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Eux sur la photo

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atelier d'écriture réalisé avec l'association Equinoxe

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  • 1. Atelier sur «  Eux sur la photo »Lycée du Coudon Classe deseconde 6
  • 2. La photographie a fixé pour toujourstrois silhouettes en plein soleil, deuxhommes et une femme. Ils sont tousde blanc vêtus et tiennent uneraquette à la main. La jeune femmese trouve au milieu ; l’homme qui està sa droite, assez grand, est penchévers elle, comme s’il était sur le pointde lui dire quelque chose.
  • 3. Le deuxième homme, à sa gauche se tientun peu en retrait, une jambe fléchie, etprend appui sur sa raquette, dans uneposture humoristique à la Charlie Chaplin.Tous trois ont l’air d’avoir environ trenteans, mais peut-être le plus grand est-il unpeu plus âgés. Le paysage en arrière plan,se masquent en partie les volumes d’uneinstallation sportive, est à la fois alpin etsylvestre : un massif, encore blanc à sonsommet, ferme la perspective, en imprimantà la scène une allure irréelle de cartepostale.
  • 4. Son voisin est mince, presque troppour un homme.[…] Si l’on en jugepar son demi- sourire, joint à unepose volontairement affectée, il neprend pas cette séanced’immortalisation très au sérieux ; leregard moqueur qu’il coule en biaisvers la jeune femme au chapeausemble le confirmer.
  • 5. Le grain de la photographie est épais et pointillé,flou si on la regarde de trop près ; levieillissement du papier journal a fait virerl’ensemble au sépia. L’image illustre un articlede journal, qui commente la victoire de Mme.N.Hivert (catégorie dames) et de M. P. Crüsten(catégorie messieurs) au tournoi de tennisamateur d’Interlaken, le 16 juillet en fin d’après-midi, « sous un ciel limpide ».
  • 6. On y apprend que les deux lauréats ontremporté respectivement une coupe enpâte de verre de Daum et un nécessaire àécrire de voyage. On ignore en revanchecomment s’appelle le deuxième homme,et ce qu’il fait sur le cliché. En haut de lacoupure, une écriture manuscrite aannoté » N., Suisse, été 1971 ».
  • 7. Après ses années de service militaire,qu’il a effectuées en Algérie, dans desconditions pas très drôles, mais quiauraient pu être largement pires, monpère a travaillé à Paris commephotographe indépendant.
  • 8. La légende familiale dit qu’il aurait faitun passage chez Harcourt, mais je n’enai aucune preuve… Il a réalisé desphotos impressionnantes, à la fin desannées 60, de la ville en hiver : leschats errants du Père-Lachaise entreles tombes gelées
  • 9. Les bords de Seine sous la neige…
  • 10. La photo d’identité, à laquelle les ciseauxont imposé une découpe légèrementasymétrique, est fixée au carton rose dudocument par deux rivets de cuivre,disposés respectivement dans les coinsinférieur gauche et supérieur droit. Le sujetqui y figure y arbore une expression peuamène, presque renfrognée. Les cheveuxsont mi-longs, leur volume est endigué tantbien que mal au niveau des tempes à l’aidede deux barrettes métalliques, dont le flasha capté l’éclat.
  • 11. Les yeux sombres paraissent écarquillés,surpris par la lumière ; les sourcils, eux, sontfroncés, et la bouche aux lèvres charnues ales commissures tombantes. Mais le mentonest adouci par l’indulgence d’une fossette, quiclôt l’ovale résolu du visage. Le front, lui, estlégèrement bombé, sans doute déformé par laprise de vue. La pâleur de la peau contrasteavec le fond grisâtre de l’image, cependantqu’un chemisier clair à rayures foncées ajouteune note géométrique à la compositiond’ensemble, et laisse entrevoir pour partie uncou long et blanc auquel est attachée unechainette.
  • 12. Le document a été délivré par la préfecturede police de Paris, le 14 mars 1963, par uncertain Félix Thoiry, pour le préfet. L’autorisationconcerne les véhicules automobiles de catégorieB. La signature au bas du rectangle, tracéed’une encre grasse et ferme, est unmonogramme carré entrelaçant les deux initialesN et Z.Il est écrit au-dessus de la photographie quela titulaire de ce permis de conduire s’appelleZabvine, Natalia Olegovna, qu’elle est née le 1erdécembre 1941 à Archanguelsk ( URSS ), etqu’elle demeure au 142, rue de la Mouzaïa, àParis ( XIXe arrdt ).
