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texte, macabre à souhait, s’a-      et, de limpide, le rendre her- nous invective de la sorte,chevant d’une manière heu-  ...
sant, construire le monde                                                  écartant. « Nathanaël, à pré-                  ...
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Action universitaire - février 2005

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Action universitaire - février 2005

  1. 1. l’Actionuniversitaire ❚ LE JOURNAL DE L’UNION NATIONALE INTER-UNIVERSITAIRE ❚ N°245 ❚ février 2005 ❚ 2 Euros ❚Combat pour la langue, combatpolitique Par Pierre Benard S ous ce titre « Combat pour la langue, com- brutaux sont de plus en plus nombreux ». Bref, je pour- souligner aujourd’hui devant vous. C’est, au demeurant,bat politique », je pourrais rais, sous cette rubrique, « souligner une évidence,développer les enjeux poli- Combat pour la langue, com- enfoncer une porte ouverte.tiques de l’usage de la langue, bat politique », appeler, pour Mais combien de portesmontrer, par exemple, qu’il des raisons politiques, à une valent la peine qu’on lesn’est pas gratuit ni sans dan- utilisation prudente, sagace, enfonce ! L’acquisition duger de dire « communauté exacte, rigoureuse du vocabu- langage, l’apprentissage demusulmane », « communauté laire, ce que les anciens son usage correct et nuancé,juive », car c’est imprimer appelaient « argute loqui » : de cet art d’ «argute loqui »dans les esprits l’idée que la non point des arguties, mais dont je viens de parler, s’ilsNation est faite d’une juxta- un langage surveillé, retenu, sont d’abord l’affaire duposition de groupes fermés intelligent, faire attention à ce milieu familial, sont très lar-sur eux-mêmes. Ou encore, que l’on dit. Prendre cons- gement, deviennent essen-dénoncer l’emploi du mot « cience qu’il y a des expres- tiellement du ressort de l’éco-jeune » quand il s’agit de « sions dangereuses, des locu- le. De l’école et donc depetits voyous », emploi néfas- tions-dynamite. Que les l’Etat, qui en fixe le program-te, fauteur de laxisme, euphémismes qui voilent et mes et les méthodes. Pourpuisque propre à déclencher rassurent peuvent être, en gagner le combat de l’«argutel’indulgence systématique définitive, plus dangereux loqui », c’est vers les plusinspirée du proverbe « il faut que les termes crus. Qu’il y a hauts responsables politiquesque jeunesse se passe ». Ou souvent lieu « d’appeler un qu’il convient de se tourner.bien encore faire observer chat un chat ». Qu’il n’est C’est leur domaine, c’est leurcombien il est mensonger et pire politique, dans le langa- responsabilité.follement lénitif d’évoquer « ge, comme ailleurs, que lala maltraitance » (mot politique de l’autruche.abstrait), au lieu de parler Savoir parler, savoir écrire,des « mauvais traitements », comprendre la parole et l’é-d’affirmer que la « violence C’est un autre aspect des rap- crit d’autrui. C’est là le butaugmente » plutôt que d’ad- ports de « langage » et « poli- premier, n’est ce pas ? De lamettre que « les violences se tique », de la liaison entre ces discipline dite « Français »,multiplient », que « les actes deux combats, que je veux dont le nom même a disparuUNI - LA DROITE UNIVERSITAIRE - 8, rue de Musset - 75016 Paris - ✆ 01.45.25.34.65 - fax. : 01.45.25.51.33 Directeur de la publication : J. Rougeot - CPPAP 1204 G 79428 - dépôt légal premier trimestre 2005 - MensuelL’action universitaire - page 1
