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  • 1. Université Paris Descartes REFONTE DU SYSTÈME DE SÉCURITÉ INTERAMÉRICAIN SUR LA BASE DUN ANALYSE PROSPECTIVE DES MENACES COMMUNES Doctorat de sciences politiquesThèse présentée par Carlos OJEDASous la direction de Monsieur Bertrand LANGProfesseur associé à lUniversité Paris Descartes.Membres du jury :Monsieur Pascal CHAIGNEAU, Professeur à lUniversité Paris Descartes.Monsieur Thierry GARCIN, Maître de Conférences à H EC, H D R, Rapporteur.Monsieur Jean Jacques ROCHE, Professeur à lUniversité Paris 2, Rapporteur.
  • 2. Carlos OJEDAREFONTE DU SYSTÈME DE SÉCURITÉINTERAMÉRICAIN SUR LA BASE DUN ANALYSE PROSPECTIVE DES MENACES COMMUNES
  • 3. INTRODUCTION : DU PRÉSENT AU FUTUR1 LE SYSTÈME INTERNATIONAL POSTÉRIEUR A LA GUERRE FROIDE: ORIGINE DE LA RECHERCHE Le concept de “Système International”1 ou Ordre dans les Relations Internationales estemployé, dans le domaine académique occidental, pour identifier, ordonner et définirl’ensemble des interactions plus ou moins régulières des différents acteurs politiquesinternationaux. La dénomination qu’on assigne au Système International, à chaque période de l’histoirede l’humanité, a un lien direct avec une forme déterminée de relations de pouvoir entre lespuissances ou acteurs principaux, assumant que le nombre d’acteurs et leurscaractéristiques ont également été un facteur de grande variabilité dans cet agencement.1Pearson, Frederic S. y Rochester J. Martin, Relaciones Internacionales, Situación Global en el Siglo XXI, Mc Graw Hill, Bogotá 2000, pp. 35-47. 3
  • 4. La plupart des opinions des spécialistes des relations internationales coïncidentlorsqu’ils signalent qu’on peut parler de Système International à partir de la Paix deWestphalie qui, en 1648, a mis fin à la Guerre des 30 Ans en Europe et qui est à l’originede l’Etat Moderne. Depuis lors, le Système International a subi des changements successifs, commeconséquence directe ou indirecte de grandes guerres ou de révolutions sanglantes qui, endéfinitive, réaffirment le conflit, dans toutes ses expressions, comme étant le fil conducteurdans l’évolution des relations internationales. Les Relations Internationales et l’étude du Système International sont une disciplineacadémique, qui a développé une série de sous domaines, comme les études stratégiques,les études de conflits, les organisations internationales et un nombre important de thèmesliés à la guerre, comme la souveraineté, les droits et les obligations des Etats, entre autres. Pour les objectifs de cette recherche, on estime qu’il est important de signaler que ledébat s’oriente à partir de points de vue théoriques, pratiques et un ensemble des deux,passant, entre autres, par les considérations de John Vásquez 2 sur l’Idéalisme et leRéalisme ; par les grands Débats posés par Arend Lijphard 3 et, postérieurement, parl’incorporation d’une méthodologie scientifique pour l’étude des phénomènes de lapolitique internationale, connue comme le « Troisième Grand Débat », et qui a permisd’incorporer de nouveaux éléments pour l’interprétation et l’analyse de la réalitéinternationale. Parmi d’autres phénomènes d’importance, apparaissent la Transnationalisation – définiepar Robert Keohane et Joseph S. Nye4 comme étant le mouvement d’éléments tangibles et2 Smith, Steve, International Relations, Theory Today, Ed. Ken Booth y Steve Smith.- Blachwell Pulblishers, Oxford, 1995, p.14.3 Guerrero R., Gabriel.- Sistema Internacional a Comienzos del Siglo XXI, Seguridad y Cooperación en un Esquema Unipolar, Ponencia institucional en el seminario “La PrimeraGuerra del Siglo XXI, ¿Un cambio de lo ya conocido?”, Santiago, Academia de Guerra, Septiembre de 2001.4Keohane, Robert y Nye, Joseph.- Poder e Interdependencia: La Política Mundial en Transición, Buenos Aires, Grupo Editor Latinoamericano. 4
  • 5. intangibles à travers les frontières de l’État, quand au moins un acteur n’est pas un agent dugouvernement ou d’une organisation intergouvernementale - et l’Interdépendance,identifiée comme étant les effets réciproques entre des pays ou des acteurs de différentspays, sous la forme d’échanges internationaux, flux de biens, de personnes ou d’intérêts quitraversent les frontières nationales. L’aspect important et nouveau de la Transnationalisation et de l’Interdépendance estl’interprétation que l’on en fait pour caractériser une nouvelle étape de la politiquemondiale. Luciano Tomassini5, utilise ces deux phénomènes de la globalisation pour revitaliser unevision idéaliste, argumentant qu’ils créent : Une tendance à la multipolarité. L’expansion de la société civile et la pression de cette même société sur l’Etat pour que celui-ci assume une gamme plus vaste de fonctions. Les agendas des Etats sont de moins en moins hiérarchisés, donnant une importance égale à la sécurité, au développement, à la culture, au sport, à la qualité de vie, etc. L’Etat cesse de monopoliser le maniement des relations extérieures, avec l’apparition d’agents non gouvernementaux. Transformation des agents de pouvoir, où la dévaluation du pouvoir militaire est la plus significative, en apparaissant d’autres de caractère non traditionnel. Comme contrepartie à la posture Idéaliste, nous mentionnerons Kenneth Waltz6 et saposition Néoréaliste ou Réalisme Structurel, où il reconnaît que les Etats ne sont pas lesseuls acteurs du Système International, mais par contre les plus importants, et que lesstructures, les relations et les résultats du Système International sont régis, en définitive, parles acteurs les plus importants.5Tomassini, Luciano.- Teoría y Práctica de la Política Internacional, Santiago, Ediciones Universidad Católica de Chile, 1989.6Waltz, Kenneth.- Man, the State and War, New York, Columbia University Press, 1959. 5
  • 6. Finalement, dans cette approche théorique au Système International, David A. Baldwin 7a résumé le débat entre le Néoréalisme et le Néolibéralisme, établissant quelques points clésdans leurs différences, dont on peut signaler : Quant à la Coopération Internationale, la tendance Néoréaliste la considère difficile à atteindre, plus difficile encore à maintenir et absolument dépendante du degré de pouvoir des Etats. En ce qui concerne la Sécurité, les Néolibéraux acceptent que la Sécurité Nationale et le Développement Economique soient importants, mais ils insistent clairement sur le développement. Concernant les institutions et les régimes internationaux, on observe également une différence importante, car la tendance Néolibérale concède une importance de choix à ces institutions alors que les Néoréalistes acceptent leur existence mais maintiennent la prééminence des Etats. Pour continuer d’avancer dans ce débat, il devient nécessaire d’assumer un critère commun quant au signifié et à la dimension du concept « Sécurité ». Pour cela, il est important, en premier lieu, de séparer le phénomène du concept proprement dit. En ce qui concerne le phénomène, la sécurité peut être assumée comme une perception où un sujet se sent à l’abri d’un danger, quelqu’il soit, c’est-à-dire, où la menace est diminuée ou contrôlée mais, acceptons-le, en aucun cas éliminée. Pour cela, un Etat jouit d’une sécurité relative au moment où les sujets ou entitésdécisionnaires ne perçoivent pas un danger imminent pour leur souveraineté, leur survie ouleurs institutions.7Baldwin A. David.- (editor), Neorealism and Neoliberalism. The Contemporary Debate, New York, Columbia University Press, 1993. 6
  • 7. Le concept d’Etat et celui de Sécurité ont subi des modifications durant les dernièresannées, comme conséquence de l’Interdépendance et de la Transnationalisation. Cependant,on peut affirmer que l’objectif de la sécurité n’a pas changé. Les changements substantielsse sont produits quant aux moyens pour atteindre ces objectifs. Parmi les principalesmodifications, nous mentionnerons la manière dont s’articulent les facteurs de pouvoir desEtats, les effets d’un acteur principal sur d’autres, l’action de sujets ou entités supraétatiques qui rendent plus complexes les relations, les perceptions de menaces et, parconséquent, le Système de Sécurité à adopter. Cherchant l’équilibre parmi les points de vue réaliste et idéaliste, nous pourrionssignaler, de façon très simplifiée, que la Sécurité de l’Etat est soutenue par deux piliersfondamentaux : La sécurité intérieure pour les citoyens, avec la présence de l’Etat de droit, l’égalité d’opportunités, l’équilibre entre la société et la protection de l’environnement, entre autres. La sécurité extérieure, donnée par une capacité de dissuasion réelle et crédible, conséquente avec les menaces et en équilibre avec les objectifs nationaux. Mais, lequel de ces piliers de la sécurité sont-ils affectés par les menaces propres de notre temps ? Jusqu’à il y a peu, nous aurions signalé immédiatement la sécurité extérieure. Cependant, aujourd’hui, il semblerait nécessaire que le thème soit affronté dans une structure qui intègre la sécurité, dans un sens plus vaste, et la défense nationale, tant en ce qui concerne sa prévention que sa neutralisation. D’autre part, que se passe-t-il avec l’action coordonnée entre les principaux acteursinternationaux ? Nous allons traiter ensuite, de manière très succincte l’interaction entre lesEtats, cherchant à rendre plus fort leurs instruments de pouvoir ce qui a été assumé commedes relations de coopération, dans la théorie des Relations Internationales 7
  • 8. Par coopération internationale, nous devons comprendre toute relation entre des acteursinternationaux orientée à la satisfaction mutuelle des intérêts ou des demandes, moyennantl’utilisation complémentaire de leurs pouvoirs respectifs, avec le développement d’actionscoordonnées et solidaires. Selon Kalevi J. Holsti8 les éléments ou les étapes qui configurent une relation decoopération internationale sont : La perception qu’il existe des intérêts, des valeurs ou des objectifs qui peuvent être atteints ou satisfaits par deux parties, de manière simultanée. La perception ou l’expectative d’une des parties que l’action suivie par l’autre ou les autres parties, pour atteindre leurs objectifs, l’aide à atteindre ses propres intérêts. L’existence d’un accord, exprimé ou tacite, sur les aspects essentiels des transactions entre les acteurs, dans le but d’atteindre leurs objectifs communs. L’application de règles qui domineront les transactions futures. Le déroulement même des transactions. En ce qui concerne la théorie proposée, ces relations seront justes ou du moins équilibrées dans la mesure où les acteurs pourront jouir d’une puissance similaire ou s’il existe un certain équilibre entre leurs apports et les compensations qu’ils recevront en échange. Cependant, il faut reconnaître que dans cette société internationale, où ses membres présentent une remarquable diversité et inégalité de pouvoirs, la première considération constitue davantage l’expression d’une aspiration qu’une réalité internationale. Dans le domaine de la sécurité, la coopération internationale acquiert une connotationspéciale dans ce nouvel ordre. La Guerre du Golfe Persique de 1991 a présenté uneOrganisation des Nations Unies avec une plus importante mobilité et une plus grande8Molina, J. Carlos.- Cooperación Regional. Potencialidades y Limitaciones desde la Perspectiva de la Defensa Nacional, Santiago, Revista Fuerzas Armadas y Sociedad, Año 15, N° 2, abril - junio de 2000. 8
  • 9. capacité, légitimant et justifiant son existence et celles d’autres organisations avec desobjectifs similaires. A mesure que les effets de la globalisation se développeront, ildeviendra très difficile pour les Etats de résister au besoin de coopérer pour affronter desmenaces communes. Un exemple concret est représenté par le Système de Sécurité Interaméricain qui aévolué tout au long des six dernières décennies, avec : La Junte Interaméricaine de Défense en 1942. Le Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque (TIAR) en 1947. L’Organisation des Etats Américains (OEA) en 1948. Le Pacte de Bogota, pour des résolutions pacifiques des controverses en 1948 La Commission de Sécurité Hémisphérique de l’OEA en 1995. Les Sommets des Ministres de la Défense à partir de 1998. Aujourd’hui, aucune des instances signalées ne semble satisfaire les besoins de sécuritéhémisphérique, c’est du moins ce qui a été soulevé dans les analyses à la suite des attentatsterroristes aux Etats-Unis en 2001. Par conséquent, il est important que les mécanismes deprévention et d’action restent actualisés en fonction des menaces futures. Une manière de s’adapter aux changements est la flexibilité dans les prévisions.Cependant, étant donné qu’aucune disposition de sécurité ne peut s’adapter infiniment, ondoit faire tout ce qui est possible pour anticiper les menaces. La sécurité au XXIème siècle constituera un défi de plus en plus complexe etmultidimensionnel. Elle nécessitera un équilibre subtil entre la liberté pour ledéveloppement individuel et collectif et les restrictions propres de l’action de l’Etat pourprotéger ses habitants, entre la souveraineté des Etats et la nécessité de respecter les normeset les demandes d’une société internationale organisée et, finalement, entre les options 9
  • 10. d’investissement des maigres ressources pour le développement et la sécurité nécessairepour que celui-ci se produise. Les événements survenus le 11 septembre 2001 ont, sans aucun doute, troublé laconscience du monde en général, celle des autorités et des citoyens. Le pays le pluspuissant du monde, celui qui concède le nom actuel d’Unipolaire au Système International,a été attaqué au cœur de son système économique, politique et militaire, par un ennemi flouet résolu, qui a démontré être extrêmement résolu à employer les moyens nécessaires pouratteindre ses objectifs. Quant à la problématique que doit affronter la communauté internationale, il estnécessaire de reposer les structures de Sécurité et de Défense, orientées vers la guerre et ladissuasion conventionnelle, pour élargir le spectre des menaces, étant donné la capacitédévastatrice des actions terroristes. Ce n’est pas nouveau que la diminution des perceptions d’insécurité ou de menaces,comme conséquence des succès du propre Système de Sécurité, crée sur l’opinion publique,et malheureusement sur beaucoup de leaders d’opinion, la tendance à questionner l’utilité,les procédés et jusqu’à l’existence même de parties déterminées du Système ; créant desdommages difficiles à récupérer à court ou moyen terme. La Sécurité est un problème d’Etat. Son analyse requiert une maturité civique, desconnaissances de la réalité internationale, une définition des équilibres économiques et unnombre incalculable d’autres facteurs que seule une appréciation adéquate peut déterminer.2 ENONCÉ DU PROBLÈME Les changements dans le système international ont été, à n’en pas douter, le premierrappel à l’ordre quant à la validité des organisations de sécurité et de défense qui sontapparues pendant la Guerre froide. A cela, on doit ajouter la mutation qu’ont subie les 10
  • 11. formes de menaces et la réorientation des préoccupations vers des phénomènes de longuedate, mais qui étaient éclipsés par l’affrontement global, et qui se sont caractérisés commeétant des problèmes de sécurité. Etant donné que ce sont les menaces et l’environnement qui sont les conditions de toutesles réponses pour y faire face, il a été possible d’identifier un questionnement sur ce quiexistait concernant la sécurité, essentiellement parce que les institutions héritées de laGuerre Froide se devaient à un problème commun, ce qui, de toute évidence, a étérapidement dépassé par les événements survenus durant la dernière décennie du XX èmesiècle et au début siècle présent. Alors, la question centrale se rattache au besoin de réviser les structures, les régimes, lesaccords et les procédés qui existent pour les objectifs de la sécurité hémisphérique, évaluantleurs capacités pour affronter les menaces et les défis qui sont identifiés actuellement et quisont considérés probables pour un futur déterminé. Si le sens de l’institutionalité de sécurité hémisphérique était basé essentiellement surune menace idéologique, dans le contexte de l’affrontement global mené par les Etats-Uniset l’URSS ; après la chute du Mur de Berlin et le début de la transition vers un nouveauschéma de Relations Internationales, ses fondements ont perdu peu à peu de leur force,étant donné qu’elle n’était plus en état d’apporter des solutions efficaces pour les nouveauxproblèmes qui, comme il a déjà été mentionné, étaient dans un état latent, trouvant dans cenouvel environnement la possibilité de les rendre visibles et d’occuper une placed’importance dans la préoccupation des gouvernements et des organismes internationaux decaractère régional. Par conséquent, ce travail de recherche se circonscrit à l’analyse de l’état du Système deSécurité Hémisphérique, depuis 1826 pour ainsi pouvoir déterminer sa capacité de faireface à la problématique de la sécurité actuelle qui, comme on la suppose déficitaire, 11
  • 12. fournira les bases pour une vaste proposition qui sera un apport conceptuel aussi bien pourcomprendre son fonctionnement que pour optimiser ses processus. Par conséquent, il est évident que ce travail de recherche n’est pas une analyse critiquede l’état actuel du Système de Sécurité hémisphérique mais est orienté vers ladétermination des conditions de l’optimisation de son fonctionnement, en étroite relationavec ses origines, son évolution et sa projection, comme objet d’analyse prospective, dansun esprit éminemment constructif et de proposition.3 PERSPECTIVE DE LA RECHERCHE Dans ce but, ce travail de recherche tend à démontrer que le Système de SécuritéHémisphérique doit avoir la capacité d’évoluer de façon synchronisée avec le schéma desRelations Internationales dominant, évitant ainsi d’être dépassé par les événements. Pourcela, il devra avoir une structure capable d’articuler politiquement les volontés de sesmembres dans la recherche de solutions aux menaces contre la sécurité qui pourraientl’affecter. Cette thèse s’appuie sur le fait que le Système de Sécurité Hémisphérique a sesprécédents dans les prolégomènes de la vie indépendante des Etats Américains mais, au-delà des altérations dans l’environnement international, il a toujours été conçu comme étantune réponse à une menace commune, de caractère extracontinental et capable d’affecterl’ensemble de la région, ce qui a soumis les possibilités de solution à un problème enparticulier, aggravé par le fait d’avoir une puissance mondiale parmi ses membres, dont lacapacité hégémonique s’est faite sentir depuis ses débuts en tant que nation indépendante, àla fin du XVIIIème siècle. De ce point de vue, lorsque l’environnement international a affecté sévèrement laconception de la menace extracontinentale de caractère commun, le Système s’est vuaffaibli en ce qui concerne sa capacité de créer de nouvelles réponses à de nouveaux défis, 12
  • 13. aussi bien par le fait d’avoir été créé pour un problème spécifique que par le manqued’adaptabilité à un milieu de plus en plus changeant. Dans les faits, ceci s’est traduit en ceque le débat pour la correction des organisations et des procédés ait commencé seulementen 2001, c’est-à-dire plus d’une décennie après la chute du Mur de Berlin, qui marque la finde la bipolarité sous laquelle il s’est consolidé en tant que Système de SécuritéInteraméricain. Cette recherche contient un élément de caractère historiographique indispensable pourl’analyse prospective, dans le sens où les origines du système sont antérieures à la GuerreFroide; étant possible d’identifier l’origine d’une tendance depuis la première moitié duXIXème siècle ce qui, d’une façon ou d’une autre, a affecté la trajectoire des Etatsaméricains, comme l’est le fait de la coexistence d’acteurs internationaux de différentesstatures politiques, économiques et stratégiques. Aussi, cette recherche se situe dans un contexte vaste, même si l’analyse centralecherche à établir les portées des menaces qui ont affecté la région, les outils créés pour lesprévenir ou les neutraliser, l’influence des Etats-Unis sur le Système et la capacité pours’adapter à de nouvelles variables qui affectent la sécurité hémisphérique. Les propos spécifiques qui ont été déterminés pour cette recherche sont les suivants : Déterminer les origines du Système de Sécurité Hémisphérique, dans le sens où la conception d’une menace commune est un phénomène de longue date dans la région. Identifier les éléments qui ont soutenu la conception d’une menace commune, avec un caractère extracontinental et avec la capacité pour affecter l’ensemble, à différents moments historiques. Déterminer les options d’adaptabilité du Système pour faire face à des problèmes de sécurité de natures diverses qui en ont été à l’origine et qui lui ont donné du sens, à partir de changements importants dans le schéma des Relations Internationales. 13
  • 14.  Développer une proposition conceptuelle qui reflète les nécessités de changements dans le Système, considérant la définition de nouvelles menaces et de problèmes de sécurité, comme étant des orientations politiques qui régulent son architecture et son fonctionnement. Pour le développement des tâches qui tendent à donner une solution aux objectifs posés,les études particulières qu’il a fallu mener sont organisées en deux parties dans ce texte.Elles reflètent l’orientation de l’étude et le respect des objectifs fixés, avec leursfondements respectifs, à savoir : Dans une première partie, on abordera ce qu’a été la défense régionale sur le Continent Américain, considérant l’évolution des menaces, l’évolution des architectures de sécurité, et les constantes de la sécurité dans la région, dans le but de rendre compte de la trajectoire de la problématique de sécurité en Amérique et la manière de l’affronter. Dans une deuxième partie, on examinera les changements dans le Système International, les menaces et les problèmes de sécurité qui, à l’heure actuelle, frappent la région, comme fondement direct de la proposition, pour ainsi laisser place à une proposition conceptuelle pour un nouveau système de sécurité américain, dont l’objectif est d’établir la cohérence entre les dangers en vigueur, les organisations et les procédés créés et structurés pour les résoudre. On estime que le point de vue adopté pour l’analyse et pour la proposition se trouve enadéquation avec le propos général de la recherche, dans le sens où la critique ne se soutientpas sur une vision révisionniste ni ne questionne les particularités politiques, géographiqueset stratégiques de la région, mais qu’il est posé à partir de faits incontestables sur lesquels ilreste encore beaucoup à travailler, faits qui trouvent leur origine dans un phénomèneégalement tangible, comme l’est celui de la fin de la bipolarité qui a imposé deschangements dans l’agenda de sécurité qui ont mis en doute l’efficacité du Système deSécurité Hémisphérique, dont la validation et la réadéquation est le thème qui nousintéresse. 14
  • 15. PREAMBULE Pour comprendre le rôle que joue l’Amérique Latine dans le schéma actuel des RelationsInternationales, on estime qu’il est essentiel de commencer la recherche par une brèvedescription géographique qui permette de mettre en évidence les diverses réalités de larégion, en considérant quelques idées sur la réalité latino-américaine et les effets desvariables clés du système international après la fin de la bipolarité, tels que la globalisation,la transnationalisation et l’interdépendance complexe, la régionalisation et la fragmentation,entre autres. Ensuite, et étant donné le contexte de la thématique traitée, il est important de décrire lanotion de conflictivité latino-américaine, sur la base d’une vision de l’état actuel duproblème, du point de vue des Etats-Unis quant aux liens de sécurité avec l’AmériqueLatine et d’un concept sur la matière des principaux ensembles géopolitiques qui nous 15
  • 16. caractérisent, comme le Brésil, le Mexique, l’Amérique Centrale et les Caraïbes, la régionAndine et le Cône Sud de l’Amérique et sa relative stabilité. A cela on doit ajouter uneréférence à un des phénomènes qui a un effet majeur sur les relations de pouvoir dans larégion et qui est la coexistence de puissances et de pays de différente taille stratégique. Tout ce qui précède crée les conditions nécessaires pour commencer à traiter lesmenaces, leurs origines et leur évolution ainsi que la manière dont elles ont été traitées,sans perdre de vue les particularités des relations internationales latino-américaines et leurgravitation dans le schéma mondial.1 L’AMERIQUE LATINE DANS LE SCHEMA ACTUEL DES RELATIONS INTERNATIONALES Comprendre l’Amérique et sa condition géopolitique est complexe en soi, étant donné ladiversité de sociétés qui la composent et parce que son agroupement territorial laconditionne en grande mesure. Pour cette raison, la vision qui sera exposée reposera sur leconcept d’ensemble géopolitique, développé par Ives Lacoste dans l’État du Monde, édition1998, outil approprié pour exprimer une réalité où l’on met en relation différentes formesd’organisation politique et de capacité économique, qui sont peut-être les variables dedifférenciation qui permettent de caractériser la région avec la plus grande clarté et sagravitation dans le système international.1.1 Brève description géographique En premier lieu, il faut signaler que, sur le continent américain, coexistent 54 pays etterritoires distribués en quatre zones, qui seront décrites sommairement et pour chacune onsignalera les pays qui la composent, à savoir : Amérique du Nord: Canada, Etats-Unis et Mexique. 16
  • 17.  Amérique Centrale : Belize, Guatemala, El Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica et Panama. Amérique Insulaire: les Bahamas, Cuba, Jamaïque, Haïti, République Dominicaine, Barbades, Trinité et Tobago, Antigua et Barbuda, Grenade, San Kitts et Nevis, Sainte Lucie, Saint Vincent-et-les-Grenadines et la Dominique. Amérique du Sud : Colombie, Venezuela, Guyane, Surinam, Brésil, Équateur, Pérou, Bolivie, Chili, Paraguay, Argentine et Uruguay. Ainsi, en Amérique, il existe des pays et des territoires qui sont dépendants politiquement d’autres, comme : les Bermudes, Turcas y Caicos, les Îles Caïmans, les îles Vierges Britanniques, Anguilla, Montserrat, les Îles Georgias, et Falkland ou Malouines, qui dépendent de l’Angleterre ; Puerto Rico et les Îles Vierges et Navassa, qui dépendent des Etats-Unis ; la Guyane, Saint-Pierre et Miquelon, la Guadeloupe, la Martinique, qui dépendent de la France ; les Antilles Néerlandaises et Aruba, qui dépendent de la Hollande ; le Groenland, qui dépend du Danemark et l’île Ian Mayen qui dépend de la Norvège.1.2 Les diverses réalités de la région1.2.1 Quelques idées sur la réalité latino-américaine. Plus qu’un ensemble d’états aux racines communes, l’Amérique Latine est un ensemblede réalités diverses, unies par le sceau espagnol et portugais hérité de la conquête qui, enplus de la langue prédominante, a laissé la religion dans un processus qui peut être définicomme « sous l’épée et la croix ». Les particularités géographiques qu’il est possible d’identifier dans une diversité derégions et de sous régions permettent de comprendre la réalité latino-américaine à partird’une série d’ensembles géopolitiques qui, de façon naturelle, réunissent certains états. Dela même manière, ils marquent les très nettes différences existantes, aussi bien en ce qui 17
  • 18. concerne leur population, que leurs économies, leurs processus politiques et leurs relationsavec la puissance dominante sur le continent américain, les Etats-Unis. Même s’il n’existe pas une définition précise du concept d’ensemble géopolitique, les approximations disponibles permettent de le comprendre comme étant un groupement d’États en fonction de leurs caractéristiques communes, parmi lesquelles d’importantes relations se développent; ils partagent aussi des ressemblances culturelles, des difficultés naturelles et la proximité géographique, entre autres facteurs. Cette vision, qui ne nie pas les caractéristiques propres de chaque État, permet de les comparer, facilitant ainsi la comparaison de leurs particularités et de leurs relations mutuelles. 9 D’autre part, et pour renforcer la compréhension de ce qu’est l’Amérique Latine à sajuste dimension, il est possible d’avoir recours au concept de région géopolitique, définiecomme étant « un groupe d’unités politiques qui sont liées entre elles, beaucoup plusétroitement qu’avec d’autres ». 10 Il s’agit donc d’une réalité multiétatique intégrée par desunités politiques, par des groupes humains organisés selon une certaine base territoriale etqui constituent un marché de multiples biens et services. Ainsi, des processus dynamiquesse développent dans la région, processus qui comprennent des expectatives réciproquesparmi les unités qui la conforment, pouvant être d’ordre économiques, financières, sociales,diplomatiques ou culturelles ou bien la combinaison de deux ou plus. De ce point de vue, la diversité des réalités latino-américaines peut être rassembléeautour de plusieurs ensembles géopolitiques et, malgré la nouveauté relative du concept,celui-ci est applicable vu que ses fondements sont apparus dans le passé, se maintenant àpeu près intacts jusqu’à présent, tel qu’on essaiera de le détailler ci-dessous : En premier lieu, le Mexique acquiert un caractère particulier de par sa proximité avec les Etats-Unis, plus que pour sa condition d’unique pays latin en Amérique du Nord. Cela9EDICIONES AKAL S.A.- El estado del Mundo, Anuario económico y geopolítico mundial.- Madrid, C+I, S.A., 1998, p.19..10Kart Deutsch.- El Análisis de las Relaciones Internacionales.- Buenos Aires: Ed. Paidós, 1968, in Cheyre .- La Economía, una Nueva Variable en la Relación Estratégica y Geopolítica del Cono Sur de América.- 18
  • 19. produit divers processus de perméabilité d’un large éventail d’activités publiques et privées. Cette caractéristique est cruciale, en elle-même, pour marquer une différence avec ses voisins du sud, ce à quoi on doit ajouter la superficie, la population, le régime politique, la capacité économique et le poids international, entre autres. L’Amérique Centrale a développé à travers l’histoire une intense interaction entre les pays qui la composent, non exempte de rivalités. Elle a partagé quelques phénomènes transversaux comme l’exploitation de ses ressources naturelles par des entreprises transnationales, la forte ingérence des Etats-Unis dans la région et la pénétration marxiste pendant la Guerre Froide. Les Caraïbes hispanophones, à la différence de l’Amérique Centrale, est une région fragmentée, étant donné le caractère insulaire de ses membres. Cependant, sa problématique politique et économique est d’une similitude relative, ce à quoi nous devons ajouter la présence de Cuba qui est devenu le bastion de Moscou en Amérique, en pleine zone d’influence nord-américaine et d’où s’est exportée la révolution communiste au reste du continent, ainsi que divers effets politiques et sociaux vers la région caribéenne dans son ensemble. La région des Andes et de l’Amazone, constituée essentiellement par le Vénézuéla, la Colombie, l’Equateur, le Pérou et la Bolivie qui partagent l’influence de la Cordillère des Andes et le vaste réseau d’affluents du fleuve Amazone, produisant une immense jungle froide et élevée. Ceci, en plus d’avoir de l’influence sur l’irradiation de l’action de chaque état vers ses régions périphériques orientales, conditionne les façons de vivre, ses habitudes et l’accès à des ressources basiques, lui octroyant un caractère d’ajournement extrême, faisant place à une zone potentielle d’incubation de terrorisme, de mouvements subversifs, de production de drogues et de délinquance en général . Le Cône Sud, 11 formé par l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay et le Chili, outre partager certains aspects comme la religion, la langue et la prédominance raciale, partage aussi une histoire d’interaction permanente, articulée autour de l’Argentine qui, d’un côté, attire ses voisins du Nord-Est et de l’autre, a une histoire commune particulière -non11Généralement le Brésil est inclus dans la délimitation du Cône Sud de l’Amérique. Cependant dans ce cas-ci, il sera traité séparément, aussi bien pour son influence portugaise etafricaine, que parce qu’il est considéré un ensemble géopolitique en lui-même. 19
  • 20. exempte de difficultés non plus- avec le Chili, pays avec lequel historiquement elle a conduit le développement dans le sous-continent, avec le Brésil. Le Brésil constitue à lui seul un ensemble géopolitique, en vertu de son extension et de sa densité de population -8,5 millions de kilomètres carrés et approximativement 170 millions d’habitants- et pour être, depuis ses débuts, une vraie puissance dans les aspects qui ont caractérisé son économie, comme l’agriculture et les mines au XIXème siècle et au début du XXème pour passer ensuite à un développement industriel lourd, à partir des années trente. Quant au Brésil, il faut signaler qu’avant même son indépendance, il a eu une grandeimportance en Amérique du Sud, comme conséquence du transfert de la cour depuis lePortugal, ce qui a converti la colonie en centre de décision impériale, marquant unedifférence importante avec ses voisins hispaniques, spécialement en ce qui concerne leprocessus d’émancipation, qui provenait de la métropole. Comme on peut le supposer, l’installation de la cour à Rio de Janeiro a donné de l’élan àun développement sans précédent dans la région, raison de la renaissance de sa vieéconomique, scientifique et intellectuelle, installant diverses sources de pouvoir interne, dufait de la permanence d’une partie importante des courtisans qui étaient venus du Portugal. Ainsi, son importance internationale l’a amené à intervenir dans certains événementsinternes des colonies hispaniques, spécialement dans le vice-royaume voisin du Rio de laPlata, ainsi qu’à étendre ses frontières jusqu’à la Bande Orientale –aujourd’hui l’Uruguay.Même s’il a été obligé de l’abandonner quelques années plus tard, cela a constitué le débutd’un processus qui lui a permis d’étendre ses frontières vers l’ouest, au-delà de ce qui avaitété stipulé dans le Traité de Tordesillas. 1212 Traité signé entre l’Espagne et le Portugal en 1494, destiné à préciser la ligne de division entre les territoires des deux empires, en vertu de ce qui avait été stipulé dans desuccessives Bull es papales qui leur attribuaient la possession de territoires dans le Nouveau Monde. 20
  • 21. Une bulle du Pape Alexandre VI a reconnu le droit de l’Espagne à la possession des terres que Christophe Colomb avait découvertes. Une seconde bulle a précisé que ces possessions se trouvaient séparées de celles qui avaient été concédées au Portugal au moyen d’une ligne imaginaire, tracée de pôle à pôle et qui passait à cent lieues à l’ouest de l’île du Cap Vert. Ultérieurement, les deux puissances signent le Traité de Tordesillas, le 7 juin 1494, où il est stipulé de faire passer la ligne imaginaire jusqu’à 370 lieues vers l’ouest, ce qui a transformé les portugais en maîtres du Brésil.13 L’inégalité dans la distribution de la richesse a été un dénominateur commun de ladiversité exposée précédemment. Depuis le temps de la Colonie, la possession des biens aété concentrée dans les mains de quelques familles de grands propriétaires terriens,subordonnant une grande partie de la population, avec l’exception relative des pays duCône Sud, qui ont maintenu une partie de leurs conditions particulières grâce à l’existenced’une vaste classe moyenne et aux options d’accéder à de meilleurs niveaux de vie. D’autres facteurs déterminants dans la caractérisation de l’Amérique Latine sont lamanifestation du sous-développement et l’existence de réalités opposées dans plusieurspays qui la composent, ce qui contribue à comprendre la différence qu’il y a entre larichesse potentielle du sous-continent et la façon précaire sur laquelle se base la vie de laplupart de sa population. Probablement, cette différence repose sur le caractère dépendant de l’économie latino-américaine, ainsi que sur une politique soutenue par la substitution d’importations, ce qui aprovoqué un véritable gaspillage de ressources et l’introduction de l’inefficacité dansl’activité productive. Cependant la meilleure explication se trouve dans l’instabilitépolitique et sociale de la région qui a empêché de mener à bien un développementharmonieux de chaque pays, provoquant l’incertitude et très peu de développement réel. 1413BIBLIOTECA DOMINICO – VIRTUAL.- Historia de América.- in http://www.bibliotecavirtual. com.do/historia/índicehistoria.htm14 Holzmann, P., Guillermo.- América Latina frente al conflicto Este – Oeste, Santiago, conferencia presentada en el Instituto de Ciencia Política de la Universidad de Chile, 1987. 21
  • 22. L’Amérique Latine ne constitue pas une unité en termes de buts et d’objectifs, malgréles nombreux problèmes communs, spécialement en ce qui concerne le besoin dedéveloppement et d’autodétermination, ce qui s’est exprimé à travers l’absence historiquede stabilité politique, aspect où l’ingérence des Etats-Unis semble directement associéecomme élément créateur d’instabilité. Bien entendu, la politique des Etats-Unis pour l’Amérique Latine se basait sur le fait quela stabilité politique serait le résultat naturel et inévitable de la réussite d’un fermedéveloppement économique pour céder la place à une vaste réforme sociale etinstitutionnelle. Toutefois, la dépendance créée dans les années cinquante s’est traduitejustement par le contraire, faisant place à une grave instabilité dans la région Depuis le moment de leur indépendance, les pays du Nord de l’Amérique ont augmentétrès vite leur importance grâce à une forte immigration européenne, ce qui s’est traduit parune énorme croissance démographique et économique qui contrastait avec le déséquilibrepolitique et les luttes de frontières des républiques hispano-américaines. En plus, leséconomies de ces dernières se sont maintenues dans leur état de sous-développement,basées sur l’exportation de matières premières et avec une forte dépendance économique del’Europe. La nouvelle carte de l’Amérique Latine s’est basée sur le précepte juridique de l’utipossidetis juris, tracé sur la base des anciennes divisions administratives coloniales, tellesque les « gobernaciones » et les « audiencias reales ». Cependant, cette répartitionterritoriale a subi plusieurs interprétations en ce qui concerne ses limites tout au long duXIXème et du XX ème siècle. Par conséquent, le processus d’émancipation s’est terminé parune fragmentation en de nouveaux états nationaux, fondée sur le fait de maintenir ladépendance économique des diverses sources de production et d’exportation par rapport aumarché mondial. 22
  • 23. Un bon apport pour une meilleure compréhension de ce phénomène est exposé par les historiens américains Thomas E. Skidmore et Peter H. Smith qui soutiennent que l’inexistence d’une communauté économique a été précisément ce qui a marqué la différence entre les Etats-Unis et les états « désunis » du centre et du Sud de l’Amérique. 15 Finalement, l’américanisme encouragé par Simón Bolívar, et partagé par la majorité deshéros américains, va constituer le premier essai de coopération et d’intégration entre lespays qui ont pris leur indépendance par rapport à l’Espagne, depuis le Río Grande au Nordet jusqu’à la Terre de Feu. Néanmoins, les difficultés des nouvelles républiques après lesguerres d’indépendance, les différences naturelles entre leurs membres et une succession deluttes internes entre les « caudillos » ont accentué le désastre économique où se trouvaientles nouveaux états américains, facteur déjà défini comme étant le plus faible.1.3 Les variables clés du système international après la fin de la bipolarité et ses effets dans la région Pour décrire les principales caractéristiques, phénomènes et processus qui se sontproduits après la chute du Mur de Berlin, on estime qu’il est propice d’envisager ladescription à partir de la perspective des changements dans le système international, tant dupoint de vue idéologique qu´économique, que des équilibres de pouvoir, de la configurationde la carte mondiale et de la fin de la course aux armements entre les blocs. Ainsi, dans le domaine idéologique, les transformations ont déterminé une relation decause à effet. L´échec d´une idéologie a laissé un vide dans les systèmes politiques, ce qui adonné comme résultat une tendance vers la prolifération du système démocratique. C´est une réalité que les régimes démocratiques procurent une plate-forme pour ledéveloppement et la prospérité des peuples, fournissant aux états nations la légitimiténécessaire pour se tirer d’affaire dans le domaine international. En Occident, le facteur15Thomas Skidmore et Meter Smith.- Historia Contemporánea de América Latina.- Barcelona: Ed. Crítica, 1996, pp. 23-52. 23
  • 24. politique démocratique s´est transformé en un élément articulateur central des liens entreles acteurs internationaux importants. C´est ainsi que la démocratie s´est universalisée comme une valeur de la société etqu´elle représente une condition sine qua non pour tout état qui souhaite agir politiquementou économiquement dans le domaine international. Dans ce contexte, on peut voir comment certaines puissances et certains organismesinternationaux ont exercé un degré de pression important sur d´autres acteurs pour lesconvertir à la démocratie, agissant à travers des normes et des mécanismes tels que l´aideétrangère et la conditionnalité dans le commerce, pour faire accomplir un seul moyen depratique domestique, politique et économique. Même si la démocratie a démontré être le meilleur système de gouvernement, son succèsn’est pas garanti par elle seule. Elle a connu de grandes difficultés pour lutter contre lesproblèmes les plus complexes de l´agenda international, particulièrement dans le TiersMonde, comme le sont l´inégalité et la pauvreté. Par conséquent, elle favorise difficilementla paix dans les zones en marge du progrès. Ainsi, des aspects de participation politique, d´efficacité de l´appareil d´état, lacorruption, la méfiance envers les institutions gouvernementales et d’autres problèmessociaux, économiques, d´équité et de distribution d´entrée dans ces mêmes zones, s´ils nesont pas bien menés, peuvent provoquer des éclats sociaux qui finissent par nuire à lasolidité et à la continuité des régimes démocratiques. Quant aux changements économiques avant la chute de l´idéologie communiste, l´échecde son modèle économique a commencé à se produire, échec dont les causes se basent surl´incapacité de donner un bien-être et un développement aux peuples gouvernés par cessystèmes. 24
  • 25. De même que la démocratie, le modèle capitaliste et l´économie de marché sansconcurrents se sont étendus rapidement dans le monde entier, au-delà des états del´ancienne URSS et de ses satellites. Les transformations vers ce système ont aussicommencé à s´entrevoir de façon naissante dans des pays qui maintiennent l´idéologiecommuniste, comme la Chine, le Vietnam et même Cuba. Avec le temps, le système de marché a subi aussi quelques variations. En effet, lesinégalités encore persistantes et le maintien de hauts indices de pauvreté dans des pays quicherchaient le développement à travers ce système ont mené, dans les années quatre-vingt,à l’apparition d´une variante au modèle qui promeut un équilibre entre développement etéquité sociale, qui est connu aujourd´hui comme modèle d´économie sociale de marché. En ce qui concerne les changements dans les relations de pouvoir, la chute de l´URSS etla dissolution du Pacte de Varsovie ont laissé un vide dans le système international,déterminant la fin de la bipolarité régnante, et laissant les États-Unis comme l’uniquesuperpuissance sur le plan militaire. Ainsi, le bilan stratégique qui a caractérisé la périodeantérieure a disparu, sans avoir encore été remplacé par un autre mécanisme. On a ainsi ouvert la voie à une situation de pouvoir général diffus, exercé par demultiples acteurs dans divers domaines et soutenus par divers attributs, sous la forme d´unetransition depuis un ordre mondial bipolaire –qui a disparu presque abruptement- à uneautre stratification qui devrait provenir du nouveau positionnement des puissances qui ontsurvécu, du cadre des nouvelles relations émergentes et des variables politiques,économiques et sociales résultantes. 16 À partir de cette assertion, on estime convenable de souligner deux aspects: le premierreflète la prudence qu´il existe parmi les experts en Relations Internationales pourdévelopper des projections sur le futur du système international; le deuxième conditionne16Jaime García C.- Una mirada a la Actual Situación Geopolítica.- Cartagena de Indias: conférence présentée au Congrès International “La Enseñanza de la Historia para laIntegración y Cultura de la Paz”, 1996, in Memorial del EJÉRCITO DE CHILE N°453, 1997, pp. 55 – 57. 25
  • 26. cette nouvelle stratification, parmi d´autres aspects, à des variables économiques etsociales, c´est-à-dire, aux composantes basiques du pouvoir. Ce qui vient d´être exposé permet d´inférer que la fin du système bipolaire est associée àdeux transformations. La première a été la désarticulation politique, économique etmilitaire d´une des superpuissances, l´URSS. La seconde est que dans le contexte deséléments du pouvoir, il s´est produit un balancement positif en faveur de l´économique surle militaire. En ce qui concerne la réorganisation de la carte mondiale, elle a été la conséquence detous les grands changements que le scénario international a subi, spécialement depuis quesa configuration a été basée sur l´État. Un grand nombre des transformations citées ont provoqué des effets sur la configurationdu système actuel, ce qui mérite une description sur la base de processus déterminés, derelations et d´effets, dont certains, spécialement ceux de caractère économique, se sontformés avec antériorité et n´ont augmenté leur dynamique qu´en se conjuguant avec leschangements décrits.1.3.1 La globalisation La globalisation doit être comprise comme un phénomène de caractèremultidimensionnel qui implique des processus économiques, politiques, sociaux etculturels, qui opèrent à l’échelle globale, dépassant les limites nationales, réduisant defaçon drastique les barrières spatiales, accélérant et multipliant les contacts entre lesdifférents acteurs de la société internationale. Cela signifie, entre autres choses, unetendance pour un déplacement plus facile du capital, des biens et dans certains cas de lamain-d´œuvre même, entre et à l´intérieur des pays. 26
  • 27. Même s’il est multidimensionnel, ce n’est pas un processus homogène dans tous les domaines des relations internationales. Au contraire, il s´agit d´un processus inégal qui présente des fragmentations ; les phénomènes qui sont présents dans le domaine économique par exemple, comme l´universalisation des marchés, n´ont pas une correspondance exacte dans le domaine de la défense. C´est-à-dire qu’il n´existe pas nécessairement une corrélation automatique entre des processus de complémentation et d’intégration économique, d´un côté, et de résolution de risque et de menaces, de l´autre. 17 Son origine est liée à une diversité de facteurs, parmi lesquels on peut souligner ceux decaractère économique, associés au capitalisme et à leur capacité expansive, qui a étécapable de créer une économie de caractère mondial. D´autres l´attribuent audéveloppement technologique et à sa capacité de transformation ; et quelques-uns à desfacteurs politiques, le rattachant à l´intention de certains états de favoriser des modèlesculturels, politiques et économiques occidentaux. Les théories dominantes de la globalisation suggèrent qu´elle conduit naturellement à demeilleures relations parce qu´il y a plus d´interaction entre les États et plus de stimuli pourquils collaborent et oublient les différences en faveur du bien commun. Les avantages sontvus comme progressivement plus clairs pour eux, depuis la perspective de leurs efforts desuccès conjoints et chaque fois plus nombreux. L´intégration globale des communications, en même temps qu´elle facilite l´interactiondirecte entre les personnes, les institutions et les entreprises ou des groupes d´entre elles,crée un élargissement et une accélération sans précédent dans la diffusion de laconnaissance humaine. Ainsi, l´augmentation de la vitesse et de la massification desmoyens de transport tridimensionnels, qui reposent sur la technologie spatiale, sont en trainde donner de grandes facilités pour le déplacement rapide des personnes d´un endroit à unautre de la planète.17 MINISTERIO DE DEFENSA NACIONAL .- Libro de la Defensa Nacional de Chile.- Valparaíso: Imprenta de la Armada, 1997, p 43.. 27
  • 28. Bien qu’il existe un consensus qui reconnaît les bénéfices que ce processus et cesphénomènes associés ont apporté au monde, diverses vulnérabilités sont aussi apparues,aussi bien pour les états nationaux, individuellement considérés, que pour toute la sociétémondiale, parmi lesquelles nous pouvons citer: L´expansion et la modernisation des moyens de communication sont en train de donner origine à une culture universelle qui crée des effets négatifs sur l´identité nationale, la cohésion sociale et les façons de vivre. Ainsi, l’apparition de conglomérats internationaux de communications qui monopolisent le maniement de l´information permettent le contrôle de ces processus, faisant que les cultures dominantes s´imposent. De la même façon, l´interconnexion des décisions politiques et économiques, la façon d’agir des nouveaux protagonistes internationaux et les nouvelles règles de jeu créent, en définitive, une perméabilité des frontières aussi bien réelles que virtuelles, qui a une incidence sur la structure antérieure de l´état- nation, affectant profondément le concept de souveraineté. A ce sujet, il faudrait souligner qu’au sein de l´Union Européenne, le processusd´intégration le plus avancé du monde, les états, loin de perdre leurs attributions et de sedissoudre dans l´entité communautaire, ont réussi à contrôler et à participer au processus,s’y maintenant en tant que pouvoir décideur. 18 La rapidité et la perméabilité des flux et des déplacements, caractéristique essentielle du phénomène décrit, n’existe pas seulement pour des finalités correctes. La globalisation a tendance ainsi à diffuser autant le négatif que le positif. La grande expansion du commerce illégal international de drogues a accompagné les phénomènes les plus vastes liés aux tendances à la globalisation. On pourrait dire la même chose, probablement, du commerce illégal d´armes et, sûrement, de la croissance impressionnante des migrations illégales de personnes, ainsi que de l´expansion du délit international.18Cristian Garay V.- La Integración Regional y sus Efectos en la Seguridad y Defensa Nacional.- Santiago: Memorial del EJÉRCITO DE CHILE N° 464, 2000, p 25 28
  • 29.  Les bénéfices de la globalisation ne sont pas fréquemment distribués avec équité entre les régions ou les nations, et les disputes économiques qui en résultent peuvent aggraver les problèmes sociaux et politiques qui sont déjà fragiles et qui existent dans les pays individuels, plus encore si l´on considère que la brèche entre les pays globalisateurs et les pays globalisés augmente, ce qui revitalise les tendances d´opposition au phénomène et permet que d´anciennes disputes l’emportent sur des opportunités dérivées de la coopération et de l´intégration. La globalisation est très intense mais déséquilibrée. Ceci parce qu´il y a des pays capables de globaliser et d´autres qui ont comme seule expectative d´être globalisés, ce à quoi il faut ajouter que l´augmentation de l´interaction produit aussi des tensions, à mesure que le volume et la complexité de la relation augmentent, spécialement si ces tensions apparaissent dans des affaires d´ordre territorial. 19 On peut remarquer qu’on profite du désordre et des désajustements que la globalisation peut créer pour développer des actes illicites, dû au fait que les flux de marchandises sont incontrôlables, la contrebande est plus courante et multiforme de ce que l´on peut en général constater. Il y a des entreprises qui surestiment leurs exportations et évaluent à moins les ventes, pour ainsi échapper aux charges fiscales, contribuant ainsi à l´évasion de capitaux. En ce qui concerne lenvironnement, la pollution ne connaît pas non plus de frontières. Le trou dans la couche d´ozone, l´effet de serre lié à la combustion des matières fossiles et à la détérioration des grandes forêts tropicales concernent toute la planète. Si dans un pays une marée noire, des pluies acides se produisent, ou bien une rivière est contaminée à sa source à cause de résidus chimiques, tous les voisins se voient touchés, sans mentionner les catastrophes nucléaires, dont les effets peuvent se faire sentir pendant plusieurs années.19Jaime García C.- Problemática de Defensa y Seguridad.- Santiago: Journal La Tercera, Juillet 2000. 29
  • 30.  Les mêmes facilités de transports internationaux déjà citées, permettent le déplacement permanent de réfugiés politiques, réfugiés de la misère et simples immigrants, qui passent d´un pays à un autre, ce qui a créé d´énormes conflits sociaux et de fortes tendances xénophobes dans les états développés. La migration illégale vers les États- Unis depuis l´Amérique Latine, ainsi que d´africains vers les pays d’Europe, en est un exemple clair.1.3.2 La transnationalisation et interdépendance complexe Un autre processus important et caractéristique du système international actuel estconstitué par la transnationalisation et l’interdépendance complexe, concepts qui obéissentà une construction théorique développée par Robert Keohane et Joseph Nye en 1971 .20 La transnationalisation est par Keohane et Nye définie comme le mouvement d´itemstangibles et intangibles à travers les frontières étatiques, quand au moins un acteur n´est pasagent de gouvernement ou d´organisation inter-gouvernamentale. Ils définissent l´interdépendance comme “ces situations caractérisées par des effetsréciproques entre des pays ou entre des acteurs de différents pays. Ces effets-là résultentd´échanges internationaux, comme les flux d´argent, de biens, de personnes et de messagesqui traversent les frontières nationales. Où il y a des effets de coût réciproque dans leséchanges, il y a interdépendance. Lorsque les interactions n´impliquent pas d´effets decoûts significatifs il y a tout simplement interconnection”. Une caractéristique importante définie par cette nouvelle forme de relations estl´existence de canaux multiples qui connectent les sociétés, constituées par des relationsinter-états, transgouvernementales et transnationales.20Robert Keohane et Joseph Nye.- Poder e Interdependencia: La Política Mundial en Transición.- Buenos Aires: Grupo Editor Latinoamericano. 30
  • 31. Outre l´interdépendance économique, il y a une tendance dans l´actualité à favoriser laconcurrence pour la sécurité entre les états, cette interdépendance se définissant comme unesituation où deux états sont mutuellement vulnérables. Chacun devient le prisonnier del´autre sur le terrain économique. En d´autres mots, l´interdépendance conduiraprobablement à une plus grande concurrence, en ce qui concerne la sécurité. Il s´agit d´une tendance à la multipolarité, comme effet de la perte d´importance des considérations de caractère militaire; de l’expansion de la société civile et des changements dans sa relation avec l´état ; de la configuration d´un agenda international plus ample, complexe et moins hiérarchisé ; comme conséquence, l´état cesse de monopoliser les relations externes et d´autres facteurs apparaissent. Finalement, consécutivement à la dévaluation du pouvoir militaire, les ressources de pouvoir se transforment, apparaissant celles de caractère commercial, technologique, financier, idéologique ou culturel. 21 Ces phénomènes, même s’ils ont déjà été développés antérieurement, ont une étroiterelation avec la globalisation, plus encore, ils en font partie. On estime qu’il est possibled´établir que la transnationalisation est l´action qui se produit dans l’environnementconfiguré par la globalisation, et l´interdépendance l´effet qui résulte des deux.1.3.3 La régionalisation La régionalisation consiste en l´union de plusieurs états dans le but de renforcer lapuissance de leurs possibilités individuelles, pour faire face ainsi à un monde de plus enplus compétitif et de moins en moins solidaire avec les plus faibles ou avec ceux qui sontisolés. Aujourd´hui, on observe de fortes tendances régionalisatrices parce que la majoritédes états comprend qu’en dehors d´elles, il est très difficile de rivaliser économiquement etpolitiquement, de même que pour faire face à la croissante et diversifiée série de menacesémergeantes de cet ordre nouveau.21Luciano Tomassini.- Enfoques Teóricos para el Estudio de la Política Internacional.- in Carlos Molina J.- Cooperación regional. Potencialidades y Limitaciones desde la Perspectivade la Defensa Nacional.- Santiago: Revue Fuerzas Armadas y Sociedad, Año 15, N° 2, avril-junio 2000, p. 27. 31
  • 32. Considérant que les menaces sont tous les éléments, les facteurs, les situations et les actions qui pourront empêcher d’atteindre des objectifs nationaux…, ce à quoi on fait face actuellement a subi un changement remarquable, aussi bien dû à l´apparition d´autres modalités de menace qu’aux nouvelles intensités de celles qui sont en vigueur. Les premières ont reçu la connotation « d´émergeantes » et se caractérisent par le chômage croissant, la marginalité de grands secteurs de la population, le trafic de drogues, le terrorisme dans toutes ses acceptions, le crime organisé, le trafic illégal d´armes et les violations des droits de l’homme, ainsi que la discrimination ethnique, religieuse et politique. 22 Le processus de régionalisation le plus avancé est celui de l´Union Européenne. Soncaractère institutionnel et sa structure politique servent de modèle aux initiatives qui, dansle même ordre d’idées, se développent dans le reste du monde, atteignant un tel niveauqu´elle a déjà son propre parlement, avec son exécutif, sa cour et a comme souverain leConseil Européen, qui est présidé de façon rotative et pendant six mois par les chefs del´exécutif des pays membres.1.3.4 La fragmentation Samuel Huntington indique que la diversité culturelle déterminée par les différences d´histoire, de langue, de culture, de tradition et ce qui est le plus important, de religion, constituera les sources de conflit du futur. Dans ce sens, il présente deux théories basiques: la première, celle des pays démembrés, qui sont ceux avec un grand nombre d´habitants de différentes civilisations ; et la deuxième, avec un degré considérable d´homogénéité culturelle, mais qui sont divisés par rapport au fait de savoir si leur société appartient à une civilisation ou à une autre. 23 Le soulèvement des indigènes de l´État de Chiapas (Mexique) le premier janvier 1994,organisés en l´Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), a constitué le début d´une22 Déclaration officielle de la conférence des Ministres de la Défense d’Amérique.- Bariloche, 1997.23Ibid. 32
  • 33. vague de revendications de la part des peuples indigènes dans de vastes territoires de notreAmérique Latine, parmi lesquels on compte des régions du Brésil, de Colombie, du Chili,d´Equateur et d´Amérique Centrale. Cependant, les revendications ne se limitent plus à exiger la non-discrimination. Leurspétitions vont bien au-delà et menacent de déséquilibrer les relations qui ont existé pendantlongtemps à l´intérieur de leurs pays respectifs. Le cas de l´Amérique Latine acquiert une importance spéciale vu qu´il s´agit d´un sous-continent caractérisé par une présence limitée dans le contexte international, ainsi que parde profondes différences quant à la distribution de la richesse. Il s’agit d’un aspect qui peutse concentrer dans deux grandes zones, l´Amérique Centrale et les Caraïbes -qui ont undegré déterminé d´homogénéité dans leur problématique sociale- et la création d´une zonepotentielle d’ajournement social, politique et économique dans la région des Andes et del´Amazone, en Amérique du Sud, comme lien d´expansion et de transnationalisation d´uneproblématique d’idée commune, avec l´exception du Chili et de l´Uruguay, autant par leursituation géographique que par leur degré moindre d´hétérogénéité dans cette matière.2. LA NOTION DE CONFLICTIVITE VUE DEPUIS L’AMERIQUE LATINE Pour développer une vision de conflictivité dans la région, il est nécessaire de signalerque le concept de région s’est élargi, incluant ces états appartenant aux Caraïbes dans sonensemble, au-delà des hispanophones, étant donné que leur position géopolitique les attireindéfectiblement vers la problématique latino-américaine, avec les conséquences positiveset négatives que cela implique. Une fois faite cette remarque essentielle, on développera une vision de l’environnementstratégique régional, basé sur la conflictivité intra-régionale et sur le cadre pour sa 33
  • 34. prévention, comme étant des aspects consubstantiels pour commencer la définition deséléments qui guideront cette recherche vers un nouveau système de sécurité interaméricain. Pour une telle entreprise, nous avons eu recours à diverses sources spécialisées quidéveloppent des visions d’ensemble et des visions particulières de la réalité géopolitiqueactuelle, parmi lesquelles nous pouvons remarquer des académiciens, des chercheurs et desautorités politiques de renom qui ont participé au VI Séminaire de Recherche etd’Éducation sur les Études de Défense et de Sécurité (REDES), qui s’est tenu à Santiago duChili entre le 27 et 30 octobre 2003. Ce séminaire a été réalisé avec le patronage du Centre d’Etudes Hémisphériques deDéfense (CHDS), qui unit une vaste communauté académique interdisciplinaired’institutions éducatives civiles et militaires, qui favorise le dialogue continu dans ledomaine de la sécurité, de grande importance pour l’hémisphère, et qui soutient ledéveloppement d’une communauté de défense dans la région. 242.1. Le caractère conflictuel actuel en Amérique Latine et dans les Caraïbes Comparativement avec d’autres régions, l’histoire récente de l’Amérique Latine et desCaraïbes montre une proportion moindre de conflits armés inter-états et interethniques quedautres régions du monde, contrairement à ce qui se réfère à des conflits armés internesprovoqués par une combinaison de causes politiques, idéologiques et économiques, qui ontdéjà été analysées dans cette recherche. La plupart des analystes coïncident dans leur argumentation sur le fait que le nombreréduit de conflits armés inter-états répond, fondamentalement, à la maturation d’un24Le sixième séminaire de REDES qui s’est tenu à Santiago au mois d’octobre 2003, a été co-patronné par le Ministère de la Défense et l’Académie Nationale d’Études Politiques etStratégiques du Chili, par le Commando Sud (SouthCom) et par la National Defense University (NDU) des États-Unis. 34
  • 35. entourage de médiation et d’intervention, essentiellement diplomatiques, de la part de paysde la région à travers différents organismes régionaux, aussi bien établis qu’ad-hoc. En guise d’illustration, il suffit de citer la résolution du conflit limitrophe entre le Chili et l’Argentine qui s’est terminé par un succès; l’intervention du Groupe Contadora dans la résolution de la crise sous-régionale et des conflits armés en Amérique Centrale ; le rôle de l’OEA dans divers conflits domestiques de la région ; la participation d’états hémisphériques amis dans la distension et dans la résolution de la confrontation frontalière entre l’Équateur et le Pérou ; ou le gel de la réclamation de la Guyane Esequiba de la part du Vénézuéla, avec l’intervention des bons offices d’un représentant du Secrétaire Général de l’ ONU.25 Cependant, il existe encore plus d’une douzaine de conflits territoriaux et frontaliers quine sont pas résolus et qui impliquent dix des dix-neuf pays indépendants d’Amérique duSud ou d’Amérique Centrale, et on considère que, dans cinq conflits au moins, un état autilisé la force et, dans deux autres au moins, un état a déployé des moyens militaires. Néanmoins, pour les standards internationaux, les Amériques ont été relativementexemptes de guerres au XXème siècle, raison pour laquelle l’hémisphère a été signalé pourla rareté relative de ses guerres, de ses persistants conflits limitrophes, territoriaux etd’autres types qui, dans certains cas, débouchent sur des conflits militaires, ou l’emploirécurrent de bas niveaux de force pour déterminer des aspects des relations bilatérales. 26 Dans ce sens, tout indique que ce sont les structures du système internationald’Amérique Latine et leurs rapports avec le système global – basiquement périphériques etdistants – ainsi que le répertoire de valeurs communes, de procédures et d’institutionsévidentes dans les relations interaméricaines, qui expliquent cette rare fréquence et lacourte durée des guerres dans la région.25COORDINADORA REGIONAL DE INVESTIGACIONES ECONOMICAS Y SOCIALES.- Paz, Seguridad y Prevención de Conflictos en América Latina et el Caribe: unaIntroducción.- Caracas, Buenos Aires, Managua: Brouillon préliminaire pour la discussion, juillet 2003, p.3.26Jorge Dominguez.- Seguridad, paz y democracia en América Latina y el Caribe : desafíos para la era de posguerra fría.- p.4 35
  • 36. Ainsi, ce qui se réfère à l’apparition limitée de conflits armés interethniques significatifsrépond, fondamentalement, à des raisons historiques – liées aux caractéristiques de lacolonisation espagnole et aux mécanismes de subordination de divers groupes aborigènes-,juridiques et politiques. Mais cette affirmation semble contrastée par l’émergence de situations de conflit arméaux caractéristiques ethno-politiques, aussi bien de racine structurelle que d’expressionparticulière, dont la racine se trouve dans la lutte des communautés originaires pour lareconnaissance de leur culture et de leurs droits, ainsi que dans le cadre du processus detrans-nationalisation des mouvements indigènes. Ceci a donné lieu à leur présencecroissante en tant qu’acteurs dans les systèmes politiques nationaux et régionaux, avec unpotentiel pour le développement de conflits armés, aussi bien de caractère local et nationalque, éventuellement, transnational. Cependant, les changements survenus dans le système international à partir des annéesquatre-vingt ont introduit un nouvel ensemble de facteurs qui vont influencer ledéveloppement potentiel de conflits armés, associés à l’affaiblissement de l’état, àl’irruption de nouveaux acteurs au niveau international et local et à l’apparition denouvelles menaces, essentiellement de caractère transnational. Avec la fin des guerres internes en Amérique Centrale, celle-ci a cessé d’être une régionde crise internationale qui a attiré l’attention tant des pays de la région que des acteursextrarégionaux. Dans ce cadre, les changements dans le système international - surtout lafin de la Guerre Froide- ont eu des conséquences importantes sur les conflits et lespolitiques de sécurité en Amérique Latine, à savoir : Parce que la région a perdu de l’importance stratégique dans l’agenda de sécurité des États-Unis. 36
