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  1. Annick Le Douget 1855 Leur crime était presque parfait… Peine de mort pour deux Fouesnantais Il y a tout juste cent cinquante ans, le 26 avril 1854, les Fouesnantais étaient bouleversés par la nouvelle de l’assassinat d’une jeune femme enceinte, commis à la ferme du Vouden1. Cette affaire criminelle, la plus retentissante qu’ait connue notre canton au 19e siècle, a été fertile en rebondissements et a passionné les foules dans toute la Bretagne. La découverte des auteurs de ce crime crapuleux – une mendiante, femme de main payée pour tuer, un mari odieux, désireux de se débarrasser d’une épouse jugée encombrante – n’a pas été aisée ; des complices seront soupçonnés d’y être impliqués et le couperet de la guillotine passera bien près d’eux. Deux condamnations à mort solderont cette misérable affaire et il faut savoir que Marie-Jeanne Néant, la mendiante fouesnantaise condamnée à mort par la Cour d’assises du Finistère en 1855, a été la dernière femme exécutée dans le département. Voici donc ce dossier hors du commun qui, outre l’intérêt de soulever le sujet sensible des exécutions capitales, révèle des mœurs curieuses de notre campagne au XIXe siècle. Au cœur du drame qui se joue dans une ferme isolée, on découvre en effet avec étonnement des jeunes Fouesnantaises qui se disputent âprement les faveurs d’un cultivateur âgé. Un crime déguisé en suicide Nous sommes le 26 avril 1854. Ange Aimé Nicou, 25 ans, dans sa chambre au manoir du Stang, est appelé par son domestique à huit heures du soir. Au bas de l’escalier l’attend son voisin Charles Fleuter, cultivateur âgé de 59 ans, de la ferme du Vouden à Fouesnant. Charles Fleuter pleure et lui annonce qu’en rentrant du travail, de sa corvée de charroi, il a retrouvé sa jeune femme Marie-Jeanne morte dans l’écurie : enceinte de près de neuf mois, elle était prête à accoucher. Ange Nicou le questionne sur la nature de cette mort : Fleuter l'attribue d'abord à « un coup de sang », mais chemin faisant vers le Vouden, il lui déclare que sa femme n'est point morte d'un coup de sang, comme il vient de le dire, mais qu'elle s'est pendue ou étranglée avec une corde servant de lien pour les vaches. Ange Nicou est le premier témoin direct sur le terrain du drame. Il remarque que le corps de Marie-Jeanne Fleuter n'est plus dans la position initiale indiquée par son voisin et interroge Jean-Marie Trolès, le vieux journalier de la ferme, qui a ouvert la porte de l'écurie et découvert le corps. 1 Il faut rappeler au lecteur que c’est en 1873 que La Forêt-Fouesnant a été érigée en commune. Des lieux cités comme étant à Fouesnant au cours de ce procès en 1854-1855 (comme par exemple la ferme du Vouden ou le manoir du Stang) dépendent de La Forêt-Fouesnant. 1/14
  2. Celui-ci lui relate que, vers 6 heures et demie du soir, en revenant au Vouden avec son maître, après une journée passée à travailler au loin sur la route, il avait trouvé la porte de la maison et celle de l'écurie fermées, et avait constaté l’absence de la maîtresse de maison. Seule la servante Marie-Catherine Kerjosse qui, elle aussi, avait travaillé avec eux, mais qui était rentrée un peu plus tôt, était dans la cour, près de la porte de l'étable, et les attendait. La porte de la maison n'était pas fermée à clef, et Fleuter entrait, suivi de la fille Kerjosse ; Trolez, resté dans la cour avec sa charrette, voulant mettre ses chevaux à l'écurie, en forçait la porte et l'ouvrait. Il découvrait alors la femme Fleuter, étendue sur le ventre, la tête appuyant sur le sol, près d'une cloison formée de traverses en bois. Sur l'une de ces traverses, élevée d'un mètre au-dessus du sol, se trouvait enroulée par le milieu une corde dont l'une des extrémités faisait trois ou quatre fois le tour du cou de cette femme sans y être fixée. L'autre bout était dans ses mains qu'elle tenait repliées sous elle. Il n'y avait aucun désordre dans ses vêtements ni autour d'elle. Fleuter et sa servante arrivaient à la hâte : « On releva la femme Fleuter, qui était tiède encore, on chercha à la rappeler à la vie, mais inutilement, elle n'était plus », indiquera plus tard le juge d’instruction. L’écurie du Vouden (pièce du dossier criminel) Nicou, étonné que la jeune agricultrice ait pu se donner la mort de cette façon, demande alors à Fleuter d’en informer le soir même le maire de Fouesnant : celui-ci, Louis Parquer, ne manque pas d’en aviser le juge de paix Perotin. Le fermier va annoncer la nouvelle à ses proches au petit matin : « Je suis un homme perdu, ma femme s’est pendue », répète-t-il à tous. 2/14
