Lettre ouverte de Marafa Hamidou Yaya à Paul BiyaMonsieur le président de la République,Le lundi 16 avril 2012, j’ai été c...
me suis engagé corps et âme derrière vous, convaincu de participer à l’édificationd’une société de paix et de justice. J’a...
Etait-ce un crime de lèse-majesté ? C’est possible ! Mais j’exprimais sincèrement ceque je pensais à l’époque être dans vo...
c) Enfin, après la formation du gouvernement au sein duquel monsieur IssaTchiroma est devenu ministre (afin de contrecarre...
international. J’espérais que mon départ permettrait de préserver la qualité desrelations que j’ai eu l’honneur d’entreten...
Je vous ai remercié tout en vous disant que si le député Mvondo Assam ne sait pasce qu’il fait, il ne devrait pas occuper ...
Après la clôture du dépôt de candidatures et ayant constaté que la mienne n’yfigurait pas, le directeur du cabinet civil m...
Monsieur le président de la République,Vous me connaissez très bien. Je ne cache ni mes opinions ni mes agissements.Vous c...
Upcoming SlideShare
Loading in...5
×

Lettre ouverte de marafa hamidou yaya à paul biya

5,108

Published on

Published in: News & Politics
0 Comments
1 Like
Statistics
Notes
  • Be the first to comment

No Downloads
Views
Total Views
5,108
On Slideshare
0
From Embeds
0
Number of Embeds
1
Actions
Shares
0
Downloads
20
Comments
0
Likes
1
Embeds 0
No embeds

No notes for slide

Transcript of "Lettre ouverte de marafa hamidou yaya à paul biya"

