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Les dossiers thématiques                                             Comité Scientifique Français de la Désertification   ...
Avant-propos                                                    L’                         Marc Bied-Charreton            ...
PréfaceC           omment les agriculteurs et les chercheurs         Les pratiques agricoles doivent alors être adaptées à...
Sommaire4                                                 36La recherche scientifique dans les zones arides   Quel avenir ...
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Cela signifiait également que les jeunes États restaient,                                                                 ...
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Bied-Charreton Marc et Requier-Desjardins Mélanie, 2007. Sciences et société civile dans le cadre de la lutte contre la désertification. Les dossiers thématiques du CSFD. Numéro 6. 40 pp. - Comment société civile et chercheurs peuvent-ils développer une collaboration bénéfique pour tous ? Comment améliorer l’accès aux résultats de la recherche pour les acteurs de la lutte contre la désertification ? Des éléments de réponses dans ce dossier…

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  1. 1. Numéro 6 Sciences et sociétécivile dans le cadrede la lutte contre la désertification Comité Scientifique Français de la Désertification French Scientific Committee on Desertification
  2. 2. Les dossiers thématiques Comité Scientifique Français de la Désertification du CSFD numéro 6 La création, en 1997, du Comité Scientifique Français de la Directeur de la publication Désertification, CSFD, répond à une double préoccupation des Marc Bied-Charreton ministères en charge de la Convention des Nations Unies sur la lutte Président du CSFD contre la désertification. Il s’agit d’une part de la volonté de mobiliser Professeur émérite de la communauté scientifique française compétente en matière de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ, France) désertification, de dégradation des terres et de développement des Chercheur au Centre d’économie régions arides, semi-arides et subhumides afin de produire des et d’éthique pour l’environnement et connaissances et servir de guide et de conseil aux décideurs politiques le développement (C3ED-UMR IRD/UVSQ) et aux acteurs de la lutte. D’autre part, il s’agit de renforcer le positionnement de cette communauté dans le contexte international. Auteurs Pour répondre à ces attentes, le CSFD se veut une force d’analyse et Marc Bied-Charreton d’évaluation, de prospective et de suivi, d’information et de marc.bied-charreton@c3ed.uvsq.fr / csfd@agropolis.fr promotion. De plus, le CSFD participe également, dans le cadre des délégations françaises, aux différentes réunions statutaires des Mélanie Requier-Desjardins Économiste, Conseillère régionale, organes de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS, Tunisie) désertification : Conférences des Parties, Comité de la science et de la melanie.requier@oss.org.tn technologie, Comité du suivi de la mise en œuvre de la Convention. Avec la participation de Il est également acteur des réunions au niveau européen et international. Jean-Paul Chassany, Professeur à Montpellier SupAgro (ex Agro. M, France) Le CSFD est composé dune vingtaine de membres et dun Président, Antoine Cornet, Directeur de recherche à lInstitut de recherche pour le développement (IRD, Tunisie) nommés intuitu personae par le ministère de l’Enseignement Jacques Pinon, administrateur et membre du bureau, supérieur et de la Recherche et issus des différents champs Eau Vive (France), et participant au Groupe de Travail disciplinaires et des principaux organismes et universités concernés. sur la Désertification (GTD, France) Le CSFD est géré et hébergé par Agropolis International qui rassemble, à Montpellier et dans le Languedoc-Roussillon, une très importante Édition et iconographie communauté scientifique spécialisée dans l’agriculture, l’alimentation Isabelle Amsallem (Agropolis Productions, France) et l’environnement des pays tropicaux et méditerranéens. Le Comité agropolisproductions@orange.fr agit comme un organe indépendant et ses avis nont pas de pouvoir décisionnel. Il na aucune personnalité juridique. Le financement de Conception et réalisation son fonctionnement est assuré par des subventions du ministère des Olivier Piau (Agropolis Productions) Affaires étrangères et européennes et du ministère de l’Écologie, du agropolisproductions@orange.fr Développement et de l’Aménagement durables, la participation de ses membres à ses activités est gracieuse et fait partie de lapport du une réalisation ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. agropolis productions Pour en savoir plus : Remerciements pour les illustrations www.csf-desertification.org Danièle Cavanna (Photothèque INDIGO de l’Institut de recherche pour le développement)Krishna Naudin du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad, France), ainsi que les auteurs des différentes photos présentes dans le dossier. Impression : Les Petites Affiches (Montpellier, France) Dépôt légal : à parution • ISSN : 1772-6964 Imprimé à 1 500 exemplaires La rédaction, la fabrication et la diffusion de ces dossiers sont entièrement La rédaction, la fabrication et la diffusion de ces dossiers sont entièrement © CSFD/Agropolis International, octobre 2007 à la charge du Comité, grâce à lappui quil reçoit des ministères français. à la charge du Comité, grâce à lappui quil reçoit des ministères français.Pour référence : Bied-Charreton M., Requier-Desjardins M., 2007. Sciences Les dossiers thématiques du CSFD sont téléchargeables librement Les dossiers thématiques du CSFD sont téléchargeables librementet société civile dans le cadre de la lutte contre la désertification Les dossiers sur le site Internet du Comité. sur le site Internet du Comité.thématiques du CSFD. N°6. Octobre 2007. CSFD/Agropolis International,Montpellier, France. 40 pp.
  3. 3. Avant-propos L’ Marc Bied-Charreton humanité doit dorénavant faire face à Président du CSFD un problème d’envergure mondiale : la Professeur émérite de l’Université désertification, à la fois phénomène naturel et de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines processus lié aux activités humaines. Jamais Chercheur au C3ED-UMR IRD/UVSQ la planète et les écosystèmes naturels n’ont été autant dégradés par notre présence. Longtemps considérée comme un problème local, la désertification fait désormais partie des questions de dimension planétaire pour lesquelles nous sommes tous concernés, scientifiques ou non, décideurs politiques ou non, habitants du Sud comme du Nord. Il est dans ce contexte urgent de mobiliser et de faire participer la société civile, et dans un premier temps de lui fournir les éléments nécessaires à une meilleure compréhension du phénomène de désertification et de ses enjeux. Les connaissances scientifiques doivent alors être à la portée de tout un chacun et dans un langage compréhensible par le plus grand nombre. C’est dans ce contexte que le Comité Scientifique Français de la Désertification a décidé de lancer une nouvelle série intitulée « Les dossiers thématiques du CSFD » qui veut fournir une information scientifique valide sur la désertification, toutes ses implications et ses enjeux. Cette série s’adresse aux décideurs politiques et à leurs conseillers du Nord comme du Sud, mais également au grand public, aux journalistes scientifiques, du développement et de l’environnement. Elle a aussi l’ambition de fournir aux enseignants, aux formateurs ainsi qu’aux personnes en formation des compléments sur différents domaines. Enfin, elle entend contribuer à la diffusion des connaissances auprès des acteurs de la lutte contre la désertification, la dégradation des terres et la lutte contre la pauvreté : responsables d’organisations professionnelles, d’organisations non gouvernementales et d’organisations de solidarité internationale. Une douzaine de dossiers sont consacrés à différents thèmes aussi variés que les biens publics mondiaux, la télédétection, l’érosion éolienne, l’agro-écologie, le pastoralisme, etc., afin de faire le point des connaissances sur ces différents sujets. Il s’agit également d’exposer des débats d’idées et de nouveaux concepts, y compris sur des questions controversées, d’exposer des méthodologies couramment utilisées et des résultats obtenus dans divers projets et enfin, de fournir des références opérationnelles et intellectuelles, des adresses et des sites Internet utiles. Ces dossiers seront largement diffusés - notamment dans les pays les plus touchés par la désertification - sous format électronique à la demande et via notre site Internet, mais également sous forme imprimée. Nous sommes à l’écoute de vos réactions et de vos propositions. La rédaction, la fabrication et la diffusion de ces dossiers sont entièrement à la charge du Comité, grâce à l’appui qu’il reçoit des ministères français. Les avis exprimés dans les dossiers reçoivent l’aval du Comité. 1