  3. Le médecin de Concarneau, appelé sur les lieux le lendemain, arrive avec l’idée préconçue qu’il ne s’agit que d’une mort volontaire et, après un examen rapide, voire bâclé, il va conclure au suicide, se contentant de pratiquer une césarienne afin de constater le décès de l’enfant porté par la défunte. Le 28 avril, cette dernière est enterrée au bourg de La Forêt. Le temps des premiers soupçons Les rumeurs remontent vers la justice ; la moralité de Charles Fleuter, jugée mauvaise, et sa violence connue à l’égard de son épouse, ouvrent la voie aux premières interrogations, aux premiers soupçons. Le jour de l’enterrement, dans un cabaret de La Forêt, on évoque publiquement une tentative d’empoisonnement de Marie-Jeanne Poissard. On rapporte aussi la gaieté de Fleuter en rentrant chez lui le soir de l’inhumation ; il aurait dit à son journalier : « Maintenant j’aurai encore une jeune femme ». Si une ancienne servante, Marie-Anne Le Corre, attribue à la mauvaise conduite du mari le suicide par chagrin de l’épouse, Jean-Louis Poissard, le père de la jeune femme décédée, est le premier à faire part à la justice de ses soupçons criminels. Il ne peut croire au suicide de sa fille Marie-Jeanne, et il est convaincu de son assassinat par son gendre et par la domestique de la ferme, n’hésitant pas à l’affirmer au juge dès le 3 mai, et promettant d’en apporter les preuves. Il est en effet de notoriété publique à Fouesnant que Marie-Catherine Kerjosse, la domestique du Vouden, a des relations coupables avec le cultivateur et a obtenu une promesse de mariage de ce dernier qui prendrait effet à la mort de la femme légitime. Un homme et trois femmes Charles Fleuter, âgé de 59 ans1, né à Rosporden le 21 pluviose de l’an VI, exploitait on l’a dit en la commune de Fouesnant –aujourd’hui en La Forêt-Fouesnant - la ferme du Vouden, située sur le bord de la route de Quimper à Concarneau, non loin du manoir du Stang. Veuf, père de sept enfants, il a épousé en secondes noces, en 1850, Marie-Jeanne Poissard, âgée alors de 20 ans, dont il a eu un enfant, une petite fille née en 1851, et cette jeune femme au moment des faits, est sur le point d'accoucher. Sa réputation est celle d’un « homme vif et emporté », indique le maire Parquer, et le « bruit public l’accuse de vivre en concubinage avec deux servantes », rapporte-t-il. Le juge d’instruction dresse un portrait peu amène du cultivateur : « Fleuter, homme au-dessus des paysans ordinaires par l’intelligence et les connaissances, passait pour assez bon cultivateur, mais sous le rapport des mœurs, sa réputation était détestable : ivrogne, violent et surtout libertin, il n'avait et ne pouvait avoir comme domestiques que des filles déjà perdues. La nommée Marie-Anne Le Corre, fille de 18 ans, avait quitté son service depuis un an, enceinte de ses oeuvres. Elle avait été remplacée par Catherine Kerjosse, âgée de 20 ans, qui déjà avait un enfant naturel. Cette fille passait pour sa concubine et l'on assurait qu'elle usurpait au Vouden l'autorité de la femme légitime », indique-t-il. 1 Taille 1m60, cheveux et barbe grisonnant, front bas, nez long, visage allongé et maigre, teint pâle. Il s’agit de sa description dans les pièces de la procédure criminelle. 3/14
  4. Le premier mariage de Fleuter n’avait pas été heureux. Euphrasie, la première femme, était secrète, mais elle avait néanmoins confié à sa sœur que son mari la maltraitait et la battait, et qu’il cherchait toujours à séduire les domestiques : dès qu’elle s’en apercevait, elle les chassait. Marie-Jeanne Poissard, la seconde épouse, n’avait pas le beau rôle à la ferme du Vouden et, rapidement, avait été débordée par des servantes rivales. Elle n’avait pas la force de caractère de la première épouse. « Elle était honnête, laborieuse et d'un caractère timide et doux », les témoins sont unanimes à marquer le profil d’une brave fille. Certains la trouvaient « bornée » comme le journalier Trolez. Marie-Anne