  • 13. 19 août (message SMS)Cher Stéphane,Laissé cinq messages sur votre boîtevocale après votre départ, mais ne saispas si vous les avez reçus entretemps.L’hôpital m’a appelée : Sylvia a contractéune nouvelle pneumonie et est au plusmal. Ne pourrai vous accompagner àGenève. Vous donne des nouvelles dèsque possible. Hélène.
  • 14. 20 août (message SMS)Courage. Je pense fort à vous. Stéphane.
  • 15. 31 décembre , 00 h 04 ( message SMS)Chère Hélène, superbe année à vous ! Ettout de bon, comme on dit ici. 2008 bises.Stéphane.
  • 16. La photo a été prise à l’extérieur, sousune tonnelle, à la fin d’un repas. Un repasdominical, ou de fête, si l’on croit lavaisselle fine et la nappe blanche. Cinqconvives sont réunis autour de la tableronde où ne reste, au milieu de quelquesvestiges de repas (serviettes, sucrier,petites cuillers, verres de vin dont un àmoitié plein), qu’un samovar en cuivreautour duquel sont disposés de petits bolsà thé.
  • 17. Sur la gauche de l’image, on aperçoitune femme corpulente, vêtue d’une robenoire, dont le bas est en partie recouvertpar une étoffe plus claire, un tablier sansdoute. Le photographe a dû lui dire detourner sa chaise et de se placerlégèrement de trois quarts, de manière àce que l’on puisse voir son visage.Natalia Zabvine porte elle aussi unchapeau, à large bords, dont l’ombrecache une partie de son front.
  • 18. Elle fixe l’objectif de son regard clair,de ses yeux dilatés de myope, esquissantune moue amusée. Ses mains sontposées sur la table. L’une, dont l’annulairearbore un anneau en argent orné de finesstries, tient une cigarette non alluméeentre ses doigts. L’autre est refermée surun objet, sans doute un briquet. A côté deNatalia, un jeune garçon aux cheveux enbrosse […]
  • 19. Le fond est sobre, gris clair : pas denuages, de faux jardinet. Juste quatrepersonnes, saisies à la même seconde,dans le même fragment d’espace. Deuxsont des adultes, les deux autres desenfants .Tous baignent dans un halo delumière douce, Une femme se tient àgauche de l’image : de taille moyenne.. Lereste du corps, pris dans une robe blancheà la coupe droite et au tombé impeccable,compact, ligneux .
  • 20. Elle tient par l’épaule le plus grand desgarçons, vêtu, comme l’autre, d’uncostume à culottes courtes. Les cheveuxde l’aîné ont été passés à la brillantine,raie à gauche, et l’on distingue les tracesrégulières du peigne qui a creusé dessillons. Le garçon esquisse un souriretimide, mais il paraît rêveur, engoncé danssa veste et sa cravate nouée haut sur soncol.
  • 21. Le plus petit est assis sur un fauteuil, pouréviter une dissymétrie trop frappante dansl’alignement. Il a dû se tortiller et bouger aumoment de la photo. Une de ses mains estemprisonnée dans celle de son frère ; l’autreest un peu ouverte, doigts vers le haut,paume en avant. Le nœud de velours quitient lieu de cravate a glissé, les boucles deses cheveux, résolument rebelles, encadrentun visage lunaire de petit prince farceur.
  • 22. Celui-ci a revêtu pour la circonstanceun costume sombre, une cravate unie.Une des mains, blanche et osseuse,effleure du bout des doigts l’épaule dupetit garçon, mais sans exercer decontrainte. La tenue classique, la posturedroite et sobre ne sont pas venus a boutde cette ironie infime du corps qui se saitbeau, de sa superbe inattendue.
  • 23. Il se tient en arrière, en décalage : oh,très léger, quelques centimètres, tout auplus, par rapport aux trois autres. La hâte,sans doute, une fois le retardateurdéclenché, de reprendre au plus vite saplace dans la photographie, à un endroitpréalablement défini par un premierrepérage.
