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Liber sacramentorum (tome_7)

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  • 1. LIBERSACRAMENTORUM NOTES HISTORIQUES ET LITURGIQUES SUR LE MISSEL ROMAINPAR S. E M . LE CARDINAL S C H U S T B R , O.S.B. DU T I T R E DE S A I N T - M A R T I N - A U X - M O N T S Archevêque de Milan. T O M E S E P T I È M ELES SAINTS DANS LE MYSTÈRE DE LA RÉDEMPTION (4 Mars - 6 Juillet) BRUXELLES VROMANT & G ,0 IMPRIMEURS-ÉDITEURS 3, RUE DE LA CHAPELLE e Dépôt à Paris : 37, rue de Lille (VII ) 1931
  • 2. Biblio!èque Saint Libère http://www.liberius.net © Bibliothèque Saint Libère 2010.Toute reproduction à but non lucratif est autorisée.
  • 3. LIBERSACRAMENTORUMNOTES HISTORIQUES & LITURGIQUES SUR LE M I S S E L R O M A I N T R A D U I T DE LITALIEN AVEC L A U T O R I S A T I O N DE L A U T E U R
  • 4. IMPRIMATUR : Mechliniae, 16 Aprilis 1931. J. T H Y S , can., lib. cens.D E S PRESSES D E LIMPRIMERIE V R O M A N T & C ° 3, RUE D E LA C H A P E L L E , BRUXELT.ES
  • 5. tISTA • QVAM • FELIX • ECCLESIA - V B I . PETRVS . PASSIONI • DOMINICAEADAEQVATVR . VBI • PAVLVS - IOHANNIS . EXITV . CORONATVRVBI • APOSTOLVS - IOHANNES . POSTEAQVAM . IN . OLEVMIGNEVM • DEMERSVS . NIHIL - PASSVS . EST • IN - INSVLAMRELEGATVR. (TERTVLL. DE PRAESCR.)
  • 6. CHAPITRE PREMIER LES PREMIÈRES LISTES FESTIVES DANS LE CALENDRIER LITURGIQUE A vie bienheureuse promise aux justes après quils ont accompli le cours de leur pèlerinage, et lunité de la 4 famille chrétienne dans le corps mystique de Jésus,réunissant autour de lunique pasteur toutes les brebis du trou-peau, tels sont les principes théologiques sur lesquels se fondela doctrine catholique du culte des saints. Ce culte, déjà ébauchépar la Synagogue, progressa et se développa de pair avec lathéologie et, par sa nature populaire elle-même, se refléta àtravers les siècles sous mille formes diverses, plus ou moinssuggestives, plus ou moins artistiques, selon le différent degréde civilisation des masses chrétiennes. A rencontre, en effet,de ce que prétendent les protestants, et même certains catho-liques imbus de leur esprit, la vénération des saints trouve sapleine justification dans lÉcriture, dans la tradition ecclé-siastique et dans les sources liturgiques des premiers sièclesde lEglise. En effet, lespérance dune résurrection glorieuse, dont celle edu Christ est le type, assimila, au moins dès le I I siècle,la depositio des défunts, et spécialement des martyrs, à lasolennité dominicale; aussi Ignace dAntioche peut-il écrire auxRomains que désormais il ne désire rien plus que de mourir,afin que la nouvelle de son martyre arrive aux fidèles quanddéjà est dressée la table du divin Sacrifice. De la sorte, tous enchœur pourront remercier le Seigneur davoir permis à lévêquede la Syrie de monter de la cité de Rome au ciel. Quelquesdizaines dannées plus tard, à Smyrne, lanniversaire du martyrede saint Polycarpe est célébré près de sa tombe en grandepompe, sans que ce rite révèle le caractère dune solenniténouvelle et exceptionnelle. Ces commémorations périodiques des martyrs nétaient peut-
  • 7. être pas très différentes, à lorigine, de celles des autres Sanctiou simples fidèles défunts; aussi dans les diptyques de la messeleurs noms purent-ils se suivre chronologiquement sans aucunedifférence formelle ; toutefois le sens chrétien distingua toujoursparfaitement la diversité existant entre le sacrificium prodormitione et les suffrages en faveur des trépassés, et lesprières adressées à Dieu au nom de la gloire accordée par luiaux martyrs, desquels au contraire on invoquait le patronageauprès du trône divin. Nous pouvons conclure, des inscriptions(graffiti) des cimetières romains et de la présence de nombreuxtombeaux dans leurs chambres sépulcrales, conformément audésir quon éprouvait alors de reposer près des martyrs, que eles Depositiones de ces derniers, au moins dès le I I siècle,représentèrent avec les solennités de Pâques, de la Pentecôte,du dimanche et des stations du mercredi et du vendredi, ce queTertullien appela, dun mot heureux, les Fasti chrétiens, paropposition aux fastes et au cycle festif païens. Ponce, diacre desaint Cyprien, nous apprend quà Carthage lanniversaire desmartyrs était précédé de la Trawu^ta, ou veillée nocturneprès de leur tombe; et dans les Actes de saint Saturnin deToulouse, nous remarquons que son natale, outre la vigilenocturne, comportait aussi le chant des hymnes et loffrande dusaint Sacrifice au lever de laurore. La dernière trace de ce rite,dans le Missel actuel, est la messe de vigile, le jour précédantles plus grandes solennités de lannée. e Quand, au I V siècle, la célébration quotidienne de lofficedivin devint à peu près générale, les natalitia des martyrsavaient, depuis longtemps déjà, trouvé place dans le calendrierchrétien, et il ne fut plus possible de les en éloigner; leucho-logie fériale sunit donc à leuchologie festive, beaucoup plusancienne, et elles formèrent ensemble une prière si harmo-nieuse et si variée dans ses détails, si élégante dans son ensemble,quon peut à bon droit la considérer comme lun des plus beauxchefs-dœuvre du génie chrétien. Lantique constitution hiérarchique, qui avait coutume depréposer un évêque, assisté de ses prêtres, au soin pastoral dechaque communauté chrétienne dans les villes et dans lescampagnes, a laissé des traces profondes en Orient, en Italie et
  • 8. en Afrique, où les anciens sièges épiscopaux étaient fort nom-breux. Cette organisation ecclésiastique détermina dune façonsurprenante le développement de la propagande évangélique,tout en contribuant à favoriser cette sorte dautonomie diocé-saine si caractéristique chez les anciens, et dont lune desformes les plus expressives par quoi elle se révèle à nous, estla liturgie. De même quautrefois chaque Église gardait jalousement lestombeaux de ses évêques et en conservait soigneusement laliste, afin de démontrer son apostolicité, discutée par les héré-tiques, au moyen de la succession légitime de ses pasteurs, ainsichaque communauté chrétienne composait ses propres fasteshagiographiques, qui formaient comme lhistoire religieuse etfamiliale de chaque Église. Ces listes festives varient de citéà cité; bien plus, elles diffèrent parfois entre les diverses basi-liques dune même localité, en sorte quil nous est impossiblede tenir compte de toutes; nous nous contenterons dexaminercelle de lÉglise romaine. 1 Le plus ancien Férial de R o m e porte le nom de Furius Dio-nysius Philocalus, lami et le calligraphe du pape Damase. Sapremière rédaction peut remonter à Tan 336, mais en tout caselle nest pas postérieure à 354. Outre les Depositiones episco-porum du Siège apostolique, à partir de la seconde moitié du e111 siècle les commémorations des martyrs romains y sontaussi notées, mais leurs fêtes sont toutefois célébrées exclusi-vement près de leurs tombeaux, dans les cimetières suburbains.Seules les fêtes de la Nativité du Seigneur, celles des saintsCyprien, Perpétue et Félicité de Carthage, et de quelquesmartyrs de Porto, étrangères aux fastes romains primitifs, fontexception à la règle. En tout, trente-six fêtes dont douze dePontifes romains. Mais si à ce groupe de solennités locales nousajoutons la fête de Pâques, celle de la Pentecôte, et peut-êtrelEpiphanie, nous avons tout le cycle hagiographique deRomeà la veille de la paix constantinienne. Il faut remarquer deux choses dans leLfltera^wmPhilocalien :la première est labsence des martyrs des deux premiers siècles, 1. Le^Férial Philocalien^correspond à une liste des stations cimité-riales plutôt quà lidée que nous nous faisons dun calendrier sacré.
  • 9. temps où la liturgie semblait ne pas savoir encore détacher son 1regard du visage rayonnant du Christ , —• Viri Galilaei quidstatis aspicientes in caelum? — de telle sorte que les cimetièresne nous ont conservé que de très rares souvenirs de ces hérosde la toute première génération chrétienne à Rome; quant àlautre, elle concerne le culte liturgique rendu aux Papes de lapériode constantinienne, ce qui constitue lun des premiersexemples de vénération publique envers des saints qui avaientrendu témoignage à la foi non par leur sang mais par lexercicedes plus rares vertus. Après le Férial de Furius Dïonysïus Philocalus, le documenthagiographique le plus important, le martyrologe syriaque deWright, nous transporte à Nicomédie, ou au moins sur la côteoccidentale de lAsie Mineure, vers les premières années du ev siècle (402-417). Dans sa première partie, ce texte a utiliséle De Martyribus Palaestinae, la S u v a y o ^ TOW àp^afav^apTupLcov dEusèbe et quelques listes de martyrs occidentaux,provenant sans doute de Rome; en sorte que ce document sac-corde en partie avec les plus anciennes recensions du marty-rologe hiéronymien, pour létude duquel il constitue maintenantlun des textes les plus importants. Le martyrologe dit hiéronymien est absolument indépendant,quant à ses origines, de la Syrie, et résulte non seulement dunecompilation grecque des livres dEusèbe sur les martyrs, maisaussi de la fusion des divers éléments hagiographiques contenusdans les fastes de Dionysius Philocalus, les listes des martyrsafricains et un petit nombre de documents sporadiques de emoindre importance. Au v i siècle, deux recensions différentes dece martyrologe circulaient en Italie; la plus étendue, avec lanarration des « gestes » des martyrs, est mentionnée par Cas-siodore {De Instit. divin, lect., C. xxxn), et représente peut-êtrele type primitif du martyrologe occidental; lautre, avec laseule mention des noms des martyrs et du lieu de leur sépul-ture, peut dater du temps de Sixte III (432-440) et elle est 1. En cette toute première époque, où la masse chrétienne, récemmentconvertie du polythéisme, aurait facilement mal compris la notion catho-lique du culte et de la vénération rendue aux saints, ce fut une sageprudence de lÉglise que de navoir pas trop insisté sur ce point.
  • 10. mentionnée par saint Grégoire le Grand, dans une lettre aupatriarche Euloge dAlexandrie. Lune et lautre recensions eurent dailleurs un heureux sort :la plus brève fut peu à peu amplifiée dans les Gaules; Adon, aucontraire, préféra lautre, sen servant comme de base pourson martyrologe historique, qui finalement arriva à supplanterentièrement son compétiteur, trop laconique désormais. Nous devrions mentionner encore divers anciens calendriers,comme le Laterculum de Polemius Silvius (de 448), les FastesConsulaires (de 493), le Calendrier carthaginois (entre la fin e edu V siècle et le commencement du VI ), les différentes famillesdes manuscrits du martyrologe hiéronymien, celles de Fulda,de Trêves, de Farfa, une riche moisson dépigraphes antiques,où sont mentionnées diverses fêtes de saints ; mais il suffit quenous ayons indiqué ces sources aux chercheurs. Après les Fastes Philocaliens, les notices les plus impor-tantes et les plus sûres pour la connaissance du cycle hagio- e egraphique de Rome, du V au v m siècle, sont contenues dansles Sacramentaires et dans les listes des péricopes scripturairesà lire à la messe. Le point de départ de Tannée liturgique est la fête de Noël,et généralement les Sacramentaires commencent par la messe 1de la Vigile de Noël. Le lendemain comporte trois stations :à Sainte-Marie-Majeure, à Sainte-Anastasie et à Saint-Pierre;puis viennent les fêtes de saint Etienne, de saint Jean, desInnocents et de saint Sylvestre. Dans le Lectionnaire deWùrzbourg, qui représente actuellement le plus ancien Cornes eromain du début du v n siècle, il nest question ni de loctavede Noël, comme dans le Capitulare Evangeliorum de la mêmeville, qui date du milieu du V I I siècle, ni de la vigile de la eThéophanie, mais en revanche toute la quinzaine qui va dunesolennité à lautre est considérée comme festive. Dans le e rCapitulare, le I janvier névoque plus désormais aucun tristesouvenir des sacrilèges perpétrés en ce jour par le paganisme 1. Ce cas nest pas unique dans la liturgie romaine, puisque chaquefois quà Rome une fête était célébrée en des sanctuaires variés et dis-tincts (comme le 29 juin : Trinis celebratuY [viis festa Sanctorum Mar-tyr um) la messe stationnale était répétée.
  • 11. agonisant; il est devenu au contraire loctave du Seigneur,associée plus tard par les Gallicans au souvenir de la Circum-cisio dont le récit évangélique, uni à celui de la Purification deMarie au temple, nous ramène aux temps où, en Occident, Onne célébrait pas encore une fête spéciale de 1 Hypapante. La Theophania na pas doctave proprement dite, — cestle privilège exclusif de la fête de Pâques, — mais, commeNoël et la Pentecôte, la solennité est prolongée de quelquesjours, déjà supprimés dans le Capitula?e où sont au contraire e enotées chaque semaine les diverses messes des I V et V I fériésà célébrer durant lannée. Le 14 et le 16 janvier se célèbrentles fêtes de saint Félix in Pincis et de saint Marcel; et dans leCapitulare outre sainte Prisque, saint Fabien, saint Sébastien, t— avec deux messes distinctes —sont mentionnés les martyrsVincent et Anastase— également avec" deux messes distinctes,en raison des deux différentes basiliques stationnales où ellesse célébraient. Dans le Lectionnaire, sainte Agnès a la même épître que sainteAgathe ; mais dans le Capitulare, outre la fête de passione le21 janvier, est indiquée celle de nativitaie huit jours plus tard.Il nest pas encore question de la Ptwificatio, mais le Capi-tulare, après les fêtes de sainte Agathe et de saint Valentin, etavant la quadragésime, assigne lévangile de la Purification àune nouvelle solennité anonyme désignée simplement ainsi :II men. Febr. Un siècle plus tard, un calendrier cassinien, erdaccord avec le Liber Poniificalis dans la vie de Serge I ,et avec le martyrologe de saint Willibrord, révèle encore lin-certitude de la tradition liturgique romaine relativement àcette nouvelle fête orientale, lappelant simplement : SanctiSymeonis. Il est fort étrange que les Sacramentaires romains,le Capitulaire et le Lectionnaire de Wùrzbourg, soient tousdaccord pour omettre, au 22 février, la fête de la Chaire desaint Pierre. Cette solennité qui se présente déjà à cette datedans le Férial Philocalien est certainement dorigine romaine; elle dut pénétrer de très bonne heure dans les liturgies galli- canes, qui la célébrèrent le 18 janvier, avant louverture dujeûne quadragésimal. A Rome, on ne célèbre pas de fêtes particulières durant le
  • 12. Carême, mais chaque jour a sa propre station dans légliseassignée, avec une messe spéciale, qui sinspire des grandssouvenirs religieux locaux, pour rendre le jeûne moins mono-tone et moins pénible, grâce à ce magnifique ensemble deprocessions, de chants et de solennités toujours variées ettoujours orientées vers la future fête pascale, dont elles vou-laient être comme le prélude et la préparation. A la différence des autres livres liturgiques romains quimentionnent la fête de la Pascha annotina, ou commémo-ration du baptême reçu Tannée précédente, le Capitulaire et leLectionnaire de Wurzbourg lomettent, tel un rite déjà tombéen désuétude avec la discipline du catéchuménat. Ces deuxdocuments ne connaissent pas même la fête de saint Georges,introduite plus tard, et notent seulement celles des saintsTiburce, Valérien et Maxime le 14 avril, et de saint Vital le28. LAscension et la Pentecôte se succèdent avec leurs rites ordinaires; le jeûne des Quatre-Temps dété ne coïncide plusavec loctave de la Pentecôte, dinstitution récente, et ledimanche suivant est appelé simplement : Sanctorum, commechez les Grecs, parce que consacré à honorer tous les saints. Plus tard, à la fête de lapôtre Philippe le I mai fut associée er celle de Jacques, quand (vers 561) on dédia lApostoleion du Quirinal, y déposant les reliques des deux apôtres. Pourtant ce Jacques, selon les anciens Sacramentaires et selon la tradition orientale, est Jacques le Majeur, frère de Jean, mis à mort par Hérode vers la fête de Pâques.^ Suivent les solennités desmartyrs de Ficulea, Alexandre, Évence et Théodule, de Gor- dien, de Pancrace et de sainte Pudentienne. Le mois de juin commence par la dedicatio S. Nicomedis (619 - 625) dontaujourdhui toute trace a disparu; viennent ensuite les saints Pierre et Marcellin, Prime et Félicien (642-649), Basilide, Marcet Marcellien, Gervais et Protais, saint Jean-Baptiste, les martyrs Jean et Paul, les apôtres Pierre et Paul, ces trois der- nières fêtes précédées dune « vigile ». Dans le Capitulaire, se présentent en juillet les martyrs Pro- cessus et Martinien, — loctave des saint Apôtres semble moins ancienne, —la fête, comportant plusieurs stations, des sept fils de sainte Félicité; celle de saint Apollinaire, de saint Félix
  • 13. —identifié à tort avec Félix II — et des martyrs Simplice, Faustinet Viatrix, de sainte Praxède et des saints Abdon et Sennen. Aux calendes daoût, napparaît aucune mention de laDedicatio de Saint-Pierre-aux-Liens, fête de caractère alorsstrictement local. Le Lectionnaire de Wûrzbourg omet aussi lafête de saint Etienne pape, mentionnée pourtant dans le Capi-tulaire, mais il indique en revanche Sixte II avec ses deuxdiacres; suivent la vigile et la fête de saint Laurent, le natalesancti Angeli avec la dédicace de sa basilique sur la vcieSalaria, saint André, TAvent et la vigile du Natale Domini.Le Capitulaire ajoute, au mois daoût, les saints Cyriaque,Euple (642-649), Eusèbe, le natale S. Mariae, les martyrsAgapit, Timothée, Hermas, Sabine, Félix et Adaucte, et ladécollation de saint Jean-Baptiste. Adrien, Prote et Hyacinthe, Corneille et Cyprien, — avec deuxmesses distinctes, — Nicomède, Lucie et Euphémie, Côme etDamien, sont fêtés en septembre; Callixte en octobre; Césaire,les Quatre-Couronnés, Théodore, Menna s, Ma rtin, Cécile,Clément et Félicité — aAec deux messes distinctes — Chry-sogone, Saturnin et la vigile de saint André forment le cycledu mois de novembre- Dans les traditions de la liturgie latine du V I I siècle, il emanque encore, au moins comme solennités universelles, lesquatre grandes fêtes de la sainte Vierge, aux mois de février,mars, août et septembre, comme aussi lExaltation de la sainteCroix, introduite à Rome, ou tout au moins rendue beaucoup erplus solennelle, grâce au pape grec Serge I . Mais cependant,même dans cette simplicité archaïque, combien beau et variéest ce cycle hagiographique, composé avec tant de saveurcatholique et romaine, et qui déroule annuellement sous lesyeux des fidèles les pages les plus émouvantes de lhistoire duchristianisme dans la capitale même du monde romain. Quelsens plus fécond les lectures de lÉcriture sainte, choisies avectant de goût et si bien appropriées à chaque solennité, nedevaient-elles pas assumer en ces fêtes, en ces lieux si sugges-tifs, là où les saints martyrs, vivant et mourant pour le Christ,avaient réalisé dune manière si sublime lidéal contenu dansces pages inspirées !
  • 14. Durant le bas moyen âge, quand le génie liturgique commençaà saffaiblir, les compositions les plus caractéristiques pour lesfêtes des martyrs de lantiquité furent adaptées à de nouvellessolennités, et devinrent même lactuel Commune Sanctorum duMissel et du Bréviaire. Ce Commune Sanctorum a fini parappauvrir la liturgie, faisant tomber en oubli, dans le Misselsurtout, force éléments précieux des plus beaux siècles delÉglise. Ce fut alors également quon chercha à réunir en unseul groupe plusieurs fêtes de saints célébrées auparavant avecdes messes et des rites locaux absolument distincts; par exemple,Fabien et Sébastien, Vincent et Anastase, Basilide, Quirin,Nabor et Nazaire, etc. Grâce à un goût artistique fort défectueux, les élémentsliturgiques les plus anciens durent, pendant le bas moyen âge,sadapter aux fêtes nouvelles qui se multipliaient sans cesse etcela donna naissance aux Communs, auxquels sadaptèrent, tantbien que mal, la majeure partie des solennités récentes, quifinirent dès lors par perdre toute signification spéciale. Le Bréviaire fut moins malmené. Le cursus romain, en vertude sa structure même et de lunité de plan de sa rédaction, —qui veut que le chant du psautier soit exécuté entièrement dansle cours dune semaine, et que la sainte Bible soit lue chaqueannée dans son ensemble, — put se soustraire plus longtempsaux invasions hagiographiques qui avaient déjà altéré le Missel. eAu V I siècle, saint Benoît, parlant des Natalitia Sanctorum etdes Solemnitates du Seigneur, laisse entendre combien ellesétaient rares alors; car, tandis quil prescrit rigoureusement larécitation hebdomadaire du Psautier, il établit aussi que lorsdes grandes solennités — comme à titre exceptionnel — lespsaumes, les lectures, les antiennes et les répons se rapporterontà la fête, sans tenir compte de Tordre du Psautier. Il est biendifficile de déterminer la liste de ces solennités dans le cursusbénédictin primitif. A celles qui, dans les listes de Wûrzbourg,sont précédées dune vigile, comme saint Jean, saint Pierre,saint Paul, saint Laurent, saint André et les saints Jean etPaul, devons-nous sans doute ajouter sainte Agnès et les sept efils de sainte Félicité. Ce fut seulement au v n i siècle, vers le ertemps dHadrien I , que les diverses fêtes locales de saints,
  • 15. quon ne célébrait jusqualors, avec des lectures et des antiennesspéciales, que dans leurs respectifs tituli de la Ville ou descimetières, furent accueillies dans le Calendrier de la basiliquevaticane, doù elles se répandirent ensuite hors de Rome etdans toute lÉglise latine. Le Cursus bénédictin a été rendu, il y a quelques années,grâce au Siège apostolique, à la simplicité et à la pureté solen-nelle de ses lignes primitives, en sorte que dans les plus insignesmonastères des fils du patriarche du Mont-Cassin, la vie litur-gique, dans sa forme et dans son esprit, nest guère différente decelle des moines du moyen âge : Ora et labora. Cette extrême réserve des anciens, et, aujourdhui, desOrdres monastiques les plus vénérables par leurs traditionsliturgiques, tels que les Bénédictins, les Chartreux et les Cister-ciens de la Trappe, relativement à linsertion des solennités desaints dans le Cursus liturgique annuel, nest pas un caractèreexclusivement propre à la liturgie romaine, puisquil se trouveplus ou moins dans toutes les plus antiques liturgies latines. eA Naples, par exemple, un calendrier de marbre du I X siècleet deux précieux Capitulaires de péricopes évangéliques duV I I siècle, mentionnent seulement les fêtes de saint Etienne, ede saint Jean, des Innocents, de Stella Domini, lInvention dela sainte Croix, saint Vite, les saints Jean et Paul, saint Jean-Baptiste, les apôtres Pierre et Paul, saint Laurent, saint Jan-vier, saint Michel, la décollation de saint Jean, lAssomption deJean TÉvangéliste et saint André, précédées presque toutes dujeûne et de la vigile. e Un Ëvangéliaire du V I siècle à lambrosienne, porte en marge e eune sorte de Capitulaire écrit entre le V I et le v m siècle,relatif aux lectures liturgiques en usage dans certaines églisesde type ambrosien, à lexclusion de Milan, de Vérone ou dautresvilles célèbres ; sil les eût concernées, on y trouverait la tracede quelques fêtes locales. Au contraire, nous y notons des fêtesde caractère tout à fait général ; Noël, saint Etienne, saint Jean,les Innocents, saint Jacques, la Purification (15 février?), saintGeorges, saint Pancrace, saint Nazaire, la Décollation de saintJean-Baptiste, saint Victor et saint Éleuthère. e La liste des fêtes dAquilée au v n i siècle, nous est rapportée
  • 16. en partie par un Capitulaire mutilé de la bibliothèque Rehdigerde Breslau. et embrasse Noël avec son cycle de fêtes, y comprissaint Jacques, comme dans le rit ambrosien, Yoctava Domini, laThéophanie, lInvention de la sainte Croix, saint Jean-Baptiste,la Purification et saint Laurent. Nous pourrions étendre longuement ces observations, maissans grande utilité, puisque lélément hagiographique danslOffice, étant de sa nature éminemment local, variait selon leslieux et les temps. Cependant, ce quil faut noter avant tout, ecest que ces commémorations de saints eurent, dès le 11 siècle,un caractère éminemment festif. En effet, ce fut grâce à cessolennités hagiographiques introduites avec sobriété dans lacélébration de loffice divin, que celui-ci devint, chez les anciens,de plus en plus riche et varié, puisque les saintes Écritures elles-mêmes, qui forment lélément principal, pour ne pas dire unique,du Bréviaire, trouvèrent dans les fêtes des saints leur appli-cation la plus géniale et la plus pratique.
  • 17. e Fig. i. — Fresque du I V siècle dans la maison des saints Jean et Paul.ORANTE
  • 18. CHAPITRE II LES VOCATIONS ECCLÉSIASTIQUES ET LA PRIÈRE DU PEUPLE CHRÉTIEN ORDRE et le mariage sont deux sacrements qui nont pas simplement pour objet la sanctification de lindividu qui les reçoit, comme les cinq autres sacrements, mais ilsont en outre un but éminemment social. De même que les nocessont ordonnées à la conservation de lespèce humaine et se rap-portent surtout à lélément matériel de lÉglise, cest-à-dire àlhomme, ainsi le sacrement de lOrdre est en relation aveclélément formel de cette même société surnaturelle questlÉglise, cest-à-dire avec la grâce, dont le sacerdoce est ledispensateur. Il est clair que, sans le sacerdoce, lÉglise ne pourrait passubsister; bien plus : dans lordre présent établi par Dieu, sansla sainte hiérarchie, la mission rédemptrice de Jésus-Christ seserait pour la plus grande partie terminée avec la fin de sa viehistorique. Cest grâce au sacerdoce quil vit et agit dans la suitedes siècles. Par lentremise de saint Pierre, il paît encore toutce troupeau que son Père lui a donné, sans perdre une seulebrebis. Grâce à saint Paul, il continue de manifester au mondele saint nom du Père éternel, accomplissant dans son Corpsmystique ce qui manque encore à la somme de cette expiationrédemptrice qui doit constituer limmense trésor de méritesdont lÉglise dispose. Aujourdhui encore, au moyen de sonsacerdoce, Jésus pertransit benefaciendo et sanando omnes. Ce sont là les pages dun Évangile écrit il y a plus de dix-neuf siècles, mais ce sont aussi des pages contemporaines quenous vivons et dont nous-mêmes sommes encore les acteurstrop heureux. Après tant de siècles dhistoire, alors que touteautre institution aurait disparu, ou pour le moins serait caduque,seule lÉglise prospère, vigoureuse dune éternelle jeunesse.Que fait lÉglise aujourdhui? Il serait plus facile, ou plutôt
  • 19. moins difficile, de dire ce quelle ne fait pas. Elle ne fait pasle mal, mais quaecumque sunt vera, sancta, ptdchra, pudica,toutes les sciences, tous les arts, le véritable progrès, léduca-tion des masses, linstruction des enfants, le soin des malades,tout a lÉglise pour protectrice et pour mère. Il nest pas debesoin humain pour lequel elle nait un secours et quellenaide; il nest pas de larmes quelle ne cherche à sécher,autant quil est possible en cette vallée de larmes; vraie imagede Celui dont il est écrit : miseratio autem Dei super omnemcarnem. Telle est donc la sublime vocation et la mission dusacerdoce catholique : continuer sur la terre lœuvre de Jésus,œuvre sociale et donc catholique, au sens le plus élevé dumot. Nous devons reconnaître que la succession féconde du sacer-doce chrétien ou, en dautres termes, que les vocations ecclé-siastiques nombreuses, cest-à-dire égales aux obligations etaux nécessités infinies de lÉglise, sont une chose de telle impor-tance que, après les Sacrements, lon nen saurait indiquer deplus grande. Or il est opportun de constater que la traditionliturgique, les choses étant ainsi, reflète à merveille ce caractèresocial particulier du sacerdoce catholique, et ce vœu suprêmede lÉglise; on pouvait ladmirer surtout dans lantiquité, alorsque le peuple vivait intimement de la vie de lÉglise au moyendune participation active et continue à la sainte liturgie, etprenait une part très importante à lordination des^ministressacrés. * * Commençons par établir les principes théologiques quidoivent nous orienter dans cette étude. Jésus-Christ a dit :Orale Dominum messis ut mittat operarios in messem suant. Ilnous en a Lui-même donné lexemple, puisque, avant délireles douze Apôtres, lÉvangile nous dit quil passa une nuitentière à prier son Père, sous la voûte étoilée du ciel de Palestine,sur le sommet dune montagne. A la prière, Jésus avait uni unautre élément, le jeûne; non seulement celui qui avait précédé,quarante jours durant, son ministère apostolique, mais aussi lejeûne quotidien qui était comme son aliment habituel; en effet,
  • 20. aux Apôtres qui linterrogaient sur limpuissance de leur com-mandement pour chasser un démon obstiné et sur la nécessitéde son intervention directe, il répondit : Hoc genus in nullopotest eiici, nisi in oraiione et ieiunio. Cette oraison liturgique qui constituait la forme même dusacrement de lOrdre (puisque les formules sacramentellesrevêtaient dans lantiquité la forme déprécatoire quelles ontencore très souvent aujourdhui chez les Orientaux) le précèdemaintenant et elle apparaît déjà dans les Écritures à propos delordination des sept premiers diacres. Au début du chapitre vides Actes des Apôtres, nous trouvons la première page delhistoire de lOrdre dans lÉglise catholique, parce que leséléments essentiels en quoi consiste encore aujourdhui le ritesacré, y sont exprimés. A la proposition de Pierre fait suite lélection des sept can-didats par lassemblée. Le texte sacré ne distingue pas la partdiverse queurent en cette élection les onze Apôtres et le peuple,mais il dit en général : Elegerunt, puis : hos statuenmt anteconspectum Apostolorum. Nous verrons toutefois plus tard lapart distincte appartenant à lÊvêque qui appelle — Vocaiio — etau peuple qui acclame, dans les ordinations des ministres sacrés. Après la désignation des candidats par le suffrage de tous lesassistants vient, dans les Actes des Apôtres, le rite sacramentelqui consiste en un double élément : matériel et formel. LesApôtres sont les ministres du Sacrement — Orantes imposuerunteis marnes. Saint Paul, dans une circonstance semblable, ajoutela grâce spéciale obtenue par les diacres moyennant cetteimposition des mains : habentes mysterium fidei in conscientiapura. Nous avons mentionné saint Paul. Un texte des Actes desApôtres, relatif à sa vocation formelle à lapostolat, est encorediscuté par les exégètes qui se demandent sil se rapporte ounon à ce que nous appellerions aujourdhui sa consécrationépiscopale. Toutes les circonstances dailleurs nous induisent à le croire,car nous sommes à Antioche, en un jour de cérémonie publiqueet même de jeûne. Le texte grec est beaucoup plus clair :ÀeiToupYoïivTOV 8s CXUTCOV TCJ> xupicp x a l VY)GTSUOVTO>V (Ch. XIII, 2).
  • 21. En ces premiers temps, le Paraclet se plaisait à arroserabondamment de ses charismes la tendre petite plante delÉvangile. Un assistant se leva donc au nom de lEsprit Saint,et il ordonna de réserver Saul et Barnabe pour une vocationspéciale à laquelle celui-ci les destinait. Les chefs de lÉglisedAntioche, dociles au Paraclet, ne tardèrent pas à obéir :TOTE VTjGTeiScravTeç x a l 7cpoaeu£à[/.evoi x a l s7ut0évTeç Tàç yzipoiqaôroïç a7uéXuaav. Cette imposition des mains fut donc accom-pagnée du jeûne et de la prière collective du corps hiérar-chique. Les épîtres pastorales de saint Paul najoutent pas grand-chose à ces détails liturgiques. Lidée sy insinue qualors lesordinations saccomplissaient coram multis testibus. De plus,lordination de Timothée, comme celle de Paul et de Barnabe,est précédée dune ou de plusieurs prophéties ou manifestationscharismatiques. Le candidat avant de ployer sa tête sous lim-position des mains de lApôtre et des prêtres dÉphèse : Con-fessus est bonam confessionem coram multis testibus. Nous ne pouvons pas préciser davantage. * Dans la Traditio A postolica d Hippolyte, dont lorigineromaine nest pas discutable, lordination de lévêque est ainsidécrite : Episcopus ordinetur électus ab omni populo... diedominica ce qui est lindice dune période déterminée de Tannée,période où saccomplissaient régulièrement les ordinations —Consentientibus omnibus, imponant (episcopi) super eum manus,et presbyterium adstet quiescens... Suit le rite de lordination. Le même rite saccomplit pour le prêtre; et il faut remarquerla part que prenait alors le peuple et dans la désignation ducandidat, et dans la demande, faite en union avec lévêque,des grâces nécessaires au fidèle accomplissement de sa nouvellemission : Omnes autem silentium habeant orantes in corde propterdescensionem Spiritus. La liturgie de Rome reflète à merveille les spéciales préro-gatives de cette Église Mère, qui, par Pierre et ses successeurs,est le divin fondement de toutes les autres églises particulières :Vere incessu patuit Dea, dirait le poète. Or, la liturgie de Rome
  • 22. elle-même, avec un appareil sublime de rites, de jeûnes, de scrutins publics précédant les ordinations, nous démontre limportance quelle donna toujours aux éléments apostoliques mentionnés plus haut, cest-à-dire à la prière et au jeûne solennel de tout le peuple dans la semaine cù ces ordinations devaient être célébrées. Le Liber Pontificalis attribue au pape Callixte linstitution du jeûne des Trois-Temps, tribus per annum temporibus. — La semaine actuelle des Quatre-Temps de mars rentre dans le cycle du jeûne quadragésimal et se confond avec lui, cest pour- quoi à lorigine on nen tenait pas compte. — Il est un peu difficile de déterminer ce que Callixte a réellement établi,puisque nous savons que lÉglise romaine, dès les temps apos- e e toliques, avait ajouté au jeûne hebdomadaire des I V et V I fé-riés celui du samedi en préparation à la solennité dominicale,non sans un certain esprit dopposition vis-à-vis des juifs et desjudaïsants. Quoi quil en soit, on fit coïncider les trois jeûnesédictés par le pape Callixte avec les fériés latines de la moisson,de la vendange et du décuvage, et aujourdhui encore dans leMissel romain, les messes des Quatre-Temps conservent, malgréloccurrence du jeûne, une certaine empreinte festiveen rapportavec ces circonstances de la vie champêtre. A la solennité deces jeûnes, de caractère public et obligatoire pour tous les efidèles, on annexa, au I V siècle, les ordinations qui, si ellesapparaissent dabord dans le Liber Pontificalis comme unecaractéristique exclusive des jeûnes de décembre, — hic fecitordinationes duas mense Decembri (cest la phrase stéréotypéequi, du Liber Pontificalis est passée dans les leçons biogra- ephiques du Bréviaire romain au sujet des Papes du 111 siècle), —furent célébrées par la suite indifféremment à tous les Quatre-Temps de lannée. Nous possédons une riche collection des prédications parlesquelles saint Léon le Grand annonçait au peuple lapprochede ces jeûnes solennels, et décrivait les dispositions moralesnécessaires à lâme. Pour finir, il en venait à intimer : Quartaigitur et sexta feria ieiunemus; sabato vero apud beatum Pelrumpariter vigilernus. Nous devons nous arrêter quelque peu àcette ordonnance de saint Léon,
  • 23. A Rome, — et il en était de même dans tous les autres siègesépiscopaux dItalie, — la tombe du premier fondateur de laChaire épiscopale était considérée comme la cellule primitiveet vitale doù était sorti tout le reste de lorganisme ecclé-siastique. Ces ossements sacrés, enfermés dans le tombeau dorde lépoque constantinienne, nétaient point des ossementsmorts, puisquils fleurissaient comme un lis, dont la tige, lesfeuilles, les fleurs, étaient les évêques, le clergé, les fidèles delÉglise même. On comprend donc pourquoi les sépulcres despremiers Papes furent groupés autour de saint Pierre; commeceux des premiers évêques, à Ravenne, autour de saint Apol-linaire; à Noie, autour de saint Félix; à Naples, dans les cata-combes de saint Janvier. Aux jours les plus solennels du cycleliturgique, la messe stationnale était toujours célébrée en effetà Saint-Pierre, quoique anciennement cette basilique cimitéralefût hors de la Ville. On tenait à célébrer la fête chez le père defamille, dans sa propre domus qui était dès lors la vraie maison tdu peuple, celle qui, par la suite, sappela la domus par excel- 1lence, le dôme (en italien le duomo ; la pieve , de plebs, peuple),et, finalement, la cathédrale. Pour les ordinations, il fallait en outre tenir compte, à Rome,dune autre raison. Toute collation dan pouvoir sacré étaitconçue, dans lantiquité, comme une extension de ce pouvoirplénier et absolu conféré par le Christ à saint Pierre, comme uneparticipation à son autorité. Non seulement donc le rite devaitse célébrer sur sa tombe, mais sur ce sépulcre sacré prêtres etlévites devaient recevoir les vêtements respectifs qui étaientlinsigne de leur dignité, comme lon fait aujourdhui encorepour les palliums des archevêques. Cest pour cette raison quedans le Missel romain, toutes les messes durant lesquelles,anciennement, se célébraient les ordinations, sont encore main-tenant assignées ad s. Petrum. Dans la formule rapportée plus haut, saint Léon ajoute à cerendez-vous à Saint-Pierre un nouvel élément liturgique dontnous devons rendre compte : sabato autem, apud beatum Petrumpariter vigilemus. Il sagit, finalement, de la vigile nocturne, S. Paroisse,
  • 24. passée en prières et dans.la célébration du divin Sacrifice; ce erite, au 11 siècle, était communément en usage tous lessamedis, mais il devenait plus strictement obligatoire pourtoute la communauté chrétienne dans la nuit de la solennitéde Pâques. Lors des ordinations, les dimanches qui suivaient les Trois-Temps, il se produisait quelque chose de semblable. Il sagissaitdun événement intéressant non seulement lévêque, mais lepeuple lui-même, puisquon voulait obtenir de Dieu de bons etzélés ministres du sanctuaire. Or, comme Jésus avait expres-sément commandé : rogate Dominum messis, ut mittat operariosin messem suam, le samedi soir le peuple fidèle, au lieu de romprele jeûne, comme il lavait fait le mercredi et le vendredi pré-cédents, le prolongeait encore toute la nuit et se portait en foulesur la colline vaticane, pour y commencer la grande solenniténocturne des ordinations sur la tombe du premier des Apôtres. Cette foi, si pleine denthousiasme, avec la prière assidue, cesmilliers de chrétiens qui, avec le Pape et ses ministres sou-tiennent le jeûne, nous font comparer cette synaxe nocturneaux grandes manœuvres spirituelles — praesidia militiaechristianae — que lÉglise célébrait alors dans son templeprincipal. Revenons au texte de saint Léon : Quarta igitur et sexta feriaieiunemus. En vertu dune ancienne tradition liturgique, età la différence de ce qui se faisait en Orient et à Milan, on neconcevait pas, à Rome, un jeûne qui ne fût pas sanctifié parune messe stationnale. Sanctificate ieiunium. Le mercredi desQuatre-Temps, il est donc de règle que la station ait lieu dansla basilique esquiline de Sainte-Marie-Majeure, comme pourrecommander lheureuse issue des ordinations à lintercessionde celle que Proclus de Constantinople salua de ces termesheureux : 0 Templum, in quo Deus sacerdos factus est. Au commencement de la messe, les nouveaux élus prenaientplace dans une enceinte spéciale, à la vue de tous; puis on lesprésentait au peuple; dans ce but, un notaire montait à lambonet lisait leurs noms, invitant les fidèles à parler, si lun deuxavait à dire quelque chose à leur sujet : Domino Deo Salvatorenostro Iesu Christo, elegimus in ordine diaconi (ou presbyterii),
  • 25. N. N. de titulo N. Si quis habet aliquid contra hos viros, proDeo et propter Deum cum fiducia exeat et dicat. Verumtamenmentor sit commtmionis sacrae, — en tant quil devait ensuiteconfirmer sa déposition à la charge des candidats par la sainteCommunion. Si aucune observation nétait faite à la charge des élus,ceux-ci devaient en outre déclarer, sous la foi du serment, quentoute leur vie précédente ils sétaient maintenus purs de cespéchés graves qui, dans lancienne discipline ecclésiastique,même après labsolution sacramentelle, excluaient à jamais de loffice du saint autel. Ce rite du mercredi des Trois-Temps se répétait le vendredisuivant dans la basilique, ou apostoleion, que le pape Jules, et,par la suite, Narsès, avaient élevée à Rome à limitation de labasilique constantinienne de Byzance. A la vérité, on nyconservait que les reliques des apôtres Philippe et Jacques;mais comme ce temple avait été dédié aux douze membres duCollège apostolique, il fut choisi pour la célébration de cettestation très importante, précédant les ordinations. On tenaità ce que les candidats au ministère sacré y fussent dabordprésentés à ceux dont, sur la terre, ils devaient en quelque sortetenir la place et continuer lœuvre. Après la messe qui se terminait vers le coucher du soleil, —les jours de jeûne les messes se célébraient toujours le soir, etil en est encore ainsi chez les Orientaux en quelques circon-stances particulières de lannée,—chacun était libre de sétendre,à la romaine, autour de la table pour le repas habituel. Toute-fois, après ce repas du soir, le jeûne précédant les ordinationsdevenait si sévère et si universel que, sétendant à toute lacommunauté chrétienne, il excluait jusquà la messe matinaledu samedi, et ne pouvait se rompre quà laurore du dimanche,après laccomplissement du rite sacré des ordinations. La sainte veillée dans la nuit du samedi au dimanche évoquaitle souvenir de Jésus qui, la nuit précédant le choix des Douzepour lapostolat, était demeuré en oraison sur une montagne.Les anciens chrétiens aimaient fort cette prière liturgiquenocturne, dinstitution évangélique, et que les Apôtres trans-mirent aux Églises, comme un dépôt sacré à eux confié par le
  • 26. Sauveur. Saint Luc nous montre Paul et Silas qui, enchaînésdans la prison de Philippes, se levèrent à minuit pour louerDieu, en sorte que les autres détenus purent les entendre(Act., xvi, 25). A cet épisode""des Actes des Apôtres fait allusion un versdune très belle hymne de saint Ambroise, que lon réciteencore à loffice des Matines le mercredi : Mentes manusque tollimus t Propheta sicut noctibus Nobis gerendum praecipit, Pauhisque gestis censuit. Cette prière liturgique nocturne était généralement en usage echez les fidèles dès le 11 siècle, surtout avant le sacrifice festifdu dimanche, et à loccasion du natalis de certains martyrs.Cette veillée de prières était appelée en grec pannuchis, etvigilia en latin ; de là est venue, non sans une notable déviationdu mot, notre vigile au sens moderne, que les Grecs appellentplus justement preorti, cest-à-dire jour précédant la solennité. La sainte veillée qui solennisait le rite des ordinations con-sistait liturgiquement en une série de lectures scripturaires,tantôt douze, tantôt vingt-quatre, faites en grec et en latin. eAprès le v i i siècle, leur nombre fut réduit à sept, et elles étaientséparées par le chant responsorial des psaumes et par les col-lectes que récitait lévêque au nom de tout le peuple. Quand on avait ainsi passé une bonne partie de la nuit, etque laurore commençait déjà à blanchir le ciel, le Pape laissaitlassemblée psalmodiant, massée dans les cinq nefs de Saint-Pierre, et il se retirait dans loratoire circulaire de Saint-André,où il imposait les mains aux nouveaux prêtres et diacres et lesconsacrait. Il peut sembler singulier et curieux, à première vue,que le Pontife se retirât ainsi dans un oratoire spécial pour yaccomplir les ordinations. Ce nest pourtant point là un faitexceptionnel dans lantique liturgie, puisque le Baptême et laConfirmation sadministraient ordinairement eux aussi dansdeux oratoires distincts de léglise, cest-à-dire dans le baptis-tère et dans le consignaiorium, doù le peuple était pareillementexclu. Celui-ci restait en effet dans léglise et, pendant ce temps,
  • 27. chantait les litanies, comme il était prescrit de le faire égalementlors des ordinations. Il est certain quil ne faut pas supposer que la plebs romaine, dans lantiquité, fût moins disposée à faire du tapage ou àmettre du désordre dans léglise quelle ne lest aujourdhui.Pour éviter toute confusion dans ladministration des Sacre-ments dont nous parlons, les Pères avaient recouru à une mesureradicale, jugeant que le meilleur remède était de tenir la plebsDei (mais pourtant toujours plebs/) quelque peu éloignée du sanctuaire où saccomplissaient ces émouvants rites sacra- mentels. Quant au cas spécial des ordinations, il sajouta à Rome,durant le moyen âge, une seconde raison qui induisit le célé-brant à se retirer de la grande basilique du Prince des Apôtres.Lon disait que seule la consécration du Pape devait se fairesur lautel de saint Pierre, puisque lui seul héritait entièrementde sa puissance; toutes les autres ordinations devaient biensaccomplir dans le voisinage de sa tombe, mais non pas sur lesépulcre apostolique, pour signifier, par cette distinction, queles ministres sacrés nobtiennent que médiatement, cest-à-direau moyen du Pape, une partie de cette plénitude de pouvoirdont fut revêtu le premier Apôtre du Christ. Lhistoire des ordinations dans lantiquité chrétienne estsouverainement instructive, parce quelle nous atteste quelleimportance fut alors attribuée à chacun des éléments men-tionnés ci-dessus : le jeûne, la veillée, le suffrage popu-laire, etc. er Le pape Gélase I insistait déjà auprès des évêques de Lucaniepour que les ordinations fussent célébrées seulement auxépoques régulières, cest-à-dire les dimanches qui suivent lasemaine des Trois-Temps et le second et le cinquième dimanchesde Carême. On tenait alors, comme à une chose dorigine apos-tolique, à ce que limposition des mains ne fût accomplie quenun jour sacré, tel que le dimanche, durant le jeûne et aumilieu de la prière de lÉglise tout entière ! Dans une lettreàAnastase, évêque de Thessalonique, saint Léon se plaint eneffet de ce que les prêtres et les diacres ny étaient pas ordon-nés après la Ilavvuxlç dominicale, comme cela se faisait pour
  • 28. les évêques, et il observe que circa eos (cest-à-dire les prêtres et les diacres), par consecratio fieri débet. Plus dun, parmi nos lecteurs, se sera certainement étonné de la place importante accordée alors au peuple dans les ordina- tions. En cet âge dor de la foi et de la simplicité chrétienne, on agissait envers le peuple comme lavaient fait les Apôtres eux- mêmes. Clergé et peuple formaient alors comme une famille intimement unie : cor unum et anima una. Le peuple ne con- naissait dautre prière que lOffice divin, quil chantait à léglise avec le clergé. Celui-ci, de son côté, vivait des- offrandes spon- tanées que les fidèles portaient à lautel. Cest pourquoi, de même que saint Pierre, avant de tirer au sort le nom de Mathias et avant délire les sept diacres, en avait traité avec lassemblée entière des fidèles, ainsi, à lâge dor de la liturgie, le peuple était toujours consulté, tant à loccasion du baptême des caté- chumènes, que pour les ordinations des lévites et la désignation des prêtres et des évêques. Lélection regardait le clergé, maislagrément du peuple était requis. Une formule dorigine gallicane, mais qui est passée dans le Pontifical romain actuel, en donne le motif suivant : Parce que,dit-elle, commun est le sort du pilote et de ceux qui voyagent sur le même navire : ou tous en sûreté, ou tous en péril; pour cela,puisquil sagit dune affaire où nous sommes tous intéressés,chacun doit pouvoir dire son mot. Les saints Pères ont donc ordonné que, relativement à la qualitéde ceux qui sont élevés au sacré ministère, le peuple soit aussiconsulté; soit parce que quatre yeux voient mieux que deux, soitencore parce que lobéissance due au nouvel ordonné sera plusfacile si précédemment on a consenti à son ordination. Saint Cyprien nous assure que cette habitude était en vigueurà Carthage déjà de son temps : In ordinandis clericis, jrairescarissimi, solemus vos, ante, consulere, et mores ac mérita singu-lorum communi consilio ponderare. Parfois pourtant, en ces premiers siècles de foi un peu tropexubérante, quand le ministère sacré nétait pas recherché,mais subi, le peuple tendait à étendre ses droits et semparaitquelquefois avec violence dun candidat pour que, malgré lui,lévêque lui imposât les mains. A Milan, par exemple, ce fut
  • 29. tout le peuple qui, sur le cri dun enfant, acclama Ambroisecomme pasteur, et il fallut respecter le plébiscite des Milanais.En Afrique, Pinien allait être ordonné malgré lui, parce que lepeuple, le sachant riche et vertueux, voulait quil en fût ainsi.Moins heureux que lui fut saint Paulin de Noie, dont les fidèlessemparèrent le jour de Noël pour le traîner, quil le voulûtou non, aux pieds de lévêque Lampidius de Barcelone, quilordonna prêtre. Il raconte lui-même que la violence popu-laire fut telle quon faillit létrangler. Cela nous fait souvenirdun autre saint évêque de ces temps, qui vivait caché dans unegrotte, quand le peuple et le clergé dune ville voisine (cétaiten Gaule) se mirent en tête de le vouloir pour évêque. Aussitôtdit, aussitôt fait. Ils se rendirent tous chez le saint homme;mais comme celui-ci, dans son humilité, ne voulait pas entendreparler de laisser sa retraite, ils lui lièrent les pieds et les mains,le placèrent sur un char, comme un agneau que lon conduità labattoir, et layant porté à leur cathédrale, le mirent, toutattaché, sur le trône épiscopal, au milieu des acclamationsfrénétiques du peuple. A Rome, le pape Sirice sopposa de toutson pouvoir à ce que labus qui pouvait porter au sanctuairedes sujets indignes ou incapables, ne simplantât. Nous avons décrit dans ses grandes lignes lantique disciplineecclésiastique relative aux ordinations. Nous avons souventparlé du peuple, et nous lavons même associé aux scrutins, àlélection, aux jeûnes, aux veilles qui accompagnaient le ritesacré, mais cette reconstruction est quelque peu tendancieuse,et voici pourquoi : Aujourdhui le peuple chrétien, dans sa grande masse, sestà peu près désintéressé de la vie et des intérêts suprêmes delÉglise. Il ne soccupe plus de Quatre-Temps, de jeûnes, descrutins et dordinations, comme si cela regardait exclusivementle clergé; et de la sorte, la famille catholique a été privée decette abondance de grâces que Dieu avait réservées à cetteintercession de la collectivité tout entière des fidèles. Actuel-lement, lauguste Vicaire du Christ et de nombreux pasteursdâmes, surtout en Italie, sont tristement préoccupés; dansleurs diocèses respectifs, un grand nombre de paroisses nontpas de pasteur, faute de prêtres, et le troupeau chrétien vit
  • 30. ainsi sans messe, sans sacrements, abandonné à lui-mêmecomme des brebis séparées. Cela représente peut-être un juste jugement de Dieu retom-bant sur notre génération, laquelle, grâce aux institutionslibérales publiques, a, durant de longues années, adopté, leprogramme antiliturgique évoqué par le psalmiste : Quiescerefaciamus omnes dies festos Dei a terra. Il suffit de parcourir unpeu lItalie; de toutes parts, dans les cités et dans les cam-pagnes, lon voit des chapelles et des églises, les unes en ruines,les autres profanées, converties en salles de tribunaux, en sallesde concerts, même en ateliers de forgerons, comme nous enavons vu à Rome, à Pérouse et ailleurs. On a voulu humilierle sacerdoce, le réduisant au moyen de la pauvreté à des condi-tions telles quil ne peut plus exercer largement, comme jadis,son influence bienfaisante sur les pauvres, les hommes détude,les artistes. Ces revenus ecclésiastiques qui, dans lintention des fonda-teurs, représentaient comme le rachat des péchés et le patri-moine des pauvres, avaient alimenté le sacerdoce et, chez noussurtout, pendant douze siècles, formé lart chrétien en tous seschamps les plus variés. Le sacerdoce réduit maintenant à lapauvreté, même à la misère, raillé et discrédité; les lévitescontraints jusquà hier de laisser le séminaire pour la caserne;quoi détonnant si aujourdhui un petit nombre seulement sesentent assez de courage pour préférer le sacerdoce aux attraitsde tout autre état de vie, quelque modeste quil soit? Voilàquelques-uns des facteurs de la crise actuelle des vocations. Laisserons-nous donc périr les âmes pour qui le Christ estmort? Jamais. Il y a un remède, et lexpérience démontre quilest infaillible. Rappelons-nous seulement les paroles du Ponti-fical romain citées plus haut. Arriver en sûreté au port cestlintérêt non seulement du pilote, mais de tous ceux qui sontavec lui sur le navire. Le sacerdoce correspond donc à unsuprême besoin social, et la société tout entière des fidèlesdoit porter au prêtre sa contribution dhonneur, de déférenceet de secours, même pécuniaire, comme cela était particuliè-rement prescrit dans lancienne loi. A ces moyens, que les pluszélés ajoutent le sage recrutement des jeunes vocations, à
  • 31. diriger le plus tôt possible vers le séminaire ou quelque fer-vente maison religieuse. Et quon ne croie pas trop facilement que les vocations àlétat religieux soient soustraites au bien des diocèses. Non.Aujourdhui, lÉglise déplore plus que jamais les tristes condi-tions et les périls où se trouve le prêtre séculier contraint dha-biter avec ses parents ou de vivre isolé dans la maison curiale.Le Code de Droit Canon propose, comme un idéal auquel ilfaut aspirer, la vie commune du clergé, telle quelle fut jadispratiquée par saint Augustin, saint Eusèbe, saint Paulin, etdont la vie religieuse est la continuation. Une bonne vocation,dirigée vers une fervente maison régulière nest pas soustraiteau diocèse, au contraire, elle représente un avantage beaucoupplus grand et plus étendu, puisque le bien que peut faire aupeuple chrétien un fervent religieux est plus grand que celuique pourrait faire un excellent prêtre. A tous ces moyens, ajoutons le plus efficace de tous, celui dela prière, et privée et publique, à Celui qui a dit : Rogate Domi-nant mes sis, ut mittat operarios in messem suam. Le remède estinfaillible, parce quune « syllabe de Dieu ne sefface jamais ».
  • 32. SANCTAE ROMANAE ECCLESIAE FERIALE N. B. — Les trois colonnes du Férial indiquent : La première, marquée A, le Férial primitif, tel quil estinscrit dans le Calendrier Philocalien et dans les Sacramentaires. La deuxième, marquée B, les fêtes médiévales, notées dans les elivres liturgiques du X I siècle. La troisième, marquée C, les fêtes modernes, insérées dans le eMissel romain après le x i n siècle.
  • 33. SANCTAE ROMANAE MENSE z Kalendîs 2 vi Nonas 3v 4 iv 4 Lucii pp. in Caliisti 5 ni 6 Pridie 7 Nonis 7 Perpetuae et Felicitatis Mm. 8 v m Idus 9 vu10 VIZI V12 IV13 I "14 Pridie 14 Leonis ep. in Agro Verano15 Idibus16 xvii Kalendas Aphles17 xvi18 x v t8 Pigmenii mart.19 xi v20 XIII21 XII22 XI23 X24 I X 24 Quirini M. in Praetextati25 VIII 25 Annunc. B. M. V.26 VII 26 Castuïi m. via Labicana27 VI28 V29 IV30 III31 Pridie Kalendas Apriles
  • 34. SANCTAE RÔMANAË ECCLESIAE FERIALE 35ECCLESIAE F E R I A L EMARTIO 4 Casimiri c. 7 Thomae Aquin. 8 Iohannis de Deo c. 9 Franciscae Rom. vid. 10 Quadraginta mm. 12 Gregorii pp. ad s. Petrum 17 Patritii ep. c. 18 Cyrilli ep. Hieros. 19 Ioseph. Sponsi B. M. V. 21 Benedicti Abb. 24 Gabrielis Archang. 27 Iohannis Damasc. conf, 28 Iohannis a Capistrano c. Fer. VI post domin. Passionis, VII do- lorum B. M. V.
  • 35. MENSE A i Kalendis 2 iv Nonas 3m 4 Pridie 5 Nonis 6 vin Idus 7 vu 8 vi 9v10 IVIIIII12 Pridie13 Idibus14 xviii Kalendas Maias 14 Tiburtii Valeriani et Maximi in Prae- textati15 XVII16 XVI17 X V18 XIVig xiii20 XII21 XI22 X 32 Gaii ep, in Callisti23 IX24 VIII25 VII 25 Litaniae maiores ad Sanctum Petrum26 VI27 v28 IV29 III30 Pridie Kalendas Maias
  • 36. APRILI B G 2 Francisci a Paula conf. 4 Isidoiï ep. 5 Vincentii Ferrerii conf. 11 Leonis pap. ad s. Petrum 13 Hermenegildi m. 14 lustini m. 17 Aniceti pap. m. 21 Anselmi ep. c. 22 Soteris pap. m. 23 Georgiî m. 24 FideJis a Sigmaringa m. 25 Marci Evang. 26 Cleti et Marcellini pp. mm. 27 Pétri Canisii Conf. et Doct. 28 Vitalis m. 28 Pauli a Cruce c. 29 Pétri Mart. 30 Catharinae Senen. Virg.
  • 37. MENSE A z Kalendis 2 vi Nonas 3v 4 iv 5 ni 6 Pridie 7 Nonis 8 vin Idus 9 vu10 VIII V12 IV13 "i14 Pridie15 Idibus16 xvii Kalendas Iunias17 xvi18 xv19 XIV 19 Caloceri et Partheni Mm. in Callisti20 XIII21 XII22 XI23 X24 IX25 VIII26 VII27 VI28 V29 IV30 III31 Pridie Kalendas Iunias
  • 38. MAIO B G i Philippi et Iacobi App. 2 Athanasii Ep. Conf. 3 Exalt. S. Crucis — Alexandri, Eventii, Theoduli et Iuvenalis — 4. Monicae Vid. 5 Transi. S. Stephani 5 Pii V Pp. 6 S. Iohannis ante portam Latinam 7 Stanislai Ep. Mart. 8 Appar. S. Angeli 9 Greg. Nazianz. Ep. Conf. 10 Antonini Ep. Conf. 10 Gordiani et Epimachi Mm. 12 Domitillae Virg. 12 Nerei, Achillei et Pancratii Mm. 13 Dedic. S. Mariae ad Martyres 14 Bonifatii Mart. 15 Iohannis Bapt. De la Salle Conf. 16 Ubaldi Ep. 17 Paschalis Conf. 18 Venantii Mart. ig Pétri Coelestini Conf. Pontif. 19 Pudentianae Virg. 20 Bernardini Conf. 25 Gregorii VII Pont. Conf. 25 Urbani Ep. Mart. 26 Eleutheri Pp. — Philippi Conf. 27 Iohannis Pp. Mart. — Bedae Conf. et Doct. 28 Augustini Pontif. Conf. 29 Mariae Magdal. De Pazzis Virg. 30 Felicis Pp. Mart. 31 Petronillae Virg.