  4. 4. PréfaceC omment les agriculteurs et les chercheurs Les pratiques agricoles doivent alors être adaptées à peuvent-ils développer une collaboration ces variabilités. L’effort des gouvernements doit être bénéfique pour tous ? Depuis de nombreuses important pour appuyer cette recherche adaptative années, les agriculteurs souhaitent que la prenant en compte les partenaires clés que sont lesrecherche agricole soit à l’écoute de leurs préoccupations agriculteurs.et qu’elle s’intéresse à la fois aux problèmes deproduction et de commercialisation. Dans de nombreux Comment améliorer l’accès aux résultats de la recherchepays développés, cette recherche répond aux besoins pour les agriculteurs ? La modernisation du secteurdes agriculteurs car ces derniers ont contribué à son agricole passe par le renforcement des systèmes definancement par le biais de taxes sur les marchandises vulgarisation dans les zones rurales. Les organisationsou bien parce qu’ils ont élu des représentants dans agricoles doivent pouvoir accéder, à la base, à desles institutions gouvernant la recherche nationale. services solides de vulgarisation. Malheureusement, lesCeci n’est toutefois pas le cas partout dans le monde, services de vulgarisation gouvernementaux à travers leparticulièrement là où les petits producteurs ne se sont monde sont restreints à la suite de coupes financières.pas encore structurés en organisations les représentant. Les producteurs doivent alors établir eux-mêmes des services locaux de vulgarisation efficaces qui rendentLa représentation des agriculteurs dans les conseils des les résultats de recherche accessibles aux paysans et quiinstitutions de recherche est une avancée positive pour diffusent les informations au sein de la communautédévelopper une collaboration réussie ; ce qui devrait paysanne. Les services de vulgarisation doivent alorsaboutir à un changement sur le terrain. Ce changement travailler en collaboration étroite avec les centres depeut être mesuré par les améliorations accordées aux recherche et les organisations agricoles.projets prioritaires, la prise en compte des groupementsd’agriculteurs dans la conception des projets et les Enfin, les gouvernements devraient financer correctementefforts réalisés pour rendre la technologie accessible aux la recherche agricole. La plupart des statistiquesproducteurs. montre que les gouvernements ont significativement réduit le financement de la recherche agricole et deLa concentration du marché en amont et en aval du la gestion durable des terres. Il est urgent d’inversersecteur agricole représente un enjeu croissant pour cette tendance. Les gouvernements ne devraient pasla survie des agriculteurs. Pour que la pauvreté rurale complètement délaisser leurs responsabilités pour lasoit réduite, les paysans doivent pouvoir vivre de leurs recherche agricole au profit du secteur privé. Ils devraientactivités agricoles. La position des producteurs dans le continuer à développer leurs propres projets afin que lesmarché doit ainsi être renforcée par rapport à celle des producteurs aient le choix de nouvelles technologies etautres acteurs de la filière alimentaire. Dans les régions ne deviennent pas dépendants des fournisseurs privésarides, les agriculteurs, pauvres, ne peuvent pas investir pour ces technologies ou bien pour les semences. Leset ont besoin de l’aide publique au développement. gouvernements ont aussi un rôle important à jouer pourLa recherche peut alors jouer un rôle important pour que la connaissance indigène continue à être développéeidentifier des mécanismes innovants d’insertion des et rendue ainsi disponible à ceux qui veulent l’utiliser.agriculteurs dans les marchés, et ce en collaboration Les agriculteurs cherchent à développer des partenariatsavec eux, notamment en améliorant l’organisation de la efficaces avec les chercheurs, tant publics que privés, afinproduction agricole. d’innover sur leur ferme, améliorer le bien-être du secteur agricole et donc maintenir leur capital naturel.Les chercheurs peuvent aider les producteurs grâce àl’analyse de leur situation et des conditions nécessaires Je voudrais remercier le CSFD d’avoir consacré ce dossierà leur réussite, comme, par exemple, l’environnement thématique aux relations entre les scientifiques et lesréglementaire et législatif. Les producteurs auront ainsi acteurs de la société civile dans les zones arides, et, enles connaissances nécessaires pour appliquer, adapter particulier, aux agriculteurs qui sont au premier rang deou extrapoler des expériences réussies dans leur propre la lutte contre la désertification.pays.Un autre enjeu important, pour lequel producteurs et Jack Wilkinsonchercheurs doivent collaborer, concerne les nouvelles Président de la Fédération Internationalcontraintes dues au changement climatique au niveau des Producteurs Agricoles (FIPA)mondial, surtout dans les régions arides et semi-arides. 2 Sciences et société civile dans le cadre de la lutte contre la désertification
  5. 5. Sommaire4 36La recherche scientifique dans les zones arides Quel avenir pour les interactions « société civile – sciences » ?10La société civile et ses partenaires 38dans la lutte contre la désertification Pour en savoir plus…22 40L’apport des sciences dans la prise de décision Lexique28 40Comment développer les échanges entre sciences Acronymes et abréviationset société civile dans le cadre de la LCD ? utilisés dans le texteSommaire 3
  6. 6. La recherche scientifiquedans les zones aridesI l est difficile de dire quand et qui a commencé à faire de la recherche dans et sur les zones arides. Les premiers agriculteurs et éleveurs ont accumulé de nombreuses observations sur leurpropre milieu depuis des millénaires. Les contraintesde l’aridité ont poussé les sociétés et les agriculteursà développer l’irrigation en Mésopotamie, dans lavallée du Nil, en Chine et en Inde. Des problèmes quiexistaient alors subsistent encore de nos jours comme lasalinisation des sols. Sont alors apparues des questionsconcernant le climat, les sols, la végétation, l’utilisationdes pâturages par transhumance, puis la fumure, lesprix, la force de travail, l’accès à la terre. Des progrès ontété accomplis par bonds successifs au cours des sièclesafin que la production puisse subvenir aux besoins métropoles ont suscité des recherches pour favorisercroissants des populations aussi bien alimentaires que la mise en valeur de leurs colonies. C’est ainsi que sontmonétaires. nées les premières recherches et études, en particulier en géologie, climatologie, hydrologie, géographie,Les questions de dégradation des terres sont apparues botanique, biogéographie et agronomie. La plupart dude façon criante au 20ème siècle. En effet, les densités temps, elles furent menées sous l’impulsion des servicesde population ont rapidement augmenté sans que les techniques coloniaux comme ceux de l’agriculture etpratiques agricoles et d’élevage ne changent. De plus, des mines.les sécheresses successives ont aggravé des conditionsd’aridité déjà contraignantes, spécialement en Afrique Parallèlement, une quasi « science coloniale » s’estdu Nord et en Afrique sub-saharienne, mais aussi développée en France sous le parrainage de l’Académiedans de nombreuses parties de l’Asie et de l’Amérique des sciences coloniales, du Muséum National d’Histoirelatine. Naturelle, du Musée de l’Homme, puis avec l’aide d’institutions plus spécifiques comme l’IFAN de DakarPour s’adapter et pour lutter contre le processus pervers au Sénégal (Institut Français d’Afrique Noire), créé parde désertification, il faut tout d’abord bien le connaître. Il le Gouverneur de l’AOF (Afrique Occidentale Française).est nécessaire d’aller au-delà des observations séculaires Les anglais et les belges ont fait de même dans leursdes paysans et des éleveurs pour comprendre et pour colonies. C’est ainsi que sont apparus entre les deuxanticiper : c’est le rôle de la recherche scientifique. guerres des grands noms de chercheurs à qui nous devons encore beaucoup dans le domaine des sciencesLes sciences de l’environnement naturelles : Chevallier, Gaussen, de Martonne, Emberger, Cailleux, Monod, Köppen et Aubréville, le père deLa science dans les milieux arides a véritablement l’écologie tropicale qui a utilisé le premier le termecommencé au début du 20ème siècle dans les pays de désertification en 1949 dans son célèbre ouvrageméditerranéens, aux États-Unis, en Australie, dans « Climat, forêt et désertification de l’Afrique tropicale* » .quelques pays d’Asie et d’Amérique latine ainsi que * Aubréville A., 1949. Climat, forêt et désertification de l’Afriquedans l’ex-URSS. Les pays africains et sud-américains tropicale. Société d’éditions géographiques, maritimes et coloniales,étaient alors majoritairement sous statut colonial et les Paris. 4 Sciences et société civile dans le cadre de la lutte contre la désertification
