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Statut des genres
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Statut des genres

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  • 1. Le statut des genres (genres littéraires ou genres occasionnels ?)Animateur : Christian Poslaniec (Chercheur, auteur)Intervenants : Brigitte Louichon (IUFM Aquitaine, auteur) Shaïne Cassim (Editrice, Albin Michel jeunesse) Cécile Térouanne (Editrice, Hachette jeunesse) Marie-Hélène Roques (Formatrice IUFM Toulouse) Alain Grousset (Auteur)Christian Poslaniec Les théoriciens qui réfléchissent sur le genre littéraire remontent souvent à Aristote.Ils tentent de définir le genre ou plutôt un genre en fonction de la structure de lécrit,des intentions de lauteur ou des effets programmés dans le texte. À linverse, le grandpublic organise les genres selon ses goûts pour un type de récit : le policier, la science-fiction, le sentimental, le fantastique, etc. Si lon se demande comment sétablit lun deces genres catégoriels, on trouve une définition canonique pour chaque genre catégorielde laquelle des transgressions sont à lorigine de sous-genres, dont certains finissentpar devenir des genres à part entière.Prenons un exemple, celui du policier puisque cest le genre à la mode depuis unequinzaine dannées… Canoniquement, il sagit dune enquête criminelle, au sens juridiquedu terme, qui permet de résoudre une énigme, du style « qui a commis le crime,comment, et pourquoi ». Ça, cest la définition canonique. Cependant, en modifiant un deséléments de cette structure canonique, on crée le roman noir, le meurtre en chambreclose, le thriller autrement appelé « suspense », le serial killer qui est devenu un genre àpart entière, etc. Voyez, on part de la même structure canonique, on modifie un petitélément et ça donne un nouveau genre, qui appartient encore au genre policier commesous-genre ou non. On peut aussi faire le constat que tous les genres populairessemblent issus originellement du genre « aventure », qui remonte traditionnellement aumoins à lOdyssée et qui repose sur une succession de péripéties qui crée le suspense.Remplacez des épisodes de lOdyssée par des scènes damour et vous avez le genresentimental. Vous voyez comment on retrouve les origines.Des genres nouveaux apparaissent, disais-je, par ce jeu de la transgression du canonoriginel… Par exemple, ce que lon appelle, selon un terme anglo-saxon, la « Fantasy », enanglais dans le texte, est un croisement entre la science-fiction et le merveilleux. HarryPotter, par exemple, appartient à ce genre entre deux autres genres. D‛autres genresdisparaissent, par exemple le genre « espionnage » qui a disparu en même temps queseffondrait lURSS. Lorganisation du champ des genres varie également sans arrêt enfonction de facteurs multiples. Par exemple la façon dont les programmes de télévisioncaractérisent les films m‛amuse ! Ce qui s‛appelle pour les uns « comédie dramatique »par opposition à « drame », se nomme ailleurs « film-passion » ! Dans les deux cas, cestune histoire damour et le mot « comédie » indique quelle finit bien quand même, alorsque s‛il y a « tragi » dedans ou « passion », c‛est quand même qu‛il y a des événements quimettent très sérieusement en jeu l‛amour entre deux personnes. Si on se tourne vers les 1 
  • 2. éditeurs, cest encore plus varié. Les collections et sous-collections définissent soit desgenres littéraires -historique par exemple- soit des thèmes -le cheval, la danse parexemple- soit des tons –l‛humour par exemple- et dans une même collection certainstitres apparaissent dans une sous-collection spécifique, alors que dautres restentgénéralistes. Alors là, je vais donner un exemple dans une collection -qui ne concerneactuellement personne à la table, mais qui a concerné quelquun précédemment- si jeprends « Pocket Jeunesse » de ces dernières années, je trouve un roman de Fanny Jolyqui est classé dans une sous-collection qui sappelle « Rigolo » - c‛est explicite - et unautre roman de Lorris Murail qui est classé dans une sous-collection qui sappelle « Toi +moi » - tout aussi explicite- et je trouve deux romans de science-fiction comme Le soleilva mourir de Christian Grenier ou Une navette bien spéciale d‛Andrew Norriss quin‛appartiennent à aucune sous-catégorie, qui sont en généraliste : on ne souligne pas qu‛ilsagit de science-fiction.La notion de genre varie aussi certainement en fonction de la profession, ce que nousallons pouvoir vérifier immédiatement, cest-à-dire que je vais poser à nos intervenantstrois questions successives, mais en leur demandant en priorité de se présenter assezbrièvement de façon à ce que vous sachiez à qui vous avez affaire.Marie- Hélène Roques Je suis maître de conférences en langue et littérature française, formatriced‛enseignants à l‛IUFM de Midi-Pyrénées. Et jinterviens donc en formation delittérature de jeunesse pour le 1er et le second degré.Christian Poslaniec Comment utilisez-vous la notion de genre en tant que formatrice ?Marie- Hélène Roques En tant que formatrice, la notion de genre est très précieuse puisqu‛elle permet demesurer les régularités et les écarts. On sait que le genre permet au petit lecteur -puisque cest ainsi quon lappelle dans notre jargon, le faible lecteur- de considérer quedans un ciel plein détoiles, on peut arriver à reconnaître une étoile si on la met à saplace dans une galaxie. Et le genre est cette galaxie, justement, qui permet de rassurerces lecteurs, et qui lui permet de comprendre que le genre obéit, sinon à des règles, dumoins à des régularités qui, d‛albums en en albums, de romans en romans, peuvent êtrerepérées. Et bien évidemment, au fur et à mesure que nous avancerons de cycle en cycle,nous ferons observer également les écarts, puisque les écarts par rapport aux genresvont ruiner les horizons dattentes qui ont été construits précédemment, et vont luipermettre de jouir de cette transgression inimaginable dans laquelle tel auteur, telillustrateur lintroduit et qui lui permet peut-être de reconnaître le genre inscrit sur lacouverture, mais également lécart par rapport à ce genre.Christian Poslaniec Merci. Alain Grousset, qui êtes-vous ? 2 
