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SOUS-PRODUITS
DE LA CHLORATION
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2006 juillet b protegez vous

  1. 1. P our une question de goût, ou parce qu’ils doutent de la qualité de l’eau du robinet, bien des gens choisissent d’utiliser des filtres ou d’acheter de l’eau embouteillée. La plupart du temps, le mauvais goût est dû au chlore. Il existe pourtant une solution simple et économique à ce désagrément, que nous avons vérifiée dans un test maison. En ce qui concerne la qualité de l’eau potable au Québec, elle est généralement très bonne. De l’aveu même d’André Bouthillier, qui milite pour une gestion respon- sable de l’eau avec son organisme Eau Secours!, «nous avons l’un des meilleurs règlements sur l’eau potable du monde». Certaines inquiétudes persistent tout de même et il reste encore du chemin à faire pour améliorer les usines de traitement de l’eau potable, comme vous le constaterez dans notre reportage. Compte tenu de la qualité élevée de l’eau du robinet, l’achat d’un pichet filtrant ou d’un filtre pour robinet capable d’éliminer jus- qu’à 30 contaminants est difficile à justifier. Ce sont tout de même des appareils populaires; nous en avons testé plusieurs pour évaluer leur facilité d’utilisation et compter les bactéries qui s’y multi- plient. D’autres personnes optent plutôt pour un distributeur d’eau. Sachez qu’en plus d’encourager la prolifération bactérienne, ces appareils sont loin d’être économiques: l’eau embouteillée coûte au moins 500 fois plus cher que l’eau potable munici- pale, que vous payez de toute façon par vos taxes. C’est sans compter que l’industrie de l’eau embou- teillée, qui projette une image de pureté, est beau- coup moins réglementée et surveillée par les gouverne- ments que les réseaux publics. Bref, pourquoi bou- der l’eau du robinet? BOUDER L’EAUDUROBINET? L’INDUSTRIE DE L’EAU EMBOUTEILLÉE EST BEAUCOUP MOINS RÉGLEMENTÉE QUE LES RÉSEAUX PUBLICS. ENCOUVERTURE TEST ›Dispositifs de traitement de l’eau 8 TEST ›Chlore, pichet, bouteille 11 TEST ›Bactéries et distributeurs 12 REPORTAGE ›Qualité de l’eau potable au Québec 14
  2. 2. 8 › www.pv.qc.ca Photos:RéjeanPoudrette L es appareils de traitement de l’eau sont souvent vus comme une façon simple et économique d’obtenir une meilleure eau potable. Nous avons vérifié cette assertion en mettant à l’épreuve huit pichets fil- trants, un pichet distillateur, neuf filtres pour robinets et deux filtres pour distributeurs d’eau. PERFORMANCE Santé Canada recommande de n’uti- liser que des filtres qui satisfont aux normes de la NSF International (National Sanitation Foundation), un organisme indépendant qui mesure quels composés chimiques les filtres enlèvent et leur pourcentage d’enlève- ment. Nous nous sommes donc fiés à cette certification et n’avons pas mesuré l’efficacité d’enlèvement de contami- nants des filtres. Néanmoins, nous avons mesuré le débit de filtration des appareils et constaté que, pour un modèle sur deux, il diminue avec le temps. Dans plusieurs cas, les diminutions de débit sont importantes et peuvent atteindre 70 %. UTILISATION Les appareils domestiques de trai- tement de l’eau (qu’on appelle aussi dispositifs de traitement aux points d’utilisation) sont généralement faciles à installer et leur filtre, simple à changer. Cependant, selon nos juges, certains indicateurs de change- ment de filtre, principalement manuels ou autocollants, ne sont pas fiables. Mentionnons le cas particulier du seul pichet distillateur du test, le Kenmore, pour lequel il faut endurer cinq heures de bruit (à cause de son ventilateur) avant d’obtenir un plein réservoir d’eau traitée (2,8 L). Les pichets filtrants, eux, ne mettent que de quatre à huit minutes pour effec- tuer l’opération, et les filtres pour robi- nets fournissent de l’eau instantané- ment. BACTÉRIES Les filtres au charbon activé utilisés dans tous les systèmes testés sont un milieu idéal pour la prolifération des bactéries. Nous avons mesuré la concentration de bactéries hétéro- trophes aérobies (BHA) dans l’eau fil- trée après une utilisation de plusieurs jours des systèmes et après les avoir mis «au repos» pendant deux jours. Les BHA comprennent plusieurs types de bactéries et leur décompte permet d’estimer la population bacté- rienne générale. Nous avons observé que les filtres pour robinets sont géné- ralement propices à une multiplica- tion importante des bactéries, surtout après une longue période de stagna- tion. Pour en diminuer la concentration, il suf- fit de laisser couler l’eau une dizaine de secondes avant d’en prendre. Quant aux pichets, si on les garde toujours au réfrigérateur plutôt qu’à la température ambiante, on évite com- plètement la prolifération. Toutefois, selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé sur les bactéries hétérotrophes et la sécurité de l’eau potable, il est maintenant admis que la prolifération bactérienne dans les Purisme?ILS SONT INDISPENSABLES POUR LES UNS, SUPERFLUS POUR LES AUTRES. LE POINT SUR CES APPAREILS POPULAIRES. par Marie-Josée Boudreau TEST›Dispositifs de traitement de l’eau ENCOUVERTURE EN CONSERVANT SON PICHET FILTRANT AU RÉFRIGÉRATEUR, ON ÉVITE LA PROLIFÉRATION BACTÉRIENNE.
