La nouvelle zélande ou le pays de l´éxtreme contradiction

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La nouvelle zélande ou le pays de l´éxtreme contradiction

  1. 1. La Nouvelle Zélande ou le pays de l´extrême contradiction La Nouvelle-Zélande, ses montagnes, ses glaciers et ses lacs, ses millions demoutons, ses forêts primaires et ses plages de sable noir.Cette contrée isolée du Pacifique sud, au-delà du 45ème parallèle, fait rêver chaqueannée de plus en plus de jeunes du monde entier.Grâce au programme «Working Holiday Visa» 1(visa d´immigration temporairepermettant à des jeunes âgés entre 18 et 30 ans de voyager et travailler dans un payspour une durée de 1 an), ils sont de plus en plus nombreux ; européens, sud-américains,ou encore asiatiques, à tenter l´aventure néozélandaise.Dans le contexte de crise mondiale et globale, le pays des All-Blacks fait office dedestination de rêve pour ces jeunes expatriés en quête de liberté et de réussitesocioprofessionnelle.Nourris par l´imaginaire féerique du « Seigneurs des Anneaux », des reportages sur lesmerveilles naturelles du pays, des spots publicitaires vantant le tourisme de nature etd´aventure, ou encore par la valorisation de la culture maorie (dont le Haka d´avantmatch de rugby est devenu le symbole de tout un pays), ces jeunes du monde entierarrivent sur le sol néozélandais plein d´espoir et de projets. Pourtant, beaucoup de choses ont changé depuis que les premiers polynésiensont débarqué sur Aotearoa : le pays du long nuage blanc. Ayant accosté vers 1200ap.J.-C, sur les côtes vierges du cap Renga, les tahitiens venus depuis les îles de lasociété vont s´acclimater et peupler ces îles dont le règne végétal n´avait jusque là,permis que quelques espèces d´oiseaux.La venue du capitaine James Cook, près de 500 ans plus tard, va ouvrir la porte à unecolonisation britannique de ces terres vierges du grand sud. Composés de volontairesdes îles de Grande-Bretagne et d´anciens forcenés venus d´Australie, ces groupes decolons vont s´installer sur les deux îles de Aotearoa.Reproduisant le mode de vie Anglo-saxon, ces pionniers vont par le nombre et par laforce, remplacer le système de vie traditionnel polynésien. Les maoris, pourtant réputéscomme de grands guerriers, vont peu à peu se faire englober dans le modèle colonialbritannique qui s´appuie sur la suprématie militaire et la promesse d´avantageséconomiques et de partage des terres (Traité de Waitangi, 6 février 1840).1 «ndt». Visa Vacances/Travail
  2. 2. Les premières grandes fermes d´élevage ovin et bovin voient le jour. Les forêtsprimaires de Kauri ou de Fern-tree2 vont progressivement être remplacées par desprairies. Le paysage de la Nouvelle-Zélande se modifie sous l´action de l´homme ditcivilisé.Aujourd´hui, les jeunes arrivent des quatre coins du monde dans les aéroportsinternationaux d’Auckland et de Christchurch. Si beaucoup choisissent de débuter leurvoyage par l´île du nord (appelée île de feu par les maoris), c´est surtout dans l´île dusud (île de Jade) que se retrouvent les jeunes en quête de tourisme de nature etd´aventure. Dans cette île de jade, traversée en son milieu par le massif montagneux desAlpes néozélandaises, la population ne s´élève qu´à 1 million d´habitants, soit un peuplus de 6 habitants/km2. Bordée par la mer de Tasman sur sa « West-coast » et parl´océan Pacifique sur la « East coast », elle compte en plus de ses richesses naturelles,des activités économiques qui attirent cette jeunesse en éveil.La région du Canterburry et du Central Otago, regroupent les plus grandes fermesd´élevage de moutons (dont l´agneau est consommé dans le monde entier) et de fermeslaitières