  • 3. Alain Grousset Je suis auteur depuis quinze ans, par ordre chronologique chez Hachette, chez Nathan,chez Flammarion, chez Gallimard. Je suis fidèle mais ma grand-mère mavait dit : « Nemets pas tous tes oeufs dans le même panier ! » donc je suis son conseil ! Etdernièrement, chez Sarbacane, dans des albums.La notion de genre, moi, je men fiche un peu car je suis très fidèle à la science-fiction.Je suis tombé dedans tout-petit, je ne pense que SF, ne vis que pour la science-fiction,je suis un collectionneur invétéré de livres de science-fiction. Jai toujours déménagé àcause des livres ! Jen ai même 15 000 dans une bibliothèque spécialement pour moi. Jesuis fan de jouets de science-fiction. Je suis capable de me battre avec nimporte quelenfant pour lui piquer un jouet que je nai pas à une brocante. Cest compulsif ! Donc lanotion de genre, pour moi, je nai quun genre, cest la science-fiction, dans laquelle jesuis particulièrement heureux même si je fais un peu d‛incursions dans lhistoriquequelquefois.Brigitte LouichonJe suis maître de conférences à l‛IUFM d‛Aquitaine et je suis ici à titre d‛auteur demanuels de littérature pour le cycle 3, qui s‛appelle « ITO » chez Magnard. Chercheur enlittérature, mais dans deux domaines : en général, je ne parle que de mon travail derecherche en didactique de la littérature à lécole primaire, mais en fait jai une autrecasquette : chercheur en littérature du XIXe siècle. Je parle aujourdhui parce que jaiessayé de construire un concept qui était le genre « sentimental » entre Rousseau etFlaubert. Je ne vais pas vous en parler, cest juste pour dire que jai vraiment réfléchi àla question du genre, et du côté de la théorie, cest-à-dire comment on construit ungenre. Il me semble qu‛on le construit dabord parce quon a une expérience de lecture,cest-à-dire que parce que vous avez le sentiment, quand vous lisez, que les choses seressemblent, que vous allez essayer de mettre en mots, de mettre en règles, faireoeuvre de grammairien des énoncés qui sont des énoncés littéraires. En formationd‛enseignant du 1er degré, je ne fais pas de cours sur la notion de genre, ni sur un genreparticulier. Essentiellement parce que lune des dérives les plus fréquentes danslenseignement, et particulièrement en ce qui concerne les enseignants du 1er degré quine sont pas spécialistes, cest que lobjet de savoir pour lenseignant devient objet desavoir pour l‛élève. Cest-à-dire que si je fais un cours sur le genre, je suis à peu prèsconvaincue davoir des séances dans les classes, où on va apprendre ce que c‛est quunlivre de science-fiction, alors que je pense que ce qui se joue à lécole primaire, cestque les enfants lisent des livres de science-fiction et mettent en mots au sein de laclasse et ne mettent pas en mots au sein de leur propre expérience ce sentiment duneressemblance.Cécile TérouanneJe suis responsable éditoriale des romans chez Hachette jeunesse, donc je moccupedes collections « Le livre de poche jeunesse » et des hors-séries ou des grands formats,selon lintitulé que vous préconiserez. En fait, je vais transformer la question deChristian, et plutôt que de répondre à « Comment utilisez-vous la notion de genre ? », jevais répondre à la question « Est-ce que vous utilisez la notion de genre ? ». Et je vaisdire : « Non, jamais ! ». Cest-à-dire que pour moi, la notion de genre, elle intervient a 3 
  • 4. posteriori, elle n‛intervient jamais au préalable dans le choix dun texte ni dans ladécision de le publier. Elle est une question détiquette. C‛est une question demballage.En tant quéditeur, pour faciliter le repérage du libraire, du parent, de lenseignant, dulecteur, il faut qu‛on nomenclature un peu nos livres, quon leur colle des intitulés, etdonc, on doit choisir tel ou tel genre, ou tel ou tel segment. Ainsi, Christian a évoqué letravail de certains éditeurs qui font passer le cheval pour un genre, alorsqueffectivement, ça nen nest pas un !Shaïne CassimJe suis éditrice de « Wiz » chez Albin Michel jeunesse. Déjà, la notion de genre, elle estassez présente dans le nom même de la collection, puisque « Wiz » qui est unecontraction du terme Wizard fait partie du champ lexical de la Fantasy, donclidentification est assez immédiate. Néanmoins, je rejoins ce que vient de dire notrecollègue à côté, en disant quavant tout, il sagit dune qualité romanesque, d‛uneexigence sur lunivers et d‛un travail d‛éditeur pour présenter un livre, quel quil soit,quil soit de la SF, de la Fantasy, du policier, du suspense… Donc je suis contre la notionde genre dans la mesure où ça peut être restrictif en termes de qualité et de choixéditoriaux.Christian PoslaniecJe pense que déjà vous voyez se dessiner ce que Marie-Hélène appelle une galaxie, avecdes systèmes planétaires particuliers, comme la Fantasy ou la fantaisie, la science-fiction, et puis deux questionnements sur le fait que les choses se ressemblent, et quec‛est donc à partir dune ressemblance quon peut constituer un genre, alors que Céciledit en gros que ça n‛existe pas, ou du moins, que ça peut exister en tant quemballage, aposteriori. Donc vous voyez, on est vraiment aux antipodes de cette galaxie initiale.Je vous propose de repartir sur les deux genres qui sont cités, en donnant la parole à« M. Science-fiction » et à « Mme Fantasy » !Alain GroussetQuest-ce quon peut dire sur la science-fiction ? Chacun a sa définition, ça dure depuiscinquante ans. Jen ai trouvé une, moi aussi, de définition, en tant que spécialiste dugenre. On me pose la question à chaque fois que je vais dans les classes : quelledifférence y a-t-il entre la science-fiction et le fantastique ? Ce à quoi je réponds quela science-fiction, cest le réel dans lirréel, alors que le fantastique, cest lirréel dansle réel. Donc ce sont deux littératures complètement opposées. En ce qui concerne lascience-fiction, on part dun postulat irréel, un monde carré ou une planète carrée, unocéan qui avance sur une planète, tout ce quon veut bien imaginer. À partir de là,lauteur de science-fiction va raconter le quotidien des gens sur cette planète. Bienentendu, il va être complètement impliqué avec la géographie de cette planète. Donc, lascience-fiction, cest d‛écrire le quotidien dans un monde, un postulat de départ assezfou ! Au contraire, dans le fantastique, on connaît le départ. Par exemple, on va passerun week-end en camping près dun château et dun seul coup, il va y avoir un orage, onest surpris, on va avoir du mal à mettre en place la tente et là, d‛un seul coup, il va yavoir l‛irruption d‛un mec avec une tronçonneuse, et là, c‛est donc lirruption de lirréeldans le réel. J‛aime moins le fantastique que la science-fiction. Ces deux littératures-là 4 
  • 5. sont souvent mises dans le même paquet alors quelles obéissent à des loiscomplètement différentes.Au milieu de tout ça il y a la Fantasy. Toi, Christian, tu l‛as mise entre la science-fictionet le merveilleux. Moi, je pense que le merveilleux, cest la racine de la science-fiction,de la Fantasy, du fantastique. Si je voulais représenter cela avec une image, il y auraitd‛un côté d‛un canyon le fantastique et de l‛autre la science-fiction, et entre les deux, ily aurait une passerelle et toute la Fantasy est là. Quand cette fantasy est très prochede la science-fiction, à ce moment-là cest la science-fantasy : cest une planète avecdes sorciers, de la sorcellerie, mais on y arrive en fusée, il y a une technologie. Quandc‛est en plein milieu du gué, du pont, c‛est la « hight fantasy » : là, on est complètementdans un monde de sorciers, il ny a pas de problème, tout est reconnu comme ça, cesttout à fait accepté. Et puis après, on va vers le fantastique, là, il y a la « darkfantasy » : là, on est aussi dans un monde complètement merveilleux mais pas simerveilleux que ça, puisquil y a le mal, que les sorciers sont très méchants, que lesromans sont très noirs. Nempêche que, par rapport à ma définition avec le réel etlirréel, la Fantasy est plus proche de la science-fiction que du fantastique, puisqu‛elleobéit au départ à une acceptation du monde avec des sorciers.Pour être bien clair, je voudrais donner une petite définition