  • 39. MENSE A i Kalendis 2 i v Nonas 3 i" 4 Pridie 5 Nonis 6 v i n Idus 7 vu 8 vi 9v10 IVZI III12 Pridie13 Idibus14 x v i i i Kalendas Iulias15 XVII16 XVI17 XVz8 x i v19 XIII20 XII21 XI82 X23 IX24 VIII25 VII26 VI27 V28 IV29 III 29 Pétri in Catac. et Pauli via Ostensi, Tusco et Basso Coss. (ann. 258).30 Pridie Kalendas Iulias MENSE 1 Kalendis 2 v i Nonas 3V 4 IV 5 m 6 Pridie 7 Nonis
  • 40. IUNIO B c 1 Dedic. S. Nicomedis Mart. 2 SS. Pétri et Marcellini et Erasmi Mm. 4 Francisci Caracciolo Conf. 5 Bonifatii Ep. Mart. 6 Norbert! Ep. Conf. g Primi et Feliciani Mm. 10 Margaritae Reg. Vid. 11 Barnabae Apost. • 12 Basilidis Mart. — Quirini Ep. Mart. 12 Iohannis a S. Facundo Conf. — Naboris et Nazarii Mm. — 13 Antonii Conf. 14 Basilii Magni Ep. Conf. 15 Viti, Modesti et Crescentiae Mm. 18 Marci et Marcelliani Mm., Via Ardea- tina. 19 Gervasii et Protasii Mm. 19 Iulianae de Falcon. Virg. 20 Silverii Pap. Mart. 21 Aloysii Gonz. Conf. 22 Paulini Ep. Conf. 23 Vig. S. Iohannis Bapt. 24 Nativ. S. Iohannis Bapt. 25 Gulielmi Abb. 26 SS. Iohannis et Pauli Mm. 27 SS. Protomart. S. R. E. 28 Vig. SS. Pétri et Pauli Apost. 28 Irenaei Ep. Mart. — S. Leonis secundo 29 SS. Pétri et Pauli Apost. 30 Comm. S. Pauli Apost.IULIO 1 Oct. S. Iohannis Bapt. 1 Pretiosiss. Sanguinis D. N. I. C. 2 Processi et Martiniani 2 Visitatio B. M. V. 5 S. Antonii M. Zaccaria 6 Octava Apostolorum
  • 41. LES FÊTES DES SAINTS DU 4 MARS AU 6 JUILLET FÊTES DE MARS 4 MARS. Saint Lucius, pape et martyr. A fête annuelle de cet illustre Pontife (f 254) célébré parL saint Cyprien pour sa douceur et son esprit de concorde, est notée dans le Catalogue Philocalien des DepositionesEpiscoporum de 336. Aujourdhui encore, dans la crypte papalede la nécropole romaine de Callixte, lon voit son épigraphesépulcrale primitive : AOYKIC e Cependant, après labandon des cimetières vers le v i n siècle,sa commémoration disparut complètement des Sacramentaireset des calendriers romains, et ce fut seulement sous Clément VIIIquelle fut rétablie dans le Bréviaire. Saint Lucius ne mourutpas, à vrai dire, de mort violente, aussi anciennement son nomne se trouvait pas dans les Natalitia Martyrum, mais seule-ment dans les Depositiones Episcoporum. En effet, il fut exiléde Rome presque aussitôt son ordination; il revint ensuiteà son Siège, mais mourut peu de semaines après. Saint Cyprien,qui loue grandement saint Lucius, mentionne une ou plusieurs 1de ses lettres sur la manière de traiter les lapsi . On vénèreson corps dans la basilique transtévérine de Sainte-Cécile. La messe est celle du Commun des Martyrs Pontifes, commele 16 décembre, fête de saint Eusèbe, puisque lusage liturgiquede ces derniers siècles est de considérer comme une peine équi-valente au martyre les tribulations de lexil et les afflictions I . Ep„ LXVIII, 5.
  • 42. que, en temps de terrible persécution, durent supporter cesantiques héros de la foi, même si le glaive du bourreau netrancha pas leur tête. Le voisinage des tombes de sainte Cécileet du pape Lucius est digne de remarque. Ce Pontife fut dabordenseveli dans la crypte papale de la voie Appienne, tout à côtépar conséquent de lhypogée des Cœcilii chrétiens, où, jusquau ertemps de Paschal I , avait reposé lillustre vierge Cécile. Quandcelle-ci fut transférée dans le Titre élevé sur lemplacement deson habitation, on y porta aussi les corps des papes Urbain etLucius, qui attendent dans son voisinage la résurrection finale. La Secrète et la Postcommunion sont empruntées à la messeStatuit, comme le 10 décembre, fête de saint Melchiade. * * Aujourdhui le Hiéronymien mentionne en outre un groupede martyrs déposés dans le cimetière de Callixte : NataleMartyrum DCC Romae in cimiterio. Calesti via Appia, depositio tiulii episcopi et aliorum XXVII. Il sagit dun groupe nom-breux de martyrs mentionnés constamment par les anciensitinéraires et qui de vingt-deux monte à quatre-vingts et parfoisà huit cents. Qui sont-ils? Un graffïte, près de la tombe desaint Corneille, mentionne quelques martyrs dont il est questiondans les Actes de ce Pontife : SANCTVS . CEREALIS • E T - SALLVSTIA - CVM • X X Imais il est difficile de pouvoir en dire plus long. L E MÊME JOUR. Saint Casimir, confesseur. La fête de ce lis embaumé de virginale pureté, au milieumême des frivolités dune cour royale (f 1483), fut instituéepar Paul V. La messe est celle du Commun des Confesseurs,comme le 23 janvier pour saint Raymond, mais la premièrecollecte est propre. En voici le texte : « O Dieu qui, au milieu des délices royales et des séductionsdu monde, avez fortifié par la vertu de constance le bienheureuxCasimir, accordez à vosfidèles,par son intercession, de mépriser
  • 43. les choses terrestres et daspirer toujours davantage auxbiens célestes. » La fête des saints rois et des puissants de cette terre a unprix et une beauté qui leur sont propres, car plus difficile est lapratique de la perfection chrétienne en un pareil état, cest-à-dire au milieu des séductions des richesses et de la gloire, plusest glorieuse la victoire que le Christ remporte par ses fidèlesserviteurs, rois des hommes, mais serviteurs de Jésus. 6 MARS. Les saintes Perpétue et Félicité, martyres. ES illustres héroïnes, qui font partie dun groupe comprenantC quatre autres martyrs, Révocat, Secundulus, Saturnin et Saturus, nappartiennent pas à lÉglise de Rome puisquelles consommèrent leur martyre à Carthage, le 7 mars 202 ou 203. Toutefois, leur popularité et leur renommée, la diffusion de leurs A des—rédigés, semble-t-il, par Tertullien — et les relations continuelles qui existaient alors entre la capitale de lAfrique proconsulaire et Rome, firent que le natale de Vibia Perpétua et de Félicité le 7 mars se trouve déjà noté dans la liste romaine des Natalitia Martyrum, rédigée vers 336. Perpétue et Félicité seraient donc, avec saint Cyprien, lobjet des premières fêtesde caractère non local accueillies par Rome dans son Calendrier edu i v siècle. En conséquence, les diptyques romains de lamesse contiennent eux aussi les trois noms de ces martyrsafricains. La fête de ce jour apparaît également dans le SacramentaireGélasien de lépoque carolingienne quoiquelle ait été effacée du erGrégorien au temps dHadrien I . Il nest pas difficile dail-leurs de deviner la cause de cette suppression. Alors que lefond du Gélasien évoque une période de libre effiorescenceliturgique, les fêtes cimitérales des martyrs étant encore célé-brées avec un grand concours de peuple, le Grégorien repré-sente au contraire une réforme postérieure, sévère et générale,de la liturgie stationnale à Rome. Le Carême qui ne constituait epas encore, au 1 V siècle, un cycle liturgique spécial, avait acquis,peu à peu, une importance particulière; le sacrifice eucha-
  • 44. ristique était offert solennellement tous les soirs au coucher dusoleil, au lieu de lêtre seulement le mercredi et le dimanche,comme au temps de saint Léon; aussi, vers lépoque du ponti- erficat de saint Grégoire I , le jeûne et les stations quotidiennesdurent, par une conséquence naturelle, exclure toute autrestation festive, et, en particulier, les antiques Naialitia Marty-rum des siècles précédents. Cest ainsi que séclipsèrent, nonseulement la fête des saintes Perpétue et Félicité, mais aussicelle de la Chaire de saint Pierre, de saint Lucius, de saint Caius et de plusieurs autres insignes pontifes. Cependant le souvenir des grandes martyres carthaginoises survécut dans la dévotion du peuple à cette exclusion litur- gique ; il se conserva même si fidèlement que leur fête, avec le rite dune simple commémoraison, fut associée, durant le bas moyen âge, à celle de saint Thomas dAquin, mort également le 7 mars. Dernièrement, à loccasion de la découverte à Car- tilage, parmi les ruines de la basilica Maiorum où avait prêché le grand saint Augustin, de lépigraphe sépulcrale de Perpétue, Félicité et leurs compagnons, Pie X éleva leur office au rite double, fixant leur fête à la veille de leur natale, à cause de la solennité suivante au jour anniversaire de la mort de saint Thomas dAquin. Voici le texte de cette importante épigraphe, lunique relique que Carthage contemporaine conserve encore du groupe de martyrs fêtés aujourdhui par toute lÉglise latine : t HTC - SVNT . MARTYRES t SATVRVS - SATVRNINVS t REBOCATVS • SECVNDVLVS • PAS . NON - M ART t FELICIT . PERPETV Un fragment de peinture dans le cimetière de Callixte,appartenant comme certains le supposent, à la tombe desmartyrs Marc et Marcellien ou, selon dautres opinions, à celledes martyrs grecs, démontre à quel point les Actes de saintePerpétue étaient alors populaires à Rome. On y voit en effetdeux martyrs montant vers le Christ au moyen dune échelledont un serpent, placé à ses pieds, tente dempêcher laccès.Linspiration de lartiste est évidente, comme aussi sa dépen-
  • 45. dance de la célèbre vision de la martyre carthaginoise, narréepar elle avec tant de fraîcheur et de foi dans lautobiographiede son martyre, ce chef-dœuvre de lantique littérature chré-tienne qui mériterait dêtre entre les mains de tous les fidèleset dêtre étudié à fond. * La messe est celle du Commun des Martyres, dont les col-lectes, de même que celle après la communion, qui est propre,sont identiques à celles assignées déjà à la fête de ce jour dansle Sacramentaire Gélasien. La première oraison est celle-ci : « Faites, Seigneur, que nousrendions une vénération continuelle aux triomphes de vossaintes martyres Perpétue et Félicité; et puisque nous sommesbien loin de pouvoir les célébrer comme il convient, faites quedu moins nous les honorions par nos humbles hommages. » Sur les oblations. —• « Regardez, Seigneur, les oblationsdéposées sur votre autel en la fête des saintes martyres Per-pétue et Félicité, et comme, grâce à un si auguste mystère, vousleur avez concédé la gloire éternelle, ainsi daignez nous accorderle pardon de nos péchés. » Après la Communion. — « Pleins dune joie mystérieuse envoyant nos vœux exaucés, nous vous demandons, Seigneur,par lintercession de vos saintes martyres, Perpétue et Félicité, darriver à obtenir, dans léternité, ce dont maintenant, dansle temps, le Sacrement nous est le gage et la garantie. » Souvent la Croix nous effraie, parce que nous ne considéronsque son amertume, sans tenir compte de cette vérité, que quandnous souffrons pour Jésus-Christ, ce nest pas tant nous quisouffrons alors, que Jésus qui souffre en nous. Cest ainsi queFélicité, gémissant dans sa prison à cause des douleurs delenfantement, répondit avec dignité aux païens qui lui deman-daient, en la raillant, comment elle ferait pour subir les peinesdu martyre, puisquelle se plaignait : « Maintenant cest moiqui souffre; mais alors un autre souffrira en moi, parce qualorsje souffrirai pour Lui. » Nous ne saurions renoncer à transcrire ici lhymne magni-
  • 46. fique que, sinspirant de Dom Guéranger, THymnaire béné-dictin de Solesmes assigne à la solennité de ce jour, si célèbrejadis dans tout le monde latin.Chrisii sponsa piis laudibus efferai, Que lÉpouse du Christ, en ses saintes louanges,Binas impavido pectore feminas ; Chante lintrépidité de deux femmes,In sexu fragiîi corda virilia Cœurs virils malgré la faiblesse de leur sexe;Hymnis pangat ovantibus. Quelle leur consacre un hymne triomphal.Ad îucem genitae sole sub africo, Venues au jour sous le ciel africain,Nunc ambae pugiles, actibus in- Les hauts faits des deux héroïnes clytis, Les célèbrent dans tout lunivers, etIn toto radiant orbe ; micantibus leur frontFuîgent tempora laureis. Est ceint dun diadème étincelant.Exovnat generis Perpetuam decus ; Perpétue a lhonneur dune illustre naissance,Sponso connubiis iuncta recentibus, Ennoblie par léclat dun [récent mariage ;Clarescit : sed honos hanc trahit Mais elle aspire à des honneurs plus altior, grands :Chrisii foedera praetulit. Cest au Christ quelle veut sunir.Se Régis famulam libéra profitens Savouant librement servante de son Roi,Dum serviïe iugum Félicitas subit : Félicité, soumise au joug de lescla- vage,Ad luciam properans, gressibus ae- Court au combat dun pas aussi mulis, rapide,Palmas ad similes volai. Voie vers un triomphe égal.Frustra Perpetuam fletibus et minis En vain les pleurs et les menaces de son pèreImpugnat genitor; quae simul an- Attaquent Perpétue; elle souffre gitur, avec lui,Errantem miserans. Oscula filio Plaignant son erreur; à lenfant quelle allaiteLactenti dédit ultima. Elle donne un dernier baiser.Terris Heva parens quae mala Les douleurs par Eve attirées sur contulit sa raceHorum sentit onus Félicitas grave ; Sur Félicité pèsent cruellement,Nunc et passa sibi parturiens gémit, Elle enfante et gémit, souffrant pour elle-même ;Mox passura Deo libens. Pour Dieu, de grand coeur elle souffrira.
  • 47. FÊTESLuxit clara aies vincere qua dcUur Le clair matin se lève, aube de la victoireAthletis Domini, pergite Martyres : Des athlètes du Christ. Allez, ô martyres :Omnis Perpetuam curia caelilum Toute la cour céleste, ô Perpétue,Et te, Félicitas cupit. O Félicité, vous désire.Quassat Perpetuae membra tener- Un féroce animal blesse de Perpétue rima Le corps délicat, renverse sa com-Elidit sociam bellua. Te soror pagne.Stans, o Félicitas, ad nova proelia Votre sœur, ô Félicité, vous tend la main,Erectam reparut manu. Vous préparant à de nouveaux combats.E caelo pugilum respiciens Deus Du ciel. Dieu contemple la lutte :Certamen, geminas ad bravium Il prépare leur palme à ses deux vocat; athlètes,Effuso properet sanguine, spirittis Leur sang coule et leur âme aspireIn Christi remeans sinum. A retourner au sein du Christ.Optatus pénétrai corpora Martyrum Le glaive enfin transperce les mar-Lictoris gladius ; sed trépidant tyres, manum Mais la main du licteur tremble :Fortis Perpetuae dextera dtrigit, Perpétue, intrépide, la dirigePraebens guttura cuspidi. E t tend la gorge au fer.Nunc, o magnanimae, gaudia quae Maintenant, jouissez à jamais, nobles manent âmes,In Sponsi talamo carpite iugiter ; Auprès de lÉpoux, du bonheur éternel.Vos exempla dédit : praesidium Modèles quil nous a donnés, à vos potens clientsVestris ferte clientibus. Accordez votre puissant secours.Laus aeterna Patri, laus quoque Gloire éternelle au Père et gloire Filio, au Fils,Par indiviâuo gloria Flamini ; Gloire égale à lEsprit qui leur est uni.In cunctis resonet Christiadum Que tous les chœurs des chrétiens choris célèbrentVirtus Martyribus data. Amen. La force donnée aux martyrs. Ainsi soit-il.
  • 48. 7 MARS. Saint Thomas dAquin, confesseur et docteur. de lÉcole et de la théologie catholique commença saL ANGE vie religieuse au Mont-Cassin à lombre du tombeau duPatriarche du monachisme occidental, et la consomma, presqueavec la gloire du martyre, au milieu des fils du même saintBenoît dans labbaye de Fossanova (t 1274). H convenait quesaint Thomas vînt, en plein Carême, nous réconforter dans notrelassitude et confirmer par son exemple ce que chante lÉgliseà la louange du jeûne : Vitia comprimais, mentem élevas. La gloire particulière de saint Thomas, sa vertu la pluséminente, cesMe profond amour quil nourrit pour la traditionde lÉglise. Il sidentifia si bien avec elle quil en est devenu lereprésentant le plus autorisé. De fait, il est difficile de trouver,dans les annales du christianisme, un esprit plus lumineux,représentant mieux les perfections des esprits angéliques quecelui de saint Thomas, qui, se basant sur les anciens Pères,donna, avec une précision admirable, une forme définitive ànotre science de Dieu. Ladmiration augmente quand on penseque ce monument de sagesse, de foi et de contemplation théo-logique nest pas tant le fruit dune étude longue et infatigabledes livres, quune œuvre de foi, leffet dune prière habituelle,dune intime union avec Dieu. Pour que lœil de saint Thomaspût fixer avec assurance la lumière divine sans en être ébloui,il fallait quil fût fort et pur; force et pureté quil obtint grâceà son parfait détachement de tout le créé et le sensible, et à savie intérieure intense en Jésus-Christ. La fête de saint Thomas entra dabord dans le calendrier delÉglise avec le rite simple; mais saint Pie V, qui appartenaitaussi à lOrdre des Prêcheurs, lui accorda, à loccasion de laréforme du Bréviaire romain, le rite double, avec loffice duCommun des Docteurs. LAnge de lÉcole qui, durant sa vie, avait illustré la Villeéternelle par sa demeure temporaire, par sa prédication et par eses miracles, eut, dès le x i v siècle, une église à lui dédiée prèsdu palais des Savelli, donc peu éloignée de son couvent deSainte-Sabine. Aujourdhui ce monument nexiste plus, mais
  • 49. le culte de Rome envers le Saint se manifeste par la splendidechapelle quon lui a érigée dans le Titre de Sainte-Marie inMinervium, et par la petite église située près du Théâtre dePompée, et qui est dédiée à sainte Barbe et à saint ThomasdAquin. La messe est celle du Commun, comme le jour de saintFrançois de Sales, sauf la première collecte et la premièrelecture qui sont propres. Voici le texte de la belle collecte : « O Dieu qui, en illustrant votre Église par la merveilleusescience de votre bienheureux confesseur Thomas, avez voulurendre cette doctrine féconde en saintes vertus, accordez-nousnon seulement de pénétrer ses enseignements, mais dimiteraussi ses œuvres. » Sur cette splendide collecte reflètent leur lumière inspiréetoutes les récentes encycliques et les documents pontificauxrelatifs à lenseignement de la théologie et de la philosophiethomiste, obligatoire dans toutes les académies catholiques.LÉglise considère donc le Docteur angélique comme linter-prète autorisé et officiel de sa propre doctrine et de sa sciencede Dieu, si bien quelle met demblée en relation avec un éloi-gnement des principes de saint Thomas, toutes les opinions ettoutes les doctrines qui séloignent delle; et cela, en vertude sa longue expérience. Dans la lecture (Sap., vu, 7-14), est exposé dans toute salumière le caractère surnaturel de ce quon appelle la sciencedes saints, qui nest pas simplement spéculative, mais agitefficacement sur la volonté, quelle plie et pousse au bien.Cette science, dun caractère absolument gratuit, ne nousrend pas simplement doctes, mais elle fait de lâme qui en estenrichie lamie de Dieu. A la lumière de cette science, le charmedes choses de ce monde se dissipe, et le jugement formé parlâme au sujet des créatures est tout différent de celui quiest commun parmi les hommes. La raison en est que cettescience met toutes choses dans leur vrai jour, quand elle lesconsidère comme ordonnées à Dieu. Là réside lharmonie dela vérité intégrale, la sagesse très haute et véritable, cest-à-dire
  • 50. la connaissance de toutes choses par leur cause première etsuprême qui est Dieu. Cest surtout par laveuglement de lignorance que le démonfait de si grands ravages parmi les âmes. Qui ignorant et errant.Aussi les saints Docteurs qui, avec le flambeau de la sagessede Dieu, dissipent parmi les pécheurs ces ténèbres de mort,remportent sur lennemi commun une splendide victoire etméritent donc un triomphe particulier. Par suite, les maîtres,les savants de lÉglise et tous ceux qui, au moyen de la doctrinesacrée, formèrent les autres à la justice, resplendissent nonseulement dans le ciel dune gloire particulière, mais aussidans la sainte liturgie, où ils sont célébrés par un culte spécial. 8 MARS. Saint Jean de Dieu, confesseur.CEsemi-double, X I fête introduisit dans patron dessous le rite fut Clément la qui de cet insigne le Missel, hôpitauxcatholiques (j 1550) et de tous ceux qui, dans les douleurs de lamaladie et de lagonie, accomplissent ici-bas les dernières phasesde leur purification avant de comparaître au tribunal divin.Plus tard, Innocent XIII accorda à la fête de saint Jean deDieu le rite double, et Léon XIII prescrivit dinsérer son nomdans les litanies des agonisants, avec celui de saint Camillede Lellis. La messe est celle du Commun des Confesseurs non Pontifes,comme le 23 janvier, sauf la première collecte et lÉvangile,qui sont propres. La collecte fait allusion non seulement à lafondation de lOrdre des Hospitaliers, mais aussi au miraclede saint Jean de Dieu, alors que, lhôpital de Grenade étant laproie des flammes, il circula près dune demi-heure, intrépide,dans cette fournaise, transportant en lieu sûr les malades etjetant les lits par les fenêtres pour les soustraire au feu. Le culte particulier de ce Saint est assuré à Rome chrétiennepar les religieux de son Ordre, qui desservent lantique églisede Saint-Jean de Insula, dans lîle Tibérine. Il est en outredans les traditions de la cour papale que la pharmacie des
  • 51. Palais apostoliques soit administrée par un religieux de lOrdrede Saint-Jean de Dieu, qui remplit aussi les fonctions dinfir-mier du Souverain Pontife. Prière. — « O Dieu qui fîtes circuler sain et sauf au milieudes flammes le bienheureux Jean, brûlé par lardeur de votreamour, et qui, par lui, avez enrichi votre Église dune nouvellefamille; accordez-nous par ses mérites, que le feu de votrecharité guérisse les vices de notre cœur et nous vaille le salutéternel. Par notre Seigneur, etc. » e La lecture de lÉvangile est celle du X V I I dimanche aprèsla Pentecôte (MATTH., XXII, 34-36) où Jésus promulgue le grandprécepte de la perfection chrétienne, qui consiste essentielle-ment dans lamour. A la vérité, étant donné le caractère histo-rique de linspiration liturgique moderne, on se serait plutôtattendu à trouver ici le récit du bon Samaritain, prototype delinfirmier chrétien. Néanmoins la péricope choisie sadaptebien, elle aussi, à notre Saint, puisque en lui lamour du prochain,et plus encore lamour de Dieu, sélevèrent à des hauteurs sivertigineuses quils atteignirent la sublime folie de la Croix,jusquà le pousser à se faire passer pour fou, à subir des coupset à se laisser enfermer dans un hôpital daliénés. Ce fut lebienheureux Maître Jean dAvila qui pénétra le mystère etrappela le Saint de ce singulier genre de vie à une règle plusdiscrète, telle que Dieu lexigeait de lui, pour quil arrivât àconstituer une nouvelle et stable congrégation religieuse. A notre lit de mort, dans les litanies des agonisants, le prêtreet les assistants invoqueront pour nous lintercession de saintJean de Dieu. Très probablement, nous ne serons plus alorsen mesure de le faire, et peut-être pas même de lentendre;il est donc opportun de limplorer dès maintenant, en recom-mandant au Saint le moment suprême doù dépend le sort denotre éternité. 9 MARS. Sainte Françoise Romaine, veuve. UJOURDHUI cest une sainte romaine, une fille spirituelleA de saint Benoît, une oblate de labbaye de Sainte-Marie-la- eNeuve qui, au cours du x v i i siècle, par ordre dInnocent X ,
  • 52. entra dans le calendrier de lÉglise universelle en qualité demodèle et de céleste patronne de la viduité, comme sainteMonique et sainte Jeanne de Chantai. La messe est celle du Commun, mais la collecte est propre,et fait allusion à la faveur accordée à la Sainte qui, pendant delongues années, put contempler visiblement à ses côtés sonange gardien (f 1440). Célébrée dans les grandes basiliques romaines, cette fêteacquiert une grâce et un charme tout spécial. Là en effet, lesouvenir de Françoise est toujours si vivant, quil nous semblela voir agenouillée près des tombes des martyrs, ravie en extaseou absorbée dans loraison. Lesprit se la représente en vêtementsnégligés, —• elle, la noble épouse de Ponziani — avec une chargede bois sur les épaules, tandis que de la porte Portese ou dela voie dOstie elle rentre à la maison des Oblates instituéespar elle au pied du Capitole; ou bien, plus admirable encore,confondue dans la foule des pauvres, et demandant laumônesous le portique de la basilique de Saint-Paul, à loccasion dela messe stationnale le dimanche de la Sexagésime. Mais parmi tous les sanctuaires romains qui rappellentdavantage sainte Françoise, deux surtout conservent encorecomme le parfum, pour ainsi dire, de sa présence : ce sont labasilique de Sainte-Marie-la-Neuve, où elle soffrit commeoblate de lOrdre de Saint-Benoît et où repose son corps; etlantique demeure Turris Speculorum au pied du Capitole,où elle vécut avec les nobles oblates quelle réunit autour delle.Un troisième sanctuaire rappelle aussi ses vertus, cest le palaistranstévérin des Ponziani, converti maintenant en maisondexercices spirituels pour préparer les enfants à la PremièreCommunion. Là, sainte Françoise Romaine vécut de longuesannées et sanctifia sa famille. Cest là aussi qu*étant venue,de Tor de Speccki, pour assister un de ses fils malades, elle futfrappée elle-même gravement par le mal; y étant restée parordre de son confesseur, elle y rendit son âme à Dieu. Lantienne pour lentrée du célébrant est tirée du psaume 118 :« Je sais, ô Yahweh, que vos jugements sont droits et que vousmavez humilié dans votre vérité; ma chair frémit à cause de
  • 53. votre crainte; ne méloignez pas de vos commandements. » La distribution des dons de Dieu et la détermination des voca- tions aux divers états du corps mystique de lÉglise, entrent dans le mystère qui enveloppe notre divine prédestination à la gloire. Létat conjugal et la viduité sont certainement moinsglorieux que létat virginal; cependant eux aussi sont un reflet de la bonté et de la vérité de Dieu qui les juge bons, et veut que,par eux, les âmes puissent atteindre le sommet de la perfection chrétienne, dans lexercice de lhumilité et de la fidélité aux devoirs propres. Cest donc fort à propos que le Prophète a dit : « Ma chair frémit à cause de votre crainte », car la sainte crainte de Dieu doit contenir les sens de ceux à qui la Providence napas donné la gloire de lintégrité virginale. Les âmes qui, parvocation, doivent vivre au milieu du monde et au sein de leurspropres familles, parcourent une voie très ardue et très étroite,liées, comme elles le sont, par le mariage, puisque, au dire delApôtre : Tribulationem iamen carnis habebunt huiusmodi.Il ajoute cependant immédiatement la règle selon laquelleelles peuvent vivre au milieu du monde, sinon avec des vœux,du moins avec la vertu des vœux de perfection évangélique :Qui utuntur hoc mundo, tamquam non uiantur. Praelerit enim•figura huius mundi (I Cor., vu, 28, 31). La collecte, de caractère nettement historique, est la suivante :« Seigneur qui, entre autres faveurs, avez glorifié votre servanteFrançoise par de familières relations avec son Ange; accordez-nous par ses prières de pouvoir nous aussi mériter la sociétéangélique. Par notre Seigneur, etc. » La première lecture est tirée du Livre des Proverbes (xxxi,10-31) là où est léloge de la femme forte, cest-à-dire de la mèrede famille, qui remplit fidèlement ses devoirs domestiques,exerçant ainsi une mission non moins difficile et non moinsimportante que celle de lapostolat chrétien. A ce propos,saint Philippe Neri et saint François de Sales font observerque notre amour-propre veut simposer jusque dans la pratiquede la vertu, recherchant des poses dramatiques, des situationsbruyantes, et méprisant au contraire les petites vertus quoti-diennes et domestiques qui requièrent chaque jour beaucoupdabnégation. Les grandes occasions de pratiquer des actes
  • 54. héroïques de sainteté se présentent rarement, tandis que lesoccasions communes de victoire sur nous-mêmes arriventchaque jour. Quand lEsprit Saint a voulu tracer le tableaude la femme forte, il ne lui a pas mis entre les mains larc oulépée — comme à Judith, figure dexception — mais il ladépeinte avec le fuseau et la quenouille, cest-à-dire danslexercice constant et habituel des devoirs normaux de sonétat. Le répons-graduel est celui de la fête de sainte Agnès.Le verset alléluiatique est identique à celui de sainte Éméren-tienne. Après la Septuagésime, le psaume-trait est le même quepour la messe de sainte Agnès, mais dans le premier verset onomet ce qui se rapporte au martyre. La lecture évangélique et le verset de loffertoire sont com-muns à la fête de sainte Vibiane, le 2 décembre. La collecte sur les oblations et celle de laction de grâcessont communes à la fête de sainte Lucie, le 13 décembre, tandisque le verset chanté pendant la Communion du peuple est tirédu psaume 44 : « Tu as aimé la justice et haï liniquité »; — cefurent justement les fortes paroles de lâme de diamant dupape Hildebrand quand, exilé à Salerne pour la liberté delÉglise, il expira dans laffliction — « cest pourquoi leSeigneur ton Dieu a répandu sur toi les arômes de la saintetéplus largement que sur tes compagnes ». Voici une autre notede la véritable sainteté catholique. Elle peut consister àvaquer simplement aux actes communs selon létat propre àchacun, sans rien dextraordinaire; puisque la note de lhéroïcitése trouve dans les dispositions intérieures selon lesquelles lessaints agissent, ët qui sont beaucoup plus élevées que cellesde luniverselle médiocrité. Sainte Françoise est la céleste patronne des Oblats béné-dictins, et le modèle de létat de viduité. En effet, selon le sen-timent de lApôtre, cet état est appelé à une sainteté particu-lière, car, le charme de la première jeunesse sétant flétri commela fleur, lâme, convaincue désormais de la caducité des choseshumaines, ne trouve un appui solide que dans le Seigneur. Les vertus propres de cet état, où, à lâge apostolique, se recru-taient de préférence les diaconesses, sont la confiance en Dieu,
  • 55. la prière assidue, la mortification des sens et les oeuvres decharité envers le prochain. 10 MARS. Les saints Quarante Martyrs de Sêbaste. ES martyrs de Sébaste (f vers 320), chantés par saint BasileC et par saint Grégoire de Nysse, obtinrent, dès le haut moyenâge, une grande célébrité même en Occident, et leur mémoirepénétra dans le Missel romain grâce aux diverses églises emédiévales que leur dédia la Ville éternelle. Ainsi au x n siècle,Callixte II leur érigea un petit oratoire au pied du Janicule,non loin du titre transtévérin de Callixte. Une autre églisesous leur vocable sélevait près de lantique Camp Prétorien,et elle est mentionnée à lépoque dInnocent IV. Plus près ducentre de la Ville, sur la voie papale, sélevait le templeSanctorum Qiiadraginta de calcarariis, consacré aujourdhui auxstigmates de saint François ; et enfin, à proximité de lamphi-théâtre Flavien, se trouvait le temple Sanctorum Quadraginta,titre cardinalice aujourdhui détruit. La messe a une saveur assez antique, mais ne présente riendoriginal, puisque elle tire ses diverses parties dautres fêtesantérieures. Lintroït est tiré du psaume 33 : « Les justes élevèrent àYahweh leur cri, et II les exauça et les délivra de toute tribu-lation. » Ps. «Je bénirai en tout temps le Seigneur; que salouange soit toujours sur mes lèvres. » La nature des saints, tout comme la nôtre, répugnait à souf-frir, et cest pourquoi, en présence de lépreuve, ils élevèrentleurs cris vers le ciel. Dieu les écouta, non point en les sous-trayant à cette épreuve, mais en les rendant supérieurs à latentation. La prière est aujourdhui fort belle, mais elle est empruntéeà la messe des sept Fils de sainte Félicité : « Faites, ô Seigneurtout-puissant, quaprès avoir admiré la force des glorieuxMartyrs dans la confession de leur foi, nous expérimentionsaussi leur compassion dans leur prière pour nous. »
  • 56. La lecture est identique à celle des saints martyrs Fabien et Sébastien, le 20 janvier. Le Graduel exalte la constante concorde des Martyrs suppor- tant ensemble les tourments, animés dune même foi et dune identique onction intérieure du Saint-Esprit. Ps. 132 : « Quelle belle chose, quelle douce chose, quand les frères sont daccord ! Comme un baume versé sur la tête, qui descend ensuite par la barbe, par la barbe dAaron. » Le trait et la lecture de lÉvangile sont du Commun desMartyrs, comme le 20 janvier. Loffertoire est tiré du psaume 31 et décrit la joie céleste qui succède au dur martyre. « Réjouissez-vous dans le Seigneur et exultez, ô justes, et glorifiez-vous, vous tous qui êtes droitsde cœur. » La prière sur loblation est la suivante : « Regardez favorable-ment, ô Seigneur, les prières et les offrandes de votre peuple,afin que non seulement elles vous soient agréables en la solen-nité de vos saints, mais quelles nous obtiennent en outre votrecompatissant secours. » Le verset évangélique chanté pendant la Communion serévèle hors de sa place primitive, par le seul fait quil ne cor-respond pas à la lecture de lÉvangile du jour. Il appartient eneffet à la fête des sept Frères martyrs, fils de sainte Félicité;et comme cette fête était aussi, à Rome, celle de leur Mère,lantienne de la Communion fait gracieusement allusion ausens plus élevé que Jésus attribue au titre de frère, de sœuret de mère, donné à ceux qui accomplissent la volonté de sonPère céleste. Comm. (MATTH,, XII, 50) : « Quiconque accomplira la volontéde mon Père qui est dans les cieux, cest celui-là qui est monfrère, ma sœur, ma mère », dit le Seigneur. Après la Communion, la collecte est la suivante : « Soyezapaisé, Seigneur, par les prières de vos saints, et faites que nousobtenions dans léternité ce que symbolise maintenant le sacri-fice de ce jour. » En présence des insondables desseins de Dieu, luniqueattitude qui convienne à lhomme est ladoration dans le silenceet lhumilité. Personne nest nécessaire à Dieu, et sa gloire ne
  • 57. souffre aucun détriment même si nous refusons dy coopérer.Des pierres il peut tirer des fils dAbraham; si nous sommesindociles, le dommage est tout pour nous, car Dieu accompliraau moyen dun autre ce quil aurait daigné faire par notreentremise. Ainsi en fut-il pour les quarante Martyrs de Sébaste.A u ciel, les anges avaient préparé quarante couronnes ; lun desconfesseurs de la foi défaillit dans les tourments et apostasia;mais il fut immédiatement remplacé par un des bourreaux quimérita de la sorte la quarantième couronne. Le culte envers les quarante Martyrs de Sébaste était ancien-nement très répandu en Orient. Nous possédons encore letexte de leur testament, que désormais le plus grand nombredes critiques tient pour authentique, et qui mérite, en consé-quence, dêtre considéré comme un vrai joyau de lantiquelittérature chrétienne. 12 MARS. Saint Grégoire le Grand, pape, confesseur et docteur. Vigile nocturne et messe staiionnale à Saint-Pierre. ETTE fête, également célébrée parles Grecs, se trouve déjàC dans le Sacramentaire grégorien du temps dHadrien ER I ,et cest une des rares qui aient pénétré dès lantiquité dansle Calendrier romain durant la période quadragésimale. Nous esavons même quà Rome, au i x siècle, eius anniversariasolemnitas, cttnctis... pernoctantibus,... celébratur. In qua palliumeius, et phylacteria, sed et balteus eius consuetudinaliter osc%ilan-tur (IOH. D I A C , Vita P . S. Gregorii, L. I V , c. 80). La célébritéde saint Grégoire (î 604) et surtout le sens symbolique assumépar sa personnalité historique, alors que, au moyen âge, ilincarna lidéal de la papauté romaine dans la plus sublimeexpression de sa primauté sur toute lÉglise, justifiaient cetteexception. On peut dire en effet que le moyen âge tout entiervécut de lesprit de saint Grégoire; la liturgie romaine, le chantsacré, le droit canonique, lascèse monacale, lapostolat chez lesinfidèles, la vie pastorale, en un mot toute lactivité ecclésias-tique dérivait du saint Docteur, dont les écrits semblaient êtredevenus comme le code universel du catholicisme. Le très grand
  • 58. nombre danciennes églises dédiées à Rome au saint Pontife atteste la popularité de son culte, lequel, outre son antique monastère de Saint-André au Clivus Scauri, avait pour centre sa tombe vénérable dans la basilique vaticane. e Au i x siècle, Jean Diacre nous atteste la piété avec laquelle on conservait encore à Rome tous les souvenirs de Grégoire,les Registres de ses aumônes, son pauvre lit, sa verge, le manu-scrit de lantiphonaire et sa ceinture monastique. Le culte de e rsaint Grégoire I , grâce surtout à lOrdre bénédictin dont ilest une des gloires les plus brillantes, et aux nouveaux peuplesanglo-saxons, qui reconnaissent dans le saint leur premierapôtre, devint très vite mondial. En effet, au lendemain de sa mort, celui qui dicta son épi-graphe sépulcrale sous le portique de Saint-Pierre, ne sutmieux exprimer luniversalité de son action pastorale quenlappelant — lui, le descendant des Consuls de la Rome éternelle— le Consul de Dieu, Dei Consul facfats, laetare triumfihis.Lexpression ne pouvait être plus heureuse, comme dailleursle vers intplebat actu quidquid sermone docebat, de la mêmeinscription. La station de ce jour, dès le temps de Jean Diacre, était àSaint-Pierre, près de la tombe du Saint, où se célébraient aussi een son honneur les vigiles nocturnes. A u x v siècle, en signede fête, on ne convoquait pas même le consistoire papal en cejour. La messe, postérieure à la rédaction du recueil grégorien,tire ses chants dautres messes plus anciennes. Lintroït est duCommun des Martyrs Pontifes, comme le jour de saint Eusèbe(16 décembre). Par une délicate allusion à lhumilité du cœur,opposée par Grégoire à lorgueil du Jeûneur œcuménique, on yinvite les humbles à bénir Dieu, à qui ils reconnaissent devoirtout ce quils ont reçu de bien. La prière est la suivante : « Seigneur, qui avez accordé larécompense de léternelle félicité à lâme de votre serviteurGrégoire, faites que, nous sentant comme accablés sous lepoids de nos péchés, nous soyons relevés par son intercession. » A Vâme de votre serviteur Grégoire : on ne saurait mieux dire,
  • 59. puisque le caractère distinctif de la spiritualité de saint Grégoire, spiritualité qui le fait reconnaître demblée comme un moine de lécole du patriarche saint Benoît, est exprimé tout entier dans ce titre quil employa le premier : Grégoire, serviteur des serviteurs de Dieu, Maintenant encore, les papes, dans leurs actes les plus solennels, et à limitation de notre Saint, prennent le titre de Servus servorum Dei, qui signifiait toutefois primitive- ment *pour Grégoire, moine du monastère de Saint-André : serviteur des serviteurs de Dieu, cest-à-dire des moines (Servus Dei) ; en un mot : le dernier du monastère. L a tradition ascé- tique bénédictine sur la vertu dhumilité sest conservée tou- jours vivante chez tous les grands Docteurs formés dans le cloître de saint Benoît. Nous trouvons par exemple saint Pierre Damien qui signe habituellement : Ego Petrus peocator, episcopus hostiensis; et Hildebrand qui, avant de devenir Grégoire V I I , signe lui aussi : Ego Hildebrandus qucdiscumque, S. R. E. archi- diaconus. Lépître et lÉvangile sont du Commun des Docteurs, comme le 7 décembre. Le graduel est le même que pour la fête de saint Clément ;il est tiré du psaume 109 où est exalté le pontificat messianiquedu Christ : « Yahweh a juré et il ne se désistera pas : vous êtesle prêtre éternel selon le rite de Melchisédech.» f. «LeSeigneur a dit à mon Seigneur : — cest-à-dire le Père éternel a ditau Christ, son Fils et le Fils de Marie, descendant de David —siège à ma droite » — comme mon égal dans la puissance etdans la majesté de la divinité. Le psaume-trait est le même que pour la fête de saint Paul,premier ermite, le 15 janvier. Le verset de loffertoire est tiré du psaume 88. « Ma fidélitéet ma miséricorde sont avec lui. Sa puissance prévaudra enmon nom. » Tel est le secret du succès des entreprises des saints.Ils espèrent en Dieu et ne pourront donc pas ne pas réussir. La prière sur loblation est la suivante : « Par lintercessiondu bienheureux Grégoire, faites, Seigneur, que nous soit profi-table ce sacrifice, par limmolation duquel vous accordez lepardon de tous les crimes du monde. » Le Sacramentaire Grégorien assigne à ce jour une préface
  • 60. propre : ... aeterne Deus; qui sic tributs Ecclesiam tuam sancti Gregorii Pontificis lui commemoratione gaudere, ut eam illiuset festivitate laetifices, et exemplo piae conversationis exerceas,et verbo praedicaiionis erudias, grataque tibi supplicationetuearis^per Christum, etc. Le verset pour la Communion du peuple est le même quele jour de saint Sabbas, le 5 décembre. Le froment dontGrégoire a pourvu ses compagnons de service, cest son activitépastorale de prédicateur infatigable, de maître très vigilant, de pontife sans tache. Après la Communion, on récite la prière suivante : « Seigneur qui avez élevé le bienheureux Pontife Grégoire jusquà légaler aux mérites de vos plus grands saints; faites, que, célébrant aujourdhui sa mémoire, nous imitions aussi ses exemples. Par notre Seigneur, etc. » Un artifice habituel du démon est de nous suggérer un idéal et une forme de perfection qui, en raison des circonstances, ne peut pas se réaliser. Cest ainsi quun grand nombre dâmes, au lieu de changer leurs plans et de se sanctifier dans létat de vie où les a placées la Providence, demeurent inactives, pleurant leur sort et soupirant toujours vers le type irréalisable de leur sainteté. Il advient quelles perdent de la sorte un temps très précieux, aigrissent leur cœur, nuisent à leur salut et ne sont utiles ni à elles-mêmes ni aux autres. Il ne faut pas que la perfection se réduise purement à une abstraction métaphysique, mais quelle pénètre, comme lair, toutes les œuvres de notre vie. Peu importe que nous soyons riches ou pauvres, doctes ou igno- rants, bien portants ou infirmes. Il faut servir le Seigneur dans les conditions où II nous a placés, et non dans celles où nous voudrions être. Un bel exemple de ce sens pratique dans la voie de la sainteté nous est offert par saint Grégoire. Son carac- tère méditatif le poussait à létude tranquille de la philosophie dans la paix du cloître. Dieu le voulut au contraire diplomate, pape, administrateur dun immense patrimoine immobilier, et stratège même pour diriger les œuvres de défense des cités italiennes assiégées par les Lombards; vrai consul de Dieu, étendant au monde son activité et son pouvoir. Grégoire, très souvent retenu au lit par la goutte et par les maux destomac,
  • 61. sans laisser échapper une plainte, sadapte merveilleusementà toutes ces fonctions, et dans le but de servir uniquementle Seigneur, il sy consacre avec une si admirable maîtriseet perfection quil remplit de son esprit tout le moyen âge, etlaisse des traces profondes de son génie dans la vie ultérieuredu Pontificat romain. Les Byzantins célèbrent eux aussi la sainteté de Grégoire,auquel ils donnent le titre de dialogista ou de AtàXoyoÇj à causede ses quatre Livres des Dialogues traduits en grec par le papeZacharie. En lhonneur du Pontife quon peut presque considérercomme le père de la liturgie romaine et du chant ecclésias-tique, nous rapportons ici une antique séquence à lui consa-crée, publiée récemment par Bannister daprès un manuscrit edu x v siècle :Organum spirituale Touchez lorgue spirituel,Tangat decus cléricale, Ordre vénérable du clergé.Dum recolitur natale Pour fêter lanniversaireVigilis Gregorii. De Grégoire, le vigilant.Scriba Régis angeîorum, Il écrivait sous la dictée du Roi des Anges,Floruit hic lux dociorum, Fleur et lumière des Docteurs,Et Apostolus Anglovum i Apôtre des AnglaisQui prius inglorii, Jusque-là dans les ténèbres.E# prosapia Romana, Romain de vieille race.Spreta mundi pompa vana, Méprisant les vaines pompes du monde,In doctnna Christiana A la doctrine du ChristVigilanter studuiU Il a donné ses veilles studieuses, ses soins vigilants.Rector magnus et urbanus, Premier magistrat de Rome,Cuius paier Gordianus, Son père était Gordien;Félix Pontifex Romanus Le pontife romain FélixAtavus resplenduit. Fut son illustre aïeul.Virgo saeculo pusilla, Vierge chétive aux yeux du monde,Eius amita Tarsilla, Sa tante Tarsilla,Deo vigilans ancilla Servante attentive de Dieu,Vidit Iesum dulciter. Eut la douce vision de Jésus.
  • 62. Vivens Siîvia caelestis, Silvia, vivant comme au ciel,Mater huius digna gestis, Digne de son fils par ses actes.Fixit cor aeternis festis, Le cœur fixé dans les joies éter- nelles.Finiens féliciter. Eut un heureux trépas.Monasteria consiruxit, Il bâtit des monastères.Ac prudentia adfluxit, Il y montra sa prudence;Monachalem vitam duxit, Il mena la vie monastique,Derelinquens omnia. Après avoir renoncéà tout.Sed cum cuperet sincère Lui qui désirait sincèrementMori cunctis et latere, Mourir à tout et demeurer caché.Cogebatur apparere Il fut contraint de se montrerUt flos inter lilia. Telle une fleur parmi les lis.Eruditus in virtuie Formé à la vertuA primaeva iuventute, Dès sa plus tendre jeunesse,lier vadens vtae tutae, Il chemina dans la voie sûreDevitavit crimina. E t sut éviter les fautes.Ketexendo cantilenas En repassant les saints cantiquesSublevavit febris poenas, Il calmait les douleurs de la fièvre ;Odas addidit amoenas Il composa dagréables poèmesPer Scripturae carmina. A laide de lÉcriture.Videns pueros Anglorum, A la vue des jeunes Anglais,Pulckros vultu angelorum, Beaux comme des Anges,Mox misertus est eorum, Soudain pris de pitiéSuspirando graviter. Il pousse de profonds soupirs.O Pontificem beatum, O Pontife bienheureux.Per columnam demonstratum, Désigné par une colombe,Et a naufrago probatum, Éprouvé par le naufrage,Dignum mirabiliter. Digne dadmiration tHecta scribens, recte dxxit, Vrai dans ses écrits, vrai dans ses paroles,Quo malivolos adfiixU, Il combattit les méchants,Sed correctis benedixit, Mais il bénit ceux qui se corrigaient,Pastor bonus omnibus. Pasteur plein de bonté pour tous.Vigil iste Sanctus fuit, Il fut le saint vigilant;Qui ut nubes magna pluit, Comme une nuée répand ses eaux.Et ut ros de caelo ruit, Comme la rosée descend du ciel,UHlis fidelibus. Il enrichit les fidèles.
  • 63. Monstra fecit in hoc viia, Dès cette vie il a fait des prodiges,Verus hic Israelita, Cétait un véritable Israélite : 1Quod cognovit eremita Tel ermite la suEx divina gratta. Par une faveur divine.Deus fecit Levi pactum, Dieu fit avec lui le pacte de Lévi,Nec poenituit transactum, I] neut pas à sen repentir :Pacis atque vitae factum Pacte de paix et de vie.Cum honoris gloria. Pacte dhonneur et de gloire.JEéSin zonis non compegit, Il na pas amassé largent,Sed pauperibus redegit, Mais la distribué aux pauvres;Queni Salvator praeelegit Le Sauveur lavait choisiOrganum mellifluum. Pour son très suave instrument.ïstum deprecemur Sanctum Demandons à ce Saint,Nos viventes viia tantum, Nous qui vivons encore la vie pré- sente,Ut cantemus Agni cantum De chanter le cantique de lAgneauNunc et in perpetuum. Maintenant et à jamais. Cette séquence forme lacrostiche 0 Servum Servorum Dei. Il existe une autre séquence beaucoup plus ancienne, quisans avoir été à lorigine composée pour saint Grégoire le Grand,lui convient pourtant admirablement et fut en effet chantéelors de la solennelle Messe pontificale quen 1904 Pie X célébra eà Saint-Pierre à loccasion du X I I I centenaire de la mort dugrand Docteur. Le chœur des chantres comprenait pour cettecirconstance plus dun millier de voix, et le Pontife fut tellementimpressionné par leffet grandiose produit par cette mélodie,quà peine le saint Sacrifice terminé il ordonna de répéter lechant de la magnifique séquence. Consacrée par lapprobationde Pie X en cette occasion solennelle, elle a pour ainsi dire ledroit dêtre considérée comme appartenant à la liturgie romaine. Voici le texte de cette importante composition médiévale, 1. Il est fait allusion ici à une gracieuse légende. Un saint moine eutun jour la simplicité de demander au Seigneur à quel degré de saintetéil était déjà parvenu avec toute la rigueur de sa vie. Dieu lui réponditquil avait égalé le pape Grégoire. De quoi le moine soffensa, car il vivaitpauvrement dans une grotte, tandis que le Pontife commandait au monde,dans son magnifique patriarchium du Latran. Dieu fit alors observerau moine que Grégoire vivait plus détaché de la splendeur de sa dignitépapale que lui ne létait dun petit chat qui lui tenait compagnie !
  • 64. simplement rythmée sans rime, formée, comme les séquencesprimitives, sur le mélisme alléluiatique de la messe.1) Aima cohors una Chœur illustre, fais retentir à Tunis- Laudum sonora son les titres de louange Nunc prome praeconia*2) Quibus en insignis rutilai dont Grégoire est paré, resplendis- Gregorius ut luna, sant comme la lune, le soleil et Solque sideva. les astres.2a)Meritorum est mirifica Léclat de ses mérites lui confère Radians idem sacra une gloire merveilleuse et sacrée. Praerogativa.3) Hune nam Sopkiae mystica Orné de la connaissance des dogmes I Ornarunt .mire dogmata les plus mystérieux de la Sagesse, 1 Quafulsit nitida sa lumière brillante atteint les * luculenier per ampla confins de lunivers. or bis climata.3a) Verbi neenon fructifera Il a jeté la semence féconde de la Saevil divmi semina parole divine dans les sillons des Meniium per arvat âmes, et dissipé les ténèbres de la pellendo quoque cuncta nuit. noctis nubila.4) Hic famina fundens diva, Répandant la parole de Dieu comme ZJtpotc caelestia investi de la puissance den-haut, Ferens in se Numina,$a) Sublimavit catholica Il a élevé au plus haut point T Église Vehementer culmina catholique par ses saints discours. Sancta per eloquia.5) Is nempe celsa En possession maintenant de la Compos gloria, gloire du ciel, il partage la joie, Nunc exultât lallégresse et le triomphe des Inter laetabunda élus. Coelicolarum ovans contuberma.5a)Sublimis exiat Placé sur un trône élevé, il jouit Sede superna, dune vie qui ne sépuise pas, Fruens vita dans les abondants pâturages du Semper inexhausta, Christ. Sat per celeberrima Christi pascua.6) O dignum cuncta O Pontife digne des plus hautes lande, praeexcelsa louanges, comblé dune telle joie Praesulem tania en récompense des vertus dont il Nactus gaudia, a jeté léclat comme une lampe. Virtutum propter mérita, Quibus viguit, ardens Vélut lampada.
