De l'Amour Partie I
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De l'Amour Partie I De l'Amour Partie I Document Transcript

  • La Bible Neruda Hugo Aragon Verhaeren Pouchkine Baudelaire Shakespeare Maeterlinck Lorca Poe Goethe Prévert Saint-John Perse La Bible LA BIEN-AIMÉE J’entends mon bien-aimé. Voici qu’il arrive, sautant sur les montagnes, bondissant sur les collines. Mon bien-aimé est semblable à une gazelle, à un jeune faon. Voilà qu’il se tient derrière notre mur. Il guette par la fenêtre, il épie par le treillis. Mon bien-aimé élève la voix, il me dit : “ Lève-toi, ma bien-aimée, ma belle, viens. Car voilà l’hiver passé, c’en est fini des pluies, elles ont disparu. Sur notre terre, les fleurs se montrent. La saison vient des gais refrains, le roucoulement de la tourterelle se fait entendre sur notre terre. Le figuier forme ses premiers fruits et les vignes en fleur exhalent leur parfum. Lève-toi, ma bien-aimée, ma belle, viens ! Ma colombe, cachée au creux des rochers, en des retraites escarpées, montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix ; car ta voix est douce et charmant ton visage. ” Attrapez-nous les renards, les petits renards ravageurs de vigne, car nos vignes sont en fleur. Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui. Il paît son troupeau parmi les lis. Avant que souffle la brise du jour et que s’enfuient les ombres, reviens… ! Sois semblable, mon bien-aimé, à une gazelle, à un jeune faon,
  • sur les montagnes de Bétèr. Sur ma couche, la nuit, j’ai cherché celui que mon cœur aime. Je l’ai cherché mais ne l’ai point trouvé ! Je me lèverai donc, et parcourrai la ville. Dans les rues et sur les places, je chercherai celui que mon cœur aime. Je l’ai cherché, mais ne l’ai point trouvé ! Les gardes m’ont rencontrée, ceux qui font la ronde dans la ville : “ Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? ” A peine les avais-je dépassés, j’ai trouvé celui que mon cœur aime. Je l’ai saisi et ne le lâcherai point que je ne l’aie fait entrer dans la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m’a conçue. LE BIEN-AIMÉ Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes, derrière ton voile, tes cheveux comme un troupeau de chèvres, ondulant sur les pentes du mont Galaad. Tes dents sont comme un troupeau de brebis tondues, qui montent du lavoir, qui toutes ont des jumeaux, et pas une d'elles n'est stérile. Tes lèvres un fil d’écarlate, et tes discours sont ravissants. Tes joues, des moitiés de grenades, derrière ton voile. Ton cou est comme la tour de David, bâtie pour y suspendre des armures; mille boucliers y sont suspendus, tous les pavois des vaillants hommes Tes deux seins, deux faons, jumeaux d’une gazelle, qui paissent parmi les lis. Avant que souffle la brise du jour et que s’enfuient les ombres, j’irai à la montagne de la myrrhe, à la colline de l’encens. Tu es toute belle, ma bien-aimée, et sans tache aucune ! Viens du Liban, ô fiancée, viens du Liban, fais ton entrée. regarde du sommet de l’Amana des cimes du Sanir et de l’Hermon,
  • repaire des lions, montagne des léopards. Tu m’as ravi le cœur, ma sœur, ô fiancée, Tu m’as ravi le cœur par un seul de tes regards, par un anneau de ton collier ! Que ton amour a de charmes, ma sœur, ô fiancée. Que ton amour est délicieux, plus que le vin ! Et l’arôme de tes parfums, plus que tous les baumes ! Tes lèvres, ô fiancée, distillent le miel vierge. Le miel et le lait sont sous ta langue ; et le parfum de tes vêtements est comme le parfum du Liban. Neruda Belle Belle, pareil à l’eau qui sur la pierre fraîche de la source ouvre son grand éclair d’écume, est ton sourire, belle. Belle, aux fines mains, aux pieds déliés comme un petit cheval d’argent, fleur du monde, marchant, je te vois moi, belle. Belle, avec un nid de cuivre enchevêtré dans la tête, un nid d’une brune couleur de miel où mon coeur brûle et se repose, belle. Belle, aux yeux trop grands pour ton visage, aux yeux trop grands pour la planète. Il y a des pays, des fleuves dans tes yeux, ma patrie se tient dans tes yeux, je vagabonde à travers eux, ils donnent sa clarté au monde partout où s’avancent mes pas,