qui vient de Denis Guiot, dechez Mango jeunesse qui tient une collection de science-fiction, « Autres mondes : ilexplique que le matin, vous vous levez, vous préparez votre petit déjeuner, et votre chatse met à causer. Trois solutions : vous êtes abasourdi : « Comment ça se fait que cematin, mon chat parle ?! » Là, vous êtes dans le fantastique. Ou alors vous êtes dans laFantasy, vous pensez que cest normal que votre chat parle. Ou vous êtes dans lascience-fiction et ça vous a coûté beaucoup beaucoup d‛argent pour lui faire fabriquerdes cordes vocales et vous vous dites quavec les nanotechnologies, enfin il parle ! Voilàles trois genres !Christian PoslaniecEt une cathédrale du moyen âge qui devient tout à coup une fusée et s‛envole, c‛est de lascience-fiction ? [Allusion à la « Citadelle du Vertige », d‛A. Grousset, Hachette]Alain GroussetTout à fait !Christian PoslaniecShaïne, d‛accord avec sa définition ?Shaïne CassimOui, je n‛ai pas grand-chose à ajouter. Jaime beaucoup la définition assez ironique de laFantasy ! Simplement, je voudrais ajouter que sur ces notions de genre, évidemment seprésente aussi – et vous avez le droit de rire - la notion de sous-genre: par exemple, unsous-genre de la Fantasy, c‛est la Fantasy médiévale, par exemple, Grimpow qu‛on apublié à l‛automne. Il y a énormément de gens qui vous diront non, cest un romanhistorique. Mais c‛est parce quils ne savent pas que c‛est de la Fantasy médiévale. Donc,au bout dun moment, on finit par se demander si cest si important que cela, la notion 5 
  • 6. de genre reste assez relative. C‛est aussi l‛ambiguïté du genre, elle est sur-interprétéeet sur-interprétative !Christian PoslaniecPour rebondir sur ce que vient de dire Shaïne, je pose la question plus particulièrementà Marie-Hélène et à Brigitte en tant que formateurs d‛adultes, dont l‛une a bien ditquelle se gardait bien de faire des cours de genres pour ne pas les retrouver dans lesclasses ! Je vous pose la question : est-ce que c‛est si important ?Marie- Hélène RoquesJe vais prudemment adopter la casquette institutionnelle. Je dirais que cest importantparce que les instructions officielles me disent que je dois enseigner les genres. Maispar rapport à ça, il est vrai que, puisque je suis un peu spécialiste dun genre ou d‛unsous-genre qui s‛appelle « l‛autobiographie » et que moi j‛appellerais plutôt « Récits enje », je vois bien combien il est vain en effet denseigner les régularités quand sanscesse la littérature moderne produit des exemples d‛écarts et construit du plaisir surcet écart. Mais si on na pas construit la norme, la régularité, un certain nombredindices qui permettent daccrocher l‛écart, à quoi faudrait-il l‛accrocher, sinon à unenorme ? Alors je suis désolée dêtre dans cette position-là…Shaïne CassimC‛est hyper honnête, comme position…Brigitte LouichonQuand tu dis « enseigner les genres », cest dans le primaire ou dans le secondaire ?Marie- Hélène RoquesC‛est dans le secondaire.Brigitte LouichonDans le primaire, ce nest pas du tout ça. Le genre est un outil pour lenseignant. C‛estune manière de problématiser les rencontres avec les textes.Cétait lumineux, ce que vous avez dit, la différence entre la science-fiction et lefantastique, avec le réel et l‛irréel, c‛est magnifique ! Et en même temps, vous dites :« Je suis obligé de dire ça, parce que les gens, ils les confondent tout le temps ! » Moi,ce qui mintéresse, cest ça : cest cette confusion, cest-à-dire en fait, lidée quequand on lit, on lit avec des souvenirs, on lit les livres qui sont là avec ce quon est, avecses goûts, quand bien même on a posé des normes. Il y a des endroits pour poser cesnormes littéraires que sont ces notions de genre, ce nest pas indu de faire un travailsur le genre… Dans l‛enseignement, la question est peut-être de savoir quand on va poserla notion de genre. Et je pense que quand on forme des enseignants, lobstacle premier,cest la tradition pédagogique, cest lhistoire pédagogique, sans côté péjoratif mais onsinscrit toujours dans une histoire. Je pense que beaucoup dentre vous savent quenous sortons assez difficilement dune ère quon peut appeler lère du schéma narratif,dans laquelle on lit un conte, cest-à-dire un texte assorti très clairement à un genre,non pas pour éprouver toutes les valeurs du conte, non pas pour lire une histoirepatrimoniale, non pas pour pouvoir en parler à la maison, mais pour pouvoir en dégager le 6 
  • 7. schéma narratif et pour pouvoir savoir ce qu‛est un conte. Mais à quoi ça sert de savoirce quest un conte ? En plus, vous tirez des règles de lobservation dun exemple, alorsque les règles ne viennent que de lobservation de récurrences et donc de multiplesexpériences. Mais bon, dans les classes, la dérive, c‛est celle-ci. Cest-à-dire que je vaislire un de vos romans, non pas pour le bonheur de plonger dans un univers et de me poserdes questions sur le réel, mais pour pouvoir dire ce que c‛est qu‛un roman de science-fiction ! Objectif de la séance : le roman de science-fiction ! Moi, je suis désolée, pourmoi, lobjectif de la séance, c‛est de rencontrer un texte, rencontrer un auteur, allerchercher ailleurs, etc. Après, que lenseignant fasse, construise pédagogiquement unerencontre avec dautres textes fantastiques, de science-fiction, de lauteur, etc. enutilisant des savoirs génériques, ça, cest autre chose. Je pense quon est toujoursobligé, quand on est en formation et a fortiori avec des enseignants non spécialistes, demesurer les dangers, lintérêt de stratégie de formation.Christian PoslaniecSi je suis un enfant et que jai pris mon pied avec un bouquin, cest très bien, mais cestencore mieux si je peux aller voir mon bibliothécaire ou mon libraire en lui disant : « Jevoudrais un autre livre de science-fiction », ou de fantastique, ou de Fantasy. Alorscest peut-être pour ça que, bien quon sen fiche - tout du moins Shaïne et dautresréactions tout à lheure- de définir un genre, à un certain moment, ça pose problème àCécile : au départ, elle estime que le genre, ce nest pas son problème, au moment où ellearrive aux nomenclatures, apparemment, ça reprend une autre importance !Cécile TérouanneJe ne men fiche pas du tout, des genres, pour moi ça existe ! Mais cest vrai que dansma pratique déditeur, et là, je rejoins complètement Brigitte Louichon, c‛est vraimentde l‛a posteriori. Au départ, je suis la première lectrice dun texte, cest quand mêmepour ça que jai choisi de faire ce métier, c‛est mon grand privilège et je me laissecomplètement embarquer par le livre, et puis une fois que jai décidé de le programmer,de le présenter à des commerciaux, à des libraires, il faut bien que je leur donne despoints de repère. Donc effectivement, cest à ce moment-là que les difficultéscommencent et quil faut définir le genre dun texte, et c‛est arbitraire. Cestprétentieux, mais je souhaite que tous les romans que je publie, en tout cas la majorité,débordent la notion dun genre stricto sensu. Cette Citadelle du vertige que tumentionnais tout à lheure sans la nommer, pour Alain Grousset, cest un romanhistorique qui vous embarque petit à petit dans de la SF. Mais vous pouvez aussi biendire que cest un roman historique qu‛un roman de SF. Et il s‛avère que finalement, chezHachette, on va le publier comme un « roman ». Et on ne va pas le nommer plus que ça.Donc, inévitablement, chaque éditeur voudra marquer son empreinte et le choix du genrepourra montrer que c‛est tel éditeur qui est passé par là et que là, c‛est tel autre. Cestvraiment une question très subjective et, effectivement, où le texte, la plupart dutemps, déborde la catégorie dans laquelle on linscrit.Alain GroussetPour moi, ce nest pas si évident que ça, en tant quauteur, parce que dès le départ, il y ades maisons dédition qui refusent de publier de la science-fiction. 7 