  7. 7. Cela signifiait également que les jeunes États restaient, pour leurs activités scientifiques, sous le contrôle de l’ancien colonisateur et que leurs capacités nationales de recherche, tant au sein d’organismes spécialisés que d’universités, restaient limitées. Pendant longtemps, la coopération scientifique a été une coopération de Hutte familiale en nattes d’un peul nomade à Oudalan, substitution. Burkina Faso. M. Langlois © IRD Les sciences socialesEnsuite, dans le domaine des sciences du milieunaturel, de véritables écoles de pensée ont vu le jour en Les sciences sociales connurent un autre dévelop-France, comme à Montpellier au CEPE pour l’écologie pement. Au début du 20ème siècle, elles ont largement(Centre d’Études Phytosociologiques et Écologiques été influencées, elles aussi, par le contexte colonial : lesdevenu depuis le Centre d’Écologie Fonctionnelle et meilleurs observateurs du monde colonial ont d’abordÉvolutive, CEFE), à l’ORSTOM (Office de la Recherche été les agents de la colonisation, administrateursScientifique et Technique Outre-Mer, devenu l’Institut civils ou militaires et les missionnaires. Les premiersde recherche pour le développement, IRD, en 1998) ethnographes avaient aussi vocation à éclairer lapour la pédologie, l’hydrologie, l’entomologie et la métropole sur les organisations sociales et politiquesgéographie. Les priorités étaient alors données aux locales. Rapidement se sont développées des écolesinventaires, à la recherche spécialisée dans l’exploitation de pensée sur l’Asie, le monde arabe, le monde latino-des ressources et à des recherches très appliquées, américain et le monde africain, autour de sociétésnotamment dans les domaines de l’alimentation et de la savantes. Ensuite, les militants de la décolonisationsanté. Les contraintes du milieu naturel, et en particulier ont souvent été des universitaires et des chercheursdans les zones arides, commencèrent à être comprises et en sciences sociales. Citons par exemple les historiensà être diffusées dans le milieu du développement. Julien, Braudel et aussi l’école des Annales, l’école anthropologique française autour de Lévi-Strauss, etEn France au début des années 60 lors des enfin Balandier.indépendances, l’ORSTOM et les instituts spécialisésdans les cultures tropicales, connurent une période Après la 2nde Guerre mondiale, les institutions de Brettonde croissance élevée avec la Coopération naissante, Woods se sont mises en place. La pensée dominantemais avec toutes ses ambiguïtés. En effet, cela est alors keynésienne, le sous-développement estsignifiait que des connaissances très techniques et considéré comme un retard de développement.applicables étaient essentiellement développées sans En France, on met en place dans les colonies, justeque l’on se soit véritablement penché sur les savoir- avant l’indépendance, des systèmes de comptabilitéfaire traditionnels. L’essentiel était alors basé sur nationale et de planification dites « à la française ». Lesdes modèles de développement très étatiques et des chercheurs en économie se regroupent alors derrièredémarches « top-down ». Perroux, Lebret et Malinvaud.La recherche scientifique dans les zones arides 5
  8. 8. Histoire de la recherche à l’IRD de 1944 à 1994. Enquête alimentaire pour des études en sciences humaines, Togo (1954). D.R. © IRDLa Guerre d’Algérie et les événements de mai 1968 Aujourd’hui, les penseurs néo-libéraux des institutionsont ensuite profondément marqué ce milieu. internationales dominent : on privilégie les équilibresL’anthropologie économique marxiste a alors été macrofinanciers et le marché aux dépens de projetsdominante, que ce soit à l’EHESS (École des Hautes à long terme. L’effondrement des systèmes ditsÉtudes en Sciences Sociales), au CNRS (Centre socialistes et la fin de la guerre froide renforcent cetteNational de la Recherche Scientifique), à l’ORSTOM et à domination idéologique. Mais il subsiste, notammentl’Université. Cette radicalisation se retrouve également en France, une école de la régulation. En effet, deen économie. La tradition française a plutôt tourné nombreux travaux sur l’organisation des sociétés, lesces disciplines vers les systèmes et les structures ; le conventions qui les régissent, les droits et obligationscolbertisme a longtemps perduré et il a fondé le rôle des personnes sont en cours ; ils permettent dede l’État comme premier acteur du développement et dire que le marché n’est pas le mode exclusif derégulateur de la vie économique, alors que les écoles de coordination des activités économiques. Marché ettendance libérale laissent ce rôle au marché. État, protectionnisme minimum, investissements en formation, économie et environnement, stabilité de l’État de droit sont des thèmes actuellement travaillés par les chercheurs français et certains de leurs Zoom collègues des pays en développement. Depuis une décennie, la question de la gestion desLe développement durable en quelques mots ressources naturelles et celle de leur dégradation apparaissent de plus en plus criantes, dans le« Le développement durable, c’est s’efforcer de répondre aux contexte de l’augmentation de la population,besoins du présent sans compromettre la capacité de satisfaire des crises climatiques et du nouveau concept duceux des générations futures » (Brundtland, Conférence mondiale développement durable. Aussi de nouveaux courantssur l’Environnement et le Développement, 1987). de pensée se développent autour de ce concept : l’écodéveloppement, la croissance durable, l’économie La Conférence de Rio en 1992, l’Agenda 21 et les Conventions écologique, la prise en compte du « capital social »des Nations Unies sur l’environnement ont contribué à la et des capacités des hommes, la prise en comptepopularisation de ce concept qui présuppose une approche du « capital naturel ». Celle-ci est particulièrementintégrée et à long terme des dimensions écologique, économique importante dans les zones sèches, puisque la majeureet sociale du développement durable. Celui-ci repose sur un partie des peuples qui y vivent tire ses ressourcesdéveloppement harmonieux de ce que l’on appelle le « capital de ce capital, d’une part, et que d’autre part toutenaturel » (ensemble des services rendus par les écosystèmes et détérioration de ce capital, outre qu’elle peut êtredes ressources renouvelables et non renouvelables), le « capital irrémédiable, entraîne une détérioration des autreshumain » (capacités des hommes et des femmes), le capital capitaux : perte de savoir-faire et déstructuration des« sociétal » (capacité des organisations sociales) et le capital sociétés.financier. 6 Sciences et société civile dans le cadre de la lutte contre la désertification