  • 65. 6a) Nos voce clara Dune voix claire et mélodieuse Hune et iucunda adressons-lui nos prières et nos Dantes oremus vœux pour quil nous accorde ses Preces et vota, faveurs et nous obtienne les Qui nobis ferat commoda, récompenses éternelles. Impetret et aeterna Poscens praemia.7) Quod petit praesens caterva, Ce quimplore cette assemblée, ô Praesulum gemma, gemme des Pontifes, en vous Devota rependens munia offrant dun cœur sincère lhom- Mente sincera, mage de sa dévotion, daignez-le- Favens da lui procurer par vos instantes Sibi precum instantia, prières : quelle soit admise dans Scilicet ut polorum la lumière du ciel I Intret lumina.ja)Quo iam intra palatia Et quhabitant enfin les palais Stantem suprema, den haut, nous nous félicitions Laeti gratulemur aâepti joyeux dêtre entrés au royaume Polorum régna, des cieux, nous qui, dans votre Qui tua sanctuaire, ô Pontife, vous chan- Praesul, sistentes hac aida, tons avec tant dallégresse, Iubilemus ingenti Cum laetitia.8) Recinentes dulcia Faisant retentir le doux et clair Nunc celsaque alléluia. Alléluia. Mais nous ne saurions nous éloigner dun si insigne Pontife— dont le livre sur le gouvernement pastoral était devenu aumoyen âge la règle des évêques, si bien quil entrait dans lecatalogue officiel du mobilier de lappartement papal — sansavoir rapporté ici léloge que les Romains gravèrent sur sontombeau primitif dans le portique de Saint-Pierre. De cetteplaque de marbre il subsiste encore, après tant de siècles,quelques précieux fragments :SVSCIPE - TERRA . TVO - CORPVS - DE - CORPORE - SVMPTVMREDDERE - QVOD • VALEAS . VIVIFICANTE • DEOSPIRITVS . ASTRA - PETIT • LETHI • NIL - IVRA . NOCEBVNTCVf . VTTAE . ALTERIVS • MORS • MAGIS • ILLA • VIA . ESTPONTIFICIS • SVMMI • HOC • CLAVDVNTVR - MEMBRA • SEPVLCHROQVI . INNVMERIS - SEMPER - VIVAT - VBIQVE - BONISESVRIEM • DAPIBVS • SVPERAVIT - FRIGORA • VESTEATQVE - ANTMAS . MONITIS - TEXIT . AB - HOSTE . SACRISIMPLEBATQVE - ACTV • QVIDQVID . SERMONE - DOCEBATESSET - V T • EXEMPLVM - MYSTICA - VERBA - LOQVENSAD - CHRISTVM - ANGLOS - CONVERTIT - PIETATE . MAGISTRA
  • 66. ACQVIRENS . F I D E I . AGMINA < GENTE - NOVAHIC • LABOR . HOC - STVDIVM • HAEC • T I B I . CVRA - HOC - PASTOR IVT - DOMINO • OFFERRES - PLVRIMA - LVCRA . G REGIS [AGEBASHISQVE - DEI • CONSVL • FACTVS • LAETARE • TRIVMPHISNAM • MERCEDEM • OPERVM - IAM • SINE . FINE • TENES. Reçois, ô terre, un corps tiré de ton sein, Pour que tu le restitues à Dieu le jour de la résurrection. Lâme sest envolée au ciel, car lenfer ne put faire valoiraucun droit Sur celui pour qui la mort fut plutôt la voie conduisant à unevie meilleure. En ce sépulcre gît la dépouille du grand Pontife, Dont la renommée restera célèbre partout, en raison de sesimmenses mérites. Par des distributions de nourriture, il adoucit les horreursde la famine; avec des vêtements, la rigueur de lhiver, Et par ses saints avis, il tint le démon éloigné des âmes. Il accomplissait par ses actes ce quil enseignait dans sesprédications, En sorte que, en exposant les Écritures, il les réalisait par sonpropre exemple. Il convertit au Christ les Anglais et les forma à la piété, Gagnant à la foi un nouveau peuple. Cela fut ton œuvre, ton vœu, ton souci, ton but, ô Pasteur,présenter au Seigneur un fruit abondant dans le gouvernementdu troupeau. Cest pourquoi tu es devenu le Consul de Dieu; en consé-quence, sois heureux de tes triomphes, Parce que désormais tu jouis pour léternité de la récompensede ;es labeurs. lusage des séquences durant la messe fut accepté parRoi ,ie à la fin du moyen âge seulement ; de plus, la traditionfrai que médiévale ne peut se dire vraiment universelle. Il yavait cependant un autre chant en lhonneur de saint Grégoire :il servait comme de prélude à lantiphonaire romain et on lexé-cut;iit en de nombreux pays le premier dimanche de lAvent,avant dentonner lintroït. Le texte primitif peut remonter
  • 67. e rà Hadrien I mais il a été souvent remanié. Voici les hexamètresattribués à Hadrien I I :Gregorius Praesul, meritis et no- Désigné pour lépiscopat par ses 1 mine dignus, mérites comme par son nom ,Unde genus ducit summum con- Grégoire atteignit à lhonneur su- scendit honorem. prême de ses ancêtres.Qui renovans monumenta Patrum Il restaura les monuments des Pères iuniorque priorum, qui lavaient précédé;Munere caeïesti frelus, ornans Aidé de la grâce den-haut, il les em- sapienter, bellit avec goût,Composuit Sckolae Cantorum hune E t composa ce livre pour la Schola rite libellum, des chantres,Quo reciprocando, moduletur car- Pour quà deux chœurs elle~modulât mina Christi. les louanges du Christ. Toute la Ville éternelle, dont Grégoire fut le très vigilantpasteur, ses églises stationnales, les cimetières des martyrs,rappellent le zèle actif de lincomparable Pontife. Néanmoinsquelques sanctuaires romains revendiquent aujourdhui lhon-neur dune fête spéciale; ce sont, outre la basilique vaticane quigarde son corps, celle de Saint-André au Clivus Scaitri oùGrégoire fut moine dabord, puis Abbé; celle de Saint-Pa.ul, quele Saint fit embellir et où était la tombe de sa famille; leLatran, où il vécut les quatorze dernières années de son suprêmepontificat. A u moyen âge, les quatorze régions urbaines riva-lisèrent pour honorer Grégoire et pour dédier en son nom destemples et des chapelles; cest ainsi que nous avons les églisesS. Gregnrii ad Clivum Scauri, S. Gregorii de Cortina, S. Gregoriide Gradellis, S. Gregorii dei Muratori, S. Gregorii in CampoMartio, S. Gregorii de ponte Iudaeoruni, sans parler des ora-toires très nombreux élevés sous son vocable. Une bulle deGrégoire III, conservée dans la basilique de Saint-Paul, men-tionne une messe quotidienne que, dès ce temps, lon célébraiten cet insigne sanctuaire apostolique sur lautel S. Gregorii adianuas; précisément comme à Saint-Pierre, où la tombe duSaint se trouvait dans le portique extérieur, prope secretarium. i. Laïeul de Grégoire avait été le pape Félix IV. Il existe un poèmeoù il est dit de Damase, né lui aussi dun personnage revêtu de la dignitéépiscopale : NATVS - QVI - ANTISTES - SEDIS • APOSTOLÏCAE
  • 68. Lépigraphe de Grégoire III à Saint-Paul représente sans doute un des plus anciens monuments relatifs au culte liturgique de saint Grégoire le Grand. Maintenant encore, quand le Pape célèbre solennellement le divin Sacrifice à Saint-Pierre, le jour de son couronnement, il prend les ornements sacrés à lautel qui recouvre la tombe de saint Grégoire. Ce fait revêt la signification dune spéciale vénération envers le Saint qui a, pour ainsi dire, incarné en lui tout le plus sublime idéal contenu dans le concept catholique du pontificat romain. Il provient en outre de ce que, à lorigine,le sépîdcre du grand Docteur, dans latrium de la basiliquevaticane, était voisin du Secretarium ou sacristie, où les ministressacrés se revêtaient des ornements liturgiques. Dans lérectionde la nouvelle basilique de Saint-Pierre, on tint à conserverà saint Grégoire cette place traditionnelle, à côté de la sacristie,et cest ainsi quon garda également lhabitude de revêtirsolennellement le Pape des ornements sacrés à lautel duSaint. Les Grecs sont eux aussi pénétrés dune grande dévotionpour saint Grégoire. Dans leur office ils lappellent ainsi :Sacraiissime Pastor, facius es successor in zelo et sede Cory-phaeiy populos purificans et ad Deum adducens. Successor insede Principis Chori Discipulorum, unde verba, veluti fulgores,o Gregori, proferens, face illuminas fidèles. Ecclesiarum Prima,cum Te ad pectus complexa esset, irrigat omnem terram quae subsole est, piae doctrinae divinis fiuentis. Telle est la foi antiquede lÉglise dOrient relativement à la primauté pontificale surlÉglise universelle. 14 MARS. E Hiéronymien marque aujourdhui la commémoration sui-L vante : Romae Leonis episcopi et martyris, dont le tom- tbeau nous est en effet indiqué par le biographe dHadrien I e rcomme existant dans la basilique de Saint-Étienne in AgroVerano : Immo et ecclesiam sancti Stephani iuxta eam sitam,ubi corpus sancti Leonis Episcopi et Martyris quiescit, similiterundique reparavit. Sur le tombeau du Saint se trouvait cette inscription, de
  • 69. saveur damasienne et qui, pour cette raison, fut transcritedans les anciens recueils :OMNIA - QVAEQVE • VIDES . PROPRIO . QVAESITA . LABOREC V M - MIHI - GENTILIS - TAMDVDVM • VTTA • MANERETINSTTTVI • CVPIENS • CENSVM - COGNOSCERE - MVNDIIVDTCIO - POST . MVLTA DEI • MELIORA • SECVTVSCONTEMPTIS • OPIBVS • MALVI • COGNOSCERE - CHRIST VMHAEC . MIHI . CVRA . FVIT - NVDOS - VESTÏRE • PETENTESFVNDERE . PAVPERIBVS - QVIDQVID - CONCESSERAT - ANNVSPS ALLE RE • ET • IN < POPVLIS - VOLVI . MODVLANTE • PROPHETASIC • MERVI . PLEBEM • CHRISTI • RETINE RE • SACERDOSHVNC • MJHI . COMPOSVIT TVMVLVM - LAVRENTIA - CONIVNXMORIBVS . APTA - MEIS • SEMPER . VENERANDA - FIDELISINVIDIA • INFELIX - TANDEM • COMPRESSA • QVIESCETOCTOGINTA • LEO - TRANSCENDTT - EPISCOPVS • ANNOS DEP - DIE • PRID • IDVS . MARTIAS Tout ce que tu vois est le fruit de mes sueurs, alors que, dansma première jeunesse, encore païen, je voulais expérimenter lesjoies du monde. Plus tard, par disposition divine, je pour-suivis un meilleur idéal et, méprisant les richesses, je préféraila sagesse du Christ. Alors jeus soin de vêtir ceux qui étaientnus et pauvres, distribuant aux malheureux mon revenu patri-monial annuel. Je voulus en outre imiter le Psalmiste, en exerçantparmi les fidèles les fonctions de chantre; si bien que je méritaide gouverner le peuple chrétien en qualité dévêque. Celle quime prépara ce tombeau fut mon épouse Laurentia, toujoursvénérable, fidèle, dont le caractère était tout semblable au mien.Finalement elle succomba victime de lenvie. Lévêque Léonvécut plus de quatre-vingts ans et fut enseveli le 14 mars. Plusieurs circonstances saccordent pour nous faire recon-naître en cet évêque Léon le père du pape Damase, mais liden-tification, quelque probable quelle soit, nest pas certaine. E ntout cas, ce qui est démontré, cest lantique culte liturgiquerendu au Campo Verano à cet illustre évêque, qui ajouta à sesgrands mérites de pasteur celui davoir voulu préluder pourainsi dire à la gloire musicale de Grégoire le Grand. E n effet,il se flatte davoir exercé dans les assemblées liturgiques lofficede soliste, en modulant les psaumes de David. — On sait que, epresque jusquau V siècle, le chant ecclésiastique était respon-sorial, linnovation orientale de lantiphonie nayant pas encore
  • 70. pénétré en Occident. Les Scholae Cantorum nexistaient doncpas, et les roulades dun habile soliste suffisaient. Cet office étaittoutefois considéré comme si noble que les diacres lambi-tionnaient à lenvi, et que les évêques eux-mêmes se vantaientde lavoir rempli dignement. — Si cet évêque Léon est vraimentle père de Damase, il faut dire quen cette maison lamour dela poésie et de la musique se transmettait avec le sang de pèreen fils. 17 MARS. Saint Patrice, évêque et confesseur. ET apôtre de lIrlande (f 464), à la vie si austère et si mer-C veilleuse, sema en ces régions lointaines le grain évangé-lique avec un si heureux succès que, à cause de linnombrablearmée de saints quelle produisit, la verte Erin mérita au moyenâge le beau titre dIle des Saints, gloire que trois siècles de durespersécutions contre la foi catholique de la part de lÉgliseanglicane ne purent éclipser. En considération de la foi vigou-reuse de ce peuple de héros, Pie I X , en 185 g, éleva la fête desaint Patrice (qui apparaît toutefois dans les bréviaires romains edès le x v siècle) au rite double. Patrice peut être vraiment regardé comme le patriarche delépiscopat et du monachisme irlandais, monachisme dontlhistoire eut une répercussion sur toute lEurope médiévale,partout où les Scots errants plantèrent leurs tentes et impor-tèrent leurs traditions. Rome chrétienne a dédié, près de la voie Salaria, une églisenouvelle à ce grand Apôtre des Irlandais. Mais même ancien-nement, lhospice irlandais Scottorum, devenu par la suitelabbaye SS. Trinitatis, près du Titre de Saint-Laurent inDamaso, attestait lélan de foi et damour pour Rome catho-lique que la prédication de saint Patrice avait imprimé ausentiment religieux des Irlandais. La messe est celle du Commun des Confesseurs Pontifes,comme le 4 février, mais la première collecte est propre. Prière. — « O Dieu qui, pour annoncer votre gloire auxpaïens, avez daigné envoyer le bienheureux confesseur et
  • 71. pontife Patrice; accordez-nous, par son intercession et par sesmérites, daccomplir avec votre grâce tout ce que vous nousprescrivez de faire. Par notre Seigneur, etc. » Si la sainteté est nécessaire à tous, elle lest principalementaux supérieurs ecclésiastiques et à tous ceux qui, dans lesdesseins de la Providence, sont appelés à fonder ou à constituerune société quelconque. Ceux qui viennent par la suite doiventse garder den changer lesprit et les traditions, mais pourcela, il faut que les fondateurs aient transmis à leur œuvre unfeu si puissant de vie intérieure et de sainteté, que celui-cienflamme le cœur des lointaines générations de leurs disciples.Cest en ce sens quon peut entendre la parole de lapôtre, disantque ce sont les parents qui sont obligés damasser un patrimoinepour leurs enfants, et non pas ceux-ci pour leurs parents. 18 MARS. Saint Cyrille, évéque de Jérusalem, confesseur et docteur.LEmarqué par Dieu du prodige dune croix lumineuse386?) fut commencement de lépiscopat de ce Pontife (f apparuedans le ciel le 7 mai 351 à la vue de Jérusalem tout entière. Lafête de saint Cyrille fut instituée en 1882 par Léon X I I I ; elleest en relation avec lœuvre de ce Pontife pour favoriser leretour des Églises orientales à lunité de la Communion catho-lique. La messe est celle du Commun des Docteurs, comme le29 janvier, sauf les particularités suivantes : La première collecte contient une allusion délicate à lœuvredoctrinale de Cyrille, qui fut lénergique champion de la divinitédu Verbe contre les Ariens. Pour ce motif, sous les empereursariens Constance et Valens, notre Saint fut déposé de son siègeet contraint par trois fois de mener une vie difficile en exil, cequi lui valut le mérite et la gloire de confesseur de la foi. Prière. — « Dieu tout-puissant, par les prières du bienheureuxpontife Cyrille, accordez-nous de vous reconnaître seul commele vrai Dieu, et, avec vous, Jésus-Christ que vous nous avez
  • 72. envoyé; afin dêtre pour toujours comptés parmi les brebis quiécoutent sa voix. Par notre Seigneur, etc. » La lecture de lÉpître se trouve après la messe du Commundes Docteurs; elle est tirée de lEcclésiastique, x x x i x , 6-14. LÉvangile, que nous retrouverons pour la fête de saintAthanase, se rapporte aux persécutions et à lexil infligés àCyrille par les Ariens. Le Sauveur ne veut pas que les Apôtressexposent témérairement à la mort, ou quils exercent unministère inutile auprès de ceux qui nont cure de leur oeuvre.Il ordonne donc à ses disciples (MATTH., x, 23-28) persécutésdans une ville de se rendre dans une autre, afin que la paroleévangélique se répande et que tout le monde puisse voir brillerle flambeau de la Parole divine et en reçoive le salut. LesApôtres, Paul surtout, exécutèrent exactement cet ordre queleur avait donné le Sauveur, et, rejetés par les Juifs, ils seportèrent vers les Gentils du monde grec et romain au seinduquel se recruta de préférence lÉglise primitive. e Le grand fugitif du I V siècle, saint Athanase, à la persécutionduquel, comme le dit la sainte liturgie, avait conspiré le mondeentier, a écrit un livre pour démontrer que la fuite en temps depersécution, cest-à-dire dans les circonstances prévues par letexte évangélique de ce jour, est un acte de grande perfection,non seulement parce quelle est un précepte du Christ, maisparce que, au lieu de mettre fin aux souffrances inhérentes àlapostolat par une mort rapide, elle les prolonge au contraire,réservant le missionnaire à des épreuves nouvelles et plusdures. Voici la belle prière sur loblation : « Regardez, Seigneur,lhostie immaculée que nous vous offrons; et par les mérites devotre bienheureux pontife et confesse ar Cyrille, faites que nousla recevions dans un cœur pur. Par notre Seigneur, etc. » Il était certes à propos que la messe en lhonneur du glorieuxauteur des catéchèses mystagogiques de Jérusalem sinspirât aumoins de ces précieux écrits, où Cyrille, avec une clarté et uneconcision admirables, expose la doctrine de lÉglise relativementaux Sacrements, et en particulier à lEucharistie. Le conceptde la collecte daction de grâces, où lon demande que la sainteCommunion nous fasse participer à la société de la nature
  • 73. divine, est tiré des écrits de Cyrille, lequel à son tour sinspire ede la I I Épître de saint Pierre (I, 4). Prière daction de grâces. — « O Seigneur Jésus-Christ, quepar les prières de votre bienheureux pontife Cyrille, le sacrementde votre Corps et de votre Sang que nous venons de recevoirsanctifie notre esprit et notre cœur, en sorte que nous méritionsdavoir part à la nature divine elle-même au moyen de votre grâce. » Il nest rien de plus noble ni de plus mystérieux que la grâcequi communique à lâme, dune manière créée et proportionnéeà sa capacité, certes, mais toujours réelle cependant, la viedivine. Créée, et divine, disons-nous ; deux termes qui semblentsexclure; et pourtant lélévation de lâme à lordre sur-naturel exige précisément le soutien de cette vie supérieure. L agrâce, en effet, prépare lâme à la gloire, aussi ne faut-il passétonner si les théologiens semblent si embarrassés quand ilsdoivent expliquer sa nature intime, puisque, pour la comprendre,il faudrait en connaître aussi le dernier terme, qui est la visionbéatifique de lessence divine. L e même j o u r (18 mars). Aujourdhui le Hiéronymien annonce : Romae Pymeni pres-byteri. Il sagit du martyr Pigmène qui, avec Pollion etMilix, était enseveli dans le cimetière de Pontien. Litinérairede Salzbourg le mentionne : Descendis in antrum et inveniesibi innumerabilem multitudinem Martymm; Pumenius martyribi quiescit, et Milix martyr in altero loco. Le sépulcre des martyrs Pollion, Pigmène et Milix a étéretrouvé dans le cimetière de Pontien. Il est décoré de pein-tures représentant les saints, et il avait cette particularité quonne pouvait pas y accéder, mais quil était permis seulement dele regarder à travers la fenestella confessionis. Plus tard, lesreliques du prêtre et martyr Pigmène furent transportées àSaint-Sylvestre « in Capite », en sorte que dans lantique NotitiaNataliciorum Sanctorum hic requiescentium, nous lisons : DieXVIIII mensis suprascripti (martii), natalis sancti Pymeniipresbyteri et martyris.
  • 74. ig MARS.Saint Joseph, confesseur, époux de la Bienheureuse Vierge Marie, patron de V Église catholique.DANSdAntiochetrouvons semble jourdupossible didentifier avecJoseph la recension dEpternach mien, nous quil ne en ce pas martyrologe hiérony- le natale dun martyrle très pur Époux de la Vierge immaculée. A u contraire, dautres Emartyrologes postérieurs, à partir du X siècle, mentionnentaujourdhui : In Betlehem sancti Ioseph nutriioris Domini,comme le fait, par exemple, le martyrologe de Farfa. De cettebrève notice est née la grande solennité que célèbre en ce jourlÉglise catholique. La dévotion à saint Joseph sest développéedans le peuple chrétien dune manière si surprenante et selondes lois si admirables, quil est impossible de ny pas recon-naître lœuvre de la divine Providence. Il convenait que, durant les trois premiers siècles, la divinitédu Rédempteur rayonnât dans toute sa splendeur sur le mondeidolâtre. Aussi les premières fêtes de lannée liturgique furent-elles celles qui se rapportaient au mystère du salut du monde,telles que celles de Pâques, de lEpiphanie, du saint Baptême.Quand le premier péril polythéiste et lhérésie arienne furentconjurés, la théologie sarrêta de préférence à étudier les rap-ports existant entre la nature divine et la nature humaine danslunique Personne du Rédempteur, et cest ainsi que naquirentles fêtes qui regardent principalement la sainte humanité deJésus, comme la Nativité, la Présentation au temple, la Dor-mition de la Très Sainte Vierge. Cest lâge dor de la théologiemariale, inaugurée par le Concile dËphèse et qui, durant toutle haut moyen âge, fut linspiratrice féconde de fêtes, de pro-cessions, de basiliques et de monastères dédiés à la Mère deDieu, si bien que le culte de Notre-Dame sunit à la foi catho-lique jusquà en devenir la caractéristique. Les plus anciennespeintures christologiques des catacombes représentaient déjàlEnfant divin sur les genoux de sa Mère, et la piété de lÉglisecontinue à ladorer entre les bras de Marie. Le catholique saitque Marie est le chef-dœuvre de la création, et que lhonneurquon lui rend remonte jusquà Dieu. Il sait que Jésus Lui-
  • 75. même, en tant que son Fils, veut être dans lobligation delhonorer et de laimer infiniment, et cest pourquoi le fidèle,en honorant et en aimant Marie, sait aussi quil ne fait quesuivre, de très loin il est vrai, lexemple de Jésus. Mais après Marie vient celui qui, tout en nétant pas le pèrede Jésus, eut néanmoins sur Lui une véritable autorité pater-nelle. Cest Joseph, qui ne fut pas simplement père putatif duSauveur en ce sens que les juifs, ignorants du mystère de lIn-carnation, crurent Jésus son fils; non; il fut le vrai dépositairede lautorité du Père éternel, investi pour cela de la pairiafiotestas au sein de la sainte Famille de Nazareth. LAnge netransmet donc les ordres du Seigneur, relatifs à la fuite enEgypte et au retour en Palestine, à personne autre quà Joseph;cest lui qui, avec Marie, impose au divin Enfant le nom deJésus; cest lui qui engage à partir pour lexil sa très pureÉpouse; cest également sur lui que pèse la responsabilité de lavie de la sainte Famille. Et puisque, dans la sainte maison deNazareth, sous lautorité paternelle de Joseph, Dieu veutconsacrer les prémices de lEglise, cest à bon droit que celle-cireconnaît et vénère comme son Patron spécial le premier chefde cette famille de Dieu sur la terre, saint Joseph. Le culte liturgique envers ce grand patriarche prit un déve- eloppement considérable au x v siècle, grâce surtout à sainteBrigitte de Suède, à Jean Gerson et à saint Bernardin de Sienne.Le pape franciscain Sixte IV inséra sa mémoire dans le Bréviaireromain avec le rang de fête simple; Clément I X léleva au ritedouble et Grégoire X V en fit une fête de précepte. Enfin Pie I Xattribua à saint Joseph le titre de Patron de lEglise catholique. Rome chrétienne, outre une splendide chapelle consacrée àsaint Joseph dans la basilique vaticane, a dédié à ce glorieuxpatriarche, le plus sublime entre tous les saints, parce quil fut,en raison de ses fonctions, le plus proche de Marie et de Jésus,plusieurs églises et chapelles. Parmi les moins anciennes, nousdevons mentionner léglise de Saint-Joseph des charpentierssur la Custodia Mamertini, au Forum romain; Saint-Joseph adcaput domorum, près de la porte Pinciana; Saint-Joseph à laLungara, dans la cité Léonine; Saint-Joseph de linea érigée tjadis par la fameuse Victoria Colonna, mais maintenant dé-
  • 76. truite; Saint-Joseph au pied du Collis ortorum, place dEs-pagne; Saint-Joseph de Cluny, près de la voie Merulana; Saint-Joseph, sur la voie Nomentane; Saint-Joseph, au QuartierTriomphal, etc. Il est probable que le choix du mois de mars pour la fête quoninstitua tardivement en lhonneur de saint Joseph, fut motivépar la commémoration que, durant la sainte Quarantaine,lÉglise fait de lancien patriarche Joseph, dont léloge, pro-noncé par saint Ambroise, se lit après le deuxième nocturne du eI I I dimanche de Carême : Ex libro S. Ambrosii Episcopi, deSancto Ioseph. La messe est empruntée au Commun des Confesseurs et àdautres messes plus anciennes du Sacramentaire. Le choixdénote dailleurs un bon goût. Lintroït est le même que le 15 janvier. Si saint Joseph estcomparé à un palmier vigoureux et à la tige de Jessé, la fleur quiorne cette tige est Jésus-Christ, lequel, comme le dit si biensaint Augustin, est le fruit qui convenait uniquement à cetteunion sacrée et virginale entre Marie et le saint Patriarche. La collecte suivante est empruntée à la fête de saint Matthieu. Prière. — « Seigneur, faites que nous soyons aidés par lesmérites de lÉpoux de votre très sainte Mère ; et que ce que noussommes incapables dobtenir nous-mêmes nous soit donnégrâce à ses prières. Vous qui vivez, etc. » La lecture est celle du Commun des Abbés, comme le5 décembre, mais bien mieux quà ceux-ci elle sadapte à saintJoseph, constitué par Dieu patron de sa famille sur la terre,à qui il révéla la gloire et le mystère de lIncarnation du Verbe,et quil honora plus que tout autre mortel. Le graduel est le même que le 5 décembre. L a couronne queDieu a posée sur le chef de saint Joseph resplendit de troisperles brillantes, qui sont Jésus, Marie et la sainte Eglise. Le psaume-trait est identique à celui de la fête de saint Paul,premier ermite, le 15 janvier. A u temps pascal, on omet le graduel et le trait et, à leurplace, on récite les versets alléluiatiques suivants : « Alléluia,alléluia. Le Seigneur laima et lorna de splendeur; Il le revêtit
  • 77. dun manteau de gloire. » Le second verset est identique à celui de la fête de saint Paul, le premier ermite, et il fait allusion à la verge fleurie qui, selon la tradition, aurait désigné Joseph comme lépoux choisi par Dieu pour la Vierge Marie. LÉvangile (MATTH., I, 18-21) est celui de la Vigile de Noël; il faut y remarquer que, selon lordre de lAnge, Joseph, à titre de représentant du Père éternel, et en signe de la patria potestas sur le Verbe Incarné, lui impose le nom de Jésus, et, avec le nom, lui confie la mission de racheter le genre humain moyennant lobéissance jusquau sacrifice du Calvaire. Saint Joseph entre ainsi dans les desseins de salut de Dieu, et fait partie du plan magnifique de lincarnation du Verbe. Loffertoire est le même que pour la fête de saint Raymond le 23 janvier. Appliqué à saint Joseph, le verset du psaume 88 acquiert toutefois une signification plus sublime, puisque la vérité et la miséricorde que le Psalmiste montrent ici commelornement et la force du juste, sont le Sauveur Jésus lui-même,qui, dans la sainte Famille, fut tout le trésor de ses Parents. La prière sur loblation a aujourdhui un sens spécial, carloffrande inaugurale de lhostie que nous allons présenter àDieu sur le saint autel, fut accomplie pour la première fois dansle temple de Jérusalem, lorsque, quarante jours après Noël,Marie et Joseph portèrent le Verbe Incarné dans le temple :ut sisterent eum Domino : « Suppliants, Seigneur, nous vousrendons notre juste hommage, vous priant humblement degarder vous-même en nous vos dons, par les mérites de lÉpouxde la Mère de votre Fils Jésus-Christ notre Seigneur, le bien-heureux Joseph, en la vénérable fête duquel nous vous offronscette hostie de louange. Par notre Seigneur, etc. » La préface est propre elle aussi; elle a été approuvée parBenoît X V : « ... Dieu éternel... vous offrant nos hommages delouange, nos bénédictions et nos adorations en la solennité dubienheureux Joseph. Celui-ci fut un homme juste; il fut par vousdonné comme époux à la Vierge, Mère de Dieu, et, comme unserviteur fidèle et prudent, il fut placé à la tête de votresainte Famille, pour que, tenant lieu de père, il gardât votreFils unique, conçu par lopération mystérieuse du Saint-Esprit. » Lantienne pour la sainte Communion est tirée de la lecture
  • 78. de lÉvangile du jour, et, répétée en ce moment par la sainteliturgie, elle a pour but dexciter notre foi et notre adorationenvers la majesté de Celui que nous avons reçu dans notrecœur : « Joseph, fils de David, nhésite pas à prendre pour épouseMarie, car Celui qui est né en elle est du Saint-Esprit. » Après la Communion on récite la collecte suivante, où lÉgliseinsiste pour la seconde fois aujourdhui sur la garde diligentedu don de Dieu et de la grâce : « Assistez-nous, ô Dieu de misé-ricorde, et par lintercession du bienheureux confesseur Joseph,gardez vous-même en nous avec bonté vos dons. Par notreSeigneur, etc. » Comme lancien Joseph garda le grain qui devait sauverlEgypte durant les sept années de famine, ainsi lÉpoux trèspur de la Vierge Marie garda contre la cruauté dHérode levrai Pain de vie éternelle qui donne le salut au monde entier.Maintenant encore, telle est la mission de Joseph dans le ciel;et cest pourquoi lÉglise demande avec insistance que sa puis-sante intercession garde dans les âmes la vie mystique deJésus, moyennant la correspondance fidèle à la grâce. 21 MARS. Saint Benoît, abbé. A fête du saint Patriarche du monachisme occidental estL entrée dans le Sacramentaire Grégorien dès le haut moyenâge, alors que le pontificat romain, lépiscopat, la hiérarchie, lavie religieuse, lapostolat parmi les païens, la science sacréeet profane, semblaient identifiés avec lactivité de la famillebénédictine- Le premier auteur de ce culte universel enverssaint Benoît fut saint Grégoire le Grand, qui, moins de cin-quante ans après sa mort, écrivit son histoire et propagea saRègle. Ce fut grâce à lui que ce code immortel de perfection,conservé comme un trésor dans les archives papales du Latran,exclut promptement en Europe toute autre forme antérieure devie monastique et devint la Régula Monachorum, cest-à-direla Règle romaine et papale par excellence de lascèse monas-tique. Voici ce quécrivait un contemporain de saint Grégoire à la
  • 79. eFig. 2. — Fresque du i x siècle à Sainte-Marie-in-Pallara. SAINT BENOIT
  • 80. louange de ce code immortel de sainteté, considéré par cetillustre Pontife comme un des plus grands prodiges accomplispar saint Benoît :QVI • LENI - IVGO - CHRISTI • COLLA - SVBMTTTERE . CVPISREGVLAE - SPONTE - DA - MENTEM • DVLCIA - VT • CAPIAS - MELLAHIC • TESTAMENTI - VETE RIS . NOVIQVE . MANDATAHIC - ORDO • DIVINVS - HTCQVE • CASTISSIMA • VITAHOC - BENEDICTVS - PATER - CONSTITVIT - SACRVM - VOLVMENSVISQVE • MANDAVIT - HAEC . SERVANDA - ALVMNISSIMPLICIVS - FAMVLVS • CHRISTTQVE - MINISTERMAGISTRI . LATENS . OPV5 • PROPAGAVIT • IN . OMNESVNA - TAMEN - MERCES - VTRISQVE • MANET • IN - AEVVM Toi qui aspires à ployer le cou sous le suave joug du Christ, Applique-toi de bon cœur à méditer la Règle, et tu en retirerasun doux miel. Elle renferme lenseignement de lAncien et du NouveauTestament. Ici est décrite une méthode toute divine, une vie toute pure. Ce fut le patriarche Benoît qui établit ce Code sacré E t le donna à observer à ses disciples. 1 Simplicius serviteur et ministre du Christ Propagea de toutes parts le volume du Maître, tenu dabordpresque caché. Lun et lautre dailleurs ont obtenu la même récompensedans léternité. La Rome médiévale comptait plus de quatre-vingts monas-tères bénédictins chargés du chant des divins offices dans lesprincipales basiliques; en outre, elle avait un nombre consi-dérable déglises, doratoires et dautels dédiés au saint Légis-lateur du monachisme romain, jadis son concitoyen, qui, ayantabandonné ses études, senfuit bien de Rome et se retira dansla solitude de Subiaco, mais conserva toujours au cœur lamourde sa ville natale, si bien que, imitant le geste héroïque de e rLéon I qui arrêta Attila et Genséric, Benoît, par ses menaces i. Ce Simplicius fut le troisième Abbé du Mont-Cassin, et saint Grégoirele Grand le cite parmi les témoins dont il tenait ses notices historiques surla vie de saint Benoît : « Simplicio quoque, qui congregationem illius postEum lertius rexit » (Dial. II, Prolog.) ; P. L., L X V I , col. 126. r 11
  • 81. et son autorité, frappa Totila de terreur et rendit moins désas- treuse la chute de YUrbs entre les mains de ce roi goth. Nous nous bornerons à citer quelques églises de Rome con-sacrées au nom du grand patriarche Cassinien, pour donner auxlecteurs une idée de limportance et de la popularité du culterendu à saint Benoît dans lantique piété romaine : S. Benedictiin Arenula, S. Benedicti de cacabis, S. Benedicti de thermis,S. Benedicti in piscinula, S. Benedicti Scottorum, S. Benedicti« délia ciambella », Toutefois pour comprendre la place quoc-cupait le Patriarche du monachisme latin durant le moyen âge,nous devons aussi mentionner une célèbre peinture de léglisede Sainte-Marie in Pallara, où lon voit saint Benoît entre lesdeux Princes des Apôtres eux-mêmes, Pierre et Paul. Mais lon peut dire qualors, grâce à ses nombreux monas-tères, toute la Ville éternelle était bénédictine, puisque lespritde la Régula Sancta, comme on lappelait, informait la sociététout entière. Le siècle de fer vint hélas ! et alors la famillemonastique commença à décliner. De plus, à lapparition desOrdres mendiants, voués plus spécialement aux œuvres de lavie active, étant donnés les nouveaux besoins de la famillecatholique, une multitude dautres astres brillèrent au ciel delÉglise. Saint Benoît demeura toutefois toujours comme legrand patriarche de tout ce chœur de fondateurs. Cest lui eneffet qui, tel un autre Moïse, a guidé lÉglise pendant de nom-breux siècles à travers le désastreux désert du haut moyen âge.Et de même quaprès Moïse, pour perpétuer son œuvre, parurentles Juges dont la gloire nobscurcit point celle du grand Légis-lateur dIsraël, ainsi la célébrité des illustres restaurateurs de lavie religieuse en Occident après le X I I siècle nenleva rien à Elauréole qui entoure le front de saint Benoît, quune splendidearmée de papes, de docteurs, dapôtres des diverses nations delEurope, de martyrs et de saints saluent comme leur père etleur législateur. e Les deux derniers pontifes qui, au x i x siècle, professèrentla Règle de Saint-Benoît, furent Pie V I I et Grégoire X V I . Lepape Benoît X V nourrissait pour saint Benoît une tendredévotion. Il en vénérait limage sur sa table de travail et récitaitchaque jour des prières spéciales au glorieux patriarche. Il
  • 82. célébrait la fête de saint Benoît comme celle du Patron de son pontificat, et en ce jour il attribuait au tableau de saint Benoît suspendu au mur derrière son bureau, la place dhonneur aux dépens de celui représentant lapôtre saint Jacques le Majeur, dont ce Pape avait reçu le nom au baptême. Il nest pas rare de trouver dans les anciens manuscrits du Sacramentaire Grégorien des messes splendides, avec collectes et préfaces propres pour la fête de saint Benoît, dont le nom était parfois prononcé durant le Canon. Néanmoins dans le Missel actuel la messe est entièrement du Commun des Abbés, comme le 5 décembre. Le rite double-majeur ne fut accordé que par Léon X I I I en 1883, à la prière de lOrdre bénédictin, qui voyait avec regret la fête de son patriarche très souvent omise dans le Calendrier de lÉglise universelle, du fait seul que, coïncidant avec un dimanche ou une férié privilégiée de Carême, elle ne pouvait être transférée à un autre jour. En quelques Sacra- mentaires monastiques du début du moyen âge, la fête de saintBenoît était précédée dune vigile. Labbaye de Farfa conserveencore cette antique tradition liturgique. Saint Grégoire le Grand, racontant une célèbre vision dugrand patriarche Benoît, qui, dans un rayon de lumière céleste,put observer toute la création, considère que, pour cela, il nefut pas nécessaire que le monde se rapetissât, mais quil suffitque lâme du Saint, ravie en Dieu, fût dilatée dans la vision dela gloire déifique, puisque, comme le dit si bien le saint Docteur :à qui contemple le Créateur, toute créature paraît petite. Voici précisément le grand secret pour surmonter tout lecharme des choses mondaines, et pour ne pas se laisser effrayerpar les oppositions des hommes, qui peuvent bien menacer,certes, mais qui ne peuvent nous arracher un cheveu sans lapermission de la Providence de Dieu. En lhonneur du Patriarche et Législateur dinnombrablesabbayes érigées dans toute lEurope au moyen âge; du Maîtreilluminé, à lécole duquel furent formés les Docteurs de lÉgliseuniverselle, tels que Grégoire le Grand, Bède le Vénérable,Pierre Damien, Anselme et Bernard; du Père de plus de vingtsouverains pontifes sortis des rangs de ses disciples; du Thau-maturge, dont les magnifiques miracles furent décrits par la
  • 83. e rplume autorisée de saint Grégoire I et traduits en grec par lepape saint Zacharie, nous transcrivons ici la collecte et la pré-face de la fête de ce jour, telles quon les trouve en plusieursrecensions du Sacramentaire Grégorien : a Natale sancti Benedicti abbatis. » Oratio. — Omnipotens, sempiterne Deus, qui per gloriosaexempta humilitatis, triumphum nobis ostendisti aeternum; daquaesumus, ut viam iibi placitae oboedientiae, qua venerabilisPater illesus antecedebat Benedictus, nos, praeclaris eius meritisadiuti, sine errore subsequamur. Praefatio. — Vere dignum... aeteme Deus, et gloriam iuamprofusis precibus exorare; ut qui beati Confessons tui Benedictivmeramur festa, eius sanctitatis imitari valeamtts exempta. Etcuius mérita nequaquam possumus coaequari, eius precibusmereamur adiuvari, per Christum, etc. Dans YOrdo Romanus XI de la collection de Migne, il estprescrit domettre le Consistoire papal aux trois fêtes de saintGrégoire le Grand, de saint Benoît et de lAnnonciation de la lsainte Vierge . Nous mettrons fin à ces notes sur lantique solen-nité romaine en lhonneur de saint Benoît, en rapportant quel-ques vers de saint Aldhelme dans son De Laudibus Virginum,où il unit les louanges du saint patriarche Cassinien à celles desaint Grégoire le Grand et des quarante moines romains qui,sur lordre du saint Pontife, partirent du Latran pour allerévangéliser lAngleterre et 3 introduire la Règle bénédictine: Cuius praeclaram pandens àb origine vitam Gregorius Praesul chartis descripserat olim, Donec aethralem felix migraret in arcem. Huius alumnontm numéro glomeramtts ovantes, Quos gerit in gremio foecunda Brittania cives ; A quo iam nobis baptismi gratia fluxit Atque magistrorum veneranda caterva cucurrit.La vie admirable (de Benoît) depuis son enfance,Fut décrite jadis par le pontife Grégoire; 1. P. L. L X X V I I I , col. 1228. t
  • 84. Il la conduisit jusquà lheureuse entrée du Saint dans les demeures éternelles.Nous nous glorifions dappartenir au nombre de ses disciples,Ceux que la Bretagne, féconde mère de citoyens, berce en son sein.De Benoît en effet nous vint la grâce du BaptêmeEt la vénérable troupe de nos premiers docteurs. 24 MARS. Saint Gabriel, archange.LAromain saintfaveur desestprécédents cette. date dans le Missel fête depourtant en sa Gabriel entrée à seulement sous Benoît X V Elle revendiquait historiques, puisquelleapparaît déjà dans le plus ancien Calendrier copte le 18 décem-bre, et dans le Lectionnaire syrien elle est mentionnée le 26 mars.Dans lun et lautre cas, elle est, comme lon voit, en relationavec la fête de lAnnonciation de la Très Sainte Vierge, et cestainsi que le jour assigné finalement à saint Gabriel dans leCalendrier romain se rattache à la tradition orientale la plusantique. Ce saint Archange que nous voyons, dans les Écritures, an-noncer le mystère de lIncarnation au prophète Daniel, au prêtreZacharie et à la bienheureuse Vierge, a joui anciennementdune certaine popularité dans le monde byzantin et en Occi-dent, et les sigles formés avec les initiales de son nom et cellesdu nom de Michel, ou le plus souvent les images des deux ar-changes, entourent lEnfant Jésus, assis, à la mode byzantine,entre les bras de la Mère de Dieu. Parmi les images les plus con-nues, quil suffise de mentionner ici celle quon vénère à Romesur lEsquilin, sous le titre de Madone du Perpétuel-Secours,où, dans le ciel, aux côtés de Jésus Enfant, apparaissent deuxanges ailés portant les instruments de la passion. Les sigles nousdisent leurs noms: XX X X O AM— OA r,cest-à-dire larchange Michel et larchange Gabriel. Limage dela Theotocos à Farfa est presque identique à celle de lEsquilin.
  • 85. Une belle prière latine entrée dans le formulaire romain dela messe solennelle, quand, à loffertoire, le prêtre bénit lesoblations, invoquait primitivement : Intercessionem beati Gabrie-lis Archangeli, stantis a dextris altaris incensi. Mais par la suitecette prière a subi une déformation qui ne trouve aucun appuidans le Texte sacré, puisque à côté de lautel de lencens ellefait apparaître non plus Gabriel, comme le veulent Daniel etsaint Luc, mais saint Michel archange. En 1875, Armellini fit connaître la découverte faite par lui,sur la voie Appienne, dun antique oratoire dédié aux septmartyrs dÉphèse, appelés aussi les sept Dormants, et à lar-change saint Gabriel. Ce sanctuaire sélevait près de la diaconiede Saint-Césaire, et devait probablement son origine à quelquecommunauté orientale. Elle neut toutefois pas une longue vie, epuisque dans la liste des églises romaines du x i v siècle elleapparaît dépourvue de tout gardien : Ecclesia sancti Archan- 1geM, quae non habet servitorem . Dans la niche du fond onvoyait la sainte Vierge escortée de larchange en orante et avecle nom : Gabriel; tandis que dans le haut se trouvait le Sauveurentre les armées des Esprits célestes qui ladoraient. Le longdes murs latéraux apparaissaient un grand nombre de têtesdécharnées de moines et de saints byzantins, parmi lesquelsétaient certainement les martyrs dÉphèse, dont porte encore eaujourdhui le nom la vigne environnante. A u x n siècle, cemême Beno de Rapiza et son épouse Maria Macellaria, qui firentdécorer de peintures la basilique de Saint-Clément, déployèrentaussi leur pieuse générosité envers la petite église de Saint-Gabriel sur la voie Appienne. De fait, aux angles de la lunettesur lautel principal étaient peints deux portraits, dhomme etde femme, avec les noms : BENO et MARIA. A u point de vue liturgique, linsertion de la fête de saint Gabrielarchange dans le calendrier de lÉglise romaine par Benoît X V ,loin de constituer une nouveauté, représente au contraire unretour aux plus anciennes traditions de lÉglise Mère. Lantienne dintroït, empruntée à lancienne messe de saintMichel, est tirée du psaume 102 : « Bénissez le Seigneur, vous e 1. ARMELLINI, Le Chiese di Roma t 2 édit., p. 596.
  • 86. tous, ses anges; vous, puissants, qui exécutez ce quil dit et écoutez la parole de ses lèvres. » Quelle belle description de lange ! Un esprit contemplatif, que la parole de Dieu met en extase et qui trouve sa félicité à lexécuter, coopérant ainsi avec le Verbe au salut du genre humain. Dans la première collecte, on exalte les mérites de larchange Gabriel qui, entre tous les autres esprits bienheureux, fut initié au grand secret de Dieu, cest-à-dire au mystère de lIncarnation du Verbe divin, secret que, pour le moment, le démon devait ignorer. Par les mérites de larchange dont nous célébrons lafête, nous supplions donc le Seigneur de nous accorder son patronage dans le ciel. La première lecture est tirée de Daniel (ix, 21-26). A laprière accompagnée de jeûnes du prophète, Gabriel descenddu ciel et lui annonce que désormais une douzaine de semainesdannées seulement le séparent du Christ, qui mettra fin aupéché et inaugurera le royaume messianique. Pourtant Jéru-salem, qui est sur le point de se relever de ses ruines grâce àCyrus, ne sera que trop infidèle au pacte que Dieu a fait avecIsraël, car, après soixante-deux semaines dannées, le Messiesera mis à mort, un peuple nouveau, au commandement dunchef étranger, détruira le temple, et les ruines couvriront lesol désolé du Moriah. Le répons-graduel est tiré du même psaume que lintroït :« Vous, Anges de Yahweh, bénissez le Seigneur; vous, puissants,qui exécutez ce quil vous dit. Mon âme, bénis le Seigneur;mes puissances intimes bénissez son adorable Nom. » Le fruit que nous devons demander à loccasion de cette fêteest la grâce dimiter la promptitude et le zèle des saints angesdans leur vol rapide aux ordres de Dieu. Cette dispositiondobéissance et dentière sujétion à la volonté de Dieu doit êtreuniverselle et continue, de manière à constituer ce que saintPaul appelle : rationabile obsequium vestrum. Le psaume-trait, au lieu dêtre tiré des chants davidiques,comme il est de règle, a été emprunté par le rédacteur modernede la messe à la narration évangélique. Le mérite de Gabrielest intimement lié au mystère de lIncarnation annoncé à la
  • 87. Vierge; cest le consentement de celle-ci que larchange rap-porte à lÉternel. ( L u c , i, 28 sq.) : « f. Je vous salue, Marie, pleine de grâce,le Seigneur est avec vous. »y. « Vous êtes bénie entre les femmes,et béni le fruit de votre sein. » — Cette seconde bénédiction esttoutefois dElisabeth. — y . « Voici que vous concevrez et met-trez au monde un Fils, et vous lui donnerez le nom dEmma-nuel »—interpolation évangélique, qui sinspire du texte célèbredIsaïe. — y . « Sur vous viendra lEsprit Saint, et la puissancedu Très-Haut vous couvrira de son ombre. » y . « Cest pourquoile Saint qui naîtra de vous aura pour nom : le Fils de Dieu. » Si cette fête est transférée au temps pascal, au lieu du traiton chante le psaume alléluiatique que le rédacteur modernede cette messe a composé des deux versets suivants : « Alléluia,alléluia. » Ps. 103 : y. « Il fait ses messagers des vents, et deséclairs sillonnant les cieux, ses ministres. Alléluia. ( L u c , 1, 28,42.) Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avecvous, vous êtes bénie entre les femmes. Alléluia. » La lecture évangélique ( L u c , 1, 26-38) où Gabriel, au nomde lauguste Trinité et de toute la cour céleste, salue celle quiest bénie entre toutes les créatures et lui annonce la fonctionde Mère de Dieu à laquelle le Seigneur lappelle, est la mêmeque le mercredi des Quatre-Temps dAvent. Marie correspond,docile, à sa vocation, et le fiât quelle prononce en présence delarchange représente la formule de sa profession religieuse. Le verset de loffertoire, commun à la messe de saint Michel,est tiré de Y Apocalypse (vin, 3-4) et il est mis en relation aveclencensement des oblations et de lautel qui saccomplit juste-ment en ce moment de laction liturgique. « Lange sarrêtadans le temple près de lautel et il portait en main un encensoirdor. On lui donna une grande quantité dencens, et le thy-miame parfumé séleva en présence de Dieu. » Cet arôme par- fumé symbolise la divine liturgie, nos prières et nos sacrifices, que les saints anges, avec le Christ pontife dont ils sont les ministres, présentent pour nous devant le trône céleste de Dieu. Cest pourquoi, même dans lanaphore romaine de la messe, on demande que les saints anges présentent notresacrifice eucharistique de lautel terrestre sur lautel céleste et
  • 88. obtiennent pour ceux qui y participent labondance de toutegrâce et bénédiction. La collecte prend pour ainsi dire son inspiration du chant deloffertoire, et supplie le Seigneur dagréer notre offrande,accompagnée aujourdhui des prières de larchange; en sorteque, celui-ci étant vénéré sur la terre par un culte spécial, ilsoit dans le ciel lavocat de nos besoins spirituels. Le verset pour la Communion du peuple est tiré du Cantiquedes trois enfants de Babylone (DAN., III, 58) : « Anges deYahweh, bénissez le Seigneur. Élevez-lui un hymne et célébrezson Nom dans toute léternité. » La collecte daction de grâces demande au Seigneur, par lesmérites de Gabriel, que, comme il a été pour nous le premierévangéliste du mystère de lIncarnation divine, il nous enobtienne aussi le fruit abondant et fasse que, incorporés auChrist, grâce au Sacrement, nous vivions de Lui et participionsavec Lui à lhéritage paternel. Le fruit de la fête de ce jour, outre une tendre dévotionenvers la Reine des anges, est un grand respect pour la présencede ces esprits bienheureux auxquels Jésus a confié lassistanceet la protection de lÉglise. Cest pourquoi saint Jean, danslApocalypse, au heu de sadresser directement aux septévêques dAsie, adresse ses admonitions aux anges tutélairesdes Églises confiées à chacun deux. L E MÊME JOUR (24 MARS). Aujourdhui le Hiéronymien mentionne aussi : Romae CyriniMartyris. Cétait un tribun du temps dHadrien. Son sépulcreétait vénéré dans le cimetière de Prétextât sur la voie Appienne,et il est mentionné dans les anciens itinéraires des pèlerins :Ibi intrabis in speluncam magnam et ibi inventes S. Urbanumepiscopum et confessor em, et in altero loco Felicissimum etA gapitum martyres, et diaconos Syxti, et in tertio loco Cyrinummartyrem, et in quarto Ianuarium martyrem. e Les tombes de tous ces martyrs furent restaurées au v m siè- e rcle par le pape Hadrien I ; mais plus tard les reliques desaint Cyrin durent être transférées à Saint-Sylvestre in Capite
  • 89. puisque son nom figure à ce jour dans la Notitia Nataliciorumde cette église. La fête du saint Cyrin du martyrologe se pré-sente à nouveau le 30 avril. Le pape Damase composa, probablement pour le tombeau desaint Cyrin tribun, une de ses épigraphes. On en a retrouvédes fragments, mais il est impossible den reconstituer le sens;on y apprend seulement que le Saint était engagé dans létatmilitaire. 25 MARS. Fête de V annonce de la divine Incarnation à la Bienheureuse Vierge Marie. Collecte à Saint-Adrien. — Station à Sainte-Marie-Majeure.T EL est le sens de lancien titre de cette solennité dans les divers sacramentaires et martyrologes du moyen âge; doùlon peut conclure que, primitivement, cette fête était plutôtconsidérée comme une fête du Christ que de Marie. Sa fixation au 25 mars nest pas arbitraire, mais dépend deNoël quelle précède de neuf mois : et déjà au V I I siècle cette Edate se basait sur une tradition si vénérable et si universelle quele Concile in Trullo de 692, qui prohiba durant le Carême lesfêtes de martyrs, autorisa celle de lIncarnation du Seigneur le25 mars. On sait quaujourdhui encore, durant le jeûne quadra-gésimal, les Grecs suspendent la célébration quotidienne dudivin Sacrifice, sauf le samedi, le dimanche et le 25 mars. Danslancien rit hispanique, au contraire, pour éviter cette conces-sion liturgique en faveur de lIncarnation du Seigneur, on enreporte la fête à léquinoxe dhiver, une semaine environ avantNoël. On ne peut nier que, en plein Carême, alors que la penséeliturgique est déjà toute concentrée dans la contemplation dumystique Agneau de Dieu immolé sur le Golgotha la veille dePâques, le fait de se détacher à limproviste de la Croix pourse reporter aux mystères joyeux de la maison de Nazareth,a quelque chose dinattendu et de violent. Cependant, sur toutesces considérations de caractère en grande partie subjectif,prévalurent le fait solennel et la date historique du 25 mars
  • 90. qui inaugurent le Nouveau Testament; aussi, dès le haut moyenâge, celle-ci fut considérée dans les nations chrétiennes commele véritable commencement de lannée civile. Il semble quà Constantinople cette fête se célébrait déjàdu temps de Proclus (f 446) ; cependant elle apparut plus tarden Occident, puisquelle est absente du Missel gallican et setrouve seulement dans les sacramentaires gélasien et grégoriende la première période carolingienne. A Rome, toute indicationmanque à son sujet dans les listes dÉvangiles de Wùrzbourg; e rle Liber Pontificalis nous apprend seulement que ce fut Serge Iqui ordonna de la célébrer solennellement, cest-à-dire par unegrande procession stationnale allant de la diaconie de Saint-Adrien jusquà Sainte-Marie-Majeure. Cet usage se maintint elongtemps, et les Ordines Romani du x n siècle décriventlonguement la majestueuse cérémonie qui se déroulait en ce jourdune manière semblable à celle dont nous avons parlé pour lafête du 2 février, à loccasion de YHypapante des Byzantins. La Capitale du monde catholique avait dédié à ce consolantmystère de lannonce de notre. Rédemption quelques églisesimportantes par leur vénérable antiquité. Outre loratoire delAnnonciation à Tor de Specchi, — anciennement SanctaMaria de Curie — nous mentionnerons les quatre églises égale-ment détruites de S. Maria Annunziata in Camilliano, —S. Maria Annunziata sur lEsquilin, — S . Maria Annunziata auxQuatre Fontaines; — S. Maria Annunziata près du Pont ^Elius.Aujourdhui existe encore, sur la voie Ardéatine, le sanctuairemariai appelé par les Romains YAnnunziatella, sous lequel ontrouva un antique hypogée chrétien. Selon toute probabilité,cest là que fut ensevelie, après son martyre, sainte Félicula. LesLibri indulgentiarum du bas moyen âge mentionnent cet ora-toire champêtre parmi les IX ecclesiae que les pèlerins avaientcoutume de visiter, si bien que la voie qui y conduisait est ap-pelée simplement, dans un bref dUrbain V : via Oratoria.Aujourdhui encore, spécialement le premier dimanche de mai,le menu peuple de Rome accourt joyeux au sanctuaire mariaide la voie Ardéatine. Quoique lon soit en plein Carême, la messe a une saveurtranchée dAvent. Mais cette blanche fleur dhiver qui évoque
  • 91. le souvenir des neiges de Noël, a aussi sa profonde significationet rappelle la toison de Gédéon, — gracieux symbole de lavirginité sans tache de la Mère de Dieu, — trouvée par leProphète toute humide de fraîche rosée printanière, au milieudun champ brûlé par le soleil de Palestine. Lintroït est tiré de lhabituel cantique de la virginité, commesaint Jérôme appelait le psaume 44 : « Tous les notables dupeuple thonoreront par des présents; à sa suite seront conduitesau Roi les vierges ses amies; elles se présenteront dans lallé-gresse et la joie. Ps. Que jaillisse de mon cœur une heureuseparole; jadresserai au Roi mon chant. »y. « Gloire, etc. » Dans la collecte suivante, linsistance mise sur cette incise :Nous la croyons vraie Mère de Dieu, révèle la période qui sui-vit les polémiques de Nestorius et sa condamnation dans lespremières sessions du Concile dÉphèse. Prière. — « 0 Dieu qui, selon lannonce de lange, avez vouluque votre Verbe prît la nature humaine dans le sein de la bien-heureuse Vierge Marie, nous vous en prions, faites que nous quila croyons vraie Mère de Dieu, nous soyons aidés près de vouspar son intercession. Par le même, etc. » Suit la lecture dISAiE (vu, 10-15) déjà récitée le mercredi de ela I I I semaine de lAvent, où est clairement prédit lenfante-ment miraculeux de la Vierge, et la divinité de son Fils. LesJuifs et les rationalistes nient que le mot hébreu Aima employéici par le Prophète, ait le sens précis de vierge, plutôt que celui nde jeune fille; mais les commentateurs sacrés ont répondu que,en fait, toutes les fois que dans lÉcriture ce mot est employé— et cela est plutôt rare, — il désigne toujours une jeune fillevierge, comme dautre part on peut larguer du fait même quele signe prodigieux annoncé par le Prophète doit être précisé-ment un enfantement miraculeux, en dehors de toutes les lois de la nature. Le mot Aima, entendu comme le prétendent les rationalistes, enlève tout son sens à la prophétie dIsaïe. Dans le graduel, les versets qui suivent ont trait première- ment à la personne du Messie; mais dans lusage liturgique, étant donné lintime union entre le Divin Fils et sa Mère, ils sappliquent aussi à Celle qui est bénie entre toutes les femmes.
  • 92. Grad. Ps. 44 : a L a grâce est répandue sur tes lèvres, parceque Dieu ta béni éternellement. » y . « Avance-toi par la vérité,la mansuétude et la justice, et ta droite te conduira à de mer-veilleuses entreprises. » Trait. « Écoute, ô ma fille, regarde et prête loreille, car leRoi sest épris de ta beauté. » y . « Tous les notables du peuplete porteront des présents; la fille du Roi est toute parée. »y . « A sa suite seront conduites au Roi les vierges ; ses amiesseront présentées, M y . « Elles seront introduites dans la joie etlallégresse, elles seront introduites dans le palais du Roi. » Après Pâques, on omet les versets précédents, et Ton réciteà leur place les versets alléluiatiques suivants : « Alléluia, alléluia. ( L u c , 1, 28.) Salut, ô Marie, pleine degrâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre lesfemmes. » « Alléluia. L a tige de Jessé a fleuri, et une Vierge a donné lejour a celui qui est à la fois Dieu et Homme; Dieu rendit lapaix (au monde) réconciliant en lui-même (notre) infime(nature) avec le Très-Haut. Alléluia. » La lecture évangélique est celle du mercredi des Quatre-Temps de lAvent ( L u c , 1, 26-38), qui, au moyen âge, étaitrécitée, avec une solennité spéciale dans les chapitres et lesmonastères, comme pour donner aux communautés religieuseslannonce du prochain Noël. Saint Bernard avait coutume, selon lusage monastiquetoujours en vigueur, den faire un long commentaire devantses moines de Clairvaux réunis au chapitre, et cest ainsi quenous avons son splendide recueil des Homélies Super Mis-sus est, dont les plus beaux passages ont été réunis dans leBréviaire romain. Fiat mihi secundum verbum tuurn : Voici lacte de consé-cration le plus absolu et le plus parfait qui ait jamais été fait.Lange avait annoncé à Marie la sublime dignité à laquelleDieu voulait lélever; et elle, dans la lumière céleste dont elleétait remplie, vit tout lineffable entrelacement damour et dedouleur qui était compris en cet office. Fiat mihi secundumverbum tuurn; la bienheureuse Vierge voulait dire quelleacceptait, non seulement de donner la vie et une chair humaine
  • 93. au Verbe de Dieu, mais de partager aussi avec Lui la pauvreté,les persécutions, les opprobres, les douleurs du Golgotha. Aussi,dans le ciel Marie est la plus rapprochée du trône de Dieu,parce que sur la terre son cœur fut le plus semblable au Cœurbéni de son divin Fils. En cette sainte solennité, nous ne saurions nous abstenir dementionner à nouveau léloge mariai contenu dans les vers qui,autrefois, se lisaient à Sainte-Marie-Majeure, sous les mosaïquesde Sixte III représentant la vie de la bienheureuse Vierge : Virgo Maria, tibi Xystus nova tecta dicavi Digna salutifero munera ventre tuo. Te Geniirix, ignara viri, te denique foeta Visceribus salvis, édita nostra salus. e Loffertoire est celui du I V dimanche de lAvent, importantpour lhistoire de la salutation angélique, qui apparaît icipour la première fois dans sa forme la plus antique, tellequelle fut conservée intacte dans lusage euchologique jusquau ex i v siècle ( L u c , i, 28, 42) : « Salut, ô Marie, pleine de grâce,le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie par-dessus toutesles femmes, et béni est le fruit de votre sein. » La prière suivante, sur loblation, conserve toute sa saveurclassique de lâge léonien : « Confirmez, Seigneur, notre âmedans les mystères de la vraie foi; afin que, confessant vrai Dieuet Homme Celui qui a été conçu dune Vierge, nous puissionsarriver à léternelle félicité, par lefficace salutaire de sa résur-rection. Par le même, etc. » La préface est celle des fêtes de la sainte Vierge, comme le8 décembre. Lantienne durant la Communion, empruntée à Isaïe, est ecelle du I V dimanche de lAvent. Nous y trouvons non seu-lement la prédiction de lenfantement virginal, mais lannonce,très explicite, du caractère éternel et définitif de la nouvelleère messianique. Dieu ne fera plus avec Israël un pacte temporaire, et IInapparaîtra plus pour un rapide instant à un petit nombrede prophètes privilégiés, mais il demeurera dune manièrestable au milieu de lhumanité rachetée et sanctifiée. Voilà le
  • 94. sens du nouveau titre divin dEmmanuel, cest-à-dire : Dieuavec nous. A la Communion (Is., v u , 14) : «Voici quune Vierge concevraet mettra au monde un Fils, qui sappellera Dieu avec nous. » L a collecte après la Communion est ainsi conçue : « Répandez, Seigneur, votre grâce dans notre âme, afinquaprès avoir reçu lannonce angélique de lincarnation devotre Fils, par les mérites de sa passion et de la Croix, nousarrivions à lui être unis dans la gloire de la résurrection. » L edrame tout entier de notre rédemption, depuis le message deGabriel jusquà la naissance de Jésus, à la passion, au cruci-fiement et au triomphe pascal, ne pouvait être exposé avec plusdefficace en une brève incise, qui révèle toute lharmonieusepuissance du cursus romain. De même que Jésus, pour commencer sa vie passible, grâceau Fiat docile de la bienheureuse Vierge, sest incarné dans sonsein, ainsi, pour inaugurer sa vie mystique dans nos cœurs aumoyen de la grâce, veut-il que nous aussi nous prononcionsnotre Fiat, en nous donnant entièrement à Lui. Dans ce ouiplein, perpétuel, intime, vécu, consiste toute la sainteté, toutela perfection. A loccasion de la fête de lAnnonciation, il faut mentionnerici une des plus insignes compositions de la liturgie byzantine,Y hymne Acathiste qui célèbre très longuement ce mystère. Sergede Constantinople, le père du monophysisme, semble en avoirété lauteur; cette hymne fut composée comme chant dactionde grâces à la bienheureuse Vierge qui, en 626, avait délivré lacité impériale des hordes des Avares. On lappelle Acathisteparce que, à la différence des autres xaGtafjiaTa, elle était chantéedebout le samedi de la cinquième semaine de Carême, par leclergé et par le peuple, qui veillait ainsi toute la nuit. Voici unedes strophes, sur le salut de Gabriel : « Larchange fut envoyéde Dieu, pour dire à la Vierge : « Salut. » E t lui, contemplant,6 Seigneur, votre Incarnation, en demeura effrayé, et, dunevoix angélique, il dit à Marie : « Je vous salue, car, par vous,» reviendra la joie. Salut à vous, par la grâce de qui dispa-» raîtra la malédiction. Salut, résurrection de lhumanité» déchue; salut, vous qui essuyez les larmes dEve; salut,
  • 95. » vous qui êtes si sublime que jusquà vous ne se peut élever» lesprit humain; salut, ô abîme insondable pour les anges» eux-mêmes; salut, ô trône du R o i ; salut, vous qui portez» Celui qui soutient toutes choses; salut, ô astre qui nous» révélez le soleil; salut, ô siège de Dieu incarné. » 26 MARS. UJOURDHUI le Hiéronymien mentionne : Rornae, in cimiterioA via Lavicana, natalis sancti Castoli Martyris, dont letombeau nous est aussi indiqué dans les anciens itinéraires. Lecimetière de Castulus était à droite de la voie Labicane, près delaqueduc de YAcqua Felice, mais aujourdhui il est obstrué. Selon les Actes, Castulus était attaché, en qualité de zetariuscubiculi Diocletiani Augusti, au-palais impérial, lorsque, durantla persécution du même empereur, il fut accusé dêtre chrétienet enseveli vivant dans une sablonnière sur la voie de Labicum.La tombe du martyr éponyme est mentionnée dans une inscrip-tion de plusieurs défunts qui reposaient dans le voisinage : QVORO - SVN • NOMI NAK • MAS1ME CATABATICV ISECVNJV MARTYRE DOMINV CASTOLV • ISCALA Sur la tombe de Castulus était linscription suivante : TE - DVCE - VENERTVS - RABIDAS - COMPESCVIT - IRAS ATOVE VESANA . NÏMIS . INIMICX - IVRGIA - VICIT CASTVLE • TV - DIGNVS - PRAESTAS - CVLTORIBVS . ISTAS HAEC - TIBI - SERVATVS - NVNC . OFFERT - MVNERA - SVPPLEX « Venerius, par ta protection, brisa la fureur hostile et sur-monta la folle haine de lennemi. Toi, ô Castulus, sois généreuxde ces grâces en faveur de tes fidèles. Venerius, sain et sauf,suppliant, te consacre ces embellissements. » e r Le corps de saint Castulus fut transféré par Paschal I dansle titulus Praxedis, comme en fait foi linscription de marbrecommémorative de cette translation.
  • 96. 27 MARS. Saint Jean Damascène, confesseur et docteur.C coïncide fut introduitepremière liturgie romaine en 1890de fête ETTE avec cette dans la période du pontificat etLéon X I I I où la question dOrient lui fut si chère. Si les effortsdu Pape neurent pas tout le succès quon pouvait espérer, cene fut certes pas faute de zèle de la part de lÉglise catholiquequi alors, comme toujours dailleurs, ouvrit ses bras mater-nels pour accueillir ses filles déshéritées dOrient, affaibliespar un schisme déjà presque millénaire, et avilies en outre parleur servitude sous le Croissant. Quoique la messe ait été composée avec beaucoup de soin,elle révèle cependant son caractère moderne par les rémi-niscences historiques accentuées dont elle fait montre. Ce quidoit avoir frappé davantage le rédacteur, cest lépisode, trèsincertain, du bras coupé au Saint et la part prise par celui-cien taveur des saintes images. L a place éminente qui revient àJean Damascène dans lhistoire de la théologie catholique, soninfluence sur la formation du système scolastique lui-même, etsurtout le fait quil clôt chez les Grecs lâge patristique, à cepoint que toutes les générations byzantines venant après luine sont plus capables dapporter aucune contribution à lédificethéologique — dailleurs si admirable — élevé par lui, tout celane semble guère avoir influé sur lesprit du rédacteur de lamesse de ce jour. Le deuxième Concile de Nicée, en 787, décerna les plus grandséloges à ce saint moine hiérosolymitain de la laure de MarSabbas, et lexalta comme le plus valeureux champion de lortho-doxie contre les erreurs des Iconoclastes. On lappelait commu-nément Chrysorrhoas, et déjà en 813 Théophane atteste que Jeanportait ce titre honorifique four sa grâce spirihielle, resplen-dissante comme Vor s*épanouissant dans sa doctrine et dans sa vie. t Les Grecs célèbrent sa fête le 4 décembre; mais le nom duXpuoroppoocç de Saint-Sabbas revient très souvent en tête deleurs hymnes liturgiques car les splendides compositions desaint Jean Damascène allèrent jusquà faire oublier celles deRcmanos le Mélode, magnifiques pourtant elles aussi.