  • 37.  Parce qu’il s’est produit un changement thématique dans l’agenda interaméricain, déplaçant la priorité de la lutte contre le communisme à la lutte contre le trafic de drogue et le terrorisme, qui lui est normalement associé. La globalisation des relations économiques a donné de l’impulsion aux diverses modalités de coopération face à différents problèmes régionaux, dont des problèmes comme la migration et la protection de l’environnement. Plus récemment, quelques analystes signalent comme sources de conflit externes etinternes dans la région les problèmes qui seront indiqués par la suite, considérant que cettetypologie admet la possibilité que les conflits émergeants combinent des éléments dechacune de ces sources : Les retards de la confrontation idéologique de la Guerre Froide, particulièrement en ce qui concerne les cas de la Colombie, du Mexique et du Pérou. La valeur que chaque état assigne aux frontières et aux territoires en dispute, normalement situés sur des délimitations défectueuses. L’existence d’états qui favorisent des conduites contre la sécurité d’autres états, tel que le cas de Cuba et des États-Unis. Comme sources de conflit interne : les zones hors du contrôle de l’état, la violence urbaine et l’augmentation de la criminalité, des mafias et du crime organisé, avec le narcoterrorisme, comme étant sa plus haute expression. Comme sources potentielles de conflit : l’augmentation de thèmes de sécurité non militaires, tels que le régionalisme et, en plus grande mesure, les problèmes ethniques et religieux. Dans un autre ordre d’idées, des études préliminaires récentes montrent que la tendanceà court et à moyen terme des conflits armés inter-états dans la région, motivés par desdisputes frontalières et des réclamations territoriales, tend à diminuer alors que les conflitset les tensions domestiques de caractère socio-économique, ainsi que le développement denouveaux conflits et de tensions transnationales- basiquement liés au crime organisé, aux 37
  • 38. migrations, au trafic de drogues, au développement de mouvements ethniquestransfrontaliers et au terrorisme global- sont enclins à augmenter, à court et à moyenterme.27 Même si les conflits domestiques et les conflits transnationaux ne sont pas, dans lamajorité, des situations qui conduisent nécessairement à des affrontements armés, ilspeuvent devenir potentiellement, dans certain cas, des confrontations armées, ce à quoicontribue, en plus, la prolifération d’armes de tout type dans la région et leur relation avecle crime transnational et le trafic de drogue. Alors que les problèmes de guerre entre les pays latino-américains ont disparu, de même que l’image de l’ennemi externe de la Guerre Froide, le phénomène d’insécurité citoyenne a contaminé toute la région et représente aujourd’hui la menace la plus sérieuse pour l’ordre démocratique, car le nombre annuel de victimes de la violence armée dépasse, dans certains cas, les pertes des conflits inter-états classiques.28 Cependant, il est nécessaire d’émettre une réserve par rapport à ces affirmations decaractère général sur l’Amérique Latine et les Caraïbes et d’établir clairement que ladynamique sous-régionale des éventuels conflits potentiels répond, en grande mesure, nonseulement à l’impact des processus globaux et transnationaux, mais aussi auxcaractéristiques culturelles, politiques et socio-économiques et aux dynamiques spécifiquesde chaque sous-région. En Amérique Latine et dans les Caraïbes, nous remarquons une considérable hétérogénéité entre les différentes régions et les différents pays. Cependant, on nous voit comme une région. Nous avons des différences substantives et dans certains cas elles augmentent. Cependant, il existe une base substantielle pour agir en commun27Pour plus de précédents, voir les travaux déjà publiés dans le cadre du projet “Carte prospective de conflits en Amérique Latine et dans les Caraïbes » demandés par laCOORDINADORA REGIONAL DE INVESTIGACIONES ECONOMICAS Y SOCIALES, in www.revistafuturos.org28Klaus Bodemer, Sabine Kurtenbach et Andreas Steinhauf.- Seguridad/inseguridad en las subregiones de América Latina.- Résumé exécutif in Klaus Bodemer (éditeur) El nuevoescenario de (in) seguridad en América Latina. ¿Amenaza para la democracia?.- Caracas: Nueva Sociedad, 2003 p. 65. 38
  • 39. qui commence dès la langue et la culture et s’exprime en intérêts communs dans tous les domaines.29 Dans ce sens, les Caraïbes de langue anglaise et hollandaise ont suivi un processus dedécolonisation constitutionnelle et graduelle, en général peu touché par des conflits armés,dont la tendance à se résoudre dans un cadre institutionnel contraste avec la situation dureste de l’Amérique Latine. D’autre part, dans les Caraïbes de langue anglaise, outre celles déjà citées etéventuellement des persistantes tensions de caractère ethno-politique (comme dans le casde la Guyane), des réseaux criminels de caractère international ont exercé leurs activités aupoint de pénétrer quelques gouvernements de la région et les systèmes financiers respectifs. Un cas particulier est représenté par Haïti, ou pendant plus de deux décennies, il n’a pasété possible d’articuler un système institutionnel capable de contenir diversesmanifestations de violence politique et/ou criminelle, malgré l’intervention d’acteursexternes. De son côté, l’Amérique Centrale a réussi à surmonter la crise régionale et les conflitsarmés des années quatre-vingt pour se plonger dans la construction d’alternatives politiquesde post-conflits, dans un cadre démocratique et en fonction d’une réactivation du processusd’intégration sous-régionale, laissant sans résolution, cependant, une série de disputesterritoriales, telle que la dispute pour le Golfe de Fonseca entre le Salvador et le Honduras,et le différend des limites entre le Nicaragua et le Honduras dans la mer des Caraïbes, entreautres. Ainsi, les pays d’Amérique du Sud, grâce à une série de mécanismes diplomatiquesinstitutionnels, ont incité, en lignes générales, des processus de re-démocratisation et29Francisco Rojas A.- Introducción. Seguridad humana : concepto emergente de la seguridad del siglo XXI.- in Francisco Rojas A. et Goucha Moufida (éditeurs).- Seguridad humana.Prevención de Conflictos y Paz.-. Santiago du Chili: UNESCO, FLACSO, p.23 39
  • 40. d’approfondissement démocratique après les régimes militaires des années précédentes etune significative distension autour des disputes territoriales. Cependant, ils n’ont pas réussià surmonter le manque d’équité et la prolifération de l’exclusion sociale. De même, les pays andins, avec leurs particularités spécifiques, sont entrés dans unprofond processus de crise politique et sociale qui remet en question les fragilesdémocraties locales, devenant un bouillon de culture pour des situations de conflits armésdomestiques et, éventuellement, régionaux, avec une forte prédominance du trafic dedrogue comme un des éléments à souligner. Il est important de signaler, dans ce cadre des différences dans les dynamiques sous-régionales, que la décennie des années quatre-vingt dix a été associée à un processus dedistension marquée entre les tensions et les conflits frontaliers en Amérique du Sud,fondamentalement en fonction de la mise en place d’une série d’initiatives diplomatiquesqui tendent à développer la coopération, la transparence et la résolution pacifique desconflits dans la zone. Pendant ce temps, surmonter les conflits internes et la crise en Amérique Centrale acontribué à une diminution des conflits entre les états, en même temps que l’émergence deprocessus d’insécurité et de violence dans les sociétés de la sous-région, associées à desphénomènes de crime transnational, que sont les fléaux qui aujourd’hui affectent la plupartde ces pays.2.2 Les États-Unis et les rapports de sécurité avec l’Amérique Latine Introduire une vision sur la réalité actuelle des États-Unis peut être, paradoxalement,aussi simple que complexe, étant donné la particularité qui la caractérise et son rôlegravitant dans le devenir mondial, en fonction de leur condition de puissance hégémoniqueglobale. 40
  • 41. Pour cette raison, le point de vue des Etats-Unis, en ce qui concerne la sécuritéhémisphérique, sera traité sur la base des objectifs manifestes qui sont identifiés dans lesversions officielles données par des autorités compétentes, ce avec quoi on prétend obtenirl’identification de leurs liens de sécurité actuels avec l’Amérique Latine. Une fois le président George W. Bush installé au gouvernement nord-américain, leBureau des Affaires de l’Hémisphère Occidental du Département d’État a pris en compteune série initiale de possibilités d’entente et des domaines de travail pour l’Amérique latine,qui ont été: Se consacrer au Mexique car, étant donné sa condition de voisin immédiat au sud, les affaires bilatérales - immigration, trafic de drogue, commerce, etc.- ont une proéminence et une urgence spéciale. Aborder la crise en Colombie, menacée curieusement dans l’hémisphère par la combinaison des drogues, du terrorisme et de l’insurrection. Étendre le compromis avec les trois grands du Cône Sud : l’Argentine, le Brésil et le Chili. Se préparer pour l’ère post-Castro à Cuba. S’engager, avec d’autres gouvernements démocratiques de l’hémisphère, à développer une Zone de Libre Echange des Amériques pour la fin de l’année 2005. Développer une optique globale et intégrée face aux menaces de la région. Reconfigurer l’optique vers la région des Caraïbes. Avec ces prémisses, les États-Unis sont entrés dans le siècle actuel avec des objectifspolitiques différents car la contention du communisme a été remplacée par un effort pouraugmenter la communauté des pays engagés avec les mêmes objectifs et idéaux essentiels. En premier lieu, un engagement avec la démocratie constitutionnelle, ce qui entraîne desélections libres et justes, un pouvoir judiciaire indépendant, des libertés individuellesfondamentales et des forces armées professionnelles, sous le contrôle civil. 41
  • 42. En deuxième lieu, un engagement avec les économies de marché, le commerce et ledéveloppement, dirigé dans le but d’obtenir de meilleurs associés commerciaux, des voisinsplus pacifiques et des protagonistes plus responsables sur la scène internationale. Troisièmement, un engagement avec la coopération multinationale. L’ère bipolaire aterminé et la plupart des problèmes actuels sont de nature multinationale. Il est doncnécessaire que plusieurs pays travaillent ensemble pour aborder ces défis, que ce soit engroupes ad hoc ou dans des forums multilatéraux formalisés. Un groupe d’organisationssous-régionales à la crédibilité croissante a facilité l’action avec l’ensemble, tel que leMERCOSUR, le Groupe de Rio et le Pacte Andin. Ces trois attributs – démocratie constitutionnelle, économies de marché et la coopérationmultinationale – sont les objectifs positifs que l’on demande à tous les pays d’atteindre carla plus grande préoccupation pour la sécurité n’est plus le monolithique adversairecommuniste mais plutôt une série de menaces décentralisées, transnationales et nontraditionnelles qui affectent directement l’ensemble. Selon le point de vue des États-Unis, l’axe central de ces menaces se trouve dans lesproblèmes suivants : Le terrorisme a augmenté en tant que préoccupation internationale avec les attaques au World Trade Center et au Pentagone, menant le gouvernement nord-américain à déclarer la guerre contre les terroristes et contre ceux qui les protégent ou les soutiennent. Le trafic de drogue, industrie de 50 mille millions de dollars par an, qui favorise l’activité criminelle de tout type, alimente la corruption et compte de grandes pertes humaines, aussi bien dans les nations consommatrices que productrices, considérant que la demande des États-Unis est alimentée principalement par ou à travers l’Amérique Latine. 42
  • 43.  Les migrations, car il s’agit de flux qui peuvent être utiles dans certains cas pour la zone réceptrice, mais souvent avec des habilités qui peuvent faire du tort. Dans le cas des États-Unis, le profil de l’immigration a changé de façon dramatique au cours du siècle dernier. Avant la Deuxième Guerre Mondiale, les immigrants arrivaient aux États-Unis principalement d’Europe, mais depuis, l’équilibre s’est modifié en permanence provenant d’Amérique Latine et d‘Asie. Un exemple de ce qui vient d’être signalé, c’est que l’immigration depuis l’Amérique Latine est en train de changer le profil démographique des Etats-Unis. Cela peut être mesuré dans le fait que la population hispanique a augmenté de 2,5% en 1945, jusqu’à 13% en 2002, et on attend 25% pour l’année 2050. Dans un autre ordre d’idées, et toujours du point de vue nord-américain, en AmériqueLatine il y a un pays qui fait face à tous ces problèmes et qui a acquis une positionimportante dans les préoccupations de Washington envers la région : c’est le cas de laColombie. Les guérillas sont favorisées par l’argent de la drogue qui, dans certains cas, leur permetde dépasser l’armement de l’armée régulière. Elles n’ont aucune réserve pour recourir à destactiques terroristes, faisant déborder la situation dans la région, à travers les flux deréfugiés, l’expansion de la culture de la drogue et, finalement, l’utilisation de secteurs extracolombiens comme bases de sécurité et de soutien pour leurs groupes paramilitaires. Comme cela a été présenté, l’apparition d’un changement fondamental dans la manièredont les États-Unis voient l’Amérique Latine est évidente : les objectifs politiques sontdifférents et les menaces contre la sécurité sont principalement non traditionnelles, ce quioblige nécessairement à un changement de procédé. 43
  • 44. Par conséquent, l’Aire de Libre Echange des Amériques (ALCA) est le point principalde l’agenda commercial des Etats-Unis pour l’Amérique Latine, principalement parcequ’un grand nombre des menaces dans la région empirent à cause de la pauvreté et lemanque de croissance économique. Ainsi, la manière la plus directe pour que les Etats-Unis encouragent la croissanceéconomique en Amérique Latine c’est à travers un régime commercial ouvert qui crée desopportunités commerciales libres et justes pour tous les pays de l’hémisphère, s’étantengagé à établir l’ALCA avant janvier 2005. En ce qui concerne un accord hémisphérique de sécurité, les États-Unis sont pour larévision de l’architecture régionale et l’évaluation du rôle des instruments et des institutionsde sécurité hémisphérique actuels, ainsi que de leur capacité de réponse aux menacestraditionnelles et nouvelles dans la région. Alors, quel est fondamentalement du point devue nord-américain le futur de la coopération pour la sécurité dans l’HémisphèreOccidental ? Comme point de départ, on considère que la présence d’un pouvoir militaire importantdevrait être un grand avantage pour l’hémisphère en termes de sécurité. Les États-Unis ontune capacité de dissuasion nucléaire crédible, une force aérienne puissante et une marineocéanique sans contrepoids dans le monde, ainsi que la capacité de projeter leur pouvoirpartout sur le globe. Cependant, si l’Amérique Latine doit avoir vraiment un accord de sécurité, les pays del’hémisphère doivent être d’accord sur quand et comment les forces des États-Unispourraient se déployer dans la région. Actuellement cet accord manque, vu que le TIAR aété invoqué plusieurs fois pendant son histoire qui date de cinquante ans, mais sa légitimitéa été sapée par la perception d’être un instrument pour des décisions déjà prises parWashington. 44
  • 45. A quatre reprises, l’OEA a invoqué la Charte Démocratique, mais à chaque fois l’invocation a été plutôt un exercice de pression face à des homologues qu’un précurseur à l’action militaire coordonnée. Tels qu’ils sont institués aujourd’hui, aucun de ces instruments ne semble avoir la capacité de fournir une structure pour que le plus puissant pouvoir militaire du monde prenne des mesures internationalement approuvées dans leur propre hémisphère. Ou les pays restants de la région décideront d’exclure les ressources des États-Unis et maintiendront un accord de sécurité collective entre eux, ou l’Amérique Latine ne comptera pas sur un accord de sécurité collective30. Même si les définitions exactes peuvent varier, du point de vue nettement nord-américain, il y a trois grands modèles pour un accord de sécurité multilatérale : sécuritécollective, alliance et non-intervention. Les trois présentent des défis uniques en AmériqueLatine. Premièrement, la sécurité collective. Un accord de sécurité collective dispose l’actionsur la base de règles pour combattre l’agression contre n’importe quel membre du groupe.Il est d’une nature principalement défensive, facilitant une réponse conjointe face à uneattaque qui proviendrait du dehors ou de l’intérieur du groupe, étant plus efficace quand lesmembres du groupe correspondent à ce que chaque pays voit comme étant sa sphèreimportante de sécurité, de façon à ce que la défense du bien commun soit dans l’intérêtpropre de chaque membre. L’architecture actuelle de la sécurité en Amérique Latine s’approche d’un accord desécurité collective. Les thèmes qui affectent les intérêts nationaux respectifs de la majoritédes pays de l’hémisphère se trouvent dans l’hémisphère même, que ce soit en évitant desconflits dans la région ou en maintenant l’inviolabilité du Canal de Panamá et les routes descompagnies de navigation commerciale. De plus, des instruments tels que le Traité de Río30William Brownfield,.El pasado, presente y futuro de los vínculos entre Estados Unidos y América Latina.- Santiago: Academia Nacional de Estudios Políticos y Estratégicos,octubre 2002-, p.9 45
  • 46. et la Charte Démocratique Interaméricaine tracent des règles avec lesquelles l’actioncollective sera prise pour le bien du groupe. La deuxième possibilité d’un accord multilatéral de sécurité est une alliance. Unealliance est une institution de direction externe créée pour prendre des actions offensivesconjointes contre un ennemi commun hors de l’alliance. Ses membres unissent leurs forceset projettent une capacité offensive, étant habituel qu’elle devienne effective pourcontrecarrer la menace d’un ennemi spécifique. Pour l’Amérique Latine, une alliance serait difficile étant donné que la majorité de sespays ne voient pas que leur intérêt national s’étende au-delà de l’hémisphère, et n’ont pasde capacités de projection de forces pour fixer des biens ou des actifs à l’extérieur. Lerésultat est que l’Amérique a un des taux les plus bas au monde dans la participation auxforces de paix. Si on prend comme exemple les opérations réalisées en Afghanistan depuis 1991, une cinquantaine de nations ont fait des apports militaires à la campagne : 25 des pays participants étaient de l’Europe, 10 d’Asie Centrale, 6 de l’Asie Orientale et du Pacifique, 4 du Moyen Orient, 4 d’Afrique et zéro d’Amérique Latine. Dans ce sens, il devient difficile de voir la création d’une structure importante pour une alliance dans cet hémisphère. 31 Le troisième et dernier accord multinational possible est vraiment plus un non-accord :une doctrine de non-intervention. Avec cela, les états participants sont d’accord derespecter pleinement leurs souverainetés respectives lorsqu’ils accordent de ne pass’agresser les uns les autres, tendant à une attraction politique superficielle, puisque quandles intérêts nationaux sont en jeu, ils s’accomplissent rarement.31Ibid, p.10 46
  • 47. Avec les défis que présentent tous les possibles accords de sécurité multinationaux, il estdifficile de voir comment on pourra créer un système hémisphérique rigoureux. Peut-êtreque l’hémisphère se transformera en un cas spécial, avec un système de sécurité venant dela pression des pairs. En effet, pour les Etats-Unis, l’Amérique Latine crée beaucoup de défis tandis qu’elleavance dans le nouveau siècle, ce qui permet de développer une vision sur soncomportement face aux occasions et aux nouveaux défis pour leur politique extérieure, àsavoir : Le Mexique maintient son caractère de relation bilatérale cruciale, ayant obtenu des avancées substantielles dans des domaines comme la migration, la sécurité frontalière, l’observation de la loi et de l’environnement. Les États-Unis et le Mexique ont un accord plus fort que jamais pour augmenter la prospérité, élever les niveaux de vie et garantir la sécurité des deux sociétés. La Colombie se trouve confrontée à un rapport nuisible entre le commerce de drogue et l’activité d’insurrection terroriste qui pourrait favoriser l’instabilité ailleurs dans la région. Les drogues affectent directement les pays andins, diminuant leur développement économique et soutenant les réseaux criminels et la corruption, ainsi que dégradant la morale de la population des États-Unis. Les institutions démocratiques sont sous tension alors que les gouvernements élus s’efforcent de maintenir un contrôle efficace sur leurs pays et ainsi éviter que la corruption ne s’étende, produit par l’argent de la drogue. Les principaux composants de la stratégie des États-Unis pour la Région Andine sont l’éradication des cultures de la drogue, l’interdiction et le développement alternatif. Cuba impose de se préparer pour la transition post-Castro, ayant lancé une « Initiative pour un nouveau Cuba », qui est créée pour obtenir des réformes démocratiques et économiques, telles que des élections libres pour l’Assemblée Nationale et l’introduction de mesures pour ouvrir l’économie contrôlée par l’état. 47
  • 48.  Le Vénézuéla, dont le gouvernement –celui de plus importante connotation personnaliste dans la région, après Cuba- s’est élevé comme un ennemi ouvert de l’administration du président Bush et a réussi à altérer les équilibres normaux de la région, en maintenant une politique extérieure agressive qui met les états dans une position de pour ou contre lui, en fonction de sa relation, plus ou moins importante, avec les Etats-Unis. Haïti se trouve se trouve sous le mandat de l’ONU et de grands objectifs ont été atteints, bien que le besoin de mesures urgentes pour aborder des thèmes concernant la sécurité, la justice, les droits de l’homme, le bon gouvernement et la santé persiste. La corruption, le trafic de drogue, les abus contre les droits de l’homme, et une économie difficile de relever sont une menace permanente contre les options de développement de Haïti. Dans les pays d’Amérique Centrale, le principal défi est d’éviter un recul quant au progrès déjà atteint. Des conflits violents ont été résolus et des réformes économiques ont été entreprises, et il y a eu des avancées significatives en matière de libre commerce avec la région. Finalement, pour les principaux pays du Cône Sud, l’Argentine, le Brésil et le Chili, ledéfi est d’établir une relation mûre en matière de sécurité. Le défi pour ces nations est deconstruire sur la base des réussites communes et développer plus encore les relationsbilatérales.2.3 Le Brésil et sa position de leader régional Le Brésil constitue un ensemble géopolitique en soi, étant donné sa conditiongéographique essentielle et ses caractéristiques géopolitiques, se distinguant en AmériqueLatine non seulement pour son extension territoriale et pour avoir une populationsupérieure à tous ses voisins sud-américains conjointement, mais parce que sa politiqueextérieure l’a mené à se positionner avec efficacité dans la région. En contraste, sa pro-activité politique et stratégique, ainsi que sa stature économiqueinternationale, n’ont pas été suffisantes pour équilibrer une problématique sociale interne 48
  • 49. qui le maintient dans le tiers monde, étant donné les hauts indices de pauvreté et la pauvretéextrême d’une considérable partie de sa population, ce qui l’a mené à des processus derevendication complexes et persistants. Dans ce sens, la direction politique actuelle a assumé une posture radicale pour trouverune solution à ses problèmes les plus accablants, sur la base de l’instauration d’une sorte deligue progressiste qui l’a conduit à augmenter ses relations avec des pays commel’Argentine, le Vénézuéla et Cuba, en vue de créer un pôle de contrepoids à l’hégémonienord-américaine dans la région. Si on prend en compte le poids que le régionalisme a acquis dans la réorganisation dupouvoir mondial, ainsi que les changements qualitatifs dans le concept de sécuritéinternationale dans la post-Guerre Froide, les pays avec des ressources de pouvoir capablesd’exercer un leadership régional ont gagné un nouveau rôle protagoniste. De plus, avec le déclin du bipolarisme hégémonique, même si les conflits se sontaccentués de façon prédominante dans la région, les perspectives de coopération se sontégalement élargies avec l’avancée des processus d’intégration sous-régionale, et dans cecontexte, la position du Brésil a été marquée par la recherche de la réaffirmation de sonleadership dans le sous-continent d’Amérique du Sud. Dans l’analyse de la constitution d’un régime hémisphérique de sécurité et de la postureadoptée par le Brésil sur le sujet, il y a deux questions fondamentales à prendre en compte :la première se réfère à l’impact du MERCOSUR dans l’équilibre géopolitique continental ;et la seconde se réfère au renforcement de la présence brésilienne sur la scène géopolitiqueamazonienne, versant qui s’ajoute au rôle du pays dans l’agencement du cône sud-américain, soutenant sa condition d’acteur clé dans la conformation des arrangementshémisphériques en matière de sécurité. 49
  • 50. Cette vision permet d’affirmer que l’avancée de la présence du Brésil dans la région,aussi bien politique qu’institutionnelle, réduit les possibilités de création d’un arrangementhémisphérique de sécurité dans un sens plus vaste, devenant plus probable le scénario oùcet arrangement se définirait à peine en termes généraux et de façon compatible avecd’autres accords sous-régionaux aux caractéristiques différenciées. Avec la fin de la Guerre Froide, il a été possible d’observer un ensemble d’initiativesconvergentes, dans le sens de revitaliser le concept de sécurité régionale, augmentant sonspectre, depuis l’incorporation des nouveaux thèmes de l’agenda - démocratie, commercede drogues, migrations et droits de l’homme, entre autres - et de l’adoption du concept desécurité coopérative où les pays se disposent à coopérer dans le domaine de sécurité, avecdes mesures de caractère préventif. En ce qui concerne les objectifs du Brésil par rapport à la politique régionale de sécurité, l’ex-Ministre des Relations Extérieures, Luis Felipe Lampreia, affirmait : « Notre préoccupation doit être orientée au combat du trafic d’armes et la diplomatie Brésilienne a travaillé avec cet objectif à l’OEA et dans les dialogues avec les autres pays de la région. Nous sommes un pays qui jouit de crédibilité et de confiance, produits de haute valeur dans les relations internationales ».32 Dans ce sens, le Brésil estime nécessaire d’accorder plus d’emphase au rôle des nationsnon hégémoniques par rapport aux régimes et aux institutions régionales dans le processusde promotion de la sécurité régionale. Ces changements le conduisent à réorienter sastratégie dans deux directions, les deux destinées à étendre les options internationales dupays : une forte adhésion aux régimes internationaux dans le domaine de la sécurité et lapriorité à la dimension sous-régionale de sa politique extérieure.32Luis Felipe Lampreia.- Discours du Ministre d’Etat des Relations Extérieures. New York : ouverture de la 52ème session de l’Assemblée Générale de l’ONU, le 22 septembre 1997,in Ricardo Sennes, Janina Onuki et Jorge de Oliveira.- La política exterior Brasileña y la Seguridad hemisférica. Santiago, Séminaire Research and Education in Defense and SecurityStudies (REDES 2003), Center for Hemispheric Defense Studies, octobre 2003 50
  • 51. La vision brésilienne soutient que le scénario a ses fondements dans la supériorité du libre marché ainsi que dans les régimes démocratiques, au moins dans la majorité des pays axe d’un ordre polyarchique (…). L’acteur hégémonique militaire unipolaire se retire graduellement, se limitant à composer un système international dont les protagonistes sont les grands blocs régionaux. En d’autres mots, il s’agit de la conformation d’un scénario de multipolarité avec une intégration coopérative ou sélective33. On devra comprendre l’évolution des options stratégiques internationales du Brésil dansle contexte des transformations, tant sur le plan domestique que dans son environnementrégional immédiat. Il est nécessaire de rappeler que toutes les conditions vont dans le sensd’une insertion internationale démilitarisée. D’un côté, la région sud-américaine était considérée comme étant une zone sans conflitsinternationaux conventionnels et il n’y avait pas de justification pour une course àl’armement. Pour sa part, le parapluie nucléaire hémisphérique étatsunien rendait encoremoins probable une menace externe qui mérite la préoccupation de la part du Brésil. C’estpourquoi il n’y avait pas de raison pour une politique extérieure belliciste. La difficulté a toujours été dans le caractère unique du système de sécurité dans larégion, dû à la grande hétérogénéité des pays, aussi bien en termes économiques quesociaux. Quelques essais importants pour établir un arrangement ont été l’axe durégionalisme, contenu dans le Compromis de Santiago avec la Démocratie et la Rénovationdu Système Interaméricain, et l’établissement d’un calendrier de réunions périodiques desMinistres de la Défense, qui a révélé une forme embryonnaire de configuration d’agendarégionale en matière de Sécurité. Le contexte dans lequel le Brésil a défini son insertion stratégique internationale se basesur deux piliers fondamentaux : la démarcation de la région sud-américaine comme zoned’influence et le multilatéralisme, aussi bien dans le domaine de la sécurité internationale33 Sennes, Et. Al.- Ibid., p.6 51
  • 52. que dans les thèmes économiques et commerciaux, comme élément qui servirait decontrepoids à l’hégémonie hémisphérique nord-américaine. En même temps et bien que de façon graduelle, le Brésil s’oriente vers l’incorporationdu concept vaste de sécurité, incluant les dimensions non traditionnelles, avec une postureplutôt sélective que réfractaire. Par exemple, il a avancé dans le traitement régional dequestions telles que le trafic de drogue, mais il a cherché à se maintenir en marge de thèmescomme le terrorisme. Actuellement, le front andin représente le plus grand défi pour le Brésil en ce quiconcerne sa politique extérieure régionale, basiquement parce que la région est devenue leplus grand foyer d’instabilité continentale, sur la base de l’effondrement de l’ordreconstitutionnel dans des pays tels que le Pérou et le Venezuela ; la violation grave desdroits de l’homme, comme dans le cas de la Colombie ; l’intensification du trafic de droguedans des pays comme la Colombie, le Vénézuéla, le Pérou, la Bolivie et le Brésil ; ladégradation de l’environnement ; l’instabilité économique et politique et l’essor desniveaux de corruption. Comme les plus grandes marges de manœuvre Brésiliennes sont dans les domainespolitique et diplomatique, pour le moment, une action de caractère purement militaire esthors de ses options, domaine dans lequel la capacité des Etats-Unis est disproportionnée,raison pour laquelle des analystes civils et militaires tendent à penser que le Brésil nedispose pas de ressources pour participer de façon directe dans des conflits qui leconcernent, comme le cas de la Colombie. La relation entre le Brésil et les Etats-Unis, en matière d’accords hémisphériques, tend àse croiser à cause de leur perception divergente en ce qui concerne l’efficacité desinstitutions multilatérales de sécurité, non seulement le TIAR mais aussi l’OEA, doutant dela possibilité que, dans une ambiance de polarisation hégémonique, Washington serait 52
  • 53. disposé à renoncer à l’efficacité d’actions unilatérales au profit d’un plus grand équilibreinstitutionnel. Cette vision a du sens dans des commentaires par rapport aux changements survenus dans le Cône Sud parmi lesquels on peut citer : « Le Brésil et les autres pays du MERCOSUR sont en train de réaliser une transformation dont les conséquences pourront altérer significativement la manière dont les Etats-Unis exerceront une politique hémisphérique au siècle prochain » ou même, « la capacité supérieure du Brésil et son aspiration latente pour le leadership régional suggèrent une rivalité croissante dans certains aspects avec la politique des Etats-Unis pour l’Amérique du Sud.34 Dans l’agenda hémisphérique des Etats-Unis, le thème de la sécurité internationale estrevenu au premier plan, avec des impacts évidents pour la position Brésilienne, que ce soitconcernant l’hypothèse de rapport entre des opérations illicites sur la triple frontière(Argentine-Brésil-Paraguay) comme source de financement du terrorisme international, oubien concernant la discussion qui est apparue quant au rôle du TIAR dans le systèmehémisphérique de défense. Après les attentats de septembre 2001, face aux pressions des Etats-Unis pour collaborerdans sa guerre anti-terroriste, le Brésil a résolu de donner une solution diplomatique à cesdemandes, choisissant d’invoquer le TIAR comme l’instrument existant le plus adéquatpour traiter le thème, cherchant à se valoir de l’inactivité de ce traité pour échapper à toutnouvel engagement avec Washington . De l’éventail de questions qui concernent directement l’Amérique du Sud dans lapolitique des Etats-Unis pour le combat contre le terrorisme, le Brésil a accepté decollaborer à un petit nombre d’entre elles. Par exemple, il a été d’accord pour renforcer leservice de renseignements nord-américain dans le pays, spécialement orienté à superviser la34 G. Fauriol et S. Weintraub.- US Policy, Brazil and the Southern Cone.- Washington: The Washington Quartely, 1995, pp. 124 et 129. 53
  • 54. région de la triple frontière. Cependant, il n’a pas accepté l’adoption d’une politique desurveillance sévère dans cette même région et, en même, temps il a refusé, jusqu’à présent,de classifier les FARC colombiennes comme étant une organisation terroriste. Les pressions ont été croissantes pour que le Brésil augmente son niveau d’engagementdans la situation colombienne, principalement avec l’argument que les groupes guérilleros,les trafiquants d’armes et de drogues et les agents de blanchiment d’argent possèdent defortes connexions avec le crime organisé au Brésil. Ce pays continue d’être réticent de semêler au conflit colombien, mais doit progressivement accepter quelques fonctions demédiation, de soutien ou même de fournir des renseignements. Historiquement, il est évident que le Brésil a cherché un rôle de contrepoids dans lemultilatéralisme hémisphérique dans le domaine de la sécurité, avec une ligne de conduiteanti-hégémonique35, aussi bien au sein de l’OEA que de celui du TIAR, avec une critiqueforte et ouverte, restant très réticent pour incorporer les nouveaux thèmes à son agenda desécurité, cédant seulement dans la mesure où les problèmes non traditionnels, tels que letrafic de drogue et le terrorisme, continuent d’être des priorités pour les principaux acteurshémisphériques, avec une emphase spéciale pour les Etats-Unis. De cette façon, il est à espérer que la participation du Brésil dans les accordshémisphériques de défense, sous le leadership des Etats-Unis, sera assez réduite,spécialement à cause de la conjoncture actuelle où il prétend consolider sa position deleader régional, avec un rôle actif dans la formation d’un agencement sud-américain decaractère coopératif.35 Antonio Oliveira et Janina Onuki.- Brasil, Mercosul e Segurança Regional.- Brasilia: Revista Brasileira de política Internacional, Nº 43, 2000 54
  • 55. 2.4 Le Mexique : entre le nationalisme, l’Amérique du Nord et l’Amérique Latine36 Le Mexique est un des états de plus grande importance en Amérique Latine –malgré lefait de se trouver éclipsé de par sa position géographique de voisinage avec la puissancehégémonique mondiale– qui synthétise de forts contrastes politiques, économiques etsociaux, qui traînent dans le temps à cause de son manque de capacité pour s’organiser etexploiter son énorme potentiel. En effet, le voisinage avec les Etats-Unis a été historiquement interprété de manièreparadoxale, tant « une malédiction qu’une opportunité »37, d’où il en ressort que cetterelation est un élément inévitable au moment d’évaluer son devenir géopolitique. De là on comprend que le Mexique est un pays qui n’a pas une situation géopolitiqueglobale ni n’a fait partie d’alliances stratégiques pendant le long gouvernement du PartiRévolutionnaire Institutionnel (1929-2000). Sa politique de sécurité nationale et de défensea été (et continue d’être) nationaliste et défensive. Pendant la Guerre Froide, il s’est isolédes Etats-Unis, principalement pour ne pas avoir la même politique hémisphérique decombat contre le communisme, car il a perçu cette politique comme une violation desprincipes de cohabitation internationale. Avec la fin de la Guerre Froide, la géopolitique basée sur la confrontation idéologique acessé d’être importante et de nouveaux défis sont apparus, pour lesquels de nouveauxaccords ont été actualisés et mis en place, aussi bien bilatéraux que multilatéraux. En d’autres mots, la démocratie en ce qui concerne la politique et le libre commerce entant que tendance macroéconomique modifie l’ambiance, malgré les faiblesses des36 Raúl Benítez-Manaut.- México: Desafío existencial en seguridad: entre el nacionalismo, América del Norte y América Latina.- Santiago: Séminaire Research and Education in Defense and Security Studies (REDES 2003), Center for Hemispheric Defense Studies, octobre 2003.37 Luís Rubio.- México en la nueva realidad internacional.- in www.cidac.org, juillet 2003. 55
  • 56. systèmes politiques démocratiques observées dans un grand nombre de pays del’hémisphère. Le Mexique suit la tendance latino-américaine d’accepter le libre échange,accompagnant ce processus de la démocratisation du système politique, mais sans avoiractualisé sa politique extérieure et de défense. L’occupation militaire de l’Irak, à partir du 19 mars 2003, est devenue une affaire depolitique interne au Mexique. Le secteur qui a ouvertement exprimé son soutien aux Etats-Unis, incitant le gouvernement à appuyer l’action militaire, a été la communauté patronale.Cependant, la plupart de l’élite politique a exigé au président le suivi des principes depolitique extérieure, mais pour s’opposer à Washington . Le Mexique a une position vitale au Conseil de Sécurité de l’ONU. Il est en train dedécider entre deux options : d’un côté, s’il va continuer à être un pays isolé qui n’affrontepas les grands débats stratégiques mondiaux à cause d’une interprétation nationaliste etd’isolement des « principes » ou, au contraire, s’il commence une politique plus active. Le premier facteur qu’il faut prendre en compte est sa relation avec les Etats-Unis :parfois ça a coïncidé et en d’autres occasions non. Ceci est normal entre des pays qui ontune relation complexe et très étroite. La dissidence se présente parce qu’en réalité il existeune « égalité juridique entre les états », mais différentes priorités entre eux. Comme conséquence de la guerre contre le terrorisme, depuis septembre 2001, les Etats-Unis concèdent une grande priorité à leur sécurité territoriale et ils dépendent beaucoup dela collaboration que, de façon quotidienne, offrent leurs deux voisins pour protéger lesfrontières.38 Pour cela, le lien stratégique ne peut pas se détériorer. De nos jours, la menace terroriste, surtout celle qui provient du Moyen-Orient, granditen complexité et centre son action sur des objectifs nord-américains. L’utilisation possibledu territoire mexicain pour entrer aux Etats-Unis, étant donné la porosité de la frontière, ou38 Accords “Smart Borders” signés avec le Canada en décembre 1991 et avec le Mexique en mars 2002. 56
  • 57. que des nord-américains dans ce pays soient la cible d’attentats, est pour le moment lefacteur de menace du terrorisme international au Mexique.39 Quant à la sécurité hémisphérique, contrairement à l’époque de la Guerre Froide, lesnouvelles menaces proviennent d’acteurs hors des états. Et il est clair également que celles-ci augmentent dû au manque de structures gouvernementales solides pour les affronter. Enplus, il est nécessaire de réviser les accords internationaux et de coopération desgouvernements car un grand nombre d’entre eux sont inadéquats pour les affronter avecefficacité. Cette tendance est claire en Amérique du Sud, principalement comme élan de lapolitique extérieure du Brésil. 40 En Amérique du Nord, le Traité de Libre Echange n’a pasété le référant des gouvernements en tant que plate-forme pour atteindre des accords supracommerciaux. De plus, le TLCAN, de façon délibérée, n’a pas inclu une structureinstitutionnelle pour son administration. Une autre dimension quant à la sécurité entre le Mexique et les Etats-Unis a à voir avecl’actualité du TLCAN dans un grand nombre de ses chapitres. Quoique le traité serestreigne à l’aspect commercial, il a un impact indirect sur la sécurité, aussi bien à causedes inégalités évidentes qu’à cause de la question agricole, des thèmes d’énergie (pétrole etélectricité) et ceux de l’environnement (principalement à la frontière), étant donné qu’il y aune grande quantité d’engagements signés sur ces sujets. En particulier, le Mexique, en plusd’être un pays frontalier, est également un pays producteur de pétrole et un des principauxfournisseurs des Etats-Unis. En matière de sécurité hémisphérique, la période de la Guerre Froide a isolé le Mexiquedes Etats-Unis et des pays latino-américains, se maintenant en marge de la coopérationcontre le communisme et a critiqué à maintes occasions les politiques nord-américaines et39 Raúl Benitez et Andrés Ávila A.- Terrorismo y globalización a principios del siglo XXI : dilemas para la seguridad internacional.- in José Luis Valdés U. et Diego Valdés (coordinateurs).- Globalidad y conflicto. Estados Unidos y la crisis de septiembre.- Mexique : CISAN-UNAM, 2002, pp. 203-244.40 Clovis Brigagao et Domicio Jr. Proenca.- Concertacao Múltipla. Insercao Internacional de Seguranca do Brasil.- Rio de Janeiro: Francisco Alves Editora, 2002. 57
  • 58. celles d’un grand nombre de gouvernements d’Amérique centrale et d’Amérique du Sudqui ont mis en place des politiques militaires où les droits de l’homme ont été violés et desgouvernements constitutionnels renversés. Pour cette raison, le Mexique a accordé peu d’importance à l’OEA comme forum dedébats entre 1948 et 1990, pour faire place à une revalorisation de l’organisation dans lapolitique extérieure mexicaine, promouvant la création de la Commission de SécuritéHémisphérique. Cependant, il y a des différences remarquables sur la vigueur du TIARentre le Mexique et la majorité des pays de l’hémisphère, duquel il s’est retiré entreseptembre 2001 et 2002. De même, le futur de la relation militaire hémisphérique reste en suspens car il estessentiellement centré sur le débat concernant la junte Interaméricaine de Défense et sur lapossibilité de resserrer la coopération militaire, en ce qui se réfère à des mesures deconfiance mutuelle, de manœuvres et d’exercices militaires, d’accords de coopérationéducative, d’acquisition d’équipement, etc. Un des éléments qui est en processus de négociation est la définition du concept desécurité hémisphérique, où la posture du Mexique se rapproche plus d’une définition« intégrale » et « multidimensionnelle », reconnaissant des différences sous-régionales,considérant même que les tendances dans les pays d’Amérique du Sud, d’Amériquecentrale, des Caraïbes, des Etats-Unis et du Canada sont clairement pour resserrer lacoopération. La posture mexicaine est celle de garder des précautions par rapport à cette coopération.Cependant, ceci peut conduire à un isolement au sein des forums multinationaux commecelui de l’OEA, qui est lié à d’autres domaines fondamentaux de la politique de sécurité,comme par exemple les actions pour affronter le trafic de drogue, le terrorisme, leblanchiment d’argent et le crime organisé, parmi d’autres actes illicites. 58
  • 59. Même si des différences l’emportent en matière de sécurité hémisphérique etinternationale entre le Mexique et les Etats-Unis, l’intensité de la coopération en sécurité nes’arrête pas en ce qui concerne le niveau binational. Pour cela, en matière de sécurité, ondoit distinguer le niveau de la relation qu’il maintient avec les politiques internes dans lesdeux pays.41 Les nouvelles conditions géopolitiques et d’ (in)sécurité internationale mettentle gouvernement mexicain dans un conflit existentiel en matière de sécurité. Ce qui a été dit antérieurement s’affirme dans l’existence d’une série d’éléments qui sonten friction permanente, affectant les possibilités d’intégrer une définition par rapport à leurrelation avec l’ensemble, caractérisé dans leurs liens avec les Etats-Unis et avec l’AmériqueLatine, à savoir : Isolement nationaliste versus internationalisation Politique interne versus politique externe (équation coût-bénéfice et options de gains zéro) Principes avant intérêts (politique extérieure face au commerce) Sécurité internationale classique versus sécurité des migrants Intérêts économiques versus intérêts politiques Défense face à politique extérieure2.5 La situation complexe de l’Amérique Centrale42 L’Amérique Centrale est passée, dans les dernières décennies, de la guerre à la paix.Aujourd’hui encore, la plupart des pays de la région se débattent pour la recherche de laconsolidation de la démocratie, la gouvernabilité et la paix. La région est affaiblie par deuxconflits encore actifs : Chiapas à la frontière avec le Guatemala, la Colombie à la frontièreavec le Panamá.41 Les différences d’opinions au Conseil de Sécurité de l’ONU n’ont pas détérioré la relation de coopération binationale en matière de sécurité frontalière contre le trafic de drogue et la coopération policière et judiciaire.42 Carmen Rosa de Leon-Escribano.- Centroamérica: nuevos desafíos de seguridad.- Santiago: Séminaire Research and Education in Defense and Security Studies (REDES 2003) Center for Hemispheric Defense Studies, octobre 2003. 59
  • 60. La réalité géopolitique de l’Amérique Centrale est complexe en soi, puisqu’il s’agitd’une communauté dévastée par de longues périodes d’ajournement et de conflits internesqui ont produit une telle usure sociale et économique que l’axe central de ses efforts actuelstourne autour de la revendication de la personne humaine, comme corollaire d’une criseaiguë où elle avait été excessivement dégradée. Aujourd’hui, il existe un consensus dans la région en ce qui concerne les efforts pourchanger une tendance historique, liée à l’interventionnisme de groupes de pouvoir quisoumettaient les sociétés complètes. Le renforcement des processus démocratiques a étéchoisi comme un pas sine qua non pour chercher des options de développementéconomique, ce qui constitue une autre complexité étant donné le manque de ressourcespour créer des activités productives et le bas niveau d’éducation. En plus des propres conflits internes que produisent les changements de modèles desécurité et de développement, l’Amérique Centrale doit aussi lutter contre sa positiongéographique puisqu’elle est le canal de circulation vers la Colombie, le Mexique et lesEtats-Unis. La drogue, le crime organisé, les armes, les émigrants, tous passent par ce grand corridoren lequel la région s’est convertie. Pour toute cette circulation de choses et de personnes, lafaiblesse institutionnelle des pays est un avantage. Le problème du surarmement croissantest lié à la détérioration de la sécurité urbaine, à la faiblesse des polices, à l’absence d’unepolitique plus coopérative entre les états et au manque de priorités des gouvernements en cequi concerne la sécurité. L’Accord de Esquipulas II43 a été le cadre dans lequel les pays de l’Amérique Centralese sont rencontrés pour commencer à résoudre les problèmes régionaux par la voie du43 L’Accord de Esquipulas II constitue la procédure pour établir une paix ferme et durable dans la région, conformément à la Déclaration de Esquipulas, résultat du premier Sommet de Présidents d’Amérique Centrale qui s’est tenu au Guatemala, en mai 1986. 60
  • 61. dialogue et de la concertation, se créant les instruments nationaux pour commencer laréconciliation interne, comme premier pas vers une réconciliation régionale. Esquipulas II a été ce qui a poussé à des réunions régulières de présidents de la région etle précurseur de la modernisation du Système d’Intégration d’Amérique Centrale. Dans cecadre, les premiers processus de réintégration de réfugiés et de démobilisés ont été mis enplace, thèmes qui jusqu’à présent continuent d’occuper une place prioritaire dans ladiscussion de la pacification régionale. La transformation des forces de sécurité de la région, ainsi que la prééminence dupouvoir civil sont les axes fondamentaux de la démocratisation de la région, raison pourlaquelle cet accord est le pionnier des instruments régionaux pour la démocratisation, lapaix et le développement, ainsi que pour la réapparition de la sécurité civile dans uneperspective régionale. De ce processus se dégagent postérieurement les processus de négociation interne despays qui débouchent sur les accords de paix nationaux respectifs, ayant comme corollaire lacréation d’un nouveau concept de sécurité régionale, le Traité Cadre de Sécurité, danslequel se crée le concept de sécurité démocratique. Le Traité Cadre de Sécurité Démocratique en Amérique Centrale (TMSDC), a étésouscrit par les présidents des états d’Amérique Centrale, avec l’exception du Costa Rica etdu Panamá, le 15 décembre 1995, à l’occasion du Sommet de San Pedro Sula, où on posecomme objectif fondamental celui de favoriser l’intégration de la région dans le but de laconsolider comme zone de paix, de liberté, de démocratie et de développement. Le TMSDC soutient la prémisse que le modèle centre-américain de sécuritédémocratique se base sur la démocratie et le renforcement de ses institutions et de l’Etat dedroit, sur l’existence de gouvernements élus au suffrage universel, libre et secret et sur lerespect illimité de tous les droits de l’homme. 61
  • 62. Entre autres, une partie des considérations suivantes : Le développement durable en Amérique Centrale pourra seulement être atteint avec la conformation d’une communauté juridique régionale qui protège, mette sous tutelle et fasse la promotion des droits de l’homme et garantisse la sécurité juridique et qui assure les relations pacifiques et intégrationnistes dans la région. Les situations qui troubleraient la paix et affecteraient la sécurité de n’importe quel état centre-américain affectent aussi tous les états de la région et leurs habitants. La coïncidence entre les objectifs de consolidation démocratique n’est pas incompatible avec la reconnaissance des particularités de chaque pays de la région, ce qui inclut la situation spéciale de ceux qui ont décidé l’élimination ou la permanence constitutionnelle de leurs armées respectives. Le modèle centre-américain de sécurité démocratique se base sur la suprématie et le renforcement du pouvoir civil ; le bilan raisonnable de forces ; la sécurité des personnes et de leurs biens ; l’éradication de la pauvreté et de la pauvreté externe ; la promotion du développement durable, la protection de l’environnement ; l’éradication de la violence, de la corruption et de l’impunité ; le terrorisme ; le trafic de drogue et le trafic d’armes, ainsi que sur l’orientation des ressources pour l’investissement social. La sécurité démocratique parie pour la sécurité des personnes, la réussite des conditionsde vie qui garantissent la jouissance pleine des droits de l’homme ainsi que pour l’absencede risques ou de menaces physiques. De là que, dans le contexte d’une nouvelle corrélationde forces à échelle mondiale, elle redéfinit la conception de sécurité, laissant de côté laDoctrine de la Sécurité Nationale qui avait prévalu dans le monde occidental depuis la finde la Seconde Guerre Mondiale. Le titre III du TMSDC se réfère à la sécurité régionale où sont stipulés des principes etdes objectifs actuels et cohérents, parmi lesquels on peut souligner : 62
  • 63.  Egalité souveraine entre les états et sécurité juridique dans leurs relations. La sécurité démocratique de chaque état est étroitement liée à la sécurité régionale ; par conséquent, aucun état ne fortifiera sa propre sécurité amoindrissant la sécurité des autres. Etablir un mécanisme préventif d’alerte pour les menaces contre la sécurité, pour toutes ses catégories et un programme permanent de mesures d’encouragement de la confiance. Etablir un équilibre raisonnable de forces militaires et de sécurité publique. Etablir un mécanisme centre-américain d’information et de communication pour la sécurité. Etablir ou renforcer les mécanismes centre-américains de solution pacifique de controverses et promouvoir la sécurité juridique des frontières, avec des délimitations et la solution de différends territoriaux non résolus encore. Même s’il s’agit du premier traité concernant la sécurité régionale, il est assez complet.Pourtant, jusqu’à présent, on a remarqué qu’il présente aussi des problèmes dans sonapplication, dont il faut signaler: Le TMSDC n’est pas né sur des bases politiques réelles puisque chaque pays en attendait quelque chose de différent. Malgré son ampleur, le TMSDC a montré plus d’intérêt pour les aspects de sécurité et de défense régionale que ceux d’aspect politique. C’est ainsi qu’il donne la priorité aux mesures d’encouragement de la confiance, à la remise des dossiers d’indicateurs sur effectifs, aux armements et autres qui se réfèrent spécifiquement à la défense. Ce qui avance le plus rapidement est la partie qui se réfère à la défense militaire. Il a eu, par essence, basiquement une application dans ce domaine. Dans ce sens, il est séparé de l’agenda national et, dans cette mesure, il a eu une vigueur et une application assez étroite qui ne correspond pas au vaste contenu du discours. Dans ce contexte, apparaît le concept de sécurité humaine, en pleine étape de transitionde la Doctrine de Sécurité Nationale vers la sécurité en démocratie, comme concept qui 63
  • 64. passe de l’état et de sa sécurité comme objectif, vers la responsabilité de la société à offrirla sécurité à tous ses intégrants, car c’est la personne et ses droits ce qui constitue l’objectifde la sécurité. Le modèle de sécurité latino-américain est marqué par des affrontements armés internesqui ont profondément altéré le tissu social communautaire et la manière dont les secteurs etles personnes se mettent en relation. Dans cette étape, un modèle de sécurité a été construit,basé sur l’autoritarisme, la violence, la force, l’emploi d’armes et le soupçon. Le type desolutions qui ont été appliquées dans le domaine de la sécurité tend plus à la punition et à larépression qu’à la prévention du délit. Les nouveaux agendas de sécurité devaient être créés à partir de la ré conceptualisationde la sécurité et sur la base de la reconnaissance de l’absence de menaces traditionnelles,par rapport à l’importance des menaces non traditionnelles qui incluent de nouveauxrisques et des vulnérabilités, étrangers à leur conception antérieure, couvrant l’aspect del’environnement, économique et social, primordialement. Dans l’étape actuelle de mondialisation, il est nécessaire de souligner quatre élémentssubstantifs, comme le fait que la sécurité internationale va au-delà des composantesmilitaires ; qu’elle est de caractère transnational, global et interdépendant ; qu’elle estproduite par une pluralité d’acteurs et, finalement, qu’elle étend l’agenda et demande unecollaboration et une association plus grandes. Aujourd’hui, les intérêts se déplacent vers l’interdépendance économique globale,changeant le centre d’intérêt. Cependant, la doctrine et les modèles de sécurité ont continuéde se focaliser sur la conception d’ennemis internes qui doivent être combattus. Pour cela,le nouvel agenda que les Etats-Unis proposent aux armées de la région se centre sur lecombat contre le crime organisé, le trafic de drogues, le terrorisme ou narcoterrorisme ainsique sur la défense des ressources nationales. 64
  • 65. Cependant, la prise de conscience de plus en plus importante de l’interdépendance entreles nations, due à la globalisation économique, amène aussi à développer le concept devulnérabilité, précisément parce que l’existence de chaînons faibles dans la chaîne affectele système dans son ensemble. La tendance à continuer d’affronter les sujets de cette nouvelle sécurité humaine avec lesméthodes traditionnelles fait que ces dernières se transforment en menaces pour cette mêmesécurité. Vouloir diminuer les indices de violence et de délinquance d’une société post-conflit par la voie de la force et de la répression non seulement les aggrave mais elleconvertit les institutions qui exécutent les actions en problème central, reproduisant laviolence que l’on veut faire cesser. De là le besoin de chercher des voies propres, nationales et sous-régionales, quiconduisent à des modèles basés sur les menaces et les besoins de chaque pays et de sesvoisins. Des modèles qui répondent à une recherche conjointe des acteurs, dans leursdimensions locales et nationales, des clés pour affronter les causes des insécurités ou desmenaces et non les effets ou conséquences. En résumé, la problématique de sécurité actuelle en Amérique Centrale présente diversproblèmes dérivés de la position des Etats-Unis par rapport à la sécurité hémisphérique,dont il faut signaler : Retour au renforcement des armées au détriment des forces policières civiles. Revenir à la conception de l’ennemi interne et de « qui n’est pas avec moi est contre moi » Durcissement des politiques migratoires, fermant les frontières sans se préoccuper d’investir dans les pays d’origine pour arrêter le flux vers le nord. Privilège des formes répressives de conduite pour contenir le mécontentement et combattre la délinquance, au-dessus du dialogue et de la prévention. 65
  • 66.  Les actions sont de préférence étatiques, fermant les mécanismes de participation de la société civile. Perte de souveraineté par de possibles invasions des Etats-Unis. Une des dernières tendances dans la région est la proposition qui provient de deux desprésidents d’Amérique Centrale, le Honduras et El Salvador : une méthode pourreconfigurer la présence militaire en Amérique Centrale, qui consiste à former une arméerégionale avec le soutien des Etats-Unis. Face à une possible intégration économique basée sur un accord commercial régional, onpart de la thèse qu’une des mesures serait l’intégration des forces armées, accompagnéed’une réduction dans les dépenses militaires et des aides militaires des Etats-Unis. Par rapport à cet événement, qui a été suivi d’une réunion, le 12 août 2003, par unepartie de la Commission de Sécurité de la région, nous croyons qu’il faut reprendre descritères basiques de chaque pays, basés sur le Traité Cadre de Sécurité et fixer des pointclés qui nous permettent la construction de proposition dans le cadre sous-régional àsavoir : Que toute demande par rapport aux nécessités de sécurité de la puissance ne dérange pas les processus de démocratisation nationale qui se présentaient jusqu’à présent. La séparation de fonctions entre les forces armées et les forces policières est un élément clé pour la démocratisation du pays. Dans le cas de la région centre américaine, on dispose d’un instrument qui contient le concept de cette sécurité coopérative et qui, en plus, inclut la participation de la société civile : le Traité Cadre de Sécurité Démocratique. D’un point de vue global, le terrorisme peut seulement être combattu dans la mesure où, dans les milieux locaux, on résout les conflits qui sont apparus de la marginalité, ainsi que la stabilité mondiale dépend de l’exercice démocratique réel qui se produit dans la périphérie. 66
  • 67.  Pour cela, il est indispensable d’arriver à la formulation d’une sécurité hémisphérique, partant de la sous-région qui travaille de façon coopérative et sans confrontations directes et qui favorise à son tour des accords qui s’orientent vers le renforcement des démocraties nationales, au lieu d’essayer de profiter des faiblesses institutionnelles pour pouvoir imposer des formes de réaction étrangères au nouveau modèle de sécurité démocratique.2.6 La Problématique de la région Andine 44 La région andine45 attire une partie importante de l’intérêt régional car des processus trèsparticuliers sont en train de se produire qui affectent l’ensemble, comme ceux dérivés de laproduction de drogues et la série d’actes d’illicites associés ; le maintien de mouvementguérilleros et, de façon spéciale, l’apparition de mouvements politiques radicaux auVénézuéla, en Equateur, au Pérou et en Bolivie. Avec tout cela, la sensation d’instabilité est plus qu’évidente dans cette sous-région.Ceci ajoute un nouveau facteur de complexité à la discussion sur la sécurité hémisphériquecar une partie importante des nouvelles menaces contre la sécurité s’y concentre. Il s’agitd’un processus qu’il est difficile de circonscrire géographiquement, sauf en Colombie, etqui affecte la capacité des états pour orienter leurs efforts vers les problèmes de fond qui setrouvent dans la marginalisation et le manque d’opportunités pour certains secteurs dechaque société. Pendant les années quatre-vingt-dix, des changements significatifs se sont produits dansle système politique international qui ont eu des conséquences directes sur les capacités denégociation et d’action des états andins. Essentiellement, dans le milieu régional,l’influence nord-américaine conditionne maintenant des initiatives politiques etéconomiques et détermine l’exécution des agendas de sécurité.44Adrián Bonilla.- Una Agenda de Seguridad Andina.- Santiago: Séminaire Research and Education in Defense and Security Studies (REDES 2003), Center for Hemispheric Defense Studies, octobre de 2003.45 Venezuela, Colombie, Equateur Pérou et Bolivie 67
  • 68. D’un autre côté, les nouveaux impératifs qui animent le processus de globalisation ontdonné de l’élan à des politiques d’intégration régionale et sous-régionale. Simultanément,la détérioration des arguments qui ont légitimé l’affrontement et la concurrence entre lespuissances de la Guerre Froide a provoqué la substitution des vieilles propositionsidéologiques qui n’ont plus la capacité agglutinante dans divers régimes internationaux. Les pays andins assument des processus de gouvernabilité civile qui ne finissent pas dese consolider et ils sont harcelés par des problèmes économiques et politiques séparés deleur structure sociale et du projet institutionnel. Les perceptions de menace, par contre, sontconfrontées à des régimes collectifs pensés pour des situations plus stables. Le discours de la démocratie conduit aux différentes instances de participation des étatsdans les organismes et les institutions politiques et sociales, ainsi qu’à la condition quilégitime l’inclusion ou l’exclusion dans les processus d’intégration politique et économiqueà échelle continentale, avec l’aval et l’assentiment de l’OEA et poussés, depuis la secondemoitié des années quatre-vingt-dix, par les différents Sommets des Amériques. Dans ce cadre, les processus et les initiatives d’intégration, concrètement les objectifsainsi que les plans et les mécanismes qui se dégagent des Sommets Présidentiels de 1994,1998 et 2001, se dirigent à reconfigurer un espace nouveau d’hégémonie, de même qu’ilss’orientent à créer ou reconfigurer les points des agendas mutuels sur les plans de lasécurité, de l’économie et de la politique. Cette dynamique de redéfinitions provient des initiatives d’intégration des trois dernierssommets, lesquelles dirigent leurs efforts pour le renforcement de la démocratie, du librecommerce et du développement durable, ce qui a également provoqué des modifications etdes innovations dans les canaux de participation de la société civile et de ses organisationscomme résultat de l’augmentation de son importance. 68
  • 69. Quand on se demande : quels sont les thèmes de sécurité présents dans les trois sommetsprésidentiels ? Nous trouvons que les anciens thèmes conventionnels sont modifiés parl’image des menaces transnationales et qu’elles peuvent toutes être représentées dans larégion andine : trafic de drogues, délinquance organisée, « terrorisme » et faiblesse extrêmeou échec des états pour contrôler ses espaces et sa population, avec le risque que leproblème de sécurité s’internationalise. Ce préambule crée les conditions pour se prononcer sur l’impact des politiques desécurité nord-américaine dans la région andine, à propos du conflit colombien et de la luttecontre le trafic de drogues. Un objectif supplémentaire est celui de discuter la possibilité que les Etats andinsdoivent affronter de manière autonome le problème depuis des instances multilatérales,particulièrement leur propre système d’intégration : La Communauté Andine de Nations(CAN). L’importance de la politique des Etats-Unis est déterminante dans la productiond’agendas sous-régionaux et nationaux dans les Andes, étant donné que l’asymétrie entreles acteurs est si grande qu’inévitablement les agendas des pays andins opèrent avec desconduites réactives, indépendamment que tous les objectifs et les emphases ne sont paspartagés. Pour discuter la politique des Etats-Unis, on a confronté les objectifs de la stratégienord-américaine avec les événements politiques et le contexte de la région andine, avecl’intention de découvrir s’il y a des changements ou des impacts déterminants après lanouvelle reformulation globale de Washington , à partir de l’année 2001. Les thèmes nord-américains évoluent dans la région andine vers l’objectif central :combattre le terrorisme, lequel apparaît maintenant comme la cause efficace du trafic dedrogues et le motif pour défendre la démocratie et l’économie de libre marché. La stratégie 69