  9. 9. Vers des approches pluridisciplinaires comme la sécurité alimentaire, la qualité des aliments,et participatives la transformation et la certification des produits locaux. Les scientifiques ont alors exercé une certaineEn France, deux événements majeurs ont marqué la influence sur les décideurs. Ce mouvement s’estrecherche sur le développement, en particulier sur les d’ailleurs produit en même temps que la société civilezones arides : commençait à émerger.! Les grandes sécheresses des années 70 au Sahel ont Aujourd’hui, il est difficile de concevoir des recherchesprovoqué la création d’un programme spécial par la spécialisées et interdisciplinaires en sciences sociales etDGRST de l’époque (Délégation générale à la recherche en sciences du milieu qui ne soient pas « participatives »,scientifique et technique). c’est-à-dire décidées sans l’avis des utilisateurs finaux! En 1981, la création du programme mobilisateur de ces recherches. Les États ne sont plus les seuls« Recherche en coopération pour le développement » décideurs. De même, les problématiques scientifiquespar le nouveau ministère de la Recherche dans le cadre ne sont plus seulement alimentées par des logiquesdes réformes de la recherche et de la loi d’orientation et purement scientifiques.de programmation promulguée à cette époque. Il existe deux écoles en matière d’adoption desC’est à partir de là que sont issus des grands innovations et de diffusion de progrès :programmes et des travaux à long terme qui ont donnédes résultats importants dans toutes les sciences ! L’une, plutôt anglo-saxonne, est basée plus ou moinsagronomiques et du milieu naturel, comme en explicitement sur des rapports « maître-élève » entémoigne par exemple l’ouvrage collectif publié en 1992 s’adressant aux agriculteurs avec une approche de typepar l’IRD « L’aridité, une contrainte au développement ». « gestion » qui consiste à faire adopter les acquis de laLeur prise en compte et celle de résultats de travaux recherche pour satisfaire les besoins du marché.antérieurs comme les études de terroirs, menées ! L’autre, plutôt francophone et latino-américaine,depuis les années 60 sous l’impulsion des géographes s’appuie sur les expériences des coopératives agricolesSautter et Pélissier et du sociologue Balandier, ont eu et s’adresse à des groupes plus qu’à des personnes. Lespour résultat d’influencer de nouvelles approches et les agriculteurs sont alors des acteurs et pas seulement desbailleurs de fonds ont commencé à se rendre compte bénéficiaires de progrès. Cela suppose l’existence dedes effets négatifs de démarches « top-down ». On citera corps intermédiaires répondant aux dynamiques dunotamment l’émergence de projets appelés « gestion de monde rural comme des groupements d’agriculteurs,terroirs » (terme utilisé tel quel en anglais) et du concept des centres de gestion, des coopératives d’utilisationde « gestion intégrée des ressources naturelles ». On en commun de matériel, d’achats d’intrants, de ventea aussi vu le lancement de recherches sur des thèmes de produits. ZoomLes causes du sous-développement selon… ! Le courant de F. Perroux repose sur les concepts de domination, de désarticulation entre les questions économiques et les questions! Le courant d’inspiration marxiste (Samir Amin, A. Gunder- sociales et culturelles ainsi que de coûts humains qui doiventFranck, P. Baran,…) estime que le sous-développement est le prendre en compte l’ensemble des besoins (économiques,produit du développement du système capitaliste : les sociétés culturels, religieux,…).contemporaines font partie d’un système mondial formé d’uncentre (les pays les plus développés) et de périphéries (les pays ! Le courant classique ou libéral ou encore néo-libéral, estime quesous-développés) et basé sur un échange inégal et des rapports de le développement nécessite une accumulation de capital et que ledépendance entre centre et périphéries. marché régule naturellement l’allocation des ressources ; le sous- développement n’est qu’un retard au développement.! Le courant structuraliste (C. Furtado, R. Prebisch,…) estimeégalement que le sous-développement résulte d’une domination ! Le courant keynésien estime nécessaire une interventionstructurelle entre les pays industrialisés et les autres, essentiellement puissante de l’État pour moderniser les économies des pays sous-économique, et il propose que le développement repose sur développés, réaliser une accumulation de capital et mobiliser lesl’industrialisation. forces de travail.La recherche scientifique dans les zones arides 7
  10. 10. De nouvelles questions sont posées à la recherche.Par exemple, les grands courants de la rechercheinternationale, actuellement marqués par lamodélisation que ce soit en climatologie, en écologieou en économie, sont-ils capables :! d’apporter des réponses concrètes aux questionsposées par la réhabilitation des milieux dégradés etla restauration de la fertilité et à celles posées parl’augmentation de la pauvreté, de l’insécurité et desmigrations ?! d’apporter des outils de dialogue entre lesresponsables administratifs, techniques et politiquesdes États concernés, leurs populations et leursorganisations, regroupées dans cette vaste nébuleuseque nous appellerons « société civile », et qui joue unrôle beaucoup plus déterminant qu’il y a trente ans ?! d’apporter des systèmes de suivi environnemental,social et économique capables d’aider à prendre lesdécisions qui conviennent ?! d’apporter des arguments convaincants aux bailleursde fonds —bilatéraux, multilatéraux et privés— pourqu’ils investissent dans les zones arides ?Ce dossier tente d’apporter des éclairages sur lesnouveaux contextes sociaux dans lesquels se déroulela lutte contre la désertification. Il développe leconcept de « société civile » et il présente plusgénéralement l’ensemble des acteurs de la lutte contrela désertification. Au travers de l’analyse des processusde prise de décision examinés à l’échelle de l’usager(agriculteur et éleveur) et du politique (ministère del’Agriculture), il distingue le rôle des scientifiquesde celui des intermédiaires entre la recherche et lasociété civile. Enfin, il s’interroge sur l’utilité socialedes opérations de recherche-développement en tempsréel et de leurs produits scientifiques, en analysantquelques projets menés en coopération dans plusieurspays situés en zones arides, financés par le ministèrefrançais des Affaires étrangères (MAE)* et menés sousla responsabilité du Comité Scientifique Français de laDésertification (CSFD).* Depuis 2007, le MAE est devenu le ministère des Affaires étrangèreset européennes (MAEE). 8 Sciences et société civile dans le cadre de la lutte contre la désertification
  11. 11. Formation aux techniques de la communication au Niger. Étudiants de l’Institut de formation aux techniques de l’information et de la communication (IFTIC, Niamey) au cours d’une interview dans un village au bord du fleuve Niger. Ces interviews sont réalisées dans le cadre du second séminaire « Vulgarisation au service du développement durable » co-organisé au Niger par l’IRD et l’IFTIC avec le soutien de la coopération française. M-L. Sabrié © IRDLa recherche scientifique dans les zones arides 9
  12. 12. La société civileet ses partenairesdans la luttecontre la désertificationL a société civile dans les pays en développement concernés par la lutte contre la désertification (LCD) est l’ensemble des hommes et des femmes, ruraux, citadins, agriculteurs et/ouéleveurs, entrepreneurs, ainsi que les organisationsvillageoises traditionnelles ou organisées juridiquement,les groupements professionnels et les groupementsparticuliers, les syndicats, les organisations nongouvernementales (ONG) locales, nationales et inter-nationales présentes sur place, les partis politiqueset les entreprises. La société civile, dans les paysdéveloppés, est constituée de la même façon mais elleest généralement plus structurée.Ce concept de société civile évolue : il est souvent présentécomme une entité sociale distincte, voir opposée à l’État.Il s’agit aujourd’hui de présenter la nature des relations« société civile - État » de façon dynamique et interactivecar les constituants de la société civile se modifient trèsvite : les paragraphes suivants vont tenter de décrire ce Les personnes : ruraux, éleveurs et agriculteursque sont ces constituants dans les pays touchés par ladésertification, des personnes à leurs organisations. Ces personnes se trouvent dans des environnements familiaux, culturels et institutionnels très variables.Les partenaires de la société civile sont, d’une part, Leur environnement familial est soit le ménage soitl’État et ses administrations centrales et décentralisées, la famille élargie. Plus généralement, le ménage et laou déconcentrées, et, d’autre