  • 97. Lantienne pour lintroït est tirée du psaume 72 : « Vous mesoutenez par votre droite, vous me guidez selon vos conseils etmaccueillez dans la gloire. » Ps. « Oh ! comme il est bon, le Dieu dIsraël, pour ceux quisont droits de cœur. » y. « Gloire. » La prière est la suivante : « O Dieu tout-puissant et éternel,qui pour défendre la vénération envers les images sacrées, avezrempli le bienheureux Jean de doctrine céleste et dun admirableesprit de force; par son intercession et à son exemple, accordez-nous dimiter les vertus et déprouver la protection de ceuxdont nous honorons les images. Par notre Seigneur, etc. » L a lecture de la Sagesse (x, 10-17) révèle un choix trèsheureux. Ce qui est écrit de Joseph et de Moïse, à savoir queDieu ne les abandonna pas dans la prison et dans lexil, et lesremplit dune si grande sagesse quil les rendit terribles mêmeaux rois, sapplique maintenant à Jean Damascène, qui eut fortà souffrir des calomnies des hérétiques au temps de ConstantinCopronyme. Ce dernier changea par dérision le nom arabe deJean, Mansour, en celui de MàvÇyjpoç, qui signifie bâtard. Leconciliabule iconoclaste réuni à Constantinople en 754 déversasa fureur contre le Saint en le maudissant dune quadruplemalédiction, et en lanathématisant, ainsi que le patriarcheGermain de Constantinople et un certain Georges de Chypre :€ H TpidcçToùç xpeïç xoc6eïXev. La Trinité a exterminé cette triade. Dans le graduel, on revient avec insistance sur le souvenirdu bras coupé auquel lintroït faisait déjà allusion. Ps. 17 :« Yahweh ma ceint de valeur et il rend parfaits mes pas. »f. « II apprend à mes mains à batailler, et il a fortifié mes brascomme un arc de bronze. » Le trait est tiré du psaume 17 : « Je poursuivrai mes ennemiset les rejoindrai. » y . « Je les abattrai, et ils ne pourront résister,ils rouleront à mes pieds. » y . « Cest pourquoi, Seigneur, jevous glorifierai parmi les gentils, et je chanterai un psaume à votre nom. » A u temps pascal, on remplace la psalmodie précédente parcelle-ci : « Alléluia » (Reg., I, x x v , 26, 28) : « Le Seigneur a sauvé tamain pour que tu combattes pour la cause du Seigneur. »
  • 98. « Alléluia. » Ps. 143 : « Que mon Dieu soit béni, lui quiapprend la bataille à mes mains et la lutte à mes doigts. Allé-luia. » Hors du temps pascal,, le graduel est comme ci-dessus; maisle verset alléluiatique est le suivant : « Alléluia. » Ps. 17 : « Vousmavez accordé salut et protection, et votre droite ma accueilli. » Le souvenir du bras coupé à saint Jean Damascène a égale-ment inspiré le choix de la lecture évangélique ( L u c , v i , 6-n) où est racontée la guérison dun homme qui avait la mainparalysée. Symboliquement, ce miracle signifie limpuissancedes seules forces naturelles pour faire le bien, et la nécessitéde la grâce divine. Ainsi est condamnée lhérésie pélagienne quiprétendait que la nature humaine déchue peut arriver delle-même à la vie surnaturelle de la grâce et, dans lautre monde,de la gloire. — Non pas moi, déclarait lApôtre, mais la grâcedivine avec moi. Dans lantienne pour loffrande des oblations par le peuplefidèle, revient la pensée du bras amputé et miraculeusementrestitué à Jean Damascène. Cest une image très gracieuse quecelle de larbre taillé qui acquiert un surcroît de vigueur pourbourgeonner plus abondamment. Offertoire (JOB., XIV, 7) : « Larbre conserve lespérance (dela vie) ; même si on le taille, il bourgeonnera à nouveau et sesrameaux pulluleront. » L a collecte avant lanaphore consécratoire veut introduiredune manière un peu forcée le souvenir de lœuvre de JeanDamascène dans la controverse sur les images sacrées; il enrésulte une composition quelque peu guindée bien que le stylene soit pas dépourvu délégance. Prière sur Voblation. — « Afin, Seigneur, que les dons quenous vous offrons méritent dêtre agréés de vous, faites quycontribue la pieuse intercession du bienheureux Jean et dessaints que, grâce à lui, nous vénérons représentés dans nos tem-ples. Par notre Seigneur, etc. » Voici de nouveau le souvenir du bras coupé, dans lantiennepour la Communion. Ps. 36 : « Les bras du pécheur serontbrisés, mais le Seigneur fortifiera les justes. »
  • 99. Nous aimons à mentionner ici une belle pensée de saint JeanChrysorrhoas sur lindépendance de lÉglise vis-à-vis du pouvoircivil qui alors, comme aujourdhui en Orient, exerçait tantdautorité sur les églises dites autocéphales : Ad imperatoresspectat recta reipublicae administratio ; ecclesiae regimen, ad pas-tores et doctores. Eiusmodi invasio latrocinium est, fraires.Quum Samuelis pallium scidisset Saul,quid ei contigit? Regnumipsius abscidit Deus La prière daction de grâces après la Communion est lasuivante : « Faites, Seigneur, que par leur céleste puissance lesdons que nous avons reçus nous protègent et quils nous assurentle patronage du bienheureux Jean, associé au suffrage unanimedes saints dont il démontra que les images devaient être véné-rées dans les églises. » Le christianisme ne condamne pas la science mais lorgueil,parce que celui-ci empêche laccès à la vérité. Les savants sontdonc très utiles à lÉglise, surtout quand ils unissent à la doc-trine une éminente sainteté de vie, car non seulement ils mar-chent dans le sentier du salut en édifiant les fidèles par leurexemple, mais dordinaire ils y ramènent un très grand nombredâmes. Ainsi fit ce saint Moine de la laure de Saint-Sabbas à Jérusalem; sur la terre, il noccupa point une place sublime,il ne fut ni évêque ni chef. E t pourtant, parce quil aima lavérité et la prêcha dune âme invincible, il mérita lhonneurdêtre le vrai Chrysorrhoas, le dernier docteur de lÉglisedOrient, le flambeau qui devait seul resplendir dans la tristenuit du schisme qui dès lors se préparait. 28 MARS. Saint Jean de Capistran, confesseur. URANT cette période quadragésimale, nos ancêtres, jusquauD xdev nsaints; et avaient étévaquer dans dansplus célébration defêtes e siècle, cela, pour très sobres un la grand recueil-lement, et sous la direction éclairée de la liturgie, aux exercicesde pénitence et de purification qui nous doivent disposer à 1. P. G., XCIV, col. 1295.
  • 100. célébrer la solennité pascale. Lattièdissement de la foi en ces derniers siècles a conseillé à lÉglise dadoucir beaucoup lan- tique discipline quadragésimale, pour ladapter à la faiblesse des esprits modernes; il en est résulté que ce saint temps, ne différant plus guère du reste de lannée, sa liturgie elle-même a été moins comprise et est passée au second plan. Presque tous les jours qui, dans le calendrier romain de saint Pie V, étaient demeurés encore libres doffices de saints, furent donc postérieurement occupés par des offices nouveaux, beaux sans doute, et importants au point de vue de lhistoire et de la théologie, mais qui ont toutefois linconvénient davoir brisé, bien plus, davoir presque détruit ce cycle merveilleux, si ancien et si profondément théologique, quest la liturgie du Carême. Nous sommes bien loin de lâge dor où la préparation àPâques exigeait la fermeture des théâtres et des tribunaux;alors tout le monde romain, à commencer par le Basileus deByzance, se couvrait de cilice et de cendre, et le jeûne rigoureux,jusquau coucher du soleil, était si universel quil semblait êtredevenu, plutôt quun acte particulier de dévotion, une desformes essentielles du culte du monde romain et chrétien. Aujourdhui, pour les tièdes fidèles de notre siècle, la sainteQuarantaine ne comporte plus, pour ainsi dire, aucun change-ment dans la vie ordinaire de lannée; aussi la liturgie sacréequi, en pratique, a toujours été, en tous temps, un reflet exactde lesprit chrétien de lépoque, se borne-t-elle elle aussi, pendantla plus grande partie du Carême, à ajouter à loffice divin enlhonneur du Saint du jour une commémoraison spéciale dela férié courante. Mais un mouvement de saine réforme, en ces dernièresannées, est parti de Rome, et lon espère quil produira desfruits abondants de piété. Pie X , fidèle à son programme detout restaurer dans le Christ, après avoir rendu à leur fraîcheurnative les mélodies grégoriennes, a voulu restituer au Psautierson ancienne place dans la prière ecclésiastique. Pour mieuxatteindre ce but, il a allégé le calendrier de quelques fêtes,donnant une plus large préséance à loffice dominical et férial,en sorte que le primitif office De tempore a commencé deréapparaître à la lumière dans ses lignes classiques, comme un
  • 101. antique chef-dœuvre délivré des adjonctions postérieures qui le déformaient. La messe de saint Jean de Capistran (f 1456). franciscain,insigne prédicateur de la croisade contre les Turcs, fut instituéeen 1890 par Léon X I I I . Son rédacteur sest laissé profondémentimpressionner par la splendide victoire de Belgrade, remportéesurtout grâce aux prières et aux exhortations du Saint. Cettemesse est beaucoup plus riche et plus variée que la précédenteen lhonneur de saint Jean Damascène. Elle sinspire en grandepartie de la vive dévotion professée par le grand Franciscainenvers le saint Nom de Jésus. Le verset pour lintroït est tiré du cantique dHABACUC (m, 18) et fait allusion à la victoire de Belgrade. « En vérité, je me réjouirai dans le Seigneur, et jexulterai en Dieu mon Sauveur;Yahweh est le Seigneur; Il est ma force. » Ps. 80 : « Réjouissez- vous en Dieu notre secours, poussez des cris de joie vers leDieu de Jacob. »y. « Gloria. » La prière a des réminiscences historiques : « O Dieu qui, parle bienheureux Jean, et grâce à la vertu du Nom très saint deJésus, fîtes triompher vos fidèles des ennemis de la Croix;accordez-nous par son intercession de surmonter les embûchesde nos ennemis, et de mériter de recevoir de vous la couronnede justice. Par le même notre Seigneur, etc. » Les anciennes croisades contre les infidèles doivent êtreconsidérées à ce point de vue surnaturel où les envisageaientnos pères. Elles représentèrent leffort suprême de la chrétientépour que la force brutale des musulmans nanéantît pas la civi-lisation de lÉvangile. Lâme de cette résistance puissante,longue et finalement victorieuse à Lépante et àjfienne, fut lepontificat romain qui, pendant plus de cinq siècles, ne regardantni aux sacrifices ni aux dépenses, rassembla en un seul faisceau,sous létendard de la Croix, les forces catholiques de chaquenation et, les dirigeant contre le Croissant, épargna à lEuropeun grand nombre de guerres intestines, lui assurant en outre letriomphe sur lAsie occidentale et sur lIslam, es e n La lecture (Safi., x, 10-14) *» grande partie, la même quecelle du jour précédent, et contient une allusion manifeste aux
  • 102. persécutions et à la prison endurées par le Saint pour la foi-Mais le Seigneur descendit avec lui dans le sombre cachot, lenretira triomphant, et écrasa les ennemis qui voulaient le fouleraux pieds. Ils étaient ennemis du juste parce quils étaient aussiennemis de Dieu; et cest pourquoi le Tout-Puissant, prenant sadéfense, jugea et fit triompher Sa cause, selon la parole duProphète : Exsurge, Deus, iudica causam tuam : memor estoimproperiorum tuorum, eorum quae ab insipiente sunt tota die. Relativement à lobservance de la Loi, le judaïsme authen-tique ne reconnaissait que deux catégories : celle des descen-dants dIsraël qui, en vertu de la circoncision, pouvaient seulsaspirer à la plénitude des espérances messianiques ; et celle desGentils, les parias de Yahweh, qui craignaient le Dieu dAbra-ham, se faisaient circoncire, sobligeant à observer la loi, maisnavaient part aux privilèges des Israélites quà un degréinférieur. Dans le verset de psaume suivant, il est fait allu-sion à cette distinction entre les prosélytes qui craignent Dieu,et la pure race israélite qui a stipulé avec le Seigneur un véri-table contrat damitié. Graduel. Ps. 21 : « Vous tous qui craignez le Seigneur, louez-le;louez-le, vous tous qui appartenez à la race de Jacob. » f. « Quetout Israël le craigne, car II ne dédaigna pas, il ne méprisa pasla prière du pauvre. » Le trait est tiré du magnifique cantique de Moïse après ladéfaite de larmée du Pharaon au passage de la mer Rouge et ilsadapte fort bien au caractère de la fête de ce jour, qui estcomme un écho annuel du triomphe remporté sur le Croissantsous les murs de Belgrade. Trait (Ex., x v , 2, 3) : « Ma force et ma gloire cest Yahweh,qui est devenu mon salut ; il est mon Dieu, et je le glorifierai. »y. « Yahweh est comme un soldat combattant, il a nom leTout-Puissant. » y. JUDITH, XVI, 3. « Le Seigneur broie les trou-pes armées pour la bataille, il sappelle Yahweh. » A u temps pascal, on omet le graduel et le trait, et à leur placeon récite le psaume alléluiatique suivant : « Alléluia, Alléluia. »Ps. 5 : « Quant à moi, je chanterai votre force, et de bon matin 8je louerai votre miséricorde. Alléluia. Parce que vous fûtes madéfense et mon refuge durant les mauvais jours. Alléluia.i_»
  • 103. Hors du temps pascal, après le graduel, au lieu du trait, ondit : « Alléluia, Alléluia. Quant à moi, je chanterai, etc. » La lecture de lÉvangile ( L u c , i x , 1-6) traite des conditionset des privilèges de lapostolat chrétien, toutes choses qui nap-partiennent pas seulement à lhistoire évangélique, mais quidemeurent, dans lÉglise catholique, toujours dactualité.Tl suffiten effet de penser aux pauvres missionnaires qui étendent lerègne de Dieu dans les contrées inhospitalières de lOcéanie,de lAfrique etde lAsie, pour se convaincre que seul lesprit deDieu qui anime, sanctifie et dirige le corps mystique de lÉglise,peut rendre les hommes capables dun pareil héroïsme. Loffertoire, où lon applique à notre Saint léloge de Josuéfait par lEcclésiastique, chante lui aussi la victoire de Belgrade,attribuée, plutôt quaux armes des combattants, au bras duDieu invoqué par Jean (Eccli., XLVI, 6) : « En combattant detoute part lennemi, il invoqua le Très-Haut, le Puissant, etYahweh, grand et saint, lexauça. » La prière sur les oblations est la suivante : « Regardez favo-rablement, Seigneur, le sacrifice que nous vous immolons;et par les prières de votre bienheureux Confesseur Jean, mettez-nous à labri sous votre protection, afin que nous puissionsdéjouer les embûches de nos ennemis. Par notre Seigneur. » Lantienne pour la Communion est tirée de la Sagesse (x, 20) : « Ils entonnèrent un cantique à votre saint Nom, Seigneur, etlouèrent votre bras victorieux. » Après la Communion, on récite la collecte suivante : « Forti-fiés par la nourriture céleste et réconfortés par le calice spirituel,nous vous demandons, ô Dieu tout-puissant, par lintercessionde votre bienheureux confesseur Jean, de nous défendis de laméchanceté de lennemi et de garder votre Église dans unepaix perpétuelle. Par notre Seigneur. » Autrefois cétait lIslam qui menaçait la civilisation chrétienne.Maintenant cest le judaïsme, le peuple sans patrie, et qui haitcelle des autres, allié comme il lest avec la franc-maçonnerie.Juifs et maçons livrent au catholicisme et à lEurope une guerredautant plus rude et dangereuse quelle est plus hypocrite.Contre ce redoutable péril, nous devons recourir nous aussiaux armes invincibles de la prière; et puisque il ne nous est
  • 104. permis de haïr personne, mais quil nous est au contraireordonné daimer tout le monde, même nos ennemis, demandonsaujourdhui la conversion de ces âmes égarées qui ont déchaînéle cruel fléau de la guerre, et qui, seules, en ont profité — juifs,bolchevistes, sionistes, francs-maçons, etc., afin que tous, con-vertis à la pénitence, Ecclesia... tranguilla devotione laetetur. Prodige de la droite du Très-Haut ! Pour accomplir les gran-des merveilles, Il emploie de préférence des instruments trèshumbles, les moins adaptés parfois et les plus méprisés par leshommes, afin que le succès ne puisse être attribué à la créature, emais au seul Créateur. Ainsi au x v siècle, en plein humanisme,quand les puissances chrétiennes elles-mêmes, au lieu découterla voix du Pasteur suprême et de marcher ensemble contre leCroissant qui menaçait la liberté du monde civilisé, rivalisaiententre elles par une politique mensongère. Dieu suscita unhumble disciple de saint François, de peu dapparence, pauvreet sans moyens, qui ébranla par sa parole enflammée la moitiéde lEurope et la conduisit en triomphe sous les murs de Bel-grade. Digitus Dei est hic. Rome chrétienne peut considérer comme un sanctuaire desaint Jean de Capistran le vieux monastère de Sainte-Mariesur le Capitole, qui, passé des moines bénédictins aux Mineursdurant le bas moyen âge, fut sanctifié par la résidence du Saint. VENDREDI APRÈS LE DIMANCHE DE LA PASSION. Fête des sept Douleurs de la Bienheureuse Vierge Marie. ET office ne désigne pas proprement une fête, mais un jourC commémoratif des douleurs de la bienheureuse Vierge,avant louverture du cycle liturgique des Mystères de notreRédemption et du divin Crucifié. Ses premières origines neremontent pas au delà du bas moyen âge, et les Servîtes contri-buèrent beaucoup à le répandre. Cependant, la dévotion spécialeaux Douleurs de la Vierge, Corédempirice du genre humain,était depuis de longs siècles déjà dans lâme du peuple chrétien.En 1688, Innocent X I institua une seconde commémorationdes Douleurs de la Mère de Dieu, au mois de septembre, maiscette dernière solennité révèle un caractère quelque peu diffé-
  • 105. rent de celui de la fête de mars. E n Carême, lÉglise sassocieà Marie pour pleurer Jésus Crucifié, tandis que la solennité deseptembre, rapprochée de lExaltation de la sainte Croix, estplutôt la fête des triomphes de la Mère bénie, qui, au pied de laCroix, au moyen de son cruel martyre, racheta avec son Filsle genre humain, et mérita le triomphe de son exaltation surtous les chœurs des Anges et des saints. La composition de la messe, quoique pieuse, ne révèle paschez son rédacteur un grand génie liturgique ni une exacteconnaissance des anciennes lois et du rythme qui gouvernentles divers genres de mélodie ecclésiastique. Ainsi le psaumedintroït est devenu, grâce à lui, un passage du saint Évangile;— chant que les anciens réservaient au diacre, avec léclat desflambeaux allumés et le parfum de lencens — les collectes,sans règles de cursus, avancent avec peine parce que encombréesde mots; le graduel et la communion proviennent bien de lamesse votive de la sainte Vierge, mais le texte en fut quelquepeu remanié pour être adapté à la fête. Introït (IOAN.,XIX, 25-27) : « Près de la croix de Jésus étaientsa Mère, la sœur de sa Mère, Marie de Cléophas, Salomé et Mariede Magdala. » y . « Femme, dit Jésus, voici votre Fils; puis, audisciple : voici ta Mère. » f. « Gloire. » La prière est loin de la concision symétrique et harmonieusedes anciennes collectes des sacramentaires romains. Le rédacteurmoderne la remplie didées, parmi lesquelles il en est une fortbelle, et que nous pourrons aujourdhui repasser pieusementdans notre esprit : tous les élus entourent la croix. Ils vivent delesprit du Crucifié, au moyen de la mortification chrétiennesans laquelle il est impossible de conserver la grâce de Jésus ;doù vient que lApôtre appelait les heureux de son temps :inimicos crucis ChristL « O Dieu dans la passion duquel, selonla prophétie de Siméon, un glaive de douleur transperça lâmede la glorieuse Marie Vierge et Mère, ah ! par les mérites et lesprières de tous les saints qui entourent fidèlement la croix,faites que, vénérant aujourdhui sa Transfixion et ses douleurs,nous puissions heureusement obtenir leffet de votre Passion.Vous qui vivez et régnez, etc. »
  • 106. Durant lannée, aux messes votives, on récite la collectesuivante, de saveur médiévale, bien supérieure à la précédente : Prière. — « O Christ Jésus, Seigneur, que maintenant et àlinstant de notre mort intervienne près de votre clémence labienheureuse Vierge Marie, votre Mère, dont la très sainte âme,au moment de votre Passion, fut transpercée dun glaive dedouleur. Vous qui vivez, etc. » e La lecture est tirée de lhistoire de Judith (xni, 22-25) *sadapte admirablement à la célébration des gloires de la a Co-rédemptrice » du genre humain, qui pour sauver le monde dela ruine suprême, népargna ni son Fils unique ni elle-mêmemais, dans une parfaite conformité de sa volonté avec celledu Père céleste, loffrit elle-même, elle, sa Mère immaculée, ensacrifice sur lautel de la Croix. Le répons-graduel et le psaume-trait sont tirés, non duPsautier, mais de lÉvangile et dautres versets de la sainteliturgie, adaptés à la mémoire des douleurs de la Mère de Dieu. Graduel : « Triste et pleurant, ô Vierge Marie, vous voustenez près de la croix du Rédempteur, le Seigneur Jésus votreFils. » f. « O Vierge, Mère de Dieu, celui que ne suffit pas àcontenir lunivers entier, Lui, lAuteur de la vie fait homme,souffre ce supplice de la croix. » Trait : « Sainte Marie, la reine du ciel et la souveraine dumonde, se tenait désolée près de la croix de notre SeigneurJésus-Christ. » y . «Vous tous qui passez par le chemin, arrêtez-vous et voyez sil est douleur semblable à ma douleur. » A u x messes votives durant lannée, quand on ne récite pasle trait, on dit à sa place : « Alléluia, alléluia. Sainte Marie, etc. ... Jésus-Christ. » A u temps pascal, on ajoute un second verset alléluiatique,— à la vérité, cette combinaison nest guère heureuse, — tirédes si tristes, lamentations de Jérémie pleurant la chute de Jéru-salem : « Alléluia. » (JER. THREN., I, 12) : « O vous tous qui passezle long du chemin, arrêtez-vous et voyez sil est une douleursemblable à la mienne. » Lhymne qui suit, et qui remplace la séquence, est une despièces les mieux inspirées de la poésie franciscaine. On lattri-
  • 107. bue à Fra Jacopone de Todi; elle est toute pénétrée de cettegrâce et de cette naïve spontanéité qui distinguent lart ombrien edu x i v siècle, et elle révèle en même temps un sentiment reli-gieux profond. Nous disons cela au point de vue littéraire.Pour ce qui est du côté liturgique, il faut observer que laSéquence nest autre, historiquement, que le mélisme alléluia-tique dont lantique vocalise fut remplacée, au moyen âge,par un texte, dabord en prose, ensuite en vers. Par son originemême, la séquence devrait donc être exclue quand on ometlalleluia, comme durant le Carême et aux messes pour lesdéfunts. Cependant le Missel de saint Pie V a admis plusieursexceptions, entrées déjà dans lusage de lÉglise.Sîabat Mater dolorosa, La Mère de douleur se tenaitIuxta Crucem lacvymosa, En larmes près de la CroixDum pendebat Filius. Où était suspendu son Fils.Cuius animam gementem Son âme gémissanteConiristatam et dolentem Triste et désoléePevtvansivit gladius. Fut transpercée par un glaive.O quant iristis et afflicta O combien triste et affligéeFuit illa benedicta Fut cette bénieMater Unigeniti. Mère dun Fils unique.Quae moerebat et dolsbat, Elle saffligeait et souffrait,Fia Mater dum videbat Cette bonne Mère, en voyantNati poenas inclyti. Les peines de son divin Fils.Quia est homo qui non fleret, Quel homme ne pleureraitMatrem Ckrisii si videret Sil voyait la Mère du ChristIn tanto suppïicio? En un si grand supplice?Quis non posset contrisiari t Qui ne pourrait sattristerChristi Matrem. contemplari Sil contemple la Mère du ChristDolentem cum Filio? Souffrant avec son Fils?Pvo peccatis suae qentis Pour les péchés de son peuple.Vidit Iesum in tormentis, Elle vit Jésus dans les tourments.Et flagellis subditum. E t soumis aux fouets.Vidit suum duîcem natum Elle vit son doux EnfantMoriendo desolatum, Mourant désoléDum emisit spiritum. Lorsquil rendit lesprit.
  • 108. Èia Mater, fons amoris, Oh ! Mère, source damour.Me sentire vim doloris, Faites-moi sentir la violence de laFac, ut tecum lugeam. douleur, E t pleurer avec vous.Fac ut ardeat cor meuni, Faites que mon cœur brûleIn amando Cftrtstum Deum, En aimant le Christ Dieu,Ut sibi complaceam. Afin que je lui plaise.Sancta Mater, istud agas, Sainte Mère, faites cela,Crucifixi fige plagas Fixez les plaies du CrucifiéCordi meo valide. Fortement dans mon cœur.Tui Nati vulneraii, De votre Fils blessé.Tarn dignati pro me pati, Qui daigna tant souffrir pour moi,Poenas mecum divide. Partagez avec moi les peines.Fac me tecum pie flere, Faites-moi pleurer pieusement avecCrucifixo condolere, vous,Donec ego vixero. Compatir au Crucifié Tant que je vivrai.Iuxta Crucem tecum stare, Près de la croix me tenir avec vous,Et me tibi sociare, E t être uni à vousIn planctu desidero. Dans la douleur : cest mon désir.Virgo virginum praeclara, Noble Vierge des vierges,Mihi iam non sis amara, Ne me soyez pas sévère désormais.Fac me tecum plangere. Faites-moi pleurer avec vous.Fac ut portem Christi mortem, Faites que je porte la mort du Christ,•Passionis fac consortem Que jaie part à sa PassionEt plagas recolere. E t que je vénère ses plaies.Fac me plagis vulnerari, Que je sois blessé de ses plaies,Fac me Cruce inebrian Que je sois enivré de la CroixEt cruore Filiù E t du sang de votre Fils.Flammis ne urar succensus, Pour nêtre pas brûlé dans les flam-Per te, Virgo, sim defensus mes,In die iudicii. Que par Vous, ô Vierge, je sois dé- fendu, Au jour du jugement.Christe, cum sit hinc exire, O Christ, quand il me faudra partir.Da per Matrem me venire Donnez-moi, par votre Mère, deAd palmam vicioriae. parvenir A la palme de la victoire.
  • 109. Quando corpus morietur, Quand mon corps mourra,Fac ut animae donetur Faites que soit donnée à mon âmeParadisi gloria. Amen. La gloire du Paradis. Ainsi soit-il. (Hors du temps de la Septuagésime, on ajoute Alléluia.) La lecture évangélique est celle des messes votives de lasainte Vierge durant le temps pascal (IOAN., XIX, 25-27). Lan-tique peine imposée à E v e : In dolore paries, se réalise main-tenant, dans un sens beaucoup plus élevé, en Notre-Dame, qui,pendant son dur martyre au pied de la Croix de son Fils, .nousengendre à Dieu et devient ainsi la Mère des hommes. Le verset pour loffertoire (JER., XVIIX, 20), dans son sens litté-ral, se rapporte à Jérémie qui, par les persécutions et les em-prisonnements quil subit, symbolise Jésus Rédempteur.Le Prophète fait valoir quau moment même où ses persécuteurslui témoignaient leur haine, il intercédait pour eux près de Dieuet retenait la divine Justice pour quelle ne les frappât pas enpunition de leurs péchés. Telle est la mission de VAdvocata nos-tra, dans le ciel. LÉglise applique aussi ce texte de Jérémie à la Mère de Dieu le jour de la commémoration de Notre-Dame du Mont-Carmel; lantienne de loffertoire est la même pour les deux fêtes. Offertoire. — « O Vierge Marie, tandis que vous êtes devant le Seigneur, souvenez-vous de parler en notre faveur, afin quil éloigne de nous son courroux. » La prière sur loblation, remplie de pieuses considérations,offre, au point de vue littéraire, les mêmes défauts que nousavons notés dans la première collecte : « Seigneur Jésus, nousvous présentons nos prières et nos offrandes, et nous vousdemandons humblement de faire que, commémorant dans nosprières le cœur très doux de Marie, votre bienheureuse Mère,transpercé (dun glaive de douleur), par sa miséricordieuseintercession, et par celle des nombreux saints unis à elle aupied de la croix, nous ayons part avec les bienheureux auxmérites de votre mort. Vous qui vivez, etc. » Le protocole de Tanaphore est celui des fêtes de lasainte Vierge, et on y mentionne, bien entendu, la transfixîonde son âme.
  • 110. Le verset pour la Communion est le suivant, qui sinspire decelui des messes votives de la sainte Vierge : « Bienheureux lessens et le cœur de la Bienheureuse Vierge Marie, qui, sans mourir,méritèrent pourtant la palme du martyre, au pied de la croixdu Seigneur. » Après la Communion, on récite cette collecte : « Que le sacri-fice auquel nous avons participé afin de célébrer dévotementla Vierge votre Mère dont le cœur fut transpercé de douleur,nous obtienne, Seigneur Jésus, de votre clémence, leffet salu-taire de tout bien. Vous qui vivez et régnez, etc. » Combien lÉglise est délicate dans ses sentiments ! A v a n tdentrer dans la grande semaine « pascale » et de célébrer, ausoir de la Parascève, loffrande de lAgneau immaculé, elle seserre contre la Vierge, parce que personne mieux que celle-ci,qui y participa, ne peut nous initier à la contemplation desdouleurs du Crucifié. Contemplation disons-nous, et dans lesens attribué à cet acte par les Docteurs sacrés, car il ne suffitpas de savoir lhistoire de la Passion et den reconstituer en esprit, -avec exactitude, tous les détails. Pour comprendreJésus souffrant, il faut le vivre, il faut participer à ses sentimentsintimes et faire nôtres ses douleurs. Cest ce qua vouluexprimer Jacopone de Todi dans ce vers lapidaire : Fac, ut portent Christi mortem. FÊTES DAVRIL 2 AVRIL. Saint François de Paule.C « Charité »en(f lhonneur deseulement de 1585, sous Sixte- fête ETTE 1508), date lhumble thaumaturge de laQuint. Deux temples insignes, dans la Ville sainte, rappellentle séjour quy fit saint François de Paule, quand, par ordrede Sixte IV, il se rendit en France à la cour de Louis X I .Léglise dédiée à la Très Sainte Trinité sur lantique Collisortorum ou Pincio, fut construite en 1493, par Charles V I I I ,roi de France, pour les religieux Minimes, là même où leur saint
  • 111. Fondateur aurait prédit que serait un jour le siège de sa familleà Rome. Un second temple, sous le vocable de Saint-Françoisde Paule, sélève sur lEsquilin, près du Titre dEudoxie, et,comme la Sainte-Trinité sur le Pincio, est remarquable par sesœuvres dart et la richesse de ses marbres. Dans le couventvoisin habita durant plusieurs années le vénérable BernardClausi. La messe de saint François de Paule est celle du Commun dessimples Confesseurs, comme le 31 janvier; mais les collectessont propres. La première prière met en relief lhumilité profonde duthaumaturge de Paule, humilité qui attribua à la famille reli-gieuse instituée par lui le titre àOrdre des Minimes. « O Dieu qui exaltez les humbles, et qui avez élevé à la gloirede vos saints le bienheureux François, confesseur; faites quepar ses mérites et en imitant ses exemples, nous puissions heu-reusement obtenir les récompenses promises aux humbles. » La première lecture est semblable à celle qui est assignée à lafête de saint Paul, premier ermite, le 15 janvier. Il faut toutdonner pour posséder tout; cest-à-dire donner tout le créé etla créature pour gagner ainsi le Créateur. La collecte suivante sinspire dun texte antique et fait allu-sion à lusage primitif des fidèles qui, à loffertoire, présentaienteux-mêmes au prêtre le pairret le vin nécessaires au sacrifice. Prière sur Voblaiion. — « Que votre bonté, Seigneur, par lesmérites du bienheureux François, vous rende agréables cesdons, que le peuple fidèle dépose aujourdhui sur votre autel. Par notre Seigneur, etc. » Après la Communion, on récite la prière eucharistiquesuivante : « Que les célestes Sacrements auxquels nous venonsde participer nous apportent, Seigneur, par lintercession devotre bienheureux confesseur François, les secours nécessairespour la vie temporelle et nous confèrent aussi la vie éternelle.Par notre Seigneur, etc. » Lhumble simplicité et la candeur de lâme sont les conditionsles plus propices pour que la grâce de Dieu puisse agir sansrencontrer dobstacle. Ainsi sexplique le nombre extraordinaire
  • 112. de prodiges opérés par saint François de Paule, parfois mêmesans un but de grande importance apparemment, comme,par exemple, le jour où, à table, il ressuscita des poissons déjàcuits et servis. Dans son amour humble et confiant, il possédaitle cœur de Dieu, et, sinspirant de la charité, il linclinait oùil voulait. 4 AVRIL. Saint Isidore, évêque, confesseur et docteur de lÉglise. E culte de ce vrai Patriarche (f 636) de lEspagne au tempsL de la domination visigothe est très ancien, et lautoritédont il jouissait déjà dans lÉglise durant le haut moyen âgefut si indiscutable que Bède le Vénérable et les encyclopédistesde lépoque carolingienne lui sont en grande partie redevables ede leur science ecclésiastique. Le V I I I synode de Tolède en 653fait léloge suivant de saint Isidore : Nostri saeculi doctoregregius, ecclesiae catholicae novissimum decus, firaecedentibusaetate postremus, doctrinae comparatione non infimus, et, quodmaius est, in saeculorum fine doctissimus (MANSI, SS. Conc.Coll., X , 1215). Cependant, son office liturgique dans le calen-drier du Siège apostolique date seulement de la Renaissanceparce que, non seulement saint Isidore nest pas Romain, maislanniversaire de sa mort tombe presque toujours en Carêmeou durant la semaine pascale. L a messe est celle du Commun des Docteurs, comme le29 janvier. La première collecte est identique à celle de la fêtede saint Ambroise, le 7 décembre. A Rome, un monastère de Saint-Isidore est mentionné dansla biographie de Léon III, qui lenrichit dun coffret dargentdu poids de deux livres. Une autre église de Saint-Isidoreexistait derrière la diaconie de Sainte-Marie in Domnica, et elle 1est mentionnée dans une bulle dInnocent I I I . Enfin, un ora-toire de Saint-Isidore, également détruit à présent, sélevaitprès des thermes de Dioclétien là où, autrefois, étaient les dépôtsde grains confiés au prcefectus annonae. Il sagit donc dun culteancien et assez répandu dont le saint Docteur était autrefois 1. ARMKLLINI, op. du, 503.
  • 113. lobjet dans la Ville éternelle; cest pourquoi la Renaissance,en insérant saint Isidore dans le Calendrier romain, na faitque rétablir une vieille et traditionnelle dévotion envers cegrand docteur de la catholique Espagne. 5 AVRIL. Saint Vincent Ferrier, confesseur (j 1419). oici lange du jugement, comme il se nommait lui-même.V Durant le schisme dOccident, alors que la robe sanscouture de lÉglise, du fait de la dispute entre plusieurs préten-dants au Pontificat, était sur le point dêtre déchirée, et que lacorruption deâ peuples chrétiens semblait préluder à la fin dumonde, Vincent Ferrier, par sa parole énergique et par sesmiracles, ramena à la pénitence une grande multitude de fidèles. A u commencement, il fut le confesseur de lantipape Pierrede Lune (Benoît XIII) et soutint son parti avec vigueur. Maisquand par la suite linjustice des prétentions de lambitieuxEspagnol fut reconnue, saint Vincent Ferrier sen détacha etprédit même que le temps viendrait où les enfants joueraientà la balle avec son crâne. Il en fut comme il lavait annoncé, caren 1811 les Français occupant le château dIlluca, où gisaitsans sépulture le corps de Pedro de Luna, en détachèrent lecrâne et jetèrent le reste par la fenêtre. La fête de saint Vincent Ferrier fut instituée par Clément I X(| 1669). L a messe est du Commun, comme le 23 janvier, saufla première collecte qui est propre. Prière. — « O Dieu qui avez daigné illustrer votre Église parles mérites et la prédication de votre bienheureux confesseurVincent; accordez à vos serviteurs de profiter de ses exemples,de telle sorte que par son patronage nous puissions être délivrésde toute adversité. Par notre Seigneur, etc. » Dieu nabandonne jamais lÉglise, et lhistoire enseigne que,précisément au temps des grandes crises religieuses ou politiques,il envoie toujours de grands saints, pour sauver les peuplesde la ruine. Nous aimons à mettre en relief une particularité liturgique
  • 114. mentionnée dans la vie de saint Vincent Ferrier : QuotidieMissam summo mane cum cantu cele bravit. Nos pères, etaujourdhui encore les Orientaux, consentaient difficilement àlire la messe; ils avaient lhabitude de la chanter, comme lavaitfait Jésus au Cénacle avec les Apôtres. II AVRIL. er Saint Léon I , <pape, confesseur et docteur de lÉglise. EST le 10 novembre 461 que mourut ce célèbre PontifeC dont le souvenir évoque les grandes victoires de lortho-doxie dans les conciles de Constantinople et de.Ghalcédoine;toutefois comme cette date était consacrée, à Rome, à un groupeinsigne de martyrs ensevelis dans la basilique de Saint-Tryphon,la fête du grand Pontife passa en seconde ligne et fut trans-férée au 11 avril, jour où pour la première fois il fut déposédans la tombe, sous le portique extérieur de Saint-Pierre.La mémoire du saint Pontife se présentait une seconde fois— S. Leonis secundo — le 28 juin, anniversaire de la translationde son corps à lintérieur de la basilique vaticane, sous le pape e rSerge I . Par la suite, dans les calendriers modernes, la fêtedu 11 avril devint universelle, raison pour laquelle le titulairede la commémoration du 28 juin fut peu à peu identifié avec unautre Léon, le second de ce nom, personnage qui na pourtantpas laissé de grandes traces dans lhistoire, et dont le pontificatne dura quun an. e r Voici la belle épigraphe quen 688 Serge I plaça sur la tombedu saint Pontife :HVIVS . APOSTOLICI - PRIMVM - EST . HIC - CORPVS . HVMATVMQVOD -*EO . DECET . TVMVLO • D7GNVS . IN - ARCE - PETRIHINC - VATVM . PROCERVMQVE . COHORS . QVOS . CERNIS - ADESSEMEMBRA . SVB - EGREGIA - SVNT - ADOPERTA . DOMOSED • DVDVM . VT . PASTOR - MAGNVS . LEO • SEPTA - GREGEMQVECHRISTICOLAM . SERVANS . LANITOR . ARCIS • ERATCOMMONET • E - TVMVLO . QVOD - GESSERAT • IPSE • SVPERSTESINSIDIANS • NE - LVPVS - VASTET - OVILE . DEITESTANTVR • MISSI • PRO . RECTO - DOGMATE . LIBRIQVOS • PIA • CORDA - COLVNT - QVOS - PRAVA • TVRBA - TIMETRVGIIT . ET • PAVIDA - STVPVERVNT . CORDA - FERARVMPASTORISQVE • S V I . IVSSA - SEQVVNTVR . OVES
  • 115. HIC • TAMEN - EXTREMO • IACVIT • SVB - MARMORE . TEMPLIQVEM - IAM • PONTIFICVM - PLVRA • SEPVLCHRA - CELANTSERGIVS - ANTISTES . DIVINO . IMPVLSVS . AMORENVNC • IN - FRONTE . SACRAE • TRANSTVLIT - INDE - DOMVSEXORNANS • RVTILVM • PRAETIOSO • MARMORE . TYMBVMIN • QVO . POSCENTES • MIRA - SVPERNA • VIDENTET . QVIA - PRAEMICVIT - MIRIS . VIRTVTIBVS • OHMVLTIMA • PONTIFÏCIS . GLORIA • MAIOR - ERITSEDIT • IN - EPfSCOPATV . ANNOS • XXI - MENSEM - IDIES . XIII • DEPOSÏTVS - EST . III - ID... - (APRILES)ITERVM . TRANSLATVS - HVC - A - REATO PAPASERGIO - IIII . KAL . IVL . INDICTIONE - I. Jusquà présent, le corps de ce Pape nétait pas enseveli Dans la basilique de Pierre, en un tombeau digne de lui. Ici, des Pères et des Pontifes avaient déjà été recueillir Les ossements, pour quils reposassent sous le toit de cettesplendide demeure. Léon, au contraire, en Pasteur attentif à garder le bercail etle troupeau Chrétien, continuait à servir de portier à la basilique, Et, comme pendant sa vie, à crier du sépulcre Pour que le loup ne dévastât pas le bercail de Dieu. Nous en avons pour garants les livres publiés pour la défensedu dogme orthodoxe, Que les âmes religieuses vénèrent, tandis que la troupe desadversaires les redoutent. Le Lion surgit, et la hardiesse des bêtes féroces en demeureterrifiée, Alors que les brebis obéissent, dociles, à la voix de leur Pasteur. Ses ossements reposaient jadis près du seuil du temple, Aujourdhui déjà presque tout recouvert par les tombeauxdes Pontifes. Lévêque Serge, poussé par lamour divin, En transfère maintenant les ossements dans la grande nef dela basilique vaticane, Ornant la tombe dun marbre brillant. Près de ce sépulcre, ceux qui prient obtiennent des grâcesnombreuses; Et parce que, durant sa vie, Léon fut illustre par ses trèsnombreuses vertus,
  • 116. Ainsi la gloire de ce Pontife grandira-t-elle sans cesse. Il siégea dans lépiscopat X X I ans, un mois et treize jours, ilfut déposé dans la tombe le n (avril). De nouveau il fut déposé ici par le pape Serge, le 28 juin, dela première indiction. La messe noffre rien de spécial, mais emprunte ses diversesparties, çà et là, au Commun des Pontifes. Cependant lalecture évangélique est celle de la fête de saint Pierre, cest-à-dire celle qui était en usage à Rome pour lanniversaire delOrdination du Pape, et que saint Léon, en pareille circon-stance, avait commentée tant de fois au peuple in natale ordi-nationis suae. Il ne faut pas oublier, à la gloire de saint Léon, quil eut àétendre son activité même dans le champ liturgique. Le Sacra-mentaire appelé Léonien doit contenir plusieurs compositionsdu saint Docteur, à qui en outre, avec de bonnes raisons, quel-ques liturgistes attribuent la rédaction des magnifiques officesde lAvent. Lantienne pour lintroït est la même que le 7 décembre. L a collecte est la suivante : « Accueillez, Seigneur, les prièresque nous vous offrons à loccasion de la fête du bienheureuxLéon, pontife et confesseur de votre Nom; efpuisquil vousservit saintement, par ses mérites délivrez-nous de tout péché. » Quelle belle notion de lépiscopat, lequel comporte un servicede Dieu total et continu. Mais aussi, comme elle est gracieuse,la demande du peuple chrétien, dêtre absous de tout péchépar les mérites de celui auquel le Christ conféra jadis la puis-sance douvrir et de fermer les portes du Ciel ! L a première lecture est tirée de lEcclésiastique (xxxix, 6-14) :Le docteur catholique acquiert moins la sagesse dans les livresquil ne la reçoit comme un don gratuit de la divine grâce, àlaquelle lâme a prêté une correspondance docile par lhumilité,la sobriété et surtout par la prière. Ainsi le serviteur de Dieunédifie pas seulement son propre esprit, mais, comme une pluiebienfaisante, il est destiné à faire du bien à la société chrétiennetout entière.
  • 117. Le répons-graduel est le même que pour la fête de saint Hilaire,le 14 janvier, et, sil est prescrit, le trait est celui du 15 janvier;durant le temps pascal, au lieu du graduel on récite les versetsalléluiatiques suivants : « Alléluia (Eccli., XLV, g). Le Seigneurlaima et lorna, il le revêtit dune parure de gloire. Alléluia. »(OSÉE, XIV, 6) « Le juste germera comme le lis et fleurira sansjamais se flétrir en présence de Yahweh. Alléluia. » La lecture évangélique, pour la fête de cet énergique défen-seur de la primauté pontificale sur toute lÉglise, est la même e rque le 22 février, commentée maintes fois par Léon I auxévêques et au peuple romain réunis autour du tombeau desaint Pierre pour célébrer lanniversaire de son élévation autrône pontifical. Le verset de loffertoire est tiré du psaume 88 : « Jai trouvéDavid mon serviteur; je lai oint de lhuile de ma sainteté.Ma main laidera et mon bras le soutiendra. » David est demeuré,dans la sainte Écriture, le type symbolique du Christ et de toutdigne pasteur du troupeau de Dieu. Il a mérité cet honneurpar sa docilité à la grâce et sa conformité à la volonté divine,ce qui lui valut de lEsprit Saint léloge de pasteur selon lecœur de Dieu. La prière sur les oblations est la suivante : « Que la solennitéannuelle du bienheureux confesseur Léon, votre Pontife,Seigneur, vous rende favorable à nous; et que cette hostie depropitiation qui accroît sa gloire nous procure le don de votregrâce. » Loffrande du divin Sacrifice accroît dans le ciel la gloire etla béatitude accidentelle des saints, parce que les fidèles ren-dent à Dieu les actions de grâces qui lui sont dues, et sonsaint Nom est glorifié pour les mérites quil a accordés à sessaints. Cette gloire de Dieu se reflète sur les âmes des bien-heureux et augmente leur félicité. Le verset pour la Communion du peuple est tiré de lÉvangileselon saint Matthieu (xxiv, 46-47) : « Bienheureux ce serviteurqui sera éveillé à larrivée du Seigneur; je vous assure quil lemettra à la tête de ses trésors. » La vénération envers les saintsne diminue en rien le culte de Dieu, au contraire elle laccroît;car nous les honorons comme des serviteurs fidèles qui ont bien
  • 118. accompli lœuvre que leur a confiée le Seigneur et qui ontmérité près de lui grâce pour eux-mêmes et pour nous. La collecte eucharistique est la suivante : « O Dieu qui récom-pensez si fidèlement le mérite de vos saints; laites que p a r lesprières du bienheureux Léon, votre pontife et confesseur, dontnous célébrons aujourdhui la fête, nous obtenions le pardonde nos fautes. » E n lhonneur de ce grand Pape qui, sous Attila et Genséric,avait sauvé Rome de la ruine, sélevèrent au moyen âge plu-sieurs églises et oratoires sur le Cœlius, sur TEsquilin et prèsdu Tibre, non loin d u Môle dHadrien. Au Vatican, oùsaint Léon avait érigé un monastère en lhonneur des martyrsJean et Paul, on lui dédia une chapelle spéciale, mentionnéedans la vie de Léon I I I . Mais son souvenir demeura vivantaussi dans les autres basiliques de Rome, où les grandes restau-rations, les mosaïques, les absides et les fontaines rappelaientcontinuellement son nom. Dans la basilique de Saint-Paul, sur-tout, la mosaïque du grandiose arc triomphal conserve encorele nom de Léon le Grand, et le musée épigraphique de cetteabbaye garde aussi linscription dédicatoire des grands travauxentrepris par le Pontife pour la restauration de ce vénérablesanctuaire. Les recueils du moyen âge ont reproduit les gracieuxvers qui, autrefois, ornaient le cantharus, ou vasque pour lesablutions, qui sélevait a u centre de latrium de la basilique.Les voici :Perdiderat laticum ïongaeva incu- Une longue incurie avait laissé se via cUrsus, dégrader laqueduc dont vousQuos tibi nunc pleno cantharus ore voyez maintenant le bassin vomir vomit. les eaux à pleine bouche.Provida Pastoris per totum cura La prévoyance universelle et atten- Leonis, tive du Pasteur Léon a procuréHaec ovibus Christi larga fluenta aux brebis du Christ ces flots dédit. abondants.Unda lavât carnis maculas, sed Leau fait disparaître les souillures crimina purgat du corps; mais, plus pure quePurificatque animas mundior amne leau, la foi efface les fautes et F ides. purifie les âmes.Quisque suis meritis veneranda Vous tous qui pénétrez pour prier sacraria Pauli dans ce sanctuaire de Paul, véné-Ingrederis supplex, ablue fonte rable par- ses mérites, lavez vos manus* mains^à la fontaine.
  • 119. Au nom de saint Léon sont 1: és aussi la basilique et le monas-tère de Saint-Étienne, quil fi : ériger sur la voie Latine, auxfrais de Démétriade. E n voici lépigraphe dédicatoire :Cum mundum linquens Demetrias Tandis que disant adieu à ce monde, Amnia Virgo, la vierge Amnia Démétrias ache-Clauderei extremum non moritura vait son dernier jour — mais pour diem, ne plus mourir — elle vous trans-Haec tibi, Papa Léo, votorum mit, ô Pape Léon, son suprême extreina suorum, désir : la construction dun édificeTradidii, ut sacrae surgeret auïa sacré. domus.Mandati compléta fides, sed gloria Sa volonté a été fidèlement exécu- maior, tée : mais laccomplissement dunInterius votum solvere, quant pro- vœu est plus glorieux dans lordre palam. spirituel que dans le monde visible.Indiderat culmen Stephanus, qui Etienne avait droit à ce temple, lui primus in orbe le premier quune mort violenteRaptus morte truci régnât in arce ait retiré de ce monde pour le faire poli. régner dans les hauteurs du ciel.Praesulis hanc IUSSU Tigrinus Sur Tordre de son Pontife, le prêtre presbyter aulam Tigrinus a préparé cette demeure,Excolit insignis mente, labore en sa grandeur dâme et par son vigens. activité laborieuse. 13 AVRIL. Saint Herménégilde, martyr (f 586).V sa prison par du cycledepascal père, pourfutavoir refusédans un martyr OICI ordre son puisquil massacré derecevoir des mains dun évêque arien la sainte Communion àloccasion de la solennité de Pâques. Tandis quil était apo-crisiaire à Constantinople, saint Grégoire le Grand apprit dusaint évêque Léandre de Séville les détails de ce martyre et,devenu Pontife, il les consigna au troisième livre de ses Dia-logues, Linsertion du nom de saint Herménégilde dans le Misselromain ne date cependant que du temps dUrbain VIII. La messe est celle d u Commun des Martyrs durant le tempspascal; mais la collecte est propre. Lantienne pour le chant dintroït est tirée du psaume 63 :« Vous mavez mis, Seigneur, à labri de la conspiration des
  • 120. méchants, dune foule douvriers diniquité. » Cet abri est lagrâce de Dieu, qui rend le juste supérieur à lépieuve, et fina-lement le couronne dans léternité. Le persécuteur vise à lâmedu martyr et sévit contre lui; mais Dieu appelle lâme au ciel,et il ne demeure entre les mains du tyran quun cadavre glacé,contre lequel le persécuteur déchargerait désormais vainementsa colère. L a collecte est la suivante : Prière. — « O Dieu qui avez enseigné à votre bienheureuxmartyr Herménégilde à préférer le royaume céleste au royaumeterrestre, faites que, à son exemple, nous méprisions nous aussiles choses fugitives de cette vie, et que nous nous appliquionsà celles qui demeurent éternellement Par notre Seigneur. » La première lecture est tirée du livre de la Sagesse (v, 1-5) :Les justes se tiennent intrépides devant les tyrans, parce que laciainte de Dieu les réconforte, en sorte quils ne craignent pasles hommes. Mais dans le monde doutre-tombe la scène chan-gera et les rôles seront intervertis; cest pourquoi, tandis queles persécutés dhier tiiompheront avec Jésus, le grand proscritde la vie, les impies reconnaîtront, mais trop tard, leur folieet confesseiont sêtre trompés. Le chant alléluiatique, au temps pascal, est composé dundouble verset psalmodique, avec quatre alléluia intercalés.Cependant à lorigine cétait deux psaumes distincts quisuivaient les deux lectures scripturaires précédant le saintÉvangile. « Alléluia, alléluia. » Ps. 88. « Les cieux révèlent vos mer-veilles, Seigneur, et lassemblée des justes votre fidélité. » —Ici, les cieux désignent lÉglise triomphante, où la vision béati-fique est un bien si grand que nul esprit humain ne le pourraitici-bas concevoir. Quant à lassemblée des justes, elle désignelÉglise militante, qui jouit par anticipation, grâce à lespérance,de la possession future de Dieu. Le fondement de cette espé-rance, cest la fidélité du Seigneur, parce que comme lécritlApôtre : Spes autem non confundit. — « Alléluia. » Ps. 20 : « Vous, Seigneur, vous avez posé sur sa tête unecouronne dor fin. » Dieu lui-même sur la terre est, par sa grâce,
  • 121. le bouclier des justes, et au ciel il est la couronne des bien-heureux. Lévangile est celui de la messe Statuit : Si quis venit,comme le 24 janvier, justement pour mettre en relief les cir-constances spéciales du martyre dHerménégilde qui, pourdéfendre la toi catholique, nhésita pas à prendre les armescontre son propre père qui était arien. Finalement il succomba,victime de la perfidie de son père; mais, monté au ciel, il luiobtint de se convertir au moment de sa mort, et, avec le salutde Tâme du vieux roi, Dieu lui accorda aussi le retour de toutela nation visigothe à la foi catholique. Si cette fête tombe en Carême, sauf la première collecte etlévangile tout se prend de la messe In virtute, comme pourla fête de saint Canut, le 19 janvier. Si lon juge héroïque lacte du moine qui abandonne sesparents et sa famille et court se réfugier dans la paix du cloître,que devra-t-on dire de la vertu de ce jeune prince qui, pourdéfendre la foi de Nicée et son peuple tyrannisé, va jusquàprendre les armes contre son père hérétique? La charité de Dieudevait vraiment être parfaite dans son cœur, puisquelle lui fitmépriser jusquaux sentiments les plus doux de la nature, parzèle pour lhonneur dû à la divinité du Sauveur. 14 AVRIL. Les saints martyrs Tiburce, Valêrien et Maxime. Station au cimetière de Prétextât. HISTOIRE de ces martyrs est étroitement liée à celle deL sainte CécileMaxime, il étaitfutun commentariensis le beau-frère. Quant à dont Valérien lépoux et Tiburce du jugequi les avait condamnés à mort; mais, sétant converti auspectacle de la constance dont les deux frères avaient faitpreuve durant leur martyre, il partagea leurs peines et leurscouronnes. Sur les tombes de ce groupe de martyrs séleva parla suite une basilique de forme circulaire à cinq absides, entiè- e rrement restaurée par Hadrien I . Finalement la solitude dulieu et les incursions des Lombards désolant la campagne
  • 122. e rromaine décidèrent Paschal I à mettre ces saints corps ensûreté dans lintérieur de la Ville. De leur tombe primitive, aucimetière de Prétextât, sur la voie Appienne, les ruines demeu-rent à peine aujourdhui, mais les corps des martyrs sont engrande vénération dans le titulus Caeciliae. La messe est celle du Commun des Martyrs au temps pascal. La fête de saint Justin, introduite dans le calendrier sous lepape Léon X I I I , fit passer en seconde ligne celle des martyrsdu titulus Caeciliae, réduite de ce fait au rang de simplecommémoraison liturgique. Leur messe appartient cependantà la primitive tradition romaine et se trouve dans tous lesSacramentaires du moyen âge. Lantienne pour lentrée du célébrant est tirée du psaume14 . « Vos élus, Seigneur, vous béniront et glorifieront votrerègne. » A Pâques sest terminé, pour les martyrs, le temps des souf-frances et a commencé celui de leur joyeux triomphe dans leChrist. Cest pourquoi, tandis que sur la terre leurs ossementssont couverts de fleurs et de parfums et quaujourdhui lespieux baisers des fidèles les réchauffent, comme pour anticiperleur résurrection finale, leurs âmes dans le ciel, réunies au Christ,chef mystique de lÉglise, chantent désormais les gloires et lestriomphes du nouveau royaume messianique. La collecte est la suivante : « Seigneur, tandis que nous célé-brons la fête de vos martyrs Tiburce, Valérien et Maxime, faitesque nous imitions aussi lexemple magnifique de leur forteconstance. » La première lecture est commune à la fête de saint Hermé-négilde. Le répons alléluiatique, à chanter sur les degrés de lambon,semble tiré du livre apocryphe dEsdras, auquel ont été aussiempruntés dautres passages de loffice pascal des martyrs.Cette dérivation accuse une période liturgique très ancienne, etces t e x t e s ont pu sintroduire à Rome avec la liturgie byzan-tine. «Alléluia. Vos saints, Seigneur, fleuriront comme un lis, etleur odeur en votre présence sera comme celle dun baume par-fumé. » «Alléluia. » Ps. 115 : «Précieuse devant le Seigneur est la
  • 123. mort de ses. saints, alléluia. » — Mort précieuse, alors mêmequaux hommes charnels elle pourra sembler cruelle et humi-liante, marquée, comme elle lest souvent, des stigmates duCalvaire. Selon le Lectionnaire romain de Wûrzbourg, la lecture évan-gélique serait la même quaux messes de vigiles des Apôtres;elle est tirée de saint Jean, et nous lavons déjà rapportée le20 décembre. Notre Missel actuel assigne une péricope différente, maiségalement empruntée à saint Jean (xv, 1-7) ; cest un passagedu dernier discours de Jésus à la Cène. La condition essentiellepour que nous puissions agir efficacement dans Tordre sur-naturel, est que nous demeurions en intime union de foi etdamour avec le principe même de cette foi surnaturelle, qui estJésus. Séloigner de lui équivaut à se condamner à la stérilité;relâcher lunion avec lui, cest sétioler et se flétrir comme unebranche en qui ne court plus librement la sève; renoncer àlui, cest renoncer aussi à lhéritage paternel du ciel. Lantienne pour loffrande des dons par le peuple est tiréedu psaume 31 : « Réjouissez-vous, ô justes, et exultez dans leSeigneur; soyez glorifiés vous tous qui avez le cœur droit. » Les cieux de lÉglise sont les Apôtres et les martyrs, qui, parle sacrifice suprême de leur vie, ont donné la preuve de leur foisublime, et maintenant, après le combat, ont part au triompheet aux joies messianiques. La collecte avant lanaphore eucharistique est la suivante :« Que cette offrande, Seigneur, par laquelle nous célébrons lenatale de vos martyrs, serve à briser les liens de nos péchés età nous concilier la grâce de votre miséricorde. » - Le Sacramentaire Grégorien assigne cette préface à la fêtede ce jour : ... aeteme Deus; et Te in Sanctorum Martyrumtuorum festivitate laudare, qui semper es mirabilis in tuorumcommemoratione Sanctorum, et magnae fidei largiris effectum, ettolerantiam tribuis passionum, et antiqui hostis facis superaremachinamentum, quo egregii Martyres tui ad capiendam super-norum beatitudinem praemiorum, nullis impediantur retinaculisblandimentorum. Per Christum. Lantienne pour la Communion du peuple est tirée du psaume
  • 124. 31 : « Réjouissez-vous, ô justes, dans le Seigneur; la louangeconvient bien à ceux qui sont droits de cœur. » Les justes sontaussi appelés droits, parce que Dieu a imprimé au cœur humainun élan irrésistible vers lui; et les impies font preuve dunefureur satanique, en détournant de Dieu cette impulsion et ense dirigeant vers le mal. La collecte daction de grâces après la Communion est lasuivante : « A y a n t nourri n o t r e âme par le céleste Sacrement,nous vous demandons, Seigneur, que ce pieux accomplissementde notre devoir augmente en nous la grâce du salut. » E n certains manuscrits du Sacramentaire Grégorien, la col-lecte est différente : Caelesti munere saginati, quaesumus, Domi-ne, Deus noster, ut haec nobis dona Mariyrum tuorum intercessiobeata sanctificet. « Sanctificet », cest-à-dire, que lintercessiondes martyrs fasse que cette Communion soit vraiment, denotre part, sainte et fructueuse. L E MÊME JOUR (14 AVRIL). Saint Justin, martyr (t entre 163 et 167). Justin le Philosophe est un des plus anciens auteurs ecclé-siastiques, prêtre probablement, et qui passa dabord parles diverses écoles philosophiques de son temps avant darriverà la sublime sagesse de la Croix. Il vient aujourdhui déposeraux pieds du Sauveur sa couronne et la palme de son martyre.E n dépit dune si grande célébrité, le culte de saint Justin,comme en général celui de tous les martyrs romains antérieurs eau 111 siècle, était fort négligé dans la Ville éternelle. Aucundes anciens Itinéraires na su nous indiquer sa tombe; et cestseulement à titre de conjecture quon a cru pouvoir la recon-naître dans un loculus du cimetière de Priscille où, sur quelquestuiles plates, se trouve cette inscription au minium : M • ZOYCTI • NOC Ce fut Léon X I I I qui, en 1882, imposa son office à lÉgliseuniverselle. Une église de Saint-Justin existait jadis près de la basiliquevaticane, à côté de la schola lombarde instituée par la reine
  • 125. Ansa. Mais il sagissait probablement dun autre martyrnommé aussi Justin, dont le tombeau était vénéré dans lAgroVerano. La messe est moderne, et les réminiscences historiquesy abondent. Il sagit dun philosophe qui, après avoir vainementcherché la vérité dans les différentes écoles, stoïciennes, pytha-goriciennes, platoniciennes, etc., qui sen disputaient chacune lemonopole, la trouve finalement dans la folie de la Croix, quilannonce courageusement, dans ses Apologies, aux Césars etau Sénat. Doù lantithèse entre la sagesse humaine et la sciencedivine, qui aujourdhui, pour le rédacteur de la messe de saintJustin, est devenue le refrain de toute son ingénieuse con-struction liturgique. Les textes sont certes bien choisis et biencombinés, mais il manque dans lensemble u n peu de cettespontanéité qui rend si belles, si coulantes, les antiques compo-sitions liturgiques des Sacramentaires romains. Intr. Ps. 118 : « Les impies me narrèrent des choses vaines,mais ce nest pas comme votre loi : quant à moi, sans metroubler, je parlai de vos jugements en présence des rois.Alléluia, alléluia. » Ps. « Bienheureux ceux qui marchent sanstache et avancent dans les voies du Seigneur. » y. « Gloire, etc. » La collecte révèle fort bien la fin très élevée que se proposaLéon X I I I en offrant à la vénération de toute lEglise le philo-sophe Justin. Ce Pape, pour sauver la société dune foulederreurs, visait à restaurer la philosophie chrétienne, en rame-nant toutes les écoles catholiques à létude de lAquinate. Oncomprend donc les raisons quavait le vieux Pontife de favo-riser le culte envers les anciens docteurs de lÉglise, pour lesquelssaint Thomas eut un si religieux respect. Prière. — « Seigneur qui, au moyen de la folie de la Croix,avez enseigné admirablement la haute science de Jésus-Christau bienheureux martyr Justin, accordez-nous par son inter-cession déchapper aux attraits de lerreur, et de demeurerfermes dans la foi. » La lecture tirée de lépître aux Corinthiens (I, i, 18-30) estun des plus beaux passages de lApôtre, où il oppose la sagessede la Croix à celle du monde, laquelle est folie devant Dieu.