qui place la Nouvelle-Zélande à la 1ère position mondiale en tantqu´exportateur de lait.Au delà des chiffres, et pour tenter de percer sur le terrain, les travers de la campagne100% pure New Zealand, nous avons rencontré deux jeunes français qui ont travaillédans des « fermes-types » d´élevage bovin et ovin.Rodolphe- 23 ans- Parisien, en NZ depuis 7 mois :« Honnêtement je n´ai jamais vu ça ! Je bosses dans une ferme de 7200 vaches laitières.Nous sommes 6 jeunes, tous en « Working Holiday Visa » à s´occuper de la traite, dunettoyage et de nourrir les vaches. Les conditions de vie des bêtes, vont à l´encontre detoute éthique animale. Il n´y a aucun système de traitement des déjections et tout fini,par écoulement dans la rivière voisine. On rajoute sans cesse des antibiotiques dans leurnourriture et le pire, c´est qu`après une nuit d´effort (sur demande d´heuressupplémentaires par le patron) j´ai aidé à mettre bas une vache avec tout l´effort affectifque cela demande. Le lendemain, j´apprends que le veau a été exécuté et brulé dans lefond de l´exploitation pour raison d´insuffisance de place et de nourriture.Je crois que je vais m´en aller de cette ferme, j´espère retrouver autre chose, de plushumain… »2 «ndt». Arbres fougères
  3. 3. Delphine- 26 ans- grenobloise, en NZ depuis 5 mois :« Moi je suis venu ici parce que je suis bergère dans lesAlpes et que la Nouvelle-Zélande ça a toujours été unrêve et aussi car je voulais développer mon anglais.Pour ce qui est de l´anglais après 4 mois avec lesfermiers, ça va mieux. Mais pour ce qui est desmoutons, j´ai hâte de retrouver les miens. Parce que siça parait beau sur les cartes postales, les moutons quibroutent dans les vertes prairies avec en décor de fondles montagnes enneigées, en réalité les fermiers ils enont tellement des moutons, qu´ils ne s´en occupent pas.A la pointe de la technologie en matière agricole, ils ont fait baguer les moutons quisont géo positionnés sur ordinateur avec repérage satellite. Ils ne les soignent pas quandils se blessent. Pour eux, peu importe s´il en manque une dizaine lors de la tonte (pour laprécieuse laine de Mérinos) ou pour l´envoi à l´abattoir. Je les ai engagés à recruter deséquipes de bergers, car il y a plein de jeunes bergers qui sont en voyage ici. Mais quandje leur dit ça ils me prennent pour une extra-terrestre. Du coup j´ai fait mon sac à dos etj´ai repris la route et je vais serrer le budget d´ici mon billet de retour. » La condition des jeunes expatriés n´est pas toujours facile. Peu de droits lesprotègent et leur statut ne pèserait pas lourd en cas d´un procès avec un natif de l´île.Le gouvernement kiwi (terme qui désigne à la fois l´oiseau endémique, symbole dupays, le fruit et le néozélandais natif du pays) ouvrirait donc ses frontières pour avoirune main d´œuvre pas chère et peu regardante sur les conditions de travail ? Justement, nous sommes allés faire un tour à Motueka, au bord de la baie deTasman, dans le nord de l´île du sud, plus grosse région productrice de fruits et légumesnotamment de kiwis (le fruit !). Dans cette ville-rue, caractéristique de l´organisationurbaine Anglo-saxonne, nous voyons beaucoup de voyageurs, de cafés, de pubs et aussibon nombre de visages polynésiens, uniquement des hommes, qui se déplacent engroupe dans la rue principale.Le soir, nous trouvons un espace de camping à quelques kilomètres de la ville et noustombons sur un groupe de jeunes qui voyagent en van aménagé. Autour d´un grand feu,ces jeunes venus ici pour travailler dans le ramassage des fruits et des légumes,partagent un grand repas composé de pain et de viandes dénichés dans les poubelles dusupermarché de la ville.