  3. 3. Protégez-Vous Juillet 2006 ‹ 9 filtres au charbon n’est pas dangereuse pour la santé. Elle pourrait même s’avé- rer bénéfique pour contrer les orga- nismes pathogènes qui peuvent y élire domicile en leur faisant concurrence. Le Règlement sur l’eau potable du Québec a évolué dans la même direction: la limite de BHA autrefois en vigueur n’existe plus. Par ailleurs, les fabricants ajoutent parfois de l’argent dans les filtres pour y ralentir la multiplication des bactéries. Nous en avons détecté dans l’eau issue de quatre systèmes, mais la quantité était toujours très inférieure à la limite permise pour l’eau potable. Cela dit, il nous paraît un peu saugrenu d’ajouter une substance qui passe dans l’eau à un système conçu précisément pour éliminer des contaminants, alors que ces der- niers sont, la plupart du temps, inexistants dans l’eau de départ. RECOMMANDATIONS De façon générale au Québec, la qualité de l’eau potable est très bonne. L’utilisation de dispositifs de traitement est donc le plus sou- vent superflue. D’autant plus que les éléments susceptibles d’être enlevés par certains filtres — la liste impressionnante va du benzène au tétrachloroéthylène — risquent fort peu de se trouver dans l’eau du robinet. Il reste que plusieurs propriétaires font face à des problèmes concrets, par exemple une eau très dure ou l’eau d’un puits qu’il faut traiter. Dans ces cas, les petits dispositifs ne sont pas de taille et un système de traitement pour toute la maison est plus approprié, parfois même essentiel, ce qui représente un investisse- ment important. Si votre situation particulière vous incite à vous procurer un dispositif de traitement de l’eau à boire, nous vous fournissons toutes les informations qui vous permettront de faire un choix. Nous ne recommandons pas de modèle en particulier puisque chacun peut convenir à certains besoins spécifiques. Si c’est essentiellement le goût du chlore qui vous incommode, jetez un coup d’œil sur notre encadré page 11 pour savoir com- ment vous en débarrasser gratuitement. Notez enfin qu’il est impératif de n’utiliser ces dispositifs que pour de l’eau microbiologiquement saine et qu’on doit respecter avec rigueur la fré- quence de changement du filtre au risque que ce dernier libère ses conta- minants accumulés en une concentra- tion supérieure à la concentration ini- tiale dans l’eau.‹ Ạ L’indicateur idéal de changement de filtre tient compte à la fois de la durée et de la quantité d’eau filtrée et nous avertit quand l’une des échéances est atteinte. ạ À l’inverse, l’autocollant est un exemple d’indicateur qui risque d’être peu utile à la longue. Notre jury d’utilisation a préféré les pichets dont on peut remplir le réservoir sans retirer le cou- vercle.
