De la société Formule 1à la société tout-terrain ®       Dimitri Carbonnelle
RésuméAprès nous être pris pour les deus ex machina sur notre planète Terre, nous voilà redescendus de notrepiédestal à es...
IntroductionAu sortir de XXe siècle, nous étions inattaquables, inépuisables, inébranlables et omniscients...Le 11 septemb...
Les fondementsCroissance, santé, produits pour tousPourquoi en sommes-nous là ?Si nous jetons un œil sur les quelques cent...
La production et consommation de masseLa production et son corollaire la consommation de masse ont permis cet emballement ...
Ayant appris à être de plus en plus exigeants, nous n’acceptons plus le moindre défaut et jetons tout cequi sort de la nor...
Cela n’est pas prêt de s’achever quand nous regardons à quelle vitesse des pays comme la Chine oul’Inde rejoignent les niv...
Les pays occidentaux auront bien du mal à persuader les pays émergents quils doivent sacrifier leurcroissance parce qu’ils...
Cette combinaison de produits très vulnérables diffusés en masse fait peser une épée de Damoclès surnous. Il suffit de peu...
Evolution du nombre de victimes de catastrophes naturelles depuis 1900 (Source : EMDATvi)vi     http://www.emdat.be/natura...
Comment y faire face ?Confrontés à ces ébranlements présents et futurs, nous pouvons agir à trois niveaux : réduire les ca...
2     Source : CDIAC - Hussonet1. Réduire les ressources nécessaires de bout en boutPour résoudre le paradoxe entre des pr...
proposent à leurs clients de racheter leur matériel d’occasion et de les revendre reconditionnés, enparallèle de leurs pro...
Un exemple parmi d’autres est l’ordinateur One-Laptop Per Child - OLPC qui pour un coût très faible estcapable de fonction...
Au cours de la dernière décennie, nous avons vu apparaître des nouveaux moyens de coopérermassivement fondés sur des plate...
Certains pays africains tels que le Mali, le Burkina Faso ou le Ghana ont déjà mis en place cette initiativesur un plan lo...
Conclusion                                                                          9Notre société est de plus en plus con...
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Après nous être pris pour les deus ex machina sur notre planète Terre, nous voilà redescendus de notre piédestal à essayer de résoudre des problèmes devenus insurmontables.

Devant la complexité, aux incertitudes que nous avons créées, mais que nous ne savons plus maîtriser, nous avons choisi de normer, de règlementer et contraindre ce qui conduit à réduire nos libertés. A l’origine, l’industrialisation et la course à l’efficacité ont permis de grandes avancées à l’Humanité dans le domaine de la santé, l’éducation, la pauvreté, mais elles trouvent leurs limites aujourd’hui.

Nous affrontons des bouleversements majeurs dont nous sommes en partie responsables et notre société n’est pas structurée et préparée pour les surmonter. Pour éviter que les situations chaotiques prennent le dessus et que nous soyons mieux préparés à des événements récents comme au Japon, les clés sont à notre portée et passent par une coopération massive entre individus et pas uniquement entre Etats ou autres entités centralisatrices et par notre capacité à nous adapter aux évolutions de notre environnement.