  4. 4. Julien- 28 ans, breton des côtes d´Armor en NZ depuis 7 mois :« Tout est tellement cher ici ! La viande c´est hors de prix. Le gigot d´agneau, il estpresque deux fois plus cher qu´en France. Le vin, ils sont producteurs, la moins bonnebouteille coute 9$nz (7 Euros). C´est pas facile. Du coup, on fait ce qu´on appelle du« Dumpster-diving », on récupère ce que les supermarchés jettent au jour de la date depéremption. Mais au moins, c´est pas comme en France, ils ne mettent pas de l´acide oude la javel dessus pour rendre la nourriture impropre à la consommation. La Nouvelle-Zélande est un pays vert aux yeux du monde, mais lorsque l´on s´en rapproche pour yvoir sans lunettes et bien le vert est plus artificiel que naturel »Un peu plus loin, je rejoins Cyril, 29 ans, Bigourdan en NZ depuis 9 mois. Après avoirsympathisé, il accepte de se livrer à moi sur ses conditions de travail :« Franchement, heureusement qu´ils sont là tous les potes. Qu`à nous tous on se serreles coudes et on se remonte le moral. Je viens d´achever le ramassage des kiwis. Mêmesi c´est l´été, il ne fait pas bien chaud le matin quand on commence. Mais ça c´estnormal. C´est là qu’on se rend compte ce que c´est l´agriculture. Non ce qui est terriblec´est ce qu´on a fait cette semaine. Moi j´ai accepté parce que j´ai besoin d´argent, maisles autres ils ont refusé. Je me suis retrouvé uniquement avec les Samoans, car tous lespolynésiens qui bossent ici ils viennent des îles Samoa. Tout a été fait « au black » j´aiété payé un peu plus que la normal.On a injecté des sortes d´antibiotiques à tous les kiwis de l´exploitation avant de lesramasser. Un événement a retardé leur croissance et du coup comme les commandesétaient déjà passées, il a fallu les livrer quand même. Je ne sais pas ce que je leur aiinjecté. Mais quand j´y pense, je m´en veux.
  5. 5. Et dire que tous les consommateurs du monde entier, peut-être même mes parents, vonten manger en pensant qu´ils sont supers bons ces kiwis puisqu´ils viennent de Nouvelle-Zélande. J´ai dit à tous les potes de ne pas en manger. Surtout pas…Et quand je pense à tous ces mecs des Samoa. Eux, ils n´ont pas le choix. Avant lasaison des récoltes, les « contractors »3 ou directement les patrons de ferme, ils vont làbas, ils enrôlent autant de travailleurs qui leur en faut, ils les ramènent en Nouvelle-Zélande et ils ne les paient qu´une fois la saison finie et qu´ils sont de retour chez eux.Ils prétextent un peu comme pour les maoris, qu´ils vont tout dépenser dans l´alcool.Mais je sens bien que c´est une fausse excuse. C´est surtout pour qu´ils ne puissent riendire sous peine de se faire renvoyer sans un sou … » Nous dormirons ce soir là sous un ciel tapissé d´étoiles. Contemplant laconstellation de la Croix du Sud, sans aucune pollution visuelle de grandes villes oud´industries, je médite en me disant que bien souvent, ce n´est pas la pollution que l´onvoit qui est la plus grave et la plus douloureuse pour la Terre.Le lendemain, à 5 h 30 a.m, le campement se vide et chaque van et ses occupantsreprennent la route des champs où la récolte des pommes a commencé.Pour notre part, nous faisons route vers le célèbre « Abel Tasman National Park ».Ayant entendu parler de sa magie depuis la France, nous décidons de louer un kayakpour découvrir le parc, coté mer.Nous prenons la mer à marée basse dans la baie de Marahau et longeons la côte viergeet sauvage. Nous découvrons des plages de sable blanc et des forêts tropicalesplongeants dans une eau turquoise. Notre expérience de « Slow Travel » maritime, à la seule force des rames, nouspermet de prendre conscience de la façon dont est géré ce parc naturel et l´organisationtouristique qui en découle. Sans interruption, des « water-taxis » font des allers/retourspour déverser des flots de touristes sur les plages. Les hors bords du D.O.C (DepartmentOf Conservation) frôlent notre embarcation, semant le remous dans l´eau, immaculée dephytoplancton transparent, et effraye les familles de lions de mer qui jouent sur lesrécifs de petits ilots du parc maritime. Prétextant une vigilance sans faille de leur parc et une sécurité pour les touristes,ces employés de l´institution nationale de conservation et de protection de labiodiversité, quadrillent de façon militaire leur zone et utilisent sans ménagement leursbateaux, très gourmands en hydrocarbures. Ces rejets d´essence dans la mer, s´ajoutantà ceux des centaines de « water-taxis » participent à la pollution de ce site naturel.3 «ndt». Agence de placement de travailleur agricole qui perçoit en moyenne 8% du salaire .