Le Corre, l’ancienne servante, est plus nuancée : « Elle était assez intelligente, mais quelquefois elle ne comprenait pas les choses sur lesquelles elle n’avait pas été instruite », assure-t-elle. Fleuter n’estimait pas sa femme, « vous êtes si sotte qu’on ne peut rien faire de vous », se plaisait-il à répéter en public. Il refusait « qu’on l’aide en rien » dans ses tâches traditionnelles de ferme malgré une grossesse avancée. Les témoignages concernant la violence du fermier à son encontre sont édifiants, elle est frappée même en présence de témoins. On sait par exemple que, lassée d’être traînée par les cheveux, elle avait fini par les couper, « son mari la saisissant souvent par là ». Elle devait se réfugier souvent chez son père au moulin de Meil-Bian, à Perguet. Les Fouesnantaises – Lithographie de Charpentier, 1830 Des servantes rivales Femme battue, femme bafouée également… Marie-Jeanne passait la nuit sur le foyer pendant que son époux était dans le lit conjugal avec la servante, apprendra-t-on au cours de l’enquête. Plus grave, l’enquête relèvera deux tentatives d’empoisonnement au bleu de Prusse, au « louzou glaz », avec une boule de « poison ou remède bleu » mis dans la soupe ou caché dans une crêpe, auxquelles échappera la malheureuse épouse : l’acte criminel émane, pour l’une des tentatives, de la servante Marie-Anne Le Corre –qui niera -, pour l’autre du mari – qui niera également. 4/14
  5. Et Catherine Kerjosse ? Née à Fouesnant le 11 décembre 18331, le village n’a pas oublié qu’elle a été mère d’en enfant naturel à l’âge de 17 ans, enfant mort à l’âge de quinze jours. Elle représente l’image de la servante à forte personnalité, travailleuse, mais sans scrupules, prête à se damner pour épouser le maître, même âgé, et acquérir ainsi le statut plus enviable de fermière. Et l’homme, « le libertin », avait su manœuvrer pour avoir droit aux faveurs de cette jeune blonde : une promesse de mariage avait suffi ! « Vous commanderez » lui avait-il affirmé ! « Le bruit public la signale comme enceinte de Fleuter », affirment les gendarmes dans leur enquête, ce que l’intéressée nie énergiquement, même si elle reconnaît que le cultivateur a tenté de la séduire et, qu’à trois reprises il a même essayé de s’introduire dans son lit quand il était ivre, mais qu’elle l’avait repoussé. Elle indique aussi que Fleuter lui a promis le mariage si sa femme venait à mourir… Jeunes servantes et vieux maîtres… Les exemples de crimes commis par une servante pour prendre la place de la maîtresse auprès d’un cultivateur âgé – et aisé - ne sont pas rares dans les annales judiciaires finistériennes du 19e siècle et les peines prononcées seront des plus lourdes pour le couple machiavélique. Quelle est donc la motivation de ces jeunes femmes ? « …Pour beaucoup de ces femmes, le mariage représente justement un lest de nature à stabiliser leur rang social, voire une opportunité de l’élever ; d’ailleurs plusieurs dossiers criminels prouvent que si des maîtres ont une conduite scandaleuse envers leurs servantes, à l’inverse, plusieurs petites domestiques n’hésitent pas à jouer de leurs charmes pour séduire le maître, allant jusqu’à tuer dans l’espoir de prendre la place convoitée de l’épouse. La complainte « Ar Vinorezik », La Petite mineure2, chante un tel drame : O tont un dra da laret d'in : - Laz da vestrez, zent a-ouz-in ; Laz da vestrez, zent a-ouz-in, Hag itron en hi flaz e vi ! Euz ann dra-ze am euz zentet, Ma mestrez vad am euz lazet ; Ma mestrez vad am euz lazet, Seiz taol-kontet d'ei 'm euz roët. Quelque chose vint alors qui me dit : -Obéis-moi et tue ta maîtresse ; Crois-moi, tue ta maîtresse, Et tu seras dame à sa place ! J'ai obéi à cette voix, et j'ai tué ma bonne maîtresse ; J'ai tué ma bonne maîtresse, Je lui ai donné sept coups de couteau ! » (Extrait de Femmes criminelles, Tourments, violences et châtiments, A. Le Douget) 1 2 Taille 1m53, cheveux et sourcils blonds, front large, yeux roux, visage ovale. Recueillie par F.M. Luzel, Chants et chansons populaires de la Basse-Bretagne (voir bibl.) 5/14