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De la société Formule 1 à la société tout-terrain

  1. 1. De la société Formule 1à la société tout-terrain ® Dimitri Carbonnelle
  2. 2. RésuméAprès nous être pris pour les deus ex machina sur notre planète Terre, nous voilà redescendus de notrepiédestal à essayer de résoudre des problèmes devenus insurmontables.Devant la complexité, aux incertitudes que nous avons créées, mais que nous ne savons plus maîtriser,nous avons choisi de normer, de règlementer et contraindre ce qui conduit à réduire nos libertés. Al’origine, l’industrialisation et la course à l’efficacité ont permis de grandes avancées à l’Humanité dans ledomaine de la santé, l’éducation, la pauvreté, mais elles trouvent leurs limites aujourd’hui.Nous affrontons des bouleversements majeurs dont nous sommes en partie responsables et notre sociétén’est pas structurée et préparée pour les surmonter. Pour éviter que les situations chaotiques prennent ledessus et que nous soyons mieux préparés à des événements récents comme au Japon, les clés sont ànotre portée et passent par une coopération massive entre individus et pas uniquement entre Etats ouautres entités centralisatrices et par notre capacité à nous adapter aux évolutions de notreenvironnement.Dimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 2/18
  3. 3. IntroductionAu sortir de XXe siècle, nous étions inattaquables, inépuisables, inébranlables et omniscients...Le 11 septembre, le réchauffement climatique et la réduction des ressources naturelles, la crise financièreet économique, la pandémie de la grippe A, le séisme au Japon… ont brisé nos certitudes, les unes aprèsles autres.Face à un monde plus complexe, plus incertain où tout devient de plus en plus interconnecté, où lesinformations, les maladies, les crises... se propagent sur notre planète à une vitesse fulgurante, où lescontraintes s’accroissent et les ressources s’épuisent, où le temps s’accélère et nous agissons commedes apprentis sorciers incapables de mesurer limpact de nos propres actes et décisions, commentréagissons-nous ?Les bonnes vieilles recettesDevant l’adversité, nous appliquons les bonnes vieilles recettes d’antan : Réglementer, légiférer, contrôler,contraindre, interdire, mais en changeant juste déchelle à mesure que les problèmes deviennentmondiaux : sommet sur le réchauffement climatique à Copenhague, réglementation accrue des banqueset institutions financières, renforcement mondial des contrôles aux frontières, rôle de lOMS pour juguler lapandémie de la grippe, l’ACTA (accord multilatéral sur la propriété intellectuelle)…Pour lutter contrer le réchauffement climatique ou pour mieux réguler les institutions financières, uneconcertation des Etats semble nécessaire, mais les temps de réaction sauf en cas de crise majeure sontbien trop lents et un même symptôme, peut avoir des origines très différentes. Les leviers pour réduire lesémissions de CO2 en Chine (ex : centrales thermiques au charbon) sont bien différents de ceux en France(les transports).Pour lutter contre le terrorisme, nous faisons supporter des contraintes drastiques sur chaque passageralors que seuls quelques-uns sont concernés. Quel est le pourcentage de bouteilles de plus de 100 mlconfisquées par les douanes qui contenaient des explosifs ? Au nom de cette lutte, les Etats etentreprises peuvent recueillir et croiser une foule dinformations sur nous, nos habitudes, nos opinions.Combien dépensons-nous en temps, ressources et énergie pour contrôler ce qui dans la grande majoritédes cas n’a pas de valeur ajoutée ? Qu’en est-il de la discrimination, du respect de la vie privée ?Sommes-nous coupables par défaut et présumés innocents si nous répondons correctement à une listede critères qui s’accroît de jour en jour ?A force de règles et contrôles, si la liberté correspond à " Tout est permis sauf … " et qu’il nous devientimpossible de savoir ce que contient le « sauf », quaura-t-on le droit de faire ? La liberté se réduirait-ellealors à un ruban de terre tracée par le soin de quelques-uns au milieu dun champ de mines enterrées parles mêmes personnes ?Nous contraindre à adopter un comportement standard en usant souvent d’une politique de la peur et enrisquant de mettre au ban ceux qui ne veulent ou ne peuvent répondre à ce standard, est-ce la bonnevoie alors que notre monde va devoir faire face à des bouleversements majeurs dans les futures années ?Dimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 3/18
