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Politiques de Développement Pastoral au Sahel
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Politiques de Développement Pastoral au Sahel

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This report analyses the ambitions of the international development cooperation and the dynamics of the pastoral system in Niger (past and present). …

This report analyses the ambitions of the international development cooperation and the dynamics of the pastoral system in Niger (past and present).


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  • 1. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 MÉMOIRE DE RECHERCHE SOUMIS A LINSTITUT UNIVERSITAIRE DÉTUDES DU DÉVELOPPEMENT, IUED GENÈVE. Politiques de développement pastoral au Sahel. Les ambitions de développement de la coopération internationale et la dynamique du système pastoral nigérien. Analyse comparative et historique. Proposé par Roland Hammel sous la Direction de Daniel Fino, Chargé de cours. Diplôme de recherche N° 146 accordé à la soutenance le 25 août 2006 1
  • 2. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Table des matières.1. Présentation. _____________________________________________________ 5 1.1. Cadre de la recherche.____________________________________________________ 5 1.1.1. Cadre général.______________________________________________________________ 5 1.1.2. Définition thématique. _______________________________________________________ 6 1.1.2.1. Politiques de développement pastoral au Sahel. _________________________________ 6 1.1.2.2. De lanalyse comparative des stratégies des bailleurs de fonds, agences de coopération et ONG, avec les dynamiques du système pastoral. __________________________________________ 8 1.1.3. Questions spécifiques. _______________________________________________________ 8 1.1.4. Méthodologie.______________________________________________________________ 9 1.1.4.1. Lambition initiale.________________________________________________________ 9 1.1.4.2. La méthodologie elle-même. _______________________________________________ 10 1.2. Précision des concepts utilisés. ____________________________________________ 11 1.3. Répertoire des sigles et abréviations. _______________________________________ 142. Cadre technique de référence. _________________________________ 16 2.1. Définitions et cadrage de létude .__________________________________________ 16 2.1.1. Contexte du pastoralisme au Sahel. ____________________________________________ 16 2.1.1.1. Climat et cycles._________________________________________________________ 16 2.1.2. Ecologie des pâturages. Notions essentielles._____________________________________ 18 2.1.2.1. Description générale de lenvironnement. _____________________________________ 18 2.1.2.2. Influences sur l’équilibre de la végétation des savanes du Sahel. ___________________ 19 2.1.2.3. Germination et croissance des herbacées annuelles. _____________________________ 21 2.1.2.4. Variations de l’offre fourragère durant l’année et impact du cheptel sur le milieu. Un équilibre instable. _________________________________________________________________ 24 2.1.2.5. Adaptation du cheptel aux conditions climatiques. ______________________________ 26 2.1.2.6. Contexte social de base.___________________________________________________ 28 2.1.2.7. Contexte économique. ____________________________________________________ 30 2.1.2.7.1. Importance économique du pastoralisme dans la satisfaction des besoins de base. __ 30 2.1.2.7.2. Importance de lélevage dans les économies nationales. _______________________ 31 2.1.2.7.3. Rôle économique de lélevage pastoral dans les régions. _______________________ 323. Description analytique et profil historique des politiques dedéveloppement pastoral.______________________________________________ 33 3.1. Période Coloniale. ______________________________________________________ 33 3.1.1. Chronologie générale et description brève. ______________________________________ 33 3.1.2. Prédominance dune vision purement vétérinaire de lélevage au Sahel. _______________ 36 3.1.3. Orientations stratégiques et recherches. _________________________________________ 37 3.1.3.1. Trois postulats fondateurs . _______________________________________________ 37 3.1.3.2. De lamélioration du cheptel local. Des illusions aux remises en causes. _____________ 38 3.1.4. Espaces pastoraux, de la logique militaro administrative aux ambitions de gestion rationnelle. 41 3.1.4.1. La période de conquête . __________________________________________________ 42 3.1.4.2. La période coloniale pacifiée. ______________________________________________ 46 3.1.4.3. La décennie de lindépendance. ____________________________________________ 53 3.1.5. Transformer le pasteur "patriarche" en producteur averti.__________________________ 55 3.2. De l indépendance jusquen 1972. _________________________________________ 60 3.2.1. Lélevage et ses filières. _____________________________________________________ 60 3.2.2. La gestion des espaces pastoraux. _____________________________________________ 62 3.2.2.1. Le cadre institutionnel de la modernisation pastorale.____________________________ 62 3.2.2.2. Mise en valeur des espaces pastoraux… sur le terrain. ___________________________ 64 3.2.2.3. Qui pilote ces orientations ? Expert ou bailleurs ? ______________________________ 67 3.3. de 1973 à 1985, les lendemains qui déchantent. ______________________________ 68 3.3.1. Réactions des pasteurs. ______________________________________________________ 68 2
  • 3. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 3.3.2. Idéologie dominante dans les politiques de développement. _________________________ 70 3.3.3. Création des centres de multiplication du bétail. __________________________________ 73 3.3.4. La mise en œuvre de la modernisation pastorale. __________________________________ 75 3.3.4.1. Le rôle de lIEMVT.______________________________________________________ 75 3.3.4.1.1. Le modèle de base : ___________________________________________________ 77 3.3.4.2. Le PENCE. Résumé de son action.__________________________________________ 80 3.3.4.3. Les acquis essentiels des grands projets et la lutte pour un nouveau paradigme du pastoralisme. _____________________________________________________________________ 81 3.3.4.4. La sécheresse de 1984, sur fond de doutes et désillusions.________________________ 83 3.4. Laprès 1985. __________________________________________________________ 87 3.4.1. Sur le terrain, labandon du secteur pastoral. _____________________________________ 87 3.4.2. Abandon des fleurons de la modernisation pastorale. ______________________________ 88 3.4.3. Les tendances de laprès 85. __________________________________________________ 89 3.5. De 1990 à nos jours. proximité et "responsabilisation", lère des sociologues et des juristes.______________________________________________________________________ 93 3.5.1. Nouvelles perspectives et incertitudes.__________________________________________ 93 3.5.1.1. Un contexte trouble, des incertitudes nombreuses. ______________________________ 93 3.5.1.2. La gestion de lespace pastoral revue et corrigée, la perte de toutes illusions.__________ 95 3.5.1.3. La "gestion de Terroirs" et le "développement local". Un recentrage des efforts sur le monde agricole.___________________________________________________________________ 97 3.5.1.4. Dans la zone Nord, entre urgence, temporisation du conflit et développement pastoral. Recherche dinterlocuteurs. __________________________________________________________ 98 3.5.1.5. Les ONGs et la question pastorale dans les années 90. __________________________ 102 3.5.1.6. Emergence du secteur associatif. ___________________________________________ 103 3.5.1.7. La sélection du cheptel partagée avec les éleveurs. Innovation de la CTB. __________ 106 3.5.2. Code rural, terroirs dattache et décentralisation. Lère des juristes. __________________ 107 3.5.2.1. Les soutiens aux commissions foncières. ____________________________________ 108 3.5.2.2. Linsoluble débat sur les terroirs dattaches.___________________________________ 108 3.5.2.3. Le mythe du ranching refait surface. ________________________________________ 109 3.5.3. "Le rêve porteur de développement". Nouvelle approche de la DDC pour lélevage sahélien. ______ 110 3.5.3.1. Lenthousiasme contagieux……. ___________________________________________ 110 3.5.3.2. ………Puis le dogme métaphysique.________________________________________ 111 3.5.3.3. Le dogme devient doctrine de politique interne. _______________________________ 1154. Dynamiques actuelles du système pastoral et coopération audéveloppement. ______________________________________________________ 118 4.1. Sécheresses, sentiment de rupture climatique ? _____________________________ 119 4.1.1. Quelques rappels et précisions. ______________________________________________ 119 4.1.2. L’irrégularité inter-annuelle, et le sentiment de rupture d’équilibre. __________________ 121 4.1.3. Rappel de la réalité historique du climat. _______________________________________ 121 4.1.3.1. Préhistoire du climat. ____________________________________________________ 121 4.1.3.2. Fluctuations minimes au 20 ème siècle. _____________________________________ 122 4.1.3.3. Des perceptions à court terme sur le terrain. __________________________________ 123 4.1.3.3.1. Facteurs « conjoncturels de crise » liés à l’environnement et au climat. __________ 124 4.1.3.3.2. Facteurs liés aux systèmes de production. _________________________________ 126 4.2. Identification à lespace, nomadisme et sédentarité.__________________________ 131 4.2.1. Difficulté de cerner une réalité mouvante. ______________________________________ 131 4.2.1.1. La mobilité, des formes infiniment variées.___________________________________ 131 4.2.1.2. La possession matérielle _________________________________________________ 132 4.2.1.3. Le village et la brousse, complémentaires et opposés. __________________________ 135 4.2.2. Eléments de perturbation du système de gestion des pâturages en saison sèche. _________ 136 4.2.2.1. Surabondance de points d’eau. ____________________________________________ 137 4.2.2.2. Accès par abreuvement mobile.____________________________________________ 138 4.2.3. Cadre législatif en gestation. ________________________________________________ 140 4.2.3.1. Situation actuelle des processus globaux, description et interprétation. _____________ 140 4.2.3.2. Reconnaissance formelle des Terroirs d’Attache. Formule salvatrice ou hérésie ? ____ 144 4.2.3.3. Risques inhérents à la formalisation des Terroirs d’Attache. _____________________ 146 3
  • 4. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 4.2.3.4. Extrême des perceptions de sécurisation d’accès en zones pastorale, sur les espaces identitaires des pasteurs et voie médiane. ______________________________________________ 151 4.2.3.5. Scénarios possibles d’évolution non souhaitables pour les 15 ans à venir. ___________ 152 ______________________________________________ ___________________________________ 156 4.2.4. Caractériser le phénomène de sédentarisation. ___________________________________ 157 4.2.4.1. Résumer le phénomène de sédentarisation. ___________________________________ 159 4.2.4.2. Risques du phénomène de sédentarisation. ___________________________________ 160 4.2.4.2.1. Risque social dans les agglomérations. ___________________________________ 160 4.2.4.2.2. Risque écologique. ___________________________________________________ 1615. Le pastoralisme sahélien, plus dynamique que jamais._______ 162 5.1. L affrontement des idées. _______________________________________________ 162 5.1.1. L’Etat et les bailleurs…. peu davancées conceptuelles.____________________________ 162 5.1.2. Les Communes rurales… Outil à double tranchant._______________________________ 164 5.2. Résistance et adaptation du système. ______________________________________ 166 5.2.1. Maintien de la mobilité et des systèmes daccès aux ressources. _____________________ 166 5.2.2. Evolution des systèmes déchange et stratégies commerciales. ______________________ 168 5.2.3. Agro pastoralismes, exodes et stratégies de crises. _______________________________ 169 5.2.4. Récupération des innovations utiles. __________________________________________ 1696. Conclusion. _____________________________________________________ 170 6.1. Reconnaissance de la rentabilité économique et sociale de lélevage familial…? __ 170 6.2. Reconnaissance de la mobilité opportuniste comme meilleur outil de gestion ? ___ 172 6.3. Reconnaissance du pouvoir de gestion des ressources par les pasteurs…? _______ 173 6.4. Dépasser la crise de confiance. ___________________________________________ 1737. ANNEXES. ______________________________________________________ 175 7.1. Annexe 1. Textes. ______________________________________________________ 175 7.1.1. Sur la modernisation pastorale ______________________________________________ 175 7.1.2. Sur la limite Nord des cultures. ______________________________________________ 176 7.1.3. Terroirs dattache des pasteurs._______________________________________________ 179 7.2. Histoire de Baleiri à travers les deux sécheresses. ___________________________ 182 7.3. Description des résultats d’enquête et analyse à Tannatahmo. _________________ 194Une gestion privative despaces pastoraux. _____________________________________ 194 7.3.1. Historique du site : ________________________________________________________ 194 7.3.2. Système de gestion des pâturages. ____________________________________________ 195 7.3.2.1. Système théorique. Principes de base. _______________________________________ 195 7.3.2.2. Questions quant à la répartition de la charge. _________________________________ 197 7.3.3. Principes de base, réalité du milieu, évolution actuelle. ___________________________ 198 7.3.4. Stratégie commerciale. _____________________________________________________ 199 7.3.5. Analyse rapide de la situation foncière. ________________________________________ 200 7.3.5.1. Statut de terroir d’attache. ________________________________________________ 200 7.3.5.2. Sur la question de la priorité et du droit d’exclusion. ___________________________ 201 7.4. tableau des valeurs fourragère des principaux ligneux. _______________________ 203 7.5. Capacité de Charge.____________________________________________________ 204 7.6. Documentation. _______________________________________________________ 207 7.6.1. Document de travail généraux sur les études antérieures et de référence globale. ________ 207 7.6.2. Documents cités dans le texte. _______________________________________________ 208 4
  • 5. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20051. Présentation.1.1. CADRE DE LA RECHERCHE.1.1.1. CADRE GENERAL.Cette recherche a été menée sous légide de l’IUED et de Daniel Fino, Chargé de cours, dansle cadre du Diplôme de Recherche, afin danalyser avec son appui et encadrement, lespolitiques de développement et de coopération qui se sont attachées à proposer et mettre enœuvre des stratégies de renforcement technique ou structurel de l’Elevage en Afrique sub-saharienne depuis les indépendances.L’auteur1 a bénéficié, avant de proposer cette recherche, de 14 années de collaborationsdiverses au Niger, Tchad et Mauritanie dans des projets d’appui à l’élevage. Cescollaborations ont concerné des contrats de moyenne durée avec des ONGs ou autre structuressur des projets déjà partiellement défini (VSF, UICN, OXFAM,) la création et la mise enœuvre de projets avec une ONG du Sud à vocation corporative, (4 ans avec l’AREN auNiger), lévaluation de projets de développement pastoral en Guinée (AFD), lévaluation dunprojet dappui au pastoralisme au Burkina-Faso pour la DDC. Plus récemment, unecollaboration dexpert à moyen terme avec GTZ au Niger en 2004-2005 pour la réalisation dedeux études, lune sur la gestion des risques en milieu pastoral, lautre sur la définition dunestratégie de projet en matière de GRN pour un projet pastoral dans le Nord du Niger, a permisd’affiner encore le travail de recherche et d’apporter des éléments que les expériencesprécédentes n’avaient pas permis de bien approfondir.Dans ces différents contextes de travail, au contact de philosophies diverses, l’auteur a pu êtreprogressivement amené à relativiser le rôle de l’aide publique ou privée au développement del’élevage au Sahel, en se confrontant aux contradictions des projets dans lesquels il avait àtravailler, mais aussi par observation des réalisations et approches d’autres projets ouagences de développement dans les même pays, voir dans les mêmes régions.Cette recherche se concentre principalement sur un pays, le Niger et des parallèles utiles à lacompréhension globale de lévolution des politiques de développement seront opérésfréquemment sur la base dexemples dans dautres pays sahéliens. Par exemple, comprendrela philosophie du développement de lélevage de la DDC au Sahel nécessitera un regard sur leterreau expérimental qui a nourri ses idées au Burkina-Faso durant les années 90. Certainscourant de pensées ont pu agir différemment en Mauritanie.1 Ancien éleveur de moutons, lauteur est au bénéfice dun diplôme dEtat Français BAC +2 d Agent deDéveloppement International. Largement autodidacte dans le pastoralisme sahélien, ce mémoire est unesynthèse de son expérience au Sahel et laboutissement de ses recherches personnelles. 5
  • 6. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20051.1.2. DEFINITION THEMATIQUE. 1.1.2.1. Politiques de développement pastoral au Sahel.Il convient ici de préciser ce que lon entend par " Politiques de développement" dans le cadrede cette recherche.Les politiques de développement, tel que nous lentendons ici, sont lensemble desorientations stratégiques des bailleurs de fonds et des Etats, qui sous-tendent lutilisation desmoyens financiers et les traduisent en "projets de développement" et en actions concrètes surle terrain.Elles peuvent faire (ou non ) lobjet de lettres dorientation interne formelles chez les bailleurset les Etats sous différentes formes (Lettre de politique thématique, plans de développementsur du moyen et long terme, stratégies définies dans les programmes de développement,etc…), mais sont en réalité la composante de ces orientations, de pratiques sur le terrain, et decourants dinfluences divers, quils soient scientifiques, politiques ou le fruit de débats interneschez les bailleurs. Nous nous intéresserons davantage à la manière dont les politiques sontappliquées sur le terrain, aux stades de connaissances, aux croyances et aux influences quileur donnent leur caractère effectif et leurs effets, quaux textes qui les fixent temporairementpar écrit.Ces politiques fluctuent dans le temps et sont la résultante de multiples combinaisons defacteurs et dinfluences. Le développement et la croissance économique des pays concernéssont leur finalité, mais selon des angles de vue variables.Parmi les facteurs et influences, les avancées de la recherche scientifique mais aussi sesbesoins de champs dexpériences, figurent en bonne place. Linteraction entre développementet recherche est un facteur que lon peut qualifier "dhistorique" sur ce thème précis et loncherchera plus loin a en relever les impacts sur les politiques. Les épisodes de sécheresses duSahel, lincertitude climatique, mais surtout la perception de ces contraintes par les structuresde développement sont une autre influence majeure qui fera lobjet dattention particulière.Les politiques intérieures des Etats concernés ont également une part dans lensemble desinfluences sur les politiques de développement, mais ces politiques sont elles mêmes soumisesglobalement aux mêmes paramètres danalyses cités plus haut, recherche et incertitudeclimatique. Les besoins de sédentarisation en vue de meilleur contrôle des populations sontfréquemment mis en avant mais nous les relativiserons. Une influence qui nest pas à négligersera les propres politiques de développement agricole des pays donateurs et lavancée de cesdébats au Nord. La "pensée productiviste" en matière de développement agricole, si elle estremise en question au Nord avec une certaine efficacité et audience depuis quelques années,nen reste pas moins la base de pensée du développement agricole du monde industrialisé.Les experts du développement ressortissant des pays du Nord ont été formés à cette école…ainsi que ceux des pays du Sud qui en sont parfois les plus fervent défenseurs. A linverse, onverra que le renversement de tendance "alternatif" amorcé dans les années 60 et qui est entréaujourdhui dans les sphères de décision des Etats du Nord, a également engendré ou soutenuau Sud des remises en questions parfois salutaires et parfois hasardeuses des politiques dedéveloppement de lélevage.Ainsi, des multiples facteurs se combinent et se chevauchent pour contribuer chez lesdifférents partenaires de développement et bailleurs, à dessiner en permanence une idéefluctuante et imprécise de : "ce qui serait sage et pertinent pour appuyer lélevage des pays 6
  • 7. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005sahéliens". Des courants de pensée forts et parfois passionnés se confrontent, des intérêts semêlent au débat et le complexifient, des effets de mode dans "les cultures internes destechnostructures du développement" 2 passent et se suivent sous linfluence de personnalitésmarquantes ou dévénements.Enfin, dans les zones pastorales, donc chez les premiers intéressés, les conditionsenvironnementales, la démographie, les évolutions sociales chez les pasteurs, modifient àchaque décennie les paramètres de ce que lon pourrait chercher à caractériser comme uneréalité de base, mais qui échappe constamment à la synthèse.Sur le plan de la finalité économique des politiques de développement de lélevage, on peutretrouver les oppositions des orientations politiques les plus classiques des orientations depolitique agricole dans le monde. La recherche dune augmentation de "rentabilité" delélevage se traduit souvent par la promotion didées de développement économique de type"entreprise" en opposition avec un développement basé sur léconomie familiale des éleveurs.Dun côté, on considère que des investisseurs appliquant un certain nombre de pratiquesjugées modernes sont plus à même de garantir un usage plus rentable des ressources naturellesutilisées par un cheptel national donné. Ces investisseurs, consommateurs dintrants importés,utilisant des salariés et valorisant les disponibilités techniques et scientifiques disponiblesdans les pays concernés, sont souvent perçu comme lavenir incontournable dun élevage quiserait plus rentable et dégageraient plus de revenus au niveau national. Les systèmescommerciaux et les quelques utilisations de techniques supplémentaires au systèmetraditionnel contribuent à hausser limage de cette activité auprès du niveau politique qui atendance à favoriser ce type dinvestissement. La Banque Mondiale représente sans doute laposition la plus extrême de cette vision et influence beaucoup la politique nigérienne commeon le verra plus loin. On peut qualifier cette tendance de libérale ou capitaliste dans sapensée.A linverse, on considère que lélevage devrait rester de type familial, argumentant sur saplus grande rentabilité nette, sur la dimension sociale de sa nature profonde et historique,mais surtout sur le fait quil fait vivre des millions de pasteurs détenant un savoir faireirremplaçable3 dans les pays sahéliens. Il sagit ici de maintenir un niveau maximum depasteurs indépendants disposant de troupeaux modestes mais avec un fort taux dexploitationau profit déconomies familiales. La maîtrise foncière des espaces pastoraux par lescommunautés de pasteurs représente un des enjeux majeurs des relectures des textes régissantlaccès aux ressources naturelles et des processus de décentralisation depuis les 15 dernièresannées dans tous les pays sahéliens. La tendance privilégiant lélevage de type familial peutêtre qualifiée de "socio-écologique" en opposition avec la première décrite plus haut et ellecomporte sans doute une composante "utopique" dans le sens où elle vise également à assurerla perpétuation de cultures millénaires. Cette dimension anthropologique souvent perçue àtort comme teintée de nostalgie, nuit parfois à un débat objectif et contribue à renforcer le faitque les tenants de la tendance "technico-libérale" considèrent lélevage familial et pastoralcomme archaïque.Des divergences de vues tranchées sont donc à lœuvre pour modeler en permanence lespolitiques de développement nationales et les positions des bailleurs en fonction dobjectifs2 Ce terme explicite est emprunté à FINO Daniel chargé de cours à lIUED et directeur de cette recherche.Ouvrage collectif sous la Direction de Daniel Fino, Impasses et Promesses, lambiguïté de la coopération audéveloppement. IUED Genève, 1996.3 On remarquera dès ici que les investisseurs ne peuvent se passer de ce savoir-faire, recrutant les bergers ruinéspour entretenir leurs troupeaux dans des zones pastorales aux conditions très difficiles. 7
  • 8. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005économiques. Cette mouvance didées est aggravée par le fait que les agences et structures dudéveloppement ne disposent pas toujours de réelles compétences dans leurs sphères dedécisions pour estimer avec lefficience et le réalisme scientifique nécessaires, les différentesoptions qui leur sont proposées et pour se doter de stratégies cohérentes. Nous allons décrireles différentes orientations et les confronter avec une description objective et scientifique dupastoralisme selon les recherches les plus récentes. 1.1.2.2. De lanalyse comparative des stratégies des bailleurs de fonds, agences de coopération et ONG, avec les dynamiques du système pastoral.La comparaison porte sur deux objets : • Dune part les politiques telles que définies au point 1.1.2.1. Leur traduction en projets de développements avec leurs effets est présentée. • Dautre part une vision la plus complète possible du système pastoral, à la lumière des connaissances scientifiques et des recherches récentes.De cette comparaison, qui sinscrit sur un profil historique couvrant environ un siècle, soitdepuis la colonisation des pays sahéliens, doit émerger un certain nombre de champsdanalyses précis. Il sagit de comprendre où et sur quels points précis, la coopération audéveloppement a atteint ou non ses objectifs, et surtout pourquoi. Le postulat de base de cetterecherche était de démontrer que la simplification des problèmes et labsence de visionglobale de la question pastorale avaient occulté aux décideurs des pans entiers de la réalité etcontinuent encore dengager des actions de développement et des usages de fonds importantsdans des voies sans issue.___________________________________________________________________________1.1.3. QUESTIONS SPECIFIQUES.Ces questions sont strictement celles qui étaient proposées dans le dossier de rechercheprésenté à lIUED en 2002. Elles ont servit de guide tout au long de la recherche mais neseront pas reprises dans le mémoire de manière systématique.Faible impact des aides au développement de lélevage. - Les Ambitions de laide au développement de lélevage sont-elles réalistes ? - Les décalages à la réalisation, descriptions dobjectifs cachés divergents des acteurs. - Les procédures des technostructures du développement. Intentions du développement participatif et réalité.Possibilités réelle ou supposées daméliorer les conditions de lélevage. - Attentes des éleveurs, visions locales du développement. - Possibilité damélioration techniques réelles. 8
  • 9. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 - Illusions courantes des possibilités de renforcement technique. - Description de cas concrets dobjectifs sans rapports avec les besoins. - Exemples de progrès réels et adaptés aux attentes - Exemple de APESS/DDC. Une tentative de rupture avec les concepts passés. - Tendances nouvelles de renforcement des capacités de négociation pour laccès aux RNs, dans le cadre des décentralisations en cours et de la relecture ou création des textes fonciers.Ce qui a changé réellement depuis 40 ans en terme dévolution positive. - Accès aux soins de santé animale - Vaccination, régression de certaines épizooties - Reconnaissance du système, jusque dans les intentions des textes législatif. - Emergence des organisations de base des éleveurs - Prise de conscience progressive des partenaires du développement, (mais avec distorsions) - Infrastructures laissées par les projets.Part dinnovations et mutations imputable aux projets. - Les campagnes de sensibilisation - Leffet dimitation par le milieu - Les récupérations spontanées daméliorations techniques par le milieuRôles des structures professionnelles des éleveurs. - Distinction, complémentarité et/ou contradiction des deux rôles fondamentaux, recherche dappui et outil de représentation des intérêts. - Part variable de ces deux aspects selon le vécu des intéressés et la part de revenu que représente lélevage dans leur économie. - Comment sont-elles perçues par les agences de développement ? - Quels sont les courants et les difficultés qui les traversent ? - Analyse des perceptions réciproques et des objectifs à travers les outils de compréhension des conflits.___________________________________________________________________________1.1.4. METHODOLOGIE. 1.1.4.1. Lambition initiale.La méthodologie de la recherche et de sa présentation, répondaient dès le départ au souci departager des convictions issues de la capitalisation dune expérience professionnelle acquiseau contact des pasteurs et de multiples rencontres et collaborations avec dautres experts. Unconstat : Plus on apprend sur le système pastoral du Sahel, plus sa complexité apparaît, etplus on relativise la possibilité de réellement apporter une aide efficace à travers les processusde la coopération internationale selon les mécanismes actuels. Après avoir suivi en confiancebien des chemins de pensée décrits dans ce mémoire comme sans issues, lauteur aaujourdhui le souci daider au dépassement de malentendus historiques et de recentrer lesdébats sur le pastoralisme là où il lui semble utile de se concentrer durant les décennies à 9
  • 10. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005venir. Le choix du Niger est lié a une plus grande expérience de lauteur de ce pays, maisaussi au fait que la problématique pastorale y est plus précise et plus exacerbée que dans lespays voisins.La longue description analytique de lhistoire du développement pastoral, ou tout au moinsdes efforts consentis dans sa direction, est donc essentielle pour tracer la genèse deserrements et tâtonnements déguisés en certitudes scientifiques depuis que la colonisation atenté de prendre les rênes de lhistoire sur le continent africain, compromettant à tout jamaisdautres futurs possibles. Les influences venues du monde industrialisé, ses croyances, sesvisions de lavenir, font partie intégrante de cette histoire, et agissent comme des influencescachées sur tout les débats actuels au sahel nigérien quand on parle délevage. La pauvreté dupays, la lutte pour la survie, la compétition pour lespace, les jeux politiques, la survivancedune aristocratie pastorale, les innombrables mécanismes et réflexes sociaux engendrés parlaide au développement et la création de lEtat moderne, sont dautres éléments quicomplexifient le débat. Tout ceci est tellement imbriqué dans tous les thèmes que la logiquepeut déterminer concernant le pastoralisme actuel, que de multiples raccords entre leschapitres du documents ont été inévitables, au risque de créer des répétitions. Nous espéronsquà la fin de la lecture de ce document, les malentendus pourront être compris et dépassés, etque les priorités actuelles pour permettre au pastoralisme nigérien de survivre serontclarifiées. 1.1.4.2. La méthodologie elle-même.Lambition de démontrer la nécessité daborder le pastoralisme par une vision globale,nécessitait de laborder nous même en tenant compte de toute les voies académiquesexistantes. La climatologie, la science vétérinaire, la sociologie, lanalyse juridique, lhistoire,lécologie, léconomie, participent à parts égales à la compréhension de ce système.Le choix dune description des politiques successives en ordre chronologique sest imposé parlexistence des grands courants de pensées qui sont décrits, et qui sont liés à lhistoire.Concernant la phase de collecte des données, cest sur la base dune prévision détaillée desthèmes à traiter, approuvée par lIUED, quelle a été menée.Une mission de trois semaines à Niamey en 2003 a permi de collecter plus de 109 documents,dont 2/3 en format papier et 1/3 sur support informatique. Une grande partie dentre euxprovient des archives du Ministère du développement rural, et le reste est issu des rencontresavec les différents projets et bailleurs de fonds. La DDC notamment a mis à disposition sesarchives à Niamey.Le Secrétariat Permanent du Code Rural nous a fourni tous les textes de Lois sur CD-rom.Une part non négligeable de la documentation utilisée était déjà en possession de lauteur, uneautre partie a été trouvée auprès de sources diverses, experts, bibliothèque IUED, Internet.Les deux études de 2004 et 2005 pour le LUCOP-Tan, GTZ, ont également permis decollecter de la documentation et surtout de repréciser des points essentiels des postulats debase de la recherche.___________________________________________________________________________ 10
  • 11. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20051.2. PRECISION DES CONCEPTS UTILISES.Termes utilisés Définition dans le cadre de la rechercheClimax Type végétal caractéristique et persistant qui domine un site quelconque en fonction du sol et du climat de ce site. Si ce climax se trouve dérangé (par surpâturage en saison des pluies ou déficit pluviométrique ou passage du feu…), la végétation d’origine peut y revenir en passant par des étapes successionnelles. 4Communauté Tout ensemble d’individu qui a une stature sociale, économique ou culturelle avérée et dont les membres se reconnaissent comme tels et sont perçus comme tels par les autres.Conflit Un conflit5 est une situation de polarisation antagonique entre deux ou plusieurs communautés, entre une (des) communauté(s) et l’Etat. La source de cette polarisation est une contradiction structurelle affectant la vie des acteurs concernés. L’antagonisme résultant de ladite polarisation génère une hostilité quasi permanente pouvant engendrer des confrontations violentes récurrentes et/ou durables entre les acteurs en question, confrontations ayant le potentiel de compromettre gravement la quiétude sociale. Il est considéré comme latent, tant qu’il reste caractérisé par une hostilité et une polarisation des intérêts. Il est déclaré ouvert lorsque les manifestations violentes ont déjà été déclenchées par l’une ou plusieurs des parties.Endodromie6 Henri Barral a fait une recherche sur les systèmes pastoraux dans la province d’Oudalan au Nord du Burkina Faso (1974). Délimitant les parcours partagés, il a employé le concept d’ « endodromie » avec lequel il conçoit les aires pastorales à l’intérieur desquelles s’effectuent, selon un cycle annuel, les déplacements d’un nombre à peu près constant de troupeaux et de la population qui les accompagne. Chaque zone d’endodromie pastorale comporte : un certain nombre de points d’eau pérennes utilisés en saison sèche des parcours de saison sèche exploités à partir de ces points d’eau des terrains de culture « nomades » ou des terroirs villageois rattachés à ces points d’eau des points d’eau temporaires de saison des pluies et les parcours qui leur sont associés.Gestion des Ressources Naturelles On entend par Gestion, le fait de mettre en place et d’appliquer des règles d’usage raisonnées et viables des RN permettant leur renouvellement et la préservation4 Repenser l’écologie des parcours, implications pour la gestion des terres de parcours en Afrique. R.H. Behnkeet I. Scoones, dossier IIED N° 33, 19925 Etude d’identification et d’analyse des conflits dans les zones d’intervention du PNN et du PDRT. Août 2002,Dr. Pascal de Campos, Cabinet Nazari.6 Mission d’appui à la formulation d’une stratégie au processus de sécurisation foncière dans les arrondissementsde Tchintabaraden et d’Abalak. Ingrid Poulsen, RDP Livestock, Rapport de Mission, 21 novembre – 6décembre 2002 11
  • 12. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 de leurs conditions de production. La gestion se distingue de l’utilisation simple par le fait que des règles existent et sont en vigueur. La gestion peut être le fait de règles formelles ou informelles, écrites, orales, ou même tacites (tacite = connues mais non exprimées).Ligneux Le terme "ligneux" désigne les arbres et arbustes en différenciation avec les plantes dites "herbacées" dont les tissus constitutifs ne se "lignifient " pas en tiges permanentes (troncs et branches).Litige Situation de divergence de vues et de concurrence d’intérêts entre deux ou plusieurs communautés, entre une (des) communauté(s) et l’Etat. Le litige se caractérise par le fait que des voies pacifiques, administratives, coutumières, restent les voies utilisées par les parties, dans le but d’obtenir gain de cause, mais aussi dans le but partagé d’éviter au litige d’évoluer vers le conflit.Nomadisme Ce mot désigne à l’origine le fait de vivre sans domicile fixe et en déplacement à la recherche de ressources ou de moyens de vivre, en communautés familiales. Les Nomades, par définition, ne sont pas forcément des pasteurs. Ils peuvent être pêcheurs, chasseurs, musiciens, artisans, etc…. Des usages abusifs et indifférenciés ont donné à ce mot un sens imprécis au Sahel et au Sahara d’une manière générale. Tout pasteur pratiquant le pastoralisme est nomade par définition, puisqu’ il est en déplacement continuel pour ajuster les besoins de son cheptel aux ressources disponibles. On devrait distinguer ce système avec la pratique agropastorale qui induit généralement un lieu de domicile fixe pour la pratique agricole. Les agropasteurs ne sont donc pas nomades, même si leur cheptel et ses bergers sont Transhumants. Pourtant, le mot nomade sert aujourd’hui à désigner les pasteurs pratiquant une faible mobilité à l’intérieur d’une zone d’attache, n’en sortant que par nécessité conjoncturelle. L’usage des mots nomade et nomadisme nous parait impropre à qualifier ce mode de mobilité réduite. Le terme correct pour désigner ce mode de mobilité réduite est Endodromie. Nous nutiliserons donc pas le mot Nomade dans notre texte en raison des usages différents qui en sont fait au Sahel et avec lesquels nous sommes en désaccord. 7Pasteurs …tout groupe humain et social qui se caractérise historiquement et socialement par sa mobilité et dont l’élevage constitue l’activité principale. Nous préciserons ici la nécessité de pratiquer l’élevage mobile au quotidien pour être qualifié de pasteurs, afin de différencier le pasteur de celui qui dispose d’un cheptel gardé par des bergers tout en restant sédentaire et pratiquant d’autres activités.Pastoralisme Mode d’élevage valorisant des ressources dispersées dans le temps et l’espace grâce à la mobilité du cheptel et des familles de pasteurs qui en sont propriétaires et7 Texte complémentaire du Code Rural Nigérien. Décret N° 97-007/PRN/MAG/E du 10 janvier 1997 fixantstatut des terroirs d’attache des pasteurs 12
  • 13. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 qui en vivent. Le mot pastoralisme est utilisé pour désigner un élevage mobile familial, avec une interdépendance entre la famille et le cheptel qui la fait vivre, ainsi qu’une culture et une connaissance technique liées à ce mode d’élevage. La seule mobilité des animaux ne suffit pas à l’usage du mot « pastoralisme ».Ressources Naturelles Eau de surface et du sous-sol, pâturages herbacés et aérien, espace, produits de cueillettes, bois. Par Naturelle on comprend une ressource produite par la nature, d’une manière non organisée et planifiée par l’homme. Le pâturage, même faisant l’objet d’une gestion, est une RN. Les récoltes de champs cultivés et semés ne sont pas une RN, mais l’espace sur lequel est implanté le champ et la terre qui le constitue avec sa vie biologique est une ressource naturelle. Le mot Ressource quant à lui, indique que le produit concerné est utilisé par l’Homme pour ses besoins.Structurel Tout aspect constitutif du tissu social, économique ou culturel ayant un effet sur l’accès et l’exploitation des RN, la répartition des richesses, le statut social, les idéologies ou tout autre paramètre pouvant affecter de larges pans de la société. 8Terroirs d’Attache Unité territoriale déterminée et reconnue par la coutume et/ou les textes en vigueur à l’intérieur de laquelle vivent habituellement durant la majeure partie de l’année des pasteurs, unité territoriale à laquelle ils restent attachés lorsqu’ils se déplacent, que se soit à l’occasion de la transhumance, du nomadisme ou des migrations. Ainsi, « Terroirs d’attache » ne désigne pas seulement le Droit d’usage prioritaire formalisé par les textes et l’inscription au dossier rural, mais préfigure antérieurement une notion réelle à laquelle les pasteurs souscrivent largement lorsqu’une définition réaliste leur en est donnée. Tous les pasteurs, y compris les plus mobiles, ont un terroir d’attache, même dans le cas où celui-ci ne leur est pas entièrement dévolu et qu’ils le partagent avec d’autres. Par ailleurs, cette notion antérieure au texte concerne les pasteurs sahéliens et sahariens en générale, pas seulement les pasteurs du Niger.Transhumance Déplacement régulier du cheptel vers une destination plus ou moins définie et à une période plus ou moins précise de l’année. Les vastes mouvements vers le Nord en SP par exemple, ou vers le Sud en SS, sont une transhumance. De grandes variables interviennent dans les itinéraires et destinations en fonction de la localisation des ressources recherchées et des droits d’accès à ces ressources. Dans le langage actuel sur le terrain et chez la plupart des intervenants au Niger, le mot transhumant sert à désigner les pasteurs pratiquant une grande amplitude de mobilité vers des directions variables en opposition au mot "nomadisme et nomades" qui eux désignent des pasteurs à mobilité réduite et endodromique. Nous nous distancerons de cette distinction car nous la jugeons trop réductrice et peu conforme à la réalité.8 Idem 13
  • 14. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Zone agricole Zone située au Sud de l’isohyète 400 mm, où la culture sous pluie trouve des rendements satisfaisants et réguliers même en année relativement sèche. Au Nord de cette isohyète, les récoltes ne peuvent intervenir que deux ans sur trois en moyenne, sur certains terrains seulement, et avec des rendements faibles.Zone agropastorale Zone intermédiaire située approximativement entre le 13 ème et le 15 ème parallèle, entre les isohyètes 300 et 400 mm, dans laquelle pastoralisme et agriculture doivent cohabiter. En pratique, l’agriculture est devenue de fait prioritaire dans cette zone, et les conflits entre usagers sont fréquents et récurrents. L’agriculture a triplé ces surfaces dans cette zone depuis les années 70.Zone pastorale Une définition existe sur la base de la Loi 1961, fixant la limite Nord des cultures. Nous ne la retiendrons pas puisqu’elle ne fût jamais vraiment appliquée. Nous retiendrons toutefois une limite au Nord de la zone de l’isohyète 300 mm, au delà de laquelle la culture sous pluie devient aléatoire et non rentable, conférant à la zone une vocation pastorale quasi exclusive. Nous situerons cette limite à hauteur du 15 ème parallèle environ, même s’il est évident que des cultures sous pluies existent au Nord de cette limite. La limite de l’isohyète 300 mm est également celle au Nord de laquelle les pâturages acquièrent une haute valeur fourragère, notamment par leur teneur en MAD et phosphore.__________________________________________________________________________1.3. REPERTOIRE DES SIGLES ET ABREVIATIONS.AEF Afrique Equatoriale Française. Entité administrative coloniale française couvrant plus ou moins lactuelle Afrique centrale francophone, moins la RDC qui était une possession belge.AFD Agence Française de DéveloppementAG Assemblée GénéraleAGRHYMET Créé en 1974, le Centre Régional AGRHYMET est une institution spécialisée du Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS). Centre de formation et de recherche en météorologie notamment, orienté vers la production agricole et la sécurité alimentaire. Basé à Niamey.AOF Afrique Occidentale Française. Entité administrative coloniale française, actuelle Afrique de lOuest francophone.APESS Association de Promotion de lElevage au Sahel et en SavaneAREN Association pour la redynamisation de lélevage au Niger.AZAWAK Race bovine de l’Est du Niger dont un projet de la CTB pratique la sélection et la diffusion, et dont il a prit le nom.BP Before Present, référence internationale en archéologie et préhistoire. Il sagit de lannée 1950 utilisée comme point 0 dans les mesures de temps par radiocarboneBRGM Bureau de recherche géologiques et minières. FranceCAPAN Collectif des associations pastorales du Niger 14
  • 15. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005CILSS Comité Permanent inter Etat de lutte contre la sécheresse dans le Sahel.CIPEA Centre pour la promotion de lélevage en afriqueCMB Centre de multiplication du bétailCOFO Commissions foncièresCTB Coopération technique belgeGRN Gestion des ressources naturelles.IEMVT Institut dElevage et de Médecine Vétérinaire des Pays TropicauxIIED Institut international pour lenvironnement et le développement (GB)INRAN Institut national de recherche agronomique au NigerIRAM Institut de recherche en méthodologie appliquée. Bureau détude françaisLUCOP Lutte contre la pauvreté, projet GTZ , parfois accompagné de "Tan" qui signifie Tahoua et Nord.MAD Matière Azotée Digestible. Il sagit de la part de protéines réellement assimilables par la digestion des ruminants dans un type de fourrage ou une plante donnée. Cette mesure différencie de la teneur en protéines totales qui ne sont pas toutes sous une forme assimilable.MARP Méthode accélérée de recherche participative. Le mot "accélérée" fût souvent remplacé vers la fin des années 90 par "active".MS Matière sèche. Il sagit de la matière totalement déshydratée dune plante fourragère, soit environ 30% de son poids initial. Le fourrage est toujours exprimé en MS dans les calculs de ration ou les estimations de production fourragère dune zone donnée.NRLP Niger range livestock projectODI Oversas institut development ( GB)OP Organisations de ProducteursPAAPB Projet dappui aux associations pastorales de Bermo. Bermo est un poste administratif au Nord de Dakoro, département de Maradi.PASEL Projet dappui au secteur élevage (DDC)PASP Projet agro-sylvo-pastoralPENCE Projet Elevage Niger Centre EstPGCRN Programme pour la Gestion Conjointe des Ressources NaturellesPNN Projet Nord Niger de la GTZPOCR Principes dOrientation du Code Rural. Premier texte produit par le SPCR en 1993PPCB Péripneumonie contagieuse bovinePPP Projet Pastoral PilotePROZOPAS Projet zone pastorale de lUERESAL Réseau sécurité alimentaireRN Ressources naturellesSAF Schéma daménagement foncierSP Saison des PluiesSPCR Secrétariat permanent du Code RuralSS Saison sècheSSC Saison sèche chaudeSSF Saison sèche froideT.A. Terroirs dAttaches, selon lidée juridique définie par les textes complémentaires au Code Rural en 1997.UBT Unité Bovin Tropical : animal de référence de 250 kg ayant achevé sa croissance (norme Boudet et Rivière, IEMVT). Le coefficient de correspondance d’une espèce animale en UBT est égal au poids métabolique de l’animal divisé par 62,9 soit 0,81 UBT pour un bovin ; 0,18 UBT pour un ovin ; 0,16 UBT pour un caprin ; 1,18 UBT pour un camelin et 0,63 UBT pour un asin.UE Union EuropéenneVSF Vétérinaires sans frontières 15
  • 16. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005___________________________________________________________________________ référence.2. Cadre technique de référence.Le pastoralisme doit être envisagé par différents angles scientifiques pour être abordé avecune compréhension globale. On ne peut donc faire léconomie den dessiner les contours à lalumière des recherches pertinentes et récentes avant de poursuivre. Les connaissancesminima sur les fonctionnements de la végétation des pâturages sont indispensables à lacompréhension des fondements de la mobilité du cheptel.Nous tenterons ici de résumer au maximum les notions de base nécessaires afin de permettrela lecture de ce qui suit sans alourdir le texte. Cela suppose que des références, des analyses,des exemples concrets issus de nos recherches personnelles ou de celles dautres confrères nefigureront pas dans ce chapitre. Nous renverrons donc aux annexes.2.1. DEFINITIONS ET CADRAGE DE LETUDE .2.1.1. CONTEXTE DU PASTORALISME AU SAHEL. 2.1.1.1. Climat et cycles. Il peut être utile de rappeler brièvement le cadre environnemental dans lequel évolue le pastoralisme au Sahel et plus précisément au Niger. Ce mode délevage des ruminants est induit par la fluctuation dans le temps et dans lespace des ressources fourragères naturelles, composées en majeure partie de graminées annuelles à cycle court. La mobilité du cheptel et des familles permet daccéder aux ressources Ci contre, fourrage aérien, Marua crassifolia. fourragères là où elles se trouvent, leur production étant aléatoire, variable dans lespace et imprévisible. Le pastoralisme utilise et valorise des espaces arides au nord de lisohyète 350 mm où lagriculture sous pluie est peu ou pas du tout présente en raison de linsuffisance et de l’irrégularité des précipitations. Il utilise également en saison sèche, des zones au Sud de 16
  • 17. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 cet isohyète où il cohabite avec les utilisateurs agricoles de lespace, mais le plus souvent en dehors des périodes de végétation. On distingue le plus souvent deux "grandes saisons". La saison des pluies, de juin à septembre, durant laquelle la totalité des pluies annuelles tombent et durant laquelle la végétation est vivante. La saison sèche dure d’octobre à mai. Durant cette saison le bétail consomme en majeure partie des pailles sèches sur pied issue la saison des pluies précédente. On distingue plus précisément, dans le cycle pastoral lié à ce climat, 5 saisons. o La saison froide, de novembre à février, au cours de laquelle la température peut descendre jusque vers 5° au matin et ne dépasse guère 25° dans la journée. o La saison sèche chaude, de mars à mai, période la plus éprouvante en raison de la chaleur et de la déperdition de valeur nutritive des plantes sèches sur pied. La température dépasse fréquemment les 45° en pleine journée. Ici à droite, des stocks de fourrage sur pied en saison sèche chaude. o Le début de la saison des pluies, de juin à mi- juillet selon les années. Cette période est la plus difficile car les animaux souffrent des privations de la saison sèche passée, les stocks de fourrage sur pied sont épuisés, alors que les repousses de pâturages sont encore insuffisantes et incertaines. Par ailleurs, cest également la saison durant laquelle des déplacements importants ont lieu notamment vers le Nord car les conflits sont fréquents avec les agriculteurs dans les zones méridionales mieux arrosées en raison de la reprise des cultures pluviales. o La saison des pluies "installée", de mi-juillet à fin septembre. le pâturage herbacé vert est abondant et dune qualité croissante vers le Nord, les eaux de surfaces permettent un abreuvement sans les puits, cest la période de reconstitution des forces, pour les pasteurs comme pour le bétail. Ici à droite, une vallée de savane en saison des pluies à maturation des graminées. o La petite saison chaude, de fin septembre à novembre. Cest période où la température remonte sensiblement après la saison pluvieuse. Le fourrage est maintenant sec sur pied mais les eaux de surfaces ne sont plus disponibles dans le Nord. Cest la saison durant laquelle le risque de feux de brousse est le plus élevé en raison de la forte densité de paille sèche encore peu consommée par le bétail. 17
  • 18. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20052.1.2. ECOLOGIE DES PATURAGES. NOTIONS ESSENTIELLES.Nous tenterons uniquement ici de présenter quelques bases de cette écologie, et surtout dendégager les points qui nous semblent essentiels pour la compréhension du système,notamment en vue de servir de référence aux analyses des politiques de développement quisuivent.On retiendra que les zones arides et semi arides, donc où lélevagemobile reste le mode dusage des ressources naturelles le plus courant,représentent 55 % des terres émergées dAfrique, et quelles abritent 59 %de son cheptel, toutes espèces confondues. 2.1.2.1. Description générale de lenvironnement.Le type d’environnement concerné en premier lieu par le pastoralisme de l’Afrique de l’Ouestest la savane.La savane se défini comme étant composée d’une strate herbacée continue, et d’une strateligneuse dont la fréquence permet de différencier plusieurs types de savane9 :• Savane boisée ( arbres et arbustes forment un couvert clair)• Savane arbustive ou arborée ( le couvert ligneux est disséminé )• Savane herbeuse ( arbres et arbustes sont quasiment absents)La savane est caractérisée par une symbiose entre les ligneux et la strate herbacée.1/4 des terres émergées du globe sont composées de savanes, si on englobe dans cettecatégorie, les steppes.La steppe dans son sens le plus strict est caractérisée par des espèces vivaces et surtout parun rythme biologique comportant deux périodes de repos annuelles, (hiver - été). Or un telrythme est absent de lAfrique tropicale, et lon devrait plutôt adopter le terme de pseudo -steppe, ou encore celui plus précis de "savane steppique", là où la savane, aux limites delaridité, revêt un couvert discontinu10.9 Accord interafricain sur la définition des types de végétation de lAfrique Tropicale. Trochain J-L 1957,Bulletin de lInstitut dEtudes Centrafricaines N° 13-14 pp 55-93.10 Riou G. 1995, Savanes - lherbe, larbre et lhomme en terre tropicales, Masson-Armand Colin, Paris, citépar B.Thébaud en 1999, formation au nouveau paradigme, SOS-Sahel GB / IIED, Zinder, Niger. 18
  • 19. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005A gauche, savane arbustive, à couvert continu et à dominance d’Acacia radiana.A droite, savane de type « steppique » à couvert discontinu, à Commiphora africana, au premier plan. 2.1.2.2. Influences sur l’équilibre de la végétation des savanes du Sahel.Des influences diverses modifient constamment la végétation des savanes du Sahel:- La pluviométrie- Les sols- Le relief et la topographie- L’Homme et l’élevage.- la faune sauvage- Le feu.Les zones pastorales du Sahel sont façonnées par un équilibre toujours fragile entre le cheptelde ruminants et les plantes, arbres et herbacées. Il ne sagit pas dun milieu à proprementparler "originel" ou primaire. Les savanes sahéliennes sans lélevage seraient plus pauvresdun point de vue de la diversité botanique, traversées de feux beaucoup plus importants, etle couvert arboré lui-même serait moins dense.Au Sahel, la strate herbeuse est composée essentiellement de graminées annuelles, et delégumineuses annuelles. Les plantes herbacées pérennes y sont rares et généralementlocalisées. Leur contribution à la biomasse herbacée est très faible. Ces plantes annuellesn’ont qu’une durée de vie limitée aux quelques mois de saison pluvieuse, de juin à septembre,et n’ont d’autre finalité biologique que de produire des semences pour l’année suivante. Labiomasse à l’état sec des plantes herbacées, racines comprises, n’est donc pas considéréecomme faisant partie du cycle végétatif. Sa destruction par le feu, par exemple, n’a pas deconséquence négative pour la repousse de l’année suivante. Le feu permet parfois dedébarrasser le sol des résidus des annuelles qui perturbent la croissance des plantes nouvelles.Ce sont les semences des annuelles, enfouies dans les sols à des profondeurs variables, quiassurent la pérennité du tapis herbacé. La consommation totale des pailles résiduelles par lebétail n’a également aucune conséquence négative. 19
  • 20. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005(un «réveil» des plantes vivaces par le passage des feux est souvent cité comme avantage,mais dans la réalité, dans lécosystème sahélien, ce phénomène est rendu rarissime par larareté des pâturages où les espèces vivaces ont une contribution significative ).On ne peut donc pas parler de surpâturage de la strate herbacée en saison sèche. Aucontraire, il faut que les résidus secs des annuelles soient consommés pour permettre à lastrate herbacée nouvelle de pousser. Le surpâturage ne peut concerner que des espaces soumisen permanence à la pâture durant la période croissance des plantes, par exemple en saisonsdes pluies autour des villages avec un cheptel non mobile.L’absence ou l’insuffisance de pâture, par contre, à des effets négatifs très importants, car lastrate herbacée sèche va se coucher et pourrir en un tapis épais lors des pluies suivantes. Lagermination des semences et surtout la levée des plantules en seront perturbées. En saison sèche, le feu interviendra avec plus de probabilité, le combustible étant important, mais surtout, il interviendra avec plus d’intensité, mettant en danger la survie des ligneux si la saison est avancée. On voit sur l’image de gauche, prise en Mauritanie en juillet, que la repousse est fortement gênée là où le feu s’est arrêtée et qu’elle est favorisée là où le terrain était nu. C’est pourquoi le feu précoce est utilisé comme outil de gestion dans les parcs nationaux, sous contrôle des spécialistes, car la pâturepar la faune est généralement insuffisante. Enfin, le brassage des couches superficielles dusol sur les terrains sableux par le piétinement du bétail est également un élément important quifavorise la germination. L’absence de cet important facteur réduit notablement le taux degermination des semences sur une surface donnée (A ne pas confondre avec le phénomène decompactage des sols partiellement argileux, qui concerne des phénomènes liés justement àune insuffisance de mobilité des troupeaux).Il faut ajouter que le bétail contribue largement à la dissémination des semences desannuelles, participant ainsi de façon très significative aux transports de matériel génétique et àla sauvegarde de la biodiversité. Ce déplacement des semences s’effectue de plusieursmanières :Zoochorie Par accrochement au pelage des animauxEndozoochorie Par les tubes digestifs. Pour les graminées, c’est 10% des semences ingérées qui gardent leur pouvoir de germination. Pour les graines des principaux ligneux, on sait que la dormance des graines ne peut être levée sans le passage dans le tube digestif. L’absence de bétail signifie directement l’absence de régénération des ligneux au Sahel (cette règle est valable pour Balanites aegyptiaca, Acacia albida, Acacia seyal, Acacia nilotica, et la plupart des espèces de Combrétacées, soit la grande majorité des arbres et arbustes du Sahel)Anénochorie transport par le vent, facilité par le brassage des couches superficielles du sol.__________________________________________________________________________ 20
  • 21. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 2.1.2.3. Germination et croissance des herbacées annuelles.Nous nous limiterons à en relever la complexité, sans en détailler tous les facteurs etmécanismes.Le Pouvoir Germinatif moyen des semences des graminées est de 90%. Celui deslégumineuses n’est que de 50 %. Il est donc aléatoire, ce qui explique leur présence moinsmarquée dans la strate herbacée, largement dominée par les graminées annuelles11.La germination des semences dépend de conditions diverses qui se combinent, pour multiplierà l’infini les scénarios sur la parcelle de terrain.Elle dépend de : La température. D’une portion de sol à l’autre, d’un jour à l’autre, cette température varie considérablement selon linclinaison, lexposition. L’humidité. D’une portion de sol à l’autre, cette humidité est variable selon la position dans une pente, linfiltration, lévaporation, la structure du sol. De plus, l’irrégularité des pluies en début de saison détermine la germination ou non de telle ou telle espèce, qui a ses préférences. La profondeur à laquelle se trouve la graine. En surface, ou à 5 cm, les conditions ne sont pas du tout les mêmes. La génétique. C’est l’aspect le plus complexe. Même appartenant à la même espèce, et placées dans des conditions absolument identique, même en laboratoire, certaines graines vont germer à la première humidification, d’autre à la seconde, à la troisième, à la quatrième....ou de ne pas germer et attendre un an, deux ans, 10 ans.....On appelle cette germination «étalée» en raison de plusieurs facteurs, levées successives parcohortes.Cette complexité du pouvoir germinatif des semences est l’une des raisons pour laquelle lacomposition floristique et la biomasse d’une parcelle varient d’une année à l’autre, et qu’il estquasiment impossible de faire des prévisions sûres dans ce domaine au Sahel. A l’inverse,sur des pâturages composés de plantes pérennes, comme dans les climats tempérés parexemple ou dans les plaines d’Amérique du Nord ou d’Océanie, les compositions floristiquesrestent inchangées durant plusieurs années avecdes contributions stables des espèces implantées,à la biomasse totale d’une production qui variepeu également.On verra quune prise en compte insuffisante decette différence fondamentale a pu engager larecherche elle-même et les politiques dedéveloppement vers des voies peu fécondes enterme de résultat et consommatrices de fondsimportants.A droite, pousse de Cenchrus biflorus, graminée, avecZornia glochidiata, légumineuse.11 Pastoralisme, troupeaux, espace et sociétés, ouvrage collectif sous la coordination de Daget P et Godron M,Universités francophones, Hatier, Paris, 510 pages. Chapitre 6. 21
  • 22. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005La production numérique de semences des graminées annuelles au Sahel est importante.Par exemple, Panicum laetum, une graminée annuelle courante du Sahel, peut produire de50 000 à 70 000 graines au m2. Ces graines sont ce que l’on appelle le stock semencierinitial. Une partie sera emportée par le vent, les fourmis et termites, les oiseaux, etc... ilrestera le stock semencier final qui représente 50% du stock semencier initial.Une partie, variable selon les conditions cette année là, va germer en saison pluvieuse, etl’autre partie va constituer ce qui est appelé le stock résiduel. Ce stock résiduel, comme onl’a vu plus haut, pourra continuer à germer au gré des saisons et des conditions qui lui serontfavorables, durant plusieurs années.Ceci explique comment des espèces que l’on croyait disparues depuis plusieurs années danscertains endroits, font des réapparitions spectaculaires lorsqu’elles retrouvent les conditionsclimatiques qui leur conviennent.Un exemple récent a bien illustré ce mécanisme au Niger en 1999. A la suite de 2 saisons despluies excellentes aussi bien dans le cumul pluviométrique que dans la régularité, la plantesemi-vivace Chrozophora brochiana sest ré-implantée massivement sur les ensemblesdunaires fixés qui composent la zone pastorale du centre entre 300 mm et 150 mm disohyèteaprès plus de 10 ans dabsence.Ces mécanismes complexes sont encore influencés par les variations inter-annuelles desrégimes des pluies. D’une année à l’autre, ni la biomasse totale, ni la composition floristiquesdes herbages ne peuvent être identique. Les écarts peuvent être de 1 à 10.Exemples de variations pluviométriques inter annuelles à Widou Thiengoli(zone pastorale du Ferlo, dans le Nord du Sénégal) Ecarts pluviométrie / production 500 1200 Kg 450 1000 Kg 400 350 800 Kg 300 250 600 Kg 200 400 Kg 150 100 200 Kg 50 0 0 Kg Pluviomét rie en mm. Rendement Kg/ M S/ hect are Année 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 Pluviométrie 353 207 105 131 303 323 242 344 471 304 219 119 Rendement Kg/MS 1000 610 210 112 931 965 1051 1055 1081 555 607 117 / hectare 22
  • 23. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005On voit ici que la production de biomasse est influencée par le cumul pluviométrique, maispas de manière absolument linéaire. Durant les années 86, 87, et 88, malgré des cumulspluviométriques médiocres, la production a continué à augmenter. De la même manière, lesexcellentes pluies de 1989 ne se sont pas accompagnées d’une augmentation spectaculaire dela production.Un facteur important qui n’apparaît pas ici est la régularité de ces pluies, qui influencent nonseulement la biomasse, mais également la composition floristique, très variable d’une annéesur l’autre, ce qui influence bien sûr la qualité fourragère du pâturage.Toutefois, à fin de prévision ou de planification, on admet un chiffre moyen d’estimation deproduction de biomasse, qui est de 2,5 kg /hectare, par 1mm de pluie12.On considère également une moyenne de production de biomasse, au-delà de laquelle lepâturage perd de sa qualité fourragère, qui est de 1000 kg/hectare. En effet, la valeurfourragère du pâturage décroît en fonction de l’importance de la biomasse. Ainsi, lespâturages du Nord, moins denses, ont une valeur supérieure à ceux des climats soudaniens parexemple. La migration des troupeaux vers le Nord quand le pâturage est disponible, a doncun peu le même sens que la recherche de pâturage de qualité dans les climats européens, avecles déplacements en altitude.Dans la partie méridionale du Sahel, le déficit dazote et de phosphore constitue le facteurlimitant à la croissance des plantes et pénalise également leur valeur nutritive. Dans la partieseptentrionale, cest le déficit pluviométrique par sa faiblesse et son irrégularité qui constituela contrainte majeure de la production primaire. La ligne de démarcage entre ces deux zonesse situerait aux alentour de lisohyète des 300 mm13.Dans la partie septentrionale, là où leau constitue la contrainte, la valeur en protéines desjeunes plantes est denviron 18% et se stabilise à 12 % vers la fin de la période de croissance,soit à lapparition des graines. Dans les régions sud, où la croissance est limitée par lazote etle phosphore, la valeur protéique des plantes décroît rapidement jusquà 3-6 %.Ainsi, au Sud la biomasse augmente mais les protéines diminuent, et au nord la biomassediminue et les protéines augmentent. Or si un bovin consomme en moyenne 6,25 Kg deMatière Sèche (MS plus loin dans le texte) par jour quelle que soit la qualité du fourrage, laquantité de protéines ingérée dépend directement de la valeur du fourrage.Cette variabilité qualitative détermine les mouvements des troupeaux, mais également lesmigrations des diverses populations de pasteurs qui depuis le 19 ème siècle à nos jours ont étéfortement influencées par ce facteur. Selon Maliki14, la montée vers le Nord des Wodaabésau Niger dans les années 30, a signifié lentrée dans une région extrêmement favorable,surtout par rapport aux deux critères majeurs de productivité de la production laitière et de lafécondité. Cette situation a été très favorable pour les Wodaabés (Maliki parle de périodedeuphorie) mais a sans doute déterminé le passage à un mode délevage plus mobile quedans les décennies précédentes pour valoriser cette meilleure position. Cela a signifié pourbeaucoup de familles la fin dune période agropastorale avec labandon des cultures.12 Pastoralisme, troupeaux, espace et sociétés, ouvrage collectif sous la coordination de Daget P et Godron M,Universités francophones, Hatier, Paris, 510 pages. Chapitre 6.13 Selon Penning de Vries et Djiteye, 1982, cités par Angelo Maliki Bonfiglioli, "Duddal" Histoire defamilles, Histoires de troupeaux, éditions de la maison des sciences de lhomme, Paris, 1988.14 DUDDAL, Angelo Maliki, Bonfiglioli, histoire de famille, histoire de troupeau, éditions de la maison dessciences de lhomme, Paris, 1988 23
  • 24. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 2.1.2.4. Variations de l’offre fourragère durant l’année et impact du cheptel sur le milieu. Un équilibre instable.Les ruminants du Sahel ne bénéficient d’une strate herbacée vivante que durant 3 à 4 mois. Acette saison, les éleveurs bougent énormément, suivant les pousses du pâturage, selon descritères de quantités mais surtout de qualité.On trouve donc un effet bénéfique de la pâture sur la qualité des herbages. La pâture sélectivedes ruminants dans un contexte de mobilité, favorisent le tallage et la dominance desplantes les plus intéressantes sur le plan fourrager.Ceci se comprend aisément si l’on considère que le choix sélectif des animaux va aux plantesles plus intéressantes sur le plan fourrager. Le broutage de la plante va provoquer uneréaction biologique qui démultiplie les feuilles participant à la photosynthèse mais aussi lestiges porteuses de graines. Les plantes recherchées par le bétail fourniront ainsi davantage desemences que les autres et seront donc favorisées à long terme.Par plantes « intéressantes sur le plan fourrager », il faut entendre celles qui combinent lesdeux avantages suivants : • D’être appréciées par le bétail et donc consommées facilement en quantité, • D’avoir une teneur en Matière Azotée Digestible (MAD plus loin dans le texte) importante.Les teneurs des plantes herbacées en MAD sont bien sûr très variables, et la connaissance deces valeurs aux différents stades phénologiques sont des éléments déterminants des choixopérés par les éleveurs dans la recherche de pâturages en saison des pluies. Les légumineusestelles que Zornia glochidiata par exemple ou encore les graminées annuelles Dactylocteniumaegyptium et Panicum leatum ont une haute valeur. A l’inverse, la graminée annuelleSchoenefeldia gracilis contient peu de MAD mais sera appréciée surtout en saison sèche poursa bonne conservation à l’état sec et sa valeur en énergie. Cenchrus biflorus, graminée àl’inflorescence particulièrement piquante, n’est appréciée pour sa haute valeur que dans saphase jeune jusqu’à la montaison, car l’apparition de l’épi la rend difficilement consommabledurant une période qui va jusqu’à la chute des graines en novembre ou décembre. Il y a donc, durant cette période de végétation, une influence bénéfique des troupeaux sur ladynamique de végétation à condition que la grande mobilité soit la règle, car elle induitdes périodes de repos pour les plantes. Sur des parcelles fermées avec une charge définie ousur des parcours quotidiens, l’effet est inverse, et ce système conduit à la disparitionprogressive des plantes «nobles». L’exemple est frappant autour des villages, où le bétail estprésent chaque jour de la saison pluvieuse, et l’on peut observer la disparition des bonnesplantes par surconsommation. Avec la mobilité sur les grands espaces, l’effet est inverse.En saison sèche, les plantes à l’état sec sont consommées. Il est admis que cetteconsommation représente 30% de la biomasse sèche. Les 70% restants étant détruits par lestermites, la dessiccation, le vent, et le piétinement. ( Cette disparition de la biomasserésiduelle est une nécessité écologique, comme on l’a vu plus haut ). Cette estimationvraiment large de 30% intervient dans des calculs pourtant très précis et très scientifiques,nécessaires à la détermination de la capacité de charge, comme on le verra plus loin.Mais la paille sèche ne peut suffire à fournir les éléments indispensables aux animaux ensaison sèche. Elle fourni la ration d’encombrement (exprimée en MS, soit Matière Sèche), 24
  • 25. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005un apport très insuffisant de minéraux, et un apport minimum en énergie (exprimée en UF,soit Unité Fourragère).Par contre, les besoins en Matière azotée digestible (MAD) nécessaire à la croissance et à laproduction de lait et à la croissance, ainsi qu’en vitamine A et E, nécessaires entre autreschoses, à la fertilité, ne sont pas couverts dans les fourrages herbacés à l’état nécrotique, carces éléments y sont quasiment inexistants.Le phosphore est également un élément essentiel au métabolisme qui doit être apporté ensuffisance. Sa carence dans la ration induit des comportements dits « de pica » chez le bétailqui se met à ronger ce qu’il trouve à la recherche de satisfaction de ce besoin minéralimportant. Il est connu que la contamination à certaines pathologies, notamment le botulismeet le charbon, est largement favorisée par l’attrait qu’offrent au bétail carencé, les ossementsd’animaux morts abandonnés dans les zones pastorales.MAD, vitamine A et E, ainsi que Phosphore et d’autres éléments doivent être fournis ensaison sèche soit par des plantes vivaces, que l’on trouvera surtout dans les bas-fonds ou dansdes régions méridionales, quoique assez rarement en quantité significative, maisprincipalement par les produits des ligneux (terme désignant généralement les arbres etarbustes pour les agrostologues), fruits et feuilles, tombées à terre, ou broutées sur l’arbre, ouencore mis à disposition par élagage ou gaulage.Besoins alimentaires journaliers des bovins en région tropicale, pour une UBT, soit un bovinde 250 kg (source : divers documents IEMVT) Eau : 3 litres par Kg/MS ingérée MS : 6,25 Kg Vit A : 0,1 grm soit 100 mg Phosphore : 7,5 grm MAD : 60 gr par 100 Kg de PV (poids vif). (Augmentation de 60 gm de MAD par litre de lait produit)La survie des ruminants durant 7 mois de saison sèche ne pourrait en aucun cas être baséeexclusivement sur les stocks de paille sèche du tapis herbacé. Une UBT devrait consommer en saison sèche en moyenne 2 kg de MS issus des ligneux, par jour, sur une ration de 6,25 Kg, pour assurer ses besoins en MAD15 . A gauche, Balanites aegyptiaca et repousses intensives par les racines. Arbre fourrager par excellence. 10 à 15 ligneux par hectares, peuvent fournir environ 50 kg de matière sèche MS accessible, de bonne qualité. Or, la nature faisant bien les choses, les arbres et arbustes des zones pastorales du Sahel ont souvent desrythmes phénologiques « décalés » par rapport à ceux du tapis herbacé et leurs fourrages sontdisponibles justement durant la saison sèche, ce qui rend leur apport d’autant plus précieux.L’ annexe 7.4. contient un tableau issu des chiffres de valeur fourragère de Hubert Gillet, etpermet de mesurer à quel point les espèces ligneuses les plus courantes sont essentielles au15 Notions d’agrostologie et d’aménagement sylvo-pastoral. Rép du Niger, MAE, institut pratique dedéveloppement rural Kollo, spécialité Eaux et Forêt, Francis Tasse, septembre 1987. 25
  • 26. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005cycle fourrager en complément à la paille sèche, par la consommation des feuilles et des fruitsou gousses.Mais il faut souligner que cette dépendance du bétail au peuplement arboré n’est pas à sensunique et que l’on constate un phénomène de relation d’interdépendance entre troupeauxet peuplements arborés. Il faut savoir qu’en l’absence de « traitements naturels » à travers l’appareil digestif des ruminants, les graines des espèces courantes utilisées en pépinière par exemple doivent être soit cuites dans l’eau bouillante, soit traitées à l’acide, soit scarifiées par des méthodes assez brutales et dont léquivalence est improbable en milieu naturel sans intervention humaine. A gauche, jeunes feuilles et fleurs d’Acacia Erhenbergiana. Cette espèce est un bel exemple de la relation d’interdépendance entre cheptel et peuplement arboré.Naturellement, la dissémination des semences par les animaux et plus encore la levée dedormance des graines amorcée par les sucs gastriques des ruminants sont les conditions del’existence de l’arbre dans les savanes du Sahel, et la disponibilité des éléments nutritifs desgousses et feuilles des arbres conditionnent l’existence des troupeaux de ruminants. Sur cette image, l’espèce Maerua crassifolia contribue à la fourniture de MAD et éléments essentiels en saison sèche dans cette savane arbustive. On remarque la forme particulière des arbustes qui sont intensément broutés et garderont cet aspect toute leur vie. 2.1.2.5. Adaptation du cheptel aux conditions climatiques.Dans les zones arides et semi arides du Sahel, les plantes se sont adaptées à la rudesse duclimat en développant des mécanismes complexes de survie. Développement racinaireimportant et profond, capacité de limiter lévaporation de leau, système de germination étaléepar levées en cohortes, dissémination maximum des semences, dormance longue des graines,etc…… 26