  1. 1. Lettre ouverte de Marafa Hamidou Yaya à Paul BiyaMonsieur le président de la République,Le lundi 16 avril 2012, j’ai été convoqué par le juge d’instruction du Tribunal de 1grande instance du Mfoundi et écroué à la prison centrale de Kondengui, sans autreforme de procès.Vous avez certainement dû apprendre que j’ai demandé la récusation de ce juged’instruction qui était venu me voir de son propre chef et qui, avec instance, m’asollicité pour que nous nous « arrangions » afin qu’il instruise le dossier dans unsens qui me serait favorable ! J’ai tout naturellement refusé sa proposition.Je vous en avais rendu compte en son temps, pensant que le président du Conseilsupérieur de la magistrature s’en serait ému.Est-il besoin de vous le rappeler, monsieur le président de la République, que c’estmoi qui vous ai sollicité, par correspondance en date du 7 mai 2008 à vousadressée, pour être entendu par les instances judiciaires compétentes, afind’apporter mon témoignage et contribuer à la manifestation de la vérité dans cettescabreuse affaire que vous connaissez mieux que quiconque parce querégulièrement informé de ce processus d’acquisition de votre avion, que vous suiviezau jour le jour.Vous savez bien que mon incarcération n’a rien à voir avec cette affaire pour laquelleje ne suis coupable d’aucun délit et surtout pas de celui que vous avez instruit quel’on m’impute. J’espère que les débats à venir permettront à nos compatriotes desavoir quel est le rôle joué par tous les intervenants, et cela à tous les niveaux. Voussavez également ce que je pense de certaines de ces arrestations spectaculaires.Wikileaks s’en est d’ailleurs fait largement l’écho.Monsieur le président de la République,Le 06 novembre 1982, j’ai couru derrière votre cortège du carrefour Warda jusqu’aurond-point de l’école de Bastos. J’étais alors un jeune haut cadre de la Snh ; et à cemoment-là, j’étais fier de mon pays. Par la suite j’ai été séduit par votre discours et je
  2. 2. me suis engagé corps et âme derrière vous, convaincu de participer à l’édificationd’une société de paix et de justice. J’ai essayé de toutes mes forces de travaillerdans ce sens. Et vous le savez. Nos compatriotes également l’apprendront.Vous m’avez donné l’opportunité de servir notre pays à un très haut niveau. Je l’ai 2fait avec enthousiasme, engagement et je l’espère modestement, avec une certainecompétence. Comme je vous l’ai dit dans le message de vœux de nouvel an que jevous ai adressé le 30 décembre dernier, je continuerai à servir à l’endroit où vousm’assignerez pour contribuer à faire de notre pays un pays de paix et de Justice. Etde là où je suis, je puis vous affirmer que mon enthousiasme et mon engagementpour ces nobles causes restent intacts.J’ai été votre proche collaborateur pendant dix-sept (17) années sans discontinuer.D’abord comme conseiller spécial, ensuite comme secrétaire général de laprésidence de la République et enfin comme ministre de l’Administration territorialeet de la décentralisation pendant près d’une décennie.Je vous ai servi avec loyauté, sincérité et sans préjugé. Comme vous le savez bien,pendant toutes ces années, j’ai toujours refusé d’être un courtisan. (A titre d’exemple,j’ai constamment refusé de m’associer aux folklore des différentes éditions de «l’Appel du peuple »). J’ai toujours préféré garder une liberté qui me permettait devous donner, en toute indépendance d’esprit, des avis vous permettant de gérer lesaffaires de l’Etat dans le plus grand intérêt de notre pays.Ce n’était pas une position facile à assumer pour moi, dans un environnement et uncontexte qui sont les nôtres, car je n’étais pas un de vos proches de longue date, nioriginaire de votre aire culturelle. J’ai cependant eu l’impression que cette position,même si elle vous agaçait quelquefois, était malgré tout appréciée de vous, ce quijustifierait l’exceptionnelle durée et je dirais même l’intensité de notre collaboration.Cette indépendance d’esprit m’avait permis de vous dire, après l’électionprésidentielle de 2004, que ce septennat devrait être le dernier pour vous et quenous devrions tous nous mobiliser pour le succès des « grandes ambitions » afin quevotre sortie de la scène politique se fasse avec fanfare, que vous jouissiez d’un reposbien mérité, à l’intérieur de notre pays.
  3. 3. Etait-ce un crime de lèse-majesté ? C’est possible ! Mais j’exprimais sincèrement ceque je pensais à l’époque être dans votre intérêt et dans celui de notre pays. Maconviction à l’époque était qu’un mandat supplémentaire serait le mandat de trop.Comme nous allons le voir, le harcèlement et la vindicte à mon égard datent de cetemps-là ; aujourd’hui, je paye peut-être pour cette lucide franchise. 