  4. 4. 10 › www.pv.qc.ca COMMENT LIRE NOTRE TABLEAU Voici la signification des symboles. AA très bon A bon B moyen C mauvais CC très mauvais DESCRIPTION Tous les produits ont: • Un filtre inclus, sauf le Kenmore, dont l’usage du filtre au charbon pour éliminer les odeurs dans le réservoir est facultatif. 1 Marque et modèle. Nous avons évalué 20 disposi- tifs de traitement de l’eau vendus dans les grands magasins. * identique au modèle Brita Chrome OB39. 2 Prix. Approximatif et relevé en avril 2006. 3 Garantie. 4 Coût/an. Remplacement des filtres de deux à six fois par année, selon les recommandations du fabricant. † consommation électrique basée sur les données du fabricant en considérant la distillation d’un réservoir d’eau par jour; on doit ajouter 15 $ tous les deux ou trois mois si on utilise le filtre contre les odeurs. 5 Capacité. Pour les pichets et les filtres pour distribu- teurs d’eau, volume en litres du réservoir; pour les filtres pour robinets, débit en litres par minute mesuré à 60 psi à la moitié de la durée de vie des filtres; †† aucune diminution du débit de filtration entre le début et la moitié de la durée de vie du filtre. 6 Certification NSF. Appareil conforme aux normes de l’organisme NSF International; si l’appareil est cer- tifié, le filtre qui y est assorti l’est aussi. 7 Éléments enlevés. Éléments indésirables les plus susceptibles d’être présents dans l’eau potable au Québec et que les filtres enlèvent s’ils sont certifiés NSF ou prétendent enlever s’ils ne le sont pas; kystes: parasites Giardia et Cryptosporidium; autres: nombre d’autres éléments que les filtres enlèvent s’ils sont certifiés NSF ou prétendent enlever s’ils ne le sont pas. 8 Indicateur. Indicateur de changement de filtre. c: autocollant à apposer sur un pichet ou sur un calendrier; e: électronique ou automatique; m: cadran manuel. 9 Réfrigérateur. le pichet mesure entre 10 et 11,5 cm de largeur et se range donc dans plusieurs portes de réfrigérateur; mesure moins de 10 cm de largeur et se range donc dans la plupart des portes de réfrigérateur. ÉVALUATION q Argent. Filtre additionné d’argent, comme l’ont révélé nos analyses. w Bactéries. Nombre maximal de bactéries comptées par 100 ml d’eau filtrée. moins de 5000 case vide entre 5000 et 50 000 I entre 50 000 et un million II plus de un million III e Utilisation. Cette cote tient compte de l’installation et du changement de filtre, du remplissage du réser- voir, de la manipulation, du nettoyage, et de l’indica- teur de changement de filtre. TEST›Dispositifs de traitement de l’eau DESCRIPTION 1 2 3 4 5 6 7 Marque et modèle Prix Garantie Coût/an Capacité CertificationNSF Éléments enlevés chlore plomb kystes trihalométhanes atrazine autres PICHETS FILTRANTS BRITA AQUALUX OB37 33 $ 90 jours 44 $ 1,8 L†† 7 BRITA GRAND OB36 34 $ 90 jours 44 $ 2,8 L†† 7 BRITA RIVIERA OB35* 25 $ 90 jours 44 $ 2,5 L†† 7 PUR ADVANTAGE CR-1500 R 17 $ 90 jours 59 $ 1,7 L 7 BRITA ULTRA OB13 15 $ 90 jours 44 $ 1,5 L†† 7 PUR ULTIMATE CR-800 20 $ 90 jours 59 $ 1,6 L 20 GE GXPL03D 17 $ 1 an 58 $ 1,7 L 5 PICHET DISTILLATEUR KENMORE 75280 250 $ 1 an 58 $† 2,8 L 17 FILTRES POUR DISTRIBUTEURS D’EAU GREENWAY GWF7 40 $ 1 an 60 $ 7 L†† 11 GREENWAY VITAPUR VBF6 25 $ 1 an 26 $ 12 L FILTRES POUR ROBINETS BRITA AQUAVIEW AVFF-100 50 $ 1 an 74 $ 2 L/min 3 BRITA EN DIRECT FF-100 44 $ 1 an 56 $ 1,7 L/min†† 23 PUR PLUS FM-3000 35 $ 3 ans 57 $ 1,4 L/min 11 PUR ULTIMATE CLASSIC FM-4010L 46 $ 10 ans 74 $ 2,1 L/min 25 PUR ULTIMATE INNOVATEUR FM-4700L 47 $ 10 ans 74 $ 2,1 L/min 25 WATERPIK F-2WU 20 $ 1 an 22 $ 3,4 L/min†† GE GXFM03C 27 $ 1 an 68 $ 1,6 L/min 3 OMNIFILTER F1 SÉRIE A 21 $ 1 an 65 $ 4,8 L/min†† RAINFRESH T1 17 $ 1 an 23 $ 5,3 L/min†† BRITA SPACE SAVER OB21 24 $ 90 jours 44 $ 1,8 L†† 7 TEST›DISPOSITIFS DE TRAITEMENT DE L’EAU