  • 27. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Le cheptel des ruminants domestique actuel est lui aussi le fruit dune adaptationparticulièrement remarquable.4 espèces se côtoient, bovins, ovins, caprins et camelins. Toutes fournissent aux pasteurs desprotéines lactées et carnées, et sont lobjet de ventes sur pied dans les marchés locaux ou àlexportation. Leur proportion ou présence dans les troupeaux varient selon les ethnies et leslatitudes, ainsi que leur fonction dans léquilibre du troupeau familial. • Les camelins sont particulièrement adaptés aux conditions sahariennes par leur capacité à se passer dabreuvement durant plusieurs semaines sil le faut et à consommer des plantes dures, voir des branches dépineux. Ils ont particulièrement développé au cours de leur évolution, la capacité de stocker les graisses et de les mobiliser en cas de besoin énergétique non couvert par le fourrage. Leur lait est très apprécié. • Les caprins sont prolifiques et très résistants, mais leur particularité tient surtout au fait quils peuvent se nourrir à 70 % de feuillage et fruits des arbres, voir exclusivement durant un temps. Or, ces fourrages sont fréquemment disponibles même en période de mauvaise pousse des pâturages herbacés, ce qui donne aux caprins un rôle particulier pour assurer la survie minimum des pasteurs en cas de sécheresse. Les caprins sont la principale espèce autoconsommée par les pasteurs en raison de leur multiplication rapide et de leur faible prix de revient sur les marchés. Le lait des caprins est apprécié par certaines ethnies seulement. • Les ovins à poils ras du Sahel sont prolifiques et représentent un bon rapport de rentabilité sur les marchés, notamment en raison dun attrait suscité par la religion musulmane. Leur lait est consommé dans les régions sahariennes principalement. Leur élevage est relativement difficile car ils sont exigeants sur le plan alimentaire. Ils ne peuvent consommer les produits ligneux à plus de 30% de leur ration quotidienne et les fourrages herbacés doivent être fins et tendres pour quils puissent les consommer. Les ovins sont fréquemment les premiers à souffrir de la sécheresse. • Les bovins représentent la plus grande part en UBT du cheptel des pays sahéliens. Les races actuelles descendent depuis le 14 ème siècle dune race de zébu dont lorigine se situe vers lAfghanistan. Ce zébu aurait supplanté progressivement la race taurine originaire dEgypte et appelée Hamitique16. Les zébus sahéliens représentent la plus grande part du bétail exporté. Le lait des bovins est consommé par tous les groupes ethniques et se vend également sous différentes formes dans les marchés locaux et en ville, voir également sous forme industrielle. Les bovins comme les ovins ne peuvent consommer plus de 30 % de leur ration en produits ligneux en raison de la teneur en tanins de ces fourrages. Par contre, ils se contentent de fourrages assez grossiers et leur adaptation leur permet dassimiler des pailles dures. Comme le dromadaire, ils ont la capacité de stocker les graisses dans une bosse située sur le garrot. Mais leur principale adaptation réside dans leur capacité à mettre leur organisme en semi somnolence durant la saison sèche chaude, avec une dépense dénergie et production16 Des descendants de cette race hamitique subsistent dans des zones localisées, Guinée, et Lac Tchad dont larace actuelle Kouri est sans doute la plus proche. Les taurins résistent mieux à la Trypanosomiase et cetteparticularité leur a permis de ne pas disparaître au profit des zébus dans les régions à forte infestation. 27
  • 28. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 laitière la plus réduite possible et larrêt des processus de croissance au moment où les ressources fourragères sont rares et de mauvaise qualité. La mobilisation des graisses situées dans la bosse intervient alors. Dès le retour de bonnes conditions fourragères, cet état de dormance fait place à un phénomène inverse appelé "croissance compensatrice" au cours duquel lassimilation des fourrages est maximum pour soutenir une croissance accélérée et une reconstitution physique rapide.Différentes strates de production fourragère sont exploitées dans un même milieu par les 4espèces. Lexploitation dun milieu donné est donc maximum pour une famille de pasteurs quidispose des 4 espèces. Cette diversification à également un coût de main dœuvre qui doit êtreen rapport avec les revenus dégagés par le cheptel17. Les bovins ont besoin de fourrage herbacé, même grossier pour s’alimenter. Les dromadaires peuvent se nourrir quasiment exclusivement sur les partie élevées des arbustes, qui seraient inaccessibles aux caprins. _________________________________________________________________________ 2.1.2.6. Contexte social de base.Les populations de pasteurs actuelles sont sans doute issues de populations plus anciennespratiquant lélevage au néolithique dans les zones sahariennes. De nombreuses migrations, desprobables métissages, des fluctuations dans leurs modes dexploitation entre vie sédentaire etmobile, des guerres, font que de retracer leur origine reste incertain. Une origine située danslEgypte antique est parfois avancée pour les Peuls18. On distinguera au Sud du Sahara 5groupes ethniques distincts tous attachés à lensemble arabo-berbère. o Peuls o Touaregs o Arabes o Toubous o MauresDans leur morphologie, elles se distinguent généralement des populations négro-africaines parla finesse des traits du visage et une couleur de peau plus claire, ce qui contribue à accréditerune différence dorigine très lointaine dans le temps et lespace. Au néolithique déjà, cette17 Voir dans le cadre de référence technique, le chapitre consacré aux seuils de viabilité des économiesfamiliales.18 Cheik Anta Diop et Amadou Hampâté Bâ y font allusions dans leurs œuvres littéraires. 28
  • 29. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005différence morphologique a été mise en évidence par larchéologie19 qui a pu distinguer sur labase des arts rupestres, des sépultures des débris divers, des cultures très différentescohabitant durant les deux périodes dites " nigéro-tchadienne" entre 11000 et 6000 ans BP(before present, notion dusage courant en archéologie) et "petit Sahara", soit 6000 et 4500BP.A gauche, cette gravure située sur une paroi rocheuse au Nord de In-Gall montre un bovin de race hamitique,donc sans bosse, de la culture bovidienne. A droite, cette photographie de l’archéologue F.Paris prise dans lamême zone, démontre à quel point les bovins sont partie intégrante de la culture dite « bovidienne », puisque untaureau a été sacrifié dans la tombe de cet homme au néolithique.Dans le courant du dernier millénaire, les peuples pasteurs ont été les propagateurs de lareligion musulmane au Sud du Sahara et les grands Empires basaient leur Lois et société surlIslam avec une vocation de conquête, de pacification et dIslamisation affirmée.Ces populations évoluent dans un environnement social diversifié et dynamique. Elles sontdepuis longtemps au contact de populations purement négro-africaine, culturellement trèsdifférente et pratiquant en premier lieu lagriculture comme mode dutilisation des ressourcesnaturelles Elles ont développé avec ces dernières une complémentarité très étroite etenrichissante basée sur la distinction des productions et des besoins. A titre dexemple, on nepeut imaginer le système pastoral sahélien fonctionnant en vase clos sans possibilitédéchange permettant dacquérir des céréales. Les populations pastorales nayant pasdéveloppé de liens étroits et relativement pacifiques avec les populations agricoles dans lessiècles passés, ont dû avoir recours à des captifs principalement affectés aux travaux agricolespour diversifier leurs sources de production (Maures et Touaregs surtout, Peuls dans unemoindre mesure).Toutefois, les populations pastorales pratiquent aussi, parfois et à des degrés divers,différentes formes dagriculture. Les populations agricoles pratiquent aussi lélevage.Existe-t-il une différence profonde entre lagriculteur possédant du bétail et le pasteur quicultive ? Même si lon tend actuellement à minimiser ces différences afin datténuer desinégalités sur le terrain ou de désamorcer des occasions de conflits, nous pensons que la19 Ces différenciations morphologiques sont notamment mise en évidence par Malika Hachid, du Centre nationalde recherches préhistoriques anthropologiques et historiques dAlger ( CNRPAH) à travers ces recherches des 20dernières années dont Science et Avenir propose une présentation dans son numéro dAoût 2005. 29
  • 30. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005différence est très marquée. Le passage à lagro-pastoralisme pour le pasteur est en généralun choix de survie. Soit le cheptel est trop réduit pour dégager des marges de revenusuffisante à faire la famille ou la tribu pour lachat des céréales, soit des facteurs politiques,climatiques ou sociaux contraignent pour un temps (ou durablement) à développer unestratégie de stabilité, occupation despace et marquage de territoire dont la culture extensivesera lexpression en raison des paramètres courant dappréciation dans les Etats concernés.Certaines populations pastorales se sont installées dans un mode de civilisation agro-pastoraldepuis plusieurs siècles20, dautres ne lont fait ou ne le font que conjoncturellement et demanière peu significative sur le plan de la couverture des besoins alimentaire.A linverse, lorsque le milieu agricole développe un élevage de ruminants important, il sagitdaccumulation de richesse et de diversification de revenu permise par une certaine aisance.La sédentarité reste la règle dans ce cas, et le recours aux populations de pasteurs estsystématique pour assurer la mobilité du cheptel (des exemples existent au Tchad, toutefois,de populations d’origine purement agricole, devenues pastorale et très mobile, sans habitatfixe).Le principe même de cette distinction entre pasteurs mobiles et agriculteurs sédentaires, basésur une réalité historique qui remonte au néolithique, a été, et reste encore, au centre de débatssans fins sur les plans politiques, administratifs, fonciers, juridiques, dans tous les payssahéliens. Au Niger, la problématique "nomade" dans le plan de décentralisation reste encoreun point dombre et différentes études21 se succèdent pour trouver des solutions pratiquessatisfaisantes.Cette différence a pu être tour à tour niée, exagérée, utilisée, par les Etats et les bailleurs defonds pour justifier des divisions de traitement, des inégalités sociales, ou au contraire pourenvisager des solutions de développement adaptées et cohérentes. A la recherche de solutionspour intégrer cette différence, les Etats sahéliens tentent actuellement de mettre en place dessystèmes adaptés à travers de nouveaux textes régissant laccès aux ressources naturelles, latenure foncière et la décentralisation. Ces transformations se font dans la douleur, surfonds de malentendus historiques, dincompréhensions mutuelles, de divisions entrepasteurs eux-mêmes et de récupération opportunistes par les nantis.__________________________________________________________________________ 2.1.2.7. Contexte économique. 2.1.2.7.1. Importance économique du pastoralisme dans la satisfaction des besoins de base.Présenter limportance numérique des populations de pasteurs dans les pays subsaharienspermet de replacer rapidement la dimension économique et sociale de lélevage pastoral.Dans les chiffres ci-dessous qui datent de 1992, on parle bien des populations de PASTEURS,donc qui tirent leurs revenus en priorité dun élevage mobile et non des populations dethniedorigine et de culture pastorales. Si cétait le cas, on obtiendrait un chiffre supérieur à 50%au Niger et de quasiment 100% en Mauritanie.20 LEmpire Peul du Macina ou celui de Sokoto par exemple.21 Notamment toutes les études liées à la création et relecture des textes de loi foncières et à la décentralisation 30
  • 31. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Population pastorale en Afrique sub-saharienne.Source : NOPA, 1992Pays Population en Population de % du total millions pasteurs en millionsBurkina-faso 9 0.5 6Tchad 5 1 20Ethiopie 49,2 5 15Kenya 24 3,5 15Mali 9,2 1 11Mauritanie 2 0,3 15Niger 7,7 1 13Sénégal 7,3 1 13Somalie 7,5 4,5 60Soudan 25,2 3,5 14TOTAUX 146,1 21,3 18,2Dans les pays intéressés par létude soit globalement ceux du Sahel ouest africain, lepourcentage de population vivant du pastoralisme se situe autour des 13 à 15 %. Ce nestdonc pas anecdotique, comme on le croit trop souvent et ce nest pas une relique des tempsanciens. Cette activité qui valorise plus de 50% des territoires nationaux de ces paysreprésente bel et bien une importance économique majeure, ne serait-ce que parce que 15%de la population nationale dispose dun moyen de revenu et de la couverture de ses besoinsvitaux par la maîtrise dune activité hautement spécialisée et qui est le fruit dune adaptationmillénaire à un environnement particulièrement difficile. 2.1.2.7.2. Importance de lélevage dans les économies nationales.Il est courant dargumenter limportance de lélevage sahélien à laide des chiffresdexportation et de pourcentage du P.I.B. Ces chiffres sont disponibles ici pour le Niger dansle tableau ci-dessous. Toutefois, nous en relativiserons lutilité, car une grande part desexportations de bétail sur pied (le bétail sur pied représente lessentiel des exportations delélevage) nest pas comptabilisée, étant le fait de filières informelles. Autre limite desstatistiques économiques, elles ne tiennent pas compte de lautoconsommation des pasteurseux mêmes et la consommation intérieure du pays est sous estimée par insuffisance demoyens de collectes des données. Autre biais important, ces chiffres ne permettent pas dedistinguer entre lactivité pastorale elle-même et lensemble des produits de lélevage quicomprennent également lélevage en zone sédentaire et laviculture. Malgré tout, le chiffre de26 milliards de fr CFA soit 23 % des exportations nationales en 2003, est sans douteimputable à plus de 80% à lactivité pastorale et permet de mesurer la place du pastoralismedans léconomie, en sus de sa capacité à faire vivre directement un million de personnes.Quand à la place de lélevage dans le P.I.B. du Niger, elle représentait 11% en 200322.22 Etude de faisabilité du projet dappui à lélevage dans le département de Zinder. CAMEL - Bestconsult. 2005 31
  • 32. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Proportion des exportations de produits de lélevage au Niger23.Année Valeur exportations Valeur exportations produits nationales (x 1.000 cfa) de l’élevage (x 1.000 CFA)1999 110 018 000 20 133 000 soit 18,3%2000 139 362 000 37 887 000 soit 27,3%2001 119 042 000 32 441 000 soit 27,3%2002 117 535 000 27 378 000 soit 23,3%2003 116 054 000 26 701 000 soit 23,0% 2.1.2.7.3. Rôle économique de lélevage pastoral dans les régions.Si limportance économique de lélevage pour les familles de pasteurs et pour les Etats sembleévidente et repose sur des chiffres sans doute imparfaits mais disponibles, le rôle primaire dupastoralisme dans les régions "à vocation pastorale" des pays du Sahel est plus difficile àmettre en évidence. Il faut pour cela se reposer davantage sur lobservation que sur ladisponibilité de chiffres qui sont, dans ce cas, peu explicites.Dans toute la zone Nord du Niger, soit au Nord de la limite de lhisoyète 350 mm, lespasteurs "actifs", cest-à-dire vivant de lélevage en mobilité, représentent sans doute plus de50 % de la population totale. On peut soustraire des 50% restants une très faible part depopulation vivant des jardins irrigués, du tourisme ou demplois dans lappareil de lEtat quenous estimerons globalement à 10 %. Les 40% restants en fin de calcul vivent indirectementde lélevage pastoral. Il sagit des commerçants en bétail et de leurs intermédiaires, desforgerons et artisans, des commerçants en tout genre qui alimentent les marchés locaux encéréales et biens de consommation, des puisatiers, des bouchers, etc…Le système délevage familial est ainsi le point de départ de toute une chaîne dactivitééconomique qui permet le peuplement de régions arides et semi-arides où lagriculture ne peutêtre que très marginale.Il faut également considérer que la population pastorale ne produit pas les céréales quelleconsomme. La part du marché intérieur24 des céréales par les pasteurs et les populations quivivent indirectement du pastoralisme doit se situer, et ce n’est qu’une estimation personnelle,entre 20 et 30 % du total des céréales commercialisées.23 Projet de promotion des exportations agro-pastorales. Ministère du Développement Agricole. Niger. Mars2005.24 Cet aspect semble navoir pas été détaillé jusquici. 32
  • 33. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20053. Description analytique et profil historique des politiques de développement pastoral.3.1. PERIODE COLONIALE. 25Genèse de malentendus historiques, de la domination de "lidéologie technico-économique" etde la prédominance dune vision purement vétérinaire de lélevage au Sahel, alors que lacomposante administrative se révèle souvent plus proche des éleveurs.3.1.1. CHRONOLOGIE GENERALE ET DESCRIPTION BREVE.Les origines des politiques de développement de lélevage dans les territoires français delAfrique sous la colonisation, sont intimement lié à lhistoire de lEcole NationaleVétérinaire d Alfort. En 1774, moins de dix années après sa création, son directeur etfondateur, BOURGELAT, fut sollicité pour fournir quelques élèves vétérinaires pour Saint-Domingue et la Guadeloupe, où sévissait depuis 1772 une épizootie catastrophique. Ils’ensuivit l’organisation, à Alfort, d’un Service colonial pour les élèves appelés à exercer leurart outre-mer à partir de 1781. Le premier vétérinaire envoyé aux colonies fut BEAUVAIS,qui partit dès 1771 pour l’île de France et l’île de Bourbon.En Afrique, la première mission d’un vétérinaire français fut celle qu’effectua HUZARD filsau Sénégal, en 1819, avec l’ordre «d’effectuer des recherches sur les races de chevaux et debêtes de somme qui pourraient être introduites en France, ainsi qu’aux Antilles et à laGuyane, avec avantage ». Cette recherche resta sans suite.Ce nest quà partir de 1890 que commença réellement à séveiller un intérêt pour lélevage enAOF quand quelques vétérinaires militaires de lescadron de Spahis Sénégalais sintéressèrentau bétail local. Ils publièrent les premiers documents traitant des races locales, des pathologieset des méthodes délevage et montrèrent le parti quon pouvait en tirer. Lélevage commençaitalors à susciter de lintérêt chez les administrateurs coloniaux en tant que sourcedalimentation pour les armées et pour les populations. A cette époque, linsuffisance deprotéines animale dans lalimentation des populations indigènes est identifiée comme unfacteur limitant important du développement rural, industriel et économique. On noublierapas quà cette époque, les efforts portaient sur la démographie des populations, car onenvisageait à long terme des besoins de main dœuvre importants dans les mines, lesplantations et les cultures dexportation vers la métropole. En outre, jusquà la seconde guerremondiale, on imaginait que les colonies devraient un jour exporter viande et produits laitiersvers la métropole (Dans les années trente, un projet de chemin de fer transsaharien fût même25 Notre source principale pour ce point 3.1.1. traitant de lépoque coloniale sera Etienne Landais et son articlede 1990 dans les Cahiers des Sciences Humaines, N° 26, tant cette étude est complète et bien illustréed’exemples et de références. Nous ne mentionnerons donc que les références différentes. 33
  • 34. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005discuté très sérieusement avec pour objectif de ravitailler la France et le Maghreb enproduits animaux venant des pays sahéliens).Ce n’est cependant qu’en décembre 1904 et dans le but de coordonner les efforts entreprisdans les différentes colonies, que le Gouverneur Général ROUME créait le “ ServiceZootechnique et des Epizooties “. D’abord composé d’un très petit nombre de techniciens,tous militaires, ce Service se renforçait peu à peu en recrutant des vétérinaires civils lesquels,effectuant toute leur carrière en A.O.F., allaient conférer à l’action engagée la continuitéindispensable. Toutefois, les effectifs en service et les moyens financiers restèrent longtempstrop réduits pour que des résultats importants puissent être obtenus. On doit à cette époquel’organisation du contrôle des mouvements commerciaux et de l’exportation du bétail,l’inspection des abattoirs et des marchés, ainsi que les premières études précises sur lesmaladies parasitaires et microbiennes du cheptel26.Dans la foulée des expériences emmagasinées par ce début dorganisation et de collecte dedonnées, on se rendit compte quune spécialisation préalable allait savérer nécessaire.Un enseignement postscolaire de médecine exotique fut mis en place à l’école d’Alfort en1920 pour répondre à ce besoin. Deux ans plus tard, il prenait le nom d’Institut de MédecineVétérinaire Exotique. En 1924, on créait à Bamako la première école vétérinaire africaine etdu personnel auxiliaire était formé dans chaque territoire.En 1948, l’Institut de Médecine Vétérinaire Exotique prend sa dénomination dInstitutdElevage et de Médecine Vétérinaire des Pays Tropicaux (IEMVT), quelle conserverajusquà très récemment. Sa vocation sélargit au-delà de la pure médecine vétérinaire enintégrant les "techniques de lélevage et de lexploitation de ses produits".L’année 1948 voit aussi la transformation des Services zootechniques et des épizootiesd’AOF en Services de l’élevage et des industries animales27, dont les attributions et lesrègles de fonctionnement seront précisées par décret le 26 décembre 1950.Les effectifs furent renforcés grâce à des crédits plus importants et en 1955, le service delélevage de lAOF disposait de 98 vétérinaires africains, de 25 contrôleurs de colonisation, de29 assistants d’élevage et de 720 infirmiers vétérinaires.En quelques années (1949-1954) furent édifiés le laboratoire de Dakar Hann, Centre fédéralpour les recherches en pathologie animale en AOF, celui de Farcha (Fort-Lamy) pour l’AEF,et celui de Tananarive pour Madagascar. Chacun de ces centres s’appuyait sur un réseau delaboratoires territoriaux, situés par exemple, pour l’AOF, à Saint-Louis, Bamako, Niamey etOuagadougou. De nombreux postes vétérinaires (les Centres d’immunisation et detraitement), dotés d’équipes mobiles, complétaient le dispositif. Un important réseaud’établissements expérimentaux et de fermes d’élevage avait pour mission d’appliquer et devulgariser les résultats acquis par les Centres fédéraux, et d’effectuer les essais d’intérêt local.Chaque territoire d’AOF, à l’exception de la Mauritanie, disposait ainsi d’un tel établissementen 1955 : Dahra au Sénégal, Nioro-du-Sahel au Soudan (Mali), Filingué-Toukounouss auNiger créé déjà en 1931, Banankélédaga en Haute-Volta, Korhogo en Côte d’ivoire, Ditinn enGuinée, Panakou-Okpara au Dahomey.Lobjectif principal de cette organisation fût, dès la découverte du vaccin antibovipestique en1926, léradication de la peste bovine identifiée à lépoque comme la principale contraintesanitaire à la productivité de lélevage de la colonie et à sa rentabilité. Ce nest toutefois quàpartir de ladaptation du vaccin aux cultures cellulaires en 1953 que la prophylaxie de masse26 Feunteun, 1955, cité par E.Landais 1990.27 Cette dénomination a perduré au Niger dans les appellations officielles des Ministères jusquen lan 2000,véhiculant avec elle la survivance de visions archaïques de la profession vétérinaire en Afrique. 34
  • 35. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005pût réellement commencer à grande échelle et porter ses fruits. Les vaccinations destroupeaux devinrent alors obligatoires et systématiques et lefficacité de cette vaccination demasse a eu pour conséquence un important accroissement numérique du cheptel. Cettepolitique vaccinale sest ensuite étendue à la péripneumonie contagieuse bovine (PPCB) selonles régions et les zones dendémie. La vaccination de masse et léradication totale28 de laPeste Bovine reste laction la plus spectaculaire et la plus visible de la profession vétérinaireen Afrique subsaharienne29.Le ligne de politique dintervention des services de lélevage ainsi que lobjectif premier detout le réseau de laboratoires nationaux et des instituts de recherche créés en AOF et AEFsont centrés sur la prévention, la prophylaxie. La vaccination de masse contre plusieursendémies, lélévation globale du niveau de santé et de production du cheptel colonial sont lesobjectifs de chaque intervenant sur le terrain. Lunité pathologique de base nest pas lanimalindividuel, mais le troupeau. Le vétérinaire colonial, ni dailleurs ses auxiliaires, ne sont desmédecins de lanimal. Leur priorité absolue est la lutte sanitaire qui va du troupeau au cheptelnational. A lépoque, lidée "dUnité Pathologique du Troupeau" est nouvelle. Cette idée adéterminé bien des stratégies de conduite de troupeau et de prophylaxie également en Europeet reste dactualité comme un principe de base aujourdhui largement accepté.Au-delà de la prophylaxie, la chaîne de commercialisation a bénéficié également dattentionavec lintroduction des principes élémentaire de santé publique avec linspection vétérinairedes carcasses dans les abattoirs des centres urbains, puis avec la construction dabattoirs.Plus dun demi siècle plus tard, cette ligne reste celle des Ministères en charge de lélevage auNiger et dans la plupart des pays du Sahel.On remarquera que durant toute cette période, léleveur, le pasteur, ou selon lappellation delépoque "lindigène", semble absent du débat et des préoccupations des vétérinaires.Lorsquil est mentionné, cest en général avec un arrière fond de regrets, que le cheptel doiveêtre entretenu et détenu par des populations irrationnelles et qui ne viseraient pas à intégrercette richesse dans léconomie. Les pasteurs indigènes sont en générale mentionnés pour faireréférence à leurs résistances au changement et comme une contrainte pour mettre enapplication des politiques sur le terrain.Ceci sera encore compliqué par lusage politique dune discrimination administrative entre"nomades" et "sédentaires" de la part de ladministration coloniale et nous en ferons la genèseplus loin. Entre une anthropologie caricaturale peu présente, teintée de la mission civilisatricecoloniale et une science vétérinaire centrée sur la prophylaxie et des rêves dexportation,lémergence dune réelle compréhension du système pastoral tarde à se faire. Lillusion dunprofit économique possible pour la colonie et la volonté de justifier la domination colonialeont retardé de près dun siècle la possibilité de voir émerger une politique cohérente quiaborde la question pastorale avec une vision large et réaliste.28 Les programmes "peste bovine" internationaux actuels se contentent de gérer des stocks de vaccins non utiliséset de surveiller léventuelle réapparition de cette endémie. Seuls des foyers limités subsistent en Afrique centraleet de lEst dans des zones inaccessibles à la vaccination pour cause dinsécurité ou de guerre.29 Quasi-anéantissement du cheptel bovin ouest-africain par les épizooties majeures de peste bovine quifrappèrent en 1828, 1866, de 1891 à 1893 du Tchad et au Soudan, de 1915 à 1917 puis de 1918 à 1922 du Nigerau Sénégal (GALLAIS, 1972), et encore en 1955-56 au Sénégal et en Mauritanie. 35
  • 36. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20053.1.2. PREDOMINANCE DUNE VISION PUREMENT VETERINAIRE DE LELEVAGE AU SAHEL.Depuis la création de lEcole vétérinaire à Alfort en 1765, lélevage et tout ce qui avait affairede près ou de loin à lanimal domestique concernait uniquement le vétérinaire, homme de lart,dont les connaissances couvrait tous les aspects de la santé, de la multiplication et delexploitation des animaux. Personne ne remettait en cause cette hégémonie scientifique duvétérinaire envers le monde animal, dautant que la participation des vétérinaire à lépopéepastorienne a encore accru leur aura scientifique dans le public.Après la Première Guerre mondiale, les vétérinaires ont de plus en plus de mal à faire face,en matière de zootechnie, à la concurrence des agronomes. La défense de leur compétenceuniverselle et exclusive en matière d’élevage, puis de leur simple prééminence, représente unenjeu essentiel pour la profession durant l’entre-deux-guerres. La situation bascule dans ladécennie 1945-1955, sous l’influence d’A.-M. LEROY, professeur à l’Institut nationalagronomique de Paris, véritable père de la zootechnie moderne. La zootechnie ramifie seschamps de compétence sous linfluence des recherches scientifiques. Lalimentation animaleest intimement liée désormais à la production fourragère et à lindustrie de transformationindustrielle des fourrages. Les paramètres zootechniques de production se lient toujoursdavantage à léconomie rurale, à lorganisation de la main dœuvre, à la mécanisation et auxmarchés, faisant des questions de santé animale et de reproduction, des facteurs parmidautres. Campée sur des positions défensives, la profession vétérinaire reste majoritairementà l’écart de cette nouvelle révolution scientifique, qui est amplifiée par la création, en 1946,de l’Institut National de la Recherche Agronomique, INRA, dont les «agros» constituentl’essentiel des cadres, et auquel la recherche vétérinaire ne sera rattachée qu’en 1960. Ledomaine d’influence de la profession vétérinaire se trouve ainsi progressivement réduit à celuide la pathologie et de la physiologie animale. La période 1920-1960 a donc été marquée, enFrance, par le recul de l’emprise de la profession sur les institutions chargées de la recherche,de l’enseignement et du développement dans le domaine de l’élevage30.En Afrique, les réussites de la profession vétérinaire et lancienneté de sa présence sur lecontinent permit aux vétérinaire de conserver leur monopole et la place laissée aux agronomesfût limitées aux expérimentations dans lassociation agriculture élevage ou les productionsfourragères. Les vétérinaires défendirent ainsi leur hégémonie avec efficacité puisquilstransmirent le flambeau intact à leurs successeurs africains aux indépendances.Ainsi, le crédo de la profession en Afrique repose encore aujourdhui, essentiellement sur lespathologies et la prophylaxie. Cette défense de la profession est même toujours très âpre auNiger, comme en témoigne létonnante résistance des services de lélevage à toute ouverturepour former les éleveurs eux-mêmes à lusage des produits dusage courant ou à lavaccination, comme si la maîtrise de la filière de commercialisation de ces produits restait laseule condition de survie de leur profession.30 Cette description sévère pour la profession vétérinaire est issue de Etienne Landais et son article de 1990 dansles Cahiers des Sciences Humaines, N° 26 36
  • 37. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20053.1.3. ORIENTATIONS STRATEGIQUES ET RECHERCHES. 3.1.3.1. Trois postulats fondateurs31 .Autour du rayonnement dominant de la vision économique dun élevage colonial qui puisse,sinon alimenter la France, tout au moins nourrir en protéines une population quon cherche àaugmenter pour bénéficier de main dœuvre et dégager des revenus, trois constats sont établisdurant le début la période coloniale pour générer des angles de recherches spécifiques ensatellites de lobjectif économique. 1. Le cheptel local serait peu productif en comparaison avec les races de ruminants européennes. Il devrait être possible de faire profiter les colonies de lavancée de la recherche zootechnique en augmentant la production laitière et le poids des animaux de boucherie. La seule augmentation numérique permise par la prophylaxie verrait son impact économique démultiplié par une plus grande productivité du cheptel. 2. Le cheptel utiliserait sans gestion apparente de très vastes espaces. Or on sait quen Europe, ou mieux en Argentine et en Australie sur des espaces semi-arides, une gestion plus technique des pâturages à lintérieur de clôtures a permit dentretenir plus de cheptel sur les mêmes surfaces et avec un meilleur résultat des paramètres de production. On doit donc penser que laugmentation numérique du cheptel devra saccompagner de techniques modernes de gestion des espaces pâturables. La pratique de la transhumance est vue comme un frein sérieux à tout développement sur le plan social. 3. Les éleveurs resteraient figés dans des pratiques archaïques de subsistance et semblent accumuler sans aucun profit, un important cheptel tout en vivant pauvrement. Le bétail des colonies serait donc une richesse sous-exploitée. Il convient dintégrer lélevage dans une véritable économie de marché et damener les éleveurs à mettre en vente un cheptel quon suppose pléthorique.Ces trois constats, fondateurs de la recherche en matière délevage au Sahel, pêchent parinsuffisance détudes objectives et se basent sur des postulats non vérifiés qui se révèleront engrande partie insuffisamment fondés sur le plan scientifique et technique pour constituer desobjectifs réalistes. Cette remise en question ne pu se faire que vers la vers la fin du 20 èmesiècle à la suite détudes sérieuses et de publications courageuses. Ils engagèrent pourtanttrois axes de recherche majeurs, orientèrent les politiques de développement de la périodepost-coloniale et firent engager des sommes colossales durant plus 50 ans pour la recherche,lexpérimentation, la vulgarisation et la diffusion.Pour la suite de létude, il nous semble important de résumer les débuts de ces recherches et demontrer également que parmi les scientifiques de lépoque coloniale, parmi les vétérinaireset les administrateurs militaires, des voix sétaient élevées sans succès pour mettre en doute lapertinence de certaines recherches et expérimentations.Il reste que ces trois postulats ont engagé des décennies de gaspillage de ressources dans desrecherches sans application ou des expériences sans lendemain. Aujourdhui encore, lessurvivances de ces croyances reviennent comme des lames de fonds dans le paysage du31 Ces trois constats sont notre interprétation personnelle. 37
  • 38. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005développement, engagent des recherches et des projets pilotes, mais surtout, rendenttrès complexe un débat fécond, ce qui est le plus dommageable. On y reviendra. 3.1.3.2. De lamélioration du cheptel local. Des illusions aux remises en causes.Il est délicat de décrire lhistorique des expériences sur ce sujet, alors que strictement aucune,nous disons bien aucune, application pratique utile ou quelconque amélioration nest issue decette recherche, ce qui nempêche pas les bailleurs de continuer à financer ponctuellement desrecherches et des expérimentations le plus souvent proposée par des scientifiques recherchantdes occasions de publication et des crédits. Nous serons évidemment très critique sur cepoint. Les quelques résultats avancés ne sont que des leurres, et ne servent quà camoufler undes échecs les plus cuisants de lhistoire du développement de lélevage en Afrique de lOuest.Cette description ne pourrait être, et il faut sen excuser, quune succession déchecs,imputables à la profession vétérinaire, mais surtout sa branche " tropicale et africaine".Car si les premières tentatives peuvent être prises comme des expériences pionnières quilfallait tenter, il nen est rien de celles qui se sont succédées sans interruptions, ni remises encause, durant près dun siècle, malgré les signaux forts venus du milieu, malgré les réticencesinternes du milieu scientifique colonial lui-même et malgré des réorientations de politiquesqui sont restées parsemées d’exceptions. Nous n’en mentionnerons donc que quelques unes.Au point 2.1.1.2.5. "Adaptation des ruminants aux conditions climatiques", nous avonsesquissé la manière dont les différentes espèces caprines, ovines, camelines et bovines, ontdéveloppé une adaptation très spécifique à leur milieu en fonction de contraintes climatiquestrès dures. Or, si le premier vétérinaire français en mission en Afrique en 1819 avait pourobjectif de dénicher des bêtes de somme qui seraient meilleures que les races européennes, laplupart de ses successeurs sattachèrent plutôt durant plus de 140 années à ne pas voir lepotentiel des races locales ou leur admirable adaptation et à imaginer toute sorte dinfusionsde sang amélioré, de croisements potentiellement miraculeux, qui permettraient de produiredavantage à partir des mêmes conditions climatiques. La seule contrainte qui semble observéeest celle de la résistance psychologique des indigènes au changement (!).Quelques expériences de ce type démarrent dès 1904 avec la création des serviceszootechniques en AOF et un pic important se situe entre 1920 et 1940, époque à laquelletoutes les stations du Sénégal au Tchad se concentrent sur cette recherche.Un programme a connu une dimension extraordinaire dans ces stations de recherche durantplus de 20 ans, de la Mauritanie au Tchad avec linfusion dans les races ovines locales, desang Karakul, race laineuse noire originaire d’Europe de l’Est (Roumanie notamment) dont lespeaux de fœtus constituaient le fameux « Astrakan ». Lobjectif premier du programme étaitde produire de la laine et des fourrures de fœtus et concerna plus d’un million de têtes entreles différentes stations. A la station de Filingué au Niger, les rapports des vétérinairesTanière et Bouche en 1950, indiquent que les métis produits supportent bien le climat. Léchecde la diffusion de la race dans le milieu indigène est expliqué par le fait que les moutons noirs 38
  • 39. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005seraient considérés comme "maudits" par les indigènes et que le "cram-cram"32 rendait lalaine quasiment irrécupérable. Les auteurs concluent tout de même que lélevage des karakulsest possible à Filingué.En 1948, un autre vétérinaire ( Lalanne) écrivait que la vulgarisation était un "lamentableéchec" pour deux raisons. Dune part les éleveurs navaient pas accordé aux béliers de sangles soins nécessaires (ils mourraient donc souvent…), et dautre part, les acheteurs de lainenaccordaient pas dimportance à la qualité et "avaient ruiné un demi siècle de rechercheexpérimentale en station"…… on peut imaginer que cette dernière phrase est un déguisement d autocritique ou dautodérision à peine voilée si on imagine des tonnes de laine, noire de surcroît, donc difficilement commercialisable33, imbriquée en ballots compacts avec des millions de minuscules épines acérées de Cenchrus biflorus. Jeune agneau Karakul d’un jour. Aujourd’hui, on attend la naissance de l’agneau pour le sacrifier et utiliser sa fourrure. Certes, le recul permet souvent de voir plus clair. Mais on sétonnera tout de même que lidée de ce croisement ait pu germer dans lesprit des vétérinaires coloniaux, quun demi siècle aie été nécessaire pour se rendre compte que si les raceslocales sont sans laine et à poil très ras, ce nest pas le fruit du hasard, et on cherche àcomprendre comment on a pu sentêter à diffuser ce produit de croisement et des géniteurs desang chez les éleveurs34…….Pensait-on sérieusement que cette action pouvait porter des fruits ? La seule possibilité detrouver des crédits et de publier les recherches était-elle la seule motivation des hommes delart ? Il est de même, selon Landais, des métissage de race bovine Montbéliarde chez lespeuls de lAdamaoua, quil considère également comme un cuisant échec.Les importations de reproducteurs européens se sont poursuivies jusqu’à nos jours dans tousles pays sahéliens à la faveur de programmes pilotes, d’expérimentations, de visions utopistes.Piettre en 1930, est convaincu que l’amélioration brutale du cheptel enclencheraautomatiquement le processus d’intensification de l’élevage. Il l’affirme en ces termes : « Le point capital est de mettre en mouvement la roue du progrès et, pour cela, il suffit de commencer par l’amélioration du cheptel, le reste viendra ensuite automatiquement ».La constitution de réserves fourragères s’intègre évidemment aux plans d’amélioration ducheptel et des efforts sont faits pour amener les éleveurs à constituer des stocks depuis lesannées 20. On envisage également de modifier la flore sahélienne par l’introductiond’espèces plus riches et à cultiver des fourrages. Ces idées, bien qu’on ne trouve pasd’exemple de vulgarisation qui aie été suivies et mis en pratique35, font toujours partie des32 Infloraison très piquante de la graminée Cenchrus biflorus, qui saccroche à tout pelage, vêtement, quellerencontre. Véritable supplice en saison sèche par sa capacité à se loger sous la peau, le cram-cram devaitprobablement rendre la vie de ces brebis laineuses et de leur bergers insupportable.33 La laine doit être blanche pour servir valablement lindustrie, tout les efforts de sélection vont normalementdans ce sens.34 Il faut s’imaginer que l’astrakan doit être produit par césarienne sur les mères avant la naissance. Dans lemilieu éleveur au Sahel, le respect de l’animal exige qu’on ne l’abatte pas avant son âge adulte.35 Les pratiques existantes de conservation des fourrages existaient déjà, elles nont fait que sintensifier depuis20 ans sous la pression du milieu et pas grâce à la vulgarisation. 39
  • 40. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005« nouveautés » présentée régulièrement par divers projets pour intensifier l’élevage. Ellesfont partie, en quelque sorte, d’un héritage de recettes théoriques que les techniciens serepasseraient de générations en générations, convaincus que les échecs de la vulgarisationsont le fait des ruraux et en aucun cas de l’inadéquation des paquets techniques avec la réalité.Pourtant ces expérimentations ne faisaient pas l’unanimité, loin s’en faut.Au Niger, en 1922 déjà , le Gouverneur Brévié, fraîchement nommé et basé dans la capitaleZinder, écrivait une missive à ses subordonnés du territoire pour décourager de tenter detelles expériences de métissage de races en ces termes : " on a déjà suffisamment fatiguélindigène avec ces expériences sans intérêts…….."Du côté des vétérinaires qui s’impliquent dans cette recherche et qui mettent leurs efforts danssa réussite, le premier à exprimer des doutes en 1949 est Doutressoule, lorsqu’il écritconjointement avec Traoré : « Il paraît inutile d’entreprendre l’amélioration du bétail sans en améliorer au préalable les conditions de vie, répétant l’erreur que nous avons souvent commise. Notre cheptel est parfaitement adapté à ce milieu sahélien; il constitue avec les nomades une symbiose que nous ne devons pas rompre. Vouloir lui demander à l’heure actuelle plus de viande, de lait, de laine, est une utopie. Nous devons nous contenter d’en augmenter le nombre en diminuant la morbidité et la mortalité de nos troupeaux. Plus tard, mais bien plus tard, nous améliorerons les individus ».Ces phrases qualifiées de courageuses par E.Landais (dont l’article est la principale sourcede ce chapitre), vont influencer considérablement la conférence de Bamako deux ans plustard, et l’état major vétérinaire colonial établit cette réorientation douloureuse en confiant àMornet, le soin de la rédiger et de l’expliquer. Ce dernier conclut que le bilan des différentestentatives en AOF est décevant, et que l’acclimatation de races étrangères en AOF n’estpossible que dans des conditions exceptionnelles « rarement réunies en Afrique Tropicale ».La nouvelle politique sera une sélection du bétail local en vue de son amélioration et l’onreconnaît tout à coup que les colonies recèlent « des sujets intéressants dont le potentieln’attend que des conditions favorables pour éclater. »Pourtant, et sans remettre en cause cette nouvelle orientation politique, les expériences vontencore se succéder avec les mêmes résultats. A Bouaké Minankro, la race D’Ndama faitl’objet d’un croisement avec la race Jersiaise. On tente d’introduire la race Brahman auCameroun. A Madagascar, on relève la création d’une race fixée issue de Limousin / ZébuMalgache / Afrikander, appelée Renitelo à Madagascar…..Selon E.Landais, par la suite, plus de 15 opérations d’introduction de race européennes ont étéfinancée par la France depuis 1975 en Afrique francophone, sans compter les initiatives desautres pays, tout ceci bien sûr sans résultats utiles ou concrets et sur les fonds déjà congrus del’aide au développement.La sélection des races locales, quant à elle, fourni alors de nouveaux champs d’application àla recherche zootechnique et s’est poursuivie jusqu’à nos jours en restant strictement confinéedans les stations de recherche. Depuis la conférence de Bamako en 1951, les stations seconcentrent désormais à améliorer les paramètres de production des races locales, notammentla vitesse de croissance, le poids à la naissance, la production laitière. Les races locales,objets de soins attentifs dans des stations de recherche et soustraites aux stress habituels deleur milieu d’origine, ont tôt fait de démontrer des capacités d’améliorations encourageantesgrâce à des critères de sélection standards qui ne sont pas forcément les mêmes que ceux des 40
  • 41. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005éleveurs. Leur réintroduction dans le milieu sera techniquement aisée quoique anecdotique enterme de nombre, mais les bienfaits de la sélection seront confrontés à la réalité du milieu.On ne peut parler de ce sujet concernant le Niger sans parler de la Chèvre Rousse de Maradi,mais cet exemple ne sera abordé que dans le point traitant de la période post coloniale.3.1.4. ESPACES PASTORAUX, DE LA LOGIQUE MILITARO ADMINISTRATIVE AUX AMBITIONS DE GESTION RATIONNELLE.Cette question est centrale dans la recherche qui nous intéresse. Mais elle est vaste et unelittérature abondante a été produite par de nombreux chercheurs pour tenter de dénouer les filsdinextricables incompréhensions qui font actuellement lactualité dans les pays du Sahel,surtout au Niger, sous la nécessité des processus actuels de relecture des textes fonciers et demise en place de la décentralisation.Remonter à lépoque coloniale permet de simprégner de lhistoire de ces débats, des fortscourants de pensée, des influences qui les sous-tendent et surtout, cest là le plus important, decomprendre les malentendus actuels.L attitude de ladministration coloniale sur ce sujet peut être très schématiquement décrite en3 périodes : 1. La période de conquête, durant laquelle les populations Touarègues principalement résistaient à la domination militaire française. 2. La période coloniale proprement dite, pacifiée, au cours de laquelle les populations nomades, donc les pasteurs, ont fait lobjet de certaines attentions en vue de développer leur élevage, bénéficiant dune assez bonne compréhension de leur système par les administrateurs. 3. La décennie de lindépendance, qui voit arriver lambition de gérer le potentiel fourrager avec plus de rigueur et defficacité sous limpulsion de nouveaux types dagronomes. Nous fixerons ici une période de dix ans, de 1959 à 1969, qui malgré le changement de pouvoir, sera bien marquée dans notre sujet puisque cest celle de limplantation des stations de pompage.___________________________________________________________________________ 41
  • 42. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 3.1.4.1. La période de conquête .A cette époque, Mopti et Tombouctou sont les centres administratifs importants. LactuelRépublique du Niger nest que la rive gauche du Fleuve, déjà exploré et reconnu commeterritoire français depuis la convention de 1898 qui trace une frontière entre dominationbritannique et française. La tristement célèbre mission Voulet - Chanoine36 fût la première à"marquer" physiquement au Sud du 15 ème parallèle lempreinte coloniale, du Fleuve au LacTchad en 1899, et le traité de Versailles en 1919 entérina le partage entre les deux puissancesmilitaires.Voulet Paul ChanoineCe qui suit concerne essentiellement la boucle du Niger et a été admirablement développé parA.Marty37. Toutefois, cette politique de lépoque, si elle concerne surtout la partie Ouest delactuel Niger et le Nord (Agadez, Azawak et Aïr), a tout de même été fondatrice de lapolitique coloniale pour la Colonie entière après1922.A.Marty rappelle que: "la pénétration ( dOuest en Est ) du continent coïncidait grosso modo avec laire de rencontre entre des populations sadonnant à lélevage extensif, donc mobiles, et celles sadonnant à prioritairement à lagriculture céréalière, avec un mode de vie beaucoup plus fixe".A.Marty développe ensuite lidée quil nexistait pas de frontière bien nette entre ces deuxtypes de population, mais quil sagissait " dune bande de confluence et dinterpénétrations se découpant à travers des jeux complexes dalliances liant ensemble nomades et sédentaires, en opposition souvent avec des duos voisins de même nature".Cette complémentarité des deux mondes, qui est toujours dactualité, est expliquée ensuiteavec simplicité et évidence : "Nétaient viables que des ensembles humains composés de sociétés différentes….assurant les complémentarités de base, en commençant par le grain et le cheptel…..nétaient donc stables, que des systèmes favorisant les ajustements et les échanges de services entre ethnies,36 Pour rappel, Voulet et Chanoine, qui avaient déjà conquis le pays Mossi en rasant Ouagadougou, partirentpour rejoindre Fort Lamy depuis Gao. Outrepassant les ordres, ils pillèrent, massacrèrent, détruisant tout sur leurpassage. Larmée française envoya le Lieutenant Klobb pour les arrêter. Voulet et Chanoine purent être arrêtés,après que Chanoine eût clairement manifesté sa sédition en donnant lordre de faire feu contre les troupes deKlobb, ( qui fût tué dans la bataille) et affirmé quil nétait plus français, quil était devenu un Roi Noir. Voiraussi à ce sujet, le site Web : http://www.ldh-toulon.net37 La division sédentaires-nomades. Le cas de la boucle du Niger au début de la période coloniale. André Marty.IRAM, 1998. 42
  • 43. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 entre zones et entre activités économiques différentes mais indispensables les unes aux autres".Nous adhérons à cette présentation de la période précoloniale, mais nous souhaitons tout demême ajouter la dimension de domination guerrière de ces liens entre nomades et sédentaires,dont Marty minimise, selon nous, limportance. Les alliances des sédentaires avec un groupenomade donné, avaient aussi pour but de les protéger des vols et exactions dautres groupes,moyennant une certaine allégeance. Les batailles et razzias entre les groupes nomades, sils setraduisaient par le vol du bétail et des femmes, voir des esclaves, avaient sans doute souventpour origine de se disputer les jeux dallégeances et de soumission des populations noires.Nous voulons rappeler tout de même, par soucis dobjectivité, que la percée coloniale apportaune stabilité nouvelle à la zone sahélienne, qui sest traduit, grâce à la sécurité, par lextensionet la dispersion des aires cultivées et laccès des pâturages aux troupeaux. Avec la sécurité,cest sans doute aussi un changement dans la société qui sest engagé, la question guerrièrenoccupant plus la place centrale dans les esprits (ce qui nous parait un progrès notable).Nous prendrons comme référence chronologique à cette époque de conquête, la périodesituée entre 1893 et 1922. Le Niger fût érigé en territoire militaire en 1900 puis devint uneColonie Française en 1922 avec Zinder pour capitale et Jules Brévié comme premierGouverneur. La capitale fût transférée à Niamey en 1927.Cette période est marquée par dintenses débats entre administrateurs et Chefs militairesconcernant lattitude à adopter vis-à-vis des nomades et principalement des Touaregs. Cesderniers font preuve de résistance, parfois armée avec quelques victoires notables sur lestroupes françaises, parfois simplement par désobéissance civile.Dun côté, certains courants de pensée dans le pouvoir militaire cherchent à éviterlaffrontement. En effet, limportance de lélevage nomade est curieusement mieux reconnuepar les premiers militaires que par les vétérinaires qui leur ont succédés.Gironcourt38 en 1910, note que : " Sans ces populations parfaitement adaptées, hommes et animaux, ces surfaces énormes resteraient improductives".Le Dr Decorse39 affirme lui dès 1907, quil faut soutenir le nomadisme et que seul ce mode devie est possible hors de la vallée du Fleuve Niger et surtout sur sa rive gauche de la boucle. Ila admirablement compris comment le mode de vie nomade est intimement liés au milieu : "Une population ne naît pas nomade, elle le devient. Touaregs et Bellahs disparus, ceux qui leur succèderont, livrés à eux-mêmes, deviendront dautres Bellahs et dautres Touaregs. Au change, nous naurons rien gagné".Par ailleurs, une des critiques les plus fortes contre la "division sédentaire - nomades" et quiest toujours très actuelle, consiste à mettre en évidence que la frontière culturelle et ethniqueentre ces deux extrêmes est loin dêtre bien définie, et dautre part que ces sociétés sontcomplémentaires dans leur mode de production. En effet, toute une part de la population dite"noire" et de dominance agricole est culturellement liée à des ethnies nomades. Certes, leservage est souvent avancé comme la principale origine de ces liens, mais on ne peutsimplement écarter le fait quun grand nombre de Peuls sont agro-pasteurs à cette époque déjà38 La mission de Gironcourt en Afrique Occidentale. 1908-1909. Bulletin de la société géographique de lEst.201-211.39 Lettres du DR Decorse. Les Touaregs de la boucle. Bulletin de la société géographique et commerciale deParis. 1907. 43
  • 44. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005et se situent encore à la frontière Sud de la zone dinfluence Touarègue, que les Mauresoccupent de lespace agricole avec les Harratins. Bien des sous-groupes ethniques minoritairesse trouvent à la frontière de ces deux entités que le colonisateur à voulu distinguer de manièreaussi tranchée. Au Niger, le cas des Peuls Katsinawa40 par exemple est éloquent. Lespopulations touarègues noires haoussaphones de la zone agro-pastorale du Niger en sont unautre (Filingué, Kornaka…).La rébellion touarègue armée des années 90 au Niger a eu également certaines difficultés àdéfinir ses revendications territoriales sur la base de loccupation géographique, autant que surla base ethnique, tant les imbrications sont nombreuses sur le plan des métissages culturels etdes partages de territoires.Cette complexité était déjà la réalité à lépoque de la conquête coloniale, même si lon peutrelever que la domination guerrière touarègue dans les limites de son interaction avec lesautres groupes nomades du Nord et la vassalité des populations noires, servaient de clefs derépartition des droits de chacun dans la région.Pour rendre encore plus complexe la situation, les sociétés touarègues elles-mêmes sonthiérarchisées en castes qui ne sont pas toutes guerrières avant la guerre contre larméefrançaise.Mais la logique de guerre et de domination amenait les chefs militaires à des positionsextrêmes, et ceci avec dautant plus de conviction que les tribus touarègues manifestaient lessignes dinsoumissions et dhostilité. Dès 1898, le Lieutenant Colonel Audeoud écrivait : " Etant donné quon ne pourra jamais se faire des alliés de ces tribus… il faut les supprimer si lon peut en les affamant, les hommes en les empêchant dacheter des céréales, les animaux en leur interdisant les rives du fleuve (fleuve Niger, région de Tombouctou)."Pour cet auteur, le moyen dy parvenir est évident…"Cest sur la population noire quil fautnous appuyer".Ladministration centrale refuse dabord de cautionner officiellement la stratégie durefoulement des nomades touaregs loin de la vallée du fleuve et ainsi de concrétiser unedivision qui lui paraît contrevenir aux intérêts de la colonie en perturbant des équilibreséconomiques et sociaux utiles41. En effet, la complémentarité des systèmes de production nelui a pas échappé. Le Gouverneur Général de lAOF en visite à Tombouctou le 14 juillet1906, sécrie42 : " Notre politique ne peut consister à refouler dans le désert les tribus nomades et à protéger contre leurs incursions "nos" populations sédentaires : Ces deux éléments ont besoin lun de lautre et se complètent mutuellement. Les nomades, pour vivre, sont obligés daccéder au Fleuve, et, dautre part, les sédentaires pour prospérer, doivent pouvoir maintenir et même accroître les relations commerciales par la voie des caravanes".Malgré ce sage plaidoyer pour une solution pacifique, toute la stratégie consista à affaiblir lessociétés Touaregs en supprimant leur pouvoir de domination militaire sur les communautéssédentaires. Ces dernières se voient ainsi particulièrement bien considérées par larméecoloniale et en dehors dun ralliement Songhaï de Gao à un chef touareg local en 1916, on40 Peuls agropasteurs sédentaires arborant les tatouages faciaux Haoussa, alors que les Peuls de Sokotodominaient militairement les Haoussas jusquà les contraindre à lislamisation forcée.41 A cette époque, les caravanes des touaregs y compris dans le Sud, sont le principal véhicule de tous leséchanges commerciaux.42 La division sédentaires-nomades. Le cas de la boucle du Niger au début de la période coloniale. André Marty.IRAM, 1998. 44
  • 45. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005peut penser que les populations sédentaires trouvaient un avantage à passer du statut devassaux des tribus touarègues à celui dallié du colonisateur françaisNous nous distancerons donc dune vision dun "Eden précolonial", car cette période était celledes razzias. Razzias des Touaregs contre les sédentaires, contre les Peuls, entres tribustouarègues, entre Toubous et Touaregs, entre Arabes et Touaregs, la zone pastorale étaitmarquée par linsécurité des luttes dinfluence pour le contrôle des territoires de razzias, desexpéditions punitives, des captures desclaves. La conquête coloniale a mit fin à cette terreuret à cette culture de la guerre dominée par le pouvoir aristocratique. On ne peut que le saluer.Pour cela, larmée française sest appuyée aussi sur dautres populations de nomades pasteurs,et notamment les Arabes Kountas sous le commandement de Sidhâr Marcheikh. Ils utilisèrentle nouveau pouvoir que leur donnaient les armes à feu françaises pour apporter aux Touaregset notamment aux Iwillemmeden les plus guerriers, une vision plus spirituelle et plus pacifistede lIslam43 et ceci jusqu après la guerre de Kaocen qui signa la victoire française en 1918 etla reddition des tribus rebelles. Il nen reste pas moins que la pacification française fût extrêmement brutale et ne fût durable quau prix du démantèlement et morcellement des structures sociales44, de déplacements massifs de population (dans lAïr notamment), de destructions de puits profonds, dexécutions. Malgré la victoire militaire sur les Touaregs et malgré le fait que finalement, les autres groupes ethniques nomades nétaient pas lobjet premier de la dichotomie sédentaires-nomades en labsence de véritable résistance armée, celle-ci ne sera jamais remise en cause et devint très vite un instrument considéré comme allant de soi. Cet outil servit dès lors, non seulement à diviser pour régner, mais à classer les sociétés locales.Kaocen, Chef de la résistancecontre l’armée coloniale française.Selon A.Marty, 1998, cette distinction a servit dès lors à codifier un rapport social et à letransformer en grille de lecture ou de référence pour toute analyse ou décision future. Toutdabord utile à celui qui sarroge le pouvoir classificateur, ici la puissance coloniale, ladistinction finit par être intériorisée par les groupes. A.Marty cite P. BOURDIEU45 enindiquant que cette distinction va désormais devenir un "mot dordre" qui pourra modeler laréalité à limage de son inventeur.Le nomade sera donc désormais tour à tour diabolisé ou idéalisé et le sédentaire manipulé ouinstrumentalisé contre le premier.A.Marty mentionne qu’à l’arrivée de la sécheresse de 1913-1914, le Commandant de RégionSadorge est en train d’étudier comment faire respecter les frontières des cercles et empêcherle bétail nomade d’accéder au fleuve et aux bourgoutières46 ainsi qu’aux zones agricoles. Il se43 Entretiens personnels avec le 4 èm Chef de Tribu Kounta, Rhalifa Mohamed à Assouman, Ouest de In-Gall enoctobre 2004.44 de 6 grandes tribus appelées confédérations touarègues en 1896, on passe à 70 tribus en 1912.45 La distinction. Critique sociale du jugement. page 560 . P. Bourdieu. Paris 1979, éditions de minuit.46 Bourgou : Echinochloa stagnina, graminée flottante atteignant 2 m qui pousse en suivant la crue du fleuve,riche en azote et en sucres. Pâturage de saison sèche de qualité exceptionnelle et qui borde les rives du fleuve. 45
  • 46. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005trouve toutefois dans l’obligation de laisser les troupeaux accéder aux zones du Macina, mitdevant l’évidence des irrégularités du climat.Des 1918, la division tente dêtre appliquée de force et avec de plus en plus d’efficacité durantles trois décennies suivantes. On regroupe les champs éparpillés dans des zones de culturesdéfinies et le cheptel nomade est refoulé dans les zones non cultivées, même en dehors despériodes de culture. On prévoit une augmentation du cheptel villageois et on tient ainsi à luiréserver des espaces doù seraient exclus les nomades.De cette époque et de cette division est issue toute une politique administrative et foncière quiva priver les éleveurs de leur emprise sur les espaces pastoraux du Nord et donner pleinpouvoir aux sédentaires dans les zones agropastorales du Sud, créant par là une inégalitégénératrice de nombreuses frustrations et incompréhensions entre communautés.Ladministration coloniale d’après 1922 créera en effet tout un organigramme de pouvoirslocaux que lon qualifiera improprement de "Chefferie traditionnelle". Les sédentairesseront sous la houlette dun Chef de Canton à qui sera attribué un territoire bien délimité surlequel il dispose dun fort pouvoir, alors que les nomades seront sous la chefferie dun Chef deGroupement sans territoire, tout juste destiné à régler les affaires entre nomades et à collecterlimpôt. Cette distinction sera lourde de conséquence à partir des années 70, lorsque ladémographie humaine, laccroissement des surfaces cultivées et la formidable expansion ducheptel créeront des points de litiges fonciers qui empoisonneront toute la fin du 20 èm siècleet le début du nouveau millénaire.En outre, le monde nomade est resté à l’écart des centres de pouvoirs situés le long de lavallée du fleuve, manquant la scolarité de ses enfants et sa participation aux mécanismespolitiques de la pré-indépendance. Il faut aussi remarquer que cette politique de refoulementvers les zones Nord fonctionna, plus ou moins, dans le contexte favorable de 3 décenniesexceptionnelles de bonnes pluviométries qui marquèrent le climat sahélien. Au retour del’irrégularité dès 1973, le monde nomade se découvrit alors plus fragile par absence depossibilité de repli vers le Sud et par la perte des stratégies de grande mobilité dans lamémoire collective.__________________________________________________________________________ 3.1.4.2. La période coloniale pacifiée.Cest à partir de 1922 que lon peut différencier lhistorique de la politique de développementde lélevage du Niger avec celle, plus globale, de lAOF.Dans le nouvel Etat colonial, dès 1922, la société Touarègue dans son ensemble se plie avecrésignation aux adaptations nécessaires, après ses défaites contre le colonisateur. La razzia etla capture d’esclaves n’entraient plus dans le système économique, la domination sur l’espacepastoral n’était plus possible, les populations déplacées se ré-installent alors et s’organisentparfois sur des bases nouvelles avec un passage à l’agro-pastoralisme pour certains ou aucontraire plus de mobilité pour dautres. 46
  • 47. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Mais pour le monde pastoral dans son ensemble, pour les pasteurs eux-mêmes, Touaregs,Peuls Fulbé, Peuls Wodaabés, Arabes, cette période peut-être considérée malgré tout commeun âge d’Or47, malgré limpôt sur le bétail.La politique de division amena un certain nombre de contraintes et d’inconvénients, mais uneconjonction de facteurs climatiques favorables et d’actions positives de l’administrationcoloniale fit que, les conséquences réellement limitantes de la division ne se firent sentir quebien plus tard, lorsque le développement des activités de production agricoles et pastoralesatteindront les limites de leur croissance extensive.Il faut expliquer cette apparente contradiction en soulignant les éléments qui font de cettepériode, qui dura environ 40 ans, une sorte de parenthèse entre les périodes précoloniale deconquête et la période de l’après indépendance :1. Fin de l’insécurité. Accès pacifié aux zones de pâtures, disparition relative du « racketd’allégeance48 », des dominations ethniques et du vol de bétail. Cette pacification permet auxPeuls Wodaabés de remonter vers le Nord et d’installer leurs attaches sur des puits profondssitués au Nord de l’hisoyète de 350 mm, préférant également la situation administrative plusfavorable au Nord, loin des centres de décision de l’Etat, que dans les zones agricoles.2. Politique d’hydraulique pastorale relativement bien adaptée aux réalités. Ouverture dezones immenses autrefois inaccessibles en saison sèche.3. Lutte contre les épizooties. La peste bovine recule.4. Développement des échanges commerciaux internes à l’AOF et avec la coloniebritannique (actuel Nigéria). Augmentation de la demande en bétail sur les marchés, créationde la voie ferrée qui relie Kano à la côte dès 1911.5. Stabilité du climat. Ce point est sans doute le principal facteur……Depuis la sécheressede 1913-14, la pluviométrie est favorable. En dehors d’une sécheresse mineure en 1948-49, lapluie tombera régulièrement jusqu’en 1969. La production des pâturages est stable. Cetépisode de stabilité, sera prit à tort ensuite comme une « normalité », lorsque l’irrégularité duclimat sahélien se fera de nouveau sentir dès 1969.Cette conjonction a produit un développement spectaculaire du pastoralisme au Niger,favorisé la remontée vers le Nord des Peuls Wodaabés dans les années trente, et surtout,engagé une multiplication du cheptel à des niveaux jamais atteints dans les siècles précédents.De 1940 à 1970 les effectifs bovins des pays du Sahel ont été multipliés par 6.Alors qu’auparavant, les économies des peuples pasteurs étaient le plus souvent mixtes etdiversifiées ( commerce caravanier, divers modes d’agro-pastoralismes), la part de revenu del’élevage pour les familles pastorales augmente et devient très souvent exclusive49. Les Peuls47 Cette impression se dégage avec force dans les entretiens avec les pasteurs ayant vécu cette période. Le terme« Âge d’ Or » est donc une image toute personnelle qui se dégage de notre recherche.48 Il na jamais vraiment disparu et des exemples connus de nous sont là pour en attester. Vous payez et on nevole pas votre bétail. Dès que la présence de lEtat sur le terrain saffaiblit au gré des changements politiques, cephénomène revient gangrener les rapports entre tribus.49 Pastoralisme, agro-pastoralisme et retour : itinéraires sahéliens. A. Maliki Bonfiglioli 1990. Cahiers desSciences Humaines 26. 47
  • 48. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Wodaabés abandonnent toute forme d’agriculture dès les années trente et deviennent, sousl’influence des facteurs favorables, beaucoup plus mobiles50.Nous nous concentrerons ici sur les approches qui ont été celles du colonisateur pour valoriserle potentiel énorme de la zone pastorale nigérienne.Cette période a principalement été marquée par une attitude relativement positive envers leséleveurs nomades, avec le souci de permettre un développement pacifique de lactivitépastorale.Pour cela, il fallait sattaquer à la principale contrainte limitante de lépoque, laffouragementen saison sèche, tout en maintenant le plus possible le cheptel et les nomades, au-delà deszones doccupation sédentaires Djermas-Songhaï et Haoussas.En effet, tout le Nord dispose de réserves de fourrages qui semblent immenses et qui sontfréquemment parcourues de feux de grandes ampleurs, mais sont inaccessibles au cheptel parmanque de points dabreuvement. Or, plus les puits sont rares, plus ils représentent un enjeude pouvoir et renforcent la position de ceux qui en ont le contrôle. Les puits existants à cetteépoque au Nord du 15 ème parallèle sont tous sous contrôle Touaregs, (sauf dans le NordOuest de lAzawak, où les Arabes maîtrisent leurs puits)), soit quils les ont creusés, soit quilsont redécouvert les anciens puits ensablés des grès dAgadez dont on ne sait toujours pasaujourdhui avec certitude qui en étaient les artisans51.En 1948, sur les fonds du plan FIDES52, un millier de puits pastoraux seront creusés au Niger.Les premières stations de pompages motorisées ne furent installées quà partir de 1961,contrairement au Ferlo Sénégalais où un programme entièrement basé sur les forages voyait lejour dès 195153.Si une stratégie basée sur les puits profonds plutôt que sur les forages mécanisés est préféréeau Niger, cela tient sans doute au coût plus réduit, vu la dimension des espaces concernés. Ondoit toutefois mentionner ce débat qui a lieu entre deux des artisans de ce programme,MERLIN et RECEVEUR. Alors que RECEVEUR défend plutôt limplantation de foragesespacés et à gros débit, MERLIN défend au contraire la création de nombreux puits cimentésde faibles débits et dans un maillage assez rapproché54.Cette divergence de vue entre les deux experts résume déjà ce que sera dans les décennies quisuivent, deux point de vue diamétralement opposés concernant lensemble dune vision dedéveloppement du monde pastoral et pas uniquement sur la question de leau.50 Ceci contribuera dans les décennies suivantes à les caractériser hâtivement comme des errants qui seraient sansterritoires depuis le fond des âges, alors que cette grande mobilité n’était pas si ancienne.51 Des dizaines, peut-être des centaines de puits creusés dans le grès et dun fort diamètre ont été désensablés au19 èm siècle et début du 20 èm. Ils appartenaient peut être à la population "ancêtre" des haoussas qui auraitpeuplé ces régions depuis lantiquité jusquà larrivée des Touaregs depuis le Nord Est. Les Arabes Kountamentionnent ce peuple sous le nom de "JAOUDHÀR" dans leur tradition orale (entretiens personnels avecRhalifa Mohamed, 4 ème Chef de tribu Kounta, Assouman).52 Fonds dInvestissement pour le Développement Economique et Social, programme de "coopération coloniale".53 Les pasteurs nomades africains, du mythe éternel aux réalités présentes. Edmond Bernus, 1990, Cahier desSciences Humaines 26.54 Politique dhydraulique pastorale et gestion de lespace au Sahel. Brigitte Thébaud, 1990, Cahier des SciencesHumaines 26. 48
  • 49. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Tout dabord, la vision de MERLIN55 lemporte depuis le plan FIDES jusquà la fin desannées 50. Reconnaissant la plus grande rentabilité technique du forage au vu du nombre detêtes abreuvées, il affirme tout de même : « Il y a un inconvénient à créer des points d’eau trop importants, car l’accumulation sur une surface restreinte d’un bétail trop nombreux conduit à l’épuisement du pâturage et à la disparition totale de la terre arable dans la région. Il est du reste évident que la solution consistant à placer un point d’eau important tous les 40 km n’est pas la solution idéale. Là où la création de points d’eau n’est pas trop coûteuse, il est préférable de créer des points d’eau plus rapprochés et moins puissants ; on évite ainsi les trop grandes concentrations de pasteurs et de cultivateurs. » Autrement dit, "on aura toujours intérêt, sauf dans de rares exceptions, à préférer le puits, là où il est possible, au forage »Pour RECEVEUR56, au-delà de 35 m de profondeur, seule l’exhaure mécanique sejustifie, car : «le puisage manuel ou à l’aide d’animaux tel qu’il se pratique en de nombreuses régions ne permet que l’entretien d’un nombre réduit d’animaux». Il considère également que " le débit minimum doit être de 4 litres par seconde, tout débit inférieur entraînant une hausse du prix de revient du m3 d’eau pompée. La rentabilité des ouvrages devait en principe satisfaire à deux exigences : permettre l’utilisation optimale de l’aire desservie, tout en réduisant le plus possible le montant investi par animal utilisant le point d’eau. Dans la pratique, cependant, ce critère est rarement apparu comme déterminant, l’important étant d’assurer la totalité des besoins en eau d’un effectif d’importance telle que la plus-value à attendre à une échéance raisonnable couvre l’amortissement et le fonctionnement en une première étape, puis assure par la suite une rentabilité normale de l’opération (...) ; sans compter les avantages sociaux : regroupement des éleveurs, amélioration des conditions de vie : école, santé, commerce . . . "Sa vision finira par lemporter vers la fin de l ère coloniale et au début de lindépendance.Elle influencera en outre les grands projets des années 70 et 80.A gauche, abreuvement au puits, exhaure animale et manutention. Les animaux boivent chacun leur tour et unemain d’œuvre importante est nécessaire. Les temps d’attente sont long et limitent la capacité d’abreuvement.Receveur y voyait un frein au développement de l’élevage. A droite, accès libre aux nombreux abreuvoirs, pasde main d’œuvre, pas de fatigue, et disponibilité de l’eau à de grands troupeaux commerçants. Sur cette photo,passage au forage de Toufaminir, un des grands forages réalisé dans les années 60….. en panne ce jour là(février 2005). Le bétail a dû s’abreuver difficilement sur les puits alentours. Nous soutenons bien sûr le pointde vue de Merlin dans ce débat.55 MERLIN (P,), 1951. - L’hydraulique pastoral en AOF - Rapport présenté à la Conférence des Chefs de Service de I’Elevage de I’AOF,Bamako (Soudan français), 22-27 janvier. Cité par B.Thébaud, 1990.56 RECEVEUR (P.), 1959-1960. - Rapport Annuels, Ministère de l’Économie Rurale, Direction de I’Élevage et des Industries animales,Politique de mise en valeur de la zone sahélienne, chap. 1 à IX. Cité par Marty, 1972 et B.Thébaud 1990.RECEVEUR (P.), 1975. - Aménagements pastoraux en zone sahélienne, IEMVT, Paris. 49
  • 50. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Ici, il faut analyser plus à fond ce qui sous-tend ces deux visions opposées et nous voulonsproposer une interprétation.Pour MERLIN, un grand nombre de puits cimentés ont lavantage de répartir la chargeanimale sur des espaces plus étendus en saison sèche et de multiplier les points deau danslespace tout en limitant les risques. Il pressent également que la végétation pourrait souffrirde charges trop importantes par une pression sur la végétation et les sols. Ce sont là sesarguments techniques, et bien entendu, l expérience lui a donné raison, ce quil est facileaujourdhui de relever avec le recul des années.Mais au-delà de ces évidences techniques qui furent sans doute les arguments officiels enfaveur de ce programme, des enjeux sociaux majeurs leurs sont liés.On a dit plus haut que le contrôle des puits est un élément de pouvoir et de contrôle. Cepouvoir sexerce sur le contrôle des ressources fourragères, soit les réserve de paille sèche, etsur les tribus alliées ou amies qui y auront accès. Durant la saison sèche, les points deaureprésentent en effet la clef daccès aux ressources fourragères et le contrôle des puits donnede fait aux ayant droits ou propriétaires, le droit de contrôle sur laire dinfluence du puits(cette aire circulaire sétend à de 13 à 30 km de rayon selon les auteurs et selon les exigencesdentretien ou de production, soit la distance maximum que des bovins peuvent parcourirpour aller sabreuver). Or, les points deau de la zone pastorale sont rares et distants à cetteépoque. Les ayants droits de ces puits ont donc un pouvoir très grand par le droit daccèsquils peuvent accorder ou refuser. Multiplier les points deau permet de répartir ce pouvoir degestion dans un plus grand nombre de décideurs et de permettre laccès à une configurationmultiethnique de pasteurs. On évite ainsi la concentration de pouvoir aux mains dune ethnieou tribu sur des zones très vastes, pouvant déboucher à terme sur des réflexes de territorialitéethnique que ladministration cherche à éviter, surtout de la part des groupes touaregs.Par ailleurs, la répartition des pouvoirs de gestion de lespace pastoral par un bon maillage depoints deaux permet de vivifier les rapports dalliances entre tribu et entre ethnies57. Lesréserves de fourrages seront toujours accessibles quelle que soit leur localisation, par un puitsou un autre, et chaque tribu se doit degarder vivant les alliances quellepossède avec le plus grand nombre degroupes extérieurs.On pourrait encore ajouter que léchellesociale dun groupe détenant les droitsdaccès pour un puits est ainsi plusréduite, puisquun cheptel moindrepourra sy abreuver et que ces puits sontplus nombreux. De cet état de fait,découle une gestion plus familiale despoints deaux, qui deviennent le centre dentités sociales pastorales réduites et plushomogènes, constituées autour dintérêts communs, avec un leadership de plus faibleinfluence en terme de nombre, mais plus efficace et plus représentatif aussi, sur un grouperéduit qui reconnaît mieux sa représentation.57 Photo. Le puits de In-Wagar est un bon exemple. D’une profondeur de 132 mètres, il appartient à un groupeTouareg, mais l’alliance ancienne avec les Wodaabés Binga’en permet à ces derniers d’y abreuver pour delongues périodes, comme ici en février 2005. 50