  6. Mais le « libertin » a fait la même promesse à une autre jeune fille mineure, son ancienne servante… Marie-Catherine Kerjosse a en effet une rivale en la personne de MarieAnne Le Corre, surnommée Picardie, l’ex-servante d’à peine vingt ans qui vient de quitter la ferme avec un bébé qu’elle reconnaît être de Fleuter… Cette jeune femme a tout perdu, sa réputation est flétrie et elle ne trouve pas d’embauche. Elle est revenue vivre chez son père et, aujourd’hui, elle est mendiante. Mais elle reste très présente sur les lieux, chaque jour elle vient au Vouden, elle ne désespère pas de reconquérir sa place auprès de Fleuter qui lui a promis d’entretenir l’enfant. Elle aussi voudrait être la maîtresse de la ferme ! Ces deux jeunes femmes se détestent : Marie-Anne évite Le Vouden quand MarieCatherine s’y trouve ; elle est « une mauvaise langue » assure-t-elle. Et elle ne manquerait pas de répéter à Fleuter qu’elle passait faire l’aumône, alors que Fleuter lui a formellement interdit de venir mendier dans le secteur. La Justice en marche Les juges de Quimper, informés tardivement de cette affaire, se transportent le trois mai au Vouden et relèvent quelques contradictions dans les déclarations des deux témoins importants, Kerjosse et Trolez. Ce dernier prétend que la femme Fleuter ne tenait qu'un des bouts de la corde dans les mains, Marie-Catherine Kerjosse soutient au contraire qu'elle les tenait tous les deux. Charles Fleuter commet alors un geste aux conséquences irrémédiables : alors que l’audition des témoins touche à sa fin, et pendant que le juge reçoit la déposition de la fille Kerjosse, craignant peut-être quelques révélations de la part de celle-ci, il trompe la surveillance des gendarmes et prend la fuite. Désormais les juges ont acquis une conviction : c’est bien un crime qui a eu lieu et Fleuter s’en accuse lui-même. Toutes les recherches pour retrouver le suspect restent infructueuses. Cet acte apparaît prémédité, car il avait dès le matin pris sur lui et emporté une somme de 400 francs déposée dans son armoire. « Cet homme s'accusait lui même, il n'était plus permis de négliger aucun moyen d'investigation », déclarent les magistrats, qui se rendent au bourg de la Forêt pour y faire procéder à l'exhumation et à l'autopsie du corps de la malheureuse victime. Cette opération a lieu le 6 mai et les docteurs Gestin et Bolloré qui, après avoir constaté qu'il n'existait aucune trace de corde, mais plutôt deux empreintes très distinctes de chaque côté du larynx, déclarent que la mort devait certes être attribuée à la strangulation, mais par l’intervention d’un tiers et non au moyen d'une corde : l'hypothèse du suicide n’est pas admissible à leurs yeux, il y a donc preuve de l’existence du crime. Qui peut être l’auteur du crime ? Les soupçons se portent d’emblée, on l’a dit, sur le mari Charles Fleuter. Or la vérification scrupuleuse des emplois du temps écarte sa culpabilité directe. Il convient alors d’étudier les emplois du temps du cercle proche de la victime. On admet que le crime a été commis entre 16 et 18 heures ce 26 avril : à 16 heures, un enfant avait vu Marie-Jeanne à la fontaine, et son corps a été retrouvé à 18 heures. 6/14
  7. L’enquête de voisinage : la corvée de charroi Que faisiez-vous le 26 avril 1854 ? Telle a été la question posée par les enquêteurs à de nombreux Fouesnantais au cours de la procédure criminelle. Nous y avons trouvé quelques renseignements sur la corvée de charroi telle qu’elle était pratiquée en guise de contribution. Audition Pierre Le Goff, 28 ans, cantonnier, demeurant au bourg de Saint-Evarzec. « Le 26 avril dernier je travaillais comme je le fais depuis longtemps sur la route départementale de Quimper à Concarneau, presque en face de Kerornou. Fleuter et son journalier Trolez ont amené sur les lieux la première charretée de pierres vers huit heures ; ils ont continué à charroyé jusqu’à quatre heures du soir ; à partir de ce moment je ne les ai plus revus, ils ont quitté les lieux ensemble pour s’en retourner au village du Vouden avec leur charrette vide, je pense qu’ils devaient être de retour au village vers les six heures du soir s’ils ne se sont pas arrêtés en route. Je n’ai pas vu ce jour-là Marie Catherine Kerjosse, domestique de Fleuter car je n’ai pas été à la carrière où l’on prenait la pierre et où elle devait se trouver. Cette carrière est à trois kilomètres du lieu où l’on déchargeait les pierres, en allant sur Quimper. » Audition de François