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Le progressiste n° 2112 16pages Le progressiste n° 2112 16pages Document Transcript

  • 1 euro Le Progressiste Mercredi 16 décembre 2009 - N° 2112 “La chance de la Martinique c’est le travail des Martiniquais” Hebdomadaire du PPM - Fondateur : Aimé Césaire - Aimé CESAIREDÉSANM 59, 50 ans après : « Notre malheureux pays se meurt de haines stériles… » SPÉCIAL 16 PAGES (Aimé CESAIRE) À tous et à chacun, au Parti et à ses militants, bonnes fêtes 2009, bonne année 2010 pour les défis à releverAU SOMMAIRE Prochaine parution le mercredi 6 janvier 2010- DOSSIER « Désamn 59 » (pp. 5 à 10 )- Le chômage dans la Caraïbe (p. 15)- Ce 22 décembre, Serge LETCHIMY a reçu à lHôtel de Ville MM. Alain etEdwy PLENEL. Visite symbolique dune grande portée. (p.16) LE 10 (DIX) JANVIER, LE PPM DIT NON ! LE 24 JANVIER, OUI !
  • EDITORIAL « LE PROGRESSISTE », TOUJOURS AU COMBAT ! Eh bien, voilà ! Notre numéro 2112 marque la fin de nos parutions…en 2009 ! Nous revenons le mercredi 6 janvier 2010, à quatre jours de cette consultation de notre peuple si importante pour son avenir. Notre position est connue, expliquée, explicitée, décorti- quée… souvent déformée par des adversaires sans beaucoup de scrupules : NON le 10 janvier, OUI le 24 ! Pour ne pas se tromper, rien de mieux que de se référer aux originaux des positionnements du PPM : écrits de notre président Serge LETCHIMY, éditoriaux de notre Secrétaire général Didier LAGUERRE, animations de débats par nos Secrétaires adjoints Alain ALFRED ou Daniel CHOMET, « pa- piers » dʼambiance de notre rédacteur Serge SOUFFLEUR… Tout démocrate, martiniquais et/ou issu de lʼHexagone (nous nʼaimons guère le terme « métropolitain » qui rappelle trop la colonie) a ainsi à la disposition de sa réflexion personnelle la quintessence de la pen- sée PPM. Laquelle sʼinscrit sans conteste dans la continuité historique de ce même peuple. Dʼoù la célébration,dans ce numéro du 23 décembre, des tragiques évènements des« trois glorieuses » de « désanm 59 », sans esprit de récupération(voir dans notre Dossier central ce quʼen disait CESAIRE dans le nu-méro du jeudi 7 janvier 1960) mais sans renoncement à la moindreparcelle de ce que fut lʼattitude digne de nos dirigeants dʼalors, entête desquels CESAIRE et ALIKER.47 parutions durant lʼannée 2009 ! Les (quelques) bénévoles de notrejournal ont- comme on dit- assuré ! Ils y ont été bien aidés par nosmaquettistes et notre imprimeur, à qui je tiens à rendre ici hommage.Ce petit groupe sera encore présent en 2010 et est disposé à sʼamé-liorer : plus de place à ceux qui entreprennent, aux jeunes créateurs,aux animateurs de nos nombreux Balisiers ; plus dʼattention à nos voisins caribéens, à nos émigrés en Europe, aux Guadeloupéens et Guyanais si proches (mais parfois si lointains) des Martiniquais. « Au rendez-vous du donner et du recevoir » (Césaire), il y a place pour les militants, les adhérents,les sympathisants… à qui nous fai- sons sans cesse appel en dernière page du « Progressiste ». Dans le « rubricage » que nous avons instauré, VIE DU PARTI et « PA- ROLES CITOYENNES » leur sont notamment ouvertes. Joyeux Noël et fructueuse année 2010 ! Daniel COMPERE Le Progressiste - Page 2 - Mercredi 23 décembre 2009
  • POLITIQUE 20 DÉCEMBRE : LE M.A.P. DIT NON AU « 74 » ! dans sa sagesse et sa perspica- cité, a fait le bon choix. Lamentin, Rivière-Salée, Fort- de-France, Schoelcher, Carbet, Marin, Macouba, Trinité, Fran- çois… Toujours cette pertinence dans les questionnements, ce besoin dʼexplications, cette né- cessité dʼargumentaires char- pentés. Et Félix ISMAIN, maire de Bellefontaine et conseiller gé- néral de Case-Pilote- Bellefontaine, avance « Avec le 73, vous savez où vous êtes ; avec le 74, vous ne savez pas où vous allez ! Les résolutions du Congrès ne sont que des vœux. Le 74 rompt lʼidentité lé- gislative ». Hector BONNAIRE au Marin demande « de ne pas travestir la vérité quand il y a une véritable psychose anti-PPM, anti-Letchimy. En sʼacharnant sur le PPMP, ils pensent sʼexo- nérer de leurs propres turpi- tudes. Ce qui effraie, cʼest leur autisme, leur refus dʼentendre les autres. Ce sont des hommes qui ne maîtrisent pas leurs nerfs. Notre conviction partagée avec les Martiniquais, cʼest de voter NON à la proposition de lʼarticle 74 le 10 janvier. Nous voulons à partir dʼu projet solide créer, re- lancer lʼéconomie, relancer la ors de sa rentrée au Grand dʼannonce intempestif, en touteL Carbet du Parc Aimé Cé- simplicité, humblement, que le saire, le Mouvement des message est passé, que les commande publique. Nous de- vons nous retrouver solidaire- ment, fraternellement et avancerAutonomistes et Progressistes Martiniquais lʼont bien reçu, bien les uns avec les autres et nonavait utilisé une formule qui fit pesé, bien soupesé, bien ana-florès : MAP paré ! Plus dʼun lysé en leur âme et conscience. les uns contre les autres. Ce nʼest pas lʼarticle qui change lesmois plus tard, après avoir- au Et entendu ce cri qui sʼélève decours de rencontres, réunions, centaines de poitrines en ce di-choses ! Cʼest une volonté, cʼestforums, échanges, concerta- manche 20 décembre du restau- un projet ! »tions- expliqué clairement notre rant « Les Brisants » auposition, aujourdʼhui nous pou- François, scandant « MAP ditvons dire sans forfanterie au- NON au 74 » ! Nul doute que Danièle CARNINOT, métropoli-cune, sans prétention, sans effet comme dʼhabitude, le peuple taine, technicienne à la Météo, Le Progressiste - Page 3 - Mercredi 23 décembre 2009
  • POLITIQUE servir, cʼest insensé ! ». Maurice peuple. A ceux qui, quand ils ANTISTE, maire et conseiller du sont en panne dʼarguments, dé- François, dʼenfoncer le clou : placent les problèmes, quʼils sa- « Les jours avancent, lʼéchéance approche, alors lʼinquiétude est chent que je ne lâcherai jamais, ailleurs, sinon en face ! La voie je ne céderai jamais ! A ceux que nous avons choisie est as- dont le choix est de durer, ils doi- surément la bonne ! Nous ne vent savoir que ce nʼest pas le menons pas de combat dʼar- rière-garde. Lʼélu doit toujours se choix que jʼai fait. On ne peut retourner pour avoir lʼavis de son prétendre entrer dans le 74 et ne peuple. Ceux qui nous condui- demander aucune compétence sent sont des malhonnêtes ; ce propre ! Par peu, les indépen- Serge SOUFFLEUR sont des gens qui ne pensent dantistes néo-sarkozystes netémoigne : « Je travaille depuis quʼà eux-mêmes ! Nous avons17 ans en Martinique ; je diffuse peur de leurs méthodes ; nous veulent pas prendre leurs res-la culture scientifique à travers le craignons leurs desseins ! Nous ponsabilités ! Ils savent quʼenʻCarbet des Sciencesʼ. Nous de- avons un projet et il nʼest pas passant de lʼarticle 73 à lʼarticlevons prendre en compte notre basé sur la peur. Serge, nous 74, on rompt lʼégalité des droits.métissage, notre multiculturalité serons 73 à te protéger contreet travailler ensemble pour tous ceux qui te veulent du La troisième voie que nous pré-construire ce pays ». Serge mal ! » Et Jean-Claude WIL- conisons, cette collectivitéLARCHER, sénateur, assène : LIAM, président du MAP, de ré- unique sui generis que nous« Nous devons faire des efforts péter : « MAP dit NON au 74 car souhaitons, nous la voulonssur nous-mêmes ! Ce pays ne MAP ne signe pas de chèquespeut avancer sans projet. Ceux en blanc. Etre Martiniquais, cʼest dans sa forme constituante avecqui ont la gestion ont failli ! Il être poreux à tous les souffles un maximum dʼhabilitations,nʼest pas admissible de stigmati- du monde ». Alors Serge LET- dʼexpérimentations. Nous de-ser des hommes à cause de leur CHIMY termine : « Je remercie vons préparer des lendemainscouleur de peau ! Toutes ces rai- M. et Mme MARIE-LOUISE poursons nous amènent à voter la qualité de leur accueil, je porteurs dʼespérance à notreNON à lʼarticle 74 le 10 janvier ». salue la présence des frères jeunesse ».Et Christian VALARD, du Mou- PASTEL, le courage de M. CHE-vement Progressiste Spiritain, RUBIN qui a fait un choix de vie Applaudissements nourris, unede préciser : « Je ne suis ni pour difficile. Je ne me marierai pas salle debout. Tous les jours,le 73, ni pour le 74. Mais je vote- avec les populistes, avec ceux nous sommes plus nombreux,rai contre lʼ article 74 tel quʼil qui cohabitent avec la violencenous est présenté. Aujourdʼhui, et la xénophobie ! Je demande plus décidés, plus conquérants.la peur a changé de camp ! A aux Martiniquais de garder leur Le peuple nous dit que nous nepartir du moment où un individu sang-froid. Jʼappelle tous au sommes pas seuls et quʼil nousassocie son nom à une institu- calme ! Nous ne sommes pas en accompagne, nous guide ettion, cela porte un nom : la dic- guerre ! Nous devons nous unirtature ! Nous respectons les et nous mettre ensemble si nous nous fait confiance !hommes porteurs de lʼarticle voulons construire ce pays.74 ». Nous le devons quels que soient les résultats qui sortiront des urnes. Si nous voulons releverEt M. CHERUBIN, ancien agent les grands défis de notre siècle, Serge SOUFFLEURdes Douanes, agriculteur au nous devons être unis et soli-Morne Rouge, de vitupérer : « Je daires. Cʼest ça la responsabi-suis un patriote sans étiquette. lité ! Nous devons faire preuveUne boîte à outils, cela nʼa pas de maîtrise afin dʼéviter tout af-de sens ; et quans ceux qui nous frontement. Il importe que cela proposent ne savent pas sʼen pays soit en symbiose avec son Le Progressiste - Page 4 - Mercredi 23 décembre 2009
  • DOSSIER DÉSANM 1959QUE SʼEST-IL PASSÉ LES 20, 21, 22 DÉCEMBRE 59 ? - Par Camille ChauvetSur ces trois journées de décembre peut que constater lʼinutilité de sa pré- sont sur le terrain. Casqués, armés,59, la reconstitution des faits n’est sence. Tout semble rentrer dans lʼor- les Policiers Martiniquais intervien-possible qu’à partir de la lecture des dre. Tout à coup, un groupe de nent contre les mécontents.différents journaux locaux et fran- badauds sʼécarte aux pas de course àçais, paraissant lors des évène- la vue dʼun groupe de C.R.S. armés Les manifestants reviennent vers «ments. Egalement par le de matraques et de lances grenades lʼHôtel de lʼEurope » et détruisent tout.témoignage de certains acteurs di- lacrymogènes, qui fonce pour charger « LʼHôtel de lʼEurope », siège de lʼami-rects des faits. Témoignages de po- la foule. En caserne au Fort Saint cale des Anciens dʼAfrique du Nord de-liciers et de manifestants. Louis, ils avaient été appelés pour dis- venait une cible suite à lʼinformation concernant lʼorigine ethnique de lʼau- perser les badauds.DIMANCHE 20 DECEMBRE 59 teur du coup de téléphone. Lʼauteur du coup de téléphone, le Se-Côté rue Victor Hugo du Central Hôtel, La colère aidant, les magasins voisins crétaire de lʼAmicale des Anciens(Bâtiment mitoyen au Musée Départe- subissaient le même sort. Plusieurs vi- dʼAfrique du Nord, dont le siège socialmental actuel) Frantz Moffat, revenant trines volèrent en éclats. Une voiture se trouve à « lʼhôtel de lʼEurope », estdu stade Louis Achille, gare sa vespa. désignée comme appartenant à lʼun pris à partie par un consommateur.(Scooter). Frantz Moffat descend, des membres de lʼA.A.F.N. est renver- Lʼintervention des C.R.S. dégénère,sʼinstalle en compagnie de ses amis sée. les C.R.S débordés ne peuvent quedockers pour discuter et commenter battre en retraite. Lʼun dʼentre eux tire Les policiers nʼinterviennent toujoursun match du Club Colonial qui venait un coup de feu qui atteint et blesse un pas. Le Directeur de la Police de-de sʼachever. Dehors, le véhicule consommateur paisiblement installé mande aux C.R.S. de ne pas interve-conduit par un Français fait une mau- au deuxième étage dʼun hôtel de la nir, alors que ces derniersvaise manœuvre et renverse la Savane. Le climat se détériore. Re- sʼapprêtaient à le faire. Les mécon-vespa. Lʼautomobiliste sʼapprête à par- tournés au Fort Saint Louis les C.R.S. tents occupent la rue. Sʼy sont jointstir. Moffat sort précipitamment et tirent plusieurs coups de feu en lʼair quelques marginaux sociaux, « rois deconstate que lʼautomobiliste ne sʼar- dans le but dʼeffrayer la foule, mais le la savane ». Cʼest une colère qui prendrête donc pas. Sans hésiter, il retient résultat escompté est lʼinverse. Car la rapidement les proportions dʼunelʼhomme au volant du véhicule et foule, apprenant que quʼun homme émeute.cʼest une altercation entre les deux avait été blessé, traverse lʼallée duhommes. Selon Frantz Moffat, « nous Monument aux Morts et se dirige vers Ces marginaux prennent immédiate-avons décidé de prendre un pot, car lʼentrée de la caserne des C.R.S. ment la direction des opérations. Trèsje souhaitais avant tout obtenir une tard dans la nuit, lʼagitation continue,déclaration dʼassurances. » et Frantz Le mécontentement gagne ses mani- disons plutôt jusquʼà deux heures duMoffat nous rapporte : « Nous étions à festants, auxquels viennent sʼajouter matin. Les « jules bonda mésanmi »,lʼintérieur quand le propriétaire ferma de nombreux passants. La décision de « bec en or » et « diab en personne »ses portes. Jʼappris quʼune bagarre disperser la foule est ordonnée. Un conduisent une partie des émeutiers.avait éclaté entre les militaires et les ordre de rappel est envoyé à tous les Le nombre de manifestants augmentaC.R.S… ». Entre temps le car de Po- policiers du corps urbain et dans rapidement avec lʼarrivée des jeuneslice Secours arrive sur les lieux et ne lʼheure, deux cars de Police Secours des quartiers populaires qui ceinturent Le Progressiste - Page 5 - Mercredi 23 décembre 2009