  5. 5. Protégez-Vous Juillet 2006 ‹ 11 Les appareils apparaissent en ordre décroissant de cote d’utilisation dans chaque catégorie. Lorsque plusieurs modèles obtiennent la même cote, ils sont classés par ordre alphabétique. COMMENT LES JOINDRE Brita 1 800 387-6940 www.brita.com GE 1 866 777-7627 www.geappliances.com Greenway 1 866 253-0447 www.greenwayhp.com Kenmore magasins Sears www.sears.ca Omnifilter 1 800 937-6664 www.omnifilter.com Pur 1 800 787-5463 www.purwater.com Rainfresh 1 800 667-8072 www.rainfresh.ca Water Pik 1 800 268-4885 www.waterpik.com Conserver de l’eau au réfrigérateur dans un réservoir de ce type est idéal pour éliminer rapidement le chlore et ainsi améliorer son goût: comme la surface de contact entre l’eau et l’air est très grande, l’évaporation du chlore est favorisée. S elon un sondage maison auquel 4301 personnes ont répondu, 32 % des participants conservent de l’eau au réfrigérateur, 11 % la gardent à la température ambiante et 68 % empor- tent de l’eau dans une bouteille qu’ils réutilisent. Est-ce que ce sont de bonnes pratiques? Les petits tests suivants y jet- tent un coup d’œil. Bien qu’ils aient été menés avec toute la rigueur requise, on prendra soin de ne pas en faire des règles absolues, vu la grande variabilité de ce type d’essai. LE CHLORE Le quart des participants à notre son- dage ne boivent pas l’eau directement du robinet à cause de son goût. Comme le chlore est souvent le coupable, nous avons voulu identifier les méthodes les plus effi- caces pour l’éliminer. Nous avons donc placé de l’eau au réfrigérateur dans diffé- rentes conditions et mesuré sa concentra- tion en chlore avant et après repos. Ces mesures nous ont confirmé que le temps est l’élément le plus déterminant. Après 48 h, la concentration en chlore avait chuté de presque 50 %, et jusqu’à 65 % lorsque en plus nous avions remué l’eau pendant 10 secondes avant de la mettre au frigo. Cela dit, absence de goût de chlore n’égale pas obligatoirement absence de chlore; il suffit que sa concentration soit inférieure au seuil de perception pour que l’eau soit très bonne au goût, ce qui est fort probablement atteint bien avant 48 heures selon la concentration initiale de chlore dans l’eau du robinet. Le diamètre de l’ouverture du conte- nant importe aussi beaucoup: plus la sur- face d’échange entre l’eau et l’air est grande, moins il restera de chlore. Par ailleurs, que le contenant soit ouvert ou fermé (non hermétiquement), le chlore s’élimine tout autant. LE PICHET Pendant cinq jours, nous nous sommes versé de l’eau à partir d’un pichet en plas- tique usagé placé à la température ambiante sans couvercle. Le matin, nous le rincions et le remplissions d’eau du robinet, puis l’utilisions toute la journée, à raison d’un verre d’eau toutes les heures ou deux. À la fin de la cinquième journée, il n’y avait pas de bactéries dans l’eau. LA PETITE BOUTEILLE Nous avons vérifié si le fait de réutili- ser une bouteille jetable pour transporter de l’eau avec soi entraînait une multipli- cation importante des bactéries. Pendant cinq jours, une bouteille en plastique de 500 ml a été seulement rincée le matin et remplie d’eau du robinet; puis on y a bu au goulot durant toute la journée. Après vérification aux jours 1 et 5, nous avons constaté que les bactéries s’y étaient très peu multipliées.‹ Dis-moi ce que tu bois... NOUS AVONS MENÉ TROIS PETITS ESSAIS POUR Y CONFRONTER QUELQUES-UNES DE NOS HABITUDES. par Marie-Josée Boudreau TEST›Chlore, pichet, bouteille ÉVALUATION 8 9 q w e Indicateur Réfrigérateur Argent Bactéries Utilisation e I AA e I AA e I AA e AA c I A e A m B B m B m I B e AA e I AA e I AA e III AA e III AA III A c II B m II B m III B m I AA