  • 8. Shaïne CassimC‛est parce que tu le leur annonces ! Si tu leur envoies le texte de La citadelle duvertige sans leur dire que c‛est de la SF, ils vont commencer par le lire.Alain GroussetPar le lire, oui, mais… Il y a effectivement Castor Poche où on essaie douvrir l‛éventailau maximum parce que, comme je le pense, à cet âge de lecture, les enfants doiventgoûter à tout et ce n‛est que plus tard quils vont forger leurs goûts définitifs et ilsvont lire à ce moment-là ce qui leur plait, mais il y a des éditeurs qui refusent ça. Avecquinze ans dexpérience, comment ça se passe ? Il faut faire le constat honnête que laplupart des éditeurs ne connaissent pas forcément la science-fiction comme unspécialiste la connaît. Quand je dis « éditeur », je devrais dire « éditrice », puisquecest un monde particulièrement féminin - or le lectorat de la science-fiction estprincipalement masculin ! La Fantasy, cest autre chose. Donc pour la science-fiction, onse heurte déjà à ça. Le spécialiste comme moi va essayer de faire une histoire un peuplus pointue. Parce que j‛ai tous mes référents, je vais essayer douvrir une nouvelleporte, là-bas, au fond du cosmos, et souvent, je me heurte au pacte de lecture vis-à-visde certains éditeurs qui nont pas bien compris, qui se demandent ce que vient faire lafusée là-dedans, au moyen âge, bref, il faut se battre, il faut expliquer ! Bien entendu,sinon je ne serais pas là, il y a des maisons dédition qui acceptent ce genre là, donc jeme dis « Ça y est, je suis sauvé, le livre va sortir enfin ! » mais là arrivent les libraires.Les libraires se demandent où ils vont ranger ce livre. Ils se demandent juste avec laquatrième de couverture si cest de la science-fiction, de la Fantasy, du fantastique !Tant mieux si léditeur a marqué quel genre cétait, comme ça on peut le ranger. Après,ils le rangent dans la bibliothèque au fond, là où il n‛y a que le fantastique, la Fantasy etla science-fiction, à côté du polar, bien spécifique. Ce qui fait qu‛effectivement, le grandspécialiste, le lecteur, traverse la librairie tout droit, ne regarde ni à droite ni à gauche,il sen fout, il va au fond du magasin parce que cest toujours au fond du magasin, il vaavoir sa littérature préférée, va prendre ses derniers ouvrages et va aller, tout content,à la caisse. Par contre, ce quil faut se dire, cest que jaimerais bien toucher aussidautres personnes et faire du prosélytisme, trouver plein de nouveaux lecteurs, leurmontrer que la science-fiction, ce nest pas que « Star Wars » et des petits bonhommesverts, qu‛il y a dautres choses ! Eh bien ceux-là, ils ne vont pas aller au fond du magasin,parce qu‛ils ne verront pas tout de suite l‛armoire de science-fiction. Enfin, les livres sevendent et ça y est, je suis sauvé ! Que nenni ! Parce que lorsque jarrive dans lesclasses, je trouve là aussi une méconnaissance de la science-fiction. Et on me dit, àpropos de La citadelle du vertige : « Ah ! M. Grousset, quel merveilleux livre defantastique ! ». Alors j‛essaie de lever le doigt : « M‛dame, non, c‛est de la science-fiction ! » et elle me répond : « Oui, mais cest du fantastique ». Et voilà ! Ce travail-là,en tant quauteur, dans les classes, on le fait en permanence. Quand on se réunit, entreauteurs de science-fiction, comme Christian Grenier, on est quelquefois un peu fatiguéde faire toujours cette mise au point…Christian PoslaniecIl faut signaler dailleurs que la télé ajoute à la confusion puisquelle nomme tout« fantastique » ! 8 
  • 9. Shaïne CassimAu départ, la collection Wiz à été fondée essentiellement sur un catalogue de Fantasy,donc elle a été identifiée dune part par son nom et dautre part par ses couvertures.Ensuite, quand d‛autres types de textes sont arrivés, ils ont été identifiés par leurscouvertures. Ce nest pas de la Fantasy, ce nest pas de la science-fiction, et alors ? Onretrouve quand même cette problématique qui, en effet, mérite dêtre posée - en toutcas, elle l‛est au départ de la réflexion qui a fait que ça a existé - mais ensuite, il y aaussi quelque chose qui transcende le genre, quand une collection commence à devenirune ligne éditoriale qui ne travaille plus que sur des titres de Fantasy.Christian PoslaniecIl fut une époque où les éditeurs navaient que des collections généralistes. Il a fallu quepetit à petit, ils fassent rentrer ça dans des boîtes. Lexemple dont parlait Cécile estdautant plus intéressant quil y a moins de dix ans, tous les livres de poche Hachetteportaient une liste de trente mots-clés derrière, parmi lesquels il y avait une bonnedizaine de mots-clés de genres, ou de ce quon pouvait appeler des genres, et que petit àpetit, ça a été supprimé. On rentre non pas dans la confusion des sentiments mais dansla confusion des genres - plusieurs intervenants l‛ont dit - à la fois par un recul peut-être de lintérêt du public qui na pas envie de caractériser les choses, et puis peut-êtrequon se rend compte qu‛effectivement les transgressions sont plus intéressantes queles catégorisations ! Je nen sais rien ! Toujours est-il que la question que jai envie devous poser maintenant aux unes et à l‛autre, cest : dans l‛état actuel des choses qu‛onvient un petit peu d‛approximer, quel est le principal obstacle que vous rencontrez en cequi concerne la notion de genre ? Cela a déjà été un peu abordé tout à lheure parMarie-Hélène, mais peut-être peut-elle compléter dans ce sens-là…Marie- Hélène RoquesCette question ma paru si vaste que je l‛ai reformatée à ma dimension, cest-à-dire audomaine de l‛autobiographie ! En effet, avec lautobiographie, on a le mêmeélargissement de la part des médias. « Autobiographie », aux yeux des médias, ce sonttous les récits qui sont à la première personne. Et en effet, dans tout ce qui est écrit àla première personne, cest le seul signifiant linguistique qui assure la continuité ou leparallèle entre ces récits. Bien évidemment, on trouve en littérature de jeunesse commeailleurs, des types de récits extrêmement différents. On trouve en effet de véritablesautobiographies : lauteur ou l‛illustrateur raconte ou dessine en effet sa vie. On connaîtpar exemple lalbum de Tomi Ungerer1 qui s‛appelle A la guerre comme à la guerre »,dans lequel il dessine ce quil a vécu. Mais on trouve également, avec le même « je », desrécits de témoignages. Cest le fameux Grand-père de Gilles Rapaport2 qui témoigne dela condition de ce grand-père pendant les deux guerres mondiales. Mais on trouveégalement des « je » fictifs. Par exemple, toujours de Tomi Ungerer, le fameux Otto :autobiographie d‛un ours en peluche3 dont on voit bien que le « je » qui est manifestén‛est pas le « je » de Tomi Ungerer qui a une médiatisation. On trouve également deslettres. On voit bien dans les Lettres des Isles Girafines 4quil y a un destinataire de 1  « A la queue comme à la queue », de Tomi Ungerer, La Nuée Bleue puis L’Ecole des Loisirs. 2  « Grand­père », de Gilles Rapaport, Circonflexe. 3  « Otto : autobiographie d’un ours en peluche », de Tomi Ungerer, L’Ecole des Loisirs. 4  « Lettres des Iles Girafines », d’Albert Lemant, Le Seuil Jeunesse. 9 