  • belle. Belle, tes seins sont pareils à deux pains - terre froment et lune d’or -, belle. Belle, ta taille mon bras l’a faite comme un fleuve mille années parcourant la douceur de ta chair, belle. Belle, rien n’a le charme de tes hanches, la terre en quelque lieu caché a peut-être, elle, la courbe de ton corps et son parfum, en quelque lieu peut-être, belle. Belle, ma belle, ta voix, ta peau, tes ongles, belle, ma belle, ton être, ta clarté, ton ombre, belle, tout cela est mien, belle, tout cela, mienne, m’appartient, lorsque tu marches ou te reposes, lorsque tu chantes ou que tu dors, lorsque tu souffres ou que tu rêves, toujours, lorsque tu es proche ou lointaine, toujours, ma belle, tu es mienne, toujours. Hugo Encore à toi A toi ! toujours à toi ! Que chanterait ma lyre ? A toi l'hymne d'amour ! à toi l'hymne d'hymen ! Quel autre nom pourrait éveiller mon délire ? Ai-je appris d'autres chants ? sais-je un autre chemin ? C'est toi, dont le regard éclaire ma nuit sombre ; Toi, dont l'image luit sur mon sommeil joyeux ; C'est toi qui tiens ma main quand je marche dans l'ombre, Et les rayons du ciel me viennent de tes yeux ! Mon destin est gardé par ta douce prière ; Elle veille sur moi quand mon ange s'endort ; Lorsque mon cœur entend ta voix modeste et fière, Au combat de la vie il provoque le sort.
  • N'est-il pas dans le ciel de voix qui te réclame ? N'es-tu pas une fleur étrangère à nos champs ? Sœur des vierges du ciel, ton âme est pour mon âme Le reflet de leurs feux et l'écho de leurs chants ! Quand ton œil noir et doux me parle et me contemple, Quand ta robe m'effleure avec un léger bruit, Je crois avoir touché quelque voile du temple, Je dis comme Tobie : Un ange est dans ma nuit ! Lorsque de mes douleurs tu chassas le nuage, Je compris qu'à ton sort mon sort devait s'unir, Pareil au saint pasteur, lassé d'un long voyage, Qui vit vers la fontaine une vierge venir ! Je t'aime comme un être au-dessus de ma vie, Comme une antique aïeule aux prévoyants discours, Comme une sœur craintive, à mes maux asservie, Comme un dernier enfant, qu'on a dans ses vieux jours. Hélas ! je t'aime tant qu'à ton nom seul je pleure ! Je pleure, car la vie est si pleine de maux ! Dans ce morne désert tu n'as point de demeure, Et l'arbre où l'on s'assied lève ailleurs ses rameaux. Mon Dieu ! mettez la paix et la joie auprès d'elle. Ne troublez pas ses jours, ils sont à vous, Seigneur ! Vous devez la bénir, car son âme fidèle Demande à la vertu le secret du bonheur Aragon Vers à dancer Que ce soit dimanche ou lundi Soir ou matin minuit midi Dans l'enfer ou le paradis Les amours aux amours ressemblent C'était hier que je t'ai dit Nous dormirons ensemble C'était hier et c'est demain Je n'ai plus que toi de chemin J'ai mis mon coeur entre tes mains Avec le tien comme il va l'amble Tout ce qu'il a de temps humain Nous dormirons ensemble Mon amour ce qui fut sera Le ciel est sur nous comme un drap J'ai refermé sur toi mes bras Et tant je t'aime que j'en tremble Aussi longtemps que tu voudras Nous dormirons ensemble
  • Verhaeren Avec mes sens, avec mon coeur ... Avec mes sens, avec mon coeur et mon cerveau, Avec mon être entier tendu comme un flambeau Vers ta bonté et vers ta charité Sans cesse inassouvies, Je t'aime et te louange et je te remercie D'être venue, un jour, si simplement, Par les chemins du dévouement, Prendre, en tes mains bienfaisantes, ma vie. Depuis ce jour, Je sais, oh ! quel amour Candide et clair ainsi que la rosée Tombe de toi sur mon âme tranquillisée. Je me sens tien, par tous les liens brûlants Qui rattachent à leur brasier les flammes ; Toute ma chair, toute mon âme Monte vers toi, d'un inlassable élan ; Je ne cesse de longuement me souvenir De ta ferveur profonde et de ton charme, Si bien que, tout à coup, je sens mes yeux s'emplir, Délicieusement, d'inoubliables larmes. Et je m'en viens vers toi, heureux et recueilli, Avec le désir fier d'être à jamais celui Qui t'est et te sera la plus sûre des joies. Toute notre tendresse autour de nous flamboie ; Tout écho de mon être à ton appel répond ; L'heure est unique et d'extase solennisée Et mes doigts sont tremblants, rien qu'à frôler ton front, Comme s'ils y touchaient l'aile de tes pensées. Pouchkine A*** Je revois l’instant merveilleux où devant moi tu apparus, vision à peine ébauchée, claire image de la beauté. Accablé jusqu’au désespoir, assourdi par le bruit du monde, j’entendis longtemps ta voix tendre et rêvai de tes traits aimés. Les ans passèrent. Les tempêtes au vent jetèrent tous mes rêves et j’en oubliai ta voix tendre et les traits purs de ton visage.