  • 70. de sécurité des Etats-Unis unit et subordonne les réponses de tous les pays andins,indépendamment que leurs politiques extérieures et de défense aient d’autres priorités. Depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, tous les états du monde andin ont vécu encrise politique permanente, définie par une légitimité précaire, produit d’un déficitchronique de représentation. Ce déficit aurait au moins trois caractéristiques : La plupart des personnes ne participe pas aux processus de prise de décisions stratégiques nationales et non plus à ceux qui se réfèrent aux affaires particulières de leurs communautés. Il n’existe pas de mécanismes efficaces ni légitimes pour rendre des comptes, raison pour laquelle les niveaux d’impunité, aussi bien dans la société civile que dans l’exercice du pouvoir politique, sont extrêmement élevés. Une partie importante des sociétés manque de qualité de citoyenneté. La position des pays andins sur la scène internationale en matière de sécurité et dedéfense est vulnérable. La turbulence politique de la région et la faiblesse économique,ajoutée à la complexité des thèmes conflictuels, rendent difficile la formulation depolitiques autonomes. Tous les conflits centraux de la région andine sont de caractère transnational et iln’existe pas de régimes qui puissent les aborder au-delà de ceux que Washington a établis.Le résultat de cette situation est l’absence d’initiative dans la région et la subordination auxinstruments, la vision et la stratégie des Etats-Unis. Les problèmes de sécurité et de défense les plus importants du monde andin sont leconflit colombien qui représente une menace comme conséquence de la globalisationdéfectueuse de ce pays et du reste de la région, ce qui s’exprime dans l’incapacité de l’étatpour contrôler le territoire et les phénomènes politiques et violents qui s’y produisent. 70
  • 71. Une menace supplémentaire est la possibilité d’intervenir dans ce conflit commeconséquence de sa régionalisation sociale et de la politique nord-américaine qui cherche àaugmenter des actions collectives pour soutenir une stratégie qui donne la priorité audomaine militaire. Aussi, un sujet supplémentaire est la continuité et la radicalisation de la stratégie anti-drogues qui se base sur le contrôle, l’interdiction et la répression des activités liées à laproduction de psychotropes illégaux dans les pays producteurs et, bien qu’elle ne soit paseffective, elle a produit une série de conflits sociaux dans la sous-région. Les politiques de sécurité des états andins ont été réactives, mais elles ont eu une toile defond commune qui peut offrir des alternatives à la manière dont est traité le conflit et c’estla recherche d’espaces multilatéraux qui pourraient affronter certains de ces sujets. L’und’eux est l’instance sud-américaine établie après deux sommets présidentiels, sans laisserde côté les scénarios traditionnels tels que l’OEA et l’ONU. L’impact du 11 septembre 2001 dans la région andine a été de rendre visible lapossibilité d’inclure les conflits régionaux, particulièrement le colombien, dans unestratégie globale de sécurité qui envisage l’utilisation d’instruments militaires. Le climatpolitique en Colombie s’est transformé et les options négociées ou les visions des sociétéssur le conflit ont cédé la place à des perspectives conventionnelles et réalistes de sécurité. Le système d’intégration andin n’apparaît pas pour le moment comme un instrumentviable, ni avec les possibilités de traiter les conflits transnationaux de la région. Ce n’estpas seulement que les niveaux d’interdépendance économique se sont détériorés dans lesdernières années, ni qu’il existe comme précédent le fait que les problèmes de tarifsdouaniers les plus simples n’aient pas pu être acquittés, mais que politiquement la diversitédes problèmes, le manque de ressources et la différenciation entre les intérêts nationaux desécurité de ces pays ont rendu impossible, au-delà de la rhétorique, que la CAN puisse 71
  • 72. développer des instruments punitifs ou des systèmes d’obligations contrôlées quipermettent des conduites communes. Les régimes démocratiques dans la région ont été harcelés par des problèmes constantsqui révèlent un haut degré de participation militaire, très souvent comme conséquence de lafaiblesse des institutions civiles. Mais au-delà de cela, ils manquent d’une légitimitébasique qui s’exprimerait dans un système de représentation et de participation minimale etdans des instances pour rendre des comptes. Finalement, le conflit colombien n’a pas aidé à promouvoir des systèmes crédibles pourrendre des comptes. Une approximation plutôt réaliste informe les politiques de sécurité etle lien entre les gouvernements. Malgré cela, des avancées importantes ont existé dans lesrelations bilatérales, la plus emblématique d’entre elles, est celle de l’Equateur avec lePérou.2.7 Le Cône Sud de l’Amérique et sa stabilité relative 46 Comparée avec d’autres régions du sous-continent, caractérisées par des convulsionspolitico-économiques et par une militarisation croissante –comme le cas de la régionandine– ou stagnation, exclusion sociale et insécurité publique croissante –l’isthme centre-américain– la situation stratégique et géopolitique du Cône Sud est sans aucun doutemeilleure. La fin de la Guerre Froide a eu un effet très positif pour les pays du Cône Sud del’Amérique Latine, spécialement pour les relations entre l’Argentine, le Brésil et le Chiliqui ont avancé de façon soutenue depuis la confrontation vers la coopération, semblant peuprobable la régression vers un scénario conflictuel dans cette région.46 Francisco Rojas A.- “La agenda de seguridad en el Cono Sur”.- in Klaus Bodemer.- El cuadro de seguridad/inseguridad en las sub-regiones de América Latina: Resumen Ejecutivo.-Caracas: Recal / IIK / Flacso-Chile / Nueva Sociedad, 2003, p.6. 72
  • 73. Les variables déterminantes qui ont eu de l’influence sont la stabilité politique,l’interrelation entre les acteurs principaux et leur degré d’institutionnalisation, le bas degréde conflit inter-états et les préoccupations partagées, soutenu par les accords et des régimesinternationaux qui ont rendu possible de vieux espoirs. A cela s’ajoutent le degré de modernisation des forces armées, les demandes demodernisation en matières stratégiques, la réduction des dépenses militaires, l’assistance etla coopération externe en matière de défense, la participation à des opérations de maintiende la paix et dans des régimes de contrôle d’armements et, finalement, l’impact de l’actioninternationale de la sous-région. Avec le processus de démocratisation, se sont ouverts des espaces pour un dialoguepolitique et un nouveau type de leadership en matière de défense et de sécuritéinternationale qui, en plus d’un plus grand engagement institutionnel, a augmenté sonpatrimoine culturel en la matière. La fin de la confrontation géopolitique entre le Chili, l’Argentine et le Brésil et de laconcurrence stratégique dans le domaine nucléaire entre le Brésil et l’Argentine, ont rendupossible la coopération politico-stratégique aussi bien entre les états que dans le domaineinternational. Le même effet a trouvé la solution à la plupart des conflits frontaliers entre le Chili etl’Argentine comme conséquence d’une nette volonté d’entendement, apparue à partir de lasignature du Traité de Paix et d’Amitié de 1985, qui a mis fin au contentieux du CanalBeagle qui les avaient mis au bord de la guerre en 1978. Résumant les expériences des vingt dernières années, nous pouvons extraire six leçonspositives dans la résolution de conflits dans le Cône Sud, à savoir : Rationalité politique dans les décisions pendant des situations de crise. 73
  • 74.  Valeurs partagées. Dépassement des différences territoriales. Croissante indépendance économique et coordination politique. Une perception des risques partagée. Mesures de confiance mutuelle qui ont produit un processus de transparence croissante. Ces six leçons ont pu se consolider grâce à l’application d’une série de conceptsarticulateurs qui facilitent les relations mutuelles : Gradualité, au lieu de buts finalistes. Flexibilité, au lieu du maintien de positions formelles. Actions réciproques et équilibrées. Symétrie dans l’accomplissement des engagements. Traitement préférentiel dans le cadre du concept d’un régionalisme ouvert. Incorporation d’acteurs non traditionnels dans les relations stratégiques. Les quatre instruments principaux dans le Cône Sud par rapport au sujet del’institutionnalisation –un facteur déterminant par le succès de n’importe quel processus decoopération, plus encore en matière de défense et sécurité– sont : La création et le développement de structures formelles de caractère pyramidal. L’établissement de cadres institutionnels où on planifie, coordonne et donne de l’élan à des mesures de confiance mutuelle et de sécurité. L’action concertée des pays du Cône Sud face aux risques partagés. La création de régimes internationaux de caractère qui rend inaliénable. Les facteurs ici mentionnés expliquent en grande mesure le fait que le Cône Sud est entrain de se transformer de plus en plus dans une zone de paix et de stabilité, servant ainsi demodèle pour d’autres régions du sous-continent latino-américain, qui continuent d’êtreplongés dans des convulsions politiques, économiques et/ou sociales. 74
  • 75. 2.8 La coexistence de puissances et de pays de différente stature stratégique 47 L’Amérique est un continent asymétrique. Dans presque toutes les variables, noustrouverons une différence marquée entre le potentiel des Etats-Unis et le reste des pays,même entre eux. Si l’on mesure le potentiel économique, la capacité de productionindustrielle et le développement technologique, les niveaux de scolarité et le potentieldiplomatique, entre autres, nous trouverons cette différence qui, bien entendu, se reflète enmatière stratégique. On peut argumenter que cette réalité a toujours existé, mais dans les dernières années,cette asymétrie s’est accentuée aussi bien en matière économique que stratégique.Considérant le produit interne brut (PIB), nous trouvons une différence marquée entre ceque sont les Etats-Unis et l’Amérique du Nord en général, par rapport à l’Amérique Latineet les Caraïbes. Le graphique suivant montre la différence qui existe entre l’économie nord-américaine et certains des pays latino-américains.47 Gabriel Gaspar,.- Desafíos y dilemas de la seguridad en América Latina en la Posguerra Fría.- Santiago: Seminario Research and Education in Defense and Security Studies (REDES 2003), Center for Hemispheric Defense Studies, octobre 2003 75
  • 76. PRODUIT INTERNE BRUT 2006 AUTRES PAYS AMÉRICAINES 12% AMÉRIQUE DU NORD 88% Illustration 1 Source: F.M.I (2006). Cette remarquable asymétrie s’exprime évidemment dans une diversité d’intérêts desdifférents états dans le domaine international et, par conséquent, dans leurs programmes desécurité et de défense. Depuis que les Étas-Unis ont terminé leur unification territoriale jusquà la côte duPacifique et résolu les problèmes de la Guerre de Sécession, leur projection géopolitique estdevenue évidente dans le bassin des Caraïbes et dans leurs relations avec le Mexique etl’Amérique Centrale. Les pays d’Amérique du Sud, en plus grande ou moindre mesure, ontmaintenu durant cette période divers accords avec les puissances européennes de l’époque ;cependant, après la fin des Deux Guerres Mondiales et la perte de pouvoir des puissanceseuropéennes, le poids stratégique uni à l’influence politique et économique des États-Unis aprofondément pénétré les nations sud-américaines. 76
  • 77. Du point de vue des mécanismes de sécurité, ceci s’est traduit par la signature du TIARet l’établissement d’un vaste programme de collaboration bilatérale, ce qu’on appelle PAMou Pacte d’Aide Militaire, entre les États-Unis et la majorité des pays latino-américains. Si le poids de la puissance nord-américaine en temps de Guerre Froide ne pouvait êtredissimulé, dans les jours suivant la fin de l’affrontement bipolaire, il était encore plusgrand. Aujourd’hui, les États-Unis sont la seule superpuissance du globe et, par conséquent,leurs intérêts de sécurité sont conçus à échelle globale, planétaire. L’Amérique Latine estune partie de leurs intérêts, mais elle ne sera pas toujours sa priorité. Dans une moindre mesure, le Canada représente aussi le secteur du continent qui sepréoccupe de ce qui se passe au delà des limites continentales. Il fait partie de l’OTAN etdu Groupe des Sept. Son projet de sécurité, tout comme celui des États-Unis, se projette audelà du domaine continental. À l’échelle régionale, il y a deux pays qui possèdent une claire projection régionale, leMexique et le Brésil. Tant par leur masse démographique que par la taille de leurséconomies, ces deux pays exercent une influence incontestable sur leur environnement. Aussi, ils possèdent une tradition diplomatique rigoureuse. Tlatelolco et Itamarati sontdeux des principales chancelleries les plus expérimentées d’Amérique latine. En matièrestratégique, ils présentent quelques différences entre eux : alors que le Brésil s’est efforcéde préserver un potentiel stratégique en accord avec ses prétentions de participation dansles affaires globales et régionales, 48 le Mexique a subi, durant les dernières décennies dusiècle passé, une progressive diminution de son potentiel militaire. Ce processus aseulement été renversé partiellement à l’occasion du soulèvement de Chiapas en janvier48 Le Brésil est aujourd’hui le seul pays latino-américain à posséder des porte-avions, une industrie de défense active et à éter présent sur le marché mundial des armes. Il a le projetégalement de faire un profond changement de sa flotte aérienne et il est en train de concrétiser sa nouvelle force terrestre. 77
  • 78. 1994, qui s’est traduit par une augmentation d’effectifs, d’équipements et de capitalpolitique de l’armée mexicaine. Ensuite, nous trouvons une diversité de cas nationaux, mais la majorité sont définis enmatière de sécurité par des intérêts localisés principalement dans leur environnementvoisin. Il y a même dans la région beaucoup de pays avec de petites économies, où lesproblématiques de sécurité ont peu de rapport avec la défense classique, au point quebeaucoup d’entre eux n’ont pas de forces armées, comme c’est le cas de la majorité despays des Caraïbes. Cette variété de statures stratégiques inégales qui composent la mosaïque américainen’est pas nouvelle mais elle s’est accentuée ces dernières années. La diversité en matièred’intérêts de sécurité permet de se poser une question par rapport à la possibilité deconstruire un système de sécurité hémisphérique basé sur une menace commune, delaquelle se dégage une seconde idée, qui se réfère à ce que serait une menace commune entemps de post-Guerre Froide. 78
  • 79. I PARTIE : LA DÉFENSE RÉGIONALE DU CONTINENT AMÉRICAINOn doit comprendre la défense régionale américaine en considérant que l’équilibre despouvoirs dans la zone est marqué, nécessairement, par le rôle central des Etats-Unis, depuisle début des processus d’émancipation de la fin du XVIIIème et le début du XXème siècle, encoexistence avec une forte tradition multilatéraliste qui, malgré sa force, n’a pas impliquéde variations importantes dans l’état des choses. Déjà en plein XXème siècle, le rôle des Etats-Unis s’accentue en se différenciant de plusen plus de leurs voisins par leur condition de puissance mondiale croissante, ce qui estréaffirmé pendant la Guerre Froide. Suite à la chute du Mur de Berlin, le type de relations achangé mais cela n’a pas affecté de façon significative leur position politique etéconomique dans la région, même si des leaderships contraires à leurs intérêts sont apparus. 79
  • 80. Cette manière de voir facilite la compréhension du traitement qui a été donnéehistoriquement aux menaces, depuis les premières définitions apparues précisément desEtats-Unis, avec leur si célèbre « l’Amérique aux américains » qui, sans aucun doute, aaffecté la conformation du Système Interaméricain et la conception précoce d’une menaceextracontinentale, dont la vision est également touchée par la période de la Guerre Froide etpar les conséquences de la chute du Mur de Berlin. Le traitement des menaces conçues et assumées comme étant d’impact collectif a étémené au moyen des institutions créées sur le Système Interaméricain, dont les outils et lesrégimes internationaux l’ont doté d’une capacité d’analyse et d’étude de sa provenance etde ses portées. Ceci a cédé le pas à la souscription de mesures de sécurité collective, dontl’efficacité a été fortement questionnée dans le schéma actuel des relations internationales,principalement pour son incapacité à faire face aux défis du présent qui ont changésubstantiellement en matière de sécurité. Cela a cédé le pas à un intense débat au sujet des structures et des régimesinternationaux qui conforment le Système Interaméricain, ce qui se reflète dans l’analyserespective comme soutien des changements qu’il est nécessaire d’imposer pour traiter unproblème qui, même s’il nous touche tous, a des portées et des impacts différents selon lasous-région dont il s’agit.1 L’EQUILIBRE DES PUISSANCES1.1 Le rôle central des Etats-Unis Les impératifs de base, définis comme étant les valeurs déclamées par les dirigeantspolitiques, supposément ancrés dans de profondes racines historiques avec leur chargemorale conséquente, et synthétisés dans le Destin Manifeste de 1845, sont : 80
  • 81.  L’exceptionnalisme nord-américain, qui convertit les Etats-Unis en phare pour le monde et fonctionne comme schéma de justification d’une politique extérieure de « croisade ». Une morale ascétique, protégée par les principes des « Pères Fondateurs » et par les expectatives des « pères pèlerins » qui sont arrivés à bord du Mayflower en 1620. La démocratie libérale, qui est d’abord passée par une période semi directe qui faisait cesser les disputes dans une assemblée, entre semblables, et s’est ensuite établie comme un ensemble de procédures qui marquent les règles du régime politique. Le républicanisme constitutionnel, éloigné de toute forme monarchique, avec un pouvoir contrôlé qui garantit la liberté individuelle. Les tendances permanentes, converties en les axes centraux des débats théoriques sur lapolitique extérieure nord-américaine. La première tendance permanente a été l’isolationnisme, qui s’est maintenu en vigueurjusqu’à la Première Guerre Mondiale. Il a été succédé par l’interventionnisme, clairementmanifeste pendant la Guerre Froide. Ces deux tendances se manifestent constamment face àtout changement profond de la situation internationale. A un niveau moindre, dans lesannées quatre vingt dix, se sont ajoutées les postures globalistes et régionalistes etl’ambivalence entre multilatéralisme et bilatéralisme, pour lequel les Etats-Unis ont montréune claire préférence, spécialement dans la lutte contre le trafic de drogue. Les doctrines apparaissent tôt au XXème siècle et se réfèrent également à deux posturesdichotomiques : l’idéalisme wilsonien49 et le réalisme politique50. Les deux doctrinesdébattent constamment (même les versions néo idéalistes ou néo réalistes) entre lesdemandes du pouvoir (intérêt national, sécurité nationale, survie) et les impératifs moraux(démocratie, ordre juridique, droits de l’homme). Avec l’entrée en crise du paradigmeréaliste dans les Relations Internationales, apparaît l’interdépendance de Keohane et Nye,49 La perspective idéaliste peut être étudiée in Henry Kissinger.- La diplomacia.- Buenos Aires : FCE, 199950 La perspective réaliste peut être étudiée in Hans Morgenthau.- Paz y guerra entre las naciones.- Buenos Aires : GEL, 1996 81
  • 82. une théorie ad hoc qui, même si elle est apte pour différents scénarios, a été élaborée pourinterpréter la relation Japon- Etats-Unis et, par conséquent, est de courte portée. Les schémas de pouvoir répondent à une des catégories antérieures, qui ne sont pastoujours ordonnés de façon logique mais qui sont fixés dans ces catégories. La majoritésont des composants de la politique extérieure comme l’équilibre de pouvoir (Kissinger), lasécurité collective (ONU), la politique de containment (Doctrine Truman) dans ses versionssymétrique et asymétrique (John Lewis Gaddis). D’autres font partie de la politique interne,comme la Doctrine Monroe dans sa version isolationniste (expansion vers l’ouest) alors quela version interventionniste (Corollaire Roosevelt) fait partie de la politique extérieure. L’élaboration de politiques représente la construction d’un schéma théorique minimumdont la finalité est de doter les gouvernants d’outils qui cautionnent ou expliquent des coursd’action déterminés. Parmi ces politiques, nous trouvons la politique de « bon voisinage » de Franklin DelanoRoosevelt, la sécurité nationale (Paul Nitze et la directive NSC-68) et son articulation avecl’intérêt national dans la version de George Kennan, la dissuasion nucléaire, la « détente »de Nixon- Kissinger, le multilatéralisme assertif (trilatéralisme) de Carter- Brzezinski, le« grand ennemi » de Reagan, la diplomatie économique de Clinton-Kantor, le NouvelOrdre Mondial de Bush-Scowcroft et les « nouvelles menaces » qui ont marqué les dixdernières années de la politique extérieure nord-américaine et présentent les problèmescomme étant des impératifs basiques de la politique extérieure (trafic de drogue, droits del’homme, dissémination de technologie nucléaire, attaques informatiques). La terminologie, accompagne chaque schéma de politique extérieure. Dans les relationsEtats-Unis - Argentine, pendant le gouvernement de Perón, nous avons assisté au quid pro 82
  • 83. quo initial, ensuite à des « cool, but correct relations », en passant par « l’amitié correcte »et en terminant par la « pression amicale »51. Quant à la dissuasion nucléaire, nous trouvons la MAD (Destruction Mutuelle Assurée)et la capacité de Premier Coup. En ce qui concerne les relations avec la Chine, on parle« d’ambiguïté stratégique » alors qu’on soutient la « sécurité coopérative » comme schémad’analyse pour les problèmes mondiaux. Malgré ces dissonances épistémologiques, les Etats-Unis ont conservé et augmenté leurpouvoir dans le monde dans les dernières 200 années, aux dépens de puissances beaucoupplus préparées, comme l’Angleterre. Il y a divers facteurs qui doivent être pris en comptelorsqu’on étudie cette contradiction. De ce point de vue, l’ambivalence entre discours et politique trouve une cohérenceinterne seulement si on considère le discours comme une politique qui essaie de convaincre,et la politique comme un discours qui essaie de créer des signifiés. 52 Le débat sur la politique extérieure a une intensité académique distinctive aux Etats-Unis, conformément au niveau que la discipline des Relations Internationales a atteint. Larelation entre le monde académique et les responsabilités de gouvernement est étroite et ungrand nombre de fonctions exécutives sont exercées par des personnalités qui proviennentdes universités.1.1.1 Origines d’une position historiquement prépondérante Au début de l’indépendance américaine, la différence entre les Etats-Unis et l’AmériqueLatine était déjà considérable, aussi bien pour les caractéristiques des processus coloniauxde l’Espagne et du Portugal -extrêmement différents de celui des treize coloniesbritanniques- que pour le simple fait que l’intérêt pour légitimer la première « nouvelle51 Cette terminologie, qui se réfère à l’Argentine, peut se trouver in Mario Rapoport et Claudio Spiguel.- Estados Unidos y el peronismo.- Buenos Aires : Eudeba, 1997.52 On peut trouver une analyse du discours in David Marsh et Ferry Stocker.- Teoría y métodos de la ciencia política.- Madrid: Alianza, 1997 83
  • 84. nation » face au monde européen ne tenait pas compte, en aucune façon, de ses voisins duSud.53 Cependant, des raisons de sécurité ont provoqué un intéressant changement d’attitudedes Etats-Unis, par rapport à ce que deviendrait l’Amérique Latine, comme conséquencedes premières révolutions indépendantistes des colonies espagnoles voisines, lesquellesn’ayant pas la capacité de subsistance développée, ne voyaient pas l’annexion comme unesolution négative, ce qui pourrait faire place aux intérêts d’autres puissances européennes. La première crise entre les Etats-Unis et l’Espagne date de 1811, lorsqu’un petit groupe de révoltés de la Floride de l’Ouest a demandé son annexion aux Etats-Unis. Le Congrès a autorisé le Président James Madison à prendre possession temporairement des territoires espagnols pour éviter que ceux-ci ne passent aux mains des puissances étrangères, ce que l’on peut qualifier comme étant la première décision de politique extérieure “active”en vers une zone qui était à ce moment-là territoire de l’Espagne.54 Peu après, cette politique extérieure est devenue explicite, lorsqu’en 1823, la DoctrineMonroe a été annoncée, laquelle considérait qu’en Amérique Latine il y avait un systèmepolitique différent de celui en usage dans les monarchies de restauration européennes. C’estpour cela que les Etats-Unis interpréteraient comme dangereuse pour leur paix et leursécurité toute tentative du Vieux Monde pour récupérer ou pour étendre son influence sur leNouveau Monde. En vertu de cette doctrine, l’Union se proclamait protectrice officielle de la région et, parconséquent, avertissait l’Europe que toute menace contre les nouvelles républiques seraitconsidérée comme une menace directe contre son territoire, même si ce n’était pas encoreune puissance militaire. Néanmoins, on posait les bases pour le développement d’un53 Jorge Nef, , Ximena Nuñez,.- El Monólogo Interamericano: Una Visión Histórica.- Santiago: Revista del Instituto de Ciencia Política de la Universidad de Chile Nº 32, 1994, p. 83.54 Ibid., p. 84. 84
  • 85. sentiment nationaliste grandement soutenu par tous les secteurs politiques internes, ce quise réflèterait plus tard dans le « Destin Manifeste ». Le concept de Destin Manifeste de 1845 a revitalisé le sens de destin national chez lesnord-américains qui, en général, sentaient que leur mission était d’inculquer chez les autres“les frontières de la liberté”, distribuant leur idéalisme et leur foi dans les institutionsdémocratiques à ceux qui étaient capables de se gouverner eux-mêmes. Ceci excluait lesgens perçus incapables d’un gouvernement autonome, comme les indiens américains etceux qui n’était pas d’origine européenne.55 Cette idée a été instaurée comme une posture nettement défensive. Cependant, elle s’estexprimée par une pratique expansive qui étendrait l’influence et le contrôle territorial nord-américain à des zones adjacentes, ce qui peut être illustré par quelques événementsimportants de l’époque, tels que l’indépendance du Texas, la guerre avec le Mexique et legouvernement temporaire au Nicaragua qui cherchait son annexion aux Etats-Unis. 56 Plus tard, alors que les Etats-Unis se débattaient dans une atroce Guerre Civile entre lesÉtats du Nord et ceux du Sud, il a été possible d’apprécier une résurgence del’expansionnisme européen, spécialement de la part de la France et de l’Espagne qui s’estralliée à la dure tâche que l’expansionnisme nord-américain impliquait. Elle a motivé diverspays du centre et du Sud de l’Amérique à chercher un rapprochement avec la GrandeBretagne qui a fini par être le contrepoids des Etats-Unis et le modérateur d’autres intérêtseuropéens dans la région. Dans les années 1880, les Etats-Unis s’étaient déjà récupérés des effets de la Guerre deSécession. Ils avaient consolidé leurs positions vers l’Ouest et développé une importantecapacité industrielle ce qui faisait qu’ils s’élevaient comme une nation capable de secomparer avec les puissances européennes, créant le climat adéquat pour légitimer le rôle55 http://www.pbs.org/kera/usmexicanwar/dialogues/ prelude/manifest/d2asp.html56 Nef , Nuñez, Op. Cit., p.85. 85
  • 86. protecteur des pays latino-américains, moyennant l’établissement d’un mécanismemultilatéral. À la fin du XIXème siècle, le panaméricanisme soutenu par les Etats-Unis a substitué peuà peu l’américanisme bolivarien, avec l’idée présentée par Simon Bolivar le 19 juin 1826 àPanama qui cherchait la création d’une grande nation qui unirait les peuples depuis le RioGrande jusqu’au sud. Le panamericanisme pourrait être défini comme un système decaractère régional ou continental destiné à ce que toute l’Amérique puisse participersolidairement à la communauté internationale et, à la fois, résoudre à l’intérieur de sonsystème tous ses problèmes particuliers..57 En 1889, à la demande des Etats-Unis, a eu lieu à Washington la première ConférencePanaméricaine et on y a établi le Bureau des Républiques Américaines, non sans larésistance d’un grand nombre de pays convoqués, spécialement l’Argentine, le Brésil et leChili –les plus développés d’Amérique du Sud-, parmi lesquels la nouvelle organisationétait perçue comme un instrument du Département d’Etat nord-américain. Ces paysprétendaient créer des sauvegardes pour éviter des interventions nord-américaines, rendreplus faciles les arbitrages et construire un système de Droit International pour maintenir lapaix. Des expériences de cette nature se sont répétées à México en 1901, à Rio de Janeiro en 1906, à Buenos Aires en 1910, à Santiago du Chili en 1923, à la Havane en 1928, à Montevideo en 1933 et à Lima en 1938. Parmi les accords obtenus dans cette succession de conférences, il est possible de souligner la création de l’Union Panaméricaine qui sera chargée de la solution pacifique des controverses avec les arbitrages et un système de consultations. 5857 Fernando Gamboa, S.- Manual de Derecho Internacional Público.- Santiago: Ed. CESOC, 5ª edición, 1992, p. 127, in Juan E Cheyre E.- La Economía, una Nueva Variable en laRelación Estratégica y Geopolítica del Cono Sur de América.- Santiago: IGM, 2001.58 Juan E Cheyre E..- La Economía, una Nueva Variable en la Relación Estratégica y Geopolítica del Cono Sur de América.- Santiago: IGM, 2001, p.227. 86
  • 87. Au début du XXème siècle, les Etats-Unis avaient déjà consolidé leur état national etrenforcé leur destin manifeste. Ils avaient annexé le territoire mexicain, occupé Cuba,Puerto Rico et le Panama. Ils exerçaient aussi leur pleine hégémonie en Amérique Centraleet dans les Caraïbes hispanophones. Dans ce contexte, la Doctrine Monroe acquérait unenouvelle physionomie, en vertu de laquelle elle s’autodéfinissait le gardien et le garant del’ordre financier, politique et moral de la région. Alors, les Etats-Unis ont affirmé que, si un pays de l’hémisphère américain, situé dansleur zone d’influence menaçait ou mettait en danger les droits ou les propriétés de citoyensou d’entreprises de leur pays, le gouvernement nord-américain était obligé d’intervenir dansles affaires internes de ce pays pour le réorganiser, rétablissant les droits et le patrimoine deleur citoyenneté ou de leurs entreprises. Ce corollaire, attribué au Président Théodore Roosevelt en 1904, a transformé la Doctrine Monroe qui disait protéger les états du Nouveau Monde contre l’intervention européenn, en une doctrine d’intervention des Etats- Unis en Amérique Latine et dans les Caraïbes.59 De l’attitude des Etats-Unis, il est possible d’inférer que les pays du sud étaient perçuscomme des entités politiquement, socialement et économiquement instables, gouvernés leplus souvent par des leaders corrompus, habités par des populations de catégorie mineureou « de couleur », tempéramentaux, non enclins à travailler, manquants d’intérêts pouraméliorer leurs conditions de vie, qui ne manifestaient pas de garanties de sécurité pour lesintérêts nord-américains, raison suffisante pour intervenir directement et impudemmentdans leurs affaires internes. Il faut remarquer qu’à cette époque il y a eu quelques interprétations de la DoctrineMonroe, cristallisées en des politiques non moins interventionnistes, comme la politique du59 Alberto J. Sosa, ¿Plan sustentable o Doctrina Monroe?.- http://www.rebelion.org/opinion.htm 87
  • 88. « gros bâton », appliquée par le propre Roosevelt et qui a renforcé sa vision de « nationcivilisée » avec la responsabilité de se dresser comme une sorte de « police internationale ».Plus tard, « La Diplomatie du Dollar » s’est mise en place pendant le gouvernement deWilliam Taft (1909-1913), où la vision stéréotypée de l’Amérique Latine s’est accentuée,avec un caractère plus organique et permanent. L’agressive politique nord-américaine envers les états latino-américains, caractériséeessentiellement par l’interventionnisme, a provoqué quelques animosités qui ont amené àcréer de mesures palliatives, notamment l’organisation du Traité ABC, en 1909, entrel’Argentine, le Brésil et le Chili, avec le soutien de l’Empire Britannique qui, d’une certainemanière, a agi comme contrepoids dans la région, contribuant ainsi à atténuer les conditionsdu traitement que le Département d’Etat réservait aux pays situés dans sa zone d’influenceaméricaine. En effet, même si le traité n’a jamais été ratifié par les signataires, l’existence, quoique informelle, d’un bloc en Amérique du Sud –connu en Europe comme la Triple Entente Latino-américaine- a été vue avec méfiance par le gouvernement du président Woodrow Wilson, alors que le sénat étasunien le qualifiait comme étant le résultat d’une manœuvre européenne pour neutraliser l’expansionnisme nord- américain dans les Caraïbes.60 En réalité, les zèles interventionnistes les plus importants se concentraient au Mexique,en Amérique Centrale et dans les Caraïbes, avec plus d’emphase dans les deux dernièressous-régions parce qu’elles étaient considérées essentielles pour le développement dupouvoir naval nord-américain qui, sous la marque de la pensée d’Alfred Mahan, seproclamait comme la base vitale pour leur développement et leur suprématie régionale etmondiale.60 Cheyre, Op. Cit., p. 228. 88
  • 89. La présidence de Woolwich Wilson (1913-1921) a imprimé une nouvelle empreinte à laperception nord-américaine en ce qui concerne les états latino-américains, unissant sapolitique à un style idéaliste et au compromis avec les organismes internationaux, fondéssur le libre choix, sur la prédominance de la norme dans les relations internationales, sur lesmécanismes d’un ordre international de caractère pacifique. Avec cela, les Etats-Unis ontacquis une mission plutôt paternaliste, destinée à assurer la constitution et le maintien desrégimes démocratiques. Cependant, dans la pratique, cela s’est traduit par la continuation de l’interventionnismesur le continent, avec la réserve qu’il s’effectuerait sur des bases moins agressives,changeant le propos original qui était d’éviter les interventions d’autres puissances et desauvegarder les intérêts économiques, par un de plus large dimension politique comme lapréservation et l’extension d’un monde sain pour la démocratie. Cette politique a amené les Etats-Unis à nier la reconnaissance de tout régime qui ne soitpas clairement soutenu par un processus constitutionnel et électoral, constitué sur lesprincipes démocratiques les plus essentiels. Jusqu’ici il semblerait n’y avoir rien dediscutable mais, dans les faits, ces principes ont justifié des interventions militaires nord-américaines à Haïti, en République Dominicaine, au Nicaragua et à Cuba. Dans un autre ordre d’idées, une succession de convocations à la ConférencePanaméricaine n’a pas porté ses fruits du côté des états latins puisque les Etats-Unis ontrefusé systématiquement de discuter les propositions venant des membres du Sud, quiconsidéraient cette instance comme idéale pour refléter leurs intérêts. Cependant, pendantplus de trente ans, tout le pouvoir de l’organisme régional tenait grâce au présidentPermanent, qui était le Secrétaire d’Etat nord-américain, et était administré par un DirecteurGénéral de la même nationalité. Parallèlement, le pacte ABC s’est érodé peu à peu, basiquement à cause de la perte depouvoir de la Couronne Britannique après la Première Guerre Mondiale et de 89
  • 90. l’augmentation du pouvoir nord-américain qui s’élevait déjà au rang de puissancemondiale. Les gouvernements latino-américains ont cherché à canaliser leurs frustrationsavec la Ligue des Nations, récemment créée, sans obtenir les fruits attendus. En effet, cetteinstance n’est pas intervenue, pour une question politique, dans les affaires de l’HémisphèreOccidental, ce qui a réaffirmé le caractère unilatéral du maniement du systèmeinteraméricain. Dans les années trente, le gouvernement nord-américain était convaincu quel’intervention directe en Amérique Latine n’était plus nécessaire puisque leurs intérêtsétaient dûment préservés, grâce au lien intense établi avec la majorité des élitesgouvernantes, spécialement en Amérique Centrale où on avait formé et entraîné les policeslocales et où commençait un grand échange sur le plan militaire. En résumé, le maintien del’ordre régional et interne, avec une emphase dans la zone la plus proche des Etats-Unis,avait déjà été atteint avec les interventions précédentes. La pratique du rôle messianique des Etats-Unis en Amérique Latine a indéfectiblement provoqué la naissance de sentiments anti-nord-américains et de l’instabilité, ce qui a aidé à configurer un cadre de pauvreté politique et de sous- développement économique et social qui a souvent donné lieu à des systèmes politiques conduits par des leaders corrompus, anti-nationalistes et avec peu de légitimité interne, qui était précisément ce qui voulait être évité. 61 Postérieurement, avec l’arrivée au gouvernement de Franklin D. Roosevelt (1934-1947),on peut remarquer une nouvelle évolution dans les relations entre les Etats-Unis etl’Amérique Latine, cette fois-ci tournées vers l’entendement, reportant ainsi lestraditionnelles intimidation et intervention, changeant ceci pour un degré plus important decoopération et d’acceptation du droit international, sous la dénomination de politique de« Bon Voisinage » qui, dans une certaine mesure, essayait de rendre compatible l’idée dudestin manifeste avec la non intervention dans les affaires internes d’autres états.61 Nef et Nuñez, Op. Cit., p. 90. 90
  • 91. Sans aucun doute, cette réorientation de la politique extérieure a contribué à légitimer laposition des Etats-Unis en tant que leader dans les affaires économiques dans l’hémisphère,avec la concession de prêts pour divers projets de développement continental –même s’ilsétaient sujets à la condition que les fonds devaient être utilisés pour l’acquisitiond’exportations nord-américaines- ainsi qu’avec la diffusion et le transfert de capital et detechnologie. Comme cela est compréhensible, cette politique cherchait à ouvrir des marchés et à créerdes alliés stratégiques, étant donné le conflit qui se profilait déjà avec les puissances del’Axe, dépassant la sphère de la coopération déjà existante pour établir les bases d’uncontact plus étroit dans le domaine politique, contact qui puisse créer des conditions pourune future coopération de caractère militaire. Dans ce sens, on a commencé par uneformulation sur la menace qu’impliquaient pour le Continent les puissances fascistes et l’onest arrivé à proposer la création d’une force hémisphérique. A mesure que les événements en Europe se déclenchaient, préalablement à la DeuxièmeGuerre Mondiale, les Etats-Unis ont agi avec une série d’actions destinées à faire obstacle àl’influence relative de l’Axe, spécialement de l’Allemagne. Pendant des années, celle-ciavait été la source principale d’instruction et d’approvisionnement des armées sud-américaines. C’est pour cela que les États-Unis ont envoyé une multitude d’assesseursmilitaires et augmenté la vente d’armes, faisant place à un transfert important de ressourcesfinancières, d’équipement, d’entraînement et d’infrastructure. Ainsi, les premiers pas ontété donnés pour la dépendance postérieure des appareils militaires latino-américains, avecpeu d’exceptions. À la fin de la Deuxiéme Guerre Mondiale, la perception nord-américaine enversl’Amérique Latine avait changé considérablement, les considérant des pays alliés qui, sousdifférentes formes, avaient coopéré à la défense du continent, de même qu’ils avaientsoutenu l’effort de guerre des Etats-Unis. Parmi ces aspects, on peut signaler les facilités de 91
  • 92. navigation et de contrôle du trafic maritime dans la zone côtière atlantique et du PacifiqueNord ainsi que les forces que le Brésil a apporté et les conditions privilégiées que certainspays ont accordé à la vente de matières premières essentielles, autant pour le maintien desforces que pour la provision de matériaux. La tendance à la coopération se trouvait dans son meilleur moment et a même atteint lecaractère de vision réciproque, raison pour laquelle les Etats-Unis ont essayé de changerleur image d’agresseurs et d’interventionnistes, héritée après plus d’un siècle de relationspermanentes. Ils ont prétendu aussi encourager un esprit de panaméricanisme, augmentantles relations commerciales, techniques et militaires.1.1.2 Les relations pendant la Guerre Froide La scène politique mondiale d’après-guerre n’a pas tardé à faire sentir ses effets danscette partie de la planète, faisant que les relations entre les Etats-Unis et l’Amérique Latinepassent du caractère de « spécial », qu’elles avaient atteint dans les dix dernières années, àcelui de globalisme propre du nouveau rôle que la puissance triomphante avait acquis, cequi signifiait être le leader du monde occidental. Les intérêts stratégico-militaires de Washington remplissaient l’agenda, déplaçant sansplus l’intérêt pour les questions économiques et les problèmes de sous-développement deses voisins du Sud. Dans ce contexte, en 1947, a eu lieu une Conférence PanaméricaineSpéciale, ajournée depuis 1945, dans le but de créer un mécanisme de défense collective,concrétisé dans le Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque (TIAR), connu égalementcomme le Traité de Río. Ce mécanisme articulait les intérêts et les discours de labureaucratie militaire émergeante aux Etats-Unis. L’année suivante, l’Union Panaméricaine a été rebaptisée Organisation des États-Américains (OEA), sans que la plupart de ses intégrants laisse percevoir une sorte desolution de continuité dans l’administration de l’hégémonie nord-américaine dans la région. 92
  • 93. Plus encore, certains de ses critiques l’ont cataloguée d’instrument de relations publiquesdu TIAR. Mais la croissante polarisation Est-Ouest, qui justifiait pleinement la réalisationdes intérêts des Etats-Unis, faisait taire ces visions. A partir des accords souscrits, comme le Traité de Río en 1947, et la conférence deBogotá en 1948, les relations hémisphériques ont changé radicalement. Depuis lors etjusqu’à la fin de la Guerre Froide, elles tourneraient autour de la politique de sécuritécollective imposée par les Etats-Unis pour contenir toute possible menace externe ouinterne de l’URSS et de ses satellites dans la région.62 Cependant, les relations entre les états latino-américains étaient en train de changer. Desforces portées à la revendication d’intérêts sociaux, à la redistribution des revenus et àd’autres réformes essentielles apparaissaient et, en plus de s’organiser politiquement, ellesexerçaient une pression sur leurs gouvernements respectifs. Cette situation n’a pas tardé àaffecter la perception nord-américaine quant à la région, plus encore si on la comparait au« fantôme » de la Guerre Froide, qui n’était ni plus ni moins que la menace communiste. Ainsi, les conditions pour le retour abrupt du style agressif et interventionniste desrelations entre les Etats-Unis et l’Amérique Latine ont commencé à apparaître. Mais cettefois-ci, il se présentait, en plus, très porteur d’idéologie, centrant ses efforts sur lacontention du communisme et sur le soutien aux gouvernements qui combattaientl’insurrection, créée par la pénétration soviétique dans les nations moins développées etnécessitant davantage de changements. Parallèlement, et dans le domaine strictement militaire, les Etats-Unis ont convainculeurs voisins du Sud de la gravité de la menace soviétique depuis la mer. En 1957, ils ontcommencé des exercices de guerre anti-sous-marins, appelés opérations UNITAS, qui sedéroulaient bilatéralement tous les ans avec chacune des forces navales latino-américaineset qui constituaient le principal facteur d’influence dans ce domaine.62 Cheyre, Op. cit., p. 230. 93
  • 94. Nous pouvons ajouter à ceci le transfert de matériel, en vertu du Pacte d’AssistanceMilitaire, qui a assuré l’équilibre stratégique en Amérique, depuis la perspective nord-américaine, alors que la décision sur le type de matériel terrestre, naval ou aérien qui seraittransféré à chaque pays n’a pas été négociée mais a seulement été résolue unilatéralement. D’un point de vue critique, il est possible d’affirmer que la lutte contre le communisme adonné aux Etats-Unis une justification hautement persuasive pour persister dans soninterventionisme historique, transformés cette fois-ci en bastion contre-révolutionnaire, cequi a dérivé dans de nombreux efforts pour contrôler la manifestation d’un mécontentementcroissant dans de vastes secteurs de la plupart des états latino-américains. Cependant, les pressions pour le changement social ont continué à augmenter,radicalisant le contenu de leurs messages et de leurs actions, sur la base d’un lien fort entreles mouvements progressistes et les forces politiques soviétiques destinées à opérer sur lecontinent, dont les facteurs d’union basiques étaient le caractère militant des organisationset le sentiment anti-nord-américain. Face à ce scénario, les Etats-Unis ont réagi seulementaprès la révolution cubaine avec le lancement d’une instance de coopération appelée Alliance pour le Progrès, lancée en 1961 lors d’une réunion de chanceliers qui s’est tenueen Uruguay. L’objet de l’alliance était de prévenir un éclatement de l’insurrection gauchiste, avec la création de conditions sociales et économiques palliatives au sous- développement de la région, ainsi qu’avec l’incorporation des secteurs les plus pauvres, identifiés comme les plus vulnérables à l’influence des mouvements révolutionnaires. 6363 Jerome Levinson, et Juan De Onis.- The Alliance that Lost its Way: A Critical Report of the Alliance for Progress.- Chicago: Quadrangle Books, 1970, p. 76. 94
  • 95. Néanmoins, derrière cette politique qui reposait essentiellement sur la promotion duprogrès, se cachait un élément très agressif, plus encore que les pratiques de la périodenettement interventionniste, comme la politique militaire pré-active, destinée à la formationde forces spéciales organisées et entraînées à la lutte contre l’insurrection des guérillas, quin’a pas atteint l’effet voulu face à l’augmentation soutenue de la menace soviétique. Comme il est évident, les éléments générateurs de développement ont été peu à peudéplacés par l’intérêt pour la politique militaire, avec un fort retour au modèleinterventionniste, cristallisé dans le soutien flagrant aux mouvements militaires dansplusieurs pays de la région, ainsi que dans les efforts pour déstabiliser des régimes qui,d’une certaine façon, impliquaient un risque pour les intérêts nord-américains. Tant et si bien que les gouvernements de type démocratique ont commencé àquestionner le durcissement de la politique extérieure nord-américaine, à un moment où lesesprits d’un grand nombre d’autorités politiques latino-américaines reflétaient unmécontentement ouvert, spécialement en ce qui concernait l’aide extérieure supposée,cataloguée alors comme étant un vrai mythe puisque ce n’était qu’un instrument dediscrimination politique et économique. Bien entendu, la réponse ne s’est pas faite attendre. Le gouvernement de Richard Nixon(1969-1974) a officialisé le retour de la tendance interventionniste avec la Doctrine deSécurité Nationale. Elle a été conçue comme une manière pratique de faire face, de façoninterne et externe, à la possible ou à la réelle menace communiste dans le cadre de laGuerre Froide, et aux nouvelles relations entre les Etats-Unis et l’Amérique Latine. Dans cesens, elle a contribué, peut-être plus qu’aucun autre élément, à l’unification du profilidéologique de la plupart des armées latino-américaines qui, dans le cadre de conceptionsclairement anticommunistes, exerçaient d’ailleurs une fonction stabilisatrice face à lafaiblesse d’autres institutions. 6464 http://www.myrnamack.org.gt/foto_biografia.htm 95
  • 96. La Doctrine de Sécurité Nationale considérait que le pouvoir national était composé dequatre éléments : le pouvoir économique, le pouvoir social, le pouvoir politique et lemilitaire. Prenant en compte ces quatre composants, et selon une planification stratégiquede sécurité nationale, les gouvernements touchés par le fléau de l’insurrection armée ontaugmenté l’intervention du pouvoir militaire, pour rendre réel l’objectif d’affronter etd’éliminer la subversion communiste. Comme on peut le supposer, l’abus de la fonction stabilisatrice que les arméesexerçaient et l’apparition d’un rôle excessivement politique a produit qu’au début desannées trente, un grand nombre de pays latino-américains se retrouvent sous des régimesmilitaires, arrivant à quinze en 1975, dans un contexte de sociétés profondément polariséesdepuis la pespective idéologique, sociétés qui n’ont pas été capables de contrôler la spiralede haine et de décadence politique, sociale et économique, ce qui les a conduit à chercherune issue à travers la force. Cette investigation ne prétend pas se prononcer sur la qualification de chaque régimemilitaire mais il est possible d’affirmer que la politique nord-américaine envers l’AmériqueLatine n’a pas rapporté en termes d’efficience, étant donné l’ingérence importante en ce quiconcerne la création de climats étranges au devenir démocratique de ces sociétés, au pointque, outre l’incapacité à pouvoir freiner la pénétration idéologique marxiste, beaucoup degouvernements de facto ont dérivé dans le contrôle politique des forces de gauche, dansl’aggravation des problèmes qui ont légitimé leur intervention ou, dans la plupart des cas,dans une très mauvaise gestion économique de long terme, avec l’honorable exception duChili. On peut identifier deux cas emblématiques dans les processus politiques du Nicaragua etdu Salvador qui, à partir d’actions répressives à grande échelle et d’un esprit anti-nord-américain fécondé par plus d’un siècle d’intervention impudente, ont divisé leurs sociétésrespectives au point d’arriver à la guerre civile, cruelle en soi et avec des résultatscatastrophiques pour les deux pays, dont les traces resteront latentes pendant de 96
  • 97. nombreuses générations, puisqu’il n’existe pratiquement aucun secteur qui n’ait pas ététouché de façon réelle par ses effets. Peu de temps s’est écoulé jusqu’à ce que les Etats-Unis ne s’aperçoivent à nouveau d’unchangement dans leur ligne de relations avec l’Amérique Latine, non sur le plan de laconduite de fond mais en ce qui se réfère à la solution d’une impasse historique. Comme lesrégimes autoritaires apparus sous la protection de la doctrine de sécurité nationaleformaient un modèle en crise, on a résolu à créer des conditions pour imposer un modèled’issues de transition vers des régimes démocratiques, basé sur le fait que la « mission » decontention de l’offensive communiste était déjà accomplie. Conformément à ce qui vient d’être exposé, on jette les premières bases pour un longprocessus de démocratisation qui a trouvé, avec la fin de la Guerre Froide, le contextepropice pour son impulsion. Alors que la menace idéologique contre la région perdait peu àpeu de sa validité, faisant prévaloir l’intérêt pour la solution de la crise économique quevivait une grande partie de la région, les divers gouvernements nord-américains, à partir desannées quatre-vingt, collaborent à cet effort, mais sans abandonner leur condition depouvoir et de prééminence absolus pour influencer le cours de l’histoire latino-américaine.1.1.3 Synthèse des principales interventions des Etats-Unis en Amérique Latine La politique interventionniste nord-américaine s’est manifestée très tôt en AmériqueLatine. Même si elle avait un adversaire de poids dans le domaine –la Grande Bretagne-,les Etats-Unis ont regardé avec attention les territoires qui, pendant trois siècles, avaient étésoumis à l’Espagne et qui, au début du XIXème siècle –après leur indépendance-, ont connude longues périodes d’anarchie, comme résultat des luttes intestines qui ont eu lieu danspresque toutes les jeunes républiques. Depuis le début de l’indépendance des pays hispano-américains, les Etats-Unis etl’Angleterre ont regardé d’un mauvais oeil les essais américanistes de Simón Bolívar. Les 97
  • 98. deux nations anglo-saxonnes préféraient un continent divisé, séparé par de nombreuxconflits de frontière au lieu d’un seul et puissant pays qui pourrait devenir un adversaire. En 1826, Bolívar a réuni le Premier Congrès Panaméricain dans le but de traiter l’affairede la libération de Cuba et de Puerto Rico, encore entre les mains de l’Espagne à cetteépoque-là. Mais les efforts combinés des britanniques et des nord-américains ont réussi à leboycotter et le Congrès a été un échec. En 1829, l’ambassadeur Luis de Onís alertait l’Espagne quant aux ambitions nord-américaines: « Ce gouvernement s’est proposé de fixer ses limites dans l’embouchure du Río Norte ou Bravo… traçant une ligne droite jusqu’au Pacifique, prenant les provinces du Texas, du Nouveau Santander, de Cahuilia, du Nouveau Mexique et une partie de la Nouvelle Biscaye et Sonora. Ce projet semblera être un délire pour toute personne sensée mais il n’est pas moins sûr que le projet existe, qu’on a dressé un plan spécial de ces provinces… qui inclut aussi dans ces limites l’île de Cuba comme partie naturelle de la République »65 Des situations comme celles qui ont été décrites vont se produire à plusieurs reprisespendant le devenir historique du continent. Elles seront synthétisées par ordrechronologique, décrivant sommairement les principales interventions des Etats-Unis enAmérique Latine. Avec cela, on prétend refléter l’état et les effets de chaque politiqueextérieure appliquée des Etats-Unis à leurs voisins du sud, à savoir :1.1.3.1 La scission du Texas Le Texas avait toujours appartenu, depuis l’arrivée des conquérants, à la couronneespagnole. Puis il a appartenu au Mexique indépendant, en vertu du Uti Posidetis Jure 66,65 Carlos Machado.- Documentos, Estados Unidos y América Latina. Montevideo :Editorial Patria Grande, 1968,p.1366 Les nouveaux états surgis dans les vingt premières années du XIXème siècle, délimitèrent leurs frontières selon au Uti Possidetis, c’est-à-dire, comme elles avaient été établies lesespagnols dans les vice-royautés (virreinatos) et dans les Etats-Majors des régions militaires (Capitanías) 98
  • 99. concept d’organisation territoriale qui a primé après les processus indépendantistes enAmérique Latine. En 1835, lorsqu’une nouvelle Constitution mexicaine a été proclamée, un conflit entredes texans à la tendance fédéraliste et centraliste s’est produit, situation dont certainscitoyens locaux ont tiré profit pour proclamer l’indépendance du Texas. Les Etats-Unis ont profité de cette occasion pour envoyer de l’approvisionnement auxsécessionnistes, qui voyaient avec sympathie leur annexion au pays voisin du Nord, lequelressentait des appréhensions quant à l’abolition de l’esclavage au Mexique, ce qui était ensoi un problème de sécurité. En 1835, le Texas est entré dans l’Union comme étatesclavagiste.1.1.3.2 L’annexion du Nouveau Mexique et de la Californie Le Texas, l’ancienne province mexicaine, soutenue par le gouvernement des Etats-Unis,a commencé à réclamer certains territoires qui avaient toujours appartenu au Mexique.Ensuite, une fois le Texas annexé par l’Union (1845), ça a été le propre gouvernementnord-américain qui a provoqué et entrepris la guerre de conquête. Les hostilités ont duré jusqu’en 1848, date à laquelle le Mexique a dû signer le Traité deGuadalupe Hidalgo, cédant alors de vastes territoires au Nouveau Mexique et à laCalifornie. En dix ans, la moitié de son territoire avait été amputé.671.1.3.3 L’agression contre le Paraguay En 1851, le gouvernement des Etats-Unis a désigné comme Consul à Asunción un despropriétaires de l’entreprise maritime United States and Paraguay Navigation Company,domiciliée à Rhode Islands.67 Leopoldo Martínez C.- La intervención estadounidense en México, 1846-1848.- México: Panorama Editorial, 1985, p.19 99
  • 100. En 1854, le Paraguay s’est nié à ratifier le Traité de Commerce et de Navigation entreles deux états, sanctionnant la United States and Paraguay Navigation Company pour avoirtransgressé la législation paraguayenne, lui interdisant toute opération dans le pays dans lefutur. Une grande campagne de presse et d’intimidation a commencé alors pour obliger leParaguay à présenter ses excuses aux Etats-Unis, parvenant même à ce que le Congrèsnord-américain approuve l’envoi d’une expédition qui a levé l’ancre en octobre de cetteannée-là. Avec cette intervention, on a réussi à imposer au gouvernement paraguayen lesouhait de présenter des excuses aux Etats-Unis pour l’agression à leurs intérêts.681.1.3.4 Corsaires nord-américains en Amérique Centrale et dans les Caraïbes. Vers la moitié du XIXème siècle, les conflits entre la Grande Bretagne et les Etats-Unispour le contrôle des Caraïbes se sont aggravés. Les deux pays ont signé un traité aveclequel ils déclaraient avoir l’intention de construire un canal inter-océanique en territoirenicaraguayen, sans en avoir informé le pays concerné. Ils se reconnaissaient mutuellementdes prérogatives pour sa future utilisation, affirmant qu’ils n’avaient pas comme objectif deconstruire des fortifications, ni d’occuper le pays, ni d’exercer leur domination sur aucunterritoire d’Amérique Centrale.69 Vers la moitié du siècle passé, le Nicaragua vivait au milieu de continuelles etinterminables guerres civiles, comme beaucoup d’états de la région. En 1854, une disputeentre libéraux et conservateurs a dégénéré en un conflit international. Les libéraux ontappelé des mercenaires nord-américains pour leur venir en aide.68 Max Ynsfran P.- La expedición estadounidense contra el Paraguay, 1858-1856.- Buenos Aires: Editorial Guaranía, 1954, Vol. 2, p.20869 Eduardo Lemaitre. y su separación de Colombia.-Bogotá: Ediciones Corralito de Piedra, 1972, p.42 100
  • 101. Parmi eux se trouvait William Walker, partisan acharné de l’esclavage et de sonextension en Amérique Centrale, qui a essayé de s’emparer du Nicaragua, s’auto-proclamant président en 1856. Malgré la neutralité officielle défendue par les Etats-Unis,un émissaire de Walker a été reçu par le Président Franklin Pierce. Peu après, les paysd’Amérique Centrale ont mis un point final à cette aventure.1.1.3.5 La guerre contre l’Espagne : interventions à Cuba et à Puerto Rico Dès 1818, les patriotes cubains avaient pris les armes contre le colonialisme espagnol.Vaincus après dix ans de combat, ils ont repris la guerre en 1895 obtenant quelquestriomphes. La victoire et l’indépendance semblaient être à leur portée. Alors les Etats-Unissont intervenus très rapidement car les investissements dans les plantations de sucre et dansles mines de l’île avaient acquis une importance vitale. Le prétexte pour intervenir a été l’explosion qui s’est produite sur le cuirassé Maine à laHavane et qui a provoqué la mort de plus de 250 membres de l’équipage. Face à cettesituation, les Etats-Unis ont déclaré la guerre à l’Espagne le 21 mai 1898. La flotteespagnole a été anéantie à Santiago de Cuba et les troupes nord-américaines ont débarqué etconsolidé leurs positions dans l’île. Le 10 décembre 1898, le Traité de Paris a été signé,mettant fin au conflit. De plus, l’Espagne a cédé Puerto Rico et les Philipines. Cuba, théoriquement indépendant, a été placé sous l’autorité du gouverneur militaireLeonard Wood, chef des troupes d’occupation, qui resteront dans le pays pendant trois ans,revenant avec des missions similaires à différentes reprises, comme en 1906, 1912 et1917.7070 Machado.- Op.cit., pp.41-43 101
  • 102. 1.1.3.6 La doctrine Drago et les corollaires de la Doctrine Monroe. En décembre 1902, des navires de guerre britanniques, allemands et italiens se sontprésentés devant les côtes, exigeant le paiement des indemnisations non payées aux sujetseuropéens, action punitive qui a été approuvée par le président Roosevelt bien qu’il ne soitpas disposé à accepter que les puissances européennes exercent un rôle de gendarme dansleur zone d’influence puisque ce droit était seulement réservé aux Etats-Unis. Le ministre des affaires étrangères argentin, Luis María Drago, a adressé une note auDépartement d’Etat, dans laquelle il exigeait l’interdiction de l’utilisation de la forcecomme moyen d’encaisser des dettes contractées par un état. En 1904, le président des Etats-Unis préciserait que les erreurs en matière internationalepouvaient requérir l’intervention de son pays en Amérique. Un an plus tard, il annonçaitaux nations latino-américaines qu’il ne s’opposerait pas aux actions punitives despuissances européennes, sauf pour empêcher que la sanction assume la forme d’uneoccupation territoriale. Ces annonces serviront de justification pour de futures interventionsau Panama, à Cuba, au Nicaragua, à Haïti et à Santo Domingo.1.1.3.7 La sécession du Panama Le Panama s’était déclaré indépendant en 1821, acceptant volontairement de faire partiede la Colombie. Dix ans après, un mouvement sécessioniste proclamait son autonomie bienqu’il affirmait appartenir à la Confédération Colombienne. Ultérieurement, entre 1840 et1855, il y a eu plusieurs essais séparatistes, sans résultat aucun. Après l’annexion de la Californie, la province colombienne de Panama est devenue unpoint vital pour les communications entre l’est et l’ouest des Etats-Unis, commeconséquence de la ruée vers l’or. Alors, le gouvernement nord-américain a commencé àdéplacer ses troupes à travers le Panama, sans en demander l’autorisation à la Colombie. 102
  • 103. Alors, malgré les efforts infructueux des Etats-Unis, entre 1878 et 1880, on a accordé àla Société Civile Internationale, de capitaux français, le privilège exclusif d’exécuter etd’exploiter, sur son territoire, un canal maritime entre l’Atlantique et le Pacifique. LesEtats-Unis étaient dans l’embarras et le Président a menacé de procéder à l’ouverture d’uncanal au Nicaragua, réclamant en plus un supposé droit d’exercer un protectorat exclusif surle canal que les Français projetaient d’ouvrir en territoire colombien. Après une série d’essais infructueux pour arriver à un accord avec le ParlementColombien, par l’intermédiaire de gestions de quelques privés et de certaines entreprisestransnationales, les Etats-Unis ont provoqué alors la sécession et le soulèvement de laprovince colombienne de Panama, qui a été proclamée par une Junte Militaire constituée àPuerto Colón. Pendant ce temps-là, des troupes américaines débarquaient sur le lieu,empêchant les forces colombiennes de suffoquer la rébellion. Le 6 novembre 1906,Washington reconnaissait l’indépendance du Panama.1.1.3.8 Paix américaine dans les Caraïbes Les Caraïbes ont été la région où se sont concentrées les interventions armées nord-américaines. En 1901, a eu lieu la première agression contre le Nicaragua et en 1903 contrele Panama. Sous la présidence de Théodore Roosevelt et suivant les lignes de la doctrine Monroe, le Secrétaire d’Etat Elihu Root signalerait que les interventions auraient lieu chaque fois que les capitaux américains seraient en danger.71 En 1905, les Etats-Unis, répondant à l’appel de divers personnages de l’oligarchiedominicaine, ont installé des receveurs d’impôts nord-américains dans les douanes de Santo71 Castor Sucy.- La ocupación estadounidense de Haití y sus consecuencias.-La Habana: Casa de las Américas, 1974, p.22 103
  • 104. Domingo, dont la présence a duré quatre ans. Un nouveau débarquement en 1916maintiendrait la République Dominicaine sous la domination des Etats-Unis jusqu’en 1924. Au Nicaragua, une révolte dirigée par des secteurs libéraux a éclaté en 1912. Face à cettesituation, le gouvernement nord-américain a envoyé une force militaire pour protéger lePrésident local, raison pour laquelle ces troupes resteront au Nicaragua jusqu’en 1925.Simultanément, moyennant la souscription d’un traité, les Etats-Unis acquéraient le droitd’établir une base navale dans le Golfe de Fonseca et la cession de diverses îles et îlotspendant 99 ans. Le Salvador a été envahi en 1921 et le Honduras en 1924. L’ingérence des Etats-Unis estarrivée à un tel point que la désignation d’un président pour le Honduras s’est réalisée, dansces années-là, à bord du cuirassé nord-américain USS « TACOMA »1.1.3.9 Intervention au Mexique En 1914, dans le tourbillon de la révolution mexicaine, le général Victoriano Huerta acherché et obtenu le soutien d’investisseurs anglais. Au même moment, un rapprochementavec l’Allemagne et le Japon commençait, ce qui a motivé Washington à envoyer une flotteface aux côtes mexicaines. Le 20 avril 1914, a eu lieu le débarquement des troupes dans le port de Tampico et, malgré une résistance acharnée, les troupes nord-américaines ont réussi à s’emparer de la ville, emportant avec eux les huit millions de dollars qui se trouvaient dans les coffres de la douane.72 Plus tard, en mars 1916, a eu lieu la fameuse invasion mexicaine aux Etats-Unis, dirigéepar le Général Francisco Villa qui s’est emparé de la ville de Columbus, il semblerait, à72 Adolfo Gilly.- La Revolución Interrumpida.- México: Ediciones el Caballito, 1977, p.218 104
  • 105. cause du soutien donné par les nord-américains à leur principal ennemi, le GénéralObregón. Washington a répondu en envoyant une expédition punitive, qui n’a pas atteintl’objectif imposé. En juin 1916, l’armée mexicaine a battu en défaite les troupes nord-américaines dansune escarmouche, raison pour laquelle Washington a décidé de retirer ses troupes en janvier1917. Plus tard, dans les années vingt, quand le général Obregón a désigné son successeur,un secteur de l’armée a refusé de le reconnaître comme président et s’est soulevé. Une trèsforte répression s’est produite, avec l’appui de troupes nord-américaines pour suffoquer larébellion.1.1.3.10 Invasion de Haïti En 1914, un intense conflit a eu lieu entre le gouvernement haïtien et des banquiersaméricains qui avaient une solide présence dans le pays et une capacité d’influence sur lesactivités économiques et politiques les plus importantes ce qui a conduit finalement à unecampagne qui a déchaîné l’intervention militaire nord-américaine. Le 17 décembre 1914,les Forces Navales de l’USS « Machias » ont débarqué et ont emporté 500.000 dollars quiappartenaient à la Banque Nationale de Haïti. Face aux protestations du gouvernement haïtien, le Secrétaire d’Etat Bryan a signalé queles Etats-Unis devaient « protéger les intérêts nord-américains qui se trouvaient menacés »,ajoutant par la suite que la confiscation du capital en question n’était qu’un « simpletransfert de fonds ». 73 Sous prétexte du chaos et de la guerre civile existants depuis avril 1915, le 28 juillet decette-année-là, une force de l’Infanterie de Marine a débarqué de nouveau à Haïti, ce quifait que les douanes haïtiennes sont restées sous le contrôle des Etats-Unis. Cette fois-cil’occupation durerait 19 ans.73 Sucy.- Op.cit., p.85 105
