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ARCHITECTURE FR.-VIOLLET LE DUC 6
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ARCHITECTURE FR.-VIOLLET LE DUC 6

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  • 1. li
  • 2. DICTIONNAIRE RAISONNÉ DELARCHITECTURE FRANÇAISE DU X I AU XVI" SIECLE VI Droits de traduction et de roprndiii i"n ir-
  • 3. (t - 7:.17. - InijT. MûTTEROZ MARTINET, rue S.i:i,t-Il.:ia.it. el 7, }JI~
  • 4. DICTIONNAIRE RAISONNÉLARCHITECTURE FRANÇAISE DU XIe AU XVIe SIECLE PAR E. VIOLLET-LE-DUC ARCHITECTE TOME SIXIEME PARIS M BRAI RI ES-1M PR n I ERIE S R ÉVN 1ES ANCIENNE MAISON MOREL .">. P.UE SAINT-BENOIT, .">
  • 5. DICTIONNAIRE RAISONNÉ DE LARCHITECTURE FRANÇAISE DU XIe AU XVIe SIÈCLE GABLE, m. Terme de charpenterie appliqué à la maçonnerie. 11y s.a encoreune associationde charpentiers à laquelle on donne le nomde Gavauds,et, dans le Berri, un homme qui a les jambes arquéesen dehors sappelleun gnraud. Le gableest originairement la réunion,à leur sommet, de deux pièces de bois inclinées. Le gable dune lucarnecomprend deux arbalétriers assemblés dans un bout de poinçon etvenant reposerau pied, à lextrémité de deux semelles(fîg. 1). Nous avonsvu ailleurs (voy. CATHKHRALE, CONSTRUCTION)la fin du quàxii siècleet au commencement du xme, on reconstruisit, dans les villesdu domaine royal et du nord de la France, toutes les cathédrales et ungrand nombre déglises paroissiales.Bien quen commençant ces édi-fices les ressources fussent abondantes, lorsquon atteignit le niveaudes voûtes hautes, largent vint à manquer, ou du moins ne put-on lerecueillir que beaucoup plus lentement. 11 fallut donc employer desmoyens provisoires de couvertures qui permissentdabriter les con-structions faites, tant pour éviter les dégradations causéespar la pluieet la gelée, que pour livrer ces édifices au culte. Dailleurs, dans lestrès-grands monuments, comme la cathédrale dAmiens, par exemple,il eût été imprudent délever les piles, les grandes fenêtres, le muret le bahut qui les surmontent, de poser la charpente supérieure >urces murs isolés, ou plutôt sur ce quillage, sans bander les grandesvoûtes et les arcs-boutants qui les contre-butent ; car la stabilité deces sortes dédifices ne consiste quen un systèmedéquilibre, de pres-sions opposées, dont nousavonssuffisamment expliqué le mécanisme$ larticle CONSTRUCTION. Il fallait donc souvent maçonner les hautes il.- i
  • 6. [ GABLt: ] - 2 -voûtespartiespar parties,puis attendrela récoltedesressources né-cessairespour élever les murs goutterots et les grandescharpentes.Alors on couvrait provisoirementchaque portion de voûte terminéeparle procédéle plus simple et le plus économique : au-dessusdes arcs.formerets on élevait des gablesde charpentedont le sommet était auniveau dun faîtageposésur des potelets suivant laxe principal de lavoûte. <>nréunissait ces sommets de gables avec ce faîtage, on che-vronnait, et lon posait du lattis et de la tuile sur le tout (flg. 2) [voyezU- tracé A . Les constructeurs avaient eu le soin de réserver, dans lesreins des voûtes, des cuvettes aboutissant à des gargouilles jetantles eaux diiveirment .--urle sol, comme à la sainte Chapelle de Paris, oudans les caniveaux de couronnements darcs-boutants, comme à Notre-Dame dAmiens (voy. le tracé B, en G). Ainsi pouvait-on attendre plu-sieurs mois, plusieurs année-, même, avant de se mettre à élever lestympans au-dessusdes fenêtres,les bahuts elles grandescharpentes;les voûtes étaient couvertes, et les maçonneries navaient rien à crain-dre de la pluie, de la neige ou de la gelée. Dès que les approvisionne-ments accumulés permettaient de continuer lSuvre, entre ces gables,et sans détruire les couvertures provisoires, on élevait les piles D et lesportions de bahuts G; sur ces portions de bahuts, dont larase supé-rieure atteignait le niveau des laitages des couvertures provisoires, ontaisait passerles sablièresdu comble définitif (voyezle tracé A, en H)ron posait la grande charpente,on la couvrait, et, celle-ci terminée, on
  • 7. - 3 - [ GABLE ]enlevaitpar dessous couvertures les provisoires, gablesde bois, rt lesTonposaitles tympans les fornlerets archivoltes fenêtres, sur ou de
  • 8. [ GABLI; ]ainsi quelesboutsde corniches de bahutsmanquants. tuyaux et Desménagés les dan» Li voyez tracé jetaientleseaux ché- le B) desueaux dans gargouilles qui avaient E les C, ainsi été utilisées avecle-couvertures isoires avec couvertures pro et les définitives. les Maisyeux- étaient habituésvoirces à gables boissurmontant forme- de lesretsdesvoûtes, interrompant ligneshorizontales corniches les des etbahuts,lorsquonlesenlevait,-omeutlescouronnements édifices desachevés(liaient paraître froids pauvres; architectes et les eurent donc]idée de substituer ces constructions à provisoires,dont leffet étaitagréable, Bibles pierre. des de Cest quePierre Montereau à ce de fitla sainte Chapelle Pari-, 1:215. exemple suivifréquem- de des Cet futment versla lin du m siècle, et notamment autour du chSur de lacathédrale dAmiens; puis, plus tard, à Cologne. Pendantla -e.-onde moitié du xme siècle, les gablesde pierre devin-rent ainsi un motif de décoration souvent employé. Les portails nordei -ml du li-anssept de la cathédrale de Paris, dont la constructiondate de l-2;>~.s,,nt surmontés de gables qui ne remplissent aucunefonction utile, mais qui terminent les archivoltes par de grands,trian-glesen partie ajourés,rompantla monotoniedes ligneshorizontalesde ces immenses pignons. Voici (lig..{) le gabledu portail méridional de Notre-Dame Paris. La debalustradeet la galerie passentderrière ce gable, qui nest autre chosequun mur triangulaire isolé,de Om,33 dépaisseur.Dautres gables,pluspetits, surmontent les niches qui accompagnent ce portail, et formentainsi une grande dentelure à la base de lédifice. Nous avons dit ail-leurs-comment les constructeursdu moyen âge sétaient servis de cesgables décoratifs pour charger les sommets des arcs-formerets et em-pêcher leur gauchissement. Les trois portails de la cathédraledAmiens, très-profonds, comprisentre de larges contre-forts saillants,sont couverts par des comblesàdouble pente ferméspar des gablespleins, donnant un angle presquedroit au sommi-l et décorésseulementpar des crochets rampants et unfleuron de couronnement. A la cathédrale de Laon, la même disposi-tion a été adoptée; mais larchitecte de la façadede la cathédrale deReims,vers litjU, voulut, tout en conservant principe, donneraux cegables trois portailsunerichesse des sanségale. Le gable du portail central (flg. 4) représentele Couronnementde laVierge, de grandeurcolossale, surmonté dune successionde dais séta-geant, en manière de gradins,jusquau sommet du triangle. La sta-tuaire est rondebosse les sailliessont prononcées point de faire ; aupresque oublier formeprimitive gable. leslignes larchitec- la du Ici deture sont détruites par la sculpture. 1 Vi.yoz FENÊTRE, 19. fig. Voyez CuNsThixTiu.v,108. %.
  • 9. - 5- L G-u:L:-i Le xivesiècle, en donnant gables tout aux une granderichesse de détails,eut toujours pour principe,cependant, laisseraux lignes de de
  • 10. [ GABLI: ] - G-larchitecture leur importance nécessaire. .gabledu portail dela LeCalende,à la cathédralede Rouen,est un des mieux composésparmi
  • 11. " - - [ GABLE ] ceuxqui nousrestent cette de époque 5).Il estentièrement (fig. ajouréau-dessus de la galerie, et orné de bas-reliefs dans des lobes au-des-
  • 12. [ GALERIi:] - 8-sous; sesrampantssont garnis de redents délicats, qui ont remplacéles crochets, comme au portail méridional de la cathédralede Paris. Au XVe siècle, les rampantsdes gables deviennentplus aigus encore,plus épais, plus chargés de moulures, et les découpuresintérieuresplus ajouréeset plus maigres. A la fin du xvesiècle, souvent les ram-pants des gablesforment des angles curvilignes concaves,en manièredacciilades allongées, au-dessus des archivoltes. (Voy. CONTHB-CODRBE;I.U.NSTRI-CTIUX, li^. 100, 108: FENKTFR, 19, 26; FLÈCHE, 4, 6; fig. flg.Lrr.ARM-:, Pu.VIN. i GALERIE, t. Passage couvert, de plain-pied, donnant à lintérieur s.ou à lextérieur, .servant de communication dun lieu à un autre, decirculation, aux différents étages dun édifice. Cest plutôt laspect mo-numental que le plus ou moins de largeur et de hauteur qui fait donnerle nom de//"//"" à un passage. dénomination de galerie enlralne Laavec elle lidée dun promenoir étroit relativement à sa longueur, maisdécoré avec une certaine richesse. On donne aussi le nom de galerieà tout passage de service, très-étroit dailleurs, mais très-apparent ettaisant partie de larchitecture dun édifice, nn dit la i/aleric desRois àNotre-Dame, la i/ali-rii des latéraux de la cathédrale de Rouen, bienque cette dernière galerie ne soit quun très-fâcheux passage. (Juantaux galeriesqui surmontent les lias cotésdans les églises,les archéo-logues sont convenus de leur donner le nom de triforium, que nousleur conserverons sans discuter la valeur de cette dénomination. Nous diviserons les galeries en galeries de service, contribuant à ladécorationextérieure ou intérieure des monuments,et en galeries pro-menoirs,dans les châteauxou les édificespublics ou privés. Les arcliiiecies du moyeu âge établissaient, dans leurs Brands mo-numents, des couloirs de service à différentes hauteurs, afin de rendrela surveillance el lentretien faciles. Les hautes façades des cathé-drales, par exemple, étaient divi-ee- en plusieurs étages de galeriesqui permettaient de communiquer de lintérieur à lextérieur, dentre-tenir les parements, de réparer les vitres des rosés, et de décorer aubesoin les façades,à laide de tentures, lors des grandescérémonies.Nos cathédrales françaises du Nord, bâties vers le commencementdu xine siècle, «elles dont les façades ont été terminées, sont décoréesde galeries superposées. Notre-Damede Paris, la façade, qui a été Aconstruite entre les années 1210 et 1225, présente, au-dessus des troisportails, une première galerie, fort riche, dont les entre-colonnementssont remplis de statues colossalesdes rois de Juda. Cette galerie estun véritable portique couvert par un plafond de dalles épaisses.Au-dessusest la galerie de la Vierge, sousla rosé; celle-ci est découverteet nestquuneterrasse munie dunebalustrade. troisièmegalerie, Uneen manière de portique très-svelte et très-riche, ceint la base des deuxtours et les réunit. Sur la façadede Notre-Dame dAmiens, au-dessus
  • 13. - 9 - [ GALERIK ]des trois porches, est une galerie de servicecouverte, richement déco-rée darcatures et de colonnettes; la galerie des Rois la surmonte, etcelle-ci supporte une terrasse comme à Paris. A Reims, à la basedesdeux tours occidentales,au-dessusde la rosé centrale, est la galeriedécouvertedite du Gloria. Cest de cette galeriequà certainesfêtes delannée, devant le peuple assemblésur le parvis, le clergé de Notre-Dame entonnait le Gloria in excelsis Une longue série de statuescolossales rois enveloppela basedu pignon et des tours au-dessus dede cette terrasse.A Notre-Dame de Chartres, on observeune disposi-tion analogue,mais dans des proportions beaucoupplus simples, et nesétendant quentre les deux tours. On peut donc ainsi se faire uneidéede cequesontlesgaleries danslesédifices religieuxdu moyenâge.Nousallons entrer dans de plus amples détails sur ces parties impor-tantes des constructions. 1 i " " " GALERIE Rois. -La DES plus ancienne galerie des Rois à laquelle onpuisse donner ce nom, en ce quelle sert en même temps de passagepour le serviceet de décoration, est celle de la façade de Notre-Damede Paris ; on ne saurait lui assigner une date postérieure à 1220.Ellese composedune suite de piles (fig. 1) portant un plafond de pierre surdes encorbellements, et devant chacune desquelles est plantée unecolonne. Les rois sont posésen A et abrités sous larcature portée parces colonnes.La figure 2 donne cette galerie en coupe; les statuesdes rois sont placées un peu en retraite du socle des colonnes, eten B est une circulation pour le service, derrière les piliers de ren-fort posésau droit des colonnes.La terrassedite de la Viergeest en C.La figure 3 présente laspect extérieur de ces galeries. Par son stylecomme par sacomposition, cette galerie est certainement la plus bellede toutes cellesqui existent sur les façades de nos cathédrales fran-çaises.On observeracomme cette arcature, basse,simple par la com-position générale, brillante par sesdétails, forme un encadrementfa-vorable autour des statues des rois. Quant à. son effet sur lensemblede la façade, il est excellent. La galerie des Rois de Notre-Damede vi. - 2
  • 14. L GALLhlt:j - 10 -Paris trace une zoneriche et solide cependantau-dessus trois por- destails et les couronne très-heureusement. La statuaire est bien à léchelledu monument, paraît grande, sanspour cela rapetisserles membresde larchitecture . Le siyle de la galerie des Rois de ^otre-Dame de Reims est toui * Voyez, Septième au entretien lArchitecture, sur lensemble cette de façade.
  • 15. - 11 - [ GALERIE ] autre. Reims, galerie A cette remplace quiàParis celle enveloppe labase -. ,.,-:"/" "-":, . N^:- Sfte^§ 7"-" .".;".., ,r.;destours : elle nest quune décorationet ne fournit pasune circula-
  • 16. - s«_ w- "lion continue. construction de la fin duxnr siècle; statuaire Sa date la
  • 17. - 13 - [ GALERIi:] en est médiocre.. Cette galerie étant donnéeen détail dans louvrage <1" M. J. Gailhabaud, il ne paraît pas nécessaire la reproduire ici. de Quant à la cathédraledAmiens, la disposition de sa galerie des Knjs est fort belle. Comme celle de Paris, elle surmonte les trois portails ; mais à Amiens, entre la galeriedes Rois et les gables des porches, esl une galerie intermédiaire du plus beau style di- lart du xin" (1235 en- viron).Lagalerie basse 4), celle Rois la terrasse (fig. des et supérieure Asont praticables et communiquent avec les étagesintérieurs destoui"«-.Derrière la galerie bassesouvrent de grandesbaiessans meneaux,quiéclairaient la nef centrale, à travers une autre galerie intérieure, avantla posede la tribune des grandesorgues. Dautres fenêtrescourtes sontouvertesderrière la galerie des Rois; celles-ri donnent sur une seconde 5 Intérieur m «pi m "galerie qui surmonte la galerie inférieure. Le plan (fîg. 5) expliquecette belle disposition, qui, malheureusement, est masquée aujour-dhui par le buffet dorgues. On remarquera (fig. i) que la galerie infé-rieure porte sur des piles composées trois colonnesgroupéesdevant deun pilastre ; des arcs de décharge richement décorés de redents etdanimaux sculptés sur le devant des sommiers reposent sur ces piles.Entre ces arcs de décharge,larcature est libre : cest un simple rem-plissage à jour porté sur une colonne monolithe et maintenu seule-ment sous lintrados des archivoltes par deux tenons dépendant desdeux morceaux supérieurs du cercle. Ainsi larchitecte navait pas àcraindre la rupture des parties de ce remplissage à jour sous la chargeou le tassement des parties supérieures. Une seule assise de pierreséparela galerie bassede celle des Rois. Le dallagedu passagedécou-vert supérieur porte sur des linteaux qui forment les sommiersde lar-cature des Rois. Chacun de ces sommiers est taillé en caniveau et re-jette extérieurement les eaux du dallage par les tètes de gargouillesqui décorent les faces au-dessus des tailloirs. 1 LArchitecture du vc au xvn siècle, at les arts qui en dépendent, t. I.
  • 18. [ GALERIE ] - 14 - GALERIES SERVICE ÉGLISES.-Avec galeriedesRoisde la cathé- DE DES ladrale dAmiens, nous voyons une de ces galeriesde serviceet décora-tives à la fois qui venaient couper les lignes verticalesdes façades.Cesgaleries pendant xnr siècle,sdntpassablement !"" variéesdansleurcomp"-iti"ii et leursdétails; elle- prennentuneimportanceconsidé-rable, comme la grande galerie à jour de la base des tours de Notre-Dame d>- l.ui-, e,.mme celles du portail de Notre-Dame de Dijon, ouelles ne sont que des portiques bas, trapus, comme la galerie de lataeade île Notre-Dame de Laon. La question dart et de proportions domine dans cescasla questionde service.Cependantces galeriesont toujours une utilité. Dans leursgrands édifices, les architectes du moyen âge établissentdes moyensdr circulation facile* à des niveaux différents, afin de pouvoir surveilleret entretenir le» i >n-tructions, les couvertures et les verrières, sansêtre uldigés, comme on le fait aujourdhui, de poser des échafaudagesdispendieuxet nuisibles, à cause des dégradationsquils occasionnentaux sculptures et parties délicatesde larchitecture. Les deux selleriessuperposées la faceoccidentalede léglise Notre- deDamede Dijon (me siècle) sont remarquablementbelles,comme com-position et sculpture. Nous donnons (fig. t>)lune de ces galeries, sur-montée dune haute frise dornements en façon de métopes poséesentre des figures saillantes. Ces galeries étaient destinéesà relier labase de deux tours qui nont jamais été élevées. A lextérieur des églisesrhénanes du xne siècle, sous les combles,régnent souvent des galeries de circulation, particulièrement autourdes absides. Ces galeries étaient prises alors aux dépens des reins desvoûtes en cul-de-four d:- ces absides; elles sont basses, formées de co-lonnettes portant une arcature plein cintre, et donnent de la richesseet dt- la légfi-eié aux couronnements de ces édifices. NIIUSobserverons que ce parti est adopté quelquefois dans le midide la France, notamment dans les monumentsreligieux construits enbrique. Ainsi, au sommet de léglise desJacobins à Toulouse, on voitune galerie de service, un véritable chemin de ronde, placé sous lechéneau,et qui, donnant dans des échauguettes placéesaux anglesdelédifice, permet de faire le tour de la construction près du sommet desvoûtes.Cette galerie A itig. "i prend jour du dehors,par les Sils B, etpermet dexaminer le- voûtes par les petites fenêtresC vitrées et sou-vrant sousles formerets; elle estportée sur de grandsarcsde déchargeD bandés dun contre-fort à lautre et abritant parfaitement les ver-rières placéesen E. Toute cette construction est de brique et présentelaspect le plus monumental. A lintérieur desgrandsvaisseaux gothiquesvoûtés,on trouve, au-dessus triforiums,particulièrement Bourgogne, galeriesde des en desservicequi passent derrièrelesformeretsdesvoûtes. Nousvoyonsdesgaleriesde ce genreà lintérieur de légliseNotre-Dame Dijon, de de
  • 19. " 15 - [ GALERIE JNotre-Dame Semur, Saint-Etienne de de dAuxerre(voy. CONSTRUCTION -fig. 78, 79 bis et 88). Dansles églisesde Champagneet de Bourgogne,nous voyons aussi que des galeries de service sont disposées dans les
  • 20. [ GALERIE ] - 16 -Us côtéset chapelles, au-dessus arcatures rez-de-chaussée, des desous appuisdesfenêtres les (voy. CONSTRUCTION, 87). fig. 86, paierie de ce genre, fort joliment composée, existe autour deslias côtés du chSur de léglise abbatiale de Saint-Jean à Sens1. Sousles formerets desvoûtesde cesbas côtéssouvrent des triples fenêtres;la galerie passeà traversleurs pieds-droits comme elle passederrièreles piles portant les voûtes (fig. 81. Nous ne pouvons omettiv iri les galeries de servicequi coupent àpeu près aux deux tiers de la hauteur des bas côtés les piles de la nefde la cathédralede Rouen,qui passent sur des arcadeset pourtour-nent cespiles du côté du collatéral. Cette disposition singulière, etdont on ne sexpliqueguèreaujourdhui le motif, a paru asseznéces-saire alors (vers 1220} pour que lon ait cru devoir bander des arcs sousles archivoltes et donner aux encorbellementspourtournant les pilesune importance et une richesseconsidérables.La figure perspective9donne, en A, le plan de la galerie au niveau B de la naissancedesarcades.En C, devait exister une balustrade, dont les supports sont en 1 Actuellement chapellede lhospice(1230 environ).
  • 21. - 17 - [ GALERIE ]place, mais qui na, croyons-nous,jamais été posée.La nef de léglise 8Saint-Etienne Mont à Paris, qui date du xvie siècle, du présenteune vi. - 3
  • 22. [ GALERIE ] - 18- disposition analogue. galeries pouvaient Ces ne servirquà faciliter la tenture des nefs, lesjours de fête.
  • 23. - 19 - [ GALERIE J On observera encore,à ce sujet, combien les arcbitecles du moyenâge apportent de variété dans lensemble comme dans les détails deleurs conceptions.Leurs méthodessouplesleur donnent toujours desmoyens neufs lorsquil sagit de satisfaireà un besoin, de remplir lesdiversesparties dun programme. GALERIES SERVICE DE DES PALAIS. - - On établissait souvent, dans leschâteauxet palais du moyen âge, des galeries de service donnant surles piècesprincipales (voy. CONSTRUCTION, et 120). Ces galeries fig. 119desservaient un ou plusieurs étages. Au sommet des bâtiments fortifiésdes xive et xvesiècles, elles devenaient des cheminsde ronde propresà la défense et étaient munies alors de mâchicoulis (voyez CHATEAU,DONJON, MACHICOULIS). voyons dans quelques châteauxles restes Nousde ces galeries de service; elles sont quelquefois prises dans lépais-seur même des murs, passent à travers des contre-forts, comme danslexemple cité ci-dessus(fig. 120, CONSTRUCTION), portéessur des ou sontencorbellements. Dansle bâtiment méridional du palais des Papesà Avignon, du côtéde la cour, on trouve encore une jolie galerie du xive siècle, qui don-nait entrée dans les sallesdu secondétage.Nous reproduisons(fig. 10)la coupe transversale de cette galerie voûtée en arcs dogive et éclairéepar de petites fenêtres ouvrant sur la cour. Le dessus de cette galerieservait de chemin de ronde découvert, crénelé et décoré de pinacles. Ces sortes de galeries de service aboutissaient à des escaliers et secombinaient avec ceux-ci. Vers la fin du xivesiècle, on augmenta lalargeur de ces couloirs, et lon arriva, à la fin du xve siècle, à en fairede véritables promenoirs. Cet usage fut adopté définitivement au xvi*siècle, comme on peut le voir aux châteaux de Blois, de Fontainebleau(galeriede FrançoisIer),de Chambord,etc. Alors on les enrichit de pein-tures, de sculptures, on les garnit de bancs. Les galeries remplacèrentainsi fort souventla grand salle du château féodal. Sauvairapporte1 qu « en 1432le duc de Bethfort fit faire, au palais<"desTournelles, une gaïerielongue de dix-huit toises et largede deux« et demie : on la nomme la galler ie des Courges, parce quil la fit« peindre de courgesvertes: elle étoit terminée dun comble peint de« ses armes et de ses devises, couverte de tuiles assises à mortier de« chaux et ciment, et environnée de six bannières rehaussées de ses« armoiries et de celles de sa femme. Mais dans les siècles passés,ajoute« cet auteur, il ny en a point eu de plus magnifique que celle qua-« chevaCharlesV dans lappartement de la reine à lhôtel Saint-Pol. »Cette galerie était peinte depuis le lambris jusquà la voûte, de façonà représenter un bosquet tout rempli de plantes, darbres fruitiers, defleurs, parmi lesquels sejouaient des enfants; la voûte était blanc etazur. « Outre cela, continue Sauvai, le roi Charles V fit peindre encore 1 Hist. et Antiq. de la ville de Paris, t. II, p. 281.
  • 24. [ GALERIE ] - 20 -« unepetitealléeparoù passoit reinepourvenirà sonoratoirede la« légliseSaint-Paul. de côté et dautre,quantitédanges Là, ten-« doient une courtine des livréesdu roi : dela voûte, ou pour mieux dire« duncieldazurquony avoitfiguré,descendoit légiondanges une II II 1 1 [ç-ncc^-? | 1 1 1 , 1 |;Sv | " 1 - ~ 1 1 1 1 1 1 ".^.4 « jouant desinstrumens chantant antiennes Notre-Dame. et des de Le« cieJ, reste, au aussibien de lallée que de la gallerie,étoit dazur( dAllemagne (outremer) valoit dix livresparisisla livre, et le quiK tout ensemblecoûta six-vingt écus. » Lesgaleries habitations des privées, destinéesdesservir à plusieurspièces commandant, se étaienthabituellement disposées forme endappentis donnant portiquerez-de-chaussée,à abriter un à propre les
  • 25. - 21 - [ GARGOUILLE |provisions de bois de chauffage,à faire sécherle linge, etc. Ces gale-ries, légèrement construites en bois sur des colonnesde pierre ou surdes poteaux, navaient que la largeur dun corridor, 1 mètre à lm,50.(Voy. MAISON.) GALETAS, Étage s. m. dunemaison, le comble, sous destiné garder àdes provisions, à tendre le linge. Beaucoupde maisonsdu moyen âge,particulièrement dans le midi de la France, où le besoin de fraîcheur sefait sentir, possédaientleurs galetassous les combles. (Voy. MAISON.) GARDE-CORPS, GARDE-FOUS, m. -- Voy. BALUSTRADE. s. GARGOUILLE, f. ((jargolle,guivre, canon, lanceur). Ce nest guère s.que vers le commencementdu xme siècleque lon plaça des chéneauxet, par suite, des gargouilles à la chute des combles.Jusqualors, dansles premiers sièclesdu moyen âge, leau des toits ou des terrassességouttait directement sur la voie publique au moyen de la sailliedonnée aux corniches (voy. CHÉNEAU). la cathédrale de Paris, du Atemps de Maurice de Sully, cest-à-direlors de lachèvementdu chSuren 1190,il ny avait point de chéneauxni de gargouilles; plus tard, dansle même édifice, vers 1210 encore, les eaux des chéneaux sécoulaientsur la saillie des larmiers, au moyen de rigoles ménagéesde distanceen distance.Nous voyons apparaîtreles gargouilles,vers 1220,sur cer-tainespartiesde la cathédrale Laon. Cesgargouilles de sont larges,peu nombreuses, composéesde deux assises,lune formant rigole,lautre recouvrement(flg.l). Déjàcependantces gargouilles affectentlaforme danimaux fantastiques, lourdement taillés, comme pour laisservoir leur structure. Bientôt les architectes du xme siècle reconnurentquil y avait un avantageconsidérable diviserles chutesdeau.Cela, àen effet, dispensait des longues pentes dans les chéneaux et réduisaitchacune des chutes à un très-mince filet deau ne pouvant nuire auxconstructions inférieures. On multiplia donc les gargouilles; en lesmultipliant, on put les tailler plus fines, plus sveltes, et les sculpteurssemparèrentde ces pierres saillantes pour en faire un motif de déco-ration des édifices.La variété des formes données aux gargouilles est
  • 26. [ GARGOUILLE J - 22 -prodigieuse;nous nen connaissons deux pareillesen France,et pasij-Smonuments moyenâgeen sont couverts. du Beaucoup cesgar- degouilles sont des chefs-dSuvre sculpture;cesttout un monde dedanimauxet de personnages composés avecune grandeénergie, vi-vants, taillés hardiment par desmains habiles et sûres.Cesêtres satta-chent adroitement aux larmiers, se soudent à larchitecture et donnentaux silhouettes des édifices un caractère particulier, marquant leuispoints saillants, accusant les tètes des contre-forts, faisant valoir leslignes verticales.Onpeut juger de lhabileté des architecteset dessculp-teurs dans la combinaison et lexécution de ces lanceurs par la diffi-culté quon éprouve à les combiner et les faire exécuter. Dansles pas-liches modernes que lon a faits des édificesgothiques, il est fort rarede voir des gargouillesqui selient heureusementà larchitecture : elles sont, ou mal placées,ou lourdes, ou trop grêles, ou molles de forme,pauvres dinvention, sans caractère; elles nont pas cet aspectréel siremarquable dansles exemplesanciens : ce sont des êtresimpossibles,ridicules souvent, descaricatures grossières dépourvuesde style. Certains calcaires du bassin de la Seine, comme le liais cliquart, seprêtaient merveilleusementà la sculpture de ces longs morceaux depierre en saillie sur les constructions. Il fallait, en effet, une matièreassez ferme, assez tenace pour résister, dans ces conditions, à toutesles causes de destruction qui hâtaient leur ruine. Aussi est-ce à Parisou dans les contrées où lon trouve des liais, comme à Tonnerre, parexemple, que lon peut recueillir encore les plus beaux exemplesdegargouilles. Dailleurslécolede sculpturede Paris, au moyen âge,asur celles des provinces voisines une supériorité incontestable, sur-tout en ce qui touche à la statuaire. Les gargouillessont employéessystématiquementà Paris vers 1240;cest à Notre-Dameque nous voyons apparaître, sur les corniches su-périeuresrefaites vers 1225,des gargouilles, courtes encore, robustes,
  • 27. - 23 - [ GARGOUILLE ]mais taillées déjà par des mains habiles (fig.2). Cellesqui sont placéesà lextrémité des caniveauxdes arcs-boutantsde la nef, et qui sontà peuprès de la même époque, sont déjà plus longues, plus sveltes,et soula-géespar des corbeaux qui ont permis de leur donner une très-grandesaillie en avant du nu des contre-forts (fig. 3). A la sainte Chapelledu Palais à Paris, les gargouilles sont plus élan-cées,plus développées ce ne sont plus seulement des bustes duni- :maux, mais des animaux entiers attachéspar leurs pattes aux larmierssupérieurs; leurs têtes se détournent pour jeter les eauxle plus loinpossible des angles des contre-forts (fig. 4). Quelques-unes cesgar- degouilles sont évidemment sculptéespar des artistes consommés.
  • 28. [ GARGOUILLE J - 24 - Nous avons indiqué, à larticle GABLE,comment les constructeursgothiques,lorsquils élevaientles grandesvoûtes des nefs,ménageaient,provisoirement, des cuvettes dans les reins de ces voûtes, avec gar-gouilles extérieures pour rejeter les eaux pluviales dans les caniveauxdes arcs-boutants jusquà lachèvement des combles définitifs. Ces gar-gouilles provisoires devenaient définitives elles-mêmes, lorsque ché- lesneaux supérieurs étaient posés, moyen au dune conduite presquever-ticale, descendantchéneau du jusquà gargouilles. (fig.5) ces Voici unedecesgargouillesdouble provenant parties à fin, des supérieures la denef de la cathédraledAmiens (1235environ). Lesgargouilles doublées chaque des sont de côté contre-forts, commeàla sainte Chapelle comme dela salle de Paris, autour synodale deSens, autourdeschapelles chSurdeNotre-Dame Paris;ou elles du detraversent deces laxe contre-forts, à Saint-Nazaire comme déCarcas-sonne dans dautres et tant édifices xnr etxive des siècles, alorselles et
  • 29. - 25 - [ GARGOUILLE ]portent sur une console(fig. 6); ou ellessontappuyéessurla tête même 6de cescontre-forts, comme autour des chapellesdu chSur de la cathé-drale de Clermont (fig. 7) [fin du xnr siècle]. zxtoi Cest vers ce temps que la composition des gargouilles devient pluscompliquée,que les figures humainesremplacent souvent celles dani-maux, ainsi quon le voit dans ce dernier exemple, qui nous montreun démonailé paraissant entraîner une petite figure nue. Il existe autour des monuments de cette époquebon nombre de gar-gouilles qui sont de véritables morceaux de statuaire. Léglise Saint- vi. - 4
  • 30. [ GARGOUILLE ] - -2U-Urbain de Troyes porte, au sommet des contre-forts de labside, desgargouilles fort remarquables;nous donnons lune delles (fig. 8). Pendant le xive siècle, les gargouilles sont généralementlongues,déjà grêleset souventchargéesde détails: au x" siècle, elles samai-grissentencoreet prennent un caractèreétrangede férocité. Bien que1rs détails en soient fins et souvent trop nombreux, cependant leurmasse conserveune allure franche, dune silhouette énergique; lesailes, les pattes desanimaux sont bien attachées, les têtes étudiées avecsoin(fig.9 et 9 bis). Cespartiesimportantes la sculpturedu moyen deâgeont toujoursététraitées desmainsexercées; conservent par ellestrès-tard leur caractère original, et encore aux premiers temps de larenaissance on voit, sur les édifices, des gargouilles qui affectent lestyle du xv< siècle.Ce nest que pendantla secondemoitié du xvrsièclequeles sculpteursrepoussent absolumentles anciennesformesdonnéesaux lanceurs,pour adopter des figures de chimères rappelantcertainesfigures antiques,ou desconsoles, de simplestuyauxde oupierre en forme de canons. Pendant moyen âge on na pas toujourssculptélesgargouilles le ;
  • 31. - 27 - [ GARGOUILLE ]quelquefois,dansles endroits qui nétaient pas exposésà la vue, les r.sxnaar.gargouilles sont seulement épannelées.Il en est un grand nombre decettesortequi affectent formetrès-simple une (fig.lOJ-Les gargouillessont fréquentes dans lIle-de-France, dans la Champagne et sur lesbords de la basseLoire; elles sont rares en Bourgogne, dans le centreet le midi de la France; ou si lon en trouve dans les monuments Notre-Dame de Paris.
  • 32. [ GIROUETTE ] - 28 -doutre-Loire, cest quelles tiennent à des édificesélevésaux xme,xiv"et xvesièclespar desarchitectesdu Nord, comme la cathédraledeCler-mont, celle de Limoges, celle de Carcassonne (Saint-Nazaire),celle deNarbonne.Là où les matériaux durs sont peu communs, comme en Nor-mandie,par exemple,les gargouilles sont courtes,rarement sculptées,ou manquent absolument,les eaux ségouttant destoits sanschéneaux. Les chéneaux de plomb, posés sur les édifices civils ou religieux,portaient aussileurs gargouilles de métal. Nous en possédons fort peuaujourdhui de ce genredune époqueantérieure au xvie siècle.En voiciune (fig. 11) qui sevoit à langle dune maison de Vitré ; elle date duxv" siècle et est faite de plomb repoussé (voy. PLOMBERIE). ne Nousconnaissonspas de gargouilles de terre cuite du moyen âge. Dans lesédificesde brique, les gargouillessont de pierre, ainsi quon peut levoir aux Jacobins de Toulouse, au collège Saint-Rémond, et dansbeaucoup dautres édifices anciens de la même ville. GAUFRURE, f. Application de pâtes sur la pierre ou le bois, for- s.mant des ornementssaillants, des fondsgaufrés, ordinairement dorés.(Voy. APPLICATION, PEINTURE.) GIRON, m. Est la largeur dune marche descalier.Le giron est dit s.droit, lorsque la marche est dune égale largeur dans toute sa lon-gueur; triangulaire, lorsquela marche est renfermée dansune cagecirculaire. Alors on mesurele giron de la marche au milieu de sa lon-gueur. GIROUETTE, f. (wire-wire). Plaque de tôle ou de cuivre munie dune s.douilleou dedeuxanneaux, roulantsur une tige de fer placée et ausommet dun comble. girouettes Les sont destinées indiquer doù àvient le vent. Pendantle moyen âge, il nétait paspermis à tout lemonde de placer des girouettes sur les combles des habitations. Lagirouetteétait un signede noblesse, saforme nétait pasarbitraire. et
  • 33. - 29 - [ GIROUETTE ]« Les gentilshommes», dit le Laboureur1, « ont seulsdroit davoir des« girouettes sur leurs maisons: elles sont en pointes comme les pen-« nons, pour les simples chevaliers, et carréescomme les bannières,« pour les chevaliers bannerets. » - « On sait », dit encore Sainte-Pa-laye2, « que le premier acte de possessiondun fief, dune seigneurie,» dune place prise à la guerre, était marqué par la bannière du nou-» veau seigneur, arborée sur le lieu le plus éminent, sur la tour la plus» élevée. » Les girouettes anciennes sont rares : habituellement ellesétaient peintes aux armesdu seigneurou découpées façon à figurer deles pièces de cesarmes ; quelquefois on les surmontait dune couronne^mais celaversla fin du xvesiècle. La plupart des girouettes ouwire-wireanciennessont disposées telle façon que la partie pleine est main- detenueen équilibre par des contre-poids, de manière à faciliter le rou-lement sur le pivot de fer (fig. i). Les girouettes du moyen âge sontpetites,haut montées sur les tiges de fer et accompagnées dépis deplomb(voy. ÉPI). LHôtel-Dieu Beaune de conserveencore anciennes lesgirouettes sescombles, de peintesaux armesde NicolasRollin, chan-celierde Bourgogne.(1441) girouettessont carrées,avecun seul ; cescontre-poids, et décoréesaux deux angles extrêmesde feuilles décou-pées. Voici lune delles (fig. 2). Nous avons encore vu au château 1 Originesdesarmoiries, p. 93. Voy. Salvaing, Chambolas la Peirère. et * Mémoires sur lancienne chevalerie, t. Ier, p. 360 (notes).