  • DOSSIER Fort-de-France et aussi des et les émeutiers qui laisse de nom- Les objectifs attaqués symbolisaient militants anticolonialistes venant breux blessés des deux côtés. Le toujours le pouvoir en place. Les tech-du Parti Communiste Martiniquais commandant du Corps Urbain, M. niques dʼattaque nʼétaient pas modi-mais aussi des jeunes enragés de la NOGIG, le commissaire GILET et fiées : bouteilles enflammées et jets desituation sociale. aussi trois agents de police doivent se pierres. Certains participants de cette faire soigner. Les armes à feu appa- nuit dʼémeute appartenaient à des or-LUNDI 21 DECEMBRE 59 raissent ce soir là et non pas pour dis- ganisations politiques ou syndicales. suader. Il faut dire que lʼon comptait Ce qui donne à la nuit du dimancheDans la matinée, deux C.R.S. à moto, deux victimes par balle de calibre une autre signification. Une nouvelleleur mitraillette en bandoulière, sont 9mm, les jeunes ROSILE, 21 ans et victime, la troisième, le jeune BETZI,hués face à la Poste et dans les rues MARAJO, 16 ans. Julien, âgé de 19 ans, qui se trouvaitde Fort-de-France un nombre inhabi-tuel de jeeps de C.R.S. circulent. Me- au bas de lʼescalier du Morne Piche- Ces deux assassinats eurent pour vin, est atteint. Gravissant quelquessures dʼintimidation ou attitude effet de déchaîner les émeutiers, dʼau-préventive ? marches, il sʼécroule aux dernières tant que de fortes présomptions pe- marches, au pied dʼun Christ. Les saient sur la police urbaine. Les émeutiers nʼabandonnent pas la rueUne nouvelle fois, lʼeffet souhaité nʼar- commissariats de différents quartiers aux forces de police et les attaques re-rive pas. Dans lʼaprès midi, sous les subirent lʼassaut des plus décidés. Les prennent sur le même mode et tou-manguiers face au « Cercle Martini- postes de police installés dans lesquais », les marginaux sociaux et deux jours les cibles symboliques, à lahommes connus pour leur apparte- quartiers populaires sont attaqués. tombée de la nuit.nance au syndicat C.G.T. discutent Cette journée du 21 décembre estdes évènements et dénoncent le ra- marquée par la déclaration du Bureau Le Commissariat Central subissait unecisme des CRS. Politique du Parti Communiste Marti- deuxième fois les assauts dʼun groupe niquais qui accuse les C.R.S, gen- tandis que celui de Rive droite était laLʼun dʼentre eux évoque lʼagression de darmes et policiers dʼêtre les proie des flammes.jeunes antillais à la Gare du Nord en responsables de lʼassassinat deFrance. jeunes Martiniquais et de nombreux La perception du Jardin Desclieux et blessés. celle de la rue Victor Hugo connaissentRien ne semble présager dʼune inter- un début dʼincendie, maîtrisé par lesvention quelconque et aux environs MARDI 22 DECEMBRE 59 : LA MA- pompiers.de vingt heures, un jet de projectiles TINEE DES APPELS AU CALMEde toutes sortes atteint… « lʼhôtel de Et comme le lundi à la tombée du jourlʼEurope », décidément devenu lʼobjet Le mardi dans la matinée, toutes les tout rentrait dans lʼordre.de la rancœur populaire. Le « kiosque forces sociales et les groupes de pression, jusque là fort discrets, mani- MERCREDI 23 DECEMBRE 59 :» ouvert aux clients habituels se vide festèrent leur présence par des ap- COUVRE-FEUtrès rapidement, les serveuses lʼaban-donnent aux manifestants révoltés. pels au calme. Il est vrai que deux jeunes Martiniquais avaient été assas- Le mercredi matin, les autorités déci- sinés le lundi soir. dent dʼagir. Dès trois heures, une di-Ces derniers sʼemparent des chaises zaine dʼarrestations a été opérée paret es tables qui leur serviront de « bé- Cʼest le temps des Appels au calme la police. Le couvre-feu est décrété àlier » pour enfoncer les portes de « des autorités civiles politiques et reli- partir de 20 heures pour ce mêmelʼhôtel ». Les manifestants, surtout desjeunes, augmentent en nombre et gieuses. Appel de lʼévêque Varin de la mercredi. Les militaires martiniquaissʼattaquent à « lʼHôtel Glaudon ». Brunelière , supporter du régime de consignés depuis le dimanche ne lʼAmiral Robert, de Guy Beck repré- peuvent toujours pas sortir. Le PartiAux environs de 20 heures trente, sentant du préfet , du Docteur Pierre Communiste organise une conférenceselon certains acteurs directs que Aliker en lʼabsence du Député Maire au Morne Pichevin dans la soirée dunous avons interrogés, la police inter- Aimé Césaire. (A. Césaire lors des mardi chez Doré à 18H.vint, appuyée par les forces de Gen- troubles siégeait à lʼAssemblée Natio-darmerie. Un dispositif de ceinture est nale), du Dr. Camille Petit. Conseiller La décision du Parti Communiste a étémis en place. Lʼaccès de la Savane général du Centre Ville de Fort- de- prise lors dʼun bureau qui sʼétait tenuest bloqué du côté de lʼOlympia et France. dans lʼaprès midi. Dans lʼaprès-midi duvers le front de mer, plusieurs véhi- mercredi, les rues de Fort-de-Francecules militaires obstruent le passage. Dans la nuit de mardi à mercredi, les nʼeurent pas leur coutumière anima- manifestants se constituèrent en petits tion à la veille des fêtes de fin dʼannée.Cʼest lʼaffrontement entre les policiers groupes comme les nuits précédentes. Et plusieurs commerçants baissèrent Le Progressiste - Page 6 - Mercredi 23 décembre 2009
  • DOSSIER jeudi, sinon les prises de position poli- gnement surtout) de la Guade- tiques qui remirent en question les ap- loupe, de la Guyane, de la Mar- pels au calme signés par tous dans le tinique et de la Réunion (septembre feu des événements. 1961). Expulsion de la Guadeloupe de lʼécrivain Edouard GLISSANT (sep- LES LENDEMAINS DE DECEMBRE tembre 1961).Révocation de trois diri- 59 : LA REPRESSION geants du Parti Communiste martiniquais, fonctionnaires, qui A partir de 1959, lʼhistoire de la répres- avaient refusé leur mutation dʼoffice sion coloniale qui suivra sʼexplique par D. Laguerre et C. Chauvet (octobre 1961).Condamnation de lʼirruption de la situation internationale lʼavocat Georges GRATIANT à trois tiers mondiste dans la vie quotidienneleurs rideaux, dʼautres moins effrayés mois de prison avec sursis et une martiniquaise et ce malgré tout le bar-conservaient une porte ouverte aux peine dʼamende pour outrage à lʼar- rage efficace jusquʼalors placé par lesclients ; par contre les grands maga- mée (discours prononcé sur la tombe élites. Une véritable politique de ré-sins dʼobjets de luxe, fermés depuis des victimes de la répression du La- pression est mise en place. Nous nelundi, nʼavaient pas ouvert. La popula- mentin (décembre 1961).Interpellation citons que les faits en rapport directtion foyalaise a les yeux braqués sur à Marseille et refoulement sur Paris avec la lutte anti- colonialiste.la conférence du soir. dʼE. Glissant qui se rendait à Lagos Dans cette énumération, nous retrou- (Nigeria) pour assister à une réunionNon loin, dʼimportantes forces de po- vons avec comme point de départ de la Société africaine de culture (19lice et de gendarmerie veillent sans lʼévénement Décembre 59 : Marajo, janvier 1962).Interpellation à Marseillediscrétion aucune. Ce meeting Betzi, Rosile, Nouvet, Jovignac, Chloé, et refoulement sur Paris de lʼavocatsʼachève sans incident notoire. Lacrampe. Et sʼy ajoutent les faits de Marcel MANVILLE qui se rendait à répression : Ordonnance du 15 octo- Bangui (République Centrafricaine)Dès 20 heures, les forces de gendar- bre 1960 permettant aux Préfets dʼex- pour y défendre un client (23 janviermerie et les C.R.S. en armes contrô- pulser de leur pays les fonctionnaires 1962).Saisies répétées de journaux àlent la ville et tirent des rafales de dont le comportement « est de nature la Guadeloupe et à la Martinique. In-mitraillette dans les rues, lʼobjectif à troubler lʼordre public ». Les déci- terdiction des manifestations commé-étant dʼintimider la population. sions