  • 126. Les prédicateurs surtout doivent méditer fréquemment cesparoles de saint Paul pour se convaincre de plus en plus que laconversion des âmes nest pas promise par Dieu à léloquenceet à la science humaine, mais à la simple prédication du Crucifié,dans lesprit de Jésus, qui, par disposition divine, est devenupour ses fidèles lunique véritable sagesse, leur justice, leursanctification et leur rédemption. Les versets alléluiatiques suivants sécartent des règles delantique psalmodie, car ce sont de simples passages, en prose,des-épîtres de saint Paul, qui se prêtent mal au revêtement desmodes musicaux grégoriens traditionnels. « Alléluia, alléluia. » J. (I Cor., n i , 19) : « La sagesse de cemonde est folie devant Dieu, car il est écrit : le Seigneur saitque les pensées des savants sont vaines. Alléluia. » J. (Philip.,m , 8) : « Quant à moi, pour obtenir léminente science de monSeigneur Jésus-Christ, je considère tout le reste comme unembarras. Alléluia. » Hors du temps pascal, on récite le répons suivant : Grad. :« La sagesse de ce monde, etc. » y . (/ Cor., 1,19) : « J e dissiperaile savoir des sages et réprouverai la prudence des rusés. » « Alléluia, alléluia. Quant à moi, etc. » Après la Septuagésime, au lieu du verset alléluiatique, onrécite le trait suivant, qui ressemble à un vrai centon deslettres de saint Paul. Cest un exemple du préjudice que porteau magnifique monument liturgique de lÉglise romaine loublides règles classiques de lart grégorien : Trait (I Cor., 11, 2) : « Parmi vous, je me proposai de ne riensavoir sinon Jésus-Christ, et Celui-ci crucifié. » y. (Ibid., 6) :« Nous annonçons le mystère de la sagesse de Dieu, cachée(jusquà présent), mais que Dieu, avant tous les siècles décida(de révéler) pour notre gloire. » y. (Ibid. 9) : « Sagesse ignoréede tous les puissants de ce monde, car sils lavaient connue, ilsnauraient jamais cloué sur la croix le Roi de gloire. » Contrairement à lusage antique de la liturgie romaine, envertu duquel on réservait de préférence aux messes dominicaleset aux fêtes des martyrs, durant le cycle pascal, la lecture dudernier discours de Jésus selon saint Jean, on lit aujourdhuiun passage de saint Luc (xn, 2-8). La raison de ce choix est
  • 127. que Justin fut lapologiste de lÉglise des Catacombes, cest-à-dire lun des premiers à faire connaître aux empereurs et augrand public romain et asiatique ce que, jusqualors, les chefsde la hiérarchie ecclésiastique avaient, comme en grand secret,révélé aux oreilles des initiés, dans la pénombre des cubiculades cimetières souterrains. Dans lÉglise, tout est ordre etcroissance. A lorigine, la foi était pour les seuls fidèles; mais audeuxième siècle, lÉglise est déjà mûre pour prendre loffensivemême contre les sages. Justin, avec ses deux apologies, ouvredonc pour le christianisme comme une période nouvelle, et iloffre lÉvangile à la discussion du grand public païen, afin quele soleil de justice illumine désormais tous les hommes debonne volonté. Le verset antiphonique de loffertoire révèle le même goûtque les chants précédents. Offert. (I Cor., n , 2) : « J e n a i pasjugé bon de rien savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ, etcelui-ci crucifié. AUeluia. » Dans sa première Apologie, Justin est le seul parmi les anciensauteurs ecclésiastiques qui, soulevant prudemment le voilequi cachait aux non-initiés le Sacrement eucharistique, enexplique aux païens lessence, lefficacité et le rite. Lauteur dela collecte sur loblation sest inspiré de ce fait, et vise lescalomnies des païens qui, peut-être parce quils a v a i e n t malcompris des allusions relatives à la réalité du Corps du Sau-veur dans la divine Eucharistie, faisaient un crime aux chré-tiens de se nourrir dans leurs assemblées de la chair dun enfant.Ce propos du vulgaire païen est dailleurs précieux pourlhistoire du dogme, puisquil suppose la foi des chrétiens à laprésence réelle du Corps très saint de Jésus dans lEucharistie. Prière sur loblation. — « Recevez favorablement, ô Sei-gneur Dieu, nos présents, dont le saint martyr Justin défenditle merveilleux mystère contre les calomnies des païens. Parnotre Seigneur, etc. » Lantienne pour la Communion des fidèles est tirée dun textede lépître à Timothée (II, iv, 8) : « La couronne méritée mestréservée, celle quen ce jour me donnera le Seigneur, juste juge. » Après la Communion, nous avons encore, dans la collecte,
  • 128. une nouvelle et précieuse réminiscence de YApologie de Justin,là où le m a r t y r traite précisément de la divine Eucharistie. Prière après la Communion. — « Fortifiés par la nourriturecéleste, nous vous demandons, Seigneur, que, selon les ensei-gnements de votre bienheureux martyr Justin, nous puissionsvous rendre des actions de grâces continuelles pour les donsreçus. Par notre Seigneur, etc. » Nous devons avoir un grand amour pour la vérité, puis-quelle nous délivre de lerreur et des passions et nous conduità Dieu. Nous devons donc rechercher cette vérité religieusement,et non par vaine curiosité; la rechercher hors de nous et ennous, puisquil est absolument nécessaire que nous soyons« vrais » tout dabord. Là où, au livre de Job, la Vulgate lit :Erat ille homo reclus, dautres versions portent ceci : Erat Mehomo vents. Comme si lon ne pouvait être vraiment homme, silon ne possède cette plénitude de droiture que Dieu désirede nous. 17 AVRIL. Saint Anicet, pape et martyr (f *75?). ETTE fête de YInvincible, selon la signification du nomC dAnicet en grec, est entrée dans le Calendrier romain enmême temps que plusieurs autres fêtes de papes de lantiquité,vers la fin du moyen âge seulement, mais son culte est beaucoupplus ancien. A la mémoire de cet illustre pontife est dédié unoratoire très riche de peintures et de marbres, dans le palaisAltemps, à Rome, où, sous Clément V I I I aurait été déposé lecorps du Saint. Cependant lantique tradition romaine, repré-sentée par le Liber Pontificalis, veut au contraire quil soit en-seveli au Vatican, près de la tombe du Prince des Apôtres où,en effet, furent ensevelis tous les papes des deux premiers siècles. Nous savons en outre par saint Irénée que, à la fin de lan154 ou au commencement de 155, saint Polycarpe, disciple delapôtre Jean, vint de Smyrne à Rome pour consulter saintAnicet relativement aux questions qui agitaient alors les Églisesà propos du jour où lon devait célébrer la fête de Pâques. Lesraisons adoptées par saint Polycarpe en faveur de lusage
  • 129. asiatique ne convainquirent pas Anicet, et les motifs de celui-cinébranlèrent point Polycarpe. Toutefois si grande fut la véné-ration quinspira au Pape la présence du vieux disciple de saintJean, que, tout en ne se mettant pas daccord avec lui sur unpoint purement disciplinaire, Anicet céda à Polycarpe lhonneurde célébrer, en présence de la communauté des fidèles de Rome, 1la synaxe eucharistique . La messe est celle d u Commun des Martyrs au temps pascal :Protexisti, comme le 13 avril, sauf les particularités suivantes : Les collectes sont identiques à celles de la fête de saint Biaisele 3 février. Bien que la fête de saint Anicet ne soit pas trèsancienne dans- le Missel, cependant la lecture évangélique,conformément à la règle de Rome lors des offices les plus solen-nels du temps pascal, est tirée du dernier discours prononcé àtable par Jésus (IOAN., XVI, 20-22). Cest la même que leI I I dimanche après Pâques. Hors du temps pascal, la messe Eest identique à celle de la fête de saint Biaise. Nous devons professer une vive dévotion pour ces ancienspatriarches du christianisme naissant, qui plantaverunt Eccle-siam sanguine suo; nous qui maintenant retirons tant delumière, de réconfort et de grâce de leur héritage liturgique etdogmatique, et, surtout, de leurs mérites. 20 AVRIL. le Hiéronymien annonce : Romae, in Cœ-A UJOURDHUI meterio maiore via Nomentana, depositio Victoris episcopi,Felicis, Alexandri, et Papiae. La mémoire de ces martyrs nousest confirmée par une inscription découverte a u Transtévère : XVI - KAL • O CTOB - MARTYRORV (ni in ci;ni) TERV - MAIORE - VICTORIS • FELI(cis) EMERENTIANETIS - E T . ALEXAN(dri) Tous ces saints rentrent dans le groupe des Actes des martyrsPapias et Maur, mais on ne comprend pas pourquoi le Hiéro-nymien les mentionne en ce jour, plutôt que le 16 septembre. 1. IRKN., Epistoï. ad Victor, apud EUSEB., Hist. Eccl. V, c. 24, P. G.,v, X X , col. 507.
  • 130. 21 AVRIL. Saint Anselme, évêque, confesseur et docteur (f 1109). AINT ANSELME a presque droit de cité dans le Missel romainS car à résida quelque schismeà des Grecs, au Concilemeilleurdestiné il combattre le temps Rome, et, il fut le de Bariappui dUrbain I I dans la lutte contre Terreur. De nos jours,Léon X I I I fit élever sur le mont Aventin, en Thonneur d u saintdocteur de Cantorbéry, une insigne basilique, annexée a u grandcollège universitaire de lOrdre bénédictin qui compte le Saintparmi ses plus glorieux représentants. En Thonneur de ce grand docteur, qui eut lemérite*de*pré-parer la voie, en quelque sorte, à lédifice théologique de TAqui-nate, Thymnaire bénédictin contient cette belle ode saphique :Fortis en Praesul, monachus fidelis, Voici que le prélat vaillant, le moineLaurea Doctor redimitus adstat. fidèle.Festus Anselmo chorus aemuletur Le Docteur ceint de ses lauriers, Dicere carmen. nous apparaît : Pour la fête dAnselme, quà Tenvi notre chœur chante Une hymne ds gloire,Ante maturos sapiens hic annos, Sage avant davoir atteint lâge mûr,Saeculi florem pereuntis horret ; 11 abhorre la fleur de ce mondeAtque Lanfranci documenta quae- périssable; rens Et, aspirant à recevoir les enseigne- Intrat eremum* ments de Lanfranc, Il entre au désert.Intimum pulsans penetraïe Verbi Il a pénétré les secrets intimes duFertur immotae fidei volatu : Verbe,Dogmatum puros lahces an ullus Porté sur les ailes dune foi iné- Altius hausit? branlable : Qui a scruté avec plus de profondeur Les sources pures de nos dogmes ?Munus Abbatis, Pater aime, sumens, Auguste Père, recevant la chargeTe voves carae soboli; benignis dAbbé,Débiles portans humeris, diacres Vous vous dévouez à votre chère Praevius hortans. famille; Les faibles, vous les portez avec amour sur vos épaules ; Les fervents, vous les précédez de vos exhortations.
  • 131. Praesulum defert tibi rex cathe- Le roi vous défère la chaire des dram. Pontifes.Quid Urnes îuctam? pyoperant Pourquoi craindriez-vous la lutte? triumphi : les triomphes vont suivre :Exteras gentes, generosus exsul Vous éclairerez de votre lumière, Lumine repies. ô généreux exilé, Les nations lointaines.Sacra libertas, ovibus redemptis La liberté sacrée quà ses brebisParia, cui Christus nihil anteponit rachetéesUrget Anselmum ; studio quis aequo Le Christ a donnée et quil préfère Vindicat ipsam? à tout, Anselme la cherche avec passion : Qui la défendit jamais avec pareil courage?Clara fit Romae tua fama, Praesul ; Votre renommée, ô Prélat, éclatePontifex summus tibi fert honores ; jusquà Rome;Te fides poscit ; siluere Patres Le Souverain Pontife vous défère Dogma tuere. les honneurs; La foi vous réclame : les Pères du Concile font silence. Défendez la vérité attaquée.Sis mentor sancti gregis, etPalronus Souvenez-vous de votre saint trou-Sis ad aetemam Triadem, prae- peau, camur, Soyez son protecteur auprès deCuncia cui dignae resonent per Téternelle Trinité orbem A qui tous les siècles, dans lunivers Saecula laudes. Amen. entier, Chantent honneur et gloire. Ainsi soit-il. Sur son lit de mort, Léon X I I I composa lui aussi des vers enlhonneur de saint Anselme, et il les fit porter aussitôt àlAbbé de sa nouvelle basilique aventine, comme un derniergage de la dévotion quil nourrissait envers le grand docteur etlOrdre bénédictin qui lavait formé. La messe est celle du Commun des Docteurs, comme le29 janvier. Cet illustre confesseur de la foi et de la liberté de lÉglise,fugitif et exilé, trouva à Rome, comme autrefois saint Athanase,et chez le bienheureux Urbain I I , accueil bienveillant etprotection. Lhistoire a enregistré comme u n titre spécial degloire pour sa mémoire une de ses paroles, énergique et
  • 132. pleine de foi en même temps : « Dieu naime rien davantageen ce monde que la liberté de son Église. » 22 AVRIL. Les saints martyrs Soter et Caïus, papes. Station au « titulus Gaii ». ES deux Papes furent inscrits fort tardivement dans leC Calendrier romain. Cependant la mention du nom de saint Caïus (t 22 avril 296) dans les Depositiones Episcoporum dePhilocalus où il est inscrit à cette date, témoigne de la dévotion quavaient pour lui les fidèles. Sous son vocable sélevait autrefois un titulus fort célèbre,près de léglise de Sainte-Susanne et des Thermes de Dioclétien.Urbain V I I I voulut en faire revivre le souvenir par la construc-tion dune autre petite église, détruite elle aussi aujourdhui. Une antique tradition à laquelle fait écho la Passion desainte Susanne, veut que cette martyre ait été la nièce dupape Caïus et la fille du prêtre Gabin, frère du Pontife.Ce t e x t e ajoute : Caii episcopidomus beati Gabini domui iunctaerat, atque ex Mo tempore Christianorum statio deputata estin duabus aedibus, usque in hodiernum. Factum est hoc Romae,in regione sexta, apud Vicum Mamurri, ante Sallustii forum.Ainsi parlent les Actes, qui sont généralement exacts quantaux données topographiques. Le pape Caïus ne mourut pas de mort violente — « confessor »dit la première rédaction du Liber Pontificalis — et il futenseveli dans la nécropole de Callixte, en une crypte grandioseornée de colonnes de marbie. De Rossi a retrouvé des fragments de son é p i t a p h e : TAIOT EIIlCKOnOY $ K A T £? nPO I K A A MAION Voici une autre épigraphe où il est question de quelquesfidèles qui sétaient préparé une tombe ad domnum Gaium. La
  • 133. cinquième ligne, avec la date du décès, qui, maintenant altèrele sens de linscription, a été gravée à une époque postérieure : BENEMERENTI - TOVTNE • QVE • CVM . COI (u) GRM - SVVM • HABVfT - ANNOS • V • ET - D(t) CESSIT . ANNORVM • XXII • QVE - COMPA(ra) BIT . SIBI • ARCO(so)LIVM . IN • CAI-LISTI • AD . DOMN(um) DEPOSIT(a) • (d)IE - III - IDVS • FEBRVARIAS CAIVM . FCIET • COIVGI - SVAE - MERENTI . IN • PACE Eusèbe mentionne une lettre écrite vers 170 par le papeSoter (166-175?) à Denis, évêque de Corinthe, et à laquellecelui-ci répondit par une missive où on lisait ces paroles mémo-rables : « Aujourdhui nous avons célébré le saint jour duSeigneur, et nous y avons lu votre lettre que désormais nouslirons toujours pour notre édification, comme celle qui nous fut xécrite précédemment par Clément . » Harnack a cru pouvoir reconnaître cette lettre du pape Soterdans ce quon appelle la deuxième épître aux Corinthiens, jadisattribuée à Clément, mais cette hypothèse n a p a s été admise. e Selon une notice de lauteur du Praedestinatus (v siècle), lepape Soter aurait écrit aussi un ouvrage contre les Montanistes,mais ce témoignage est accueilli avec réserve. Le pape Soterfut enseveli au Vatican, selon lusage de ses prédécesseurs. La messe est du Commun des Martyrs : Sanctitui comme le y14 avril, sauf la première lecture tirée de Y Apocalypse (xix,1-9), qui, avec ses Alléluia, sadapte si bien au cycle pascal. Auciel, les martyrs jouissent déjà des prémices du nouveau royaumemessianique et, associés au Christ dans les triomphes, comme ilsle furent dans les tourments, ils célèbrent la fête nuptiale delAgneau avec lÉglise. Sans cesse ils répètent le cantique sacré :« Amen. Alléluia. » Amen se rapporte à la vision béatifique quicouronne leur foi; Alléluia est lhymne de leur cœur reconnais-sant. Si cette fête est célébrée hors du temps pascal, la messerevêt un caractère moins joyeux, et son t e x t e est celui quenous avons rapporté le 22 janvier. 1. Eus., Hist. EccL, iv, 23, P. G., xx, col. 390.
  • 134. La collecte est celle du Commun de plusieurs Martyrs Pon-tifes : « Que les mérites de vos bienheureux martyrs et pontifesSoter et Caïus nous protègent, Seigneur, et que leur intercessionaccompagne nos humbles prières. » Voilà ce qui se fait au ciel et ce que nous ferons nous aussipendant toute léternité. Nous contemplerons ce que sur la terrenous avons cru, et par notre « Amen » dans la lumière de lagloire, nous scellerons la profession de foi que nous avonsémise dans le temps. De cela nous exulterons et nous rendronsdardentes actions de grâces au Seigneur : Alléluia. Mais cesera un remerciement éternel, comme éternelle sera égalementnotre communion. Saint Jean compare cette vraie « Eucha-ristie » dalleluia aux vapeurs dun encens parfumé qui rem-plissent toute léternité : Et fumus eius ascendit n omnia saeculasaeculorum, puisque dans le ciel la possession de Dieu ne nousmanquera jamais, comme jamais ne cessera sa louange. 23 AVRIL. Saint Georges, martyr. Station au titre « de Belabru ». UJOURDHUI, ce nest pas un Saint romain, mais un m a r t y rA oriental qui, avec sa palme et sa couronne, vient rendreplus splendide le triomphe du Rédempteur ressuscité des morts.Le culte de saint Georges a lOrient pour patrie, mais il futimporté à Rome durant la première période byzantine. La légende a entouré de ses voiles lhistoire du Mégalomartyr,qui aurait appartenu, croit-on, à la cité de Lydda ou Diospolisde Palestine, où, en 303, il aurait trouvé la mort pour avoirlacéré les édits de persécution contre les chrétiens. Dès queConstantin eut vaincu le païen Licinius, saint Georges futpartout célébré en Orient comme le défenseur armé de lÉglise,son Tpo7uato<p6poç, cest-à-dire celui qui porte le trophée de lavictoire remportée contre lennemi, comme saint Laurent etsaint Sébastien à Rome. Non seulement le culte de saintGeorges remplit cette immense région qui aujourdhui encoreprend de lui son nom, la Géorgie, mais il pénétra dans les litur-
  • 135. gies éthiopiques, copies, syriaques et latines. E n Europe, saintGeorges devint lun des saints les plus populaires au moyen âge,et lAngleterre le vénère encore comme son céleste patron. A Rome, dès le haut moyen âge, on éleva des églises et desautels en lhonneur de saint Georges, au Vatican, près dumausolée dAuguste, au Vélabre et ailleurs. e Quand, au v i siècle, Bélisaire restaura les murs de Rome, ilplaça s ur la porte Saint-Sébastien une inscription où la protectionde ce lieu était confiée aux martyrs orientaux Conon et Georges : 0 E O V . XAPIC T ATÏEKONON AHE TEOPri Toutefois le sanctuaire le plus fameux, où le peuple de Romevenait plus volontiers implorer le patronage du Mégalomartyr,fut toujours, durant tout le moyen âge, la basilica SanctiGeorgii in Velabro; cest pourquoi Grégoire I I y institua lamesse stationnale le jeudi de la Ouinquagésime. Les origines Ede cette basilique semblent antérieures au V siècle, car, dansune inscription de 482, il est déjà question dun lector deBelabru. Toutefois, sa dédicace définitive aux martyrs soldats,Georges et Sébastien, date seulement du temps de Léon I I(682-683). La messe est celle des Martyrs au temps pascal, comme le13 avril, à lexception des collectes et de lépître; celle-ci estempruntée à la messe Laetabitur, que nous avons déjà tran-scrite à loccasion de la fête de saint Saturnin le 29 novembre. Le Sacramentaire Léonien contient lui aussi ta messe desaint Georges avec les collectes et la préface propres. La prière suivante est intéressante, parce quelle nous atteste Equau moins dès le V siècle, à Rome, la fête de saint Georgescomportait la « station ». Adspice nos, Domine, precibus exoratus venerandi Martyristui Georgii; tua miseratione concedens, ut sicut nobis eius passiocontidii hodiernum in tua virtufe conventum, ita suffragetur etmeritum.
  • 136. Durant la période byzantine, où, à Rome, les lectures sesuccédaient en grec et en latin, le passage de lÉvangile lu ence jour — semblable à celui du 14 avril — où Jésus se comparelui-même à une vigne et son Père à lagriculteur (yewpyoç),rappelait fort gracieusement le nom du martyr éponyme dela fête. Les trois collectes propres sont les suivantes : Prière. — « O Dieu qui nous réjouissez par les mérites etlintercession de votre bienheureux martyr Georges; faites quevotre grâce nous accorde ces bienfaits que nous implorons parson entremise. Par notre Seigneur, etc. » Prière sur Vohlaiion. — « Sanctifiez, Seigneur, cette oblation,afin q ue, par lintercession de votre bienheureux martyrGeorges, elle nous purifie de toute tache de péché. Par notreSeigneur, etc. » Dans le Sacramentaire Grégorien cette préface est assignée àSaint Georges; ... per Christum Dominum nostrum; pro cuius nominis ve-neranda confessione, beatus martyr Georgius diversa suppliciasustinuit, et ea devincens, coronam perpetuitatis promeruit. PerQuem maiestatem tuarn, etc. Après la Communion. — « Nous vous demandons humble-ment, Seigneur, quaprès nous avoir réconfortés au moyen devos Sacrements, vous nous accordiez aussi, grâce à lintercessionde votre bienheureux martyr Georges, de vous servir par unevie qui vous soit agréable. Par notre Seigneur, etc. » Dans quelques textes du Grégorien, nous trouvons cetteautre collecte : Beati Georgii martyris tui, Domine, suffragiisexoratus, perccpta Sacramenti lui virtute défende. Per Dominum. Hors du temps pascal, la messe est du Commun : In virtute,comme le 14 février, mais les collectes sont propres. Aucun état, aucune condition, nest loin de Dieu et du paradis.Aussi, à lécole de la perfection chrétienne, peut-on fort bienpasser de la caserne au martyre, du service des armes a u x hon-neurs des autels, car la vertu est indépendante des circonstancesextérieures de la vie sociale. Celui-là est saint, qui sert Dieuavec perfection dans létat où la Providence divine la placé.
  • 137. L E MÊME JOUR (23 AVRIL). Saint Adalbert, évéque et martyr.Synaxe à la basilique de Saint-Adalbert, dans Vile Tibérine. Un grand nombre de Missels du bas moyen âge contiennentcette fête quon peut considérer comme vraiment romaine. eEn effet, la Ville éternelle fut édifiée, vers la fin du X siècle,par la vue de ce zélé évêque de Prague qui, ayant déposé lesinsignes de sa dignité, se fit moine au monastère de Saint-Boniface sur lAventin, appelé par Baronius : SeminariumSanctorum à cause des saints qui semblaient sy être alorsdonné rendez-vous. Mais le clergé de Prague réclama sonévêque au Pape, en sorte quAdalbert dut abandonner une oudeux fois sa tranquille retraite et les fonctions de cuisinier dumonastère, qui lui avaient été assignées, pour reprendre lebâton pastoral. Enfin, en 997 il reçut la palme du martyre dela main des païens, et lempereur Othon I I I , naguère son amiet son admirateur, lui fit élever, dans lîle tibérine, une basiliquequi est citée pour la première fois dans un document de 1029 :Ecclesia s. Adalberii in insula Licaonia. En vue de rendre plus vénérable le sanctuaire de son amidevenu martyr et saint, Othon I I I obligea les habitants deBénévent à lui céder le corps de saint Barthélémy. Il semblepourtant que ceux-ci laient trompé et lui aient remis, à laplace de ce corps, les ossements de saint Paulin de Noie,quil déposa dans la nouvelle basilique de lîle tibérine. Plustard, le souvenir de saint Adalbert tomba presque en oubli, etléglise fut communément désignée sous le nom de lapôtreBarthélémy. 24 AVRIL. Saint Fidèle de Sigmaringen martyr. i UJOURDHUI savance, la palme à la main, un humble filsA Mineurs Capucins, qui,leenprotomartyr de la nouvelle réformedes du Poverello dAssise, des circonstances fort semblablesà celles que rencontra saint Boniface, apôtre de lAllemagne,féconda à nouveau de son sang cette terre stérilisée par lhérésie
  • 138. (t 1622). Sa fête fut étendue à lÉglise universelle par un autrefils de saint François, le pape Clément XIV. La messe est du Commun des Martyrs, comme le 13 avril,avec la lecture évangélique déjà assignée à la fête des martyrsTiburce, Valérien et Maxime. Les collectes sont les suivantes : Prière après la litanie et lhymne angélique. — « O Dieu quiavez daigné décorer de la palme du martyre et de splendidesmiracles le bienheureux Fidèle, tout embrasé desprit séra-phique pour propager la vraie foi; par ses mérites et son inter-cession, et avec votre grâce, confirmez-nous dans la foi et dansla charité afin que nous soyons fidèles à votre service jusquàla mort. Par notre Seigneur, etc. » Sur lablation. — « Recevez, Seigneur, notre oblation et nosprières; purifiez-nous au moyen des mystères célestes, et, dansvotre bonté, exaucez-nous. Par notre Seigneur, etc. » Après la Communion. — « Faites, Seigneur, que, comme dansle temps nous offrons avec joie nos hommages à la mémoirede vos saints, ainsi, dans léternité, nous puissions jouir de leurprésence. Par notre Seigneur, etc. » Hors du temps pascal, lamesse In virtute est la même que le 14 février. Toutefois lesoraisons sont celles que nous venons dindiquer. La grâce du martyre nest pas le privilège des premières géné-rations chrétiennes, Dieu laccorde dans tous les temps. Géné-ralement, elle suppose une vertu consommée et une fidèlecorrespondance à une autre chaîne de grâces qui, dans lesconseils de Dieu, doivent servir de préparation à cette grâcefinale, laquelle immole à Dieu, dans leffusion du sang, le sacri-fice total de lêtre. 25 AVRIL. Saint Marc, évangéliste. Station à Saint-Marc. UJOURDHUI se célébraient à Rome les Robigalia, rempla-A cés plus tard par la procession chrétienne qui se déroulaitle long de la voie Flaminienne jusquau pont Milvius et rejoi-gnait ensuite Saint-Pierre. La fête de lévangéliste Marc dut edonc attendre presque jusquau x n siècle avant dêtre inscrite
  • 139. régulièrement dans le Calendrier romain. Ce retard est dautantplus surprenant que saint Marc fut parmi les premiers hérauts qui, avec saint Pierre, annoncèrent à Rome la bonne nouvelle; en outre, il écrivit son Évangile dans la Ville éternelle, à lademande des Romains eux-mêmes, et quand, un peu plus tard,Paul y subit son premier emprisonnement, Marc lui prêta avecLuc une affectueuse assistance, comme il lavait déjà fait enfaveur du Prince des Apôtres. Cependant cet oubli, que lon pourrait taxer dingratitude,nest pas isolé. Jean lui aussi a prêché à Rome et y a trouvé lemartyre dans la chaudière dhuile bouillante. E t pourtant,on dirait presque que sa présence dans la Ville éternelle nalaissé aucune trace, comme cela arriva également pour Luc etpour dautres insignes personnages de lâge apostolique. Cetteanomalie sexplique pourtant aisément. A lorigine, les commé-morations liturgiques des saints avaient un caractère local etfunéraire, étant exclusivement célébrées près de leurs tombeauxrespectifs. Comme ni Jean, ni Luc, ni Marc, ni, à notre connais-sance, dautres premiers compagnons des Apôtres ne finirentleurs jours à Rome, les diptyques romains nenregistrèrent pasleur-déposition ou natalis. Les calendriers du moyen âge àRome dépendent principalement de ces listes, aussi sexpli-que-t-on leur silence. Près du portique in Pallacinis, dans la epremière moitié du i v siècle, le pape Marc érigea une basi-lique qui, avec le temps, prit le nom de lévangéliste homo-nyme. Dautres églises également, au moyen âge, furent dédiéesà saint Marc, comme celles de calcarario, in tnacello, etc. Maisla splendide basilique du pape Marc les surpassa toutes encélébrité tant par sa beauté-que par limportance exception-nelle quelle acquit dans lhistoire. Aujourdhui les Litanies majeures se terminent par la messestationnale à Saint-Pierre. La procession litanique nest doncaucunement en relation avec la fête de saint Marc, si bien que,quand celle-ci est remise à un autre jour, on ne transfère pointpour cela les Litanies majeures. Il nest fait dexception que pourla fête de Pâques, car si celle-ci tombait le 25 avril, la processionse célébrerait alors le mardi suivant.
  • 140. Dans le bas moyen âge disparut de Rome tout souvenir desRobigalia avec le parcours traditionnel du classique cortègede la jeunesse romaine le long de la voie Flaminienne. L a pro-cession avait accoutumé de se rendre du Latran à la basiliquede Saint-Marc, et, de là, se dirigeait vers Saint-Pierre; ce rite edemeura en vigueur jusquà la seconde moitié du x i x siècle. Les antiennes et les répons de la messe de saint Marc sontempruntés à la messe Protexisti, qui est celle des Martyrsdurant le temps pascal. Nous lavons déjà rapportée pour lafête de saint Herménégilde. Néanmoins les collectes et les lec-tures sont propres. Prière. — « O Dieu, qui avez élevé le bienheureux Marc,votre évangéliste, à la grâce dannoncer la Bonne Nouvelle,faites que nous puissions profiter toujours de sa doctrine afindêtre protégés par sa prière. Par notre Seigneur, etc. » Souvent, dans la sainte Écriture, la parole de Dieu est com-parée à une source deau, qui apaise les ardeurs de la soif,rafraîchit la terre aride, la féconde et fait reverdir les plantes. Dans le haut moyen âge, les fontaines publiques revêtaientpour cette raison un certain caractère religieux, en tant quellessymbolisaient le Verbe et la grâce divine. Nous en avons pourpreuve, entre autres témoignages, un ftuteal qui existe encoresous le portique de la basilique de Saint-Marc de Pallacine,avec cette légende :DE • DONIS • DEI - ET - SANCTI • MARCI • ÏOHANNES • PRESBITER [ • FIERI - ROGABITOMNES - SITIENTES • VENITE - AD - AQVAS • ET - SI • QVIS . DE • ISTATVLERIT - ANATHEMA * SIT. [ • AQVA . PRETIO Quil est beau, dans lesprit du moyen âge, cet anathèmelancé contre celui qui aurait trafiqué de ce ftuteal par celaseul quil symbolisait leau de la grâce, quon neût pu vendrepour de largent sans se rendre coupable de simonie. Le texte dÉzéchiel, lu en ce jour (1,10-14), décrit les symbolesdes quatre saints Évangiles qui, dictés par un même Esprit,reflètent en un quadruple rayon la lumière et la sagesse du Verbeéternel de Dieu. Quand lœil humain, obscurci par le voile delinfidélité et des passions, veut lire la sainte Écriture, il lestime
  • 141. sans doute le livre le plus simple et le plus puéril qui se puisse imaginer. Au contraire, quand avec une humble foi lœil pur et fort du croyant se fixe sur ces pages sacrées, la vue demeure comme éblouie par cette lumière divine, et lintellect créé, pénétrant les secrets delà Sagesse incréée, sent la vanité de tous les raisonnements humains. Cest à cet état de sublime ignorance que fut élevé saint P a u l — e t , après lui, beaucoup dautres saints — et dont il déclare ne trouver dans le langage terrestre ni paroles ni concepts aptes à exprimer ce quil y a vu. LÉvangile est semblable à celui de la fête de saint Tite, le 6 février ; cest le récit de la vocation et de la mission des soixante-douze disciples du Sauveur. Selon toute probabilité, Marc nefut pas de ce nombre; mais appelé plus tard à la suite duSeigneur, il accomplit lui aussi parfaitement les œuvres delapostolat. Des historiens récents ont voulu voir dans les documentsscripturaires quelque allusion au caractère un peu timide desaint Marc. Quand, au soir de larrestation de Jésus, le jeuneMarc, éveillé en sursaut de son sommeil, sortit sur la route enve-loppé simplement dans son ample drap de toile, on larrêta,et lui, tout effrayé, se débarrassa adroitement du drap etséchappa nu des mains des soldats. Cet incident dut toutefoislimpressionner et influer sur son caractère craintif; il était faitplutôt pour travailler docilement dans une position subordonnéeque pour assumer la responsabilité des initiatives hardies.Elevé au sein dune famille distinguée de Jérusalem, et ayantgrandi au milieu des Apôtres, le jeune Marc accompagna soncousin Barnabe et saint Paul dans leur première mission aposto-lique en Pamphilie et finit par perdre courage à cause de la har-diesse audacieuse des deux missionnaires juifs qui, en terrepaïenne, traitaient librement avec les Gentils exécrés de laThora, et leur donnaient part à lhéritage des fils dAbraham. En cette circonstance, Marc sentit que son heure navait pasencore sonné pour ce service davant-garde, et, prenant congédes deux missionnaires, il retourna au port tranquille de Jéru-salem. Cependant il portait le germe de la vocation à lapostolat,et cest pourquoi il ne se sentit point en repos dans la paisibledemeure du Cénacle. Quelque temps après il voulut faire comme
  • 142. amende honorable de ce quil considérait comme une faiblesse et il proposa aux deux apôtres de les accompagner dans leur seconde mission. Mais cette fois, Paul, qui connaissait le carac- tère encore insuffisamment mûri de Marc, craignit que sa pré- sence fût plutôt un obstacle quune aide pour la conversion des Grecs, et refusa de laccepter; cest pourquoi il partit avec son cousin dans la direction de Salamine. Quand enfin, en 61-62, Paul est prisonnier à Rome, nous retrouvons à ses côtés lévangéliste Luc et Marc, qui, après une courte absence en Asie Mineure et à Colosses, grâce à la deuxièmelettre adressée à Timothée, a été de nouveau appelé auprès de xPaul, comme une personne mihi utilis in ministerium . Onvoit que le désaccord momentané entre lApôtre, Barnabe etson cousin, navait laissé aucune trace dans ces âmes grandeset généreuses. Durant le voyage de Paul en Espagne, Marcdemeura à Rome et servit dinterprète à Pierre, dont, à lademande des fidèles, il mit ensuite par écrit les catéchèses. Après le martyre des deux Apôtres, une antique traditionrapporte que Marc alla à Alexandrie, où, au commencement edu i v siècle, on voyait son sépulcre. La prière sur loblation est la suivante : « Nous vous offrons,Seigneur, cette oblation, en la solennité du bienheureux Marcvotre évangéliste, vous demandant que, comme il fut renduglorieux par la prédication de lÉvangile, ainsi son intercessionvous fasse agréer nos paroles et nos œuvres. Par notreSeigneur, etc. » La préface est celle qui est commune aux apôtres. Les manu-scrits nous donnent toutefois le texte suivant : ... per ChristumDominum nostrum. Cuius gratia beatum Marcum in sacerdotiumelegit, doctrina ad praedicandum erudit, potentia ad perseverandumconfirmavit, ut per sacerdotalem infulam perveneriv ad martyriipalmam ; docensque subditos, instruens vivendi exemplo, confir-mans patiendo, ad Te coronandus perveniret, qui persecutorumminas intrepidus superasset. Cuius interventus nos quaesumus t ta nosiris mundet delictis, qui tibi piacuit tôt donorum praero-gaiivis. Per quem etc.t T. 77 Timot., iv, 11.
  • 143. Après la Communion. — « Que votre Sacrement, Seigneur,nous soutienne sans cesse, et que, par les prières du bienheu-reux Marc, votre évangéliste, il nous défende contre touteadversité. Par notre Seigneur, etc. » Hors du temps pascal, les collectes et les deux lectures scrip-turaires sont les mêmes; mais lintroït est celui du Commundes Apôtres, comme pour la fête de saint André. Le graduel est le suivant : Ps. 18 : « Leur cri résonna dans toutela terre, et leur parole arriva aux confins du monde. » f. « Lescieux narrent la gloire de Dieu, et les œuvres de ses mains sontannoncées par le firmament. » « Alléluia, Alléluia » (IOAN., xv, 16) : « J e vous ai élus dumilieu du monde, afin que vous alliez et portiez du fruit, et quevotre fruit soit durable. Alléluia. » Pour que le fruit demeure, il faut que le sarment soit alimentédun suc vital qui ne puisse jamais faire défaut. Nous obtien-drons cela si nous ne nous détachons jamais de Jésus. Cest enlui et non pas en nous que nous devons agir. Loffertoire est celui du Commun des Apôtres, comme pourla fête de saint André. Lantienne pour la Communion du peuple est la même quepour la fête de saint Mathias. Quand Dieu appelle, il ne faut pas reculer par crainte dupéril et de la propre faiblesse. En ce cas, la grâce recouvre lesdéfauts de la nature, comme il advint pour saint Marc. Soncaractère était naturellement timide, et il eut un premiermoment de défiance, mais la grâce finit par prendre sur luilavantage, si bien quil devint 1« interprète » de Pierre,lÉvangéliste glorieux, lapôtre de lEgypte et le fondateur dutrône des patriarches dAlexandrie, héritiers chrétiens de lapuissance des anciens Pharaons. Les vers du pape Grégoire I V , sous la mosaïque absidale dutiiulus Marci in Pallacine ne sont pas sans intérêt :VASTA • THOLI - PRIMO . SISTVNT - FVNDAMÎNE - FVLCRAQVAE SALOMONIACO • FVLGENT - SVB - SIDERA • RITV :HAEC • TIBI . PROQVE • TVO • PERFECIT - PRAESVL - HONOREGREGORII - MARCE . EXIMIO - CVM - NOMINE . QVARTVSTV - QVOQVE • POSCE • DEVM - VIVENDI • TEMPORA . LONGADONÈT - ET • AD • CAELI - POST • FVNVS - SYDERA - DVCAT
  • 144. L E S TROIS E N F A N T S R E F U S A N T JD A D O R E R LIDOLE (p. 146).
  • 145. La voûte de labside sélève sur un solide fondement ; Comme le temple de Salomon, elle resplendit, irradiée parle soleil. En ton honneur, ô évêque Marc, il éleva cette voûte Celui qui, le quatrième, porte lillustre nom de Grégoire. A ton tour, demande pour lui à Dieu une longue vie Et, après sa mort, le royaume céleste. e Donc au i x siècle, ce temple continuait à être dédié, nonà lÉvangéliste dAlexandrie, mais au MARCVS PRAESVL,cest-à-dire au Pape qui avait fondé le Titre de Pattacines etqui y était enseveli. 26 AVRIL. Les saints Clet et Marcellin, papes et martyrs.AuAnaclet qui gouverna lÉglise après Lin et avant Clément. témoignage de saint Irénée, Clet ne ferait quun avecDe sa vie nous ne savons rien, sauf ce que nous dit la notice duLiber Pontificalis : quil embellit les tombes des Princes desApôtres, et quil fut enseveli au Vatican. Le fait que Clet futélevé au suprême pontificat alors que des disciples immédiatsde Pierre et de Paul vivaient encore, témoigne de ses grandsmérites, prophétisés par son nom même. Plus obscure est lhistoire du pape Marcellin, sur le compteduquel coururent dès lantiquité les plus bizarres légendes.Selon quelques écrits apocryphes de lépoque des contestationsqui suivirent lélection du pape Symmaque, il aurait dabordoffert de lencens aux idoles, puis aurait expié comme Pierrecette apostasie, en affrontant spontanément le martyre. Dans la liste des depositiones episcoporum son nom, il estvrai, est omis, mais cette absence, quil ne faut p a s se h â t e rdexpliquer p a r une damnatio memoriae, peut simplement êtreattribuée au Copiste du laterculum philocalien. En effet, le papeMarcellin non seulement eut une honorable sépulture au cime-tière de Priscille près du martyr Crescention, mais sa tombeétait pieusement visitée par les pèlerins, si bien quil a le titrede Saint dans le livre De locis Sanctorum Martyrum. Lesmêmes apocryphes qui lui attribuent le martyre attestent indi-
  • 146. e rectement la vénération dont au v siècle le pape Marcellin était lobjet à Rome, car, dans lintérêt de la cause du pape Symmaque, ils cherchent à lexploiter, en proposant le pontife Marcellin comme un premier exemple de la chute dun pape et de sa réhabilitation postérieure. Une certaine obscurité sur le compte de Marcellin demeure toujours, mais lantiquité de son culte est bien démontrée par les itinéraires des Catacombes. Une congrégation religieuse née sous Célestin I I I vers 1197 et désormais éteinte depuis plusieurs siècles, se vantait davoir été instituée par saint Clet; ses membres portaient une croix à la main à titre dinsigne. A Rome, ils habitaient près de léglise de Sainte-Marie in Xenodochio ou in Trivio où, jusquau siècle dernier, était un autel dédié à saint Clet. Aujourdhui encore, la place voisine sappelle dei Crociferi. Le nom de Clet fait partie de la liste primitive des diptyques épiscopaux romains quon récite toujours durant la prière de la grande intercession (Communicantes). Sa fête napparaît en ce jour que dans le Calendrier de la basilique vaticane du ex n siècle; Marcellin le suit, mais nentre quun siècle plus tard environ dans le Bréviaire de la Curie papale. La tombe primitive de Marcellin a été retrouvée dans lecimetière de Priscille in cubiculo claro selon lexpression du yLiber Pontiftcalis, près de celle du martyr Crescention. La crypteest ornée de peintures, parmi lesquelles on voit la scène, trèsrarement représentée, des trois enfants de Babylone refusantdadorer la statue dor de Nabuchodonosor. Les pèlerins y onttracé de nombreux graffiti. (Fig. 3.) Marcellin est mentionné aussi dans une inscription gravéesur la balustrade (transenna) de marbre dune crypte ducimetière de Callixte. Il sagit dun cubiculum duplex cumarcisoliis et luminare iussu papae sui Marcellini diaconus isteSeverus fecit mansionem in pace quietam sibi suisque. La messe est celle du Commun des Martyrs au temps pascal :Sancti tui. La collecte est ainsi conçue : Prière. — « Que les mérites de vos bienheureux martyrs lespontifes Clet et Marcellin nous assistent, Seigneur, et que leur
  • 147. pieuse intercession nous protège sans cesse. Par notre Sei-gneur, etc. » La secrète est la suivante : « Accueillez, ô Dieu, les prièresque nous vous adressons à loccasion de la fête de vos saints;et puisque nous ne pouvons avoir aucune confiance en nos méri- tes, que nous assistent au moins ceux des saints qui vous furent agréables. » Pour plaire à Dieu, la prière doit être humble, comme celle du pauvre publicain dans le temple. A linverse du pharisienorgueilleux qui mettait toute confiance dans ses mérites etméprisait son prochain, lhumilité chrétienne ne connaît quunmépris : celui de soi-même. Elle ne voit chez les autres que lesdons de Dieu, et invoque les immenses mérites de la Communiondes Saints pour suppléer à ses propres insuffisances spirituelles. Voici la collecte daction de grâces après la Communion : « Maintenant que vous nous avez rassasiés par les mystèresde notre Rédemption, nous vous demandons, Seigneur, dêtreassistés par la prière de ceux à qui est dédiée la solennité dece jour. » Hors du temps pascal, on dit la messe : Intret comme le22 janvier. Dieu garde et venge jalousement la réputation de ses servi-teurs, conformément à ce qui est écrit au sujet de Joseph :Sapientia... mendaces ostendit qui maculaverunt Muni. Ainsides personnes intéressées ont pu émettre les plus étrangesjugements sur le compte de Marcellin; cependant sa tombe,au cimetière de Priscille, est en vénération de toute antiquité,et lÉglise, qui est certainement assistée par le Saint-Esprit,se recommande aujourdhui à ses pieuses prières en le proposantà la vénération des fidèles. 27 AVRIL. Saint Pierre Canisius, confesseur et docteur. HISTOIRE de ce glorieux disciple de saint Ignace est intime-L ment liée à celle de la contre-réforme catholique en Alle-magne en face des novateurs protestants; cela est si vrai queCanisius fut salué comme le nouvel apôtre de lAllemagne et
  • 148. le marteau de lhérésie. De fait, incroyable est lénergie déployéepar le Saint pour la défense de la foi durant les quarante annéesde son apostolat, où il népargna ni travaux ni souffrances pourle bien de lÉglise. Deux fois il prit part au Concile de Trente;il fit un nombre incroyable de prédications et de missions, nonseulement devant les simples fidèles mais aussi dans les diversescours princières; il écrivit maints ouvrages de caractère théolo-gique, polémique et catéchétique, ce qui lui valut de recevoirde Pie X I le titre de docteur de lÉglise qui lui fut conféré —et cest en cela quil fut lobjet dun privilège — au momentmême de sa canonisation à Saint-Pierre. I l écrivit, en réponse a u x Centuries de Magdebourg, deuxexcellents volumes, qui plus tard, grâce à lintervention de saint Philippe, furent suivis de ceux de Baronius sur les Annales Ecclésiastiques. Le catéchisme de Canisius, adopté par saint Charles pour son diocèse, demeura pendant de longues années le manuel officiel pour lenseignement de la doctrine chrétienne,et sa popularité en Italie fut à peine surpassée par le catéchismede Bellarmin. Saint Pierre Canisius mourut le 21 décembre 1597, et Pie X Ia introduit sa fête dans le Missel romain. La messe est celle du Commun des Docteurs, comme pour lafête de saint François de Sales le 29 janvier, mais la premièrecollecte est propre. Prière. — « Seigneur, qui avez conféré au bienheureux Pierrela force et la doctrine pour la défense de la foi catholique, faitesque par ses exemples et ses conseils les âmes qui sont danslerreur reviennent dans le sentier du salut, et que les fidèlespersévèrent fermement dans la confession de la vérité. ParJésus-Christ. » LÉglise loue, en saint Pierre Canisius, non seulement lasagesse, mais aussi la force héroïque pour soutenir le dogmecatholique contre les violences et les embûches des protestants.A cet égard, Canisius peut être comparé à saint Jean Chrysos-tome, à saint Jean Damascène, à ceux des anciens Docteursqui non seulement ont enseigné, mais aussi beaucoup souffertpour la foi. En effet, les fatigues et les épreuves supportées
  • 149. par notre saint apôtre pour conserver à lAllemagne ce trésor defoi catholique que saint Boniface avait jadis consacré de sonsang, sont incroyables. Que le laurier du docteur ceigne donc lefront de saint Pierre Canisius; mais quà ce laurier la liturgieajoute aussi le mérite, le martyre, dune vie missionnaire deprès de huit lustres dans un pays hostile à la foi catholique,action missionnaire qui justifie pour Canisius le glorieux surnomde marteau du Luthéranisme. 28 AVRIL. Saint Vital, martyr. Station au Titre de Vestina. le martyrologe de Berne indique : RomaeA UJOURDHUI Vitalis Martyris. Il ne sagit pas dailleurs dun martyrde Rome, car lhistoire des catacombes est absolument muettesur son compte, mais seulement de la dédicace du Titre romain ede Vestina, dans la I V Région ecclésiastique, en lhonneurdun des plus célèbres saints de Bologne. La renommée du martyr Vital, compagnon dAgricola, enlhonneur duquel Justinien fit ériger à Ravenne une des plussplendides basiliques dItalie, se répandit en effet très rapide-ment hors de lExarchat, en sorte que la Ville éternelle elle-même voulut avoir un temple sous son vocable. Ce templesélève dans la vallée située entre le Quirinal et lEsquilin, dansle vico longo, qui, du Quirinal, conduisait aux Thermes deDioclétien. Le Liber Pontificalis fait de Vestina, la fondatrice du titre, e rune contemporaine du pape Innocent I . En effet, une inscrip-tion lue par Bosio dans le cimetière de Saint-Agnès mentionneun certain acolyte A bundantius, Regionis Quartae, tituli Vestinae.Au nom de Vital furent associés jadis ceux des martyrs milanaisGervais et Protais rendus si populaires par saint Ambroise.Cependant dans la prescription de la litania septiformis autemps de saint Grégoire le Grand, il est ordonné simplementaux veuves de se ranger en procession in basilica beati Christimartyris Vitalis. Au moyen âge un monastère était uni au Titre,
  • 150. Les corps des martyrs Vital et Agricola furent retrouvésà Bologne dans un cimetière juif en 393. A leur translation pritpart saint Ambroise, qui déposa ensuite quelques-unes de leursreliques sous lautel de la basilique de Florence, dédiée par lui.En tout cas, la tombe des saints Vital et Agricola était à Bologne,comme nous lapprend saint Paulin de Noie : Vitalem Agricolam 1Proculumque Bononia condit . La messe est celle du Commun des Martyrs durant le tempspascal, comme le 24 avril, sauf les collectes qui sont les suivantes :« O Dieu tout-puissant, par lintercession de votre martyr Vital,dont nous célébrons aujourdhui le natale, donnez-nous unaccroissement de votre saint amour. » La secrète est ainsi conçue : « Accueillez, ô Dieu, nos oblationset nos prières, purifiez-nous grâce aux célestes mystères, etdans votre clémence exaucez les vœux intimes de notre cœur. » Voici la prière pour laction de grâces : « De même, Seigneur, que nous célébrons avec une sainte joie la fête de vos saints,ainsi puissions-nous mériter de vous voir dans léternité. » Autrefois, la fête de saint Vital était beaucoup plus solen-nelle. LAntiphonaire Grégorien assigne pour ce jour ce versetalléluiatique : Alléluia. Beatus vit qui timet Dominum etc. Allé-luia. Iustus non conturbabitur, quiaDominus firmat manum eius. Lantienne pour loffertoire était la suivante : Repleti sumusmane misericordia tua, et exultamus et délectati sumus. AILVers. 1. Domine, refugium factus es nobis a generatione et pro-genie. Vers. 2. Priusquam montes fièrent aut formaretur orbisterrae, a saeculo et in saeculum tu es Deus. Allel. La prière avant lanaphore était ainsi conçue : Accepta sitin conspectu tuo, Domine, nostra devotio, et eius nobis fiât suppli-catione salutaris, pro cuius solemnitate defertur. « Que notre dévo-tion vous soit agréable, Seigneur, et que lintercession de celuidont nous célébrons la fête nous la rende profitable. » Lantienne pour la Communion est tirée du texte évangélique :Ego sum vitis vera et vos palmites; qui manet in me et ego ineo, hic fert fructum multum. Allel. Allel. Ps. Exaudi, Deus,deprecationem etc. 1. Carm., x x v u , 432.
  • 151. La collecte après la Communion était propre elle aussi :Ad complendum. Exultet, Domine, populus tuus in Sancti luicommemoratione Vitalis, et cuius votivo laetatur officio, suffragiorelevetur optato. «Que votre peuple, ô Dieu, se réjouisse en la fêtede saint Vital, et que celui dont la solennité est célébrée avectant dallégresse lassiste de sa protection précieuse. » Lors de la dédicace dun temple, selon lancien rit romain,la messe était celle du Saint auquel ce temple était dédié. Cestainsi quà Rome de nombreux anniversaires de dédicaces debasiliques sont devenus par la suite la fête de leurs respectifsmartyrs titulaires. L E MÊME JOUR (28 AVRIL). Saint Paul de la Croix. Cet apôtre des temps modernes, puissant en œuvres et enparoles, et qui renouvela dans ses prédications les prodiges despremières années de lÉglise, passa au Seigneur le 18 octobre 1775, et fut enseveli dans le Titre de Pammachius où, aujour-dhui, lon célèbre sa fête solennelle. Toutefois comme le 18 oc-tobre est consacré à saint Luc, Pie I X décréta que la mémoirede saint Paul de la Croix serait célébrée dans toute lÉglise à ladate du 28 avril. Cétait en 1869, époque où là tradition litur-gique romaine était peu étudiée, et, dans la p r a t i q u e , étaitnégligée. E t cest ainsi que la messe de saint Vital, que p o r t e n ttous les anciens documents, et qui appartient vraiment aufond liturgique traditionnel de la Ville éternelle, disparut; onne conserva que sa commémoraison. La messe de saint Paul, considérée sous le rapport de sa com-position, a tous les mérites et tous les défauts des messes moder-nes. Son rédacteur na tenu aucun compte du caractère musicalet psalmodique des antiennes et des répons de lintroït, deloffertoire, etc., toutes choses quil ignorait probablement.Il a donc glané tout simplement, dans les épîtres de saint Paulet de saint Pierre, des textes relatifs à Jésus Crucifié, et il les ahabilement disposés, à la manière dune mosaïque, dans sacomposition. Cest ainsi que dans-le graduel on va de la lettreaux fidèles de Galatie à celle aux Corinthiens, de celle-ci à la
  • 152. secundo. Pétri; dans le Trait, on va de Pierre aux Corinthiens,puis aux Hébreux, oubliant totalement quil sagit de partiesliturgiques rythmiques et musicales de leur nature. En compen-sation, la composition respire lamour et excite à la dévotionenvers la Passion du Sauveur. Intr. (Gai., n, 19-20) : « Je suis cloué à la croix avec le Christ ;je vis, non plus moi, mais cest le Christ qui vit en moi. J e visdans la foi du Fils de Dieu, qui maima et se sacrifia pour moi.Alléluia, Alléluia. » Ps. 40 : « Bienheureux celui qui se souvientdu pauvre et du misérable; au jour du malheur, le Seigneurle sauvera. » y . « Gloire, etc. » Jésus-Christ ne veut pas être seul : il est venu au monde pournous, et tout ce quil a fait, il la fait pour notre bien. Jésusdésire donc revivre en nous, et y continuer le mystère de sonincarnation, de sa passion et de sa mort. Cest en ce sens quelApôtre vivait dans le Christ, et en Lui se disait même clouéà la Croix. Prière. — « O Seigneur Jésus-Christ, qui avez doté saint Paul dun spécial amour pour prêcher le mystère de la Croix, et, par son entremise, avez disposé que dans votre Église fleurîtune nouvelle famille religieuse; ah ! par son patronage, accordez- nous de méditer assidûment ici-bas votre Passion, afin quau ciel nous jouissions de son fruit. Vous qui vivez, etc. » Le texte de la première lecture est presque identique à celuide la messe de saint Justin et est peut-être mieux adaptéencore. La congrégation religieuse fondée par saint Paul de laCroix ne sadonne pas aux œuvres paroissiales, aux écoles niaux instituts déducation, mais ses membres vont de préférenceprêcher des missions dans les campagnes et dans les pauvresbourgades, annonçant Jésus Crucifié aux pécheurs. Il faut noterque les Passionnistes, en plus des vœux religieux habituels,émettent dans leur profession celui de propager parmi lesfidèles la dévotion à la Passion du Sauveur. « Alléluia, Alléluia. » (27 Cor., v, 15.) « Le Christ mourut pourtous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, maispour celui qui pour eux mourut et ressuscita. » « Alléluia, » (Rom., vin, 17.) « Si nous sommes enfants, nous
  • 153. sommes aussi héritiers; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ. En effet, nous souffrons avec Lui, afin dêtre aussi glorifiés avec Lui. Alléluia. » Hors du temps pascal : Grad. (Gai., vi, 14) : « Que je ne puisse jamais me glorifier en rien, sinon dans la croix de mon Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi et moi au monde. » J. (I Cor., 11, 2). « Jestimai ne rien savoir parmi vous, en dehors de Jésus et de J é s u s crucifié. » « Alléluia, Alléluia » (I PETR,, 11, 21). « Le Christ souffrit pour nous, vous laissant lexemple, afin que vous suiviez ses traces. Alléluia. » Après le Septuagésime, on omet le verset alléluiatique et Ton récite le trait suivant : Trait (I PETR., IV, I) : « Le Christ ayant donc souffert dans son humanité, vous aussi, armez-vous de cette pensée, car celui qui mortifie son corps cesse de pécher. » J. (II Cor., iv, 10.) « Portant toujours dans nos membres la mortification de Jésus afin quela vie (glorieuse) de Jésus se révèle aussi dans nos corps. » y . (Hebr. x n , 2.) « Nous regardons Jésus, principe et terme denotre foi, qui, en vue de (sa future) béatitude, méprisa labjec- tion, supportant la Croix, et qui maintenant siège à la droitedu Père. » La lecture de lÉvangile est empruntée à la fête de saint Marc.Comment ne pas sémouvoir au souvenir de ce nouvel apôtre du eCrucifié au x v m siècle, qui le prêchait parmi les plus durespénitences et voyageait toujours nu-pieds. Il arriva parfoisquen pleine forêt les brigands eux-mêmes, attendris, étendirentleurs manteaux au passage de saint Paul de la Croix, pour queses pieds ne fussent pas blessés par les épines. Offert. (Ephes., v, 2). « Marchez dans lamour, comme le Christnous aima, et pour nous soffrit lui-même à Dieu en sacrificeet hostie dagréable parfum. Alléluia. » Prière sur Voblation. — « Seigneur, que ce mystère de votrepassion et de votre mort répande en nous une céleste ferveur;semblable à celle avec laquelle saint Paul, durant la célébrationdu saint Sacrifice, offrait son corps comme une hostie vivante,sainte et agréable à vos yeux, vous qui vivez, etc. »
  • 154. A la Communion (I PETR., IV, 13). « — Ayant part aux souf- frances du Christ, réjouissez-vous, parce que quand il apparaîtra dans sa gloire, vous vous réjouirez et exulterez, Alléluia. » Après la Communion. — « Maintenant que nous avons reçuen nous, comme gage de votre immense amour, le divin Sacre-ment, nous vous demandons, Seigneur, que par les mérites etpar limitation de saint Paul, puisant à vos sources cette eauqui jaillit jusquà la vie éternelle, nous méritions dexprimerdans notre vie et dans nos oeuvres votre passion sacrée que nousconservons imprimée dans notre cœur. Vous qui vivez, etc. « La vie active de lÉglise provient de sa vie de prière et decontemplation; cest donc une illusion pernicieuse que de croirequon peut illuminer les autres si dabord on ne brûle pas soi-même de la flamme du saint amour. Saint Paul de la Croixet saint Léonard de Port-Maurice furent en Italie les deux plus egrands restaurateurs de la vie apostolique au x v n i siècle;mais lun et lautre comprirent que, pour produire des apôtreset des missionnaires, la retraite, la solitude, le recueillement delesprit, la rigide pauvreté, laustère pénitence sont nécessaires;aussi saint Paul institua la Congrégation des Passionnistesloin des bruits des villes et dans les rochers solitaires du MontArgentaro. Quant à saint Léonard, il fut le promoteur, au seinde la famille séraphique, dune réforme particulière, adoptée parles Couvents dits de retraite, et qui contribua grandement àmaintenir vivant chez les Mineurs lidéal franciscain primitif. 29 AVRIL. Saint Pierre, martyr.CEtions dinquisiteur (fcontre les hérétiquesfoi dans ses fonc- saint Dominicain e 1252), martyr de la manichéens, futtrès honoré au x v siècle en Italie, où Ton compte un bon nom-bre dautels et dimages en son honneur. Lintroduction de safête dans le calendrier de lÉglise universelle remonte à Sixte-Quint, saint Pie V layant omise dans la nouvelle réforme duBréviaire promulguée par lui. La messe est celle du Commun des Martyrs au temps pascal :Proiexisti comme le 24 avril, mais les collectes sont propres.