  • Mes jours se traînaient silencieux dans une sombre réclusion, sans génie, sans inspiration, sans vie, sans amour, sans larme. Quand sonna l’heure du réveil, devant moi tu réapparus, vision à peine ébauchée, claire image de la beauté, et mon cœur s’est remis à battre, ivre de voir ressusciter le génie et l’inspiration, la vie et l’amour et les larmes. Le désir fait brûler mon sang, d'amour tu m'as l'âme blessée. Donne tes lèvres : tes baisers me valent la myrrhe et le vin. Penche sur moi ta tête tendrement que je goûte un sommeil sans trouble jusqu'au souffle joyeux du jour qui chassera l'ombre nocturne Baudelaire Hymne à la beauté. Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme, Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin, Verse confusément le bienfait et le crime, Et l'on peut pour cela te comparer au vin. Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ; Tu répands des parfums comme un soir orageux ; Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore Qui font le héros lâche et l'enfant courageux. Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ? Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ; Tu sèmes au hasard la joie et les désastres, Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien. Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ; De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant, Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques, Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement. L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle, Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau ! L'amoureux pantelant incliné sur sa belle A l'air d'un moribond caressant son tombeau. Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
  • Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu ! Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ? De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène, Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours, Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! - L'univers moins hideux et les instants moins lourds ? Baudelaire LE DÉSIR DE PEINDRE Malheureux peut-être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire ! Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu ! Elle est belle, et plus que belle ; elle est surprenante. En elle le noir abonde : et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l’éclair : c’est une explosion dans les ténèbres. Je la comparerais à un soleil noir, si l’on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l’a marquée de sa redoutable influence ; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d’une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent ; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l’herbe terrifiée ! Dans son petit front habitent la volonté tenace et l’amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l’inconnu et l’impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d’une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d’une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique. Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles ; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard. Shakespeare Mon œil s’est fait peintre et a fait resplendir la forme de ta beauté sur le tableau de mon cœur ; ma personne est le cadre qui l’enferme ; et c’est un chef-d’œuvre de perspective : Car, habileté suprême, c’est dans le peintre même qu’il faut regarder pour trouver ton vivant portrait, pendu dans l’échoppe de mon cœur, dont les fenêtres ont tes yeux pour vitres. Vois donc comme tes yeux et les miens s’aident réciproquement ! Mes yeux ont dessiné tes traits, et tes yeux sont les fenêtres de mon cœur, à travers lesquelles le soleil aime à se glisser pour t’y contempler. Pourtant il manque à mes yeux une science pour embellir leur art. Ils ne dessinent que ce qui se voit ; ils ne connaissent pas mon cœur.