  4. 4. Les fondementsCroissance, santé, produits pour tousPourquoi en sommes-nous là ?Si nous jetons un œil sur les quelques centaines de millions d’années qui nous ont précédés, la vie surnotre planète a su se perpétuer et faire figure d’une formidable résilience malgré les nombreuxcataclysmes naturels qui ont jalonné son parcours tels que l’extinction Permien-Trias (-250 Ma) etl’extinction K/T ou Crétacé-Tertiaire (-65 Ma) , rayant respectivement 90% et 60% des espèces vivantes.Sa biodiversité et ses écosystèmes ont permis à la Vie de refaire surface parfois après de longuespériodes.A la différence de la Nature, l’homme ne se contente pas de se perpétuer, il a toujours recherché àaméliorer ses conditions de vie et depuis les deux premières révolutions industrielles, il a les moyenstechniques de le faire massivement. Malgré les épidémies, catastrophes naturelles, guerres et crises quiponctuent notre Histoire, nous n’avons jamais eu à remettre en cause notre mode de développementfondé sur le progrès et la croissance.La croissance du PIB mondial depuis plus de 200 ans aurait été inimaginable sans cette industrialisation ifrénétique accompagnée par un accroissement massif de lespérance de vie moyenne et ladémocratisation de nouveaux produits et services inaccessibles au commun des mortels : les voyages,les voitures, les TV, lélectroménager, laccès aux soins, à léducation.Source : Gapminder - Life Expectancy – Incomei Entre 1800 et 2009, l’espérance de vie moyenne dans le monde a été multipliée par 2,5. En France, elleest passée de 32 à 81 ans et en Inde de 25 à 64 ans. Le PIB par habitant à taux constant a été multipliéd’un facteur 5 (Inde) à 20 (France) alors que dans le même temps la population mondiale est passée de1Md à 7 Mds environ.Dimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 4/18
  5. 5. La production et consommation de masseLa production et son corollaire la consommation de masse ont permis cet emballement de richesse. Or ilest nettement plus efficace et rentable dutiliser et de livrer des produits standards que des produits variéspour produire en masse d’un bout à l’autre de la chaîne et de le vendre au plus grand nombre.Plus les produits respectent des normes strictes, plus la productivité et les économies déchelle sontélevées, normes de plus en plus sévères avec le principe de précaution appliqué dans le domaine de lasanté et sécurité.Toute la chaîne de valeur de l’agro-alimentaire s’est construite autour de la production maximale d’unproduit parfaitement normé avec le concours des industries biotechnologiques, agrochimiques, desengrais, des engins agricoles, des usines et machines de transformation, de transports et de distribution,d’emballage...Même nos comportements sont conditionnés. Ne préférons-nous pas une tomate parfaitement ronde, d’unbeau rouge uniforme et à la chaire ferme et d’un goût insipide, à une tomate à la forme irrégulière auxcouleurs mi-rougeâtre mi-jaunâtre, mais goûteuse.Dimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 5/18
  6. 6. Ayant appris à être de plus en plus exigeants, nous n’acceptons plus le moindre défaut et jetons tout cequi sort de la norme. Nous voulons des Formule 1 à des prix imbattables que nous jetons pour unesimple éraflure ou dès que la nouvelle version apparaît. iiNotre fièvre néopathe réduit dramatiquement « lespérance de vie » de tous nos produits. Nous passonsde la TV LCD à la TV HD, LED, connectée, 3D en un temps record comparativement à la durée de vied’un TV cathodique.Conséquences de la standardisationDégradation de notre environnement & épuisement de nos ressourcesLes conséquences inévitables de cette fabrication, consommation, élimination massives de produitsstandards sont les rejets exponentiels de déchets, l’utilisation faramineuse de ressources (énergétiques,matières premières, « terres rares »), conduisant à leur épuisement et à l’appauvrissement des sols(monoculture intensive) et la détérioration de notre environnement (augmentation du CO 2, dégradation dela qualité de leau, réchauffement climatique…). (Source : Pib, bonheur et énergie : Note Hussonet n°13, juillet 2010)ii A la recherche des dernières nouveautésDimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 6/18
  7. 7. Cela n’est pas prêt de s’achever quand nous regardons à quelle vitesse des pays comme la Chine oul’Inde rejoignent les niveaux de pollution par habitant de pays comme les États-Unis, mais avec une iiipopulation vingt-cinq fois supérieure à eux deux . Evolution des émissions de CO2 par personne par rapport à la consommation d’énergie entre 1965 et aujourd’hui Source : Gapminder – Co2 – Energy per personiii Population 2011 : Chine : 6,9 Mds habitants – Inde : 1,2 Md – Union Européenne 0,5 Md - Etats-Unis 0,3 MdDimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 7/18
