Pour  des chevreuils de qualite
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Pour des chevreuils de qualite

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Pour des chevreuils de qualite Document Transcript

  • 1. 1 SOMMAIREAvant proposI. Pourquoi intervenir ?II. Qualité du tir Comment faire un tir foudroyant ? Effets cumulés de l’impact de la balleIII. Qualité de la chasse La battue L’affût L’approche La poussée calme de déplacementIV. Qualité des chevreuils Comment l’évaluer ? Qu’est-ce qui assure la qualité des chevreuils ? Comment vont évoluer les chevreuils ?V. Comment intervenir ? En phase de colonisation d’un paysage Au stade de saturation du milieu de vieVI. Des cas concretsBibliographie Quelques ouvrages de base
  • 2. 2 AVANT PROPOSDurant des décennies, le plan de chasse au grand gibier a fonctionné selon lathéorie du surplus récoltable établie par le célèbre forestier américain AldoLeopold en 1933 (1). Ce dernier transposait sur les populations de Cervidés uncalcul de la possibilité de récolte annuelle qui convenait à l’économie forestière :volume d’arbres recensés sur une parcelle multiplié par un pourcentaged’accroissement. Cela n’a pas marché. Les chevreuils bougent et se cachent. Ilsne se prêtent pas aussi facilement que les arbres aux dénombrements etl’accroissement annuel « moyen » de leurs effectifs n’existe pas puisqu’il varieentre quarante et zéro % ou même moins. D’où, à la longue, une abondance malcontrôlée qui ne fait pas l’affaire de la régénération forestière. Il fallait bientrouver autre chose.La méthode ici proposée résulte non pas d’une illumination subite mais d’uncheminement et de rencontres fructueuses. Chassant dans ma jeunesse sur troisgrands domaines princiers de Souabe, je croyais dur comme fer aux méthodesgermaniques traditionnelles et au tir sélectif. Jusqu’au jour où devenu sociétaired’une chasse de huit mille hectares en forêt domaniale de la Grande Chartreuse,je m’aperçus que les brocards qui pesaient là bas18 kilos en pesaient entre 28 et30 dans ce massif qu’ils colonisaient depuis peu.Dans les années soixante-dix j’eus la chance d’entrer et de rester en contact avecdes esprits novateurs :- en premier lieu l’anglais Richard Prior (2) qui sauva le chevreuil dans leRoyaume Uni. Engagé par les forestiers de la Couronne pour éradiquertotalement ces « nuisibles » qui ravageaient leurs plantations, il prouva qu’onpouvait les conserver à condition de les chasser conformément à leur structuresociale, de maintenir leur nombre au dessous de la capacité d’accueil du milieude vie et d’épargner les brocards territoriaux ;- ensuite les allemands Hermann Ellenberg et Dietlef Eisfeld (3 et 4) quipréconisèrent de remplacer les douteux comptages de chevreuils par lamensuration d’indices biologiques tels que la longueur de la mâchoire inférieuredes adultes, reflet de leur croissance ;- enfin l’américain Dale McCullough (5) qui démontra que la productivité d’unepetite population de chevreuils vigoureux pouvait égaler celle d’une populationsurabondante de chevreuils chétifs.C’est sous l’inspiration de ces auteurs que s’est formée une méthoded’aménagement des chevreuils plus conforme à leur écologie.
  • 3. 3Je dois à l’ingénieur général des forêts Jean de Chancel, directeur de la Chasseau ministère de l’Environnement, d’avoir pu passer outre aux pesanteursadministratives de notre pays pour mettre en œuvre la présente méthode.Inaugurée en Alsace en 1982, elle apparut comme révolutionnaire alors qu’ellen’était que simplement logique.D’autres m’ont honoré de leur confiance et de leurs conseils comme PaulPesson, professeur de zoologie à l’Institut national d’Agronomie de Paris-Grignon, Jean Dorst, dernier successeur de Buffon au Muséum nationald’Histoire naturelle et Bernard Fischesser (6), directeur de l’unité Ecologie duPaysage de Montagne au Centre d’études du Génie rural, des Eaux et des Forêts.Comme on peut le constater, je ne prétends pas avoir inventé la brouette.Références :1. Leopold, A. (1933). Game management. New York : Charles Srcribner’sSons.2. Prior, R. (1968). The Roe Deer of Cranborne Chase. An ecological survey.Oxford University Press, London, 222 p.3. Ellenberg, H. (1974). Die Körpergrösse des Rehes als bioindicator.Verhandlungen der Gesellschaft für Ökologie, Erlangen : 141-154.4. Eisfeld, D. und Ellenberg, H. (1975). Rehwild Abschussplanung ohneZählung. Wild und Hund, 77 : 541-543.5. McCullough, D. R. (1979). The George Reserve Deer Herd. Populationecology of a K-selected species. University of Michigan Press, Ann Arbor, 270p.6. Fischesser, B. et Dupuis-Tate, M. F. (1996). Le Guide illustré de l’Ecologie.La Martinière, Paris, 319 p.
  • 4. 4 I. POURQUOI INTERVENIR ?Le but d’un aménagement soutenu des populations de chevreuils et de leurmilieu de vie est de répondre à divers besoins de la société en les intégrant. Etantdonnée la fluidité du maillage de la population, pour être efficace, cetaménagement doit s’étendre à l’échelle du paysage occupé par l’espèce jusqu’àses limites naturelles, cest-à-dire d’un à plusieurs milliers d’hectares. C’est direl’importance de la coopération entre voisins et groupes d’intérêts différents.L’absence de chasse aurait des conséquences néfastes. Outre la dégradationvégétale, la prolifération des chevreuils entraînerait leur chétivité, leurinfécondité, leur vulnérabilité aux infections parasitaires et microbiennes, lamortalité des faons et le vieillissement des populations. Il n’y a pas de chevreuilsmalades dans des populations qui sous-utilisent leur milieu de vie.Le retour des grands prédateurs a pu être présenté comme « la » solution par lesdévots d’une nature sacralisée. Ces derniers ignorent-ils que c’est le nombre deproies qui détermine le nombre de prédateurs et non l’inverse ? En Amérique duNord, il a été vérifié qu’au-delà d’une densité de sept cerfs de Virginie* aux centhectares, les loups sont incapables d’en diminuer les effectifs. Dans les Vosgesalsaciennes, la réapparition du lynx n’a pas empêché la prolifération dechevreuils de médiocre qualité.C’est donc à l’homme et en particulier aux chasseurs et aux sylviculteursqu’incombe la charge d’un aménagement aboutissant à de beaux et vigoureuxchevreuils dans des boisements variés en régénération naturelle. Un art plusqu’une rigide technique.Tout se tient. Pas d’aménagement adapté à la nature du chevreuil, à sa viesociale et à son écologie qui ne s’appuie sur une chasse à la fois efficiente et peuperturbante. C’est ce qui sera traité en premier lieu.* «Cerf » de Virginie et «cerf » mulet sont en réalité les chevreuils de l’Amérique du Nord.Appartenant à la même famille que leurs cousins d’Eurasie, celle des Odocoïléinés, ils sontappelés chevreuils par les Québécois et jadis aussi par Buffon. Ils n’ont rien de commun avecle wapiti qui lui, est le cerf élaphe du Nouveau monde. Pour ajouter aux confusions delangage, les anciens pionniers ont dénommé ces cerfs « Elk » - qui veut dire Elan – parcequ’ils étaient de grande taille… et c’est resté dans la langue américaine moderne !
