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Brabant Pierre, 2010. Une méthode d’évaluation et de cartographie de la dégradation des terres. Proposition de directives normalisées. Les dossiers thématiques du CSFD. N°8. Août 2010. 52 pp. - La terre cultivable est une ressource vitale pour l’humanité. Son exploitation permet de nourrir chaque jour la population mondiale. Sa superficie, limitée, est en constante diminution—2 hectares par habitant en 1900 contre 0,4 en 2010—du fait des impacts des activités humaines et de la croissance démographique. La terre cultivable n’est pas renouvelable naturellement à l’échelle de temps humaine et elle est irremplaçable car personne ne peut en fabriquer. Il convient donc de bien la gérer. Ainsi, connaître l’état actuel de dégradation des terres est indispensable pour définir des politiques de protection, de restauration et/ou de gestion durable.

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Une méthode d’évaluation et de cartographie de la dégradation des terres. Proposition de directives normalisées. Les dossiers thématiques du CSFD. N°8. Août 2010. 52 pp.

  1. 1. Numéro 8UNE MÉTHODE D’ÉVALUATIONET DE CARTOGRAPHIE DE LADÉGRADATION DES TERRESProposition de directives normalisées Comité Scientifique Français de la Désertification French Scientific Committee on Desertification
  2. 2. Les dossiers thématiquesdu CSFD numéro 8Directeur de la publicationRichard EscadafalPrésident du CSFD Comité Scientifique FrançaisDirecteur de recherche de l’Institut de recherchepour le développement (IRD) au Centre d’Études de la DésertificationSpatiales de la Biosphère (CESBIO, Toulouse)Auteur La création, en 1997, du Comité Scientifique Français de la Désertification, CSFD, répond à une double préoccupation desPierre BrabantDirecteur de recherche honoraire, IRD ministères en charge de la Convention des Nations Unies sur la luttePierrebrabant70@yahoo.fr contre la désertification. Il s’agit d’une part de la volonté de mobiliser la communauté scientifique française compétente en matière deAvec la participation de désertification, de dégradation des terres et de développementMarc Bied-Charreton des régions arides, semi-arides et subhumides afin de produireProfesseur émérite de l’Université de Versailles des connaissances et servir de guide et de conseil aux décideursSaint Quentin-en-Yvelines (UVSQ) politiques et aux acteurs de la lutte. D’autre part, il s’agit de renforcer le positionnement de cette communauté dans le contexte international.Marie-Odile SchnepfOpératrice PAO, IRD Pour répondre à ces attentes, le CSFD se veut une force d’analyse et d’évaluation, de prospective et de suivi, d’information et de promotion.Édition et iconographie Le CSFD participe également, dans le cadre des délégations françaises, aux différentes réunions statutaires des organes de la Convention desIsabelle AmsallemAgropolis Productions Nations Unies sur la lutte contre la désertification : Conférences desinfo@agropolis-productions.fr Parties, Comité de la Science et de la Technologie, Comité du suivi de la mise en œuvre de la Convention. Il est également acteur des réunions auConception et réalisation niveau européen et international. Il contribue aux activités de plaidoyerOlivier Piau en faveur du développement des zones sèches, en relation avec laAgropolis Productions société civile et les médias. Il coopère avec le réseau international DNI,info@agropolis-productions.fr DeserNet International.Remerciements pour les illustrations Le CSFD est composé d’une vingtaine de membres et d’un Président, Marie-Noëlle Favier, directrice nommés intuitu personae par le ministère de l’Enseignement supérieur de la Délégation à l’Information et et de la Recherche et issus des différents champs disciplinaires et des à la Communication (DIC, IRD), principaux organismes et universités concernés. Le CSFD est géré etIsabelle Lefrançois, assistante (DIC, IRD),Christelle Mary (Photothèque INDIGO, IRD), hébergé par Agropolis International qui rassemble, à Montpellier et dansMarcia de Andrade Mathieu , responsable le Languedoc-Roussillon, une très importante communauté scientifiquesecteur cartographie (DIC, IRD), Annick Aing, spécialisée dans l’agriculture, l’alimentation et l’environnement desphotographe, secteur cartographie (DIC, IRD) ainsi pays tropicaux et méditerranéens. Le Comité agit comme un organeque les auteurs des différentes photos présentes indépendant et ses avis n’ont pas de pouvoir décisionnel. Il n’a pasdans le dossier. de personnalité juridique. Le financement de son fonctionnement estLa rédaction, la fabrication et la diffusion de ces assuré par des contributions du ministère des Affaires étrangèresdossiers sont entièrement à la charge du Comité, et européennes, du ministère de l’Écologie, de l’Énergie, dugrâce à l’appui qu’il reçoit des ministères français.Les dossiers thématiques du CSFD sont Développement durable et de la Mer en charge des Technologies vertestéléchargeables sur le site Internet du Comité, et des Négociations sur le climat, ainsi que de l’Agence Française dewww.csf-desertification.org Développement. La participation de ses membres à ses activités estImprimé sur du papier certifié, blanchi sans chlore, gracieuse et fait partie de l’apport du ministère de l’Enseignementissu de forêts gérées durablement, avec des encres supérieur et de la Recherche.sans solvant. Pour en savoir plus :Impression : Les Petites Affiches (Montpellier, France)Dépôt légal : à parution • ISSN : 1772-6964 www.csf-desertification.orgImprimé à 1 500 exemplaires© CSFD / Agropolis International, août 2010Pour référence : Brabant P., 2010. Une méthoded’évaluation et de cartographie de la dégradationdes terres. Proposition de directives normalisées.Les dossiers thématiques du CSFD. N°8. Août 2010.CSFD/Agropolis International, Montpellier, France.52 pp.