  • 51. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Ces clans, tribus, groupes de nomadisation, groupe multi-ethniques parfois, ont développé ouretrouvé un sentiment, non pas de territorialité, mais didentification à des points centraux, àdes points dattaches sur leurs puits de saison sèche où ils passaient pourtant moins de lamoitié de leur cycle annuel de transhumance. Devant toujours négocier les accès auxpâturages lorsquils étaient en transhumances, tout les groupes nomades disposaient de pointsdattache sur lesquels ils détenaient collectivement les droits daccès en accordant ou refusantlaccès aux puits58 à dautres pasteurs. Tour à tour demandeur ou décideurs, chaque groupemaintenaient vivant les liens de réciprocité qui régissaient les alliances afin de pouvoirsassurer les accès en toute saison et selon les aléas des pluies.Répartition de la charge animale, répartition des risques, répartition des pouvoirs etreconnaissance des entités familiales larges comme unité de production, possibilitédidentification spatiale et vivification des alliances et réciprocités entre pasteurs, sontfinalement les acquis majeurs de la vision de MERLIN.En effet, la pratique dattribution formelle des ouvrages représentait un élément très importantde la mise en œuvre sur le terrain et permit au monde pastoral de se structurer autour despratiques dutilisation des espaces par la maîtrise de leau. Il faut simaginer quaprès lareddition touarègue, toute la configuration du monde pastoral était en train de se redéfinir,avec en toile de fond laccès à de nouvelles zones de pâture, un plus grand brassage ethniquesur le terrain grâce à la pacification. Un accès par trop libre et sans règles aurait peut-êtregénéré des difficultés et fait réapparaître des tensions entre communautés. Au contraire,létablissement de règles bien acceptées par tous et sur la base dune approche assezdiplomatique et consensuelle de ladministration coloniale permit aux pasteurs de faireappliquer entre eux leurs règles anciennes, voir de sen inventer de nouvelles au gré desbesoins.Lapplication de cette politique sera un élément très positif du programme dhydrauliquepastorale du FIDES. On comprend, à cette époque, que le puit et la ressource fourragère quildessert sont en "équilibre relatif ". La quantité de cheptel que lon peut abreuver sur ce puitsdépend du débit de la nappe et du captage, de la profondeur déterminant le temps de remontedes poches, et de la main dœuvre disponible pour ce travail harassant. Le soin est laissé auxpasteurs de gérer ces équilibres et on ne tentera pas, à cette époque, de mettre en place desrègles techniques dans ce sens.Un millier de puits cimentés furent creusés ou vinrent remplacer des puits profonds noncimentés. Les ouvrages étaient attribués à des groupes ou tribus bien identifiés etladministration locale veillait généralement à obtenir les consensus des autres utilisateurs dela région avant de prendre ses décisions. Dans certains cas, deux puits étaient foncés assezéloignés pour éviter les frictions à labreuvement entre groupes potentiellement concurrents,mais le plus souvent, la répartition des fourches de bois sur un même ouvrage était faite aveclappui de ladministration.Cette politique permit aux Peuls Wodaabés de simplanter encore davantage vers le Nord, cequils avaient commencé à faire depuis 1930 en fonçant des puits ou en les achetant auxTouaregs.58 Laccès à un troupeau de passage nest JAMAIS refusé. Il existe le DROIT de la SOIF. Cest le stationnementdans laire du puits et le passage régulier sur ce dernier durant un certain temps qui fait lobjet de négociations. 51
  • 52. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Le puit de Alakat, par exemple59, (Sud ouestIn-Gall, 16 èm parallèle, photo ci-contre), de62 mètres de profondeur, 4,5 mètres dediamètre et taillé dans le grès dAgadez, fûtacheté par les Wodaabés Bingawa à desTouaregs en 1940, donc avant le programme duFIDES. Ces derniers lavaient découvert etdésensablé vers 1902, car il fait partie de cespuits anciens dont les artisans restent nonidentifiés. Lacte de vente rédigé parladministration coloniale à Tahoua était gravésur une pierre plate. De Alakat, ils rayonnèrenten creusant dautres puits à 15 kilomètres de là.A Tagdumt, autre exemple de partage despouvoirs sur lespace, plus au Nord cette fois età 45 km à louest dIn-Gall seulement, le puitsfût creusé en 1959 là où nexistait quune mare temporaire dont lusage était prolongé par despuisards. Ladministration donna lattribution de ce puits aux Wodaabés (bikoronen) et lesTouaregs ( Kel fadey ) qui étaient les premiers "résidents", se partagèrent 4 autres puitsrelativement proches et foncés dans le même programme, Anoula, Atarak, Abajlalam etAmloé.Plus au Sud et à lEst de Dakoro, le puits pastoral de Maï Adoua était réalisé pour les PeulsWodaabés Bi-hamaen. Environné de champs dès 1970, il fût abandonné par les pasteursquand la montée des cultures transforma le site en ce qui est aujourdhui le village de Sakabal.Les puits anciens restèrent aux mains des tribus propriétaires et dautres puits non cimentésfurent encore creusés dans cette période, sur financement direct des usagers. Dans ce cas,ladministration instaura le système de double accord, à savoir un accord des ayants droits despuits voisins (la distance minimale était de 6 km), quun second accord de ladministrationvenait entériner. Ce principe reste actuellement en vigueur, même si son application asouffert ces 20 dernières années de corruption et de luttes dinfluences qui lont presquerendue caduque.Enfin, bien que cet aspect soit rarement mit en lumière et que nous nen avons pas trouvémention dans la littérature, cest dans les années 50 que furent délimités la plupart des grandscouloirs de transhumances actuels. Le fait quils étaient sans doute respectés sans difficultéset que la pression agricole nétaient pas encore très forte à cette époque explique peut-être quecette importante innovation de ladministration coloniale soit restée largement ignorée.__________________________________________________________________________59 Ces exemples sont puisés dans notre propre expérience sur le terrain, ayant réalisé lhistorique de ces différentssites en 1999, 2001 et 2004. 52
  • 53. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 3.1.4.3. La décennie de lindépendance.Cest lère de la modernisation, celle des scientifiques et des visions utopique de lavenir.Les idées de RECEVEUR et ses études pour limplantation de forages semblent convenir auxambitions optimistes de lépoque et un programme dimplantation de stations de pompagedémarre dès 1959. Jusquen 1969, 20 stations furent successivement ouvertes, dans la partieOuest de la zone pastorale (Abouraya, Tchin-Tabaraden, Al-Mota, Toufaminir, In-wagar,etc…..), le plus souvent sur les mêmes sites exactement que les puits du programmeprécédent. 9 autres forages furent réalisés dans la région de Gouré, dont le forage Nga Gorsé,que Brigitte Thébaud prend en exemple dans son livre de 1986 pour décrire cetteproblématique.Lavantage le plus souvent avancé pour défendre les forages, est que le travail dexhaureanimale est supprimé. Un enfant peut conduire les animaux au puits, et cette tâche nest plusune limite pour la charge de louvrage. Les grands abreuvoirs suppriment les temps dattentedes troupeaux, leau est propre.A lIEMVT, on valorise les recherches des botanistes qui arpentaient lAOF et lAEF enclassant et nommant, reclassant et renommant toutes les plantes qui se côtoient dans leszones pastorales au Sud du Sahara, sans beaucoup dapplication utiles depuis le début dusiècle. Lagrostologie, science nouvelle, doit pouvoir conjuguer les expériences acquisesailleurs dans le monde, Europe, Amérique et Australie, avec les connaissances botaniquesacquises au Sahel. Lobjectif ? Rentabiliser au maximum lutilisation des pâturages naturelsen instaurant des règles de pâture basées sur lexpérimentation scientifique.La question détablir des règles dusages autour des forages et des puits est tout dabord lepoint de départ. Puis la question de chercher des modes de gestion plus rationnelle pourlensemble de la zone pastorale deviendra vite un objectif lointain qui sera envisagé à lafaveur de mannes budgétaires pour la recherche.On va satteler à rechercher des "modèles" de gestion qui puissent être facilement vulgariséspour le plus grand profit des éleveurs eux-mêmes.Une idée nouvelle simpose, la connaissance précise des ressources fourragères, quantitativemais aussi qualitative, doit être mise systématiquement en rapport avec la connaissance desressources hydrauliques.LIEMVT se lance alors dans la cartographie des pâturages de tout le Sahel, du Sénégal auTchad. Les pâturages sont classés en dizaines de types et sous-types différents et leurrépartition apparaît sur des cartes colorées complexes aux contours torturés, mises en lumièreavec les ressources hydrologiques, disponibles à différentes échelles. Nous ne disposons pasdes chiffres de ce que ce travail a coûté, ni le nombre de chercheurs, botanistes, géographes,géologues et arpenteurs divers sur le terrain quil a mobilisé jusquen 1975. Malheureusement,ce travail ne fût disponible quaprès limplantation des forages, alors quil devait servir deguide à des plans de maillage hydraulique.Cette ère de "modernité" se situe dans le courant de lépoque. On croît au développement, à lacroissance illimitée, à la révolution technologique. Le bon sens commun qui prévalait chezles administrateurs coloniaux et qui leur avait permit daccompagner lexpansion pastorale destrente dernières années en accord avec les évidences du système et du climat, nest plus demise.Les scientifiques se rejoignent, sur ce sujet, avec la création à Alfort, du service 53
  • 54. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005d "agrostologie" à l IEMVT, sous la direction de BOUDET. Un manuel sur les pâturagestropicaux est édité à des fins de vulgarisation puis sera encore amélioré dans les années 70.Des agronomes sont désormais aux côtés des vétérinaires depuis la formation jusque sur leterrain. Hydrogéologues, Vétérinaires, Agronomes, tout le monde semble tirer dans le mêmesens. Leau, le pâturage, lunité sanitaire des troupeaux, sont abordés désormais ensembledans une vision globale purement technique. Les soucis dorganisation sociale desadministrateurs coloniaux ne semblent plus du tout préoccuper les scientifiques, quiplanifient ou tentent de planifier une gestion technique et économique des ressourcespastorales.Une Loi "historique" est promulguée en 1961. Elle trace la limite Nord des cultures.La zone au Nord de cette limite, qui suit plus ou moins lhisoyète 350 mm, est appelée " Zonede modernisation pastorale". Ce terme traduit à lui seul lenthousiasme politique de lépoquepour un développement entièrement tourné vers une ère nouvelle.Les cultures y sont toujours autorisées pour les pasteurs qui y vivent déjà, mais le texteprévoit quaucune indemnité ne pourra être réclamée en cas de dégâts aux champs. Touteimplantation nouvelle de champs ou de hameau de culture par les sédentaires doit faire lobjetdautorisations spéciales, alors quauparavant, seuls les Chefs de Cantons sédentairesdisposaient dun droit pour leurs administrés, les Chefs de Groupement nomades n ayant pasde territoires. En fait, cette Loi qui devait protéger la zone pastorale de lavancée des culturesne pût jamais être vraiment appliquée.Autour des forages, on a prévu des règles de gestion, que Brigitte Thébaud60 décrit ainsi :A l’occasion du Rapport annuel de l’élevage de 1959-60, RECEVEUR- établit que, sur labase d’un rayon maximum de pâturage de 8 km, d’un besoin par tête de 7 ha et d’unfonctionnement du forage pendant 8 mois de saison sèche (soit de février à juillet), la chargeanimale ne doit pas dépasser 5 000 bovins ou 10000 unités bétail divers. Le 25 juillet 1961,un décret précisait que l’usage des stations de pompage et des zones de pâturage qui yétaient rattachées serait réservé à des collectivités d’éleveurs selon une liste arrêtée pardécret et en tenant compte des droits coutumiers reconnus à ces collectivités (Ce point estle seul qui soit encore positif). Le 2 décembre 1961, un décret fixait enfin officiellement lesrègles d’utilisation des stations de pompage et des zones de parcours en dépendant. Cedécret indiquait que les dates d’ouverture et de fermeture des forages devaient être fixéespar les commandants de cercle, après consultation des populations. Pendant leur fermeture,les pâturages situés dans un carré de 20 km de côté ayant pour centre la station depompage étaient déclarés interdits. De plus, dans un carré de 40 km de côté, les pâturagesétaient considérés comme réservés.À l’extérieur, ils pouvaient faire l’objet d’un accès réglementé par le commandant de cercle,qui devait également fixer, en collaboration avec le service de l’élevage, les chargesanimales maximales, qui ne devaient jamais dépasser 5 ha pour 1 bovin, 1 dromadaire ou 10petits ruminants. De plus, des systèmes très stricts de contrôle des feux de brousse étaientinstaurés.Faut-il préciser que ces règles complexes ne furent jamais mises en pratique ?Au-delà des manifestations denthousiasme pour la modernisation du secteur, ce changementgénéral dattitude traduit une orientation claire des scientifiques et des politiques pour ne voir60 Politique dhydraulique pastorale et gestion de lespace au Sahel. Brigitte Thébaud, 1990, Cahier des SciencesHumaines 26. 54
  • 55. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005lélevage que comme un secteur économique. Les pasteurs qui avaient jusque-là bénéficiédune réelle reconnaissance de ladministration pour leur formidable capacité à valoriser cesespaces et à y vivre, sont maintenant perçus comme des ignorants venant tout droit dunéolithique. On retourne à une vision dévalorisante des pasteurs, alors quau Niger,ladministration coloniale avait su reconnaître leur valeur en tant que peuples hautementspécialisés à partir des années 20. La science est toute puissante et les chercheurs ont le venten poupe, galvanisés par la véritable révolution technique de lagriculture européenne.Pourtant, cette décennie engage les scientifiques dans une aventure qui se traduira par decuisants échecs. La principale erreur sera davoir fait reposer toute lambition dudéveloppement pastoral sur un postulat scientifique erroné… celui de ressources fourragèresstables, dans un climat qui connaîtrait rarement quelques déficits pluviométriques61. Lacartographie des pâturages, les programmes de gestion des pâturages autour des forages, laréduction de la mobilité, lintensification de la production, tout ceci reposait sur la croyanceen un climat beaucoup plus stable et une production fourragère relativement régulière62. Leretour à lirrégularité "normale" du climat et de la production fourragère ramènera durementles scientifiques et les décideurs politiques à la réalité. Il faudra tout de même du temps pourcela, deux grandes sécheresses et près de 20 ans de recul, pour ladmettre, et ceci en toutediscrétion. Malgré tout, les poches de résistance ça et là témoignent encore de la persistancedu mythe de laménagement et de la "gestion rationnelle des pâturages", qui continue à fairedes adeptes contre toute logique.____________________________________________________________________3.1.5. TRANSFORMER LE PASTEUR "PATRIARCHE" EN PRODUCTEUR AVERTI.Cette ambition date des débuts de la conquête coloniale et reste dactualité encore aujourdhui,pourtant, aucun modèle de gestion des troupeaux na jusquici fait la preuve de sa supérioritézootechnique et économique par rapport à la gestion pastorale existante dans ce contexte.Sous des formes variables, et selon les arguments des époques, la tentation de dépeindre lespasteurs comme des gens irrationnels ne sachant pas valoriser la richesse de leurs troupeauxrevient avec une lancinante constance.Cette tentation saccompagne le plus souvent de développement didées qui relèvent dujugement de valeurs sur les options de vie, davantage que darguments objectifs.Lorsque des ambitions de développement technique ou des intérêts quelconque en ont besoin,limage du pasteur accumulant sans raison un cheptel peu productif est ressortie des tiroirs etbrandie comme le symbole dun scandaleux gaspillage de ressources.Le fait que les pasteurs puissent aimer leur mode de vie rude et se trouver mal à laise dans lesagglomérations, quils considèrent les travaux agricoles comme peu valorisants, concourent àrenforcer lopinion chez les techniciens et politiques, quils sont d’irrécupérables reliques destemps anciens.Lorsque lon veut convaincre, même de nos jours, pour une raison ou une autre quil estpossible de produire plus et de gagner plus dargent en faisant de lélevage dune autre61 Voir à ce sujet, le point 2. de ce document, "Cadre Technique", qui explique lirrégularité de la productionfourragère.62 On continue encore, à cette époque, à se baser sur le fait que la notion de climax sappliquerait aux pâturagessahéliens. Voir point 2. Cadre technique. 55
  • 56. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005manière, la seule référence à lélevage dit "traditionnel" suffit à véhiculer lidée quil produitpeu en raison de son archaïsme.Cette idée fait tellement partie de lhistoire et des représentations des techno-structures dudéveloppement et des Etats Sahéliens eux-mêmes, que chaque génération doit dabord y êtreconfrontée avant de lanalyser et de sen faire une opinion.Ce malentendu trouve sans doute ses origines dans le choc des cultures de la conquêtecoloniale. Pour les militaires coloniaux de la fin du 19 èm siècle, qui sont encore trèsimprégnés du monde rural français de lépoque, les troupeaux des pasteurs apparaissent trèsimportant en nombre, alors que dans le terroir dorigine de ces soldats, la possession dequelques 10 vaches seulement est déjà un signe de richesse certain.Or, larrivant est tout de même frappé par le mode de vie ascétique des pasteurs, leur apparentdénuement matériel. Cette impression est dautant plus forte quil nest pas acclimaté et quecet environnement lui apparaît extrêmement rude, en raison de la chaleur, de la poussière, dela sécheresse de lair ou au contraire de linsalubrité de la saison pluvieuse.Lorsque lui-même a besoin, pour simplement survivre, de vêtements, de chaussures solides etmontantes pour marcher dans cette brousse pleine dépines de toutes sortes, dun couvre-chefpour éviter linsolation, dune alimentation riche en protéines carnées, il sétonne de voir despasteurs peuls à demi nus, vêtus de peaux et de quelques vagues tissus, se couchant à la belleétoile, essuyant les pluies sans broncher, se nourrissant de bouillies de mil et dun peu de laitet de cueillette, nabattant que rarement un animal pour le consommer.Alors que toute sa culture dorigine linvestit du rôle divin de domestication de la nature etlamène a mesurer les degrés de civilisations daprès les réalisations matérielles, il se trouveconfronté à des peuples qui se fondent dans leur environnement, sans constructions, sansaménagement autres que les puits, sans empreintes territoriales visibles, et ne possèdent rienque leurs animaux ne peuvent transporter sur leur dos. Et quand quelques constructionstémoignent tout de même dune empreinte physique, il ne sagit que de boue argileuse toutjuste modelée en habitat sommaire, et quune grosse pluie pourrait rendre à la terre enquelques jours.Il constate quhommes et bêtes vivent très proches et quun lien indéfinissable semble les lier,dautant que ces bêtes plutôt agressives envers létranger sont dociles et obéissantes avec leurfamille humaine. Il lui suffit dassister à la peine quoccasionne la mort dun animal auquelléleveur est attaché pour conclure à un attachement sentimental irraisonné, voir mystique.La fierté de léleveur devant ses bêtes et le constat que le prestige social est lié à la taille dutroupeau lui occulte une part de la réalité, à savoir que limportance numérique est unesécurité dans ce contexte dirrégularité, et non un simple prestige.Investi dune mission civilisatrice galvanisée par "Les Lumières", il oublie que dans sescampagnes dorigine aussi, les vaches portent un nom, quelles sont en permanence proche deleur famille humaine, à létable ou au pâturage, que leur propriétaire en connaît parfaitementlascendance, que leur mort imprévue est douloureusement ressentie, que ce milieu social esttout autant, sinon plus encore, teinté de mysticisme irrationnel que celui des Peuls, même silon sen tient à mentionner le seul catholicisme sans parler dautres croyances qui courentdans les campagnes de lépoque. Il nest pas suffisamment capable de sintéresser auxpratiques pour réaliser que les troupeaux quil voit devant lui sont fréquemment desregroupements familiaux, des transferts, des héritages, des répartitions en catégories pour desimpératifs délevage. Il ne pense pas à explorer ces possibilités et les éleveurs eux-mêmes,lorsquun dialogue peut sinstaurer, ne pensent pas à les lui décrire. 56
  • 57. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005De là, il est facile pour lui de se forger une opinion. Le dénuement dans lequel vit léleveurserait un avarice et sil ne vend pas ou ne troque que peu de bétail pour améliorer sa condition,cest en raison dun attachement sentimental qui semble désuet. Se trouvant à un niveauarchaïque de développement, il ne ressentirait pas les besoins daméliorer sa condition. Lamentalité de léleveur serait donc entièrement tournée vers laccumulation de cheptel pour laseule reconnaissance sociale.En outre, aucune analyse sérieuse ne vient contredire ces à priori, pour mettre en évidence lestaux dexploitation par exemple ou simplement dénombrer les catégories de sexe et dâge dansles troupeaux.Les logiques des déplacements des nomades napparaissent pas toujours à larrivant. Cetteapparente errance ajoute encore à limpression dabsence totale de bon sens.Enfin, il le classe parmi les reliques des sociétés de lAntiquité, qui nauraient pas encoreatteint le stade de la sédentarité et de lagriculture.Sils étaient dominants à la période de conquête, il apparaît que par la suite, ces préjugésnétaient pas unanimement partagés comme on pourrait le croire. Il sagit bien, dès cetteépoque, dopinions tranchées entre deux tendances qui continueront à diverger jusquà nosjours dans leurs visions de lavenir de lélevage sub-saharien. En témoigne la série dextraitsuivante qui, dans un ordre chronologique, affirment successivement des conclusions trèscontraires dans les revues scientifiques les plus sérieuses.Cité par E. LANDAIS (1990), le point de vue dominant chez les vétérinaires et agronomesdans les publications de lépoque reste toutefois dévalorisant et manque cruellement danalyseobjective. Il est très clairement exprimé par BRIZARD en 193863 : «Avare à sa manière, le Peulh Sambourou accroît patiemment son cheptel pour le seul plaisir des yeux et vit très pauvrement à côté de ses richesses. Ne vendant que quelques animaux chaque année pour payer l’impôt de capitation, vivant uniquement sur le lait des vaches dont il prive le jeune zébu, cet éleveur a l’habitude de conserver dans son troupeau des bêtes tombant de vieillesse qu’il abat pour sa nourriture en dernière extrémité ou qui le plus souvent périssent au cours des déplacements. Les épidémies de peste bovine et de péripneumonie, rapidement jugulées à l’heure actuelle par les mesures sanitaires et les interventions prophylactiques qui augmentent en nombre chaque année ne causent plus les grandes pertes de jadis (...). Quelle conclusion peut-on tirer de cet exposé? Une seule, que la mentalité de ces nomades, qui se traduit par une passion pour le troupeau plus forte que le désir de mieux vivre, est une entrave à l’essor économique de toute une région, je dirai même une atteinte partielle à la richesse du Soudan. ».Etienne Landais, livre dans son article une critique de cet extrait qui nous parait résumerparfaitement le ton général de lépoque et que nous restituons telle quelle : "Tout est dit : non contents de spolier le jeune zébu, principale richesse de la colonie, les pasteurs, par leur avarice, mettent en cause l’intérêt général. L’auteur désigne également les méthodes d’intervention : il faut recenser, évaluer, taxer. Sous couvert d’une approche économique objective, l’affirmation de la richesse des pasteurs repose en réalité sur une base d’évaluation parfaitement arbitraire et une indifférence totale vis-à-vis des sociétés concernées" E. Landais.63 BRIZARD (M.), 1938. - «Un capital en partie improductif : le cheptel bovin des Peulhs Sambourous ». Bulletin des ServicesZootechniques et des Épizooties de I’AOF, 1 : 21-23. 57
  • 58. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Et pourtant, DOUTRESSOULE64, toujours cité par E. Landais, avait déjà écrit en 1937, doncun an plus tôt : «Les règles générales qui doivent être à la base de notre action sont les suivantes : ne pas chercher à plier les populations pastorales à nos méthodes, mais modifier celles-ci de façon à ce qu’elles ne heurtent pas leur traditionalisme; en raison du peu de valeur du bétail et de la nature du milieu, il faut faire de l’élevage extensif et non intensif. Le pasteur foulah possède un sens pratique très développé de l’élevage, une habileté particulière à profiter des conditions climatiques pour l’alimentation de son bétail par le choix des zones de pâtures. Il est très attaché à son bétail et cherche par tous les moyens à augmenter la valeur numérique de son troupeau. Nous devons donc agir en utilisant au mieux ses connaissances pratiques, son expérience de l’élevage, son orgueil de posséder un gros troupeau, et surtout bien nous garder de vouloir lui imposer nos méthodes pseudo-rationnelles dont il se moque, qui ne sont pas consacrées par l’expérience. »BERNUS65, nous livre un exemple inverse en citant le Géographe RICHARD-MOLARD66qui en 1944, malgré tout, prenant le risque dentrer dans un débat étranger à sa formation debase, parle de "Prétendu élevage" et affirme avec conviction : « Etrange éleveur aussi dont le troupeau s’encombre d’une quantité inadmissible à nos yeux de vieilles vaches depuis longtemps infécondes [...] dont on espère toujours une ultime naissance [...]. Etant donné l’insuffisance des ressources en verdure en saison sèche, ce maintien sentimental est préjudiciable aux éléments féconds et aux jeunes. » {…} « Même pour le Noir le bétail sert toujours à quelque chose, ne serait-ce qu’à satisfaire quelque rite religieux. Mais rien de tel pour le Peu1 non touché encore par la “civilisation”. La bête à cornes ne lui sert de rien. Elle lui donne une raison de vivre. C’est lui qui la sert."E.Bernus relève à ce sujet que : "A cette époque, pourtant proche de nous, on n’a pas encoremesuré que le gonflement des effectifs est rationnel dans un contexte d’insécurité, et que lesvieilles vaches, mieux immunisées, peuvent après une épizootie être l’amorce de larenaissance d’un troupeau."Nous ajouterons que si Richard-Molard avait passé ne serait-ce quune seule nuit en modesteinvité auprès dun campement Peul, il aurait consommé les viscères et la viande dun animalégorgé en lhonneur de sa visite et but du lait frais à satiété. Lestomac bien rempli dans lafraîcheur de la nuit, contemplant les étoiles, il aurait alors été plus enclin à trouver un intérêtquelconque aux "bêtes à cornes" du Peul.Concernant lidée dune accumulation irraisonnée du bétail par les pasteurs, si ce préjugé resteencore vivant aujourdhui ça et là dans toutes les sphères scientifiques et chez les politiques, ilavait pourtant été relativisé, voir démystifié déjà depuis les années 50. On sexplique doncmal sa survivance envers et contre toute étude sérieuse qui puisse largumenter.LANDAIS nous éclaire sur ce point en citant FEUNTEUN67, qui en 1955, écrivait dans larevue "Elevage et Médecine Vétérinaires des Pays Tropicaux" :64 DOUTRESSOULLE (G.), 1937. - Plan décennal de la mise en valeur du cheptel guinéen. Rec. Méd. Vét. Exot., 10 : 21-38.65 EDMOND BERNUS, Les pasteurs nomades africains, du mythe éternel aux réalités présentes, Cahier desSciences Humaines 26, 1990.66 RICHARD-M• LARD (J.), 1944. - « Essai sur la vie paysanne au Fouta-Djalon », Revue de Géographie Alpine, Grenoble, t. XxX11,fasc. II67 FEUNTEUN (L. M.), 1955. - «L’élevage en AOF. Son importance économique et sociale ; les conditions de son développement et de sonamélioration ». Rev. Él. Méd. Vét. Pays Trop., 8 (2-3) : 137-162. 58
  • 59. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 «Il est souvent fait mention, dans les rapports traitant de 1’Elevage en ACF, de l’esprit conservateur des éleveurs qui les porte à garder dans leurs troupeaux un nombre inconsidéré de têtes de bétail et à ne vendre leurs animaux qu’en cas de besoin absolu, ce qui a pour résultat la non-utilisation du bétail au point optimum de son développement et une gestion anti-économique du troupeau. Ce fait est généralement considéré comme déplorable. Hormis certaines fautes de gestion relatives a un manque de sélection et à une trop longue conservation dans le troupeau de femelles stériles ou de bœufs, nous ne pensons pas que l’esprit conservateur des éleveurs soit très critiquable. C’est grâce à cet esprit que le troupeau a pu se reconstituer dans le passé après les hécatombes périodiquement provoquées par la peste bovine et c’est aussi grâce à lui et au développement de la protection sanitaire que le troupeau bovin de la Fédération a pu doubler depuis trente ans. »Plus tard, lEdition 1974 du Mémento de lagronome, qui est largement utilisé par lesvétérinaires et les agronomes français comme par ceux des pays sahélien, aurait dû contribuerà bannir définitivement cette conception simpliste, puisquon peut y lire en page 1026 : « Le mythe de l’éleveur qui thésaurise ses animaux est à bannir des conclusions des études sur le développement de l’élevage. L’éleveur exploite réellement son troupeau dans la limite de son rendement, naturellement faible. »Au final, au-delà de la prophylaxie et des aspects sanitaires, les professionnels de la santé etde la production animale se retrouvent bien démunis à cette époque, pour espérer apporter desnouveautés zootechniques aux pasteurs, pour concrétiser lambition de les voir améliorer laproductivité globale et les paramètres de leur élevage : • La sélection des mâles reproducteurs sur la base des carrières des femelles est déjà acquise depuis des siècles et les critères de sélection sont cohérents du point de vue scientifique même sils saccompagnent de critères moins scientifiques, tels que le caractère, la docilité, lagressivité ou des paramètres physiques qui ont dessiné au cours des âges les styles particuliers des races actuelles. • La castration des mâles non reproducteurs est déjà une pratique usuelle et banale. • La logique de mise en marché est cohérente à lintérêt économique, les animaux étant conservés jusquà lâge adulte puisque le fourrage na pas de coût direct. • Les éleveurs ont compris depuis longtemps, les vétérinaires le reconnaissent, quils ont intérêt à long terme, à la conservation des femelles âgées, puisque leur âge témoigne dune bonne immunité contre les épizooties quelles ont traversées. Leur ultime descendance a donc de fortes chances de transmettre des gènes de résistance. • Enfin, vu les coûts de production extrêmement faibles dans la contexte de mobilité et la faible valeur du bétail dans les termes déchange, il est illusoire de vouloir introduire des améliorations dans laffouragement.Au Niger, après les tentatives damélioration avec des races importées que nous avons relatéeset qui sont restées sans effets, les seuls réels investissements de la profession dans le domainede la zootechnie jusquà lindépendance, seront la poursuite patiente et en milieu protégé, de lasélection laitière de la race bovine Azawak à la station de Filingué-Toukounous. 59
  • 60. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005_______________________________________________________________________3.2. DE L INDEPENDANCE JUSQUEN 1972.3.2.1. LELEVAGE ET SES FILIERES.La période 1960 - 1969 est appelée "phase de modernisation de léconomie"68.Durant cette période, sont créées les sociétés dEtat pour la commercialisation de larachideSONARA, du coton et textile SONITEXTIL, du riz RINI, de lait OLANI, du bétailSONERAN, ainsi que la COPRO-Niger et lUNCC, Union des coopératives.Cette période est décrite par nos personnes ressources comme une continuité de la politiqueengagée dans les années 50 concernant lélevage. En clair, lindépendance na pas produit derupture marquante de la politique de développement de lélevage en raison du changementdadministration, dautant que la France soutien toujours financièrement les recherches encours et les programmes.Nous avons déjà détaillé les orientations politiques en matière de gestion des espacespastoraux et les réalisations du programme dhydraulique pastorale du FIDES et notamment lacréation des stations de pompage, ainsi que les courants de pensées de lépoque sur ce sujet aupoint 3.1.1.3.3. Nous ny reviendrons donc pas.La vaccination antibovipestique et anti PPCB sintensifie encore et touche tous les éleveurs.Dans le Nord Dakoro, les Wodaabés Bi-hamaen et Kassaoussawa y sont confrontés pour lapremière fois en 1962. Cette année là fût appelée dans leur chronologie "army duka", soitlittéralement "attache-tout" en langue haoussa, car des rendez-vous étaient pris à lavance parles équipes de vaccination, et tout le bétail devait être trouvé le jour « J » avec les pattesattachées pour faciliter le travail69.Les services de lélevage se démembrent sur le terrain jusque dans les arrondissements et despostes vétérinaires sont créés dans les "postes administratifs", plus petites entités dudécoupage.Les objectifs stratégiques restent donc sensiblement les mêmes, avec la santé animale et lacréation de points deau.Deux tentatives de courte durée viennent marquer leur époque et concrétiser la"modernisation" de léconomie dans le secteur élevage : - La création de la SONERAN, Société Nationale dExploitation des Ressources Animales, et du "ranch" d’Ekrafan en 1966, au Nord de Niamey sur la frontière malienne.68 Seyni Hamadou, Politiques et investissement dans les petites exploitations agricoles à Maradi, working paper33, 2000, Dryland reaserch UK69 Profil historique MARP réalisé en formation pour AREN en octobre 1999 vers le puits de Issou, avec lappuide Pippa Trench, IIED. 60
  • 61. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 - La création à Maradi de la station de recherche caprine et de la tannerie industrielle de la SONETAN, qui assure également la collecte des cuirs et peaux à lintérieur du pays.Avec la SONERAN, lEtat souhaite engager une politique de stabilisation des prix du bétail etfavoriser lexportation. Les taurillons étaient achetés aux éleveurs dans tout le Nord Filinguéet disposaient de conditions favorables à lintérieur du ranch dEkrafan pour parfaire leurembonpoint, pour être exportés vers les pays côtiers par la société et à son profit. Les abattoirs frigorifiques de Niamey et Maradi( photo ci-contre) sont construits avec lambition dexporter de la viande sous forme réfrigérée70. Dans les faits, seul le système de rachat et finition des taurillons à Ekrafan fût opérationnel quelques années, et lambition de contrôler le marché de la viande et des prix grâce à la société dEtat resta une belle idée, ainsi que lexportation de viande réfrigérée, en dehors de quelques commandes anecdotiques. Le marché légal ou informel des commerçants continuera, et continue toujours, à être le principal vecteur de lexportation, et elle concernera toujours des animaux vivants. En parfaite conformité avec la politique qui vise à améliorer lesraces locales par la sélection sans apporter du sang étranger, lEtat crée la station Caprine deMaradi. Il sagit promouvoir cette race de chèvre locale, très prolifique, de taille courte etadaptée au milieu agricole, dont la robe se décline entre le roux et le noir, et que lon trouvegrosso modo dans tout le pays Haoussa. Lintérêt de la Chèvre Rousse de Maradi, comme onlappelle désormais en opposition à son appellation de Red Sokoto au Nigéria, tiens à lafinesse de son cuir, qui convient parfaitement à la ganterie de haute qualité, alors en vogue enEurope. Au Nigéria voisin, des usines de tanneries fonctionnent déjà à la production de cuirsde toutes espèces qui ont fait lobjet dun premier tannage et seront ensuite exportée en Europepour un traitement plus sélectif, non seulement pour la ganterie fine, mais également pourdautres formes de finitions. Une usine de tannerie est donc créée pour valoriser ce qui apparaît alors comme une matière première importante. Ci-contre, un bouc sélectionné. ( Photo Coopération Belge.) La sélection zootechnique qui sengage alors à Maradi est axée uniquement sur cet objectif. Seuls la finesse de la peau, labsolue pureté de la couleur rousse pour la différencier de la sous espèce noire (cette distinction est discutable) et la gémellitédes naissances, seront utilisés comme critères. Les mâles issus de la sélection seront diffusésdans le milieu agricole afin daméliorer lensemble de la production de cuir du département etla collecte est organisée, avec la création daires de séchages des cuirs sur tous les pointsdabattage des marchés.Malheureusement, la mode des gants en cuirs va passer très vite dans les pays du Nord, lademande qui avait augmenté dans ce sens depuis les années 50 va seffondrer et la tannerie netournera jamais à son niveau potentiel de production. Elle cessera ses activités après moins de70 Entretiens avec Dr Boubé Hambali, Niamey, février 2003. 61
  • 62. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 200515 ans. Une tentative de reprise par un privé en 1990 naura pas de suites, malgré le bon étatgénéral de toutes les machines et la capacité de production intacte de toute la chaîne.La station caprine, par contre, continuera ses activités jusquà aujourdhui, sur financement delEtat et de bailleurs successifs qui auront bien voulu se laisser entraîner dans cette curieuseentreprise (récemment, cest la coopération Belge qui a redémarré un projet sur les mêmesbases de sélection et diffusion, de 2001 à 2007, en deux phases). Sur la base des entretiensmultiples que nous avons eu dans les années 80, puis plus tard, avec des responsables de lastation ou dautres agents de lélevage qui y ont travaillé, aucune autre sélection na jamais eulieu sur la Chèvre Rousse de Maradi, ni sur la production laitière (cette chèvre nest jamaistraite en milieu agricole pour des raisons culturelles, et le milieu touareg qui consomme lelait de chèvre possède des races plus adaptées aux conditions pastorales), ni sur la productionde viande. Une fois que la finesse du cuir a disparu des objectifs de sélection par quasiabsence de marché, la seule gémellité et la couleur de la robe ont continué à justifierlentretien de la station et de son personnel.Pourtant, le nom de la chèvre est lié à celui de Maradi. Difficile de trouver une page surInternet qui parle de près ou de loin de la ville de Maradi, sans que la mention de cette"célèbre" chèvre rousse napparaisse, comme si elle en était le signe distinctif. Toute lalittérature concernant cette race met en avant la finesse de sa peau, et sa diffusion fait lobjetde proposition de projets et de programme depuis si longtemps quon limpression que lastation caprine est à lorigine de sa présence dans tout le Sud Niger et dans les pays voisins.Or, nous navons pas trouvé détude qui puisse réellement mettre en avant les acquis de lasélection sur les millions dindividus existants ou la diffusion de cette race dans une airegéographique quelconque. La station, grâce à son milieu protégé, a tout de même servinombres de recherches universitaires individuelles sur lalimentation ou la production laitière.Quand à lexportation des cuirs et peaux spécifiquement liés à cette race, on est bien en peinede trouver des informations, hormis la mention ça et là, "que des débouchés existent".Le mythe fondé par les ambitions des années 60 est resté intact et continue de faire la fierté dela profession vétérinaire du Niger, malgré le cuisant échec de ce coup de poker économique.___________________________________________________________________________3.2.2. LA GESTION DES ESPACES PASTORAUX. 3.2.2.1. Le cadre institutionnel de la modernisation pastorale.Les pasteurs néchapperont pas à la marche du progrès. LEtat a mis des efforts sur la filièreviande en aval, comme on la vu plus haut, afin de faire deux des producteurs modernes. Ilvoudra aussi mettre des efforts en amont des pasteurs, sur la gestion des pâturages, afin depouvoir enfin tendre vers la rentabilité de ces centaines de milliers dhectares et de cesmillions dUBTs qui les parcourent.En 1961, les pasteurs sont promus, pour la plupart sans jamais lavoir su, exploitants destoutes nouvelles "zones de modernisation pastorale". 62
  • 63. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005La Loi 61-5 du 26 mai 1961 fixant une limite Nord des cultures71, puis la Loi n° 61-06 du27 mai 1961 érigeant en zone de modernisation pastorale la zone Sahélienne dElevagesituée au Nord de la limite légale des cultures, viennent marquer une division très netteentre zone agricole et zone pastorale. Désormais, en théorie, toute culture sera interdite, autreque celles dites "de subsistance" des pasteurs et celles dites "oasiennes", soit les jardinsirrigués.Ces dispositions viennent répondre premièrement à une observation pertinente : le front descultures sous pluies avance très vite vers le Nord, et les conflits pour les dégâts aux champscommencent à devenir une des questions majeures réglées au quotidien par ladministration.On perçoit une menace sur lespace pastoral et nous avons des témoignages de PeulsWodaabés qui dans ces années là, avaient déjà établi des cultures le long de la limite versMaïkoulaké (voir le texte de Loi en annexe) afin de marquer physiquement la limite auxagriculteurs72.Dans les faits, non seulement les cultivateurs ne quitteront pas leurs zones de culture situéesau Nord de la limite, mais la colonisation de lespace pastoral par des hameaux de culturedispersés loin au Nord, se poursuivra sans interruption. Les hameaux de cultures deviennentprogressivement des gros villages, On continuera d’amender tous dégâts aux cultures à destarifs honteusement élevés et sans référence à la Loi qui défini pourtant des procédures dedédommagements. Bien au contraire, depuis les années 60 aux années 2000, durant près de40 ans, les éleveurs furent rackettés sans vergogne au nom de "dégâts champêtres" sur deschamps situés loin au Nord de cette limite. Cette pratique fût tellement institutionnaliséequon utilisa même dans le langage administratif, le terme de "champs pièges" lorsque lasituation du champ qui est lobjet du litige, est trop manifestement située sur les passages desanimaux. La création de multiples fourrières par les autorités administratives dites"traditionnelles" se généralisera, et lon prendra le bétail en otage en exigeant des prixexorbitants pour sa libération.Plus grave encore, des dizaines de puits pastoraux creusés par lEtat sur les fonds du planFIDES, se verront encerclés par les champs, puis par les paillotes, et deviendrontprogressivement les puits villageois de gros villages de cultivateurs. Fuyant les risques de dégâts aux champs, fuyants les conflits dusage de ces puits, sans aucun soutien à espérer des autorités, les pasteurs se déplaceront progressivement vers le Nord. Cest ainsi que le puits de Maï Adoua, deviendra le village de Sakabal et que ses utilisateurs se replieront vers le puits de Bermo, à 45 Km de là au Nord de la fameuse limite. Au Nord de Bermo même, des puits pastoraux font lobjet dencerclement stratégique depuis une dizaine dannée.Ci-dessus, bas-fonds essentiels au cycle pastoral et mis en culture.71 Voir annexes.72 Illustration de la vie pastorale. Histoire de Baleiri à travers les deux sécheresse, et examen sommaire de l’économiepastorale actuelle du campement. R. Hammel, support de formation au Pastoralisme, 2001. 63
  • 64. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Quelques exemples……. A gauche, on voit très bien une zone mise en culture et le sol nu en saison sèche, loinau Nord de la fameuse limite de 1961. D’un côté le sol reste couvert par des restes de graminées, de l’autre lesol est nu, engendrant ainsi une érosion éolienne qui soustrait aux couches superficielles du sol, les éléments finset indispensable à la fertilité. A droite, on constate que ces immenses surfaces sont totalement dénudées detoute végétation arbustive. La paille résiduelle est totalement récoltée et les tiges de mil elles-mêmes sontstockées. On est loin de l’image d’une complémentarité entre agriculture et élevage. En bas à gauche, un âneaffecté au ramassage de la paille en zone pastorale. Cette pratique, interdite, est vigoureusement combattue parles éleveurs mais en pure perte. Il s’agit, il faut le dire, d’une collecte effectuée par des gens très pauvres quitrouvent là un revenu modeste. En bas à droite, la mise en culture des bas fonds s’accompagne d’undéfrichement radical. Ici, on a passé les grands Balanites aegyptiaca par la hache et le feu.Photos Jacques Chabert et Roland Hammel_________________________________________________________________________ 3.2.2.2. Mise en valeur des espaces pastoraux… sur le terrain.Même si les pasteurs ignorent tout des grandes ambitions scientifiques de lEtat sur les zonesde modernisation, le langage des administrateurs et des scientifiques intègre très vite lenouveau découpage, qui sest enrichi dune nouvelle théorie :La zone de modernisation pastorale serait une zone dite "de naissance". En effet, on envisagede mettre en place une stratification en 3 zones, lune "de naissance", lune "dengraissement",et la dernière, au Sud, "de finition". En 1966, le rapport de létude de "mise en valeur du 64
  • 65. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005complexe pastoral situé au Nord de lAxe Filingué - Tahoua73", appelle sans hésiterlensemble du Nord de cet axe, "Zone pastorale de naissance".On suppose en effet, que puisque les sous produits agricoles se trouvent en zone agricole, etque les populations sédentaires sont plus aptes à pratiquer lengraissement, il suffira que lesnomades vendent leurs animaux en bas âge, que leur croissance sachève en zoneintermédiaire, et que la finition de lengraissement se fasse en stabulation chez lesagriculteurs qui disposent de fanes darachides, de son, et de divers aliments que lindustriefournira bientôt. Fort heureusement, aucune action réellement concrète ne viendra tenter defaire appliquer ce plan simpliste.Le ranch dEkrafane est créé et clôturé en 1966, les études agrostologiques ayant été menéespour sa création dès 1962 par B. Peyres de Fabregues, agrostologue de lIEMVT et véritablechef de fil de la recherche dans ce domaine durant deux décennies. Situé en pleine zonepastorale, le ranch a pourtant la vocation de terminer lengraissement des animaux achetésjeunes aux éleveurs par la société SONERAN, qui nest pas encore créée formellement et quelon désigne sous son nom provisoire de SERAN.B. Peyres de Fabregues sinquiète dans son rapport, des 300 kms que le bétail devra parcourirà pied jusquà labattoir de Niamey, et de la perte de poids qui en résultera. Il défend leprincipe de lachat dun camion adapté pour acheminer vers la capitale les quelques 10 000bovins par an qui sont espérés pour lexportation (ce trajet, encore aujourdhui, suit une pistetrès sableuse qui est difficilement praticable même avec les véhicules tout terrain).4 stations de pompages sont équipées et fonctionnelles sur le ranch dès 1966.Concernant la situation autour des forages de la préfecture de Tahoua, B. Peyres deFabregues relève que des rayons de près de 7 kms présentent un sol totalement nu dès le moisde février, en raison de la surcharge en bétail. Mieux, il identifie que des zones desservies parles puits profonds sont sous-utilisées car nombre déleveurs sont venus abreuver aux foragespar facilité. Pour lui, la clef du problème se trouve dans une ouverture plus tardive, versfévrier seulement, des stations de pompage. Il semble toutefois émettre des doutes quand à lapertinence de la multiplication des stations de pompages74 : Lenquête permettra de fixer la date et les conditions douverture et de fermeture des stations de pompage. On doit enfin remarquer que du point de vue humain, créer une telle habitude de facilité, sinon doisiveté, peut avoir les conséquences les plus graves, le bétail, en effet, va à sa guise du pâturage à labreuvoir.Il est prévu, et cela sera fait, de réaliser une cartographie détaillée des pâturages du ranchdEkrafane entre juin 66 et fin 67. Pourtant, B. Peyres de Fabregues relève à ce sujet : De nos observations périodiques des parcours du ranch du Nord Sanam depuis 1962, il ressort que lévolution du tapis herbacé montre de très importantes variations annuelles. Ainsi, par exemple, autour de Digdiga, les pâturages médiocres en 1962-63, nuls en 1964-65, présentent cette année une excellente composition75.73 Mise en valeur du complexe pastoral situé au Nord de lAxe Filingué - Tahoua, 1966. B. Peyre de Fabregues, J. Greigert, J.P. Marty..Secrétariat dEtat aux affaires étrangères chargé de la coopération. République Française.74 Même document page 26.75 Mise en valeur du complexe pastoral situé au Nord de lAxe Filingué - Tahoua, 1966. B. Peyre de Fabregues, J. Greigert, J.P. Marty..Secrétariat dEtat aux affaires étrangères chargé de la coopération. République Française. Page 25. 65
  • 66. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Ainsi, on se rend compte grâce à des études qui se répètent sur les mêmes parcours, que nonseulement la production nette de MS, mais également la composition floristique des pâturageschange dune année sur lautre. Cela ne découragera pourtant pas le vaste programme decartographie des pâturages de tout le Sahel dont nous avons parlé au point 3.1. Précision et exemple. Pourtant, si la quantité de production et la composition floristique sont instables dune année sur lautre de manière aléatoire en raison de trop nombreux facteurs, on ne voit guère ce qui peut être cartographié, donc figé sur le papier à un moment donné, avec un quelconque intérêt concernant le tapis herbacé. Les indications utiles de ces cartes restent celles concernant la pédologie et lhydrographie, mais les classifications de types de pâturages en fonction de dominances botaniques restent peu utiles et imprécises en raison des variations très grande des compositions floristiques. En ce qui concerne les ligneux, des variations interviennent aussi mais sur des périodes plus longues. Malgré tout, on peut signaler lexemple de la rive Nord du Koren Tamaya, au Sud Est dAgadez. Cet ensemble est classé comme "Savane Arborée" sur les cartes des pâturages IEMVT, en raison de la présence très marquée de Sclerocarya birrea et dun couvert assez remarquable. Après 1984-85, cette zone présentait laspect dun cimetière de grands arbres et seuls quelques pieds de Balanites aegyptiaca avaient survécu dans le lit mineur de lécoulement. Dans les 20 années suivantes, la colonisation de divers arbustes de la famille des combrétacées et des euphorbiacées sest engagée. Aujourdhui, Acacia radiana, albida et Balanites aegyptiaca ont suffisamment repris pied dans cette zone et on peut raisonnablement penser à une évolution vers un type "Savane arborée", mais avec dautres espèces que celle indiquées dans les années 70. Cet exemple illustre très bien la notion de "milieu en déséquilibre constant".B. Peyres de Fabregues ne développe pas davantage ses observations dans ce document, maispropose au paragraphe suivant de suivre lobservation continue des pâturages sur les mêmestransects durant plusieurs années. En effet, on se rend compte que si des variations deproduction herbacées sont aussi marquées, il faut impérativement parvenir à trouver quelleest la CLEF de ces variations, car lambition finale est résumée dans le même document : "Une telle étude permettra de préciser les bases dune réglementation de lutilisation des parcours en vue de les sauvegarder dune dégradation irréversible."Une étude incluant 4 missions de photographies aériennes et des relevés de terrain au sol seramenée jusquen 1970.Lobjectif est reprécisé encore dans le rapport de juin 196876, il sagit bien de définir uneméthode utilisant les techniques croisées de photographie aérienne et de relevés au sol, afin dedéfinir la capacité de charge de chaque zone pour lannée à venir. B. Peyres de Fabreguesprécise ensuite que cette méthode : …pourra ensuite être utilisée à des aménagements adéquats des cycles pastoraux dans la région nomade du Sahel et à létablissement du plan dutilisation des points deau, pour lannée considérée.76 Mise en valeur du complexe pastoral situé au Nord de lAxe Filingué - Tahoua, rapport de campagne juin 68. B. Peyre de Fabregues,IEMVT. 66
  • 67. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Le transect qui est lobjet de ce ( coûteux ) programme détude ne représente que 20 km sur180 km, donc une fraction infime de la zone pastorale du Niger. Pourtant, B. Peyres deFabregues traduit ici lenthousiasme de lépoque et nhésite pas à faire miroiter quun jourproche, on pourra appliquer cette méthode à quasiment lensemble de la zone pastorale,puisquon prévoit à terme linstallation générale de station de pompages dans tout le pays.Même si ce nest pas dit formellement, cela laisse entendre que les scientifiques disposerontde moyens conséquents et quà la fin de chaque saison des pluies : - on dressera un bilan cartographié des ressources fourragères dune zone couvrant environ 300 km sur 1200 km, , - que lon sera en mesure de réguler la charge animale sur les espaces en dirigeant plus de 1 millions de pasteurs nomades en organisant et planifiant leurs déplacements et stationnements en fonction de loutil de gestion qui serait mis au point.Lobjectif sera que les troupeaux utilisent les pailles résiduelles en totalité, sans souffrir de lafaim, et surtout sans "surpâturer" les pâturages. Si le système de pâture peut, en plus,contribuer à améliorer la qualité floristique, loutil de gestion fera la preuve de son excellence.A cette époque, B. Peyres de Fabregues mentionne dans les objectifs secondaires de sonétude, la nécessité détablir si le surpâturage en saison sèche a des répercussions sur laproduction de lannée suivante et notamment sur la composition floristique. On saitaujourdhui que cette question est sans objet (voir Cadre technique), mais ce nest pas encorele cas à lépoque. Par ailleurs, la question de fluctuation de la capacité de charge dun sitedonné alors que le niveau de cheptel est relativement inchangé napparaît pas vraiment. On serappelle que la production nest pas aussi irrégulière que la normale dans cette période de 30années de stabilité exceptionnelle, et cette question ne se pose pas ou peu aux chercheurs.On se rend compte que cette période est réellement le début de la recherche agrostologique.On na pas encore remis en cause le fait que des climax de base seraient la norme dans chaqueensemble écologique et lon na pas encore de raison de remettre en cause la notion"déquilibre" des systèmes écologiques sahéliens. Bien des évidences restent à découvrir, et lacroyance dans un modèle de gestion universel et applicable nest pas très étonnante dans lecontexte de marche triomphante du progrès qui déteint sur les rêves de lAfrique Noire postcoloniale.Le nomade issu du fond des âges passera de lâge de pierre dans le futur technologique avecune grande aisance……..du moins dans les rêves des scientifiques, des économistes et despolitiques.A partir de 1969, les irrégularités des pluies déroutent quelque peu les plans dedéveloppement en cours, et la sécheresse de 1973-74 viendra rappeler brutalement la réalité. 3.2.2.3. Qui pilote ces orientations ? Expert ou bailleurs ?On est en face dune question essentielle et qui se pose avec acuité quand on se livre àlexercice, plus facile à posteriori, de tirer les leçons de ces échecs historiques. On constatepar exemple, que Peyres de Fabrègues, qui figure parmi les experts les plus connus etrenommés, exprime fréquemment des doutes en signalant des faits ou en mettant en avant des 67
  • 68. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005difficultés. Par exemple ( point 3.2.2.2), il relève léloignement du Ranch dEkrafane etsignale que la distance à parcourir à pied nest pas cohérente avec la notion de "finition"dembonpoint qui est à la base du projet, puisque les distances à parcourir jusquaux marchésterminaux sont longues et fatiguantes.Lors des études didentification du PENCE77, que nous aborderons au point 3.3.4.1.1. plusloin, on remarquera quil tente de faire partager son expérience en mentionnant que lespasteurs préfèrent toujours les puits traditionnels parce quils en maîtrisent laccès. Il relèveencore que si lon réalise des puits cimentés il serait pertinent de les attribuer.On a vu au point précédent, comment il relève les grandes variations inter annuelles de laproduction herbacée sur les parcours étudiés et se met à douter de la possibilité réelle demettre en place des modèles de gestion.On a vu comment bien des vétérinaires ou des administrateurs, durant la période coloniale,doutent du bien fondé des orientations et se permettent de les contredire.Chez les bailleurs, tout semble se passer parfois comme si personne nétait réellement chargédétudier les actions prévues sous langle de la pertinence et de lefficience. Leur mécanismesdanalyse sont-ils si peu efficaces ? Les capacités techniques et les ressources humainesexpérimentées font-elles défaut dans leurs structures de décision ?Tout porte à le croire. On y reviendra plus loin.___________________________________________________________________________3.3. DE 1973 A 1985, LES LENDEMAINS QUI DECHANTENT.3.3.1. REACTIONS DES PASTEURS.Les années sèches à partir de 1969, puis la véritable sécheresse de lhivernage 1973 ont permitde révéler les faiblesses dune attitude trop confiante qui sest installée à la faveur des 3décennies de bonne pluviométrie. En effet, même si lannée 1948 était présentée comme unegrave sécheresse, elle nétait quune mauvaise saison isolée. Lannée 1947 fût satisfaisante etlannée 1949 aussi. Par ailleurs, la densité démographique et la faible occupation des solsdans la zone soudanienne avaient permis aux troupeaux de rejoindre assez tôt des zonesdaccueil qui en ce temps là ne faisaient pas défaut. Les pertes furent assez minimes au regarddun niveau de possession de cheptel assez confortable chez la plupart des pasteurs.Or depuis 1948, la mémoire collective avait relativisé le risque climatique et les pasteurssétaient engagés dans une certaine stabilité de parcours, stationnant en saison sèche à77 PENCE. Agropastoralisme, rapport de synthèse. B.Peyres de Fabregues. déc.1980 Page 45 68
  • 69. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005proximité des puits, ne se déplaçant que pour des choix qualitatifs dans les fourrages sur pied,ou des facilités dabreuvement et non pour la survie du troupeau car les stocks de pailles surpieds étaient largement suffisant en générale.Les éleveurs Touaregs du Nord furent plus touchés en 73 et subirent des pertes massives, carils sont éloignés de la zone soudanienne et des zones refuges, considérant les zones Sudcomme insalubres pour les hommes et les dromadaires et plus enclins encore à rester attachésà leurs vallées dans un système endodromique qui ninclut pas les déplacements longs vers leSud.La plupart des éleveurs peuls retrouvèrent assez rapidement les réflexes de mobilité, ainsi queles éleveurs touaregs de bovins basés au sud du 17 ème parallèle. Jean Marc BELLOT78(1978) relate un réflexe différent chez les Arabes Eddas de la région dIn-Gall et Tassara, quivendirent massivement leur cheptel encore en bon état sanitaire pour investir dans la créationde commerces dans toute la zone pastorale.Les éleveurs Peuls Wodaabés et certains éleveurs Touaregs au Sud du 16 ème parallèleréagirent après la sécheresse en sengageant encore davantage dans la grande mobilité et ceuxqui restaient encore agro-pasteurs pour des raisons de marquage de territoire79 se délestèrentdes attaches contraignantes des cultures sous pluies80 et multiplièrent et diversifièrent leuremprise sur lespace pastoral par les puits traditionnels, sans tenir compte des débats sur cesujet qui divisaient les experts.Cette stratégie très peu connue prend de lampleur avec discrétion et sans être réellementremarquée par le milieu scientifique. Patrick PARIS nous la décrite dans son rapport de findactivité au PENCE en 1988 en ces termes, prenant le Nord Dakoro comme exemple : Pratiquement inexistants dans le secteur pastoral jusquen 1910-20, les puits traditionnels profonds sont aujourdhui plus de cent. En 1955, la monographie de Dakoro en signale 17 pour 9 puits cimentés (du programme FIDES, précision R.Hammel). En 1970, linventaire BRGM y identifie 58 puits traditionnels, pour 11 puits cimentés et une station de pompage. En 1983, les enquêtes réalisées par le PENCE à partir de 1982, recoupées et complétées partiellement en 1988 indiquent quil y avait alors environ 120 puits traditionnels pour 15 puits cimentés. En 1988, le nombre de puits traditionnels ne nous est pas connu avec exactitude, mais on peut avancer sans risques quil a atteint 130, tandis que celui des puits cimentés actuellement utilisables est de 13.Nous reviendrons plus loin sur cette stratégie mise en oeuvre par le monde pastoral sansaucune subvention extérieure et selon un plan qui semble si évident aux pasteurs, quil estlargement mis en œuvre sans concertation formelle dans tout le pays.En Mauritanie, les pertes furent sévères dans le milieu pastoral Maure, dont J.M. BELLOT(1978) relève "la décadence"81. En Mauritanie, le réflexe dune grande partie des éleveursMaures fût de se replier vers les centres urbains sous la protection de riches commerçants. Eneffet, la sédentarisation et la perte de leurs esclaves avaient rendu leur société peu apte à78 Sécheresse et élevage au Sahel. J.M. Bellot, diplôme détudes approfondies, écologie et géographie tropicale.Université de Bordeaux III. Juin 1978.79 Roland Hammel, Illustration de la vie pastorale, Histoire de Baleiri à travers les deux sécheresses. support deformation au pastoralisme. 2001.80 Patrick Paris, rapport de fin dactivité du PDENCE, 1989.81 même document que la référence 70, page 4. 69
  • 70. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005réagir à la sécheresse, ayant perdu lhabitude et le goût à la vie pastorale mobile. Nous avonsnous même relevé cette faiblesse en 2001 dans "létude sur la vulnérabilité des pasteurs àlinsécurité alimentaire" pour le RESAL (HAMMEL, IRAM, 2001). Par la suite, unesédentarisation en villages de tentes "fixes" sengagera, et lélevage sera dominé par les Chefsde Tribus et commerçants. Les grands troupeaux de ces commerçants et leur mode de gestionutilisant main dœuvre salariée, véhicules, en prise permanente avec les mouvements desmarchés grâce au téléphone satellite, aura une influence sur les visions davenir des cadres delélevage nigériens et surtout des commerçants Arabes nigériens. Le contexte est toutefoisradicalement différent par rapport à la réactivité des marchés, mais surtout, on oublie quenMauritanie, lexploitation "latifundiaire" dune grande part du cheptel pose un grand nombrede problèmes sociaux et environnementaux.Mais si J.M. BELLOT prévoit en 1978, que les Peuls assoiront leur contrôle sur lespacepastoral en Mauritanie au cours des décennies suivantes, cette prédiction ne sest pas réalisée.___________________________________________________________________________3.3.2. IDEOLOGIE DOMINANTE DANS LES POLITIQUES DE DEVELOPPEMENT.En 1974, le coup dEtat porte au pouvoir, Seyni Kountché. Un nouveau modèle de sociétéverra le jour, appelée Mouvement National pour la Société de Développement, qui deviendrale Parti Unique MNSD. Une pyramide dorganisation sociale et administrative est mise enplace avec à la base, les Comités de Développement Villageois, CVD. Léquivalent pastoraldu CVD sera le GMP, Groupement mutualiste pastoral. Cette structure est mise en parallèledirecte avec la structure coopérative nationale.Si la composante pastorale na guère été dynamique dans ce processus (les GMP sont restéstrès théoriques), lensemble du monde villageois sédentaire a participé avec un certainenthousiasme, dautant que lEtat disposait dans cette période, des retombées du "Boom delUranium" et quil avait les moyens de sa politique pour réellement améliorer les conditionsde la population en matière de santé, communication, scolarité, encadrement agricole,fourniture de biens de consommation et achat des productions agricoles.Envers la question pastorale, lidéologie restait celle de la nécessité de changements profondsdu système. A la Cure Salée de In-Gall, fête annuelle des éleveurs et de rencontre avec lehaut sommet de ladministration, le Président Kountché déclarait " que pour lui, il ny avaitpas ici de Peuls, de Touaregs, mais des éleveurs modernes prêts pour le développement "82.Enfin, souhaitant démocratiser laccès aux ressources pastorales, tous les puits cimentés delEtat et les stations de pompage sont décrétées daccès libre à tous. Les anciennes prioritésdes uns et des autres survivront sur les puits privés, mais la désorganisation sinstalle autourdes ouvrages quon appellera désormais "publics". La zone pastorale est définie comme uneportion de territoire non construite et non cultivée appartenant à lEtat, et désignées comme"terres vacantes et sans maîtres". Cette libéralisation aura de graves répercussions danslorganisation des droits daccès aux points deaux, et partant, aux pâturages. Nous renonçonsà en faire la genèse car ce sujet est vaste, mais nous renvoyons aux publications de Brigitte82 Déclaration lue dans un vieil exemplaire du journal "le Sahel" datant de 1980 ou 81. Cette page emballait desplantes de lherbier dans la Réserve Aïr Ténéré. Nous navons pu retrouver sa référence plus précise. 70
  • 71. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Thébaud sur ce sujet, dans les Cahiers des Sciences Humaines N° 26 déjà cité et à sonouvrage de 1988.83LEtat nigérien réagit avec une certaine vigueur après la sécheresse sur le plan des aidesdirectes, en sus dune aide alimentaire : • Dans lIrhazer, où les populations Touarègues se trouvaient très démunies, les sources artésiennes furent aménagées par des captages de surface, des canaux et des périmètres de cultures maraîchères tout le long de la plaine, afin de permettre aux pasteurs de survivre en attendant la reconstitution progressive de leur cheptel. • 10 milliards de francs CFA furent débloqués pour un programme de reconstitution du cheptel. Le bétail était acheté dans les régions moins sinistrées et remis à crédits aux familles. 2 bovins ou 10 petits ruminants étaient généralement remis aux familles bénéficiaires. Nous navons pas de document pour dresser le bilan de cette action, mais notre informateur84 a suivi ce programme à lépoque. Il ressort que même si un certain nombre de ces animaux a été remis aux notables et Chefs coutumiers, lopération fût tout de même très appréciée. Nous avons pu recueillir ça et là des témoignages de pasteurs ayant reçu des animaux dans le cadre de cette opération. Seule ombre au tableau, la récupération des fonds na jamais eu lieu.Mais la sécheresse vint surtout renforcer les idées en cours sous limpulsion de la recherche, àsavoir que les pâturages devraient être mieux gérés, avec laide des scientifiques. On achèvede se convaincre que lélevage traditionnel engage un surpâturage, dont les conséquencesauraient aggravés les effets de la sécheresse. En 1976, la FAO rend publics les résultats deson "Etude prospective pour le développement agricole des pays de la zone sahélienne".Ce rapport désigne comme un "critère favorable", la "baisse des effectifs de ruminantsentraînant une baisse du surpâturage", ainsi qu "une ouverture au changement manifestéepar les éleveurs dans la conduite de leurs troupeaux, une prise de conscience desgouvernements dans la nécessité daméliorer les techniques de production."De cette époque, et les citations de ce rapport ci-dessus semblent le confirmer, date sans doutele quiproquo le plus marquant et le plus difficile à contourner dans le dialogue entre éleveurset représentants de lEtat, quils soient administrateurs ou techniciens.Pour les représentants de lEtat, il ne fait plus lombre dun doute que les éleveurs soientresponsables de la dégradation des pâturages. La raison ? Un mode délevage trop archaïquequi reposerait sur le nombre et le mouvement, au lieu de sintensifier et de valoriser desressources rares et précieuses avec des "méthodes modernes" délevage que lon peine àdéfinir avec précision.On est toujours à la recherche, en stations, du modèle zootechnique performant qui améliorerarentabilité de lélevage, et du modèle qui permettra de gérer rationnellement les pâturages.Bien que lexpérience de 1973-74 aie démontré la suprématie de la mobilité et des marges desécurité permises par des troupeaux numériquement conséquents, bien que les éleveurs lesplus sédentaires soient assistés par lEtat, bien que les éleveurs les plus mobiles se soientmieux tirés de ce mauvais pas, le politique sacharne à vouloir faire la promotion dun modede vie plus sédentaire, dun élevage plus intensif avec un cheptel réduit. Les années83 Elevage et développement au Niger, quel avenir pour les pasteurs du Sahel ? B. Thébaud. 1988. B.I.T.84 Dr Boubé Hambali. 71
  • 72. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005dirrégularité des pluies auraient pu alerter les politiques et scientifiques sur la précarité deleurs ambitions en matière de gestion "rationnelle" des pâturages et les amener à mettre endoute la possibilité de trouver des modèles de gestion. Curieusement, la sécheresse auraleffet contraire et encouragera encore à persévérer dans ce sens.Chez les pasteurs, on constate facilement que ceux qui ont joué le jeu de la sédentarisationpassagère autour de jardins maraîchers ont bénéficié davantage des aides de lEtat.Chez les grands transhumants, cest surtout la solidarité interne et les redistributions codifiéesde capital bétail qui ont permit aux familles sinistrées de continuer lactivité pastorale au seindes groupes lignagers.Une conséquence de cette politique et de ce malentendu85.Dès lors, et jusquà aujourdhui, le pasteur désirant être bien vu dun chercheur, dun consultantde passage, dun Chef administratif ou dun agent de lélevage, et ceci avec lespoir dequelques retombées sous forme daide diverses, affirmera avec tout le sérieux du monde deson intention de bien gérer son troupeau, de ne conserver quun cheptel réduit, de dépenserdes sommes considérables pour laliment dappoint, de réduire sa mobilité au strict nécessaire.Cette mal communication chronique qui teinte tout débat dans la zone pastorale est unvéritable phénomène sociologique. Les grands projets de développement de lélevage ontbasé leur stratégie sur la Foi dans ce quiproquo. Les administrateurs de la zone pastorale sontle plus souvent convaincus par ce discours, même si ce nétait pas leur idée au départ. Lespasteurs disent aux personnes extérieures, ce quils supposent quelles veulent entendre. Nousen avons fait lexpérience durant des années, et nous sommes nous-mêmes tombés danslerreur. Ecoutant les pasteurs revendiquer avec des objectifs cachés, des actions quils nesouhaitaient pas et qui allaient à lencontre de nos propres convictions, nous avons parfoisdéfendu des positions fausses alors que les pasteurs poursuivaient en réalité des objectifs plusréalistes basés sur la mobilité du cheptel et laccroissement numérique. Or ce discours àcontre sens paralyse actuellement le débat sur les terroirs dattache comme on le verra plusloin. Ceux qui développent leur installation sur les terroirs dattache la présente à lextérieurcomme une sédentarisation et une volonté dintensification, alors que ce nest pas le cas. Cetteattitude prive ainsi les chercheurs défendant le principe de mobilité de précieux arguments,alors que les techniciens et politiques centrés sur une vision technique et économique lessoutiennent, par erreur, dans ce sens, en accordant foi à une présentation tendancieuse de leursobjectifs. Dépasser ces malentendus inextricables est à lheure actuelle, un véritable défi danstout dialogue en zone pastorale et même entre experts. ______________________________________________________________________85 Il sagit ici dun constat personnel, issu de lexpérience. On pourrait le qualifier de subjectif car il est malaiséden démontrer la réalité par des citations ou références. 72
  • 73. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20053.3.3. CREATION DES CENTRES DE MULTIPLICATION DU BETAIL.Un postulat érigé en certitude préside à la création des Centre de Multiplication du Bétail(CMB) :Lélevage traditionnel aurait des paramètres de production très faibles en raison descontraintes du milieu et de la faiblesse technique des producteurs. LEtat, bénéficiant desacquis des recherches agrostologiques et vétérinaires, est en mesure de faire beaucoup mieux.Les CMB auront plusieurs objectifs86 : • Ils serviront de ranch de ré élevage, selon le modèle dEkrafan. La zone située au Nord du 15 ème parallèle étant désignée comme zone de "naissances", rappelons-le, on pourra acheter les jeunes bovins aux éleveurs à des prix attractifs pour les revendre "sans bénéfice87" sur le marché du Sud après une période estimée à 18 mois. • Un troupeau de race locale sera entretenu dans des conditions optimales. il permettra une reconstitution plus rapide des effectifs qui seront réinjectés dans le milieu éleveur. • Le troupeau de race locale fera lobjet des mêmes efforts de sélections que ceux mit en œuvre à la station de recherche de Filingué Toukounouss. • Lespace clôturé du CMB pourra servir de refuge en cas de production déficitaire des pâturages. On accueillera alors des noyaux de femelles reproductrices et des veaux afin de sauvegarder un cheptel minimum pour chaque famille de pasteurs.On créera donc 4 CMB : - Ibeceten au Nord du 16 ème parallèle, le plus vaste avec 44 000 hectares - Facko, au Nord de Dakoro, avec 38 000 hectares. - Baté, vers Belbéji, à lEst de Tanout, de dimension plus modeste, - Sayam, vers Diffa, avec lobjectif supplémentaire de préserver la race Kouri88.A ces objectifs, sajouteront en cours de route la production de fromage traditionnel,uniquement amélioré de quelques mesures dhygiène.Dans les faits, il faut ladmettre, aucun de ces objectifs nétait réaliste et aucun ne fût réalisé.On supposait que le cheptel placé dans des conditions de charge très faible aurait de meilleursparamètres de fécondité. Il est probable que des études réellement objectives sur les taux defécondités existant dans le milieu dorigine auraient pu permettre de séviter ce postulat, maisaucune étude de ce type nest mentionnée dans létude de faisabilité que nous avons citée. Le86 Ranch de ré élevage du Nord Dakoro. Etude de factibilité. 1977, O. Bremaud, Dr vétérinaire, B.Mazet,ingénieur génie rural, M.Quesnel, Economiste élevage. SEDES87 Cette précision se trouve dans le document cité (82).88 Race taurine descendante de la race hamitique, à la production laitière remarquable. Elle est localisée dans lepourtour du Lac Tchad et ne supporte pas les conditions sahéliennes hors de son milieu. Elle est effectivementmenacée par le croisement effectué par les pasteurs en vue daméliorer la production laitière des différentes racesde zébus en périphérie du Lac. 73
  • 74. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005ranch ne pu jamais remplir ses objectifs de multiplication à un rythme différent de celui destroupeaux des éleveurs.La sélection elle-même na pas débouché sur des améliorations quelconques, ni en productionlaitière, ni sur la croissance, nétant pas différente de la sélection déjà appliquée par lespasteurs. Certes, des femelles étaient périodiquement déstockées, mais les éleveurs n ont pasmanifesté dintérêt à ces opérations. Seuls des notables et des fonctionnaires se portaientacquéreurs, et ceci était sans doute plus en raison de lattrait de prestige que le ranch conféraità ce bétail "sélectionné", qu à de réelles performances. Dailleurs, à Facko, si lambition étaitdassurer une sélection de la race Azawak à partir dun noyau venu de Toukounouss, unmétissage plutôt accidentel avec des zébus Bororos de la zone fit modifier lobjectif aveclidée de mise au point dun croisement.Le rôle de réserve fourragère destinée à des noyaux bien choisis devant assurer la relève aprèsla sécheresse ne fonctionna pas en 1984. Au contraire, cest le bétail du ranch de Facko quidût sortir de ses barrières pour trouver refuge vers le Sud.On mentionnera encore cette ambition de relais entre les pasteurs et le marché du Sud, aveclidée que les pasteurs allaient se défaire de leurs veaux, et qui ne fût pas tentée.Les ranchs furent ainsi constitués au détriment des espaces de parcours déleveurs quidisposaient de puits dans ces zones réquisitionnées par lEtat. On y pratiqua un élevage dEtatque lon peut qualifier "de prestige", sans retombées ni économiques, ni zootechniques, auxfrais des services de lEtat qui finança les salaires, les équipements, lentretiens des véhicules,etc….. .A Facko, par exemple, depuis les années 80 et 90, cest entre 350 et 800 UBTs qui composaitle troupeau bovin, ce qui détermine une charge située entre 108 ha/UBT et 47,5 Ha/UBT,quand les acquis de la recherche scientifique recommandent une charge moyenne située entrede 7 et 15 ha/UBT. le document de base lui-même recommandait une charge comprise entre12,7 et 7,9 ha/ UBT. On admire la précision de ce calcul qui suppose un cheptel de 3 689UBT89, soit 10 fois plus que le ranch nen a jamais compté.Lors des années de sécheresse relative, les stocks de pailles sous exploitées du ranch onttoujours été lobjet de convoitise, quand la faim pousse les troupeaux des pasteurs à lassautdes clôtures (qui nexistent plus depuis longtemps). Ces stocks ont aussi fait lobjet demarchandage dans les années difficiles lors de périodes politiques particulières, certains nantispouvant se voir accorder le droit de faire pâturer leurs troupeaux au détriment des pluspauvres, maintenus à la périphérie par les forces de lordre.Malgré ces constats largement partagés au Niger, les CMB sont toujours considéré avec unrespect quasi sacré au Ministère du Développement Rural. La remise en cause de leur raisondêtre reste un débat impossible et la Banque Mondiale elle-même ny est pas parvenu en1985.___________________________________________________________________________89 Il existe aussi une contradiction évidente…..avec une charge prévue équivalente au milieu pastoral, commentle ranch pourrait-il servir de zone de refuge ? Que cette charge nest jamais été atteinte nenlève rien àlincohérence de différents objectifs incompatibles entre eux dès le départ. Sources des chiffres idem que ( 82). 74
