ici offerte de proposer une traduc-tion fran<;:aise dun des textes les plus curieux que Suedois aitjamais ecrit, je voudrais exploiter la circonstance et donnerquelques precisions afin, egaJement, de presenter dun peu presce Livre des Reves si inattendu. Apres tout, il est exact queSwedenborg est un des grands mystiques et des grands geniesscientifiques quait connu Iage classique mais sa figure eton·nante et originale merite mieux, reellement, que ce genre decaracterisation hative. Je me propose donc de reprendre sabiographie avec quelque detail: on va voir quelle fournit uncomplement precieux a la lecture du journal des annees 1743-1744 quest Le Livre des Reves. * ** Le 29 janvier 1688 nait a Stockholm Emanuel Swedberg,second fils de Jesper Swedberg (1653·1735) qui est alorsaumonier du regiment royal de Charles XI et sera eveque
  • 8 R. BOYER(lutherien, bien entendu) de Skara. La famille est originaire de Dalecarlie. Le petit Emanuel va perdre sa mere en 1696, a [agede huit ans, donc. En 1699, il a commence des etudes quil terminera brillam­ment dix ans apres, a Uppsala : en 1709, il est docteur en« philosophie » mais en verite, cest principalement aux scien­ces naturelles quil sest interesse, ainsi qua la musique ou sesprogres sont si rapides quil lui arrive parfois de remplacerlorganiste de la celebre cathedrale dUppsala, En 1709, il abien pu aussi rencontrer Iamour en la charmante petite per­sonne de rune des filles du savant Pothem (surnomme lAr­chimede du Nord) mais it ny a vraisemblablement pas lieudoutrer limportance dune petite idylle qui dut etre banale etque Martin Lamm a sagement ramenee a ses veritables pro­portions. En fait, Swedenborg etait fait pour les livres, lesrecherches et la meditation: il restera celibataire toute sa vie,ce qui ne signifie nullement, on le verra bien a la lecture du Livre des Reves. quil soit parvenu a etouffer les appels de lanature en lui! It se peut quil ait renonce a la petite Polhemparce quil ne setait pas senti assez aime. Probable aussi queIauteur de tant de pages immortelles sur lamour dames napu consentir a incarner ses splendides theories! I1 y avait enlui, on aura Ioccasion de le dire et redire ici, un pelerin delAbsolu qui, de toute maniere, naurait pu se contenter dunsimple amour terrestre. Toujours est-il que, Iannee suivante (1710), il sembarquepour lAngleterre OU it passera presque quatre ans, etudiant lesmathematiques, la musique et les sciences natureJles toutensemble, suivant les cours de Newton, frequentant Halley,bref, sinteressant de tout pres a lastronomie egalement. Tout en voyageant, du reste, pour parfaire son education:il visite les Flandres et la Hollande, l Allemagne et la Francedont la langue lui est familiere au point demailler son suedoisde fa<;:on hautement divertissante (on rencontre a chaque pagedans Le Livre des Reves detourdissants decalques commeaboutera. approbation, campagne. porterad for sexen que jenhesiterai pas a rendre par « parte sur le sexe », hideusa.experiencen et des verbes : inaugurera. prosternera, passera.puri/iera, resolvera. contemplera. adressera. etc" on voit quecest une affaire de suffixes). A Paris, dailleurs, il fera la
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 9connaissance de lastronome La Hire et de Ialgebriste Vari­gnon. Des 1710, il sessaie aux belles-Iettres et publie, a Greifswald,en Pomeranie, un recueil de fables en vers latins imitesdOvide : La Muse du Nord. En 1714, cet esprit ordonne et systematique se revele telquen lui-meme, par un catalogue quil a dresse a Iintentionde son oncle Benzelius, futur archeveque dUppsala; cest laliste complete des inventions quil avoue avoir elaborees depuisquil existe : une machine a vapeur, une machine volante doteedailes fixes et propulsee par une helice, nouveaute remar­quable, donc, dans ce do maine, un appareil sous-marin, unfusil a air comprime, un modele decluse dun type nouveau etune penduile a eau destinee a representer le mouvement desplanetes. Toute sa vie, dailleurs, il sera passionne de ce genrede choses et cest peut-etre la queclate, de fayon plus evidenteque partout ailleurs, son genie. En fait, parfait representant du siecle des Lumihes, surtoutsil faut en croire son pere disant qua cette epoque, le jeunehomme (il na pas trente ans, il mourra plus quoctogenaire)connait une dizaine de langues dont quelques orientales,auxquelles il ajoutera plus tard lhebreu et larameen. 11 convient sans doute de marquer ici un temps darret pourjeter un coup dreil sur letat de la reflexion et de la science enSuede au debut du XVlll e siecle. Pour elle comme pour unebonne partie de lEurope, cest Iavenement de lAge desLumieres, mais dans un contexte different de ce que nousavons pu connaitre en France. Le siecle precedent avait ete marque par Iabsolutisme royalet les guerres meurtrieres, « lere de la grande puissance»(slOrmaktstiden), illustree par Gustav-Adolf et Charles XII.Sur le plan intellectuel, la toute-puissance de la scholastiquemedievale (en theologie, en metaphysique, en logique) dont laprestigieuse universite dUppsala etait restee le sanctuairesourcilleux ne setait pas dementie. En fait, le pays accusait unretard si sensible que, par exemple, il aura fallu attendre 1658,avec I Herkules de Georg Stiernhielm pour que se repandentenfin dans le Nord les ideaux de notre Renaissance. Non que des ferments novateurs, venus de France en der­nihe instance, naient pas lentement, et sans consecration
  • 10 R. SOYERofficielle, fait leur chemin, mais cest, dune part, dans unclimat dhostilite et de malveillance entretenu par les tenantsdune tradition lutherienne ferocement figee sur des assisespoussiereuses, dautre part, et ce point ne doit jamais echappera qui veut comprendre Swedenborg, par Iintermediaire demaitres a penser qui sont avant tout des Hollandais - sil sagitdes theories nouvelles - et des lutheriens allemands, en ce quiconcerne les tenants de la tradition. Je veux dire que la lentemontee du cartesianisme en Suede, car cest bien de cela quilest question, ne se fera, au positif, qua travers Iecran hol­landais, les refutations passant, elles, par le chenal allemand. En sorte quil est tres malaise de degager une reelle specificitesuedoise au moment Oll le tout jeune Swedenborg fait sesetudes, meme si, par contrecoup, ses reactions et prises depositions trouvent une originalite qui leur vient de la distanceaccusee a Iegard dune pensee assez patinee pour avoir perdules asperites de la nouveaute. Ajoutons une precision impor­tante : si cest une absurdite que de dire que la Suede najamaisconnu de grand philosophe, il reste vrai que ces esprits sedefient comme par nature des trop grandes abstractions et que,pour donner un exemple clair, lutilitarisme venu dAngleterre,dont le succes ira croissant ail cours du XVllI e siecle, seduiratoujours les esprits du Nord plus que la metaphysique pure. Autrement dit, pour citer Jean-Franyois Battail a qui lesnotations que voici doivent beaucoup I, la periode 1660-1690,qui marque lavenement d« une conception moderne de lascience et de lunivers » (comprenons : du cartesianisme) enSuede est capitale pour nous puisquelle est responsable de lafuture pensee de Swedenborg. Or il aura fallu effectivementtrente ans de disputes souvent violentes, conclus par unedecision royale en 1689, pour que les theories de Iauteur desPrincipes ebranlent « la puissance de lorthodoxie lutherienne,pilier de IEtat ». 11 est significatif aussi que la querelle, centreecomme il se doit autour de lUniversite dUppsala, puis autourde celle de Lund tout recemment creee, sen prenne a Pufen­dorf plutot qua Descartes. Laristotelisme reste valeur etabliea Uppsala, meme si Paracelse nourrit un solide courant de I. « Essai sur le cartesianisme suedois » dans Nouvelles de la Repub/ique desLellres. Napoli, 1982 : 2, pp. 25-71.
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 1,1pensee dans la premiere moitie du XVll e siecle, meme si Ramus(Pierre de la Ramee, liconoclaste franl;ais qui, apres sa con-version au protestantisme, trouvera tant dechos en pays lu-theriens) sinfiltre insidieusement dans plus dun ouvrageauto rise comme ceux du chancelier Johan Skytte ou de leve-que Laurentius Paulinus Gothus. Comme le dit fort bienJ.-F. Battail, « les cartesiens suedois ne sont pas persecutespour leur tiedeur ou leur manque de foi - ils sont dailleursaussi bons chretiens que quiconque - mais bien parce queleurs schemas de pensee et leur langage mettent en perilledifice conceptuel consacre par IEglise et par lEtat » 2. Comprenons que Iinterpretation litterale du texte de laBible, qui reste de rigueur, ne saccommode simplement pasdes theories nouvelles et, notamment, de la pratique, dailleursmal comprise, du dubito cartesien. Aussi est-ce en Hollandeque vont se former le plus iUustre promoteur du cartesianismeen Suede, Petrus Hoffvenius, et le plus fracassant des revolu-tionnaires de Iesprit quait, peut-etre, jamais connu ce pays,cet Olof Rudbeck dont les ouvrages philologiques, « histori-ques » et scientifiques nont pas encore cesse de passionner lacritique: ils vont a Leyde, suivre les cours danatomie de J. vanHome, les lel;ons de medecine appliquee de J.A. van derLinden, de botanique de A. Vorstius, habitude que ne renierapas Swedenborg. Linne de meme passera a Harderwijk poury etre fait docteur. On remarquera dailleurs ce trait qui ne se dementirajamais :cest toujours a partir de la pratique de sciences exactes, delexperimentation que se formera la pensee en Suede et dansles pays intellectuellement apparentes. Ainsi, Stenius, le pre-mier probablement a avoir diffuse les conceptions mecanistesdans le milieu medical suedois, aurait tenu son savoir deFranl;ois Durietz qui etait medecin de la reine Christine lors-que celle-ci invita Descartes a Stockholm. Cest Stenius quiforma cl son tour Olof Rudbeck, lequel decouvrit, en 1653, lesvaisseaux lymphatiques dans sa Nova exercitatio anatomica,exhibens ductus hepaticos aquosos. Des lors, le mouvement est lance. Sans maventurer dans lemenu detail, que suit patiemment Jean-Franl;ois Battail, de 2. Art. cit. p. 38.
  • 12 R. SOYERquerelles envenimees dans un milieu en effervescence par lesinevitables questions de personnes et dautorites, je souligneraiseulement que, derriere les adaptations dans des theses reten­tissantes appliquees a des recherches empiriques que nousdirions aujourdhui ponctuelles, ce sont les grands principescartesiens - mecanisme, negation des causes finales, douteconstructif, these de Iinfinite du monde - qui se font plus oumoins ouvertement jour, et que l Eglise lutherienne reagitbrutalement parce quelle y voit menacee, entre autres, sadoctrine de la consubstantiation. 11 sagit bien, comme Iecritlun des meilleurs historiens suedois actuels de la question,R. Lindborg J du conflit des « formes substantielles contre lavision mecaniste du monde », ou, pour citer encore J.-F. Bat­tail, de« la crainte des theologiens devant Iutilisation possibledu cartesianisme contre la religion evangelique »4. Apres Hoffvenius, deja mentionne, qui donne un manuelcartesien de physique, Synopsis physica. en 1678, le nom a citerest celui de Nils Celsius - qui nest pas le physicien cite plusloin, mais un astronome - qui pretend se degager de lautoritede la Bible pour aller sans prejuge a la recherche de la verite. Puis, apres 1680, la lutte change dame, les cartesiens sentantle terrain saffermir progressivement sous leurs pas. Le physi­cien Drossander et le mathematicien Bilberg prennent le relais.Et dailleurs, les raisons profondes du debat ne sont plus lesmemes non plus: le con flit didees, eventuellement sous-tendupar une reflexion dordre religieux, tend a se politiser. Cestmaintenant « le probleme de la fonction de Iuniversite dansla societe» (J.-F. Battail) qui se pose, a un moment oll lasociete traditionneIle evolue sous la poussee de Iideologiefran9aise (les «philosophes» et les encyclopedistes). LaSuede va passer au despotisme eclaire avec Gustav HI, labourgeoisie amorce, ici aussi, une montee que va traduire unepolitique d~s partis inconnue jusqualors. En dautres termes,I Eglise d Etat en tant quinstitution perd peu a peu la suprema­tie queIle exer9ait sans conteste depuis pres de deux siecles.Que peut-elle encore pour stigmatiser toute Iiber/as philoso­ 3. Descartes i Uppsala. Slriderna om nya filosofen 1663-1689. Uppsala,1965. 4. Art. cit. p. 51.
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 13phandi comme Iicentia philosophandi? Partout ailleurs, enEurope, le mouvement est identique : il revient a une mise enquestion de lautorite subie sans examen. Cest pourquoi P. LagerlOf dans sa Rijlexion sur la philoso­phie et son bon usage ( 1687) entend separer absolument scienceet theologie. II faudra conserver en memoire ces debatsdecoles, un peu derisoires a nos yeux aujourdhui et du resterapidement depasses, pour apprecier a leur veritable valeur lesefforts de Swedenborg qui, precisement, toutes theories am­biantes assimilees, reviendront a une tentative de synthese desdeux tendances au prix dun admirable transfert ideologiqueet methodologique, les principes de lune etant appliques alillustration de Iautre et, mutatis mutandis, lesprit de celle-citendant a vivifier la secheresse de celle-Ia. Que Samuel Pufendorf lui-meme intervienne directementpour dHendre les cartesiens suedois, en i1688, en particulier enapportant les corrections necessaires sur la veritable nature dudoute cartesien, que la dHaite caracterisee des theologiens so itevitee de justesse, au demeurant en des termes ambigus, parune resolution royale rendue publique en 1689, cela ne changenen au fond du probleme, qui apparait resolu. A quoi bonassimiler cartesianisme a critique philosophique de la Bible?Aux yeux dun voltairien ou dun lecteur de Bayle sans parlerde I Encyclopedie. ces debats sont caducs au tournant duXVlll e siecle. On entre, comme je le suggerais il y a un instant,dans Iage de leclectisme et J.-F. Battail evoque avec raison lecartesianisant allemand Sturm combinant dans sa Philosophicaeclectica ( 1686) Aristote et Descartes en une « physica concilia­trix ». Andreas Rydelius (1671-1738), dont Swedenborg liraIreuvre impressionnante, est un penseur chretien, moraliste etanthropologue, qui, parti dun dualisme fondamental en reli­gion et en ethique, entre surtout en guerre contre les « abso­lutistes », materialistes purs comme Hobbes ou spiritualistesimpenitents a la Leibniz. Cest que le cartesianisme, comme on la deja laisse enten­dre, a trouve en Suede a la fois une terre delection commenaturelle et un esprit dapplication immediat. Jai dit que laspeculation pure, degagee de tout support materiel, netait pasvraiment familiere aces esprits. En dautres termes, que letechnique, au meilleur sens du terme (du grec tekhne : art,
  • 14 R. BQYERmetier) cOlncidait mieux cl Ieur idiosyncrasie que tout ce quepeut porter de connotations le prefixe meta-. Sans deprecia­tion puisque nos exces dhyperintellectualisme le demontrantassez, la tautologie desesperante ou la logomachie no usmenacent. 11 est remarquable, en ce sens, que les courantsdidees nouvelles qui acquierent ainsi droit de cite a partir dela fin du XVll e siecle partent toujours de Iobservation du reelet debouchent sur la recherche experimentale qui va connaitre,au XVlll e siecle, en Suede, un essor admirable. 11 nest pas depenseur parmi ceux que jai nommes qui nait ete aussi, sinondabord, experimentateur, voire, comme Swedenborg, inven­teur ou fabricant de machines. Pour suivre encore J.-F. Battail,« ce nest pas le cogito qui les interesse, cest la physica meca­niste, chacun la pratiquant dans son domaine propre » 5.11 notepourtant, apres avoir rendu un dernier hommage a Descarteset au (( pouvoir integrateur » de sa pensee, (( apte a expliquerune multitude de faits cl Iaide de quelques principes simples »que cest (( le Descartes des Principes plus que celui des Medita­tions qui en a ete Iinstigateur » 6. Et voila, par la, le debat relance. Car on a suffisamment ecritde platitudes sur le (( mysticisme» scandinave pour quiJimporte de le situer dun peu plus pres, surtout dans laperspective oil no us sommes ici. Maintien contre vents etmarees de lactualite scientifique et historique dune visionmedievale du monde, rigueur sans nuances du dogmatisme delEglise etablie, attachement systematique a la litteralite destextes, on est surpris de constater tant de raideur quand onconnait lesprit daventure, la soif devasion, le besoin delailleurs et de lautrement qui pousserent les Germains danstoutes les directions des quils apparurent sur la scene deIHistoire et, tout specialement, les Scandinaves dun bout alautre du monde connu : on nevoque habituellement que lesprestigieux Vikings a cet egard, sans savoir quils ne sont quela manifestation particulierement glorieuse a nos yeux, puis­quelle aura concerne directement notre histoire, dun mouve­ment qui, a intervalles reguliers et jusquau debut de notrepropre siecle inclusivement, les jette hors de leurs frontieres 5. Art. cit. p. 69. 6. Art. cit. p. 71.
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 15pour tenter (eur chance autre part. Ces esprits-Ia peuvent-ils seplier indefiniment a une regie contraignante? Or je viens de dire la maniere de diktat qui sopposa un tiersde siecle durant a Iirruption de ce que Ion est en droit de tenirpour la pointe du modernisme a lepoque. Cela ne pouvait allersans exutoire ou plutot sans contrepartie. 11 faut donc savoirque la meme periode assiste, dans le Nord, a une fmpression­nante montee de mouvements mystiques ou, en somme, Iametenue en lisiere sur le terrain de la speculation officielle, peuttrouver Ievasion et laventure indispensables. La encore, Swe­denborg sinscrira dans le droit fiI dune attitude partagee parnombre de ses compatriotes. Le pietisme, la purete tout evange­lique des Freres Moraves (ou hernhutisme) trouveront enScandinavie, apres IAllemagne, un terrain extemement favo­rable. Magistere de IEglise officielle que nul ne doit remettre enquestion et ces tendances iconoclastes venues de France via laHollande : temps de malaise ou dinsecurite spirituelle que cesames volontiers introverties et taciturnes de Nordiques viventcertainement plus lourdement quelles ne le feraient sousdautres latitudes. En face, les echappees toujours aleatoires,toujours contestables et le plus souvent indicibles ou incompri­ses vers la mystique. Tel est le climat. Et Ion va voir que le plusgrand merite, peut-etre, de Swedenborg, est davoir assumeintegralement ce parcours, mais avec la marque propre de songenie de synthese et la chaleur de son creur de feu. Cest par les sciences quil se fait connaitre en fondant, en1716, la premiere revue scientifique suedoise qui ait existe, leDaedalus Hyperboreus( 1716-1718). Parallelement, Charles XIIlui donne le poste dassesseur extraordinaire au College Royaldes Mines : il doit assister Chr. Polhem dans ses activitesindustrielles et techniques. Il est a pied dceuvre pour exercerson esprit dinvention, dont it donne une parfaite illustrationen 1718 en imaginant un moyen de faire passer plus de soixantekilometres de terre ferme a deux galeres, une corvette et cinqchaloupes lors du siege de Fredrikshald, ce qui permettra deprendre Iarmee norvegienne a rebours. n publie du reste : il dedie, en 1719, a la reine UlrikaEleonora, un memoire sur La hauteur de Ieau et laforce dufluxet du reflux dans le monde dautrefois, preuves tides de Suede.
  • 16 R. BOYER qui est un traite de geologie destine a demontrer, chosesveridiques dailleurs, quil fut un temps Oil la Suede etaitcompletement immergee et qua Iheure Oil ecrit Swedenborg, la cote orientale du pays monte toujours. 1721 : nous arrivons desormais aux grands ouvrages. Voici, publie a Amsterdam, le Prodromus principiorum rerum natura­ lium qui expose les principes de la chimie et de la physiquetandis que les resultats de diverses experiences ressortissant aces disciplines font Iobjet des Miscellanea observata publieesa Leipzig. En tant quassesseur au College des Mines, il vaegalement visiter les mines de la Saxe et du Harz et la reine Ulrika Eleonora est si satisfaite de ses prestations scientifiquesquelle lui confere, chose rare, la noblesse hereditaire, cepourquoi il modifiera son nom de Swedberg en Swedenborg(meme sens). II siege maintenant de droit a la Diete et it y feradhonnetes rapports. 1722 : il ecrit et publie. Sur la monnaie, sur le commerce, surIeconomie suedoise. Rien de ce qui est humain ne le laisseindifferent, il applique a toutes choses son rationalisme eclaireet son inlassable curiosite. 11 devient assesseur ordinaire auCollege Royal des Mines en 1724, membre de la celebre Societedes Sciences dUppsa~a en 1729 : curieusement, it refuse lachaire de mathematiques pures it IUniversite, pourtant celebre,de cette derniere viUe. Intellectuellement, cest un cartesien de stricte observance,celui qui ecrit dans le Prodromus : « On constate ce fait assezetrange que toutes les proprietes de la matiere sont fondees surdes principes mathematiques et mecaniques ». Mais sa richessedimagination, sa finesse de sensibilite peut-etre aussi, leportent it outrepasser parfois les bornes que fixerait sa raisonet cela lui vaut dentrevoir, avec une confondante prescience,force theories ultra-modernes comme celle de Iatome, celle deIorigine du systeme solaire, it partir des nebuleuses, et dessystemes planetaires it partir du soleil, la theorie ondulatoirede la lumiere, la theorie cinetique de la chaleur, etc. Ce nest pas pour autant quit perd le sens de lequiIibre etde la mesure qui le definissent si bien : au vrai, il fait un peupenser it Bach, it Kant, it ces esprits superieurs dont la vie estimpeccablement dominee, reglee et feconde. Il se partage entrela recherche, la publication et le voyage: cest ainsi quil est
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 17a Leipzig en 1733 pour faire imprimer ses Opera philosophica et mineralia qui paraitront lannee dapres, en meme temps quede tres grandes reuvres : le Prodromus de infinito et causa finali creationis deque mechanismo animae et corporis, qui traite debiologie surtout, les Principia rerum naturalium 011 se trouventrassemblees ses theories cosmologiques et des opuscula minorasur Iinfini, sur le mecanisme de lame et du corps. On devineque le point de depart du systeme de pensee est purementmaterialiste, au sens quavait le mot a Iage classique : Iuniverssest edifie a partir de principes mathematiques, tout estconstitue de particules materielles. Les choses vont evoluer sensiblement a dater de ce mo­ment-la. Cest sans doute a partir de 1736 quil commence aconnaitre parfois Ietat auquel il donne le nom de deliquium :il sagit de legers vertiges compliques deblouissement et debesoins irrepressibles de dormir qui, si Ion y cede, sont alorssui vis de sensations de proprete et de liberte extremes. Lesspecialistes veulent voir la le stade initial dune schizophreniedont Ievolution atteindrait son point de crise aigue en 1743-1745 pour sapaiser ensuite. Cest a ce moment-la quil seserait mis a noter, sans doute parce quil les trouvait bienetranges, ses reves dans lesquels il voulait voir des signes.Malheureusement, ses notes des annees 1736 a 1740 sontperdues et il faut le deplorer car elles devaient, sans aucundoute, constituer une introduction magistrale au Livre desReves qui nen est, en somme, que la continuation. II se met en disponibiJite en 1736 et voyage de nouveau :Allemagne, Hollande, France, Italie quil decrira dans Itine­raria, livre de ses peregrinations, acheve debut 1739. Parait a Londres, en 1740-1741, ce qui est peut-etre Iouvragemajeur, Oeconomia Regni animalis, un traite danatomie quivoudrait, a partir dobservations medicales, faire tout decoulerdu cortex cerebral : la serait le siege de toutes les fonctionspsychiques, la se localiseraient les centres sensoriels et mo­teurs, le tout etant automatiquement contr61e par la moelleepiniere. II y a quelque chose de neuf dans I Oeconomia. quidetonne nettement sur les propos anterieurs de cet ap6tre deIharmonie preetablie. On lit en effet, non sans stupeur, apropos de Iastronomie, quelle « est excellente, mais il fautquelle seleve a penetrer la vie pour avoir sa pleine valeur, et
  • 18 R. BOYER non quelle reste la dans les globes et les espaces ». Citation importante : il y aurait donc maintenant, pour notre penseur, quelque chose de decevant ou dinacheve dans le mecanisme materialiste? Qui. Et lon peut dire quavec le me me esprit de systeme, le meme radicalisme intellectuel, Swedenborg va maintenant appliquer sa meditation a une vue inverse des choses. Et si lesprit etait ce qui compte le plus? Si cetait lui qui anime tout, y compris la matiere? Nous serions tenus alors de voir lunivers, et lhomme comme des emanations de la lumiere divine. Et cest certainement ainsi que Swedenborg, qui rentre a Stockholm en 1741, pour frequenter lAcademie Royale des Sciences oil il vient detre elu, sur proposition de Linne, devient theosophe. Theosophe : un mot que jaimerais bien, pour la circonstance uniquement, bien entendu, rendre par: qui va a Dieu par la force de la science. Un peu par la force des choses aussi, par consequent, comme dirait Claudel. Mais surtout : un homme auquel la science a donne le gout de Iinfini, de labsolu, et qui sen va a Dieu en raison meme decette conviction. Ce tournant est capital, et non moins pour no us qui allonslire Le Livre des Reves puisque linteret majeur, sans doute, decette reuvre est justement de manifester sans ambiguHe cechangement radical dorientation. Cest dans Le Livre des Revesquest consignee, en style quasi pascalien la grande illumina­tion de 1743, celle precisement qui va donner son sens definitifa sa vie et dont il parle en ces termes a son ami anglais leOr Hartley : « Le Seigneur se revela a moi, son serviteur en lan 1743, et mouvrit les yeux sur le monde spirituel. 11 me pretaalors et jusqua ce jour (Swedenborg ecrit ceci en 1745) lepouvoir de communiquer avec les esprits et les anges. Des lors,je fis publier les divers arcanes qui mont ete manifestes etreveles. En outre, sur dautres sujets importants pour le salutet la sagesse des hommes... » Car enfin, il est tout de meme peubanal que cet esprit hautement scientifique, ci-devant « mate­rialiste » se desinteresse tout a coup des sciences dites exactespour passer dans les rangs de la theosophie et de la religion;que cet inventeur de machines et cet observateur du reel nesinteresse plus qua lame et a la mystique, au monde invisibledu spirituei Oll, a vrai dire, il va sefforcer dintroduire quelquesysteme.
  • LITINERAJRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 19 Cest aux choses de tesprit quit applique maintenant soncelebre esprit de methode, a elles quil consacre ses puissancesdobservation systematique et de meditation. Une traditionquelque peu entachee de legende voudrait quun soir de 1745,dans une auberge de Londres, une vision du Christ soit venuele confirmer dans ce quil prendra aussit6t pour sa mission:avec le me me zele et la meme application quil a deployes pourdepeindre Iunivers sensible, il lui faut maintenant explorer etdecrire le monde supra-sensible, le surnaturel, etre le prophetedu Seigneur, se faire, si jose dire, scientifiquement, ration­nellement visionnaire. Des Le Livre des Reves. il est clair queSwedenborg se veut, sans doute obscurement dabord, investide cette mission. Un des interets de ce « journal» estjustementde montrer par quel biais, il sentraine a commercer avec lesesprits et Iinvisible : par le moyen de ces reves quil note, assezexpressement, pour ne rien laisser perdre de son energiespirituelle. un procede que les Surrealistes ne lui reproche­raient pas. Linflechissement radical de la vie se traduit presque aussit6tdans Ireuvre puisque voici, des 1745, Iextraordinaire De Cultuet Amore Dei qui est un commentaire assez saisissant, memepour un esprit blase du xx e siecle, des premiers chapitres de laGenese. Y alternent avec une surprenante virtuosite les visionsles plus absconses et les explications dune c1arte limpide. Etla methode est au point, qui sattache a representer Iineffableselon ies principes dont rauteur sest autrefois inspire pouranalyser le reel. En somme, pour nous autres hommes dudernier quart du xx e siecle, rien la qui, au fond, soit de naturea desar90nner. le viens de parler de Surrealisme, les composan­tes proprement (etymologiquement) « poetiques» de cetteattitude nont rien qui puisse etonner et nous en savons assezaujourdhui pour ne plus trop connaitre Iirreel davec le reel,a supposer que ces nobles vocables conservent un contenuontologique solide; visible-invisible, naturel-surnaturel, cesont categories floues, pour parler par euphemisme. Ce qui estinteressant, cest ce mouvement dapproche de run par desmoyens pris a Iautre, en quelque sorte, cette abolition desdifferences (des distances) par confusion deliberee des signes. Car maintenant, Swedenborg tient commerce regulier avecles esprits : il entend leur langue aussi c1airement que celle des
  • 20 R. BOYER humains. Quand jecris « entend », je veux dire au sens propre aussi bien : les esprits parlent au cerveau lequel, par des chenaux internes, transmet leurs voix aux organes de Iou"ie. Mais il faut prendre garde, et Le Livre des Reves avec ses monstres ou ses malveillants en donne autant dapproxima­ tions, aux esprits mauvais qui « nourrissent une haine infernale des hommes et ne desirent rien davantage que de les corrompre dans leur corps et dans leur ame ». Nempeche, les frontieressabolisseot et cest si vrai quen 1747, Swedenborg demis­sionne de sa charge dassesseur, sans doute pour se mettre tout entier aux ecoutes : il a suffisamment de fortune personnellepour vivre et se consacrer sans reserves cl sa vocation, cl sesvisions quil sattache maintenant a transcrire, puis a mettre enordre et enfin cl exposer selon un systeme coherent quisous-tend tous ses ecrits, surtout theologiques. Le Seigneur« dans sa bonte a ouvert mon intelligence de fa<;on quellepuisse voir le ciel et lenfer, et savoir quelle est leur nature ».Ce seront donc les Arcana coelestia (8 vol. 1749-1756) consti­tues en grande partie dinterpretations alIegoriques, des ma­nuels comme L Apocalypse revelee, Le Dernier Jugement, LaNouvelle Jerusalem ( 1758) et La Sagesse angelique ( De divinoamore et de divina sapientia, 1763). On notera un point tresimportant : no us ne sommes pas ici en pleine litteraturemystique au sens disons habituel du terme, mais dans desouvrages qui, pour etre un peu monotones parfois, nen sontpas moins dune lecture facile, voire agreable : cest queSwedenborg entendait edifier une histoire naturelle du mondesurnaturel, strictement identique dans son principe a celle quilavait ecrite autrefois de notre univers visible. Le theme fonda­mental, en effet, qui anime et « aimante» la pensee dans lemoindre de ses details, est que les deux mondes, le naturel etle spirituel, se correspondent etroitement. Il Ia dit dans Decoelo et de inferno ( 1758) : « Correspondance de toutes leschoses du ciel avec toutes celles de Ihomme. » En outre, appate quil avait ete des sa jeunesse par larecherche en tant que telle, la recherche en profondeur et clpartir de faits dexperience, personnelle si possible, ce qui faitque les sciences naturelles et la technique, la metallurgie,Iastronomie pratique, la geologie et les mathematiques appli­quees Iavaient attire de preference parce quil esperait y faire
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 21des decouvertes sensationnelles, il devait en venir ace domaineessentiel des choses de lesprit, de la surnature 00 les faitsdexperience se rencontrent a tout propos et de deux fa90ns,sur deux plans successifs : par [introspection, a letat de veille,par le reve, a letat endormi. 11 y avait la, en soi, matiere a recherche appliquee et, eventuellement, a decouvertes car onentre en relations avec Iinvisible par le reve et la vision, certes, mais aussi par Iintelligence de lEcriture; les uns et les autres peuvent livrer ce « sens cache de la Parole» grace auquel sefait « la liaison entre le Seigneur et Ihomme ». 11 a trouve sa voie. 11 ne bouge plus guere de chez lui, aStockholm, 00 il travaille constamment a noter, a organiser sesvisions, se couchant a sept heures, dinant de pain de fromenttrempe dans du lait, ne soupant jamais, prenant plusieurs fois par jour des tasses de cafe tres sucre quil prepare lui-meme.Ce nest pas quil sombre dans la bizarrerie ou la misanthro­ pie : il sort volontiers, peut se montrer galant avec les dames,a de la conversation et ne perdra jamais une veritable passion pour la musique. Et Ion ne peut quetre impressionne par leserieux de ses visions: ceux qui viennent le voir et Iinterrogerdans le dessein de le ridiculiser en sont dordinaire pour leursfrais, quand ils ne sont pas ebranles, et le fait est que, le 19 juillet 1759, il voit, de G6teborg, un incendie qui a lieu aStockholm! Au demeurant, il est maintenant celebre dans toute IEu­rope : en 1766, par exemple, Kant publie les Songes dunvisionnaire expliques par les Songes de la metaphysique 7. Et 1768voit la publication de son reuvre la plus celebre probablement,De amore conjugiali (dans la traduction de Le Boys des Guays :Les Delices de la sagesse par [amour conjugal) qui est celle quiimpressionnera Balzac et qui contient celles des idees deSwedenborg qui feront long feu: la vie conjugale se prolongeau-dela de Iexistence terrestre, les correspondances invisible­visible qui dictent et justifient toutes choses etablissent desrelations ange-etre humain qui developpent tout un systeme de« doubles» dont lunion, la reunion tend eperdument a serealiser, etc. Toutefois, le succes meme de Swedenborg va finir par lui 7. Cr. E. Kant, Reves dun visionnaire, [raduit et presente par F. Courtes,Paris, 1967,
  • 22 R. BOYERporter ombrage. Le 22 mars 1769, lEglise officielle de Suedele declare heretique : il a, en effet, annonce la fin de lEgliseactuelle et lavenement dune Eglise nouvelle fondee sur sesrevelations, a lui, Swedenborg. Cela naItere ni ses certitudesni sa tranquillite dame. 11 voyage. II est en 1771 a Amsterdampour surveiller Iimpression de son dernier grand ouvrage : Lavraie Religion chretienne. contenant la theologie universelle de/Eglise nouvelle predite par le Seigneur dans le livre de Daniel(Vera christiana religio). Puis il se rend en Angleterre Oil ilrencontre le chef des methodistes, John Wesley, auquel ilpredit le jour de sa propre mort: le 29 mars 1772. Cest bienen effet ce jour-la, a Londres, deux mois apres avoir vu Wesley,quil rend Iesprit. Seront publies a titre posthume I Adversaria in Libros VeterisTestamenti et ce Diarium spirituale (publie en anglais de 1883a 1902) Oil se trouvent rassembles tous les materiaux visionnai­res qui faisaient le fond de sa predication, tandis que seconstituait assez rapidement apres sa mort une eglise sweden­borgienne toujours bien vivante aujourdhui et dont les assisessont formees, pour lessentiel, des enseignements de celui quia ete surnommme le Christophe Colomb du monde de Iesprit. * ** Proposer quelques clefs pour penetrer dans Le Livre desReves est chose extremement malaisee. 11 va de soi que cesnotations, sou vent breves, prises a la diable, quand elles sontintelligibles, en un style quasi telegraphique herisse dabre·viations, de termes soulignes, de points de suspension (touscaracteres que jai respectes dans mon essai de traduction)netaient certainement pas toujours plus claires pour leurauteur que pour nous. Jajouterai que ce texte, naturellement,pourrait constituer un document de travail de premier ordrepour la psychanalyse. Et la tentation est forte de sy engager!Cest pourtant ce a quoi, deliberement, je me refuserai ici. Parincompetence, sans aucun doute, mais aussi parce que, dunepart, je tends a me mefier des explications qui nexpliquent rien- car nous sommes ici, pour tout le monde a commencer parlauteur, dans le domaine de lineffable quil faut cependant
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 23essayer a tout prix de transcrire - ; dautre part, cet espriteminemment rationnel suggere lui-meme des principes dorga­ nisation et presque une methode delucidation qui se passentassez bien de grilles de decryptement; en dernier lieu, on vasefforcer de le montrer, quelques idees-forces tres simples, tres nettes dans une perspective religieuse bien connue animent une pensee qui nest ni esoterique, ni meme, sauf exceptions,vraiment inaccessible a lentendement ordinaire. Cela dit, je ne pretends pas nier que Swedenborg Iui-meme,tant sont subtiles les analyses quil propose parfois, ne puissepasser pour un bon psychanalyste avant la lettre. Pour neprendre quun exemple, son interpretation des petits oiseaux(8-9 aout) quil faut plumer durgence, et qui renverraient a sesrecherches sur les canaux de Malpighi, ne tombe pas sous lesens, cest le moins quon puisse en dire. Et le chien noiratrequi embrasse ecrivain et qui figure lorgueil qui le flattetemoignerait eventuellement dune subtile faculte de deductionsur des bases non expressement ni immediatement rationnelles(8-9 avril). Lunivers mental dabimes, de monstres et defemmes consentantes ou provocantes Oil no us allons penetrerne devrait pas etonner un bon psychiatre, non plus que 10mni­presence de leau ou de divers liquides, un fidele bachelardien,sans parier du principe meme de ce « journal» : la volonte detranscrire et, daventure, dinterpreter des reves. Jajouterai quele theme si frequent des pieds, lumineux ou sales, auxquelsrenvoient tant de songes, souvent par des rebondissementsabsolument inattendus sinon absurdes ( « Je vis un gamin quisenfuyait avec une de mes chemises etje courais apres lui. Doitetre que je ne me suis pas lave les pieds » 22-23 juillet) plongepeut-etre de tres lointaines racines dans un immense incons­cient bien scandinave; des gravures rupestres de lage dubronze nordique au beau dieu vane Njordr que choisit depou­ser la deesse Skadi uniquement parce quelle a vu ses pieds, enpassant par le role majeur que jouent dans ce folklore lesplantes des pieds des affreux trolls, cette partie du corps atoujours joue, en Scandinavie, un role important de theophane. Mais encore une fois, je prefere ne pas marreter a cet aspectdes choses. Je voudrais essayer simplement daller a lhommelui-meme qui consigna ces visions, reves ou extases et denreconstituer la trame, levolution, le sens peut-etre a partir de
  • 24 R. SOYER sa personne meme telle que nous la connaissons et par ce « journal» et par le reste de son reuvre. Or ce que nous pouvons deduire de la frequentation des ecrits de Swedenborg, cest que ce fut un esprit superieur passionne de sciences mathematiques, double dun bon vivant de commerce agreable, qui con nut en effet une crise capitale - celle, exactement, que tente de retracer ce carnet de notes ­ au terme de laquelle il appliqua a la religion chretienne une reflexion scientifique qUavaient formee des decennies dob­ servations experimentales et dintenses meditations. Cest donc a partir de ces quelques evidences simples que je voudrais revisiter une reuvre qui a, en definitive, le grand merite de proposer, en termes et en images fulgurants, une magnifique vision mystique dont lactualite demeure. Bien quil sagisse, en effet, de haute mystique et de visions obscures pour celui-la meme qui en est hante, lhomme de science nabdique jamais et sa premiere reaction, il faudrait direson premier reflexe, est dessayer dorganiser, de systematiser, dinterpreter rationnellement. Une curiosite intellectuelle pre­side, avant tout, a son attitude devant tant de manifestationsetranges, cette curiosite meme qui, deja, en fait un voyageur intelligent soucieux avant tout dexpliquer les remarquables machineries que, par rencontre, il decouvre dans ses deplace­ ments : moulins, fortifications et cette pendule dont les ai­guilles ont ete, a diverses reprises, frappees par la foudre a uneheure dite. Appliquee a tant de reves etranges, cette propension aurationnel, qui ne se rend ni ne soffusque jamais, pourraparaitre emouvante a Iamateur moderne de psychologie desprofondeurs, dans sa naivete meme : elfe nen existe pas moins,et imperieusement. Rarissimes sont les constats dechecs dutype : «ce que cela signifie, je ne sais!». De la vient evi­demment que lon pourra se sentir de~u, apres tant de decen­nies de freudisme, jungisme ou adlerisme, par la facilite tropgrande de tant delucidations rationnelles de ces reves, encoreque Ion ne puisse leur refuser, en regie generale, le merite dequelque coherence. Une volonte parfois amusante mais tou­jours touch ante (et reellement edifiante!) preside a cetteapplication a transposer comme spontanement les reves lesplus oses, les plus colores, les plus incongrus parfois en realites
  • L"ITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 25bien intellectuelles : jai reve ceci parce que javais fait celahier, rencontre Untel avant-hier, ecrit tel chapitre la veil le,ref1echi a telle proposition toute la semaine, etc. Un homme quise refuse demblee au mystere sans examen, qui nadmetIirruption du supra-humain que contraint et force, qui nedesespere pas delucider le plus obscur, pour qui lon sent quele « un jour, vous verrez le ciel ouvert » nest pas lettre morte.Sans doute avons-nous renonce aujourdhui a ce cartesianismeimpenitent. 11 nen demeure pas moins que cette volonte estadmirable, la saurions-nous vaine, et quelle fait de Sweden­borg un parfait enfant de son temps. Japprecie, en particulier,cette deteinte perpetuelle, a son sens, du travail a letat de veillesur les etats de pensee dans le sommei!. On y lit implicitementce qui seraun jour un des grands postulats de la psychologie :la permanence de Iactivite mentale a travers les etats successifsde notre conscience et ce nest pas la le moindre des traits quirendent son journal si mod erne. Et lingeniosite ne lui manquepas a cet egard : on se laisserait volontiers emporter par lalimpidite de telle transposition comme celle qui no us estproposee pOUf le 16 septembre, a propos de la femme enceinte,ou la conception de Ienfant a venir est assimilee a celle delreuvre que Swedenborg peine a composer a la meme epoque, Au demeurant, ce parti pris nest pas toujours gratuit ni vain.Alain, par exemple, aurait apprecie ce sens de la liaison entrephysiologique et mental qui nous vaut tel developpement, pourle 12-13 avril, sur les incidences de la respiration (inspirationinvolontaire, expiration volontaire) sur le fonctionnement dela pensee, et iJ y a, un peu partout dans ces notes, une recherchede syncretisme dans Iobservation du complexe : obsession dusexe - recherche scientifique - quete de la verite, que nossexologues actuels ne sauraient desavouer. On en dira le ressortprofond et commun, par la suite: sans que cela soit expres­sement consigne, il semble clair tout de meme que Swedenborgle ressentait bien comme te!. 11 naurait pas avoue, sans cela,Iapparente aberration quil voyait dans la frequence des ima­ges erotiques au cours de ses reves, lui qui setonnait de navoirpour ainsi dire plus de desirs sexuels a letat de veille. Aprestout, il a cinquante-sept ans lorsquil entreprend de rediger sonLivre des Reves! Mais on se gardera de pousser au systeme : il y a comme
  • 26 R. BOYER une saine reaction thomiste au terme de cette entreprise, quien dit a la fois la grandeur et les limites - conscientes Iuneet les autres. Cet esprit pour qui science, intelligence et raisonne sont pas de vains mots ne pousse ni la na"ivete ni Ioutre­cuidance au-dela de limites sensees. Cest~a-dire quil sait fortbien que si Ientendement doit tenir cl honneur de sappliquera aller le plus loin possible dans Iinterpretation des chosessacrees, il lui convient aussi de savoir de science sure que cepropos ne peut outrepasser certaine frontiere inevitable etqUau-dela commence a proprement parler le domaine de lafoi. 11 note le 6-7 avril, au debut de la consignation de sa gran<;ierevelation, quau-dela de cette limite, la «foi forte» (denstarka troen) se trouve comme ernpechee par les intrusionsintempestives de son entendement (mitt jdrstcmd). Et iJ suffit.Ce nest pas un philistin ni un diafoirus, tant sen faut. Lagrandeur de Ihomme (tout court, et de Ihomme Swedenborgen particulier) est de tenter de comprendre. A ce titre, il ny aaucun reproche a faire au grand Suedois. Car homme, bien vivant, bon vivant, il Iest, souverainementet Iune des surprises que reserve incontestablement au lecteurson Livre des Reves est de nous reveler ce regard gourmand detoutes bonnes choses qui sexcuse davoir trop curerat pellicu­lam (30 avril-I er mai), sextasie d ejacuier « en mervei lie » (enfran~ais dans le texte) ou apprecie en connaisseur cetoxliiggvin. une decoction locale deau de source, de primevere,de levure et de citron. Avec cela, une attention amoureuse auxbeautes de la nature printaniere en fleur, aux campagnesallemandes, a la delicate porcelaine fine, aux habits de luxe,aux chambres bien nattees, rien a voir avec Iaustere mathe­maticien, astronome ou anatomiste que Ion courrait risquedimaginer sur la nomenclature de ses ecrits en latin. Pas detrace de fausse pudeur dans Iinteret porte aux biens de cemonde, la satisfaction beate que procurent certaines constata­tions comme de savoir, Dieu merci, que son revenu est suffisantpour le mettre a Iabri du besoin. Dailleurs, liards, carolins,argent, or tintent et trebuchent dune page a Iautre, foin deIascetisme, de la haire et de la discipline. Je tiens ce point pouressentiel, si Ion veut apporter quelque credit aux vues ethereesqui, simultanement, abondent dans ces notes. On na pasmanque de voir en leur auteur un maniaque, un schizophrene,
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 27un faible desprit. Certains des contemporains de Swedenborg,y compris lil1ustre Carl Gustaf Tessin ont, immanquablementdirai-je, donne dans ce travers si banal des que 10n se trouveconfronte in vivo au genie: « Je ne sais si je dois dire heureuxou malheureux un faible desprit (svagsint) qui se delecte dansses imaginations ». Voila qui est dit. Mais quand bien memeIetat de contention extreme OU le mettaient ses ravissementsmentaux (quit appelait, on le sait, de/iquium) pouvait friserIanomalie parfois, rien, absolument rien nautorise a penserque Iauteur du Livre des Reves appartenait au monde desmalades. Esprit superieur, ce nest point esprit teratologique etpour le reste, on vient de le suggerer, non seulement la viecourante nest pas absente, tant sen faut, de ses preoccupa­tions, mais encore une cohesion evidente regne dans cetensemble de visions, quil reste a deceler en ses principes,certes, mais qui ne temoigne aucunement dun psychismederange. Je dirai meme davantage : ces notations dextases, de ra­vissements nevoquent guere les effusions dune TheresedAvila ou dun Jean de la Croix, ces Espagnols hyperpassion­nes et, cela soit dit sans depreciation, monomanes. En rev an­che, revelation pour revelation, il faut penser a une autreSuedoise, Brigitte de Vadstena qui, elle non plus, ne troquajamais le grain de la realite contre la paille des mots. Naturesscandinaves que 10n calomnie gravement en les disant dese­quilibrees, utopiques ou echevelees, natures, au contraire,etroitement accordees au rythme des saisons et aux beautes deschoses, en tout cas peu portees a Ihyperbole et au galimatias :si elles sont tentees de sevader de lorbe trop bien inscrite dece monde, cest a leur corps defendant et sans jamais la perdrede vue tout a fait. Jaurais a dire les marques que, malgre tout,le puritanisme ambiant laissera dans Iesprit de Swedenborg.11 convient tout aussi justement de noter quil disparait sou ventpour laisser se manifester a loisir une sensualite bien eveillee,bien satisfaite, comme impudique, celle qui sattarde sur ses« jouissances nocturnes » et confesse sans fausse honte davoirete « toute sa vie » porte sur le sexe. Decidement, tant pis, nousnavons pas affaire a un saint glabre et emacie pour pietainquisitoriales. Et cest merveille car, de la sorte, ce quaprecisement a dire le mystique, Iesprit religieux auquel il nous
  • 28 R. SOYER faut venir a present prend un poids autrement considerable. Car mystique, et mystique visionnaire. il le fut, no us lavons sous les yeux, vivant, dindubitable fayon. Bien que les dis­ tinctions de vocabulaire aient, finalement, assez peu dimpor­ tance ici, il convient tout de me me de signaler que Le Livre des Reves ne justifie pas entierement son titre. Sans doute les­ sentiel en est-il constitue de notations de reves a proprement parler, mais il y est question tout autant de visions ou detats apparentes sur la nature desquels il est difficile de se prononcer (il y a, par exemple, cette mention frequente : « comme dans une vision », « comme en vision », qui autorise pas mal dinterpretations) et, bien souvent, on est en droit de se demander de quel phenomene precisement il sagit en telle ou telle circonstance ; le fameux passage (6-7 avril) qui commence par un triple NB en gros caracteres et que lon cite si souvent, quoique ce soit rarement dans une traduction litterale commecelle que lon propose ici, peut laisser perplexe. 11 est difficileen tout cas de savoir OU tracer la delimitation entre purement reve et concretement vecu : « je joignis les mains et priai, etalors une main savancya qui pressa fortement les miennes ». 11 lui arrive de preciser « en reve », « dans une vision» (ensuedois ou en latin) mais la meme, il passe avec une deroutantefacilite dun etat a un autre sans prendre la peine de specifiersil y a soudain eu changement, en sorte que, pour lessentiel,il semble bien que nous soyons beaucoup plus souvent dansun univers visionnaire que dans un monde reellement onirique. En fin de compte interviennent ces moments quil ditlui-meme de « ravissement » et dont il donnera une descriptionplus tard : « Lhomme est place dans un etat intermediaireentre veille et sommeil. Pendant ce temps, il ne sait quunechose: cest quil est bien eveille. Dans cet etat, rai clairementvu et entendu des esprits et des anges ; meme, je les ai touches,chose et range, mais comme si mon corps ny avait pas vraimenteu de part. En ce qui concerne le second point, a savoir leravissement du corps loin de lesprit et en un autre lieu, jaiexperimente cela a deux ou trois reprises. Jai vu ce que cestet comment cela se produit. Je nen donnerai quun exemple :jallais par les rues dune ville et par les champs et, en memetemps, je mentretenais avec les esprits ; tout ce que je savais,cest que jetais eveille et je voyais toutes choses autour de moi
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 29comme a Iordinaire; mais apres avoir marche ainsi pendantplusieurs heures, je maperyus soudain - et mes yeux de chairle virent aussi - que jetais en un lieu tout different. » On voitque nous nous trouvons bien, de toute maniere, dans un etatde choses Oil les categories spatio-temporelles se diluent et qui,a nen pas douter, renvoie a des experiences bien connues dumysticisme. Alors, no us navons plus affaire a de veritablesreves, mais bien a quelque chose de superieur Oil Ihomme estvraiment « ravi » (voir 1-2 juillet et lendemain) : sortes detatscataleptiques, eventuellement levitation et autres phenomenesapparentes. La vraisemblance, par absence visible de complaisance,precherait en faveur de Iauthenticite de ce temoignage :Swedenborg, clairement, ne se corn plait pas aces exercices, ilevite soigneusement les outrances, se penche sur ses propresetats avec Ietonnement ou Iesprit dexamen quil a appris chezDescartes ou ses disciples, se refuse a tout pathos ou delayage.Au demeurant, meme si Ion est en droit de refuser la plupartdes interpretations trop faciles ou immediates quil propose deses propres songes, on ne peut leur denier une maniere delogique generale, sans parler de bonne foi. Dautant quilevoque souvent ses douleurs physiques ou troubles physiologi­ques si frequemment associes a ses etats seconds : transes,sueurs froides, tremblements (voyez 5-6 avril ou, encore unefois, 6-7 a vril )., Les alternances froid - grande chaleur,transpirations - frissons que ce clinicien avise caracteriseensuite dun reil froid sont assez connues pour etre typiques deces etats. On ira meme plus loin: il lui arrive frequemment de noterla deteinte (peut-on parler de transvasement?) qui setablitentre des etats physiques ou physiotogiques et des etats des­prit; il y a la quelque chose de fort troublant. Ainsi, pour le8-9 octobre, it consigne dabord quelques visions ou revesparticulierement beaux et delicieux, puis remarque que lelendemain, cest-a-dire au reveil, son corps est devenu si« clairvoyant» (klarsynt) que ses yeux nont plus le moindremal a lire les tout petits caracteres dimprimerie de la Bible. ledecele la comme une illustration quasi inconsciente de cet etatquil faudrait dire de transfusion entre reel et surnaturel, etatqui, on le sait, sous le nom de correspondances, est un des
  • 30 R. SaYERdogmes de son systeme. Pour le reste, tout dit assez que no usevoluons bien dans un univers onirique : couleurs violentes etnon naturelles, jaune et rouge surtout; profusion de gouffreset dabimes dans lesquels la chute ou bien parait imminente oubien ne cesse detre redoutee, cette peur maladive du gouffrequi, encore une fois et en contexte assez semblable, renverraita Pascal; frequence des manifestations de monstres en tousgenres avec tout de meme une predominance marquee du chien(dans une grande variete, il y en a qui parlent, qui embrassent,qui mordent aussi, bien entendu) mais, remarquons-Ie bien,sans le fatras habituel de creatures soit teratologiques soitobligees du genre (crapauds, viperes, basilics, etc. le ne trouvequ une seule veritable mention de dragon) ; et, en tout etat decause, sans quil soit loisible de setendre sur ce sujet id, toutIappareil ordinaire et bien connu des sensations bizarres, defisaux lois naturelles et ambiance mentale caracteristiques dureve. le ne veux, au total, quinsister sur la nature non malsaine,non fabriquee (a des degres divers) de ces visions, reves ouapparitions. Rien qui denote quelque espece de complaisance,encore une fois. Au contraire : setalent sans pudeur, chez cethomme bien de la terre, une jouissance ingenue du sommeil,un aveu franc de ses delices, de la delectation quil prend aavouer sans vergogne quil a merveilleusement dormi onzeheures daffilee ou davantage. Sans parler du retour si frequentde la satisfaction quil tire de son sommeil « surnaturel ». Onne saurait dire que ce mystique soit tourmente, quil appre­hende la nuit porteuse de songes : ce qui me ramene, une foisde plus, a Iequilibre, il faudrait presque parler de tlegme, decette nature qui, etant sujette a de tels tracas, nen tire pas plusdangoisses ! En revanche, a qui voudrait trouver ,la quelque relent de ceque le Moyen Age appelait tristitia et quil comptait du resteau nombre des peches capitaux, quelque illustration pourmystique bien:pensante en mal de voie purgative, il fautconseiller de lire lentement et de mediter les notes du 5-6 avril :tout y est en place pour deffroyables visions cauchemardes­ques dans la crainte et le tremblement, le bizarre ou le patholo­gique. Et puis nous debouchons sur de « merveilleux » mou­vements et enfin sur Iextase bienheureuse et la delectation