Quénéhervé, 39 ans, journalier, demeurant à La Forêt-Fouesnant. « Le 26 avril dernier, je travaillais à la carrière du Guilvinec à Saint-Evarzec qui borde la route de Concarneau à Quimper pour le compte de Bizien, entrepreneur. Fleuter et son journalier Trolez arrivèrent à la carrière vers sept heures du matin pour charroyer des pierres à trois kilomètres audelà. La domestique Marie Catherine Kerjosse arriva quelque temps après et aida pendant le jour à charger la charrette. Elle s’est absentée vers dix heures pour aller prendre le dîner au Vouden et elle était de retour l’après-midi. Trolez et Fleuter ont toujours été ensemble à charroyer pendant le jour… » La préméditation de Fleuter était prouvée par une volonté de se faire voir le 26 avril, et de n’être jamais seul ! La « corvée de charroi » sur la route de Quimper-Concarneau est l’occasion pour Charles Fleuter et Marie-Catherine Kerjosse de se faire remarquer par plusieurs personnes et de se créer ainsi un alibi en béton. Les suspects Marie-Anne Le Corre, La Picardie, sera d’abord soupçonnée, sur les indications malveillantes de son ex-amant Fleuter… Lorsque ce dernier est appelé dans l’écurie par Trolez, sa première parole la vise : « Il n’est pas possible que ce soit la Picardie qui ait fait cela, elle n’est pas assez forte ». Il ajoutera perfidement par la suite : « Je ne la crois pas capable d’étrangler ma femme si elle n’avait pas été aidée » ! Et elle aurait un mobile pour commettre ce crime, celui de la vengeance. Mais, heureusement pour elle qui passait presque journellement au Vouden, il sera prouvé qu’elle n’y était pas ce jour-là ! 7/14
  8. La domestique Marie-Catherine Kerjosse, vers qui vont les principaux soupçons, est la première sur la sellette. Sa rivale, Marie-Anne Le Corre, affirme qu’elle n’est pas étrangère au crime, et le journalier Trolez assure même qu’elle en est certainement la coupable. A Fouesnant également, on la croit coupable, rapportera le maire, « dans le public on dit que Fleuter ne pourrait être que le complice de sa domestique qu’il aurait pu engager à commettre le crime en lui promettant mariage ». Pour les juges, les soupçons se tiennent car d’une part elle a été seule sur le lieu du crime et, d’autre part, elle a tenté d’égarer les recherches judiciaires en faisant une déposition mensongère pour accréditer la thèse du suicide. En effet, elle avait dit au sieur Nicou le soir du drame que sa maîtresse « avait la tête dérangée et qu’elle méditait au suicide ». Elle lui avait rapporté une prétendue conversation avec elle la veille alors qu’elles allaient ensemble vers neuf ou dix heures du soir conduire des chevaux vers un champ éloigné. Marie-Jeanne « fut tout à coup effrayée par un spectre » et dit : « je vais mourir, ne voyez-vous pas quelque chose ? ». Marie-Catherine lui assurait avoir vu aussi quelque chose « de grand, de noir, dans le taillis qui borde la route ». Au retour, Marie-Jeanne lui avait encore prétendument demandé « si ceux qui se pendent peuvent aller au Paradis » ; elle ajouta que puisque Dieu donnait une volonté assez ferme pour se suicider, il permettait aussi à ces personnes d’aller au Paradis ». 8/14
  9. Les deux femmes ont rencontré l’Ankou en allant au champ à la nuit tombée, selon les dires de Marie-Catherine Kerjosse (Dessin de Pierre Péron) Les juges apprennent que Marie-Catherine Kerjosse a quitté la ferme du Vouden, après la fuite de Fleuter, pour se réfugier chez une voisine, la veuve Isabelle Le Coz, tailleuse à La Croix-Cariou, qui va recevoir quelques confidences de sa part : Marie-Catherine Kerjosse ne peut masquer son inquiétude, voire sa panique. Ainsi, quand elle aperçoit deux militaires sur la route de Concarneau, elle ne peut ainsi s’empêcher de s’écrier : « Voilà des gendarmes qui viennent m’arrêter ; j’ai un pressentiment que je serai arrêtée ». Madame Le Coz lui ayant dit que si elle n’était pas coupable, elle ne devait pas avoir peur, « j’avais eu beau lui dire qu’on ne coupait pas le cou aux innocents », la domestique rajoutait : « Oh, j’ai un pressentiment, j’aurai le cou coupé… Mon esprit me dit toujours que j’aurais la tête coupée ». Isabelle Le Coz précisait : « elle ne m’a jamais dit qu’elle n’était pas coupable »… Quant à MarieCatherine Kerjosse, elle niera les termes