  • 106. 1.1.3.11 La troisième intervention au Nicaragua En août 1925, après le départ des forces d’occupation nord-américaines, qui étaientrestées au Nicaragua pendant treize ans, le Président de la République a été renversé par unmouvement de type nationaliste qui, pour ne pas être en conditions de résister aux pressionsexternes, a dû rendre le pouvoir à un politicien de confiance de Washington, employé d’unecompagnie minière nord-américaine. En décembre 1926, des membres du même gouvernement ont conduit une force destinéeà rétablir la légalité, qui a été violemment soumise par des troupes nord-américaines,lesquelles se sont chargées de désarmer les belligérants et les obliger à signer la paix. Çan’a été qu’un succès relatif étant donné qu’une partie des insurgés s’était réfugiée dans lesmontagnes du nord du pays. En décembre 1927, le président des Etats-Unis, Calvin Coolidge expliquait que l’intervention nord-américaine était justifiée parce que « aujourd’hui, il y a de grands investissements dans les scieries, les mines, les plantations de café et de bananes, dans le cabotage et dans diverses affaires mercantiles et collatérales… Il n’y a aucun doute que si cette révolution continuait, les investissements nord- américains et leurs intérêts financiers seraient sérieusement touchés… ».74 La résistance, dirigée par le général Augusto Sandino, a eu un succès considérable,repoussant les troupes d’occupation durant six ans, transformant le combat pour lerétablissement de la légalité piétinée en une guerre de libération nationale contre l’occupantétranger. Devant l’impossibilité d’une victoire militaire, les Etats-Unis ont cherché unaccord politique, créant les conditions pour désigner un président de consensus et retirantleurs forces en janvier 1933. L’année suivante, le chef de la résistance est éliminé et74 Machado.- Op. Cit., p. 85 106
  • 107. commence une période d’instabilité qui atteint son sommet en 1936, avec l’arrivée aupouvoir de Anastasio Somoza, qui obéissait au profil enclin aux intérêts nord-américains.1.1.3.12 La guerre du Chaco Entre 1932 et 1935 a eu lieu la guerre du Chaco. Un ancien litige concernant lesfrontières entre le Paraguay et la Bolivie s’est aggravé lorsque la compagnie américaineStandard Oil a cru avoir découvert un riche gisement de pétrole en territoire bolivien. Deson côté, la compagnie anglo-hollandaise Royal Dutch a fait une découverte semblabledans le Chaco paraguayen. Alors, dans les deux pays une intense campagne de patriotisme exacerbé a eu lieu,encouragée par les compagnies pétrolières. La guerre a éclaté en juin 1932 et a étéparticulièrement cruelle. Un armistice n’a été signé qu’en juin 1935 et la Bolivie a dû céderau Paraguay une importante partie de son territoire. Cependant, la présence de pétrole dansla région était une illusion. Plus de 130.000 paraguayens et boliviens sont morts, poussés par l’appétit vorace descompagnies pétrolières. Derrière les intérêts de ces compagnies se trouvait le soutien dugouvernement, spécialement des Etats-Unis, qui avaient déjà donné des preuves de leurpolitique de soutien sans restriction aux activités productives de leurs coopérants enAmérique Latine.1.1.3.13 Intervention en Argentine La discorde entre l’Argentine et les Etats-Unis a augmenté à l’époque de la IIème GuerreMondiale. Les gouvernements de Buenos Aires avaient déjà mis en pratique leur méfiancedu discours panaméricaniste de Washington à ce moment-là. 107
  • 108. Le Général Juan Domingo Perón est arrivé légalement au pouvoir en 1946, défendantune politique nationaliste qui blessait les intérêts nord-américains, ce qui a amené cesderniers à intervenir. L’ambassadeur nord-américain à Buenos Aires a commencé une virulente campagneanti-péroniste, intervenant dans la campagne présidentielle en cours, publiant le « LivreBlanc » dont l’axe argumental accusait Perón de nazi. Comme on pouvait s’y attendre,Perón a répondu en publiant un « Livre Bleu et Blanc » dans lequel il accusait les Etats-Unis de prétendre installer en Argentine un gouvernement de marionnettes. Le résultat de l’élection a démontré une nette majorité en faveur de Perón, mettant enévidence la politique interventionniste dans les affaires argentines, incitée par leDépartement d’Etat.1.1.3.14 L’expérience du Guatemala En 1944, au Guatemala, une révolte populaire attisée par les étudiants, les paysans et lesofficiers de l’Armée a renversé un gouvernement enclin aux intérêts de Washington,étroitement lié à la compagnie fruitière United Fruit. La nouvelle tendance au pouvoir aréussi à établir certaines réformes, commençant par une timide redistribution de la terre,renforcée plus tard par une réforme agraire qui considérait, entre autres, l’expropriation de85.000 hectares de l’entreprise nord-américaine mentionnée. Le Département d’Etat a décidé d’intervenir, autorisant les vols d’avions nord-américains sur le Guatemala et le bombardement des villes de Puerto Barrio et de PuertoSan José. Puis, a eu lieu le débarquement d’une force nationaliste, soutenue par les Etats-Unis, réussissant à libérer Ciudad de Guatemala du contrôle du gouvernement en exercicedepuis 1944, qui avait démontré un clair penchant pour la gauche et anti-nord-américain,cédant la place à une violente lutte anti-subversive du côté de l’Armée. 108
  • 109. 1.1.3.15 Baie des Cochons La révolution cubaine a provoqué un grave problème sur tout le continent. A seulementquelques kilomètres des côtes nord-américaines, un gouvernement de gauche s’installait,obéissant à Moscou, ce qui serait un facteur générateur de conflits pratiquement depuis ledébut, atteignant son point de non-retour le 17 avril 1961 lorsque la CIA a organisél’invasion de l’île, essayant d’établir une tête de plage dans la Baie des Cochons. Utilisant les cubains anti-castristes et d’autres éléments d’Amérique Centrale, la CIAespérait que le débarquement allait provoquer une insurrection dans l’île, ce qui n’a pas étépossible car les forces cubaines possédaient une information précieuse de l’action et parcequ’à la dernière minute, le soutien aérien dont ils avaient besoin a été refusé auxenvahisseurs, soutien fondamental pour une opération de cette nature. Le président Kennedy a assumé la responsabilité de cet échec en ces termes : « Si la doctrine interaméricaine de non-intervention cache une politique de passivité, si les nations de cet hémisphère échouent dans leur mission contre la pénétration communiste, alors je veux que ce soit très clair que ce gouvernement n’hésitera pas à faire face à ces obligations… si jamais ce moment arrivait, ce n’est pas notre intention de recevoir des leçons sur la non-intervention ».751.1.3.16 Le coup d’état au Brésil Le coup d’état au Brésil contre le président Joao Goulart s’intègre dans une série demouvements dans lesquels les Etats-Unis apparaissent directement impliqués, commeconséquence des événements de Cuba, ce qui les a amenés à soutenir le déroulementd’interventions militaires sur tout le continent, comme au Salvador en 1961, au Pérou en1962, au Guatemala, au Honduras et en Equateur en 1963, en Bolivie en 1964 et plus tard,75 Ibid., p.101 109
  • 110. en Argentine en 1966, ce que quelques-uns ont appelé le retour de la politique du grosbâton. Le gouvernement de Goulart, de claire tendance gauchiste, avait commencé unprogramme de réformes qui, selon l’usage de l’époque, touchait nécessairement et de façondirecte les intérêts des personnes et des entreprises qui concentraient la possession desprincipaux capitaux, parmi lesquels se trouvaient les terrains agricolement productifs. Le 31 mars 1964, les Forces Armées renversaient le gouvernement en exercice,assumant le contrôle total du pays, et ont compté sur l’acceptation publique de la part dugouvernement nord-américain. Celui-ci a reconnu immédiatement les nouvelles autorités eta exprimé son admiration pour la volonté décidée de la communauté Brésilienne derésoudre ces difficultés dans le cadre de la démocratie constitutionnelle.1.1.3.17 L’intervention en République Dominicaine Les Etats-Unis avaient occupé la République Dominicaine de 1916 à 1924. Plus tard, en1930, Rafael Leonidas Trujillo s’est installé au pouvoir et a dirigé le destin du paysjusqu’en 1961, avec l’approbation de Washington. Cela a fait place à une période detroubles qui a culminé avec l’appel aux élections en décembre 1962. Un libéral, qui necomptait pas sur le consentement de Washington, a été élu, puis renversé en septembre1963 par un mouvement militaire. Le Mouvement militaire a nommé comme nouvel exécutif un triumvirat présidé par uncivil de confiance du Département d’Etat. Cela a produit rapidement une insurrectioninterne qui a mené à sa chute en avril 1965, proclamant sa volonté de rétablir dans sesfonctions le président Juan Bosch, mais cela a provoqué que de nombreux affrontementséclatent. 110
  • 111. Dans de telles circonstances, le gouvernement nord-américain a décidé de protéger sescitoyens résidants en République Dominicaine, en envoyant pour cela une forced’Infanterie de Marine, avec la coopération de troupes de quatre nations qui ont accepté decollaborer à l’invasion avec Washington: Le Brésil, le Nicaragua, le Paraguay et leHonduras. Pour les nord-américains, il s’agissait d’empêcher ce qui, à leurs yeux, serait un autre Cuba sur le continent, ce qui naturellement justifiait les exceptions aux règles prescrites dans la Charte de la OEA, représentant la communauté internationale « il n’y avait pas de temps pour parler, consulter ou s’attarder… Les nations américaines ne peuvent ni ne doivent et ne permettront pas l’établissement d’un autre gouvernement communiste dans l’hémisphère occidental… »76.1.1.3.18 L’intervention au Chili L’ingérence des Etats-Unis au Chili date, au moins de 1965, lorsque la CIA a mis enplace une opération à grande échelle destinée à détecter les potentialités révolutionnairesdans le pays. Ceci a d’ailleurs été unanimement condamné par la classe politique locale.Face à cette situation, les Etats-Unis ont prudemment opté pour minimiser leur flagranteintromission. Après l’élection du socialiste Salvador Allende, le 4 septembre 1970, le gouvernementnord-américain a mobilisé tous ses agents, collaborateurs et influences. Ils ont conspirécontre le futur président, avec des plans d’action destinés à empêcher que le Congrèschilien le proclame Président de la République –puisqu’il n’avait obtenu que 36% dessuffrages- ainsi qu’en essayant d’autres alternatives de force si le scénario se concrétisait,exceptée une action comme celle qui avait été réalisée à Santo Domingo.76 Ibid., p. 109 111
  • 112. Le gouvernement de Allende a fait place à une grave crise institutionnelle, économiqueet sociale au Chili qui a culminé avec une intervention militaire en 1973. Un gouvernementle remplacera, pendant dix-sept ans, et fera des transformations structurelles dans le pays,malgré une forte opposition internationale, dans laquelle se trouvait Washington. Dans le contexte décrit, l’ingérence des Etats-Unis est pleinement identifiable, aussi bienen ce qui concerne les efforts pour empêcher l’arrivée d’un gouvernement socialiste néd’une élection démocratique, qu’en ce qui concerne la contribution à la déstabilisation de cerégime, qui a conduit le pays à une des crises les plus profondes dont l’histoire puisse serappeler, étant un des facteurs qui a légitimé l’intervention de 1973. De même, plus tard, ilsse sont engagés à soutenir l’opposition au régime militaire.1.1.3.19 L’intervention au Nicaragua Après un long processus révolutionnaire, le 19 juillet 1979, les troupes du FrontSandiniste de Libération Nationale entraient à Managua, concrétisant ainsi la chute durégime d’Anastasio Somoza, continuateur d’une dynastie qui exerçait le pouvoir auNicaragua depuis 1936. Considérant que ce changement de gouvernement impliquait l’installation d’un régimemarxiste en Amérique Centrale, les Etats-Unis ont déclenché une campagne internationaleaccusant le gouvernement de Managua de vouloir s’emparer de la région de l’isthme. Ainsi,ils ont interdit les crédits, ont encouragé les partis d’opposition, et les finançaient, alorsqu’ils organisaient et armaient les forces contre-révolutionnaires, appelées « les contres ». L’affaire de la vente illégale d’armes à l’Iran connu comme le « Irangate », a démontrél’intervention nord-américaine au Nicaragua en tant que fournisseur de fonds et d’armesdes « contres » qui utilisaient le territoire du Honduras comme base principale de leursopérations, à la suite d’une cruelle guerre civile, jusqu’à ce qu’en 1990 le gouvernement 112
  • 113. perde les élections et abandonne le pouvoir, comme résultat d’un processus dedémocratisation, stimulé par de vastes secteurs de la communauté internationale.1.1.3.20 L’invasion de Grenade L’invasion de la minuscule île de Grenade, le 25 octobre 1983, a été justifiée par lesEtats-Unis parce que la vie de citoyens américains était en danger. De plus, un groupe decubains construisait une piste d’atterrissage dans l’aéroport de Puerto Salinas dans le but dele préparer pour l’atterrissage d’avions de plus grande envergure. Il faut ajouter égalementla demande de cinq pays des Caraïbes : Antigua, Barbuda, Dominique, Sainte Lucie etSaint Vincent. Cette opération de libération d’une dictature marxiste avait comme propos de montrer aumonde la détermination des Etats-Unis dans leur lutte contre le communisme,caractéristique des années quatre-vingt, déployant d’intenses efforts pour éviter touteintervention soviétique dans sa zone d’influence la plus proche.1.1.3.21 L’opération « Cause Juste» Le 2 octobre 1977, un référendum a ratifié au Panama le nouveau traité Torrijos-Carteravec lequel l’état centre-américain obtiendrait la pleine souveraineté sur le canal et sesinstallations, en l’an 2000, non sans avoir auparavant esquivé une série d’obstacles pouratteindre un objectif tant souhaité. Un amendement du sénateur De Concini ajoutait une clause qui garantissait àWashington le droit d’intervenir militairement « si le canal était fermé ou si ses opérationsne pouvaient se réaliser… les Etats-Unis auront le droit de prendre les mesuresnécessaires…dont l’emploi de la force militaire … ».7777 Jorge Conte P.- Del Tratado Hay-Buneau Varilla al Tratado Torrijos-Carter.-Panamá: Impresora Panamá, 1982, p.144 113
  • 114. En 1989, une nouvelle élection présidentielle se réalisait au Panama. L’opposition augouvernement du Général Noriega s’est regroupée autour d’un candidat qui a été élu aupremier tour mais, sous la forte pression de la Garde Nationale, on a désigné commenouveau président un autre citoyen qui n’avait pas réuni les votes suffisants.78 Étant donné ce scénario où l’anarchie et l’insécurité étaient évidentes, le gouvernementnord-américain a lancé l’opération « Cause Juste», en décembre 1989. Ses troupes ontenvahi une fois de plus le Panama, contrôlant rapidement le pays et imposant le leaderpolitique Guillermo Endara comme nouveau président, dans une cérémonie effectuée dansune base militaire des Etats-Unis, dans la zone du canal. Après l’intervention et l’instauration d’un nouveau régime, l’ancien président Noriega aété arrêté et accusé de trafic de drogues, le 3 janvier 1990 et il a été emmené aux Etats-Unis.1.1.3.22 Une nouvelle intervention humanitaire à Haïti Contrairement à une idée très répandue, l’intervention nord-américaine à Haïti dans lesannées quatre-vingt-dix ne date pas de septembre 1994 mais de septembre 1991, lorsque leprésident Aristide a été renversé par un coup organisé par les forces militaires haïtiennesavec la collaboration de la CIA et de l’Ambassade des Etats-Unis. La répression déchaînée par la junte militaire et la misère épouvantable de la majoritédes habitants ont poussé une partie de la population à chercher leur salut en traversant lesdangereuses eaux caribéennes dans de petites embarcations qui essayaient d’accoster sur lescôtes américaines. Les boat people haïtiens avaient fait leur apparition. Face aux difficultés pour mettre un terme à un tel exode, Washington a décidé, avecl’autorisation du Conseil de Sécurité de l’ONU, d’effectuer une opération humanitaire, en78 Ibid. 114
  • 115. fonction de laquelle les troupes américaines ont contrôlé Port-au-Prince et ont réinstallé aupouvoir l’ancien président Aristide, qui a été amené dans les navires de la flotteintervenante, dont les effectifs sur terre ont bientôt été remplacés par des effectifs de laMission des Nations-Unies pour Haïti (MINUHA).1.2 La tradition du multilatéralisme Quant au discours du multilatéralisme en Amérique, on estime pertinent de refléterquelques idées qui peuvent être déduites de l’accumulation historiographique existente, quise rapportent aux flux qu’on peut identifier autour de la sécurité hémisphérique, parmilesquels nous citerons les suivants : Les essais latino-américains pour articuler un système de défense commune. L’effort des Etats-Unis pour diriger le système de sécurité. Le dynamisme du système en fonction des événements provoqués par les Etats-Unis. Les doctrines nord-américaines de sécurité et leur variabilité pendant deux siècles. Ces aspects peuvent difficilement être traités de façon isolée, étant donné leur lienintense, aussi bien de façon conceptuelle que dans les faits, raison pour laquelle nousesquisserons une ligne de réflexion et de conclusion qui s’appuie sur le devenir historiquedes événements les plus importants qui ont marqué cette singulière relation. Sans aucun doute, le premier élément qui doit être consigné est que l’Amérique Latinene constitue pas une unité en termes de finalités et d’objectifs, plus encore si l’on considèreque sa configuration s’est basée sur le précepte juridique du uti possidetis, qui a permis lacontinuité de la ligne de partage imposée par l’Espagne et le Portugal, respectivement, quicorrespondait à une conception et à une vision externe très peu liée à une réalité aussidiverse et complexe que sa géographie et la variété des peuples qui l’habitent. 115
  • 116. Cette ligne de division a continué en vigueur, aussi bien en ce qui concerne ladémarcation de ces états qui apparaissent à partir des vice-royaumes et des capitaníasgénérales espagnoles, que pour que le Brésil puisse maintenir sa condition de suprématiedans la région, que ce soit pour son extension ou sa quantité de population ou pourl’influence héritée de son processus particulier d’émancipation. Cette position prépondérante –soutenue dans le temps par l’état naissant d’une vastearistocratie européenne qui a contribué à la formation d’une classe dirigeante de meilleurniveau– a maintenu le Brésil plus distant de l’influence des Etats-Unis. Cela lui a aussidonné la capacité de diriger le Cône Sud de l’Amérique, qui est précisément la région oùl’influence britannique s’est faite sentir jusqu’aux premières années du XX ème siècle, enplus de devenir la région la plus développée politiquement et économiquement. Les choses ainsi établies, il est possible d’affirmer que l’Amérique Latine, plus qu’unensemble d’états aux racines communes est un véritable groupement de réalités diverses quiconfigurent une série d’ensembles géopolitiques, différenciés en ce qui concerne leurpopulation, leurs économies, les processus politiques et les relations avec la puissancedominante sur le continent -les Etats-Unis- dont l’influence s’est faite sentir depuis lesdébuts des mouvements indépendentistes de la fin du XVIIIème et début du XIXème siècle. Cependant l’Amérique Latine partage quelques caractéristiques communes, telles quel’inégalité dans la distribution de la richesse, qui se reflète dans une situation de sous-développement et dans l’existence de réalités opposées dans plusieurs des pays qui lacomposent. Ceci est dû basiquement au fait que sa structure économique a été développéepour servir de soutien à la puissance européenne dominante quant aux matières premières etaux richesses minérales, construisant le caractère dépendant de l’économie régionale. Dans ce contexte, les efforts de Simón Bolivar pour constituer un système decoopération et d’intégration entre les pays qui ont pris leur indépendance par rapport àl’Espagne, dans une optique américaniste, ont eu comme inconvénients majeurs le manque 116
  • 117. d’intérêts communs et les intérêts opposés aux puissances. Ajoutons aussi la politique desEtats-Unis envers l’Amérique Latine qui, depuis le début du XIXème siècle, s’est faite sentircomme un référant bien difficile à éviter. D’ailleurs, depuis le début de l’indépendance des pays hispano-américains, les Etats-Unis et l’Angleterre ont vu d’un mauvais œil les essais américanistes de Simón Bolívar qui,en 1826, avait convoqué le Premier Congrès Panaméricain, dans le but de traiter le thèmede la libération de Cuba et de Puerto Rico, à l’époque les seuls à ne pas être parvenus àdevenir indépendants. Mais les efforts conjoints des britanniques et des nord-américains ontréussi à le boycotter et le congrès a été un échec total. A propos, il faut souligner que l’intérêt bolivarien n’était pas centré uniquement surl’affaire cubaine et portoricaine mais plutôt sur l’intention de former une confédérationentre les anciennes colonies espagnoles d’Amérique, dont l’objectif allait se circonscrire àla défense commune, la souveraineté et l’indépendance de tous et de chacun des étatsmembres de la future « Confédération d’Amérique », contre toute domination étrangère.79 Cependant, en Amérique Latine, il y a eu des pays qui, d’une façon ou d’une autre, ontpersisté à rechercher le sentier de l’unité, avec les Congrès de Lima en 1847 et en 1865, deSantiago en 1856 et du Mexique en 1895. Leur dénominateur commun a été l’illusion crééepar les accords adoptés, illusion partagée par le manque de volonté politique pour lesratifier, qui en plus de refléter les infructueux résultats, a permis de rendre concrètes ladivergence d’intérêts et l’articulation de manœuvres nord-américaines pour neutraliser toutvestige d’union entre leurs voisins du Sud. Au Congrès de Lima ont assisté des représentants de Bolivie, de Colombie, d’Equateur et du Pérou ; à Santiago sont venues des délégations du Pérou et de l’Equateur ; au deuxième rendez-vous de Lima ont assisté la Colombie, le Chili, le79 L’échec du Congrès est dû, en grande mesure, à l’esprit sécessionniste, au caudillisme exacerbé et au manque de vision des castes dominantes, dont les priorités étaient plus prochesde l’amoncellement de richesses que des affaires politiques de long terme. 117
  • 118. Vénézuéla, l’Equateur, la Bolivie, le Guatemala, le Salvador et l’Argentine sans qu’un seul pays ne ratifie les accords adoptés à chaque occasion. A la convocation du Mexique, l’invitation a été acceptée par le Guatemala, le Salvador, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica, le Vénézuéla, l’Equateur, le Chili, la Bolivie, le Paraguay et le Pérou, mais finalement, en plus du pays amphitryon, sont seulement arrivés les républiques d’Amérique Centrale et l’Equateur. Ça a été le dernier essai véritable pour articuler un système de défense commune.80 Par contre, depuis le début de leur indépendance, s’était développée aux Etats-Unis uneconception pragmatique sur les impératifs de leur développement futur et de leur grandeuren tant que nation, parmi lesquels les affaires de sécurité n’ont pas été négligées, bien aucontraire. Ceci marquait une grande différence avec l’Amérique Latine qui, au lieu dechercher la formule qui lui permettrait de se projeter depuis une position de force, s’esttournée vers des problèmes internes, dérivés d’intérêts particuliers d’un grand nombred’états, ce qui a été opportunément capitalisé par les politiciens visionnaires nord-américains. Précisément, ce sont des raisons de sécurité qui ont motivé un intéressant changementd’attitude des Etats-Unis par rapport à ce que serait l’Amérique Latine. On peut considérercomme premier fait de référence la crise que les États-Unis ont eu avec l’Espagne en 1811,lorsqu’un petit groupe de révoltés de Floride de l’Ouest leur a demandé son annexion. Celaa créé les conditions propices pour commencer la conformation de leur frontière sud dansdes zones qui n’étaient pas sous leur domination, mais qui les intéssaient. Peu après, la politique extérieure des Etats-Unis est devenue explicite lorsqu’en 1823 ona énoncé la Doctrine Monroe, en vertu de laquelle l’Union se proclamait protectriceofficielle de la région, soutenue sur l’idée du Destin Manifeste, utilisée pour expliquerl’expansion continentale des Etats-Unis, ainsi que pour exercer un important degréd’influence à travers la propagation de leur idéalisme et de leur foi dans les institutionsdémocratiques.80 José Luis García, Horacio Ballester, Carlos Gascón et Augusto Ratembach.- La Seguridad Continental: Historia, Actualidad y Futuro deseable.- Buenos Aires: IV CongresoBolivariano, Novembre 2001. 118
  • 119. Il est clair, alors, que l’hégémonie des Etats-Unis remonte aux premiers essaisindépendantistes, à partir d’une claire définition d’objectifs et sur la base d’une actionpersistante qui a contribué de manière significative à consolider leur position internationaleet à garantir leurs options de développement. Malgré le caractère catégorique de l´affirmation antérieure, ladite consolidationrégionale n’a pas été exempte de difficultés. En effet, à un moment, elle a dû affronter laréapparition de l’expansionnisme européen, ce qui a aggravé fortement la perception latino-américaine quant au sujet, si bien que plusieurs pays d’Amérique Centrale et d’Amériquedu Sud ont cherché à se rapprocher de la Grande Bretagne, qui a fini par être le contrepoidsdes Etats-Unis et le modérateur d’autres intérêts européens. Cela a débouché sur un relatiféquilibre qui a permis des relations moins dominantes, mais non exemptes de pressions etd’ingérences. Comme on peut le supposer, à la fin du XIX ème siècle, le panaméricanisme soutenu parles Etats-Unis a subsistué graduellement l’américanisme bolivarien. Il a réussi à attirer verslui non seulement l’assistance des représentants des pays d’Amérique Latine mais, en plus,il a constitué dans sa capitale le Bureau des Républiques Américaines. C’était le reflet dusuccès qu’a impliqué la Première Conférence Panaméricaine en 1889, soutenue parWashington, menant jusqu’à nos jours le siège de l’organisme recteur du systèmeinteraméricain. Une fois que les Etats-Unis ont réussi à consolider leur état national et affirmé leurdestin manifeste, à la fin du XIXème et début du XXème siècle, Washington a affirmé qu’ilétait légitime qu’ils puissent intervenir dans n’importe quel pays de la région et où severraient menacés non seulement leurs intérêts mais aussi tous les droits ou les propriétésde citoyens ou d’entreprises de leur pays. Ainsi, cela a permis de concrétiser lamanifestation explicite de leur volonté politique interventionniste qui a marqué les relations 119
  • 120. régionales pendant plus de cent ans, variant en intensité selon la période internationale encours, mais sans pour cela abandonner leur style direct et effectif. Pour comprendre cette posture, il faut se rappeler que, pour les Etats-Unis, les pays duSud constituaient des entités politiquement, socialement et économiquement instables, quine donnaient pas de garanties pour la sécurité de leurs intérêts. Cela constituait une raisonsuffisante pour intervenir directement et impudemment dans leurs affaires internes,produisant des animosités diverses dans ces états qui voyaient dans cette attitude un dangerpour leur survie, ainsi qu’une violation à leur dignité nationale. En effet, parmi les efforts pour créer des mesures palliatives, il est à souligner laconformation du traité ABC, en 1909, entre l’Argentine, le Chili et le Brésil, avec unerelation forte avec l’Empire Britannique qui, comme il a déjà été mentionné, était lecontrepoids dans la région. Cela a contribué à atténuer les conditions de traitement que leDépartement d’Etat réservait aux pays situés dans leur zone d’influence américaine, bienqu’il ait pleine conscience que le plus grand zèle interventionniste se concentrait auMexique, en Amérique Centrale et dans les Caraïbes, d’où un adversaire constituerait unemenace directe. Avec le changement de politique extérieure pendant la présidence de Woodrow Wilson,qui visait à assurer la constitution et le maintien des régimes démocratiques, les Etats-Unisont nié la reconnaissance de tout régime qui ne soit pas clairement soutenu par un processusconstitutionnel et électoral, ce qui apparemment ferait place à des relations de respectmutuel. Mais dans les faits, la nouvelle posture a aussi été utilisée pour justifier desinterventions militaires directes et flagrantes, comme dans les cas déjà mentionnés de Haïti,de la République Dominicaine, du Nicaragua et de Cuba. Alors, il se dégage que pendant les premières années du XXème siècle l’Amérique Latinea fini par être soumise à l’intérêt nord-américain, dans son acception la plus ample,s’appuyant sur le fait que les successives convocations à la Conférence Panaméricaine 120
  • 121. n’ont pas porté leurs fruits. En effet, les Etats-Unis ont systématiquement refusé de discuterles positions qui venaient des intégrants du Sud, outre la détérioration indéfectible du pacteABC, dont la base de soutien s’est érodée comme conséquence de la perte de pouvoir de laCouronne Britannique après la Première Guerre Mondiale. Il ne restait aucune possibilitéde contrepoids dans la région. Cette situation a permis aux Etats-Unis de développer un lien plus intense avec lamajorité des élites politiques gouvernantes. Cela leur a permis de collaborer à la formationet à l’entraînement de la police locale, ainsi que de commencer un profond échange sur leplan militaire. Il s’agissait là d’institutions qui leur seraient d’une importance vitale dans lesannées à venir, spécialement à partir des années trente, où l’on estimait que l’interventiondirecte en Amérique Latine n’était déjà plus nécessaire, puisque leurs intérêts étaientdûment protégés. De cette façon, on identifie une nouvelle facette de la consolidation de la pénétrationnord-américaine à des niveaux privatifs de chaque société, créant des conditions propicespour engager de nouvelles figures d’interventionnisme quand ce serait nécessaire, ceci basésur l’influence exercée à différents stades politiques et militaires, qui se déroulent aussi àdifférents niveaux des processus de prise de décisions au niveau national. Cette capacité d’influence se reflète sur la détermination de ce qu’on appelle la politiquedu « Bon Voisinage », devenant ostensible l’évolution vers l’entendement dans les relationsentre les Etats-Unis et l’Amérique Latine. L’entendement était caractérisé par un degré plusélevé de coopération et d’acceptation du droit international, essayant dans une certainemesure de rendre compatible l’idée du Destin Manifeste avec la non-intervention dans lesaffaires internes d’autres états. Même si à l’époque cela avait rapporté des bénéfices, celaentraînait un coût assez élevé dans les perceptions des sociétés latino-américaines. Evidemment, l’apparition de ce climat a facilité considérablement la transmission de lasensation de menace qu’impliquaient les puissances fascistes pour le Continent, une autre 121
  • 122. occasion propice pour que les Etats-Unis s’en prennent avec une série d’actions destinées àcontrecarrer l’influence relative de l’Axe à mesure que les événements se déclenchaient enEurope, avant la Deuxième Guerre Mondiale. Ainsi, l’alignement continental a pratiquement été atteint pour leur cause, ce qui enrésumé s’est concrétisé dans la subordination de la plupart des intérêts locaux par rapport àceux des Etats-Unis, avec l’exception de l’Argentine qui fournissait des matières premièresà prix de revient, et les forces du Brésil qui ont participé au conflit. Mais ce qu’il y a peut-être de plus remarquable, c’est que la région s’est maintenue dans un calme relatif, enordre, de façon à ne pas perturber l’attention des Etats-Unis, concentrée à soutenir l’effortde guerre en Europe et en Asie. Ce qu’il y a peut-être de positif est que, à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, laperception nord-américaine envers l’Amérique Latine avait nettement changé. Les États-Unis la considéraient désormais des pays alliés qui, de différentes façons, avaient coopéré àla défense du continent ainsi que soutenu l’effort de guerre des Etats-Unis. Cela a servi àmaintenir la tendance à la coopération et à ce que Washington essaie de changer son imaged’agresseur et d’interventionniste, favorise un esprit de panaméricanisme et augmente lesrelations politiques, commerciales et militaires. Cependant, l’arrivée de la Guerre Froide a inévitablement affecté ce scénario, déplaçantsans plus l’intérêt pour les questions économiques et les problèmes de sous-développementde ses voisins du Sud. En effet, les intérêts stratégiques et militaires de Washingtonremplissaient l’agenda et sa principale zone d’intérêt était en Europe, d’où se projetait leconflit global. Cette nouvelle situation n’est pas passée inaperçue pour l’Amérique Latine, étant donnéque l’ampleur du conflit a mené à la conformation d’un mécanisme de défense collective,concrétisé dans le TIAR, où s’articulaient les intérêts et les discours de la bureaucratiemilitaire émergente aux Etats-Unis, desquels la région deviendrait la réceptrice de la 122
  • 123. gamme la plus variée de politiques et d’interventions, sous le prétexte de la défense contrele communisme. Les circonstances imposaient un nouveau défi, centré cette fois sur deux aspectscruciaux, comme la pénétration idéologique et la menace militaire. Cela a mené à réviser età renforcer la puissance des structures politiques régionales car il était nécessaire qu’ellesacquièrent un caractère de consensus majeur et représentatif de l’intérêt de l’ensemble. Ainsi, en 1948, l’Union Panaméricaine a fait place à la toute récente OEA, sans que pourautant on arrête de la considérer comme un acte plus symbolique qu’effectif, étant donnéque la plupart de ses intégrants avait la conviction qu’il s’agissait d’une sorte de solution decontinuité dans l’administration de l’hégémonie nord-américaine dans la région. Malgré les réserves faites à ce moment-là, ainsi que malgré les prétentions de maintenirla sensation d’équilibre atteinte, les relations hémisphériques ont changé radicalement.Elles sont passées à la politique de sécurité collective imposée par les Etats-Unis, en mêmetemps qu’il devenait évident qu’en Amérique Latine apparaissaient des forces portées à larevendication des intérêts sociaux, à la redistribution des revenus et à d’autres réformesessentielles. Cela a touché sévèrement la perception nord-américaine par rapport à larégion, plus encore si on la comparait à la menace communiste, qui avait déjà atteint un telniveau de configuration que ce n’était plus considéré sujet de discussion. Bien entendu ce nouveau scénario a marqué l’abrupt retour au style agressif etinterventionniste, cette fois-ci grandement marqué par l’idéologie, centrant l’effort sur lacontention du communisme et sur l’appui aux gouvernements qui combattaientl’insurrection apparue par la pénétration soviétique, précisément dans les nations les moinsdéveloppées et qui avaient le plus besoin de changements. Si jamais on avait senti que les Etats-Unis donneraient à Amérique Latine un espace plusgrand d’autodétermination internationale, une telle sensation a été indubitablement effacée 123
  • 124. après la révolution cubaine. En effet, il n’était pas acceptable pour eux de permettre ledéveloppement de processus politiques qui affecteraient ouvertement leurs intérêts,spécialement dans leur zone d’intérêt immédiat, comme l’est le Mexique, l`AmériqueCentrale et les Caraïbes. Un autre aspect où les Etats-Unis ont assumé un leadership impositif, ça a été dans lesrelations de caractère militaire, convainquant leurs voisins du sud de la gravité de lamenace soviétique venant de la mer. Cela a fait place à des instances d’entraînementsprolongés qui sont aujourd’hui encore en vigueur. Ainsi, ils ont augmenté le transfert de matériel de guerre en vertu du Pacte d’AssistanceMilitaire, assurant ainsi l’équilibre stratégique en Amérique, basé sur une considérationunilatérale qui n’a pas respecté les visions intra-régionales. Celles-ci étaient soutenues pard’anciennes disputes territoriales héritées du temps de la Colonie qui, à l’heure du bilanindividuel, représentaient pour beaucoup d’états une priorité plus importante que la défensecontinentale. Si on peut dire qu’un problème bilatéral n’est pas comparable avec une menace àl’ensemble de la région, il n’est pas moins sûr qu’une telle perception a été imposée par lesEtats-Unis. Ensuite, il restait le doute sous-jacent de sa liaison effective avec les intérêtsnord-américains, pas nécessairement cohérents avec les intérêts latino-américains car, dansde vastes sphères d’opinion à Washington, la caractéristique de bienfaiteur ne leur était pasattribuée. Voilà peut-être une des expressions les plus claires des implications del’interventionnisme nord-américain qui a miné les volontés à travers ses actions quipoursuivaient des objectifs souvent d’une légitimité douteuse et de moindre intérêt pourl’Amérique Latine, laissant ainsi la place au doute permanent et facilitant la pénétrationcommuniste dans plusieurs secteurs mécontents, dans leur majorité, si non de tous les payslatino-américains. 124
  • 125. On est même arrivé à soutenir que la lutte contre le communisme a donné aux Etats-Unisune justification très persuasive pour persister dans son interventionnisme historique, sansque pour cela les pressions pour le changement social diminuent. À mesure que la GuerreFroide passait, se radicalisait le contenu de ses messages et de ses actions dont la base desoutien consistait en l’exploitation, entre autres facteurs, du sentiment anti-nord-américain. Evidemment, les éléments créateurs de développement ont été peu à peu déplacés parl’intérêt pour la politique militaire, raison pour laquelle les gouvernements de typedémocratique commencent à questionner le durcissement de la politique extérieure nord-américaine qui, sous le masque de la contribution au progrès, avait mené à bout uneintervention soutenue de contre-insurrection dont la fin ultime étaient, évidemment, leurspropres intérêts. Que pouvait-on attendre alors si le fond de l’affaire avait été découvert ? Il étaitimpensable d’imaginer à ce stade une retraite de la scène latino-américaine car ce seraitperçu comme une attitude inconséquente avec une histoire de vigilance et d’action, outreque le fondement de leurs objectifs se maintenait en vigueur, à une époque déjà cristalliséedans la menace soviétique, qui accentuait le besoin de maintenir un haut degré d’influence. La réponse est arrivée avec le retour à la tendance interventionniste pendant legouvernement de Richard Nixon, avec ce qu’on a appelé la Doctrine de Sécurité Nationalequi a permis aux armées d’assumer une fonction stabilisatrice, avec un rôle excessivementpolitique dont, bien entendu, ils profiteraient pour imposer des régimes militaires de lagamme la plus variée, caractérisés depuis des mouvements institutionnels et nationalistesjusqu’à de simples instruments de groupes de pouvoir, passant par une vaste gammeintermédiaire variée. Comme la plupart de ces gouvernements ne se sont pas maintenus fidèles aux projetsnord-américains, il a été évident une fois de plus que la politique envers l’Amérique Latine 125
  • 126. n’a pas rapporté en termes d’efficience, spécialement dans les pays les plus intégrés et lesplus unis, étant donné l’ingérence notoire dans la création de climats étrangers au devenirdémocratique de ces sociétés, ce qui en soi a constitué une contradiction avec certaines desvaleurs qui cimentaient leur intérêt hégémonique dans la région, comme la défense de laliberté, la démocratie et le libre échange. Étant donné que les régimes autoritaires apparus comme conséquence de l’application dela Doctrine de Sécurité Nationale formaient un modèle en crise, on a élaboré une nouvellefois une alternative politique pour le rapport nord-américain - latino-américain, dont larésolution s’est obtenue après la chute du Mur de Berlin et l’arrivée de ce qui serait unnouvel ordre international. Le nouveau contexte a permis de clore la « mission » de contention de l’offensivecommuniste. On a donc résolu de créer des conditions pour imposer un modèle d’issues detransition vers des régimes démocratiques, jetant les premières bases d’un long processusqui n’a pas non plus été exempt de critiques et d’ambiguïtés, s’agissant d’une nouvelleforme d’intervention. En résumé, à la fin des années 1990, on a pu démontrer, une fois de plus, que le devenirde l’Amérique Latine était indéfectiblement lié aux desseins des Etats-Unis après laculmination d’un cycle d’interventions qui ont guidé le caractère de la politique régionale,avec une ingérence plus ou moins importante de Washington, de façon directe ou couverte,agressive ou de consensus mais, de toutes façons, unidirectionnelle et omniprésente.1.3 Réflexions sur l’équilibre de pouvoirs sur le continent américain L’inégalité entre les états du nord de l’Amérique et leurs voisins au sud du Río Grande aété une constante qui s’inversera difficilement. Même s’ils ont atteint la condition derépubliques indépendantes à une période relativement contemporaine, une diversité defacteurs tels que les caractéristiques des aborigènes, les richesses naturelles, le sceau 126
  • 127. culturel et religieux des conquérants européens et le caractère des caudillos locaux, entreautres, ont maintenu la distance. Ce qui vient d’être signalé a probablement contribué à une vision péjorative des États-Unis depuis l’époque des colonies anglo-saxonnes. Il faut ajouter à cela que s’est ajoutée lanécessité d’assurer leur condition d’état-nation naissant qui, dès ses débuts, s’est montréavide de croissance et qui a finalement opté pour assumer un rôle de protagoniste dans larégion, essentiellement en fonction de leurs intérêts les plus basiques qui étaient loind’inclure une idée d’intégration régionale. En résumé, les Etats-Unis ont visualisé leurpuissance sur la base de l’autosuffisance, considérant les états latino-américains plutôtcomme des fournisseurs de matières premières que comme des acteurs liés à leur nécessairesécurité. La manifestation de sous-développement et l’existence de réalités opposées dansplusieurs pays d’Amérique Latine, présentes depuis leurs origines, ont été un facteurd’affaiblissement des options de l’ensemble parce que chacun a essayé de trouver unesolution à ses propres problèmes, généralement sans projection à long terme, ainsi quefaisant prévaloir les intérêts pour modifier les frontières originales, comme si la solution deleur ajournement se devait plus au manque de territoire qu’à la capacité de conjuguer lesefforts et d’identifier le vrai problème qui, en grande mesure, venait de l’interventionnismenord-américain. Des aspects comme ceux que l’on vient de signaler, entre autres, sont ceux quipermettent d’affirmer que l’Amérique Latine ne constitue pas une unité en termes definalités et d’objectifs, malgré ses racines communes contenues essentiellement dans lalangue et la religion. En effet, les intérêts individuels ont toujours prédominé, au point quel’américanisme préconisé par Simon Bolivar a été graduellement mais continuellementremplacé par le panaméricanisme nord-américain. Cela a permis à la puissance du Nordd’imposer une ligne de conduite qui les a maintenus dispersés, sans capacité de 127
  • 128. négociation, soumis à leurs intérêts, et pire encore, relégués dans leurs options dedéveloppement. Des raisons de sécurité ont motivé et créé des visions radicales et profondes, comme laDoctrine Monroe, utile à l’idée de Destin Manifeste, qui ont marqué les relations entre lesEtats-Unis et l’Amérique Latine pendant tout le XIXème siècle. À mesure que la puissancenord-américaine augmentait, cela devenait un sujet de plus en plus important, concentrantles zèles interventionnistes les plus importants au Mexique, en Amérique Centrale et dansles Caraïbes, qui forment une sorte d’anneau de sécurité proche où l’on ne pouvait pascourir des risques non calculés. Avec le temps qui passe et étant donné les changements vécus sur la scèneinternationale, l’intérêt pour légitimer et institutionnaliser l’intervention des Etats-Unis surle continent est très clair. C’est pour cela que la première Conférence Panaméricaine vas’effectuer et que l’on a établi le Bureau des Républiques Américaines. Ces entités nepouvaient avoir d’autre conception que celle de servir les intérêts du pays amphitryon. Cecimontre la vision que l’on avait des pays du sud que l’on concevait comme des entitéspolitiquement, socialement et économiquement instables qui avaient besoin d’une directionsupérieure et effective. La politique nord-américaine agressive envers les états latino-américains, caractériséeessentiellement par l’interventionnisme, a créé certaines animosités qui, avec le temps, ontfait place à une organisation politique de plus en plus importante, dérivée du changementqui se cristallisait dans le type de relations à l’intérieur des états latino-américains, maistoujours sur le plan individuel, apparaissant alors des forces enclines à la revendication desintérêts sociaux, à la redistribution des revenus et à d’autres réformes essentielles quiexerçaient une pression sur leurs gouvernements respectifs. Au début du XXème siècle, le comportement nord-américain envers l’Amérique Latine asubi des modifications graduelles, qui s’est prolongé jusqu’à la fin de la Deuxiéme Guerre 128
  • 129. Mondiale, période où la perception nord-américaine envers l’Amérique Latine avait changéconsidérablement, même s’il était évident que les intérêts stratégiques et militaires deWashington remplissaient l’agenda, ce qui donnerait une autre connotation aux relations. Cependant, malgré les efforts pour développer des relations sous des modalités plutôtamicales, la région n’a jamais cessé de percevoir l’ingérence et l’influence nord-américaine, d’une façon ou d’une autre, dans les affaires internes de chaque état. Cela aaffecté les sociétés respectives si bien qu’avec l’avènement du communisme, il a toujoursexisté une masse critique disposée à appuyer les efforts anti-nord-américains, sousdifférentes perspectives, mais instrumentales contre la lutte idéologique qui s’est dérouléedans la région pendant presque un demi-siècle. C’est ainsi que se sont créées les conditions pour le retour abrupt du style agressif etinterventionniste des relations entre les Etats-Unis et l’Amérique Latine, soutenues par lefait que la lutte contre le communisme leur a concédé une justification très persuasive pourcontinuer dans leur interventionnisme historique, augmentant leurs efforts avec unepolitique militaire pré-active qui, dans un grand nombre de cas, est arrivée au niveau del’assessorat direct aux gouvernements, ainsi qu’à l’entraînement et à l’équipement desforces, qui en grande partie ont subi un processus de changements avec le sceau du pays duNord, qui persiste jusqu’à nos jours. Comme on pouvait le supposer, les gouvernements de type démocratique commencent àquestionner le durcissement de la politique extérieure nord-américaine, ainsi que ladiffusion de la Doctrine de Sécurité Nationale, qui donnait à chaque organisation militaireune condition d’acteur politique important puisqu’il se produisait une altération évidente del’ordre interne, spécialement par rapport aux préceptes constitutionnels de chaque état. Par conséquent, l’intense apparition de régimes militaires en Amérique Latine n’a pasété un phénomène curieux, excepté que ces mouvements n’aient pas été sous le contrôle desEtats-Unis. Ils ont été victimes de la plus sévère opposition et, comme on peut le supposer, 129
  • 130. l’ingérence n’a pas cessé, mais a seulement changé de direction objective pour produire unnouveau changement. En résumé, et comme corollaire, outre les inégalités, l’ajournement économique, lemanque d’objectifs communs et sa condition périphérique dans les grands débats et lesaffaires mondiales, l’Amérique Latine a eu comme constante une intervention parfoisdirecte et d’autres déguisées, mais non moins effectives, qui a soumis ses expectatives dedéveloppement à la vision des Etats-Unis et à la capacité d’imposer leurs propres intérêts.2 LES MENACES EN VIGUEUR CONTRE LA SECURITE REGIONALE ET LES ORIGINES DU SYSTEME INTERAMERICAIN Pour comprendre avec un certain degré d’exactitude le phénomène des menaces contrela sécurité en Amérique, on estime qu’il est indispensable de le rattacher à un contextehistorique élargi qui comprend depuis la concrétion des processus indépendantistes descolonies britanniques et hispaniques jusqu’à la fin de la Guerre Froide et la transition versle schéma de relations internationales dominant de nos jours, passant par une séried’événements transcendants qui ont affecté le devenir des états américains. Dans ce sens, et comme cela a été déjà vu, la position et l’influence exercée par lesEtats-Unis sur le continent sont importantes pour comprendre un tel phénomène car laperception de menace changera directement en fonction de l’évolution de leurs intérêts, cequi aura une conséquence directe sur la conformation d’un système de défensehémisphérique, lequel sera un élément consubstantiel du système interaméricain, comme onle signalera par la suite.2.1 L’Amérique pour les Américains Étant donné la condition géopolitique qui est que sur le continent se trouve la plus fortepuissance du monde, la grande interrogation qui nous vient à l’esprit est : dans quelle 130
  • 131. mesure l’agenda de la sécurité nationale des Etats-Unis est, par définition et inévitablement,l’agenda de la sécurité hémisphérique à laquelle tous les états latino-américains doivent seplier ? En fait, les Etats-Unis ont été les plus grands propagateurs d’une doctrine, d’unepolitique et d’une stratégie de sécurité commune. A certains moments de l’histoire,Washington a presque atteint son objectif qui était d’aligner tous les pays du continentautour d’une conception unique de sécurité dont la matrice originale est la célèbre phraseque la Doctrine Monroe synthétise : « l’Amérique aux Américains ». Ce précédent essentiel qui se soutient sur la doctrine citée, explicitée par le contexte dela reconnaissance des nouvelles républiques hispano-américaines par les Etats-Unis ainsique par la déclaration de la fermeture de la région à la colonisation européenne, a fait placeà diverses interprétations, depuis la différence en ce qui concerne la conception et lacompréhension du nom d’Amérique,81 ce qui a permis son utilisation en fonction desintérêts régionaux et non régionalistes. Malgré les visions qui peuvent exister sur cette doctrine, il est nécessaire d’interpréter son essence de deux manières: premièrement, en tant que déclaration unilatérale avec une projection hémisphérique de la politique nord-américaine de l’isolement ; et deuxièmement, en tant que stratégie tendant à éviter toute avancée européenne dans le nouveau monde.82 Donc, de ce point de vue, la menace contre la région au XIX ème siècle se concrétisait essentiellement par les puissances européennes qui, plus que représenter un risque pour l´hypothétique récupération de quelque ancienne colonie, pouvaient affecter la sécurité des Etats-Unis, principalement dans leur zone d’influence la plus proche, comme l’Amérique Centrale et les Caraïbes.81 Henry Taylor L.- Norteamérica y Latinoamérica dos Culturas Diferentes: Un Modelo de Integración y Seguridad Cooperativa.- Fort Lesley J. McNair, Washington D.C.: Travail deRecherche Académique, Bibliothèque du Collège Interaméricain de Défense, 2003, p.282 Andrés Muñoz M.- Política exterior de los Estados Unidos de América. Características Generales.-Buenos Aires: Ed. La Facu, 2002, p.5 131
  • 132. De là, on pourrait affirmer que les diverses interventions nord-américaines en Amérique Latine se sont orientées vers la sauvegarde de leurs intérêts, inspirées uniquement par la vision unilatérale et pragmatique de la meilleure manière de préserver leurs objectifs et de créer des conditions propices pour atteindre des objectifs à long terme, dont les effets n’irradiaient pas sur leurs voisins du sud. Comme il peut en être déduit, les objectifs prioritaires de sécurité des Etats-Unis en Amérique Latine ont été d’assurer le maintien de la stabilité et de la démocratie, ainsi que l’adhésion au commerce et à l’échange dans la zone, objectif qui a entraîné l’action diplomatique et, dans certains cas, l’emploi de la force pour empêcher que les rivaux n’affaiblissent leur influence et leur capacité pour ainsi éviter que les événements régionaux échappent à leur contrôle.83 D’autre part, on peut ajouter que l’élément recteur de ladite doctrine est la non-intervention qui, du point de vue nord-américain, a été proclamée avec un esprit unificateuralors que le même principe, dans l’esprit des gouvernements latino-américains, est né de ladésunion du continent, due aux processus indépendantistes relativement contemporains,mais orientés à former autant de républiques qu’il y avait de colonies espagnoles enAmérique, chacun avec sa propre vision sur le sujet. Même si la Doctrine Monroe a effectivement dissuadé les nations européennes dansleurs rêves de reconquête, elle n’a pas empêché l’intervention et l’ingérence de celles-cidans de nombreuses occasions. Elle n’a pas non plus inhibé le Royaume-Uni à continuer dejouer un rôle important dans la région du Río de la Plata, qui a réussi à créer un état-tamponen 1828, entre le Brésil et l’Argentine, séparant des Provinces Unies la Bande Orientale,qui est devenue la République Orientale de l’Uruguay. En effet, les Etats-Unis ont converti les menaces contenues dans la doctrine en lettremorte puisqu’ils n’ont interposé aucune motion pour la défense continentale face à unesuccession de faits de force ou d’agressions qui ont affecté les pays latino-américains,parmi lesquels nous citerons les plus importants.83 Hans Binnendijk et John A. Cope.- La seguridad de las Américas.-Washington DC: Airpower Journal, Bibliothèque de l’Université de Défense Nationale, 2001 132
  • 133.  L’invasion britannique aux îles Malouines en 1833. Le blocus de la marine française contre le port de Buenos Aires en 1837. L’intervention française à San Juan de Ulúa, Mexique, en 1838. L’expédition militaire franco-britannique à Río Paraná en 1845. Le bombardement de Valparaíso et de El Callao en 1866 par une flotte espagnole. La cession de l’île de Saint Barthélemy de la Suède à la France, en 1876. L’invasion du Mexique menée par des troupes franco-espagnoles et la tentative d’établir un empire latin avec Maximilien d’Autriche à la tête. Le blocus du Vénézuéla en 1902 par les flottes d’Italie, de Grande Bretagne et d’Allemagne, pour toucher compulsivement la dette publique que ce pays avait avec ces gouvernements. Ce dernier fait a motivé la déclaration du Chancelier argentin Luis María Drago du faitque la dette publique ne peut pas donner lieu à une intervention armée et moins encore àune occupation matérielle du sol des nations américaines par une puissance européenne, enréférence directe au gouvernement nord-américain, qui avait proclamé ce principe dans ladoctrine déjà mentionnée. La réponse du gouvernement des Etats-Unis a été qu’ils empêcheraient l’intervention de toute puissance qui voudrait toucher des dettes contractuelles mais qu’ils interviendraient eux-mêmes pour que justice soit faite. Il s’en dégage que l’intérêt n’était pas de protéger un pays dans une situation de menace directe mais d’éviter que l’attitude coercitive puisse servir à l’acquisition d’un territoire par une puissance non-américaine, celui-ci étant le facteur qui pouvait constituer une menace. 8484 Andrés Muñoz M.- Política exterior de los Estados Unidos de América. Características Generales.-Buenos Aires: Ed. La Facu, 2002, p.6 133
  • 134. Alors que les Etats-Unis maintenaient une attitude isolationniste, avec un domained’action principal en Amérique Centrale et dans les Caraïbes hispanophones, la GrandeBretagne avait comme sphère d’influence le reste du sous-continent avec une politiquenéocoloniale, basée sur des relations commerciales asymétriques et des investissements.Cette sorte d’équilibre a augmenté les probabilités d’intervention nord-américaine dans unétat américain car le danger d’une invasion par un état extra-américain devenait effectif,spécialement si l’action provenait de la Couronne britannique. Après la Première Guerre Mondiale, les Européens se trouvaient complètement hors duscénario américain, laissant la voie libre aux Etats-Unis qui, à ce moment-là, s’étaient déjàconvertis en une puissance mondiale, qualité qui leur imposait de prendre parti dans lesaffaires internationales dans un environnement déjà établi et non pas dans un climatdémocratique comme ils auraient souhaité. Le président Roosevelt a été le premier à affirmer que les Etats-Unis devaient faire sentirglobalement leur influence et que si leurs intérêts se heurtaient contre ceux d’autrespuissances, ils devraient utiliser la force. Cela a fait que la Doctrine Monroe est devenueencore plus interventionniste, ouvrant immédiatement la voie à une série d’interventionsdirectes, qui ont été déjà mentionnées dans le chapitre précédent. Aucune autre nation n’a manipulé un pouvoir politique, économique, militaire, technologique, diplomatique et culturel si incontestable sur un territoire aussi vaste dans toute l’histoire de l’humanité. A la fin du XIXème siècle, ils ont commencé à devenir un pouvoir global, d’abord comme partenaire mineur de la Grande Bretagne dirigeant le développement du capitalisme mondial et après, émergeant graduellement au XXème siècle comme pouvoir hégémonique planétaire.8585 Tom Barry.- El complejo de poder, se acabó “el gringo bueno”.- Silver City, NM: Programme des Amériques del Interhemispheric Resource Center, décembre 2002, p.6 134
  • 135. 2.2 La conformation du Système Interaméricain Malgré la perception négative qui apparait de l’attitude nord-américaine vis-à-vis del’Amérique Latine, l’idée mentionnée d’une menace extracontinentale a été internaliséecomme étant un concept valide et émerge au premier plan des préoccupationshémisphériques, en fonction des événements qui ont caractérisé le premier tiers du XX èmesiècle, avec une emphase plus importante après l’apparition de l’axe Berlin-Rome-Tokyo. L’interaction entre les états américains remonte aux premiers essais pour configurer unsystème interaméricain lesquels datent des efforts de Simón Bólivar en 1826 –obstaculisésavec efficacité par les Etats-Unis-. Mais ce n’est qu’en 1889 où l’on a réussi à configurerune organisation avec un relatif caractère régional, avec la création de l’UnionInternationale des Républiques Américaines (UIRA) qui, bien qu’elle soit critiquée pour sacondition instrumentale de Washington, a réussi à être légitimée comme foruminternational hémisphérique exclusif. Cependant, il y a des opinions contraires qui soutiennent que ce précédent n’est pas valable pour être considéré comme fondement d’un système interaméricain étant donné qu’il n’existe ni n’a jamais existé aucune structure formelle que l’on pourrait cataloguer de telle mais tout simplement un ensemble d’institutions avec des origines communes et avec quelques coïncidences dans leurs propos et dans leurs actions aidant avec cela à une conformation institutionnelle conceptuelle et non opérative.86 Cette observation sera recueillie comme étant un référent pour le traitement postérieurdu sujet, en considération des événements qui sont à l’origine des régimes et desinstitutions qui sont la base de ce que l’on appelle système interaméricain, dont la têterepose sur l’Organisation des Etats Américains (OEA) et qui transcende la sphère desécurité et de défense.86 José Luís Restrepo.- El Sistema Interamericano: Perspectiva Histórica.- en http://www1.udla.mx/ 2003 /biblioteca /digital/derecho/ sistinterame.pdf 135
  • 136. Presque tout au long du XIX ème siècle, les républiques américaines ont encouragé unevision naissante d’identité hémisphérique, primordialement avec une série de congrès, telsque les quatre de caractère hispano-américain sur des affaires et des priorités qu’onconsidérait vitales pour le Continent : Panama (1826), Lima (1847), Santiago du Chili(1856) et Lima (1864) où l’on a abordé les questions de la paix, de la sécurité, del’abolition de l’esclavage, de l’union fédérale, des menaces externes et une possibleréaction conjointe à la présence espagnole et française à Santo Domingo et au Mexique. Ultérieurement, en 1889, le gouvernement des Etats-Unis a invité tous les étatsindépendants du Continent à participer à la Première Conférence InternationaleAméricaine, où s’est créée la UIRA–déjà mentionnée– pour la collecte et la distributiond’informations sur le commerce et on a créé le Bureau du Commerce des RépubliquesAméricaines, à Washington D.C., qui servirait de Secrétariat Permanent de l’Union. Lors de la Quatrième Conférence Internationale Américaine, qui s’est tenue à BuenosAires en 1910, les républiques participantes ont utilisé la UIRA en tant que scène pourl’adoption d’une convention qui a permis la création de l’Union Panaméricaine (UP). Apartir de ce moment, des représentants des états latino-américains et des Etats-Unis se sontréunis périodiquement pour établir une position commune autour des intérêts régionaux, surla base de l’unité de critères que la démocratie accordait comme caractère essentiel dechaque état participant.87 En même temps, les états latino-américains ont considéré comme étant un moyenles conférences panaméricaines pour rechercher des consensus qui feraient obstacle àl’hégémonie des Etats-Unis sur le continent. La Septième Conférence de Montévidéo,réalisée en 1933, marquerait un fait historique quant au sujet lorsqu’a été approuvé unarticle sur le Droit des Etats, qui considérait qu’aucun état n’avait le droit d’intervenir dans87 Luis K. Harris et Victor Alba.-The Political Culture and Behavior of Latin America.- Kent State University Press, 1990, p. 119 136
  • 137. les affaires internes d’un autre. Curieusement, cette motion a compté sur le soutienaméricain lors du vote. Il faut signaler que, parallèlement à la réalisation des conférences mentionnées, en 1936a eu lieu à Buenos Aires la Conférence Interaméricaine pour la Consolidation de la Paix,s’établissant le principe de solidarité américaine dans tous les conflits extra-continentaux eton a proposé une réunion en cas de menace contre la paix dans l’hémisphère, cela dans uncontexte de préoccupation dérivé des événements survenus en Europe, qui présageaientdéjà une grave altération de la paix mondiale. En 1938, lors de la Huitième Conférence qui s’est tenue à Lima et face à la croissanteperception de menace étrangère, on a réaffirmé le concept de solidarité hémisphérique et ona décidé de réaliser de nouvelles réunions avec les ministres des relations extérieures, dansle but de rendre effective cette idée de solidarité. La gravité de la situation en Europe après l’invasion de la Pologne et le début de laDeuxième Guerre Mondiale crée un climat de grande préoccupation en Amérique,sensibilisant les différents leaders politiques par rapport à une potentielle agression de lapart d’un état non américain, ce qui finalement se traduit par avancer d’autres réunionsprévues à des dates postérieures. En 1939 s’est réalisée la première ronde de conversations spécifiques ou Réunion deConsultation au Panama, de laquelle naît la Déclaration de Panama, conçue pour faire faceaux menaces provenant des pays de l’Axe. Aussi, on a perfectionné un mécanisme deconsultation et de défense réciproque de l’hémisphère. Lors la Deuxième Réunion de Consultation, qui s’est tenue à la Havane en 1940, connuesous le nom d’Assistance Réciproque et de Coopération Défensive des Nationsd’Amérique, on a avancé dans la position américaniste, qui coïncidait avec l’intérêt desEtats-Unis, pour constituer un front commun face à des menaces extra-continentales. 137
  • 138. De ce qui a été signalé, il est possible d’apprécier que, peut-être à cause de motivationsdifférentes, l’agression potentielle d’un état extra-continental est un sujet qui demeure envigueur, se déplaçant depuis les possibilités de récupération de possessions coloniales –caractéristique du XIXème siècle– vers l’occupation territoriale pour des affaireséconomiques, jusqu’à la menace contre la sécurité hémisphérique comme conséquence dumouvement en Europe qui a créé les conditions pour la Deuxième Guerre Mondiale.Comme fil conducteur, il convient de garder en vue l’influence de Washington sur lanaissance de cette idée collective, étant donné que dans cette perception on peut apprécierque les intérêts des Etats-Unis sont un facteur commun. Le 10 décembre 1941, et sous le fort impact que l’attaque à Pearl Harbour a provoquésur l’opinion publique continentale, le gouvernement des Etats-Unis a dirigé une pétition àla UP suggérant que la prochaine Réunion de Consultation prévue se tienne à Rio deJaneiro où on chercherait l’union et la solidarité des gouvernements américains. Ladite réunion des Ministres des relations extérieures s’est réalisée le 15 janvier 1942, sedessinant déjà les lignes directrices de la naissante Junte Interaméricaine de Défense (JID),qui recommandait l’immédiate réunion à Washington d’une commission de techniciensmilitaires et navals, désignés par chacun des gouvernements américains, pour étudier etrecommander les mesures nécessaires pour la défense du Continent. Ainsi, la JID a été formellement établie le 30 mars 1942 lorsque les représentants des 21républiques, qui faisaient alors partie de la UP, se sont réunis, commençant immédiatementleur tâche qui consistait à préparer graduellement la défense du Continent, avec laréalisation d’études et la recommandation des mesures destinées à cet effet, considérant queladite organisation serait de caractère permanent et développerait ses fonctions tant quel’urgence actuelle durerait.8888 Avec cela, il reste clairement démontré que la conception de cette structure était basée sur la façon de surmonter la menace provenant des pays de l’Axe. 138