  • 75. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20053.3.4. La mise en œuvre de la modernisation pastorale. 3.3.4.1. Le rôle de lIEMVT.Rien ne découragera les bailleurs de fonds et lEtat, la modernisation de la zone pastorale serapoursuivie sur les mêmes bases idéologiques, encouragées par la recherche qui a besoin deterrains d’expérimentation. Dès 1974, "sur requête du Ministère de lEconomie Rurale de laRépublique du Niger", le Ministère Français de la Coopération confie à lIEMVT, une missiondexperts consultants ayant pour tâche la rédaction de dossiers de financements pourlaménagement et la mise en œuvre de projets dintervention dans 4 zones pastoralesmodernisées.Cette mission qui se déroulera du 14 octobre au 12 décembre 1975, soit à peine deux mois,sera exécutée par J.COULOMB, Dr Vétérinaire à lIEMVT et Mlle M.QUESNEL, socioéconomiste au SEDES90.4 Zones de modernisation pastorales sont identifiées : - Le "Sud Tamesna", arrondissement de Tchin-Tabaraden, pour une superficie de 900 000 ha. - La région dIn gouchoul, dans le Nord de lIrhazer pour 370 000 ha - la région de Téjira, arrondissement de Gouré, pour 710 000 ha - le Manga, arrondissement de Nguigmi, pour 656 000 ha.Le rapport très dense en chiffres et volumineux, (201 pages sans les annexes), abordeprincipalement les fronts suivants comme axes de travail du projet avec les éleveurs, qui sontles "principaux acteurs" de ce projet, et qui seront "les bénéficiaires dun encadrementrapproché par des techniciens," il faut le préciser: - Amélioration de la conduite des troupeaux (le document sabstient de préciser quelles sont ces améliorations). - Introduction systématique des vaccinations et déparasitages. - Gestion rationnelle des parcours. - Utilisation des compléments alimentaires pour le bétail. - Déstockage précoce des jeunes mâles avec création de stations dembouches en aval.Ce programme sur 5 ans doit intéresser, selon le document, 8% du cheptel total de la zonepastorale et son coût global est estimé à près de 3 milliard de frs CFA.Les résultats attendus sont précisés. On prévoit une amélioration de 10 % du taux defécondité chez les bovins et une augmentation des poids moyens des différentes catégoriesdâges de 10 %.90 Projet daménagement et dintervention dans 4 zones de modernisation pastorale du Niger. Dossier général,1976, Coulomb et Quesnel, IEMVT. 75
  • 76. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Plus ambitieux encore, laccroissement numérique plus rapide permis par les bénéfices delencadrement technique devra être compensé par une adaptation de la politique de déstockagelorsque les effectifs compatibles avec les ressources de la zone seront atteints (point 1.22 - page170 du document).Sans rentrer dans le détail de toutes les dizaines de pages de calculs de poids, de tauxdexploitations et de bénéfices divers de ce programme, on peut croire à cette lecture, que ceprojet ambitionne ni plus ni moins que de confisquer la gestion de leurs troupeaux à descentaines de familles de pasteurs pour faire la démonstration de méthodes modernes durantquelques années. Le ton général du document laisse penser en effet que le projet, donc lEtat,va gérer les troupeaux, décider des ventes, décider des déplacements et des modesdabreuvement. On est encore assez proche du langage colonial qui parlait de " notre cheptel"et de "nos éleveurs".On mentionne bien que des difficultés vont apparaître, car aucune expérience de ce type najamais été tentée avec des pasteurs, mais on se convainc que le recrutement danimateurs et detechniciens issus du milieu éleveur permettra de susciter ladhésion et la collaboration despasteurs.Concernant la gestion des parcours, le projet se donne une année pour étudier les différentescomposantes de ce problème avec les pasteurs. Une fois ce travail fait, il serait possible queles autorités proposent aux pasteurs des schémas dusage des parcours qui seront reconnus parcontrat (page 106). A la page 107, les auteurs regrettent toutefois que dans le cadre delétude…. "…Il na pas été possible de demander aux éleveurs si leur transhumances habituelles se situaient bien dans les limites des parcours nécessaires à une conduite rationnelle des troupeaux. Il sera alors peut-être nécessaire de revoir les limites actuelles des zones dencadrement du projet, de manière à ce quil y ait une cohérence entre la zone et les parcours normalement utilisés par les éleveurs."Ainsi, on a élaboré tout ce programme sans même interroger les éleveurs concernant leurs"parcours habituels", et lon se demande même si ces parcours ne sont pas trop grands parrapport à une gestion rationnelle des troupeaux. On suppose donc déjà que bien desdéplacements sont inutiles et fatiguent le bétail.Même si on précise "quon se refuse à formuler une doctrine définitive en matière de gestiondes parcours…" on trace tout de même des bases de réflexion sans équivoques (page 107) : - on devra avoir une connaissance approfondie des familles afin de délimiter judicieusement les zones de parcours. - laffectation des zones de parcours devra être faite à des groupes bien déterminés. - "pour les débuts", il semble préférable daffecter les points deaux et les parcours à des groupes quà des familles, - Aucune décision de découpage de lespace rural ne doit être faite sans prendre lavis des groupes concernés. - Le découpage devra bien différencier les zones de saison des pluies et les zones de saison sèche. - Dans certains cas, la transhumance de saison des pluies en dehors des espaces délimités devra être maintenue. 76
  • 77. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 - Des études agrostologiques devront être menées pour définir la mise en repos temporaire de certains pâturages et pour faire adhérer les utilisateurs à ce type daction.Même si on se défend dune quelconque doctrine, cest bien une gestion sur périmètres réduitset avec rotations et calculs de charge que lon veut tenter, convaincu que la démonstration desrésultats séduira le monde pastoral et permettra de généraliser cette méthode à lensemble dupays. On prévoit déjà, page 108, quun futur Code Pastoral basé sur ce type de gestion seralinstrument indispensable dune politique de gestion pastorale nationale.En pratique, cest une version beaucoup moins ambitieuse qui sera mise en œuvre etuniquement dans la zone appelée "sud Tamesna91", et deviendra le projet "Sud Tamesna" dela coopération française. Nous navons pas pu trouver de documents relatifs à la périodedexécution de ce projet et il en est fait très peu mention ailleurs. Il a, de toute évidence etselon nos informateurs, été de peu dimportance sur le plan de ses impacts ou des avancéesdans les conceptions de lépoque. Il semble quil ait finalement suivi les mêmes voies que leNRLP et le PENCE92 dont nous développerons plus loin les ambitions et les réalisations. 3.3.4.1.1. Le modèle de base :Sur le plan purement technique, il faut ici démontrer a quel point on a voulu simplifier lagestion pastorale, et à quel point on avait foi dans la mise au point dun modèle.En 1975, L IEMVT sous la rédaction BOUDET G. publie le fameux Manuel sur lesPâturages Tropicaux et les cultures fourragères. Ce livre fût une véritable bible pour lesagropastoralistes du Sahel. Il vulgarisait nombre de données, telles que les valeursfourragères des différentes plantes appétées des pâturages et des ligneux, fournissait leschiffres de base de lalimentation, etc…..Il anticipe déjà le modèle quon cherchera à mettre en œuvre les années suivantes sur le terraindans les grands projets et en présente un plan schématique quil faut ici restituer dans sa formeoriginale :91 Le mot Tamesna en Tamachèque, désigne les grands espaces du Nord dune manière très vague. Cestuniquement le monde administratif qui tente depusi 30 ans de coller une logique gégraphique définie à unerégion ou encore à un type de pâturages supposés sappeler Tamesna. projet Sud Tamesna, littéralement traduit,signifie "le Sud du Nord".92 Niger Range Livestock project, USAID, et Projet Elevage Niger centre Est, Banque Mondiale. 77
  • 78. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Extrait du manuel sur les pâturages tropicaux, G.Boudet, 1975. IEMVT, repris par le manuel " Notionsdagrostologie et daménagement sylvo - pastoral93 ". IPDR Kolo, MAE / Niger. Francisse Tasse CTB,septembre 1987.On conçoit aisément que ce modèle avait bien peu de chance de pouvoir être appliqué. Noussouhaitons le décortiquer ici au regard des plus simples évidences : 1. On suppose ici que les ressources fourragères seront sensiblement égales dune année sur lautre. Le diamètre du cercle nest que de 32 kms. 2. Les marres de Saison des Pluies (SP) sont admirablement bien réparties sur ce plan. cela suppose quon devra les créer artificiellement, et que le terrain sy prête.93 Ce manuel est utilisé pour la formation des agents des Eaux et Forêts au Niger. 78
  • 79. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 3. Les campements se rapprochent à 10 Km du puits en Saison Sèche Froide (SSF), puis à 5 Km en Saison Sèche Chaude (SSC). Cette logique ne tient compte que de la théorie voulant limiter les déplacements du bétail en fin de saison sèche pour limiter les pertes de poids. 4. En SP, période de végétation, le pâturage repousse après la pâture. Plus de bétail peut donc stationner sur le même espace car la production est continue. En SP, pour être plus clair, la charge peut être de 3 ha ou moins encore, par UBT, dautant que cette période est très courte, 4 mois au maximum. En SS, donc durant 8 mois, cest plutôt 15 ha voir plus quil est nécessaire par UBT. Pourtant, dans ce plan dont nous avons calculé les surfaces, le cheptel utilisera 23 000 ha en SP et 31 000 ha seulement en SS alors quil lui en faudrait 5 fois plus quen SP. 5. En SS, on recherche les qualités de fourrage, et notamment la présence darbres ou de résidus de récolte pouvant fournir des compléments à la ration quotidienne. La gravitation proche du puits nest pas toujours liée à une bonne disponibilité de ces apports. 6. Enfin, et cest là le plus important, ce plan circulaire ne tient pas compte du fait que la transhumance de SP à pour objectif daller vers le Nord, là où le fourrage est beaucoup appété et plus riche en MAD et phosphore, où le bétail souffre moins des mouches et des pluies.Cest que ce plan a tout prévu. En fin de SSC, les manques de quantité et de qualité dans laration seront fournis par laliment bétail, graines de coton, sons, et compléments divers. Lestraitements externes des pelages préviennent les dérangements par les insectes volants, et ledéparasitage interne systématique préviendra contre toute pathologie liée à la pâture desespaces trop arrosés.On remarquera quil est indiqué près du puits, un "Village sédentarisé". BOUDET, en 83,aura largement modifié sa vision des choses comme on le verra plus loin.Ce modèle servira donc de base aux grands projets "théorique ou virtuelle" de la fin dedécennie 70 jusquen 82.Les GMP seront regroupés en Unités Pastorales ( UP ), et on prévoit de leur confier la gestionde Centres Mutualistes Pastoraux, ( CMP ), avec pour centre un puits cimenté ou un forage,parfois un petit dispensaire de base, une boutique coopérative. Viendra se greffer en cours deroute, la formation dauxiliaires délevage.Cest toute la zone pastorale du Centre et de lEst du Niger qui seront concernés et tous lesbailleurs sengageront résolument avec lEtat dans ce programme.Dès 1974, le PENCE94, Projet de Développement de lElevage dans le Niger Centre Est, estidentifié et défini dans sa forme sur cette base dorganisation sociale et spatiale des pasteurs.Il démarrera en 1979 sur financement BIRD de 3 385 240 000 CFA95 pour une durée de 5 ans.Il sera reconduit de plusieurs courtes phases jusquen 1989. Il concerne les départements deMaradi, Zinder et Diffa.On relèvera dans les prévisions de ce projet, pour expliquer cette foi dans le modèle qui noussemble tellement irraisonnée aujourdhui, cette hypothèse de risque qui nous est citée par HaoLE VU et Michel PRE, du SEDES lors de lévaluation du PENCE en 1987 :94 Sa dénomination a varié, de PDENCE à PENCE.95 Evaluation de la première phase 1979-1986 PENCE, SEDES. Paris 79
  • 80. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 Loccurrence dun nouvel accident climatique avait été jugée à lépoque hautement improbable. Le risque est de 2% selon lévaluation-identification du PENCE en 1979 par la BIRD.LIEMVT est dans laventure, et Peyres de Fabregues96 mènera une étude en 1980, afin de : - Etudier la productivité et la répartition des ressources pastorales. - Elaborer une proposition de plan de gestion de lespace pastoral - Enumérer les contraintes du facteur pâturage. - Mettre en place une équipe dobservateurs qui seront chargé des inventaires pastoraux, (donc des pâturages) chaque année et serviront de liens vulgarisateurs entre projet et pasteurs.Au cours de cette mission, il relève en page 20 de son rapport : Les difficultés dexploitation de leau et des pâturages et les conflits entre éleveurs, qui résultent toujours de la création de puits publiques cimentés, font que les éleveurs saccordent à reconnaître que généralement, il eût mieux valu ne pas les construire. Ils préfèrent navoir que la possibilité de creuser leurs propres puits traditionnels (ce quils font parfois pour avoir la paix), quand cest possible, que de voir saméliorer labreuvement et se compliquer leur vie sociale. Ils souhaitent cependant tous voir construire des puits cimentés en remplacements des puits traditionnels à la condition quils soient attribués.Il relève ensuite limmensité de cette tâche au regard du nombre douvrages dans toute la zonepastorale. Il fait ensuite de ce constat, en page 21, un argument pour la défense du principe demodèle qui sera mit en œuvre : Seule la création de centres pastoraux, en permettant la mise en place progressive dassociations déleveurs,97 permettra de sélectionner parmi les demandes de nouveaux puits et de décider la construction de points deau modernes dont le statut pourra plus aisément être défini dans le cadre de lassociation elle-même.___________________________________________________________________________ 3.3.4.2. Le PENCE. Résumé de son action.Le PENCE de 1979 à 1986 fût en réalité, un projet intégré qui aborda tous les aspects dunesécurisation du système pastoral. Le modèle IEMVT ne fût jamais tenté et la semisédentarisation du mouvement transhumant ne fût pas expérimentée. La "gestion despâturages" fût un thème quasiment abandonné.Seuls 5 centres mutualistes pastoraux furent créés, et tous dans le Département de Zinder.( Yogum, Tejira, Tenhia, Njaptooji, Intabanout ). 108 GMP furent créés autour de ces 5 CP,89 étant encore identifiables en 1986 par lévaluation.96 PENCE. Agropastoralisme, rapport de synthèse. B.Peyres de Fabregues. déc.1980 Page 4597 Les GMP et UP. 80
  • 81. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Les centres abritaient des fonctionnaires de lEtat et étaient articulés autour dun ensembledinfrastructures et de services, tel que : - Point deau à fort débit, forage ou puits. - Ecoles. - Boutique coopérative. - Formation de secouristes en santé humaine et matrones. 192 formés - Formation dauxiliaires délevage 192 formés - Postes vétérinairesDans les autres départements, Maradi et Diffa, 20 structures plus légères furent installées sousle nom de "relais pastoraux", essentiellement des boutiques dont la zone pastorale avaitcruellement besoin pour lapprovisionnement de proximité en huiles, sucre et céréalesnotamment. Les aliments bétail étaient aussi disponibles mais lécoulement total des 20relais de 79 à 84 indique 10 tonnes de compléments pour veaux et 50 tonnes de son de blé.Cest un volume anecdotique.La formation des auxiliaires para vétérinaire, la première au Niger, intégrait les éleveursformés au système dépidémio surveillance et leur donnait la possibilité dutiliser desmédicaments non injectables, tels que les antiparasitaires internes et externes, lescompléments minéraux et vitaminiques, ainsi que des sulfamides en poudre à administrer parvoie orale.La politique de prophylaxie accrû la couverture vaccinale en raison des moyens mis par leprojet aux services de lélevage, du rôle de relais des auxiliaires et de la construction de 81couloirs de vaccinations supplémentaires.___________________________________________________________________________ 3.3.4.3. Les acquis essentiels des grands projets et la lutte pour un nouveau paradigme du pastoralisme.Ce qui a surtout marqué lépoque, et cest bien cela qui nous intéresse dans cette recherche,nous est relaté dans nos entretiens avec le Dr Vétérinaire Hakilou Habou, ancien Directeur duPENCE , que nous avons interviewé en 2001 à Niamey.Pour lui, le fait marquant de ces années là, sera la naissance dune approche plus "systémique".On sintéresse au système existant et les anthropologues et sociologues font leur apparitiondans la recherche pastorale où ils impulsent une manière nouvelle et plus globaledappréhender le pastoralisme. Patrick Paris, dont la langue Peule est la spécialité académique,poursuit des recherches sur les performances comparées des troupeaux, leurs structures, et lestransferts de bétail, avec toute la rigueur dun zootechnicien, mais avec lampleur de champdanalyse dun anthropologue spécialiste de la société Wodaabé. B.Thébaud développe desrecherches sur léconomie familiale des pasteurs et se penche sur la question de lhydrauliquepastorale.Un projet voisin qui sest basé sur les mêmes postulats de départ, à savoir la rationalisation dela production avec tous ses paramètres, le NRLP98 dont Jeremy Swift était le responsable duvolet socio-économique, conduit aussi des recherches similaires et les experts se rencontrent,échangent leurs résultats. Cynthia White analyse les structures de propriété du cheptel chezles Wodaabés et les mécanismes de transmissions du capital bétail au sein de la communauté.98 NRLP Niger Range Livestock project. USAID. En Français, projet de Gestion des Paturages et Elevage 81
  • 82. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Les acquis de la recherche en Afrique Anglophone99 sont ainsi partagés dans les échanges deterrain entre ces deux projets et il se dégage alors une vision beaucoup plus positive despasteurs, qui apparaissent désormais à nouveau comme des spécialistes compétents de leurélevage. On démontre, à la faveur des études de terrain (Patrick Paris), que les taux defécondité des femelles sont de 60% en zone pastorale contre 50% en zone agricole,contrairement à ce quon avait supposé durant des décennies.Les études déconomie familiale démontrent que les pasteurs ne sont pas "riches" et que leurstroupeaux ont des taux dexploitation très élevés (Thébaud).Enfin, on reconnaît aux éleveurs la validité de leurs choix concernant lorganisation des cyclespastoraux et des parcours. Les experts se font tous les défenseurs dune politiquedhydraulique pastorale SANS forages à grand débit et qui remettent aux usagers, les droits depriorité daccès, voir les droits tout court de gestion des ouvrages hydrauliques. Oncommence à dégager la notion de droits dusages prioritaires et de réciprocités de ces droits.On commence à pouvoir formuler la manière dont les pasteurs répartissent constamment lescharges en bétail dans le temps et lespace en fonction de ressources fourragères, par ce quonappellera la "mobilité opportuniste", qui fonctionne par le jeu des alliances et desréciprocités de droits daccès sur les puits. On est à présent certain, en tout cas dans le milieurestreint des chercheurs et des cadres des projets, que la recherche de modèle de gestionrationalisée des ressources pastorales est un mirage.Pour la recherche agrostologique et ses ambitions de mise en application de modèles, cetteapproche systémique reconnaissant la valeur de la gestion traditionnelle des parcours nest pasde très bon augure, dautant que la démonstration pratique de ses théories se fait toujoursattendre en milieu réel. En effet, sans champs dapplication, sans développement de larecherche, la raison dêtre du chercheur nest plus.Hélas, cette reconnaissance du "modèle" traditionnel ne plait pas à lEtat et aux bailleurs desprojets. Le décalage est devenu très grand entre le gouvernement, qui reste en attente desrésultats de la modernisation pastorale et les chercheurs de tendance "socio-écologique" quidécouvrent ensemble, grâce aux possibilités détudes offertes par le projet, ce que lUNSOappellera 10 ans plus tard "le nouveau paradigme de lélevage au Sahel" (Bamako 1994).La vision de léleveur apathique "suivant" ses animaux sans en tirer de revenus demeuredominante à Niamey, dans une administration largement composée de cadres issus des ethniesagricoles, toujours teintée des idéologies de progrès et qui peine à modifier ses vues à lafaveur des deniers constats.Le projet NRLP, qui devait au départ étudier la possibilité de faire des GMP - UP devéritables entreprises de ranching sur la base du modèle IEMVT, a beaucoup dévié desobjectifs dans ses recherches selon lUSAID. Le projet sétait principalement consacré à desactivités prévues en annexe, comme le crédit pour lachat de bétail, les boutiques coopérativeset la formation de secouristes. Il prendra fin en 1983.En avril 1984, soit à la suite de 2 années médiocres mais avant la grande catastrophe, le Chefde lEtat stigmatise "lélevage contemplatif", lapathie des éleveurs et leur résistance à entrerde plein pied dans le monde moderne et léconomie de marché. Il rappelle que : La valeur du capital bétail a atteint 405 milliards de francs en 1983, dégageant près de 118 milliards de valeur ajoutée, soit 19,88 % du PNB.99 Les britanniques ont pu expérimenter davantage les idées de gestion des pâturages en Afrique de lEst, et lesont relativisées plus tôt que la partie francophone. 82
  • 83. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Lélevage est ainsi reconnu pour son importance économique, il fait vivre 25 % de lapopulation du Niger, mais on doit faire mieux en changeant de mentalité.Il traduit ainsi lopinion générale du milieu administratif et même celle dune grande partie descadres de lélevage qui restent en attente de la modernisation, espérant voir leur rôle valorisé.Dr Hakilou Habou estime quil doit transmettre les acquis conceptuels des grands projets auplus grand nombre . Il se lance alors dans un plaidoyer qui restera historique par un articledans le Bulletin du CND, Conseil national de Développement100 en juin 1984, alors que lespluies se fond attendre mais quon ignore encore la catastrophe qui se prépare. Dans cetarticle, il défend admirablement les pasteurs et les acquis conceptuels des projets PENCE,mais aussi NRLP, et démystifie les préjugés les plus courants, notamment sur la faiblesseéconomique du système. (Cela lui vaudra, selon ses propres termes, dêtre arrêté etemprisonné sous prétexte de détournements de fonds.)On est en pleine crise paradigmique. La révolution scientifique nécessaire sera douloureuse,fortement combattue, et les idées nouvelles ne parviendront pas à s’imposer suffisammentpour éviter au Monde du Développement et au Monde Politique de retomber dans les mêmesornières les décennies suivantes.__________________________________________________________________________ 3.3.4.4. La sécheresse de 1984, sur fond de doutes et désillusions.Nous ne ferons pas lhistorique de cette sécheresse. Nous nous bornerons ici à poursuivrelévolution des tendances et des courants didées. Il apparaît en fait que la sécheresse de 84-85na pas été un événement très déterminant pour lévolution de ces idées, mais plutôt unrévélateur de nouveaux postulats déjà en gestation, dont lanalyse est apparue tardivementdans la décennie suivante.Quand arrive la sécheresse de lhivernage 1984, les tendances et les courants de pensée sontdéjà fortement différenciés en fonction des quelques 30 années de "développement" delélevage, depuis la fin des années 50, soit depuis quon a imaginé dintroduire une gestionmoderne des pâturages et des troupeaux.Dun côté, celui de la tendance "technico-libérale" on estime que lon a pas fait les effortsattendus pour amener enfin la production animale du pays à son potentiel supposé. Lesgrands projets se seraient enlisés dans une vision passéiste qui semble puiser ses racines dansdes approches anthropologiques que lon soupçonnent de sentimentalisme, comme si oncherchait à cautionner le maintient de sociétés archaïques en les présentant sous un jourexagérément favorable. Lapproche que le Dr. Hakilou Habou présente comme systémiqueest perçue comme antiprogressiste.La recherche agrostologique et vétérinaire, dominées par lIEMVT et ses experts, restemajoritairement de cet avis. Pourtant, en 1983, soit 7 ans après la parution du manuel,BOUDET lui-même reconnaît lextrême variabilité du système écologique sahélien et100 en annexe. 83
  • 84. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005relativise implicitement la possibilité de mettre en place une gestion planifiée101 en décrivantcomment la capacité de charge dune zone donnée peut varier de 1 à 10 suivant les conditions: Cependant, si 5 000 UBT peuvent être entretenues autour d’un point d’eau au cours d’une bonne année (à condition que le couvert arboré puisse fournir un complément azoté satisfaisant), ces animaux doivent avoir accès, en année faiblement déficitaire, à un rayon pâturable de 13 km, allant jusqu’à 18 km en mauvaise année. A 100 mm de pluie, la charge optimale devrait être réduite à 500 UBT pouvant pâturer sur un rayon de plus de 30 km.LEtat et ses représentants restent également majoritairement influencés par les rêves demodernisation rapide de la zone pastorale.Dun côté, il y a la tendance générale à moderniser lensemble de la société et daccéder à desniveaux de développement humain plus élevés. Que le monde pastoral ny aspire pas, ou dumoins pas selon les mêmes standards, déroute une administration et des cadres issus dans leurquasi-totalité, du monde agricole Djerma et Haoussa. Vivre de manière sédentaire reste, pourtout fonctionnaire Nigérien de cette décenie, la seule manière possible daccéder à un niveaude vie acceptable. Les pasteurs restent perçus comme des reliques dun passé révolu et leurdisparition ne serait quune question de temps, à moins quils ne sadaptent à léconomie demarché et aux standards de production moderne. Les affectations en zone nomade sont, pourles fonctionnaires, une sorte de brimade ou tout au moins une période difficile de leur carrière.Cette tendance est également partagée par la Coopération Française, principal bailleur defonds, qui a investi beaucoup à travers lIEMVT et le soutien aux stations de recherche despays sahéliens. Sous dautres cieux, en Afrique du Nord, la gestion des parcours a pu trouverbeaucoup de champs dapplication, dautant que ces sociétés se modernisent rapidement etinvestissent dans la mécanisation. Les exemples de mise en œuvre de gestion planifiée enAfrique de lEst et Australe, notamment autour des parcs nationaux, sont également là pourtémoigner que cette voie serait la bonne, car le milieu anglophone na pas encore vraimentprocédé à la remise en question de ces principes.De lautre côté, la tendance "socio-écologique" est née, mais saffirme dans des cercles pourlinstant restreints, qui sont surtout composés des chercheurs ayant poursuivi leurs travaux parde plus ou moins longues immersions dans le milieu102. Quelques cadres vétérinaires ouagents délevage des services de lEtat en font partie mais ils restent très peu nombreux. Leurformation les a préparé à être les vecteurs de la science sur le terrain. Il est difficile daccepterque bien peu daméliorations zootechniques sont possibles, et que le milieu pastoral nest pascette terre inculte sur laquelle ils allaient pouvoir mettre en chantier les grandes idées dedéveloppement apprises en cours et en stage, parfois à létranger. Reconnaître ces éleveursanalphabètes comme les premiers professionnels de lélevage demandera une véritablerévolution culturelle aux cadres du Ministère et cela devra attendre les années 2000 pourcommencer réellement à pénétrer lentement dans les esprits. Pour linstant, toute approche dedéveloppement qui touche lélevage reste encore purement technique. Cultures fourragères,sélection du bétail, vaccination, hydraulique publique, rêves de ranching à la pointe du101 BOUDET (G.), 1983. - La transhumance et la gestion de leau et des pâturages dans l’espace, IEMVT, Paris. Cité parB.Thébaud Cahier Sciences Humaines. 26.102 Patrick Paris, notamment, totalement immergé dans le milieu Wodaabé durant toute sa vie, propriétaire detroupeau et vivant modestement y compris durant les deux sécheresses. Il fût récupéré en brousse lors de lasécheresse de 84 par la mission catholique de Bermo, en état dinanition et pesant moins de 50 kg. AngeloMaliki Bonfiglioli, frère catholique, est resté lui aussi très longtemps en milieu Toubou et Peul wodaabé. Lesautres chercheurs connus ont vécu des périodes plus courtes et seulement dans le cadre de leurs recherches avecdes soutiens financiers extérieurs, ce qui est très différent. 84
  • 85. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005progrès, restent les seules approches. On nourrit une grande admiration pour les CMB etpour la station de recherche de Toukounous, fleurons du Ministère.Lhivernage de 1983 est médiocre et beaucoup de pasteurs impliqués dans le processus descentres pastoraux et des UP, engagent des mouvements longs vers le Sud et se dispersent,rendant toute participation aux actions des grands projets, improbable. Ils reviennent, maisdurant lhivernage de 1984, le pâturage ne poussera pas au Nord dune ligne qui correspondplus ou moins au 13 ème parallèle. Les pasteurs restent dabord majoritairement à proximitéde leurs points deau de saison sèche, car jusquen août, on maintient lespoir que des pluiesviendront tout de même sauver la saison. Chaque nuage qui crève ça et là attire des milliers detêtes de bétail qui narrive que pour trouver des plantules trop petites ou déjà en voie dedessèchement. Certains parviennent à prendre assez tôt la décision de partir vers le Sud etgagnent le Bénin ou les zones frontières du Nigéria (Le Nigéria avait fermé sa frontière dansle contexte dun changement de monnaie). Beaucoup déleveurs resteront à proximité descentres de distribution de laide alimentaire et se trouveront ensuite piégés par une large bandequasiment abiotique infranchissable, quand ils voudront descendre vers le Sud. A lEst, lesPeuls Wodaabés réagiront rapidement et se dirigeront massivement vers les zones lacustres etle Cameroun, alors que les Peuls Foulbés, attachés à leurs habitats sédentaires dans lescuvettes qui composent le système écologique de cette zone, verront tout leur cheptel décimé.Globalement, selon le rapport du CIPEA en décembre 1985 issu de relevés photographiques,la population animale du Niger a baissé ainsi, selon les catégories.Bovins: - 87 %Camelins -71 %Ovins et caprins: - 63 %Cette estimation est basée sur la présence des troupeaux et non sur le décompte des mortalités,qui sont très difficiles à chiffrer. Il reste quà la période des comptages aériens, une bonnepartie du cheptel se trouvait hors des frontières et na pas été comptabilisé.Nous disposons de chiffres concernant lArrondissement de Dakoro, qui nous sont fournis parP. Paris dans son rapport de fin dactivité du PENCE en 1988. On y voit que les pertes ont étépeu significatives à la sécheresse de 1973 et dans la décennie 66-76, cest plutôt dunbasculement dans la proportion des espèces quil sagit. La forte représentation desOvins/Caprins en 1987, tient au fait de leur multiplication rapide, avec une gestation de 5mois et un âge de maturité sexuelle très bas. En 1987, les femelles nées après la sécheresseont pu déjà mettre bas une fois. En revanche, le croît est beaucoup plus lent chez les grosruminants.Cheptel estimé de larrondissement de Dakoro.Sources : Estimations des rapports SVD 1966, SDP Maradi 1977, MRA/H 1987 BOVINS OVINS / CAPRINS CAMELINS1966 160 000 330 000 8 0001976 135 000 400 000 18 0001987 76 260 301 514 3 006 85
  • 86. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005La désorganisation fût totale, aussi bien chez les éleveurs que dans les services de lEtat, quechez les bailleurs. On avait tout prévu sauf ça. On se souvient que létude de faisabilité duPENCE estimait ce risque à " mois de 2 %, donc hautement improbable".Le gouvernement mit en place des opérations dachat de bétail et de boucanage de la viande,mais le volume de ces opérations restait dérisoire devant lampleur de cette catastrophe.Quelques réquisitions de camion dans le département de Tahoua permirent dacheminer destroupeaux vers le Sud103. Le rôle de zone daccueil des CMB ne fonctionna pas bien entendu,ces zones étant aussi sinistrées que lensemble de la zone pastorale.Cest la mobilité qui permit de sauver le cheptel. Or cette mobilité est le fruit dune attitudegénérale des pasteurs et doit être maintenue en tant que capacité de réaction dans le quotidien.La sécheresse de 1984 a amplement démontré que les pasteurs qui avaient émoussé leur capacité de mobilité en sinstallant près des forages ou dans un agropastoralisme de confort, ne disposaient parfois pas des animaux de bât nécessaires au déplacement, ou encore du matériel dexhaure permettant de prendre une route jalonnée de puits profonds. A gauche ci-contre, matériel d’exhaure, cordes, poches et poulies. Cet équipement nécessite un savoir, pour son usage, mais aussi pour sa fabrication et son entretien ( Photo, Mauritanie 2001) On signale ça et là des résistances de ladministration pour autoriser le passage des troupeaux vers le Sud (Dakoro notamment), alors quil était déjà clair que les récoltes étaient compromises. Quelques riches commerçants eurent lidée dinvestir en prenant degros risques. Achetant les bovins pour quelques poignées de mil à des éleveurs affamés etdésemparés, ils purent en sauver une partie à grands renforts dachats de fourrages au Nigériaet ils constituèrent ainsi des troupeaux important qui prospérèrent dans les années suivantes.Nombre déleveurs ruinés se retrouvèrent employés de ces commerçants durant les 20 annéesqui suivirent, sans espoir de retrouver un niveau de vie indépendant en raison des conditionsde quasi servilité dans lesquels ils étaient contraints de travailler, sans salaires autre quel’accès au lait des femelles et quelques vivres de subsistance.On reprend les programmes de cultures maraîchères pour les pasteurs démunis et nombredentre eux deviennent agro-pasteurs dans une stratégie classique, qui permettra à certainsdentre eux de retrouver la vie nomade une dizaine dannée plus tard. La plupart sen sortironten combinant stratégies dexode, soumissions aux commerçants, captage daides diverses,voir même " conversion contre aide " avec les églises évangéliques "étasuniennes" pourcertains dentre eux.______________________________________________________________________103 Initiative de Tanja Mamadou, alors préfet de Tahoua. 86
  • 87. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20053.4. LAPRES 1985.3.4.1. SUR LE TERRAIN, LABANDON DU SECTEUR PASTORAL.Tétanisés par la catastrophe et lampleur de leur impuissance, déjà en proie à des remises enquestions et des dissensions internes et avec lEtat avant la sécheresse, les bailleurs de fondssont gagnés par le découragement. Le secteur élevage ne fera plus lobjet de financementsimportants avant la fin des années 90.Sont maintenus : - le soutien français au Laboratoire Central de lElevage, LABOCEL, qui fabrique les vaccins contre le charbon et la pasteurellose, et mènent quelques enquêtes épidémiologiques sur le terrain. - Le soutien à la campagne de vaccination annuelle du service de lélevage contre la Peste des petits ruminants et la péri-pneumonie. - La phase restante du PENCE jusquen 1988, avec des activités réduites, mais quelques opérations de prêts de vaches reproductrices qui sont à signaler comme effort pour la reconstitution. La phase proposée pour 1989-1994 ne sera pas financée.Les financements vont vers les programmes de réhabilitation des populations sinistrées, lemaraîchage, la reconstitution du cheptel dexhaure dans lAïr par exemple.LONG "Vétérinaire sans Frontière" sillustre en 1987-88 par un programme dedéveloppement de laviculture dans le département de Maradi104 qui multipliera par 10 lecheptel aviaire et sécurisera son élevage en milieu agricole avec un certain succès grâce à lavaccination anti-new-castle par des auxiliaires formés par les services de lélevage. Certainsde ces auxiliaires étaient des anciens auxiliaires du PENCE quon a recyclés.Les ONGs, telles que les Volontaires du Progrès, le Peace corps, Afrique Verte, Eirene, etc…ne sintéressent guère à lélevage, quand bien même ils le voudraient, les bailleurs de fonds nesuivraient pas pour travailler en milieu pastoral.Lélevage qui semble encore mériter le montage de petits projets par les agents de lEtat et lesONGs, est celui du milieu agricole. Les petits projets de crédits pour lengraissement demoutons ou de taurillons, communément appelés "projets dembouche", voient le jour etsuscitent un effet de mode aussi durable que surprenant, la rentabilité de ces opérationsn’ayant jamais été clairement démontrée."Vétérinaire sans frontière", VSF, parvient à retrouver un financement auprès de lacoopération française afin de rebondir de son projet "aviculture" sur un projet "petits-ruminants" qui justifiera le maintient de sa présence au Niger105. Mal défini, voir mêmeindéfini dans sa forme et ses objectifs, ce projet qui démarre en 1989 et sera arrêté enoctobre 1990 ne concernera que le milieu agricole. Alors que les pasteurs du Nord Dakoroluttent pour se rétablir après la sécheresse, les quelques rares financements disponibles pourlélevage (et des primes de fonctionnement aux services de lélevage) vont à un projet qui viseà développer lélevage en milieu agricole.104 Financement USAID105 Ainsi que lengagement de lauteur dans son premier poste en Afrique sahélienne en 1989. 87
  • 88. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Léquipe sur place à Maradi corrigera ce paradoxe en développant une activité non prévuedans le document de financement. 18 auxiliaires délevage seront formés en milieu PeulWodaabé, et leur formation comprendra la vaccination contre les charbons symptomatiques etbactéridiens.Cest une première, des éleveurs sont autorisés à utiliser des seringues sur du bétail, jusquiciprivilège exclusif des agents de lEtat. Cette exception à la règle, cette entorse à unelégislation rigide ne fût possible que grâce à la prise de responsabilité du Chef de lElevagede Dakoro106.Les deux tiers de ces auxiliaires nomades travaillaient encore 10 ans après larrêt du projet,alors que les 130 auxiliaires de la zone agricole formés par le projet en milieu agricolearrêtèrent leurs activités quelques mois seulement après la fin du projet. En 1998, lun de cesauxiliaires nomades formés en 1989, écoulait à lui seul chaque année 20 000 doses de vaccincontre le charbon, alors que le total des vaccinations « charbon » des services de lélevage delarrondissement natteignait pas 5000 doses.On verra plus loin que cette exception naura guère de suite quand nous aborderons laquestion de la santé animale et du conservatisme en vigueur._________________________________________________________________________3.4.2. ABANDON DES FLEURONS DE LA MODERNISATION PASTORALE.Le prix de l uranium seffondre, lâge dOr de lEtat Nigérien est terminé. La BanqueMondiale fait un certain nombre de recommandations de privatisation et liquidations qui neseront pas suivies107 :La SONERAN, qui ne sera pas privatisée mais simplement liquidée, est indexée par lerapport que nous citons ici, en ces termes : Cette société, avec son système vertical de production de viande de bœuf, napporte presque pas de bénéfice financier et ne présente pas dintérêt technique. Elle fait simplement concurrence à la production de bétail par le système traditionnel, avec une perte annuelle importante pour le gouvernement.Avec la liquidation de la SONERAN, suit labandon du ranch dEkrafan.La SONITAN ne trouvera pas dacquéreur. Lusine de tannerie de Maradi étant arrêtéedepuis plusieurs années, cette société ne faisait plus que de collecter et exporter de faiblestonnages de peaux non traitées vers le Nigéria. Elle sera simplement liquidée. La Station derecherche pour la Chèvre Rousse de Maradi continuera à fonctionner aux frais de lEtat sansbailleurs extérieurs. On y adjoindra une unité de production avicole, qui fourni des poussinsde ré-élevage et vend des œufs dans une boutique de la ville.106 Dr Ibrahim Boubé, décédé en 2000, dont nous saluons la mémoire.107 Analayses des conditions de lélevage et propositions de politiques et de programmes. OCDE / CILSS.Résumé et recommandations. H. Breman, A.Bonfiglioli, JH. Eriksen, JJHM Ketelaars, K. Sawadogo, N. Traoré.Novembre 1985, 88
  • 89. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005VETOPHAR, Société dimportation de médicaments vétérinaires sera privatisée puisimmédiatement mise en faillite par ses acquéreurs. Le petit projet de Vétérinaires sansfrontières sera durant quelques temps, le seul importateur de médicaments vétérinaires dansle pays, avec des volumes bien sûr très faibles. Quelques années plus tard, émergera unestructure semi-privée qui viendra combler ce manque.La Banque Mondiale recommande purement et simplement la liquidation et le démantèlementdes CMB. Le Rapport du CILSS de novembre 1985 insiste encore sur ce point en relevant le"succès limité" de leur action et leur coût pour lEtat. Le Gouvernement sy opposera etmaintiendra à ses frais le fonctionnement des CMB malgré le fait que le bétail présent nereprésente quà peine 10 % des effectifs prévus et que les clôtures sont pour la plupart déjàarrachées et recyclées sur le marché informel._________________________________________________________________________3.4.3. LES TENDANCES DE LAPRES 85.Nous dépeindrons brièvement ici le climat qui prévaut à cette époque sur la base de troisdocuments déjà cités : - Le Rapport de fin dactivité du PENCE de Patrick Paris, de 1988. - Le Résumé des propositions de politique et de programme du CILSS de nov. 1985108. - Elevage et développement au Niger. B. Thébaud, 1986On la vu, lidéologie de la gestion rationalisée des espaces pastoraux sous forme de"modèles"et la prise en main de la répartition des charges animales sur le terrain par lesscientifiques a perdu du terrain et ne fait plus guère dadeptes, ceci depuis les années qui ontprécédé la sécheresse de 84-85. Lextrême adaptation des systèmes de mobilité au climat,est reconnue, notamment par les travaux de Jeremy Swift et Cynthia White présenté dans lerapport NRL de 1984.Les grands projets ont eu le mérite de démontrer les taux dexploitation élevés des troupeauxpastoraux, la grande spécialisation des pasteurs, en clair de mettre en relief la granderentabilité de ce système, et ceci avant la grande crise, en décalage avec leurs postulats dedépart. Par ailleurs, la modernisation na pas tenu ses promesses. Avec la liquidation de laSONERAN, dont on ne peut mettre en évidence lutilité, le désaveu de la Banque Mondiale etdu CILSS concernant les CMB, le peu defficacité de tout le système (Etat + bailleurs) face àla sécheresse, lidéologie de modernisation a vécu.En dehors des bilans de la sécheresse, des aides aux populations sinistrées, nous avons relevélapparition de thèmes nouveaux dans les différents documents et dans leur ton général.108 Breman H, A.Bonfiglioli, JH. Eriksen, JJHM Ketelaars, K. Sawadogo, N. Traoré. Novembre 1985, Analysesdes conditions de lélevage et propositions de politiques et de programmes. OCDE / CILSS. Résumé etrecommandations. 89
  • 90. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005A) On commence à mentionner lexistence déleveurs investisseurs. Ces gros propriétaires debétail ne sont pas issus du milieu pastoral, et leurs objectifs ne sont pas ceux dune productionperformante, à la différence du milieu éleveur, mais de spéculation marchande. Cet élevageest estimé moins rentable. Certains ont commencé à investir dans ce secteur avant lasécheresse, mais cette crise leur a permis de multiplier leur cheptel car ils disposaient du cashpour acheter massivement des animaux à bas prix et pour les nourrir jusquà la fin de la crise.Ce phénomène est décrit comme une menace. Le rapport du CILSS en 1985 déjà , page 8et 9 propose très sérieusement à lEtat109 : …des normes restrictives dont le rôle serait dempêcher des personnes ou des groupes de monopoliser les ressources collectives et de les exploiter à des fins privées.Ces mesures vont de limposition de taxes, à différentes formes de paiements progressifs enfonction du cheptel possédé110.B) Apparaît la notion de "Dégradation" des pâturages. Certes, le mot était connu et parfoisutilisé, mais dès 1985, il prend une importance démesurée et par sa simplicité, vient desservirune analyse objective de la situation dont la plupart des experts font léconomie dans lecourant de la "désertification". Bien entendu, après cette terrible sécheresse, le paysage achangé. Les ensembles écologiques ont régressé, les grands arbres sont morts et gisent sur lesol, des espèces herbacées seront absentes durant plusieurs années. On se focalise sur ladisparition des espèces vivaces comme signe de dégradation, même si ces espèces sont dunintérêt discutable pour lélevage. Deux très bons exemples illustrent notre propos, le reculvers le Sud de Andropogon gayanus et la disparition momentanée de Panicum turgidum, quisont fréquemment citées comme des indices de dégradation, alors que ces deux espèces sontpeu consommées et ne représentaient pas un enjeu importantLe rapport du CILSS a le très grand mérite, pour lépoque, de stigmatiser surtout lesdégradations et formations de glacis résultant de lagriculture itinérante, mais curieusement,insiste tout de même sur la notion de "respect des capacités de charge" des pâturages, commesil était possible de réguler les flux de cheptel mieux que les disponibilités de fourrage ne lefont déjà.Le rapport indique des actions possibles pour améliorer ou restaurer les pâturages enréintroduisant des espèces herbacées111 et recommande de sengager dans des programmes deconservation et de restauration des ressources naturelles.C) Le rapport du CILSS est formel, pour permettre à lélevage de prendre réellement la placequi lui revient et de remplir son rôle économique, ce nest pas sur les paramètres deproduction de lélevage quil faut agir car ils sont au maximum de leur potentiel en raison delexcellence du système traditionnel, mais sur ceux de lagriculture, qui elle, est archaïque,consommatrice de ressources et engendre la désertification par disparition des arbres. Onprévoit de graves crises dans les 20 ans à venir, avec le doublement de la population, silagriculture continue à répondre à la demande de céréale par laccroissement irraisonné dessurfaces au détriment de lespace pastoral. Lusage des engrais complet (et non pas seulement109 Breman H, A.Bonfiglioli, JH. Eriksen, JJHM Ketelaars, K. Sawadogo, N. Traoré. Novembre 1985, Analysesdes conditions de lélevage et propositions de politiques et de programmes. OCDE / CILSS. Résumé etrecommandations.110 Nous avons reformulé ces propositions 20 ans après dans la stratégie GRN du LUCOP, In-Gall, pour la GTZcar elles sont vivement demandées par le milieu pastoral.111 Ce ne sera tenté que sur des parcelles expérimentales et généralement sans succès. On sétonne de cetteproposition au vu de limmensité du territoire pastoral……même si les mécanismes complexes de diffusion desplantes herbacées sahéliennes nétaient pas encore bien connu. Voir point 2. 90
  • 91. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005de lurée, comme cela sest fait plus tard) est recommandé car la carence générale enphosphore des sols nigériens est connue comme un facteur limitant majeur de la production.Lusage des légumineuses en association avec les céréales est également avancé comme unélément essentiel. (Cette recommandation sera suivie et lEtat fera de gros efforts derecherche et de vulgarisation dans ce sens avec lINRAN).D) Pour la première fois, on pose très sérieusement le problème de la concurrence déloyale dela viande européenne (et Sud-Américaine) sur les marché des pays côtiers dAfrique delOuest. Le rapport du CILSS relève la contradiction pour les pays européens, et notammentla France, de promouvoir un développement de lélevage au Sahel, tout en autorisantlexportation à bas prix de viande européenne en surplus, dont le prix de revient sur lesmarchés dAbidjan et Lagos est plus bas que celui de la viande sahélienne, limitant ainsigravement les débouchés commerciaux des pasteurs du Sahel. Ce débat sera repris par lesONGs européennes dans la décennie suivante et des limitations seront imposées par lUE à cesexportations. La dévaluation du CFA en 1994 viendra redonner une plus-value à la viandesahélienne qui sera alors plus compétitive.E) Enfin, et le constat est largement partagé, la question des droits daccès en zone pastoralese pose avec acuité. Les tenants de la tendance socio-écologique militent pour une attributiondes points deau modernes afin de contrecarrer la désorganisation constatée avec le statutpublic des ouvrages, et également pour barrer la route aux commerçants et notables quiinvestissent dans le bétail au détriment des pasteurs. Le CILSS recommande de mettre àlétude de nouvelles législations.De son côté, P.Paris, bien que son travail ait eu assez peu déchos car trop spécifique, tropavant-gardiste par rapport aux idées de l’époque, sattache à restituer limposant travaildenquête sur les troupeaux quil a réalisé dans larrondissement de Dakoro pour le PENCE.En dehors de la restitution de paramètres zootechniques acquis par de minutieuses enquêtes, ilinsiste sur la notion de ratio entre population et cheptel. Il démontre comment la sécheresse àprovoqué une plus grande "pastoralisation" des groupes Wodaabés spécialisés dans lélevage,même si un agropastoralisme de circonstance en avait relativement attaché certains à deschamps durant quelques années. Il met à jour la stratégie des pasteurs qui ont multiplié lespoints deaux depuis les années 70 dans cet objectif de développer la mobilité et de lasécuriser112.Il différencie les spécialisations des différents groupes ethniques en mettant en lumière le peudimportance de lélevage dans les populations Touarègues du Centre, contrairement aux idéesreçues, et ceci depuis les temps coloniaux113 :112 Nous pensons quil est le premier à avoir formulé ce constat à lépoque.113 Nous maintenons que la société touarègue, notamment dans le Centre est très diversifiée, et davantagecommerçante que pastorale, même si son milieu de vie induit une inclinaison à posséder du bétail. 91
  • 92. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Bétail par tête dhabitant selon la catégorie ethnico-administrative de larrondissement deDakoro. Monographie de 1955, cité par P.PARIS, 1989. Sédentaires Peuls TouaregsBovins 0,6 9 1Ovins 0,4 7 2Caprins 1,7 4 5Camelins 0,06 0,01 0,07U:B:T: 0,88 8,97 1,99Ce tableau nous renseigne bien sur le fait que les Peuls sont en réalité les vrais éleveurs decette région à lépoque. Pour mémoire, le seuil de viabilité pastorale est fixé au Niger à 3,5UBT par personne. En dessous de ce seuil, intervient obligatoirement une autre activitérémunératrice. Ici, avec une moyenne de 1,99 UBT/personne, la population touarègue estlargement en dessous de ce seuil.114P. Paris démontre, en se basant sur des textes coloniaux comment les effets combinés dessécheresses et de la démographie ont rendu les économies pastorales familiales vulnérables : Lexamen des statistiques oriente les études socio-économiques à mener vers lévaluation et la compréhension de ce qui apparaît comme leffondrement dune économie pastorale qui semblait pourtant promise à un bel avenir en 1953, quand Ardo Maytoukouwa se faisait recenser à Dakoro venant de Maradi, et déclarant 164 personnes, 6819 moutons et 2197 bovins " (Archives de Maradi 1953, réf. 14.3.132, archives nationales de Niamey).Le calcul issu de cette déclaration nous donne une possession de cheptel de 17, 36 UBT/personne ce qui est très élevé. Le chiffre concernant le rapport UBT/ personne chez les Peulsen 1955 est de 8,97, ce qui est encore élevé. Aujourdhui, rares sont les familles quiatteignent le chiffre de 3,5 UBT, pourtant considéré comme le seuil de viabilité. La tendanceà lappauvrissement sest poursuivie.Brigitte Thébaud, de son côté, publie son ouvrage en 1986 édité par le B.I.T., qui a financé sarecherche sur le terrain. Ce livre est sans doute le recueil le plus complet de tous lesparamètres à prendre en compte pour appréhender la question pastorale dans les années 80. Larigueur scientifique et lapproche pluridisciplinaire de son ouvrage en font la meilleuresynthèse et la vulgarisation la plus complète des acquis des grands projets, PENCE et NRLP,dont elle sinspire largement pour argumenter sa recherche.B.Thébaud développera particulièrement, le plaidoyer en faveur de lattribution des ouvrageshydrauliques pour la maîtrise de lespace pastoral, larrêt des programmes de stations depompage, et introduira dans le public la connaissance des mécanismes de léconomie pastoraleavec la notion de seuil de viabilité économique dans la possession de cheptel, en s’inspirantlargement des travaux de J. Swift et C. White au NRLP. Malheureusement, son travail resterapeu connu au Niger et lon regrettera cette diffusion quasi confidentielle de louvrage. Laconnaissance partagée de ce travail de lecture facile, aurait permit de réelles avancées sur leplan conceptuel au sein des services de lélevage de lEtat.114 Ladministrateur de Dakoro à lépoque a réalisé un travail imposant de recensement systématique et sontravail est lun des plus crédibles de lhistoire colonial du Niger. Fort apprécié des éleveurs, il est resté dans lamémoire collective sous le surnom de Maï bougajé, "chef des éleveurs "ou "chef des touaregs" selonlinterprétation. Nous navons pu retrouver son nom au moment de la rédaction. 92
  • 93. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20053.5. DE 1990 A NOS JOURS. PROXIMITE ET "RESPONSABILISATION", L ERE DES SOCIOLOGUES ET DES JURISTES.3.5.1. NOUVELLES PERSPECTIVES ET INCERTITUDES. 3.5.1.1. Un contexte trouble, des incertitudes nombreuses.A partir de 1990, le secteur élevage recommence progressivement, lentement, à susciter delintérêt chez les bailleurs de fonds, notamment grâce à un effort des chercheurs en scienceshumaines qui influencent les structures du développement (Paris, Thébaud, Bonfiglioli,Swift). Le milieu anglophone du développement, lui, est resté intéressé à lélevage au Sahelmais travaille peu dans les pays francophones. Les publications les plus intéressantes sontfaites outre-manche ( par IIED, ODI ) et concernent le plus souvent des contextes similairesen Afrique de lEst et Australe. Les ONGs OXFAM et ACORD sont largement en avance surle plan conceptuel, par lapport des sciences humaines, en comparaison avec les ONGsfrancophones, Vétérinaires sans Frontières en tête, dont les débats ont longtemps stagner surdes questions de privatisation du secteur vétérinaire et dapprovisionnement en intrants, avectoujours la fourniture de protéines animales à la population comme credo de base à sarecherche de fonds.Cest dans le milieu des chercheurs anglophones que le Pastoralisme a trouvé les définitionsles plus pertinentes et que la recherche a pu dégager lessentiel des arguments pour défendre leprincipe de son soutien par les bailleurs de fonds.Durant les années 90, un certain nombre dévénements dans la recherche au niveauinternationale, dans lévolution socio-politique du pays, font que notre sujet gagne encomplexité.Nous souhaitons relever tout dabord les faits marquants de cette époque proche de nous avantdaller plus loin, car les politiques de développement de lélevage de cette période sontfortement teintées de réactions somme toute assez rapides aux événements et à leursimplications diverses : - En 1992, lIIED115, publie un article courageux, car à contre courant, qui bouleversera la compréhension de lécologie des pâturages du Sahel sous le titre : Repenser lécologie des parcours: Implications pour la gestion des terres de parcours en Afrique, de R.H. BEHNKE et I. SCOONES. - En 1993, après des travaux démarrés dans les années post 85, sont publiés les Principes dorientation du Code Rural, ordonnance 93-015, qui visent à doter le Niger dun droit foncier moderne. Ils seront suivis en 1997 du Recueil de textes complémentaires à lordonnance 93-015 parmi lesquels figure un texte traitant du droit dusage prioritaire des pasteurs sur leurs terroirs dattache.115 International Institut for Environment and Development. Dossier N° 33 93
  • 94. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 - En 1994 à Bamako, lUNSO mentionne un nouveau paradigme du pastoralisme dans un atelier à Bamako. - Dès 1990, un bailleur de fonds nouveau dans le monde des réflexions sur le pastoralisme fait son entrée avec des thèses nouvelles et à contre courant. La DDC se positionne dans le débat sur lélevage sahélien avec le Dr Ly Boubacar et son association APESS, sur la base de ses expériences au Burkina-Faso. - En octobre 1991, à Toda près de Maradi, 129 Peuls, principalement des femmes, des vieillards et des enfants, sont massacrés ou brûlés vifs par des villageois Haoussas. Au démarrage de ce terrible événement, des dégâts aux champs par du bétail. Les événements violents de ce type, quoique faisant moins de victimes116 se reproduiront sans cesse dans tout le pays, faisant du "conflit Agriculteurs- Eleveurs", un thème majeur des approches de développement, révélant ainsi les prédictions du CILSS en 1985. - Dès la fin 1991, la rébellion touarègue armée éclate au Niger. Elle se prolongera jusquen 1996 et sera clôturée par des accords de paix qui incluront la mise en place dun projet durgence UE dans tout le Nord. Un banditisme résiduel important sévira toutefois jusquen 2000 environ, suivant les régions117. Toutes les zones pastorales seront touchées par linsécurité et la diminution grave des échanges commerciaux. Les milices Peules armées (et encadrées par quelques instructeurs mercenaires rémunérés) verront le jour dans différentes régions du pays pour protéger le bétail des razzias touaregs dans tout lOuest et le Centre. A lEst, une véritable guerre civile se déroulera entre milices Peules et Toubous dans la plus totale indifférence du reste du Monde. La reddition touboue permettra de signer des accords de paix en 1999. - La première association déleveur de type syndicale, lAREN, est créée à Birnin NGaouré en 1990. Elle devient rapidement très présente dans les débats locaux et même au niveau gouvernemental où elle instaure un lobbying pour la défense des droits des pasteurs. - En 1991, aura lieu la conférence nationale. Elle aura peu dimportance pour les pasteurs hormis les quelques prétextes qui y ont été trouvé pour le déclanchement de la rébellion armée et la ( relative) franchise nouvelle qui en découlera dans les débats de toute nature. - En 1996, le Général Baré renverse le gouvernement. Il est élu quelques mois plus tard lors délections controversées. Cet événement politique ne serait pas mentionné si la période de son pouvoir navait engendré des situations graves en raison d’un délitement de la crédibilité de l’Etat et des forces de sécurité dans les zones pastorales. - En 1996 et 1997, deux très mauvaises saisons des pluies plongent les pasteurs dans la désolation. Les pertes de bétail par mortalité, et surtout par décapitalisation sont116 Le plus important fût celui de Kornaka en 1997 avec 40 morts.117 La région du Nord Filingué vers la frontière du Mali, vit encore cette insécurité jusquen 2005, avec lesrazzias organisées des Touarègues maliens sur le bétail. 94
  • 95. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 importantes. Les bailleurs de fonds ninterviennent pas car lEtat nie la situation de famine. - En 1999, suite à la saisie des urnes des "communales" par larmée dans tout le pays, le Général Baré est tué et le Gouvernement de transition restaure la légalité et la confiance dans les pratiques administratives à lintérieur du pays. - En 2000, Tandja Mahamadou est élu président de la République. Sa victoire tient en partie à une mobilisation forte des pasteurs peuls, qui ont votés massivement pour la première fois dans lhistoire. Il sétait clairement positionné durant la campagne en faveur dun soutien à lélevage. Il engage les bailleurs de fonds à reconsidérer lélevage comme une priorité._________________________________________________________________________ 3.5.1.2. La Gestion de lEspace Pastoral revue et corrigée, la perte de toutes illusions.Deux chercheurs contribuent à enterrer définitivement toute crédibilité à la recherche demodèles de gestion des parcours sahéliens, BEHNKE et SCOONES118. Cette publicationreprend une présentation générale des thèmes présentés à la réunion technique sur lécologiedes parcours organisée par le Secrétariat du Commonweath à Woburn, Grand Bretagne, ennovembre 1990 qui a réuni 25 scientifiques ayant tous travaillé abondamment en Afrique.Ian Scoones vient de soutenir sa thèse de doctorat à lUniversité de Londres suite à sesrecherches au Zimbabwé. Il est maintenant chercheur associé à lIIED. Roy Benhke estcoordinateur du Réseau Pastoral à lOverseas Development Institut, ODI.Dun haut niveau scientifique et se référençant sur les travaux de plus 60 spécialistesdifférents de lécologie des pâturages y compris du milieu francophone, larticle décortiquetoute lapproche utilisée depuis des décennies en matière de recherche agrostologique et endémontre linadaptation au contexte sahélien. La grande mobilité telle que les pasteurs lapratique et la préservation de sa fluidité sont mises en avant comme les composantesessentielles de toute gestion pastorale. Ils popularisent la notion de "gestion opportuniste",qui consiste pour les pasteurs, selon WESTOBY et WALKER, à saisir des occasions etdéviter des risques, autant que faire se peut119." La notion de milieu " not at equilibrium"est popularisée.Dans ce milieu en déséquilibre, selon SANDFORD120, "le nombre de bêtes estperpétuellement ajusté en fonction de la disponibilité courante du fourrage".Nous sélectionnerons deux éléments essentiels qui se dégagent de ce travail et qui ont été lesprincipaux arguments pour amener cet important changement dans les conceptions en matièrede gestion pastorale :118 Repenser lécologie des parcours: Implications pour la gestion des terres de parcours en Afrique, de R.H. BEHNKE et I.SCOONES. IIED. Mars 1992.119 Opportunistic management for rangelands not at equilibrium. journal of range management 42: 266-274.1989. Westoby, Walker et Noy-Meir.120 Management of pastoral development in the Third World, S. Sandford 1983. Chichester, Wiley 95
  • 96. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 A) La notion de climax est remise en cause. Le climax suppose quen fonction du milieu écologique, sols et climat, une végétation type est associée à ces conditions. On considère quen cas de stress, surpâturage, sécheresse, feux, la végétation revient obligatoirement à ce climax dorigine en passant par des étapes successionnelles. Or, les recherches ont longtemps portés sur la modélisation de ces principes de succession, avec pour objectif de les prévoir et de les influencer pour obtenir des conditions fourragères optimum sur des espaces donnés. Cette recherche, au bout du compte (et au bout de 40 ans de financement), a finalement démontré que le "climax" supposé, quand on parvenait à en définir un, ne pouvait être observé quexceptionnellement tant les facteurs qui influencent la végétation, et donc en modifient la composition floristique, sont nombreux. Le climax dun micro système écologique devenait lexception, ce qui rendait son existence même caduque. Il fallait un certain courage aux auteurs pour tenter de démontrer implicitement à leurs pairs, que cette voie de recherche scientifique qui avait suscité tant de travaux et de publications était sans issue et basée sur un postulat faux. B) La notion de capacité de charge est remise en cause. En effet, les variations de production sont telles, que le calcul devrait être fait chaque année en fin de saison de végétation, et ceci sur une multitude densembles, différents par nature. Or cest un travail réellement conséquent sur le terrain. De plus, cette capacité de charge, généralement définie pour préserver lenvironnement dune trop forte charge animale, ne peut quasiment jamais être dépassée dans le système traditionnel puisque sur les pâturages de graminées annuelles, en saison sèche, la notion même de surpâturage na pas lieu dêtre. Pour finir, la gestion elle-même de la charge supposerait la mise en place de règles impossibles à imaginer dans le contexte de lélevage au Sahel. La conclusion de ces deux experts est sans ambiguïté et leur position est clairement affirmée en page 23 : Il faut reconnaître les problèmes que pose le concept de Capacité de Charge et cesser de tenter de lappliquer.Sur le terrain, chez les bailleurs, dans les sphères de lEtat, cette révolution est plutôt perçuecomme une douche froide. La leçon est durement acceptée et la tendance est plutôt à la non -réaction, au désintérêt. Durant quelques années, plus personne ne veut sengager dans cedébat, ni imaginer de nouvelles recherches ou programmes. Cette désillusion sajoute à cellequil a fallu accepter quelques années auparavant, concernant lhydraulique pastorale daccèsouvert et la désorganisation de la mobilité qui sen est suivie.Plus personne ne veut financer un puits pastoral…..trop compliqué, trop de risques…….puisque aucun modèle de gestion nest possible……Cest donc lanarchie qui règne et on nepourra pas responsabiliser les populations ou sassurer des bénéficiaires réels….On continue à parler de dégradation des pâturages ça et là, mais sans beaucoup de conviction,uniquement lorsquun bailleur peu informé accepte de financer des actions de reboisementqui dégageront des per-diem aux agents de lEtat ou du food for work aux populations. Oncitera un exemple qui nous est bien connu, la dune de Bermo, au Nord Dakoro, qui faitpériodiquement lobjet dactions de "fixation" par diverses méthodes et par divers bailleurs,alors quelle est stable depuis des siècles, et que des arbres centenaires trônent à son sommet.On ne pourra pas faire la liste des innombrables opérations de restauration des terres pardemi-lunes ou cordons de pierre, fixation de dune supposées mobiles, qui ont tenu lieu de"gestion des ressources naturelles" sur le terrain, faute de mieux, en faisant pousser quelques 96
  • 97. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005arbustes121 sur des terres marginales avec seul effet de compliquer les accès de ces espacesaux pasteurs transhumants. Quelle aient été le fait des grands projets avec des machineslourdes ( PASP GTZ par exemple) ou le fruit de food for work des ONGs (par exempleEirene), les impacts de ces travaux sont toujours très limités en terme de résultats, maissurtout de surface. Il apparaît que cest généralement la recherche de Droits supplémentairessur ces espaces au détriment des transhumants qui convainc les populations sédentaires desengager dans ces travaux.__________________________________________________________________________ 3.5.1.3. La "gestion de Terroirs" et le "développement local". Un recentrage des efforts sur le monde agricole.Pour le monde pastoral, ces approches ont eu un effet de marginalisation. Rarementimpliqués dans les recherches, ou à travers des représentants pas forcément représentatifs, lespasteurs sont perçus dans ses approches comme des marginaux, ne disposant pas de droitsfonciers puisquils utilisent les espaces de manière périodique et irrégulière. Dans le contextede saturation des zones cultivables, les politiques mises en œuvre sur le terrain dans la zoneagropastorale ont contribué à refouler les pasteurs sur les terres les moins accueillantes. Lagrande lacune de ces projets aura été de ne pas prendre en compte la nécessaire mobilité destroupeaux et le rôle clef que représente la zone agricole pour lensemble du système pastoralnational. Seul le "problème" posé par les éventuels conflits entre éleveurs et agriculteurs amotivé les gestionnaires de ces projets à prendre en compte les pasteurs.Cette tendance à la facilité était largement encouragée par les agents de lEtat collaborant à sesprojets, dautant que la perception négative de lélevage mobile et pastoral restait encorelargement ancrée dans les esprits. Le développement spontané dun élevage sédentaire quelon suppose toujours plus productif encouragera encore les projets à traiter le pastoralismecomme un archaïsme pour lequel on consent à céder quelques espaces non cultivables,comme une sorte de "réserve" à des peuples qui vivent en dehors du monde moderne.Lapparition de la MARP (méthode tout dabord accélérée, puis finalement "active" derecherche participative) devient à cette époque une mode, puis carrément un dogme. Lusagede cette méthode est alors quasiment incontournable pour espérer être crédible. Son usagegarantit dans les esprit des décideurs, et sans quil soit besoin de vérifications, que toutes lescomposantes de la population sont parvenues à définir leurs objectifs, à planifier ledéveloppement de leur terroir dans le temps et lespace, et que lensemble de lactionentreprise ne génèrera pas de litiges et sera fécond dans le long terme. Or, si cette méthodeest effectivement un outil permettant dintégrer les ruraux dans la planification et lanalyse deconcepts abstraits, sa mise en application nécessite un soin, une attention, et surtout uneexpérience considérable pour être valide. Pourtant sur le terrain, on envoie des agents deniveau BAC, sans expérience et peu motivés par la rigueur, "marper" des "terroirs" enquelques jours. Le milieu agricole et sédentaire apprend très vite le bénéfice quil peut tirer decette méthode en excluant les groupes de pasteurs ou en minimisant leur rôle danslexploitation des RNs.121 Et encore, principalement des Prozopis juliflora, espèce importée, sans guère d’utilité, voir toxique pour lebétail, qui est souvent envahissante et finit par devenir un problème écologique en soit, selon les témoignagesrecueillis partout au Niger chez les pasteurs. 97
  • 98. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005La GTZ, qui a fortement basé ses approches au Sahel sur la Gestion de terroirs et qui en aretiré une certaine expérience, innove en créant le PRASET, espace de concertationinternational des projets en vue de promouvoir la transhumance et de favoriser sa prise encompte dans les projets de développement. Le CILSS est dans le mouvement, car en 1993 àPraïa, lors dun forum international sur le foncier, la mobilité de lélevage et la nécessité detrouver des statuts fonciers aux espaces pastoraux avaient été identifiées et formulées commeune des recommandations fortes aux Etats sahéliens. La composante Niger de la GTZparticipera peu à ces échanges du PRASET et les projets de gestion de terroirs en cours nemodifieront pas ou peu leurs approches.La DDC quant à elle, développe ses concepts de développement local, notamment à Gaya. Ilfaudra la fin des années 90, alors que quasiment tout lespace pastoral à disparu dans cettezone, pour que des contacts réellement intentionnés aient lieu avec des représentants despasteurs qui vivent une situation dramatique dans cet arrondissement, sous la menacepermanente dagriculteurs qui sont venus conquérir en force ces terres fertiles et qui nhésitentpas à des actions de représailles collectives violentes en cas dincursion du bétail dans leurschamps. Les conflits et les morts dhommes sont fréquents, et il faudra 10 ans pour envisagerde travailler enfin sur des concertations qui permettent le tracé de quelques couloirs depassage ou la délimitation des rares poches de milieu naturel permettant encore à lélevagedexister.__________________________________________________________________________ 3.5.1.4. Dans la zone Nord, entre urgence, temporisation du conflit et développement pastoral. Recherche dinterlocuteurs.Mais les années 90 puis jusquen 2004, resteront surtout celles des projets qui ont été signésdans la foulée des accords de paix, le PNN pour la GTZ, et le PROZOPAS pour lUE, etdautres projets de plus faible dimension comme celui dAFRICARE. Lanalyse sous langlede notre recherche de ces projets nest pas aisée, ceci pour deux raisons : - Ces expériences sont encore relativement fraîches. Les soumettre à la critique comporte le risque de mettre en cause, même sans intention, des personnes et des structures. Or nous ne souhaitons pas suivre un courant de pensée un peu trop simpliste, qui a tendance à mettre laccent sur les erreurs et les travers de ces projets, sans tenir compte de lextrême difficulté de cette période troublée. Laide de ces projets a été un élément de pacification et de redressement de léconomie globale du Nord Niger, cétait lobjectif premier et il a été globalement atteint. - La rétrospection des intervenants na pas encore été faite, si tant est quelle le sera un jour. Ni les anciens cadres des projets, ni les bailleurs, ni lEtat, ni aucun chercheur indépendant, ne sest aventuré à publier des analyses critiques de ces programmes. La recherche documentaire que nous avons menée à Niamey en 2003, sest heurtée à une fermeture manifeste concernant le Prozopas, autant du côté de lUE que du Ministère du Plan, tutelle du Prozopas. Le peu de documentation en notre possession nous vient de connaissances personnelles. 98
  • 99. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Trois constats négatifs sont généralement faits concernant le Prozopas et dans une moindremesure le PNN, concernant surtout leur manière de cibler les bénéficiaires des actions, et nouspouvons les mentionner, ce qui ne signifie pas que nous les validions comme des faits : 1) Le milieu Peul Wodaabé du Nord Niger aurait eu beaucoup de peine à bénéficier des actions du projet. Les Chefs de Tribus Touaregs et les leaders des différentes fractions de la rébellion faisaient écran à leur implication. 2) Les notables, Chefs de groupements et leaders des mouvements rebelles auraient massivement détourné les aides à leur profit pour asseoir davantage leur pouvoir (Le projet PROZOPAS a eu le mérite de lutter avec vigueur contre ce problème, nhésitant pas à mettre des gens en prison pour récupérer des fonds de crédits). 3) Les commerçants, investisseurs en bétail de la zone pastorale ont été favorisés, voir "boostés" par des subventions à léquipement, se présentant comme des personnes influentes et crédibles de communautés restreintes, au détriment de lélevage pastoral. Cette réalité nest pas toujours liée à des actions directes du projet, mais parfois à des "actions satellites ou partenaires." On y reviendra.Ceci dit, le principal intérêt pour notre recherche dans ces projets, restera leurs difficultés àse positionner pour définir des échelles et des catégories sociales dintervention. La structuresociale de la région est complexe mais les projets souhaitaient travailler au plus près despopulations afin de sassurer de lappropriation des actions et processus mis en oeuvre.Dès lors, les projets devaient répondre à deux questions : - De l’échelle de population avec laquelle travailler. - De la légitimité des représentants directement visibles des pasteurs.Travailler au niveau des groupements administratifs nétait pas souhaitable car ces dernierssont trop vastes pour la plupart, même si la structure est officielle et bien définie, donc bienvisible, il a été tout de même retenu par le Prozopas que la visibilité la plus évidente n’est pastoujours garante de légitimité. Dans le même ordre didée concernant les Chefferiesadministratives, l’élargissement du champ social, (et donc du nombre de personnesconcernées mais aussi de groupes d’intérêts différents) multiplie le risque de conflit autourdes ressources et de divergences de vues.En principe les pasteurs sont tous affiliés à une tribu, et les tribus à des groupements122 et desreprésentants sont facilement identifiables. Léchelle de la tribu pouvait donc être retenue.Mais cette apparente simplicité nest pas la réalité sur le terrain. Un grand nombre de tribussont dites "non groupées" parce quelles nappartiennent pas un groupement administratif. Lestribus sont plusieurs centaines, et de taille diverses. Certaines tribus sont relativementhomogènes et leurs membres nomadisent en restant relativement proche, ou tout au moins encontact. Dautres tribus sont vastes, leurs membres dispersés et sans contact entre eux depuisdes années.Certains groupes ont tendance à multiplier le nombre de tribus réduites, à se subdiviser engroupuscules (Bikorawas, Yamawas pour les Peuls Wodaabés, Kel temerkes pour lesTouaregs).Un second problème apparaît ensuite, les membres d’une tribu sont très souvent dispersésdans l’espace par les mouvements pastoraux mais parfois aussi sur des points d’attachesdifférents ( Kel Hoggar, Igamen, par exemple…). En outre, des pasteurs de certaines tribusnon recensées dans les groupements localisés dans une localité donnée, sont pourtant devenus122 Voir les tableaux présentant ces structures en annexe. 99