de cette conversation, elle indiquera seulement « que la vue des gendarmes était effrayante… Cette femme dira ce quelle voudra, je ne tiens pas sa langue ». Arrestation de Marie-Catherine Kerjosse Arrêtée le 6 mai, elle est interrogée le 8 et nie toute participation au crime : « je ne suis cause de rien », affirme-t-elle, « je n’avais eu aucune discussion avec la défunte et je ne lui en voulais nullement ». Au cours de ses interrogatoires, elle maintient qu'à son arrivée au Vouden, elle avait trouvé les portes fermées, et elle offre de faire prouver ce fait par une femme Néant épouse Caradec, et par un garçon meunier nommé Guénolé Trolès, qui étaient venus tous deux au village avant elle. La ferme du Vouden (Plan minutieux dressé pour le procès, figurant au dossier criminel) 9/14
  10. La femme Néant, entendue comme témoin, confirme d'abord ses dires, mais le garçon meunier nie le fait. Il reconnaît être allé au Vouden le 26 avril vers 5 heures du soir pour y chercher du grain, mais n'y avoir trouvé qu'une mendiante (la femme Néant) ; mais il ajoute que la porte de la maison était ouverte, et que cette femme lui ayant dit qu'il n'y avait personne au village, il s'est retiré en même temps qu'elle. Le témoin ajoute qu'il était déjà venu la veille au Vouden pour le même objet, que la mouture n'étant pas prête, Marie-Jeanne Fleuter l'avait renvoyé au lendemain, et qu'au moment où il se retirait, la fille Kerjosse lui avait dit à part : "venez demain avant midi car plus tard vous ne trouveriez personne". Découverte de Charles Fleuter Les événements se précipitent. Charles Fleuter est découvert et arrêté le 16 mai dans la commune de Fouesnant et relate ses jours de cavale. Il avait essayé de se cacher dans les mines de Poullaouen en s'y faisant recevoir comme ouvrier, et que pour n'être pas découvert, il avait donné un faux nom. Mais, à cette période, les ouvriers affluaient sur le site, et il n’avait pas été embauché dans le puits, comme il l’espérait. Il était revenu dans le Pays fouesnantais et, après quelques jours d’errance, s’était caché au moulin de Créach-an-Du où, dénoncé rapidement, il était interpellé. Interrogé le 18 mai, il proteste de son innocence, donnant pour principale raison qu’il n'était pas sur les lieux au moment du crime. Il motive sa fuite par l'effroi que lui avait causé la présence des magistrats. L’homme est veule, et commence à dénoncer, à donner des noms… Dans un interrogatoire, il dit en parlant de sa domestique Marie-Catherine Kerjosse, « elle est peut-être plus coupable que moi, car étant arrivée au Vouden deux heures avant moi, elle a dû voir ce qui s’y passait. Il s'est trouvé aussi sur les lieux une mendiante qu'a rencontrée le garçon meunier, que faisait-elle là ?" Le vieux journalier Jean-Marie Trolez est arrêté à son tour car ses premières déclarations paraissent suspectes ou mensongères : s’il n’est pas l’auteur du crime, il peut aussi en être le complice. Mais les soupçons se font désormais plus pesants à l’encontre de Marie-Jeanne Néant épouse Caradec, dite Laîné, la mendiante fouesnantaise aperçue par plusieurs personnes à rôder sur les lieux ou près du village le jour des faits. Cette femme de 42 ans, née le 11 décembre 1811 à Saint-Evarzec, a très mauvaise réputation : elle est agressive, très brutale, ivrognesse ; elle est connue pour ses vols et son inconduite1. Son mari est domestique à SaintEvarzec et ne rentre que rarement ; elle a la charge de ses deux filles issues d’un premier mariage ; elles demeurent toutes trois au moment des faits dans une « petite maison au bas de la montagne de Saint-Laurent en Fouesnant ». La mendiante Néant : femme de main pour quelques francs Elle reconnaît s’être trouvée au Vouden le 26 avril vers 5 heures du soir. Elle assure n'y être allée que pour mendier et n'avoir point vu Marie-Jeanne Fleuter. Cependant on va apprendre qu'elle a dit à une autre femme qu'elle était entrée dans la maison, et qu'elle y avait vu la femme Fleuter étendue sans vie sur le sol. C’est cette révélation qui amènera son arrestation fin octobre. 1 Taille 1m52, cheveux et sourcils noirs, yeux noirs, nez gros, visage plein, teint brun, marquée fortement de petite vérole. 10/14