  3. 3. Avant-proposL’ hu ma n ité doit dorénava nt fa i re face à Ces dossiers sont consacrés à différents thèmes aussi u n problème d’enverg u re mond ia le : la variés que les biens publics mondiaux, la télédétection, désertification, à la fois phénomène naturel et l’érosion éolienne, l’agroécologie, le pastoralisme,processus lié aux activités humaines. Jamais la planète etc., afin de faire le point des connaissances sur ceset les écosystèmes naturels n’ont été autant dégradés différents sujets. Il s’agit également d’exposer des débatspar notre présence. Longtemps considérée comme un d’idées et de nouveaux concepts, y compris sur desproblème local, la désertification fait désormais partie questions controversées, d’exposer des méthodologiesdes questions de dimension planétaire pour lesquelles couramment utilisées et des résultats obtenus dansnous sommes tous concernés, scientifiques ou non, divers projets et, enfin, de fournir des référencesdécideurs politiques ou non, habitants du Sud comme opérationnelles et intellectuelles, des adresses et desdu Nord. Il est dans ce contexte urgent de mobiliser sites Internet utiles.et de faire participer la société civile et, dans unpremier temps, de lui fournir les éléments nécessaires Ces dossiers sont largement diffusés—notamment dansà une meilleure compréhension du phénomène de les pays les plus touchés par la désertification—sousdésertification et de ses enjeux. Les connaissances format électronique et via notre site Internet, maisscientifiques doivent alors être à la portée de tout un également sous forme imprimée. Nous sommes àchacun et dans un langage compréhensible par le plus l’écoute de vos réactions et de vos propositions. Lagrand nombre. rédaction, la fabrication et la diffusion de ces dossiers sont entièrement à la charge du Comité, grâce à l’appuiC’est dans ce contexte que le Comité Scientifique qu’il reçoit des ministères français et de l’AgenceFrançais de la Désertification a décidé de lancer une Française de Développement. Les avis exprimés danssérie intitulée Les dossiers thématiques du CSFD qui les dossiers reçoivent l’aval du Comité.veut fournir une information scientifique valide sur ladésertification, toutes ses implications et ses enjeux. Richard EscadafalCette série s’adresse aux décideurs politiques et à leurs Président du CSFDconseillers du Nord comme du Sud, mais également Directeur de recherche de l’IRDau grand public, aux journalistes scientifiques du au Centre d’Études Spatiales de la Biosphèredéveloppement et de l’environnement. Elle a aussil’ambition de fournir aux enseignants, aux formateursainsi qu’aux personnes en formation des complémentssur différents champs disciplinaires. Enfin, elle entendcontribuer à la diffusion des connaissances auprès desacteurs de la lutte contre la désertification, la dégradationdes terres et la lutte contre la pauvreté : responsablesd’organisations professionnelles, d’organisations nongouvernementales et d’organisations de solidaritéinternationale.Une évaluation indispensable de l’état actuel de la dégradation des terres 1
  4. 4. Préface a dégradation des terres, qui réduit ou détruit On comprend ainsi que toute action, naturelle ouL la capacité des sols en vue de leur productivité, constitue un des problèmes majeurs quant àl’avenir d’une planète de plus en plus anthropisée— anthropique, qui à la surface du Globe, soit inhibe la production de plasma, soit affecte les liens entre les différentes phases constitutives du sol, favorise lanotamment dans les pays en développement—par suite dégradation des terres. Celle-ci est donc d’autant plusd’une pression démographique sans cesse croissante (on marquée que le sol est plus vulnérable, que l’actiontable aujourd’hui sur 9 milliards d’habitants en 2050). Il du climat est plus incisive (dans les régions sèches,est donc normal que ce problème préoccupe beaucoup cela peut conduire à donner à l’environnement uneles instances scientifiques de notre époque. C’est ainsi apparence de désert), que la pression de l’homme estque l’Académie des Sciences, en coopération d’ailleurs plus accentuée ou enfin que la durée d’action est plusavec l’Académie des Sciences Morales et Politiques et longue.l’Académie d’Agriculture de France, s’est investie cesdernières années en produisant plusieurs rapports Ceci étant, il en va donc de l’avenir de l’humanitéScience et Technologie concernant le fonctionnement de bien connaître les phénomènes de dégradation,de la biosphère anthropisée*. ainsi que les modes de réhabilitation des terrains encore récupérables ; d’où l’intérêt de pouvoir évaluerUne telle dégradation est inhérente, tout d’abord à la l’état actuel de la dégradation des terres, donnéelocalisation des terres à la surface même du Globe (le incontournable aussi bien pour mieux gérer à l’heuresol est en effet l’épiderme de la Terre) ; ce qui les met actuelle les opérations de mise en valeur que pour serviren contact direct, d’une part avec les éléments naturels de point de référence aux futures actions entreprisesatmosphériques et, d’autre part, avec les diverses actions par les sociétés humaines. C’est ce à quoi Pierre Brabanten relation avec les interventions humaines les plus s’est attaché à réaliser, en proposant une méthodecourantes (agriculture, élevage, pastoralisme, édification pour évaluer et cartographier la dégradation des terresdes routes, aéroports, immeubles d’habitation…); basées sur un indice synthétique qui va permettre deces dernières assurant certes depuis longtemps la concevoir dorénavant une politique de conservationvie des hommes sur notre planète, mais pouvant des sols. Il s’agit là d’une proposition qui a déjà donnéprovoquer aussi, soit leur disparition (érosion), soit de très bons résultats en Afrique (Togo) et en Asie duune évolution dégradante sournoise par modification Sud-Est (Vietnam) et qui ne pourra que se bonifier àdes propriétés physiques, chimiques et biologiques des l’avenir au fur et à mesure de son application dans lessols, soit tout simplement encore leur mise hors-circuit autres régions du monde.(constructions). Le Comité Scientifique Français de la Désertification,Il est clair, en second lieu, que la possibilité de dégradation dans sa collection Les dossiers thématiques, a déjà misdont il vient d’être question, est en rapport aussi avec la en garde les décideurs sur les questions d’érosion etnature même du sol. On sait en effet que le sol est avant de restauration des milieux naturels, sur les questionstout un matériau meuble, constitué par la juxtaposition d’investissements dans les milieux arides et sur le rôlede trois sortes d’éléments : squelette (minéraux – débris des scientifiques. Qu’il soit remercié de se penchervégétaux), plasma (argile-humus) et organismes vivants sur l’importance des terres et des sols qui sont(racines et mésofaune tellurique), éléments qui, lorsqu’ils aujourd’hui les parents pauvres des grandes discussionssont en interaction, assurent le maintien de l’ensemble internationales trop nettement orientées sur le climat,et lui donnent une certaine stabilité. la biodiversité, les forêts, alors qu’il s’agit d’envisager ces différentes questions dans leur globalité.Au demeurant, il n’en est pas toujours ainsi, soit parabsence de plasma **, de matériaux organiques ou de Georges Pédromésofaune (cas par exemple des sols minéraux bruts de l’Académie des Scienceset des sols désertiques), soit—en relation souvent Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académieavec l’apparition d’une saison sèche de plus en plus d’Agriculture de Francelongue et de plus en plus accentuée—par disparition * Cycles biogéochimiques et écosystèmes continentaux. RST N°27.2007-des interactions, d’où découle la dissociation plasma- Démographie, climat et alimentation mondiale -2010 (sous-presse) – Gestionsquelette qui aboutit à la longue à une différenciation des sols et services écosystémiques (en préparation) – Publications Rapportstexturale marquée (cas des sols transformés—type Science et technologie EDP Sciences – Paris. ** Les termes définis dans le lexique (page 48) apparaissent en bleu etferrugineux tropical—de la zone soudanienne). sont soulignés dans le texte. 2 Une méthode d’évaluation et de cartographie de la dégradation des terres