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 31dans la c1arte transfiguree, « car tout etait celeste; clair pourmoi a ce moment-la; » et de parler de « vie », de «splen­deur », de « delice »» pour conclure sur 1« extase celeste »». Tout cela pour mettre en valeur et ce qui me parait etreIevidente sincerite de ce temoignage et donc, par consequent,la qualite des revelations bouLeversantes dont il fait part: onremarquera que ce «journal »» qui couvre plus dune annee(21-7-1743 a fin octobre 1744, si Ion ne tient pas compte dela toute derniere entree qui serait de mai 1745) se concentre enrealite sur le mois davril 1744 et sur quinze jours du moisdoctobre de la me me an nee, soient les deux moments capitauxde ces revelations. Et alors, on sent dans le style telegraphique,les ellipses, les abreviations, les notations a Iemporte-piece quidecouragent Iinterpretation qui1 ny a rien la de refait ni desurfait. Rien danormal non plus. Decidement, etant donneto us les presupposes quimpliquent les visions de Swedenborg,tout Iunivers mental dans lequel iI evolue depuis qui1 existeet qui1 pense, on se sent fonde a faire credit a cet homme,quelque ethere que soit son mysticisme, quelque obscures quesoient (que ne peuvent pas ne pas etre) ses revelations. Car, cest la que je veux en venir, nimportent les conclusionsde la psychologie des profondeurs ou la mal veil lance de quientend se defier forcement des abstracteurs de quintessencequels qui1s soient, il faut imperieusement se demander pour­quoi Swedenborg a entendu consigner ainsi, systematique­ment, ses reves et ses visions, sans la moindre intention de leurdonner une quelconque publicite (ce qui, bien entendu, nex­c1ut pas qui1 ait pu sen servir pour la redaction de ses travauxulterieurs). Que ce soit par simple curiosite ne peut apporterune reponse satisfaisante. Force nous est de retomber sur uneconclusion assez evidente qui, par contrecoup, relance Iinten~tdu Livre des Reves : il y a eu revelations, certes, revelationscapitales et bouleversantes. Et de quel ordre? Dordre reli­gieux. Le Livre des Reves, quon le juge dans son epoque ouquon le lise independamment des temps et des lieux, apporteun temoignage, dont je viens de dire Ihonnetete, sur uneexperience profondement, essentiellement religieuse dont lemeilleur reste eminemment actueI. II est interessant de constater en effet que tous ces reves,toutes ces visions re<yoivent systematiquement, a de tres rares
  • 32 R. BOYERexceptions pres, une interpretation religieuse, chretienne, pres­que jamais autre, ou encore, que ce soit a peu pres reguliere­ment une vue moraliste (moraliste, pas moralisatrice) desbizarreries apparentes qui hantent son sommeil, quil no uspropose. Une sorte de tropisme, de penchant irresistible finittoujours par ramener la pensee consciente vers ce pole et il estbien vrai de dire que Le Livre des Reves est finalement [reuvredun homme absolument passionne de religion chrelienne. dansune acception de celle-ci que nous sommes en droit de direfondamentale. Car elle est au creur meme dune dialectique ou dunmouvement bien caracteristiques de Swedenborg. Resumons­les dune phrase : it sagit de passer de Iamour propre aIAmour ideal (celui du Christ) avec Iaide de la grace. Ainsi,tout est dit. Demarche finalement bien familiere - faut-il, unefois de plus, invoquer Pascal? - qui fait triompher la foi deIentendement, apres aveu dimpuissance de ce dernier (maisnon sans un essai honnete de Iexercer) par le moyen de lagrace. Nous sommes en territoire connu mais assurement untemoignage comme celui-ci prend un poids tout particulier,justement parce quil est mieux garanti que dautres de ne pasverser dans Iilluminisme ou le fanatisme tout en etant unepreuve patente et vivante des impuissances de tout gnosticisme.Et quelle attitude est, au sens exact de Iadjectif, plus edifianteque celle-Ia, plus urgente aussi, aujourdhui plus que jamaispeut-etre : aller jusquau bout des possibilites du rationnel, enmesurer Iechec et alors attendre de la grace quelle vous aidea prendre conscience de lAmour infini et de ses ressources! A vrai dire, un peu de psychologie aurait suffi a nous mettresur la voie, car linsistance apportee a broder sur des themesmilitaires ou martiaux, la constance des preoccupations sexuel­les ou amoureuses constituent bien autant de transferts ou derelais! Il y a inconstestablement du militiant, du proselyte chezce fils deveque et Ion ne saurait et re surpris, en definitive, delorientation quont fini par avoir ses reflexions. Mais reprenons le mouvement de cette dialectique, un peuparce qui1 est exemplaire, beaucoup parce quil permet aise­ment de faire litiere des accusations malintentionnees porteescontre Swedenborg et deja evoquees ici. Au point de depart,donc, seleve la conscience de Iobstacle a toute veritable
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 33 montee, cet amour-propre, cet orgueil contre lesquels nous le voyons vituperer page apres page: « jai neglige Ihumilite, qui est le fondement de tout ». Jajouterai un autre obstacle qui nest pas absolument conscient, lui, de Swedenborg, mais qui me parait fort impor­ tant aussi : il provient du puritanisme dont la notion, non seulement nest jamais perdue, ne serait-ce que de fa<;:on diffuse, pour ces natures-la, mais encore doit rester bien eveillee chez nous qui nous interessons a elles. On trouvera maintes traces, dont certaines sans equivoque, de puritanismechez Swedenborg : dans Iobsession de Iimpurete par exemple,(voyez le 2, du 24-25 mars avec la presence, comme obligee,par contraste, du linge bien blanc oppose a « la vermine » ), oudans le sens bien janseniste de ce qui est delicieux etant permisalors quil etait execrable tant qui1 etait defendu. Voyez le9-10 avril, la confession que rien negale la joie de Ihommechaste « quand il se trouve dans Iamour veritable et in ipso acluavec son epouse legitime ». On sent comment, par oppositionsurtout, cette joie saccroit de la conscience des remords, enIoccurrence absents (et tout est la!) que vaudrait a cettephrase le remplacement de nimporte lequel des termes clefs(joie, homme chaste, amour veritable, epouse legitime). Puri­tanisme encore, Iobsession de la mise negligee, du linge sale,de Iapparence exterieure susceptible de ne pas sacrifier auxnormes en vigueur, bref, la vo[onte de sauver la face ou, pourmieux dire encore, de ne pas preter le flanc a la critique, de nepas encourir le jugement defavorable dautrui qui est le pireopprobre : quy a-t-il de plus insupportable que de se voir« vetu assez communement » (24-25 mars)? Et le psychologueaura releve sans peine to us ces appartements mal balayes, maltenus, mal arranges, ces gens mal mis qui peuplent les reves etles visions de Swedenborg. Obsede de purete, de proprete :obsede dangelisme, de rage de perfection, Oll le rejoindronttant dautres grands Scandinaves, au premier rang desquelsIbsen, Strindberg, Kierkegaard, Lagerkvist, les plus glorieux,donc! Comment rendre compte autrement de cette brutaledichotomie, si surprenante chez un esprit de cette envergure,au demeurant visionnaire, entre esprit et matiere, ame et corps.le trouve deconcertant que ce grand cerveau, non seulementnai jamais eu lidee dabolir des frontieres que tout tendait a
  • 34 R. BOYER lui faire apparaitre sous un jour derisoire, mais encore de les postuler irrefragables puisque, en somme, tout son systeme de correspondances sarticule autour de ces antinomies. Une image deux fois reprise dans deux reves differents et bien separes dans le temps, me parait typique de cette menta­ lite : cest ce vagin arme de dents, ce vagin qui mord. Se satisfera-t-on ici dune banale interpretation psychologique? Dans le meme ordre didees, mais sous un autre angle, que pensera-t-on du « dans les choses spirituelles, je suis un ca­ davre puant» (15-16 avril)? Tout ce qui est excessif est insignifiant, disait, je crois, Talleyrand. En verite, il faut que ce puritanisme ait pousse de bien profondes racines pour quun homme comme Swedenborg, dont je me suis tant piu a Iouer les qualites dequilibre et de mesure, ait ainsi verse dans de telles outrances. Mais en un autre sens, cest la la condition sine qua non qui permet une indispensable regene!ation. Trop de lucidite rationnelle ne peut quentrainer ou le desespoir le plus noir ou la certitude bien rationnelle ue la solution ne pe.ut etre rationnelle et des lors samorce le mouvement de catharsis qui est SI caracteristique de tous ces hyperpassionnes que sont les genies mystiques, et dont les principales propositions sont trop connues pour que je fasse autre chose que les rappeler tres succinctement : grossiere, « sale », imparfaite, la vie terrestre nest en fait quunepreparation au monde des esprits car cest ( la seulement, ue seront defU1itivement acccomplies nos desti­ nees individuelles ; et comme tous les « esprits » ne sont que des etres umains morts, il faut quit y ait eu transfiguration lors de ce passage dun monde a un autre; ainsi : lorsquil « meurt », Ihomme est transporte dans un etat spirituel; sil fut bon ici-bas, le voici devenu ange ; sil fut mauvais, cest la conscience implacable de sa mechancete qui le precipitera de lui-meme en enfer car Dieu nest juge de personne, la creature) humaine est seule arbitre de son propre sort; il sensuit que seule une considerable difference de degre separe le monde des esprits du notre, non de nature : la matiere attend detre spiritualisee car les « esprits » ont des corps, des vetements, des demeures, etc. comme nous. Tout est dans ce travail de subli­ misation. Mais cela ne peut se faire de soi-meme. La grace est indis­ pensable et japprecie que ce point paraisse dune telle evi­
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 35 dence it Swedenborg que cest it peine sil eprouve k besoin de le detailler, de lexpliquer, En revanche, presque tout lesprit de son reuvre est dans une citation comme celle-ci (7-8 avril) : (la seule chose it faire est de se remettre humblement it la grace de notre Seigneur, de concevoir sa propre indignite et de( remercier humblement Oieu de sa grace », 11 peut appeler cela Providence, nimporte : le moteur de lo-ute la retlexion est dans upe indefectible confiance en Oieu. Ailleurs, referencesera faite DEsprlt Saint : cest toujours la meme chose, que dailleurs on voit transparaitre de mieux en mieux au fur et it mesure que progresse Le Livre des Reves - le sentiment( croissant de netre quun « instrument» aux mains de Oieu. ­ En verite, on pourrait aisement prendre cela pour une abdication, un constat dechec et dimpuissance avec reverse­ ment consequentiel dans Iilluminisme, le fatras, la bigoterie, que sais-je? Noublions pas que les annees 1743-1744 011 sont consignees les notes du Livre des Reves sont les annees deci­ sives 011 va sarreter la carriere scientifique pour faire place it Ireuvre mystique. La « crise » qui est rapportee ici est capitale, ne serait-ce que parce quelle decide de toute une destinee: Or cette crise, je viens de le dire, vient aussi dun constat de faillite : la raison, la science rationnelle sont impuissantes it donner le chiffre de la condition humaine. Mais, il faut y insister, nulle resignation, nulle deploration dans ces pages. Au contraire : une allegresse, une serenite et pour tout dire une passion nouvelle. 0011 la recusation ferme du souP<r0n qui meftleurait quelques lignes plus ha ut : non, Swedenborg, nabdique strictement rien en sen remettant it la grace, ou it la Providence, ou it IEsprit Saint. Car il a trouve (au pis, il a eu lintuition) beaucoup plus et mieux que ce que pourrait donner tout raisonnement, toute decouverte logique : il a trouve Iamour, il a eu le sentiment de Iamour de Oieu et cela suffit pour que sa vie en soit completement bouleversee. Celui qui confie (le 3-4 avril, avec un NB significatif) : « Fus pris dun sanglot parce que je nai pas aime » decouvre tout it coup quil suffit detre it Oieu et non pas a soi-meme, et il va desormais le repeter de mille fa<rons. Cela risquera meme de verser dans les exces bien connus dun certain mysticisme, cet exces damour-passion qui se fait desir de martyre, par exem­
  • 36 R. BOYERpie. Il ne developpera pas, Dieu merci, ce theme mais ilconvient dimaginer ce savant, habitue des doctes societes etdes entretiens que nous dirions hautement techniques, mainte­nant saisi de ces ardeurs ! Je ne sais si la conscience brutale de ce passage radical, ladecouverte bouleversante dun amour absolu nest pas, enderniere analyse, responsable de lerotisme marque de tant deces reves, voire meme de la tendance etrange a linversion :comment justifier tous ces hommes deguises en femmes, Oil jeverrais volontiers une premiere approximation de ce qui seraun jour son ideal mystique, cet androgyne a la fois ne delointaines racines pai"ennes (Fjorgynn-Fjorgyn, Njordr-Ner­thus, Freyr-Freyja) et assure de trouver de tels prolonge­ments (Almqvist, Strindberg) dans la litterature suedoisemod erne. Oui, Swedenborg a decouvert, a entretenu lAmour Parfaitet cest cela la raison detre, a la fois incitateur et, proprement,message du Livre des Reves. Mieux encore: cet Amour, et cestla lessentiel de la revelation du 4-5 avril, il a decouvert quilnexistait pas a letat abstrait, mais qu~il setait incarne en unePersonne, celle du Christ, « car cest Christus seul, en qui toutedivinite est parfaite, quil faut adorer [...]. Cest lui le tout­puissant et Iunique mediateur ». (7-8 avril). It y a quelquechose de profondement actuel dans cette fayon de voir et, pourne prendre quun exemple, je trouve remarquable de constaterlexistence de la meme attitude chez la Suedoise Brigitt~T,IQgjg, le Bernanos suedois, a lheure actuelle. Swedenborg nenvisageait evidemment pas la publicationdes notes du Lives des Reves. Cela va de soi, mais il eut ete biendommage que ce texte rut perdu. Apres tout, peu ban ale et,comme je lai deja dit, exemplaire est cette experience: le geniemathematique qui decouvre un jour que (Amour est plus quetout, qui se voit oblige par ses reves memes et ses visions denconvenir, jusqua Iobsession, et qui sappliquera desormaisavec une conscience semblable a celle quil apportait a Ietudedes etoiles, a proposer une sorte de progression rationnelle quifera passer de notre etat a celui de pur esprit, ce genie-la abeaucoup a nous apprendre. II est au cceur meme dunedemarche qui est celle exactement du modernisme et qui
  • LITINERAIRE SPIRITUEL DE SWEDENBORG 37decouvre, apres les extases faciles et courtes de Ientendementet leur inevitable contrepartie, les affres et les moues de meprisde Iabsurde, que seul compte Iabsolu de Iamour divino Ubicaritas et amor, Deus ibi est! Regis Boyer
  • rnit- 1--1 Le 21 juille l743: je quittai Stockholm, arrivai le 27 a Ystad apres etre passe par les villes de T~Hje I, Nykoping, Norrkoping, Linkoping, Granna, Jonkoping, Rencontre a Ystad la comtesse de la Gardie 2 avec ses deux demoisel- les et deux comtes, le comte Fersen 3, le major Lantings- hausen 4, maltre Klingenberg 5, Le 31 arriverent le general Stentlycht 6 avec son fils et le capitaine Scheckta 7,L A cause du vent contraire, nous ne mimes pas a la voile avant le 5 aout, nous etions dans la suite du general Stentlycht. Le 6, nous entrames dans Stralsund, le 7 de bonne heure, dans la ville ; le meme jour, la comtesse et le general sen allerent.3 A Stralsund je visitai de nouveau les fortifications depu,is la Badentore 8 jusquaux portes Franken, Triebsee et Knieper, ainsi que les maisons Oll le roi Charles XII I. Talje : Sodertalje. Swedenborg traverse la Suede depuis Stockholm jusquau sud de la Scanie, a Ystad, en longeant le lac Vatter. 2. La comtesse de la Gardie (1695-1745), femme - veuve au moment oll Swedenborg ecrit, dun des hommes politiques les plus importants de Suede a Iepoque, Magnus Julius de la Gardie. Elle residait a Paris apres la mort de son mari. Les « deux demoiselles » sont ses dames de compagnie. 3. I1 sagit du celebre Axel von Fersen, aime de Marie-Antoinette ( 1719-1794), qui etait alors officier franlj:ais; il sera ensuite membre du Conseil et president de la Diete en Suede. 4. Jakob Albrekt von Lantingshausen ( 1688-1769), baron, lieutenant-gene- ral en 1757, gouverneur general en 1759. En 1743, it etait au service de la France depuis une vingtaine dannees. 5. Carl Klingenberg (mort en 1757) etait un intellectuel uppsalien, con nu pour avoir ete Iun des inspirateurs et am is de Madame NordenOycht, la « Muse du Nord ». 6. Johan StenOycht ( 1682-1758) a la fois colonel suedois et lieutenant- general franlj:ais. Avait conspire contre le royaume de Suede, avait ete banni puis, apres amnistie, etait revenu en Suede en 1742. 7. Scheckta, Borje Philip ( 1699-1770), mousquetaire de la Garde Royale en 1717, officier detat-major en 1743. 8. Badentore, Frankentore, etc. : noms des portes de la ville fortifiee de Stralsund.
  • 40 E. SWEDENBORG logea, le palais Meijerfeldt 9 , les eglises St Nicolai, St la­ cobi - qui fut demolie lors du siege 9biS - Ste Maria. Rendis une visite au colonel et gouverneur Schwerin 10, au surintendant Loper, au maitre des postes Criwitz. Dans Ieglise St Nicolai, on montre une pendule sur laquelle la foudre est tom bee en 1670, 1683, 1688, a 6 heures precises, sur Iaiguille. Visite ensuite le nouvel ouvrage a Iexterieur de la Kniepertor : rencontre Carl lesper Benzelius 11. Visite les ouvrages hydrauJiques qui alimentent la ville, consistent en tuyaux doubles 12.4- Le 9 aout, jai quitte Stralsund et traverse Damgarten ; dans le Mecklembourgeois passe Rimnitz jusqua Ros­ tock, oll se visitent 8 eglises, 5 grandes et 3 petites, un cloitre de femmes pour 8 personnes, mais etaient en liberte.5" ~ De la, jallai jusqua Weimar, Oll il Yavait 6 eglises, les meilleures sont Ste Maria et St Georges. Parti de la le 11, en cours de route on visite Gadebusch oll a eu lieu la bataille 13 entre les Suedois et les Danois ; ensuite jusqua Ratzeburg qui est entouree dun mare­ cage, passe en consequence sur un long pont.c; Le 12 arrivai a Hambourg, loge a Keiserhof oll residait aussi la comtesse de la Gardie: rencontre le baron Hamilton 14, Reuterholm IS, Triewald 16, Konig 17, lasses­ 9. La residence du gouverneur general suedois Johan August Meijerfeldt (1664-1749). 9. [I sagit du siege de Stralsund par les Prussiens et les Danois en 1715 : la vi lie, reduite aux abois. se rendit le 22 decembre. 10. Claus Filip von Schwerin ( 1689-1748). baron, colonel de la garnison de Stralsund en 1737, commandant de la place en 1743. 11. (117114-1793), neveu de Swedenborg, professeur a lUniversite de Lund en 1750, eveque de Strangnas (pres de Stockholm) en 1776. 12. On saitlinteret que manifesta toujours Swedenborg pour la mecanique. 13. Le 20 decembre 1712 : elle marque la fin de la puissance suedoise aux XVII-XVIII siecles. 14. Carl Fredrik Hamilton ( 1705-1753), marechal de Cour. 15. Nils Esbjornsson Reuterholm (1676-1756), baron, gouverneur des provinces du Narke et du Varmland en ,1739. 16. Marten Triewald ( 1691-1747), ingenieur et constructeur de fortifica­ tions. Un des fondateurs de IAcademie des Sciences de Suede oll Swedenborg sera elu, sur proposition de Linne, en 1740.
  • LE L1YRE DES RE-YES 41 seur Awerman, He presente au prince Augustus, frere de son Altesse Royale, qui parlait suedois, puis par le grand marechal du palais Lesch, a Son Altesse Royale Adolf Fredrik 18; ai remis mon abrege 19, ce qui va en etre imprime, ainsi que certaines recensions du precedent. :f - Le 17 je quittai Hambourg, me rendis a Buxtehude en traversant le fleuve ou pendant un mille on voit la plus charmante campagne que jaie vue en Allemagne, traverse un jardin ininterrompu de pommiers, poiriers, pruniers, noyers, chataigniers ainsi que des tilleuls et des ormes. iJ Le 18 a Breme, ou il y a de bons remparts et des faubourgs dont le meilleur est Neustadt ; pres du pont qui y mene il y a 11 moulins a eau les uns a cote des autres. Visite IHotel de Ville sur la place ainsi que le Gross Roland 20 qui est Iembleme dune viUe libre, puis Ieglise St Nicolai et la cathedrale; me rendis a Ihospice, il sy trouve aussi quelques statues.:1 - Le 20, de Breme a Leer, par Oldenburg qui est un comte appartenant au roi de Danemark 21 ; bons remparts avec de Ieau en abondance autour. Traverse egalement Neu­ schants; pres de Leer, il y a une redoute que Ion appelle Leerort, elle appartient a la Hollande. De la a Groningen, qui est une gran de vi lie, elle est au prince dOrange. A Leeuwarden, on voit le palais qui lui est reserve, a lui et a sa mere, que Ion appelle palais de la princesse, de meme que IHotel de Ville et autres; on arriva la en trekschuit 22. lODe Groningen, on a le choix entre deux routes, cest-a-dire jusqua Harlingen et jusqua Lemmer; on se 17. Johan Fredrik Konig (1690-1747), maitre des postes et agent diplo­ matique de Suede a Hambourg. 18. I1 venait detre designe pour la succession du trone, le 23 juin de celle annee-la. 19. Cest Iabrege du Regnum animale. 20. Statue celebre au debut du xv· siecle en signe de la liberte et de la franchise de la ville de Breme. 21. Appartint en effet au Danemark de 1667 a 1773. 22. Sorte de barcasse a fond pial, ulilisee sur les canaux de Hollande, et halee par des chevaux.
  • 42 E. SWEDENBORG rend a Harlingen en trekschuit, a Lemmer en voiture;AA mais on prit la route de Harlingen par Leeuwarden. (ji) /l1",",- De Harlingen, qui est une grande ville... 2-=J.--_ _=--o=#" AL... I. De·i~.jeunesse et de la famille gustavienne. ..,rU-V-",,-- (2;. De Venise et du beau palais. d-L 3. De Suede, sur les blancs nuages du ciel. 4. De Leipzig, sur celui qui etait dans Ieau bouillante. 5. Sur celui qui degringola avec la chaine dans labime. 6. Sur le roi, qui fit des dons si precieux dans une chaumiere. 7. Sur le valet qui voulait que je men aille. 8. Sur mes jouissances nocturnes. - Metonnai de ne rien avoir de reste a faire pour mon propre honneur, en sorte que je men ressentis ; de ne plus etre porte sur le sexe, comme je Iai ete toute ma vie. 9. Comment je fus in exstasibus vigilibus 24 presque tout le temps. -13 - 10. Comment je mopposai a Iesprit et comme jappreciais alors ce que javais ecrit, pour decouvrir ensuite que ce navait ete que folies, sans ame ni suite; et quil doit en etre de meme pour une quantite de choses que jai ecrites, puisque, dans la mesure oll jai neglige la force de Iesprit, car toutes les fautes sont miennes propres, mais les veritates ne sont pas mlennes. 23. La suite manque. 11 semble que quatre feuilles aient ete arrachees du manuscrit. La suite de la relation du voyage de Swedenborg na pas dli etre de nature a donner lieu a commentaire. 11 sest rendu a La Haye ou il est reste jusquau Ier mai 1744, mis a part une excursion a Leyde et a Amsterdam du 23 au 25 avril 1744. Lenumeration chiffree qui suit, a donne lieu a com­ mentaires differents. 11 semble que Swedenborg ait dabord voulu (numeros I a 7 inclus) noter brievement ses reves etranges" entreprise a laquelle il aura renonce quand il se sera decide a noter en detail les reves en question. Les numeros 8 a I1 indus, en revanche, paraissent vouloir consigner les modifi­ cations curieuses que Swedenborg ressent dans ses dispositions physiques et psychiques. Certaines de ces indications sont notees de faYon obscure et difficile a interpreter. 24. En etat dextase, bien queveille.
  • LE LIVRE DES REVES 43 Qui, je me mettais parfois en etat dimpatience et javais, me semblait-il, des exigences quand les cho­ ses nallaient pas aussi facilement que je le voulais, puisque je ne faisais rien pour Iamour de moi; je voyais davantage mon indignite et remerciais pour la grace.l~ - 11. Comment je decouvrais que depuis que jetais arrive a La Haye, mes penchants et Iamour-propre que jai pour mon travail etaient passes, chose dont je memerveillais tout seu!. Comment mon penchant pour les femmes, qui avait ete ma passion principale, cessa si rapidement. Comment, tout le temps, pendant les nuits, jai eu le meilleur sommeil, plus que necessaire. Comment mes extases, avant et apres le sommeil ; mes pensees claires sur ces choses. IS Comment je mopposai a fa force de IEsprit Saint, et ce qui arriva ensuite ; comment je vis des spectres hideux. inanimes, affreusement enchevetres, et quel­ que chose qui bougeait dans tout cela, avec une bete qui m attaqua, et pas lenfant. /b Me semblait etre etendu sur une montagne, en dessous de laquelle il y avait un abime ; il y avait des saillies la OU jetais etendu, je voulais me rei ever en me tenant a une saillie, sans appui pour le pied, il y avait un abime en dessous. Signifie que je voulais me sauver de labime tout seul, ce qui netait pas reali­ sable. q.. ~ Comment une femme se coucha a mon cote, comme si je veillais ; je voulais savoir qui elle etait, elle parlait doucement mais elle dit quelle etait vierge, alors que moi, je sentais mauvais ; qui etait, je crois bien, mon ange gardien, car alors commen9a la tentation.
  • 44 E. SWEDENBORG18 I. Me tenais tout pres dune machine qui etait mue par une roue, dont les rayons senchevetraient a moi de plus en plus et me soulevaient sans que je puisse mechapper. Me reveillai. Ou bien que je resterai encore plus dans lembarras, ou bien que cela concernait pulmones in utero I, sujet sur lequeJ jecrivis aussitot apres; ou bien lun et lautre. f 1 2. Jetais dans un jardin qui avait beaucoup de plan­ ches, belles, dont je souhaitais posseder une, mais je cherchais sil se trouvait la quelque chemin pour se promener, chose quiI me semblait bien voir aussi, et jen envisageai un autre, Il y avait quelquun qui ramassait une quantite de betes invisibles et les tuait, il disait que cetaient des punaises que quelquun avait lclchees et jetees id et qui les infestaient. le ne les voyais pas, sinon une autre petite vermine que je laissai tomber sur un Jinge blanc tout pres dune femme: cetait limpurete quil faut extirper de moi ..20 3. Descendais un grand escalier, cl la fin il y avait une echelle, completement ballante et risquee, tout en bas il y avait un trou qui senfonyait dans un tres profond abime; cetait difficile de passer de lautre cote sans tomber dans ce trou. De lautre cote, il y avait des personnes, je leur tendais la main pour traverser. Me I. On notera dabord que les notations de reves a proprement parler commencent a ce chapitre. La disposition 24-25 (dans le manuscrit 24 x 25) signilie evidemment nuit du 24 au 25. Le principe de Swedenborg est de noter dabord son reve puis den proposer une interpretation plausible, :l ses yeux. 11 prendra par la suite lhabitude de souligner Iinterpretation. Ou, comme cest deja le cas ici, daccoler a la relation du reve une phrase qui commence par « Signilie » ou « signiliait ». ee nest toutefois pas toujours le cas. Ainsi, ici, il faut, pour ne pas commeltre dc ..reur, intercaler un « signilie » entre « Me reveiJlai» et « Ou bien que je resterai ... » Pl4lmones in utero : les poumons dans Iuterus (la matrice). Swedenborg traite du developpement du fa:tus dans le sein maternel, dans son Regnum Animale (imprime a Amster­ dam en 1744-1745) : cest de cela quil doit sagir ici.
  • LE LIVRE DES REVES 45 reveillai. Cest le danger dans lequel je suis de tomber dans Iabime, si je ne rec;:ois pas de secours. :t1... - 4. Parlais a notre pretendant au tr6ne 2 en Suede, qui etait transforme en femme, assez familiere aussi ; ensuite, avec Carl Broocman) pour lui dire quil devait prendre garde a lui, et qui repondait quelque chose; avec Erland 8roman pour dire que jetais revenu ici. Ne sais pas ce que cela signifie, sil ne sagit pas de ce qui suit.~~ ~ 5. Entrais dans une chambre magnifique et parlais a une femme qui etait Grande Maitresse de la Cour ; elle voulait me raconter quelque chose. Alors, la reine entra et passa dans un autre cabinet, semblait etre celle-la meme que representait notre pretendant au tr6ne. le sortis parce que jetais vetu assez communement, etant arrive de voyage, dun long et vieux surtout sans chapeau ni perruque; je m etonnais q u elle daignat me venir cher­ cher; elle racontait quil y avait quelquun qui avait donne a sa maitresse tous les joyaux, mais il les avait recuperes de telle sorte quelle avait appris quil ne lui avait pas donne le plus beau : alors, elle avait jete les2-~ - joyaux.Elle me pria de rentrer, mais je mexcusai detre si negligemment vetu, nayant pas de perruque, il fallait dabord que jallasse chez moi. Elle dit que cela navait pas dimportance. Concerne ce que je devrais ecrire alors, et commencer I Epilogum de la seconde partie 5, celle a laquelle je voulais ajouter un prologue, mais ce netait pas necessaire; comme aussi cela sest passe. Ce quelle racontait sur les joyaux, ce sont les veritates qui se reve­ lent a vous mais qui sont reprises du fait quelle se so it offensee de ne pas avoir eu tout. le vis ensuite les joyaux dans ses mains, et un gros rubis au milieu. 2. Donc le prince Adolf Fredrik. voir chapitre precedent, note 18. 3. 1709·1761. Imprimeur bien connu a I"epoque, instal le a Norrkoping. et auteur dune enorme compilation geographique sur la province dOstergot. land. 4. 1704-1757, marechal de la Cour. Un des esprits les plus corrompus de son temps, encourageait activement les frivoliles du roi Fredrik I. 5. Soit un epilogue a la seconde partie du Regnum animate.
  • 46 E. SWEDENBORG 25-26:tit- - 11 me semblait prendre une clef, entrai, le gardien exmina quel genre de clefs javais ; les lui montrai toutes, si je devais en avoir deux, mais je pensais que Hesselius I en avait une autre. le fus mis aux arrets, on me surveilla, beaucoup de gens vinrent a moi en voiture, je considerai navoir rien fait de mal, me rappelant pourtant que Ion verrait dun mauvais reil comment iI avait pu se faire que jeusse pris cette clef. Me reveillai. Beaucoup dinterpre­ tations : que jai pris la clef de Ianatomie, Iautre, celle quavait Hesselius, etait pour la medecine ; comme aussi que la clef des pu/mones est I arteria pu/monaris, et de la sorte, la clef de tout motum corporis ou spiritualiter 2.2..5" - le reclamai un medicament pour ma maladie, on me donna une quantite de guenilles pour payer, jen pris la moitie et choisis dans Iautre moitie, mais rendis toutes les guenilles ; iI dit quil voulait personnellement mache­ ter ce qui pourrait amener une guerison. Cetaient les pensees de mon corps qui etaient des guenilles, cest delles qui netaient bonnes a rien que je voulais me guerir.26 Sortis ensuite et vis beaucoup dimages noires, une de ces images noires me fut jetee, je vis quelle ne pouvait pas sadapter a la base. Cetait que la ratio naturalis ne pouvait pas sadapter a la spirituali. je crois J • Le 30-31. ~+ - Vis une quantite de femmes, il y en avait une qui ecrivait une lettre ; la pris, mais ne sais ou elle passa. La 1. Johan Hesselius ( 1687-1752), docteur en medecine, assesseur au Col­ legium medicum; membre de lAcademie des Sciences. 2. Pulmones : poumons; arteria pulmonaris : artere pulmonaire; motum corporis: mouvement du corps; spiritualiter : le spirituel. 3. Ratio naturalis : raison naturelle par opposition a la raison spirituelle, spiritualis.