  11. La fille Kerjosse enfonce alors le clou et dénonce les arrangements entre Fleuter et la mendiante. Elle accuse la femme Néant d'être l'auteur du crime ; elle déclare que Fleuter luimême lui a avoué qu'il avait engagé la femme Caradec à le commettre moyennant vingt cinq francs et la promesse de nourrir des enfants. Il lui a fait cet aveu, prétend-elle, le 2 mai, six jours après le crime, croyant l'affaire terminée. Après cette confidence, il avait tiré son couteau, et l’avait menacée de mort si elle venait à le dénoncer. Pourquoi a-t-elle attendu si longtemps pour révéler de pareils faits ? Les menaces de Fleuter l'avaient effrayée, répond-elle. Mais Charles Fleuter, confronté avec elle, nie tout, proteste de son innocence et cherche à rejeter sur elle à son tour la responsabilité du crime : « Puisque Catherine Kerjosse dit cela de moi, je crois maintenant que c’est elle qui a commis le crime ». Il prétend ne pas même connaître la femme Néant… Quant à celle-ci, elle répond sans se troubler, en souriant, que les révélations de la fille Kerjosse, sont de sa part une invention mensongère pour se disculper. Ainsi les inculpés se rejettent l'un à l'autre la responsabilité du crime. Les confrontations sont houleuses, des insultes sont échangées. Ainsi Marie-Catherine dit à son amant : « Vous n’êtes qu’une vieille charogne ! ». Le mystère de cette affaire s'épaissit lorsqu'un nouvel incident vient tout à coup l'éclaircir. Dénouement étonnant et pathétique : la mère dénoncée par sa fille C’est grâce au bon sens d’une femme de Fouesnant que l’énigme va être élucidée au cours du mois de novembre. Les deux filles de la femme Marie-Jeanne Néant, l'une âgée de 14 ans et l'autre de 10 ans, ont été recueillies à son arrestation par une femme charitable de Locamand. Cette femme, voyant qu'on soupçonne leur mère d'avoir trempé dans un grand crime, a l’idée – ou la curiosité ! - de les questionner, et obtient de la plus jeune des deux, Jeanne Nerzic, les révélations les plus précises et les plus graves, qu’elle communique aux gendarmes le 11 novembre, puis au juge d’instruction. Cette enfant lui a rapporté que, dans la journée du 26 avril, elle était allée avec sa mère au Vouden pour demander l'aumône, et qu'elles y avaient trouvé Marie-Jeanne Fleuter seule. Elles étaient restées longtemps, soit dans la maison, soit dans la cour pendant que cette femme s'occupait de divers travaux ; elle leur avait même généreusement donné de la bouillie et des crêpes. Un moment, la femme Fleuter étant entrée dans l'écurie, chargée de paille pour la litière, sa mère l'y avait suivie, et « tout à coup lui chercha dispute, l'attrapa et la renversa ». Aux cris de cette femme, la petite Jeanne s'était avancée vers la porte ; sa mère en l'apercevant lui avait crié : « va loin d’ici », et avait fermé cette porte sur elle. Effrayée de cette scène, Jeanne Nerzic était allée se cacher derrière une grange, à l'autre extrémité du village. Au bout d'un quart d'heure, elle avait vu sa mère sortir de l'écurie, en fermer la porte et se diriger vers la maison d'habitation d'où elle était revenue au bout d'un certain temps avec sa besace pleine. Après le drame, mère et fille avaient repris le chemin de leur habitation : Jeanne n’avait pas compris la gravité de l’acte commis par sa mère, mais avait seulement réalisé le vol de divers objets et de la nourriture mis dans le sac, notamment des crêpes et de la farine d’avoine. « Vous irez en prison si l’on sait que vous avez volé ces objets au Vouden » ne pouvait-elle s’empêcher de dire à sa mère. « Chut, répondait-elle, si vous dites que j’ai été au Vouden, je vous tuerai. » 11/14
  12. Devant les juges, la fillette persiste dans ses déclarations. Elle apporte « des détails tellement circonstanciés et si précis qu'il est impossible de ne pas se rendre à la force d'un pareil témoignage », affirme le magistrat instructeur qui reconstituera la scène avec soin. Aucun aveu Aucun aveu ne sera obtenu, mais les faits paraissent suffisamment établis aux yeux de la justice, et les responsabilités de chacun sont établies. Que dit la femme Néant ainsi dénoncée par son propre enfant ? En apprenant les révélations de sa fille, elle prétend que ce récit, mensonger d'un bout à l'autre, a été dicté à Jeanne par les vrais coupables. L’accusée, de par le mode de défense adopté, ne donnera aucune