  • 34. [ GOTHIQUE ] - 30 -dAmboise, 1833, girouettes commencementxvi siècle, en des du duaux armesde France découpées couronnées(fig. 3). Il y a longtemps et I «a.que tous les bourgeois de France peuvent mettre des girouettes surleurs maisons, et ils ne sen font pas faute. GNOMON, m. Style scellé dans une dalle et donnant lheure du s.jour par lombre quil projette sur un cadran. Nous voyons, dans lesOU quau xme siècleil y avait des gnomonssur les grandschemins. ni,Louis IX, en 1207, fait faire une enquête par un certain chevalier,Guiters de Vilète, bailli de Tours, et un chanoine de Loches, Théobaldde Compans,pour savoir si le roi a le droit de faire enlever les stallesde chevaux fixées à terre et les cadrans solaires supportés par descolonnes, toutes choses qui obstruent les chemins. Nous voyons descadrans solaires des xive et xve siècles aux angles de certains édificesdu moyen âge, notamment à langle du clocher vieux de la cathédralede Chartres et à langle du cloître de la cathédrale de Laon (voyezCLOITRE, 16). fig. GOND, s. m. Morceau de fer coudé, dont la patte est scellée dansla pierre et dont le mamelon cylindrique ou légèrement conique entredans lSil de la penture dune porte. (Voy. SERRURERIE.) GORGE, f. Moulure concave. On donnait aussi le nom de gorge, s.autrefois, à la partie de la hotte dune cheminée comprise entre latablette et la corniche de couronnementsous le plafond. GOTHIQUE (ARCHITECTURE). Vny. ARCHITECTURE. --
  • 35. - 31 - [ GOUT] GOUSSET, m. Piècede bois horizontale poséediagonalementpour s.maintenir le roulement dune enrayure composéede piècesassembléesdéquerre(fig. 1). A est un gousset. (Voy.CHARPENTE.) GOUT, m. Un homme desprit a dit: « Le manque de goût conduit s.au crime. » Le mot étant vrai, à notre sens, nous sommes entourés decriminels ou de gens disposésà le devenir. Le goût est lhabitude dubeau et du bien ; pour être homme de goût, il est donc essentiel dediscernerle bien du mal, le beau du laid. Le goût (car les définitionsne manquent pas, si la qualité est rare) est encore le respect pour levrai. Nous nadmettons pas quon puisse être artiste de goût sans êtrehommede goût, car le goût nest pas un avantage matériel, commeladresse de la main, mais un développement raisonné des facultésintellectuelles. Cest ce qui fait que nous rencontrons dans le mondenombredartistes habiles qui, malgré leur talent, nont pas de goût, etquelquesamateursqui sont gens de goût, sanspour cela pratiquer K».arts. On considère, en général, parmi les artistes, les amateurs commeun fléau, comme des usurpateurs dont linfluence est pernicieuse. Non-seulement nous ne partageonspas cetteopinion, mais nous croyonsquesi le goût tient encore une place en France, cest principalement aupublic que nous devonscet avantage.Nousprétendonsne parler ici quede larchitecture. Nous ne saurions admettre quun architecte obéissantà des intérêts étroits, à des passions mesquines, dont le caractère nestni respectableni respecté, puisse mettre du goût dans ses Suvres.Lhomme de goût ne ment pas à sa conscience,il exprime sespenséespar les moyens les plus naturels. Avoir du goût dans les arts, cestaimer le vrai, cest savoir lexprimer simplement ; cest repousser lexa-gération,toujours fausse; cest laisser voir le côté moral de lhomme,sa raison, ses affections, ses tendances et son but. Si donc ce côtémoral est faible, si la raison est obscure, si les affections sont basseset le but vulgaire ou odieux, il est difficile que le goût soit satisfait. Le bon goût, comme la vérité, ne simpose pas, il persuade; et lejour où lon vient dire : » Voici lexpression du bon goût », on ne secontenterapas de votre affirmation, il faudra plus que cela; il faudraque cette expressiondu bongoût soit discutée, prouvée par un accord
  • 36. [ GOUT ] - 32 -intime entrevos principeset la forme quils adoptent.Vos principesétant vicieux, si belle que soit la forme, le goût fait défaut. Faites quela formesoit le langage lidée, et vousserezartistede goût; encore defaut-il avoir des idées,les avoir bonneset les exprimer en bon langage. On a pensé, depuis longtemps déjà, quil suffisait,pour faire preuvede goût,dadopter certains types reconnus beaux de nejamaissen etécarter. Cette méthode, admisepar lAcadémie des Beaux-Arts en cequi toucheà larchitecture, nousaconduits prendre à pourlexpressiondu goût certainesformules banales, exclurela variété,linvention,et àà mettre hors la loi du goût tousles artistes qui cherchaientà exprimerdes besoins nouveaux par des formes nouvelles, ou tout au moinssoumises à de nouvelles applications. Depuis le xvne siècle, on a mis en honneur bien des hypocrisies,et nous avons lhypocrisie du goût, comme nous avonslhypocrisiereligieuse. Ce sont des découvertesdont, à la rigueur, nous nousserions passés.Mais de même que lhypocrisie religieuse, cest-à-direlobservation extérieure des formules sans les principes, conduit à lin-crédulité et à la débauche, de même lhypocrisie du goût amène à ladépravation; et pendant que lAcadémie des Beaux-Arts contraint sesinitiés à se soumettre à des formules dont elle nexplique même pasle sens, nous voyons, autour de nous, larchitecture se livrer au plusétrangedévergondage, non-seulementen dehorsdu sanctuaire desini-tiés, mais dans leur sanctuaire même. Le goût (en architecture), aulieu dêtre une loi découlant dun principe vrai, général, admis par touset applicable à toute chose, est devenu le privilège dune école exclusive.II a été convenu, par exemple, que les ordres de lantiquité romaineétaient Suvres de goût ; ce que nous admettons sans difficulté, si ces or-dres ont une raison dêtre; ce que nous nadmettons pas, si rien nejustifie leur emploi. Lart, réduit à certaines pratiques, déclarées seulesorthodoxes en matière de goût, sest atrophié, descendantdun degré àchaque générationdinitiés ; on est devenuarchitecte de goût en suivantune ornière de plus en plus étroite et profonde, et à la condition de nenjamais sortir. Quelques architectes trouvent peut-être à cela un avan-tage, car rien nest plus doux et facile, dansles arts, que de faire partiedune coterie puissante; mais on peut affirmer que lart y a perdu. AveclAcadémie Beaux-Arts, des gardienne jalousedu goût depuisun assezlong temps, dit-elle, larchitecture, encore si vivace au milieu du xvnesiècle, est tombée peu à peu dans un affaissementquinous a conduitsde chuteen chute à lanarchie,à lobéissance aveugle à la révolte. ouMaisquant au goût, au bon goût, cest-à-dire à cetteconnaissance exactedes besoins, idées, génie notrecivilisation, cetteexpression des du de àvraieet tempérée cequelle a droit de nousdemander, faut cher- de ilcherlongtemps le trouver etsi, par aventure, goûtdu vrai se pour ; cefait jour, il étonne la foule, et excite la censure, sinon les colères deceuxqui sedonnentcomme seulsdépositaires sainesdoctrines. les des
  • 37. - 33 - [ GOUT ] Toute forme darchitecture qui ne peut être donnée comme la con-séquencedune idée, dun besoin, dune nécessité,ne peut être regar-dée comme Suvre de goût. Sil y a du goût dans lexécution dunecolonne, ce nest pas une raison pour que la colonnade dont elle faitpartie soit une Suvre de goût ; car, pour cela, il faut que cette colon-nade soit à sa place et ait une raison dêtre. Si lon vient dire : « Cepalais est mal distribué, incommode; les servicesne sont pas à leurplace, les pièces sont obscures, la construction e-i n iruse, mais il oidécoré avec goût », cest à peu près comme si lon prétendait quunlivre est rempli derreurs, que les idé.-s de lauteur sont confuses, sonsujet mal développé,mais quil est écrit avec élégance.La premièreloi, pour un écrivain, cest de savoir ce quil veut dire et de se fairecomprendre; la clarté est une des condition- du goût en littératurecomme en architecture. Pour exprimer ses idées avec clarté, avec élé-gance,faut-il avoir des idées, faut-il que ces idéesprécèdent la formequi devra servir à les exprimer. Mais si, au contraire, nous nous préoc-cupons de la forme avant de savoir ce quelle devra exprimer, nous nefaisons pas preuve de goût. Si les portiques des Romains, élevés prèsdes places publiques; si ces vastes promenoirs couverts, accessiblesà la foule, laissant circuler lair et la lumière sous un beau climat, mar-quaientle goût des maîtres du monde en fait de constructionsurbaines,la colonnade du Louvre, élevée sur un rez-de-chaussée, inaccessible aupublic, nabritant les rares visiteurs qui la parcourent ni du soleil nide la pluie, nétant pas en rapport de proportions et de dimensions avecles autresparties du palais, ne peut raisonnablementpasserpour uneSuvre de goût. Nous admettrons bien, si Tonveut, que lordre estétudiéavec goût, cest-à-dire quil est en rapport harmonieux de propor-tions avec lui-même, mais ce portique, comme, portique appliqué àun palais, est de très-mauvais goût. « S-d nunc non erat hic locus... « II est destemps, heureux pour lart, où le goût na pas besoin dêtredéfini ; il existe par cela même que lart est vrai, quil se soumet auxenseignements la raison, quil ne répudie pas son origine et ne parle dequautant quil a quelque choseà dire. Danscestemps on ne se pré-occupepas de donner les règles du goût, pas plus que parmi dhon-nêtes gens on ne se préoccupe de discuter sur ce qui est licite et cequi ne lest pas. On commenceà parler du goût quand le goût séloignede lart pour seréfugier dans lesprit de rares artistes ; on nécrit deslivres sur la vertu que quand le vice domine. Cestemps heureux sontloin de nous; ils ont existé chez les Grecsde lantiquité, ils ont brillépendantle moyen âge, ils pourraient renaître peut-être, à la conditiondadmettre que le goût consiste dans lobservation de principes très-simples,non dans la préférence donnée à telle forme sur une autre.Quandle goût est renfermé dansles limites dune coterie, si puissante vi -5
  • 38. [ COUT ] - 34 - quon veuille la supposer, nest plus quune prétention funeste, dont ce chacun tend à .saffranchir; car le goût, le bon goût possède ce privilège de simposerà (rnvcr»les temps et malgré les préjugés, comme tout ce qui découle la vérité.Maisà peine,aujourdhui,si lon sentend de sur ce que cest que le ^irùt. Un professe,lorsquil sagit darchitecture, (]<"véritables héréMesen matière de goût; on donne, chaque jour,connue de* modèles de goût, des Suvres dont il est impossible de-.IIMI-le sens, qui ne .setont remarquer que par un désaccord completentre le but et lapparence. On nous dit que cette façade est de bongoût; mais pourquoi? Est-ceparce que toutes ses parties sont symé-triques, quelle est ornée de colonneset de statues, que de nombreuxornements sont répandus partout? Mais cette symétrie extérieure cachedes services fort divers : ici une grande salle, là des cabinets, plus loinun escalier. Cette fenêtre qui éclaire la chambre du maître est de mômetaille et de môme forme que cette antre qui souvre sur un couloir. Cesdilonnes saillantes accusent-elles des murs de refend, tiennent-elleslieu de contre-forts? Mais les murs de refend sont placés à côté de ces(dlonnes et non sur leur axe; les contre-forts sont superflus, puisqueles planchers ne portent même pas sur ce mur de face. Nous voyonsdes niches évidées au milieu de trumeaux là où nous aurions besoin detrouver un point dappui. Pourquoi, si nous raillons cesgens qui veu-lent paraître autres quils ne sont,1 si nous méprisons un homme quicherche à nous en imposer sur sa qualité, son rang dans le monde, etsi nous trouvons ses façons dêtre de très-mauvais goût, pourquoitrouvons-nousquil y ait du goût à élever une façade de palais devantdes bureaux de commis, à placer des colonnadesdevant des murs quinen ont nul besoin,à construire des portiques pour des promeneursqui nexistent pas, à cacher des toits derrière des acrotères commeune choseinconvenante,à donner à une mairie laspect dune église,mi à un palais de justice lapparencedun temple romain?Le goût nestpas, comme le pensentquelques-uns,une fantaisie plus ou moins heu-reuse,le résultatdun instinct. Personne nait hommede goût. Le negoût, au contraire, nest que lempreinte laissée une éducation bien pardirigée, le couronnementdun labeur patient, le reflet au milieu danslequel on vit. Savoir, ne voir que de belles choses,sen nourrir, com-parer: arriver, par la comparaison, choisir; se défier desjugements àtout faits; chercher à discerner le vrai du faux, fuir la médiocrité,craindrelengouement, ."est moyende formerson goût. Le goût est lecomme considération on ne lacquiert quà la longue,en sobser- la :vant et en observant, en ne dépassantjamais la limite du vrai et dujuste,en ne sefiant pasau hasard. Comme lhonneur, goût nesouffre leaucunetache, aucun écart, aucune concessionbanale, aucun oubli dece que lon doit aux autres et à soi-même. respect Le pour le publicest,dela partdunartiste produituneSuvre,la première qui marquedegoût. la sincérité la meilleure Or est façondexprimer respect. le
  • 39. - 35 - [ GOUT ]Si le mensongeétait jamais permis, ce serait envers ceux que lonméprise. Cependant nous nous sommes éloignés des règles du goûtà ce point, dans lart de larchitecture, que nous ne montrons plus aupublic que des apparences. Nous simulons la pierre avec desenduits oudu ciment, le marbre et le bois avec de la peinture. Ces voussures quevous croyez de pierre sculptée ne sont quun plâtrage sur des lattes;ces panneaux de chêne, ce sont des planches de sapin recouvertes depâtes et dune couche de décoration; cespilastres de marbre et dor,qui paraissent porter une corniche et soutenir un plafond, sont desplaquesde plâtre accrochéesau mur chargé de leur poids inutile. Cescaissons du plafond lui-même, qui nous représentent des comparti-ments de menuiserie, ne sont autre chose que des enduits mouluréssuspendus par des crampons de fer à un grossier plancher qui na nulrapport avec cette décoration : si bien que, dans cette salle où vouscroyez voir la main-dSuvre le disputer à la richesse de la matière,tout est mensonge. Ces piliers qui paraissent porter sont eux-mêmesaccrochés comme des tableaux; ces arcs masquent des plates-bandesde bois ou de fer; cette voûte est suspendue à un plancher quellefatigue ; ces colonnes de marbre sont des cylindres de stuc revêtant despoteaux.Lartiste, dites-vous,est un homme de goût. Oui, si cest fairepreuvede goût que se moquer de vous et de tromper le public sur laqualité de lSuvre. Commentprocédaient cependantcesartistesdu moyen âgeen France,accusés mauvaisgoût par les beauxesprits des xviie et xviii* siècles, depeu connaisseurs en architecture, et par nos débiles écoles modernes,copiant avec du carton et du plâtre les robustes splendeurs de ces der-niers siècles, et tombant, de contrefaçons en contrefaçons, par ennuiet fatigue, par défaut de principes et de convictions,jusquà limitationdu style du temps de Louis XVI, comme si lart de ce temps daffaisse-ment possédaitun style; comme si, pour en venir à cette triste extré-mité, il était nécessairedenvoyer nos jeunes architectes à Rome età Athènes sinspirer des arts de lantiquité? Leur première loi était la sincérité. Avaient-ils de la pierre, du bois,du métal, des stucs à mettre en Suvre, ils donnaient à chacune de cesmatières la structure, la forme et la décoration qui pouvaient leur con-venir; et, lors même quils tentaient dimposer à lune de ces matièresdesformesempruntéesà dautres,le goût leur traçait les limites quonne saurait dépasser,car jamais ils ne cherchaient à tromper sur lap-parence. On peut bien trouver que telle rosé, tels meneaux sont délica-tement travaillés : personne ne prendra une rosé de pierre, des me-neaux de pierre pour du bois ou du fer; encore ces détails des édificesreligieux ne sont-ils que des claires-voies,des accessoiresqui ne tien-nent pas à la véritable structure, on le reconnaît sans être architecte.Pour eux, une salle est une salle; une maison, une maison; un palais,un palais;une église,uneéglise;un château,un château;et jamaisil
  • 40. [ GOUT ] - 3fi -ne leur serait venu à lesprit de donner à un édifice municipal lasilhouettedune égliseen manièrede pendant,pour amuserles ba-dauds,grands amateurs la symétrie. de Font-ilscouvrircettesalledunberceau de bois, cest bien un lambris que nous voyons, non pointle simulacre dune voûte en maçonnerie. Font-ils un plafond, cest lastructure du plancher qui donne sescompartiments, sa décoration. Aleur avis, un toit est fait pour couvrir un édifice : aussi lui donnent-ilsla pente suffisantepour rejeter les eaux; ils ne le dissimulent pas der-rière un attique. Dans un même palais, ils nélèveront pas des toitsplats et des toits aigus; ils adopteront les uns ou les autres partout,suivant le besoin, le climat ou la nature des couvertures. Est-ce unegalerie qui passederrière ce mur, nous le reconnaîtrons, à lextérieur, par la manièredont les jours sont percés; est-ce une grande salle, lesfenêtres seront hautes et larges; est-ceune suite de cellules, les fenê-tres seront fréquentes et petites. Partant de principes vrais, simples,raisnnnés, goût nest plus uneaffaire de hasard: il sattacheà quelque lechose de réel; il apporte dans létude des détails le respect pour lavérité ; il se complaît à exprimer les besoins, les nécessitésdu pro-1:1anime; à chaqueinstant il varie sonexpression,suivant le thèmequilui est donné. Savoirne dire que ce quil faut et savoir dire les chosesà propos, est une preuve de goût dans les relations du monde; cestfaire preuve de peu de goût que de donner à la maison dun simpleparticulier habitée par des locataires lapparence dun palais. « Si lepropriétaire peut payer ce luxe, direz-vous, pourquoi ne pas le satis-faire? » Soit; mais vous ne pourrez nous empêcher de trouver que lar-chitecte et son client ont mauvais goût, et lextravagancede celui-cinexcuse pas la complaisance du premier. On nécrit pas une ordon-nance de police comme un discours à lAcadémie, un inventaire avecleslle qui convient à un roman ; et la lettre que vous écrivezà votre jar-dinier pour lui recommander de planter des salades en temps opportunnestpasfaite commecellequevous écrivezà un prince pour réclamersabienveillance. Pourquoi donc, si nous admettons ces distinctions dans lafaçon décrire, ne lesobservons-nous dans notre architecture? Nous pastrouvonsdanslart du moyen âge cet à-propos,marque dun goût sûr.Léglise du village ne ressemblepasà une cathédrale; elle nest pas undiminutif de celle-ci. La maison dun bourgeois nest pas faite aveclesrognures dun palais.Lahalledelaciténepeut êtreprisepour une salledefêtes, lhôpital pour une maison de ville; et létranger qui se promenaitautrefois dansnos citéspouvait deviner la destinationde chaque édificeà son apparence extérieure; il ne lui serait jamais arrivé de chercherun bénitieràla porte dunemairie, croyantentrerdansune église,oude demander, le vestibuledunecaserne, nomdu riche seigneur sous lepour lequel on a bâti ce majestueuxédifice. Le goût est relatif à lobjet ; il sappuie donc avant tout sur la raison.Comme bon sensest une desqualités(fort ancienne) notre pays. le de
  • 41. - 37 - [ GOUT ]nous avons apporté dans nos arts un goût délicat, lorsque nous avonsété laissés à nos propres instincts. Malheureusement,larchitecturesest brouillée depuis longtemps, en France, avec le bon sens,et parsuite avec le bon goût, sous linfluence de doctrines erronées. On areconnu, au xvne siècle, que larchitecture antique était un art soumisà un goût pur, ce qui est incontestable ; on sest mis à faire de larchitec-ture antique, sans penser que si larchitecture antique est conformeau goût, cest quelle est une expression nette, précise, de la civilisa-tion qui la constituée. Mais si par cela même larchitecture antique sesoumet aux règles du goût sous les empereurs romains, elle est con-traireà cesrèglessouslasociété Louis XIV, qui ne ressemble de pasabsolumentà la sociétéde Tibère ou de Claude. Alors (au xvir siècle)on ne faisait pas entrer le raisonnement dans les questions dart; lar-chitecture était une affaire de colonnades,de chapiteaux, de frontonset de corniches,de symétrie,touteschosesquon déclarait être degrandgoût, comme on disait alors, sans définir dailleurs ce quon entendaitpar ce grand goût, qui nest, à notre avis, quun grand engouement.Cependant (car cest une occasionde faire preuve de goût, et de ne pastomber dans lexagération) il est juste de reconnaître que ce siècle(nous parlons de celui de Louis XIV) a su produire en architecture desSuvres dune grande valeur, toutes fois quelles nont pas abandonnécomplètementnotre sensfrançais. Certes,on ne peut nier que lHôteldes Invalides, par exemple, ne soit un chef-dSuvre darchitecture.Pourquoi? Est-ce parce que nous y trouvons des archivoltes romaines,des corniches romaines? Non, certainement : cest parce que cet édificeprésente un plan parfaitement approprié à lobjet; partout de la gran-deur, sansplace perdue, des services faciles, un aspect général exté-rieur qui indique clairement sa destination. Mais à qui devons-nousces belles dispositions? Est-ce à lantiquité romaine? Sont-ce les archi-tectes romains qui nous ont donné, entre autres choses, cette bellecomposition de la cour, avec ses quatre escaliers aux angles, autourdesquelstourne le cloître? Non, cest là le plan dune cour dabbayefrançaise,avec son vasteréfectoire, avec sesdortoirs, son égliseacces-sible de tous les points des bâtiments, sesgaleries et sesservicesjour-naliers. Cest par ces dispositions appropriées à lobjet que lHôtel desInvalides est une Suvre de goût, et non parce que larchitecte a semésur sesfaçadesquelquesprofils romains; au contraire, ces détails em-pruntés à une architecture entièrement étrangère à notre climat, à nosusageset à notre génie, ne font que gâter le monument, ou le rendreau moins froid, monotone. Cestoits à pentes rapides (qui sont bienfrançais)jurent avecces corniches antiques, avec ces arcades qui ontle grand tort de vouloir rappeler quelque portique de théâtre ou dam-phithéâtreromain. En cela le goûtne sauraitêtre satisfait,car le goûtdemandeaussi un rapport, une corrélation entre lensembleet les dé-tails. Quand Molière a pris à Plante son sujet dAmnhUryon,bien quil
  • 42. f BOUT 1 - 38 -ait adoptéle canevasantique, il a fait parler Mercure, la Nuit, Jupiter,Amphitryon, Alcmène et Sosie,commeparlaient les seigneurs, lesdames et les valets de la cour, et non comme des Grecs. Bien mieux,il a nonneà sespersonnages sentiments, idéeset les préjugés les lesde son temps;pour exprimer ces idées,ces sentiments,il na pase..u-ndesmots grecsou latins à saphrase française. nom desper- Lesonnages fait là rien à laffaire, et Jupiter pourrait sappelerLouis nele Grand et porter la grande perruque. CertesMolière, comme tous lesauteursillustres du xvne siècle, appréciait fort les anciens,avait su sen-rrvir; cessait-ilpour celadêtre Français,et si ni.-usladmirons, nest-cepasparce quil est bien Français?Pourquoi donc, à larchitecture seule,serait-il permis de sexprimer comme lécolier limousin de Rabelais,et en quoi cejargon peut-il être conforme aux règlesdu goût? La pierre, le bois, le fer, sont les matériaux aveclesquelslarchitectebâtit, satisfait aux besoins de son temps. Pour exprimer ses idées, ildonne des formes à ces matériaux ; ces formes ne sont pas et ne peu-vent être dues au hasard, elles sont produites par les nécessités la deconstruction, par cesbesoinsmêmesauxquelslartiste esttenu de satis-faire, et par limpression quil veut produire sur le public : cest unesorte de langagepour les yeux. Comment admettre que ce langagenecorrespondepas à lidée, soit dans lensemble.soit dans les détails?etcomment admettreaussiquun langage formé demembres sansrelationsentre eux puisse être compris? Cette confusion, introduite au xvne siècle,a bientôt fait de larchitecture un art incompréhensible pour le public ;nous en voyons aujourdhui plus que jamais les tristes effets. De lintroduction irréfléchie de certaines formes et non de lesprit delantiquité dans larchitecture, on en est venu bientôt à la corruptionde cesformes dont les principes navaient point été reconnus tout da-bord. Au xvnr siècle, on croyait encore pratiquer les arts romains,tandis quon ne faisait quaggraver le désordre qui sétait mis danslétude de larchitecture. Cependantle goût, le M-ntiment des conve-nances est asseznaturel chez nous, pour que, dans ce désordre même,on trouve les traces de cette qualité française.Nos châteaux, nos édi-ficespublics du dernier siècle, ont un certain air de grandeur calme,une raison, bien éloignésdes exagérations lon rencontre alors dans queles édificesanaloguesbâtis en Italie et en Allemagne. Lun des signesles plus visibles de la confusion qui sest faite dans les esprits depuiscette époque, cest le rôle infime que lon a donné au goût dans larchi-tecture. Le goût est devenu une qualité de détail, un attrait fugitif, àpeine appréciable,que lon ne saurait définir, vague, et qui dès lorsnétait plus considéré par nos architectes comme la conséquence deprincipes invariables. Le goût na plus été quun esclavede la mode, etil sesttrouvé alorsqueles artistes reconnuspour avoir du goût en1780 nen avaientplus en 1800.Cettedépréciation goût a fait dire, dupar exemple, tel artistene possédait la théorieni la pratiquede que ni
  • 43. - 39 - [ GOUT ]son art; quil était, en deux mots, passablementignorant, mais quilavait du goût. Est-il donc possible de faire preuve de goût en architec-ture, sansêtre profondémentversé dans cet art ? Comme preuve de ladépréciation du goût, citons un auteur sérieux, éclairé, et voyons cequil dit à propos du goût1. « De même, pour tout ce qui a rapport à« limitation des beaux-arts2,la faculté quon appelle le ijoût sexerce« principalement sur les qualités agréables, sur le choix dune certaine« manière dêtre ou de faire que le sentiment seul comprend, et quau-« cune analyse ne peut démontrer. » Voilà qui est embarrassant, etcest le cas de dire : « On ne peut disputer de* goûts », puisquon nepeut démontrer sil existe ou nexiste pas. Et plus loin : « Le goût nest« pas celui qui, dans la composition, fait découvrir ces grands partis« dordonnance, ces lignes heureuses, ces masses imposantes qui sai-« sissent à la fois lesprit et les yeux; mais ce sera lui souvent qui mè-« lera à ces combinaisons lattrait de la facilité, doù résultera lappa-« rence dune création spontanée. » Ainsi nous voyons que, pour undes auteurs les plus distingués qui ont écrit sur lart de larchitectureau commencement de ce siècle, le goût est insaisissable ; il ne présidepoint à lordonnance générale, il nest appelé par lartiste que quandlSuvre est conçue et quil ne sagit plus que de lui donner un tourattrayant, cest-à-direlorsquil faut, en bon français, la soumettre auxexigences la mode du jour. Cétait bien (a peine de parler et décrire desur le goût pendant deux siècles,de fonder des Académies destinéesà maintenir les règles du goût, pour en arriver à cette conclusion:« Lattrait de la fa-eilité... une manière dêtre .et de faire que le senti-ment seul comprend ! » Rapetissantle goût à ces maigres et fugitives fonctions, on a dûnécessairement rapetisserceux qui sont considéréscomme les déposi-taires du goût. Aussi les architectes ont vu bientôt une rer aine parlicdes édificespublics sortir de leurs mains, puisque le goût navait rienà voir dans«les grandspartis dordonnance, masses les imposantes ».On a pensé que leur concours était inutile sil sagissait de bâtir desponts, délever des quais, de faire de grandstravaux de terrassement,descasernes, ouvrages des militaires.Et si le public trouvela plupartde cesbâtisseslaides, disgracieuses,barbaresmême, on peut dire quele goût nentre pour rien là-dedans, et que lui, public, na point à lychercher. Eh bien, nos architectes du moyen âge, daccord avec Upublicde leur temps,croyaientquele goût sedévoileaussibien dansla constructiondun pont etdune forteresse danslornementation quedunechapelleou dune chambreà coucher;pour eux, le goût prési-dait à la conception,aux dispositionsdensemble, aussi bien quaux 1 Quatremère Quincy,DictionnairedArchitecture, art. GOUT. de * Quest-ce limitationdesbeaux-arts? que Lauteur veut-il parlerdesartsdimitationou de limitation de la nature dans lart?
  • 44. [ GOUT ] - -iO -détails de larchitecture, et Ton pourra reconnaître même que cettequalité généraleen matière de goût se retrouve jusque pendant lexvii siècle. Il suffit de voir comme étaient conçus les châteaux deVaux, de Maisons, de Coulommiers, du Raincy, de Berny, de Versailles,-le .Monceaux, de Saint-Germain, de Chantilly, leurs parcs et dépen-dances,pour sassurerque le goût, chez les architectesqui ont présidéà la construction et à larrangement de ces résidences, nétait pas seu-lement une qualité sattachant aux détails, un tour indéfinissable « quele sentiment seul comprend et quaucune analyse ne peut démontrer»,mais au contraire le résultat de bonnes traditions, du savoir, de vuesgénérales, justes et larges en même temps, résultat dont les causescomme les effets peuvent être définis. Cest bien plutôt dans les dis-positions densembleque les architectes du xvne sièclemontrent leurgoût que dans lexécution des détails. Par le fait, le goût se manifestedanstout, préside à tout, au milieu des civilisations qui sont danslesconditions propres à son développement.11y a autant de goût danslacomposition et lordonnance du Parthénon, dans la manière dont il estplanté sur lAcropole dAthènes, que dans le tracé et lexécution desprofils et des sculptures. Voyons maintenant comment les artistes du moyen âge, en France,ont manifesté cette qualité essentielle. Ainsi que nous lavons dit plushaut, le vrai est la première condition du goût. Les architectes de cestemps possèdent delà brique pour bâtir, leur construction ne simulerapas un édifice de pierre de taille; ils adopteront, non-seulement lastructure, mais la décoration que peut fournir la brique : ils éviteront,dans les bandeaux elles rorniches, les fortes saillies; ce ne sera pas parla sculpture quils produiront de leffet, mais par les massesque don-nent naturellement des parements de terre cuite revêtant un blocage.Aussi les monuments de brique élevéspar les architectes du moyenâge rappellent-ils certaines constructionsromaines du temps de lem-pire; employant les mêmes procédés,ils étaient entraînés à rappelerles mêmes formes, bien qualors les habitudes des constructeurs fus-sent très-différentesde celles des Romains.Ils font ressortir la gran-deur de ces masses simples par des cordons délicats, mais très-accen-tués dansleurs détails, ainsi quon peut les composeravec des briquesposéessur langle et en encorbellement. Sils mêlent la pierre à labrique, et si la pierre est rare, ils ne lemploieront que pour desn.lonnes monostyles, des chapiteaux, des tablettes de corniches, descorbeaux sculptés, des appuis de fenêtres,desjambageset des archi-voltes. Plus la matière est chère, plus ils sauront en rehausserle prixpar la main-dSuvre. Économes matériaux qui est encore de (ce unepreuve de goût), ils ne les prodigueront pas inutilement, les choisissantsuivant fonctionquilsdoivent la remplir,la placequilsdoiventoccuper.Dans un mêmeédifice,nous verronsdes colonnesmonostyles, dontle transport, taille et la poseont dû demander la beaucoup temps,de de
  • 45. - 41 - [ GOUT ]soins et de peine, porter des constructions en petits matériaux, montéset posésà la main. Observateursfidèlesdes principes de leur construc-tion1, ils voudront que ces principes soient apparents; leur appareilnest pas seulement une science, cest un art qui veut être apprécié,qui sadresseaux yeux, explique à tous les procédés employés sansquil soit nécessairedêtre initié aux secretsdu praticien. Jamais laconstruction ne dissimule sesmoyens; elle ne paraît être que ce quelleest. Aussi (et cest là une observationque chacun peut faire) un édificedu moyen âge gagneplutôt quil ne perd à faire voir son appareil, lesjoints et lits de sa construction; en peut-on dire autant des édificesbâtis depuis le xvin" siècle ? Dansla plupart de ces monuments, au con-traire, la construction réelle nest-elle pas tellement en désaccordavecles formes, quon est forcément entraîné à chercher les moyens pro-pres à la dissimuler? Imagine-t-on leffet que produirait, par exemple,la colonnade du Louvre avec des joints et lits franchement accuséscomme ils le sont sur la façade de Notre-Dame de Paris ? En cela doncon ne peut refuser aux architectes du moyen âge dêtre vrais. On ob-jectera peut-être ceci : que les Grecs et les Romains même nont pasaccusélappareil, les moyensde la construction, le détail de la structure,et que cependant on ne saurait prétendre quils ont ainsi manqué degoût en cessantdêtre vrais. Les Grecs et les Romains, lorsquils ontemployéla pierre ou le marbre, ont eu en vue déleverdes édificesquiparussent tout dune pièce; ils posaient leurs pierres parfaitementjointives, sans mortier entre elles, de manière que les sutures demeu-rassent invisibles. Chez les Grecs, lidée de donner à un édifice laspectdune matière homogène, comme le serait un monument taillé dans leroc, était dominante à ce point que, sils ne pouvaient employer des ma-tériaux dune extrême finesse et pureté, lorsquils bâtissaient avec de lapierre et non du marbre, ils revêtaient cette pierre dun stuc fin, coloré,qui cachait absolument ces joints et lits à peine visibles. Or nous avonsadopté ou cru adopter les formes de larchitecture des Grecs et desRomains, et nous construisons comme les architectes du moyen âge,en posant nos pierres sur mortier ou plâtre. Cest alors que nous nefaisons pas preuve de goût, puisque notre construction est visible,malgrénos efforts pour la dissimuler, et que nous adoptons des formesévidemment altérées si lappareil reste apparent. Si donc, en construc-tion, pour montrer du goût, il faut être vrai, les anciens, comme lesartistes du moyen âge, étaient des gens de goût, et nous ne saurionsaujourdhui prétendre au même avantage. Passons dispositionsgénérales. ne saurait nier que nos églises aux Ondu moyen âge, grandes ou petites, remplissaient parfaitement leurobjet; que les plans de cesédifices, empruntés le plus souventà la ba-silique romaine, mais profondément modifiéssuivant les besoins et les Voyez CONSTRUCTION. vi. - 6
  • 46. [ GOUT ] 42 -moyens construction, de étaient conçus, bien puisque, depuis lors,onii ,i rien su trouver de mieux, et que, même dans les temps où larchi-Ircture du moyenâgeétait considérée comme art barbare,on na unVa autre choseque de copierces plans, en les Datanttoutefois.La ilbelle dispositiondes sanctuairesavec collatéraux, qui appartientaumoyenâge, est non-seulement propre à lobjet, mais produit infailli-blement un très-grand effet. Or cette disposition est simple, facile àcomprendre, favorable aux développements cérémoniesdu culte et desà toutes les décorationsles plus somptueuses.Partout une circulationfacile, de lair et de la lumière. Si, dans les châteaux des xm*, xn" etxv* siècles,on ne découvrepas ces dispositions symétriques adoptéesdepuislors, cestquenréalitélesbesoins journaliers des habitantsdeces demeuresne seprêtaient point à la symétrie. On songeaitbien plu-tôt à trouver des distributions intérieures convenables, des moyens dedéfensesuflisauls, quà présenter aux passant^«les façadespondérées.Le goût ne consistait pas alors h chercher cette symétrie sans raison,ruais à exprimer au contraire lesbesoinsdiverspar les aspectsdifférentsdonnés aux bâtiments. La grand salle, la chapelle, les logis, les cui-sines, les défenses,les communs, adoptaient le caractère darchitecturepropre à chacu; e de ces parties. De même que dans la cité tous lesédifices étaient marqués au coin de leur destination propre, dans lechâteau chaque servicepossédait une physionomie particulière. Celanétait pas conforme au goût des architectes du xvn° siècle, maisi était conforme au goût absolu, cest-à-dire à la vérité et à la raison.Les anciens ne procédaient pas autrement, et les diverses parties quicomposaientune villa romaine navaient pas de rapports symétriquesentre elles. Les maisons des particuliers, pendant le moyen âge, soit quellesoccupassentune grande surface, soit quelles lussent petites, laissaientvoir clairement, à lextérieur, leur distribution intérieure. La salle, lelieu de réunion de la famille, se distinguait des chambres et des cabi-nets par lordonnance de ses baies ; les escaliers étaient visibles, enhors-dSuvre le plus souvent, et si des étagesétaient enlresolés,lar-chitecte ne coupait pas de grandes fenêtres par les planchers. Unefaçade en pansde bois ne se cachait pas sous un enduit simulant lapierre,et lesdétailsétaient à léchelle de lhabitant. Si desportiquesprotégeaient passants, étaientassez et assez les ils bas profonds pourles abriter en laissant une circulation facile sous leurs arcades. Avantde songer faire dunefontaineun point de vue,on croyaitquelleétait àdestinéeà fournir de leau à tous ceux qui en avaient besoin. Avant defaire de lentrée dun établissement public une décoration monumen-tale, on trouvait convenable dabriter sous auvent personnes un les quifrappaientà la porte.La tâche de larchitectede goût était doncdedonnerà toutechose apparence une conforme lusage, à quitteà ap-pliquerla décoration comportaitchaquepartie. Larchitecture que ne
  • 47. [ GRANGL Jsimposait pas, elle obéissait; mais elleobéissait commeune personnelibre, sans contrainte, sansabandonnerses principes, en mettant sesressources son savoirau servicedesbesoins et auxquelsil fallait satis-faire, considérant, avanttout, cesbesoinscomme une questiondomi-nante. Pour en revenirà desméthodes conformes goût,nousavons au doncquelque chose à faire, beaucoup à défaire ; nous avons à laisser de cutin- quedes espritspeu indulgentsconsidèrent comme le pédantismodécole,une coteriearrivéeà la puissance duneoligarchie tyrannique;nous avons à respecter le vrai, à repousser le mensonge, à luttercontre deshabitudes déjà vieilles et considérées cela môme rnminr parrespectables nous avons encore à acquérir cette souplesse ; dans lem-ploi des moyensmis à notre disposition, souplesse est un des char- quimesde larchitecture des anciens comme de larchitecture «lu moyenâge et de la renaissance.Un amateur des arts disait un jouidevantnous, en admirant fort quelque groupe de terre cuite de Boucharduu:« Cest lantiquité, moins la roideur ! » Autant de mots, autant dhéré-sies en fait de goût. Les terres cuites de Bouchardon ne ressemblentnullement aux antiques, et la sculpiure antique nest jamais roide.Ce qui est roide, gêné, contraint, cest, en toute chose, limitation, larecherche,la manière.Celui qui sait, celui qui est vrai, fait ce quil faitavecgrâce, avec souplesse,avecgoût par conséquent.En architecture,la seule façon de montrer du goût, cest dappliquer à propos des prin-cipes qui nous sont devenus familiers ; ce nest pas de rechercherlimitation de formes, si belles quelles soient, sans savoir pourquoi onles imite. GOUTTIÈRE, f. -- Voyez GARGOUILLE. s. GRANGE, f. Bâtiment rural propre à renfermer les fourrages et les s.grains. Les moines, qui soccupaient fort, surtout à dater du xie siècle-dé travaux agricoles, bâtirent un grand nombre de granges, soit danslenceinte des abbayes,soit dansla campagne.A larticle ARCHITECTUREMONASTIQUE, avonsdonné quelques-unsde cesbâtiments, entourés nousde murs de clôture, commele sont aujourdhui nos fermes. Cesgrangesétaient en assez grand nombre et généralementbien construites, caril en existe encore plusieurs dans lIle-de-France, la Normandie, laChampagne la Touraine, qui datent des xne, xni6 et xive siè- etcles. Cestprincipalement à la fin du xne siècle, au moment où lesabbayes, devenuestrès-riches, sappliquaient lexploitation de leurs àterres,quelesplus bellesgrangeset les plus vastesont été élevées.Habituellementelles se composentde trois nefs séparéespar deuxrangées piles ou de poteaux supportantune énormecharpente. deMM.Verdier et Cattois, dans leur excellent ouvrage sur YArchitecturedomestique moyen en donnent quelques-unes, entre autres au âge, etla belle grange monumentalede labbayede Maubuisson, date qui
  • 48. [ CHANGE ] - 44()""la première moitié du xiu siècle. M. de Caumont,dans son Bulletinmonumental signale cellesde Perrières, celle dArdennes,celles <]e ,lEure; elles datent des xne, xiii* et xive siècles. Lune des granges delabbaye de Lonpchamps, près Paris, existe encore tout entière; elledate du xiii* siècle. Nous en donnons le plan (fig. 1). Lentrée est pratiquée sur lun des grandscôtés, en A. Cette entréese composedune porte charretière, avec porte bâtarde à côté ; en B,est un puits. La figure 2 présentelun des pignons renforcés chacundecinq contre-forts, la figure3 la coupetransversale. charpente et La est 1 TomeXIV, page491; tomeXV. pages193,443 et 492.