des Préfets ne sont pas moti- moratives organisées par le PartiLes forces de gendarmerie circulent vées et sont sans appel. Trois ouvriers Communiste Guadeloupéen (manifes-en convoi de cinq véhicules. Le quar- agricoles tués au cours dʼune grève au tations qui se sont tout de même te-tier Bôkannal est quadrillé à la hauteur Lamentin en mars en 1961. nues à Pointe à Pitre) (11 janvierdu poste de police brûlé, et elles pa- 1962). Interdiction dʼun meeting destrouillent dans la zone dʼhabitation si- Dissolution le 22 juillet du « Front des Antillais, Guyanais, Réunionnais orga-tuée le long de la route conduisant au Antillais et Guyanais pour lʼautonomie nisé « en salle » à Paris pour protesterlycée Schoelcher. Le périmètre du » fondé le 23 avril 1961. Saisie de la contre lʼO.A.S. après un attentat deCommissariat Central à la hauteur du brochure Les Antilles et la Guyane à lʼorganisation subversive contre M.Cimetière est également sous la sur- lʼheure de la décolonisation (juillet Marcel Manville.veillance de plusieurs escadrons de 1961). Condamnation de deux diri- geants du Parti communiste martini- Contre des enseignants : Placoly, Ber-gendarmes. ( ) Les émeutiers ont quais à un an de prison avec sursis, à nabé, Oscar. Contre tous ceux qui seabandonné la ville. Plusieurs interpel- 1 500 000 francs dʼamende et à la dressent face aux Français, ano-lations sans importance clôturent cette perte des droits civiques et politiques nymes. Nous reviendrons sur cettenuit du 23. à vie. Rétrogradation dʼun haut fonc- question.JEUDI 24 DECEMBRE 59 : LE tionnaire guadeloupéen autonomisteCONSEIL GENERAL EST travaillant en Afrique (septembreCONVOQUE 1961).Révocation à la Guadeloupe dʼun fonctionnaire guadeloupéen auto-Le lendemain jeudi, le Conseil Général nomiste (octobre 1961). Interdiction àest convoqué, une motion est prise et la Guadeloupe et à la Martinique desvotée à lʼunanimité. (Motion proposée Conférences de la Jeunesse et de Extrait de lʼouvrage à paraître en Janvierpar le Groupe Communiste). Les fêtes toutes les manifestations publiques 2010. Décembre 59 : éléments pour une his-de fin dʼannée se dérouleront bien sûr partout et « quel quʼen soit lʼobjet » toire de la répression aux Antilles par Camilledans lʼinquiétude, mais aucun évène- (août-septembre 1961). Expulsion de Chauvet.ment majeur ne sera à signaler, le vingt et un fonctionnaires (de lʼEnsei- Le Progressiste - Page 7 - Mercredi 23 décembre 2009
  • DOSSIER INAUGURATION DE LA PLAQUE COMMÉMORATIVE À LA MÉMOIRE DE CHRISTIAN MARAJO, JULIEN BETZI ET DE EDMOND-ELOI VERONIQUE DIT « ROSILE » Je veux rappeler ici que le 1er centre de lʼhistoire de la Martinique. culturel de la Ville a été baptisé en 1974 du nom de Christian Marajo dont Un coup de tonnerre dans un ciel qui le 1er directeur était Daniel Bétis, ici se voulait serein ! présent, et quʼà lʼoccasion du 20e an- niversaire de ces événements, en Une alerte gravissime qui se traduira 1979, la Ville décidait dʼassocier le par une formidable prise de nom des trois victimes à des dénomi- conscience de la nécessaire remise en nations déjà existantes de la rue cause dʼune politique qui renonçait à Ledru-Rollin-Betzi, de la place Volny- ses promesses, dʼune politique qui tra- S. Letchimy sur la Savane Marajo et de la place Fabien-Véro- hissait ses idéaux et dʼune politique qui nique. En 2007, une soirée du se faisait sourde aux appels répétésMes chers amis, tant sur place quʼà Paris. Cénacle a été dédiée aux événementsIl y a 50 ans tombaient trois jeunes de Décembre 59 lors du Festival cul- Aimé Césaire, multipliant les interven-martiniquais sous les balles de la ré- turel. Je voudrais remercier Lydie Bétis, Maître Marceline, le SERMAC tions à lʼAssemblée nationale, déclaraitpression coloniale dʼune rare violence un mois avant les événements :et dʼune rare puissance. … Pendant trois jours et trois nuits, les « Les Antilles ne sont pas des terresTrois jeunes étaient sacrifiés lors des de violence, ce ne sont pas des terrestrois nuits d ʻémeute foyalaise à la 20, 21 et 22 décembre 1959, une « émeute puissante et spontanée, de rupture. Ce quʼelles demandentveille de Noël comme pour rappeler le mais alors passionnément, cʼest quʼàgoût amer de lʼabondance dans cette quelque chose comme le coup de sang de la colère et la réaction dʼune leur attachement, il ne soit pas ré-île soumise au joug de la domination pondu par lʼindifférence, cʼest quʼà leuréculée et de la nostalgie coloniale. dignité blessée », comme la qualifiait Aimé Césaire, a éclaté à Fort-de- angoisse, il ne soit pas répondu par le France après ce qui sʼapparente à un silence et que leur fidélité nʼapparaisse· Christian Marajo, 15 ans, tué à lʼan- banal incident entre un automobiliste pas au Gouvernement comme le signegle de la rue de la République et Er- français et un « scootériste martini- quʼon peut les négliger impunément ».nest Renan quais », ici même, à lʼangle de la rue Victor Hugo et de la rue de la Liberté. Les « événements de Décembre 59 »,· Julien Betzi, 19 ans, tué au Pont Dé- comme la tradition aime pudiquementmosthène Banal incident de la circulation mais à les nommer, vont devenir un mo-· Edmond-Eloi Véronique dit « Rosile qui va se révéler être lʼétincelle qui va ment fondateur de la prise de», 20 ans, tué rue Villaret-Joyeuse enflammer la ville et mettre à jour les conscience nationale, un moment dé- affres de la colonisation qui se voulait cisif, dans le contexte international deLeurs noms résonnent encore dans réussie. la décolonisation et de la guerre dʼAl-nos têtes et dans nos coeurs et lʼémo- gérie, de la dénonciation des pro-tion nous étreint tant il est vrai que ces Pendant ces jours et ces nuits, la po- messes de la départementalisation, dejeunes, encore enfants, innocents et pulation souffrante, venue en grande la désillusion et du désenchantement.confiants, ne méritaient pas un tel sort, partie des quartiers populaires de lane méritaient pas de mourir quelque ville, va affronter les mains nues les Déjà en 1958, lors de la création dusoit la cause. forces de lʼordre et la répression colo- PPM, le parti, par la voix dʼAimé Cé- niale qui tire à balles réelles, va crier saire, avait affirmé, dans lʼarticle 3 deJe veux saluer ici leur mémoire et leur sa colère et son indignation contre les ses statuts, sa volonté de faire évoluercourage et témoigner à leurs familles agressions dʼune société raciste, pro- le statut de la Martinique en une « ré-ici présentes toute notre compassion fondément injuste et inégalitaire qui ne gion française dans le cadre dʼuneet notre bienveillance. Nous savons lui laisse à peine que les miettes du union française fédérée ».leur émotion intacte et nous parta- festin partagé entre quelques famillesgeons leur blessure toujours béante et bien en vue et avec la complicité pro- Le sénateur socialiste Paul Symphordouloureuse. tectrice des autorités. avait réclamé au Sénat le 12 décem- bre 1959 « une extension des pouvoirsJe veux aussi saluer la mémoire de Ces « Trois Glorieuses » comme lʼa si des conseillers généraux ». Il avaitCamille Darsières, alors jeune et bril- justement nommé Alain Plénel, vice- précisé même quʼil ne sʼagissait pas «lant avocat, pour qui ces événements Recteur de lʼépoque, en référence aux dʼaccorder une priorité quelconque,furent déterminants et qui décida de trois journées révolutionnaires pari- mais de faire participer dans une plusrejoindre le PPM afin dʼépauler Aimé siennes de juillet 1830, vont mettre la large mesure, les représentants deCésaire et le Dr Aliker dans la tâche ville à feu et à sang et marquer un tour- ces populations à lʼapplication des loiscolossale quʼils avaient à édifier. nant profond dans le nouvel épisode et à la gestion de leurs propres af- Le Progressiste - Page 8 - Mercredi 23 décembre 2009