  8. 8. Les pays occidentaux auront bien du mal à persuader les pays émergents quils doivent sacrifier leurcroissance parce qu’ils ont mangé leur pain blanc. La tendance est au contraire à un rééquilibrage de larépartition de la richesse mondiale en faveur des pays comme la Chine et l’Inde. Evolution de la répartition du PIB mondial depuis le début de nos millénairesRéduction de nos défensesNon seulement, nous nous attaquons de plus en plus violemment à notre propre environnement, mais enplus nous l’affaiblissons. D’une part, nous accroissons les attaques (déchets, dégradation de notreenvironnement) et de l’autre nous réduisons nos défenses (réduction de la biodiversité, vulnérabilitéaccrue de nos produits et réseaux).C’est un peu comme si enfermés dans une maison, nous y mettions le feu et coupions l’eau pour nousempêcher de l’éteindre.Pour les produits industriels, nous voulons des appareils ayant de plus en plus de fonctionnalités, mais deplus en plus simples à utiliser. Cette simplicité vue de l’utilisateur engendre une complexité accrue dans laconception et fabrication du produit, complexité qui accroît sa vulnérabilité aux défauts et erreurs. Commenous voulons un prix aussi bas que possible, nous devons le standardiser et le produire en masse.Dimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 8/18
  9. 9. Cette combinaison de produits très vulnérables diffusés en masse fait peser une épée de Damoclès surnous. Il suffit de peu pour qu’un simple défaut ait des conséquences majeures sur des millions de produits ivet personnes comme le montrent les retours massifs par des constructeurs automobilesParadoxalement, nous pourrions y voir un effet positif. Par un mécanisme de rétroaction positive plusnous nous affaiblissons, plus nous réduisons notre capacité de nuisance. Nous ne sommes pas encore àce stade et faisons face à plus de catastrophes naturelles qui engendrent encore plus de victimes et dedégâts. Evolution du nombre de catastrophes naturelles depuis 1900 (Source : EMDATv)iv Exemples de rappels massifs récents : Toyota, 9 millions (M) de véhicules fin 2009 et 2 M 02/2011,Renault : 0,4 M – 01/2010, GM : 1,3 M 03/2010, BMW : 0,3M 10/2010v http://www.emdat.be/natural-disasters-trendsDimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 9/18
  10. 10. Evolution du nombre de victimes de catastrophes naturelles depuis 1900 (Source : EMDATvi)vi http://www.emdat.be/natural-disasters-trendsDimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 10/18
  11. 11. Comment y faire face ?Confrontés à ces ébranlements présents et futurs, nous pouvons agir à trois niveaux : réduire les causesde ces bouleversements quand nous en sommes responsables, atténuer leur impact et nous préparer àsurmonter et à nous adapter à leurs répercussions.Sattaquer aux causes et ne pas dégrader plus notre environnementSi le tableau paraît franchement noir, il est inutile de le noircir plus encore. Réduire les ressourcesnécessaires de bout en bout pour produire, exploiter et recycler est la première priorité. Augmenterl’espérance de vie de nos produits est la deuxième. La troisième est d’accroître le taux d’utilisation desproduits ce qui mécaniquement entraînerait une réduction de leur nombre pour un même niveaud’utilisation.Pourtant, ce n’est que très récemment que les entreprises et plus généralement notre sociétés’intéressent à ces pistes.Pourquoi ?Tout d’abord, dans un monde où lon considère que les ressources sont illimitées et peu chères, l’intérêtdes entreprises est surtout de vendre le maximum de produits neufs et non de réparer ou recycler. Peuimporte la quantité de ressources nécessaires tant qu’il est plus rentable de fabriquer un produit neuf quede le réparer ou de le recycler d’autant que cela évite que les produits d’occasion ne cannibalisent lemarché du neuf. Cela conduit aussi à certaines absurdités comme l’abondance des « 5 mn products »,produits abandonnés après une courte période d’utilisation ou l’obsolescence programmée lorsquecertains fabricants cherchent à réduire artificiellement la durée de vie de leurs produits.La « mortalité » très élevée de nos produits et en particulier « leur mortalité infantile » est la source des vii 1montagnes de DEEE dans les pays émergents .Lorsque les ressources sont chères et limitées, la donne change, car réutiliser, recycler peut devenir plusrentable que de fabriquer un nouveau produit. Si le prix du produit neuf devient excessif, le marché del’occasion ou de la location devient le seul canal pour la plupart des consommateurs d’y accéder.La chute de lintensité énergétique nécessaire pour fabriquer un produit depuis le premier choc pétrolierest encourageante néanmoins celle-ci doit être plus rapide que la croissance du nombre de produitsvendus, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.vii Déchets déquipements électriques et électroniquesDimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 11/18