  • 10. cette lettre, que le « je » sadresse à un destinataire dans lequel le lecteur peut seconfondre ou se mettre à distance, mais on a également des journaux intimes et fictifs,je pense à C‛est la vie Lili, cette petite merveille de Valérie Dayre5, dans laquellejustement le destinataire se trouve aux prises avec un « je » multiforme sur lequel il napas beaucoup de prise et qui l‛amène dans d‛autres domaines. Et puis il y a beaucoup dedialogues intérieurs. Il y a par exemple le fameux Moi et Rien 6. Là aussi, il fait aller lejeune lecteur dans des questions existentielles dune très grande force. Le champ estextrêmement vaste. Est-ce que cest un obstacle ? Je ne sais pas. Au contraire, je croisque c‛est une richesse. Si on peut parler dobstacles, cest parce que ces « je », cesrécits à la première personne, introduisent des postures de lecture, cest-à-dire quechez les élèves, bien souvent, mais chez les lecteurs adultes également, avec un « je »,on attend un récit de vie. On attend que celui qui dit « je » sengage dans un pacte devérité et on attend de ces lectures en « je » quelque chose qui sera authentifié par desdates, par des lieux, par des événements. Or, dans cette diversité décritures en « je »,on trouve des pactes qui ne sont pas des pactes autobiographiques et qui sont despactes biaisés, qui sont d‛une extrême séduction mais qui battent en brèche cette normespontanée que convoque l‛élève ou le lecteur, attendant ainsi une lecture référencielle..Voilà, cest un obstacle et c‛est une richesse, cest lun et lautre. En tout les cas, pourconstruire ce qu‛Aragon a nommé le « mentir vrai », pour le construire, il faut en effetque lenseignant et que le lecteur adulte accompagnent cette construction du pacte delecture et la fassent évoluer.Alain GroussetJe viens dexpliquer un peu les difficultés quotidiennes de lauteur maudit de science-fiction… Je crois que le principal obstacle, cest la science-fiction elle-même ! Cest-à-dire que cette science-fiction, elle est partout, dans les films, dans les jeux vidéo, etfinalement, il est peut-être assez difficile de faire découvrir aux élèves une autrescience-fiction, qui va être littéraire, qui va avoir plus de réflexion sur le monde, carcest toujours une transposition. Quand ça se passe sur une autre planète, bien souvent,cest qu‛on veut aborder dune manière exacerbée la position de notre propre société,cest juste un regard plus éloigné. Donc cest peut-être un peu ça aussi, notre propreennemi, cest la science-fiction elle-même. Elle a de multiples facettes. Les facettesquelle a en film et en jeu vidéo ne sont souvent que de lapparence et n‛ont pas laprofondeur qu‛on voudrait montrer.Brigitte LouichonIl y a des textes eux-mêmes qui ne rentrent pas dans la catégorie générique ou nerentrent que partiellement. Et je pense que cest ce quil faut absolument construireavec les élèves, mais dabord avec les enseignants. Cest-à-dire quil faudrait les mettredans des situations où, au lieu de vouloir faire rentrer les textes dans une définition, ilfaut essayer de leur montrer combien chaque texte est singulier. C‛est peut-être ladéfinition de la littérature. Chaque texte est singulier ! On ne peut jamais projeter suraucun texte digne de ce nom un dispositif ou une lecture qui soient strictementidentiques. 5  Rageot, puis l’Ecole des Loisirs. 6  «  Moi et Rien », de Kitty Crowther, L’Ecole des Loisirs 10 
  • 11. Marie-Hélène parlait de lautobiographie, moi je fais un peu ce genre de choses, non pasavec le genre sentimental mais avec le journal intime qui me semble être un genre qui ades caractéristiques intéressantes du point de vue énonciatif. Cest aussi unelittérature du « je », cest un genre qui me semble être, en littérature jeunesse, assezprolifique ou plus exactement, ce nest pas le journal intime, ce sont des romans dontles modalités narratives sont celles du journal intime, qui permettent daborder desquestions comme celle, centrale pour de jeunes enfants, de la fiction et de la réalité :quelle différence y a-t-il entre Le journal d‛Anne Frank et Le journal d‛Adèle 7 ? Et çapermet daborder par exemple des notions extrêmement complexes dans d‛autres typesd‛écrits comme la différence entre lauteur et le narrateur ou le personnage. Là, on aévidemment des choses qui apparaissent. Donc ça mintéresse de travailler sur un genrecomme ça parce quil croise beaucoup de choses. De même un journal intime dans ununivers historique, cest aussi un roman historique mais avec, en fait, un point de vue quiest du côté du quotidien et de la subjectivité. Donc, je pense que ce qui est intéressant,en fait, cest surtout daborder ça avec les élèves ou avec les enseignants du côté deses régularités qu‛on peut mettre en évidence et moi, je parlerais moins detransgression, parce quil ny a pas que de la transgression, il y a de la singularitépermanente.Christian PoslaniecAutrement dit, le principal obstacle est conceptuel parce que d‛une part, pour définir ungenre il faut que les choses se ressemblent, et dautre part, chaque texte est singulier !Cécile TérouanneEn fait, vous avez bien synthétisé les deux problèmes de léditeur, cest effectivementque chaque texte déborde le genre et quil faudrait pouvoir nommer un genre pourchaque texte. Donc, comme le rappelait Christian, le Livre de Poche jeunesse, il y a dixans, avait trente catégories. À lheure actuelle, il en a douze. Et lannée prochaine, il enaura cinq parce qu‛on s‛est dit que ce n‛était pas possible… Parvana 8, on peut le mettreen récit autobiographique, en récit de vie, en roman historique, en témoignage parce quec‛est basé sur des faits réels - ça raconte lhistoire d‛une enfant en Afghanistan avec lemartyre des femmes soumises au régime taliban - bref, on peut se prendre la tête làdessus indéfiniment ! Au bout dun moment, ça devient tellement arbitraire et tellementstérile que jen viens à avoir la même attitude que quand je vois les aliments décomposésen tous les ingrédients qui les constituent : à la fin du compte, les aliments n‛ont plus degoût et le texte que je publierai naura plus de goût non plus ! Si c‛est juste pour savoirquel est l‛excipient qui le constitue ou le colorant qui intervient, je trouve que ça na plusde sens. Ce qui est important, cest de publier de la littérature et des textes uniques àchaque fois. Le principal obstacle, cest vraiment celui-là.Alain GroussetComment allez-vous faire pour les critiques ; il y a des critiques spécialisés dans ungenre… Je vais recevoir quels livres à lire, moi ? 7  « Le journal d’Adèle », de Paule du Bouchet, Gallimard  Jeunesse. 8  « Parvana : une enfance en Afghanistan », de Deborah Ellis, Hachette Jeunesse. 11 