part, les élus locaux et famille élargie agissent dans un champ de référencesnationaux et leurs assemblées, conseils de ville, de région culturelles propres à chaque peuple qui détermineainsi que les parlements. Enfin, une place particulière des pratiques sociales assez fortes. Ces pratiquesest faite à ceux qui produisent des connaissances et ordonnent les mécanismes d’accès aux ressourcesles diffusent : enseignants, chercheurs, formateurs, naturelles et régissent leurs droits d’usage.vulgarisateurs qui peuvent être considérés commemembres de la société civile mais leur activité est exercée, Les questions foncières, les questions des droitsdans la plupart des cas, grâce au soutien de l’État. Ils d’usage des espaces cultivés et pastoraux, celles liéesdevraient donc constituer un partenaire privilégié de la à l’utilisation des produits forestiers ligneux et nonsociété civile dans son dialogue avec l’État. ligneux, sont inscrites dans ces pratiques. L’action individuelle des acteurs est donc dépendante desLes acteurs de la société civile dans la LCD pratiques sociales en usage. Leur pouvoir de décision se situe à la croisée des pratiques sociales, desDans les pays touchés par la désertification, les premiers contraintes du milieu naturel et des environnementsacteurs sont les personnes, hommes et femmes, qui économiques, sociaux et politiques.sont immédiatement confrontées avec les processusde dégradation des terres : agriculteurs, éleveurs et Le niveau de formation de base de ces personnesforestiers. Ce sont aussi leurs organisations, notamment est très variable et bien souvent on va trouver dansles ONG. Ces acteurs sont des décideurs : ce sont eux qui les régions arides et semi-arides des populationschoisissent les cultures et les terres de parcours. Il y a d’agriculteurs et d’éleveurs ne sachant ni lire ni écrireaussi les entreprises privées. et n’ayant comme bagage que la tradition orale et la 10 Sciences et société civile dans le cadre de la lutte contre la désertification
  13. 13. Organisation paysanne. Réunion du bureau d’un groupement d’intérêt économique (GIE), gérant un périmètre irrigué. Windéciré, Sénégal. X. Le Roy © IRDconnaissance de leur milieu. Les techniques et lessavoir-faire se transmettent ainsi et évoluent peu. ZoomCe qui ne veut pas dire que la perception par les UNCCD et société civilepersonnes de leur environnement est absente, bien aucontraire : il y a une accumulation et une transmission Le texte de la Convention des Nations Unies sur la lutte contredes observations pratiques et une connaissance réelle la désertification (UNCCD) impose aux pays qui l’ont ratifiéedes questions de sols, de végétations pâturées et d’impliquer la société civile dans toutes les étapes de la LCD.d’espèces cultivées. C’est probablement le texte des Nations Unies le plus engageant sur cette question. On lira avec intérêt les articles 3, 5, 7, 10, 16,Les villageois sont de plus généralement organisés 18 et 19 de la Convention.traditionnellement pour gérer leur terroir. On nepeut pas parler dans tous les cas d’organisation Au niveau des principes, le texte indique que les décisionsvillageoise et/ou d’organisation professionnelle concernant la conception et l’exécution des programmes deagricole ou d’éleveurs mais les assemblées d’hommes LCD doivent être prises avec la participation des populations etet de femmes existent pratiquement partout et elles des collectivités locales et qu’une coopération entre les pouvoirsprennent des décisions parfois selon des mécanismes publics doit être instituée à tous les niveaux, avec les collectivités,complexes qui vont jusqu’à exiger l’unanimité. les organisations non gouvernementales et les exploitants des terres. On retrouve ces principes dans les articles ayant trait auxLe passage de ces formes traditionnelles d’organisation programmes d’action nationaux, à la collecte et aux échangessociale à des formes juridiques de type syndicat d’informations, aux transferts, à l’acquisition, à l’adaptation etd’agriculteurs n’est généralement pas encore fait. Dans à la mise au point de technologies et plus généralement à toutbien des cas, il existe des groupements pour certaines ce qui concerne le renforcement des capacités, l’éducation et laactivités, ou des groupements de personnes pouvant sensibilisation des acteurs et décideurs de tous les niveaux.prendre des formes de type ONG, avec des soutiensd’autres ONG nationales et internationales. Pour en savoir plus : www.unccd.intLa société civile et ses partenaires dans la lutte contre la désertification 11
  14. 14. ZoomLes ONG : questions de fond! Quelle est la légitimité des ONG ?La légitimité s’acquiert par une implication locale et dans lesrelations avec les partenaires. Elle implique des liens entre desengagements locaux et des actions à caractère international.Par exemple, les ONG qui travaillent avec les organisations del’agriculture familiale savent que l’instabilité des prix agricoles estune cause de pauvreté ; or la libéralisation des prix est un dogme.Ces ONG tirent la sonnette d’alarme et demandent une pause :elles sont parfaitement légitimes pour le faire.! Les ONG sont-elles représentatives ?La représentativité se mesure par la diversité de l’assisegéographique, sociale et culturelle des ONG, par leur capacitéà se fédérer, à former des plates-formes nationales, descoordinations, des coalitions au niveau national comme au planinternational.! Quel est le degré d’indépendance des ONG ?Les ONG sont normalement des associations sans but lucratifdont les ressources proviennent des cotisations des membreset de ressources extérieures. Elles sont souvent insuffisantesdès lors que les ONG souhaitent jouer des rôles importants etinternationaux. Les dons privés exigent la transparence de leurutilisation. Certaines ONG sont fortement influencées, soit par desgouvernements (GONGOs, Governmental Organized NGOs),soit par des milieux d’affaires (BONGOs, Business Oriented Femme du township membre d’un atelier deNGOs ), soit par leurs donateurs qui agissent dans une direction peinture sur textile développé par Umthatidonnée (sectes, etc.). Training Project, une ONG portant un nom xhosa désignant un arbre local synonyme de force et de vie renouvelées. Grahamstown, Afrique du Sud. E. Deliry Antheaume © IRDLes organisations : ONG, groupements, associations d’ONG important dans la LCD est celui d’interventionet fédérations, syndicats et partis politiques en milieu rural pour l’hydraulique, le développement local, l’amélioration des pratiques agricoles, lesLes ONG : un monde complexe parfois difficile à saisir équipements et le développement économique en général.Dans les pays touchés par la désertification, on assisteà une prolifération d’ONG de toute espèce (statut, Dans les pays développés, de nombreuses personnesnationalité, taille, objectifs, fiabilité, intérêts, etc.). ont pris conscience de la gravité des processus deElles cherchent à occuper les domaines délaissés désertification et des situations de pauvreté qu’ilspar des États parfois défaillants ou libéraux ; elles entraînent. La plupart du temps, elles sont regroupéesbénéficient de financements croissants des bailleurs en associations et agissent de diverses façons. Lesde fonds et s’affichent comme l’expression de la associations sont composées de membres cotisant ausociété civile. Elles s’organisent parfois en réseau et minimum une fois par an et de membres plus engagéselles peuvent peser assez lourd. Elles servent parfois et actifs, provenant de tous les milieux socio-culturelsd’alibis pour les pouvoirs publics, notamment vis-à- et professionnels. Elles sont souvent constituées auvis de la communauté internationale. La montée en départ pour des interventions humanitaires à la suitepuissance des ONG locales depuis quelques années de catastrophes naturelles, comme par exemple lesest un fait marquant, de même que l’on constate grandes sécheresses des années 70. Elles informentune professionnalisation de plus en plus poussée. autour d’elles et font des activités de plaidoyer et desCes ONG s’occupent généralement de thèmes plutôt collectes de fonds. Elles peuvent aussi mettre en placesociaux comme l’éducation et la formation, la santé des projets de développement villageois sur des thèmeset la nutrition, les jeunes, les femmes. Parfois, elles comme l’hydraulique, l’élevage, la gestion des oasis, las’occupent d’éducation civique et elles forment de protection contre l’érosion, le boisement, l’augmentationvéritables animateurs de la société civile, actuels ou de la production agricole, la transformation des produitsfuturs cadres syndicaux, territoriaux ou élus. Un type agricoles et forestiers ; elles agissent aussi dans les 12 Sciences et société civile dans le cadre de la lutte contre la désertification