  12. 12. 2 Source : CDIAC - Hussonet1. Réduire les ressources nécessaires de bout en boutPour résoudre le paradoxe entre des produits ayant un nombre croissant de fonctionnalités et desproduits de plus en plus simples à utiliser, nous avons imaginé des produits de plus en plus complexes etgourmands en ressources. Pour gaspiller moins de ressources, nous devrions abandonner le jetable etpasser à l’éco-conception, au produit longue durée, recyclable, réparable et réutilisable. En concevant un 3produit « Cradle to Cradle » , nous intégrons dès le départ sa vie entière de sa naissance à sarenaissance dans un autre produit à l’image de la Nature. « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà 4existantes se combinent, puis se séparent de nouveau » Anaxagore (500 – 428 av. J.-C.) .En fabriquant des objets modulaires, nous pouvons à la fois intégrer cette contrainte tout en préservantles fonctionnalités et la simplicité d’usage. Si une des parties ne fonctionne plus ou si le consommateursouhaite « l’upgrader », il remplace seulement la partie en question. L’ancienne partie modulaire pouvantêtre réutilisée, réparée, recyclée facilement. 5Un des modules pourrait même être utilisé par un autre objet, comme la Commission Européenne l’incitepour les chargeurs de téléphones portables (chargeur universel avec une connexion mini-USB). Dans unemaison, nous pouvons par exemple imaginer qu’un détecteur de présence relié à une alarme puisse aussiservir pour allumer la lumière ou éteindre le chauffage. L’interopérabilité entre les objets facilite cettemodularité.2. Augmenter l’espérance de vie de nos produitsPour augmenter la durée de vie de nos produits, nous devons accepter d’acheter des produits « moinsparfaits », de réutiliser des produits déjà consommés par d’autres. Cela nécessite un changement desmodes de commercialisation et de publicité et de vanter plus la durabilité que la nouveauté même si celaest loin d’être partagé par tous les fabricants ou thuriféraires de la croissance.Toutefois, gardons espoir, car le formidable développement des plateformes de ventes d’objetsd’occasion comme eBay ou Price Minister montre un vrai enthousiasme des consommateurs. L’occasionn’est plus réservée aux produits chers ou aux brocantes. Même des distributeurs de produits neufsDimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 12/18
  13. 13. proposent à leurs clients de racheter leur matériel d’occasion et de les revendre reconditionnés, enparallèle de leurs produits neufs.D’autre part, l’immatériel prend le pas sur le matériel, un téléphone mobile ou un ordinateur a bien moinsde valeur que son contenu. Même l’ajout de nouvelles fonctionnalités ne rime plus nécessairement avecun accroissement de la puissance de calcul et donc avec l’achat de nouveau matériel et la mise au rebutde l’ancien. En augmentant le débit des transmissions, en réduisant les temps de réponse (avec l’ADSLpuis la fibre optique et la 3G puis la 4G/LTE) et en rendant de plus en plus d’objets communicants, nouspouvons échapper à une surenchère à la puissance de traitement et la déplacer de l’objet vers desserveurs d’où l’engouement pour le cloud computing et les applications SAAS ( Sotware as a Service).Pour « upgrader », il suffit de mettre à jour les logiciels du serveur qu’utilisent les objets qui y serontconnectés, pour un coût, une consommation de ressources et un rejet de déchets nettement moindresque l’achat d’un nouveau matériel.3. Augmenter le taux d’utilisationNous n’utilisons que très peu les produits que nous achetons, le passage dune société de propriétaires àune société dusagers augmenterait l’usage de nos produits.Si nous jetons un œil sur nos relevés bancaires, vous verrez qu’une part grandissante vous est prélevéechaque mois au titre d’abonnement, de location, souscription. La propriété devient annexe à l’usage.Un fabricant qui vend des produits à tout intérêt à ce que vous en achetiez le plus possible et donc quecelui-ci ne soit pas réparable. En revanche, si ce fabricant vous vend un service comme l’usage de lavoiture, son intérêt est que votre voiture puisse fonctionner le plus longtemps possible avec des coûtsd’exploitation, de réparation les plus réduits. C’est lui qui les prend en charge en échange d’un prix fixepayé chaque mois. Ce modèle correspond à celui préconisé par un grand nombre de constructeurs