  5. 5. t © P. Br ab an © P. Bra ban t o e re mans © B. M Sommaire Une évaluation indispensable de l’état actuel de la dégradation des terres 4 Construction de l’indice synthétique de dégradation des terres 14 Méthode d’évaluation de la dégradation des terres liée aux activités humaines 26 Indicateurs complémentaires pour caractériser l’état de dégradation 34 Connaître les ressources en terres pour mieux les gérer 44 Pour en savoir plus… 46 Lexique 48 Acronymes et abréviations utilisés dans le texte 52Sommaire 3
  6. 6. Une évaluation indispensable de l’état actuel de la dégradation des terresLA TERRE, UNE RESSOURCE LES TERRES CULTIVABLES :PRÉCIEUSE ET LIMITÉE À PRÉSERVER ABSOLUMENTEdoua rd Saou ma, a ncien d i recteu r généra l de Les trois-quarts de la superficie del’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation la planète (510 millions km²) sontet l’agriculture (FAO), écrivait en 1996 : « La terre est occupés par des océans ou des glaciersla ressource la plus précieuse du monde. Et pourtant qui ont plusieurs centaines de mètreselle n’est pas appréciée à sa juste valeur. L’or, le pétrole, d’épaisseur. Les terres émergées, nonles minerais et les pierres précieuses se vendent à des couvertes de glaciers permanents, couvrentprix qui nous ont amenés à traiter la terre comme de 134 millions de km², soit 26 % seulementla simple poussière ». de la superficie du globe. Cela représente 245 fois la superficie de la France. De vastesLa terre est une ressource indispensable pour les superficies de ces aires émergées sont constituéeshommes car elle permet de nourrir chaque jour les 6,8 de terres non exploitables ou non productives pourmilliards d’habitants de la planète. Mais elle constitue diverses raisons. Certaines sont des déserts, chaudsaussi une ressource rare avec aujourd’hui 30 millions ou froids : 18 millions de km² au total de déserts, dontde km² de terres arables disponibles, soit 5,8 % de la 7,7 millions pour le seul Sahara. D’autres se trouventsuperficie de la planète seulement ! dans des hautes montagnes aux conditions climatiques rigoureuses et aux fortes pentes. Par ailleurs, les lacsLa terre est une ressource en constante diminution d’eau douce occupent une superficie égale à 1 % desà cause de la croissance démographique et des effets terres émergées. Il reste donc 120 millions de km² dedéfavorables des activités humaines (surexploitation terres exploitables, soit moins du quart de la superficiedes terres, pollutions, etc.) : 2 hectares de terre étaient de la planète (Pedro, 1985).disponibles par habitant en 1900 dans le monde contremoins de 0,5 hectare en 2010… Le tiers de ces terres exploitables (45 millions de km²) ne sont pas cultivables. En effet, dans certains cas, leLa terre est une ressource non renouvelable à l’échelle climat est trop sec, comme dans une partie du Sahel, etdes temps humains. Cent mille ans sont nécessaires la pluie insuffisante pour assurer le cycle végétatif despour qu’un seul mètre d’épaisseur de terre arable se cultures. Les terres peuvent toutefois être partiellementforme à partir d’une roche en pays tempéré, mais utilisées pour le pâturage extensif. Dans d’autres cas,25 ans seulement (soit une génération humaine) le climat est trop froid et la terre gelée une grandepeuvent suffire à éroder cette terre jusqu’au substrat partie de l’année. Ce sont les domaines boréaux derocheux. l’Amérique du Nord et de la Sibérie parfois exploités pour leurs forêts naturelles. Ailleurs encore, les terresLa terre n’est pas une marchandise, comme le pétrole, peuvent être trop minces, trop humides ou trop pauvresl’eau ou le minerai. C’est une ressource vivante qui ne pour être cultivables.peut être transportée d’un point à un autre (un seulhectare de terre de 2 mètres d’épaisseur a une masse Ainsi, la superficie des terres cultivables ne dépasse pasde 30 000 tonnes !). Il faut donc exploiter la terre là 33 millions de km² à laquelle il faut retrancher 3 millionsoù elle se trouve et sous les conditions climatiques de km² actuellement très dégradés et inutilisables pourde ce lieu. l’agriculture (ISRIC-UNEP, 1991). La superficie des 4 Une méthode d’évaluation et de cartographie de la dégradation des terres
  7. 7. La planète Terre : les océans dominent. Source : Site Internet Visible Earth de la NASA : © NA SA http://visibleearth.nasa.govterres arables très fertiles—comme celle du delta duMékong ou des terres volcaniques de l’île de Java—nedépasse pas, quant à elle, 1,6 % de la superficie desterres émergées.Retenons ce chiffre : l’humanité dispose actuellementd’environ 30 millions de km² de terres arables pourse nourrir da ns les conditions économiques dudébut de ce 21ème siècle. Ceci représente environ le Ressources mondiales en terresquart (23,5 %) des terres émergées exploitables etéquivaut seulement à 55 fois la superficie de la France Millions de km²métropolitaine. Selon la FAO (2000), 45 % des terres Superficie totale du Globe 510arables du monde sont exploitées. Le reste est enfriche ou sous végétation naturelle, principalement Océans, mers, glaciers permanents 376dans les régions équatoriales, comme dans la forêt Terres émergées dont : 134congolaise ou amazonienne. La terre arable est donc • Terres non exploitables 14une ressource naturelle relativement peu étendue et • Terres exploitables dont : 120 Terres non arables 87non renouvelable à l’échelle humaine. Il est absolument Terres arables 33vital pour l’humanité de la préserver.Une évaluation indispensable de l’état actuel de la dégradation des terres 5
  8. 8. M. Savy © IRD Les champs cultivés, aux alentours de Bogande, province de la Gnagna, Burkina Faso. ET POURTANT…> ZOOM | Terre et sol : deux concepts imbriqués La plupart des États considèrent que leurs ressources Le concept de « terre » est plus large que celui de en terres arables sont inépuisables et qu’elles ne « sol ». En effet, le « sol » constitue l’objet principal constituent pas une priorité. Pourtant, ce patrimoine du concept de « terre » : foncier national est une ressource précieuse car non renouvelable. Parallèlement, les médias n’attachent La terre est la « partie de la surface terrestre qui englobe pas plus d’importance à la terre. Par exemple, un toutes les composantes naturelles, normalement stables cahier spécial de 162 pages du quotidien national Le ou ayant une dynamique cyclique prévisible, qui sont Monde de décembre 2009—intitulé Bilan Planète— situées au-dessus et en-dessous de cette surface. Ces incluait un CD-ROM Les enjeux du développement composantes sont le sol, l’atmosphère et le climat, les durable comportant 50 cartes. Sur les 162 pages formes du modelé, le matériau originel du sol, l’eau, la au total, une demi-page seulement était réservée à faune, la végétation, les résultats d’activités humaines l’état des sols en Afrique. Quelques commentaires présentes ou passées, dans la mesure où elles ont des mentionnaient la possibilité de location à long terme conséquences significatives sur l’utilisation actuelle et de terres arables en Afrique et en Asie par des pays future du terrain par l’Homme » (Brabant, 1991). très peuplés et prévoyants, ou encore par des pays pétroliers à gros moyens financiers. Aucune des 50 Le sol, quant à lui, est le « produit de l’altération, cartes ne mentionnait les ressources en terres ni la du remaniement et de l’organisation des couches désertification. Il existe donc un manque d’intérêt supérieures de la croûte terrestre sous l’action de la f lagrant pour cette ressource naturelle vitale pour vie, de l’atmosphère et des échanges d’énergie qui l’humanité. Le manque de communication par les s’y manifestent » (Lozet et Mathieu, 1990). spécialistes des terres n’est cependant pas à exclure pour expliquer en partie cette carence…6 Une méthode d’évaluation et de cartographie de la dégradation des terres