  • 49. "- 45 - [ GRANGE ] exécutéeavec le plus grand soin, en beaubois de chêne, à vive arête. La figure 4 donneune des travéeslongitudinales1. grangessont Ces 2 toujours placées sur des terrains aûntes, secs, nivelés avec soin, de manière à éloigner les eaux pluviales de la basedes murs. Dans le voi-sinage des châteaux,et même quelquefois dans la baille, des grangesétaient élevées pour recevoir les approvisionnements de fourrages et degrains nécessaires la garnison. à Les grandes abbayes avaient le soin de bâtir leurs granges sur desterrains entourés de murs de clôture, défendus par des échauguctteset de bonnes portes flanquées.Ces centres de provisions de grains etde fourrages étaient occupéspar des moines que lon détachait tem-porairement dans ces établissements isolés au milieu des champs, parsuite de quelque faute, et pour faire pénitence.Ils étaient habités aussipar des frères convers et par des paysans. Ils contenaient donc deslogementsdisposésprès des portes, et, la nuit, les voyageurspouvaienttrouver un gîte dans ces dépendances, signalées au loin par un fanalet le son dune cloche suspendueau-dessusde lune des entrées. Peuà peu les granges dabbayes, avec leurs enceintes et logis, virent segrouper autour delles des habitations de paysans,et devinrent ainsi lenoyau dun hameau. Nous avons en France beaucoup de villages qui Nousdevons dessins,relevés ces avecle plus grand soin, à M. Davioud,architectedela ville de Paris.
  • 50. l linAM..i; ] - -if»-nont pas une autre origine, el qui ont conservéle nom de la Grnnge.En temps de guerre, les paysansse renfermaient dans lenceinte et n _sydéfendaient leurmieux. linstigation quelque de A de seigneur rivalde labbaye,il leur arrivait ausside piller les granges moinesou desdy mettre le feu, ce qui ne leur était pas dun grand profit. Onelquefoisces bâtiments ruraux contenaient des établesà rez-de-
  • 51. - 47 - [ GRIFFE ]chaussée: telle est la belle grange qui existe encoreprès de léglise deSaint-Martin au Bois, dans le département de lOise. Le rez-de-chausséeest voûté et est destiné à recevoir des troupeaux; au-dessus, un vastegrenier sert de magasinaux fourrages. Les granges sont elles-mênir-,dans certaines localités, des bâtiments fortifiés entourés de fossés etflanqués de tours ; toutefois cette disposition napparaît guère quauxve siècle, cest-à-dire à lépoque où la campagne, en France, étaitcontinuellement ravagée par des bandes de routiers. GRIFFE, f. Cest le nom que lon donne à un appendice delà base s.descolonnespendant une certaine partie du moyen âge. Onsait quelesbases des ordres ionique et corinthien romains se composent de torescirculaires reposant sur une plinthe carrée (fig. 1). Il résulte de cette B Iidisposition lestores A laissentquatre angles découverts, sur- que B àfacesupérieurehorizontale, que le moindre mouvement de la colonnefait briser. Nous ne nions pas que la composition de ce détail architec-tonique ne soit parfaitement classique; mais, cet aveu fait, on nouspermettra de considérer cette disposition comme vicieuse,au point devue de la construction, peu rassurante même pour lSil, qui ne com-prend pas à quoi servent ces angles minces réservéssous une chargeverticale. Les anciens avaient eux-mêmes si bien senti linconvénientpratique de la plinthe carrée, quils amaigrissaient,sousles diagonales«fc,le lit inférieur décès angles saillants (fig. -2).Cétait un aveu de leurinutilité ; il eût été plus simple de ne pas les conserver,et de donnerà la plinthe une forme circulaire ou polygonale. Il faut croirequelesarchitectes romansvoulurentéviterla casse des
  • 52. [ GRIFFE J - 48 -anglesdesplinthesde bases, dèsle xiesiècle, car, nousobservons déjàque,du dernier toreà langlede la plinthe, on laisseun appendice ourenfortqui donneun certainempattement uneplusgrande et résistanceà ces angles. premières Ces griffes(fig. 3) sont très-simples forme: dece sont des boutons, des ergots qui, partant du tore, sappuient sur lasurface triangulaire des quatre angles de la plinthe (voy. BASE).Maisbientôt, ces appendices étant fort près de lSil, on en fit des morceauxde sculpture très-soignés et souvent très-riches. Au xne siècle, dans lesédificesrhénans, on voit dos basesde colonnescylindriques arméesde flU.griffes volumineuses, finement sculptées, qui amortissent puissammentles tores sur les plinthes. Voici (tig. 4) une de ces griffes provenant desbasesdes gros piliers du chSur de la cathédrale de Strasbourg. Cetornement donne à la base une fermeté très-convenable à ce membreîle larchitecture, fermeté qui manque absolument à la base romaine ;le gros tore inférieur, aplati (voy. BASE),se prête dailleurs à recevoirces appendices. Autour du chSur de léglise abbatiale de Yézelay, les gros piliers
  • 53. - 40 - [ GRIFFE |cylindriques reposent des sur bases ornées fortbelles de griffes 5). (fig.Nous trouvons très-remarquables, en de également sculptées, les surangles plinthes grosses des des colonnes sanctuaire léglise du de col-légiale Poissy quelques-unes cesgriffes de ; (car sontvariées chaque àbase)représentent animaux des fantastiques ciselés beaucoup avec definesse(fig. 6). Cesdeux exemplesappartiennent à la fin du xne siècle.Au commencementdu xni siècle,lesgriffes sont moins variées comme vi. - 7
  • 54. " - 50 - -El " ,ais sculpture leur est énergique, bien appropriée àlaplace, ^^^^^ i^^-^^T^ ?:T-|fcîargementmodelée. griffes des du Voici (iig.l)une provenant des bases -L 7tourduchSur lacathédrale Cette de deLaon. feuille, terminée un par
  • 55. [ GRIFFE]crochet, enroulée sur elle-même à son extrémité, se lie intimement autore ; elle semble avoir poussé sur sa surface et lenvelopper. On com-prend que ces appendices puissants donnent de la solidité aux cornesde la plinthe et leur permettent de résister à une pression produite parun tassement irrégulier. Quelquefois(au commencementdu xme siècle) la griffe nest quunévidement pratiqué à langle dune plinthe très-épaisse.On voit des 8exemplesde ces sortesde griffes aux colonnesengagées des chapellesdu tour du chSur de la cathédralede Troyes(fig. 8). La griffe la plus vul-gaireadoptéeà cette époque affectela forme dune feuille deau, res-semblant assezau rez-de-cSur de larchitecture antique, mais dunmodeléplus énergique. Cest ainsi que sont sculptées les griffes descolonnesde lSuvre inférieure de la cathédralede Paris (flg. 9). Vers lemilieu du xin" siècle, les plinthes des bases étant presque toujourstaillées sur plan octogonal, la griffe disparaît. On la voit renaître dansquelques monuments du xie siècle, comme à la cathédrale (ancienne)
  • 56. l GRILLAGE ] - 52 -deGarcassonne 10;, la cathédrale Sens 11)"Elle disparaît (fig. à de (fig.définitivement au xvesiècle. On peut regretter que ce bel ornementaitétécomplètement abandonnéet bienquesi, paraventure, architecte ; unsavisait de lemployer de nouveau, comme un appendice nécessaire,rassurant pour lSiï, on ne manquerait pas daccuser cet architecte denous faire rétrograder vers les temps barbares, il ne faut pas désespé-rer de lui voir reprendre la place quil occupait si légitimement. GRILLAGE,m. Réseaude fer mince ou de fil de fer destinéà garantir s.les vitraux contre la grêle, à préserverdes sculptures du contact, quel-quefoisaussi des objets précieux déposésdans les trésors des églisesou des châteaux. Il restepeu dexemplesde grillages dune époquean-cienne ; cependant nous en possédons encore qui datent du xme siècle.Les fenêtres du chevet de lancienne cathédrale de Béziers conservent 1 Pilier de gaucheà lentrée de la nef, repris au XIV siècle.
  • 57. - 53 [ GRILLAGE ]leurs grillages, sontde jolies pièces forge.Ils se composent qui de Vf,(fig. 1) de montants simples et alternativement de montants auxquelssont soudéesde fines brindilles de fer. Ces grillages sont scellésdans
  • 58. ] 54 -les tableaux des baies au moyen de~straverses A ; celles-ci sont pour-vues dSils renflés, ainsi que lindique le détail B. Les traverses ontOm,02 dépaisseur O^OSô largeur; les montantsont Om,015 sur de dé-paisseur Om, de largeur;les brindillesont en moyenne sur 02 Om,01carré, et sont retenues au moyen dembrasses serréesà froid. Mais Cce -ont là plutôt des grilles très-délicatesque des grillages. i Cfig.2) un exemplede grillages fabriquésavecdes fils de fer etqui datent du xivesiècle.Cefragment a ététrouvé à Rouenchezun mar-chand de ferrailles, et nous en avons vu un autre absolument semblabledansla cathédralede Munich. On admettra que les anciens serruriersmi grillageurs avaientplus dimagination que ceux de notre temps,Nosgrillages modernes sont dun aspectmoinsagréable. GRILLE, f. Clôtureà jour de fer ou de bronze.Lantiquitéromaine s.employait souventle bronzecoulé pour les grilles de clôture. A lexem-ple desanciens, danslespremierstempsdu moyenâge,ceprocédé futquelquefoisadopté.Tout le mondeconnaîtlesbelles grillesde cuivrecoulédeNotre-Dame dAix-la-Chapelle,qui datentde lépoque et deCharlemagne Cesclôturesavaient vraisemblablement . été fabriquées» VoyezGailhabaud, Architecture du v an vne siècle, t. IV.
  • 59. - 55 - [ GRILLE Jsoit en Orient, soit par des artistes byzantins établis en Lombardié.Mais, outre que ces clôtures étaient fort chères, tant à cause de la ma-tière employéeque par les frais de modèle et de moulage, elles pou-vaient être brisées facilement. Le fer, dun emploi très-commun dansles Gaulesdès une époque reculée, fut de préférence adopté pourtoutes les clôtures à jour fabriquées pendant le moyen âgeen France.Lart du forgeron était dailleurs développéchez nous, et il se perfec-tionna singulièrement pendant les xic et xnc siècles. Il faut savoirqualors on navait pas les moyens de fabrication introduits dans lin-dustrie moderne; le fer était étendu en plaques ou corroyé en formede barres, à la main, sans le secoursde ces cylindres puissants qui,aujourdhui, réduisent instantanément un bloc de fer rouge en fil defer. Obtenir une barre de fer longue, dune égale épaisseur, bienéquarrie et dressée, cétait là une première difficulté, dont nous nepouvons avoir une idée, puisque tous les fers nous sont livrés, par lesusines, réduits en barres de toutes grosseurs et de sections très-variées,sans que la main dvi forgeron ait en rien participé à ce premier travail.Bien que lon ne puisse méconnaître les immenses avantages de lafabrication mécanique, il est certain cependant que les forgerons ontdû peu à peu perdre lhabitude de manier le fer et den connaître lesqualités. Il y a vingt-cinq ans, on aurait vainement cherché à Parisun forgeron capable de façonner la grille la plus simple, et si nous entrouvons aujourdhui, cest grâce aux recherches sur les arts industrielsdu moyen âge, grâce à quelques-uns de ces architectes qui, au direde plusieurs, ne tendent à rien moins quà faire rétrograder lart delarchitecture vers la barbarie. Ceci dit, afin de rendre à chacun ce quilui est dû, occupons-nous des grilles. On comprendra sans peine que,lorsquil fallait réduire à la main un morceau de fer rougi en une barre,on évitait autant que possible de donner à ces barres une grande lon-gueur. Le forgeron, obligé de retourner le bloc sur lenclume el d,elamener peu à peu aux dimensions dune tringle équarrie, ne pouvaitdépasser certaines dimensions assez peu étendues, et devait chercher,par des combinaisons dassemblage, à éviter les pièces très-longues,par conséquent très-lourdes. Cela seul explique pourquoi les anciennesgrilles sont composées,autant que possible, de petites piècesde forge. Une des plus anciennes grilles que nous connaissions,et qui scitune Suvre dart, se trouve dans la cathédrale du Puy en Velay. Cettegrille ouvrante, à un vantail, se composedun châssisde fer de Om,0isur Om,02dépaisseur, contenant quatre traverses séparées par desmon-tants de Om,015 Om,02,entre lesquelssont disposésdes rinceaux de surfer très-^rtistement composés.Cette grille date,pensons-nous, com- dumencementdu xne siècle. En voici un fragment (fig. 1). Dans la hau-teur, on compte cinq panneauxde brindilles soudéesà des embases etarrêtéesaux montants par desembrasses Ces embrasses sont pas B. nesoudées,mais simplement contournéesà chaud. Le fer forgé à la main
  • 60. t: ] - 56 -présentanttoujours desirrégularités, le forgeron, pour dissimuler»^défauts, a eu lidée de couvrir les montants, les brindilles et leurs em-.bases, coupsde poinçon et de burin qui donnent à cette ferronnerie de vWV/: -""un aspect brillant, précieux et fin. Le détail (fig. 2) indique ce genrede travail fait à froid. Lirrégularité môme du travail donne un charmeparticulier à ces pièces de forge, dans lesquelles on sent partout lamain de lhomme. Les montants de cette grille sont posésde champcl portent, ainsi que nous lavons dit, Om,01ô sur Om,02.Les brindillesont en moyenne Om,007sur Ora,015. Pendant le cours du xii* siècle, le mode de fabrication des grillesne se modifie guère; ce sont toujours des montants compris dans deschâssis et renfermant des ornements composés de brindilles de ferà section carrée ou méplate. Quand on veut donner beaucoupde forceaux grilles, les montants, comme les brindilles, se présentent dechamp(fig.3); quand,au contraire,on prétenddonnerun aspect légerà cesgrilles, les montants et brindilles présentent à la vue leur côtélarge(fig. 4). Cecipeut paraître étrange, car le tracé géométral produitprécisément leffet contraire: maisles architectes moyenâgene se dupréoccupaient pas de leffet géométral, purement de convention. Il est
  • 61. - 57 - [ GRILLE ]clairque,toutegrillesevoyantobliquement laplusgrande dans parliede sasurface,si lesferssont posés champ,leurscôtéslargesappa- de 2laissentet sedéveloppent,ce qui donne un aspectrobuste à louvrage; 3si les fers, au contraire, sont posés de plat, leurs faceslarges dimi-nuent par leffet de la perspective,et les surfacesétroites nempiètentpoint sur les vides. La figure 5, qui donne le même dessin de grille,lun, celui A, obtenu avec des fers de champ, lautre, celui B, avec vi. - S
  • 62. [ GRILLb J - .">8 -desfersde plat, fera comprendre cette loi si simpleet si peu observéegénéralement, suite de lhabitudeque nousavons par prise de ne pasnouspréoccuperde leffet perspectif en exécution.Daprèsle tracégéométral, la grille A sembleraitlégèreet la grille B paraîtrait robuste,tandis quen exécution cest le contraire qui a lieu. Versla fin du xnesiècle,cependant, serrurierscherchèrent les par-Foisdautres combinaisons que cellesdonnées par des enroulementsde briftdilles compris entre des montants et des traverses : ils asseiu-
  • 63. - 59 - [blèrent ensemble,avec beaucoupdadresse,despanneauxdornementsformant, par leur réunion, de grandsdessins. Cela toutefois ne futguère employé que pour des clôtures délicates et composées de ferstrès-minces. M. Didron possèdeune très-jolie grille de ce genre, qui aétégravéedansles Annales archéologiques qui appartientcertaine- , etment à la serrurerie si remarquable de la fin du xne siècle et du com-mencement du xine. Ces grilles, composées brindilles enrouléeset deseulementornéesde quelquescoups de poinçon <>u gravures,sem- d>-blèrent trop pauvres aux forgerons du xne siècle,lorsquil fallut en-tourer des sanctuaires,fermer certainesparties importantes des édi-fices religieux ou civils ; bientôt ils terminèrent ces brindilles par desornementsenlevésà chaud au moyen dune étampe ou matrice de fertrempé. Cest ainsi que sont fabriquées les belles grilles dont nmisvoyonsencorequelquesdébris dans léglise abbatiale de Saint-Denis,et dont nous donnons ici un spécimen(fig. 6). Cesgrilles, qui datent <!>"la fin du xne siècle, sont forgéesavec une rare perfection, et il semblequentre les mains de louvrier le fer avait acquis la malléabilité duplomb. Les ornements ne sont étampés que sur une fa<v. Notre figureest au quart de lexécution ; en A, nous avons tracé la section dunedes brindilles, moitié dexécution. Labbé Suger avait fait faire pourson église des grilles de cuivre fondu, ainsi que le constatent lesauteurs contemporains et dom Doublet qui les avait vues; elles ontété détruites au commencement du dernier siècle. On observera quele systèmede grilles de fer composéesde panneauxdornements com-pris entre des montants et traverses offrait en même temps beaucoupde solidité et de légèreté; ces panneaux pouvaient être facilementmontés,démontésou réparés,riches ou simples,très-fournis ou grêles.Il arrivait que ces panneauxétaient parfois embrevés entre des mon-tants munis de plaquesde fer débordant leur largeur et formant ain-iune suite de rainures. Beaucoup de sanctuaires déglises étaient fer-méspar des grilles ainsi combinées; nous en trouvons un assez belexempledans le chSur de léglise abbatialede Saint-Germer2, de tous etcôtés des débris qui nous font assez voir que leur emploi était fré-quent, que cessortes douvragesnétaient point très-rares,et que lesforgerons les façonnaient sans difficulté. Des armoires contenant desobjets précieux, des tombeaux, des châsses,étaient entourés parfoisde grilles dune extrême richesse, surtout à lépoque où lart du forge-ron nous fournit les plus beaux exemples de serrurerie, nous voulonsparler du xm* siècle (voy. SERRURERIE). sortes de grilles ne sont Cesdécoréesque du côté de la face extérieure, et les brindilles, au lieudêtre comprises entre des montants et des traverses, sont souvent.appliquées devant larmature principale. Telle est, par exemple, labellegrille defer qui protège tombeau la reineÉléonore le le de dans 1 Tome X, page 117. - Voyez lEncyclopédiedardu lecture. Bance, éditeur.
  • 64. [ GRILLE ] - 60 -chSurde légliseabbatiale Westminster. de INOUS possédons aussi,
  • 65. - .il [ GRILLE ]danslesmagasins légliseimpérialede Saint-Denis, fragments de des de 6 *"grilles forgéeset assemblées suivant cette méthode(flg. 6 bis),qui avaitlavantage de roidir singulièrement les châssis simples composésde
  • 66. { GRILLE J - 11-2 -montants et de traverses. Ces enroulements de brindilles finement for-gées, étampées retouchées burin, rivéessur deschâssisde fer et au
  • 67. - 63 - [ GRILLE ]leur donnaient une grande richesse en même temps quune solidité àtoute épreuve. Les grilles de défense des trésors, des sanctuaires, des riches tom-beaux, des précieux reliquaires, présentent non-seulement un obstacleaux voleurs ou aux indiscrets, mais elles sont aussi parfois armées depointes et de chardons qui en rendent lescalade périlleuse : telle est la grille du sanctuaire de léglise de Conques(Aveyron), dont nous don-nons (fig. 6 ter) un fragment. Cette grille, qui na que lm,40 de hauteur,non compris les couronnements, présente extérieurement, au droit dechaque montant, un appendice saillant qui ùte (mite idée de tenlrrune escalade; de plus, les* montants eux-mêmes sont munis de fers pointus, barl. elés, forgés avec soin. Les appendices seterminent par Ade petites têtes de dragons qui semblent être les gardiens du sanc-tuaire. Cette grille curieuse est décrite et dessinée en géométral dansle tome XI des Annales archéologiquesde M. Didron ; elle nous paraîtappartenir à la fln du xne siècle ou au commencement du xme. Avant de présenter des modèles de grilles de clôture dune époqueplus récente, il est nécessaire de dire quelques mots des grilles dor-manteset de garde scelléesdans les baiesvitrées, et servant à la ï<>i-de grillage et de défense.Les fenêtres de trésors déglises,de rez-de-chaussées, de baies de châteaux, étaient souvent munies de ces sortesde grilles artistement travaillées. Nous voyons encore, à lextérieurdes baies romanes de léglise de la Brède (Gironde), des grilles du xnsiècle intéressantes à étudier. Leur fabrication est très-naïve, et cepen-dant elles produisent un fort bon effet. Ces fenêtres romanes nont pasplus deOm,26 largeur sur une hauteur deOm,90. défense de La (fig. 7) con-siste en une seule barre verticale de fer carré de 0^,03, avec traversesA fichées comme des clavettes à travers des renflements de la barreverticale. Ces traverses sont aplaties, On,02 sur 0"",007. Des enroule-mentsde fer plat de Om,03sur 0",004 sont égalementtraverséset main-tenus, par conséquent, au moyen des traverses-clavettes A. La tigeverticale est affûtée à sa partie supérieure pour entrer dans un troupratiqué dans la clef de larc, et façonnée en queue de carpe à sapartie inférieure pour fournir un bon scellement. Ici donc pas de sou-dures, seulement de petites pièces de forge assemblées de la manièrela plus naturelle. Nous avonsvu aussi de ces sortes de grilles de dé-fenseposées devant des fenêtres du xmesiècle, et qui se composent<!>"barres verticales de fer plat de 0",035 sur Om,02,avec clavettes rivéesen croix, ainsi que lindique la figure 8 . Le rivet est carré, afin dem-pêcher les clavettes A de tourner. Il nous faut mentionner ici encoreune fort belle grille dormante de défensetrouvée à Agen, rue Saint-Antoine2.Elle remplit aujourdhui un cintre complet de lra,60de dia- 1 Maison à Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne). 1 Par M. Alaux, architecte. Cette grille, ou plutôt ce fragment de grille est placé
  • 68. [ UlULLE Oi -mètre,et devait,pensons-nous, garnirunero5e. panneaux, Six disposéser»claveaux, composeut demi-cintre, sontmaintenus moyende le et audeuxdemi-cercleset de septbarres rayonnant^ t fig. 9). Nous donnonsen A le détail de la pièceprincipale de lun de ces panneauxformés debrindilles de fer carré de o .uns, soudéesau moyen dembasesD, sui-vant la méthode employée par les forgerons des xme et xrve siècles(voy. SURRURERIE). Revenons maintenant aux grilles de clôture avec parties ouvrantes.La figure 6 nous fournit un des premiers exemples de ces sortes degrilles avec ornementsétampés mais là les fers sont étampéset :côtelés le plat ; le travailétait beaucoup sur plus difficile sil sagissaitaujourdhui sous le cintre dune por.e dhabitation dont la construction remonte à uneépoque assezrécente. centrede la grille nexisteplus, nousle supposons Le rétabli.
  • 69. - 00 - [ GRILLE ]dornerles brindillessur le champ fer. Cestcependant quefirent du cesouvent les forgeron:, du xme siècle. On voit encore dans léglise deBraisne,près de Soissons, portions de grilles dormantes dun char- desmant dessin, forgéessuivant cette méthode.Très-légères apparence, encesgrilles, dont les fers seprésentent de champ, ont une grande soli-dité. Nous donnons (fig. 10) un des fragments de leurs panneaux.En Aest tracée la section des brindilles, grandeur dexécution. Cesbrindillessontétampéesdes deux côtés en B et G, ce qui ajoute singulièrementà la difficulté dexécution. Lépaisseur du champ diminue beaucoupà lextrémité de chaque tigette portant un ornement, de manière queces ornements se renferment dans lépaisseur EF. Cependant lart du forgeron, en France, ne restait pas stationnaire;il cherchaitdes moyensnouveaux,des formes qui navaient pas encoreété employées.Dès le commencement du xive siècle, le système desgrilles composéesde brindilles contournées et étampées,assembléesau moyen dembrasses non soudées, comme les grilles de Saint-Denis,de Saint-Germer, de Saint-Aventin , de Braisne, de la cathédrale deReims, nétait plus guère usité; on cherchait dautres combinaisonson introduisait les plaques de fer battu découpées et modelées, comme 1 VoyezGailhabaud,Architecture du V au xvii* siècle,et les arts qui en dépendent,tome IV. VI. - 9
  • 70. f GRILLE "1 3moyen décoratif,la place ornements à des étampés pleinfer. Les en
  • 71. - 67 - [ GRILLE ]forgerons voulaient produire plus deffet avec des moyens de fabri-
  • 72. [ GRILLE ] - 6S -cation plus simples.Lindustrie se peifectionnait, mais lart y perdait.Les rivets remplaçaient les embrasses mêmelessoudures: on voulait etfabriquer plus vite et avecpeu de dépense.Il ne faut pas moins recon-naître que les ouvriers de cette époque étaient beaucoup plus habilesque les nôtres lorsquil sagissaitde manier le fer et de le soumettre àI Mlion du feu. En effet, pour qui a pris la peine de se rendre comptedes procédés employés par les forgerons, ce qui doit surprendre dans 11la fabrication de cesouvragesdélicats, cest légalité danslexécution etla malléabilité laisséeau métal. Les fers de ces anciennesgrilles, bienquils aient dû passerau feu un grand nombre de fois avant darriverà lachèvement de louvrage, ne sont jamais brûlés;ils conservent leursouplesse, les souduressont faites avecune perfection et une liberté ettrès-difficiles obteniraujourdhui1.La lime sestchargée rectifier à deles maladresses forgeron; alors la lime ne sattaquaitjamais aux dupiècesapparentes cétait le marteauseul qui laissaitson empreinte :sur le fer. Voici un fragmentdune grille de clôturedu xivesiècle(fig. 11) qui Nous voulons paraître ne pis injusteenvers notretemps avec peude persistance : un
  • 73. - 60 - [ GRILLE]explique la transition entre le systèmedes grilles avecornementsétam-pés et ceux obtenusau moyen de plaques de tôle modelées,rappor-tées à laide de rivures. Ici ce nest pas encore la tôle rapportée, maisce nest plus le fer étampé : le principe des montants et traverses per-siste, chaque brindille est façonnée ainsi que lindique le détail A; lesfeuilles découpées sont obtenues aux dépens de la brindille, dont le fera été refoulé pour former une masse, aplatie ensuite au marteau. Aulieu dêtre attachées aux montants par des embrasses, comme dans lesgrilles du xme siècle, ces brindilles sont rivées latéralement en C. Lesmontants passésà travers les Sils des traverses hautes sont rivés >ousles traverses basses en D; de plus, ils sont recouverts sur les deux facesde deux plaques minces de fer battu retum-liées et gravées au burin.Ces plaques, que nous avons supprimée^ dans le tracé de lensemblede la grille, sont figurées dansle détail E; les montants et traversesonto ,016de large surOm,025 champ; les brindilles, Om,006 0",016 d-e surde champ. La grille tout entière, dune traverse à lantre, purte prèsdun mètre . Généralement, à la fin du xrv" siècle et au commencement du x%les plaquesde fer battu servant dornementssont soudées gros fei - auxou aux brindilles ; ce nest que plus tard que la tôle rivée est employée"commedécoration. Il existe, dans le cloître de la cathédrale du Pny"enVelay, une grille de ce genretrès-habilement forgée. Nous en don-nonsun ensemble(fig. 12).Chaquetravéee-^tsoudéeaux contre-forts A(voyezen K la section sur ab). Le sommet de laccolade est rivé, en B,au montant-milieu de la travée qui est tors; les autres sections sontà sectioncarrée de Om,015 gros. Les trèfles C sont aplatis à la forge de-aux dépens des extrémités des redents. Les fleurons D sont de fer battu et soudés aux accolades. Entre chaque montant, de petites plaques detôle découpée embrevéesforment larcature E (voy. le détail G).Les etfleuronsdu couronnementsont également de fer battu et soudésaccsoin aux pointes des festons. Les bases et chapiteaux des montants, lesprofils des contre-forts, sont façonnés au marteau, sans traces de lime.On posait souvent alors (vers le commencement du xv° siècle) les mon-tants ou traverses sur langle, comme lindique le dessin ci-contre,Cela permettait parfois de maintenir les ornements de remplissagesans avoir recours aux rivets ou aux embrasses. En voici un exempleremarquable provient de la cathédralede Constance qui (fig. 13).On voitici comment le fer diagonal A est maintenu prisonnier par les deuxentailles qui entrent dans les deux traverses B posées sur langle. Dans"etdebons avis, on arriveencoreaujourdhuià faire fabriquercesouvrais de ferronnerie.Dailleursce ne sont jamais les ouvriers qui nous font défautfn France.Lobstacle, cestla routine, ce sont les préjugés; tranchons le mot, lignorance des chefs, ignorancepasséeà létat de privilège inattaquable. Provenant dune clôture, magasins de Saint-Déni*.
  • 74. GRILLE ]cet exemple, fersplats desbrindillesrivéesen G auxfersdiagonaux les
  • 75. - 71 - [ GRILLE Jseconvertissent plaquesde tôle découpée leur pli D, et cesextré- en àmitéssont toutesvariées,commelindiquent lesdiverstracésH. Dans cloîtredecettedernière le cathédrale, voit encore jolie on unegrille du xvesiècle, sansornements fer battu ou étampé,maisdont delacomposition simple leprocédé fabrication et de méritent dêtresigna-lés(fig. 14). De distanceen distancedescontre-tortsA reçoiventdestraverses à traverslesquelles B, passent montants posés les G dangle.Cesmontants sont, de deuxen deux,élégisà leur partie supérieure,ainsi que lindique le détail D, pour recevoir les brindilles E et leursrivets.Les autres montantsF possèdent tenon,qui vient sassem- unbler dans la corniche supérieure, à travers les brindilles, en G. Lornementation inférieureprésente constructionanalogue. une Lesbrindillesseretournentle long descontre-forts, commenousle voyonsen I, et les traversesL les fixent à ces contre-forts, ainsi que lindiquele détail 0. Dautre part, cesbrindilles sappuientle long des évide-mentsfaçonnésà la partie inférieure des lancesP auxquellesdes rivetsles attachent. Les montants F passent,à travers cesbrindilles, en R,pour venir sassemblerdans la barre horizontale S. On comprend que
  • 76. [ GhlLLE ] 7-2cesystème ferrures fort solide lesbrindilles sontpas seule- de est ; ne
  • 77. -73 - [ GRILLE ]ment attachéespar des rivets, mais dépendent de la structure princi-pale, puisque les montants ou les traverses les arrêtent dune manièresûre par des tenons. Les montants sont de fer carré de 0",015, les contre-forts de fer de Om,03 Om,025, traversesde fer de Û",Û3 Om,02. sur les sur Les derniers exemples de grilles que nous venons de donner indi-quent, la plupart, des couronnementsplus ou moins riches. En effet,les grilles du moyen âge en possédaienttoujours, à moins quelles nefussent disposéespour servir dappuis. Ces couronnementsprennentparfois, à dater du xv" siècle, une grande importance, et ne sont que laprolongation décorée des montants dépassantla traverse supérieure. 15Dans les baies de la clôture du chSur de la cathédrale de Toulouse, on remarque des grilles dormantes, très-simples dailleurs, fabriquées au xvesiècle, et dont les couronnementsremplissent les trilobés dune arcature de pierre. Voici (fig. 15) lun deux. Les grilles dormantes des fenêtres de châteaux ou de maisons sont presque toujours terminées par des couronnementsque lon peut considérercomme un épanouis-.sementdes montants. Nous citerons ici les grilles des fenêtres du châ- teau de Tarascon (xve siècle). Ces grilles se composent de montants vi. - 10
  • 78. [ GR1LLL ) - T4 -serrés pénétrant Inverses Sils renflés formantaveceux des des à etcarrés parfait-.L>- deuxmontants extrêmes celuidu milieu sont etterminés lOi pardesfleurons tôle soudée, (fig. de tandis lesextré- que . .mités inférieures de ces mêmes montants sont affûtées en pointestrè^-aijiUës. Chaque montant est scellé dans la pierre par un coude enéquerre, ainsi que lindique le profil A. Il en est de même des traverses.Souvent les montants de grilles dormantes de fenêtres sont terminésà la partie supérieureet à lextrémité inférieure par des pointes de fertrès-ouvragées qui constituent des défenses formidables. Ces- sortes degrilles épineuses, nous présentonsun spécimen lig. 17),étaient pla- dontcées devant les fenêtres des châteaux, afin déviter surtout les tentativesdetrahison, lintroductiondennemis dans placedeguerre moyen une audéchelles, par les ouverturesdonnant sur le dehors. Ces grilles, pro-fondémentscelléesau plomb à chaque traverseA et même quelquclui*à chaque montant,ne pouvaient être arrachées quaprèsun long tra-vail. Les mesures précautionétaientmême poussées loin, que, de si
  • 79. - T5 - [ GRILLE ]dans certains cas, les montants et traverses étaient assemblés de tellefaçon quil devenait impossible, soit de faire couler les montants dansles Sils des traverses,soit les traverses dans les Sils desmontants, cesoeilsétant alternativement pratiqués dansles traverseset les montants(fig. 18). 11fallait être fort habile forgeron pour fabriquer de pareillesgrilles, car chaque Sil renflé devait être forgé à mesure quon assem-blait les traverses et les montants; cest-à-dire que la grille devait être
  • 80. [ GRILLE J - "G -forgée toute brandie, ce qui devait occasionner travail considé- unrable. Louvrier devait ainsi mettre au feu chaque maille de grille uncertain nombre de fois. Mais ceshommessemblaient sejouer avec lesdifficultés de main-dSuvre qui aujourdhui nous semblent insurmon-tables. Lexempleque nous donnonsici provient dune maison de Con->tance. trouvedesgrillesde ce genre, cest-à-dire Sils alternés, On àà Troyes, à Strasbourg,et dans beaucoup de localités du Nord et delEst. Elles datentdes xive,xveet xvi° siècles.Celle-ci(fig.18)est ducommencementdu XVTsiècle.Toutefois lhabileté des forgerons nestpas égale dans toutes les provinces qui composent la France de nosjours. On travaillait beaucoup mieux le fer au nord de la Loire et dans lesprovinces voisines du Rhin que dans lOuest et dans le Midi. Certainesgrilles appartenant à des édifices du xve siècle, sur les bords de laGaronne,par exemple,quoique bien composées, peuvent être com- neparéesaux ouvragesde ferronnerie de lIle-de-France, de la Picardieou des Flandres. On voit encore, danslégliseSaint-Sernin Toulouse, grille de une
  • 81. - 77 - [ GBILLE ](fig. 19) qui clôt le chSur au droit des piles du transsept;quoique cette
  • 82. [ GRILLE ] - - "8 -Suvre de serrurfrie soit fort bien entendue comme composition, letravail en est desplus grossiers.Les montants de fer carré, lourdementtravaillé, se terminent par des couronnements E de fer battu etsoudés.Des frises de tôle façonnéeet ajourée A et B masquentles tra-versesde la grille et leurs trous renflés, ainsi que lindique le profil D.Les tôles de la traverse 6, détaillées en B, se terminent par un petit("rénelage rosaces, avec dont le figuré perspectif expliquela façon. GLes tôles de traverses ab, AB, sont maintenues par des rivets qui pas-sent au-dessus et au-dessous des barres horizontales ; elles sont doncentièrement indépendantes des grilles et ne servent quà la décoration<lelSuvre. Cesgrilles, qui datent de la fin du xvesiècle, sont des pre-mières "ii la Iule rapportée et rivée remplaceles plaquesde fer battuet sniidees.Cela simplifiait la fabrication, ..liait permettre de décorerla serrurerie dune façon très-riche, mais devait peu à peu supprimer1en,|r des forgerons, si brillante pendant une partie du xne siècle ettout le cours du xme. Cette école cependant nétait pas près de séteindredans les provinces du Nord-Est, ainsi que nous venons de le dire, etla serrurerie des xve et xvr siècles est, comme Suvre de forge, sur lesbords du Rhin, dans les Flandres, en Suisse et en Bavière, dune exé-eution parfaite. Nousne savons quel fut le forgeron qui fabriquâtes pasgrilles du tombeaude Maximilien à Innsbrùek; mais, comme Suvre deserrurerie, ces grilles sont supérieures à tout ce que nous connaissonsen ce genre (voy. SERRURERIE). fin du xvesiècleet au commenee- A laiii -ut du xvi% on trouve assezsouvent, dans les provinces de lEst, desgrilles dont les panneauxsont façonnés ainsi que lindique la fig. 20.Tout le compartiment est formé dune seuletige de fer rond de Om,012de grosseur, se repliant sur elle-même et se pénétrant, comme le faitvoir le tracé A. A r-article SERRURERIE, nous décrivons les procédés defabrication de ces sortes de grilles, quà grandpeine, et après avoirbrûlé bien des tringles de fer, nous sommesparvenu à faire repro-duire par des forgerons très-habiles. Cependantces sortes de grillescomposées de tiges de fer se pénétrant en tous sens sont assez com-munes pour que lon doive admettre quon les façonnait aux xve et XM<^lèclessans difficultés. Elles présentaient, quoique légères, une par-faite solidité;car cequi aujourdhuirendlesgrillespeu solides, malgréle poids extraordinaire quon est obligé de leur donner, ce sont cestenonset cesgoupilles qui font de la serrurerie une fabrication quonpourrait comparer à la menuiserie.Assembler des fers au moyen detenons et de mortaisesavecgoupilles eût paru aux forgerons du moyenâge et de la renaissanceune énormité ; ce moyen, convenable lors-quil sagit de menuiserie, ne saccordepoint avec la nature du fer etles dimensionsquon doit donner aux parties dune grille. De fait, nousne savonsplus souder le fer, nous lassemblons: ce nest plus là de laserrurerie et cependant ; nous croyons savoiremployer les métauxpropres aux bâtiments beaucoupmieux que ne le faisaient les serru-
  • 83. - 79 - [ GRILLE ]riers qui nous ont précédés quelquessiècles.11 est clair que la degrandefabrication,celle des usines,sestdéveloppée notre temps dedune manière remarquable; mais il est certain aussi que la main-doeuvreest tombée bien au-dessous de ce quelle était il y a quelquessiècles,lorsquil sagit de travailler le fer. On a fait cependant encorede fort bellesgrilles en Francependantles xvie,xvir et xvmesiècles,maisla tôle repoussée rivéejoue le rôleprincipal dansla décoration etde ces ouvrages on a perdu les procédés souduresi habilement : de pratiqués lescorporations forgerons temps par de des antérieurs. GRISAILLE. Voy. VERRIÈRE. - GUETTE,f. (yaite). personne s. La chargée guetter sommet de au des défenses des châteaux. « Nousnavonspoint de gaite, sauriiez-vous gaitier Lagaite chargée était non-seulement deprévenir gens château les du Gautier dAupais. Fabliau xm*siècle parFr. Michel, du publ. 1835.
