ARCHITECTURE- VIOLLET LE DUC 1
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Título completo: Dictionnaire raisonné de la Architecture française- s.XI-XVI

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ARCHITECTURE- VIOLLET LE DUC 1 ARCHITECTURE- VIOLLET LE DUC 1 Document Transcript

  • - V
  • DICTIONNAIRE RAISONNE DELARCHITECTURE FRANÇAISE ou xie AU xvi" si ici E Droits de traduction el de reproduction réservés.
  • B - 7347.- Impr. MOTTEBOZ MARTINET, rue Saint-Benoit, Paris. et 7,
  • *T f T -Ii
  • DICTIONNAIRE RAISONNÉ DELARCHITECTURE FRANÇAISE DU Xfce AU XVI8 SIÈCLE PAR E. VIOLLET-LE-DUC ARCHITECTE TOME PREMIER PARIS LIBRAIRIES-IMPRIMERIES RÉUNIES ANCIENNE MAISON MOREL 5, RUE SAINT-BENOIT, 5
  • PRÉFACE Lorsquenouscommencions étudier larchitecturedu moyenâge, àil nexistait pasdouvrages pussentnousmontrer la voie à suivre. quiIl noussouvientqualors un grandnombrede maîtresen architecturenadmettaientquavecdes réserveslexistence ces monuments de quicouvrentle sol de lEurope, et de la Franceparticulièrement.A peinepermettait-onlétude de quelquesédificesde la renaissance françaiseet italienne; quant à ceux qui avaient été construits depuis le Bas-Empirejusquau xvesiècle, on nen parlait guère que pour les citercomme des produits de lignorance et de la barbarie. Si nous noussentionspris dune sorte dadmiration mystérieuse pour nos égliseset nos forteressesfrançaisesdu moyen âge, nous nosions avouerun penchant-qui nous semblait une sorte de dépravation du goût,dinclination peu avouable.Et cependant,par instinct, nous étionsattiré vers ces grandsmonumentsdont les trésors nous paraissaientréservés pour ceux qui voudraientsevouer à leur recherche. Après un séjour de deux ansen Italie, nousfûmes plus vivementfrappé encorede laspectde nos édificesfrançais,de la sagesse deetla science ont présidéà leur exécution,de lunité, de lharmonie quiet de la méthode suivies dans leur construction comme dans leur
  • - II - parure. cependant esprits Déjà des distingués avaient ouvert voie; la éclairés lestravaux ladmiration nosvoisinslesAnglais, par et de ils songeaientclasser édifices styles parépoques. ne sen à les par et On tenait plus à destextesla plupart erronés,on admettaitun classement archéologique basésur lobservationdîs monuments eux-mêmes. Les premiiTsiravauxdeM. de Caumont faisaient ressortirdescaractères bien tranchésentre les différentesépoques larchitecturefrançaise de du Nord. KM 1S;!1, M. Vitet adressait au ministre de lintérieur un rapporl sur les monuments départements lOise, de lAisne, du des de Nord, de la .Marne du Pas-de-Calais, et danslequel lélégant écrivain signalait à lattention du gouvernementdes trésors inconnus, bien quils lussent à nos portes. Plus tard, M. Mériméepoursuivait les recherches heureusement si commencées M. Vitet, et, parcourant par toutesles anciennes provincesde France,sauvaitde la ruine quantité dédificesque personne alors ne songeaità regarder, et qui fontaujourdhui la richesseet lorgueil des villes qui les possèdent.M. Didron expliquait les poèmessculptéset peintsqui couvrent noscathédrales,et poursuivait à outrance le vandalismepartout où ilvoulait tenter quelqueSuvre de destruction. Mais,il faut le dire ànotre honte, les artistes restaient en arrière, les architectes couraienten Italie, ne commençant ouvrir les yeuxquà Gènes à Florence; à ouils revenaientleursportefeuilles remplisdétudes faitessans critiqueet sans ordre,et semettaient lSuvre sansavoirmislespieds à dans-un monumentde leur pays. La Commission monuments des historiquesinstituée près leministèrede lintérieur commençaitcependant recruterun petit à nombredartistesquelle chargeaitdétudier et de réparerquel-ques-uns nosplus beaux de monuments moyen Cestà cette du âge.impulsiondonnéedès lorigine avecprudenceque nous devonsla conservation des meilleurs exemplesde notre architecture na-tionale,uneheureuse révolutiondansles études larchitecture, dedavoirpu étudierpendant longues de années édifices les quicouvrentnos provinces,et réunir les éléments ce livre que de
  • - III - nous présentonsaujourdhui au public. Au milieu de difficultéssanscesserenaissantes, avec des ressources minimes, la Commissiondes monumentshistoriques a obtenu des résultatsimmenses;toutfaible que soit cet hommagedans notre bouche,il y aurait de lin-gratitude à ne pas le lui rendre : car, en conservantnos édifices,elle a modifié le cours des études de larchitecture en France ; ensoccupant passé,elle a fondédanslavenir. du Ce qui constitueles nationalités,cest le lien qui unit étroitementlesdifférentes périodes leur existence; faut plaindrelespeuples de ilqui renient leur passé, rar il ny a pas davenir pour eux ! Lescivilisationsqui ont profondémentcreusé leur sillon dans lhistoiresontcelleschez lesquellesles traditions ont été le mieux respectées,et dont lâgemûr a conservé tous les caractères lenfance.La civi- delisation romaine estlà pour nousprésenterun exemplebien frappantde ce que nous avançonsici ; et quel peuple eut jamais plus derespectpour son berceauque le peupleromain! Politiquementpar-lant, aucun pays, malgré des différencesdorigines bien marquées,nest fondu dans un principe dunité plus compacteque la France;il nétait donc ni juste ni senséde vouloir mettre à néantune descauses cette unité : sesarts depuisla décadence de romain? jusquàla renaissance. En effet, les arts en France, du ix" au xve siècle, on, suivi unemarcherégulière et logique; ils ont rayonnéen Angleterre,en Alle-magne,dansle nord de lEspagne,et jusquen Italie, en Sicile et enOrient. Et nousne profiterions pasde ce labeur de plusieurssiècles!Nous ne conserverions pas et nous refuserions de reionnaiu1 cesvieux titres enviésavec raison par toute lEurope! Nous serionsle>derniers à étudier notre propre langue! Les monumentsde pierreou de bois périssent,ce serait folie de vouloir les conserveret detenter de prolongerleur existence dépit des conditionsde la ma- entière; mais ce qui ne peut et ne doit périr, cest lesprit qui a faitélever ces monuments,car cet esprit, cest le nôtre, cest lâme dupays. Dans louvrage que nous livrons aujourdhui au public, nous
  • - IV -avonsessayénon-seulementdonner nombreux de de exemples desformesdiverses adoptées larchitecture moyen suivant par du âge,un ordrechronologique, surtout avant mais et tout,defaireconnaîtreles raisonsdêtre de cesformes,les principesqui les ont fait ad-mettre,lesmSurs et les idéesau milieu desquelles elles ont prisnaissance. nousa parudifficile derendre compte transforma- Il destions successives des arts de larchitecture sans donner en mêmetempsun aperçude la civilisationdont cettearchitecture comme estlenveloppeet si la tâchesest ; trouvéeau-dessus nosforces, de nousauronsau moinsouvert une voie nouvelleà parcourir, car nous nesaurionsadmettrelétudedu vêtementindépendamment létude de delhommequi le porte. Or, toute sympathie pour telle ou telle formede lart mise de côté, nous avonsétéfrappé de lharmonie complètequi existe entre les arts du moyenâge et lesprit des peuples aumilieu desquelsils se sont développés. jour où la civilisation Dudu moyen âge se sentvivre, elle tend à progresserrapidement,elleprocède par une suite dessaissans sarrêter un instant; à peinea-t-elle entrevu un principe, quelle en déduit les conséquences, etarrive prornptement labus sanssedonner le tempsde développer àson thème : cest là le côté faible, niais aussi le côté instructif desarts du xn au xvi siècle.Lesarts comprisdanscettepériodede troissièclesne peuvent,pour ainsi dire, être saisissur un point ; cestunechaînenon interrompuedont tousles anneaux sontrivés à la hâteparIt-slois impérieuses la logique. Vouloir écrire une histoire de lar- dechitecturedu moyenâge,ce serait peut-être tenter limpossible, caril faudrait embrasser la fois et faire inarcher parallèlementlhistoire àrelii:ifuse. politique, féodaleet civile de plusieurspeuples; il faudraitconstaterles influencesdiverses ont apporté leurs éléments des qui àlivrés différents dans telle ou telle contrée; trouver le lien de cesinfluences, analyser leurs mélangeset définir les résultats; tenircompte traditionslocales,desgoûtset desmSurs despopula- destions, des lois imposéespar lemploi des matériaux, des relationscommerciales, génie particulier des hommesqui ont exercé une du
  • . Yaction sur les événements,soit en hâtant leur marche naturelle, soiten la faisant dévier; ne pasperdre de vue les recherchesincessantesdune civilisation qui se forme, et se pénétrer de lesprit encyclo-pédique, religieux et philosophique du moyen âge. Ce nest pasdaujourdhui que les nationschrétiennes occidentales inscrit sur ontleur drapeaule mot « Progrès»; et qui dit progrès,dit labeur, lutteet transformation. La civilisation antique est simple, une : elle absorbeau lieu de serépandre. Tout autre-est la civilisation chrétienne: elle reçoit etdonne; cestle mouvement,la divergencesansinterruption possible.Cesdeuxcivilisations dû nécessairement ont procéder très-différem-ment danslexpressionde leurs arts; on peut le regretter,mais nonaller à lencontre.On peut écrire une histoire desarts égyptien,grecou romain, parce que cesarts suiventune voie dont la pente égalemonteà lapogéeet descend la décadence à sansdévier; mais la viedun hommene suffirait pas à décrire les transformationssi rapidesdesarts du moyenâge,à chercherles causes cestransformations, deà compter un à un tous les chaînonsde cette longuechaîne si bienrivée, quoiquecomposée déléments divers. si On a pu, lorsque les étudesarchéologiques le moyenâge ne surfaisaientque poserles premiersjalons, tenterune classification toutede convention,et diviser les arts par périodes,par stylesprimaire,secondaire,tertiaire, de transition, et supposerque la civilisationmoderneavait procédécommenotre globe,dont la croûteauraitchangé natureaprèschaque de grandeconvulsion;mais,par le fait,cette classification, toute satisfaisante quelle paraisse,nexiste oasplusdanslhistoirede nosarts quedansla géologie, de la déca- etdenceromaine la renaissance xvr siècle ny a quunesuitede à du iltransitions sansarrêts. Cenest pasque nous voulionsici blâmeruneméthodequi a rendu dimmens-es services,en ce quelle a posé despointssaillants, quellea mis la première lordre danslesétudes, deet quelle apermisdedéfricher le terrain; mais,nousle répétons,cetteclassification de pure convention,et nous croyonsque le moment est
  • - Il -estvenudétudier du moyen comme étudie développe- lart âge on lementet la vie dun être animéqui de lenfance arriveà la vieillesseparunesuite transformations de insensibles, quil soitpossible etsansdedire lejour où cesse lenfance où commencevieillesse. et la Cesraisons, notreinsuffisance peut-être, nousont déterminé donnerà àcetouvrage formedun Dictionnaire.Cette la forme,en facilitantlesrecherches lecteur,nouspermet présenter masse au de une considé-rablede renseignements dexemples neussent trouverleur et qui puplacedansune histoire, sansrendrele discoursconfus et presquein-intelligible. Elle nous a paru, précisémentà causede la multiplicitédes exemple? donnés,devoir être plus favorableaux études,mieuxfaire reconnaîtreles diversesparties compliquées, mais rigoureuse-ment déduites,desélémentsqui entrent dans la compositionde nosmonumentsdu moyenAge,puisquelle nousoblige, pour ainsi dire,à les disséquer séparément, en décrivantles. tout fonctionset les trans-formations de ces diversesparties. Nous nignorons pas que cettecomplicationdesarts du moyen âge, la diversité de leur origine, etceit " rechercheincessa du mieux qui arrive rapidementà labus, tont rebutébien desesprits,ont été cause la répulsion quon éprou- devait et quon éprouveencorepour une étude dont le but napparaîtpasclairement.Il est plus court de nier que détudier : longtempsonna vouluvoir danscedéveloppement dunedesfacultésintellectuellesde notre paysque le chaos,labsencede toi t ordre, de touteraison;cl cependant,lorsquon pénètre au milieu de ce chaos, quon voitsourdreune à une les sources lart de larchitecturedu moyenâge, dequon prend la peinedesuivre leur cours,on découvre bientôt la pentenaturelle vers laquelle ellestendent toutes,et combien ellessont fé-condes. faut reconnaître le tempsde la négation Il que aveugle estdéjàloin de nous: notresièclecherche résumer passéil semble à le ;reconnaître en celanouscroyons estdans vrai)quepourse (et quil lefrayerun chemin danslavenir,il faut savoir doù lon vient,profiterde tout ce que les sièclesprécédents laborieusementamassé. ont Cesentiment quelquechose plus profond est de quuneréactioncontre
  • - VII - lesprit destructeurdu siècledernier, cest un besoin du moment: et si quelques exagérations pu effrayer esprits ont les sérieux, lamour si du passéparfois poussé a été jusquaufanatisme, nenreste moins il pas au fond de la vie intellectuellede notre époqueune tendance généralret très-prononcée lesétudes vers historiques, quelles appartiennent àla politique, la législation, lettreset auxarts.11 à aux suffit,poursenconvaincre cetteobservation (si avaitbesoinde sappuyer des surpreuves), voir avec de quelle avidité publicenFrance, Angleterre, le enenItalie,enAllemagne en Russie, jette sur touteslesSuvresqui et setraitent de lhistoire ou de larchéologie,avecquel empressement leserreurs sont relevées, les monuments et les textes mis en lumière. Ilsembleque lesdécouvertes nouvellesviennenten aideà cemouvementgénéral. Au momentoù la main des artistesne suffit pasà recueillirles restessi nombreuxet si précieuxde nos édificesanciens, apparaîtla photographie,qui forme en quelquesannéesun inventaire fidèlede tous cesdébris. Desages dispositionsadministrativesréunissentetcentralisentles documents éparsde notre histoire; les départements,les villes, voient dessociétés fonder dansleur sein pour la conser- sevation desmonuments épargnés les révolutionset la spéculation par ;le budget lÉtat,au milieu descrises de politiques plusgraves, lesne cessede porter dans sescolonnesdes sommesimportantes poursauverde la ruine tant doeuvresdart si longtempsmisesen oubli.Et ce mouvementne suit pas les fluctuations dune mode, il estconstant, est chaque il jour plus marqué, aprèsavoir pris nais- et,sance milieu dequelques au hommes éclairés, serépandpeuà peu ildansles masses;il faut dire même quil est surtout prononcé dansles classes industrielles et ouvrières,parmi les hommeschezlesquelslinstinct agit plusqueléducation ceux-ci : semblent reconnaître sedansles Suvres issuesdu génie national. Quandil sest agi de se servir ou de continuerdesSuvresdessiècles passés, nest pasden basquenoussontvenues diffi- ce lescultés, et les exécutantsne nous ont jamais fait défaut. Mais cestprécisément quecette parce tendance autrechose est quunemode
  • - VIII -ouuneréaction, estimportant quil dapporter choixscrupuleux, unune critique impartiale sévère, létude lemploi maté- et dans et desriauxqui peuvent contribuerà rendre notre un artconforme à paysà songénie. cette Si étude incomplète, est étroite, sera elle stérileet feraplusde mal quede bien; elle augmentera confusion la etlanarchiedanslesquelles arts sonttombés 1rs depuis tantôtcin-quante etqui nous ans, conduiraient la décadence; apportera à elleun élémenfdissolvant plus.Si,au contraire, de cetteétudeestdirigéeavecintelligence soin; si lenseignement et élevéladoptefranche-ment et anvte ainsi ses écarts, réunit sous sa main tant deffortsqui se sontperdusfautedun centre,les résultatsne se feront pasattendre: lart de larchitecture reprendra le rang qui lui convientchez une nation éminemment créatrice. Des convictionsisolées,si fortes quelles soient, ne peuventfaireune révolution dansles arts. Si aujourdhui nouscherchons renouer àcesfils brisés,à prendre dansun passé nousappartienten propre quiles élémentsdun art contemporain,ce nest pasau profit des goûtsde tel ou tel artiste ou dune coterie; nous ne sommes au contraireque les instruments docilesdes goûts et desidéesde notre temps,et cest aussi pour cela que nousavonsfoi dans nos étudeset quele découragement sauraitnousatteindre.Cenest pas nousqui nefaisonsdévierlesarts de notreépoque, cestnotre époque nous quientraîne Où?Quile sait! Faut-ilau moinsquenousremplissionsdenotre mieuxla tâche nousest imposée les tendances qui par dutempsoù nousvivons.Cesefforts, est vrai, ne peuventêtre que illimités,carlaviede lhomme nestpas assez longue pourpermettreà larchitecte dembrasser ensemblede travaux à la Ibis intellec- untuels matériels; et larchitecte etnepeut quune nest être partieduntout: il commence que dautres ce achèvent, terminece que oudautres commencé; saurait travailler lisolement, ont il ne donc danscar sonSuvrene lui appartient en propre,comme tableau pas le aupeintre, poëme poète. le au Larchitecte prétendrait imposer qui seulun art à touteuneépoque feraitun actedinsigne folie. Enétudiant
  • - IX -larchitecture moyen en cherchant répandre élude, du âge, à cettenousdevons déclarerhautement notre but nest pas de faire querétrograder les artistes, de leur fournir les élémentsdun art oublié,pour quils les reprennent quels,et les appliquent tels sansraisonauxédifices xixesiècle;cetteextravagance nousêtre repro- du a puchée, maisellena heureusement jamaisétéle but de nosrecherches,la conséquencenosprincipes. a pu fairedes de On copies oumoins plusheureuses édificesantérieursau xvic siècle; cestentativesne doi- desventêtreconsidérées commedesessais que destines retrouverles élé- àmentsdun art perdu, non commele résultatauqueldoit tendre notrearchitecturemoderne.Si nousregardonslétude de larchitecturedumoyenâgecommeutile, et pouvantamenerpeu à peu une heureuserévolution dans,lart, cenest pasà coupsûr pour obtenir desSuvressans originalité, sans style, pour voir reproduire sans choix, elcomme une forme muette, des monumentsremarquablessurtoutà causedu principe qui les a fait élever; maiscest au contrairepourque ce principe soit connu, et quil puisseporter des fruits aujour-dhui commeil en a produit pendantles xneet xmesiècles.En sup-posantquun architecte de ces époquesrevienne parmi nous, avecses formules et les principes auxquels il obéissait de son temps,et quil puisseêtre initié à nos idéesmodernes, lon mettait à sa sidispositionles perfectionnements apportésdans lindustrie, il ne bâ-tirait pasun édificedu tempsde Philippe-Auguste de saint Louis, ouparce quil fausseraitainsi la premièreloi de son art, qui est de seconformer aux besoins et aux mSurs du moment : dêtre rationnel. Jamais peut-être ressources fécondes étéoffertes des plus nont auxarchitectes les exécutants : sont nombreux,intelligents et habilesdela main; lindustrie est arrivée à un degré de puissance navait quipasété atteint. Cequi manque tout cela,cestune âme cestce à ;principe vivifiant rendtoute qui Suvredartrespectable, faitque quilartiste peut opposer raison aux fantaisies la souvent ridiculesdesparticuliers dautorités compétentes, disposés consi- ou peu trop àdérerlart comme superfluité, affairede caprice demode. une une ou i. - b
  • - X -Pourquelartisterespecte Suvre, fautquil lait conçue son il aveclaconviction quecette intime Suvre émanée principe est dun vrai,basésur les règlesdu bon sens;le goût, souvent,nest pasautrechose, pourque lartiste respecté et soit lui-même, faut quesa ilconviction puisse miseendoute: or, comment ne être supposer quonrespectera lartistequi, soumis toutes puérilités à les dun amateurfantasque, bâtira,suivant caprice moment, maison lui le du unechinoise,arabe,gothique, ou de la renaissance? devientlartiste Queau milieu de tout ceci? Nest-cepas le costumier qui nous habillesuivant notre-fantaisie,mais qui nest ii-n par lui-même, na et nepeut avoirni préférence, goût propre,ni ce qui constitue ni avanthuit lartiste créateur, linitiative? Mais létude dune architecturedont la formeest soumise un principe, commele corps est soumis ài lintelligence,pour ne point rester stérile, ne sauraitêtre incomplète et superficielle.Nousne craindrons pas de le dire, ce qui a le plusretardé les développements la renaissance notre architecture de denationale, renaissance dont on doit tirer profit pour lavenir, cest le zèle mal dirigé, la connaissance imparfaite dun art dans lequelbeaucoup voientquuneformeoriginaleet séduisante appré- ne sanscier le tond.Nousavonsvu surgir ainsi de pâlescopiesdun corpsdont lâme est absente. archéologues, décrivantet classant Les en lesformes,nétaient toujours architectes pas praticiens,ne pouvaientparler que de ce qui frappait leurs yeux; mais la connaissance dupourquoidevaitnécessairement manquerà cesclassifications pure-mentmatérielles, le bonsens et publicsesttrouvéjustementchoquéà la vuede reproductions art dontil ne comprenait la raison dun pasdêtre,qui lui paraissait jeu bontout au plus pour amuser un quel-quesesprits curieux vieilleries, de maisdans pratique la duquelilfallait bien segarderde sengager. Cest queneffet,sil estun art sérieux doivetoujours qui êtrelesclave de la raison et du bon sens, cest larchitecture. Seslois fon-damentales lesmêmes touslespays dans lestemps sont dans et tous :Japremièreconditiondu goût en architecture, dêtresoumisà cest
  • XI -ceslois; et lesartistesqui, aprèsavoir blâmé imitations les contem-poraines temples de romains danslesquelles ne pouvaitretrouver onni le souffleinspirateur lesa fait élever, despointsderapports qui ni"avec habitudeset nos besoins,sesont mis à construiredespasti- nosches des formesromanesou gothiques,sansse rendre compte desmotifs qui avaientfait adopter ces formes,nont lait que perpétuer"dunemanièreplus grossièreencoreles erreurs contre lesquellesilssétaient élevés. Il y a deux choses dont on doit tenir compteavanttout danslétudedun art, cest la connaissance principe créateur, et le choix dans dulSuvre créée. Or, le principe de larchitecture françaiseau moment"oùelle sedéveloppe avecune grande énergie, du xne au xmesiècle,étant la soumission constante de la forme aux mSurs, aux idées du moment,lharmonie nitrc le vêtementet le corps, le progrèsinces- sant, le contraire de limmobilité; lapplication de ce principe nesaurait faire rétrograder lart, ni mêmele rendre stationnait^. Tous les monuments enfantéspar Jemoyenâgeseraient-ilsirréprochables,quils ne devraient donc pas être aujourdhui servilement copiés,si lon élève un édifice neuf; ce nest quun langagedont il fautapprendreà seservir pour exprimersapensée, mais non pour répéterce que dautres ont dit. Et dans les restaurations,même lorsquilne sagit que de reproduire ou de réparer les parties détruitesou altérées,il est dune très-grandeimportancede serendre comptedescausesqui ont fait adopter ou modifier telle ou telle dispositionprimitive, appliquer telle ou telle forme; les règlesgénéraleslaissentlarchitecte sans ressources devantles exceptionsnombreuses se quiprésentent chaque sil nestpaspénétré lespritqui a dirigé à pas, deles anciens constructeurs. On rencontrera souventdanscet ouvrage des exemples qui accu- sent lignorance, lincertitude, les tâtonnements,les exagérations de certains artistes; mais, quon veuille bien le remarquer, on ytrouvera aussilinfluence,labus mêmeparfois dun principe vrai, uneméthode rmme tempsq Tune en grandelil erté individuelle, lunité
  • - XII -du style,lhirrnonie danslemploidesformes,linstinctdespropor-tions,toutes qualités constituent art, quil sappliquela les qui un àplushumblemaison paysan à la plusrichecathédrale, de ou commeau palais souverain. effet,une civilisationne peut prétendre du Enposséder art que si cetart pénètre un partout,sil fait sentirsapré-sence danslesSuvresles plusvulgaires. de tousles paysocci- Or,dentaux lEurope,la Franceestencore de celui chezqui cetteheu-reusefaculté sestle mieux conservée, cestcelui qui la possédée carau plus haut degrédepuisla décadence romaine.Detout tempslaFrancea imposésesarts et sesmodesà une grande partie du conti-nent européen elle a essayé : vainement depuisla renaissance se defaire italienne, allemande, espagnole, grecque;son instinct, le goûtnatif qui résidedanstoutesles classes pays,lont toujoursrame- dunée à son génie propre en la relevant aprèsles plus graveserreurs.Il estbon, nouscroyons,de le reconnaître,car trop longtempsles ar-tistesont méconnu ce sentimentet nont passu en profiter. Depuis1" règnede Louis XIV surtout, les artistesont lail ou prétendu faire un corpsisolédansle pays,sortedaristocratieétrangère,méconnais-santces instincts des masses. se séparantde la foule, ils nont En plus été compris, ont perdu toute influence,et il na pas dépendu deux quHla barbariene gagnâtsansretour ce qui restait en dehors de leur sphère. Linfériorité dexécutiondans les Suvres des deux derniers sièclescomparativement siècles aux précédents nousen four- nit la preuve. Larchitecture surtout, qui ne peut se produire quà laide dune grande quantité douvriers de tous états, ne présentait plus, à la tin du xviir siècle, quune exécution abâtardie, molle, pauvre et dépourvuede style, à ce point de faire regretter les der-nières productions Bas-Empire. royautéde LouisXIV, en se du Lamettantà la placede toute chose France,en voulant être le prin- encipedetout, absorbait fruit lesforces sans vives pays,plusencore dupeut-être dans les arts que dans la politique; et lartiste a besoin,pour produire, de conserverson indépendance.Le pouvoir féodalnétait certainementpasprotecteur de la liberté matérielle; les rois,.
  • - XIII -les seigneurs séculiers, comme évèques lesabbés, compre- les et nenaient pas et ne pouvaient comprendrece que nous appelonslesdroitspolitiquesdu peuple: on en a mésusé notretemps, de queneût-on fait au xne siècle! Mais ces pouvoirs séparés,rivaux mêmesouvent, laissaientà la population intelligente et laborieusesalibertédallure. Les arts appartenaient peuple,et personne, au parmi li-sclasses supérieures, songeaità les diriger, à les faire dévier de leur nevoie. Quandles artsne furent plus exclusivement pratiquéspar leclergé régulier, et quils sortirent desmonastères pour serépandredanscentcorporationslaïques,il ne semblepas quun seul évèquese soit élevé contre ce mouvementnaturel; et comment supposerdailleurs deschefs lÉglise, avaient puissamment que de qui si etavecune si laborieusepersévérance aidé à la civilisation chrétienne,eussentarrêté un mouvementqui indiquait mieux que tout autresymptômeque la civilisation pénétraitdansles classes moyennesetinférieures?Mais les arts, en serépandanten dehorsdes couvents,entraînaient avec eux des idées démancipation,de liberté intellec-tuelle, qui durent vivement séduire des populations avides dap-prendre,de vivre, dagir, et dexprimerleurs goûts et leurs ten-dances.Cétait dorénavantsur la pierre et le bois, dansles peintureset les vitraux, que ces populations allaient imprimer leurs désirs,leurs espérances; cétait laque sanscontrainteellespouvaient pro-testersilencieusement contrelabusde la force. A partir du xnesiècle,cetteprotestation cesse seproduiredans ne de toutes Suvresdart lesqui décorent édifices moyenâge ellecommence nos du ; gravement,elle sappuiesurles textessacrés; devientsatiriqueà la fin du elleXIIIesiècle,et finit au xvepar la caricature.Quelleque soit saforme,elle esttoujoursfranche, libre, cruemême parfois. Avecquellecom-plaisance artistes cesépoques les de sétendent leursSuvressur dansle triomphedesfaibles,sur la chutedespuissants! Quelest lartistedu tempsde Louis XIV qui eût oséplacerun roi danslenferà côtédun avare, dun homicide?Quel est le peintre ou le sculpteur duxinesiècle ait placé roi dans nuées, qui un des entouré duneauréole,
  • - XIV -glorifiécomme Dieu,tenant foudre,et ayant sespieds un la à les-puissants siècle? du Est-ilpossible dadmettre, quand étudie on nosgrandes cathédrales, châteaux noshabitations moyenâge, nos et duquuneautrevolonté cellede lartisteait influésurla formede queleurarchitecture, le système sur adoptédansleur décoration leur ouconstruction?Lunité qui règnedans ces conceptions, parfaite laconcordance détailsaveclensemble, des lharmonie de toutesles par-titN iif démontrent-elles quuneseule pas volonté présidé lérec- a àtion de cesSuvres dart? cette volontépeut-elle être autre que celleil» larti:-!.Et m- voyons-nous à proposdesdiscussions pas, quieurent sous lieu LouisXIV, lorsquilfut question dachever Louvre, lele roi, le surintendant des bâtiments, Colbert, et toute la cour donnersonais, soccuper ordres,descorniches, de tout cequi touche des età Fart, et finir par confierlSuvre à un hommequi nétait pasarclii-iicle, et ne sut que faire un dispendieuxplacage,dont le moindredéfaut est de ne se rattacher en aucune façon au monument et derendreinutile le quart de sasuperficie?Onjauge une civilisation parsesarts, car les arts sont lénergique expression des idées duneépoque,et il ny a pasdart sanslindépendance lartiste. de Létude des arts du moyenâge est une mine inépuisable,pleinedidéesoriginales,hardies, tenant limagination éveillée; cette étudeoblige à cherchersanscesse, par conséquent développepuis- et ellesammentlintelligencede lartiste. Larchitecture,depuisle xue sièclejusquà la renaissance, se laissepasvaincrepar les difficultés, neelle les aborde toutes, franchement;nétant jamais à bout de res-sources,elle ne va cependantles puiser que dans un principe vrai. VElle abusemêmetrop souventde cette habitude de surmonter desdifficultésparmi lesquelles aimeà se mouvoir.Cedéfaut!pou- ellevons-nouslui reprocher?tientàla nature le Il desprit notre de p?.ys,à sesprogrèset à sesconquêtesdont nousprofitons, au milieu danslequelcetespritsedéveloppait. dénote effortsintellectuels Il les doùla civilisation moderne est sortie; et a civilisation moderne est loindêtre simple. nous comparons civilisation Si la à la païenne, corn- de
  • - XV -bien de rouages nouveauxne la trouverons-nouspas surchargée :pourquoi donc vouloir revenir dans les arts à des formes simplesquand noire civilisation, dont cesarts ne sontque lempreinte, est sicomplexe? Tout admirable que soit lart grec, seslacunessont tropnombreuses pour que dans la pratique il puisseêtre appliqué à nosmSurs. Le principe qui la dirigé est trop étrangerà la civilisationmodernepour inspirer et soutenir nos artistes modernes: pourquoidoncne pashabituer nos espritsà cesfertiles labeurs dessièclesdoùnous sommessortis? Nous lavons vu trop souvent, ce qui manqin1surtout aux conceptions modernesen architecture,cest la souplesse,cette aisancedun arl qui vit dans une sociétéquil connaît; notivarchitecturegêneou est gênée,en dehorsde son siècle,ou complai-santejusquà la bassesse, jusquau mépris du bon sens.Si doncnousrecommandons lélude des arts des sièclespassésavant lépoqueoùils ont quitté leur voie naturelle,ce nest pasque nousdésirionsvoirélevercheznousaujourdhui desmaisons des palais du xmesiècle, etcest que nous regardonscette étude comme pouvant rendre auxarchitectes cettesouplesse, habitude raisonner, cette de dappliquerà toute chose un principe vrai, cette originalité native et telleindépendance tiennentau géniede notre pays. qui Naurions-nousque fait naître le désir cheznos lecteurs dappro-fondir un art trop longtempsoublié, aurions-nouscontribué seule-ment à faire aimer et respecter Suvres qui sont la vivanteexpivv- dession de nos progrès pendant plusieurs siècles,que nous croirionsnotretâche remplie et si faibles soient résultats nosefforts, ; que les deils ferontconnaître,nouslespérons moins,quentrelantiquité duet notre siècle il sest fait un travail immensedont nous pouvonsprofiter, si noussavons recueilliret choisirlesfruits. en IOLLET-LE-DUC.
  • DICTIONNAIRE RAISONNÉ DE LARCHITECTURE FRANÇAISE DU XIe AU XVIe SIÈCLE ABAQUE, m. (taillmr). Tablette qui couronne le chapiteau de la s.colonne.Cemembredarchitecture joue un rôle essentiel danslescon-structions du moyen âge. Le chapiteau, recevant directement les nais-sancesdesarcs, forme un encorbellement destiné à équilibrer le porteà faux du sommier sur la colonne : le tailloir ajoute donc à la saillie duchapiteau en lui donnant une plus grande résistance. Biseauté générale-ment dans les chapiteaux de lépoque romane primitive (fig. 1), il affecteen projection horizontale la forme carrée, suivant le lit inférieur du som- i. - 1
  • f ABAQUE1 - 2 -raierdelarc quil supporteil estquelquefois ; décoré moulures de simples-et dornements, particulièrementpendantle xne siècle,dans lIle-de- France, la Normandie, la Cham- pagne, Bourgogne lesprovinces la et méridionales(ûg. 2). Son plan reste carré pendant la première moitié du xme siècle; mais alors il nest plus décoré que par des profils dune coupe très-mâle (flg. 3), débordant toujours les feuillages et ornements du chapiteau. Lexemple que nous donnons ici est tiré du chSur de léglise de Vézelay,bâti vers 1200. Au milieu du xme siècle, lorsqueles arcs sont refouillés de moulures accentuées présentanten coupedessailliescomprises dans des polygones, abaques les inscrivent ces.nouvelles formes(fig. 4). Alors lesfeuillages chapiteaux des débordent lasaillie destailloirs (église de Semur en Auxois et cathédrale de Nevers). On rencontre souvent des aba- ques circulaires dans les édifices 5 de la province de Normandie. A la cathédrale de Goutances, Baveux, à à Eu, au Mont-Saint-Michel, a Dol en Bretagne, les abaquescirculaires apparaissent vers le milieu du xme siècle; les profils en sont hauts, pro- fondément refouillés, comme ceux des chapiteaux anglais de la même époque. Quelquefois, dans les cha- A piteaux des meneauxde fenêtres (comme à la sainte Chapelle duPalais,commeà la cathédraledAmiens,commedans les fenêtresdes
  • - 3- [ ABAT-SONS ) chapelles de cathédrale de12301250, abaques latérales la deParis), à les sontcirculaires(fig. 5). Vers finduxin* la siècle abaques les diminuent àpeu peu dimpor- tance; deviennent maigres, saillants ils bas, peu pendant xivsiècle le (fig. etdisparaissent entièrement lexvc 7). 6), presque pendant (fig. Pni-. sous linfluence larchitecture de antique, abaques les reprennentlim- deportance au commencement du xvi siècle(voy. CHAPITEAU). Pendant lapériode romane et la première moitié du xme siècle, les abaquesne fontpas partie du chapiteau; ils sont pris dans une autre assisede pierre ; ilsremplissentréellement la fonction dune tablette servant de supportet dopoint dappui aux sommiersdes arcs.Depuis le milieu du xine siècle jus-quà la renaissance, perdant de leur importance comme moulure, les enabaques sont,le plussouvent, dans pris lassise chapiteau quelquefois du ;mêmb les feuillages qui décorent le chapiteau viennent mordre sur lesmembres inférieurs de leurs profils. Au xv siècle, les ornements enve-loppent la moulure de labaque,qui se cachesouscetexcèsde végétation.Le rapport entre la hauteur du profil de labaque et le chapitr.ni. entre lasaillie et le galbe de sesmoulures et la disposition desfeuillages ou orne-ments, est fort important à observer; car ces rapports et le caractèredeces moulures semodifient, non-seulement suivant les progrès de larchi-tecturedu moyenâge,mais aussiselonla placequoccupent chapi-lesteaux.Au xur siècleprincipalement, abaques les sont plus ou moinsépais,et leurs profils sont plus ou moinscompliqués, suivant que leschapiteaux placés sont plusou moinsprèsdu sol.Dansles partiesélevéesdesédifices, abaques les sont très-épais, largement proMlé-.tandi- quedansles partiesbasses sont plus minces finementmoulurés. ils et ABAT-SONS, m. Cestle nom quon donneaux lamesde bois, re- s.couvertes plombou dardoises, sontattachées charpentes de qui aux desbeffroispour les garantir dela pluie,et pour renvoyer son descloches leversle sol. Cenest guèreque pendantle xnr siècle quon a commencéà garnir lesbeffroisdabat-sons. Jusqualors baies clochers les des étaientpetites et étroites; les beffrois restaientexposés lair libre. On ne trouve à
  • [ ABSIDE ] - i -detracesdabat-sons antérieurs < siècleque dans manuscrits au les (fig.1).Ils étaient souvent décorés dajours, de dents scie 2) à leur extrémité de (fig. inférieure, oudegaufrures les sur plombs. BEFFROI (Voy. .) ABAT-VOIX, m. -Voy. s. CHAIRE. ABBAYE, f. - V. ARCHITECTURE s. MONASTIQUE. ABSIDE, f. (quelques-uns s. disentapside}. Cest la partiequi terminele chSur dune église,soit par un hémicycle, par despanscoupés, soit soit par un mur plat. Bienque le mot abside doive ne rigoureusement sappliquerquà la tribune ou cul-de-four clôt la basilique qui antique,on lem- ploieaujourdhuipourdésigner chevet, le lextré- mité du chSur, et même leschapellescirculaires ou polygonales transsepts du rond-point. des ou On dit : chapelles absidales, cest-à-direchapelles ceignantlabsideprincipale;absidecarrée:la ca-thédrale deLaon, léglisede Dol (Bretagne),sontterminéespar desabsides l
  • - 5 - [ ABSIDE]carrées,ainsi que beaucoupde petites églisesde lIle-de-France,de Cham-pagne, Bourgogne, Bretagne deNormandie. de de et Certaines églises ontleurs croisillons terminés pardes absides semi-circulaires :telssont lestranssepts cathé- desdrales de Noyon, de Soissons,de Tournay en Belgique; deséglises de Saint-Macaire prèjde Bordeaux, Saint-Martin deCologne, toutes églises bâtiespendant le xije siècle ou .u com-mencement du xme. Dans lemidi de la France la dispositionde labside de la basilique anti-que se conserve plus longtempsque dans le nord. Les absidesdeséglisesde Provencesont gé-néralement dépourvuesde bascôtéset dechapellesrayonnantesjusque versle milieu du xmesiècle; leursvoûtesencul-de-foursontplusbasses celles transsept. que du Tellessontles absides des cathédralesdAvignon, des églisesdu Thor(fig.l)(Vaucluse); deChauvigny(Basse),dans le Poitou (fig. 2); ~ =^X 3dAutun, de Cosne-sur-Loire(fig. 3); deséglisesde lAngou-mois et de la Saintonge, et plustard celles des cathédrales deLyon, de Béziers,de la cité deCarcassonne, de Viviers. Mais ilestnécessaire remarquerque deles absidesdes églisesde Pro-vencesont généralement bàlk-ssur un plan polygonal, tandisque celles des provinces plusvoisines du Nord sont élevéessur un plan circulaire. Dansles provinces du centre, lin-fluence romaine domine, tandisquen Provence, et en remon-tant le Rhône et la Saône, cestlinfluencegréco-byzantine se fait sentir jusquauxme siècle. qui Cependant, la fin du xie siècle,on voit desbascôtés deschapelles dès etrayonnantescirconscrirelesabsides certaines de églises lAuvergne, dedu Poitou, du centrede la France;ce modesétendpendantle xuesiècle
  • [ ABSIDE] - 6 -jusquà Toulouse.Telles sont les absides Saint-Hilairede Poitiers de(fig. i). de Notre-Dame Port à Clermont;de Saint-Etienne Nevers, du de de Saint-Sernin de Toulouse. Dans lIle-de- France, en Normandie, sauf quelques excep- tions, les absides des églisesne se garnissent guère de chapelles rayonnantes que vers le commencement du xme siècle, et souvent les chSurs sont seule- ment entourés de bas côtés simples, comme dansleséglisesde Man- tes et de Poissy, ou dou- bles,ainsi que cela exis- tait autrefois à la cathé- drale de Paris, avant ladjonction des cha- pelles du xive siècle (fig. 5). On voit poindre les chapelles absidales Ut 1,0 > dansles grands édifices appartenantau style de lIle-de-France, à Char- tres et àBourges(fig.ôj : ces chapelles sont alors petites, espacées; ce ne sont guère que des niches moins élevées que les bas côtés. Ce nest point là ce- pendant une règle gé- nérale : labside de lé- glise de Saint-Denis l_ possède des chapelles qui datent du XIIesiècle,etprennent une grandeimportance il enestdemêmedans chSur déjà ; lede léglise de Saint-Martin desChamps,à Paris (fig. 7). Ceplan présenteune particularité : cest cette travée plus large percée dans laxe duchSur, et cette grande chapelle centrale. Ici, comme à Saint-Denis,comme dans les églises Saint-Rémi de Reims et de Yézelay ffig. 8),constructions élevées pendant le xne siècle ou les premières années
  • - 1 - [ ABSIDE ]du xine, on remarque une disposition de chapellesqui sembleapparteniraux églises abbatiales.Ces chapelles sont lar-gement ouvertes sur lesbas côtés, peu profon-des, et sont en commu-nication entre elles parune sorte de double bascôté étroit, qui produiten exécution un grandeffet. Cestpendantle coursdu .xin1 siècle queles chapelles absidalesprennent tout leur dé-veloppement. Les che-nets des cathédrales deReims,dAmiens((ig.9)et de Beauvais ,élevésde 1220 à 1270, nousen ont laissé de remar-quables exemples. Cestalorsque la cha-pelle absidale, placéedans laxe de légliseet dédiée à la siinteVierge, commence à_prendre une importan-ce qui saccroîtpendantle xive siècle, comme àSaint-Ouen de Rouen(fig. 10), pour formerbientôt unepetite égliseannexée au chevet dela grande, comme à lacathédrale de Rouen, etplus tard dans presquetoutes les églises duxve siècle. Les constructions desabsides et chapellesabsidales qui conser-vent le plan circulairedans les édifices anté-rieurs au xmesiècle, abandonnent parti avecla tradition romane, ce
  • [ ABSIDE] - 8 - pour se renfermerdansle plan polygonal,plus facileà combineravec le système voûtesà nervuresalors adopté,et aveclouverturedes des grandesfenêtresà meneaux,les- quelles ne peuvent sappareiller convenablement sur un plan cir- culaire. En France, les absides carrées ne se rencontrent guère que dans desédificesdune médiocre impor- tance. Toutefois nous avons cité la cathédrale de Laon et léglise de Dol, qui sont terminées pur des absides carrées et un grand fenestrage comme la plupart des ---1053--. églises anglaises. Ce mode de clore le chevet deséglisesest surtout convenablepour des édificesconstruits avecéconomieet sur de petites dimensions.Aussi a-t-il été fréquemment employé dans les villages ou petites 11 bourgades, particuliè- rement dans le Nord e( la Bourgogne. Nous citerons les absides carrées des églises de Montréal (Yonne), xne siècle; de Vernouillet (fig. 11), XIIIe siècle; de Gassicourt, xive siècle, près de Mantes; de Tour (fig. 12), fin du xive siècle, près de Bayeux ; de Clamecy, xme siècle, circonscrite parle bas côté. Nous mentionneron églisesà absides jumelles; nous un connaissons plusieurs exem- ples, et, parmi ks plus remar- quables, léglise dcVaren,xne siè- cle (Tarn-et-Garonne), léglise et du Taur à Toulouse,fin du xivc siècle 13). Dansleséglises (fig. de 1 II faut dire que labside carrée de la cathédrale de Laon a été rebâtie vers la secondemoitié xme du siècle.Originairement, abside circulaire, liascôtépour- cette était avectournant le sanctuaire, ainsi que des fouilles récemment faites lont démontré.
  • - 9- [ ACCOLADE ] fondation ancienne, cest toujours souslabsidequesetrouventplacées lescryptes aussile sol desabsides, ; autant par suite de cettedisposition que par tradition, se trouve-t-il élevé de quelques marches au-dessus du sol de la nef et des transsepts.Les églises de Saint-Denis en France et de Saint- Benoît-sur-Loire présententdesexem- ples completsdecryptes réservées sous les absides, et construites de manière à relever le pavé des ronds-points de quinze à vingt marches au-dessus niveau dutranssept. (Voy. CRYPTE.) du Parmi les absidesles plus remarquableset lesplus complètes,on peut citer cellesdes églises dAinay à Lyon, de lAbbaye-aux-Dames à Caen, de Notre-Dame du Port à Clermont, de Saint-Sernin à Toulouse, xie et"XIIe siècles; de Brioude, de Fontgombaud; des cathédrales de Paris, de Reims, dAmiens, de Bourges, dAuxerre, de Chartres,de Beauvais, de Séez;des églisesde Pontigny, de Vézelay,de Semur en Auxois, xne et xme siècles; des cathédrales de Limoges, de Narbonne, dAlbi; de léglise Saint-Ouen Rouen,xive siècle;delà cathédralede Tou- delouse, de léglise du Mont-Saint-Michel en mer, xve siècle; deséglisesSaint-Pierre de Caen, Saint-Eustache de Paris, de Brou, xvie siècle.Généralementles absidessont les parties les plus anciennesdes édificesreligieux : 1° parce que cest par cette partie que la construction deséglises étécommencée2° parcequétantle lieu saint,celui où sexerce a ;le culte, on a toujoursdû hésiterà modifier des dispositions tradition-nelles; 3° parce que, par la nature même de la construction, cette partiedesmonuments religieux du moyenâge estla plussolide,cellequi ré-sistele mieux aux poussées voûtes,aux incendies, qui setrouve, des et dansnotre climat, tournée versla meilleure exposition. Il est cependant des exceptions à cette règle, mais elles sont assezrares, et elles ont été motivéespar des accidents particuliers, ou parceque, des sanctuairesanciensayant été conservés pendant que lonreconstruisait lesnefs, on a dû, aprèsque celles-ciétaient élevées, rebâtirles absidespour les remettre en har-monie avec les nouvelles dispositions. ACCOLADE, s. f. On donne ce nom àcertaines courbes qui couronnent leslinteaux desporteset fenêtres,particu-lièrement dans larchitecture civile. Cenestguèrequevers fin du xivesiècle laque lon commence à employer cesformes engendrées par des arcs decercle, et qui semblent uniquement destinées orner les facesextérieures àdeslinteaux. Lesaccolades sont, à leur origine, à peineapparentes(fig. i) ;
  • f ACCOUDOIII ] 10 -"plustard elles dégagent, plusaccentuées 2); puis,au com- se sont (fig.mencement xviesiècle, du prennentunegrande importance(fig.3), etac-compagnent presque toujourslescouronnements portes, arcatures des les ;décorentlessommets lucarnesde pierre,seretrouventdanslesplus desnie-nusdétails des galeries,des balustrades,despinacles, desclochetons. Cette courbe se trouve appliquée indifféremment aux linteaux de pierre ou de bois, dans larchitecture domestique.(Voy. CONTRE-COURBE.) ACCOUDOIR, m. Cest le nomque s. lon donne à la séparationdesstalles, et qui permet aux pri>unnes assises de saccouder lorsque les miséricordes sont relevées(voy. STALLES). ac- Les coudoirs des stalles sont toujours élargis à leur extrémité en forme de spatule, pour permettre aux per-sonnes assisesdans deux -talles voisines de saccouder sans se gênerréciproquementLes (fig. 1). accoudoirs sont souvent supportés, soit par
  • - Il - [ ALBATRE]"des animaux,des têtes,des figures,ou par descolonnettes 2). Un (fig.voit encore de beaux accoudoirs dans les stalles de la cathédrale de Poi-tiers, des églisesde Notre-Damede la Roche,de Saulieu,xmesiècle;àms cellesdeséglises Bamberg, de dAnclleau,de labbaye la Chaise- deDieu, de Saint-Géréon Cologne, siècle; de Flavigny, de Gassi- de XIVecourt, de Simorre,xvesiècle;des cathédrales dAlbi, dAuch,dAmiens;des églises Saint-Bertrand Comminges, Montréal (Yonne),de de de deSaint-Denis France,provenantdu châteaude Gaillon,xvie siècle. en AGRAFE, f. Cestun morceau de fer ou de bronze qui sert à relier s."ensembledeux pierres. (Voy. CHAÎNAGE.) AIGUILLE, f. On donne souvent ce nom à la terminai-nn pyramidale s.dun clocher ou dun clocheton, lorsquelle est fort ai^ùe. On désigneaussipar aigui/e lextrémitédu poinçondunecharpente percele qui«comble se décore dornements de plomb. (Voy. FLÈCHE, et POINÇON.) ALBATRE, m. Cette matière a été fréquemment employée dans le s.moyenâge,du milieu du xin" siècle xvie,pourfairedesstatues tom- au debeaux et souvent même les bas-reliefs décorant ces tombeaux, des orne-ments découpés se détachant sur dumarbre noir (fig. 1), et desretables,vers la fin du xve siècle. Lexempleque nous donnons ici provient desmagasinsde Saint-Denis. Il existe,dans la cathédrale de Xarbonne,une statue de la sainte Vierge, plusgrandequenature,dalbâtreorien-tal, du xive siècle,qui est un véri-table chef-dSuvre. Les belles sta-tues dalbâtre de cette époque, enFrance, ne sont pasrares; malheu-reusement cette matière ne résistepas à lhumidité. Au Louvre, dansle musée des monuments français,dansléglise de Saint-Denis,on ren-contre de belles statues dalbâtre provenant de tombeaux.Lesartistesdu moyenâgepolissaient toujourslalbâtre lorsquilslemployaient pourla statuaire,maisàdesdegrésdifférents. Ainsi,souvent nussontlaissés lesà peu près matset les draperiespolies; quelquefoiscest le contrairequi a lieu. Souvent aussi doraitet lon peignaitla statuaireen albâtre, onpar parties, laissant nusla couleurnaturelle.Le musée Toulouse en aux derenferme de belles statues dalbâtre arrachées à des tombeaux; il en estune, entretoutes,dun archevêque Xarbonne, de dalbâtregris, de la findu xive siècle,qui estdune grande beauté;la tablesur laquellerepose"cette figureétaitincrustée dornements métal, de probablement cuivre dedoré, dont on ne trouve que les attaches. (Voy. TOMBEAU, STATUAIRE.)
  • [ ALIGt<EMENT - 12 - ALIGNEMENT, Dece que la plupart desvilles du moyen âgese s. m.sont élevéessuccessivement sur des cités romaines ou sur les villagesgaulois,au milieu desruines ou à lentour de mauvaises cabanes, onena conclu,un peulégèrement, lédilitéau moyen navaitau- que âgecune idéede ce que nousappelons aujourdhui lesalignements rues desduneville; que chacunpouvait bâtir à sa fantaisieen laissantdevantsa maisonlespace juste nécessaire la circulation. Il nen est rien. Il àexiste,en France,un assezgrand nombre de villes fondéesdun jetpendant les xn%xmeet xive siècles,alignéescomme sont lesvilles lede lAmérique du Nord bâties par les émigrants européens. Lf pouvoir féodalnavaitpasà sadisposition lois dexpropriation nospour causedutilité publique, et quand, par suite de lagglomération suc-cessive maisons, ville setrouvait mal alignée,ou plutôt ne létait des unepas du tout, il fallait bien en prendre son parti : car si tout le mondesouffraitde létroitesse rueset deleur irrégularité,personne des nétaitdisposé,pas plus quaujourdhui, à démolir sa maison bénévolement,àcéder un pouce de terrain pour élargir la voie publique ou rectifier unalignement.Le représentantsuprêmedu pouvoir féodal, le roi, à moins deprocéder à lalignement dune vieille cité par voie dincendie, commeNéron à Rome,ce qui neût pasété du goût desbourgeois, navait aucunmoyen de faire élargir et rectifier les rues de sesbonnesvilles. Philippe-Auguste eut, dit-on, lodorat tellement offensépar la puan-teur qui sexhalait des rues de Paris, quil résolut de les empierrer pourfaciliter lécoulement deseaux. De son temps, en effet, on commença àpaver les voiespubliques. Il pouvait faire paver des rues et acheter desmaisonsqui se trouvaient sur son domaine, mais il navait pas à con-traindre les pouvoirs féodaux ayant leurs juridictions dans la cité, à sesoumettre à un projet dalignement ou de percement. Il ne faut doncpas trop taxer nos aïeux dinstincts désordonnés, mais tenir compte desmSurs et des habitudesde leur temps, de leur respectpour ce quiexistait, avant de les blâmer. Ce nétait pas par goût quils vivaient aumilieu de rues tortueuses mal nivelées;car lorsquils bâtissaient et uneville neuve,ils savaientparfaitement percer,la garnir de remparts laréguliers, dédifices publics, réserver places portiques, élever y des avec ydesfontaines des et aqueducs. pourrions comme Nous citer exemples les
  • _ 13 - t ALLÈGE ]villesdAigues-Mortes, la ville neuve Carcassonne, de Villeneuve-le-Roi,"Villeneuve-lArchevêque Champagne, ville de Monpazier en la enPérigord, dont nous donnons plan (fig. 1), la ville de Sainte-Foy le(Gironde) toutesvillesbâtiespendantle xmesiècle. : ALLÈGE,f. Mur minceservant s. dappuiaux fenêtres, nayantquelépaisseur tableau,et surlequel portentlescolonnettes meneaux du ouqui divisent croisée les la dans édifices civils(fig.1).Pendant xr, xne les etxinesiècles, allèges croisées aunu du parement les des sont extérieur du rmur de face.Au xivesiècle, moulure ou lescolonnettes servent la qui depied-droit la fenêtre lencadrent, à et descendentjusquau bandeau à. poséhauteur plancher, lallège renfoncée 2); indiquant ainsi du et est (fig. bienquelle nest quun remplissagene tenant pasau corpsde la construction.Au xve siècle, lallège est souvent décoréepar desbalustrades aveugles,commeon le voit encore dansun grand nombre de maisonsde Rouen, à lamaison de JacquesCSur à Bourges(fig. 3); au xvie siècle,darmoiries, dechiffres,de devises demblèmes, et commeà lancienhôtel dela chambredescomptes Paris(fig.k), bâti par LouisXII, et dansquelques de maisons
  • [ AMES ] - 14 -dOrléans.La construction de cette partie desfenêtressubit diversesmo-difications : dansles premierstemps, lesassises sont continues, et lallègefait corpsavec parements les extérieursplustard, lorsque allèges ; les sontaccusées lextérieur,elles sontfaites dun seulmorceau à poséen délit;quelquefois mf-rne meneau le descend jusquaubandeau plancher, du etles deux partiesde lallège ne sont que des remplissages, dalles deuxposées champ,parfaitement de propres recevoirde la sculpture. à AMES (LES), f. La statuairedu moyen âge personnifie s. fréquemmentles âmes.Dansles bas-reliefsreprésentantle jugement dernier (voy. JUGE- MENT DERNIER), les bas-reliefslégendaires, dans les vitraux, les tombeaux, lésâmes sont repré- sentées par des formes humaines, jeunes, sou- vent drapées,quelquefois nues.Parmi lesfigures qui décorent lesvoussuresdesportes principales de nos églises, dans le tympan desquelles se trouve placé le jugement dernier, à la droite du Christ, mi remarque souvent Abraham portant des groupesdélus dansle pan de son manteau (fig. 1) : ce sont de petites figures nues, ayant les bras croisés sur la poitrine ou les mains jointes. Dansle curieux bas-reliefqui remplit le fond deq i larcade tombeau Dagobert Saint-Denis du de à *"** (tombeau parsaint élevé Louis), voitrepré- on sentée,sousla forme dun personnagenu, ayantle front ceint dune couronne, lâme de Dagobert soumiseà diversesépreuvesavantdêtre admiseau ciel. Danspresquetousles bas-reliefsde la mort de la sainte Vierge, sculptés pendant les xme et xivc siècles,iSotre-Seigneur assiste aux derniers moments samère,et porte son deâme entre sesbras comme on porte un enfant. Cetteâme est représentée
  • - 15 - [ AMORTISSEMENT ]alors sous la figure dune jeune femme drapéeet couronnée. Cechar-mant sujet, empreint dune tendresse toute divine, devait inspirer leshabiles artistes de cette époque; il est toujours traité avec amour etexécuté avec soin. Nous donnons un bas-relief en bois du xin" siècleexistant à Strasbourg, et dans lequel ce sujet est habilement rendu(fig. 2). On voit, dansla chapelle Liget (Indre-et-Loire), peinture du unedu xiie sièclede la mort dela Vierge ici lâmeestfiguréenue; le Christ :la remetentre lesbrasde deuxanges descendent ciel. qui du Dansles vitraux et les peintures, la possession âmes desmorts est dessouvent disputée entre les anges les démons;danscecas, lâme, que etlon représente quelquefois sortant de la bouche du mourant, est tou-jours figurée nue, les mains jointes, et sousla figure humaine, jeune etsans sexe. AMORTISSEMENT, m. Mot qui sapplique au couronnement dun s.édifice, h la partie darchitecture qui termine une façade, une toiture,un pignon, un contre-fort. Il est particulièrement employé pour dési-gner groupes, frontons ces ces contournés, décorés vases, rocailles, de dede consoleset de volutes,si fréquemment employéspendantle xvie siècledansles partiessupérieures façades édifices, portes, cou- des des des despoles, lucarnes. des Dans période précède renaissance,mot la qui la le
  • [ ANCRE] - 16 - amortissement également applicable à certains couronnements ou est terminaisons ainsi on peut considérer lextrémité sculptéede la couver- : ture en dallage de labside de léglise du Thor (Vaucluse) comme un amortissement(fig. 1); de même que certains fleurons placésà la pointe despignons, pendant les xme (fig. 2), xive et xve siècles.Les têtes des contre-forts de la chapelleabsidalede la Vierge à la cathédraledAmiens, xuiesiècle(fig. 3), sont de véritables amortissements. ANCRE, f. Pièce de fer placée à lextrémité dun chaînage pour s. maintenir lécartement des murs (voy. CHAÎNAGE). ancres étaient Les bienrarement employées lesconstructions dans antérieures xvesiècle; aules crampons scellés dans les pierres, qui lesrendaient solidaires, rem-plaçaient alors les chaînages.Mais, dans les constructions civiles duxvesiècle, on voit souvent des ancres apparentesplacéesde manière àretenir les parements extérieurs des murs. Cesancres affectent alors desformesplus ou moinsriches, présentant croix ancrées des (fig. 1), descroixde Saint-André 2); quelquefois, (fig. dansdesmaisonsparticulières,deslettres (fig. 3), des rinceaux (fig. h}. Onaaussi employé, dansquelquesmaisons xvesiècle, du bâties éco- avecnomie,desancres boisretenues desclefs de avec également bois(fig.5), de
  • - 17 - [ ANGE ] 5et reliant les solivesdesplanchersavec les sablièreshautes et basses despans de bois de lace. ANGES, m. Les représentations danges ont été fréquemment em- s.ployéesdans les édifices du moyen âge, soit religieux, soit civils. Sansparler ici des bas-reliefs, vitraux et peintures, tels que les jugementsderniers, les histoires de la sainte Vierge, les légendes où leur placeest marquée, ils jouent un grand rôle dans la décoration extérieureet intérieure deséglises.Lesangesse divisent en neuf chSurs et en troisordres : le premier ordre comprend les Trônes,les Chéi^ubins, Séra- lesphins; le deuxième,lesDominations, Vertus, Puissances troisième, les les ; leles Principautés,les Archanges,les Anyes. La cathédrale de Chartresprésenteun bel exemplesculptéde la hiérar-chie desangesau portail méridional (xiuesiècle).La porte nord de la cathé-drale de Bordeaux donne aussiune série daugescomplète danssesous- " "*.sures. La chapelle de Vincennesen offre une autre du xvesiècle.Commepeinture, il existedansléglisedeSaint-Chef(Isère)une représentationdelahiérarchie desangesqui datedu.iic siècle(voy.pour deplus amplesdétails,la savantedissertation de Didron dansle Manueldiconographie chrétienne. i. ~ 3
  • I ASGES] - 18 -p. 71).A la cathédrale Reims,on voit une admirablesériede statues dedangesplacées lesgrands dans pinacles contre-forts(fig. Cesanges des 1).sontreprésentés drapés, ailesouvertes, les nu-pieds, tenantdansleurs etmains le soleil ei la lune, lesinstruments dela passionde Xotre-Seigneur, ou les différents ob- jets nécessaires au sacrifice de la sainte messe. A la porte centrale de la cathé- drale de Paris, au- dessus du Jugement dernier, deuxanges de dimensions co- lossales, placés des deux eûtes du Christ triomphant, tien-nent les instruments la passion. même dispositionse trouve à la de La nord de la cathédralede Bordeaux 2); à Chartres, Amiens (fig. à vi iv. JU.EMENTDERNIER). la cathédrale A ""!<" vers, desanges sont placésà lin- Ne férieur, dans les tympans du triforium (fig. 3). A la sainte Chapellede Pari?,des anges occupent une place analogue dans larcature inférieure ; ils sont peints et dorés. se détachent sur des fonds incrustés, de verre bleu avec dessins dor, et tiennent des couronnes entre les sujets peints représentant des martyrs (fig. i). A la porte centrale de la cathédrale deParis, bien que la sériene soit pas complète et quon ne trouve ni les séraphins ni les rhrrubins, les deux premières voussures sont occupéespar desangesqui, sortant à rni-corpsde la gorge ménagéedansla moulure, semblent assister à la grande scène du jugement dernier, et forment autour du Christ triomphant comme une dnuble auréole desprits célestes.Cette disposition est unique, et ces figures, dont les poses sont pleines de vérité et de grâce, ont été exécutées avec une perfection inimitable, comme toute la sculpture de cette admirable porte. Au muséede Toulouse,on voit un ange fort beau,du xnesiècle,en mar-ire(fig. 5), provenant dune Annonciation. Il est de grandeur naturellr,
  • - 19 - f ANGES]tient un sceptrede la main gauche,et sespiedsnus portent sur un dragondévorantun arbre feuillu. Cetange nimbé;lesmanches satunique est desont ornées de riches broderies. Au-dessusdu Christ triomphantdelà porte nord de la cathédrale deBordeaux, xine siècle, on remarquedeux angesen pied, tenant le soleilet la lune (fig. 6). Cette représenta-tion symbolique se trouve généra-lement employéedans les crucifie-ments(voy.CROIX , CRUCIFIX).Dans lacathédrale de Strasbourg, il existeun pilier, dit « pilier des Anges »,au sommet duquel sont placéesdesstatues dangessonnant de la trom-pette, Miie siècle (fig. 7). Cesangessont nimbés. Surlesamortissementsqui terminentlespignons gables jour deschapelles xrvesièclede ou à dulabsidede la cathédrale Paris,on voyait autrefoisune sériedanges dejouant de divers instruments de musique ; ce motif a été fréquemment 7"employé dans les églises xiveet xvesiècles. anges des Le* sontsouventthuriféraires; dans ce cas, ils sont placésà côté du Christ, de la. sainteVierge, et même quelquefoisà côté des saints martyrs, A la sainteChapelle, demi-tympans larcature bassesont décorés statues les de dedanges mi-corps, sortantdune nuéeet encensant martyrspeints à lesdansles quatrefeuilles de cesarcatures (iig. 8). Presquetoujours, de lamain gauche,ces angestiennent une navette.