  9. 9. LE SOL : UNE PELLICULE EXTRÊMEMENT LES SEPT FONCTIONS PRINCIPALES DU SOLMINCE RECOUVRANT LES TERRES ÉMERGÉES Le sol possède sept fonctions essentielles. Six d’entreL’Année Internationale de la Planète Terre (2009) a elles ont un impact positif pour l’agriculture etconsacré un de ses thèmes principaux au sol : « Le sol, l’environnement. En revanche, la septième fonctionépiderme de la planète », un épiderme en fait mince peut avoir, parfois, un impact négatif.et fragile. Le sol sert de support pour les plantes et pour lesComparons le globe terrestre à une orange de 80 mm constructions. C’est la première fonction du sol,de diamètre entourée d’une peau de 4 mm. L’une des puisqu’elle permet aux espèces herbacées et arboréesfonctions de cette peau est de protéger le fruit. Les d’impla nter leurs racines. La profondeur de solparties émergées du globe sont aussi recouvertes d’une nécessaire dépend de la physiologie de la plante. Par« peau »—le sol— dont l’épaisseur est en moyenne ailleurs, de nombreuses constructions sont bâties sur lede 2 à 3 mètres, parfois 0,2 mètre seulement pour un sol et non sur son soubassement. En cas de glissementdiamètre moyen du globe de 6 371 km... de terrain ou d’érosion latérale par sapement, les constructions peuvent s’écrouler.Cette « peau » terrestre est env iron 100 000 foisplus fine que celle d’une orange ! Elle est également Le sol est une banque d’éléments nutritifs pour lesinfiniment plus mince que la peau d’un corps humain plantes. Le sol a une capacité de stockage pour différentsque l’on protège pourtant avec soin… Pourtant, cette éléments : calcium, magnésium, potassium, sodium,« peau » terrestre, ultra-mince et fragile, est le support azote, phosphore et oligoéléments. Cette capacité variede la vie sur la planète et le support de la plupart avec la quantité de matière organique ainsi qu’avec lades constructions humaines. Elle a des fonctions quantité et la nature de l’argile contenue dans le sol.absolument vitales pour l’humanité. Au fur et à mesure des besoins, le sol met ces éléments nutritifs à la disposition de la plante, qui les absorbe © P. Brabant par les racines. Le sol est un régulateur de température. Les fluctuations journalières et annuelles de la température de l’air sont fortement atténuées dans le sol, ce qui est important dans certaines zones, celles arides en particulier. Le sol est un réservoir pour l’eau. En effet, il a une capacité de stockage et de restitution progressive de l’eau. Entre des averses ou pendant une période de sécheresse, il assure ainsi un approvisionnement plus ou moins régulier en eau pour les plantes. Cette capacité de stockage varie d’un sol à l’autre en fonction de sa composition granulométrique, minéralogique et de sa porosité. Le sol est un épurateur biologique. L’activité de la macrofaune et de la microfaune du sol assure la décomposition des amendements organiques (débris végétaux, fumier, paille, autres résidus de cultures) et recycle ainsi les éléments nutritifs du sol. Cette activité Togo, région de Dayes. peut aussi, mais dans une certaine mesure, transformer Sol peu épais (0,5 m), et résorber des résidus polluants et pathogènes. formé sur une roche dure et peu altérable (quartzite et Le sol stocke le carbone. Les sols du globe terrestre schiste). stockent environ 1 500 milliards de tonnes de carbone. Togo, région de Dayes. Ce Cela représente trois fois plus que la quantité stockée sol très mince (0,2 m) peut dans la biomasse terrestre et deux fois plus que celle être complètement érodé de l’atmosphère. Cela a une incidence importante en moins de 10 ans, si des précautions antiérosives ne sur les gaz à effet de serre, comme le gaz carbonique sont pas prises pour son (CO2) et le méthane (CH4), et donc sur le réchauffement exploitation. climatique de notre planète (hypothèse avancée par le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat et un certain nombre de scientifiques). © P. BrabantUne évaluation indispensable de l’état actuel de la dégradation des terres 7
  10. 10. Le sol stocke des produits toxiques provenant dediverses sources—agricoles, industrielles et autres. Ilssont adsorbés par les fractions argileuses, organiqueset les hydroxydes. Ainsi, les métaux lourds, la dioxine,des éléments radioactifs et d’autres produits peuventpersister dans la terre durant de nombreuses annéesaprès la pollution. Cette dernière fonction peut ainsiengendrer des impacts négatifs pour l’agriculture etl’environnement.Les sept fonctions, décrites ci-dessus, sont en relationavec une utilisation principa lement agricole dusol. Celui-ci remplit aussi d’autres fonctions, parexemple : C’est une réserve de matériau de construction dansles zones démunies de roches dures. On peut citerla latérite pour la construction de routes et de pistesd’aéroport, l’argile utilisée depuis des siècles pour laconstruction de maisons et la poterie. C’est un lieu de sépulture pour la plupart des 85milliards d’humains ayant vécu depuis l’origine de J.-L. Janeau © IRDl’humanité. C’est un abri pour les combattants durant les guerresdepuis le début de l’utilisation d’armes à forte capacitéde destruction (guerre de Crimée en 1855, surtout depuis La dégradation stricto sensu (s.s.) se produit quand le1914). « Pour personne, la terre n’a plus d’importance sol est dégradé sur place sans déplacement ni perteque pour le soldat » (Remarque, 1956). de matériau. La dégradation s.s. porte donc sur les C’est enfin un conservatoire des activités humaines propriétés physiques, chimiques et/ou biologiquespréhistoriques et historiques : le sol contient des restes du sol. En général, il s’agit d’un processus réversibleà travers les âges (charbon, poteries diverses, etc.) comme c’est le cas, par exemple, de l’acidification despermettant de dater ces activités. terres.ÉROSION, DÉGRADATION, DÉSERTIFICATION : La désertification : un cas particulier de l’érosionDES TERMES À NE PAS CONFONDRE et de la dégradation s.s.La dégradation des terres a drastiquement augmenté La désertification est l’érosion et/ou la dégradation s.s.depuis une soixantaine d’années, partout sur la planète, qui se produit dans un environnement climatique àdu fait de la croissance démographique et de l’expansion faible pluviosité. Selon l’article 1 de la Convention desindustrielle. Mais attention ! Désertification, érosion et Nations Unies sur la lutte contre la désertification (Paris,dégradation des terres sont des processus bien distincts 1994), la désertification désigne « la dégradation desqu’il est important de ne pas confondre… terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels lesÉrosion et dégradation : deux processus différents variations climatiques et les activités humaines ».L’érosion se produit quand tout ou partie du sol est Le mode d’érosion dominant est l’érosion éolienne, maisdéplacé hors du site où il se trouve, sur une distance la désertification provient aussi de l’érosion hydrique,variable, par l’action de l’eau, du vent, de la gravité de la dégradation s.s. physique et chimique du sol,ou encore des outils agricoles ou des aménagements comme la salinisation et l’aridification. La désertificationhumains. Par conséquent, l’érosion est un processus correspond souvent à une situation où la part respectiveirréversible quand le sol est entrainé dans les rivières du climat et celle des activités humaines sont les plusen direction de la mer. difficiles à établir. 8 Une méthode d’évaluation et de cartographie de la dégradation des terres