  • 100. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005des permanents, à la faveurs d’alliances informelles avec d’autres groupes, dans unerépartition stratégique du cheptel et des familles (familles Wodaabés Japto’en liées aux Kuntade Rafia par exemple à louest dIn-Gall…).D’autres interrogations se dégagent alors de ce constat, puisque la base administrative estécartée : - Approche sur la base des entités sociales ? - Approche sur la base géographique ?L’équation contient donc 4 éléments qu’il faudrait combiner : - Grande échelle - Echelle réduite - Approche socio-administrative - Approche géographiqueUn développement optimum et généralisé des structures associatives modernes pourrait aiderà résoudre l’équation, malheureusement ces structures sont quasiment absentes de la zoneconcernée à lépoque123.Tous les intervenants en zone pastorale ont été et sont toujours confrontés à la question desinterlocuteurs représentatifs et des échelles de travail (En milieu agricole, le village ou lesgroupes de villages sont des entités bien déterminées, fixes et stables).Nous proposons ici une description sommaire de quelques exemples récents dans la zoneNord. Ces exemples sont exempts de critiques de notre part et sont restitués tels que lesresponsables des projets nous les ont présenté. Centre d’Appui Ruraux. Prozopas. Approche géographique avec grande échelle. Regroupement de divers groupes ethniques sur la base d’intérêts communs autour d’un point central de terroir reconnus par tous après un diagnostique participatif ( MARP). Activités gérées séparément par comités spécifiques. Approche village. Africare. Approche géographique. Le terme village désigne ici les terroirs d’attache. Selon cette démarche, les terroirs d’attaches sont « inclusifs » et nombre de familles d’origine différentes gravitent en satellites autour du groupe prioritaire d’origine. Tous les ménages sont recensés dans le détail et l’on fait volontairement abstraction des structures tribales ou sociales. Les activités sont gérées par un Comité de Sécurité Alimentaire CSA et l’ensemble est chapeauté par un Comité de Gestion Villageois CGV qui inclus les notables et les Chefs. Comités Locaux de Développement CLD. Cette approche géographique du PMR, (Projet Micro réalisation, UE, qui a suivi le PROZOPAS dès 2002) est identique à celle d’Africare avec néanmoins un système moins élaboré pour le diagnostique de départ. 116 micro réalisations ont été menées de 2002 à 2004123 Sauf dans le Nord Dakoro. 100
  • 101. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 pour un budget de 703 millions de francs cfa, sur les départements de Tchirozérine et Aderbissinat. ZAP, Zone d’Abreuvement et de Pâturage. Cette notion sur laquelle APPEL- ZP base son contact avec les éleveurs membres est sans doute la plus proche d’une réalité des éleveurs. Elle a l’avantage, en théorie, de faire le lien entre dimension géographique non figée de l’espace et population. Toutefois, si elle ressemble à celle développée par l’ONG GAGE et le PAGRNAT dans l’Aïr124 sur la base des Terrains de Parcours, avec un puits principal comme centre, elle est sans doute difficile à mettre en œuvre en zone pastorale, du fait de la plus grande mobilité et des croisements ethniques. Groupement Associatif, AREN. Ces groupements sont auto-constitués sur la base des intérêts communs des membres. Cest généralement la tribu qui sert de base à leur définition et AREN nintervient pas dans les motivations des membres pour se grouper. Un système de triple cotisation au groupement puis à la coordination régionale, puis au bureau national, permet de garantir des adhésions sérieuses dautant que chaque membre doit également déposer sa photographie au niveau national dans les registres. Ces groupements et leurs coordinations agissent au niveau local pour défendre juridiquement et administrativement leurs membres et disposent dune grande indépendance. Totalement auto-créé avant leur affiliation à AREN, ces structures nont pas dambition de structuration sur une base géographique, ni de quelconque idéologie de développement pastoral. Ils sont peu nombreux dans le Nord durant la décennie. Le PNN, Projet Nord Niger de la GTZ, sest essentiellement reposé sur les groupements administratifs. Lors de nos enquêtes sur le terrain pour la GTZ en 2004, cette approche fût toujours fortement critiquée par les pasteurs, qui ont suivi les multiples détournements et dilapidations de fonds de ce projet par leurs responsables administratifs.Sur le plan de lidéologie en terme de développement pastoral, aucun de ces projets na euclairement de position. Les Centres dAppuis Ruraux ou CAR du Prozopas étaient davantagedes bases de services incluant écoles, couloirs de vaccinations, boutiques, banques céréalières,parfois cases de santé, que des structures cherchant une quelconque organisation spatiale desmouvements du cheptel. Il en est de même pour les autres projets. Aucune action directevers le cheptel et lélevage nest vraiment entreprise par ces projets, ni en alimentationanimale, ni en zootechnie. La mobilité est reconnue globalement. Les soutiens à lavillagisation par lONG AFRICARE répondent au souci de trouver des solutions aux plusdémunis qui ne peuvent plus transhumer, et non pas à améliorer la gestion de lespace et destroupeaux.La coopération française de son côté, reste timide en matière de développement pastoral etraisonne en terme de filière dans sa stratégie de cette décennie125. Les projets concernant124 Elaboration dune stratégie pour une gestion durable des ressources naturelles dans la zone pastorale et lAïr.Etude pour le LUCOP-GTZ, R. Hammel, 2005.125 Laide française au Niger. Evaluation de la politique française 1990 - 2001. Cabinet Evalua, Minsitère desaffaires étrangère. 2002. 101
  • 102. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005lélevage sont rangés dans cette catégorie. Faut-il y voir une sorte de réserve vis-à-vis de cesecteur ? Un projet intitulé Projet Pastoral Nord Zinder, PPNZ, de faible enverguregéographique, et qui visait notamment à améliorer le maillage des puits de la zone et à mettreen place des mécanismes de sécurisation économique, sera clôturé quelques mois après sondémarrage par suite dinsécurité dans la zone et de menaces de la part des groupes résiduels dela rébellion.__________________________________________________________________________ 3.5.1.5. Les ONGs et la question pastorale dans les années 90. 1) Plusieurs ONGs sattellent de front à la question de la gestion conjointe des ressources naturelles avec une forte inclination à prendre en compte, voir à favoriser la préservation de la mobilité pastorale. SOS-Sahel GB, investi ses efforts de 1996 à 2002 sur une forêt classée de 6 000 ha dans le département de Zinder à Takiéta126, conjointement avec les services forestiers. La recherche et la mise au point doutils de concertation basés sur la MARP est le principal enjeu, avec lespoir de pouvoir étendre le champ daction ultérieurement. Lusage pastoral de la forêt à certaines saisons par des transhumants est lobjet de beaucoup dattention et de concertation avec les usagers agricoles de la périphérie. LIIED intervient en appui conceptuel à ce projet, ainsi quau PAAPB dont il sera fait mention plus loin, avec des financements séparés pour actions précises. LIIED développe durant cette décennie une approche davant-garde qui vise à désenclaver les activités agricoles et pastorales pour promouvoir le concept dusages communs et différenciés des mêmes ressources par des utilisateurs différents. 2) Karkara, une ONG nigérienne, développe un programme de type gestion de terroir dans lEst, à Goudoumaria, avec en toile de fond la lutte contre la désertification mais également un fort soutien à la sécurisation pastorale par des aides au système économique (crédits, banques céréalières, etc…..). Fortement soutenue par la coopération française, elle sengagera à ses côtés pour la réalisation du Projet de renforcement institutionnel et technique de la filière cameline, plus connu sous le nom de projet camelin. Ce projet sattachera surtout à la filière du lait de chamelle à Agadez et à développer des charrettes et outils agricoles adaptés à la traction cameline (malgré des résultats techniques réellement probants, on doit conclure à labsence dimpact de ce dernier volet). Des vulgarisations et des formations spécifiques aux pathologies des dromadaires sont mises au point et introduites dans les formations des agents délevage. Cette spécificité était quasiment absente de leur formation de base jusque là.126 Gestion conjointe des ressources communes. Une étude cas à Takiéta, Niger. Kees et Gill Vogt. IIED, Mai2000. 102
  • 103. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 3.5.1.6. Emergence du secteur associatif.On nous reprochera peut-être, sur ce point, de ne parler que des actions dune seuleassociation, alors que des dizaines sont répertoriées au Ministère de lIntérieur, et quelles sontmembres dun collectif créé en 2000 sous le nom de CAPAN. Pourtant, si lon doit présenterdes actions et des résultats tangibles du secteur associatif, seule lassociation AREN127 peutêtre mentionnée, en dehors de quelques instrumentalisations des autres associations par desbailleurs divers et pour des actions très ponctuelles.AREN est née dans la confidentialité en 1990, alors que les textes régissant les associationsnont été promulgués quen 1992. Très vite, les premiers groupements qui se constituent àlOuest sinvestissent dans la concertation locale pour faire respecter les couloirs de passageou en délimiter de nouveaux. Alors quil faut attendre 1998 pour que les premiers bailleursde fonds commencent à sintéresser à la question des forums entre agriculteurs et éleveurs etau tracé des couloirs de passage (la DDC serait la première en 1998 avec le couloirinternational de transhumance de Dakoro - Guidan Roumji), lAREN organise et finance surles fonds propres des éleveurs, des dizaines de forum et de délimitations entre 1990 et 1996,incluant ladministration et prenant en charge ses frais de déplacement. Malheureusement,par manque de moyens humains et administratifs, toute cette expérience ne fût jamaiscomptabilisée et mise en lumière.Dans la zone du Parc du W, lAREN sinvesti pour faire respecter le Droit élémentaire lors desincursions des éleveurs dans le Parc et ses zones tampons. Progressivement, lAREN devientle rempart des éleveurs contre les abus de toute sorte dont ils sont victimes, que se soit pourles dégâts aux champs et mise en fourrières abusives du bétail, des emprisonnements ou pourle respect des couloirs de passage qui pour la plupart, datent de lépoque coloniale.En raison de ses résultats sur le terrain, les éleveurs, surtout les Peuls de toutes les régions, yadhèrent massivement, au point que le petit bureau bénévole de Niamey ne parvient plus àsuivre le rythme. Jusquà Diffa, lAREN devient LE syndicat éleveur du Niger, même si lemot syndicat ne figure jamais dans les débats et les écrits.Les groupements et les coordinations régionales nétant pas créées en vue de capter les aidesau développement, ces structures présentaient un niveau de débat élevé et semblaient devoirêtre les structures de base les plus crédibles et les plus fiables en milieu éleveur. Pour lesprojets et bailleurs, cette organisation spontanée pouvait représenter lalternative decollaboration idéale en vue de se soustraire aux difficultés inhérentes à la structuration tribaleet administrative. De la même manière, cela permettait de travailler en lien direct avec lespopulations, car les structures de type associatif pouvaient remplacer légalement les servicestechniques sur le terrain. Le Ministère de lIntérieur devenant alors une tutelle très indirecte etpeu impliquée techniquement pour le partenaire extérieur qui voulait investir et mener sespropres démarches avec les populations sans linterférence de plus en plus critiquée desservices techniques, et ceci dans tout les domaines.Malheureusement, un fort discrédit se répandait sur lensemble des associations, carparallèlement, bon nombre de fonctionnaires sétaient engouffrés dans cette voie en créant detoute pièce des associations non crédibles (lune dentre elles128 avait réussi à se faire verser17 millions de fr CFA par la DDC pour une "fausse" assemblée générale à Diffa. A titre de127 Association pour la Redynamisation de l Elevage au Niger.128 Elle existe toujours pourtant, avec le même leader, et des bailleurs ont commencé à travailler avec elle sur leterrain. 103
  • 104. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005comparaison, le budget dAG de lAREN est de 3 à 5 millions et elle le finance sur sescotisations).En 1997, toutefois, AREN pourra mettre en œuvre un programme défini par ses groupementsdu Nord Dakoro pour trois ans, de 1998 à 2000 avec trois partenaires :- SOS-SAHEL GB avec 50% du financement issu de lUE.- DDC avec 35 % du financement- HEKS-EPER avec 15 % du financement venant de ses fonds propres.Le financement total est de 335 millions de Fr CFA.A ce programme est joint un assistant technique SOS-Sahel GB, concepteur du programme etle financement dun staff de trois personnes jusquici bénévoles au bureau national est lié auprogramme, qui sintitulera PAAPB, programme dappui aux associations pastorales deBermo. Les groupements affiliés à dautres associations sont intégrés au même titre que lesgroupements AREN.Le programme construit ses bâtiments à Bermo, à 85 km au Nord de Dakoro et engage troispersonnes sur le terrain, les éleveurs participant à leur recrutement selon leurs critères propres.Un Conseil élu de 7 éleveurs gère le projet sur le terrain avec laide des employés et prendtoutes les décisions importantes.Le projet travaille sur les axes suivants, tous définis par lassemblée des 32 Présidents degroupements associatifs : - Crédits à la commercialisation du bétail selon un système nouveau. - Banques céréalières. - Formation à la technique du foin pour les éleveurs démunis qui se sédentarisent sur les sites dattache. - Crédits pour les femmes - Formations dauxiliaires vétérinaires disposant de 3 vaccins indispensables et dantibiotiques injectables.129 - Soutien aux écoles nomades. - Sensibilisation adaptée au milieu Wodaabé pour le virus HIV. - Vulgarisation des textes de Lois à des délégués élus chargés de défendre les intérêts des éleveurs. Ces derniers se retrouveront ultérieurement dans un comité de gestion et prévention des conflits.Le débat de fond dans la zone Nord Dakoro à cette époque est la colonisation des espacespastoraux par lagriculture, contre laquelle les éleveurs Peuls et Touaregs luttent avec unestratégie commune.LIIED apporte son soutien au projet à travers son programme international PGCRN et fournides appuis conceptuels par des consultants tout en finançant des formations et des actionsspécifiques concernant la gestion conjointe des ressources.Vers les années 2000, dautres bailleurs sengagent avec lAREN, mais toujours pour financerSES projets, ceux quelle a défini avec ses membres, et non pas comme un exécutant de129 Comme dans le cas des vaccinateurs formés par VSF en 1989, ce contournement de la Loi voulait ouvrir ledébat et a été possible par la prise de risque du Chef de lElevage de Dakoro, Abdou Yahouza. 104
  • 105. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005projets déjà mis en forme. Un plan stratégique est mit au point pour lensemble du pays en1999. Il sera progressivement financé à Diffa, Maradi et Tillabéry, avec NOVIB et OXFAM.Nous souhaitons tout de même donner quelques orientations sur ce quest, selon nous, uneorganisation de type associatif "syndicale".On doit insister sur le fait qu’il est nécessaire de vérifier sur le terrain, la réalité d’uneorganisation. Un grand nombre d’entre elles ne sont que des groupuscules de personnes,souvent extérieurs au système pastoral et le connaissant très mal, et n’ont pas de basepopulaire130.Par base, nous entendons des structures de terrain rassemblant des familles de pasteurs,coordonnées par une structure régionale à une échelle ou une autre. Le paiement d’unecotisation et la visite d’un leader ne suffisent pas pour conclure à la réalité d’une association.En effet, bien des structures ne justifient leur existence que par une unique visite à deséleveurs, quelques discours, l’encaissement de quelques centaines de francs CFA parpersonne au titre de cotisation ou non. L’absence de moyens est généralement avancée par lasuite pour expliquer l’absence totale d’activités. Ce schéma concerne selon nous lessentieldes associations ou prétendument telles, qui s’affichent au Niger et cherchent à se fairefinancer.L’absence de discernement des bailleurs dans ce sens est telle, que certaines parviennent àtoucher des fonds, et nombre d’entre elles sont membres du CAPAN, collectif constitué sousimpulsion de IIED dès l’année 2000, ceci au même titre que lAREN, organisationd’envergure nationale. Cette dernière dispose de multiples coordinations de terrain auto-financées, de milliers de membres enregistrés, et leurs réalisations sur le terrain des droits del’homme, de la gestion des RN, ou du soutien aux initiatives locales se comptent parcentaines131.L’échec des tentatives de rassembler ces organisations dans une structure globale cohérenteest patent au Niger, et on doit souligner que des études préalables fouillées et pertinentes sontnécessaires avant d’engager une collaboration avec une association sur le terrain au Niger,tant les pseudos associations font écran à la réalité.On doit également rendre attentif sur la grande diversité de capacité au sein de ces structures,qui fonctionnent essentiellement sur un bénévolat. Un travers courant des projets decollaboration avec les Organisations de Producteurs, OP, est de mettre en place des systèmesde suivi ou de financement trop complexes, que les OP ne parviennent pas à assumer par lasuite. Il faut également relever l’absence totale de moyens de fonctionnement des OP132 et entenir compte en accompagnant financièrement chaque étape du renforcement de capacité oud’exécution des actions.130 Curieusement, on doit rappeler que le fait d’être issu d’une ethnie « éleveur » et d’avoir grandi dans le milieune suffit pas pour être compétent en matière de pastoralisme. Les préjugés et les méconnaissances les plusclassiques se rencontrent beaucoup chez les représentants intellectuels du monde pastoral, ces derniers ayantacquis leur base de connaissance par le milieu administratif et scolaire.131 L’AREN est actuellement la seule organisation de cette envergure nationale qui fonctionne selon desressources internes pour ses activités souveraines et dont les leaders soient élus démocratiquement selon despériodes fixes.APPEL-ZP tend à devenir également une association crédible dans ce sens, mais sur une zone localisée. Parailleurs, concernant cette dernière, les concepts techniques et idées de développement qui fondent sa philosophiesemblent y être plus descendants qu’ascendants.132 Il faut distinguer les moyens de fonctionnement selon les critères du développement et des bailleurs enopposition avec les simples capacités d’assumer les dépenses de souveraineté (assemblées générales,coordinations, frais administratifs et de représentation). Ces dépenses de souveraineté sont couvertes par lesfonds propres issus des cotisations. 105
  • 106. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Enfin, les organisations de base, selon nous, ne sont pas des prestataires.L’instrumentalisation des OP par les projets représente un risque majeur de corrompre leurvocation première qui est de susciter des initiatives à la base et de défendre les intérêts deséleveurs. Quand des OP acceptent (par attrait des petits moyens consentis), de diffuser desvulgarisations et sensibilisations inadaptées mises au point par les bailleurs, ou de setransformer en relais pour la sensibilisation ou des actions de DRS, la confusion s’installechez leurs membres qui voient alors leur association comme un projet et perdent ainsil’occasion d’avancer sur le terrain d’une démarche syndicale et démocratique.Les projets et les partenaires financiers du développement portent ainsi une granderesponsabilité, car leur influence involontaire sur les mécanismes sociaux permettantl’émergence de réels mouvements de producteurs est le plus souvent négative.Une réflexion trop hâtive, peu informée et peu motivée sous-tend généralement l’entrée encollaboration avec les OP. Des mouvements intéressants se trouvent ainsi corrompus parl’instrumentalisation de leurs structures de base et de leurs leaders, et des associationsconstituées sur des bases fausses se trouvent en position de perdurer grâce à des soutiensextérieurs.__________________________________________________________________________ 3.5.1.7. La sélection du cheptel partagée avec les éleveurs. Innovation de la CTB.En août 1998, la Coopération technique Belge sengage dans une voie laissée quasiment àlabandon depuis 1985, voir même depuis 73, par un projet bilatéral pour la sélection de larace Bovine Azawak, sous le nom de "projet AZAWAK". Ce projet continue ses activitésjusquà aujourdhui.Pour rappel, la station de Filingué Toukounous a été créée en 1931 et travaille à cettesélection depuis les années 50.La CTB reprend donc les infrastructures vieillissantes de la station de Toukounous, qui à cetteépoque continue à produire du lait et de le vendre sous forme réfrigérée aux acheteurs venusde Niamey (Olani et privés ) ou à fournir le marché des femmes fromagères des villagesenvironnants. Un cheptel issu de sélections est disponible et selon les responsables133, cettesélection a continué à être rigoureuse permettant didentifier de bons géniteurs.La nouveauté, sera de diffuser dans le milieu éleveur, non plus des femelles, mais lesgéniteurs mâles eux-mêmes. En effet, envers et contre toute logique zootechnique, la stationde Toukounous, et les CMB qui ont eu également dans leurs ambitions de démultiplier ladiffusion, revendaient essentiellement des femelles "améliorées" par la sélection, et non lesmâles, dont le potentiel de diffusion de sang sélectionné aurait été évidemment beaucoup plusrapide.Le projet mettra au point la notion "déleveur sélectionneurs" pour ceux dont les troupeauxauront été reconnus aptes et qui auront acheté des reproducteurs. Ils pourront désormais,133 Entretiens avec Dr. Michel Maricaux, CTB, assistant technique projet AZAWAK, et Dr Boubé Hambali,directeur du projet, 2003. 106
  • 107. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005forts de leur affiliation à un réseau de sélectionneurs, revendre leur bétail pour lélevage avecun label de qualité qui leur donnera une plus value.Dans la seconde phase, à partir de lannée 2000, le CMB de Facko est intégré au processus,malgré le métissage de son cheptel, et la diffusion de géniteurs venus de Toukounous et deséleveurs sélectionneurs se répand également dans le Centre du Niger.La clientèle est majoritairement touarègue et arabe. Les éleveurs investisseurs se profilentcomme des clients réguliers et deviennent également des éleveurs sectionneurs.Des suivis de croissances sont mit en place chez 48 éleveurs disposant de géniteurssélectionnés et permettent de mesurer les performances en milieu réel cette fois-ci et cestroupeaux bénéficient d’encadrements techniques rapprochés. Selon le rapport final produit en2002, tous les paramètres zootechniques auraient subit des améliorations notables entre 1998et 2001.Les taux de fécondité auraient augmenté de 21%, le taux de mortalité globale serait passé de6,9 % à 1 %, le croît du troupeau serait passé à 11 %, alors que le taux dexploitation diminueet passe de 17,9 % à 8,5 %.La croissance pondérale est mesurée sur les veaux de 6 mois issus des reproducteurs et sur desveaux témoins. Il ressort que le poids à 6 mois est denviron 10 kg de plus pour les veauxissus de la sélection avec 66 kg pour les mâles et 64,8 pour les femelles.Le projet aura diffusé 191 géniteurs et 130 génisses dans sa première phase de 1998 à 2001.Nous navons pas de chiffres concernant les années suivantes134.6 éleveurs sélectionneurs sont identifiés, principalement chez des investisseurs commerçants.On verra plus loin limpact de ce choix.La seconde phase du projet est formulé en 2001 pour 2002 - 2006, la contribution belge semontant à 2 millions dEuros135.Notons encore que lUniversité de Turin a implanté une banque de sperme à Toukounouss ensatellite du projet AZAWAK avec lambition de promouvoir linsémination artificielle.___________________________________________________________________________3.5.2. CODE RURAL, TERROIRS DATTACHE ET DECENTRALISATION. LERE DES JURISTES.La genèse complète de ce processus serait longue et pourrait représenter un thème en soit. Nous nouslimiterons donc à lessentiel pour ce qui concerne les idéologies et les confrontations de visions dudéveloppement qui en découlent.Lhistorique de la question foncière pour le Niger est réalisé par le Ministère, en tant que contributionau Forum sur le Foncier et le Développement Durable de Bamako en 2003, (CILSS).En 1993, sont publiés les "principes dorientation du Code Rural, qui visent à formaliser unnouveau type de propriété privative du sol au Niger, et principalement concernant le sol134 Projet dappui à lElevage des bovins de race Azawak au Niger, NER/00/001, Rapport final. 2002.135 Projet dappui à lElevage des bovins de race Azawak au Niger, Phase II, rapport de formulation. Sept 2001. 107
  • 108. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005agricole. La terre agricole fait déjà lobjet de transactions financière même en labsence delégislation, et les droits coutumiers tendent à se diluer avec la forte monétarisation deléconomie rurale, ce qui génère dinnombrables litiges. En zone pastorale, lespoir repose surune relecture des textes et une volonté nouvelle de faire enfin appliquer la limite Nord descultures de 1961.En 1997, les textes complémentaires au Code Rural sont édités et validés par lEtat. Lundentre eux concerne les pasteurs, avec la définition dun concept nouveau sur le planjuridique, les " terroirs dattaches". Pourtant proches des réalités sur le terrain etcorrespondant au souhait des pasteurs de voir leur priorité dusage reconnues dans lespériphéries de leurs puits, ce texte sera violemment attaqué par les Chefferies administrativesdes éleveurs et les associations.___________________________________________________________________________ 3.5.2.1. Les soutiens aux commissions foncières.Les bailleurs de fonds sintéressent à la mise en place du processus, et apportent des soutienslocalisés aux commissions foncières sur le terrain.La DDC se concentre à Gaya où elle intervient depuis les années 80 par son programme dedéveloppement local.Africa 70, une ONG du Nord, sattache au soutien du processus dans le département deZinder, et le Prozopas entame timidement des actions de soutien par le financement delinstallation des commissions foncières dans le Nord.Il sagit dun début, et dexpérience de structuration sur le terrain et de précision desresponsabilités subsidiaires des différentes structures, du niveau village au niveaudépartemental. La question pastorale est très peu abordée, et la notion de terroirs dattachereste prudemment écartée des priorités puisquune polémique au niveau national sintensifiesous la pression des associations et de quelques experts du Nord. Bien que les Chefs degroupements administratifs soient partie prenante des Commissions foncières (nous lesappelons Cofos dans la suite du texte), aucun terroir dattache ne sera jamais reconnu etvalidé.________________________________________________________________________ 3.5.2.2. Linsoluble débat sur les terroirs dattaches.Ce débat fait lobjet de crispations fortes au Niger et curieusement, se sont principalement lesdéfenseurs de la mobilité et du pastoralisme qui en sont les principaux adversaires. Laposition des associations durant les années qui ont suivi la publication du texte était un peusimpliste, à savoir linégalité de traitement entre agriculteurs qui deviennent propriétaires, etéleveurs qui naurait que des "Droit Prioritaires". On détaillera dans le point 4, les différentespositions des uns et des autres et nous chercherons à clarifier ce débat._________________________________________________________________________ 108
  • 109. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 3.5.2.3. Le mythe du ranching refait surface.Les éleveurs investisseurs développent leur activité dans cette décennie.Disposant de camions, il peuvent déplacer leur cheptel sur de plus longues distances etamener leau sur place lorsque cest nécessaire.Disposant dappuis politiques, ils peuvent se faire attribuer ou ils peuvent racheter des pointsdeau modernes, puits cimentés ou même des forages. Ils deviennent parfois eux-mêmespoliticiens et députés.Disposant de connexions dans le milieu notable des chefferies administratives, ils peuventabreuver en priorité sur des ouvrages stratégiques, au détriment des éleveurs dont ilsconsomment lessentiel du pâturage avec leurs grands troupeaux.Disposant de connexions commerciales et de marge de manœuvres économiques, ils peuventexporter et profiter des fluctuations du marché (alors que léleveur de base, lui, les subit parmanque de cash disponible).Employant les éleveurs démunis sur des bases de contrats assez variables (du lait comme seulsalaire dans les années 80 - 90, à des salaires décents à partir de 2000), ils bénéficient duprofessionnalisme du monde pastoral.Comme si ces pouvoirs conjugués de la fortune et des appuis politiques qui permettent decontourner ou modifier les règles sur le terrain ne suffisaient pas pour dominer les pasteurs demanière déloyale, les projets de développement apportent leurs appuis.Certains investisseurs se voient ainsi renforcés par le Prozopas, par des puits, desinfrastructures. Certes, ces réalisations sont réalisées pour lusage commun, mais ellesresteront après coup sous les décisions de ces commerçants et renforceront encore leurpouvoir sur le terrain face aux éleveurs, dans le système dalliance et dallégeance dintérêts.Le Projet Pastoral Pilote du Ministère, financé par la Banque Mondiale, met en place despérimètres en zone pastorale sur lesquels des expériences de gestion dite "holistique" despâturages seront menées. Il sagit de démontrer que durant la période de végétation, unerotation calculée des parcelles pâturées avec des périodes de repos, permet daccroître laproduction nette des herbacées et donc, dentretenir plus de cheptel. La base de cetterecherche repose sur des expériences faites aux Etats-Unis dans la réserve des IndiensNavajos, sur des pâturages de plantes vivaces.Il faut donc identifier des groupes de pasteurs prêts à partager lexpérience sur leur site.Lexpérience intéresse les groupes de pasteurs, puisquelle leur permettra de disposer de droitsforts sur leurs terroirs et de décider qui et quand pourra faire pâturer son bétail. Il sagitsurtout dune nouvelle possibilité dexclure les autres pasteurs, en déconnexion totale avec lesrègles dusage et de réciprocité. Un site est ainsi engagé avec des pasteurs Peuls Wodaabésqui développent une base de type terroir dans le Nord Dakoro (Tacha Ibrahim). Ils reçoiventdes dromadaires pour effectuer la surveillance et lapplication de la mise en rotation desparcelles qui sont définies à la suite dune étude agrostologique pointue. Hormis labsencedimpact visible et réellement mesurables du système et quelques gains accessoires pour lespasteurs, cette expérience restera sans grandes démonstrations.Par contre, vers Abalak, lexpérience permettra réellement laboutissement des objectifscachés qui étaient pourtant évidents dès le départ, sous forme de ranching. Nous reviendronssur cette analyse plus en détail au point 4.__________________________________________________________________________ 109
  • 110. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20053.5.3. "Le rêve porteur de développement". Nouvelle approche de la DDC pour lélevage Sahélien.AVERTISSEMENT.Au vu du thème de cette recherche, passer sous silence lexpérience APESS nétait paspossible sans du même coup, écarter le principe de parler des expériences de la DDC.Notre travail se base sur les faits, qui sont rendus accessibles à notre analyse par les écrits, lestémoignages et lobservation sur le terrain. Au vu de lanalyse de cette recherche, nous nepouvions aborder la question de lAPESS et de la pensée du Dr. Ly quavec la même rigueur,en montrant ce qua été la politique de la DCC durant quelques années et comment elle a étéinfluencée. Cette expérience ne peut être minimisée car cest par cette voie que la DDC sestenfin intéressée à lélevage sahélien.Nous avons connu le Dr. Ly, et nous avons passé 2 semaines à Dori en 1994, venant duTchad, pour recevoir sa formation en élevage et assister à lassemblée générale de l APESS.Par ailleurs nous avons également développé la technique du foin et assuré nous mêmes desformations à cette technique dans deux projets, sans lAPESS. Le foin nest PAS linventionde lAPESS et on peut valablement proposer cette méthode aux agropasteurs et pasteursdémunis, sans quil soit nécessaire dy adjoindre des aspects métaphysiques ou des jugementsde valeur sur leur manière de vivre.Nous aurions souhaité présenter cette expérience sans que notre critique soit aussi négative,mais comment le faire lorsque tous les documents disponibles sur cette philosophie dudéveloppement nous ramènent immanquablement aux mêmes questions, aux mêmes constats?Après avoir relevé les erreurs dappréciations menant aux tentatives de rationalisations degestion de lespace pastoral par Boudet, Fabregues et dautres, après avoir relevélaveuglement de certains scientifiques de lépoque coloniale, pouvait-on minimiser leségarement passagers136 à lintérieur de la coopération de notre propre pays et ainsi réserverlobjectivité critique aux coopération des pays voisins ? 3.5.3.1. Lenthousiasme contagieux…….La DDC est restée largement à lécart de lélevage au Sahel jusque vers la fin des années 80.Au Burkina - Faso, un vétérinaire, le Dr. Ly Boubacar, développe alors une vision nouvellede la question qui séduit le milieu peu expérimenté de la DDC concernant lélevage au Sahel.Au départ, cest lélevage sédentaire du Liptako qui est le champ dexpérimentation. Laculture dune légumineuse fourragère, le Siratro, dorigine australienne, est vulgarisée commela nouvelle panacée. Le fait que les éleveurs maîtrisent déjà le Niébé, légumineuse dontlhomme consomme la graine et le bétail le fourrage, ne décourage pas ce projet de tenterlimplantation dune culture finalement plus complexe et moins intéressante.On créera lAPESS, Association de Promotion de l`Elevage au Sahel et en Savane (!), basée àDori, bourgade du Nord doù est originaire le Dr Ly. On y développera et enseignera aussi une136 Linfluence du Dr Ly est fortement retombée en 2005. Il est actuellement la vedette dune émission sur latélévision burkinabé dans laquelle il développe ses thèses métaphysiques dune manière encore plus globale sansse centrer sur lélevage. 110
  • 111. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005méthode de transcription de la langue peule en caractère arabe, afin que lécole coraniquepuisse servir à écrire la langue locale.Le succès du Siratro est mitigé, mais le Dr Ly développera le concept de la récolte du foinnaturel en vert, à maturité des graminées, qui aura plus de succès. Cette technique supposepas mal de changement pour léleveur ou lagropasteur. Tout dabord, il faut disposer dairesde stockage rigoureusement étanches à la pluie et dassez grande taille, ce qui nest pastellement dans les habitudes, car même les habitations sont petites et dune étanchéité trèsrelative. Le stockage des pailles naturelles et feuilles de niébé se fait jusquici uniquementaprès la fin des pluies et dans les fourches des arbres ou sur les toits.Ensuite, les outils locaux ne permettent pas la fauche de grandes surfaces en un temps réduit.Le Dr. Ly contournera ces obstacles en important des faux de Suisse et en développant leconcept des granges à foins quon nommera sur le terrain "Hangar APESS", dune formeimpérativement rectangulaire et au toit à double pente.Le succès du foin est certain dans la région de Dori, et les éleveurs sédentaires se lancent dansune émulation à qui aura le plus grand hangar, qui fera le meilleur foin. LAPESS valoriseadmirablement ces innovations en les plaçant sur le plan culturel et organise des fêtesannuelles, des concours divers, fait la promotion de chansons sur le lait et le foin chez lesgriots. Des formations en élevage sont mises au point, et bientôt, des éleveurs sont envoyésde tous les pays dAfrique de louest et même de plus loin, pour bénéficier de cette formation.Ce succès rapide, tout de même poussé par la DDC qui finance les voyages des éleveurs detous les pays vers Dori, masque une absence de vision globale de la question élevage. Lamobilité du cheptel est considéré comme une relique du passé par lAPESS dans son discourset les transhumants font lobjet dun certain mépris. Or, si effectivement dans la région deDori, nombre déleveurs sont sédentaires dans un système agro-pastoral qui a développé unsystème foncier depuis lépoque de lEmpire du Macina, la majorité du cheptel reste mobile ettranshume jusquau Bénin ou dans le Gourma voisin en saison sèche et au Nord dans la boucledu Niger et ses deltas au Mali.Solution idéale et magnifique adaptation pour les agro-éleveurs sédentaires, toute laphilosophie de travail de lAPESS glisse progressivement vers un dogme intransigeant quelon voudrait appliquer à tout les éleveurs du Sahel, sous peine que ces derniers ne restentarriérés et ne puissent jamais se "développer".___________________________________________________________________________ 3.5.3.2. ………Puis le dogme métaphysique.Le discours du Dr. Ly senflamme alors vers un mysticisme intolérant et radical, qui nesupporte pas la contradiction. Le monde des experts du développement se divise bientôt endeux catégories, ceux qui sont suffisamment "positifs" pour comprendre sa doctrine et yadhérer, et les autres, qui ne sont pas encore prêts pour ça.A la DDC, son emprise sur les esprits se répand progressivement, car lavantage de sa doctrineest dêtre, dune certaine manière, en phase avec un courant alternatif qui cherche à sedémarquer des vision trop réduites des techniciens et des économistes, à la recherche denouvelles voies de pensée. Or, la philosophie du Dr. Ly trouve un terrain favorable à sonéclosion en Suisse, car elle présente des similitudes avec la vision développée par RudolfSteiner dans sa méthode dagriculture biodynamique au début du siècle qui fait beaucoup 111
  • 112. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005dadepte et de sympathisants en Suisse au sein du mouvement anthroposophique. Sans allerjusquà décrire des pratiques quasi magiques comme celles de Rudolf Steiner, le Dr.Lyaborde tout de même le développement de lélevage par la voie métaphysique, spirituelle, etsur des argumentations que nauraient pas reniées les occultistes des débuts du 20 ème siècle.Pour lui, certaines personnes ont un fluide qui leur permet de faire de lélevage et dautre non.Encore… lors dun traitement avec un produit vétérinaire, les courants positifs de celui quiadministre le médicament sont plus importants que la molécule agissante du produit. Cest lamain qui soigne.Il y a des vaches qui sont "positives" et dautre qui ne le sont pas. Seul linitié peut lesdétecter. Et linitiation, cest évidement par un stage de formation financé par la DDC dansson centre de formation de Dori, le BERAP, qu’on peut espérer lacquérir.Cest la théorie de la "Vache Positive Planétaire" et des "7 nœuds secrets de lélevage".La formation, que nous avons suivie en 1994, aborde toute sorte de considérations qui nontrien à voir avec la question de lélevage, mais débordent sur les autres aspects de la société, dudéveloppement, de la vie, du rôle des femmes dans la société, etc.Pour Dr. Ly, il y a des choses qui développent, donc positives et dautres "qui ne développentpas". On ne peut espérer se développer si on maintient dans son entourage des chosesnégatives qui ont une influence négative sur lhomme, tel que les ânes par exemple. Touchezun âne, et vous êtes "asiné" Ce contact vous rendra inapte au développement, paresseux,négligent. Préférez le cheval, dont le contact vous grandira….Stockez leau dans un récipient en métal, pour absorber la force du métal. Evitez délever etde consommer des pintades….idem que pour lâne.Construisez votre case de forme carrée et non ronde, afin déviter les ondes de formenégatives et que vos pensées ne tournent en rond (on saluera cette remarquablereconnaissance des valeurs traditionnelles, lessentiel de lhabitat Peul étant de forme ronde).Par contre, la formation aborde très peu la question du foin. On montre comment tenir etaffûter la faux et tout cela reste très théorique. Il faut dire que les formations ont lieu toutelannée, donc pas forcément au moment où une formation pratique serait possible pouraboutir à une maîtrise correcte des étapes du séchage.La coopération Suisse, du moins un courant de sympathisants dominant en son sein, passe surces excentricités et labsence de cohérence scientifique élémentaire de ce discours, avec uncurieux détachement. Personne ne semble sinquiéter dun éventuel discrédit que la croyancedans ces théories pourrait faire peser sur lensemble de linstitution. Les personnes réticentessont qualifiées de "négatives" et la bienveillance du Dr Ly envers ceux qui adhèrent à sondiscours les enveloppe dune aura douverture desprit et de qualité spirituelle. Il ne fait pasbon, à cette époque, mettre en doute la pertinence des approches de lAPESS et courir lerisque dêtre perçu comme un esprit faible. Cest que souvent, les éléments les plusirrationnels ne sont pas écrits. Le contenu écrit de la formation par exemple, montre destitres et des thèmes, mais rien ne permet dy relever les incohérences citées plus haut. Nousnavons pour étayer ce que nous présentons ici, que le large témoignage de tout ceux qui ontdébattu de ces questions avec le Dr. Ly, nos propres expériences de la formation orale en1994, les constats amusés de nombreux éleveurs amis qui ont fait le voyage « initiatique » deDori, et les notes de notre animatrice du PAAPB que nous avions envoyée en formation àDori en 1999.Un rapport dévaluation réalisé en 1998 par 4 experts émet des doutes sur lensemble de lathéorie en terme très diplomatiques et démontre sa dérive vers une doctrine rigide édictée par 112
  • 113. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005le SG de lAPESS, Dr Ly, ainsi que labsence de remise en question de son rôle de secrétairegénéral.Les critiques de ce rapport sont pourtant réalisées en termes très prudents et toujours sousforme de questions. Ce rapport ayant provoqué la colère du Dr Ly, il ne sera pas accepté parla DDC et il ne sera pas rendu public. Nous ne pouvons donc pas en citer des références.Tout ceci serait resté relativement anecdotique et confiné dans un fait culturel particulier àDori, si la DDC navait pas tenté de développer cette approche à léchelon de tous les paysdans lesquels elle travaille en Afrique de louest et centrale. Le Dr. Ly est invité à latelier duLouverain en 1993, sur le thème " quelle stratégie pour la DDA en Afrique de lOuest."Excellent orateur, il y développe alors sa vision de léleveur "rêveur", du "rêve" lui-même, etde "lentreprise productive menant au rêve", qui totalisent à eux seuls, 45 % des composantesde sa « structure du développement », parmi 11 éléments.137 Les sphères pensantes de laDDC sont-elles tombées sous le charme ?Dr. Ly devient bientôt LA référence en matière délevage pour la DDC, qui rappelons-lenavait strictement aucune expérience jusque là concernant le Sahel.Dès lors, Elevage = APESS.Au Niger, les projets de développement local aborderont lélevage à travers lAPESS, donc lesformations de type APESS et la récolte du foin.Dr Ly parcours le Niger en 1997 avec le Coordinateur du BUCO et Patrick Paris, qui estconsultant occasionnel de la DDC.Sur le conflit agriculteurs éleveurs, Dr. Ly incrimine très sérieusement la race bovine Bororoélevée surtout par les Peuls du Centre et de lEst. Selon lui, le port des cornes en lyre de cetterace capte des ondes cosmiques négatives qui sont transmises aux éleveurs à travers le lait.Les éleveurs deviennent ainsi nerveux, paresseux, négligents, ce qui explique les conflits etleur paresse flagrante puisquils continuent de nomadiser sans fin au lieu dintensifier leurélevage.Lorsque le PASEL, projet dappui au secteur de lélevage dans le département de Maradisouhaite, sur linfluence de Patrick Paris, sattaquer à limportante question de la réhabilitationdu couloir de transhumance international, la DDC à Berne sy oppose tout dabord enargumentant les propos du Dr. Ly lors dune réunion à Berne : " Les éleveurs sont libres, sils le souhaitent, dacheter les champs qui obstruent les couloirs de passage pour les mettre en friche…."Bien entendu, Dr. Ly est contre la réhabilitation des couloirs de passage. Léleveur doit seconcentrer sur un troupeau réduit, quil est capable de nourrir durant la saison sèche avec dufoin récolté sur des parcelles aménagées. Là est lavenir, la transhumance cest du passé.137 Atelier du Louverain, septembre 1993. Documents de latelier. DDA section afrique de louest. 113
  • 114. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Afin de ne pas être soupçonné dexagération, on doit se résoudre à citer ses considérationsconcernant les éleveurs du Nord Dakoro en février 1997138 : " Au niveau des hommes, leur dormance est grande. Elle va jusquà limpuissance et à un attentisme ruineux. Personne na pensé que tout a une solution, que donc des solutions existent pour leur situation et quil faut se mettre en quête, à la recherche persistante de connaissances. Notre passage et linstillation en eux de cette nécessité vitale de rechercher les connaissances qui apportent des solutions va-t-il les réveiller ?"Ainsi, son rapide passage dans le Nord Dakoro est supposé devoir éclairer magiquement lesconsciences de ces éleveurs en "dormance"…..comme si sa seule présence durant quelquesjours allait agir tel un miracle sur des esprits qui sont dans les ténèbres depuis lépoquecoloniale….ou même avant. On n’est pas loin de l’auto investiture prophétique.Sur les conflits139, son rapport ne mentionne pas la forme des cornes des vaches, qui étaitune affirmation orale, mais pour lui la solution est très simple…….il y a deux éléments, lunest psychique, cest la connaissance. On peut lacquérir à Dori en suivant la formation delAPESS, cest bien précisé, ils sont les spécialistes de cette question.Lautre élément est matériel, et cest le lait: "Le lait améliore toute chose normale et modère et éteint toute chose nocive. Il agit sur le corps, sur les sentiments, sur les pensées, sur la confiance en soi. Cest le produit complet de toute les situations. Là où le lait est abondant, curieusement, il ny a jamais de conflits et la maladie ne sy maintient pas. La faim disparaît et la pauvreté séloigne. Il ny a pas plus efficace que le lait pour faire tomber lagressivité dun individu ou dun groupe. La carence du lait dans ces zones ouvre la porte à toutes sortes de courants nocifs sur les gens. Tout encadrement doit donc trouver et transmettre aux éleveurs, la connaissance qui leur permet de faire abonder le lait continuellement".Il sagit ici dun rapport de mission estampillé DDC qui a été transmit aux associations etChefs de groupements, mais aussi aux Sous-préfets des trois arrondissements concernés par lamission, à savoir Guidan-Roumji, Dakoro et Madarounfa ainsi quau Préfet de Maradi et auxservices techniques.Alors quau Niger et au Nigéria les affrontements violents entre agriculteurs et éleveurs semultiplient, que la plupart des bailleurs commencent à prendre conscience du problèmefoncier en zone agro-pastorale, alors que lextension anarchique des surfaces cultivées menacela paix civile, alors que les bailleurs de fonds et lEtat cherchent des solutions dans la mise enœuvre des textes fonciers et que tout le monde semble daccord aujourdhui pour reconnaîtreenfin limportance de la mobilité du cheptel, après un siècle de tergiversations sur ce sujet, leDr Ly affirme tranquillement et ce nest pas de l humour, que la seule disponibilité en laitpermettra, non seulement de se sortir de ces conflits, mais en plus de trouver comme parmagie les voies du développement.On rend publique son rapport, on le transmet aux autorités, et on persiste à baser la politiquede la DDC sur la philosophie de lAPESS ou plutôt de son leader charismatique. Il y a là unmystère selon nous.138 Rapport de mission pour le Compte de la DDC au Niger. BERAB, Bouabacar Ly, mars 1997.139 Rapport de mission pour le Compte de la DDC au Niger. BERAB, Bouabacar Ly, mars 1997. pages 9 et 10. 114
  • 115. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Heureusement, le bureau de Niamey temporisera le fondamentalisme utopique du Dr. Ly etle processus de réhabilitation du couloir de transhumance pourra démarrer, grâce à linfluencede Patrick Paris et de Moutari Mansour, coordinateur du PASEL, et aux prises de position deGiorgio Bianchi, coordinateur de lépoque. La DDC fera même un travail remarquable dans cedomaine, et 145 Km de piste de transhumance seront balisées au prix de 71 forums, lacréation de 117 comités de suivi le long de la piste, de la création de 5 observatoires detranshumance.140La DDC a ainsi été le premier bailleur a satteler à ce travail en collaboration avec lesassociations et toute les composantes sur le terrain, et ceci dans des tracés de grandeenvergure. Il a fallu pour cela, que les experts sur le terrain ( P. PARIS et MoutariMANSOUR), se battent pour faire aboutir la volonté de sy engager et parviennent àconvaincre le coordinateur de Niamey, puis que lui-même sengage à convaincre la sectionAfrique de lOuest, quand la DDC elle-même navait dautre ambition que dendoctriner leséleveurs au dogme de lAPESS.Bien sûr, on envoya tout de même des éleveurs à Dori et on soutint lAPESS sur le terrain,comme si cétait une condition pour pouvoir effectuer de lautre côté un travail réellementsérieux.Un centre de formation APESS sera créé à Dogon Doutchi la même année afin de soutenirlextension au Niger, puis sera fermé en 2003, son directeur ayant démissionné pour navoirpas supporté le diktat exercé sur la gestion de son centre depuis Dori._________________________________________________________________________ 3.5.3.3. Le dogme devient doctrine de politique interne.Le Dr. Ly parvient à renverser la pensée de toute la section Afrique de lOuest en sa faveur.On ne peut plus penser, décider, rédiger à la DDC sans référence au Dr. Ly. Des espritsuniversitaires occupant des postes à la DDC nhésitent pas à relayer Dr Ly avec ses proprestermes et dans ses propres visions spirituelles, comme des disciples obéissants recherchant lareconnaissance et reléguant aux orties la pensée scientifique la plus élémentaire. Nos proposparaissent-ils exagérés ? Quelques exemples :1) En février 1997, le coordinateur du BUCO écrit aux associations141, Chefs coutumierset au Projet Care Maradi. Il leur retrace le bilan de la mission effectuée avec Boubabacar Lyet P.Paris (ce dernier saura toujours sabstenir de sexprimer concernant la philosophieAPESS). Il propose la formation APESS comme solution à tous les constats faits sur leterrain, et nhésite pas à mentionner les critères de choix des éleveurs qui doivent y participer,à savoir "éveil et intelligence, audace et ténacité, courage et ardeur au travail, sens dupartage des compétences". Il relève les contraintes observées pour les pasteurs de la zone etaffirment quils nauront de choix, "soit de disparaître, soit dêtre contraints à quitter larégion". Plus bas, au point 2. (perspectives) de sa lettre, G. Bianchi propose immédiatementles formations APESS en mentionnant lappui important et constant qui lui a été fourni par laDDC dans une perspective de rayonnement régional. Cest bien dune alternative entrelacquisition de la philosophie APESS et la disparition pure et simple des pasteurs dont parleici le coordinateur du BUCO.140 Document du financement du PASEL Maradi - Tillabéry. 2002.141 N.réf: t.311 Niger 31 19 février 1997, G. Bianchi. 115
  • 116. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20052) Suite à latelier du Louverain en 1993, déjà cité, la pensée du Dr. Ly déborde du seulcadre de lélevage. En octobre 1995, à St Louis, un atelier à lieu sur le thème de la maîtrise àla base des processus économiques142. Faisant intervenir des consultants très compétents dansce domaine, une analyse de la situation de la vallée du fleuve Sénégal et des actions de laDDA sert dillustration au sujet et le document est très professionnel jusquau chapitre 3,"Recherche de nouvelles clefs….."A partir de ce point et jusquà la fin du rapport, pas moins de 15 citations du Dr.Ly sont en basde page, et toute la structure métaphysique du développement basée sur le rêve sert de base àlanalyse pour imaginer comment les acteurs à la base pourront maîtriser les processus socio-économiques. On nhésite pas à parler du "rêve germinal" dune société. Si ce rapport ditbeaucoup de choses vraies, et par ailleurs déjà largement connues, comme le fait quon sestaxé sur la monoculture du riz dans certaines zones en privant lélevage de ses accès au fleuve,on revient immanquablement à des explications pour le moins confuses sur, " Les racines etles ressorts du développement", lequel développement est "polarisé par un rêve". Ce rêve,deux Lois commandent son déploiement, toujours selon le même rapport à la page 35 :Dune part le principe de Dilatation et dautre part le principe de Polarisation. Nous feronsléconomie des détails de cette page 35 et de celles qui suivent, qui véritablement, plongent lelecteur dans une dialectique confuse dont on ne sait si elle tient de la physique quantique, dudélire scientologue ou de lalchimie moyenâgeuse. On y parle des pôles dattraction, de latransformation matérielle, de ce qui est le suprême aboutissement de la théorie, de lanatomieet de la physiologie du système de développement. Car le "développement" nest plus cettevision abstraite dun avenir meilleur qui prend des multitudes de voies et de formes, cest unprocessus spirituel et métaphysique très précis et obéissant à des lois occultes dont onsattache très sérieusement à expliquer les mécanismes……cest bien la mise au point dunerecette de la pierre philosophale, que le contribuable helvétique finance à son insu. Lesautres nations engagées dans la coopération au développement sur le terrain, les cadres etchercheurs nationaux participants à ce type datelier, en sont certainement restés sans voix.3) En 2003 au Burkina-Faso, nous avons réalisé lévaluation dune action financée par laDDC. Un réseau local appuie les agriculteurs et éleveurs à la délimitation des couloirs detranshumance et des aires pastorales, dans une zone ou lexistence de lélevage est menacéepar la culture du coton. Ces structures de types groupements travaillent en phase avec legouvernement et les Lois récentes en matière de foncier et de pastoralisme au Burkina-Faso.Impressionné par le travail accompli et la pertinence des débats sur le terrain, notre évaluationrecommandait à la DDC la poursuite de ce travail et même sa démultiplication par davantagede moyens, dautant quici encore, comme au Niger, la DDC avait été un véritable pionnieren se lançant dans la réalisation et matérialisation des couloirs de passage à grande échelle etavec une vision densemble du problème, avec son partenaire local.Malgré tout, à Berne lors de la restitution, ce fût à nous de convaincre la DDC elle- même delexcellence du travail accomplit et de la pertinence de délimiter les couloirs de transhumance,au cours dun débat âpre. Alors que le bon sens aurait voulu quon détaille plutôt les voies etmoyens daméliorer encore ce travail, on en discutait la pertinence à la lumière des pensées duDr. Ly…..Dr Ly, avait émis des critiques envers ce projet. Pourtant, sur le terrain, nous avions croisédes centaines danciens hangars APESS, que des éleveurs dabord séduits, avaient abandonnésdepuis des années. Malgré la qualité du travail fourni et le côté "pionnier" de ce projet, cette142 Le processus économiques sont-ils maîtrisables par les acteurs à la base ? Synthèse du séminaire. LoïcBarbedette, oct 1995. DDA t.311 116
  • 117. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005action de balisage des couloirs est considérée comme marginale pour la DDC et elle nest pasmise en avant, comme si le doute subsistait encore sur sa pertinence, comme si on craignaitencore de se voir jeter lanathème en défendant le principe des couloirs de transhumance ausein de la DDC, ou de se voir soupçonné de vouloir attaquer les principes du Dr.Ly.La pensée du Dr Ly est dogmatique. Il exerce une influence charismatique sur les esprits etont pourrait retrouver dans son discours, les éléments dendoctrinement d’une secte. Nous envoulons pour démonstration la mise en évidence de quelques points saillants trèscaractéristiques: - La philosophie globale se base sur des faits non scientifiques, non vérifiables et non expérimentables. La main qui guérit, les ondes cachées qui agissent, le pouvoir miraculeux du lait, leffet négatif de lâne sur la paresse humaine. - On flatte dès le départ les éleveurs qui recevront la formation en leur disant quils sont identifiés parmi les autres parce quils sont éveillés et intelligents, quils ont de laudace et du courage….etc………puis on leur offre le voyage et la prise en charge à Dori. Comment ces gens quon a placé si haut pour les enseigner, pourraient ils ensuite porter des critiques sur le contenu de la formation ou mettre en doute un aspect de celle- ci ? - Il nest pas possible de discuter des faits exposés et de douter de leur réalité. Mettre en doute des faits non vérifiés est considéré comme une faiblesse desprit……on na pas la Foi ou on est "pas capable" de comprendre. - Une névrose collective sinstalle dans le sillage du leader. Même en son absence, des "élus" reprennent son discours. Un cercle de "croyants" se forme et tend à devenir majoritaire. Les "non croyants", ceux qui tentent de garder un esprit rationnel, sont mit à lindex et vu comme des esprits fermés ou faibles. Le courant devenant dominant, chacun doit se positionner. Comme le courant semble fort et durable, on nosera pas sen démarquer, de peur dêtre écarté des débats. Il sagit en premier lieu dun milieu professionnel rappelons-le, dans lequel la carrière se joue à long terme sur des rapports subtils entre les personnes. - Le leader est totalement convaincu de son destin prophétique. Cela transparaît avec évidence dans son rapport de mission à Dakoro. Un esprit pouvant être éveillé le sera au contact du Maître. Un esprit définitivement fermé ne reconnaîtra pas le Maître. - Des disciples prennent le relais de sa philosophie et sont capables de la diffuser.Y a-t-il un moment dans un futur proche où la DDC regardera en arrière avec courage et sedemandera comment on a pu aller aussi loin en suivant la construction mystique dun seulindividu, lériger en vérité prophétique et mettre ainsi en danger la crédibilité de linstitution ?__________________________________________________________________________ 117
  • 118. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20054. Dynamiques actuelles du système pastoral et coopération au développement.Contradictions et Faux postulats.Laffrontement didées et de perception du pastoralisme sahélien depuis les temps coloniauxest exacerbé à lextrême. On nobserve pas de phénomène doppositions didées aussitranchées par rapport à lagriculture, à la pêche, à lartisanat ou concernant tout autre secteurdactivité des sociétés sahéliennes. Nous avons beaucoup insisté sur lhistorique de cesperceptions durant la période coloniale car nous pensons que les positions actuelles continuentden dériver.On a vu comment, dès lépoque coloniale, certains administrateurs civiles ou militaires,développent une vision réductrice et dévalorisante des pasteurs, ou au contraire, saisissentintimement les fondements de la mobilité et sa nécessité pour ladaptation aux conditionsclimatiques particulières. On a vu comment les pasteurs sont décrits tour à tour comme desêtre irrationnels sans aucune logique, ou au contraire comme des peuples admirablementadaptés et spécialisés, seuls capables de valoriser les immenses espaces du Sud du Sahara àléchelle dun continent.La tendance socio-écologiste domine durant une grande partie de lépoque coloniale, soit àpartir de la période où le Niger est un territoire colonial avec une administration civile, depuis1922. Les tentatives de la vision technico-libérale, incarnée alors par certains vétérinaires etcertains administrateurs (on a vu que des administrateurs et des vétérinaires sen démarquentdéjà à cette époque ), se limitent à des expériences en stations. Ladministration agit de soncôté avec bon sens en développant une politique dhydraulique pastorale bien adaptée à laréalité et conforme aux objectifs de développement des pasteurs. Elle sabstient dintervenirsur leur mode délevage, apportant seulement quelques amélioration aux circuits decommercialisation et prélevant les taxes sur le bétail et sur les transactions de marché.A lindépendance, voir quelques années avant, la tendance se renverse et les visions technico-libérales dominent à la faveur des ambitions de modernisation et sous la très forte poussée dela recherche agrostologique qui a besoin de champs dexpérience et de financements pourexister. Les sécheresses servent dargument pour revenir à une vision dévalorisante despasteurs, alors que tout est là pour démontrer au contraire, de la pertinence de la grandemobilité pour faire face aux aléas climatiques. Cest lépoque des forages à haut débit, delaccès libre à la zone pastorale, mais aussi des tentatives de gestion administrative des zonesde fourrage et de la recherche du modèle de gestion des pâturages. Les CMB voient le jouravec les ambitions et les résultats que nous avons décris.A partir des années 1990, la confrontation devient très vive lorsque les bailleurs se décident àrevenir financer le secteur pastoral sous linfluence de la tendance socio-écologiste qui sembledominer grâce au poids de certains chercheurs qui ont le courage de faire des publications à 118
  • 119. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005contre courant (Thébaud, Behnke et Scoones, etc…). Mais en lames de fonds, des velléités demoderniser le secteur élevage sur des bases totalement commerciales et techniques agissent etsimplantent sur le terrain. Lémergence des commerçants investisseurs en bétail est favoriséepar lEtat et la tentation de lélevage intensif derrière des barrière refait surface.Parfois avec laide de la coopération au développement, parfois malgré elle, le mondepastoral a évolué et trouvé des voies dadaptation aux circonstances. En cela, il estextrêmement dynamique.Nous voulons démontrer aux points suivants, comment les pasteurs ont traversés ces effets demodes des bailleurs, comment ils se sont adaptés à leurs visions pour en tirer avantage,comment ils tentent actuellement de tirer parti des nouvelles législations. Enfin, on verraquaucune des deux tendances technico-libérale ou socio-écologiste décrites ne détient lavérité à elle seule, la vision socio-écologiste agissant également comme un frein dans certainscas, notamment par réflexe de crainte vis-à-vis des nouvelles législations qui comportentpourtant des germes de solutions en voulant remettre davantage de pouvoir de décisions auxpasteurs.___________________________________________________________________________4.1. SECHERESSES, SENTIMENT DE RUPTURE CLIMATIQUE ?4.1.1. QUELQUES RAPPELS ET PRECISIONS. Le système évolue dans un environnement semi-aride et aride dans lequel la production nette de biomasse herbacée, ressource de base, est sujette à de très fortes variations inter-annuelles. Ces variations dépendent autant du cumul de pluviométrie enregistré au cours de la saison pluvieuse, que de leur répartition spatiale et temporelle (d’autres facteurs interviennent également, tels que la température du sol, le brassage des couches superficielles du sol par le bétail, l’impact positif ou non du piétinement, etc…). Cette variabilité augmente au fur et à mesure que l’on va vers le Nord, et que le cumul pluviométrique moyen est plus faible. En revanche, la qualité des herbages, soit leur teneur en Matière Azotée Digestible (MAD) et leur teneur en minéraux, augmente proportionnellement au décroît du cumul pluviométrique et de la production de MS à l’hectare. Une plante de même espèce sera plus nourrissante proportionnellement à son poids de matière sèche, si elle a poussé sous 200 mm de pluie, que si elle a poussé à 400 mm. La teneur en phosphore notamment, est généralement insuffisante dans les fourrages qui pousse à partir de 350 mm ou plus de pluie moyenne. De plus, certaines plantes particulièrement appréciées du bétail sont acclimatées à l’aridité et ne se rencontrent que dans les espaces pastoraux du Nord. Ainsi, les troupeaux des régions Sud sont 119
  • 120. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 menés vers le Nord en Saison pluvieuse pour bénéficier des avantages de ces herbages. La variabilité extrême des compositions floristiques des pâturages, de leur production nette en MS et surtout de leur répartition spatiale, induit une forte mobilité de l’élevage et des pasteurs. Cette mobilité du bétail interagit fortement avec le milieu, qui s’est enrichi au cours des siècles, d’une plus grande diversité biologique végétale ainsi que d’une meilleure fertilité des sols. Il existe une interdépendance entre la pratique d’un élevage basé sur la mobilité, et le maintien de la diversité floristique (positive pour l’élevage) des pâturages. Il ne s’agit donc pas d’une exploitation de type minier, mais bien d’un système ou l’élevage vit en interdépendance avec un milieu qu’il influence et enrichi. La sédentarisation du cheptel sur les mêmes espaces, une pression trop forte ou pire, l’absence de pâture, peuvent avoir des effets négatifs sur la production des pâturages et entraîner des dégradations toutefois réversibles. Le milieu étant aride, la disponibilité de l’eau pour le bétail représente un enjeu important. L’accès aux pâturages est déterminé premièrement par la possibilité d’abreuver le cheptel à une distance raisonnable, qui est de 15 km au maximum pour les petits ruminants et les bovins ( au delà de cette distance, la perte d’énergie pour les déplacements dépasse le bénéfice de la pâture), et qui peut être beaucoup plus importante pour les camelins suivant le type de pâturage et la saison. Généralement, en saison pluvieuse, l’accès aux marres résultant du ruissellement des pluies permet un accès libre de tous les troupeaux sur tous les espaces accessibles par eaux de surface. En saison sèche, des droits plus restreints s’appliquent par la possession des points d’eau (puits et forages) ou la reconnaissance de droits prioritaires coutumiers sur ceux-ci. La gestion des stocks fourragers secs sur pied devient donc théoriquement possible, et un certain ordre permet de gérer les accès des troupeaux. Ce principe est toutefois remis en question ça et là par l’existence de points d’eau publics à grand débit et non attribués. Dans ce cas, les éleveurs sont tentés par l’exploitation immédiate des meilleurs fourrages et ceux qui sont proches du puit. En saison sèche chaude, le bétail est donc contraint d’utiliser les fourrages les moins bons, et les plus éloignés du puit, ce qui est un contre sens. La multiplication des points d’eaux et l’interférence de leurs rayons d’influence est un autre facteur de déstabilisation de la gestion. ______________________________________________________________________ 120
  • 121. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20054.1.2. L’IRREGULARITE INTER-ANNUELLE, ET LE SENTIMENT DE RUPTURE D’EQUILIBRE.Les éleveurs sont unanimes, depuis 1984143, les années médiocres et années de crises sesuccèdent, à peine alternées de « bonnes années ». L’environnement serait sujet à ladésertification, c’est du moins ce que beaucoup d’éleveurs avancent en premier lieu.Ce sentiment semble général, alors que deux années de pluviométrie exceptionnelle se sontrécemment succédées en 1998 et 1999. L’année 1994 également était largement en dessus dela moyenne.Il faut voir ici l’influence d’un discours général, véhiculé par l’Etat depuis 1984, les projets, lavulgarisation, ajouté à une réalité plus complexe concernant une pression effectivement plusforte sur les ressources pastorales.Pourtant, tout le monde reconnaît une remontée vers le Nord des indices de végétation, et toutun chacun peut constater la recolonisation des espaces par les ligneux depuis 1984, et la forteproportion d’arbres jeunes dans la plupart des faciès, quel que soit le type d’ensemble. Cephénomène est observable depuis une quinzaine d’années au moins dans toute la zonepastorale, depuis Dakoro jusqu’à In-Gall et également dans lEst du Niger.Certes, le sentiment qui prévaut depuis 1984 est celui de la rupture d’un équilibre, et d’unedégradation climatique.Nous ne voulons pas nier l’impact de la faible pluviométrie sur la production fourragère etl’impact de ce facteur sur les situations de crise.Pourtant, il faut relativiser ce sentiment et replacer le contexte de production pastorale duNiger dans un champ plus large._____________________________________________________________________4.1.3.RAPPEL DE LA REALITE HISTORIQUE DU CLIMAT. 4.1.3.1. Préhistoire du climat.Le Sahara et sa bande Sud qui nous intéresse ici, est sujet à des flux et reflux dont lesgéologues ont retracé lhistorique fort loin dans le temps. Le tableau ci-dessous nousrenseigne de manière synthétique sur ces périodes de flux et reflux du front saharien144.143 Appelée « Conjoncture » par les pasteurs.144 2 sources pour les données de ce tableau créé pour notre formation en pastoralisme: La préhistoire delAfrique de louest. SEPIA, recueil darticles, 1996. Un million de générations, Jean Chaline. Seuil. septembre2000- 121
  • 122. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Périodes Nom de la période Caractéristiques. Flux ou reflux du front saharien.40 000 ans BP Anté - Ghazalienne FLUX. Formation de dunes au Sahara et au Sahel.40 000 - 20 000 BP Ghazalienne REFLUX. Période humide et formation de lacs au Sud. Petite phase pluviale à 38 000 et 22 000, entrecoupée dune petite phase sèche entre 35 000 et 29 000.20 000 - 12 000 BP Kaménienne FLUX. Extension en plusieurs périodes de 500 à 1 000 ans, avec refroidissement (dernière glaciation en Europe). Formation dune zone hyper-aride au Sud du Sahara. Assèchement total du Lac Tchad remplacé par des dunes.11 000 - 6 000 BP Nigéro - Tchadienne REFLUX. Lacs et rivières dans les bassins du Tchad, du Niger et du Tibesti et même au Hoggar. Coupure par une petite phase sèche. Début de colonisation par lhomme du Néolithique.6 000 - 4 500 BP Petit Sahara REFLUX. Colonisation généralisée par lhomme du Néolithique. Sahara réduit à 100 km Nord- Sud.4 500 BP à nos jours FLUX.___________________________________________________________________________ 4.1.3.2. Fluctuations minimes au 20 ème siècle.Un événement atypique dans l’historique climatique du 20 ème siècle, serait plutôt la périodequi s’étend de 1940 à 1971, soit durant près de 30 ans, et qui a modifié la perception deséleveurs et des Etats sur les conditions réelles de production.Ce rappel des événements qu’a vécu le Niger au cours du 20 ème siècle doit illustrer notrepropos145 :1902 Grave sécheresse.1913-1914 Grave sécheresse, 80 % de la population du Niger émigre au Nigéria1915-1939 Irrégularités des pluies.1940 Sécheresse, mais exode devenu difficile. Création du marché d’Ayorou pour soutenir les prix du bétail et acheminer les animaux.1940-1950 Décennie d’irrégularité des pluies avec 1948 mentionné comme sécheresse, mais mineure.1950-1970 augmentation de la pluviométrie de 30% au dessus de la moyenne, sans aucun épisode sec, avec des ressources stables et prévisibles.* Les écrits du centre spirituel qu’à longtemps été Tombouctou, relatent l’histoire dessécheresses en remontant jusqu’ au 16e siècle.* De 1904 à 1913, la mission scientifique française Tilho, a travaillé au lac Tchad sur laPaléoclimatologie. On a fait ressortir l’histoire des sécheresses durant les derniers millénaires.145 Cette reconstitution a été présentée par Brigitte Thébaud en 1999 lors de la formation en pastoralismedestinées aux cadres des projets de SOS-Sahel GB et nous lavons quelque peu modifiée. 122
  • 123. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Et à l’époque où a travaillé la mission Tilho, le lac Tchad était à son niveau le plus réduit du20 ème siècle.Entre temps, il a repris plus d’ampleur, puis s’est à nouveau réduit. Sa plus grande surface aété déterminée au 18 e siècle avec la phase appelée «Mégatchad». N’guigmi aurait été sousl’eau à cette époque. En 2000, il est revenu à des niveaux jamais atteints depuis lessécheresses.* De nos jours, après les 2 grandes sécheresses des années 70 et 80, les précipitations sontirrégulières, avec une alternance de très bonnes années et de succession d’années médiocres.On s’est aperçu, grâce à la recherche, que les productions végétales étaient directement liées àla pluviométrie. La réapparition spectaculaire de plantes que l’on croyait disparues à la faveurd’une année favorable à leur espèce, a permis de ne plus considérer les reculs qualitatifs descompositions d’herbage dans des zones données comme définitifs et liés à une dégradation ouà une «rupture d’équilibre».Le recul nous permet de voir les choses de manière plus juste. Rien ne permet d’affirmerqu’il y a une tendance à une «désertification» climatique dans le long terme, mais toutconcoure à démontrer que les ressources fourragères des savanes sahéliennes sontimprévisibles et irrégulières.__________________________________________________________________________ 4.1.3.3. Des perceptions à court terme sur le terrain.Ce graphique indique la production en Kg de matière sèche à l’hectare sur une parcelle témoindu périmètre de Tanathamo, au Sud Ouest d’Abalak.146 moyennes MS / ha Tannatahmo 2000 1742 1800 1683 1600 1400 Kg MS / Ha 1200 1105 1000 800 666 572 600 484 400 200 0 1996 1997 1998 1999 2000 2001 annéesLe graphique ci-dessous147 donne une idée de la variation interannuelle, mais surtout, illustredeux choses : - La réalité d’une période humide vers le milieu du siècle. - Une remontée de la moyenne pluviométrique amorcée depuis le début des années 90.146 Rapport de synthèse du Projet Pastoral Pilote.147 Malheureusement, l’origine de ce graphique nous est inconnue et nous nous en excusons auprès de sonauteur. 123
  • 124. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005L’irrégularité est soumise à des amplitudes inter-annuelles qui faussent la perception duproblème. Les facteurs climatiques sont exagérément utilisés pour expliquer une crisestructurelle plus complexe, que se soit par les pasteurs, les cadres de différents projets, lespersonnes ressources diverses. 4.1.3.3.1. Facteurs « conjoncturels de crise » liés à l’environnement et au climat.Selon les témoignages des éleveurs lors de notre étude sur la gestion des crises en 2004 dansla zone de Abalak et In-Gall, la pousse des pâturages est insuffisante et mal répartie depuisl’année 2000 à l’année 2004. L’année 2002 a été particulièrement déficitaire sur ce plan, etnombreux sont ceux qui ont effectué des déplacements plus importants que de coutume,dépensé beaucoup en aliment bétail, et fortement décapitalisé le cheptel reproductif.L’hivernage 2004 a également été fortement déficitaire dans toute les régions du pays sur leplan des pâturages et la saison sèche chaude 2005 sera très difficile de l’avis général.Nous ne disposons pas de relevés pluviométriques qui reflètent réellement cette situation, carl’étendu de la zone en question ne peut être illustrée par des relevés effectués uniquementdans les deux centres que sont Abalak et In-Gall.A In-Gall, par exemple, le cumul à fin septembre était en 2002, de 214 mm pour 30 jours depluies. Une grande pluie de 70 mm est intervenue le 1er octobre. Elle a porté le cumul à 284mm, mais fût de peu d’utilité (sur les graminées) en raison de sa venue tardive, sauf pour lerechargement des mares.En 2003, le cumul était de 328 mm tombés en 34 jours, avec un étalement jusqu’au 11octobre. 124
  • 125. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005En 2004, c’est 245 mm tombés en 28 jours qui constituent le cumul.Nous ne disposons pas de la moyenne interanuelle pour la comparaison.Les effets directs de l’insuffisance pluviométrique sur la production des pâturages et le cycleannuel sont détaillés ainsi selon les enquêtes réalisées par nous dans le cadre du projetLUCOP - GTZ : Les graminées (alamouss) qui constituent le fourrage de base et les stocks de saison sèche sont absentes ou insuffisantes. Parmi celles qui sont appréciées on citera Panicum laetum, Cenchrus prieuri, Pennisetum sp (mil sauvage), et des plantes charnues présentes sur les plaines d’inondation appartenant aux genres Brachiaria et Echinochloa. On observe cette année, une dominance de Ctenium elegans dans les herbages, plante peu intéressante et la présence importante d’une espèce annuelle non identifiée de la famille Aristida, peu intéressante elle aussi. La perte de qualité est certes regrettable en année d’insuffisance, mais le volume de matière sèche est le facteur le plus grave. En saison pluvieuse, la pousse étant très éparpillée, les troupeaux se concentrent sur des zones réduites et pénalisent la constitution de stocks. En saison sèche, les zones qui disposent de stocks maigres sont convoitées, et les troupeaux s’y concentrent également. Un certain nombre de plantes vivaces sont absentes dans leurs zones de prédilection depuis 4 ans dans les pâturages du Nord (Chrozophora brochiana ou plicata ) et (Borreiria radiata ou Tareda en Tamashèq, Shouwia thébaïca). Ce phénomène pénalise lourdement les systèmes locaux, qui comptent beaucoup sur ces pâturages particuliers dans leurs cycles annuels. Les volumes de paille sur pied sont insuffisants dans le Sud, soit les pâturages du Tadress, à Tamaya, Abalak, etc… Les éleveurs fréquentant ces pâturages en SS ont donc tendance à rester plus longtemps au Nord sur les puits des tribus alliées, sachant que la situation sera difficile au Sud, afin de profiter plus longtemps de pailles de meilleures qualité et des plantes vivaces. Les éleveurs Wodaabés des groupes Bikorawa et Bingawa surtout, très mobiles, adoptent cette stratégie. Les éleveurs des régions Sud devront engager davantage les mouvements vers la zone agricole. Non seulement leurs pâturages de saison sèche sont déficitaires, mais des troupeaux du Nord viendront y séjourner. Dans la plaine de l’Irhazer, les éleveurs mentionnent tous un phénomène de concentration des eaux de pluie dans les lits mineurs des vallées, avec parfois une érosion en griffe sur les écoulements affluents. Ce phénomène serait nouveau et les faibles pluies en seraient responsables. Nous avons effectivement constaté tout le long de la plaine, que des ravins nouveaux se creusent, provoquant le déracinement d’arbres âgés (signe visible que le phénomène est nouveau). La conséquence principale de ce changement de comportement des eaux de ruissellement est que les faibles eaux de pluies n’inondent plus les terres fertiles. Des zones très vastes148, qui se couvrent normalement de multiples espèces de graminées, légumineuses et cypéracées, sont restées stériles ou presque depuis 2002. Les plantes vivaces sont mortes dans la plupart des plaines d’inondation et seuls les stocks de graines présents dans le sol pourront permettre leur réapparition à la faveur de conditions favorables. Il faudra pour cela une succession de plusieurs année avec une148 On peut sans risque affirmer que des dizaines de milliers d’hectares sont concernés sur l’ensemble del’Irhazer. 125