  15. 15. ZoomQuelques grandes ONG « environnementales » notamment en Afrique pour la gestion d’aires protégées. L’analyse de la composition du conseil d’administration de WWF montre que de nombreuxinternationales … industriels y sont présents et influents, et parfois issus d’industries nocives! Greenpeace International pour l’environnement (Lafarge, Chevron, Unilever, etc.). Le WWF entretient généralement de bonnes relations avec des chercheurs et d’autres ONG.C’est une fédération d’associations nationales créée en 1971 pour luttercontre les essais nucléaires. Greenpeace reste très engagé sur ces actions Pour en savoir plus : www.wwf.frmais s’est élargi sur des thèmes liés au réchauffement climatique en soutenantles énergies renouvelables et en militant pour l’application du protocole ! Friends of the earth international,de Kyoto. Il revendique des combats environnementaux spectaculaires, les amis de la terre internationalcomme par exemple contre des compagnies pétrolières. Il milite aussi pourla protection de la biodiversité et de la forêt, contre la chasse à la baleine, C’est une fédération internationale de quelques 5 000 organisations localesles rejets toxiques et les organismes génétiquement modifiés (OGM), par et 70 organisations nationales « les amis de la terre », comprenant environexemple en publiant une « liste noire » de produits susceptibles de contenir 1,5 million de membres. Elle mène des campagnes de sensibilisation surdes OGM. Greenpeace est présent dans 160 pays et mobilise des millions des sujets portant souvent à controverse, en défiant le modèle actuel dede sympathisants pour des actions militantes et médiatiques contre les la globalisation de l’économie et du néo-libéralisme et en promouvant despouvoirs publics et les entreprises. Certains plaidoyers développés par cette modèles basés sur plus de justice sociale, de respect de l’environnement etorganisation ne semblent pas toujours suffisamment étayés et argumentés d’égalité des droits des personnes et des peuples. Les « amis de la terre » militentpar des bases scientifiques ; certaines actions peuvent parfois choquer, voire pour inverser la dégradation de l’environnement, obtenir l’émancipation desnuire aux causes défendues. peuples autochtones et des communautés locales, susciter l’évolution vers la durabilité et l’équité sociale. Ils ont des activités d’information du publicPour en savoir plus : www.greenpeace.org/international et ils conduisent des luttes parfois musclées sur les causes qu’ils défendent.! WWF International, Organisation mondiale Pour en savoir plus : www.foei.org de protection de l’environnement ! UICN, Union mondiale pour la natureCréé en 1961 sous le nom de World Wildlife Fund, le WWF est uneorganisation mondiale de protection de la nature qui travaille dans une L’Union mondiale pour la nature est née en 1948 et se caractérise par uncentaine de pays dans le but de trouver une harmonie entre les hommes et mélange de membres individuels (souvent des scientifiques), de membresla nature. Il compte près de 5 millions d’adhérents à travers le monde et gère institutionnels, comme des organismes publics de recherche, d’ONG et deenviron 2 000 projets de conservation de la nature, occupant plus de 4 000 plusieurs milliers de bénévoles. Ses membres se composent de 79 États,personnes. Le WWF travaille aussi bien avec des populations locales qu’au 112 organismes publics, 670 ONG nationales et 67 ONG internationales.niveau des instances les plus élevées de la Banque mondiale et de l’Union Son siège est à Gland (Suisse) ; l’UICN emploie 1 000 salariés et son budgeteuropéenne. Il est organisé comme une fédération de WWF nationaux, de annuel est d’environ 45 M USD ; il y a quatre bureaux de coordination ennature parfois assez diverse, mais adhérent à une charte commune. Ainsi Afrique. L’UICN a produit en 2005 un document stratégique très intéressantWWF France regroupe 150 000 adhérents tandis que WWF Pays-Bas en sur la gestion des ressources naturelles en milieu aride et la lutte contre laregroupe 1,2 million. Le but de WWF est de contribuer à la conservation de la désertification en Afrique, destiné à aider les États à se doter de leurs propresbiodiversité, à une utilisation durable des ressources naturelles et de faciliter la stratégies. Cette ONG, proche des scientifiques, joue un rôle importantréduction des pollutions. Il s’affiche politiquement indépendant, multiculturel, notamment sur les questions de biodiversité.organisateur de dialogues et de partenariats, dans le respect des diversescultures. Il a un Président, un conseil d’administration et recueille des fonds Pour en savoir plus : www.uicn.orgprivés et des dons. Il agit aussi comme opérateur d’agences de développement,secteurs de l’éducation et de la formation de base, de dizaines de milliers d’euros par an à plus de 50 millionsl’hygiène, de l’alimentation et de la santé. Elles agissent d’euros par an pour les plus importantes. La plupart desparfois dans le secteur de la formation des cadres des ONG sont alimentées par des dons privés, des collectesONG locales. Elles interviennent sur le terrain, dans les et des contrats de collectivités territoriales, parfois depays en développement, en soutien et en partenariat l’État et de l’Union européenne. Certaines ONG sontavec les ONG locales, parfois en substitution. presque entièrement financées par l’État, d’autres sont assez indépendantes des fonds publics. Certains ÉtatsOn trouve encore dans certaines ONG la même mentalité européens comme ceux scandinaves et les Pays-Bas,que dans certaines administrations techniques : il y a font passer une partie importante de leur aide publiqueceux qui savent et ceux qui ne savent pas ; on va décider au développement par des ONG : environ 20 pour cent,pour eux. alors que ce pourcentage, en France, n’était que de 1,1 pour cent en 2005.Ces ONG sont de taille très variable, de quelquespersonnes à plusieurs dizaines de personnes Les ONG des pays en développement, comme celles despermanentes. Dans ce cas, elles font partie de collectifs pays développés, participent maintenant aux grandsou de fédérations d’ONG, nationales et internationales. débats nationaux et internationaux sur les questionsElles se sont professionnalisées, devenant quelquefois d’aide publique au développement et son utilisation,de véritables bureaux d’études et sociétés d’inter- du commerce mondial, de l’environnement mondial,vention. Elles savent mobiliser de l’expertise mais plutôt de l’endettement et de la pauvreté ainsi que du rôle desponctuellement et dans le court terme, car elles sont États. D’ailleurs, la Convention des Nations Unies sur lapressées par le temps et les contraintes. Elles n’ont pas lutte contre la désertification impose aux pays Partiestoujours le recul nécessaire pour faire de bons diagnostics. d’impliquer la société civile dans toutes les étapes de laLeur poids financier, en France, varie de quelques LCD.La société civile et ses partenaires dans la lutte contre la désertification 13