3Cette liberté m’a également permis de vous exprimer une opinion sincère, commel’illustrent les trois exemples suivants, concernant le gouvernement de la République:a) Après la formation du gouvernement consécutif à l’élection présidentielle de 2004,vous m’avez accordé une audience au cours de laquelle vous m’avez demandé ceque les gens pensent du gouvernement.Je vous ai répondu qu’ils pensent qu’avec un effectif d’environ soixante-cinq (65)ministres et assimilés, le gouvernement est pléthorique et manquerait d’efficacité.Entre agacement et irritation, vous m’avez tenu ces propos : «…Monsieur le ministred’Etat, vous êtes combien de ministres dans ce gouvernement ? Peut-être dix (10) ouquinze (15) tout au plus. Le reste, ce sont des fonctionnaires à qui j’ai donné le titre».Je vous ai répondu: « … C’est peut-être vrai, monsieur le président de la République.Mais le problème, c’est que ces fonctionnaires eux, se prennent pour des ministres».Le dialogue à ce sujet s’est arrêté là.b) De même, à la veille d’un remaniement, vous m’avez fait l’honneur, au cours d’uneaudience, de m’interroger sur un compatriote. Je vous ai répondu que ce monsieurne méritait pas de siéger au gouvernement de la République. Vous avez développédes arguments qui m’ont convaincu que votre décision était déjà prise. Je vous aialors dit : « …Monsieur le président de la République, au cas où vous le nommeriezau gouvernement, ne lui confiez surtout pas un département ministériel ». Nousconnaissons la suite.
  4. 4. c) Enfin, après la formation du gouvernement au sein duquel monsieur IssaTchiroma est devenu ministre (afin de contrecarrer mes ambitions, aux dires decertains), vous m’avez accordé une audience au cours de laquelle vous m’avezdemandé ce que les gens pensent du nouveau gouvernement. Je vous ai répondusan détour que monsieur Issa Tchiroma ne mérite pas de siéger au gouvernement dela République. Vous et moi et d’autres (y compris lui-même) savons à quoi je fais 4référence. Je vous ai dit en outre que je ne collaborerai jamais avec lui.Jusqu’à présent, les gens pensent que notre « inimitié » est d’ordre politique carnous sommes adversaires dans la même circonscription. Cela n’a rien à voir etl’avenir le prouvera.Monsieur le président de la République,Lorsque la vindicte à mon égard a commencé, j’ai traité avec indifférence les ragotsfaisant état de ma déloyauté à votre égard et je me suis abstenu de vous enimportuner. Mais lorsque votre entourage le plus proche est rentré dans la danse, j’aicru devoir à chaque fois, m’en ouvrir à vous.Ainsi, lorsqu’en novembre 2007, il a été demandé au préfet du département duMfoundi de « prolonger la garde-à-vue administrative de quinze (15) joursrenouvelables » concernant vingt (20) personnes dont dix-huit (18) sont des militairesde divers grades, j’ai instruit le gouverneur de la province du Centre et le préfet dudépartement du Mfoundi de ne pas s’éxécuter et de se conformer strictement auxdispositions de la loi. Je vous en ai rendu compte par note en date du 21 novembre2007. Ces personnes auraient été libérées quelques mois plus tard sur vosinstructions.Quelques jours après le refus de l’administration territoriale de cautionner cettemascarade, j’apprendrai qu’il vous a été rapporté que les personnes concernéesseraient mes complices dans une tentative de déstabilisation des institutions de laRépublique.Devant cette accusation extrêmement grave et devant la réccurrence des rapportssystématiquement négatifs qui vous parvenaient à mon sujet de la part de certainesofficines et sur lesquels vous ne me disiez rien, j’ai dû prêter une oreille attentive àl’une des nombreuses offres d’emploi qui m’étaient faites régulièrement au niveau
  5. 5. international. J’espérais que mon départ permettrait de préserver la qualité desrelations que j’ai eu l’honneur d’entretenir avec vous. Je vous en ai fait part ainsi quede mon désir de quitter le gouvernement au cours d’une audience en date du 30novembre 2007. Vous m’avez expliqué que vous aviez encore besoin de moi etqu’en ce qui vous concernait, vous me faisiez encore entièrement confiance. 5Je me dois cependant de rappeler à votre attention, quelques faits suivants, entreautres:a) Après les émeutes de février 2008, les rapports négatifs à mon encontre se sontintensifiés. Pour mes détracteurs, mon refus constant d’interdire ou de saisir lesjournaux et mon approche des problèmes consistant à éviter une réponseexagérément et inutilement violente ainsi qu’une répression systématique, prouvaientà suffisance mon manque de loyauté à votre égard.A nouveau, je vous ai saisi par note en date du 5 mars 2008 pour vous rappeler quele département ministériel à la tête duquel j’étais, est trop délicat pour avoir à sa têtequelqu’un qui ne jouirait pas de votre confiance.J’ai également saisi l’occasion de cette note pour porter à votre attention les relationsincestueuses qui tendaient à se développer entre l’Etat et le parti Rdpc, au vu d’unecorrespondance me concernant adressée par le ministre de la Justice au secrétairegénéral de ce parti.b) Dans un rapport cousu de fil blanc, en date du 24 juillet 2008, le député MvondoAssam (Bonivan), vice-président de la Commission de défense et de sécurité àl’Assemblée nationale et par ailleurs votre neveu, faisant référence à « différentesnotes antérieures », vous souligne « l’ambition d’un grand destin national » quim’anime ainsi que ma « stratégie de conquête du pouvoir ».Je vous ai saisi par note en date du 17 septembre 2008 afin de «solliciterrespectueusement l’ouverture d’une enquête sur ces graves accusations».Au cours d’une audience ultérieure, j’ai évoqué la nécessité de diligenter cetteenquête, vous m’avez dit que votre neveu ne sait pas ce qu’il fait; vous m’avezchaleureusement renouvelé votre confiance et vous m’avez demandé de ne pas tenircompte de cet incident.