  11. 11. > ZOOM | À propos de la dégradation des terres… t © P. Br ab an L a d é g r a d a ti o n des terres « est un processus qui réduit ou qui détruit la capacité des terres pour la production agricole, végétale et animale, et pour la production n forestière. Elle résulte des activités s humaines ou elle e est un phénomène e naturel aggravé p a r l’e f f et d e s activités humaines » s (Brabant, 2008). Cette tte dégradation peut avoir voir les conséquences suivantes : une détérioration plus ou moins importante de l’une ou de plusieurs des sept fonctions principales du sol ; la disparition du sol ; la transformation du sol pour une utilisation autre qu’agricole ; la pollution du sol qui rend les zones concernées Érosion des sols en Afrique du Sud. inexploitables ou encore exploitables, mais avec des contraintes majeures pour une utilisation agricole. La dégradation af fecte d’abord le sol, principalLe terme « désertification » est aussi employé par les composant de la terre. Quand la dégradation dumédias dans un sens très différent de celui utilisé sol atteint un certain degré de sévérité, les autresici. Il désigne alors l’abandon de zones rurales par composants de la terre sont aussi progressivementla population, telle l’expression « désertification des affectés : la nature et la densité de la végétationcampagnes » en Europe. spontanée, la dynamique de l’eau sur le sol et dans le sol, les réserves en éléments nutritifs, la faune duLes détails des processus d’érosion et de dégradation sol, le rendement des cultures, le mode d’exploitations.s. ne sont pas décrits dans ce document. Le lecteur et le type d’utilisation des terres . Ajoutons à cetteintéressé pourra se reporter aux nombreux ouvrages liste la réflectance de la surface du sol, paramètrespécia lisés, s’il recherche des informations plus utilisée pour l’interprétation des images satellitaires afindétaillées sur ces processus, la gestion conservatoire d’identifier et de suivre l’évolution de la dégradationdes sols, la prévention et la restauration des terres des terres sur la planète. La réflectance du sol estdégradées (De Noni et al., 2009 ; Roose, 1994). en effet rapidement modifiée quand le sol est érodé ou dégradé. Ainsi l’érosion, mais aussi des types de dégradation physiques (comme l’encroûtement, la compaction, l’aridification) ou de dégradation chimique Dégradation (au sens large) (comme la salinisation), sont repérés sur les images, alors que leur repérage de visu sur le terrain n’est pas forcément évident. Érosion Dégradation s.s. Burkina Faso. Terre très fortement dégradée. Il ne subsiste que quelques arbustes épineux. Désertification (érosion & dégradation s.s en zones sèches)Une évaluation indispensable de l’état actuel de la dégradation des terres 9
  12. 12. > ZOOM | Le programme GLASOD : Pierre Brabant, auteur de ce dossier thématique, évaluation mondiale de la dégradation des coordinateur de la région de l’Afrique de l’Ouest et sols sous l’effet des activités humaines Centrale (25 pays), a pu constater les difficultés pour réaliser un tel travail en si peu de temps et si peu de Ce programme, initié par le Programme des Nations moyens. En effet, les responsables nationaux ont eu Unies pour l’environnement (PNUE) et mis en œuvre par quelques mois—un an tout au plus—pour présenter le World Soil Information (ISRIC), avait pour objectif de leurs résultats. On peut alors aisément imaginer la présenter une carte mondiale de l’état de dégradation difficulté des pays africains, surtout ceux politiquement des sols au Congrès mondial de la Science du Sol de instables, pour mener à bien cette tâche dans les délais Kyoto en 1990, puis au Sommet de Rio en 1992. La impartis. La méthode était fondée essentiellement sur carte mondiale du GLASOD n’est pas une synthèse l’expertise avec parfois des références aux directives faite à partir des cartes nationales de dégradation des de l’ISRIC. Finalement, les travaux ont consisté en terres. En effet, la plupart des pays ne disposait pas à une compilation des données sur l’état de dégradation l’époque d’une telle carte. Il s’agit d’une carte originale, des terres (peu nombreuses il y a 20 ans), complétées réalisée entre 1987 et 1990 à partir de la compilation localement par quelques observations récentes. de données existantes et de quelques observations de terrain effectuées en 1988 et 1989. En outre, ce même auteur a réalisé, de 1992 à 1998, des cartes de dégradation des terres à l’échelon national La procédure était la suivante : les continents ont été au Togo, ou provincial au Vietnam. Il a ainsi pu noter subdivisés en 21 régions regroupant chacune plusieurs les distorsions importantes avec les résultats affichés pays. Un représentant national (généralement du par GLASOD. Cependant, les grandes tendances de la Service national des sols) devait fournir les données dégradation des terres dans le monde sont esquissées sur son pays en se fondant, autant que possible, sur dans cette carte. Un des objectifs principaux a donc les directives de l’ISRIC pour réaliser la carte. Ces été atteint. Les responsables de GLASOD ont ensuite directives énuméraient une liste d’indicateurs (degré fait une analyse critique des résultats, fixant les limites de dégradation par exemple) sans indiquer la manière d’exploitation de la carte et des données calculées de les déterminer. Un coordinateur régional regroupait à partir de la version numérisée. Ils ont également ensuite les données nationales, tentait de les harmoniser émis des recommandations pertinentes sur les futurs avant de les transmettre à l’ISRIC. Celui-ci a regroupé travaux de ce genre. On peut regretter que la carte l’ensemble des régions et réalisé la carte mondiale numérisée ait été largement exploitée par divers auteurs (échelle 1/10 000 000) selon la méthode de cartographie et institutions sans tenir compte de la variabilité de la manuelle traditionnelle. La version originale sur papier, qualité des informations, inhérente à cette carte. achevée en 1990 puis diffusée en 1991, a été ensuite numérisée. Une série de données numériques calculées D’après GLASOD, 1988 & ISRIC-UNEP, 1991. Pour plus d’informations : www.isric.org/UK/About+ISRIC/Projects/ a accompagné la publication, en 1992, de la seconde Track+Record/GLASOD.htm Ou www.fao.org/landandwater/agll/glasod/glasodmaps.jsp carte dérivée de l’originale.ÉVALUER ET CARTOGRAPHIER LA DÉGRADATION 1.DES TERRES : UN PREMIER PAS VERS LA LUTTE IdentificationCONTRE LA DÉSERTIFICATION du problèmeÉvaluer et cartographier l’état de dégradation des 5. 2.terres est une étape indispensable avant d’engager Nouveau Élaborationtoute politique de prévention, de restauration ou de problème des politiques Cycle de la prise de décisionprotection des terres. À plus long terme, cette action D’après Glémarec, 2002.permet d’évaluer les résultats et impacts sur le terrain deces mêmes politiques. L’une des contraintes majeuresa été, jusqu’à présent, le manque d’une procédure 4. 3.harmonisée d’évaluation de la dégradation des terres Évaluation Mise en œuvreau niveau international, afin de pourvoir comparer des politiques des politiquesles évaluations entre différents pays et différentespériodes de temps. Soil Information (ISRIC). Ce programme a permis deUne tentative d’évaluation mondiale disposer d’une première approximation de cet état.de la dégradation des terres Cependant, des délais très courts ont été requis pour dresser la carte. C’est pourquoi les directives proposéesUne carte de l’état de la dégradation des terres dans le par l’ISRIC (GLASOD, 1988) pour réaliser les travauxmonde sous l’effet des activités humaines a été publiée n’ont pas pu être appliquées dans tous les pays. De plus,en 1991 par le programme Global Assessment of human- ces directives n’étaient pas assez explicites et détaillées.induced Soil Degradation (GLASOD), financé et mis Il en a résulté de fortes différences dans l’évaluationen œuvre par le Programme des Nations Unies pour d’un pays à l’autre. Cette carte, bien qu’incomplète etl’environnement (PNUE) avec le concours du World hétérogène, a toutefois le mérite d’exister. 10 Une méthode d’évaluation et de cartographie de la dégradation des terres