  • DOSSIER usines à sucre qui descendent en ville tions réclament une réforme pour manifester leur colère et reven- du statut des Départements diquer leurs droits. dʼOutre-mer et proclament « le droit des Martiniquais à diriger leurs propres Ce ne sont plus les marches de la affaires ». LʼOJAM appelle particuliè- faim de 1935. rement « les jeunes de la Martinique (…) à sʼunir pour lʼécrasement définitif Ce sont des formes dʼexpression puis- du colonialisme dans la lutte de libéra- santes et spontanées, brutales et im- tion nationale ». prévues, de la misère et du chômage,C. Conconne,R. St Louis, G. Des- de la désespérance et de lʼangoisse, Cʼest dire combien ces événementsportes, E. Landi, D. Marceline, portées par les nouveaux habitants de ont été importants pour lesS. Letchimy la migration des mornes vers la ville, consciences. Ils ont marqué un pays, quʼAimé Césaire et le Dr Aliker ont ac- un peuple, une ville. Ils ont mis en évi-faires ». Il avait même ajouté « Nʼest- cueillis à bras ouverts. dence quʼil « existait un problème an-ce pas le sens de lʼarticle 73 de la tillais », que « ce problème ne pouvaitConstitution ? » Ce sont les cris de détresse dʼune jeu- plus attendre, quʼil fallait le prendre à nesse désemparée, exclue des « bras le corps sous peine de courir trèsLes événements de décembre 59, Trente Glorieuses », qui sʼentasse vite désormais à la catastrophe ».lʼémotion suscitée par la mort des trois dans les méandres de la mangrove dejeunes, le caractère quasi insurrection- lʼentre-deux-mers, sur les mornes dé- Alors, 50 ans plus tard, dirons-nousnel de ces journées vont faire monter chiquetés des 44 marches ou encore que cette émeute nʼa pas servi delʼétiage de la revendication à un niveau dans les entrelacs de la ville plate et leçon ?plus élevé. étalée. Dirons-nous quʼelle nʼa pas servi deEn présence dʼune foule nombreuse et Désormais, la lutte pour les droits hu- leçon « à un gouvernement blasé surrevendicative, massée à lʼintérieur mains devient surtout une « guérilla » les souffrances dʼune population loin-comme à lʼextérieur du bâtiment, les urbaine avec ses rituels, ses barri- taine ? » quʼelle nʼa pas servi « à uneConseillers généraux vont faire preuve cades, ses slogans, ses affrontements opinion publique anesthésiée à lʼégarddʼune audace et dʼune unanimité ex- nocturnes, ses gaz lacrymogènes, ses des Antilles ? »ceptionnelle en adoptant une motiondemandant la modification du statut de Dirons-nous quʼelle ne nous a pas per-la Martinique, je cite la résolution finale mis de penser lʼapprofondissement de: notre démarche pour une plus grande autonomie et une responsabilité ac-« Que des conversations soient enta- crue dans la gestion de nos af-mées immédiatement entre les repré- faires ? » Je ne le crois pas.sentants qualifiés des Martiniquais et Et sʼil est difficile de faire évoluer unle Gouvernement pour modifier le sta- vieil Etat-nation, perclus de certitudestut de la Martinique, en vue dʼobtenir sur lʼuniversalité de son modèle poli-une plus grande participation à la ges- E. Landi, chargée du patrimoine tique, refusant de faire sien la richessetion des affaires martiniquaises ». partagée des identités particulières etUnanimité éphémère dont lʼhistoire blessés, ses morts, ses martyrs. Et il y des peuples des lointains horizonsconnaît les secrets et les ruses qui en aura bien dʼautres ! dans le cadre de la République, il nʼenhantent nos consciences aujourdʼhui est pas de même de notre propre re-encore. Ces événements ont enfin sonné gard et de notre propre exigence sur comme lʼacte de naissance des nou- nous-mêmes.Ces émeutes sont aussi un événe- velles organisations de la jeunesse mi- litante anticolonialiste et nationaliste, Le PPM, en 1967, adoptait lors de sonment majeur dans notre histoire des dans la migration Outre-mer et ici 3e Congrès la résolution de « LʼAuto-luttes sociales et politiques. même : Le front Antillo-Guyanais pour nomie pour la Nation Martiniquaise ».Car elles marquent désormais lʼirrup- lʼAutonomie (FAGA), le Front de Dé- fense des Libertés Publiques (FDLP), On ne peut faire silence sur la carrièretion brutale des nouvelles formes de la le Comité de Coordination de la Jeu- dʼAimé Césaire inlassablement mar-revendication et de la révolte popu- nesse Anticolonialiste Martiniquaise quée du sceau « de la recherche têtuelaire. Elles signent de manière irrévo- (CCJAM), lʼAssociation Générale des de nouvelles voies pour de nouveauxcable lʼentrée en scène de la jeunesse Etudiants Martiniquais (AGEM) et lʼOr- rapports avec la France ». Il nʼa eu deet des masses populaires urbaines. cesse de promouvoir un « statut poli- ganisation de la Jeunesse Anticolonia-Ce ne sont pas des travailleurs des liste (OJAM) pour ne citer que tique sur-mesure » pour la Martinique, quelques unes. Toutes ces organisa- appelé à évoluer en fonction des cir-campagnes, des habitations et des Le Progressiste - Page 9 - Mercredi 23 décembre 2009
  • DOSSIER lidarité et de vérité envers ce peuple à personne sinon au peuple Martini- martiniquais, je reprendrai à mon quais out entier. Cette émeute doit ser- compte ces mots dʼAimé Césaire que vir, oui. Mais au pays. Et elle ne servira nous avons voulu graver ici pour la au pays que si elle sert à lʼunion raison- postérité : nable, à lʼunion loyale de tous les Mar- tiniquais, de tous les démocrates contre « Notre malheureux pays se meurt de lʼinjustice et le racisme, contre lʼoppres- haines stériles, de polémiques idiotes, sion et la tyrannie. » de divisions stupides. Ces morts de Dé- cembre ne doivent pas être, ne peuvent Je vous remercie. Georges DESPORTES pas devenir une cause supplémentaire (Lundi 21 Décembre 2009, La Savane) et S. LETCHIMY de division. Ces morts nʼappartiennentconstances et des contin-gences de lʼhistoire ce qui luivaudra des critiques répétées.Il nʼest pas sans intérêt de rap-peler un extrait de son inter-vention à lʼoccasion du débatbudgétaire en 1960 : « Ce quʼilfaut, cʼest créer quelque chosede neuf, non une adaptation dela loi française à nos départe-ments, mais quelque chose quiréponde à notre situation éco-nomique vraie. Et cela, seuls,en définitive, les habitants des dépar-tements dʼoutre-mer peuvent le faire.»Aujourdʼhui, nous sommes ici réunispour commémorer la mort de ces troisjeunes Martiniquais.Nous nous souvenons également durôle fondateur de ces événementsdans la prise de conscience décisiveque « lʼheure de nous-mêmes » étaitdésormais au rendez-vous de lʼhis-toire.Cependant si nous devons être aurendez-vous de lʼhistoire, nous devonslʼassumer · sans aucun renoncementà notre conception de la responsabi-lité,· sans aucune abdication devant leschoix imposés dʼune binarité obsolèteet dépassée à ranger aux placardsdes vieilleries coloniales,· sans aucune reculade face à nosconquêtes passées et à venir et faceaux défis de la complexité qui nous im-posent de toujours inventer, de tou-jours nous dépasser.Et si les ruses de lʼhistoire devaientnous rappeler à notre exigence de so- Le Progressiste - Page 10 - Mercredi 23 décembre 2009