  • 12. Cécile TérouanneLa conclusion de mon attitude et de la position actuelle, pour quand même dégager ce quiest important par rapport à la notion de genre, cest-à-dire « c‛est proche » et donc laconstitution dun univers qui va plaire aux lecteurs, c‛est de faire confiance à lauteur :nous abandonnerons un certain nombre de catégories pour mieux mettre en avantlauteur et dire : « Tu as aimé ce texte d‛Alain Grousset, eh bien tu aimeras lautre », etpuis quand il aura lu tous les Alain Grousset, eh bien on compte sur le libraire, sur lesenseignants, sur lintuition du lecteur pour aller trouver le livre qui lui convient.Shaïne CassimJe vais emprunter à Geneviève Brisac la notion de frontière et non pas cette fois-cientre ados et adultes, mais simplement pour parler dun texte qui sappelle C‛est mavie 9, chez Wiz : il est à la frontière à la fois d‛une lhistoire psychologique, d‛unemodification et aussi où il y a une irruption du fantastique. Donc c‛est un texteabsolument inclassable et je men réjouis ! On ne peut pas le ranger !Jai entendu votre définition de la littérature que je trouve très juste mais la mienneest un peu plus… comment dirais-je ? …un peu plus personnelle. Pour moi, lidentificationdu genre passe vraiment au second plan parce quun livre de littérature, cest quelquechose qui aura modifié le lecteur, quel quen soit le genre. Je me souviens de la premièrefois que jai lu Les Hauts de Hurlevent, j‛avais 13 ou 14 ans et j‛ai eu un choc littéraireinouï. Aujourdhui, je ne sais toujours pas où je rangerais ce livre et peu importe !Christian PoslaniecAlors tout d‛abord, Alain, à partir de la semaine prochaine, tu recevras un mètre cube delivres par semaine comme critique et ça sera à toi de faire ta propre cuisine!Deuxièmement, Brigitte se demande quelles sont les cinq catégories nouvelles dans leLivre de Poche jeunesse chez Hachette lannée prochaine…Cécile TérouanneIl y aura le roman contemporain parce que la plupart du temps, ce sont des auteurscontemporains encore vivants qui rentreront dedans, les classiques, le roman historique– là, cest plus par souci des instructions officielles qu‛autre chose quon a maintenucette catégorie -, les contes et le policier. Le policier, lui, il a tendance à être tellementcaractérisé qu‛on pourra le garder. Et puis dans le catalogue Hachette, il s‛avère qu‛on ades auteurs comme Agatha Christie, Conan Doyle… Léditeur fait des choix par rapportà son catalogue. Jai 550 titres au catalogue, comment est-ce que je les organise ? Unefois de plus, cest arbitraire et quand je ne serai plus au Livre de Poche, celui ou cellequi me succédera dira que cest complètement débile, ce classement et hop ! Ilrecommencera et ça sera reparti pour un tour !Christian PoslaniecPour rebondir aussi sur ce qu‛a dit Shaïne, je vous rappelle quil ny a pas si longtemps,on opposait « littérature » et « genre ». Il y avait ce quon appelait la « littérature degenre » et ce quon appelait la « littérature de gare » ! Comment rebondissez-vous surces notions de « littérature » et « genre »? 9  « Maintenant, c’est ma vie », de Meg Rosoff, Albin Michel Jeunesse, « Wiz ». 12 
  • 13. Shaïne CassimCe que je voudrais ajouter là-dessus, quitte à mettre les pieds dans le plat, cest quetrès souvent ou souvent, cest une décision de classification qui ne relève pas forcémentde léditeur. Cest un travail tous ensemble avec les services commerciaux, etc. qui ontbesoin, pour pouvoir travailler et communiquer sur les bouquins, de les classer d‛unecertaine manière. Ce nest pas indécent de le dire non plus. Par exemple, chez AlbinMichel jeunesse, on va avoir de nouveaux titres lancés sous le label « Wiz Suspense ».Cest une réflexion qui a été menée avec tous les services concernés et ça ne relève pasforcément du choix dune politique éditoriale. On vous explique que cest mieux delidentifier pour telle ou telle raison. Ce pourront être aussi des questions extrêmementtechniques.Christian PoslaniecCe nest pas seulement technique. En tant quécrivain - c‛est quand même une de mesvisières - j‛ai dans mes tiroirs, comme tous les écrivains, 200 à 300 lettres d‛éditeursqui disent que mon manuscrit nentre pas dans leurss collections ! Alors même que jesuis très content davoir transgressé un genre quand jenvoie quelque chose !Shaïne CassimOui, mais là, c‛est l‛hypocrisie de léditeur qui se drape dans les genres de ses soi-disantcollections ou dans les soi-disant genres de ses collections pour refuser un manuscrit !Tu es assez lucide, Christian, pour savoir ça ! Et maintenant, souvent, on ne parle plus de« genres », on parle de « politique éditoriale » !Cécile Térouanne« Littérature de genre », cest ce quon peut appeler aussi « para-littérature », çarenvoie fondamentalement à la question « quest-ce que cest que la littérature ? » ! Lesavis peuvent converger sur certains points entre éditeurs et formateurs, cest-à-dire,en gros, lecteurs experts, pour définir le genre à partir de lénoncé, cest-à-dire quevous allez lire le texte, dégager des structures, des thématiques, etc. et des relationsentre les textes entre eux. Vous allez pouvoir le définir à partir du lecteur. Et puis, il sedéfinit en fait par le champ littéraire qui constitue la littérature. Quand un éditeur faitun classement qui, du point de vue d‛un littéraire, est complètement aberrant - le romancontemporain, les classiques, le roman historique et les contes - il ny a pas de critèrevalable dun point de vue textualiste, mais il nempêche que ce classement-là, il existe,que des textes vont être produits et classés à lintérieur de ça, produire des effets surleur réception, et donc construire, quelque part des systèmes qui coexistent. Donc lalittérature ne se définit pas par le texte. Elle se définit par un auteur, un texte, unlecteur, des institutions dont lécole, la librairie, etc.Alain GroussetJe crois qu‛on mélange deux choses. Vous parlez à lintérieur du texte. Bien entenduquil faut élargir et que plus on est border line et mieux ça vaut, parce qu‛au moins, onfait preuve doriginalité. Mais ce n‛est pas ça. Daprès moi, la classification à partir duthème nest faite que pour lacte dachat. Uniquement pour ça. Après, effectivement,si on a mis un roman de science-fiction dans une collection « Wiz », on a peut-être 13 