  2. 2. dans le texte des proposi- quatre ou cinq types d’épreu- la Grèce ancienne, étaient lestions remises par une com- ves écrites différentes, dont sales mouchards dénonçantmission très fameuse. Eh ! ce monstre, le commentaire le trafic irrégulier des figues.bien, sur ce chapitre-là, je composé, que je croyais êtredois vous dire qu’après tren- le fin du fin des exercices lit-te ans d’enseignement au col- téraires, le couronnement, le Elle est toujours à l’ordre dulège, au lycée, à l’université, fleuron. Le chef d’œuvre, en jour, l’obligation urgente deje pense de nos méthodes et quelque sorte, qu’on ne pou- retrouver le bon sens dansprogrammes exactement ce vait demander, à moins de les classes de lettres, d’yque j’en pensais au premiers friser l’absurde, qu’à des élè- remettre la charrue derrièrebrûmes d’automne 1974 : ves déjà très fortement for- l’attelage, d’y répandre latout est à foutre par terre. Ce més. Double absurdité : simplicité, d’y rétablir unn’est sans doute pas, cela, demander de briller de tous ordre normal qui va de la let-mes chers amis, l’« argute les feux de la finesse littérai- tre au phonème, du phonèmeloqui ». Au moins n’est-ce re à des élèves qui ne savent au mot, du mot à la phrase,pas non plus la langue de rien de la littérature. de la phrase au texte ; unebois. Tout abattre et tout a Demander cette prouesse à organisation qui présente lesrefaire, parce que tout, des élèves qui n’ont aucun œuvres dans leur chronolo-depuis trente ans, est gâté des moyens pour en venir à gie, au lieu de tout mélangerpar l’irréalisme, l’ambition bout autrement que d’une dans des assemblages théma-intellectuelle démesurée, le manière dérisoire. J’étais tiques, génériques, pédanto-parti résolu de mettre la parti en 1967, je revenais en phsyco-narrato-acto-délirolo-charrue devant les bœufs. 1973. Entre les deux, il y giques… Mais pour en venirD’enseigner la narratologie avait eu les délires que cha- là, pour remonter un tel cou-avant la grammaire, l’analyse cun connaît, un vent qui, rant, pour vaincre ce pédan-actantielle avant l’orthogra- hélas, souffle encore. Le tisme, cette sophistication quiphe, les subtilités du classe- soixante-huitardisme à la vie fait croire à certains élèvesment « générique » quant est dure. Les vieilles barbes gri- qu’il n’est rien de plus rasoirignorée la chronologie la plus sonnent mais continuent de que la littérature (oui ! on enélémentaire, quand Hugo est barber. Les barricades tom- est arrivé là), il y a du che-situé au XVIème siècle, bées nous embarrassent min, il y a à ramer. Les poli-Rabelais pris pour un roman- encore. tiques, au secours !tique, Boris Vian inscritparmi les membres de la Un inspecteur général a quipléiade. Et je ne dis rien de la je demandais qui avait pondu Mes chers compagnons etprolifération déroutante des cette merveille : le commen- amis, je ne suis pas un syco-types d’exercices, au nombre taire composé en 1ère, me fit phante. Aussi m’abstiendrai-desquels le commentaire comprendre par une expres- je de nommer la revue auto-composé, étrange chimère sion navrée qu’il partageait risée et les auteurs nonpédagogique alliant l’explica- mon indignation, mais refusa moins autorisés qui, en sep-tion de texte à la dissertation, de me révéler le père du tembre de cette année, procu-genre difficile qui nous monstre en me répondant raient aux élèves de françaisdonna du fil a retordre en savamment : « je ne suis pas de 2nd les indications sui-khagne. Quelle ne fut ma sur- un sycophante ». Il voulait vantes : il s’agit d’une nou-prise, bachelier de 1967 et dire par là : « je ne suis pas velle de l’Heptameronagrégé de 1973, de découvrir une balance ». C’était bien contant l’affreux châtimentqu’une première scientifique reconnaître la qualité de délit d’une épouse infidèle,ou je faisais mes premières d’une telle trouvaille pédago- contrainte de boire dans learmes devait être formée a gique. Les sycophantes, dans crâne de son amant. Beau