  • 155. Prière. — « Accordez-nous, ô Dieu tout-puissant, dimiterdévotement la foi du bienheureux Pierre, qui, pour son zèle àlétendre, mérita la palme du martyre. Par notre Seigneur, etc. » Lépître est celle du Commun des Martyrs hors du tempspascal, comme pour la fête de saint Georges, le 23 avril; elle aété choisie non seulement parce quelle traite de la résurrectiondu Christ, mais aussi parce que, décrivant la vie difficile, lespersécutions et les peines supportées par Paul et par Timothéedans la diffusion de la foi chrétienne, elle trace aussi le pro-gramme de vie de tout véritable ouvrier évangélique. Quasimaie operans. Voilà lidée que le monde se fait de lapôtredu Christ, et, sous cette imputation, il le condamne à mort.Paul observe toutefois quon ne peut enchaîner la parole deDieu. Le martyre est une semence de nouveaux chrétiens, etpour un confesseur de la foi qui est mis à mort, surgissent centautres qui continuent son œuvre. Prière sur Voblation. — « Par lintercession de votre bienheu-reux martyr Pierre, accueillez favorablement, Seigneur, lesprières que nous vous offrons, et gardez sous votre protectionles défenseurs de la foi. Par notre Seigneur, etc. » Après la Communion. — « Que le sacrement que nous avonsreçu en nous, Seigneur, garde vos fidèles, et par lintercessionde votre bienheureux martyr Pierre, défendez-les contre touteattaque ennemie. Par notre Seigneur, etc. » La foi est le trésor le plus précieux non seulement pourchaque âme en particulier, mais aussi pour les É t a t s et pour lemonde en général. Dans les temps profondément religieux,tels que le moyen âge, lhérésie était considérée comme un crimecontre la foi et contre lÉtat et, après lanathème de lÉglise,elle était punie, par le juge laïque, des peines les plus graves ducode criminel. Quiconque a connaissance des horreurs desguerres religieuses dues aux disciples de Luther en Allemagne,aux Calvinistes et aux Huguenots en France, ne pourra pas nepas louer la prudente institution, p a r lÉglise, de lInquisition,qui—sauf les déviations, dans un but politique, imposées parlegouvernement espagnol — devait, dans lintention des papes,protéger lunité religieuse et sociale de la chrétienté tout entière.
  • 156. Cest pourquoi la répression de la propagande hérétique par lessoins de lInquisition était considérée vraiment comme unSanctum Offlcium, puisque, sauvegardant le plus grand bienque possèdent les peuples, cest-à-dire la foi, elle éloignaitdes Etats ces germes de haine, de révolutions et de guerres, qui,si souvent, naissent de différends religieux. 30 AVRIL. Sainte Catherine de Sienne, vierge.L E nom de cette Sainte est à lui seul tout un parfum de pureté virginale. Nouvelle Débora du Nouveau Testament, elleresplendit dans lÉglise comme prophétesse, restauratrice duSiège pontifical à Rome, oracle des papes et des princes, média-trice de paix entre les peuples en lutte, maîtresse éclairée dâmesnombreuses dans la voie de la plus sublime sainteté, prodigede mortification, victime de lamour divin, dont la flamme laconsuma à Rome prématurément, dans la fleur de sa jeunesse(t 29 avril 1380). Pie II, dans la bulle de canonisation de la Sainte, ordonna decélébrer sa fête le premier dimanche de mai. Clément V I I I latransféra à ce jour, qui suit immédiatement celui de sa mort. La messe est celle du Commun des Vierges, comme le10 février; cependant les collectes sont propres; elles furentcomposées par le jésuite Alciati sous Urbain VIII. Le corpsvirginal de Catherine repose sous le maître-autel de la splendideéglise de Sainte-Marie sur Minerve, à Rome. Un autre templedédié à son nom près du mont Quirinal conserve le souvenirde la famille spirituelle des Tertiaires dominicaines quelleavait groupées autour delle. Mentionnons aussi la petite églisequi sélève sous son vocable dans la via Giulia. Prière. — « Faites, Seigneur, que, fêtant pieusement lannuelnatale de votre bienheureuse vierge Catherine, lexemple dunesi grande vertu nous soit profitable. Par notre Seigneur, etc. » Prière sur loblation. — « Que montent à vous, Seigneur, lesprières et lhostie de salut, embaumée dun parfum virginal,
  • 157. que nous vous offrons en la solennité de la bienheureuse Cathe-rine. Par notre Seigneur, etc. » La Confession de Saint-Pierre, au Vatican, est encore touteembaumée de ce virginal parfum. Catherine, dans les derniersmois de sa vie, y passait une bonne partie de ses matinées, absor-bée en prière pour le bien de lÉglise, auquel elle sétait consacréecomme victime. Après la Communion. — « Que la nourriture céleste, parlaquelle nous avons été réconfortés, nous donne, Seigneur, lavie éternelle, alors quà la bienheureuse vierge Catherine elleconféra en outre le soutien de la vie temporelle. Par notreSeigneur, etc. » Lâme pour qui Dieu est tout a peu de besoins, et le signe quenous possédons vraiment le Seigneur dans notre cœur, consisteen ce que notre esprit est détaché des nombreux besoins,petites misères et nécessités que souvent nous crée notre mollesseet notre peu de mortification. Sainte Catherine passa une foissans manger tout le Carême et le temps qui sécoule jusquàla Pentecôte, nourrie uniquement de laliment sacramentel.Cependant, même sans recourir à ces prodiges de pénitence,il est certain quon remarque dans la vie de tous les saintscombien leurs besoins étaient réduits, en proportion inverse delimpérieuse faim de Dieu que ressentait leur âme. e MERCREDI APRÈS LE I I DIMANCHE APRÈS PÂQUES.La solennité du Patronage de saint Joseph, époux de la B. V. Marie. ETTE fête, instituée par Pie I X dès le début de son ponti-C ficat, fut plus tard rendue obligatoire pour toute lÉglise, àlépoque où, après loccupation de Rome par les troupes deVictor-Emmanuel II, le Pontife déclara saint Joseph patronde la famille catholique opprimée, et confia à son patronagela défense de lÉglise. Lobjet de cette solennité est la fonctionspéciale, mystérieusement confiée au très pur Époux de Marie, envertu de laquelle, de même quil tenait la place du Père éterneldans la sainte Famille de Nazareth et en exerçait la patriapotestas sur Jésus et Marie, il entoure maintenant de ses soins
  • 158. paternels lÉglise catholique, extension et continuation de lasociété domestique de Bethléem et de Nazareth. E n dautrestermes, le décret de la Sacrée Congrégation des Rites daté du8 décembre 1870, où saint Joseph est déclaré Patron de lÉgliseuniverselle, nest pas t a n t une libre élection de Pie IX, commecela arrive parfois pour dautres saints, choisis comme patronsde cités ou dinstituts, que la reconnaissance authentiquedun mystère évangélique et dune disposition ineffable de Dieuenvers la famille catholique. La fête du patronage de saint Joseph fut dabord fixée au eI I I dimanche après Pâques; mais quand, lors de la réformeliturgique de Pie X, on voulut restituer à loffice dominicalla préséance sur celui des saints, celui de saint Joseph dut luiaussi céder sa place, et on le fixa au mercredi précédent. E ncompensation, la fête fut élevée à lhonneur de solennité depremière classe suivie dune octave. Lintroït est moderne, on le voit aisément à sa structure, ecar lantienne est tirée du psaume 32 et le verset suivant du 79 .Ps. 32 : « Notre aide et notre protection, cest Yahweh. En Luise réjouit notre cœur, qui, en son saint nom, souvre à lespé-rance. » Ps. 79 : « O pasteur dIsraël, vous qui guidez commeun troupeau Joseph, ah ! de grâce, écoutez. » Dans la collecte, on indique avec une précision lumineusela raison de limmense sainteté et de la puissance de saintJoseph, raison qui doit être cherchée dans les fonctions quilui furent attribuées au sein de la sainte Famille. « O Dieuqui, par une ineffable providence, avez daigné choisir le bien-heureux Joseph pour être lépoux de v o t r e Mère très s a i n t e ;faites que, nous qui linvoquons comme notre protecteur surla terre, nous puissions aussi lavoir p o u r p u i s s a n t avocatdans le ciel. » La lecture est tirée de la Genèse (XLIX, 22-16) et r a p p o r t e lesbénédictions de Jacob m o u r a n t à son fils bien-aimé Joseph.Le vice-roi du Pharaon est le symbole d u n a u t r e Joseph surla tête duquel devaient se concentrer t o u t e s les bénédictionsmessianiques jadis accordées a u x P a t r i a r c h e s et a u x Prophè-tes, et qui, élevé à lhonneur dêtre appelé dans lÉvangile
  • 159. le Père de Jésus, les transmettrait à son tour à lunique et véritable héritier du Père éternel, Jésus-Christ. Des deux versets alléluiatiques, le premier est tiré dune e antienne dintroït assignée primitivement au x i x dimanche après la Pentecôte. Le texte ne se rencontre pas dans la Vulgate, aussi a-t-on pensé quil était emprunté à lItala. « J e les exaucerai chaque fois quen une difficulté quelconque ils recourront à moi, et je serai toujours leur protecteur. » Le deuxième verset est un distique : « Faites, ô Joseph, que nous menions une vie sans tache, protégée toujours par votre patronage. » La lecture évangélique est tirée de saint Luc (ni, 21-23) et traite de la double génération de Jésus. Tandis que le Père éternel proclame du haut du Ciel que cest son Fils bien-aimé qui shumilie en se plongeant dans les eaux du Jourdain,sous lautorité de Jean-Baptiste, lEsprit Saint guide la penséeet la phrase de lEvangéliste pour attester que le même Jésusest vraiment fils de Marie, épouse de Joseph, et donc fils deDavid, dAbraham et dAdam. Lantienne de loffertoire est tirée du psaume 147 : « Jérusa-lem, rends gloire à Yahweh, loue, ô Sion, ton Dieu; lui qui ren-force les barres de tes portes, et qui bénit au milieu de toi tesfils. » Ce renforcement des portes symbolise ici lintercession dessaints qui nous obtiennent la divine grâce, afin que nous tirionsle plus grand fruit des sacrements. — Les véritables portesde lÉglise et du Royaume de Dieu, les artères de la vie chré-tienne, ce sont les sacrements. La collecte qui introduit à lanaphore consécratoire est lasuivante : « Nous confiant dans le patronage de lÉpoux de votretrès sainte Mère, nous supplions, Seigneur, votre clémence, afinque, méprisant toutes les choses caduques, nous vous aimions,vous, le vrai Dieu, dune charité parfaite. » La charité est appelée ici parfaite, parce quen elle consisteproprement la perfection chrétienne. La charité parfaite estcelle qui quae sua sunt non quaerii, mais qui ordonne lhommeet tous ses actes à la gloire de Dieu. La première partie du Canon, celle quon appelle impropre-
  • 160. ment préface, comporte lincise suivante, adaptée à la fête dece jour, mais de facture toute récente : ... aeterne Deus. Et tein festivitate beati Ioseph debitis magnificare praeconiis, benedi-cere et praedicare. Qui et vir nistus, a te Deiparae Virgini sponsusest datus; et fidelis servus ac prudens, super Familiam tuant estconstitutus : ut Unigenitum tuum, Sancti Spiriius obumbrationeconceptum, paterna vice custodiret, Iesum Christum Dominumnostrum. Per quem, etc. Le classique curstis romain fait ici défaut ; toutefois les gloireset la dignité de saint Joseph sont soigneusement exprimées. Lantienne pour la Communion du peuple, à lencontre desrègles antiques, est tirée dun texte évangélique différent decelui assigné à la messe de ce jour (MATTH., I, 16) : « Jacobengendra Joseph, époux de Marie, de qui naquit Jésus, appelé le Christ. » Cette dénomination, il lobtint de Dieu, qui unitsa sainte humanité à la nature du Verbe divin dans lunitéde personne, et le constitua Chef des anges et des hommes, Sau-veur du genre humain et premier-né de toute la création. Voici la prière daction de grâces après la sainte Communion :« Désaltérés à la source même de la divine grâce, nous vous ensupplions, Seigneur : comme vous nous réconfortez par laprotection du bienheureux Joseph, ainsi accordez-nous, par sesmérites et par ses prières, darriver à la possession de la gloirecéleste. » Dans sa liturgie, lÉglise attribue à saint Joseph une grâce spéciale dintercession en faveur des agonisants. Le très saint Patriarche eut, dans son agonie, pour lassister, Jésus et Marie, entre lesquels il rendit son âme à Dieu. Cette mort privilégiée, due plutôt à la véhémence de son amour quà lœuvre de la maladie, lui a valu la gloire dêtre constitué par le Seigneur patron et avocat des fidèles qui se confient à lui en ce moment redoutable a quo pendet aeternitas.
  • 161. F Ê T E S D E MAI E R I MAI. Les saints apôtres Philippe et Jacques. Station aux Saints-XII-Apôtres. RIMITIVEMENT, lapôtre Jacques, fêté en ce jour à Rome (etP cela concordait avec la tradition orientale et avec leLectionnaire syrien dAntioche), était Jacques le Majeur, frèrede Jean, qui fut en effet mis à mort à lépoque de la fête dePâques. Toutefois, comme parmi les apôtres et les disciples du e rSeigneur il y eut plusieurs Jacques, et que le i mai, à Rome,lon fêtait aussi la dédicace de 1« Apostoleion », où étaientdéposées quelques reliques des apôtres Philippe et Jacques leJuste, celui-ci, avec le temps, élimina son homonyme, quitrouva une nouvelle place le 25 juillet. La tradition syriaqueassigne la date du 27 décembre à la mort de saint Jacques,premier évêque de Jérusalem et, en ce jour, lon fête aussi saintJean lÉvangéliste. La même incertitude règne à légard de saint Philippe fêtéaujourdhui. Une vieille tradition liturgique romaine lidenti-fierait à ce Philippe Ëvangéliste de Césarée qui baptisa leu-nuque de la reine des Éthiopiens; cependant celui-ci était undes sept premiers diacres hellénistes de Jérusalem, quil fautdistinguer de lApôtre du même nom. Malgré ces oscillations de la tradition, il est pourtant démontré e rque lApostoleion romain, commencé par Jules I , reconstruit e rpar Pelage I , fut dédié par Jean I I I à la mémoire de tous lesApôtres, et, en particulier, de Philippe et Jacques; en sorte queles deux titres : Ad Sanctos Apostolos ou Basilica ApostolorumPhilippi et Iacobi furent lun et lautre en usage pendantquelque temps. Finalement le titre liturgique des Saints-Apôtres prévalut, et cest celui qui a cours aujourdhui. Linscription absidale rappelait jadis lhistoire de lédifice : PELAGIVS . COEPIT • COMPLEVIT - PAPA - IOHANNES UNVS • OPVS - AMBORVM • PAR • MICAT • ET . PRAEMIVM ZI
  • 162. En 1873, à loccasion dune restauration générale du temple,on retrouva, sous lautel principal, lantique coffret des reliquesdéposées là par Jean I I I le jour de la dédicace; il contenaitquelques fragments dos, des résidus denveloppes de soie etde substances aromatiques. Autrefois, les vers suivants narraient au peuple lhistoire etles gloires de lApostoleion romain :HIC . PRIOR • ANTISTES . VESTIGIA - PARVA • RELIQVITSVPPLEVIT • COEPTVM • PAPA • IOHANNES • OPVS,LARGIOR - E T • EXISTENS • ANGVSTO • IN • TEMPORE • PRAESVLDESPEXIT • MVNDO • DEFICIENTE - PREMÎFLVCTIBVS . HVMANIS • PORTVM . SCIT • FERRE • SALVTISCVI . SEMPER- • CVRAE • EST - REDDERE - VOTA - DEONOMINE . CENSVRA . MENTE • ET . SERMONE . IOHANNISQVI • SIBI • COMMISSAS • PASCERE • NOVIT . OVESHOC . OPVS - EXCOLVIT - QVO * PLEBS • FESTINA • RECVRRENSERIPITVR • MORSV . DILACERANDA - LVPI Son prédécesseur avait à peine commencé cet édifice, Le pape Jean le termina. Pontife à lesprit large, bien que les temps fussent tristesalors Il ne fut pas arrêté par la crainte dêtre emporté dans lacatastrophe du monde entier. En face des tempêtes de lhumanité, il institua ce port desalut, Tandis que son esprit élevait vers Dieu une prière ininter-rompue. Il fut vraiment un second Jean, par le nom, laustérité, lesdesseins, les discours; Il sut conduire au pâturage le troupeau à lui confié. Il érigea cet asile, où il se hâta de mettre en sûreté le peuplefidèle, Afin de larracher à la dent du loup. La messe composée à cette occasion révèle bien son caractèrede circonstance, surtout dans lintroït, où lon décrit la joieet lémotion des Romains après quils eurent été délivrés deTotila par leunuque Narsès. Il peut se faire que cette conditionpersonnelle du grand capitaine byzantin ait influé sur le choix
  • 163. de saint Philippe, que Ton identifiait à tort avec celui qui avaitbaptisé leunuque de Candace, le Narsès de ce temps. Lintroït est tiré dEsDRAS, I I , ix, 28 : « Durant le temps delaffliction ils élevèrent leur cri vers vous, Seigneur; et vous,du ciel, vous lexauçâtes. Alléluia, alléluia. » Ps. 32 : « Exultez,ô justes, dans le Seigneur; il convient aux hommes droits de lelouer. » y . « Gloire. » La prière est la suivante : « O Dieu qui nous consolez chaqueannée par la solennité de vos bienheureux apôtres Philippeet Jacques; faites que les exemples de ceux dont les méritesnous réjouissent aujourdhui nous instruisent. Par notre Sei-gneur, etc. ». Autrefois on lisait aujourdhui, à Rome, deux leçons delÉcriture, tirées de lAncien et du Nouveau Testament. Cettedernière (Ephes., iv, 7-13) a disparu, et la première est demeurée;elle appartient au Commun des Martyrs durant le temps pascal.Elle a déjà été indiquée le 13 avril, pour la fête de saint Her-ménégilde. Suit le double verset alléluiatique. Le premier est tiré duPsautier : « Alléluia, alléluia. » Ps. 88 : « Les cieux révèlent,Seigneur, vos merveilles; et dans lassemblée des saints estexaltée votre vérité. » Le second verset est pris de la péricope évangélique de cejour : « Alléluia » (IOAN., XIV, 9) : « Depuis si longtemps je suisavec vous, et vous ne me connaissez pas encore? Philippe, quime voit, moi, voit aussi mon Père. Alléluia. » Dans la tradition conservée par les manuscrits, nous trou-vons au contraire cet autre verset : Alléluia. Nimis honoraitsunt, etc. L a lecture évangélique, comme il est de règle au tempspascal, est un passage du dernier discours du divin Maître, làoù il répond à Philippe qui lui demande de voir le Père (IOAN.,xiv, 1-13). Le temps présent est le temps de la foi et non de lavision; il convient donc de nous contenter de voir le Père etlauguste Trinité au moyen de Jésus-Christ qui, comme Dieu,est la parfaite image de la divinité. Comme Dieu, Jésus est lasplendeur de sa substance; comme homme, il est lexemplaire
  • 164. IÔ4 FÊTES DES SAINÏle plus parfait, qui, mieux que tout autre, reproduit dans uneforme créée larchétype original incréé. Lantienne pour loffrande des oblations est identique aupremier verset alléluiatique après lépître. Les cieux dont ilest question ici, et qui révèlent les merveilles divines, symbo-lisent les saints Apôtres qui, ayant reçu les prémices de lEsprit,ont pour cela obtenu la place la plus éminente dans la hiérarchiede lÉglise. La prière sur loblation est la suivante : « Acceptez, Seigneur,dans votre clémence, loblation que nous vous offrons en lasolennité de vos apôtres Philippe et Jacques, et éloignez denous les châtiments que nous navons que trop mérités. Parnotre Seigneur, etc. » La préface est maintenant celle du Commun des Apôtres.Dans le Sacramentaire Grégorien elle était ainsi conçue : ... aeterne Deus, qui ecclesiam tuam, in apostolica solidiiatefirmasti, de quorum consortio sunt beati Philippus et Iacobus,quorum passionis hodie festa veneramur ; poscentes ut sicuteorum doctrinis instruimur, ita exemplis muniamur et precibusadiuvemur, per Christum etc. Lantienne pour la Communion du peuple est tirée de lÉvan-gile de ce jour (IOAN., XIV, 9-10) : « Depuis si longtemps j a iété avec vous, et vous ne me connaissez pas encore? Philippe,celui qui me voit voit aussi mon Père. Alléluia. Ne crois-tu pasque je suis dans le Père et que le Père est en moi? Alléluia,alléluia. » Quelle suavité dans ce reproche de Jésus aux âmes quaumoyen dune vocation spéciale, religieuse, ecclésiastique, etc.,il appelle à son intimité ! Vous ne mavez pas encore compris !En effet, connaître et comprendre Jésus signifie limiter etfidèlement le reproduire dans sa vie. Chaque fois donc quenous commettons la faute la plus minime, nous nous éloignonsde cette douce contemplation de Jésus. La collecte après la Communion est la suivante : « Fortifiéspar le mystère de notre salut, nous vous supplions, Seigneur,de nous accorder laide des prières de ceux dont, aujourdhui,nous célébrons la fête. Par notre Seigneur, etc. » Le Sacramentaire Grégorien ajoute en ce jour la prière super
  • 165. populum, qui servait jadis de bénédiction finale : BeatorumApostolomm Philippi et Iacobi continuo, Domine, plebs tuasemper exsultet : et his praesulibus gubernetur, quorum et docirinisgaudet et meritis. Per Dominum... Beaucoup disent avec saint Philippe : Seigneur, montrez-nous le Père, et cela nous suffit. Mais beaucoup aussi se fontillusion sur leurs conditions personnelles et croient quun amoursentimental suffit et tient lieu de la pureté de lesprit et dudétachement de toutes les choses créées. Un atome de poussièresur lœil empêche la vue et cause une grande douleur. Ainsi enva-t-il pour lâme : une affection désordonnée lui enlève lalibre vue de Dieu et lui cause un grand préjudice. Gerson disaità ce sujet : Omnis copia quae Deus tuus non est, tibi inopia est. 2 MAI. Saint Athanase, évêque, confesseur et docteur de lÉglise.L A fête de cet invincible champion de la consubstantialité du Logos nentra dans les Bréviaires romains que durant lebas moyen âge, et elle fut enrichie de leçons propres et,du ritedouble seulement au temps de saint Pie V. Cela sexpliqueparfaitement. Le Calendrier romain primitif avait un caractèrelocal tranché; les anciens Pères orientaux neurent jamais unegrande popularité en terre latine; si bien quaujourdhui encoreon ne célèbre aucun office liturgique dun grand nombre de cesantiques flambeaux de sagesse. Saint Grégoire de Nysse, saintDenys dAlexandrie, saint Ëpiphane, etc. nont, dans le Bré-viaire romain, aucune commémoraison. Toutefois saint Atha-nase a des mérites spéciaux pour avoir quasi-droit de cité dansla Ville éternelle, puisque, condamné par les Ariens, déposé deson siège et fugitii dans le monde entier qui sétait comme misdaccord pour se coaliser contre lui, il chercha un asile assuréà Rome où il trouva, en la personne du pape Jules, un vengeurautorisé de la sainteté de sa cause. Ce fut là, sur TAventin, dansle palais de la noble Marcella, dont il était lhôte, que lévêqueexilé décrivit pour la première fois aux Romains la vie mer-veilleuse dAntoine et de Pacôme en Egypte. La premièresemence de vertus monastiques, jetée par Athanase sur le mont
  • 166. Aventin, fut suivie rapidement dune abondante floraison demoines et de monastères qui, au dire de saint Jérôme, chan-gea Tinsouciante capitale du monde romain en une nouvelleJérusalem. Il convient de rappeler que ce fut le pape Jules qui, ayantcassé linjuste déposition dAthanase, le rendit à son trônepatriarcal. 1 Socrate et Sozomène, racontant le fait, lattribuent expres-sément à la primauté du Pape sur toute lÉglise : Ola SE TYJÇ7uàvTO>v xï)Se^ov[aç auxij) 7upocry]xotiaY]<; Stà TJJV à£uxv TOU Gpovou, 2èxdcGTO) T/)V iStav ExxXYjaiav à7réSo)xe . Parce quà lui, àcause de la dignité du siège, appartenait le soin de tous, ilrestitua à lun et à lautre (Athanase dAlexandrie et Paul deConstantinople) leur propre Église. Sous Grégoire X I I I , on érigea à Rome, en lhonneur de saintAthanase, une église qui est annexée au Collège pontifical grec,et où, pour cette raison, les offices sont célébrés en rit byzantin. La messe est en partie du Commun des Confesseurs, en partiecelle des Docteurs, et elle fait allusion aux persécutions et auxbannissements dont Athanase fut victime. Lantienne pour lintroït est celle du jour de saint Ambroise,7 décembre. Les collectes sont empruntées à la messe Sacerdotes tui, e rcomme celles de saint Léon I , le n avril. Dans la lecture, il est question des souffrances de lApôtre etde leur ultime raison dêtre dans la vie chrétienne, car lâme,avant darriver à la vie glorieuse, doit revivre la vie du Christaffligé et souffrant ( / / Cor., iv, 5-14). Cest pourquoi, quelquegrandes que soient les tribulations, et bien que lesprit se senteincapable de vaincre la tempête, la foi cependant le soutient,parce quelle lui montre que ladversité nest pas destinée, dansles conseils de Dieu, à labattre, mais à lentraîner à la victoire,puisque, comme le dit lApôtre : Virtus in infvrmitate perfi-citur. Le premier verset alléluiatique est tiré du psaume 109 : 1. Hist. Eccl. II, c. 15, P. Gr. L X V I I , col. 211-212. t 2. Hist. Eccl. III, vin, P. Gr., L X V I I , col. 1051-52.
  • 167. Tu es sacerdos, etc., comme pour la fête de saint Pierre Chrysologue, le 4 décembre. Cette divine promesse est appliquée fort gracieusement à saint Athanase, qui fut plusieurs fois déposé de son trône patriarcal grâce aux manœuvres des Ariens, en sorte que, dans tout le monde, il ny avait plus un pouce de terre où il fût à labri de leurs représailles. A cause de lui furent aussi persécutés des papes et de nombreux et saints évêques qui ne voulaient pas participer à ces manœuvres. E t pourtant, seul contre tous, il réussit finalement à rentrer à Alexandrie, et, comme le dit le Bréviaire : mortuus est in suo lectulo. Le second verset alléluiatique est le même que pour la fête dun autre saint évêque persécuté et exilé, saint Jean Chrysos- tome, le 27 janvier. Après le temps pascal, le répons-graduel et le verset alléluia- tique sont les mêmes que pour la fête de saint Jean Chry- sostome. LÉvangile (MATTH., X, 23-28) trace, pour ainsi dire, le pro- gramme de vie dAthanase dans les persécutions, et il a été magnifiquement illustré par lui dans sa propre apologie De fuga sua. Même durant la persécution, on ne doit pas être prodigue de sa vie, pas plus que daucun autre bien reçu de Dieu. La vie dun évêque appartient moins à lui quà lÉglise, et il ne peut lexposer inutilement si cela doit porter préjudice aux âmes et être pour lui dun faible avantage. En ce cas, le fait de se soustraire par la fuite à la haine des ennemis est aussi méritoire que de prolonger son martyre pour lamour du troupeau de Jésus-Christ, et cest le signe dune âme sage etgénéreuse que de savoir endurer lépreuve. Le verset de loffertoire est le même que le 16 décembre,tandis que lantienne pour la Communion, tirée de la lectureévangélique de ce jour, est empruntée à la messe Sains, deplusieurs martyrs. Elle se retrouve aussi le 15 février, pour lafête des saints Faustin et Jovite. En voici le sens : Quand il nepeut faire plus, le monde voudrait du moins nous réduire ausilence, pour que nous ne prêchions pas aux peuples cette paroleévangélique qui est la condamnation de ses principes. Maiscela même ne nous est pas permis, comme le déclarèrent ausanhédrin Pierre et Jean : Non enim possumus quae vidimus
  • 168. 1et audivimus non loqui . Voilà vraiment linstrument de notrevictoire sur le monde : la foi. Toute la terre avait conspiré contreAthanase, et pourtant, pendant près dun demi-siècle, il tinttête à ses adversaires; patriarche invisible, car il paraissait àAlexandrie et en disparaissait sans que les Ariens pussent arriverà semparer de lui, il gouverna son Église avec tant dautoritéquêtre en communion avec lui équivalait alors à être catho-lique, cest-à-dire fidèle à la consubstantialité du Verbe définieà Nicée. Nous ne saurions renoncer à rapporter aujourdhui, en lhon-neur dun si grand docteur, son énergique proposition sur lin-dépendance de lÉglise vis-à-vis du pouvoir laïque. Ety à p hzxsyJïKtùv èoriv xpiaiç, Sil sagit dune décision desT( xotvov iyzi Tupoç TGCUTYJV évêques, en quoi cela regarde-jîaaiXsûç ;... ÎIOTE vàp èx TOU t-il lempereur? Quand a-t-onatûvoç fjxoûoOv] Totaûra ; IIOTS jamais entendu parler duneXpiaiç ExxXjqataç 7rapà |3aai- chose pareille? Quand un décretXecoç êaye ro xDpoç, YJ ôXcoç ecclésiastique a-t-il jamais reçuê^vcSaô/j TO xoipa ; IToXXai son autorité de lempereur ouativoSot Tupo TOUTOU yeyovaaL ; obtenu de lui sa reconnaissance?IloXXà x p i u a r a TYJÇ ExxXyjataç De nombreux conciles ont étéyéyovev* aXX* o UTS ol TcaTspeç célébrés jusquici; beaucoup deëTcetaàv TCOTS r e p l WJTCÛV (3ao décrets ecclésiastiques ont été>ia, o UTS pactes ùç Tà T Î rendus; mais jamais les PèressEXXXT)<JIOCÇ TOpisipyàaaTO . 2 nont sollicité de telles appro- bations de lempereur; jamais celui-ci ne sest immiscé dans les affaires ecclésiastiques. 3 MAI. Les saints Alexandre, Eventius et Thêodule, martyrs, et Juvénai, évêque. E premier groupe de ces martyrs se retrouve à cette date Ldans la liste des évangiles de Wurzbourg; quant à Juvénai,il appartient à une tradition un peu postérieure. Les deux fêtes,quoique plus anciennes que Vexaltatio Crucis, ne sont p a s 1. Ad., iv, 20. 2. Hist. Avion, ad Monachos, u. 54 (P. Gv. X X V , col. 755-756)-
  • 169. vraiment romaines, car, dans la liste primitive des NatalitiaMartyrum, les trois lointains martyrs de la voie Nomentanene furent jamais compris. Ils pénétrèrent probablement dans leFérial romain vers le temps du pape Damase. Alexandre, Eventius et Théodule ont leur tombe au dixièmekilomètre de la voie Nomentane, près de lantique village deFiculea qui fut jadis siège épiscopal. Les Actes de ces martyrsfont dAlexandre le premier pape de ce nom; mais ce documenttardif est sujet à de sérieuses réserves, et lidentification sup-posée du héros de Ficulea avec le Pontife successeur dÉvaristese heurte à de grandes difficultés dordre archéologique. Les plus anciens manuscrits du Liber Pontificalis ne fontmention ni du martyre ni de la sépulture du pape Alexandresur la voie Nomentane, et le canon romain de la messe, tout encommémorant le martyr Alexandre du territoire de Ficulea,à la fin de la Grande Intercession, semble vouloir, en raisonmême de la place quil lui assigne, le distinguer du Pontifehomonyme, qui aurait dû être invoqué dans les diptyquesépiscopaux après Lin et Clément. Nous savons aussi, par les Itinéraires des pèlerins, que lescorps des saints Eventius et Alexandre étaient ensevelisensemble, tandis que celui de Théodule se trouvait dans unecrypte voisine. Lors des fouilles entreprises sous Pie I X dans cecimetière, on ramena au jour un fragment de balustrade votive(transenna) avec cette inscription : ET • ALEXANDRO - DELICATVS - VOTO (posu) TT DEDI CAN TE AE PIS COP URS Il est inutile de signaler quici, où pourtant le nom delévêque Ursus, qui a dédié lautel, est accompagné de sa quali-fication hiérarchique, VAlexander mentionné dans lépigraphenon seulement ne reçoit pas le titre depiscopus ou de papa,mais se trouve à la dernière place, après les autres martyrs.
  • 170. Près de nos saints, plusieurs évêques locaux eurent les hon-neurs du sépulcre; on a retrouvé leurs épigraphes funéraires; cesont : un Adeodatus de lépoque de Théodose; un autre dont lenom a disparu, mort en 569 et qui, dans sa jeunesse, avait été echantre ; un Peirus du i v siècle, et divers autres ecclésiastiques. e r Les corps des trois martyrs furent transportés par Paschal Idans loratoire de Sainte-Agnès à Sainte-Praxède, comme nous elatteste une inscription du même Pape. Au x m siècle, cettechapelle avait même pris le titre de Saint-Alexandre, selonlépigraphe suivante, conservée maintenant au musée du Latran : DEO • AD - HONOREM BEATORVM MARTYRVM AGNETIS • VIRGINIS - ET ALEXANDRI - PP - O B T V U T PRATVM • MARCVS • ABBAS MONASTERII • HVIVS - SAN CTAE . PRAXE DIS Le titulus Sabinae et celui de Lucine revendiquent aussila possession de reliques de nos trois martyrs de Ficulea. * Le nom de lévêque Juvénal de Narni pénétra dans lesSacramentaires bien avant que sa ville épiscopale fît partiedu patrimoine de saint Pierre, et devint, à ce titre, lobjet defâcheuses contestations entre les Papes et les Lombards enva-hisseurs. La dévotion envers saint Juvénal devait même êtretrès populaire, car le Liber Pontificalis, dans la biographie deVigile, rapporte que Bélisaire érigea et dota, à Orte, un monas-tère dédié à ce célèbre évêque. e Au I V livre des Dialogues, saint Grégoire raconte que lemême Saint apparut à lévêque Probe de Rieti, durant sa 1 edernière m a l a d i e ; et dans la X X X V I I Homélie sur lesÉvangiles, il ajoute que saint Cassius, évêque lui aussi de Narni,avait coutume de célébrer quotidiennement le divin Sacrifice 2sur la tombe de saint J u v é n a l . 1. Dialog. Lib. IV, c. XII, P. L„ L X X V I I , col. 340. 2. P. L., L X X V I I , col. 1279 et seq.
  • 171. Saint Juvénal mourut le 13 août 377; cependant son nomest inscrit dans le Calendrier romain au 3 mai; peut-être cettedate correspond-elle à lanniversaire de son ordination épis-copale, à moins quon ne Tait choisie parce que le 13 août oncélèbre à Rome le natale du martyr Hippolyte, qui, jadis, étaittrès vénéré. Sur le sépulcre de Juvénal, auquel, par erreur, quelques-unsattribuent le titre de martyr, on plaça linscription suivante :SECRETVS • LOCVS . INTVS • TNEST • SANCIIQVE - RECESSVSQVEM - DVM - SVMMA • PETIT • ÏVVENALIS • MORTE - DICAVTTQVO • SIBI • POST - OBITVM - PLACVIT • DARE • CORP(us humandum)IN • CAVTE • MANIBVS - SCINDENS - NE . POLLV(at imber)XDIBVS • AVGVSTI - DOMINO - PRAESTANTE - SEPVLTVM Ici est la secrète retraite dun saint Que Juvénal consacra par sa mort, quand il fut ravi au ciel. Ici, il voulut que fût enseveli son cadavre, Après sêtre, de sa propre main, creusé une tombe dans leroc, afin que la pluie ne mouillât pas ses ossements. Il fut enseveli aux ides daoût, le Seigneur en ayant ainsi décidé. La basilique de Saint-Juvénal à Narni fut consacrée à enouveau au x n siècle par le bienheureux Eugène I I I . Près de la tombe du Saint se prépara aussi un sépulcre, auxcôtés de son épouse, lévêque saint Cassius (t 558) dont saintGrégoire le Grand raconta aux Romains la vie merveilleuse dans esa X X X V I I Homélie sur les Évangiles. Voici son épigraphe :CASSIVS . IMMERITO - PRAESVL • DE - NVMERO - CHRÏSTIHIC • SVA • RESTITVO • TERRAE . MIHI - CREDITA • MEMBRAQVEM - FATO • ANTICIPANS • CONSORS - DVLCISSTMA - VITAEANTE • MEVM - IN - PACE - REQVIESCIT . FA VST A - SBPVLCHRVMTV • ROGO - QVISQVIS < AD ES . PRECES - NOS • MEMORARE • BENIGNACVNCTA • RECEPTVRVM - T E • NOSCENS - CONGRVA . FACTISSD • ANN • XXI • M • IX • D • X • RQ • IN • PACEPRID . KAL • IVL • P - C - BASILII - V • C - ANN • XVII Moi, Cassius, infime parmi les Pontifes du Christ, E n ce lieu je restitue à la terre le corps tiré delle; Ici m a précédé en mourant la compagne chérie de ma vie, Qui repose en paix dans le tombeau situé en face du mien.
  • 172. J e te prie, qui que tu sois, de vouloir te souvenir de nousdans tes prières, Sachant bien que tu seras récompensé suivant tes mérites. Je siégeai X X I ans, I X mois, X jours et mendormis en paix Le X X X juin, lan X V I I du consulat de Basile, hommetrès illustre. La messe Sancti tui, assignée au groupe de saints de ce jour,est celle du Commun de plusieurs Martyrs au temps pascal,comme le 26 avril; seules les collectes sont propres. La première oraison est celle-ci : « Dieu tout-puissant, en cejour où nous célébrons le natale de vos saints Alexandre, Even-tius, Théodule et Juvénal, faites que, par leur intercession,nous soyons délivrés des périls qui nous menacent. » Dans la liste de Wûrzbourg, la lecture évangélique esttirée de saint Jean xv, 17-25, comme dans le Missel romainactuel pour la fête des saints Simon et Jude. La prière avant lanaphore est la même que le 28 janvier,en la nativité de sainte Agnès. Laction de grâces après la sainte Communion est ainsiformulée : « Réconfortés par votre Corps et par votre Sang,Seigneur, nous vous en conjurons; grâce à vos saints Alexandre,Eventius, Théodule et Juvénal, faites que nous puissionsobtenir les fruits du Sacrifice que nous venons de célébrer. » Et folium eius non defluet, et omnia quaecumque faciet prospe-rabuntur. Selon ce qui est promis dans le premier des Chantsdavidiques, les saints portent un fruit qui ne fait jamais défaut.E n effet, non seulement ils illustrent par leurs vertus leurfamille, leur patrie et la génération de leurs contemporains;mais, à travers tous les siècles, par leur intercession, par larenommée de leurs miracles et par lattrait de leurs vertus, ilsexercent une grande influence sur lÉglise. L E MÊME JOUR (3 MAI). Le Recouvrement de la sainte Croix. Cette date rappelle le recouvrement de la sainte Croix, autemps de lempereur Héraclius, et le don quen fit celui-ci,
  • 173. vers 629, à Zacharie, patriarche de la ville de Jérusalem, doù,quelques années auparavant, les Perses lavaient enlevée pourla transporter chez eux. Cette fête fut accueillie avec faveurdans les diverses liturgies occidentales, tandis quen Orientcelle de YExaltatio Sanctae Crucis demeura seule en honneur;ce jour-là, chaque année, en souvenir de la découverte du boissacré, survenue le 14 septembre 320, on le montrait solennelle-ment au peuple. Par la suite, les Latins confondirent lobjet des deux fêtes;le recouvrement de la Croix fut identifié avec YExaltatio du14 septembre, et la solennité du 3 mai fut consacrée à célébrersa découverte sous Constantin. Il faut dailleurs remarquer quelExaltation fut accueillie plutôt tardivement dans le Sacra-mentaire dHadrien, parce que ce jour, à Rome, était celui dunatale de saint Corneille. La messe est postérieure à la période grégorienne, cestpourquoi les antiennes de lintroït et de loffertoire sont tiréesdautres messes plus anciennes. Lantienne pour lintroït est commune au mardi et au jeudisaints, et sinspire dune phrase de lépltre aux Galates (vi, 14). Intr. « Il convient que nous nous glorifiions dans la Croix denotre Seigneur Jésus-Christ, en qui est le salut, notre vie etnotre résurrection; grâce à qui nous avons été sauvés et remisen liberté. Alléluia, alléluia. » Ps. 66 : « Que Dieu ait compassionde nous et nous bénisse ; quil fasse resplendir sur nous son visageet nous soit miséricordieux. » f. « Gloire, etc. » La collecte se trouve déjà dans le Gélasien, et fait allusionà la résurrection de la défunte sur laquelle lévêque de Jéru-salem aurait déposé la vraie Croix pour la distinguer de cellesdes deux larrons. Les prodiges accomplis dans la passion deJésus sont les différentes résurrections des patriarches et dessaints de Jérusalem au moment où le Sauveur expira sur la Croix. Prière. — K O Dieu qui, dans le célèbre recouvrement de laCroix, instrument de notre salut, avez renouvelé les prodigesaccomplis jadis lors de votre mort; par le prix de ce bois de vie,accordez-nous de mériter la sentence déternel salut. Vous quivivez, etc. »
  • 174. Lépître {Philips il, 5-11) est la même que le dimanche desRameaux. LApôtre nous y exhorte à participer aux sentimentsdhumilité et dobéissance du Christ, supportant en Lui et avecLui notre passion, pour lui être ensuite associés dans la gloirede la Résurrection. La fête de la sainte Croix, au milieu des splendeurs du tempspascal, offre une profonde signification liturgique. Le Seigneurappelle son crucifiement le jour de son triomphe et de sonexaltation, et cela est exact. Sur la Croix il vainc la mort, lepéché et le démon, et sur ce bois triomphal il dresse son nouveautrône de grâce, de miséricorde et de salut. Cest là le sens dumélodieux chant suivant, emprunté au psaume 95 : « Alléluia, alléluia. » f. « Annoncez parmi les nations que leSeigneur a inauguré son règne de la Croix. » Cette version ne correspond plus au texte hébreu actuel; ellenous a été transmise par les anciens Pères qui, avec saint Justin,accusent les Juifs de lavoir mutilée. Le second verset alléluiatique est le suivant : « Alléluia.Doux bois, qui soutiens les clous aimés et le poids si cher; toiqui seul fus digne de porter le Souverain et le Seigneur du ciel !Alléluia. » Nous trouvons une preuve de ce que la messe nest pas tiréedu Sacramentaire Grégorien dans le fait que lÉvangile (IOAN.,m , 1-15) nest pas emprunté au dernier discours de Jésus, oùlusage romain puisait de préférence durant le cycle pascal.Le choix a toutefois été heureux, car le serpent dairain élevépar Moïse dans le désert est un type prophétique de YexaltatioSanctae Crucis fêtée aujourdhui, et indique une époque oùlon célébrait encore, le 3 mai, loriginaire exaltation de la vraie Croix, due à lempereur Héraclius. Dans loffertoire on ne pleure plus, comme pendant le Carême, lhumiliation de la Passion, mais on exalte au contraire la gloire de létendard triomphal, en chantant un cantique daction de grâces au Christ ressuscité. Offert. Ps. 117 : « Le bras du Seigneur agit avec puissance, la droite de Yahweh mexalta. J e ne mourrai pas, mais je vivrai pour annoncer la gloire du Seigneur. Alléluia. » La collecte suivante, du Sacramentaire Gélasien, révèle des
  • 175. temps agités par des guerres et des invasions ennemies, proba-blement celles des Lombards. Prière sur loblation. — « Accueillez favorablement, Seigneur,le sacrifice que nous vous offrons, afin que, délivrés du fléau de.la guerre, et les embûches de lennemi étant déjouées, nouspuissions, au moyen de létendard de la sainte Croix de votreFils, vivre tranquilles sous votre protection. Par le même, etc. » La préface est en lhonneur de la Croix, comme durant ladernière quinzaine du Carême. Les Sacramentaires donnent toutefois le texte suivant : ... per Christum Dominum nostrum. Qui per passionem Crucis mundum redemit, et antiquae arboris amarissimum gustum crucis medicamine indulcavit; mortemque yquae per lignum vetitum venerat, per Ligni trophaeum devicit;ut mirabili suae pietatis dispensatione, qui per ligni gustum aflorigera sede discesserarnus, per Crucis lignum ad paradisigaudia redeamus. Per quem etc. Lantienne de la Communion révèle elle aussi la préoccu-pation qui dominait les esprits quand, dans le SacramentaireGélasien, fut accueillie la fête de ce jour, cest-à-dire celledobtenir le secours du ciel contre les envahisseurs du Duchéromain : « Par létendard de la Croix, délivrez-nous de nos enne-mis, ô notre Dieu. Alléluia. » Après la Communion on récite cette collecte : « Réconfortéspar laliment céleste, et lesprit réjoui par la vertu du Calice(de salut), nous vous supplions, ô Dieu tout-puissant, de nousgarder de la malice de lennemi, vous qui avez voulu que nousremportions le triomphe au moyen du bois de la sainte Croix,arme de justice pour le salut du monde. Par le même, etc. » Dieu sest plu à accorder une si grande vertu au signe de lacroix, quil suffit à bénir les fidèles, à mettre les démons en fuiteet à procurer aux âmes pieuses des grâces abondantes. Lesanciens avaient une telle dévotion au signe de la croix que, audire des Pères, ils ne commençaient jamais aucune action sanssen être munis. Julien lApostat lui-même, durant un sacrificepaïen, mit, dit-on, plusieurs fois le démon en fuite, parcequinstinctivement, à sa première apparition, il avait usé dusigne du salut. Au moyen âge on ne commençait aucun écrit public, inscrip-
  • 176. tion, loi, etc., sans y avoir dabord tracé la croix. Celle-citenait lieu de signature à ceux qui ne savaient pas écrire, etprécédait souvent celle des ecclésiastiques. En de nombreusescampagnes, on allait jusquà marquer dune croix la pâte et lepain avant de les faire cuire. A Rome, sur les portes de la Ville restaurées durant la périodebyzantine, on voit encore des graffiti représentant la croixgrecque, quon trouve également sur les orifices des citernes etdes anciens puits, sur les bouches des fours et sur les objetsdomestiques. Jusquà ces derniers temps, pour apprendre leslettres et les syllabes aux enfants, on employait un petit livreintitulé Santa Croce à cause du signe du salut qui, selon unetradition de plus de quinze siècles, précédait lalphabet. Lantiquité nous a également transmis des reliquaires enforme de croix sur lesquels on gravait parfois des formulesdexorcisme; nous en avons pour exemple une croix dor recueil-lie par Pie I X lui-même dans une tombe du cimetière deCyriaque. La plus célèbre de ces croix avec formule dexorcisme, estcelle qui est connue sous le nom de médaille de saint Benoîtet dont lefficacité est aujourdhui encore expérimentée avecsuccès contre les embûches du démon. 4 MAI. Sainte Monique, veuve. A belle figure de la mère dAugustin, telle quelle nous estL e décrite au I X livre des Confessions, demeurera toujoursvivante dans lÉglise comme lun des plus splendides modèlesde mère chrétienne. Il ne faut donc pas sétonner si lun desamis dAugustin, le consul Anicius Bassus lancien, plaça surla tombe de la Sainte à Ostie une plaque de marbre dont lin-scription fut copiée dans les anciens recueils et qui rappelaitses mérites à la postérité. En voici le texte : « Versus illustrissimae memoriae Bassi exconsule, scripti intumulo sanctae memoriae Municae matris Sancti Augustini. »
  • 177. HIC . POSVIT • CINERES • GENETRIX • CASTISSIMA . PROLISAVGVSTINE - TVIS - ALTERA • LVX - MERITISQVI • SERVANS « PACIS • CAELESTIA • IVRA - SACERDOSCOMMISSOS • POPVLOS . MORIBVS • INSTITVISGLORIA • VOS • MAIOR • GESTORVM • LAVDE • CORONATVIRTVTVM . MATER - FELICIOR • SVBOLIS. Ici déposa sa dépouille ta très chaste mère, ô Augustin, ellequi reflète comme une nouvelle splendeur sur tes mérites eux-mêmes. Toi, en bon évêque, tu assures entre les peuples les droitssacrés de la concorde et, par ton exemple, tu enseignes les sujetsqui te sont confiés. Une gloire bien plus grande est celle qui vouscouronne lun et lautre : celle de vos œuvres. Mère vraimentheureuse, et qui le deviens plus encore par la vertu dun tel fils ! Monique mourut à Ostie en 387, et lex-consul Bassus com-posa cette épitaphe quand Augustin gouvernait encore lÉglisedHippone en Afrique, cest-à-dire après 395. Le troisième versse rapporte probablement à la célèbre conférence avec lesDonatistes tenue en 411. Le corps de sainte Monique demeura à Ostie jusquà 1162;cest alors quun certain Walter, prieur des chanoines réguliersdAroasia en Belgique, le déroba furtivement et le transportadans son monastère. Les actes de cette translation, rapportéspar les Bollandistes, ne semblent autoriser aucun doute,dautant plus que la présence en Belgique des reliques de sainteMonique depuis plus de sept siècles est assurée par les documents. Comme on ignorait le jour du trépas de sainte Monique, leschanoines dAroasia, qui célébraient déjà le 5 mai la conversionde saint Augustin, attribuèrent à la solennité de sa mère lejour précédent. Du monastère de Walter le culte de sainteMonique se répandit en Belgique, en Allemagne et en France,si bien que la fête du 4 mai entra peu à peu dans lusage litur-gique général. A lépoque où la reconnaissance du culte liturgique à rendre eaux saints appartenait encore aux évêques, le I X livre desConfessions de saint Augustin avait la valeur dune bulle decanonisation. La messe est celle du Commun des saintes Femmes, commepour la fête de sainte Françoise Romaine le 9 mars.
  • 178. La première collecte est propre; en voici le texte : « O Dieu,consolateur de ceux qui pleurent, et salut de tous ceux quimettent en vous leur espérance; vous qui avez miséricor-dieusement accepté les pieuses larmes de la bienheureuseMonique pour la conversion de son fils Augustin; par Tinter-cession de lun et de lautre, accordez-nous de pleurer abon-damment nos péchés pour quensuite nous implorions la grâcede votre pardon. Par notre Seigneur, etc. » Lépître du Commun (/ Tint., v, 3-10) est réservée aux fêtesdes saintes veuves, parce quon y décrit leurs devoirs enversDieu, envers leur famille et envers la communauté chrétienne.Saint Paul ne parle pas ici toutefois des veuves en général, maisdes diaconesses/ qui précisément par leur état de viduité, leurâge avancé et leur expérience de la vie, étaient dun grandsecours pour le clergé dans la distribution des aumônes, danslassistance des malades, des pauvres et des jeunes filles. E n unmot, elles faisaient ce que font maintenant un si grand nombrede congrégations de religieuses, mais elles ne vivaient pas encommun, et devaient être âgées dau moins soixante ans. Cettedernière exigence, comme aussi celle de la viduité, étaientimposées par les conditions morales particulières de la sociétéà lâge apostolique. Par la suite, quand naquirent les premières compagnies deVierges, sans que celles-ci constituassent dailleurs de véritablescommunautés religieuses, lÉglise adapta pour elles en partie lesprescriptions de lApôtre relatives aux diaconesses, et saint e rLéon I prescrivit quaucune ne fût admise à consacrer solen-nellement à Dieu sa virginité avant davoir atteint soixante ans. Le verset alléluiatique est tiré du psaume 44, que nous avonsvu déjà plusieurs fois ; « Alléluia. Avancez-vous dans la splen-deur et la gloire et commandez. Alléluia. Chevauchez pour lavérité et la justice, et votre droite vous fera voir des chosesmerveilleuses. Alléluia. » La vie chrétienne est un combat; la foi est notre bouclier,nos armes sont les vertus, Dieu est la couronne et la récompense. LÉvangile ( L u c , vu, 11-16), d o n t le sujet est la résurrectiondu fils de la veuve de Naïm, fait allusion à la conversion dAu-gustin, obtenue par les larmes de Monique. Le retour dune
  • 179. FÊTES D E MAI 179âme à Dieu est leffet de la grâce seule; les raisonnementshumains ny font guère. Il faut rencontrer Jésus, qui ordonneaux passions nous entraînant à la tombe éternelle de sarrêter.Au moyen du calme, lâme se met dans les conditions vouluespour écouter la parole de Dieu : Adolescens, tibi dico, surge. Acette parole toute-puissante qui opère ce quelle exprime, lâmese sent éveillée de sa léthargie mortelle et revient à la vie. 5 MAI. Saint Pie V, pape. E nom de Frère Michel Ghislieri — Pie V — orne le fron-L tispice du Missel et du Bréviaire romains, parce que cestsous son autorité que sacheva la revision des livres liturgiquesexpressément réservée au Saint-Siège par le Concile de Trente.Outre ces mérites dans le domaine de la liturgie, saint Pie Va la gloire davoir été le Pape de la réforme que depuis deuxsiècles déjà, appelaient en vain les Pontifes ses prédécesseurs,les conciles, un grand nombre dévêques et de saints de cetteépoque si complexe quon appelle communément la Renais-sance. Saint Pie V est donc le Pape de la réforme ecclésiastique;non pas en ce sens quil fût le premier à la vouloir et à linau-gurer, puisque, quand il monta sur le trône de saint Pierre, leConcile de Trente était déjà terminé depuis un certain temps.Mais il fut le Pape de la réforme en tant que, par son autorité etpar son exemple, il mit définitivement la Curie romaine et lépis-copat tout entier sur la voie de ce réveil salutaire de lespritecclésiastique, que plusieurs de ses prédécesseurs, tout en ledésirant dans leur cœur, navaient pas su soutenir, faute decourage et de constance. On sétonne que saint Pie V, de famille modeste, et pauvrereligieux dominicain, ait pu sélever si haut pour le bien delÉglise. Mais cétait un saint, et les instruments de sa puissanceétaient la recherche de la seule gloire de Dieu et la prièreassidue. P a r celle-ci surtout il t r i o m p h a de linsolence desTurcs, et il sanctifia le peuple confié à ses soins. Le saint Pontife sortit pour la dernière fois du Vatican le
  • 180. 21 avril 1572, huit jours avant sa mort, et ce fut une scèneadmirable. Quoique malade, il voulut en ce jour visiter pour la dernièrefois les sept basiliques principales de Rome, dans lespérance,disait-il, den revoir sous peu les martyrs au ciel. De la basiliquede Saint-Paul, il parcourut à pied presque tout le long etmauvais chemin qui conduit à Saint-Sébastien. Arrivé enfin,à bout de forces, à Saint-Jean, ses familiers le supplièrent demonter en litière, ou de remettre le reste du pèlerinage aulendemain. Il répondit en latin : Qui fecit totum, Ipse perficiatoptes, et continua sa route. Il arriva le soir seulement au Vatican, où, sétant reposéquelque peu, il se fit lire les sept psaumes de la pénitence et lerécit de la Passion du Seigneur, nayant même plus la force 1denlever son camauro quand il entendait prononcer le saintNom de Jésus. Le 28 avril, il essaya de célébrer la messe mais n y parvintpas. Muni des sacrements, il rendit sa sainte âme à Dieu le e rsoir du I mai, et ses dernières paroles furent une invocationliturgique du Bréviaire : Quaesumus, Auctor omnium, In hoc Paschali gaudio, Ab omni mortis impeUi Tuum défende populum* Sixte-Quint transporta son corps dans une chapelle deSainte-Marie-Majeure, où on le vénère encore aujourdhui. Le e rrochet dont il est revêtu fut donné à Pie VII par Napoléon I . La messe est celle du Commun des Confesseurs Pontifes,comme le 4 février. Seule la première collecte, trop sensible-ment marquée de préoccupations historiques, est propre : « Seigneur qui avez suscité voti*e bienheureux pontife Piepour écraser les ennemis du christianisme et restaurer le cultesacré; faites que nous soyons défendus par son intercession,afin que, adonnés à votre divin service et libérés de tout péril 1. Coiffure spéciale du Pape, appelée aussi « clémentine » ou « papaline ».
  • 181. ennemi, nous puissions arriver à la possession dune paixindéfectible. » Saint Pie V avait coutume de répéter cette belle oraisonjaculatoire, en baisant son crucifix, au milieu des souffrances de la maladie qui le conduisit au tombeau : Domine, adaugedolorem, dum adaugeas et patientiam. Il est dit dans la relation faite par les auditeurs de Rote envue de procéder à sa canonisation, quun témoin oculaire etquatre témoins auriculaires rapportèrent le fait suivant : Un jour, un ambassadeur du roi de Pologne, sur le point derentrer dans s o n pays, rencontra saint Pie V sur la place deSaint-Pierre et lui demanda des reliques quil lui avait promises.Le Pape descendit alors de sa litière et, ayant ramassé un peude terre, lenveloppa dans Lin mouchoir quil remit an diplomate.Celui-ci, croyant à u r e moquerie, ne dit rien, mais, arrivé chezlui, dénoua le linge et le vit tout taché de sang. Effrayé de ceprodige, il courut de nouveau chez le Pontife pour lui raconterce qui était arrivé. Saint Pie V répondit : « Nous savions bienque le sol Vatican est tout détrempé du sang des martyrs, etcest pourquoi nous avons défendu quon donne ici des jeuxpublics. » — Il ne suffit pas de résider à Rome, il faut yv i v r e avec foi, si lon veut en goûter toute la beauté sacrée. 6 MAI. Saint Jean, apôtre et évangêliste. Station devant la Porte Latine.U n e fête de saint Jean Évangêliste apparaît déjà en ce jour dans le Missel gothique mais sans aucune indication topo- egraphique. A Rome au contraire, après le i x siècle, on assignacette solennité à une basilique située près de la Porte Latine,la faisant ainsi bénéficier de ce que raconte Tertullien de saintJean qui, jeté à Rome dans u n e chaudière dhuile bouillante, 1en sortit indemne et plus robuste q u a u p a r a v a n t . Ce récitdu martyre de saint Jean mérite toute confiance, car Tertullienétait parfaitement au courant des traditions romaines du i . De praescriptione 36, P. L. Il, col. 59.
  • 182. III siècle; quant à la localisation du dolium bouillant dans eléglise située devant la Porte Latine, elle est loin dêtre démon-trée, dautant plus que la Porte Latine appartient à lenceintedes murailles de la Ville construites sous Aurélien. Quoi quilen soit, ce nest pas à u n e question de lieu que s a t t a c h e laliturgie de cette fête, mais, quelques jours après lantiquenatalis de Jacques, frère de Jean, décapité vers la fête dePâques, elle entend célébrer le martyre de lÉvangéliste qui,selon la prédiction du Sauveur, dut, lui aussi, comme son frère,boire au calice de la Passion pour avoir droit à lun des trônesles plus élevés du royaume messianique quavait réclamés leurmère. La messe est celle du Commun des Martyrs au temps pascal :Protexisti, comme le 24 avril. La collecte est la suivante : « O Dieu, vous qui voyez que detoutes parts les maux nous accablent ; faites que nous trouvionsle salut dans la glorieuse intercession de votre bienheureuxapôtre et évangéliste Jean. P a r notre Seigneur, etc. » Le premier verset alléluiatique, Iustus ut palma, reproduitcelui de la fête de saint Nicolas, le 6 décembre; le second Iustusgertninabit, est celui de la fête de saint Paul, premier ermite,le 15 janvier. Dans lun et lautre, le saint Apôtre, en raison de sa pure etvirginale fraîcheur, est comparé à un arbre verdoyant et à unefleur suave qui ne se flétrit jamais. La lecture évangélique (MATTH., xx, 20-23) contient la pro-phétie du Sauveur relativement au martyre de J e a n ; il fauty noter que la première condition posée par Jésus à une âmeaspirant à entrer dans son royaume est que cette âme boivedabord avec Lui au calice de la Passion. Cette condition nadmetpas dexceptions; le Père éternel nen dispensa point son Filsunique, et celui-ci ne veut pas que le Disciple bien-aimé lui-même en soit exempt. Il faut donc prendre courage. Sil sagissaitdun calice amer quelconque, la répugnance de la nature seraitpeut-être insurmontable. Mais Jésus nous dit que ce calice estle sien, dont lui-même a approché ses lèvres et a bu à longstraits. Ce qui reste maintenant pour nous est donc bien peu de
  • 183. chose, et a été en outre sanctifié par la bénédiction du Sauveur. La prière sur loblation est tirée du Commun des Martyrs non pontifes : « Recevez, ô Dieu, nos prières et nos oblations; purifiez-nous au moyen des divins Mystères et, dans votre clémence, acceptez notre vœu. » La préface est celle des Apôtres. Après la Communion, la prière daction de grâces est lasuivante : « Nous avons été fortifiés, Seigneur, par le pain céleste, faites que nous en soyons nourris pour la vie éternelle. Par notre Seigneur, etc. » Les anciennes collectes du Missel romain, après la sainte Communion, sont dune concision et dune brièveté admirables. Il ne faut pas oublier que, primitivement, elles étaient destinées seulement à conclure la prière privée que chacun, à linvitation du ministre sacré, faisait dabord pour son compte. La collectesacerdotale ne faisait que mettre fin à cette oraison particu-lière, condensant en une brève formule les vœux des fidèlespour les présenter à Dieu. En outre, les fidèles avaient autrefoisun temps convenable pour sadonner à la prière immédiatementaprès la Communion, tandis que le prêtre vaquait à la distri-bution des divins Mystères à tout le peuple. Cette cérémoniedemandait toujours un certain temps, en sorte que la collecteeucharistique du prêtre indiquait vraiment la fin de lActionsacrée, après que tous avaient communié et que les vasessacrés avaient été purifiés et remis à leur place. Cette brièveté nous révèle en outre ladmirable esprit dediscrétion de lÉglise qui, dans ses pratiques générales de piété,sait tenir compte même de la faiblesse des petits, en sorte quepersonne ne soit détourné du service de Dieu par la difficultéde lœuvre, mais quau contraire, la simplicité même et lafacilité des moyens attirent et gagnent des âmes au ciel. 7 MAI. Saint Stanislas, évêque et martyr.LABoleslasdedecet héroïque pied de mis en piècesmai 1097,roia mort Pologne au évêque, lautel, le 8 par lequelque chose de tragique qui rappelle lassassinat de Zacharie,perpétré dans la cour des prêtres en face du Saint des saints.