pourles voitures électriques en raison du prix des batteries. Il a aussi intérêt à ce qu’il y ait le plus grandnombre d’utilisateurs simultanés du même produit. Si au lieu d’un utilisateur exclusif, son utilisation estpartagée entre plusieurs locataires, nous accroissons le taux d’usage et réduisons le nombre de produitsnécessaires à fabriquer pour un même niveau d’utilisation par utilisateur.Réduire l’impact des futurs bouleversements et les surmonter1. Produits tout-terrainNos produits Formule 1 fonctionnent très bien dans des conditions optimales, mais au moindre nid depoule, ils partent dans le fossé. Avec des conditions d’utilisation qui se dégradent, nous devons passer deproduits Formule 1 à des produits tout-terrains !Cela signifie aussi accepter de passer de l’efficacité maximale dans un environnement optimal à unecapacité d’adaptation à un environnement difficile, voire hostile avec une efficacité plus réduite.L’objectif n’est plus le zéro défaut, très consommateur en ressources, mais les produits tolérants auxdéfauts en préservant la qualité de service adéquate. A quoi sert une voiture dernier cri si elle tombe enpanne régulièrement en raison des changements climatiques ?De nombreux pays en voie de développement souffrent d’infrastructures « défaillantes » ou inexistantesdans l’énergie, téléphone… Nous avons beaucoup à apprendre d’eux, car ils ont appris à s’y adapter et viiimultiplient les idées et innovations pour y faire face : la récupération poussée au maximum (« jugaad » ), ixl’innovation low-tech, les modèles économiques innovants comme pour le téléphone portable ou lemicro-crédit.viii Mot hindou signifiant une technique pour réparer un véhicule ou un objet avec très peu de ressourcesix « Call box » - Cabine téléphonique mobileDimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 13/18
  14. 14. Un exemple parmi d’autres est l’ordinateur One-Laptop Per Child - OLPC qui pour un coût très faible estcapable de fonctionner dans les pires conditions sans accès au réseau électrique, rechargeable à la mainet très facilement réparable (y compris l’écran).S’il semble a priori prématuré de produire des objets autoréparants. La modularité et l’interopérabilité desobjets permettent de s’en rapprocher. Pour reprendre l’exemple précité, un détecteur d’ouverture de portepourrait prendre la relève d’un détecteur de présence en panne pour avertir une centrale d’alarme,allumer la lumière ou éteindre le chauffage. Les réseaux des objets peuvent être repensés afin qu’ilspuissent communiquer entre eux, s’assister en cas de défaillance, se reconfigurer à l’image d’unefourmilière qui essuierait une inondation.2. D’un réseau pyramidal à un réseau « many-to-many »Au-delà des réseaux d’objets, il y a une réflexion à avoir sur l’ensemble de nos réseaux. Aujourd’hui, unetrès grande partie de nos réseaux de décision, de production, de distribution, de consommation ont unearchitecture pyramidale. C’est une structure très efficace pour descendre des décisions, des produits ouinformations ou les remonter vers le sommet. En revanche, la communication entre deux branches estbeaucoup plus longue, car elle nécessite de passer par le premier sommet commun. Ce réseau est trèsvulnérable, car si un des maillons tombe, toutes les branches en aval tombent et potentiellement celles enamont si elles en dépendent fortement.Il suffit ainsi de bloquer douze raffineries de pétrole en France, pour paralyser l’approvisionnement enessence en France ou de qu’un nœud financier comme Lehman Brothers s’écroule pour déclencher unecrise financière.Nos réseaux sont plus proches du château de cartes que du filet de sécurité…Dans un monde, où il y aurait très peu de dysfonctionnements, nous pourrions prendre ce risque au nomd’une efficacité maximale, mais aujourd’hui et plus encore à l’avenir, il nous est impossible d’anticiper lesmultiples conséquences des futurs événements qui nous frapperont comme le montre la cascaded’événements qui ont conduit aux explosions à la centrale nucléaire Fukushima Daiichi.Si nous ne souhaitons pas traverser régulièrement des périodes chaotiques, notre société doit êtrecapable de s’adapter et réagir très rapidement. Nos réseaux doivent supporter de perdre des nœudscritiques sans s’effondrer et se reconfigurer rapidement en fonction de l’environnement.En France par exemple, s’il y a une coupure d’électricité, la très grande majorité des habitants dotés d’unpanneau photovoltaïque ne pourraient utiliser l’électricité produite et a fortiori en faire bénéficier leursvoisins, car l’autoconsommation d’énergie couplée avec une injection du surplus d’énergie dans le réseau xest très peu développée à la différence de l’Allemagne qui l’encourage fortement .x Loi EEG - das Erneuerbaren-Energien Gesetz 1.1.2009 et amendements 1.1.2011: Réglementation en matièred’autoconsommation encourageant les exploitants d’installations solaires à associer la production d’électricité àl’autoconsommation électrique.Dimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 14/18