  • 5. 5 1I. QUALITE DU TIRSi un chasseur se dit satisfait de sa carabine, c’est qu’il en a choisi la marque etle calibre en connaissance de cause. Il a raison, inutile d’en débattre. La plupartdes armes de chasse disponibles dans le commerce permettent de bonsgroupements.Comme en photographie, le succès dépend de celui qui est derrière l’oculaire.En la matière, personne n’est parfait. Qui d’entre nous ne garde-t-il pas enmémoire l’humiliation d’avoir manqué le brocard d’une vie ou le cuisantremords d’avoir blessé et perdu une chevrette en privant ses deux faons dusoutien maternel ?Le tir sur du vivant est un acte grave qui ne tolère pas l’à peu près.Mettons donc les chances de notre côté pour que tout chevreuil tiré s’écrouleavant même d’avoir entendu le coup de feu. Ce qui consiste à devenir aussi bonque sa carabine et à savoir placer sa balle dans le corps de l’animal avec laprécision d’un bon praticien.Trois conditions déterminantes :- de l’entraînement : par économie, avec une carabine 22 ou même à aircomprimé jusqu’à la parfaite coordination des gestes et de l’œil. Ensuite austand avec la carabine de chasse jusqu’à ce qu’elle devienne aussi familière àson propriétaire que sa fourchette de table ;- de la retenue : ne jamais hésiter à s’abstenir si les conditions rendent le tirhasardeux (animal en mouvement, trop grande distance ou mauvaiseprésentation, visibilité douteuse, essoufflement, stress, « buck fever »). Pas deregret : une seconde occasion se présentera tôt ou tard ;- une connaissance de l’anatomie topographique du chevreuil, cest-à-dire dela projection des organes internes sur sa silhouette.C’est simple et c’est indispensable.Comment faire un tir foudroyant ?En visant vers l’avant du thorax.Le tir classique au défaut de l’épaule (à la verticale de la patte) n’abat pasforcément l’animal sur place. Touché au muscle cardiaque avant l’expansion de
  • 6. 6la balle, il peut détaler sur 50 mètres et disparaître à couvert. Si l’impact est topbas, il casse la patte. S’il est trop postérieur, il perce le poumon et permet unefuite assez longue avant d’être fatal.Le tir au cou peut soit paralyser l’animal sans le tuer (nécessité d’un coup degrâce), soit manquer la colonne vertébrale. Le tir à la tête peut fracasser lamâchoire, interdisant l’alimentation. Heureusement, il y a plus expéditif :Le tir aux gros vaisseaux de la base du cœurLeur aire de projection se situe au centre d’un triangle formé par :- l’épaule (omoplate) oblique vers l’avant,- le bras (humérus) oblique vers l’arrière- et la verticale abaissée de la pointe de l’omoplate jusqu’au coude.C’est le triangle mou que la balle pénètre sans résistance. Le tir « au triangle mou » (Roucher , 1978) Calque d’une radiographie de chevreuil debout
  • 7. 7Effets comparés de l’impact de la balle :(a) La perforation du ventricule, muscle épais, n’empêche pas le sang de sepropulser vers le cerveau tant que la pompe cardiaque n’est pas désamorcée parla fuite du sang. L’animal peut encore courir.(b) La blessure de l’aorte prive instantanément le cerveau de l’afflux sanguin. La destruction de l’oreillette, mince membrane, désamorce la pompe cardiaque.Ainsi, l’animal tombe sur place sans avoir même entendu le coup de feu. Tir au ventricule Tir aux gros vaisseaux
  • 8. 8Faon de cerf tiré à l’approche par l’auteur en hiver dans le massif du Vercors.On voit l’impact au « triangle mou » dans l’angle omoplate-humérus.Le ventricule musculaire du cœur est intact tandis que les oreillettes et la crossede l’aorte, ici béante, sont détruites
  • 9. 9 III. QUALITE DE LA CHASSEChasser court et bien consiste à gratifier les chevreuils d’une quiétude quasipermanente en pratiquant des prélèvements brefs, discrets et efficaces. Du pointde vue du bien être des chevreuils, tous les modes de chasse ne se valent pas.La battue répétée avec chiens courants et rabatteurs bruyants ayant été traitéedans l’introduction, nous n’y reviendrons pas. C’est le meilleur moyen d’aboutirà des chevreuils stressés et donc invisibles de jour, à des populationsdéstructurées, à des orphelins et des blessés-perdus. Tout cela au nom de laconvivialité et de l’aléatoire « tir au saut du layon » dont on se vantera aumoment du casse-croûte ! L’élégant chevreuil ne mérite-t- il pas mieux que cetteloterie de foire ambulante ?L’affût perché, par contre, allie la discrétion, la poésie contemplative et lacommodité d’un tir appuyé, calme et précis. Le mirador souvent situé en lisièredes champs ou d’une clairière doit être accessible par le chemin le plus court etle plus direct de façon à répandre le moins d’odeur possible. Comme l’affût estsouvent pratiqué le soir, un tir foudroyant évite une recherche de nuit.L’approche appelée stalking par les britanniques et pirsch par les germaniquesest le plus exaltant des sports. Dans la fraîcheur d’un petit matin, l’esprit tendu,qui n’a pas tressailli au cri soudain d’un coq faisan ou à l’envol d’un ramier ?Aujourd’hui, la chasse individuelle n’est pas assez efficace à elle seule pourmaîtriser les effectifs de chevreuils, surtout quand ils sont ajustés à l’exigenced’une régénération naturelle. Elle exige d’investir de plus en plus de temps pourréaliser le plan de tir. Son dérangement permanent de juin à février prochains’ajoute à celui, croissant, des promeneurs.Cervidés et sangliers ont en commun – en l’absence de dérangements – d’utiliserle plein jour pour leur phase d’activité. Une chasse individuelle trop étalée dansle temps leur fait identifier tout promeneur à un chasseur et les pousse à sedérober et à devenir nocturnes. Il en découle le besoin de faire appel à certainesméthodes de chasse collectives pour un meilleur ajustement aux conditions quise sont modifiées. Alors par nécessité, un mode de chasse plus performant serépand aujourd’hui en Europe.La poussée calme de déplacement vers des tireurs perchés.Heureux retour de l’Histoire, cette méthode est la plus traditionnelle qui soit.C’est la chasse des gens de pied codifiée au quatorzième siècle dans Le Livre duRoi Modus et de la Reine Ratio par Henri de Ferrières pour abonder le château