  3. 3. texte, macabre à souhait, s’a- et, de limpide, le rendre her- nous invective de la sorte,chevant d’une manière heu- métique et rébarbatif. n’est-ce pas que l’empreintereuse, et qui a tout pour faire du virtuose, mais par celle-là,les délices d’un jeune lecteur, c’est aussi l’adresse d’unsi ce n’était l’appareil de trois La même savante revue, sous regard empli de sollicitudetonnes sous lequel le maître la rubrique « analyse d’image qui ici nous touche, nousdocile à cette revue est invité » et toujours pour nourrir un offrant de partager avec lui laà écraser cette malheureuse cours, pardon, une « séquen- beauté du monde et d’enhistoriette : « on profitera de ce », destinée au même public jouir également, d’homme àl’étude d’un récit bref pour des lycées, propose un article homme, à hauteur des yeux »,rappeler la notion de schéma sur la « grande touffe d’her- vous m’avez bien compris,narratif (en principe abordé bes » de Durer, article en effet n’est-ce pas ? Je ne vous faisau collège) et introduire (ou touffu d’où se détache ce flo- pas ces lectures éprouvantespréciser) celle de schéma rilège : « Durer a ( je cite) pour vous dispenser desactanciel : le schéma narratif arraché au sol quelques mot- exemples de blablabla et demet en relief les étapes essen- tes de manière assez cohéren- charabia, ce qui serait pour-tielles concernant la chrono- te pour former un tout sym- tant bien dans mon sujet.logie des évènements, tandis biotique (…) c’est donc uneque le schéma actantiel per- nature composée qui donne Mon propos est de vous mon-met de déployer les intention sens au morceau cru de natu- trer l’absurdité d’un enseigne-concernant le sens de l’œuvre re, fragment de pays, bribe ment ambitieux et ésotérique,». Vous avez bien saisi ! Point éparse (sic, au singulier), préconisé et, dans une certai-de salut, on n’y voit goutte bribe éparse de chaos. Une ne mesure, pratiqué devantsans schéma narratif ni sché- image cultivée s’y dessine, des publics qui ont le plusma actantiel. La suite est de la renseignée et apprêtée, une grand besoin d’apprendre desmême farine : on y jongle forme accomplie, esthétisée, mots, de recevoir du maîtrelourdement (si vous me pas- achevée dans la couleur les moyens de formuler et desez l’image) avec « situation humide de l’aquarelle et de la former une pensée.initiale », « élément perturba- gouache ». Et voici la pérorai-teur », « étape de la péripétie son, sous le titre « A hauteur», « étape de la résolution », d’homme » (mais pas à hau- Dans « La Parole et l’Ecriture« situation finale », « action teur des élèves) : « reste », essai composé en desdu sujet sur l’objet », « desti- encore un aspect de l’œuvre temps ou l’Europe, à feu et ànateur », « destinataire », « qui est à souligner. Des her- sang, était sillonnée de décla-opposant » et « adjuvant », biers, la « Touffe d’herbes » a mations vides et de slogans,non sans s’embrouiller retenu une caractéristique : le philosophe Louis Lavellequelque peu, en constatant (je celle d’être ordinairement une rappelait les vertus d’une «cite) qu’« on peut cependant image à l’échelle 1, ce qui discipline du langage ». Car,affiner la notion d’opposant facilite l’identification des dit-il, « le langage est unqui reste problématique ». Ce prélèvements. Mais comme abrégé du monde ; et l’émis-qui est problématique, pour seule une idée lui est identi- sion du langage ressemble àl’esprit des élèves, c’est ce fiable, le fait d’être élevée à la création du monde, etmarteau-pilon pour écraser cette échelle de mesure « même, de la signification duune mouche, ces superbes naturelle » pour manifester sa monde. Toute phrase que jegrilles d’analyses, dont je n’ai perfection revient à ce qu’el- prononce, c’est le mondegarde de contester la haute le nous toise, l’artiste nous qu’en la construisant, je cons-valeur scientifique… Mais qui défiant de nous y mesurer. truis ». Construire des phra-dans une classe de 2nd tombe Pour être un tableau, il y a ses, avec sujet, verbe et com-sur le texte pour l’enfermer dans toute œuvre un trait qui pléments, et, en les construi- page 3 - L’action universitaire