  6. 6. L es distributeurs d’eau embouteillée sont partout: au travail, dans les salles d’attente et parfois même à la maison. Ils sont pra- tiques pour fournir sur demande de l’eau fraîche et bonne au goût. Si on doute peu de la qualité chimique de l’eau qu’on y trouve, que savons-nous réellement de son contenu en bactéries? Nous avons pris un instantané de ce qui ne se voit pas à l’œil nu. NOTRE TEST Nous nous sommes rendus dans 10 entreprises et 10 résidences possédant un distributeur et y avons prélevé un échantillon d’eau à la sortie du robinet. Nous avons mesuré le nombre de bactéries hétéro- trophes aérobies (BHA), groupe qui comprend plu- sieurs types de bactéries et qui permet d’estimer la population bactérienne générale. Ce que nous avons trouvé a de quoi surprendre: en moyenne 1,6 million de bactéries par 100 ml d’eau dans les distributeurs résidentiels et trois millions par 100 ml dans les dis- tributeurs en entreprise. Notre tournée nous a aussi permis de découvrir trois systèmes un peu particuliers. Le premier est un distributeur d’eau en grès non réfrigéré; nous y avons mesuré cinq millions de bactéries par 100 ml d’eau. Le second est un distributeur d’eau de 7,5 L qu’on remplit d’eau du robinet et conserve au réfri- gérateur; nous n’y avons trouvé presque aucune bactérie. Même résultat dans le dernier cas, un dis- tributeur relié par un tube en plastique à l’eau du robinet, filtrée à 1/2 micron par un système Everpure qui en était pourtant à la fin de sa durée de vie de un an. 12 › www.pv.qc.ca ENCOUVERTURE TEST›Distributeurs d’eau Photo:RéjeanPoudrette Bactéries à foison DANS L’EAU POTABLE ET LES FRUITS ET LÉGUMES CRUS, LES BACTÉRIES SONT PRÉSENTES EN ABONDANCE SANS POSER DE PROBLÈME POUR LA SANTÉ. FACE À L’IMAGE DE PURETÉ QUE PROJETTENT LES EAUX EMBOUTEILLÉES, NOS RÉSULTATS ONT DE QUOI ÉTONNER. par Marie-Josée Boudreau
  7. 7. Protégez-Vous Juillet 2006 ‹ 13 ET ALORS? Ces résultats sont impression- nants et ils vont dans le même sens qu’une étude du Centre de santé publique de Québec et de l’Université Laval parue en 1993. Parmi les 100 distributeurs testés, 62 contenaient plus de 100 000 bac- téries par 100 ml d’eau ainsi que des coliformes fécaux et des bac- téries pathogènes. Par ailleurs, la limite de 50 000 bactéries par 100 ml est souvent utilisée comme un indice de la détériora- tion de la qualité de l’eau dans un réseau d’aqueduc ou à l’usine d’embouteillage de l’eau de source par exemple. Cela dit, le nombre de bacté- ries que nous avons comptées ne devrait inspirer aucune inquié- tude. Il s’agit de types de bacté- ries présentes de façon naturelle dans l’eau de source et dans les fruits et légumes crus. De plus, d’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il ne semble pas y avoir de lien entre les concentrations élevées de BHA dans l’eau embouteillée et l’éclo- sion de maladies infectieuses. Il y a cependant une nuance à faire à l’intention des per- sonnes immunodéprimées. Parmi l’ensemble des bactéries recensées par la mesure des BHA, certaines espèces sont des organismes pathogènes oppor- tunistes, c’est-à-dire qu’elles peuvent causer des infections chez ces personnes affaiblies. Selon Pierre Payment, profes- seur à l’INRS-Institut Armand- Frappier, l’eau potable n’est pas en cause dans la plupart de ces infections. L’OMS propose tout de même d’appliquer le principe de précaution pour les per- sonnes sévèrement immunodé- primées, puisque la preuve sur ce sujet spécifique est encore incertaine.‹ Pour bien nettoyer votre appareil U n nettoyage complet et régulier de votre distributeur d’eau peut aider à y limiter la prolifération microbienne causée par les manipulations. À chaque changement de bouteille: • Débranchez l’appareil, retirez la bouteille et drainez le réservoir. • Lavez le réservoir et l’extérieur des robinets avec une solution de 15 ml d’eau de Javel dans 4,5 L d’eau et laissez tremper de deux à cinq minutes. • Drainez la solution désinfectante par le ou les robinets. • Rincez à fond avec de l’eau du robinet et drainez par les robinets. • Lavez le bac récepteur et la grille à l’eau savonneuse. • Avant d’installer la nouvelle bouteille, lavez-vous les mains à l’eau chaude et au savon. Essuyez le dessus et le goulot de la bouteille avec la solution désinfectante. Installez la bouteille et rebranchez l’appareil. Vous trouverez plus de détails sur cette procédure de nettoyage dans les questions et réponses sur l’eau embouteillée du site de Santé Canada: www.hc-sc.gc.ca