  • LE L1VRE DES REVES 47 femme etait assise et un homme jaune la frappait dans le dos, elle eut voulu etre rossee davantage, mais cetait assez. Concerne, je crois bien, ce que jecris et ai ecrit, notre philosophie.-Z9 -- Vis une femme dune extreme beaute comme a une fenetre Oil un enfant posait des roses; me prit par la main et me conduisit. Signifie ce que jecris et ma souffrance, qui devraient me conduire, je crois bien.29 Vis une procession dhommes qui etait magnifique. si bellement paree que je nai rien vu de plus beau, mais disparut bient6t. Cetait, je crois bien, [experience qui est a present en pleine Ooraison. Avril, 1-2. 1+4-30 - Chevauchais dans lorage; entrai dans toutes les pie- ces, cuisine et ailleurs a la recherche de quelquun, mais ne trouvai pas; les pieces etaient mal balayees. Enfin je fus conduit dans Iorage dans une salle Oil je re<;:us deux beaux pains, et alors je le retrouvai ; il y avait pas mal de gens, et la salle etait balayee. Signifie la Sainte Table. Le roi Charles etait assis dans une piece sombre et disait quelque chose, mais assez indistinctement, de- manda ensuite a quelquun qui se trouvait a table sil navait pas compris ce quil demandait, celui-ci repondit que si. Ensuite, il ferma violemment les fenetres et je )aidai a arranger les rideaux ; puis je montai a cheval, ne pris pas le chemin que je pensais, mais par monts et par vaux, chevauchant grand train; maccompagnait toute une voituree, je ne pouvais men debarrasser, pourtant, le cheval se fatiguait sous cette charge et voulut lapporter chez quelquun ; il entra, et le cheval devint comme une bete rouge sang que Ion a abattue, et resta couche. Signifie que jai eu tout ce que je voulais pour mon instruction et que je prends peut-etre un mauvais chemin; le chargement, cetait le travail qui me reste et qui
  • 48 E. SWEDENBORG maccompagnait cest lui qui, sur ce chemin-la, se fatigua tant et mourut. 32. -- Sortais dune voiture, laquelle fut conduite dans un lac, en y penetrant, le cocher cria a lautre voiture de prendre garde a soi ; il faut dire que quand il y entra, il y avait du danger. le regardai lautre voiture, on y voyait, sur lar­ riere, un ecran que lon deployait, comme un ecran ; pour ma part, en meme temps que celui qui se trouvait derriere, je pris cet ecran, entrai et le repliai. Cetait que le debut de mon travail etait dur, on avertissait lautre voiture de prendre garde, et que je do is me limiter et ne pas faire de si longues annotations. 2-3. A J~ I+~ Y.33 - Arriverent deux personnes qui entrerent dans une maison qui netait pas encore amenagee, quoique construite, elles en firent le tour mais ne semblaient pas bien disposees ; nous voyions que notre puissance etait partie et les craignions. Lune delles vint a moi et dit quils me destinaient une punition pour le prochain jeudi saint si je ne menfuyais pas, je ne savais ou sortir, elle dit quelle voulait me montrer le chemin. Me reveillai. Cetait que, dans une cahute non amenagee et non balayee, javais invite chez moi les personnes les plus eminentes et qudles avaient trouve tout en desordre; aurais dfi etre p.uni, mais on mavait misericordieusement montre le chemin pour echapper a leur courroux.3 fr 11 y avait un mendiant qui criait quil voulait de la viande de pore, on voulait lui donner autre chose, mais il sobstinait a demander de la viande de pore. Me reveillai ; meme signification, je crois. :) 5"- Vis deux groupes de soldats, en bleu, qui passerent en deux corps au pas cadence devant ma fenetre, laquelle etait entrouverte ; je voulais regarder dehors, la premiere
  • LE LlVRE DES REVES 49 marche, qui me semblait magnifique. Me reveillai ; cest la garde divine, pour que je ne perisse pas. NB - - - 3-4 avril 1744, qui etait la veille de paques.3C;; Ne trouvai rien de toute cette nu it-la, quoique je me reveillasse souvent, croyais que tout etait parti et resolu, et moi, abandonne ou emporte au loin. Le matin, il me sembla que je chevauchais, et on me montra vers Oll, mais quand je vis, il faisait noir; decouvris que dans les tenebres je metais egare mais alors la lumiere se fit, je vis que je metais egare, vis la route ainsi que des bois et des bosquets Oll je devais aller, et derriere eux, le ciel. Me reveillai; alors me vint comme delle-meme une pensee sur la prima vita et, a la suite, sur [altera vita, et il me semblait que tout etait empli de grace. Fus pris dun sanglot parce que je nai pas aime, mais presque davan ­ tage encore parce que jetais fache que Ion meut me ne et montre le chemin du royaume de toutes graces, et que jeusse, moi indigne, ete pris en grace. Av 4-5, suis alle a la Sainte Table.; 1- ~ Il etait dit quun courrier etait encore venu, je disais que ce devait etre que... On chantait une melodie et une ligne dont je me souviens, du psaume : « Jesus est mon meilleur ami» I. Il me semblait que les bourgeons etaient verts, quils avaient eclate. I. C"est le psaume 245 dans I"edition suedoise du Psautier de 1695.
  • 50 E. SWEDENBORG ks3~ ~ Le jour de Paques etait le--6. avril. Lorsque jallai a la Sainte Table, la tentation durait encore, presque tout Iapres-midi, jusqua 6 heures ; quoique non assuree, il y avait une angoisse comme si lon efit ete damne et en enfer, encore quil y efit toujours Iespoir que donnait IEsprit Saint, espoir tres fort, selon Paul. ad Rom. Cap. V : 51. Pouvoir a ete donne au Mechant de repandre Iinquietude au plus intime de nous par diverses pensees. 3) - Le jour de Paques, apres la Sainte Communion, je connus un contentement interieur, bien que je fusse exterieure­ ment afflige; la tentation vint lapres-midi, dune tout autre fa90n, mais forte, car jetais assure davoir obtenu le pardon de mes peches, mais toutefois, je ne pouvais gouverner mes pensees volantes pour mexprimer avec plus dintelligence, chose qui venait du Malin. Par per­ mission, mes prieres les apaiserent ainsi que la parole de Dieu, la foi etait presente, entierement, mais consolationIro - et amour semblaient etre partisJe me couchai a 9 h, la tentation, accompagnee de tremblements, dura jusqua IQ h 30 ; alors jeus un sommeil oil toute ma tentation me fut representee: comment Er.B. 2 me sollicitait de diverses fa90ns pour me mettre de son cote et mentrainer dans cette partie (luxure, richesse, vanite), mais il ne put my amener; je my opposais avec dautant plus dobstination 4-1 - quil se moquait de moi.Ensuite, je munissais a un serpent, gris fonce, qui etait le chien de B., je lui assenai maints coups avec un gourdin, ne pus jamais le toucher a la tete, entreprise vaine. Il voulait me mordre mais ne le put pas, je lui attrapai la gueule, it ne put pas me mordre, je ne pus pas non plus lui faire du mal. Finale- I. Epitre de saint Paul aux Romains. V : 5, dans "ancien ne traduction suedoise : « Mais Iesperance ne trompe pas notre atlente; car Iamour de Dieu est insuffle dans nos creurs par IEsprit Saint qui nous est donne. » 2. Er.B. : ou bien Erland Broman, ou bien Eric Benzelius, voir note 4 du 24-25 mars et dernihe note a 26-27 juin plus loin.
  • LE L1VRE DES REVES 51 ment, je le pris par les machoires et le serrai brutalement, par le nez que je serrai de telle sorte quil en jaillit comme du venin; dis que ce chien ne mappartenait certainement pas mais que, comme il voulait me mordre, il fallait que je le chatie. Sur ce, on sembla dire quil navait pu mamener a lui dire un seul mot, disputai ainsi avec lui ; quand je me reveillai voila ce que je dis : « Ferme ta-t 2- ­ bouche ». On peut voir par la, sans developper, ce quavait ete la tentation, mais en revanche combien la grace de Dieu avait ete grande, par les merites du Christ et laction de lEsprit Saint, honneur a lui dans les siecles des siecles. Immediatement me vint la pensee de Iimmen­ site de la grace du Seigneur, qui nous suffit a faire face a la tentation qui nous est destinee, uniquement par la grace et lreuvre de Dieu toutefois ; cest Son reuvre et non la notre, et elle ne tient pas compte par 1<i, des faiblesses que nous avons eues et qui, pourtant, ont dl1 etre multi­ pies; egalement, combien est grande la splendeur que Notre Seigneur nous donne, apres un bref moment de vicissitudes. T 3 - Puis je mendormis, et il apparut toute la nuit comment, dabord, je metais joint a dautres, de diverses fayons, en tout ce qui avait ete peche; puis comment jetais mele a tout par de merveilleux et indescriptibles mouvements cir<;ulaires, en sorte que, toute la nuit, je fus initie detrange maniere, et puis il fut dit : « Se peut-il quun jacobite 3 soit plus probe?» Puis, vers la fin, on mac­ cueillit par une etreinte, ensuite il fut dit : it ny a pas a lappeler ceci ou cela - on mentionna des noms - mais ainsi : je ne me rappelle pas si ce netait pas « jacobite » ; cela, je ne puis le decrire, cetait une series mystica 4. Hr - Puis je me reveillai et me rendormis maintes fois, et tout etait reponses a mes pensees, mais de telle maniere quen toutes choses il y avait une telle vie et une telle splendeur 3. Jacobite: jacobin, religieux de Iordre de saint Dominique. 4. Une serie mystique.
  • 52 E. SWEDENBORG que je ne peuxle decrire le moins du monde, car tout etait celeste; clair pour moi a ce moment-la, mais impossible 1 ensuite den rien exposer. En un mot, cetait dans lie ciel,I et jentendais des paroles que nulle langue humaine nel saurait exprimer avec cette vie, cette splendeur qui en decoulait et ce delice profond. En outre, jHais eveille comme dans une extase celeste, chose qui est egalement indescriptible. - le metais mis au lit a 9 h, je me levai entre 9 et 10, je suis reste au lit de 12 a 13 heures. Louange, honneuf," gloire au Tres-Haut, que Son nom soit sanctifie, Saint, Saint, Seigneur Dieu Sabbaoth. - Comment jappris par experience ce que cela veut dire de ne pas aimer les anges plus que Dieu, les anges qui avaient pour ainsi dire renverse toute lreuvre; mais eu egard a Notre Seigneur, il ne faut y preter aucune atten­ tion, seulement a laide quils apportent quand lamour est loin en dessous.- le decouvris en moi avec une rayonnante clarte que le plus grand bonheur serait detre martyr car cette In es­ criptible grace jointe a lamour pour Dieu fait que ron desire subir cette souffrance qui nest rien a cote des) tourments eternels; et la moindre des choses serait de sacriner sa vie.I Javais aussi en mon esprit et dans mon corps comme un sentiment dindescriptible joie, en sorte queut-elle ete plus haute, le cor s se rut pour ainsi dire dissous de pure OIe. Cela eut lieu la nuit entre le premier et le second jour de Paques ainsi que le second jour de Paques tout entier. 6-7 avri!. NB. NB. NB.- Le soir, je fus soumis a une autre sorte de tentation, cest-a-dire entre 8 et 9 h du soir, quand je lisais les miracles que Dieu fit par lintermediaire de Moi"se. le
  • LE LIVRE DES REVES 53 pensais que quelque chose de mon entendement se melait a cela, en sorte que je ne pouvais avoir la foi forte comme il se devait. Je croyais et ne croyais pas, pensais que cest pour cela que les anges et Dieu se montrent aux bergers et pas au philosophe qui fait intervenir son entendement dans le jeu, comme il se trouve toujours que lon demande rpourquoi il eut recours au vent quand il rassembla les sauterelles I, pourquoi il endurcit le Pharaon sans agir I immediatement, et dautres choses de ce genre, dont sans l doute je riais en esprit, mais faisais tant toutefois que ma foi netait pas fermeJe regardais le feu et me disais a moi-meme : Ainsi, je ne devais pas croire non plus que le feu existe, comme aussi que les sens exterieurs sont plus Jaflaces que ce que Dieu lui-meme dit et qui est ipsa veritas ; je dois croire plutot cela que moi-meme. Dans de telles pensees et dautres encore, je passai une heure ou une heure et demie, riant en esprit du Tentateur; il est a remarquer que ce meme jour jallai a Delft et toute la journee, feus la grace detre dans de profondes pensees spirituelles, profondes et belles comme je nen ai jamais [ eu, et tout ce jour-la, qui etait lreuvre de lEsprit, que je decouvrais en moi. A 10 h, je me mis au lit, me sentant un peu mieux. Mais une demi-heure apres, jentendis du bruit sous ma tete; je pensai alors que cetait le Tentateur qui sen allait; aussit6t, je fus pris de frissons, fortement, dans la tete et dans tout le corps, avec un certain fracas, et ce, plusieurs.--I[fols . je e..QQuv·s qui! y avait sur moi guelg e c~de sacre~.Sur ce, je mendormis, et vers minuit, ou vers I h, ou 2 du matin, je fus saisi dun tres grand frisson de la tete aux pieds, avec un fracas comme si nombre de vents [ saffrontaient, qui me secoua de maniere indescriptibleet me prosterna sur le visage. Tandis que jetais prosterne, jetais completement eveille a ce moment-la et vis que_ ( jetais ete a b~s~me demandant ce que cela voulait ire. I. Voyez £xode. X : 13.
  • 54 E. SWEDENBORG Et je parlais comme si jetais eveille, mais decouvris toutefois que les mots metaient mis en bouche, et dis : I « 0 tout-puissant Jesus-Christ, Toi qui par si grande grace daignes venir jusqua un si grand pecheur, rends­ moi digne de cette grace! » !! j2ignis les mains et p..tiJi( et alors ap arut une main qui pressa fortement les_I miennes ~imme latement apres, je poursuivis ma priere et dis : « Toi qui a promis de prendre en grace to us les pecheurs, Tu ne peux rien faire dautre que de tenir Ta parole. » Au_moment meme, je me trouvai dans son seinJ~ et le vis face a ace; cetai u.ne ace ae contenance sacree, aux traits indescriptibles, et souriante, comme crois le quavait aussi ete son visage pendant quil etait vivant. Il me parla et me demanda si javais un certificat de sante 2 • Je repondis : « Seigneur Tu le sais mieux que moi. » « Eh{ bien! agis! », dit-Il. - Cest-a-dire, comme je trouvai dans mon esprit que cela signifiait : Aime-moi reenement, oUfais ce que tu as promlS; Dieu men donne a grace! e ecouvns que cela netait pas a la mesure de mes- forces, me reveillai en frissonnant , me retrouvai dans un etat tel que jetais absorbe dans mes pensees, ni dormant ni veillant, et pensant : QUest-ce que cela peut etre, est-ce Christus, le fils de Dieu, que jai vu, mais cest peche den douter. Mais comme il est prescrit que lon doit eprouver les esprits, je reflechis a tout cela et decouvris, apropos de ce qui setait passe la nuit precedente, que javais ete toute la nuit purifie, entoure et garde par lEsprit Saint, et de la sorte, prepare a cela ; comme aussi que je fusse tombe sur la face, et que les paroles que je pronon9ais ainsi que la priere ne venaient pas de moi-meme, mais que ces paroles avaient ete mises dans ma bouche quand bien meme cefit ete moi qui parlais, et que tout etait sacre. Puis je decouvris que cetait le Fils de Dieu lui-meme qui etait descendu dans un tel fracas et qui 2. La lraduction de sundhetspass est malaisee : il sagit dun certificat de non-contagion delivre a un bateau apres passage en quarantaine.
  • LE LIVRE DES REVES 55 mavait prosterne sur [e sol, de [ui-meme, et avait fait [aC;~ - priere puis avait dit etre Jesus [ui-meme ~je demandai grace davoir du douter si [ongtemps de cela ; de me me que davoir eu [a pensee de reclamer un miracle, chose que je trouvai inconvenante. Sur ce, je me mis en prieres, uniquement pour demander grace, davantage, je ny parvins pas, toutefois jy ajoutai ensuite et demandai dobtenir [amour, qui est [ceuvre de Jesus-Christ et non [a mienne. Entre-temps, jetais sou vent saisi de frissons.S!1- - Ensuite, vers Iaube, je me rendormis et a[ors, tout etait dans mes pensees : comment Christus sunit aux hom­ mes ; me vinrent de saintes pensees, mais de telle nature quelles sont insondab[es car je ne peux pas le moins du monde [es rendre sous ma plume, non plus que ce qui se passa ; car [a seu[e chose que je sache, cest que jai eu des pensees de [a sorte.5g Puis je vis mon pere, dans un autre habit, presque rougeatre, i[ mappe[a a [ui et me prit [es bras, Oil javais de fausses manches, mais sans manchettes au bout, i[ prit ses deux manchettes et [es attacha avec mes rubans, pour que jen eusse ; qui signifiait que je ne fais pas partie dU)11 c[~e, mais que je suis et do~ ~tre un fonctionnaire gyil. I PUIS 11 me demandadans quelle mesure i[ me plaisait de debattre [a question quun roi eut donne [a permission a environ trente ersonnes qui avaient ete ordonnees en [etat spiritue[, de se marier et, de [a sorte, de modifier [eur etat. Je repondis que javais pense et ecrit que[que chose [a-dessus, mais que ce[a navait pas de rapport en [occur­ rence ;ur quoi je me trouvai repondre immediatement, se[on ma conscience, que Ion ne doit pas permettre de [ changer son etat, ni a ce[ui-ci ni a ce[ui-[a, etat auq~eri[ a souscrit. Il dit ega[ement quj[ etait du meme avis, mais je dis : « Si [e roi en a decide, qui[ en soit pourtant ainsi. » Il dit quil deposerait son vote par ecrit ; et si[s 1 etaient 50, i[ en resterait. Je remarquai une chose notable : cest que je ne [appe[ai pas mon Rere mais mon frere; me demandalensuite coITi"iTIent il se faisait, pensai que
  • 56 E. SWEDEN BORG mon pere etait mort, et que celui-Ia qui est mon pjre do it en fait etre mon frere. . -Co - A ne pas oublier : il me vint aussi en pensee que l~it saint voulait me presenter a Jesus et me montrer a lui,"" I comme une ceuvre quil avait executee de telle sorte que je ne devais rien mattribuer, mais que tout etait a Lui, quoique, par grace, il nous accorde la meme chose. Puis je chantai le psaume que javais alors choisi : Jesus ; est mon meilleur ami, numero 245. - Voici ce que jai appris dans le spirituel : quil ny a rien dautre a faire que de shumilier, et quil ny a rien dautre ) a demander - et ce, en toute humilite - que la grace du Christ; jajoutai de mon propre cru : davoir lamo"Ur, ( mais cest temeraire, car quand on a la grace de Dieu, on se remet au gre du Christ et ron fait selon Son gre; cest)" uand on est dans la grace de Dieu que Ion est le Qlus J..e.-",J. heureux:- Il me faut, par les prieres les plus humbles, .. ~~ demander dobtenir le pardon"/avant que ma conscience puisse etre mise en paix, car- jetais tout de meme en :...<...,I..e Jentation avant quercel~~e passat; le Saint Esprit me Q..enseigna, mais da"ns mon stupide entendement, jai neglige lhumilite qui est le fondement de tout. Le 7-8. A·f,.,....J(2. - Toute la nuit, ce fut comme si je descendais profonde- ment, par des echelles et autres, mais en toute confiance et securite, en sorte que le gouffre netait pas dangereux pour moi ; me vint alors aussi en reve le verset : Que ni ~e gouffre ni autre chose, que ce soit cl venir ou...t;j - Ensuite, il me sembla me trouver en compagnie de plusieurs personnes chez un pretre pour le repas,je payai pour ce meme repas un louis dor environ, plus donc que ce que jeusse dO ; mais alors que je repartais de la, javais emporte deux vaisseaux dargent que javais pris sur la
  • LE UVRE DES REVES table. Cela me fit du mal et je cherchais ales renvoyer, comme il me semblait quon me le proposait aussi ; qui signifie, je crois, que, dans la tentation, jai paye du mien (cetait la grace de Dieu) et plus encore que je devais (grace de Dieu), mais quen outre, jai aQpris beaucoup dan le s irituel, que representaient les vaisseaux dargent > que je voulais renvoyer au pretre; cest rendre, pour lhonneur de Dieu, a Ie lise universelle de quelque fayon, chose qui doit avoir lieu aussi, me semblait-il. {:,/r - Ensuite, jetais avec une grande compagnie chez un autre pretre Oil il me semblait avoir ete naguere ; quand nous sortimes, je trouvai que nous etions si nombreux que nous allions importuner ce pretre, il ne me plaisait pas que nous fussions si nombreux et que le pretre fUt embarrasse. Cela signifiait que javais tant de pensees indociles quand cela ne do it pas etre, pensees que je ne pouvais gouverner ; ceux que je venais de voir, ils ressem- blaient aussi a d~ Polonais, des hussards errants, mais ils parurent pourtant sen aller. C-r - Jeprouvai aussi cette tentation, que me vinrent des pensee ue je ne pourrais gouverner, oui, si brutalem"ei1t J que je cessai davoir toute autre pensee, sinon que deQelir ./ laisser libre carriere, de resister a la force de Iesprit qui vo~s mene ~ur u,n a~tr: ~hemin ; si b~~taleme~t que si la ( grace de Dleu n avalt ete plus forte, J eusse du y tomber ou devenir fou. Parfois,je ne pouvais amener mes pe~es I a contempler Christ que jayais v_u;encore que cela. ne fUt quun petit moment seulement; le mouvement et la force de IEsprit fondirent sur moi de telle sorte que jeusse" - prefere devenir fou. Cela se rapportait a Iautre pretre.Je peux comparer cela a deux plateaux de balance, sur Iun / il y a notre volonte et notre mauvaise nature, sur lautre ~ la force de Dteu, et N"otre Seigneur les induit de telle sorte en tentation quillaisse parfois cette balance atteindre un point daequilibrium, mais des quelle veut pencher dun cote, illaide a remonter; voila ce que jai decouvert selon la fayon seculiere de parier, doll il suit que cest bien p,:u
  • 58 E. SWEDENBORG ,. f!..otre force ui tire tout vers le bas, tout opposee plut6t l quauxiliaire quelle soit de la force de les rit; et quainsi )I cest uniquement lceuvre de Notre Seigneur, qui dispose les choses comme ii lentend.6~ - Donc je decouvrais que ces choses se passaient dans ies pensees qui longtemps auparavant avaient ete instituees, en sorte que par la je decouvrais la verite de ta parole de Dieu qy1~st pas la moindR.. role ou Qensee ue Dieu )l la ne sache et que si nous nobtenons pas grace de Dieu, cest nous qui en sommes responsables. Jai appris que cest lunique chose dans cette situa­ tion ; pour le reste, je ne sais rien dautre que de remercier humblement Dieu de sa Grace e~Rr Qour uTlnous ( I accorae, et de consiaerer noire indignite ainsi que la grace infinie de Dieu.CC; - Il etait etrange que je pusse avoir deux pensees totale­ ment differentes en meme temps, celle pour moi qui­ occupait absolument les pensees des autres et en outre les pensees de la tentation que rien navait ouvoiL e - L. chasser; me tenaie-nt slbien prisonmer que je ne savais oil fuir, car je les portais en moi. Par la suite, quand il madvint diverses choses que javais pensees longtemps auparavant et ~ui etaIerit enra­ /1 cinees, ce fut comme si 10n me disait de trouver des « raisons de m~ disculper, ce qui etait aussi une grande tentation, ou de porter a mon credit le bien que javai~ait - ( ou, pour dire mieux, qui avait eu lieu par moi, mais lesprit de Dieu elimina cela aussi, mengageant a trouver autre chose.!:I I - En ce sens, cette derniere pensee fut plus forte que les precedentes, par ce quelle allait plus profondement et que javais en revanche des gages plus forts de lesprit; car de temps a autre jetais pris e transpirations. Ce qui se produisait netait pas de nature a me reprouver da­ I vantage car "avais fortement confiance quil mavait ete pardonne, mais que je devais me disculper et me liberer. J!. fondai!. frequemment en larmes, non pas de chagrin,
  • LE LIVRE DES REVES 59 mais de joi~interi~ureque Notre Seigneur eut vol!.!.~ faire une si grande grace a un aussi indignJu~echeur; car de tout cela ensemble je concluais que la seule chose a faire est de se remettre humblement a la grace de Notre Seigneur, de concevoir sa propre indignite et de remercier humblement Dieu de sa grace, car siI y a en cela quelque glorification qui aille a votre propre honneur, que ce soit la glorification de la grace de Dieu ou de toute autre chose, cest une impurete. i2 - Comme jetais en train de penser, comme il marrivait souvent, sil se ferait que quelquun me tint pour un saint homme et fit, par consequent, cas de moi, oui, comme il arrive chez certaines gens simples qui non seulement venerent mais encore adorent un pretendu bienheureux ou saint, je decouvris alors que, dans le zele OU jetais, je voudrais faire tout le mal possible a cette personne, afin que ce peche ne Iaccable en rien ; et que je devais, par de fermes prieres, apaiser Notre Seigneur afin de navoir nulle part dans un peche si reprehensible qui me serait -+;, - ( imputeCar cest Christus seul, en qui toute divinite est parfaite, quil faut adorer, car il prend en grace les plus grands pecheurs et ne tient pas compte de notre indignite, aussi ne devons-nous pas adresser nos prieres a dautres qua lui. Cest lui le tout-puissant et Iunique mediateur; ce quil fait pour Iamour dautrui, ce qui fait que certainsJ ------- sont saints, cela lui revient et pas a nous, et nous 5 devons... 14 -{ le me trouvais plus indigne que dautres, et tres grand pecheur, moi a qui Notre Seigneur avait donne daller plus rofond ue beaucoup dautres en certaines choses par mes ensees, et je decouvrais que la git la sourcedu peche : dans les pensees qui sont mises en reuvres, en sorte que de cette fa~on, mes peches venaient de fonde­ ments plus profonds que ceux de beaucoup dautres r personnes; en quoi je trouvais mo_n indig~i!e~t mes peches plus grands que chez dautres ; car iI ne suffit pas de se faire indigne, cela peut etre dit sans que le creur y
  • 60 E. SWEDENBORG soit et provenir de dissimulation, mais savoir ce que Ion est, cest la grace de Iesprit. > . Or tandis que jetais dans lesprit, je pensais, je cher­ chais de quoi je pourrais avoir connaissance par res pensees pour eviter tout ce qui etait impur; mais je remarquai tout de meme quen toutes circonstances, ce qui emergeait, cetait ce que la pensee retirait de ce.fond damour-propre, comme il se faisait que quand quelquun ne prenait pas egard a moi selon la haute idee que je me faisais de moi-meme, je pensais toujours : si tu savais quelle grace jai reyue, tu procederais differemment; chose qui etait aussit6t impure et avait pour base Iamour-propre. Finalement,je compris et Qriai Dieu quil me ardonne; et souhaitai que dautres puissent avoir la ) meme grace, qui peut-etre Iont eue ou la recevront; en sorte que je remarquais clairement en moi encore quelgue chose de lhorriblepomme, quelque chose qui netait pas converti, qui est laraci~ et le eche originel dAdam, oui, Iautre eternelle racine de mon peche~ .;.~ A table, jentendis quelquun poser a son voisin la question de savoir si quelquun qui a surabondance dargent pouvait etre melancolique. le ris en esprit et voulus repondre, si cela avait ete seant de ma part dans cette societe ou si yavait ete a moi que la question eut ete posee, que celui ui a tout en surabondance nest pas seulement ex-ose a la meiancolie mais a ce ui est Iili!s ) grave encore qui~st la mel c lie du creur et de Iame, ou que cest celle de Iesprit qui en cela opere, et je t+ - metonnais que cet homme abordat ce sujet ;ce dont je peux dautant plus temoigner, moi ui race aDieu ai u obtenir que me soit accorde en surabondance tout ce dont J at besoin dans lordre temporel, moi ui uis vivre ( uni uement de mon revenu et accom lir ce ue jai dans lidee tout en ayant du surplus de mon re~enu, ce dont je eux temoigner donc, cest ue cette afflicti n ou melancolie qui vient dun ma Q.Y.e de outien est como­"" - ) r~lle, et des pires qui soient, mais nequivaut en rien
  • LE LIVRE DES REVES 611.. - Iautre. Mais que la force de Iesprit soit en Iun, on ne peut rien en savoir en Iautre, car il peut sembler que Iautre soit fort dun point de vue corporel ; toutefois, ce sont la choses dans lesquelles je nentre pas. 1-9 - Vis une etagere chargee de livres, pensai aussit6t que mon travail ferait plus que celui dautres, mais me ravisai immediatement, car Iun sert Iautre, et Notre Seign~a Ifmille et mille expedients pour preparer guelguun, en sorte quiITaut alS5e(cl haque livre sa valeur, comme un medium proximum ou remotum selon Ietat de lintelli­ gence de chacun. Toutefois, Iorgueil voudrait se manifes­ ter sur-le-champ, que Dieu le guide, lui qui detient la puissance entre ses mains. Javais la grace du Seigneur en telle abondance que lorsque je voulus me resoudre a- tenir mes pensees en puritate. je decouvris que javais un~~joie intime, avec Itoutefois une souffrance dans le corps qui ne pouvait su Qorter la beatitude- des-amescelestes car jemaban­ donnais en toute humilite a la grace de Dieu pour quil fit de moi-a son gre~Que ieu maccorde Ihumilite, comme je vois ma faiblesse, mon impurete et mon indi­ gnite!?.., ~ r Pendant tout cela, jetais dans toutes les societes comme avant, et nul ne pouvait le moins du monde ... me changer de quelque fayon, chose ui etait la grace de Dieu, mais je savais ce que... nosant dire que je salS que meconcernait la grace eminente, car je decouvrais que cela ne pouvait aboutir a rien dautre qua ou bien penser sur mon compte une chose ou une autre, selon laccord ou Iopposition de chacun, ou bien nen tirer aucun profit, en prive... de la glorification de la grace de Dieu qui ... par amour propre. -If le ne trouvai Qas de comparaison me concernant ~s proche que si un paysan eta it fa-ifprince ou roi, en sorte qu"!.!lpUt posseaer tout c dont son creur aurait envie, mais pourtant, quil y eftt e lui chose qui lui,fit vouloir apprendre ce que lui-meme ne saurait pas. Mais de cette
  • 62 E. SWEDENBORG comparaison, on conclut que cest.., Ta main miseri or­ dieuse ui cause k.grande~K~sse. Toutefois, jetais anxieux qU{i1 ne put saccommoder de cette grace. 8-9. J I";j.lt­ -I 11 me semblait avoir un chien sur les genoux, .dont je memerveillais quil sut parler, et qui senquerait de son precedent maitre, Swaben I ; il etait noiratre, qui plus est, il membrassa. le me reveillai et implorai la misericorde du Christ, car grand org-!1eil habite en moi, qui me tlagol:fle. - - - ~-- ~ ­ Ensuite, je pensai que mon jour de penitence, qui etait le jour precedent, on a fait beaucoup de paquets pour larmee. Ensuite entra une jeune femme vetue de noir qui dit que jedevais aller ,L. Alors marriva dans le dos et me tint si ferme, tout le dos, avec la main et tout, que je ne pouvais bouger; jappelai au secours un homme qui se ( trouvait aupres et qui aida cette femme a sen aller, mais je netais pas en mesure de remuer le bras. Cetait la If tentation de la veille et ue je ne suis pas cal2ab/ede aire de moi-meme quoi que ce soit de bono Ensuite on entendit comme un sifflement, quil aurait chasse, et je fus pris de frissons. Ensuite je vis dans leglise St Pierre quelquun qui I entrait dans la crypte, la Oll git Pierre 2 : et on le portait au dehors, disant quil y en a encore un qui se cache la.( 11 me semblait etre libre dentrer et de sortir; que Dieu me guide! - Ensuite je vis tout ce qui etait impur, et me reconnus I. Anton Al1tonsson Swab ( 1702-1768) maire et membre de I" Academie des Sciences. 2. Larcheologie vient de confirmer la vieille tradition selon laquelle I"eglise Saint-Pierre de Rome aurait ete erigee sur Iemplacement meme de la tombe de lapotre.