  • 84. [ HALLE ] - SU-tli- tout ce qui se passaitdansla campagne, maisausside jouer desairs à certains moments de la journée : « Gautiers est demorez, sacheta moïnel, i.i.mt liii-me dairain et cornet et frétai . »Quelquefois le nom de gaite est donné au lieu où se tient le guetteur(voy.ÉCHAUGUETTE). GUICHET, m. Pelit vantail découpé dans le grand vantail dune s.porte et pouvant souvrir séparément (voy. PORTE). GYPSERIE, f. Ouvrage léger de plâtre. On a fort employé le plâtre s.pendant le moyen âge, particulièrement pour enduire les intérieurs.Nous avons vu encore, dansle palais archiépiscopalde Narbonne,unepetite rosé dont les compartiments de plâtre séparaient deux sallesviusines.Cet ouvrage datait du xive siècle. Bon nombre de manteauxde cheminées, dans les maisons, étaient faits de plâtre (voy. CHEMINÉE).On faisait aussi de plâtre des cloisons,des clôtures à jour dans lesintérieurs des palais, des augets de plafond (voy. PLANCHER). HALLE, f. Lieu enclos, couvert ou découvert, dans lequel des mar- s.chands, muyennant une redevancepayée au seigneur dudit lieu, ac-quéraient le droit de vendre certaines natures de marchandises. Dèsles xeet xie sièclesil y avait à Paris une halle qui setenait sur un ter-rain entouré dun fossédésignésous le nom de Campelli, Champeaux,à peu près sur lemplacement du marché des Innocents. "Au com-« mencement du xne siècle, dit Sauvai-, Louis le Gros y établit un« nouveau marché pour les merciers et les changeurs.... Philippe-Au-« guste, en 1181,y transféra la foire de Saint-Lazare...Deux ans après« il y fit faire deux halles entourées dune muraille garnie de logis et< fermée de bonnesportes, afin que, quand il pleut, les marchandsy« pussentvendre les marchandises les tenir à couvert en tout temps et" et en toute sûreté. » Les halles se multiplièrent singulièrement àParis pendant le cours des me et xive siècles; saint Louis en fit éta-blir plusieursvers 1"263. Généralement halles,pendantle moyen lesâge, nétaient autre chosequun espaceappartenantà un seigneur 1 GautierdAupais. Fabliaudu xui« sièclepubl. par Fr. Michel, 1835. 3 Liv. IV.
  • 85. - 81 - [ 11EURTOIR]féodalou à la commune, sur lequel on permettait la vente de marchan-dises.La halle setenait sur une place, sousdesporches déglises,sousdes portiques de maisons, autour des beffrois, des hôtels de ville, sousdes appentis, lar le fait, la halle navait pas un caractère monumentalqui lui fût particulier. Il ny a donc pas lieu de nous étendre ici surcesétablissements.Sauvai, cependant, mentionne la halle aux drapsen gros de Paris, qui, dès 1417,"<consistait en vingt travées,avait sixtoises de large, et était couverte dune voûte de pierre de taille ». Maiscette halle ayant été démolie en 1572,nous navons aucun renseigne-ment sur sa structure. HERSE, f. (Itnrse,coulisse). s. Lourde claire-voie composéede piècesde fer ou de charpente assemblées,sengageantverticalement dansdeux rainures et formant un obstacle sous le passage dune porte for-tifiée. La herse se relève au moyen de contre-poids et dun treuil ; elleretombe par son propre poids. Les Romains connaissaient la herse; onla voit figurée sur des vignettes de manuscrits dès les ie et xr siècles.Toutefois, dans les édifices militaires encore debout, nous nen con-naissons qui soient antérieures au xne siècle. pas Nous aurons loccasion de donner un certain nombre de combinai-sons de herses à larticle PORTE. HEURTOIR, m. dnirtoir}. Marteau pour frapper aux portes. Les pre- s.miers heurtoirs paraissent avoir été de petits maillets suspendus exté-rieurement aux huis des portes. « Bien sembloit lhermitage de vieil antiquité. « Celé part est alée sa à luisset hurlé. « Dun maillet qui l,i peut a sus Fuis asse.ié . » Les anneaux de fer attachés à des tètes de bronze en dehors desportes, dès une époque très-ancienne, servaient également de heur-toirs, car ils sont souvent munis dune boule ou partie renflée qui frap-pait sur une grosse tète de clou. Ces anneaux facilitaient le tirage desvantaux lorsquon voulait les fermer ; de plus ils étaient, à la portede certaineséglises,un signe dasile. Pour requérir lasile, il suffisaitde saisir lanneau. A ce sujet, Lebeuf - dit avoir eu connaissance de r<-iancien usage(mentionné dailleurs par Grégoire de Tours) dans lhis-toire des miracles de saint Germain, recueillis par le moine HéricdAuxerre, sous Charles le Chauve. Au xvie siècle, pour indiquer lar-tion de se servir du heurtoir, on disait, tabuler h la porte 3. Voici (fig. 1) un des plus anciens heurtoirs à anneau que nous con- Li Romans Berte au.sgranspies, chap.XLV.Ëdit. Techener,1832. de Histoire de la ville et du diocèsede Paris, t. I", p. 374. 3 Cymbalum mundi. VI. - 11
  • 86. [ HEURT01K ] - X2 -naissionsen Fr.mce, ut qui est attaché à la porte du nord de la cathé-drale du Puy en Vélay : il date du xie siècle; la tête de bronze est Iparfaitement conservée,lanneau seul a été enlevé. Nous en donnonsun second(hg.2) qui datedu commencement xme siècleet qui est duintact; il est attaché à la porte occidentalede la cathédralede Xoyon.Ici la tête et lanneau sont de bronze. Mais ces heurtoirs à anneau paraissent avoir été particulièrement
  • 87. - 83 [ HEURTOIB ]destinés portesdéglises, suite peut-êtrede cette tradition du aux pardroit dasile. Aux vantaux des portes dhabitations, les heurtoirs sontprimitivement, ainsi que nous le disions tout à lheure, des maillets,puis plus tard des marteaux suspendusau moyen de deux tourillons.Les plus anciens dont nous ayons pu nous procurer des dessins sonttrès-simplesde forme (fig. 3 ) et ne sont ornés que par les gravuresauburin qui couvrent la tige du marteau ainsi que les deux boucles ser-vant à maintenir ses tourillons. Les heurtoirs du xve siècle sont moinsrares; il en existe un fort beau sur le vantail de la porte de lHôtt-l-Dieude Beaune-. En voici un autre qui provient de Chàteaudunet quiest de la même époque(fig. 4). Les tourillons du marteau sont garantisde lhumidité par un petit toit en appentis percé dune lucarne.Le toutest de fer forgé dun joli travail. Lun des plus beaux provient dunemaison Troyes(fig. 5), et est actuellement de déposédansle musée 1 Heurtoir qui nousparait être du xiv<? siècle,et qui provient dune porte dunemaisonde Vézelay. VoyezlArchitect. civ. et domest.,par MM. Verdier et Cattois,t. [", p. 6.
  • 88. [HEURTOIR] - 84 -archéologique Il appartient de ville. la également siècle, le auxv< etmarteause meut nonplus au moyende deuxtourillons,mais estsuspendu Silà travers passe boulon. parun lequel un Devant tige laduheurtoir, uncul-de-lampe sur très-délicatementet ciselé, forgé estposé un enfant nu portant un écusson armoyé, vairé de... .au cou-de... chargédun lion léopardéde... Cettepetite figure est unepiècedeforgetrès-remarquable. A, on voit le profil du marteau,moitié Endexéculion. Probablement lécu était peint aux couleursdu blason. Au xvie siècle, on en revient aux heurtoirs en forme danneau ou deboucle,avecpoids à lextrémité, pour les portes dhôlels et de maisons.11 existe fortjolis decegenre musées Louvre deCluny. en de aux du et
  • 89. - 85 - [ HEURTOIR]Les heurtoirs à marteau ne furent plus guère en usage que pour lesportes dhabitations rurales. Il y avait aussi des heurtoirs aux portes des châteaux forts.- « Atant» es vous .i. chevalier qui hurte à la porte : et on vint as creniaus . » lToutefois il faut admettre que ces heurtoirs ne pouvaient être attachésquaux huis des poternes sanspont-levis, ou aux portes des barrièresextérieures. Les heurtoirs ont disparu de nos maisonset hôtels pour faire placeaux sonnettes timbres,qui ont cet avantage ne pasréveillertoute ou de 1 La Chronique Rains(xm« de siècle),chap.xxxi, publ.daprèsle manuscrit la deBiblioth. nation., par Louis Paris. 1837
  • 90. HEURTOIR ]la maisonnée, quelque si habitantattardéveut sefaire ouvrir la porteau milieu de la nuit.
  • 91. - 87 - [ UORLOGE ] HOPITAL.-- Voy. HÔTEL-DIEU. HORLOGE, f. (reloifje,reloge,orloge).Dès le xie siècle, il y avait des s.horloges dans les églises et dans les châteaux. Ces horloges étaienthabituellement placées à lintérieur comme de grandsmeubles. Cetusageseperpétua jusquau xvie siècle.Toutefois des sonneriesannon-çaient lheure à lextérieur. « Quant il ont le con,versaï, « Durement furent esbahi « Quil norent oï soner cloche « Ne ehampenelle,ne reloge . a Guillaume Durand, au xme siècle,dans le chapitre 1"de son Suvre2,considèrelhorloge comme unedesparties essentielles lÉglise. de« Lhorloge », dit-il, « sur laquelle on lit et lon compte les heurvs,« signifie lempressement et le soin que les prêtres doivent avoir à dire« les Heurescanoniquesau temps voulu, selon cette parole : Sept fois« par jour je te louai, Seigneur. » LabbéPierre de Chastellux donna, vers 1340, à 1ahli.ive de Cluny,une horloge remarquable en ce que son mécanisme présentait un ca-lendrier perpétuel qui marquait lannée, le mois, la semaine, le jour,lheure et les minutes, et un calendrier ecclésiastique qui désignaitles fêtes et les offices de chaque jour. Cette horloge indiquait encoreles phases de la lune, les mouvements du soleil, puis quantité de pe-tites figurines mobiles représentaientle mystère de la Résurrection, laMort, saint Hugueset saint Odilon, abbésde Cluny, la sainte Vierge, laPassion, etc. Les heures étaient annoncées par un coq qui battait desailes et chantait à deux reprises; en même temps un ange ouvrait uneporte et saluait la sainte Vierge ; le Saint-Esprit descendaitsur sa tètesousla forme dune colombe, le Père Éternel la bénissait; un carillonharmonique de petites clochettes jouait un air ; des animaux fantas-tiques agitaient leurs ailes, faisaient mouvoir leurs yeux ; lheure son-nait, et toutes les figurines rentraient dans lintérieur de lhorloge3. Ceshorloges compliquées étaient fort en vogue pendant les xrv%xv"et xvi* siècles. A lextérieur même, les sonneries des horloges étaientpresque toujours accompagnées de jaquemarts, qui frappaient sur 1rstimbres avec des marteaux. Quelques beffrois de nos villes du Nord,notamment celui de Compiègne, conservéces ont jaquemarts qui j<mis-sentdune grande popularité. Tout le monde a vu ou entendu parlerdes horloges célèbres des cathédrales de Lyon et de Strasbourg. Lapremièrehorloge intérieure de Strasbourg fut commencéeen 135:2 etachevée 1354,souslépiscopat de Jean de Lichtenberg. Elle se com- en 1 Rutebeuf, segrestain de la femmeau chevalier(xiu siècle,). Ou et 1 Ghap I", g xxxv. 5 llist. de laMiaijf </<" C/miy, ).:u M. I. Lorain, p. -!>"!-
  • 92. [ IIÙTKL VILLE DE ] - 88 -pus.lit dun cnlliv de menuiserie, avec un grand disque de bois, repré-sentant en peinture les indications relatives aux principales fêtes mo-hilcs. Dansla partie du milieu setrouvait un cadran dont les aiguillesmarquaient les mouvementsdu soleil et de la lune, les heures et leurs subdivisions. Le couronnement était orné dune statuette de la Vierge. devant laquelle on voyait, à lheure de midi, sincliner trois mages; uncoq chantait au même instant en battant des ailes. Un petit carillonjouait des airs à certainesheures. Cettehorloge fut remplacéeen 1547,puis refaite en 1838: cest celle que nous voyons aujourdhui sur laparoi du transsept méridional, en face de lemplacementréservéà lan- cienne horloge . On voit encore dans les cathédrales de Beauvais et de Reims deshorloges dont les coffres datent du xive siècle. Elles sont toutes deuxfort bien gravéesdansle recueil publié par M. Gailhabaud2. Sur les tours déglises,du xne au xiV siècle,aucun espacenest dis-posé pour le placement de cadrans pouvant être aperçus de loin; cequi fait supposer quavant le xv siècle, si des sonneriesindiquaientles heures aux habitants des villes, il ny avait point de cadrans exté-rieurs. On ne voit apparaître ceux-ci que vers la fin du xve siècle. Ilssont alors couvu ts par de petits auvents, et façonnés soit en bois, soit en plomb, et revêtusde peintures. HOTEL, m. On donnait le nom dhôtel aux habitations qui, dans s. les villes, appartenaient à des seigneurs ou à de riches particuliers, mais qui navaient point le caractère dun château, cest-à-dire qui ne possédaientpoint de droits féodaux. La résidencedes souverainsdans Paris sappelait le palais. Le Lou- vre, bâti hors les murs, était un château.On désignait les autres rési- dences souverainesétablies dans Paris, mais qui navaient point un caractère féodal, non plus sous le nom de palais, mais sous celui dhôtel. On disait lhôtel Saint-Pol, lhôtel des Tournelles. On disait aussilhôtel de Cluny, lhôtel de Sens,lhôtel de Bourbon, lhôtel de Nevers,lhôtel de la Trémoille. A Bourges,lhabitation de JacquesCSur est un véritable hôtel. Toutefois, pour ne pas mettre de la confusion dans les- prit de nos lecteurs, nous avonsrangé les hôtels dans larticle MAISON, la différence entre lhôtel et la maison étant souvent difficile à établir. HOTEL VILLE, m. Maisoncommune. mouvement DE s. Le politique qui se manifestadès le xie siècle dans un certain nombre de villes, et qui eut pour résultat laffranchissementde la commune, cherchanatu- rellement à centraliserla conjurationen élevant un édifice propre à contenir les jurés. Toutes fois quune charte de commune était oc- troyée, droitdériger maison le une commune un beffroi trouvait et sy 1 Voy.Descript. abrégée lhorloge de a.ttron. la cathèdr. Strasbourg; de de 1 LArchitecture du f au xvir siècle, t. IV.
  • 93. - 89 - [ I1ÔTEL VILLE | DEcompris. Mais, jusquau xive siècle, les communes ont à subir desvicissitudes si diverses,aujourdhui octroyées, demain abolies, quilnous reste bien peu de maisonsde ville antérieures à cette époque, lepremier acte de lautorité qui abolissait la commune étant dexigerla démolition de lhôtel et du beffroi. « Les maisons communes, dit« M. Champollion-Figeac1, appartenaient quelquefois au roi ou aux« seigneurssuzerains,qui en permettaient lusage à de certaines con-« ditions. En 1271, celle de Carcassonne provint dun don royal, et le« sénéchal y exerçait la police au nom du monarque-... Celle de la« ville de Limoges appartenait, en 1275, au vicomte de ce nom, qui» permettait aux consulsde sy assembleravecle prévôt pour discuter« les affaires municipales, et elle portait le nom de Consulat.Elle avait« cependantété construite par la commune; mais il fut reconnu que« cétait sur un emplacement appartenant au vicomte, ce qui fut cause« que la propriété lui fut adjugée sur sa réclamation. » Létat précaire des communes,le peu de ressourcesdont elles dispo-saient pour subvenir à toutes les charges qui leur étaient imposées,devaient les arrêter souvent dans leurs projets de construction de mai-sons de ville. Cependant certaines grandes cités, comme Bordeaux,par exemple, possédaient des édifices bâtis pour servir de maisons deville, vers la fin du xn* siècle3. Il est certain que les villes de la Gaulesituées au midi de la Loire avaient conservé, beaucoup mieux que cellesdu nord, les traditions municipales des derniers temps de lempire ro-main. « Cest là seulement, dit M. Aug. Thierry4, que les cités aflran-« chies atteignirent à la plénitude de cette existence républicaine, qui« était en quelque sorte lidéal auquel aspiraient toutes les communes. »Aussi ces villes possédaient-elles des édifices auxquels on peut donnerle nom de maison commune,aune époque où, dans le Nord, on navait euni le loisir ni les moyens matériels nécessaires leur érection. Certaines àparties du Capitole de Toulouse indiquent une date fort ancienne, et cethôtel municipal était une véritable forteresse dès le xne siècle. Dansla petite ville de Saint-Antonin, située dans le département deTarn-et-Garonne, cité autrefois importante et riche, il existe encore unhôtel de ville du milieu du xne siècle, qui est certainement lun desplus curieux édifices civils de la France. Il servait de halle à rez-de-chaussée. premier et le secondétagecontenaient chacun une salle Leet un cabinet. Une tour servant de beffroi couronnait un des côtés de 1 Droits et usages concernantles travaux de construction, etc., sousla troisièmeracedes rots de France. Paris, 1860 1 On observeraque les Carcassonnais, chassés lancienneville aprèsle siègemis depar Trincavel,obtinrent du roi saint Louisde rebâtir une ville de lautre cité de lAude(voy. ARCHITECTURE MILITAIRE;. J Voyez Bulletinfies comités le historiques, février 1851 Noticesur lhôtelde ville de :Bordeaux, par M. Lamulhe. Lettres sur lhistoire de France (xiii* siècle ). vi. - 12
  • 94. [ HÔTEL MLLEJ DE - 90 - .J 1 10la façade. Voici (fig. 1;, en A, le plan du rez-de-chaussée. LespaceH
  • 95. - Jl - [ HÔTEL VILLE DE ]servait de halle couverte et était mis en communication avec un mar-chéM existantautrefoissur cepoint; en P était le passage dune voitpubliquesousle beffroi.Lescalierpour monter aux étages supérieur;était primitivementbâti en E; mais cet escalier,détruit depuislon^temps, a été remplacé par une vis qui est disposéeen V. Le dessousdubeffroi a subiquelqueschangements, de consoliderlespiles qui afinétaientfort altérées maisceschangements ; laissentparfaitement voirla construction primitive.En B, esttracéle plan du premierétage,au-quel on arrivait par la porte F donnant sur lancien escalier. Ce pre-mier étage se composedune salle S et dun cabinet N, ayant vue sur laplacepublique par la fenôtre R et sur une rue principale par celle T.Le sol de ce cabinet est élevéde quelques marchesau-dessusde celuidela salle.Leplan Cest celui du secondétage.La porte dentréeétantau-trefois percéeen F, du cabinet N on montait à la guette du beffroi parun escalier de bois ou plutôt une sorte déchelle de meunier passantà travers la voûte en berceau tiers-point qui couvre lespace abcd.La salle principale S, au premier étage, est largement éclairée par unebelle claire-voiequi a toujours été disposéepour être vitrée. Nous donnons (ftg. 2) lélévation de cet édifice, dont la partie supé-rieure X seule est moderne1, et (iig. 3) un détail de la claire-voie dupremier étage. En A, est tracée la coupe de cette claire-voie avec leplancher B et larc C de rez-de-chaussée. En D, nous avons présentela faceextérieure dune partie (un tiers) du fenestrage,et en E, sa face-intérieure. Des châssis ouvrants viennent battre sur des traversesde bois hautes et basses G. La construction de tout le monument esttraitée avec soin, faite de pierre très-dure du pays; la sculpture estdune finesse et dune pureté remarquables ; tous les profils sont dunexcellent style et taillés en perfection. Des cuvettesde faïence émaillée,incrustéesdans la pierre, ornaient certainesparties de la façade2.Surlun des deux piliers qui coupentla claire-voie en trois travées, on re-marqueune statue dun personnage couronné, tenant un livre de lamain droite et de la gauche un long sceptre terminé par un oiseau;surlautre,un groupe dAdamet Evetentés le serpent. figurer par Cesen ronde bosse,petite nature, sont dun beau caractère et sculptée-avecune extrême délicatessede détails. La figure du personnagecou-ronné a étéloccasion de quelquesdiscussions.Quelques-uns ont vouluvoir là Moïse, dautres Charlemagne, dautres encore un roi contem-porain du monument. A grandpeine, sur Le livre ouvert, nous avons Cet édifice a été restauré sousla direction des Monuments historiques. La restaurationsest bornée toutefois à lii construction de lescalier postérieur, au couronnement de latour, qui menaçait ruine, et à la réfectiondesplanchers. VoyezïArchit. cii. et domest. -de MM. Verdier et Cattois. 1 Nous navons trouver desfragments ces cuvettes faïence, avaient pu que de de quide Om,30à Om,40de diamètre.
  • 96. [ HÔTEL VILLE DE ] - 9-2 - " Lpu, il y a quelques années,découvrir les fragments dune inscriptionpeinte.
  • 97. [ HÔTEL ILLE ] DENous donnons ici les traces visibles de cette peinture sur les deux
  • 98. [ HÔTEL VILLE DE ] - 94 -pages(fig. 4); traces dont nous navonspu déchiffrer le sens.Peut-êtrequelquesarchéologuesseront-ils plus heureux que nous. Sansdonnerici notre opinion pour autre choseque comme une hypothèse nou-velle, nous verrions dans cette statue le Christ dominateur : Christusrégnât, Cltii*in* inijifit/t. 4 me!: EBflt , Les colonnettes et chapiteaux de la claire-voie, son encadrement etles fenêtres, étaient colorés ; sur les murs des salles recouverts den-duits, nous avonspu constater des tracesdepeintures de deux époques(xneet xvesiècle). Derrière le portique du rez-de-chausséeétait uneplaceayanttoujours servi demarché autrefois ne pouvaity arriver ; onquen passant sous les arcades du rez-de-chaussée. Si nousvoyonsencore,dansle nord de lAllemagne en Belgique, etdes hôtels de ville dune époque assez ancienne, comme ceux de Lu-beck, dAix-la-Chapelle, bâtis au xme siècle, ceux de Brunswick, deDanzig, de Munster, de Ratisbonne, élevés pendant les xive et xvesiècles,nous ne possédons plus en France dédificesde ce genre, sauf celui deSaint-Antonin, antérieurs à la fin du xve siècle et au commencement duxvr. Onpeut encore étudierleshôtels de ville de cetteépoqueà Orléans,à Compiègne,à Saumur, à Luxeuil, à Beaugency, à Saint-Quentin.Entre tous, le plus complet, le plus remarquable, est certainementlhôtel de ville de Compiègne,gravé avec beaucoup de soin dans lou-vrage de MM. Yerdier et Cattois . 1 Architfct. civ. et domesl. moyenâgeet à la renaissance, M, au t
  • 99. - 90 - [ HÔTEL VILLE DE ] Cetédificesecompose dun seulcorps de logis,avec grand escalierà vis dansla partie antérieurecentrale cet escalierest couronné ; parun très-joli beffroi.Au rez-de-chaussée, premieret au second au étage,degrandes sallessont disposées droite et à gauchede la tour centrale. àAu-dessusde la porte, une large niche avait été remplie par une statueéquestrede Louis XII. Deux échauguettes saillantesflanquent les deuxangles du bâtiment. On observera que cette tradition avait été suivieencoredans lhôtel de ville de Paris, élevépendant le xvi siècle et ter-miné sous Henri IV. Lesmaisons ville du Nordpossédaient de toujoursun balconsaillant,une bretèche, doù lon pouvait parler au peuple assemblésurla place.A Compiègne,ce balcon nest déjà plus quune petite loge disposéeà la base du beffroi, au niveau de la balustrade du comble. A Paris, labretècheest remplacée par le large escalier avec perron qui donneaccès à la cour centrale; mais à Arras, bien que lédifice municipaldate de la fin du xvr siècle, la bretèche traditionnelle existe ein m-e ouexistait il y a peu dannées. Plusieurs causesavaient contribué à priver les villes françaises situéesau nord de la Loire des bâtiments destinés aux réunions municipal*^Jusquau xiv° siècle laffranchissement des communes, bien quil eûteu des conséquences considérables au point de vue politique, navaitpu que très-difficilement sétablir dune manière durable. Vers la lutdu xnc siècle, des évoques, soit pour reconquérir lautorité, soit pourtrouver un point dappui dans leurs tentatives dempiétement sur lepouvoir féodal laïque, sétaient mis à élever, à Noyon, à Senlis, à Sensvà Paris, à Amiens, à Chartres, à Troyes, à Bourges, à Reims, à Sois:-ons,à Laon, à Cambrai, à Arras, à Beauvais, à Auxerre, à Rouen, dim-menses églisescathédrales,àla construction desquellesles population:-,urbaines avaient apporté une ardeur dautant plus active, que ces édi-ficesprenaient alors à la fois un caractère civil et religieux. Les cita-dins appeléspar les évêquesà concourir à lédification du monument,avec lassurance que ce monument leur serait ouvert pour leurs assem-blées,regardèrent longtemps, dans ces villes dépendantesou voisinesdu domaineroyal, la cathédrale comme un édifice municipal. Et nousvoyonsen effet que jusquau x" siècle, les cathédrales servent non-seulementau service religieux, mais à des réunions politiques et pro-fanes(voy. CATHÉDRALE). habitude prise, les populations urbaines Cettedu nord de la France sentaient moins le besoin délever des maisonsde ville, dautant quils savaient par expérienceque ces édifices muni-cipauxexcitaient la défiancedesseigneurssuzerains.Lombre des cathé-drales leur suffisait. Ainsi, ce nest quen 1452 que Jean de Bourgogneaccorde les permissions nécessairespour bâtir un hôtel de ville àAuxerre. « Les habitants, dit Lebeuf , nen avaient point eu jusqua- . sur lhist. civ. et ecclés.dAuxerre (sousla dépend,du duc de Bourgogne),t. III, p. 319.
  • 100. [ HÔTEL VILLE DR ] - 96 -« lors; quand il leur fallait traiter de leurs affaires, ils étaient obligés<« tenir leursassemblées dans les places publiques ou dans les églises, de« dansles chapitres de communautés ou dans les cloîtres religieux.«.Cétait aussi dans ces lieux quon représentait les fêtes qui servaient« de divertissementspublics. » La cathédrale de Laon servitjusquauxvr siècle de lieu de réunion pour les habitants de la ville. Desassem-blées se tiennent pendant les xive et xvc siècles dans les cathédralesdAuxerre, de Paris, de Sens, lorsquil sagit de délibérer sur les affairespubliques. Cesédificesavaient conservéquelque chosede la basiliquelimaille: des marchés sinstallaient sous leurs porches, et même sousleur- voûtes on vendait. Les évêques sélevèrent naturellement contreces haliitude-; mai- ce ne fut que bien tard quils parvinrent à lesdétruire entièrement. 11ne faut pas par conséquent, demanderà laFrance de* xn", xin" et xiv" siècles ces vastes bâtiments municipauxde- villes de lItalie et de la Flandre ; ilsnont jamais existé parce quilsnavaientpas lieu dexister. Mais aussi est-ce dans ces provinces fran-çaises située- au nord de la Loire que lon voit sélever, sous une puis-sante impulsion, les plus grandescathédralesqui aient été construitesdans la chrétienté à cette époque. Pour se faire une idée exacte de ce quil y avait de précaire dans léta-blissement municipal de la ville de Paris, par exemple, il suffit de lirece quécrit Sauvai sur ce quétait la maison de ville avant le milieu duiv* siècle. Ce ne fut quen 1357 que le receveur des gabelles vendit auprévôtdesmarchands. Etienne Marcel,la maisonqui devintdéfinitive-ment lhôtel de ville. « Pour ce qui est du bâtiment, ajoute Sauvai,« cétoit un petit logis qui consistoit en deux pignons, et qui tenoit à« plusieurs maisons bourgeoises. » Ce fait seul donne assezà entendreque les hôtels de ville, en France, ne différaient guère, pour la plupart,jusquau .TVsiècle, des maisons de particuliers. CependantBourgue-ille prétend que la ville de Caen possédait une maison commune« de fort ancienne admirable structure, de quatreestages hauteur, et en« en arcs-boulan- fondez dedans la rivière sur pilotin>, laquelle flue(i par trois grandesarches(cethôtel de ville était bâti surle pont Saint-<"Pierre; ; et aux coings de eestédifice et maisonsont quatre tours qui« sejoignent par carneaux,en lune desquelles(qui faict le befroy) est<" posée grosse la orloge: cestequellemaison, pont et rivière,séparent« les deux costezde la ville, de façon que les quatre murailles dicelle« commencent, finissent aboutissent cepont, anciennement et sur ap-<"pelle de Darnetal, comme il se treuve par certaine chartre estant"<au matrologe ou chartrier de la ville, de lan 1305.» En effet, dans devieuxplansde laville deCaen-.on oit, figurésur le pont Saint-Pierre, 1 LesReclierches Antiquités lu province Xeustrie, présent »t de île à duchéde Xor-mandie,etc., par Ch. de Bourgueville, sieur de Bras.Nouv. édit., Caen,1833. 1 Notamment doMérian celuigravé fac-similé louvrage BourgueviJk, celui et en dans deédit de 1833.
  • 101. [ HOTEL VILLE DE jun bâtiment en forme de chàtelet (car il fallait passersous lhôtel deville pour traverser lOrne), dont la face orientale est ouverte en face dela grande rue qui servait de lieu de foire. Le bâtiment est flanqué dequatre tourelles et couvert en pavillon; la tour du beffroi était bâtie àlangle sud-ouest. salledassemblée, La situéeau premier étage,avait sesfenêtres ouvertes surla rivière, du côté de larrivée des navires, au nord,et, au sud, sur des prairies. La situation de cette maison commune étaitdonc des mieux choisies pour une ville marchande et industrielle. La disposition des maisons communes, à dater de la fin du xm* siècle,paraît avoir été à peu près la même dans les villes du Nord, depuis laPicardie jusquà Luheck. Un beffroi sélevait au centre de la façade etétait flanqué latéralementde deuxgrandes sallesoù pénétrait un grandlogis à pignons latéraux. Le beffroi servait de prison commune, dedépôt des archiveset de guette avec carillon. Devantla façadesouvrait,à rez-de-chaussée, portique avec grands escaliers et loge ou untèchepour cris publics.La ville de Lubeckpossède les encorelesdun vaste hôtel de ville, qui, au xaie siècle, se composait de tr»i-grandslogisaccolés, avectrois pignonssur la faceantérieure et troisautres la facepostérieure. pignons sur Ces étaient percés très-gran- dedesfenêtres meneaux éclairaient à qui largement trois salles. ces Lerez-de-chaussée occupé des services était par secondaires.nestpas Ilbesoin rappeler quelesmaisons villesdu Nord,duxme de ici des auxvie siècle, présentaient pignons la rue. Ceparti avaitété leurs sur vi. - 13
  • 102. [ HÔTEL VILLL DE J _ 98 - ^ -^&jKi^~f*z*Si adopté leshôteU ville,et à Saint-Quentin pour de encore maison la
  • 103. - 00 - [ HÔTEL-DIEU ]commune, dont la construction est du xvr siècle, conservele principede cette disposition. En réunissant les documents épars que nous avonspu nous procurer sur les maisonscommunesde cesvilles riches et com-merçantesdu Nord, il est possible de présenter un type de cesconstruc-tions qui, plus quaucune autre, ont été soumisesà tant de changementset de catastrophes. Commeil serait beaucouptrop long et fastidieuxdedonner séparément renseignements ces épars,nousavonspenséquenoslecteurs ne nous sauraient pas mauvais gré de les réunir en un faisceauet de présenter un type complet dun hôtel de ville de la fin duxmp siècle. Cest ce que nous avons essayé de faire en traçant la figure 5, quidonne, en A, le plan du rez-de-chaussée dun édifice municipal, et enB le plan du premier étage. Sous le portique antérieur G, à droite età gauche, montent deux rampes qui arrivent au vestibule D, précèdede la loge E. On entre à rez-de-chaussée, sous les voûtes du vestibule.dansles prisons F du beffroi, et par les portes G dans les sallesH des-tinées à des services journaliers. Au premier étage, du vestibule D onpénètre dans la pièce 1 .située sous le beffroi, et de là dans une premièresalle K. servant de vestibule aux deux grandes salles L, largementéclairées par les fenestrages M. La figure 6 présentelélévation perspective de cet édifice. Toutefois il arrivait fréquemment, avant le xve siècle, que les beffroisétaient indépendants de lhôtel de ville. Celui de Tournay, qui date duxiie siècle, est isole. Celui dAmiens, dont la partie basse remonte auxivc siècle, était également indépendant de la maison commune, ainsique ceux de Commines et de Cambrai. Millin, dans h- tome V de sesAntiquitésnationales, donne une vue de lhôtel de ville de Lille, démolien 1GG4, reproduite daprès un dessin de la bibliothèque de Saint- etPierre. Daprès ce dessin, le bâtiment principal, sans beffroi, se composedun corps de logis à trois étages, avec deux grands pignons et échau-guettes aux angles. La base du comble est crénelée. A la suite de cebâtiment sélèveun logis plus bas avec crénelagessurmontésde lionset de deux statuesde sauvages, dont lune porte létendard de la ville.Ces constructions, autant que limperfection du dessin permet de lrreconnaître,paraissent appartenir au xme siècle. Si beaucoup de bef-frois très-anciens des villes du Nord étaient isolés, celui de BerguesSaint-Winox(Nord), qui datait du xive siècle, setrouvait nuliviois dé-posé, relativement à la maison commune de cette ville, romme 1>^celui de notre figure 6. On observeraquà Compiègnele lieiîrm est aucentre du bâtiment principal et sur sa face; seulement il pénètre ungroset profond logis dont les deux pignons sont placés latéralement,de manière toutefois à présenter, au premier étage, un plan pareilà celui de la figure 5. HOTEL-DIEU,s. m. (maison-Dieu, mnladrerie, hospice, hôpital, lépro-serie). Rien nétablit que les anciens eussentd<->maisons de refuge
  • 104. l HÔTKL-LIEU ] - 100 -pour lesmalades, ceux-ci où pouvaientrecevoirlessoinsdesmédecinset attendreleur guérison, Athènes, soldats A les mutilés étaiententre-tenus aux frais de la république ; mais il nest pas dit que ce secoursfût autre chosequune pension; dailleurs ce fait ne paraît pas avoirexisté dans les autres villes de la Grèce. A Sparte, après la bataille per-due par les Lacédémoniens contre Antigone, les maisonsdes citoyensfurent ouvertespour recevoir les blessés2.Les Romains,en campagne, ,ivalent des espacesréservés aux hommes et aux chevauxmalades; mais au, un auteur ne signale, ni à Romeni dans les villes de lempire,deshôpitaux destinés,soit aux blessés,soit aux pauvresmalades.SaintJérôme, le premier, parle dune certaine Fabiola, dame romaine fortriche, qui fonda, vers lan 380, un hôpital dans lequel on recevaitles malades,jusqualors gisant abandonnés dans les rues et sur lesplaces publiques. Dans les premiers temps du moyen âge, en effet,dans i,.s villes de lItalie, de la France, de lAllemagne, il se fait denombreusesfondations pour soigner et loger les malades, les voya-geurs, les pauvres. Danslorigine, cesfondations consistenten laban-don dune maison, dun local, avec une rente perpétuelle. Naturelle-ment, les établissements religieux réguliers, les chapitres, les paroissesmtine, étaient les conservateurs de la fondation. « La plus ancienne« mention, peut-être, de lHôtel-Dieu de Paris remonte, dit M. Guérard« dans sa préface aux Cartulaires de léglise Notre-Dame de Paris3, à« lannée 829. » Dubreul4 admet que cet établissementfut fondé parsaint Landry, vingt-huitième évèque de Paris, vers lan 660. Guillaumede Nangis dit, dansla Vie du roi saint Louis, que ce prince laugmentaconsidérablementen 1258.Lebeuf5 prétend que cet hôpital portaitencorele nom de Saint-Christophe dans le xesiècle; il ne trouve pointde preuves que saint Landry ait établi proche de la cathédrale uneinaladrerie ou un Hôtel-Dieu. «"On doit distinguer, dit-il, entre un<"hôpital, un Hùtel-Dieu ou une maladrerie. Jai beaucoup de peine« à croire que les maladreriesayent étéordinairement proche les cathé-« drales qui étoient bâties danslintérieur des cités.Pour ce qui est des« indigens qui ne faisoient que passer,javoue quon a pu leur donner« lhospitalité dans ce quartier-là sous la seconde race de nos rois« Peut-être, ajoute-t-il, quavecde plus profondesrechercheson trou-< veroit lépoque du changementde lhôpital ou maisonde lhospitalité« de cette cathédrale en maladrerie ou Hôtel-Dieu. » En 1168, souslépiscopat Mauricede Sully, le nombredeslits fut augmenté de parsuite dun statut du chapitre de Notre-Dame.Il fut décidé quetous les chanoines viendraient mourir, ou qui quitteraientleur qui à Plutarque, Vie de Solon, chap. xxxi. 1 Justin, Historia, hb. XXVIII. Collectiondesdocum.inéd. sur lhist. de France.Paris, 1850,t. I". 1 Théâtre antiq. de Paris, 1612, l", p. 74. des liv. 6 Hist. de la ville et du diocèse Paris, t. I", p. 2-2. de
  • 105. " 101 [ HÔTEL-DIEU ]prébende, donneraient cet hôpital un lit garni. Trente ans après àcerèglement,Adam,clerc du roi Philippe-Auguste, donà lHôtel- fitDieu de deux maisonsdans Paris, afin que, sur le revenu de ces mai-sons, le jour de son anniversaire, on fournit aux malades «: tout ce« quil leur viendroit dansla penséede vouloir manger ». Pendant les xi% xne et xm- siècles,il est fondé une quantité prodi-gieusedhospices; presque toutes les abbayesavaient un hôpital dansleur enceinte. De plus, on fonda un grand nombre de léproserieshorsdes villes. « La maison de Saint-Lazare, dit Lebeuf, ne doit être con>i-« dérée que comme une célèbre léproserie. Autant la ville de Pans« étoit fameuse, autant sa léproserie létoit en son espèce.Ce fut dans« le xiie sièclequeroncommencaàavoiruneattentionplus singulièrede« séparerles lépreux davec le reste du peuple: de là lépoque de lori-« gine de toutes ces maladreries du titre de Saint-Lazare, dont on voit« encore des restes proche une infinité de bourgs et de villages du« royaume Dès le règne de Louis le Jeune, il y avoit entre Paris et« Saint-Denis un hôpital de lépreux, qui consistoit en un as>ernbl;i-i-« de plusieurs cabanes où ils étoient renfermés. Odon de Deuil, moine« de Saint-Denis, écrit quil fut témoin comme, en lan lli", le mer-« credi onzième de juin, ce même roi, venant prendre létendard à« Saint-Denis avant de partir pour la croisade, entra dans cet hôpital« situé sur sa route, et prit la peine dy rendre visite aux lépreux dans« leurs cellules, accompagné seulement de deux personnes.» Cettrcélèbre léproserie, dès la fin du xne siècle, était gouvernée par desreligieux de Tordre de Saint-Augustin. Les léproseries étaient aunombrede 2000dans les États du roi de France, au xnie siècle, ainsique le prouve une donation faite par Louis VIII dans son testamentdu mois de juin 12252. Nous ne chercheronspas à établir si la lèpre futimportée en France par les croisés revenus de Palestine, ou si, commele prétendent quelques auteurs, cette maladie existait déjà dès lé-poque celtique sur le sol occidental de lEurope3. Ce quil est difficilede nier, cest que cette maladie, ou une maladie certainement ana-logue,qui était ou que lon croyait contagieuse,existait sur toute lasurfacede lEurope au xnesiècle, même dansles contrées qui navaientenvoyépersonne en Palestine, puisque, daprès Mathieu Paris, on necomptait pas moins de 19000 léproseriesen France, en Allemagne, enAngleterre, en Italie, en Espagne,en Brabant, en Suisse, en_ Hongrie,enPologne, Bohème dans Étatsdu Danemark. établis-r- en et les Cesments,situéshors desvilles, ainsi quenousvenons le dire, consis- detaient en une enceintedans laquelle sélevaient des cellules assezsem- 1 liât, de la ville et du dioc. de Paris, l. Tr, 2e partie, p. 481. « Art. 13. Donamus logamus et duobus millibusdoniurumleprosorum decem inillia« librarum, videlicet cuilibet earum centuin solides, a 3Voyez curieux le ouvrage M. Labourt, de Recherches loriginedesladreries, sur ma-ladreries léproseries. et Paris, 185-1.