  • 139. En 1947, de nouveau à Río de Janeiro, et comme conséquence du besoin que l’onressentait de trouver un mécanisme qui permette la défense collective dans l’hémisphère,apparaît le Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque (TIAR) appelé aussi Traité deRío, dont la fonction basique s’est posée pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Mais il aété approuvé seulement deux ans plus tard, entrant en vigueur en 1948. Depuis lors il s’estconstitué en un pilier important de la défense hémisphérique collective. En 1948, l’OEA s’est établie à Bogota, sans que cela ne corresponde à une impulsionsoudaine mais à la conséquence naturelle d’un processus commencé en 1889 quand laPremière Conférence Internationale Américaine s’est réunie à Washington. Ainsi, une sériede réunions de négociation commence où on adopte des normes juridiques se référant auxrelations entre les états du continent. On y a aussi établi les noyaux initiaux qui seraientplus tard des institutions du Système Interaméricain. Dans le contexte de l’après-guerre et des débuts de la Guerre Froide, la nouvelleinstitution américaine a été conçue avant tout avec la vision idéaliste du maintien de la paixet comme un moyen pour assurer la Sécurité de l’hémisphère qui avait été menacée pendantla Deuxième Guerre Mondiale et que l’on sentait de nouveau en danger à cause del’expansion du communisme international. On lui a assigné également le propos depromouvoir, avec l’action coopérative, le développement économique, social et culturel. L’importance du rôle de la sécurité hémisphérique, comme étant un des motifsprincipaux qui ont mené les gouvernements d’Amérique à établir l’OEA, est évidente sil’on considère que l’année antérieure à l’adoption de la Charte le TIAR s’y était souscrit.Selon ses clauses, une attaque externe contre un des états signataires, qui mettrait en dangerson intégrité, est considéré comme une agression contre tous, à laquelle il faut répondre demanière collective. Comme il a été signalé, une fois terminée la Deuxième Guerre Mondiale, la JID acontinué d’exercer ses fonctions en tant que telle, intégrée par les officiers militaires des 139
  • 140. plus hautes hiérarchies de leurs respectives institutions nationales de défense. Plus tard, en1949, l’état Major de la JID a été créé, comme organe principal de planification et deconsultation du Conseil de Délégués. En 1962, on fonde le Collège Interaméricain deDéfense pour former du personnel militaire et civil des états américains, en fonction deleurs futures responsabilités dans le cadre de la défense continentale. Finalement, en 1963,on institue l’École des Amériques, en tant qu’entité destinée à la formation militaire,mettant l’emphase sur les opérations de contre-insurrection. Auparavant, en 1951, à cause de la guerre de Corée, la Réunion de Consultation aréaffirmé à Washington les principes du Traité de Río et de la Charte comme réaction faceà la politique expansionniste de l’URSS et de ses alliés, critère qui serait à la base d’ungrand nombre de décisions postérieures à l’OEA.2.3 Brève analyse de la menace extracontinentale La conformation du système interaméricain se soutient sur l’établissement d’institutionsliées entre elles par trois aspects qui ne sont pas nécessairement unis, mais qui n’empêchentpas la réalisation de leurs propos originaux, comme ceux qui suivent : Le cadre juridique qui jette les fondements et légitime leurs existences respectives. L’intérêt américaniste, malgré les différences entre les états du Continent et l’influence des régions et des sous-régions qui le conforment, permet de proposer une identité qui ne peut être ignorée. L’effet des intérêts des Etats-Unis, qui constituent un facteur transversal aux différentes périodes qu’il est possible de distinguer dans le cours de l’histoire américaine. Pour contribuer à expliquer l’évolution des architectures de sécurité sur le continent, ona élaboré un graphique qui représente divers faits qui ont marqué l’intérêt collectif pourconjuguer les efforts autour de la problématique de la sécurité continentale. Il reflète 140
  • 141. l’intime relation entre la perception de menace et les faits concrets qui ont rendu effectifl’intérêt de l’ensemble en actes, institutions et organismes destinés à la contrecarrer. 141
  • 142. Evolution du Système Interaméricain Illustration 2 142
  • 143. Le graphique exposé contribue à créer une impression en ce qui concerne la variationdans le dynamisme du système interaméricain, à partir du moment où les Etats-Unisassument formellement un leadership régional, qui s’identifie avec l’appel à uneconférence interaméricaine, où apparaît l’UIRA. Si on met en relation la variation de la perception de la menace extracontinentale aveclexercice effectif du leadership américain, il est possible de voir l’augmentation del’activité dans le système, essentiellement par la conformation d’entités et de régimesfonctionnels -auxquels on a concédé une valeur similaire en tant qu’événementstranscendants- reflétant ainsi un accroissement exponentiel à partir de 1936.89 En résumé, et comme résultat de l’intérêt élevé qui a permis la conformation effectivedu système interaméricain, il est possible d’affirmer qu’il s’agissait, par essence, d’unezone de sécurité autour d’un des principaux acteurs de la Guerre Froide, qui coïncide dansle temps avec sa condition de zone à protéger par les Etats-Unis, depuis les débuts de sa vieindépendante en vue d’éviter la présence des puissances européennes dans la région. Il s’agit d’un élément incontournable pour traiter les architectures de sécuritéhémisphérique, tant pour une question d’ordre géopolitique que pour le fait que lacoexistence avec une puissance mondiale a eu un impact sur la politique internationaleaméricaine depuis très longtemps, au point qu’il est difficile de comprendre sasystématisation d’une manière différente, du moins pour l’instant.89 Pour réussir à obtenir une mesure effective et refléter le dynamisme du systeme dans le temps, on a assigné une valeur égalitaire à chaque événement important, appelée « unitéd’accroissement», ce qui permet de représenter sur un graphique ce phénomène politique. 143
  • 144. Cadre Géographique du Système Interaméricain Illustration 3 Source : TIAR Il convient de mentionner ce qui est rapporté sur l’illustration Nº 3. En effet, même siles faits décrits dans cette recherche se déroulent sur le continent américain, Cuba cessed’appartenir à l’OEA à partir de 1963, en vertu de la Résolution VI, adoptée lors de laHuitième Réunion de Consultation des Ministres des Relations Extérieures de l’OEA, qui aeu lieu à Punta del Este, Uruguay, du 22 au 31 janvier 1962. 144
  • 145. Résolution VI : « Exclusion de l’actuel gouvernement de Cuba de sa participation au Système Interaméricain » : 1. Que l’adhésion de tout membre de l’OEA au marxisme-léninisme est incompatible avec le Système Interaméricain et l’alignement de tel Gouvernement avec le bloc communiste rompt l’unité et la solidarité de l’Hémisphère. 2. Que l’actuel Gouvernement de Cuba, qui s’est officiellement identifié comme un gouvernement marxiste-léniniste, est incompatible avec les principes et les propos du Système Interaméricain. 3. Que cette incompatibilité exclut l’actuel Gouvernement de Cuba de sa participation au Système Interaméricain. 4. Que le Conseil de l’Organisation des Etats Américains et les autres organes et organismes du Système Interaméricain adoptent sans attendre les providences nécessaires pour exécuter cette résolution.902.3.1 La vraie menace extracontinentale Sans aucun doute, c’est pendant la Guerre Froide que la menace la plus importante et laplus effective est devenue concrète, la seule vraiment concrète, conçue depuis laperspective américaine et sous une claire influence nord-américaine. Pour mieux comprendre la vision de la menace pendant la Guerre Froide, du point devue américain et sous une claire influence étasunienne, on utilisera l’information obtenuedans des documents officiels en vigueur dans les années soixante-dix –en pleine transitiondepuis la détente vers la confrontation des années quatre-vingt– et on verra se refléter soncaractère essentiellement idéologique, sa provenance, les manières à travers lesquelles ellepourrait se concrétiser en Amérique et la probabilité qu’elle ait lieu. L’objectif pour élaborer une analyse stratégique était de déterminer les hypothèses deguerre que l’affrontement d’objectifs du Système Interaméricain provoquerait avec ceux duGroupe Oriental, ainsi que les éléments fondamentaux qui rendraient possible l’élaborationdes plans stratégiques pour la légitime défense collective du Continent Américain.90 Acte de la Huitième Réunion de Consultation des Ministres des Relations Extérieures, Punta del Este, janvier 1962, in www.oas.org Accès le 21 mai 2006 145
  • 146. Se basant sur le Résumé Périodique ou Spécial des Services de Renseignements et quand on considérera nécessaire de commencer le cycle de Planification stratégique, le Conseil de Délégués, de lui-même ou dans des situations spéciales sur proposition du Directeur de l’Etat Major, émettra une Directive de Planification afin d’orienter le travail de l’Etat Major. Cette directive contiendra des instructions spécifiques pour la révision, l’actualisation ou la modification de l’Evaluation Stratégique et, en conséquence, du plan ou des plans en vigueur. 91 Comme il a déjà été exposé, la menace était centrée sur ce que l’on a appelé le GroupeOriental, caractérisé par les principaux pays marxistes léninistes qui, individuellement oucollectivement, pour les finalités de la planification stratégique et contingente de la JID,doivent être considérés comme des adversaires potentiels du Système Interaméricain, dû auconflit entre leur objectif idéologique d’étendre la domination communiste, en oppositionau concept de démocratie libre, avec la légitime défense collective du Continent Américaincontre l’agression. Ce groupe comprenait l’URSS, la République Populaire de Chine, l’Europe Orientale etCuba, c’est-à-dire, ces pays qui démontraient des tendances à l’expansionnisme, qu’ellessoient actives ou en puissance, dû à leur idéologie marxiste-léniniste et qui pourraientmettre en danger, avec leur objectif commun, la sécurité du monde libre, même celle duContinent Américain. 92 Le fondement pour centrer la menace sur le groupe mentionné se base sur l’analyse des« Activités communistes et le Système Interaméricain »93, élaboré par la JID. Selon les contenus de l’analyse stratégique –qui comprend les niveaux politique, 94stratégique et opératif– , nous ferons référence à des aspects centraux qui servent le91 JUNTA INTERAMERICANA DE DEFENSA.- Manual de Planeamiento, Documento C-1731.- Washington D.C.: Octobre 1975, pp. 4-5.92 JUNTA INTERAMERICANA DE DEFENSA.- Análisis Estratégico.- Washington DC: Conseil de Délégués, 26 juillet 1979, p. 1.93 JUNTA INTERAMERICANA DE DEFENSA C-0376 146
  • 147. propos de la recherche, transcrivant des parties qui facilitent une meilleure identification deces éléments qui soutenaient la légitimité et la crédibilité de la menace, comme lesstratégies et les objectifs du Groupe Oriental, la menace en soi et la façon de la concrétiser,la possibilité de son exécution, l’hypothèse posée et la probabilité qu’elle ait lieu, avec uneemphase marquée sur le caractère militaire.2.3.1.1 Stratégies du Groupe Oriental95 Discréditer et affaiblir les organismes internationaux qui constituent les piliers de cohésion des pays occidentaux. Avoir une incidence sur le domaine politique international pour obtenir le retrait des bases et des moyens militaires que les Etats-Unis maintiennent hors de leur territoire. Obtenir le soutien des masses dans les pays pour leur politique internationale, développant des stratégies de pression politique, économique, sociale, et si c’était nécessaire, militaire. Encourager les mouvements subversifs et les idéologies extrémistes dans les pays occidentaux. Profiter des différences qui pourraient apparaître entre les pays du Système Interaméricain, ceci dû à l’application de la politique des droits de l’homme, pour produire une séparation entre leurs membres et obtenir ainsi leur démembrement. Développer au maximum les économies des pays communistes en compétition avec les économies des pays occidentaux. Créer des problèmes économiques internationaux pour le monde occidental. Créer et favoriser la confusion sociale, politique et économique parmi la population des pays du Système Interaméricain, jusqu’à atteindre le niveau de découragement et de tension psychologique propice qui facilitera la pénétration idéologique marxiste et la subversion.94 L e niveau politique est lexpression de la volonté des responsables politiques; le niveau stratégique est lexpression générale dun comportement au service d’un but défini parl’état; et le niveau opératif est lorganisation, les modes daction et de moyens pour réaliser la stratégie définie. EJÉRCITO DE CHILE, Trabajos preparatorios para las ponenciasinstitucionales en los talleres de trabajo para la elaboración del Libro de la Defensa Nacional de Chile, edición 2002.- Santiago, ACAGUE, 2001.95 JUNTA INTERAMERICANA DE DEFENSA.- Análisis Estratégico.- Op. Cit., p.3. 147
  • 148.  Fortifier les organismes militaires du Groupe Oriental et les liens existants entre les Forces Armées des pays membres ainsi qu’établir de nouveaux pactes ou alliances militaires, principalement avec des pays non alignés et fournir une aide militaire à ceux qui en ont besoin. Augmenter le développement de leur industrie de guerre. Détruire ou neutraliser les alliances militaires actuelles des Etats-Unis avec d’autres pays et obtenir le retrait des bases et des moyens militaires que ce pays maintient hors de son territoire. Faciliter, avec la participation militaire de Cuba, l’action de ce que l’on appelle les mouvements de libération et/ou les gouvernements qui puissent favoriser le Groupe Oriental.2.3.1.2 Objectifs96 L’objectif final consistait à obtenir l’hégémonie mondiale avec l’implantation ducommunisme. Pour cela, des objectifs particuliers dans chaque domaine de pouvoir ont étédéfinis. On peut signaler ceux qui suivent : Domaine politique  Maintenir, par n’importe quel moyen, l’unité du Groupe Oriental  Attirer et enrôler des pays du monde occidental et non-alignés dans l’orbite d’influence communiste et désintégrer la cohésion des nations d’Occident, particulièrement du Continent Américain. Domaine économique  Augmenter le potentiel économique du Groupe Oriental.  Désarticuler l’économie des pays dans le monde occidental et empêcher l’intégration économique au niveau continental ou régional.96 Ibid., p. 5. 148
  • 149.  Domaine social  Détruire les valeurs traditionnelles des peuples avec des actions contre la morale, la culture et la religion et semer la méfiance dans leurs gouvernements, créant des conflits et de fausses expectatives. Domaine militaire  Atteindre et maintenir une suprématie militaire sur l’Occident.2.3.1.3 Analyse des menaces contre le Système Interaméricain97 Pour atteindre ses objectifs, le Groupe Oriental essayera de rompre l’unité du SystèmeInteraméricain avec la subversion et le terrorisme, dans le cadre de la guerrerévolutionnaire, faisant que les partis communistes continuent leur activité permanente,créant le terrain propice pour la pénétration idéologique et influant aussi politiquementchaque fois que leur aide serait sollicitée. Etant donné les objectifs et la pratique expansionniste que le Groupe Oriental poursuit,il est à supposer que les guerres révolutionnaires vont continuer, ainsi que les guerreslimitées et l’intervention militaire n’importe où dans le monde. Et on ne peut pas exclure lapossibilité, toujours latente, d’un affrontement militaire entre les deux principalespuissances, les Etats-Unis et l’URSS, qui peut dériver en une guerre généralisée, quiengloberait les autres pays du Continent.2.3.1.4 Analyse des possibles formes d’agression militaire 98 Tenant compte des menaces contre le système déjà analysées, on peut en déduire que,dans le contexte mondial, celles-ci pourraient être effectuées dans le cadre d’une paixrelative ou d’une guerre généralisée, dont les possibles formes d’agression militaire serontexplicitées ci-dessous.97 Ibid. , p. 15.98 Ibid.,p. 18. 149
  • 150. Dans le cadre d’une paix relative : Guerre révolutionnaire :  Ce type de lutte peut accompagner toutes les formes connues de guerre, la plus connue étant la forme subversive et le terrorisme.  La guerre révolutionnaire employée par le Groupe Oriental diffère des guerres du passé fondamentalement parce que, s’agissant d’un affrontement de deux idéologies soutenues par deux systèmes politiques, économiques et sociaux, pratiquement opposés, elle ne pourra pas se terminer par une transaction définitive.  L’existence de partis communistes ou de partis analogues, de représentations diplomatiques et d’échanges culturels, commerciaux ou de tout type avec des pays marxistes, sont les moyens qui lui facilitent atteindre ses objectifs, profitant du système occidental.  Le schisme idéologique du Groupe Oriental suscité par les divergences entre la Chine et l’URSS est irréfutable, divergences extériorisées par l’interprétation doctrinaire différente de la même philosophie, ce qui motive la sectorialisation du monde oriental. Cependant, nous ne devons pas rejeter l’idée que, dans le cas d’une menace plus grave contre le Groupe Oriental, ces différences pourraient disparaître.  On peut en déduire que la guerre révolutionnaire, dans le cadre d’une paix relative, pratiquée pour obtenir l’expansion de l’impérialisme communiste dans le monde, constitue une forme d’agression militaire continuelle peu risquée et très rentable pour eux.  Son expression la plus commune est la subversion et le terrorisme. Cependant, celle-ci se limite à un nationalisme accentué des peuples américains, à sa tradition historique, à son idiosyncrasie et à son unité religieuse, à la ferme position anticommuniste de leurs Forces Armées et à la capacité de celles-ci pour la contrôler dans ses manifestations actuelles et prévisibles. 150
  • 151.  Intervention militaire  Dans les derniers temps, le Groupe Oriental a apporté un changement important à sa stratégie, quand il a vérifié que par des moyens qui n’étaient pas la guerre révolutionnaire, il serait possible de faire valoir son influence avec plus d’effectivité et de rapidité, même sur des points considérés stratégiques.  Pour cela, il profite des situations dans des régions déterminées, des pays ou des territoires, telles que des guerres civiles, des conflits internationaux, des ressentiments entre certains pays, des graves problèmes internes, etc. Grâce à ces situations, il tente une approche pour pouvoir réaliser une intervention militaire qui permette de résoudre le conflit en faveur du pays, du territoire ou de la faction qui a reçu son aide. Avec cela, il est en condition, postérieurement, de faire valoir toute son influence.  Cette stratégie, plus rapide et décisive que la guerre révolutionnaire, est dans la politique du Groupe Oriental et elle a été très souvent annoncée par quelques-uns des pays qui l’intègrent, lorsqu’ils déclarent qu’ils aideront de n’importe quelle façon, même intervenant militairement, tout gouvernement ou faction de n’importe quel pays ou territoire qui, sous prétexte de lutter pour sa liberté et son indépendance, demande une telle aide.  Il est considéré peu probable qu’un pays ou des pays du Groupe Oriental offrent ou acceptent d’effectuer une intervention militaire de soutien d’une faction dans sa lutte contre un gouvernement fort, légitimement reconnu, d’un pays ou d’un territoire sur le Continent Américain.  Il serait bien plus probable qu’une intervention militaire ait lieu dans un pays ou sur un territoire américain dans le cas où le gouvernement légitimement reconnu ait perdu le contrôle de la situation interne ou, dans le cas d’un pays récemment indépendant dont le gouvernement n’a pas eu l’opportunité d’être reconnu légitimement avant que le conflit ne commence et que ne se produise l’intervention militaire. 151
  • 152.  On peut dire que cette forme d’agression militaire représente une menace contre le Système Interaméricain, si l’on considère que ça a été précisément Cuba, agissant comme pion d’avancée de l’URSS, qui a exécuté ce type d’action en Angola et en Ethiopie et que, par conséquent, il est en condition de le reproduire contre n’importe quel pays ou territoire du Continent qui présente les conditions de susceptibilité adéquates et favorables pour ce type d’intervention. Guerre limitée  Si le premier cas se produisait, ce serait avantageux pour le Groupe Oriental. Dans ce cas, on devrait essayer d’atteindre la réconciliation le plus tôt possible afin de préserver la solidarité continentale, ce qui deviendra une affaire résolutive de l’organe politique du Système Interaméricain (OEA).  Le deuxième cas est également probable, étant donné la capacité démontrée par le Groupe Oriental d’utiliser Cuba comme pion d’avancée en Afrique. Ce type d’action pourrait se produire sur le Continent Américain si les communistes considèrent qu’il existe des faiblesses qu’il convient d’exploiter rapidement et où les risques concernés sont moins critiques que les bénéfices à obtenir, ce qui demandera la réaction politico-militaire du Système Interaméricain.Dans le cadre d’une guerre généralisée : Dans une guerre généralisée, la participation des pays qui intègrent le Système Interaméricain se concrétisera conformément à ce qui est prévu dans le TIAR. De même, dans une guerre généralisée, la participation des pays qui intègrent le Système Interaméricain peut se produire comme conséquence de la privation de l’usage des lignes de communications maritimes du Continent. Etant donné les circonstances et la situation politique internationale actuelle, il est considéré peu probable que le Groupe Oriental lance une attaque armée massive contre le Continent Américain. Cependant, si elle se produisait, ce pourrait être contre 152
  • 153. n’importe quel objectif vital des zones stratégiques sélectionnées, principalement celles des Etats-Unis, avec l’utilisation d’armes non conventionnelles. Comme conclusion de ce qui vient d’être exprimé, il est possible d’établir que le Groupe Oriental, dans une guerre généralisée, pourrait réaliser contre le Continent Américain ce qui s’ensuit :  Une augmentation de la guerre révolutionnaire.  Une attaque armée contre le Continent Américain.  Une invasion conditionnée au progrès de l’attaque armée.  Une attaque contre les lignes de communications maritimes.2.3.1.5 Possibilités du Groupe Oriental pour matérialiser une agression militaire 99 Le Groupe Oriental peut, en tant que tel, matérialiser chacune des formes d’agressionmilitaire déjà mentionnées. Cette appréciation se base fondamentalement sur sa potentialitéet sur l’idéologie communiste qui servent de base pour développer une stratégieexpansionniste pratique et cohérente. Parmi les divergences existantes, celle qui peut être à l’origine de la limitation la plusévidente, dans des cas déterminés, est la différence pragmatique-idéologique entre la Chineet l’URSS. L’URSS représente le facteur de pouvoir de plus grande gravitation à l’intérieur duGroupe Oriental. En résumé, l’URSS, considérée de façon isolée dans le Groupe Oriental,est en condition –dans le cadre de la guerre généralisée– d’accroître la guerrerévolutionnaire, dont l’une des actions, la subversion, a été appliquée aujourd’hui avec unsuccès varié sur le Continent Américain. En plus, elle pourra soutenir des actions de guerrelimitée et utiliser également Cuba pour réaliser une intervention militaire.99 Ibid., p. 26. 153
  • 154. La République Populaire de Chine, pour l’instant, maintient ses possibilités d’action enAmérique, selon les formes d’agression militaire considérées, mais pas au-delà del’encouragement et du soutien à la subversion et au terrorisme, étant en condition dedévelopper, selon les formes d’agression militaire considérées, seulement la guerrerévolutionnaire, même si pour l’instant avec moins de possibilités de réussite que l’URSS. Cuba, bien qu’il soit un membre supplémentaire du Groupe Oriental, assume pourl’Amérique des caractéristiques singulières, fondamentalement motivées par sa situationgéographique. En effet, cette situation offre de grands avantages malgré le manque decontact terrestre avec le reste du Continent Américain. Cependant, ces avantages se voientlimités et même annulés dans certains cas, par des causes d’ordre économique etfondamentalement par la relation de pouvoir, qui lui sont défavorables par rapport au restede l’Amérique considérée comme un tout, étant donné qu’il est supérieur militairement encomparaison à la quasi-totalité des pays latino-américains.2.3.1.6 L’empreinte de la Guerre Froide dans la région Pendant la Guerre Froide, l’Amérique Latine allait se convertir en la principale zone del’interventionnisme nord-américain. La région était perçue en même temps comme laprincipale sphère d’influence des Etats-Unis et, dû à leur proximité géographique, commeune zone fondamentalement liée à leur sécurité. La principale source d’assistance dirigée par les Etats-Unis, pour le maintien de lasécurité et des stabilités internes des pays régionaux, a été l’assistance contre l’insurrection,dont la fin dernière peut s’identifier dans l’intérêt pour éviter que des forces socialesradicales questionnent et affectent le statu quo obtenu. Le contexte peut être circonscrit à ce que l’on appelle la Politique de Containment quiest apparue comme conséquence de l’intransigeance soviétique dans les négociations de la 154
  • 155. fin de la guerre et de l’après-guerre, caractérisée par une hostilité manifeste envers lesdémocraties. Une tension avec le non-soviétique, avec le non-communiste était une partie de laphilosophie de l’URSS, ce qui paraissait un politique ferme de contention, comme étant laseule manière de dépasser cette stratégie qui se structurait mettant une contre-force à sonexpansion à chaque point du globe où elle essaierait de se manifester. Avec l’application de cette politique de containment, la Guerre Froide a revêtu uncaractère militaire, en même temps qu’elle a permis que l’Occident projette une image defaiblesse, en montrant une patience illimitée face aux persistants défis soviétiques. En conséquence, les Etats-Unis chercheraient à inoculer le danger soviétique enAmérique Latine, comme réponse à la préoccupation croissante pour le communismeinternational –coïncidant avec l’instauration d’un système socialiste mondial– qui devientmanifeste dans des réunions comme la Conférence des Etats Américains (Bogotá, 1948)dans laquelle on condamne les méthodes qui tendent à supprimer les droits et les libertéspolitiques et civiles, « spécialement l’action du communisme international ».100 La chute du gouvernement du président Arbenz au Guatemala est la conséquenceimmédiate de cette époque d’inoculation. Ensuite, le début de la révolution cubaine attireraune réponse violente, accompagnée de la promesse d’augmenter l’aide économique pourl’Amérique Latine qui, plus tard, se traduirait en l’Alliance pour le Progrès, incitée par leprésident Kennedy pour aider les hommes et les gouvernements libres à fondre les chaînesde la pauvreté. Au fond, les Etats-Unis craignaient que des secteurs révolutionnaires capturent lesaspirations d’une Amérique Latine changeante. C’est pour cela que leur politique a été100 Alonso Aguilar M.-El Panamericanismo.- Buenos Aires: Cuadernos Americanos, 1ª Edición, 1965, p. 119. 155
  • 156. dirigée à prévenir toute influence et à maintenir une stabilité politique en favorisant ledéveloppement comme levier de changement et de prospérité. Le but de l’assistance économique a toujours été celui de créer les conditionsnécessaires qui conduiraient à une certaine stabilité sociale alors que le but de l’assistancemilitaire était dirigé à devenir le support de la stabilité politique, ce qui donnerait à cetélément une condition spéciale qui marquerait la période de plus grand interventionnismedans la région. De plus, on essaierait de convertir l’OEA en une alliance anticommuniste, attitude qui se manifeste dans l’accord tacite d’exclure Cuba de sa participation à l’organisme, en 1962, le considérant l’axe de l’action communiste en Amérique.101 Le véhicule de transmission de la pensée nord-américaine pour l’exécution de sapolitique de contention sur le plan militaire a été ce qu’on a appelé la Doctrine de laSécurité Nationale (DSN). Elle est comprise comme un ensemble de conceptions dérivéesde principes, de normes et de valeurs qu’un Etat, à travers ses propres expériences ou cellesd’autres Etats, conformément à son ordre constitutionnel et à ses réalités particulières,considère qu’il doit mettre en pratique pour garantir le développement intégral de l’hommeet de la collectivité nationale, les préservant des interférences et des perturbationssubstantielles de toute origine.102 Comme on peut le supposer, cette doctrine a été et continue d’être l’objet des critiquesles plus dures, parmi lesquelles on peut souligner celle qui a présumé être la synthèse totalede toutes les sciences humaines, capable d’offrir un programme complet pour l’action.C’est-à-dire qu’avec son application, les Etats-Unis ont essayé d’avoir de l’influence sur laconduite globale de l’état, à partir de l’organisation militaire qui, comme il a déjà été101 Pope Atkins, G.- Latin America in the international political system.- New York: Macmillan Publishing Co., 1977, p. 102102 Edgar Velásquez, R.- Historia de la Doctrina de la Seguridad Nacional.- Bogotá: Revue de l’Université del Cauca Nº 27, 2002, pp. 11-39. 156
  • 157. mentionné, la considérait un facteur d’équilibre dans les perméables démocraties latino-américaines. En tant que synthèse politique, économique, sociale et de stratégie militaire, la DSN a couvert toutes les zones d’action, depuis le développement économique jusqu’à l’éducation ou la religion et a déterminé les critères fondamentaux qui devaient être pris en compte pour, d’une façon intégrée, proposer la consolidation du processus pour combattre l’ennemi interne.103 La DSN s’est basée sur deux postulats basiques : la bipolarité et la guerre généralisée.La première a été comprise en tant que division du monde en deux grandes forcesopposées : le monde libre et le communisme international. Elle a affirmé l’existence d’uneguerre permanente entre l’occident chrétien et l’orient communiste, dont l’expression enAmérique Latine s’est présentée avec les révolutions politiques de l’époque, généralementde type gauchiste. En ce qui concerne l’affrontement entre l’occident chrétien et l’orient communiste, laDSN a été réitérative quand elle a affirmée que le monde contemporain était divisé en deuxfractions pratiquement irréconciliables qui, dans le cas de la région, se manifestaient dansla subversion interne qui permettait le développement du conflit sans le risque d’une guerred’anihilement généralisé. De ce point de vue, les pays latino-américains faisaient l’objet de subversion internepuisqu’ils faisaient partie du bloc politique occidental. Ensuite, cette subversion provenaitdu communisme. La sécurité nationale et la société même étaient en danger, ce qui donnaitle soutien nécessaire pour la participation des Forces Armées pour assumer la conduitepolitique de l’état, en défense de ses valeurs essentielles, préservant sa sécurité.103 Ana María Bidegain de U.- Nacionalismo, Militarismo y Dominación en América Latina.- Bogotá: Universidad de Los Andes, 1983, p. 157. 157
  • 158. Un autre trait caractéristique de la DSN est en rapport avec la propagation d’une logiqueami-ennemi, sur la base que l’Amérique Latine était pratiquement en état de guerre contrele communisme mondial et que sa place devait être au côté du monde occidental, dans unaffrontement qui avait un sens total et global, indivisible et permanent, puisque tout étaitimpliqué et l’agression pouvait venir aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. D’un point de vue nettement critique, on peut mentionner que, comme conséquence de la logique ami-ennemi, on est arrivé à comprendre que toutes les activités individuelles ou collectives étaient des actes de guerre pour ou contre la nation. Selon cette doctrine, il n’y avait pas d’actes neutres, et il n’existait pas non plus de différence entre l’état de paix et l’état de guerre. La paix n’était que la suite de la guerre. La paix était la Guerre Froide.104 Selon les théoriciens de la DSN, celle-ci devait répondre aux intérêts vitaux d’unenation, à son développement et à sa sécurité. Ils ont considéré les forces armées comme unorganisme générateur de développement et de progrès. Ils ont également affirmé que lesinterférences et les perturbations substantielles auxquelles il fallait faire face serapportaient à des conflits sociaux, et que ceux-ci se divisaient en structuraux,idéologiques, personnels et inter-états, comme il sera expliqué ci-dessous : Les conflits structuraux étaient les grèves, les manifestations publiques et les processus électoraux exaltés qu’il fallait contrôler. Les conflits idéologiques, quant à eux, étaient ceux qui résultaient de la différence d’idées, de croyances et de doctrines quand, à travers elles, on prétendait imposer des règles de comportement étrangères à la forme de vie, aux traditions et aux coutumes de la nation, c’est-à-dire contraires à certains de ses intérêts les plus appréciés. Les conflits pour des intérêts personnels ou de groupe se produisaient dans le domaine économique, entre des personnes et/ou des groupes de pression composés par les divers secteurs de l’économie : producteurs, exportateurs, importateurs et commerçants.104 Ibid., p. 160. 158
  • 159.  Finalement, les conflits entre les états étaient ceux qui se déroulent à la chaleur de disputes régionales pour des limites, pour des exploitations de ressources naturelles aux frontières et pour des problèmes ethniques ou de communications. Pour continuer avec l’argumentation sur l’interventionnisme nord-américain enAmérique Latine, il est possible de soutenir qu’un nombre important de ces conflits, s’ilsn’ont pas été promus par les Etats-Unis, ils n’ont pas non plus trouvé leur opposition. Cecidans l’idée de créer des climats adéquats à leurs propos et d’avoir un prétexte pour occuperun territoire, ainsi que pour mettre des zones clés de production de ressources stratégiquessous la domination d’un pays ami. Comme on peut le supposer, il y a eu aussi des aspects qui ont eu une incidence surl’apparition d’interférences et de perturbations substantielles pour l’application de ladoctrine signalée, liées à l’existence d’espaces vides dans les territoires nationaux, à desdifférences de niveaux de vie des différentes classes sociales, c’est-à-dire marginalitésociale, économique et régionale ; à des déséquilibres entre les zones urbaines et rurales, àl’absence d’une infrastructure adéquate, à l’exploitation inadéquate des ressourcesnaturelles et à l’intolérance politique et religieuse. D’autres aspects d’intérêt de la DSN sont liés au fait que son efficacité est attachée à uncaractère vraiment national et non pas à être une copie textuelle ou une adaptationinadéquate de doctrines étrangères ; à répondre, dans le sens politique, aux nécessités etaux aspirations de la nation ; dans son organisation, aux exigences des problèmes desécurité ; dans l’aspect technique, au niveau de développement et dans l’aspect moral, àune juste cause. La religion, facteur essentiel dans la conformation latino-américaine, n’a pas été exclue,se proclamant la défense de la Civilisation Chrétienne Occidentale contre le communismeet l’athéisme. Cependant, un affrontement prolongé s’est produit dans ce domaine qui atranscendé l’aspect théologique et a acquis des nuances idéologiques, en trouvant une 159
  • 160. Eglise compromise avec les grands problèmes structuraux et conjoncturels du peuplelatino-américain. Depuis les années soixante, on a favorisé l’arrivée d’autres confessions religieuses enAmérique Latine, en général de caractère protestant. Elles sont devenues plus tard uneimportante base sociale des tendances qui s’affrontaient avec l’Eglise progressiste,pénétrant dans les secteurs sociaux les plus vulnérables, économiquement et politiquementnon compromis dans une lutte idéologique. Une fois que la DSN a été caractérisée, internalisée et adoptée par la plupart des forcesarmées latino-américaines, celle-ci a été transmise à plusieurs générations et on lui aaccordé une sorte de condition patrimoniale, spécialement dans le domaine académique,créant les conditions pour qu’elle débouche sur le militarisme, avec plus d’emphase dansles pays considérés plus vulnérables tels que les pays d’Amérique centrale et des Caraïbes,avec des processus révolutionnaires embryonnaires. Dans le cas latino-américain, il est possible de parler de militarisme dans les cas où les institutions militaires, au service de l’état, assument une idéologie spécifique et se projettent comme un super pouvoir enkysté dans la structure institutionnelle locale, se dressant comme un facteur décisif de la politique d’un régime avec des prétentions de contrôler, à travers une méthodologie de guerre, toute la vie nationale.105 Ce militarisme a impliqué, en termes généraux, un mépris identifiable pour lesinstitutions démocratiques, lesquelles ont été l’objet de diverses actions de force pour lessupplanter ou bien à défaut, pour chercher où se trouvait des personnes adeptes à des postesstratégiques des administrations nationales, pour feindre une nature démocratique desgouvernements civils. Mais ce qui était sous-jacent était un suivi de la part des forcesmilitaires depuis les actes du gouvernement.105 Edgar Caicedo.- Militares y Militarismo.- Bogotá: Editorial Sudamérica, 1979, p.299. 160
  • 161. Or, le militarisme ne comprend pas seulement les militaires. En effet, il incombe aussiaux civils qui pensent que les solutions aux problèmes, et en général à toute la vie sociale,doivent se régir selon une vision militaire. Ces civils ont constitué l’expression politique dumilitarisme armé et ont été son fer de lance dans les diverses corporations publiques etprivées, si caractéristiques du scénario latino-américain en pleine Guerre Froide. Les Etats-Unis se sont valus d’instruments variés pour mettre en pratique la DSN enAmérique Latine, tels que la sphère des traités, les accords de coopération, les agrégésmilitaires, les missions spéciales, les cours dans des écoles spécialisées, entre autres,variant en intensité et en degré d’influence en fonction de la valeur stratégique du paysrespectif, plus encore si ce pays se trouve dans la zone d’influence proche, commel’Amérique Centrale et les Caraïbes. Un de ces mécanismes de plus grande transcendance et qui a atteint le caractèred’emblématique a été la création de l’Ecole des Amériques, qui était située à Fort Gulik,zone du Canal de Panamá. On y a réalisé un entraînement au personnel latino-américainchoisi afin de donner des niveaux supérieurs de professionnalisme, une meilleure formationdans le maintien de la sécurité interne et une plus grande collaboration militaire audéveloppement national. 106 Cette école, fondée en 1963, a donné des cours destinés à offrir aux militaires latino-américains une formation qui leur permettrait de contribuer à la sécurité militaire de leurspays respectifs. Elle a constitué le centre d’entraînement le plus important en opérationsd’anti insurrection, entre autres disciplines. Cette école a diplômé jusqu’en septembre 1975un total approximatif de 33.147 membres des Forces Armées latino-américaines. Le processus établi à partir de cette instance d’entraînement militaire a été le résultatpartiel d’un lien direct entre les autorités nord-américaines et les forces armées latino-106 Velásquez.- Op. Cit., p. 17. 161
  • 162. américaines. Ce lien a pris de la force depuis 1950 grâce à plusieurs accords bilatérauxsouscrits, comme le Pacte d’Aide Mutuelle, les Opérations Unitas, l’assessorat offert par laJID, le Collège Interaméricain de Défense et la Conférence de Commandants en Chef. D’autres institutions nord-américaines qui participent à la formation d’officiers et desous-officiers latino-américains, sans caractère exclusif, sont l’Académie Interaméricainedes Forces Aériennes, l’Université de l’Air, l’Université de Défense, l’Ecole deCommando et l’Etat Major, les académies de Guerre de l’Armée, de la Marine et de laForce Aérienne. Toutes ces institutions ont contribué, directement ou indirectement, à une militarisationcroissante de la politique latino-américaine, comme résultat, en grande mesure, d’unedépendance militaire marquée par rapport aux Etats-Unis et au critère de défense del’hémisphère contre la principale menace, le communisme. Comme on peut le supposer, on attribue un rôle important à ce processus demilitarisation dans la succession de régimes militaires en Amérique Latine qui,indépendamment des réalités particulières de chaque société, ainsi que des justificationslégitimes de chaque processus –sujet qui n’est pas du ressort de cette investigation– alaissé, depuis 1960 et dans le devenir historique de la région, une période pleinementidentifiable où on attribue la responsabilité en plus grande ou en moindre mesure àl’interventionnisme nord-américain. Citons comme exemple les gouvernements de facto qui se sont exercés en AmériqueLatine à partir de 1962, dans lesquels les organisations militaires respectives ont eu uneparticipation avec un certain degré d’influence nord-américaine, quelque soit lacaractéristique de chacun d’entre eux: 107 Mars 1962, Argentine.107 Alain Rouquie.- El Estado Militar en América Latina.- México: Ed. Siglo XXI, 1984. 162
  • 163.  Juillet 1962, Pérou. Mars 1963, Guatemala. Juillet 1963, Equateur. Septembre 1963, République Dominicaine. Octobre 1963, Honduras. Avril 1964, Brésil. Novembre 1964, Bolivie. Juin 1966, Argentine. Septembre 1973, Chili. Décembre 1989, Panamá. Une autre sphère d’action, pour atteindre leurs objectifs, s’est développée avec desactions civiques-militaires dans chaque pays. Celles-ci avaient comme objectif d’apporterl’aide du gouvernement à de vastes secteurs de la population, spécialement dans ledomaine de l’assistance sociale, profitant pour cela de l’organisation militaire de la nation. Son action se base sur l’idée d’employer les moyens militaires pour mener à bien desprogrammes d’amélioration économique et sociale, qui éveillent dans la population qui enreçoit les bénéfices la confiance et les sympathies envers les autorités et leurs forcesmilitaires, spécialement dans des zones où l’action de l’état se transmet avec difficulté ousimplement n’arrive pas. Malgré le bénéfice qui en ressort, ces actions sont accusées de prétendre obtenir lesoutien et la légitimation populaire envers le régime constitué et les institutions militaires,ainsi que de démontrer que le bien-être et l’amélioration peuvent arriver par cette voie. Une autre vision soutient que l’action civique-militaire doit être conçue selon le conceptdu rôle que doivent jouer les armées dans les pays sous-développés. En effet, ellesdisposent d’une importante capacité oisive qui, lorsqu’elle n’est pas employée en fonctiondu maintien de l’ordre, peut collaborer à des programmes de développement. 163
  • 164. Il faut rappeler deux éléments clés quant à l’origine de l’action civique-militaire, sesphases et son opérativité. L’action civique-militaire s’articule autour de la croissantemilitarisation de la société latino-américaine à partir de la Deuxième Guerre Mondiale etdes secteurs civils les plus réactionnaires qui ont conçu l’armée comme un facteur dedéveloppement économique, soumis au modèle nord-américain.2.4 L’impact de la chute du Mur de Berlin La fin de la Guerre Froide a cédé la place à une série de transformations dans la région.Une des plus importantes a peut-être été le passage vertigineux vers une nouvelleperception des menaces, étant clair qu’elles se sont déplacées vers d’autres sphères, ne selimitant plus au milieu militaire. Ainsi, le danger d’agression à la région est devenu diffus,si on considère les quarante ans d’action et de contention contre le communismeinternational. Par conséquent, on peut déduire que les menaces contre l’État nation devaient êtrecomprises dans un contexte plus ample, aussi bien pour la variation substantielle en ce quiconcerne l’identification de l’adversaire présumé qu’en ce qui concerne les effets de lavenue d’un nouvel ordre mondial, où l’état nation commençait à perdre de son importanceet nécessitait entrer en compétition avec d’autres acteurs qui, pendant la Guerre Froide,s’étaient maintenus éclipsés à cause de l’affrontement idéologique. Ensuite, les menaces et les vulnérabilités auxquelles fait face l’État-nation, lequel estobligé de surmonter le changement de scénario international, peuvent être classifiées dansles domaines politico-social, économique et de sécurité comme il s’ensuit : 108108 Jorge Baravalle.- Amenazas a la Paz y a la Integración en el Continente.-Bogotá: Publications du Département D-2 de l’Etat Major Conjoint: Le Renseignement StratégiqueMilitaire: un défi pour le XXIème siècle, Septembre 1988, pp. 11-25 et Laiño.- Op. Cit., pp. 46-53. 164
  • 165.  Dans le domaine politico-social : la pauvreté ; l’instabilité démocratique ; le trafic de drogues ; le terrorisme ; les différends limitrophes ; les entités supranationales et la perte de la souveraineté nationale ; la corruption ; le blanchiment d’argent ; la délinquance ; le crime organisé ; la guérilla ; la subversion ; les mouvements indigènes ; le séparatisme ; le chômage ; les migrations massives. Dans le domaine économique : la compétition économique déloyale ; la dépendance économique ; l’endettement externe ; les crises économiques qui affectent les pays voisins ; l’inexistence de législation adéquate pour la solution aux controverses économiques ; le manque de politiques macro-économiques régionales ; la brèche technologique ; l’inexistence d’un modèle de développement économique qui soit socialement équitable et écologiquement soutenable. Dans le domaine de la sécurité : affecter la souveraineté territoriale ; la réapparition d’anciens intérêts ; le terrorisme ; la subversion ; la guérilla ; la possession ou l’achat d’armes de destruction massive ; la détérioration de l’environnement. Concernant ce qui vient d’être exposé et considérant que c’est l’État qui doit faire faceaux menaces qui portent atteinte à son intégrité territoriale, à sa capacitéd’autodétermination et à la condition de liberté d’une nation, on a pu apprécier qu’il y a euun changement substantiel concernant le fait que, après longtemps, il devenait nécessairede reposer la problématique de la sécurité. Mais on ne disposait pas d’un axe directeur surlequel agir, c’est pour cela qu’il était nécessaire de compatibiliser les différentes posturesde chaque état ou de chaque sous-région, sans pour cela se détacher du regard attentif nord-américain. Dans ce contexte, il faut bien souligner que la situation de chaque pays est trèsparticulière. Ainsi, les menaces et les vulnérabilités peuvent être spécifiques pour chaquepays, raison pour laquelle le schéma des actions pour le traitement et la solution de cesproblèmes sont particuliers également. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que lesproblèmes et leurs solutions sont circonscrits à un climat plus large et inévitable, quicompromet d’une façon ou d’une autre le système interaméricain. 165
  • 166. Cette vision aide à ordonner et à rendre intelligible une énorme quantité derenseignements et de phénomènes apparemment dispersés et, par conséquent, à mieuxsaisir l’impact de la fin de la Guerre Froide en Amérique Latine, sous sa forme de fin d’uneconfrontation idéologique ou d’une lutte entre deux grands pouvoirs, ou les deux à la fois. Depuis 1989, l’environnement international a changé de manière significative pour l’ensemble de l’Amérique Latine. Cependant, le nouveau positionnement individuel et sous-régional n’est pas perçu de la même façon par les protagonistes régionaux ni par les acteurs externes à la région.109 Un des effets les plus évidents a été la diversification des perceptions. Les différencesentre menaces traditionnelles et non traditionnelles commencent à s’exprimer avec clarté,ce qui s’est manifesté dans le fait que les divers agendas ont eu des expressions diversifiéesdans chacune des sous-régions, dans lesquelles le poids et les instruments des acteursvarient considérablement. L’interrelation entre ce qui est local, sous-régional et hémisphérique dans diversdomaines devient de plus en plus diffus. Des problèmes d’ordre domestique deviennent, àla fois, d’importants problèmes internationaux, ainsi que des situations aux connotationsnationales se transforment en des événements internationaux de manière instantanée. La différence entre ce qui est externe et interne, spécialement dans les aspects en rapportavec l’économie et, de façon croissante, en rapport avec les diverses zones de la sécurité,commence à devenir diffuse, impliquant une difficulté conceptuelle sur comment définirles zones de souveraineté exclusive quand on est en présence de conditionnements et mêmed’intervention depuis l’environnement international.109 Virginia Gamba-Stonehouse.- Alternativas para el Logro de una Seguridad Colectiva en Sudamérica.- Buenos Aires: Exposition lors de la Reunión Sous-Régionale deReprésentants des Instituts de Recherche et des ONG, novembre 1989, p. 3. 166
  • 167. Avancer conceptuellement sur cette interrelation a également affecté l’avancéeconceptuelle en ce qui concerne les relations entre la politique et la démocratie, l’économieet l’ouverture économique ; la sécurité et la sécurité coopérative, et sur la manière dont lesinteractions entre chacun de ces domaines rendraient possible une consolidationsubstantive dans l’ensemble. Ainsi, considérant la manière comment les acteurs de chaque région ont perçu et ontdéfini les changements globaux et leurs effets régionaux et nationaux, l’Amérique Latine aeu l’occasion de profiter, sur la base du processus d’ouverture politique et économique, del’espace produit par la fin de l’affrontement bipolaire pour chercher une meilleure insertioninternationale. La globalisation segmentée a obligé à reformuler le projet politico-stratégique. Il a éténécessaire d’adapter et de concevoir les politiques par rapport aux nouvelles vulnérabilitéset au changement qu’ont subis les anciennes, étant donné que le système international avaitcommencé à se déplacer des relations internationales de sécurité aux relationsinternationales de marché. Ce changement obligerait aussi à se resituer et à se réajusterdans les alliances stratégiques. La région latino-américaine a commencé, en conséquence, une étape pour se resituer parrapport à la nouvelle situation internationale. De façon simultanée, un processus deconsolidation démocratique et de changement dans le modèle économique dominant estapparu. Cette nouvelle réalité, sans aucun doute, a contribué à consolider quelques effetspositifs, comme la légitimation de la démocratie, l’expansion du respect des droits del’homme et une tendance à la croissance économique conjuguée à un processusd’intégration régionale avec une projection hémisphérique et globale. 167
  • 168. Néanmoins, en même temps quelques signes négatifs sont apparus, tels que la fragilitédes processus démocratiques, la persistance de situations de violence et de terrorisme, lescroissantes difficultés de gouvernabilité et les instabilités dans le modèle d’insertionéconomique et financière globale, et par-dessus tout, le maintien des perceptionstraditionnelles de menaces inter-étatique. Dans cette transition régionale, outre la fin de la Guerre Froide et la disparition du blocsoviétique, divers facteurs importants ont eu une incidence spéciale, comme la diversitérégionale ; l’aspect unipolaire régional et poids nord-américain plus important en tant quepuissance hégémonique ; la re-démocratisation régionale ; les difficultés pour appliquer lesajustements économiques et le manque de propositions hémisphériques effectives. Des facteurs mentionnés, il faut spécialement faire référence à la diversité régionale.L’Amérique Latine apparaît comme une région dispersée, ce qui ne facilite pas lastructuration de politiques générales capables de contenir les intérêts de l’ensemble desacteurs de la région. Dans la région, l’héritage colonial et le poids du XIXème siècle n’ont pas fini de sedécanter et de se surmonter, se maintenant la perception d’une Amérique Latinedésagrégée dans diverses régions. En plus, on a fait place à une croissante diversitéstructurale, se compliquant la concrétion d’une position homogène. Etant donné les changements structuraux qui ont été rendus possibles dans le nouveauscénario international, la notion d’une Amérique Latine unie dans l’homogénéité acommencé à être dépassée. On peut affirmer l’apparition d’une sorte de crise du concept del’Amérique Latine, qui implique un sens d’unité et de destin commun, à partir du manquede compromis pour faire de la coopération régionale un facteur d’impulsion dans larecherche des objectifs particuliers de chaque état. 168
  • 169. Dans un autre ordre d’idées, le schéma international qui commence à se structurerdonne l’espace et la volonté nécessaires pour l’impulsion vers une tendance à ladémocratisation qui, en Amérique Latine, s’est orientée à établir divers types de passagedémocratique, selon la forme particulière que chaque cas national a adopté. Cependant, ce processus s’est effectué avec une inévitable relation entre chaque état etsa situation dans quelque sous-région, de même que l’intérêt des Etats-Unis pourconsolider cette forme de gouvernement à échelle mondiale, ce qui sera signalé plus loindans une brève synthèse :110 En Amérique centrale, des transitions se produisent depuis les guerres civiles jusqu’aux formes politiques ouvertes, moyennant des accords de paix qui impliquent l’option démocratique. A Grenade, Panamá et Haïti, des processus de démocratisation se produisent comme résultat de l’action militaire nord-américaine, avec l’idée de démocratisation par intervention. Dans la zone andine sud-américaine, spécialement au Pérou, en Bolivie et en Colombie, se maintient l’institutionnalité essentielle des processus de démocratie et d’ouverture, au milieu de conflits armés d’importance qui conditionnent les marges d’action et de participation démocratique. Dans le cas des pays du comme le Brésil, le Chili, le Paraguay et l’Uruguay, on fait place à des transitions concertées entre les référents politiques, sociaux et militaires de chaque état. L’Argentine, même s’il s’agit d’un cas qui ressemble à ces derniers, a eu son origine dans l’échec militaire de 1982, dans l’Atlantique Sud, en pleine Guerre Froide, vivant ce qu’on peut appeler la re-démocratisation par effondrement politico-militaire.110 Francisco Rojas A.- Williamsburg: ¿Un giro definitivo en las relaciones hemisféricas de seguridad?- Santiago: Document de Travail FLACSO-Chile, 1995, p.3. 169
  • 170. Dans ces processus, la confluence des facteurs politiques internes et internationaux avisé au changement du système politique. Ceci a conduit à de complexes processus deconcertation, à la souscription d’accords et de pactes entre les forces politiques civiles etles forces militaires. Une des conséquences de ce processus est un nouveau type de lien et d’équilibre dansles relations entre la société et l’état et entre les forces économiques et les forces politiques,de même qu’entre les forces armées et les autorités civiles. En Amérique Latine, il n’y a pas de proposition politique alternative à la démocratie.Au-delà de sa faiblesse, des conditionnements de la transition, des menaces de forcesterroristes et de mafias de trafiquants de drogues ou de relents autoritaires, il n’existeaujourd’hui aucune autre alternative viable, capable de créer la confiance, l’obéissance et lagouvernabilité, avec un soutien local et une reconnaissance internationale. Après plusieurs décennies, dans certains cas après un demi-siècle, il s’est produit lechangement d’un Président pour un autre, au moyen d’élections et à la fin de la périodeprésidentielle antérieure. C’est un fait inédit dans l’histoire politique de la région. Ladémocratie est le grand changement de l’hémisphère occidental dans la période de l’après-Guerre Froide.3 L’ARCHITECTURE DE SECURITE DANS LE SYSTEME INTERAMERICAIN Le système interaméricain, qui dans un sens large se base sur deux piliersfondamentaux, comme le sont l’OEA et la Banque Interaméricaine de Développement(BID), dispose d’une architecture de sécurité identifiable –régulée par la première desorganisations mentionnées– dans laquelle coexistent une quantité intéressanted’organismes et de régimes analogues qui, indépendamment de leur ancienneté, fournissentles instruments nécessaires pour de tels effets. 170
  • 171. Ce que nous appelons Système Interaméricain de Sécurité correspond seulement à un terme puisqu’il ne se trouve formalisé dans aucun document officiel, ce qui n’empêche pas qu’il soit accepté et utilisé par une grande majorité d’états, d’organisations et de personnes dans la région, sa signification et sa portée se trouvant pratiquement internalisés. 111 Il est possible d’affirmer que la variété des éléments constitutifs du système est trèsrestreinte par le schéma d’influence des Etats-Unis sous lequel ils se sont développés,existant aussi une diversité d’opinions quant à leurs caractères centraux ou périphériques, àleur actualité ou obsolescence, à leur degré d’acceptabilité dans la société, à leur lien avecla sécurité ou avec la défense, 112 entre autres aspects. Du point de vue des Etats-Unis -vision importante pour le développement de la recherche– la pièce centrale de l’architecture traditionnelle de sécurité était la Doctrine Monroe, conçue comme une combinaison d’anti-impérialisme et d’hégémonie hémisphérique, qui s’est élargie en 1904 avec le Corollaire Roosevelt qui a annoncé publiquement l’expresse responsabilité nord-américaine pour maintenir l’ordre en Amérique Latine, pouvant même agir comme agent de stabilité dans l’hémisphère, intervenant unilatéralement si c’était nécessaire, où ils le considèreraient approprié.113 Le point de vue de la Guerre Froide a appliqué la même logique que celle de la DoctrineMonroe et du Corollaire Roosevelt, les Soviétiques étant la puissance du Vieux Monde quidevait se maintenir hors de l’Amérique Latine. D’abord est apparue la JID, en 1942 etaprès est venu le TIAR, en 1947, pour céder la place à la pièce finale de l’architecturerégionale, l’OEA, fondée en 1948, qui a fourni un forum pour que les états de l’hémisphèretraitent des sujets d’intérêt régional, sans être d’une nature liée primordialement à la111 Harold Keplak.- Algunas ideas acerca de las primeras reformas al Sistema Interamericano de Seguridad.- Santiago: Revista FASOC, an 15, Nº2, avril –juin 2000, p. 14.112 En Amérique, à différence de l’Europe, ces concepts ne sont pas traités comme des synonymes, donnant aux deux leur spectre respectif, comprenant que la sécurité est une idéebeaucoup plus ample qui contient en soi la défense.113 William Brown Field.- El Pasado, Presente y Futuro de los Vínculos de Seguridad entre les Estados Unidos y América Latina.- Santiago: Academia Nacional de EstudiosPolíticos y Estratégicos, octobre 2002, p. 2. 171
  • 172. sécurité mais avec des responsabilités politiques qui l’ont transformée en protagoniste dequelques matières de cet ordre.114 Etant faite cette brève introduction explicative, on exposera des éléments quigarantissent l’existence d’un système de sécurité, bien que de caractère plutôt restreint. Onfera également une description de ces organisations qui lui sont liées, situant en premierlieu l’OEA, étant donné qu’il s’agit de l’entité qui concède indéfectiblement le cadrepolitique qui légitime l’existence et le fonctionnement des autres organisations et des autresrégimes, dans sa condition de continuatrice de l’Union Panaméricaine, où la configurationdu système a commencé à être tracé.3.1 Le système interaméricain de sécurité La base de cet organisme régional est centrée sur l’OEA, avec une longue traditionintégrationniste, et elle s’est concrétisée avec la participation de toutes les organisationsainsi qu’avec l’application des instruments légaux et des normes en vigueur dans le cadrede référence du Continent Américain, afin de satisfaire les requêtes politiques,économiques, sociales et militaires des pays. Les états membres sont unis entre eux par un compromis international basé sur desprécédents historiques, des intérêts réciproques et des reconnaissances d’objectifscommuns. Chaque état maintient sa souveraineté absolue et son droit à adopter desdécisions propres et à déterminer ses propres objectifs de caractère national. Ce système interaméricain –quant à la sécurité– se base sur le droit à la légitime défenseindividuelle ou collective, reconnue dans l’article Nº51 de la Charte des Nations Unies etdans les dispositions du Chapitre VIII de la même Charte, concernant les accordsrégionaux.114 Ibid. 172
  • 173. La sécurité continentale représente les objectifs politiques et les stratégies dans ledomaine politique, économique, social et militaire, visant à établir un cadre de protectionadéquat et à garantir les intérêts de la communauté Américaine, ayant comme fin ultimecelle de maintenir la paix et la sécurité collective, sur la base fondamentale que les corpslégaux lui confèrent : Charte de l’OEA–réformée en 1967 et 1985- dans son chapitre IV « Droits et Devoirs des Etats » (articles Nº 12, 18, 20, 21 et 22) ; Chapitre V « Solution Pacifique de Controverses » ; Chapitre VI « Sécurité Collective » ; et Chapitre X « Réunion de Consultation des Ministres de Relations Extérieures » (articles Nº64, 65, 66, et 67). Le Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque. Traité Interaméricain de Solutions Pacifiques de 1948 (Pacte de Bogotá). Résolutions des Conférences Internationales Américaines et des Réunions de Consultations des Ministres des Relations Extérieures. Ensuite, nous esquisserons les caractéristiques essentielles de chacun des organismessuivants ou régime international qui se déduisent ou sont en relation avec le système,soulignant fondamentalement leurs précédents historiques et l’apport qu’ils ont signifiépour leur fonctionnement correct, comprenant que les effets de la paix pour la région necorrespondent pas seulement à l’un d’entre eux mais à la synergie de l’ensemble, ce quipermettra de mieux se prononcer au moment d’effectuer le bilan respectif de la sécuritéhémisphérique : De caractère politique  Organisation des Etats Américains  Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque  Commission de Sécurité Hémisphérique de l’OEA  Réunion de Ministres de Défense des Amériques De caractère stratégique  Junte Interaméricaine de Défense 173
  • 174.  Collège Interaméricain de Défense  Conférences des Commandants des Forces Armées d’Amérique.  Conférence d’Armées Américaines. De caractère opératif  Exercices Combinés des Forces Armées3.1.1 L’organisation des États Américains3.1.1.1 Précédents historiques Le 30 avril 1948, 21 nations américaines se sont réunies à Bogota, Colombie, pouradopter la Charte de l’Organisation des États Américains, avec laquelle les nations ontconfirmé leur soutien aux objectifs communs et le respect à la souveraineté de chacun despays. Depuis lors, l’OEA s’est étendue pour inclure les nations des Caraïbes et du Canadaégalement. Les principes que l’OEA incorpore dans une histoire de coopération régionaleremontent au XIXème siècle, trouvant ses premiers précédents dans les faits importants quisuivent : En 1826, le libérateur Simon Bolívar a convoqué le Congrès de Panama avec l’idée de créer une association d’états dans l’Hémisphère. En 1890, la Première Conférence Internationale Américaine, réalisée dans la ville de Washington, a établi l’Union Internationale des Républiques Américaines et son secrétariat permanent, le Bureau Commercial des Républiques Américaines, prédécesseur de l’OEA. En 1910, cette organisation est devenue l’Union Panaméricaine. En 1948, lors de la Neuvième Conférence Internationale Américaine, les participants ont signé la Charte de l’OEA et la Déclaration Américaine des Droits et Devoirs de l’Homme. 174
  • 175. Le chapitre VI de la Charte de l’OEA renforce les compromis établis dans le Pacte de Rio. Cependant, en diverses occasions, l’incorporation de nouveaux membres s’est manifestée par certaines restrictions par rapport au lien nécessaire des dispositions de sécurité, malgré la souscription du document de façon intégrale.1153.1.1.2 Objectifs Principaux et propos Renforcer la paix et la sécurité du continent Promouvoir et consolider la démocratie représentative dans le respect du principe de non-intervention Prévenir les possibles causes de difficulté et assurer la solution politique des controverses qui apparaîtraient entre les états membres. Organiser l’action solidaire de celles-ci en cas d’agression. Essayer de trouver la solution aux problèmes politiques, juridiques et économiques qui peuvent se produire entre eux. Promouvoir, avec l’action coopérative, son développement économique, social et culturel. Atteindre une limitation effective d’armements conventionnels qui permette de consacrer le plus grand nombre de ressources au développement économique et social des états membres.3.1.1.3 L’Organisation L’OEA est le principal forum économique pour le dialogue multilatéral et la prise dedécisions de caractère hémisphérique. L’Organisation travaille pour renforcer la paix et lasécurité, consolider la démocratie, promouvoir les droits de l’homme, soutenir le115 Keplak.- Op. Cit., p. 16. 175
  • 176. développement social et économique et promouvoir le développement durable des pays desAmériques. Dans son action, elle cherche à construire des relations plus fortes entre lesnations et les peuples de l’hémisphère. Les organismes responsables de développer les principes établis dans la Charte sont : L’Assemblée Générale Les réunions de Consultation des Ministres des Relations Extérieures Les Conseils Le Comité Juridique Interaméricain La Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme La Commission de Sécurité Hémisphérique Le Secrétariat Général Les Conférences Spécialisées Les Organismes Spécialisés3.1.1.4 Les fonctions générales des organismes Les principales tâches qu’exerce chacun des organismes prévus dans les articlesconformément à la Charte sont les suivantes : Présenter des études, des projets et des propositions Faire des recommandations Coordonner les activités entre les différents organes Exercer des activités de consultation Soutenir les efforts des états membres Etablir des relations de coopération avec des organismes mondiaux et échanger des informations, maintenant son identité comme organe de l’OEA Examiner et évaluer les zones de chaque conférence, pour l’appréciation de la situation. 176