  • [ ANIMAUX 1 - 20 - Laplupart maîtres des autels cathédrales principales des ou églisesde France étaientencore, il y a un siècle, entourésde colonnesdecuivre surmontées statuesdangeségalement métal,tenant les de deinstruments la passion desflambeaux de ou (voy.ALTEL). Lessommetsdesflèchesde bois, recouvertesde plomb, ou lextrémitédes croups- >li> comblesdes absides,étaient couronnésde figuresdanges cuivre ou deplomb, qui sonnaient la trompette,et, par de dela raaiiiciv dmit leurs ailes étaient disposées, servaient de girouettes. Ilexistait à Chartreset à la sainte Chapelle du Palais, avant les incendiesdes charpentes,des anges ainsi placés.Des angessonnant de la trom-pettesontquelquefois posés sommets pignons,commeà Notre- aux desD.iiur <lcParis; aux angles desclochers, comme à léglise de Saint-PèresousVézelay.A la basede la flèche de pierre de léglise de Semur enAuxois,quatre angestiennent desoutres,suivantle texte de lApoca- lypse(chap. vu) : « .... Je vis quatre anges qui se te- » liaient aux quatre coins de la terre, et qui retenaient « les quatre vents du monde.... » La flèche centrale de léglise de labbaye du Mont-Saint-Michel était cou- ronnée autrefois par une statue colossalede larchange siiut Michel terrassant le démon, qui se voyait de dix lieues en mer. Dans les constructions civiles, on a abusé des repré- sentationsdanges pendant les xvc et xvie siècles. On leur a fait porter des armoiries, des devises ; on en a fait des supports, des culs-de-lampe. Dans lintérieur de la clôture du chSur de la cathédrale dAlbi, quidate du commencement du xvie siècle, on voit, au-dessus des dossiersdesstalles, une suite dangestenant des phylactères(fig. 9). ANIMAUX, m. Saint Jean (Apocalypse, s. chap. iv et v) voit dans le cielentrouvert le trône de Dieu entouré de vingt-quatre vieillards vêtus derobes blanches,avec descouronnes dor sur leurs têtes, des harpes etdesvasesdor entre leurs mains; aux quatre anglesdu trône, sont quatreanimaux ayant chacun six ailes et couvert-, dyeux devant et derrière :le premier animal est semblable à un lion, le second à un veau, le troi-sième à un homme, le quatrième à un aigle. Cettevision mystérieusefut bien des fois reproduite par la sculpture et la peinture pendant lesxiie, xin% xrv* et xve siècles.Cependantelle ne le fut quavec des modi-fications importantes. On lit, dès les premiers sièclesdu christianisme,desquatreanimaux,la personnification quatreévangélistesle lion des :à saint Marc, le veau à saint Luc, lange (lhomme ailé) à saint Mathieu,laigleà saintJean;cependant Jean, écrivant Apocalypse, saint en sonne pouvaitsonger cettepersonnification. à Toutefois, lApocalypse étantconsidéréecommeune prophétie,ces quatre animaux sont devenus,vers vne le siècle, personnification le signe évangélistes. la ou des Pen-
  • - 21 - [ ANIMAUX]dant le xne siècle, la sculpture, déjà fort avancéecomme art, est eno.nvtoute symbolique ; le texte de saint Jean est assezexactementrendu. Auportail occidental de léglise de Moissac, voit représenté,sur le tym- onpan de la porte, le Christ sur un trône, entouré des quatre animauxnimbés tenant desphylactères,maisne possédantchacun que deux ailes,et dépourvusde ces yeux innombrables; au-dessousdu Christ, dans lelinteau, sont sculptés vingt-quatre vieillards.Au portail royal de la lescathédrale de Chartres(fig. l), on voit aussi leChrisl ^ntouré desquatre animaux seulement;les vingt-quatre vieillards sont disposésdansles voussures de la porte. Au portail extérieurde léglise de Vézelav, on retrouve, dans letympan de la porte centrale, les traces du Christsur son trône, entouré desquatre animaux etdesvingt-quatre vieillards placésen deux grou-pes de chaque côté du trône. Plus tard, auxme siècle,les quatre animaux noccupent plus"quedes places très-secondaires. sont posés Ilscomme au portail principal de Notre-DamedeParis, par exemple,sousles apôtres, aux quatreangles saillantset rentrants des deux ébrase- ments de la porte. Lordre observé dans lavision de saint Jean se perd, et les quatre ani-maux ne sont plus là que comme la personnifi-cation, admise par tous,desquatre évangélistes.On les retrouve aux angles destours, commeà la tour Saint-Jacquesla Boucherie de Paris(xvr siècle); dans les angles laissés par lesencadrements qui circonscrivent les rosés,dans les tympansdespignons,surles contre-fortsdesfaçades, danslesclefs de voûtes, et mémo dans les chapiteaux des piliers de chSurs.
  • [ ANIMAUX] - 22 -Avant xme le siècle, quatre les animaux ordinairement sont seuls;mais-plustard,ilsaccompagnent souvent évangélistes, sont alors les quilsdestinés fairereconnaître. à Cependant nousciterons exemple un çurieusde statuesclY-vanu.-lMe* la fin du xir siècle,qui portent entre leurs debrasles animaux -yinholiques. quatrestatues Ces sont adossées à unpilier du cloître Saint-Bertrand Comminges 2). de de (fig. La diV,,rationdesédifices religieuxet civilsprésente variétéinfinie unedanimaux fantastiques pendant période moyen LesBestiaires- la du âge.des xiie et ine siècles attribuaient aux animaux réels ou fabuleux desqualités symboliques la traditionsestlongtemps dont conservée dans lesprit des populations, grâce aux innombrablessculptureset peintures qui couvrent nos anciens monu- ments; les fabliaux venaient encore ajouter leur contingent à cette série de représentations bestiales.Le lion, symbole de la vigilance, de la force et du courage; lantula, delà cruauté; loiseau caladre, de la pureté ; la si- rène ; le pélican, symbolede la cha- rité; laspic, qui garde les baumes précieux et résiste au sommeil; la chouette, la guivre. le phénix; le ba- silic, personnification du diable; le dragon, auquel on prêtait des vertus si merveilleuses(voy. les Mélanges archéol. desRR.PP.Martin et Cahier), tous ces animaux se rencontrent dans les chapiteaux desxu etxme siècles, dansles frises, accrochés angles aux des monuments, sur les couronne-ments des contre-forts, des balustrades. A Chartres, à Reims, à Notre-Damede Paris, à Amiens, à Rouen, à Vézelay, à Auxerre, dans les monumentsde lOuestou du Centre,ce sont despeuplades danimaux bizarres,rendustoujoursavec grandeénergie. sommet deuxtoursdela façade une Au desde la cathédrale Laon,lessculpteurs xmesiècle placé,dansles de du ontpinacles jour, desanimauxdunedimension à colossale 3).Auxangles (fig.descontre-forts portail deN< du itn-UamedeParis,on voit aussisculptéesdénormes bêtes,qui, en se découpant sur le ciel, donnent la vie à cesmassesde pierre (fig. lt). Les balustradesde la cathédralede Reims sontsurmontées doiseaux bizarres, drapés,capuchonnés.Dans des édifices-plusanciens, xnesiècle,cesontdesfrisesdanimaux sentrelacent, au quisentre-dévorent 5); deschapiteaux lesquels figurésdesêtres (fig. sur sontétranges,quelquefois moitié hommes, moitiébêtes,possédant deuxcorpspour unetète, ou deuxtètespour un corps.Les églises Poitou, de la du
  • - 23 - [ ANIMAUXlSaintonge, ue la Guyenne,les monuments romans de la Bourgogne 11desbordsde la Loire, présentent une quantité prodigieuse cesani- <lmaux, qui. tout en sortant de la nature, ontcependant une physionomieà eux, quelquechosede réel qui frappe limagination: cestune histoire naturelle à part, dont tous lesindividus pourraient être classés espèces^ parChaque provincepossède types particuliers, sesquon retrouve dans les édifices de la mêmeépoque; maiscestypesont un caractèrecommunde puissance sauvage; ils sont tous empreintsdun sentiment dobservation de la nature très-remarquable. Les membres de ces créaturesbizarres sont toujours bien attachés, rendusavec vérité; leurs contours sont siriiples et rap-pellent la grâce que lon ne peut se lasserdadmirer dans les animaux de la race féline,dans les oiseaux de proie, chez certains reptiles.Nous donnons ici un de ces animaux, sculptésur un des vantaux de porte de la cathédraledu Puy en Velay (fig. 6). Ce tigre, ce lion, silon veut, est de bois; sa langue, suspenduesur un axe,se meut au moyen dun petit contre-poids,quandon ouvre lesvantauxde la porte;il était peint en rouge et en vert. 11 existe,sur quelques chapiteaux corbeauxde léglise etSaint-Sernin de Toulouse, une certaine quantitéde ces singuliers quadrupèdes, semblent quisaccrocher à larchitecture avec une sorte de frénésie; ils sont sculptésde main de maître(fig.7). Au xiv* siècle,la sculpture, devenant en pluspauvre,plus maigre,et se bornantpresqueà liinitaiiun ue la llore duNord, supprime en grande partie les animaux dans lornementationsculptée peinte mais,pendantle xvesiècleet au commencement ou ; duxvr, on les voit reparaître, imités alors plus scrupuleusement sur la
  • ] - 26 -nature, et ne remplissantquun rôle très-secondaire leur dimension. parCe sont des singes,des chiens,des ours, des lapins, des rats, desivnards,des limarun*, deslarves,deslézards, salamandres; des parfoisaussi,cependant, animauxfantastiques, des contournés 8), exagérés (fig.dansleurs mouvementstels sontceux quon voyait autrefoissculptés :sur les accolades de lhôtel de la Trémoille, à Paris. Les représenta- 7tioi s des fabliaux deviennent plus fréquentes, et, quoique fort peudécentesparfois, se retrouvent dansdes chapiteaux, des frises, desboi-series, stalles,desjubés. La satire remplaceles traditions et les descroyances populaires. Les artistes abusent de ces détails, en couvrentleurs édificessans motif ni raison, jusquau moment où la renaissancevient balayer tous cesjeux desprit usés,pour y substituer sespropreségarements. ANNELÉE (COLONNE). Voy. BAGUE. -- APOCALYPSE, f. Le livre de lApocalypsede saint Jean ne se prête s.guère à la sculpture ; mais, en revanche, il ouvre un large champ à lapeinture : aussices visions divines, cesprophéties obscures,nont-ellesété rendues en entier, dans le moyen âge, que dans des peintures mu-rales ou des vitraux. Les rosésdes grandes églises, par leur dimensionet la multiplicité de leurs compartiments, permettaient aux peintresverriers de développer cet immense sujet. Nous citerons la rosé occiden-tale de léglise de Mantes, dont les vitraux, qui datent du commence-ment du xme siècle, reproduisent avec une énergie remarquable lesvisions de saint Jean. La rosé de la sainte Chapelledu Palais, exécutéeà la fin du xve siècle, présente les mêmes sujets, rendus avec une exces-sivefinesse. Parmi les peinturesmurales,devenuesfort rares aujour-dhui en France,nous mentionnerons cellesdu porchede léglisedeSaiul-Savin Poitou, qui donnentquelques-unes visionsde lApo- en descalypse.Cespeintures datent du commencementdu xne siècle. APOTRES,m. Dansle canon de la messe, douzeapôtressont s. lesdésignés dans lordre suivant: Pierre, Paul, André, Jacques,Jean,
  • - 25 [ APÔTRES ]Thomas,Jacques, Philippe,Barthélémy,Mathieu.Simon et Thaddée.Toutefois, dansliconographiechrétiennefrançaise xi* au xviesi<Vlr, ducet ordre nest pas toujoursexactementsuivi : Mathias,élu apôtreà laplace Judas de Iscariote (Actes apôtres, des chap.Ier), remplace souventThaddéequelquefois ; Jacques Mineuret Simon le cèdent placeaux ladeuxévangélistes et Marc Paul ne peuttrouverplaceparmi les Luc ;douze apôtres quenexcluant deceuxchoisis Jésus-Christ lun par lui-même, queJude, par exemple.Il estdoncfort difficile de désigner telles douze apôtrespar leurs noms dansla statuaire des ie, xiie etxmesiècles;plus tard, les apôtres portant lesinstrumentsde leur mar-tyre ou divers attributs qui les font distinguer,on peut les désignernominativement. Cependant,dèsle xme siècle, dans la statuaire de noscathédrales, quelquesapôtres,sinon tous, sont déjà désignéspar lesobjets quils tiennententre leurs mains. Saint Pierre porte générale-ment deux clefs, saint Paul une épée, saint André une croix en sautoir,saint Jean quelquefoisun calice, saint Thomasune équerre, saintJacques une aumônièregarnie de coquilleset une épée un livre, ousaint Philippe une croix latine, saint Barthélémyun coutelas,saintMathieu un livre ouvert. Ce nest guère quà la un du xie siècle ou au i. - k
  • [ Arôrp.ES ] - 26 -commencement du xne que la figure de saint Pierre est représentée tenant les clefs. Nmi- citerons le grand tympan de léglise-de Vézelay,qui date de cette époque,et danslequel on voit saint Pierre deux foisreprésentétenant deux grandes clefs, à la porte du paradis et près duChrist. A la cathédrale de Chartres,portail méridional, la plupart desapôtres tiennent des règles; à la cathédrale dAmiens, portail occidental(xme siècle. les m-li iinirnts de leur martyre ou les attributs désignésci-dessus. Quelquefoislaul. les évangélistes,Pierre, Jacques et Judo,tiennent des livres fermés, comme à la cathédrale de Reims; à Amiens,on voit une statue de saint Pierre tenant une seule clef et une croixlatine en souvenir de son martyre. Les apôtres sont fréquemment sup-portés par de petites figures représentant les personnages qui les ontpersécutés,ou qui rappellent des traits principaux de leur vie. Cestsurtout pendant les xive et xve sièclesque les apôtres sont représentésavec les attributs qui aident à les faire reconnaître, bien que ce nesoit pas là une règle absolue. Au portail méridional de la cathédraledAmiens, le linteau de la porte est rempli parles statuesdemi-nature desdouze apôtres. Là ils sont représentés dissertant entre eux; quelques-uns tiennent deslivres, dautres desrouleaux déployés(fig. 1 et 1 bis). Ceieau bas-relief, que nous donnons en deux parties, bien quil se trouve sculpté sur un linteau et divisé seulement par le dais qui couronne la sainte Vierge, est de la der- nière moitié du xme siècle. A lintérieur de la clô- ture du chSur de la cathédrale dAlbi (commen- cement du xvie siècle), les douze apôtre^ ><>nt re- présentés pierre peinte; chacun deux tient à la en main une banderole sur laquelle est écrit lun des articles du Credo. Guillaume Durand, au xme siècle (dans le Nationale divin, o/fîc.), dit que les apôtres, avant de se séparer pour aller convertir les nations, composèrentle Credo,et que chacun deux apporta une des douze propositions du symbole (voy. les notes de Didron, du Manueliticonographie Chré- tienne, p. 299 et suiv.). On trouve souvent, dans les édifices religieux du xr au xvie siècle, les légendes séparées de quelques-uns des apôtres ; on les ren- cniitre dans les bas-reliefs et vitraux représentant lhistoire de la sainte Yierge, comme à la cathé- drale de Paris, à la belle porte de gauche de la façade et dans la rue du Cloître. A Semur en Auxois, dans le tympan de la porte septentrionale(xin° siècle), est représentée légende de saint Thomas, sculptée avec laune iare finesse. Cette légende, ainsi que celle de saint Pierre, serei-ouve fréquemment dans les vitraux de cette époque. En France,à ;.- tir du xir siècle, les types adoptés pour représenter chacun des
  • - 27 - [ APÔTRES } douzeapôtres conservés tropdaltérations sont sans jusquau siècle. xvAinsi, saint Pierre est toujoursreprésenté la barbeet les cheveux aveccrépus, front bas,la facelarge,lesépaules le hautes, lataille petite; saint Paul, chauve,une mèchede cheveuxsur le front,le crânehaut,lestraitsfins,la barbe longueet soyeuse, corps délicat,les mains Unes longues; le etsaintJean, imberbe, jeune,lescheveux bouclés, phy- lasionomiedouce.Au xveet surtout au xvie siècle,saintPierre,lorsquil est seul,est souvent en pape, vêtu latiare sur la tète et les clefs à la main. Parmi lesplus Bellesstatuesdapôtres, nousne devonspasomettrecellesqui sontadossées pilesintérieures auxde lasainteChapelle Paris de (xine siècle), qui portent ettoutesunedescroixde consécration 2). Ces (fig. figures"sontexécutées liais, du plus admirabletravail, et couvertesdorne- enmentspeintset dorés imitant derichesétoilesrehaussées desbordures par ,seméespierreries. de Cet*usage deplacer apôtres les contre piliers les des-églises,et des chSurs particulièrement, était fréquent : nous citeronscomme un des exemplesles plus remarquablesle chSur de lancienne
  • [ APPAREIL ] - 28 -cathédralede Carcassonne, commencement xive siècle.Lesapôtres du duseplaçaient aussi lesdevants sur dautels, lesretables pierre,debois sur deou demétal; sur lespiliersdescloîtres, comme Saint-Trophime à dArles;autour des chapiteaux de lépoqjie romane, sur les jubés; en gravure,danslesborduresdestombes, pendantlesxiv%xveet xviesiècles 3). (fig. A la cathédralede Paris, commeà Chartres,commeà Amiens,les douzeapôtres trouventrangés se dans ébrasements portesprincipales, les des desdeux côtés du Christ homme, occupe le trumeau du centre. Plus an- quirinmement, dans les bas-reliefsdesxie et xnesiècles,comme à Vézelay,il- Mmi assis dans le tympan, de chaque côté du Christ triomphant. AVézelay, ils sont au nombre de douze, disposés deux groupes; des enrayons partent des mains du Christ, et se dirigent vers les têtes nimbéesdesapôtres;la plupart dentre eux tiennent deslivres ouverts (fig. k}. Au portail royal de Chartres, le tympan de gauche représentelAscen-sion : les apôtres sont assis sur ie linteau inférieur, tous ayant la têtetournée vers Nôtre-Seigneur, enlevé sur desnuées; quatre anges des-cendent du ciel vers les apôtres et occupent le deuxième linteau. Danstoutes les sculptures ou peintures du xie au xvie siècle, les apôtres sonttoujours nu-pieds, quelle que soit dailleurs la richesse de leurs cos-tumes; ils ne sont représentéscoiffés que vers la fin du xve siècle.Lexemple que nous avons donné plus haut, tiré du portail méridionaldAmiens (xin siècle),et dans lequel on remarque un de ces apôtres,saint Jacques,la tête couvertedun chapeau, estpeut-être unique. Quantau costume, il se composeinvariablement de la robe longue ou tuniquenon fendue à manches, de la ceinture, et du manteau rond, avec ousans agrafes.Ce nest guère quà la fin du xve siècleque la tradition ducostume se perd, et que lon voit des apôtres couverts parfois de vêtementsdont les formes rappellent ceux des docteurs de cette époque. APPAREIL, m. Cestle nom quon donne à lassemblagedes pierres s.de taille qui sontemployées la construction dans dun édifice.Lappareil varie suivant la nature des matériaux, suivant leur place; lappareil a donc une grande importance dans la con- struction : cest lui qui souvent com- mande la forme quon donne à telle ou telle partie de larchitecture, puis- quil nest que le judicieux emploi de F lamatièreen mise Suvre, enraison de sa nature physique,de sa résistance, de sa contexture, de ses dimensions et desressourcesdont on dispose.Cepen- dant chaque mode darchitecture aadopté un appareil qui lui appartient, en se soumettant toutefois à desrègles communes.Aussi lexamen de lappareil conduit souvent à recon-
  • - 29 - [ APPABETL ]naître lâge dune construction. Jusquau xii6 siècle lappareil conserveles traditions transmisespar les constructeurs du Bas-Empire ; mais onne disposait alors que de moyensdetransport médiocres ; les routes étaientà peine praticables, les engins pourmonter les matériaux, insuffisants. Lesconstructions sont élevées en maté-riaux de petites dimensions,faciles àmonter; les murs, les contre-forts, neprésentent que leurs parements depierre, les intérieurs sont remplisch blocage (fig. 1). Lesmatériaux misci Suvre sont courts, sans queues,et dune hauteur donnée par les litsde carrière : mais ces lits ne sont pastoujours observés à la pose; parfoisles assises sont alternéeshauteset basses, hautes en délit et le» basses lessurleur lit. Cemodedappareil appartientplus particulièrement midi aude la France. Dans ce cas, les assisesbassespénètrent plus profondémentque lesassises hautesdansle blocage,et relient ainsi les parements avec lenoyau de la maçonnerie.Lesarcssontemployés danslespetitesportées,parceque les linteaux exigent des pierresdune forte dimension, et lourdes parconséquent((ig.2). Lestapisseries sontsouvent faites de moellon piqué, tandis que les pieds-droits desfenêtres,les angles, les contre-forts, sont de pierre appareillée.Cesconstructionsmixtes en moellon et pierre de taillese rencontrent fréquemment encorependant le xiie siècle dans les bâtissesélevées avec économie, dans les châ-teaux forts, les maisons particulières,les églises des petites localités. Lanature des matériaux influe puissam-ment sur lappareil adopté : ainsi dansles contrées où la pierre de taille estrésistante,se débite en grands échan-tillons, comme en Bourgogne, dansle Lyonnais, lappareil est grand, lesassisessont hautes; tandis que dansles provinces où les matériaux sonttendres, où le débilage de la pierre est par conséquent facile, commeenNormandie, en Champagne,dans lOuest lappareil est petit, serré; les
  • [ APPAREIL ] - 30 - tailleurs de pierre, pour faciliter la pose, nhésitent pasà multiplier les joints. Une des qualités essentielles de lappareil adopté pendant les xn% xmc et xive siècles,cest déviter les évidements, les déchets de pierre : ainsi, par exemple, les retours dangles sont toujours appareillés en besace (flg. 3). Les piles cantonnéesde colonnes sont élevées, pendant les xie et xne ï-iècles,par assisesdont les joints se croisent, mais où les évidements sont soi- gneusement évités(lig. 6). Plus tard, dans la première moitié du xmesiècle,elles sont souventforméesdun noyauélevéparassises, et lescolonnesqui lescantonnentsontisolées et composées dune ou plusieurs pierres posées délit (fig. 5). Leslits dessommiers en des arcs sont horizontaux jusquau point où, sedégageant leur pénétrationcom- de mune, ils se dirigent chacun de son côté, et forment alors une suite I 1 j"declavennxextradossés 6). Chaque (fig. membredarchitecture pris est dansune hauteur dassise, lit placétoujours le au point le plus favorable, pour éviter des évidements despertesde pierre: ainsilastra- et gale,au lieu detenir à la colonne,commedans larchitecture romaine,fait partie du chapiteau (fig. 7). La baseconserve tousses membres pris dansla mêmepierre.Le larmierest séparé la de corniche(fig. 8). Les lits se trouvent placésau point de jonction des moulures de socles avec lesparements droits(fig. 9). Dansles contrées oùles matériaux de différentes natuies offrent deséchantillons variés comme
  • - 31 - [ APPAREIL ] «ouleur, en Auvergne par exemple, on a employé le grès jaune ou le "calcaireblanc, et la lave grise, de manièreà former des mosaïques sur les parements des constructions : les 9 églises de Notre-Dame du Port à Clermont ^fig. 10), de Saint-Xeclaire, du Puy en Velay, dissoire, présentent -des appareils où les pierres de différentes couleurs forment desdessinspar la façon dont elles sont assem- blées. Pendant les .ie et xiie siècles on a beaucoup fait usage de ces appareils produits par descombinaisons géométriques; non-seulementcesappareils compliqués ont été employéspour décorer desparementsunis, mais aussi dans la construction des arcs, ainsi quon peut le voir dansquelquesédifices du Poitou, de la Mayenne et des bords de la Loire. La porte occi- dentale de léglise Saint-Etienne de Nevers nous donne un bel exemple de ces arcs appareillés avec un soin tout particulier (fîg. 11). Au -me siècle, ces re- cherches, sententleur origine qui orientale, disparaissent pour faire place à un appareil purement rationnel, méthodique, résultat desbesoins satisfaireet de la à I^M,«J nature des matériaux. Le principe esttoujours dune grande simpli- cité ; lexécution, pure, franche, apparente; les matériaux nont que les dimensionsexigées pour laplace quils occupent. Lecorps de la constructionest une bâtisse durable,les assisessont poséessurleurs lits; tandis que toutce qui estremplissage,dé-coration, meneaux, rosés,balustrades, galeries, estélevé en matériaux posésen délit, sorte déchafau-dage de pierre indépen-dant de lossature de lédi-fice, qui peut être détruitou remplacé sans nuire àsa solidité (voy. COKSTKUC- ). Rien ne démontre mieux ce principe que létude de lappareil dune
  • [ AiPAREIL1 - 52 -decesgrandes rn-csdepierrequi souvrentsous voûtes nefset des les destranssepts.Cesrosés,comme toutes les fenêtresà meneaux, ne sont quede véritableschâssis pierrequelon peutenleveret remplacercomme deon remplaceune croisée bois, sanstoucherà la baiedanslaquelle deelle est enchâssée. Les divers morceaux qui composent ces rosés ou cesmeneaux ne se maintiennent entre eux que par les coupes desjoints etpar la feuillure dans laquelle ils viennent sencastrer. Lappareil de ceschâssis pierre est disposé telle façon que chaquefragmentoffre de de 1-2une grandesoliditéen évitantles trop grandsdéchets pierre (fig. 12) de;viiv. MENEAUX, ROSES]. joints tendent toujours au centre des deux Lescourbes intérieures, sans tenir compte souvent des centres des courbesmaîtresses 13),afin déviterlesépaufrures seraient (fig. qui produitespardes coupes maigres. Du reste, les meneauxcomme !es rosés servent decintres aux arcs qui les recouvrent ou les entourent, et ces châssisdepierre ne peuvent sortir de leur plan vertical à causede la rainure ména-géeà lintrados de cesarcs (fig. H). Quelquefois,comme danslesfenêtresdesbas côtésde la nef de la cathédrale dAmiens, par exemple, la rai-nure destinéeà maintenir les meneaux dans un plan vertical est rem-placéepar descrochetssaillants ménagés dansquelques-uns claveaux desdelarchivolte(fig.15); cescrochets intérieurset extérieurs entrelesquelspasse meneau remplissentloffice despattesà scellement nos châssis le dede bois. Un desgrands principes qui ont dirigé les constructeurs des xiii* etXivesiècles dansla disposition leur appareil,caétédelaisser chaque de àpartie de la constructio" ^a fonction, son élasticité, sa liberté de mouve-
  • - 3.3- [ APPAREIL ]ment, pour ainsi dire. Cétait le moyendéviter les déchirementsdanscesgigantesques monuments. Lorsque desarcssont destinésà présenterunegrande résistanceà la pression, ils sont composésde plusieurs rangs declaveauxsoigneusement extradossés dune dimensionordinaire (deOm, et 30à Om,60 environ), sans liaison entre eux, de manière à permettre à laconstruction de tasser,de sasseoirsansoccasionner ruptures devous- des oirs ; ce sont autant de cercles concentriques indépendantsles uns desautres,pouvant se mouvoir et glisser mêmeles uns sur les autres(fig. 10).De même quune réunion de planches de bois cintrées sur leur plat etconcentriquesprésenteune plus grande résistanceà la pression, par suitede leur élasticité et de la multiplicité dessurfaces,quune pièce de boishomogènedune dimension égaleà ce faisceau deplanches; de même cesrangsdeclaveauxsuperposéset extradossés sontplus résistants,etsurtoutconservent mieux leur courbe lorsquil se produit des tassements ou des 15 ! 16mouvements,quun seul rang de claveauxdont la flècheserait égaleà celledesrangs de claveauxensemble.Nousdevonsajouter que les coupesdesclaveauxdesarcssont toujours normales à la courbe. Danslesarcs formésde deux portions de cercle, vulgairement désignéssousle nom dogives,toutes les coupes des claveaux tendent au centre de chacun des deuxarcs(fig. 17), de sorte que dansles arcs dits enlancette, lits desclaveaux lesprésententdesangles très-peu ouverts aveclhorizon (fig. 18).G est ce quifaitqueces arcsoffrent une sigrande résistanceàlapressionetpoussentsipeu. Lintersection desdeux arcsest toujours diviséepar un joint vertical;il ny a pas,àproprementparler, declef: en effet,il ne seraitpaslogique i. - o
  • [ APPAREIL ] - 3i -deplacer clefàlintersection deux quiviennent une de arcs buterluncontre lautre à leur sommet, logivenestpasautre chose. et La dernière expression principe nousavons du que émisplushautserencontre dansles édificesdelà fin du xm*.siècle. Lappareil des mem-bresde laconstruction portent qui verticalement diffère essentiellement-delappareil constructions butent qui contribuent la déco- des qui ou àration.Léglise Saint-Urbain Troyes de nousdonne exemple un très-remarquable lapplication ceprincipedans de de toutesarigueurlogi-que. La construction cette église ne se compose de réellement que decontre-forts et de voûtes. Les contre-forts sont élevéspar assisesbassesposées sur leurs lits; quant aux arcs-boutants, ce ne sont que desétaisde pierre et non point des arcs composésde claveaux. Les intervallesentre les contre-forts ne sont que des claires-voiesde pierre, commedegrandschâssis posés rainure entrecescontre-forts;les chéneaux en sont : 1 19 , 1 jf;;;;/il -- "rE=. Ides dalles portant la tête contre-forts soulagées leurportée sur des .et danspar desliens pierre formant despignonsà jour, commeseraientdes deliensde boissousun poitrail.Les décorations ornentlesfaces qui deces contre-forts sont quedesplacages pierrede champ ne de poséeendélitet reliéeau corps la construction, distance distance, de de en pardes assises font partie de cette construction. Les murs desbas côtés quine sontque des cloisonspercées fenêtrescarréesà meneaux,dis- del.-intesdesformeretsdesvoûtes.Lesarêtes(arcsogives) voûtesdes desporches composent longsmorceaux pierretrès-minces, se de de courbes,et posésbout à bout. Il semble qne larchitecte de ce charmant édificeait cherché, dansla disposition lappareil ses de de constructions, écono- àmiser, autant fairesepouvait, pierredetaille. Et cependant que la celle
  • - 35 - [ APPAREIL ]église porte sescinq centsans,, sansque sa construction ait notablementsouffert,malgré labandon des restaurations et inintelligentes. ma- Lanièreingénieuseaveclaquelle lappareila étéconçuet exécuté préservé acetédifice la ruine,quesonexcessive de légèreté semblait devoirprompti-mcnt provoquer(voy.CONSTRUCTION). de lappareil desmonuments Létudedu moyenâgene sauraitdoncêtretrop recommandée estindispen- : ellesablelorsquon veut les restaurer sanscompromettre leur solidité; elle estutile toujours, car jamais cette sciencepratique na produit desrésultaisplus surprenants avec des moyens plus simples, avec une connais-am"plus parfaite desmatériaux, de leurs résistances de leurs qualité. et Dans édifices xieau xvr siècle,les linteaux ne sontgénérale-- les dument employésque pour couvrir de petites ouvertures, et sont alorsdun seul morceau. Dans les édifices civils particulièrement, où lesfenêtres les portes sont presquetoujours carrées, linteaux sont et leshauts,quelquefois taillésentriangle (fig.19)pour mieuxrésisto? la pres- àsion, ou soulagésprès de leur portée par desconsolestenant aux pieds-droits (fig.20).Quandceslinteaux doiventavoir une grandelongueur,commedanslescheminées dont les manteaux souvent ont jn-quà li ou5mètres portée,les linteauxsontappareillés plates-bandes 2l), de en (fig.à joints simples ou à crossettes(fig. 22),ou àtenons23). constructeurs (lig. Les connais- saient donc alors la plate-bandeappareillée, et ne etlorsquils pouvaient «1 M ] . sils lemployaientcas que des dans c, ; exceptionnels ne faireautrement, avaient K--2 - cest quils reconnuinconvénients genre dece dappareil. Dail- 23leurs existe côtedu Rhin,là où lesgrèsrouges Vosges il du des donnentdes matériauxtrès-résistants tenaces, grand nombrede plato- et unbandes appareilléesdansdes édificesdesxii", xiue et xivesiècles.Dansla portion du château Coucyqui datedu xie siècle, voit encore de ondimmenses fenêtrescarréesdont les linteaux, qui nont pas moinsde k mètresde portée,sont appareillés claveaux, .en sansaucun ferre-mentpour les empêcher glisser. Mais ce sontlà desexceptionsles de ;portionsdarcsde cercle sont toujours préférées les appareilleurs par
  • f APPAREIL ] - 36 -anciens(fig. 1k;, du moment que les portes sont trop grandespour per-mttlre lemploi dun seul morceau de pierre. " r i . . . . . -^- p- : »^<^ i ^, . . i lT . l I " t ,:- I .... . -^-- i . _ ^-- . ,-J-s^ - . < "".i _^=^-i- " "H.;», t.; " ^s^ L;=J Depuis lépoque romane jusquau xve siècle exclusivement, on neravalait pas les édifices,les pierres nétaient point posées épannelées,mais complètement taillées et achevées. Tout devait donc être prévupar lappareilleur sur le chantier avant la pose.Aussi jamais un joint nevient couper gauchement un bas-relief, un ornement ou une moulure.Les preuves de ce lait intéressant abondent : 1° les marques de tâcheronsqui se rencontrent sur les pierres; 2° les coups de bretture, qui diffèrentà chaque pierre; 3° limpossibilité de refouiller certaines moulures ousculptures après la pose,comme dans la figure 8, par exemple; 4° les tracés des fonds de moulures que lon retrouve dans lesjoints derrière les ornements(fig. 25); 5° les erreurs de mesures, qui ont forcé les poseurs de couper par- fois une portion dune feuille, dune sculpture, pour faire entrer à sa place une pierre taillée sur le chan- tier; 6° les combinaisonset pénétrations de moulures de meneaux, quil serait impossible dachever sur le tas, si la pierre eût été posée épannelée seulement; 7° enfin, ces exemples si fréquents dédifices non ter-minés, mais dans lesquelsles dernièrespierres poséessont entièrementachevéescomme taille ou sculpture. Au ve siècle,le systèmedappareil se modifie profondément. Le désirde produire deseffets extraordinaires, la profusion desornements, despénétrations de moulures, lemportent sur lappareil raisonné prenantrour base la nature des matériaux employés. Cestalors la décorationqui commande lappareil, souventen dépit deshauteurs de bancs; il enrésulte de fréquents décrochements les lits et les joints, des déchets dansconsidérables de pierre, desmoyens factices pour maintenir ces immensesgablesà jour, ces porte à faux ;-le fer vient en aide au constructeur pour iccrocher ces décorationsqui ne sauraient tenir sansson secourset parles règles naturelles de la stalique. Cependantencore ne voit-on jamais
  • - 37 - [ APPENTIS ]un ornement coupé par un Ut : les corniches sont prises dansune hau-teur dassise;les arcs sont extradossés;les meneaux appareilléssuivantla méthode employéepar les constructeurs antérieurs, bien quils affec-tent desformes qui seconcilient difficilement avecles qualités ordinairesde la pierre. On ne peut encore signaler ces énormités si fréquentes unsiècleplus tard, où larchitecte du châteaudËcouenappareillaitdescolonnesau moyen de deux blocs posésen délit avec un joint verticaldans toute la hauteur; où, comme au château de Gaillon, on trouvaitingénieux de construire des arcs retombant sur un cul-de-lampe sus-pendu en lair ; où lon prodiguait ces clefs pendantes dans les voûtesdarête, accrochées aux charpentes. Constatons, en finissant, ce fait principal, qui résume toutes les observa-tions de détail contenues dans cet article. Du xr° siècle à la lin du XIY%quandla décorationdesédificesdonnedesligneshorizontales,la construc-tion estmontéepar assises horizontales; quand elle donne deslignes ver-ticales,la construction estverticale : lappareil suit naturellement cetteloi.Au xvesiècle,la décoration est toujours verticale, les lignes horizontalessontrares,àpeineindiquées,et cependantla construction esttoujours ho-rizontale,cest-à-direen contradiction manifesteaveclesformes adoptées. APPENTIS, m. Cestle nom quon donne à certaines constructions s.de bois qui sont accoléescontre desédificespublics ou bâtiments privés,et dont les combles nont quun égout. Lappentis a toujours un carac-tère provisoire, cest une annexe à un bâtiment achevé, que lon élèvepar suite dun nouveau besoin à satisfaire, ou quon laisse construirepar tolérance. Encore aujourdhui, un grand nombre de nos édificespublicset particulièrement noscathédrales, de sontentourés dappentisélevés contre leurs soubassements, entre leurs contre-forts.Cescon-structionsparasites deviennent cause ruine pourlesmonuments, une deet il est utile de les faire disparaître. Quelquefoisaussielles ont étéélevées couvrirdesescaliers pour extérieurstel estlappentis : construitau
  • [ APPLICATION ] - 38 -xv*sièclecontre lune desparoisde la grandesalle du chapitre de la cathé-draledeMeaux(fig.1);pourprotéger entrées, pourétablirdesmar- des ouchés à couvert autour de certains grands édifices civils. APPLICATION, f. On désignepar ce mot, en architecture, la super- s.p isition de matières précieuses dun asoecidécoratifsur la pierre, la oubrique, le moellon ou le bois. Ainsi on dit lapplication dun enduit peintsur un mur; lapplication de feuilles de métal sur du bois, etc. Danslantiquité grecque,lapplication de stucstrès-lins et coloréssur la pierre,dans les temples ou les maisons,était presque générale. A lépoqueromaine, on remplaça souvent ces enduits assez fragiles par des tablesde marbre, ou même de porphyre, que lon appliquait au moyen dunciment très-adhérent sur les parois des murs de brique ou de moellon.Cette manière de décorer les intérieurs desédificesétait encore en uscigedans lespremiers sièclesdu moyen âge en Orient, en Italie et dans toutlOccident. Les mosaïques à fond dor furent même substituées auxpeintures, dèslépoque du Bas-Empire, sur les parementsdes voûtes etdesmurs, comme plus durableset plus riches. Grégoire de Tours citequelques églises bâties de son temps, qui étaient décoréesde marbreset de mosaïques lintérieur, entre autres léglise de Chalon-sur-Saône, àélevéepar les soins de lévêque Agricola. Cesexemplesdapplication demosaïques, communs en Italie et en Sicile, sont devenusfort rares en siFrance, et nous ne connaissons guère quun spécimen dune voûte dabsidedécoréede mosaïques, se trouve dansla petiteéglisedeGermigny-des- quiPrés,prèsde Saint-Benoît-sur-Loire, qui sembleappartenir au ° siècle. et Depuislépoquecarlovingiennejusquau xne siècle,le clergé en Francenétait pasassez riche pour orner seséglisespar desprocédésdécoratifsaussi dispendieux; il se préoccupait surtout, et avec raison, de fonderde grands établissements agricoles, de policer les populations, de luttercontre lesprit désordonné de la féodalité. Mais pendant le xne siècle,devenuplus riche, plus fort, possesseur biens immenses,il put songer deà employer le superflu de ses revenusà décorer dune manière somp-tueuse lintérieur deséglises.De son côté, le pouvoir royal disposaitdéjàde ressources considérablesdont il pouvait consacrerune partie à ornersespalais. Limmenseétendue que lon était obligé alors de donner auxéglises permettait plus de les couvrir à lintérieur de marbres et de nemosaïques dailleurs ce mode de décoration ne pouvait sappliquer à ;la nouvellearchitecture adoptée;la peinture seule était propre à décorerces voûtes,cespiles composées faisceauxde colonnes, ces arcs mou- delurés. Lapplication de matières riches sur la pierre ou le bois fut dèslors réservéeaux autels, aux retables, aux jubés, aux tombeaux, aux "lôtures, enfin à toutes les parties des édifices religieux qui, par leurdimension leur destination,permettaientlemploi de matièrespré- oucieuses.Suger avait fait décorer le jubé de léglise abbatiale de Saint-Lrnis par desapplications dornements de bronze et de figures divoire.
  • - 39 - [ APPLICATION ] II est souvent fait mention de tombeaux et dautels recouverts de lames decuivre émaillé ou dargent doré. Avant la révolution de 1792, il existait en-coreen Franceune grande quantité de ces objets (voy. TOMBEAU), ont quitousdisparu aujourdhui. Sur les dossiersdesstallesde cette mêmeéglisede Saint-Denis,qui dataient du xmc siècle, on voyait encore,du tempsdedom Doublet, au commencement xvue siècle, desapplications de cuirs ducouverts dornementsdorés et peints. Les portes principales de la façadeétaient revêtues dapplications de lames de cuivre émaillées et dorne-mentsde bronzedoré. (DomDoublet, t. I, p. 240 et suiv. Paris, 1625.) Nos monuments du moyen âge ont été complètement dénaturés pen-dant les derniers siècles, et radicalement dévastés en 1793; nous nevoyons plus aujourdhui que leurs murs dépouillés, heureux encorequand nous ne leur reprochons pas cette nudité. Le badigeon et lapoussièreont remplacé les peintures; des scellements arrachés, descoupsdemarteausontles seulestraces indiquant lesrevêtementsde métalqui ornaient les tombes, les clôtures, les autels. Quant aux matièresmoins précieuseset qui ne pouvaient tenter la cupidité des réforma-teurs, on en rencontre dasseznombreux fragments. Parmi les applica-tions le plus fréquemment employéesdepuis le xue siècle jusquà larenaissance, peut citer le verre, la terre cuite vernisséeet lespâtesgau- onfrées. marbresétaient raresdansle nord dela Francependantle moyen Lesâge,et souvent desverres colorés remplaçaient cette matière; on lesem-ployaitalorscommefond desbas-reliefs,desarcatures, destombeaux, desautels,desretables; ils décoraient aussilesintérieurs des palais.La sainteChapelle Paris nousa laisséun exemple complet de ce genredapplica- detions.Larcature qui forme tout le soubassement intérieur decettechapellecontient dessujetsreprésentantdesmartyrs ; les fonds dune partie de cespeinturessontremplis deverres bleus appliquéssur desfeuilles dargent etrehaussés lextérieur par desornementstrès-fins dorés. Cesverres, dun àton vigoureux, rendus chatoyantspar la présence largentsous-apposé, deet semés dor à leur surface,jouent lémail. Toutes les parties évidéesdelarcature, les fondsdesanges sculptéset dorésqui tiennent descouronnesou des encensoirs,sont également appliquésde verres bleus ou couleurécaille, rehaussés feuillages ou de treillis dor. On ne peut concevoir deune décoration dun aspectplus riche, quoique les moyens dexécutionne soient ni dispendieuxni difficiles. Quelquefoisaussice sontdesverresblancs appliqués de délicates sur peintures, auxquelles donnentléclat ilsdunbijou émaillé.Il existeencore Saint-Denis nombreuxfragment* à dedun autel dont le fond était entièrement revêtu de cesverres blancsappli-qués despeintures sur presque aussifinesquecelles ornentlesmarges quidesmanuscrits. Ces procédéssi simples ont été en usagependantlesxm",xive etxve siècles,mais plus particulièrement à lépoque de saint Louiv Quant aux applications de terres cuitesvernissées,elles sont devenuesfort rares,étantsurtoutemployées dans lesédifices civilset les maisonsparticulières : nous citerons cependant comme exemple une maison de
  • [ APPLICATION ] - 40 -bois de Beauvais,ae la lin du xve siècle, dont tous les remplissages deface sont garnisde terrescuitesémaillées diverses de couleurs. A partir du xne siècle,les applicationsde pâtes gaufrées trouvent sefréquemment lesstatues les partiesdélicates larchitectureinté- sur et derieure.Ces applications composaient enduit dechauxtrès-mince, se dunsurlequel,pendant quil étaitencore mou.on imprimaitdes ornementsdé-liéset peusaillants, moyendun moulede boisou de fer. Un décorait auainsi lesvêtementsdesstatues, fondsde retablesdautels(voy.RETABLE, lesSTATUAIRE), membres larchitecture jubés,desclôtures;quel- les de desquefoisaussi menuiserie la destinée êtrepeinteet dorée; car il vasans àdire quelesgaufruresquon obtenaitpar ceprocédé simplerecevaient sitoujoursdela dorureetdela peinture, leur donnaient la consistance qui de et assuraientleur durée.Nous présentonsici (fig. l)un exemple tiré des applications de pâtes dorées qui couvrent les arcatures du sacraire de la sainte Chapelle cette gravure ; est moitié de lexécution, et peut faire voir combien ces gaufrures sont délicates. Ce nétait pas seulementdanslesintérieurs que lon appliquait ces pâtes; on retrouve encore dans les portails des églises des xne et xme siè- cles destracesde cesgaufrures sur les vête- ments desstatues.A la cathédrale dAngers, sur la robe de la Vierge du portail nord de la cathédraledeParis,desborduresde draperiessont ornéesde pâtes.Au xv° siècle,lenduit de chaux estremplacépar unerésine,qui sest écaillée et disparaît plus promptement que la chaux. Desrestaurations faitesà cette époque,dansla sainte Chapelledu Palais,pré-sentaient quelquestracesvisiblesde gaufrures non-seulementsur lesvête-ments des statues, mais même sur les colonnes, sur les nus des murs :cétaient de grandes fleurs de lis, des monogrammes du Christ, desétoiles à rais ondes, etc. Pendant les xiie, xnr et xivc siècles, on appliquait aussi, sur le bois, duvélin rendu flexible par un séjour dans leau,au moyen dune couche decolle de peau ou de fromage; sur cette enveloppe,qui prenait toutes lesformes desmoulures,on étendait encore un encollage gaufré par lespro-cédésindiqués ci-dessus; puis on dorait, on peignait, on posait desverrespeints par-dessous, véritables fixés quon sertissaitde pâtesornées. Il existe encore, dans le bas côté sud du chSur de léglise de West-minster,à Londres, grandretabledu xin* siècle, un exécuté cespro- parcédés nous le citons ici parce quil paraît appartenir à lécole française ;decetteépoque, quil a pu être fabriquédanslIle-de-France(voy.le etDictionnairedu mobilier,article RETABLE; moine Théophile, dansson . LeEssaisurdivers (chap.xvn, xvm et xi), décrit les procédés arts employésau xiie siècle pour appliquer les peaux de vélin et les enduits sur les
  • - il - [ APi-n ]panneaux. Il paraît que du temps du moine Théophile on appliquait,par k cuisson, des verres colorés sur desvitraux, de manière k figurerdes pierres précieuses dans les bordures des vêtements, sans le secoursdu plomb. 11nexiste plus, que nous sachions, dexemples de vitrauxfabriqués de cette manière; il est vrai que les vitraux du xnesiècle sor.tfort rares aujourdhui . APPUI, m. Cestla tablette supérieure de lallège des fenêtres(voy. s.ALLÈGE). désigne On aussipar barres dajifjitt, lespièces boUnu «lefer deque lon scelle dansles jambagesdes fenêtres,et qui permettentdesaccouderpour regarder à lextérieur, lorsque cesfenêtressont ouvertesjusquauniveau soldes du planchers. barresdappui sontguère Les neenusageavant xvie le siècle, si elles ou existent, ne sontcomposées ellesquedunesimpletraverse ornements. extension, donne sans Par on gé-néralement nomdappui lassise pierreposée la fenêtre le à de sous dansles édifices religieux, militaires ou civils, quand même ces fenêtres socJtrès-élevées au-dessus du sol. Lappui, dans les édifices élevés du xni* auxvie siècle,est toujours disposéde façon à empêcherla pluie qui frappecontre les vitraux de couler le long desparementsintérieurs. 11estordi- 1 Vjy. Theophilipresbyt. monach. et diversarvmartium Schedula. Paris, 1843. I. - 0
  • [ APPUI] - Uï -uairement muni à li-xti-rieur dune pentefortementinclinée,dun lar-mier et dune feuillure intérieure qui arrête les eaux pénétrant à traversles interstices desvitraux et les force de sépancher en dehors (fig. 1).Quelquefois lappuiporte un petit caniveau lintérieur, avec ou deux à unorifices destinés rejeteren dehors eauxde pluie ou la buée qui se à lesforme contre les vitres. Celte disposition, qui fait ressortir le soin quonapportait alors dansles moindresdétailsde la construction,se trouveparticulièrementappliquée appuisdes fenêtres habitations. aux des On remarque dans la plupart desfe- nêtres des tours de la cité de Car- cassonne,qui datent de la fi» du xine siècle, des appuis ainsi taillés (fig. 2).Danslesédifices lépoque de romane du xie au xne siècle, ces précautionsne sont pasemployées ; lesappuis desfenêtresnesont alors quune simple tablette horizontale (fig. 3), commedans les bas côtés de la nef de léglise de "Vézelay par exemple, ou taillée en biseau des deux côtés, extérieurement pour faciliter lécoulement des eaux, intérieurement pour laisserpéné- trer la lumière (fig. 4) (voy. FEXÉ- THE). Dansles églises élevéespen- dant la première moitié du xmc siècle, les appuis forment souvent comme une sorte de cloison mince sous les meneaux des fenêtres supérieures, dans la hauteur du comble placé derrière le tri fo ri uni sur les bas côtés: tellessont dispo- séesla plupart des fenêtres hautes des édifices bourguignons bâtis de 1200 à 1250, et notammentcellesde léglise de Semur en Auxois(fig. 5), dont nous donnonsiciun dessin.Cesappuis, contre lesquelsest adossé comble des bas côtés ledoublesdu chSur, nont pas plus de Om,15dépaisseur. sortes Cesdappuisont fréquents aussi Normandie, la nef de léglisedEu en etnous en donne un bel exemple. Danslarchitecturecivile desxneet xniesiècles, appuisdesfenêtres lesforment presque toujours un bandeau continu, ainsiquon peut le voirdansun grand nombrede maisons Cordes, Saint-Antonin(Tarn- de deet-Garonne), lesfaçades la maison sur de romane Saint-Gilles .6), de (figde la maison desMusiciensà Reims, descharmantesmaisonsde la ville de
  • - 43 - [ APPUICluny.PliiNtard, au M* siècle,lesappuisfont une saillie portant lar-mier au droit dechaquefenêtre(fig. 7),et sontinterrompus parfoissousles trumeaux. Dans les édifices civils et habitations du xvesiècle,ils neportentplusde larmierset formentune avance horizontale profiléeà ses 7extrémités,de manière à offrir un accoudoir plus facile aux personnesqui se mettentà la fenêtre: nous en donnonsici un exempletiré delhôteldeville deCompiègne 8).Cettedisposition seperdque ers (fig. nela fin du xviesiècle,lorsquelesappuisdepierresontremplacés,danslar-chitecture civile, par desbarresdappuide fer façonné.Lesfenêtresdesmaisons bois qui existentencoredesxveet xvtesiècles de sont muniesdappuisqui serelient aux poteauxmontants, donnentde la forceet etdela résistance pande bois par une suite de petitescroix de Saiut- au
  • [ ARBRE ] - ki -Andréqui maintiennent dévers. pansde boisde facedesmaisons le Lesdu xvr sièclene sont,la plupart du temps, desclaires-voies que forméesde poteauxdont laplombnestconservé quau moyende lacombinaisonde la charpentedesappuis. Voici un exemple dappuis tiré dune maisonbâtiependantle xvesiècleàRouen, rue Malpalu (fig. 9). Au commencementdu XVIe siècle,ce systèmede croix de Saint-André appliqué aux appuisest généralement abandonné; les appuis ne sont portés au-dessusdessablière^que par de petits potelets verticaux soment enrichis de sculp-tures, entre lesquels sont disposés des panneaux plus ou moins ornés :en voici un exemple(fig 10)provenantdune autre maison de Rouen, ruede la Grosse-Horloge (voy. MAISONS). donne aussile nom dappui à la Ontablette qui couronneles balustrades pleines ou àjour (voy. BALUSTRADE). ARBALÉTRIER, Pièce de charpente inclinée qui, dansune ferme, s. m.sassemble à son extrémité inférieure sur lentrait, et à son extrémitésupérieure au sommet du poinçon. Les arbalétriers forment les deuxcôtésdu triangle dont lentrait e^t la base.Dansles charpentesanciennesapparentesou revêtuesà lintérieur de planches ou bardeaux formantun berceau,les arbalétriers portent les épaulements qui reçoivent lescourbessous lesquelles viennent seclouer lesbardeaux(fig. 1).La rbalétrierporte les pannesrecevant les chevrons dansles charpentesantérieuresetpostérieures lépoque dite gothique; mais, pendantlesxne,xiiie,xiv%xva àet même xvie siècles,les arbalétrierssont dansle même plan que lesche-vrons,et portent comme eux la latte ou la volige qui reçoit la couverture.Dans les charpentesnon apparentesdes grands combles au-dessusdesvoûtes, larbalétrier est quelquefois roidi par un sous-arbalétrierdestinéà lempêcherde fléchir danssa plus longue portée (fig. 2). Dansles demi-fermes pente à simplequi couvrentlesbascôtésdes églises, en général etqui composentles comblesen appentis, larbalétrier est la pièce de boisqui formele grandcôtédu triangle rectangle(fig. 3). (Voy.CHARPENTE.) ARBRE, m. On a souvent donné ce nom au poinçon des flèches de s.charpente (voy.CHARPENTE, FLÈCHE). ARBRE DE JESSÉ. - Voy. JESSÉ.