  • 106. L 1IÔ1LL-D1EU ] - lU2blables à celles des chartreux, avec une chapelle commune. Les reli-gieux qui avaient cure du temporel et du spirituel des léproserieslogeaient dans des bâtiments voisins de léglise. Il est clair que les dispositionsarchitectoniques navaient rien à voirdans ces enclos parsemés de cabanes. 11 nen est pas de môme pourli-> hôpitaux. Il nous reste, de lépoque du moyen âgeet particulière-ment des xne et ine siècles, dadmirables bâtiments affectés aux ma-lades recueillis dans les monastères, dans le voisinage des cathédrales,un même dans des cités florissantes. Chaque monastère possédait sonaiiniônerie, >e-t-à-dire un personnel chargé dexercer lhospitalité.Pendant le moyen âge, lhospitalité était obligatoire. Dès lépoquecarlovinuiemie, il existait des impôts destinés à secourir les pauvres,les pèlerins, les malades.Charlemagne avait, dans ses ordonnancesri rapitulaires, recommandé à ses sujets doffrir lhospitalité, et « ilnétait pas permis alors de refuser aux voyageurs le couvert, le feu etleau1 ». Les communes rivalisèrent avec les rois, les seigneurs et lessimple- particuliers, dans ces Suvres de bienfaisance. Beaucoup devilles établirent des hospices, à leurs dépens, soit dans des bâtimentsneufs, -<>itdans des édifices abandonnés que lon faisait restaurer envue de cette destination. Des hospices furent même bâtis dans deslieux isolés pour servir de refuges aux voyageurs et les garantir contreles voleurs qui infestaient les routes ; ces bâtiments étaient souventfondéspar des cénobiteset sous la gardede religieux. Les villes étanthabituellement fermées le soir, lesvoyageurs étaient contraints de passerlanuitàla belle étoile; des maisons de refuge, sortes de caravansérailsgratuit», sélevèrent non loin des porte-. « Kn 1202, deux nobles alle-» maml» voulurent remédier à ce grave inconvénient, et firent con-" stiuire.un hospice hors delà porte Saint-Denis à Paris. Un emplace-« ment dune contenance de deux arpents fut promptement couvert de« bâtiments. Une grande salle de pierre de taille, élevée au milieu du« sol au moyen darcadesforméesà croix dosier, y fut construite pour«"les pauvres; elle avait vingt-deux toiseset demie de long et six toises« de largeur2. y> 1310, le nombre des maisons-Dieu, maladreries et Enléproseriesqui recevaientdes secoursen argent surla cassetteparticu-lière du roi de France, était de cinq cents environ ; dans la banlieue deParis seulement,quarante-huit maladreries profitaient de ces dons.La charité publique et privée sut encore rendre son assistance plusefficace, en fondant des hôpitaux pour certaines infirmités particu-lières. Saint Louis donna lexemple en faisant bâtir lhospice desQuinze-Vingts les aveugles Paris. Sansparler desléproseries, pour deon fonda, dans beaucoupde villes, deshospicespour lesboiteux, pour 1 Voyez Droitset usages concernant travauxde construction /es publique privée ousous troisième desroisde France, M. A. Champollion-Figeac, Paris, la race par p. 166.1860. - : Ibidem.
  • 107. - 10:3 - [ HÔTEL-DIEU ]les fous, pour les vieillards indigents, pour les femmes en couches.Lesconfréries voulurentaussiavoirleurs maisons refuge,leurshos- depices et enfin,pendantles pestesqui désolèrentlesvilles du moyen ;âge, desévoques, seigneurs des laïques, prêtèrentdeslocaux dépen-dantsde leurs résidences pour soignerles malades,et voulurent souventeux-mêmes les assister. A côté des désordres de toute nature et des abussans nombrequi signalèrent cetteépoque, faut doncreconnaître il quetous, petits et grands, cherchaient à adoucir le sort des classes -" of-frantes par les moyens les plus efficaces, et que lesprit de chariténe fut jamais plus actif que dans ces temps. 11faut dire que, souvent,tel seigneur qui fondait un hospice en mourant avait, ^a vit- durant,fait plus de malheureux quon nen pouvait scnnirir de longtemps dansla maison élevéepar lui. Le moyen âge est ainsi fait : cest un mélangesansmesure de bien et de mal ; aussi y a-t-il autant dinjustice à pré-senter cette époque comme un temps de misères continuelles quecomme un âge de foi vive, de charité et de sagesse. Partout, à côtédun mal, dun abus monstrueux, on trouve le sentiment du droit, lerespect pour lhomme, pour ses malheurs et ses faiblesses. Le mot defraternité nest pas seulement dans les discours, il trouve partout uneapplication pratique, et si la passion ou lintérêt font trop suivent en-freindre cette loi sacrée, du moins son principe nest jamais méconnu.Par le fait, nos grandesinstitutions de charité nous viennent du moyeuâge et lui survivent; il est bon de ne pas trop loublier: ayant profitéde la belle partie de lhéritage, peut-être serait-il juste dêtre indulgentspour son côté misérable. On comprendra que parmi tant dédifices élevéssous linspirationdune charité vive et voulant immédiatement porter remède au mal,beaucoupnétaient que des bicoques, des maisonsque lon appropriaittant bien que mal au service des pauvreset des malades; car nombrede ceshospices se composaient dune maison donnée par un simplebourgeois, avec une rente à prendre sur son bien. Peu à peu ces mo-destes donations sétendaient, senrichissaient par les quêtes, et deve-naient des établissements importants. Cependantil nous reste encorequelqueshôpitaux du moyen âge, qui, au point de vue de lart, sontremarquables. Bien bâtis, bien aérés, spacieux, ils ont aussicet avan-tage, sur les constructions analogues que nous élevons aujourdhuigénéralement, laisserà lart une large place,de ne point attrister deles maladespar cet aspectfroid et désoléqui caractérisede notre temps(saufde rares exceptions) les édifices publics de charité . Parmi les hôpitaux les plus anciens qui existent encore en France, 1 II faut reconnaîtreque depuispeu on a fait cheznousde grandsprogrèsen ce -""HP-.Lhospice Charenton, de Vincennes du Vésinet, de ceux et lasile daliénés Toulouse, desontnon-seulement parfaitement appropriés leur destination; ce sontaussi,comme à maisSuvresdarchitecture, édifices des faits pour donner aux malades idéesplutôt desagréables que tristes.
  • 108. [ HÔTEL-DIEU ] - 104 -U faut citer lHôtel-Dieu de Chartres, situé près de la cathédrale, etlhôpital dAngers. Cedernier surtout est remarquablepar son étendueet parles servicesqui lentourent. En voici le plan (fig. 1). Il se com-pose dune grande salle à trois nefs, A, précédée dun cloître, dunechapelle voisine B, de logements, dénaturés aujourdhui, et dun vastemagasin ou grenier G, propre à renfermer des provisions de toutenature. La construction de cet établissement date de 1153. La cha- 70mpelle est un peu plus moderne (llNn. (/est aussi vers cette dernièreépoque que fut élevéle grand bâtiment aux provisions. La figure 2présentela coupetransversalede la grande salle, dans laquelle quatrerangées de lits peuvent facilement trouver place. La construction deces bâtiments est excellente, traitée avec soin, les chapiteaux despiliers dun excellent style. Le bâtiment des provisions est un édificeremarquable par ses dispositions et ses détails1. LHôtel-Dieu Chartres de dateà peuprèsde la mêmeépoque, con- etsisteaujourdhui on une grande salle à trois nefs, séparéespar deuxrangs de colonnes et portant des charpentes lambrissées. Au fond,trois voûtes de pierre ferment les trois dernières travées. Cest une dis-position analogueà celle de lhôpital dAngers, et qui parait avoir étégénéralement suivie pendant les xue et .me siècles. 1 Voyez VArdiitcct. civ. et domest. de MM. Verdier et Catlois, t. H.
  • 109. - 105 - [ nÔTEL-DIEU ] Dans les bâtiments abbatiaux de Saint-Jeandes Vignes de Soissonset dOurscamps, voit encore de belles sallesqui ont été affectéesaux onmalades. La salle dite des morts, à Ourscamps, est, entre toutes cesconstructions hospitalières, la plus belle et la mieux entendue. Cesttoujoursun grand vaisseau diviséen trois nefs, celle du milieu pluslarge que les deux autres ; le tout est couvert par desvoûtes darêteet un vaste grenier. La figure 3 présentele plan de cette salle avec son annexe,qui ser-vait probablement de cuisine et de laboratoire ; la figure 4, la ruupetransversale la grandesalle des malades, la figure 5 une de ses de ettravées.On observera que les fenêtres sont disposéesde manière àdonnerbeaucoup jour à lintérieur, cellesdu haut étant à vitrages defixes celles baspouvantsouvrirpour aérerla salle.Suivantla dis- et dupositiongénéralement adoptéeà cetteépoque,il devaity avoir quatrerangées lits disposés quelindique de ainsi notreplan en A ; la sallepouvait en contenir facilementcent. Le long du mur, au droit descolonnes, percées petites sont de nichesà hauteurde la main,pourdéposer boissons lespansements malades. grande les ou des Une chemi- vi. - li
  • 110. f HÔTEL-DIEU ] - 106 -née, souvrant contre le pignon B, permettait dassainiret de réchaufferce vaste intérieur . Le bâtiment et son annexe sont isolés. Le pignon G 20"seul est rapproché des bras de croix de léglise, à laquelle on pouvaitprobablementcommuniquer par le petit passage Toute la construc- H. "yez, pourdeplusamples détails, gravures Archives monum. les des des hi.it., pu-înés par lesordres Ministre du dÉtat;aussi louvrage précédemment de MM.Ver- citédier et Cattois,t. II, p. 104.
  • 111. - 10" - [ HÔTEL-DIEU ]tion datedespremièresannées xme siècle,et lintérieur était peint dudejoints rouges, avecarchivoltesfestonnées petitesarcatures. en A larticle CONSTRUCTION, 123 et suivantes, nous avons donné figureun bâtiment dépendant de labbaye Sainte-Marie de Breteuil, dont unepartie servait dhospice pour les pauvres. Presquetoutes les abbayespossédaient ainsi des bâtiments assez vastes pour donner asile auxvoyageurs,ou môme de véritables hôpitaux, comme celte grande salledOurseamps1. La ville de Tonnerre possédait,au xiesiècledéjà, un Hôtel-Dieusitué,suivant lusage, à côté de léglise Notre-Dame, qui servait de chapelleà cet établissement; un autre hôpital, également de la même époque,existait dans le faubourg de Bourberault. « Les dépendances de cet« hôpital, dit M. Camille Dormois-, ne consistaient quen une petite» chapelle obscure, une très-petite maison et un jardin. » En 1"204,EudesIII, duc de Bourgogne, fonda, dans la même ville, lhôpital du 1 Labbaye dOurscamps appartientaujourdhui à M. Peigné-Delacour, heureusement, qui,conserveavec un soin particulier ces restes remarquables. 1 .Voteshistoriques lhôpital de Tonnerre.Auxem-, 1853. sur
  • 112. [ HÔTEL-DIEU ] - 108 -S iint-Esprit ; mais Marguerite deBourgogne,belle-sSur de saint Louis,reine de Sicile, voulut doter la ville de Tonnerre dun hôpital magni-fique. En 1293, achetaun vasteclosprèsdunesourceappelée elle Fon-teniile, le long de lArmançon et des murs dela ville. Dans lacte de fon-dation,il est dit quelespauvresseronthébergés danslétablissement,les convalescents nourris septjours, et renvoyésavec chemise, cotte etsouliers;quunechapelleserabâtie avecquatreautels; queles frères
  • 113. - 109- [ UÔTEL-DIEU ]et sSurs,au nombre vingt, chargés soinsintérieurs,aurontpour de desmissionde donnerà mangeret à boire à ceux qui auront faim et soif,de recevoir les étrangers pèlerins et de les héberger,de vêtir les etpauvres,de visiter les malades,de consoler les prisonniers et dense-velir les morts ; que les frères et sSurs auront desdortoirs et réfectoiresséparés,et ne devront prendre leurs repas quaprès le service desmalades. Lhôpitalfut promptementélevé,et Margueritese fit bâtir,à côté, un logis pour pouvoir surveiller elle-même son établissement;lorsquelle mourut, en 1308,les bâtiments et leurs dépendances étaientcomplétés depuislongtemps. nousreste cethôpitalla grandesalle Il deet quelquesdépendances, nos lecteurs ne nous saurontpas mauvais etgréprobablement leur donnerun ensemble de ainsique desdétailsdela partie principale de cette grande salle, en même temps chapelleet hospice. La figure 6 présentele plan à léchelle de Om,001 pour mètre. En A,est la grandesalle,autrefois précédéedun porche B avec escalier,dontnous allons indiquer la destination. Cette salle contenait quarante cel-lules de boiserie, sortes dalcôvesdans chacune desquellesétait placéun Ht (voy. en G). En D, était un autel principal sous une voûte, et enF deux chapelles également voûtées. Le tombeau de la fondatrice étaiten E, et se composait dune figure de bronze couchée sur un sarco-phage.La sacristiedeschapellesétait en G. En H, un jubé, posédevantle chSur, mettait en communication deux galerieslatérales qui, éta-blissant une circulation continue au-dessusdes alcôves,permettaientdouvrir les fenêtres et de surveiller lintérieur des cellules. On pouvaitmonter à ces galeriespar lescalier latéral du porche et par un esca-lier I qui était mis en communication avec une galerie réunissantle logis L de la reine à la grande salle. De sesappartements,situés aupremier étagede ce logis, cette princessepouvait ainsi, soit descendredansla salle, soit inspecter les cellules en sepromenant sur la galeriequellesportaient. En Z était une petite chapelle. Les bâtiments de ser-vice de lhôpital sont situés en K et la cuisine en M. On communiquaitde cesbâtiments avec la salle au moyen dune autre galerie X aboutis-sant à unepetite porte. La voie publique passeen O.EnP, était le cime-tière; en J, le jardin de la reine, borné par la muraille de la ville et parle ruisseau de Fontenille. En R, un lavoir; en V, un bras de lArman-çon, et en S le prieuré. Deux canauxsouterrains passantdes deux côtés Lescomptes 1556, de daprès lexcellent travaildeM. G. Dormois plushaut,pré- citésententdesdépensesoccasionnées la réfectionde lune de cesgaleries. par « Payé Jehan à Desmaisons,charpentier, somme 91 livr. 10s. pourla fasson la de de« la grandegallcrydudit hospital, contenant toises longet 2 delarge...A Nicolas..,, 20 de« maçon, pouravoirfait la massonnerie soutenirles poteaux pour dicellegallery...« A Jehanet Pierre lesMathieux,couvreurs, somme 8 livr. 13s. pour avoir couvert la de« lescalier la d. gallery de A Jehan, marchand...... ferrer lesportes lhospital pour dei et les chevrons de la grande gallery,. ... » Etc.
  • 114. f HÙÏEL-Dltl ] - 110- "*. fOft de la grandesalleentraînaient dansla rivière lesvidanges létablis- de
  • 115. - Hl - [ HÔTEL-DIEU ]sèment. Oulre les murailles de la ville, des remparts entouraient lesautres parties du clos. En X, était un puits public. La figure 7 donnela coupetransversale ce magnifiquevaisseau, de 7qui na pasmoinsde 18",60delargeur dansSuvre surSSmètr. long dedepuis le porche jusquau sanctuaire. La coupe (fi^r. ") montre, en A,lesalcôves avecla galeriesupérieure passant B, par-dessus jubé. On le
  • 116. ] - 112 -aperçoitau fondlestrois absides. charpente chêne, La de bien conser-vée, nous donne des bois dune longueur extraordinaire; les entraits,dun seul morceau, ont 2l"7,40; les arbalétriers et chevrons portantferme, l.tmMr.Elle est entièrement lambrissée en berceau plein cintrefr-t-ivimMit -urbaissé à lintérieur. En G, nous avons tracé lun des che-vronsportant ferme,et en D unecoupedune travée charpente de avecle lambrissageet les ventilateurs E, de Om,10 douverture, Les fenêtreslatérales,à meneaux,sont disposées pour pouvoir être ouvertesdu basjiiMjuà la naissancedes tiers-points, et des marches, ménagéesdanslappui, permettent de tirer les targettes. Ce vaisseau,qui existe à peuprès intact, sauf le porche, produit un grand effet. Cest un des plusbeaux exemplesde larchitecture civile de ia fin du xm* siècle; il napas moins fallu que toute linsistance de la Commissiondesmonumentshistoriques pour obtenir de la ville de Tonnerre sa conservation.Pour-quoi la ville de Tonnerre voulait-elle démolir cet édifice? Cest ce quonaurait beaucoup de peine à savoir probablement. Pourquoi la villedOrléans a-t-elle démoli son ancien Hôtel-Dieu, lun des plus beauxédifices de la renaissance? Combien de villes se sont ainsi, sans raisonsérieuse, dépouillées des monuments qui constataient leur ancienneté,qui leur donnaient un intérêt particulier et qui retenaient les étrangersdans leurs murs ! Beaucoup regrettent, un peu tardivement, ces actesde vandalisme, et sétonnent de ce que les voyageurs passent indiffé-rents au milieu de leurs rues neuves,naccordant pas même un regardau frontispice à rolonnes du palais de justice, ou à la façade de lhô-pital nouveau, que lon confond volontiers avec une caserne. La disposition des lits de lhôpital de Tonnerre, logés chacun dansune cellule avec galerie de service supérieure, mérite de fixer notreattention. Chaque malade, en étant soumis aune surveillance dautantplus facile quelle sexerçaitde la galerie, se trouvait posséderune véri-table chambre. 11 profitait du cube dair énorme que contient la salleet recevait du jour par les fenêtres latérales; sa tête étant placée ducôté du mur et abritée par la saillie du balcon, il ne pouvait être fati-gué par léclat de la lumière. On objecterapeut-être que la ventilationde cescellules étaitimparfaite; mais la sallene contenantque quarantelits, les fenêtres latérales pouvant être ouvertes, et le vaisseau étant fortélevé,ventilé par les trous percésdans le lambrissagede la charpente,on peut admettre que les conditions de salubrité étaient bonnes. Pour faire saisirà noslecteursla disposition celluleset desgale- desries de surveillance,nous présentons(fig. 8) une vueperspective dunedes travées de la salle. Les fenêtres de la galerieétaient garnies de vitraux en grisaille, cellesdu sanctuaire de vitraux colorés. Une longue flèche de charpente sur-montait cesanctuaire elle était couverte plomberie ; de peinte etdorée,et ne fut détruite quen 1793.Toute la charpentede la salle est couvertede tuiles vernies avec faîtières de terre cuite émaillée.
  • 117. 113 - [ IIi)TKL-ni"l- * JPar lescalier carré versnord, deune deux pratiquéle àcoté1 des vi. - 15
  • 118. [ HÔTEL-DIEU ] - 11i -chapellesdu chevet, on arrivait à une salle voûtée bâtie au-dessus<!<" cette chapelle, et servant autrefois, comme encoreaujourdhui, detrésor et de chartrier. Le tympan de la porte principale souvrant sousle porche du euté do la rue était décoré dun bas-relief représentantleJugementdernier, dont il existe encorequelquesfragments1. Tous ceux qui sintéressent quelque peu à nos anciensédifices ontvisité !e charmant Hôtel-Dieu de Beaune, fondé en 1443 par NicolasH"lm. chancelier du duc de Bourgogne. Cet établissementest à peuprès tel que le xvc siècle nous la laissé, bien quil soit construit, enlii-amlc partie, en bois. 11 se composede trois corps de logis élevésautniir dune émir quadrangulaire. Dans le bâtiment qui donne sur la ruee-l placre la grande salle, avec sa chapelle à lextrémité, la porterie etquelques piècesvoûtées destinées aux provisions. Les deux autres corpsde logis, devant lesquels passe une galerie à deux étages, contiennentle noviciatde-ssSurs, trois salles, cuisineet la pharmacie. grands la Degable-de charpente, vitrés,donnentdu jour dansles salles par-dessusles galeries dehors, tandis que laération se fait par les galeries dumêmes et parles faces opposées (v<>y.lArchitecture civile et domes-iiqur de MM. Verdièr et Cattois, t. I"). La cour de cet établissement,dun aspect riant, bien proportionnée, contenant encore son puits duxvesiècle, son lavoir et sa chaire, donnerait presque envie de tombermalade à Beaune.La porte sur la rue est protégéepar un auvent decharpente couvert dardoise (voy. AUVENT). Nous donnons 9) le plan de lHôtel-Dieu Beaune, (fig. 10) (fig. de et 1 Cest à M. Lefort, architecte à S?ns, que nous devons un relevé minutieux de cettegrandesallede lhôpital de Tonnerre. Lefort a eu lobligeance mettre tousses des- M. desins à notr>; disposition.
  • 119. ~- IIJ - [ IU>TFL-DIFU ]la vue de langlede la cour du côté de lescalierprincipal desservantes deuxétages. A (voyez plan),estlentrée;en B, un passage En le de 10service; C, la grandesalle lambrissée1 en avec sa chapelleD, mainte-nant séparéede la salle; en E, le réfectoire des sSurs et le salon de lasupérieure; en F, les sallesaux provisions; en G, le noviciat dessSurs; 1 Un plafondavait été établi sousla voûteen bardeauet avait détruit laspectgrandiosede cette sali1,qui icnt dêtre habilement rétablieen sonpremierétat par M.M. Ouradou.
  • 120. IIVffL-DIEU] - 116 -en II, des salles de malades; en I, un passagedonnant sur un jardin ;en K, la cuisine, et en L la pharmacie.Le puits est placé en 0, la chaire."il M, et le lavoir en P. Examinons maintenant un de ces établissements plus modestes qui,elriiirnesdes grandscentres,voisins de quelque abbaye ou de quelqueprieuré, étaient si fort répandus sur le sol français au moyen âge.Entrons dans la maladrerie dite du Tortoir, non loin de la route quimène de Laon à la Fère (Aisne). Nous allons relrouver là les curieusesdi-[iM-iiions intérieures de lhôpital de Tonnerre. La maladrerie du date, croyons-nous,de la première moitié du xvesiècle1. Len- /lsemble de létablissement, compris dans un carré, contient encore troisbàtiniriih de lépoque de la construction (flg. 11). A, la salle desma-lades B, une chapelle G,un corpsde logis à deux étages, ; ; pour lesreligieux probablement pour la cuisine.Les autres bâtimentsqui etexistent aujourdhui dans lenceinte sont dune époque assezrécente.Occupons-nous cettesalleA. Sesdeuxextrémités de sont ferméespardeuxpignons avec cheminées.Sur le préau, à lintérieur de lenceinte,souvreunelarge porte, avecguichetà côté; sur cetteface, pasdau-tres ouverturesque deux fenêtresrelevées.Devantcette large porte 1 Voyez YArchited.civ- et doinest. MM Verdieret Gallois,t. II, p. 107 de
  • 121. - 117 - HÔTEL-DIEU ]était suspendu appentis un très-saillant lon en juge par sesamor- (sices et les entailles de la charpente), qui servait dabri aux charmhamenantles malades.Pour lusageordinaire, on se contentait de pas-ser par la petite porte. Sur les dehors, au contraire, cette salle de ma-ladesétait percéede deux rangs de larges fenêtres disposéesde tellefaçon que celles du bas éclairaient des cellules de bois, semblablesà celles de Thôpital de Tonnerre, et celles du haut s ouvraient sur unegalerie, laquelleon montait par un escalier à ménagé dans la travéeI(voy. le plan) dépourvue de fenêtre. A Tonnerre, lintervalle entrechaquecloison est de deux toises(3ra,95) même espace ; entre les axesdescontres-forts la salle Tortoir (voy.fig. 12, un anglede la face de dude la salledu côté extérieur). Eu supposant les cloisons des cellulesdela mêmeprofondeur que cellesde lhôpital de Tonnerre, et plaçant septcloisonsdans laxe de chaque contre-fort, la salle ayant 10 mètres de-large, il restait 6 mètres pour la circulation du côtéde lentrée, en de-hors des cellules (voy. le plan), et lon pouvait placer sept lits danscelles-ci,lescalier de la galerie prenant la place dune cellule. Or cenombredeseptlits est très-fréquemmentadmis dans ces petits établis-sementsde charité. Si nous nous rappelonsque les maladreriesétaientspécialement réservées aux malheureux affectés de maladies conta-gieuses, et que des précautions minutieuses étaient prises non-seule-mentpour les séparerdes populations, mais aussi pour les isoler entreeux, nous comprendrons ici cette disposition des cellules avec fenêtres,qui permettaient à ces pauvres gens de voir la campagne et de seréchauffer aux premiers rayons du soleil, car ces fenêtres donnent aulevant. Elles étaient dailleurs munies de volets ; lintérieur, de ma-nière à éviter la trop grande chaleur. Un chemin de ronde avec mâchi-coulis réunissait les bâtiments, et était mis en communication, par desportes percées dans les pignons, avec la galerie intérieure. Un fosséentourait lenceinte, ainsi quon peut le reconnaître en examinantles soubassementsextérieurs de la grande salle. On narrivait au som-met desquatre tourelles que par la galerie et des échelles poséesdansces tourelles servant déchauguettes. . Le moyen âge montrait donc dans la composition de ces établis-sements de bienfaisancelesprit ingénieux quon lui accorde dans laconstruction des monuments religieux. Cest un singulier préjugé,en effet, de vouloir que ces architectes eussentété si subtils lorsquilsagissaitdélever des églises,et en môme temps si grossiers lorsquilfallait éleverdesédificescivils. Ce nest pas leur faute si lon a détruit,depuisle xvesiècle, la plupart décès établissementsde bienfaisancedivisésà linfini, mais généralementbien disposés dailleurs, pour lesremplacer par des hôpitaux dans lesquels,au contraire, on a cherché,peut-être à tort, à concentrer le plus grand nombre de malades pos-sible. Louis XIV, le grand niveleur de toute chose et de tout état enFrance, a gratifié les hôpitaux élevéssous son règne des biens de ces
  • 122. nÙTEL-WLU ] _ 118- 12nombreuses maladreries léproseriesqui navaientplus guère de et
  • 123. I aÔTEL-DIEU 1 L Jraison dexister, puisque, de son temps, il ny avait pas de lépreux àsoigner: mais ce nest pas à dire que les hôpitaux du xvir siècle soientdes modèles à suivre comme disposition, au point de vue de la salu-brité, de lhygiène, et du respect que lon doit avoir pour les maladespauvres.Dansle peu dhôpitaux du moyen âge qui nous sont restés,nous trouvons un esprit de charité bien entendu et délicat. Ces bâti-ments sont dun aspect monumental sans être riches ; les malades ontde lespace,de lair et de la lumière; ils sont souvent séparésles unsdes autres, comme on peut le constater dans les exemplesprécédents;leur individualité est respectée: et certessil est une chosequi répugneaux malheureux qui trouvent un refuge dans ces établissements, mal-gré les soins si éclairés quon leur donne abondamment aujourdhui,cest la communauté dans de vastes salles. Souvent alors la souffrancede chaque malade saccroît par la vue de la souffrance du voisin. Sansprétendre qne le système cellulaire, appliqué fréquemment dans leshôpitaux du moyen âge, fût préférable matériellement au systèmeadopté de notre temps, il est certain quau point de vue moral il pré-sentait un avantage. Nous tenons à constater quil émanait dun senti-ment de charité très-noble chez les nombreux fondateurs et construc-teurs de nos maisons-Dieu du moyen âge. Avant de terminer cet article, nous tenterons encore de détruireune erreur fort répandue, touchant létablissement des léproseries.Ona prétendu que la lèpre avait été rapportée dOrient en Occident aumoment des croisades; mais, ainsi que nous lavons dit plus haut, il yavait, du temps de Mathieu Paris, 190UOladreries en Europe, la plu-part bâties dans des contrées qui navaient eu aucun rapport aveclOrient. De plus, des300000hommes conduits en Orient par le frère dePhilippe Ier,5000 à peine parvinrent enPalestine, et très-peu revinrenten Europe. De larmée de lempereur Conrad III, il ne resta quun bienpetit nombre de croisésen état de revoir leur patrie. Louis le JeuneetRichard CSur-de-Lion revinrent presque seuls de Palestine. Commentdonc cesarmées,qui furent englouties en Orient, auraient-ellespu rap-porter et répandre la lèpre en Occident de manière quon fût obligé defonder 19000 maisonspour soigner les lépreux? Sans entrer dans unediscussionqui ne serait pas à sa place ici, à propos de linvasinn decette maladie en Europe, et particulièrement en France,on peut toute-fois reconnaître comme certain quelle existait bien avant les croisades1. "Voici la liste des principaux hôpitaux fondés à Paris du vne auXYI* siècle :Hôtel-Dieu, fondé, dit la tradition, par saintLandry (vnc siècle).HôpitaldesHaudriettes,fondé sousClovis,et où lon prétendque mourut sainte Geneviève. XIIIesiècle,la famille Haudry reconstruisitcet établissement. Au 1Voyez, ce sujet, Recherches loriginedesladreries, à les sur maladreries léproseries, etl>;»rL. A. Labourt. Paris, 1854.
  • 124. [ HÔTELLERIE ] 1"20 -Hôpital Saint-Gervais, pr CatienMasson, de fondé prêtre,en 1171.La chapelle de cel hôpital ne fut dédiée<|uVa1il t.Hôpital Sainte-Catherine, primitivement Sainte-Opportune en- de appelé de (1180 viron). La chapellefut construite l-222, en puis réparéeen 1479.Hôjiii;i!de ),i S.-iinle-Tnnilé, Saint-Denis, rue fondépar JesdeuxfrèresEscuacol 2 "- Cel hôpital possédaitun fort belle salle pour coucherles pauvres. En 1-210, y ajoutaune chapelle.Lesenfantsdespauvresétaient recueillis on et rl.-és dansrétablissement. hôpital fut successivement (.""[ augmenté jus- quen ITi.IS.llôpiia! ;!">Oiiin/e-Yiiigts,fondépar saint Louisen l25i.Hôpitalde Sami-Marcel (anciennement Lourcine), fondé par Marguerite de de Provence aprèsla mort de saint Louis.Hôpital des Jacobins,fondé en l"263.En 1366, Jeanne de Bourbon, femme de Charle> V, laugmenta.Hôpitalde Saint-Jacques Haut-Pas, du fondépar PhilippeIV en 1226.Hôpital tenant au prieuré de la Charité (.Notre-Dame Billeltes^,fondé par des le bourgeois Pari>l!n_rerRamming,en 12ji. deHôpital Saint-Jacques Pèlerins,rue Saint-Denis, aux fondé en 1310 par Louis X. La chapelle fut terminée en 13^3.HôpitalSaint-Julien Ménétriers, aux fondépar deuxménétriers 1330.En 133i, en les fondateursaugmentèrent hôpitalpar lacquisitionde plusieursmaisons cet voisines.Hôpitaldu Saint-Sépulcre, fondépar Philippede Valoisen 1333,Hôpitaldu Saint-Esprit, fondéen 1361pour lesenfants.Hôpital conventuel commanderie Petit-Saint-Antoine, ou du fondé en 1368,sous Charles V. Il existait encore, en dehors de ces établissements,dans un grandnombre de communautéset dans les paroisses,des maisons ou sallespour les malades, les pauvres et les pèlerins. HOTELLERIE, f. Il existait, à lépoque gallo-romaine,sur les grands s.chemins,des hôtelleriesà distancesassezrapprochées pour que levoyageur put trouver un gîte à la fin de chaquejournée. Cesauberges,mansions,étaient de grandes hôtelleries dans lesquelles on trouvaitdes chevauxde poste, un gîte, à boire et à manger.Elles servaientdétapespour les soldats et étaient placéessous la surveillance din-specteurs,frumentnrii et ruriosi, qui veillaient à leur bonne tenue etqui étaient chargésdespionner les voyageurs. Les hôtelleries deve-naient ainsideslieux utilesà la policesecrète préfets prétoire, des duet cependant, pour avoir droit de gîte dans les mnnsions, fallait se ilmunir dunesortede cartede circulation,diplomatractatorium.Dail-
  • 125. - 12l - [ nÔTELLEBIE Jleurs, les mansionsservaient de gîte non-seulementaux simplesparti-culiers et aux soldats, mais aux magistrats et préteurs en tournée, età lempereur lui-même lorsquil voyageait. Cest dans une mansion dupays des Sabinsque Titus fut pris de la fièvre dont il mourut peu dejours après. Sil fallait montrer sa carte dans une mansion,à plus forteraison ne pouvait-on se procurer des chevaux de relais quavec deslettres de poste. Après linvasion des barbares, cette institution des hôtelleries im-périales fut, bien entendu, entièrement ruinée. Les races germainespratiquaient largement lhospitalité. Un Franc, un Bourguignon necroyait pas pouvoir refuser lentrée de sa maison à un étrange1;aussi,dans les voyages,pendant les premiers siècles du moyen âge,avait-on pour habitude, à chaque couchée,de demanderle gite et lanourriture dans les habitations que lon rencontrait sur son chemin.Si le propriétaire auquel on sadressait était trop pauvre ou trop àlétroit pour pouvoir vous satisfaire, il vous accompagnait chez un.voisin mieux partagé, et tous ensemble prenaient leur repas. « Aucune« autre nation, dit Tacite en parlant des Germains , naccueille ses u convives et ses hôtes avec plus de générosité ; fermer sa maison à « une personne, quelle quelle fût, serait un crime -. Selon sa fortune, « chacun reçoit lhôte, offre un repas; et lorsque les provisions sont « épuisées, celui qui tout à lheure recevait, indique un autre asile et« y conduit : ils entrent chez le nouvel hôte sans invitation, et sont « accueillis avec une égale bonté : connus, inconnus, sont, quant aux« droits dhospitalité, traités avec les mêmes égards. » En faisant lapart de lexagération dans le tableau tracé par Tacite, il est certaintoutefois que les conquérantsbarbaresdes Gaulesregardaientlhospi-talité comme un devoir dont on ne pouvait saffranchir. Cependant,du temps de Grégoirede Tours, il existait des auberges, puisquil en signale quelques-unes. Les établissements monastiquesrépandus sur le sol des Gaules dès le ixe siècle exerçaient lhospitalité,et dansles abbayes ou prieurés des xi" et xir sièclesil est toujoursfait mention de la maison des hôtes, bâtie proche la porte dentrée. Ilnen existait pas moins, au xne siècle, un nombre prodigieux dhôtel-leriessur les grandschemins et dans les faubourgs des villes, et ceshôtelleries, moins bien surveillées que ne létaient celles du temps de lempire, étaient le refuge des voleurs, des assassins, femmes des lerdues, joueurs et des débauchés. légendede YEnfant prodigue des La e représente toujours, àcette époque,dansune hôtellerie, au milieu defemmesqui lenivrent, et lui dérobent son argent. Courtois dArras est 1 Germania, cap. xxi. La lui ripuaire faisait de lhospitalité un devoir impérieux, et punissait dune amendeceux qui y manquaient.-" Les Capilulairesde Charlemagne commandrnt lhospitalitésous !es mêmes peines. Vl. - :i>
  • 126. [ JlôïiaLERlE ]dépouillé uneauberge onlui présente cequipeutséduire dans où toutun jeunehomme carleshôtelleries : alorsétaientbien garnies, pour-vuesde bonslits mous,deplume,de bon vin à foison,souventfrelatécependant, volailleet devenaisondesfilles étaientattachées de ; àlétablissementet servaientdappât pour attirer, retenir et dépouillerles voyageurs. Au xine siècle,les hôtelleries,tavernes,étaient le refuge de la lie desvilles, et les ordonnances rois restaient sanseffetdevantcesrepaires desdt- la canaille. SousPhilippe-Auguste,en 1192,et pendant la régencede la reine Blanche de Castille, en 1229, des rixes terribles eurent lieuentre des écoliers de lUniversité et des cabaretiers de Paris; le prévôtlut incarcéré à la suite delà première, et lUniversité renvoya les clercsà la suite de la >rr«!ide, sous le prétexte quon ne leur rendait pasjustice. Au xne sièclecesdésordres firent que saccroître; la plupart nedes hôteliers étaient coupeurs de bourses, détrousseurs de passants;si bien quen 1315,pour oter aux aubergistes lenvie dassassinerlesétrangersqui sarrêtaient chez eux, il fut rendu une ordonnance danslaquelle il était dit que « lhoste qui retient les effets dun étranger>"mort chez lui doit rendre le triple de ce quil a retenu1 ». Cest dansune hôtellerie de la rue Saint-Antoine, à lenseigne de YAigle, queJeanne de Divion vint sinstaller pour fabriquer les faux à laide des-quels Robert dArtois prétendait semparer de la succession de la com-tesse de Mahaut. Ce lieu, dit M. Le Roux de Lincy. <" était un petit» séjour situé au bord de la rivière et plus loin que la Grève, partie» de la ville alors presque déserte ». Les hôtelleries servaient ausside repaire aux faux monnayeurs, ainsi que le témoigne ce passagedu Renart contrefait - : « Cest hostel de gloutonnie « Plain de trestoute ribaudie, « Recept de larrons et houlliers, « De bougres, de faux monnoiers. « Quant tous malvais voeullent trichier, ii Es inverties se vont inuchii-r i Hostel de bourdes et vantance « liain de mâle persévérance. » Cétaitaussidans hôtelleries venaientdiscourir les fauteurs les que"detroublespublics,quesecachaient espions3. les Oncomprendra cesétablissements que nétaient autrechose des quemaisons, plussouvent le isolées, nayant et dautremarquedistinctivequune enseignependue à la porte. 1 Laurière. Manuscr. la Biblioth. nation., n° 6985,f. Lancelot, 32. de f 1Voyez Hôtelleries Cabarets moyen parFrancMichel Éd.Fournier, Les et au âge, ett. I". Le Livre dor des métiers.