  • Maeterlinck Ame de nuit Mon âme en est triste à la fin ; Elle est triste enfin d'être lasse, Elle est lasse enfin d'être en vain, Elle est triste et lasse à la fin Et j'attends vos mains sur ma face. J'attends vos doigts purs sur ma face, Pareils à des anges de glace, J'attends qu'ils m'apportent l'anneau; J'attends leur fraîcheur sur ma face, Comme un trésor au fond de l'eau. Et j'attends enfin leurs remèdes, Pour ne pas mourir au soleil, Mourir sans espoir au soleil ! J'attends qu'ils lavent mes yeux tièdes Où tant de pauvres ont sommeil ! Où tant de cygnes sur la mer, De cygnes errants sur la mer, Tendent en vain leur col morose, Où, le long des jardins d'hiver, Des malades cueillent des roses. J'attends vos doigts purs sur ma face, Pareils à des anges de glace, J'attends qu'ils mouillent mes regards, L'herbe morte de mes regards, Où tant d'agneaux las sont épars ! Lorca Nocturne Je suis effrayé Par les feuilles mortes Et j’ai peur des prés Baignés de rosée. Je vais m’endormir. Si tu ne m’éveilles, Tu trouveras à tes côtés mon cœur glacé. Qu’est-ce qui résonne Au loin ? L’amour. Le vent sur les vitres, Mon amour ! J’ai mis à ton cou Des gemmes d’aurore.
  • Pourquoi me laisser Parmi ce chemin ? Si tu vas au loin, L’oiseau va pleurer Et la verte vigne Restera sans vin. Qu’est-ce qui résonne Au loin ? L’amour. Le vent sur les vitres. Mon amour ! Tu ne sauras point Mon beau sphinx de neige Avec quelle ardeur Je t’aurais chéri Au petit matin, Lorsqu’il pleut si fort Que sur l’arbre sec Se défait le nid! Qu’est-ce qui résonne Au loin ? L’amour. Le vent sur les vitres. Mon amour ! Poe Annabel Lee It was many and many a year ago In a kingdom by the sea That a maiden there lived, whom you may know By the name of Annabel Lee And this maiden she lived with no other thought Than to love and be loved by me. I was a child and she was a child In this kingdom by the sea But we loved with a love that was more than love I and my Annabel Lee With a love that winged seraphs in Heaven Coveted her and me This was the reason that, long ago In this kingdom by the sea The winds blew out of a cloud, chilling My beautiful Annabel Lee So that her highborn kinsmen came And bore her away from me, To shut her up in a sepulchre In this kingdom by the sea The Angels, not half so happy in Heaven, Went envying her and me
  • Yes! That was the reason (as all men know In this kingdom by the sea) That the wind came out of a cloud by night Chilling and killing my Annabel Lee. But our love, it was stronger by far than the love Of those who were older than we, Of many far wiser than we And neither the Angels in Heaven above Nor the demons down under the sea Can ever dissever my soul from the soul Of the beautiful Annabel Lee. For the moon never beams without bringing me dreams Of the beautiful Annabel Lee And the stars never rise, but I feel the bright eyes Of my beautiful Annabel Lee. And so, all the nighttide, I lie down by the side Of my darling! My darling, my life and my bride. In her sepulchre, there by the sea, In her tomb, by the side of the sea. Goethe Élégie de Marienbad Et si l'homme devient muet dans son martyre, Un dieu m'a donné de dire ce que je souffre. Que dois-je maintenant espérer du revoir, De la fleur close encore de ce jour ? Le paradis et l'enfer te sont ouverts ; Que d'émotions changeantes dans ton âme ! Plus de doute ! Elle s'avance aux portes du ciel, Et t'attire dans ses bras. Ainsi tu fus reçu au paradis Comme si tu t'étais rendu digne de la vie éternellement belle ; Nul vœu ne te restait à former, nulle espérance, nul souhait, Là était le but de tes intimes tendances, Et dans la contemplation de cette unique beauté, Se tarit presque la source de tes ardentes larmes. Comme le jour agitait ses ailes rapides, On eût dit qu'il poussait les minutes devant lui ! Le baiser du soir, un gage fidèle : Il en sera de même au soleil prochain. Les heures dans leur tendre cours se ressemblaient Comme des sœurs, mais nulle n'était semblable à l'autre. Le baiser, le dernier, affreusement suave, déchirant Un splendide tissu de voluptés entrelacées Maintenant le pied se hâte, il trébuche, évitant le seuil Comme si le chassait de l'intérieur un chérubin flamboyant.