  • 10. 10en venaison fraîche. On poussait gentiment le gibier vers des archers comme onle ferait de vaches nonchalantes.Cette méthode permet de parachever un plan de tir en peu de temps. Ellemobilise les animaux sans stress. Elle est efficace à condition d’être exécutéedans les règles de l’art comme c’est le cas en forêt domaniale de Basse-Saxe.Elle s’exécute une seule fois par an sur chaque parcelle d’au moins 200 hectaresavec 60 à 80 personnes, tireurs et marcheurs dont une vingtaine de maîtreschiens, chacun parcourant de façon désordonnée mais lente une dizained’hectares plusieurs fois de suite pendant trois heures. Les tireurs sont postés àl’aube sur des petites chaises hautes garnies de brande et d’une barre d’appui etdisposées à l’intérieur des peuplements en bordure d’endroits dégagés que lesanimaux traversent calmement en marquant l’arrêt de temps en temps.Les marcheurs doivent avoir une connaissance approfondie de la parcelleparcourue, des remises et des voies habituelles des animaux. Ils se signalent àvoix normale. Ils doivent intriguer le gibier, le mettre en éveil plutôt qu’en étatd’alarme. Le gros du travail de mise sur pied est fait par le vent. Les marcheursprogressent avec et non contre le vent. Si le gibier se met à courir, la partie estirrémédiablement perdue et il vaut mieux rentrer à la maison.La poussée calme de déplacement se révèle comme un des plus passionnantsexercices de la chasse. Chacun des acteurs - tireurs, marcheurs, maîtres chiens,gardes, organisateurs - y apporte son expertise et sa satisfaction d’exécuter cetart en harmonie mutuelle comme dans un orchestre symphonique.L’éthique de la chasse y trouve son compte puisqu’elle assure la tranquillité dugibier pour le reste de l’année.Ndlr. : Pour compléter son information, le lecteur peut consulter le livre del’auteur, Chevreuils d’Hier et d’aujourd’hui, au chapitre La Poussée, pp. 205 à225. Il y trouvera le récit d’une journée de chasse d’hiver en forêt domaniale deBasse-Saxe et la traduction du Merkblatt n° 26, note d’instruction du Serviceforestier du Land de Basse-Saxe intitulée : Méthodes de chasse collectives :substitut à la chasse individuelle au grand gibier.Ceux qui voudraient expérimenter cela sur place peuvent s’adresser à :Dr Hans Werner StreletzkiNiedersächsisches Ministerium für Ernhärung LandwirtschaftVerbraucherschutz und LandesentwicklungCalenberger Strasse 230169 Hannover
  • 11. 11 IV. QUALITE DES CHEVREUILS1. Comment l’évaluer ?En tirant du chevreuil abattu des informations chiffrables sur sa corpulence, sacroissance et s’il s’agit d’une femelle, sur sa fertilité. Cumulées sur au moinstrente sujets de même classe sociale (faon, yearling, adulte, mâle et femelle) onen extraira des moyennes qui traduisent l’état des chevreuils locaux à unmoment donné. C’est le point de repère à partir duquel sera enregistrée latendance des animaux vers la stabilité, le progrès ou la régression de leurqualité.1. LA CORPULENCE est traduite par le poids de la bête totalement vidéedepuis la trachée jusqu’ à l’anus. Le poids vidé correspond aux ¾ du poids vif.Ce correctif est utile à connaître lorsqu’on ne dispose que du poids vif d’unesérie.C’est dans les paysages où la densité est la plus basse par rapport à l’offre dumilieu de vie (densité relative) que l’on trouve les chevreuils les plus lourds,comme le montre ce tableau comparatif : - les colonnes A, B et C correspondent à la moyenne des poids vifs deschevreuils dans trois régions en voie colonisation : Sussex et Surrey enAngleterre il y a quarante ans ; Emilie - Romagne en Italie aujourd’hui. - la colonne D correspond à une forêt privée de 600 ha en Normandie oùl’abondance mal maîtrisée des chevreuils se traduit déjà par une baisse modéréedes poids et par des dégâts inacceptables à la régénération naturelle du chêne.
  • 12. 12Dans les régions surpeuplées en chevreuils depuis des décennies comme enAlsace et en Bavière, les poids vidés moyens descendent aussi bas que 12 à13kg pour les adultes et à 9 à10 kg pour les faons. Influence de la densité relative des chevreuils sur leur prise de poids (Loudon 1979)- à densité modérée, le poids d’adulte (ici : poids vidé) est pratiquement atteint à18 mois, ce qui permet à un jeune mâle de partir à la conquête d’un territoiredès sa deuxième année ;- à densité trop élevée pour la capacité d’accueil du milieu végétal, un chevreuiln’atteint pas en trois ans le poids qu’il devrait avoir à 18 mois. Les yearlingsémigrent peu ou pas du tout et contribuent à encombrer leur lieu de naissance.2. LA CROISSANCE du chevreuil est exprimée par la longueur d’un os.Certains se contentent de mesurer la patte postérieure. Cependant, il paraît plusinstructif et plus précis de mesurer la longueur de la mâchoire inférieure (lmi) : - elle est corrélée à la longueur de la base du crâne ; - depuis les années soixante-dix, elle a été utilisée en Allemagne pour établir des plans de chasse sans comptages et sert de référence ; - chez l’adulte (2 ans révolus) elle montre jusqu’à quel point a pu s’élever la croissance d’un individu ; - enfin, l’état de la dentition permet de retenir trois classes d’âge :
  • 13. 13- faon : 0 (présence de la 3ème prémolaire trilobée qui disparaît vers 1 an),- yearling : 2 - (molaires hautes, acérées, dernière molaire neuve, bordée d’unerigole osseuse, le tout coïncidant avec, à la coupe horizontale du crâne, unecloison nasale cartilagineuse ou très peu ossifiée),- adulte : 2 + sans plus de précision au simple examen visuel, tant les erreursd’appréciation sont grandes comparées à l’examen des coupes de cémentdentaire au microscope. La table dentaire des vrais vieux est complètementabaissée et aplanie. Comment doit être mesurée la longueur de la mandibuleDepuis le rebord alvéolaire des incisives jusqu’au bord postérieur de apophysearticulaire (et non jusqu’à l’angle de la mâchoire dont l’ouverture varie selon lesindividus indépendamment de leur croissance).3. LA FERTILITE de la population s’exprime par la production annuelle defaons. Comme on ne peut dénombrer ces derniers avec certitude sur le terrain, ilest plus fiable d’examiner l’appareil génital des chevrettes abattues en comptantle nombre de fœtus qu’il comporte.