  • _- 45 - [ ARC] ARC, m. Cestle nom que lon donneà tout assemblage pierre, s. dedemoellon,ou de brique, destiné franchir un espace à plus ou moinsgrand moyendunecourbe. procédé construction, au Ce de adopté p;nlesRomains, développé fut encore lesarchitectes moyenâge.Un par duclasse arcsemployés cetteépoque troisgrandes les à en catégorieslesarcs :pleincintre,formés un demi-cercle 1); les surbaissés anse par (fig. arcs ouendepanier, formés unedemi-ellipse,grand par le diamètre la base 2); à (fig.lesarcs ogiveou en tiers-point, en formésde deux portionsde cerclequisecroisentet donnent un angle curviligne plus ou moins aigu au sommet,suivant les centres que sontplus ou moinséloignés lun delautre (fig.3)Lesarcsplein cintresontquelquefois surhaussés 4) ououtre-passés, (ùg. ditsalorsenfer à cheval(fig. 5), ou bombés, lorsque centreestau-dessous le dela naissance (fig. 6). Jusquà la fin du xie siècle,larc plein cintre avecsesvariétés est seul employé dans les constructions, sauf quelques raresexceptions.Quant aux arcs surbaissés que lon trouve souvent danslesvoûtes lépoqueromane,ils ne sontpresquetoujoursque le résultat dedunedéformationproduite par lécartement murs(fig. 7), ayant été desconstruits originairement en plein cintre. Cestpendant le xuesiècle quelarc forméde deux portionsde cercle(et que nous désignerons souslenom darc en tiers-point, conformément à la dénomination admise pen-dantlesxveet xviesiècles) adoptésuccessivement les provinces est dansde France danstout lOccident.Cetarc nest en réalité que la con- etséquence principede construction dun complètement nouveau (voy.CONSTRUCTION, OGIVE, VOUTE); combinaison voûtes lon peut dune de que
  • [ ARC ] - 46 -considérer comme une invention moderne, rompant tout à coup avec lestraditions antiques. entiers-point Larc disparait les avec dernières tracesde lart du moyen âge,versle milieu du xviesiècle; il est tellementinhérentà la voûte moderne, quonle voit longtempsencorepersisterdansh construction cesvoûtes, de alorsquedéjà,danstoutesles autrespartiesde larchitecture,les formesempruntées lantiquité romaine àétaientsuccessivement adoptées. architectes la renaissance, Les de vou-lant définitivement exclure cette forme darc, nont trouvé rien demieuxquedy substituer,commeà Saint-Eustache Paris,versla fin du xvie deMrrlt-,desarcsen ellipse,le petit diamètreà la base; courbedun effetdésagréable,difficile à trace/. plus difficileà appareiller,et moins résis-tante que larc en tiers-point. Oulrelesdénominations précédentes distinguent variétés qui les darcsemployésdansla construction desédificesdu moyen âge, on désigne lesarcspar desnoms différents, suivant leur destination.Il y a lesarcltirol/es,les arcs-doubleaux, arcsogives,les arcs fbrmerets,les arcs-boutants, les lesarcsde décharge. ARCHIVOLTES. Ce sont les arcs qui sont bandés sur les piles des nefs -ou des cloîtres, sur les pieds-droitsde- portails, des porches, des portesou des fenêtres,et qui supportent la charge des murs. Les archivoltes,pendant la période romane jusquau xir siècle,sont plein cintre, quel-quefois sur-haussées, très-rarementen fer à cheval.Elles adoptentlacourbe brisée dite en tiers-point dèsle milieu du xn* siècle, dans lIle-de-France et la Champagne;vers la fin du xne siècle, dans la Bour-^-ne, le Lyonnais,lAnjou, le Poitou,la Normandie; seulement et pen-dant le me siècle,danslAuvergne,le Limousin,le Languedocet laProvence. ARCHIVOLTES SOUVRANT LES CÔTÉ-;.-Elles généralement SUR BAS sont composées, pendant .iesiècle,dun ou deuxrangsde claveaux le simples (fig. 8) sans moulures;quelquefoisle secondrang de claveaux, vers Jafin du xie siècle, romme dansla nef de lAbbaye-aux-Dames Caen de(fig. 9), est orné de datons rompus,de méandres dun simple boudin ou,lig. 10). Lintradosde larc qui doit reposersur le cintre de charpente,
  • - kl - [ ARC ]pendant la construction, est toujours lisse. Lesornements qui décorentlessecondsarcs varient suivant les provinces; ils sont presque toujoursempruntés aux formes géométriques dansla Normandie, aux traditionsantiques dans la Bourgogne (fig. 11)(nef de légliseabbatiale deVézelay),dansle Maçonnais, Lyonnaiset la Provence. le Cestsurtout pendantle MI" siècleque les archivoltes se couvrent dornements, toutefois larcintérieur reste encore simple ou seulement refouillé aux arêtes par unboudin inscrit dans lépannelagecarré du claveau,pour ne pas gêner laposesur le cintre de charpente (fig. 12) (nef de la cathédrale de Bayeux).Lesrangs de claveaux se multiplient et arrivent jusquà trois. LIle-de-France est avare dornements danssesarchivoltes et prodigue les mou-Jurés 13),tandisquele centrede la Francerestefidèleà la tradition, (fig.conservelongtemps et jusque vers le commencement du xiue siècle ses
  • [ ARC] - Ù8 -deux rangs claveaux, intérieur de celui simple, enadoptant en tout larctiers-point (cathédrale dAutun) 14).Mais (fig. alors ornements les dispa-raissent àpeudes peu archivoltes nefs sontremplacés des des et par mou-lures ou moins plus compliquées. Normandie, voitlesbâtons En on rompus,lesdents scie, de persister lesarchivoltes dans jusquependant xine le siècle. ik-EnBourgogne dans Maçonnais, et te parfois aussilesbillettes, les,pointes dediamant, rosaces,les les besants;en Provence, oves, rinceaux, denti- les les lescules, tous ornementsempruntésà lantiquité. Lintrados de larc intérieurcommenceà recevoir desmoulures très-accentuées pendantle xmesiècle;cesmoulures, sedéveloppant en successivement, finissent faireperdre par lb 16a1 claveaux arcs aspect ix des cet rectangulaire dansleur coupequilsavaientconservéjusqualors. Nousdonnons lestransformations subissent ici queles archivoltes desnefs de 1200à 1500: cathédralede Paris, Saint-Pierrede Chartres, (fig. 15), etc. 1200 1230;cathédrale Tours à de (fig. 16),1220à12ùO cathédrale de Nevers(fig. 17), 1230à 1250.Dans ce casle cintre de ;charpentenécessaire la posedu rang intérieur desclaveaux doit être àdouble.Autreexemplede la même époque 18 et 19),avecarc exté- (fig.rieur saillant sur le nu du parement,Saint-PèresousVézelay,1240à
  • - 49 - [ ARC1 1250.Cathédralede Paris (fig. 20), 1320à 1330; cathédralesde Narbonne et de Clermont (fig. 21), 1340. Les profils sévident de plus en plus à .17mesure quils se rapprochent du XVesiècle : Saint-Séverin de Paris(fig.22),xvesiècle églisede Saint-Florentin(fig.23),commencement ; du J3vie siècle.Vers la fin du xve, les coupes des arcs et des courbes sontà peu près identiquesdanstous les monuments élevés cette époque. à ARCHIVOLTES CLOÎTRES. Elles conservent la forme plein cintre forl DE -lard, jusque ers la fin du xme siècle dans le centreet le midi de laFrance (voy. CLOÎTRE). i. - 7
  • [ ARC ] - 50 - ARCHIVOLTES PORTAILS. Les murs-pignons des façades déglises DE - étant loujour> dune forte épaisseur,les portes sont nécessairement cin-trées par une succession darchivoltes superposées. archivoltes, dans Cesles édificesromans,présententquelquefois jusquà quatre ou cinq rangsde claveaux, un plus grand nombre encore dans les édificesbâtis pcn-(1,11)1période ogivale; les murs de ces derniers monuments, par suite lade leur hauteur et de leur épaisseur,doivent être portés sur des arcstrès-solides: or, comme les constructeurs du moyen âge avaient pournuMlindc-, IniMjiiik voulaient résister à une forte pression, non daug-menter la longueur de la flèche des claveaux de leurs arcs, mais demultiplier le nombre de cesarcs,méthodeexcellente dailleurs (voy. CON-STRrcTios). en résulte quils ont superposé il jusquà six, sept et huit arcsconcentriques au-dessusdes linteaux desportes de leurs façades.Cesséries darchivoltes sont décoréesavec plus ou moins de luxe, suivantla richesse édifices Pendant xiesiècle,les archivoltesdesportais de* lesant plein cintre; elles nadoptent la forme ogivale que vers le milieuJu xne siècle, sauf dans quelques provinces où le plein cintre persistejusquependantle xmesiècle, notammentdansla Provence, Lyonnais leet la Bourgogne. Elles se distinguent dans lIle-de-France et le centre,pendant le xie siècle,par une grande sobriété dornements, tandis quenNormandie, en Bourgogne, en Poitou, en Saintonge, on les voit char-gées,pendant le xue siècleparticulièrement, dune profusion incroyabledentre-lacs, de figures, de rosaces.En Normandie, ce sont les orne-ments géométriques qui dominent (fig. 24) (église de Than, près deCaen, xie siècle). Dansla Provence, ce sont les moulures fines, les orne-mentsplats sculptésavecdélicatesse.Dansle Languedoc et la Guyenne,la multiplicité desmoulures et les ornements rares (fig. 25)(égliseSaint-
  • - 51 - [ ARC]Sernin de Toulouse);églisede Loupiac,Gironde(flg. 26); portail sud
  • [ ARC] - 52 -deléglise PuyenVelay 27). du (fig. Dans Poitou laSaintotige, le et les "" figures bizarres,les ani- maux,les enchevêtrements destiges de feuilles, ou les perlés, les besants, les pointes de diamant fine- ment retaillées, les dents de scie, et les proûls petits séparéspar desnoirs pro- fonds : église de Surgères, Charente(fig. 28). Dansla Bourgogne, les rosaces, les personnages symboliques: portail de léglise Saint- Lazare dAvallon (Yonne) (fig. 29). Onvoit, par lexa- men de ces exemplesap- partenant aux xie et xue siècles, que, quelle que soit la richesse de la déco- ration, les moulures, orne- ments ou figures, serenfer- ment dans un épannelage rectangulaire. Jusquau xve siècle, les architec- tes observent scrupuleuse- ment ce principe. Ainsi, vers la fin du xne siècle et pendant les xnT et xive siè- cles, les archivoltes, dans les grands portails desca- thédrales du Nord, sont presquetoujours chargées de figures sculptées cha- cune dans un claveau; ces figuressontcomprises dans lépannelagedesvoussoirs: nous en donnons un exem- ple (fig. 3) tiré du por- tail sud de la cathédrale dAmiens, xm" siècle; A indique la coupe des cla- veaux avant la sculpture. De même, si larchivolte secompose de moulures avec ou sans ornements, la forme première du
  • - 53 - [ ARC ]claveause retrouve (fig. 31) : porte latérale de léglise Saint-NazairedeCarcassonne, xive siècle. AU xv8siècle cette méthodechange : les archivoltes des portails sontposées la moulureou gorgequi doit recevoir figures;cettegorge avec lesporte seulementles dais et supportsdes statuettes,et celles-cisontaccrochées après coup au moyen dun gond scellé dans le fond de lamoulure(fig. 32)(portail delégliseNotre-Dame Semur); dèslors ces destatuettes, sculptées dans latelier et adaptéesaprès coup, nont pluscette uniformité de saillie, cette unité daspect qui, dans les portails desxrne et xive siècles,fait si bien valoir les lignes des archivoltes et leurlaisse si grandefermeté,malgréla multiplicité desdétailsdont elles unesont chargées. ARCHIVOLTESPORTES.Toutes portesdes époques- DES - les romaneetogivaleétant,saufquelquesexceptions appartiennent Poitou et à qui aula Saintonge,couronnées un linteau, les archivoltes sontque des par nearcs de déchargequi empêchent le poids desmaçonneries de briser ceslinteaux.Lesmouluresqui décorent archivoltes bissent mêmes ces su lestransformationsque celles des portails ; le plein cintre persistedans les
  • l ARC] - 54 -archivoltes portes; le voit encore des on employé jusqueversla fin duxniesièclepourles baiesdune dimensionmédiocre, alorsquela courbeen tiers-point dominepartout sans mélange(voy.PORTE). ARCHIVOLTES FENETRES.Elles restent pleins cintres jusque pen- DES -dant le .ine siècledansles provinces méridionales et du centre ; adoptentla courbeen tiers-pointdanslIle-de-France le milieu du xir siècle; vers<lan-la Normandie, la Bourgogne, la Picardie et la Champagne, 1200 deà 1220 environ (voy. FE.NÉTBE).Elles sont généralement, pendant lapériodeogivale,immédiatementposées sousle formeretdesvoûtesetse confondent môme parfois avec lui. Exemples: cathédralesdAmiens,de Beauvais, de Troyes, de Reims, etc. ARC-DOUBLEAU, OGIVE,ARC FORMERET. Larc-doubleau est larc ARC -qui, partant dune pile à lautre dans les édificesvoûtés, forme comme G B D Hun nerf saillant sousles berceaux (fig. 33), ou séparedeux voûtes darêteNousdonnons le plan dunevoûte darête,afin de désigner leurs ici parnomsles différentsarcsqui la composent 36). SoientEF, GH, les (fig.deux murs : AB, CD, sont les arcs-doubleaux; AD, CB, les arcs ogives;AC BD, les arcs formerets. !,<":"> voûtessont construites en berceaujusque vers le commencementdu xiie siècle lesarcs-doubleaux secomposent ; alors dun ou deuxrangs 36de claveaux plus souvent le sansmouluresni ornements (fig. 35).Quel-quefois les arcs-doubleaux affectent en coupe la forme dun demi-cylindre, commedans la crypte de léglise Saint-Eutropede Saintes(fig. 36).Lesnefsde la cathédrale dAutun, deséglises Beaune île de etSaulieu,qui datentdela premièremoitié du xne siècle,sontvoûtéesnoberceau ogival;lesarcs-doubleauxcomposent deux rangs cla- se de deveaux, le second étant orné dune moulure ou dun boudin sur ses arêtes
  • - 55 - [ ARC J(fig. 37): cathédrale dAutun. La nef de léglisede Vézelay, antérieureàcetteépoque,présentedesarcs-doubleauxpleinscintres ; lesvoûtessontenarête, maissans arcsogives (fig. 38).Danslesédificescivils du xnesiècle,les arcs-doubleauxsont ordinairement simples,, quelquefois chanfreinésseulement leurs arêtes(fig. 39); cest versla fin du xnesiècleque surles arcs-doubleaux commencent à se composer dun faisceau de toresséparés desgorges cathédrale Paris (fig. 4fl) ; églisesde Saint- par : deJulien le Pauvre,Saint-Etienne Caen,de Bayeux,etc. Maiscomme deon peut lobservera la cathédrale de Paris, les arcs-doubleaux sont alors minces,étroits, formés dun seul rang de claveaux, nayant pas beau-coup plus de saillie ou dépaisseurque lesarcs ogivesaveclesquelsleursprofils les confondent. Vers le milieu du xmc siècle, les arcs-doubleauxprennent deux et même quelquefois trois rangs de claveaux, et acquiè-rent ainsi une beaucoup plus grande résistanceque les arcs ogives,les-quels ne se composentjamais que dun seul rang de claveaux.Lesprofilsdécès arcs se modifient alors et suivent les changementsobservésplus
  • [ ARC] - 56 -haut dans les archivoltes des nefs. Nous donnons ci-dessous les coupesdes arcs-doubleaux A et des arcs ogives B de la sainte Chapelle duPalais(fig. il). Cesformesdarcsserencontrentavecquelques variantessansimportance danstouslesédifices cetteépoque, que lescathé- de telsdralesdAmiens,de Beauvais, Reims,de Troyes, églises Saint- de les deDenis, les sallesdu Palais,la salle synodalede Sens,etc.; les profils de cesarcs seconserventmême encore pendant le xive siècle,plus maigres,plusrefouillés,plus recherchéscommedétailsdemoulures( voy.PROFIL, TRAIT). Mais, au xv siècle, les tores avec ou sans arêtes saillantes, sont aban-donnés pour adopterles formes prismatiques, anguleuses,avec degrandesgorges; les arcs-doubleauxet les arcs ogives se détachent de hvoûte (fig. 42); la saillie la plus forte de leur profil dépassela largeurde lextrados, et ceci était motivé par la méthode employéepour con-struire les remplissages voûtes.Ces sailliesservaientà placer les descourbes boisnécessairesla posedesrangsde moellonsformantces de àremplissages CONSTRUCTION). remarquer ici que jamaisles (voy. Il fautarcs ogives,les arcs-doubleaux, ni les formerets, ne se relient avec lesmoellons desremplissages, ne font que porter leur retombée comme ilsle feraientdescintresde bois : cestlà une règledont les constructeursdesédificesromansou gothiquesne se départent pas, car elle est impé-rieusement imposée par la nature même de la construction de cessortes voûtes(voy.VOUTE). pendant le xve siècleque les arcs- de Cestdoubleaux et les arcs ogives,aussi bien que les archivoltes, viennentpénétrer les piles qui les portent en supprimant les chapiteaux. Quel-quefois profilsde cesarcsseprolongentsur lespilesjusquauxbases, lesnu ils viennentmourir sur les parementscylindriquesou prismatiquesde cespiles, passantainsi de la ligne verticaleà la courbe,sansarrêts,sanstransitions. Ces pénétrations sont toujours exécutéesavec une en-tente parfaite du trait (voy. TRAIT). Lesarcsformeretssontengagés lesparements murset sepro- daus des
  • - 57 - [ ARC ]filunt comme moitié darcogiveou darc-doubleau 43); ils nepré- une (fig.sententquela saillienécessaire pour recevoir portée remplissages la desdes voûtes. Souvent, à partir duxme siècle, ils traversent lépaisseurdu mur, forment arc de déchargeetarchivolteà lextérieur, au-dessus desmeneaux fenêtres(fig. ttt) : Saint- desDenis, Troyes, Amiens, Beauvais,Saint-Ouen de Rouen, etc. Lesvoûtes des églises de Bourgogne,bâties pendant le xme siècle, pré-sentent une particularité remar-quable : leurs formerets sont isolésdes murs; ce sont des arcs indé-pendants, portant les voûtes et lacharpente des combles. Les mursalors ne sont plus que des clôturesminces,sortesde cloisonspercéesdefenêtres et portant lextrémité deschéneauxau moyen dun arc de dé-charge (fig. 45). Cette dispositionoffre beaucoup davantages;elleannule le fâcheux effet des infiltra-tions à travers les chéneaux, qui nepeuvent plus alors salpètrer lesmurs, puisque ces chéneaux sontaérés par-dessous; elle permet decontre-buter les voûtes par descontre-forts intérieurs qui reportentplus sûrement la poussée sur les arcs-boutants; elle donne toutes i. - 8
  • l AKC J - 58 -facilités pour percerles murs de fenêtresaussihauteset aussilargesaue possible, celles-ci nayant plusà se loger sousles formerets(voy.CONSTRUCTION). laspectde cesvoûtes,bien visiblementportées Deplus,par les piles et indépendantes lenveloppeextérieurede lédifice, deest très-heureux; il y a dans cette disposition quelque chose de lo-gique qui rassurelSil, en rendant intelligible pour tous le systèmede la construction. On voit, ainsi que lindique la figure U5,comme lesarcs-doubleaux,les arcs ogiveset les arcs formerets viennent se pénétrer à leur naissance,afin de poser sur un étroit sommier, et repor- ter ainsi toute la poussée des voûtes sur un point rendu im- mobile au moyen de la butée de larc-boutant. Mais, dans les voûtes des bas côtés, il y a un autre problème à résoudre : il sagit là davoir des archivoltes ;j^rz épaisses pour porter les murs de la nef; les piliers, ren- dus aussi minces que possible pour ne pas gêner la vue, ont à supporter, non-seulement la retombée de ces archivoltes, mais aussi celle des arcs-dou- bleaux et des arcs ogives. La pénétration de ces arcs, dont les épaisseurset les largeurs sont très-différentes, présentedonc des difficultés à leur point de départ sur le tailloir du chapiteau.Elles sont vaincuesà partir du xme siècleavecune adresseremarquable,et nous donnons ici comme preuve la disposition des naissancesdesarchivoltes, desarcs-doubleaux et arcs ogives des bas côtés du chSurde la cathédrale de Tours, XIH"siècle (fig. 46). Larchivolte A, aussiépaisse que les piles, est surhaussée afin de pouvoir pénétrer les voûtesau-dessus la naissance arcs ogivesB, et sesderniers rangs de cla- de desveaux reportent le poids des murs sur le sommier de larc-doubleau G :ainsi larc ogive et la voûte elle-même sont indépendants de la grosseconstruction, qui peut tassersansdéchirer ou écraserla structure pluslégère de cesvoûtes et arcs ogives(voy. CONSTRUCTION, VOUTE). A la réunion du transsept avec la nef et le chSur des églises,on atoujours donné, pendant les époques romane et ogivale, une grandeforce aux arcs-doubleaux,tant pour résisterà la pression desmurs quepour supporter souvent des tours ou flèches centrales. Alors les arcs-doubleauxse composent trois, quatreou cinq rangs de claveaux, decomme à la cathédrale de Rouen, à Beauvais, à Bayeux, à Coutances
  • - 59 - f ARC1à Eu, etc. En Normandie particulièrement, la croisée églises où des étaittoujours couronnée par une tour centrale, les grands arcs-doubleauxont deux rangs de claveauxplacéscôte à côte à lintrados, au lieu dunseul, ainsi quon le pratiquait dans lIle-de-France, la Bourgogne et laChampagne: cela permettait de donner moins de saillie aux quatrepiliers et de mieux démasquerleschSurs; toutefois cette disposition nerassure pas lSil comme cette succession darcs concentriques se débor-dant les uns les autres et reposantsur un seul arc à lintrados. A partir du xme sièclejusquau xvie, lesarcs-doubleaux, arcsogives leset les formerets ne sont plus ornés que par desmoulures, sauf quelquestrès-rares exceptions ainsidansleschapelles chSur deSaint-Etienne : dude Caen,qui datent du commencement du xmesiècle, les arcs ogivessont décoréspar une dentelure (Qg.47); mais il faut dire quen Nor-mandie ces sortes dornements, restes de larchitecture romane, soit parsuite dun goût particulier, soit à cause de la facilité avec laquelle setaille la pierre de Caen, empiètent sur larchitecture ogivale jusque versle milieu du xme siècle. Pendant le xne siècle, en Bourgogne, dans lIle-de-France, on voitencore les arcs-doubleaux et les arcs ogivesornés de dents de scie,de pointes de diamant, de bâtons rompus (fig. 48) : salle capitulaire deléglise de Vézelay,porche de léglise de Saint-Denis,etc. Les arcsogivesdu chSur de léglise de Saint-Germersont couverts de riches ornements. Cestà la fin du xvesiècle et pendant le xvi8 que lon appliqua de nou-veau desornements aux arcs-doubleaux, arcs ogiveset formerets ; maisalors cesornements présentaient de grandessaillies débordant les mou-lures: le chSur de léglise Saint-Pierre de Caenest un desexemples^es plus riches de ce genre de décoration appliqué aux arcs des voûtes.Maiscest là un abus de lornementation que nous ne saurions trop blâ-mer, en ce quil détruit cette pureté de lignes qui séduit dans les voûtesen arcsdogive,quil les alourdit et fait craindreleur chute.
  • L ARC] - 60 - ARC-BOUTANT. On donne ce nom aux arcs extérieurs qui, par leur -position,sontdestinés contre-buter poussée voûtes arcsdogive. à la des enLeur naissancerepose les contre-forts,leur sommet sur arrive au pointde la pousséeréuniedesarcs-doubleaux des arcsogives. et Suivantlesgoûtsde chaqueécole,on a beaucoup blâméou beaucoup loué le sys-tème desarcs-boutants; nous nentreprendrons pas de es défendre oude faire ressortir leurs inconvénients: il ny a quune chose à dire, ànotre sens, sur ce systèmede construction, cest quil est lexpressionlaplus franche et la plus énergique du mode adopté par les constructeursdu moyen âge. Jusquà leur application dans les églisesgothiques, toutest tâtonnement; du moment que les arcs-boutants sont nettement ac-cusésdans les constructions, la structure des églisesse développedansson véritable sens, elle suit hardiment la voie nouvelle. Demander uneéglise gothique sans arcs-boutants, cest demander un navire sansquille ;cest pour léglise comme pour le navire une question dêtre ou de nêtrepas.Le problèmeque les architectes de lépoqueromane sétaient donnéà résoudre était celui-ci : élever des voûtes sur la basilique antique.Comme disposition de plan, la basilique antique satisfaisait complète-ment au programme de léglise latine : grands espacesvides, pointsdappui minces, air et lumière. Mais la basilique antique était couvertepar des charpentes,labside seule était voûtée; or, dans notre climat,les charpentesne préserventpascomplètement de la neige et du vent ;elles se pourrissent assezrapidementquand on nemploie pasces dispo-sitions modernes de chéneauxde métal, de conduites deau, etc., pro-cédés ne peuventêtre en usagequau milieu dun peuple chez lequel quilart de la métallurgie estarrivé à un haut degré de perfection. De plus,les charpentesbrûlent, et un édifice couvert seulement par une char-pente que lincendie dévore est un édifice perdu de la base au faite.Jusquaux xe et xie siècles il nest question, dans les documents écritsde notre histoire, que dincendies déglises qui nécessitent des recon-structionstotales. grandepréoccupation clergé,et par conséquent La dudesarchitectes qui élevaient deséglises,était, dès le .esiècle, de voûterles nefs desbasiliques. Mais les murs des basiliques,portés sur des co-lonnesgrêles,ne pouvaientprésenterune résistance suffi>anteà la pousséedes voûtes hautes ou basses. Dans le centre de ia France, les construc-teurs, vers le xie siècle, avaient pris le parti de renoncer à ouvrir desjours au sommet des murs des nefs hautes, et ils contre-butaient lesvoûtes berceaude cesnefs hautes,soit par desdemi-berceaux,comme endansla plupart des églisesauvergnates, par de petites voûtes darête soitélevées sur les bas côtés. Les nefs alors ne pouvaient être éclairéesquepar les fenêtresde cesbas côtéspresqueaussihautesque les grandesnefs.Lesmurs extérieurs, épaiset renforcésde contre-forts, maintenaientîespoussées combinées grandes des petites voûtes(voy. ARCHI- des etTECTURE RELIGIECSE). dans le nord de la France ce systèmene pou- Maisvait prévaloir: de grandscentresde populations exigeaientde vastes
  • - 6l - [ ARC ]églises, avaitbesoin lumièreil fallaitprendre joursdirects on de ; des dansles murs des nefs, et renoncer par conséquentà contre-buter les voûteshautes pardesdemi-berceaux continusélevés lesbascôtés.Dans sur quel-ques églises Normandie, de cellesentreautresde lAbbaye-aux-Hommeset delAbbaye-aux-DamesCaen,les de constructeurs, xnesiècle, au avaientcherché moyenterme: ils avaientélevé despilesfort épaisses un sur lesgrandes voûtes darête nefshautes, ménageant petits des et, de jourssouslesformeretsde cesvoûtes, avaient cherchéà contre-buter leur poussée ilsparun demi-berceau continubandésurle triforium (fig.49).Maisce demi-berceaunarrive pasau point de la poussée cesvoûteshautes.Et pour- deduoi un demi-berceaucontinu pour maintenir une voûte darête dont lespousséessont reportéessurqespoints espacés droit de auchaque pile? Il y a quelquechose dillogique dans cesystème, dut bientôt frap- quiper desespritsenclins à toutramener à un principe vrai etpratique. Or, supposons quele demi-berceau Afiguré dansla coupe de la nef de lAb-baye-aux-Hommes(fig. 69)soit coupépar tranches, queces tranches soient conser-vées seulement au droit despousséesdes arcs-doubleauxet desarcsogives,et suppri-méesentre les piles, cest-à-dire dans les parties où lespoussées grandes des voûtes nagissent pas,larc-boutant trouvé; il per- estmet douvrir danslestravées jours aussilargeset aussi que pos- des bassible. triforium nestplusquunegalerie laquelleon ne donnequune Le àimportance médiocre.Le côté,composé rez-de-chaussée,cou- bas dun estvert par un comble en appentis.Cesmurs épaisdeviennentalors inutiles ;lespilesdes nefs peuventrester grêles,car la stabilité de lédificeneconsiste plus que dans la résistance points dappui extérieurs des surlesquels arcs-boutants les prennentnaissance CONTRE-FORT). (voy. Il fallutdeuxsjècles tâtonnements, de dessais souvent malheureux, pour arriverà la solutionde ce problèmesi simple,tant il e^-t queles procédés vrailes plus naturels, en construction comme en toute chose, sont lents àtrouver. Mais aussi,dès que cette nouvelle voie fut ouverte, elle fut par-courue avec une rapidité prodigieuse, et larc-boutant, qui naît à peineau xnesiècle, est arrivé à labus au xive. Quelquesespritsjudicieux veu-lent conclure,de la corruption si promptedu grandprincipede la con-struction desédificesgothiques, que ce principe estvicieux en lui-même;et cependantlart grec, dont personne na jamais contestéla pureté, soit
  • f ARC 1 - 62 -commeprincipe, soit comme forme, a duré à peine soixante-dix ans,et Périclèsnétait pasmort que déjàlarchitecture des Athéniensarrivaità son déclin. Nouspensons, contraire, que, dans lhistoire de la civili- ausation, les arts qui sont destinés à faire faire un grand pas à lesprithumain sont précisémentceux qui jettent tout à coup une vive clarté,pour séteindre bientôt par labus même du principe qui les a amenéspromptement à leur plus grand développement (voy. ARCHITECTURE). Les besoinsauxquels les architectes du moyen âge avaient à satisfaireen élevant leurs églises,les amenaient presquemalgré eux à employerlarc-boutant ; nous allons voir comment ils ont su développerce sys-tème de construction et comment ils en ont abusé. Cenest, comme nous venons de le dire, quà la fin du xiie siècle quelarc-boutant se montre franchement dans les édificesreligieux du nordde la France; il napparait dans le centre et le midi que comme uneimportation, vers la fin du xnie siècle, lorsque larchitecture ogivale,déjàdéveloppée lIle-de-France, Champagne la Bourgogne, dans la et serépand dans tout lOccident. Nous donnons en première ligne, et parmi les plus anciens,lun desarcs-boutants du chSur de lii:li>e Saint-Rémi de Reims, dont la con-struction remonteà la dernièremoitié du xnesiècle(fig. 50).Ici larc- SIboutant est simple ; il vient contre-buter les voûtes au point de leurpoussée,et répartit sa force de résistancesur une ligne verticale assezlongue au moyen de ce contre-fort porté sur une colonne extérieure,laissant un passage entre elle et le mur au-dessusdu triforium. Maisbientôt les constructeurs observèrent que la poussée voûtes en arcs desdogive dune très-grande portée agissait encore au-dessous au-dessus et du point mathématique de cette poussée. théorie peut, en effet, dé- Lamontrer que la poussée dune voûte se résout en un seul point ; mais lapratique fait bientôt reconnaître que cette poussée diffuse et quelle est
  • - 133- l ARC]agit par suite du glissementpossibledesclaveaux desarcset de la mul-tiplicité desjoints, depuis la naissance de ces arcs jusquà la moitiéenviron de la hauteur de la voûte (fig. 51). En effet, soit A le point ma-thématique de la poussée dune voûte en arc dogive ; si la voûte a uneportée de 10 à 15 mètres, par exemple,un seul arc-boutant arrivant en Ane suffira paspour empêcherla voûte dagir au-dessus au-dessous ce et depoint. De même quen étayant un mur qui boucle, si lon estprudent, onposeraverticalement sur ce mur une couchedebois et deux étaislun au-dessusde lautre pour arrêter le bouclement; de même les constructeur-.qui élevèrent,au commencementdu xmesiècle,les grandesnefsdescathé-drales du Nord, établirent de G en B un contre-fort, véritable couche depierre, et deux arcs-boutantslun au-dessus lautre, le premier arrivant deen Gau-dessous de la poussée, le second en B au-dessus de cette poussée.Par ce moyen, les voûtes se trouvaient étrési [tonnées lextérieur, et les àarcs-doubleaux ne pouvaient, nonplus que les arcs ogives, faire le 52moindre mouvement, le point réelde la pousséese trouvant agir surun contre-fort maintenu dans unplan vertical et roidi par la butéedesdeuxarcs-boutants. Au-dessousde la naissance de la voûte ce contre-fort CB cessait dêtre utile ; aussinesl-il plus porté que par unecolonne isolée, et le poids de cecontre-fort nagissantpasverticale-ment, les constructeurs sont ame-nés peu à peu à réduire le diamètrede la colonne, dont la fonction seborne à prévenir des dislocations,à donner du roide à la constructiondes piles sansprendre de charge.Aussi versle milieu du xme siècle,ces colon nés isolées sont-elles faitesde grandes pierres minces poséesen délit, et peuvent-ellessecompa-rer à cespiècesde charpentenom-méeschandelles, Ton poseplu- quetôt que pouruneun poids 1 pour porterfaible roidir constructionagissantverticalement. Les voûteshautes du chSur de la cathédraledeBoissons,dont la construction remonte aux premières annéesdu xmesiècle, contre-butées desarcs-boutanls sont par doubles(fig.52)dont lestêtes viennent sappuyer contredespilesportées des par colonnes engagées.Unpassage réservé est entrela colonneinférieureet le point dappuiver-tical qui reçoit lessommiers desvoûtes. I estnécessaire dobserverque le
  • [ ARC] - 64 -dernier claveau de chacun desarcsnest pasengagédansla pile et restelibre de glisserdansle casoù la voûte ferait un mouvement suite pardun tassement points dappui verticaux; cest là encoreune des desconséquences ce principedélasticité de appliquéà cesgrandesbâtisses,et sanslequelleur stabilitéserait compromise. facultéde glissement Lalaisséeaux arcs-boutantsempêche leur déformation, et il nest pas be-soin de dire quils ne peuvent conservertoute leur force détrésillonne-ment quautant quils ne se déforment pas. En effet (fig. 53), soit ABCun arc-boutant, la pile verticale D venant à tasser, il faudra, si larc estengagéau point A, quil se rompe en B, ainsi que lindique la figure I.Si, au contraire, cest le contre-fort E qui vient à tasser,larc étant en-gagéen A, il serompraencoresuivantla figureII. On comprenddonccombien il importe que larc puisserester libre en A pour conserver,aumoyen de son glissementpossible,la pureté de sa courbure. Cesprécau-tions dans la combinaison de lappareil desarcs-boutantsnont pasététoujours prises, et la preuve quelles nétaient ras inutiles, cest queleur oubli a presquetoujours produit deseffets fâcheux. Lanef dela cathédraledAmiens,élevéevers 1230,présenteune disposi-tion darcs-boutantsanalogueàcelle du chSur dela cathédraledeBoissons ;seulement colonnes les supérieures dégagées sont commelescolonnes in-férieures, elles sont plus sveltes,et le chaperondu secondarc-boutant sert
  • - 65 - - [ ABC]de canal pour conduire les eaux deschéneauxdu grand comble à lextré-mité inférieurede larc, doù elles tombent lancées des gargouilles par(voy.CUÉNEAU, GARGOUILLE). Cemoyende résistanceopposéaux pousséesdesvoûtesparlesarcs-boutants doublesnesemblapastoujours assezpuis-sant aux constructeurs du xine siècle ; ils eurent lidée de rendre solidairesles deux arcspar une .sériede rayons qui les réunissent,lesétrésillonnentet leur donnent toute la résistancedun mur plein, en leur laissant unegrande légèreté. La cathédrale de Chartres nous donne un admirableexempledécès sortesdarcs-boutants(fig.54).La construction de cet édi-fice présente danstoutes sesparties une force remarquable; lesvoûtesontune épaisseurinusitée (Om,ftO environ) : les matériaux employés, lourds,rugueux, compactes, se prêtent peu aux délicatessesde larchitecturegothiquede la première moitié du xmesiècle. Il était nécessaire,pour ré-sisterà la poussée cesvoûtesépaisses qui nont pasmoins de 15mètres de etdouverture,détablir desbutéesénergiques,bien assisesaussi,figure A, :on observeraque tout le systèmedes arcs pénètre dans les contre-forts,sy logecommedansune rainure; que tous lesjoints de lappareilsontnormaux aux courbes; quenfin cest là une construction entièrementoblique destinéeà résister à despesanteursagissantobliquement.
  • [ AUC - <J5- Cesystème détrésilloiinecnent arcsau moyende rayonsintermé- desdiairesne parait pastoutefoisavoir étéfréquemment adoptépendantlexiue siècle; il estvrai quil ny avait pa>lieu demployer desmoyens aussipuis-an («in ré.-i.-ter la poussée voûtes, l- à des ordinairement légères, fortmême dansles plus grandes églises ogivales. A la cathédrale de Reims,les arcs-buutants sont doubles, mais indépendants lun de lautre; lesconstructeurs deviennent plus hardis vers le milieu du xme siècle, alorsqueles pilessontplus grêles, voûtes les plus légères. foisle principe Unede la i-iin-lruction deséglisesgothiquesadmis, on en vint bientôt à rap-pliquer dans >esconséquences plus rigoureuses. les Observant avecjustesse quunevoûtebiencontre-butée besoin, na pour soutenirsanais-sance,que dun point dappui vertical minre comparativementau poids àsupporter, constructeurs les réduisirentpeuà peulespileset reportèrenttoute la force de résistance à lextérieur, sur les contre-forts (voy. CON-STRUCTION).Ils évidèrent complètement les intervalles entre les piles, sousles formerets, par de grandesfenêtresà meneaux; ils mirent à jour les galeries au-dessous ces fe- de nêtres (voy. TRIFORIUM.I. ti-ut et le système de la construction des grandes nefs se réduisit à despiles grêles, rendues ri- gides par la charge, et main- tenues dans un plan vertical par suite de léquilibre établi entre la poussée des voûtes et la butée des arcs-boutants. La nef et lSuvre haute du chSur de léglise de Saint- Denis, bâties sous saint Louis, nous donnent une des appli- cations les plus parfaites de ce principe (fig. 55), que nous trouvons adopté au xme siècle dans les chSurs des cathé- drales de Troyes, de Beauvais, dAmiens, de Séez, du Mans, et plus tard, au xive siècle, à Saint-Ouen de Rouen. Toute la science des constructeurs dé-glisesconsistaitdoncalors à établir un équilibre parfait entre la pousséedesvoûtes, dune part, et la butée desarcs-boutants,de lautre. Et il fautdire que sils nont pas toujours réussi pleinement danslexécution, leserreursquils ont pu commettre démontrent que le systèmenétait pasmauvais, puisque,malgrédesdéformations effrayantes subies quel- parques-uns cesmonuments, ils nen, sont pasmoins restésdebout depuis de
  • - 67 - [ARC ]six cents ans, grâce à lélasticité de ce mode de construction. 11fautajouteraussique dansles grandsédificesbâtisavecsoin,au moyen deressources suffisantes et par des gens habiles, ces déformations ne serencontrent pas, léquilibre des constructions a été maintenu avec unescience et une adresse peu communes. La courbure des arcs-boutants varie suivant la cou.rbure des arcs-dou-bleaux, le diamètre de cesarcs-boutants, leur épaisseuret lépaisseurdela culée ou contre-fort. Ainsi les arcs-boutants primitifs sont généralementformés dun quartde cercle (fig. 56); mais leurs claveaux sont épaisel lourds, ils résistentà laction de la pousséedesvoûtespar leur poids, et, venant sappuyer audroit de cette poussée,ils ajoutent sur les piles A une nouvelle charge àcelle des voûtes : cest une pesanteur inerte venant neutraliser une pous-séeoblique. Quand on comprit mieux la véritable fonction des arcs-boutants,on vit quon pouvait, comme nous lavons dit déjà, opposer 57 -cà la poussée obliqueune résistance oblique, et non-seulement pln> nechargerles piles A dun surcroît de poids, mais même les soulagerdunepartie du poids desvoûtes. Dailleurs on avait pu observer que les arcs-boutants, étant tracéssuivantun quart de cercle,serelevaientau pointB lorsquela poussée voûtes était considérable, si le poids des des etclaveauxdesarcs nétait pas exactement calculé de manière à conserverleur courbure sous linfluence de cette pression.Dèslors lesarcs-boutanlsfurent cintrés sur une portion de cercle dont le centre était placéen
  • [ ARC] - 68 -dedans pilesdesnefs(fig. 57);ils remplissaient des ainsila fonctiondunétai, nopposaientplus une force passive une force active, maisvenaient à porter une partie du poids de la voûte, en même temps quils maintenaient son ac- tion latérale, et déchargeaientdautant les piles A. Si, par une raison déconomie, ou faute de place, les culées G ne pouvaient avoir une grande épaisseur,les arcs-bou- tants devenaient presque des piles incli- nées, très-légèrement cintrées, opposant aux poussées une résistanceconsidérable, et reportant cette pousséepresquevertica- lement sur les contre-forts. On voit des arcs-boutantsainsi construits dansléglise Notre-Damede Semur en Auxois (fig. 58), monument que nous citerons souvent à cause de son exécution si belle et de lad- mirable entente de son mode de construc- tion. Toutefois des arcs-boutants ainsi construits ne pouvaient maintenir que des voûtesdune faible portée (cellesde Notre- Dame de Semur nont que 8 mètres dou-verture), et dont la poussée rapprochait de la verticale par suite de selai ml/ des arcs-doubleaux; car ils se seraient certainement déversésen pivotant sur leur sommier D, si les arcs-doubleaux,se rapprochantdu plein cintre, eussent produit des résultantes pression de suivantunangteMiisin de 45 degrés.Dansce cas, tout en cintrant les arcs-boutantssurun arc dun très-grandrayon, et dune courbure peu sensibleparconséquent,on avait le soin de les charger puissammentau-dessus leur denaissance, dela culée, près pouréviterle déversement.systèmeété Ce a ti il;m- la construction des immenses arcs-boutants de Notre-Dame
  • - 69 - [ ARC]de Paris, refaits au xme siècle(fig. 59). Cesarcs prodigieux, qui nont pa-moins de 15 mètresde rayon, furent élevéspar suite de dispo>ili«m~ toutexceptionnelles(voy. CATHÉDRALE) là un fait unique. : cest Tous les exemples que nous venonsde donner ne reproduisent quedesarcs-boutants simples ou doubles dune seule volée; mais dans leschSurs desgrandescathédrales,par exemple, ou dans les nefs desxnr.xive et xve siècles, bordées de doubles bas côtés ou de bas côtés et tirchapellescommuniquant entre elles, il eût fallu établir desarcs-boutantsdune trop grande portée pour franchir ces espaces, sils eussent étésappuyersur les contre-forts extérieurs, ou cescontre-forts auraient dûalors prendre un espace étendu en dehors des édifices. Or non- ne devonspasoublier que le terrain était chose ménager dans lesvilles du moyen àâge.Nousle répétons,les arcs-boutants de la cathédrale de Paris, quifranchissentles doubles bas côtés, sont un exemple unique; ordinaire-ment, dans les cas que nous venonsde signaler, les arcs-boutants sont àdeux volées,cest-à-dire quils sont séparéspar un point dappui inter-médiaire ou repos, qui, en divisant la poussée,détruit une partie de M>Hefiet, et permet ainsi de réduire lépaisseurdescontre-fort- extérieur*. Dans les chSurs des grandes églises bâties pendant les xnie, xive etxvesiècles,leschapellesprésentent généralement plan une disposition entelle que derrière les piles qui forment la séparationde ce- rh.qirlle-, lesmurs sont réduits à une épaisseurextrêmement faible (fig. (jO,,à causede la disposition rayonnante de labside. Si lon élevait un contre-fortplein sur le mur de séparation de A en B, il y aurait certainement rup-ture au point G, car cest sur ce point faible que viendrait .sereportertout le poids de larc-boutant. Si lon se contentait délever un contre-fort sur la partie résistante de cette séparation, de G en B par exemple,le contre-fort ne serait pas assezépaispour résisterà la poussée arcs- desboutants bandésde D en C, en tenant compte surtout de la hauteur desnaissances des voûtes, comparativement à lespace CB. A la cathédraledeBeauvais, longueur AB de séparationdeschapelles à la hau- la estteur despiles D, jusquà la naissancede la voûte, comme 1 esta 6, et lalongueur CB comme 1 est à 9. Voici donc comment les constructeur^«lu xme siècle établirent les arcs-boutants du chSur de cette immense!
  • [ Ane ] - 70 - église (fig. 61). Pour laisser une plus grande résistanceà la culée desoontre-fortsG,ils necraignirent deposer pileA enporte faux A, pas la à
  • - 71 - [ ABC ]sur la pile B, calculant avec raison que la poussée deux arcs-boutaut» dessupérieurstendait à faire incliner cette pile A, et reportait sa charge surson parement extérieur à laplomb de la pile B. Laissantun vide entre lapile A et le contre-fort G, ils bandèrent deux autres petits arcs-boutantsdansle prolongement desdeux grands,et surent ainsi maintenir laplombde la pile intermédiaire A chargéepar le pinacle D. Grâceà celte divisiondes forces des poussées à la stabilité donnéeà la pile A et au contre- etfort G par ce surcroît de pesanteur obtenu au moyen de ladjonctiondespinaclesD et E, léquilibre de tout le systèmesest conservé;et si lechSur de la cathédrale de Beauvais a menacé de sécrouler au ive siè- cle, au point quil a fallu élever de nouvelles piles entre les anciennes dansles travéesparallèles,il ne faut pas sen prendre au systèmeadopté, qui est très-savamment combiné, mais à certaines imperfections danslexécution, et surtout à lébranlement causéà lédifice par la chute de la flèche centrale élevée imprudemment sur le transsept avant la con-struction de la nef. Dailleurs, larc-boutant que nous donnons ici appar- tient au rond-point, dont toutes les parties ont conservé leur aplomb.Nous citons le chSur de Beauvais parce quil est la dernière limite à laquelle la construction desgrandeséglisesdu xme siècle ait pu arriver.Cest la théorie du système mise en pratique avec ses conséquencesmême exagérées. ce point de vue, cet édifice ne saurait être étudié Aavec trop de soin. Cest le Parthénon de larchitecture française; il nelui a manquéque dêtre achevé, et dêtre placé au centre dune popula-tion conservatriceet sachant, comme les Grecsde lantiquité, apparier. respecteret vanter les grands efforts de lintelligence humaine. Lesarchitectes de la cathédrale de Cologne,qui bâtirent le chSur de cetteéglisepeu aprèscelui de Beauvais,appliquèrent ce système darcs-bou-tants, mais en le perfectionnant sousle rapport de lexécution. Ils char-gèrentcette construction simple de détails infinis qui nuisent à son effetsansaugmenter seschancesde stabilité (voy. CATHÉDRALE CONSTRUC- etTION). Dansla plupart deséglisesbâtiesau commencementdu xni° siècle,les eaux deschéneaux desgrands combles ségouttaient par les larmiersdescorniches,et nétaient que rarement dirigées dans des canaux des-tinésà les rejeter promptement en dehors du périmètre de lédifice (voy.CHÉNEAU). reconnut bientôt les inconvénients de cet état de choses, Onet, versle milieu du xme siècle,on eut lidée de seservir desarcs-boutanLssupérieurscomme daqueducspour conduire les eaux deschéneaux desgrands comblesà travers les têtes des contre-forts; on évitait ainsi delongs trajets, et lon se débarrassait deseaux de pluie par le plus courtchemin.Cesystème adoptédansle chSur de la cathédralede Beau- futvais (fîg. 61). Mais on était amené ainsi à éleverla tête desarcs-boutant-supérieurs jusquà la corniche des grands combles, cest-à-dire bienau-dessus la poussée voûtes,commeà-Beauvais, à conduire de des oule* eaux deschéneauxsur les chaperonsde ces arcs-boutants au moyende coffres verticaux de pierre qui avaient linconvénient de causer des
  • [ ARC] - 72 -infiltrations au droit desreins desvoûtes.La poussée cesarcs-boutants desupérieurs,agissant la tète des murs, pouvait causerdes désordres àdansla construction. remplaçadonc,vers la fin du xmesiècle,les Onarcs-boutantssupérieurs une constructionà claire-voie,véritable paraqueducincliné qui étrésillonnait têtesdesmurs,mais dune façon lespassive sanspousser. et Cest ainsiquefurent construits arcs-boutants lesdu chSur de la cathédrale dAmiens, élevés vers 1260 (fig. 62;. Cettepremière tentative ne fut pas heureuse. Les arcs-boutants, tropchargés ces par aqueducs jour, purentsemaintenirdansle rond-point, àlà où ils navaient à contre-buter que la poussée dune seule nervure dela voûte; mais, dans la partie parallèle du chSur, là où il fallait résisterà la poussée combinéedes arcs-doubleaux des arcs ogives, arcs- et lesboutants se soulevèrent,et au xve siècle on dut bander, en côntre-ba?des arcs primitif;., de nouveaux arcs dun plus grand rayon, pour neu-traliser leffet produit par lu poussée grandesvoûtes.Cetteexpérience clésprofita aux constructeurs desxiv et xve siècles,qui combinèrent dèslor-les aqueducssurmontant les arcs-boutants,de façon à éviter ce relf-cnticn/dangereux. Toutefois ce systèmedaqueducsappartient particulièrementaux églisesde Picardie, de Champagne du Nord, et on le voit rarement etemployéavantle xvie siècledanslesmonuments lIle-de-France, de delu Bon ri." i-ne et du Nord-Ouest. Voici comment, xvesiècle, au larchitectequi réédifia Oraiide eu partie
  • - 73 - [ ARC ] le chSur de léglise dEu sut prévenirle relèvement arcs-boutants des surmontés seulement tropfaiblecharge aqueducsà Aulieude delà des jour. poserimmédiatement pieds-droits laqueduc lextrados larc les de sur de (fig. 63),comme danslechSurdela cathédraledAmiens, il établit dabord surcetextrados premierétaidepierre Cet estappareillé un AB. étai comme une plate-banderetournée, façonà opposer de une résistance puissante au relèvementde larc, produit au point G, parla poussée la voûte; cest de sur ce premier étai, rendu inflexible, que sont posés pieds-droits de les l;if[ueduc, pouvantdèslorsêtreallégésans danger. Daprès système, ce lesà-j.jurD ne sont que desétrésillons qui sont destinésà empêcher toutedéformation de larc de E en G; larc ECH et sa tangente AB ne formentquun corps homogène parfaitement rigide, par suite desforces qui seneutralisent agissant sensinverse. en en Linflexibilitédela premièreligneABétantopposée relèvement larc, le chaperon conserve ligne au de FG ladroite et forme un secondétai de pierre qui maintient encoreles pousséessupérieures la voûte : la figure ECHFGprésentetoute la résistance de dunmur plein sansen avoir la poids. Ces arcs-boutantssont à doublesvolées,et le même principe est adopté dansla construction de chacune delles. Lemploi de larc-boutant dansles grands édificesexige une expérienceapprofondie de la pousséedesvoûtes, pousséequi, comme nous lavonsdit plushaut,varie suivantla naturedesmatériauxemployés, poids leur i. - 10
  • [ ARCJ - 7l -et leur degré résistance nefautdonc sétonner denombreuses de II pas sitentativesfaitespar desconstructeurs peu expérimentés furent pas netoujours couronnées dun plein succès, si quelques et édificespérissentpar suite du défautde savoirde leursarchitectes. Lorsque le goût dominant vers le milieu du xm* sièclepoussa lesconstructeurs élever églises à des duneexcessive légèreté dunegrande etélévationsousvoûtes, lorsquonabandonna partout le système arcs- desboutantsprimitifs dont nous avonsdonné destypes(fig. 50, 52, 54),ildut y avoir,et il y eut en effet,pendantprèsdun demi-siècle, tâton- desnements, deshésitations, avant de trouver ce que lon cherchait : larc-boutant réduit à sa véritable fonction. Les constructeurs habiles résolurentpromptement le problème par desvoies diverses,comme à Saint-Denis,comme à Beauvais, comme à Saint-Pierre de Chartres, comme à la cathé-drale du Mans,commeà Saint-EtiennedAuxerre, commeà Notre-DamedeSemur, commeaux cathédrales Reims,de Coutances deBayeux,etc., de ettous édifices bâtis de 122.0à 1260; mais les inhabiles (et il sen trouvedans tous les temps) commirent bien deserreurs jusquau moment oùlexpérience acquise à la suite de nombreux exemples put permettredétablir desrègles fixes,des formules qui pouvaient servir de guide auxconstructeurs novicesou nétant pasdouésdun génie naturel. A la findu xiiLesiècle, et pendant le xiv% on voit en effet larc-boutant appliquésans hésitation partout; on saperçoit alors que les règles touchant lastabilité des voûtes sont devenues classiques, que les écoles de construc-tion ont admis desformules certaines; et si quelques génies audacieuxsVu écartent, ce sont desexceptions. Il existeen France trois grandes églises bâties pendant le xive siècle,qui nous font voir jusquà quel point ces règles sur la construction desvoûtes et des arcs-boutants étaient devenues fixes : ce sont les cathédralesde Clermont-Fcrrand, de Limogeset de Narbonne. Cestrois édificessontln-uvre dun seul homme, ou au moins dune école particulière, et bienquils soient élevés tous trois au delà de la Loire, ils appartiennent àlarchitecture du Nord. Comme plan et comme construction, ces troismonuments présententune complète analogie; ils ne diffèrent que parleur décoration; leur stabilité estparfaite ; un peu froids, un peu soumisà dos règles classiques, parcelamême ils sont intéressants à étudier pournousaujourdhui.Lesarcs-boutants ces de trois édifices chSursseuls (lesontétéconstruits Limoges àNarbonne) combinés à et sont avecun grandart et une connaissanceapprofondie despoussées voûtes; aussi dans descestrois cathédrales, très-légères dailleurscommesystème bâtisse, delespilessontrestéesparfaitementverticalesdanstoute leur hauteur,lesvoûtes nont pas une lézarde, les arcs-boutants ont conservé toute lapureté primitive de leur courbe. Nous donnonsici (fig. 64) un des arcs-boutantsdu chSur de la cathé-dralede Clermont (Puy-de-Dôme), construits, comme toutecetteéglise,.on lavedeVolvic. Lafigure65présente desarcs-boutants chSur de un du
  • - 75 - ARCJla cathédrale ISarbonne, de laquelleestconstruiteen pierre de Sainte- G5Lucie, est calcaire résistant. au qui un fort QuantchSur lacathédrale de
  • [ ARC1 - 76 -de Limoges, est bâti de granit. Les piles intermédiairesde cesarcs- ilboutants reposentsur les pilesde tête des chapelles, le vide entre etces piles et les culéesse trouve au-dessus la partie mince desmurs de deréparationde ceschapelles, commeà Amiens.Cesconstructions sontexécutéesavec uni.- irréprochable précision. Alors, au .ivesiècle, larc-liMiiianl, sousle point de vue de la science,avait atteint le dernier degréde la perfection : vouloir aller plus loin, cétait tomber dans labus; maisles constructeursdu moyenâgenétaient pas gensà sarrêter en chemin.Évidemment cesétuisà demeureétaient une accusation portée contre lesystème général adopté dansla construction leurs grandes de églises; ilssévertuaientlesdissimuler, en leschargeant à soit dornements, en soitles masquant avecune grande adresse,commeà la cathédrale de Reims,par des tètes de contre-forts qui sont autant de chefs-dSuvre; soit enles réduisant à leur plus simple expression,en leur donnant alors laroideur quedoit avoirun étai. Cest dernierparti qui fut franchement ceadmis à la fin du XIIP siècle, dans la construction des arcs-boutants delégliseSaint-Urbain Troyes(fig. 66).Que lon veuille bienexaminer decette figure, et lon reconnaîtra que larc-boutant, composédun petitnombre de morceaux de pierre, ne montre plus, comme dans tous lesexemplesprécédents,une succession claveaux peu épais, conservant deune certaine élasticité, mais au contraire despierres poséesbout à bout,et acquérant ainsi les qualités dun étai de bois. Ce nest plu; parlachargeque larc conserve rigidité, mais par la combinaison son sa de
  • - 77 - [ ARC]appareil.Ici la butéenestpasobtenueau moyende larc ABC,maisparlétai de pierre DE. Larc ABC, dont la flexibilité est dailleurs neutraliséepar lhorizontale BG et le cercle F, nest là que pour empêcherlétai DEde fléchir. Si larchitecte qui a tracé cet arc-boutant eût pu faire taillerle triangle DBG dans un seul morceau de pierre, il se fût dispensédeplacer le lien AB. Toutefois, pour oser appareiller un arc-boutant decette façon, il fallait être bien sûr du point de la poussée la voûte et dede la direction de cette poussée;car si ce systèmede butée eût été placéun peu au-dessus au-dessous la poussée, la ligne DE neût pas ou de siété inclinée suivant le seul angle qui lui convenait,il y aurait eu ruptureau point B. Pour que cette rupture nait paseu lieu, il faut supposerque la résultante despressions diversesde la voûte agit absolument surle point D. Cenest donc pas trop savancerque de dire : le systèmedelarc-boutant, au xive siècle, était arrivé à son développement le pluscomplet. Maison peut avoir raison suivant lesrègles absoluesde la géo-métrie, et manquer de sens. Lhomme qui a dirigé les constructionsde léglise Saint-Urbain de Troyes était certes beaucoup plus savant,meilleur mathématicien que ceux qui ont bâti les nefs de Chartre-, deReims ou dAmiens; cependant ces derniers ont atteint le but, cl lr pre-mier la dépassé voulant appliquer sesmatériaux à des combinai- ensons géométriquesqui sont eu completdésaccord avec leur 67nature et leurs qua-lités; en voulantdonnera la pierre lerôle qui appartientau bois; en torturantla forme et lart en-fin, pour se donnerla puérile satisfac-tion de les sou-mettre à la solutiondun problème degéométrie. Ce sontlà de ces exemplesqui sont aussi bonsà étudier quils sontmauvais à suivre. Cemême principeest adopté dans degrandsédifices. voit dansla partie dela nefdela cathédrale Troyes, On dequi datedu xv" siècle,un arc-boutantà doublevolée,particulièrementbien établi pour résisteraux poussées grandes voûtes. Il se compose desde deux butéesrigides de pierre réuniespar une arcature à jour (fig. 67};
  • { ARC] - 78 -la butéeinférieureesttangente lextrados larc,demanière reporter à de àla poussée la naissance cetarc, en le laissant sur de libre toutefoispar ladisposition lappareil.Les pieds-droits larcatureà jour sont per- de dependiculaires la direction desdeux butées, les étrésillonnentainsi à etbeaucoup mieuxquesils étaient verticaux,commedanslesarcs-boutants<]«"- chSurs de la cathédrale dAmienset de léglise dEu, donnésfigures62et63. Cesdeux butéesrigidesAB, CD,ne sont pasparallèles, maisserapprochent AI, rumine deux étaisde bois,afin demieux reporterla enpou--:>.1-lisant B enF surlarc-boulantuniquede la première de volée E.La butéerigide AB sert daqueducpour les eauxdu comble.Par le fait,cette construction est plus savante que gracieuse,et lart ici est com-plètement sacrifiéaux combinaisons géométriques. Ce système darcs-boutantsà jour, rigides, fut quelquefois employéavec bien plus de raison lorsquil sagissaitde maintenir une pousséeagissantsur un vide étroit, comme dans la sainte Chapellebassede Paris(.xin siècle). Là cet arc-boutant se compose dune seule pierre évidéevenant opposerune résistancefort légère en apparence,mais très-rigideen réalité, à la pression dune voûte. La sainte Chapelle bassedu palais secomposedune nef et dedeux bas côtés étroits, afin de dimi- nuer la portée desvoûtes dont on voulait éviter de faire des- cendre les naissances trop bas; mais les voûtes de ces bas côtés atteignent la hauteur sousclef desvoûtes de la nef (fig. 68), il fallait sopposer à la poussée des grands arcs-doubleaux et des arcs ogives au point A, au moyendun véritable étrésillon. Larchitecte imagina de rendre fixe ce point A, et de reporter sa poussée sur les contre-forts extérieurs, en établissant un triangle à jour ABC découpé dansun seul morceaudepierre. Cesystème darc-boutant, ou plutôt détrésillon, estemployésouventdanslesconstructions civilespour contre-buter poussées. des Lesmanteaux quatrecheminées cuisines des des ditesdesaintLouis,auPalaisde Paris,sontmaintenus desétrésillons également par pris dans seul unmorceau pierredécoupé jour (voy.CUISINE). de à Il nenrésulte moins larc-boutant pas que surmonté aqueduc dun seperfectionne le pointdevuedelaparfaite sous connaissance poussées despendant xie et xv«siècles, les comme larc-boutant simple double. ou
  • - 79 - f ARC1Les constructeurs arrivent à calculer exactement le poids quil faut donneraux aqueducs à jour pour empêcher le soulèvement de larc. Le caniveauqui couronne laqueduc devient un étai par la force quon lui donneaussibien que par la manière dont il est appareillé. Comme il arrive toujours lorsquun systèmeadopté est pousséà sesdernières limites, on finit par perdre la trace du principe qui la déve-loppé.A la fin du ve siècle et pendantle xvie, lesarchitectesprétendirentsi bien améliorer la construction desarcs-boutants,quils oublièrent les Dconditions premièresde leur stabilité et de leur résistance.Au lieu deles former dun simple arc de cercle venant franchement contre-buterles poussées, soit par lui-même, soit par sa combinaison avec une con-struction rigide servant détai, ils leur donnèrent descourbescomposées,lesfaisantportersurlespilesdesnefsen mêmetempsquilsmaintenaientlécartement des voûtes. Ils ne tenaient plus compte ainsi de cette con-dition essentielle glissement têtesdarcs, du des dont nousavons expliquéplushaut lutilité; ils tendaientàpousser pilesendedans, les au-dessous eten sensinverse de la poussée voûtes. Nousdonnonsici (fig. 69) un des desarcs-boutantsde la nef de léglise Saint-Wulfrand dAbbeville, construit
  • [ ARC] - 80 - daprès dernierprincipe pendantlespremièresannées xviesiècle. ce du Cesarcsont produit et subi de gravesdésordres suite de leur dispo- par sition vicieuse. Les contre-forts extérieurs ont tassé; il sest déclaré des ruptureset desécrasements pointsA desarcs,les sommiers ayant aux B empêché glissement auraitpu avoir lieu sans grandsinconvé- le qui de nients.Les arcs rompusaux pointsA ne contre-butent plus lesvoûtes, qui poussent écrasent le déversement murs, lesaqueducs - et par des supé rieurs; en même temps cesarcs déformés,chargéspar cesaqueducsqui MIbissent pression voûtes, la des agissent puissamment lessommiers sur B, et, poussant lors les piliers verslintérieur à la naissance voûtes, dès des augmentent encore les causesdécartement.Pour nous expliquer en peu de mots,lorsque desarcs-boutants sont construitsdaprèsce système, la poussée voûtes agit deGen D charge des qui larc A verticalement,en augmentant pression pieds-droits laqueduc. la des de Cettecharge verti- cale,sereportant sur une constructionélastique,pousse A en B. Or, de plusla poussée A enB estpuissante, la poussée voûtes enG de plus des agit par le renversement la ligne DC.Donclessommiers de placés la tètedi^ à arcs-boutants en B sont contraires au principe même dp larc-boutant. Les porchesnord et sud de léglise Saint-Urbain Troycspeuvent de donner une idée bien exacte de la fonction que remplissent les arcs- 70 A_ boutants lesédifices la période dans de ogivale. porches comme Ces sont la dissection dunepetileéglise xivesiècle. voûtes du Des légères, portées sur descolonnes minceset longues,sont contre-butées desarcsqui par viennentsereposer descontre-fortscomplètement sur indépendants du monument; pas de murs : des colonnes, des voûtes, des contre-forts isolés,et les arcs-boutanls placéssuivantla résultantedes poussées. Il nentredanstoutecetteconstruction,assez importantecependant,quun volumetrès-restreint matériaux de posés avecautantdart quedéco- nomie (fig. 70). A indique le plan de ce porche; B, la vue de lun de ses arcs-boutantsdangle. Gomme dans toutes les bonnes constructions de cetteépoque, larc-boutant fait que sappuyer ne contrela colonne, juste au point de la poussée,étayantle sommier reçoitles arcs-doubleaux, qui
  • - 81 - [ ARC ]lesarchivoltes les arcsogives. et Au-dessus arcs-boutants contre- des lesforts sont rendus plus stablespar despinacles,et lescolonneselles-mêmessont chargéeset roidies par les pyràmidions qui les surmontent. Il estaisé de comprendre, en examinant le plan A, comment les deux voûtesdu porche, qui reposent dun côtésur le mur du transsept,et de lautresur les trois colonnes G, D, E, ne peuvent se maintenir sur des pointsdappui aussi grêles quau moyen de la butée des trois arcs-boutantsCF,DG, EH, reportant les résultantes de leurs poussées sur les troiscontre-forts I, K, L. LespaceMCDEXest seul couvert, et forme commeun grand dais suspendusur de frêlescolonnes. élégante Cette construction B.na éprouvéni mouvement ni déver-sement,malgré son extrêmelégèreté,et quoiquelle ait été laisséedans lesplus mauvaises conditions depuislongtemps(voy. PORCHE). On auta pu observer,daprès touslesexemplesque nous avons donnés,quelesarcs-boutantsne commencentà être chanfreinés ou ornés de mou-lures quà partir de la deuxième moi-tié du xiue siècle. En général, lesprofils des arcs-boutants sont tou-jours plus simples que ceux desarcs-doubleaux; est évident quon ilcraignait daffaiblir les arcs-boutantsexposés aux intempériespar desévi-dements de moulures, et quen selaissant entraîner à les tailler sur unprofil, on obéissait au désir de nepoint faire contraster ces arcs dunemanièredésagréableavecla richessedesarchivoltesdesfenêtreset la pro-fusion de moulures qui couvraienttous les membres de larchitecturedès la fin du xme siècle. Cependantles moulures qui sont profilées àlintrados des arcs-boutants sont toujours plus simples et conserventune plus grande apparenced3 force que cellesappliquéesaux archivolteset aux arcs des voûtes. Lorsquà la fin du xne siècle et au commencementdu xme on adoptale système arcs-boutan^ des pour les grandes voûtes portées despiles surisolées, nesongea on dabordquà contre-buterles poussées voûtes desdesnefs et deschSurs. Lesvoûtes des transsepts.se retournant à angledroit, nétaientcontre-butées par descontre-fortspeu saillants. que Onsefiaitsur le peude longueurdescroisillons,composés deuxou trois de i. - 11
  • APC - 82 -travéesde voûtes; on supposait que les butées descontre-forts des pi-gnonset celles des murs desnefs suffisaient pour maintenir la pousséedesarcs-doubleauxentre cesbutées.A la cathédralede Paris,par exemple (fig. 71], il a été construit des arcs-bou- tuiils de A enB pour maintenir la poussée des voûtes de la nef et du chSur; mais IVvartement des voûtes des croisillons nest maintenu que par les deux contre- forts mincesD et C, et il na jamais existé darcs-boutants de D en A et de C en A. On ne pouvait songer en effet à bander des arcs-boutants qui eussentpris les contre-forts AE en flanc, en admettant que ces contre-forts fussent arrivés jus- quau prolongement de larc-doubleau CD, ce qui nexiste pasà la cathédralede Paris. Cette difficulté non résolue causa quelquefoisla ruine descroisillons peudetempsaprèsleur construction.Aussi,dèsle milieu du xrnesiècle,ondisposa contre-fortsdesanglesformés lestranssepts, manière les par deà pouvoirbuter les voûtesdansles deux sensfig. 72). A la cathédrale 72 i-. i>ar exemple, ces contre-forts, à la rencontre du transseptetdu chii-ur. pré>tntent en plan la forme dune croix, et il existe desarcs-boutants de D en C comme de A en B. Quand les arcs-boutants sont àdouble^volées,la première volée est bandéede E en F comme de G en F. bu1.1 il arrivait aussi que lesarcs-boutants desnefs ou deschSurs, ventpoussant la tranche de contre-forts très-larges, sur mais très-minces,et qui nétaienten réalitéquedesmurs(fig. 73),commeaux chSursdeNuire-Danie de Paris, de léglise de Saint-Denis, de la cathédrale duMans,tendaient à faire déversercesmurs; on établit également, vers lemilieu du xnr3siècle, deséperonslatéraux A sur les flancs des contre-Ibrt?, pour prévenir ce déversement. On ne sarrêta pas là; ces masses constructions élevéespour main- de
  • - 83 - [ ARC]tenir les arcs-boutants ne pouvaient satisfaire les constructeur- duxvesiècle, qui voulaient que leurs édifices parussentplus légers encorequils ne létaient réellement. Dansquelqueséglises, notamment dans etle chSur de léglise du Mont-Saint-Michel en mer. ils remplacèrent leséperons de flanc par des arcs bandésdun contre-fortà lautre, comme Aune succession délrésillons destinés à rendre tous les contre-lorl- de-arcs-boutants solidaires. De tout ce qui précède on peut conclure que les architectes du m<ienâge,aprèsavoir résolu le problème de la construction des Mmies surdespiles minceset isolées,au moyen de larc-boutant, ont été frappe-.sitôt aprèslapplication du principe, desdifficultés dexécution quil pré-sentait. Tous leurs efforts ont tendu à établir léquilibre entre la pon--éedesvoûteset la résistancedesarcs-boutants,à fonder ce sy-ieme sur desrèglesfixes, ce qui nétait pas possible,puisque les condition- déqui-libre se modifient à linfini en raison de la nature, du poids, de la résis-tance et de la dimension desmatériaux. Les hommes dun génie supé-rieur, commeil arrive toujours, ont su vaincre ces difficultés, plutôt parlinstinct que par le calcul, par lobservation des faits particuliers quepar lapplication de règles absolues. Les constructeurs ul-aires ontsuivi tels ou tels exemplesquils avaient sous les yeux, mais sans serendre compte des cas exceptionnels quils avaient à traiter; souventalorsils se sont trompés. Est-ceà dire pour cela que larc-boutant, parcequil exige une grandesagacitéde la part du constructeur, est un moyendont lemploi doit être proscrit? Nous ne le croyons pas. Car de ce quelapplication dun systèmeprésentedesdifficultés et une certaine finessedobservation,ce nest pas une raison pour le condamner, mais cen eslunepour létudier avecle plus grand soin. ARC DÉCHARGE.Cest larc quon noie, dans les construction-. DE -au-dessus linteaux des portes, au-dessus vides en général, et des des desparties faibles des constructions inférieures, pour reporter le poids de-,constructionssupérieures sur des points dappui dont la stabilité estassurée. archivoltes des portails et portes sont de véritables arcs de Lesdécharge(voy. AKCIIIYOLTES,variété de lAne); toutefois on ne donneguèrele nom darcs de décharge quaux arcs dont le parement affleurele nu des murs, qui ne se distinguent des assises horizontalesquepar leur appareil, et quelquefois cependant par une faible saillie.Dansles constructions romaines élevéesen petits matériaux et en blo-cage,on rencontre souventdes arcs de déchargeen briques et en mo( !-Ionsnoyés plein mur, afin de reporterles pesanteurs despoints en surdesfondationset soubassements établisplus solidement le restede quela bâtisse.Cettetradition seconserveencore pendant la période romane.Maisà cetteépoque constructions blocage les en nétaientplusen usage,et lon netrouveque très-rarement arcsdestinés diviserles pesan- des àteursdansun mur plein. Dailleurs, dansles édificesromans,la cou"structiondevientpresquetoujoursun motif de décoration, lorsquon et