  16. 16. Zoom… Et d’autres ONG françaises! Le Groupe de Travail Désertification, GTD ! Coordination SUDLe GTD a été créé en 2001 à l’initiative du CARI (Centre d’Action et deRéalisations Internationales, ONG française oeuvrant dans les zones Créée en 1994, Coordination SUD rassemble plus d’une centainesèches). Il rassemble diverses ONG actives dans les zones sèches, d’ONG dans le cadre d’une confédération formée de six collectifsdes scientifiques, le CSFD, des formateurs, la Fédération internationale constitutifs : CLONG-Volontariat (Comité de Liaison des ONG dedes producteurs agricoles, l’Agence Française de Développement et le Volontariat), CNAJEP (Comité pour les relations Nationales etWWF France. Il a pour partenaires les ministères français des Affaires internationales des Associations de Jeunesse et d’Éducation populaire),étrangères et européennes, de l’Écologie du Développement et de Coordination d’Agen, CRID (Centre de Recherche et d’Informationl’Aménagement durables et de la Recherche scientifique. Il travaille pour le développement), FORIM (Forum des organisations de solidaritéen relation avec la Convention désertification et les regroupements internationales issues de migration), Groupe initiatives. Ses deuxd’ONG européennes comme l’ENID (European Networking Initiative on principales missions sont (i) les relations internationales et l’appui auDesertification). Ses activités principales sont la concertation entre les plaidoyer, grâce à plusieurs commissions de travail, des publications etacteurs français —publics, scientifiques et ONG— et la liaison avec des la diffusion de positions communes des ONG sur des questions commeorganisations similaires notamment en Europe, le plaidoyer en réseau, l’aide publique au développement, et (ii) l’appui au financement et aula constitution de dossiers pédagogiques et des publications pour le renforcement institutionnel, en jouant un rôle de centre de ressourcesgrand public. Il n’a pas de statut juridique et fonctionne sur la base d’un et en mettant en commun certains moyens. Coordination SUD disposecollectif animé par le CARI. Une de ses actions les plus importantes en d’une dizaine de permanents et a mis en place des outils d’information2006 a été le forum « Désertif’action » à Montpellier (France). et de capitalisation au bénéfice des ONG et de leurs partenaires.Pour en savoir plus : www.cariassociation.org/gtd Pour en savoir plus : www.coordinationsud.orgLes groupements, associations villageoises et syndicatsOn appelle parfois de façon impropre « ONG » des nature, partie d’une organisation villageoise tandis quemembres de la société civile qui sont des groupements l’appartenance à une ONG se fait plutôt sur une base dedivers, des associations villageoises et des syndicats. volontariat.Les groupements divers sont par exemple des groupes Si les organisations syndicales ont une longue histoirede jeunes ruraux ou de femmes, organisés dans un dans les pays développés, il n’en est pas de mêmebut spécifique. C’est ainsi que dans nombre de pays dans les pays en développement et notamment danssahéliens, des groupes de femmes gèrent des opérations ceux touchés par la désertification, dont l’activité estde culture, de récolte et de transformation de produits essentiellement agricole et pastorale. Les syndicatsforestiers non ligneux comme le karité (Butyrospermum d’agriculteurs et d’éleveurs sont encore rares ; ilsparkii, arbre africain). Il arrive parfois que ces groupes commencent à émerger sous la forme de groupementsprennent des statuts d’entreprise artisanale et d’agriculteurs et d’éleveurs. Ils n’ont pas encore la forcecommerciale et ils négocient alors des contrats avec des revendicatrice de leurs homologues européens mais ilsexportateurs ou des industriels. bénéficient de coopérations en matière de formation de leurs cadres, souvent exercées par les agriculteursLe terme d’association villageoise couvre un vaste et leurs organisations des pays développés. Leurchamp qui bénéficie d’une certaine formalisation vis- financement est difficile et ils n’en sont pas encore auà-vis de l’extérieur, en allant des organisations sociales stade de la création d’institutions techniques qui leurvillageoises traditionnelles à de véritables organisations seraient propres.juridiques. Les organisations villageoises traditionnellesavec leurs chefs de village, chefs de terre et chefs de On notera l’existence de réseaux organisés commelignage, ont bien souvent un pouvoir réel de décision le réseau syndical des organisations agricoles depour l’ensemble de la communauté mais elles ne sont Madagascar (SOA), les réseaux régionaux d’organisationspas toujours reconnues par les pouvoirs publics. agricoles des sous-régions ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) comme le Réseau des organisations paysannesEn revanche, il existe actuellement une formalisation et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), qui sontjuridique de ces organisations ce qui en fait des en train d’analyser les projets d’accords de partenariatpartenaires avec lesquels il est possible de contracter. économique (APE) avec l’Union européenne. Le ROPPAPar exemple, du fait de la décentralisation actuelle, estime que l’Afrique de l’Ouest n’est pas encore prêtel’État peut confier, par contrat, la gestion des espaces à l’ouverture commerciale prévue pour 2008 et agit enpublics à des organisations villageoises locales ainsi concertation avec la Communauté économique des Étatsqu’aux communes rurales, devenues dans bien des de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour obtenir un délai.cas des entités juridiques. On se situe donc au-delà de Ces réseaux commencent à peser mais ils doivent êtrela définition d’une ONG, car tout villageois fait, par renforcés. 14 Sciences et société civile dans le cadre de la lutte contre la désertification
  17. 17. Pesage de l’engrais dans une organisation paysanne par le magasinier d’un groupement d’intérêt économique (GIE). Guédé-Village, Sénégal. X. Le Roy © IRDLes partis politiques productions locales ; elles représentent le seul lien desUn parti politique est une association organisée qui producteurs locaux avec un monde extérieur qui bienrassemble des citoyens unis par une philosophie ou souvent leur échappe. Les services comme les banques,une idéologie commune et qui ont un projet de société les assurances, les commerces spécialisés (pharmaciesdont elle cherche la réalisation grâce à la conquête par exemple) ne se trouvent que dans les villes, voireet à l’exercice du pouvoir. Les partis contribuent à la les grandes villes, et sont souvent inaccessibles auxvitalité de la démocratie en proposant des élus à tous ruraux, soit parce qu’ils en sont éloignés, soit parles niveaux : de la commune à l’Assemblée nationale. manque d’argent. Les banques privées ne prêtentPendant longtemps, les jeunes États africains ont été pas aux agriculteurs et aux éleveurs car ils n’ont passoumis à l’habitude du « parti unique » au service de caution ni de garantie. Les entreprises agricoles,du Président en place ainsi qu’aux maires nommés. d’élevage et forestières sont rares et ne se trouvent queAujourd’hui, on assiste au contraire dans certains pays à dans certaines conditions d’exploitation de produitsla multiplication des partis politiques supposés favoriser vendables sur des marchés extérieurs, comme la gommela vie démocratique. On arrive parfois à l’inverse de arabique. Les commerces de bois de feu et de charbon del’effet escompté, et on passe d’un régime parlementaire bois sont actifs et peuvent avoir pour impact d’engendrerdominé par un parti à des assemblées nationales où des des plantations forestières à cet usage au lieu d’entraînermajorités de gouvernement sont difficiles à réunir. des déboisements. Dans certains cas, on trouve des coopératives de production ou de commercialisation deLa vie démocratique d’un pays résulte en fait d’un produits agricoles ou forestiers, notamment vendableséquilibre entre toutes les composantes ainsi décrites, sur les marchés extérieurs comme le karité ou l’huileindividus, groupements, ONG, organisations de d’argan.producteurs, syndicats, partis, auxquelles il convientd’ajouter les acteurs économiques privés. Ce vaste Dans des zones très spécifiques, il existe des activitésensemble, dont les intérêts peuvent être contradictoires, non agricoles gérées par des entreprises privées :va dialoguer avec l’État et ses organes. c’est le cas du tourisme, qui nécessite des atouts spécifiques (paysages, biens culturels, etc.) et doncLes entreprises privées : commerces, banques et services des infrastructures, des entreprises de transports, des hôtels, des accompagnateurs, des sociétés de serviceDans les zones arides, de très petites entreprises agissent et qui peuvent également engendrer des activitésdans les secteurs de l’artisanat et des services. Les plus artisanales et du maraîchage.nombreuses sont les commerces, de détail ou de demi-gros, puis les entreprises d’entretien et de maintenance D’une façon générale dans les zones arides, le secteurdu matériel, notamment agricole. Un rôle particulier non agricole est peu développé et le rôle des entreprisesest joué par les entreprises qui commercialisent les de service dans la LCD reste à évaluer.La société civile et ses partenaires dans la lutte contre la désertification 15