  13. 13. Togo, Région centrale. Buttes de terre construites à la houe pour la culture de l’igname. Cette pratique culturale déplace de grandes quantités de terre, qui peuvent être ensuite entraînées© P. Brabant progressivement vers le bas de la pente par gravité.Des évaluations peu représentatives de la réalité réalisé par le Secteur de cartographie de la délégation à l’information et à la communication de l’IRD *. IlL’évaluation du degré de dégradation—ou stade de existe bien sûr d’autres méthodes d’évaluation et desévérité—a été parfois sous-estimée ou, plus souvent, cartographie de l’état de dégradation des terres.surestimée alors que celle de l’extension a été souventsurévaluée. Selon la FAO (1992), « les estimations sur Cette méthode d’évaluation de la dégradation desl’étendue de la dégradation des terres et/ou celle de leur terres a retenu certaines des directives générales duproduction peuvent être fortement exagérées. Cela est programme GLASOD concernant les types, le degréle fait de gouvernements ou d’intérêts sectoriels dans la et l’extension de la dégradation. Elle tente toutefoisconservation des sols. » d’apporter des améliorations dans la procédure d’évaluation, en complétant les indicateurs, en lesCes estimations erronées peuvent également être le définissant de manière plus précise et en décrivantfait de la subjectivité de l’observateur de terrain. Par en détail le cheminement utilisé dans la procédure :exemple, l’attention d’un évaluateur a tendance à être depuis la collecte des données jusqu’à la réalisationattirée par des types d’érosion bien visibles comme des cartes et des bases de données. Les directivesl’érosion par l’eau (ravins par exemple) ou encore par d’évaluation sont fondées sur des indicateurs aussil’érosion éolienne (dunes par exemple). Par contre, la fiables que possible, applicables dans tous les pays etdégradation des propriétés physiques du sol—forte dans toutes les zones climatiques, notamment arides etcontrainte pour la productivité des terres—est sous- semi-arides à risque élevé de désertification, à diversesévaluée, car elle n’est pas directement visible sur le échelles—depuis l’exploitation agricole jusqu’à unterrain. Elle doit souvent être caractérisée à l’aide de pays tout entier—et sur des superficies de terrain trèstests ou de mesures au laboratoire. C’est pourquoi, variables. Ces directives peuvent évidemment êtreselon GLASOD, le pourcentage de terres soumises à encore améliorées.la dégradation physique ne couvrirait que 4 % desterres dans le monde, proportion certainement sous- Cette procédure harmonisée est conçue pour permettreestimée… de comparer les évaluations d’un pays à un autre et d’une période à une autre et, donc, à terme, de produireProposition d’une méthode harmonisée d’évaluation une seconde édition améliorée et plus fiable de la cartede la dégradation des terres liée aux activités mondiale de l’état de dégradation des terres sous l’effetanthropiques… des activités humaines.L’objectif principal de ce dossier thématique du CSFD est L’évaluation se fait grâce à un diagnostic fiable fondéde diffuser une méthode pour évaluer et cartographier sur des observations. Pour cela, il est nécessaire de :l’état de dégradation des terres. Cette méthode est (1) qualifier de manière précise les divers types deconsultable sur un CD-ROM (Brabant, 2008) publié par dégradation et (2) quantifier le degré et l’extensionl’Institut de recherche pour le développement (IRD) et * Pour plus d’informations : w w w.cartographie.ird.fr/degra_PB.htmlUne évaluation indispensable de l’état actuel de la dégradation des terres 11
  14. 14. Sénégal. Début d’ensablem ent dans une zone de culture intensive d’arach ide, où la couche arable est déjà dégradée, facilitan t l’action du vent. Déforestation intensive en Côte d’Ivoire. E. Roo se © IRD t © P. Br ab ande chaque type à l’aide d’indicateurs pertinents grâce En effet, les résultats ne doivent pas rester confinésà l’exploitation judicieuse des récentes techniques dans un cercle restreint de spécialistes ; ils doiventd’observation (images satellitaires et Global Positioning être facilement utilisables par les décideurs pourSystem, GPS ) utilisables à l’échelle planétaire. aider à la mise en œuvre de politiques pour prévenir la dégradation ou restaurer des terres dégradées.La méthode d’évaluation décrite dans ce dossier Connaître l’état de dégradation, c’est-à-dire identifierconcerne l’évaluation de l’état actuel ainsi que des le problème, constitue la première phase du cycle decauses de la dégradation des terres. Elle ne s’attache décision, indispensable pour la suite des opérations.pas à l’évaluation du risque de dégradation future. Les résultats doivent aussi être exploitables par lesEn effet, l’évaluation de l’état relève d’observations médias à partir de présentations vulgarisées.et de mesures, tandis que celle du risque relève dela modélisation. L’état, tel qu’il est évalué ici, résulte Le document synthétique (carte et fascicule, voirde l’effet direct ou indirect des activités humaines chapitre suivant) peut intéresser les politiciens et lesprésentes et passées : activités agricoles, minières, décideurs qui souhaitent connaître la gravité de laindustrielles et autres. Par ailleurs, l’évaluation de dégradation des terres, leur étendue et leur localisation,cet état de dégradation est faite principalement par avant de prendre toute décision et d’entreprendre desrapport à une utilisation agricole des terres. actions éventuelles de restauration, préservation ou autres. Synthétique et significatif, ce document, facile… pour des utilisateurs variés aux objectifs différents à interpréter, peut permettre à ces décideurs d’évaluer l’état des terres dans une province, un pays ou une« Quel que soit l’utilisateur final des connaissances région, en fonction d’un seul indice de dégradationproduites par la communauté scientif ique, une agrémenté d’une couleur significative sur une carte.communication efficace est indispensable pour rendre Cet indice indique les zones où l’état des terres estces informations compréhensibles et accessibles pour satisfaisant, préoccupant ou critique. Les décideurstous » (Bied-Charreton et Réquier-Desjardins, 2007). peuvent prendre les décisions en fonction du contexte socioéconomique, budgétaire… voire électoral. CeLes résultats de cette méthode sont présentés sous résultat synthétique peut aussi intéresser les médiasforme de carte de l’état de dégradation des terres, fondée et les organismes internationaux comme ceux dessur un seul indice synthétique de dégradation, très Nations Unies.simple d’utilisation et d’interprétation et utilisablepar des non-scientifiques. Cette carte est également La procédure d’évaluation est, quant à elle, aisémentaccompagnée d’une base de données gérée par un utilisable par les personnes chargées d’effectuersystème d’information géographique (SIG) qui contient l’évaluation et la cartographie de la dégradation destoutes les données utiles à l’élaboration de cette carte terres dans un pays ou une région du monde grâceet à son exploitation. aux directives normalisées proposées. Les indicateurs complémentaires (voir page 34), sont destinés auxCes produits et résultats sont destinés à plusieurs ingénieurs, aux exploitants et autres techniciens,groupes d’utilisateurs dont les objectifs peuvent être chargés de mettre en œuvre les actions de lutte contredifférents : (1) politiciens et décideurs, (2) techniciens la dégradation dans les zones sélectionnées par leset exploitants, (3) personnels scientifiques. décideurs. 12 Une méthode d’évaluation et de cartographie de la dégradation des terres
  15. 15. Un arbre épineux rescapé dans© P. Brabant un terrain fortement dégradé au Burkina Faso. Une évaluation indispensable de l’état actuel de la dégradation des terres 13