  • [ ARC ] - 84 -maçonnant, on avait besoin darcs de décharge,on cherchait à les accu-ser, soit par une saillie, et même quelquefoispar un filet orné ou mou-luré à lextrados.Tels sont les arcs de déchargequi se voient le long dumur desbascôtés légliseSaint-Etiennede Nevers du xiesiècle) de (fin(fig. 74). Ici ces arcs sont surtout destinésà charger les piles des bas côtés qui reçoivent les poussées des voûtes; les murs nétant pas armés de contre-forts, ce surcroît de charge donne aux points dappui principaux une grande stabilité. Cest un système qui permet déle- ver des murs minces entre lespilesdestinéesàrecevoir le poids des constructions; il présentepar conséquent une économie de maté- riaux : on le voit appliqué dansbeaucoupdéglises du Poitou. delAnjou,de lAu- vergne et de la Saintonge pendant la période romane. Inutile dajouter que ces arcsde déchargesont tou- jours extradossés ; puisqueleur fonction essentielleestde reporter les charges supérieuressur leurs.sommiers,ils doivent tendre à faire glisserles maçonneriessur leurs reins. Le pignon du transseptsud de léglise Notre-Damedu Port,àClermont(Puy-de-Dôme),est ainsi porté sur deux arcs de déchargeà lextérieur,reposant sur une colonne (fig. 75). Souvent, dans larchitecture civile desxie et xnesiècles, rencontre desportesdont leslinteauxsont soulagés on pardesarcsfledécharge venant appuyerleurssommiers uneportée sur mena-
  • - 85 - [ ARC ]gée deuxextrémités linteaux(fig.76); quelquefois aux des aussi,au-dessusdeslinteaux, on voit une clef poséedanslassisequi les surmonte, et quiformeainsiuneplate-bande appareilléereportant poids murssurles le desdeuxpieds-droits 77).Un videestlaissé (fig. alorsentrelintradosdela clef ^.L ; i -et le linteau pour éviter la charge decette clef en casde mouvement danslesconstructions.Des arcs de déchargesont posésau-dessn*desé!mentsintérieurs desporteset desfenêtresdans presque tous les édifices civils dumoyen âge. Ces arcs sont plein cintre(fig.78)(château Polignac, de Haute-Loire, partie du xi" siècle),rarement entiers-point, et le plus souvent bombésseulementpour prendre moins de hau-teursousles planchers(voy. FENÊTRE).Pendantla période ogivale, lesconstruc-teurs ont à franchir de grands espacesvide; ils cherchent sans cesseà diminuerà rez-de-chaussée points dappui, afin lesde laisserle plus de place possibleà lafoule,dene pasgêner vue.Ceprincipe lales conduit à établir une partie descon-structions supérieures porte à faux; si endans le travers des nefs ils établissent des arcs-boutants au-de&susde>bascôtés, pour reporter poussée grandes la des voûtes lextérieur, faut, à ildansle sensde la longueur, quils évitentde faire peserles murs des galeriesenporte à faux sur les voûtes de ces bascôtés,trop légèrespour porterla chargedunmur,simince quil soit.Dès lors,pouréviterle fâcheuxeffetde cepoidssur desvoûtes, des arcs de déchargeont été mé-nagés dans lépaisseurdesmurs de fonddesgaleries premier étage.Ces arcs aureportent la charge de ces murs sur lessommiers des arcs-doubleaux des bascôtés (voy.CONSTRUCTION, TRIFO- GALERIE,RTOM). trouve des arcs de décharge Onentiers-point, lesgaleries dans hautes Notre-Dame Paris, de de dan- letriforium nefs cathédrales (fig. de des des dAmiens 79), Reims,Nevers. de
  • [ ARC] - 86 -Mais, Amiens, fenêtres à les supérieures posées étant surla claire-voie inté-rieuredu triforium, cesarcsde décharge portentquele poids ne dun murmince,qui ne sélève ju-quà lappui du fenestrage. lesédifices que Dans 80 de la Bourgogneet dune partie de la Champagne, fenêtres,au lieu les dêtre posées sur larcature inté- rieure, sonten retraite sur les murs extérieurs du triforium. Dans ce cas,larc de déchargeest dautant plus nécessaire, que ce mur exté- rieur porte, avec le fenestrage,la bascule des corniches de couron- nement; il est quelquefois posé immédiatement au-dessus de lex- trados desarchivoltes,afin déviter même la charge du remplissage, qui, comme à Reims, à Paris et à Amiens, garnit le dessousde larc en tiers-point; ou bien encore larc de décharge nest quun arc bombé, noyé dans lépaisseur du mur, un peu au-dessus du sol de la galerie,ainsi quon peut le remar- quer dans léglise de Saint-Père sous Vézelay(fig. 80). On rencontre des arcs de dé- chargeàla basedestours centrales deséglisesreposant sur les quatreares-doubleauxdestranssepts,comme à la cathédrale de Laon; souslesbuflrois des clochers, comme à Notre-Damede Paris. Il en existe aii"i au-dessus voûtes,pour reporter des le poids des bahuts et des char- pentes sur les piles, et soulager les meneaux des fenêtres tenant lieu de formerets, comme à la sainte Chapelle de Paris, comme à Amiens, à la cathédrale de Troyes (fig. 81). Au xve siècle, les arcs de décharge ont été fort en usage pour porter des constructions mas- sives, reposant en apparence surde?constructions jour; pour soulager cintresdesgrandesrosés à les dupoids despignons de face. Il nest pas besoin de dire que les arcs jouent un grand rôle danslaconstruction desédificesdu moyen âge : les architectes étaient arrivés,
  • - 87 - [ ARCADE]dèsle xine siècle, à acquérir une connaissanceparfaite de leur force derésistance, et de leurs effets sur les piles et les murs; ils mettaient unsoin particulier dans le choix des matériaux qui devaient les ri imposer,dansleur appareil, et la façon de leursjoints. Larchitecture romaine nafait quouvrir la voie dans lapplication desarcs à lart de bâtir; larchi-tecture du moyen âge la parcourue aussiloin quil était possiblede lefaire, au point dabuser même de ce principe à la fin du xe siècle, parun emploi trop absolu peut-être et des raffinements poussésà lexcès. La qualité essentiellede larc, cest lélasticité. Plus il estétendu, pluslespacequil doit franchir estlarge, plus il est nécessaire quil soit flexi-ble. Les constructeurs du moyen âge ont parfaitement suivi ce principeen multipliant les joints dans leurs arcs, en les composantde claveauxégaux,toujours extradossésavec soin. Ce nest quau xvic siècle, alorsque lart de bâtir proprement dit soumettait lemploi des matériaux àdes formes qui ne convenaient ni à leurs qualités, ni à leurs dimensions,que larc ne fut plus appliqué en raison de sa véritable fonction. Le prin-cipe logique qui lavait fait admettre cessade diriger les constructeurs.En imitant ou croyant imiter les formes de lantiquité romaine, les archi-tectes de la renaissance sécartaient plus du principe de la constructionantique que les architectes des xne et xme siècles;ou plutôt ils nentenaientnul compte. Si, dansleurs constructions massives, inébranlables,les Romains avaient compris la nécessité de laisser aux arcs une certaineélasticité en les extradossant,et en les formant de rangs de claveauxconcentriques, lorsquils avaient besoin de leur donner une grande ré>i^-tance, à plus forte raison dans les bâtisses du moyen âge, où tout estéquilibre, et mouvement par conséquent,devait-on ne pasperdre de vuele principe qui doit diriger les architectes dansla construction desarcs.Dujour que lon cessadextradosserles arcs, quon voulut les composerde claveauxinégaux comme dimension, et comme poids par conséquent,les appareiller à crossettes, lesrelier aux assises et horizontales au moyende joints droits à la queue, on ne comprit plus la véritable fonction delarc. (Voy. CONSTRUCTION, VOUTE.) ARCADE, f. Mot qui désigne lensemble dune ouverture fermée par s.unearchivolte.Ondit : Lesarcades ceportiquesouvrent unecour. de surLe mot arcade général;il comprendle vide commele plein, larchi- estvoltecommeles pieds-droits.Ondit aussiarcadeaveugle, pour désignerune archivolte ou arc de décharge formant avec les pieds-droits unesaillie sur un mur plein. Les arcs de décharge bascôtésde léglise desSaint-Etienne Nevers de (voy. ARC, 74) sont des arcades fig. aveugles.Lesarcades aveugles très-souvent sont employées lesédifices dans romansdu Poitou, de lAuvergne, la Saintonge delAngoumois;toutefois, de etquand elles sont dune petite dimension,on lesdésignesousle nomdarcatures (voy. ce mot). Les constructeurs lépoque romane,en dedonnant aux murs de leurs édifices une forte épaisseursuivant la tradi-
  • [ ARCATURE ] - 88 -tion romaine, et aussi pour résisterà la poussée uniforme desvoûtes en.berceau, cherchaient (autant pour économiserles matériaux que pourdécorercesmurs massifs lesrendremoins lourds)à les alléger au moyen etdune suite darcades (voy. ARCDE DÉCHARGE), leur permettaient quicependantde retrouver les épaisseursde murs nécessaires pour main-tenir les poussées berceauxau-dessus lextrados de ces arcs. Par des desuite de ladoption des voûtes en arcs dogive dansles édifices, il ne futplus utile déleverdesmurs épaiscontinus; on se contenta dèslors déta-blir descontre-forts saillants au droit des poussées (voy. CONSTRUCTION),et les intervalles entre ces contre-forts nétant que des clôtures mincesde maçonnerie, les arcadesaveugles,ou arcs de décharge,neurent plusde raison dêtre. Toutefois cette tradition subsista, et les architectes deJa périodeogivale continuèrent, dansun but purement décoratif, à pra-tiquer des arcadesaveugles(arcatures) sous les appuis des fenêtres dès-bas côtés, dans les intérieurs de leurs édifices, dabord très-saillantes,puis saplatissantpeu à peu à la fin du xme siècle et pendantle xive, pourne plus être quun placage découpé plus ou moins riche, sorte de fili-grane de pierre destiné à couvrir la nudité des murs. ARCATURE, f. Mot par lequel on désigneune série darcades dune s.petite dimension,qui sont plutôt destinées décorer les parties lissesdes- àmurs sousles appuis des fenêtresou sous les corniches, quà répondreà.une nécessité de la construction. On rencontre, dans certains édifices duBas-Empire,desrangées darcades aveugles nont dautre but que dor- quiner lesnus desmurs. Cemotif de décoration paraît avoir été particulière-ment admiset conservé parles architectesdelépoque carlovingienne,etilpersiste pendant lespériodesromane et ogivale,danstoutes les provincesde la France.Il estbon dobservercependant que lemploi desarcaturesestplus ou moins bien justifié dans les édifices romans : quelques contrées,tellesque la Normandie par exemple,ont abusédelarcature danscertainsmonumentsdu xiesiècle; ne sachanttrop comment décorer lesfaçades desgrandeséglises, architectessuperposèrent étagesdarcaturesaveu- les desgles de la baseau faite. Cest particulièrement dansles édificesnormandsbâtis en Angleterre que cet abus se fait sentir : la façadede léglise dePeterboroughen estun exemple.Riennestplusmonotonequecettesuper-position darcatureségalescomme hauteurs et largeurs, dont on ne com-prend ni lutilité comme systèmede construction, ni lagrément commedécoration.En France, le sentimentdesproportions,desrapports desvidesavecles pleins, perce dans larchitecture du moment quelle se dégage de-là barbarie. Dèsle xie siècle, ces détails importants de la décoration desmaçonneries,tels que lesarcatures, sont contenus dans dejustesbornes,tiennent bien leur place, ne paraissentpas être, comme en Angleterre ouen Italie, sur la façadede la cathédralede Pisé, par exemple, desplacagesdune stérile invention. Nous diviserons les arcatures : 1° en arcatures derez-de-c/iaussée, arcatures couronnement, arcaturesornements. 2° de 3°
  • - 89 - [ ARCATURE ) ARCATURESREZ-DE-CHAUSSÉE.-sortesdarcaturessont générale- DE Cesmentplacées, larchitecture dans française, lintérieur, à sous appuis lesdes fenêtres basses, formentune sériedepetitesarcades et aveugles entrele soletcesappuis. grandes Les salles, bascôtés églises, cha- les des lespelles,sontpresquetoujourstapissésdans leurs soubassements une parsuitedarcatures saillantes, peu portées despilastres des par ou colonnettesdétachés reposant un bancou socle pierre continu.>ousdonnons sur decomme premier exemple cegenre décoration travée de de une intérieuredesbascôtésde la nef de la cathédrale du Mans(fig. 1). Danscet exemple,qui estdu xiesiècle, construction maçonneries la des semble justifierlemploi delarcature; les murssont formésdeblocages parementésenpetitsmoellons cubiques comme certaines constructions gallo-romaines.Larcature, son appareilplus grand, fermeté ses par la de pieds-droitsmonolithes, donne de la solidité ace soubassement le décorant; elle enaccompagne couronne banc qui règne tout le longdu bascôté.Le et ceplussouventmême,à cette époque,les arcaturessont supportées pardescolonnettes isolées,ornées de bases de chapiteaux sculptés : nous et i. - 12
  • [ ARCATURE ] - 90 -choisirons commeexemple larcaturedesbascôtésde léglise abbatialede Souvigny(Allier)(fig.2),reposant toujourssurun banc,conformémentà lusage adopté. Dans arcatures. base, chapiteau lesclaveaux ces la le etdespetits arcssont engagés la maçonnerie mur, et les fûts des dans du Jcolonnettes, composés dun seul morceaude pierre poséen délit, sontdétachés.A Souvigny, les arcs reposent alternativement sur un pilastrerectangulaire et sur une colonnette cylindrique. Cet exempleremonte auxpremièresannéesdu xnesiècle.A mesurequelarchitecturesedébarrasse formesquelquepeu lourdesde lépoque desromane, les arcalures bassesdeviennent plus fines, les arcs se décorentde moulures, les colonnettes sont plus sveltes. Dans le bas côté sudde léglise Sainte-Madeleine de Chàteaudun, on voit encore les restesdune belle arcaturedu xue siècle,qui sert de transition entrele style
  • - 91 - [ ARCATLRE ] romanet le styleogival(fig. 3) : lestailloirs deschapiteaux sontvariés, en finement moulurés; les archivoltes sont décorées de dents de scie. Les arcatures basses des mo- numents de la Normandie sont, vers cette époque, curieusement travaillées, parfois composéesdune suite de petits arcs plein cintre qui sentrecroisent, et portent, soit sur un rang de colonnettes, soit sur des colonnettes et des cor- beaux alternés. Mais cest particulièrement en An- gleterre que le style nor- manda développé genre ce de décoration, danslequel quelques esprits plus ingé- nieux quéclairés ont voulu voir lorigine de logive (voy. OGIVE). Le côté nord du chSur de la cathédralede Canterbury présenteà lex- térieur, entre les fenêtres de la crypte et celle des ï bas côtés, une arcature que nous donnons ici (fig. 3 bis), et qui forme un riche bandeau entre les contre-forts. Cet exemple date des dernières années du xir siècle.Danslétage inférieur de la tour Saint- Romain de* la cathédrale de Rouen, les colonnettes des arcatures sont accou- plées, supportant déjà de petits arcs en tiers-point, bien que le plein cintre persiste longtemps dans ces membres accessoires delarchitecture, et jusque versles premières annéesydu xme siècle. Ainsi leschapelles du chSur delégliseabbatialede Vézelay sont,tapissées, lesappuisdesfenêtres, sous
  • [ARCATURE ] - 92 -darcatures appartenant les par détails leurornementation de auxirr8 siècle,tandis leursarcssontfranchement que pleincintre (tig.4). EnBourgogne,larc plein cintre persiste même dansles arcaturesjusque vers le milieu du ine Mècle. petite église La de otre-Dame de Dijon, dont la construction est postérieure au chSur deléglise de labbaye de Vézelay, laisse encore voir dans les soubassements de ses chapellesdu transseplde belles arcatures plein cintre sur des- chapiteaux qui nont plus rien de lornementation romane. La courbe en tiers-point ne sap- plique aux archivoltes desar- catures que vers 1230; larc trilobé sert de transition : on le voit employé dans le trans- septnord de léglise Saint-Jean de Chàlons-sur-Marne(fig. 5), dont la partie inférieure date de 1220à 1230; dans les travées encore existantes des bas côtés de la cathédrale dAmiens,même date. Plus tard, de 1230 à 1210, larc en tiers-point règne seul(fig. 6), ainsi quonpeut le voir dansleschapelles chSur de la cathé- du
  • - 93 [ ARCATLRE Jdrale de Troyes,dabord simple, décoréseulement des moulures parlargement profilées, un peuplustard, vers12^0,par desredents, puiscommedansleschapelles chSur de la cathédrale du dAmiens(%. 7)ou
  • [ ARCATURE ]dansla sainteChapellebasse Palaisà Paris.Jusqualors, du cependant,les arcatures basses,quelles appartiennent à un monument riche ouà uneéglisede petite ville, sontà peu de choseprès semblables. Maisvers 1245, au moment où larchitecture ogivale arrivait à son apogée,les arcalun-v dans les édifices bâtis avec luxe, prennent une plus grandeimportance, senrichissent de bas-reliefs,dornements, dà-jour, tendentà former sousles fenêtresune splendidedécoration, en laissant toujoursvoir le nu des murs dans les entre-colonnements; ces murs eux-mêmesreçoivent de la peinture, desapplicationsde gaufrures ou de verres colo-rés et dorés. La sainte Chapelle haute du Palaisà Paris nous offre le plusbel exempleque lon puissedonner dune série darcatures ainsi traitées(fig.8). Alors, dansles édifices religieux,le parti adopté lesconstruc- parteurs ne laissait voir de murs que sousles appuis des fenêtres des bascôtés toutela construction bornantà despileset desvidesgarnisde ; severrières, on conçoit quil eût été désagréable rencontrer sous les deverrières bascôtés, la hauteurde lSil, desparties des à lisses eussent quiélé en désaccord complet avecle système généralde piles et dà-jouradopté par les architectes. Ces arcatures servaient de transition entre lesol et lesmeneaux fenêtres, conservant des en cependant, la fermeté par
  • - 95 - [ ARCATUKE )des profils, létroitesse des entre-colonnements et les robustes sailliesdesbancs, une certaine solidité daspect nécessaireà la basedun MHP-nument.Les bas côtésde la cathédrale Reims,quoiquepourvusde deceslargesbancsavecmarche avant, en nontjamaiseu,ousontdépouillés.de leur arcature aussiest-onchoquéde la nuditédecesmursde pierre ;sous appuisdesfenêtres, les nudité qui contraste avecla richesse sage side tout lintérieur de lédifice. Pour nous,il nestpas douteuxquelesbas côtés de la cathédrale de Reims ont dû être ou ont été garnis dar-catures comme létaient autrefois ceux de la nef de léglise abbatialede Saint-Denis,les parties inférieures de ces deux nefs ayant les plusgrands rapports. Nous donnons ici (fig. 9) larcature bassede la nef deléglisede Saint-Denis,replacéeen partie, et dont tous les débrisexistaientencore dans les magasins de cet édifice. Disons,en passant, que cestavec quelques fragmentsde cette arcature que le tombeau dHéloïse etdAbailard,aujourdhui déposéau Père-Lachaise, été composé a parM. Lenoir, dansle muséedesPetits-Augustins. Il ne faudraitpascroireque les arcatures suivi rigoureusement ont lavoie que nousvenons de tracer pour atteindre leur développement. Avantdarriverà ladoption de la courbeen tiers-point, on rencontre destâtonnements,car cest particulièrement pendant les périodesdetransition que les exceptions se multiplient. Nous en donnerons unequi datedespremières années xmesiècle,et qui peut compterparmi du
  • [ AKCATURE ] - 96 -lesplusoriginalesellesetrouve : dans bas les côtés léglise Montier de de en Der (Haute-Marne) 10), (fig. agv^^-L.-^" " : ...LA--T.-jLs- charmant édificeremplide singularités architectoniques. Vers la fin du xine siècle, les arcatures basses, comme tous les autres membres de lar- chitecture ogivale, samai- grissent; ellesperdent laspect dune construction, dun sou- bassement, quelles avaient conservéjusqualors, pour se renfermer dans le rôle de placages. Le génie si impé- rieusement logique qui inspi- rait les architectes du moyen âgeles amena bientôt, en ceci comme en tout, à labus. Ils voulurent voir dans lar- cature dappui la continua- tion de la fenêtre, commeuneallège celle-ci.Ils firent passer meneauxdes fenêtres traver-J de les àla tablettedappui, et larcature vint se confondreaveceux. Dès lors la fenêtre semblait descendre jusquau banc inférieur; les dernières traces du mur roman disparaissaientainsi, et le systèmeogival sétablis- sait dans toute sa rigueur (fig. 11). Cet exemple, tiré des bas côtés du chSur de la cathédrale de Sées, date des dernières années du xin siècle. Toutefois les petits pi- gnonsménagésau-dessus des arcs donnent encore à ces sou- bassements une décoration qui les isole de la fenêtre, qui en fait un membre à part ayant son caractère propre; tandis que plus tard, au com- mencement du xive siècle, comme dans le chSur de lé- glise Saint-Nazaire de Carcas-sonne, larcature ense basse, reliant meneaux fenêtres, aux des adopte leurs
  • - 97 - [ ARCATURE ]formes, se compose des mêmes membres de moulures, répète leurscompartiments(fig. 12). Ce nest plus en réalité que la partie infé-rieure de la fenttre qui est bouchée, et, par le fait, le mur, dont leparementintérieur est au nu des vitraux, laissela moitié des me-neauxse dégager en bas-relief, et ne conserveplus quune faible épais-seur qui équivaut à une simple cloison. 11était impossible daller plusloin. Pendant les xive et xve siècles, les arcatures basses conservent les EL,mêmes allures,ne variant que dansles détails de lornementationsui-vmt le goût du moment.Onles voit disparaîtretout à coup versle mi-lieu du rve siècle,et celasexpliquepar lusagealors adoptéde garnirlessoubassements chapelles boiseries des de plus ou moinsriches.Aveclesarcatures, disparaissent également bancs pierre,ceux-ci les de étantàplusforte raisonremplacés desbancsde bois. DesmSurs plusraf- parfinées, lhabitudeprise par des familles richeset puissantes par les ouconfréries fonderdeschapelles de spéciales pour assister service au divin,faisaient lon préférait panneaux boiset dessièges secs que les de bienà ces bancs froids et humides. Nous pouvons ne omettre, parmilesarcatures rez-de-chaussée, de les I. -13
  • f ARCATURE ] - ^8 -grandesarcatnres bas côtésde la cathédrale Poitiers.Cetédifice des de(voy.CATUÉDRALE),à la lin du xnc siècleet au commencement bâti duxme,présente dispositions des particulières appartiennent Poitou. qui auLesvoûtes des bas côtés sont à peu près aussi hautes que celles de lanef, et le mur sousles fenêtres,épais et élevé, forme une galerie servantdepassage niveaude Lappuide cesfenêtres. haut appuiest décoré au Cepar une suite de grandesarcaturesplein cintre surmontées dunecor-niche dontla saillie est soutenue des par corbelets finement sculptés(iig.13).Desarcatures analogues voient se dans nefdeléglise la Sainte-liddeç.mde Poitiers,qui date de la mêmeépoque. de ARCATURES CUCRONNEMENT. quelques églisesromanes,par- DE - Dansticulièrement celles élevéessur les bords du Rhin, on avait eu lidéedéclairer les charpentes au-dessusdes voûtes en berceau, au moyendunesuite darcatures jour formant desgaleriesbasses les cor- à sousniches(voy.GALERIES). voûtes berceau nefs,ou encul-de-four Les en desdesabsides,laissaiententre leurs reins et le niveau de la corniche (con-venablement élevéepour laisserpasserles entraitsdescharpentes au-dessus lextrados) mur nu qui était dun aspectdésagréable, de un etqui, de plus, était dune grande pesanteur. Soit (fig. 14) la coupe dunevoûte en berceau plein cintre ou en cul-de-four, les fenêtres ne pou-vaient se cintrer au-dessus de la naissance A des voûtes, à moins dad-mettre des pénétrations, ce qui était hors dusage: il restait donc de A
  • - 99 - [ ARCATTRE ]en B, niveaude la corniche,une élévationde mur commandée la parpose la charpente. perçace mur en G par une galerieà jour on de Onfermée par un mur mince, destinée alors, soit à donner de lair son-lescombles, à formercommeun cheminde rondeallégeant con- soit lesstructionsinférieures.Cettedisposition,inspiréepar un calcul de con-structeur,devint un motif de décorationdans quelquesmonumentsreligieuxde France.Au xne siècle, la p;irtie supérieuredes murs dela nefde la cathédraledAutun, ferméepar une voûteen berceau ogivalrenforcée darcs-doubleaux, décoréepar une arcalureaveugle fut exté-rieurequi remplit cettesurélévation desmaçonneries, quepar nue bien Llle fait elle ne soit daucune utilité; elle nétait placée là que pour oc-cuperles yeux, et comme une tradition des galeries à jour desédificesromansdesbords du Rhin. Cette arcature (fig. 15) a cela de particulierquelle est, comme forme, une imitation des galeries ou chemins derondedes deux portes antiques existant encore dans cette ville (portesde Saint-André dArroux). Il faut croireque ce motif fut très-gufilé etalors,car il fut répété à satiété dans la cathédrale dAutun et dan- leséglises Beaune de Saulieu,qui ne sont que desimitations de cet de etédifice, ainsiquedansun grandnombrede petiteséglises Maçonnais, dude la Bourgogne de la hauteChampagne. lextérieurdesabsides, et Alesarcaturesromanes sont prodiguées dans les édificesreligieux duLanguedoc, la Provence,et particulièrementde la Saintonge,du dePoitou et du Berry. On voit encore une belle ceinture darcatures alter-nativement aveugles ou percéesde fenêtres à lextérieur du Iriforiumdelégliserondede Neuvy-Saint-Sépulcre (Indre),xr siècle(voy. SAIXT-SÉPDLCaE).Ce systèmedarcaturesencadrantdesfenêtres adoptéen estAuvergneà lextérieur des absides,dans les paities supérieuresdes nefset despignons transsepts en voici un exempletiré du brasde croix des :norddelégliseSaint-Éliennede Nevers, élevéeau xie sièclesur le plan
  • [ ARCATURE ] - 100 -deséi:liM~auvergnates 16).Cettearcatureprésente disposition (fig. unequi apparlientaux églises cetteprovince,cest ce triangle qui vient deremplacer larc plein cintre danscertainscas.LégliseNotre-Dame dulnrt, à Glermont, nous donne à lextrémité des bras de croix nord etsud une arcature peu prèspareille celle-ci;maisà Saint-Etienne à àde Neversces arcatures décorent lintérieur et lextérieur du pignon etdu croisillon nord, tandis quà Notre-Dame du Port elles nexistent quàlintérieur. Il nest pas besoin de dire que les arcatures hautes des nefset absidesne pouvaient plus trouver leur place du moment que la voûteen arcs ogives /lait adoptée, puisque alors les archivoltes des fenêtressélevaient jusque sousles cornichessupérieures; aussine les rencontre-t-on plus dans les monuments des xme, xive et xve siècles, si ce nestdansla cathédralede Reims, où lon voit apparaître comme un dernierreflet de la tradition desarcaturesromanessupérieures.Ici ces arcaturessurmontent les corniches et pourraient être considérées comme desba-lustrades,si leur dimension extraordinaire nempêchait de les confondreavec ce membre de larchitecture ogivale; ce sont plutôt des claires-
  • - 101 - [ ARCATVKE ]voiesdont on ne sexplique guère lutilité. Les chapellesdu chSur de lacathédralede Reimssont surmontéesde rangéesde colonnesisoléespor-tant des arcs et un bandeau.Cette décoration, qui date du milieu duxnie siècle, prend une grande importance par ses dimensions; elle a ledéfaut dêtre hors déchelleaveclesautres parties de lédifice, et rapetisseles chapellesà cause de son analogie avec les formes dune balustrade 17(fig. 17).Les couronnementsdu chSur de cette même cathédraleétaientégalement terminés par une arcature en partie aveugle,dont il re>te unegrande quantité de fragments reposéset restaurésà la fin du xvc siècle,aprèslincendie descombles. Là cette arcature se comprend mieux, ellemasquait un chéneau; mais larcature à jour de la nef, refaite égalementau xve siècleen suivant les formes adoptéesà la fin du xme siècle, nestplus quune imitation de ce parti quant à lapparence extérieure seule-ment, puisquelle ne répond à aucun besoin. Les tours centrales deséglises,élevées le milieu de la croisée,sont souvent décorées linté- sur àrieur ou à lextérieur, pendant les époques romanes ou de transition.darcaturesaveugles, surtout dansla Normandie, lAuvergne,la Saintongcet lAngoumois, où ce mode de tapisser les nus desmurs dansles partiessupérieuresdes édifices paraît avoir été particulièrement adopté. Le^souches des tours centrales des cathédrales de Coutances à lintérieur, deRouen à lintérieur et à lextérieur, de Bayeux à lextérieur, des églisesSaint-Etienne Caenà lintérieur, Notre-Damedu Port et dIssoire deà lextérieur, de la plupart des églisesde la Charente, etc., sont muniesdarcatures (voy.CLOCHER). voyonsaussiles arcaturesemployées Nous
  • [ ARCATTRE ] - 102 -comme décoration danslesétages supérieurs clochers des plantéssur lesfaçades églises des romanes ducommencement xmesiècle, et du au-dessusdesportails,souslesrosés. troisderniers .Les étages clochernord dela ducathédralede Sens,dit tour dePlomb, sont entourésdarcatures aveuglesformant galerie à jour seulementdans les milieux du secondétage.Nous donnonsici (lïg. 18) le dessinde larcature trilobée supérieurede ce clocher. On remarquera que les colonnettes accoupléesde cettearcaturesont supportées desfigures marchantsur deslions : cessortes parde caryatidesse rencontrent dans quelques édifices de la Champagne etdune partie de la Bourgogne. ARCATURES ORNEMENTS. nous resteà parler desarcaturesqui se ren- -IIcontrentsi fréquemmentdisposées danslessoubassements ébrasements desdesportails deséglises, qui sont bien réellement alors une simple déco- etration . La plupart desarcaturesdont nousavonsprécédemmentparlé sont/»//<",«, presquetoujours partie delà construction; leursarcssontcom- fontIH declaveaux,et forment, ainsique nouslavonsfait ressortirplus haut, «escomme autant darcs de décharge portés sur des colonnes monolithes,tandisque lesarcaturesde socles sont la plupart du tempsévidéesdansdesblocsde pierre. Telles sontles arcaturesplacées au-dessous statuesau- des
  • - 103 - [ ARCATURE ]jourdhuidétruites portails la cathédrale Sées 19), datent des de de (fig. quidespremièresannées xniesiècle; cellesdu portail nord de la cathédrale dudeTroyes, bienquunpeupostérieures, qui, présentent disposition une ana-logue; cellesdu portail sud de la cathédraledAmiens,avecdesarcsentre-lacés(fig. 20), posées 1220à 1223; celles si finement sculptéeset dun degoût si pur, qui tapissent les parementsdes soubassements la porte decentralede la cathédrale de Paris, et entre lesquellessont représentésles
  • [ ARCATURE J - lOi -Verlus lesVices 21),1220 et (fig. environ; celles sontdisposées la qui demême manièreà la porte Sainte-Anne de cette façade,et entre lesquellessont gravées en creux des fleurs de lis simulant une tenture; celles enfinde la portede la Vierge(fig. 22),toujoursde la cathédrale Paris,trai- de
  • - 105 - [ ARCATLRE Jtéesavecun soin et une grandeur de slyle peu ordinaires. Celtedernièrearcature peut être donnéecomme un desmodèles les plus completsde cegenrede décoration, et nousne connaissons rien qui puisselui être com-paré. Elle est enrichie de sculptures de la plus grande beauté,et qui ontle mérite dêtre parfaitementdisposées pour la placequelles occupent.Lespersonnages animaux ronde bosse ou qui remplissentles écoincons entreles arcs forment comme dessupports sous les grandesfigures adossées àdescolonnes placées et debout surce soubassement; rappellent le mar- ilstyre dessaintsou les personnifient. La forte saillie de cesfigures séchap-pant entre lespetites archivoltes esten rapport avecla grandeur et le hautrelief desstatues,tandis que toute la sculpture placéesousles arcset dansles entre-colonnements nestplus quune sorte de tapisseriedont le peu derelief ne détruit paslunité que doit conserverun soubassement. peutOnvoir, bien que la gravure ne donne quune faible idée de cette décoration,comme la saillie des bas-reliefs se perd avec le fond à mesure quils serapprochentdu sol. Les ornements entre les colonnesne sont plus mètreque des gravuresen creux, non point sèchescomme un simple trait,mais présentant desparties larges et grassesévidéesen coquille. La con-struction de ce soubassement est en harmonie parfaite avec lornemen-tation. Les fonds tiennent à la bâtisse. Les colonnettes jumelles mono-lithes, rendues très-résistantes par lespèce de cloison ornée qui les relie(voy. la coupe), portent les arcs pris dans un même morceau de pierreavecleurs tympans et leurs écoincons. Chaque compartiment de lorne-mentation est sculpté dans une hauteur dassise. Malheureusement l;imain des barbaresa passépar là, et la plupart des figures placées danslesécoincons été mutilées. Quant aux petits bas-reliefs rangés sous ontles tympans, ils ont servi de but aux pierres des enfants pendant fortlongtemps.Cesbas-reliefspeuvent aller de pair avecce que la sculptureantique a produit de plus beau. On voit peu à peu les ar.caturesornemente samaigrir vers la fin duxiii siècle;elles perdent leur caractèreparticulier pour seconfondreavecles arcaturesde soubassement, dont nous avonsdonné desexemples.Lesprofils saplatissent sur les fonds, les colonnettes se subdivisent en fais-ceaux et tiennent aux assisesde la construction ; les vides prennent delimportance et dévorent les parties moulurées. Cependantil est quel-ques-unes de ces arcatures qui conservent encore un certain caractèrede fermeté : cellesqui tapissentles ébrasements deux desportes de la defaçadede la cathédrale de Bourges rappellent un peu la belle arcaturede Notre-Damede Paris que nous venons de donner, mais appauvrie.Quelquefois vides des fonds, comme danslarcature de la porte cen- lestrale de léglise de Semur en Auxois, sont remplis de semis,de rosaces,de quadrillés à peine saillants qui produisent un bel eOetet conviennentparfaitementà son soubassement. Nous citerons encore les charmantesarcaturesde la porte de droite de la façade de lancienne cathédnledAuxerre (fin du xnie siècle), el dans lesquelleson voit, représentéeen
  • [ ARCHE ] - 100 -iiguresrondebosse, lhistoiredeDavidet deBethsabée; cellesdela portede droite de la façade la cathédrale Sens(xivesiècle),décorées de de depetitspignonsau-dessus arcs,et de figuresdansles entre-colonne- desiiirnts. Ces décorations disparaissent xvesiècle,et les soubassements audesportailsne sontplusoccupés par cespénétrations bases que de aussidifficilesà comprendre quellessontdun aspect monotone (voy.TRAIT). Les petites arcatures jouent un grandrôle dansles tombeaux,lesparements dautel,lesretables (voy.cesmots);généralement socles lesdes tombes qui portent les statues couchéesdes morts sont entourésdarcature* danslesquellessont représentés pleureurs, des religieux, desuu mômeles apôtres. commencement xmesièclecependant, Au du lesarcatures le plussouvent sont videset faitesdepierreou de marbreblanc k 25se détachant sur un fond de marbre noir : telles étaient les arcatures destombes refaites par le roi saint Louis à Saint-Denis, et dont il reste desfragments (fig. 23). Plus tard cesarcaturesdeviennentplus riches, sontsurmontéesde pignons à jour, finement sculptées dans la pierre, lemarbre ou lalbâtre; elles encadrent desstatuettes,quelquefoisaussidesécus aux armes du mort ; elles sont accoladées au xve siècle, et formentdesnichesrenfoncées entre descolonnettes imitéesdesordresantiquesau xvr (voy. TOMBEAU). peut juger, par cet aperçu fort restreint, de Onlimportance des arcatures dans larchitecture du moyen âge, et dunombreinfini de leurs variétés;nous navons quindiquer des types puprincipaux,ceux qui marquentpar leur dispositioningénieuse goût lequi a présidéà leur exécution, ou leur originalité. ARCHE (DALLIANCE),f. Est souventfigurée dans les vitraux qui s.reproduisent scènes lAncien Testament. lui donnegénérale- les de Onmentla formedune châsse.Devantle trumeaude ia portede gauchedela façade Notre-Dame Paris,est posée de de une grandestatuede la
  • - 1U7 [ ARCHITECTE ]sainteVierge,tenant lenfant Jésus, lespiedssur le serpentà ttHede- etfemme, enrouléautour de larbre de science;au-dessus cette statue dede la sainte Vierge, replacéedepuisquelques années,,deux anges suppor-tent un dais couronné par larche dal-liance ifig. 1); les prophètes sont assisdes deux côtés sur le linteau ; dansle tympan on voit deux grands bas-reliefs représentantla mort de la sainteVierge et son couronnement. Larchedalliance occupe donc là une placesymbolique,elle est comme le lien en-tre lAncien et le Nouveau Testament.(Juelquefoislarche dalliance affectela forme dune armoire à deux battantssupportée ou gardée par des lions;dune table dautel avec reliquaire. Lessculpteurs ou les peintres du moyenâge ne paraissent pas avoir donné àlarche dalliance de lancienne loi uneforme particulière; ils se bornaient,dans leurs bas-reliefs ou leurs pein-tures, à figurer les objets quils avaientcontinuellementsousles yeux, les meu-bles par exemple,quil était dusagedeplaceraux côtés des autels, et où lonrefermait les reliquaires, les chartes, et tous les objets précieux ou titre».qui contituaient le trésor dune église (voy. AUTEL, AH.MOIKE . ARCHE NOÉ. Est représentéedanslesbasreliefs ou les vitraux sous DE -laforme dun navire surmonté dune maison avec loit et fenêtres. Souventles personnages composant la famille de Noé montrent la tête à cesfenêtres,et la colombe, délivrée par le patriarche, sélancedans les airs. ARCHE PONT. Voy. PONT. DE - ARCHITECTE,m. Il ne semble pasque ce titre ait été donné avant le s.xvie siècle aux artistes chargésde la direction desconstructions de bâti-ments. Larchitecture tenait sa place parmi les arts libéraux (voy. ARTSLIBÉRAUX) était personnifiée par un homme ou une femme tenant une etéquerreou un compas.Mais lartiste, lhomme de métier était qualifié demaîtredelSuvre, désignationbien autrement positive, du reste, que celledarchitecte,car par Suvreon entendait tout ce qui constituait limmeubleet le meubledun bâtiment,depuisles fondations jusquauxtapisseries,aux flambeaux,aux menus objets mobiliers. Il nexiste aucune donnéecertaine le personnel architectes sur des avantle xnr siècle.Les grandsétablissements religieux,qui renfermaient dans sein,jusquevers fin leur la
  • [ AHCUITECTE 1 - 108 -duxii siècle, cequil y avaitdhommes tout lettrés, savants, studieux, danslOccident, fournissaient très-probablement architectes dirigeaient les quinon-seulement constructions les monastiques, aussilesconstructions maismiles et peut-êtremêmemilitaires.Lesécolesfondées Charlemagne parsélevaientà labri deséglises; cétait là que devaient nécessairementseréfugiertouteslesintelligences vouées létude dessciences desarts. à etLa géométrie, dessin,la sculptureet la peinture ne pouvaientêtre leenseignésque dans les seuls établissements conservaient encore un quipiii decalmeet detranquillité au milieu de cetefJroyable chaosdelépoquerailovinidoniio. Vers la fin du xe siècle, au moment où il semblait que la-uriété allait séteindre dansla barbarie, une abbayese fondait à Cluny,et du sein de cet ordre religieux, pendant plus dun siècle, sortaientpresque tous les hommes qui allaient, avec une énergieet une patienceincomparables, contribuer à arrêter les progrès de la barbarie, mettrequelque ordre dansce chaos, fonder des établissements une grande surpartie de lEurope occidentale, depuis lEspagne jusquen Pologne. 11nest pas douteux que ce centre de civilisation, qui jeta un si vif éclatpendantlesxie et ne siècles, nait ru .surlesartscomme surles lettreset la politique une immense influence. Il nest pas douteux que Clunynait fourni à lEurope occidentale des architectes comme elle fournissaitdesclercs réformateurs, desprofesseurspour les écoles,despeintres, dessavants, des médecins, des ambassadeurs, des évêques, des souverainset des papes; car rayez Cluny du xi" siècle, et lon rr; trouve plus guèreque ténèbres,ignorance grossière,abus monstrueux. Pendant que saintHugues et ses successeurs luttaient contre lesprit de barbarie, et par-dessus tout maintenaient lindépendance du pouvoir spirituel avecunepersévérancedont lhistoire descivilisations offre peu dexemples,il sefaisait dansle tiers état une révolution dont lesconséquences eurent uneimmense portée.Un grand nombre devilles, les plus importantes du nord«t de lest de la France, seconjuraientet sétablissaienten communes. Ainsilétablissement féodal carlovingien était sapéde deux côtés,par le pouvoirspirituel dune part, et par les insurrections populairesde lautre. Lespritcivil apparaît pour la première fois sur la scène,depuis la chute de lem-pire, avec des idées dorganisation; il veut se gouverner lui-même, ilcommenceà parler de droits, de libertés : tout cela estfort grossier,fortincertain; il se jette tantôt dans les bras du clergé pour lutter contre lanoblesse,tantôt il se ligue avec le suzerain pour écrasersesvassaux. Maisau milieu de ces luttes, de ces efforts, la cité apprend à se connaître, àmesurer sesforces; elle na pas plutôt détruit quelle se pressede fonder,sanstrop savoir ce quelle fait ni ce quelle veut; mais elle fonde, elle sei..it donnerdeschartes, privilèges;ellesefaçonne lorganisation des à parcorporations; elle sent enfin que pour être forts, il faut setenir unis. Sevendant touslespouvoirs, lesachetant à ou tour àtour, ellevient peser surtous, les énerve,et prend saplace au milieu deux. Cestalors que les arts,les sciences et lindustrie cessent dêtre exclusivement renfecmés dans
  • - 109 - [ ARCHITECTE ]lenceinte descloîtres (voy. ARCHITECTURE). La grande conjurationde lacité se subdiviseen conjurationsde citoyens par corps détat. Chacunedeces corporations obtient, achète des privilèges; elle garde sa ville, estarmée; elle a seslois, sajuridiction, sesfinances,sestarifs, sonmode den-seignement lapprentissage; bien quauxni" siècle pouvoir royal par si lereconnaît lexistencede tous cescorpset leur donne desrèglements. Une fois sorti des monastères, lart de larchitecture, comme tous lesautres arts, devient un état. Le maîtrede lSuvre estlaïque; il appartientà un corps, et il commande à des ouvriers qui font tous partie de cor-porations; les salairessont réglés, garantis par desjurés; les heures detravail, les rapports des chefs avec les subalternes, sont définis. On faitdes devis, on passe des marchés, on imposela responsabilité. Hors ducloître, lémulation sajoute à létude, les traditions se transforment etprogressent avecune rapidité prodigieuse; lart devient plus personnel,il sedivise par écoles; lartiste apparaît enfin au iue siècle, fait préva-loir son idée, son goût propre. Il ne faut pas croire que le haut clergéfît obstacleà ce mouvement, ce serait mal comprendrelesprit qui diri-geaitalors le corpsle plus éclairé de la chrétienté. Tout porte ù suppo-ser quil lencouragea,et il est certain quil sut en profiter, et quil ledirigea dans lesvoiesnouvelles. Nous voyonsdès le commencementduXIIIe siècle un évêque dAmiens, Evrard de Fouillov, charger un archi-tecte laïque, Robert de Luzarches, de la construction de la grande ca-thédrale quil voulait élever souslinvocation de Notre-Dame. AprèsRo-bert de Luzarches,lSuvre est continuée par Thomas de Cormont et parson fils Regnault, ainsi que le constatelinscription suivante qui se trou-vait incrustée en lettres de cuivre dans le labyrinthe placé au milieu dupavagede la nef, et enlevé depuis peu sansquune voix se soit élevéecontre cet acte sauvage. MÉMOIREQUANDLELVRE DE I/EGLE DE CHEENS PU COMENCHIE ET FINE IL EST ESCRIPT EL MOILON DE LE MAISON DE DALCS . E.V.L AN.DE. GRACE.MIL.IIC. ET.XJ.FU.LOEUVBE DE.CREEES. PREMIEREMENT. ESCOMESCHIE. A.DOyr.YEHT.DE.CHESTE.EVESnt IE. EVRART.EVESylE. BENIS. ET.ROT.DE.FRAXCE.LOYS - Q.Fl.FICS.PHELIPPE.LE.SAIGE. CHIL.Q.MAISTRE YEHT.DE.LOECVRE. 1 Maison Dnlu*;,maison Daedalus, de de labyrinthe. 1 Cest erreur. 1220, une Eu Philippe-Auguste encore; il "e faut régnait maisoublier que cette inscription fut tracée en 1288.
  • [ ARCHITECTE ] - ! 10 - MAISTRE. ROBERT. E=TOIT. NOMES. ET.OE.LIZARCÉIES.SIRNOMES. UAISTRE.TaOHAS.Fl~. APRES.LVY. DE.CORMÛNT.ET.APRES.SEN.FILZ. MAISTRE.BEGNAULT.QUI.MESTBE. I l-T.A.CHEST.POIM.CHl.CHESTE.LELTRE. QUE.LmCABNATION.VALOIT I1U.C.AMS.MO1WS.XII.EN.FALO1T. Pierre de Montercau, ou de Montreuil, était chargé parle roi saintLouis île construire, en HiU, la sainteChapelledu Palaisà Paris, et parles religieux de Saint-Germain des Prés, délever la charmante chapellede la Vierge, qui couvrait une partie de la rue de lAbbaye actuelle.Pierre de Montereauétait laïque. On prétend que saint Louis lemmenaen Kgypte avec lui, le fait est douteux; et si Pierre de Montereau fit levoyage doutre-mer, il ne sinspira guère desédificesarabes quil fut àmême de visiter, car son architecture ressembleaussi peu aux anciensmonumentsquil put visiter en Egypteou en Syrie, quaux templesdePe-lum. Quoi quil en soit, la légendeest bonne à noter, en ce quelledonne la mesurede lestime que le roi saint Louis faisait de lartiste.Pierre de Montereau fut enterré avec sa femme au milieu du chSurde cettebelle chapelle de Saint-Germain desPrés quil avait élevéeavecun M>in particulier, et qui passait à juste titre pour un chef-dSuvre, sinousjugeons de lensemble par les fragments déposésdans les dépen-dances de léglise de Saint-Denis. Cette tombe nétait quune dallegravée; elle fut brisée et jetée aux gravois lorsque la chapelle qui lacontenait fut démolie. Libergier construisit à Reims une église, Saint-Nicaise, admirablemonument élevé danslespacede trente annéespar cet architecte : unebelle et fine gravure du vue siècle nous conserve seule laspect de lafaçadede cette église, la perle de Reims. Elle fut vendue et démoliecomme bien national. Toutefois les Rémois, plus scrupuleux que lesParisiens,en détruisant lSuvre de leur compatriote, transportèrent satombe dansla cathédrale de Reims, où chacun peut la voir aujourdhui :cest une pierre gravée.Libergier tient à la main gauche une verge gra-duée, dans sa droite un modèle déglise avec deux flèches, comme Sainl-Nicaise; h sespieds sont gravésun compas et une équerre ; deux angesdisposésdesdeux côtés de sa tête tiennent des encensoirs.Linscriptionsuivante pourtourne la dalle : »J«Cl.GIT MAISTRE.I1UES LIRERGIERS.QUI.COMENSA.CESTE . EGLISE.AN.LAN.DE . LINCARNAT10N.M.CC.ET.XX. IX. LE.MARDI. DE. PAQUES. ET. TRESPASSA. LAN DE. UNCARXATION.M.CC.LXIII. LE.SAMEDI.APRES.PAQUES.POUR.DEU.PRIEZ.POR.LUI 1 Voyezla Xoiicede M. Didronsur cetarchitecte la gravurede sa tombe(Annales etarchéologiques, I, p. 82 et 117). t.
  • 111 [ ARCHITECTE ] Libergier porte le costume laïque; nous donnons ce que nous possé-dons de son Suvre dans le Dictionnaire. Jean de Chellesconstruisait, en 1257, souslépiscopat de Regnault deCorbeil, les deux pignons du transsept et les premières chapelles duchSur de Notre-Dame de Paris. La grande inscription sculptée en reliefsur le soubassement portail sud, par la place quelle occupe et le dusoin avec lequel on la exécutée,fait ressortir limportance que lonattachait au choix dun homme capable, et le souvenir que lon tenaità conserverde son Suvre. Voici cette inscription ; AjraO.DOMISI.MCCLVII.MEXSE.FEBRrARIO.IDCS.SECrXDO. HOC.FIIT.ISCEPTUM.CHRISTI.GEMTRICIS.HOMJRE. KALLESSI.LATHOMO.VIVESTE.JOHAN.NE.MAGISTBO. En 1277,le célèbre architecte Envin de Steinbachcommençait la con-struction du portail de la cathédrale de Strasbourg, et au-dessusde lagrande porte on lisait encore, il y a deux siècles,cette inscription : ANNO.DOMINI.MCCLXXVIl.IS. DIE. BEAU. UBBAM.HOC.GLOHlOSUM.OPrs.ISCOBAVIT. MAGJSTER.EBVm-S. DE. STEINBACH. Endn meurt en 1318, et son fils continue son Suvre jusquà lagrandeplate-forme destours. Ce respect pour lSuvre de lhomme habile, intelligent, nest plusdansnosmSurs, soit ; mais nen tirons point vanité : il ne noussemble pasqueloubli et lingratitude soient les signesde la civilisation dun peuple. Cesgrands architectes des xne et xme siècles,nés la plupart dans ledomaine royal et plus particulièrement sortis de lIle-de-France, nenous sont pas tous connus. Les noms de ceux qui ont bâti les cathé-dralesde Chartreset de Reims, de Noyon et de Laon, ladmirable façadede la cathédrale de Paris, ne nous sont pas conservés, mais les recher-ches précieuses quelques archéologuesnous font chaquejour décou- devrir desrenseignements pleins dintérêt sur ces artistes, sur leurs étu-des,et leur manière de procéder. Nous possédons recueil de croquis unfaits par lun deux, Villard de Honnecourt, avec des observations etannotationssur les monuments de son temps. Villard de Honnecourt,qui dirigea peut-être les constructions du chSur de la cathédrale deCambrai,démolie aujourdhui, et qui fut appelé en Hongrie pour entre-prendre dimportants travaux, était le contemporain et lami de Pierrede Corbie, architecte célèbre du xme siècle, constructeur de plusieurséglises Picardie, et qui pourrait bien être lauteur deschapellesabsi- endalesde la cathédrale de Reims. Cesdeux artistes composèrent ensembleune églisesur un plan fort original, décrit par VillardJ. 1 M. Lassus, notre regretté confrère et ami, a annoté le manuscrit de Villard deHonnecourt,qui, depuis, a été publié par AI. Darcel.
  • [ ARCHITECTE ] - 112 - Cestprincipalementdans les villes du Nord qui sérigentm com-munesau xiie siècleque lon voit larchitecturese dégager plus rapi-dement des traditions romanes. Le mouvement intellectuel, dans ce^nouveaux municipesdu Nord, ne conservaitrien du caractèrearisto-cratiquede la municipalitéromaine;aussine doit-onpasêtre surprisdela marcheprogressive arts et de lindustrie,dansun espace temps des deassez court, au milieu de cescités affranchiesavec plus ou moins de suc-cès, H de limportance que devaient prendre parmi leurs concitoyensle- hommes qui étaient appelé- à diriger dimmensestravaux, soit parle clergé, soit par lesseigneurslaïques,soit par les villes elles-mêmes. Il est fort difficile de savoir aujourdhui quelles étaient exactement les(mictions maître lSuvreauxin*siècle. du de Était-ilseulement chargede donner les dessins des bâtiments et de diriger les ouvriers, ou adminis-trait-il, commede nosjours, lemploi desfonds?Les documentsque nouspi-édons et qui peuvent jeter quelques lumières sur ce point, ne sontp;i- antérieur^ au xive siècle,et à cetteépoquelarchitecte nest appeléquecomme un homme de lart que lon indemnise de son travail personnel.Celui pour qui on bâtit, achète à lavance et approvisionne les matériauxnécessaires, embauche des ouvriers, et tout le travail se fait suivantle mode connu aujourdhui sous le nom de réyie. Lévaluation desouvrages,ladministration desfonds, ne paraissentpas concernerlarchi-tecte. Le mode dadjudication napparaît nettement que plus tard, à la lindu xive siècle, maisalors 1architecte perd de son importance : il sembleque chaquecorpsdétat traite directement en dehors de sonaction pourlexécution de chaque nature de travail; et ces adjudications faites auprofit du maître de métier, qui offre le plus fort rabais à lextinction desfeux, sont de véritables forfaits. Voici un curieux document1qui indique dune manière précisequelleet,ut la fonction de larchitecte au commencementdu xive siècle.Il sagitde la construction de la cathédrale de Gérone; mais les usagesde laCatalogne,à cette époque,ne devaient pas différer desnôtres; dailleursil est question dun architecte français : « Le chapitre de la cathédrale de Géronese décide, en 1312, à rempla-a cer la vieille église romanepar unenouvelle, plusgrandeet plusdigne.;i Lestravaux ne commencent pasimmédiatement, et lon nomme lesada ministrateurs de lSuvre (obreros), Raymond de Yiloric et Arnauld de( Montredon. En 1316,les travaux sonten activité, et lon voit apparaître,«en février 1320, lesregistres sur capitulaires, architecte un désigné sous!< nom de maître Henry de rxarbonne."Maître k Henry meurt, et sa place«estoccupée un autrearchitecte compatriote, par son nommé Jacques de»Favariis;celui-cisengage venir de Narbonne foisFan,et le cha- à sixit pitre lui assure traitementdedeuxcentcinquante un souspartrimestre 1 Extrait du registre intitulé : Curin <kl vicariato de Gerona. Hier noUtlnnim, ub 1320 ad 1322, folio 48.
  • - 113 - [ ARCHITECTE 1« (la journée dune femme était alors dun denier). » Voici donc unconseil dadministration qui, probablement, est chargé de la gestiondesfonds; puis un architecte étranger appelé, non pour suivre lexé-cution chaque jour et surveiller les ouvriers, mais seulement pourrédiger les projets, donner les détails, et veiller de loin en loin à ce quelon sy conforme : pour son travail dartiste on lui assure, non deshonoraires proportionnels, mais un traitement qui équivaut, par tri-mestre,à une sommede quinze cents francs de nosjours. Il estprobablequalorsle mode dappointementsfixes était en usagelorsquon employaitun architecte. A côté de tous nos grands édificesreligieux, il existait toujours unemaison dite de lSuvre, dans laquelle logeaient larchitecte et lesmaîtresouvriers qui, de père en fils, étaient chargésde la continuation des ou-vrages.LSuvre de Notre-Dame à Strasbourg a conservécette traditionjusquà nos jours, et lon peut voir encore, dans une des sallesde lamaîtrise, une partie desdessins sur vélin qui ont servi à lexécution duportail de la cathédrale, de la tour, de la flèche, du porche nord, de lachaire, du buffet dorgues, etc. Il est de ces dessinsqui remontent auxdernières années du xme siècle ; quelques-uns sont des projets qui nontpasété exécutés,tandis que dautres sont évidemment des détails pré-parés pour tracer les épures en grand sur laire. Parmi ceux-ci onremarqueles plans des différents étagesde la tour et de la flèche super-posés.Cesdessinsdatent du xive siècle, et il faut dire quils sont exécu-tés avec une connaissancedu trait, avec une précision et une ententedes projections, qui donnent une haute idée de la sciencede larchi-tectequi lesa tracés.(Voy. FLÈCIIE, TRAIT.) Pendant le xve siècle, la place élevée quoccupaient les architectesdesxine et xive sièclessabaisse peu à peu ; aussi les constructions per-dent-ellesce grand caractèredunité quelles avaient conservé pendantles belles époques. On saperçoit que chaque corps de métier travaillede soncôté en dehors dune direction générale. Ce fait est frappantdans les actes nombreux qui nous restent de la fin du xve siècle :les évoques,les chapitres, les seigneurs, lorsquils veulent faire bâtir,appellent desmaîtres maçons, charpentiers, sculpteurs, tailleurs dima-ges,serruriers, plombiers, etc., et chacun fait son deviset son marchéde soncôté; de larchitecte, il nen est pasquestion, chaquecorps détatexécute son propre projet. Aussi les monuments de cette époquepré-sentent-ilsdes défauts de proportion, dharmonie, qui ont avec raisonfait repoussercesamasconfus de constructions par les architectes de larenaissance. comprend parfaitement que des hommes de sens et Ondordre,commePhilibert Delormepar exemple, pratiquait sonart quiavecdignité, et ne concevait pasque lon pût élever même une bicoquesanslunité de direction, devaient regarder comme barbare la méthodeemployéeà la fin de la période yothigve, lorsquon voulait élever unédilice.Nous avonsentre les mainsquelquesdevisdressés la fin du à I. - 15
  • [ AKCH1TECTE - 111 -xv siècle et au commencementdu xvi, où cet esprit danarchie serencontre à chaque ligne. Le chapitre de Reims, après lincendie qui,sousle régne de LouisXI, détruisit toutes lescharpentes de la cathédraleet une partie desmaçonneriessupérieures,veut réparer le désastre il fait ;comparaître devant lui chaque corps détat : maçons, charpentiers, plom-biers, serruriers, et il demande à chacun son avis, il adopte séparémentcli.-ujueprojet (voy. DEVIS).Nousvoyonsaujourdhui les résultats mons-trueux de ce désordre. Ces restaurations, mal faites, sans liaison entreelles, hor- de proportion avec les anciennes constructions, ces Suvresséparéesapportées les unes à côté des autres, ont détruit la belle harmoniede cette admirable église, et compromettent sa durée. En efiet, le char-pentier, préoccupéde lidée de faire quelque chef-dSuvre, sesouciait peuque sacharpente fût daccord avecla maçonneriesur laquelle il la plan-lait. Le plombier venait, qui ménageaitlécoulement deseaux suivantsonprojet, -un- -iiiijmrler si, à la chute du comble, elles trouveraient leurspentes naturelles et convenablement ménagéesdans les chéneaux depierre. Le sculpteur prenait lhabitude de travailler danssonatelier ; puisil attachait son Suvre à Fédiliee comme un tableau à une muraille, necomprenant plu- quune Suvre dart, pour être bonne, doit avant toutêtre faite pour la placeà laquelle on la destine.Il faut dire a la louangedesarchitectes de la renaissance, quils surent relever leur professionavilieau xvesièclepar la prépondérancedescorpsde métiers, ils purent rendreà lintelligence sa véritable place; mais en refoulant le travail manuel ausecondrang, ils lénervèrent. lui enlevèrentsonoriginalité, cette vigueurnative quil aail toujours conservéejusqualors dans notre pays. Pendant les XHI et xiv* siècles,les architectes laïques sont sanscesseappelésau loin pour diriger la construction deséglises,desmonastères,des palais. Cest surtout dans le nord de la France que lon recrute desartistes pour élever des édificesdans le goût uourvim.Desécoleslaïquesdarchitecture devaient alors exister dans lIle-de-France, la Normandie,la Picardie, la Champagne,la Bourgogne,en Flandre et sur les bords duIihin. Mai- !e- moyensdenseignementnétaient probablement que lap-prentissagechez les patrons, ce que nous appelonsaujourdhui les ate-liers. Limpulsion donnéeà la lin du xne siècleet au commencementduMU" à larchitecture fut lSuvre de quelque-hommes, car larchitecture,à celte époque,est empreinte dun caractèreindividuel qui nexclut paslunité. Peuà peu cetteindividualité sefface: on voit que des règles,appuyées desexemples sur adoptéscommetypes,sétablissent; carac- lestères sont définis par provinces; on compose des méthodes; lart enfin(.""vient,à proprement parler, classique, et savancedans cette voie Ira- avec une monotonie de formes, quelque chose de prévu danslescombinaisons, devait nécessairement qui amener chezun peupledouédune imagination vive, avide de nouveauté, les aberrations et les toursde force du xvesiècle. Quand les arts en sont arrivés à ce point, lexécu-tion lemporte sur la conception de lensemble, et la main qui façonne
  • - 11J - [ ARCUIiIICiC]finit par étouffer le génie qui conçoit. A la fin du xv* siècle, les archi-tectes, perdus dan» les problèmes de géoiuélni- et lt> subtilités de laconstruction, entourés dune armée dexécutant.-, habiles et faisant par-tie de corporations puissantes qui, elles au»i, avaient leurs types ci-i-sacrés, leur méthode et unehaute opinion de leur mérite,nétaient plus de force ù diri-gernu à résister;ils devaientsuccomber. Nous avons donné quelquesexemples dinscriptions osten-siblement tracées sur les édi-fices du Mne siècle et destinéesà perpétuer,non sansun cer-tain sentiment dorgueil , lenom des architectes qui lesont élevés.Quelquefois aussila sculpture est chargée dereprésenter le maître de lSu-vre. Sur les chapiteaux, dansquelques coinsdesportails,dansles vitraux,on rencontre larchitecte,lecompas léquerre en main, vêtu toujours du costume laïque, la tête ounue ou coiffée souvent dune ma-nière de béguin fort en usage alorsparmi les différentscorps détatsem-ployésdans les bâtiments. On voitsur lun des tympans des dossiers desstallesde la cathédrale de Poitiers,qui datent du xnr siècle, un archi-tecte assis devant une tablette et te-nant un compas; ce joli bas-relief aété gravé dansles Annalesarchéolo-giques. Lune des clefs de voûte dubascôtésudde léglisedeSemurenAuxoisreprésente architecte que unnousdonnons (fig. 1). ici Uriedes miniatures dun manuscritdeMathieuParis,marqué NERO. i. D.(biblioth. Cottonienne), xme siècle,représenteOffa, fils de Warmund, roidesAnglaisorientaux, faisantbàtirlacélèbre abbaye Saint-Albanà son deretourde Rome. Offadonne desordres au maître-de lSuvre, qui tient ungrand compasdappareilleur et une équerre; des ouvriers que le maîtremontre du doigt sont occupésaux constructions(fig. 2). Cegrand compasfaitsupposer larchitecte que traçait«e^ épures lui-même laire : il nVa sur
  • [ ARCHITECTURE ] - 116 -pouvait être autrement, aussibien pour gagner du temps que pour êtreassuréde lexactitude du tracé, puisque encore aujourdhui il est impos-sible délever une construction en style ogival, si lon ne dessine sesépures soi-même.Nimblions pasque toutes les pierres étaient taillées et."(chevées le chantier avant dêtre posées,et quil fallait par consé- surquent apporter la plus grande précision et létude la plus complète dans]u tracé desépures. (Vr.v. APPAREIL,CONSTKUCTION, TRAIT.) ARCHITECTURE, f. Art de bâtir. Larchitecture se compose de deux s.(MriurnU. la théorie et ia pratique. La théorie comprend : lart propre-iiii-nt dit. le- règlesinspiréesparle goût, issuesdestraditions, et la science,qui peut sedémontrer par desformules invariables,absolues.La pratiqueest lapplication de la théorie aux besoins; cest la pratique qui fait plierlart et la scienceà la nature des matériaux, au climat, aux mSurs duneépoque, aux nécessités moment. En prenant larchitecture à lorigine dudune civilisation qui succèdeà une autre, il faut nécessairement tenircompte destraditions dune part, et desbesoinsnouveauxde lautre. Nousdiviserons donc cet article en plusieurs parties. La première comprendraune histoire sommaire des origines de larchitecture du moyen âge enFiance. La seconde traitera desdéveloppements larchitecture depuis dele xiesièclejusquau xvi" ; descauses ont amenésonprogrèset sadéca- quidence,desdifférents stylespropres à chaqueprovince. La troisièmecom-prendralarchitecture religieuse;la quatrième,larchitecture monastique;la cinquième, larchitecture civile; la sixième, larchitecture militaire. ORIGINES LARCHITECTURE DE FRANÇAISE.- Lorsque les barbaresfirentirruption dans les Gaules, le sol était couvert de monuments romains, lespopulations indigènesétaient forméesde longue main à la vie romaine;aussifallut-il trois siècles de désastrespour faire oublier les traditionsantiques. Au viesiècle,il existait encoreau milieu desvilles gallo-romai-nesun grand nombre dédificesépargnéspar la dévastationet lincendie;ni;ii- lesarts navaientplus, quand les barbaressétablirent définitivementsur le sol, un seul représentant;personnene pouvaitdire comment avaientété élevésles monuments romains. Desexemplesétaient encore debout,comme desénigmesà deviner pour ces populations neuves.Tout ce quitient à la vie journalière, le gouvernement de la cité, la langue, avaitencore survécuau désastre mais lart de larchitecture, qui demandede ;létude, du temps,du calme pour seproduire, était nécessairement tombéil,ui> loubli. Le peu de fragmentsdarchitecture qui nousrestent desvicet vne siècles ne sont que de pâles reflets de lart romain, souvent des dé-bris amonceléstant bien que mal par des ouvriers inhabiles, sachant àpeineposerdu moellon et dela brique. Aucun caractèreparticulier ne dis-tingue ces bâtissesfnformes, qui donnent plutôt lidée delà décadencedun peuple que de son enfance.En effet, quels élémentsdart les Francsavaient-ilspu jeter au milieu de la population gallo-romaine?Nousvoyonsalors le clergésétablir dansles basiliques les temples ou restés
  • - 117 - [ ARCHITECTURE ]debout, les rois habiter les thermes, les ruines des palais ou des vil/i->romaines. Si lorsque louragan barbare estpassé,lorsque les nouveauxmaîtresdu sol commencentà sétablir, on bàtil deséglisesou despalais,on reproduit les types romains, mais en évitant dattaquer les difficulté* de lart de bâtir. Pour les églises,la basilique antique sert toujours de modèle; pour les habitations princières, cest la dlln gallo-romaine que lon cherche à imiter. Grégoire de Tours décrit, dune manière assez vaguedailleurs, quelques-unsde ces édilices religieux ou civils. Il ne faut pascroire cependantque toute idée de luxe fût exclue de larchitecture; au contraire les édifices,le plus souvent bâtis dune façonbarbare, se couvrent à lintérieur de peintures, de marbres, de mosaïques.Cemêmeauteur, Grégoirede Tours, en parlant de léglise de Clermont-Ferrand,bâtie au vesiècle par saint Numatius. huitième évêquede ce dio-cèse, une peinture pompeusede cet édifice.Voici la traduction de sa faitdescription: « II fit (saint Numatius) bâtir léglise qui subsiste encore,et« qui estla plus ancienne de celles quon voit dans lintérieur de la ville.« Elle a cent cinquantepiedsde long, soixantede large, et cinquante pieds « de haut dans lintérieur de la nef jusquà la charpente; au devant est « uneabsidede forme ronde, et de chaque côtésétendentdesailesdune « élégantestructure. Lédifice entier est disposéen forme de croix; il a (i quarante-deux fenêtres,soixante-dix colonnes,ethuit portes...Lesparois (i de la nef sontornéesde plusieurs espèces marbresajustésensemble. de " Lédifice entier ayant été achevé dans lespace de douze ans ... » Cest là une basilique antique avecses colonneset sesbas côtés (ascellce); sa caméra, que nous croyons devoir traduire par charpente, avec dautant plusde raison,que cette églisefut complètement détruite par lesflammes lorsquePépin enlevala ville de Clermont au duc dAquitaine Eudes,à ce point quil fallut la rebâtir entièrement. Dans dautres passagesde son Histoire,GrégoiredeTours parle de certaines habitations princières dont les portiquessont couverts de charpentesornéesde vives peintures. Les nouveaux maîtres des Gaules sétablirent de préférence au milieu desterres quils sétaient partagées;ils trouvaient là une agglomération de colonset desclaveshabitués à lexploitation agricole, une sourcede revenusen nature faciles à percevoir, et qui devaient satisfaireà tous les désirs dun chef germain. Dailleurs, les villes avaient encore conservé leur gouvernement municipal, respectéen grande partie par lesbarbares. Ces restesdune vieille civilisation ne pouvaient que gêner les nouveaux venus, si forts et puissants quils fussent. Des conquérants étrangers naiment pasà se trouver en présence dune population qui, bien que soumise, estsupérieure leur sousle rapportdesmSurset de la civilisa- tion; cest au moins une contrainte morale qui embarrassedeshommes habitués aune vie indépendante sauvage. exercices et Les violents,la 1 Hist. ecclùs. des Francs, par G. F. Grégoire, évoquede Tours, en 10 livre», revue et collât, dennuv.mnnuscr., traduiteparMM..1. sur et Ouadet Taranne, Paris,1836, et A chez Renou:ird. J. TomeI, p. 178 (oy. Écluiiriss.et Observ.}.