  15. 15. Au cours de la dernière décennie, nous avons vu apparaître des nouveaux moyens de coopérermassivement fondés sur des plateformes, sans être contraints par un réseau pyramidal dirigé par uneentité centralisatrice comme les Etats, les entreprises ou d’autres organismes.L’architecture de ces plateformes en particulier des réseaux sociaux et des sites communautaires est unedes clés pour construire un réseau robuste et résilient. Nous pouvons nous en inspirer pour construirel’ensemble de nos réseaux, chacun reposant sur quatre principes.Ils sont fondés sur une plateforme commune et ouverte à tous les individus. Nous pouvons facilement etdirectement nous connecter et communiquer avec n’importe qui. Les membres peuvent exercer une xiautorégulation et modération du réseau . L’entreprise ou l’organisme qui gère la plateforme a pour rôle defluidifier les relations et non de les contrôler ou de les restreindre.Ces réseaux, même s’ils ont leurs failles et dérives, réduisent considérablement les barrières et coûts decollaboration. Fondés sur le « many-to-many » au lieu du « one-to-many » qui caractérise les réseauxpyramidaux, ils démultiplient les possibilités de rencontre entre ceux qui ont les mêmes besoins et quicherchent des solutions et ceux qui ont des solutions et qui cherchent des besoins à répondre. Lessolutions apportées ont plus de chances d’être adaptés aux besoins terrain et évitent les usines à gazdispendieuses en ressources, argent et temps. Elles participent à nous responsabiliser, nous rendresolidaires des autres au lieu que nous nous reposions sur une entité centrale qui viendrait nous prêtermain-forte.Appliqués à des domaines aussi variés que l’énergie, la distribution de produits, les circuits de décisions,ils réduiraient les risques de paralysie et faciliteraient la résilience de nos réseaux en favorisant lacoopération, l’éclosion d’idées résolvant des problèmes a priori insolubles sans être dépendants d’uneentité centrale.Ces plateformes existent déjà et se développent. Pour les échanges de biens, le « C2C » ou « Consumerto Consumer » (qui correspond au « many-to-many » ) supplante une partie du « B2C » ou « Business toConsumer » (qui correspond au « one-to-many » ) avec l’expansion de sites tels que eBay, Price Minister. xiiPour le transport, il y a des plateformes de covoiturage , pour les vacances, des plateformes d’échanges xiiide maisons , pour les prêts, il existe des plateformes de prêt entre particuliers (Zopa ou Prosper maisinterdites en France) ainsi que des plateformes permettent de partager et vendre ses designs d’objets et xiv 6de les faire fabriquer préfigurant le développement de la production de biens locaux par des Fab Labs . xvDans le cas de catastrophes naturelles, il y a aussi des plateformes pour « crowdsourcer » les xviinformations et les mettre à disposition des victimes et proches des victimes qui font écho à desservices tels que Twitter qui permettent déjà de partager l’information massivement.Nous pouvons réfléchir sur la manière d’appliquer ces principes à l’ensemble des services et produitscritiques que nous avons.Prenons un exemple un brin futuriste, l’énergie. Une plateforme locale d’échange d’énergie alimentée parles panneaux photovoltaïques et éoliennes environnants et accessible localement permettrait d’échangersa production d’énergie et sa consommation avec son voisinage et même prendre le relais lors d’unepanne d’électricité. L’horizon n’est peut-être pas si lointain, car avec le développement des bornes etbatteries électriques de grande capacité, nous pourrions vendre de particulier à particulier ou partager unesource commune. Chaque plateforme pourrait être reliée aux plateformes voisines qui de bout en boutpourraient constituer un réseau mondial d’énergie alternatif.xi Par les notations, les commentaires et la notation de ceux qui notent ou commententxii Covoiturage.frxiii HomeLinkxiv Ponokoxv Dont la source est la multitude de personnes présentes sur sitexvi Ushahidi.comDimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 15/18