  • 24. La photo est un Polaroïd aux couleursdélavées. Les bords abîmés, cornés, etplusieurs rayures à sa surface indiquentque le carré de papier fort dû êtremanipulé maintes fois. Sur le blanc dubord inférieur, d’une petite écritureféminine, serrée, dextrogyre, uneinscription, « Marsoulan, 71 ». On yreconnaît le décor, avec sa tonnelle, sonlierre et la mosaïque étrusque du linteau.
  • 25. La famille Zabvine est rassembléeautour d’une enfant, petite, assise sur lesgenoux de sa mère. La fillette porte unerobe qui devait être rouge, mais que levieillissement des couleurs a fanée envieux rose.
  • 26. La seule incongruité dans ce tableau,placé malgré lui sous le sceau d’unimpeccable classicisme familial, vient duchat. Oleg a attrapé l’animal et le porteautour de son cou comme une étole defourrure ; on voit la tête et les vibrissesdépasser de l’une de ses épaules, et lespattes postérieures, soutenues par lamain du médecin, pendre en avant del’autre. Le chat, cette parenthèseentropique, cette masse inoffensive etaffectueuse, qui rappelle pourtant que toutéquilibre n’existe que dans l’hypothèse desa rupture.
  • 27. Ta mère adorait la musique, et avaitune jolie voix. Son père se saignait auxquatre veines pour lui offrir des cours desolfège, donnés par un pianiste émigréencore plus pauvre que lui.
  • 28. Malheureusement, mon mari, quis’appelait Jean lui aussi, est mort deuxans après, d’un pneumothorax mal soigné.J’étais effondrée, tu t’en doutes, ça avaitété si brutal… Sans Natacha, je crois quej’aurais pu faire une bêtise. Elle m’asoutenu, tenu compagnie, a même habitédans notre appartement pendant quelquesmois, pour me forcer à manger et m’aiderà surmonter mon deuil. Petit à petit, la viea repris ses droits. Les années passaient,j’étais une jeune veuve.
  • 29. Les flocons collants ont recouvert le solet ont tout enveloppé, terre, arbres, allées,d’une couche moelleuse uniformémentblanche. Aucun pas n’a encore troublé lasurface vierge, et s’il le faisait, il produiraitun son craquant et sourd, caractéristiquede la neige fraiche qu’on foule. De lasilhouette des ifs, sapins et mélèzes nereste qu’une tunique boursouflée, qui pèsede tout son poids sur leurs brancheséprouvées.
  • 30. C’est l’un de ces matins de soleil pâlede janvier, dans le froid extrême qui mordles doigts, le visage, et grimpe le long desjambes. Un des ces matins où l’hiver agivré en orfèvre la moindre excroissance,pierre, grille, branche, et où la neige arecouvert le désordre du monde de sesfragiles cathédrales moléculaires.
  • 31. Quelques oiseaux transis exceptés, lesanimaux ont abandonnés le lieu, tropdésordonné pour être une clairière ou unchamp, trop dégagé pour abriter êtres ouhabitations.Il faut un moment avant de comprendreà quoi correspondent les différentséléments verticaux, un peu flous, qui enhérissent la surface.
  • 32. L’opérateur, qui a échoué à produireune image nette, s’est arrêté sur une largeexcroissance de neige, d’un mètrecinquante sur trois. La couche neigeuserecouvre un tumulus rectangulaire aucontours irréguliers, dont elle a évasédoucement les bords. Ce n’est qu’en deuxendroits que l’unité de la nappe blanchâtres’est brisée.
  • 33. D’un coté, elle est percée par une tigeproéminente, fantôme d’un bouquetabsent sous la neige : goutte de sangd’une rose gelée. A l’autre extrémité sedresse la ligne reconnaissable d’une croixà trois branches, dont la plus basse,oblique, déroge aux ordonnancementsperpendiculaires qui dessinent àl’accoutumée la géométrie des cimetières.
  • 34. Nous remercions Bruno Suzanna del’association Equinoxe qui a animé lesateliers d’écriture/graphisme.

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