  6. 6. La liberté d´action sur la zone du parc est très contrôlée et encadrée. Mettant enavant le tourisme de nature et d´aventure, ce trek à l´instar de plusieurs en NouvelleZélande, place le touriste dans une logique d´assistanat (sentier aménagé, interdiction desortit du chemin…).L´ « Abel tasman », la plus empruntée des fameuses « 9 greats walks of New Zealand»4,représente un véritable budget pour le marcheur (24 $nz pour une nuit en refuge et12 $nz pour une nuit sous la tente). Les nuits en refuge et les places de tentes étantlimitées, le trek se réserve souvent plusieurs semaines à l´avance en haute saison. Ungarde du parc contrôle votre réservation à l´entrée du chemin en guise de laissez-passer.Il en est de même pour les 9 plus belles randonnées de Nouvelle-Zélande.Limiter par l´argent le nombre d´entrées dans un parc naturel, effectuer une sélection surune base monétaire des randonneurs assoiffés d´aventure et de nature ; Assister plutôtque responsabiliser les touristes, tels semblent être les pratiques touristiques du payskiwi et de sa puissante organisation qu´est le « Department Of Conservation ». Ayant entendu que de nombreuses initiatives écologiques se créaient dans larégion voisine de la « Golden Bay », nous prenons la route de Takaka.Dans la petite bourgade de 2000 habitants, chef lieu de la région, de nombreux artisteset acteurs d´initiatives innovantes sont venus s´installer. Un restaurant de cuisine« vegan »5, un jardin communautaire où chaque personne aidant un temps au potagerreçoit un repas gratuit, un marché dominical qui promeut auprès des touristes et desvoyageurs, des spécialités produites localement, notamment par les deux communautésde la région.6Quelques acteurs locaux qui dynamisent la commune et contribuent à donner une imagepositive de la région. Pourtant, malgré le climat serein qui règne dans cette région,enclavée du reste du pays par le parc d´ « Abel Tasman », le « Kahaurangi nationalPark», les habitants se réunissent de plus en plus souvent pour s´organiser et se défendreface aux menaces d´ouverture du marché des terrains de l´état aux investisseurs etcompagnies d´extraction internationales.Daphnée-38 ans, résidente en Nouvelle-Zélande depuis 15 ans, gérante du campingHang dog, accueillant des escaladeurs du monde entier :« Quand on est arrivés ici, on était idéalistes et pleins de motivations pour créer unerégion laboratoire du développement durable. On avait tous voyagé dans le monde4 «ndt». Les 9 plus belles marches de Nouvelle-Zélande. ( http://www.doc.govt.nz/parks-and-recreation/tracks-and-walks/great-walks/)5 «nda». Mode de vie fondé sur le refus de la cruauté envers les animaux. Régime alimentaire excluant lesœufs et les produits laitiers en plus des restrictions végétariennes.6 «nda». Rainbow community and Tui community.