  • LE L1VRE DES REVES 63 im ur de la tete aux jambes; implorai la misericorde de Jesus-Christ. Puis il me sembla que me vena it a lesprit « Moi pauvre pecheur », texte que je Ius daiIleurs le lendemain. . 9-10 A ~156 - Je passai toute la journee du 9 en prieres, en chants de louanges, lisant la parole de Dieu, jeunant, excepte le matin Oll je moccupai un peu aussi dautres affaires; jusqua ce que vienne la me me tentation qui fit que je fus comme force de penser a ce que je ne voulais pas.i 1- - Cette nuit-Ia, je dormis tout a fait tranquillement. De 3 a 4 h du matin, je me reveiIlai et restai eveiJle, mais comme dans une vision; je pouvais lever les yeux et rester eveiIle quand je voulais, si bien que jetais en etat de veille et non autrement uoi9.!Je ce rut en esri"t":Cetait une joie int~ensible dan~e corps~je voyais de fa<;on r ineffable comment tout souvrait, toutSenvolait pour ainsi dire et se cachaiTenquelque chose dinfini, comme un centre oll se trouvait amor ipse. setendant de la alentour pour redescendre, donc per incomprehensibilem circulum. a centro. lequel etait amor. alentour puis de~i{ - nouveau la. Cet amor -en un corps mortel~ont jetais alors empli, ressemblait a la joie que ressent un homme chaste quand il se trouve dans lamour veritable etln ipso actu I avec son epouse; car un am.9.f!lii..a!.J~a etait repandu sur tout mon corps 2, et cela, longtemps, surtout juste avant de mendormir et une demi-heure, sinon une heure apres le sommeil. Or tandis que jetais parmi les ( esprits, quoiqueveille, car je pouvais lever es yeux et rester evetlle et y rentrer, je vis et remar uai gue la oie reelle et intime venait de la et quautant on pouvait sy I. Cest-il-dire I( Jans Iacte meme » (de procreation). 2. Amllm;las : bien-etre.
  • 64 E. SWEDENBORG tenir, autant de bien-etre on eprouvait; et que des que Ion entrait en un autre amour-qJ ne se concentnlt pas ~ 1< -comme un quelconque amour pour soi ou qui ne se concentrat pas la - on sortait aussitot de la bonne voie, on en etait exclu. Un petit froid me saisit et une sorte de petit frisson, ainsi que des nausees, en quoi je decouvris doll mon tourment provenait, et decouvris alors doll provi~t la grande t~u_re lo~ ue lesp~it vous affligeet } que finaleme~ il nest plus quune torture eternelle et entre en enfer, lorsque lon reyoit indignement le Christ o - I dans Ieucharistie, car alors lesprit est comme une plaie pour votre indignite. Dans Ietat meme Oll jetais, je menfonyais encore plus profondement dans Iesprit er, 2.Tencrue jeTusse eveille, Je ne pouvais me gouverner I , moi-meme, mais il y eut comme un instinct irresistible de me jeter sur la face, de joindre les mains et de prier pour mon indignite, et, avec la plus profonde humilite et j reverence, d_emander la grace dobtenir, moi le plus grand des pecheurs, le pard-on ~te mes pec es; je remarquai alors que jetais dans le meme etat que Iavant-derniere nuit, mais je ne pus voir plus outre, etant donne que jetais eveille.Je men etonnais, et alors il me fut montre en es rit que Ihomme qui se trouve dans cet etat est comme un homme qui ales pieds en Iair et la tete en bas ; et je compris pourquoi MOIse avait du enlever ses chaussures 3 quand il dut aller au Tres-Haut, et pourquoi Christus lava les pieds des apotres et r~ondit a Pierre que quand les ( pieds sont laves, il suffit 4 • Ensuite, je decouvris en esprit 1/ que c~-9ui 12art du centrum lui-meme, qui est amor, cest 1 lEs rit Saint, re resente ar Ieau.. car on le nomme aussi i.3 2. aqua ou unda.Pour resumer: lorsque Ion se trOliVe en Ietat de navoir aucun amour qui se concentre en soi-meme, mais qui se concentre dans le bien commun represente ici-bas, seu mundo morali S, lorsgu~ J~~n _a 3. cr. Exode. I11 : 5. 4. Evangile selon saint Jean. XIII: 9-10. 5. Seu mundo morali : ou selon la morale du monde.
  • LE L1VRE DES REVES 65 lam ur in s irituali, cest-a-dire celui qui ne va pas a soi-meme ou a la societe, mais au Christ, en ui lamour constitue egalement le centre, alors on se trouvedans le jl ju~at ; Christus est finis ultimum, les autres sont Fries medii, ces dermeres menant a a premiere 6 •) 3, Ensuite, je mendormis et vis a une table, une de mes connaissances qui me salua, mais je ne men rendis pas compte tout de suite pour lui rend re son salut. 11 sen affecta et madressa quelques rudes paroles, je voulus mexcuser, le fis enfin et dis que javais coutume de!!e dans mes ensees et de ne pas voir lorsque lon me saluait, delU-eme quil_arrive Rarfo~ que je croise me~ af!1is dans la rue sans les voir; pris a temoin une connaissance qui l se trouvait la et qui acquiesya, etje dis que nul ne voudrilit (Dieu veuille quil en rut ainsi) etre plus poli et plus humble ue moi ; chose qui etait provoquee par la nu it precedente oll javais ete dans dautres pensees que celles que jeusse dO avoir : veuille Notre Seigneur, dans sa grace infinie, mexcuser. Mais mon ami ne fit pas de reponse, quoique paraissant convaincu, croyais-je. 10-11. Av ~ (. . 3lr- - Entrai dans une piece minable, il sy trouvait beaucoup de monde, ne voyais pourtant quune femme, etait en ...!!Qir, pas vilaine ; elle entra dans une chambre, loin, je ne voulais pas Iaccompagner, elle me mit a la porte. Ensuite je sortis et me trouvai retenu a plusieurs reprises par un fant6me qui me maintenait tout le dos; enfin il disparut~5" .-:. je sortis, arriva un laid fant6me qui fit de meme, cetait un vieillard laid; finalement, je leur echappai. Cetaient les pensees quejavais eues la veille, quand je me voyais sans doute trop indigne, et que je ne le supporterais pas pendant le cours de ma vie; toutefois, je me consolais en 6. Finis ul/imus : la fin ultime, fines medii: les moyens.
  • 66 E. SWEDENBORG me disant que Dieu est puissant en toutes choses et que cest Sa ford qui en est cause, cependiOtll y avait Vq~~ue chose en moi qui faisait que je ne me so~mettais ~~ comme il se filt dl1 a la grace de Dieu voufant faire de moi selon Son gre.5 G - Quand je sortis, je vis dans une tribune beaucoup de gens assis, et voyez! un fort courant deau descendit a travers le toit, si fort quil transperya tout ce quil ren­ contrail. 11 yen avait qui bouchaient le trou pour que cela ne coule pas, comme aussi dautres qui se tenaient a Iecart pour que Ieau ne les atteigne pas, dautres qui la dispersaient en gouttes, dautres qui la deviaient pour If quelle evite la tribune. Cetait "e crois bien, la force de rEs. rit Saint qui sinfiltrait dans mon corps et mes J Rensees : pour celles-ci, jen ai obstrue une partie, une partie ma egare, fen ai detourne une partie, car ces gens signifient mes pensees et voluntatem. ~F1 - Ensuite, je sortis de la et dus, comme en pensee, dune certaine fayon mesurer et diviser en parties ce qui allait du centre jusquaux peripheries. 11 semblait que ce filt le ciel, car il y eut la ensuite un edat celeste; la-dessus, je peux sans doute penser quelque chose, mais je nose pas encore men assurer car cela concerne quelque chose qui doit arriver..~ 2J - Tandis que jetais dans ce premier assaut, jap elai Jesus a Iaide, et cela disparut; je tins egalernent mes mains jointes sous ma tete, et cela ne revint pas une seconde fois. Jetais pourtant dans des frissons quand je me reveillai et entendais de temps en temps un bruit sourd, ne sais dou cela venail. .99 - Ensuite, je me mis a penser, lorsque je fus eveille, si cela ne pouvait etre chimeres ; alors je remarquai que ma foi chancelait, mais je priai les mains jointes : il faut me renforcer dans ma foi - c ose qUi se produisit aussi. De meme, des pensees me vinrent sur ma dignite devant les autres, priai pareillement, et cela disparut immediate­ iTierit, si bien que, si Notre S~gneur detourne si peu gue
  • LE LlVRE DES REVES 67 c~it Sa main de uelquun, celui-ci est hors de la juste ~ie et de la vraie foi; ainsi en moi, Oil eel a s est si visiblement manifeste. j., (7 eo - le dormis cette nu it-la environ II heures, toute la -- t I:l matinee, je fus dans mon habituel statu iucunditatis inter­ nae I, avec toutefois, en outre, un tourment dont je pensai quil provenait de la force de Iesprit et de mon indignite. Me mis finalement a eenser, avec Iaide e Dieu, ue Ion If doit se satisfaire de tout ce ui est a reable au Sei eur, car cela Lui revient, et que Ion ne resiste pas a Iesp~it I lors ue Ion reyoit de Dieu l~n<2.e que cest la race de Dieu, quelle agit pour notre plus grand bien, car f comme nous sommes Siens, nous devons no us satisfaire }I de ce uil Lui sied de f5iire de ce qui est Sien ; toutefois, il faut prier Notre Seigneur ace propos, car cela nest pas ,( 1I 1 le moins du monde en notre pouvoir. En cela, 11 me donna Sa grace, jy appliquai tant soit peu mes pensees et voulais comprendre pourquoi les choses ont lieu de la sorte; ce qui etait peche, les pensees ne doivent pas aller jusque-la, mais il faut prier Notre Seigneur de pouvoir les gouverner. 11 suffit quillui agree de la sorte, et en toutes [ choses, on doit linvoquer,J~2rier,I~ remercier et recon­ naitre hUrTIO ement notre indionite. - ­,1 .. 2. -( le suis enco~uede corp7"et de pensees, car il nest rien que je ne sache comme mon indignite et que je suis une miserable creature; cela me tourmente de voir com­ bien je suis indigne de la ~race reyue.Il 03 - Remarqual egalement que le courant deau qui tombait transperya les vetements dune personne qui se trouvait la quand elle se retira ; peut-etre que sur moi est tombee If une goutte et cest_elIe qui maccable si durement; que serait-ce si yavait ete le courant tout entier; car je pris le Symbolum 2 : Que la volonte de Dieu soit faite, je su.is I. Un etat de bien-etre interieur. 2. Bien que la citation soit extraite du Notre Pere, Symholum designe le Symbole des apotres.
  • 68 E. SWEDENBORG Tien et non Ras mien. Que Dieu donne la grace pour cela, cela nest pas en mon pouvoir. "tr - I le decouvris que 1on pouYait ~prouver ds:s tour~nts s irituels bien que, par Iesprit, Ion fUt assure davoir ) reyu le pardon de ses peches et que Ion eut lespoir et la consolation detre dans la grace de Dieu. Cela enseigne... /Ill ­ t 1.., ...... - le passai toute la nuit en reve. le nen rappelle pas A" I grand-chose a ma memoire; cetait comme si je metais ) instruit toute la nuit, en maimesma1ieres ont je ne me - souviens pas, jai ete endormi presue 11 heures.; Ce que - t 6 je me rappelle : il me semblait Q)etre ce qui se nommait subtantiala 0..!J ess~ntialia, ce a quoi 1on doit sappliquer et cherche . 2. On disait aussi thymus et glandula renalis, que jinterprete ainsi : tout comme le thymus separe du sang le serum impropre et la glandula renalis le retourne au sang apres 1avoir purifie, cea~ asse aussi en nous,,a sQirituellement, je crois(3. Apparut ma sreur Casa I ui ~ laissait aller a mal faire, puis se couchait et criait; quand arriva notre mere, elle prit une tout autre mine et tint de tout autres discours, ce dont je donnerai une)O~ - interpretation par la suite 4~ 11 y avait un pretre qui prechait dans une grande assemblee et, a la fin, selevait contre un autre, si son nom fut mentionne ou non, je ne sais; mais alors quelquun se leva pour le contredire et dire que cela ne devait pas etre. le me trouvai ensuite avec eux dans une compagnie en prive, et alors, comme la question etait posee, il fut dit que la punition dune pareille chose etait infamante, elle etait de 3 marcs dargent 1 , il nu~mblait pas savoir que ce filt s· ep e- hensible ; il etait dit que 1on commence par ce qui a coute I I marc, puis 2 marcs, etc. Ce qui signifie que Ion ne doit pas precher contre un autre, non plus que parler ou ecrire, car cela est reprehensible et infamant ; car cela concerne I. Swedenborg avait se pt freres et sceurs, dont quatre atteignirent Iage 1 dhomme. Cajsa (diminutif de Catharina).1 1693-1770) avait epouse un 1 1 pasteur de [idkopmg, Jonas Unge. 2-:-Le marcest une monnaie ancienne qui sera remplacee par les rixdales.
  • LE LIVRE DES REVES 69 lo~ - Ihonneur et la renommee~ Puis mes genoux remuerent deux-memes, ce qui doit signifier que jai ete humilie de quelque fayon, comme aussi que cest la grace de Dieu, ce pourquoi je remercie detre humilie. le - Puis je decouvris en moi, comme peut-etre aussi dans le point 3 du reve, que dans toute Qensee, et meme dans ( celle que nous croyons presque pure perce infiniment grand eche et impurete, comme aussi dans"notre desir ( ui va du corp~ dam les pensees;:lesquelles proviennent I de tres grandes racines; ~quand bien meme la ensee paraitrait pure,"elle repose pourtant sur le fait que lOn considere cela par pusiHanimite, par hypocrisie et par bien dautres choses, que Ion peut decouvrir aussi plus ou moins a la reflexion, en sorte qui.!. est dautant moi,ns possible de se liberer du peche quil nest pas de_pen~ee r qui ne soit fortement melee dimpurete; aussi vaut-il mieux se tenir pour coupable, a chaque heure, <le aque )( i~._des-p_e.ines-deJen--fer, ar la gra-ce et la misericorde c de Dieu, qui sont en Jesus-Christ, daignent ne pas le110 - [ remarquer Qui, jai remarque cela aussi, que toute. la volonte que nous avons re ue qui est regie par le corps et mene nos pensees, soppose a-Iesprit, ce qui fait que no us sommes en combat continuel et que no us ne pou­ vons en aucune fayon nous unir a lesprit sinon pargrace qui nous est faite, paiquoi nous sommes co-mmemorts pour tout ce qui est bon, mais pour ce qui est malnous sommes nos propres maitres. Car lon doit se Tei1i"rtou­ jours pour-cou able de eches innombrables, car le s.e!ineur Dieu sait tout, et no us, tres peu de c ose, de nos pecbes qui se produisent uniquement en pensees; mais uniquement en actes, quand no us en sommes convaincus. 11 est aussi a remarquer que ...
  • 70 E. SWEDENBORG 12-13. -1A - Jai remarque que les choses etaient ainsi : par le moyen de la respiration, je pensai le jour precedent - ce qui me fut represente aussi comme par une sorte decrit spirituel lumineux - que cest la volonte gui a le Rlus a dire dans Ientendement, en inspiratione. cest-a-dire qualors les pensees qui volent entrent dans le corps, et en expiratione ou elles sont pour ainsi dire chassees ou mises en place, en sorte que les cogitationes eUe-memes ont leur activitatis vices comme la pulmonum respiratio. etant don ne que I inspiratio releve de voluntatem, expiratio ad naturam, si bien que les pensees ont leurs vices en ehaque vice respirationis I; ainsi done, lorsque surve- naient de mauvaises pensees, il ny avait qua inspirer, et/1112., - elles tombaient. Par la on voit aussi la cause pour la- quelle, dans une forte cogitatione, les pulmones sont tenus en aequilibrio. immobiles, plus ad naturam. et qualors les inspirationes vont plus vite que les expirationes. sinon eest le contraire ; eomme aussi que, in exstasi. on retient son souffle, et qua.ors les pensees sont eomme parties; de meme dans le sommeil, ou a la fois I inspiratio et I expi- ratio appartiennent a naturam, est represente ce qui aftlue de plus haut. Ce qui peut aussi etre deduit du cerebro. a savoir que dans Iinspiratio tous les organa intima et le cerebre lui-meme sont en expansion, et les pensees trou- vent alors leur origine et leurs cours. /1 - Ensuite, jarrivai la ou des moulins a vent merveilleu- sement grands et hauts marchaient a un rythme terrible, Jentrai alors dans une obscurite telle que je rampais sur I. A titre dexemple, j"ai voulu maintenir ici le curieux style macaronique dans lequel sexprime fort sou vent Swedenborg. Le sens du passage reste clair - si Ion se rappelle que Iauteur pratiquait regulierement des exercices respiratoires pour favoriser ses visions. et quen outre, il etait passionne danatomie : les pensees elles-memes suivent la meme alternance que la respiration pulmonaire, etant don ne que Iinspiration releve de la volonte et Iexpiration, de la nature (physiologique l, si bien que les pensees changent au rythme du mouvement respiratoire.
  • LE L1YRE DES REYES 71 le sol ayant peur que quelque aile me prit, qui en eut fini avec moi ; et jarrivai aussi sous une aile qui sarreta alors et je me comportai bien, si bien que cette aile maida. Cetait que le jour precedent javais ete en lutte contre mes pensees, que signifient les ailes des moulins et que parfois je ne savais pas ou jirais ; toutefois, avec la grace de Dieu, elles sapaiserent et jen sortis sain et sauf. Que Dieu en soit donc honore et loue, lui qui ne tient pas compte de ma faiblesse ! JILt - Ensuite il me sembla etre en compagnie de quelques personnes qui, pour ainsi dire, cherchaient a faire de Ior. Mais dies voyaient queUes devaient escaiader, mais elles ne le pouvaient pas, or sans cela il etait im ossible de faire de Ior. Cela se poursuivit quelque temps, quand enfin jeme trouvai avec deux personnes qui assurerent quelles monteraient tout de meme, bien que notre Sei- gneur ne rut pas de la partie. le dis : « Cela ne se peut faire », et puis je montai devant, javais une corde et je tirai, remarquant quen dessous il y avait quelque chose qui tirait fortement dans Iautre sens; finalement je vis que cetait un homme que je parvins a soul ever et je me rejouis en disant que les choses etaient comme je le disais11) -~ Signifie, je crois bien, en particulier que Ior signifie ce qui est bien, aurum quod bonum est et agreable aDieu, nous avons a grimper jusque-ta pour Iobtenir et que ce nest pas en notre pouvoir, quoique nous pretendions y arriver par nos propres forces, et que nous decouvrons quil y a quelque chose qui tire fortement dans Iautre sens, mais finalement nous y parvenons par la grace de Dieu. 1( Ensuite, je restai longtemps dans la meme pensee, qui devint dun rouge de plus en plus rose, c1arte quil signifie quen cela reside la grace de Dieu; et quil sagissait de faire reellement - avec la grace de Dieu et dans la foi, que Dieu la don ne ! - ce qui est bien et de Iexecuter : cest cela 1 faire de Ior; car alors, on obtient de Notre Seigneur tout le necessaire, tout ce qui nous est utile. Cela
  • 72 E. SWEDENBORG etait represente tres fortement : quil faut effectuer ce Ut J est bien, et quen cela reside Ior.II; - Ensuite, quand je grimpai, je fus dans une grande crainte de Notre Seigneur, comme dans un froid qui, au moindre signe, a la moindre pensee, dontjavais peur, me faisait trembler, en quoi je voyais la grace de Dieu, qui me montrait que je dois rechercher la felicite dans la crainte et le trembJement. Et comme il est dit dans mon symbolum : Que Ta volonte soit faite, je suis Tien et non pas mien, me suis donne de moi a Notre Seigneur, quil fasse de moi selon Son gre; et javais dans le corps comme quelque chose de mecontent, mais en espritjetais content de cela, car cest la grace de Notre Seigneur qui provoque cela. Que Ji)ieu me renforce en cela! I~ - Jetais continuellement en lutte contre des pensees doubles, qui combattaient rune contre rautre. le Te prie, 6 Dieu tout-puissant, de recevoir la grace detre Tien et non pas mien, Pardonne-moi si jai dit que je suis Tien et non pas mien, cela ne mappartient pas, cela appartient aDieu, prie pour la grace de pouvoir etre Tien et que je ne so is pas abandonne a moi-meme.A 1 Pensai comment la grace de Iesprit toute la nu it tra­ vailla en moi ; vis Hedvig I, ma sreur, avec laquelle je ne voulais rien avoir a faire, ce qui signifie que je ne dois as toucher oecon. animo 2, mais le laisser. Sembla ensuite, etant donne que cela dura longtemps, quelle disait a ses enfants: « Allez lire» ; ensuite que ron pouvait jouer au jacquet ou aux cartes, chose a laquelle ils se mirent pour passer le temps, et qui dura aussi au repas. Crois que cela I. Une autre sa:ur de Swedenborg, qui vecut de 1690 a 1728. Elle epousa le gouverneur Lars Benzelstierna. 2. Soit : oeconomiam animalem. Selon P. E. Wahlund, il doit sagir de la troisieme partie, non imprimee, de De oeconfLmjll...ngni imqlisj
  • LE L1VRE DES RE-VES 73 signifie qui! nest pas reprehensible de le faire, quand on le fait correctement.1~o Jetais couche avec une femme qui netait pas belle, mais Iaimais pourtant, et qui avait les memes choses que dautres la Oil je mettais la main, mais en avant il y avait des dents; semblait etre Arckenholtz J sous forme de femme. Ce que cela signifie, je ne sais : ou bien de ne pas toucher une femme, ou bien en policis que Ion devient mordant, ou bien autre chose.421 - Toute la journee, je fus dans une double pensee, qui voulait detruire le spirituel par calomnie pour ainsi dire, en sorte que je trouvai latentation extremement forte. Par la race de Iesprit, je fus amene a fixer-mespensees sur un arbre, regardai la croix du Christ et la crucifixion <tu Christ; tant que je fis cela, les autres pensees tomberent/2.2 ~ a plat comme delles-memes. Sur ce, je poursuivis -la meme-pe;;see si fortement que je pensai mettre sur la croix le Tentateur et le chasser, car je fus libre en un instant; ensuite, je dus tenir mes pensees si fermement la-dessus que des que je relachai mes pensees et ma vision ) inter" eure, je tombais dans des pensees tentatrices. Dieu soit loue, qui ma donne cette arme! Que Dieu dans Sa grace me garde ainsi, que je puisse avoir constamment devant les yeux mon Sauveur crucifi-e, ca.!Je nosais pas ) regarder mon Jesus tel que je rai vu, car je suis un indigne pecheur, et je devrais tomber sUi1a face, et cest Jesus qui ~eleve pou~g~rder; alors, je vois la crucifixion du Christ. 14-15. A"~ 1-S - Me semblait degringoler en bas descaliers, eftleurai cl peine chaque marche, parvins heureusement en bas sans 3. Johan Arckenholtz ( 1695-1777), historien politique qui composa une imposante compilation sur la reine Christine. Dans les annees 1740, il rut implique dans de graves complots politi ues et rut condamne a la rorteresse.
  • 74 E. SWEDENBORG danger; vint la voix de mon cher pere : « Tu fais bien du bruit, Emanuel » ; il disait etre fache, mais cela passerait. Cetait quhier je me suis servi trop hardiment de la croix du ChrJst, toutefois ce fut par la grace de Dleu-que je men tirai sans danger. ~4- Puis je maccrochai a un gradin, brisai le col dune bouteille, dOll secoula un epais materiau qui emplit le plancher; secoulait vers le bas. A ce que je crois,cest ue par la grace de Dieu et non par mon pouvoir, quantite de mauvaises choses ont ete extirpees hI er de mesen­ sees. Men tins a ce qui fut ecrit, qui est ce que je ferai encore.is" - Entendis un ours qui hurlait, ne le voyais pas, nosais pas rester a letage superieur, car il y avait la un cadavre quil aurait pu eventer. Je descendis ensuite dans la chambre dun certain docteur Morsus, fermai les fene­ tres : qui signifie tentation, aussi bien par avarice que peut-etre par autre chose et que je suis dans mes specu­ lations anatomiques./26 ~ Docteur Morsus semblait faire la cour a une belle @!e, il obtint ~n consentement, eut la permission de lemmener Oll il voulait. Je laisantai avec elle, de ce quelle eut dit « Qui, volontiers » et autres choses; cetait une belle fille, elle grandissait et embellisait. Cetait que je devais minstruire sur les musculis et reflechir.It t Jeus pendant 12 heures un sommeil surnaturel, bon et long; quand je me reveillai, javais la crucifixion de Jesus et~ASroix devant les yeux. Lesprit parvint si haut avec sa vi/a caelesti quasi exstatica et pour ainsi dire me laissa y monter de plus en plus haut, en sorte que fusse-je monte plus haut, jeusse ete dissous par la meme veritable vita gaudii.,~B - Me vint ensuite en esprit que jetais alle tro~n lorsque, dans mes pensees, javais etreint le Christ en crOix, quand je lui avais baise les pieds puis men etals alle de la, comme tombe a genoux et priant pour sa crucifixion; pensais que, ta~q~e je fais <:ela, les peches
  • LE L1VRE DES REVES 75 de ma faiblesse me sont pardonnes. Me vint a lidee que je pourrais avoi~image la meme chose devant mes yeux corporels, mais cela, je decouvris que cetait bien eloigne detre juste et que cetait grand peche. Le 15-16. IJ; vrv..-ff q 4-4­t2:1 - Il me semblait que je grimpais a une echelle pour sortir dun grand abime, apres moi, venaient dautres femmes que je connaissais ; je me tenais immobile et les effrayais, expres, puis montais, rencontrai un talus vert et me couchai. Les autres suivirent, je les saluai, cetaient des femmes, elles se coucherent a cote de moi, une jeune et une un peu plus vieille, je leur baisai les mains a toutes deux, ne sachant pas laquelle jaimerais. Cetaient mes pensees et ouvrage desprit. de deux sortes, qui emergaient enfin, je les reprenais et les saluais. 130 - Ensuite, jarrivais la Oil beaucoup dhommes etaient rassembles, une grande quantite de beaux jeunes gens en groupe en un endroit, il en arrivait de nouveaux, comme Henning Gyllenborg qui arrivait a cheval l ; jallais jusque la et lembrassais et restais pres de lui. Signifie que je reviens a mes res memoriae et imaginationis et de nouveau les salue; ergo, je reviens a la faculte superieure et infe­ neure.11 -- Puis jarrivai chez moi et restai dans ma maison, beaucoup de gens venaient me voir, je savais que javais cache une belle petite femme et un garyon, je les cachais tout de meme ; au demeurant, je navais guere de provi­ sions pour tout un groupe, je ne voulais pas encore sortir mon argenterie avant davoir regale~tout le monde, pas . . . plus que de les men er dans une chambre magnifique. bien - equipee-au dedans. Signifie que je suis revenu chez moi et que jai acquis la science qui est a present consignee I. Henning Gyllenborg ( 1713-1775). politicien et arriviste celebre.