  16. 16. Construction de l’indice synthétique de dégradation des terres Cameroun, région de Maroua. Grande nappe ravinante s’étendant sur plusieurs centaines de mètres. L’épaisseur de sol raviné dépasse 1 m. La pente du plateau raviné et déjà © P. Brabant aridifié est inférieure à 2 %. a méthode d’évaluation et de cartographie PREMIER INDICATEUR :L décrite dans ce dossier repose sur un indice synthétique de dégradation des terres qui sert à constituer une représentation cartographique LES TYPES DE DÉGRADATION Trente-six types et sous-types de dégradation sontde la dégradation des terres de la superficie étudiée. identifiés et peuvent faire l’objet d’une évaluation.Cet indice est calculé à partir de trois indicateurs Ils sont classés selon trois catégories principales :principaux : (1) le type de dégradation, (2) l’extension (1) érosion, (2) dégradation s.s. et (3) des dégradationssur le terrain du type de dégradation identifié et (3) qualifiées de « diverses ». Tous sont induits ou aggravésson degré de dégradation. par les activités humaines. Les sous-types de dégradation (en tout 26) qui peuvent se manifester dans les zones à risque de désertification sont indiqués en marron > ZOOM | Indicateurs et indices : dans le tableau ci-contre. Chaque type et sous-type est des outils pour mesurer ou apprécier un état représenté par un symbole compréhensible au niveau international (par exemple Ws pour Water sheet erosion ou érosion en nappe). Un indicateur est un paramètre ou une valeur calculée à partir de paramètres, donnant des indications sur—ou Les dix sous-types les plus fréquemment rencontrés décrivant—l’état d’un phénomène, de l’environnement dans les aires sujettes à la désertification (en marron ou d’une zone géographique d’une portée supérieure tramé dans le tableau) sont l’érosion en nappe, l’érosion aux informations directement liées à la valeur d’un linéaire, la déflation, l’ensablement, la formation de dune, paramètre. les encroûtements à la surface du sol, l’aridification , le déf icit en éléments nutritifs, la salinisation et Un indice est un ensemble de paramètres ou d’indicateurs l’alcalinisation. agrégés ou pondérés donnant une situation. Afin de connaître et d’identifier chacun des sous- D’après OCDE, 1994. types sur le terrain, le lecteur intéressé se reportera aux fiches descriptives incluses dans le CD-ROM (Brabant P., 2008) ; chaque fiche comporte 14 rubriques destinées à aider le personnel de terrain dans l’exercice d’identification et d’évaluation de la dégradation (définition, description, etc.). 14 Une méthode d’évaluation et de cartographie de la dégradation des terres
  17. 17. Liste des types et sous-types de dégradation des terres et leurs symbolesEntre parenthèses sont représentés les symboles des types et sous-types. Catégorie Type Sous-type Érosion en nappe (Ws, s comme sheet) Érosion linéaire, en griffe, rigole, nappe ravinante (Wd, d comme deformation) Érosion par l’eau Érosion linéaire, en ravin (Wr, r comme ravine) (W comme Water) Glissement de terrain et effondrement (Wl, l comme landslide) Érosion urbaine* (Wu, u comme urban) Érosion marine littorale (Wm, m comme marine) Érosion Érosion des berges (Wb, b comme bank) Érosion par le vent Déflation (Ew, w comme wind) (E comme Eolian) Ensablement (Es, s comme sand) Formation de dune (Ed, d comme dune) Érosion aratoire et mécanique Érosion aratoire due aux pratiques culturales (Mp, p comme practice) (M comme Mechanical) Décapage du sol au cours du défrichement (Mc, c comme clearing) Diminution d’épaisseur de la couche humifère (Pt, t comme thickness) Déstabilisation des agrégats et de la structure du sol (Ps, s comme structure) Encroûtements à la surface du sol (Pc, c comme crusting) Dégradation physique (P comme Physical) Compactage, prise en masse et durcissement (Ph, h comme hardening) Aridification (Pa, a comme aridification) Submersion ou arrêt de la submersion (Pw, w comme waterlogging) Subsidence du sol (Pl, l comme lowering) Dégradation Déficit en éléments nutritifs (Cn, n comme nutrient) (stricto sensu) Excédent en éléments nutritifs (Ce, e comme excess) Dégradation chimique Acidification (Ca, a comme acidification) (C comme Chemical) Salinisation (Cs, s somme salinisation) Alcalinisation (Ck, k comme alkalinisation) Pollutions diverses (pro parte) (Cp, p comme pollution) Réduction du contenu du sol en matière organique Dégradation biologique (Bm, m comme organic matter) (B comme Biological) Réduction de la quantité de la macrofaune du sol (Bq, q comme quantity) Réduction de la biodiversité de la macrofaune (Bd, d comme biodiversity) Urbanisation et autres constructions (Dc, c comme construction) Exploitation minière à ciel ouvert et carrière (Dm, m comme mining) Pollution par des produits radioactifs (Dr, r comme radioactivity) Dégradations diverses Présence de mines antipersonnel (Dw-m, m comme mine) (D comme Diverse) Dégradations dues à des guerres Présence de munitions non explosées (Dw-e, e comme explosive) et des conflits Déformation du terrain due aux bombardements (Dw-b, b comme bomb) (Dw, w comme war) Application massive de défoliants (Dw-d, d comme defoliant) Utilisation de munitions à uranium appauvri (Dw-u, u comme uranium)** En marron tramé : les dix sous-types les plus fréquents dans les zones affectées par la désertification.En marron : les 26 sous-types de dégradation qui peuvent se manifester dans les zones à risque de désertification.* Érosion en ravines et en ravins dans les secteurs périphériques et non asphaltés des villes des pays en développement.** Lors des conflits dans les Balkans, en Irak, au Koweït et en Afghanistan, les troupes de l’OTAN, les coalisés et l’armée américaine principalement, ont abondamment utilisé des munitions àuranium appauvri. Les débris très fins d’uranium appauvri émis par l’explosion de la munition à l’impact se déposent sur le sol en le contaminant.Construction de l’indice synthétique de dégradation des terres 15
  18. 18. DEUXIÈME INDICATEUR : L’EXTENSION DE LA DÉGRADATION> ZOOM | La question de l’échelle de travail Après avoir identifié le type de dégradation, il est nécessaire de calculer son extension définie comme Pour déterminer l’extension de la dégradation, on « la superficie de terrain soumise à un type ou un sous- est d’emblée confronté à une question d’échelle type donné de dégradation dans une zone déterminée » avec ses conséquences sur le mode et la densité (Braba nt, 2008). L’ex tension de la dég radat ion, des observations, la durée des travaux nécessaires indicateur quantitatif, s’exprime en pourcentage de à l’évaluation, leur coût et la présentation claire des la superficie étudiée. résultats. Connaître l’indicateur « extension » est nécessaire pour Les grandes échelles (1/10 000 par exemple), conviennent mener une politique de gestion des terres. En effet, à de petites superficies ne dépassant pas 100 km². son coût varie selon le type de dégradation, bien sûr, Les petites échelles (1/100 000, 1/200 000, 1/500 000) mais aussi selon la superficie concernée. sont utilisables pour de vastes superficies, couvrant une province ou un pays tout entier. On peut objecter Comment déterminer l’extension de la dégradation ? que l’utilisation des SIG et des données numériques permet de s’affranchir des échelles. C’est exact, mais Cette procédure comporte trois opérations : en partie seulement. Une carte d’état de dégradation repérer l’extension dans le paysage de visu ou à l’aide réalisée à l’échelle originale de 1/10 000 peut être d’images aérospatiales ; réduite à celle de 1/100 000. Cela est acceptable car localiser et reporter les observations sur une carte ; il n’y a pas de perte en précision, ni en lisibilité grâce calculer la superficie concernée. à l’exploitation du SIG. Ci nq quest ion s sont à se poser pou r év a luer Mais l’inverse n’est pas vrai. D’autre part, on ne procède l’extension : pas de la même manière pour évaluer un bassin versant La superficie de terrain à prospecter est-elle petite de 10 km² et la totalité d’un pays couvrant 300 000 km². ou grande ? Le temps nécessaire et le budget requis sont des Le type de dégradation est-il visible à l’œil ou non ? contraintes incontournables. Il faut ainsi moduler Sur le terrain et/ou sur les images aérospatiales ? la méthode en fonction de la superficie de terrain à Le type de dégradation est-il toujours non visible ou évaluer. Celle-ci détermine l’échelle de base des travaux devient-t-il visible quand le degré de dégradation est et finalement le coût de ces travaux, avec l’objectif élevé ? (Par exemple : la salinisation devient visible d’obtenir le meilleur rapport entre le coût et la qualité quand elle a atteint un stade avancé). des résultats. Le type de dégradation est-il en relation avec la nature du sol, le mode d’exploitation ou le type d’utilisation des terres (cultures pluviales, cultures irriguées, pâturage, etc.) ? Le type de dégradation est-il en relation avec les formes du modelé dans le paysage (crêtes, versants, plaines, etc.) ? La réponse à ces questions permet de choisir la procédure à mettre en œuvre. La figure ci-contre représente une clé pour aider à l’évaluation de l’extension en fonction des réponses apportées aux questions précédentes.16 Une méthode d’évaluation et de cartographie de la dégradation des terres