  • 126. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 bonne pluviométrie, non seulement pour lever la dormance des graines, mais d’abord pour inverser le phénomène de fuite des eaux de pluies par érosion des lits des koris.Les systèmes pastoraux sont donc actuellement dans une période de crise découlant del’insuffisance de pâturage. On peut dire qu’ils se trouvent actuellement dans une phased’appauvrissement progressif, par décapitalisation du cheptel reproductif, soit par mortalité,comme en SSC 2003, soit surtout par obligation de vente pour l’achat des complémentsalimentaires pour le bétail.On distinguera toutefois 2 sous-phénomènes : - Les éleveurs les plus mobiles souffrent moins de cette « conjoncture » négative. Les plus pénalisés semblent être les éleveurs pratiquant une nomadisation de faible amplitude autour de leurs points d’attache sur les pâturages du Nord. - Les éleveurs les plus pauvres sont davantage pénalisés. D’une part ils ne peuvent pas réagir comme ils le souhaiteraient face au marché, et d’autre part la moindre décapitalisation de cheptel reproductif a pour eux plus de conséquences à long terme. 4.1.3.3.2. Facteurs liés aux systèmes de production.On présentera ici les facteurs liés aux systèmes eux-mêmes, et leurs faiblesses récurrentes,non seulement par rapport au cycle d’utilisation des ressources pastorales, mais également parrapport à l’environnement socio-économique dans lequel ils évoluent.Mobilité restreinte de certains éleveurs.L’enquête de 2004 révèle clairement que la mobilité rapide (rapide surtout dans la décision)et sur une amplitude adaptée aux circonstances représente la meilleure stratégie existante pourfaire face aux crises résultant d’insuffisance de fourrage.Les éleveurs pratiquant une mobilité restreinte autour des terroirs d’attache prennentdifficilement la décision de se rendre au Sud en cas de crise et subissent deux effets : - Ils sont davantage pénalisés en cas de crise mineure, telle que celle que la région traverse depuis 2001. Se sont eux qui semblent avoir dépensé le plus pour l’aliment bétail, et l’absence de plantes vivaces sur les plaines d’inondation perturbe gravement leur système d’affouragement annuel. - Ils sont particulièrement menacés en cas de crise majeure. Une absence de repousse de pâturage les trouverait totalement isolés des stocks résiduels du Sud, en raison des distances à parcourir. L’enquête indique que ce type d’éleveurs s’est trouvé davantage démunis en cheptel après 1984.Les éleveurs pratiquant une grande mobilité ont pu conserver un cheptel restreint après 1984,et sont plus à même de trouver des solutions vers le Sud en cas de crise mineure.Les éleveurs à faible nomadisation disposent de peu d’alliances stratégiques avec les éleveursde la zone agropastorale qui fréquentent leurs pâturages et leurs puits. Souvent, ils disent nepas connaître les éleveurs Peuls ou Touaregs qui viennent en saison des pluies, et leursalliances sont plutôt développées avec des groupes qui pratiquent le même système qu’euxOn peut citer des exemples entre les éleveurs de Fagochia et de la zone de Teguidan tessoumt, 126
  • 127. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005qui restent toujours dans le Nord, avec ceux de la tribu Igamen. Autre exemple avec la TribuIboieren qui n’entretien des liens qu’avec ses voisins directs pratiquant aussi un nomadismerestreint, mais qui possède un puits au Sud vers Feddik, où résident certains membres (la disponibilité de cet accès les a d’ailleurs préservé des pertes en 2002-03). A l’inverse, on trouve des alliances de réciprocité entre Peuls Wodaabés Touaregs et Arabes, basées sur l’accès facilité aux puits du Sud, en échange d’un accès prolongé sur les puits du Nord après la saison pluvieuse. Ces liens sont présentés par les éleveurs comme très importants et font l’objet de soins constants pour rester vivaces.Photo ci-dessus, Troupeau des peuls Wodaabés Bikoronen, loin au Nord d’In-Gall en février 2005. Cetteprésence n’est possible qu’au bénéfice d’alliances.L’absence de stratégie de migration vers le Sud représente donc un risque. Les éleveurs duNord interrogés relatent la difficulté qu’ils rencontrent s’ils sont contraints d’aller vers le Sud,c’est à dire plus loin que In-Gall. Certaines de ses difficultés trouvent justement leurorigine dans l’absence d’alliance stratégique, d’autres sont plutôt considérées comme des« fatigues » auxquelles ils ne sont pas habitués dans le Nord. On relèvera :• Paiement de l’eau.• Nécessité d’entraver les dromadaires en permanence.• Nécessité de garder le bétail en permanence pour éviter les incursions dans les champs pièges.• Tracasserie, voir racket de la part des corps en tenue.• Fragmentation de l’espace en zones d’accès libre et zones privées (champs après récolte).Il est clair que les passages au Sud ont laissé de mauvais souvenirs à ces éleveurs, quimentionnent la nécessité permanente d’amener des animaux au marché pour les différentspaiements d’eau ou d’amendes. Une fréquentation rare de ces zones en sus de l’absenced’alliés les prive aussi de la connaissance du système, les rendant d’autant plus vulnérablesaux difficultés.On ne peut clore ce point sans insister encore sur la mobilité du cheptel, meilleur outil degestion permettant de répartir la charge sur des ressources imprévisibles et dispersées. Lesystème de mobilité restreinte et circulaire pratiqué par nombre d’éleveurs du Nord, ne peutfonctionner réellement qu’une année sur trois, compte tenu de l’irrégularité « normale » despluies.Est-il l’héritage de la période humide des années 40-60 ?Ces pasteurs étaient-ils autrefois plus souples avec une mobilité géographiquement plusétendue ?Le confort de rester attaché à un environnement connu et apprécié a-t-il mis en danger desstratégies anciennes mieux adaptées ?La meilleure stratégie que l’on pourrait en toute conscience recommander et appuyer pour ceséleveurs, serait de mieux accepter le retour constaté à une situation conforme aux réalités duclimat sahélo-saharien, et de considérer les années de faible pluviométrie non comme des 127
  • 128. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005« rupture » d’une normalité illusoire, mais comme faisant partie du système écologique danslequel ils vivent.Citation :« j’espère ne jamais voir de mil ailleurs que dans un sac » Ibrahim Awinas, tribu Igamen,chez qui nous avons passé la nuit à Intifarassen, 50 km au Nord Ouest d’In-Gall.(En clair, j’espère ne jamais être obligé d’aller au Sud et être confrontés aux champs de milavec mon troupeau).Absence de maitrise sur les stocks fourragersEn saison pluvieuse, tout le monde peut accéder au pâturage.Ceci est non seulement permis par la disponibilité des eaux de surface, mais c’est un principe,et nous n’avons trouvé aucun éleveur de base pour le remettre en question, même ceux quisont directement concernés par les difficultés de pâture qui en découle pour eux en saisonsèche (deux notables non directement concernés seulement ont mentionné qu’il faudrait yremédier).La zone peu peuplée du Nord d’In-Gall, c’est connu, attire un cheptel considérable venu duSud en saison pluvieuse. On cite fréquemment l’attrait des terres et eaux salées et natronées,mais l’excellence du pâturage est le premier moteur de ce vaste mouvement vers le Nord.L’ensemble du cheptel des régions Sud ne peut se passer de la transhumance vers le Nord, neserait-ce qu’en terme de volume de matière sèche dans le cycle annuel.Au delà, c’est la nécessité de profiter au maximum des bons herbages pour maximiser lacroissance compensatrice149 qui guide ce mouvement.Par ailleurs, deux autres motivations rendent également le voyage indispensable aux éleveursdu Sud: - La nécessité de préserver les stocks fourragers de saison sèche, qui devront assurer les besoins durant 8 à 9 mois. Toutefois, leurs zones sont également fréquentées en leur absence par des éleveurs encore plus méridionaux. On est toujours le Nord ou le Sud de quelqu’un. - Les tensions qui résultent de la saison culturale, avec les risques de conflit avec le monde agricole.Quand l’année est bonne sur le plan pluviométrique, cet afflux de troupeaux ne porte paspréjudice aux éleveurs du Nord.Par contre, en année d’insuffisance, certains voient les maigres stocks de paille consommés enfin de saison ou même dès la pousse, autour de leur point de nomadisation restreinte ou leursterroirs d’attache.C’est à la fin de la saison pluvieuse que des problèmes se posent avec plus d’acuité que dansle passé.En principe, à cette saison, les éleveurs peuvent entrer en négociation avec les transhumantspour limiter les jours de présence sur un espace donné, et les transhumants acceptent de bongré de partir plus loin sur le chemin du Sud.149 Capacité particulière des bovins zébus, d’accélérer leur croissance et prise de poids en SP, après une périodede somnolence de l’organisme en SS. 128
  • 129. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005On trouve les catégories suivantes parmi les éleveurs connus et usagers anciens, avec qui lanégociation peut s’instaurer : - Eleveurs Touaregs, Peuls ou Arabes ayant leur terroir d’attache sur la commune d’In- Gall. - Grands transhumants Wodaabés ayant leurs terroirs d’attache plus au Sud, mais qui ont des liens avec les tribus locales. - Grands transhumants Touaregs du Sud (Kel Gress par exemple).Ces catégories d’éleveurs doivent également composer avec leurs propres contraintes dans leSud, et ces dernières années, beaucoup, notamment les Wodaabés, tentent de rester le pluslongtemps possible après la saison pluvieuse. Au moment de l’enquête, fin novembre 2004,les Bikorawas et les Bingawas était encore présents massivement et disaient vouloir resterencore jusque vers le 15 décembre.Mais depuis quelques années, et ce phénomène prend plus d’importance avec la successiond’années difficiles que vit la zone Nord depuis 2001, les éleveurs du Nord se sentent parfoisdépossédés de leurs droits anciens de priorité.Dans certaines zones, et notamment à l’Ouest d’In-Gall, les éleveurs mentionnent desproblèmes liés à des troupeaux dont les bergers ou propriétaires ne respectent pas les usages,et tiennent peu compte de leur prééminence.Il s’agit de trois catégories : - Bétail des grands commerçants extérieurs à la zone, qui fonctionnent sans liens directs avec le milieu social local et accèdent aux ressources fourragères en contournant les contraintes d’abreuvement au besoin à l’aide de citernes. Certains ont réalisé des puits pastoraux. Cette catégorie d’acteur reste présente toute l’année. - Bétail du milieu agricole, gardé par des bergers du Sud, qui sont de plus en plus nombreux. - Bétail venant du Nigéria, non identifié.Le bétail du milieu agricole est en augmentation constante, si l’on en croit les impressionsgénérales de la région. Quant aux troupeaux venant du Nigéria, on doute qu’ils soientvraiment en nombre suffisant pour poser un problème, vu la distance qui sépare In-Gall de lafrontière. Par exemple, les Peuls Oudah, grands moutonniers du Nigéria.Un autre problème avancé est celui des troupeaux appartenant à des commerçants.On doit distinguer deux types différents de grands propriétaires commerçants. A) Des éleveurs Touaregs originaires de la zone, ou des éleveurs Arabes dont les familles se sont installées dans la région depuis plusieurs décennies. Ils sont généralement administrés par des Tribus que les premiers arrivants ont intégrées. Leur bétail utilise les puits familiaux et ceux des Tribus alliées. Ils emploient des bergers salariés à des conditions variables, qui couvrent généralement leurs besoins de base (Le plus souvent des bergers Irhidan de classe servile Kounta ou des Peuls Wodaabés). Pour confier leur bétail, ils s’adressent à des intermédiaires (Manâd), qui sont généralement des Chefs de Tribu, tels le Chef Kounta Rhâlifa ou Mourouane Attakana, Chef de tribu Itagane à Fagochia (exemples non exhaustifs). Ces intermédiaires sont en outre chargé de compter le cheptel du commerçant et de faire appliquer la Zakat. La zakat 129
  • 130. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 représente une dîme importante, prescrite par le Coran, sous forme de don de bétail aux pauvres. Il est fréquent que le bétail de ces commerçants porte les marques au feu de l’intermédiaire. B) Des commerçants Arabes ou Touaregs, ne disposant pas d’ancrage familial ou tribal dans la région (Originaires de Tahoua ou Agadez ou de l’ouest) et qui s’affranchissent des règles d’accès grâce à leur pouvoir économique et politique. Leur cheptel a été constitué progressivement mais assez rapidement sur les marchés locaux et auprès des éleveurs. Ils disposent de connexions au Nigéria, Algérie et Libye pour exporter du bétail par forts contingents, à la faveur des titres légaux pour l’exportation. Trouvant des prix plus élevés que les marchés nigériens, ils peuvent se permettre certains investissements et coût de production. Par exemple, l’abreuvement par camion citerne qui permet de contourner les contraintes d’abreuvement et d’accéder à des zones mal desservies par les points d’eau. Ce système permet aussi d’acheminer par camion ou à pied un grand nombre d’animaux sur un espace bien pourvu en pâturage, même si les capacités d’abreuvement de la zone sont sans rapport avec le cheptel. Des zones entières de pâturage représentant des mois de survie de certains petits éleveurs sont ainsi « raclées et nettoyées» en une semaine. L’usage des aliments bétail entre également dans leur système de production au besoin, la rentabilité étant basée sur des prix de vente supérieurs à ceux du marché local. Les conditions de vie de leurs bergers sont bonnes. Les bergers disent recevoir l’intégralité de l’alimentation de leur famille, les vêtements pour eux-mêmes, et parfois pour leur famille, la disponibilité de tout le lait qu’ils peuvent transformer, et un salaire en espèces, qui va de 15 000 francs à 25 000 frs par mois. Ces commerçants disposent de téléphones satellites « Turaya » qui sont utiles pour connaître l’état des pâturages en réseau avec leurs différents employés et associés sur le terrain, et les besoins du marché dans les différents pays d’exportation.C’est certainement la seconde catégorie de grands propriétaires qui posent des problèmes degestion de l’espace. Les Chefs de Tribus eux-mêmes ne peuvent guère s’opposer à cetteexploitation minière des ressources pastorales.Citation :« Maintenant, qu’il pleuve ou non, toutes les années sont mauvaises. S’il y a du pâturage,les troupeaux des commerçants arrivent et nettoient tout en une semaine. » Rhâlifa, Chefde Tribu Kunta. 130
  • 131. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20054.2. IDENTIFICATION A LESPACE, NOMADISME ET SEDENTARITE.4.2.1. DIFFICULTE DE CERNER UNE REALITE MOUVANTE. 4.2.1.1. La mobilité, des formes infiniment variées.Les sociétés de pasteurs nomades à travers le monde ont en commun une forme généraledorganisation sociale déterminée par la satisfaction des besoins des troupeaux pour leursurvie, et le souci particulier de perpétuer le fonctionnement de leur société à travers lesgénérations.Quels que soit les climats ou les groupes humains très divers, un certain nombre dinvariantsdécoulent inévitablement des contraintes particulières de la vie de pasteurs. Elles sontconditionnées par le comportement et les besoins des animaux, qui sont, eux aussi, sociauxdans leur vie de troupeau.Le lien étroit qui lie la vie des troupeaux à leur environnement est le point de départ dunesérie de contraintes qui ont déterminé les bases culturelles et économiques de la vie pastorale.Un certain nombre de cycles réguliers mais subissant des variations engendrentimmanquablement eux aussi une adaptation étroite des hommes qui vivent des troupeaux.Laspect le plus visible et le plus évident de ladaptation des sociétés humaines aux besoinsdes troupeaux est la mobilité. Le déplacement des troupeaux domestiques est la stratégiepermettant de tendre vers une mise à disposition optimale des différentes ressourcesfourragères, celles-ci étant dans une large mesure dispersées, irrégulières et relativementimprévisibles. La mobilité des troupeaux de ruminants domestiques menés par les hommessuit dailleurs une logique semblable à celle des ruminants sauvages disposant de leur librearbitre face aux variations saisonnières et annuelles.On peut donc parler dune réelle soumission du mode viedes éleveurs mobiles aux potentialités et contraintes dela nature, dans une conception symbiotique, à lopposédune conception de domination et de maîtrise delenvironnement que sous-tend laménagement duterritoire par les populations agricoles et sédentaires.Les pasteurs du Sahel nont pas de maîtrise sur lesparamètres de production de la principale ressourceprimaire, le pâturage. Il est donc illusoire voire inutile,dans un environnement où dune année sur lautre, le pâturage pousse de manière diverse, sedéveloppe plus ou moins bien dans des vallées différentes, subit des variations qualitativesimportantes à grande échelle ou de manière localisée, de développer une conceptiondaménagement, sous forme de bocages, de villages importants, de maîtrise des eaux desurface, etc…….Les seules réalisations physiques pérennes qui sont conçues pour le long terme et incluant uneempreinte territoriale certaine sont les puits profonds. Or les puits profonds ( à distinguer ici 131
  • 132. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005des puisards de faible profondeur et à la durée de vie limitée ) sont des infrastructures quisinscrivent toujours dans un plan dutilisation des ressources naturelles à une échelle assezgrande dans lespace, et participant à une gestion dans le temps des ressources quilsdesservent.Les rayons des puits permettent généralement laccès aux ressources fourragères dun rayonque lon admet entre 15 et 20 Km, pour une population relativement importante, et danscertaines périodes précises de lannée. Ils ne sont donc que la clef permettant dutiliser par lamobilité, les pâturages quils desservent, le plus souvent seulement en saison sèche. Le choixgéographique de leur implantation est déterminé par les potentiels fourragers, les cyclespossibles de transhumance qui varient selon les années ainsi que (ou surtout) par les positionsstratégiques quils marqueront en interface avec les puits dautres groupes sociaux. Ils ne sontpas en premier lieu des points de fixation humaine, même si certains dentre eux deviennent àla longue et à des degrés divers, des repères géographiques identitaires, avec toponymie desfamilles ou tribus qui les détiennent.___________________________________________________________________________ 4.2.1.2. La possession matérielleLa mobilité nécessaire des hommes et des familles pour la satisfaction des besoins destroupeaux induit de manière indirecte des modes de pensée et des pratiques communes auxpeuples pasteurs vis à vis de la relation avec la propriété matérielle, chez des sociétésdorigines très différentes.Une règle évidente se dégage du mode vie mobile, ce que lon possède doit être transporté enpermanence. Les possessions matérielles doivent donc impérativement pouvoir êtretransportées avec les animaux de bâts disponibles, bœufs porteurs, ânes, dromadaires, et lenombre lui-même de ces animaux nest pas extensible à linfini ( coût de leur entretien et leurprésence par non vente, main dœuvre pour leur abreuvement, etc…).La solution est de reporter lacquisition des biens matériels sur des possessions qui sontproductives et qui se déplacent par leur propres moyens, le bétail.Ainsi, les possessions des éleveurs nomades en dehors du cheptel, sont réduites au minimumpermettant la vie familiale, petit outillage, tentes, nattes, lits démontables, ustensiles decuisines, et aux outils liés à lentretien du cheptel, puisettes, cordes, poulies, matérielvétérinaire.Le bétail EST loutil de production, il EST aussi la richesse, cest à dire la marge de sécuritéet non une accumulation de bien de type "capitaliste". On verra plus loin que cetteaccumulation est fortement entravée dans les sociétés pastorales, au bénéfice de la survieglobale des groupes sociaux.En fulfluldé, le mot "jawdi" est à double sens. Il est utilisé pour désigner le troupeau danscertains cas, mais prend aussi une signification comme "richesse" au sens large.Dans lArabe Tchadien, un mot similaire à double sens existe également, ce qui traduit bienla relation étroite entre la conception de richesse/propriété et le bétail, le mot "richesse" étantici légèrement différent de celui que nous lui donnons habituellement.Cette question peut sembler anecdotique, elle est pourtant dune importance de premier plan.Il existe en effet un lien direct entre la possession matérielle des sociétés de pasteurs ou plutôtle sens quelles lui donnent, et leur capacité à rester réactives avec leur environnement et sagrande variabilité, et partant, à assurer la survie dans le long terme. 132
  • 133. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005En outre, ne pas voir cette simple réalité a amené nombre de cadres nationaux et dexpertsétranger à développer une vision dévalorisante des pasteurs, et ceci depuis les tempscoloniaux.Nous avons mis cette équation en lumière dans lEst Mauritanien en 2001, sagissant de lavulnérabilité des pasteurs à linsécurité alimentaire, étude150 qui nous était demandée parlObservatoire de la Sécurité Alimentaire, lOSA, dépendant du Ministère du DéveloppementRural.Parmi la plupart des familles sédentarisées de manière conjoncturelles après la sécheresse, leshabitudes nouvelles acquises par la sédentarisation rendaient illusoire tout retour à une vietranshumante en raison des référentiels nouveaux vis à vis des besoins de possessionmatérielle. Et ceci était vrai même lorsque la reconstitution du cheptel avait été suffisantepour permettre économiquement ce retour à la vie pastorale.En voulant répondre au souhait de lOSA et déterminer des seuils de viabilité de léconomiepastorale151, nous avons dû déterminer des seuils différents entre lEst et lOuest du pays, plusdéveloppé et en proie à des mutations sociales importantes. A lOuest, la détermination desbesoins matériels jugés "essentiels" par les familles lors de la détermination du cadre delenquête, incluait des coûts dhabillement, de gaz, et également de consommationalimentaire élevés, en référence avec une conception de statut social très orientée vers ladémonstration dun certain niveau de vie "moderne". En outre, ces familles vivaient dans destentes certes très confortables, mais ne disposaient plus des animaux de bât suffisants pour sedéplacer, et leur animaux gravitaient dans un faible rayon toute lannée autour dun forage.Cette situation est permise dans certains cas par la possibilité de fournir du lait à très bon prixà lindustrie laitière locale, qui rend rentable lusage dintrants fourragers de manièresignificative, mais l’élévation de niveau de vie référée à certains conforts matériels tend àdevenir un modèle de développement pour tous les pasteurs, alors que les capacitésdabsorption de lindustrie laitière restent limitées malgré son bon développement.La réduction de la mobilité, souvent perçue à tort comme une intensification, ou une« évolution » inéluctable, ne permet plus, lorsqu’elle est consommée, c’est à dire lorsqu’on nepeut plus revenir en arrière, de gérer les risques, les irrégularités et les incertitudes du milieunaturel, qui justifiaient pleinement de garder la capacité de se déplacer. Cette situation peutêtre un véritable piège.A lEst Mauritanien également, même si la notion du "minimum vital" décrite par les pasteurset servant de base à nos analyses était plus modeste et réaliste, on trouve des éleveurs quigravitent faiblement, avec leurs tentes, autour d’un hameau durant toute l’année. Ils nepossèdent plus suffisamment d’animaux de bâts pour transporter un matériel de confort queleur parents n’avaient pas, alors que leur cheptel est tout juste suffisant à couvrir leurs besoinsalimentaires, et quune partie des revenus provient souvent dautres sources. Certains disentfaire deux voyages avec leurs ânes, en cas de nécessité de déplacement du campement.Certains des membres de la famille eux-mêmes ont souvent perdu la capacité physiqued’effectuer des longs trajets à pied, ou sur des montures.150 Diagnostic de la commercialisation du bétail sur pied et analyse de la vulnérabilité à l’insécurité alimentairedes éleveurs de MauritanieJuin - Juillet 2001. RESAL - IRAM. Roland Hammel, Ahmed O. Bouboutt, Diew El Housein151 Soit le cheptel nécessaire à la couverture des besoins élémentaires des familles sans entamer le capitalreproducteur. 133
  • 134. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005C’est dire que la décision de déplacement ne peut intervenir qu’en dernière extrémité dans cecontexte, et qu’elle ne fait pas partie de la gestion du « quotidien ».Plus grave encore, les éleveurs qui abreuvent toute l’année aux forages, ne possèdent souventplus de cordes, de poulies, de poches et même d’animal de traction. Cette habitude de facilitépeut les conduire à ne plus opérer de déplacement autres qu’entre les forages accessibles, sansrecours possible à l’exhaure le long des trajets.On peut craindre que cette déperdition du potentiel de réaction des éleveurs face aux crises,même mineures, ne soit un facteur de risque supplémentaire, même si elle comporte certainsavantages indéniables. La lecture des parties historiques des portraits de famille réalisé dansle cadre de létude pour lOSA montre clairement l’importance du maintien de toute lacapacité de mobilité.Au Niger, il a été démontré que les éleveurs mobiles ont mieux traversé la sécheresse de 84,alors que les agro-pasteurs fixés depuis plusieurs années ont tout perdu pour avoir pris troptard la décision de partir152.Par ailleurs, A.Bonfiglioli153 a relaté, après avoir exploré lhistorique des migrations despasteurs Peuls Wodaabés, que leur extrême spécialisation dans la grande mobilité a été unchoix stratégique qui sinscrit dans une panoplie de possibilités qui se sont sans doutesuccédées au cours des siècles, passant successivement de périodes de grande mobilité à despériodes de stabilité au grès des situations politiques.Cest vers la fin du 19 ème siècle et le début du 20 ème siècle et surtout dans les années trente154 que les Wodaabés ont progressivement quitté les zones méridionales du Sahel nigérienpour sengager à nouveau résolument dans une vie transhumante permanente au nord delisohyète 300 mm. Ce choix stratégique a supposé pour nombre dentre eux, labandon deterroirs où se trouvaient des habitations sommaires mais permanentes et des champs.Ce choix faisait désormais porter toute léconomie familiale sur le troupeau, et les céréalesdevaient être acquises sur la base de termes déchange avec le bétail produit du troupeau.Le bétail devait donc être lobjet de toute lattention, et aucun investissement ne semblaitproductif en dehors du cheptel. La situation favorable de bonne productivité des pâturages duNord permettait ce choix.Il est intéressant de remarquer que chez les Peuls Wodaabés, qui sont réputés pour cetteextrême spécialisation et leur admirable capacité de réaction face aux variations climatiques etaux crises, la propriété matérielle est la plus dépouillée. Ce que possède un homme adulte endehors de son bétail peut souvent être porté en bandoulière sur son épaule, et il ne disposemême pas dune tente personnelle. Quand aux femmes, en dehors de leur tente très petite, deleur lit individuel et de bagages décoratifs purement symboliques acquis au mariage, elles nepossèdent que leurs vêtements. Chez cette population, le port même de bijoux ayant unecertaine valeur est presque indécent… Porter de lor ou de largent semble incongru puisquecette valeur monétaire représente celle danimaux qui seraient productifs pour la famille etlhéritage des enfants. Les bijoux sont donc fabriqués à partir de cuir, morceaux de cuivre etplastiques.152 Brigitte Thébaud. Elevage et développement au Niger, BIT, 1986.153 DUDDAL, Angelo Maliki, Bonfiglioli, histoire de famille, histoire de troupeau, éditions de la maison dessciences de lhomme, Paris, 1988154 Cette réaction aurait été en partie engendrée par les tracasseries administratives coloniales et lapparition desimpôts, toujours selon Maliki. 134
  • 135. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005___________________________________________________________________________ 4.2.1.3. Le village et la brousse, complémentaires et opposés.Il existerait ainsi une frontière aux contours flous entre deux stratégies majeures :- Dun côté, une vie déleveurs plus sédentaires avec une production agricole qui couvre une bonne partie des besoins voir la majorité. Dans ce schéma, lacquisition de biens matériels "de prestige" est possible, et notamment sur le plan du confort domestique. Des investissements peuvent être réalisés sur lenvironnement, des activités commerciales plus élaborées peuvent se développer. Par contre, cette option nest réaliste que dans des zones plus méridionales où lagriculture sous pluie est possible155, et la mobilité du cheptel est rendue plus complexe par manque de main dœuvre, et donc moins performante. En effet, la main dœuvre doit être disponible aux champs. Seuls de jeunes bergers peuvent quitter le village avec les animaux (ou les mères de famille seules, comme dans l’Aïr chez les Kel Ewés, les hommes devant assurer les travaux de jardin), et cela limite la qualité des soins qui peuvent être apporté au cheptel. En outre, leur condition de berger solitaire est très dure durant les saisons de déplacements. La mobilité ne permet pas dans ce cas, de maximiser au mieux les ressources disponibles en saison pluvieuse par exemple. Le troupeau bénéficiera de moins dattention, ne sera plus la priorité des investissements, sera moins productif et il sera plus difficile de posséder un cheptel important permettant de couvrir les besoins. En cas de crise fourragère, comme lhistoire la montré, les pertes de cheptel par mortalité sont alors plus graves et souvent irrémédiables.- Dune autre côté, un choix de réduction drastique des besoins matériels de confort permettant de se consacrer entièrement au cheptel par une capacité de mobilité permanente, et dy réinjecter tous les gains éventuels en prévision des périodes difficiles. Le troupeau devient plus productif en raison dune meilleure valorisation des fourrages disponibles et de soins constants, mais doit fournir aux familles une production suffisante en lait et en animaux destinés au marché, pour couvrir la totalité des besoins en céréales. Labsence de résidence permanente permet ainsi une certaine sécurité pour assurer la capacité de déplacement et aller au besoin assez loin pour trouver du pâturage, mais induit un mode vie ascétique156. La dureté du mode de vie va à son tour susciter lapparition de règles sociales particulières visant à endurcir les enfants et les jeunes pour leur permettre de faire face plus tard aux difficultés, et favoriser également lapparition de pratiques de solidarité quasiment institutionnalisées, telles que le Habanae, Le Hobse, la Mniha, et même la Zakat, qui il faut le rappeler, est née dans un contexte de sociétés fortement pastorales des débuts de lIslam.Entre ces deux axes stratégiques majeurs, les sociétés pastorales peuvent opérer des choixclairs, tels que ceux des Peuls Wodaabés par exemple qui ont tout misé sur leur élevage et lamobilité ou à linverse celui des Peuls du Liptako qui se sont très tôt installés dans unsystème sédentaire associant lagriculture et la création de villages importants, débouchant sur155 En zone Saharienne également cette stratégie est très utilisée avec le jardinage oasien.156 Il est connu que la croissance démographique des pasteurs subsahariens est moins importante que celle despopulations sédentaires. 135
  • 136. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005un type de civilisation plus politique et foncière que réellement pastorale au sud de lisohyète300 mm.Mais en dehors de ces exemples parlants, qui sont des positions assez radicales dans unéventail de stratégies, une grande partie des sociétés pastorales si ce nest la majorité, ont putenter de jouer à la fois les deux tableaux, en développant une multitude de situationsparticulières, cherchant continuellement le point déquilibre permettant à la fois de tirer partide leur élevage et de simplanter de manière tangible et durable dans des espaces quidevenaient de plus en plus convoités.Nombres de groupes Peuls ont adopté au cours des siècles des stratégies doccupationterritoriales en village, alliés à une pratique pastorale performante et une grande mobilité destroupeaux, grâce à une spécialisation de certaines familles et à une complémentarité solidaire.Cest le cas des divers groupes Peuls installés dans la zone méridionale du Niger, Bangui,Birni Ngouré ou Say, dont les troupeaux sont pris en charges par certaines familles en saisondes pluies, et qui parcourent souvent des déplacements de plus grande amplitude encore queceux des Wodaabés. Les Peuls Oudah, grands moutonniers, entrent également dans cettecatégorie de système mixte avec spécialisation des familles.Nous nabordons ici que les motivations dordre écologique et productif de ces choix, maisbien entendu, des motivations politiques essentielles tiennent une grande part de causalitédans les choix historiques, notamment avec lémergence et le développement des grandsRoyaumes et Empires Peuls des siècles précédents, et bien sûr ceux de Sokoto et de Ségou.La pratique de lesclavage développée par les sociétés Touarègues et Maures sinscrit danscette logique, avec la possibilité offerte de disposer dune main dœuvre supplémentaire qui acertes un coût dentretient, mais sans rapport avec les besoins des maîtres, et qui ne disposepas de droit à lhéritage sur le cheptel. Que les captifs soient plutôt voués au cheptel ou aucontraire aux pratiques agricoles, la démultiplication des capacités de travail sans unedémultiplication linéaire des besoins humains a permis la naissance de sociétés pastorales plusprésentes sur le plan foncier, aux revenus plus diversifiés, à lexistence de castes et dehiérarchies réelles en son sein.Est apparue alors une spécialisation des groupes sociaux au sein dune même ethnie, certainsvoués à la guerre et aux razzias, dautres à lélevage, dautres à lagriculture, dautres à lareligion et à lécriture, dautres enfin à un artisanat desservant lensemble de la société.Dans le cas de la population touarègue du Niger, avec le temps, une partie relativement peuimportante de la société est restée réellement de "culture" pastorale157, évoluant parfois enmarge du groupe ethnique et sen éloignant progressivement sur le plan social.4.2.2. ELEMENTS DE PERTURBATION DU SYSTEME DE GESTION DES PATURAGES EN SAISON SECHE.157 Nous voulons dire ici que la possession de quelques têtes de bétail est un fait très différent que celui de tirertous ses revenus de lélevage, et que la conception des populations concernées face à leur fondement culturel esttrès différente même au sein dune même ethnie. La majorité des Touaregs du Niger sont dabord commerçantsou agriculteurs, bien quils possèdent tous quelques animaux. En revanche, un certain nombre de tribus sont devéritables éleveurs et pratiquent un nomadisme performant, mais ils sont minoritaires. 136
  • 137. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 4.2.2.1. Surabondance de points d’eau.Ces 20 dernières années, les points d’eau pastoraux se sont multipliés dans la zone pastoralequi est desservie par les nappes du Continental Intercalaire158, cette zone permettant lefonçage de puits profonds stables et durables même sans busage, et donc à des coûtsabordables même sans aide des projets ou de lEtat. Les mécanismes ayant engagé cesurdéveloppement de points d’eau agissent sous l’influence de deux facteurs : A) La recherche d’indépendance des groupes de pasteurs par rapport aux ouvrages existants. Il est parfaitement compréhensible que les pasteurs recherchent à s’affranchir au maximum des ouvrages à statut public et également de ceux appartenant à leur communauté mais qui sont très fréquentés et où des délais d’attente perturbent la bonne conduite des troupeaux. Dans le principe de réciprocité d’accès et de d’échanges périodiques de droits d’accès aux ressources fourragères, la possession d’un puits donne du poids, car l’on recherchera davantage l’alliance avec un groupe disposant de plusieurs ouvrages. Avec la multiplicité des sous-groupes induits par la démographie des pasteurs et avec les appuis financiers trouvés auprès des bailleurs et de l’Etat (Programme Spécial par exemple), de nombreux ouvrages ont été réalisés à la demande des communautés de pasteurs. Durant les années 70 à 90, cest essentiellement sur leurs fonds propres quils ont réalisés des ouvrages non cimentés. On a vu au point 3.1.4.3. que la stratégie est ancienne mais quelle a fait lobjet dun "mouvement de masse" dès la première sécheresse, ce quavait relevé Patrick Paris. B) « Les Puits boutiques. » La diversification d’origine des troupeaux fréquentant la zone pastorale et surtout cherchant à y rester quelques mois après la SP a créé une demande pour tous les troupeaux dont les bergers ou familles propriétaires ne disposent pas d’accès aux puits existants ou qui ne souhaitent ou ne peuvent pas développer de liens dans ce sens. Il s’agit de puits foncés sur les fonds propres d’un individu, sans aucun objectif collectif d’accès à des ressources naturelles, dans le seul but de générer des revenus par le paiement exigé pour l’accès. Cette pratique récente est en contradiction totale avec tous les usages et choque la conscience de beaucoup d’éleveurs. Elle est permise par le flou juridique actuel qui semble amoindrir le pouvoir des Chefferies administratives, avec un effet de corruption de leur responsabilité de gestion parcimonieuse et patrimoniale des ressources. Ces puits donnent accès aux ressources à des troupeaux qui ne devraient pas pouvoir y accéder à certains moment de l’année au détriment des éleveurs pasteurs qui comptent sur les stocks de SS. L’objectif est ici celui d’un fond de commerce uniquement. Le paiement mensuel pour un troupeau moyen se situe autour de 30 000 cfa. Il faut compter 700 000 cfa pour la réalisation de l’ouvrage. On voit que l’investissement est très lucratif.158 Dans la partie Ouest de la Zone pastorale, à partir de Akoubounou et vers Tchintabaraden, la situation estdifférente car cette nappe n’est plus accessible. 137
  • 138. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Cette situation pose des problèmes sérieux qui ont profondément bouleversé les principes degestion des RN ces dernières années, venant sajouter aux questions de libéralisation daccèsaux puits cimentés de lEtat ou aux forages, comme nous lavons décrits sur la base destravaux antérieurs de Brigitte Thébaud..Cette abondance de points d’eau à caractère privé, qu’il s’agisse de notion privativecommunautaire ou individuelle, donne l’accès en Saison Sèche à des troupeaux qui n’ont pasd’alliances sur le terrain, soit les troupeaux de la zone agricole principalement ou celui descommerçants. Ce problème est assez grave, car il est aujourd’hui impossible dans toute lazone pastorale de gérer les stocks fourragers de saison sèche par absence de possibilité delimiter le temps de pâture des troupeaux de passage.En principe, l’usage voulait qu’on ne puisse foncer un puits à moins de 6 kilomètres d’unautre puits, sans l’accord des propriétaires de ce puits. Cet usage n’est plus respecté et lacréation de puits communautaires, puits des commerçants et puits boutiques se multiplie audétriment de la gestion logique et sensée des RNs pastorales.La multiplication des points d’eau démultiplie le cheptel présent et provoque laconsommation rapide et non contrôlée des ressources locales. Ceci pose des problèmes pourla survie des pasteurs qui voient les stocks de SS disparaître rapidement, et non pas pourl’environnement, qui lui s’accommode très bien d’une charge forte en début de SS et decharge quasi nulle en fin de SS.Elle déstabilise les gestions des puits anciens et provoque une situation de chacun pour soidans la consommation du pâturage, principalement sous les latitudes 15° à 17°.Dans le Nord, l’accès trop long des troupeaux du Sud après la saison sèche engage laconsommation rapide des stocks de paille et pèse lourdement sur les systèmes endodromiqueslocaux.Les Communes pastorales devront fatalement aborder cette question afin d’enrayer lephénomène de multiplication des points d’eau en faisant appliquer les procédures existantes. 4.2.2.2. Accès par abreuvement mobile.L’apparition depuis quelques années de camions citernes ou de citernes tractées pourl’abreuvement des troupeaux des commerçants suscite des commentaires assez divers.Certains y voient une modernisation positive mais le sentiment le plus courant sur le terrainest celui d’une quasi « violation » des usages les plus élémentaires, une sorte de tricherie quirendrait la règle du jeu caduque.Examinons tout d’abord une estimation très sommaire mais réaliste du coût de cetabreuvement :A l’aide d’un camion citerne de 20 000 litres, soit une capacité assez modeste, on peutentretenir à raison de 20 litres / UBT/ jour, un troupeau de 1000 UBT, ou alors 500 UBTdurant 2 jours, ou 250 UBT durant 4 jours ce qui semble l’échelle de calcul la plus réaliste. 138
  • 139. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005En comptant le remplissage au forage, le coût du chauffeur, le carburant, et tout de même desfrais divers et un amortissement de l’engin, un trajet aller-retour de 200 Km revient à 70 000fr.L’abreuvement mensuel d’un cheptel de 250 UBT avec ce système pourrait donc revenir autotal à 490 000 cfa ou 1 960 cfa par UBT. A côté des quelques 500 cfa par UBT qui sontune moyenne approximative pour l’abreuvement aux forages et « puits boutiques », les coûtssont élevés. 2 mois d’abreuvement représentent environ le coût de fonçage d’un puitstraditionnel.Certes, les camions ne font pas toujours d’aussi long trajets, et cet abreuvement n’intervientpas durant toute l’année. Il ne s’agit que de décisions ponctuelles pour assurer l’accès à deszones particulières et à des moments particuliers de l’année. Toutefois, le coût est trèsdissuasif pour les pasteurs et le développement de cette pratique ne peut concerner que desactivités commerciales à forte valeur ajoutée, comme celles permises par les facilitésd’exportation directe de ce système.On le voit, le coût de cette formule la replace dans un contexte particulier. Soit il s’agitd’accéder à des ressources fourragères qui ne sont pas desservies par des points d’eauxproches et ceci reste conjoncturel ou n’intervient que pour de courtes périodes, soit il s’agitd’accéder aux ressources en s’affranchissant de toute négociation d’accès avec les ayants droitlocaux159, soit on cherche consommer rapidement une ressource localisée avec un fort cheptelmême si les ouvrages hydrauliques existants sont déjà surchargés de troupeaux pastoraux.! Il reste qu’effectivement, la règle du jeu est faussée !On aurait tort de ne voir ici qu’une débrouillardise des investisseurs permise par les margeséconomiques de leurs exportations. Il s’agit de bien plus que cela.Imaginons un scénario courant dans le contexte d’une saison sèche plutôt médiocre sur le planfourrager :Une petite zone bien pourvue en stocks de paille attire nombre de troupeaux, qui abreuventpar 2 puits pastoraux traditionnels, permettant l’abreuvement quotidien de 1000 UBT. Lespasteurs qui se sont entendus pour le partage de la ressource et qui accèdent aux puitscomptent pouvoir passer plusieurs mois sur le rayon de ces puits, avant d’aller vers le Suddans une situation plus inconfortable. Un troupeau ou quelques troupeaux d’un investisseurarrivent sur cette réserve de fourrage local au nombre de 1000 UBT, doublent ainsi la chargesans avoir besoin d’accéder aux puits et sans devoir effectuer les longs déplacements etattentes autour des ouvrages. Pour les pasteurs, la période prévue sur ce site est à recouperde moitié au moins et aucune règle d’usage ne leur permet de s’opposer à cetteconsommation de fourrage puisque les troupeaux de l’investisseur n’utilisent pas les pointsd’eau.Cette situation est problématique, car la ressource fourragère en elle-même ne fait pas l’objetde règles, puisque c’est l’accès à l’eau par l’intermédiaire d’ouvrages fixes qui jusqu’icipermettait la pâture. La généralisation de l’abreuvement mobile obligerait à légiférerégalement sur la ressource végétale en tant que fourrage et à préciser dans les textes régissantl’accès aux ressources naturelles le droit de pâture par cette voie. Actuellement, seules lesmentions prudentes concernant le Droit d’Usage Prioritaire dans les textes complémentaires159 Nous disposons de beaucoup de témoignages qui indiquent ce phénomène et même si les exagérations sontcourantes en milieu pastoral, on ne peut pas les ignorer tant la persistance de cette description colore fortementles débats sur la question avec toutes les personnes ressources et les éleveurs. Cette pratique semble se profilercomme LE problème des années 2000. 139
  • 140. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005sur les terroirs d’attache permettraient aux pasteurs de faire valoir un droit d’accès etd’empêcher la pâture à ce type d’élevage, puisque cette pratique ne s’inscrit pas dans les « uset coutumes » mentionnés par le texte en question.On notera encore que selon les niveaux de vie moyens actuels des pasteurs, ce cheptel de1000 UBT fait vivre au moins 500 personnes enfants compris, alors que dans les troupeaux del’investisseur, qui lui dispose d’autres revenus ailleurs et ne vit pas de ce cheptel, une dizainede bergers sans leurs familles suffisent à la garde des 1000 UBT puisque les travauxd’abreuvement n’interviennent pas. On comprend alors que cette « modernisation » ne soitpas perçue sur le terrain par les pasteurs comme un bienfait mais plutôt comme une menacegrave pour leur survie. Les prévisions qui permettent d’estimer le temps que les troupeauxpourront stationner sur des stocks de SS deviennent caduques, puisque la menace d’un« débarquement » imprévisible des troupeaux d’investissement enlève toute sécurité.C’est toute la stratégie d’alliance inter-communautaire, de gestion des cycles fourragers, et degestion du temps de SS qui est rendue obsolète par l’existence de troupeaux de commerceabreuvés par citernes, au mépris de tous les usages ayant permis la bonne cohabitation descommunautés et la bonne gestion des ressources jusqu’ici. Cette situation n’est permise quepar la faiblesse d’organisation d’un marché à bétail où seuls quelques riches commerçantstrouvent les possibilités d’exporter le cheptel dans des bonnes conditions et légalement,laissant les pasteurs désorganisés et dépendants des marchés locaux. Les exportations versl’Algérie et la Lybie par des pasteurs organisés existent avec le statut de contrebande et nesont possibles que par expéditions ponctuelle de petits lots. L’accès au statut légald’exportation devrait pouvoir être possible également à des structures locales de pasteurs afinde faire bénéficier à un plus grand nombre des bons termes d’échange des marchés du Nord,ce qui rendrait les investissements purement capitalistes dans le bétail moins attrayants. Ici, lerôle de ces excellents commerçants pourrait alors être mieux valorisé avec un objectif dedéveloppement global en lieu et place du développement individuel d’un élevage finalementmoins rentable et à l’impact social très négatif.4.2.3. CADRE LÉGISLATIF EN GESTATION. 4.2.3.1. Situation actuelle des processus globaux, description et interprétation.L’Etat nigérien cherche depuis le début des années 90 à se doter de nouveaux outils législatifsadaptés qui permettent aux communautés de pasteurs d’assurer une gestion optimale de leursressources et à préserver leurs potentiels en tant que producteurs compétents et reconnusd’une des principales ressources nationales. Le Code rural suggère des options qui renoncentà une réglementation exhaustive par la loi en faveur d’une législation proposant des règles deprocédure orientées par un nombre limité de principes directeurs substantiels et reconnaissantles us et coutumes.Cette tendance au niveau de l’Etat a dominé les travaux d’élaboration des textes. Lacollaboration entre les services de l’Etat, notamment le Secrétariat Permanent du Code Rural(SPCR) et les multiples apports des partenaires du Niger, des consultants extérieurs et des 140
  • 141. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005pays voisins, ont produit des dispositions positives et avant-gardistes. Dans les sphèresministérielles et certains milieux du développement, des courants de pensée moins bieninformés conservent une vision mythique d’élevage en ranching et de « gestion rationnelle »des pâturages passant par une privatisation des espaces. Cette tendance, favorisée par dessecteurs de recherche en mal de champs d’application, parvient parfois à faire entendre savoix et trouve également des ouvertures pour tenter des expériences sur le terrain. Nouspensons que cette tendance ne représente pas la voie que suit l’Etat nigérien pour l’élevagedans les années à venir, mais n’est qu’un phénomène satellite des processus en cours,alimenté par des intérêts commerçants à la faveur de la mauvaise information du politique oudes pouvoirs locaux de décisions. Il y a lieu de rester vigilant et surtout de favoriser unaboutissement rapide des processus législatifs en cours afin de prévenir des tentativesd’appropriation de l’espace pastoral que le flou actuel favorise. Une nouvelle périoded’instabilité politique pourrait également avoir des conséquences fâcheuses sur la paix socialeen zone pastorale si les intérêts personnels devaient dominer le Droit durant quelques années.Heureusement, la situation politique actuelle reste favorable à la mise en place des nouvellesrègles pour prévenir ce danger.Parmi les processus actuels pouvant favoriser la préservation et le renforcement du systèmepastoral s’ils sont bien menés et accompagnés, on peut lister les principaux : La mise en application des textes complémentaires du Code Rural concernant les Terroirs d’Attache. T.A. La rédaction de la Charte Pastorale. La définition des Plans de Développement Locaux des Communes. PDL Les Schémas d’aménagement foncier. SAF.Nous disons « gestation », car même si certains textes sont déjà définis et validés (texte desterroirs d’attache depuis 1997), le processus global comprend la mise en œuvre effective dela décentralisation et la création de communes fonctionnelles ainsi que la rédaction d’unCadre Général attendu sous la forme de la Charte Pastorale, voir la relecture « cosmétique »de certains textes. Des décrets d’application manquent encore par ailleurs pour définirclairement le rôle des Communes sur des points précis et ces lacunes seront révélées lorsqueles Communes chercheront à établir des règles locales de gestion des RN, par le croisement dedispositions pouvant être contradictoires entre le Code Forestier et les POCR par exemple, ouencore sur les conflits de compétence possibles entre Services de l’Environnement, autoritésRégionales et autorités Communales.Nous n’avons pas ici l’ambition de dénouer ces contradictions, c’est impossible dans l’étatactuel d’avancement, ni de les décrire de manière exhaustive.Par contre, nous souhaitons positiver le potentiel contenu dans le processus et surtoutcontribuer à lever les craintes actuelles qui constituent, il faut le dire, un fond de débat dans laculture interne de la plupart des bailleurs de fonds concernant les risques liés à la mise enapplication des textes dans l’état actuel. Il est clair que le risque engendré par le statut quo estplus élevé que celui lié à la mise en application des textes.Toutefois, et ici nous ignorons dans quelle mesure cela sera encore possible, il seraitsouhaitable qu’une relecture légère des textes complémentaires, et notamment celuiconcernant les T.A. intervienne pour préciser ou mieux expliquer certains points. Il existe deséléments pouvant amener des confusions et des interprétations abusives, que tous les auteursont relevées et qui créent effectivement des malentendus sur le terrain. Par exemple, il seraitjudicieux d’expliquer la subsidiarité des dispositions, notamment lorsque l’Usage Prioritairedes T.A. fait l’objet d’une inscription au dossier rural. L’inscription au dossier rural induit la 141
  • 142. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005propriété, alors que les textes des T.A. précisent que le droit d’usage prioritaire n’est en aucuncas une propriété. Sur le plan juridique, le texte complémentaire est prédominant eteffectivement il ne s’agit pas de propriété, mais la confusion est entretenue encore par le faitque le texte des T.A. mentionne avec maladresse la possibilité de reconnaître la propriété surun fond délimité pour des infrastructures, sans en préciser la surface maximale. Certes, lasuite du texte permet de clarifier l’esprit de cet article et de lever toute équivoque mais laplupart des lecteurs restent attachés à cette contradiction en insistant à juste titre sur le faitqu’elle permet des abus. Quelques réaménagements purement littéraires du texte faciliteraientsa mise en application et sa compréhension générale.Ceci n’est toutefois pas notre propos et nous devons proposer des éléments de stratégie et desorientations en fonction de ce qui est actuellement disponible tout en laissant une marge pourles modifications encore possibles.Un tableau analytique et descriptif à la page suivante permettra ici de cadrer l’Etat actueld’avancement et de projeter des orientations stratégiques cohérentes de manière résumée. 142
  • 143. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Texte, cadre légal, Etat actuel d’avancement Structure de mise en Améliorations attendues sur le terrain Risques couramment exprimés.plans. œuvre Texte validé par décret en 1997. Commissions Foncières Reconnaissance du Droit coutumier prioritaire Exclusion de certains groupes de pasteurs,Texte Une relecture « cosmétique » départementales. Un sur les espaces attenants aux points d’eau. polarisation des accès ZP et zonecomplémentaire souhaitée et compréhension doute subsiste quand à la Possibilité de retrouver et valoriser des agricole, accaparement des terroirs par lesconcernant les difficile sur le terrain et dans les compétence future des pouvoirs de gestion des RN basés sur la nantis si le processus reste marginal etTerroirs sphères du développement. Cofo communales sur cet négociation entre pasteurs. Possibilité de non popularisé, dérive vers une réductiond’Attache. Pas d’application sur le terrain, en aspect. limiter l’accès des troupeaux d’origine non de la mobilité s’il est mal interprété et mal dehors d’un cas atypique et à la pastorale. Ré-équilibrage des pouvoirs d’accès appliqué. légalité très discutée à Abalak. aux RN entre pasteurs, si le processus est général.Charte Pastorale Processus de rédaction arrêté en Etat central avec rôle de Clarification du statut des zones pastorales et Peu de risques exprimés actuellement en 2004. Reprise des consultations mise en application et de de leur régime foncier. l’absence d’avancement. La seule crainte attendue en 2005. surveillance par les Reconnaissance de la mise en valeur pastorale serait de voir ce texte servir les intérêts Régions et de la mobilité comme outil de gestion. d’une vision aménagiste et technocratique Statut protecteur des zones pastorales contre le de l’élevage par des dispositions défrichement agricole et l’accaparement privé. ambiguës ou encore qu’il soit trop faible Clarification des textes complémentaires du dans ces termes pour répondre aux Code Rural et fourniture d’un cadre législatif attentes. rassurant. Conseils Communaux Vision de l’avenir au niveau local sur la base Etablissement des règles perturbé par desPlans de Néant. avec l’appui des services d’analyses pertinentes. intérêts individuels ou politiciens.Développement techniques et un processus Etablissement de règles locales en faveur des Impossibilité de dégager des visions àLocaux des de concertation réel avec pasteurs et d’une gestion équitable et pacifiée long terme en raison des cyclesCommunes. PDL les populations. Sanction des RN. électoraux. possible par élections. Orientations dans l’utilisation des RN Absence de moyens financiers et humains clairement positionnées en faveur de la pour élaborer des PDL répondant aux vocation pastorale de l’espace communal. défis. Etablissement de concertations inter Influence trop prédominante de concepts communales et inter communautaires techniques mal adaptés ou désuets au concernant la gestion de la mobilité des détriment d’une vision globale de la troupeaux. question pastorale. Néant. Définition dans les textes Cofo et conseils Plan d’aménagement du territoire clarifiant les Fixation par écrit de situations nécessitantSchémas d’orientation du Code Rural. communaux. vocations des différentes zones des Communes. de garder un certain flou afin de permettred’aménagement Limitation de l’extension agricole en zone leur évolution sous l’influence sociale.foncier. SAF pastorale. 143
  • 144. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 4.2.3.2. Reconnaissance formelle des Terroirs d’Attache. Formule salvatrice ou hérésie ?La question posée en titre ne nous semble pas exagérée tant la question des T.A suscite lespassions depuis la publication du texte complémentaire en 1997. Des positions extrêmes semanifestent, tant pour demander des Droits de propriété plus formels aux pasteurs qu’un Droitd’Usage Prioritaire jugé insuffisant, que pour prédire la fin de la mobilité et la crispation derapports conflictuels si l’on formalise un tant soit peu les droits coutumiers160.Le débat semble si complexe, tellement teinté d’incompréhensions, d’interprétations partiellesou hâtives, à ce point compliqué par les intérêts individuels locaux çà et là, qu’on peut sedemander parfois si la notion de Terroir d’Attache pourra un jour être appliquée dans le sensque lui ont donné les rédacteurs du texte.Il est probable que cette question des T.A. est celle qui aura le plus divisé les spécialistes dumonde pastoral et de la GRN au Niger depuis plus de 20 ans. Même les courants de penséeayant promu depuis 2 décennies une vision positive du pastoralisme, promotion qui porteaujourd’hui ses fruits, sont partagés sur la question et peinent à voir clairement commentpourra évoluer cette forme unique de tenure foncière. Elle n’est pas une propriété commune,ne donnent pas formellement les droits d’exclusion mais les suggère en reconnaissant lapriorité, tout en mentionnant des us et coutumes indéfinissables, tout en reconnaissant lespasteurs comme acteurs essentiels en tant qu’ayant droits sur la zone pastorale.Parmi les défenseurs de la mobilité, nombreux sont ceux qui craignent l’idée que l’Etat« légifère » sur la mobilité et les Droits d’accès ou que des us et coutumes tacites et orauxprennent une forme écrite qui serait plus forte et durable. Ces craintes sont issuesd’expériences passées dans d’autres pays et elles sont parfaitement justifiées, surtout dans lecontexte actuel qui prévaut en zone pastorale nigérienne avec : - les tentatives diverses pour s’approprier « de fait » ou si possible avec une base légale, des ressources pastorales, - les tensions existantes pour l’accès aux fourrages engendrées en grande partie par les mauvaises années de pluviométrie depuis 2001, - et les discours ambigus de certains Chefs de Tribu.Les projets cherchent toujours à se positionner sur cette question, car leur appui au processusde décentralisation devra sans doute accompagner d’une manière ou d’une autre la questionde la légalisation des Terroirs d’Attache, d’autant que cette échelle de représentation depopulation pourrait bien devenir un échelon subsidiaire représentant un interlocuteur valablepour les Communes et les projets intervenant dans la zone pastorale dans les années à venir.La question qui se pose pour nous, en tant qu’expert extérieur, n’est pas de savoir s’il fautaccompagner ou non, favoriser ou non ce processus de formalisation de Droits coutumiers,puisque ce processus est en marche et qu’il est souhaité sur le terrain, puisque tous lespasteurs se positionnent actuellement dans ce sens. La question est uniquement de savoirCOMMENT le faire et vers quelle situation future doit-t-on tendre pour cet appui.160 Curieusement, se sont les experts de tendance plutôt socio-écologistes, défendant la mobilité, qui sont lesplus farouchement opposés à ce texte, alors que les pasteurs souhaitent son application sur le terrain et que touteleur stratégie depuis les années 70 va dans ce sens. 144
  • 145. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Nous avons, en 2001, publié le Dossier IIED N° 102 « Terroirs d’Attache des pasteurs auNiger ». Nous sommes revenus sur cette question dans « l’Etude sur la gestion des risques enzone pastorale » commanditée par le LUCOP-TAN en fin d’année 2004 et nous avons précisédéjà dans quelle mesure la reconnaissance formelle des Terroirs d’Attache pourra selon nouscontribuer à aller de l’avant quant à une gestion plus sereine des RN par les communautés depasteurs.Nous voulons aller plus loin ici et fournir autant que possible, sinon des réponses, tout aumoins des pistes de travail débroussaillées et aplanies au projet pour avancer sur ce terrainavec plus de confiance et de manière moins passionnelle. Pour cela, il nous semble nécessaired’exprimer les différentes craintes des uns et des autres et de leur apporter notre vision.Mettons tout d’abord devant le lecteur, certains passages essentiels du texte complémentaire,afin d’entrer dans le débat :Statut des terroirs dattache des pasteurs (Décret no. 97-007, 10 janvier 1997)Article 2. «Au sens du présent décret, il faut entendre:Par terroir dattache, lunité territoriale déterminée et reconnue par les coutumes et/ou les textes envigueur à lintérieur de laquelle vivent habituellement pendant la majeure partie de lannée des pasteurs,unité territoriale à laquelle ils restent attachés lorsquils se déplacent que ce soit à loccasion de latranshumance, du nomadisme, ou des migrations.Par pasteurs, tout groupe humain et social qui se caractérise historiquement et socialement par samobilité et dont lélevage constitue lactivité principale.»Article 3. «Sous réserve du respect des droits des tiers, les pasteurs ont le droit daccéder librement auxressources naturelles de leur terroir dattache.»La notion de droit dusage prioritaire (Principes dOrientation du Code Rural, Ordonnance no. 93-015, 2mars 1993, Article 28) :«Les pasteurs peuvent se voir reconnaître un droit dusage prioritaire sur les ressources naturelles situéessur leur terroir dattache. Le droit dusage prioritaire nexclut pas lexercice des us et coutumes communsaux pasteurs en matière de gestion et dexploitation des zones de pâturage notamment laccès des tiers auxpoints deau, le droit de parcours et de pacage.Au cas où leurs activités nécessitent une implantation fixe et pérenne sur un fonds délimité, la propriétédu sol peut leur être reconnue dans les conditions et les limites prévues par la présente loi.»Le statut du Droit d’Usage Prioritaire (Décret no. 97-007, 10 janvier 1997)Article 4 : Sans préjudice des droits des tiers les pasteurs jouissent du droit dusage prioritaire de leur terroirdattache et des ressources qui sy trouvent.Le droit dusage prioritaire est un pouvoir doccupation, de jouissance et de gestion reconnu aux pasteurs sur leurterroir dattache.En aucun cas, le droit dusage prioritaire ne constitue un droit de propriété.Article 5 : Le droit dusage prioritaire se prouve par les modes de preuve reconnus par les coutumes et/ou la loi.Les Commissions Foncières, dans leurs circonscriptions respectives, en tenant dûment compte des us etcoutumes et/ou des lois en vigueur constatant les différents droits dusage,fixent :- les critères susceptibles de servir de preuves de lexistence des droits individuels etcollectifs sur les ressources naturelles ;- les limites qu imposent aux pasteurs, dans chaque cas despèce, le respect des droits destiers. 145
  • 146. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 4.2.3.3. Risques inhérents à la formalisation des Terroirs d’Attache.Risques potentiel fréquemment avancés. Eléments d’analyse et d’estimation du risque.Les pasteurs risquent de s’enfermer dans une Ce risque est léger chez ceux qui fonctionnent par endodromie et mobilité circulaire, quasi nullogique de préservation de leurs ressources pour les autres T.A. Les pasteurs sont très conscients du risque encouru par l’exclusion qui seimmédiates et de réduire leur mobilité. retournera contre eux fatalement. Le pouvoir de préserver renforce aussi le pouvoir d’accorder et les alliances de réciprocité prendront tout leur sens alors qu’actuellement elles tendent à perdre leur importance par la situation d’accès libre et sans limite permis par les ouvrages publics, les puits boutiques, le délitement des règles coutumières et la violation systématique des usages par les investisseurs-éleveurs. Les pasteurs font clairement la différence entre, d’un côté les autres pasteurs, vivant de leur élevage et avec qui les us et coutumes s’appliquent et de l’autre côté, les troupeaux non pastoraux. Par ailleurs, les T.A. ne sont pas réellement des territoires et ils ne sont pas définis en terme de surface et rayon. Le chevauchement de leurs aires d’influence ne peut qu’aboutir à des règles générales, d’usage courant, et déjà convenues collectivement comme positives même aujourd’hui. Si certains groupes tentent l’enfermement et l’exclusion quelques années, ils auront tôt fait de réviser leurs principes par la pression collective et les événements de leurs cycles fourragers annuels.Les accès aux zones pastorales du Nord vont Il est possible que l’accès deviennent réservé après le tarissement des mares à ceux qui nese refermer progressivement et les pasteurs prennent pas soin de développer des réciprocités avec les T.A. du Nord pour accéder auxdu Sud ne pourront plus y accéder. puits. En SP, cet accès restera toujours libre. Cette évolution vers une réservation partielle et raisonnée des stocks de SS dans le Nord ne serait pas mauvaise en soi. Le système global doit trouver ses équilibres progressivement et s’adapter en permanence, or la pression actuelle sur les stocks fourragers du Nord n’est pas viable à long terme pour les éleveurs du Nord, tout le monde s’accorde sur ce point. Des règlements de cette question passant par des rapports directs entre éleveurs avec un cadre juridique seraient sans doute préférable à l’établissement de règles communales restrictives telles que le souhaiterons peut-être certains Chefs Administratifs. 146
  • 147. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Les pratiques d’exclusion dans le Nord On peut pressentir dans certains endroits du Nord d’In-Gall, que des réactions d’exclusionpourront viser les troupeaux du Sud. vers les troupeaux du Sud puissent intervenir. Ces réactions seront dirigées, nous en sommesLes accès aux zones pastorales et agricoles du certains, non pas contre les pasteurs notamment Peuls et Touaregs qui disposent de T.A. dansSud vont se refermer progressivement et les le Sud et qui négocient l’accès aux points d’eau à la faveur d’alliances anciennes et fortes,pasteurs du Nord ne pourront plus y accéder. mais envers les troupeaux purement agricoles et ceux des investisseurs, voir les troupeaux nigérians ou inconnus des autochtones. Un ré-équilibrage des charges en SP et en fin de SP doit fatalement intervenir car la pression est trop importante depuis quelques années. Ce ré- équilibrage devrait ne se faire au détriment des pasteurs mais concerner en premier lieu les troupeaux non pastoraux, c’est à dire appartenant à des propriétaires qui ne les accompagnent pas, qui n’en vivent pas directement, et qui pourront très bien déplacer leurs capitaux ailleurs si l’élevage se révélait plus difficile pour eux dans un proche avenir par restriction des accès dans le Nord. Remettre une grande part de pouvoir de décision aux pasteurs des T.A. du Nord est sans doute la meilleure formule pour espérer voir se dégager des règles d’accès justes dans ce sens. Les Communes devront entrer en négociation concernant les accès à la zone agricole et la Charte Pastorale devra affirmer le rôle essentiel des zones agricole pour l’élevage national. Concernant les T.A. situés en zone agricole, leur situation est si précaire qu’on ne peut que souhaiter le renforcement de leur pouvoir de gestion sur les espaces concernés. Les T.A. situés entre les 15° et 16° parallèles auront tout intérêt à rester très ouvert aux pasteurs du Nord et on ne craint pas d’exclusion dans ce système, mais plutôt des litiges avec les voisins très proches. La possibilité de temporiser ce potentiel de litige existe dans une vulgarisation adaptée des textes et une animation bien conduite avec les leaders concernés.Les nantis et les investisseurs pourront se NON. Au contraire, le texte défini clairement ce que sont les « pasteurs » et précise bien quefaire attribuer des espaces pastoraux et les eux seuls peuvent se faire attribuer ce statut, de surcroît avec constatation unanime de leursgérer de manière exclusive. droits coutumiers par l’enquête. Le statut des T.A. s’il est généralisé, compliquera beaucoup la tâche des investisseurs-commerçants et devrait protéger le système pastoral de ce phénomène. Un risque existe uniquement par collusion des commerçants avec des groupes pastoraux, mais on voit mal comment les pasteurs pourraient se laisser dominer à ce point à long terme par le seul pouvoir économique, sans qu’une redistribution des intérêts n’interviennent. Les Communes doivent également se pencher sur cette question sous la pression de leurs citoyens. C’est ainsi que le système doit fonctionner et l’on doit accepter le risque de mauvais fonctionnement tout en favorisant un fonctionnement optimum des principes démocratiques. Le cas exceptionnel de Tanahtamo n’a été permis qu’avec la 147
  • 148. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 conjonction d’une association de sélectionneurs de race Azawak et un projet bilatéral belge, et ceci après bien des difficultés. Ce cas est unique et ne se reproduira pas. Par ailleurs, le SPCR surveille de près cette situation et le retrait du statut d’usage prioritaire pourrait intervenir car les principes de gestion ne prévoyaient pas à l’origine l’exclusion et encore moins la pose de clôtures. De plus, sans l’acceptation des Chefs Coutumiers de la zone, ce statut n’aurait pas pu être donné. A chacun de prendre ses responsabilités dans une société civile démocratique et un Etat de Droit. Ce lobbying devrait être celui des associations mais elles semblent se désintéresser totalement de la question en dehors de prises de paroles spectaculaires dans les séminaires.La multiplicité des règles établies sur chaque NON. Le pouvoir des T.A. d’établir des règles locales sera limité par l’essence même du texteT.A. compliquera la mobilité et mettra fin à qui prévoit le respect des us et coutumes. Les règles que mettront en place les T.A. serontl’accès libre actuel. logiques, raisonnables, et assez semblables entre elles. Elles seront, répétons-le, destinées à renforcer les négociations entre éleveurs et les alliances pour l’accès aux ressources. Elles simplifieront la mobilité en clarifiant les règles. Actuellement, toute sorte de pseudo règles et de mauvaises interprétations des textes avant leur application sèment la confusion et profitent aux nantis et à ceux qui ont le pouvoir d’utiliser la confusion, la dissuasion et la crainte comme outil de gestion. En octobre, la nouvelle circulait dans le Nord d’In-Gall, que les commerçants faisaient déguerpir les éleveurs du Sud et ceux-ci étaient aux abois….. Cette nouvelle était fausse et les commerçants n’ont aucun moyen légal d’empêcher l’accès à des ressources sur lesquelles ils sont eux-mêmes des exploitants non prioritaires. Mais on voit clairement que l’absence de règles produit des situations qui ne sont pas pour favoriser la gestion pacifique. Un évènement fortuit aurait pu se calquer sur cette rumeur, être mal interprété et provoquer des problèmes graves pour la paix civile à l’encontre de toute logique. Des règles justes, claires et largement connues sont le meilleur moyen d’engager des usages pacifiques entre utilisateurs des RN pastorales.Le fait de formaliser les T.A. fera surgir des C’est possible et même probable. La gestion de litiges fait partie du jeu de négociation etconflits d’intérêt entre communautés. d’alliances de la gestion pastorale entre groupes sociaux. Le règlement de litige basé sur le Droit et les textes à l’avantage de mettre les partie en présence à armes égales sans violence et avec un arbitrage acceptable, celui de la Justice et de l’Etat. Les puits sont le centre des T.A. et le chevauchement de leurs aires d’influence ou encore d’anciennes querelles ayant suivi leurs créations, peuvent être des points de discorde et évoluer en litiges voir même en conflit. Certains groupes établis depuis un siècle ou plus dans une zone donnée reconnaissent encore 148
  • 149. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 mal la légitimité de la présence d’autres groupes même si ces derniers y possèdent des puits depuis les années 30. La dispersion des tribus ces 20 dernières années peut également compliquer certaines situations. Pour aborder ce thème, il faut se souvenir que la reconnaissance des T.A. est un processus faisant intervenir la Cofo et donc tous les représentants administratifs des pasteurs, et que cet acte est publié et affiché pour permettre aux éventuelles oppositions de se manifester. Une reconnaissance de T.A. devrait donc être l’acte qui sanctionne le règlement unanime d’un litige de ce type et non son exacerbation. Se sont donc les demandes de reconnaissance qui peuvent raviver des litiges en sommeil. Ici, on se trouve devant un choix de stratégie assez courant. Faut-il tenter de résoudre le litige latent ou l’ignorer encore quelques décennies ? Les pasteurs feront ces choix au cas par cas et pèseront soigneusement les risques et les intérêts en jeu avant d’entreprendre ces démarches si des litiges sommeillent concernant leur présence quelque part. On ne devrait pas craindre la possibilité de voir des litiges anciens se clarifier vers une résolution. Les communautés en présence sont certes en compétition dans un accès à des ressources qui s’amenuisent sous la pression démographique des pasteurs, mais les rapports sociaux entre elles sont anciens et fondés sur le respect et le partage des difficultés. Quelques discours enflammés çà et là, de la part de leaders qui veulent manifester leur pouvoir et assoire leur crédibilité de façon maladroite ne doivent pas faire craindre à des manifestations d’hostilité réelle entre communautés. C’est aussi la manière de comprendre ce qu’est réellement un T.A. qui peut désamorcer toute tentative de raviver des litiges. Rappelons que ce n’est pas une propriété mais seulement un droit d’usage prioritaire.Certaines communautés de pasteurs Sur ce point, on doit constater que les pasteurs les plus mobiles et les moins enclins àpourraient se trouver en position de faiblesse matérialiser leurs points d’attache, à savoir les Peuls Wodaa’bé, se sont bien rattrapé ces 10par manque d’accès aux zones pastorales. dernières années, préparant ainsi pour d’autres motifs161, un processus de reconnaissance des terroirs d’attache. Ils sont assez bien placés actuellement pour la reconnaissance de leur efficacité pastorale et de leur bonne « chimie sociale » avec les autres groupes ethniques. Leur situation sur ce plan n’est pas si défavorable qu’on le croit souvent. Par ailleurs, concernant l’ensemble du monde pastoral, c‘est un constat de l’étude sur la gestion des risques en zone pastorale de 2004 (LUCOP-TAN) que les pasteurs les plus mobiles et qui disposent de troupeaux apparemment viables, sont ceux qui multiplient également les alliances avec des161 Ces motifs sont la visibilité par l’Etat et les projets, la scolarisation des enfants principalement. 149