  • 76 E. SWEDENBORG ici, et quavec le temps japprends a pouvoir men servir, et apporter (argenterie et les mener dans la belle cham­ bre. 13, :.. - Semblait que jaccusais quelquun, mais ne me rappelle pas comment, toutefois je retirai mon accusation pour finir et mexcusai tant soit peu, etant donne que lui·meme avait dit cela, mais les mots etaient oublies. Signifie que je me suis accuse mais me suis excuse toutefois, etant don ne que jai moi-meme tout avoue. l3:3 11 etait dit nicolattes et Nicolaus NicolaP ; si cela signifie mon nouveau nom,je ne sais. Le plus remarquable, cetait que je representais maintenant lhomme interieur, et comme sil se rut agi dun autre que moi-meme, je rendais visite a mes pensees, les effrayant, a mes res memoriae... accusant un autre etre, en sorte que maintenant tout est inverse": je represente quelquun qui soppose a quel­ quun dautre, ou Ihomme interieur; car jai prie Dieu pour que je ne puisse etre mien, mais pour que Dieu me donne la grace de me laisser devenir Sien, Voila maintenant 21 jours que cela dure./1t- le decouvris par la suite que Ila plus grande partie sinterpretait autrement.ll) Les deux femmes signifiaient que je preferais madonner a des etudes philosophiques plutot qua des spirituelles, qui montraient plutot mon inclinationJJ]Que jaie embrasse Henning Gyllenborg et que jaie vu tant de monde signifiait que non seulement je me rejouissais detre au monde, mais aussi que je voulais me vanter de mon travail.(1) Nicolaus Nicolai etait un philosophe qui envoyait chaque annee a Augustus du pain, dabord pour payer ses dettes, comme je trouvais quil etait de mon devoir de me reconcilier avec Notre Seigneur, etant donne que dans les choses spirituelles je 2. Les nicola"ites sont des heretiques du ler siecle de notre ere. 11 est question deux dans IApocalypse. Quant a Nicolaus Nicolai, il semble que ce soit une invention de Swedenborg : tous les efforts didentification sont insatisfaisants.
  • LE LIVRE DES REVES 77,s~ - suis un cadavre puant. Car jallai chez lenvoye Preis 3 et il se rendait chez le pasteur Pombo pour que de nouveau je puisse recevoir leucharistie, chose qui metait accor­ dee; je le rencontrai chez Ienvoye et entrai avec lui, ce qui etait la providence de Notre Seigneur. Le meme jour, je mangeais chez lenvoye Preis mais navais aucun ap­ petit. - Le 17, re<;:us Ieucharistie du Seigneur chez le pasteur Pombo. 17-18. AI~?I ~6" Reves terrifiants, comment le bourreau faisait r6tir les tetes quil avait coupee~et f~t r6tir Ion temps u~e apres lautre dans_ un four vide, q!!ijamais ne se~I.0.­ sait; on disait que cetait la sa nourriture; cetait une grande femme, elle riait, elle avait une petite fille avec elle./31- Ensuite comment le Malin memmenait dans divers gouffres et mattachais, je ne me rappelle pas tout; des gens ligotes etaient jetes partout dans Ienfer.I ~g - Comment fut faite une grande procession, dont jetais exclu, et que jaurais dfl venir de la ; mais je voulais y aller avec du travail, my assis, mais on me conseilla de men aller de la, je men allai. Toutefois, javais un autre lieu pour pouvoir voir la procession, laquelle netait pas encore arrivee.I?> - Pourtant, comme je suis certain que Dieu fait grace et misericorde a ,tous les pauvres pecheurs qui veu~ent se convertir et avec une foi constante cherchent refuge en son incomprehensible misericorde et par le merite de Jesus-Christ notre sauveur, je massure de Sa grace et je me remets en sa protection, etant donne que je crois assurement avoir re<;:u le pardon de mes peches; ce qui 3. Joakim Fredrik Preis ( 1667-1759), diplomale, envoye a La Haye a parlir de 1725.
  • 78 E. SWEDENBORG est ma consolation, que Dieu veuille la fortifier pour Iamour de Jesus-Christ.I/tO - Ce jour-la, je fus de temps a autre dans une angoisse interieure et parfois dans le desespoir, fus assure pourtant du pardon des peches. Subis de la sorte une forte epreuve jusqua 10 h, ou, avec laide de Dieu, je mendormis : dans mon sommeil, B me sembla que Ion disait que quelque chose allait etre offert de linterieur. Dormis I h et demie, bien que pendant la nuit jeusse dormi plus de 10 heures ; ai eu, avec la grace de Dieu, un sommeil surnaturel, comme tout ce demi-semestre aussi. Le 18-19. . v~{14- I Pensais que nous travaillions longtemps a rentrer une cassette dans laquelle il y avait des choses precieuses, et ce longtemps, comme si cetait a Troie; finalement on passa en dessous et on la poussa, fut portee a linterieur comme vaincue, et Ion sciait sans arret. Signifiait com­ ment lon doit travailler pour gagner le ciel. Me semblait avoir une mechante montre sur moi, mais a la maison, de couteuses pendules que je ne vou.ais pas changer contre des pendules en or. Signifie que je dois avoir les connaissances qui sont precieuses pour pouvoir employer mon temps au mieux. Javais lempression detre encercle vers le bas de stratis lamellatis qui se developpaient de diverses fa90ns, et au meme instant vint comme... Signifie que je suis protege davantage pour rester sur le droit chemin. - 11 y avait un chien tres gentil, brun fonce, qui me suivait; quand survenait quelque bete, il se dressait, quand cetait une etendue deau, il sy rendait pour en voir la profondeur: oeut-etre cela signifie-t-il le chien de Tobie J • I. Swedenborg fait allusion a un passage de Tobie (VI. : I).
  • LE L1VRE DES REVES 79 }4-5" - Vis une etrange bete a une fenetre, mais vive, brun fonce aussi, qui entra par une autre fenetre, et celle qui etait sur le dos fut enlevee en nlclant et enroulee dans un mouchoir. 1examinai et le vis encore un peu, mais je ne pus lui en montrer un autre, au dedans il y avait une pharmacie; je demandai sil fallait que je Iabatte. Doit signifier qui. faut que Ion menseigne ce qui sert a mon amelioration et davantage. lto - Me sembla ensuite certain que Ion me disait ou que Ion me faisait comprendre quand je megarais.14- i- - Vis Konig 2 et le prof. Winbom J qui arrivaient, savoir, que jallais vivre avec eux, les jours ouvrables avec ceux qui ne sont pas chretiens, car on disait que K. netait pas chretien; Winbom arrivait it pied, ce qui signifie les dimanches. lit Ce jour-la, jeus le cceur tant soit peu inquiet, etant donne que mes pensees, pour et contre, volaient contre mon gre et que je ne pouvais les retenir. Fus au service religieux et trouvai que les pensees sur les choses de la foi, sur le Christ, ses merites et choses semblables, comme celles qui les accompagnent et les confirment, pr~qu@t pourtant de Iinquietude et donnent carriere a des pensees contraires que Ion ne peut prevenir lorsque Ion veut crolre par son propre entendement et non par la grace du11t1 - Seigneur. Finalement il me fut don ne par la grace de lEsprit davoir la foi, sans raisonnemen/. detre assure en elle, quand je voyais mes pensees qui confirmaient le fait, comme en dessous de moi ; en mon cceur, je riais delles, beaucoup plus encore, de celles qui les ebranlaient et leur etaient contraires ; la foi semblait etre loin au-dessus des pensees de mon entendement. Alors seulement jeus la paix; que Dieu my forti fie, car cest Son ceuvre et dautant moins la mienne que mes pensees, fussent-elles 2. Christian Konig ( 1678-1762), juriste connu, auteur d Exercices scientifi­ qu;s. Anders Winbom ( 1687.1745). professeur de theologie a I"Universite d·Uppsala.
  • 80 E. SWEDENBORG les meilleures, la detruisent plus quelles ne la favorisent. Alors, on rit de soi-meme, aussi bien quand on seleve en pensee contre ce que Ion croit que quand on veut le confirmer par son entendement. Cest aussi chose plus haute - je ne sais si cest la chose supreme - que lhomme re<;:oive la grace de ne pas meler son entende-IS-o - ment aux choses de la foi,bien que semble-t-il, Notre Seigneur admette chez certains que cela decoule, sans assurances, de Ientendement, bienheureux ceux qui croient et ne voient pas. Cela, je Iai clairement ecrit dans mon prologue, numeros 21 et 224, quoique nayant pu me le rappeler de moi-meme ou y arriver sans la grace de Dieu, a mon insu, semblait-il, quand par la suite, par leffet meme et le changement dans tout mon etre inte­ rieur, je le trouvai ; car cest la grace et laction de Dieu, I Si - honneur a lui eternellementCar je deduis de cela quelles difficultes les lettres, plus que les illettres, ont a parvenir a cette foi, et que de la sorte," sur leur propre compte; quils rient deux-memes, car cest avant tout l adoration de son propre entendement quil faut elever pour la precipiter a terre; ce qui est Ireuvre de Dieu et non celle de Ihomme. De meme, cest Ireuvre de Dieu que de garder un homme en cet etat. Ainsi, cette foi est separee IS" 2.... - de notre entendement et se tient au-dessus de luiVoila la purafides. Iautre est impure aussi longtemps quelle se mele a notre entendement; il faut tenir notre entende­ ment prisonnier sous Iobeissance a la foi. Ce que Ion croit do it en consequence etre ce quIl a dit, Lui qui est un Dieu, en tous lieux la verite elle-meme. Cest-a-dire, et cest ce quil faut comprendre par la, que no us devons etre comme des enfants; quantite des choses que jai vues saccordent a cela et peut-etre aussi le fait que tant de tetes etaient r6 ies et jetees dans le four, qui etai le fourneau du Malin. ­ 4. Cesl·;i·dire le prologue ;i son Regnum animate.
  • LE UVRE DES REVES 81j )3 Que les justifications assombrissent la foi, cela se voit aussi au fait que lentendement ne va pas plus loin que jusquaux prababilites, cest en cela que reside toujours pour ainsi dire la probatio majoris ou minoris; car les justifications venues de notre propre entendement sont toujours soumises au doute qui obscurcit la lumiere de la foi. Mais la foi est uniquement un don de Dieu, que Ion re90it si lon vit selon les commandements de Dieu et en consequence si on le prie constamment pour cela. Le 19-20.~v,,-,·e ,CL. - r Ai eu un tout autre sommeil, revai beaucoup, apres quoi je fus pris de frissons, mais ne pouvais rien me remettre en memoire, car chaque fois les reves se dera­ baient a moi. IS"S- Javais les mains jointes au reveil, il me sembla quelles etaientserrees par une main ou un doigt, ce qui, mc laide de Dieu, signifie que Notre Seigneur a entendu mes prieres.J 5 (, - Ensuite, en vision - qui nest ni sommeil, ni veille, ni extase - il me vint a lidee que le rai Charles avait combattu, la premiere fois, vainement, puis que dans lautre bataille contre les Saxons, il avait remporte la victoire et etait plein de sang. Ensuite, que les muses ont gagne; ce qui signifie que, avec la grace de Dieu, jai gag ne la bataille et que, dans mes etudes, jatteindrai mon but~/ f,+ - Je me levai alors, graces et louanges soient aDieu rendues! Je ne veux pas etre mien, je suis sur et je crois que Toi, 6 Dieu, me laisseras etre Tien tous les jours de ma vie et ne m6teras pas Ton esprit saint qui me fortifie et me soutient.)58 - Ce jour-la, je fus dans la plus forte des tentations, en sorte que quand je pensais a Jesus-Christ, simmis9aient immediatement des pensees impies dont je ne pouvais
  • 82 E. SWEDENBORG repondre, selon moi. Je me donnai la correction mais je puis confesser navoir jamais ete de cceur aussi leger que ce jour-la et pas le moins du monde intimide ou afflige comme les autres jours, quoi ue la tentation fUt au plus extreme, pour la raison qu(""Notre Seigneur m~a donnITa f"zi fOrte et la consolation qulI maidera pour Iamour de Jesus-Christ et seton Sa promesse, en sorte que je de­ couvris alors quel effet avait la foi.I r;~ - Jetais aussi dans une telle humeur que, par colere contre Satan, je voulais me battre contre lui avec les armes de la foi ; par la on voit quel effet a la vraie foi sans raisonnement ou sans le renfort de ses raisons. M~st la grace de Dieu seul; cela fUt-il arrive auparavant, jeusse ete absolu~t interdit; toutefois, javais peur davoir offense Notre Seigneur par mes efforts pour me disculper, ce dont je lui demandai pardon avec toute lhumilite possible. Le roi tout sanglant, ce doit proba­ blement signifier Charles X I I. I 21-22. ~ flA/J bO ~ Me semblait que je megarais dans les tenebres et ne sortais pas avec les autres, je tatais les murs et parvins enfin dans une belle maison Oll se trouvaient des gens qui setonnerent que je fusse venu par ce chemin-la. lis vinrent a ma rencontre et dirent que ce netait pas le chemin; je dis : « On dit quil y a une ouverture ici » ; ils nierent. Signifie que je me suis completement egare ce jour-la.I bI Puis il y eut un gras chien qui se glissa sous la cou­ verture la Oll jetais couche et me lecha le eau. Javais peur quil me morde, mais cela ne se produisit pas, et il fut dit quil ne me mordrait pas. Signifie les pensees secondaires que jai eues et qui mempechaient de penser a ce qui est saint.I(Z - Ensuite, jetais avec des comediens; Iun dit quun
  • LE L1VRE DES REVES 83 Suedois etait arrive, qui voulait me voir. Nous entnlmes, dressames un grand escalier devant lui ; cetait un chien, qui etait enveloppe [dune couverture], avec un chiot qui tetait. Signifie mes affreuses pensees. A une canne a peche pendait quelque chose de semblable, ne voulait pas sen aller, fut enfin arrache dans une autre piece; signifie que jen serai libere. 1b"3 - En vision, il me sembla que lon arrachait quelque chose en lair; doit signifier que mes pensees doubles seront mises en pieces. Quand je me reveillai, jentendis les mots : Tout est grace; ce qui signifie que tout ce qui est arrive est grace, et pour mon plus grand bien.Ibt- Ensuite je vins a douter, etant donne quil me semblait etre tellement separe de Dieu, si je pouvais encore penser a lui comme a une personne vivante, si je ne devais pas modifier mon voyage et revenir chez moi. Arriva un groupe dames et de corps en mouvement et enchevetres, maisje repris courage etje decouvris quejetais venu faire le plus grand bien possible et promouvoir lhonneur de Dieu; re<;;u un talent, tout mis en ceuvre pour cela, Iesprit a ete avec moi depuis la jeunesse dans ce but. le me tenais pour indigne de vivre si je faisais autre chose que suivre la juste voie ; de la sorte, me moquai des autres pensees suborneuses. 16,) - Ainsi de la volupte, de la richesse, de la grandeur, que je negligeais, trouvant vain tout cela et que celui-la est plus heureux qui nest pas en possession de ces choses; il est satisfait et plus heureux que celui qui les possede ; car je me moquais de toutes les raisons qui etaient invo­ quees et, de la sorte, avec Iaide de Dieu, arretai ma decision. Que Dieu maide ! Pensai que la poule chante, chose qui arrive juste apres quelle a pondu Iceuf.166 - En outre, je remarquai que la foi consiste sans doute en une consolation assuree que Ion re<;;oit de Dieu, mais quelle consiste aussi en notre ceuvre : faire ce ui est
  • 84 E. SWEDENBORG bien, chacun selon son talent, pour son prochain, et ce, d-;utant plus quonle fait parce que lon croit que Dieu la ordonne ainsi, sans raisonner davantage, mais que lon fait reuvre damour, par obeissance cl la foi, quoique ce so it contre la concupiscence du corps et ses efforts pour nous convaincre de nen rien faire; en sorte quune foi sans reuvres nest pas une vraie foi; et do it resolument signorer elle-meme. /i • 0 • • /~ ~ y j : ~" }-- b ." J .t-.., / tJl"-l".A-.... Vr.f ...<- ~r r-7"~ . 22-23. 1JJ<u {, .-t~ ~ 7 fP-"~~ 1 Reves penibles : de chiens qui disaiertt etre mes compa­ triotes et,qui me tetaient le cou sans me mordre ; de plus, commentje voulus copuler avec deuxdentre eux sans parvenir cl eaculer!Le matin, je sombrai dans daffI=eUSes pensees, comme le jour precedent: le Malin mavait pris, avec la consolation toutefois quil restait au dehors et me lacherait bient6t.Alors que jetais dans des pensees condamnables, les pires qui se pussent trouver, au mo­ ment meme Jesus-Christ simposa fortement cl me; yeux interieurs et je -[us investr de laction du Saint-EspriCsi bien que je pus en deduire que le diable etait parti. Le jour qui suivit je fus de temps cl autre assailli par de doubles pensees et en lutte, apres le diner jeus lesprit calme pour la plupart et pensai aDieu, bien que ce rut dans lordre temporel; je voyageai alors jusqua Leyde,Av....: ( 23-24, a Leyde.- Il me semblait que nous volions, une femme et moi, et que je me battais contre elle : elle mentrainait dans la mer puis en Iair ; finalement, je la frappais au front, avec une assiette aussi brutalement que possible et lui coinyais la face en sorte quelle semblait etre vaincue. Cetaient mes
  • LE L1VRE DES REVES 85 assauts et mon combat contre mes pensees, pensees que jai vaincues. 110 - 11 me semblait que lon disait interiorescit. integratur. qui signifie que, par mes assauts, je suis purifie interieu­ rement. It Ensuite, toute la nuit, on me dicta quelque chose de saint qui se conc1uait par sacrarium et sanctuarium . le decouvris que jetais au lit, couche avec une femme qui disait : « Si tu navais pas dit sanctuarium. no us aurions fait la chose. » le me detournai delle, elle, de sa main, toucha mon [membre] qui devint grand, grand comme il ne la jamais ete, je me retournai, lappliquai, il se plia mais se fraya pourtant un passage dedans ; elle dit quil etait long, je retlechissais pendant ce temps quit en adviendrait un enfant et ejaculai en merveille. 11 y en avait une pres du lit qui guettait, mais elle sen alia tout de suite. 2. - Cela signifie un amour extreme pour le sacre, car tout amour tire de la son origine, est une series; dans le corps, il est en fait dans la projectione seminis ; quand toute la semence est la, et pure, cela signifie lamour pour sa­ pientia, la premiere femme symbolisait veritate, toutefois, comme il y en avait une autre qui ecoutait, cela ne se fit pas avant querIe rut partie. Signifie que la-dessus, il faut se taire et ne pas en parler, c.ar pour lentendement du siecle, cest impurym alors quen soi cest urum.J:j..s - Ensuite je mendormis un peu, et it me sembla que coulait pas mal dhuile melee dun pel,l de moutarde ; qui doit etre ma vie a venir ou, sans doute, il y aura du plaisir avec quelque desagrement; a mains que cela ne signifie un medicament pour moi. Cela se passait a Leyde, le matin du 24 avril. I. Sacrarium : sacristie. sancluarium : sanctuaire.
  • 86 E. SWEDENBORG Alh..,f! 24-25 a Amsterdam..} - Toute la nuit, pendant environ II heures, je ne fus ni dormant ni vei1lant, dans une etrange torpeur, je savais tout ce que je revais. le tenais mes pensees attachees, ce qui me mettait parfois en transpiration; Ietat de ce sommeil, je ne puis le decrire, par lequel mes doubles pensees pour ainsi dire se separaient ou bien etaient mises11-}"- en pieces. Entre autres choses, je revais que je parlais plusieurs fois au roi Charles XII, et tout ce quil disait, chose dont je metonnais, il le disait avec un fort accent franyais que je ne comprenais pas. Comme aussi lorsque je parlais a dautres pensant quil nentendait pas, il etait a cote, ce qui faisait que je rougissais de ce que javais dit. Signifie que Dieu ma parle, et que je nen ai pas compris grand-chose car ce sont des representations auxquelles je comprends encore bien peu de chose; et quil entend et remarque tout ce qui se dit et toute pensee que Ion a; comme aussi quil est parfaitement certain que nulle pensee ne lui echappe quil ne voie, et au fond toutes choses, mille fois plus que moi-meme. 25-26. Av-..f I:}-6 - 11 me semblait que des femmes et des hommes etaient installes dans un bateau en partance, il y en avait un qui tenait mon chien, que je lui enlevai; il me montra le chemin pour aller a la maison, dans une belle chambre Oll it y avait aussi du vino Signifie peut-etre que je dois envoyer mon travail en Angleterre; et que ce jour-la il faudra me mener a lendroit Oll je devrais mamuser, comme il arriva aussi a H. Hinr. Pesch.
  • LE L1VRE DES RE-VES 87 A,,~.(J 25-26, a La Haye. FT1- - Un precieux et beau sommeil, pendant environ II heu- ( res. ~ve.c dive~~es represe~tatio.ns. C~m~,en~ une f~mm.e ) qUI etaIt manee me persecutalt, mals J etal sauve; Sl- j gnifi,e q~e le Seigneur ~Iivre des tentations et des L persecutlOns. In Une femme mariee voulait mavoir, mais jen aimais un~q~ netajt .pas mariee ; la premiere se-rachait etme l- persecutait, mais je pa!yins tout de me me a obtenir c~e qui netait pas mariee et fus avec elle, et Iaimai. Doit signifier mes pensees. Il y avait une ~Illme qui _avait une tres b~lIe ~priete ( autour de laquelle nous march ions, une femme avec ) laquelle je devais me marier. Cetait pietas ou, je crois, egalement sapientia qui possedait ces biens; je fus aussi ) avec elle, lui fis Iamour de la fayon habituelle, qui semblait avoir lieu pour le mariage lui-meme.Jisa Comme aussi il me fut represente dune certaine fayon que je ne devais pas me contaminer p~r dautres livres ffili concernent des propositions theologiques et autres ; car cela, je le t.iens des paroles de Dieu et de IEsprTt Saint. , Le 28-29. AVnJlog I - La nu it derniere, il me sembla voir le roi Charles XII, auquel jai naguere dedie mon travail, mais ilme se~it maintenant quil etait ressuscite des morts et que je sortais et que je voulais le lui dedier, tout comme a un autre. ~2, - le pris un chemin, cetait un chemin de traverse, on mindiqua de monter, je le fis mais pensai quil ne restait que quelques jours. Revins ensuite en terrain pIat, il y avait la beaucoup de gens,je voulus sortir et fus fortement bouscule par la presse. tiJ3 - le donnais quelques fruits a un jardinier pour quil les
  • 88 E. SWEDENBORG . vendit; il les vendit et me rendit deux carotins I, mais on dit quil avait garde pour lui 13 rixdales, ce dontje navais cure. - 11 me semblait que jurinais, une femme dans le lit regardait cela, eIle etait grasse et rouge; ensuite, je la prenais par les seins, eIle ne se derobait pas beaucoup, eIle me montrait ses parties intimes et quelque chose de laid; je ne voulais rien avoir a faire avec elle.I r.;- - Tout cela montre, il me semble, uee dois employer, dans lensemble,-mon tempsa ecnre sur ce qu·il ya de plus eleve e.! non sur le !emQorel qui est loin en aessous, cest-a-dire sur ce qui concerne le centrum lui-meme de tout et ce gui concerne le Ch[ist. Que Dieu sOTt assez misericordieux pour meclairer davantage surce quest mon devoir, car je suis encore dans certainestenebres, doll il faut que je me detourne. Ig6 - 11 semblait quil y en avait un qui avait ecrit une carte au roi Fredrik. n pensait que cetait une carte, ordonna a quelques-uns daIler voir une person ne qui dabord etait une femme, ensuite un petit homme, pour la tourmenter de diverses fayons par de ramour et choses semblables. lis faisaient de leur mieux ; toutefois, je ne vis pas quils lui eussent fait tort ou quils leussent meurtri. Il dit alors, entre le 36 e et le 37 e jour (qui etait le jour de ma tentation) quil voulait emprunter a une foule de gens et aIler au ciel sans payer ceux auxquels il avait emprunte; je dis a Swaben 2 quil devait raconter cela au roi. Tout cela semble signifier que si je continue avec les autres choses que je me suis proposees, jai ~~pruI.!te une_~l!!ntite de choses au irituel Qou!311e~J c~ m0...ien au ciel, choses que je ne voulais pas payer, sinon en dernier ressort. I. Le earolin etait une monnaie dargent qui valait deux mares. 2. Pour Swaben, voir note I au 8-9 avril.
  • LE L1VRE DES REVES I 89 30 avril-I er mai. 1q.4­ 16,} - le vis un homme avec une epee qui montait la garde, lepee etait aceree et pointue et depassait un peu de la manche de son manteau ; je craignais pour lui, je voyais quil etait un peu ivre et aurait pu, par consequent, faire du degat. Signifiait que la veille, javais bu un peu plus que je neusse du, chose qui nest pas spiritus, mais carnis, et donc fautive. 1<6<6 - Ensuite, jetais avec Eleasar 1, mon frere defunt, a ce quil me semblait; celui-ci fut attaque par un sanglier qui lattrapa et le mordit, je voulais abattre le porc avec un croc mais ne pouvais pas. Ensuite, je montai et vis quil etait couche entre deux sangliers qui lui mangeaient la tete ; ne trouvai personne qui laidat, passai la en courant. Signifiait, je crois bien, que la veille javais bien curerat pelliculam 2 et mange excessivement ; chose qui est egale­ ment opus carnis et non spiritus. car ce sont la des vies de cochons et elles sont interdites par Paul, elles sappellent commissationes J. ~j Le lendemain, je me tins en consequence tant soit peu sur mes gardes, mais subis une tentation assez forte, si bien que desormais il me faudra faire violence a mon appitit. Connus une situation etrange, et pour ainsi dire ( un chagrin, mais en fus pourtant rapidement delivre apres ) a~r rie et chante un psaume ; surtout que Je ne veux ) pas etre mien, mais vivrecomme un novus homo in Christo.I Cf 0 - I Pendant plusieurs jours de file ensuite, je connus ) ordinairement quelques heures une angoisse spirituelle lsans pouvoir en dire la cause, bien que je sem lasse (assure de l~grace de Dieu; toutefoiS;-apres le-amer, je ~connus une tres forte satisfaction et la paix de lesprit. I. Eleasar etait mort dans sa petite enfance, comme deux autres des freres de Swedenborg, Albrecht et Daniel. 2. « Soigne mon jabot », fait iipaille. Lexpression vient dHorace. 3. Debauche. ­
  • 90 E. SWEDENBORG 19/ - Quand je partais de La Haye par le caboteur de Maasland 4, cetait le I er mai, il me sembla que mon frere Jesper 5 etait en prison a cause de moi, de meme quune autre personne ; jai aussi mis dans la voiture et emporte quelque chose dont jestimais etre responsable ; les juges qui devaient statuer sur son cas arriverent, ils avaient deux papiers tout ecrits dans les mains; pendant ce temps je voyais des oiseaux qui venaient en volant jusqua moi, et moi, avec u~teau pointu, je les frappais au cou de telle sorte quils mouraient. Ensuite, les juges arriverent et declarerent libre mon frere Jesper, que jembrassai alors en me rejouissant. Signifiait que jai eu des pensees insensees, quavec Iaide de Iesprit jai toutefois exterrni­ nees-; et quen consequence jai ete declare libre. /11 - A Hardwich 6, en arrivant en Angleterre, je ne dormis que quelques heures, et alors il mapparut beaucoup de choses qui doivent concerner mon travail ici; cetait le1/ ~ - 4-5 mai selon le sty)e anglais 7J")Oe quelle fayon je perdis un billet et celui qui le trouva ne reyut pour cela que 9 liards 8 ; de meme quune autre personne qui avait trouve un billet semblable, et que Ion acheta pour neuf liards seulement ; et je disais en plaisantant que cetait de la bigoterie. Probablement, comment on est dis ose en /9 r- - ~gleterre, en partie honnete, en partieITi"alhonnete2~ 11 y en avait qui semerveillaient de mes estampes, qui etaient bien faites, et qui voulaient voir ma conception, comment aussi je pouvais les concevoir comme elles 4. Sans doute un trekschuit (voyez note 22 au premier chapitre) partant de Maasland. 5. Jesper Swedenborg ( 1694-1771 ), le•.plus jeune frere d E anuel, lieute· .!!.i!!It eLh_omme de lellres. 11 Qassa une grande RMlie de sa vie en Amenque ) et revint en Suede en 1724. 6-:-Ce manuscrit, difircilement lisible comme on sait, porterait, semble-t-il Hw~wj{j2k, qui etait une ville hollandaise universitaire bien connue des Suedois. 11 ne peut guere sagir que dun lapsus puisquil est dit aussitot ensuite « en arrivant en Angleterre ,). 7. LAngleterre nadopta le calendrier gregorien quen 1752. 8. Liard : styver, piecette d·argenl.