  • [ AUCHITECTTRE ] - 118 -chasse, guerre; la comme délassements, orgies,saccommodent les dela vit- de- champ-.AU--I, sousla premièrerace,les villS sont-elles lesrésidenc. préférées roiset des de- possesseurs sol: là vivaient du ensemblevainqueur- vaincu^ i",es et habitations composaient se dunesuitedebâti-ment- deviné- à lV.ploitation, disséminésdansla campagne,et ressem-blant assez n<>< à grandsétablissencnts agricoles.Làles rois francstenaientleur cour. -<" raient au plaisir de la chasse vivaient desproduits du sol li etréunis dansdimmen-esmagasins.Ouandcesapprovisionnements étaientr<.u.s,,nimé.-.ils changeaient de résidence. Le bâtiment dhabitation étaitdécrireavecune certaine élégance, quoique fort simple comme construc-tion el distribution. De vastesportiques, des écuries, des cours spacieuses,quelques grands espacescouverts où lon convoquait les synodesdeschèques,où le- rois francs présidaient ces grandesassemblées suivies decesfe-iin- traditionnels qui dégénéraient orgies, composaientla rési- endcncedu chef. « Autour du principal corpsde logis se trouvaient dispo-és» par ordre leslogementsdesofficiersdu palais,soit barbares,soit romains dorigine... Dautres maisonsde moindre apparenceétaient occupées« par un grand nombre de familles qui exerçaient, hommes et femmes," toute- -ortes de métiers, depuis lorfèvrerie et la fabrique darmes,u jusquà létat de tisserandet de corroyeur1... » Pendant la périodemérovingienneles villes seulesétaient fortifiées.Lesc///,/" étaientouvertes,défendues seulementpar despalissades desfossés. etSou- les rois de la première race, la féodalité nexiste pas encore; lesi,u,l,^ne -ont quedegrandspropriétaires établissurle sol gallo-romain,soumisà une autorité supérieure, celle du chef franc, mais autorité quisaffaiblit à mesure que le souvenir de la conquête, de la vie communede- camps perd. Lesnouveaux se possesseurs terres,éloignés uns des lesdesantres, séparés des forêts ou des terres vagues dévastées par parlesguerre-, pouvaient sétendre à leur aise, ne rencontraient pas dattaquesétrangères repousser, navaientpas besoinde chercherà empiéter à etsur les propriétés de leurs voisins. Toutefois ces hommes habitués à lavie aventureuse, pillage,au brigandage plus effréné, pouvaient au le nedevenir tout à coupde tranquilles propriétaires secontentant de leur partde conquête; ils seruaient, autant par désSuvrementque par amour dugain, sur les établissements religieux, sur les villages ouverts, pour peuquil sy trouvât quelque choseà prendre. Aussi voit-on peu à peu lesnu mastères, agglomérationsgallo-romaines, les quitter lesplaines,le coursdesfleuves,pour se réfugier sur les points élevéset sy fortifier. Le platpaysest abandonnéaux coursesdespossesseurs sol, qui, ne trouvant duplus devanteux quelesfilsoulespetits-fils leurscompagnons de darmes,les attaquent et pillent leurs villS. Cest alors quelles sentourent demurailles, de fossésprofonds; mais, mal placéespour se défendre, les 1 Aup. Thierry. Récits des temps mérovingiens, tome I, page 253, édit. Furne(Paris,
  • - 119 - [ ARCHITECTLHi: ]villte sont bientôt abandonnées colons,et leschefsfrancssétablissent auxdans des forteresses.Au milieu de cette effroyable anarchie que !CL;derniers rois mérovingiens étaient hors détat de réprimer, les évêqueselles établissements religieux luttaient seuls: les uns par leur pulienee,la puissance dun principe soutenu avecfermeté, leurs exhortations; lesautres par létude, les travaux agricoles, et en réanimant derriènj leursmurailles les derniers débris de la civilisation romaine. Charlemagnesurgit au milieu de ce chaos.11 parvient par la seulepuis-sance songénieorganisateurà établir une sorte dunité administrative; deil reprendle fil brisé dela civilisation antique et tente de le renouer. Char-leinagne voulait faire une renaissance. arts modernesallaient profiter Lesde ce suprêmeeffort, non en suivant la route tracée par ce Craint unur,maisen sappropriant les éléments nouveaux quil avait été chercherenOrient. Charlemagne avait compris que les lois et la force matérielle Mml.impuissantes réformer et à organiser despopulations ignorantes ri bar- àbares,si lon ne commence par les éclairer. Il avait compris que les art- etleslettres sont un des moyens les plus efficacesà opposer à la barbarie. MaisenOccident instrumentslui manquaient; depuislongtempslesdernières leslueursdesarts antiques avaient disparu.Lempire dOrient, qui navait pasétéentièrementbouleversé linvasion depeuplâdes par sauvages, conservaitses etson industrie. Au vmesièclecétait là quil fallait aller demander artsla pratique des arts. Dailleurs Charlemagne,qui avait eu de fréquent*différendsavecles empereursdOrient, sétait maintenu en bonne ir.telligênéeavecle calife Haroun, qui lui fit, en 801, cessiondeslieux sainKDès Charlemagne 777 avait fait un traité dalliance aveclesgouvernementsmauresquesde Saragosseet deHuesca. Pur cesalliance, il M> ménageait lesmoyens daller recueillir lessciences lesarts là où ils sétaientdéveloppés. etDès cetteépoque,lesMauresdEspagne, commelesArabesdeSyrie, étaientfort avancés dans les sciencesmathématiqueset dans la pratique de touslesarts, et bien que Charlemagnepassepour avoir ramené de Rome, en787, desgrammairiens, desmusiciens et desmathématiciensen France,il estvraisemblablequil manda des professeurs géométrieà sesalliés dede Syrie ou dEspagne; car nous pouvonsjuger, par le peu de monu-mentsde Romequi datent de cetteépoque,à quel degrédignorance pro-fonde les constructeurs étaient tombés dans la capitale de la chrétientéoccidentale. Maispour Charlemagne tout devait partir de Rome par tradition ; il étaitavanttout empereur dOccident, et il ne devait paslaissercroire que lalumière pût venir dailleurs. Ainsi, à la renaissance romaine quil voulaitfaire, il mêlait, par la force deschoses, éléments étrangersqui allaient des.bientôtfaire dévierles arts du chemin sur lequel il prétendait les replacer.Lempereur pouvait semparer des traditions du gouvernement romain,rendre des ordonnances toutes romaines, composer une administrationcopiée ladministration romaine ; maissi puissantque lon soit, on ne surdécrète un art. Pour enseigner dessin sespeintres,la géométrie pas le à
  • [ ARCHITECTURE ] - 120 -à sesarchitectes, il lui fallait nécessairementfaire venir desprofesseursde Byzance,de Damas,ou de Cordoue;et cessemences exotiques,jetéesenOccident parmidespopulations avaient qui leur géniepropre,devaientproduire un art qui nétait ni lart romain, ni lart dOrient, mais qui,partant de cesdeux origines, devaitproduire un nouveautronc tellementvivace, quil allait après quelquessièclesétendre sesrameauxjusque surles contrées doù il avait tiré son germe. On a répétéà satiété que les croisades du xne siècle avaient eu unegrande influence sur larchitecture occidentale dite gothique; cest uneerreur profonde. Si les arts et lessciences,conservés cultivésen Orient, etont jeté desélémentsnouveauxdanslarchitecture occidentale,cest bienplutôt pendant le vme siècle et vers la fin du xie. Gharlemagne dut êtrefrappé desmoyensemployés par les infidèles pour gouverner et policerles populations.De sontemps déjà les disciplesde Mahometavaientétablidesécolescélèbres touteslessciences où connuesalors étaient enseignées;ces écoles,placées pour la plupart à lombre des mosquées,purent luifournir les modèlesde sesétablissements la fois religieux et enseignants. àCetteidée, du reste,sentait sonorigine grecque,et les nestoriens avaientbien pu la transmettre aux Arabes.Quoi quil en soit, Charlemagneavaitdes rapports plus directs avec les infidèles quavec la cour de Byzance,et sil ménageait les mahométans plus que les Saxons, par exemple,frappéssansrelâche par lui jusquà leur complète conversion, cest quiltrouvait chez lesMauresune civilisation très-avancée, mSurs policées, desdeshabitudes dordre, et des lumières dont il profitait pour parvenir aubut principal de son règne : linstruction. Il trouvait enfin en Espagne-plus à prendre quà donner. Sansêtre trop absolu, nouscroyons donc que le règne de Charlemagnepeut être considérécomme lintroduction desarts modernesen France.Pour faire comprendre notre penséepar une image, nous dirons quàpartir de ce règne,jusquau xnesiècle,si la coupeet la forme du vêtementrestent romaines,létoffe estorientale. Cestplus particulièrement danslescontrées voisines siègede lempire,et dans celles Charlemagne du où fitde longs séjours,que linfluence orientale se fait sentir : cest sur les bordsdu Rhin et du Rhône, cest dansle Languedoc le long desPyrénées, etque lon voit se conserverlongtemps,et jusquau xnT siècle,la traditionde certainesformes évidemment importées,étrangèresà lart romain. M.ii>.malgrésonsystème administratiffortement établi,Charlemagnenavait pu faire pénétrer partout égalementlenseignementdesarts et dessciences auquelil portaitunesi vivesollicitude. admettant En même quilait pu (cequil nousestdifficiledapprécieraujourdhui,lesexemples nousmanquant), par la seule puissancede son génie tenace, donner à larchi-tecture,desbordsdu Rhin aux Pyrénées, unité factice dépit des une endifférences nationalités, de cetfegrandeSuvre dut sécrouleraprèslui.Charlemagne avait de fait réuni sursatêtela puissance spirituelleet lapuissancetemporelle; il sagissaitde sauverla civilisation, et lessouverains»
  • 121 - [ AnCUITECïTKE jpontifes, avaientvu qui lÉgliseprésrrvér attaques Arabes, Grecs des des deset desLombardspar lempereur,admettaient celle omnipolencedumonar-que germain.Maislempereur mort, cesnationalitésdoriginesdifférentes,réunies par la puissance du génie dun seul homme, devaient se diviser dunouveau;le clergédevaittenterdeconquérir piedàpiedle pouvoirspirituel,que sarrogeaientalorslessuccesseurs Charlemagne,non pour le sauve- degarder, maispourdétruiretoutelibertédanslÉglise, trafiquerdesbiens etet dignités ecclésiastiques. germesde la féodalité qui existaient dans Leslesprit desFrancs vinrent encore contribuer à désunir le faisceau si labo-rieusementlié par ce grand prince. Cinquanteansaprèssa mort, chaquepeuplereprendsonallure naturelle ; lart de larchitecture sefractionne, legénieparticulier à chaquecontréese peint dans les monuments desixe etXe siècles.PendantlesT el.ne siècles, diversilé estencoreplusmarquée. laChaque province forme une école.Le systèmeféodal réagit sur larchitec-ture; de mêmeque chaque seigneur senferme dans son domaine, quechaque diocèse sisole du diocèse voisin, lart de bâtir se modèle sur n-Henouvelle organisation politique. Les constructeurs ne vont plus chercherdes matériaux précieux au loin, nusent plus des mêmes recettes ; ils tra-vaillent sur leur sol, emploient les matériaux à leur portée, modifient leursprocédés raisondu climat souslequel ils vivent, ou lessoumettentà des eninfluences toutes locales. Un seul lien unit encore tous ces travaux quisexécutent isolément : les établissementsreligieux. Le clergé régulier,qui, pour conquérir le pouvoir spirituel, navait paspeu contribué au mor-cellement du pouvoir temporel, soumis lui-même à la cour de Rome, lailconvergertoutescesvoiesdifférentes vers un mêmebut où elles devaientserencontrer un jour. On comprendracombien ceslabeursisolésdevaientfertiliser le sol des arts, et quel immense développement larchitectureallait prendre,aprèstant defforts partiels, lorsque lunité gouvernemen-tale, renaissante au xni" siècle, réunirait sous sa main tous ces espnlsassouplis par une longue pratique et par la difficulté vaincue. Parmi les arts, lart de larchitecture est certainement celui qui a le plusdaffinité avec les inslincts, les idées,les mSurs, lesprogrès, les besoinsdespeuples; il estdonc difficile de serendre compte de ladirecion quilprend, desrésultatsauxquelsil estamené,si lon ne connaîtlestendanceset le géniedespopulations au milieu desquelles sestdéveloppé. il Depuisle xvne siècîela personnalité peuple en France a toujours été absorbée dupar le gouvernementles arts sont devenusofficiels, quitte à réagir vio- ;lemmentdansleur domaine, comme la politique dansle sien à certainesépoques.Mais au xne siècle, au milieu de cettesociété morcelée,où lerégime féodal, faute dunité, équivalait, moralement parlant, à uneliberté voisine de la licence, il nen était pasainsi. Le cadre étroit danslequel nous sommesobligé de nous renfermer ne nous permet pas defaire marcher de front lhistoire politique et lhistoire de larchitecture duvin* au xne siècle en France; cest cependantce quil faudrait tenter silon voulaitexpliquerles progrès cet art au milieu dessiècles de encore i. - 16
  • [ AKGHITECTURE ] - 122 -barbares moyenâge;nousdevrons du nousborneràindiquer despointssaillants,généraux, serontcommelesjalons dune routeà tracer. qui Ainsi quenouslavonsdit, le systèmepolitiqueet administratifem-prunté par Charlemagne traditions romainesavait pu arrêter le auxdésordre sans en détruire les causes. Toutefois nous avons vu commentéeprincejetait, en pleinebarbarie,deséléments savoir.Pendantcelong derègne,cessemences avaienteu le tempsde pousserdesracinesassezvivacespour quil ne fût plus possiblede les arracher.Le clergésétaitlait le dépositairede toutes les connaissances intellectuelleset pratiques.Reportons-nous la pensée ix* siècle, examinons instantcequé- p.-,r au et untait alorsle sol desGauleset dune grandepartie de lEurope occidentale.La féodalité naissante,mais non organisée la guerre; lescampagnescou- ;vertesde forêts en friche, à peinecultivéesdansle voisinagedesvilles. Lespopulations urbainessans industrie, sanscommerce,soumises une orga- ànisation municipale décrépite,sanslien entre elles; desvillS chaquejourravagées, habitées descolonsou desserfs par dontla conditionétaitàpeuprès la même. Lempire morcelé, déchiré par les successeurs Charle- demagne lespossesseurs fiefs.Partoutla force brutale,imprévoyante. et deAu milieu de ce désordre, seule, une classedhommes nest pas tenue deprendre lesarmesou detravailler à la terre; elle estpropriétaire dune por-tion notable du sol ; elle a seulele privilège de soccuperdeschoses les- deprit, dapprendreet de savoir; elle estmue par un remarquableesprit depatienceet de charité; elle acquiert bientôt par cela même une puissancemorale contre laquelle viennent inutilement se briser toutes les forces ma-térielles et aveugles. Cest dans le sein de cette classe, cest à labri desmurs du cloître que viennent seréfugier les esprits élevés,délicats, réflé-chis; et, chosesingulière, ce serabientôt parmi ceshommesen dehors dusiècleque le siècleviendrachercherseslumières.Jusquauxiesièclecepen-dant, cetravail estobscur,lent ; il sembleque lesétablissements religieux,que le clergé, soient occupésà rassemblerles élémentsdune civilisationfuture. Rien nest constitué, rien nest défini; les luttes de chaquejourcontre la barbarie absorbenttoute lattention du pouvoir clérical, il paraîtmême épuisé par cette guerre de détail. Les arts se ressentent de cetétat incertain, on les voit se traîner péniblement sur la route tracée parCharlemagne,sans beaucoup de progrès; la renaissance romaine restestationnaire.elle ne produit aucune idée féconde,neuve, hardie, et, saufquelquesexceptions dont noustiendronscompte,larchitecture resteenve-loppéedanssonvieuxlinceul antique. LesinvasionsdesNormands viennentdailleursrendreplusmisérable encore situationdu pays;et comment lalarchitecture aurait-elle pu se développer au milieu de ces ruines decbaquejour, puisquellene progresse par la pratique?Cependant quece travail obscur de cloître allait se produire au jour. DEVELOPPEMENT LARCHITECTURE FRANCEDUXI* AU XVIe SIÈCLE.- DE ENDESCAUSES ONT QUI AMENÉ PROGRÈS SADÉCADENCE.-DES SON ET DIFFÉRENTSSTYLES PROPRES A CHAQUE PROVINCE. -Le xie siècle commence,et aveclui
  • - 12 3 - [ ARCHITECTURE June nouvelle ère pour les arts comme pour la politique. Nous lavons ditplushaut, les lettres, sciences les artssétaient les et renfermés len- dansceinte des cloîtres depuis le règne de Charlemagne. Au xi" Mècle, lepoilue féodal élait organiséautant quil pouvait lêtre; le territoire, nn>i-celé en seigneuriesvassales unesdesautresjusquà" suzerain,présen- lestait laspect dune arène où chacun venait défendre se-,dmiu attaqué-.ou en conquérir de nouveaux les armes à la main. Lorganisation écritedu système féodalétait peut-êtrela seule qui pût convenir dansces tempssi voisins encore de la barbarie, mais en réalitc lapplication répondaitpeu au principe. Cétait une guerre civile permanente, une suite noninterrompue doppressions de vengeances seigneur à seigneur, de et derévoltes contre les droits du suzerain. Au milieu de ce conflit perpé-tuel, quon se figure létat de la population des campagnes ! Linstitutmonastique, épuisé ou découragé, dans ces temps où nul ne semblaitavoir la connaissancedu juste et de linjuste, où les passions plus lesbrutales étaient les seules lois écoutées, était lui-même dansla plusdéplorable situation. Les monastères, pillés et brûlés parles Normands,rançonnéspar les seigneursséculiers, possédéspar desabbéslaïque,étaientla plupart dépeuplés,la vie régulière singulièrement relâchée.Onvoyait dansles monastères,au milieu des moines, deschanoineset desreligieusesmême, des abbéslaïques qui vivaient installéslà avec Imi^femmeset leurs enfants, leurs gensdarmes et leurs meutes. Cependantquelques établissementsreligieux conservaientencore les traditions de lavie bénédictine. Au commencement du xT siècle, non-seulement les droitsféodaux étaient exercés par des seigneurslaïques, mais aussi par desévêques desabbés;en perdant ainsi soncaractèrede pouvoir purement etspirituel, une partie du haut clergé autorisait linfluence que la féodalitéséculièreprétendait exercer sur les élections de ces évêqueset abbés,puisque ceux-ci devenaient desvassaux soumis deslors au régime féodal.Ainsi commence lutte danslaquelle les deux principes du spirituel et unedu temporelsetrouvent en présence il sagit ou de la liberté ou du vasse- :lage lÉglise, lÉglise,il faut le reconnaître, de et entame lutte par une laréforme dansson propre sein. En 909,Guillaume, duc dAquitaine, avait fondé labbayede Cluny, etcest aux saints apôtres Pierre et Paul quil donnait tous les biens quiaccompagnaient fondation2. Une bulle de Jean IX mars 932)confirme sala chartedeGuillaume,et «affranchitle monastère toute dépendance de" de quelque roi, évêqueou comte que ce soit, et des prochesmême de« Guillaume3... » II ne faut point juger cette intervention despontifes romains avecnos 1 Mabillon, Ann. Benerl., t. III, p. 330. 2 BUil. Clun., 1, ï, 3, 4. - Cluny xicsiècle, labbé Gucherat, col. au par F. 1851,1 vol. Lyon, Paris. 3 Bull. Clun., p. 1; 2,3. -Ibid.
  • t ARCIIITECTUrtE ]idées modernes. fautsonger Il quaumilieu decetteanarchiegénérale, deces empiétement t >us pouvoirs unssurles de les les autres, cette de op-preeMon emv-néeilr forcebrutale,lasuzeraineté sarrogeait chaire ia que lade Saint-Pierredevait opposerune barrièreinvincibleà la forcematé-rielle,établirlindépendancespirituelle,constituer puissance une moraleimmense pleincSur dela barbarie, cestcequi arriva.Tout le xiesiè- en etcleetla première moitiédu MI sontremplis lhistoiredecesluttes, par doùle pouvoir spirituel sort toujours vainqueur. Saint Anselme,archevêquede Canlerbury,saint Hugues,abbé de Cluny. et GrégoireVII, sontles troisgrandes figure- qui dominentcetteépoque, qui établissent et dunema-nière inébranlablelindépendancespirituelle du clergé.Commeon le peutmure, les populationsnétaient pasindillerentesàcesgrands débats;ellesvoyaientalors un refuge eflicacecontre loppressiondanscesmonastèresoù se concentraient les hommes intelligents, les esprits délite, qui, par laseule puissance que donne une conviction profonde, une vie régulière etdévouée, tenaient en échectous lesgrands du siècle.Lopinion, pour nousservir dun mot moderne, était pour eux, et ce nétait pas leur moindresoutien : le clergé régulier résumait alorsà lui seul toutes les espérancesde la classe inférieure; il ne faut donc point sétonner si, pendant lexie siècle et au commencement du xn% il devint le centre de toute in-fluence, de tout progrès, de tout savoir. Partout il fondait des écolesoùlon enseignait les lettres, la philosophie, la théologie, les sciences les etarts. A labbaye du Bec,Lanfranc et saint Anselme étant prieurs ne dé-daignent pasdinstruire la jeunesseséculière, de corriger pendant leursveilleslesmanuscrits fautifsdesauteurspaïens, Écrituressaintes des oudesPères.A Cluny, les soinsles plus attentifs étaient apportésà lensei-gnement. Uldaric1 consacredeux chapitres de sesCoutumes détailler les àdevoirs des maîtres envers les enfants ou les adultes qui leur étaient con-fiés2. « Le plus grand prince nétait pasélevéavec plus de soinsdans le«ipalaisdesrois que ne létait le plus petit desenfants à Cluny3. » Cescommunautésprenaient dèslors une grande importance vis-à-visde la population desvilles par leur résistanceau despotismeaveugle dela féodalité et à son esprit de désordre, participaient à toutes les affairespubliques par lintelligence, le savoiret les capacités leurs membres. deAussi,comme le dit lun desplus profondset desplus élégantsécrivainsîle notre temps dans un livre excellent4 : « Les abbés de ces tempe« daustéritéet dedésordre ressemblaient peuà ces fort oisifsgrassementa reniéedontsestraillée plus tard notre littérature bourgeoise sati- et« rique: leur administrationétaitlaborieuse, la houlettedu pasteurne et« demeurait pas immobile dans leurs mains. » Cette activité intérieure et 1 Uilalriri Antiq. co/mitt. l./in. >/tOn.,lili. III, c. vu; cl ix. * Cluny a" xie siècle, par labbé F. Cuclieral. 3 U.l.ilnci A/ttiq. consuet.Clun. njOH.,lib. II, c. vm, in fine. - Bernardi Cons.cSnob.Clun., p. I, c. xxvn. - Labbé Cuchcrat, p. 83, 4 ^. Anse ut , par M. C. de Rémusat. Pari?, 1853.p. i3.
  • 125 - [ AHCniTECTCIlE]extérieure du monastère devait, comme toujours, donner aux arts, Hparticulièrement à larchitecture, un grand essor; et cétait dans le seindesabbayes mômesque seformaient lesmaîtresqui allaient, au .r siècle,leur donner une importance matérielle égaleà leur prépondérancereli-gieuseet morale dans la chrétienté. Le premier architecte qui jette lesfondements de ce vaste et admirable monastère de Cluny, presque entiè-rement détruit aujourdhui, est un cluniste, nommé Gauzon, ci-devantabbé de Baume. Celui qui achève la grande église est un Flamand reli-gieux, Hezelon, qui, avant son entrée à Cluny, enseignaità Liège; lesrois dEspagneet dAngleterre fournirent les fonds nécessaires lachè- àvement de cette grande construction (voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE). Non-seulementcesbâtiments grandioses allaient servir de types à touslesmonastères la règle de Cluny en Franceet dansune grande partie dede lEurope occidentale; mais les simples paroisses,les constructionsrurales,les monuments publics desvilles, prenaient leurs modèlesdanscescentresde richesseet de lumière. Là, en effet, et là seulement,setrouvaient le bien-être, les dispositionsétudiéeset prévoyantes,salubi-eset dignes. En 1009, avant même la construction de labbaye de ClunysousPierre le Vénérable, « Hugues de Farfa avait envoyéun de sesdis-« ciples, nommé Jean, observerles lieux et décrire pour lusage parti-ceculier de son monastèreles us et coutumes Cluny. Cet ouvrage, de- decemeure manuscrit dans la bibliothèque vaticano, n° 6808-, contient des« renseignementsque nous ne retrouverions pas ailleurs aujourdhui.« Nul doute que ces dimensions que lon veut transporter à Farfa ne« soient cellesde Cluny au temps de saint Odilon. Quand nous serions« dans lerreur à cet égard, toujours est-il certain que ces proportions« ont été fournies et ces plans élaborés à Cluny, dont nous surprenons«ainsi glorieuse la influence jusquau cSurdelItalie LÉglise devaituavoirtbQpieds long,6Qfenêtres de vitrées; deuxtoursàlentrée,formant« unparoispourleslaïques...le dortoir, 160pieds long,3fidehauteur, ; de» 92fenêtres vitrées,ayant chacune de (3 plus piedsdehauteuret 2 1/2 delar-((geur; le réfectoire,90 piedsde longet 23 de hauteur.." laumônerie,« W piedsde longueur; latelier desverriers, bijoutierset orfèvres,15pieds(( delong sur 25 de large3; lesécuries chevaux monastère desetruii- des du et« gers,280 piedsde longsur 254 » Maispendant que les ordres religieux, les évêques,qui nadmettaientpaslevasselage lÉglise,et le souverain de pontifeà leur tête,soutenaientavecensembleet persistancela lutte contre les grands pouvoirs féodaux,voulaient établir la prédominance spirituelle, et réformer les abus qui 1 Labbé Cucherat, p. 104. 2 Ann. B°ne<l.,t. IV, p. 207 et 208. 3 « Intcr praedictascryptas et cellam novitioruin, posita sit alla colla uhi aurificcs,« inclusores vitrei magistriopcrentur;quae et cella liabeatlongitudinis cxxvpedes, lati-« tudinis xxv. » 4 Clunyau si* siècle,par labbéCucherat,, 100 et 107. p.
  • [ ARCHITECTURE } - 126 -tétaientintroduits dansle clergé,les populationsdesvilles profitaientdeslumièreset desidéesdindépendance moralerépandues autourdesgrandsmonastères, éprouvaient besoin dune autorité publique et ledune administration intérieure, à limitation de lautorité unique dusaint-siège de lorganisation intérieure des couvents;ellesallaient etréclamerleur part de garantie contre le pouvoir personnel la féo- dedalité séculière et du haut clergé. Cesdeux mouvementssont distincts cependant,et sils marchent paral-lèlement, sontcomplètement ils indépendants de lautre.Lesclercs, lunqui enseignaient alors en chaire au milieu dune jeunesse avidedap-prendrece que lon appelaitalorsla physiqueet la théologie,étaientlespremiers à qualifier ^exécrablesles tentatives de liberté desvilles. Deinrine que les bourgeoisqui réclamaient, et obtenaient au besoin.par laforce, de* franchisesdestinéesà protéger la liberté du commerceet îlelindustrie, poursuivaientà coupsde pierres les disciplesdAbailard. Telleest cette époque denfantement, de contradictions étranges, où toutesles classes de la société semblaient concourir par des voies mystérieusesà lunité, saccusantréciproquement derreurs, sanssapercevoirquellesmarchaient vers le même but. Parmi le* abbayesqui avaient été placées sousla dépendance Cluny, deet qui possédaient mêmes privilèges, était labbaye de Yèzelay,Vers les1119,les comle^de Nevers prétendirent avoir desdroits desuzeraineté surla ville dépendant du monastère. « Ils ne pouvaient voir sansenvie les« grands profits que labbé de Vézelaytirait de laffluence desétrangers,< di- tout rang et de tout état, ainsi que des foires qui se tenaient dans" le bourg, particulièrement à la fête de sainte Marie-Madeleine. Cette« foire attirait durant plusieurs jours un concours nombreux de mar-i chauds,venussoit du royaumede France, soit descommunesdu Midi,« et donnait à un bourg de quelques milliers dâmes une importance pre-que égale à celle des grandes villes du temps. Tout serfsquilsicétaient de labbaye de Sainte-Marie, les habitant* de Vézelayavaient<(graduellement acquis la propriété de plusieurs domaines situés dans« le voisinage; et leur servitude, diminuant par le cours naturel des(i choses,sétait peu à peu réduite au payement destailles et desaides,« et h lobligation de porter leur pain, leur blé et leur vendange,au four,ii au moulin et au pressoir publics, tenus ou afferméspar labbaye.UneH longue querelle, souvent apaisée par lintervention des papes, mais« toujours renouveléesous différents prétextes, séleva ainsi entre lesK comtesde Neverset les abbésde Sainte-Marie de Vézelay Le comteu Guillaume, plusieurs fois sommépar lautorité pontificale de renoncer« à sesprétentions, fit valoir avecplusdacharnement jamais,et les que» léiMiaen mourant à son fils, du même nom que lui, toute son inimitié« contre labbaye »Le comte,au retour de la croisade, . recommença la 1 Lettres lhistoire France, Aug.Thierry.Paris,1842,p. 401et 402. sur de par
  • - 127 - [ ARCHITECTURE ]lutte par une alliance avec les habitants , leur promettant de recon-naître la commune, entrant même, en j niant fidélité aux bourgeois. y Leshabitants de Vézelayne sont pasplutôt affranchiset constitué- entommunt,quils sefortifient. « Ils élevèrentautour de leurs maisons,cha- « cun selon sa richesse,desmurailles crénelées,ce qui était la marque« et la garantie de la liberté. Lun des plus considérablesparmi eux, « nommé Simon, jeta les fondementsdune grossetour carrée1... » Peudannées avant ou après cette époque, le Mans, Cambrai. Saint-Quentin,Laon, Amiens, Beauvais,Soissons, Orléans,Sens,Reims,sétaient consti-tués en communes, les unes à main armée et violemment, les autres enprofitant desquerelles survenuesentre les seigneurset évêques,qui, cha-cun de leur côté, étaient en possessionde droits féodaux sur ces villes. Lecaractère la population indigène gallo-romaine,longtempscomprimé, desurgissaittout à coup; lespopulations ne renversaientpascomme de nosjours, avec ensemble,ce qui gênait leur liberté, mais elles faisaientdesefforts partiels, isolés, manifestant ainsi leur esprit dindépendanceavecdautant plus dénergiequelles étaient abandonnées elles-mêmes. à Cetteépoquede laffranchissementdescommunes marque une placeimportantedanslhistoire de larchitecture. Cétait un coup porté à linfluence féodaleséculièreou religieuse(voy.ARCiiiTECTE).Demomentles grandscentres cereligieux cessentde posséder exclusivementle domaine desarts. SaintBernard devait lui-même contribuera hâter laccomplissementde cetterévolution. Abbé de Clairvaux, il avait établi la règle austèrede Cîteaux;plusieurs fois en chaire, et notamment danscette église de Vézelay.quidépendait Cluny, il sétait élevéavecla passiondune conviction anlei 1e de 1contre le luxe que lon déployait dans les églises,contre ces « figuresbizarres et monstrueuses » qui, à ses yeux, navaient rien de chrétien, etque lon prodiguait sur les chapiteaux, sur les frises, et jusque dan- lesanctuairedu Seigneur. Les monastères qui sérigeaient sousson inspi-ration, empreintsdune sévérité de style peu commune alors, dépouillésdornements et de bas-reliefs, contrastaient avec lexcessive richesse desabbayessoumisesà la règle de Cluny. Linfluence de ces constructionsaustèresdesséchait tout ce qui sélevaitautour delles(voy. ARCHITECTUREMONASTIQUE). déviation delarchitecture religieuseapporta pendant Cettele cours du xii° siècle une sorte dindécision dans lart, qui ralentit etcomprima lélan desécoles monastiques. Le génie despopulation- gallo-romaines était contraire à la réforme que saint Bernard voulait établir,aussinen tint-il compte ; et cette réforme, qui arrêta un infant lessordonné à larchitecture au milieu desgrands établissements religieux, nefit que lui ouvrir le chemin dansune voie nouvelle,et qui allait appartenirdorénavantaux corporationslaïques.Dèsla fin du xnesiècle,larchitecture 1 Lettres sur rhistoire de France, par Aug. Thierry. Paris, 1842, p. 412. -Kctav. Hist. Vezeliac. monast., lib. 111, apud «TAcbery, SpicileyiujH, t. H, p. 533et 535.
  • [ ARCHITECTURE j - 128 -religieuse, monastiqueou civile, appelait à son aide toutes les ressourcesde la sculpture et de la peinture, et les établissementsfondés par saintBernard restaient comme destémoins isolés de la protestation dun seulhomme contre les goûtsde la nation. Danslorganisation descorporations laïquesde métiers, les communesne faisaientque suivre lexemple donné par les établissementsreligieux.Le> grandesabbayes,et même les prieurés, avaient depuis le vin" sièclecl abli autour de leurs cloîtres et dans lenceinte de leurs domaines des ate-liers de corroyeurs,de charpentiers,menuisiers,ferronniers, cimenteurs,dorfèvres, de sculpteurs, de peintres, de copistes, etc. (voy. ARCHITECTUREMONASTIQUE). ateliers, quoiquils fussent composésindistinctement Cesde clercs et de laïques, étaient soumis à une discipline, et le travail étaitméthodique : cétait par lapprentissage seperpétuait lenseignement; quechaque établissementreligieux représentait ainsi en petit un véritableÉtat,renfermant danssonseintoussesmoyens dexistence, chefs,ses sespropriétaires cultivateurs, son industrie, et ne dépendantpar le fait quede son propre gouvernement,sousla suprématie du souverainpontife.Cet exemple profitait aux communes,qui avaient soif dordre et dindé-pendanceen même temps. En changeant de centre, les arts et les métiersne changèrentpasbrusquementde direction : et si desateliersseformaienten dehors de lenceinte des monastères, étaient organisésdaprèsles ilsmêmes principes; lesprit séculier seulement y apportait un nouvelélément, très-actif, il est vrai, mais procédant de la même manière, parlassociation et une sorte de solidarité. Parallèlement au grand mouvement daffranchissement des villes, unerévolution se préparait au sein de la féodalité séculière.En se précipitanten Orient à la conquête des lieux saints, elle obéissait à deux sentiments,le sentimentreligieux dabord, et le besoinde la nouveauté,de sedéroberauxluttes localesincessantes, suzerainetédesseigneurs àla puissants, peut-tire aussià la monotonie dune vie isolée, difficile, besoigneusemême:la plupart des possesseurs fiefs laissaient ainsi derrière eux desnuées de decréanciers, engageant leurs biens pour partir en terre sainte, et comptantsur limprévu pour les sortir desdifficultés de toute nature qui saccumu-laient autour deux. 11 nest pas besoin de dire que les rois, le clergé etle peupledesvilles trouvaient, danscesémigrations en masesde la classenoble,desavantages certains: les rois pouvaient ainsi étendre plus facile-ment leur pouvoir; lesétablissements religieux et lesévêques, débarrassés,temporairement du moins, de voisins turbulents, ou les voyant revenirdépouillés tout, augmentaient biensdelÉglise,pouvaient de les songeravecplus de sécuritéà les améliorer, à les faire valoir ; le peuple desvilleset desbourgs se faisait octroyer deschartesà prix dargent, en fournissantaux seigneursles sommesnécessaires cesexpéditions lointaines, à leur àrachat sils étaient prisonniers, ou à leur entretien sils revenaient ruinés,ce qui arrivait fréquemment.Cestransactions,faites de gré ou de force,avaientpour résultat daffaiblir de jour enjour lesdistinctions de races,de
  • - 129 - [ ARCHITECTURE ]vainqueurs et de vaincus, de Francs et de Gallo-Romains.Elles contri-buaient à former une nationalité liée par des intérêts communs, par desengagements de part et dautre. Le pouvoir royal abandonnaitle prisrôle de chef dune caste de conquérants pour devenir royauté natio-naledestinée protéger toutes les classes citoyens sansdistinction de à derace ou détat. Il commençait à agir directement sur les populations,sansintermédiaires, non-seulementdans le domaine royal, mais aumilieu des possessions ses grands vassaux. « Un seigneur qui oc- de« troyait ou vendait une charte de commune se faisait prêter serment« de fidélité par les habitants, de son côté, il jurait de maintenir leurs« libertés et franchises; plusieurs gentilshommesse rendaient garantsde« sa foi, sobligeantà se remettre entre les mains des habitants si leur« seigneurlige violait quelques-unsde leurs droits, et à rester prisonniers(i jusquà ce quil leur eût fait justice. Le roi intervenait toujours dansces« traités, pour confirmer les chartes et pour les garantir. On ne pouvait(( faire de commune sans son consentement, et de là toutes les villes de«commune furent réputéesêtre en la seigneuriedu roi: il les appelait«sesbonnes villes, titre quon trouve employé dans les ordonnancesdès(dannée 1226. Par la suite on voulut que leurs officiers reconnussent« tenir leurs charges du roi, non à droit de suzeraineté et comme(i seigneur,mais à droit de souverainetéet comme roi . » Cettemarchena pasla régularité dun systèmesuivi avecpersévérance.Beaucoup de seigneurs voulaient reprendre deforce ces chartes venduesdansun moment de détresse;maislintervention royale penchait du côtédescommunes,car cesinstitutions ne pouvaient quabaisserla puissancedesgrandsvassaux. lutte entre le clergé et la noblesseséculièresub- Lasistait toujours, et les seigneursséculiers établirent souvent des com-munes dans la seule vue dentraver la puissance des évêques. Tous lespouvoirs lÉtat, au xuesiècle,tendaientdoncàfaire renaîtrecettepré- depondérance nationale du pays, étouffée pendant plusieurs siècles.Avecla conscience sa force, le tiers état reprenait le sentiment de sa dignité ; delui seul dailleurs renfermait encore dans son sein les traditions et cer-taines pratiques de ladministration romaine : « des chartes de com-« munes des xiie et xme siècles semblent nêtre quune confirmation de« privilègessubsistants2.» Quelquesvilles du Midi, souslinfluence dunrégimeféodal moins morcelé et plus libéral par conséquent,telles queToulouse, Bordeaux,Périgueux, Marseille, avaient conservéà peu prèsintactesleurs institutions municipales ; les villes riches et populeusesdeFlandre,dèsle Xesiècle, étaient la plupart affranchies.Lesprit dordre esttoujoursla conséquence travail et de la richesse du acquisepar lindushîeet le commerce. estintéressantde voir en face de lanarchie du système Ilféodal organisations ces naissantes communes, des sortes petitesrépu- de 1 Histoire des commîmes France, par le baron G. F. E. Dupin. Paris, 1834. de 2 laid. i. - 17
  • f ARC11ITECTUBE ] - 130 -bliquesqui possèdent leurs rouages administratifs;imparfaits,grossiersdabord,puisprésentant déjà,pendant xiue siècle,toutesles garanties lede vérilalile- constitutions. Les arts, comme lindustrie et le commerce, sedéveloppaient rapidement danscescentresde libertérelative;les corpo-rations de métiers réunissaient dans leur sein tous les gens capables, et cequi plu- (aid devintun monopole gênant était alorsun foyerdelumières.Linfluence de- établissements monastiquesdansles arts de larchitecturene pouvaitêtrecombattueque par des corporations gensde métiers dequi présentaient toutes les garanties dordre et de discipline que lonimuvait dans les monastères, avec le mobile puissant de lémulation, ellesprit séculier de plus. Des centrescomme Cluny, lorsquils envoyaientleurs moines nu/i/i/rui-spour bâtir un prieuré dans un lieu plus ou moins ignéde labbaye mère,lesexpédiaientavecdesprogrammesarrêtés,deslerelles admises,desponcifs(quon nous passele mot), dont cesarchi-lectesclercs ne pouvaientet ne devaient sécarter.Larchitecture, soumiseainsi à un régime théocratique, non-seulementnadmettait pasde dispo-sitions nouvelles,mais reproduisait à peu près partout les môme?formes,sans tenter de progresser. Mais quand, à côté de ces écolescléricales,il selut élevédescorporationslaïques,cesdernières,possédées lesprit nova- de teur qui tient à la civilisation moderne, lemportèrent bientôt, même danslesprit du clergé catholique, qui, rendons-lui cette justice, ne repoussapas alors les progrès, de quelque côté quils lui vinssent, surtout quandces progrèsne devaient tendre quà donner plus de pompe et déclat auxcérémoniesdu culte. Toutefois linfluence de lesprit laïque fut lente à sefaire sentir dansles constructions monastiques,et celaseconçoit, tandisquelle apparaîtpresque subitementdanslesédificesélevés lesévoques, par tels que les cathédrales,les évèehés, dans les châteaux féodaux et lesbâtiments municipaux. A cette époque,le haut clergé était trop éclairé,trop en contact aveclespuissantsdu siècle,pour ne passentir tout le partique lon pouvait tirer du génie novateur et hardi qui allait diriger lesarchitectes laïques; il sen empara avec cette intelligence deschosesdu1empsqui le caractérisait, et devint son plus puissant promoteur. Au xir siècle,le clergénavait pasàprendre lesarmesspirituellesseule- in lit contre lesprit de désordre desgrands et leurs excès, se formait à ilcôté delui un enseignement rival, ayant la prétention dêtre aussi orthodoxeque le sien, mais voulant que la foi sappuyât sur le rationalisme.Nousavonsdit déjàquelesesprits délite réfugiés danscesgrandsétablissementsreligieux étudiaient, commentaient et revoyaient avec soin les manuscritsde- auteurspaïens,desPèresou desphilosopheschrétiens rassemblés dansles bibliothèquesdescouvents; il est difficile de savoirsi leshommes telsque Lanfranc et saint Anselmepouvaient lire lesauteurs grecs,mais il estcertain quils connaissaient les traductions et les commentaires dArislote,attribues à Boëce, que lesopinions de Platon étaient parvenues et jusquàeux. Les ouvrages saint Anselme,en étant toujours empreints de cette depureté cl de cette humilité de cSur qui lui sont naturelles, sentent
  • - 131 - [ ARCHITECTURE ]cependant le savant dialecticien et métaphysicien. La dialectique et lalogiqueétaient passéesdOrient enOccident; les méthodesphilosophiques"desdocteurs de Byzance avaient suivi le grand mouvement intellectuelimprimé par Charlcmagne. Les théologiens occidentaux mettaient enSuvre, dès le xr siècle, dans leurs écrits ou leurs discussions, toutes lesressources la raison et de la logique pour arriver à la démonstrationet deà la preuve desvérités mystérieuses la religion1. Personne nignore delimmensepopularité que sétait acquiseAbailard dans lenseignementpendantle iisiècle. Cet esprit élevé et subtil, croyant, mais penchantvers le rationalisme, façonnait la jeunesse des écoles de Paris à cetteargumentationscolastique,à cette rigueur de raisonnementqui amènentinfailliblement lesintelligences qui ne sont paséclairée?dune foi vive auiloute. Nousretrouvons cet esprit dexamen dans touteslesSuvres dartilu moyen âge, et dans larchitecture surtout, qui dépend autant dessciences positivesque de linspiration. Saint Bernard sentit le danger : ilcomprit que cette arme du raisonnement mise entre les mains de lajeunesse,dansdestemps si voisins de la barbarie, devait porter un coup lunesteà la foi catholique; aussi nhésite-t-il pas à comparer Abailard à Arius,à Pelageet à Xestorius.Abailard, en 1122,sevoyait forcé, au concile-deSoissons, brûler de sa propre main, sansmême avoir élé entendu, de son Introductionà In théologie, dans laquelle il se proposait de défendre !a tnnité et lunité de Dieu contre les arguments des philosophes,en soumettant dogmeà toutesles ressources la dialectique ; et en 1UO, le de à la suite des censures du concile de Sens, il dut se retirer à labbaye de"Cluny, où les deux dernières années de sa vie furent consacrées à la pénitence.Cependant,malgré cette condamnation, lart delà dialectique devintde plus en plus familier aux écrivainsles plus orthodoxes,et de cette écolede théologiensscolastiques sortirent, au xmc siêole,deshommestels que Roger Bacon, Albert le Grand et saint Thomas dAquin. SaintBernard et Abailard étaient les deux têtes des deux grands principes qui sétaient trouvésen présence pendant le cours du xnesiècle au sein du clergé.Saint Bernard représentaitla foi pure, le sens droit; il croyait fermement à la théocratie commeau seul moyende sortir de la barbarie,et il commençait, enhommesincère,parintroduire la réforme parmi ceux dont il voulait faire lesmaîtres monde: lesprit de saint Paul résidait en lui. Abailard repré- du sentaittoutesles ressources la scolastique,lessubtilités de la logique et de iesprit danalysepousséaux dernières limites. Cedernier exprimait bien plus,il faut le dire, les tendancesde sonépoqueque saint Bernard ; aussi le haut clergéne cherchapasà briser larme dangereuse dAbailard, maisà senservir; il prit les formes du savant docteur en conservantlorthodoxie dusaint. Nous insistons cepoint parce sur quil indiqueclairement, notre à 1 GrégoireVII, saintFrançoisdAssiseet saint Thomas dAquin, par J. Deléclu/e. Paris, 1844, II, p. 64 à 85. - Ouvrages t. inédits dAbailard, M. Cousin. par Intro- duction, p. CLVet suiv.
  • [ ARCHITECTURE ] - 132 -sens, mouvement sétaitproduit danslétudedesartset dessciences le quiet la conduitedu hautclergé facedecemouvementil en compritlim- en ;portance, il le dirigeaaugrandprofit desartsetdela civilisation. et Toutcequi surfit àcetle époque irrésistible;lescroisa la soifdu savoir le- esl des, etbesoindullranchissement sontautant de torrents auxquelsil fallait creuserdeslits : il semblait que lOccident, longtemps plongé dans lengourdisse-ment, se réveillait plein dejeunesseet de santé; il se trouvait tout à couprempli dune forceexpansive absorbante la fois.Jamaislenvie dap- et àprendre navait produit de telles merveilles. Quand Abailard, condamnépar un concile, fugitif, désespérant la justice humaine, ne trouva plus dequun coin de terre surlesbordsdelArdisson, où il pût enseignerlibre-ment, sous le consentementde lévêque de Troyes.sasolitude fut bientôtpeuplée de disciples. Laissonsun instant parler M. Guizot. « A peine ses« discipleseurent-ilsapprisle lieu de saretraite, quils accoururent de tous« côtés,et le long de la rivière se bâtirent autour de lui depetites cabanes.c Lu, couchéssur la paille, vivant de pain grossier et dherbessauvage>.ornais heureux de retrouver leur maître, avides de lentendre, ils se«nourrissaient de sa parole, cultivaient seschampset pourvoyaientà ses«besoins.Des prêtres se mêlaient parmi eux aux laïques; et ceux, ditciHéloïse, qui vivaient des bénéfices ecclésiastiques, qui, accoutumés et à(i recevoir,nonà faire desoffrandes, avaientdesmains pourprendre,nonpour« donner,reiu:-lù même montraientprodigues presqueimportunsdans se et les<idons quils apportaient.11fallut bientôt agrandir loratoire, devenutrop<( petit pour le nombrede ceuxqui seréunissaient.Aux cabanes roseaux de« succédèrentdes bâtiments de pierre et de bois, tous construits par lecitravail ou aux frais de la colonie philosophique; et Abailard, au milieu(( de cette affectueuse studieusejeunesse,sansautre soin que celui de et(i linstruire et de lui dispenser savoiret la doctrine, vit séleverlédilice le(( religieux quen mémoire desconsolationsquil y avait trouvéesdansson(i infortune, il dédiaau Paraclelou consolateur. » Jamaisla foi, le besoinde mouvement, le désir de racheter des fautes et des crimes, navaientproduit un élan comme celui des croisades. Jamais les efforts dunenation navaientété plus courageuxet plus persistantspour organiseruneadministration civile, pour constituer une nationalité, pour conquérir sespremières libertés, que ne le fut cette explosion des communes.Le hautclergé condamnait lenseignementdAbailard, maissemettait àsonniveauen maintenant lorthodoxie, provoquait le mouvement des croisades,et en profitait; ne comprenait pas dabord et anathématisait lesprit descommunes,et cependanttrouvait bientôt au sein de cescorporationsdebourgeois artisteshardiset actifs, les artisanshabiles qui devaient lesélever décorer temples,sesmonastères, hôpitauxet sespalais. et ses sesAdmirableépoquepour lesarts, pleinede sève dejeunesse et ! Abailard et Héloïse,essaihistorique,par M. et MmeGuizot. Nouvelle éditionentièrement refondue. Paris, 1853.
  • - 133 - [ ARCHITECTURE ] A la fin du xne siècle, larchitecture, déjàpratiquée par des artisteslaïques,conservequelque chose de sou origine théocratique ; bien qu~contenue encore dans les traditions romanes, elle prend un caractère desoudainetéqui fait pressentir ce quelle deviendra cinquante ans plustard ; elle laisseapparaître parfois deshardiesses étranges,destentativesqui bientôt deviendront desrègles.Chaqueprovince élève de vastesédi-ficesqui vont servir de types; au milieu de cestravaux partiels, maisquise développentrapidement, le domaine royal conservele premier rang.Danslhistoire des peuples, interviennent toujours les hommes des cir-constances.Philippe-Auguste régnait alors; son habileté comme poli-tique, son caractèreprudent et hardi à la fois, élevaient la royauté à undegré de puissanceinconnu depuis Charlemagne. Un des premiers ilavait su occupersa noblesse desentreprisesvraiment nationales; la féo- à dalité perdait sous son règne les derniers vestigesde ses habitudes deconquérants pour faire partie de la nation. Grand nombre de villes et desimplesbourgades recevaient deschartes octroyéesde plein gré ; le hautclergé prenait une moins grande part dans les affaires séculières,et seréformait. Le pays se constituait enfin, et la royauté de fait, selon lex-pression de M. Guizot, était placée au niveau de la royauté de droit.Lunité gouvernementale apparaissait, et sous son influence larchitec-ture se dépouillait de sesvieilles formes, empruntéesde tous côtés,pourse ranger, elle aussi, sous des lois qui en firent un art national. Philippe-Auguste avait ajouté au domaine royal la Normandie, lArtois,le Vermandois, le Maine, la Touraine, lAnjou et le Poitou, cest-à-direles provinces les plus riches de France, et celles qui renfermaient lespopulations les plus actives et les plus industrieuses.La prépondérancemonarchiqueavait absorbé peu à peu dans les provinces, et particuliè-rement dans lIle-de-France, linfluence de la féodalité séculière et desgrands établissementsreligieux. A lombre de ce pouvoir naissant, lesvilles, mieux protégéesdans leurs libertés, avaient organiséleur admi-nistration avec plus de sécurité et de force ; quelques-unes même, commeParis,navaientpaseu besoin, pour développerleur industrie, de sérigeren communes, elles vivaient immédiatement sous la protection du pouvoirroyal, et celaleur suffisait.Or, on na pastenu assezcompte,il me semble,decelte influence du pouvoir monarchique sur les arts en France. 11 sem-bleque François Ier ait été le premier roi qui ait pesésur lesarts, tandisque dèsla fin du ne siècle nous voyons larchitecture, et lesarts qui endépendent,se développeravec une incroyable vigueur dansle domaineroyal, et avant tout danslIle-de-France, cest-à-dire dans la partie dece domainequi, aprèsle démembrementféodal de la fin du x" >i«rle,étaitrestée lapanagedesrois. De Philippe-Auguste à Louis XIV, lesprit géné-ral de la monarchie présenteun caractèrefrappant ; cest quelque chosedimpartialet degrand,decontenu delogiquedans directiondesaf- et lafaires, distinguecettemonarchie qui entretoutesdanslhistoire despeu-plesdelEuropeoccidentale. monarchie La française peut-être,à par- est
  • [ ARCHITECTURE - 134 -tir du xncsiècle, seule ait étéréellement la qui nationale,qui sesoitiden-tifléeàlespritdela population, cestcequi a fait saforceetsapuissance- etcroissantes,malgrésesfautes ses et revers.Dans rapports ses avecla courde Rome,avecsesgrandsvassaux,avecla nation elle-même, elle apportetoujours (nous ne parlons, bien entendu, que de lensemblede sa con-duite) une modération ferme et un esprit éclairé, qui sont le partage deshommes de goût, pour nous servir dune expressionmoderne. Cetempé-rament dans la manière de voir les choses et dans la conduite des affairesse retrouve danslesarts jusquà Louis XIV. Larchitecture, cette vivanteexpression de lesprit dun peuple, estempreinte dèsla fin du MU siècle, dansle domaineroyal, de la vraie grandeur qui évite lexagération ; elleesttoujours contenuemômedanssesécarts,et aux époquesde décadence,dans les limites du goût ; sobre et riche à la fois, claire et logique, elle seplie à toutes les exigences sansjamais abandonnerle style. Cestun art ap-partenant à desgensinstruits, qui saventne dire et faire que ce quil fautpour être compris. Noublions pasque pendant lesxne et xmesiècles,lesécolesde Paris, luniversité, étaient fréquentéespar tous les hommesqui,non-seulement en France, mais en Europe, voulaient connaître la vraiescience.Lenseignementdesarts devait être au niveau de lenseignementdeslettres, de ce quon appelait la physique, cest-à-direles sciences, de etla théologie. LAllemagne, lItalie et la Provence,particulièrement, en-voyaient leurs docteurs se perfectionner à Paris. Nousavonsvu que lesgrands établissements religieux, dèsla fin du xie siècle, envoyaient leursmoinesbâtir desmonastères Angleterre, en Italie, et jusquau fond de enlAllemagne. A la fin du xnesiècle,les corporations laïques du domaineroyal commençaient à prendre la direction des arts sur toutes les pro-vinces de France. Mais avant daller plus loin, examinons rapidement quelsétaient lesélément* divers qui avaient, danschaquecontrée, donné à larchitectureun caractère local. De Marseille à Chàlon. les vallées du Rhône et de laSaôneavaient conservéun grand nombre dédificesantiques à peu prèsin-tacts, et là, plus que partout ailleurs, les traditions romaineslaissèrentdestracesjusquau xnesiècle.Lesédificesdesbords du Rhône rappellent pen-dant le cours desxie et xnesiècleslarchitecture desbas temps: les églisesdu Thor, de Venasque,de Pernes, le porche de Notre-DamedesDoms aAvignon, ceux de Saint-Trophime dArles et de Saint-Gilles,reproduisentdansleurs détails,sinon danslensembledeleurs dispositionsmodifiéesenraison desbesoinsnouveaux,lesfragments romainsqui couvrent encorelesol delà Provence.Toutefois les relations fréquentesdesvilles dulittoraVavec lOrient apportèrent dans lornementation, et aussidans quelquesdonnéesgénérales, éléments byzantins. Lesabsidesà panscoupés,les- descoupolespolygonalessupportées une suite darcs en encorbellement, parlesarcatures platesdécorant lesmurs, les moulures peu saillanteset divi-sées membresnombreux, les ornements déliésprésentant souvent des encombinaisons étrangères la flore, desfeuillages à aiguset dentelés, sen-
  • - 135 - [ ARCHITECTURE ]taient leur origine orientale. Cetteinfusion étrangèrese perdà mesurequelon remonte le Rhône, ou du moins elle prend un autre caractère envenantsemêler à linfluence orientale partie desbords du Rhin. Celle-ciestautre, et voici pourquoi. Sur lesbords de la Méditerranée, les populationsavaient des rapports directs et constants avec lOrient. Au xir" siècle, ellessubissaient linfluence desarts orientaux contemporains, et non linfluencearchéologiquedesarts antérieurs, de là cette finesse cetterechercheque etlon rencontre dans les édifices de Provencequi datent de cette époquemais les arts byzantins, qui avaient laissé des traces sur 1rs,Imn!., du [thin,dataientde lépoque de Charlemagne;depuislors les rapports de ces con-tréesavec lOrient avaient cessédêtre directs. Cesdeux architectures, dontlune avait puisé autrefois, et dont lautre puisait encore aux .sourcesorientales,se rencontrent dansla Haute-Saône,sur le sol bourguignon etdansla Champagne de là ces mélangesde style issusdelarcliHeclure ro- :maine du sol, de linfluence orientale sud contemporaine, et de linfluenceorientalerhénane traditionnelle ; de là des monuments tels que leséglisesde Tournus, des abbayes de Vézelay, de Cluny, de Charlieii. Kt cependantcesmélangesforment un tout harmonieux, car cesédificesétaient exécu-tés par des hommes nés sur le sol, nayant subi que des influences dont ilsneconnaissent lorigine, dirigés parfois, commeàCluny, par desétran- pasgers nesepréoccupaientpasassez détailsde lexécution pour que k qui destradition localene conservâtpas une large part dans le mode de bâtir etde décorerles monuments. Linfluence orientale ne devait pas pénétrersur le sol gallo-romain par cesdeux voies seulement.En 934, une v.iMeégliseavaitélé fondéeàPérigueux,reproduisant exactementdanssonplanet sesdispositions édificebien connu, Saint-MarcdeVenise,commencé unpeu dannées auparavant.Léglise abbatiale de Saint-Front de lérigueuxest une égliseà coupoles sur pendentifs, élevée peut-être sous la direc-tion dun Françaisqui avait étudié Saint-Marc,ousur lesdessins dun ar-chitecte vénitien, par desouvriers gallo-romains; car si larchitecture dumonumentest vénitienne ou quasi orientale, la construction et les détailsde lornemenlation appartiennentàla décadence romaine et ne rappellenten aucunefaçon lessculpturesou le mode de bâtir appliquésà Saint-Maicde Venise.Cet édifice,malgré sonétrangetéà lépoque où il fut élevéet sacomplètedissemblance avec les édifices qui lavaient précédédanscettepartie desGaules,exerçaune grande influencesur lesconstructionsélevéespendant les xie et xii" siècles au nord de la Garonne, et fait ressortir lun-poriance écoles des monastiquesdarchitccture jusquàla fin du u"sieele.Un de nosarchéologuesIPS plus distingués explique cette transfusiondelarchitectureorientale aux confins de lOccident p;u-la présence des colo-niesvénitiennesétabliesalorsà Limogeset sur la côteoccidentale.Alors lepassage détroit de Gibraltar présentait les plus grandsrisques, à cause dudes nombreux pirates arabes tenaient côtes qui les dEspagne dAfrique. et 1 M. Félix de Verneilh,lArchitecturebyzantine France.Paris,1852. en
  • [ ARCniTECTCHE ] - 136 -et tout le commerce du Levant avec les côtes du nord de la France etla Bretagne (lAnuit-terre) faisait par Marseilleeu Narbonne, se prenaitla voie de terre par Limoges, pour reprendrela merà la Rochelle à ouNantes. Mai- légliseabbatiale Saint-Front de Périgueuxsedistingue deautant par sonplan, qui na pasdanalogue en France, que par sadispo-Mtion de coupoles pendentifs à (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE).Cétaitbien là en dfet une importationétrangère, importationqui sétendfortloin de Périgueux; ce qui doit faire supposerque si léglise de Saint-Frontexerçaune influence sur larchitecture religieuse de la côte occidentale,cette église ne saurait cependant être considérée comme la mère detoutes les églisesà coupoles bâties en France pendant le xue siècle.Il Cascog7ie Comte Toulouse de " jfîl/àut admettreque le commerce transit da Levant importa dansle decentre et louest dela Francedesprincipesdart étrangers, tousles surpointsoù il eut une certaineactivité,et où probablement entrepôts desavaient été établis par lintelligence commerciale des Vénitiens. Sur cesmatières, les documentsécrits contemporainssont tellement insuffisantsou laconiques, quil ne noussemble que lon doivesebaserunique- pasmentsur desrenseignements incomplets, aussi pour établir un système;mais si nous examinons les faits, et si nous en tirons les inductions lesplusnaturelles,nous arriveronspeut-êtreà éclaircir cette questionsiintéressantede lintroduction de la coupole à pendentifsdans larchitec-ture française des Xeet M siècles.A la fin du xe siècle, la France étaitainsidivisée (fig. 1): nous voyonsdanssapartie moyenneune grande
  • - 137 - [ ARCHITECTURE ]province, lAquitaine, Limoges en est le point central; elle estbordée aunord par le domaine royal et lAnjou, qui suiventà peu près le cours île la Loire; à louest et au sud-ouest, par lOcéan et le cours de la Garonne; au sud,par le comté de Toulouse;à lest, par le Lyonnaiset laBuui u< >-u>. Or, cest danscettevasteprovince et seulement danscette province que, pendant coursdesXe .T siècles, le et larchitecture française adoptelacoupoleà pendentifs portée sur desarcs-doubleaux. recueil manuscrit LedesAntiquités de Limoges,cité par M. de Verneilh1, place larrivée desVénitiens dans cette ville entre les années988 et 989; en parlant de leurcommerce, contient ce passage u Lesvieux registresdu paysnousrap- il :«portent que, antiennement, les Vénitiens traffiquans des marchan-KdisesdOrient, ne pouvant passerleurs navireset galleresdescendans de(ilOrient par la mer MéditerranéedanslOcéanpar le destroit de (iibral- «tar à cause de quelques rochers fesant empeschement audit dotroit, «pourquoi vindrent demeurer à Lymoges, auquel lieu establirenl la «BoursedeVenise,faisant apporter lesespicerieset autres marchandises«du Levant, descendre Aiguës-Mortes,puisde là les faisoient conduire à<i Lymogespar mulets et voitures, p. de là, à la Rochelle,Bretagne,An- à« gleterre,Escosse Irlande ; lesquelsVénitiens demeurèrent à Lymoges et«longuement et se tenoient près labbaye de Sainct-Martin, quils réédif-<(fièrent sur les vieilles ruvnes faictespar les Danois(Normands) » Siles Vénitiens neussentété sinstaller en Aquitaine que pour établir unentrepôt destinéà alimenter le commercede la «Bretagne, de lKi"> et >-ede lIrlande », ils nauraient paspris Limoges comme lieu dapprovision-nement, maisquelque ville du littoral. Cecomptoir établi à Limoges,aucentre de lAquitaine, indique, il nous semble, le besoin manifeste de four-nir dépiceries, richesétoffes,de denrées de levantines,toutesles provincesde France aussi bien que les contrées doutre-mer. Aune époque où lartde larchitecture était encore à chercher la route quil allait suivre, où lon essayait remplacer, danslesédificesreligieux, les charpentesdestruc- de.tibles par desvoûtes de pierre (voy. CONSTRUCTION), constructeurs où les ne connaissaient la voûte en berceau,applicableseulementà de prtil> quemonuments, il nest pas surprenant que de riches commerçants étrangersnient vanté lesédificesde leur paysnatal, quils aient offert de faire venirdesarchitectes,ou denvoyer des moines architectes dAquitaine visiteret étudier les églises de Venise et desbords de lAdriatique. La coupolepouvait ainsi sintroduire dans le centre de la France par cent voies diffé-rentes: chaquearchitecte amenépar les Vénitiens, ou qui allait visiterles églises lAdriatique, faisait reproduire du mieux quil pmn ut, par dedesouvriers inhabiles, desconstructionsétrangèreset que lon regardaitcommedesSuvres bonnesà imiter. 11 aurait donc exagération y peut-être,nous le pensons,à considérer Saint-Front de Périgueux comme le type,léglise mère de tous les monuments à coupoles de France. Si Saint- Lo.rchitecture byzantine France,par M FélixJe Verneilh. en i. - 18
  • l ARCHITECTURE 1 - 138 ~Front estune copiedu plan et de la dispositiongénérale Saint-Marc dede Venise,ce nest pa>à dire que cette égliseabbatialesoit la sourceuniqueà laquelleon ait puisépour faire deséglises coupoles toute à danslAquitaineet le midi de la Francependant coursdesxie .nesiècles. le etSaint-Fronta pu être lorigine des églises coupoles pendentifs à sur duPérignrd et de lAngoumois,maisnous croyonsque les coupoles des-églisesdAuvergne, cellesdu Lyonnais,cellesde la cathédrale Puy, dupar exemple, reçu leur influence directe de lOrient,ou plutôt de ontlAdriatique, par lintermédiaire du commercevénitien . ni:ui quil en soit, et prenant le fait tel quil se produit dansles monu-ments de lAquitaine pendantlesxe,xie et xnesiècles,il a une importanceconsidérable dans lhistoire de larchitecture française ; ses conséquencessefont sentir jusque pendantle xme siècledanscette province et au delà(voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE,CONSTRUCTION). LescathédralesdePoitiers,dAngers, et du Mansmême, conserventdans la manière de construireles voûtes desgrandesnefsune dernière trace de la coupole. Au nord-ouest de la France, les monuments qui existaient avant linva-sion des Normands ne nous sont pas connus, les incursions de Danois nelaissaient rien debout derrière elles; mais bientôt établis sur le sol, cesbarbaresdeviennentde hardis et actifs constructeurs. Danslespacedunsiècleetdemi, ils couvrent le payssurlequel ils ont définitivement pristerredédificesreligieux, monastiques civils, dune étendueet dune richesse oupeu communesalors. Il est difficile de supposerque les Normandsaientapporté de Norwége des éléments dart; mais ils étaient possédésdunesprit persistant,pénétrant; leur force brutale ne manquait pasde gran-deur. Conquérants, ils élèvent des châteaux pour assurer leur domination;ils reconnaissentbientôt la force morale du clergé, et ils le dotent riche-ment. Pressés dailleurs datteindre le but, lorsquils lont entrevu, ils nelaissent aucune de leurs entreprises inachevée, et en cela ils différaientcomplètement despeuplesméridionaux de la Gaule; tenaces,ils étaientles seulspeut-être, parmi les barbaresétablis en France, qui eussent des.idées dordre, les seulsqui sussentconserverleurs conquêteset composerun État. Ils durent trouver les restes arts carlovingiens le terri- des surtoire où ils simplantèrent ; ils y mêlèrent leur génie national, positif,grand, quelque peu sauvage,et délié cependant. Cespeuplesayant de fréquentsrapports avecle Maine, lAnjou, le Poi-tou et toute la côteoccidentalede la France, le goût byzantin agit aussisurlarchitecture normande. Mais au heu de sattacher à la construction commedansle Périgordou lAngoumois,il influe sur la décoration. perdons Nepoint devueces entrepôts dobjets dedenrées Levantplacés cen- ou du autre de la France.LesVénitiens napportaientpas seulement France endu poivreetde la cannelle, maisaussi étoffes soieet dor chargées des de derichesornements, rinceaux,danimauxbizarres étoffes sefabri- de ; qui 1 Voyezlarticle de M. Vitet, insérédausle JournoldesSavants,cahiers janvier, defévrieret tuai 1S53,sur lArchitecturebyzantine France M. de Verneilh. en par
  • [ ARCHITECTURE ]quaient enSyrie, Bagdad, Egypte, alors à en surlescôtesde lAsieMineure,àConstantinople, en Sicile et en Espagne. Cesétoffesdorigine orientale,que lon retrouve dans presquetous lestombeaux du xnesiècleou sur lespeintures,étaient fort en vogueà cetteépoque; le haut clergé particuliè-rement lesemployait dansles vêtementssacerdotaux, pour les rideaux oules parementsdautel (voy. AUTEL), pour couvrir les chisscsdessaints.Le-,tapissarrazinois,commeon lesappelait alors,et qui originairement étaientfabriquésen Perse,seplaçaient dansleséglises danslespalaisdesriches ouseigneurs.Lespremières croisadeset lesconquêtesdesNormandsen Si-cile et en Orient ne firent que répandre davantageen France, et en Nor-mandie principalement, le goût de ces admirables tissus, brillants et har-monieux de couleur, dun dessins! pur et si gracieux. Larchitecture de laSaintonge, du Poitou, de lAnjou, du Maine, et surtout de la Normandie,sempara de ces dessins et de ce mode de coloration. Partout où des mo-numents romains dune certaine richesse dornementation existaientencore dans lOuest, linfluence de ces tissus sur larchitecture est peu sen-sible. Ainsi à Périgueux, par exemple, danslantique "Vésorie remplie dedébrisromains, commenouslavonsdit déjà,si la forme desédificesreli-gieuxestempruntée à lOrient, la décorationreste romaine; mais dans le-contrées,commelaNormandie, lesfragmentsde sculpture romainena- oùvaient paslaissé de traces, la décoration des monuments des xie et xnesièclesrappellecesriches galons, ces rinceaux habilement agencésque lon re-trouve sur les étoffesdu Levant (voy. PEINTURE, SCULPTURE), que la tandisforme généralede larchitecture conserveles traditions gallo-romaines.Linfluencebyzantine,commeon estconvenu de lappeler, sexerçaitdonctrès-différemment sur les provinces renfermées dans la France de cetteépoque.Lart de la statuaire appliqué à larchitecture se développaità lafin duXIe siècle, en raison des mêmes causes.En Provence, tout le long duRhôneet de la Saône,en Bourgogne, en Champagne,dans le comté deToulouse,à lembouchure de la Gironde, danslAngoumois, la Saintongeet le Poitou, partout enfin où des monuments romains avaient laisséderiches débris,il se formait des écolesde statuaires; mais larchitecturede Normandie,du Nord et du Rhin était alors aussi pauvre en statuairequelle était riche en combinaisonsdornementsdorigine orientale. Pendantle xii" siècle,le domaine royal, bien que réduit à un territoirefort exigu,était restépresqueétrangerà cesinfluences, plutôt il les ouavait subiestoutesà un faible degré, en conservantplus quaucune autrecontréede la Francela tradition gallo-romaine pure. A la fin du xiesiècleetau commencement xn°, sousle règne de Philippe-Auguste,le domaine duroyal, en,sétendant, repousse quil pouvait y avoir dexcessifdans ces ceproduits étrangers; il choisit, pour ainsi dire, parmi tous ceséléments,ceux qui conviennent le mieux à ses goûts, à ses habitudes, et il formeun art national comme il fonde un gouvernement national. II manquait à larchitecture romane1 un centre, une unité dinfluence 1 La dénomination darchitecture romane est très-vague, sinon fausse. La langue
  • [ AIlCniTECTURE ] - 160 -pour quellepûtdevenirlart dunenation; enseignée pratiquée, et commenouslavonsdit, par les établissements religieux,elle était soumise àleursrègles particulières, règles navaientdautrelien entreellesque quilautorité unique quelles reconnaissaient, celle du pape, ne pouvant exer-cer aucune action matérielle sur les formes de lart. Cette architecture enétait réduite, ou à resterstationnaire,ou à prendre sesélémentsdeprogrèsdetous côtés,suivantlescapricesou lesgoûtsdesabbés. Mais quand lunité<lupouvoir monarchique commençade sétablir, cette unité, secondée pardesartistes laïques faisant partie de corporations reconnues, dut, par laforce naturelle des choses, former un centre dart qui allait rayonner detouscôtésen mêmetempsquelle exerçait sonaction politique. Cerésultatest apparent dès le commencement du xme siècle. On voit peu à peularchitecture romane séteindre,niitiri/i/nersouslarchitecture inauguréepar lesartisteslaïques; elle recule devant sesprogrès; seconservequelquetrmps indécise dans les établissements monastiques, dans les provincesoù laction du pouvoir monarchique ne se fait pas encore sentir, jusquaumoment où une nouvelle conquête de la monarchie dans ces provinces endétruit brusquementles derniersvestiges, venant planter tout à coupet ensansaucune transition un monument sorti du domaine royal, commeonplante un étendard au milieu dune cité gagnée.A partir du xme siècle,larchitecture suit pas à pas les progrès du pouvoir royal ; elle laccom-pagne, elle semble faire partie de ses prérogatives : elle se développeavec énergie là où ce pouvoir est fort, incontesté; elle est mélangéeetses formes sont incertaines là où ce pouvoir est faible et contesté. Cest pendant les dernières années du xir siècle et au commencementdu xmeque toutesles grandescathédralesdu domaine royal sont fondéesst presque entièrement terminées sur des plans nouveaux. Notre-Damede Paris, Notre-Damede Chartres,lescathédralesde Bourges,de Laon, deSoissons. Meaux, de Noyon, dAmiens, de Rouen, de Cambrai,dArras, dede Tours, de Sées, de Coûtantes, de Bayeux, sont commencées sous lerègne de Philippe-Auguste, pour être achevées presquetoutes à la fin duxine siècle.La Champagne, bien liée, politiquement parlant, au domaine siroyal soussaint Louis, élèvede son côtéles grandescathédralesde Reims,de Chàlons,deTroyes.La Bourgogne et le Bourbonnais suivent la nouvelledirection imprimée à larchitecture, et bâtissentlescathédralesdAuxerre,de Nevers, de Lyon. Bientôt la vicomte de Carcassonne fait partie dudomaineroyal, et reçoit seulelinfluence directe de larchitecture officielleau milieu de contrées qui continuent jusquau xve siècle les traditionsromainesabâtardies. QuantàlaGuienne,qui resteapanagede la couronnedAngleterre jusque sousCharlesV ; quant à la Provence,qui ne devientfrançaise que sousLouis XI, larchitecture du domaine royal ny pénètre !,"."" rtait circonscrite sur un sol dont on connaît les limites, en deçà et au delà a <ide la Loire a. En peut-on dire autant de I architecture que lon désignesousle nomde romane (Voyez, ? danslarticle de M. Vitet précité,pages et 31, la judicieuse 30 cri-tique sur celte dénomination.)