  • 14. 14 Hélas, ce serait trop simple ! Parmi les Cervidés, le chevreuil est la seule espècechez laquelle l’accouplement ait lieu en juillet tandis que le ou les embryons necommencent à grossir qu’au début du mois de janvier, ce qui permet auxnaissances d’avoir lieu en mai-juin. On appelle cela la diapause embryonnaire.Les fœtus ne sont visibles et ne peuvent donc être comptés que si la chevretteest abattue après le début de janvier.Or il est fréquent que le prélèvement des femelles ait lieu en novembre etdécembre. Il est même autorisé à partir du 23 août dans les départementsalsaciens. C’est donc seulement par l’examen des ovaires que le taux defécondation peut être facilement connu. D’où l’intérêt de savoir les trouver envidant l’animal. Ce sont deux petites boules de la grosseur d’un poids chichesituées aux extrémités des trompes utérines. L’appareil génital de la chevrette, ovaires et trompes utérinesA la coupe (une lame bien aiguisée suffit) s’observent le ou les corps jaunes(CJ), glandes sécrétrices d’hormone de gestation. Leur nombre correspondgrosso modo à celui d’embryons présents. Le voile du mystère est ainsi aisémentlevé.
  • 15. 15 Coupe des deux ovairesBien visibles sur ce cliché, un corps jaune de couleur chamois sur chaque ovaire.Comme les fœtus, on peut en compter zéro, un, deux ou trois par chevrette etmême rarement quatre.Plus les femelles pèsent lourd, plus elles sont fécondes. A partir d’un certainpoids les yearlings sont aussi fécondes que les adultes et participent donc àl’accroissement annuel de la population. Les faons femelles de poids élevé (16kg vif et plus) peuvent avoir été couverts en automne et présenter un corps jaunesans pour autant mener une grossesse à terme. C’est une des explications dusecond rut.Ne serait-il pas dommage, en vidant une chevrette ou un faon femelle après letir, de se passer de la précieuse source d’information que représente son degré defécondation ? Faute d’avoir enregistré le poids, la taille et la fécondité moyennedes chevreuils d’un territoire pris en location, impossible de savoir à partir dequel état initial leur qualité évolue ou de comparer avec d’autres territoires2. Qu’est-ce qui assure la qualité des chevreuils ?L’élimination des déficients ? La structure de la population ? L’affouragement ?La richesse du biotope ? Pas nécessairement :a/ Eliminer les brocards mal coiffés, tradition germanique, n’a jamais abouti aumoindre résultat car cela relève d’un contresens. La sélection naturelle agit par
  • 16. 16la multiplication des mieux adaptés et non par l’élimination de tel ou tel typearbitraire d’individus.b/ Intervenir sur la structure sociale d’une population (proportion des sexes etdes classes d’âge) n’a guère d’influence qualitative tant que ses effectifs saturentle milieu de vie, cas fréquent aujourd’hui.c/ L’affouragement fausse la sélection naturelle et concentre les dégâts de gibierautour des points de nourrissage.d/ Même la qualité apparente du paysage peut ne jouer qu’un rôle secondaire.Au Danemark les chevreuils sont plus rares mais plus grands et plus lourds dansles mornes landes à résineux du nord-ouest que dans le verdoyant bocage dusud-est où ils abondent, du fait d’un goulot d’étranglement hivernal.Et pour ceux qui s’intéressent aux trophées primés, les deux meilleurs spécimensfrançais proviennent de biotopes apparemment arides de la Provence comme : - Canjuers (Var) : 233 points CIC, 12 pointes, crâne : 810 gr net, - Cadarache (Bouches du Rhône) : 206 points, 6 pointes, crâne : 761 gr.Autre paradoxe, à Wareham Forest (Dorset) sur un site officiellement classécomme un des plus pauvres d’Europe : 140 points CIC, 8 pointes, 560 gr.De la Suède à l’Espagne et de la Bretagne à la Sibérie, le chevreuil est expertdans l’art de s’adapter, au prix de quatre exigences de sa nature. Il est :1. Territorial pendant sept mois de l’année, ce qui assure la dispersion desgroupes familiaux et une exclusivité pour la nourriture. Il lui faut disposerd’espace.2. Sélecteur de pousses, de fleurs et de bourgeons riches et tendres assimilablesà 95 % par digestion directe rapide tandis que les brindilles coriacesconsommées en hiver ne le sont qu’à 15 % après lente fermentation bactérienne.3. Non-capitalisateur de graisse : contrairement au Cerf, il ne dispose que detrès peu de réserves pour subsister en hiver (# 3% de son poids). Pourcompenser ce handicap, un chevreuil consomme par jour environ 2000 brinsd’arbres ou d’arbustes d’un gramme. En forêt, combien de pousses consomméespar 100 sujets en 120 jours d’hiver ? Faites le calcul et vous comprendrez lespréventions des sylviculteurs !4. Dépendant d’un fragile bilan énergétique. 75% de l’énergie fournie par sanourriture est destinée au maintien de sa température interne, 24 % l’est à sesdépenses locomotrices, digestives et cardiaques et seulement 1% à la croissance
  • 17. 17et à la maintenance de ses tissus corporels. Le moindre déficit alimentaireretentit donc en premier lieu sur la taille des chevreuils et sur la dimension desbois des mâles. Or la disponibilité des ressources nutritives varie avec laconcurrence entre individus sur un même territoire.Lorsque les chevreuils se multiplient, leur qualité devient donc très vitedépendante de leur densité relative par rapport à l’offre alimentaire de leurmilieu de vie. En voici deux illustrations : - en 1979 aux USA, Dale McCullough avait fait varier les effectifs deschevreuils (Odocoïleus virginianus) durant 19 ans sur un territoire clos de 464hectares dans le Michigan. Il en a tiré la conclusion suivante :« La taille d’une population est, de loin, la variante la plus importante quiinfluence la qualité corporelle des individus et l’accroissement annuel de leurnombre.Comparées à cela, les autres variables (biotope, structure sociale, climat,pluviosité etc…) qu’on tient pour importantes, sont relativement sansimportance.» - la même année, nous avons eu la curiosité de mesurer des milliers delongueurs de mâchoires inférieures chevreuils provenant de 23 départementsfrançais et de 6 pays européens en sélectionnant les adultes. Présentée en 1982en Autriche au Conseil International de la Chasse, cette étude mit en évidencedes différences considérables entre les chevreuils chétifs des régions surpeuplées(lmi autour 150 mm) et les grands chevreuils (lmi de 160 mm à plus de 170 mm)des régions en voie de colonisation.3. Comment vont évoluer les chevreuils ?Passons de l’individu à la population. Celle-ci se comporte comme unorganisme dont l’activité propre tend à se perpétuer et à se propager dans unmilieu en continuelle évolution. Les chevreuils agissent sur leur milieu etréciproquement. Ni leur nombre ni leur environnement végétal ne restent jamaisstables. La notion d’équilibre sylvo-cynégétique est une vue de l’esprit.En s’introduisant dans un paysage vacant, les chevreuils se multiplient d’abordfaiblement parce qu’ils sont peu nombreux. Puis leur multiplication s’accélère,favorisée par une offre alimentaire sans limite. A partir d’un point critique oùl’abondance des consommateurs provoque une érosion végétale, leurmultiplication se ralentit. Elle continue pourtant jusqu’à ce que le nombre demorts compense celui des naissances. Il s’établit ce qu’on croit être un équilibre