  • LE LIVRE DES REVES 91 etaient faites. Doit signifier que mon travail obtient ap- Iq s- ~ probation, et que lon croit que je nai pu le faire 1) Me fut remise en mains une petite lettre, pour laquelle je payai 9 liards ; quand je louvris, il y avait dedans un gros livre avec. du Rapier bl(inc et dedans beaucoup de beaux dessins, tout le reste netait que papier blanc. Il y avait une femme qui etait assise a main gauche, qui se trans­ porta sur la droite et feuilleta le livre, et les dessins apparurent. le pensai que cette lettre voulait dire quen Angleterre je devrais faire executer une quantite de dessins ou depures de ce genre; la femme avait une tres ( vaste gorge, elle etait sur )es deux cotes toute nue jusquen bas, sa peau etait luisante comme si elle avait ete glacee, et sur le pouce elle avait une peinture miniature. C~q!:!..i doit signifi~r quavec laide de Dieu, je suis cense exe­ cuter en Angleterre une quantite de jolis dessinsdans mon travail; et que la speculation qui dabord setait postee in posterioribus se tournerait ensuite ad priora, ce1" - que semblait signifier le changement de places 9~ ~ Il me semblait que lon me donnait lordre daller avec Bergens­ tierna 10 a une commission Oil lon attribuait des sommes dargent; cela paraissait se passer au-dela de la Sicile; commission dont jetais tout a fait satisfait, c(rnslder~lnt toutefois que la, il allait falloir prendre garde aux scor­ r pions. Doit signifier quelque chose que je suis cense recevoir i commissis, apres que mon travail sera termine, ) si peut-etre je suis amene a lexecuter en quelque autre lieu; et peut-etre en quelque autre chose.I~ 1- - Le 5-6 mai, a Londres. f le fus rosse par un homme de grande taille, chose que je pris en bonne part; puis je devais monter a cheval pour 9. In posterioribus : sur les derniers; ad priora : sur les premiers. 10. Johan Bergenstierna (1668-1748) etait Iun des collegues de Sweden­ borg au College des Mines.
  • 92 E. SWEDENBORG aller avec la voiture, mais alors, le cheval tordit le col, mattrapa a la tete et me tint. Ce que cela signifie, je ne sais ; jai dil me rendre cou able de quelque chose enYe"rs un cordonnier craignant Dieu qui mavait accompagne en I route et chez lequel je logeais alors; ou bien que je nai pas pense a mon travail. - ­1<3 Summa summarum . I. 11 ny a rien dautre que la grace "­ pour nous rendre bienheureux 2. La grace est en Jesus ­ J Christ qui est siege de toute propitiation. 3. Lamour de Dieu dans le Christ est ce qui amenea la felicite. 4. Et qualors on se laisse mener par Iesprit de Jesus~Tout ce qui vient de nous-memes est mort, ce nest rien dautre que peche et digne de la damnation eternelle. 6: Car rien de bon ne peut venir, hormis du Seigneur. Ma.:. J J.rt Le 19 et le 20, a Londres.Jq:J - Le 20 je devais aller a la Sainte Table a Ieglise sue­ doise, apr~s avoir cede a maintes pensee~e ravees, ayant remarque que mon corps se rebelle continuelle ­ .~ meEt, chose qui metait representee par de Iecume quil I fallait enlever. Le matin du dimanche, il me vint par lesprit tout a fait clairement a la bouche que cest cette mann~ qui vient 9u ciel, de telle sorte que ce netait ni dans le sommeil ni a letat de veille, mais tout a fait clairement que cela me vint en pensee et en bouche ; qui signifiait le Christ dans Ieucharistie. La veille, jetais ( dins de telles dispositions que javais calme et aix interieurs dans la volonte du Seigneur, tout comme je l sentais tout le -tempS-Iaction fortede lEsprit Saint, ~ I contentement et ce royaume des cieux sur la terre, qui emplissaient tout le corps.~o - Ne pus pourtant pas me tenir tranquille, pas mempe­ cher de rechercher le sexe, et dans le dessein de bien faire 1 , dautant quil me semblait en reve que cela netait ~ pour~i=c~ir I. Swedenborg el1Jpl0ie ici un plaisant euphemisme !acte sexuel. ! J. Vl..,;" b . t.. --- - J R_ _ .
  • LE L1VRE DES REVES 93 aucunement contre la volonte de Dieu. En compagnie du prof. Oelreich 2 enplusieursTieux, ce dont je netais jamais averti, tout comme pour dautres choses que jai ( faites ; toutefois il marriva ce qui, quelques jours aupara­ vant, mavait ete represente en reve, cl savoir quen un seul jour je serais mis deux fois en peril de ma vie, ce qui arrivaI egalement, en sorte que si Dieu navait pas ete ma - ~-=--- d~ense, j~~e _perou la vie dans les oeux endroits; quant aux details, je ne veux pas les decrire. Toutefois, ce bien-etre interieur etait si fort, surtout lorsque}etais tout seul, sans compagme, le matin, le soir, pendant le jour, quil peut se comparer cl une joie celeste ici-bas; etjespere bien le conserver, aussi lon~e, par la grace seule de Notre Seigneur, je peux marcher ) dans la voie pure et avoir la juste comprehension, car si( je men ecarte et cherche mon cont ntement da_nsle ) temporel, cela disparaitra. Si nous disposons toujours du ----- --) principe interne quTest linflux de Iesprit de Dieu, cest{ Dieu qui le sait le mieux. Cest, pour le moins, par Iexultation que cela est sensible; car je pensais que} lorsque jai le contentement celeste, quirais-je chercherlie temp~~el, qui, en cO,mparaIsO;;-, nest rien, est incons­ tant, nUlSlble, luttant la-contre et destruc~eur. Par diverses volontes, je fus amene cl leglise qui est aux Freres Moraves 3, ceux qui disent etre les veridiques lutheriens et sentir laction de IEsprit Saint, ainsl qu ils se le diSent les uns les autres, et ne considerer que la grace de Dieu, le sang et les merites du Christ, et se mettent ingenument cl lreuvre. Jen parlerai mieux une autre fois, mais il ne doit sans doute pas encore metre permis de me lier de fraternite avec eux ; leur eglise me fut representee 2. Niklas von Oelreich (1699·1770) etait sunout connu comme censor librorum. fonctionsoffTcielles quj( as_sura.de ~ni re ~andaleuse. se laissant volontiers corrompre par les ecrivains. 3. Les Freres Moraves representent une fraction de IEglise lutherienne evangeliste. lis ont exerce une influence fon profonde sur les pays scandi· naves. I
  • 94 E. SWEDENBORG il y a trois mois, telle que je la vis ensuite, et tous ceux qui sy trouvaient etaient vetus comme des pretres. 11-12 juin. J+rr ..< <# 3 le portais mes pensees sur ceux qui resistaient a IEsprit Saint et sur ceux qui se laissaient mener par Lui. Mappa­ rut un homme en blanc avec une epee, un autre marcha contre lui mais fut blesse par son epee, il reitera le me me combat et fut touche pres de Ioreille et aux tempes, bien durement. En arriva encore un autre qui combattit contre lui, il fut de me me transperce de telle sorte que le sang apparut. Javais une longue lance; je pensais, pour le cas oll il marcherait sur moi ~Lu~ je 1:1 ~nd~devant moi et au moment meme, it netait pas loin de moi je vis quil jetait son epee et sen allait. Et comme je men eton~is, je remarquai quil y en avait un qui marchait devant moi, qui avait retourne son epee et voulait la lui donner et se rendre a merci, ce qui etait la cause pour laquelle il avait retourne son epee. Le 15-16 juin, le 16 etait un dimanche . .2 s y..- Me fut representee ma vie passee, et comment ensuite jallais la oll i1 y avait des gouffres de tous cotes, et que je faisais demi-tour. Alors, j entrai dans un petit bois tres magnifique, pI ante partout des plus beaux figuiers de belle taille et bien en ordre, sur Iun deux il semblait rester des figues fletries; le petit bois etait enclos de tombes, mais pas du cote oll jetais. le voulus traverser une passerelle sur laquelle il y avait une epaisse couche~a S" - de terre et dherbe, mais je nosai a cause du danger!e vis a quelque distance de la un grand et tres beau palais flanque de deux ailes, oll je voulus prendre mon loge­ men! ; il me semblait avoir toujours vue sur le petit bois
  • LE L1VRE DES REVES 95 et les tombes, il y avait aussi sur une aile une fenetre loin au bout qui etait ouverte, Oll il me semblait vouloir avoir ma chambre. Si ni le_q,~le dimanche,.Je devrais e re dansle.. .lu2iIj.1.uel que signifie le magnifique petit bois ; le palais doit etre le dessin de mon travail qui renvoie au petit bois, jai lintention dy aller voir par ce moyen. 20-21·7r--..... :<&C - Me semblait que lon deliberait pour savoir si je serais admis d.a.ns la societe quil y avait la ou dans leur conseil. ~ Mon pere sortit pour me dire que ce que javais ecrit sur la providence etait ce que javais ecrit de plus beau; je me rappelai que ce netait quun petit traite. - Ensuite, une nuit, je me trouvais a legJise, mais tout nu, uniquement avec ma chemise, si bien que je nosais avancer; ce qui ) doit etre que je ne suis pas encore vetu et pret comme il se doit. 26-27. } ........ .<pj.. - Jetais en un lieu avec beaucoup de gens ; passai devant mon jardin qui avait tres vilain air, cetait sans aucun doute en comparaison avec le jardin celeste. - Puis jentendis longtemps comme des coups de canon que lon tirait en tous sens contre Jennemi; limaginai que Jen­ nemi etait battu, arriva egalement un message disant que le Danois attaquait avec 10000 hommes, cela se passait surtout a la poignee de Iepee, il fut completement battu. Jetais aussi en un autre lieu, voulais men aller visiter le champ de bataille. A lendroit Oll jetais, il y en avait beaucoup qui voulaient senfuir etant donne quils etaient du parti danois, mais je leur conseillais de rester, disant qui:Is ne couraient aucun danger, hormis un soldatoZ" g - danois. - Vis ensuite comme un grand ecran qui me
  • 96 E. SWEDENBORG protegeait. Javais quelque chose qui nallait pas au pied gauche qui etait bande, sans que je sache de quoi il sagissait, mais cela serait remis en etat bientot. - Un petit oiseau dans une grande cage qui avait longtemps ete cache, il vivait pourtant, il avait cl manger et cl boire, entrait et sortait dans la cage. - Vis Eric Benzelius avec une perruque et deux boucles par derriere, il allait vieux et fatigue; le suivais et voyais quil entrait dans une eglise ou il sasseyait au tout dernier rang. 1-2 juillet. 1,+ rt 11 marriva des choses bien etranges ; je fus pris de forts frissons - comme-lorsque lUhri~!pe rft la grace diyine - Iun apres Iautre, et jusqu cl 10 l-n-de file. t Jat~endais detre jete sur la face COJIl.me la foi~ce­ dente, mais cela -neut pas lieu; lors du dernier frisson, je i fuSeleve en Iair et je sentis de mes mains~ doS)que je palpai tout entier ainsi quen dessous, la poitnn 1$; aussi­ tot il se coucha et je vis par devant le visage egalement, mais tres sombre. Alors je me mis cl genoux,.me deman­ dant si je devais me coucher cl cote, mais cela ne se fit pas, comme si cela neut pas ete permi ; tous les frissons remontaient du bas du corps JU~cl la tete Cela se passait au c rs dune vision oiLie netais ni veillantni ormant, car javais toute a tete ; cetait Ihomme, infe­ ;ieur:-separe de(f~xter~qui ressentait ce a. uand je fus tout cl fait reveille ces frissons me reprirent plusieurs fois; cela devait etre un saint ange puisque je ne fus pas jete sur la face. Ce ue cela veut sig~r, cest Notre ~eigneur qui le sait le mieux ; me semblait metre entendu dire auparavant que je recevrais quelque chose pour mon obeissance ou pour autre chose. La grace de Dieu se:2 J I f manifeste cl Ihomme interieur et cl lfiommeexterieur en moi, cl Dieu seul louange et honneur. De tout cela et dautre chose, je deduis que cela veut
  • LE L1YRE DES RE-YES 97 dire que je devrais decouvrir veritates de sensationibus internis. mais eos, et ooscurement de f~dis quavant que cela narrive, il mavait semble que Ion presentait cela comme une communication de ce sur quoi jai travaille jusquici, il mapparut aussi que jetais en train de changer mes mechants liards contre de la meil­ leure monnaie, et Ion me donna alors un peu ~; -- toutefois, il y avait cl cote aussi de la monnaie de cuivre. 3-4 juillet. 1:).4­ - le prenais pour ainsi dire conge delle avec une ten­ ( dresse toute particuliere, Iembrassant, quand une autre ) apparut un peu cl Iecart. Comme jetais eveille, Ieffet fut ; que je me trouvai in continuo oestro amoris ; toutefois on disait, ou plutot on se plaignait que cela: ne [fit pas . compris davantage. ui signifie gU.5~ai maintenant ter­ f mine ce ue jai ecrit de sensibus/i~ genere et operationi facultatum interiorum,(fiUvra qui, dans Ietat oil il a ete l jete sur le papier ne peut etre compris ; et que]arrive cl la seconde partie, qui est cerebrum. Le 7-8 juillet..2/3 - le voyais comment, depuis un globe oblong, tout se concentrait vers tout en haut, car tout en bas du globe il y avait comme une langue qui, ensuite, separpillait cl partir delle-meme. Signifie, je crQis bien, que tout au centre il y avait le sanctuarium qui constituait comme le centrum du globe situe en dessous et quil faut inventer des c oses de ce. genre, comme il etait montre par la langue. le crois que je suis destine cl cela, et cest la signification infaillible du san ua ium auquel javais affaire, ce que renforce le fait que tous les objecta scientia­ rum se presentent cl moi par Iintermediaire de femmes;
  • 98 E. SWEDENBORG il en va de meme de cette liberation our savoir si je serais admis dans la societe Oil se trouvaitrnon p~re. - - ­ 2../ f. - -Feus aussi la pensee assuree que le Fils de Dieu etait lamour, lui qui, pour faire le bien pour lespece huinaine, ( lse chargea de ses peches et ce, jusquau supplice le PlUS) dur; car si justitia regnait, misericordia devrait avoir lieu er a!!!!!!.~_ _ Le 9-10. J~~.3(1 S- Il y avait un groupe qui parlait avec le roi qui se trouva ensuite dans une chambre, puis avec ses princes dont je fis la connaissance; entre eux, ils parlaient de moi; je disais que jetais discret en matiere d amour et de vene­ ration. Quand je voulus men aller, je vis que la table de la reine etait mise; je netais pas vetu comme il se rut du car, ayant auparavant 6te precipitamment mon casaquin blanc, je dus monter le mettre. Parlai a mon pere, ui ~_rassa, et lui rappelai de ne pas Jurer; sur ce, la reine arriva avec sa suite. Signifie que j~ ferai la connaissance de enfants de Dieu, car a veille, je me suis choisi un autre logement. Le 14-15. Ju.: .tee..rLJ C Parlais a Brita Belm I qui, me sembla-t-il, mettait au monde un fils, mais comme Schweden 2 etait mort bien avant cela, je me demandais comment cela pouvait se faire; mais lenfant etait mort, a sa place il y avait les deux Rosenadler 3 , Elle me fit monter dans un grand carrosse I. Brita Belm ( 1670-1755) etait la tante de wedenborg, veuve du profes­ seur Schwede. Swedenborg esta maintes ois contre elle pour une affaire de Rropriete en Gastrikland quils avaient en commun. 2. Mari de la precedente et professeur a lUniversite dUppsala. 3. Johan Adrian Rosenadler (1715-1774) et son frere Carl Albrekt (1717-1799) etaient fils dun rofesseur et <t.Y-ne co.usine de weden~rg, Ewa Schwede.
  • LE L1VRE DES REVES 99 superbe, dont la magnificence passait toute mesure, et meV 1- -conduisit chez le comte Horn 4 Na, on prepara un repas. le men allai, je devais venir la ensuite, je volais regulie­ rement mais arrivai a une belle ville que je vis; remarquai que je megarai dans mon vol, fis demi-tour. Signifie mon travail sur sensibus internis et cerebre qui ressemble a Ienfant de Brita Belm ; que je sois alle dans un superbe carrosse chez le comte Horn en tant que president du Cancellicollegium et primas regni 5, pour aller ailleurs : peut-etre trop loin pour animam.2/ 6 - Traversai de leau sur une passerelle, un bateau a cote, arrivai a un fosse; pensai alors a du pain, que chaque jour on amenait la des pains, des grands et des petits. Doit etre la communaute lutherienne; on compi!re le Christ au p~sEirituel. ­ Le 2l-22.1:-~2. 11 Vis une communaute Oil chacun avait une petite cou­ ronne sur la tete, et deux personnes qui se tenaient devant res autres, avec de tres grandes et magnifiques couron­ nes; lune delles parlait avec joie, moitie en fran9ais, moitie en allemand. Signifiait ceux qui ont re9u la cou­ r ronne du martyre et auxq;els je pensais re jour prece­ ( d~nt; mais qui etaient ces deux-la, si cetait Hus I, je ne salS,~~o - Un petit enfant voulait sattacher a moi, mattirait vers lui, mais finalement il me sembla lui refuser. Signifiait Squ~n doit etre comme des enfants envefS N---otre ) S~Lgne~.Jr, pensees dans lesquel es je tombais ensuite tandis que lenfant se representait deux fois, comme la 4. Arvid t!.9Ln (1664-1742) etait president du Cabinet du roi de Suede. 5. Lhomme le plus eminent du royaume. I. Uagit de Lean Hus (c:..nviron_1370-1415) celebre reformateur de Boheme, qui rut bnil comme herelique.
  • 100 E. SWEDENBORG nuit precedente aussi. Cest ue Ion ne sinquiete pas ( soi-meme d.!!.-lip-irituel comme de ce qui vient de nos ~ propres orces, et uil n a as non Ius a sinquieter du ( ten!QQ.!:el, mais que, comme un enfant, il faut rernettre ...~us soucis a Notre Seigneur. :<~/ - Me frayais un passage dans une assemblee, pensai etre sorti a temps, mais tout etait plein, mavan9ai tout de meme a grand-peine, parvins a un banc vide sur lequel il y avait un linge dont je voulais me recouvrir. Si nifiait ue je vOUIalS entrer dans cette communautrpar mes l propr~ soins et que je yOU ais pas me faire ~onnaitre ne des autres, chose que javais faite aussi le jour precedent; mais ce souci-Ia, it faut le remettre a Notre Seigneur. .2 2 2.. Quand je me reveillai, je vis dans une vision beaucoup dor devant moi, Iair en etait plein. SignTfie que Notre ) Seigneur, qui dispose de tout, me don!1e pour le spuituel et le temporel tout ce dont jai besoin lorsque, comme un ( e~ je me remets a lui de tous mes soucis. --- Le 22-23. J~~;(l~2. 3, Me semblait prendre un vol tres haut, mais en un cercle tel que je retombais comme il faut lorsque jetais epuise. - Vis une belle salle avec une precieuse tapisserie sur les ( murs, dun seul tenant. Signifiait ce que, la veille, javais dans Iesprit et le creur, que le tout est de laisser le Christ ) p~urvoir a_nos besojns tant dans le spirituel que clans le ( tempore!.-22.t Vis quun gamin senfuyait avec une de mes chemises et que je courais apres lui. Doit etre que je ne me suis pas ~ l lave les pieds. ), r- tJ e.-- c/f...J - - 1~ -; ... 1-- ~~ Le 24-25. Ju:" f!.e<..0 :21.,;;-- Entre autres choses, il me semblait etre en compagnie de beaucoup de gens dans une societe et nous no us
  • LE LlVRE DES RE-VES 101 amusions, il semblait que nous fussions invites chez quelquun; partions de la pour voyager, semblait que nous dussions revenir ; mais lorsque je men allai, je partis dun endroit auquel je navais pas pense. Me rencontra quelquun qui dit avoir taille pour moi de quoi faire un rideau de lit, encore que ceut ete tant soit peu a mon insu. S~gour mon travail, je do is prendre une autre voie et le preparer pour autre c11Ose, je ne sais ; cela mest obscur. Le 27-28. Jwo,eear -t2C - Vis mon pere en beaux atours devant une communaute, il me parla aimablement et voulut me conduire a quel­ quun dalls une piece interieure, quelquun qui semblait dormir, pour luiparler de moi ; je sortis doucement de la, ( ayant peur de le reveiller. Cetait que je metais mis a lire ) la Bible le soir, et que javalspeur, le same I sOlede ne ( pas m-etre prepare comme il eut fallu. ~ Le 29-30.-tL:f - Vis une grande bete, avec des ailes, qui avait parfois Iair d~tre huITIarn: quoique ~ une grande gueule. ( Elle nosait me toucher, je lui courais sus avec une eQee, ) sans espoir et sans force dans les bras pour Iatteindre : finalement, je la vis se tenir devant moi avec une arme a ) feu et_quand elle tiraIr en sortit corrimedu venin, ce 9u~ pourtant ne me blessa pas car jetais protege; alors, i~diatement apres, je lui piquai Iepee dans la gueule, ) quoique sans grande force; je montai plus haut, il me semblait entendre dire quelle etait morte. Javais pense la veille a la femme et au dragon de I Apocalypse I, souhaitant pouvoir etre .!.. instrument qui tuerait le dragon, l. Cf. Apocalypse X III : 3-4.
  • 102 E. SWEDENBORG , chose qui, toutefois, ne~ pas le moins du monde en mon " pouvoir mais uniquement en celuide Dieu. 30 juillet-l er aout. n 4-l.t~.tg - Fus pris longtemps de saints frissons, en outre toute­ fois, dans un profond sommeil, me demandais si quelque ch~~ de aint ne_se produirait pas; me sembla que jetais jete sur la face, mais ne peux lassurer avec certitude. Puis je fus enleve de la et decouvris sous mon dos quelquun / ~l ~e ~embla.it connai~re, :ac~e quil m~ut ar~ache~ . / c~; 11 dlt aUSSI, quand il selOlgna de mOl, quil ne le ferait plus; les frissons durerent, mais je ne vis rien de ( plus. C~it queJ~ ~acre venait a moi et me toucllait, et , je rap ortais a cela mon travail que javais commence ce I jour a ecrire sur sensibus. et que je voulais que cela ne me divertit pas du plus important..:t.2.1 ~ Ensuite, jattendais une procession de chevaux, et il arriva aussi de beaux grands hevaux isabeHe en grand nombre, puis dautres encore, avec de beaux chevaux de volee qui venaient a moi gras, grands, beaux, avec de ( beaux harnachements ornes. Qui signifie le travail que ) jai com!TIence maintenant, le dernie"r, celuisur -cerebro; egalement, que je sais maintenant avoir la permission de ( Dieu pour cela, dont je crois quil m aide en cela. 4-5 aout.~ Jen vis un marcher sur moi lepee tiree ; il me semblait avoir egalement une epee avec une poignee dargent, mais quand il arriva, je navais rien quun fourreau en pieces. Il se coucha sur mon dos et me mordis les mains, jappelai au secours, mais en vain..z 3 { - Ensuite, feus affaire a une putain en presence d As.
  • LE LlVRE DES REVES 103 ) B.I, semblais tirer vanite de ce que jetais si fort.~gnifie " que je me suis quotidienne!"ent arme contre ~on Dleu ( p!.r ~es pensees q1.!Lne te aienLqua moi, etat Oil per­ sonne au monde mais Dieu seul peut aider, de meme que de metre vante devant D.H. de mon travail. Javais ) Iintention da!.!eU~Lendemain a la Sainte Table, mais je decouvris par la que nul etre humain ne peut pardonner ) les peches, mais Dieu seul, et je mabstins ; par quoi il est a remarquer que la contrition mest ordonnee. 8-9. Ao-:A:".z 3 2... - Arrivai en Suede, vis le royaume divise en deux etats, le plus grand etait en Uppland, Iautre au-dela dOrebro ; deux rois, le second plus petit, disait pourtant quil setendait jusquau Bohus, jen tombais daccord et son etat augmentait. Je pensais quil y avait une procuration pour moi, pour etre secretaire a Java, mais que lonne j mavait pastrouve aptea cela carJe ne connaissais pas la langue; pourtant, jen convenais. Ensuite, reve de petits iseau qui se posaient autour de ma tete et que lon devait Qlumer. Signifiait que je navais pas bien j dispose et traitf ce que jai ecrit sur corpore reticularii malpighii I. - _ ~J~ 26-27 aout. ~ To~s affl~e ~el233 ces jours precedents, je [us ac~.ble de mes peches, dontje pensais quils ne metaient l pas pardonnes et qui mempecherent, la derniere fois, de 1. 11 pourrait et re question dElias Brenner (1647-1717) a~r et peintre miniaturiste. 1. Les canaux de Malpighi ainsi baptises dapres !anatomiste italien (1628-1694 ).
  • 104 E. SWEDENBORG ma rocher de la Sainte Table. Alors, hier, il me sembla etre soulage ; la nu it, mapparut les plantes de mes pieds, el1es etaient toutes blanches, ce qui signifie que mes peches sont pardonnes ; comme aussi une quantite dau­ tres choses, qui signifient q1.!..e de nouveau je suis le bi~~nu.,.< 3 ~ - Il me semblait sortir un livre de la bibliotheque de mon pere. Prenais ensuite un bateau, masseyais avec une autre personne a lendroit Oil, dhabitude, se trouve la barre, a main droite il y en avait un autre; quand je me levai, un autre sassit a ma place et qui plus est, quand je voulus la reprendre, il alia sasseoir plus haut et me donna ma place. Une femme etait assise a-ill..ajn~aJs... e, devant moi, h une autre; je montai et la laissai sasseoir la Oil elle etait a~ mais il ny avait pas de bergere, mais un Jauteuif.2.. .; - devant lequel, done, jetaisOn apporta du vin qui avait S lair detre du jus de fruit, dans des ha!:aps ; on me donna ~ ) un hanap que je vidai dun seul trait; cetait la chose la plus suave que je pusse deguster, on lavalait sans la sentir, comme si ce fUt du nectar celeste. Lhomme etait toujours assis a sa place, tout en haut pres de la barre. ) ( Signifie comment je re<;ois de laide pour mon travail dune main superieure, en sorte que-je sers uniquement dinstrument, ce pourquoi aussi jetais accompagne dune suite dontje disais que loccupation etait de-balayer pour / ( que tout fUt propre ; signifie moi aussi. _." Le 1-2 sept. ~3c.; - Envisageais daller le 2 sept. a la Sainte Table, etant donne que jetais assure, selon monsens, detre delivre de mes peches ; mais alors je vis un gros chien qui bond it sur
  • LE l.IVRE DES R.EVES 105 moi mais ne me fit aucun mal; je lui montrai une autre personne qui se trouvait a cote de moi, a elle non pilus il ne fit pas de mal. Ou bien cetait que le jour precedent je voulais me vanter dune de mes visites, ou bien que les autres font des flagorneries autour de moi. ~37- ~ Ensuite, il me semblait que Didron I avait quitte son roi chez lequel il etait en si grande faveur, quil se rendait chez les Danois et que la, il etait mort. Et que cetait sa femme, qui etait fausse, qui avait cause cela, elle at en a i t ) on cad~vre. Centenos aussltot, comme il me la inspire aussi, que je ne devrais pas meloigl}er deia commun!!ute [ du Christ, qu,e v < er ~cevoir lEuchari~tie, e.!---­ Que spirituellement je serais mort de nouveau. En outre je ne pouvais comprendre - en sorte quil y a la un ( mysterium - de metre abstenu de cela; etais em rase par ) Esprit Saint, comme dor<finalre quand je me conforrne l a ses ordres. - ­ Le 16 sept., sur une apres-dinee de dimanche. 2.38 - Pendant la nuit du 15 au 16, je vis dans mon sommeil, deux rois, le roi de France et celui de Pologne, qui ( proposaient deschoses sublimes; puis une petite fille qui ) chanta pour moi quand je sortis. Signifiait ue ce u~i~i t efrit etait satisfaisant ; qui etait la fin du premier chapitre sur sensu tactus.1..3 - Peu apres diner, quand je dormais, mapparut une .femme, mais je ne vis pas son visage; elle etait tres grosse, en habits tres blancs. le voulais lui acheter quelque chose a boire, elle me dit quil ne lui restait rien, pourtant il y en avait une a cote qui mautorisa a avoir un ".erre quelle avait cache sous ses habits. Elle y fouilla ensuite, ce qui fit que je vis comme elle etait grosse, on lefit crue I. Didron. Johan Fredrik (1686-1747). lieutenant-general du royaume en 1746.