  • 184. Près dun siècle plus tard, saint Thomas de Cantorbéry trouveraune mort presque semblable à celle de saint Stanislas dans sapropre cathédrale; aussi aujourdhui, pour mieux mettre enévidence la ressemblance existant entre ces deux athlètes duministère pastoral, la collecte de lun sapplique-t-elle à lautre. Saint Stanislas subit le martyre tandis quen la fête delApparition de saint Michel il célébrait la messe solennelledans loratoire dédié au saint Archange aux environs de Cra-covie. Ce jour étant consacré depuis le haut moyen âge à saintMichel, on fixa au jour précédent la célébration de la fête dusaint martyr, lorsque celle-ci fut introduite dans le calendrieruniversel de lÉglise par Clément VIII. La messe est celle du Commun des Martyrs au temps pascal,Protexisti, comme le 24 avril. La première collecte est propre; les deux autres sont cellesde la messe Sacerdotes, qui serait assignée à cette fête si elletombait hors du temps pascal, et que nous avons déjà rapportéele 16 décembre. Prière. — « O Dieu, pour lhonneur de qui le glorieux pontifeStanislas tomba victime du glaive des impies ; faites que tousceux qui implorent son aide obtiennent leffet salutaire de leursprières. Par notre Seigneur, etc. » Un simple coup dœil jeté sur le Martyrologe démontre quelimmense majorité des saints qui y sont inscrits ont été évêques.La raison en est que les fonctions épiscopales, et, en général,toutes les charges auxquelles est joint le soin des âmes, portentavec elles des grâces détal particulières, et mettent celui qui lesdétient dans la nécessité de tendre à la perfection et à la sainteté,sous peine de ne pouvoir, sil agit autrement, exercer conve-nablement la charge pastorale. Personne ne doit jamais sélever de soi-même, ni ambi-tionner un état auquel Dieu ne lappelle peut-être pas; ce seraitse pencher au bord dun précipice. Mais quand le Seigneur, parlintermédiaire de ses représentants légitimes, appelle une âmeà létat pastoral, celle-ci, tout en se défiant delle-même, doitmettre en Dieu sa confiance et se montrer humblement recon-naissante dêtre ainsi dans la nécessité de travailler avec zèle
  • 185. à sa propre sanctification, condition essentielle de celle duprochain confié à ses soins et dont elle doit rendre un comptestrict au Pasteur et à lÉvêque divin. 8 MAT. Apparition de saint Michel. J ETTE fête rappelle la dédicace d un des plus célèbres sanc-C tuaires lombards, celui du saint Archange sur le mont Gargan, aux environs de Siponto, et dont les origines remontent E à la première moitié du V I siècle. Rome qui, dès le temps desaint Léon le Grand, célébrait le natalis de la basilique de elArchange au v i mille de la voie Salaria le 29 ou le 30 sep-tembre, sabstint pendant plusieurs siècles de célébrer aussi celle du sanctuaire de Siponto parce que cela ne la concernait pas. E Cependant vers le X I siècle, la basilique de la voie Salaria étant déjà tombée en complet oubli, les deux anniversairesfurent attribués au mont Gargan; la fête du 8 mai futdonc considérée comme lanniversaire de Yapparition de saintMichel sur cette montagne, et celle du 29 septembre fut cellede la dédicace de loratoire primitif érigé par lévêque de Sipontodans la grotte où lArchange était apparu, disait-on. Dans la Sabine, sur le mont Tancia, se trouvait une autre egrotte, ancien temple païen qui, vers le v n siècle, fut dédiéeà saint Michel par les Lombards, et obtint elle aussi une grandecélébrité. Son histoire se déroule parallèlement à celle du Gargan,sauf que le sanctuaire sabin serait plus ancien, puisque, commele veut une antique narration de Farfa, le pape saint Sylvestrelui-même laurait consacré. Sa dédicace se fêtait également le8 mai, et cela a sans doute contribué à répandre la fête de cejour dans la Sabine, le pays de Rieti et le Duché romain,cest-à-dire partout où labbaye de Farfa, à laquelle les ducslombards de Spolète donnèrent ce sanctuaire, étendit soninfluence. La messe est la même que le 29 septembre. Lantienne dintroït provient du psaume 102 : « O vous,ses Anges, bénissez le Seigneur; vous, Puissants, qui exécutez
  • 186. ce quil dit et obéissez à sa voix. » Telle est bien la caractéris- tique des saints Anges : ladoration, lobéissance, le service de Dieu. La collecte, dans le texte latin original, vaut tout un traité : « O Dieu qui, avec une merveilleuse harmonie, avez attribuéà la créature angélique et à la créature humaine leurs fonctionsrespectives; faites que ceux qui, au ciel, sont vos ministres etvous assistent continuellement, protègent aussi notre vie surla terre. » Cette prière concerne tous les anges en général, parce que lafête de ce jour nest pas seulement celle de saint Michel, maisde toutes les milices angéliques. La lecture est tirée de lApocalypse (ï, 1-5) où, aux béné-dictions de grâce et de paix de lauguste Trinité, sont aussiassociées celles des sept esprits mystérieux qui entourent sontrône. Certains exégètes ont reconnu des anges en ces espritsde Dieu (où dautres ont vu lexpression de sa paissance et desa bonté) et cest la raison du choix de cette péricope pour lamesse de ce jour. Les anges, en vertu de leur soumission auVerbe de Dieu, sont ses ministres dans lexécution du planmagnifique de la prédestination des autres créatures à lagloire éternelle. Le double verset alléluiatique ne semble pas tiré des Écri-tures. « Alléluia. O Michel, saint Archange, défendez-nous dansla bataille, afin que nous ne succombions pas lors du terriblejugement. Alléluia. » — La bataille à laquelle il est fait allusionici est celle qui fut décrite par Daniel (xn, 1 sq.) et par saintJean dans lApocalypse (xn, 7-9). Elle commença dans le cielau début du temps, et se poursuit maintenant sur la terre, oùtout ce que les hommes font de bien et de mal représente commeautant dépisodes particuliers de cet immense drame damourinfini dun côté, et dinexplicable malice de lautre. « Alléluia. La mer sagita et la terre trembla, quand lar-change Michel descendit du ciel. Alléluia. » La lecture évangélique est tirée de saint Matthieu (xvni,1-10). Après nous avoir enseigné à sacrifier tout ce que nousavons de plus cher, quand il sagit de sauver notre âme, Jésuspour effrayer de plus en plus ceux qui ne craignent pas de
  • 187. mettre obstacle, par leurs mauvais exemples, au salut du pro- chain, les menace de la colère des saints Anges, gardiens des âmes. Lantienne de loffertoire est tirée de lApocalypse (vin, 3-4) mais, pour goûter toute son exquise beauté, il faut lentendre, revêtue, par lartiste grégorien de YAntiphonarium, dune suave mélodie qui pénètre lâme et lélève à des pensées célestes. « Lange se tint à côté de lautel du temple, avec un encensoir dor en main. E t on lui donna une grande quantité dencens, et le parfum de lencens, par la main de lange, monta en pré- sence de Dieu. » Lencens symbolise ici notre prière, qui est offerte à Dieu par le ministère des saints Anges, comme il est dit au livre de Tobie (xn, 12). La présence des saints Anges dans le temple et à lheure de la prière doit nous inspirer un profond respect pour la majesté de Dieu et pour la sainteté des esprits bienheureux; aussi le Psalmiste disait-il : In conspectu angelorum psallam tibi. Ce respect doit toutefois être uni à un sentiment de grande confiance, car durant loraison, alors que sur notre tête souvre le ciel et que le Paraclet résidant en nous ouvre nos lèvres pour la prière, les saints Anges se placent à nos côtés pour aidernotre insuffisance, pour transporter au ciel nos vœux, et nousrapporter ensuite la grâce de la part de Dieu. Ascendit oratio— dit saint Augustin •— et descendit Dei miseratio. Cest pourquoilÉglise, au moment le plus solennel du divin Sacrifice, invoquelaide des anges, afin quils présentent eux-mêmes en notre nomloffrande sur lautel céleste, et nous rapportent en retour laplénitude des bénédictions. La collecte avant lanaphore est la suivante : « Nous vousoffrons humblement, Seigneur, ces dons; afin que, par linter-cession des saints Anges, vous les accueilliez favorablement etles rendiez profitables à notre salut éternel. » Les bonnes dispositions de lâme en vue dune fructueuseparticipation aux Sacrements sont une des choses les plusimportantes dans la vie spirituelle, et que nous devons parconséquent implorer assidûment. La parole attribuée à saintAugustin : Timeo Iesutn transeuntem, fait allusion à ces grâces
  • 188. nombreuses qui nous sont offertes par le Seigneur, mais qui,trop souvent, restent stériles, faute de bonnes dispositionsde notre part. Le Sacramentaire Grégorien nous donne pour ce jour unepréface propre qui na pas pénétré dans nos Missels : ... aeterneDeus : Sancti Michaelis Archangeli mérita praedicanies ; quamvisenim nobis sit omnis angelica veneranda sublimitas, quae inmaiestaiis tuae consista conspectu, Ma iamen est propensiushonoranda, quae in eius ordinis dignitate coelestis militiae meruitprincipatum. Per Christum etc. Lantienne pour la Communion est tirée du Cantique deDaniel (m, 58) : « Tous les anges de Dieu, bénissez le Seigneur;chantez-lui un hymne et glorifiez-le dans tous les siècles. »Lhymne éternel que chantent les anges dans le ciel, cest leursainteté même, par laquelle ils adorent limmense et substan-tielle sainteté de Dieu : Sanctus, Sanctus, Sanctus. De même,quand, dans le Pater nous disons sanctiftcetur nomen tuum,nous demandons la sanctification extrinsèque de Dieu, au moyende notre justification. La collecte daction de grâces est celle-ci : « Nous confiantdans lintercession de votre bienheureux archange Michel, nousvous demandons, Seigneur, que notre cœur puisse obtenir la grâcedu Sacrement- auquel nous avons corporellemcnt participé. » Dans les Sacramentaires, on assigne aussi à ce jour uneoratio super populum. E n voici le texte : Adesto plebi tuae,misericors Deus; et ut gratiae tuae bénéficia potiora percipiat,beati Michaelis Archangeli fac supplicem deprecationibus sub-levari. Quis ut Deus? Ces mots sont un programme dhumilité; celle-ciconsiste essentiellement en effet à reconnaître les droits infinisde Dieu sur nous, et lobligation où nous sommes, nous, créa-tures inutiles, de lui consacrer nos personnes et ce qui nousappartient. Lhumilité est ainsi justice et vérité. Limportance des fonctions de saint Michel envers lÉgliseest justifiée spécialement p a r la sainte Écriture, où, dans lalutte contre le démon, en tous temps, dans la Synagogue commedans lÉglise, il est toujours représenté comme linvinciblechampion de Dieu. Selon ce quécrivait saint Paul aux Thessalo-
  • 189. nicîens, le mystère diniquité qui se manifestera impudemmentdans les derniers temps du monde ayant déjà commencé sonœuvre de perversion, trouve maintenant un obstacle quilempêche de déployer toute sa puissance malfaisante; et cela,jusquau jour de la lutte finale permise par Dieu à lantéchrist. Comme lexpliquent de nombreux exégètes, cet obstacle estsaint Michel. La dévotion envers larchange vainqueur deSatan offre quelque chose de plus que la dévotion aux autressaints. Ceux-ci peuvent intercéder pour nous près de Dieu etremplir le rôle davocat, tandis que saint Michel est constituépar Dieu même protecteur et défenseur de lÉglise. Cest pour-quoi il appartient non pas simplement à lhagiographie, maisà la théologie christologique elle-même, et après les fonctionsdu Père putatif de Jésus, il nen est pas sur la terre de plusimportantes ni de plus sublimes que celles qui sont confiéesà saint Michel. 9 MAI. Saint Grégoire de Nazianze, évêque, confesseur et docteur de V Église. RÉGOIRE le Théologien, comme lappellent les Grecs à causeG de lexcellence de son génie, avait une âme douce etune nature éminemment poétique; à lhumilité et à lamour dela paix il sacrifia la chaire même de Constantinople pour seretirer à la campagne et y mener une vie de moine. Sa fêtene fut pas introduite dans le calendrier avant 1505, quand lesétudes des humanistes et la culture grecque de la Renaissancefirent mieux apprécier ses mérites. La messe est entièrement duCommun des Docteurs, avec lépître Iustus (comme le n avril),qui sadapte mieux au caractère mystique du Saint. Si, en effet, luttant et souffrant avec une énergique constance,il arriva, au bout de quelques années, à ramener la ville deConstantinople à la foi de Nicée, ce fut entièrement lœuvre deson zèle vraiment divin, car, par nature, Grégoire était lhommequi avait le plus horreur des positions difficiles et des luttes.Il le montra bien quand, créé contre sa volonté évêque deSasime par saint Basile, il ne sut pas sadapter à cette chargedifficile et, après quelque temps, revint dans sa patrie. La
  • 190. passion de Grégoire était la vie contemplative et la disciplinemonastique, à laquelle il demeura fermement attaché jusquàla fin de ses jours (f 389 ou 390). Pour faire connaître aux lecteurs le genre du génie de saintGrégoire de Nazianze, voici sa biographie faite par lui-même : EPITAPHION (Carm. XXX)CVR - CARNEIS • LAQVEIS • TV • ME • PATER - IMPLICVISTI?CVR . SVBSVM • VITAE • HVIC • QVAE • MIHI. BELLA • MOVETDIVINO • PATRE . SVM « GENITVS - SANCTAQVE . PARENTEHAEC - MIHI - LVX • VITAE • NAMQVE - PRECANTE • DATA • ESTORAVIT - SVMMOQVE • DEO • ME - VOVIT • ET - ORTVSEST . MIHI • PER • SOMNVM • VIRGINITATIS - AMORISTA - QVIDEM • CHRISTI • POST - AT . SVBIERE . PROCELLAERAPTA • MIHI • BONA • SVNT • FRACTA . DOLORE • CAROPASTORES - SENSI • QVALES - VIX - CREDERET • VLLVSORBATVSQUE . ABU * PROLE - MALISQVE . GRAVISGREGORII • HAEC - VITA . EST - AT - CHRISTI • POSTERA • CVRAEQVI • VITAE . DATOR • EST - EXPRIMAT - ISTA • LAPIS Pourquoi, ô divin Père, me trouvé-je embarrassé dans leslacs de la chair? Pourquoi suis-je contraint de supporter cettevie qui fait la guerre à mon esprit? J e naquis dun père qui futpourtant un saint évêque, et vertueuse fut aussi ma mère, auxprières de qui je dus de venir au monde. Celle-ci me consacraaussitôt à Dieu, et, dans une vision nocturne, lamour de lavirginité me fut inspiré. Jusquici tout fut don du Christ.Survinrent ensuite les luttes, je fus privé de mes biens, et ladouleur brisa mon corps. Jeus à connaître de tels pasteursquon ne pourrait pas même en imaginer dautres; mais jemen allai (de Constantinople) privé de mes enfants, et accabléde peine. Telle a été jusquà présent la vie de Grégoire. Delavenir, que le Christ, qui donne la vie, prenne soin. A cette pierre dexprimer ces choses. On dit quun ancien oratoire, près du monastère de Sainte- Marie in Camfio Marzio, était consacré, à Rome, à la mémcire de saint Grégoire de Nazianze. Bien plus, la tradition locale des moniales voulait que celles-ci, venant de Constantinople à Rome au temps du pape Zacharie, eussent apporté avec elles et déposé en ce lieu le corps du saint docteur, à qui elles auraient pour cette raison dédié loratoire. Cette assertion nest cepen-
  • 191. dant pas très acceptable, car, dans la biographie de Léon I I I ,le Liber Pontificalis fait déjà mention de quelques dons offerts 1in oratorio sancti Gregorii quoi ponitur in Campo Martis ;nous savons dautre part que les reliques de saint Grégoire deNazianze furent transférées de la Cappadoce à la basiliquedes Apôtres à Constantinople seulement vers le milieu du eX siècle, alors que les moniales sétaient établies dans lantiqueChamp-de-Mars à Rome depuis deux cents ans au moins. 10 MAI. Les saints Gordien et Épimaque, martyrs. Station au cimetière de Gordien, sur la voie Latine. ES martyrs étaient ensevelis sur la voie Latine, et ils sontC mentionnés dans les Itinéraires des pèlerins. Cependant lesanciennes listes romaines ne font mémoire en ce jour que de lafête de Gordien. Épimaque doit avoir eu, au début, une messedistincte, et ce fut seulement dans le tardif SacramentaireGrégorien que les deux stations liturgiques furent réunies. e rHadrien I restaura la basilique des martyrs, et ce fut proba-blement vers cette époque que les deux saints corps furentdéposés dans une même tombe. Le Hiéronymien associe aujourdhui à leur mémoire celle desmartyrs Quartus et Quintus qui, selon lItinéraire de Salzbourg :iuxta ecclesia, in cubiculo pausant. Comme on le voit, la liturgiemédiévale de Rome tendait à réunir en une seule solennité lesdivers natalitia des saints ensevelis dans un même cimetière. Voici la belle épigraphe que les anciens compilateurs dinscrip-tions romaines ont lue sur la tombe du martyr Gordien. Il n yest pas question dÉpimaque.HAEC • QVICVMQVE • VIDES - NIMIO PERFECTA . LABOREDESINE • MIRARI • MINVS • EST • QVAM • MARTYR . HABETVRHIC . AETATE • PVER • RVDIBVS • IAM - VICTOR - IN • ANNISTEMPORE . SVB - PAVCO - MATVRA - LAVDE - TRIVMPHANSASPERA - INNOCVO . MACVLAVIT • TELA • CRVOREET • SITIENS • TENERO • LVSIT - SIBI . SANGVINE • PRAEDO 1. Lib. Pontif. Ed. Duchesne, II, p. 25.
  • 192. SIC • VICTOR - SVPERAS . AVRAS - REGNVMQVE • PETIVITET - NOS . CAELESTI. PLACIDOS - DE . SEDE • REVISITNOMINB • GORDTANVS • CHRISTI • QVEM • PALMA • CORONATMARMORE - CONCT/VDENS . ARCAM - CINERESQVE • BEATOSPRESBYTER • ORNAVIT • RENOVANS • VINCENTIVS • VLTRO Toi qui admires ce mausolée, achevé au prix dun si grandtravail, ne tétonne pas : il est très inférieur au mérite dumartvr. Celui-ci était encore au printemps de la vie quand, victo-rieux des ardeurs de la jeunesse, après une vie très courte ilmérita une immense gloire. Le persécuteur put bien souiller dun sang innocent sesflèches atroces, sexerçant sur la cible sanglante de ce corps.Le martyr senvola vainqueur au royaume céleste, doù main-tenant il nous regarde avec bonté. Cest Gordien, que couronnela palme du Christ. Le prêtre Vincent a r e s t a u r é et décoré ce t o m b e a u demarbre, pour y déposer les saintes reliques. La messe est celle des martyrs au temps pascal : Sancti tui,comme le 26 avril. Prière. — « Faites, Seigneur, que, fêtant la solennité de vosbienheureux martyrs Gordien et Épimaque, nous soyons aidéspar leur intercession. Par notre Seigneur, etc. » La lecture est la même que pour la fête des saints Soter etCaïus le 22 avril. Elle est tirée de lApocalypse (xix, 1-9) etconvient fort bien au triomphe des martyrs dans la saintejoie pascale. Conformément à la liste des Évangiles de Wiirzbourg, innatale sancti Gordiani la lecture évangélique est tirée de saintMatthieu (xi, 34-42). Voici la prière sur loblation : « Recevez favorablement,Seigneur, cette oblation en lhonneur des méz-ites de vos bien-heureux martyrs Gordien et Épimaque, et faites quelle nousobtienne le salut éternel. Par notre Seigneur, etc. » Après la Communion, on récite la collecte suivante : « Nousvous demandons, ô Dieu tout-puissant, que, participantaujourdhui à laliment céleste, celui-ci, par lintercession de
  • 193. vos saints martyrs Gordien et Êpimaque, nous soit une défensecontre toute adversité. Par notre Seigneur, etc. » Quil est doux de sendormir au monde, en face dun t y r a nfurieux, du bourreau, dun peuple sacrilège qui, dans lamphi-théâtre, crie : Christianos ad leones, et, au même instant, deséveiller entre les bras des anges au ciel, en présence du Christ,pour recevoir de Lui léternelle couronne ! Après la grâce de laprédestination, le martyre est le don le plus grand que lâmepuisse recevoir de Dieu, et la voie la plus courte pour monter auciel. Cest pourquoi quand on prononçait contre eux la sentencede mort, les anciens témoins de la Foi devant les tribunauxpaïens sécriaient, avec une paix et une constance pleine dedignité, en présentant leur tête au glaive : Deo grattas. L E MÊME JOUR (IO MAI). Saint Antonin, évêque et confesseur. Le plus bel éloge de cet évêque de Florence (f 1453) gloireéclatante de lOrdre des Prêcheurs, fut prononcé par les ambas-sadeurs de sa ville le jour où, reçus en audience par Eugène IV,ils lui demandèrent diverses faveurs pour quelques personnesauxquelles ils sintéressaient. Le Pontife ajouta alors :« E t navez-vous pas quelque recommandation à faire pourvotre archevêque? » — « Très Saint-Père, répondirent les mes-sagers, larchevêque se recommande de lui-même. » Tantsimposait la sainteté de cet homme qui, dans la ville joyeuseet insouciante de Florence, à lépoque où la fausse renaissanceouvrait déjà la voie au paganisme classique, offrait lexempledun zèle pastoral ardent, joint à lamour de létude et desvertus claustrales les plus austères. La messe est celle du Commun : Statuit, comme le 4 février,sauf la première collecte qui est propre. Prière. — « Que les mérites de saint Antonin, votre confesseuret pontife, nous viennent en aide, Seigneur, et comme en luinous vous proclamons admirable, faites que nous puissionsaussi nous glorifier davoir expérimenté votre douce miséri-corde envers nous. »
  • 194. 12 MAI. Les saints martyrs Nérée, Achillée et Domitille, vierge. Station au cimetière de Domitille, sur VArdéatine. ÉRÉE et Achillée sont deux martyrs du cimetière de Domi- 1 ^ tille, sur la voie Ardéatine; à loccasion de leur natalesaint Grégoire le Grand prononça, près de leur tombeau, unede ses belles homélies sur lÉvangile, quon récite aujourdhuiencore dans le Bréviaire. Quant à Domitille, elle serait la fon-datrice du cimetière des Flavii, bien que De Rossi ait démontréquon doit distinguer deux personnes du nom de Flavia Domi-tilla. Lune est la femme du consul Flavius Clemens, cousin deDomitien, reléguée pour la foi dans lîle Pandataria, en facedes Marais-Pontins ; lautre est la petite-fille de la première eDomitille; elle fut exilée dans lîle de Ponza, et, au IV siècle,sainte Paule alla vénérer le Heu où, au dire de saint Jérôme,longum duxit martyrium. Il est probable que le cimetière des Flaviens a été fondépar la femme de Flavius Clemens, tandis que la vierge Domi-tille, célébrée aujourdhui par le Martyrologe, est certaine-ment la seconde. Sa fête, dans le Martyrologe romain, est mentionnée le7 de ce mois, mais Baronius en fit transférer à ce jour la solen-nité liturgique qui rappelle la nouvelle déposition de ses reliquesdans lantique Titre de Fasciola où elles furent réunies à cellesde Nérée et dAchillée. On sait ce qua écrit saint J é r ô m e à la mémoire de Domi-tille : Delata est Paula cum filia Eustochio ad insulam Pontiam,quant clarissimae quondam foeminarum sub Domitiano principepro confessione nominis christiani Flaviae Domiiillae nobilitavitexilium. Vidensque céllulas in quibus Ma longum martyriumduxerat, sumptis fidei alis, Hierosolymam et sancta loca videre 1cupiebat . Voici linscription damasienne, qui existait jadis sur letombeau des saints Nérée et Achillée : i. P. L., XXII, col. 882.
  • 195. NEJŒVS ET ACHILLEVS MARTYRESMILITIAE • NOMEN • DEDERANT • SAEVVMQVE . GEREBANTOFFICIVM - PARITER • SPECTANTES • IVSSA - TYRAMNTPRAECEPTIS - PVLSANTE • METV • SERVIRE . PARATIMIRA - FIDES - RERVM • SVBITO • POSVERE • FVROREMCONVERSI • FVGIVNT • DVCIS • IMPIA • CASTRA . RELINQVVNTPROIICIVNT • CLYPEOS . PHALERAS • TELAQVE • CRVENTACONFESSI • GAVDENT • CHRISTI - PORTARE . TRIVMPHOSCREDITE • PER - DAMASVM < POSSIT - QVID • GLORIA - CHRISTI Nêrée et Achillée martyrssétaient inscrits à la milice, et exerçaient cette fonction cruelledexécuter les ordres du tyran, parce que la terreur les y con-traignait. Miracle de la foi ! Ils déposent à linstant leur fureur, seconvertissent, abandonnent le camp de leur chef criminel,jettent dehors les boucliers, les colliers, les flèches ensan-glantées et, confessant la foi du Christ, ils se réjouissent derendre témoignage à son triomphe. Apprenez maintenant de Damase ce que peut faire la gloiredu Christ. Dans leur basilique sépulcrale sur l-Ardéatine, se trouventencore les fragments des petites colonnes de marbre qui sou-tenaient jadis le tegurium ou baldaquin érigé sur lautel. Surlune delles est sculpté le martyre dAchillée : ACILLEVS, etlon voit un personnage, les mains liées derrière les épaules,qui reçoit du bourreau le coup fatal. Quant à Flavia Domitilla, les anciens eux-mêmes ne con-naissaient pas son tombeau à Rome, en sorte quelle nest jamaismentionnée ni dans les documents liturgiques, ni dans lesItinéraires romains. Un document du moyen âge suppose mêmeque sa tombe se trouvait à Terracine. Dans les anciens Sacramentaires, la messe de saint Pancrace,dont cest aussi la fête, est tout à fait distincte de celle desmartyrs Nérée et Achillée; cela prouve quà Rome, en ce jour,il y avait deux stations, sinon trois : lune sur la voie Auré-lienne, une sur lArdéatine et une autre, peut-être, dans labasilique de Saint-Pancrace au Latran. Cette pluralité demesses fait que les anciennes listes dépîtres et dévangiles ne se
  • 196. -trouvent pas daccord. Saint Grégoire commenta, sur la tombede Nérée et dAchillée, le récit évangélique du miracle de laguérison du fils de lofficier royal, tandis quau contraire, dansle Capitulaire des Évangiles de Wûrzbourg, on assigne pour cejour le texte de saint Matthieu où il est question des eunuques.Il faut noter ici que, tandis que pour le pape Damase, Nérée etAchillée étaient encore de simples soldats prétoriens, pourlauteur de leurs Actes au contraire ils étaient devenus demblée,conformément à la terminologie officielle byzantine, des eunu-ques, cest-à-dire des attachés au service de la maison impériale. La liste de Wûrzbourg assigne à la messe de saint Pancracela lecture évangélique qui se trouve aujourdhui dans le Misselromain à la fête des apôtres Simon et Jude. Le Cornes dAlcuina pour saint Pancrace une messe spéciale, dont la premièrelecture scripturaire est tirée du livre, de la Sagesse : Beatushomo qui invenit sapientiam. La messe de sainte Domitille napparaît jamais nulle part,et Baronius fut le premier à en faire revivre la mémoire. Lantienne dintroït est tirée du psaume 32 : « Voici que lesyeux du Seigneur sont tournés vers ceux qui le craignent etqui se confient en sa miséricorde, — Alléluia, — pour quil lessoustraie à la mort, car il est notre aide et notre défense,Alléluia, alléluia, alléluia. » Ps. « O justes, chantez au Seigneur;cest aux bons quil convient de le louer. » La collecte est la suivante : « Que la vénérable solennité devos martyrs Nérée, Achillée, Domitille et Pancrace nous soitpropice et nous rende, Seigneur, dignes de votre service. Parnotre Seigneur, etc. » La lecture Stabunt est la même que le 13 avril. Combien de fois, aujourdhui encore, le monde nestime-t-ilpas folie la vertu des saints, et ne croit-il pas que le comble dumalheur est de succomber comme eux, victimes de la haine etdes persécutions des libertins ! E t pourtant là est la sagesse deDieu, la « joie parfaite » que lhomme charnel ne peut ni goûterni comprendre; faire revivre Jésus souffrant, aimer et souffrir;souffrir pour aimer, et aimer pour souffrir, afin davoir partavec lui à la résurrection.
  • 197. Le double verset alléluiatique nest tiré daucun texte scrip-turaire : « Alléluia, alléluia. Cest là la vraie fraternité, qui avaincu le monde criminel; elle suit le Christ, et possède main-tenant le splendide royaume céleste. » Le second verset est tiré de la célèbre hymne Te Deum delévêque Nicétas de Remesiana : « Alléluia. La resplendissantearmée des martyrs vous célèbre, Seigneur. Alléluia. » La lecture- évangélique traitant de lofficier royal (IOAN., IV,46-53), contient une délicate allusion à la diffusion du chris-tianisme parmi les membres de la maison impériale des Fla-viens. Les mots et credidit ipse et domus eius iota devaientproduire une impression profonde, quand le diacre les pro-nonçait sous les voûtes de tuf du cimetière de la voie Ardéatine,où se cachaient les tombes de Nérée et dAchillée, de FlaviusClemens, de Flavius Sabinus et des autres parents de Domitien ! Loffertoire Confitebuntur est le même que le 22 avril. Voici la belle prière sur loblation : « Seigneur, faites quele témoignage sanglant des saints martyrs Nérée, Achillée,Domitille et Pancrace vous soit agréable; quil vous soit unerecommandation pour notre offrande et nous obtienne toujoursvotre miséricorde. Par notre Seigneur, etc. » La mort sanglante librement affrontée pour la foi, est, dans ERlantique langage chrétien, dès le I siècle, appelée martyriumou témoignage; car la générosité du confesseur de la foi versantson sang pour lÉvangile atteste devant le monde la divinitédune religion qui, seule, peut infuser à ses fils une force assezgrande pour leur faire surmonter la mort. r Lantienne de la Communion : Gaudete, est identique à celledu 14 avril. Après la Communion, on récite la collecte suivante : « Parles prières des bienheureux martyrs Nérée, Achillée, Domitilleet Pancrace, faites, Seigneur, que le Sacrement auquel nousavons participé nous obtienne plus abondamment votre pardon.Par notre Seigneur, etc. » Hors du temps pascal, la messe est du Commun des Martyrs :Salus, comme le 15 février, avec les collectes précédentes etla lecture évangélique indiquée plus haut. Quant à lépître Communicantes elle est tirée de celle de saint Pierre (I, iv,
  • 198. 13-19), dont on lit une partie le troisième dimanche après laPentecôte. Le graduel Gloriosus est le même que le 20 janvier, avec leverset alléluiatique : Haec est vera, rapporté ci-dessus. Loffertoire Anima nostra est le même que le 19 janvier. Quoique lantienne de la Communion soit tirée dun texteévangélique (MATTH., XXV, 40 et 34), elle ne saccorde pas,contrairement à la règle, avec la lecture de la messe de ce jour,et trahit dès lors sa tardive origine. « Je vous le dis en vérité,ce que vous avez fait à lun de ces petits qui mappartiennent,vous me lavez fait à moi-même. Venez, ô bénis de mon Père,et entrez en possession du royaume préparé pour vous dès lecommencement du monde. » Il ne faut pas être trop pessimiste. Il est certain que le mondea très mal correspondu au bienfait de la Rédemption; mais quede sang, quel héroïsme de sainteté, combien de fleurs de vertu,lÉglise na-t-elle pas offerts à Dieu pendant p r è s . de vingtsiècles? Il est donc bien juste que, au pied des saints autels oùtrône le Crucifié, lépouse choisie du Christ présente aussi auSeigneur ses souffrances, les labeurs, les plaies et le sang de sesmartyrs, qui attestent la reconnaissance et lamour aveclesquels elle a toujours correspondu à lamour infini de lÉpoux! L E MÊME JOUR. Saint Pancrace, martyr. Station au cimetière dOctaville sur la voie Aurélienne. e r Voici le texte de linscription dHonorius I sur le tombeaude saint Pancrace :OB • INSIGNE - MERITVM • E T - SINGVLARE - BEATI • PANCRATII - [BENEFICIVMBASILICAM • VETVSTATE • CONFECTAM- EXTRA - CORPVS • MARTYRIS [NEGLECTV • ANTIQVITATIS • EXTRVCTAMHONORIVS • EPISCOPVS - DEI - FAMVLVSABRASA • VETVSTATIS • MOLE • RVINAQVE . MINANTEA • FVNDAMENTIS • NO VITE R • PLEBI • DEI - CONSTRVXITET • CORPVS • MARTYRIS • QVOD - E X • OBLIQVO • AVLAE • IACEBATALTARI - INSIGNIBVS . ORNATO • METALLISLOCO • PROPRIO • COLLOCAVIT
  • 199. En raison de linsigne mérite d u bienheureux Pancrace etdes bienfaits quil accorde, lévêque Honorius, serviteur d uSeigneur, rasa, pour la commodité du peuple de Dieu, le vieilédifice qui menaçait de tomber en ruines et où, par lincurie desanciens, nétait pas même compris le tombeau du martyr. Ilen érigea un nouveau depuis les fondements; quant aux reliquesdu Saint, qui étaient déposées à côté de la basilique, il les plaçaen un lieu convenable, dans un autel orné de marbres splen-dides. Près du sépulcre de saint Pancrace, saint Grégoire le Grandérigea un monastère qui reçut le nom du martyr milanaisVictor, pour éviter la confusion avec un autre monastère duLatran, dédié déjà à saint Pancrace. Il est intéressant de constater que les moines bénédictinsenvoyés par saint Grégoire le Grand pour convertir lAngleterrey dédièrent immédiatement une église à saint Pancrace, parmiles premières quils y élevèrent, en souvenir de leur cher monas-tère du Latran. Pancrace subit le martyre à lâge de quatorze ans, sans doutesous Dioclétien, et il fut enseveli par la matrone Octaville danssa propriété de la voie Aurélienne, où sélève maintenant labasilique qui porte son nom. On y célèbre la station pour. lOc-tave de Pâques, jour où les néophytes, nés à une nouvelleenfance spirituelle, déposaient leurs blanches tuniques baptis-males. Au moyen âge, cétait lusage que les serments les plussolennels fussent prononcés sur le tombeau du martyr Pancrace,comme si la candeur ingénue dune enfance consacrée par lesang du martyre en garantissait mieux la vérité. Le culte de saint Pancrace fut très répandu à Rome, commele démontrent entre autres les deux monastères élevés enson honneur. Celui du Latran est parmi les plus anciens, etdate probablement des dernières années du patriarche saintBenoît.
  • 200. 13 MAI. « Natale » de la basilique de Sainte-Marie « ad Martyres. » L sagit de lanniversaire de la dédicace du vieux PanthéonI dAgrippa, que le pape Boniface IV convertit en basiliquechrétienne, et consacra, le 13 mai 610, en lhonneur de la Bien-heureuse Vierge et de tous les saints martyrs. L a tardive his-toire des chars de reliques qui, à cette occasion, y auraient ététransportées des catacombes, est une simple légende qui e e r e ranticipe au v n siècle ce que Paul I et Paschal I firent e eréellement au v i n et au IX pour dautres basiliques romaines. Au moyen âge, on gardait dans le Panthéon limage duSauveur dite plus tard de Véronique, mais que, à loccasion dujubilé de 1300, Dante vénéra à Saint-Pierre. Elle était conservéedans un coffre fermé par treize clefs, dont chacune était gardéepar lun des chefs des différents « quartiers » de la Ville. Au ex i n siècle, le « Senator Urbis », prenant possession de sa charge,devait jurer de défendre et de conserver pour le Pape « SanctamMariam Rotundam ». Outre la messe papale à Sainte-Marie ad Martyres le dimancheaprès lAscension, durant laquelle, comme nous lavons déjàdit en son temps, descendait sur le peuple, de louverturede la voûte, une pluie de roses in figura Spiritus Sancti un tautre rite non moins caractéristique sy déroulait le jour delAssomption. Pour représenter lélévation corporelle de laBienheureuse Vierge au ciel, on hissait une statue de la Mèrede Dieu, à laide de machines, danges de bois, etc., jusquausommet de 3a coupole, et on la faisait disparaître hors du ciel-ouvert de la voûte. La messe de la dédicace de Sainte-Marie ad Martyres est unedes rares additions que lantiquité se soit permis de faire àlAntiphonaire de saint Grégoire, jugé alors intangible et sacré.Depuis, son texte a servi de schéma pour les messes de toutes les autres dédicaces déglises postérieures à celle-ci. Il faut noter toutefois que les basiliques romaines plus anciennes ont régulièrement, dans les Sacramentaires, leur messe de dédicace propre, et celle-ci, contrairement à lusage liturgique moderne qui considère cette solennité comme festum Domini, est tou-
  • 201. jours en lhonneur des saints auxquels le temple lui-mêmeétait dédié. Lusage du haut moyen âge voulait quà Rome cette fêtede la dedicatio sanctae Mariae ad Martyres fût renvoyée audimanche — Dominica in natali Sanctorum — quand elle tom-bait durant la semaine. Lintroït est tiré de la Genèse ( x x v m , 17). Jacob, après lavision nocturne de léchelle dressée entre la terre et le ciel, avecles anges montant et descendant, sécria : Terrible est ce lieu !Cest vraiment la maison de Dieu. E t en mémoire du prodige,il versa lhuile sur la pierre qui lui avait servi doreiller, et ladédia comme un cippe votif à Yahweh. Cette effusion dhuile parfumée sur la pierre fut le point dedépart de tout le rite dédicatoire des temples chrétiens, rite quiest peut-être le plus solennel et le plus symbolique de tous ceuxdu Pontifical romain et qui, médité, vaut tout un traité dascé-tique et de mystique. La présence de Dieu et de son action dans le temple qui lui estconsacré, symbolise linhabitation spéciale de lauguste Trinitédans lâme d u chrétien par la grâce. Les aspersions, les encen-sements et les onctions que le Pontife accomplit dans le templeavant quil soit prêt à recevoir sur son autel la divine Victime,signifient la sublime pureté qui est exigée de lâme pour quellesoit digne de Dieu; ils figurent aussi toute cette série de terriblespurifications mystiques dont traitent les auteurs, et qui pré-parent une âme à être admise à ce degré dintime union avec leCréateur qui, dans la vie des saints, est appelée mariage etépousailles spirituelles. Le saint Évangile proclame toute cettethéorie mystique dans ce passage si mystérieux de saint Jean : Qui diligit me... diligetur a Pâtre meo... et Pater meus diliget eum et ad eum veniemus, et mansionem apud eum faciemus(IOAN., XIV, 21, 23). La collecte se rapporte aux martyrs à qui le Panthéon futconsacré. En voici le texte : « Accordez-nous, Seigneur, darriverà participer au bonheur éternel de ceux dont la force invincibleest pour nous chaque année lobjet dune joyeuse commé-moration. »
  • 202. Selon la liste de Wûrzbourg, les lectures scripturaires qui précè- dent lÉvangile de ce jour sont au nombre de deux : la première est tirée de lApocalypse (vu, 2-12) et, dans les Missels posté- e rrieurs, a été attribuée à la fête de tous les saints le I novembre.La seconde est la suite du même chapitre, du verset 13 jusquàla fin, et, plus tard, elle a été attribuée à la messe de saintMaurice et de ses compagnons martyrs, le 22 septembre. Le choix de la même lecture pour la fête de ce jour et pourcelle de la Toussaint est significatif, parce quil marque une desétapes, une des phases par où passa cette solennité collectiveen lhonneur de tous les bienheureux du ciel. e Nous la trouvons dabord en Syrie, où, au IV siècle, elleétait célébrée le premier vendredi après Pâques. Antioche et Constantinople fixèrent 1 Ari£iN • IIANTON au dimanche après la Pentecôte, tandis que Rome, sous Boniface IV, laplaça en plein cycle pascal, le 13 mai ou le dimanche suivant. Au commencement, il sagissait toutefois des seuls martyrs.Mais quand Grégoire I I I érigea à Saint-Pierre une chapelleen lhonneur de tous les saints du monde, martyrs, confesseurset vierges, desquels il voulut quon fît mémoire chaque jourdans les divins offices, on comprit immédiatement que la fêteprimitive, trop restreinte et trop locale, du 13 mai, ne suffisaitplus aux aspirations de la piété populaire. Grégoire IV leurdonna finalement satisfaction, en instituant, dans toute lÉgliseoccidentale, une nouvelle et plus grandiose solenmté Omnium e rSanctorum, quil transféia au I novembre. Ainsi la dedicatio sanctae Mariae ad Martyres du 13 maidisparut peu à peu, victime de la concurrence que lui faisait e rlautre fête du i novembre. Officiellement toutefois, lon tiouvaplace à Rome pour lune et pour lautre, si bien que le Natalisde la Rotonde dAgrippa fut maintenu, dans les documentsliturgiques romains, à sa date traditionnelle, celle de lanniver-saire de la dédicace du Panthéon au culte du vrai Dieu et deses martyrs. Dans le Missel actuel, la première lecture de ce jour est tiréede lApocalypse (xxi, 2-5), là où saint Jean décrit la nouvelleJérusalem qui, dans toute la splendeur de ses parures nup-tiales, va au-devant de lAgneau de Dieu.
  • 203. Cette lecture est déjà indiquée dans la liste de Wûrzbourgsous ce titre : In dedicatione ecclesiae. Le répons-graduel assigné par lAntiphonaire grégorien pource jour est le suivant : Locus iste a Deo factus est, inaestimabilesacramentum; irreprehensibilis est. f. Deus, oui adstai angelorumchorus, exaudi preces servorum tuorum. Le temple matériel de Dieu est appelé mystère et sacrementinsondable, parce quil symbolise lhabitation du Seigneur danslâme du juste au moyen de la divine charité. E n outre, lÉgliseest le trône visible de la miséricorde divine; elle est le canal quiconduit jusquà nous les eaux de la grâce; elle est la porteà laquelle nous devons frapper avec insistance, pour quil noussoit accordé dentrer au ciel. De plus, le temple et lautel con-stituent la différence essentielle qui existe entre lÉglise mili-tante et lÉglise souffrante. Dans celle-ci, il n y a pas dautel,et donc pas de miséricorde, mais seulement la justice. Cheznous, au contraire, se trouve un autel, et lhuile du chrême etde la miséricorde coule le long de ses bases avec t a n t dabon-dance quelle atteint jusquaux pauvres âmes du Purgatoire. Suit le verset alléluiatique : « Alléluia. » Ps. 137 : Adoraboad templum sanctum tuum et confltebor Nomini tuo. Dieu peutêtre adoré en tous lieux et en tous temps; néanmoins, tenantcompte du caractère éminemment social de la famille humaine,il a voulu être honoré socialement en des lieux, des modes etdes temps que, dans lAncien Testament, il se plut à déter-miner soigneusement lui-même au peuple dIsraël. Ce cultedivin obligatoire, social et, dès lors, solennel, constitue ce quonappelle, dun mot grec, liturgie. Le passage de lEvangile quon lit en ce jour rapporte lhis-toire de Zachée ( L u c , xix, 1-10) un des principaux percepteursdimpôts, dans la maison duquel Jésus accepte une généreusehospitalité. Pour le récompenser, Jésus donne la grâce à celuiqui nétait riche que des biens terrestres. Cette entrée du Sauveur dans la maison du publicain sym-bolise sa venue et sa demeure dans nos églises. Les effets ensont identiques : Hodie salus domui huic facta est. Lantienne pour loffrande dés oblations est tirée du premierlivre des Paralipomènes (xxix, 17-18) et répète le vœu de
  • 204. Salomon dédiant le temple de Jérusalem : Domine Deus, insimplicitate cordis met laetus obtuli universa, et populum tuumqui reperhis est vidi mm ingenti gaudio; Deus Israël, mstodihanc voluntatem, Domine Deus. y . i. Maiestas Domini aedi-ficavii templum et omnes filii Israël videbant Dominum descen-dentem super domum, et adoraverunt et collaudaverunt Dominumdicentes; y . 2. Fecit Salomon solemnitatem tempore illo. Etprosperatus est et apparuit ei Dominus. Ant. : Domine Deus. Anciennement, loffertoire était toujours très long, parcequil devait occuper tout le temps durant lequel le peupleprésentait ses dons au célébrant. Cest pourquoi, à la différencedu graduel, loffertoire est un chant antiphonique réservé à laseule Schola, et dans les manuscrits il a toujours plusieursversets qui alternent avec lantienne, unique élément qui soitdemeuré dans notre Missel actuel. La collecte précédant lanaphore invoque lintercession desmartyrs dont le culte a succédé, dans le Panthéon, à celui desdieux protecteurs de la gens Iulia : Super lias, quaesumus, hostias, Domine, benedictio copiosadescendat, quae et sanctificationem in nobis clementer opereturet de Martyrum nos solemnitate laetificei. Voilà lexplication des nombreuses bénédictions donnéespar le prêtre, durant la messe, aux oblations et aux Espècessacramentelles. Cest à nous quelles se rapportent, afin que lagrâce divine dispose nos cœurs de telle sorte quils retirent desfruits abondants du saint Sacrifice. Lantienne pour la Communion emprunte son début à untexte évangélique (MATTH., xxi, 13) différent de celui que nousavons indiqué plus haut, mais qui devait sans doute servirparfois de lecture de rechange : Domus mea domus orationis est. In ea omnis qui petit accipit,et qui qtiaerit invenit, et pulsanti aperietur ( L u c , xi, 9). Ps. 92 : Dominus regnavit, decorem indutus est etc. t Dieu nous exauce dans la mesure de la confiance que nousmettons en Lui. Combien ne devons-nous donc pas espérer dans le Seigneur, puisque Jésus lui-même a voulu devenir le temple où nous adorons le Père en esprit et en vérité; la porte à laquelle nous pouvons frapper jusquà ce quon nous ouvre; lencensoir
  • 205. sur lequel nous devons déposer le parfum de notre prière pourquelle monte, agréable, jusquau trône du Très-Haut? La collecte daction de grâces après la Communion est decaractère général et reparaît dans le Missel en diverses cir-constances : Supplices te rogamus, omnipotens Deus, ut quos tuisreficis Sacramentis, tibi etiam placitis dignanter deservire con-cédas. Il est à remarquer que toutes ces formules de prières pré-supposent régulièrement que la grande masse du peuple parti-cipe au sacrifice solennel et festif, au moyen de la sainte Com-munion. Si Dieu exige une telle pureté et une telle sainteté dans sonauguste temple matériel, quelle ne sera pas linnocence requisede lâme chrétienne qui, lavée comme elle le fut, de leaubaptismale, ointe du chrême du Paraclet, a été consacréetemple du Dieu vivant, tabernacle de ladorable Trinité? 14 MAI. Saint Boniface, martyr. E Saint, mentionné dans le Hiéronymien — Romae Isidori, tardifs Actes de son martyrevoudraient faire passer pour un citoyen romain martyrisé àTarse, mais enseveli "sur la voie Latine, napparaît jamais dansles anciens documents liturgiques de Rome. Si le titulaire dumonasterium Sancti Bonifacii sur lAventin est différent dumartyr Bonifatius ou Bonifacianus mentionné par les anciensItinéraires sur la voie Salaria vêtus, léglise de lAventin, déjàcitée comme diaconie sous Léon I I I , dut être bâtie probable-ment grâce à linfluence des Orientaux résidant dans la Villeéternelle. En effet, la légende de saint Boniface révèle une mainorientale; de plus, ce martyr est célébré dans les Menées desGrecs le 19 décembre. Malgré lincertitude de lidentification de ce Boniface orientalavec lun des nombreux martyrs de ce nom, sa basilique acquitpourtant très vite une grande renommée et, au temps deBenoît VII, on y annexa un monastère qui, en raison des nombreux saints qui lhabitèrent, fut salué par Baronius du
  • 206. titre de Séminaire des Saints. Il est certain que là-haut, sur cetAventin qui avait eu une si grande importance dans la pré-histoire de Rome, et sur lequel, au temps dAthanase et deJérôme, sainte Marcelle avait inauguré, dans la Ville reine dumonde, la vie monastique, sous le patronage de Boniface, Adlimina sancti Martyris invicti Bonifatii, se déroulèrent les plusbelles pages de lhistoire du monachisme romain. La messe Protexisti est entièrement du Commun, commele 24 avril. Prière. — « Faites, Seigneur, que nous qui célébrons la solen-nité de votre bienheureux martyr Boniface, nous soyons aidéspar son intercession auprès de vous. Par notre Seigneur, etc. » Une des pages de lEvangile sur lesquelles on réfléchit troppeu de nos jours, et que les prédicateurs proposent trop rare-ment au peuple, est celle qui concerne les conseils évangéliquesde perfection et qui, autrefois, peupla les déserts de monastères.Il est vrai quil sagit de simples conseils; mais il est bon deméditer ces paroles quécrivit un Romain, Grégoire le Grand,à lempereur Maurice, alors que celui-ci tentait de sopposer àlentrée des soldats dans les monastères : « Un grand nombredâmes peuvent se sauver même dans le siècle; mais beaucoupaussi ne parviennent à obtenir le salut éternel quà lombre ducloître. » La collecte daction de grâces est la même que le 10 décembre. 15 MAI. Saint Jean-Baptiste de la Salle, confesseur. E Saint fut canonisé par Léon X I I I qui étendit sa fête àC lÉglise universelle. Sa mission historique fut importantesurtout au point de vue social, puisque deux siècles avant queles temps nouveaux eussent rendu nécessaire linstruction desmasses populaires, et que les écoles techniques revendiquassentcontre lenseignement classique exclusif la place importante quileur est due dans léducation de la jeunesse, Dieu, comme parun présage prophétique, lui en fit comprendre la nécessité. SaintJean-Baptiste de la Salle, répondant à lappel divin, renonçaaux honneurs dun canonicat à Reims, et, au milieu de mille
  • 207. contradictions et adversités, il fonda la société des maîtresdes Écoles chrétiennes qui, aujourdhui encore, accomplit un sigrand bien dans lÉglise. La messe Os iitsti est du Commun des Confesseurs, commele 8 février, mais la première collecte et lÉvangile sont propres. La collecte est pieuse; mais pour vouloir contenir trop dechoses, jusquà être un résumé de la biographie du Saint, elleest devenue prolixe et absolument rebelle aux lois rythmiquesde lantique cursus. Prière. — « Seigneur, qui, pour instruire chrétiennement lespauvres et pour affermir la jeunesse dans le sentier de la vérité,avez suscité votre saint confesseur Jean-Baptiste, et, par sonmoyen, avez groupé dans le sein de votre Eglise une nouvellefamille; par son intercession et par ses exemples accordez-nousde vaquer en toute ferveur au salut des âmes, enflammés dudésir de votre gloire, afin quau ciel nous méritions de participerà sa couronne. Par notre Seigneur, etc. » LÉvangile (MATTH., XVIII, 1-5) a déjà été lu en partie le8 mai. Jésus y fait léloge de linnocence des enfants quilpropose comme modèles à tous les chrétiens. Lenfant est simple,chaste et surtout humble, car, sans effort, il se reconnaît petit,faible, inférieur à ceux qui sont plus âgés que lui. Cette humiliténaturelle du petit enfant plaît tout spécialement; aussi devons-nous nous efforcer davoir une humble opinion de nous-mêmesen toute sincérité et non par calcul ou affectation, mais pourplaire à Dieu qui, étant tout, veut être aussi tout en nous. 16 MAI. Saint Ubald, évêque et confesseur. LA contredelesceesprits évêque de Gubbio dans1160),calendrier de fête saint infernaux, entra (f le si puissantlÉglise universelle seulement sous Paul V. La messe Statuttest du Commun, comme le 4 février, mais la première collecteest propre.& La mitre de saint Ubald est conservée à Rome dans la basi-lique dEudoxie sur lEsquilin, où Ton célèbre sa fête.
  • 208. Prière. — « Apaisez-vous, Seigneur, en nous accordant votresecouis; et par lintercession d u bienheureux Ubald, votrePontife et confesseur, étendez sur nous votre bras miséricor-dieux contre toute malice diabolique. P a r notre Seigneur, etc. » Il vainc le diable, celui qui sexerce surtout aux vertus quisopposent davantage à sa malice; lamour de Dieu par exemple,lhumilité, la chasteté et lamour de la paix. Le démon apparutun jour à saint Macaire et lui demanda : Macaire, que font lesmoines de plus que nous? Ils jeûnent souvent, et nous negoûtons aucune sorte de nourriture; ils dorment peu, et nousne reposons jamais; ils sont chastes, et nous navons pas mêmede corps. E n quoi donc les moines nous sont-ils supérieuis?Le saint répondit : Vous êtes orgueilleux, et les moines sonthumbles, voilà ce quils font de plus que vous. Alois, confus,le démon senfuit. 17 MAI. Saint Pascal Baylon, confesseur* AINT PASCAL BAYLON Serafico in ardore (f 1592) continue 1S vraiment la tradition hagiographique de lOrdre desMineurs, et mérite dêtre considéré comme lun des plus illustresmodèles de la dévotion au Saint-Sacrement. On peut lui appli-quer ce verset du Psalmiste : Cor meum et caro mea exulta-verunt in Deum vivum car, même après sa mort, son corpstressaillit et ses yeux souvrirent dans un acte dadoration,quand, à la messe, le prêtre éleva la sainte Hostie. Sa fête date du temps de Pie VI. La messe est du Commun :Os iusti comme le 8 février, sauf la première collecte quiest propre. A Rome, deux églises portent le nom de cet humble frèrelai, que le Saint-Siège a déclaré céleste Patron de tous lescongrès et assemblées eucharistiques. La première de ceséglises sélève près du titulus Callisti; elle avait été primiti-vement dédiée aux Quarante Martyrs de Sébaste, mais vers1735, les Alcantarins espagnols y unirent, en lui donnant la 1. DANTE, Le Paradis, xi, 37. Ces mots sappliquent à saint FrançoisdAssise dans le texte de la Divine Comédie. (N. du T.)
  • 209. préséance, le nom de leur célèbre compatriote. La seconde setrouve près de la basilique de Sainte-Cécile, et une maisonreligieuse y est annexée. Prière. — « O Dieu qui avez orné votre confesseur Pascaldun tendre amour envers les saints mystères de votre Corpset de votre Sang; accordez-nous de retirer de ce divin banquetcette même ferveur spirituelle quil en rapportait. Par notreSeigneur, etc. » De même que laimant attire le fer, quainsi Jésus-Eucha-ristie attire nos âmes. Quune force irrésistible nous pousse sanscesse vers le tabernacle, sans que nous puissions trouver derepos ailleurs quaux pieds du Roi de gloire, caché pour notreamour sous les voiles de lHostie. 18 MAI. Saint Venant, martyr. A fête de ce martyr de Camerino (f 250) fut instituée parL Clément X, après que la confrérie des Picentins résidantà Rome eut restauré et dédié à son patron et compatriotelantique église de Saint-Jean in Mercatello, située au pied du eCapitole. Ce petit sanctuaire, antérieur au x m siècle, a étédétruit en 192g. La messe est du Commun : Protexisti, comme le 24 avril, maisles collectes sont propres. Prière. — « O Dieu qui avez consacré ce jour par le triomphed u martyr Venant, écoutez les prières de votre peuple et faitesque, vénérant ses mérites, nous imitions aussi sa loi inébran-lable. Par notre Seigneur, etc. » Prière sur Voblation. — « Que les mérites du bienheureuxVenant vous rendent agréable cette oblation, Seigneur, afin que,aidés de son secours, nous ayons part à sa gloire. Par notreSeigneur, etc. » Après la Communion. — « Maintenant que nous avons parti-cipé, Seigneur, au Sacrement de vie éternelle, nous vous deman-
  • 210. dons humblement que, par les prières de votre bienheureuxmartyr Venant, il nous obtienne le pardon et la grâce. Parnotre Seigneur, etc. » Après le temps pascal, la messe est la même que pour la têtede saint Canut, le 19 janvier. Combien grande est la dignité du martyre chrétien ! Le sangversé non seulement lave toutes les fautes personnelles, mais,par les mérites du Sang de Jésus, il devient un gage puissantdintercession pour le peuple chrétien. Le martyre illustre laville où il saccomplit, et il la sanctifie; cest pourquoi saintCyprien, évêque de Carthage, prévoyant limminence de sonsupplice, ne voulut pas frustrer son Église dune si grandegloire; il laissa le lieu où il sétait retiré pour que son martyrene saccomplît pas hors de sa métropole. 19 MAI. Les saints martyrs Calocer et Parthène. Station au cimetière de Callixte.C drier Philocalien — XIIII ETTE fête et cette station sont déjà indiquées dans le Calen- Kal. iun. Partheni et Caloceriin Calisti, Diocletiano VIIII et Maximiano VIII consulibus(ann. 303). Lhistoire fait de ces deux saints des serviteursdu palais royal pendant la persécution de Dèce, et jadis leursreliques durent être très vénérées, puisque durant la grandepersécution de 303 elles furent probablement cachées et trans-férées dans la pauvre crypte de la région dEusèbe, au cime-tière de Callixte, où, aujourdhui encore, on lit leurs nomstracés (graffiti) sur le mur. III • IDVS • FEFRVA PARTENI • MARTI RI CALOCERI • MARTI RI Ces deux martyrs sont morts le n février 250, en sorte quela date du 19 mai se rapporte à lan 303 noté par le Philocalien,époque où les deux corps furent transférés en lieu sûr. Autrefois, la liturgie romaine célébrait deux fêtes distinctesen lhonneur des martyrs Calocer et Parthène, fêtes mention-
  • 211. nées également par le Hiéronymien. La première se célébraitle i l février (III id. Fefrua...), ce qui nous est attesté en outrepar la table des natalitia fêtés à Saint-Sylvestre in Capite : MENSE . FEBR • DIE • X I • N • SCOR - CALOCERI . E T • PARTHENII Lautre commémoration (natalis), selon le Férial Philo-calien, était fêtée au cimetière de Callixte le 19 mai. E Au I X siècle, les reliques des deux saints furent transféréesen partie à Saint-Sylvestre in Capite, et en partie dans levieux Titulus Tigridae, près d u monasterium Corsarum, sur lavoie Appienne, non loin, par conséquent, du lieu primitif deleur sépulture. L E MÊME JOUR (19 MAI). Sainte Pudentienne, vierge. Station à la Ecclesia Pudentiana ». Les traditions de lÉglise romaine concernant le séjour desaint Pierre dans la maison des Pudens sur le Viminal sonttrès anciennes. Pudentienne et Praxède seraient les filles delhôte fortuné du Prince des Apôtres. Leur tombe, dans lesanciens Itinéraires, nous est indiquée au cimetière dePriscille; Emais au I X siècle les corps furent transportés à lintérieur dela Ville : Praxède, dans son église titulaire sur lEsquilin, etPudentienne dans lantique domus Pudentiana, ou titre dePudens, qui, entre temps, avait pris aussi le nom de la Sainte. Cest très probablement son image, avec la couronne de lavictoire entre les mains, qui est représentée dans la mosaïqueabsidale de cette basilique; elle remonte au temps du pape xSirice, vers 398 . On trouve la fête de sainte Pudentienne dans lAntipho- enaire de la basilique vaticane d u x i i siècle, mais elle est sûre-ment beaucoup plus ancienne. La messe Dilexisti est entièrement du Commun, commele 30 avril, sauf les collectes qui sont celles d e la fête de sainteLucie, le 13 décembre. E i. Cf. Liber Sacramentorum, t. III, mardi après le I I I dimanche deCarême.