  • 18. 18stable entre les effectifs de chevreuils et la capacité d’accueil de leur milieu devie. Mais il n’en est rien. Population de Chevreuils : variations d’abondance (Roucher 1996)Que se passe-t-il en réalité et sur le long terme ? L’accroissement numériqueoutrepasse la capacité d’accueil du milieu ambiant. La dégradation végétales’accentue et s’accompagne d’un effondrement de population. Du coup, lavégétation se reconstitue et permet un nouvel accroissement des effectifs dechevreuils. Mais la végétation se restaurant moins vite que la population, celle-cise heurte à un plafond de ressources de plus en plus bas. Il n’y a donc pas unéquilibre stable mais une succession de déséquilibres réajustés.Cependant (graphique du bas : les jambages montants indiquent l’accroissementannuel et les descendants, le prélèvement), sous l’effet d’une pression élevée -prédation ou chasse - les effectifs de population sont maintenus bien en deçà del’offre du milieu de vie. Les fluctuations sont amorties, des chevreuils vigoureuxet féconds étant peu sensibles aux aléas climatiques et aux infections.
  • 19. 19 V. COMMENT INTERVENIR ?Chacun a son idée sur la question en fonction des conditions et des coutumeslocales ou nationales. Nous n’exposerons pas des idées mais ce que nous ontappris la pratique du terrain et les avancées de l’écologie.Deux cas opposés peuvent se présenter, la colonisation du milieu ou sasaturation.1er cas : les chevreuils font irruption dans le paysage.Il trouvent une végétation illimitée et disposent de tout l’espace voulu pour leurexpansion. Il existe assez de bons territoires vacants pour que des jeunes sujetsse les approprient. La régulation des effectifs de la population se fait parl’émigration printanière des yearlings.Dans ces circonstances, la qualité moyenne des animaux atteint en général lemaximum de leurs potentialités, tant en corpulence (28 à 30 kg vifs), qu’encroissance (lmi entre 160 et 175 mm) et en fertilité (2 à 2,5 corps jaunes parfemelle) et le taux de survie des faons est élevé en été comme en hiver.Alors est-il indispensable d’intervenir puisque la nature fait si bien son travail ?Oui car faute d’anticiper l’accroissement de la population, celle-ci va passer durégime de régulation par émigration des jeunes à celui de la régulation par lanourriture.La forte dynamique d’accroissement d’une population la conduit en moinsd’années qu’on ne se l’imagine à l’encombrement du paysage. Les yearlings netrouvent plus à occuper que les territoires de moindre qualité que délaissent lesbrocards dominants. Les territoires de ces derniers rétrécissent en passant parexemple de 30 à 10 hectares. Cependant la fécondité des femelles reste encoreélevée. Fatalement, il viendra un moment où la baisse de la qualité et de laquantité de nourriture se répercutera sur les performances physiques de cesanimaux.La chasse interviendra donc avec deux objectifs :1. Maintenir les effectifs en dessous de la limite à partir de laquelle laconcurrence entre consommateurs retentit sur l’offre de nourriture ;2. Conserver une structure sociale proche de la nature.
  • 20. 20Le premier objectif est difficile à atteindre en raison de l’incertitude quant aunombre d’animaux présents sur le terrain. Sans attendre que les chevreuilsdeviennent plus petits et moins lourds, on notera la tendance évolutive d’indicescomme les frottis de brocards, le nombre de chevreuils vus par sorties àdifférentes saisons, le nombre de brocards adultes venus à l’appeau en juillet etaoût (compter 6 à 7 sujets présents pour un brocard territorial), le nombre decollisions sur la voie publique. On ne manquera pas d’ajouter un généreuxcoefficient de sous-estimation à ces conjectures. Il faudra sans doute quelquesannées de tâtonnements pour arriver à se situer entre le trop et le trop peu. Laméthode essais-erreurs s’avère ici plus efficace que des calculs théoriques.Le deuxième objectif est plus facile à réaliser : prélever de 20 à 30 % defemelles de plus que de mâles et 60% de jeunes (faons et yearlings)conformément à la structure naturelle d’une population. On épargnera desbrocards mûrs qui sont les meilleurs auxiliaires du garde forestier en repoussantles rivaux hors leur territoire.Ces objectifs ne sont pas toujours atteints comme le montre ce qui peut seproduire lorsque l’accroissement des effectifs n’a pas été maîtrisé. La taille desbrocards, exprimée ici par la longueur moyenne de la mandibule, dégringole enà peine six ans sur ce territoire d’Europe centrale : Evolution de la taille de brocards tchécoslovaques (comm. personnelle)
  • 21. 212ème cas : présents depuis longtemps, les chevreuils saturent le paysage.La courbe de l’accroissement des effectifs en France depuis les années 80ressemble à celle d’une population non chassée… Comme si le plan de chasse –d’abord instauré pour favoriser le repeuplement - n’avait ensuite servi à rienpour maîtriser cet accroissement ! En 25 ans, l’effectif national est passé de centmille à près de deux millions.Comment expliquer cela sinon par une sous-estimation chronique des effectifsdéclarés à l’autorité administrative pour le calcul des attributions deprélèvements. Cette dernière n’est pas directement en cause. Les chasseurs et lesgardes qui lui déclarent les chiffres ont longtemps ignoré ou négligé le décalageimportant entre l’observabilité des chevreuils et leur densité réelle. Ainsi lorsquel’on compte un seul chevreuil à l’heure de marche, la densité sur le terrain peutse situer entre 1 à 20 sujets aux 100 hectares. Et lorsqu’on en dénombre 12, ellepeut être de 60. Marge d’erreur suffisante pour invalider les déclarationsd’effectifs. Observabilité des chevreuils en fonction de leur densitéIl s’en est suivi des plans de chasse conservateurs. Soit, par exemple, une densitéréelle de 36 sujets aux cent hectares. Même un prélèvement annuel en apparenceélevé de 10 chevreuils n’aura aucun effet réducteur si le croît annuel est d’untiers, cest-à-dire de 12 sujets. La population continuera à s’accroître. Ledécalage par rapport à la réalité s’avère couramment plus flagrant. Il est