explication à son geste. Elle apparaît comme une femme misérable qui s’est perdue pour quelques francs et sur la promesse de Fleuter d’entretenir ses enfants ; elle espérait placer au Vouden son aînée comme petite servante. On aura remarqué qu’elle a hésité à accomplir son forfait, qu’elle a rôdé plusieurs heures autour de la ferme et dans la ferme même avant de tuer la malheureuse Marie-Jeanne Fleuter. Quant à Charles Fleuter et Marie-Catherine Kerjosse, ils persisteront tous deux à nier avoir conseillé le crime à la mendiante, ou avoir donné des instructions pour qu’elle l’accomplisse. Les faits avaient démontré, à peu de choses près, l'exactitude des déclarations du journalier Jean-Marie Trolès, dont on avait d'abord douté, et l’intéressé était blanchi par un non-lieu et libéré avant le procès. Le procès d’assises Le procès va commencer pour les trois accusés Fleuter, Kerjosse et Néant, un procès qui promet d’être palpitant pour tous les Finistériens : en effet trois têtes peuvent tomber. « Ce drame, l’un des plus horribles que nous ayons eu depuis longtemps en cour d’assises, excite vivement la curiosité du public », affirme le journaliste de l’Impartial du Finistère.Les assises s’ouvrent le 5 février 1855 à Quimper et le procès durera cinq jours, jusqu’au 9 février, sous la houlette du président Le Meur et en présence du substitut du Procureur impérial Boullé. Vingt-neuf témoins sont entendus. 12/14
  13. Les accusés sont défendus par les meilleurs avocats. Waldeck-Rousseau, de Nantes, considéré comme le meilleur avocat breton du moment, assiste Charles Fleuter ; Me de Blois est le conseil de Marie-Jeanne Néant, et Me de Chamaillard assure la défense de MarieCatherine Kerjosse. La foule des grands jours est là comme prévu et ne peut être contenue dans la salle d’assises. Le président du Tribunal de grande instance fait alors distribuer des cartes, contrôlées à l’entrée, comme s’il s’agissait d’un spectacle. Les trois accusés nient ; Fleuter et Kerjosse se déchirent au cours du procès et s’accusent l’un l’autre d’avoir donné les instructions du crime à la femme Néant. A l’issue du procès, le 9 février 1855, le verdict réserve une grande surprise : les jurés acquittent Marie-Catherine Kerjosse car ils doutent de sa culpabilité. La peine des deux autres accusés tombe peu après : Charles Fleuter et Marie-Jeanne Néant sont condamnés à mort « malgré le talent et l’habileté » de leurs conseils, affirme le journaliste de l’Impartial du Finistère. L’acquittement de Marie-Catherine Kerjosse par les jurés. 13/14
  14. La Cour de cassation rejette le pourvoi de Fleuter et de Néant par arrêt le 8 mars 1855. Leur grâce est rejetée également par Napoléon III. Ils sont exécutés tous deux publiquement le 4 avril 1855 à Quimper. Marie-Jeanne Néant était la dernière femme exécutée dans le Finistère. La peine de mort dans le Finistère En 1855, 61 condamnations à mort ont été prononcées en France par les cours d’assises : mais 33, plus de la moitié, ont été commuées en peine de travaux forcés à perpétuité par grâce de Napoléon III. Dans le Finistère, trois condamnations à mort sont prononcées cette année-là – dont celles des deux Fouesnantais - et les peines seront ramenées à exécution. On a relevé deux périodes de répression forte au cours du 19e siècle dans notre département, avec un nombre plus important de condamnations à la peine capitale, et avec une part moindre d’acquittements : - de 1826 à 1830, 9 condamnations à mort sont prononcées sur cinq ans ; - de 1846 à 1955 où 12 condamnations à mort sont prononcées sur dix ans (ainsi que 55 peines de travaux forcés à perpétuité). On rappellera que la dernière exécution capitale dans le Finistère a eu lieu en novembre 1945 et concernait Joseph Elies, docker à Brest, condamné le 13 octobre 1945 pour l’assassinat d’une jeune épicière. En 1956, la Cour d’assises du Finistère a prononcé les deux dernières condamnations à mort de son histoire à l’encontre de jeunes meurtriers natifs de la région parisienne, les frères Pivert, âgés de 18 et 20 ans, coupables d’un double assassinat commis à Saint-Yvi : les condamnés, graciés par le Président de la République, avaient vu leur peine commuée en travaux forcés à perpétuité. 14/14

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