  • 212. Il nest rien de plus glorieux ni de plus méritoire que deservir lÉglise. Si celui qui fait du bien aux pauvres offrelaumône au Fils de Dieu fait homme et devenu pauvre pournotre amour, quel hommage ne rend pas à lauguste Trinité,dont elle est comme le reflet et la splendeur, celui qui sertlÉglise? L E MÊME JOUR (19 MAI). Saint Pierre Célestin, pape et confesseur. Déjà avant ce saint moine, fils spirituel du patriarche saintBenoît, plusieurs autres papes, saint Pontien par exemple,saint Martin, Jean X V I I I et Benoît IX, en des circonstancesqui leur rendaient personnellement des plus difficiles le gouver-nement de lÉglise, avaient abdiqué le suprême pontificat. AuXIII siècle, ces cas avaient été presque oubliés, et les canonistes ediscutaient pour savoir si une telle renonciation fut jamaispermise au pape. Célestin V, en une constitution solennelle,résolut la question dans le sens de la tradition romaine pri-mitive, après quoi, invoquant en sa faveur un semblable droit,il déposa les vêtements pontificaux et retourna aux anciensexercices de sa vie monastique. On laccusait dexcessive simplicité dans les affaires, —de plenitudine simpliciiatis plutôt que potestatis, — commedisaient avec malice ses adversaires; et lui-même ne mécon-naissait pas la vérité de cette imputation. Mais Dieu, et durantson pontificat, et surtout après son humble abdication, se plutà lillustrer par une abondance de miracles. Quand, par ordrede Boniface VIII, Célestin fut conduit au château de Fumonequi devait lui servir de résidence, il opéra de très nombreusesguérisons durant le voyage; il semblait que Dieu se plût àexalter la grandeur de son serviteur dans la mesure où le mondeméconnaissait ses hauts mérites (f 1296). La messe est du Commun des Confesseurs Pontifes : Statuit,comme le 4 février, avec la première collecte propre. LÉvangileest du Commun des Abbés, comme le 17 janvier, pour rappelerla renonciation de Célestin à la suprême dignité de lEglise,
  • 213. en vue de retourner à lhumilité du froc monastique si haute-ment glorifié par ses vertus. Dans la Divine Comédie, Dante, emporté par sa haine departisan, met dans lenfer ... Vombra di colui che fece per viltade il gran rifiuto. LÉglise, au contraire, loua lhumilité du pape Célestin etle proposa même à limitation des fidèles, car il est plus prudentet plus sûr de servir le Seigneur dans la simplicité du cœur,que dambitionner des places élevées et de graves responsa-bilités, auxquelles peut-être nos pauvres épaules ne sont ni pré-parées ni proportionnées. Prière. — « O Dieu qui, ayant élevé au faîte du pontificat su-prême le bienheureux Pierre Célestin, lui avez appris à préférerune vie humble; faites que, méprisant à son exemple toutes leschoses du monde, nous méritions darriver heureusement auxrécompenses réservées aux humbles. Par notre Seigneur, etc. » Ne pas ambitionner les honneurs et les charges est certeslindice dune âme humble; mais renoncer, comme saint Céles-tin, à la suprême Chaire pontificale, quand semblaient deplus en plus lillustrer une éminente sainteté, la vénération despeuples, le don des miracles, cest le signe dune âme qui,habituellement absorbée dans la contemplation de Dieu,- sestsolidement abîmée dans la connaissance de son néant. Toutela grandeur de la terre narrive pas à enorgueillir de telles âmes. 20 MAI. Saint Bernardin de Sienne.DANS les plusà célèbres cités de lItalie centrale, à Sienne, par exemple, Pérouse, à Florence, on conserve vivant,aujourdhui encore, le souvenir de la prédication de ce saintFrère Mineur (f 1444) qui, à une époque de discordes civiles etde dissolution des mœurs, tonna du haut de la chaire contrele vice, tel un prophète de lAncien Testament, et ramena lesfidèles dans la voie de lÉvangile. La fête de ce fervent apôtre de la dévotion au saint Nom de
  • 214. eJésus fut insérée dans le calendrier romain au x v siècle.A lépoque de la revision du Bréviaire un siècle plus tard, ellefut tour à tour supprimée puis rétablie. E n fait, la renomméede Bernardin est universelle, et dans lhistoire de la réformecatholique qui prépara les voies aux Conciles de Latran et deTrente, il occupe en Italie une des places les plus importantes. La messe Os iusti est du Commun des simples Confesseurs,comme le 4 mars, mais la première collecte est propre. Prière. — « Seigneur Jésus qui avez inspiré un amour trèsardent pour votre saint Nom à votre bienheureux confesseurBernardin; daignez aussi répandre en nous lesprit de votreamour, par ses mérites et son intercession. Vous qui vivez, etc. » La lecture évangélique est identique à celle de la messe desaint Pierre Célestin. De même que la mission de Jésus fut de manifester au mondele nom de son Père céleste, ainsi le but de chaque chrétien doitêtre dexprimer Jésus dans sa vie, afin que pensées, affections,paroles, actes, expriment la sainteté, lineffable bonté, la dou-ceur et le salut. Au moment de la mort, nous devrons pouvoirdire nous aussi au Seigneur, en résumant, comme le Rédemp-teur, notre course mortelle : Pater, manifestavi nomen tuurnkominibus... nunc autem ad te venio. Quel sublime programmede sainteté ! L E MÊME JOUR (20 MAI). Sainte Basilla, martyre.Station dans le cimetière dHermès, sur la voie Salaria vêtus. Aujourdhui le Hiéronymien porte ceci : Romae, via Salariavetere, Baselae. Le tombeau de cette Basilla qui, dans lesItinéraires des pèlerins, est toujours mentionné comme but e rdune pieuse visite, fut restauré par le pape Hadrien I . Toutela nécropole dite aussi de saint Hermès, sur la voie Salariavêtus, où furent ensevelis les martyrs Basilla, Hermès, Proteet Hyacinthe, était même désignée par le nom de Basilla. Le laterculum philocalien enregistre une autre fois la fête desainte Basilla le 22 septembre. X Kal. Octob. Basillae, Salaria
  • 215. Vetere. Diocletiano IX et Maximiano VIII Conss. Il sagit doncde lan 304 où lon transféra le corps de Basilla en un lieu pluscaché et plus sûr. Dans une ancienne inscription, des parentsdésolés invoquent les prières de la Sainte pour leurs petitsenfants : DOMINA - BASSILLA • COM MANDAMUS - TIBI • CRES CENTINVS • ET - MICINA FILIA • NOSTRA • CRESCEN QVE . VIXIT • MENS • X • ET • DES £? Cette épigraphe est aujourdhui au musée du Latran. e r Paschal I transporta le corps de sainte Basilla à Sainte-Praxède comme cela nous est attesté par la table de marbre oùest mentionnée la translation en masse de corps danciensmartyrs. 21 MAI. Sainte Hélène, impératrice. Station sur la voie Labicane. UJOURDHUI la synaxe en lhonneur de sainte Hélène avaitA lieu dans son mausolée près du cimetière des martyrsPierre et Marcellin. Cette tombe sacrée est communémentmentionnée dans les itinéraires des pèlerins; bien plus, ce quelitinéraire de Salzbourg appelle simplement sancta Relenain sua rotunda, devient tout à coup une basilique dans la bio- e rgraphie dHadrien I : Coemeterium... iuxta basilicam beataeHelenae renovav^t et teetum eius. Dans la liste cimitérale des Mirabilia, le cimetière de Pierreet Marcellin est appelé : Coemeterium inter duos lauros adsanctam Helenam. U n graffite grec, près de labside de la basi-lique des mêmes martyrs, associe leur intercession à celle de lasainte mère de Constantin le Grand : t O , 0 E O C « TH - n P E C B H A TON • A r O N • MAPTTPON • KAI . THC ArHIAC - EAHNHC . COCQN TOVC • COT . AOVLOTC IOANNH- • •
  • 216. Ce jour est celui de la mort de lempereur Constantin, maisles Orientaux ont, depuis des siècles, uni à sa fête liturgiquecelle de sa mère : Tûv àyio>v èvSoÇcov, fjLeyàXov 6eoaé7UTû>v xattaaTOaxoXcùv [iaaiXécùv, KcovaTavuvou xal EAévtjç. Le souvenir de sainte Hélène est conservé aujourdhuiencore à Rome par la basilique sessorienne de Sainte-Croix enJérusalem qui, primitivement, sappelait aussi Basilica Hele-niana. Ce temple fut en effet érigé par Constantin à la demande desainte Hélène dans limmense édifice des Thermes dHélène,mentionnés par une inscription du musée du Vatican, et où lamère du monarque avait son habitation. Pour rendre plus sacréle nouveau temple, qui, pour Rome, voulait être ce que, surle Calvaire, était le Martyrion Constantinien, sainte Hélène ydéposa une partie importante de la Croix du divin Sauveur que,quelques années auparavant, elle avait eu le bonheur de décou-vrir près du saint Sépulcre. 25 MAI. Saint Urbain, pontife et martyr. Station dans le cimetière de Prétextât. UJOURDHUI le Hiéronymien annonce le natalis dun saint/ T l Urbain, enseveli sur la voie Appienne dans le cimetièrede Prétextât, et qui fut, à Rome, lobjet dune grande véné-ration. Selon toute probabilité, il faut pourtant distinguer cetévêque martyr dont le souvenir est lié au triopium dHérodeAtticus, du pape du même nom, enseveli dans la crypte papaledu cimetière de Callixte (224-233), où lon a retrouvé un fragmentdu couvercle de marbre de son sarcophage, avec lépigraphe : OTPBANOC $ E(mffxowoc) E n effet, pour de nombreuses raisons dordre chronologique ethagiographique que nous ne pouvons exposer ici, il semble quele saint Urbain du cimetière de Prétextât, mis par les actes desainte Cécile en relation avec les martyrs Tiburce et Valérien,ait été évêque dun de ces petits villages qui sétaient développés
  • 217. Fig. 4. ÉGLISE DE SAINT-URBAIN SUR LA VOIE APPIENNE
  • 218. autour du triopium et comme il en existait alors plusieurs dansla campagne romaine. Urbain fut victime de la persécution où furent aussi mis àmort sainte Cécile, Tiburce, Valérien et Maxime. Il fut ensevelipar une femme nommée Marmenia ou Armenia dans le cime-tière local de Prétextât, dans la crypta magna, où, en effet,nous lindiquent constamment les Itinéraires des ancienspèlerins. Intrabis in speluncam magnam, et ibi invenies san-ctum Urbanum episcopum et conf essor em (Itin. de Salzbourg). eJean, abbé de Monza au v i siècle, recueillit lhuile de sa lampesépulcrale quil unit aux autres huiles des tombeaux desmartyrs vénérés dans les deux cimetières Ad Catacumbas etde Prétextât. Le corps de saint Urbain demeura en ce lieu jusquau temps e rde Paschal I qui transporta dans la basilique transtévérine deSainte-Cécile les ossements de lévêque Urbain comme il avait e rtransféré les reliques de saint Urbain I à Sainte-Praxède, etil repose en paix, maintenant encore, près de la vierge Cécile,de Tiburce, de Valérien, de Maxime et du pape Lucius. A proximité du cimetière de Prétextât, on dédia de bonneheure à la mémoire de saint Urbain un vieil édifice classique queles archéologues identifient communément avec le templedédié par Hérode Atticus, précepteur de Marc-Aurèle, à lamémoire dAnnia Regilla (165), sa première femme. Lactionmissionnaire de saint Urbain sétait déroulée dans ces parages;aussi fut-ce très à propos quon donna son nom à ce qui repré-sentait peut-être le monument le plus considérable du triopium.Cette église, ornée danciennes et très importantes peintures,conserva longtemps le souvenir du martyr dans cette régionde la voie Appienne jadis évangélisée par lui; souhaitons que,après une longue période de désolation, elle soit de nouveaurendue au culte de cet ancien évêque de la campagne romaine. Au temps pascal, la messe est celle du Commun des Martyrs :Protexisti, comme le 7 mai, avec des collectes spéciales. Horsdu temps pascal, lantienne pour lintroït est Sacerdotes, comme e rpour la fête de saint Sylvestre I , le 31 décembre. La première collecte est la suivante : v Dieu tout-puissant,
  • 219. en ce jour où nous célébrons le natalis du bienheureux Urbain,votre Pontife et le défenseur de votre foi, accordez-nous dex-périmenter lefficacité de sa puissante intercession. » La lecture de lépître est commune à la messe de saint Eusèbe,le 16 décembre. Le graduel Inveni est le même que le 6 décembre, fête desaint Nicolas; le verset alléluiatique est tiré du commencementdu psaume 131 : « Souvenez-vous, Seigneur, de David et detoutes ses souffrances. » La vie dun évêque est comme un nouveau crucifiement,parce que dans son Église, où il tient la place du Christ, il enpartage aussi les labeurs et les opprobres. La lecture évangélique rapporte la parabole des cinq talents;elle est empruntée à la messe des Confesseurs Pontifes, comme le4 février. Les évêques ont atteint dans lÉglise le sommet dela dignité hiérarchique. Le Seigneur exige deux en retour, nonseulement quils lui rendent les cinq talents, mais quils lui enapportent cinq autres en plus. Le verset de loffertoire est identique à celui du 24 janvier. La collecte avant lanaphore est la suivante : « Que cetteoblation, Seigneur, nous purifie de toute faute, et sanctifie lecorps et lâme de vos serviteurs, pour quils paissent vous offrirdignement ce sacrifice. » Lantienne pour la Communion du peuple est la même quele 4 février, tandis que la collecte daction de grâces est identiqueà celle de la fête de saint Timothée le 24 janvier. Le Sacra-raentaiie Grégorien en assigne une autre : Beati Urbani mar-tyris tui atque pontificis, Domine, intercessione placatus, protes-ta, quaesumus, ut quae temporali celebramus actione, perpétuasalvatione capiamus. Bien quau moyen âge cet évêque Urbain, des Actes de sainteCécile, ait été identifié à tort avec le Pape du même nom, lesreliques de ce dernier ont néanmoins une histoire tout à faitdistincte de celles du saint Urbain du cimetière de Prétextât.Le corps de saint Urbain pape, comme en fait foi lépigraphe du e rpape Paschal I qui se trouve à Sainte-Praxède, fut transféréle~20 juillet 818 dans cette basilique, où, aujourdhui encore,il est conservé dans la crypte, sous lautel majeur.
  • 220. L E MÊME JOUR (25 MAI). Saint Grégoire VII, pape et confesseur. Lhistoire de ce Pape très courageux, jadis abbé très zélédu monastère de S a i n t - P a u l à Rome, offre de nombreuxpoints de ressemblance avec celle du grand saint Athanase; ecar, si celui-ci fut, au IV siècle, linvincible champion de la edivinité du Verbe, au XI siècle, quand lÉglise gisait, avilie, aupied du trône germanique, auquel lavaient asservie lincapa-cité, lincontinence et la vénalité dun grand nombre de sesministres, Grégoire se leva hardiment et, mettant sa confianceen Dieu, seul contre tous, il combattit avec vaillance pour laliberté de lépouse mystique du Sauveur. Athanase avait errésur la terre, sans trouver un lieu sûr où il pût se soustraire auxembûches du monde entier conjuré contre lui; Grégoire, de soncôté, détesté par ses ennemis, incompris de ses amis eux-mêmes,dépourvu de ressources et sans aucun secours humain, saban-donne complètement à Dieu, porté sur les ailes de sa foi, etsupporte avec courage lincendie de la métropole pontificale,les colères populaues et jusquà la mort en exil. Les dernières paroles de lintrépide Pontife montrent bienla trempe énergique de son âme : « Jai aimé la justice et j a ieu en haine liniquité : pour cela je meurs en exil. » Il ne serepent point de son passé; au seuil de léternité, son jugementsur les hommes et sur les temps ne diffère pas de celui quil for-mait durant sa vie; Grégoire bénit celui qui se prosterne devantson autorité pontificale, mais, au moment même de pénétrerdans le ciel, il en ferme résolument les portes à lempereurHenri IV, à ses ministres et à ceux qui refusaient de se sou-mettre à son autorité apostolique (f 1085). Rome chrétienne conserve encore plusieurs souvenirs de cePape énergique et courageux. Il naquit au pied du Capitole,près de la diaconie de Sainte-Marie in Porticu quil fit restaurerquand il fut pontife, et dont il consacra lautel majeur. Toutjeune, Hildebrand professa la Règle du patriarche du Mont-Cassin dans le petit monastère de Sainte-Marie-Aventine, làoù sélève aujourdhui le prieuré des Chevaliers de Malte, Sonmaître bien-aimé, Gratien, étant devenu pape sous le nom de
  • 221. Grégoire VI, Hildebrand laccompagna dabord au Latran, puis,après son abdication, il le suivit sur le chemin de lexil en Alle-magne. Revenu à Rome avec saint Léon IX, Hildebrand futélu par lui abbé de Saint-Paul, où il restaura la disciplinemonastique déchue, et fit sélever les moines à une telle hau-teur de vertu que, dans ses luttes postérieures pour la liberté delÉglise, il mettait une immense confiance en leurs saintes prières. Pour honorer la basilique de lapôtre, Hildebrand, aidé duconsul Pantaléon dAmalfi, fit fondre à Constantinople deuxgrandes portes de bronze incrustées dargent, qui existentencore; sur les deux battants, en autant de compartiments,sont représentées les différentes scènes de la vie du Sauveur,des Actes des Apôtres et de leur martyre. Ce précieux travailfut exécuté, comme le dit lépigraphe dédicatoire :ANNO - MILLESIMO • SEPTVAGESIMO - AB . INCARNATIONE - DNÏ _ [TEMPORIBVSDNÏ • ALEXANDRï - SANCTISSIMI - QVARTI . ET - DNÏ • ILDEPRANDI • VENERABILÏ - MONACHI - ET • ARCHIDIACONI _CONSTRVCTE • SVNT - PORTE • 1STE - IN • REGIA • VRBE • CONP ADIVVANTE . DNO PANTALEONE - CONSVLI - QVI ILLE - FIERI • IVSSIT Labbaye de Saint-Paul conserve une autre précieuse reliquede Grégoire VII : la merveilleuse bible de Charles le Chauve,magnifiquement enluminée, et que Grégoire avait reçue en don *de Robert Guiscard, à titre dhommage de fidélité à la chairede saint Pierre. En effet, à la première page, on lit le sermentdu Normand au Pontife; celui-ci voulut que la garde de cetrès important et précieux manuscrit fût confiée à ses chersmoines de labbaye de Saint-Paul. A lintérieur de ce monastère se trouve un gracieux oratoiresolennellement consacré, riche dindulgences et de saintes reli-ques, et dédié au saint Pontife. Cest peut-être le seul sanctuaireau monde qui soit érigé à la mémoire de saint Grégoire VII. Dans Yecclesia Pudentiana se trouve une inscription quinous atteste que cette église fut restaurée sous le pontificat desaint Grégoire VII : TEMPO RE • GREGORII • SEPTENI . PRAESVLIS • ALMI
  • 222. Dans la crypte de la basilique de Sainte-Cécile au Trans-tévère, on conserve linscription commémorative de la dédi-cace dun autel qui le mentionne également. Le cippe de marbreplacé sous lautel majeur de la vieille diaconie in PorèicuGallatorutn, est encore plus important; on y lit une longueinscription qui commence par les vers suivants : SEPTIMVS - HOC • PRAESVL - ROMANO - CVLMINE - FRETVS G REGORIVS - TEMPLVM • CHRISTO • SACRA VIT • IN - AEVVM Suit une longue liste de reliques déposées en cette circon-stance dans lautel par le grand Pontife. Dans le recueil de Pierre Sabinus, se trouve une épigraphecopiée in domo cuiusdam marmorarii ad radices caballi et quimentionne aussi Grégoire V I I : TEMPORE . QVO - GREGORIVS - ROMANAE - VRBIS • SEPTIMVS AD • LAVDEM - MATRIS • VIRGINIS * SIMVLQVE - ALMI - BLASII Il est difficile didentifier cette église de Saint-Biaise, puisqueplusieurs étaient dédiées à Rome, en ce temps-là, à ce célèbremartyr arménien. Ce quécrit Gregorovius dans son histoire dela Ville éternelle est donc inexact, quand il condamne presquenotre Pontife à la damnatio memoriae et prétend que Rome neconserve plus rien de lui. Non, elle garde encore de Grégoire dessouvenirs précieux, des reliques, une partie de son Registrumepistolarum, et quelques monuments épigraphiques; de plus, sison corps gît en exil à Salerne, lesprit du grand Pape planeencore autour des basiliques des apôtres Pierre et Paul, puisquele pontificat romain continue toujours, inébranlable, la grandemission dHildebrand, mission de liberté et de sainteté, pour lesalut des rachetés. Loffice de saint Giégoire VII fut étendu en 1728 parBenoît X I I I à lÉglise universelle; il rencontra cependant uneforte opposition dans le nord de lItalie, en France, dans lesPays-Bas et en Autriche, opposition qui dura près dun siècle.Haï durant sa vie par les partisans de la suprématie du pou-voir civil et par les ennemis de la liberté et de la saintetéde lÉglise, Grégoire, plus de six cents ans après sa mort,retrouva en face de lui des passions, des rancunes et des hainesqui ne sétaient point apaisées durant ce temps. Mais cette
  • 223. haine acharnée des ennemis de lÉglise contre le grand Pontifeconstitue précisément la plus glorieuse auréole autour de sonfront, car son nom lui-même est le programme et le symbole dela sainteté et de la liberté de lÉpouse du Christ. Celle-ci vénèieGrégoire parmi les saints, tandis que les impies maudissentson souvenir. La dépouille mortelle de lhéroïque Pontife repose main-tenant encore en exil dans la cathédrale de Salerne, car personnena jamais osé lenlever de ce lieu où Grégoire succomba auxlabeurs et aux épreuves de son pontificat. De fait, lexil est saplace historique; cest le fond du tableau doù émerge et surlequel se détache admirablement sa noble figure dathlète de laliberté de lÉglise et de la sainteté du sacerdoce. La messe est du Commun des Pontifes : Slatuit, comme le4 février, avec la lecture évangélique tirée de saint Matthieu,xxiv, 42-47. Le Seigneur a établi les évêques comme surveillantsde sa maison, pendant quil est absent. Cest leur office deveiller, afin de pourvoir aux besoins spirituels de leurs com-pagnons de service, et de dissiper les embûches de Satan quirôde sans cesse autour du troupeau pour le massacrer. LeSeigneur reviendra la nuit, à limproviste. Bienheureux celuique la mort trouvera actif à son poste. La collecte est propre, et fait remarquer le secret de t a n t deténacité et dintrépidité de la part dHildebrand. Il se confiaiten Dieu, et Dieu est plus fort quHenri IV et ses auxiliaires. Prière. — « Seigneur, force de ceux qui se confient en vous,et qui, pour défendre la liberté de lEglise, avez donné uneconstance indomptable à votre bienheureux confesseur etpontife Grégoire, faites que nous aussi, à son exemple et parses mérites, nous puissions surmonter énergiquement toutobstacle spirituel. Par notre Seigneur, etc. » Comme lobserve lapôtre saint Pierre, le Seigneur accordeune grâce insigne à une âme quand il la fait souffrir beaucouppour la cause de Dieu. E n effet, puisque toute notre perfectionconsiste dans limitation de Jésus-Christ, rien ne nous fait parti-ciper aussi intimement à son esprit que la croix et la souffrance.
  • 224. 26 M A L Saint Sémétrius, martyr. Synaxe dans le cimetière de Priscille. UJOURDHUI le Hiéronymien assigne à Rome la note suivante :A Romae, Simetrii martyris. Le tombeau de saint Sémé-trius est indiqué dans les anciens Itinéraires des pèlerins commeexistant dans le cimetière de Priscille, et il devait être voisinde celui du martyr Crescention, non loin de la basilique deSaint-Sylvestre. Et in spelunca Crescentius martyr, et Firmitis pausat incubiculo quando exeas. (Itin. de Salzbourg.) — Iuxta eamdemviam Salariam sanctus Sylvester requiescit... sanctus Felicis, unusde sepiem, sanctus Pkilippus, unus de septem, sanctus Sémé-trius. (Itin. de Guillaume de Malmesbury.) Plus tard un monastère de femmes séleva sur la voie Ap-pienne en lhonneur de saint Sémétrius, dans lanciennehabitation de saint Léon I V et grâce à lui : Fecit ipse mitis-simus (Pontifex) in aede propria, quam ipse a fundamentis fieridisposuit, quam ex iure parentum suorum ipse accessisse vide-batur, monasterium ancillarum Dei, in honorem sanctorumSimitrii et Caesarii, ubi et dona largitus est, patenam et calicemsancium de argento exauratum habentes diversas gemmas... Ubisupra obtulit thymiamateria cum canthara una... canistra deargento mundissimo tria, et gabathas... vestes de fundato trèshabentes unam tabulam acupictilem interchisam. Fecit ibidemregnum ex auro mundissimo cum gemmis prasinis et hyacin- 1ihinis, quod pendet super altare . Un tel luxe de mobilier liturgique prouve non seulement ladévotion de saint Léon IV, mais aussi la faveur dont jouis-sait le culte de saint Sémétrius à Rome. Quelques reliques de saint Sémétrius furent données, aumoyen âge, à la fameuse abbaye impériale de Farfa dans laSabine, et il en est question dans les anciennes listes de sesarchives. 1. Lib. Pontif. Ed. Ducbesne, t. II, p. 120.
  • 225. L E MÊME JOUR (26 MAI). Saint Philippe Neri, confesseur. Ce saint prêtre (fi59i) qui, pendant près dun demi-siècle,exerça à Rome le ministère apostolique, et, dans un milieuléger et corrompu, devint loracle des Pontifes, des cardinauxet des personnages les plus insignes de son temps, a si bien méritédu Siège apostolique que, jusquà ces dernières années, sa fêteétait assimilée aux dimanches dans la Ville éternelle, et lePontife lui-même, en cortège de gala, allait célébrer les divinsmystères sur le tombeau du Saint à Sainte-Marie in Vallicella. Il est presque impossible de parler brièvement des méritesde saint Philippe et de la part importante quil eut dans la eréforme ecclésiastique du x v i siècle. Ami de saint Charles etdu cardinal Frédéric Borromée, confesseur de saint Camille etde saint Ignace, père spirituel de Baronius, confesseur de Clé-ment VIII, on peut dire que son influence salutaire sétendità tous les divers aspects de la réforme, en sorte que même silon pouvait faire abstraction de sa sainteté, lactivité de saintPhilippe lui aurait indubitablement mérité une place dhonneur edans lhistoire du x v i siècle. Par la fondation de la Congrégation des Prêtres de lOratoire,Philippe, en un champ sans doute beaucoup plus restreint etavec des vues quelque peu diverses, se proposa le même butque saint Ignace : celui de ramener à la religion la sociétéchrétienne, moyennant la fréquentation des Sacrements etlenseignement du catéchisme. Tandis quen Allemagne les protestants accusaient lÉglisecatholique davoir soustrait la Bible au peuple, saint Philippeordonnait que, dans son église de Saint-Jérôme, on commentâtlépit-re de saint Paul aux Romains; il répondit aux centuriesde Magdebourg en imposant à Baronius dexposer à cinq ousix reprises dans ses conférences du soir lhistoire de lÉglise,puis de publier ces études qui remplissent douze gros in-folio. Lhérésie luthérienne, avec ses erreurs sur la grâce et le librearbitre, avait tari les sources mêmes de la joie; saint Philippe,par ses soirées musicales et poétiques qui prirent alors leur nom
  • 226. doratorios du lieu où le saint les faisait exécuter; par ses récréa-tions sur le Janicule, où à lombre dun chêne, il se faisaitenfant avec les enfants, sagement; par ses pèlerinages aux tom-beaux des martyrs et aux sept principales églises de la Villeéternelle, restitua à la -vie catholique sa vraie tonalité, cellequexigeait aussi saint Paul quand il écrivait à ses fidèles :Gaudete in Domino semper ; iterum dico : gaudete. Très pénitent et dur pour lui-même, Philippe était doux avecles autres et, au besoin, même facétieux, anticipant dans lapratique ce que, quelque temps plus tard, devait enseignersaint François de Sales, à savoir quww saint triste est un tristesaint. A loccasion, saint Philippe savait même ressusciter lesmorts, écouter leur confession, causer avec eux, et, à leurdemande, les rendre, dun signe de croix, à léternité. E t pour que la nouveauté de tels prodiges ne lui conciliât pas ladmi-ration du peuple, il aimait à se comporter de manière à serendre méprisable et à se faire passer pour insensé; cest ainsi que, le jour de la fête de saint Pierre aux Liens, il se mit àdanser devant la basilique de ce nom. A loffre de la pourpre cardinalice qui lui avait été faite t a n tde fois par les papes, Philippe opposa toujours un refus sans réplique; et il sut si heureusement inspirer ce même esprit dhumilité à ses disciples, spécialement à Tarugi et à Baronius que, quand ce dernier fut créé cardinal, on dut le dépouiller de force de ses vieux vêtements doratorien, dans la sacristie même de la Vallicella, pour le revêtir malgré lui de la soutane rouge et du rochet, selon les ordres du Pontife. Loffice de saint Philippe Neri fut introduit dans le Bré- viaire romain par Urbain VIII. La messe a certaines parties propres, mais cette exception fut fort à propos introduite pour celui qui avait tant et si bien mérité de la sainte liturgie et qui, dans lincendie du divin amour qui liquéfiait son cœur, avait coutume demployer trois heures à célébrer les divins Mystères. Lintroït est le même que le samedi après la Pentecôte; ilcontient une allusion évidente au prodige survenu dans lecimetière ad Catacumbas, alors que Philippe, priant durant la
  • 227. nuit dans ces cryptes des martyrs, le Saint-Esprit descenditsur lui. Dès lors, le cœur embrasé du Saint commença à battresi fortement pour Dieu que plusieurs de ses côtes se soulevèrentet sarquèrent. Voici la collecte, très sobre, et dun goût classique : « O Dieuqui avez élevé à la gloire de vos saints le bienheureux Philippe;aujourdhui que nous célébrons sa fête, accordez-nous dimiteraussi lexemple de ses vertus. » La première lecture est commune à la fête de saint ThomasdAquin, le 7 mars, et fait allusion à cette sagesse surnaturellequi auréolait la tête blanche de saint Philippe quand, assiduau saint tribunal de la pénitence, il dirigeait les consciences etformait à la vraie sainteté la foule de ses pénitents. e Le répons-graduel, commun à la I V férié des grands scru- tins de Carême, est tiré du psaume 33 et développe encore mieux lidéal de lécole dascèse, que dirigeait le Saint :J. « Allons, mes enfants, écoutez-moi, car je vous apprendraià craindre le Seigneur. » — Dans le verset suivant, le textehébreu diffère un peu de celui de la Vulgate. — y. « Fixezles yeux sur lui et vous serez tranquilles, et votre visage nerougira pas. » Le verset alléluiatique revient sur le miracle du cime-tière ad Catacumbas. «Alléluia (THREN., I, 13). Den haut il fittomber le feu sur mes os, et il minstruisit. » — Le sens litté-ral de ce texte est bien différent toutefois, puisquil sagitdes Babyloniens qui avaient incendié les divers quartiers deJérusalem. Au temps pascal, le premier verset alléluiatique est celuique nous venons demprunter aux Lamentations de Jérémie;quant au second, il est tiré du psaume 38 : « Mon cœur biûledans mon sein, et dans mon âme un feu sest allumé. » Ces derniers mots sappliquent au Saint-Esprit qui nouscommunique la vie divine de Jésus. Cest à bon droit quon lecompare à un feu, car lui aussi purifie, consume, réchauffe etéclaire. Il nest pas de voie plus sûre et plus courte pour arriverà la sainteté, que de nous livrer à cet incendie damour. Dieului-même nous répète plusieurs fois dans la sainte Écriture :Dominas Deus tuus ignis consumens est.
  • 228. La lecture évangélique est celle des simples Confesseurs,comme le 17 janvier, pour la fête de saint Antoine. Lantienne de loffertoire revient sur le phénomène de ladilatation et de la courbure des côtes de saint Philippe, consé-quence des violents battements de son cœur. Ps. 118 : « J emarchai dans la voie de vos préceptes, après que vous avezagrandi mon cœur. » Par cette dilatation du cœur dont parle le Psalmiste, il fautentendre ceci : ce que lon trouve difficile, au début, dans la viespirituelle, on le fait ensuite sans peine, et même avec uneinexprimable joie, grâce à la bonne habitude contractée, et à ladivine charité répandue dans lâme par le Saint-Esprit. E n effet,il est dans la nature de lamour de travailler, de se sacrifier,sans jamais se lasser. La prière avant lanaphore sinspire de la belle secrète duvendredi durant loctave de la Pentecôte : « Regardez favo-rablement, Seigneur, ce sacrifice; et comme lEsprit Saintpénétra dans le cœur du bienheureux Philippe, quil brûlepareillement le nôtre. » Voici le verset pour la Communion (Ps. 83) ; « Mon cœur etma chair exulteront dans le Dieu vivant. » — Le rédacteur dela messe ne peut pas perdre de vue le prodige du cœur dilatéde saint Philippe; il en est généralement ainsi pour tous lesrédacteurs de messes modernes qui, impressionnés par quelquefait caractéristique de la vie dun Saint, adaptent à ce fait, aveclaide dune concordance scripturaire, toute leur compositionliturgique. A la vérité, il y a tant à dire au sujet de saint Phi-lippe que la messe aurait pu être beaucoup plus variée. La prière eucharistique représente une simple adaptationdune collecte plus ancienne : « Maintenant que nous sommesnourris, Seigneur, des célestes délices; accordez-nous, par lesmérites et à limitation du bienheureux Philippe, un immensedésir de cet aliment de vie. » Une sentence de saint Philippe est mémorable entre toutes :mettant deux doigts sur le front de ses disciples, il disait quela sainteté est toute comprise en ce petit espace, car toutconsiste à mortifier la raisonnante.
  • 229. L E MÊME JOUR (26 MAI). Saint Éleuthère, pape et martyr. Le pape Éleuthère succéda à Soter entre 174 et 189, etIrénée le mentionne dans son troisième livre contre les hérésies(ch. III), où, établissant la liste des papes, il arrive jusquàlui : Nunc duodecimo loco episcopatum ab Apostolis habet Eleu-therius. On a pensé que cet évêque romain qui, au témoignagede Tertullien, accorda dabord, puis retira les lettres decommunion à quelques communautés montanistes dAsie, erétait précisément Éleuthère (Advers. Praxcam, ch. I ) . LeLiber Pontificalis indique sa sépulture à Saint-Pierre, et safête en ce jour remonte à la seconde moitié du moyen âge. La messe est entièrement du Commun : Protexisli, commele 17 avril, si elle tombe durant le temps pascal; autrement, ondit la messe Statuit, comme pour la fête de saint Timothée le24 janvier. La première lecture est tirée de lépître de saintJacques (1, 12-18). Lapôtre de lespérance y fait léloge de lasouffrance chrétienne ; tout en attribuant la cause des épreuvesde la vie à la malice du diable et à la fragilité de notre nature,saint Jacques déclare cependant que Dieu les fait rentrer elles-mêmes dans le plan magnifique de notre prédestination, pouraugmenter notre mérite et comme gage de notre béatitudefuture. Les collectes sont les mêmes que pour la fête de saintTimothée. En 177 ou 178, le clergé et les martyrs de Vienne et de Lyon,emprisonnés par suite de la persécution de Marc-Aurèle,envoyèrent au pape Éleuthère, par lintermédiaire du prêtreIrénée, un écrit rédigé par eux sur lhérésie montaniste, luirecommandant le porteur comme zélé pour le Testament duChrist. Le Pontife accueillit avec déférence lhéritier de latradition johannique, le disciple de Polycarpe de Smyrne, etcest surtout à cette occasion que saint Irénée simprégna decet esprit dattachement à lorthodoxie romaine qui le distingue.
  • 230. 27 MAI. Saint Bède le Vénérable, confesseur et docteur.L A fête de cet ancien moine anglo-saxon fut introduite dans le calendrier de lÉglise universelle par Léon X I I I , aprèsque la Sacrée Congrégation des Rites lui eût reconnu ce titrede docteur que, depuis de longs siècles, lui avaient décerné les suf-frages de lunivers. Cette vénération pour Bède avait même déjàcommencé à se manifester de son vivant, si bien que, lors de lalecture publique de ses œuvres, ses contemporains ne pouvantencore lui attribuer le titre de saint lappelaient venerabilispresbyter, et cest sous ce titre que Bède est passé à la postérité. A une science vraiment encyclopédique, Bède unit les pluséclatantes vertus du moine bénédictin, faisant alterner danssa vie la prière et létude. Ora et làbora. Il eut de nom-breux disciples et laissa tant décrits que, durant le hautmoyen âge, ceux-ci constituèrent pour ainsi dire toute labibliothèque ecclésiastique des Anglo-Saxons. La vaste érudi-tion de ce moine rappelle dune certaine manière celle desaint Jérôme à qui il ressemble quelque peu. Saint Boniface,lapôtre de lAllemagne, salua saint Bède comme la lumière delEglise, et le Concile dAix-la-Chapelle lui donna le titre dedocteur admirable. Bède mourut très âgé, le 26 mai 735, et sa dernière prièrefut lantienne de loffice (de lAscension) : 0 Rex gloriae, quitriumphator hodie super omnes caelos ascendisti, ne derelinquasnos orphanos, sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veri-tatis. Au moment dexpirer, il entonna le Gloria Patri. Le collège ecclésiastique anglais de Rome est dédié à lamémoire de saint Bède le Vénérable. La messe est du Commun des Docteurs comme le 29 janvier,sauf la première collecte qui est propre : « Seigneur, qui avezvoulu illuminer votre Église au moyen de la science merveil-leuse de votre bienheureux confesseur Bède le docteur, faitesque nous, vos serviteurs, fassions toujours notre trésor de sadoctrine, et que nous soyons aidés par ses mérites. »
  • 231. Voici ce que rapportent les historiens de saint Bède le Véné-rable : Numquam torpebat otio numquam a studio cessabat; tsemper legit, semper scripsit, semper docuit, semper oravit, sciensquod amator scientiae salutaris vitia carnis facile superaret.Quelle leçon pour notre sensualité, qui se nourrit justementdans loisiveté et la frivolité I L E MÊME JOUR (27 MAI). er Saint Jean I , pape et martyr. Ce saint Pontife a le titre de martyr, parce quil mourut deprivations et de misèie à Ravenne, victime de la politiquearienne d u i o i Théodoric. Dans ses Dialogues, saint Grégoire le ERGrand parle des miracles accomplis par saint Jean I durant x son voyage à Constantinople , et de la guérison dun aveugle,opérée par lui aux portes de la ville impériale et dont le sou-venir était encore vivant chez les Grecs au temps de saint ERGrégoire. Épuisé par les peines et les travaux, Jean I mourutle 18 mai 526, mais son corps, transporté à Rome, fut déposédans un tombeau situé sous le portique de la basilique vaticanele 27 seulement, jour auquel Usuard a t t r i b u e sa mémoire. ER Lépigraphe sépulcrale de Jean I a été conservée seulement,mais affreusement mutilée, dans le recueil des inscriptions dela basilique vaticane (Bibl. Nat. de Paris, fonds lat. 8071).De Rossi la reconstituée tant bien que mal :(Quisquis • ) AD • AETERN[a]M • FESTINAT • TENDERE • VITAM(Me • viam • ex)QVIRAT • QVA • LICET • IRE • PTISTRAMTTE • QVO • FRETVS • CAELESTIA - REGNA • SACERDOSINTRAVIT • MERITIS - ANTE • PA(rata) • SVIS... MAGIS • VIVENS • COMMERCIA • GRATA - PEREGITPERDTDIT • VT - POSSET - SEMPER - HABERE - DEVMANTÏSTES • DOMINI - PROCVMBIS - VICTIMA - CHRISTIPONTIFICES • SVMMO • SIC • PLACVERE • DEO Que celui qui a hâte darriver à la vie éternelle, Recherche la route battue par les saints. Par cette route, aplanie par ses mérites, Ce Pontife arriva au royaume céleste. 1. Lib. III, c. 2. P. L. LXXVII, col. 221 t
  • 232. Ici-bas il fit un heureux échange, Il donna sa vie pour posséder Dieu éternellement. Toi, ô Prêtre du Seigneur, tu succombas, victime du Christ ; Cest ainsi que les Pontifes se rendirent agréables au grand Dieu. e r La légation de Jean I à Constantinople est importante pourlhistoire de la primauté pontificale, qui, à cette occasion, futsolennellement reconnue par les Byzantins, si bien que lem-pereur Justin voulut recevoir à nouveau, des mains de Jean, lediadème impérial, quoiquil eût déjà été couronné par lepatriarche Epiphane. Marcellin ajoute même (Philoxeno etProbo conss.) que Jean : Dexter dextrum Ecclesiae insedit so-lium, diequeDomini nostri resurrectionis, plena voce, romanis pre-cibus celebravit. Pour exprimer la suprématie de Rome, nonseulement le Pontife fut donc placé à droite, mais le jour mêmede Pâques il célébra le Sacrifice solennel romanis precibus,cest-à-dire selon le rit habituel de Rome. e r Jean I fut très favorable au culte des martyrs, et le LiberPontificalis lui attribue des réparations fort importantes dansles cimetières de Priscille, de Félix et Adauctus et de Domitille. La messe, durant le temps pascal, est la même que poursaint Ëleuthère; hors de ce temps, comme le 16 décembre.Dans lun et lautre cas, les collectes sont les mêmes que pourla fête de saint Eusèbe. 28 MAI. Saint Augustin, évêque et confesseur. ETTE fête fut introduite dans le calendrier par Léon X I I I ,C et, dans lintention de ce grand Pontife, elle était commeun cri dimmense amour et un tendre appel de lÉglise Mère àcette glorieuse île Britannique jadis si féconde en saints. SaintAugustin était un moine romain, et il fut envoyé en Angleterrepar saint Grégoire le Grand, avec quarante de ses compagnons,pour convertir ce royaume à la foi. Le succès surpassa debeaucoup lattente du Pape, car Dieu authentiqua la prédi-cation dAugustin par un si grand nombre de miracles quonsemblait revenu au temps des Apôtres. Le roi de Kent, Ethel-bert, accompagné des grands de sa cour, reçut le baptême des
  • 233. mains du Saint qui, un jour de Noël, baptisa dans un fleuve desmilliers de personnes. A ceux qui étaient malades, les ondesbaptismales donnèrent la santé du corps en même temps quecelle de lâme. Sur lordre de saint Grégoire, Augustin fut con-sacré premier évêque des -Anglais par Virgile dArles. Revenuensuite dans la Grande-Bretagne, il consacra des évêques pourdautres sièges, et il établit sa chaire primatiale à Cantorbéryoù il érigea aussi un célèbre monastère. Il mourut le 26 mai609 et reçut immédiatement le culte des saints. De même que durant sa vie saint Grégoire avait partagé laconsolation de son disciple Augustin lors de la régénérationchrétienne de tout ce florissant royaume, après sa mort il futaussi associé à ses mérites, et cest surtout par les Anglais quilfut proclamé lApôtre de lAngleterre; ce titre honorifique set r o u v e même dans lépigraphe tombale de saint Grégoire : AD • CHRISTVM • ANGLOS CONVERTIT • PIETATE • MAGISTRA ADQVIRENS • FIDEI • AGMINA • GENTE NOVA Les Anglais attribuent aussi la gloire de leur conversion aipatriarche saint Benoît dont la Règle fut introduite chez euxpar Augustin et ses compagnons. Voici comment sexprime àce sujet saint Aldhelm :Huius (Benedicti) alumnorum numéro glomeramtts ovantesA quo iam nobis baptismt gratia fiuxitAtque Magistronwn (Augustin et les 40 moines) veneranda caterva cucurrit. La messe est du Commun des Confesseurs, comme le 31 décem-bre, sauf ce qui suit : La première collecte est propre : « Seigneur qui avez daignééclairer le peuple anglais de la lumière de la foi par la prédi-cation et les miracles de votre bienheureux confesseur et pontifeAugustin; faites que, par son intercession, ces âmes qui errentreviennent encore maintenant à lunité de la doctrine. » r e La lecture de lApôtre est tirée de la I Épître aux Thessa-loniciens (11, 2-9). Saint Paul rappelle en quelles circonstancesil avait commencé sa prédication dans leur ville; quel avait été
  • 234. son infatigable labeur durant ces premiers jours, la pureté de sa doctrine et enfin son désintéressement puisquil avait renoncé à recevoir des fidèles même ce modeste entretien corporel auquel dailleurs le prédicateur évangélique a droit. Une si grande pureté dintention et un labeur si difficile ne doivent pourtant pas être inutiles; cest pourquoi il faut que les fidèles gardent avec un grand zèle ce dépôt de foi catholique qui leur fut confié jadis. Le répons-graduel est tiré du psaume 131 : « Je revêtirai ses prêtres de salut, et ses saints exulteront dans la joie. » f. « Là je ferai paraître la puissance de David, et je tiendrai allumé un flambeau devant mon Oint. » Ces splendides promesses messianiques sont appliquées par lÉglise aux saints Pontifes, en t a n t quils participent à la dignité du sacerdoce du Christ. Ce sacerdoce catholique sera pour beaucoup comme un vêtement de salut éternel, car ils assureront leur prédestination par la fidélité avec laquelle ils correspondront à leur vocation. E t que comporte donc cettevocation sacerdotale? La vertu commune ne suffit pas; uneseule chose est requise : sainteté, et sainteté éminente. Le verset alléluiatique Iuravit est celui de la messe desaint Ambroise, le 7 décembre. La lecture évangélique, en la fête de ce grand apôtre delAngleterre, ne peut être autre que celle qui se présente lorsde la solennité des premiers compagnons des apôtres : Marc,Luc, Tite, etc. Nous lavons déjà vue le 25 avril. La prédication dAugustin, comme celle des premiers Apôtresà qui Jésus, dans lÉvangile de ce jour, ordonne de faire desmiracles et de guérir les malades, fut authentiquée par leSeigneur par de nombreux prodiges. La renommée de ceux-ciparvint jusquà saint Grégoire à Rome et on aime voir le trèshumble Pontife, écrivant, à son disciple, lexhorter à conserver 1la vertu dhumilité malgré la grandeur des miracles quil opérait . Les deux collectes avant lanaphore et après la Communionsont les suivantes : Sur les ablations. — « Nous vous offrons, Seigneur, le Sacrificeen la fête du bienheureux pontife Augustin, vous suppliant de 1. Registr. xi, Ep. 28. P. L., LXXVII, col. 1138.
  • 235. faire que les brebis séparées retournent à lunité de la foi etparticipent ainsi à ce banquet de salut. » Claire allusion à laconversion, tant désirée par lÉglise, de lAngleterre à la foi deses pères, et à linvalidité de lEucharistie et des Ordinationschez les Anglicans. Après la Communion. — « Après avoir participé à la Victimedu salut, nous vous prions, par les mérites de votre bienheureuxpontife Augustin, de permettre que cette même Hostie voussoit offerte toujours et partout. » — La pensée est empruntéeà Malachie, mais lallusion concerne la grande île Britannique. Lantienne pour la Communion du peuple est la même quecelle que nous avons déjà vue le 3 décembre. Nous ne saurions nous séparer aujourdhui de saint Augustinsans évoquer la scène suggestive et impressionnante de sonpremier atterrissage en Angleterre. Tandis que les Barbaresmettaient sens dessus dessous lItalie, brûlaient les églises etmassacraient les évêques, Grégoire le Grand décide un coupaudacieux. Il envoie ses pacifiques troupes conquérantes dansla lointaine Bretagne, là où les Césars eux-mêmes navaientjamais pu établir solidement les aigles romaines. Le groupepsalmodiant des quarante moines missionnaires pose donc,courageux, le pied sur le sol anglais, et en prenant possessionau nom de lÉglise catholique, il se met en ordre de procession.Le pieux cortège est précédé dune croix dargent et duneimage du Divin Sauveur suivies par Augustin et les moines,qui chantent cette belle prière romaine de la procession desRobigalia : Deprecamur te, Domine, in omni misericordia tua,ut auferatur furor tuus et ira tua a civitate ista et de domo sanctatua, quia peccavimus tibi. Y eut-il jamais conquête plus pacifique que celle-là? 29 MAI. Sainte Marie-Madeleine de Pazzi. A fête de cette âme séraphique du Carmel de FlorenceL (f 25 mai 1607), fut dabord introduite par Clément Xdans le calendrier le 27 du même mois, mais avec le rite semi-double. Quand, en 1900, Léon X I I I étendit, pour le même jour,
  • 236. loffice du vénérable Bède à lÉglise universelle, sainte Marie-Madeleine dut céder la place au nouveau docteur et sa fête futtransférée au 29. L a messe est celle du Commun des Vierges, comme le10 février. La première collecte est propre. « Seigneur, qui aimezt a n t la virginité, et qui décorâtes de vos dons célestes labienheureuse Madeleine, vierge toute enflammée de votreamour; donnez-nous, nous vous en prions, dimiter sa puretétandis quen ce jour nous célébrons sa fête. » Parmi les dons spéciaux qui ont rendu célèbre sainte Marie-Madeleine, de la très noble famille des Pazzi de Florence,notons le parfum qui, maintenant encore, émane de sa dépouillevirginale conservée sans corruption. Les nombreuses révélations queut la Sainte sont égalementcélèbres; parmi elles il en est une qui concerne limmense gloireobtenue dans le ciel par saint Louis de Gonzague. Une bellemaxime de la Sainte est aussi remarquable. Sainte Thérèseavait coutume de répéter : « Ou souffrir, ou mourir. » SainteMarie-Madeleine modifia cette parole, et en compléta la signi-fication : « Non pas mourir, mais souffrir. » De fait, toute notregloire future dépend de la part que nous aurons eue à la passionde Jésus. Cest seulement pour cela que la vie est précieuse. 30 MAI. Saint Félix, martyr. osio retrouva, dans le pavement de la basilique de Sainte-B Cécile au • Transtévère, une épigraphe provenant dunebasilica domni Felicis, que les Itinéraires nous indiquent toussur la voie de Porto : GAVDIOSA DE POSITA IN BAS ILICA DOMNI FILICIS Qui était ce Félix, identifié plus tard avec le premier Pape dece nom? Au vrai, quand les Itinéraires le nomment, ils lui attribuentseulement le titre de martyr; si bien que Bosio a p u supposer
  • 237. quil sagissait dun martyr dOstie, mentionné dans les Actesde saint Hippolyte. Quoi quil en soit, lidentification de ce e rdomnus Félix avec saint Félix I , pape, est toujours exclue,puisque ce dernier, au témoignage du Liber Pontificalis, repo-sait dans la crypte papale du cimetière de Callixte. Le martyr Félix de la voie de Porto était toutefois à Romelobjet dune grande vénération, si bien quil avait fini pardonner son nom à la porte qui, du Transtévère, ouvrait la routeaboutissant à Porto Romano après avoir longé la rive droitedu Tibre. On célèbre sa fête le 29 juillet, et cest seulementgrâce à une équivoque que les Martyrologes du moyen âgelont anticipée au 29 mai, jour considéré comme le natalis de e rFélix I . Cest ainsi que la fête de ce dernier est entrée dans leBréviaire, grâce à la célébrité de lautre Félix. E n réalité, e rFélix I mourut le 30 décembre 274. Il est inutile dajouter que le Hiéronymien ne dit rien aujour-dhui ni du martyr de la voie de Porto ni d u Pontife de la cryptede Callixte. Les Bollandistes citent cette gracieuse inscription e rde Cornélius Hazart à la louange de Félix I qui, nous dit leLiber Pontificalis, décréta que le saint Sacrifice ne devait êtrecélébré que sur le tombeau des martyrs : SANGVINE • ROMANVS FELIX • PRIMAE • QVE • CATHEDRAE SESSOR • ET • INSIGNIS - JMORIBVS - HIC - TEGITVR VT - REGERET • SACRAM • FELICI - SYDERE • NAVIM NON - TIMVIT • STRICTAS - IN - SVA - FATA • MANVS La messe, durant le temps pascal, est celle du Commun :Protexisti, comme le 7 mai; hors de ce temps, cest la mêmeque pour saint Éleuthère, le 26 mai. Les collectes, dans lun etlautre cas, sont empruntées à cette dernière messe. 31 MAI. Sainte Pétronille, vierge.Station dans la basilique de Pétronille, au cimetière de. Domitille. ETTE sainte vierge, sur laquelle les Apocryphes ont amasséC tant de ténèbres,seulement onttitre deenmartyreune filleunesaint Pierre, reçoit quand ils le voulu faire dans de
  • 238. peinture murale située derrière labside de son église cimitérale : PETRO NELLA MART. Tout porte à croire lindication exacte, et ainsi sexpliquela grande vénération dont Pétronille fut lobjet dans lantiquitéet au début du moyen âge, alors que le culte liturgique étaitréservé aux seuls martyrs. Les Itinéraires nous indiquentconstamment sa tombe près de celle des martyrs Nérée etAchillée, et dans la liste des Huiles des tombes de martyrs e rportées à Monza sous saint Grégoire I , sainte Pétronille figureavec les mêmes martyrs locaux. Pour expliquer que la basilique du cimetière de Domitilleait été dédiée en commun à Nérée, Achillée et Pétronille,De Rossi a mis en lumière un détail architectonique très impor-tant de cet édifice. Sur le côté gauche, labside fut détournéeirrégulièrement, et sa courbe fut brisée par un cubimlum quonvoulut à tout prix conserver; dans ce but on alla jusquàinstituer une communication entre lhémicycle absidal et cettechapelle ornée de peintures. A quelques pas de là, on voit letombeau dune femme nommée Veneranda, avec la peinturementionnée plus h a u t ; la défunte y est représentée au momentmême où elle est introduite dans le royaume céleste par Pétro-nille, sa patronne : Petronella Martyr. La Sainte est représentéejeune, et de sa main gauche elle indique le coffret de bronzecontenant les volumes comme pourrésumer son enseignement spirituel par le conseil dobserverce que disent les saints Livres (fig. 5). Dans le cubiculum situé entre la tombe de Veneranda et letombeau des martyrs Nérée et Achillée dans labside de labasilique, se trouvait donc le sépulcre de Pétronille, avec le sar-cophage de marbre sur lequel se Usait lépigraphe qui a donnéaux Apocryphes lidée de voir en elle la fille de lapôtre Pierre : AVRELIAE • PETRONILLAE - FIL . DVLCISSIMAE . Elle appartenait donc à la famille romaine des Aurelii,apparentés aux Flaviens, et ce lien explique sa sépultureen ce lieu.
  • 239. Une stationem annuam in coemeterio sanctae Petronillae estmentionnée dans la vie de Grégoire I I I qui offrit un grandnombre dobjets précieux à ce sanctuaire, mais cela ne suffitpas à le soustraire au sort commun dabandon qui échut après e run certain temps à tous les cimetières romains. Aussi Paul I ,e n 755» transporta-t-il solennellement le corps de la Sainteau Vatican, où il le déposa dans lantique mausoleum Augus-torum de Valentinien I I , qui devint dès lors léglise de Sainte-Pétronille, sous le patronage des rois carolingiens. Sur cettedépouille virginale, le Pape et lÉglise romaine, sous la foi duserment, sapparentèrent spirituellement avec la famille dePépin et avec la France, laquelle devint, dès lors, comme xPétronille, la fille spirituelle de lapôtre Pierre . Dans la reconstruction de la basilique vaticane, la rotondede Sainte-Pétronille — qui se trouvait à peu près là où sélèvemaintenant à Saint-Pierre lautel des Saints-Simon-et-Jude —fut détruite, et les trésors impériaux trouvés dans les tombeauxde Théodore I I , dHonorius, de Valentinien I I I et de limpé-ratrice Marie, furent envoyés à la Monnaie. E n 1574, le sarco-phage primitif de sainte Pétronille fut brisé, pout être employécomme matériel de construction, et les saintes reliques furenttransférées en 1606 sous le nouvel autel de la basilique vaticane,au-dessus duquel on admire une magnifique mosaïque, copie dela célèbre peinture du Guerchin, représentant les funérailles 2 de sainte Pétronille . Lantienne pour lentrée du célébrant est la même que pourla fête de la naissance de sainte Agnès le 28 janvier. La premièrecollecte est identique à celle de sainte Pudentienne, le 19 mai.La lecture est tirée de TÉpître de saint Paul aux Corinthiens(I, v u , 25-34), ° ù lApôtre trace les règles de la virginité chré-tienne. Cette vertu, dit-il, est si sublime, que Jésus nen faitpas lobjet dun précepte, mais dun simple conseil de perfec-tion. Elle anticipe en quelque sorte ce bienheureux état din- 1. La France était déjà la fille première-née de lÉglise, du fait dubaptême de Clovis et de son peuple à Reims lan 496. (N. du T.). 2. Une lampe votive, entretenue par une oeuvre française, brûle toutle jour devant le tombeau de sainte Pétronille (N. du T.).
  • 240. corruption qui sera la prérogative de nos corps glorieux; car,en nous révélant la vanité et la brièveté du temps, elle nouspermet de nous consacrer entièrement, corps et âme, au serviceet à lamour de Dieu. Le répons-graduel est tiré de lhabituel psaume 44 : « J. LeRoi séprendra de ta beauté : il est le Seigneur ton Dieu,y . Écoute, ô mon enfant, regarde, incline ton oreille. » Quand Dieu nous aime, il dépose en nous, pour ly trouverensuite, la grâce, son don, car elle seule peut être digne delamour de Dieu. « Alléluia. Voici la vierge sage, lune du groupedes prévoyantes. » La prudence dont il est fait léloge dans le saint Évangileà propos des cinq vierges sages, équivaut à la prévoyance.Être prudent signifie donc prévoir, cest-à-dire voir, au delà delapparence présente, ce qui nest pas encore; voir léternitédurant le temps. D a n s quelle lumière lâme virginale va-t-elledonc au delà des choses présentes et voit-elle par avance le règnefutur de Dieu? Cest la tâche de la foi, grâce à laquelle le justevit ici-bas et agit pour là-haut, selon la parole de lApôtre :Sancti per fidem vicerunt régna, operati sunt iustitiam, adeptisunt retributionem. Durant le cycle pascal, au lieu du graduel et du versetmentionnés plus haut, on chante le psaume suivant : « Alléluia.Voici la vierge sage, etc. » comme ci-dessus, « Alléluia. (Sap.,iv, 2.) O combien est glorieux lessaim des âmes chastes ! »Cette gloire est un reflet de celle de Jésus, que les âmes viergesépousent dans lunion dun fervent amour. Lépouse a coutumede partager toujours la situation et la noblesse de lépoux. La lecture évangélique est la même que le 28 janvier, tandisque lantienne de loffertoire est identique à celle du 21 janvier,fête de sainte Agnès. Les deux collectes, avant lanaphore etaprès la Communion, sont aussi les mêmes que pour saintePudentienne, le 19 de ce mois. Lantienne pour la Communion du peuple est tirée du texteévangélique lu aujourdhui (MATTH., XIII, 45-46). Le royaumedes cieux est semblable à un marchand qui recherchait desperles de grande valeur; quand il en eut enfin trouvé une trèsprécieuse, il donna tout son bien et lacheta.
  • 241. 240 FÊTES DES SAINTS Le chrétien donne tout ce quil possède, mais il nobtientquune unique pierre précieuse : car Dieu est un trésor de siimmense valeur, quil ne souffre pas dêtre joint dans le cœurde lhomme à des biens créés. L E MÊME JOUR (31 MAI). Sainte Angèle Merici, vierge. Sainte Angèle est la fondatrice des Ursulines, auxquelleselle donna la règle du Tiers-Ordre de saint François. Safête fut introduite dans le calendrier de lÉglise universellepar Pie I X en 1861. Les pieux pèlerinages dAngèle en Palestineet à Rome rappellent dune certaine manière ceux que, environdeux siècles plus tôt, sainte Brigitte de Suède avait accomplis;ces deux saintes brillèrent par une même foi et trouvèrent lemême crédit chez les Papes, si bien que Clément VII ne voulaitplus permettre à Angèle de séloigner de la Ville éternelle.Après avoir groupé autour delle un essaim de vierges sacréesqui sadonnaient à léducation chrétienne des petites filles,Angèle, chargée de mérites, senvola au ciel le 27 janvier 1540. La messe est la même que pour sainte Pudentienne le19 mai, sauf les collectes. Prière. — « Seigneur qui avez fait fleurir dans votre Église,par la bienheureuse Angèle, une nouvelle famille de viergessacrées; faites-nous la grâce, par son intercession, de mener nousaussi une vie angélique, afin que, ayant renoncé à toutes lesjoies de la terre, nous méritions de goûter celles de léternité. » Saint Augustin observe que, dans le saint Évangile, toute âmechrétienne est désignée sous le nom de vierge, en tant quellesabstient des plaisirs illicites et conserve purs de toute tachede péché son corps et son cœur. Sur les oblations. — « Que lHostie que nous vous offrons enmémoire de la bienheu