  • 14. attrapé un nouveau lectorat qui va dire : « Ah ben non, moi, je ne lis que de la Fantasydepuis des années, mais ça, ce nest pas mal non plus ! » Et peut-être ira-t-il ensuitevers la science-fiction, et tant mieux ! Ou il dira : « Je me suis bienfait avoir, j‛ai achetéun truc, ce nest pas du tout ce que je veux lire ! » Mais le catalogage, le packaging, ilest là simplement pour lacte dachat.Christian PoslaniecComment le lecteur ira-t-il vers la science-fiction, s‛il ne sait pas que c‛est de la science-fiction, puisque ce nest pas dans une collection de science-fiction ?Alain GroussetMoi jai envie que les fans de SF lisent mes livres, de faire du prosélytisme et d‛écrirece que jai tellement adoré étant jeune et que je veux faire découvrir - il ny avait pasbeaucoup, à part Bob Morane, et encore !Le fait de mettre létiquette « science-fiction » a des avantages pour les fans, c‛est undésavantage pour celui qui dit quil n‛aime pas, alors quil na jamais rien lu en SF ! Jepense qu‛il faut les deux ! des collections spécialisées comme « Wiz » mais aussi descollections non cataloguées.Shaïne CassimLà, cest la collaboration entre l‛auteur et léditeur qui peut intervenir. Tu as envie quele lecteur qui a aimé ton roman lise ce que toi tu estimes être de la SF, mettons dans lelivre à la page dintroduction, « Alain Grousset a toujours adoré… Il a découvert la SFavec ça, ça et ça… » Et dans ces conditions-là, plus besoin d‛estampiller « SF ». Et neréduisons pas non plus le lectorat. Parce que coller des étiquettes, ça réduit le lectoratpotentiel.Christian PoslaniecTu as une autre solution, cest de mettre en quatrième de couverture un petit truc àgratter en disant : « Si vous voulez savoir ce que vous avez lu, grattez ! »Alain GroussetIl y a une autre solution, c‛est le sigle temporaire : au début, cest marqué « SF » et plusil reste chez le libraire, et plus ça s‛efface, et après, le hasard fait que le gars l‛achètequand même !Christian Poslaniec Marie-Hélène, pensez-vous que vos destinataires, en loccurrence les étudiants, ont lamême définition des genres que vous ?Marie- Hélène RoquesNon, ce sont des étudiants que je forme à des concours de recrutement, donc ce nestpas la période de la vie où on va jouir intellectuellement de l‛écart, de la transgression,de la digression. Pour assurer la réussite au concours, on va rechercher plutôt du côtédes régularités génériques que du côté de la transgression. Et jéprouve égalementd‛assez grandes difficultés avec les professeurs stagiaires de lettres, qui pourtant ontréussi le concours, par exemple à travailler l‛auto-fiction, domaine extrêmement 14 
  • 15. généreux aujourdhui, mais qui travaille tellement lécart, justement, et le plaisiresthétique, que je suis étonnée de voir les réticences de ce public à se saisir du plaisirqu‛offre l‛auto-fiction.Christian PoslaniecAlain, est-ce que tu penses que tes lecteurs ont la même définition que toi des genres ?Alain GroussetÇa dépend des lecteurs. Dans le primaire, je vais dire quils sen contrefichent. Et ilsont bien raison ! Il sont là pour découvrir et moi, ce que jessaie d‛écrire, cestjustement pour leur ouvrir lesprit, en leur disant : « Tiens, moi, je te propose ce genre-là, il y en a dautres, et puis fais ton choix ». Après, les adolescents appartiennent à descastes, ils créent eux-mêmes leurs genres, leurs sous-genres, ils vont adorer la science-fiction mais après, il y en a qui vont adorer juste le style punk, d‛autres le cyber punk,etc. Ce qui mintéresse, cest que écrire pour la jeunesse me donne des avantages. Parexemple, si je peux me permettre décrire un livre qui se passe sur une planète rempliede sable, avec d‛énormes vers qui fabriquent une épice, les enfants vont lire ça et quand,adultes, ils vont lire Dune, ils vont se dire : « Tiens, ça me rappelle un bouquin deGrousset ! », jai lantériorité sur tout ! Je vais être lu avant mes maîtres ! Je suis làpour leur offrir ça, je ne m‛interdis pas de reprendre de grands thèmes pour les jeunesparce quils m‛ont tellement passionnés, moi, que j‛ai envie de les travailler à ma sauce.Dans lautre sens, être un spécialiste, ça apporte quelques désavantages : après, on estcatalogué là-dessus. Comme l‛acteur qui ne fait que de la comédie, après, les rôlestristes, cest terminé pour lui. C‛est difficile de sécarter.Par ailleurs, aller dans les classes m‛apporte beaucoup. Pourquoi ? Parce que ça me remetà ma place ! Quand je leur parle de « Blade Runner », je vois des grands yeux comme dessoucoupes : « Connais pas ». « Comment ? Vous ne connaissez pas « Blade Runner » ?! ».« Non non, pas du tout ! ». Et là, je réalise dun seul coup que tout mon acquis, ils senfichent. Ils sont plus loin, ils recommencent tout à zéro. Et c‛est génial, jai une pageblanche en face de moi !Brigitte LouichonBien sûr, les destinataires nont pas la même définition des genres que nous ! Je prendsun exemple par rapport au théâtre, dont on a peu parlé… C‛est un genre à part entière.Quand je travaille avec des enseignants sur le théâtre, ils ont une représentation duthéâtre qui est très construite par leur scolarité, cest-à-dire quils se souviennent qu‛ily a des tragédies, quil y a des comédies, ils se souviennent de Corneille, de Racine, desactes, des scènes, etc. Donc ils ont construit des régularités – l‛enseignement aconstruit des régularités - qui ne sont jamais remises en cause par lexpérience parceque globalement, ce sont des gens qui ne vont quasiment jamais au théâtre et qui nelisent pas de théâtre, comme chacun dentre nous : il y a très peu de gens qui lisent duthéâtre.Dans la liste d‛œuvres de théâtre au cycle 3, ce sont des oeuvres très contemporaines,dune immense qualité, et à mille lieues de cette catégorisation générique, mais ellesrestent du théâtre néanmoins. Donc il y a bien une étiquette « genre » mais de plus près, 15 
  • 16. ça ne correspond pas du tout à ce quon attend. Or quand on travaille avec des enfantssur ces mêmes pièces, ils ne connaissent pas Racine, Corneille…, ils nont pas construitde régularités. Or le théâtre contemporain se caractérise beaucoup par ce quon appelledes formes d‛épicisation, cest-à-dire des formes de narration. Vous allez trouver durécit, des narrateurs, des monologues, enfin, beaucoup de choses qui ressemblent unpeu à que les enfants connaissent, qui est du récit. Le fait de ne pas avoir construit legenre « théâtre » mais, en revanche, d‛avoir construit de manière implicite le genre« roman » ou le genre « récit » permet de rentrer beaucoup plus facilement dans cetteactualisation du genre qu‛est le théâtre contemporain pour la jeunesse.Cécile TérouanneOn en est tous daccord pour dire que les destinataires n‛ont pas la même définition desgenres que nous. Je vais faire un peu de provocation : tout ce qui compte pour moi, cestde transmettre les livres que je publie à des lecteurs en leur disant que ce que je publie,cest le genre des bons livres Il y aurait le genre du « bon » et le genre du « mauvais »livre, et puis voilà ! Moi, je prétends que je publie de bons livres !Christian PoslaniecChacun voit midi à sa porte !Shaïne CassimJe ferais la même réponse que Cécile ! Je nai vraiment rien dautre à ajouter : en tantquéditrice, la question se résout comme ça.Christian Poslaniec au publicVous connaissez ce poème qui commence par « A droite, les pensées permises, à gauche,les pensées interdites » ? Je vous propose, puisquil nous reste encore un quart dheure,de poser vous-même vos questions aux personnes qui sont à la tribune…Une dame dans le public évoque d‛autres médiateurs de lecture, en particulier lesdocumentalistes et les bibliothécaires, qui par leurs modes de classement affrontentaussi la notion de genre.Christian PoslaniecOn vient de montrer que la définition n‛est pas la même pour le producteur et pour ledestinataire. Vous voulez dire quil y a encore un autre intermédiaire qui transforme leschoses ?Shaïne CassimPour les documentalistes et les bibliothécaires, ça ressort de la même exigence declassification, et vous êtes confrontés à ça effectivement. Soit vous adoptez pour lesromans un interclassement par auteur et dans ces cas-là, vous aurez un policier à côtédun roman historique, y compris pour le même auteur qui peut écrire dans des genrestrès différents, soit vous adoptez les classements des éditeurs mais je mesure quecest très difficile… Vous recevez tous les arbitraires dun seul coup et il faut que vousen fassiez quelque chose. Le libraire, lui, à la rigueur, va obéir à une logique commerciale,ce qui nest pas forcément la meilleure logique, mais au moins, il peut sabriter derrière. 16 