  • 177. 3.1.1.5 Membres de l’organisation Les 35 pays indépendants des Amériques ont ratifié la Charte de l’OEA et appartiennentà l’Organisation, ayant comme membres originaux les 21 états qui se sont réunis à Bogotaen 1948 : l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, la Colombie, le Costa Rica, Cuba, 116 le Chili,l’Equateur, le Salvador, les Etats-Unis, le Guatemala, Haïti, le Honduras, le Mexique, leNicaragua, le Panama, le Pérou, le Paraguay, la République Dominicaine, l’Uruguay et leVénézuéla. Depuis lors, les suivants pays se sont incorporés : les Barbade, Trinidad et Tobago(1967), la Jamaïque (1969), Grenade (1975) ; le Surinam (1977) ; la Dominique, SainteLucie (1979), Antigua et Barbuda, Saint Vincent et les Grenadines ; les Bahamas (1982) ;Saint Kitts et Nevis (1984) ; le Canada (1990) ; Belize, la Guyane (1991)3.1.1.6 Principales Activités exercées Chronologiquement, nous présenterons une synthèse des faits de plus grande importancequi ont marqué le devenir de l’Organisation, à savoir : 1959 : Création de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme. 1961 : Signature de la Charte de Punta del Este, grâce à laquelle l’Alliance pour le Progrès s’est mise en marche. 1969 : Signature de la Convention Américaine sur les Droits de l’Homme, qui est entrée en vigueur en 1978. La Convention a établi la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme, avec son siège au Costa Rica. 1970 : Etablissement de l’Assemblée Générale en tant que principal organe politique de l’OEA. 1986 : Création de la Commission Interaméricaine pour le contrôle de l’Abus de Drogues (CICAD).116 Il faut avoir présent que Cuba se trouve éloigné de sa qualité d’état membre depuis 1962 177
  • 178.  1990 : Création de l’Unité pour la Promotion de la Démocratie. 1991 : Adoption de la Résolution 1080, qui établit des mécanismes pour prendre les mesures face aux menaces contre la démocratie dans l’hémisphère. 1994 : Premier Sommet des Amériques, qui a réaffirmé le rôle de l’OEA dans la consolidation de la démocratie et a établi de nouvelles priorités pour l’Organisation. 1995 : Création de l’unité de Commerce. 1996 : Etablissement du Conseil Interaméricain pour le Développement Intégral (CIDI) 1997 : Ratification du Protocole de Washington, qui concède à l’OEA le droit de suspendre un Etat membre dont le gouvernement élu de façon démocratique a été renversé par la force. 1998 : Deuxième Sommet des Amériques et création du Bureau de Suivi de Sommets. 1999 : Etablissement de l’Agence Interaméricaine pour la Coopération et le Développement. 2000 : Mission spéciale au Pérou pour évaluer des manières de renforcer la démocratie. 2001 : Troisième Sommet des Amériques. Les leaders de l’hémisphère ont instruit l’Assemblée Générale de l’OEA à préparer une Charte Démocratique Interaméricaine. 2001 : Adoption de la Charte Démocratique Interaméricaine. 2002 Signature de la Convention Interaméricaine contre le Terrorisme, lors de l’Assemblée de l’OEA qui a eu lieu aux Barbades.3.1.2 Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque3.1.2.1 Précédents historiques Le TIAR ou Traité de Río est apparu comme conséquence de la nécessité d’unmécanisme qui permette la sécurité collective dans l’hémisphère, pendant la périodedirectement antérieure à la Deuxième Guerre Mondiale. Même si la fonction basique duTraité a été soulevée pendant la Guerre, elle n’a été approuvée que lors de la TroisièmeRéunion de Consultation des Ministres des Relations Extérieures qui s’est tenue à Rio deJaneiro, Brésil, en 1947, entrant en vigueur en 1948. 178
  • 179. Le Traité de Río est un « traité spécial », selon l’Article Nº29 de la Charte de l’OEA. Entre autres choses, il définit les mesures et les procédures qui gouvernent la réponse collective des états qui en font partie lorsqu’un état membre subit une attaque armée ou une agression qui n’est pas une attaque armée. 117 Le Traité de Río fournit un mécanisme de sécurité collective. Selon ses termes, uneattaque armée contre un de ses membres doit être considérée comme une attaque contretous. De même, il propose des mesures pour répondre aux agressions qui ne sont pasconsidérées comme des attaques armées, aussi bien en ce qui concerne des conflitsextracontinentaux qu’intracontinentaux, ou « tout autre fait ou situation qui puisse mettreen danger la paix de l’Amérique ». Néanmoins, tous les états membres de l’OEA ne font pas partie du Traité, comme le casde Cuba, dont la participation de son gouvernement actuel se trouve suspendue depuis1962. Les concepts qui caractérisent le TIAR condensent l’histoire de l’Amérique depuis queles nations latino-américaines ont obtenues leur indépendance et leur liberté et constituentun point important dans le développement juridique du système interaméricain. C’est le résumé d’un grand nombre d’années à chercher les mécanismes pour cohabiteren paix et agir contre les agressions. On le considère également comme étant le résumé detoutes les lois, dispositions, actes, alliances, accords et enfin, toute la philosophie quicherche –comme l’exprimera plus tard la Charte de la OEA – à « obtenir un ordre de paixet de justice, promouvoir la solidarité, renforcer sa collaboration et défendre sasouveraineté, son intégrité territoriale et son indépendance ». 118117 DEPARTAMENTO D’ETAT DES ETATS-UNIS.- Précédents du Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque.- Washington DC: Bureau du Porte Parole, 2001, p.1118 Camilo Fino R.- El tratado Interamericano de Asistencia Recíproca y la Seguridad Hemisférica.- Fort Lesley J. McNair, Washington D.C.: Collège Interaméricain de Défense,2000, p. 2. 179
  • 180. Une vision américaniste situe l’origine de la philosophie du TIAR en 1826 quand, surl’initiative du libérateur Simon Bolívar, à l’époque Président de la République de la GrandeColombie, le Premier Congrès Hispano-américain est convoqué dans la Ville de Panama,où le Traité d’Union, de Ligue et de Confédération a été approuvé.119 Les plénipotentiaires de la Grande Colombie ont assisté à la conférence mentionnée -constituée alors par la Colombie, le Vénézuéla, l’Equateur et le Panama, le Mexique, lePérou, dont le Haut Pérou ou la Bolivie, et l’Amérique Centrale, constituée à l’époque parles cinq états qui, en 1824, avaient formé la République Fédérale d’Amérique Centrale. 120 Le TIAR, signé au nom des peuples et des gouvernements de l’époque, portait lamarque de la consolidation et du renforcement des relations d’amitié et de bon voisinage,avec la marque logique de la résolution adoptée lors de la VIIIème ConférenceInteraméricaine sur les Problèmes de Guerre et de Paix, réunie au Mexique, où il a étérecommandé que soit signé un traité destiné à prévenir et à réprimer les menaces et lesactes d’agression contre n’importe quel pays d’Amérique.3.1.2.2 Bases Fondamentales La base idéologique du Traité de Río de Janeiro repose sur le fait que la communautéaméricaine affirmait comme vérité manifeste ce qui suit : Qu’une condition nécessaire pour la sécurité et la paix était l’organisation juridique. Que la paix se fonde sur la justice et sur l’ordre moral. Que les droits et les libertés de la personne humaine doivent être reconnus et protégés internationalement. Que la paix se fonde sur le bien-être des peuples.119 Ibid., p. 3.120 Costa Rica, El Salvador Guatemala, Honduras, Nicaragua. 180
  • 181.  Que la paix se fonde sur l’effectivité de la démocratie pour la réalisation de la justice et de la sécurité. Le TIAR contient vingt-six articles, qui sont l’essence du système, mais les neufpremiers articles constituent sa base philosophique, à savoir : Article 1er  Condamnation de la guerre  Il considère de ne pas avoir recours à la menace ni à l’emploi de la force  Il impose que les décisions soient compatibles avec la Charte de l’ONU. Article 2  Il établit comme mécanisme interne la solution pacifique des controverses  Il considère que les problèmes entre les pays doivent être résolus avant d’être présentés à l’Assemblée Générale ou au Conseil de Sécurité de l’ONU. Article 3  Il stipule qu’une attaque armée de la part de n’importe quel état contre un autre état américain sera considérée comme une attaque contre les états américains.  Face à un événement de cette nature, l’organe de consultation doit se réunir.  Il spécifie que l’attaque armée se réalise dans la région décrite dans l’article Nº 4. Article 4  Il détermine les limites géographiques pour l’application du TIAR. Article 5 Il stipule que les hautes parties contractantes doivent envoyer de façon immédiate l’information complète sur les activités développées dans l’exercice du droit de légitime défense à l’ONU, selon les articles nº51 et 54 de la CHARTE DE SAN FRANCISCO. Article 6 Si un état était attaqué par une agression qui ne soit pas une attaque armée, dans un conflit extra ou intracontinental, ou par tout autre fait ou situation qui puisse mettre en danger la paix de l’Amérique, l’organe de consultation se réunirait pour accorder les mesures pour protéger l’Etat agressé et pour maintenir la paix sur le continent. 181
  • 182.  Article 7 En cas de conflit entre deux ou davantage d’états, sans préjudice du droit de légitime défense, les hautes parties contractantes réunies en consultation insisteront pour que les adversaires cessent les hostilités et rétablissent les choses au statu quo ante bellum. Article 8 Les mesures que l’organe de consultation accorde comprendront :  Le retrait des chefs de mission.  La rupture des relations diplomatiques.  La rupture des relations consulaires.  L’interruption partielle ou totale des relations économiques, de communication, de voies ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques, radiotéléphoniques et radiotélégraphiques, ainsi que l’emploi de la force armée. Article 9  Outre d’autres actes qui, en réunion de consultation, puissent être caractérisées comme agression, seront considérés comme tels :  L’attaque armée non provoquée contre le territoire, la population ou les forces terrestres, navales ou aériennes d’un autre état.  L’invasion par la force armée d’un état du territoire d’un état américain, avec la transgression des frontières délimitées conformément à un traité, à une sentence judiciaire ou à un jugement arbitral qui affecterait une région sous la juridiction d’un autre état.3.1.2.3 Pays signataires du TIAR Etat Souscription Ratification Argentine 19 juillet 1950 21 août 1950 Bolivie 18 septembre 1950 26 septembre 1950 182
  • 183. Brésil 05 mars 1948 25 mars 1948Colombie 10 janvier 1948 03 février 1948Costa Rica 20 novembre 1948 03 décembre 1948 Cuba 04 décembre 1948 09 décembre 1948 Chili 28 janvier 1949 09 février 1949 Equateur 30 octobre 1950 07 novembre 1950El Salvador 19 février 1948 15 mars 1948Etats-Unis 12 décembre 1947 30 décembre 1947Guatemala 18 mars 1955 06 avril 1955 Haïti 30 octobre 1947 25 mars 1948Honduras 15 janvier 1948 05 février 1948 Mexique 23 novembre 1948 23 novembre 1948Nicaragua 1er novembre 1948 12 novembre 1948 Panamá 31 décembre 1947 12 janvier 1948 Paraguay 07 juillet 1948 28 juillet 1948 183
  • 184. Pérou 09 octobre 1950 25 octobre 1950 Rép.Dominicaine 07 novembre 1947 21 novembre 1947 Uruguay 07 septembre 1948 28 septembre 1948 Venézuéla 09 septembre 1948 04 octobre 1948 TABLEAUX 13.1.3 La Commission de Sécurité Hémisphérique de l’OEA3.1.3.1 Précédents historiques La Commission de Sécurité Hémisphérique et ses précédents datent de la 21 ème périodeordinaire de sessions de l’Assemblée Générale, qui s’est tenue à Santiago du Chili en 1991,où les ministres des Relations Extérieures et les chefs de délégation des pays membres del’OEA ont manifesté leur décision de commencer un processus de consultation sur lasécurité hémisphérique. 121 Lors de cette réunion, on a résolu, avec la AG/Rés. 1123 (XXI-0/91), de charger lecomité permanent de créer un groupe de travail avec le mandat spécial d’étudier et deformuler des recommandations qui se rapportent à la coopération pour la sécuritéhémisphérique dans ses différents aspects. Lors de la session ordinaire de l’Assemblée correspondante du mois de mai 1992, àNassau, Bahamas, avec la résolution AG/Rés. 1180 (XXII-0/92), on a établi la création dela Commission Spéciale de Sécurité Hémisphérique, organisation qui aurait la121 OEA.- Declaración de Santiago.- Santiago: 1995. 184
  • 185. responsabilité de continuer à traiter l’agenda de coopération pour la sécuritéhémisphérique. Le 9 août 1995, le comité permanent résout, avec le document C./Rés. 653 (1039/95),d’établir une Commission de Sécurité Hémisphérique, dans le but de continuer l’étude etde traiter des thèmes de sécurité générale que l’assemblée générale lui confie, à travers lecomité permanent. Dans ce comité, il y a une représentation de tous les états membres de l’OEA, acquérant une connotation et une efficience qui le fait se démarquer parmi les organismes et les régimes internationaux de caractère régional, même au-dessus de la Réunion des Ministres de la Défense, qui n’attire pas toujours une assistance pleine ou de rang ministériel.1223.1.3.2 Mission Les contenus d’un tel mandat recommande alors l’étude et le progrès des résolutionssuivantes : AG/Rés. 1121 et 1123, sur la non prolifération d’instruments de guerre et d’armes de destruction massive ; sur la limitation de l’armement, le trafic clandestin d’armes, l’échange d’informations en relation avec les politiques, les lois et les procédures nationales qui régissent l’acquisition et le transfert d’armement. AG/Res 1236 et 1179, sur la coopération pour la sécurité et le développement hémisphérique et les contributions régionales à la sécurité globale. AG/Rés. 1283, sur la consolidation du régime établi dans le traité pour la participation des armes nucléaires en Amérique Latine et dans les Caraïbes.122 Keplak.- Op. Cit., p.15. 185
  • 186.  AG/ Rés.1284, sur l’information en ce qui concerne les frais militaires et le registre d’armes conventionnelles. AG/ Rés.1288, sur les mesures pour le renforcement de la confiance et de la sécurité de la région. AG/ Rés.1299, sur la contribution régionale à la sécurité mondiale, en ce qui concerne les mines antipersonnelles. AG/ Rés.1302, sur la contribution régionale à la sécurité mondiale, en ce qui se réfère à la non prolifération d’armes de destruction massive. AG/ Rés.1353, sur la coopération pour la sécurité hémisphérique.3.1.3.3 Principales activités exercées123 Dans le devenir historique du Comité, il est nécessaire de souligner la relation établieavec la Junte Interaméricaine de Défense, prenant en considération ses rapports comme desfacteurs de travail, comme lors de la session du 26 octobre 1995, à propos du projetd’inventaire sur les mesures de confiance de la nature militaire qui s’appliquaient dansl’hémisphère, présenté à la demande du Comité Permanent avec la résolution AG/Rés.1288 (XXIV-0/94) « Mesures pour le Renforcement de la Confiance et de laSécurité ». Aussi, on peut souligner le projet de résolution de soutien au déminage en AmériqueCentrale, daté du 17 mai 1996, dans lequel il est explicité la reconnaissance à laparticipation et au soutien d’un nombre croissant d’états membres, d’observateurspermanents et d’autres états, ainsi que du Secrétariat Général de l’OEA en ce qui concernele Déminage en Amérique Centrale et de l’assistance technique de la JID dans ce domaine.123 Rafael Alvarez L.- La Junta Interamericana de Defensa y la Organización de Estados Americanos.- Fort Lesley J. MacNair, Washington D.C: Bibliothèque du CollègeInteraméricain de Défense, 1999, p. 12. 186
  • 187. Le Comité de Sécurité Hémisphérique s’est consacré également à l’analyse et auxrecommandations, dans la sphère de ses attributions, à ce qui se rapporte aux aspectssuivants : Mesures de Promotion de la Confiance et de la Sécurité des Amériques. Vaste zone exempte de mines terrestres anti-personnelles dans l’hémisphère. Programme de déminage en Amérique Centrale. Consolidation du régime établi dans le traité pour la proscription des armes nucléaires en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Coopération de Sécurité Hémisphérique. Programme interaméricain d’éducation pour la paix. Les changements survenus sur la scène internationale ont créé des conditions propicespour consolider la paix et la sécurité dans l’hémisphère, facilitant que les états membres del’OEA continuent le processus de réflexion nécessaire pour éliminer les facteurs quiproduisent la méfiance dans l’hémisphère ; pour identifier de nouvelles modalités decollaboration afin de consolider la Paix ; pour assurer l’accomplissement effectif desobjectifs et des principes de la Charte ; pour garantir l’accomplissement du DroitInternational ; et, pour promouvoir les relations d’amitié et de coopération en vue durenforcement de la sécurité dans la région.3.1.3.4 Réunion des Ministres de la Défense des Amériques En premier lieu, il faut signaler que ces conférences ne se réalisent pas dans le cadre del’OEA mais il existe une concordance d’intérêts, basé sur le fait que ce sont pratiquementles mêmes acteurs qui la composent, conférences dont les objectifs ne varient pas enessence en étant rattaché avec les diverses organisations. Pour la plupart des thèmes traités, un grand parallélisme peut être apprécié, raison pourlaquelle on explore l’option d’établir un lien de coordination entre la CSH de l’OEA et la 187
  • 188. CMDA. Plus encore si l’on considère que l’objet pratique de ces conférences –qui, àprésent, se trouvent totalement consolidées- a été de contribuer à la confiance politique et àson positionnement en tant que forum de caractère politique. S’agissant d’une innovation plutôt récente, elle constitue un régime absolument postGuerre Froide, commençant à partir de la première réunion qui s’est tenue à Williamsburg,Etats-Unis, en 1995. L’année suivante, une réunion similaire s’est effectuée à Bariloche,Argentine ; Cartagena de Indias, Colombie, en 1988 ; Manaos, Brésil, en 2000 ; etfinalement, Santiago de Chili, en 2002. Les réunions ont été marquées par les relations civiles-militaires en démocratie ;l’importance de la démocratie dans les Amériques ; l’administration de la défense, lecontrôle du trafic de drogue ; les mesures de confiance mutuelle ; l’échange militaire, latransparence et l’homologation des dépenses en défense, quoique ce dernier sujet ait ététraité principalement dans le milieu bilatéral. Lors des premières conférences, la plus grande difficulté s’est présentée par le fait que le nouvel agenda de sécurité n’envisage pas fréquemment des sujets qui correspondent à la sphère des ministères de la défense, s’agissant plutôt d’aspects liés aux migrations, à la justice, à la santé et à l’intérieur, dont les spécialistes ne font pas partie du forum, et par conséquent leurs résultats ont été ouvertement exigus.124 D’ailleurs, ces réunions contribuent à ce que les instances politiques l’emportent sur lesinstances techniques, spécialement celles de caractère militaire, qui se sont développées àpartir de la fin de la Guerre Froide, de façon similaire à la Commission de SécuritéHémisphérique de l’OEA, considérant que, pendant presque cinquante ans, la JID a opéréen assumant dans de nombreux cas des rôles qui ne relèvent pas de son niveau.124 Keplak.- Op. Cit., p. 17. 188
  • 189. 3.1.4 Junte Interaméricaine de Défense3.1.4.1 Précédents historiques Le 5 janvier 1942 s’est tenue à Rio de Janeiro la Troisième Réunion des Ministres desRelations Extérieures, lors de laquelle on a recommandé la création de la JID. Celle-ci serafinalement établie le 30 mai 1942, avec la résolution Nº XXXIV, dans la salle de l’UnionPanaméricaine à Washington, D.C., étant approuvée lors de la IIIème Réunion deConsultation des Ministres des Relations Extérieures des Républiques d’Amérique, sousles auspices de l’Union Panaméricaine. Son objectif constitutif est orienté à la protection de l’hémisphère contre la menace despays de l’Axe. Cependant, la JID continue en fonction après la fin de la Seconde GuerreMondiale, lorsqu’on a inclu, six ans plus tard, une Résolution dans la Charte de l’OEA quiordonne son maintien tel qu’il était jusqu’à ce moment-là. La JID a été réorganisée en 1949, opportunité où elle a reçu son propre règlementd’organisation et de fonctionnement, conformément aux résolutions VII et XXXIV,approuvées par la IXème Conférence Interaméricaine, qui s’est tenue à Bogotá entre le 30mars et le 02 mai 1948. En conformité avec ce mandat, la JID va continuer à s’acquitterdes obligations dont elle a été chargée à ses origines et elle pourra seulement cesser sesfonctions quand les deux tiers des pays membres en décideront le contraire. 1253.1.4.2 Mission En vertu de ce qui a été résolu le 27 avril 1995, pendant la session Nº1063 du conseildes Délégués, on a modifié particulièrement l’article premier du Règlement Organique etde Fonctionnement de la JID, en ce qui concerne sa mission, ce qui a été défini dans lestermes suivants :125 Jorge Hernandez M.-La Seguridad Colectiva.- Ciudad de Guatemala: Ed: Guatemala C.A., 1968, p. 28. 189
  • 190.  Conseiller l’Assemblée Générale, les réunions de consultation des Ministres des Relations Extérieures et le Conseil Permanent de l’OEA, dans ses propositions et ses travaux dans les affaires de caractère militaire. Agir en tant qu’organisme de planification et de préparation pour la défense du Continent américain. Remplir les fonctions consultatives qui la concernent pour contribuer au maintien de la paix et de la sécurité du Continent.3.1.4.3 Organisation La junte réalisera sa mission avec les organes suivants et les postes de base : Présidence : exercée par un officier général du pays siège (Etats-Unis) Vice-présidence : exercée de façon alternée par un officier général des pays membres. Conseil des Délégués : Organe suprême de la JID, constitué par un représentant de chaque état membre. Etat Major : organe de travail technique, dépendant du Conseil des Délégués, avec la mission de base d’informer, d’apprécier, de préparer des plans et des ordres, matérialisant sous forme de plans et d’études les décisions qui émanent du Conseil. Collège Interaméricain de Défense : sous la Direction d’un officier général des Etats- Unis, il constitue l’organisme académique de hautes études pour la préparation du personnel militaire et civil des pays membres. Secrétariat : il a la fonction de fournir le soutien administratif et logistique, ainsi que les travaux de secrétariat du Comité Consultatif de Défense de l’OEA. 190
  • 191. 3.1.4.4 Principales activités exercées La JID a fourni aux états américains de nombreux plans, études et manuels, orientés àcontrecarrer les menaces répétées contre la paix et la sécurité continentale, matériel parmilequel nous pouvons mentionner : Plans stratégiques de base Manuel de planification de la JID Défense civile contre la guerre nucléaire, biologique et chimique Planification pour la défense aérienne collective du continent Plan de déminage pour l’Amérique Centrale Dictionnaire de termes militaires Plan de coordination pour la défense du trafic maritime interaméricain. Action civique militaire Catastrophes naturelles Droits de l’Homme Contrôle d’abus de drogues3.1.5 Collège Interaméricain de Défense3.1.5.1 Précédents historiques En 1957, la JID a senti le besoin de créer une instance d’éducation supérieure quidonnerait l’instruction sur des problèmes de défense hémisphérique. Ceci s’est concrétiséen 1959 lorsque la majorité des représentants des républiques américaines ont approuvél’établissement du Collège Interaméricain de Défense (CID) qui constitue une OrganisationInternationale qui fonctionne avec des ressources de l’OEA, assignées à la JID. Le Collège a été inauguré officiellement le 9 octobre 1962 lorsque le Secrétaire duDépartement d’État des Etats-Unis a remis à la JID l’infrastructure et le matériel offerts par 191
  • 192. le gouvernement nord-américain, dans les installations de Fort Lesley J. Mac Nair, àWashington D.C.3.1.5.2 Mission Préparer des militaires et des civils, avec l’étude du système Interaméricain et desfacteurs du pouvoir (Politique, Économique, Psychosocial et Militaire) qui constituent leséléments essentiels de la défense hémisphérique. La formation académique qu’il offre est destinée à la préparation d’officiers gouvernementaux, militaires, navals, aériens et civils des états membres, pour ces activités qui auront besoin de la coopération internationale et hémisphérique. 1263.1.5.3 Organisation Le CID exerce ses activités essentielles sur la base de l’organisation suivante : Direction : poste qui est tenu par un officier général appartenant au pays siège (Etats- Unis). Vice-Direction : Exercée de façon alternée par un officier général appartenant aux Forces Armées d’un des états membres, pendant deux ans. Direction d’Etudes : Sous l’orientation d’un officier général, provenant d’un état membre différent du Directeur et du Vice-directeur. Corps enseignant : Ses membres, aussi bien civils que militaires, sont nommés par les pays membres de l’OEA, de façon périodique.126 Keplak.- Op. Cit., p. 16. 192
  • 193.  Une fonction clé du corps enseignant est celle de participer à la planification, au développement et à la conduite des activités académiques du Collège, dont le travail d’enseignement, de tutorat, de recherche et de publication.3.1.5.4 Fonction Pour remplir ses fonctions, le CID a développé un vaste plan d’études d’une durée deonze mois, basé sur la mission de l’Institut, les règlements et les directives de la JID, et surl’expérience académique acquise lors de cours préalables. Le plan d’études comprend une révision actualisée dans les domaines du pouvoirpolitique, économique psychosocial et militaire ainsi qu’une investigation intensive de lastructure du pouvoir, de l’examen de la situation mondiale –spécialement en ce quiconcerne la sécurité et le bien-être de l’hémisphère– et finalement, une analyse détaillée detous les aspects de la situation interaméricaine. Ainsi, les étudiants apprennent et discutenten groupe la méthodologie de coopération internationale en ce qui concerne la sécuritécontinentale, à son plus haut niveau de stratégie.3.1.5.5 Structure du cours Première période Académique : on y fournit l’information générale sur la mission du Collège, le lieu qu’il occupe dans le système interaméricain, son plan d’études, la méthodologie de planification et de procédures académiques et administratives. On y révise les connaissances générales et les concepts élémentaires dans le domaine politique, économique, psychosocial et militaire. Seconde Période Académique : on y analyse la situation mondiale dans le but d’identifier les intérêts, les objectifs, les politiques des régions du monde qui ont cette influence pertinente en relation à l’évolution des événements. On y concentre la diversité d’intérêts qui créent ou pourraient créer des situations de confrontation dans le monde et qui ont un impact sur le système interaméricain. 193
  • 194.  Troisième Période Académique : on y étudie la situation continentale, déterminant les éléments présent ou potentiels du pouvoir continental, disponibles dans le présent et les difficultés et les obstacles qui pourraient émerger sur le continent. Quatrième Période Académique : on y revoit les bases techniques qui introduisent la méthodologie de planification au niveau de la stratégie générale ; on y identifie les antagonismes, les pressions et les menaces –internes et externes– contre le système interaméricain, afin d’élaborer des recommandations qui permettent de le rendre plus fort dans la réalisation de ses objectifs permanents.3.1.6 Conférences de Commandants des Forces Armées d’Amérique En 1960, le Commandant des forces nord-américaines dans les Caraïbes, appelépostérieurement Commando-Sud –dont la zone de responsabilité comprend l’AmériqueLatine et les Caraïbes- a invité ses collèges latino-américains, avec les objectifs suivants : Resserrer les liens d’amitié entre les dirigeants des armées de l’Hémisphère Occidental. Encourager les amitiés interaméricaines, aussi bien personnelles que de pays à pays. Familiariser les représentants des armées américaines avec le personnel et les ressources disponibles dans le Commando Américain des Caraïbes, pour soutenir les activités des missions de l’Armée des Etats-Unis dans leurs pays respectifs. A cette occasion, on a suggéré une réunion annuelle de ce type, pendant laquelle onpourrait discuter des problèmes militaires communs. Rapidement, les marines de guerre etles forces aériennes ont suivi une procédure similaire. Ce qui avait commencé presque comme une simple activité sociale est devenu un formidable facteur de pouvoir régional qui a servi également aux intérêts nord- américains, en servant d’élément déstabilisateur des systèmes démocratiques en 194
  • 195. Amérique Latine et dans les Caraïbes, étant donné que, dans plusieurs de ces réunions, on déterminait une partie de la stratégie de lutte contre le communisme.127 Les Forces Armées des pays signataires du Pacte de Rio ont envoyé leurs commandantsdes branches respectives aux conférences où une grande quantité de thèmes a été traitée,parmi lesquels il faut souligner : Utilisation des Forces Armées dans la guerre contre le trafic de drogues. La place des Forces Armées dans une société démocratique. Opérations de recherche et de sauvetage. Crime international. Contre-insurrection. Façons de contrecarrer l’infiltration communiste. Ces réunions ont été fréquemment critiquées pour leur dépendance par rapport auxEtats-Unis depuis leur origine, poussant les officiers à débattre des sujets de caractèrepolitique, propres du niveau de direction gouvernementale civile qui, dans le cas latino-américain, n’a pas eu de ligne institutionnalisée. De leur coté, ceux qui soutiennent leur réalisation admettent qu’elles ont apportésignificativement à la connaissance interaméricaine dans le domaine militaire, créant lesconditions pour échanger des expériences et commencer des instances de coopération, quiautrement se seraient vues entravées par la méfiance propre de presque deux siècles deproblèmes intra-régionaux.3.1.7 Conférence d’Armées Américaines128 Précédents historiques127 José Luís García , Et Al op cit p. 16128 CONFERENCIA DE EJÉRCITOS AMERICANOS.- Antecedentes de la Organización .- Ottawa: www.redcea.org 195
  • 196. Les armées d’Amérique créent, en 1960, la Conférence des Armées Américaines (CEA), dans le but déclaré de se constituer en un forum de débats pour l’échange d’expériences entre leurs semblables sur le continent. A la même époque, on a créé la Conférence Navale Interaméricaine (CNI) et le Système de Coopération des Forces Aériennes Américaines (SICOFAA), organismes congénères de la CEA, dans le domaine des forces navales et aériennes des pays membres, respectivement. Les armées fondatrices de la Conférence correspondent à l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l’Equateur, El Salvador, les Etats-Unis, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Panama, le Paraguay, le Pérou, l’Uruguay et le Vénézuéla. Plus tard, se sont incorporés Antigua et Barbuda, le Canada, le Mexique, la République Dominicaine et Trinité et Tobago, en qualité de membres pleins, ainsi que les Barbades, Belize, la Guyane, la Jamaïque et le Surinam, comme armées d’observation.129 Mission La finalité de la CEA est l’analyse, le débat et l’échange d’idées et d’expériences en relation avec des matières d’intérêt commun, dans le domaine de la défense, pour augmenter la collaboration et l’intégration entre les armées et contribuer, du point de vue de la pensée militaire, à la sécurité et au développement démocratique des pays membres. Principales réussites des dix dernières années La CEA, en tant qu’organisme militaire de caractère international, a considéré avec le temps comme étant son devoir principal la promotion de l’intégration entre les armées américaines, ceci ayant permis d’atteindre des réussites de grand importance qui se traduisent en :  Développer un échange permanent d’informations et d’expériences sur des matières d’intérêt commun dans le domaine de la Défense.  Renforcer l’intégration et la collaboration entre les Armées américaines à travers la diffusion de la culture militaire et des valeurs nationales.129 Ibid. 196
  • 197.  Promouvoir l’unité et consolider les liens d’amitié interaméricaine augmentant la confiance mutuelle entre les Armées du continent.3.1.8 Exercices combinés de Forces Armées Dans le milieu interaméricain, les Etats-Unis ont motivé le développement d’unepolitique militaire qui permette de faire face à la menace communiste contre la région dansson ensemble, convertie en menace contre le « monde libre ». Ceci a finalement dérivé versla réalisation d’exercices d’entraînement contre les probables adversaires dans unaffrontement de caractère militaire dont la plus grande probabilité était centrée sur laguerre irrégulière et les sous-marins soviétiques. Ce critère d’action a impliqué la participation des forces nord-américaines à des exercices combinés avec presque tous les pays latino-américains mais opérant bilatéralement avec chacun. En effet, il était nécessaire de rendre compatible les intérêts afin d’acquérir des capacités opératives pour affronter la menace commune, avec la nécessité de sauvegarder des intérêts individuels déterminés car il existe des conflits en développement qui soulevaient l’existence de menaces réciproques entre plusieurs pays de la région.130 Une vision historiographique de ces exercices les place sous l’influence des Etats-Unis,propre de la Guerre Froide. Mais on leur assigne la qualité d’avoir contribué audéveloppement de la confiance, basé sur des échanges de personnel, sur la formation ensystèmes d’armement et d’équipements, les relations interpersonnelles entre officiers ettroupe, coopération en échanges technologiques, entre autres. Une fois terminée la Guerre Froide, la tendance a été non seulement de maintenirl’entrainement combiné mais aussi de l’augmenter, avec un changement radical vers la130 Pablo Rodríguez M.- Ejercicios Combinados entre Fuerzas Chilenas y Argentinas: génesis, materialización, áreas de trabajo, influencias y posibles efectos.- Santiago: Mémoirepour opter au titre de Professeur Militaire d’Académie, ACAGUE, 1998, p. 22. 197
  • 198. recherche et le sauvetage, l’aide humanitaire et l’interopérabilité des forces dans le cadredes opérations de paix. Une description du type d’exercices effectués entre les forces nord-américaines etlatino-américaines, outre visualiser leurs caractéristiques, permet d’identifier leur évolutionen vertu des menaces et de leur relation avec les intérêts des Etats-Unis.3.1.8.1 Exercices avec des forces terrestres Pendant la Guerre Froide, l’interaction entre les forces de l’armée a été pratiquementcentrée sur la formation et l’entraînement en opérations de contre-insurrection, en fonctiondu problème stratégique de plus grande importance dans cette sphère, ainsi que sur desactivités de caractère académique, qui incluaient des échanges d’élèves, de professeursinvités et des visites de connaissance. Comme on peut le déduire, l’entraînement combiné le plus intense s’est déroulé dans lespays d’Amérique Centrale où les ambassades nord-américaines avaient d’abondantesmissions militaires, considérant que l’asymétrie entre les forces latino-américaines et leursemblable des Etats-Unis gênait significativement l’interopérabilité, autant en ce qui seréfère aux procédures qu’à la langue et aux caractéristiques du matériel. Petit à petit, et en même temps que l’évolution des menaces et des changementspolitiques mondiaux, les exercices combinés entre différentes armées ont augmenté,élargissant la gamme d’interaction à des opérations classiques de forces spéciales, ausoutien des services de santé et d’évacuation médicale aérienne, aux exercices desimulation -orientés aussi bien à des situations de crises que de conduite d’unitésconventionnelles dans le domaine tactique- et à l’entraînement en opérations de paix.131131 Ibid., p. 23 198
  • 199. A ses débuts, lorsque cette activité impliquait du travail in situ dans un pays de larégion, elle se déroulait de façon bilatérale. Ce n’était pas le cas quand elle se référait à laformation, qui se réalisait principalement à l’Ecole des Amériques, située à Fort Gulickdans la zone du Canal de Panama. Postérieurement, cette modalité a changé, faisant place àdes exercices de nature différente, s’approchant des échanges multilatéraux, spécialementen ce qui se réfère à l’entraînement lors d’opérations de paix.3.1.8.2 Exercices avec les forces navales Dans ce domaine, il y a une plus grande expérience car des exercices sont pratiquésdepuis la fin des années cinquante, comprenant tous les domaines de la guerre en mer -avecles opérations UNITAS 132 - s’élargissant avec le temps vers la combinaison de forces enopérations multinationales, contrôle naval du trafic maritime, recherche et sauvetage. Ces exercices commencent à se développer en même temps que la configuration de lamenace des sous-marins soviétiques qui, avec une grande probabilité, aurait pu affecterl’usufruit des lignes de communications maritimes. C’est pourquoi ces exercices se sontréalisés invariablement depuis 1957, une fois par an et de manière bilatérale jusqu’en 2002,année où on a adopté la modalité de grouper les efforts dans des instances de caractèresous-régional. Les forces navales étaient dans de meilleures conditions que leurs congénères terrestreset aériens pour inter-opérer avec les moyens nord-américains, principalement du fait de lasimilitude des procédures et qu’une vaste adaptabilité aux requêtes spécifiques de chaqueMarine est possible, quelques soient les caractéristiques de leur matériel et de s’il s’agit deflottes océaniques ou côtières.133132 United International Antisubmarine Warfare (Exercice International de Guerre Anti-sous-marine)133 Rodríguez.- Op. Cit., p. 24. 199
  • 200. 3.1.8.3 Exercices avec des forces aériennes L’interaction entre les forces aériennes a été plutôt restreinte à des opérationsaéroterrestres et aéronavales, en fonction d’exercices combinés avec les armées et lamarine. En effet, il s’agit également d’un domaine où l’asymétrie de ressources rendaitdifficile la réalisation d’activités orientées à l’entraînement combiné en opérationsaériennes classiques, excepté dans le domaine stratégique. Lors des opérations UNITAS, on avait fréquemment recours à la force aérienne locale,principalement pour des opérations de patrouille aéromaritime et d’attaques à des forces,ainsi que pour exercer la défense aérienne des flottes. Avec le temps, cela a évolué vers desopérations de recherche, de sauvetage et de soutien aérien à des opérations de paix. De leur côté, les Etats-Unis ont maintenu une forte influence sur la formation de piloteslatino-américains qui, en grande majorité, réalisaient des cours de niveau avancé sur lematériel dans les installations de la Force Aérienne nord-américaines. Ajoutons aussil’échange de caractère académique en ce qui concerne les études avancées et lesprofesseurs invités. 1343.2 Réflexions sur la conformation et l’évolution des architectures de sécurité régionale Quant à la conformation du système interaméricain, il existe deux postures contraires :la première situe ses premiers précédents dans les efforts de Simon Bolívar et dans saconcrétion à partir de la constitution de la UIRA en 1889 ; alors que l’autre soutient qu’iln’existe ni n’a existé aucune structure formelle que l’on puisse cataloguer comme telle,mais tout simplement un ensemble d’institutions avec des origines communes et avecquelques coïncidences dans leurs objectifs et dans leurs actions.134 Ibid., p. 24 200
  • 201. Au-delà de cette différence, ce qui s’avère concret c’est qu’au long de pratiquement toutle XIXème siècle, les républiques américaines ont encouragé une vision naissante d’identitéhémisphérique qui, indiscutablement, tend à se consolider à partir de 1889, ayant commeprécédent indéniable que sa réussite est directement liée au fait que les Etats-Unis ontassumé le leadership en la matière. Depuis le début, ce système a eu dans son fondement la conception de sécurité que si lefacteur d’agglutination a facilité la présence des nations américaines, ça a toujours étél’idée d’une menace extracontinentale, aspect déjà traité en détail. Même si les états latino-américains ont considéré les conférences panaméricainescomme étant un moyen de rechercher des consensus qui contrecarreraient l’hégémonie desEtats-Unis, aucun pays n’a eu la vision claire ni le pouvoir de proposer une alternative, demême qu’ils n’ont pas été capables de diminuer l’importance des impositions nord-américaines. En 1936, et dans ces conditions, un concept de grande importance apparaît pour le coursde l’histoire du système, comme est le principe de solidarité américaine dans tous lesconflits extracontinentaux, qui sera ratifié et perfectionné plus tard, en 1938, face à laperception croissante de menace étrangère. Ce concept a été le véritable conseiller d’orientation d’un grand nombre de décisions quiont été adoptées lors de conférences postérieures, spécialement en ce qui concerne le faitd’affronter les menaces provenant des pays de l’Axe et dans la constitution d’un frontcommun face à toute menace extracontinentale, qui allait bientôt se concrétiser dans leslignées de la naissante JID, ainsi que dans l’apparition du TIAR, chemin qui sera parcouruen huit ans seulement, de 1939 à 1947. Sur le plan politique, face à l’épuisement évident de la UP, on a établi l’OEA, sans quecela corresponde à une impulsion soudaine mais à la conséquence naturelle d’un processus 201
  • 202. commencé en 1889, lui correspondant d’assumer le leadership du système dans sonensemble, avec la vision idéaliste du maintien de la paix et comme un moyen de garantir lasécurité de l’hémisphère, qui commençait à être perçu de nouveau en danger, face àl’expansion du communisme international. De même, dans ses missions constitutives, oncompte promouvoir, avec l’action coopérative, le développement économique, social etculturel. Dans le système interaméricain, il coexiste une quantité intéressante d’organismes et derégimes analogues qui ont les outils nécessaires pour les effets de la sécuritéhémisphérique, bien que ce que nous appelons Système Interaméricain de Sécuritécorresponde seulement à un terme, étant donné qu’il ne se trouve formalisé dans aucundocument officiel. Ceci n’empêche pas qu’il soit accepté et utilisé par une grande majoritéd’états, d’organisations et de personnes dans la région, son sens et ses implications setrouvant pratiquement internalisés. Si on essaie de faire un bilan détaillé de chaque institution ou régime internationalconstitutif du système interaméricain, il est possible d’affirmer que ceux-ci se sont adaptésaux signes des temps, en fonction des variations de la menace ainsi que de l’évolution de lamarque de l’influence nord-américaine, qui s’est maintenue présente à ces niveaux dedécision et d’action, à partir de leurs créations respectives jusqu’à nos jours, avecl’exception relative des instances qui apparaissent après la fin de la Guerre Froide. En premier lieu et quant à l’OEA, comprise comme étant la tête du système, il fautsignaler que sa création n’a pas réussi à dégager adroitement la charge historique que la UPtraînait, et qui, de même que son prédécesseur, l’UIRA, était stigmatisée par le rôleprincipal excessif nord-américain et son caractère instrumental de Washington. Comme on peut le supposer, pendant la Guerre Froide, c’est-à-dire pendant lespremières cinquante années de son existence, cette organisation s’est vue aussi éclipsée parle conflit idéologique qui a touché le monde entier qui, dans le cas de l’Amérique Latine, 202
  • 203. s’est développé sous l’empreinte directe des Etats-Unis. C’est pour cela que sa condition deforum international n’a pas été effectivement consolidé, vu que les sujets à traiter étaientgénéralement subordonnés à la dialectique bipolaire. De ce point de vue, il est facile de comprendre que la plupart des accords et desrésolutions ont eu un caractère pratiquement inoffensif, sans avoir développé la capacitépour articuler des efforts politiques effectifs puisqu’ils se sont accommodés à la formed’influence des Etats-Unis, exercée sur chaque gouvernement en particulier, ainsi qu’àtravers des échanges militaires avec la plupart des Forces Armées du continent. Et c’est ainsi qu’elle a perdu peu à peu de son influence et de sa présence internationale,jusqu’à ce qu’une fois implanté l’embryon d’un nouvel ordre mondial, elle a commencé àassumer des rôles pratiques pour trouver une solution aux contentieux intra-régionaux ainsique pour contrôler et certifier des processus politiques et électoraux, ce qui a permis unnouvel influx revitalisant de ses fonctions. Effectivement, aujourd’hui, l’OEA parraine et organise les plus importants forumsinternationaux de caractère régional, parvenant à orienter l’effort politique en matière desécurité, les mesures de confiance mutuelle, le contrôle d’armes, entre autres, ainsi qu’uneimportante variété de mesures tendant à renforcer le développement et la consolidation dela démocratie. En ce qui concerne le TIAR, qui a été créé en 1947 et actualisé en 1975, il faut soulignerqu’il est né avant l’OTAN et qu’on le qualifie comme étant le premier effort nord-américain pour établir des régions alliées, qui répondraient contre les menacesd’intervention et de représailles de l’ancien bloc communiste. Son principe de base est que « les parties conviennent qu’une attaque armée de la partd’un Etat contre un Etat américain sera considérée comme une attaque contre tous les Etats 203
  • 204. américains », ce qui demande automatiquement –au moins sur le papier– l’assistanceimmédiate du reste de la communauté pour combattre l’agresseur externe. Néanmoins, l’histoire du TIAR est jalonnée au moins par six événements où soneffectivité a été amplement questionnée, la plus notoire étant l’invasion des Iles Malouinesen 1982, où une fois la guerre éclatée, Buenos Aires l’a invoqué, sollicitant de l’aide face àl’agression d’un ennemi externe. Cependant, bien que des pays de l’hémisphère aient essayé de répondre à l’appel, unemanœuvre des Etats-Unis invoquant le Conseil de Sécurité de l’ONU a donné une estocadeirrévocable au principe de coopération militaire mutuelle établi. Depuis lors, la sécuritéhémisphérique a été l’objet seulement de résolutions pleines de bonnes intentions. Parmi les nombreuses considérations faites sur l’obsolescence du TIAR, on peut direqu’il se réfère exclusivement à des conflits produits entre états et des menaces provenantpurement des états, sans considérer de nouveaux acteurs de la sphère internationale dont lamanière d’agir ne suit pas les mouvements de la déclaration de guerre classique, ce quirend significativement difficile de s’accommoder aux réalités contemporaines. Même si la Guerre des Malouines en 1982 a représenté la violation la plus flagrantecontre le TIAR et a scellé son illégitimité comme instrument de défense hémisphérique, ily a eu d’autres conflits qui ont montré peu à peu la volatilité de l’accord et la discrétion deson application. Dans cette ligne, il devient intéressant de souligner que les Etats-Unis ont eu un rôleprotagoniste dans tous ces conflits et ont violé le principe de non-intervention dans lesaffaires internes des pays américains, principe également reconnu dans ce traité.Cependant, et ce qui est encore plus grave, un grand nombre de ces actions ont compté surle soutien politique des pays latino-américains. 204
  • 205. En effet, en 1954, le Guatemala a été envahi pour renverser le gouvernement enexercice ; en 1961 s’est produite l’action de la Baie des Cochons, pour essayer de renverserle gouvernement de Cuba qui venait de s’installer ; en 1980, une intervention militairedissimulée a eu lieu contre le gouvernement du Nicaragua ; en 1983, Grenade est envahieet, en 1989, le Panama est envahi et son président capturé; finalement, en 1994, il seproduit une intervention militaire à Haïti. Dans un autre ordre d’idées, on identifie une évidente contradiction dans les fondementsde ce Traité car, s’agissant d’un instrument de nature exclusivement militaire, aucun paysaméricain n’avait compromis sa force armée pour ces finalités, avec l’exception relativedes pouvoirs navals respectifs, ce qui vient renforcer la critique à son manque d’efficacité. Plus encore, en vertu des lignes de la sécurité hémisphérique, on a développé une séried’appréciations et de planifications en prévision d’une menace non nécessairementpartagée par les pays signataires, spécialement dans leur versant idéologique, se produisantalors une incongruité qui, à l’heure de concrétiser une défense collective, creuserait touteoption de succès. Confrontés aux attaques terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, leschanceliers de l’hémisphère ont essayé de créer certaines conditions pour une réponse decaractère régional. Pour cela, ils ont invoqué un traité qui est apparu au moment de laGuerre Froide et qui, aujourd’hui, ne peut tenir sa promesse de base : garantir la sécurité del’Amérique et soutenir en groupe la lutte contre celui qui osera y porter atteinte. Ce qui vient d’être exposé amène à penser que l’institutionnalité hémisphérique enmatière de sécurité est rigide, inefficace et obsolète, essentiellement parce que le TIAR n’apas de relations adéquates avec l’organisation directive de planification, la JID, et qu’il n’apas non plus de relation effective avec l’OEA et l’on manque de mécanismes effectifs deprévention et de solution pacifique de conflits, ce qui implique de le reformuler. 205
  • 206. De son côté, la JID est un organisme qui a été pratiquement inactif depuis la fin de laGuerre Froide, en plus de ne pas avoir été considéré comme un instrument valable par laplupart des états latino-américains, depuis ses débuts, basiquement pour être vuextrêmement instrumental aux intérêts des Etats-Unis, qui a maintenu son siège et sadirection depuis qu’elle a été créée en 1942. Ainsi, son efficacité est questionnée quant au sens pratique de ses planifications qui sesont développées sous un schéma rigide et elles auraient difficilement pu avoir obtenul’approbation des gouvernements qui y étaient représentés. On estime qu’il est trèsdifficile d’atteindre une cohérence entre la ligne d’analyse et de production de la JID avecla politique extérieure de chaque état latino-américain dont les processus politiquesdifféraient souvent de l’orientation donnée par les Etats-Unis à cet organisme. Cette orientation a eu deux caractères. Un direct, avec la présence d’officiers des ForcesArmées nord-américaines aux postes décisifs, spécialement en ce qui concernel’élaboration de la planification stratégique et opérative ; et un autre, avec l’influencequ’avait reçu par formation la plupart des officiers latino-américains qui étaient mandatéspour prêter des services à cette instance, comme conséquence très claire de la militarisationrégionale à laquelle on a déjà fait référence. Un autre facteur de critique se rapporte à sa relation difficile avec l’OEA qui, même sicelle-ci est chargée de son financement, n’a pas d’ingérence sur son travail opératif, sansque le récepteur des ressources n’ait aucune responsabilité administrative par-devant lepourvoyeur, ce qui devient, en plus d’inadéquat, du moins, curieux. Finalement, et dérivé de son caractère instrumental des Etats-Unis, on questionne sonvéritable rôle, plus encore, on lui nie de l’avoir parce qu’il est resté dans la vision deGuerre Froide et il n’est pas non plus en condition de répondre aux réels défiscontemporains. Néanmoins, on n’entrevoit pas sa disparition car on le considère une bonne 206
  • 207. liaison entre les officiers latino-américains et certaines des instances de maniement desgrandes décisions mondiales. En ce qui concerne le CID, pendant la Guerre Froide, il a eu un rôle important dans laformation académique d’officiers latino-américains même s’il a été questionné à la suite deses liens, impossible de dissimuler, entre son orientation pédagogique et la doctrine deSécurité Nationale, qui évidemment se déduit de son contrôle par les Etats-Unis. Cependant, des organisations qui se sont maintenues dans le temps depuis déjà un demi-siècle, c’est peut-être une de celles qui s’est le mieux accommodée aux impératifs del’époque en cours, dérivant son orientation pédagogique vers des problèmes plus réels etplus proches des demandes de la sécurité hémisphérique qui, à cause de la complexité de larégion, n’a pu se décanter définitivement. Dans une dimension plus militaire, les Conférences des Commandants des ForcesArmées d’Amérique et les exercices combinés des Forces Armées, créés sous l’empreintela plus stricte de la Guerre Froide, ont rempli une importante fonction intégratrice, bien queles bonnes intentions de coordination et d’emploi auraient difficilement pu arriver à seconcrétiser, étant donné la faible inter-opérativité entre les forces latino-américaines, aussibien entre elles qu’avec les moyens nord-américains. Actuellement, ils affrontent des processus de re-définition, essentiellement commeconséquence de la mutation dans la conception de menace, comprenant parfaitement quel’adversaire commun a disparu dans son acception classique, déviant leur intérêt vers lesnouvelles formes de risques pour la sécurité de leurs états respectifs, avec une orientationréaliste qui privilégie le sous régionalisme, en accord avec la réalité géopolitique del’Amérique. Dans cette ligne d’action, la formation en opérations de paix prend une importancespéciale, ainsi que l’intégration de forces dans la solution aux problèmes communs, parmi 207
  • 208. lesquels il faut souligner le soutien au contrôle du trafic de drogue et du terrorisme, en plusde la contribution à leurs respectives sociétés dans le maniement de situations decatastrophe et de problèmes d’environnement. Ces activités ont provoqué quelques critiques, dans le sens de marquer une tendancevers la dénaturalisation du rôle des forces armées, spécialement des armées, quand on perdde vue que leur essence se trouve dans un problème stratégique et non pas dans le subsided’autres institutions nationales, ce qui a appelé à une profonde analyse et à la redéfinitionde leurs structures, en fonction des impératifs actuels. Dans le domaine politique, après la fin de la Guerre Froide, deux instances centrales sesont conformées dans le système interaméricain, la Commission de SécuritéHémisphérique de l’OEA et la Réunion des Ministres de la Défense des Amériques, surlesquelles il conviendrait de faire quelques réflexions. Leur caractère politique actuel leur confère une condition incomparable pour assumer leleadership dans le système parce qu’elles ne doivent pas supporter la lourde chargehistorique des autres organisations et régimes analogues et parce qu’elles correspondentaux niveaux de direction où on doit traiter les affaires de sécurité hémisphérique qui,pendant longtemps, se sont articulées pauvrement depuis les Etats-Unis vers des niveauxnon autorisés pour la prise de décisions nationales. Leur contribution la plus évidente a été celle de situer la discussion sur la sécurité auniveau correspondant, le politique, devenant légitime en tant qu’instances valables quireprésentent les intérêts de l’ensemble des sociétés réunies dans le système interaméricain.Il se peut que cette même condition porte atteinte à son effectivité étant donné le manquede consensus en ce qui concerne ces matières, à l’exception de ce qui se réfère à laconsolidation de la démocratie et de la recherche d’accords internationaux. 208
  • 209. Certes, l’hétérogénéité latino-américaine réapparaît comme une référence quant auxaccords en matière de sécurité, devenant une preuve qu’il est très difficile et complexed’atteindre l’unanimité de critères entre des sociétés qui ont des problèmes et des prioritésdifférentes et qui doivent chercher des accords d’abord de caractère bilatéral, ensuite sous-régionaux et finalement hémisphériques. En revoyant les arguments principaux qui confirment l’inefficacité de l’actuel systèmeinteraméricain de sécurité, nous pouvons déduire que dans la plupart des cas, lesinstruments ont été faibles pour limiter ou éviter l’intervention périodique, directe ouindirecte des Etats-Unis dans la région, ainsi que pour promouvoir une diplomatiepréventive ou pour parvenir à ce que les parties d’une controverse atteignent une solutionpacifique. En premier lieu, il faut prendre en compte le fait que la coordination continentale etl’action collective contre un ennemi commun ne peuvent plus remplir cette fonction pourles raisons suivantes : L’action collective n’a pas de racines très profondes dans la région. Les conditions de marché actuelles stimulent les options d’accommodation économique individuelle. La Guerre Froide a terminé et par conséquent, il n’existe pas d’ennemi commun. Substituer le communisme par le trafic de drogue comme ennemi commun, non seulement ne résout pas le problème mais l’aggrave parce que ce problème a besoin d’une solution radicalement différente. Finalement, on en a ressorti une tendance au développement d’autres mécanismescollectifs, procédure qui, d’un côté, a donné des résultats satisfaisants et, de l’autre, n’a pascompté sur la participation minimale des instruments classiques du système. 209
  • 210. En effet, des mécanismes comme le Groupe de Contadora, qui est intervenu dans lasolution politique au problème de l’Amérique Centrale, ou comme le Groupe de Rio, réunipour le cas des frontières entre le Pérou et l’Equateur, entre autres, ont cherché à exercerune diplomatie pour la paix qui n’aurait pas été rendue possible avec le concours de visionstypiques de Guerre Froide puisque le problème à résoudre avait des particularités et desdimensions spéciales, non prévues dans les institutions et les régimes originaux. 210
  • 211. II PARTIE : L’ÉVOLUTION DU CONCEPT DE SÉCURITÉ ET LES NOUVELLES MENACES EN AMERIQUE LATINE L’évolution du concept de sécurité et des nouvelles menaces en Amérique Latine seratraitée considérant les principales transformations qui ont une conséquence sur le conceptcité et sur la perception de coaction collective ou individuelle, répondant au faitindiscutable que l’apparition de nouvelles formes d’intimidation pour les états ont créé unchangement dans la conception de sécurité dans la région. Ensuite, il est également nécessaire de rendre compte des menaces, des préoccupationset autres défis pour la sécurité hémisphérique, laissant en évidence les différences entre cestrois concepts et ses portées également inégales selon que ce soit l’Etat ou la sous-régionqui se voit affectée. 211
  • 212. En référence à ce qui précède, on expose divers points de vue sur les menaces contre lasécurité hémisphérique qui nous conduisent finalement à nous prononcer sur l’existence oul’inexistence de risques qui nous affectent tous dans la région, comme préambule sine quanon pour se prononcer sur un nouveau système de sécurité interaméricain pour les menacescommunes du XXIème siècle. Dans ce sens, et comme corollaire de la recherche, on révise la valeur de l’utilisation desorganisations et des régimes internationaux liés à la sécurité hémisphérique, ce qui cède lepas à un jugement péremptoire sur l’identification du grand problème qui l’affecte, qui estl’articulation politique. Etant donné ce qui précède, on développe une vision du problème depuis une visionsystémique qui permet d’identifier une meilleure relation entre des processus et desréponses à des problèmes importants, en tant que soutien à la proposition de système desécurité hémisphérique pour faire face aux menaces communes.1 PRINCIPALES TRANSFORMATIONS QUI ONT DES CONSÉQUENCES SUR LE CONCEPT DE SÉCURITÉ ET SUR LA PERCEPTION DE MENACE Traditionnellement, la Défense Nationale est vue exclusivement comme la protection duterritoire et de la souveraineté d’une communauté politique, considérant que l’emploi de laforce se justifie pour protéger l’institution de l’état qui, à son tour, est le responsable dumaintien de l’ordre, de la paix et de l’intégrité du territoire. De cette approximation académique se dégagent plusieurs observations, à savoir : Du point de vue réaliste, la sécurité de l’état équivaut à la sécurité nationale. La sécurité doit être fournie par l’institution « état », à laquelle a été donné, par libre décision, le mandat de protéger ses citoyens et, par conséquent, celui-ci est l’objectif primaire de la sécurité. 212
  • 213.  La sécurité est comprise comme la sécurité territoriale. La sécurité ou la protection de la sécurité implique l’emploi de la force. Ainsi, oncomprend que plus grand sera le pouvoir militaire que détient un état, plus importante serala sécurité. La sécurité en Amérique Latine a été confondue fréquemment avec la sécurité militaireou avec la Défense Nationale. Cependant, on doit comprendre par sécurité la nécessité desindividus de vivre en paix et d’avoir les moyens économiques, sociaux et d’environnementpour une existence digne. Cela implique l’absence de risques ou de menaces tangibles etpromeut l’existence d’une meilleure qualité de vie et surtout, il s’agit une questionpolitique et non militaire.135 D’autre part, la Défense Nationale est la responsabilité de la société d’un pays, à traversses représentants politiques, tandis que l’exécution correspond aux institutionsgouvernementales, lesquelles garantiront la sécurité interne selon l’efficacité de leurgestion, soutenues par les forces armées, dont la fonction principale est celle de maintenirl’ordre interne quand celui-ci disparaît ou d’agir en cas d’attaque armée contre leur étatd’origine. En Amérique Latine, comme ailleurs dans le monde, la fin de la Guerre Froide amodifié et élargi de façon importante la discussion autour de la sécurité et l’a éloignée desconceptions traditionnelles, ancrées dans des aspects militaires, pour incorporer dans unhorizon plus ample ce qu’on appelle les « menaces », créant à son tour les conditions pourun changement de paradigme, dont on esquisse quelques concepts : Le consensus autour de la démocratie permet que l’axe de la préoccupation sur la sécurité cesse d’être d’exclusivité de l’état et inclut l’individu.135 MINISTERIO DE DEFENSA NACIONAL.- Op. Cit. 213
  • 214.  Avec l’individu comme force centripète des politiques, des concepts comme celui de « sécurité humaine »136 acquièrent de la notoriété, assumée comme déterminante pour assurer la paix et le développement, étant donné qu’elle peut renforcer la souveraineté nationale et c’est la responsabilité non seulement de l’état mais aussi d’autres parties intéressées comme les ONG, les corporations et les représentant élus populairement. Avec cela on ne parlerait plus d’une attitude défensive centrée sur l’aspect militaire,mais d’un concept de sécurité qui chercherait à garantir l’égalité d’opportunités, le pleindéveloppement de la personne et la garantie des droits individuels. La sécurité humaine signifie essentiellement une vie exempte de menaces profondes contre les droits des personnes, leur sécurité ou leurs propres vies. Elle a un rapport avec la réduction de la pauvreté, la prestation de services sociaux de base, l’actualité des droits de l’homme, du droit international humanitaire et de l’ engagement avec la démocratie. Cette notion coïncide avec un clair élargissement du concept de sécurité, laquelle s’est enrichie de nouveaux éléments.137 La projection démocratique existante sur le Continent mérite un intérêt spécial. Celle-cia eu comme conséquence que certains pays orientent leur concept de sécurité vers unconcept de « sécurité démocratique », comme manifestation expresse de la soumission desforces de sécurité au contrôle civil des gouvernements élus démocratiquement. Plus qu’unedéfinition, elle contient un profond sens historique et politique pour les pays qui setrouvaient en plein processus de transition depuis des régimes militaires138. D’autres pays orientent ce concept central vers l’idée d’une « sécurité coopérative »,comprenant par ceci que la coopération est la base de la création de stimulations pour ledéveloppement intégral.136 Concept établi à partir du Rapport de Développement Humain des Nations Unies de 1994 et repris à l’Assemblée Générale de l’OEA, qui s’est tenue en 2000 à Windsor, Canada,par la délégation de ce pays.137 Sonia Belisario, R.- La nueva concepción de Seguridad Hemisférica en América Latina.- Fort Lesley J.Mc Nair, Washington DC: Bibliothèque du Collège Interaméricain deDéfense, 2003, p.13.138 Ibid. 214
  • 215. Comme on peut le remarquer, il y a une vision holistique de la sécurité qui prétendaborder son étude depuis une vision intégrale. Mais même d’un point de vue restrictif,c’est-à-dire centré sur ces menaces directes, l’élargissement du concept est égalementconsidérable. On a incorporé des sujets comme le terrorisme, la délinquance transnationale,le trafic de drogue, le blanchiment d’actifs et la contrebande d’armes. Par conséquent, il y a une nouvelle optique par rapport à la sécurité militaire, qui n’a pasdisparu, et qui a à voir avec le désarmement partiel cherchant des équilibres de potentiels,la transparence, le développement commun et la construction de relations basées sur laconfiance mutuelle, comme conséquence de l’interrelation et de l’apparition d’un climat dedistension. C’est pour cela que l’Amérique Latine est en train d’affronter une catégorie différentede conflits, de plus grande complexité, laquelle, en plus de l’affrontement traditionnel pourdes motivations territoriales frontalières, considère ceux qui sont apparus des différenceséconomiques, sociales, culturelles, ethniques, religieuses et morales qui affectent le mondeet l’hémisphère. De la même façon, il est intéressant de se rappeler que l’apparition des transformationsqui ont une incidence sur le concept de sécurité et sur la perception de menace, même s’ils’agit de visions régionales, n’est pas éloignée de certains effets de caractère global,comme ceux qui proviennent de ces éléments qui caractérisent le changement dans lesystème international, qui sont, entre autres, les suivants : 139 Altération du rôle de l’État Nation Importance croissante de nouveaux acteurs dans le système international. Importance de l’économie comme moteur de changement international.139 Aníbal Laiño, Desafíos al Estado Nación- Buenos Aires: Revista de la Escuela Superior de Guerra del Ejército Argentino ,octubre – diciembre 1995 215