  • POLITIQUE COMMUNIQUÉ PPMLe PARTI PROGRESSISTE MARTINIQUAIS rappelle De fait, le PPM nʼest impliqué dans aucun autre front,que dans le cadre de la campagne sur lʼévolution ins- rassemblement ou collectif existant à ce jour.titutionnelle et statutaire de la Martinique, il a choisidʼadhérer à la démarche initiée par le Mouvement des Fort-de-France, le 20 décembre 2009Autonomistes et Progressistes (MAP) et milite de ce Didier LAGUERREfait pour une autonomie pleinement et collectivementassumée à travers « la Troisième Voie ». Secrétaire Général du PPM JUSQU’OÙ IRA LA COLERE DES 74SISTES ???Leur arrogance du moment est la avaient voté à main levée contre les Général et de la Région. Mais celapreuve de leur faiblesse et surtout propositions de Serge LETCHIMY, ne doit pas servir dʼalibi à leur res-de leur complète responsabilité puis défendu bec et ongles le 74, ponsabilité dans le déclin du pays.dans le tableau sombre de tous les jʼespère quʼil leur reste un peu Nous nʼattendons ni commiséra-pans de notre économie. Dans le dʼéthique et de morale pour DE- tion, ni démagogie de leur part. Jedésarroi qui sʼest emparé du plus il- MISSIONNER de leur mandat de pense ne pas être le seul à attendrelustre des leurs, je souhaite quʼil Maire ou de Conseiller en faillite. cela dʼeux : un peu de respect pourleur reste un peu dʼélévation dʼâme la population qui nʼa besoin ni deet de dignité pour ne pas participer Je doute quʼils le fassent. Aux yeux confessions, ni de repentir venantà la mise en place de lʼassemblée de lʼopinion, ils seront frappés de de leurs rangs. La troisième voieunique dans le cadre du 73. Après lʼINDIGNITE POPULAIRE. Mar- sʼattèlera à combler les béances ettous les dénigrements distillés en qués du sceau de cette indignité, ils les horreurs de leur gestion. Unedirection du MAP et du PPM, jʼose devront sʼécarter, pour sortir la Mar- ambition plus large attend la Marti-espérer quʼils auront la décence de tinique de la léthargie quʼils ont nique.ne pas se présenter au suffrage du créée. Certains diront quʼils avaientpeuple. Quant aux maires qui besoin des subventions du Conseil Banann RFO, LE DOUZIÈME JOUEUR. On connaissait lʼentraineur- joueur, aujourdʼhui, le joueur arbi- tre fait son palmarès sur RFO. Débat sur lʼévolution institution- nelle, Mme LEOTIN M CAROLE pour le 74 ; Mme ROSE RO- SETTE et M CHOMET pour le 73et, en douzième joueur- arbitre du 74, Mme MARRE.La technique est subtile : deux types dʼinterruptions desintervenants. Interruptions dʼobstruction si lʼintervenantest pour le 73 ou interruption dʼadjonction au profit despartisans du 74. Dʼun côté, on met en doute la positiondu partisan du 73, de lʼautre, on précise celle du dé-fenseur du 74. Nous avons aujourdʼhui un média pu-blic qui devrait être le premier à respecter les règles dedéontologie et les prescriptions du CSA mais qui sʼoc-troie la possibilité de choisir son parti et même de dé-laisser les arènes où les combattants ne sont pasconformes au modèle proposé. Tous les citoyens doi-vent lire attentivement la décision du CSA et porter sys-tématiquement plainte contre toute émissiontendancieuse ou déséquilibrée au cours de cette pé-riode cruciale. Le Progressiste - Page 11 - Mercredi 23 décembre 2009
  • PAROLES CITOYENNES Pourquoi un autonomiste peut-il refuser l’article 74 ?La Constitution française af- SMDE ou lʼAgenda 21 – cata- « bâtisseurs » afin dʼorganiserfirme le droit pour tout peuple logues dʼintentions – qui peuvent cette assemblée unique quià lʼautodétermination. La Mar- représenter ce projet indispen- devra devenir une véritable as-tinique, fille de la République, sable. Il faut, en amont, une semblée « instituante » permet-a donc le droit de décider concertation avec les forces tant lʼengagement vers unesous quel article de la Consti- vives représentant la population évolution institutionnelle dans detution elle souhaite gérer ses de ce pays : agriculteurs, socio- meilleures conditions.affaires, avec plus ou moins professionnels (patrons – syndi-de responsabilité selon lʼarti- cats), associations (sociales, Alors, et alors seulement, seracle. Son éloignement avec la culturelles , sportives…) artistes choisi le cadre institutionnel et lamétropole, sa spécificité his- divers… afin que chacun ap- population pourra être de nou-torique et culturelle peuvent porte sa pierre. La population se veau consultée sur des basesexpliquer aisément quʼelle trouve ainsi impliquée dans un claires , un projet lisible parcepuisse vouloir bénéficier de vrai projet. que mieux connu par elle etplus dʼautonomie pour mieux Les politiques peuvent alors tra- dans lequel elle aura été impli-répondre à ses besoins. duire en termes institutionnels le quée.Dans ce cadre, lʼarticle 74 per- cadre permettant la meilleuremet une ouverture vers plus gestion pour aboutir à ce projet. Je viens de tracer ici le chemi-dʼautonomie toutefois encadrée Ce cadre devient un outil et non nement dʼune troisième voiepar une loi organique qui est dé- une fin en soi! Nos politiques existante entre lʼaventure aveccidée par les parlementaires. peuvent aussi négocier avec trop dʼincertitudes dʼun 74 malBien entendu, cet article nʼest lʼÉtat français « a priori » et non préparé et lʼimmobilisme ina-pas lʼindépendance. Dans ce plus « a posteriori » , en ayant dapté du 73 tel quel.cas, tous les hommes de pro- une lisibilité plus précise de lʼho-grès, humanistes et de gauche rizon choisi! Cette troisième voie, en fait medevraient accepter ce cadre ins- Aujourdʼhui, on nous demande semble être la seule à sʼimposertitutionnel ! de voter pour une « coquille à tout homme de gauche, huma- vide ». Tout le sens de lʼarticle niste et soucieux du bien-êtreJe me considère appartenir à 74 ainsi proposé ne sera donné dʼun peuple, soucieux de lʼintérêtce groupe humaniste, pro- quʼultérieurement par la fa- général et non de soifs particu-gressiste et pourtant je serai meuse « loi organique » votée lières de pouvoir pour le pouvoir,de ceux qui voteront Non au par les députés, dont nul au- soucieux du développement cul-74 tel quʼil est présenté et jourdʼhui ne peut dire sérieuse- turel , social et économique dʼunrédigé, le 10 janvier 2010 ment et avec certitude ce quʼelleprochain! Pourquoi ? peuple impliqué davantage dans contiendra! Et le 73 ? son avenir et surtout ainsi récon-Besoin dʼun projet préalable Je voterai Oui le 24 janvier cilié avec la « chose politique » . prochain pour lʼinstaurationMon « Non » ne sera pas un dʼune assemblée unique dans Cette troisième voie, enfin, menon à lʼautonomie! Bien au le cadre de lʼarticle 73. paraît être la seule à nouscontraire! mener sereinement vers une Mon Oui ne sera pas un Oui au autonomie pleinement et col-La première raison de mon refus « statu quo » identique à celui deréside dans le manque de projet la droite. lectivement assumée.et de démocratie. Commentpeut-on décider dʼun cadre insti- Ce choix ne prend son sens que Daniel BULLET 02.12.2009tutionnel avant de décider et dans la perspective des régio-dʼélaborer ensemble un projet nales toutes proches (marsde société et économique pour 2010). Nous devrons alors met-la Martinique ? Ce ne sont ni le tre en place enfin des politiciens Le Progressiste - Page 12 - Mercredi 23 décembre 2009