  • 150. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 groupes divers et dans des directions géographiques variées. Les pasteurs les plus performants seraient donc en bonne position pour disposer de reconnaissances de Droits Prioritaires sur leurs zones d’attache qu’ils ont pris soin de matérialiser et de rendre visibles, ainsi que pour bénéficier d’accès aux autres zones pour les besoins de leur mobilité. Il n’existe pas, actuellement en zone pastorale, de pasteurs ne disposant pas d’une zone d’attache et pouvant faire valoir un accès à leur fief dans les négociations d’accès à d’autres zones.Un terroir d’attache Peul, cet exemple peut en illustrer des centaines d’autres.Quelques magasins, quelques familles résidentes, une classe, et un point de ralliement.Depuis 15 ans que ce phénomène a commencé de manière spontanée, aucun terroird’attache ne s’est développé davantage. On est loin de la villagisation tant redoutée. 150
  • 151. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 4.2.3.4. Extrême des perceptions de sécurisation d’accès en zones pastorale, sur les espaces identitaires des pasteurs et voie médiane.Situation actuelle. Glissement vers zone bleu foncé par faiblesse Usages prioritaires reconnus aux pasteurs tels que Situation de Réaction à la situation actuelle avec visionde l’Etat de Droit et disparition des règles coutumières. Situation définis par le texte. Code pastoral abouti et topocentrique. Doit être évitée. Possible par une mauvaiseintenable à long terme pour les pasteurs. sécurisant. Situation à favoriser pour remettre le compréhension des textes et l’ambition des puissants au pouvoir de gestion ET réciprocité aux pasteurs. ranching exclusif. Tendance de réaction à prévenir et enrayer Glissement vers le NON-Droit à enrayer Ranching Non-respect des Accès libre, terres de l’Etat, règles Textes régissant l’accès prioritaire appliqués Tendance de repli, sentiment de Appropriation règles coutumière faibles et en déperdition. et bien compris. propriété collective individuelleNon • Impossibilité de refuser • Marge de manœuvre grâce au texte. • Réflexe de repli et Injustice socialereconnaissance des l’accès • Droit de refuser d’exclusion. Gestion de chargedroits coutumiers. • Pas de maîtrise des stocks • Droit d’accorder • Tentative de gestion impossibleRisque de perdre fourragers • Existence de faisceaux de Droits sédentaire du pâturage. Exclusionl’accès. • Gestion individualiste et au négociables pour toute concertation • Conflits. Coûts de productionLoi du plus fort. jour le jour. • Possibilité de gérer les stocks de SS. • Dégradations de très élevés • Pas de stratégie de • Possibilité d’investir avec sécurité l’environnement. Affaiblissement deApparition des préservation de • Gestion des pâturages raisonnée • Affaiblissement du tissu l’économie locale l’environnement. possible. social Stratification socialepuits boutiques et prolétarisation des • Risque de déficit fourrager • Rivalités ethniques difficile à gérer • Paiement pour pâturage. pasteurs. Apparition d’investisseurs capitalistes grâce au vide juridique. 151
  • 152. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Le tableau de la page précédente exprime les évolutions possibles des conceptions de tenurefoncière en zone pastorale. La partie en bleu indique la situation actuelle générale, avec unglissement vers la partie bleu plus foncée qui indique des dérives extrêmes mais déjàcourantes sur le terrain, permises par l’absence de règles. Du violet au rouge, ce sont desréactions à cette situation qui sont décrites et qui elles aussi sont déjà en cours avecl’anticipation d’usage incorrect de règles en cours de finalisation et d’application. Sur leterrain, les perceptions des uns et des autres sont en cours de polarisation sur la question del’accès aux ressources pastorales. Il est vrai que l’accès à des statuts légaux de type T.A.pourrait être actuellement compris comme permettant des systèmes de tenure exclusifs. Cetteaffirmation de position d’exclusion par des Chefs de Tribus ou de Groupement (nous nel’avons pas entendu de la bouche de pasteurs ou de leaders locaux sur les T.A.) n’est qu’unsymptôme de frustration devant la perte de pouvoir de gestion et les difficultés fourragère desdernières années et ne représente pas de réelle intention de mettre en pratique desassortiments de règles visant à exclure les autres pasteurs. En réalité, et nous espérons que lavisualisation de ce tableau permet de mieux l’exprimer, la voie médiane offerte par lareconnaissance des T.A. pourrait bien être la voie médiane permettant de décrisper lasituation tout en allant dans le sens d’un système de décision remis dans les mains desutilisateurs des RN, tel que le sous-entend l’ensemble du processus de décentralisation et deréforme de la législation foncière voulue par l’Etat et l’ensemble des partenaires extérieurs duNiger.Le défi qui se pose aux projets de développement en zone pastorale, sera d’accompagner lesprocessus sur le terrain. Il sagit déviter que les incompréhensions, les positions extrémistespossibles, ne fassent perdre inutilement du temps sur le chemin de cette voie médiane par lagénération de litiges locaux trop nombreux ou des recherches stériles de systèmes de gestioninadaptés. Il est possible, pour la coopération au développement, d’apporter une aideprécieuse et très efficace dans ce sens et nous présenterons cette stratégie plus loin 4.2.3.5. Scénarios possibles d’évolution non souhaitables pour les 15 ans à venir.Nous nous attacherons dans ce point précis, à caractériser et définir les évolutions NONSOUHAITABLES en cours, leurs causes et effets, ainsi que les possibilités d’influence surleur développement. Ce chapitre aura donc un contenu apparemment très pessimiste par lanature même des idées qu’il souhaite préciser.Enfin, ce point traite des évolutions sociales avec leurs effets sur le niveau de vie despopulations et sur les RN. Les scénarios de sécheresse ou d’autres catastrophes ne sont pasl’objet de ce point précis. 152
  • 153. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20051. Extension des centres urbains en zone pastorale avec accroissement ducheptel sédentaire.* Effets. Cet accroissement entraînerait une extension des surfaces cultivées, engendrantdes pertes de surface et surtout des problèmes de gestion d’accès et de passage pour lespasteurs. L’accroissement du cheptel sédentaire au delà des limites supportables est peuprobable, car les limites sont imposées par l’environnement lui-même. Le rayon de 15 kmautour de la ville d’Abalak par exemple, ne permettrait d’entretenir que 9 000 UBT enmoyenne sans tenir compte des surfaces cultivées soustraites à la surface total. Or dans le casd’élevage sédentaire, c’est le minimum de cheptel qui doit être considéré et non la moyenne.Ce périmètre peut donc entretenir 4500 UBT au maximum. En outre, il faudrait pour celaexclure le passage des troupeaux mobiles, ce qui est illusoire et ne pourra pas être envisagésérieusement par les Communes sans risquer des conflits sérieux. Les prérogatives cédées auxcommunes pour la gestion des RN ne permettent pas cette exclusion, mais des systèmes detaxes et l’établissement de règles complexes pourraient avoir le même effet. L’effet surl’environnement serait négatif, perte de diversité, érosion, apparition de glacis, mais dans unemoindre mesure que la mise en culture des mêmes espaces. En outre, cet élevage devrait êtrelargement complémenté sur le plan alimentaire ce qui grève beaucoup sa rentabilité.! Prévention et accompagnement. Les ex-pasteurs résidents conservent des liens avecleurs familles restées en brousse et leur cheptel effectue des aller-retour avec le systèmepastoral. Il est peu probable que le développement de l’élevage sédentaire devienne unemenace pour l’environnement immédiat. Il est par contre indispensable que les Communesenvisagent des schémas de vocation des espaces en 3 catégories, Agricole, pâturage villageoisplus ou moins réservé et espace pastoral ouvert. Le pâturage villageois devrait être compriscomme réserve de SS. Des limites à l’extension agricole devraient être posées par ladélimitation claire des espaces destinés à l’agriculture, dans l’optique de conserver ladynamique économique pastorale de la zone, seul moteur de développement réaliste sous cettelatitude. Les acteurs de la rédaction des PDL et schémas d’aménagement fonciers devrontêtre rendus conscient de cette nécessité et disposer d’appuis techniques pour cette tâche.La coopération au développement n’est pas en mesure de proposer des solutions à long termepour absorber la main d’œuvre excédentaire des centres urbains qui sera supérieure à lademande engendrée par l’accroissement, en raison de la faiblesse économique globale de cettepopulation. Des solutions sont à trouver par la voie commerciale et par l’exode vers les villesou l’étranger.2. Sédentarisation sur les sites d’attaches avec le cheptel.* Effets. L’effet serait en tout premier lieu la perte progressive de capacité de mobilité de cespasteurs et ainsi leur plus grande vulnérabilité aux crises. En second ordre, ce cheptel serait moinsproductif, les ressources locales souffriraient de modifications de leur diversité botanique au détrimentde la qualité fourragère et une érosion éolienne et hydrique seraient favorisées. Ceci est plus ou moins 153
  • 154. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005vrai selon les types de sols. L’installation des familles sur les sites d’attache n’est pas LA stratégierecherchée par les pasteurs, mais il reste possible que la part de pasteurs appauvris surcharge les sites.La difficulté de leur condition dans cette situation laisse toutefois penser que ce scénario est peuprobable.On pourrait également craindre, avec la villagisation des sites d’attache, le souci de préserver lefourrage local et l’apparition de règles d’accès contraignantes pour les pasteurs allochtones. Dans lapratique, même si des tentatives de gestion exclusives devaient se manifester, et nous en doutons, il y apeu de chance qu’elles perdurent en raison de la difficulté de mise en œuvre, du risque de conflit, etsurtout en raison de la nécessité de conserver des liens sociaux avec de multiples groupes pastorauxpour se garantir des solutions de repli dans les multiples situations de répartition des ressourcesfourragères que l’irrégularité du climat peut produire.! Prévention. Le rôle des projets peut être déterminant afin d’accompagner le processus dereconnaissance des Terroirs d’Attache. La vulgarisation bien faite du texte concerné,l’accompagnement technique et financier des COFO dans cette tâche et surtout la formation desleaders de ces sites sur les potentiels et mécanismes écologiques de leurs zones permettra sans doutede voir le processus se développer dans les meilleures conditions et de prévenir les dérives pressentiessur le terrain.3 Sédentarisation sur les sites d’attaches SANS le cheptel.* Effets. L’installation sédentaire sur les T.A. a ses limites. Les personnes sédentaires doiventdisposer de moyens d’existence. Le T.A. peut être une voie de secours pour quelques personnesdémunies ou physiquement limitées pour la transhumance. Il peut être une voie permettant d’offrir unrôle nouveau à des personnes pauvres. Il existe un lien entre le nombre de personnes vivant au T.A. etles besoins de la communauté que le T.A. peut couvrir. Mais il ne peut devenir le secours social detoute une part de la population, cette dernière devant trouver des moyens d’existence. D’ailleurs, ledéveloppement des T.A. correspond à cette description pragmatique sur le terrain. Les famillesprésentes ont en général un rôle à jouer dans le processus et ne sont pas là par simple dénuement oupar simple renoncement à la mobilité comme on le croit trop souvent. La recherche d’appuis auprèsdes projets fausse le discours sur le terrain.! Prévention. Le projet peut jouer un rôle de catalyseur des réflexions internes des groupesconcernés pour prévenir d’éventuelles visions utopiques. De simples réunions bien planifiées avec lesgroupes sur la base de discussions en soirées pourraient être le point de départ de dynamiques internessur le sujet dans le cas où un processus collectif de réflexion ne soit pas déjà engagé dans lacommunauté concernée (d’après nous, ces processus existent dans la plupart des cas). L’erreur seraitde reculer davantage la prise de conscience locale en accompagnant des initiatives économiques sanslendemains, des activités non rentables ou en soutenant artificiellement l’économie de ces sites avecdes actions de food for work ou cash for work sans autre utilité, telles les nombreux chantiers de demi-lunes, plantations d’arbustes et micro barrages que l‘on peut observer. 154
  • 155. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20054. Développement continu et disproportionné de l’élevage commerçant.Eleveurs commerçants et investisseurs éleveurs.* Effets. Les effets de ce scénario sont si évidents qu’on hésite à les mentionner : - Prolétarisation de la société pastorale et appauvrissement. - Perte massive d’emplois et moyens d’existences dans la population. - Perte culturelle massive des pasteurs. - Accroissement des centres urbains sous effet de la pauvreté. - Diminution de la productivité du cheptel régional. - Gestion des ressources naturelles moins performante par perte de réactivité opportuniste des multiples pasteurs traditionnels. - Apparition de conflits sociaux par stratification socio-économique. - Concentration de pouvoir économique et politique dans la main de quelques familles.! Prévention. - Popularisation de la culture démocratique. Inverser la tendance actuelle qui amène à voter pour les « puissants » et rendre la population consciente de ses propres intérêts à long terme. - Aider les Communes à identifier des règles d’accès et de taxation qui privilégient les pasteurs à dimension familiale. - Accompagner les COFO techniquement et financièrement. - Accompagner les Communes et les Associations162 dans des démarches visant à relire, amender, compléter les textes de Loi Foncière, de Gestion des RN et d’application.5. Retards d’application ou application mal comprise des textes fonciers et desprocessus de la décentralisation.* Effets. La situation actuelle profite à ceux qui sont suffisamment informés et disposent de capitauxpour s’insérer dans les vides juridiques et les retards de mise en application. C’est ainsi que desinvestisseurs éleveurs parviennent à s’approprier des points d’eaux ou à en créer de nouveaux audétriment des usagers et à devenir des acteurs majeurs de la gestion des RN. Or, nous considérons quel’Etat de Droit doit servir à garantir à tous le moyen d’existence conformément aux Lois, même à ceuxpour qui l’enrichissement à tout prix n’est pas la principale préoccupation, et que le sens du commercen’est pas la seule qualité qui doit garantir le droit d’exister dignement. C’est également de cettemanière que le défrichement agricole suit un développement non concerté voir anarchique et enviolation des Lois sur l’Environnement.La perte de maîtrise d’accès et de gestion de l’espace pastoral par les communautés de pasteurs,engagée depuis les indépendances, conduit progressivement à un appauvrissement général de cescommunautés, une perte globale pour les performances et la rentabilité de l’élevage et une plus grandepression sur les ressources naturelle disponibles.! Prévention. Un effort considérable en terme de temps, de moyens, de ressources humaines etd’analyse participative doit être entreprit rapidement pour : - Amener les communes à engager le diagnostic de leurs ressources naturelles. - Amener les Communes à définir de manière participative des plans de vocation des espaces dans leurs périmètres immédiats, afin de composer au mieux avec les besoins d’extension162 Au cas où elles décideraient enfin de s’informer sérieusement, d’engager réellement le dialogue avec leurbase et de s’investir dans ce débat. 155
  • 156. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 agricole et le maintien des accès aux pasteurs. - Engager avec les communautés de pasteurs, des réflexions de fonds sur la question de l’identification, de la vocation, et des réglementations réelles cadrant leurs terroirs d’attache là où les processus sont enclenchés. - Promouvoir l’émergence d’un cadre inter-communal efficace pour la réflexion à long terme concernant d’éventuelles réglementations conjointes visant à privilégier le pastoralisme « familial » en tant que principal moteur économique de toute la région. - Former les divers niveaux de décision à une vision globale de la question pastorale.6. Crispation des règles d’accès sur les Terroirs d’Attache (exclusion).Ce scénario nous paraît peu probable, mais nous présentons tout de même son analyse.* Effets. - Multiplication des règles d’accès et mise en danger de la mobilité pour les pasteurs allochtones. - Apparition de conflits graves entre communautés. - Fragilisation de tout le tissu social. - Diminution importante de la productivité du cheptel et du nombre de cheptel pouvant être entretenu sur le territoire des 5 Communes. - Dégradation des RN et érosion sur les zones à sols fragiles. - Grave perte de temps par expérimentation malheureuse avant d’engager des applications sages et adaptées du principe de T.A.! Prévention. - Engager avec les communautés de pasteurs, des réflexions de fonds sur la question de l’identification, de la vocation, et des réglementations réelles de leurs terroirs d’attache là où les processus sont enclenchés. - Fournir la formation adéquates aux leaders d’opinion des communautés de pasteurs afin de leur donner des outils d’argumentation en faveur du système mobile. - Promouvoir l’émergence d’un cadre inter-communal efficace pour la réflexion à long terme concernant d’éventuelles réglementations conjointes visant à privilégier le pastoralisme « familial » en tant que principal moteur économique de toute la région. Former les divers niveaux de décision à une vision globale de la question pastorale, par rapport à une vision plus analytique de la question de Droits d’usages sur les espaces pastoraux163. Les leaders d’opinions des communautés de pasteurs devraient aussi bénéficier de cet effort de formation en vue de faciliter leur communication avec les différents niveaux de décision et gestion.______________________________________________163 Il est étonnant dans le paysage administratif ou dans les cultures interne de développement des bailleurs etprojets, de constater la persistance d’une vision dualiste réductrice entre propriété et droits exclusifs d’un côté etabsence de règles d’accès de l’autre. Le fait que les droits d’accès puissent être différents à des moments précisde l’année et que la notion de priorité soit différente de celle de propriété peine à se concrétiser dans les débats.On constate aussi le peu d’écoute vers le discours unanime des pasteurs en faveur d’une plus grande capacité degestion et décision, alors que les symptômes de cette perte de pouvoir sur les RN sont largement constatés. 156
  • 157. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20054.2.4. CARACTERISER LE PHENOMENE DE SEDENTARISATION.La principale évolution sociale, celle qui marque le plus sûrement des changements notablesdans le mode d’exploitation des ressources naturelles et les conditions d’accès aux servicesde base, est le phénomène de sédentarisation d’un nombre croissant de ressortissants de lazone pastorale. Volontairement, nous n’avons pas utilisé le terme de « sédentarisation despasteurs », généralement employé, afin de nous démarquer dès le départ d’une désignationqui nous semble inappropriée pour décrire le phénomène, et qui engendre certainesconfusions, puisqu’il suppose un renoncement à la mobilité du cheptel.Alors que la sédentarisation était autrefois souhaitée comme un progrès par la tendancetechnico-libérale et notamment par des courants forts au niveau de lEtat, sur la base depostulats insuffisamment fondés sur le plan de lécologie, elle est au contraire perçueaujourdhui comme une menace. On a vu plus haut que la notion de terroirs dattaches étaitsouvent assimilée à sédentarisation et que la crainte de cette sédentarisation inhibaitactuellement les soutiens des bailleurs à la reconnaissance des terroirs dattache.Les points suivants devraient permettre de servir de base pour clarifier les mécanismes duphénomène de sédentarisation : La population d’origine « pastorale » a doublé depuis 20 ans. Une part difficile à estimer s’est exilée vers les grands centres urbains et à l’étranger, mais la majeure partie a cherché ses moyens d’existence sur place. Si cette population a doublé, le cheptel s’est aussi reconstitué mais dans les limites supportables par les ressources naturelles. Le cheptel par famille est plus réduit qu’auparavant et les revenus ainsi que la marge de sécurité dégagés par le cheptel familial sont à la limite ou en dessous du seuil de viabilité pour la majorité des familles. Les besoins élémentaires des familles ont évolués vers le haut et pèsent davantage sur un cheptel plus réduit. Les référentiels sociaux endogènes de niveau de vie ont subit des changements sans que le pouvoir économique familial ne puisse accompagner ces nouveaux besoins. Ces changements engendrant des nouveaux coûts sont alimentaires, vestimentaires, ou sont liés à l’usage d’objets courant venus de l’industrie au détriment de l’artisanat local ou de changements d’habitudes. Nous ne les listerons pas ici. L’Etat et les projets de développement ont fortement encouragé les pasteurs pour accéder à des services de base tels que la scolarité, la santé. Depuis l’indépendance, et parfois encore de nos jours, le « développement » en zone pastorale se réduit à la création d’infrastructures, puits, forages, couloirs de vaccination, dispensaires, écoles, dépôts de stockage, marchés, routes….. Cette 157
  • 158. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 politique peut engager la villagisation des sites d’attaches des pasteurs dans certains cas. La notion de « mise en valeur » des terres reste encore largement perçue par la seule mise en culture. Il s’agit d’un héritage des politiques d’urgence qui ont suivit les sécheresses avec les cultures de contre saison. Ainsi, les législations limitant l’ouverture de champs de culture dans la zone pastorale n’ont jamais été respectées. Pire, même le classement de la Réserve Totale de Faune du Tadress n’a pas empêché la mise en culture des bas-fonds, alors qu’en théorie, une autorisation de défrichement devrait être requise pour chaque parcelle auprès des services de l’environnement. Une large part des pasteurs appauvris s’est donc convertie à un agro pastoralisme qui induit un mode de vie sédentaire, puisque la saison culturale coïncide avec la saison de transhumance vers le Nord. Les stocks de fourrage de SS avoisinant la résidence prennent alors un statut stratégique nouveau qui engendre la tentation d’exclure les autres utilisateurs. L’affirmation de territorialité prioritaire est ici biaisée par une modification du mode de production et de vie. Les années de rébellion armée ont appauvrit notablement la majeure partie de la population, par la perturbation sérieuse des systèmes économiques, et par l’insécurité civile générée par le conflit. La taille de certains points de résidence a fortement augmenté sous différents facteurs. Le développement du trafic routier, la possibilité de cultiver, la création de services de base, de forages, une tendance plus ou moins marquée à a sédentarisation des tribus d’origines du site, etc……. Par exemple, on citera Abalak, Tabalak, Tamaya, Gabar-gabar, Teguirwit, Tegguidan tagueyt, Abourhaya, Sakabal. Certains points d’attache anciens et connus n’ont pas, à l’inverse, connu de développement important, voir par du tout, de leur population sédentaire. Par exemple : Fagochia, Assassawas, In-Waggar, Toufaminir, Marakat, Assouman, Tegguidan Adrar, etc… Le nombre des sites d’attaches ayant fait l’objet d’implantation sédentaire même très légère ces dernières années a augmenté fortement. Cela ne signifie pas qu’il s’agisse de véritable sédentarisation, le mot village étant souvent utilisé même pour quelques constructions sommaires. Dans l’espace délimité par le département d’Abalak, 86 nouveaux « villages » seraient ainsi recensés depuis 10 ans164. Une bonne partie d’entre eux ne sont composés que de quelques campements, 5 ou 6 cases en banco regroupés autour du puits et parfois d’une école nouvelle, permettant ainsi de scolariser les enfants pendant que leurs parents restent mobiles. La reconnaissance par le mot village est souvent induite par le souci d’une meilleure visibilité et n’a souvent pas de rapport avec une véritable installation sédentaire du groupe social.164 Source : entretiens avec Monsieur le Maire d’Abalak et ses adjoints. 158
  • 159. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 Le cheptel reste essentiellement mobile. Le nombre de familles pratiquant la mobilité toute l’année aurait même augmenté dans les différentes ethnies165 et bien qu’aucun chiffre issu d’études précises sur ce sujet ne puisse servir à le confirmer, l’observation de la zone pastorale peut sans difficulté l’accréditer. 4.2.4.1. Résumer le phénomène de sédentarisation.Le cheptel reste mobile d’une manière générale et l’on ne peut pas observer sur le terrain detentative réelle de sédentarisation du système de pâture. Les débats avec les intéressés sur leterrain permettent de se rassurer sur ce point, les pasteurs sont conscients de la nécessairemobilité de leur cheptel et ne sont pas à la recherche d’un système équilibré sur leur point derésidence. Il se peut toutefois, en pratique, qu’un certain niveau de cheptel stationne sur lesite pour les besoins des résidents (vaches en lactation, petits ruminants, animaux de monte).Le processus de sédentarisation concerne, selon ces constats, deux axes principaux : - Développement des centres villageois existants avec croissance forte de leur population par naissance, mais aussi par installation de pasteurs appauvris et parfois aussi de quelques pasteurs enrichis. Il s’agit ici d’un développement basé sur la micro économie locale ne permettant pas réellement un redressement économique des pasteurs appauvris. Cette croissance des villages induit également l’apparition d’un système de pâture permanent dans leurs pourtours, chaque famille détenant quelques UBTs. - Affirmation territoriale sur les terroirs d’attache passant par l’installation de quelques familles. Ce phénomène est très visible, car il est affiché de manière ostentatoire par ses acteurs (recherche de visibilité et développement de services de base), souvent décrit par eux avec maladresse (recherche de crédibilité en fonction des biais de communication dans l’interface avec l’Etat et les projets) et aussi parce que l’implantation de quelques constructions même sommaires dans une brousse auparavant « vierge » ne passe pas inaperçue et vient accréditer la thèse d’une sédentarisation.Selon ces constats la sédentarisation en question ici n’est pas réellement celle des pasteurs,mais celle d’une part qu’on pourrait qualifier « d’excédentaire » de la population d’originepastorale, si l’on prend comme point de référence, le système de production d’origine. Ils’agit essentiellement de 2 catégories de familles : - Des pasteurs appauvris qui doivent trouver d’autres ressources, soit par l’agriculture, soit par le commerce ou les deux à la fois (cas du développement des centres villageois d’Abalak, Tamaya, etc…) soit en rendant des services de base à l’ensemble165 Cette augmentation est le fruit de la croissance démographique des pasteurs et non pas le retour à la mobilitéde certains sédentaires. 159
  • 160. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 de la communauté, tel que l’entretien des enfants scolarisés par exemple (cas des terroirs d’attache Peuls). - Des leaders de communautés qui choisissent le principe de rester géographiquement stables pour assumer mieux leur fonction vis à vis de l’administration et de la coopération au développement (Mieux défendre les intérêts de la communauté et mieux drainer les ressources possibles). 4.2.4.2. Risques du phénomène de sédentarisation. 4.2.4.2.1. Risque social dans les agglomérations.D’une part, la vie sédentaire modifie considérablement les paramètres sociaux et lesréférentiels de niveau et mode de vie. Avec le temps et dès la seconde génération, lesressortissants des communautés pastorales se différencient notablement de leurs parentsrestés pasteurs par la perte de la connaissance pastorale de base, la recherche d’autres idéaux,les changements majeurs dans les habitudes de vie, la multiplication des moyens de surviequi nécessitent la recherche de nouvelles compétences, et surtout l’apparition de nouveauxbesoins. Vivre à Abalak ou In-Gall, par exemple sans accéder à l’électricité, à la télévision, àl’eau courante, sont vécus comme les symptômes d’une pauvreté relative. Dans la viepastorale, d’autres formes de confort quotidien sont là pour pallier à ces lacunes et sontperçues comme très importantes. On citera la disponibilité du lait, certains avantages de la vieen brousse comparés à l’insalubrité et la promiscuité des villes, les rythmes liés à ceux destroupeaux, ainsi que bien d’autres conforts et satisfactions de vie qu’il est difficile de décrireici car ils sont souvent tenus pour négligeables dans le milieu du développement et le milieuadministratif, n’entrant pas dans l’indice de niveau de vie. Par ailleurs, les règles sociales sedéprécient par la vie sédentaire et par la perte de contact avec le milieu d’origine, et tombentprogressivement dans l’oubli.D’autre part, ces villageois d’un genre nouveau sont pauvres et doivent lutter pour trouverdes moyens de survie. L’agriculture pluviale reste aléatoire sous ces latitudes et malgré tout,cette voie est tentée par presque tous dans les agglomérations concernées au Sud du 16 èmeparallèle. La mise en culture des bas-fonds pour des productions de contre saison, courgesnotamment, est plus intéressante, mais demande plus d’investissement en main d’œuvre et leszones d’accueil de cette activité restent limitées. Par ailleurs, ces solutions « agricoles »pénalisent gravement le système pastoral et ne doivent en aucun cas être encouragées nifavorisées d’aucune manière, si l’on est à la recherche de stratégies de développementdurable pour la zone pastorale. Déstabiliser davantage le système pastoral ne permettra pas dedécongestionner le problème de la démographie et des besoins croissants de la population,bien au contraire. L’activité commerciale est une voie évidente qui attire tous ceux disposantd’un petit capital ou de crédits, mais sans une couche sociale aisée, les possibilités dedéveloppement et de diversification du commerce local sont très limitées. C’est en outrel’activité pastorale qui est le moteur de toute activité commerciale dans ces zones, par les fluxde capitaux drainés par le marché à bétail et les besoins de consommation des pasteurs. 160
  • 161. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Le développement de l’artisanat et du tourisme semble peu probable, les attraits touristiquesde la zone pastorale ne pouvant pas concurrencer ceux d’autres régions, notamment de l’Aïr.La vision de l’avenir pour cette catégorie de sédentaires qu’on pourrait qualifier « d’expasteurs » est très sombre. On rejoint ici toute la problématique de la nation, marquée par laquasi absence de développement industriel capable d’absorber une main d’œuvre croissantevenue du monde rural, ou générant avec lui la croissance des autres secteurs, ainsi que lafaiblesse des échanges commerciaux. 4.2.4.2.2. Risque écologique.Potentiellement, le risque écologique est lié principalement aux besoins de bois de chauffe, àl’extension des surfaces cultivées et à une pression accrûe de bétail sédentaire dans lepérimètre des agglomérations. Les mécanismes sont engagés en ce qui concerne l’extensiondes surfaces de cultures et le défrichement de terres fragiles. L’apparition de glacis dans leszones cultivées, les défrichements importants des bas-fonds avec abattage de grands arbres,les litiges courants engendrés par la mise en culture des bas-fonds et la perte d’accès despasteurs, sont là pour présager l’apparition de problèmes sérieux et de conflits dans les 10ans à venir si des mesures de gestion durables ne sont pas mises en oeuvre dès aujourd’hui.En ce qui concerne la pression de pâture, cette question est pour l’instant mineure sur le planécologique, même autour des centres urbains où le bétail est nombreux. Il se pose unproblème d’accès et de gestion des règles d’accès, mais l’environnement au plan strictementécologique n’est pas menacé par la pâture sur ce type de sols sableux._________________________________________________________________________ 161
  • 162. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20055. Le pastoralisme sahélien, plus dynamique que jamais.5.1. L AFFRONTEMENT DES IDEES.5.1.1. L’ETAT ET LES BAILLEURS…. PEU DAVANCEES CONCEPTUELLES.(Une partie de ce texte reprend celui de la page 109, mais ce rappel nous semble utile à cestade).Laffrontement didées et de perception du pastoralisme sahélien depuis les temps coloniauxest exacerbé à lextrême. On nobserve pas de phénomène doppositions didées aussitranchées par rapport à lagriculture, à la pêche, à lartisanat ou concernant tout autre secteurdactivité des sociétés sahéliennes. Nous avons beaucoup insisté sur lhistorique de cesperceptions durant la période coloniale car nous pensons que les positions actuellescontinuent den dériver.On a vu comment, dès lépoque coloniale, certains administrateurs civiles ou militaires,développent une vision réductrice et dévalorisante des pasteurs, ou au contraire, saisissentintimement les fondements de la mobilité et sa nécessité pour ladaptation aux conditionsclimatiques particulières. On a vu comment les pasteurs sont décrits tour à tour comme desêtre irrationnels sans aucune logique, ou au contraire comme des peuples admirablementadaptés et spécialisés, seuls capables de valoriser les immenses espaces du Sud du Sahara àléchelle dun continent.La tendance socio-écologiste domine durant une grande partie de lépoque coloniale, soit àpartir de la période où le Niger est un territoire colonial avec une administration civile, depuis1922. Les tentatives de la vision technico-libérale, se limitent à des expériences en stations.Ladministration agit de son côté avec bon sens en développant une politique dhydrauliquepastorale bien adaptée à la réalité et conforme aux objectifs de développement des pasteurs.A lindépendance, voir quelques années avant, la tendance se renverse et les visions technico-libérales dominent à la faveur des ambitions de modernisation et sous la très forte poussée dela recherche agrostologique qui a besoin de champs dexpérience et de financements pourexister. Les sécheresses servent dargument pour revenir à une vision dévalorisante despasteurs, alors que tout est là pour démontrer au contraire, de la pertinence de la grandemobilité pour faire face aux aléas climatiques. Cest lépoque des forages à haut débit, delaccès libre à la zone pastorale, mais aussi des tentatives de gestion administrative des zonesde fourrage et de la recherche du modèle de gestion des pâturages. 162
  • 163. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005A partir des années 1990, la confrontation devient très vive lorsque les bailleurs se décident àrevenir financer le secteur pastoral. La tendance socio-écologiste semble dominer grâce aupoids de certains chercheurs qui ont le courage de faire des publications à contre courant(Thébaud, Behnke et Scoones, etc…) mais en lames de fonds, des velléités de moderniser lesecteur élevage sur des bases totalement commerciales et techniques agissent et simplantentsur le terrain.Aujourdhui, rien nest clarifié chez les experts et les bailleurs. La question de la valeur oude l’hérésie du principe de "terroirs dattaches" continue à diviser les experts et nous avonssemble-t-il défendu cette position en vain dans nos dernières études pour la GTZ, tant lecourant dopposition était fort pour dépeindre cette innovation juridique comme sonnant leglas de la mobilité. La tendance socio-écologique, après avoir réalisé lexploit de fairereconnaître la valeur du pastoralisme et de sa haute productivité économique, sest centrée surles questions de gestion conjointe des ressources naturelles, sur les débats sans fin concernantles législations, balayant dun revers de main dédaigneux toute les améliorations que laide audéveloppement pouvait réaliser en sécurisation du système, sur les plans économiques ettechniques. Lapprovisionnement en médicaments vétérinaires pour les éleveurs par exempleest un sujet mort et enterré depuis plus de 10 ans, hormis les tentatives timides de lacoopération française pour promouvoir le secteur vétérinaire privé, ce qui nest pasexactement la même chose.Réaliser des puits là où se serait nécessaire et utile pour décrisper des situationsconflictuelles, reste un investissement dexception, et on peine à susciter ce débat, comme sion navait seulement retenu dans les sphères de décision, que "lhydraulique pastorale génèredes problèmes ".On garde le sentiment, sur le terrain, que tout continue de fonctionner par effets de modes etvagues de concepts. Cette impression est dautant plus vive que le thème pastoralisme estdevenu lui-même une mode. Si dans les années 90, on recommençait à mentionnertimidement les pasteurs dans les documents de projet comme des groupes marginaux etvulnérables, certains des projets affichent clairement aujourdhui leur dimension de projetpastoral, même sils ninterviennent sur aucun des paramètres de production.En filigrane, au Ministère des Ressources Animales, la tentation de favoriser les groscommerçants considérés comme plus rentables économiquement, reste de mise.Récemment, dans le cadre dune rencontre entre le Chef de l Etat et les organisationspaysannes, la "commission élevage" retient dans ses conclusions, la nécessité de favoriserlémergence des ranchs privés, de former les éleveurs aux nouvelles techniques délevage etaux techniques intensives (sans bien sûr mentionner lesquelles), et sensibiliser les éleveurspar le biais de leurs associations en vue d’une meilleure exploitation de leurs troupeaux etdadapter l’effectif à la capacité d’entretien166.Les mêmes discours reviennent de manière incessante alors que le système pastoral aamplement démontré sa performance, notamment en survivant à une récente année desécheresse et de grave crise fourragère suite à la mauvaise pluviométrie de 2004.166 MRA, rencontre du Chef de lEtat avec les organisations paysannes. Rapport de la commission élevage.septembre 2005. 163
  • 164. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20055.1.2. LES COMMUNES RURALES… OUTIL A DOUBLE TRANCHANT.La décentralisation et la création des Communes vient aujourdhui complexifier encoredavantage le débat. La Commune peut être un espoir de revenir à un bon sens qui privilégielintérêt collectif, ou au contraire représenter une ultime menace pour la mobilité.Dans les Communes agricoles du Sud, la nouvelle valeur monétaire de la terre agricole, ladémographie, les intérêts individuels influents dans les conseils communaux, sont des enjeuxmajeurs à côté desquels le souci de préserver le système pastoral national est de peu de poids.Ceci est encore renforcé par le fait que le cheptel de la zone agricole a fortement augmenté etconsomme également de lespace… le peu qui reste entre les vastes étendues de monoculturepénicilaire. Jusquici, la gestion centralisée des ressources naturelles sur des textes nationauxservaient seule de référence. Les entraves diverses à la mobilité du cheptel se heurtaient toutde même à des instances locale de ladministration centrale. Avec les Communes et les PlansdAménagement définis par les conseils communaux, le risque est grand de voir les espacespastoraux du Sud disparaître. Certes, ces plans Communaux devront être en accord avec desplans au niveau régional, mais ces derniers seront probablement trop globaux pour inclureles particularités locales. La tentation de faire payer le pâturage aux éleveurs est égalementlà, et des tentatives ont déjà eu lieu dans le Département de Zinder depuis 2001 ( Cestladministration centrale qui est intervenue pour annuler ces règles édictées unilatéralementpar des communes ).Au moment de cette rédaction, il nest pas encore possible de dire clairement si lesCommunes auront tous les pouvoirs pour définir des vocations aux espaces de leur territoiresou si des textes plus généraux serviront de "garde-fous". Cest le texte de la ChartePastorale, en cours de définition, qui devrait permettre détablir le lien entre les textes duCode Forestier, du Code Rural, et permettre de clarifier les rôles et les prises de décisionsubsidiaires des différents niveaux de la nouvelle organisation administrative décentralisée duNiger concernant les espaces pastoraux enclavés dans le Sud.Dans les Communes pastorales du Nord, nous avons constaté dans notre dernière étude de2005, une tendance au repli et au leadership dune aristocratie commerçante qui dessertlintérêt général. Mal informés et mal préparé à leur rôles, les conseillers communaux serontchargés détablir des plans daménagement de lespace territorial communal, avec les cadresdes services techniques de leur Commune. Or, les lobby commerçants sont bien représentésdans les instances communales et ils ont à leur côtés des Chefs de Groupement qui sontparfois plus proches des commerçants et de leurs intérêts familiaux immédiats, que de leursadministrés. Curieusement dans notre vaste enquête de 2005, le discours était radicalementdifférent entre les pasteurs et leurs représentants ou les notables.Pour les notables, Conseillers Communaux, Chefs de Groupement, la stratégie du chacunchez soi prévalait largement. Interdire ou limiter laccès des autres éleveurs au territoire 164
  • 165. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005communal, introduire des taxes de pâturage, promouvoir un "élevage moderne" ( et toujourscette question…..lequel ?).Pour les éleveurs eux-mêmes, donc ceux qui correspondent au schéma de lécrasantemajorité, la cellule familiale de base intégrée au groupe clanique élargi, la vision est trèsdifférente. Sils sont conscients des problèmes actuels, ils ne stigmatisent pas pour autant leséleveurs des autres départements venant transhumer chez eux…. puisque eux-mêmes ontbesoin aussi de pouvoir se déplacer ailleurs. Lidée dintroduire des paiements pour lepâturage ou des limites aux déplacements leur fait plutôt peur au contraire. Pour eux, se sontles commerçants qui devraient faire lobjet de restrictions sévères et leur souci sera de voirreconnaître leurs terroirs dattache afin de pouvoir se protéger en premier lieu….descommerçants et des notables. Une question se pose alors ? Pourquoi élire ces mêmescommerçants comme Maires des Communes ou Députés ? Cest lun des travers de ladémocratie nigérienne et nous navons pas la réponse.Et les Communes rurales pastorales devront aussi établir des plans daménagement. Ellesdevront sengager dans des concertations " supra communales" afin de traiter les questions demobilité des troupeaux à léchelle correcte qui dépasse le territoire dune seule Commune.Il sagira de se concerter avec les Communes du Sud concernant laccès des troupeaux"agricoles" dans le Nord, laccès aux résidus du cultures et les dates douverture des champs,etc……. Les ambitions qui reposent sur ces Conseillers Communaux sont grandes, trèsgrandes….. alors que leur compréhension du système pastoral reste trop souvent caricaturale,gangrenée de nombreux préjugés et teintée dadmiration pour les système des grandscommerçants qui impressionnent facilement le monde rural avec quelques étalages derichesse ou de technologie (le téléphone portable satellite du réseau Turaya par exemple,représente un véritable mythe dans les zones pastorales.). Notre proposition au projet GTZ,pour tenter de surmonter ces graves difficultés de communication sur le terrain et espéreraboutir à des plans plus ou moins cohérents, reposait sur un vaste plan de formation des éluslocaux, des Chefs traditionnels et de leaders des associations déleveurs. Cette formation aété mise au point dans ce but, livrée avec un montage de 190 diapositives power-point et undocument de formateur et nous avons lespoir que la GTZ trouvera les moyens de la mettre enœuvre. Elle a été testée pour léquipe GTZ à Agadez en mars 2005.__________________________________________________________________________ 165
  • 166. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20055.2. RESISTANCE ET ADAPTATION DU SYSTEME.Parfois avec laide de la coopération au développement, parfois malgré elle, le mondepastoral a évolué et trouvé des voies dadaptations aux circonstances. En cela, il estextrêmement dynamique.Nous voulons démontrer aux points suivants, comment les pasteurs ont traversé ces effets demodes des bailleurs, comment ils se sont adaptés à leurs visions pour en tirer avantage,comment ils tentent actuellement de tirer parti des nouvelles législations. Enfin, on verraquaucune des deux tendances technico-libérale ou socio-écologiste décrites ne détient lavérité à elle seule, la vision socio-écologiste agissant également comme un frein dans certainscas._________________________________________________________________________5.2.1. MAINTIENT DE LA MOBILITE ET DES SYSTEMES DACCES AUX RESSOURCES.Pendant que les administrateurs coloniaux, puis les agrostologues et les politiques des années60-70 débattaient de la pertinence de maintenir la mobilité du cheptel et des hommes, puischerchaient des modèles de gestion des pâturages à grands frais, un million, puis un millionet demi de pasteurs ont continué à assurer lalimentation du cheptel national de près de 4millions et demi d UBT avec leurs propres méthodes.Ces méthodes furent plus tard reconnues comme performantes à la suite de la criseparadigmique des années 80-90, et la notion de "mobilité opportuniste " popularisée parScoones et Behnke permit de mettre un nom sur le vaste réseau de mouvements pastorauxque lon dût se résoudre à ne pas pouvoir contrôler et gérer.Durant la période coloniale, le plan FIDES permit à lensemble du monde pastoral de serepositionner dans lespace à la faveur de la pacification nouvelle grâce au vaste réseau depuits cimentés que lEtat attribuait formellement à des groupes données en leur confiant ainsiune gestion de lespace conformément à leurs systèmes et leurs capacités.Quand cette politique changea et que les puits cimentés à haut débit et forages furentpubliques, les pasteurs continuèrent là où cétait possible, de faire jouer les droits et allianceset développèrent un vaste réseau de puits non cimentés, partout où la nappe du continentalintercalaire était accessible afin de pouvoir continuer à mettre en œuvre une gestion censée depâturages. Les experts finirent par se convaincre de limpossibilité de mettre toute la zonepastorale en coupe réglée par un réseau de forages.Durant ces trois décennies, le cheptel national de la zone pastorale fût abreuvé et lespâturages consommés, et les populations sédentaires approvisionnées en viande par lesmarchés.Lorsque dans les années 90, de nouveaux textes de Loi vinrent permettre dimaginer laconstruction dune nouvelle vision de la tenure foncière en zone pastorale, les pasteurs 166
  • 167. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005avaient eux-mêmes engagé une stratégie qui anticipait ces textes. La stratégie en questionallie une meilleure visibilité sur des sites définis qui deviennent des bases de servicescollectives, avec une amplitude de mobilité de plus en plus grande et variée à la faveur de lamultiplication des alliances.Cette stratégie sest poursuivie sans relâche depuis 1985 et aujourdhui, la multitude des sitesqui pourraient disposer dun statut de terroir dattache ressemble à laboutissement dunestratégie collective que nous qualifions dHistorique. Ce nest que les doutes des projets etexperts, qui retardent encore la reconnaissance de ces sites par les textes, et de faire lajonction entre le travail des juristes de lEtat et la stratégie pastorale.La tendance socio-écologiste redoute que cette stratégie ne soit une sédentarisation. Cettecrainte est renforcée par la complexité du débat sur le terrain, les pasteurs supposant toujoursque les experts du développement les encourage à réduire le cheptel et à se sédentariser, ilsleurs servent ce discours standard ce qui génère beaucoup dincompréhension.De la même manière, la "pastoralisation" de nombreux pasteurs dans les années 30 navaitpas été relevée en son temps, ni la stratégie de multiplication des points deaux mentionnéepar P. PARIS. La stratégie de marquage territoriale pour préserver la mobilité nestactuellement pas comprise. LEtat et les bailleurs ne parviennent actuellement pas àsaccorder au mouvement de base alors que les textes qui sy adaptent ont été concoctés pareux.Cette situation de statut quo fait le jeu des commerçants investisseurs en bétail. Seul le floujuridique actuel leur permet dexercer leur activité en violation de règles dusage que lon neparvient plus à faire respecter, et avec des faveurs dexception, comme les droits de fonçagede puits abusifs ou lattribution et la vente douvrages publiques, appartenant à lEtat. Latendance à vouloir promouvoir le ranching nest quune façade. Les exemples actuels lemontrent, tout le monde sait que le ranching nest pas applicable, y compris ses défenseurs.Derrière cette fausse croyance, cest la possibilité dattribuer de vastes espaces pour le seulusage des commerçants qui est le véritable enjeu. Disposer despaces réservés tout enaccédant aux espaces collectifs, voilà bien la stratégie des investisseurs qui leur donne uneposition de force.Les éleveurs continuent pourtant à régler entre eux leurs stratégies daccès et finissent parintégrer parfois ces investisseurs et à en tirer parti167."Lopportunisme de leur gestion" est encore plus performant que ne le croyait Scoones.________________________________________________________________________167 Eléments de stratégie pour la gestion durable des RNs, R.Hammel, LUCOP-GTZ, 2005. 167
  • 168. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20055.2.2. EVOLUTION DES SYSTEMES DECHANGE ET STRATEGIES COMMERCIALES.Sil a fallut attendre le projet NRLP dans les années 70-80 pour que lon commence àsintéresser au système de production et déchange des familles de pasteurs et à en relever laperformance, ces dernières nen ont pas moins été le moteur des échanges commerciaux desdeux tiers du territoire national en amenant leur bétail sur les marchés, depuis le début dusiècle.Des stratégies commerciales particulièrement efficaces ont été développées par le milieuTouareg du Nord en direction de lAlgérie168 et de la Lybie en jouant sur linconvertibilité desmonnaies et les fortes demandes en produits de consommation, par le biais de caravanes etdéchanges de produits contre le bétail. Ces pratiques commerciales restent encore illégales,le statut légal dexportation étant réservé à des cercles de commerçants très restreints. Unegrande part du bétail de commerce du Nord est malgré tout écoulé par cette voie.Vers le Sud, les Peuls ont ponctuellement créés des noyaux dorganisation informelle pourvendre leur bétail au Nigéria, en contournant ainsi les multiples intermédiaires nigériens.Aucun soutien à ces initiatives na jamais pu être accordés par des bailleurs de fonds, mêmeceux qui prétendaient travailler sur les filières, tel le récent projet de promotion desexportations agropastorales.Jusque dans les années 70, les femmes Peules Wodaabés louait leur force de travail dans lesvillages haoussas du Sud en saison sèche en échange de mil, quand la situation était dure169.On connaît le développement de cet exode à partir des sécheresses, qui mena des milliers deces femmes vers les pays de la côte pour la vente de médicaments de brousse, profitant de lacrédulité des habitants de ces pays qui leur attribuaient des pouvoirs surnaturels. Cecommerce qui nécessitait labandon du foyer familial durant des mois et comportait tous lesdangers, a certainement permis aux Wodaabés de traverser les périodes de crise et dereconstituer leur cheptel, davantage que toute les aides réunies.Enfin, les pasteurs se sont également illustrés dans une adaptation aux mécanismes daide desdifférents projets, puisque laide ne sadaptait pas à leurs réalités. Capter les quelques miettesde laide arrivant effectivement sur le terrain se révèle une stratégie de survie dans certainscas et contribue à maintenir les groupes en position de continuer économiquement leuractivité. La mode étant aux banques céréalières, tout le monde en demande. Quelquescentaines de milliers de CFA se retrouvent ainsi injectés dans le système dun groupe restreintaux périodes de crises à la faveur de détournements ou de dilapidation de fonds deroulements. La disponibilité dun sac de mil par famille justifie-t-elle le maintient sur placedun comité, dune gestion fastidieuse ? Si les circonstances lexigent, des contraintesautrement plus urgentes assaillent les pasteurs qui nhésitent pas à reconvertir ces sommes168 Rapport dimpact et dévaluation. Eléments pour une stratégie sécheresse dans la Réserve Aïr Ténéré. R.Hammel. UICN, 1991. Nous avons chiffré les paramètres de ce commerce et soutenu en vain les demandes dereconnaissance par lEtat.169 Illustrations de la vie pastorale. Histoire de Baleiri à travers les deux sécheresses. R.Hammel. AREN, 2001 168
  • 169. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005immobilisées pour la survie immédiate. Chaque année de crise le démontre et nous avonsaussi dû lapprendre à nos dépends sur le terrain.Autre exemple de gestion opportuniste.Citation:" Quand tout va bien, les pasteurs nont guère besoin de nous. Quand tout va mal, çanous dépasse et on ne peut rien faire pour eux." Patrick Paris.5.2.3. AGRO PASTORALISMES, EXODES ET STRATEGIES DE CRISES.Lagropastoralisme de circonstance a été admirablement étudié et décrit par Angelo MalikiBonfiglioli dans tout son apport au long de sa carrière. En dessous du seuil de viabilitépastorale, quil défini à 3,5 UBT par Equivalent Adulte, il est nécessaire de couvrir une partieau moins des besoins en céréales de la famille pour limiter la décapitalisation du cheptel, voirpour retrouver le niveau de viabilité. Cela peut prendre des années, voir deux générationsdans certains cas. Cette stratégie a de tout temps été celles des pasteurs. Nous avons pusuivre quelques groupes Wodaabés à partir de 1989, qui avait consenti à cette stratégie durantquelques années dans la partie agricole du département de Maradi et qui commençaient à sediriger à nouveau vers la zone pastorale pour une "repastoralisation" dune partie du groupe.Ici, lEtat aidé des ONGs a su proposer des alternatives utiles à nombre de pasteurs après lasécheresse de 1973 et celle de 1984._________________________________________________________________________5.2.4. RECUPERATION DES INNOVATIONS UTILES.Parmi les nouveautés offertes par laide au développement, la technique et le commerce,quelques innovations utiles ont pu servir le système pastoral et être récupéréesvolontairement. Elles sont des modernisations du système, que les pasteurs eux-mêmes ontestimées utiles et productives.Nous limiterons ici à la plus importante, lusage des médicaments vétérinaires et des vaccins.Si les auxiliaires formés dans les années 70 et 80 par les grands projets nont pas poursuivisleurs activités, le milieu pastoral ne sest pas moins débrouillé pour disposer de produits detraitements.Bien que leur détention et leur usage soit strictement limité par la Loi aux agents délevage etvétérinaires, les médicaments de base efficaces circulent en brousse. Les antibiotiquesinjectables sont les seuls traitements efficaces contre les mammites, les pneumonies, lespanaris, les infections graves, et accessoirement le charbon bactéridien sil est traité à temps. 169
  • 170. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Les vaccins contre les deux charbons, qui ne nécessitent pas de chaîne de froid, peuventégalement être utilisés facilement par les pasteurs. Dailleurs, durant les campagnes devaccination de lEtat, les pasteurs constituent largement la main dœuvre des vétérinaires quineffectuent pas eux-mêmes les injections. Approcher ces animaux dangereux qui sedébattent pour échapper à la piqûre est affaire de spécialistes. Pourtant, malgré ladémonstration du bien-fondé170 dun assouplissement de la Loi pour autoriser les pasteursdûment formés à pratiquer les injections, la profession vétérinaire résiste avec la plus grandeénergie.Alors que dans le pays, le commerce des médicaments humains fait lobjet de toute lescontrefaçons et trafic sur la rue dans lindifférence générale, le médicament vétérinaire estextrêmement protégé, et ce, avec lappui de la profession vétérinaire des pays du Nord (Unerécente conférence internationale électronique organisée par le CIRAD sur le sujet a enlevétoute illusion sur un prochain progrès dans ce sens).Il faut pourtant que 4, 8 millions dUBT dont les trois quarts en tout cas, se trouvent hors deportée des vétérinaires et services de lélevage, puissent être traités contre des affectionsbénignes et vaccinées contre une des principales sources de mortalité, le charbon. Lecommerce parallèle est donc le seul à pallier cette contradiction._______________________________________________________________________6. Conclusion.6.1. RECONNAISSANCE DE LA RENTABILITE ECONOMIQUE ET SOCIALE DE LELEVAGE FAMILIAL…?Lélevage pastoral familial, sur la base de lorganisation tribale, reste la formule dominante delélevage au Niger, et sa rentabilité na jusquici, pas été égalée.Par rentabilité, nous voulons soutenir deux angles de vue : - Le coût de production global dun animal présenté sur le marché. Cest la rentabilité économique. - Le nombre de personnes trouvant leur moyen dexistence par lélevage ainsi que toute la dynamique économique des régions Nord du pays. Cest la rentabilité sociale.170 Notamment avec les premières vaccinations par des éleveurs en 1989-90. VSF-Maradi et à travers le réseaudauxiliaires du PAAPB, 1998-2001. 170
  • 171. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005La rentabilité peut être vue sous un angle différent, lorsque les troupeaux des commerçantsproduisent pour une exportation basée sur des liens commerciaux directs avec des opérateurséconomiques des pays du Maghreb ou de la côte dAfrique de lOuest. Ces exportationsdirectes dun bétail produit par les troupeaux naisseurs des commerçants nigériens nereprésentent quune infime partie des exportations. Celles-ci sont essentiellement composéesdu bétail né et élevé par les pasteurs ou de bétail né chez les pasteurs et transitant quelquesmois dans les troupeaux commerçants. Par ailleurs, ces connexions commerciales seraientutilisées avec plus davantage par un système de collecte qui vise à lécoulement du cheptel etnon au seul profit de quelques personnes.La supériorité de lélevage pastoral par rapport à lélevage sédentaire a, elle, été mise enévidence par le PENCE puis par Colin de Verdière171 (Ce dernier a suivi des troupeaux de troissystèmes différents durant plusieurs années, allant jusquà pratiquer des pesées régulières du bétail).La spécialisation des pasteurs et leur performance reconnue, les bailleurs de fonds et lEtatrestent malgré tout dans une position dexpectative quant aux appuis que lon pourrait fournirà ce système.Dune part, il faut tenir compte dune "ignorance optimale" à tous les niveaux. Les décideursau niveau des bailleurs de fonds sont rarement imprégnés de la réalité pastorale.Pareillement, au niveau des cadres de lEtat, un certain nombre de faux postulats perdurentdans la culture interne de ladministration. La tentation de mettre en place des "innovations"ou des expériences déjà maintes fois tentées sans succès est grande. La mémoire collectivede lhistoire des politiques de développement de lélevage semble fonctionner trèsdifficilement.LEtat continue, en tout cas dans ses affirmations écrites et ses discours, dans la définition deses stratégies, si ce nest par des mesures concrètes, à prôner lémergence dun élevagedinvestisseurs privés.Certains bailleurs peu scrupuleux ou mal influencés pourraient sengager encore dans lesoutien à ce type dinvestissement.___________________________________________________________________________171 Conséquence de la sédentarisation de l’élevage pastoral au Sahel. Etude comparée de trois systèmesagropastoraux dans la région de Filingué. Niger. Patrick Colin de Verdière. Thèse de doctorat CIRAD,1998. 171
  • 172. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20056.2. RECONNAISSANCE DE LA MOBILITE OPPORTUNISTE COMME MEILLEUR OUTIL DE GESTION ?Depuis Scoones et Behnke, la mobilité est reconnue comme loutil de gestion pastoral auSahel et on admet sans réserve que les entraves aux mouvements des troupeaux sont unfacteur limitant grave de production.Les expériences de la GTZ au Ferlo au Sénégal, visant à développer un élevage sédentaire enparcelles, donc un ranching affirmé sur la base de calcul de charge, ont servi, par leur échecaprès 15 années, à démontrer encore la valeur du système pastoral172.Pourtant, le ranching est toujours présenté par lEtat comme un modèle davenir, contre toutelogique.Il est clairement établi, à la suite des sécheresses et des années de crise fourragère, que lazone agropastorale et la zone agricole font partie du système global national de lélevage, etque les accès à ces zones doivent être maintenus en année favorable, et représentent unestratégie de survie en année de crise. Pourtant, cette année encore, des troupeaux sont mortsfaute davoir trouvé des accès facilités suffisamment tôt en zone agricole. En année de crise,que représente une récolte aléatoire de céréale à côté de la survie du cheptel ? Lannéesuivante, les champs produiront leur niveau potentiel si les pluies sont satisfaisantes, alorsque le cheptel mettra des années à retrouver son niveau de production initial (voir le tableausur la reconstitution du cheptel dans le document de référence technique).Bien que lon sattache depuis quelques années à sécuriser les couloirs de transhumance et àfaciliter le passage des frontières par des accords entre pays CEDEAO, les accès auxressources fourragères au Sud de lisohyète 400 mm restent problématique et sujet à toutesorte de tracasseries._________________________________________________________________________172 Inventaire et suivi de la végétation dans le périmètre expérimental de Widou Thiengoly dans le cadredu projet Sénégalo-Allemand PAPF. Rapport final. GTZ. Sabine Miehe. 2002.Vers une reconnaissance de lefficacité pastorale traditionnelle. Les leçons dune expérience de pâturagecontrôlé dans le Nord du Sénégal. B. Thébaud, Herman Grell, Sabine Miehe. IIED, dossier N° 55. avril 1995. 172
  • 173. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20056.3. RECONNAISSANCE DU POUVOIR DE GESTION DES RESSOURCES PAR LES PASTEURS…?Si depuis les années 80, on admet que la politique dhydraulique publique et daccès librenétait pas une bonne solution parce quelle dépossédait les pasteurs de droits de gestionpositifs et utiles à la collectivité, on n’a pas pour autant, dans la pratique, accepté le fait quecette gestion pourrait leur être effectivement remise.Malgré la disponibilité de textes, notamment celui sur les terroirs dattache, tous les milieuxfont traîner le débat en longueur, de crainte que les pasteurs ne fassent mauvais usage de cepouvoir de gestion. Les bénéficiaires de cette situation de non décision et de non applicationdes textes sont les investisseurs privés, qui peuvent ainsi louvoyer entre des règlescoutumières affaiblies et des règles modernes non appliquées, pour simplanter avec de plusen plus de pouvoir dans la zone pastorale173.Le milieu pastoral a pourtant fait la preuve de sa capacité dadaptation en anticipant àplusieurs reprises les stratégies de sa survie. Par ailleurs, les craintes des uns et des autressont parfaitement injustifiées puisque le milieu pastoral a augmenté son amplitude demobilité depuis 30 ans et multiplié l’accès à des zones diverses par dynamisation desalliances entre groupes ethniques. Les seuls à souhaiter la fermeture et limmobilisme dusystème pastoral sont les investisseurs en bétail, qui tablent leur stratégie sur la possibilité dedisposer despaces réservés à leur seul usage tout en accédant aux zones sur lesquellespersonnes ne peut revendiquer de droits.6.4. DEPASSER LA CRISE DE CONFIANCE.La coopération au développement aurait-elle perdu toute confiance dans sa capacité dedécision ? Les projets en zone pastorale ou ayant en titre une mention à lélevage ou à lagestion des ressources pastorales, peinent à se définir des axes de travail qui les mettent enposition davancer pratiquement. Même les projets qui visent à soutenir la mise en place desCommunes peinent à prendre en charge le fonctionnement des Commissions foncières, ne sepositionnent pas sur le sujet des terroirs dattache, et se retranchent prudemment derrièreléventuelle prise de décision ultérieure des Communes, alors que celles-ci ne parviennentdéjà pas à avoir une vision claire de leurs terroirs et des enjeux locaux. En clair, aucuneaction réellement orientée sur les paramètres de production nest plus proposée, ni sur la santéanimale, ni sur la commercialisation, ni sur la sécurisation de la mobilité et des accès auxressources.La reconnaissance des terroirs dattache nest même pas envisagée, 8 ans après le décret, etjusquici un seul cas a été enregistré, cest celui de Tahnatamo dont on a vu plus haut lecaractère atypique.173 R. Hammel, Etude stratégie GRN pour le LUCOP-GTZ au Niger. 2005 173
  • 174. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Ainsi, à défaut de réelles améliorations techniques ou zootechniques, ou encore écologiques,trois axes de travail sont clairement identifiés et attendus par les pasteurs qui se positionnestratégiquement dans ce sens, attendant les bailleurs et lEtat : - Sur le plan de la sécurisation et la gestion des accès aux ressources pastorales. La reconnaissance des terroirs dattache par les commissions foncières est attendue. Avec lémergence des Communes, on sattend à voir se créer des cadres de concertations inter communaux qui pourront se pencher sur la question de la grande mobilité et des accès à la zone agricole. Parallèlement, lEtat est attendu sur la question des investisseurs en bétail qui perturbent gravement la gestion des ressources fourragère au détriment de lintérêt général et de lintérêt de lEtat. - Sur le plan de la santé animale. Que les bailleurs de fonds ne sintéressent plus au problème ne change rien à la réalité des pathologies sur le terrain. La démocratisation de lusage des produits injectables avec formation et encadrement devrait être abordée sérieusement, et pas uniquement à travers le débat sur la privatisation du secteur vétérinaire. - Sur le plan de la commercialisation, la dynamisation des débouchés dexportation, la facilitation pour obtenir les documents légaux permettant dexporter, et la lutte contre les taxes informelles sont toujours mentionnés comme des actions positives que lEtat pourrait engager afin de vivifier les échanges commerciaux du secteur élevage et lutter ainsi contre la pauvreté.Engager les débats entre les bailleurs et lEtat sur ces trois points semble être la priorité qui sedégage de notre recherche. Cela parait relativement simple. Cest que les contraintes des pasteurs sont en fait beaucoup plus simples quon ne le suppose souvent. Est-ce le fait davoir cherché longuement des modèles complexes sans parvenir à les définir qui rend à ce point les bailleurs si prudents ? A Ekinsigui, entre In-Gall et Tegguidan tessoumt, on a foncé un puits, créé un point de ralliement, et desservi ainsi de vastes zones de pâturage pour l’intérêt commun, sans se soucier des débats en cours chez les bailleurs et l’Etat. Mais cette situation est privilégiée par l’éloignement, beaucoup n’ont pas la latitude d’agir. 174
  • 175. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20057. ANNEXES.7.1. ANNEXE 1. TEXTES.7.1.1. Sur la modernisation pastorale"REPUBLIQUE DU NIGERLoi n° 61-06 du 27 mai 1961érigeant en zone de modernisation pastoralela zone Sahélienne dElevage située au Nord de la limite légale des culturesVU la Constitution de la République du Niger du 08 novembre 1960EtVU notamment les articles 41 et 22.LAssemblée nationale a adopté,Le Président de la République promulgue,la loi dont la teneur suit :Article 1 : La partie du Territoire de la République du Niger située au Nord de la limite fixéeà lextension des cultures telle définie par la Loi n° 61-5 du 26 mai 1961 est déclarée zonede modernisation pastorale.Article 2 : A lintérieur de celle-ci, des décrets fixeront :1. les secteurs géographiques où les opérations de modernisation seront exécutées.2. les programmes daction à y mettre en œuvre ;Article 3 : La présente Loi sera exécutée comme Loi de lEtat.Fait à Niamey le 27 mai 1961HAMANI DIORIREPUBLIQUE DU NIGERDécret 61.159/MER, 61.160/MER et 61.161/MER,du 25 juillet 1961érigeant les secteurs de modernisation pastoraleDécret 61.159/MEREst érigée en secteur de modernisation pastorale, dit secteur n° 1, la subdivision nomade deTahoua à lexclusion de la partie située au Sud de la limite Nord des cultures.Le centre daction en est fixé à Tahoua, lentretien des stations étant assuré par le centredentretien de Tahoua. 175
  • 176. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Décret 61.160/MEREst érigée en secteur de modernisation pastorale, dit secteur n° 2, la portion du cercledAgadez ainsi définie :Région située à lOuest et au Sud dune limite formée par la piste d’Ingall à In Guezam, lafalaise de Tiguidit, la piste dAgadez à Tanout, de la falaise jusquà Tadelaka.Le centre daction en est fixé à Agadez, lentretien des stations étant provisoirement assuré parle centre dentretien de Tahoua.Décret 61.161/MEREst érigée en secteur de modernisation pastorale, dit secteur n° 3, la portion de la subdivisionde Tanout située au Nord de la limite des cultures telle que définie par la Loi N° 61-05 du 26mai 1961.Le centre daction en est fixé à Tanout, lentretien des stations étant assuré par le centredentretien de Tanout.___________________________________________________________________________7.1.2. Sur la limite Nord des cultures.REPUBLIQUE DU NIGERLoi 61-5 du 26 mai 1961fixant une limite Nord des culturesVU la Constitution de la République du Niger du 08 novembre 1960et Vu notamment les articles 41 et 22.Vu larrêté n° 311-SA du 10 février 1954 fixant une limite Nord des culturesLAssemblée nationale a adopté,Le Président de la République promulgue,la loi dont la teneur suit :Article 1 : Dans les circonscriptions limitrophes de la zone pastorale, à savoir les cercles deFilingué et Tahoua, les subdivisions de Dakoro et Tanout et les cercles de Gouré etNGuigmi, il est fixé une limite Nord des cultures définie à larticle 2 ci-dessous.Au Nord de cette limite, toutes nouvelles cultures dhivernage et installations degroupements de cultivateurs sont interdites.Article 2 : La limite Nord des cultures est définie comme suit :Cercle de FilinguéLe point de départ vers lEst étant les puits de Miyan ou Toufafei, aucune interdictionnest édictée pour la zone à lOuest de la piste Miyan - Anderamboukane.De Miyan la limite des cultures est constituée par la piste Miyan - Tiguezefem, puis uneligne jalonnée vers lEst par le piton de Tiguezefem, la montagne de InKouaten, le puitsdAmalawlaw (ou Aquaq), les puisards de Dogaga, le piton le plus au Nord des collines 176
  • 177. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005dInMirizan situées à la limite Tahoua - Fillingué.Cercle de TahouaDes collines rocheuses dInMirizan la ligne limite passe par les tertres rocheux deZawateïs,- A 8 km Est une dune caractéristique entre deux mares dénommée aussi Zawateïs ;- A 2,5 km Est la petite mare de Tshin Soubaraten ;- A 8 km Est la grande dune de Tshin Sinsiguey ;- Le monticule rocheux de Beq et les alignements de cailloux le prolongeant à lEst ;- La montagne dInIraammanan ;- Les mares dAman-Lawan ;- De là en direction du N-E la limite rejoint, sur la piste Tahoua – Agando un pointsitué à 20 km N-O de Takannamat et à 9 km S-E des puisards de Tareyresh-Raresh ;- Elle passe ensuite au Sud des dunes de Tshin - Effad, puis au milieu des mares ditesInAkoukou, laissant au N-O la dune de Tohaq et la mare de Tamalawlawt ;- Elle passe ensuite au Sud de la mare de Afadandoni et coupe la piste Takannamat -Telemses aux puisards de InTazzeit ;- DInTazzeit la limite suit une ligne Ouest-N-E passant à 1 km au Sud de la mare deTaferert, coupant la piste Tshin Ilouan - Telemses à – km au Sud de mare de TshinIlouan, franchissant la dune dAmouless et recoupant la piste Tahoua Telemses à 12hm dAmouless et à 5 km N-O des puits dAneker se dirigeant ensuite vers la dunedInOllaman ;- De cette dune elle suit la plateau rocheux Ouest Est dAneker à Jirkat, coupe la pisteTaza – Amander à 8 km des puisards de Taza et la piste Taza-Jirkat à 9 km N-E deTaza ;- De cette intersection, la limite continue Nord-Sud en suivant la ligne de falaisebordant à lOuest la vallée quemprunte la piste Tahoua-Segat jusquà unétranglement situé à 3 km Sud de la mare de Gamban, y traverse cette vallée pourrejoindre le piton au confluent de Gamban et dInGarzeymaten ;- De ce point la limite barre Nord-Sud de lentrée de la vallée dInGarzeymaten jusquàla ligne de montagne la bordant à lEst, suivant ensuite le rebord de cette vallée endirection N-E et coupant la route InTadroumt - Barmou en un point à 8 km SuddInTadroumt ;- De ce point la limite rejoint la vallée de Ziggar coupée suivant une ligne Ouest-estSud des puisards de Ziggar-Aljif et à 1 km S-O des puisards dits aussi Ziggar ;- Elle longe le rebord de la vallée de Ourihamiza Bagare quelle traverse parlextrémité Sud de la mare de Bagare pour rejoindre la falaise de Tabararhoumt;suivant alors la piste Bagare Tabalak jusquà BagNi Bora ;- De là une ligne droite rejoignant la corne S-O de la mare de Kehehe et empruntantlaxe des mares de Kehehe et Tabalak jusquà la vallée dInGarsasam ;- La limite continue suivant une ligne jalonnée par les dunes Nord de la valléedInGarsasam, la falaise de Kafaq, les puisards de Tan Roumar passant à 3 km de lamare dIri-Bakkat et coupant la piste dIbesseten à Shadawanka à 2 km de la mare deTabahaw ;- De ce point une ligne en direction Est jusquà la petite montagne dEguef-NAdrar etpassant au Sud des mares de Tankel-Aghaï, Tshin, Ahmaed et Tiggard ;- DEguef-NAdrar la limite suit une ligne rocheuse Nord-Sud jusquà son point derencontre avec la piste Shadawanka - Mayata et suit alors cette piste jusquau puits 177
  • 178. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005dAlmana (ou Assarharhar).Subdivision de DakoroDu puits dAlmana la limite est formée par une ligne que jalonnent le puits deMadougou, un point à mi-distance des puits de TikBoulama (ou Assaderh) et dArdoBangana dans le Kori-NAdoua, le puits de Maykoulaye et le puits dOli (ValléedOuroukan) ;De ce puits une ligne droite parralléle (au Nord) à la vallée dEliki passant par le puitsde Tajac jusquau puisard de Mantshakass à la limite Dakoro – Tanout.Subdivision de TanoutLa limite suit la ligne de Mantshakass à Gandigoriba dans la vallée dIdiki et le rebordNord de cette vallée jusquà Eliki – Wanda ;Puis une ligne Eliki – Wanda, mare de Keshiasko, mare de Takoukout, GouroNdé quise continue vers lEst coipant la piste Tanout – Farak à 18 km au Sud de Farak, puis surInGuini.Une ligne droite InGuini montagne de Kartshakan à la limite Tanout – Gouré.Cercle de GouréDe Karthiakan la limite est formée vers lEst par une ligne droite rejoignant lesmontagnes situées au Nord de Martyoum et de Waleram par une ligne Waleram –Mandawa ; puis une ligne Mandawa – Mir à la limite Gouré NGuigmi.Cercle de NGuigmiLa limite est formée par une ligne allant de Mir aux dunes du Tall correspondant àlancienne piste caravanière Gouré – NGuigmi par Shirmalek et Mir ;De lextrémité Est du Tall une ligne jalonnée par les cuvettes de Metime et Karamrejoignant à la cuvette de Molo la frontière du Tchad ;Article 3 : Les cultures de défrichements déjà entreprises par des agriculteurs sédentaires duNord de cette limite au moment de la promulgation de cette présente loi devront êtreabandonnées une fois la récolte terminée.Article 4 : Demeurent autorisées au Nord de la limite définie ci-dessus, les cultures vivrièresentreprises par les nomades pour leur subsistance propre ainsi que les cultures doasis.Article 5 : En aucun cas les dégâts commis par le bétail dans les cultures non-autorisées quise seraient créées contrairement à la présente loi au-delà de la limite définie à larticle 2 ci-dessus ne donneront lieu à réparations civiles ou à payement de dommages intérêts.Les terrains sur lesquels de telles cultures auraient été implantées ne sont passusceptibles dêtre soustrait au domaine collectif ou au pâturage commun, ne de tomberpar appropriation sous la qualification de terrain dautrui.Article 6 : Larrête n° 311-S-A du 10 février 1954 fixant une limite Nord des cultures estabrogé.Article 7 : La présente Loi sera exécutée comme Loi de lEtat.Fait à Niamey le 26 mai 1961HAMANI DIORI___________________________________________________________________________ 178