  • [ ARCniTECTLRE ]pas,ou du moins elle ny produit que de tristes imitations qui semblantdépaysées milieu de ces contrées. En Bretagne, elle ne se développe auque tardivement, et conserve toujours un caractère qui tient autantà lAngleterre quà la Normandie et au Maine. Nous donnonsici (fig. 2)les divisions de la France à la mort de Philippe-Auguste, en 1223. Cemouvementest suivi partout, dans les constructions qui sélèvent rlainlesvilles, les bourgset lessimplesvillages; lesétablissementsmonastiquessont entraînés bientôt dans le courant creusé par le nouvel art. Autour C "~V~J OOMAOF. ROYAL Bretagne ^""^Santés)desmonumentsimportants tels que lescathédrales,lesévêchés, palais, lesleschâteaux,il sélèvedesmilliers dédificesauxquelsles grandeset richesconstructionsserventde types,commedesenfants dune mêmefamille. Lemonument mèrerenferme-t-il desdispositions particulières commandéesquelquefois une configurationexceptionnelle sol, par un besoin par dulocal,ou par le goût de lartiste qui la élevé,ces mêmesdispositionsse retrouvent dans les édifices secondaires, bien quelles ne soient pasindiquées la nécessité. accident pendant la construction,un par Unrepentir,linsuffisance desressources, apporté desmodifications dans ontle projet type : les imitations vont parfois jusquà reproduire cesdéfauts,ceserreurs, ou les pauvretésrésultant de cette pénurie. Cequil y a de plus frappant dansle nouveausystèmedarchitectureadoptédèsla fin du xnesiècle, cest quil saffranchit complètement destraditions romaines. Il ne faut pas croire que de cet affranchissementrésulte désordre le caprice;au contraire,tout estordonné, le ou logique,
  • / ARCnrTECTTRE ] - 142 -harmonieux une foisceprincipeposé, conséquences : les sensuivent avecune rigueur qui nadmetpaslesexceptions. défautsmêmes cette Les dearchitecturedériventde son principe impérieusement poursuivi.Danslarchitecture française qui naît avec le me siècle, les dispositions, laconstruction, statique,lornementation, la Yécfielle, diffèrentabsolumentdesdispositions, la construction, la Matique, lornementation de de de etde léchelle suiviesdanslarchitecture antique. En étudiant cesdeux arts,il faut se placerà deux points de vue opposés si lon veutjuger lun en se ;Ija-ant Mir les principes qui ont dirigé lautre, on les trouvera tous deuxabsurdes. CV-t ce qui explique les étrangespréventions,les erreurs et lesi-ontradictions dont fourmillent lescritiques appartenantaux deux campsopposésdesdéfenseurs fies arts antiquecl gothique.Ces deux arts nontbesoin dêtre défendus ni lun ni lautre, ils sont tous deux la conséquencede deux civilisations partant de principes différents. On peut préférer lacivilisation romaine à la civilisation née avec la monarchie française, onne peut les mettre à néant ni lune ni lautre; il nous semble inutile deles comparer, mais on trouvera profit à les connaître toutes deux. Le monument romain est une sorte de moulage sur forme qui exi<rolemploi très-rapide dune masseénorme de matériaux ; par conséquentun personnel immense douvriers, des moyens dexploitation et detransport établi* >ur une très-vasteéchelle. Les Romains, qui avaient à leurdisposition desarméeshabituéesaux travaux publics, qui pouvaientjeterune population desclaves ou des réquisitions sur un chantier, avaientadopté le mode qui convenait le mieux à cet état social. Pour élever un decesgrands édificesalors; il nétait pasbesoindouvriers très-expérimentés:quelques hommes spéciauxpour diriger la construction, despeintres, desstucateurspour revêtir cesmasses maçonnerie dune riche enveloppe, dequelques artistes grecspour sculpter les marbres employés,et, derrièreces hommes intelligents, desbras pour casserdescailloux, monter de labrique,corroyerdu mortierou pilonnerdu béton.Aussi,quelqueéloignéque fût de la métropole le lieu où les Romains élevaient un cirque, desthermes, desaqueducs,des basiliquesou despalais,les mêmesprocédésde construction étaient employés,la même forme darchitecture adoptée.1le monument romain est romain partout, en dépit du sol, du climat, desmatériauxmême,et desusages locaux.Cesttoujoursle monument dela ville deRome, jamaislSuvre dun artiste.Du momentque Rome metle pied quelque part, elle domine seule, en effaçantce qui lui estétranger;cestlà saforce,et ses arts suivent limpulsion donnéepar sapolitique. Lorsquellesemparedun territoire, elle nenlèveau peupleconquis ses ni dieux,ni sescoutumes locales;maiselleplanteses temples,ellebâtit ses immenses édifices publics,elleétablitsonadministration po-litique, et bientôtlimportance ses de établissements, organisation son ad-ministrative, absorbent derniers les vestiges civilisations lesquelles des surelle projette sa grande ombre. Certes y a là un beau sujet détudes ilet dobservations; mais au milieu de cette puissance inouïe, lhomme
  • [ ARCHITECTUBE ]disparaît, il nest plus quun desrouages infimes de la grande machinepolitique. La Grèceelle-même, foyer si éclatant desarts et detout ce qui cetient au développement lesprit humain, la Grèceseleint sousle souffle dede Rome.Le christianismeseu1pouvait lutter contre le géant, en rendantà lhomme isolé le sentiment de sa personnalité. Mais il faut des sièclespourque lesrestes la civilisationpaïenne de disparaissent. Xousnavonspu envisager quune desparties dece grand travail humain du moyenâge;à la fin du xnesiècle, tous cesprincipes qui devaient assurerle triomphe<les idéesenfantées le christianisme sont posés par (pour ne parler que dusujetqui nousoccupe),le principe dela responsabilitépersonnelle apparaît:lhomme compte pour quelque chose dans la société, quelle que soit laclasse laquelle il appartienne. Les arts, en se dépouillant alors complè- àtement de la tradition antique, deviennent lexpression individuelle delartiste qui concourt à lSuvre générale sansen troubler lordonnance,maisen y attachant son inspiration particulière; il y a unité et variétéà lafois. Lescorporationsdevaient amenerce résultat, car si ellesétablissaientdansleur organisationdesrègles fixes,elles nimposaient pas,comme lesAcadémies modernes, des formes immuables. Dailleurs, lunité est legrand besoin et la tendance de ct-lte époque,mais elle nest pas encorelyrannique, et si elle oblige le sculpteur ou le peintre à se renfermer danscertaines donnéesmonumentales, elle leur laisseà chacun une grandeliberté dans lexécution. Larchitecte donnait la hauteur dun chapiteau,dunefrise, imposaitleur ordonnance,mais le sculpteurpouvait faire de cechapiteauou de ce morceau de frise son Suvre propre, il se mouvait danssasphèreen prenant la responsabilitéde son Suvre. Larchitecture elle-même des xir et xme siècles, tout en étant soumise à un mode uniforme,en se fondant sur des principes absolus, conserve la plus grande libertédanslapplication de cesprincipes; les nombreux exemplesdonnésdans"ce Dictionnaire démontrent ce que nous avançonsici. Avec linvasion laïquedansle domaine desarts commenceune ère de progrèssi rapides,quon a peine à en suivre la trace; un monument nest pasplutôt élevé,quil sert déchelon, pour ainsi dire, h celui qui se fonde; un nouveaumode de construction ou de décoration nest pasplutôt essayé, quon lepousse, avecune rigueur de logique incroyable, à sesdernièreslimites. Danslhistoire desarts, il faut distinguer deux éléments: la nécessité«t le goût.A la fin du xnesiècle,presquetousles monumentsromans,religieux, civils ou militaires, ne pouvaient plus satisfaire aux besoinsnouveaux,particulièrement dansle domaine royal. Leséglisesromanes,étroites,encombrées despiliers massifs, par sansespace, pouvaient neconvenir aux nombreuses réunions de fidèles, dans les villes dont lapopulation la richesse et saccroissaient rapidement;ellesétaienttristeset sombres, grossières daspect, et nétaient plus en harmonie avec desmSurs et uce civilisation avancées déjà. Les maisons, les châteaux,présentaientles mêmesinconvénientsdune façon plus choquante«ncore, puisque la vie habituelle ne pouvait saccommoderde demeures
  • [ ARCHITECTURE jdans lesquellesaucun des besoins nouveaux nétait satisfait. Quant àlarchitecture militaire, les perfectionnementsapportésdans les moyensdattaqueexigeaientlemploide dispositionsdéfensives rapportavec encesprogrès. (Yoy. ARCHITECTURE RELIGIEOSE, CIVILE,MILITAIRE.) 11fallait éleverdeséglisesplus vastes,dans lesquelleslespoints dappuiintérieurs devaient prendre le moins de terrain possible, les aérer, leséclairer, les rendre plus faciles daccès,mieux closes,plus saineset pluspropresà contenir la foule. Dans presque toutes les provincesdu Nord,les églises romanesétaient combinées, comme construction, de façonà nepouvoir durer (voy.CONSTRUCTION); ellessécroulaientou menaçaientruinepartout : force était de les rebâtir. Il fallait élever des palais ou deschà-iraux pour un personnelplus nombreux, car la féodalité suivait partout lemouvement imprimé par la monarchie; et si le roi prenait une plus grandepart dautorité sur sesgrandsvassaux, ceux-ciabsorbaientles petits liefs,centralisaient chaquejour le pouvoir chez eux, comme le roi le centra-lisât autour de lui. Il fallait à ces bourgeois nouvellement affranchis, àcescorporations naissantes, lieux de réunion, deshôtels de ville, des desbourses,ou parloirs, comme on les appelait alors, des chambres pour lescorpsdétats, desmaisonsen rapport avec desmSurs plus policéeset desliiM.iinsplus nombreux.Il fallait enfin à cesvilles affranchiesdes muraillesextérieur-", car elles comprenaient parfaitement quune conquête, pourêtre durable, doit être toujours prête à se défendre. Là était la nécessitétir reconstruire tous les édifices daprès un mode en harmonie avec unétat social nouveau.Il ne faut pasoublier non plus que le sol était couvertde-ruines; les luttes féodales, les invasions des Normands, létablissementdescommunes,qui ne sétait pas fait sans grands déchirementsni sansexcès populaires, lignorance des constructeurs qui avaient élevé desédificespeu durables,laissaienttout à fonder. A côté de cette impérieusenécessité, que lhistoire de cette époqueexplique suffisamment,naissaitun goût nouveauau milieu de cette population gallo-romaine reprenantsonrang denation. Nousavonsessayé dindiquer les ressources diverses oùce goût avait été cherchersesaspirations,maisavanttout il tenait au géniedu peuple qui occupaitlesbassins la Seine, dela Loire et de la Somme. deCespeuples, douésdun esprit souple, novateur, prompt à saisir le côtépratique deschoses,actif, mobile, raisonneur, dirigés plutôt par le bonsens que par limagination, semblaientdestinéspar la Providenceà briserles dernières entravesde la barbarie dans les Gaules,non par desvoiesbrusques et par la force matérielle, mais par un travail intellectuelqui fermentait depuis le xie siècle. Protégés par le pouvoir royal, ilslentourent dune auréole qui ne cesse briller dun vif éclat jusquaprès delépoque de la renaissance. Aucun peuple, si ce nest les Athénienspeut-être, ne fit plus facilement litière des traditions; cest en même tempsson défaut et sa qualité : toujours désireux de trouver mieux, sans sar-rêterjamais,il progresse aussirapidement dansle bien que dansle mal;il sattache à une idée avec passion,et, quand il la poursuivie dansses
  • I - 1Ù5 - [ ARCHITECTURE ]derniers retranchements, quand il la mise à nu par lanalyse, quand ellecommenceà germerau milieu despeuplessesvoisins, il la dédaignepouren poursuivre une autre avec le même entraînement, abandonnant lapremièrecommeun corps usé,vieilli, commeun cadavredont il nopeut plus rien tirer. Cecaractèreest resté le nôtre encore aujourdhui,il a de notre temps produit de belles et de misérableschoses;cest enlince quon appelle la mode depuis bientôt trois cents ans : or, la modesattache aux futilités de la vie comme aux principes sociaux les plusgraves,elle est ridicule ou terrible, gracieuseou pleine de grandeur. On doit tenir compte de ce caractère particulier à une portion de laFrance,si lon veut expliquer et comprendre le grand mouvement desarts à la fin du xn" siècle; nous ne faisonsque lindiquer ici, puisquenousreviendrons sur chacune desdivisions de larchitecture en analysant lesformes que cesdivisions ont adoptées.11 nest pas besoin de dire que cemouvement fut contenu tant que larchitecture théorique ou pratique restaentre les mains desétablissementsreligieux ; tout devait alors contribuerà larrêter : les traditions forcément suivies, la rigueur de la vie claustrale,lesréformestentéeset obtenues au sein du clergé pendant le M" siècleetunepartie du xn*. Maisquand larchitecture eut passé mains desclercs desaux mains deslaïques,le génie national ne tarda pasà prendre le dessus ;pressé se dégagerde lenveloppe romane, dans laquelle il se trouvait demal à laise, il retendit jusquà la faire éclater : une de ses premièrestentatives fut la construction des voûtes. Profitant des résultatsassez confusobtenus jusqualors,poursuivant but avec cettelogiquerigoureuse sonqui faisaità cette époque la basede tout travail intellectuel, il posaceprincipe, déjàdéveloppé dansle mot AROBOUTANT, les voûtesagissant quesuivantdespoussées obliques, il fallait, pour lesmaintenir, desrésistancesobliques (voy. CONSTRLCTIO.N, Déjà dès le milieu du xue siècle, VOLTE).les constructeurs avaient reconnu que larc plein cintre avait une forcede poussée trop considérable pour pouvoir être élevé à une grandehauteur sur desmurs minces ou despiles isolées,surtout dansde largesvaisseaux, moins dêtre maintenu par desculées énormes;ils rempla- àcèrent larc plein cintre par larc en tiers-point (voy. ARC),conservant seule-ment larc plein cintre pour lesfenêtreset lesportéesdepeu de largeur ; ilsrenoncèrent complètementà la voûteen berceau,dont la poussée continuedevait être maintenue par une butée continue. Réduisant les points-résistants leurs constructionsà despiles,ils singénièrentà faire tomber detout le poids et la pousséede leurs voûtes sur ces piles, nayant plusalorsquà les maintenir par desarcs-boutants indépendantset reportanttoutesles pesanteursen dehors des grands édifices. Pour donner plusdassiette ces piles ou contre-forts isolés,ils les chargèrentdun àsupplément poidsdont ils firent bientôtun desmotifs lesplus riches dede décoration(voy. PINACLE).Évidant de plus en plus leurs édifices,«t reconnaissant larc en tiers-point une grande force de résistanceen àmêmetemps quune faible action décartement, ils lappliquèrent par- i. - 19
  • ( ARCHITECTURE j - 146 -tout, en abandonnant larc plein cintre, même danslarchitecture civile. Dèsle commencement xmesiècle,larchitecture se développe du daprès-une méthodecomplètementnouvelle, dont toutes les partiesse déduisentles unesdesautresavec rigueur impérieuse.Or, cest par le changement unede méthode que commencent les révolutions dans les scienceset les arts.La cunstrudiin commandela forme. Lespiles destinées porter plusieurs àarcs se divisent en autant de colonnes quil y a darcs : ces colonnes sontdun diamètre plus ou moins fort, suivant la charge qui doit peser surelle>; sélevant chacune de leur côté jusquaux voûtes quelles doivent.sôuk-nir, leurschapiteauxprennent une importance proportionnéea cettecharge. Les arcs sont minces ou larges, composésdun ou de plusieursrangs de claveaux, en raison de leur fonction (voy. ARC,CONSTRUCTION).Lesmurs, devenusinutiles, disparaissentcomplètement dans les grandsédificeset sont remplacéspar desclaires-voiesdécorées vitraux colorés. deToute nécessité est un motif de décoration : les combles, lécoulementdes eaux, lintroduction de la lumière du jour, les moyens daccèset decirculation aux différents étagesdes bâtiments,jusquaux menus objets,tels que les ferrures,la plomberie, les scellements, supports,les moyens lesde chauffage, daération, non-seulement ne sont point dissimulés, commeon le /ait si souvent depuis le xvie siècle dans nos édifices, mais sont aucontraire franchement accusés, et contribuent, par leur ingénieusecombinaison et le goût qui préside toujours à leur exécution, à la richessede larchitecture. Dans un bel édifice du commencement du xnie siècle sisplendidequon le suppose, ny a pasun ornement à enlever, car chaque ilornement nest que la conséquence dun besoin rempli. Si lon va chercherles imitations decesédificeslaites hors de France, on ny trouve quétran-geté; cesimitations ne sattachant quaux formes sansdeviner leur raisondêtre. Ceci explique comme quoi, par suite de lhabitude que nousavonschez nousde vouloir aller chercher notre bien au loin (commesiladistancelui donnait plus de prix), les critiques qui se sont le plus élevéscontre larchitecture dite gothiqueavaient presque toujours en vue desédifices que les cathédrales Milan, de Sienne, de Florence, certaines tels deéglises de lAllemagne, mais navaient jamais songéà faire vingt lieuespour aller sérieusementexaminer la structure des cathédrales dAmiens,de Chartresou de Reims.Il ne faut pasaller étudier ou juger larchitecturefrançaisede cetteépoquelà où elle a été importée; il faut la voir et la jugersur le sol qui la vue naître, au milieu des divers éléments matériels oumoraux dont elle sest nourrie. Elle est dailleurs si intimement liée à notrehistoire, aux conquêtesintellectuelles de notre pays, à notre caractèrenational, dont elle reproduit les traits principaux, les tendances et la direc-tion. quYma peineàcomprendrecomment il sefait quelle nesoit pasmieuxconnueet mieux appréciée, quon nepeut concevoir comment létude nenestpasprescrite dansnosécolescomme lenseignementde notre histoire. Cest précisément au moment où les recherches sur les lettres, lessciences,la philosophie et la législation antiques sont poursuiviesavec
  • - <1 - [ ARCHITECTURE }ardeur, pendant ce xue siècle,que larchitecture abandonneles derniersrestesde la tradition antique pour fonder un art nouveau dont le principe-esten opposition manifesteavecle principe desarts de lantiquité. Faut-ilconclure de laque les hommesdu xncsièclenétaient pasconséquents aveceux-mêmes? Tout au contraire; mais ce qui distingue la renaissance duxii" sièclede la renaissance xvi% cest que la première se pénétrait de dulesprit antique, tandis que la seconde laissait séduirepar la forme. Les sedialecticiensdu xnesiècle,en étudiant les auteurs [jaïei^, 1rsPèreset 1rsÉcritures, voyaient les choses les hommesde leur temps avec les yeux etde leur temps,comme leût pu faire Aristote, sil eût vécu au ne siècle,etla forme que lon donnait alors aux chosesdart était déduite desbesoinsou desidéesdu moment.Prenonsun exemple bien frappant, fondamentalenarchitecture, Yechelle. Tout le mondesait queleso/Y/m delarchilectim.1des Grecs et des Romains pouvaient être considérés comme des unitéstypiques quon employait dans les édificesen augmentant ou diminuantleurs dimensions conservant leurs proportions,selon que ces édifices etétaient plus ou moins grands ^échelle.Ainsi le Parthénon et le templede Thésée à Athènes sont dune dimension fort différente, et lordredorique appliqué à ces deux monuments esta peu près identique commeproportion : pour nous faire mieux comprendre, nous dirons que lordredoriquedu Parthénonestlordre dorique du temple deThésée à travers vuun verre grossissant. Rien dansles ordres antiques, grecsou romains, nerappelle une échelleunique, et cependantil y a pour les monuments uneéchelleinvariable, impérieuse, dirons-nous : cest lhomme. La dimensionde lhomme ne changepas, que le monument soit grand ou petit. Aussidonnezle dessingéométral dun temple antique en négligeant de coterles dimensions ou de tracer une échelle, il sera impossible de dire si les colonnesde ce temple ont li, 5 ou 10 mètres de hauteur; tandisque pour larchitecture dite gothiqueil nen est pasainsi, léchelle humaine se retrouve partout indépendamment de la dimension des édifices.Entrez. dansla cathédralede Reims ou dans une églisede village de la mêmeépoque,vous retrouverez les mômes hauteurs, les mêmes profils debases; colonnessallongent ou seraccourcissent,mais ellesconservent lesle même diamètre; les moulures se multiplient dans un grand édifice,maiselles sont de la même dimension que cellesdu petit ; les balustrades,les appuis,lessocles,les bancs,les galeries, les frises, les bas-reliefs,touslesdétailsde larchitecture qui entrent dans lordonnance desédifices,rappellent toujours ^échelletype, la dimension de lhomme. Lhommeapparaît dans tout : le monument est fait pour lui et par lui, cest sonvêlement; et quelque vaste et riche quil soit, il est toujours à sa taille.Aussi les monuments du moyen âge paraissent-ilsplus grands quils nele sont réellement,parceque, mêmeen labsence lhomme,léchelle dehumaineestrappelée partout, parceque lSil estcontinuellementforcéde comparerles dimensionsde lensembleavecle modulehumain.Limpression contraireestproduitepar lesmonuments antiques on ne se :
  • [ ARCU!TECTURE Jivmi comptede leur dimension quaprèsavoir fait un raisonnement, quelorsquona placéprèsdeuxun hommecommepoint de comparaison, etencoreest-ce plutôt lhommequi paraitpetit, et nonle monumentqui.semblegrand.Quecesoitune qualitéou un défaut,nousne discuterons[tascepoint, nousne faisons constater fait, qui estdela plushaute que leimporlnnce, il creuse abîmeentreles méthodes arts antiques car un des11 du ninyon àiv. .Nuns ilimiis pasque lart né à la fin du xne siècle sur une portion du neNI! de la France est Yart chrétienpar excellence: Saint-Pierre de Home,Samic-Sophie de Constanlinople,Saint-Paul hors des murs, Saint-Marcde Venise, nos églises romanes de lAuvergne et du Poitou, sont desmonumentschrétiens, puisquils sontbâtis par deschrétiens pour lusagedu culir. Lechristianismeestsublime dans les catacombes, dans les déserts,comme ù Saint-Pierre de Home ou dans la cathédrale de Chartres. Maisnous demanderons : sans le christianisme, les monuments du nord de laFrance auraient-ils êtreélevés? pu Évidemment Cegrandprincipede non.lunité (iic/ielle dont nous venons dentretenir nos lecteurs, nest-il pas unsymbole saisissant de lesprit chrétien ? Placer ainsi lhomme en rapportavecDieu, mùue dans les temples les plus vasteset les plus magnifiquespar la comparaison continuelle de sa petitesse avec la grandeur dumonument religieux, nest-ce pas là une idée chrétienne, celle qui frappele plus les populations ? Nest-cepas lapplication rigoureusement suiviede celte méthode dans nos monuments qui inspire toujours ce sentimentindéfinissablede respecten face des grandes églises gothiques?(Juelesarchitectesdes xneet xine siècles aient fait lapplication de ce principe,dinstinct nu parle raisouuement, toujours est-il quil présideà toutesles constructions religieuses,mites ou militaires jusquà lépoque de larenaissanceantique. Les architectes de lépoque ogivale étaient aussiconséquents danslemploi desformesnouvellesquelétaient lesarchitectesgrecs dans lapplication de leur système c.e proportion desordres,in-dépendamment des dimensions. Chez ceux-ci larchitecture était un artabstrait; lart grecestun, et il commandeplutôt quil nobéit ; il commandeaux matériaux aux hommes cest le fatuni antique; tandis que les et :architectes occidentauxdu moyen âgeétaient soumisà la loi chrétienne,qui, reconnaissantla souveraine puissance divine, laisseà lhomme sonlibre arbitre,la responsabilité ses de propres Suvres, le compte, et quelqueinfime quil soit, pour une créature faite à limage du Créateur. Si nous suivonsles conséquences logiques de ce principe issu desidéeschrétiennes,nousvoyonsencoreles formes de larchitecture sesoumettreaux matériaux, les employer dans chaque localité tels que la nature lesfournit. Les matériaux sont-ils petits, les membres de larchitectureprennentune médiocre importance(voy.CONSTRUCTION) grands, ; sont-ilslesprofils,lesornements, détailssontplus larges; sont-ilsfins,faciles lesà travailler, larchitectureen profite en refouillant sa décoration, la enrendantplus déliée;sont-ilsgrossiers durs,elle la simplifie.Tout dans et
  • - 1Z|9 - [larchiteclure ogivale prend sa place et conserve sa qualité, chaquehomme et chaque objet comptent pour ce quils sont, comme danslacréationchaque chose son rôle tracépar la main divine.Et comme*il asemblaitque cet art ne dût pas cesser dêtre méthodique jusque danssaparure, nous le voyons,dès son origine, abandonnertous les ornementlaissésparles traditions romano-byzantines, pour revêtir ses friM^, sescorniches, sesgorges,seschapiteaux, sesvoussuresdesfleurs et feuillesempruntées aux forêts et aux champs du nord de la France. Chosemerveilleuse! limitation desvégétauxsemble elle-mêmesuivre un ordreconformeàcelui dela nature; lesexemples sontlà qui parlent deux-mêmes.Lesbourgeons sont les premiers phénomènes sensiblesde la végétation,lesbourgeons donnent naissance desscionsou jeunes brancheschargées àde feuilles ou de fleurs. Eh bien ! lorsque larchitecture française,à lafin du xiie siècle,semparede la flore comme moyen de décoration, ellecommencepar limitation descotylédons, bourgeons, scions,pour des desarriver bientôt à la reproduction des tiges et des feuilles développer-,(voyez les preuves dans le mot FLORE). va sans dire que cette méthode Ilsynthétique est, à plus forte raison, suivie dans la statique, dans tous lesmoyensemployés larchitecture pour résisteraux agentsdestructeurs. parAinsi la forme pyramidale est adoptée comme la plus stable, les planshorizontaux sont exclus comme arrêtant les eaux pluviales, et sont rem-placés,sans exception, par des plans fortement inclinés. A côté de cesdonnées générales densemble, si nous examinons les détails, nous restonsfrappésde lorganisationintérieure de ces édifices.De même que lecoip-,humain porte sur le sol et se meut au moyen de deux points dappuisimples, grêles, occupantle moins despace possible, compliqueet se sedéveloppe mesurequil doit contenir un grand nombre dorganesimpor- àtants; demêmelédifice gothique posesespoints dappui daprèslesdonnéeslesplus simples,sorte de guidagedont la stabilité nest maintenue que parla combinaisonet les développementsdes parties supérieures.Lédificegoihique reste debout quà la condition dêtre complet; on ne peut neretrancherun de sesorganes souspeinede le voir périr, car il nacquiert destabilité que par les lois de léquilibre. Cestlà du reste un desreprochesquon adressele plus volontiers à cette architecture, non sans quelqueapparence raison. Mais ne pourrait-on alors reprocher aussià lhomme dela perfectionde sonorganisation, le regarder commeune créature etinférieureaux reptiles, par exemple, parce quil estplus sensible queceux-ci aux agents extérieurs, et plus fragile? Dans larchitecturegothique, matièreestsoumiseà lidée, elle nest quune desconséquences lade lesprit moderne, qui dérive lui-même du christianisme. Toutefois le principe qui dirigeait cette architecture, par cela mêmequil était basésur le raisonnement humain, ne pouvait sarrêtera uneforme; du momentque larchitecture sétait identifiée avecles idéesduneépoque dune population,elle ne pouvait manquerde semodifieren etmême temps que ces idées. Pendant le règne de Philippe-Auguste on
  • [ ARCHITECTURE ] - 150 -saperçoit lart de larchitectureprogresse que dansla voienouvellesouslinfluencedhommesréunispar une communautéde principes,maisconservant encoreleur physionomie leur originalité personnelles. et Lesnus, encore attachés aux traditions romanes,plus timides, nappliquentquavec réserve la méthode synthétique; dautres, hardis, ladoptentrésolument : cest pourquoi on trouve, danscertains édificesbâtis simul-tanément à la fin du MI siècle et pendant les premières annéesdu xm%«les (iillrn.-nres notables dans le systèmede la construction et dans la«lécuralion; desessais serviront de point de départà desrèglessuivies, quiou qui seront abandonnés peu après leur apparition. Cesartistes quimarchent dans le même sens, mais en conservant leur génie propre,forment autant de petites écolesprovinciales qui chaque jour tendent ase rapprocher, et ne diffèrent entre elles que par certaines dispositionsde détail dune médiocre importance. lirv 1220ces écoles peuvent être ainsi classées: école de lIle-de-France,écoledeChampagne, écoledePicardie,écolede Bourgogne,écoledu Mainecl de lAnjou, école de Normandie. Cesdivisions ne sont pas tellement tranchées quon ne puisse rencontrer des édifices intermédiaires appar-tenant à la fois à lune et à lautre; leur développement suit lordre que nous donnons ici. On bâtissait déjà danslIle-de-France et la Champagne des édifices absolument gothiques, quand lAnjou et la Normandie, par exemple, sedébarrassaient peinedestraditions romanes,et nadoptaient à pasle nouveau modede construction et de décoration avec toutessescon-séquences rigoureuses(voy. pour lesexemples,ARCHITECTURE RELIGIEUSE, MONASTIQUE, et MILITAIRE). nest quà la fin du xine siècleque CIVILE Ceces distinctions seffacent complètement,que le génie provincial perdson originalité pour se fondre dans une seule architecture, qui sétendsuccessivement toute la superficiede la France. Toutefois lAuvergne sur{sauf pour la construction de la cathédrale de Clermonl-Ferrand) et la Provencenadoptèrent jamais larchitecture gothique, et celle dernièreprovince (devenuefrançaise seulementà la fin du xve siècle)passa lar- dechitecture romanedégénérée larchitecture dela renaissance, à nayantsubilinfluence des monuments du Nord que fort tard et dune manière incom-plète. Le foyer de larchitecture françaiseestdoncau xniesiècleconcentrédans le domaine royal; cest là que se bâtissentles immensescathédralesque nous admirons encore aujourdhui, les palaissomptueux, les grandsétablissements publics, les chàleaux el les enceinles formidables, les richesmonastères. Mais en perdanl deson originalité personnelleou provinciale,en passanlexclusivemenlentre lesmains descorporationslaïques,larchi-tecture nest plus exécutée avecce soin minutieux danslesdétails,aveccellerecherchedansle choix desmatériaux, qui nous frappent dansles édificesbâtis à la fin du .vnesiècle,alors que lesarchitectes laïquesétaient encoreimbus destraditions monastiques.Si nous mettons de côtéquelques raresédifices, comme la sainte Chapelle du Palais, comme la cathédrale deReims,comme certainesparties de la calhédralede Paris, nous pourrons
  • - 151 - [ ARCHITECTURE ]remarquer lesmonuments que élevés pendant coursdu xme le sièclesont"souventaussinégligésdans exécutionquesavamment leur combinéscommesystèmede construction. On sent apparaître dans ces bâtisses lesprity entreprise faut faire beaucoup promptement : il et avecpeudargent,onestpressé jouir; on néglige fondations, élève monuments de les on les avecrapiditéen utilisant touslesmatériaux,bonsou mauvais, prendrele sanstempsde les choisir. On arrache les pierres desmains des ouvriers avantquils aienteu le tempsde les bien dresser, joints sont inégaux,les lesblocages faits à la hâte. Lesconstructionssont brusquementinterrompues,aussibrusquementreprisesavecdeprofondesmodifications danslesprojetprimitifs. On ne trouve plus cette sage lenteur des mnitresappartenu!:aux ordres réguliers, qui ne commençaient un édifice que lor>quil>avaient réuni longtempsà lavance, et choisi avec soin, les matériauxnécessaires, lorsquils avaient pu amasserles sommessuffisantes,et mûrileurs projets par létude. Il semble que les architectes laïques ne sepréoccupent pas essentiellementdes détails de lexécution, quils aienthâte dacheverleur Suvre, quils soient déjà souslempire de cette fièvrede rechercheset dactivité qui domine toute la civilisation moderne.Môme dansles monuments bâtis rapidement,on sent que lart se modifieàmesureque la construction sélève,et cesmodifications tiennent toujoursà lapplication de plus en plus absolue desprincipes sur lesquelsse baselarchitecture gothique;cest une expérience perpétuelle. La symétrie,cebesoin de lesprit humain, est-elle même sacrifiée à la recherche incessantedu vrai absolu, de la dernière limite à laquelle puisse atteindre la matière;et plutôt que de continuer suivant les mêmesdonnéesune Suvre qui luisembleimparfaite, quitte à rompre la symétrie, larchitecte du xnie sièclenhcsile pasà modifier sesdispositions primitives, à appliquer immédiate-ment sesnouvelles idées développées sous linspiration du principe quile dirige. Aussicombien de monuments de cette époquecommencés avechésitation,sousune direction encore incertaine,quoique rapidement exé-cutés,se développentsousla penséedu constructeur qui apprend sonartet le perfectionneà chaque assise, pour ainsi dire, et ne cesse chercher dele mieux que lorsque lSuvre estcomplète ! Cenest passeulementdans lesdispositions densemble quon remarquece progrèsrapide; tous les artisanssont mus par les mêmessentiments. statuairesedépouille La chaquejour desformes hiératiques desMe et xne siècles pour imiter la nature avec plus de soin, pour rechercher lexpression, et mieux faire comprendrele geste.Lornemaniste, qui dabord sappliqueà donner à sa floreun aspectmonumental vachercherses et modèles danslesgermes desplantes,arrive rapidementà copier exactementlesfeuilles et les fleurs, et à reproduire la pierrela physionomie la liberté desvégétaux. sur et La peinture savance plus lentementdansla voiede progrèssuiviepar les autres arts, elle est plus attachée aux traditions, elle conserveles types conventionnels plus longtempsque sa sSur la sculpture;cependant, appeléeà jouer un grand rôle dans la décoration des édifices,elle est
  • [ ARCHITECTURE ] - 152 -entraînée le mouvement par général,sallieplus franchement larchi- àtecturepour laider dansleseffetsquelleveut obtenir (voy.PEINTURE,VITRAUX). remarquons que cesdeuxarts(la sculpture la Nous ici etpeinture) se soumettententièrementà larchitecture lorsque celle-ciarriveà son apogée, reprennentune certaineindépendance, ne et quileur profite guère,du reste,lorsquelarchitecturedégénère. De ceque beaucoup nos grands édificesdu moyenâge ont été decommence à la Un du xir siècle, et terminés pendant les xiv" ou xv% onen conclut quon a mis deux ou trois cents ansà les bâtir ; cela nest pointexact: jamaispeut-être,si ce nestde nosjours, les constructions nontété élevéesplus rapidement que pendant les xme et xive siècles.Seule-ment ces monuments, bâtis au moyen des ressources particulières desfr-i|iies, desmonastères, chapitres, ou desseigneurs,ont été souvent desinterrompus par des événements politiques ou faute dargent; maislorsque les ressources manquaient pas,les architectes menaient leurs netravaux avecune rapidité prodigieuse.Les exemplesne nousfont pasfautepour justifier cetteassertion. nouvelle La cathédrale Parisfut fondée deen 1163: en 1196le chSur était achevé; en 1220elle était complètementterminée; les chapelles de la nef, les deux pignons de la croisée, et leschapellesdu chSur nétant que desmodifications à lédifice primitif, dontil eût pu sepasser(voy.CATHÉDRALE). donc un immense monument, Toiciqui ne coûterait pasmoins de quatre-vingt-dix millions de notre monnaie,élevé en cinquante ans. Presque toutes nos grandes cathédrales ont étébâties, sauf les adjonctions postérieures,dans un nombre dannéesaussirestreint. La sainte Chapellede Paris fut élevéeet complètement achevéeen moinsde cinq années(voy.CHAPELLE). quand on songeà la quantité Or,iiinuinbrable de statues, de sculptures, aux surfaces énormes de vitraux,aux ornements de tout genre qui entraient dans la composition de cesmonuments,on sera émerveillé de lactivité et du nombre des artistes,artisanset ouvriers, dont on disposait alors, surtout lorsquon sait quetoutes ces sculptures,soit dornements, soit de figures, que cesvitrauxétaient terminés au fur et à mesure de lavancement de lSuvre. Si de asles monuments religieux, couverts de riches décorations,pouvaient être construits aussi rapidement, à plus forte raison desmonastères, châteaux dune architecture assezsimple généralement, deset qui devaient satisfaire à des besoins matériels immédiats, devaient-ilsêtre élevés dans un espacede temps très-court. Lorsque les dates defondation et dachèvement font défaut, les constructions sont là quimontrent assez, pour peu quon ait quelque pratique de lart, avecquellerapidité elles étaient menéesà fin. Les grands établissementsmilitairestels que Coucy, Château-Thierry, entre autres, et plus tard Vincennes,Pierrefonds, sont sortis de terre et ont été livrésà leurs garnisons enquelquesannées(voy. ARCHITECTURE MILITAIRE,CHATEAU). Il est dans lhistoire des peuples de ces siècles féconds qui semblentcontenir un effort immense de lintelligence deshommes,réunis dansun
  • - 153 - [ ARCHITECTURE ]milieu favorable.Cespériodesde production se sont rencontréespartoutà certaines époques;mais ce qui distingue particulièrement le sièclequinous occupe, cest, avecla quantité, lunité dans la production. Le xmesiècle voit naître dans lordre intellectuel des hommes tels quAlbert leGrand,saint ThomasdAqum.RogerJtacon, philosophes, encyclopédistes,savants théologiens,dont tous lesefforts tendent à mettre de la méthode etdans les connaissancesacquisesde leur temps, à réunir les débris desscienceset de la philosophie antiques pour les soumettre à lespritchrétien, pour hâter le mouvement intellectuel de leurs contemporains.Létude et la pratique des arts se coordonnent, suivent dès lors unemarche régulière dans un même sens. Nous ne pouvons mieux comparerle développement arts à cette époquequà une cristallisation; travail dessynthétique dont toutes les parties se réunissent suivant une lui lixe,logique,harmonieuse,pour former un tout homogènedont nulle fractionne peut être distraite sans détruire lensemble. La scienceet lart ne font quun dans larchitecture du MU" siècle, laforme nest que la conséquence(la la loi mathématique; de môme quedanslordre moral, la foi, les croyances,cherchent à sétablir sur la raisonhumaine, lespreuves sur tiréesdesÉcritures, lobservation phéno- sur desmènesphysiques,et se hasardent avec une hardiesse une grandeur de etvuesremarquablesdansle champ de la di.jcussion.0nne doit point perdredevue que, dansce grand siècle,lélite desintelligences était orthodoxe.Albert le Grand et son élève saint Thomas dAquin faisaient converger lesconnaissances étenduesquils avaient pu acquérir, la pénétration singu-lière de leur esprit, vers ce point dominant, la théologie. Cette tendanceestaussi celle desarts du xni* siècle,et explique leur parfaite unité. Il ne faudrait pas croire cependant que larchitecture religieuse fût laseule, et quelle imposât ses formes à larchitecture civile; loin de là. Onne doit pasoublier que larchitecture françaisesétait constituéeau milieudu peupleconquisen facedesesconquérants; elle prenait sesinspirationsdans seindecette fraction indigène, la plus nombreusede la nation ; elle leétait tombéeaux mains des laïques sitôt après les premières tentativesdémancipation; elle nétait ni théocratique ni féodale. Cétait un artindépendant, national,qui sepliait àtous besoins, élevait château, les et unune maison,une cathédrale(voy.cesmots), en employantdesformeset desprocédés appropriésà chacun de cesédifices; et sil y avait harmonie entrecesdifférentesbranches de lart, si elles étaient sorties du même tronc,elles développaient se cependant des dans conditions tellement différentes,quil estimpossible ne paslesdistinguer. de Non-seulementlarchitecturefrançaise xmesiècle du adoptedesformesdiverses raisondesbesoins enauxquelselle doit satisfaire, mais encore nous la voyons se plier auxmatériaux quelle emploie.Si cestun édificede brique, de pierreou debois quelleélève, donne chacune ces elle à de constructions apparence unedifférente,cellequi convientle mieuxà la naturede la matièredont elledispose. fer forgé, bronze le plombcouléou repoussé, bois,le Le le et le i. - 20
  • [ ARCHITECTURE ] - 15i -marbre,la terrecuite, lespierresduresou friables,de dimensionsdiffé-rentes, commandent formes des propres chacune ces à de matières; cela etdune façonsi absolue,si Lien caractérisée, quen examinantun moulageou un dessin, peut dire, « cet ornement,cette moulure,ce membre ondarchitecture,sappliquent telle ou telle matièren. Cettequalitéessen- àtielle appartientaux arts originauxdesbelles époques, tandis quellemanque plussouvent artsdesépoques décadence le aux de ; inutilededirecombien elle donne de valeur et de charme aux moindres objets. Le judi-cieux emploi desmatériaux distinguelesconstructions du xmesiècleentrecellesqui lesont précédées suivies; il séduit leshommesde goût comme etles esprits les plus simples, et il ne faut rien moins quune fausseéduca-tion pour faire perdrele sentiment dune loi aussinaturelle et aussivraie. Muis- ue-4pasdSuvre humaine qui ne contienne en germe, dansson ilsein, le principe de sa dissolution. Les qualités de larchitecture du xin"siècle, exagérées, devinrent desdéfauts.Et la marche progressiveétait sirapide alors,que larchitecture gothique, pleine dejeunesseet deforce dansles premièresannéesdu règne de saint Louis, commençait à tomber danslabus en 1260.A peiney a-t-il quarante ans entre les constructionsde lafaçadeoccidentale et du portail méridional de la cathédrale de Paris; lagrande façadelaisseencorevoir quelques restesdestraditions romanes;etle portail sudestdune architecture qui fait pressentir la décadence (voy.ARCHITECTURE RELIGIEUSE) netrouve plus dèsla lin du xmcsiècle,surtout .Ondanslarchitecture religieuse, ce cachetindividuel qui caractérisechacundesédificestypesdu commencement ce siècle.Lesgrandesdispositions, dele mode de construction et dornementation, prennent déjà un aspectmonotone qui rend larchitecture plus facile à étudier, et qui favoriselamédiocrité aux dépensdu génie. On saperçoit que des règles banalessétablissentet mettent lart delarchitecture à la portéedestalents lesplusvulgaires. Tout se prévoit, une forme en amène infailliblement une autre.Le raisonnement remplace limagination, la logique tue la poésie. Maisaussilexécution devient plus égale,plus savante,le choix des matériaux plus judicieux. 11 sembleque le génie desconstructeurs,nayant plus rien à trouver, satisfasse besoinde nouveautéen sappliquant aux détails, son recherchela quintescencede lart. Tous les membres de larchitecture samaigrissent,la sculpture se complaît dans lexécution des infinimentpetits. Le sentiment lensemble, la vraiegrandeur, perd; on veut de de seétonner panla hardiesse,par lapparencede la légèreté et de la finesse.Lascience lemporte sur lart et labsorbe. Cest pendant le xive siècle quese développentla connaissance des pousséesdes voûtes, lart du trait.Cestalorsquon voit sélevercesmonumentsqui, réduisant les pleins à desdimensions aussirestreintes que possible,font pénétrer la lumière dansJesintérieurs par toutesles issues praticables;quon voit ces flèchesdécoupées sélancer versle ciel sur despointsdappui qui ne paraissentpaspouvoirlessoutenir;que lesmoulures divisent unequantitéde se enmembres infinis; que les pilessecomposent faisceaux colonnettes de de
  • - 155 - [ AncuiTECTrnr: )aussinombreusesque les moulures desarcs quelles doivent porter. Lasculptureperd de son importance,appauvrie par les combinai-»!!-géométriques larchitecture; elle semble plus trouver saplace, de neelle devient confuseà force de vouloir être délicate. Malgré lexcessiverecherchedes combinaisons,et à causedu calcul qui présideà toutes lesparties larchitecture, de celles-ci vouslaissent froid devant tant defforts,danslesquels rencontre plus de raisonnement que dinspiration. on 11 faut dire dailleurs que le xmesiècleavait laissépeu de choseà faireau xive en fait darchitecture religieuse. Nos grandes églises étaientpresquetoutes achevées la fin du xme siècle, et, sauf Saint-Ouen de àRouen,on trouve peu déglises commencéeset terminées pendant lecours du xive siècle. Il ne restait plus aux architectes de cette époquequà compléternosvastescathédralesou leurs dépendances. Mais cest pendant ce siècle que la vie civile prend un plus granddéveloppement; la nation, appuyéesur le pouvoir royal, commence queà jouer un rôle important, en éloignant peu à peu la féodalité de la scènepolitique. Les villes élèvent des maisons communes, des marchés, desremparts;la bourgeoisie,enrichie, bâtit desmaisonsplusvastes, plus com-modes, déjàles habitudes de luxe apparaissent. seigneursféodaux où Lesdonnent à leurs châteaux un aspect moins sévère; il ne sagit plus poureux seulementde se défendre contre de puissantsvoisins, délever desforteresses destinées les protéger contre la force ou à garder le produit àdeleursrapines;mais leurs droits respectifsmieux réglés,la souverainetébien établiedu pouvoir royal, leur permettent de songeravivre sur leursdomaines non plus en conquérants, mais en possesseurs biens quil defaut gouverner, protecteursdesvassaux en réunis autourdeleurschàteaux.Dèslors on décorecesdemeuresnaguèresi sombreset si bien closes; onouvrede largesfenêtres destinées donner de lair et de la lumière dans àlesappartements; élève desportiques, de grandessalles pour donner ondesfêtesou réunir un grand concours de monde; on disposeen dehorsdes enceintes intérieures, desbâtiments pour les étrangers; quelquefoismôme promenoirs, deséglises,deshospicesdestinésaux habitants du desbourg ou village, viennent se grouper autour du château seigneurial. Les malheurs qui désolèrent la France à la fin du xive -siècleet aucommencementdu xve ralentirent singulièrement lessor donné auxconstructions religieusesou civiles. Larchitecture suit limpulsion donnéependantlesxine et xic siècles,en perdant de vue peu à peu son pointdedépart; la profusion des détails étouffe les dispositions densemble: leraisonnementest poussé loin dans les combinaisonsde la construction siet dansle tracé,que tout membre de larchitecture qui se produit à la basede lédifice pénètre à travers tous les obstacles,montant verticalementjusquausommet sansinterruption. Cespiles,cesmoulures, affectent quidesformes prismatiques,curvilignesconcaves, avecarêtessaillantes,etquisepénètrent reparaissant en toujours,fatiguentlSil, préoccupent plusquelles charment,forcentlesprità un travail perpétuel, ne laisse ne qui
  • 1pas de place cette à admiration calme doitcauser que touteSuvredart.Lessurfacessont tellement divisées une quantité innombrable par denerfssaillants, compartiments de découpés, quon naperçoitplusnullepart les desconstructions, ne comprend leurcontexture nus quon pluset leur appareil.Lesligneshorizontales sont bannies,si bienque lSil,forcéde suivreceslongueslignes verticales, sait où sarrêter,et ne necomprend pourquoi lédilice ne sélèvepastoujours pour seperdre pasdansles nuages.La sculptureprend une plus grande importance, ensuivant encore la méthode appliquée dèsle xme siècle. En imitant laflore, elle pousse celte imitation à lexcès, elle exagèrele modelé; lesfeuillages, fleurs,netiennentplus à la construction, semblequeles les ilarlislr- aient pris à tâche de faire croire à dessuperpositions pétrifiées:il en résulte une sorte de fouillis qui peut paraître surprenant, qui peutétonner parla difficulté de lexécution, mai* qui distrait et fait perdre devue lensembledesédifices.Cequil y a dadmirable danslornementationappliquée à larchitecture du XIIIesiècle, cest sa parfaite harmonie avec!"> lignes de larchitecture; au lieu de gêner, elle aide à comprendreladoption de telle ou telle forme : on ne pourrait la déplacer, elle tientà la pierre. Au xve siècle,au contraire, lornementation nest plus quunappendicequi peut être supprimé sansnuire à lensemble,de même quelon enlèverait une décoration de feuillage appliquée à un monumentpour une fête. Cette recherchepuérile dans limitation exacte desobjetsnaturels ne peut sallier avecles formes rigides de larchitecture, dautantmoins quau xvesiècle,cesformesont quelquechosedaigu, de rigoureux,de géométrique, en complet désaccordavecla souplesseexagéréede lasculpture. Lapplication systématiquedans lensemble commedanslesdétails de la ligne verticale, en dépit de lhorizontalité desconstructionsde pierre, choque le bon sens, même lorsque le raisonnementne vientpas vous rendre compte de cet eflet. (Voy. APPAREIL, TRAIT.) Les architectes du xme siècle, en diminuant les pleins dans leursédilices,en supprimant les murs et les remplaçant peu à peu par desà-jour, avaient bien été obligés de garnir cesvides par des claires-voiesde pierre (voy, MENEAU, ROSE)mais il faut dire que les compartiments ;de pierre découpéequi forment comme les clôtures ou les châssis deleurs baiessontcombinés suivantles règlesde la statique, et que la pierreconservetoujours sonrôle. Au xi Ve siècledéjà, cesclaires-voiesdeviennenttrop grêleset ne peuvent plus se maintenir quà laide darmaturesdefer;cependantles dispositions premières sont conservées. xvesiècle, les Auclaires-voiesdes baies, ajourées comme de la dentelle, présentantdescombinaisons decourbes de contre-courbes ne sont passuflisam- et quimcnt motivéespar la construction, donnant par leur section desformesprismatiques aiguës, ne peuvent plus être solidement maintenuesquàlaide dartificesdappareil de nombreuxferrements, deviennent ou quiune des premières causesde destruction de la pierre. Non contentsdegarnirlesbaies des par châssis pierretracés desépures de sur compliquées,
  • - 15? - [ ARCHITECTURE ]les architectes c!u * siècle couvrent les nus des murs de meneauxaveuglesqui ne sont que des placagessimulant desvideslà où souventlSil, nesachantoù sereposer,demanderaitun plein. Pendantle xive siècledéjà, cet usagede masquerles nus sousde faux meneauxavait été lor!goûté; mais au moins, à cette époque, ce genre de décoration étaitappliqué dune façonjudicieuse (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE), les entrepoints dappui, dans des espaces parleur position peuvent paraître quilégers,tandis quau xvesiècle, cesdécorationsde faussesbaiescouvrentlescontre-forts et toutes les parties de larchitecture qui doivent présenterun aspect résistance.11 de semblait qualors lesarchitecteseussent horreurdu plein, et ne pussentse résoudreù laisserparaître leurs points dappui.Tous leurs efforts tendaient à les dissimuler, pendant que souventlesmurs, qui ne sont que des remplissages, ne portant rien, auraient pu etêtre mis à jour ou décorés datcatures ou de fausses baies, restent nus.Riennestplus choquant que cesmurs lisses,froids, entre descontre-fort,couvertsde détails infinis, petits déchelle, et qui amaigrissentles partiesdesédifices auxquelles on.attache une idée de force. Plus on séloigne du domaine royal, plus ces défauts sont apparentsdans larchitecture du xvesiècle, plus les constructeurs sécartent desprincipesposés pendantlesxiue et xiv" siècles, livrent aux combinaisons seextravagantes, prétendent faire des tours de force de pierre, et donnentà leur architecture des forme* étrangères à la nature des matériaux,obtenuespar des moyens factices, prodiguant le fer et les scellements;accrochant,incrustant une ornementation qui nest plus à léchelle des édifices. Cestsur lesmonumentsde cetteépoquequon a voulu long- tempsjuger larchitecture dite gothique.Cestà peu près comme si lon voulait porter un jugement sur larchitecture romaine à Baalbek ou à Pola, sanstenir compte des chefs-dSuvre du siècle dAuguste. Nous devons faire une remarquedune importancemajeure.Bien. ici quela dominationanglaise pu paraître,politiquementparlant,très- ail assurée dansle nord et dans louest de la France pendant une partie des .[eet xvesiècles,nous ne connaissonspas un seul édifice qui rappelle danslescontrées conquises constructions les quon élevaitalorsen An- gle-terre. Larchitecture cesse resterfrançaise. ne sefait pasfaute ne de On enNormandie danslesprovinces lOuest ou de dattribuercertains édifices auxAnglais.Queceux-ci aient fait construire desmonuments, nous vou- lonsbienladmettre, maisils nont eu recours alorsquàdesartistesfran- çais, lefait estfacileàconstater et pourqui a vu lesarchitectures deux des pays: lesdissemblances frappantes sont commeprincipe,commedéco- rationetcomme moyens dexécution. Pendant xmesiècle,lesdeuxarts le anglais français diffèrentguère danslesdétails dans et ne que ou certaines dispositionsgénérales plans; mais à partir du .ivesiècle,cesdeux des architecturesprennent desvoies différentes qui séloignent de plus en pluslunedelautre. Jusquàla renaissance aucunélément nestvenuen Franceretarder ou modifier la marche de larchitecture ; elle sestnourrie
  • [ ARCHITECTURE ] - 158 -de sonproprefonds,abusantdesprincipes, poussant logiqueau point Jade torturer la méthode à force de vouloir la suivre et en tirer toutes lesconséquences. Tous les exemples du Dictionnaire font voir comme onarrive par une pente insensibledu xne siècle au xve fatalement. Chaque tentative,chaqueeffort, chaqueperfectionnementnouveauconduisentra-pidement à lapogée,aussirapidement à la décadence, sansquil soit pos-sible doserdire : « Cestlà quil faut sarrêter. » Cestune chaînenon inter-rompue dinductions, dont on ne peut briser un seulanneau,car ils ont tousété rivés en vertu du principe qui avait fermé le premier. Et nous dironsquil serait peut-êtreplus facile détudier larchitecture gothiqueen la pre-nant à >a décadence, remontant successivement effetsaux causes, en desdesconséquences principes, quen suivant sa marche naturelle : cest auxainsi que la plupart dentre nousont été amenésà létude desorigines decet art, cest en le prenant à son déclin, en remontant le courant. Par le fait, larchitecture gothiqueavait dit à la fin du xvesièclesonder-nier mot, il nétait plus possibledaller au delà : la matière était soumise,la science nen tenait plus compte, lextrême habileté manuelle desexécu-tants ne pouvait être matériellement dépasséelesprit, le raisonnement, ;avaientfuit de la pierre, du bois, du fer, du plomb, tout ce quon en pouvaitfaire, jusquà franchir leslimites du bon sens. pasde plus, et la matière Unsedéclarait rebelle,lesmonuments neussentpu exister que sur les épuresou dans le cerveau des constructeurs. Dèsle xiV siècle,lItalie, qui navait jamais franchement abandonnélestraditions antiques, qui navait que subi partiellement les influencesdesarts de lOrient ou du Nord, relevait les arts romains. Philippe Brunel-leschi, né en 1377 à Florence, après avoir étudié les monuments antiquesde Rome, non pour en connaître seulement les formes extérieures, maisplus encore pour se pénétrer desprocédésemployéspar lesconstructeursromains, revenait dans sa patrie au commencement du xv siècle, et aprèsmille difficultés suscitées la routine et lenvie, élevaitla grandecoupole parde léglise Sainte-Marie des Fleurs. LItalie, qui conserve tout, nous atransmisjusquaux moindresdétailsdelà vie dece grand architecte,qui neseborna pasà cette Suvre seule; il construisit descitadelles,desabbayes,leséglises du Saint-Esprit, de Saint-Laurent à Florence, despalaisBrunelleschi était un homme de génie, et peut être considérécommelepère de larchitecture de la renaissance Italie ; car, sil sut connaîtreet enappliquer lesmodèlesque lui offrait lantiquité, il donna cependantà sesSuvres un grand caractèredoriginalité rarement dépassé sessucces- parseurs,égalépeut-êtrepar le Bramante, qui se distingue au milieu de tantdartistes illustres, ses contemporains, par un goût pur, une manièresimple et une grande sobriété dans les moyens dexécution. A la fin du xv" siècle, cesmerveilles nouvelles qui couvraient le sol delItalie faisaient grand bruit en France. Quand CharlesVIII revint de sesfolles campagnes,il ramena avec lui une cour étonnée des splendeursdoutre-monts., richesses des antiqueset modernes renfermaient que les-
  • - 159 - [ ARCHITECTURE ]villes traversées ces conquérants dun jour. On ne rêva plus dès lors parque palais,jardins ornés de statues, fontaines de marbre, portiques et co-lonnes. Les arts de lItalie devinrent la passion du moment. Larchitecturegothique, épuisée,à bout de moyenspour produire deseffetssurprenants,semparade ces nouveaux éléments; on la vit bientôt mêler à sesdéco-rationsdesréminiscences arts italiens. Maison ne change pas un art, desnon plus quune langue, du jour au lendemain. Les artistes (lorentinsoumilanaisquavait pu amener CharlesVIII aveclui étaient singulièrementdépaysés milieu de cette France encore toute gothique; leur influence aune pouvaitavoir une action directe sur descorporations degensde métiersbabituésà reproduire les formes traditionnelles de leur pays. Cescorpsde métiers, devenus puissants,possédaienttoutes les brandies desartset nétaient pas disposés se laisserdominer par desétrangers, fort bien àvenus la cour, mais fort mal vus par la classemoyenne.La plupart de ces àartistesintrus se dégoûtaientbientôt, ne trouvant que desouvriers qui nelescomprenaientpasou ne voulaient paslescomprendre.Commeil arrivetoujoursdailleurs, les hommesqui avaient pu serésoudreà quitter lItaliepour suivre CharlesVIH en France nétaient pas la crème desartistes ita-liens,maisbien plutôt ces médiocrités qui, ne pouvant se faire jour dansleur pairie, nhésitent pasà risquer fortune ailleurs. Attirés par les belle?promesses grands,ils se trouvaient le lendemain, quand il fallait en desvenir à lexécution, en face de gensde métier habiles, pleins de leursavoir,railleurs, rusés, indociles, maladroits par système,opposant à lafacondeitalienne une sorte dinertie décourageante,ne répondant auxordresque par ce hochement de télé gaulois qui fait présagerdesdifficul-téssansnombre là où il aurait fallu trouver un terrain aplani. La cour,entraînée par la mode nouvelle, ne pouvant être initiée à toutes les diftt-cultés matérielles du métier, nayant pas la moindre idée desconnaissancespratiques, étendues si alors,desconstructeursfrançais,en jetant quelquesmalheureux artistes italiens imbus desnouvellesformesadoptées lIta- purlie (maisprobablement très-pauvrestraceursou appareilleurs) au milieude cestailleurs de pierre, charpentiers, rompus à toutes les difficultés dutracégéométrique,ayant une parfaite connaissance sectionsde plans deslespluscompliquées,et sejouant chaquejour aveccesdifficultés ; la cour,disons-nous, malgré tout son bon vouloir ou toute sa puissance,ne pou-vait faire que ses protégésétrangers ne fussent bientôt pris pour designorants desimpertinents. Aussi cestentativesdintroduction desarts ouitaliens en France à la fin du xve siècle neurent-ellesquun médiocre ré-sullal. Larchitecture indigène prenait bien par-ci par-là quelquesbribesà la renaissance italienne, mettait une arabesque,un chapiteau, un fleu-ron, un mascaronimité sur les imitations de lantiquité à la place de sesfeuillages,de ses corbeilles, de ses choux et de ses chardons gothiques,maiselle conservait sa conslrulion, son procédé de tracé, ses disposi-tionsdensemble de détail. Il estclair que pourtoutepersonne et étran-gèreà pratiquedelarchitecture, la cetterobenouvelle, ornements ces cm-
  • [ ARCniTECTURE ] - 160 -pruntéssemblaient passer, leursyeux,pourun art neuf.Le fondcepen- àdant demeurait, non-seulementquant à la composition, mais quant à lastructure, à la manière dinterpréter les programmes. Lesartsqui sedéveloppent la fin du xne sièclesontsortisdu seinde àla nationgallo-romaine, sontcomme refletdesonesprit,deses ils le ten-dances, son génieparticulier; nous avons comme ils naissent de vu endehors des classes privilégiées en même temps que les premièresinstilu-lnni> politiques conquisespar les populations urbaines. Ce nest pointainsi que se développaen France le mouvement dart que lon appellela renaissance.Provoqué dèsla secondemoitié du xvesiècle par la no-blesse et notamment par les ducs dÛrlé;ms, les Valois; devenant irrésis-tible, comme toute modenouvelle,aprèslesguerresdItalie de CharlesYIIIet de Louis XII, il allait, choseétrange, trouver un puissantappui dansla réformaliiiii. La noblessefrançaise, éblouie par les splendeursnou-velles dont se revêtait lart italien; les classes lettrées, qui, à linstar delItalie, revenaient avec ardeur à lélude des lettres antiques, allaient em-brasserla réformation faite contre le pouvoir pontifical. Alors, cependant,la cour de Rome, composéedérudits, desavants, de poètes,entouréedune auréole dartistes,attirail [esregardsde lEurope entière. En Allemagne et en France, les évêques étaient possesseursde pouvoirsféodaux plus ou moins étendus,tout comme les seigneursséculiers.Lesgrandsétablissementsreligieux, aprèsavoir longtempsrendu dimmensesservices à la civilisation, après avoir défriché les terres incultes, établi desusines,assainiles marais,propagéet conservélétude des lettres antiqueset chrétiennes,lutté contre lesprit désordonnéde la féodalité séculière,nllcii nu refuge à tous lesmaux physiqueset moraux de lhumanité, trou-vaient enfin un reposquon allait bientôt leur faire payer cher. En Germa-nie, le pouvoir souverain était divisé entre un grand nombre délecteursecclésiastiques laïques,demarquis, de ducs,de comtesqui ne relevaient etque de lempereur. La portion séculière de cette noblesse souveraine nac-quittait quavecrépugnanceles subsides au saint-siège; obligéeà une dusreprésentationqui nétait pasen rapport avecsesrevenus,elle avait sanscessebesoin dargent. Lorsquen 1517,Léon X, pour subvenir aux dé-penses prodigieuses la cour deRome,fit publieren Allemagne in- de lesdulgencesqui étaient destinées remplir le trésorvide de Saint-Pierre,les àFrères prêcheurs trouvèrent danslesclasses élevées,comme chezlespau-vresgens,uneassez opposition. indulgences vive Ces payées argentcomp-tant faisaientsortir du paysdesressourcesauxquelles grands les commeIr-petits trouvaientchezeux emploiplusutile. Cest un alorsquunpauvremoine auguslinattaqueles indulgences dansla chaireà Wittemberg;immédiatement lutte sengage le saint-siège, pleinedepassion la avec luttede la part du moinesaxon,qui sesentaitsoutenupar toute la noblessedAllemagne, dedédain la partdes pleine de pontifes romains, dabord quine comprennentpaslétendue du péril. Cepauvre moine était Martin Lu-ther. Bientôt lAllemagne en feu. Luther triomphait;la sécularisation fut
  • - 161 - ( ARCUlTECTUItE ]descouventsétait un appât pour la cupidité de tous cesprinces séculiersqui pouvaient alors mettre la main sur les biens desabbayes,enleverleschâsses et dargent, et lesvasessacrés.La sécularisationdescouvents doreut lieu, car Luther, qui épuisait tout le vocabulaire desinjures contre lapapauté,les évêques les moines, ménageait avecle plus grand soin ces etprinces,qui dun mot eussentpu étouffer saparole. Le peuple, ainsi quilarrive lorsque léquilibre politique est rompu, ne tarda pasà se mêlerde la partie. Il ny avait pas trois annéesque Luther avait commencélaguerrecontre le pouvoir de la cour de Rome, que déjà aulour de lui sespropres disciples le débordent et divisent la réforme en sectesinnom-brables: on voit naître les Bucénens,les Carlstadiens, Zvingliens, les lesAnabaptistes, OEcolampadiens, Mélanchthoniens,les Illyriens. On les lesvoit un Munzer, curé dAlstsedt, anabaptiste,soulever les paysansde laSouabeet de la Thuringe, périr avec eux à Frankenbausen, sous lescoupsde cette noblessequi protégeait la réforme, et ne trouver chezLuther, en fait de sentiment de pitié (lui qui était la cause première decesdésastres), ces parolescruelles : « A lâne, du chardon, un bat et que « le fouet, cest le sagequi la dit; aux paysans,de la paille davoine.Ne « veulent-ils pas céder, le bâton et le mousquet; cest de droit. Prions « pour quils obéissent, sinon point de pitié : si lon ne fait siffler larque-« buse, ils seront cent fois plus méchants . » Luther voulait que lon conservât les images; un de ses disciples,Carlstadt,brise presquesoussesyeux les statueset lesvitraux de léglisede Tous-Ies-Saintsde Wiltemberg. LAllemagne se couvre de ruines; lemarteaude ces nouveaux inconoclastesva frapper les figures des saintsjusque dans les maisons,jusque dans les oratoires privés; les richesmanuscrits couverts de peinture sont brûlés. Voilà comment débute le .vie siècle en Allemagne. Par le fait, lepeuplenétait quun instrument, et la noblesseséculière profitait seulede la réformepar la sécularisation,ou plutôt la destruction desétablisse-ments religieux. «Trésors déglises de couvents», disait Mélanchthon, etdisciplefidèlede Luther, « les électeurs gardent tout, et ne veulentmême« rien donner)jour lentretien desécoles » ! Cependant France, sous le règne de François Ier,commençait à res- lasentirle contre-coupde cette révolution qui sopérait en Allemagne, età laquelle Charles-Quint, préoccupé de plus vastes projets, nopposaitquune résistanceindécise. Peut-être même, en affaiblissantle pouvoirdu saint-siège, réforme servait-elle partie de cesprojets,et pen- la unesait-il pouvoirla diriger dansle sensde sa politique, et larrêter à sontemps.Luther ne pouvait cependantexerceren France la même influencequenAllemagne; parole brutale,familière,sesprédicationssemées sadinjuresramassées les tavernes, dans neussent agi sur lesprit des pasclasseséclairées notre pays ses de ; doctrinestoutefois,condamnéespar 1 Lettre de Luther à Rubel.