  • ECONOMIELE CHÔMAGE DANS LA CARAÏBE : LES RÉALITÉS Les plus petits pays par contre ont des taux de chômage remar- quablement bas : ainsi les Iles Vierges britanniques ont un taux de chômage de 3,6 % en 2004, les Iles Cayman 3,6% en 2003, Saint-Kitts et Nevis 4,5% (mais en 1995 !) les Iles Vierges Américaines ont un taux de chômage de 6,2 % en 2008 et les Iles Turks et Caïques en sont à 5,4% en 2007. Tous ces pays ont une po- pulation inférieure à 100 000 ha- bitants si on excepte les Iles Vierges Américaines (108 291 habitants) et même inférieures à 50 000 habitants si on excepte les Iles Cayman ( 54 243 habi- tants).Notons quʼà part Saint-Les taux de chômage de la pendant le festival de musique kitts et Nevis ces pays ne sontMartinique (et de la Guade- créole) pour mesurer lʼampleur pas indépendants mais auto-loupe) sont élevés, scandaleu- du phénomène. De même nomes.sement élevés peut-on dire, Sainte-Lucie a publié un seulmais qu’en est-il de celui de chiffre durant ces dernières an-nos voisins caribéens ? nées : 17% en 2005 et ce nʼétait pas le plus mauvais chiffre de la Ceux qui ont des taux de chô- période ( 21,6 % en 1998) La mage acceptables Banque Caraïbe de Développe-Peu ou pas de chiffres publiés ment qui anciennement faisait une présentation détaillée des Nous mentionnons pour mé- différents pays dans son rapport moire Cuba qui annonce un tauxLe Guyana, Saint-Vincent ne de chômage de 2% en 2008 annuel ne fait plus quʼun résumépublient pas de chiffres du chô- mais tous les observateurs, éco-mage et on peut en imaginer la succinct abordant tous les as- pects économiques ( agriculture, nomistes ou non, sʼaccordent àraison : ces chiffres sont très éle- reconnaître quʼil y a dans cevés, probablement autour de tourisme, construction, industrie, pays un chômage déguisé et20% ! La Dominique a publié un secteur minier, transports et quʼon y multiplie les emploisseul chiffre durant ces dernières communications, activités offs- pour donner une occupation auxannées, cʼétait en 1997 ( !) et il hore etc.. ;) mais plus rien sur le Cubains, mais avec quels sa-était de 23,1% ! Depuis lors les chômage ! laires !chiffres ne sont plus communi- Plus sérieux sont les cas de Haïti a également renoncé àqués. Notons que la Dominique Porto Rico, de la Barbade, desfait partie des (rares ?) pays au faire paraître ses chiffres du chô- Bahamas et de Trinidad.monde qui perd ses habitants : mage tant ils sont élevés….nous nous souvenons que dans A propos de Porto Rico, lʼéco-les années 1980 ce pays comp- nomie la plus puissante de latait plus de 80 000 habitants et il Caraïbe insulaire avec ses 4 mil- Les meilleurs chiffres : lesen a 71 000 aujourdʼhui ! Il suffit lions dʼhabitants et un PNB dede discuter avec des jeunes plus petits pays 60 milliards de dollars ( devantdans les rues de Roseau (pas Cuba qui a un PNB de 54 mil- Le Progressiste - Page 13 - Mercredi 23 décembre 2009
  • ECONOMIEliards de dollars pour une popu- activité offshore de banque et rente : ce pays de près de 10lation de 11 millions dʼhabitants) dʼassurance notamment ; le tou- millions dʼhabitants et de 48 730nous rappellerons les données risme représente 75% du PIB de km2, le plus grand de la Caraïbesuivantes : Porto Rico est un la Barbade dont le taux de chô-« Etat Libre Associé « ( en fait mage était de 10,7% en 2007. insulaire après Cuba, a connuautonome et ceci depuis 1952) La population barbadienne, bien durant ces dernières années desqui a bénéficié des mesures de formée, émigre facilement taux de croissance importants (développement particulières du quand les circonstances lʼexi- plus de 6% par an ) mais de-gouvernement des Etats-Unis, gent. La population du pays, res-mesures conçues par lʼéquipe tée stable durant de meure un pays pauvre ( PNB dedu gouverneur élu de lʼépoque nombreuses années, a ten- 4558 dollars par habitant) et lesLuis Muñoz Marin . Ces mesures dance à augmenter depuis peu. Dominicains émigrent en masse.ont permis lʼindustrialisation de Le PIB par habitant est de 12500 Le taux de chômage actuel estlʼîle : les matières premières ve- dollars et lʼIDH de ce pays lenant de lʼextérieur sont transfor- place au 38 ème rang mondial de 15,4 % en 2008 mais ce paysmées à Porto Rico du fait de selon le rapport de lʼannée 2009. a lʼéconomie la plus promet-salaires plus bas quʼaux Etats- teuse car très diversifiée, mais àUnis et la production est ensuite condition quʼil soit mieux géré….exportée vers les Etats-Unis, Les Bahamas ont des activitésson principal marché, mais éga- économiques qui se rapprochentlement vers le monde entier. de celles de la Barbade ( tou-Lʼindustrie représente 43% du risme, activités offshore ) le PIB En conclusion, aucun paysPNB de lʼîle. Cette industrie est des Bahamas est de 22 276 dol- dʼune certaine dimension nʼacompétitive et elle emploie lars par habitant et le taux de résorbé complètement son18,8% de la population active chômage de 7,9% en 2007.qui travaille surtout dans les ser- chômage et les chiffres obte- Lʼémigration des Bahaméensvices et dans le tourisme, ce est un phénomène ancien et sert nus par les pays les mieuxpays étant lʼune des plus de soupape de sûreté. lotis reposent sur le dyna-grosses destinations touristiquesde la Caraïbe insulaire . Le taux misme économique, la créa-de chômage de Porto Rico est tion dʼentreprises, des loisde 10,9 % en 2007. Ce taux est La République de Trinidad et sociales et des salaires adap-relativement stable car les Porto Tobago a du pétrole, du gaz na-Ricains nʼhésitent pas à aller sur tés à leurs situations, la trans- turel et ….une démocratie quile « mainland » quand la situa- fonctionne plutôt bien et des diri- parence des procédures, lation est difficile car en tant que geants plutôt compétents ! Elle démocratie….tout ceci nʼex-citoyens américains ils prennent bénéficie donc vraiment de la cluant pas lʼémigration quandlʼavion pour aller aux Etats-Unis manne pétrolière et des prix dusans problème Le PIB par habi- la conjoncture lʼexige … brut sur le marché mondial : sontant était de 15 535 dollars en PNB par habitant est de 17 0462008. dollars en 2008 et son taux de chômage est de 7,3% la même année.La Barbade, petit pays au sud Max AUGUIAC Le rôle de lʼagriculture est négli-de la Martinique bien connu de geable dans ces trois pays maisnos compatriotes, est sans Membre du MAP il ne faudrait pas en tirer dedoute le pays le mieux dirigé de- conclusions.puis son indépendance en 1966.Ce pays, après avoir été un paysagricole comme toutes les au-tres colonies de la région, sʼest La République Dominicaineorienté vers le tourisme puis les est dans une situation diffé- Le Progressiste - Page 14 - Mercredi 23 décembre 2009