  • 22. 22aujourd’hui vérifié et admis que la sous-estimation des recensements dechevreuils peut aller de 100 à 600 %.En Europe de l’Ouest, on en arrive à des densités insoupçonnées du public et deschasseurs mais authentifiées par des organismes de recherche : - de 50 à 71 aux 100 ha comme au Danemark, en Pologne et enAngleterre, ce qui correspond à 1,4 à 2 hectares par chevreuil ; - et que dire de ce terrain militaire britannique de 364 hectares de dunes,de buissons et de bosquets où les gardes recensaient un effectif de 35chevreuils ? Des comptages par hélicoptères répétés six années de suite enrévélèrent de 180 à 200 !Ce conservatisme arrange bien des chasseurs. Sans se préoccuper desrépercussions sur la régénération de la forêt, ils se satisfont d’avoir assez dechevreuils à tirer pour occuper la saison de chasse et rentabiliser le prix delocation d’un territoire. Consumérisme à courte vue. Beaucoup de forestiersqualifient cette insouciance de cynisme cynégétique. Car à la longue, cessituations peuvent devenir économiquement inacceptables. Alors que faire ?Rétablir l’harmonie entre forêt et chevreuils : un art et une nécessitéMisérable tableau que cette forêt surpeuplée traitée en futaie régulière, au soldésertifié, aux plantations et régénérations protégées par des clôtures tandis quele poids, la taille et la fécondité des chevreuils sont au plus bas. Pour remonterleur qualité, la première chose à faire, pense–t–on, serait d’améliorer leur habitaten le modifiant en leur faveur : diversifier le peuplement forestier, l’éclairer pardes trouées, rétablir la strate herbacée et arbustive et la régénération naturelle.Voeu pieux tant que la pression de ces herbivores sur le milieu n’est pas réduite.Le seul moyen d’y arriver consiste à intervenir sur l’effectif de population defaçon non pas progressive mais immédiate, massive et soutenue durant desannées. En somme, frapper fort et longtemps. A savoir : augmenter leprélèvement annuel non pas de 10, 15 ou 20% - ce qui serait aussitôt compensépar la même proportion de survies des faons – mais de 100, 300, 500% l’an et defaçon prolongée. Cela peut justifier des plans de chasse de 20 chevreuils et plusaux cent hectares.Les causes d’échec de l’intervention sont de deux ordres :- soit le prélèvement a été numériquement insuffisant (en dessous du croîtannuel d’effectifs sous-estimés),- soit il a été insuffisamment soutenu.
  • 23. 23 Pour restaurer une forêt dégradée par les chevreuils, commencer par un prélèvement de masse Penser en stratège, agir en primitifLa peur de frapper trop fort est compréhensible surtout quand on ignore ladensité réelle des chevreuils. Cette peur est sans objet. La résilience des effectifsd’une population de chevreuils est si rapide qu’il est bien plus risqué de ne pasprélever assez que de le faire trop.Plutôt que de se baser sur un calcul rationnel mais inexact, le prélèvement seguidera de façon pragmatique sur le modèle aujourd’hui connu d’évolution de laproductivité d’une population de chevreuils. C’est plus simple qu’il ne le parait
  • 24. 24A surface constante, variation de l’accroissement annuel enfonction des effectifs d’une population de chevreuilsCette courbe des potentialités d’une population en relation avec son milieu devie (McCullough, 1979) mérite une explication.L’accroissement annuel commence par augmenter, culmine puis se réduit sousl’effet de la pression sur le milieu végétalOn voit clairement que la productivité annuelle d’un effectif de 60 chevreuilsvigoureux et féconds peut égaler celle d’un effectif de 140 animaux chétifs etpeu féconds. Sans viser à la productivité maximale - qui peut s’accompagner dedégâts à la végétation - le chasseur aménageur fait bouger le curseur sur labranche gauche de la courbe en recherchant la productivité optimale compatibleavec la régénération naturelle du peuplement forestier local. Les sociétaires ytrouveront leur intérêt car à effectif réduit, des chevreuils devenus plus grandset mieux coiffés leur procureront autant d’occasions de tir que de chétifschevreuils surabondants.Telle est une des clés de l’aménagement intégré forêt -chevreuils.
  • 25. 25Le facteur tempsOn ne corrige pas des décennies d’incurie en à peine un ou deux ans. Les étagesherbacé et arbustif de la forêt mettent des années à se reconstituer. En sol acidepar exemple, le manteau de bruyère callune et de myrtille, cette provended’hiver, ne retrouvera pas de sitôt son épaisseur car ce sont de petits ligneux àpousse lente. En terrain calcaire, la raréfaction de la ronce et du framboisier,l’envahissement par de la fougère aigle signent le surpâturage.Du côté des chevreuils, il y a souvent un décalage de 4 à 5 ans entre le débutd’une majoration significative du plan de chasse et celui de leur réponsecorporelle. En effet, une population de chevreuils se renouvelle de 25 % par an.Autrement dit, elle met environ 4 ans à se renouveler complètement. Lapopulation étant purgée de ses sujets défectueux, ce n’est qu’au bout de ce délaique s’amorce l’augmentation du poids moyen des yearlings (quelques centainesde grammes) et de leur taille (quelques millimètres de longueur de mâchoire).Par contre, la fécondité des chevrettes adultes (nombre de corps jaunes) réagitvite à la diminution de la pression sur la végétation ambiante. Voilà pourquoi lamajoration du prélèvement annuel doit être maintenue de façon soutenue.Forêt et chevreuils forment un couple. Or un couple ne peut durer de façonharmonieuse que si chacun de ses deux composants tient compte du rythme devie de l’autre et s’y adapte. Il y a risque de divorce quand la régénérationnaturelle se fait mal tandis que les animaux deviennent des crevures.L’aménageur joue le rôle de l’entremetteur, du coach dirait-on aujourd’hui, quiva les relancer sur la voie de l’harmonie.Le pas de temps du cycle évolutif est le siècle pour un peuplement d’arbres et ladécennie pour une population de Cervidés. Divers stades évolutifs de la forêtpeuvent supporter différentes densités de chevreuils. Tout l’art consiste à fairecoïncider l’un et l’autre de ces cycles asynchrones à une époque donnée. C’est larecherche – non pas d’un illusoire équilibre – mais d’une harmonie évolutivefaune- flore, art d’un aménagement constamment réajusté de l’écosystème dontle chasseur est un élément actif. L’harmonie est prise ici dans son acception musicale qui est l’accord entre deuxnotes de longueur d’onde différente. De l’enchaînement de ces accords résulteune mélodie. Pour qu’il y ait musique, il faut qu’il y ait un instrument et unmusicien. L’instrument, c’est l’écosystème et le musicien, c’est l’aménageur,tantôt chasseur, tantôt forestier. .