  • 216.  Nouvelles formes de relation entre les États. Diminution de la marge de liberté d’action des acteurs internationaux. Subsistance de facteurs de tension classiques.1.1 Le changement dans la conception de sécurité en Amérique Latine et les nouvelles menaces Il est nécessaire de rappeler que l’on ne peut pas nier que la fin de la Guerre Froide aprovoqué en Amérique Latine une redéfinition de ce que l’on concevait comme sécurité,défense et menaces, aussi bien dans le domaine interne que régional. Le nouvel ordremondial a fait apparaître des problèmes, des conflits et des menaces latentes qui avaient étéassombris par l’amplitude du conflit entre les États-Unis et l’URSS. Avec le système bipolaire, la menace commune pour la région latino-américaineprovenait de secteurs externes, spécifiquement du mouvement communiste international. Aprésent, les nouvelles menaces proviennent aussi bien de l’intérieur de la région que d’endehors. La sécurité sur le continent était conçue traditionnellement comme la continuité dansl’existence de la nation et l’intégrité du territoire. Depuis les années soixante-dix, lesaspects de base de la sécurité sont accompagnés par d’autres éléments économiques etpolitiques qui incorporent des éléments sociaux fondamentaux, reliés à la capacité des étatspour résoudre des problèmes critiques de type social, économique et politique de façondémocratique et égalitaire. C’est pour cela que les nouvelles menaces pour la sécurité sont venues occuper uneplace prépondérante dans les considérations de sécurité de beaucoup d’états del’hémisphère, tendance qui se montre étroitement liée à une redéfinition du concept desécurité signalé précédemment. 216
  • 217. La Déclaration de Bridgetown, adoptée à l’Assemblée Générale de l’OEA en juin 2002, a reconnu cette définition actualisée de sécurité, affirmant que : « les menaces, préoccupations et autre défis à la sécurité dans l’Hémisphère sont de nature diverse et de portée multidimensionnelle, et que le concept et la focalisation traditionnels doivent s’étendre pour comprendre de nouvelles menaces et non traditionnelles, qui incluent des aspects politiques, économiques, sociaux, de santé et d’environnement ».140 Dans cette Déclaration, on a également reconnu que ces nouvelles menaces,préoccupations et autres défis sont des problèmes inter-sectoriaux qui demandent desréponses aux aspects multiples de la part de différentes organisations nationales, agissanttoutes de façon appropriée conformément aux normes et aux principes démocratiques. Par conséquent, les réponses à ces menaces, préoccupations et autres défis nontraditionnels sont également non traditionnelles et, dans de nombreux cas, ellen’impliqueront pas la présence de forces de sécurité ou de défense d’aucun Etat, surtout carces phénomènes sont souvent de caractère transnational, raison pour laquelle ils nerespectent pas les frontières nationales, ce qui signifie qu’aucun état ne peut les combattreefficacement de lui-même. Dans de nombreux cas, des personnes et des entités non étatiques apparaissent etprofitent des nombreux voyages de personnes et de commerce légitimes qui existent dansnotre hémisphère, chaque fois plus interdépendants, pour dissimuler leurs activités illicites. Même si différents états et sous-régions peuvent donner différentes définitions de cesmenaces, préoccupations et autres défis pour la sécurité, il est important d’essayer d’établirune identification hémisphérique commune de ces thèmes, pour que la région, si possible àpartir de là, puisse de façon conjointe répondre de façon unie et efficacement contre elles.140 www.oas.org, accès le 18 novembre 2003 217
  • 218. Conformément aux caractéristiques signalées précédemment, affronter les menacescommunes est une responsabilité de caractère hémisphérique et nécessite une coopérationrégionale appropriée. D’ailleurs, les institutions du système interaméricain liées à lasécurité sont celles qui seraient dans de meilleures conditions pour servir de base pouraffronter les menaces dans un contexte hémisphérique et sur la base de la collaborationmutuelle. En Amérique Latine, on reconnaît la nécessité d’examiner ces problèmes qui affectent lastabilité de sociétés démocratiques pacifiques et sûres, comme le sont le désarmement et lecontrôle d’armements, les droits de l’homme, la qualité de vie, l’éducation, la pauvreté, lasécurité, le terrorisme et le crime organisé, l’insatisfaction avec les résultats du modèleéconomique, les catastrophes naturelles et la dégradation de l’environnement. Parmi les menaces dans le domaine économique pour l’Amérique latine, il y a lavulnérabilité externe et les crises économiques internes. Cette vulnérabilité des pays de larégion se trouve dans l’asymétrie et la dépendance dans les relations commerciales,financières et technologiques avec les pays développés, spécialement avec les États-Unis. 141 L’énorme dette externe, la détérioration en termes d’échange dans le commerceextérieur, avec les prix bas d’un grand nombre de matières premières, le bas pouvoir dedécision dans le système monétaire international et l’incapacité de contrôler lestransactions financières internationales, ont une incidence directe sur les économiesdétériorées de la région, accentuant leurs problèmes sociaux. Il est possible d’affirmer que c’est dans l’aspect économique que résident les menacesles plus immédiates et réelles contre la sécurité régionale, tels que les éclatements sociauxet l’instabilité politique, qui a apporté comme conséquence de sérieuses mobilisationssociales comme l’insurrection zapatiste au Mexique, la crise en Argentine et son impact141 Juan Somavía et José Miguel Insulza.- Seguridad Democrática Regional.- Santiago: Editorial Nueva Sociedad, 1990. p. 23 218
  • 219. désastreux sur le MERCOSUR, les convulsions internes en Equateur, au Pérou, en Bolivie,au Vénézuéla, entre autres, qui sont quelques-uns des faits qui corroborent une telleaffirmation. Un autre secteur est représenté par les activités illégales comme la contrebande, le traficde drogue, la délinquance, le crime organisé et les sans-papiers qui traversent les frontières.Même si elles ont été objet de multiples actions conjointes pour les combattre, il n’existepas encore d’initiative régionale pour attaquer leur origine. Un exemple de cela est la controverse apparue à propos de l’application du PlanColombie. En effet, on n’a pas donné de grande importance aux objections sur diverspoints de cette application présentés par le Vénézuéla, le Brésil, l’Equateur et le Pérou,pays voisins de la Colombie et pays principaux affectés par une possible escalade duconflit. Le Plan Colombie est une stratégie pour la paix, la prospérité et le renforcement institutionnel, mis en marche avec la collaboration des États-Unis et de l’Union Européenne pour créer un plan d’investissements dans des projets de développement, ainsi que pour récupérer la confiance interne, récupérant les normes basiques de cohabitation sociale, de promotion de la démocratie, de justice, d’intégrité territoriale, de création de conditions pour l’emploi, de respect pour les droits de l’homme et de conservation de l’ordre publique, sur la base de quatre stratégies primordiales, qui sont le processus de paix, la récupération économique, le renforcement institutionnel et la lutte contre le trafic de drogue.142 L’application du Plan Colombie pose deux points d’intérêt présents dans la réalitéhémisphérique en matière de sécurité. La prépondérance des États-Unis dans la prise de décisions dans le domaine de la sécurité régionale, dû au manque d’une véritable coopération multilatérale en la matière142 www.mindefensa.gov.co/plan_colombia/ plan_colombia_que es.html. 219
  • 220. et au manque de ressources des pays de la région pour faire face aux coûts d’un puissant appareil militaire ou d’une forte aide économique pour entreprendre une telle tâche. La position historique des nations latino-américaines de refuser à intervenir dans les affaires internes d’autres nations. Il faut ajouter à ce qui vient d’être dit de nouvelles controverses, desquelles ressort lacontradiction ouverte entre les politiques extérieures du Vénézuéla et des Etats-Unis. Alorsque ces derniers essaient de maintenir leur traditionnelle hégémonie régionale, le pays sud-américain cherche à aligner des volontés dans une sorte de croisade anti-nord-américaine. Quant aux menaces de guerre entre les états et aux agressions extracontinentales, il estclair que le système antérieur a expiré et nécessite une nouvelle version des mécanismes desécurité collective, dirigés principalement à appliquer les mesures de confiance, à contrôlerl’acquisition d’armes par les nations et à établir des mécanismes compétents pour sedéfendre. De nos jours, dans un monde interdépendant, la sécurité ne peut pas être reléguée à un pays en particulier, ni dans le domaine politique, économique, social ou militaire, ni dans le domaine national ou international. La coopération entre les pays latino-américains est nécessaire, respectant l’intérêt national et le principe d’autodétermination, dans un cadre de co-existence pacifique. La coopération doit se diriger vers la prévention et le contrôle de conflits, afin de maintenir la paix dans la région servant en même temps de support au développement intégral régional. 143 Dans un autre ordre d’idées, la position qui de nos jours soutient que, depuis la guerredes Malouines, le système de sécurité hémisphérique s’est détérioré, système implanté dansles années quarante, surtout en ce qui concerne sa crédibilité et a perdu sa raison d’êtredepuis la chute du Mur de Berlin et, plus tard, du bloc communiste, est en train de prendrede la force.143Carlos Peñalosa.- Los ejércitos americanos ante un nuevo contexto internacional.México: Revista Política Internacional, Nº 17, janvier - mars de 1990. p.3 220
  • 221. Par conséquent, on soutient que le moment est arrivé de réaliser une évaluationapprofondie de la sécurité de l’hémisphère, à partir du fait que le TIAR et le Pacte deBogota se trouvent pratiquement en état d’hibernation, cédant la place à une nouvellevision basée sur le fait que l’hétérogénéité et les asymétries dans le pouvoir économique etmilitaire du Continent rendent évidentes également la nécessité de développer des accordssous-régionaux de sécurité, plus en accord avec les diverses préoccupations et menaces degroupes de pays unis par des traditions et des réalités physiques. Ces types d’accord sont récents et ils se sont multipliés dans les dernières décennies, ceque l’on prétend soutenir dans la description suivante : Amérique Centrale : en 1995, le Traité Cadre de Sécurité Démocratique est institutionnalisé. Il contient, entre autres, les objectifs suivants : la suprématie du pouvoir civil, l’équilibre raisonnable de forces, la sécurité des personnes et de leurs biens, le dépassement de la pauvreté, le développement durable, l’éradication de la violence et du trafic d’armes. Les Caraïbes : en 1996, on a établi le Système de Sécurité Régionale des Caraïbes qui signale comme priorités la prévention du trafic illicite de stupéfiants, le sauvetage en cas d’urgence nationale, le contrôle des migrations, la protection des ressources de pêche, le contrôle douanier et des tarifs, la police maritime, les catastrophes naturelles, la pollution et la contrebande. Cône Sud : en 1999, les pays du MERCOSUR, plus la Bolivie et le Chili, se sont déclarés zone de paix et ont accordé de se constituer comme zone exempte d’armes de destruction massive et de mines anti-personnelles. Ils ont également accordé de renforcer les mécanismes de coopération dans les thèmes de sécurité et l’emploi exclusivement pacifique et sûr de l’énergie nucléaire, ainsi que de la science et de la technologie spatiales. Région Andine : en 2002, la Charte Andine pour la Paix et la Sécurité a été approuvée, dans laquelle on établit les principes d’une politique communautaire de sécurité, basée 221
  • 222. sur la coopération, la réduction des frais de défense, la solution pacifique de controverses et la déclaration de zone de paix, entre autres. De ce qui vient d’être exposé, on peut clairement en déduire que, même si on apprécieune préoccupation commune pour la problématique de la sécurité, les accords reflètent quechaque sous-région a des approximations différentes parce que leurs problèmes particuliersaffectent leurs perceptions respectives, développant des emphases différentes pour leursaccords et leurs possibles solutions. Pour cette raison, lorsqu’on identifie et décrit les menaces et les défis pour la sécuritéhémisphérique, on obtient seulement une vision générale dont les effets peuvent ne pascorrespondre ou affecter une zone en particulier. Cela produit un impératif pour identifiercelles qui seront de caractère commun, qui est un critère essentiel reflété dans l’hypothèsequi lui donne du sens.1.2. Identification des menaces, des préoccupations et autres défis pour la sécurité hémisphérique144 Malgré les différences possibles des thèmes qui peuvent être qualifiés de menaces,celles-ci se limitent, en général, à des situations variées qui réellement ou potentiellementaffectent la sécurité hémisphérique et sur lesquelles nous centrerons notre intérêt pourl’analyse, comme le sont l’agression armée entre les états, dérivée de disputes non résoluesen ce qui concerne des frontières terrestres et/ou maritimes ; le trafic de drogue ; le traficillicite d’armes ; la prolifération d’armes de destruction massive ; le terrorismeidéologique ; le blanchiment d’argent ; le crime organisé transnational et les migrationsmassives non contrôlées. 144 Pour traiter ce sujet, on a eu recours à diverses souces, parmi lesquelles on peut souligner : OEA, Conférence Spéciqal sur la Sécurité Hémispherique.- Declaración sobreSeguridad en las Américas.- Ciudad de México : archivo OEA, octubre 2003 ; XXXII Asamblea General de la OEA.- Declaración de Bridgetown : Enfoque Multidimensional de laSeguridad Hemisférica. – barbados : juin 2002 ; Humberto de la Calle – Seguridad y Desarrollo, la dimensión política de la seguridad en Latinoamerica y el caribe. – WashingtonDC : Séminaire parrainé par BID-OEA, septembre 2002 ; Luis Bittencourt.- Latin American Security : Emergin Challenges, The Global Century.- Washington DC : National DefenseUniversity, 2001. 222
  • 223. 1.2.1 Agression armée inter-états dérivée de disputes non résolues concernant des frontières terrestres et/ou maritimes L’Amérique Latine est une des régions les plus pacifiques du monde et elle secaractérise par de bas niveaux de dépense militaire dans les états. Mais les causes deguerres et de conflits sont si compliquées qu’il n’est pas possible de soutenir quel’agression armée a cessé d’être une menace. Les malentendus, les différences nationales substantielles, l’échec des mesures deréconciliation internes et le nationalisme exacerbé sont seulement quelques-uns desnombreux facteurs qui pourraient conduire à des conflits armés dans le futur. Pour cela, il est nécessaire que l’hémisphère maintienne la vigilance en ce qui concerneles questions de sécurité traditionnelles et essaie de se doter des capacités nécessaires pourprévenir et résoudre de manière pacifique des conflits, s’il existe la volonté pacifique de lefaire. En Amérique Latine, il existe plus de 15 disputes frontalières qui représentent unemenace pour la paix et la stabilité hémisphérique, dont la résolution faciliterait la créationd’une région plus stable et plus sûre. Même si l’application et le développement de mesures d’encouragement de la confianceet de la sécurité, les accords et les déclarations sous-régionales sur la sécurité, la gestiondémocratique adéquate et l’intégration économique ont réduit la possibilité que certainesde ces disputes puissent s’aggraver jusqu’à devenir des conflits armés, ces disputespersistent et, par conséquent, elles représentent une menace pour la sécurité hémisphérique. Le maintien dans le temps de cette menace, de caractère traditionnel, se comprend enfonction de la délimitation que les états naissants ont reçue de la couronne espagnole dont 223
  • 224. le défaut a été celui de ne pas respecter, nécessairement, certains aspects du déterminismegéographique qui caractérise l’Amérique Latine qui, outre certaine imprécision de limites,a contribué à l’apparition d’une culture de soupçons, de méfiance et de visionsgéopolitiques dissociées entre elles. Ce qui a été dit précédemment pourrait paraître contradictoire étant donné le bas niveaude conflits que l’on concède à la région. Cependant, cela a son fondement plus surl’absence de guerres que sur l’absence de querelles pour des thèmes limitrophes, qui ne sesont pas développées par manque de stature politico-stratégique et par l’influence exercéepar la puissance dominante, ce qui s’accentue au XXème siècle, avec une importanceparticulière pendant la période de la Guerre Froide. Actuellement, les efforts pour une plus grande intégration sont indéniables. Mais il n’y apratiquement aucun état latino-américain qui se prononce ouvertement pour l’éliminationde cette menace car il existe en général une conscience par rapport à son caractère culturel,et cela requiert encore plus de temps et d’actions pour l’éradiquer des perceptionspolitiques et sociales. Cependant, il faudrait ajouter que, pour traiter cette matière, il est intéressant deconsidérer les effets de la perception existante dans le sens où, dans les asymétries depouvoir aussi bien internes qu’externes, pourra se refléter une sorte de régression aumoment d’affronter d’anciennes ou de nouvelles différences. D’ailleurs, dans la région, ça a été courant que des questions déterminées soient utiliséescomme des éléments qui agglutinent les sociétés –spécialement s’il s’agit de revendicationsterritoriales-, fréquemment chez des nations qui affrontent des ajournements dedéveloppement ou qui soutiennent des postures radicalisées quant à la manière des’approcher à leur bien commun respectif, ce qui crée de l’instabilité et induit à percevoircomme nécessaire la considération de la défense due face aux effets des changements, ceciquant à leur lien avec d’autres sociétés. 224
  • 225. 1.2.2 Terrorisme Ce fléau, dans sa plus pure acception, a indéniablement des racines idéologiques, mêmesi on l’identifie généralement avec d’autres motivations qui lui concèdent un qualificatifspécifique. Néanmoins, comme il s’agit d’un sens ample, on doit l’associer avec l’idée dela confrontation intentionnée pour imposer une volonté par la voie de l’action traître,violente, parfois indistincte, profonde et provenant de secteurs radicalisés, incapables dechercher leurs objectifs par la voie de la politique. Pratiquement tous les états de l’hémisphère ont souffert, dans une certaine mesure, desconséquences de ce type de terrorisme. Outre les nombreuses attaques terroristes directesqui se sont produites au Pérou dans les années quatre vingt et quatre vingt dix, enArgentine dans les années quatre vingt dix et aux Etats-Unis en 2001, entre autres cas,l’ensemble a souffert des répercussions politiques et économiques de ce phénomène,spécialement depuis les attaques du 11 septembre 2001 à New York et Washington. Les terroristes, comme d’autres délinquants transnationaux, profitent de la globalisationpour déplacer des personnes et des ressources dans le monde entier et, par conséquent,profitent des contrôles frontaliers peu stricts, d’une législation sur les activités terroristesinadéquate et d’une régulation bancaire insuffisante, comme celle qui existe dans denombreux états latino-américains. Le risque explicite du terrorisme réside dans la facilité pour déstabiliser une société qui,à son tour, peut être un facteur d’altération de la normalité dans une sous-région, et ainsisuccessivement. Par conséquent, ce qui paraissait être un problème focalisé dans unepartie d’un état peut facilement comprendre un ensemble de ceux-ci, les exposant à unespirale de violence bidirectionnelle, aussi bien depuis les groupes terroristes que depuisl’état, dans ses efforts pour contrôler le fléau. 225
  • 226. Actuellement dans la région, il n’y a pratiquement pas de processus révolutionnaires quiont recours à ce type de lutte, et il n’y a pas non plus de régimes qui justifient, du point devue politique, l’apparition de mouvements insurrectionnels ou d’actions de force de cettenature. Ce qui vient d’être dit précédemment pourrait paraître contradictoire avec le processuscolombien. Cependant, il faut signaler que cette situation n’est plus liée à des processuspolitiques en soi mais à des activités délictuelles dans son acception essentielle étant donnéque la motivation principale se trouve dans ses rapports avec le trafic de drogue et sesconséquences, sans que les forces concernées constituent une alternative réelle par rapportà ceux qui détiennent le pouvoir. De la même façon, l’augmentation de la préoccupation pour le terrorisme ne situe pas larégion dans une position centrale du problème, excepté pour sa proximité avec les Etats-Unis, étant plus faisable son utilisation comme route de rapprochement que de contenir desobjectifs importants. Mais, comme il s’agit d’un fléau qui ne connaît pas de frontières, toutétat responsable doit prévoir sa façon d’agir et conjuguer les efforts avec ses pairs pour saneutralisation. 1.2.3 Blanchiment d’argent Cette activité illicite provoque des conséquences sociales dévastatrices et c’est unemenace pour la sécurité hémisphérique parce qu’elle finance les activités des trafiquants dedrogue, des terroristes, des trafiquants d’armes et d’autres délinquants qui peuvent ainsiagir et augmenter leurs activités délictuelles et c’est dans ce contexte que ces délinquantsmanipulent les systèmes financiers. Si on n’y fait pas face, le phénomène de blanchiment d’argent peut aller au détriment del’intégrité des institutions financières d’un état. Etant donné l’intense intégration desmarchés de capitaux, le blanchiment d’argent peut, en plus, frapper négativement les taux 226
  • 227. d’intérêt nationaux et mondiaux, étant donné que ceux qui le réalisent réinvestissent desfonds dans des endroits où leurs manœuvres ont moins de possibilités d’être détectées, plusque dans des lieux où les taux de rentabilité sont les plus élevés, conformément à desprincipes économiques solides. L’Amérique Latine s’efforce d’attirer des investissements étrangers, comme façond’augmenter ses options de développement. Mais elle ne dispose pas toujours du soutien delégislations régulatrices qui permettent de découvrir ce type d’activités illicites, ou bienelle dispose de vides légaux qui facilitent l’introduction de capitaux d’origine clandestine. 1.2.4 Trafic de drogue Ce phénomène a des conséquences politiques, économiques et sociales pour tous lesétats de l’hémisphère, étant donné que chaque société peut se voir touchée par une vastecombinaison de facteurs où intervient le trafic de drogue : culture et/ou fabrication illicitede narcotiques sur son territoire, violence et corruption internes alimentées par les gainsque produit le trafic de drogue, ou des conséquences sociales dérivées de la consommationde narcotiques illicites. Le simple volume des ressources que le trafic de drogue implique peut apparaîtreaccablant pour la capacité des différents états à faire face à ses effets. De plus, le caractèretransnational de cette menace et la dynamique de l’offre et de la demande justifient desefforts multilatéraux de coopération, coordonnés et substantiels pour le combattre. Parler de trafic de drogue en Amérique Latine sans le situer dans le contexte actuel de laglobalisation laisserait hors du débat les connexions internationales des organisations quise consacrent au trafic de drogues interdites, dont l’organisation en réseaux force unerévision et l’adaptation des politiques de lutte contre les drogues aux nouveauxchangements. 227
  • 228. L’industrie du trafic de drogue a augmenté considérablement en Amérique Latine àpartir des années soixante dix, transformant l’économie et la politique du continent. Lesentreprises illégales centrées principalement sur le trafic de drogues interdites ont basé leurstratégie sur une adaptation particulière des politiques de croissance destinée àl’exportation, soulignant leur orientation à la demande et à l’exportation –leur marché leplus important est les Etats-Unis- et à leur internationalisation. Parmi les tâches de coordination que les personnes liées à cette activité illégaleaccomplissent, on peut souligner la régulation des relations extérieures, c’est-à-dire, lacréation de l’appareil ou du cordon de sécurité qui est formé par des individus éloignés del’organisation mais que l’on paie pour y collaborer, comme des policiers, des juges, deshommes politiques, des avocats, des employés des douanes, des tueurs à gages, etc. Le système du blanchiment d’argent provenant du trafic de drogue, même s’il estcontrôlé par les organisations colombiennes et mexicaines, est effectué par des agentsspécialisés qui travaillent principalement avec les banques et des institutions financières deColombie, du Vénézuéla, du Panama et de la Floride. Depuis la fin du XXème siècle, des transformations importantes se sont produites dans ladivision internationale du travail de l’industrie des drogues, parmi lesquelles il faut ensignaler quelques unes qui ont un lien direct avec la région : Apparition du Mexique comme centre d’exportation semi-autonome. Revitalisation de la capacité productive de la Bolivie et du Pérou pour fabriquer et exporter de la cocaïne avec des routes propres. Réorganisation des cartels colombiens après la désarticulation des cartels de Cali et de Medellin, étant apparus divers noyaux forts qui, à leur tour, sont intégrés par une quantité considérable de petits groupes. 228
  • 229.  Emploi important des nouvelles technologies de communications, surtout les téléphones et les ordinateurs portables, pour assurer leurs liaisons et continuer le cours des transactions. Les informations et les statistiques élaborées sur les routes du trafic de droguesinterdites en Amérique Latine, sans prendre en considération la Colombie, indiquentqu’elles ont changé avec le temps, se déplaçant les unes les autres, comme manière d’éviterles contrôles, ainsi que comme conséquence des nouvelles options qui peuvent êtredéduites d’une activité en croissance, aussi bien de par la demande supérieure que parl’interception plus importante de leurs envois, à savoir : La Bolivie exporte sa production, dont il y a une partie de plus en plus importante de chlorhydrate de cocaïne, à travers le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay, le Chili. Le Pérou produit et exporte du chlorhydrate de cocaïne au Mexique et envoie de la cocaïne péruvienne et de la marihuana colombienne vers l’Europe et les Etats-Unis, par voie maritime ou aérienne. L’Equateur, quant à lui, subit également un trafic intense sur son territoire : « pasta base » en direction nord-sud et chlorhydrate en direction sud-nord, depuis ses ports, principalement. Amérique Centrale et du Nord ont subi une augmentation au détriment des Caraïbes, depuis le milieu des années quatre vingt dix, sans que pour cela les routes caribéennes aient freiné la croissance de leur activité. Quant à la relation du trafic de drogue avec le développement, il existe différentesinterprétations, depuis celles qui considèrent qu’il n’est pas développementiste, jusqu’àcelles qui mettent en relation la croissance économique avec les remises de devises etl’investissement apparu avec le trafic de drogue. Dans une position intermédiaire, ontrouve celles qui évaluent l’impact économique de la coca/cocaïne selon le type de 229
  • 230. développement que l’on examine, en fontion du segment de fabrication et des voies detransfert. 1.2.5 Crime transnational organisé Il s’agit d’une menace liée à un grand nombre de menaces transnationales mentionnéesdans cette recherche, comme le terrorisme, le trafic illicite d’armes, les migrationsmassives non contrôlées, le trafic de drogue, le blanchiment d’argent et la proliférationd’armes de destruction massive. Conformément à ce qui a été signalé, il facilite ce genre d’activités parce qu’il favorisela corruption et la violence, sapant ainsi les bases des régimes démocratiques. C’est pourcela que l’on considère qu’il n’y a pas pratiquement pas d’état étranger à l’action desréseaux criminels transnationaux organisés. D’ailleurs, les capacités nationalesindividuelles simplement ne suffisent pas pour faire face à cette menace de façon efficace. Par conséquent, pour la réussite de tout programme de lutte contre cette menace,l’adoption d’une perspective multilatérale basée sur la coopération, comme moyen viablepour limiter ses mouvements et développer des procédures effectives pour saneutralisation, a une importance fondamentale. Il s’agit d’un des phénomènes qui a pris de la vigueur à la suite des processus deglobalisation et qui touche l’économie, la politique et la sécurité nationale et internationale,ainsi que la société en général et il est constitué par le délit global, l’interconnexion depuissantes organisations criminelles et leurs associés dans des activités conjointes sur toutela planète. Les entreprises illégales du monde entier sont reliées à travers de réseaux où entrent enrelation tout type d’affaires. Même si la liste d’activités est très étendue, le trafic de drogue,suivi du trafic d’armes, représente le secteur le plus important de ce marché. Le noyau du 230
  • 231. système est constitué par le blanchiment d’argent, point où l’économie illégale se fondeavec l’économie formelle, moyennant son introduction sur les marchés financiers, à traversdes plans financiers complexes et des réseaux commerciaux internationaux. L’interconnexion est leur façon d’opérer, aussi bien interne qu’en relation avec d’autresorganisations. Les alliances stratégiques entre réseaux illégaux se créent suivant la strictelogique des entreprises. Elles se respectent mutuellement et trouvent des points deconvergence tout au long des frontières nationales et des territoires de chacune d’entreelles. De son côté, l’économie illégale imprègne les mécanismes de l’état arrivant à assumer,dans certains cas, des compétences propres de l’état dans les zones où celui-ci est faible ouinexistant. Des exemples de cela sont le programme de logements et de services sociauxpour les pauvres que Pablo Escobar a financé à Medellin (Colombie), ou dans ledéveloppement des favelas à Sao Paulo et Rio de Janeiro (Brésil), où les services sociauxdépendent, dans un certain sens, de l’économie de la drogue. 1.2.6 Trafic illicite d’armes Cela constitue le moyen dont qu’utilisent les délinquants locaux et transnationaux, lesterroristes, les trafiquants de drogue et les insurgés pour mener à bout leurs actionsviolentes. Les états de l’hémisphère peuvent être affectés spécialement en qualité de récepteursd’armes illicites et comme points de transbordement. Actuellement, une importante quantité d’armement de guerre est fournie à desorganisations subversives et délictuelles, faisant usage de la vaste expérience acquisependant la Guerre Froide ainsi que des vides légaux et du manque de capacité de contrôlequi est évident dans la région. 231
  • 232. Cette situation est particulièrement importante dans le corridor Colombie – Costa Rica –Etats-Unis qui, dans le sens sud-nord, est utilisé pour le transport de drogue et, dans le sensnord-sud, est employé pour le trafic d’armes afin d’approvisionner les demandes de la« narcoguérilla » colombienne. 1.2.7 Prolifération d’armes de destruction massive Peu d’états de la région reconnaissent posséder des armes chimiques, biologiques ounucléaires. Cependant, plusieurs d’entre eux ont la possibilité de contribuer à laprolifération de matériel nécessaire pour la production d’armes de destruction massive. La possibilité que des armes avec ces caractéristiques, ou leurs composants, puissententrer en contrebande dans un état pris comme objectif pour être utilisé par des terroristesou des insurgés, cautionne la préoccupation et le soupçon que la prolifération d’armes dedestruction massive est une menace très grave. 1.2.8 Migrations massives non contrôlées Un processus migratoire d’un état à un autre, dans une période relativement brève, peutdéstabiliser le récepteur si celui-ci n’arrive pas à affronter les effets politiques,économiques, sociaux et sanitaires de l’entrée d’un grand nombre de personnes. Cet effet déstabilisateur peut également exister à l’intérieur des états, en cas dedéplacements massifs de personnes qui s’installent dans la même région à l’intérieur d’unpays. Moins un pays ou une région est équipé pour faire face aux immigrants, plus il yexistera le danger que pose ce flux massif et non contrôlé de personnes. 232
  • 233. 1.3 Préoccupations et défis pour la sécurité145 De leur côté, les concepts de préoccupations et autres défis pour la sécuritéhémisphérique sont beaucoup plus vastes et se réfèrent à tous les phénomènes qui, avec letemps, peuvent contribuer directement ou indirectement à l’instabilité ou au manque desécurité physique dans n’importe quel état de la Région. Ils comprennent souvent une vaste gamme de facteurs comme les aspects politiques,sociaux, économiques, de santé et d’environnement. Même s’il s’agit de questions trèsgraves, parfois ils ne représentent pas une priorité aussi grande que les menaces pour larégion signalées précédemment. La responsabilité d’affronter les préoccupations et autres défis correspondprincipalement à chacun des états, même si l’impact de ces problèmes peut être limité engrande mesure avec une collaboration hémisphérique appropriée. La meilleure manière de faire face à ces préoccupations et autres défis consiste àadopter des mesures efficaces de la part des institutions nationales compétentes, différentesdes forces de défense et de sécurité et, dans le contexte hémisphérique, les institutions liéesà la sécurité sont rarement celles qui sont dans les meilleures conditions pour affronter defaçon adéquate ces problèmes.1.3.1 La fragilité des gouvernements démocratiques Il est essentiel de rappeler que la renaissance de la démocratie dans une partieimportante de la région est un phénomène récent et que, dans de nombreux états, il estnécessaire de réaliser un travail à grande échelle de création ou d’adéquation desinstitutions et une plus ferme consolidation de la démocratie.145 Ibíd. 233
  • 234. La désintégration de la démocratie en soi est un problème de sécurité, précisément parcequ’elle peut contribuer à créer de l’insécurité et de l’instabilité physique dans n’importequel état, ainsi que causer des tensions avec des voisins dont la démocratie se voitmenacée.1.3.2 Corruption Il s’agit d’un important fléau qui affecte, à plus ou moins grande échelle, pratiquementtous les états latino-américains, contribuant à l’insécurité par deux voies principales, telleque la destruction de la foi de la population en les institutions démocratiques –ce quicompromet la stabilité politique– ainsi qu’elle va en détriment de la capacité de répondre àcertaines menaces à leur sécurité, spécialement face à des organisations criminelles,comme le trafic de drogue, entre autres.1.3.3 Abus contre les droits individuels L’abus persistant des droits de l’homme de la part d’un gouvernement ou de certains deses membres ou, de la part de groupes de tout type, affecte la sécurité individuelle à sesniveaux les plus élémentaires car il est préjudiciable pour la sécurité des citoyens quidoivent être en condition de pratiquer leurs droits politiques et civils universellementreconnus, sans crainte de souffrir des représailles. Ainsi, les abus contre les droits individuels vont au détriment de la légitimité desgouvernements démocratiques, ce qui favorise l’instabilité politique.1.3.4 Les maladies épidémiques Il s’agit d’un problème de sécurité qui affecte plusieurs des états de l’hémisphère,spécialement ceux des Caraïbes. 234
  • 235. Le rapport entre le VIH/SIDA et la sécurité s’est déjà manifesté dans certaines zonesd’Afrique où les taux élevés d’infection conduisent à une énorme diminution del’espérance de vie, à des taux élevés de mortalité infantile et à un nombre élevéd’orphelins, situations qui sont accablantes pour les institutions nationales qui étaient déjàfaibles. La propagation des maladies infectieuses se voit favorisée par l’augmentation desvoyages domestiques et internationaux, impliquant un taux de risque plus élevé pour dessociétés déterminées, étrangères à certains fléaux, ce à quoi s’ajoute le fait qu’ellesproviennent normalement d’états ayant une capacité moindre pour les prévenir et lescombattre.1.3.5 Pauvreté extrême De grands secteurs de la région continuent de vivre dans une pauvreté extrême, avec peude possibilités d’atteindre une mobilité ascendante, ce qui peut promouvoir l’instabilité àlong terme, amoindrissant la légitimité des gouvernements et créant un terrain fertile pourl’exploitation des pauvres par les terroristes, les trafiquants de drogue et autres délinquantstransnationaux, ainsi que produire, parallèlement, des migrations dangereuses.1.3.6 Catastrophes et dégradation naturelles et de l’environnement Les catastrophes naturelles ont affecté et continueront de toucher la sécurité de tous lesétats de l’Hémisphère. Les tornades, les ouragans, les inondations, les sécheresses, leséruptions volcaniques, les avalanches et les tremblements de terre seront toujours uneterrible réalité dans notre Hémisphère. Souvent, les états de l’Hémisphère ayant unecapacité moindre pour répondre aux catastrophes naturelles sont les plus touchés. Les désastres et la dégradation de l’environnement peuvent causer des effets dangereuxsimilaires aux conséquences des catastrophes naturelles. Les deux phénomènes peuvent 235
  • 236. causer des dommages économiques et physiques graves, contribuant ainsi à l’instabilité desEtats de la région.1.3.7 Instabilité économique La croissante interdépendance économique a entraîné une plus grande prospérité mais aégalement rendu les états plus susceptibles aux effets de la propagation des criseséconomiques. De plus, la chute soudaine des revenus d’exportation et des investissementsétrangers directs, causée par l’incertitude qui, très souvent, affecte l’économie mondiale,affecte gravement les économies nationales de la région. Une plus grande instabilité économique peut se traduire par une exacerbation del’instabilité politique et ronger la légitimité des gouvernements démocratiques, plus encoreaujourd’hui où les particularismes ont cédé la place à l’apparition de divers courants derevendication, spécialement sur le plan ethnique et dans des secteurs marginaliséssocialement et économiquement.1.3.8 Insécurité citadine L’augmentation des délits avec violence cause aujourd’hui une crise de sécuritépublique. Certes, celle-ci provoque des effets affaiblissants dans l’ordre public, social etpolitique de chaque état. D’ailleurs, l’insécurité citadine ronge les institutionsdémocratiques étant donné que la population perd confiance dans la capacité de sesautorités élues de garantir, même, sa sécurité de base.1.3.9 Menaces pour les réseaux de transport et l’infrastructure clé Le fait que l’hémisphère dépende de la technologie pour des activités quotidiennes etpour une circulation sûre et rapide signifie que les sociétés sont spécialement vulnérablesaux menaces contre les réseaux de transport et d’infrastructure critique. 236
  • 237. Cette situation se voit aggravée par le bas niveau d’intégration en matière decommunications, de transport, de technologie et d’infrastructure, ce qui crée certainesconditions pour la rendre perméable à des intentions contraires à l’intérêt des états, ce quiaffecte l’interconnexion de certaines sous-régions qui doivent donner une protection solideet coordonnée aux réseaux de transport et à l’infrastructure. La description effectuée correspond, en général, à une vision académique, nettementinfluencée par une perspective idéaliste et étanche du problème, qui s’efforce d’élargir aumaximum le spectre des menaces et des problèmes pour la sécurité, sans pour celaatteindre un caractère hémisphérique, ne se responsabilisant pas des particularismespropres aux sous-régions qui ont été déjà décrites dans cette investigation. Dans ce sens, nous présenterons une série de points de vue en ce qui concerne lesmenaces contre la sécurité hémisphérique, de façon à avoir des bases pour élaborer untableau comparatif qui permette d’évaluer, dans un sens ample, celles qui sont de caractèrecommun et celles qui sont de portée partielle, ce qui les éloigne de l’axe de la recherche.1.4 Analyse des menaces contre la sécurité hémisphérique1.4.1 Point de vue de l’OEA En premier lieu, les représentants des états membres de l’OEA, à travers la Commissionde Sécurité Hémisphérique, ont soutenu quelques idées importantes sur les menaces contrela sécurité dans l’hémisphère, qui peuvent contribuer à déstabiliser les gouvernementsdémocratiques. 237
  • 238. Ces propositions ont été exposées dans le cadre des travaux préparatoires de laConférence Spéciale sur la Sécurité -qui a eu lieu en 2003 au Mexique- par rapportauxquels nous esquisserons une synthèse avec les matières relatives à la recherche:146 En ce qui concerne le Traité Cadre de Sécurité Démocratique d’Amérique Centrale qui développe et élargit le Protocole de Tegucigalpa souscrit en 1991, on a remarqué qu’il s’agit d’un modèle multidimensionnel qui rompt avec la vision éminemment militaire et qui incorpore la dimension humaine de la sécurité, ce qui implique un changement radical dans une histoire dominée par l’autoritarisme et par une vision dénaturée de la sécurité nationale. Le Système de Sécurité Régionale des Caraïbes, adopté en 1982 par six nations des Caraïbes, a proposé d’aller plus loin que la vision traditionnelle basée sur des menaces militaires et d’inclure les défis qu’affrontent les pays en développement et les petits états insulaires. Dans ce sens, les menaces contre la sécurité nationale constituent également de graves menaces contre la démocratie. Et un des plus grands défis qu’affronte peut-être aujourd’hui la région du CARICOM est la pandémie du SIDA qui représente une immense menace contre le développement économique et social et a le pouvoir de ronger la base de la société entière, considérant que les indices d’infection par le virus du SIDA dans les Caraïbes figurent parmi les plus hauts du monde. La Charte Andine pour la Paix et la Sécurité, souscrite à Lima en juin dernier 2002, s’est engagée à instaurer une zone de paix dans la Communauté Andine, s’agissant d’un engagement qui constitue un message politique clair et une contribution importante des pays de la sous-région au débat sur les thèmes de sécurité dans notre Organisation. Après avoir énuméré d’autres engagements assumés dans la Charte Andine, parmi eux celui de la limitation des frais de défense externe, le contrôle des armes conventionnelles et la transparence, il a été fait référence aux menaces non conventionnelles, réitérant l’engagement régional dans la lutte contre le terrorisme, le146 OEA.- Amenazas a la Seguridad Pueden Desestabilizar la Democracia.- Washington DC: 30 octobre 2002, in www.oas.org 238
  • 239. crime transnational, les drogues illicites, le blanchiment d’actifs et le trafic illicite d’armes. L’expérience du MERCOSUR, Bolivie et Chili, s’est basée sur la Déclaration Politique de 1999 qui déclare la sous-région exempte d’armes nucléaires et établit des mécanismes de consultation et de coopération en matière de sécurité et de défense entre ses états membres. Les initiatives sous-régionales ne doivent pas être interprétées comme antagoniques àune perspective hémisphérique de sécurité et de défense, bien au contraire, puisqu’ellesapportent une plus grande objectivité et transparence et contribuent à l’identification desvaleurs partagées qui facilitent un point de vue plus ample. La défense des systèmes démocratiques et leurs valeurs essentielles, la coopérationbasée sur la transparence, le plein fonctionnement du système représentatif et laconsolidation de l’intégration constituent la base des formulations collectives et solidairesque le MERCOSUR recherche pour le perfectionnement de la sécurité individuelle etcollective.1.4.2 Point de vue centré sur des thèmes vastes de sécurité Si l’analyse se situe dans la sous-région la plus stable du Continent, comme l’est le côneSud, en plus d’être la zone la moins touchée par les effets de l’interventionnisme nord-américain, il est possible d’affirmer que les relations entre les états ont varié en intensitédepuis la fin de la Guerre Froide, se voyant favorisées par la prépondérance des affaires decaractère économique. Cette tendance a permis de visualiser de nouvelles options de développement, soutenuespar des processus d’intégration bilatérale et multilatérale sans précédents, dont les effets sesont extrapolés aux domaines politiques et de sécurité. Cela a créé un climat d’entente qui acontribué significativement à obtenir des accords sur des sujets cause de contentieux 239
  • 240. historiques, tels que les délimitations frontalières et les aspirations hégémoniques sous-jacentes dans des attitudes de rivalité qui ont été une constante pendant une partieimportante du XIXème et du XXème siècle. Cependant, il subsiste certaines différences qui se trouvent enracinées dans les cultureslocales et qui, avec le temps, pourront laisser la place à de nouvelles situations de tension,dans un milieu où le conflit n’a pas disparu mais a été contrôlé par des instruments depolitique extérieures plus appropriés –étant donné la nature des objectifs en dispute- quel’affrontement ouvert. Cette problématique sera abordée sur la base du développement de quelques idées enrelation avec les facteurs de tension qui, avec plus d’emphase, provoquent des conflits dansl’actualité, également appelées « menaces émergentes » et qui sont perçues avec uneintensité diverse par chaque état tel qu’on l’indique par la suite :147 Le crime organisé international : représenté par le fléau du trafic de drogue et autres activités illicites de caractère international, faisant place à diverses attitudes de chaque gouvernement dans la lutte pour contrôler la situation et préserver ses propres intérêts nationaux dans cette matière, provoquant de possibles désaccords qui affectent une relation bilatérale ou collective. Les problèmes d’environnement : nés de différences politiques communes pour préserver l’environnement et de la perméabilité de chaque société face à des offres de stockage ou de production de matériaux contaminants, spécialement lorsque les processus de commercialisation impliquent la circulation à travers les territoires d’un autre pays et l’irradiation de ses conséquences vers une société voisine. L’accès à des ressources naturelles de base : considéré comme un sujet qui attirera l’intérêt mondial dans le futur. Il est possible qu’il provoque des disputes dans deux dimensions différentes, soit à cause des inégalités perçues face à l’intervention des147 EJÉRCITO DE CHILE.- Trabajos preparatorios para las ponencias institucionales en los talleres de trabajo para la elaboración del Libro de la Defensa Nacional de Chile, edición2002.- Santiago: ACAGUE, 2001 240
  • 241. puissances mondiales dans l’exploitation et la provision d’une ressource rare, soit pour la dispute qui pourrait apparaître pour l’accès à une ressource déterminée. Actuellement, sur la planète, il existe une augmentation durable en ce qui concerne la consommation des ressources naturelles, aussi bien par l’augmentation de la spécialisation de l’homme dans des disciplines déterminées - et de sa domination croissante sur l’environnement- que par la croissance soutenue de la population mondiale, ce qui fait prévoir de futurs conflits entre acteurs internationaux pour la possession et/ou le contrôle de ces ressources qui deviennent vitales pour le maintien de la vie, parmi desquelles nous trouvons les hydrocarbures, l’eau douce, les ressources océaniques et les minerais, entre autres. L’Amérique Latine a été historiquement un fournisseur de matières premières, concentrant une vaste disponibilité de ressources essentielles qui pourraient bien attirer l’intérêt des puissances extracontinentales, ainsi que provoquer des conflits locaux de portée régionale face au manque manifeste d’une ressource à la valeur stratégique.148 De même, il existe dans la région d’importants réservoirs d’eau, catalogués commeétant les principales réserves mondiales ainsi qu’une généreuse biodiversité concentréedans le bassin de l’Amazone, qui couvre une grande partie de l’Amérique du Sud,considérée vitale pour l’écosystème mondial. Les instabilités politiques : on peut prédire que les effets d’une situation instable peuvent produire un cadre d’ingouvernabilité qui détourne l’attention du problème de fond, faisant réapparaître des idées de revendication ou revalorisant de vieilles disputes pour des questions que l’on croyait contrôlées, spécialement comme conséquence du développement des processus d’intégration. Il s’agit d’un sujet qui, même s’il est difficile de le légitimer dans les circonstances actuelles, ne doit pas être laissé de côté parce qu’il correspond à un sujet de caractère culturel dont la solution sera longue à148 Gustavo Montalva E.- Recursos Naturales Vitales Como Potenciales Causas de Conflicto en Sudamérica.- Santiago : Memoire pour opter au titre de Professeur Militaired’Académie, ACAGUE. 2003, p. 65 241
  • 242. obtenir, sur la base d’une disposition à assumer des réalités qui jusquà présent ont été niées ou simplement n’ont pas été assumées. Les asymétries de pouvoir : il s’agit d’un facteur de tension clé dans les relations sous- régionales car on apprécie que, face à des situations déterminées, les états utilisent leur capacité de représailles sur les plan politique et économique pour retourner des thèmes déterminés qui les affectent, ce qui pourrait rendre plus tendues les relations au point de confondre le fond du problème ou d’utiliser l’occasion pour imposer la solution d’autres différends qui n’étaient pas présentables dans des circonstances de normalité. Ce facteur acquiert une importance particulière quand le conflit se produit entre des pays de différents degrés de pouvoir dans le domaine international -si propre de l’Amérique Latine- à cause de leurs différences de poids politico-stratégique, soutenues dans leurs capacités internes, ainsi que dans leur accès à d’autres instances de pouvoir. Les migrations massives : une approximation initiale pourrait les situer comme étant une conséquence des problèmes antérieurs, dans le sens de rechercher de meilleures possibilités de développement personnel dans d’autres pays, le déplacement comme conséquence de l’apparition de zones de sous-développement régional, ainsi que pour les attitudes individuelles face à des occupations potentielles de vides géopolitiques. En Amérique Latine, il n’y a pas eu de processus migratoires d’importance comme conséquence des conflits inter-états. Mais il existe un flux permanent de personnes vers les Etats-Unis, spécialement du Mexique, d’Amérique Centrale et des Caraïbes, au point d’être une question importante dans une grande partie des économies locales qui n’auraient pas comment substituer les ressources monétaires qui entrent par la voie de remises qui sont envoyées par les émigrants à leurs familles qui restent dans la patrie. 149 Ce que nous venons d’exposer permet de visualiser un changement considérable parrapport aux caractéristiques des conflits potentiels dans la région, caractérisé par unevariation dans l’intensité et dans les conditions dans lesquelles se produisent les situations149 Des opinions spécialisées soutiennent que, dans le cas du Salvador, un des pays qui apporte une considérable colonie illégale aux États-Unis, les revenus par remises dépassent lesUS$ 1.500.000 par an, ce qui équivaut à plus de 10% de son PIB 242
  • 243. de tension, ce qui oblige à développer des capacités de réponse aussi nouvelles que leurscauses. Cependant, les cultures locales et la potentialité d’une escalade qui fasse qu’unesituation échappe au contrôle permettent d’établir que le défi est dans l’élargissement duspectre de solutions, sans éliminer les solutions traditionnelles car les relations actuelles nedonnent pas de garanties face à une possible régression lorsqu’un conflit s’approche desintérêt vitaux, maintenus comme tels par tous les états et explicités comme des élémentsqui les disposent à l’emploi de toutes les ressources disponibles pour leur préservation.1.4.3 Point de vue de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme 150 En faisant ses présentations devant la Commission de Sécurité Hémisphérique del’OEA, elle évalue l’effort pour garantir la sécurité de la population de la région, soulignantles débats sur l’opportunité et la nécessité de mesures pour protéger les populations duterrorisme, des armes de destruction massive et autres dangers modernes et graves quimenacent la sécurité. Ces évènements ont également eu un effet sérieux sur les priorités et les ressources desgouvernements des Amériques, de même que sur les fonctions et les mandats des organeset des institutions de l’OEA, dont la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme. En élaborant une vision multidimensionnelle de la sécurité hémisphérique, on reconnaîtqu’un grand nombre des nouvelles menaces, des préoccupations et des défis inhérents à lasécurité sont de caractère transnational, qui peuvent requérir autant une coopérationhémisphérique adéquate que des réponses plurielles de la part des différentes organisationsnationales et des institutions existantes dans le système interaméricain.150 Juan Mendez.- Presentación de la Comisión Interamericana de Derechos Humanos, ante la Comisión de Seguridad Hemisférica.- Washington DC: Archives OEA, mars 2003. 243
  • 244. On établit également que la sécurité de l’hémisphère implique des facteurs politiques,économiques, sociaux, sanitaires et d’environnement. Ainsi, la vision multidimensionnellede la sécurité hémisphérique reconnaît la pertinence de questions intimement liées à laprotection des droits de l’homme fondamentaux. L’importance du Système Interaméricain des droits de l’homme pour garantir la sécuritéhémisphérique reste également illustrée dans des domaines déterminés du travail de laCommission. L’exemple le plus récent dans ce sens se rapporte à la menace du terrorisme,à partir du traitement duquel il a été élaboré un rapport qui essaie d’aider les états membresà adopter des lois et des réglementations antiterroristes en accord avec leurs obligationsétablies par droit international. Comme une partie de son analyse, il a été signalé que les gouvernements des Amériquessont obligés de prendre les mesures nécessaires de prévention du terrorisme et autresformes de violence ainsi que de garantir la sécurité de leurs populations. Les forces policières qui, le plus souvent, se trouvent au premier rang des actionsdestinées à protéger la population de la violence criminelle, doivent être sujettes à uncontrôle efficace et doivent être les bénéficiaires d’un entraînement approprié et constant. De la même façon, les initiatives hémisphériques pour coordonner les politiques et lesdoctrines de défense peuvent êtres illustrées par la jurisprudence de la Commission en cequi concerne le rôle adéquat des militaires et à ce que le droit international ordonne parrapport aux protections des droits de l’homme. On a remarqué, par exemple, que la participation militaire dans les enquêtes criminellespeut mettre en danger les droits des civils et que toute intervention militaire dans lecontrôle des civils doit être sujet à un strict contrôle et à une supervision civile, encohérence avec l’état de droit. Ceci est particulièrement intéressant par rapport à ces 244
  • 245. motions qui tendent à justifier l’emploi des armées dans la lutte contre le trafic de drogue etle terrorisme. Au début du XXIème siècle, l’hémisphère doit faire face à de nouveaux et de nombreuxdéfis et menaces quant à sa sécurité, qui doivent êtres compris en termes économiques,d’environnement et, logiquement, humains. Les initiatives entreprises par l’intermédiairede la Commission de Sécurité Hémisphérique sont, par conséquent, cruciales pour laprospérité et le développement futurs de notre région.1.4.4 Aspects essentiels contenus dans la Déclaration sur la Sécurité dans les Amériques, approuvée le 28 octobre 2003151 S’étant récemment terminée la Conférence Spéciale sur la Sécurité Hémisphérique,réalisée au Mexique entre le 27 et le 31 octobre 2003, il faut souligner quelques aspectsessentiels de ses contenus, reflétés dans la déclaration respective. Celle-ci affirme que lacoopération pour affronter les menaces traditionnelles et les nouvelles menaces, lespréoccupations et autres défis à la sécurité, se fonde également sur des valeurs partagées etsur des points de vue communs reconnus dans le milieu hémisphérique. Parmi les valeurs et les points de vue auxquels on fait allusion, il est possible desouligner les points suivants : Chaque état a le droit souverain d’identifier ses propres priorités nationales de sécurité et de définir les stratégies, les plans et les actions pour faire face aux menaces contre sa sécurité, conformément à son ordre juridique et dans le plein respect du droit international et des normes et des principes de la Charte de l’OEA et de la Charte des Nations Unies. La démocratie représentative est une condition indispensable pour la stabilité, la paix et le développement des états de l’hémisphère,151 OEA. CONFÉRENCE SPÉCIALE SUR LA SÉCURITÉ HÉMISPHÉRIQUE.- Op. Cit. 245
  • 246.  Le respect des droits de l’homme, des libertés fondamentales et la bonne gestion gouvernementale sont essentiels pour la stabilité, la paix et le développement politique, économique et social des états de hémisphère. La subordination constitutionnelle de toutes les institutions de l’état à l’autorité civile légalement constituée et le respect de l’état de droit par toutes les entités et secteurs de la société sont des valeurs fondamentales et contribuent à la stabilité et à la paix. Dans hémisphère, on réaffirme que le fondement et la raison d’être de la sécurité est la protection de la personne humaine. La sécurité se renforce lorsqu’on approfondit sa dimension humaine. Les conditions de la sécurité humaine s’améliorent avec le plein respect de la dignité, des droit de l’homme et des libertés fondamentales des personnes, ainsi qu’avec la promotion du développement économique et social, l’inclusion sociale, l’éducation et la lutte contre la pauvreté, les maladies et la faim. Les menaces, les préoccupations et autres défis à la sécurité dans l’hémisphère sont de nature diverse et d’une portée multidimensionnelle et le concept et les points de vue traditionnels doivent s’élargir pour comprendre des nouvelles menaces et des menaces non traditionnelles qui incluent des aspects politiques, économiques, sociaux, de santé et d’environnement. Les menaces traditionnelles contre la sécurité et ses mécanismes pour les affronter continuent d’être importantes et peuvent être de nature différente aux menaces nouvelles, aux préoccupations et aux autres défis à la sécurité et aux mécanismes de coopération pour les affronter. Les nouvelles menaces, les préoccupations et autres défis à la sécurité hémisphériques sont des problèmes inter-sectoriaux qui nécessitent des réponses aux aspects multiples, de la part de différentes organisations nationales et, dans certains cas, d’associations entre les gouvernements, le secteur privé et la société civile, agissant tous de façon appropriée selon les normes et les principes démocratique et les normes constitutionnelles de chaque Etat. Les états de l’hémisphère reconnaissent différents points de vue sur les menaces et les priorités pour leur sécurité dont l’architecture devra être flexible et envisager les particularités de chaque sous-région et de chaque état. 246
  • 247.  La sécurité des états de l’hémisphère se voit affectée, de différente façon, par des menaces traditionnelles et par les nouvelles menaces suivantes, les préoccupations et autres défis de diverse nature :  Le terrorisme, la délinquance organisée transnationale, le problème mondial des drogues, la corruption, le blanchiment d’actifs, le trafic illicite d’armes et les connexions entre eux.  La pauvreté extrême et l’exclusion sociale d’amples secteurs de la population qui affectent aussi la stabilité et la démocratie, qui érodent également la cohésion sociale et enfreint la sécurité des états.  Les catastrophes naturelles et celles d’origine humaine, le VIH/SIDA et autres maladies, d’autres risques pour la santé et la détérioration de l’environnement ;  La traite de personnes  Les attaques à la sécurité cybernétique ;  La possibilité de dommage dans le cas d’un accident ou d’un incident pendant le transport maritime de matériaux potentiellement dangereux, dont le pétrole, les matériaux radiatifs et les déchets toxiques ; et  La possibilité d’accès, de possession et d’emploi d’armes de destruction massive et leurs moyens vecteurs de la part des terroristes. Les processus d’intégration sous-régionale et régionale contribuent à la stabilité et à la sécurité dans l’hémisphère. Les accords et les mécanismes de coopération bilatérale et sous-régionale en matière de sécurité et défense sont des éléments essentiels pour renforcer la sécurité dans l´hémisphère. La prévention des conflits et la solution pacifique des controverses entre les états sont fondamentales pour la stabilité et la sécurité de l’hémisphère Les états de l’hémisphère reconnaissent l’importance du dialogue et d’autres efforts nationaux pour obtenir la solution aux situations de conflits internes et arriver à la réconciliation et à une paix durable et juste. 247
  • 248.  Le plein respect à l’intégrité du territoire national, la souveraineté et l’indépendance politique de chaque état de la région sont la base fondamentale de la cohabitation pacifique et de la sécurité dans hémisphère Les états de l’hémisphère reconnaissent la nécessité de donner une solution rapide et pacifique aux controverses qui subsistent encore et engagent tous leurs efforts pour obtenir des accords négociés inspirés de la justice, du plein respect au droit international et aux traités en vigueur. Les mesures de promotion de la confiance et de la sécurité, la transparence dans les politiques de défense et de sécurité contribuent à augmenter la stabilité, à sauvegarder la paix et la sécurité hémisphérique et internationale et à consolider la démocratie. Nous reconnaissons l’importance et l’utilité que les instruments et les accords interaméricains ont, tels que le TIAR et le Traité Américain de Solutions Pacifiques (Pacte de Bogotá), reconnaissant les différents points de vue sur la sécurité et les engagements des états-membres. Nous réitérons le propos d’atteindre une effective limitation d’armements conventionnels qui permette de consacrer le plus grand nombre de ressources au développement économique et social des états-membres. La solidarité des états américains, exprimée à travers la coopération économique, technique, politique, juridique, de l’environnement, social, de sécurité et de défense, contribue à la stabilité et à la sécurité des états et de l’hémisphère dans son ensemble. La sécurité de l’hémisphère se voit affectée par les menaces contre la paix et la sécurité mondiales. De la même façon, un hémisphère stable et sûr constitue une composante essentielle de la paix et de la sécurité mondiale. Par conséquent, les états de l’hémisphère ont un rôle important à jouer dans la promotion de la paix et de la stabilité internationales, spécialement à travers le respect du droit international et le soutien aux régimes bilatéraux, régionaux et multilatéraux, du désarmement et de la non prolifération de toutes les armes de destruction massive et de contrôle d’armements, ainsi que d’autres accords et aux négociations, mécanismes, activités et processus de sécurité dans le cadre de l’ONU. 248
  • 249. 1.4.5 Une vision critique depuis le point de vue des organisations civiles Depuis le point de vue de l’intérêt de la société civile pour la sécurité hémisphérique, lesorganisations correspondantes soutiennent que la sécurité régionale commence avec lagarantie de la reconnaissance et du plein respect des droits de l’homme de tous leshabitants du continent. Face aux redéfinitions du concept traditionnel de sécurité, pour lui donner une approchemultidimensionnelle qui réponde aux nécessités et aux préoccupations des états américains,on insiste sur l’option de type multidimensionnel et pas exclusivement de caractèremilitaire, faisant place aux réflexions suivantes:152 Les gouvernements de l’hémisphère ont élargi le concept de menace contre la sécurité, maintenant les menaces traditionnelles comme étant les attaques externes contre l’intégrité territoriale des états et incluant de nouvelles menaces comme le terrorisme, le trafic de drogue et même, la pauvreté extrême, des maladies comme le VIH/SIDA et les catastrophes naturelles. Cependant, ils n’ont pas défini ce qui convertit ces situations en menaces contre la sécurité. Par rapport à ce concept multidimensionnel de menaces, on ne crée pas un système multidimensionnel de réponse, avec le risque que la vision unidimensionnelle de type militaire continue, ce qui se contredit avec le fait que dans une démocratie pleine et effective, le respect universel des libertés fondamentales et des droit de l’homme sont des éléments essentiels qui doivent inclure ces mécanismes de réponse multidimensionnels. De la même façon, on ne distingue pas clairement entre les problèmes de sécurité nationale et ceux qui ont une relation avec la sécurité publique étant donné qu’on ne doit pas employer des solutions militaires pour tous les problèmes de sécurité et la152 COMISION MEXICANA DE DEFENSA Y PROMOCION DE LOS DERECHOS HUMANOS.- Organizaciones nacionales e internacionales de la Sociedad civil expresan supostura frente a la Conferencia Especial sobre Seguridad Hemisférica.- Ciudad de México: octobre 2003, in www. laneta.apc.org/cmdpdh/Boletines/html. 249
  • 250. militarisation de la police et la criminalisation de la protestation sociale, qui sont des tendances qu’il faut renverser, ne sont pas non plus appropriées. Jusqu’à aujourd’hui, on n’a pas défini le rôle de la JID - intégrée par les ministres de la défense et les forces armées de hémisphère, promue et conduite par le gouvernement des États-Unis- et son correspondant assujettissement aux organismes politiques de l’OEA et sa qualité d’organisme assesseur technique et non opératif. Bien que l’on reconnaisse l’interdépendance entre démocratie et droit de l’homme, on n’apprécie pas une valorisation concrète sur la menace que représentent les violations graves, systématiques et généralisées du droit international des droits de l’homme, du droit international humanitaire et du droit international des réfugiés. Pour faire face à la prédominance de la vision militariste et garantir un mécanisme deréponse multidimensionnel, on doit assurer la participation d’autres organismes etinstitutions internationales et régionales, comme la Commission Interaméricaine de Droitsde l’Homme, la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme et la Cour PénaleInternationale. Finalement, la participation de la société civile est essentielle pour garantir que lesinitiatives de sécurité soient menées à bout, dans le plein respect des droits de l’homme etdes libertés fondamentales de la population. Par conséquent, les gouvernements doiventgarantir la transparence et définir les mécanismes qui assurent l’accès à l’information et àla participation de la société civile dans les discussions et les décisions qui se prennent surces thèmes.1.5 Les menaces communes contre la sécurité hémisphérique existent-elles? Le panorama international actuel tend à la configuration d’un système de relationsmultiples, avec un tissu de liens politiques, économiques, sociaux et militaires, déployéspar des acteurs et des intérêts très divers, qui produisent une convergence flexible etdynamique d’intérêts entre les différents pays. 250