  8. 8. O n recommande généra- lement de boire environ deux litres d’eau par jour. Encore faut-il que cette eau ne nous rende pas malade, à court ou à long terme... La tragédie de Walkerton, en Ontario, qui a coûté la vie à sept personnes en 2000, a inquiété la population cana- dienne et amené plusieurs gouverne- ments provinciaux à resserrer leur réglementation. Entré en vigueur au Québec en 2001, le Règlement sur la qualité de l’eau potable a fait passer le nombre de normes de qualité de 44 à 77. On a aussi augmenté les fréquences d’échantillonnage et le nombre de réseaux surveillés, en plus d’accroître les exigences pour la formation des opérateurs. Sous la responsabilité du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), l’application de ce règle- ment a connu certains ratés, comme l’a souligné la vérificatrice générale du Québec (VGQ) en 2003. Par exemple, la fréquence minimale d’échantillon- nage bactériologique n’était pas res- pectée dans plusieurs municipalités. Son enquête avait démontré que les responsables de 776 réseaux, desser- vant 1,1 million de personnes, avaient enfreint le règlement au moins neuf mois sur les 18 examinés, une propor- tion qu’elle jugeait très élevée. «Le non-respect de cette exigence régle- mentaire est préoccupant puisque, si tous les échantillons nécessaires ne sont pas produits, il est difficile d’ap- précier sur une base continue la qualité de l’eau distribuée. De fait, on aug- mente ainsi les risques de ne pas détec- ter les défaillances des systèmes de trai- tement et les cas de contamination», écrivait la VGQ dans son rapport. Pourquoi tant de difficultés à faire appliquer le règlement? Selon plusieurs experts, c’est avant tout un problème de ressources humaines et financières. Le res- pect du règlement a nécessité l’embau- che de nouveaux employés et des i n v e s t i s s e m e n t s importants pour plu- sieurs municipalités, qui ont dû moderniser leurs installa- tions. La demande pour de l’équipe- ment et des services d’ingénieurs a augmenté. Résultat: les coûts des projets ont grimpé de 30 à 40 % depuis 2001, selon Denis Lapointe, président de la Commission perma- nente de l’environnement de l’Union des municipalités du Québec. 14 › www.pv.qc.ca ENCOUVERTURE CHLORE, PLOMB,TRIHALOMÉTHANES... FAUT-IL S’INQUIÉTER DE LA QUALITÉ DE NOTRE EAU POTABLE? par Frédéric Perron Photo:RéjeanPoudrette Bonne à boire? REPORTAGE›Eau potable «LE RISQUE D’INTOXICATION PAR DES PRODUITS CHIMIQUES DANS L’EAU POTABLE EST DE UN SUR UN MILLION À VIE.» Raymond Desjardins, professeur à l’École polytechnique de Montréal
  9. 9. SOUS-PRODUITS DE LA CHLORATION Au Québec, plus de 80 % de la population boit une eau puisée en sur- face, par exemple dans le fleuve Saint- Laurent, une rivière ou un lac. Avant 2001, certaines municipalités se contentaient de la désinfecter au chlore après une filtration sommaire. Depuis, le règlement exige qu’elles mettent en place un système de filtration plus poussé d’ici le 28 juin 2008. Cette mesure permettra d’éliminer plus effi- cacement les micro-organismes patho- gènes, mais aussi de réduire les sous- produits de la chloration (SPC) qui se retrouvent dans l’eau du robinet. Les principaux SPC, les trihalométhanes (THM), se forment lorsque le chlore entre en contact avec la matière orga- nique présente dans l’eau, par exemple des résidus de feuilles mortes. En fil- trant mieux l’eau avant de la traiter, on diminue les THM, qui pourraient ame- ner certains problèmes de santé. «Même si on n’a pas prouvé que les THM en sont la cause, de plus en plus d’études laissent croire qu’ils pour- raient augmenter les risques de fausse couche, de malformations congéni- tales et de certains cancers, plus parti- culièrement le cancer de la vessie», affirme le Dr Donald T. Wigle, cher- cheur en santé publique à l’Université d’Ottawa et ancien conseiller médical principal au Programme de la sécurité des milieux de Santé Canada. «Il serait donc prudent de réduire les niveaux de THM autant que