  • L'œil découragé se fixe sur le sentier obscur, Il se retourne : la porte s'est fermée. Et désormais il se referme en lui-même comme s'il ne s'était, Ce cœur, jamais ouvert, comme s'il n'avait jamais goûté Auprès d'elle des heures bienheureuses splendides, À faire envie à toutes les étoiles du ciel ; Et le chagrin, le repentir, le souci l'oppressent Désormais dans une atmosphère étouffante. Le monde ne reste-t-il donc pas ? la cime des montagnes N'est-elle plus couronnée d'ombres saintes ? La moisson ne mûrit-elle plus ? un verdoyant pays, Semé de bois et de prairies, ne longe-t-il donc plus le fleuve ? Et l'immensité ne se voûte-t-elle pas, Tantôt vide, tantôt riche de formes ? Légère et charmante, tissée de vapeurs lumineuses, Flotte, comme un séraphin, détaché du chœur des nuages foncés, Comme si c'était elle, dans l'azur de l'éther, Une svelte figure d'une émanation légère ; Ainsi tu la vis s'agiter dans la danse joyeuse, La plus aimable forme entre les plus aimables. Cependant tu ne peux guère qu'un moment te résoudre À prendre pour elle un fantôme de l'air ; Rentre en ton cœur ! là, tu la trouveras mieux, Là, elle se meut en changeantes figures : Elle se multiplie, Toujours et toujours plus charmante. Telle qu'elle m'attendait sur le seuil pour me recevoir Et m'enivrer ensuite de degrés en degrés, Puis, après le dernier baiser, me courait après, Et, me rejoignant, m'imprimait sur les lèvres le dernier des derniers : Ainsi, mobile et lumineuse, palpite dans le coeur fidèle L'image vivante en traits de flamme de la bien-aimée. Dans ce cœur plus solide qu'une forteresse, qui se garde pour elle et la garde en soi, qui pour elle se réjouit de sa propre durée, attend pour se reconnaître soi-même qu'elle se révèle, et se sent plus libre en si aimables chaînes ; dans ce cœur qui, désormais, ne bat que pour lui savoir gré de tout; La faculté d'aimer, le besoin d'être aimé s'était éteint, évanoui ; soudain l'espérance s'est retrouvée! le goût des joyeux projets, les résolutions, la vie active ! Si l'amour a jamais inspiré un amant, cette grâce à moi fut accordée de la plus douce façon ; Et par elle vraiment ! — Quelles angoisses intérieure, importun fardeau, pesaient sur mon corps et sur mon esprit ! mon regard ne trouvait autour de lui que fantômes dans le désert aride et le vide du cœur ; et maintenant le crépuscule de l'espérance tremblote pour moi d'un seuil connu, et je la vois elle-même m'apparaître dans ces doux rayons de soleil. A la paix de Dieu, qui vous béatifie ici-bas plus que la raison, nous le lisons du moins, je compare, moi, volontiers, la paix sereine de l'amour en présence de l'être tant aimé. Là repose le cœur, et rien ne peut troubler son sentiment profond, le sentiment de lui appartenir.