  18. 18. Visite du stand IRD/UCAD/IFAN/ISRA par le Président de la République du Sénégal et le premier ministre. Dakar agricole, 4 et 5 février 2005, Sénégal. M. Touré © IRDLes partenaires de la société civile Les parlements nationaux ont le rôle primordial de voter le budget de l’État, et donc de consacrer desLes élus locaux et nationaux : conseils municipaux, orientations prioritaires, inscrites ou non dans desrégionaux et parlements plans ou des programmes nationaux. La lutte contre la désertification est-elle considérée comme telle ? DansDans pratiquement tous les pays en développement, les situations de pauvreté que connaissent la plupartles personnes élisent des élus locaux (maires, des pays touchés, qui ne disposent généralement pasconseillers municipaux) et des élus nationaux d’autres ressources que leurs ressources naturelles, il(députés, sénateurs…), avec parfois des échelons existe de nombreuses priorités et urgences qui limitentintermédiaires comme la province, la région, etc. Ces de fait les investissements en matière de restaurationélus ont des capacités de décision sur les politiques à des terres. Les gouvernements préfèrent s’en tenir àmener, localement et nationalement, qui varient selon l’aide extérieure pour ces investissements. Par ailleurs,la subsidiarité des responsabilités. il existe fréquemment un décalage entre la société civile et les élus, locaux et nationaux. Il n’est pas certainDes assemblées territoriales locales, conseils de trouver chez les élus et le (ou les) parti(s) au pouvoirmunicipaux ou régionaux, peuvent prendre des l’expression des besoins émis par la société civile, pasdécisions et voter des budgets en matière de lutte plus qu’il est sûr que les projets menés par ces éluscontre la désertification. C’est plutôt rare car, d’une soient vraiment conformes à ces besoins.part, ces assemblées ne disposent généralement pasde véritables moyens et, d’autre part, elles doivent Ces catégories existent également dans les paysparer à des besoins immédiats qu’elles estiment développés : les élus locaux peuvent décider desplus importants : santé, fourniture d’eau potable et actions de coopération décentralisée et essayerassainissement, éducation. Il y a dans certains cas de les suivre de près. Les élus nationaux votent lesdes appuis venant de collectivités territoriales de budgets des affaires étrangères et de la coopération.pays développés pour investir dans la restauration Quelle part souhaitent-ils apporter, dans ces budgets,de terres dégradées et dans la sécurité alimentaire : aux questions de lutte contre la pauvreté et de luttela « coopération décentralisée » qui est en train de se contre la désertification ? Il n’est pas certain que cesdévelopper au-delà des opérations d’urgence. élus soient même au courant de ces questions. 16 Sciences et société civile dans le cadre de la lutte contre la désertification
  19. 19. L’État et les administrationsDans le domaine de la lutte contre la désertification, Il y a fréquemment un fossé entre ces catégoriesla dernière catégorie d’acteurs et de décideurs est d’acteurs : manque d’écoute, incompréhension dereprésentée par les administrations responsables part et d’autre, méfiance réciproque. Cela contribuedes questions d’agriculture, d’élevage, de forêts, à une relative inefficacité des projets, du stade de lad’environnement, de développement et de ressources préparation à celui de la réalisation.en eau. Citons également les administrationsresponsables des finances et du plan ainsi que les Dans les pays développés, les administrations desadministrations responsables des relations avec les Affaires étrangères et de la Coopération sont parfoisbailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux. Les complexes, centralisées dans la capitale ou parfoispremières citées, plus techniques, sont généralement assez décentralisées, laissant de grandes capacitésdivisées en administrations centrales et services de décision aux ambassades dans les pays endéconcentrés et décentralisés dans les régions. Les développement. Le dialogue entre les diplomates,secondes sont centralisées et proches des pouvoirs les financiers et les techniciens n’est pas toujourspolitiques. aisé et les priorités politiques priment. Il y a aussi un problème de dialogue entre ces administrateurs et lesLes administrations techniques disposent norma- politiques qui décident.lement d’un certain savoir-faire qui est mis à ladisposition des populations et de ses organisations. Comment convaincre de la justesse d’une action resteHélas, le dialogue n’est pas constant et les pratiques et une question clé, aussi bien dans les pays développéssavoir-faire locaux sont souvent ignorés. que dans les pays en développement. Les acteurs locaux et nationaux de la LCD dans les pays touchés et leurs partenairesLa société civile et ses partenaires dans la lutte contre la désertification 17
  20. 20. Le cas particulier des scientifiques,des enseignants et des formateursDans les pays touchés par la désertification, maisaussi dans les pays développés, un certain nombre descientifiques, enseignants-chercheurs des universités,chercheurs et leurs institutions, sont directementimpliqués dans la LCD par la CCD (Convention desNations Unies sur la lutte contre la désertification) et ontpris en compte des objectifs relatifs à la lutte contre ladésertification dans leurs travaux.Ils traitent tout d’abord des questions scientifiquesfondamentales sur lesquelles ils ont apporté desrésultats significatifs comme :• la dynamique des écosystèmes, leur résilience et leur capacité de résistance aux situations de sécheresse prononcée et d’aridité de plus en plus aggravées ;• la biodiversité et la génétique des plantes cultivées • les pratiques d’élevage, les systèmes de culture, le rôle dans les régions arides et la mise au point de variétés des prix, notamment des produits agricoles et des adaptées ; marchés, l’impact des politiques publiques ;• la pédogenèse, la salinisation des sols ; • la décentralisation et ses conséquences ;• l’érosion éolienne et hydrique ; • la gestion participative et les questions de gouver-• le climat, ses irrégularités et leurs conséquences ; nance ;• l’hydrologie de surface, la dynamique des bassins • etc. versants, la modélisation des écoulements, l’alimen- tation des nappes phréatiques, le fonctionnement des Ces recherches sont menées par des universités et/ou aquifères profonds ; des institutions scientifiques spécialisées, bénéficiant• l’anthropologie sociale et économique ; de dotations budgétaires des États et/ou de contrats• l’économie de l’environnement et des ressources de recherche, nationaux, d’autres pays, de l’Union naturelles, l’économie des conventions ; européenne ou d’organisations internationales.• la sociologie des organisations, la socio-anthropologie ;• la modélisation des échanges en lien avec l’évolution Il existe aussi un réseau de centres internationaux de des ressources, la démographie, les relations popu- recherche agronomique (GCRAI, Groupe Consultatif lation/environnement ; pour la Recherche Agricole Internationale) avec des• etc. établissements comme l’ICRISAT (International Crops Research Institute for the Semi-Arid tropics), leIls traitent également de questions plus appliquées CIAT (Centre International d’Agriculture Tropicale)débouchant sur des techniques de lutte contre la et l’ICARDA (International Center for Agriculturaldésertification ou des systèmes de production agricole et Research in the Dry Areas). Un des problèmes les plusd’élevage mieux adaptés aux conditions arides comme : importants des pays des zones arides est la faiblesse de leurs institutions nationales de recherche, souvent• la prévision climatique à court et à moyen terme, pour des raisons budgétaires et de taille critique. La l’alerte précoce pour la sécurité alimentaire et majorité des États ne peuvent pas financer tous les l’environnement ; thèmes qui seraient à développer.• la lutte contre la salinité des sols, l’amélioration de l’efficacité de l’irrigation, la lutte contre l’érosion Un autre groupe joue un rôle capital dans la société : éolienne et hydrique ; ce sont les enseignants des secteurs secondaires et 18 Sciences et société civile dans le cadre de la lutte contre la désertification

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