  6. 6. Je vous ai remercié tout en vous disant que si le député Mvondo Assam ne sait pasce qu’il fait, il ne devrait pas occuper un poste aussi sensible à l’Assembléenationale.c) En février 2010, j’ai fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national.Cette mesure illégale a été grossièrement rendue publique alors que je présidais à 6Bertoua la commission mixte de sécurité entre le Cameroun et la Républiquecentrafricaine, à la tête d’une délégation camerounaise de cinq (5) membres dugouvernement face à sept (7) membres du gouvernement centrafricain. J’aistoïquement fait face à mes responsabilités.A mon retour à Yaoundé, j’ai sollicité une audience au cours de laquelle je vous vousai à nouveau présenté ma démission. A cette occasion, je vous ai renouvelél’impérieuse nécessité de nommer à la tête du ministère de l’Administrationterritoriale et de la décentralisation une personne qui non seulement jouirait de votreconfiance, mais aussi que l’on laisserait travailler en toute sérénité. A nouveau vousavez refusé ma démission et vous m’avez renouvelé votre confiance.d) Avant la convocation du corps électoral pour l’élection présidentielle du 9 octobredernier, vous m’avez fait recevoir par le Directeur du cabinet civil. Une première !Celui-ci m’a dit qu’il me recevait en votre nom et que vous vouliez savoir si j’allais meprésenter contre vous à cette élection. J’ai été choqué car ce faisant, vous donniezdu crédit à la rumeur qui vous avait été maintes fois rapportée selon laquelle j’auraiscréé un parti politique clandestin.J’ai dit au directeur du cabinet civil de vous dire que j’étais blessé aussi bien par lecontenu du message que par la manière dont il a été délivré. Je lui ai dit par ailleursde vous rassurer, par souci de responsabilité et pour éviter toute crise inopportune,que je ferai tout mon devoir pendant la période délicate avant, pendant et après lesélections, afin que la paix soit préservée dans notre pays. Mais qu’après cetteélection, compte tenu de l’effritement continu de la confiance depuis bientôt (07) anset finalement de la perte manifeste de celle-ci, je n’entendais plus continuer macollaboration avec vous au niveau du gouvernement.J’ai fait part à mes proches de cette blessure ainsi que de la décision de ne pasfigurer au gouvernement après l’élection présidentielle.
  7. 7. Après la clôture du dépôt de candidatures et ayant constaté que la mienne n’yfigurait pas, le directeur du cabinet civil m’a à nouveau reçu pour me dire de ne passurinterpréter votre message qui est allé au-delà de votre pensée et que vous merecevriez bientôt pour lever toute équivoque. Je lui ai répondu que je n’étais pasdemandeur d’une audience et que ma décision de ne plus faire partie dugouvernement après l’élection présidentielle était non négociable. J’avais alors 7mesuré toute la portée de ces paroles de Fénelon à Louis XIV : «Vous êtes né, Sir,avec un cœur droit et équitable, mais ceux qui vous ont élevé ne vous ont donnépour science de gouverner, que la méfiance».e) Après mon départ du gouvernement, une certaine presse en furie et aux ordres,s’est mise à préparer l’opinion (comme il est désormais de coutume) pour monincarcération à venir, faisant fi au passage des intérêts de notre pays.C’est ainsi que le monde entier apprendra que je suis à la tête d’une armée de 6.000rebelles ! A ce jour, je n’ai pas été interrogé sur cette volonté affichée dedéstabilisation qui aurait été éventrée. A ma connaissance, ceux qui ont publié cettegrossièreté ne l’ont pas été non plus. On se serait limité à dire que la grossièreté sele dispute à la bêtise si ce n’est que c’est notre pays qui souffre de cette image pré-insurrectionnelle.De même, cette obsession à me lier à la France alors que c’est du Cameroun qu’ils’agit ! Des notes de renseignements vous parviennent selon lesquellesl’ambassadeur de France à Yaoundé viendrait souvent à mon domicile en cachette,dans une voiture banalisée, afin que nous élaborions des plans de déstabilisation denotre pays.Aussi, des informations sont distillées dans le public sur mes prétendues relationsavec un grand industriel français qui viendrait souvent clandestinement à Garoua merencontrer pour le même objet. Notre pays serait-il devenu une passoire pour quel’on y pénètre sans visa ou y faire atterrir des aéronefs sans une autorisationpréalable de survol du territoire ?
  8. 8. Monsieur le président de la République,Vous me connaissez très bien. Je ne cache ni mes opinions ni mes agissements.Vous comprenez donc qu’ayant recouvré ma liberté de parole car n’étant plus tenupar une quelconque obligation de solidarité ou de réserve, je puisse exposer, 8échanger et partager avec tous nos compatriotes mes idées et mes réflexions que jevous réservais en toute exclusivité ou que je ne développais qu’au cours desréunions à huis clos. Ces idées et ces réflexions portent particulièrement sur la paixet la justice.Et avant de terminer, permettez-moi de vous assurer, que du fond de mon cachot, jen’ai ni haine, ni regrets, et que je ne nourris ni mélancolie, ni amertume. Surtout, jen’ai aucune pulsion suicidaire. S’il m’arrivait quelque chose par inadvertance, ce neserait ni de mon fait, ni du fait des repas que je me fais livrer par ma famille. Bien quen’ayant pas particulièrement peur de la mort, j’aimerais que si cette fâcheuseéventualité survenait, les responsabilités soient bien établies.Marafa Hamidou YayaSource: LOeil du Sahel

×