  4. 4. sant, construire le monde écartant. « Nathanaël, à pré- choses à leur place et l’ensei-même et même et la significa- sent, jette mon livre », gnement dans l’ordre logiquetion du monde. C’est à cela conseille le Gide des et naturel qu’on sauvera ceque doit prétendre d’abord le Nourritures terrestres . « Jette qui n’est pas de mincecours de français, non à des mon livre », non sans l’avoir importance : une Nation despéculations auxquelles il préalablement lu. citoyens libres, capables desera bien temps de former communiquer autrement queplus tard. D’abord, savoir Discipline, imitation non ser- par le cri et le coup, et deparler, savoir lire, savoir com- vile, exercice enfin. On étu- parvenir à une authentiqueprendre. Le retour aux « fon- diait en vue de mesurer ses pensée, que seul le langagedamentaux », dont on nous forces dans ce qu’on appelait autorise, si le langage, écritparle aujourd’hui, ne doit pas le « Discours français », cet encore Lavelle « ne sedemeurer slogan et parole enseignement tout pratique a, confond jamais avec la pen-verbale. J’exclus tout retour certes, produit des rhéteurs, sée, c’est le langage qui nousen arrière pur et simple, on des discoureurs sans convic- permet de la former et de lane remonte par le cours de tion, des adeptes de la parlo- régler. Elle s’achève enl’histoire. Mais je rappelle te, trop habiles à tourner de quelque sorte dans le langagequ’il fut un temps ou appren- belles phrases sans pensée. qui l’exprime ».dre les lettres, ce n’était pas Les pères jésuites, qui ontapprendre à ratiociner sur fondé l’enseignement français C’est cette pensée réglée etdes textes, c’était se ranger (et d’où nous viennent ces formée par les mots que jesous une discipline : celle du notions de discipline, d’imi- demande aux politiques demaître, que l’on respectait, tation et d’exercice), ces bons favoriser chez les élèves decelle des mots et des formes disciples de Loyola ont France. Que par de sagesgrammaticales, que l’on encouru le reproche d’avoir programmes et des méthodesrespectait aussi, celle, enfin, formé tant de phraseurs trop raisonnables, proscrivant lesd’écrivains que l’on disait « doués pour casser la baraque folies d’hier qui sont encoreclassiques », que l’on propo- sans grand souci des consé- celles d’aujourd’hui, ils son-sait comme modèles à partir quences. gent à octroyer aux français,desquels une originalité, pour eux dont c’est l’affaire et lequi en était capable, pouvait devoir, la faculté de penser.se développer. Les « clas- Il reste que c’est en privilé-siques » servaient à cela : à giant l’art de la parole et l’artl’imitation et à la contesta- de l’écrit, en renonçant auxtion. On les suivait, on s’en prétentions savantes etémancipait. On se constituait impraticables, en cessant deun style et une pensée en les confondre secondaire etécoutant mais aussi en les supérieur, en remettant les l’Action Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Prénom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . universitaire LE JOURNAL DE L’UNION NATIONALE INTER-UNIVERSITAIRE Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Code Postal : . . . . . . . . . . Ville : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tél. : . . . . . . . . . . 8, rue de Musset Profession : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Etablissement : . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75016 Paris ✆ 01.45.25.34.65 ❏ désire s’abonner à l’Action universitaire 38 euros (un an) fax : 01.45.25.51.33 ❏ désire souscrire un abonnement de soutien à partir de 230 euros : . . . . ❏ désire soutenir financièrement l’UNI et verse : ❏ 300 euros ❏ 500 euros ❏ 1.000 euros ❏ . . . . . . . euros Imprimé par nos soins ❏ déclare adhérer à l’UNI 35 euros (lycéens 5 euros, étudiants 10 euros, membre bienfaiteur 100 euros, cotisation de soutien à partir de 200 euros) CCP 30 075 33 Y Orléans La Source Date et signature :page 4 - L’action universitaire

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