  • 26. 26 VI. DES CAS CONCRETS1. Régulation naturelle en Sibérie orientale : le chaosFacteurs limitants du chevreuil de Sibérie Capreolus pygargus :- un climat contrasté : de + 40° en été à - 40° en hiver,- une vague de froid # tous les 15 ans, qui tue 80 % des effectifs,- des épisodes assez rares de neige épaisse pendant lesquels le loup soustraitenviron 30 % de la population et le lynx, jusqu’à 80 %,- à quoi s’ajoute le braconnage à proximité des agglomérations et des campsmilitaires frontaliers avec la Chine.Moyens de survie :- plus grand et plus haut sur pattes que le chevreuil d’Europe,- migrations en foule de printemps et d’automne de # 200 km entre résidencesd’hiver et d’été pour l’alimentation,- dispersion à très faible densité (1/1000 ha en Russie, 15/1000 ha en Chine et25/1000 ha en Mongolie) rendant la prédation problématique,- forte dynamique permettant la résilience rapide des populations raréfiées.En résumé : des fluctuations d’effectifs irrégulières et de grande amplitude.2. Quand le cerf élimine le chevreuil en MongolieLe Maral Cervus elaphus canadensis a été introduit dans la réserve de BogdoUla (200000 ha). Il a suffi que sa densité atteigne de 8 à 9 individus aux 100 hapour que le chevreuil, très abondant en 1920, finisse par disparaître en 1980.En forêt, le cerf est pour le chevreuil un redoutable concurrent alimentaire :- son horizon de broutage dépasse de haut celui du chevreuil,- grégaire et non sélectif, il consomme tout ce qui lui tombe sous la dent (de 15à 30 kg par individu et par jour),- les densités de cerf rencontrées en France pèsent lourdement sur la qualité et laquantité des chevreuils.Vue sous cet angle, la meilleure densité de cerfs est la densité zéro.3. Gestion sans comptages en Alsace : une première en FranceForêt des établissements De Dietrich, 4600 ha, Vosges du Nord. (Bas Rhin).Parce que les propriétaires trouvaient les chevreuils « de plus en plus petits et demoins en moins nombreux », l’auteur fut sollicité en 1982 pour remédier à unesituation de discordance extrême entre la forêt et les chevreuils. Le forestierBrice de Turckheim souhaitait engager une sylviculture dite proche de la nature.
  • 27. 27Etat des lieux :Blocs de futaie régulière équienne monospécifique de pin, chêne et hêtre.Traitement en régénération artificielle clôturée. Au sol, absence quasi totale devégétation d’accompagnement. Une pépinière de 20 ha pour les plantations.Etat des chevreuils :- adultes mâles : 14 kg vidés, lmi 153 mm ; femelles : 13 kg, lmi 151mm, 0,8corps jaunes.- yearlings femelles : 10 kg et parfois 6 ou 7 ; lmi 142 mm.- depuis une décennie, prélèvement annuel : 1,3 aux 100 ha et tir sélectif« améliorateur de la race » basé sur l’aspect des bois des mâles. Affouragementhivernal et cultures à gibier.Mesures prises (grâce à un appui ministériel) :- augmentation immédiate de 500 % d’un prélèvement aléatoire annuel deschevreuils soutenu pendant 8 ans comprenant l’élimination du premier cerf venu(converti en unités-chevreuil) quel que soient le sexe et l’âge ;- suppression des postes d’affouragement et des clôtures des plantations ;- enregistrement des poids vidés, des lmi et des corps jaunes de trois classed’âge : faons, yearlings et adultes, par les quatre gardes forestiers-chasseurs.En France, une augmentation aussi massive du prélèvement annuel se heurtesouvent à la réticence des commissions départementales de concertation. Hélas !Résultats sur les chevreuils en 8 ans :- la proportion de jeunes passe de 20 % à 65 % ;- celle des corps jaunes passe 0,8 à 1,8 chez les femelles adultes mais neprogresse pas chez les yearlings ;- la survie des faons est multipliée par 3 ;- chez les femelles yearlings les poids augmentent de 2,8 kg et les lmi, de 6 mmmais ces données ne progressent pas chez les femelles adultes.Interprétation : chez les adultes à croissance achevée, le supplément d’énergiealimentaire fourni par la réduction des effectifs a été orienté vers la fécondité.Chez les yearlings trop légères pour être fertiles, il l’a été vers la croissance.Résultats sur la forêt :- gains en frais de culture et d’exploitation (entre ¼ et ½ million d’euros par an);- réapparition de la végétation d’accompagnement (ronce et framboisier) ;- régénération spontanée possible hors clôture : la pépinière n’est plus utile ;- conversion de l’ensemble du domaine en futaie irrégulière mixte avecrégénération naturelle sous ombre et production de gros bois de qualité.Visites sur le domaine de forestiers et de biologistes du grand gibier allemands,anglais, danois et suisses.