possible», conseille-t-il. Les consommateurs peuvent dimi- nuer la concentration de THM dans leur eau en utilisant des filtres au char- bon activé. Il faut cependant les rem- placer à la fréquence recommandée par les fabricants pour éviter la propagation de bactéries. Comme les THM peu- vent aussi être inhalés et absorbés par la peau pendant un bain ou une douche, il est difficile de les éviter complètement, à moins d’avoir un système de filtration à l’entrée d’eau de la maison. On limi- tera son exposition en prenant une douche plus courte et moins chaude dans une salle de bains bien aérée. Selon Raymond Desjardins, profes- seur à l’École polytechnique de Montréal spécialisé dans le traitement de l’eau potable, il ne faut cependant pas s’en faire outre mesure avec les THM: «Le risque d’intoxication par des pro- duits chimiques dans l’eau potable est de un sur un million à vie. Cela veut dire que si vous prenez un million de per- sonnes, que vous leur faites boire deux litres d’eau contenant la quantité maxi- male de résidus chimiques permise par jour, 365 jours par an, une personne sur un million tombera malade après 70 ans. Or, vous avez une chance sur un million PAR ANNÉE de mourir frappé par la foudre!» Il faut aussi savoir que les concentra- tions maximales acceptables pour Protégez-Vous Juillet 2006 ‹ 15 Vous avez un puits? C e n’est pas parce que votre eau est limpide et bonne au goût qu’elle ne contient pas de contaminants. Le MDDEP recommande aux proprié- taires de puits de faire analyser leur eau au moins deux fois par année, au printemps et à l’automne, par un laboratoire accrédité par le ministère afin de détecter la présence de micro-organismes pathogènes et de nitrates- nitrites. D’autres analyses (hydrocarbures, pesticides, etc.) peuvent être effec- tuées au besoin, si vous suspectez que votre eau pourrait être contaminée par ces polluants.
  10. 10. diverses substances microbiologiques et chimiques présentes dans l’eau sont fixées entre 10 000 et 15 000 fois sous la concentration considérée comme dan- gereuse pour l’humain. Selon Santé Canada, qui établit ces normes, celles-ci prennent en compte une exposition à vie et une absorption par d’autres sources comme l’air et les aliments. DU PLOMB DANS L’EAU? L’hiver dernier, la Direction de la santé publique de Montréal (DSPM) a lancé un avis à la population: des concentrations de plomb supérieures à la norme ont été constatées dans quelques maisons construites dans les années 1940, communément appelées maisons d’après-guerre. Le règlement de 2001 sur l’eau potable a fait passer la norme pour la concentration de plomb permise de 0,05 mg/L à 0,01 mg/L. Les mesures prises à Montréal se situaient entre l’ancienne et la nouvelle norme. La présence de plomb dans l’eau était due à certaines conduites faites de ce métal qui reliaient les résidences au réseau d’aqueduc municipal. L’utilisation de tuyaux en plomb est aujourd’hui interdite. Si vous habitez une maison construite avant 1967, et plus particuliè- rement dans les années 1940, il se peut que les conduites soient en plomb. Une simple inspection de la vanne d’entrée d’eau devrait suffire à le déterminer. Les conduites sont alors grises, n’ont aucune résonance si on les frappe, laissent des marques métalliques quand on les gratte 16 › www.pv.qc.ca REPORTAGE›Eau potable L’usine Charles J. Des Baillets puise son eau dans le fleuve Saint-Laurent. Fait étonnant, il s’agit d’une eau de très bonne qualité. Après une filtration sommaire, des pompes acheminent l’eau du fleuve à l’usine. L’eau se retrouve dans des bassins et traverse 1,2 m de sable. Cette étape permet d’éliminer 80 % des contaminants. Visite à l’usine Photos:RéjeanPoudrette Ces machines servent à produire de l’ozone, un gaz qui complète la désinfection de l’eau en plus d’agir sur son apparence, son goût et son odeur. On ajoute du chlore à l’eau avant de la pomper dans le réseau. On s’assure ainsi qu’elle reste dépourvue de micro-organismes pathogènes jusqu’à votre robinet.