  • [ ARCHITECTURE J - 162 - la Sorbonne, avaient rallié quelques adeptes: on a toujours aimé la nouveauté chez nous; et déjà, lorsque parut Calvin, les diatribes de Luther contre papeet lesprinces lÉglise le de avaient séduit doc- des teurs, des nobles lettrés, des écoliers en théologie, desartistes jaloux de la protectiondonnée Italienset qui croyaient aux avoirtout à gagner en secouant joug deHome.La modeétaità la réforme.Il ne nousappar- le tient pasde nousétonnerde ces.entraînements peuples, des nous qui avons saccomplir vu une révolutionen un jour, aux cris de la réforme. Calvin était né en 1509,à Noyon. Luther, le moine saxon, avait la parole insolente,le visageempourpré,le gesteet la voix terribles; Calvin,la démarche austère, face la cadavéreuse, lapparence maladive il ménagera : la formedansses discourscommedansses écrits; natureopiniâtre,pru- dente,il netomberapaschaque dans plusétranges jour les contradictionscomme prédécesseur Wiltemberg;mais marchant à pas, son de pasthéologien diplomate,il ne reculerajamais. Luther, ne sachantcommentmaîtriser tempêtequil avait déchaînée la contrela société, poussait lanoblesse allemande massacre milliers de paysans au de fanatisés un parfou; Calvinpoursuivra, dénonceraServet le fera brûler vif, parcequil et"se attaqué savanité réformateur. sera à de Voilà les deuxhommes quiallaientmodifier profondément grande une partie lEurope de catholique,et qui, prétendantaffranchir âmesde la domination les exercéeparRome,commençaient par sappuyersur le bras séculier,auquel ilslivraient les richesses amassées depuisdessiècles lÉglise.Lesarts pardevaient ressentir profondément les effets de cette crise sociale autantquereligieuse. catholicisme pouvoir Le crut soutenir guerre oppo- la ensant à lesprit dexamenet au libre arbitre une milice réunie sous unedisciplinesévère.Commecontre-poidsau principe de la réforme,lesdisciples saintIgnacedeLoyola sappuientsur le principede lobéis- desance absolue.Ainsi séleintau sein même catholicisme germe du cevivifiantde discussion, controverse, de dexamen, dinnovation hardie,qui avait fait naître nos grands artistes desxue et xmesiècles. Limprimerie donne tout à coup une extension immense à des luttesqui,sans neussent elle, peut-être dépassé mursde "WiUemberg. pas lesGrâcecemoyen répandre idées à de les nouvelles boutdelEurope dunà lautreparmitoutes classes la société, les de chacun devient docteur,discuteÉcritures, les interprète guise mystères religion à sa les delachacunveut former une Église, toutce grandmouvement et aboutitparfoisà la confusiondu spirituel et du temporel sousun mêmedes-potisme.Henri VIII, roi théologien, comprendpremier le limportancepolitique la réforme, après de et avoirréfutélesdoctrines Luther, dene pouvant obtenirdu pape rupturede son mariage la avecCatherinedAragon, adopte il brusquementprincipes réformateur, les du épouseAnne Boulen, de confisquesonprofit pouvoir à le spirituel lAngle- deterre, même en temps quil supprime abbayes, monastères, les les etsempareleurs de revenusde trésors. pareils et leurs De exemples étaient
  • - 163 - [ ARCHITECTURE Jbien faits pour séduire la noblessecatholique : se soustraire aux enva-hissements pouvoir religieux,semparerdesbiens temporelsecclé- dusiastiques, un appâtqui ne pouvaitmanquerdentraîner féodalité était laséculièreversla réforme; puis, encore une fois, la mode sen mêlait enFrance. Sansserangeravecenthousiasme la bannière Lutherou sous desous celle de Calvin, la curiosité était excitée; ces luttes contre le pouvoir,si fort alor«, de la papauté, attiraient lattention; on était, comme tou-jours, en France,disposédans la classeéclairée,sansen prévoir lesconséquences, protéger les idées nouvelles. Marguerite de Navarre, àdans petitecour deNérac, sa donnait asileà Calvin, Lefebvre à dÉlaples,qui tous les deux étaient mal avec la Sorbonne. Les grandesdames semoquaient de la messecatholique, avaient composé une messeà septpoints,et sélevaient fort contre la confession. La Sorbonnese fâchait;on la laissaitdire. La duchesse dÉtampes avaità cSur damener roi leFrançois à écouter les réformistes. On disputait; chaque jour élevait unnouveau prédicateurcherchant à acquérir du renom en énonçantquelquecurieuseextravagance. esprits sains(et ils sont toujours en minorité) Lessattristaient,voyaient bien quellestempêtessamoncelaient derrière cesdiscussions salons. de Mais, il faut le dire, lagitation était dansla société.Les anciennesétudes théologiques, ces sérieuses graves méditations et des docteurs des xn" et xin6 siècles, avaient fait leur temps, la société réclamait autre chose; létude du droit, fort avancéealors, venait pro- tester contre lorganisation féodale. François l" fondait en France des"chairesde droit romain à. linstar de celles de Bologne; il dotait un collègetrilingue,dont Érasmeeût étéle directeursi Charles-Quint nenousleût enlevé.Onséprenait exclusivementdeslettres antiques. Cétait"unmouvement irrésistible comme celui qui, au xuesiècle,avait fait sortir la sociétéde la barbarie; mais cette fois ce nétait plus la théologie quiallait diriger ce mouvement, cétait lesprit dexamen, le sentiment dudroit naturel; cétait la sociétécivile qui se constituait. Nousavonsdit un mot du peu de succèsdestentatives de CharlesYIIIpour faire prévaloir en Franceles arts de la renaissance italienne; comme«es efforts navaient pu entamer lesprit traditionnel des corporations dartisans; nousavons (voy.AKCDITECTE) à la fin du xvesiècle vu comme la puissance cescorporations de avait absorbélunité de direction,et commentlarchitecte avait peu à peu disparu sous linfluence séparéede"chaque corpsdétat agissant directement. LItalie, Florence,Romesur-tout, avait appris à nos artistes, ne fût-ce que par la présence France en de ceshommes amenés Charles et auxquels voulaitconfierla par VIIl on directiondestravaux, cesmerveilles que tant admirées delàdesAlpes au étaientduesnonpoint àdescorpsde mélrersagissant séparément, mais àdesartistesisolés, desarchitectes, à quelquefoissculpteurs peintres et en même temps, soumettant les ouvriers à lunité de direction. On voitsurgir sous le règne de François1erdes hommes,en France, qui, àlimitation desmaîtres italiens,et par la volontéde la cour et desgrands
  • [ ARCHITECTURE ] - IGi -seigneurs, viennentà leur tour imposerleurs projetsaux corps darti-sans,et les faire exécutersansadmettre leur intervention autrement quecomme ouvriers. Et parmi ces artistes, qui ont appris de lItalie à releverleur profession,qui sinspirent de son génie et des arts antiques si bienrenouvelés par elle, beaucoup embrassent le parti de la réforme quimet Romeau ban de lEurope ! qui désigneLéon X, le protecteur éclairédes artistes, comme lAntéchrist ! Maisil faut dire quen France la réforme ne semontre pasà son début,comme en Allemagne, ennemie desarts plastiques; elle ne brise paslesimages,ne brûle paslestableaux et les manuscrits enrichis de peintures:au contraire, presqueexclusivementadoptéepar la classenoble et par laportion la plus élevéedu tiers état, on ne la voit faire desprosélytesaumilieu des classesinférieures que dans quelques provinces de lOuest, etdansces contréesoù déjà au xne siècleles Albigeois avaient élevé unehérésie facedelÉglisecatholique. en Laristocratie, plusinstruitequellene lavait jamais été, lettrée, adonnéeavecpassionà létude de lantiquité,suivait le mouvement imprimé par le roi François Ier, déployait un luxeinconnu jusqualors dans la construction de ses châteaux et de ses mai-sonsde ville. Elle démantelait lesvieux manoirs féodaux pour éleverdeshabitations ouvertes,plaisantes,décoréesde portiques, de sculptures,destatues de marbre. La royauté donnait lexemple en détruisant ce vieuxLouvre de Philippe-Auguste et de CharlesY. La grosse tour du Louvre, de laquelle relevaient tous les fiefs de France, elle-même, nétait pas épargnée,on la rasait pour commencer les élégantesconstructionsde Pierre Lescot. François ltr vendait son hôtel Saint-Paul, u fort vagueet <(ruyneux... auquel navons accoustumé faire résidence, parce que « avons en nostre bonne ville plusieurs autres bons logis et places « somptueuses, et que ledit hostel nous est et à noslredit domaine de peu « de valeur1... » Larchitecture civile envahissait larchitecture féodale, où jusqualors tout était presque entièrement sacrifié aux dispositions de défense et le roi François accomplissaitainsi au moyen desarts, en ; entraînant sa noblessedans cette nouvelle voie, la grande révolution politique commencéepar Louis XI. Les seigneurs féodaux, subissant lempire de a.moc/e, démolissanteux-mêmesleurs forteresses,prodiguant leurs trésors pour changer leurs châteaux sombreset fermés en maisons de plaisance, adoptant les nouveautés prèchées par les réformistes, ne voyaient que le peupleapplaudissait leur amour pour lesarts qui pas à détruisait leurs nids féodaux, ne les suivait pas dans leurs idées de réforme religieuse,que la royauté les laissait faire, et quà un jour donné rois et peuple, profitant de cet entraînement, viendraient leur arracher les derniersvestiges leur puissance. de Létude des lettres et desarts, qui jusqualors avaient été exclusive- 1 Aliénationde lhostelSaint-Paul,ann. 1516.(DomFélibien,Histoirede la ville de Paris, tome III, Pièce* justifie., p. 574.J
  • - 165 - l ABCHlTEtTCKE ]ment cultivés par le clergé et le tiers état, pénétrait dans la classe aristo-cratique, el jetait ainsi un nouvel élément de fusion entre les différentesclasses pays.Malgré le désordreadministratif, lesfauteset les malheurs duqui signalent le commencementdu xvi" siècle en France, le pays étaiten voie de prospérité; le commerce, lindustrie, les sciences et les artsprenaient un développement immense : il semblait que la France eûtdes trésors inconnus qui comblaient toutes les brèches faites à son créditpar des revers cruels et des dilapidations scandaleuses. villes cre- Lesvaient leurs vieillesenceintesde tous côtéspour sétendre; on reconstrui-sait sur desplans plus vastesles hôtels de ville, les marchés,leshospices;on jetait des ponts sur les rivières; on perçait de nouvelles routes.Lagriculture, qui jusqualors avait été un desplus puissants moyensdinfluenceemployéspar les établissements religieux, commençait à êtreétudiéeet pratiquée par quelques grands propriétaires appartenantautiers état; elle devint « lobjet de dispositions législativesdont quelques-« unes sont encore en vigueur ». LÉtat établissait une police sur leseaux et forêts, sur lexploitation des mines. Ce grand mouvement effaçaitpeuà peu léclat jeté par les monastères dansles sièclesprécédents.Desabbayes étaient sécularisées, leur influence morale se perdait, et beau-coup dentre elles tombaient en desmains laïques. La France était rem-plie déglisesélevéespendant les trois derniers siècles,lesquelles suffi-saient, et au delà, aux besoins du culte, et la réforme diminuait lenombredesfidèles.Rome et tout le clergé catholique navaient pas,dèsle commencement xvie siècle, compris toute limportance des doc- dutrinesprêchées lesnovateurs. par LÉglise,qui secroyait définitivementaffermie sur sa basedivine, navait pasmesuré dabord toute létenduedu dangerqui la menaçait; elle allait au concile de Trente tenter dar-rêter les progrèsde la réformation, mais il était trop tard. Une réformeétait devenuenécessaire dans son sein, et lÉglise lavait elle-mêmesolennellementreconnu au concile de Latran; elle fut débordée parcetteprodigieuseactivité intellectuelle du xvie siècle, par les nouvellestendancespolitiques des populations dAllemagne et de France; ellefut trahiepar son ancienneennemie, féodalité,et la féodalitéfut à lasontour emportée la tempêtequelle avait soulevée par contrelÉglise.Lespritoriginal, natif, individuel des peuplessépuisadansces luttesterriblesqui, chez nous, désolèrent la seconde moitié du .vie siècle, etla royautéseulesétablit puissantesur ces ruines. Louis XIV clôt larenaissance. Les arts, comme toujours, furent associésà ces grandsmouvements politiques. Jusquà Louis XIV cest un Heuverapide, fécon-dant,varié dans son cours, roulant dans un lit tantôt large, tantôtresserré, attirant à lui toutes les sources, intéressantà suivre dans ses 1 Essai F/tùtoire du tien état, par M. A. Thierry, t. I, p. 110, édit. Furne, sur 1853. -Recueil desanc. lois franc., par M. Isambert,t. XI et XII, édit. de Villcrs-Cotterets, août 1539.
  • | ARCHITECTURE ] - 166 -détours. Sous Louis XIV, ce fleuve devient un immense lac aux eaux;dormantes, infécondes, aux reflets uniformes, qui étonne par sa gran-deur, mais qui ne nous transporte nulle part, et fatigue le regard parlamonotonie de sesaspects.Aujourdhui les digues sont rompues, et leseaux séchappent de toutes paris en désordrepar cent issues.Où vont-elles? Nul ne le sait. Avecla renaissance sarrêtent les développements delarchitecture reli-gieuse en France. Elle se traîne pendant le xvie siècle indécise, conser-vant et repoussant tour à tour ses traditions, nayant ni le courage derompre avecles formes et le systèmede construction des siècles précé-dfiits, ni le moyen de les conserver (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE).Larchitecture monastique,frappéeau cSur, sarrêtecourt. Larchitecturecivile prend un nouvel essorpendant toute la durée du xvie siècleet pro-duit seule des Suvres vraiment originales (voy. ARCHITECTURE CIVILE).Quant à larchitecture militaire, il nest pas besoin de dire quelle semodifie profondémentau moment où lartillerie vient changerle systèmede lattaque et celui de la défensedes placesfortes. ARCHITECTURE RELIGIEUSE. Chez tous les peuples, larchitecture --religieuse est la première à se développer. Non-seulement au milieu descivilisations naissantes,le monument religieux répond au besoin moralle plus puissant, mais encore il est un heu dasile, de refuge, une pro-tection contre la violence. Cest dans le temple ou léglise que se con-servent les archives de la nation ; ses titres les plus précieux sont sous lagarde de la Divinité; cest sous son ombre que se tiennent les grandesassembléesreligieusesou civiles : car, dans les circonstances graves,les sociétésqui se constituent ont besoin de se rapprocher dun pouvoirsurhumain pour sanctionner leurs délibérations. Ce sentiment, quonretrouve chez tous les peuples,se montre très-prononcédansla sociétéchrétienne. Le temple païen nest quun sanctuaire où ne pénètrent queles ministres du culte et les initiés, le peuple reste en dehors de ses.murs ; aussi les monuments de lantiquité, là où ils étaient encore debout,en Italie, sur le sol desGaules,ne pouvaient convenir aux chrétiens.Labasilique antique avec ses larges dimensions,sa tribune, ses ailes oubas côtés,son portique antérieur, se prêtait au culte de la nouvelle loi.Il est même probable que les dispositionsde lédifice romain eurent unecertaine influence sur les usages adoptéspar les premiers chrétiens, dumoment quils purent sortir des catacombes et exercer leur culte osten-siblement. Mais dans les limites que nous nous sommestracées,nous-devons prendre comme point de départ la basilique chrétienne delépoquecarlovingienne, dont les dispositions séloignaientdéjà de labasiliqueantique.Alorson ne secontentaitplusdun seulautel; il fallaitéleverdestoursdestinées recevoirdesclochespour appelerlesfidèles àet lesavertir desheures la prière.La tribune de la basiliqueantique denétait pasassez vastepour contenirle clergénombreuxréuni dans les.églises;le chSurdevaitempiétersur lesportionsabandonnées public au
  • - 167 - [ ARCUITECTURE ] dansle monument romain. Léglise nétait pasisolée,mais autour delle, comme autour du temple païen, se groupaient des bâtiments destinés à lhabitation des prêtres et des clercs; des portiques, des sacristies, quelquefoismême des écoles,des bibliothèques, de petites salles pour i renfermer les trésors, les chartes, les vasessacrés et les ornements sacer- dolaux, deslogettes pour des pénitents ou ceux qui profitaient du droit dasile.Uneenceinte enveloppait presquetoujours léglise et se?annexes, le cimetière et desjardins; cette enceinte, fermée la nuit, était percée de portesfortifiées. Un grand nombre déglisesétaient desservies par un clergé régulier dépendant dabbayes ou de prieurés, et se rattachant ainsi à lensemble de cesgrands établissements.Les églises collégiales,paroissiales leschapelles et elles-mêmes possédaient dans une propor-tion plus restreinte tous les services nécessaires lexercice du culte; àde petits cloîtres, des sacristies, des trésors, des logements pour lesdesservants. Dailleursles collégiales,paroisses chapelles et étaientpla-céessousla juridiction des évêques; abbayes les prieurés exer- les etçaient aussides droits sur elles; et parfois même les seigneurs laïquesconstruisaient chapelles, des érigeaient paroisses collégiales, des en sansconsulterles évêques,ce qui donna lieu souvent à de vives discussionsentre ces seigneurset les prélats. Les cathédrales comprenaient dansleursdépendances bâtiments chapitre,de vastes les du cloîtres,lespalaisdesévêques, sallessynodales, (voy.ÉVÊCUÉ, etc. CLOÎTRE,ARCHITECTUREMONASTIQUE, TRÉSOR, SACRISTIE, SALLE). Nousdonnonsici (fig. 1), pour faire connaîtrequelle était la dispo-sitiongénéraledune églisede moyenne grandeurau Xesiècle,un plan
  • [ ARCHITECTURE ] - 168 -qui, sansêtre copié surtel ou tel édificeexistant,résumelensembledecesdispositions. I est le portique qui précède nef, le narlhex de - lala basilique primitive, souslequel se tiennent les pénitentsauxquelslentréedelégliseesttemporairement interdite,lespèlerins arrivent quiavant louverture des portes. Dece porche, qui généralementestcouverten appentis, on pénètre dans la nef et les bas côtés par trois portesfermées pendant le jour par des voiles. N, les fonts baptismaux placéssoit au centre de la nef, soit dans lun des collatéraux H. G, la nef aumilieu de laquelle est réservéun passagelibre séparant les hommes desfemmes. P, la tribune, les ambons, et plus tard le jubé où lon vient lireIVpitre,et lévangile. A, le bas chSur où se tiennent les clercs. 0, len-trée de la confession, de la crypte qui renferme le tombeau du saint surlequel léglise a été élevée; desdeux côtés, les marches pour monter ausanctuaire. G, lautel principal. B, lexèdre au milieu duquel est placéle siège de lévèque, de labbé ou du prieur; les stalles des chanoinesou des religieux sétendent plus ou moins à droite et à gauche.E, lesextrémités du transsept.D, des autels secondaires.F, la sacristie, com-muniquant ;iu cloître L et aux dépendances. Quelquefoisdu porche onpénètre dansle cloître par un passage une porterie K. Alors les clo- etchers étaient presque toujours placés, non en avant de léglise, maisprès du transsept, en M, sur les dernières travées des collatéraux. Lesreligieux se trouvaient ainsi plus à proximité du service des clochespour les offices de nuit, ou nétaient pas obligés de traverser la fouledesfidèlespour aller sonner pendant la messe.Labbaye Saint-Germaindes Prés avait encore, à la fin du siècle dernier, ses deux tours ainsiplacées.Cluny, Vézelay, beaucoup dautres églisesabbatiales,de prieu-rés, desparoisses même, un grand nombre de cathédrales,possèdent oupossédaient des clochers disposés de cette manière. Châlons-sur-Marnelaissevoir encore les étages inférieurs de sesdeux tours bâties desdeuxcôtésdu chSur. Labbé Lebeuf, dans son histoire du diocèsedAu.verre,rapporte quen 1215, lévèque Guillaume de Seignelay, faisant rebâtirle chSur de la cathédralede Saint-Etienneque nous admironsencoreaujourdhui, les deux clochers romans, qui navaient point encore étédémolis, mais qui étaient sapés leur base pour permettre lexécution àdesnouveaux ouvrages, sécroulèrent surlautre sansbriserle jubé, lunce qui fut regardé comme un miracle1. A cette époque(nous parlonsdu Xesiècle),les absides les étages etinférieurs desclochersétaient presquetoujours lesseulesparties voûtées ;les nefs, les bascôtés,les transsepts,étaient couverts par des charpentes.Cependantdéjà des efforts avaient été tentés pour établir desvoûtesdanslesautres partiesdes édificesreligieuxoù ce genrede construction ne 1 Mém. concernant rhisi. civile et ecclés. cTAuxerre de son ancien diocèse, et pailabbéLebeuf, publiéparMM.Challe Quantin, I, p. 377(Paris, et t. Didron;Auierre,Perriquet, 1848).
  • - 169 [ ARCHITECTURE ]présentait degrandes pas difficultés. donnons 2)le plandela pe- Nous (fig.tite église Vignory(Haute-Marne) déjàcontientun bascôléavec de quichapellesabsidalespourtournant le sanc-tuaire. Ce bas côté B est voûté en ber-ceau quatre autres petits berceaux sépa-rés par des arcs-doubleaux flanquent lesdeux travées qui remplacent le transsept«n avant de labside. Le sanctuaire G est"voûté en cul-de-four, et deux arcs-dou-bleaux DD contre-butent les bas côtés AAsur lesquelsétaient élevésdeux clochers ;un seul subsiste encore, reconstruit engrande partie au Mesiècle. Tout le restede lédifice est couvert par une charpenteapparente façonnée. La coupetransver- etsaleque nousdonnonségalementsur la net(fig. 3) fait comprendre cette intéressanteconstruction,danslaquelleon voit apparaî-tre la voûte mêlée au systèmeprimitif descouverturesde bois. On remarquera que lanefprésente simulacre galerie rappelle un de qui encore galerie pre- la dumier delà étage basilique romaine;nestplus ce àVignory quune décoration 1Cecurieux édifice, pluscomplet nous le que connaissionscelledate, été de a I. - 22
  • [ ARCHITECTURE ] - 170 -sansusage qui paraitêtre uneconcessionla tradition. Bientôtcepen- et àdant on ne secontentaplusde voûterseulement chSur, le?chapelles leabsidaleset leurs annexes,on voulut remplacer partout les charpentesdestructibles desvoûtes pierre,de moellonoude brique: ceschar- par depentesbrûlaientou sepourrissaient rapidement;quoiquepeintes, ne ellesprésentaient cet aspect pas monumental durableque lesconstructeurs etdu moyenâgesefforçaient donnerà léglise.Les différentes de contréesqui depuisle xin sièclecomposent solde la Francene procédèrent le pasde la même manière pour voûter la basilique latine. Dans lOuest,àPéri-gueux,dèsla fin du xesiècle,on élevaitla cathédrale la grandeéglise etabbatiale Saint-Front[voy.ARCHITECTURE de (développement Y)} sous delinfluence légliseà coupoles Saint-Marc Venise Cemonument, de de de .dont nousdonnons planet une coupetransversale, le succédait uneba- àsiliquebâtiesuivantla traditionromaine.Cétait uneimportationétran-gèrea tout cequi avait étéélevé celte époque le sol occidental à sur desGaules depuislinvasiondesbarbares. plan(fig.A)reproduit non-seule- Lementla forme,maisaussiles dimensions celui de Saint-Marc, peu de àdedifférences La partieantérieurede ceplan laisse les restes près. voir dedécouvert M. Mérimée,inspecteur par général des monuments historiques, restauré- etdepuis peu avec une grande intelligence par M. BSswilwald. La charpenteavaitété plafonnéedansle derniersiècle,mais quelques-unes sesfermesétaientencore deintactes. 1 LArchitecture byzantine France, M. F. deVerneilh, vol. lu-4". Paris, en par 1 1852.
  • - 171 - [ ABCaiTECTLRE Jlanciennebasilique latine modifiésà la fin du xcsiècleparla constructiondune coupole derrière le narthex, et dun clocher poséà cheval surles travéesde lancienne nef. Léglise de Saint-Front se trouvait alor*posséder avant-porche(le narthex primitif), un second porche voûté, unle vestibule sousJe clocher, et enfin le corps principal de la constructioncouvert cinqcoupoles par posées de larges sur arcs-doubleaux surpen- etdentifs(fig. 5). Ici les coupoles lesarcs-doubleaux sontpastracés et necommeà Saint-Marc deVenise,suivant une courbe plein cintre, maispré-sentent arcsbrisés,desformesogivales, qualors Francelarc des bien enen tiers-pointne fût pasadopté;mais lesconstructeurs Saint-Front, defort peufamiliersaveccesystème voûtes, certainement de ont recherchélarc brisé, afin dobtenir une plus granderésistanceet une pousséemoins puissante(voy.CONSTRUCTION, COUPOLE). importa- Cettetion de la coupole sur pendentifs ne sappli-que passeulementà léglise de Saint-Frontet à celle de la cité de Périgueux. Pendantlesxiet xnsièclesonconstruitdanslAqui-taine une grande quantité déglises à cou-poles: les églises de Souliac, de Cahors,dAngoulème, de Trémolac, de Saint-Avit-Senieur, Salignac,de Saint-Émilion,de deSaint-Hilairede Poitiers, de Fdntevrault, duPuyen Velay,et beaucoup dautresencore,possèdent coupolesélevéessur penden- destifs. Maisléglise de Saint-Front présenteseuleun plan copié sur celui de Saint-Marc.Lesautresédificesque nousvenons citer deconserventle plan latin avec ou sanstrans-sept et presquetoujours sans bascôtés. Nous donnons ici le plan de labelleéglise abbatiale Fontevrault 6),quidatedu xnesiècle, qui de (fig. etpossède sériede quatrecoupoles pendentifs une sur danssanef, dispo-sées contre-butées, quecelles la cathédrale et ainsi de dAngoulème, avec
  • { ARCDITECTlRE ] - 172 -beaucoupdart. Voici (fig. 7) une des travéesde la nef de léglise deFontevrault.Jusquauxiuesiècle,linfluencede la coupole fait sentir sedans les édificesreligieux de lAquitaine, du Poitou et de lAnjou; lacathédraledAngers,bâtie au commencement xmesiècle,est sans dubascôtés, ses et voûtes, quoiquenervées darcsogives, présentent dansleur coupede véritablescoupoles (voy. CONSTRUCTION, Les nefs Voû(e).des cathédrales de Poitiers et du Mans sont encore soumises à cetteinfluencede la coupole,mais dans ces édificesles pendentifsdispa-raissent,et la coupolevient semélanger avecla voûteen arcsogivesdesmonuments de lIle-de-France et du Nord . En Auvergnecommecentre,eten suivantla LoirejusquàNevers.unautresystème adoptédansla construction édifices est des religieux.Dans 1 Létude cescurieux de édifices étépoussée loin parM. F. deVerneilh a fort dans1ouvrage nousavons plushaut; nous pouvons renvoyer lecteurs. que cité ne quy nosDesplanches,très-bien exécutées M. Gaucherel, par expliquent textedela manière lela plus claire.
  • - 173 - [ ARCHITECTURE ]ces contrées,dès le xie siècle, on avait renoncé aux charpentes pourcouvrir les nefs; les bascôtésde la basilique latine étaient conservés ainsiquela galeriesupérieure. nef centraleétait voûtéeen berceau La pleincintre avecou sansarcs-doubleaux; desdemi-berceaux,comme desarc.vboutants continus,élevés les galeries sur supérieures, contre-butaient lavoûtecentrale, et les bas côtés étaient voûtéspar la pénétration de deuxdemi-cylindres, suivant le mode romain. Des culs-de-four terminaientle sanctuaire commedans basiliqueantique,et le centredu transsept laétait couvertpar une coupoleà pansaccusés arrondis aux angles, ou
  • [ ARCHITECTURE ] - lk -portéesur destrompes desarcsconcentriques, mêmequelquefois ou oude -impies encorbellements soutenuspar des corbeaux. système Ce deconstructiondes édificesreligieuxest continué pendantle xne siècle,et nous le voyonsadoptéjusquà Toulouse, dans la grandeéglisedeSaint-Sernin. le plan de léglisedu prieuréde Saint-Etienne Voici deNevers(fig. 8), bâtie pendantla secondemoitié du xie siècle,, qui etprésente un des types les plus complets des églisesà nefs voûtéesenberceau plein cintre contre-buté par des demi-berceaux bandés surles galeries des bas côtés. Le plan de léglise Notre-Dame du Port àClermont-Ferrand(fig. 9), un peu postérieure; (fig. 10) la coupe trans-versalede la nef de cette église, et (fig. 10 bis)la coupe sur le transsept,danslaquelle apparaît la coupole centrale, égalementcontre-butée pardesdemi-berceauxreposant sur deux murs à claire-voie portés sur deuxarcs-doubleaux construits dans le prolongement des murs extérieurs.Danscesédificestouteslespoussées voûtessont parfaitement des main-tenues aussisesont-ils ; conservés intactsjusquànosjours. Toutefois,en.
  • - 175 - [ ARCHITECTURE ]étant inspiréesen partie de la basiliqueromaine,ces églisesne con-servaientpasau-dessus la galerie supérieure,ou triforium, les fenêtres dequi éclairaient les nefs centrales des édifices romains; la nécessitédemaintenir la voûte en berceau par une butée continue sous forme dedemi-berceau sur les galeries, interdisait aux constructeurs la facultédouvrir desfenêtres prenant des jours directs au-dessousde la voûtecentrale.Lesnefs de ceséglisesne sont éclairéesque par les fenêtresdesbas côtés ou par les jours ouverts à la base du triforium; elles sontobscures ne pouvaient convenir à descontréesoù le soleil est souvent etcaché, le ciel est sombre. où Dans le Poitou, dans une partie des provinces de lOuest et dansquelqueslocalitésdu Midi, on avait adopté au xiesiècle un autre mode deconstruire les églises de les voûter : les bascôtés étaient élevésjusquà etla hauteur de la nef, et de petites voûtes darête ou en berceau élevéessur cesbas côtéscontre-butaient le berceaucentral. Léglise abbatiale de
  • [ ARCHITECTUBE ] - 176 -Saint-Savin près de Poitiers, dont nous donnons le plan (fig. 11),est construite daprèsce système;de lon- guescolonnescylindriques portent des archivoltes sur lesquelles viennent re- poser le berceau plein cintre de la nef et les petites voûtes darête des deux bascôtés,ainsi que lindique la coupe transversale(fig. 12). Mais ici la ga- lerie supérieurede la basilique latine est supprimée, et la nef nest éclai- rçe que par les fenêtres ouvertesdans les murs des bas côtés. Pour de pe- tites églises étroites, ce parti na pas dinconvénients; il laisse cependant le milieu du monument, et surtout lesvoûtes, danslobscurité, lorsqueles nefssont larges; il ne pouvait non plus convenir aux grandeséglisesdu Nord. On observera que dans les édifices, soit de lAuvergne, soit du midi de laFrance, élevéssuivant le mode de bas côtésavecou sansgaleriescontre-butant la voûte centrale, les voûtes remplacent absolument les char-
  • - 177 - [ ARCHITECTURE ]pentes, puisquenon-seulement ellesfermentles nefset bascôtés,maisencore elles portent la couverture de tuiles ou de dalles de pierre. Cefait est remarquable. Reconnaissantles inconvénients des charpentes,les architectesde ces provinces les supprimaient complètement, et fai-saient ainsi disparaître toutes causesde destruction par le feu. Dans lesprovinces Nord,en Normandie, du danslIle-de-France, Champagne, enen Bourgogne, en Picardie, lorsquon se décide à voûter la basiliquelatine, on laisse presque toujours subsisterla charpente au-dessusdecesvoûtes; on réunit les deux moyens : la voûte, pour mieux clore lédi-fice, pour donner un aspect plus digne et plus monumental aux inté-rieurs, pour empêcherles charpentes,en cas dincendie, de calciner lesnefs; la charpente, pour recevoir la couverture de tuiles, dardoisesou"deplomb. Les couvertures posées directement sur la maçonnerie desvoûtes causaientdes dégradationsfréquentes dans les climats humides;elles laissaient pénétrer les eaux pluviales à lintérieur par infiltration,ou même par suite de la porosité desmatériaux employés,dallesou terrecuite. Si les constructeurs septentrionaux, lorsquils commencèrentà"voûter leurs églises,employèrent ce procédé, ils durent labandonnerbientôt, en reconnaissant inconvénientsque nousvenonsde signaler, les"etils protégèrent leurs voûtes par des charpentes qui permettaient desurveiller lextrados de ces voûtes, qui laissaient circuler lair sec au- dessus delles et rendaient les réparations faciles. Nous verrons tout"àlheure comment cette nécessitécontribua à leur faire adopter unecombinaison de voûtes particulières. Les tentatives pour élever deséglises voûtéesne se bornaient pasà celles indiquées ci-dessus.Déjà dèsle Xe siècle les architectes avaient eu lidée de voûter les bas côtés desbasiliques latines au moyen dune suite de berceauxplein cintre posantsur des arcs-doubleaux et perpendiculaires aux murs de la nef; lagrande nef restait couverte par une charpente. Les restes de la basilique primitive de labbaye de Saint-Front de Périgueux conservent uneconstructionde ce genre, qui existait fort développéedansléglise abba-tiale de Saint-Rémi de Reims avant les modifications apportéesdans ce"curieux monument pendant les xne et xine siècles. La figure 13 feracomprendrece genre de bâtisse.Cesberceaux parallèles posantsur desarcs-doubleaux dont les naissances nétaient pastrès-élevéesau-dessusdu solne pouvaientpousser lintérieur lespilesdesnefschargées à pardesmurs élevés;et desfenêtresprenant desjours directs étaient ouvertesau-dessus bascôtés. Dansla Haute-Marne, sur les bords de la haute desSaône, Normandie, devait existerau xiesièclebeaucoup en il déglises(-levéessuivant ce système,soit avec desvoûtes en berceaux perpendi-culairesà la nef, soit avec desvoûtes darête sur les bas côtés; les nefsrestaient couvertes seulement par des charpentes. La plupart de ce?édifices été modifiés xmeou au xive siècle,cest-à-direquon a ont auconstruit des voûtes hautes sur les murs des nefs en les contre-butantpar des arcs-boutants; mais on retrouve facilement les traces de ces i. - 23
  • [ ARCHITECTURE ] - 178 -dispositions primitives. Quelques édifices religieux bâtisparlesNormandsen Angleterre conservé charpentes lesgrandes lesbas ont leurs sur nefs,côtésseulsétant voûtés. Nous citerons,parmi les églisesfrançaises, lapetiteégliseSaint-Jean Chàlons-sur-Marne, la nef, qui date de dontde la fin du xiesiècle,conserve encoresa charpente masquéepar unberceaude planchesfait il y a peudannées; beaucoupdéglisesdelà. 15Champagne; léglise du Pré-Notre-Dame, Mans,de la mêmeépoque. auqui navait dans lorigine que sesbas côtésvoûtés les grandeséglises ;abbatiales de la Trinité et de Saint-Etienne de Caen, dont les nefsdevaient certainement être couvertesprimitivementpar descharpentesapparentes, A Saint-Rémi Reimsil existeune galeriesupérieure, etc. deaussilarge que le bascôté,qui était très-probablement voûtéede lamême manière.Nousavons supposé dansla figure 13 les charpentes desbas côtés enlevées,afin de laisser voir lextrados des berceaux de cescollatéraux. On ne tardapas,dansquelques provinces, profiterdecedernierparti àpour contre-buter voûtes, remplacèrent les qui bientôtles charpentes
  • - 479 - [ ARCniTECTUPE [desnefs principales. Dansla partie romanede la nef de la cathédralede Limoges, dans les églisesde Châtillon-sur-Seine. et de labbaye deFontenay prèsde Montbard, lordre de Citeaux, voit lesbascôtés de onvoûtés une suite de berceauxparallèles par perpendiculaires la nef, àportant sur des arcs-doubleaux; travées les décès nefssont larges-lapousséecontinue du grand berceau supérieur se trouve contre-butée-par les sommetsdesberceaux perpendiculairesaux bascôtéset par desmurs élevéssur les arcs-doubleauxqui portent cesberceaux; murs quisontdevéritables contre-forts, quelquefois même allégés par des arcset servanten même temps de points dappui aux pannes des comblesinférieurs. Lexemple (fig. 14) que nous donnonsici fait comprendretoute lossature de cette construction : A, arcs-doubleauxdes bas côtésportant berceaux les perpendiculaires la nef, ainsi queles murs porte- àpannes contre-forts B, allégés par des arcs de décharge, véritables etarcs-boutantsnoyés sous les combles.Dans ces édifices religieux, lacharpente supérieure trouvait supprimée, tuile recouvraitsimple- se lament le berceau ogival G. Quant à la charpente des bas côtés, elle setrouvait réduite à descours de panneset des chevronsportant égalementou de la tuile creuse,ou de grandestuiles platesle plus souvent ver-t-
  • [ ARCHITECTURE ] - 180 -nissées(voy. TDTLE). Mais les grandes nefs de ces églises ne pouvaientêtre éclairéespar desjours directs, elles étaient obscuresdansleur partiesupérieure; ainsi on setrouvait toujours entrecesdeux inconvénients,ou déclairer les nefs par des fenêtres ouvertes au-dessus des voûtes desbas côtés,et alors de couvrir cesnefs par descharpentesapparentes,oude les voûter et de se priver de jours directs. Touscesmonumentsétaientélevés dansdesconditionsdestabilité telles,quils sont parvenus jusquà nous presque intacts. Cestypesse perpé-luent pendantlesieet xnesiècles avecdesdifférences sensibles peu dansle centre de la France, dansle midi, louest, et jusquen Bourgogne.DanslIle-de-France, la Champagne,la Picardie, dansune partie de la Bour-gogneet enNormandie, procédés les pour construire édifices les religieuxprirent une autre direction. Cescontréesrenfermaient desvilles impor-tantes et populeuses; il fallait que les édificesreligieux pussent contenirun grandnombrede fidèles la basiliqueantique,aérée, : claire,permet-tant la construction de larges nefs séparées des bas côtés par deux rangéesde colonnes minces, satisfaisait à ce programme. En effet, si nous examinons (fig. 15) la coupe dune basili- que construite suivant la tra- dition romaine, nous voyons une nef A, ou vaisseau prin- cipal, qui peut avoir de 10 à 12mètres de largeur, si nous subordonnons cette largeur à la dimension ordinaire des bois dont étaient formés les entraits; deux bas côtés B de5 à fi mètres de largeur, éclairés par des fenêtres G; au-dessus,deuxgaleriesG permettant de voir le sanctuaire, et éclairéeselles-mêmes pardesjours directs ; puis pour éclairer la charpente et le milieu de la nef,desbaiessupérieuresE percéesau-dessus comblesdes galeries.Cette desconstruction pouvait être élevée sur un plan vaste, à peu de frais. Maisnous lavons dit, il fallait à ces populations desédifices plus durables,dun aspect plus monumental, plus recueilli; et dailleurs, à la fin duXesiècle, les Normandsnavaient guère laissédédifices debout danslesprovincesdu nord de la France. On songeadonc pendant le xie siècleàreconstruire lesédificesreligieux sur des donnéesnouvelles et capablesde résister à toutes les causesde ruine. Le systèmede la voûte darêteromaine, forméepar la pénétration de deux demi-cylindresdun diamètreégal, navait jamais été abandonné; aussi fut-il appliqué aux édificesreligieux, du moment quon renonçaaux charpentes. Mais ce systèmene peut être employé que pour voûter un plan carré, ou se rapprochantbeaucoup du carré. Or, dans le plan de la basilique latine, le bas côté
  • - 181 - [ ARCHITECTURE1seul présenteun plan carré à chaque travée; quant à la nef, lespace-ment compris entre chaque pilier étant plus étroit que la largeur duvaisseauprincipal, lespace voûter setrouve être un parallélogrammeet àne peut être fermé par une voûte darête romaine. Exemple (fig. 16):soituneportion de plan dune églisedu xie siècle.A, les bascôtés;B,la nef principale les surfaces ; CDEFsont carrées peuvent et être facile-ment voûtées par deux demi-cylindres dun diamètre égal, mais lessurfacesGHIK sont desparallélogrammes; si lon bande un berceauoudemi-cylindre G en H, le demi-cylindre Gen I viendra pénétrerle de dedemi-cylindre GH au-dessous sa clef, ainsi que lindique la figure 17. deLe cintragede cessortes de voûtes devait paraître difficile à desconstruc-teursinexpérimentés plus, cesvoûtes,dites en arcsde cloître, sont ; depesantes, dun aspectdésagréable,surtout si elles sonttrès-larges,commeon peut sen convaincre en examinant la figure 18. Les constructeursseptentrionaux xr sièclenessayèrent du mêmepasdeles employer ils ;se contentèrent de fermer les bas côtés par desvoûtes darête romaines
  • [ ARCHITECTURE ] - 182 -et de continuer à couvrir les grandesnefspar une charpente apparente,ainsique lindiquela figure13,ou ils eurentlidée délever berceaux dessur les murs des nefs, au-dessusdes fenêtres supérieures. Ce secondparti (fig.19)ne pouvait être durable:lesgrandes voûtes nétantpoint A,contre-butées,durent sécrouler peu de temps après leur décintrage; onplaçait des contre-forts extérieurs en B, mais ces contre-forts ne pou-vaient maintenir la poussée continue des berceauxque sur certain:pointsisolés,puisils portaientàfauxsur lesreinsdesarcs-doubleaux G,les déformaient en disloquant ainsi tout lensemble de la bâtisse. Pourdiminuer la puissancede pousséedes berceaux, on eut lidée, vers lecommencement du .n° siècle, dans quelques localités, de les cintrersuivant une courbe brisée ou en tiers-point, en les renforçant (commedansla nef de la cathédrale dÀutun) au droit des piles, par des arcs-doubleaux saillants, maintenuspar descontre-forts (fig. 20). Il y avait làune amélioration, mais ce mode nen était pasmoins vicieux; et la plu-part deséglises bâties suivant ce principe se sont écroulées,quand ellesnont pasété consolidéespar desarcs-boutants, un siècleenviron aprèsleur construction. Cestalorsque lesclunisiensreconstruisaient la plupartde leurs établissements de 1089à MiO environ, la grande église de :Cluny, la nef de labbaye de "Vézelay sont élevées.Nous nous occuperonsplus particulièrement de ce dernier monument religieux, encore deboutaujourdhui, tandis quune rue et des jardins ont remplacé ladmirableédifice de saint Hugueset de Pierre le Vénérable(voy. ARCHITECTUREMONASTIQUE). A Vézelay,larchitecture religieuseallait faire un grand pas.Sans
  • - 183 - [ ARCHITECTURL ]abandonnerle plein cintre, lesconstructeurs établirent desvoûtes darêtesur la nef principale aussibien que sur les bascôtés; seulement,pour fairearriver la pénétration desportions de voûtes cintrées suivant les forme-retsplein cintre jusquà la clef du grand berceau,également plein cintre,de la nef, ils eurent recours à des tâtonnements très-curieux à étudier(voy. CONSTRUCTION, Voici une vue perspective de lintérieur de VOUTE). 20cette nef regardant vers lentrée, qui donne lidée du systèmeadopté{fig. 21), et noublions pasque cette nef était terminée en 1100, peu detempsaprès celle de Cluny, et que par conséquentleffort était considé-rable, le progrès bien marqué, puisque la nef de léglise de Cluny étaitencore voûtée en berceau plein cintre, et que même après la con-struction de la nef de Vézelay,vers 1150,à Autun, à Beaune,à Saulieu,on construisait encore des voûtes en berceau (ogival, il est vrai) sur les grandes nefs, ainsi que lindique la figure 20. Linnovation tentée à Vézelay neut pas cependant de bien brillants résultats ; car si ces voûtesreportaient leur poussée des points isolés,au droit despiles, surelles nétaient épaulées que par des contre-forts peu saillants. Ellesfirent déverserles murs, déformer les voûtes des bas côtés; il fallut,après que quelques-unes delles se furent écrouléeset toutes les autres"aplaties, construire, à la fin du xne siècle, desarcs-boutantspour arrêterJeflet cettepoussée. Clunycomme Beaune, de A à comme la cathédrale à
  • [ ARCHITECTURE ]dAutun, fallutdemême des il jeter arcs-boutants lesmurs nefs. contre des " f- "/£. £azj-xt-"0J pendant xmeet xiv siècles, arrêter les pour lécartement voûtes. des
  • - 185 - [ ARCHITECTURE] II estcertainqueleseffetsqui semanifestèrent dansla nef deVézelaydurent surprendre les constructeurs,qui croyaient avoir paré à lécarte-ment desgrandesvoûtes darête, non-seulement par létablissement de>contre-fortsextérieurs, mais bien plus sûrementencorepar la posedetirants de fer qui venaient saccrocherau-dessusdeschapiteaux, à la nais-sancedesarcs-doubleaux,à de forts gonds chevilléssur des longrines deboisplaceesen long danslépaisseur murs(voy.CHAÎNAGE, des CONSTRUCTION,TIBANT). tirants, qui remplissaient la fonction dune corde la basede Ces àlarc-doubleau, cassèrent brisèrent leurs gonds; car, à cette époque,les oufersdune grande longueur devaientêtre fort inégauxet mal forgés. Maiscelte expérience fut point perdue. Danscette mêmeéglisede Vézelay, ne"vers1130,on bâtit un porche fermé, véritable narthex ou antéglise, con-formément lusage à alorsadopté la règledeCluny(voy.ARCHITECTURE parMONASTIQUE, PORCHE, 3 et 4); et ce porche, dans lequel les arcs-dou- fig.bleaux adoptent courbe tiers-point,présente voûtesdarêteavec la en deset sansarcs ogives, construites très-habilement, et savammentcontre-butées lesvoûtes par darêterampantes galeries des supérieures, que ainsilindique coupe la transversale ceporche 22).Maisici, commedans de (fig.les églises dAuvergne,nefprincipale reçoit dejoursdirects. la ne pas Pourtrouver jours, il eût fallu éleverla voûtecentrale ces jusquau point A ;alorsdes fenêtres auraientpu êtrepercées au-dessus comble trifo- du du j. - 24
  • r ARC11ITECTUKE ] - 186 -num dansle mur B. Une suite de petits arcsou un secondtriforium auraitéclairé cescomblesen E; et pour contre-buter la grandevoûte, il eût suffide construire, au droit de chaquearc-doubleau, un arc-boutant G repor-tant lespoussées le contre-fort D, rendu plus résistantau moyendune surplus forte saillie. Ce dernier pasétait bien facile à franchir; aussivoyons-nous presque tous les édifices religieux du domaine royal, de la Cham-pagne,dela Bourgogneet du Bourbonnais,adopter ce parti, non sans quel-questâtonnements,pendantla seconde moitié du xn°siècle.Maisen renon-çanl aux voûtes en berceau dans les provinces du Nord et les remplaçantpar desvoûtesdarête (même lorsquellesétaient combinéescommecellesdu porche de léglise de Vézelay,cest-à-dire très-peu élevées), devait onen même temps renoncer aux couvertures poséesà cru sur ces voûtes; ilfallait des charpentes. Une nouvelle difficulté se présentait. Des voûtesconstruitesdaprèsle système adopté dansle porche de Vézelayexigeaient,ou descharpentes sansentraits, si les murs goutterots ne sélevaientquejusquau point E, cest-à-direjusquà la hauteur dela clef desformerets,ouune surélévationde cesmurs goutterotsjusquau sommet G desgrandesvoûtes, si lon voulait que les fermes fussent munies dentraits. Or nousvoyonsque, pour obtenir desjours directs au-dessus triforium en B, on duétait déjàamenéà donner une grande élévationaux murs desnefs: il étaitdoncimportant de gagnertout ce quon pouvait gagnersur la hauteur; onfut alors entraîné à baisserla clef des arcs-doubleauxdesgrandesvoûtesau niveau desclefs desformerets, et comme conséquence, naissances lesde ces arcs-doubleaux durent être placées au-dessous des naissancesdecesformerets(voy.CONSTRUCTION, à 55).Cefutaprès bien deshésita- fig. 48tions que, vers 1220, les sommets des arcs-doubleaux et des formerets attei-gnirent définitivement le même rliveau.Lesgrandesvoûtes de la nefet duporche de Vézelayont de la peine à abandonnerla forme primitive en ber-ceau ; évidemment les constructeurs de cette époque, touten reconnaissantqiie la poussée continue de la voûteen berceaune pouvait convenirà desédificesdont les plans ne donnent que des points dappui espacés, quilfallait diviser cette poussée moyen de formerets et devoûtes pénétrant aule berceauprincipal, nosaient encore aborderfranchement le parti de lavoûte en arcs dogive; dailleurs ils commençaient à peine, versle milieudu xiie siècle,à poser desarcs ogivessaillants, et les arêtesdesvoûtes nepouvaient être maintenues sansce secours,à moins dun appareil fortcompliqué que desmaçonneriesde petits moellons ne comportaient pas.Les plus anciensarcs ogivesne sont que desnervuressaillantes,desbou-dins, destoressimples,doublesou triples, qui sont évidemmentplacéssousles arêtes des voûtesdanslorigine, pour les décorer et pour donner unaspect moins froid et moins sec aux constructions. Dansle porche deVézelay,par exemple, deux voûtes seulementsont munies darcs ogives;ils ne sont quune décoration, et najoutent rien à la solidité desvoûtes,qui ne sont pas combinéespour avoir besoin de leur secours. grandes Les es,presque coupoles,des cathédrales dAngers et de Poitiers, sont
  • - 587 - [ ABCniTECTlBE ]décorées darcsogivestrès-minces, sansutilité, et qui, au lieu de porter lesremplissages, sont portés par eux au moyende queuespénétrant danslesarêtesà peine saillantesde cesvoûtes.Mais bientôt, pendant la secondemoitié du xuesiècle, les architectes du Nord semparent de ce motif dedécoration pour établir tout leur systèmede construction desvoûtes euarcsdogive. Ils donnent aux arcsogivesune épaisseur une force assez etgrande non-seulement quils puissent maintenirpar la coupede pour seleurs claveaux,maisencore pour pouvoir senservir comme de cintres surlesquelsils viennent bander les triangles de remplissages formant autantdepetitesvoûtes indépendantes unesdesautres, reportanttout leur les etpoidssur cescintres. Ceprincipe une fois admis,cesarchitectessont com-plètementmaîtresdespoussées voûtes,ils lesfont retomber et les diri- desgentsur lespoints résistants.Cestpar lapplication savante ce principe dequils arrivent rapidement à reporter tout le poidset la poussée voûtes deénormes despilesextrêmement minceset présentanten projection ho- surrizontaleune surfacetrès-minime. Nousne nous étendronspasdavantagesur ce chapitre, développéaux mots CONSTRUCTION et VOUTE. La figure 19 fait voir comme lesarchitectesqui construisaientdeséglisesétaient conduits, presquemalgré eux et par la force deschoses, donner àune grandeélévation aux nefs centralescomparativementà leur largeur.La plupart desauteurs qui ontécrit sur larchitecture reli-gieuse moyen âge se sont duémerveillés la hauteur pro- dedigieusede cesnefs, et ils ontvoulu trouver dans cette éléva-tion uneidéesymbolique.Quelon ait exagéré,à la fin duxmesiècleet pendant les xiveet xe siècles, la hauteur desédificesreligieux, indépen-damment des nécessités dela construction, nous voulonsbien ladmettre; mais au mo-ment où larchitecture reli-gieuse se développedans lenord de la France, lorsquonétudie scrupuleusement lesmonuments, est frappé des oneffortsque font lesarchitectespour réduire au contraire, au-tant quepossible, hauteurdesnefs.Un exposéfort la simplefera com-prendre quenous ce avançons Supposons instantquenous ici. un ayonsuneégliseconstruire à daprès données les admisesàlafin xiiesiècle(fig. : du 23)la nefdoit avoir 12mètresdaxeen axedespiles, les bascôtés7 mètres;
  • [ ARCHITECTURE ] - 188 -pour quecesbascôtéssoient duneproportion convenable rapport paràleur largeur,et pour quils puissentprendredesjours élevés façon deà éclairer ie milieu de la nef, ils ne peuventavoir moins de 12 mètres dehauteur jusquà la clef desvoûtes. Il faut couvrir ces bas côtés par uncomble de 5 mètres de poinçon, compris lépaisseur de la voûte; nousarrivons ainsi au faîtage descombles desbas côtésavec une hauteur de17 mètres. Ajoutonsà cela le filet de cescombles,et lappui descroisées,ensemble1 mètre, puis la hauteur desfenêtressupérieures,qui ne peuventavoir moinsde deuxfois la largeur de lentre-deux despiles,si lon veut ob-tenir uneproportion convenable.Or lesbascôtésayant7 mètresdelargeur,lentre-deux des piles de la nef serade 5m,50,ce qui donnera à la fenêtreune hauteur de 11 mètres. Ajoutons encore lépaisseur de la clef de ces fenê-tres Om,40, lépaisseurdu formeret Om,30,lépaisseur de la voûte Om,25, lebahut du combleOm,60, nousavons et atteint, ennousrestreignantaux hau-teurslesplus modérées, élévationde 32 mètresjusquà la basedu grand unecomble, et de 30 mètressousclef. Le vide de la nef entre les piles étant de-10m,50, setrouvera avoir en hauteur trois foissa largeur environ. Or, elleil est rare quune nef de la fin du xne siècle, dans un monument à bascôtéssimpleset sanstriforium voûté,soit dune proportion aussiélancée.Mais sil sagit de construire une cathédrale avec doubles bas côtés commeNotre-Dame de Paris; si lon veut élever sur les bas côtés voisins de la nefun triforium voûté, couvrir ce triforium par une charpente; si lon veutencore percer des fenêtres au-dessus de ces combles sous les formerets desgrandesvoûtes,on seraforcémententraînéà donner une grande élévationà la nef centrale. Aussi,en analysantla coupetransversaledela cathédralede Paris, nous serons frappés de la proportion courte de chacun desétagesde la construction, pour éviter de donner à la nef principale une tropgrande hauteur relativement à sa largeur. Les bascôtés sont écrasés, letriforium est bas, lesfenêtres supérieures primitives extrêmement courtes;cest au moyen de ces sacrificesque la nef centrale de la cathédraledeParis na sous clef quun peu moins de trois fois sa largeur (voy. fig. 27).Caril faut observer cette largeur desnefscentrales ne pouvait dépasser queune certainelimite, à causede la maigreur despoints dappui et du modede construction des voûtes maintenues seulement par une loi déquilibre :les nefs les plus larges connues,avec bascôtés, nont pasplus de 16m,60daxe en axe despiles. Cettenécessité ne paséleverles voûtesà de trop degrandeshauteurs,afin de pouvoir les maintenir, contribua plus que touteautre choseà engagerles architectes de la fin du xiie siècle,dansles pro-vincesdu Nord, à chercheret à trouver un systèmede voûtesdont lesclefsne dussent pasdépasser niveau du sommet des fenêtres supérieures. leMais, nous lavons dit déjà, ils étaient embarrassés lorsquil fallait poserdesvoûtes, même en arcs dogive, sur desparallélogrammes.Lancienneméthode adoptée dans la voûte darête romaine, donnant en projectionhorizontale carré coupé quatretriangleségauxpar lesdeuxdiago- un ennales,ne pouvait être brusquement mise de côté ; cette configuration res-
  • - 189 - [Uit imprimée dansles habitudesdu tracé: car il faut avoir pratiqué lart delaconstruction poursavoircombien liguregéométrique une transmise parla tradition a dempire, et quels efforts dintelligence il faut à un praticienpourla supprimeretla remplacerpar uneautre. Oncontin ua donc detracerlesvoûtesnouvelles arcsdogive un plancarré formédunecouple en surde travées 24).Lesarcs-doubleaux EF, étaienten tiers-point, (fig. AB, lesarcsdiagonaux arcsogives ou plein cintre; larc CDégalement tiers- enpoint, commeles arcs-doubleaux,maisplus aigu souvent. clefsdes LesformeretsAC,CE, BD,DF, natteignaient pas le niveau de la clef G, et 1rsfenêtres étaient ouvertes sous ces formerets. Ce mode de construire lesvoûtesavaittroisinconvénients. premier,demasquer fenêtres la Le les parprojection arcsdiagonauxAF, BE. Lesecond, répartirlespoussées des de 24inégalementsur les piles, car les points ABEF, recevant la retombéedesarcs-doubleauxet desarcsogives,étaient bien plus chargéset poussés auvideque les points G et D ne recevant que la retombée dun seul arc. Onplaçaitbien sous les points ABEF trois colonnettespour porter lestrois naissances, une seule sous les points CD; mais les piles inférieures et ABCDEF les arcs-boutants extérieurs étaient souvent pareils comme etforce et comme résistance. Le troisième, de forcer délever les murs goutte-rotsfort au-dessus fenêtres,si lon voulait que le* entraits de charpente despussent passerlibrement au-dessusdesvoûtes,car lesarcsogivesAF, BE,diagonales dun carré, bandés sur une courbe plein cintre, élevaient for-cément la clef G a une hauteur égale au rayon GB; tandis que les arcs-doubleaux EF, quoiquebandés unecourbeen tiers-point, AB, sur néle-vaientleursclefsH quà un niveau inférieur à celui de la clef G; en outre, lestrianglesAGB, EGF,étaient trop grands : il fallait, pour donner de la soli-ditéauxremplissages, leurslignes de clefsGH fussenttrès-cintrées, quedèslors lespointsI sélevaient encoredeprèsdun mètreau-dessus la declefH. Cesvoûtes,pour êtresolides,devaientdoncêtre très-bombéesetprendreune grandehauteur; et nousvenonsde dire que les constructeurscherchaient réduireceshauteurs.Cestalors,vers1225,quon renonça àdéfinitivement ce système voûteet quon bandalesarcsogives à de danschaque travéedesnefs,ainsi que lindique la figure 25. Par suitede ce