  • HOMMAGE EN SOUVENIR DE CAMILLE ’actualité du lycée Schœl- passé le voir après le baccalauréat 1er mai où je lʼai revu, sʼamusant à L cher ne mʼa pas permis de faire ce mot de commémo-ration non de la mort de Camille Dar- dans la maison que mon père louait sur lʼancienne route de Schœlcher, un peu avant le Séminaire Collège en imiter Roselyne Bachelot en me res- tituant la réponse quʼelle lui avait faite lorsquʼil lʼavait saluée à lʼAssembléesières mais de sa vie dans le cœur venant du canal. Et, manifestement, de ma part.de la grande majorité des Martini- se mêlaient en lui lʼaffection pour sonquais. Je ne sais pas réellement si professeur et lʼamour du droit et de Gai, affectueux, redoutable enCamille aurait soutenu notre action son métier. politique, Camille était aussi étonnantpour la sauvegarde du lycée Schœl- par sa faculté à trouver encore du Il mʼarrivait souvent de lui deman-cher, mais de nombreux éléments me der de remercier les anciens élèves temps pour écrire cette somme quelaissent penser que oui. de mon père de lʼaffection quʼils lui sont ses trois tomes sur Lagrosillière. Avant tout, il était un homme ou- ont porté et quʼils continuent de lui Discret, serviable, attentif aux autres,vert, attentif à lʼautre et il savait perti- porter. Car, en réalité, cʼest la force Camille Darsières reste dans le cœurnemment que la jeunesse et sa de cette affection admirative qui me de ses amis par la place quʼil a occu-formation sont les pierres angulaires semble témoigner dʼindividus hors pée, même pour ceux qui, commede la vie dʼun pays. Un pays dont le normes en la personnalité de ces moi, ne lʼont pas connu sur unemonde politique renie sa jeunesse élèves. Ces élèves admiraient – longue durée. Il importe par lesparce quʼil ne la comprend pas, parce parce quʼils aimaient la pensée, temps qui courent de disposer de telsque – plus grave – il lui impose une parce quʼils appréciaient la rigueur et lʼhonnêteté – le maître qui les guidait repères qui permettent justement devision que cette jeunesse ne partage avec sagesse et bienveillance. Quel faire le tri entre ceux qui mententpas, est un pays atteint de gangrène. quʼait été le devenir de ces élèves, éhontément en politique et qui ne sa- Mais aussi Camille était un quʼils se nomment Pierre Petit, Félix vent que menacer pour convaincre.homme moderne, tourné résolument Amar, Camille Darsières, Edouard de Ils trompent peut-être une certaineet démocratiquement vers le futur et Lépine et tant dʼautres, ils aimaient frange du peuple mais sans doutele bien du peuple. Je me souviens alors déjà penser, réfléchir, et ils ont pas tout le peuple, et encore moinsque lors de son refus de voter le 74 formé une élite martiniquaise. notre jeunesse qui, au lycée Schœl-de son vivant au congrès, il répétait Camille faisait partie de cette cher, sʼest réveillée au son des éclatsque le peuple ne le comprendrait pas. élite, même si, en véritable huma- de voix quʼun Camille Darsières nʼau-Seul un vrai démocrate peut se plier niste, il préférait se tourner vers les rait pas manqué de réprouver, lui qui,à la discipline de ce que veulent ceuxquʼil représente et non à son propre autres plutôt que vers son nombril. pourtant, avait lʼhabitude des pré-jugement. Est-ce parce que penser juste nʼa toires. plus été à la mode ? Est-ce parce Car, même si je ne connaissais quʼil fallait démagogiquement parler Yvon JOSEPH-HENRIpas intimement Camille, il a été pour creux et donner aux gens ce qui les flattait ? Toujours est-il que Camille a P.S. : Certains diront que jʼai, à nʼen pasmoi un politique honnête, qui ne secontentait pas de défendre une poli- été battu aux élections législatives et douter, une carte du PPM dans ma poche.tique, mais de faire partager son quʼil a dû en être malheureux, non Que ceux-là se rassurent : mon père, so-point de vue, de ne jamais lʼimposer, pas par orgueil mais par humilité, cialiste, était le concurrent direct dʼAimé Cé-et dʼessayer de comprendre ce quʼon parce quʼil devait sʼinterroger sur ce saire, en 1945 si je ne me trompe, à lapouvait lui dire. Est-il besoin de dire quʼil nʼavait pas dit ou fait pour obtenir mairie de Fort-de-France. Cela ne lʼa pasquʼil était un véritable intellectuel, au lʼadhésion du plus grand nombre à empêché dʼêtre aimé de ses élèves mili-sens humaniste que devrait com- ses idées. En tout cas, il nʼétait pas tants communistes ou futurs compagnonsprendre le terme intellectuel. dans sa nature dʼaccuser dʼautres de route de Césaire, voire futures figures de que lui. Il avait, en effet, le sens de la proue de la droite martiniquaise ; tout Camille mʼa accueilli en 2000 responsabilité que beaucoup nʼontcomme un fils, par affection pour son semble-t-il jamais eu. La preuve que comme personne ne mʼempêchera de leurvieux professeur de philosophie, mon ce nʼest pas la défaite même qui le rendre, à mon tour, un hommage vibrantpère. Il disait que cʼest Gros Jo qui lui minait est quʼil nʼa jamais cessé de se dès lors quʼils le méritent, parce que je suisavait dit de faire du droit, lorsquʼil était battre. Je le revois encore le dernier libre dans mon cœur et dans ma tête... Le Progressiste - Page 15 - Mercredi 23 décembre 2009
  • Ce 22 décembre, Serge LETCHIMY a reçu à lHôtel de Ville MM. Alain et Edwy PLENEL. Visite symbolique dune grande portée. La maire et ses collaborateurs reçoivent les PlénelEdwy PLENEL, journaliste, Alain PLENEL, vice-recteur mediapart en 1959 MM. Plénel père et fils Alain PLENEL et Serge Les PLENEL, S. LETCHIMY, E. LANDI LETCHIMY Vous souhaitez adhérer au Parti Progressiste Martiniquais ? 1. Téléchargez le bulletin d’adhésion : http://www.ppm-martinique.fr/wp-content/uploads/2009/09/Bulletin-dadhésion-2006.pdf 2. Complétez-le 3. Renvoyez-le à : PPM – Ancien réservoir de Trénelle – 97200 Fort-de-France ou par Mail à contact@ppm-martinique.fr Visitez le site du PPM :http://www.ppm-martinique.fr Appel du « Progressiste » aux Militants, aux sympathisants, à tous les Démocrates qui lui COMITÉ DE RÉDACTION : ont toujours fait confiance. Daniel COMPERE « Le Progressiste », organe du Parti Progressiste Martiniquais, a besoin de l’aide matérielle, Jeannie DARSIERES intellectuelle de tous les militants, démocrates et sympathisants. Nous les remercions d’en- voyer leurs dons (à l’ordre du PPM), leurs articles et leurs suggestions au siège du PPM : Didier LAGUERRE imp. TONIPRINT 0596 57 37 37 - Ancien Réservoir de Trénelle - Fort-de-France. Laurence LEBEAU Directeur de la Publication : Daniel COMPERE Daniel RENAY 18, Allée des Perruches - Rte de l’Union - 97200 Fort-de-France Serge SOUFFLEUR Téléléphone du siège du PPM : 0596 71 88 01 Victor TISSERAND Site Internet : www.ppm-martinique.fr Le Progressiste - Page 16 - Mercredi 23 décembre 2009