  11. 11. et n’attirent pas un aimant. Cela dit, une entrée de service en plomb ne signifie pas nécessairement un dépassement de norme. Une trop grande absorption de plomb peut causer certains problèmes de santé, surtout aux enfants de moins de six ans et aux fœtus des femmes enceintes. Il est toujours bon de laisser couler l’eau jusqu’à ce qu’elle devienne froide avant de la boire, surtout après qu’elle a stagné plusieurs heures dans les tuyaux, par exemple le matin. Vous évacuez ainsi les contaminants qu’elle pourrait avoir accumulés. Pour la cuis- son, mieux vaut se servir d’eau froide. Dans les maisons où vivent des femmes enceintes ou de jeunes enfants, on peut utiliser des filtres certifiés par la National Sanitation Foundation (NSF) pour enlever le plomb, ou boire de l’eau embouteillée. Notez que ces mesures sont avant tout préventives: la DSPM n’a jamais recensé de cas d’intoxication au plomb par l’eau potable et, selon l’Institut national de santé publique du Québec, les concentrations de plomb dans l’eau potable des réseaux québé- cois sont généralement très inférieures à la norme actuelle.‹ Protégez-Vous Juillet 2006 ‹ 17 C oût de production de 1000 litres d’eau potable municipale: entre 25 et 50 ¢, payés à même vos taxes. Prix d’un contenant de 18 litres d’eau embouteillée: environ 5 $. Grosso modo, l’eau qu’on vous vend coûte donc de 500 à plus de 1000 fois plus cher que l’eau du robinet. Pourtant, selon un sondage maison auquel ont répondu 4301 de nos lecteurs en mars dernier, 31 % de nos sondés boivent de l’eau embouteillée ou distillée. Pourquoi pas l’eau du robinet? La raison n’est certaine- ment pas économique... Pour 45 % d’entre eux, c’est une question de goût. Certaines municipalités doivent utiliser plus de chlore que d’autres pour désinfec- ter l’eau, ce qui peut affecter son goût. Et plus vous habitez près d’une usine de trai- tement, plus votre eau risque d’avoir des relents de chlore, car on en laisse toujours un peu dans l’eau pour assurer sa salu- brité dans tout le réseau. Or, il existe une façon très économique d’éliminer ce désa- grément (voyez notre test à la page 11). Un tiers de nos lecteurs qui boivent de l’eau embouteillée ou distillée le font parce qu’ils n’ont pas confiance en la qualité de l’eau du robinet. Une perception justifiée? Une chose est sûre, l’industrie utilise cette image de pureté pour son marketing, mon- trant des sources magnifiques qui coulent au creux de mon- tagnes et de forêts luxuriantes. Pourtant, au printemps 2005, on a découvert que l’entreprise Eau Distilpur, de Lévis, ne désinfectait pas ses bouteilles usagées de 18 litres avant de les remplir; ses employés se contentaient de les rincer. Une consommatrice qui doutait de la qualité de cette eau avait contacté le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), qui avait ensuite envoyé ses inspecteurs. L’incident démontre un certain laxisme dans la sur- veillance de cette industrie. L’eau embouteillée est beaucoup moins réglementée que l’eau municipale. Aucun permis n’est exigé pour en vendre au Canada. Aussi, aucune fréquence d’échan- tillonnage pour en vérifier la qualité micro- biologique et chimique n’est requise, ni en vertu du règlement québécois sur les eaux embouteillées, ni de la loi fédérale sur les aliments et drogues. Tout ce qu’on exige des entreprises, c’est qu’elles prennent les moyens nécessaires pour s’assurer de l’in- nocuité de leur eau. L’Association cana- dienne des embouteilleurs d’eau (CBWA), dont les membres représentent environ 85 % des parts de marché au pays, s’im- pose des règles strictes. Ses membres doi- vent notamment mener des analyses micro- biologiques quotidiennes en entreprise et hebdomadaires dans un laboratoire externe, où se fait aussi une analyse chi- mique annuelle. Les résultats de ces tests doivent être conservés pendant cinq ans. De plus, une firme indépendante effectue une inspection annuelle de l’usine. Le MAPAQ et l’Agence canadienne d’inspection des aliments vérifient ponc- tuellement la qualité de l’eau embouteillée et l’hygiène en usine, au moins une fois aux trois ans. Ils interviennent aussi en cas de plainte. Selon ces organismes gouverne- mentaux, les problèmes sont très rares puisque les sources (l’eau municipale trai- tée ou l’eau souterraine filtrée naturelle- ment) sont saines. D’après Santé Canada, la consommation d’eau embouteillée au Canada n’a provoqué l’éclosion d’aucune maladie d’origine hydrique. L’EAU EMBOUTEILLÉE COÛTE DE 500 À PLUS DE 1000 FOIS PLUS CHER QUE L’EAU DU ROBINET. Pour en savoir plus Association canadienne des embouteilleurs d’eau (905) 886-6928 www.cbwa-bottledwater.org Coalition Eau Secours! (514) 270-7915 www.eausecours.org Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation 1 888 222-6272 www.mapaq.gouv.qc.ca Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs 1 800 561-1616 www.mddep.gouv.qc.ca Santé Canada 1 866 225-0709 www.hc-sc.gc.ca Eau embouteillée: c’est mieux? Photo:GettyImages/PhotoDisc

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