  7. 7. entier et on s´est retrouvés ici avec nos expériences et nos savoir-faire et on a tenté deréfléchir tous ensemble au développement que l´on voulait pour notre région. Faut direque les anciens gouvernements nous ont bien aidé et à l´époque les politiquesd´immigration déclenchaient presque le S.O.S. pour que des gens viennent s´installerici. Mais aujourd´hui, on est bien conscient, notre gouvernement veut se placer dans leshautes sphères de l´exportation et surtout en matières premières dont « Papatuanuku »(la Mère-Terre des Maoris) regorge et n´a jamais été violée. On conteste et on s´opposemais on espère que le gouvernement ne restera pas insensible à nos protestations.Pourtant comme beaucoup dans la région, quand j´entends chanter le « bell-bird » lematin dans mon jardin, je me dis qu´ici, dans la « Golden Bay », c´est le paradis et quelorsqu´on passe le col qui nous ramène sur Motueka, c´est un autre monde ».De nombreuses pétitions et sites internet, s´opposant à ce projet de loi qui pourrait avoirdes conséquences irréversibles pour Aotearoa, circulent et font polémique à travers lajeunesse éclairée du pays. Notre chemin, lui ne s´arrêtera pas à cette région et refranchissant le col, nousprenons la direction du grand sud et des hautes chaines de montagnes des Alpesnéozélandaises. Passant sous les versants du Mt Aoraki/Cook (3874 m), et par lesgrands lacs de Tekapo et Pukaki, nous arrivons à Queenstown, ville majeure duQueenstown-Lake district. Queenstown, 11 000 habitants en période basse, plus du triple en haute saison estnichée au bord du lac Wakatipu (3ème plus grand de Nouvelle-Zélande). Entourée demontagnes vertigineuses tel le massif des « Remarkables », et encadrée par deux parcsnationaux (« Mt Aspiring et Fjordland National Park »), Queenstown est reconnue
  8. 8. comme la plus grande station de sports d´hiver de l´hémisphère sud et fait aussi officede capitale du tourisme d´aventure. Si la ville découpée en petites ruelles et bordée par le lac revêt un charme tout àfait helvétique, il est très difficile de trouver dans les multiples agences de voyages oudans les nombreux « Backpackers »7, des prestations de tourisme responsable.Saut à l´élastique, tour de hors-bord sur la rivière creusée pour l´activité, « skydiving »(saut en parachute depuis un avion), tour d´hélicoptère pour aller contempler les fjordsdu grand sud depuis le ciel ; promesses de sensations fortes et de souvenirs « in vitamaeternam »8 notamment grâce au film de votre expérience vendu avec le package. Un tourisme d´adrénaline plutôt que de nature, la mise en avant d´infrastructureset de moyens de locomotion très gourmands en hydrocarbures et dénaturant le paysagenaturel plutôt que la valorisation du « Slow Travel »9 et de moyens de déplacementsécologiques.Queenstown, avec ses boutiques de luxe et ses hôtels plus étoilés que la croix du sud,fait figure de station balnéaire haut de gamme prisée par les familles bourgeoises duPacifique sud.Des familles australiennes et kiwis venant découvrir les plaisirs de la neige, desfonctionnaires ou riches entrepreneurs de Nouvelle Calédonie ou de Polynésie françaisevenus retrouver ici les plaisirs du froid et respirer l´ambiance de la station de ski. Destouristes de passage, en van ou camping-car aménagé, qui dans leur tour de l´île du sudne peuvent omettre la petite suisse kiwi.L´énorme activité touristique fait aussi de Queenstown un pôle d´attractivité pour ungrand nombre de jeunes en « Working Holiday Visa » en quête de travail.Jenny- 23 ans, lilloise en Nouvelle Zélande depuis 3 mois : « Ça me rappelle un peu les saisons dans les Alpes, sauf que pour le coup on est dans laposition des étrangers qui viennent bosser. On a beau avoir des diplômes et del´expérience, on se démène et on est content de décrocher un job pour pouvoir vivre ici.Avec mon copain on a un loyer de plus de 200 $nz par semaine, sans compter lechauffage. La nourriture est très chère. Envisager une journée de ski, c´est impensable.Entre le forfait, l´équipement et le transport, c´est 1/5 de mon salaire du mois.7 «ndt». Auberges de jeunesse8 «ndt». Jusqu´à la fin des jours9 Le “slow travel” est la branche des voyages du mouvement Slow, originaire d´Italie, qui propose deralentir le rythme pour mieux apprécier toute l’expérience touristique.