  • 127. - 123 - [ UOURD J HOURD, m. (hourt, hour, ourdeys, s. yourt). Échafaudfermé deplanches. Appliqué à larchitecture militaire, est un ouvrage de bois,dressé au sommet des courtines ou des tours, destiné à recevoir desdéfenseurs, surplombant le pied de la maçonnerie et donnant un ïian-quemenl plus étendu, une saillie très-favorable à la défense.Nousavons expliqué, dans larticle ARCHITECTURE MILITAIRE (voy. fig. 14, 15,16 et 32), les moyens de construction et lutilité des hourds; toutefoislobjet prend une si grande importance dans lart de la défense d"splacesdu xi" au xive siècle, que nous devonsentrer dans des dévelop-pements. 11 a tout lieu de croire que, dès lépoqueromaine, leshourds étaient yen usage, car il est question, dans les Commentairesde César, dou-vragesde bois qui sont de véritables hourds. Nous en avons donné unexempleà larticle FOSSÉ, 1. Danslouvrage de bois qui couronnait fig.les fossés camp de Césardevant les Bellovaques,les galeriesréunis- dusantles tours ont deshourds continus protégeantun parapetinférieur .La nécessitépour les défenseursde commander le pied des remparts,denfiler les fosséset de se mettre à labri des projectiles lancéspar lesassiégeants, faire adopter les hourds dès lépoque gallo-romaine. dutLes crénelages supérieurs ne pouvaient, en cas de siège, présenter unedéfense efficace, puisque, en tirant, les archers ou arbalétriers étaientobligésde se découvrir. Si lassiégeantse logeait au pied même desmurs, il devenait de toute impossibilité aux assiégés,non-seulementde lui décocher des traits, mais même de le voir, sans passer la moitiédu corps en dehors des créneaux. A la (in du xie siècle déjà et au com-mencement du xn% nous remarquons, au sommet des tours et rem-parts, des trous de hourds percés au niveau des chemins de rondt- -.Souvent alors ces trous sont doubles, de manière à permettre de poser,sous la solive en bascule, un lien destiné à soulager sa portée. Les nierions des tours et courtines du château de Carcassonne(1100environ) sont hauts (2m,60à 2m,80);les trous deshourds sontespacés régulièrement, autant que le permet la courbe des tours oules dispositions intérieures; sous leurs pieds-droits sont percés,toutà travers, quatre trous : deux un peu au-dessous lappui des cré- deneaux, deux au niveau du chemin de ronde. Du chemin de ronde(fig. 1), les charpentiers faisaient couler par le trou inférieur une pre-mièrepièce A, puis une secondepièce B, fortement en bascule.Lou-vrier, passantpar le créneau, se mettait à cheval sur cette secondepièceB, ainsi que lindique le détail perspectif B. puis faisait entrerle lien C dans son embrèvement. La tête de ce lien était réunie à lapièceB par une cheville; un potelet D, entré de force par derrière,roidissait tout le système.Là-dessus, posant des plats-bords, il était De Bello Gallico, VIII, c. ix. * Au château Carcassonne, exemple, lestrous de hourdssontpartoutconservés. de par où
  • 128. [ HOURD ] - 124 -facile de monter les doubles poteaux E, entre lesquelson glissait les -madriersservant de gardeantérieure, puis on assujettissait la toiture
  • 129. - 125 - [ HOURD ]qui couvrait le hourdiset le chemin de ronde, afin de mettre les défen-seurs à labri des projectiles lancés à toute volée. Des entailles G ména-gées entre les madriers de face permettaient de viser. Ainsi des arba-létriers postés sur les hourds pouvaient envoyer des projectiles pardes meurtrières multipliées et jeter des pierres par le mâchicoulis Ksur les assaillants. Du chemin de ronde, dautres arbalétriers ou archersavaientencore les meurtrières à. demeure L, par lesquelles, au-dessousdeshourds, ils envoyaient des traits aux assiégeants.La communica-tion du chemin de ronde avec le hourd sétablissait de plain-pied parles crénelages,dont les nierions sont assezélevéspour permettre à unhomme de passer. La couverture était faite de forts madriers sur les-quels on posait de la grande ardoise ou de la tuile, et, si lon craignaitlenvoi de projectiles incendiaires, despeauxfraîches,de grosses étoffesde laine, du fumier ou du gazon. Ce blindage était fait au sommetdescourtines et tours de toute place forte destinée h subir un siègeen règle, le crénelagede maçonnerie ne servant quen temps de paixet pour la garde ordinaire. Par le fait, les créneaux étaient autant deportes qui mettaient les hourds en communication avec le cheminde ronde sur un grand nombre de points : et si le hourdage venaità brûler ou a être détruit par les pierriers dé lassiégeant, il restaitencore debout une défense de maçonnerie offrant une dernière protec-tion aux soldatsqui garnissaientles remparts. Cessortes de hourds nétaient pas généralementposés à demeure,mais seulementen temps de guerre. En temps de paix, cescharpentesétaient facilementdémontées et rangées à couvert dans les tours etdansles nombreux réduits disposésle long des remparts, à lintérieur.Aussi, pour faciliter la pose et pour éviter de numéroter les pièces, deles classer et de les chercher, les trous des hourds sont percés à desdistanceségales,sauf dans certains cas exceptionnels, de sorte quetousles madriers de garde, formant parement, coupés de longueur,glissaient indifféremment entre les montants doubles assemblés àlextrémité des solives en bascule. On comprend dès lois comment lapose des hourds pouvait être rapidement exécutée. En effet, les mon-tants doublesde faceposés(fig. 2), et dont la sectionest tracéeen A, lecharpentiernavait quà laisser couler entre eux les madriers de garde,ainsiquon le voit en B. Si des pierresdun fort volume, lancéesparlesmachinesde lassiégeant,avaient rompu quelques madriers, on pou-vait de même les remplacer promptement et facilement du dedans deshourds,pendant la nuit, sans avoir besoin ni de clous ni de chevilles. Cependant, quelquefois, les hourds étaient à demeure, particulière-ment au sommet des tours; alors on eshourdait en maçonnerie commedespansde bois, ou on les couvrait dardoises.Il existe encore, dansle châteaude Laval, une tour du xn° siècle qui a conservéun hourdagesupérieur dont la construction paraît remonter au xuie siècle. Cehourdagefait partie du comble et se combine avec lui (fig 3). Cest un
  • 130. [ HOURD ] - 1-26 -bel ouvrage de charpenterie exécuté en beau fort bois de chêne. Sui-vant lusage de cette époque, chaque chevron de la charpente^estarmé, porte ferme et repose sur les blochets A (voy. la coupe G), les-quels sont portés sur la tète des poteaux de face D recevant une 2sablière S, et maintenus par ies grandes contre-fiches intérieures moi-séesE. Cescontre-fichesviennent en outre soulager ceschevronsversle premier tiers de leur longueur. Sous chaque poteau de face et souschaque contre-fiche est posé un patin P qui forme bascule et mâchi-coulis. En G, on voit le systèmede hourdage de face, lequel est voligéet couvert dardoises comme le comble lui-même. De distance en dis-tance, de petites ouverturessont percées dans le hourdage pour per-mettre de tirer. Lenrayure basse maintenue par desentraits, comme estdans toutes les charpentes de combles coniques. Nous reviendronstout à lheure sur ceshourds à demeure, très-fréquents dans les con-structions militaires du xvesièclequi ne sont point couronnéespar desmâchicoulis avec murs de garde de pierre de taille. Pendant le xme siècle, on simplifia encore le systèmedes bourdagesde charpente au sommet des remparts. On renonça aux trous doubles,on se contenta dun seul rang de larges trous carrés (Om,30X Om,30
  • 131. - 127 - [ flOURD Jenviron) au percésniveau chemins des deronde; en une et, effet,
  • 132. [ HOURD ] - 128 -pièce de bois de chêne de Om,30 déquarrissage,fût-elle de 3 mètresen bascule,peut porter un poids énorme. Or, les hourds avaient rare-ment plus de lm,95 de saillie (une toise). Il nest pas nécessaire de- étendre ici sur ces hourds simples, dont nous avons suffisammentindiqué la ciinstruction dans larticle ARCHITECTURE MILITAIRE, 32. fig.Mais souvent, au xm siècle, il est question de hourds doubles, notam-ment dans lHistoire de la croisade contn1 If a Albigeois . A Toulouse, assiégée le comte Simon de Montfort, les habitants paraugmentent sans cesseles défenses de la ville : « E parée hen a lobm e aïs autres mestiri - (i Que de dins et de fora ac aitans del obriers » Que garniron la %i!a els portais els terriers « Els murs e las bertrescas els cadafalcs dobliers « Els fossatz P.las lissas els pons els escaliers « E lains en Toloza ac aitans carpentiers:. Ailleurs, au siège de Beaucaire : « Mas primier fassam mur ses caus e ses sablo Al li< c.ihf.ilcs dobles et ab ferm bescalo . » Nous avons dû chercher sur les monuments mêmes la trace de ceshourds à deux étages.Or, à la cité de Carcassonne,des deux côtés dela porte Narbonnaise,dont la construction remonte au règne de Phi-lippe le Hardi, nous avons pu reconnaître les dispositions dun de ceséchafaudsdoubles,indiquées par la construction de nierions très-puis-sants et taillés dune manière toute particulière. Ces merlons (fig. 4)sont appareillésen fruit sur le chemin de ronde, ainsi que lindique leprofil A. Leur base est traversée au niveau du chemin de ronde pardes tr<>us hourds de 0^,30 de côté, régulièrement espacés.Sur le deparement du chemin de ronde du côté de la ville est une retrait- con-linue ];. Les hourds doublesétaient donc disposésainsi : de cinq piedsen cinq pieds passaient par les trous des hourds les fortes solives G, Collfii. r/c il/icinii. inéil. su- lIti.^t. (le France, lr -i-rii.-.Hist. polit. :de la croisa*!1 contre!"""" lifn-l. albigeois, versjimn-miiui. //.i/ un poètecontemporain, entrad. par M. C. FauiiH, IN:!". " Vers 68»i et suis.: [>jrul bien .i lSuvre et aux autres métiers; i Dedanscommedehors on ne voit quouvrier-; « Qui garnissent la ville et les portes et les plaies-formes, : Les murs ri 1< l>nlèches, les hourds doubles, "- « Les fossés et les lices, les ponts, les escaliers, < Et dans Toulousece ne sont que charpentiers. i ................ > 3 Vers 3988 et suiv. : c Mais auparavanïfaisons un mur sanschaux ni sable, a Avec un double hourd et escalier solide. "
  • 133. [ fluURDextrémitédesquelles, lextérieur, sélevaitle poteauincliné D, à vi. - 17
  • 134. [ HOURD] - 130-avec des contre-poteaux formant la rainure pour le passage E desmadriers de garde.DesmoisesdoublesJ pinçaient ce poteau, se repo-saient la longrineF, mordaientlestrois poteaux H, I, celuiG étant sur G,appuyé le parement sur incliné du merlon,et venaient saisirle poteaupostérieur également K incliné. Un second rang de moises,poséen L,à lm,80 du premier rang, formait lenrayure des arbalétriers M du«-omble. N, un mâchicoulis était réservé le long du parement exté- Enrieur de la courtine. Ce mâchicoulis était servi par des nommesplacésen 0, sur le chemin de ronde, au droit de chaque créneau muni duneventrière P. Les archers et arbalétriers du hourd inférieur étaient postésen R, et navaient pas à se préoccuper de servir ce premier mâchi-coulis. Le second hourd possédait un mâchicoulis en S. Les appro-visionnementsde projectiles se faisaient au dedans de la ville par lesguindésT. Des escaliers0, disposésde distanceen distance,mettaientles deux hourds en communication. De cette manière, il était possibledamasserune quantité considérable de pierres en V, sans gêner lacirculation sur les chemins de ronde ni les arbalétriers. En X, on voitde face, à lextérieur, la charpente du hourdage dépourvue de ses ma-driers de garde, et en Y, cette charpente garnie. Par les meurtrièreset mâchicoulis, on pouvait lancer ainsi sur lassaillant un nombre pro-digieux de projectiles. Comme toujours, les meurtrières U, à demeure,percées dans les nierions, dégageaient au-dessous des hourds et per-mettaient à un second rang darbalétriers postés entre les fermes, surle chemin de ronde, de viser lennemi. On conçoit que linclinaison desmadriers de gardeétait très-favorableau tir. Elle permettait, de plus,de faire surplomber le second mâchicoulis S en dehors du hourdageinférieur. La dépense que nécessitaient des charpentes aussi considé-rables ne permettait guère de les établir que dans des circonstancesexceptionnelles, sur des points mal défendus par la nature, et cétaitprécisémentle casdes deux côtésde la porte Narbonnaise,particuliè-rement pour la courtine du nord (voy. PORTE), létenduede laquelle, surentre cette porte et la tour du Trésau, ce système a été appliqué. Si les courtines étaient garniesde hourds, à plus forte raisonle som- met des tours devait-il être muni de cettedéfensenécessaire, puisquon avait plus davantageà attaquer une tour quune courtine ; aussi les toursdela cité de Carcassonne sont-elles toutespercées, niveaude au leur planchersupérieur, trousde hourdstrès-larges, dressés de bien et égalementrépartis sur la circonférence.Mais cestours étant couvertes par des charpentes,il était indispensablede disposercelles-ci de telle sortequelon put poserles toitures deshourdssansgâter cellesdes tours. A cet effet, on laissait au-dessusdes corniches un espacevide entrelesblochets, pour passer chevrons hourd (fig.5), quiétaient les du calés sur les semelles comble et arrêtésderrièrelesjambettesau du moyende clefs,ainsique lindiquele profil A. Le hourdage dune tour rondesetrouvaitformer un plan polygoiialà plus ou moinsde côtés,
  • 135. - 131 - [ IIULRD ]suivant que la circonférence de la tour était plus ou moins étendue,carlestrousde hourdssont toujours,commelescréneaux meurtrières, et
  • 136. l IIOLIID ] - 132-pênes à distances égales. mâchicoulis Le continu était ouvert,soit lelonj. lu parementde la tour, en B, soit le long des madriers de garde,en C, suivant le lieu et loccasion. Voici pourquoi. Les bases des tours( comme celles des courtines ^»ni montées en talus, sauf de rare* excep- lions. ].<" lalns link*ait ordinairement au niveau delà crête de la contres-carpe«lufossé. lassaillant Si parvenaità comblerle fossé, arrivait au ilsommetdu talu^. en ii, commelindique le tracé M. Alors le mâchicoulispercé en C ne battait pas verticalement le* mineur* attachés en G; il."l lit dune nére**aire davoir un mâchicoulis en B, le long du parementmenu- de la tour. Si, au contraire, le mineur sattachait à la base de latour, au fond du fossé en F, il fallait ouvrir un mâchicoulis en C, direc-tement au-dessusde lui, car les projectiles tombant parle mâchicoulis B,rirnchaiif *ur le lalu*. deaient décrire une parabole ub par-dessuslatéle île* mineur*. Mai* *i lassaillant se présentait en masseà la baseduneliMM mi dune courtine, garanti par une galerie roulante, une gâte, leprojectile tombant verticalement du mâchicoulis B lui causait plus dedommages en ricochant, car il pouvait entrer ainsi sous la gâte. En P,nous donnons une vue perspective du sommet dune tour de la fin duxnie siècle, faisant partie de lenceinte de la cité de Carcassonne, avecseshourds posés et en partie recouvert* de peaux fraîches, afin déviterleffet des projectiles incendiaires sur toutes les pièces saillantes duhourdage. Mais, dès la première moitié du ine siècle, on avait déjà cherchéà parer, au moins en partie, aux dangers dincendie que présentaientce*hourds saillants posés sur des solives en bascule, etcontre lesquelsle* assaillantslançaient une quantité de barillets de feux grégeois,dedards garnis détoupe, de résine ou de bitume enflammés, toutes ma-tières qui, par leur nature, peinaient sattacheraux charpenteset pro-duire un feu Ires-vif que leau ne pouvait éteindre. Nous voyons déjà,au sommet des tours élevées à Coucy par Enguerrand 111de 1230 àlilîO, des consolesde pierre destinée:-à la pose des hourds de bois.La combinaison de ces hourds est très-apparente et fort ingénieuseau sommet du donjon de Coucy (voy. DONJON, 39). Le pied des- flg.hourds de ce donjon célèbre,le plus grand de tous ceux que possèdelEurope, est à 40 mètres au-dessus de la contrescarpe du fossé. Et bien quà cette hauteur le* assiégé*neussentpas à redouter les pro-jectiles incendiaires, ils ont établi tout autour de lénorme cylindrequarante-huit consolesde pierre de l",07 de saillie sur 0",30 dépais-seur, pour asseoirle hourdagedont notre figure 6 donne la coupe enA.En B, on voit lune des consoles formées de deux assiseschacune. Surces consoles,en temps de guerre, reposait un patin C, recevant deuxpoteaux inclinésD, E. DesmoisesF, poséesun peuau-dessusdu niveaude la ventrière des créneaux, servaient à porter un plancher destinéaux arbalétriers. En avant de ce plancher était ouvert un mâchicoulisG à laplomb de la basedu talus du donjon au fond du fossé. Suivant
  • 137. - 133 -le systèmeprécédemment expliqué,desmadriers de gardeentraient
  • 138. ri ] - 134 -en rainure en avant des poteaux D, doublés dun deuxième poteaupincé à sa basepar les moïses.Au sommet de la corniche H est élevéun talus double de pierre, sur lequel venait sappuyer le double ehe-vronnageII, dont le plissementétait maintenu par léquerre J. Sur lebanc continu K intérieur étaient posés dautres poteaux inclinés L,pinn- par les moïsesM et sassemblantdans les chevronsI. Sur cesmoïses M, des longrines recevaient un plancher 0, qui, au droit dechaquecréneau, sereposait sur la ventrière, mais de manière à laisserentre cesplanchers et celui du hourdageun mâchicoulis N à laplombdu parement extérieur de la tour. Le plancher 0, mis en communica-tion avec la terrasse par quelques escaliers P, permettait darriver auplancher du hourdage. et de poser un second rang darbalétriers quipouvaient tirer par les meurtrières de maçonnerieR (voy. la face inté-rieure T, qui représente,en T, le crénelagenu, et en T" le crénelageaver li- hminUi. Langle du tir est surtout disposé pour couvrir deprojectiles le chemin de ronde de la chemise du donjon. Les mâchi-coulis suffisaientamplement pour battre le fond du fossé dallé creuséentre cette chenii-< et la tour. Les défenseurs postés, soit sur le hour-dage, soit à lintérieur, étaient ainsi parfaitement à couvert. Des pierres-amasséesdans lembrasure des créneaux sur le plancher 0 pouvaient êtrepoussées du pied et être jetées rapidement par le mâchicoulis N. En S,sont percées les conduites rejetant à lextérieur les eaux de la terrasse;ces conduites étaient autrefois garnies de plomb, comme la terrasseelle-même. Un fragment du plan du sommet du donjon de Coucy, avecles hourds posés, supposés coupés au niveau ab (fig. 7), complète lex-plication de la figure <i. Nous avons tenu à nous rendre compte de la manière de poser ceshourds, à une hauteur de 46 mètres au-dessus du fond du fossé, surdes consoles isolées en contre-bas des crénelages. Ayant eu à poser unéchafaudage à la hauteur de ces consoles, pour placer deux cercles defer et pour réparer les couronnements profondément lézardés par lex-plosion de 1652,nous avonsdû chercher naturellement quels avaientété les moyenspratiques employés au xiir siècle pour assembler leshourds. Or tout est prévu .et calculé dans ce remarquable couronne-ment de donjon pour faciliter ce travail en apparencesi périlleux, etnous avonsété conduit, par la dispositionmême des maçonneries,despleins et des vides, à appliquer les procédésquemployaient les char-pentiersdu MIT siècle,par la raisonquon ne peut en employerdau-tres. On se rappelle (voy. DONJON, 38 et 39) comment est tracé le fig.plan de la plate-forte du donjon de Coucy. Cetteplate-forme se com-posedun large chemin de ronde circulaire, pourtournant une voûteà douzepans revêtuede plomb et formant un pavillon plat, au centreduquelest percéun Sil. Cechemin de ronde circulaire, et diviséparpentes et contre-pentes pour rejeter les eaux en dehors, pouvait êtrefacilement nivelé au moyen de madriers poséssur cales. Cesmadriers»
  • 139. - 135 - [ HOURD ](voy. fig. 8), sur deux rangs A et B, formaient deux chemins de boissur lesquels était posée une grue dont les roues A, dun plus granddiamètre que celles B, permettaient la manSuvre circulaire. Le nez Gde celte grue dépassaitlaplomb de la grande corniche D à IV.viiTUur.Gommesur les talus de cette corniche sélevaientquatre pinacles P, il fallait que la flèche de la grue pût se relever pour passerau droitdécès pinacles. Cette flèche pivotait donc sur un tourillon G, et étaitramenée à son inclinaison, puis arrêtée à la queue par la traverse F etpar un boulon I. Le détail K présente cette grue de face du côté dutreuil. Mais il fallait que les charpentiers pussent, à lextérieur, assem-bler lespiècesque cette grue péchait et enlevait par les ouverturesdescréneaux. Un échafaud en bascule, indiqué en L en profil et eu L deface, permettait davoirun premier pont M au droit de chaque rivnr;iuet au niveau des moises bassesdu hourdage, et un secondp"iii N rucontre-bas, pour pouvoir poser les patins sur les consoleset ;i"i-mblerles poteaux inclinés dans ces patins. Des ouvriers à cheval sur le som-met des talus de la corniche pouvaient facilement assemblerles che-vrons entre eux et régler le plan de chaqueferme. Ainsi, de lextérieurdu donjon,lopérationentièrede la posedeshourdspouvaitsefaire en
  • 140. [ HOCHU ] - 130-[K-i.1 temps sans «If et exiger dautres échafaudsque petitsplanchers cesen lia-nile établi- en dehors de chaque créneau,dautres engins quecelle urnie,manSuvrant circulaireinent le moyende sesroues de pardiainehv- «lillerents. Léchafaud L, en bascule, était fait seulement pourun créneau transporté et successivement la grueelle-même. par En L 0 0examinant cette dernière figure avec attention, on voit : 1°que lou-verture de- créneaux est mise en rapport avec les écartements des con-soles, pour que les moises pendantes0 puissent passerjuste le longde leurs parois; 2° que la fermeture en tiers-point de ces créneaux estfaite pour permettre détanconner convenablement les deux solives enbascule posant sur la ventrière V; 3 quau moyen des deux traverse-R, M, desjambettes inclinéesS et des chandelleségalementinclinéesJ,les solivesen bascule M ne pouvaient ni branler ni sen aller au vide; 1 Cestlà h procédé a été nn|il-ié par nouslors de la restauration,sansquil y ail quieu le moindreaecidi-nt.1déplorer.Trois ouvriers ont été tués pendantles reprises.leslézardes, mais pur suite dune n-^li^ence dans la manSuvre. (> malheur est arrivé, dail-leurs, ru i|i>|iors ponts dont il est fait ici mention,et s-.irlesquels a pu barder des des onpierres lourdes, des pièces de fer et de bois dun poids considérable.
  • 141. - 137- [ norno ]4° que les talus de la grande corniche, dont on ne pouvait .sexpliquerlutilité, sont parfaitement motivés par linclinaison des chevrons quivenaient se reposerfranchement sur leurs faces; 5° que la forte saillieintérieure et extérieure de cette corniche soulageait dautant ces che-vrons; quenfin ce quil y a détrangeau premier abord dansce couron-nement colossal, nullement motivé par la présence descréneaux et desmeurtrières, sexplique du moment quon étudie la combinaison deshourds et la manière de les poser. Mais telle est cette architecture dumoyen âge: il faut sans cesse chercher*lexplication de toutes sesformes, car elles ont nécessairement, surtout dans les édifices mili-taires, une raison dêtre, une utilité ; et cela contribue à leffet saisis-sant de ces vastes constructions. La figure 9 donne en perspectiveles manSuvres des charpentiersposant les hourds du donjon de Coucy. On voit comment les petits"^ontsen basculedes créneauxsuffisaient parfaitement pour assemblercescharpentes ferme par ferme ; car celles-ci placées, la circulation étaittout de suite établie en dehors pour clouer les planches du chemin deronde elles madriers de la couverture. Il faut bien admettre certaine-mentque lescharpentiersde cetteépoqueétaient fort habilesau levage,et il suffit dailleurs, pour sen convaincre, de voir les charpentesquiNont dressées; mais les moyens pratiques employés ici sont si bienexpliquéspar la dispositiondeslieux, et ces moyens sont si sûrs,si peudangereux,comparativement à ce que nous voyons faire chaque jour.que le hourdagedu donjon de Goucyne devait présenter aucune diffi-culté sérieuse1. Il ne fallait pas moins, pour armer la fortification de seshourds, desouvriers, du bois en quantité, et encore risquait-on de laisser brûlerces galeriesextérieures par lennemi; aussi, vers le commencementdu xive siècle, renonce-t-on généralementen France aux hourds decharpentepour les remplacer par des mâchicoulis avec mur de gardede pierre (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE, 33, 34, 36, 37 et 38, et lar- fig.ticle MACHICOULIS).Ce nest que dans lesprovincesde lEst que lesarchi-tectes militaires continuent à employer les hourds. On en voit encoreun grand nombre, qui datent des xiv", xveet xvie siècles, en Suisse,enAllemagne; mais ces hourds sont habituellement posés sur la télédes murs et ne se combinent plus avecles crénelagescomme ceux desxne et xnie siècles. Voici, par exemple, un hourdage posé au sommet dun clocher duxiiesiècle, DugnyprèsVerdun.Cehourdage 10)est,bien entendu, à (fig.dune époquepostérieure, du xiv* siècle,pensons-nous.Il se composedun pan de bois en encorbellement sur des solives et revêtu dune Nous répétons, opération le une absolument semblable été faite,parles mêmes amoyens, très-peu temps avec boislégers, quatreouvriers en de et des par charpentiers con-duitsparunancien compagnonhabile, Lafrance. nesontdonc là deshypothèses. .M. Ce pas VI. - 1S
  • 142. HOURD J - 138- t - - n. ^ ._. o îchemisede planches verticalesclouéessurles traverseshautes et basses
  • 143. - 139 - [ HOURD 1de oc pan de bois. Le tout est recouvert dun comble. Beaucoup detours des environs de Verdun sont encore garnies de ceshourds élevéspendant les guerresdes xive et xvesiècles, et qui, depuis lors, ont étélaissés en place et servent de beffrois. A Constance, en Suisse, on voit encore un certain nombre degarnies de hourds qui datent du xvesiècle. Le bâtiment de la douanede cette ville, qui date de 1398,a conservéà sa partie supérieure unebelle galerie de hourds de la même époque, galerie dont nous présen-tons(fig. 11) une coupe. Ces hourds se combinent avec la charpentedu comble et couronnent la tète des murs sur deux côtés du bâtimentfaisant face aux quais (voy. BHETÈGUE, 3). Le traré A fait voir le fig.système hourdage en planches verticalesà lextérieur, et le tracé B dele détaildela découpure inférieurede cesplanches sapinduneforte deépaisseur, leurs couvre-joints Comme avec G. toujours,un mâchicouliscontinu est réservé en D. On établit encore des hourds contre lartillerie à feu ; mais alors onprenait la précaution de remplacer les planches par un hourdis de ma- 1i,e Uussm ce clochernous a été communiqué M. Petitot-Bellovène, Verdun. du par de
  • 144. |_I1ÛURD] - 140 -çonnerieentre les membrures. On voit des hourds de ce genre encoreexistants en Lorraine et en Suisse, notamment au-dessusde la tour quitermine pont de Constance côté de la ville. A Nuremberg, le du il 11existe encoredeshourds du xvie siècle sur les remparts élevésparAlbert Durer (voy. CRÉNEAU, 18 . Ces hourds sont maçonnésentre fig.les membrures couronnent parapets courtinespar-dessus et les des lagrosse artillerie. On donnait aussile nom de hourdsà des échafaudsque lon dressait,soit dansdessalles, surlun descôtésdun champ, soit pourpermettreà des personnes distinction de voir certainescérémonies,desballets deou des combats champclos.Ces en hourdsétaientalors encourtinés,
  • 145. " 141- [ INCRUSTATION ]cest-à-dire recouverts richesétoffes, de décussons armoyés,de pein-turessur toile, de tapisseries. Leur intérieur était disposé gradins enet quelquefois divisé en loges séparéespar des cloisons drapées.Lesmanuscrits du xvesiècle nous ont conserveun grand nombre de ceséchafauds décorés,établis à loccasiondun tournois,dun banquetou dune fête. HOURDAGE, (hourdeis). s. m. Réunion hourds(voy. HOI-I.D). de HOURDIS, m. Maçonneriede brique ou de plâtras faite entre les s.membrures dun pan de bois. HUIS,s. m. Vieux mot employé pour désigner les vantaux duneporte ; toute partie de menuiserie ouvrante. (Voy. PORTE, VANTAIL.) HUISSERIE, s. f. Partie de menuiserie isolée formant cloison ou bar-rière. (Voy. MENUISERIE.) IMAGERIE,f. (ymageriè). mot sappliquait, au moyenâge, à toute s. Cereprésentationde scènessculptéessur la pierre ou le bois. Les sculp-teursde figuresavaient le titre dywagien à dater du xme siècle. (Voy.STATUAIRE.) IMBRICATION, f. Semploie aujourdhui pour désigner un appareil s.délicat de parements formant des dessins variés par la disposition depetites pierres taillées ou de briques. Les imbrications sont quelque-fois composées de pierres de diverses couleurs, comme en Auvergne etdans certaines provinces du Midi ; de pierres et de terres cuites, commedans le cloître de la cathédrale duPuy; de briques de diverses nuancesou émaillées. Les imbrications obtenues au moyen de pierres poséesde manièreà décorer des parements sont fréquentespendant les xr etxir siècles. On nen trouve plus que fort rarement dans les édificesdu xme siècle. Les imbrications formées de briques de nuances variéesserencontrent particulièrement dans les maisonset châteauxdesxveetxviesiècles.(Voy. APPAREIL.) INCRUSTATION, Ce mot ne peut sappliquer, dans larchitecture s. f.du moyen en France, âge quà desremplissages plomb ou en mastic endintailles faites dansde la pierre dure, comme, par exemple,dans desdallages,dans des pierres tombales(voy. DALLAGE). France, on na Enpasemployé genredincrustations fréquent en Italie, et qui con- ce sisiste à remplir avec des marbresde couleur découpésdesdessinscreusés dansdesplaquesde marbre blanc. On voit des incrustationsde cegenredansla petiteéglise San-Miniato de Florence,faites de près
  • 146. [ JARDIN ]pour décorer pavage, clôture et lambon du sanctuaire, même le la etla façade(xnie siècle).La cathédralede Sienne,celle de Florence(Sainte-Marie Fleurs), cellede Gênes, des sont couvertesextérieure-ment dincrustations de marbre. INTRADOS, m. Surfaceintérieure dun arc ou dune voûte. (Voyez s.ETH H:iS. ) jaMBAGE,s. m. Nom que lon donne aux deux montants verticauxdune baie, porte ou fenêtre, lorsque cette baie est terminée par unlinteau. Lorsque la baieest ferméepar un arc, on donne de préférence, Eaux deux montants verticaux qui portent larc, le nom de pied-droits.A, A (fig. 1) sont les jambagesde la baie B. (Voy. PORTE.) JAMBETTE, f. Terme de charpenterie qui désigne habituellement la s.petite piècede bois légèrementinclinée qui soulagele pied de larbalé-trier dune ferme ou un chevron, et sassemble dans lentrait ou le blo-chet.A (fig. 1) est unejambette.(Voy. CHARPENTE.) JARDIN, m. (cortil, courtil, gardiri). Dans les bourgs et les villes s.même(principalement cellesdesprovinces Nord),beaucoup mai- du de
  • 147. - 143 - [ JARDIN ]sons possédaient des jardins. Il est fait mention de jardins dans ungrand nombre de piècesdes xne et xur siècles; et souvent,derrière cesmaisons,dont les façadesdonnaient sur des rues étroites et boueuses,souvraient de petits jardins. Lamour pour les jardins et les fleurs a toujours clé très-vif parmiles populations du nord de la France, et les fabliaux, les romans, sontremplis de descriptions de ces promenades privées. Pour les châ-teaux,le jardin était une annexeobligée: il se composaittoujours dunpréaugazonné,avec fontaine lorsque cela était possible, de berceaux<ievigne, de parterres de fleurs, principalement de rosés,fort priséespendant le moyen âge,dun verger et dun potager. Silon pouvait avoirquelquepiècedeau, on y mettait descygneset du poisson1.Despaonsanimaient les pelouses, et les volières étaient une des occupationsfavorites des dames.Les intendants de Charlemagnedevaientnourrirdes paons sur ses domaines2; la liste des plantes dont on devait ornerles jardins est même donnée tout au long3. On y trouve les lis, lesrosés, quantité de plantes potagères; le pommier, le prunier, le châ-taignier, le sorbier, le néflier, le poirier, le pêcher, le coudrier, laman-dier, le mûrier, le laurier, le pin, le figuier, le noyer et le cerisier. Dansle Ménagierde Paris4, il est fait mention de toutes les plantespotagèreset dagrément que lon doit cultiver dans les jardins. Ony trouve les fèves, la marjolaine, la violette, la sauge, la lavande, lamenthe, le panais, loseille, les poireaux, la vigne, le chou blancpommé, les épinards, le framboisier, la joubarbe, la giroflée, le persil,le fenouil, le basilic, la laitue, la courge, la bourrache, la follette, les^houx-fleurs, les brocolis, lhysope, la pivoine, la serpentine, le lis, lerosier, le groseillier, les pois, le cerisier, le prunier, etc. Lauteur ne secontente pas de donner une simple nomenclature, il indique la manièrede planter, de semer, de soigner, de fumer, de greffer cesplantes; lesméthodesemployéespour détruire les fourmis, les chenilles, pour con-server les fruits, les légumes et même les fleurs en hiver. Dansla cam-pagne, les jardins étaient entourés de haies ou de palis, quelquefois demurs; les allées étaient déjà, auxvesiècle, bordéesde buis. Le tracé decesjardins ressemblait beaucoup à ces plans que nous voyons reproduitsdans les Suvres de Ducerceau5, cest-à-dire quils ne se composaientquedeplates-bandes séparées des alléeset de grandespelouses par qua-drangulaires(préaux)entouréesdarbreset detreilles formant ombrage. Les abbayes possédaient de magnifiquesjardins avec vergers, quiétaient souvent, pour ces établissementsreligieux, une source de pro- De ornatu mundi, poëme de Hildebert. J Capitularia, édit. de Baluze, t. I, c. cccxxxvii. , " C. CCCXLI et CCCXLII. Composé, vers 1393,par un bourgeoisparisien.Publ. par la Société bibliophiles desfrançais,tomeII, p. 43 et suiv. * Desplus excellensbastimens France. de
  • 148. [ JESSÉ ]duits considérables. Les moines faisaient exécuter des travaux impor-tantspour y amener leauet lesarroserau moyende petits canaux dede maçonnerie ou de bois. Tel monastère était renommé pour sespommes ses ou poires, autrepoursesraisinsou ses tel prunes et, bien ;entendu, les reliçrieuxfaisaienttout pour conserverune réputation quiaugmentaitleur richesse. JESSÉ(AnBRK DE).Généalogie du 1 Christ. lÉvangile saint Dans selon Mathieu, il est dit que Jesséengen- dra David, qui fut roi. et que, de- puis ce roi jusquà Jésus-Christ, il y eut vingt-huit générations. Or, dans beaucoup de nos monuments religieux, la généalogie du Christest représentée commençant à Jessé, duquel sort un tronc darbre por- tant un certain nombre de rois, puis saint Joseph,la sainte Yierge et le Christ. Ce motif de sculpture et de peinture a fourni aux statuaires et aux peintres verriers particulière- ment, un de leurs sujets favoris, à dater de la fin du xne siècle. Beau- coup de nos cathédrales placées sous le vocable de la sainte Vierge présentent un arbre de Jessé dans les voussures de la porte principale. On en ^oit un fort bien sculpté au portail central de la cathédrale dA- miens, dans la voussure intermé- diaire du côté droit en entrant. Le Jessé 1)estreprésenté (lig. dormant, suivant lusage, coiffé dun bonnet juif; au-dessus de lui est placé le roi David, couronné, et toute la succession des rois. On voit éga- lement un arbre de Jessé, sculpté au commencement du xnie siècle, à la porte centrale de la cathédrale de Laon ; un du xvie siècle au por- tail de la cathédrale de Rouen, etc. Un vitrail du xne siècle, au-dessus de lentrée de la cathédrale de Char-tres, représente un arbre de Jesséqui est un des plus beaux exemples
  • 149. [ JOINT -j delart de la verrerie cette à époquelà Jessé couché un lit au ; est sur piedduquel brûleunelampe. existe Il également très-beau un vitrail dutemps labbé de Suger,représentant généalogique, la larbre dans chapelle laVierge léglise de de abbatiale Saint-Denis. trouve de On en également, xme du siècle, dans cathédrales Reims, les de dAmiensde Bourges,lasainte à Chapelle Palais. des du Un vitraux plusremar- les quables xvie du siècle existent France voit dans descha- qui en se une pelles absidales deléglise Saint-Etienne deBeauvais, etreprésente un arbre Jesséonentrouve, la même de ; de époque, lescathédrales dans dAutun, Sens, Onensculptait de etc. quelquefois lespoteaux sur corniers maisons. ny a paslongtemps existait arbrede des 11 quil un Jessé langle à dunemaison la rueSaint-Denis, de àParis. entrouve On un à peu près intact à langle.dune maisonde Sens. JOINT, m. Séparation s. verticale remplie mortior deplâtre do ou entre deuxpierres dappareil. Chaquepierr: dappareilest toujours placée entredeuxlits horizontaux CD(fij, 1; et deux AB, joints verti- caux ÀC, BD (voy. CONSTRUCTION). BI ! I Dans constructions les dumoyen lesjoints, âge, dabord très-épaisjusquau siècle, xie deviennent très-minces, alors particulièrement danslesprovinces méridionales Bourgogne, presque et en et sont dépour-vusde mortier; ils sépaississent le milieudu xiie siècle, les vers etpierres posées demortier être étant àbain sans ravalées la pose, aprèscesjointsde mortier sontpasrepassés fer,mais ne au simplementcoupésla truelle. constructeurs,faisant deravalements, à Les ne pasnefaisaient nonplusde rejointoiements. pas Cependant quelques il est provinces, commelAuvergne, pen- où,dant xi etxiiesiècles, faisait jointsdemortier les on des légèrementsaillants les sur parements etcoupés aux vifs arêtes, que ainsi lindiqueleprofil 2);mais joints sappliquent (fig. ces ne généralement de quàpetits appareils. sertissent, exemple, imbrications Ils par les compo-s;es matériaux diverses de de couleurs, formant en autour chaque depierre filet duncentimètre largeur un de environ,saillantdun milli-mètre lenudumur.Ces sur sortes joints de étaient après pose, faits larepassés soigneusement et recoupés fer. Le mortier en estfoit au vi. 19
  • 150. [ JOINT J - 146-dur, mais na pas toujours une parfaite adhérence aveccelui qui aservi à la poseet quil a fallu dégrader unecertaineprofondeur à pourrejointoyer. On voit aussi, dans des édificesde la fin du xie siècle des provincesméridionalesvoisinesdu Centre, comme léglise Saint-Sernin de Tou-lotise, par exemple,desjoints saillants, mais à section convexe(fig. 3).Ceux-ci,en narrêtant pas lhumidité qui coule le long des parements,sont moins sujets à sedégraderpar leffet de la gelée. La durée desjoints dépend beau- coup de la qualité de la pierre em- ployée. Avec les calcaires poreux, avec les calcaires siliceux très-ru- gueux, on fait dexcellents joints, II nen peut être de même avec le grès, qui jamais nadhère parfaite- ment au mortier par suite de son aptitude particulière à absorber lhumidité. Alors les mortiers se dessèchentet sedégradentpromp- tement. Aussi avons-nous observé, dans quelques monuments de lAl- sace, comme à la cathédrale de Strasbourg, par exemple1,que les constructeurs (pour éviter, sur des plans inclinés ou des parements directement exposésà la pluie, la dégradation desjoints de mortier, toujours pulvérulents, surtout près de la surface extérieure) avaient pratiqué, des deux côtés de ces joints, de petites saignées pour conduire les eaux sur les pare- ments et préserver le mortier du lavage (fig. 4). En principe, du moment quon ne peut poser les pierres absolument 1 Face des contre-forts du Iranssepl exposéeau vent de pluie.
