Emmanuel Kant, 1784 ,
paru dans le
Berlinische Monatsscrift
L’homme est-il plutôt un objet déterminé ou un sujet
libre ?
Existe-t-il un plan de la nature ?
Quel système de réflexion scientifique sur l’histoire ?
L’homme, un noumène : L’homme, un phénomène :
possède un libre-arbitre et une est déterminé par la nature et sa
liberté d’action ; téléologie (définition : prise en
est lié au monde suprasensible ; considération du principe de
finalité dans l’explication des
est imprévisible
phénomènes);
individuellement (par exemple,
on ne peut pas prévoir le nombre est prévisible globalement, c’est-
d’enfants qu’aura chaque citoyen à-dire une fois considéré dans une
d’un Etat). population vaste (par exemple, on
peut établir des prévisions
démographiques fiables à l’échelle
d’un Etat).
Opposition chez l’homme entre un arbitraire individuel et une
régularité d’ensemble : donc existence d’un plan de la nature pour
l’homme, le fil conducteur.
Exemple des travaux de Newton et de Kepler (déduisent des lois
prévisibles à partir de l’observation du hasard apparent de la
nature).
«Toutes les dispositions naturelles d’une
créature sont destinées à se développer un jour
complètement et conformément à une fin.»
Mise en évidence du système téléologique de la
nature. D’un point de vue biologique, tout a une
fin (développement des organes, de l’anatomie,
etc.)
N’est pas une déduction mais une observation
empirique.
« Chez l’homme (en tant que seule créature raisonnable sur
Terre), les dispositions naturelles qui visent à l’usage de sa raison
ne devraient être développées complètement que dans l’espèce
mais non dans l’individu. »
L a ra ison hu m ain e n e p rog resse q u e p ar e ssa is e t ta tôn n em en ts,
e t ne pro g re sse do n c q ue d an s le te m ps lon g.
O r la n atu re n 'a d oté l'h o m m e q ue d'u n e cou rte d uré e d e vie.
P o ur p e rm e ttre le p ro g rès d e l'e sp è ce h um ain e :
b e soin de co m m u niq u er e t d e s'a ffirm e r da n s le tou t de l'e spè ce.
« La nature a voulu que l’homme tire entièrement de lui-même tout ce qui
dépasse l’agencement mécanique de son existence animale et qu’il ne prenne part
à aucune autre félicité ou perfection que celles qu’il s’est lui-même créées
indépendamment de l’instinct, par sa propre raison. »
Présence naturelle de la raison et de la liberté en l’homme + faibles dotations
naturelles de l’homme (« ni les cornes du taureau, ni les griffes du lion mais
seulement des mains ») = plan de la nature pour faire venir l’homme de lui-
même à l’estime raisonnable de soi.
La nature a mis la raison en nous malgré le fait que le bien-être est atteint plus
rapidement par l’instinct : la nature nous réserve donc plus que le bien-être. « Il
semble que la nature n’ait nullement tenu à ce qu’il [l’homme] vive agréablement,
mais au contraire à ce qu’il travaille à s’élever suffisamment pour se rendre digne
par sa conduite de la vie et du bien-être. »
Rejoint la notion de progrès (cf. Deuxième proposition) : « La raison ne peut
atteindre son plein accomplissement que dans l’immortalité de l’espèce ».
(Jacqueline Laffitte)
« Le moyen dont se sert la nature pour mener à bien le
développement de toutes ses dispositions est leur antagonisme
dans la société, pour autant que celui se révèle être cependant, en
fin de compte, la cause d’un ordre légal de cette société. »
A l'éta t prim itif d e n a tu re , l'h o m m e e st n a tu re lle m e nt in so cia b le.
(d iscord e , instin ct, d é so rd re)
P o u r é cha p pe r au con flit, il se d o it d 'éta b lir
d e lu i-m ê m e d e s so cié té s : c'e st \"l'in socia b le so cia b ilité d e s h o m m e s\".
L a fo n da tio n d 'u ne so cié té e st d on c \"p ath o lo g iq u em en t extorq ué e\"
à l'h om m e p a r la n atu re.
(co n co rd e, ra iso n , ord re)
« Le plus grand problème pour l’espèce humaine, celui que la
nature contraint l’homme à résoudre, est d’atteindre une société
civile administrant le droit universellement ».
Déduction naturaliste des propositions précédentes.
Définition de cette société civile : légalité ou idéal du droit.
Les hommes se comportent comme des arbres : un arbre seul,
isolé, pousse de façon anarchique. Mais de nombreux arbres,
chacun en concurrence dans une forêt pour la lumière et l’eau,
poussent beaux et droits pour satisfaire leurs besoins.
Les hommes doivent donc lutter les uns contre les autres pour
finalement « lutter ensemble » (cf. Quatrième proposition)
« Ce problème est en même temps le plus difficile,
celui que l’espèce humaine résoudra en dernier. »
Rupture pessimiste avec le naturalisme pur des
propositions précédentes.
On passe donc d’un progrès subit par
l’homme à un progrès voulu et assumé,
par l’homme
« Le problème de l’édification d’une constitution civile parfaite est lié
à celui de l’établissement de relations extérieures légales entre les
Etats et ne peut être résolu sans ce dernier ».
« Les Etats se rapportent les uns aux autres comme les hommes à
l’état de nature » (Jacqueline Laffitte) : leurs conflits doivent donc
être réglés de la même façon mais à une autre échelle, par
l’établissement d’une société des nations avec un pouvoir dominant
irrésistible.
Culture : à la fois étape de la civilisation (entre l’état de nature et le
tout moral) et exigence d’un passage vers la moralité (elle en est la fin
et le moyen).
Dernière étape du plan de la nature : moralisation de l’espèce
humaine au delà de la culture.
« On peut considérer l’histoire de l’espèce humaine dans son ensemble
comme l’accomplissement d’un plan caché de la nature, pour construire
une constitution politique parfaite à l’intérieur et, dans ce but, également
parfaite à l’extérieur, une telle constitution réalisant l’unique situation dans
laquelle la nature peut développer complètement dans l’humanité toutes
ses dispositions. »
Conséquence des propositions Des indices d’un
précédentes : une constitution développement vers cette
politique parfaite est la finalité situation cosmopolitique
de la nature. apparaissent :
« Ce que la nature a pour les relations diplomatiques
dessein de réaliser : une entre Etats se développent ;
situation cosmopolitique Théorie du libéralisme
universelle telle qu’en son sein économique ;
se développeraient toutes les
Développement des Lumières.
dispositions originelles de
l’espèce humaine. »
« Une tentative philosophique pour traiter l’histoire
universelle selon un plan de la nature qui vise à
l’unification politique parfaite dans l’espèce humaine
doit être considérée comme possible et même comme
susceptible de favoriser ce dessein de la nature. »
Notion de l’histoire en tant que système : exemple d’un
cours régulier dans l’histoire antique.
En lien avec la religion : « L’immortalité de l’âme est
invoquée ici pour compenser le désespoir où l’absurdité
de l’histoire plonge l’individu qui, conscient de son
devoir moral, a le sentiment de l’accomplir en vain ».
(Jacqueline Laffitte)
Alain, Propos sur les Pierre-André Taguieff et
Pouvoirs ; Thomas la notion de progrès (cf.
Hobbes, Le Léviathan Sixième proposition)
(cf. Quatrième
proposition)
Adam Smith : théorie de Hubert Védrine, Continuer
la main invisible et de l’Histoire
« l’ordre spontané » (cf.
Huitième proposition)
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