  • [ ARCHITECTURE ] - 190 - "nouveau les mode, piles ABCD furent également poussées etchargées, lesfenêtresouvertes sousles formerets CD,démasquées clefsG ne AB, ; lesfurentélevées unehauteur quà égale rayonAGau-dessus nais- au dessances arcs et lestriangles BG, des ; A CDG,pluspetits,purentêtre remplissans quonfût obligéde donnerbeaucoup flèche lignesdesclefs de aux GH.Il fut facile alors de maintenir les sommets des formerets et les clefs G, Haumêmeniveau, parconséquent poser et de lescharpentes immédiatementau-dessus fenêtreshautes, en tenant compte seulementdesépaisseurs desdesclefs desformerets et de la voûte, épaisseursgagnées lextérieur par à 26la hauteur assises corniche. coupe des de La transversale nousdonnons queici (fig. 26), faite sur IK, laisse voir comment les constructeurs étaientarrivés, dès les premièresannées du xme siècle,à perdre en hauteur lemoinsde placepossible dansla combinaison voûtes,tout ea ména- desgeant des jours supérieurs très-grandsdestinésà éclairer directement lemilieu des nefs. 11avait fallu cinquante années aux architectes de la fin duxnesièclepour arriver desvoûtesencoreromanes dAutun et de Vézelayà ce grand résultat, et de ce moment toutes lesconstructions desédificesreligieux dérivent de la dispositiondesvoûtes.La forme et la dimensiondespiles,leurespacement; louverturedesfenùtres, leur largeuret hauteur;laposition la saillie contre-forts, et des limportance leurs de pinaclesla ;force, le nombre et la courbure desarcs-boutants; distribution deseaux lapluviales, écoulement; système couverture, procède la leur le de tout de
  • - 191 - [ ARCHITECTURE ]combinaison desvoûtes. Les voûtes commandent lossature du monumentaupointquil estimpossible lélever,si lon ne commence lestracer de parrigoureusement avantde faireposerlespremières assises la construc- detion. Cetterègle estsi bienétablie,que si nousvoyonsune églisedu milieudu xmesiècledérasée niveau desbases,et dont il ne reste que le plan, aunouspourrons tracer infailliblement les voûtes, indiquer la direction detous lesarcs, leur épaisseur. la fin du xive siècle,la rigueur du système Aestencoreplus absolue; on pourra tracer, en examinant la basedun édi-fice,non-seulemeftt nombre desarcsdesvoûtes,leur direction, et recon- lenaîtreleur force, maisencore le nombre de leurs moulureset jusquà leursprofils.Au xv* siècle, ce sontlesarcsdesvoûtesqui descendent eux-mômesjusquausol, et lespilesne sont que desfaisceaux verticaux formés detouslesmembresde cesarcs.Aprèscela on se demandecomment deshommessérieuxont pu repousseret repoussent encore létude de larchitecture du moyen âge comme nétant que le produit du hasard? Il nous faut revenir sur nos pas, maintenant que nous avons tracé som-mairement lhistoire dela voûte, du simpleberceauplein cintre et.dela cou-pole, à la voûte en arcs dogive. Nous avons vu comment, dans lesé^li-»1- <lrlAuvergne,dune partie du centre de la France, de la Bourgogneet de laChampagne,du xe au xn* siècle, les bas côtés étaient surmontés souventdun triforium voûté, soit par un demi-berceau,comme à Saint-Etiennede Nevers, Notre-Damedu Port de Clermont, soit par desberceauxper- àpendiculaires à la nef, comme à Saint-Rémi de Reims, soit par des voulezdarête, commedansle porchedeVézelay.Nousretrouvonscesdispositionsdansquelqueséglises normandes,à lAbbaye-aux-Hommesde Caen,parexemple, le triforium est couvert par un berceau butant qui est plus oùquun quart de cylindre (voy.AUC-BOCTAXT, fig.49). Dansle domaine royal,àla fin du xiic siècle, pour peu que leségliseseussentdimportance, le bascôté était surmonté dune galerie voûtée en arcs dogive : cétait unetribune longitudinale qui permettait, les jours solennels,dadmettre ungrandconcoursde fidèlesdanslenceinte des églises; car, par ce moyen.la superficie collatéraux se trouvait doublée.Mai>nousavons fait voir desaussicomment cette disposition amenait les architectes, soit à éleverdémesurément nefscentrales,soit à sacrifier lesjours supérieursou à ne lesleur donnerquunepetite dimension. plupart desgrandes La églisesdudomaine et de la Champagne, royal bMiespendantle règnede Philippe-Auguste,possèdentune galerie voûtée au-dessusdescollatéraux ; nousciterons cathédrale Paris,leséglises Manteset deSaint-Germer, la de delescathédrales Noyon,de Senliset de Laon, le chSur de Saint-Rémi dedeReims, croisillonsud de la cathédrale Soissons, Ces le de etc. galeriesdepremier étagelaissentapparaître mur plein dansla nef, entreleurs unvoûtes lappui des fenêtressupérieures, dadosser combles et afin les àpenles simplesqui les couvrent, comme à Notre-Damede Paris, àMantes;oubien sontsurmontées triforium percé dun dansladossementducombleet léclairant, comme Laon,à Soissons,Noyon. à à Larchitecte la cathé- de
  • [ ARCHITECTURE ] - 192 -draledeParis,commencée 1163,avait,pour sontemps,entreprisune engrande tâche, celle délever une nef de 11 mètres douverture entre lespiles, doubles côtés galerie avec bas et supérieure voûtés. Voicicommentil résolut problème 27). ne ce (Gg. Il donna collatéraux me- aux quune
  • - 193 - fdiocrehauteur; lesfenêtres second du collatéralpouvaientà peinealorsdonner du jour dansles deux bascôtésA, B. La galerie construite au-des-susdu collatéral B fut couverte par desvoûtes en arcs dogive rampantes,de manière à ouvrit- de grandes et hautes fenêtres dans le mur extérieurde Gen D. La claire-voie E permettait ainsi à ces fenêtres déclairer le vais-seauprincipal,la projectiondela lumière suivantla ligne ponctuée L)F. DEBRMXE-Uncomble plat nepas assez pour obliger troprelever appuis de les desfenêtres hautes, couvrit voûtes la galerie murGH les de ; le resta ou pleinfutpercé rosés CATHÉDRALE), de (voy. etlesfenêtres supérieures nepurentéclairer les que grandes Des voûtes. arcs-boutants volée àdouble contre-butaient ces alors grandes voûtes. lextérieur, A laspect cettevaste deéglise beaucoup était àcomprendre mais avait dunité, facile (fig. 28); ilnen pas même était de àlintérieur, apparaissaient défauts où de graves deproportion. collatéraux non-seulement écrasés, ils ont Les sont bas, mais i. - 25
  • [ ARCHITECTURE ]linconvénient présenter hauteurs de des darcadespeuprès à égales celles àde la galeriesupérieure;le mur nu surmontant archivoltes premier les deétage, percé rose> ou de donnantsous comble, le étaitassez misérablementterminé ]>.irIr- it.iuHros perdues sous les formerets des grandesvoûtes(fîg. 29;. Il semble lon peut encoreserendrecomptede cet effeten (etexaminant la première travée de la nef laisséedans son état primitif) queles constructeurs aient été embarrassés de finir un édiûce commencésur un planvasteet largement conçu. Jusquà la hauteur de la galerie ontrome danslesmoyens dexécution une sûreté, une franchise qui se per-dent dans les Suvres hautes, trahissant au contraire une certaine timidité.Cestquen effet, jusquaux appuis des fenêtres supérieures, la tradition des constructions roma- , nésservaitdeguide; mais, ; partir de cette ara-r. il fallait employer un mode de construire encore bien nouveau. Ces difficultés et ces dé- fauts napparaissentpas au même degré dans les ronds-points des grands édifices de cette époque: par suite de leur planta- tion circulaire, les con- structions se mainte- naient plus facilement; les voûtes supérieures nexerçaient pas dans les absides une pousséecom- parable à celle des voûtes desnefsagissant deux sur murs parallèles, isolés, maintenus sur les piles inférieures par une loi déquilibre et non parleur stabilité propre. Cespiles, plus rapprochéesdans les chSurs à causedu rayonnement du plan (voy. CATHÉDRALE), donnaient une proportionmoinsécrasée arcades bascôtés galeries aux des et hautes lesfenêtres ; su-périeures elles-mêmes, mieux encadrées suitedu rapprochement par desfaiïceaux de colonnettesportant les voûtes,ne semblaient pasnager dansun espace vague.Le rond-point de la cathédralede Paris, tel que MauricerieSullylavait laissé 1196, en étaitcertainement duneplusheureuse pro-1"-ilion que les travées parallèlesdu chSur ou de la nef; mais ce nétaitencore,à lintérieur du moins,quune tentative, non une Suvre complète,réussie. construction Une moinsvaste, maismieux conçue, avait,un peu
  • 595 - [ AucunECTIT.E ]plus étécommencéeàSôissons lard, par VévôqueNivelon 117:». deChérisynous voulons ducroisillon dela cathédrale, lechSur parler sud dont a la nef ont été rebâtis et ache- vés au commen- cement du xiue siècle. Ce croisil- lon est par excep- tion, comme ceux des cathédrales de Noyon et de Tournai, en for- me dabside semi- circulaire (voy<z TRANSSEPT); une sacristie, ou tré- sor à deux clai;r> voûtés,le flanque verssa partie e^t (fig.30).Parlexa- men du plan on peut reconnaître lSuvre dun sa- vant architecte. Cebas côté, com- posé de piles résistantes sous les nervures de la grande voûte, et de simplesco- lonnespour por- ter les retombées despetitesvoûtes du collatéral est dune proportion bien plus heu- reuseque le bas côté du chSur de Notre - Dame de Paris. La conslruc--, tionest à la fois, ici, légère par- et faitement solide, etla preuve,cest quelle encore conservée, est bien malgréla terriblecommotion occa- sionnée lexplosion par dunepoudrière 1813. en Comme Nôtre-Dams à
  • ] - 196 -de Paris, comme 1 Xoyon, à Senlis et à Meaux,comme à Saint-Rémi deReims-k> collatéralestsurmonté dune galerievoûtée;mais,à Soissons,le mur dadossement comblede cettegalerieest décoré un trifo- du parnum, passage étroit pris dans lépaisseur mur; les triples fenêtres dusupérieures remplissent parfaitement intervalles les entrelespiles,sontdune heureuse proportionet éclairent largement le vaisseau central.Voici (fig. 31) une travéeintérieurede ce rond-point. Dans chSur de léglisedeMantes architectes la fin du xnesiècle le les deavaient, même Notre-Dame Paris, de quà de élevé galerie lecol- une surlatéral,maisils avaient voûtécette galeriepar une suitede berceaux entiers-point reposant des sur linteaux des et colonnes portées lesarcs- par doubleaux inférieurs. Dans cas, ce les berceaux peuvent être ram- pants (fig. 32), car les formerels ABC du côté intérieur aant une baseplus courte que lesformerets extérieurs FDE,à causedu rayon- nement de labside, la clef E est plus élevée que la clef C,et cesber- ceaux sont des portions de cônes. Cette disposition facilite lintro- duction de la lumière à lintérieurpar de grandesrosésouvertes sous les formerets FDE (voy. TRIFOBICM,fig. lt>r.). Lesexemples nousavons que donnés jusquàprésent tendentàdémontrer la préoccupation constructeurs cetteépoque, que des à dansledomaine royal,était : 1° devoûter lesédificesreligieux; 2° de leséclairerlargement; 3° de ne passelaisserentraîner à leur donner trop de hauteursousclef. Laccomplissementde cestrois conditions commande la struc-hue despetites églisesaussibien que desgrandes.Lesrosés, qui permet-tent douvrir desjours larges,sont souvent percéessousles formeretsdesvoûtesdesnefs, au-dessus comble desbascôtés, comme dans léglise dudArcueil, par exemple.Bien mieux, dans la Champagne,où lesnefs deséglises bourgs ou villagesconserventdescharpentesapparentes des jusquevers1230. on rencontre encoredesdispositions telles que celle indiquéedansla figure 33. Pour économiser la hauteur, les fenêtresdela nef sont surpercéesau-dessus piles ; les arcs-doubleauxdesbascôtésvoûtésportent desdeschéneaux,etcesbascôtéssont couverts par une succession combles deà double pente perpendiculaires à la nef et fermés par des pignons ac-colés. 11 difficile de trouver une construction moins dispendieuse e-t pourune contrée où la pierre est rare et le bois commun, prenant une moinsgrande hauteurproportionnellement salargeur,en même à temps quellelait pénétrer partoutà lintérieur la lumière du jour. Ceparti fut adoptédansbeaucoup petiteséglises Normandie de Bretagne, de de et maisplus;ard et avec desvoûtessur la nef centrale. Dansce cas, les fenêtres de la nef sont forcément ouvertes au-dessus des archivoltes des collatéraux, afin
  • - 197 - [ AHCIHTECTLIlE ]defaireporter retombées grandes surles les des voûtes piles; pignons lesextérieurs sont à chevalsur les arcs-doubleaux bascôtéset les ché- desneaux milieu desvoûtes; fenêtres au les éclairantcesbascôtés percées etsous pignons alorsjumelles, les sont pourlaisser pilesportantles lesvoûtes bas des côtéspasser derrière pied-droit lessépare, bien le qui oucesfenêtres trouventà la rencontre pignons,ce qui estfort disgra- se desdeux.Nous répétons, architectes commencement xme le les du du siècle,loindeprétendre donner grande une hauteur intérieurs leursédi- aux defices, étaient contraire préoccupés, pardes au fort autant raisons déco-nomieque de stabilité, de réduire ceshauteurs. Mais ils nosaientencoredonner piles aux isolées nefs élévation des une considérable.galerie Lavoûtée premier étageleur paraissaitévidemment de utile ù la stabilitédesgrands édifices; leuravaitététransmise tradition,et ils ne elle parcroyaient pouvoirsenpasser cétait pour eux commeun étrésillon- pas :nement donnait la fixitéauxpilesdesnefs;ils nadoptaient qui de pas
  • [ ARCHITECTURE ] - 198 -encorefranchement système le déquilibregui devintbientôtle principede larchitecture gothique. Dès les premières années du xme siècle la cathédrale de Meaux avait étébâtie; ellepossédait collatérauxavec des galeriedepremierétage voûtée,et triforium pratiqué, comme au croisillon sud de Boissons, comme à lacathédralede Laon, danslépaisseur mur dadossement comble des du dugaleries. cette église,élevée la hâte,avait été mal fondée; il se déclara Or, àdesmouvements dans maçonneries, detemps tels ses peu après construc- sation, quil fallut y faire desréparationsimportantes : parmi celles-ci,il fautcompter la démolition desvoûtes desbascôtés du chSur, en conservantcelles de la galerie du premier étage,de sorte que le bascôtéfut doublédehauteur; on laissatoutefois subsisterdansles travéesparallèlesdu chSurlesarchivoltes la claire-voie la galeriesupprimée, continuèrent et de quià étrésillonnerles pilesparallèlement laxe de léglise.Dans même à letemps, de 1200à 1225,on construisait la nef de la cathédrale de Rouen,où lon établissaitbénévolementune disposition semblableà celle quunaccident avait provoquéeà la cathédralede Meaux,cest-à-direquon étré->ill<mnait ti niteslespilesdela nef entre ellesparallèlementà laxe deléglise,à peu près à moitié de leur hauteur, au moyen dune suite darchivoltessimulant une galerie de premier étagequi nexiste pas, et na jamaisexisté. A Eu, môme disposition. Le chSur de léglise abbatiale dEu avaitété élevé, ainsi que le transsept et la dernière travée de la nef, avec bascôtéssurmontésdune galerie voûtée de premier étagedansles dernièresannéesdu xnesiècle.La nef ne fut élevéequun peu plus tard, vers 1225,et commeà la cathédralede Rouen, avecun simulacre de galerie seule-ment, en renonçant aux voûtesdesbascôtéset élevant ceux-ci jusquauxvoûtesde la galerie. Ce nétait donc que timidement, dans quelquescon-tréesdu moins, quon saventurait à donner une grandehauteur auxbascôtéset à supprimer la galerie voûtée de premier étage, ou plutôt à faireprofiter les collatéraux de toute la hauteur de cette galerie, en ne conser-vantplusquele triforium pratiquédansle mur dadossement combles deslatéraux. Cependantdéjà desarchitectesplus hardis ou plus sûrsde leursmatériaux avaient,dèsles premièresannéesdu xmesiècle,bâti de grandeséglises, telles que lescathédralesde Chartreset de Soissons, exemple, parsansgaleriede premierétagesur lesbascôtés,ou sansétrésillonnementsimulantces galeries rendantlespilesdesnefsplussolidaires. qui est et Cecertain,cestquau commencement xiu siècle nadmettaitplusles du oncollatérauxbas, quon sentaitle besoin les élever,déclairerle milieu dedesnefspar de grandesfenêtres prisesdanslesmursde cescollatéraux,et que ne voulant paséleverdémesurémentlesvoûtesdesnefs,on renon-çait aux galeriesde premier étage,et lon se contentait du triforium pra-tiqué dansle mur dadossement comblesdesbascôtés,en lui donnant desune plus grandeimportance.La cathédrale Bourges de nous donnelacurieusetransitiondesgrandes églises galeries à voûtées à doubles et bascôtés,comme Notre-Damede Paris, aux églisesdéfinitivement gothiques,
  • - H!) - [ ARCHITECTURE ]tellesque les cathédrales Reimset dAmiens, du Mans, et de Béarnais desurtout. Bourges,cest Notre-Damede Paris moins la galerie do premier âfcsélage. coupetransversale cetteimmense La de cathédrale nousdon- quenonsici (iig. 34) nousfait voir le premierbascôtéA débarrassé la ga- de
  • [ ARCniTECTCRE ] - 200 -lerie qui le surmonte la cathédrale Paris.Les pilessélèvent à de isolée»jusquauxvoûtes, qui, à Noire-Dame Paris,sontau premierétage;les dejours B, qui à Parisne peuvent éclairer la nef quen passant travers àla claire-voie de la galerie supérieure, éclairent directement la nef àBourges. Le secondbas côté G estseul réduit aux proportions de celuide Paris et séclairepar desjours directs D. Deux Iriforiums E, E décorentles murs dadossement des deux combles F, F des deux collatéraux. Lesvoûles sont éclairéespar lesfenêtres G pratiquées, comme à Notre-Damede Paris, au-dessus comble du premier bas côté surmonté de sa ga- dulerie. Cesl à Bourges,plus que partout ailleurs, peut-être, quon aper-çoit les efforts de^ constructeurs pour restreindre la hauteur des édificesreligieux dansles limites les plus strictes. Examinons cette coupe trans-versale: impossiblede construire un bas côté extérieur plus basque lecollatéral G; il faut le couvrir, la hauteur du premier comble F est donnéeforcément par les pentes convenables pour de la tuile; il faut éclairer lanef, les fenêtresB sont largeset basses, elles commandent la hauteur ducollatéral intérieur A; il faut aussi poser un comble sur les voûtes de cecollatéral, la hauteur de ce comble donne lappui des fenôtres G ; cesfenêtres supérieures elles-mêmes sont courtes et dune proportion écrasée,elles donnent la hauteur desgrandesvoûtes. Môme proportion de la nefquà la cathédrale de Paris ; la nef de Bourges, sous clef, a environ enhauteur trois fois sa largeur. Ainsi donc, avant de chercher une idéesymbolique dans la hauteur des nefs gothiques, voyons-y dabord unenécessité contre laquelle les constructeurs se débattent pendant cin-quante annéesavant darriver à la solution du problème, savoir : déleverde grands édificesvoûtés dune suffisantelargeur, de les rendre stables,de les éclairer, et de donner à toutes les parties de larchitecture uneproportion heureuse.Or ce problème est loin dêtre résolu à Bourges.Les piles seulesde la nef sont démesurément longues, les fenêtressontcourtes, les galeriesdu tnforium écrasées, premier collatéral hors de leproportion avecle second. Si lesdoubles collatérauxétaientutilesdansle voisinage transsept duet du chSur, ils étaient à peu près sans usagedansles nefs, ne pouvantservir que pour les processions.On y renonça bientôt; seulement,neconservantquun bas côté dans les nefs des cathédrales,on le lit pluslarge.Létroitesse collatéraux doubles simplesdes églises la des ou defin du xne siècle et du commencement du xin" siècle était motivée parla crainte de voir leurs voûtes pousser les piles à lintérieur (voy. CON-STRUCTION). Dans chSur deBeauvais, dix ansplustard quecelui de Bourges, le bâtimême disposition pour lunique bas côté qui donne entrée dansles cha-pelles; un triforium est percé dans ladossementdu comble de cescha-pelles,et des fenêtres éclairantdirectementle chSur sontouvertes au-dessus triforium sous voûtes. la cathédrale Mans, chSur avec du les A du ledoublebascôté,bâti pendantla premièremoitié du xmesiècle,présente
  • - 201 - [ ARCHITECTURE ]la même coupe que celui de Bourges,mais beaucoupmieux étudiée; lesrapports proportionentrelesdeuxbascôtés de sontmeilleurs(voy.CATHÉ-DRALE), fenêtressupérieuresmoins courtes; les chapellesrayonnantes lesprennent plusgranddéveloppement le système la construction un : tout deest plussavant. Maisun parti simpleet largedevaitêtreadoptédans ledomaineroyal pour la construction deséglises,dès1220. De même quedansles nefs on remplaçait les doubles bas côtésétroits par un seul bascôté très-large, on renonçait également dans les ronds-points aux deuxcollatéraux,qui obligeaient lesconstructeurs,commeà Chartres, commeàBourges,commeau Mansencore,à ne donner aux chapelles rayonnantesquune médiocrehauteur. Onsentait le besoin dagrandir ceschapelles,etparconséquent lesélever de leséclairerlargement. dansla Notre- de et SiDamede Paris de Maurice de Sully, il a existé deschapelles absidales,ce qui est douteux, elles ne pouvaient être que très-petites et basses(voy. ABSIDE). Bourgeset à Chartres, ceschapelles ne sont encore que Adesabsidioles propres à contenir seulement lautel; elles sont espacéesetpermettentau collatéral de prendre desjours directs entre elles.A Reims,à Amienssurtout, ces chapellessont aussi hautesque le bascôté et pro-fitent de tout lespacecompris entre les contre-forls recevant les arcs-boutantssupérieurs; elles empiètent même sur leur épaisseur (voy. ARC-BOUTANT, 60; CATHÉDRALE, 13 et 19;. Alors plus de triforium entre fig. fig;larchivolte dentrée de ceschapelles et le formeret des voûtes du bascôté, commeà Beauvais,comme au Mans; le triforium nexiste quentrelesarchivoltes du bascôté et lappui des fenêtreshautes. Mais ici il nousfaut encore retourner en arrière. Nous avons dit et fait voir par desexemplesque le triforium, dans les églisesbâties de 1160 à 1220, étaitpercédans les murs dadossementdes comblesdes bascôtés.Aux xi" etxii- siècles, souvre sur des galeries voûtéesdans les édifices du centre ildela France,tels que léglise Notre-Damedu Port (fig. 10).Mais en Cham-pagne,en Normandie, sur le domaine royal, le triforium est une claire-Toiedonnant simplement sousles charpentes bascôtéset les éclairant des(voy.TRIFORIUM). milieu de la nef on pouvait doncapercevoirlesfermes, Dules chevronset le dessous des tuiles de ces couvertures à travers les arcadesdu triforium : cest ce qui fut pratiqué dans les cathédralesde Langrès,deSens dansbeaucoupdéglisesdu secondordre. La vue de ces dessous etde charpentessombresnétait pasagréable,et les combles,ne pouvantêtreparfaitementclos, laissaientpénétrer dansléglise lair et lhumidité.Pour éviter cesinconvénients, dèsles premières annéesdu XHI*siècle, letriforium fut fermé du côté descharpentespar un mur mince portant surdesarcs décharge, nedevintplusquunegalerieétroitepemettantde de etcirculer en dedansde léglise au-dessous appuis desgrandesfenêtres dessupérieures. Dansla nef de la cathédraledAmiens,à Notre-Dame Reims, deà Chartres, Chàlons,et danspresque toutes les églises Nord, dont la à duconstructionremonte aux premièresannéesdu xmesiècle,les choses sontainsidisposées.Maisau xir siècleon avait adopté un mode de décoration I. - 26
  • [ ARCHITECTURE ] - 202 -des édifices religieux qui prenait une importance considérable : nousvoulons parler desvitraux colorés. Les peintures murales, fort en usagedanslessiècles antérieurs, ne pouvaientlutter avecceshrillantesverrières,qui, en même tempsquelles présentaientdessujets parfaitement visiblespar lestempslesplus sombres,laissaientpasserla lumière et atteignaientune richesseet une intensité de couleurs qui faisaient pâlir et effaçaientmême complètement les fresquespeintes auprès delles. Plus le systèmede larchitecture adoptéeforçait dagrandir lesbaies,plus on lesremplissaitde vitraux colorés, et moins il était possiblede songer à peindre sur lesparties lissesdesmurs dessujetshistoriques, fl estquestion de vitraux co-lorés dansdesédificesreligieux fort anciens,à une époqueoù les fenêtresdestinées^leséclairer étaient très-petites; nous ne savons commentétaienttraitéescesverrières, puisquil nen existepas qui soient antérieures auxnesiècle,maisil estcertain quavecle mode décoloration et dedistributiondes verrières les plus anciennes que nous connaissions, il est difficile defaire dela peinture harmonieuseopaque,autreque la peinture dornement.Dansdessoubassements, desnusde murs, prèsde lSil, les fresques surpeuventencoresoutenir la coloration translucide desverrières;maisà unegrande hauteur leffet rayonnant de vitraux colorés est tel, quil écraseti mie peinture modelée.Lestentativesfaites depuispeu dansquelques-unsde nos édilico religieux pour allier la peinture murale à sujets aveclesvitraux ne font, à notre avis,que confirmer notre opinion. Dans ce cas, oulesvitraux paraissentdurs,criards,ou la peinture modeléesembleflasque,pauvre et poudreuse.Lornementation plate, dont les couleurs sont très-clivisées, lesformes fortement redessinées de largestraits noirs, ne et parcomportant que des tons francs,simples, est la seulequi puisseseplacerà roté des vitraux colorés, et même faire ressortir leur brillante harmonie(voy. PEINTURE, VITRAUX). Préoccupés autant de leffet décoratif desinté-rieurs de leurs édificesreligieux que du systèmede construction qui leursemblait devoir être définitivement adopté, les architectes du xme sièclesetrouvaient à peu conduits, peu pour satisfaire exigences nouvel aux duart inauguré par eux, à supprimer tous les nus desmurs dans les partieshautesde cesédifices. Ne pouvant harmoniser de larges surfacespeintesaveclesvitraux colorés, reconnaissantdailleurs que cesvitraux sont cer-tainement plus splendidedécoration puisseconvenirà desinté- la quirieurs de monuments élevés dans des climats où le ciel est le plus souventvoilé,que lesverrières coloréesenrichissent la lumière pâlede notre pays,font resplendiraux yeux desfidèlesune clarté vivanteen dépit dun ciel griset triste, ils profitèrent de toutes les occasions se présentaient douvrir quide nouveauxjours, afin de les garnir de vitraux. Dans les pignons ilsavaient percé desrosésqui remplissaient entièrement lespacelaissésousles voùles; desformeraisils avaient fait les archivoltes desfenêtressupé-rieures et inférieures; ne laissant plus entre ces fenêtresque les pointsdappui rigoureusementnécessaires pour porter lesvoûtes,divisant mêmeces point-, dappui en faisceaux de colonnettes afin déviter les surfaces
  • - 20j - [ ARCHITECTURE }plates ils ouvrirent aussilestriforiums et en firent desclaires-voies vi-trées. Cette transition est bien sensibleà Amiens. La nef de la cathédraledAmiens,élevée 1230 12AO, de ; possède triforium avecmur dados- unsementplein derrièreles combles bascôtés des (fig. 35); et lSuvre haute
  • [ AHCHITECÏTRE ] - 20j -du chSur, bâtie de 1250 à 1265, nous montre un triforium à claire-voiovitrée : de sorte quil nexiste plus dans ce chSur ainsi ajouré, en fait demurslisses, lestrianglescomprisentre les archivoltesdesbascôtés, quelesfaisceaux piles,et lappui du triforium; cest-à-dire des une surface
  • - 205 - [ ARCHITECTURE Jde 20 mètres de nus, pour une surface de 800 mètres environ de videsou de piles diviséesen colonnettes. Lesparties supérieures chSur delà cathédrale du dAmiensne mar-quentpasla premièretentativedun triforium ajouré.Déjàlesarchitectesdu chSur de la cathédrale de Troyes, de la nef et du chSur de légliseabbatiale de Saint-Denis, bâtis vers 1240, avaient considéré le triforiumcommeune véritable continuation de la fenêtresupérieure.Nousdonnon;(flg. 36) une travée perspectivede la nef de léglise abbatiale de Saint-Denis,qui fait comprendrecedernier parti, adopté depuislorsdanspresquetoutesles grandeséglises du domaine royal. Mais pour vitrer et laisserpasserla lumière par la claire-voie pratiquée en A dans lancien murdadossement comble du bas côté, il était nécessaire supprimer le du decomble à pente simple, de le remplacer par une couverture B à doublepente, ou par une terrasse. Létablissement du comble à double penteexigeaitun chéneauen G, et desécoulements deau compliqués.Ainsi, ense laissant entraîner aux conséquencesrigoureuses du principe quilsavaient admis, les architectes du xme siècle, chaque fois quils voulaientapporter un perfectionnement dans leur mode darchitecture, étaient ame-nésà bouleverser leur système de construction, de couverture, découle-ment des eaux; et ils nhésitaient jamais à prendre un parti franc. Dansles édifices religieux de lépoque romane, les eaux descomblessécoulaientnaturellement par légout dutoit sans chéneaux pour les recueillir et les 37conduire à lextérieur. La pluie qui fouettesur le grand comble A (fig. 37) ségoutte surles toitures des bas côtés B, et de là tombe àterre. Dès le commencement du xne siècleon avait reconnu déjà, dans les climats plu-vieux, tels que la Normandie, les inconvé-nients de ce systèmeprimitif, et lon avaitétabli des chéneaux à la base des comblesdes bas côtés seulement en C, avec gar-gouillessaillantesde pierre, dénuées scul- depture. Mais lorsquon se mit à élever detrès-vasteséglises,la distanceentre lescom-blesA et B étaittelle, queleau, poussée le vent, venait frapper les parmurs, les vitres des fenêtres largement ouvertes, et pénétrait à linté-rieur; lestuiles dérangées le vent tombaient du comble supérieur sur parlescomblesdesbas côtés, et causaient des dommages considérablesauxcouvertures : de 1200 à 1220 des assises formant chemin de couronnementfurentposées la basedesgrandscombles, leseaux séchappèrent à et lelong deslarmiers dont les sailliesétaient très-prononcées(voy. LARMIER,CBÉNEAU). ainsi que les écoulementsdeaux pluviales sont disposés Cestà la cathédrale de Chartres. Bientôt on creusa ces assises de couronne-ment posées la basedes combles, en chéneaux dirigeant les eaux par à
  • [ ARCHITECTURE ] - 206 -desgargouilles saillantes au droit desarcs-boutantsmunis de caniveaux(voy. ARC-BÛTTANT); ceschéneauxfurent bordés de balustrades,ce puisqui permettait détablir au sommetde lédifice un circuhtion utile poursurveiller et entretenir les toitures, dopposerun obstacleà la chute destuiles ou ardoises des combles supérieurs sur les.couvertures basses.Plus les édifices religieux devenaient importants, élevés, plus il étaitnécessaire rendre laccès facile à toutes hauteurs, soit pour réparer deles toitures, les verrièreset les maçonneriesà lextérieur, soit pour tendreet orner les intérieurs lors des grandessolennités. Ce nétait donc passansraisonsquon établissaità lextérieur une circulation assez largedans tout le pourtour desédifices religieux; à la base des comblesdescollatéraux en D (fig. 35 et 36), au-dessus triforium en E, à la basedes dugrandscombles F; à lintérieur en G, dansle triforium. Pour ne pas eninterrompre la circulation au droit des piles dans les grands édificesreligieuxdu xm" siècle,on ménageait passage lintérieur dansle un àtriforium, derrièrelespiles en H, à lextérieur en I, entre la pile et lacolonnerecevantla tètede larc-boutanl.Plus tard lesconstructeurs,ayant reconnu que ces passagesavaient nui souvent à la stabilité desédifices, montèrentleurs pilespleines,faisantpourtournerles passages-dans le triforium et au-dessus,derrière ces piles, ainsi quon peut lobserver dans lescathédrales de Narbonne et de Limoges; mais alors les bas côtés étaient couverts en terrasses dallées (fig. 38). Des besoins nouveaux, lex- périence des constructeurs, des habitudes de richesse et de luxe, modifiaient ainsi ra- pidement larchitecture reli- gieusependant le xmesiècle. Dans le domaine royal on remplaçait toutes les ancien- nes églises romanes par des monuments conçus daprès un mode tout nouveau. Les DEB établissementsreligieux qui,pendant xnesiècle, le avaient un si vif éclat, qui, possesseurs , jeté et alorsde biens immenses, avaientélevéde vastes églises, penchantversleurdéclindéjà au xmesiècle, laissaient seulssubsister monuments les quimarquaientlépoque leursplendeurles de ; prieurés, paroisses les pauvresconservaient force par leurséglises romanes, remplaçant en autantquilétait possible charpentes desvoûtes, les par commençant reconstruc- destionspartielles le manque ressources obligeait laisser que de les de ina-chevéessouvent; mais tous, riches ou pauvres,étaient possédés la de
  • - 207 - [ ARCHITECTUKE Jfureurde bàlir, et de remplacer vieuxédificesromanspar délégar.tcs lesconstructionsélevéesavec une rapidité prodigieuse. Les évèouesétaienth la t(He cemouvement, faisaient, de et dans touteslesp-ovinccs Nord, eurebâtir leurs cathédralessur de nouveauxplans que lon venait modifieret amplifier encore a peine achevées.Lesgrandescathédralesélevéesde1160à 12&0 nétaient pourvues de chapellesquau chevet. Les nefs, ainsique nouslavonsdit plus haut, nétaientaccompagnées de collaté- queraux doublesou simples. La cathédrale de Paris, entre autres, était dé-pourvue chapelles de même rond-pointprobablement; au celles Bourges deet de Chartres nont que de petites chapellesabsidales pouvant à peinecontenir autel. En 1230,la cathédrale Parisétaitachevée un de (voy.CA-THÉDRALE),en 1240 déjà on crevait les murs des bascôtés de la nef etpour établir deschapelleséclairées de largesfenêtresà mentaux parentre les saillies des contre-forts. Cette opération était continuée vers1260sur les côtés parallèles du chSur; les deux pignons du transseptétaient entièrement reconstruits avec roséset claires-voies au-dessous,lesfenôtressupérieuresde la nef et du chSur élargies et allongéesjus-quau-dessus archivoltes la galeriedu premierétage par suite,les des de ;voûtesdecette galerie modifiées; etenfin au commencement xivesiècle duon établissait grandes de chapellestout autour du rond-point.Tel étaitalorsle désir de satisfaire aux besoins et aux goûts du moment, quonnhésitailpasà reprendrede fond en combleun immense édificetoutneuf,pour le mettre en harmonieavecles dernièresdispositionsadoptées.Toutefois la construction des chapelles de la nef de la cathédrale de Parisdevance beaucoup ladoption de ce paiii dans les autres églises du dedomaineroyal. A Heims,la nef, dont la partie antérieure date de 1250environ, na pasde chapelles; à Amiens, on ne les établit que pendantle xive siècle. A cette époque,on nadmettait plus guère de bas côtéssanschapelleslesplansdesnefsdescathédrales Clermont-Ferrand, : dedeLimoges, Narbonne, Troyes,ont étéconçus de de uvre deschapelles;ceuxdescathédralesde Laon, de Rouen, de Coulances, de Sens, sontmodifiéspour en recevoir, de 1300 à 1350. Lesnefsdeséglises appartenant la règlede Clunyétaientprécédées àduneavant-nef porchefermé, ayant une très-grandeimportance, oucommeà Vézelay, à la Charité-sur-Loire,à Cluny même; ces porchesétaient surmontés deuxtours; quatretours accompagnaient outre de enlesdeuxcroisillons transsept, un clochercentralcouronnaitla croi- du etsée.Cettedisposition, date du xue siècle,nest pasadoptée qui danslc>églises la règlede Citeaux;les nefsne sontprécédée^ dun porche de quebas, fermé aussi, peu mais profondle pignon façade pas ; delà nest flanquéde tours, non plus que les bras de la croisée;une seuleflèchesélèvesurle milieu du transsept ainsi étaientconçues églises Clairvaux, : les dedeFontenay, Morimond, Pontigny,etc. Celuxe detoursnepouvait de deconvenir laustéritéde la règle de Citeaux les religieuxde cet ordre à :nadmettaient le strict nécessaire; seul clochersur le milieu de que un
  • [ ARCHITECTURE ] - 208 -léglisedevaitsuffire besoins monastère aux du (voy.ARCHITECTURE MONAS-TIQUE). cathédrales domaineroyal,à la fin du xii- siècle,prirent Les duaux grandes églises monastiques partie de leurs dispositions, re- une enpoussèrent dautres.Ellesdevaient largement être ouvertes la foule; ces àporches fermés,resserrés,interceptant issues, bien appropriés les si auxbesoinsdesmonastères, convenaientpasaux cathédrales on y renonça. ne :On se contenta de porchestrès-ouverts,comme à la cathédrale de Laon,commeà celle de Chartres(voy.cette CATHÉDRALE),même, versle com- oumencement du xine siècle, de portails évasés, souvrant directement surlesparvis,comme la cathédrale Paris,à Amiens,à Reims, Sens, à. de à àSées,à Coulances,. Bourges,etc. Mais telle élait linfluence des grandeséglisesabbatialesdans les provinces,que nous voyons leurs dispositionsse perpétuer dans les cathédrales,les collégialesou les simples paroissesélevéesdans leur voisinage. Les porches de Cluny et de Citeaux se retrou-vent dansla cathédrale dAutun, voisine de Cluny, dans la collégiale deBeaune,dans les églisesde Bourgogne et du Maçonnais; seulementcesporchessouvrent sur leurs trois faces,et ne forment plus une avant-neffermée.La règle deCiteauxa sur lesconstructionsreligieusesune influenceplus marquée encore,autour de sesgrands établissements.Dans le do-maine royal, les cathédralesadoptent lestours des grandeséglisesbéné-dictines clunisiennes.La cathédralede Laon possédaitet possède encoreen partie deuxtours autrefois couronnéesde flèchessur la façade,quatretours aux extrémités des bras de croix, et une tour carrée sur les arcs-doubleaux la croisée de centrale.Chartres présente mêmedisposition, lasaufla tour centrale. Reims,cette reine deséglises françaises,avantlin-cendie de la fin du xve siècle, était munie de ses six tours et dun clochercentral terminé par une flèche de bois; de même à Rouen. Cest en Norman-die surtoutque les tourscentralesavaientpris une grandeimportancedans églises les monastiquescomme danslescathédrales lesparoisses, ouet leursétagesdécorés galeries jour sevoyaient lintérieur, for- de à demant comme une immense lanterne donnant de lair, de la lumière etde lespace centre de lédifice. Les églisesSaint-Etienneet de la Tri- aunité de Caen, labbaye Jumiéges, cathédrales Coutances, de de les de deBayeux et quantitéde petiteséglises, », possèdent tourscentrales des quifont ainsipartie du vaisseau intérieur, et ne sontpasseulement clo- deschers,maisplutôt des coupoles lanternes ou donnantdela grandeur dela etclarté centre lédifice. revanche,les au de En clochers façade églises de desnormandes étroits,terminés desflèches pierreduneexcessive sont par deacuité.DanslIle-de-France, tourscentrales rares;quand les sont ellesexistent, sontplutôtdes ce clochers terminés des par flèches bois,mais dene sevoyantpasà lintérieur desédifices, tandisquelestoursdesfaçades>ont larges, hautes, construites luxe, avec puissamment empâtées, comme i Cette disposition primitiveBaveux modifiée iuiesiècle la construction à fut au pardune voûte au centre de la croisée.
  • - 209 - [ ARCHITECTURE ]dans les églisesde Notre-Damede Paris et de Mantes(voy. CATHÉDRALE,CLOCUER, FLÈCHE). A lest de la France, sur les bords du Rhin, là où larchitecture carlo-vingienne laissaitdesmonuments dunegrandeimportance, pendant lesxieet xnesiècles, églises des avaient étéélevées suivant un modeparticuliercommeplan et commesystèmede construction. Plusieurs de ces monu-mentsreligieux possédaientdeux absidesen regard, lune à lest, lautreà louest. Cétait là une disposition fort ancienne, dont nous trouvonsdestracesdans lHistoire de Grégoirede Tours1. Comme pour appuyerle texte de cet auteur, nous voyonsencore à la cathédralede Neversuneabside un trarisseptdu côté de lest, qui datent du xie siècle; le sol de etcetteabsideest relevésur une crypte ou confession.Lauteur du plan delabbayede Saint-Gall (voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE), le curieux dansdessin IXe du siècleparvenujusquà nous.traceune grande et petite église,chacune avecdeux absides,lune du côté de lentrée, lautre pour le sanc-tuaire. Sur le territoire carlovingien par excellence, les cathédralesdeTrêves de Mayence, et léglise abbatiale de Laach(xi% xne et xmcsiècles),entre autres, possèdentdesabsidesà loccident comme à lorient. Lescathédrales de Besançon et de Verdunprésentaient des dispositions pareilles,modifiéesaujourdhui, mais dont la traceest parfaitement visible. Cette dernièrecathédrale même se trouve avoir deuxtranssepts avant de ses absides; et enquatre tours plantées dans les anglesrentrants formés par les transseptsac-compagnaient deux ronds-points. Des lesescaliers vis, dune grande importance, àflanquaient les deux tours du côté delouest. Ce parti se trouve plus franche-ment accuséencore dans léglise cathé-draledeMayence, légliseabbatiale dansde Laach,et estindiqué déjà dansle plande labbaye Saint-Gall.Lorsquelon devisitela cathédrale Strasbourg, est de onfrappéde lanalogie des constructionsdu chSur avec celles des cathédrales deMayence de Spire,et il y a lieu de etcroirequau siècle,Notre-Dame Strasbourg xne de possédait deux ab- sessides comme plupart grandes la des églises rhénanes. (fig. 89) plan Voici le 1 Liv. II. Grégoire Tours, en parlantde léglisebâtieà Clermont saintXuma- de partius,dit : « Au devantest une abside formeronde» (inaateabsiriem de rntundomfia-bens). peut On entendre abside côte lentrée cequinexcluait labside «une du de », pasdusanctuaire. deTours, I, p. 180,édit.Renouard, (Grég. t. 1836.) l. - 27
  • [ ARCHITECTURE ] - 210 -de la cathédrale de Verdun telle quelle était à la fin du XIIesiècle,et dé-barrassée ton teslesadjonctions qui la dénaturent aujourdhui. En A, est dele sanctuaireautrefois fort élevé au-dessus sol de la nef, avec crypte duau-dessous, commeà Spire, àMayence, Besançonetà Strasbourg.Il existe àencoreàVerdun destracesdecettecrypte ou confession sousleschapellesBqui étaientrelevées niveaudu sanctuaire. G,le transsept lest; au En deD, la nef; E, lentrée ancienne; F, le transsept de louest; G, labside occi-dentale,convertie aujourdhui en vestibule; eu H, un cloître ; en B et en I,destours. Probablement.il existait au centre du transsept de lest, en G, uneCiupoleà panscoupés portéesur desarcsposés gousset surdeslrom- en oupillons, commeà Spire,à Mayence à Strasbourg.On le voit, cesdisposi- ettions ne rappelaientnullement cellesadoptées xuesiècledansleséglises audu domaineroyal, de la Normandie,du Poitou et delAquitaine. Il entraitdanscesplans un élément étranger aux traditions latines, et cet élémentavait été introduit danslAustrasie dèslépoque de Charlemagne cétait, :ou nen peut guère douter, le produit dune influence orientale, commeun mélangede la basilique latine et du plan de léglise byzantine.Maissi lesarchitectesde lAustrasie, par suite destraditions qui leur avaientététrans-mises,néprouvaientplus, au xiesiècle,de difficultés pour voûterlesabsideset lescoupolesdestranssepts. se trouvaient dansle même embarrasque ilstous leurs confrèresde lOccident, lorsquil fallait voûter desnefsétabliessur le plan latin. Dun autre côté, par cela même quils navaientpascesséde faire des voûtes, et que les traditions romaines sétaient assezbien con-servées Austrasie,ils firent lapplication de la voûte darêteantiqueavec enmoins dhésitation que les constructeurs de )Ile-de-France et de la Cham-pagne; ils arrivaient à la construire sansavoir passé la voûteen berceau, parcommeles architectes bourguignons et des provincesdu Centre, et sanschercher dans larc eu tiers-point un moyen de diminuer les poussées.Aussi,dans provinces lancienne les de Austrasie, courbeentiers-point lane vient-elle que fort tard, ou exceptionnellement, non comme une néces-sité, mais comme le résultat dune influence, dune modeirrésistible, versle milieu du xiiisiècle. Entre les monumentspurement rhénanset lescathédrales Strasbourget de Colognepar exemple,à peine si lon aper- deçoit une transition; il y a continuation du mode roman de lEst jusquaumoment où larchitecture du domaine royal étudiée, complète et arrivéeà sondernier degréde perfection, fait une brusqueinvasion,et vient poserses règles sur les bords du Rhin comme dans toutes les provincesdeFrance.Onrencontre bien parfois danslesprovinces austrasiennes lappli-cation du style adopté au commencement du xmesiècle dansle domaineroyal, mais ce ne sont que les formes de cette architecture, et non sonprincipe, qui sont admises;et cela est bien frappant dans la grande salleronde bâtie au nord de la cathédrale de Trêves, où lon voit toutes lesformes,les profils et lornementation de larchitecture française du com-menccmontdu xine siècle,adaptésà un plan et à desdispositionsde con-structions qui appartiennentaux traditions carlovingiennes.
  • - 211 - [ ARCHITECTURE ] Examinons donc comment les constructeurs lorrains, ou plutôt desprovincessituées entre le Rhin, la Champagneet les Flandres, avaientprocédéau xi siècle, pour résoudre ce problème tant cherché, de léta-blissement voûtes sur les nefsdesbasiliques latines. Nouslavons dit, despour lesabsidesdont la partie serai circulaire, sansbascôtéset sanscha-pellesrayonnantes, était voûtéeen cul-de-four, et dont lescotés parallèlesétaientpuissamment épaulés destours carrées par construitessur lespetiteschapelles souvrant dansles croisillons du Iranssept,nulle difficulté ; maispourles nefsavecleurs collatéraux, il fallait appliquer, lorsquon renonçaauxcharpentes apparentes(car danscescontrées,comme partout, les in-cendies ruinaient lesédificesreligieux de fond en comble), un systèmede "V J?"voûtes nepoussât lesmursen dehors.Cest qui pas dansunepauvreéglisepeuvisitée nous que allonssuivrepasà paslestentatives constructeurs desdelAlsaceet de la Lorraine. Il est intéressantdétudier certains édifices,peuimportantsdailleurs,maisqui, par lesmodifications quils ontsubies,découvrent transformations lesprogrèsdun art. Telleestla calhé- les etdralede Saint-Dié.Bâtiependant laseconde moitiéduxiesiècle,cetteégliseprésentait probablement la disposition planrhénanadopté alors du dan» lacathédrale Verdun. Labside de lest fut rebâtie au xiv siècle,sur les defondementsanciens quantà labsidede louest,elle a étéremplacée, ; sijamais fut élevée, unefaçade elle par moderne. Maisla partiela plusinté-ressante pour nousaujourdhui, la nef, existeencore : voici (fig. 40) le plandecette Nous nef. avons indiqué noir lesconstructions xiesiècle, en du etengrislesmodifications apportées planprimitif pendantle xn* siècle. au
  • [ ARCHITECTURE ] ~ 2[2LespilesA, B, supportaient voûtes des darêteconstruites suivantle modaromain,cest-à-direpar la pénétration de deux demi-cylindres,et séparéesentre elles par desarcs-doubleaux;desfenêtresjumelles éclairaient la nefsousles formerets de cesvoûtes qui étaient contre-butéespar desarcs-doubli-.iux latéraux bandésde A en Get de B en D. Les parallélogrammes.ACDBétaient couvertspar un plafond rampant formé simplement de che- 41vrons,ainsique lindiquela figurell. Maisalors,si la nef centrale étaitvoûtéefacilementpar suite de la dispositioncarréedechaquetravéeABBA,les collatéraux ne pouvaient lêtre que par une voûte barlongue, et la dif-ficulté qui avait arrêté les architectes de la Champagnequand ils avaientvoulu voûter les nefscentrales,évitée dansce caspour celles-ci,serepro-duisait dansles bascôtés.En admettant même que les obstacles empê- quichaientdefairedesvoûtes darêtesurun plan barlongeussent franchis étéen faisantpénétrerdesdemi-cylindres dont le diamètreeût étéGAdans -i.mds demi-cylindres dont le diamètre eût été AB, les formeretsCDeussenteu leur clef au niveau de celles desarchivoltes AB; dèslors le»
  • - 213 - ARCHITECTCUE ]combles, leur inclinaison, seraientvenus masquer fenêtresju- par lesmellespercées les formerets grandes sous des voûtes. système che- Le devronnage simplement ABenCD, formantplafondrampant, posé de et avaitlavantagede ne pasperdre la hauteur du comble desbascôtés. Ceschar-pentes furentdétruites un incendie, auxn* sièclelesconstructeurs, par etrenonçantaux plafonds rampants,voulurent aussivoûter les bascôtés; ilsétablirent alorsentrelespilesdu xiesiècle(fig. despilesplusminces ZiOj E,pourobtenirdesplansEtiDF carrés,surlesquels purentsans ils difficultéfairedesvoûtes darêtecomposées demi-cylindres de égaux pénétrant, seet dontlesclefsne sélevaient assez pas pourempêcher trouverla hau- deteurduncombledeH en K (fig. 62). Celtedisposition voûtesdarête de 1 Cetteconstruction encoremodifiéeauxniesiècle par la réfection nouvelles fut de"voûtes la nef contre-butées des sur par arcs-boutants; onretrouve mais facilement lestraces ces transformationssuccessives. de
  • [ ARCHITECTURE ] - 214 -à plancarrésurles nefset surles bascôtésau moyende la pile intermé-diaire posée entreles pilesprincipales, retrouveau xn" siècledansles secathédrales Mayence, Spire, dansla curieuseéglisede Rosheim, de deet dansbeaucoup dédificesreligieux dAlsace de Lorraine, non plus etcommeà Saint-Dié,obtenuepar suite dune modification au plan primitif, mais définitivement admise, comme un procédé pour voûter à la fois les nefs centrales et les collatéraux; et ce problème une fois résolu, les construc- _j I r leurs lorrains et alsacienslappliquè- J £ rentjusquau moment larchitec où [ ^V turedu domaine français royal fit . J invasionchezeux. Avant daller plus loin, nous de- vons expliquer ce que nous entendons par influence byzantine, architecture byzantine, pour Jaire comprendre comment cette influence sexerce sur larchitecture religieuse du territoire compris entre le Rhin, le Rhône et lOcéan. II existeen Orient trois planstypesqui ont étéappliqués églises. plus ancien est le plan circulaire, aux Ledont le Saint-Sépulcre Jérusalem un desmodèles plus connu*. de est lesLe second type est un dérivé de la basilique antique, mais avectransseptterminé deuxabsides par : telleestléglise la Nativité couvent de du deBethléem 43).Le troisième le planbyzantin (fig. est proprement se dit,composant coupole dune centraleposée tambour surpendentifs, sur ouavecquatreouvertures lesquatrepoints vers cardinaux, galeries laté-rales,uneou trois absides lest,et narthex côtéde lentrée. à du Telleestléglise Sergius,Constantinople 44), de à (fig. antérieurela grande à
  • - 215 - [ ARCUITECTLBE ]église Sainte-Sophie nous donnons (fig. i5). Tellessont, avec de que icicertaines modifications, les petites églises dAthènes dont nous présentons -»- ^d~-jy -»- *"-«lun destypes(église Kapnicarea) 46).Cesmonuments, de (fig. bien quotrès-différents leursdimensions la manière par et dont ils sontconstruits,dériventdu mêmeprincipe. Cesttoujours la coupolecentralesur tambourou pendentifs, épaulée desvoûteslatérales par enberceau, darête, ou en quart de sphère.Léglise ou " ,:circulaire terminéepar une coupole avec jour cen-tral ou fenêtrespercéesà la basede la voûte étaitplutôt un lieu consacré,une enceinte destinée àconserver, soit destraces divines, comme léglisede lAscension à Jérusalem , soit une sépulture,commele Saint-Sépulcre,quune église,dansla vé-ritableacception mot. Cependant du cetteformeprimitive,adoptée lépoquedeConstantin, dès eutune influence sur tous les édifices chrétiens élevésenOrient,danslesquelson retrouvele plus souvent lenceinte consa-crée,la coupolecentrale, à moins que par exception, commedans léglisedeBethléem, parti de la basiliqueromainenait été presquecomplè- letement appliqué (fig. 43). Dèslespremiers sièclesdu christianisme, il semblerait que le plan cir-culaireadopté en Orient eût cependant exercéen Occident une influencenotablesur larchitecture religieuse. Sans parler des nombreux édificescirculaires sousle règnedeConstantin, qui., furent élevés Rome,et qui, à 1 Voy. YArchitecturemonastique, M. Albert Lenoir. Paris,1852,p. 249 et suiv. par
  • [ ARCHITECTURE ] - 216 -après tout, étaient romains aussi bien que le Saint-Sépulcre, du vc auxne siècle on bâtit en Occident un assezgrand nombre déglisesrondes.A Paris, Childebert fit bâtir léglise Saint-Vincent (aujourdhui Saint-Germain lAuxerrois), que lon désignait sous le nom de Saint-Yincentle Rond1. A la gauchedu portail de la cathédrale de Paris, il existaitune chapellequi avait conservéle nom de Saint-Jean le Uond2. A labbaye Saint-Bénigne de Dijon, on voit encore létage inférieurde la rotonde commencée viie sièclederrière labside de léglise. Cette aurotonde avait trois étages,compris la crypte, avec galerie de pourtourcomme le Saint-Sépulcre3[voy. SÉPULCRE (Saint-)]. Gharlemagne avaitélevéléglisecirculaire dAix-la-Chapelle, imitéeau xnesiècledanslabbayedOttmarsheim.Au xic siècle, à Neuvy-Saint-Sépulcre,près de Château-roux, on jetait les fondementsdune église reproduisant les dispositionsdu Saint-Sépulcrede Jérusalem. Au xne siècle, on construisait la grandeégliseabbatiale do Charroux, dont la nef se terminait par une immenserotonde avecbascôtéstriples [voy. SÉPULCRE (Saint-)]. A la mômeépoque,au fond du Languedoc, léglise de Kieux-Minervois sélevait sur un plancirculaire précédédun petit porche. Et comme pour faire ressortirlim-portance de certaines traditions, nous voyonsencore en plein xT siècleCatherine de Médicis faire construire, au nord de léglise abbatiale deSaint-Denis en France, un monument circulaire avec bas côté à deuxétages,commele Saint-Sépulcrede Jérusalem, pour abriter la sépulturede son épouxet de sessuccesseurs.Quand lordre religieux et militairedu Temple fut institué, les commanderies de cet ordre prirent commetype de leurs églises,ou plutôt de leurs chapelles (car cesmonumentssont tousdune petite dimension), le plan du Saint-Sépulcrede Jérusalem(voy TEMPLE). si lon peut considérercesédificescirculaires comme Maisprocédantdune influence orientale, puisque lédifice mèrequi leur servaitdoriginal était en Orient, on ne peut toutefois les regarder commebyzantins,puisquele Saint-SépulcredeJérusalemestun monument de ladécadence romaine. De môme, si nous prenons léglise du monastèredeBethléemcommele type qui, au xnesiècle,a fait éleverles églises trans- àseptsterminés par des absidessemi-circulaires, tellesque les cathédralesde Noyon,deTournai, de Soissons,deBonn rie Khin,de léglisedeSaint- suMacairesur la Garonne,nous ne pouvonsguère non plus considérercetteinfluencecommeorientale, puisque léglise de la Nativité de Bethléemestune basilique romaine couvertepar une charpenteapparente, et ne diffé-rant de Saint-Paul hors des murs, par exemple, que par les deux absidesouvertesdans les deux pignons de la croisée. Les véritablestypes byzantins, cest Sainte-Sophiede Constantinople;ce sont les petites églisesde Grèceet de Syrie, élevéesdepuis le règne de 1 Le Théâtredes antiquités de Paris, par J. Dubreul. Paris,, 1634, liv. 1IJ. 2 Ibid., liv. I. 3 DonPlancher, Hist. de Bouryo-jne. Mabillon, - Annal. S. Benedicli, IV, p. 152. t.
  • - 217 - f ARCHITECTURE ]Justinien, ce sont des églises à coupole portée sur quntre pendentifs(voy.PENDENTIF).Or cesmonuments nont uneinfluencedirectebienmar-quée surlesbordsdu Rhin, par suitede la prépondérance que donnée auxarls dOrient par Charlemagne; dans la partie occidentale de lAquitainesurtout, par limitation de Saint-Marc de Venise, et en Provencepar lesrelations constantes des commerçants desBouches-du-Rhône avec la Grèce,Constanlinopleet le littoral de lAdriatique. Partout ailleurs si linfluencebyzantine fait sentir,cestà linsu desartistes se pourainsidire, cestparune infusion plus ou moins prononcéedue,en grande partie, à lintroduc-tion dobjets dart, détoffes,de manuscrits orientaux dansles différentesprovinces Gaules, par desimitationsde seconde des ou main, exécutéespardesarchitectes locaux.Aux.ieel.ucsiècles, relationsde lOccident lesavec lOrient étaient comparativement beaucoup plus suivies quellesne le sont aujourdhui. Sanscompter les croisades,qui précipitaient enOrient des milliers de Bretons., dAllemands, de Français, dItaliens, deProvençaux, ne faut pas perdre de vue limportance desétablissements ilreligieux orientaux, qui entretenaient des rapports directs et constantsavec les monastères lOccident; le commerce; lancienne prépondé- derancedesarts et des sciences danslempire byzantin; létal relativementcivilisé despeuplesarabes; la beauté et la richessedes produits de leurindustrie; puis enfin, pour ce qui toucheparticulièrement à larchitecturereligieuse,la vénérationque tous leschrétiens occidentauxportaient auxédifices élevés terre sainte. Un exemple, au premier abord, reposant ensur une basebien fragile, mais qui, par le fait, est dune certainevaleur,vient particulièrement appuyer ces dernières observations, et leur oterce quellespourraient avoir dhypothétique aux yeux des personnes qui,en archéologie, nadmettent avec raison que desfaits. DanslancienneégliseSaint-Sauveurde Nevers, écroulée en 1839, existait un curieuxchapiteaudu commencementdu xuesiècle, sur lequel était sculptéeuneégliseque nousdonnonsici (fig. kl . Cetteéglise est complètementorien-tale.Coupoleau centre portée sur pendentifsque le sculpteur a eu le soindindiquernaïvement les arcs-doubleaux par apparaissant lextérieur, ààla hauteurdescombles;transsept terminé par desabsides semi-circu-laires,constructionde maçonnerie qui rappelleles appareilsornésdeséglises grecques;absence contre-forts,si apparents celle époque de àdans églises les