  • 151. - 147 - [ JUBÉ ]jointives, comme le faisaientles Grecset même les Romains lorsquilsemployaient le grand appareil, mieux vaut un joint épaisquun jointmince, le mortier ne se conservant quà la condition de former unvolumeassezconsidérable.Les plus mauvaissont les joints couléssoiten mortier, soit en plâtre. Leau sévaporant ou étant absorbéepar lapierre, le coulissubit un retrait, et il reste des vides dans lesquelsvientseloger la poussière,qui engendredes végétaux.La seule méthode àemployer quand on élèvedes constructions de pierre, cest de poser lespierresà la louve et à bain de mortier ; le fichageest quelquefois com-mandé,comme, par exemple,dans les reprises en sous-Suvre; mais ildt mande à être fait avecun soin extrême. Dansée cas, dès que le mor-tier fiché commenceà prendre, il faut le bourrer avec des palettes defer jusquau refus; puis on rejointoie quelque tempsaprèsjusquà uneprofondeur de 5 à 6 centimètres. Bien entendu, ce que nous disonsici sappliqueencore plus aux lits quaux joints. Les architectes du moyen âge ont souvent simulé des joints en pein-turesdans les intérieurs, soit en rouge sur fond blanc ou jaune, soit enblanc sur fond ocre (voy. PEINTURE). JUBÉ,s. m. (ambon,lectrier,doxale, pupitre). Le jubé appartient à laprimitiveÉglise cétait alors une tribuneélevée : placéeen bas duchSur, entre celui-ci et les fidèles répandus dans la nef. Du haut decettetribunese faisaientlesleçonstiréesdesÉpîtresou desÉvangiles,et même des prédications. Prudence rapporte que lévêque instruisaitle peupledu haut du jubé . Grégoirede Tours décrit lejubé de légliseSaint-Cyprien2. pape Martin I" fit lire les canonsdu concile de La- Letran du haut du jubé de cette basilique. Les Capitulaires de Charle-magneordonnent dy lire les règlements du prince. On chantait aussi,au jubé, 1Alléluia,les prosesou séquences; mais cet usage ne fut pasconservé. Du temps de Guillaume Durand, on chantait déjà in piano,et lon ne montait au jubé que les jours de grandes fêtes pour direles leçons. Cenestpasici le lieu de chercherà décrire les diversessortesde jubésqui existaientdansles églisesdOrientet dOccidentpendantles premierssiècles; est certainque lambondelÉglisegrecque delÉglise il etlatine, jusquau xiv* siècle, nétait point du tout, comme forme, ce quenousentendons aujourdhui par jubé. Les ambons de Saint-Vital deHavenne, de Saint-Marc de Venise, de Saint-Laurent hors des mur.*.à Rome, de Saint-Ambroise de Milan, de la cathédrale de Sienne, deléglise San-Miniato à Florence, sont plutôt de vasteschaires pouvantcontenir plusieurs personnesque desjubés comme ceux de nos églisesoccidentales,qui, à dater du xne siècle au moins, forment une sépara-tion, une sorte de galerie relevée entre le haut de la nef et le bas du 1 Hymne saint Hippolyte, de 1 Liv. I, Mirac., chap.xiiv.
  • 152. J JI-BÉ ] - 148-<hSur. Dansles églises abbatiales dOccident, jubésservaient ces ainside clôture antérieureau chSur des religieux, clôture percéequelque-1"isde trois portes,maisle plus souventduneseule.Deuxescaliers ymontaient : lun adroite en entrant, du côté de lépître, lautre à gauche,du côté de lévangile; ce qui nempêchait pas la galerie supérieuredêtre dune seule venue dun côté à lautre de la nef, comme une tri-bune. 11nexisteplus en France, malheureusement,un seuljubé duneépoque ancienne,et cependant toutes nos églises abbatiales, toutesnos cathédralesen possédaient,mais aussi beaucoup déglisesparois-siales. 11 faut observertoutefois que les grandescathédralesbâties versla fin du xne siècle et le commencement du xin% comme celles de Niyon, de Paris, de Chartres, de Bourges, de Reims, dAmiens, de Rouen, navaient point été primitivement disposéespour recevoir desjubés et des clôtures de chSur (voy. CHRUR). ne fut que vers le Cemilieu du xm* siècle que les évêques ou les chapitres firent éleverdesjubés devant le chSur des cathédrales.Thiers cependantprétendque la cathédrale de Sens, de son temps, possédait un jubé fort ancien, puisquil lui donne une date de huit siècles (ce qui dailleurs nétaitpas possible, la cathédrale ayant été construite à la fin du xne siècle).Mais sa description est intéressante, car elle nous indique que cejubé était, suivant la tradition primitive, séparé en deux ambons. « Ils « sont, dit-il2, de pierre, séparés lun de lautre; le crucifix est entre« deux3. Ils sont soutenus par devant de quatre colonnes de pierre, qui« font trois arcades en face. Ils ont chacun leur entrée du côté du chSur,« et chacun leur sortie du côté de la nef, aux deux côtés de la princi-« pale porte du chSur. La plupart des autres tribunes de cette sorte« nont que chacune un escalier par lequel on entre et lon sort. Ce« quil y a de particulier aux tribunes de Sens, est quon chante lépître« dans celle qui est à gaucheen entrant au chSur, et lévangile dans"«celle qui est à droite. » Non-seulement il nest pas possibledaccor-der au jubé de la cathédrale de Senslâge que lui donne Thiers, maisil est fort douteux même que ce jubé fût antérieur au xin* siècle. Jus-quau xiv siècle, la cathédrale de Sens ne possédait pas de transsept,cuiiformément aux dispositions de plusieursgrandeséglisesépiscopalesbâties à la fin du xiie siècle ou au commencement du xme ; elle se com-posait dune seule nef avec collatéraux pourtournant le sanctuaire.et de trois chapelles : lune, carrée, à labside, et deux orientées, laté-ralement, à la hauteur du bas chSur actuel4. On ne saurait indiquerdèslors la place dun jubé contemporainde léglise du xne siècle. Tou- 1 Dissertations ecclés. lesjubésdeséglises. sur Paris, 1688. 1 Chap. m. 3 II estprobableque cette séparationnétait pas telle quil fallût descendre lambon dede droitepourmonter dans celui de gauche, puisque lensemble formait troisarcadesà ;moins toutefois dadmettre larcade milieunétaitquunarc portant crucifix. que du le 1 Cettedisposition, nous dont retrouvions traces des très-visibles élévation, con- en est
  • 153. 149 - [ JUBÉ Tjours suivant les donnéesdes cathédralesde cette époque, on ne voitpas quune clôture ait été prévue autour du sanctuaire. Or, il ne sefaisait guère de jubé sans clôture. Nous ne pouvons donc considérerlopinion de Thiers comme suffisamment fondéepour admettre que,mêmeexceptionnellement, France,il ait existé desjubés dansles encathédralesbâties par lécole laïque de 1160à 1230.Nous admettrionsplus volontiers que, dans ces édifices,il a pu être élevé des ambons,ou vasteschaires, comme cellesde Saint-Marc à Venise, sauf le style ;mais certainement le sanctuaire était entièrement ouvert et souvent deplain-pied avecle collatéral, comme à Notre-Dame de Paris, comme àMeaux,à Sens,et à Senlis primitivement. Lesjubés napparurent dansles cathédrales quaprès lacte dunion des barons de France en no-vembre 1246,cest-à-dire lorsque les évoques durent renoncer à leurprétention de connaître de toutes les contestationsjudiciaires, sousleprétexte que tout procès résultant dune fraude, et que toute fraudeétant un péché, cétait au pouvoir religieux à juger les affaires réelles,personnelles ou mixtes, les causes féodales ou criminelles, et même les-simplesdélits. Les évèquesétant réduits, par la fermeté du roi saintLouis, par létablissement de ses baillis royaux et lorganisation duparlement,à sen tenir à la juridiction spirituelle ou à celle quils pos-sédaient comme seigneurs féodaux; ne pouvant, comme ils lavaientespéré au commencement du xme siècle, faire de la cathédrale lacathedra, le siègede toute espèce juridiction, se contentèrent den defaire des églisesépiscopales,et senfermèrentavecleurs chapitres danscesvastessanctuairesélevéssous une inspiration à la fois politique etreligieuse (voy. CATHÉDRALE). Nous avonsdonné, à larticle CHCEUR, figures de deux jubés, ceux lesde léglise abbatiale de Saint-Deniset de la cathédralede Paris. Cestdaprès cesdispositionsque furent élevésles jubés de Notre-Dame deChartres, Saint-Etienne Bourges,de Notre-Dame de de dAmiens, la decathédrale de Reims, de 1250 à 1500. Celui de la cathédrale dAlby,qui date du commencement du xvr siècle; ceux des églisesde la Ma-deleineà Troyes, Saint-Etiennedu Mont à Paris, Saint-FlorentindArqués,qui existent encore, sontdesSuvresremarquables lépoque dede la renaissance. On conserve, dans une des chapelles des cryptes de Notre-Damede Chartres, les débris de lancien jubé jeté bas par le chapitre dansle dernier siècle. Cesfragments, qui appartiennent tous au milieu duxme siècle, sont dune beautérare, entièrement peintset dorés; ils ontété découverts par feu Lassus, notre confrère et ami. Nous avonstrouvédepuispeu, sousle dallage chSur de la cathédrale Paris» du derefaitpar lordre de Louis XIV, quantité de débrisdu jubé qui dataitfirmée desfouilles par récentes MM. que Lance, architecte diocésain, Lefort,inspecteur, etont bien voulu fajre exécuter sous nos yeux. 1 Tous cesjubés ont été détruits.
  • 154. [ JUGEMENT DERNIER ] 1")0 -de la fin du xm siècle et était dune finesse dexécution incompa-rable. Malheureusementces fragments ne sont pas assez nombreuxpourpouvoirreconstituer dunemanièrecertaineet danstoutes leurspartiescescharmants monuments. tous lesjubés que nous possé- Dedons encore en France, celui de la cathédraledAlby est certainementle plus vaste,le pluscomplet et le plus précieux;chargédune multi-tude infinie de sculptures, de tailles délicates, il présente un des spéci-mens les plus extraordinaires de lart gothique arrivé aux dernièreslimites de la délicatesseet de la complication des formes. Quelqueséglisesde Bretagneconservent encoreleursjubés de bois; nouscite-rons, comme le plus remarquable,celui de Saint-Fiacre au Faouët,quidate de la fin du xv siècle. 11est entièrement peint. JUGEMENT DERNIER. sujet est fréquemment représenté,soit en Cesculpture, soit en peinture, dans nos églises du moyen âge. Mais lamanière de le représenterdiffère suivant le temps et suivant les écolesprovinciales. Cest surle portail des églises abbatiales que nous voyons le Jugementdernier tenant tout dabord une place importante ; mais, au xme siècle,il apparaît dans les tympans desportes principales des cathédrales, deséglises paroissiales et même des chapelles. Sur la porte de la cathédrale dAutun, dont la construction est de 11iO environ, nous voyons sculpté un des Jugements derniers les plusanciens et les plus complets. Le Christ occupe la p irtie centrale dutunpan; à côté de lui se tiennent un ange qui pèse les âmes et undiable qui attend les damnés. Dans le linteau, à la droite du Christ,sont les élus, qui regardent le ciel. Un ange colossal prend une à uneles âmes des bienheureux et les introduit par une fenêtre, dans unpalais qui représente le paradis. A la gauche du Sauveur sont lesdamnés; un ange armé dune épée leur interdit la communication avecIf- rlus. Cesdamnés,nus, ont la tête plongéedans leurs mains. Déjà,dans cette sculpture, lidée dramatique domine : les expressions sontren lues avec une vigueur sauvagequi ne manque ni de style ni denoblesse. Mais cest au commencement du xin" siècle que les artistesse sont plu à représenter dune manière étendue les scènesdu Juge-ment dernier ; non-seulementalors elles occupentles tympans au-des-sus des portes, mais les claveauxinférieurs desvoussures. Jugement Ledernier de la porte centrale de la cathédrale de Paris est un des mieuxtraité;:. Le linteau est entièrement occupé par des personnages dedivers états sortant de leurs tombeaux, réveillés par deux angesqui,de chaque côté, sonnent de la trompette. Tous ces personnagessontvêtus ; on y voit un pape, un roi, des guerriers,des femmes,un nègre.D;ms la zone supérieure, au centre, est un ange qui pèseles âmes;<lciix démons essayent de faire pencher lun des plateaux de leur côté.A la droite du Christ sont les élus, tous vêtus de longues robes et cou-
  • 155. - 101 - [ KEM1NÉE Jronnés.Cesélussont représentés imberbes,jeuneset souriants; ils regar-dent le Christ. A la gauche, un démon pousse une foule dâmes en-chaînées portant chacunele costume de leur état. Les expressions ces depersonnages sont renduesavec un rare talent ; la terreur, le désespoir,se peignent sur leurs traits. Dans la partie supérieure est, au centre,le Christ assis,demi-nu, qui montre sesplaies ; deux anges debout,à droite et à gauche, tiennent les instruments de la passion; puissont placés à genoux, implorant le Sauveur, la Vierge et saint Jean.Les voussuresdu côté des damnés sont occupées, à la partie infé-rieure, par des scènesde lenfer, et, du côté des élus, par un ange etles patriarches,parmi lesquelson voit Abraham tenant des âmes dansson giron ; puis des élus groupés. Celte sculpture remarquable datede 1210à 1215 elle était entièrement peinte et dorée. ; Noustrouvons le même sujet représentéà la cathédralede Chartres,à Amiens, à Reims, à Bordeaux. Mais, dans ces derniers bas-reliefs,les âmes sont représentées nues généralement, sauf celles des élus,et les compositions sont loin de valoir celle de Notre-Dame de Paris. Lesentiment dramatique est déjà exagéré,les groupes sont confus, lesdamnésgrimaçants, les démonsplus ridicules queffrayants. Presquetoujours lentrée de lenfer e.st représentéepar une gueule énormevomissant des flammes au milieu desquelles des démons plongentles damnés. Au xive siècle, ce sujet, bien que fréquemment représenté,perd beaucoup de son importance ; les figures, trop nombreuses,sont petites, et les artistes, en cherchant la réalité, en multipliant lesscènes,les personnages,ont enlevé à leur sculpture ce caractère degrandeur si bien tracé à Paris. On voit des bas-reliefs représentantle Jugement dernier sur le tympan du portail des Libraires à la cathé-drale de Rouen, sur la porte principale de léglise Saint-Urbain deTroyes, qui datent du xive siècle, et qui, par leurs détails, sinon parlensemble, présentent encore des sculptures traitées avec une rarehabileté. Des vitraux de rosés étaient souvent occupés par des scènesdu Jugementdernier dèsle commencementdu xm" siècle.Cellesde larosé de léglise de Mantes, qui appartiennent à cette époque, sont fortbelles. La rosé sud de la cathédrale de Sens (xi5 siècle) présente das-sezbonnes peintures de ce même sujet. Mais les meilleures peinturessur verre du Jugement dernier, de lépoque de la renaissance, sontcelles de la sainte Chapelle du château de Vincennes, attribuées à JeanCousin, II existe aussi quelques peintures murales du Jugement der-nier en France ; nous mentionnerons particulièrement celles de lacathédraledAlby, qui datent de la fin du xvesiècle. KARNEL, m. -- Voy. CRÉNEAU. s KEMINÉE,s. f. - Voy. CHEMINÉE.
  • 156. [ LABYRINTHE ] 152 - LABYRINTHE, m. Il était dusage,pendant le moyen âge, de dis- s.poser au milieu de la nef de certaines grandes églises des pavagesdepierres blanches et noires ou de carreatlx de couleur formant, parleurs combinaisons, des méandres compliqués auxquels on donnaitle nom de l/il/i/nntlie, de chemin de Jérusalem ou de la lieue. Nous nesaurions dire quelle fut lorigine de cessortes de pavages.M. LouisParis, dans son Mémoire du mobilier de Notre-Dame de Reims, pré-tend que ces pavages étaient une réminiscence de quelque traditionpaïenne: cest possible: cependant il nen est fait mention, ni dansGuillaume Durand, ni dans les auteurs antérieurs à lui, qui ontécrit sur les chosestouchant aux églises.Les plus ancienslabyrinthesque nous connaissions ne sont pas antérieurs à la fin du xn siècle",et le seigneur de Caumont, dans son Voyagedoultremer en Jéru-salem1, en parlant du labyrinthe de Crète-, ne dit rien qui puissefaire croire à une tradition de cette nature, cest-à-direquil nétablitaucun point de comparaison entre le labyrinthe du Minotaure et ceuxquil avait évidemmentvus tracé» sur le pavé des églisesde son pays.Le labyrinthe de la cathédrale de Reims sappelait dédale, méandre,Ueueou cheminde Jérusalem.Quelquesarchéologuesont voulu voir,dans ces pavésà combinaisons de lignes concentriques, un jeu desmaîtres des Suvres, en se fondant sur ce fait, que trois de ces laby-rinthes, ceux de Chartres, de Reims et dAmiens, représentaient, danscertains compartiments,les figures des architectes qui avaient élevéces cathédrales. Xmis nous garderons de trancher la question. Ontrouve les tracés de la plupart de ces labyrinthes dans louvrage de.M.Ame, intitulé : Carrelagesémuillésdu moyen et de la renaissance. àrjeM. Vallet, dans sa description de la crypte de Saint-Bertin de Saint-Omer, établit que les fidèles devaient suivre à genoux les nombreuxlacets tracés par les lignes de ces méandres, en mémoire du trajet quefit Jésus de Jérusalem au Calvaire. La petite basilique du Re^aratusà Orléansville (Algérie) montre sur son pavé une mosaïque que lonpeut prendre pour un de ces labyrinthes, cest-à-dire un méandre com-pliqué. Or, cette basilique date de 328, ainsi que le croit M. F. Prévost.Cet usage est-il venu dOrient après les premières croisades? ou est-ilune tradition locale? Nousinclinons à penserque la représentationdesmaîtres de lSuvre sur cespavagesles rattacherait à quelque symbolemaçonnique adopté par lécole desmaîtres laïques; dautant quenousne voyons apparaîtreces labyrinthes sur les pavages des églisesquau 1 En 1118.Publiépar M. le marquisde la Grange. Paris, A. Aubry, 1858. 1 Pas.--41.
  • 157. - 153 - [ LAMBOURDK ]moment où les constructions religieusestombent dans les mains de"Cette écolepuissante. ces méandres Si avaientététracéspour repré-senter le trajet de Jésusde la porte de Jérusalem au Calvaire, il està croire quun signe religieux aurait rappelé les stations, ou du moinsla dernière; or on ne remarque rien de semblablesur aucun des laby-rinthes encore existants ou sur ceux dont les dessins nous sont restés.De plus, nous trouvons des carrelages émaillés qui représentent descombinaisons de lignes en méandres dans des dimensions si petites,quon ne pouvait, à coup sûr, suivre ces chemins compliqués, ni à piedni à genoux, puisque quelques-uns de ces labyrinthes, comme celuide léglise abbatiale de Toussaint ( Marne), nont pas plus de Om,25 decôté. A vrai dire, ces derniers méandres datent du xiv* siècle et peuventpasserpour une copie dSuvres plus grandes; mais encoreune fois, lespetits ou les grands ne renferment aucun signereligieux. LAMBOURDE, f. Terme de charpenterie qui sert à désigner une s.piècede bois poséehorizontalement le long dun mur sur des corb:;.ux,ou flanquant une poutre maîtresse,sur laquelle viennent sassembleretporter solives planchers les des dont la construction resteapparente.A (fig.1)est lambourde une accoléeunmur,et B,Bsont lam- à desbourdes flanquant poutre une maîtresse. cedernier les Dans cas, lam- vi. - 20
  • 158. [ LANTERNE MORTS DES ] - 154-bourdes étaient maintenues contre la poutre au moyen de longue?chevilles de fer, de boulons à clavettes ou détriers (voy. PLANCHER).On donne aussile nom de lambourdes des longrines de bois de faible àéquarrissage, posées les planchers, qui, sur servent clouerlespar- àquets; maislesparquetsnétant pas fort anciens France,la déno- enmination de lambourdes donnée à ces longues cales est très-moderne. LAMBRIS, m. (lambrusc.iture).Ne semployait, au moyen âge, que s.pour désignerun revêtementuni de planches. Lescharpentesdes xnr,xiv et xv siècles sont souvent, à lintérieur, garnies de lambris enforme de berceauplein cintre ou en tiers-point. Ce sont alors des char-penteslambrissées (voy. CHARPENTE).lambris étaienttoujours revêtus Cesde peintures plus ou moins riches. On en voit encorebeaucoupen Bre-tagne, en Normandieet enPicardie.La grandsalledu Palais à Rouenestcouvertepar une charpentelambrissée.La sallede lhôpital deTonnerrepossèdeégalementune énormecharpente lambrissée(voy. HÔTEL-DIEU,SALLE) garnissait aussi fréquemmentde lambris la partie inférieure Ondes sallesou chambres,cest-à-dire de planchesaveccouvre-joints au-dessous des tapisseries. Ces lambris étaient isolés des murs et cloués surdestasseauxscellésau plâtre dansles rainuresA (fig. ). Onévitait ainsilu fraîcheur des murs, toujours assez dangereuse dans les habitations. LANTERNE MORTS DES (fanal, tournièle,phare). Pile creusede pierreterminée à son sommetpar un petit jnvillon ajouré, percée à sa base
  • 159. - 135 - [ LANTERNE MORTS DES (dune petite porte, et destinée à signaler au loin, la nuit, la présencedun établissementreligieux, dun cimetière. « Adont moru Salehedins« li miudres princes qui onkesfust en Paienie et fu enfouis en la oymi-« 1ère S. Nicolai dAcre de jouste sa mère qui moult ricement y fu« ensevelie: et à sour eausune tourniele biele et grant, où il art nuict« et jour une lampe plaine doile dolive : et le paient et font alumer« cil del hospital de S. Jehan dAcre, qui les grans rentes tienent que« Salehedins et sa mère laissierent1. » Les provinces du centre et de louest de la France conservent encoreun assezgrand nombre de ces monuments pour faire supposerquilsétaient jadis fort communs. Peut-être doit-on chercher dans ces édificesune tradition antique de la Gaule celtique. En effet, ce sont les terri-toires où se trouvent les pierres levées,les menhirs, qui nous présen-tent des exemples assez fréquents de lanternes des morts. Les motslanterne, fanal,phare, phams ignea-, ont des étymologiesqui indiquentun lieu sacré, une construction, une lumière. Later, hiterina, en latin,signifient brique, lingot, bloc, amas de briques; <pavô«. grec, lumi- enneux, flambeau; ^«--K»;, de lumière; fanum, lieu consacré; par, en dieuceltique, pierre consacrée;fanare, réciter des formules de consécra-tion. Le dieu celte Cruth-Loda habite un palais dont le toit est parseméde feux nocturnes3. Encore de nos jours, dans quelques provinces deFrance, les pierres levées dont on attribue, à tort, selon nous4, lérec-tion aux druides, passent pour séclairer, la nuit, delles-mêmes, etpour guérir les malades qui se couchent autour, la nuit précédant laSaint-Jean. pierre des Érables(Tour-aine), La entre autres,prévientlesterreursnocturnes. estbon dobserver le menhirdesÉrables 11 queest percé dun trou de part en part, ainsi que plusieurs de ces pierreslevées. Ces trous nétaient-ils pas disposés pour recevoir une lumière?et sils devaient recevoir une lumière, ont-ils été percés par les popu-lations qui primitivement ont élevé ces blocs, ou plus tard? Que lesmenhirs aient été des pierres consacrées à la lumière, au soleil, ou despierres préservatrices destinées à détourner les maladies, à éloignerles mauvaisesprits, ou des termes, des bornes, tradition des voyagesde lHercule tyrien, toujours est-il que le phare du moyen âge, habi-tuellement accompagné dun petit autel, semble,particulièrement dansles provinces celtiques, avoir été un monument sacré dune certaineimportance. Il en existait à la porte des abbayes,dans les cimetières, 1 La Chronique Rains (sur siècle).Publ.par Louis Paris. Paris,Techener, de 1827. 1 II exi tait unpharusigneaprèsde Poitiers,sur lemplacement léglise Saint-Hil;iire, delors de la bataille de Clovis contre Alaric. ! Edward, Recherchessur les langues celtiques (voy. louvrage de M. L. A Labourt,Recherches forigine desladreries,maladreries, sur etc., Paris, 18ôij. 4 Cenest pas ici le lieu de discutercette questionque nous nousproposons traiter deailleurs. Nous devonsdire seulement que nous considérons ces monuments comme appar-tenant à des traditions antérieures à la domination des Celtes.
  • 160. [ LANTERNE MORTS DES ] - 156 -et principalement le borddes sur chemins auprès maladreries. et desOnpeutdoncadmettre leslanternes mortsérigées le sol que des surautrefoisceltiqueont perpétué tradition fort antiquemodifiéepar unele christianisme. LespremiersapôtresdesGaules, la Bretagne,de la Germanie de eldes contrées Scandinaves, éprouvaient des difficultés insurmontables]<>i squils prétendaient faire abandonneraux populationscertainespra-tiques superstitieuses.Souvent ils étaient contraints de donner à cespratiques, quils ne pouvaient détruire, un autrebut, et de lesdétour-ner, pour ainsi dire, au profit de la religion nouvelle, plutôt que derisquer de compromettre leur apostolat par un blâme absolu de cestraditions profondément enracinées.M. de Caumont1 pense que leslanternes des morts, pendant le moyen âge, étaient destinéesparticu-lièrcnn nt au service des morts quon apportait de très-loin et quinétaient point introduits dansléglise. Il admet alors que le servicesefaisait dans le cimetière et que le fanal remplaçait les cierges. Cetteopinion est partagée par M. labbé Cousseau2: « Les églises mères(ecclesiS matrices) seules, dit M. Cousseau, possédaient sans restrictionstou> les droits qui se rattachent à lexercice du culte. Cela résultait dece que souventle seigneur, en faisant donation dune église à un corpsreligieux, apportait à sa libéralité cette restriction, que le droit de dîme,le droit de sépulture, etc., ne seraient pas compris dans la donation. »Que les lanternes des morts aient été utilisées pour les services funèbresdans les cimetières, le fait paraît probable ; mais quon ait élevé descolonnes de plusieurs mètres de hauteur pour placer à leur sommet,en plein jour, des lampes allumées dont personne naurait pu aperce-voir léclat, et cela seulement avec lintention de remplacer léclairagedes cierges, cest douteux. Si les lanternes des morts neussent étédestinées quà tenir lieu de cierges pendant les enterrements, il eûtété plus naturel de les faire très-basseset disposéesde manière quela lumière put être aperçue de jour par lassistance. Au contraire, tout,dans ces petits monuments, parait combiné pour que la lampe querenferme leur lanterne supérieure puisse être vue de très-loin et detous les points de lhorizon. M. Lecoiritre, archéologue de Poitiers3,« remarque que les colonnes creuses ou fanaux étaient élevés particu-lièrement dans les cimetièresqui bordaient les cheminsde grande com-munication ou qui étaient dansdes lieux très-fréquentes.Il pensequeces lanternes étaient destinées à préserver les vivants de la peur d-esrevenants et des esprits de ténèbres, de les garantir de ce timorénocturno, de ce negotioperambulante in tenebris dont parle le Psal-miste; enfin de convier les vivants à la prière pour les morts. » Quant Cours dantiquités, t. VI. Bulletin monumental, t. IX, p. 540 » Ibid , t. III, p. 452.
  • 161. - 137 - [ LANTERNE MORTS DES Jà lidée quon attachait à ces monuments, au xn sièclepar exemple,
  • 162. [ LANTERNE MORTS DES ] - 158 -M. Lecointre nous paraît être dans le vrai; mais nous nen sommes pasmoinsdisposéàcroire que cescolonnesappartiennent,par la tradition. 2à dessuperstitions dune très-hauteantiquité . Il està regretter quil nenous reste plus de lanternes des morts antérieuresau xn* siècle; il nya pas à douter de leur existence,puisquil en est parfois fait mention, 1 Pour ne donner ici quun petit nombredexemples lantiquité de cette tradition, deHérodote rapporteque, dans le templede lHerculetyrien, il y avait une colonneisoléedémeraude (escarboucle), éclairait delle-même qui tout lintérieur de ce temple.Le géo-graphePomponius Mêla prétendquau sommetdu mont Ida, célèbredanslantiquité parIf jugement de Paris, on voit, la nuit, briller des feux qui se réunissent en faisceau avantle lever du soleil. Euripide dit la même chose dans les Troyennes.
  • 163. - 15y - [ LANTEKiNE MORTS DES IBD il mentre autres à la bataille livrée entre Glovis et Alaric, mais nous neconnaissons la forme de cespremiers monuments chrétiens pas
  • 164. [ LANTERNE MORTS DES ] - 160 - Une deslanternes des morts le mieux conservées, datant du XH*siècle»sevoit àCellefrouin (Charente)(fig.l). La petite portequi servait àintro-duire, à allumer et à guinder la lampe, est relevéede 3 mètresau-des-susde la plate-formecirculaire sur laquelle sélève lédicule; ce quifait supposer quil fallait se servir dune échelle pour allumer cettelampeet la hisser au sommetde la cheminée.La lanterne deCellefrouin.