  • 251. À la différence de la Guerre Froide, aujourd’hui il n’y a pas de menaces claires et il n’ya pas non plus aucune certitude sur le devenir du système international, ce qui conditionnela prise de décisions et oblige à mener les relations dans un équilibre plutôt diffus. C’est peut-être pour cela qu’il nexiste pas de vision uniforme sur la sécuritéhémisphérique dans la région, malgré la concordance sur le fait que le TIAR- en tantqu’expression la plus connue du système interaméricain- est un instrument qui reflète lesasymétries entre les États-Unis et l’Amérique Latine, spécialement dans les aspectstechnologiques et le pouvoir économique et militaire. En Amérique Latine, cohabitent les hypothèses de conflit conventionnel, souventreformulées et très atténuées avec des nouvelles menaces qui, dans la mesure où ellesacquièrent de la force, pourraient même arriver à se transformer en hypothèse de conflitnon conventionnel. Mais, indépendamment d’être considérées de non conventionnelles, la réflexions’oriente vers celles qui acquièrent le caractère de menace commune, de telle sorte que, envertu de cela, elle(s) soutient (ent) l’existence d’un système de sécurité qui concerne larégion dans son ensemble. Basé sur les contenus de cette recherche et sur les diverses visions exposées, nousprésenterons un résumé des différentes approximations sur les menaces qui affectent larégion, dont nous allons extraire une vision intégrée qui permettra de délimiter celles quivont acquérir le caractère de menaces communes et qui, par conséquent, attireront l’intérêtrégional. 251
  • 252. Résumé des menaces contre la sécurité hémisphérique Vision Académique Vision Ample de Sécurité Vision OEA Agression armée inter – états Armes de destruction Armes de destruction massive massive Crime organisé Crime organisé Crime organisé transnational transnational international Blanchiment d’argent Blanchiment d’actifs Migrations massives Migrations massives Trafic de drogue Problème mondial des drogues Terrorisme idéologique Terrorisme Trafic illicite d’armes Trafic illicite d’armes Accès à des ressources naturelles de base Asymétries de pouvoir Instabilités politiques Problèmes Détérioration de d’environnement l’environnement153153 Ce concept inclut deux autres menaces considérées par l’OEA et qui ont été considérées comme des manières de les concrétiser, comme le sont les accidents ou les incidents dansle transport maritime de matériaux dangereux, les catastrophes naturelles et celles d’origine humaine. 252
  • 253. Attaques à la sécurité cybernétique Corruption Pauvreté extrême et exclusion sociale Traite de personnes VIH/SIDA et autres maladies TABLEAUX 2 Alors, qu’est-ce qui fait que les facteurs identifiés atteignent le caractère de menacescommunes ? Essentiellement leur potentialité pour affecter le système dans sa totalité, ouune partie importante qui, se voyant perturbée par un événement contraire aux politiques etaux accords régionaux, fasse voir comme étant en danger la prédominance des valeurspartagées par les états de la région. Le système international est, par définition, dépendant de l’action des acteurs qui yparticipent. De ce point de vue, l’identification des menaces doit se faire à partir de cellesqui ont une capacité de déséquilibrer le système. Avec cette approche, les hypothèses deconflit voisines ou d’origine historique doivent se réguler à leur niveau minimal et mettrel’accent sur celles qui sont capables d’avoir de l’impact sur tout le système. 154 De ce point de vue, le spectre des menaces contre la sécurité hémisphérique se réduitconsidérablement, en fonction des fondements suivants : La perturbation contre le système, ou d’une partie importante, se concrétisera seulement par les menaces dont les effets atteindront les aspects structuraux d’une société ou d’un154 Guillermo Holzmann.- El debate Sobre Seguridad Hemisférica en una Perspectiva Chilena.- Santiago : Institut de Sciences Politiques de la Universidad de Chile, 1998, p. 10 253
  • 254. ensemble de sociétés, devant être affrontée avec une conception politique, avec la création de solutions stratégiques et d’actions concrètes dans le domaine opératif. La problématique sous-régionale, basée sur les caractéristiques et les conditions de chaque ensemble géopolitique, pourra avoir des portées régionales, en fonction de la capacité des menaces pour être présent sur des scénarios distants. Comme exemple, la pauvreté et la marginalisation sociale qui affectent sévèrement l’Amérique Centrale et les Caraïbes, au point d’être un facteur essentiel des grandes décisions politiques, n’ont pas d’effets particuliers dans le Cône Sud qui, même s’il a d’importantes quantités de population pauvre, celle-ci est plus assumée comme un défi politique que comme une menace contre sa sécurité. Un problème structurel d’une société peut acquérir une connotation sous-régionale ou régionale quand ses effets dépassent ses frontières et produisent des interférences dans d’autres états, les exposant à une menace externe. Les menaces communes, même si elles sont importantes pour l’ensemble des états qui conforment le système interaméricain, ont des effets de diverse intensité, quelle que soit la région ou l’état dont il s’agit, en fonction également de la condition politique, sociale et économique diverse de l’Amérique Latine. Par conséquent, les menaces contre la sécurité hémisphérique, dont la portée doitdéfinitivement comprendre les niveaux politique, stratégique et opératif, sont lessuivantes : Accès à des ressources naturelles de base, de la part des puissances extracontinentales ou régionales, spécialement de celles dont la valeur atteint l’échelle planétaire. Agression armée entre les états, apparue entre des états régionaux, dont les portées dépassent leur sphère bilatérale. Crime organisé transnational, qui agglutine tout type d’activités illicites effectuées par des entités clandestines qui réussissent à ronger les bases politiques, économiques et sociales des états. 254
  • 255.  Problèmes d’environnement, fondamentalement dérivés du mauvais maniement des ressources et de la circulation des produits dangereux. Trafic de drogue, dans ses activités de production des drogues, trafic et consommation. Terrorisme, avec une plus importante connotation extracontinentale, le visualisant comme fléau mondial. Un analyse initiale des menaces sélectionnées permet de rendre à l’évidence que, dansleur grande majorité, elles correspondent à des situations dont la probabilité qu’ellessurviennent se circonscrit au milieu intra-régional, étant liées à des problèmes existants enAmérique Latine. En deuxième lieu, le fait courant sera que la valorisation de telles menaces varie selon lasous-région dont il s’agit car leurs portées et leurs effets ne sont pas uniformes, n’attirentpas les mêmes intérêts et ne sont pas également possible de concrétiser, et elles n’aurontpas non plus la même intensité de réponse. En troisième lieu, ces menaces seront plus ou moins importantes en fonction du risquequ’elles impliquent pour la puissance dominante, par rapport à leur irradiation dans larégion, généralement en vertu de leur proximité géographique avec les États-Unis, de leurcondition de récepteur du problème final, ou si elles s’opposent ou non à des intérêtsdéterminés nord-américains. Finalement, ces menaces seront plus ou moins possibles, analysées individuellement,quel que soit le degré de perméabilité qui caractérise un pays déterminé, face au problèmequ’une telle menace représente ce qui marque des différences dans la région, même auniveau sous-régional. Ce qui est exposé ne permet pas d’éclaircir le doute quant au caractère commun desmenaces, bien au contraire, une réponse simple est difficile, sans aucun doute, parcequ’une telle simplicité n’est pas possible face au scénario hémisphérique actuel qui, en plus 255
  • 256. des différences inhérentes à chaque société latino-américaine, ajoute la valeur élevée quel’on donne aux particularismes qui acquièrent une importance dans la prépondérance du jeud’intérêts. Alors, la réponse devra probablement être trouvée, plus que dans le risque pourl’ensemble, dans les effets qui se feront sentir dans une grande partie de cet ensemble, cequi ouvre tout de suite les possibilités pour valoriser les menaces exposées. Pour ce qui précède, on considérera la relation entre les menaces, les sous-régionsd’Amérique Latine et l’intensité du problème pour chacune d’entre elles, prenant encompte la diversité géopolitique qui a été décrite, ce qui sera mesuré selon l’échellesuivante : Haute : dans la sous-région ou une partie importante des états qui la composent, toutesles conditions existent, ou la plupart, pour la concrétisation d’une menace. Moyenne : existant les conditions pour leur concrétisation, la probabilité qu’ellessurviennent s’atténue avec le développement de mesures palliatives ou pour une valeurmoindre de la sous-région comme objectif potentiel. Basse : La probabilité qu’une menace survienne peut être neutralisée par l’actionsoutenue des états ; ou il n’y a pas d’évidence de la valeur de la sous- région ou d’unepartie importante de ses états membres comme objectifs. Sans incidence : Il n’y a pas d’évidence de relation entre le problème générateur demenace et la sous-région. 256
  • 257. Ainsi, synthétisons nous la relation menace – sous- région – intensité du problème Menaces Sous-region Intensité Etats-Unis - Canada Sans incidence Mexique Basse Amérique Centrale Sans Incidence Accès aux ressources Les Caraïbes Sans Incidence naturelles Région Andine Haute Brésil Haute Cône Sud Haute Etats-Unis - Canada Sans incidence Mexique Sans Incidence Amérique Centrale Basse Agression armée inter Les Caraïbes Basse états Région Andine Moyenne Brésil Basse Cône Sud Moyenne Etats-Unis - Canada Haute Mexique Haute Amérique Centrale Haute Crime organisé Les Caraïbes Haute transnational Région Andine Haute Brésil Moyenne Cône Sud Basse 257
  • 258. Etats-Unis - Canada Haute Mexique Haute Amérique Centrale Haute Trafic de drogues Les Caraïbes Haute Région Andine Haute Brésil Moyenne Cône Sud Moyenne Etats-Unis - Canada Moyenne Mexique Basse Amérique Centrale Moyenne Problèmes Les Caraïbes Moyenne d’environnement Région Andine Haute Brésil Haute Cône Sud Moyenne Etats-Unis - Canada Haute Mexique Moyenne Amérique Centrale Moyenne Terrorisme Les Caraïbes Basse Région Andine Haute Brésil Haute Cône Sud Basse TABLEAUX 3 Comme on peut observer, les effets de chaque menace ne se projettent pas sur la régiondans son ensemble avec la même intensité, même celles qui pourraient avoir le caractèred’extracontinental, comme l’accès aux ressources naturelles, le terrorisme, la proliférationd’armés de destruction massive et les problèmes d’environnement. En synthèse, toute formulation par rapport à l’architecture de sécurité hémisphériquedoit considérer, comme élément sine qua non, la condition reflétée dans cette analyse quant 258
  • 259. au traitement d’un cadre de menaces différent et leurs effets sur les sous-régions, qui abesoin d’un élément d’articulation politique qui octroie de la flexibilité et la capacité degraduer les réponses dans les domaines politique, stratégique et opératif.1.6 Bases pour une nouvelle architecture de sécurité hémisphérique Considérant le développement de la recherche, il est possible d’établir une série deconsidérations qui serviront de base pour se prononcer quant à une nouvelle architecture desécurité hémisphérique qui, plus que nouvelle, doit être en mesure de garantir une réponseà des problèmes politiques et stratégiques complexes qui sont en relation avec lesfondements du système en vigueur. Dans ce sens, de l’analyse des différentes idées exposées dans le travail, il est possibled’identifier quelques domaines conceptuels qui tendent à concentrer des aspects communsqui sont à l’origine de ce qui pourrait s’appeler des axes orientateurs des diverses posturessur la sécurité hémisphérique car ils représentent les aspects centraux des débats et desopinions qui se réfèrent à cette matière. Le fait que les engagements politiques souscrits entre les états du systèmeinteraméricain prévalent, mettant l’accent sur le renforcement des régimes démocratiques,sur le fonctionnement de l’état de droit et sur l’engagement de la volonté politique pourratifier des accords et des engagements en matière de coopération internationale et desécurité hémisphérique. Ce qui précède est considéré comme la base pour consolider des idées en ce quiconcerne un système de sécurité internationale qui garantisse la paix et la sécuritérégionale, soutenu par un ordre juridique émanée des chartes de l’ONU et de l’OEA et quiassure la pleine subordination des forces armées aux pouvoirs démocratiquement élus, cequi a été un problème récurrent dans une grande partie de la région, comme il a été mis enévidence dans le développement de la recherche. 259
  • 260. Un autre aspect important est constitué par l’intérêt général pour la prévention desconflits dans l’hémisphère, qui se soutient sur la réduction des menaces traditionnelles parla voie de la solution pacifique des controverses, développant des mesures pour limiter lesarmements conventionnels, stimulant des mesures de confiance mutuelle, diminuant lescoûts de défense et, spécialement, s’en tenant strictement aux traités internationaux envigueur en la matière. Pour sa part, l’existence de valeurs partagées et de visions communes pour affronter lesmenaces traditionnelles et émergentes facilite la conception de la sécurité hémisphériqueavec une vision multidimensionnelle, abordant la problématique dans un sens ample qui, àson tour, aboutira à l’adoption de procédures partagées et légitimées face aux sociétésrespectives. Dans ce sens, et étant donné la politique latino-américaine, la dichotomie observée entreles pouvoirs gouvernants et leurs forces armées impose le fait de considérer des mesurescorrectives qui se reflètent dans la structuration d’un système de sécurité hémisphériquedans le sens d’éviter que la préoccupation pour la problématique de sécurité se concentreaux niveaux stratégique et opératif, sans compter avec la garantie politique. Dans un autre ordre d’idées, la tendance à consolider le concept de sécurité humaineapportera aussi une vision importante au moment de reformuler le système de sécurité,chaque fois qu’il deviendra impératif de situer la personne humaine dans une positioncentrale des politiques de sécurité, une fois qu’on se sera occupé de la vaste histoire detransgression et de non considération de sa condition primaire dans tous les processuspolitiques. Dans la région, on observe une variation substantielle quant à sa valorisation, dans lesens qu’il n’est pas possible d’établir une relation directe entre l’intensité des effets desprocessus traumatisants entre les différentes sous-régions, ceci étant un phénomène qui a 260
  • 261. acquis un caractère massif dans certaines sociétés, comme en Amérique Centrale et dansles Caraïbes, en opposition avec une condition moins massive dans le Cône Sud mais quin’en est pas moins inquiétante. Finalement, au moment de réviser l’architecture de sécurité et de développer uneproposition concrète, il est nécessaire de prendre en compte quelques précédents quiapparaissent de l’observation des tendances qui se manifestent par rapport à cette matière,à savoir :  Développer les processus d’articulation politique, comme premier précédent pour la conformation et le fonctionnement du système.  Renforcer le cadre juridique existant.  Maintenir les structures existantes, si elles ont atteint leur objectif ou si elles peuvent être recyclées au bénéfice du meilleur fonctionnement du système.  Evaluer l’impact que les possibles changements auraient sur les engagements qui se trouvent en vigueur, comme ceux qui sont liés au combat contre le terrorisme, le trafic de drogue, les droits de l’homme, le droit international humanitaire, les initiatives de désarmement, le contrôle des armements, le Traité d’Ottawa, de Tlatelolco, les Chartes de Paix, la réduction des frais militaires, entre autres.  Instituer le concept de flexibilité comme condition nécessaire pour toute reformulation du système de sécurité hémisphérique, une fois qu’on se sera occupé de la diversité géopolitique et stratégique régionale.  Renforcer les canaux de communication effective entre les organisations du système, spécialement à son niveau supérieur, comme c’est le cas de l’OEA et de la JID.  Etablir des procédures de vérification et de suivi des mesures qui seront mises en place, dans le but d’évaluer la validité des structures.  Evaluer le rôle et la validité des mécanismes qui rendent possible la concrétion des mesures de sécurité hémisphérique, comme c’est le cas du TIAR. 261
  • 262.  Evaluer des procédures ou des voies de coordination pour assurer que les effets des traités et des accords bilatéraux et sous-régionaux puissent contribuer à la sécurité hémisphérique.2. UN NOUVEAU SYSTEME DE SECURITE INTERAMERICAIN POUR LES MENACES COMMUNES DU XXIème SIECLE Ayant conclu l’analyse du système de sécurité interaméricain, dans lequel on a intégrédes facteurs aussi divers que les caractéristiques géopolitiques de la région, ses relationsavec la puissance dominante, le caractère des menaces et leur évolution, la description dusystème en soi et un bilan historiographique de la sécurité hémisphérique depuis 1826jusqu’à nos jours, on a fait un pas vers une étape suivante de la recherche qui s’estconcrétisée à travers le développement d’une vision de l’entourage stratégique etgéopolitique régional actuel, et de façon spéciale, avec une proposition sur les menaces enAmérique Latine, s’élargissant le concept de ce que l’on appelle les problèmes desécurité.155 Les éléments de la recherche et l’analyse effectuée permettent d’atteindre un stade deconsistance pour s’approcher de la fin du travail, sous forme d’une vision prospective dusystème de sécurité interaméricain, qui intègre à la fois trois questions principales, tels quel’apport ou la valeur d’emploi des organisations qui le composent ; quelques concepts surle problème principal mis en évidence qui, selon le jugement de l’auteur de cette thèse, estle manque de capacité pour articuler politiquement les engrenages du système et, enparticulier, les portées de son architecture d’un point de vue systémique. Selon ce qui a été signalé, on façonnera une proposition sur la reformulation du systèmemême qui, plus que prétendre exercer une influence révolutionnaire, s’orientera à recueillirles organisations et les régimes dont l’efficacité leur concède légitimité et continuité face à155 Du point de vue de la Comission de Sécurité Hémisphérique de l’OEA 262
  • 263. n’importe quel scénario politique et stratégique, ainsi qu’à identifier et à exposer lesalternatives de solution pour les problèmes de fonctionnement d’entités de cette nature.2.1 Organisations et régimes internationaux liés à la sécurité hémisphérique : valeur de l’emploi présent 156 Cette vision sera développée sur la base des entités déjà considérées dans la recherche àlaquelle on ajoutera les organisations et les régimes internationaux qui sont apparus aprèsla fin du schéma bipolaire, sur la scène internationale actuelle, incluant une révision duniveau d’ingérence de certaines entités, aux niveaux politique, stratégique et opératif.2.1.1 Du niveau politique2.1.1.1 L’OEA En tant que principal forum interaméricain, il maintient son actualité et accroît ses options d’orienter et de réguler l’effort conjoint en matières politiques, à l’intérieur desquelles est, bien entendu, la fonction de sécurité hémisphérique. Pendant la Guerre Froide, l’OEA a perdu des espaces d’action face à l’ingérence nord-américaine et à la subordination de certaines matières au conflit global. Cependant, à partirdes années quatre-vingt-dix, elle a récupéré peu à peu sa position comme principal forumpolitique hémisphérique, dont la souscription de nouveaux états régionaux qui, pourdifférentes causes, ne l’intégraient pas. Au début, elle a centré son action sur des questions qui pouvaient être cataloguéesjusqu’à secondaires, comme la vérification d’élections et d’accords de paix. Mais avec lacréation de la Commission de Sécurité Hémisphérique, elle a revitalisé sa position en156 María C Rosas.- ¿Existe la Seguridad Hemisférica ? - in María C. Rosas, (Coordinatrice).- Seguridad Hemisférica : un largo y sinuoso camino.- México: Universidad Nacional Autónoma de México, 2003, pp. 55 – 59 et Keplak, Op.cit, pp.20 – 24. 263
  • 264. matières de sécurité, avec un rôle plus actif et efficace, parmi lesquelles on peut citer sarécente formalisation d’autorité sur la JID. Cette situation, impensable pendant la Guerre Froide, a comme événement d’importancele fait que, pour la première fois, la JID est sous le commandement d’un officier généralqui n’est pas des Etats-Unis, revenant à un général brésilien et, même si cela ne peut pasêtre considéré comme étant un détachement de la première puissance mondiale de sonintérêt traditionnel pour exercer son influence dans ce forum, c’est un signe politique quidoit être apprécié positivement pour contribuer au rapprochement de positions en matièrede sécurité, considérant la dialectique anti-Etats-Unis qui est apparue ces derniers temps.2.1.1.2 Commission de Sécurité Hémisphérique de l’OEA Créée en 1991 et de caractère permanent depuis 1995, c’est un instrument decoordination dont l’importance se trouve dans sa condition de forum institutionnelspécialisé qui permet d’aborder la problématique de sécurité régionale, soutenantl’établissement de mesures de confiance. A travers les processus sur la Construction de Mesures de Sécurité et de Confiance(CMSC), il a été possible de souscrire des engagements qui proviennent de la ConventionInteraméricaine contre le Trafic et la Fabrication Illicite d’Armes de Feu, Munitions etExplosifs et autres matériaux qui s’y rapportent. A travers cet organisme, l’OEA a assumé que son rôle dans le système n’est pas mineuret qu’il lui correspond de jouer un rôle déterminant dans l’établissement de politiquescommunes et d’assurer la progression des instances de discussion et de coordination, dontcelles de niveau opératif. 264
  • 265. 2.1.1.3 Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque Bien qu’il ait été la cible de dures critiques et d’une claire inefficacité, il semble ne pasexister de volonté politique pour sa révocation, tant qu’on n’aura pas éclairci la portée quecela aurait, spécialement si l’on considère que les conditions n’existent pas pour créer uneinstance qui le substituerait. Les difficultés qui ont été observées pour un fonctionnement adéquat, outre son peu deflexibilité, se trouvent dans le manque de capacité pour produire des réponses quin’impliquent pas nécessairement un effort commun dans le domaine opératif, qui est ledomaine qui concentre la majeure difficulté pour obtenir des accords. Ce qui vient d’être exposé semblerait contradictoire avec l’intense relation exercée parles forces armées latino-américaines pendant plus d’un demi-siècle. Cependant, celle-ci estdavantage liée avec le plan des idées et des bonnes intentions qu’avec la capacité effectived’interopérer dans des tâches communes relatives à la sécurité hémisphérique. On pourrait dire que les états latino-américains ont une grande vocation pour discuter desujets en particulier mais, au moment de concrétiser un effort, les attitudes changent, ce quipourrait trouver se fonder sur le manque de stature politico-stratégique qui caractérise laplupart d’entre eux.2.1.1.4 Réunion des Ministres de la Défense des Amériques Cette instance de dialogue s’est consolidée dans l’hémisphère, spécialement pourdonner une opportunité d’échange bilatéral et collectif, qui n’avait pas de précédents entredes personnes également liées à la sécurité et à la défense sur le Continent. 265
  • 266. Elle doit évoluer davantage vers l’OEA qui, en principe, n’a pas l’approbation des Etats-Unis, bien qu’elle soit intégrée par les représentants de ces mêmes gouvernements quiparticipent au principal forum interaméricain.2.1.1.5 Traité de Tlatelolco Par son importance, il rend possible l’existence d’une zone exempte d’armes nucléairesqui s’étend depuis le sud du Rio Bravo jusqu’à la Patagonie, dont les nations des Caraïbes.2.1.1.6 Sommet des Amériques (CA) Le Sommet des Amériques est généralement identifié avec la création d’une zone delibre échange au niveau hémisphérique. Cependant, il faut souligner qu’au sein du Sommetil existe une vaste gamme de sujets qui incluent la sécurité hémisphérique, étant uneinstance de dialogue politique qui permet de renforcer la discussion sur des affaires de cettenature, spécialement au niveau politique le plus haut, constitué par les présidents et leschefs d’état.2.1.2 Du niveau stratégique2.1.2.1 Traité de Sécurité Démocratique d’Amérique Centrale (TSDCA) Il a été souscrit par tous les pays d’Amérique Centrale, avec l’exception de Belize, et a l’objectif de réunir périodiquement les Ministres de la Défense, les chefs de l’Etat Major Conjoint, et les agences de renseignements militaires, pour créer des mesures d’action et de contrôle des frontières, ainsi que pour coordonner les efforts pour combattre le trafic de stupéfiants, les menaces contre l’environnement, les catastrophes naturelles et le crime international. Il a permis la création d’un espace de dialogue sans précédent dans la région, où lesmatières de sécurité se révisaient en termes d’antagonismes et d’alliances intra sectorielles, 266
  • 267. pour passer à une vision d’ensemble qui s’est consolidée comme étant la meilleuresolution, jusqu’à présent, pour faire face aux sévères difficultés qu’ils partagent.2.1.2.2 Système de Sécurité Régionale des Caraïbes Orientales (SSRCO) Il s’agit d’un organisme qui a le devoir de coordonner les efforts des forces de sécuritédes pays participants pour affronter les catastrophes naturelles, le trafic de stupéfiants et lecrime international. Ses membres sont Antigua et Barbuda, les Barbades, la Dominique,Granada, San Kitts et Nevis, Sainte Lucie et Saint Vincent et les Grenadines. La dimension de sécurité de ces pays diffère en grande mesure des états continentaux, selimitant davantage au trafic de drogue et aux pandémies, mais ils ont réussi à articuler uneinstance de coordination qui permet d’optimiser leurs procédures, ainsi que de s’entendrede façon conjointe avec les Etats-Unis et accroître leur présence dans des forumsinternationaux.2.1.2.3 Marché Commun du Cône Sud (MERCOSUR) Même si le Mercosur est connu pour les objectifs économiques qu’il s’est fixé, il aégalement réussi à améliorer la coopération dans le domaine de la sécurité parmi sesmembres. Ceci s’appuie sur le fait que les avancées de ce groupe ont été rendues possibles grâce àune conception vaste de l’accord, qui considère que les thèmes commerciaux ne peuventpas rester étrangers ou être détachés des affaires politiques et de sécurité, ceci compriscomme étant la base de tout processus d’intégration multilatérale comme celui-ci. Les forces armées des pays du MERCOSUR conduisent à des rencontres au niveau desétats majors, dans lesquelles les thèmes de sécurité et de défense sont débattus et desexercices conjoints sont réalisés, ce qui favorise également l’établissement de mesures de 267
  • 268. confiance. Leurs membres pleins sont l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay etleurs membres associés sont le Chili et la Bolivie.2.1.2.4 Protocole d’Ushuaia (PU) Il s’agit d’une déclaration politique formulée en juillet 1998 par les pays quiappartiennent au MERCOSUR, pour créer une zone de paix dans le Cône Sud d’Amérique. Il a été un référent important en ce qui concerne les avancées en matière de mesures deconfiance mutuelle entre les forces armées de la sous-région, spécialement au niveau desarmées qui affrontent la majeure difficulté car les personnes sont directement liées auxactions, étant plus exposées aux effets des sensibilités humaines et des perceptionsadverses.2.1.2.5 Compromis de Mendoza (CM) Il s’agit d’une initiative adoptée par le Chili, l’Argentine et le Brésil en 1991, quiinterdit les armes chimiques et biologiques dans le Cône Sud, ayant atteint un complémentsubstantiel à ce qui a été adopté dans le Traité de Tlatelolco.2.1.2.6 Processus Ministériel de Défense des Amériques (PMDA) Il s’agit d’une initiative promue par les Etats-Unis en 1995 pour créer un forum de débat en matière de sécurité entre des personnes civiles qui participent aux processus de prise de décisions et les hauts commandements des forces armées. Il consiste en un cours qui est proposé deux fois par an, pendant lequel les participants développent un agenda en ce qui concerne l’identification des problèmes prioritaires dans le domaine de la sécurité, comme le terrorisme, le trafic de stupéfiants, les relations civiles-militaires, le rôle des militaires dans la société civile et les droits de l’homme, entre autres. 268
  • 269. 2.1.3 Du niveau opératif2.1.3.1 Junte Interaméricaine de Défense (JID) Depuis le 15 mars 2006, la JID est formellement une entité de l’OEA, après l’adoptionde son Statut par la XXXII ème Assemblée Générale Extraordinaire du forumhémisphérique, avec l’approbation par unanimité des 34 délégations des Etats membres del’OEA. Son Statut établit que la fonction de la Junte est d’être assesseur de l’OEA pour ce quiconcerne les thèmes liés aux affaires militaires et de défense et d’assurer une bonnerelation civile-militaire qui peut être de grande contribution pour « la gouvernabilité dechaque pays et, ensemble, la création d’une ambiance de paix, de progrès et de respect desdroits de l’Homme dans toute l’Amérique ».157 Le document signale également que « la structure et les opérations de la JID s’inspirentdes principes de supervision civile et de subordination des institutions militaires à l’autoritécivile »158, selon la Charte Démocratique Interaméricaine et le principe de conformationdémocratique de ses autorités, afin d’assurer sa concordance avec les valeursdémocratiques des Etats membres et de leur participation égalitaire. Les délégués de la JID appartiennent aux forces armées de la région et, après qu’unofficier états-unien ait été à la tête depuis sa création, on a désigné pour la première fois unofficier général brésilien comme étant son chef, spécifiquement le général de brigade JorgeArmando de Almeida Ribeiro.157 OEA, communiqué de presse : Formalisée aujourd’hui la Junte Interaméricaine de Défense comme Organisme de l’OEA, Washington DC, 15 mars 2006.158 Ibid. 269
  • 270. 2.1.3.2 Collège Interaméricain de Défense (CID) Le CID a de l’importance dans des aspects tels que les relations civiles-militaires et laprotection et le renforcement des institutions démocratiques. Ayant été amplement critiqué pour avoir donné un enseignement de Guerre Froidedépassé par les événements, il a réussi à accommoder ses plans d’études vers le contexteactuel, mettant l’accent sur une vision de la sécurité hémisphérique plus en accord avec lestemps présents et nuancée avec la plus importante incorporation de civils dans ses cours. Une analyse des travaux présentés par ses stagaires permet de refléter les différentesperceptions et visions que l’on a sur la matière dans chaque sous-région car l’emphase deleurs investigations est marquée par l’intensité des problèmes et des menaces qui lesaffectent, plus que par une perspective d’ensemble.2.1.3.3 Conférences de Commandants des Forces Armées d’Amérique Ce sont des rencontres qui se réalisent périodiquement avec la participation d’officiersde l’armée, de la marine et de la force aérienne des pays de l’hémisphère, séparément, pourdébattre des aspects d’intérêt commun. Indépendamment de l’importance militaire de ces rencontres, elles sont utiles parcequ’elles contribuent à créer une ambiance propice pour établir des mesures de confiance etde coopération. De la même façon, elles ont évolué dans la thématique à aborder, la mettant en relationde façon plus claire avec l’intérêt de leurs états respectifs, en accord avec leurs politiquesextérieures. Même, pour ce qui se réfère aux armées, elles ont modifié récemment leur 270
  • 271. procédure de travail comme une façon d’améliorer la qualité de l’apport qu’ils espèrentrendre.1592.1.3.4 Système de Surveillance Amazonienne (SIVAM) Créé par le Brésil dans les années quatre-vingt-dix, dans le but de combattre ladétérioration de l’environnement dans la zone amazonienne, avec la coopération des paysdu bassin de l’Amazone. Il cherche également à faire face aux défis que le trafic destupéfiants implique dans la région.2.1.3.5 Exercices Combinés de Forces Armées S’agissant d’une matière purement militaire, ces activités ont augmenté, normalementsous la protection des Etats-Unis, et ont été un bon complément de la diplomatie des paysde la région car leur développement s’est orienté vers des sujets brûlants à l’époque, telsque les opérations de paix et les situations de crise, ainsi que vers la situation de problèmescommuns qui ne mènent pas nécessairement à l’emploi de la force, comme le soutien faceà des catastrophes naturelles et autres situations qui conseillent l’emploi de leurs capacités. Cependant, cette nouvelle réalité n’a pas réussi à surmonter un manque historique, quiest le manque d’inter-opérativité, propre de pays qui, sur le plan du voisinage, se voyaientsouvent comme des ennemis, constante qui tend à changer comme conséquence desprocessus d’intégration bilatérale et sous-régionale qui se sont développés mais il s’agitd’un long chemin non exempt de difficultés, spécialement sur le plan des perceptions. L’exception à cette critique est constituée par les forces navales qui ont progressé dansce sens avec les exercices UNITAS, ainsi que les forces armées du Brésil qui, à partir de la159 Cette tâche a été assumée avec succès par l’Armée du Chili, à partir de la Conférence de Comandants de l’Armée réalisée à Santiago en 2001 et consolidée dans la réunion récenteeffectuée au Canada, en 2003. 271
  • 272. Seconde Guerre Mondiale, ont maintenu un niveau de doctrine et d’entraînement supérieurà celui de ses semblables de la région.2.2 Le grand problème : l’articulation politique Comme résultat de ce qui a été signalé dans le développement de la recherche, on peutconclure que les efforts de sécurité hémisphérique déployés jusqu’à présent, à n’en pasdouter, manquent d’un élément crucial qui n’est autre chose qu’une sorte de fil conducteurentre les différentes organisations qui opèrent à des niveaux différents, qui doit être decaractère politique, de telle façon qu’il rende possible la concrétisation de buts communs,pas toujours très clairs en ce qui se réfère à l’impact sur chaque état. Un des facteurs politiques qui rend difficile le processus est le fait que tous les pays dela région n’intègrent pas les principales instances relatives à la sécurité, spécialement dansle domaine politique et ils n’ont pas non plus souscrits les principaux régimesinternationaux qui le soutiennent. A titre d’exemple, dans la pratique, l’OEA, le TIAR et le Traité de Tlatelolco, dontl’importance sur le plan de la sécurité ne se discute pas, sont exclusifs entre eux parce quetoutes les nations de l’hémisphère n’appartiennent pas ou ne sont pas souscrites à cesorganismes, ce qui annule la communication entre ces instances politiques. En résumé, ce qui manque le plus incontestablement, étant la partie essentielle duproblème, est que le fil conducteur soit capable d’articuler des diversités qui ne peuventpas être évitées parce que leur profondeur et leur caractère structurel conditionnera toujoursle processus de prises de décisions de caractère hémisphérique. Il faut ajouter la caractérisation de la région autour d’une grande diversité d’intérêts,spécialement les attitudes de leaders sous-régionaux qui ont adopté une posture 272
  • 273. ouvertement contraire aux intérêts des Etats-Unis, ce que l’on pourrait appeler une sorted’essai pour renverser la traditionnelle subordination de l’Amérique Latine.2.3 Vision du problème du point de vue systémique Pour une meilleure compréhension de ce qui a été signalé, nous développerons unevision depuis le point de vue de la théorie des systèmes, pour mettre en contextel’explication du comportement du système, spécialement de ses sous-systèmes qui est lapartie où s’est trouvé le plus grand manque pour que les objectifs s’accomplissent de façoneffective, selon les caractéristiques politiques de la région et sa problématique de sécurité. Nous devons comprendre que le concept de système, en général, s’appuie sur le faitqu’aucun système ne peut exister totalement isolé et qu’il y aura toujours des facteursexternes qui l’entourent et qui peuvent l’affecter, pouvant être défini comme un ensembled’entités caractérisées par certains attributs, qui ont des rapports entre eux et sont situésdans un certain milieu, selon un certain objectif. Les caractéristiques que les théoriciens ont attribuées aux systèmes sont l’interrelation etl’interdépendance d’objets, d’attributs, d’événements et d’autres aspects similaires, latotalité, la recherche d’objectifs, les facteurs de production et produits, la transformation,l’entropie, une régulation, une hiérarchie, une différenciation et, l’équifinalité.160 Cette brève introduction soutient le développement d’une vision sur le fonctionnementdu système de sécurité interaméricain, dans le sens qu’il existe –avec des déficiences, maisil existe– et que les postures contraires se soutiennent davantage sur son manqued’efficacité que sur sa structuration en tant que telle. Pour mieux expliquer cette dimension, nous avons développé une figure qui explique lefonctionnement du système de sécurité interaméricain, en fonction des niveaux dans160 Darío Rodríguez et Marcelo Arnold.- Sociedad y Teoría de Sistemas.- Santiago: 2ème Editorial Universitaria, 2ème Edition, 1992, chapitre I. 273
  • 274. lesquels il opère -politique, stratégique et opératif-, les relations entre eux et son influencesur la création de réponses effectives. Fonctionnement du Système de Sécurité Interaméricain O E A ONU Sous- système politique Menaces CPI traditionnelles Menaces Réponses Émergentes Sous- pour Préoccupation système situations et désir pour stratégiqu COUR complexe INTERNATIO- la sécurité s NALE individuelle DES DROITS et collective Diversitès COMISSION INTERNATIO- Sous- NALE système DES DROITS opératif Illustration 4Légende: Relation partiale Relation sporadique Un premier aspect qui saute aux yeux est l’identification d’une difficulté importante, quiest que le système de sécurité interaméricain, outre recevoir de multiples inputs -provenantde chaque acteur international lié à son processus- et devoir produire des outputsdifférenciés pour des situations et des réalités particulières, opère à trois niveaux différents 274
  • 275. -politique, stratégique et opératif- qui n’ont pas toujours des « vases communicants » quiassurent que le processus s’écoule de façon adéquate. Cela a été la cause de la distorsion historique de son fonctionnement, où lesorganisations de niveau stratégique et opératif concevaient et planifiaient des solutionscontre la menace commune, sans nécessairement avoir obtenu le consentement de leursgouvernements respectifs, comme c’était le cas de la JID, des Conférences deCommandants des Forces Armées, ainsi que des exercices UNITAS et d’autres. Si on a critiqué l’ingérence des Etats-Unis dans cette matière, il faudrait convenir aussique l’opportunité lui a été concédée, par manque d’intérêt politique de s’immiscer dans laproblématique de sécurité, ainsi que par manque de capacité pour diriger des organisationsnationales qui sont soumises au contrôle du pouvoir légitimement constitué. De cette même façon, il faudrait accorder à la JID et aux forces armées latino-américaines, qu’au-delà de considérations partisanes qui n’ont pas de relations avec cetravail, elles ont maintenu une préoccupation constante pour une affaire qui aurait puaffecter gravement leurs sociétés respectives, centrant leur manière d’agir surl’identification des menaces et la visualisation de solutions possibles bien que cet intérêt nesoit pas partagé par leurs gouvernements respectifs. Pour sa part, le système développe un processus qui n’obéit pas à une séquencehiérarchique directe parce que toutes les issues de son produit doivent être régulées par lesous-système politique, ce qui n’a pas toujours été ainsi, spécialement en ce qui se réfère àla préoccupation du niveau opératif pour la problématique de sécurité, qui se concrétisenormalement sans rapport avec le niveau politique. Ce qui a été dit précédemment acquiert une gravité spéciale si l’on considère que celacorrespond au niveau politique de réguler ou d’autoriser, par loi normalement, les entréeset les sorties de troupes et de ratifier tous les accords en matière de défense et de sécurité ce 275
  • 276. qui nous amène à penser que, outre le manque d’intérêt, il y a eu un peu de négligence danscette matière. En réalité, c’est curieux que cela se soit passé de cette autre manière puisqu’un sujetaussi sensible que celui de la sécurité hémisphérique ne peut laisser de côté la présencepermanente de la supervision politique, spécialement sur un Continent aussi dissemblableque l’Amérique. Cette séparation du stratégique et de l’opératif ne doit pas être comprise comme unedissociation entre des parties du système, bien au contraire, mais on doit souligner quetoute décision dans le domaine international est nécessairement politique, ce qui aurait dûfaire s’abstenir les autres sous-systèmes d’adopter des mesures sans leur autorisationpréalable, aussi louable qu’ait été leur finalité. En effet, l’intégration de forces américaines pour affronter une menace commune, avecl’exception des moyens navals qui ont acquis de l’expérience pendant plus de quarante ansd’opérations UNITAS, est peut-être une utopie, puisque chaque état les crée et les organiseselon ses propres nécessités, sans l’existence d’une capacité réelle d’inter opération. Ces aspects expliquent la hiérarchisation des sous-systèmes et, même s’il s’agit deniveaux qui interagissent et se nécessitent les uns les autres, il existe une nette différencedans le rôle que chacun joue dans le système, qui pourrait être approfondit si l’on opte pourun caractère de coopération ou collectif de sécurité. Malgré tout, le sous-système politique doit toujours avoir le dessus car la sécurité estune affaire politique, comme l’est le conflit et ses modes de solution qui, dans certains cas,envisagent l’emploi de la force mais toujours en fonction d’objectifs qui sont conçus et quiopèrent au plus haut niveau de décision. 276
  • 277. Finalement, ce qui a été prétendu, quant à démonstration de la nature du problème dusystème de sécurité interaméricain, est atteint lorsqu’on établit –d’un point de vuesystémique- que les organisations, dans leur structure pure, sont adéquates pour participer àla transformation des effets d’une menace depuis le risque total jusqu’au risque mesuré oucontrôlé, élaborant des alternatives de solution pour chacune en particulier, si l’on compteavec les instruments politiques, juridiques, de planification et d’exécution nécessaire pourfaire face à ces menaces avec des probabilités de succès et selon l’idiosyncrasie dominantedans l’hémisphère et, l’existence dans celui-ci de la plus grande puissance mondiale, maissans arriver à ce qu’elle agisse de manière intégrée.2.4 Une proposition de système de sécurité hémisphérique La première chose à prendre en compte pour élaborer une proposition sera d’insister surle fait que l’idée d’une refonte ne passe pas par l’abolition des structures et l’incubationd’une organisation méconnue. Bien au contraire, chaque fois que l’évidence concrétiséedans la recherche permet d’identifier les manques du système dominant et ses principalesdistorsions, il y a un important capital organisationnel dont on peut profiter pleinement. De la même façon, il existe une expérience accumulée qui ne peut pas ne pas être priseen compte, spécialement dans les domaines stratégique et opératif, qui facilite son avancéevers de meilleures solutions et un fonctionnement en adéquation aux requêtes des menacescommunes du XXIème siècle. De son côté, en termes politiques, il y a également une évidence que la volontéd’introduire des modifications qui altèrent une organisation existante n’existe pas, ce quireste en relation avec les différences d’intérêts des principaux acteurs interaméricains, quin’appartiennent pas nécessairement à une sous-région ni n’opèrent de façon coordonnée,comme les cas typiques du Mexique et du Brésil. 277
  • 278. Avec ces prémisses, nous avons esquissé une vision graphique d’un système de sécuritéhémisphérique qui, profitant des organisations existantes et dont la valeur d’emploi esteffective, met principalement l’emphase sur les relations entre les composants du systèmeparce qu’on est arrivé à la conviction que le manque de capacité pour articulerpolitiquement leurs actions, en grande mesure, est dû à une communication déficiente entreles sous-systèmes, ce que l’on espère corriger.Proposition pour re-définir le Système de Sécurité Interaméricain OEA TIAR TLATELOLCO NIVEAU POLITIQUE RMDA CSH CA TSDCA SSRCO MERCOSUR NIVEAU PU STRATÉGIQUE CM PMDA JID CID NIVEAU CCFAA ECFA FORCE TRAITÉS SIVAM OPÉRATIF MILITAIRE MILITAIRES SOUS- RÉGIONAUX Illustration 5 Légende: Organisation éventuelle ou non créée Relation de coordination 278
  • 279. Nous basant sur ce graphique, nous expliquerons par la suite la participation de chaquecomposant, quelque soit le niveau qui lui corresponde, ce qui facilitera une deuxièmeexplication relative à son fonctionnement comme sous-systèmes, une fois corrigées lesdistorsions déjà exposées, spécialement sur le plan politique.2.4.1 Au niveau politique L’OEA doit toujours être à la tête du système, principalement pour son importancepolitique et parce que c’est l’institution qui agglutine le plus grand nombre de nations dansla région. Ses actions doivent être complétées, dans le domaine politique, par le Conseil deSécurité Hémisphérique dont le fonctionnement doit recevoir davantage de pouvoir pour, àpartir de là, obtenir l’articulation politique qui manque. En effet, et comme on peut l’apprécier, ce conseil doit acquérir un rôle qui unitdavantage les organisations et, comme il a une condition de fonctionnement permanent, il aune meilleure position pour effectuer le suivi des problèmes de sécurité et de menaces, etpour orienter la planification et proposer les solutions aux états membres. Sa capacité de coordination doit également atteindre les régimes internationaux et lesinstances de dialogue qui sont de niveau politique, comme le TIAR, Tlatelolco, les RMDAet les sommets, de telle façon que la thématique de sécurité obéisse à une ligne deconsensus, que l’on fasse meilleur usage des ressources, spécialement dans le domaine del’opportunité et que l’entendement hémisphérique prenne davantage de force dans cesmatières. 279
  • 280. 2.4.2 Au niveau stratégique A ce niveau on a intégré fondamentalement les accords et les instances de caractèresous-régional, pour leur lien avec chacun des acteurs, ainsi que parce qu’ils facilitent lecomportement des états face à l’intérêt de l’ensemble, qui a été défini par le niveaupolitique –à l’OEA– évitant que les intérêts partiels affectent toute la région, ou au moinsatténuant leurs effets et coordonnant les actions.2.4.3 Au niveau opératif La proposition considère que les organisations de caractère opératif sont liées à laquestion politique à travers la JID, dont la relation avec l’OEA a été modifiée, jusqu’àobtenir une subordination effective, de telle sorte que ce qu’on décidera de réaliser sur leplan militaire soit coordonné et subordonné aux préceptes politiques provenant du CSH, enreprésentation de l’ensemble. De cette façon, on arrivera à surmonter les déficiences, spécialement dans le domaine del’inter opérativité, étant donné qu’actuellement le standard est régulé par les Etats-Unis,sans qu’il soit nécessairement lié aux intérêts ni aux capacités des forces de chaque étatmembre. Comme on peut l’observer, le CID continue d’être lié à la JID mais la structure desmatières doit être élargie, non seulement en ce qui concerne la sécurité hémisphérique,avec une vision moderne, mais également pour obtenir à ce que soit donnée une doctrinehémisphérique qui facilite l’interaction et crée une base de connaissances chez les civils etles militaires vraiment formés, au-delà des contacts professionnels qui s’obtiennentaujourd’hui. 280
  • 281. Avec cette explication, on est en condition de présenter la correction au fonctionnementdu système, probablement sur le plan du devoir être, mais qui s’ajuste aux demandes desimpératifs de sécurité actuels. Proposition de fonctionnement du Système de Sécurité Interaméricain COUR COMISSION INTERNATIONALE INTERNATIONALE ONU CPI DES DROITS DES DROITS DEL’HOMME DEL’HOMME O E A Sous-système 1. Accès à des politique Réponses ressources nature- lles basiques. flexibles 2. Agression armée Sous-système pour des situations inter-états. stratégique complexes 3. Crime organisé transnational. et différées pour une 4. Trafic de drogue. Sous-système sous-règion 5. Problèmes d`envi- opératif ou plus ronnement. 6. Terrorisme. Illustration 6 Légende: Relation de coordination Comme on peut apprécier, le système développe un processus qui n’obéit pas à uneséquence hiérarchique directe parce que toutes les sorties de son produit sont régulées parle sous-système politique, au point que la connexion entre ce qui est stratégique et ce quiest opératif doit nécessairement s’effectuer à travers de décisions de caractère politique. 281
  • 282. Cette séparation de ce qui est stratégique et de ce qui est opératif ne doit pas êtrecomprise comme une dissociation entre les parties du système, bien au contraire, elle obéitseulement à la meilleure manière de connecter des organisations qui se coordonnent pourune fin déterminée, mais qui n’opèrent pas ensemble, celle-ci étant une des différencesimportantes entre le modèle interaméricain et l’européen car il n’existe pas en Amérique uncommandement unifié ni de forces disponibles et entraînées pour accomplir des missionsselon leurs ordres. Le produit du système, indépendant du niveau qui le fournit, doit être conçu comme uneréponse unitaire, de l’ensemble, caractérisée par la flexibilité nécessaire pour faire face àdes problèmes de nature diverse dont les effets ne rayonnent pas uniformément sur larégion. De même, les relations entre les sous-systèmes seront toujours régulées parl’organisation politique, sur laquelle retombe la responsabilité de concevoir, disposer etcontrôler l’exécution de missions et de tâches relatives à la sécurité internationale. De cette façon, le grand problème du système de sécurité interaméricain aurait unesolution si on créait les liens entre les organismes et les sous-systèmes et si on centrait leprocessus de prise de décisions au niveau correspondant qui, comme on l’a déjà dit, est decaractère politique. 282
  • 283. CONCLUSION Ce travail nous a menés à travers le long chemin de l’évolution américaine, depuis lesprocessus d’indépendance jusqu’à l’époque actuelle, mettant en évidence la particularité desa composition sociale et politique qui, en soi, constitue le sceau de sa principalecaractérisation qui est un ensemble de diversités qui n’ont pas eu la capacité de conjuguerles efforts autour d’objectifs communs. Les différents points de vue qui expliquent ce phénomène coïncident dans un aspectimportant, comme l’est la coexistence de réalités diverses – qui donne lieu au concept desous-régions – aggravé par la présence d’un pôle de développement plus important où setrouvent les Etats-Unis et le Canada, définitivement des pays développés, en contraste avecle monde hispano et les Caraïbes anglophones et francophones, qui se répartissent entre despays en voie de développement jusqu’à un vrai état manqué, comme Haïti. 283
  • 284. De plus, il faut ajouter à la sous division classique de diverses sous-régions laréapparition de forts particularismes, comme dans le cas de l’actuel gouvernement duVénézuéla qui s’est adonné à occuper les vides politiques qui se créent précisément à partird’une des plus grandes faiblesses de la région, son manque d’unité et d’identité commune. Si on ajoute à ce contexte la défiguration de la menace commune, assumée comme tellependant la Guerre Froide et au-delà de toute considération sur la légitimité de sonidentification, il se dégage que la problématique de sécurité a migré vers des dimensionsradicalement différentes ce qui a créé la base pour remettre en question l’institutionalité etles mécanismes de sécurité hémisphérique. En effet, l’OEA assume que les vrais problèmes qui frappent aujourd’hui la région ne secirconscrivent pas à une menace idéologique de grande capacité militaire mais sont, bienau contraire, en relation avec la croissance, la pauvreté, la criminalité, la précaritédémocratique et le manque d’intégration, comme étant des phénomènes qui permettentd’identifier et de soutenir toute vision sur les menaces contre la sécurité régionale, dans unconcept plus vaste que celui de défense régionale. De ce point de vue, la solution militaire aux problèmes de sécurité tend à perdre saprépondérance étant donné que le dilemme à vaincre n’est pas en relation avec laprotection d’objectifs stratégiquement classiques mais avec des phénomènes qui menacentla structure des états, ce qui est précisément ce qui leur concède le caractère de problèmesde sécurité et non de menaces. Un autre aspect important à prendre en considération est le besoin impérieux de trouverune solution au problème de perception négative quant au rôle des Etats-Unis dans larégion et dans le monde, étant donné qu’elle réussit à affecter les postures intégrationnisteset rend possible la présence de ruptures qui se justifient face à la communauté 284
  • 285. internationale comme étant une revendication de leurs droits soumis aux desseins de laprincipale puissance actuelle. Considérant que de tels efforts ne peuvent pas être unilatéraux, mais de l’ensemble, lavoie idéale passe par la promotion de l’harmonie, cherchant à créer une alliance stratégiqued’union, qui permette de consolider les institutions en vigueur, sur la base d’une visionpartagée sur la problématique de sécurité, dont le premier et précieux précédent se trouvedans la Déclaration de Sécurité en Amérique, souscrite à Mexico en octobre 2003. Dans ce contexte, la proposition élaborée ne prétend pas éliminer ce qui a été faitpendant plus d’un demi-siècle, bien au contraire, mais par contre elle impose le faitd’assumer que l’environnement stratégique et géopolitique de l’Amérique a changé demanière radicale, au point que les équilibres de pouvoir se sont vus affectés commeconséquence d’un environnement international dynamique à l’extrême. Par conséquent, l’effort de recherche ne pouvait pas se centrer sur l’analyse de l’effet duchangement dans le Système de Sécurité Hémisphérique étant donné que l’identificationdes nouvelles menaces et les problèmes de sécurité imposent l’urgence d’introduire desmodifications qui permettent de les affronter de manière effective et opportune. Dans ce sens, la valeur de la proposition se trouve dans l’introduction d’un critère deflexibilité pour trouver les solutions aux menaces et aux problèmes de sécurité, dont leseffets ne sont pas symétriques ni synchroniques, étant donné que les particularitésgéopolitiques des sous-régions présentent de plus ou moins grands degrés de perméabilité àleurs effets, dans le sens où pratiquement personne n’est en condition de s’y soustraire. De là l’importance d’assumer également la diversité qui nous caractérise en tant querégion, bien que le reste du monde nous observe comme étant homogène, ce qui a étédémontré tout au long de l’investigation. 285
  • 286. Maintenant, quant à l’identification des menaces et des problèmes de sécurité,d’intensité et de provenance différentes, la réponse doit être aussi graduelle et flexible quepossible. Pour cela, il est nécessaire d’articuler les efforts, également divers, graduels etflexibles, dont la conception et la direction doit nécessairement être politique, dans le sensoù l’affrontement des difficultés mentionnées est de moins en moins militaire et de plus enplus politique. De nos jours, ce serait très nocif et inefficace d’imposer un critère de solutionexclusivement militaire contre les menaces et les problèmes de sécurité qui nous affligentalors que leur traitement nécessite des solutions qui se dirigent à la base des problèmes etnon pas seulement à neutraliser leurs effets. L’articulation politique déjà mentionnée prend de l’importance dans la proposition àpartir du besoin de légitimer l’effort par rapport aux sociétés respectives et dansl’environnement régional, basé sur le supposé qu’il s’agit d’une tâche éminemmentgouvernementale. De même, la manière d’opérationnaliser ce besoin d’articulation politique s’est centréesur la Commission de Sécurité Hémisphérique, en tant qu’organisme capable de recevoir etde donner une direction aux flux de problèmes et de réponses qui ont besoin de solutionsd’ensemble. Ceci a pris de la valeur grâce aux liens directs entre la JID et cet organisme, cequi n’était pas concret au début de la recherche, apparaissant depuis le début unepréoccupation spéciale pour le besoin de mettre en relation la Junte avec l’OEA, à traversla CSH. Le fondement pour assigner un rôle aussi important à la CSH dans la proposition de cetravail se trouve en essence dans le simple fait que, sans changements majeurs, il s’agitd’une organisation qui permet le lien avec l’OEA, dont elle fait partie, avec tous lesorganismes et régimes internationaux existants et qui s’organisent selon les trois niveauxdéfinis, à savoir, le niveau politique, stratégique et opératif. 286
  • 287. De cette façon, et étant donné son aptitude pour articuler des efforts de différentsniveaux vers des solutions aux problèmes communs, on optimise l’emploi de tous les outilsdisponibles pour éviter, contrôler ou neutraliser une menace ou un problème de sécurité,selon ce qui correspondra. Finalement, et à la fin du développement de ce travail, il faut seulement mentionner lebesoin de comprendre à sa juste mesure la réalité américaine et la difficulté pour conjuguerdes efforts dans un système international de plus en plus complexe et dynamique, que lavariabilité des intérêts et des conduites affectent de manière significative l’intérêt del’ensemble, spécialement en matière de sécurité hémisphérique. Certes, cette vision réaliste ne doit pas être comprise comme une vision pessimiste, étantdonné que malgré les difficultés du processus, le juste diagnostic de la problématique desécurité hémisphérique doit nécessairement orienter la recherche d’une forme de solutionqui arrive à harmoniser les intérêts individuels et collectifs avec les réponses que la sociétéaméricaine demande. Lignes de recherche possibles:  La variation des priorités de sécurité face à l’apparition de leaderships qui défient les Etats-Unis.  L’impact des leaderships «populistes» dans les capacités du système interaméricain.  Les avancements atteints avec les changements dans les institutions du système interaméricain.  Analyse critique du fonctionnement des organismes qui composent les sous- systèmes duy Système interamericain. 287
  • 288. INDEXAfghanistan, 46Agression Armée, 222, 223Agression Militaire, 149, 150, 152, 153, 154Aguilar, 155Alba, 136Allemagne, 91, 104, 133Allende, 111, 112Alliance Pour Le Progrès, 94, 155, 177Alvarez, 186Amérique Centrale, 17, 19, 33, 35, 36, 39, 40, 48, 59, 60, 61, 62, 65, 66, 76, 87, 88, 90,100, 101, 109, 112, 118, 119, 120, 124, 128, 131, 134, 161, 180, 186, 187, 191, 198, 210Amérique Du Nord, 16, 18, 55, 57, 75Amérique Du Sud, 17, 20, 33, 35, 39, 40, 49, 53, 57, 58, 76, 86, 88, 119Amérique Insulaire, 17Amérique Latine, 17, 18, 21, 22, 30, 33, 34, 35, 36, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47,48, 55, 59, 72, 75, 77, 83, 84, 87, 88, 90, 91, 92, 93, 95, 96, 97, 98, 99, 107, 115, 116, 117,118, 119, 120, 121, 122, 123, 124, 125, 126, 127, 128, 129, 130, 132, 135, 154, 155, 157,158, 159, 160, 161, 162, 166, 167, 168, 169, 170, 171, 185, 187, 194, 195, 202Antigua Et Barbuda, 17, 177, 196Antilles Néerlandaises, 17Arbenz, 155Arévalo, 299Argentine, 17, 19, 35, 41, 48, 49, 53, 72, 73, 82, 83, 86, 88, 107, 108, 110, 118, 120, 122,132, 162, 163, 169, 177, 182, 188, 196Armée, 32, 34, 108, 162, 194Arnold, 273, 310Aruba, 17Assemblée Générale, 50, 176, 177, 178, 181, 184, 190Assistance Réciproque, 92, 137, 139, 173, 178Atkins, 156Ávila, 57Baie Des Cochons, 109, 205Barbades, 17, 178, 196, 267Barry, 134Barvalle, 164Belisario, 214, 300Belize, 17, 177, 196Benítez, 55Bermudes, 17Bidegain, 157Binnendijk, 132 288
  • 289. Blanchiment D’argent, 54, 58, 222, 226, 228, 230, 231Bodemer, 38, 72Bolivar, 116Bolivie, 17Bonilla, 67Brésil, 6, 17, 19, 20, 21, 33, 41, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 57, 72, 73, 77, 86, 88, 92, 109,111, 116, 120, 122, 132, 163, 169, 177, 178, 183, 188, 196Brigagao, 57Brownfield, 45Bureau Des Républiques Américaines, 86, 119, 128Caicedo, 160Caicos, 17Canada, 16, 56, 58, 77, 174, 177, 196Carter, 113Carter, 82, 113Chaco, 107Charte De L’oea, 173, 174, 175, 177, 179Charte De San Francisco, 181Charte Des Nations Unies, 172, 245Cheyre, 18, 86, 88, 93Chili, 17, 19, 33, 34, 35, 39, 41, 48, 72, 73, 76, 86, 88, 96, 111, 112, 117, 120, 136, 163,169, 177, 183, 184, 188, 196Chine, 25, 83, 146, 150, 153, 154Collège Interaméricain De Défense, 131, 140, 162, 174, 179, 186, 190, 191, 214, 270Colombie, 17, 19, 33, 37, 41, 43, 47, 52, 59, 60, 67, 71, 102, 117, 169, 174, 177, 180, 183,188, 196Comité Juridique Interaméricain, 176Commission De Sécurité Hémisphérique, 58, 173, 176, 184, 185, 188, 208, 237, 243, 245,263, 264, 286Commission De Sécurité Hémisphérique De L’oea, 173, 188, 208Commission Interaméricaine Des Droits De L’homme, 176, 177Conférence Des Armées, 196Conférence Des Etats Américains, 155Conférence Interaméricaine, 137, 180, 189Conférence Navale Interaméricaine, 196Conférence Panaméricaine, 86, 89, 92, 119, 120, 128Conferencia De Ejércitos Americanos, 195, 302Conflit, 32, 35, 36, 37, 54, 57, 59, 65, 69, 70, 71, 72, 73, 91, 99, 100, 101, 105, 122, 146,151, 157, 181, 182, 202Conflits, 30, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 45, 48, 49, 52, 59, 60, 66, 70, 71, 73, 98, 100, 109,137, 149, 151, 158, 159, 169, 179, 197, 201, 204, 205Congrès De Lima, 117Conseil, 32, 56, 59, 114, 140, 145, 146, 178, 181, 190, 204Conte, 113Coordinadora Regional De Investigaciones Economicas Y Sociales, 35, 38 289
  • 290. Coser, 302Costa Rica, 17, 61, 118, 177, 180, 183, 196Crime Organisé, 32, 37, 54, 58, 60, 64Crise, 35, 36, 39, 40, 41, 57, 60, 70, 73, 81, 84, 97, 112, 118, 126, 168Cuba, 17, 19, 25, 37, 41, 47, 48, 49, 87, 89, 98, 101, 102, 109, 111, 117, 120, 144, 145,146, 148, 152, 153, 154, 156, 177, 179, 183, 205Danemark, 17De La Calle, 302De Leon, 59Declaración Oficial De La Conferencia De Ministros De Defensa De América, 32Défense Nationale, 132, 212, 213Destin Manifeste, 85, 128Deutsch, 18Doctrine Drago, 102Doctrine Monroe, 82, 84, 87, 102, 118, 128, 131, 132, 134, 171Dominique, 113, 177Drago, 102, 133Ecole Des Amériques, 161, 199Ejército De Chile, 240El Salvador, 17, 180, 183, 196Environnement, 29, 31, 37, 47, 52, 57, 62, 64, 77, 78, 134, 165, 166, 208Equateur, 17, 35Escribano, 59Etats-Unis, 16, 17, 18, 19, 22, 23, 41, 43, 47, 48, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 64, 65,66, 69, 70, 75, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 97, 98, 99, 100, 101,102, 103, 104, 105, 106, 107, 108, 109, 110, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 119,120, 121, 122, 123, 124, 125, 126, 127, 128, 129, 130, 131, 132, 133, 134, 135, 136, 137,138, 140, 143, 147, 148, 149, 153, 154, 155, 156, 159, 161, 162, 169, 171, 177, 183, 188,190, 191, 192, 194, 195, 196, 197, 198, 200, 201, 203, 204, 205, 206, 207, 208, 209, 220,225, 226, 228, 229, 232, 242, 257, 258, 264, 266, 267, 268, 271, 273, 275, 280, 283, 284Europe Orientale, 146Européen, 32Exercices Combinés Des Forces Armées, 174Falkland, 17Fauriol, 53Fino, 179Forces Armées, 110, 148, 150, 157, 161, 174, 192, 194, 195, 197, 203, 206, 207Fraga, 303France, 17, 85, 133Front Sandiniste De Libération Nationale, 112Gamba-Stonehouse, 166Gamboa, 86Garay, 25, 28García, 25, 29, 118, 195Gaspar, 75 290
  • 291. Gilly, 104Globalisation, 26, 27, 28, 29, 31, 37, 57, 65, 68, 70, 167Goulart, 109, 110Grande Bretagne, 85, 97, 100, 119, 133, 134Grenade, 17, 113, 169, 177, 205Grenadines, 17, 177Groenland, 17Groupe De Contadora, 210Groupe Oriental, 145, 146, 147, 148, 149, 150, 151, 152, 153, 154Guatemala, 17, 59, 60, 108, 109, 118, 155, 163, 177, 180, 183, 189, 196, 205Guerre, 19, 36, 37, 38, 43, 49, 50, 55, 57, 62, 68, 72, 76, 77, 78, 81, 85, 89, 91, 92, 93, 95,97, 107, 121, 122, 125, 128, 134, 137, 138, 139, 143, 145, 150, 152, 154, 155, 158, 161,162, 164, 166, 168, 169, 171, 178, 180, 188, 189, 197, 198, 199, 202, 204, 205, 206, 207,208, 209, 210Guerre De Corée, 140Guerre Froide, 19, 36, 37, 38, 49, 50, 55, 57, 68, 72, 77, 78, 81, 92, 93, 95, 97, 122, 125,139, 143, 145, 154, 155, 158, 161, 164, 166, 168, 169, 170, 171, 188, 197, 198, 202, 205,206, 207, 208, 209, 210, 213, 216, 224, 231, 239, 251, 263, 264, 270, 284Guyane, 17, 35, 39, 177, 196Haïti, 17, 39, 48, 89, 102, 105, 114, 115, 120, 169, 177, 183, 205Harris, 136Hernandez, 189Histoire, 19, 32, 34, 44, 97, 112, 125, 131, 134, 140, 170, 174, 179, 201, 204Hoffmann, 305Hollande, 17Holzmann, 21, 253, 305Honduras, 17, 39, 66, 104, 109, 111, 112, 118, 163, 177, 180, 183, 196Huntington, 32Iles Caïmans, 17Irangate, 112Jamaïque, 17, 177, 196Japon, 82, 104Junta Interamericana De Defensa, 146, 147Junte Interaméricaine De Défense, 138, 173, 186, 189, 269Juste Cause, 113, 114Kant, 306Kennedy, 109, 155Keohane, 30, 81, 300, 306Keplak, 171, 175, 185, 188, 192Kissinger, 81, 82Klaus, 72L’union Panaméricaine, 86, 92, 123, 136, 172, 174, 189Laiño, 164Lampreia, 50Lang, 147, 307 291
  • 292. Latino-Américaine, 17, 21, 56, 97, 119, 125, 159, 162, 164, 167, 209Le Crime Organisé, 218, 219, 222Lemaitre, 100Les Iles Vierges, 17Levinson, 94M