  9. 9. Mais au moins, ça nous fait vivre ce que vivent chaque jour tous les étrangers quibossent ou cherchent du boulot en Europe. On se fait même engouler quand on parle enfrançais avec ma collègue de travail. Ici c´est nous les immigrés et franchement c´estpas facile à vivre au quotidien ».« Housekeeper »10, plongeur ou commis de cuisine, serveur ou ramasseur de verres.Jardiniers pour les parcs publics de la ville, employé au ramassage ou au tri des déchets,tous les jobs qui font que la ville et l´industrie touristique puisse mener leur marche enavant, sont assurés par ces jeunes du monde entier venus ici en visa Vacances/Travail etse retrouvent à travailler et tenter d´économiser pour escompter se payer la suite desvacances. Pourtant, en se baladant en fin de journée dans le centre ville et au bord du lac,je croise beaucoup de jeunes qui se rassemblent pour jouer de la musique. D´autresreviennent un frisbee à la main du parcours de « disc-golf »11 située dans le jardinbotanique. D´autres encore s´amusent à escalader et palabrer dans les arbres centenaires commedevaient le faire les premiers maoris qui ont découvert ce site dont Rudyard Kipling diraqu´il représente « la huitième merveille du Monde ».Sur mon parcours, je suis soudain arrêté par un rythme d´accordéon venant d´un petitparking avec vue sur le lac où viennent se garer les voitures des clients du prestigieux etplus vieil hôtel de la ville. Je découvre une petite crêperie authentique où il règne une joyeuse ambiance musicaleet un brin d´humeur vagabonde. Démonstrations et cours de jonglage, matchs depétanque, coin jeux et livres de voyage, danses traditionnelles celtiques, échange debons plans et tuyaux pour trouver un appartement, un travail ou prévoir un événementculturel.Tous les jeunes de la ville semblent se rassembler ici, en mangeant une crêpe ou unegalette de « La Bonne Francinette ».Paulo-27 ans, nantais en Nouvelle-Zélande depuis 7 mois :« Je travaille à la fois comme housekeeper à mon backpacker en échange de monhébergement et le soir comme plongeur dans un pub pour financer la suite de monvoyage. Ici à la crêperie « La Bonne Francinette », on se retrouve tous autour d´un caféet une crêpe, il y a des jeunes des cinq continents. Ça parle plusieurs langues, ça joue dela musique, ça échange des idées, ça partage ses points de vues et ses expériences. Onrefait le monde en quelque sorte, dans une atmosphère toujours conviviale. Et dans ce10 «ndt». Femme ou homme de ménage dans un hôtel ou un backpacker.11 Sur le même principe qu´un parcours de golf, le joueur doit placer son frisbee dans un embut.
  10. 10. coin de la planète, immergés dans une nature digne des premiers matins du monde, on ycroit vraiment. ». Derrière le comptoir coloré du stand de crêpes, entourée de photos dedifférentes régions françaises, je retrouve Sundari, les joues rougies par la chaleur desbiligs12 préparant une crêpe goût « sugar and lemon »13.Sundari, 24 ans, antiboise en Nouvelle-Zélande depuis 6 mois – Co-créatrice de lacrêperie « la Bonne Francinette » :« Avec mon copain, après avoir voyagé en vélo dans différents coins de l´île du sud, etau vu des différentes possibilités de travail, on s´est dit que le mieux c´était de devenirnos propres patrons.On s´est bien renseigné sur la législation du pays en matière de création d´entreprise eton a présenté notre dossier aux services de la ville. Ça n´a pas été facile mais ils nousont autorisé à ouvrir notre petite crêperie dans le CBD14 de Queenstown.On a une carte simple mais uniquement de produits frais et on essaye pleins de goûtsinnovants avec une crêpe et une galette du jour. On s´adapte au standard gustatif denotre clientèle anglo-saxonne, mettant aussi en avant les vertus saines de nos produitscomme la farine de sarrasin qui ravit bon nombre de clients « gluten free »15.On a crée tout notre petit business nous même. A part les biligs qui sont du matérielprofessionnel (marque Krampouz, certifiée Bretagne) tout le reste a été déniché dans12 Terme original breton qui désigne les plaques en fonte sur lesquelles sont cuites les galettes et lescrêpes.13 «ndt». Sucre et citron.14 «ndt». Central Business District : Quartier d´affaires.15 «ndt». Personne présentant une intolérance ou une allergie au Gluten.