  19. 19. Superficie de la zone à évaluer Petite P.1 P.21. La superficie à prospecterest-elle grande ou petite ? Grande Visible Non visible G.12. L’indicateur du type dedégradation est-il visible ou Visible Non visibleinvisible ? G.2 G.3 G.1 Sur le terrain• Sur le terrain ? Sur le terrain et sur les images Non visible• Sur les images aérospatiales ? seulement aérospatiales G.2.1 G.3.1 G.1.13. Existe-t-il une relation avecla nature du sol, le moded’exploitation et d’utilisation Oui Non Oui Non Oui Nondes terres ? Dw-b, Es, Mc, Pw Cp, 1 à 6 G.2.2 G.2.3 G.3.2 G.3.3 G.1.2 G.1.3 Dw-d* Dc, Dm, Dr, Dw-m Dw-b, Dw-d Dw-u, Dw-e4. Si oui, existe-t-il aussiune relation avec les Oui Non Oui Non Oui Nonformes du modelé dansle paysage ? Ew**, PI Pt, Pc Ws, Wd, Wr Ed, Pt Cs, Ck Cn, Ce, Ca Ws, Mp Ph, Pa Wl, Wu, Wm Pc, Pa Bm, Bq, Bd Cp 7 à 8 Wb, Mp Ps PI, Cs Clé pour évaluer l’extension des divers sous-types de dégradation (d‘après Brabant, 2008)G : grande superficie • P : petite superficie* Le symbole est en italique (bleu) quand le type ou le sous-type a un degré faible à moyen de dégradation ; il est alors non-visible ou visible seulement sur le terrain.** Le symbole est en caractère normal (noir), quand le type ou le sous-type a un degré fort à très fort ; il est alors visible sur le terrain ou sur le terrain et les images.Évaluation de l’extensionsur une petite superficie de terrain du GPS permet de localiser les obser vations avec pré c i sion . C ela c onc er ne tou s le s sou s-t y pe sUne pet ite super f icie (de 1 à 100 k m² env iron) d’érosion par l’eau, le vent, l’érosion mécanique, lacorrespond à une exploitation agricole, un groupe dégradation s.s. physique, la pollution par des déchetsd’exploitations, un petit bassin versant, une commune solides et des dégradations diverses.ou toute autre entité territoriale de dimension similaire.Le volume des travaux à effectuer permet de réaliser Les types de dégradation ne sont pas visibles, niune prospection systématique sur le terrain et donc sur le terrain, ni sur les images (voir figure ci-dessus,de constater directement l’extension d’un type de P.2). Dans ce cas, il est nécessaire d’effectuer sur ledégradation. Deux cas sont alors possibles : terrain les mesures et tests requis selon le type de dégradation concerné ou de prélever des échantillons Les types de dégradation sont visibles sur le terrain pour des analyses en laboratoire, après avoir dresséet sur les images (voir figure ci-dessus, P.1). C’est la un plan d’échantillonnage permettant le traitementsituation la plus simple. Il suffit de repérer sur le statistique des résultats. Ces opérations peuvent êtreterrain les zones concernées par le type de dégradation, préparées ou complétées par des enquêtes auprèsde reporter les observations sur une carte à grande des exploitants et des habitants pour connaître leséchelle, puis de calculer les superficies dégradées pour pratiques culturales, l’histoire des parcelles de terreen connaître l’extension. L’observation de visu peut et acquérir des informations sur les conflits armés quiêtre complétée par l’utilisation de photos aériennes à ont pu se produire dans la région. Cela concerne lesgrande échelle (de 1/5 000 à 1/20 000), par un survol sous-types de dégradation s.s. chimique et biologique,aérien, par l’interprétation d’images satellitaires à haute la pollution chimique et la pollution radioactive ainsirésolution, actuellement disponibles. L’utilisation que les dégradations dues aux conf lits.Construction de l’indice synthétique de dégradation des terres 17
  20. 20. > ZOOM | Extension de la dégradation :que faire quand le type de dégradation n’estpas visible ? C’est la principale difficulté pour déterminer l’extension. Pour la résoudre, la meilleure solution est d’exploiter judicieusement les données de base, de s’y référer et de rechercher laquelle, ou lesquelles, de ces données ont une relation avec le type de dégradation concerné. Les données de base sont celles existantes sur le milieu naturel et le contexte socio-économique (carte, images d’archives, données de terrain, etc.). On procède alors à l’analyse de ces données en faisant des déductions ou des hypothèses qui sont vérifiées ensuite sur le terrain. Voici quatre exemples d’utilisation de documents de base pour illustrer cette pratique : L’occupation et l’utilisation des terres indiquent les zones exploitées et non exploitées ainsi que les types d’utilisation pouvant induire un type de dégradation. Par exemple, la riziculture irriguée peut provoquer une compaction du sol vers 30 cm de profondeur ou la salinisation, mais pas d’aridification ni d’encroûtement. La culture pluviale sur pente favorise l’érosion en nappe et l’érosion aratoire, mais pas la compaction, etc. La nature des sols fournit aussi des indications. Les planosols et les vertisols sont sensibles à l’aridification alors que les sols ferrugineux le sont à l’érosion en nappe, Togo, Région Maritime. Griffes d’érosion évoluant à la déstabilisation de la structure, l’encroûtement. Les en rigoles dans un champ de manioc implanté sur les Terres de Barre. sols tourbeux sont sujets à la subsidence. Il faut donc connaître la sensibilité de chaque catégorie de sols aux divers types de dégradation. Évaluation de l’extension sur une grande superficie Les pratiques culturales, connues à partir des de terrain statistiques et des enquêtes auprès des agriculteurs, renseignent sur l’emploi d’engrais, de produits Au-delà de 100 km², les travaux concernent un district, phytosanitaires, la qualité de l’eau d’irrigation et sur une province, une région ou un pays tout entier. Le la connaissance qu’ont les agriculteurs des aires quadrillage systématique du terrain n’est plus possible dégradées en fonction du rendement des cultures. pour des raisons de coûts et de délais d’obtention des résultats. Il faut alors adopter une procédure pour Les données historiques, fournies par les habitants ou déterminer l’extension qui consiste à délimiter d’abord les archives, permettent par exemple de savoir que des des unités physiographiques et à étudier en détail troupes de guérilla ont posé des mines antipersonnel des sites tests choisis dans ces unités (voir chapitre dans tel ou tel secteur. suivant). Cependant, il faut être conscient des difficultés Les résultats obtenus dans ces sites tests sont ensuite rencontrées quand un type de dégradation n’est ni transposés à la totalité de la superficie des unités visible sur le terrain, ni détectable sur les images physiographiques. Cela en exploitant les images aérospatiales. Dans ce cas, évaluer l’extension sur aérospatiales et en effectuant des contrôles de terrain de grandes superficies peut être autant une affaire pour vérifier si les hypothèses retenues pour cette d’expertise que de mesures précises dans l’état actuel transposition sont fiables. Un large usage est donc des techniques d’investigation. fait des images satellitaires ou des photos aériennes quand les types de dégradation sont visibles. Le paramètre le plus important est le fait qu’un sous- type soit visible ou, au contraire, non visible sur les18 Une méthode d’évaluation et de cartographie de la dégradation des terres

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