  • 17. Alain GroussetEt pour vous arranger un peu, il y a des auteurs qui prennent des pseudonymes !Christian PoslaniecAlors est-ce que la bibliothéconomie est un moyen de résoudre la question des genres ?Une dame dans le public évoque une pratique pédagogique consistant à attirer l‛attentiondes élèves sur une thématique.Shaïne CassimVous parlez de « thématique » quand nous parlons d‛ « univers » et cest la même chose.En tant quéditeurs, on veut faire confiance dabord à la notoriété de lauteur qu‛oncherche à installer, évidemment, et puis après, à votre culture du livre qui fera que, enfaisant une table « univers SF » où vous mettrez Grousset, Grenier et d‛autres, vousmettrez aussi évidemment Jules Verne. Cest plus une communauté culturelle qui sejoue, là. On ne va pas re-labelliser sur chaque livre, ça serait sans fin. Le titre et le nomde lauteur disparaissent au profit de toutes ces étiquettes, et cest précisément làqu‛on quitte la littérature.Alain GroussetJe crois quon peut prendre limage de la nourriture : je suis un producteur, un paysan,je fais une matière première du mieux que je peux, par exemple un bel agneau, puis lagrande distribution va mettre son packaging, des lumières rouges pour faire encore plusressortir la couleur de la viande, et, vous, vous allez acheter cette viande et vous allezl‛accommoder à votre sauce : c‛est une chaîne et chacun apporte sa transformation, enespérant que ce soit goûteux à la fin.Shaïne CassimSans vouloir baisser les bras… pour que ça marche, il faudrait que tous aient la mêmeclassification. Or déjà, au sein dune table de quelques personnes, on na pas les mêmesdéfinitions. On fait au mieux pour permettre ces repérages qui sont extrêmementimportants pour nous, éditeurs, quand on est relayés par les bibliothécaires, lesdocumentalistes, les profs, qui nous renvoient souvent cette question. Cest d‛uneimportance majeure pour les livres, et aussi, à larrivée, pour les lecteurs. Car ce sonteux qui viennent vous poser la question.Mais en effet, je crois aussi qu‛au bout dun moment, trop d‛étiquettes sur un livrefinissent par empêcher quil soit « poreux ». On a les tranches d‛âge, les thématiques,les noms de collections… ça devient difficile. Quand on fait une couverture, on finit parpasser plus de temps à essayer de voir où est-ce quon va mettre le logo, etc. qu‛aveclimage elle-même, qui est quand même le premier contact que le lecteur va avoir avec lelivre quil va acheter, lire, emprunter ! Il y a une espèce de côté exponentiel duclassement qui devient très ennuyeux quand même !Dans le public, quelqu‛un aborde la question de la poésie. 17 
  • 18. Christian PoslaniecJe vais répondre car jai publié des recherches sur la poésie, et dailleurs, mon prochainbouquin est une anthologie de poèmes. Lors dune recherche quon faisait sur lesateliers décriture dont un était consacré à la poésie, j‛ai cherché un peu partout desdéfinitions satisfaisantes de la forme - que vous appelez « genre » - « poésie ». Ce quima le plus satisfait, finalement – je ne me souviens dailleurs plus quel était lauteur,totalement inconnu, de cette définition - c‛est : « Un poème, c‛est un genre littéraire oùon trouve au moins 50% des ingrédients suivants : musicalité, prosodie, tropes, etc. »Avec cinq ou six catégories comme ça. Il fallait griffonner après avoir fait uneévaluation des quantités et si ça correspondait à 66%, cétait de la poésie. Sil y avaitmoins de 66 %, ce nétait pas de la poésie.Ça paraît rigolo à dire comme ça, mais je n‛ai pas trouvé de définition plus efficace.Quand on est anthologiste, en particulier, on a un mal fou à décider si certains textes çarentrent dans la catégorie de ce quon est en train d‛anthologiser. Et en particulier, pourla poésie, cest toujours le cas. Le bouquin qui va paraître chez Seghers sappelle Duosd‛amour . Je voulais faire correspondre un poème de femme et un poème d‛homme. Il y ades couples célèbres que jai pu associer mais il y a beaucoup de couples que jaiconstitués. Pour Albertine Sarrazin, jai choisi un extrait d‛un roman. Jestime que c‛estde la poésie, mais est-ce que c‛est de la poésie ? Je pense quil ny a pas de réponse plusprécise. A moins que quelquun en ait une ?Brigitte LouichonNon, mais je pense qu‛on voit bien comment certaines choses relèvent de la question dugenre et d‛autres de la question de la classification. Et ça nest pas du tout la mêmechose. Le genre est une typologie, mais très particulière. En fait, historiquement, legenre est du côté de la prescription. Il était beaucoup plus facile au XVIIe siècle dedire : « Ça, cest une tragédie qui respecte la règle des unités » ou « Ah ! Je suisdésolée, mon bon monsieur, lunité de temps, elle n‛y est pas, ce n‛est pas une tragédie».Au XVIIIe siècle, au moment de la Révolution, la poésie était extrêmement normée.C‛était facile, on était à la fois du côté de la prescription, de lintériorisation des règles,et du côté d‛une norme. En fait, maintenant, on est dans une prolifération, pas du côtéde la norme mais du côté d‛un repérage, dune organisation des savoirs, des expériences,etc. mais qui nest plus du tout la même. Or le mot est resté. Et le mot s‛emploie dansdes sphères énonciatives complètement différentes, ce qui explique qu‛on dise deschoses très diverses.Christian PoslaniecPour conclure, trois choses brèves : la première, cest que, quand on regarde lévolutionde la littérature nimporte où dans le monde, on s‛aperçoit que se succèdentconstamment des périodes de classicisme et des périodes qui sont anti-classiques, qu‛onpourrait appeler baroques, si vous voulez. Cest ce que vient de remarquer Brigitte. On apeur des académismes, donc, à chaque fois, on a des réactions un peu prudentes vis-à-visde tout ce qui tente de classifier.En deuxième lieu, je voudrais attirer lattention sur un mot qu‛a utilisé Shaïne tout àlheure, quand elle a parlé de « poreux » : laissons les textes être « poreux » ! Le« poreux », c‛est du vide et du plein. Le plein, c‛est justement le genre, il y a du genre 18 
  • 19. dans le plein ! Et le vide, c‛est tout ce qui passe à travers. Et je crois queffectivement,une lecture littéraire, cest quelque chose qui accepte ce double crible du vide et duplein.Et un conseil, pour conclure absolument : en repartant dici, repartez par le jardin qu‛il ya derrière ! A un moment donné, vous allez passer devant un dragon en métal. Regardez-le bien et essayez de décider s‛il s‛agit de merveilleux, de fantastique, ou de science-fiction ! 19 

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