  • 106 E. SWEDENBORG enceinte; apres avoir cherche dans les ourlets de sa ~ manche, eIle retrouva ce quil y avait cl boire, elle croyait que cetait du chocolat, mais cetait du vin ; jenvisa eais ne pas en vouloir prendre, si cetait d!! cJlOcolat, mais 1 alQ;S}eme reveI11<ii aussitot. Il me sembla alors, comme aussi une fois ou une autre auparavant, sentir assez fortement lodeur du vino le minterrogeais surtout sur ~ l habits dune blancheur de neige. Cela, je ne vois pas bien ce que cela signifie, SI cetait la femme que javais eue quand il avait ete dit sanctuarium, etant don ne que je ne voyais pas son visage; et queIle etait enceinte, qui doit ( signifier que je suis en train maintenant decrire coilliTle ) il sied et de donner naissance a ce que je pro]ette ; etant I donne que, ce jour-la, je me suis trouve parfaitement eclaire dans les choses auxqueIles je moccupais. Le 17-18. ~,~~o - Vis le roi de Prusse, et quelquun qui disait partir -- susciter linimitie entre les rois de Prusse et de France. Le 18-19.i. - Me semblait traverser un terrain assez inegal, un baton de fer a la main, avec lequel, par la suite, il netait pas penible de marcher. Arrivai au bout de ce meme terrain, . me couchai dans un lit, arriva Iuur moi un-tres_.gI9s ( beeuf, noir, ay~c de~rnes, qui paraissait vouloir me ) transpercer; javais peur, mais il me fut dit : « Tu devrais passer outre. » Me reveillai ;ilyaquelque chose qui se ( prepare pour moi puisque jen ai termine avec le premier chapitre sur sensu tactus.
  • LE LIVRE DES RE-VES 107 Le 21, qui etait un dimanche. Avant de mendormir, je pensai fortement a ce que jetais en train decrire; alors, il me fut dit : « Ferme ta bouche ou je te frappe. » Vis alors quelquun qui etait assis sur un bloc de glace, et jeus peur. Survint pour ainsi ( dire dans une vision, jy maintirlSiTIes pensees et ~.Rris ) dun de ces frissons habituels; qui signifiait que je ne I d~vais pas me tenir~ si longte~ps a la chose, surtout le t dlmanche, ou peut-etre les sous. Le 29-30. S2,.t_ ~ 3 - Qui etait de samedi a dimanche, je vis le pig!!.Qn du R.lus beau palais qui se ut voir jamais, au milieu, il brillait comme le soleil.-Il metiit dit que dans la societe il serait decide que je devinsse un membrum qui serait immortale, ce quauparavant nul navait ete hormis un qui etait mort; dautres disaient quil y en avait davantage. Jen vins a penser si le plus important ne serait pas detre aupres~de que ) DI~~lLeL2~ vivre de la sorte ; si bien cela concernait ! le fait que javals a]ors mene a terme ce que jai ecrit sur ~r-Jr. - formis organicis in genere. et principalement la finEn­ (suite, quelquun disait quil voulait me rendre visite a 10 h, il ne savait pas Oll jhabitais; je repondis alors, comme il me semblait, que jhabitais dans le [>ignon de ce~l!3lais. Qui signifiait qiieC"e q~e jai ecrit, aveClaide j de Dieu, sur les formis etait de telle nature que cela me menerait encore plus loin, jusqua voir ce qui est plus),/rC;-- magnifique. Ensuite, jetais avec des femme maisne voulais -pas les-toucher- commejaTeu~m;occuperdes choses p us saintes precedemment; en quoi beaucoup de choses mincombaient, que jabandonnais au gre de Dieu, etant donne que je suis comme unJ!!s~ent avec leq~el ( il fait sel?n _Son gre,. quoique so~haitant !tr.e ave~_es ) susnommees, toutefols, non ma volonte, malS cefIe de
  • 108 E. SWEDENBORG Dieu. Que Dieu ne me laisse pas mengouer de cela, ce que je ne crois pas. Le 3 oct., apres-diner. 2.I-{. - je fus pris dun petit somme. Metait represente comme tout etait intimement unitatibus, ratio causae, finis, en sorteque nos pensees examinaient comme les unitates en soi nentrainent aucune autre finem et rationem que celle qui en est don nee par spiritu Dei ou corporis ; de corpori provient tout eche le p us liitime, c~s ne tendons a nen dautre qua ce qui lutte contre lespli1tue[-c:e qui / gouverne, nou5 pouvonsle refnarquer nous-memes. SI nous clIerchons a nous rappeler, par nos amoribus, qui marchent egalement de pair. Du 3 au 6. D t .. 2..1..,+ - On a remarque diverses fois quil y a des esprits de toutes sortes. Un seul esprit, qui est celui du Christ, a toute beatitude en soi; par les autres, on est induit de mille fac;:ons a faire cause commune avec eux, mais malheur a qui le fait. Me representai une fois ou une autre Koram et Datan 1 qui apporterent un feu etranger sur ~ lautel et ron ne put faire le sacrifice; ain.si ~~~a-t-i1 quang_. on introduit un ~.l~re.....[eu~q~ celui qui vient du Christ; je vis aussi comme un feu qui vint £moi. Ainsi, il sagit de discerner entre les esprits, chose que lon ne~ct -- t pe~aire hormis par le Christ lui-meme, dont Iesprit seul peut le-taire.])ans quel affreux danger je fus la nuit du 29 au 30 cela me fut represente par la suite en dormant, lorsque jetais sur 1}Jl..bloc de glace qui etait a peine assez fort pour me porter; arrivai ensuite a un gouffre affreu- - - ------~ f I. Cf. Livre des Nombres. chap. XVI.
  • LE L1VRE DES RE-VES 109 sement grand, il y avait quelquun de lautre cote qui ne pouvait venir maider; car jaHai a reculons. Mais Dieu, par lintermediaire du Christ, est le seul qui mait aide a sortirde la ; qui est comme mon seigneur et maitre, dont je suis Iesclave, honneur et graces soient a lui rendus, sans qui nul ne peut parvenir aDieu. -- 6-7 octo 21rj Cetait tres grand, quoique gracieux, comme un grand voile ou une peau qui etait tire par-dessus, tout brillant ; pourtant, navait aucune stabilite, on disait que 9a ne tiendrait pas, car cela se plissait et se promettait de I meclairer mieux; apparaissait aussi comme une lumen interne, voulais le faire moi-meme les dimanches. Cetait quavec mon entendement et ma fantaisie, jai penetre quelque chose qui ressemble au voile noir, lequef manque de constance. De nouveau vis un gouffre ui est le danger-85"0 - dans lequel je suis avec m..es pensees:Sinon, on racontait quelque chose sur le compte de mon livre, on disait que ce serait un liber divinus de Dei cultu et amore I, je crois quon disait aussi quelque chose sur spiritibus, je pensais avoir dit quelque chose ,Ia-dessus dans mon De Infinito 2, . mais on ne repondait pas cl cela. En pensee:-llme VlOt ( ensuite le message que tout amour pour qudque chose ) que ce rut, comme pour mes travaux en cours - lorsque ! cest eux que Ion aime et non comme un medium vers Iunique -a;"orem, lequel va a Dieu et au Christ Jesus ~It un amor meretricius 3, ce pourqiioi aussi de telles choses sont toujours comparees a des meretricationP dans les paroles de Dieu ; cest aussi ce qui mest arrive; I. Un livre divin sur le culte de Dieu et son amour. En 1745, a Londres, rut publie le grand traite de Swedenborg sur la creation: De cultu et amore Dei mais inacheve. 2. Publie a Leipzig en 1734, titre complet : Prodomus philosophiae ratioci- nantis de Infinito et causa finali Creationis. 3. Amor meretricius : amour de prostituee; meretricationi : prostitution.
  • 110 E. SWEDENBORG mais quand on a lamour le plus eminent pour Qieu, on na par la aucun autre amour que celui que on trouve 2.S1 - en le confiant a DieuMe sembla aussl VOIr le ts~re et dautres grands knesar4, qui me meprisaient parce que javais de fausses manches ; ne sais de quelle coterie ils etaient. Diverses fois, il ma ete donne du beau ain et davantage; Dieu fasse, comme je le crois, que ce soit le pain spirituel ! 2SZ - De cela et de ce qui precede on deduira avec quelle rapidite et quelle facilite un etre humain est abuse par dautres esprits, les uels se representent selon l af1!-Qur de chacun, car Ies amores sont representes par des esprits, aussi bien en eux-memes que comme des-femmes sous formes de dra( gons ?)... LE 7-8. "vf ..,2r;3 ---- Me semblait que je voulais mavancer dans un chemin, mais voyais un petit garyon qui prenait un petit sentier; je le suivais, mais il y avait du brouillard. le pensais quil y avait des soldats aupres, je marchai a croupetons et apeure, tout en pensant toutefois que ce netaient pas des ennemis mais des gens de notre propre peuple. Mais je me trouvai ne voir aucun chemin devant moi, fis demi-tour et entrai dans une piece en desordre ; reclamai une autre chambre, on men donna une, reclamai de leau, il dit quelle etait fraiche et trouble, reclamai alors du lait; me reveillai. Cetait que je metais egare et que javais suivi mon entendement d1ans le brouillard, quand on a peur de son propre peuple tout comme si cetaient des ennemis ; mais quand on marche dans la voie droite, on na peur de rien. Leau signifie que cest encore trouble, le lait, quil faut le fortifier davantage. 4. Les princes russes etaient appeles knjas. knes (pI. knjasar. knesar).
  • LE LlVRE DES REVES III 2. -t - Vis ensuite en vision un horn me qui avait un manteau noir, mais illui fut enleve, et il disparut; ce qui veut dire que ce qui etait noir dabord disparaissait quand on ne marche que dans la voie Oil Ion na confiance quen Dieu et en Christ, et pas en soi-meme, pas en la force humaine -" ou en son propre entendement. AUirement, on decouvre A~o"-J t-"-- #. que nous sommes des soldats pour lutter continueilement contre Satan; quand on a lesprit et la vie de IJieu-;Cest ---- ~~~ quotidiennement une victoria/mais au,contraire, cest ~__ . quotidiennement une clades./on tombe dun etat dans un d t:..-.t" . Iq-~.s. ~autre ; car on ne doit pas desesperer mais avoir nfiance 01 f /Av----.~ ..2..5;- - en la grace de Dieu/La nuit derniere, it me semblait avoir ~k tX..1 vu procuration de capitaine lieutenant ou quelque chose ol~ de ce genre, mais je cherchais le secretaire Bierchenius I "-c... pour lui dire que je voulais men tenir a mon premier k:( emploi dassesseur. Qui signifiait que je ne comprenais pas ators ce que cela voulait dire que detre sol~ii ~_e "" lutter contre Satan, car Dieu envoie des anges avec lui, "-.:...1.. -E-l~ qui luttent pour lui. Voila le manteau noir que lon enleve, ~ 1.-..1/.....-I _ et cest Dieu lui-meme qui a daigne meclairer en cela. i.<J ....... L."",, 2..<:>( - Vis egalement, en vision, un cceur plein de sang; cetait " Iamour. Le 8-9. ad_ (.p -, /I O,Q 7w-,........ ~ . / , ..... 1. cc:-- ~ :i- - Cette nuit-la fut la plushtisfaisante de toutes, etant donne que je vis Regnum 1nnocentiae. Vis en dessous de moi le plus beau des jardins qui se pussent voir, Oil, sur chaque arbre furent posees apres coup de blanches roses. Entrai ensuite dans une chambre longue, Oil se trouvaient des recipients blancs avec du lait et du pain dedans, si appetissants que Ion ne pourrait rien se representer de plus appetissant ; jetais en compagnie dune femme que I. Hans Bierchenius (1691-1750), assesseur au College des Mines.
  • 112 E. SWEDENBORGtry - je ne me rappelle pas particulierement~uisje me retirai. Vint a moi un beau petit enfant innocent, qui me dit quelle - la femme - etait partie sans avoir pris conge; me demanda de lui acheter un livre quelle voulait prendre, mais ne me le montra pas. Me reveillai. En outre, il me semblait que je traitais a mon compte une quantite de gens dans une maison ou un palais independant ; il y avait la des connaissances, parmi lesquelles le Conseiller Lagerberg 1, Ehrenpreus 2 je crois, et dautres, tout etait a mes frais. le pensai., que cela me coutait cher, et mes pensees ne cessaient de tourner sur cette depense; parfois je nen avais cure car je remarquais que tout etait paye par le seigneur de cette propriete, ou bien on me le montrait. 7 .-,.2,<) Jetais dans le Regno Innocentiae et le fait que je regalais les autres temporeUement sans les voir, si cela signifie mon travail, cela signifie de ne pas etre semblable °a eux, bien que je les regalasse de cela, ou bien autre chose. Lenfant etait Iinnocentia elle-meme, jen etals tout emu et souhaitais me trouver dans ~ f"oyaume ou~~e innocence; regrettai den partir quand je me reveillai. Ce quetait la femme qui sen etait aUee sans adieux, je ne sais ce que cela veut dire,~blO - Le jour qui suivit - le 9 - je fus si clairvoyant que je voyais pour lire les tout petits caracteres de la Bible sans la moindre incommodite. Le 9-10. ()£..f~~ Ut In visione. comme un feu dans la houille, qui brulait fortement, ce qui signifiait ignem amoris. Ensuite, jetais en compagnie de femmes qui avaient des dents en un J. Sven Lagerberg ( 1672-1746), militaire et ha ut fonctionnaire; apres avoir combattu sous Charles XU, passa a la politiqut et fut I"un des plus grands hommes politiques de son temps. 2. Carl Didric Ehrenpreus (1692-1760), juriste et homme dEtat, homme politique tres en vue.
  • LE L1VRE DES REVES 113 certain endroit Oll jaurais voulu penetrer, mais ces dents men empechaient. Qui signifiait que la veille je metais tenu cl mon travail qui est tout cl fait different de lautre et traite dun tout autre amour: savoir si cest celui-Ia qui devrait regner et ne devrait pas etre tenu pour parlotes,er, ­ vaines ou jouet en regard de lautreJetais donc ferme­ ment resolu, quand je me reveiHai, dabandonner ce travail, et cest aussi ce qui se serait passe si ensuite, en dormant, il ne mavait semble etre envoye en un lieu avec une lettre. le ne trouvais pas le chemin, toutefois, Hedvig, ma seeur, vit la lettre, dit que cetait pour Ulrika Adlers­ ten 1 qui se trouva avoir lontemps soupire apres moi; jarrivai la, vis aussi Schonstrom 2, ensuite, jeus conti­ nuellement le sentiment de la fa90n dont ils montent au cerebrum et en redescendent. En quoi je fus fortifie de-<6~ ­ continuer ce travailDieu veuille que ce ne soit pas contre Son gre, dont je ne peux etre detourne par le sommeil, mais de faire lessai si je voudrais Iabandonner, resolu­ tion pour laquelle Dieu maide pourtant, cl lui seul louange et honneur. Mais un enfant me tomba sur le pied, se cogna et cria, je voulus laider cl se relever et dis : Pourquoi se precipiter de la sorte? Cetait sans aucun doute que je voulais avancer trop vite en tout cela. Le lO-l1. 0 e-t . ~6 - 11 mapparut que jHais dans un lit avec une femme, mais ne la touchais pas; arrivai ensuite chez un homme auquel je demandais si je pouvais prendre du service chez lui, etant donne que javais perdu le mien cl cause de la guerre, mais il refusa. Us jouaient cl quelque chose comme la bassette I, Iargent allait et venait, toutefois, jHais I. Pour Hedvig, voir la note I au 13-14 avril. Ulrika Adlersten ( 1694-1757) etait la femme de Schonstrom de la note suivante. Elle fut ensuite Grande Maitresse de la Cour de la princesse Sofia Albertina. 2. Albrekt Schonstrom (1684·1740), epoux de la precedente, militaire. I. Une variete de lansquenet, un jeu de cartes done, importe de France.
  • 114 E. SWEDENBORG toujours chez eux ; demandai a mon valet sil avait dit que je p03sedais quelque chose, il dit non, dit quil ne le dirait pas. Signifie leglise morave, que je ny suis pas engage non plus, et que je dis que je nai pas de connaissance en religion, mais que je Ics ai toutes perdues, et ceux qui jouent a la bassette gagnent a intervalles..<;; 5" - Il mapparut quil y en avait un qui etait battu et flageHe aussi bien en haut quen bas, apres quoi il prechait avec grande ardeur et continuait de meme. Signifie que lors­ quon est chatie par Notre Seigneur, on acquiert ensuite plus grand zele et esprit pour continuer en ce vers quoi vous pousse lesprit, si bien que correction et chatiment accroissent ces choses-Ia. Le jour qui precedait, javais ete dans des pensees qui mavaient rendu si content que cela leur avait donne tant soit peu libre cours; la correction devrait changer cela, et cetait a cela que mon reve donnait reponse . .2 ,( - Ensuite, il me semblait que je me disais cl moi-meme que le Seigneur lui-meme voulait minformer, car comme je le decouvris, je suis dans la condition de ne savoir de tout cela rien dautre que le Christ doit etre tout en tous, ou bien Dieu cl travers le Christ, si bien que nous ne pouvons nous-memes pas y faire la moindre chose sinon de nous evertuer; car le mieux est de se rendre a merci et si meme on pouvait en cela se rendre completement~(t- - passif, ce serait parfaitJe vis aussi dans une vision comment de beaux pains metaient presentes sur une assiette, ce qui etait un presage que le Seigneur lui-meme voulait minformer maintenant que je viens de me mettre dans la condition de ne rien savoir et que tous les praecon­ cepta judicia me sont otes, ce qui est le commencement de toute sagesse, a savoir quil faut dabord devenir un
  • LE L1VRE DES REVES 115 enfant puis etre nourri de la science, comme il marrive cl present. Le 13-14. Od:_u- - Entre autres choses, il metait dit que depuis 14 jours je metais mis cl avoir beaucoup plus bel air et cl etre comme un ange. Dieu veuille quit en rut ainsi, Dieu massiste en ceta et ne me retire pas sa grace. Le 15-16. Dans une vision, quil y en avait un courbe sous un lourd fardeau - il portait des planches - il tomba sous son fardeau et un autre venait cl son aide, mais comment il fut aide, je ne le vis pas. Dans mon sommeil, que je grimpais enfin sur une passereBe et voyais un gouffre et un danger devant moi, ensuite, je me hissais avec une corde, derriere une autre personne, mais nen voyais pas le bout ni comment je pourrais monter. Signifie que ceux qui veulent severtuer tout seuls pour aller au royaume du ciel, ou cl ce quil y a de plus haut, sefforcent vainement et en constant peril, alors que cest facile quand on sadresse cl Dieu qui vous secourt en telles choses, et... Le 18-19 octob.z1 0 ----De quelle maniere un gros chien, que je croyais attache, vola sur moi et me mordit cl la jambe; arriva quelquun qui tint son effroyable gueule pour quil ne puisse faire davantage de mal. Cetait que, la veille, javais entendu au College de Medecine J un discours, et que je menor- I. Par College de Medecine, Swedenborg doit vouloir dire Surgeons Hall, la maison de Londres oil se reunissaient les chirurgiens.
  • 116 E. SWEDENBORG gueillissais en pensee davoir ete mentionne par eux comme. celui qui sentendait le mieux a Ianatomie; toutefois, jetais content que cela neut pas eu lieu. Mapparut en vision la nu it suivante comment un boiteux partait de moi, qui devait etre qua cause de cette morsure, je devenais boiteux. Le 19-20. 0<-t _ ..<, t I - Comment je voyais une bete apres Iautre, les dernieres deployant leurs ailes; cetaient des dragons; je leur echappais en volant au-dessus deux, toutefois, je me heurtais a Iun deux. Des dragons de ce genre signifient amores spurios 1, qui ont Iair de ne pas etre des dragons tant que Ion na pas pu voir leurs ailes; jetais justement en train decrire sur ce sujet. Le 20-21..21 2. ~ Ce fut tres remarquable et misericordieux. La veille, je metais trouve indigne de toute la grace que Dieu daigne me temoigner, etant donne quen moi Iamour de moi-meme et Iorgueil etaient si profondement enracines ; en consequence, priais Dieu doter cela de moi car cela nest pas en mon pouvoir. Le soir, me trouvai dans une etrange situation, ou je ne me suis pas trouve encore, cetait que je desesperais pour ainsi dire de la grace de Dieu, quoique je sache bien que Dieu est si misericor­ dieux et qua moi surtout il ait temoigne de plus grandes graces quaux autres ; cetait une angoisse dans Iame mais non dans les sens, sans la moindre douleur dans leA.11" .- corps~ Sur ce, je mendormis. Mapparurent deux chiens qui me suivaient de tout pres, il fallut bien du temps pour 1 I. Desirs"coupables:~ 51::. ~~ ~ 5 co .:: .... ---D .....-:> jP-lf"7.; e,,- 1:0 /...:. t... ~
  • LE L1VRE DES REVES 117 que jen fusse debarrasse, et il me fut dit en pensee que cette etrange douleur etait destinee a me guerir de ces chiens ; en sorte que cette douleur survient quand il faut extirper la racine de ce qui est si profondement enracine, cela merite que lon sen souvienne tres bien et quon le conserve dans ses pensees. t..}~- Ensuite, je vis un grand roi, qui etait roi de France, qui allait sans suite et avait une maison miserable et ne pouvait en rien etre tenu pour un roi. Une personne qui etait avec moi semblait ne pas vouloir le reconnaitre comme roi, je disais qui1 est de nature a navoir cure de cela; etait courtois envers tous, sans acception de per­ sonne, parla aussi avec moi. Quand iI sortit, il navait aucune suite non plus, mais il se chargea du fardeau des autres et le porta comme des habits; de la arriva dans une autre compagnie fort nombreuse, il y avait la tres grandet.};- pompeEnsuite, je vis la reine; quand le chambellan arriva et fit la reverence, elle fit de meme une reverence aussi profonde, il ny avait pas dorgueil en elle. Signifie quil ny a pas le moindre orgueil dans le Christ, mais quil se fait semblable aux autres, bien que ce soit le plus grand des rois, et quil na cure de ce qui est grand, de meme quil se charge du fardeau dautrui. La reine, qui est sapientia, est de meme et na pas damour-propre et ne se tient pas pour plus haute parce quelle est reine. Le 26-27 octo1..1-b - Me fut dit precedemment que le 27 octo reviendrait, quand jentrepris Cultum et amorem Dei. Me sembla etre Christ lui-meme, que je frequentais comme un autre, sans fa~ons. Il emprunta une petite somme a quelquun, quel· que chose comme cinq pfennig ; jetais depite quit neut pas demande cela a moi, jen sortis deux, dont il me sembla que jen faissai tomber un, ainsi quun autre encore; il demanda ce que cetait, je dis que jen avais
  • 118 E. SWEDENBORG trouve deux, il devait en avoir laisse tomber un, je les donnai et il les prit. Cetait dans une innocence de ce genre-la quil semblait que no us vivions ensemble, cetait status innocentiae.L~+ ~ Ensuite, jetais dans ma chambre avec une autre connaissance ou parent et disais que je voulais lui montrer que jetais mieux loge, passai dabord avec lui dans une piece contigue qui setendait loin, une chambre en dedans dune chambre, mais qui ne mappartenait pas; une personne dans le lit demanda ce quil voulait. le sortis avec lui jusque dans ma salle ; quand jouvris la porte,je vis que toute une place de marche setait installee la, juste devant moi il y avait beaucoup de marchandises. A lexterieur de la se voyait le flanc dun grand palais, mais il fut abattu ; alors sur le devant et sur les cotes tout apparut empli de beaux vaisseaux, de la porcelaine a ce quil me sembla, fraichement faite, sur le cote, tout etait en cours dinstallation ; tout comme ensuite jentrai dans1.~ ma petite chambre, qui brillait aussiCela signifie tout le travail que je suis en train de faire au nom de Dieu, sur le devant De cultu Dei, sur le cote De amore. et que je ne dois pas prendre dautre marchandise, mais la mienne, comme cetait dans ma salie, celle que jai louee, ma chambre; et cl cote il y avait lautre travail, et les pieces sur le cote, cetait ce qui ne mappartenait pas. Que Dieu me guide sur la voie droite ; le Christ disait que je ne dois rien entreprendre sans lui.").~, - Montai sur un beau cheval noir, il y en avait deux, il etait intrepide, dabord il segara, mais ensuite il retourna. Cetait ce que je devais entreprendre, qui metait obscur encore, mais arrivera finalement sur la bonne voie. Z(0 - Alors que je prenais avec mon ami un long couloir, arriva une belle fille qui lui tomba dans les bras et, pour ainsi dire, se plaignit ; je demandai si elle le connaissait, ne repondit pas, je la lui enlevai et la menai par le bras. Cetait mon autre travail auquel elle sadressait et dou je lenlevai.
  • LE L1VRE DES REVES H9~, - Le matin mapparut dans une vision ce marche, qui etait un disting 1 dans la maison de mon pere a Uppsala, dans la salle dau-dessus, dans lentree et partout ailleurs. Cela signifie la meme chose.2g2.. - Le matin, quand je me reveillai, je fus repris de ce genre devanouissement ou deliquium 2 qui mavait pris il y a six ou sept ans a Amsterdam quand je commen<rais Oecon. regni anim., mais beaucoup plus subtil, en sorte quil me sembla etre pres de ma mort. Survint quand je vis la lumiere, me jetai sur la face, passa pourtant peu a peu, tandis que jetais pris de petits sommes; si bien que ce deliquium etait plus profond et plus intime, mais quil passa immediatemment. Signifie, comme alors, que ma tete est nettoyee et purifiee reellement de ce qui doit empecher ces pensees, comme eela se fit aussi la fois preeedente, etant donne que eela me donna de la pene­ tration. surtout pour ecrire ; tout comme il metait repre­ sente maintenant que jeerivais un beau style 3. Le 11-12. 11~ (? 7-%:5 Me semblait etre, avee Oelreieh, avec deux femmes. 11 se coucha et il me sembla etre ensuite ehez une femme; il la devetit. II me vint a lidee, et cest ee que je racontai, que moi aussi javais couche avec une femme et mon pere le voyait mais passait sans dire un mot. I. Swedenborg emploie ici un tres vieux mot qui remonte aux temps du paganisme suedois. 1I sagissait dune sorle de foire qui se tenait pres du temple. lors du grand thing (assemblee des hommes libres) annue:1. 2. Defaillance, inconscience. 3. Le manuscrit de Swedenborg laisse a partir dici plusieurs feuilles blanches. Apres quoi, vient la relation du reve ci-apres que P. E. Wahlund propose de dater d mai de la meme annee en raison de la mention qui yest faite de von Oelrelch quit semble que Swedenborg ait vu a ce moment-la. Apres la relation du dernier reve - ci-apres - quelques feuilles soot couvertes de comptes que Swedenborg a faits it La Haye et a Londres, puis, sur la derniere page, dune note en latin sur les prostituees et leur taxation er.evee.
  • 120 E. SWEDENBORG~64 - le quittai Oelreich, et en chemin il y avait de leau profonde, mats sur le cote il y en avait tres peu, un passage, jallai la sur le cote, il me semblait que je ne devais pas marcher dans leau profonde..< ~ ~ - Me sembla qu une fusee explosait au-dessus de moi, qui repandait une gerbe detincelles, de tres beau feu amour pour le Tres-Haut, peut-etre.
  • Achev~ dimpnmer par Corlet. Imprimeur. S.A. - 14110 Conde·sur·Noireau {Francel N° dlmp,imeur 9965 - D~p61 I~gal . seplembre 1993 - Imprime en C.E.E.