  • 28. 284. Reproduction de la méthode en Suisse, canton du JuraAyant pris connaissance de l’opération en cours sur les forêts De Dietrich,l’Inspecteur de la chasse Bernard Graedel a engagé les services de l’auteur dansce petit canton de 800 km².La forêt : 35000 hectares de feuillus et de résineux traités en futaie irrégulièremixte et entourés de prairies d’élevage et de bocage. Dégâts de broutage de larégénération signalés par le Service cantonal des forêts.Les chevreuils : en baisse de poids de 2,2 kg depuis le début des années 80.Mesures prises :- doublement du plan de chasse,- présentation de chaque animal tiré par les 450 chasseurs aux postes de contrôletenus par les cinq gardes cantonaux pour enregistrement des poids, lmi etnumération des corps jaunes. Pour alléger la tâche, seules sont retenues lesdonnées provenant des femelles, sans distinction entre 2 + et 2 -. Vingt-trois ans de suivi du poids vidé des femellesComme prévisible, le gain de poids de 1 kg ne s’est amorcé qu’avec un décalage
  • 29. 29de cinq ans après la majoration du plan de chasse. Les femelles devenues pluslourdes étant aussi plus fécondes, il aurait été indispensable d’augmenter encorele prélèvement annuel pour mener à bien cette restauration. Mais les chasseurss’y opposèrent, craignant de « ne plus voir assez de chevreuils ». Du coup, lepoids est redescendu en dix ans jusqu’à la case de départ. Il a fallu ce retardinutile pour faire accepter une majoration supplémentaire du plan de chasse.5. Et en AllemagneDix ans après le début de l’expérience Dietrich, même opération de l’autre côtéde la frontière en Rhénanie-Palatinat sur les 7000 hectares de la forêt deHatzfeld – Wildenburg.Jusqu’en 1990, la forêt est traitée en futaie régulière avec des plantationsengrillagées contre les chevreuils. Prélèvement annuel # 8 chevreuils aux 100ha. Pratiquement pas de cerf.A partir de 1992, le Dr Straubinger, nouveau forestier en charge, veut introduireune sylviculture proche de la nature conforme à la doctrine Pro Silva promuepar son collègue alsacien Brice de Turckheim. Cela ne peut se faire qu’au prixd’un prélèvement accru des chevreuils qui passe à 14/100 ha en moyennependant cinq ans avec une pointe à 20/100 ha.Pour ne pas y habituer les chevreuils, une fois par an est pratiquée sur chaqueparcelle de 200 hectares une poussée calme en complément du plan de tir : 10 à15 chevreuils et 10 à 12 sangliers au tableau par enceinte. L’affouragementhivernal est supprimé ainsi que la traditionnelle exposition annuelle de trophées.Résultat :- à faible densité, les chevreuils sont en excellent état et ont un taux dereproduction élevé ;- la régénération se produit en continu sur toute la surface et il n’y a plus deprotection des plants ;- le propriétaire fait pour chaque chevreuil abattu une économie d’environ 2000euros, soit un total de plus d’un million d’euros par an sur tout le domaine.6. En Angleterre, des trophées grâce au tir des femellesDominic Griffith est chargé de la chasse au chevreuil sur un domaine agricole de8100 hectares comprenant 607 hectares boisés dans le comté du Hampshire enAngleterre du Sud. Ses clients viennent aussi bien de Grande-Bretagne que duContinent.
  • 30. 30Pour expliquer un succès certain, il ne fait pas état du nombre de chevreuils surpied (qu’il ignore vraisemblablement) mais du nombre d’animaux tirés par an etde la structure sociale des prélèvements.Pendant dix années consécutives sont prélevés 3,75 chevreuils aux cent hectaresou plutôt 24 aux cent hectares boisés dans une proportion de 61 % de femelles et39 % de mâles et d’une part égale d’adultes et de jeunes sans sélectionparticulière sur la conformation des bois des mâles. En observateur avisé, ilprend soin de ne pas tirer les bons brocards trop jeunes, cest-à-dire avant cinq àsix ans. Ainsi pourront-ils exercer leur fonction territoriale. Pour finir de réaliserle plan de tir des femelles et des jeunes, il organise en hiver une seule fois parsecteur, des poussées calmes de déplacement sans chien avec de bons tireurs.Résultat : durant les cinq dernières années d’exercice, la part de trophées priméset de crânes pesant plus de 450 grammes représente de 27 à 47 % des brocardsprélevés en fonction de la sévérité de l’hiver, saison du refait des bois du mâledans l’espèce chevreuil.7. Le terme de « chevrillard », un fâcheux abus de langageUn faon naît fin mai et reste un faon dépendant de sa mère non seulement aprèsson sevrage de fin d’automne mais jusqu’à ce que sa mère le pousse hors de sondomaine vital quand elle sent venir sa prochaine mise bas. Allemands et Anglaisne s’y trompent pas qui n’ont pas d’autre terme, Kitz et kid, pour le désignerjusqu’à son prochain anniversaire. Après quoi il devient un Järhling ou unyearling d’un an révolu voué à l’appropriation d’un nouveau domaine de vie.Le faon ne sait pas que les Nemrods français lui changent son nom au momentoù se pratique le tir automnal ou hivernal des femelles. Devenu chevrillard parconvention, il est censé savoir se tirer d’affaire lorsque un tir lui enlève sa mère.Alors commence une vie de sans domicile fixe, de paria social. Sa mère legardait dans son domaine vital exclusif, l’emmenait vers les poches de meilleurenourriture d’hiver, lui montrait où se réfugier contre un danger que l’innocent nesavait pressentir. La perte de l’imprégnation maternelle en fera un adolescenthandicapé et jamais un fort sujet. A chacun d’en tirer les conclusions.
  • 31. 31 BILIOGRAPHIEQuelques ouvrages de base cités en ordre chronologique.Offert à l’auteur par les autorités à l’occasion d’un séjour en Californie, le livretde Taber et Dasmann, montre l’avance prise par les Américains depuis lesannées cinquante. Il contient déjà l’étude des corps jaunes ovariens et deslongueurs de mâchoire inférieure des chevreuils locaux.Taber, R. D. and Dasmann, F. R. (1958). The Black-tailed Deer of theChaparral. Its life history and management in the North Coast of California.Game bulletin n° 8. State of California department of Fish and Game, 163 p.MacArthur, R. A., Connell, J. H. (1966). The Biology of Populations. JohnWiley and Sons. New York, 200 p.Halls, L. K. (1980). White-tailed Deer in: Big Game of North America. Ecologyand Management. Wildlife Management Institute. Stackpole books. Harrisburg,PA, pp.43-66Wallmo, O. C. (1981). Mule and Black-tailed Deer of North-America. WildlifeManagement Institute. University of Nebraska Press. Lincoln, NE, 605 p.Prior, R. (1995). The Roe Deer. Conservation of a Native Species. Swan HillPress. Shrewsbury, 230 pDanilkin, A. and Hewison, A. J. M. (1996). Behavioural Ecology of Siberianand European Roe Deer. Chapman and Hall, London, 277 p.Andersen, R., Duncan, P. and Linnell, J. (1998). The European Roe Deer: TheBiology of Success. Scandinavian University Press, Oslo, 176 p.Roucher, F. (2008). Chevreuils d’Hier et d’Aujourd’hui. Deuxième édition,Gerfaut. Paris, 284 p.Roucher, F. (2010). La grande faune de nos forêts. Gerfaut, Paris, 191 p.
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