  • Dans le plus pur de notre cœur s'émeut un désir, le désir de se donner librement et par reconnaissance à un être plus haut, plus pur, inconnu, qui le mette sur la trace de l'éternel inconnu. Nous appelons cela être pieux ! — Eh bien! cette émotion sublime, je la partage, moi, lorsque je suis devant elle ! A son regard, comme au rayon du soleil, à son haleine, comme au souffle du printemps, la glace de l'égoïsme, si longtemps impénétrable, fond dans ces gouffres hivernaux ; nul intérêt personnel, nul amour-propre ne persiste ; à sa venue, frémissants, ils s'éclipsent. C'est comme si elle disait : « Heure par heure la vie amicalement nous est offerte ; hier ne nous dit pas grand'chose, demain il nous est défendu d'en rien savoir, et lorsque je voyais le soir s'avancer avec crainte, le soleil tombait et quelque joie m'en venait encore. « C'est pourquoi, fais comme moi, regarde le moment en face avec sérénité, avec prudence ! point d'irrésolution ! Va au-devant de lui d'un air bienveillant, avec vivacité, dans l'action, dans la joie, dans les sympathies ; que seulement là où tu es soit tout, ingénument, toujours. Ainsi tu seras tout, tu seras invincible. » Tu en parles à ton aise, pensai-je ; un Dieu ta donné pour compagne la grâce du moment, et chacun, en ta douce présence, se croit pour un moment le favori du destin. Moi, ce conseil m'épouvante de m'éloigner de toi, et que me sert d'apprendre cette haute sagesse ? — Maintenant je suis loin ! Que ferai-je a l'heure actuelle ? je ne le saurais dire. Elle était pour moi si bonne et si belle! c'est trop de regrets, je veux m'y soustraire ! Une ardeur insurmontable me travaille et m'agite, et nul conseil ne me reste que des larmes sans fin ! Ruisselez donc et coulez sans que rien vous arrête ! allez, jamais il ne vous arrivera d'étouffer la flamme intérieure ; le ravage déjà se met dans ma poitrine, où la vie et la mort se livrent un affreux combat. Il y aurait bien des simples pour apaiser les tortures du cœur, mais la résolution manque à mon esprit, la volonté. Il ne saurait se faire à l'idée de se passer d'elle ! Il multiplie son image par mille : tantôt il la sent palpiter, tantôt il l'arrache, indécise à présent, tout à l'heure inondée de lumière. Quelle consolation si faible espérer dans ce flux et reflux, cette allée et venue ? Prévert Je suis comme je suis Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Quand j’ai envie de rire Oui je ris aux éclats J’aime celui qui m'aime Est-ce ma faute à moi Si ce n’est pas le même Que j’aime chaque fois Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Que voulez-vous de plus Que voulez-vous de moi Je suis faite pour plaire Et n’y puis rien changer
  • Mes talons sont trop hauts Ma taille trop cambrée Mes seins beaucoup trop durs Et mes yeux trop cernés Et puis après Qu’est-ce que ça peut vous faire Je suis comme je suis Je plais à qui je plais Qu’est-ce que ça peut vous faire Ce qui m’est arrivé Oui j’ai aimé quelqu’un Oui quelqu’un m’a aimé Comme les enfants qui s’aiment Simplement savent aimer Aimer aimer... Pourquoi me questionner Je suis là pour vous plaire Et n’y puis rien changer. Saint-John Perse « Saveur de vierge dans l’amante, faveur d’amante dans la femme, et toi, parfum d’épouse à la naissance du front, ô femme prise à son arôme et femme prise à son essence, lèvres qui t’ont flairée ne fleurent point la mort…