  16. 16. Certains pays africains tels que le Mali, le Burkina Faso ou le Ghana ont déjà mis en place cette initiativesur un plan local avec les plateformes multifonctionnelles (PTF) qui sont « des infrastructures d’énergie ausein du village, conçues pour se substituer à la force motrice humaine et fournir des services énergétiques 7financièrement abordables» .3. Du standard à la diversitéDepuis quelques décennies, nous avons entamé la sixième grande extinction nommée aussi extinction delHolocène avec un rythme supérieur à la plus grande extinction celle du Permien-Trias où 90% environdes espèces ont disparus. Cette perte de biodiversité fragilise tout notre environnement. L’explosion des 8insectes ravageurs (ex. : Nématode à kyste du soya (NKS)) dans les zones agricoles et sylvicoles demonoculture, nous exhorte non seulement à protéger la diversité des espèces animales et végétales,mais aussi à renforcer la diversité de nos idées, de nos produits.Notre efficacité immédiate serait certainement moindre, mais cela nous protégerait mieux de l’aphasieconsécutive à des chocs trop violents.La diffusion de plateformes communes favorise justement cette diversité en encourageant la fertilisationcroisée entre utilisateurs, concepteurs et le partage d’idées afin d’imaginer et développer de nouveauxproduits, sortir des sentiers battus et trouver de nouvelles solutions.Afin que des idées survivent, il est nécessaire qu’elles soient suffisamment diversifiées, les survivantes sepropageront alors rapidement et nous redonnerons les moyens de rebondir.Dimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 16/18
  17. 17. Conclusion 9Notre société est de plus en plus confrontée à des cygnes noirs , événements imprévisibles et peuprobables ayant des conséquences considérables : séismes, inondations, réchauffement climatique,crises financières… dont nous sommes ou pas responsablesIl est impossible de tout anticiper, de tout prévoir. La Nature a un peu plus d’expérience sur le sujet quenous les Hommes en surmontant bon nombre de cataclysmes planétaires. Nous pouvons nous en inspirerafin de réduire la fréquence et la force des bouleversements dont nous sommes l’origine, amortir l’impact xviides bouleversements et rebondir après .Les quatre principes clés pour y parvenir sont de réduire durablement et significativement nos besoins enressources naturelles, adopter des produits tout-terrain plutôt que des Formule 1 trop fragiles, migrer nosréseaux pyramidaux vulnérables vers des réseaux « many-to-many » robustes et favoriser la diversité aulieu de la standardisation.Depuis la révolution industrielle, nous avons choisi un modèle différent qui grâce à son efficacité nous apermis de bénéficier d’avancées majeures comme l’accroissement de l’espérance de vie, la diminution dela pauvreté, l’accès aux connaissances… Les limites de ce système sont sa très forte vulnérabilité quenous avons voulu compenser avec plus de contrôle, de réglementation ce qui paradoxalement accentueencore plus notre fragilité. Il faudrait adopter la position exactement inverse en passant d’un systèmerigide à un système flexible où l’adaptation, la diversité et la coopération se substituent à l’efficacitémaximale, le standard et le contrôle.Déjà, cette deuxième voie existe et se développe en parallèle de notre société traditionnelle avec un poidsaccru du secteur non marchand, un réseau maillé, ouvert et robusteSi le passage de la Formule 1 au tout-terrain s’effectuait dans la douleur, le risque est de transiter pour unmodèle souterrain qui nous diviserait.Plutôt que d’opposer les deux systèmes, nous pouvons gagner à hybrider les deux afin que le caséchéant, l’un puisse prendre le relais sur l’autre en résistant aux épreuves que nous risquons de vivredans les prochaines années et en estompant le choc du passage de l’un à l’autre.xvii La résilienceDimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 17/18
  18. 18. Bibliographie1 Programme des Nations Unies pour lenvironnement (PNUE) - RECYCLING – FROM E-WASTE TORESOURCES - 20092 Hussonet - PIB,bonheur et énergie – Note n°13 – Juillet 20103 Cradle to Cradle – William McDonough & Michael Braungart - 20024 Phrase reprise plus tard par Lavoisier1, par la phrase : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».5 Commission Européenne - Communiqué de presse 8/02/2011 – Les fabricants présentent le chargeur universel detéléphone portable6 Neil Gershenfeld - FAB: The Coming Revolution on Your Desktop--From Personal Computers to PersonalFabrication - 20057 ADEME - Les plateformes multifonctionnelles ou lénergie au coeur du village en Afrique subsaharienne - Lien -20058 Hervé JACTEL (INRA) - Des forêts protégées par la biodiversité - 2007Dimitri Carbonnelle – De la société Formule 1 à la société tout-terrain 18/18

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