  11. 11. des « hospitality shops »16, recustomisé et mis en décoration par nos soins. Plus que lerecyclage, on essaye aussi de se différencier par rapport aux autres restaurants de laville, notamment sur notre empreinte écologique. On minimise au maximum nosdéchets, en ne donnant pas de couverts en plastique ni de boites en polystyrène.Tous ces petits détails, ça nous permet d´économiser sérieusement sur nos coûtsréguliers et en plus ça crée une atmosphère de respect et fait prendre conscience auxgens qu´on peut faire de bonnes choses avec un peu de créativité et de volonté.Plus qu´une simple crêperie, on a voulu créer un lieu de rencontres et de partaged´idées. Tous les amis ; musiciens, peintres, chanteuses, dessinateur, jongleur, dj …peuvent ici s´exprimer et c´est grâce à eux que « la Bonne Francinette » est un lieu dejoie et de bonne humeur communicative ». Un petit village gaulois dans ce grand sud de la planète qui fait la promotion dela culture française et ravi les enfants océaniens qui après une journée de ski sont sicontents de pouvoir manger une grande et bonne crêpe. Le moment est venu de retourner sur Christchurch pour boucler la boucle denotre voyage. Dans la ville encore détruite depuis les deux tremblements de terre de2011, nous sommes surpris de découvrir pleins d´initiatives pour occuper la rue.Ces « Gap filler »17 ont installé ici un piano en libre service, là une bibliothèque à cielouvert, de ce coté- ci un café uniquement construit en palettes, de ce coté-là un terrainde BMX… Pourtant au dessus de ce terrain de jeux pour petits et grands, un immensepanneau publicitaire annonce: « ici, prochainement ouverture d´un centre commercial ». Cette ville représente bien l´extrême contradiction du pays kiwi, qui appelle sanscesse son peuple et tous les immigrés à créer des initiatives innovantes et à se mobiliserpour le développement du pays. Initiatives et bonne volonté qui peuvent être du jour aulendemain balayées ou muselées par l´état et ses puissantes institutions. Que ce soitdans les domaines de l´agriculture vivrière, de l´élevage, du tourisme et de l´hospitalité,la Nouvelle-Zélande, en ces temps de crise mondiale et de surpopulation fait office decontrée d´espoir et de pouponnière de solutions écologiques et doit reprendre son destinen main.16 «ndt». Magasins d´articles de seconde main souvent gérés par une association comme l´armée du salut.17 Collectif prônant l´occupation de la rue par des activités et animations culturelles.(http://www.gapfiller.org.nz/ )
  12. 12. En remontant dans l´avion, je me dis que même si le nuage n´est pas vraimenttout blanc au dessus de Aotearoa, il y souffle encore une brise d´espérance et un ventd´innovation. Et si l´anticyclone écologique néozélandais veut se propager au reste du monde,il faudra qu´il compte et collabore avec tous ces jeunes du monde entier venus pourapprendre, échanger et partager. Si tous ces enfants du voyage pouvaient rentrer au pays, enchantés par leurexpérience 100 % pure en Nouvelle-Zélande, ils ne tarderaient pas à se faire messagersd´un modèle et d´une conscience nouvelle. Ils apporteraient ainsi au vieux continent unélan de renouveau et de jeunesse et forts de leurs expériences, ils commenceraient lalutte pour prendre en main leur avenir et celui de la Terre. Maxime Giordano

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