  • 179. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20057.1.3. Terroirs dattache des pasteurs.RÉPUBLIQUE DU NIGERPRESIDENCE DE LA REPUBLIQUEMINISTERE DE L’AGRICULTUREET DE L’ELEVAGEDECRET N° 97-007/PRN/MAG/Edu 10 Janvier 1997fixant le statut des terroirs dattache des pasteurs.LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE,VU la ConstitutionVU lOrdonnance No 93-014 du 2 mars 1993 portant Régime de lEau ;VU lOrdonnance N 93-015 du 2 mars 1997 fixant les principes dorientation du Code Rural ;VU le Décret No 89-002 du 28 juillet 1989 portant création dun Comité National du CodeRural et fixant les modalités de son fonctionnement ;VU le Décret No 96-486/PRN du 21 décembre 1996, fixant la composition du PremierGouvernement de la Quatrième République ;VU le Décret No 96-226/PRN/MAG/EL du 09 novembre 1996 déterminant les attributions duMinistre de lAgriculture et de lÉlevage ;SUR Rapport du Ministre de lAgriculture et de lÉlevage ;Le Conseil des Ministres entenduDECRETE :CHAPITRE PREMIER - OBJET ET CHAMP DAPPLICATIONArticle premier : Le présent décret fixe le statut des terroirs dattache prévus par les articles28 et suivants de lOrdonnance n° 93-015 du 2 mars 1993 portant Principes dOrientation duCode Rural.Il sapplique indistinctement aux terroirs dattache situés aussi bien dans les zonespastorales que dans les zones agricoles.Il définit lé cadre juridique de loccupation des espaces pastoraux tels que définis à larticle 2ci-dessous et des qui activités qui sy exercent, dans le cadre de laménagement duterritoire,de la protection de lenvironnement et de la promotion humaine.Article 2 : Au sens du présent décret il faut entendre :- par terroirs dattache, lunité territoriale déterminée et reconnue par les coutumeset/ou les textes en vigueur à lintérieur de laquelle vivent habituellement pendant lamajeure partie de lannée des pasteurs, unité territoriale à laquelle ils restent attachéslorsquils se déplacent que ce soit à loccasion de la transhumance, du nomadisme oudes migrations ;- par pasteurs, tout groupe humain et social qui, se caractérise historiquement etsocialement par sa mobilité et dont lélevage constitue lactivité principale.Article 3 : Sous réserve du respect des droits des tiers, les pasteurs ont le droit daccéderlibrement aux ressources naturelles de leur terroir dattache. 179
  • 180. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005CHAPITRE 2 - DU RÉGIME DES TERROIRS DATTACHESection 1 - Des droits des pasteurs sur leurs terroirs dattache et les espacespastorauxArticle 4 : Sans préjudice des droits des tiers les pasteurs jouissent du droit dusageprioritaire de leur terroir dattache et des ressources qui sy trouvent.Le droit dusage prioritaire est un pouvoir doccupation, de jouissance et de gestion reconnuaux pasteurs sur leur terroir dattache.En aucun cas, le droit dusage prioritaire ne constitue un droit de propriété.Article 5 : Le droit dusage prioritaire se prouve par les modes de preuve reconnus par lescoutumes et/ou la loi.Les Commissions Foncières, dans leurs circonscriptions respectives, en tenant dûmentcompte des us et coutumes et/ou des lois en vigueur constatant les différents droits dusage,fixent :- les critères susceptibles de servir de preuves de lexistence des droits individuels etcollectifs sur les ressources naturelles ;- les limites quimpose aux pasteurs, dans chaque cas despèce, le respect des droits destiers.Article 6 : Les Commissions Foncières, lors de la constatation de lexistence dun terroirdattache, prennent notamment en compte les critères ci-après :- les témoignages des populations vivant dans la zone- lancienneté de loccupation par les pasteurs,- linvestissement sur lespace considéré : fonçage de puits ou toute autre opération demise en valeur des terres pastorales.Article 7 : Le droit dusage prioritaire nexclut pas lexercice des us et coutumes communsaux pasteurs en matière de gestion et dexploitation des zones de pâturage, notammentlaccès des tiers aux points deau villageois et pastoraux, les droits de parcours, destationnement et de pacage.Sont considérés comme points deau villageois et pastoraux ouverts à lusage de tous:- les puits et forages;- et tout autre point deau aménagé par la puissance publique au profit des populationsrurales.Les pasteurs sont tenus de participer à la gestion et à la maintenance des points deausituéssur leurs terroirs dattache en créant au besoin un comité de gestion et un fonds demaintenance.Article 8 : Lorsque leurs activités nécessitent une implantation fixe et pérenne sur un fondsdélimité, la propriété du sol peut être reconnue aux pasteurs collectivement ouindividuellement dans les conditions prévues par les textes en vigueur.Article 9 : Les pasteurs, soit collectivement, soit individuellement, ne peuvent être privés deleurs droits dusage prioritaire sur leur terroir dattache que pour cause dutilité publique,après une juste et préalable indemnisation.Article 10 : Les droits dusage prioritaires, quils appartiennent à des pasteurscollectivementou individuellement sont inscrits au dossier rural prévu par lOrdonnance No 93-015 du 2mars 1993, à la demande des intéressés ou de leurs représentants légaux.Section 2 - Du Droit dusage communArticle 11 : Les pasteurs relevant dun terroir dattache sont tenus de respecter la propriétéprivée et les espaces protégés conformément à la réglementation sur la circulation et le droitde pâturage du bétail dans les zones de cultures.Article 12 : Les pasteurs, soit collectivement, soit à titre individuel, sont tenus de mettre envaleur leur terroir dattache ainsi que les espaces réservés à leurs activités, en assurant la 180
  • 181. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005protection et la réhabilitation des ressources hydrauliques et des pâturages.Les Commissions Foncières assurent le contrôle du respect des mesures de protection delenvironnement et des dispositions légales et réglementaires relatives à la mise en valeurdes ressources naturelles.Les pasteurs, soit collectivement, soit individuellement, qui ne respectent pas les obligationslégales ci-dessus énumérées encourent les sanctions suivantes :- une amende de 10.000f à 50.000f;- le retrait provisoire nexcédant pas trois mois ou définitif du droit dusage prioritaire.Article 13 : Les pasteurs supportent lensemble des servitudes imposées par le respect desdroits des tiers, notamment ceux résultant du droit de propriété et du nécessaire accès àleau et au pâturage.CHAPITRE III : DISPOSITIONS FINALESArticle 14 : Des arrêtés du Ministre chargé de l’Agriculture et de lÉlevage et des autoritéslocales préciseront les dispositions du présent décret qui sera publié au Journal Officiel.Fait à Niamey, le 10 janvier 1997Signé : Le Président de la RépubliqueIBRAHIM MAÏNASSARA BAREPour ampliation :Le Secrétaire Général du GouvernementSadé ELHADJI MAHAMAN___________________________________________________________________________ 181
  • 182. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20057.2. HISTOIRE DE BALEIRI A TRAVERS LES DEUX SECHERESSES.Illustrations de la vie pastorale.L’histoire de Baleiri Kiro, Bi hama’en, BermoRécits recueillis de la bouche de Baleiri Kiro, durant la transhumance 1999. Ses frères plusâgés ou plus jeunes ont participé et aidé Baleiri dans ses efforts de mémoire, en ajoutantcertains détails. Les jeunes (su kaabé), sont resté présents et ils ont écouté l’histoire. Ilsdisent avoir appris beaucoup de choses ce jour là.Les analyses concernant le cheptel actuellement disponible chez Baleiri ont été réalisées plustard sans témoin.Avant 1973 :Notre puit s’appelait Maï Adoua. On l’appelait aussi Boundou Abouba. Nous y passionsquelques temps deux fois par année, en descendant vers le sud, ou en remontant vers le nord.Il existe toujours, mais à cet emplacement, on trouve aujourd’hui le village de Sakabal. Acette époque, le village n’existait pas.En saison pluvieuse, nous allions plus loin au nord qu’aujourd’hui, jusque vers Inwagar. Ensaison sèche, nous descendions jusqu’à l’est de Kornaka.Nous avions beaucoup d’animaux, je ne sais pas combien, mais beaucoup plus que ce quenous avions besoin. Il y avait beaucoup de taureaux adultes. C’était le troupeau familial. Ence temps là, les frères, les oncles, les cousins, restaient ensemble et cela faisait une trèsgrande famille, un très grand troupeau commun. En ce temps là, les enfants restaient aucampement de leur père avec leur femme et leurs enfants. Il fallait qu’ils aient au moins 4 ou5 enfants pour qu’on les autorise à créer leur propres campements et à sortir leur bétail propredu troupeau commun. Et même dans ce cas, ils restaient toujours très proches, et beaucoup dechoses étaient partagées.Même un homme de 35 ans ne pouvait pas vendre son animal sans passer par le père. C’est lepère qui accordait l’autorisation de vendre l’animal. C’est lui qui allait le vendre, quirécupérait l’argent, et qui achetait les choses pour son fils. Le fils ne voyait même pasl’argent.C’est les vieux qui décidaient de tout, les jeunes n’avait aucun pouvoir de décision sur rien.Aujourd’hui, les jeunes ont plus de liberté pour s’occuper de leurs animaux, de leur famille,et prendre leurs décisions.A cette époque, ce qui était très différent, c’est qu’on travaillait peu avec l’argent. Lesfemmes échangeaient le lait contre le mil, elles partaient recoudre les calebasses deshaoussas, et recevaient du mil. On mangeait très peu de mil, beaucoup moins qu’aujourd’hui,car il y avait beaucoup de lait à chaque saison. 182
  • 183. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Et puis nous avions moins besoin d’argent. On achetait presque pas de vêtements, on nebuvait pas de thé, nous n’avions pas besoin de radio et de piles.Si l’on vendait un animal, on ne gagnait pas grand chose. Les marchés principaux étaientceux de Tibiri au sud, et Birnin Lallé, vers Dakoro. Il y avait peu d’animaux présentés, etaussi peu d’acheteurs. Les villes étaient petites, et les gens consommaient peu de viande.Pour un taureau adulte, on pouvait avoir 1000 cfa. Pour un bouc, 50 cfa.Le mil se vendait dans des sacs de natte cousue, qu’on appelait «sukofa». Cela valait environ10 tia actuelles. Le prix variait beaucoup, de 40 cfa après les récoltes, à 150 cfa en fin desaison sèche.Donc pour la vente d’un taureau, on avait environ 10 sukofas, ce qui représente 3 sacs de mild’aujourd’hui. Avec ça, tout le campement pouvait faire des mois. Aujourd’hui, avec lavente d’un taureau de 5 ans, quand le marché est bon comme cette année, on trouve 10 ou 15sacs de mil. Bien sûr dans les temps difficiles, comme en 97 et 98, un taureau vaut à peine 2ou 3 sacs.Et aujourd’hui, ce n’est pas tous les éleveurs qui ont un taureau adulte à vendre.Et aujourd’hui, on consomme beaucoup plus de mil.Donc, nous avions beaucoup d’animaux, car on en vendait très peu, puisque nous n’avionspas besoin d’argent. Pourtant, nous pensions que ce n’était pas suffisant. Pour éviter devendre des animaux, nous nous sommes mis à cultiver un peu de mil vers notre puits deBoundou Abouba. Il n’y avait personne là-bas, pas encore de village, pas encore de champs.Mais les agriculteurs s’étaient approchés de nous. Nous pensions qu’en cultivant à cetendroit, nous allions les empêcher de continuer vers le nord et de s’installer dans lespâturages.C’est à ce moment là que la sécheresse de 73 est arrivée.La sécheresse de 73 :Personne ne se souvenait d’avoir vu que le pâturage ne pousse pas, que les pluies ne tombentpas. Même les plus vieux n’avaient aucun souvenir, et nous ne savions pas quoi faire.Comme la plupart des éleveurs, nous sommes restés autour de notre puits, et nous avonsattendu, pensant que la pluie allait venir et que le pâturage allait pousser tout de même. Cequi a pu pousser était très vite consommé. En 74, ce fut la même chose.La plus grande partie des animaux sont morts.En 75 et les années suivantes, le pâturage a été bon, et le cheptel s’est un peu reconstitué.Mais tout le monde est resté au campement pour vivre sur le troupeau. On a pas cherché àdiversifier les revenus. Personne ne partait en exode, personne ne cherchait un travailsaisonnier ailleurs, pour soulager la famille. Personne n’a repris les cultures commencéesavant la sécheresse. Alors le cheptel n’a pas augmenté.Notre groupe a quitté le puits de Boundou Abouba, pour rejoindre nos parents au puits deBermo.Nous n’avons pas voulu rester à boundou abouba, car nous avions vu que cette brousse seraitcomplètement cultivée bientôt, et que nous ne pourrions plus rester éleveurs là-bas. 183
  • 184. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Certains de nos cousins sont restés, et ils cultivent encore aujourd’hui. Ils avaient peud’animaux. Nous ne nous voyons pas souvent. Lorsqu’ils ont des problèmes, ils viennentnous voir pour avoir quelques animaux. Mais eux ne peuvent jamais nous donner un peu demil, ils sont trop pauvres.C’est à ce moment que je suis sorti du groupe familial avec ce qui restait de mes propresanimaux. Avec ma femme et mes enfants, nous étions 9 personnes.La sécheresse de 83-84.Lorsque le temps de l’hivernage 83 est arrivé, je me rappelle très bien de ce que nous avionscomme animaux. Bovins : 4 mâles jeunes 2 mâles reproducteurs 23 vaches adultes 6 vêles 35 têtes Petits ruminants : 15 moutons toutes catégories confondues 8 chèvresEn 83, le pâturage a été rare, car il n’a pas plu. Nous sommes restés vers Bermo. Les animauxont mangé les quelques poches de pâturage qui avaient poussé, et des stocks de paillesabondantes de l’année précédente. Nous avons tenu jusqu’à l’hivernage de 84. Les animauxétaient maigres.A l’hivernage de 84, c’était la panique pour tous les éleveurs. De temps en temps, un peu depluie tombait quelque part, et de l’herbe poussait un peu. Tout le monde se précipitait là-bas,car il ne restait plus aucune paille sur pied et les bêtes étaient affamées. Mais les poussesétaient toujours trop jeunes pour que les bovins puissent vraiment manger.Nous avions eu l’idée de partir au sud très tôt, mais il aurait fallu traverser les champs. Nousnous sommes réunis avec 7 chefs de tribu, et Oumarou, le prêtre qui vivait à Bermo (Jean-Marc Cornier, dit «Oumarou», a vécu 24 ans à Bermo, de 1973 à 1997), pour demander auSous-Préfet l’autorisation de traverser les champs, qui étaient déjà secs et abandonnés. Lesous - préfet a refusé. Donc nous avons continué à tourner dans la zone. Durant cet hivernage,nous sommes allé de Bermo à Tchiguirène (ouest du ranch), puis de nouveau à Bermo, àCinkoultou, Aminata, Bammo, Ganamaré, Bermo encore, Innifi, Issou, Kongoumé, Oli,Sakabal, Djar Roua, Oli encore. Il n’ y avait pas de mares, sauf à Bermo, tout le mondeabreuvait aux puits durant toute la saison.Caritas a commencé à distribuer du mil à Bermo, mais Oumarou nous conseillait dedescendre vers le sud pendant qu’il était encore temps. Bientôt, les animaux seraient tropfaibles pour marcher, et les pailles qui restaient dans la zone agricole sur la route du sudseraient entièrement consommées. C’était comme une barrière qui se fermait davantage dejours en jours.Nous l’avons écouté et nous sommes parti vers le sud. De Oli, nous sommes allé vers Goula,puis Al Cha_bou (est Maïlaya), Dan Mallam, (entre Ma_laya et Kornaka), nous traversions 184
  • 185. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005des champs secs et des villages vides. Ensuite nous sommes encore descendu au sud, versTamimoun, (sud Dan Mallam), Le Dalla, (est Kornaka), Tadouè ( est Sabon Machi),Runduna (nord Maradi), El Kolta, Garin Magaji, Tchadi (sud Goulbi vers Guidan Roumji),Gobri et Egguidi (For_t sur la frontière du Nigéria). C’est au début de l’hivernage 85 quenous sommes arrivés à Egguidi. Nous avons reçu 2 fois de l’aide alimentaire de Caritas.Nous avons attendu que les animaux récupèrent, et vers le milieu de l’hivernage, noussommes repartis vers le nord, par le couloir de passage de Guidan Roumji. Nous avons eubeaucoup de peine à suivre le couloir qui était bouché par des champs. Nous nous sommesfaufilés entre les champs jusqu’à Aje Koria.Nous avons eu très peu de mortalité dans notre cheptel. Catégories Cheptel initial Ventes Mortalités Cheptel final Début fin hivernage Hivernage 84 85 Veaux et 4 1 3 taurillons Taureaux 2 1 1 0 Vaches adultes 23 3 4 16 Vêles 6 1 5 Moutons 15 15 0 Chèvres 8 3 1 4Dans ce voyage, nous étions groupés avec 15 autres familles Bi Hama’en, plus 3 familles deKassaoussawa, Ardo N’abou de Eggo, Modandé Tankari, et N’douma. Nous avons pu acheterdes vivres pour nous, et quelques sous produits agricoles pour les animaux, du son ou de lagraine de coton.Nous tous, avons pu sauver une bonne partie de nos animaux.Mais ceux qui sont restés à Bermo ont tout perdu. Seules quelques chèvres ont survécu, grâceaux feuilles de Maerua crassifolia. Mais tous les bovins et les moutons sont morts.Les gens ont reçu de l’aide alimentaire à Bermo, et beaucoup se sont mis à faire des culturesde contre-saison.Ensuite, ils ont été déplacé vers Kornaka, pour cultiver, et faire des cultures de contre saison.C’est là que el Hadji Balla Dan Sani, un commerçant de Maradi, les a trouvé. Il avait achetétous les animaux encore debout durant de l’hivernage 84. Il les a nourri à grands frais.Beaucoup sont morts, mais plusieurs milliers ont survécu. Il a confié son bétail aux éleveursqui avaient tout perdu, et ils ont repris la transhumance, mais comme simples bergers d’uncommerçant.( En 1999, les familles de la zone de Bermo qui possèdent leur propre cheptel, sont cellesqui étaient parties ensemble vers le sud, selon le même itinéraire que Baleiri. Les autres 185
  • 186. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005familles ne se sont pas redressées jusqu’à aujourd’hui, et leur cheptel est composé en largemajorité, de bétail appartenant aux commerçant et aux fonctionnaires, sur lequel ils n’ontque le lait des femelles comme seule rémunération, et aucun droit)Les Bi Koron’en, eux, sont parti vers l’ouest, à Bol Bol. Certains Kassaoussawa sont alléjusqu’à Magama ou Kano, d’autres sont parti vers Zinder.Tambari Guirka, lui, est allé seulement jusqu’à Tchaké, vers Mayahi. Il a beaucoup perdu,mais il a sauvé quelques têtes.Commentaires :A l’arrivée du premier «accident climatique» en 73, tout le monde est surpris. On ne sait pasquoi faire. Durant 30 ans, la pluviométrie avait été stable, régulière dans le temps et dansl’espace. On ne se souvenait plus des stratégies de crise. Les éleveurs ont attendu sur place,et lorsqu’ils ont voulu partir, il était trop tard.Toutefois, à cette époque, les troupeaux étaient importants. Le cheptel sauvé leur a permis decontinuer à vivre en zone pastorale, de leurs troupeaux. Les cultures entreprises avant lasécheresse à l’emplacement de l’actuel village de Sakabal n’ont pas été poursuivies.Malgré le nombre très élevé de mâles, on vendait très peu avant la sécheresse. On avait trèspeu de besoins monétaires. La thésaurisation du cheptel était importante.L’exode, le recours aux travaux divers, ne fut pas nécessaire après cette sécheresse.L’économie familiale restait viable, mais la marge de sécurité très grande qui prévalait avantla sécheresse avait disparu avec la forte mortalité des animaux.En 84, le réflexe de descendre vers le sud a été général, mais l’administration y a fait obstaclejusqu’à ce que les villages agricoles soient vides et les cultures sèches sur pied. Ceux qui ontpu partir, comme Baleiri, s’en sont assez bien sorti. Ceux qui ont choisi de rester et d’attendreque les pluies arrivent, ont tout perdu.Il est intéressant de faire le rapprochement avec la situation de la fin de saison sèche 1998.Cette année là, l’hivernage a été bon, mais la pousse effective du pâturage est arrivée trèstard. Ce n’est qu’à partir du 20 juillet que les plantules ont pu pousser et croître, pour êtreaccessibles aux bovins.Depuis le mois de mai, des pluies sporadiques parfois abondantes mais très localiséesprovoquaient des pousses d’herbes et des mouvements de troupeaux affamés. Mais lesplantules séchaient rapidement sans pousser suffisamment pour les bovins.Les années précédentes, 1996 et 1997, avaient été médiocres. Les stocks de pailles étaientépuisés depuis le mois de mars 1998 déjà. En avril, les dunes et les vallées étaient totalementdépourvues de couverture, et les vents soulevaient le sable et la poussière.Seuls des stocks de pailles subsistaient dans la réserve de Gadabéji, mais l’administration enempêcha l’accès à la plupart des troupeaux, malgré la situation d’urgence.Au Ranch de Facko également, des stocks importants de paille subsistaient, et c’est sansdoute à l’intérieur du ranch, que la grande partie du cheptel bovin a été sauvé. La possibilitéde trouver des stocks décentralisés de graine de coton et de son de blé à des prix accessibles aégalement contribué un peu à la survie d’une partie des bovins. 186
  • 187. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Les éleveurs parti vers la vallée de la Tarka ou au-delà, n’ont trouvé que des terres nues.Certains ont acheté à prix d’or la paille sèche stockée par les sédentaires pour sauverquelques têtes. Mêmes des toits de cases et des nattes ont été consommés par les animaux.La mortalité a été très importante pour certains éleveurs. Les gens eux-mêmes étaientaffamés, en raison de l’effondrement des prix du bétail et la hausse vertigineuse des prix dumil. Sans les centaines de tonnes de mil mises à disposition à des prix subventionnés pardifférents projets (PAAPB, PROZOPAS, et surtout PASEL, ), beaucoup de familles seseraient retrouvées entièrement démunies au retour des pluies, sans espoir de reconstitution.Il faut considérer également que le front de culture est monté vers le nord depuis cetteépoque, sur une distance d’environ 25 kilomètres. C’est une surface de 2580 Km carrés, quiest soustraite au pâturage, dans l’arrondissement de Dakoro, soit environ 258 000 hectares,qui devraient représenter des stocks de saison sèche. Cette zone n’est pas entièrement cultivéeen terme de surface, mais se trouve parsemmée de champs, et largement récupérée par lemilieu sédentaire, qui en utilise les interstices restant de pâturage, et collecte massivement lapaille sur pied. En comparaison, il faut savoir que la réserve de Gadabéji à une surface de 75000 hectares, et le Ranch de Facko, 28 000 hectares.De plus, les zones de pâturage au sud, dans la zone agricole elle-même, ont en grande partiedisparu également. Ces espaces sont donc soustraits à la constitution de stocks de pailles, carles zones cultivées sont sarclées, ce qui fragilise davantage la situation en cas d’annéesmédiocresLa saison s’est rétablie de façon spectaculaire, vers la mi-juillet. Mais si les pluies s’étaientarrêtées de Dakoro jusqu’au nord ?Les éleveurs se seraient retrouvés coincé sans possibilité de descendre vers le sud.Les cultures de mil stagnaient, mais l’espoir était encore permis de les voir reprendre leurcroissance, car les pluies avaient été moins rares vers Kornaka et Sabon Machi. Le couloir depassage de Guidan Roumji n’était pas encore été réhabilité par le PASEL. Et le long de cecouloir, même s’il avait été praticable, existe-t-il des réserves de fourrage pour soutenir undéplacement si important, avec des animaux à bout de force ?En admettant que les cultures aient pu survivre dans la partie sud de l’arrondissement, ilaurait été impossible aux éleveurs de dépasser la vallée de la Tarka en grand nombre, avant lemois d’octobre.Aucune famille n’aurait pu sauver ses bovins après que les stocks de pailles du ranch deFacko soient épuisés à leurs tour. 187
  • 188. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Situation actuelle, hivernage 1999.Situation de famille : Baleiri Kiro Gashi Touâ 1 er femme 2 em femme (veuve)Garçons épouses des garçons Filles Garçon Filles Enfants 1 er mariage* Sourel (handicapé) * Fatima * Sodji * Hassana * Jouti* Mokao > Yobandé Aïssa * Aïssa * Nyalool * Beddo 2 enfants 1 enfant * Zeinabou Ses enfants Gyamé* Jouri > Modiolé * Amina Anékawa 2 enfants* Oumarou> Alti 2 enfants* Nyaloodo> Somka 1 enfant (hors campement)* Maodé > Mamadjé (hors campement)* Aliou > Hadiza (hors campement)* Ibrahim Total des personnes à charge : 15 adultes, 18 enfants, soit 33 personnes 188
  • 189. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Situation du cheptel bovin, et répartition de propriété dans la famille. Catégorie Baleiri Gashi Touâ Jouri Mokao Oumarou Maodé Nyaloodo Aliou Ibrahim Fatima Aïssa Sourel TOTAL Vaches 3 1 / 6 5 3 4 3 2 1 1 1 30 adultes Veaux 2 1 3 2 2 3 2 1 16 non sevré J mâles 1 2 1 4 génisses 2 2 2 2 1 1 2 12Au moment de l’enquête, le troupeau n’avait pas de reproducteur spécifique, le dernier étant mort au cours de la saison.Le total du cheptel bovin s’élève à 62 têtes, veaux compris.On notera la présence non inclue dans le compte, de 5 Jokereedji, bêtes appartenant à des étrangers, soit 2 vaches adultes, 2 veaux, et unegénisse.Autre bétail :Ovins Le total atteint 70. Baleiri possède 8 brebis, le reste du troupeau est réparti entre les enfants.Caprins : Le total atteint 30. Baleiri en possède 4, sa femme Gashi 3, sa deuxième femme Touâ 3. Les autres appartiennent aux enfants.Camelins: 2 enfants possède chacun un dromadaire de monte.Cheval : Baleiri possède un cheval.Ânes : Ceux-ci sont répartis entre les femmes de Baleiri et les femmes de ses enfants. Touâ 3, Gashi 3, Aïssa2, Yobandè 2, Alti 2, Modiolè 3, TOTAL 15 189
  • 190. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Conversion du cheptel familial en UBT.Les Jokereedji ne sont pas comprises dans le calcul. Les animaux de bât et de monte sontégalement exclus, seul le cheptel de rente dégageant des revenus pour l’économie familialeétant concerné.BOVINS adultes 30 x 0,8 = 24 Veaux non sevrés 16 x 0,12 = 1,92 Jeunes mâles 4 x 0,6 = 2,4 Génisses 12 x 0,6 = 7,2 TOTAL 35, 52 UBTOVINS 70 x 0,12 = 8,4 UBTCAPRINS 30 x 0,12 = 3,6 UBTLe total du bétail de rente est de 47, 52 UBTRapport entre le cheptel de rente et la famille.2 manières de calculer le rapport sont possibles. Dans la première, les enfants comptent pourune personne à part entière, au regard de certains coûts particuliers qu’ils peuvent engendrer.Dans la seconde, ils comptent pour 0,5, compte tenu de leur consommation plus faible encéréales et lait. 33 personnes, enfants compris = 1, 44 UBT/personne 47,52 UBT 24 équivalents adultes = 1, 98 UBT/personne 47,52 UBTCette famille vit en dessous du seuil de viabilité défini par Maliki à 3,8 UBT par personne, ouThébaud à 3,5 UBT par personnes, ou encore la FAO à 3 UBT. Pourtant, Baleiri fait partie deceux qui ont relativement bien traversé la sécheresse de 1984, comme l’histoire l’a montré. Ila renoncé à prendre des bêtes en gardiennage pour le compte d’étranger, et les Jokereedjimentionnées appartiennent à des amis de la famille. Sa second épouse, Touâ, part en exodevers le sud à chaque saison sèche pour soulager la famille.Ventes et revenus en une année, coûts d’exploitations et dépenses duménage.Cette présentation relate toutes les dépenses et les revenus opérés par la famille entre la fin ducarême 99 et la fin du carême en janvier 2000. Elle n’est pas issue de relevés journaliers etprécis, mais elle le fruit de la mémoire familiale au moment du carême 2000. On ne peutdonc pas lui accorder la valeur d’une enquête menée de façon systèmatique, et recoupant unlarge échantillonage. Ce type de recherche n’est pas actuellement dans les possibilités duprojet, car le temps de l’équipe technique est absorbé par des tâches multiples. 190
  • 191. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Les chiffres de ventes sont des moyennes saisonnières établies d’après les relevés de marchédu service de l’élevage, que le PAAPB utilise pour l’opération de crédit à lacommercialisation du bétail ( Moyennes calculées des mercuriales de Bermo, Sakabal etDakoro. On a tenu compte des variations saisonnières ). Ventes d’animaux, du carême 99 au carême 2000 Animaux Nb SS 99 valeur totale Nb SP 99, Valeur TOTAL janv - mai SS 99-jan 2000 Vache reforme 2 132 000 132 000 génisses 3 166 315 166 315 Taurillons 6 309 000 3 240 000 549 000 Brebis 8 124 000 7 175 000 299 000 ovins j. mâles 12 79 500 13 201 500 281 000 caprins 15 87 500 0 87 500 TOTAL 898 315 616500 1 514 815Revenu brut annuel par équivalent adulte (24) = 63 117 cfaVoici, à titre indicatif et pour illustrer les écarts de revenus, une présentation des revenus siles mêmes ventes avaient été effectuées l’année précédente, selon les moyennes des périodes.Un calcul plus pessimiste pourrait être estimé si les ventes étaient calculées sur les moyennesdes seuls trois derniers mois de la saison sèche 98. exemple imaginaire, du carême 98 au carême 99 Animaux Nb SS98 valeur totale Nb SP 98, Valeur TOTAL SS 98-99. Vache reforme 2 60 000 60 000 génisses 3 165 000 165 000 Taurillons 6 274 000 3 165 000 439 000 Brebis 8 75 600 7 66 500 142 100 ovins j. mâles 12 68 400 13 78 000 146 400 caprins 15 55 700 0 55 700 TOTAL 698700 309500 1 008 200Revenu brut annuel par équivalent adulte (24) = 42 010 cfa 191
  • 192. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Autres revenus janvier 99 à janvier 2000 : Argent liquide En natureVaccinations par auxiliaire 14 000Exode 2 em femme Vêtements femme+enfants 2 sacs de milTravail temporaire 4 em fils 65 000 1 sac de mil 1 sac de riz__________________________________________________________________________Coûts exploitation et de ménage.Céréales 8 mois de saison sèche 34 sacs de mil (11 000 cfa) 374 000 cfaCéréales 4 mois saison pluvieuse 12 sacs de mil (14 000cfa) 168 000 cfa2 puisettes 10 000 cfavaccinations cheptel + quelques traitements 20 000 cfa1 corde (60 sacs pour la fibre, fabrication sur place) 13 500 cfa24 outres pour l’eau 120 000 cfaSanté 1000 cfa / personne / an ( Bermo dispose d’un dispensaire où lesmédicaments sont gratuits, ce qui est exceptionel) 33 000 cfa10 couvertures 130 000 cfaVêtements (estimation de 3000 cfa/ personne) 99 000 cfaTOTAL 967 500 CFAOn conviendra que ce plan de dépenses annuel est très sévère, et ne fait apparaitre que lesdépenses de survie. Les dépenses «de luxe», c’est à dire ne servant pas directement à lasurvie du cheptel et de la famille, telles que le thé et le sucre par exemple, le renouvellementdu matériel de bât, de tentes, de cuisine, etc... devront être dégagées de la marge apparenteissue de la soustraction entre revenu de l’année 99 (janvier 99 à janvier 2000), qui se monte à:Revenu du cheptel 1 514 815Revenus annexes auxiliaire : 14 000exode 2 em femme 80 000revenu annexe 4 em fils + 90 000 1 698 815 - 967 500 MARGE 731 315 CFAREMARQUE !Cette situation peut sembler viable. En réalité, un contexte particulièrement favorable permetcette vision optimiste.- Tout d’abord, les calculs servant à établir les revenus des ventes du bétail sont réalisé dans lecontexte d’une année très favorable aux termes d’échange. On voit que le contexte de l’annéeprécédente faisait apparaitre un revenu très inférieur.- Les prix servant à estimer le coût de l’approvisionnement en céréale sont ceux de l’année1999. L’année précédente, les prix du mil sont montés de 15 000 cfa à 26 000 cfa le sac de 192
  • 193. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005janvier à aout 98. Le coût global de l’alimentation aurait donc été de 697 000 cfa jusqu’enaout, et de 150 000 jusqu’en décembre. Total 847 000 cfa pour les seules céréales, avec unrevenu du cheptel de 1 008 200 cfa.Il faut remarquer que la situation de cette éleveur dans le P.A. de Bermo est relativementconfortable. Les frais de santé sont faible car le dispensaire de la mission catholique assureles soins gratuits contre une somme de 100 cfa par consultation, et 500 pour chaque injection,ce qui est symbolique. L’éleveur n’est jamais astreint au paiement pour l’abreuvement car ildispose de son puit et a accès à des puits de familles alliées.De plus, il a accès aux céréales de deux banques céréalières (PAAPB et Mission catholique),qui lui assure un prix inférieur correspondant à celui en vigueur au moment des récoltes, pourenviron 10 % de la consomation de sa famille. Il a accès aux vaccinations du bétail grâce àl’auxiliaire formé chez lui, ce qui lui évite une mortalité de 2 à 3 % annuellement par lescharbon symptomatique et bactéridien, très présents dans les sols de la zone, ou lapasteurellose.Dans un contexte d’insécurité d’accès aux ressources pastorales, eau et pâturage, s’il devaitassumer les frais santé réels de sa famille, ses revenus seraient très insuffisants pour espérerseulement survivre.On remarquera également que cette économie ne dispose d’aucune marge de sécurité. Le tauxd’exploitation est maximum. Une perte de seulement 20% du cheptel par accident climatiqueou épidémie le mettrait dans une situation desespérée. TAUX D’EXPLOITATION ESPECES CHEPTEL VENTE UBT Naissances taux en % UBT UBT Bovins 35,52 8,8 7,1 20,64 % Ovins 8,4 4,8 4,8 estimation 36,36 % Caprins 3,6 1,8 1,8 estimation 33 ,33 %___________________________________________________________________________ 193
  • 194. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20057.3. DESCRIPTION DES RESULTATS D’ENQUETE ET ANALYSE A TANNATAHMO.Une gestion privative despaces pastoraux.Sud Est AbalakDémarche:Une visite du site ainsi que des entretiens longs et ouverts avec les gestionnaires du site174 enprésence du Chef de Village et de 18 membres éleveurs, nous ont été permis par le présidentde l’association « Taoum », M. Babbati. Tout l’historique du site nous a été retracé à cetteoccasion, ainsi que les systèmes de gestion des pâturages et de commercialisation. Descompléments concernant le statut foncier de Tannatahmo nous été fournis plus tard par lacommission foncière d’Abalak.7.3.1. Historique du site :A l’origine, ce site a fait l’objet d’une expérimentation de gestion holistique des pâturages enmilieu réel, dans le cadre du Projet Pastoral Pilote175 financé par la Banque Mondiale, encollaboration avec les éleveurs résidents.Il s’agissait d’établir un principe de gestion des pâturages par rotation en SP, permettant defaire intervenir la pâture directe des graminées au moment le plus favorable pour la plante etpour l’animal, soit le tallage, puis d’en mesurer les effets sur le cheptel et la compositionfloristique des herbages. L’objectif de cette expérimentation, est en résumé, de démontrerque l’on peut entretenir un cheptel plus important sur les mêmes surfaces, avec un bénéficefourrager démontré, par le fait d’un broutage intervenant au bon moment, et l’observation depériode de repos de la végétation. La phase d’exécution de ce projet s’est étendue de 1997 à2001.Après la mission d’identification conduite en collaboration avec les éleveurs utilisant lesespaces concernés, ceux-ci devaient se prononcer sur leur adhésion ou non aux principes duprojet, et déterminer s’ils étaient en mesure de respecter les règles qui seraient établies.La majorité d’entre eux a adhéré, mais un certain nombre (indéterminé dans notre enquête) adécidé de ne pas y participer, et se sont donc écartés de la zone.90 familles d’éleveurs sont membres de l’association Taoum et sont les usagers du site.L’espace global de 13 193 hectares et les 11 parcelles qui le composent ont été délimitées pardes pare-feux et marquées à la peinture.La Banque Mondiale a financé, à travers le projet PPP, un certain nombre d’infrastructurespour permettre la mise en application du plan de gestion holistique :174 Le vice Président de l’association, le responsable technique, et l’encadreur détaché par le projet Azawak..175 Des expériences du même projet ont également été menées dans d’autres sites sans pour autant connaître lamême évolution après la phase de projet, Tacha Ibrahim au Nord Dakoro, Ekisman, Say, notamment. 194
  • 195. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 - 3 puits de 90 mètres de profondeur équipés de pompes d’exhaure. - 5 abreuvoirs métalliques - Fourniture de 2 dromadaires destinés à la sensibilisation et information des éleveurs, notamment les transhumants approchant du site.Le projet Azawak (Financement Coopération Belge), a relancé au Niger les efforts desélection de la race bovine Azawak dans une formule originale qui utilise et valorise lesacquis des anciens ranchs de multiplication et sélection (Facko, Ibéceten, Toukounouss,Tanout), tout en utilisant le milieu éleveur pour diffuser largement le matériel génétiquesélectionné. Ce projet a pu inclure un grand nombre d’éleveurs en tant qu’éleveurs -sélectionneurs de la race Azawak, avec un effort d’encadrement remarquable sur le terrain.Les éleveurs usagers de la zone ont été identifiés et encadrés par ce projet, puis se sont dotésd’une association (Taoum) d’éleveurs sélectionneurs de la race Azawak à Tannatahmo.La pancarte à l’entrée du site indique qu’il est géré par cette association.7.3.2. Système de gestion des pâturages.Il s’agit bien sûr de retracer ici une vision peu détaillée, issue d’une connaissance antérieuredes principes du projet PPP, et des entretiens que nous avons eu sur place avec le viceprésident de l’association Taoum. 7.3.2.1. Système théorique. Principes de base.La pâture des graminées intervenant au moment du tallage correspond au moment demaximum de disponibilité de MAD176 dans la plante, avec un bénéfice évident pour lacroissance et la production laitière des animaux.C’est aussi le moment où la pâture a un effet particulier sur le développement de la plante : - Le broutage des feuilles sera suivi d’une repousse rapide et dense grâce à une stimulation imposée par la nécessité de croître et de porter des graines dans un temps imparti. Un développement racinaire déjà important à ce stade, permet cette repousse rapide. - La production de tiges portant les épis, et donc le nombre d’épis, sera démultipliée en réaction à « l’agression ». Il s’en suit une amélioration théorique de la composition floristique, car les plantes les plus riches sont broutées les premières, et dissémineront ainsi plus de graines dans le sol. Les plantes moins appétées ne subissent pas cet effet et sont donc pénalisées. Il s’agit de l’effet exactement inverse de celui d’une pâture permanente en saison de végétation.Ces deux effets bénéfiques pour les plantes ne fonctionnent réellement et significativementque dans la mesure ou des temps de repos sont possibles.Sur cette base, un système de rotation de l’ensemble du cheptel est mis en place par parcelles,ces dernières ayant au préalable fait l’objet d’une délimitation en fonction d’unités plus au176 Matière Azotée Digestible, soit protéines assimilables. 195
  • 196. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005moins homogènes dans leur composition floristique, et cohérentes entre elles par lesdimensions et leur production nette.En saison pluvieuse, l’ensemble du cheptel pâture les parcelles dans un ordre pré-établi, àraison de 4 jours par parcelles. Les animaux reviendront donc 40 jours plus tard sur lesmêmes parcelles, le cycle complet des 11 parcelles prenant 44 jours. Les transhumants depassage sont invités à suivre également cette règle sur indication des gestionnaires etpatrouilleurs, s’ils souhaitent utiliser cet espace dans leur parcours annuel.Des inventaires floristiques réalisés en hivernage 1997, puis en hivernage 1999 ont permis,selon le responsable technique, de mettre en évidence une régénération importante et le retourde plantes disparues, telles que Alysicarpus ovalifolius par exemple. Nous ne sommes pasrentrés dans le détail des inventaires floristiques, ce serait un champ d’investigation quidépasse le cadre de l’étude. Toutefois, connaissant bien la situation des pâturages de la régiondans ces années là, nous devons relever que l’hivernage 1997 a enregistré pour la deuxièmeannée consécutive, un déficit pluviométrique qui a engendré la grave crise fourragère de lasaison sèche 1998. Cette période critique a été suivie de deux hivernages excellents en 1998et 1999, avec des productions fourragères record dans toute la zone pastorale. On a assistécette année là (hivernage 1999), à la recolonisation spectaculaire de plantes disparues depuisplus de 15 ans, et ceux qui étaient présents dans la région cette année là se souviennent, parexemple, de la quasi « invasion » de la semi pérenne Chrozophora brochiana.Sans remettre en cause la validité du système appliqué, auquel on adhère avec évidence si l’onconnaît les mécanismes de croissance et reproduction des graminées, on doit tout de mêmerelever que les situations pluviométriques exceptionnelles dans lesquelles ont été menés lesinventaires floristiques ont fortement influencé les résultats, et que ceux-ci ne peuvent servirà démontrer l’impact du système, les effets du contexte étant largement prédominants dans cecas.Pour les années suivantes, c’est la difficulté de canaliser le flux des transhumants qui estavancé pour expliquer l’absence d’impact significatif sur la végétation observable par lesinventaires, les éleveurs acceptant mal d’être canalisé à leur arrivée vers le site vers lesparcelles en pâture (c’est compréhensible, vu la forte densité de cheptel, et donc decampements qui doivent séjourner ensemble sur le même espace réduit. De fait, lestranshumants préfèrent le plus souvent éviter la zone, s’ils ne souhaitent pas se plier auxrègles imposées, ni entrer en conflit avec les gestionnaires, mais dautres persistent).En saison sèche, le rythme passe à 7 jours par parcelles. On relèvera que c’est surtout en SPque la rotation en elle-même a une justification agrostologique et zootechnique.En SS, il ne s’agit que de la valorisation des stocks de paille sur pied. Les seules améliorationsque le système peut apporter sont le fait de limiter le piétinement par l’usage des pares-feuxcomme pistes à bétail, et des choix de priorité afin de bénéficier des plantes les plus fragilesavant dessiccation ( légumineuses principalement, mais cette pratique est déjà connue deséleveurs et appliquée lorsque la maîtrise de l’espace le permet).On notera encore que la parcelle 11 est partagée en 2, une partie servant de réserve desécurité.La pratique de la stabulation du bétail sur les glacis après les pluies a permit de récupérer dessurfaces de pâturage importantes. 196
  • 197. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 7.3.2.2. Questions quant à la répartition de la charge.Le cheptel total des usagers membres de l’association a été recensé ainsi :7000 bovins X 0,8 = 5600 UBT2000 petits ruminants X 0,1 = 200 UBT200 dromadaires X 1,2 = 240 UBTOn ne tiendra pas compte des 40 chevaux et 150 ânes figurant dans le recensement.C’est 6040 UBT qui sont entretenues sur une surface totale de 13 193 hectares.La charge est donc de 2,18 ha par UBT.A cette latitude, on considère que la charge moyenne (pour autant que cette notion ait unsens), est admise avec 7 ha par UBT.Même avec l’apport d’aliment bétail, même avec une maximisation d’utilité réelle de laproduction fourragère par le système mis en place, cette équation reste impossible.D’une part, la production nette est insuffisante à entretenir ce cheptel, et d’autre part, lesfortes variations de production d’une année sur l’autre obligent à imaginer que le cheptelutilise largement d’autres zones de pâture.La production fourragère moyenne des 11 parcelles du site a été rigoureusement mesurée parle PPP de 1996 à 2001. Les moyennes présentées ici sont celles des pesées effectuées sur les11 parcelles, exprimée en Kg de MS à l’hectare177. 1996 1997 1998 1999 2000 2001Production 666 572 1105 1683 484 1742moyenneLa moyenne inter annuelle est de 1042 Kg de MS à l’hectare.La production brute moyenne de fourrage herbacé est donc de 13 747 tonnes sur le site.Avec une production moyenne de 1042 KG à l’hectare (c’est beaucoup dans ce type devégétation), une consommation réelle de 60 % de la production (au lieu des 50 % admis dansce type de calcul), la production annuelle totale de la matière sèche herbacée consommableatteint 8 248 tonnes de matière sèche MS, alors que les besoins du cheptel se montent à 13779 tonnes de MS.Pour affiner l’estimation, et tenter de chercher une cohérence, on peut encore tenir compte dela disponibilité du pâturage aérien avec 90 % de la ration chez les camelins, 35 % chez lespetits ruminants (la majorité sont des ovins), et 10 % chez les bovins, en fonction de leurlimite de digestion des fourrages ligneux. Le milieu permet sans doute, vu la bonnecouverture ligneuse, d’atteindre ces maxima de consommation.177 Rapport d’activité (synthèse). Projet Pastoral Pilote, Ministère de l’Agriculture et de l’Elevage. 197
  • 198. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Espèces UBT Consommation Pourcentage Total pâturage aérien annuelle tonnes de pâturage consommé annuellement de MS aérien en tonnes de MSBovins 5600 12 775 10 % 1 277P. Rum. 200 456 35% 160Camelins 240 548 90% 493Totaux 8 248 1 930La production annuelle nette du site, sur ses 13 193 hectares, est en moyenne, en tenantcompte d’une disponibilité de 1 930 tonnes de MS fournies par le pâturage ligneux,de 10 178 Tonnes de MS, alors que les besoins du cheptel se montent à 13 779 tonnes.Les informations dont on dispose indiquent effectivement que le cheptel de Tannatahmoquitte parfois les parcelles sur site, et que la charge se réparti vers l’extérieur. Nous l’avonsnous même observé en février 2005.En février 2001, suite à la mauvaise pluviométrie en 2000, moins de 200 bovins restaient surle site.178Dans la saison sèche qui a suivi l’hivernage de 2002, la plus grande partie du cheptel s’estrépartie vers les ranchs de Facko et Ibeceten. Seuls les dromadaires seraient restés surplace.179En 2003, la production de fourrage aurait été excédentaire.Le rapport d’activité du PPP mentionne que le passage des transhumants, et notamment destroupeaux de zébus Bororo des peuls Wodaabés qui refusent le respect des règles d’accès,seraient responsables de l’impossibilité d’entretenir le cheptel sur le site en SS 2001, maisqu’en 1997-98, malgré le déficit fourrager, le cheptel avait pu être entretenu sur le périmètre.Le cheptel devait sans doute être beaucoup moins important, puisque la production nette nereprésentait que la moitié de la production annuelle moyenne, et que celle-ci semble déjàinsuffisante au vu des chiffres dont nous disposons.7.3.3. Principes de base, réalité du milieu, évolution actuelle.La gestion du site est donc une gestion ouverte. Le cheptel utilise d’autres espaces, et l’onpeut penser qu’il déborde de ses frontières à l’occasion sur les pâturages alentours, et que ducheptel extérieur rentre régulièrement.Le rapport d’activité du PPP, aussi bien que les entretiens que nous avons eus sur place,souligne la grande difficulté d’appliquer réellement les principes de gestion en raison desintrusions continuelles des troupeaux extérieurs.La zone est un axe de passage des troupeaux allant vers le Nord en juillet, et retournant auSud en septembre, octobre et novembre. Par ailleurs, comme il nous a été indiqué sur place,un nombre indéterminé d’éleveurs n’ont pas adhéré au principe de gestion. Certains restenten gravitation dans la zone, et des incursions de leur bétail sont fréquentes.178 Rapport Projet pastoral Pilote, déjà cité.179 Information recueillie dans les entretiens sur place. 198
  • 199. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Pour pallier à ce problème, l’ambition des gestionnaires est de clôturer intégralement le site,qui deviendrait ainsi un périmètre de type « ranching ». Les 3 parcelles du Nord, avec unesurface totale de 3 752 hectares, ont été clôturées en juillet 2004, avec 4 fils barbelés surpiquets métalliques. 2 sorties seulement existent, une vers le Nord, et une vers le Sud pouraccéder aux autres parcelles, mais elles sont fermées à clef. La gestion des parcelles pourraainsi être appliquée avec la rigueur voulue.Le reste du périmètre est en attente d’autorisation pour être à son tour clôturé intégralement.Sur le plan du système de gestion des pâturages, la clôture du site est un changement radicalde principe de gestion. Outre le fait de pouvoir appliquer la rotation et les temps de repos dela végétation, les gestionnaires nous mentionnent le problème sanitaire posés par lestroupeaux extérieurs, et la perte du bétail en saison des pluies, des animaux suivant lestroupeaux des transhumants.Mais le changement principal se situe dans le principe d’exclusion ferme des autres éleveurssur cet espace. D’une gestion ouverte, on passe à une appropriation exclusive. L’échec duprincipe de gestion holistique en milieu ouvert est donc évident, si les usagers gestionnairesrenoncent à une forme inclusive pour affirmer des droits exclusifs.Il faut également considérer l’impossibilité écologique démontrée, d’entretenir un chepteldonné sur un espace défini en milieu sahélien. Les chiffres de production cités plus haut et lescalculs simples que nous avons présentés au point 2.2. montrent l’ampleur des variationsinter annuelles, et la nécessité d’adapter la charge aux ressources en permanences, avecl’usage des espaces extérieurs au ranch. Il y a donc un problème posé par des niveaux dedroits différents. Le bétail extérieur ne pourra désormais plus accéder au ranch, mais le bétaildu ranch devra régulièrement sortir pour utiliser des espaces où règne encore le statut du libreaccès.Les gestionnaires du ranch justifient ce droit par les investissements consentis à la mise enplace du système et des infrastructures. Nous ne disposons pas de tous les chiffres, mais onse souvient, ( voir point 1.) que c’est par un projet Banque Mondiale, donc sur des montantsremboursables par les contribuables nigériens, que les investissements les plus lourds ont étéfait au départ, notamment toute la recherche liée à l’implantation du site et les trois puitsprofonds équipés de pompes. Par la suite, se sont les financements de la coopération Belgequi ont permit la disponibilité de l’encadreur, le statut de sélectionneurs des éleveurs et lesdébouchés commerciaux qui sont liés au projet Azawak. Enfin, le financement de la clôtureinstallée en juillet aurait bénéficié d’une contribution de 9 millions de francs par le projetfilière PPAP, sur financements Union Européenne. Le reste des coûts, que nous neconnaissons pas, viendrait des fonds propres de l’association.7.3.4. Stratégie commerciale.Nous disposons de peu d’éléments, uniquement sur la base des entretiens sur place et de lastratégie du Projet Azawak. Il s’agit donc ici de restitution d’information et non d’uneanalyse de stratégie commerciale.Concernant la spécificité du statut de sélectionneurs, les éleveurs de l’association trouvent desdébouchés intéressants pour écouler des génisses et des reproducteurs ayant bénéficiés dulabel Azawak, après plusieurs étapes de sélection durant leur croissance.Dans la liste des plus gros marchés obtenus grâce à ce label, on citera : 199
  • 200. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005 - L’achat par le Gouvernement du Burkina Faso de 200 femelles et 150 reproducteurs pour la mise en place avec le projet Azawak d’un programme de diffusion du matériel génétique. - L’achat par le programme spécial du Président de la République de 400 femelles.Des achats ponctuels de bétail par des éleveurs sur la base du Label sont en outre assezfréquents.Pour l’écoulement du cheptel non sélectionné, les petits ruminants, et les camelins, lePrésident de l’Association qui est le propriétaire de « la plus grande partie180 » du cheptelbovin, fait jouer ses propres réseaux commerciaux, notamment vers l’Algérie, d’où descommerçants viennent chercher du bétail par camions (sauf les bovins, une interdictiond’importation en Algérie pénalise actuellement l’exportation nigérienne).Un lot de 350 taureaux a également été exporté directement vers Abidjan, et un lot de 150taureaux vers Lagos.En dehors des gros marchés ponctuels, les marchés nationaux et notamment Agadez, restentdes points d’écoulement importants.7.3.5. Analyse rapide de la situation foncière. 7.3.5.1. Statut de terroir d’attache.Le site de Tannatahmo bénéfice depuis 2001, d’une d’Attestation de Concession Rurale deDroit d’Usage Prioritaire, délivrée à l’association Taoum.Ce titre, qui est celui de la reconnaissance juridique de terroir d’attache selon le Décret N° 97-007/PRN/MAG/LE du 10 janvier 1997 fixant le statut des Terroirs d’Attache des pasteurs, estactuellement le seul à avoir été délivré dans les Régions de Tahoua et Agadez.L’obtention de titre a été un processus long et difficile. Au départ, des oppositions ont étéfaites par les Chefs de Groupements, a ce qui apparaissait comme l’attribution du statut à unseul éleveur, soit l’actuel Président de Taoum. L’opposition, dans ce cas la « contestation »au sens juridique, a valeur de rejet automatique de la demande. Afin de permettre aux citoyensde s’informer d’une procédure de ce type, les informations sont non seulement publiées etaffichées, mais également colportées par voie orale sur les marchés et sur les radios localesCe principe d’opposition est déterminé précisément dans le Décret N° 97-367 /PRN/MAG/Edu 2 octobre 1997, déterminant les modalités d’inscription des Droits Fonciers au DossierRural.Se référer au Titre IV, chapitre 3, articles 16 et 17, ainsi qu’au Titre V, articles 18 et 19,pour les détails relatifs aux oppositions par les tiers.180 Cette information nous vient des gestionnaires du ranch durant les entretiens. 200
  • 201. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005La création de l’association Taoum a permis de rendre la demande plus conforme aux textes,en tant que « groupe de pasteurs ». Les oppositions des Chefs de Groupement ont en outre étélevées entre temps et l’attestation de concession rurale a pu être délivrée.Toutefois, le statut n’est jamais définitivement acquis. Les Commissions Foncières sontchargées de veiller à la bonne application des textes, et celui-ci peut-être remis en question sile principe de base n’est pas respecté. Or, la pose de barrières infranchissables modifietotalement le mode d’exploitation qui était en vigueur au moment de l’acquisition del’attestation, et remet en question l’adéquation entre le mode de gestion et le texte relatif auxterroirs d’attache.Si des oppositions venaient à se manifester de nouveau, la commission foncière devrait alorsse référer aux textes et pourrait certainement annuler l’attestation de concession rurale, etobliger au démantèlement des barrières. 7.3.5.2. Sur la question de la priorité et du droit d’exclusion.Le texte précisant la notion de terroir d’attache comporte une description des Droits despasteurs usagers qui est parfois qualifiée de floue par la plupart des représentants des éleveurs.Le droit d’usage prioritaire, dit le texte, n’exclut pas les droits des tiers au parcours, austationnement et au pacage du bétail.181 Il est vrai que sans possibilité d’exclusion, on ne voitpas où réside la priorité si tout un chacun dispose finalement du même droit d’usage.Pourtant, donner ce droit d’exclusion aurait ouvert la porte à des abus, dont les pasteurs lesmoins organisés et les plus vulnérables auraient été les premiers à subir les conséquences.Quelle intention dans cette contradiction ? Celle de laisser les usagers négocier l’accès ?Dans ce cas, quelle amélioration apporte le statut juridique moderne des terroirs d’attaches parrapport aux faisceaux de droits préexistants, basés sur la négociation et les rapports entregroupes sociaux ?On voit clairement, dans le cas de Tannatahmo, contre quel type d’abus le flou des textesprotège les éleveurs. 90 % du cheptel de ce qu’il faut appeler maintenant un ranch, est bovin,et l’essentiel de ce cheptel bovin appartient à une seule personne. Les 90 familles résidentesmembres de l’association, sont, pour la plupart, des éleveurs ruinés qui travaillent commebergers, à qui on laisse la possibilité de conserver sur place les quelques têtes qu’ilspossèdent.On est loin de la description faite dans le texte des terroirs d’attaches, qui détermine à qui, et àquels groupes sociaux peuvent être accordées les concessions rurales d’usage prioritaire :Les pasteurs sont, selon le texte : ... tout groupe humain et social qui se caractérisehistoriquement et socialement par sa mobilité, et dont l’élevage constitue l’activitéprincipale.182On ajoute que le terroir d’attache est l’espace reconnu à l’intérieur duquel la populationnomadise la majeure partie de l’année, ou auquel elle reste attachée durant la transhumanceou les migrations183.181 Article 7.182 Article 2.183 Article 2 201
  • 202. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Enfin, et c’est là que les interprétations diverses du texte devraient s’accorder avec une lecturerapide :Un droit d’usage prioritaire peut être reconnu aux pasteurs sur leur terroir d’attache, dans lerespect du droit des tiers.Le droit d’usage prioritaire est un pouvoir d’occupation, de jouissance et de gestion, reconnuaux pasteurs sur leur terroir d’attache.En aucun cas, le droit d’usage prioritaire ne constitue un droit de propriété.184Les gestionnaires du ranch considèrent que l’exclusion leur est due, en raison de l’anciennetéde l’occupation du site par les familles résidentes ( ?), par le fait que des investissements ontété réalisés, mais surtout par le fait que les principes de gestion par parcelles ne s’accordentpas du passage d’autres troupeaux. Cette gestion parcellaire trouve ici son utilité la plusévidente s’il s’agit de justifier l’exclusion des autres éleveurs et de se ménager un espaceprivatisé de fait, couvrant la plus grande partie des besoins en année de pluviométrienormale, sachant que l’accès des terres pastorales restantes sur le territoire national, etnotamment à proximité du ranch, sont d’accès libre.En effet, il n’est plus besoin de démontrer qu’on ne peut pas, au Sahel, entretenir un chepteldéfini en nombre sur un espace défini en surface. Les variations de production fourragèressont trop importantes d’une année sur l’autre et ce paramètre est incontournable (voirpoint2.2.). La notion de terroir d’attache doit être réservée aux éleveurs. Les tentatives de détournement de ce concept par quelques nantis doivent être combattues, mais ne devraient pas anéantir les efforts de l’Etat pour remettre la gestion pastorale aux mains des pasteurs.184 Chapitre 2, section 1, article 4. 202
  • 203. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20057.4. TABLEAU DES VALEURS FOURRAGERE DES PRINCIPAUX LIGNEUX. Valeur en pourcentage Valeur en pourcentage du Périodes de disponibilité selon le cycle phénologique. du poids anhydre des poids anhydre des fruits. feuilles. Protéines Phosphore Protéines Phosphore Feuilles Fruits brutes brutesAcacia albida 17 0,25 11,7 0,12 Février MarsAcacia 16 0,20 18 0,25 De octobre à mars (variable) OctobreradianaAcacia sénégal 22 0,20 20,4 0,20 Entre novembre et février Nov-févAcacia seyal 18 0,27 23,8 0,34 Mai MarsMarua 21 0,12 / / Jeunes pousses en novembre, feuillage toute /crassifolia l’annéeBalanites 15 0,11 11,2 0,12 Jeunes pousse en août, feuillage touteaegyptiaca l’annéePaille saison 5 0,05 / / / /sèche pour noncomparaison digestibleTableau créé selon les chiffres de Hubert Gillet ( les arbres fourragers en Afrique tropicale), pour notre analyse de la situation pastorale de laRéserve de l’Aïr et du Ténéré en 1991 pour UICN. 203
  • 204. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20057.5. CAPACITE DE CHARGE.Cette définition exprime le nombre d’animaux que l’on peut entretenir à l’hectare, sans mettreen danger le couvert végétal, tout en permettant un affouragement optimum des animaux.La Capacité de Charge CC est un outil de gestion remarquable sur les pâturages des zonestempérées ou équatoriales, dans lesquelles les espèces herbacées pérennes dominentlargement. C’est à dire, que c’est un outil qui permet de gérer les pâturages, dans le cas où lesressources sont stables et prévisibles.Dans les savanes sahéliennes, on a vu que ces ressources sont tributaires de pluies irrégulièresdans le temps et l’espace, et qu’elles sont composées presque exclusivement de plantesannuelles. Les ressources sont donc Irrégulières, instables, et imprévisibles.La Capacité de Charge n’est donc pas un outil facile à utiliser au Sahel, puisqu’il fautl’estimer chaque année, en fonction de la biomasse produite. Pour que cette CC soit juste, etpas dans une fourchette de 1 à 10, on doit donc chaque année, mesurer la biomasse produite.C’est un travail énorme, qu’il faudrait répéter des milliers de fois chaque année à l’échelled’un pays comme le Niger pour avoir un chiffre qui s’approche de la réalité, car bien sûr labiomasse varie énormément d’un endroit à l’autre, d’une année à l’autre.Pour une surface très petite, par exemple 500 hectares, ce travail pourrait devoir être réalisédans un dizaine de zones différentes, en raison des variations de pente, de sol, etc…De plus, pour être fait dans les règles, ce travail devrait être réalisé à la fin de la saisonpluvieuse, lorsque l’on sait précisément que la croissance des plantes est terminée. C’est doncuniquement sur les stocks de saison sèche que cette notion devrait être appliquée.Or dans la saison pluvieuse, broutage et repoussent se succèdent dans la réalité, sans qu’onpuisse suivre la production.Pour exprimer la CC, on utilise des normes standards, qui sont aussi utilisée en alimentationanimale. Afin de regrouper les catégories d’animaux dans une seule, on utilise la notiond’Unité Bétail Tropical ou UBT. Voici la correspondance simplifiée selon les espèces :1 Bovin = 0,8 UBT1 Petit ruminant = 0,1 UBT1 camelin = 1 UBTLa consommation de matière sèche MS d’une UBT est de 6,25 Kg par jour, soit 2,5 kg par100 kg de poids vif. Dans l’année, une UBT consomme, selon cette moyenne, 2281 Kg MS.La capacité de charge se calcule donc sur la base d’une consommation de 2200 kg MS parannée par UBT. On met alors cette consommation en rapport avec la production de MS àl’hectare.C’est là que se situe la première incohérence, car si la consommation est basée sur une année,la biomasse, elle, ne peut être estimée que sur la base de la production nette, c’est à dire aprèsla saison des pluies. La consommation des plantes par les animaux et leur repousse en saisonpluvieuse n’est jamais prise en compte. Si une surface donnée produit donc 1000 kg/hectare,on considérera que c’est 1000 kg qui sont produits, permettant donc le calcul suivant: 2200 kg de MS = 6, 6 hectares par UBT pour une année0,33 X 1000 kg1/3 production brute consommable 204
  • 205. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005On voit à quel point ce calcul est aléatoire. Passons sur les techniques complexes et longuesde transects, coupes, séchages et pesages qu’il faut effectuer pour «estimer» la productionbrute. Regardons le chiffre de 0,33, un tiers consommable, et rappelons nous à quoi ilcorrespond. Ce chiffre est extrèmement variable... Il dépend de la composition des plantes, sicelles-ci seront consommable ou non, de l’appétit des termites, etc.... faisons le même calculavec le chiffre de 1/4 consommable: 2200 kg de MS = 8,8 hectares par UBT pour une année0,25 X 1000 kg1/4 production brute consommableLa différence est déjà importante avec le changement de cette seule donnée.Le chiffre de 6,6 deviendra 7 dans la norme pour simplifier les calculs. On obtiendra alors 7hectares, soit 1 hectare par mois de saison sèche. 1 mois de SS = 1 hectare.La capacité moyenne des pâturages sahéliens les bonnes années (voir le tableau despluviométries présenté plus haut), est donc considérée comme de 7 ha/ UBTC’est la norme admise et utilisée d’une manière générale ! Une vache de 250 kilos a besoin de 7 hectares au total pour l’année. Premier problème: On ne peut pas contrôler le nombre d’animaux qui passent, c’est à dire qu’il est impossible matériellement de contrôler la charge. L’utilité de cette norme est donc sujette à discussion. Deuxième problème: Les ressources sont dispersées. Impossible de faire des calculs précis. Troisième problème: Les ressources sont hétérogènes. Calcul fiable impossible à un coût raisonnable. Quatrième problème: Ce calcul ne peut être fait qu’après la croissance des plantes. Or, on prend comme base, 2200 kg de MS pour l’année de consommation, pourtant le calcul n’inclut pas les mois de SP. Cinquième problème: Difficulté de mettre en rapport en rapport la CC avec les effectifs recensés, car les recensements sont très aléatoires. Exemple à Diffa, 5 calculs différents ont donnés des écarts de 1 à 10. Sixième problème: La variation interranuelle. La CC n’aurait de signification que pour l’année de SS qui suit son calcul. Elle varie donc énormément d’année en année. Septième problème: Difficulté de tenir compte de la diversité floristique. Difficulté de tenir compte des ligneux dans l’apport de MS. Aucune méthode fiable ne permet, même dans le contexte d’un calcul scientifique au plus précis, de déterminer la part consommable des ligneux pour le bétail sur une surface donnée.Pourtant, en dehors de calculs soigneux et précis utilisés par la recherche dans des contextesparticuliers et forts rarissimes, c’est de cette manière que la CC est calculée au Sahel, le plussouvent. Autant dire qu’elle ne reflète pas grand chose du potentiel fourrager réel des zonesconcernées.Dans les années 50 et 60 , dans un contexte de stabilité des ressources, la CC était sur unespace donné, de 4ha/UBT.Sur le même espace, lors des années de sécheresse la CC a été de 200 ha/UBT. 205
  • 206. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Entre ces deux extrêmes, toutes les combinaisons sont possibles. Ci-contre, un exemple de délimitation d’un espace donné en « unités de paysage », en vue de déterminer la production du pâturage avec une relative précision pour une année donnée. Sur cet exemple, 5 cm représentent 10 km. On imagine le travail que cela nécessite même sur un espace aussi réduit. A Titre de comparaison, la zone pastorale du Niger s’étend sur plus de 1 300 km d’Est en Ouest. 206
  • 207. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 20057.6. DOCUMENTATION.7.6.1. Document de travail généraux sur les études antérieures et de référence globale.Bilan d’un texte de gestion participative des terroirs pastoraux. PROZOPAS, 2001.Brochure d’information sur la décentralisation au Niger. Edition 2003, HCRA/D.Contribution des éleveurs de Tahoua Nord au processus d’élaboration des textscomplémentaires au code rural sur le pastoralisme et l’élevage au Niger. In-Gall 2004.APPEL-ZP.Des aires protégées aux territoires de conservation. 2004, IRD, Dimitri de Boissieu.Desertification. Natural Backround and human Mismanagement. Monique Mainguet.Springer Verlag. 1991.Documents FEWS-Sahel.Dynamiques sociales et mise en place des structures locales de gestion dans un contexted’aire protégée, cas de la RNNAT. Mohamed Houma et Elhadji Gagere, ONG GAGE,2001.Eléments de réflexion sur les modes d’exploitation des RN par les populations d’éleveursdu milieu AZAWAK. DED oct 2002, Bettina Haasen.Entre rentabilité économique et viabilité de l’économie familiale : le rôle de l’élevagedans la micro économie pastorale et agropastorale. B. Thébaud. Communication pour lePRASET, fév. 1998.Etude de la contribution des systèmes pastoraux aux économies nationales des pays ASS.Institut international de recherche sur l’élevage ILRI, Nega Gebresselassie, Solomon Desta etSimeon K.Ehui.Expérience d’une collaboration entre UEP APEL-ZP et le centre régional AGHRYMETpour un appui aux éleveurs, le suivi et l’alerte précoce en zone pastorale. Isabelle rivièreet Job Andigue, nov. 2004Le Plan Communal de Développement PCD. Définition, Conception et Démarchesd’Elaboration. Mars 2004, Rüdiger Wehr, CT Lucop – Tan.Les bas-fonds au Niger, transfert d’expériences. Heinz Bender et Issa Ousseini. PGCES.ETH Zürich et UAM Niamey. 2000Les Touaregs face aux sécheresses et aux famines. Gerd Spittler. Karthala, 1993.Lutte contre la désertification au Niger : utilisation des images satellites pour le suivid’impact. Cas du PASP et PDRT. Dr Hannelore Kusserow. 2001Mission d’appui à la formulation d’une stratégie au processus de sécurisation foncièredans les arrondissements de Tchintabaraden et d’Abalak. Rapport de Mission. 21 207
  • 208. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005novembre – 6 décembre 2002. Ingrid Poulsen, RDP Livestock Services BV AssistanceTechnique au PROZOPASOpération -test d’Observation des Pâturages dans la Zone d’Intervention del’UEP/APEL-ZP à Abalak et In Gall. UEP APEL/ZP + notes de Cadrage.Premières réflexions suite à une enquête sur le foncier pastoral. J-P. Magnant. Conseillertechnique code rural, 1997.Rapport de l’atelier sur le fonçage des puits pastoraux tenu à In-Gall du 9 au 10septembre 2002. Ibrahim dan Mallam, ONG AIP-Takkayt.Rapport de Mission d’Evaluation de l’opération test d’observation des pâturages dans lazone APIVA. Aghrymet. 2003. Job Antigue et Isabelle RivièreThe influence of different levels of siupplementation on feed intake and nutrientretention of grazing Zebu cattle in sahelian agro-pastoral systems. Eva Schlecht,Verlag Shaker, Aachen, 1995Travail sur les textes, 2005. Analyses de Jacques Chabert, conseiller juridique DED etnombreux autres documents internes.Troisième atelier national des commissions foncières du 4 au 6 mai 2004, rapport généraldes travaux. POCRVolet prévention de crises et gestion des conflits. PNN GTZ mai 20027.6.2. Documents cités dans le texte.Barbedette Loïc, Les processus économiques sont-ils maîtrisables par les acteurs à labase ? Synthèse du séminaire. oct 1995. DDA t.311Bellot J-M. Sécheresse et élevage au Sahel., diplôme détudes approfondies, écologie etgéographie tropicale. Université de Bordeaux III. Juin 1978.Bernus Edmond, Les pasteurs nomades africains, du mythe éternel aux réalités présentes.1990, Cahier des Sciences Humaines 26.Bianchi G. N.réf: t.311 Niger 31 19 février 1997.Bonfiglioli Angelo. Pastoralisme, agro-pastoralisme et retour : itinéraires sahéliens.1990. Cahiers des Sciences Humaines N° 26.Bonfiglioli A. DUDDAL, histoire de famille, histoire de troupeau, éditions de la maisondes sciences de lhomme, Paris, 1988Bouabacar Ly, Rapport de mission pour le Compte de la DDC au Niger. BERAP, mars1997. 208
  • 209. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005BOUDET (G.), 1983. - La transhumance et la gestion de leau et des pâturages dansl’espace, IEMVT, Paris. Cité par B.Thébaud Cahier Sciences Humaines. 26.Boudet G, Manuel sur les cultures fourragères et les pâturages tropicaux, 1975. IEMVT,Bourdieu P. La distinction. Critique sociale du jugement. page 560. Paris 1979, éditionsde minuit.Breman H, A.Bonfiglioli, JH. Eriksen, JJHM Ketelaars, K. Sawadogo, N. Traoré. Novembre1985, Analyses des conditions de lélevage et propositions de politiques et deprogrammes. OCDE / CILSS. Résumé et recommandations.Bremaud O, Dr vétérinaire, B.Mazet, ingénieur génie rural, M.Quesnel, Economiste élevage.SEDES. Ranch de ré élevage du Nord Dakoro. Etude de factibilité. 1977,BRIZARD (M.), 1938. - «Un capital en partie improductif : le cheptel bovin des PeulhsSambourous ». Bulletin des Services Zootechniques et des Épizooties de I’AOF, 1 : 21-23.Bulletin de la société géographique de lEst. La mission de Gironcourt en AfriqueOccidentale. 1908-1909. 201-211.Cabinet Evalua. Laide française au Niger. Evaluation de la politique française 1990 -2001. Minsitère des affaires étrangère. 2002.CAMEL – Bestconsult. Etude de faisabilité du projet dappui à lélevage dans ledépartement de Zinder. 2005Chaline Jean. Un million de générations, Seuil. septembre 2000Coulomb et Quesnel, Projet daménagement et dintervention dans 4 zones demodernisation pastorale du Niger. Dossier général, 1976, IEMVT.Daget P et Godron M . Pastoralisme, troupeaux, espace et sociétés, ouvrage collectif.Universités francophones, Hatier, Paris, 510 pages.DDA section afrique de louest.Atelier du Louverain, septembre 1993. Documents delatelier.Decorse (Lettres du Dr Decorse ). Les Touaregs de la boucle. Bulletin de la sociétégéographique et commerciale de Paris. 1907.Document du financement du PASEL Maradi - Tillabéry. 2002.DOUTRESSOULLE (G.), 1937. - Plan décennal de la mise en valeur du cheptel guinéen.Rec. Méd. Vét. Exot., 10 : 21-38.FEUNTEUN (L. M.), 1955. - «L’élevage en AOF. Son importance économique et sociale ;les conditions de son développement et de son amélioration ». Rev. Él. Méd. Vét. PaysTrop., 8 (2-3) : 137-162. 209
  • 210. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005FINO Daniel. Ouvrage collectif sous la Direction de Daniel Fino, Impasses et Promesses,lambiguïté de la coopération au développement. IUED Genève, 1996.Hamadou Seyni, Politiques et investissement dans les petites exploitations agricoles àMaradi, working paper 33, 2000, Dryland reaserch UKHammel R, 2001 Illustration de la vie pastorale. Histoire de Baleiri à travers les deuxsécheresse, et examen sommaire de l’économie pastorale actuelle du campement. Supportde formation au Pastoralisme.Hammel. R. 2001 Terroirs d’attache des pasteurs au Niger. IIED dossier 102,Hammel R. 2002 Pastoralisme Sahélien, pour une meilleure compréhension. Formation.Hammel R, 2004. Etude sur les stratégies et mesures de la gestion des risques dans lazone pastorale du LUCOP-TAN. GTZHammel R, 2005. Elaboration dune stratégie pour une gestion durable des ressourcesnaturelles dans la zone pastorale et lAïr. Etude pour le LUCOP-GTZ,Hammel R. Ahmed O. Bouboutt, Diew El Housein Diagnostic de la commercialisation dubétail sur pied et analyse de la vulnérabilité à l’insécurité alimentaire des éleveurs deMauritanie Juin - Juillet 2001. RESAL - IRAM.Hammel R. Rapport dimpact et dévaluation. Eléments pour une stratégie sécheressedans la Réserve Aïr Ténéré. UICN, 1991.Landais Etienne, Cahiers des Sciences Humaines, N° 26, 1990Malika Hachid, Centre national de recherches préhistoriques anthropologiques et historiquesdAlger ( CNRPAH). Article dans Science et Avenir, numéro dAoût 2005.Marty André. La division sédentaires-nomades. Le cas de la boucle du Niger au début dela période coloniale. IRAM, 1998.MERLIN (P,), 1951. - L’hydraulique pastoral en AOF - Rapport présenté à la Conférencedes Chefs de Service de I’Elevage de I’AOF, Bamako (Soudan français), 22-27 janvier. Citépar B.Thébaud, 1990.Miehe Sabine. 2002.Inventaire et suivi de la végétation dans le périmètre expérimentatlde Widou Thiengoly dans le cadre du projet Sénégalo-Allemand PAPF. Rapport final.GTZ.MRA, rencontre du Chef de lEtat avec les organisations paysannes. Rapport de lacommission élevage. septembre 2005.Paris Patrick, Rapport de fin dactivité du PENCE, 1989.Pascal de Campos. Etude d’identification et d’analyse des conflits dans les zonesd’intervention du PNN et du PDRT. Août 2002, Cabinet Nazari. 210
  • 211. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Patrick Colin de Verdière. Conséquence de la sédentarisation de l’élevage pastoral auSahel. Etude comparée de trois systèmes agropastoraux dans la région de Filingué.Niger. Thèse de doctorat CIRAD, 1998.Peyre de Fabregues B, J. Greigert, J.P. Marty. Mise en valeur du complexe pastoral situéau Nord de lAxe Filingué - Tahoua, 1966. Secrétariat dEtat aux affaires étrangères chargéde la coopération. République Française.Peyres de Fabregues B. PENCE. Agropastoralisme, rapport de synthèse. déc.1980 Page 45Poulsen Ingrid, Mission d’appui à la formulation d’une stratégie au processus desécurisation foncière dans les arrondissements de Tchintabaraden et d’Abalak. RDPLivestock, Rapport de Mission, 21 novembre – 6 décembre 2002Principes dOrientation du Code Rural, Ordonnance no. 93-015, 2 mars 1993, Article 28)Projet dappui à lElevage des bovins de race Azawak au Niger, NER/00/001, Rapportfinal. 2002.Projet dappui à lElevage des bovins de race Azawak au Niger, Phase II, rapport deformulation. Sept 2001.Projet de promotion des exportations agro-pastorales. Ministère du DéveloppementAgricole. Niger. Mars 2005.Rapport dactivités (synthèse) 2000 du Programme pastoral pilote. République du Niger,Ministère de lAgriculture et de lElevage.RECEVEUR (P.), 1959-1960. - Rapport Annuels, Ministère de l’Économie Rurale, Directionde I’Élevage et des Industries animales, Politique de mise en valeur de la zone sahélienne,chap. 1 à IX. Cité par Marty, 1972 et B.Thébaud 1990.RECEVEUR (P.), 1975. - Aménagements pastoraux en zone sahélienne, IEMVT, Paris.RICHARD-M• LARD (J.), 1944. - « Essai sur la vie paysanne au Fouta-Djalon », Revuede Géographie Alpine, Grenoble, t. XxX11, fasc. IIRIOU G. 1995, Savanes - lherbe, larbre et lhomme en terres tropicales, Masson-Armand Colin, Paris,Sandford S. 1983. Management of pastoral development in the Third World,.Chichester, WileyScoones I. et R.H. Behnke , Repenser l’écologie des parcours, implications pour lagestion des terres de parcours en Afrique. dossier IIED N° 33, 1992.SEDES. Evaluation de la première phase 1979-1986 PENCE, ParisSEPIA, La préhistoire de lAfrique de louest recueil darticles, 1996. 211
  • 212. Politique de développement pastoral au Sahel. Mémoire pour le Diplôme de Recherche IUED. Roland Hammel 2005Tasse Francis, Notions d’agrostologie et d’aménagement sylvo-pastoral. Rép du Niger,MAE, institut pratique de développement rural Kollo, spécialité Eaux et Forêt, septembre1987.Texte complémentaire du Code Rural Nigérien. Décret N° 97-007/PRN/MAG/E du 10janvier 1997 fixant statut des terroirs d’attache des pasteursThébaud B, Herman Grell, Sabine Miehe. Vers une reconnaissance de lefficacité pastoraletraditionnelle. Les leçons dune expérience de pâturage contrôlé dans le Nord duSénégal. IIED, dossier N° 55. avril 1995.Thébaud B.. Elevage et développement au Niger, quel avenir pour les pasteurs du Sahel ?B.I.T. 1988.Thébaud Brigitte. Politique dhydraulique pastorale et gestion de lespace au Sahel. 1990,Cahier des Sciences Humaines 26.Trochain J-L . Accord interafricain sur la définition des types de végétation de lAfriqueTropicale. 1957, Bulletin de lInstitut dEtudes Centrafricaines N° 13-14 .Vogt Kees et Gill. Gestion conjointe des ressources communes. Une étude cas à Takiéta,Niger. IIED, Mai 2000.Westoby, Walker et Noy-Meir. Opportunistic management for rangelands not atequilibrium. journal of range management 42: 266-274. 1989. 212

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