  • 165. 161" [ LARMIER ]contrairement lusage à adopté, quuneseule na ouverture sommet, aupar laquelle on peut apercevoir la lumière de la lampe. Quant à lapetitetablette qui se trouve disposée souslouvertureinférieure,ellene saurait être considéréecomme un autel, mais seulement comme unrepos destinéà appuyerléchelle et à placerla lampepour lallumeravant de la monter. Une autre lanterne, plus complète que celle-ci, se trouve dans levillage de Giron (Indre) ; elle date de la fin du xnesiècle. Poséesur unelarge plate-forme élevée septmarches de au-dessus sol,ellepossède duune table dautel et, à la droite de cette tahlr, louverture nécessaireà lintroductionde la lampe 2). Cetteporte était fermée un (flg. parvantailde bois. Nous donnons,en A, le plan généraldu monumentdeGiron; en B, le plan au niveau de lautel, et en G, au niveau de la lan-terne supérieure.La figure 3 présentelélévation et la coupe de cemonument,bien conservéencore aujourdhui. La lanterne est à claire-voie, de manière à laisservoir la lumière de tous les points de lhorizon.La figure 4 présente une vue perspectiveet un plan de la lanterne desmorts dAntigny (Vienne), qui date du milieu du xme siècle. Le monu-ment, suivant lusage, reposesur une plate-forme de trois marches; ilest sur plan carré, possèdeson petit autel avec une marche, une portelatéralepour lintroduction de la lampeet quatre ouverturesau sommetpour laisserpasserla lumière. Lamortissementsupérieurétait probable-ment terminé par une croix, comme les deux exemples précédents. Les lanternes des morts perdent leur caractère de pierre levée, decolonne isolée,pendant le xive siècle,et sont remplacées de petites parchapellesajouréesdans lesquelles on tenait une lampe allumée (voy.CHAPELLE, 20). Cestainsi queles vieilles traditions gauloises, sé- fig. quitaient perpétuées à travers le christianisme jusquà la lin du xnt* siècle,changeaientde forme peu à peu JUMJUÙ oublier leurs origines. laire LARMIER,s. m. Profil pris dans une hauteur dassise, formant ban-deau ou membre supérieur de la corniche, et destiné à protéger lesparements, en faisant écouler loin des murs leau pluviale. f Le larmier de la corniche romainenest quun léger évidementA vi. - 21
  • 166. [ LARMIER ] - 162 -(fig. i) pratiquéau-dessous la saillie forméepar le membresaillant dede la corniche; par conséquent,leau pluviale, avant de quitter la pierreprotectrice, suit la pente ab, le fllet c, la doucine d et la facee. Ceprin-cipe est à peu près suivi pendant lépoque romane, et même souventalors, le larmier faisant défaut, leau bave sans obstacle tout le long desprofils jusquaux parementsdes murs que cesprofils doivent protéger.Si lécole laïque de la fin du xne siècle soumettait toutes les parties dela construction à un raisonnement absolu, elle ne négligeait pas les 3profils; pour lexécution de ce détail, elle abandonnait les traditionsromaines; elle inventait des profils enraison desnécessitées reconnues,comme elleinventaitun système constructionappuyésur denouveaux deprincipes. Cette école donna donc aux larmiers, cest-à-dire aux assisesprotectrices des parements,le profil qui était le plus favorable au rejetdes eaux. Ce profil se composait (fig. 2) dun talus A, terminé à sapartie inférieure par un coupe-larme B nettement découpé. Si lonToulait éloigner davantage goutte deau du parement,on ajoutait laune moulure sousle coupe-larme 3) [voy.CORNICHE]. (fig. Ceprincipefut suivipendant xuie,xrve xvesiècles; cesderniers les et vers temps,on voulutdonner de légèreté ces plus à talus,et, au lieudelescoupersuivant plan droit, on leur donna forme un une concave -4). (fig. Maiscomme évidement cet affaiblissait pierre, commeaussile filet A pa- la
  • 167. - 163 - [ LATRINES ]raissaitépaisà côté de cette surfacecourbe,on arriva à profiler lex-trémité du larmier, le coupe-larme, suivant le tracé (fig. 5), vers la findu xvesiècle. Le larmier persiste longtemps encoredanslarchitecturedelà renaissance; cest quen effet ce profil était certainement plus lepropre à garantir les parements sous un climat où les pluies sont fré-quentes.En règle générale, le filet B du larmier (fig. 2) est toujourstracé à angle droit avecla ligne du talus. Les larmiers sont puissantset épais dans larchitecture du xme siècle de llle-de-Franre; ils sontplus fins et moins hauts en Champagne; ils ne se voient quasseztard(vers la seconde moitié du xme siècle) en Bourgogne, et alors ils affec-tent toujours la forme dune dalle talutée avecune mouchetteprofondesous le talus (voy. PROFIL). LATRINES,s. f. (privé, retrait). Le mot latrines ne semploie quaupluriel. On admet volontiers que nos aïeux, dans leurs maisons, palaiset châteaux, navaient aucune de ces commodités dont aujourdhui onne saurait sepasser (dans les villes du Nord au moins); et, de ce quàVersailles les seigneurs de la cour de Louis XIV se trouvaient dans lanécessité de se mettre à leur aise dans les corridors faute de cabinets ;on en déduit, en faisant une règle de proportion, que chez les ducs deBourgogne ou dOrléans, au xvesiècle,on ne prenait même pas tantde précautions1. Cependant,si les châteaux du moyen âge ne présentaient pas desfaçadesarrangéespar bellesymétrie,des colonnadeset des frontons, ilspossédaientdes latrines pour les nobles seigneurscomme pour la gar-nison et les valets; ils en possédaient autant quil en fallait et très-bien 1 Cette négligence satisfaire aux nécessités notre nature physiqueétait poussée à detrès-loin dans le tempsoù lon songeaitsurtoutà faire de larchitecturenoble.Non-seule-ment le château de Versailles, où résidait la cour pendant le xvin sied ", ne renfermaitquunnombretellementrestreint de privés,que tous les personnages la cour devaient deavoir des chaises percées dans leurs garde-robes; mais des palais beaucoup moins vastesnen possédaient point. 11ny a pasfort longtemps tous les appartements Tuileries que desétaient dépourvus cabinets, bien quil fallait chaque de si matinfaire faire unevidange
  • 168. [ LATRINES ] - 164 -disposées.A Coucy, les tours et le donjon du commencement duxm° siècle ont des latrines à chaque étage,construites de manière àéviter lodeur et tous les inconvénients attachés à cette nécessité. Leslatrines du donjon sépanchentdans une fosselarge,bien construite, etdont la vidange pouvait se faire sansincommoder les habitants. Quantaux latrines des tours, elles étaient établies dans les angles rentrantsformés par la rencontre de ces tours et les courtines, et rejetaient lesmatières au dehors dans lescarpement boisé qui entoure le château. Voici (fig. 1) un décès cabinetsdonnant sur un palier A en commu-nication avec les salles et lescalier. B est la courtine, G la tour. De Ben D est construit un mur en encorbellement masquant le siège E. EnF, est un urinoir, et en G une fenêtre. Le tracé H donne laspect ducabinet à lextérieur, et le tracé I sa coupe sur AX. Là il ny avait pas àcraindre lodeur, puisque les matières tombaient dans un précipice. La figure 2 nous présenteun cabinet qui existe encore intact dans lechâteau de Landsperg (Bas-Rhin) , et qui jette, de même que ceux destours de Coucy, les matières à lextérieur. Le siège daisances est en-tièrement porté en encorbellement sur le nu du mur. La figure A donneU-plan, la figure B la coupe, et la figure G la vue de lencorbellementdu siège avec la chute, en perspective. Comme il y avait lieu de se défierdes traits qui pouvaient être lancés du dehors, on observera que leconstructeur a eu la précaution de placer une dalle de champ descen-dant en contre-bas des deux corbeaux latéraux, afin de masquer com-plètement les jambes de la personne assise sur le siège, composé dunesimple dalle trouée. La nuit, il était dusage de se faire accompagner,lorsquon se rendait au cabinet, par un serviteur tenant un flambeau.Cette habitude ne paraît avoir été abandonnée que fort tard. Grégoirede Tours rapporte quun prêtre mourut aux privés pendant que le ser-viteur qui lavait accompagné avec un flambeau lattendait derrière levoile qui tombait sur lentrée2; et dans les Mémoires de Jehan Berthe-lin, écrits vers 1545, nous lisons quun chevalier du roi, logé à Rouenà lhôtel du Cheval blanc, "< luy estant levé il se en alit aux pryvetz« avec le serviteur du dit logis, lesquels tous deux fondyrent et tombe-« rent dedens les dits pryvets, et furent tous deux noiez à lordure3. »Dansles CentNouvelles nouvelles, est égalementquestion de person- ilgénéralepar un personnel hoc. Nous ad noussouvenons lodeur qui était répandue, de dutempsdu roi Louis XVIII, dans les corridors de Saint-Cloud, car les traditions de Versaillessy étaientconservéesscrupuleusement. fait, relatif à Versailles, Ce nestpoint exagéré. Dujour que nous visitions, étant très-jeune,ce palais avecune respectable damede la courde Louis XV, passant dans un couloir empesté,elle ne put retenir cette exclamation deregret : « Cette odeur me rappelle un bien beau temps! » Ce dessin nous a été fourni par M. Cron, architecte. Ce château date du xn siècle. 8 Lib. H, cap. xxiu. 3 Journaldu bourgeois Rouen; Revuerétrospect. de normande.Publ. par André Pot-tier,
  • 169. 165 - [ LATRINES ]nagesqui sefont accompagner par des serviteurs. Ceci explique pour-quoi, dans les latrines du moyen âge,on laissait une place large devantles sièges,ou souvent une sorte de couloir assezlong entre le siègeetlentrée. Les fossesétaient lobjet dune attention particulière de la part desconstructeurs; nous en avons de nombreux exemples dans des châteauxdu moyen âge.Elles étaient voûtées en pierre, avec ventilation etpertuis pour lextraction. Mais cest surtout dans la construction deslatrines communesque les architectes ont fait preuve de soin. Dansleschâteaux devant contenir une assez grosse garnison, il y a toujoursune tour ou un bâtiment séparé réservés à létablissement des latrines.Il y avait au château de Coucy, entre la grand salle et le bâtiment des
  • 170. [ LATRLNES ] - 166 - cuisines,des latrines importantes dont la fosseest conservée.On voit des restesde latrines disposéespour un personnelnombreux dans un destrois châteauxde Chauvigny (Poitou).En Angleterre,au châteaude Langley(Northumberland), il existeun bâtiment quatreétages à -, . - ! """"!destiné latrines,lesquelles aux sont établiesdune manièretout à faitmonumentale.en voyait fort belles grandes château On de et au deVtarcoussis, près àpeu pareillescelles Langley. latrines à de Les duchâteau Marcoussis, de élevées xmesiècle, au adosséeslunedes àcourtines, secomposaient bâtiment couvert, dépourvu dun étroit, maisdeplanchers, dontles cabinets 3) communiquaieut les et (fig. avec Daprès ancien un dessin notrepossession. en
  • 171. 167 - [ LATRINES J
  • 172. [ LATRINES ] - 168-étages IM-J> de> MIJMIIS moyendesporteset despassages (voyez au Bla coupe transversale .). La fusse était en G, et sa voûte était com-posée deuxarcs-doubleaux lesquels de entre passaient trois trémies lesde chute des trois étages de sièges.Cessiègesétaient au nombre dequatreà chaqueét.ige.et du solD (rez-de-chaussée) comble,posé auà un mètre environ en contre-haut de la fenêtre supérieure E, il nyavait pasde planchers. Ainsi la ventilationpouvaitsefaire facilementet lodeur nétait pas entraînée parles portes B dans les logis voisins.En F, HOU- ;i<mstracé la coupe du bâtiment parallèlementaux sièges,et pour les laisser voir, nous avons supposéles appuis G en partiedétruits. Au château de Pierrefonds, dont la construction date de 1400, il estune tour, du coté des logements de la garnison (tour de Josué), quiétait entièrement destinée aux latrines. Nmis donnons (fig. 4) les tracésde cette curieuse construction. En A, est figuré le plan de la tour auniveau du sol extérieur du château, qui est le sol de la fosse ; en G, estle pertuis dextraction; enD, un ventilateur, et en E un massif de pierresde taille planté au milieu de la fosse pour faciliter la vidange des ma-tières. Le tracé B donne le plan du premier étage(rez-de-chaussée pourla cour du château). Des salles G, on ne pouvait arriver aux latrinesque par le long couloir F, muni de deux portes. La salle H possédaitune série de sièges en I et un coffre L, qui était la descente des latrinesdes deux étages supérieurs. La coupe perspective faite sur BK faitvoir, en M, la fosseavecle massif N et le ventilateur 0 ; en P, les siègesdu rez-de-chausséeen R, les siègesdu premier étage,et en Sles sièges ;du troisième. Pour faire voir les trémies et tous les sièges,nous avonssupposé les planchers enlevés.La dernière trémie S se prolongeait,par une cheminée latérale, jusquau-dessus des combles, de manièreà former appel, et près du tuyau de prolongation de cette dernièretrémie était disposé un petit foyer pour activer cet appel. Il faut bienreconnaître que beaucoupde nos établissementsoccupéspar un per-sonnel nombreux, tels que les casernes, les lycées, les séminaires,nont pas des latrines aussi bien disposées que celles-ci. Observonsque, grâce au pertuis latéral dextraction de la fosse et au massif cen-tral, il était très-facile de faire des vidanges fréquenteset promptes;que cette fossecontenait un cube dair considérable; quelle était dou-blement ventilée, et que, par conséquent, elle ne devait pas dégagerbeaucoup de gaz dans les pièces,lesquelles étaient ventilées par desfenêtres; que dailleurs toutes les entréesménagées aux divers étagesde cette tour consistent en des couloirs longs, détournés,ventilés eux-mêmes et fermés par des doubles portes. Dans le même château, les latrines du grand logis seigneurialoudonjon sont disposées,avec un soin extrême, dans une partie étroitedes bâtiments recevant de lair de deux côtés, isolées et ouvrant lesfenêtres des cabinets au nord fvoy. DONJON, 41, 42 et 43). Il faut fig.
  • 173. LATFU:;ES Jremarquer que les jours des grandeslatrines de la garnison que nous vi. - 22
  • 174. [ LAVABO ] - 170 -venonsde donner dans la figure précédentesouvrent égalementversle nord. Cesprécautions minutieuses apportées la construction àde ces parties importantes des habitations font place, vers la fin duxviesiècle,à unenégligence extrême.Maiscestqualorson se préoc-"upait avant tout de faire ce quon appelait de belles ordonnancessymétriques; que le bien-être des habitants dun palais ou dune mai-son, ce que nous appelons confort,était soumis à des conditions learchitectoniques plutôt faites pour des dieux que pour de simplesmor-tels. En finissant, nous ne devonspas omettre de prémunir nos lec-teurs contre les récits doubliettes que font tous les cicéronechargésde guider les amateurs de ruines féodales. Dix-neuf fois sur vingt, cesoubliettes, qui émeuvent si vivement les visiteurs des chàt^iux dumoyen âge, sont de vulgaires latrines, comme certaineschambres detorture sont des cuisines. Plusieurs fois nous avonsfait vidanger desfosses de château que lon considérait, avec une respectueuse terreur,comme ayant englouti de malheureux humains; mêlésà beaucoup depoudrette, on y trouvait quantité dos de lapin ou de lièvre, quelquespièces de monnaie, des tessons et des momies de chats en abondance. LAVABO,s. m. Grande vasque de pierre ou de marbre répandantpar une quantité de petits orifices percés autour de ses bords, dansun bassin inférieur, et destinée aux ablutions ; par extension, le nom delavabo a été donné à la salle ou à laire au milieu de laquelle sélevaitla fontaine. La plupart des cloîtres de religieux possédaient un lavabo.Quelquefois le lavabo était posé au centre du préau, à ciel ouvert; plusfréquemmentle long dune des galeriesdu cloître ou dans un angle,etalors le lavabo était couvert: cétait une annexe du cloître vers laquelleles religieux se dirigeaient avant dentrer au réfectoire et en revenantdes travaux des champs, quand ils travaillaient aux <hamps. Les cister-ciens, qui, au XH siècle, sepiquaientde revenir auxpremièresrigueursde la vie monastique, qui excluaient de leurs couvents tout luxe, toutesuperfluité, avaient cependant construit des lavabos dans leurs cloîtres,disposés non point comme un motif de décoration, mais comme un objetde première nécessité. Cest quen effet les cisterciens du xne siècle soc-cupaient à de rudes travaux manuels; il leur fallait, avant dentrer àléglise ou au réfectoire, laveries souilluresqui couvraient leurs mains.Aussi voyons-nous que les lavabos des monastères cisterciens sont unepartie importante du cloître. Labbaye de Pontigny possédait un lavabodont la cuve existeencore; celle du Thoronet(Var), xii" siècle,possèdeau contrairelédicule qui contenait la cuve,tandis que celle-ciadisparu. Voici (fig. 1) le plan de celavabo.Cestune salle hexagonaletenant àla galeriedu cloître qui longe le réfectoire; les religieux entraient dansla salle par une porte et sortaient par lautre, de manière à éviter toutdésordre: ils se rangeaient ainsi autour du bassin au nombre de sixou huit, pour faire leurs ablutions.
  • 175. - 171 - [ LAVABO [ La figure 2 présentela coupe de ce lavabo sur ab1- Conformémentà la règle de lordre de Cîteaux, cette salle est extrêmement simple, i > . 1 , 1.3- "2 "couverte une coupolede pierre à six pans avec arêtiersdansles parangles rentrants. 1Voyez gravures daprès relevés M.Questel, le recueil Archives les faites les de dans desdes monuments historiques, pub],sous auspices M. le Ministre les de dEtat.
  • 176. ( LAVABO ] - 172- Labbaye Fontenay, deMontbard, de près dépendant même du ordre,possédait,longdeTune galeries soncloître, lavabo le des de un duneremarquable construction 3).EnA,était réfectoire. religieux (fig. le Lesentraient la file dansle lavabopar unearcade sortaient lautre, à et parcomme au Thoronet. Une colonne centrale, passant à travers la vas-que B, portait la retombée de quatre voûtes darête avec arcs-doubleaux.Cette salle, assezspacieuse pour permettre à quinze religieux au moinsde se tenir autour du bassin, était bassecomme les galeries du cloîtreet bien abritée du vent, et du soleil par conséquent. La figure 4 présenteune vue perspectivede ce lavabo prise du pointG, en supposant la voûte coupée de a en b. Cétait là un édifice dontla disposition était énergiquementprisedaprès le programme donné etqui devait présenterun aspectagréable,bien que larchitecture en fûttrès-simple. Les beaux matériaux calcaires dont disposaientles reli-gieux de Fontenay leur avaientpermis délever celte salleau moyen degros blocs de pierre; les noyaux des piles sont monolithes, les bases 1 On voit encore en place les deux entrées du lavabo, et nous avons retrouvé, en 18i4,dans les débrisqui jonchaientle cloître, les fragments piles de la salle, dont le péri- desmètre était apparent au-dessusdu sol du préau.
  • 177. - 173 - LAVABOt chapiteaux pris dansune seuleassise.Cemode de construction ajou-
  • 178. [ LAVATOIRE ] - 1"4 -tait aucaractère grandeur monument de du malgré petitedimension. saLabbayede Saint-Denispossédaitune fort belle vasquedans sonrloître qui servaitaux ablutions moines;cette vasque, des déposéeaujourdhuiau milieudelaseconde delÉcole Beaux-Arts, cour des datedu xinsiècle; elle estdun profil remarquable,et présentetout autour,entrechaquegoulotte,unetête sculptéedun beaustyle. Lorsquelesmoinesne pouvaient amener leau dans une vasquepour les ablutionsjournalières, il* secontentaient dun puits avec une auge circulaire ousemi-circulaire2 autour ou à proximité. Cependant, Espagne, couvents possédaient lavabosmagni- en les desfiques.Le voisinagedesétablissements arabes,dans lesquels labon-dance de leau était considérée comme une nécessité du premier ordre,avait dû exercer une certaine influence sur les constructions des cloî-tre*. Cest aussi dans les monastères du midi de la France quon trou-vait autrefois les lavabos les mieux disposés et les plus spacieux. 11està regretter que ces salles, qui se prêtaient si bien aux compositionsarchitectoniques, aient été détruites partout, dès avant la fin du der-nier siècle, par les moines eux-mêmes,qui ne se soumettaient plusà lusage de se laver au même moment et ensemble. Les lavabos con-sistaient seulement parfois en une grande auge de marbre, de pierre oude bronze, placée à lentrée du réfectoire. (Voyez dans le Dictionnairedu mobilier, larticle LAVOIR.) LAVATOIRE. m. Auge placée dans une salle près du cloître des mo- s.nastères, et servant à déposer et laver les morts avant leur ensevelis-sement. Lusagede laver les morts avant de les enterrer est une pratique quiremonte à lantiquité3 et qui sest conservéejusquà la fin du dernier-lècle dans quelquesprovinces, comme le pays basque,par exemple,les environs dAvrancbes et le Vivarais. Le sieur de Moléon4 décrit ainsile lavatoire de labbaye de Cluny : « Au milieu dune chapelle fort spa-« cieuseet fort longue, où lon entre du cloître dans le chapitre, est le« lavatoire, qui est une pierre longue de six on sept pieds, creusée environ de sept ou huit pouces de profondeur, avec un oreiller de- pierre qui est dune même pièce que lauge, et un trou au bout du" côtédes pieds,par où sécoulait leau aprèsquon avait lavé le mort. »Lauteur donne un figuré de ce lavatoire, que nous présentons ici(fig. 1): il ajoute quil y avait despierressemblables danslhôpital dela ville de Cluny,dansle chapitrede léglisecathédrale Lyon, dans de Voyezla gravurede celle vasquedans les Exemplesde décorationde M. LéonGau-cherel. 1 Voyez le cloître de la cathédrale d>>Girone. 3 Voyez Actesdesapôtres,chap.rx. -- SidoineApollinaire,liv. III, lettre ni. les 1 Voyages liturgiques en France.Paris, 1718.
  • 179. - 175 - [ LICE]le revestiaire de celle de Rouen, et dans presque tous les monastèresdes ordres de Cluny et de Cîteaux. LÉGENDE, f. Ce mot, en architecture, s. sapplique aux représenta-tions groupées,soit sculptées, soit peintes, sur mur ou sur verre, desujetslégendaires,comme, par exemple,lhistoire de lenfant prodigue,lhistoire du mauvais riche, ou bien certaines vies de saints racontéesdansla Légendedorée.Les portails de noséglisesdu moyen âgeprésen-tent souventdes sujets légendaires sculptés sur leurs soubassementsà dater de la fin du xine siècle. A la cathédrale dAuxerre, au portailde la Calende de la cathédrale de Rouen, au portail occidental de cellede Lyon, on voit de très-fines sculptures représentantdes sujets légen-daires. Mais cest surtout sur les vitraux que sétendent les sériesinnombrablesde cessortes de sujets (voy. VITRAIL). LICE,s. f. Barrière, palissade; par extension, espaceréservé entreles deux enceintes dune ville fortifiée, ou entre les murs et les bar-rières extérieures (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE). donnait aussi le Onnom de lices aux champsclos destinésaux exercices,joutes, tournois,pas darmes et jugements de Dieu. Lorsquune armée campait et sentourait de palis, on disait « sortirdes lices », pour sortir de lenceinte palissadée. Quand Harold vient deLondres au-devant de Guillaume le Bâtard, il fait placer son corpsdarmée derrière des palissades. Le matin de la bataille, Harold vareconnaître lennemi : « E de lor lices furz issu . » 1 Le Roman de Rou, vers 12125.
  • 180. - 176 - Après la bataille de Mansourahou de la Massoure,des espionsvien- nent avertir saint Louis quil sera attaqué de grand matin dans son camp. « Et lors commanda le roy à touz les cheveteinsdes batailles « que il feissentleur gent armer dès la mienuit, et se traisissent hors « despaveillonsjusques à la lice, qui estoit télé que il y avoit lous-mer< riens, pour ce que les Sarrazins ne se férissent parmi lost; et estoient utlachiés en terre en tel manière, que len pooit passer parmi le« merrien à pie . » Ainsi, dans les campements faits à la hâte, les pieuxqui formaient la lice étaient espacés lun de lautre de manière à per-mettre aux gensde pied de passerentre eux. Cespieux formaient ainsiune suite de merlons qui nempêchaient pas les fantassins de se jetersur lassaillant, mais qui arrêtaient les charges de cavalerie, et permet-taient aux soldats de se rallier sils étaient obligés de se replier. Les châteaux étaient toujours entourés de lices, cest-à-dire de bar-rières palissadées, quelquefois avec fossés,qui protégeaient le pied desremparts et permettaient de faire des rondes extérieures lorsque lon(Hait investi. Cétait là une tradition des populations guerrières duNord. « Amis, beau-frère, est Orenge si riche? « Dist li chétis : « Si maist Dex, beau sire, a Se véiez le paies de la vile, « Qui toz est fez à voltes et à lices * ! " Ce qui veut dire que le château de la ville est maçonné,voûté etentouré de palissades de bois. LIEN, s. m. Terme de charpenterie. Pièce de bois ayant un tenon àchaquebout, et qui, poséeen écharpe,lie le poinçon aveclarbalétrierou avec le faîtagedune charpente de comble (fig. 1). A étant le poin-çon et B les arbalétriers, les piècesC sont desliens ; D étant des poin-çons et F le faîtage, les piècesG sont desliens. 1 Joinville, Hist. de saint Louis. " La prise dOrenge; Guillaume dOrange, chanson de geste des XIe et xiT siècles,publ. par M. W. J. A. Jonckbloet, 1854.
  • 181. - 177 - [ LIERNE ] LIERNE, f. Nervure dunevoûte en arcs dogivequi réunit la clef s.des arcs ogivesaux sommetsdes tiercerons.Lesnervures A (fig. 1) sontdesliernes.(Voy. CONSTRUCTION, VOUTE.) Dans la charpenterie, les liernes sont des pièces de bois horizontalesqui réunissent leur basedeux poinçons à dansle senslongitudinalducomble et qui reçoivent les solives des faux planchers. Ce sont aussi despièces de bois courbes, posées horizontalement entre les arbalétriersdun comble conique, et qui servent à assembler les chevronslorsqueceux-ci doivent être répartis à distance àpeu près égales dans la hauteurdela toiture. Les piècesA (fig. 2) sont desliernes. Dans les comblesdetourscylindriques, liernessont nécessaires les lorsquela charpente nestpas disposéede manière que chaque chevronporte ferme. La méthodedes chevronsportant ferme étant presque toujours adoptée dans lescharpentesde combles du moyen âge, il est rare quon ait eu recoursaux liernes. On les emploie depuis le xve siècle pour les charpentessphéroïdes formant coupole. vi. - 23
  • 182. [ LIT ] " 178- LIMON, m. Est une pièce de bois rampante qui porte les marches s.dun escalier à leur extrémité opposéeau mur (voy. ESCALIER). Leslimons de pierre nétaient pas employésdanslarchitecture du moyenâge,lesrévolutions marches des danslesescaliers plancarréou bar- àîongétantalorsportéessur desarcs,cequi était beaucoup plussolideque le systèmede limons appareillés. LINÇOIR, m. Terme de charpenterie. Pièce de bois poséehorizon- s.talement au-dessus des lucarnes ou des souches de cheminées pourrecevoir les chevrons du comble. LINTEAU, m. Bloc de pierre posésur les jambes dune porte ou s.dune fenêtre pour fermer la partie supérieure. Dans la charpenterie,la pièce de bois horizontale qui remplit le même office sappelleaussilinteau. (Voy. FENÊTRE, PORTE.) LIS (FLEURDE). --Voy. FLORE. LIT, s. m. Surface horizontale de pose dune pierre de taille. Chaquepierre de taille est compriseentre deux lits : le lit inférieur et le lit su-périeur ; naturellement le lit supérieurdune pierre reçoit le lit inférieurde celle qui vient au-dessus. Les Grecs posaient leurs matériaux taillés,marbre ou pierre, à joints et lits vifs, sansmortier. Dansle grandappa-reil, les Romains firent de même, et cela avec tant de perfection, que,dans les constructions grecques et romaines élevées en pierres de tailleou en marbre, on aperçoit à peine la suture entre les blocs. Cette mé-thode a quelquefois été imitée pendant le moyen âge,particulièrementdansles contréesoù il existait encoreun grandnombre de monumentsantiques, comme en Provence et dans le Languedoc ; mais limitationest fort loin datteindre la perfectionde la taille antique en ce qui con-cerne les lits. Dans les provinces du centre et du nord de la France, onemploya le mortier entre les pierres dappareil depuis lépoque méro-vingienne. Les lits de mortier sont fort épais du vneau xne siècle; ilsdeviennentfins et réguliers à cette époque; reprennent une épaisseurqui varie de Om,01 Om,03 à auxmesiècle, lorsquon élèveles grands édi-fices religieux, les châteaux et les palais; puis samincissent de nou-veau pendant les xrv et xve siècles,mais en conserTanttoujours uneépaisseurde Om,01 maximum. Quant aux lits taillés, ils sont plans, aubien layés, sans flaches, depuis le xir siècle jusquau xvie. Dans lesconstructions du moyen âge, les lits sont dressés avec autant de soinque les parements. On appelle pierre posée délit celle dont le lit de carrière est vertical enau lieu dêtre horizontal. Les matériaux calcaires se sont formés parune suite de dépôtsmarins, lacustres ou fluviatiles, et se composentainsi dune superpositionde couchesplus ou moins homogènes.Lors-que ces couches nont pas été fortement agglutinéespar une circon-
  • 183. stancenaturelle, elles tendentà seséparer. est donc important de Ilposer les pierres sur leur lit de carrière, cest-à-dire conformémentàleur position géologique.Cependantles Romains et les constructeursdu moyen âgene se sont pas fait faute demployer les calcairesen délit,maisalorsils choisissaient avecsoin ceux qui pouvaientsansdangerprendre cette position. (Voy. CONSTRUCTION, JOINT.) LOGE, f. Pièce ou portion de galerie, dépendant dun édifice pu- s.blic ou privé, élevée au-dessus sol extérieuret souvrantlargement dusur le dehors, sansvitrines ou fermetures à demeure.La loge ressembledune part au portique, de lautreà la bretèche; cependantil faut la dis-tinguer de cesdeux membresdarchitecture. La logediffère du portiqueencequelle est élevéeau-dessus la voie publique, possède entrée de uneparticulière, et que salongueur estbornée, tandisque le portique est unegaleriecouvertedont la longueur est indéterminée. La loge, tenant à desmaisons,diffère de la bretècheen ce point important quelle est ouverteaux intempéries, en dehors des appartements,tandis que la bretèche£st ferméepar des vitres ou volets et ajoute aux piècesune annexesail-lante sur la voie publique. Larchitecture françaisedu moyen à^e nad-mettait guèrela loge que dans les provincesméridionales, où elle pou-vait avoir une certaine utilité. Dans nos climats, on préférait toujoursune piècefermée à cessalles ouvertesà tous vents, si fréquentes dansles villes italiennes des xme et xive siècles. Les municipalités italiennesélevaientvolontiers cesédificespropres aux réunions de citoyens, cou-verts par des voûtes ou des lambris pour éviter les rayons du soleil.Cétait dans cesloges que les marchandsvenaient sentretenir de leursaffaires, comme aujourdhui dans les bourses et cercles. On concevrafacilement quen France les parloirs, qui correspondent aux grandesloges dItalie, devaient être clos neuf mois sur douze; dès lors ilsnétaientque des sallesplus ou moins vastes.De même aussi,dans nosmaisons,il était rare de trouver sousles comblesceslogesque lusagea fait ouvrir au sommet des habitations italiennes, et qui sont dispo-sées pour respirer lair frais du soir. Cependantla loge nétait pas abso-lument bannie de nos habitations du Nord. Il existait encore, il y a peudannées,sur la place de la cathédrale de Laon, une petite maisondu xiii siècle,dépendantautrefois du chapitre, qui possédaitune logeàla basede son comble, disposéeen appentis et interrompue aux anglespar deséchauguettes. La figure 1 donnelélévationperspective delà façade cettemaison. deA la basedu pignon,élevé retraite,était pratiquéeune loge de char- enpentequi seretournaitsurlesdeuxmursgoutterots passait et alorssousle comble. Cétait comme un chemin de ronde avec ses échauguettes. La figure 2 présente A le plan de la façade la maison,à létage en desous loge,et en B,le plandecette la loge. loges Les voisines comble duprenaient nom de solicrs,comme combleseux-mêmesellesser- le les ;
  • 184. " - 180 -LOGE valentdéfense, àla elles permettaient ce se au de tout qui passait voir
  • 185. - 181 - [ LOGE ]dehors, eJles donnaient aux habitants un séchoir excellent. Observonsque ceslogessont basses,bien abritées et fermées aux extrémités. Dansle voisinagedes placesde marchés, on établissait aussi parfoisdesloges élevées peu au-dessus sol dela voie publiquesousquelques dumaisons, pour permettre aux marchands de traiter de leurs affairesà labri du soleil et de la pluie. Il existe encoreà Vire (Calvados)unepetite loge de ce genre, disposéesous une maison du xiv" siècle. Riennest plus simple que cette construction (fig. 3), qui secompose dfiix depiles et de deux colonnesde pierre reposant sur un bahut; dune airedallée et de quelquesmarchesposées chacunedesextrémités donnant àsur la voiepublique.La façadede la maison,en pande boishourdédebriques,repose les deuxpilesdangles lesdeuxcolonne^ M bien sur etque cetteloge nest autiv chosequun bout de portiquesurélevéavecbahut sous ses colonnes. Sur les façadesdes hôtels de ville, des palais, des maisonsde richesparticuliers,il y avait quelquefois, mais fort rarementen France,deslogesdisposées la façondesbretèches, à cest-à-direportées encor- enbellement sur des consoles.Ces loges, par leur petite dimension, né-taient, à proprementparler, que desbalconscouverts.Elles étaientmoins rares dans les provinces de lEst et du Sud-Est que dans lIle-de-France, les provinces de lOuest et du Centre. Quelques maisonsde Dijon en possédaient autrefois on en trouvaità Metz,à Verdun,et ;versles bords du Rhin, comme en témoignent de nombreusesgravuresdes xveet xvne siècles. Cesloges en encorbellement,ou plutôt ces bre-tèchesouvertes, étaient poséesau-dessusdes portails des maisons, aupremier étage, formaient et ainsiunesortedauvent lentrée. sur Nousdonnons 4) lune dellesque noustrouvonsindiquéeassez (fig.
  • 186. [ LOGE ] - 182-finement dans un manuscrit français du xv siècle de la bibliothèque deMunich. Elle est faite entièrement de pierre, recouvertede plomb etposée au-dessus dune porte. 5. j " " 1 Les guerresdItalie de la fin du xv siècleinspirèrentaux seigneursfrançais le goût des loges; mais les architectes du commencementde la renaissance,qui conservaientles traditions sensées lart de de
  • 187. - 183 - (_LOGE |notre pays, se décidèrent difficilementà leur donner laspect dune construction ouverte troiscôtés ils lestraitaient sur ; plutôtcomme des
  • 188. [ LOGE ] - 184- Sportiquesbasdunelongueurréduite,souvrantseulement la face. sur
  • 189. - 185- [ LUCARNE] Au sommetde lescalierde la chambredescomptes,à Paris, il yavait ainsi un vestibulenon vitré qui pouvait bien passerpour uneloge(voy. ESCALIER, 3). .Cevestibule composait deuxtravées fig. se deouvertes la cour de la sainteChapelle sesarcades, sur ; dépourvuesdevitrages comme celles de lescalier, étaient flanquées de contre-fortsdécorésde statues. La loge,premier vestibule delà chambre,était fortriche, ainsi quon en peut juger par notre figure 5, qui en donne uneperspective extérieure. Au-dessous,à rez-de-chaussée, était la portedeslogements premierhuissieret du receveur épices. grand du des Lepalier couvert que nous donnons ici comme une loge tenait lieu depetite salle des pas perdus. Nous possédonsà Paris un monumenttrès-remarquablepar le style de son architectureet qui était traité à lamanière des loges italiennes : cest le monument dont on a fait la fon-taine des Innocents. Cette loge se composait de trois arcades,deux deface et une en retour. Dans le soubassement, au-dessous de larcadeen retour, sur la rue, en dehors, était une fontaine. Des balustrades setrouvaient entre les pieds-droits-. La loge et fontaine des Innocentsétait élevée au coin de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fers. PierreLescot en fut larchitecte et Jean Goujon le sculpteur. En 1785, on ladéposa pièce à pièce et lon en fit le monument que nous avons vurestaurer depuis peu, monument auquel il est bien difficile aujour-dhui de donner une signification, car on ne comprend pas trop pour-quoi on a eu lidée de placer une fontaine jaillissante à 6 ou 8 mètresde hauteur au-dessus du sol, et pourquoi, la mettant si haut, on a jugénécessairede la faire couler à labri de la pluie, sous un dôme. On admetune fontaine couverte si elle est à la portée des passants, mais un jetdeau couronnant une pyramide de cuvettes na vraiment pas besoinde parapluie. Après tout, les charmantes sculptures du monument nousrestent,et il y aurait mauvaisegrâce à se plaindre des transformationsétrangersquon a fait subir à larchitecture de Pierre Lescot. LUCARNE, f. Baie ouverte dans les rampants dun comble, destinée s.à éclairer les galetas.Pendant le moyen âge on a fait deslucarnesavecdevanturede pierre, dautres entièrement de bois apparent ou recou-vert de plomb ou dardoises.Les lucarnes nont toutefois été adoptéesque lorsque les combles ont pris une grande importance. Pendant lapérioderomane, les charpentesdes comblesétant généralementplates,il ny avait pas lieu de les éclairer par des lucarnes, puisquon ne pou-vait y ménagerdeslogements;mais, à dater du xiii siècle,lesbâti-ments dhabitation furent couronnés par des combles formant, encoupe,un triangleéquilatéralau moins: onutilisait la partie inférieurede ces combles y pratiquantdeschambres en éclairées aéréespar et 1 Voyez lSuvredIsraël Sylvestre, Mérian, et,dans Topographie la France, la de Biblioth.nation., de grands dessins de la façade de la chambre des comptes. 1 Voyez lSuvre dIsraël Sylvestre, Marot,Merian, Félibien. vi. - 24
  • 190. [ LUCARNE ]des lucarnes. Plus tard on donna le nom de mansardes à ces fenêtres,et Ton fit à Mansartcet honneur de le considérer comme linventeur deces baies, qui existaient sur tous les édifices publics ou privés du Nordbien avant lui. Nous nous occuperons dabord des lucarnes dont la devanture depierre pose sur la corniche, au nu des murs de face. Les xme, xrv ete siècles nous fournissent un grand nombre dexemples de ces sortesde baies qui se composent de deux pieds-droits avec allège et dunlinteau terminé par un gable et un tympan. Ceslucarnes avec face de.pierre sont généralement assez élevées pour quune personne puissefacilement sapprocher de lallège et regarder dans la rue ; leurs baiessont même souvent garnies dune traverse de pierre, comme danslexemple que nous donnons ici (fig. 1) . Les pieds-droits sont épauléspar deux contre-forts qui leur donnent de lassiette sur la tête du mur;de petites gargouilles pourtournent ces contre-forts et rejettent leseaux des noues dans le chéneau A existant entre chaque lucarne etmuni de grandes gargouilles. Le linteau est dun seul morceau et porteavec lui les deux petits pignons latéraux. Un second morceau de pierrefnrme le couronnement. Les rampants du gable portent larmier devantet derrière, de manière à recouvrir le comble dardoise B de la lucarne.Les jouées sont en retraite sur les pieds-droits. Ce genre de lucarnes estfréquent au xiir siècle. Quelquefois, mais rarement à cette époque, lestympans sont décorés et les rampants garnis de crochets. Cependantces couronnements des édifices, se découpant sur les combles, ne tar-dèrent pas à recevoir une assezriche ornementation. Il était dusage,pendant la secondemoitié du xm siècleet jusquau xvi% de pratiquer,dans les logis des palais et châteaux, des grandes salles sous les com-bles. On ne pouvait éclairer ces salles lambrissées que par des lucarnestrès-hautes, descendant jusquau sol intérieur placé au-dessous de lacorniche extérieure et interrompant celle-ci. Les charpentesse compo--,ucnt seulement de chevrons portant ferme, dont les entraits sassem-blaient dans les jambettes descendant en contre-bas des blochets(voy.lart. CHARPENTE, Limportance ceslucarnesexigeaitun fig.26,. desoin particulier dans leur construction,car il fallait que leur devanturede pierre pût se soutenir delle-même, quelle reçût des pénétrationsen charpente,et que les filtrations deaupluviale fussentévitées entrela pierre et la couverture. Conformément aux habitudes de bâtir desarchitectes du moyen âge, ces précautions relatives à la stabilité età la réunion des matériaux très-divers sont minutieusement observées.Nous avons, de nosjours, remplacé ce soin danslétude desdétails pardesmoyens assezgrossiers,tels que solinsde plâtre, raccordsen zinc ;mais aussifaut-il envoyersanscesseles couvreursréparer les vicespri-mitifs dune construction mal étudiée, ou tout au moins, pour terminer Dune maison de Beauvaisdu xuT siècle, démolie aujourdhui.
  • 191. - 187 - [ LDCAKNE ]lSuvre dune manière passable,faire succéderplusieurs fois sur cespoints délicats les maçonsaux couvreurs, les couvreurs aux maçons,et ainsi à diversesreprises.Danscestemps anciensdignorance, lorsquele maçonavait terminé son ouvrage,venait le charpentier, puis le cou-vreur: chacuntrouvait les choses disposées pour navoir plus à y revenirlorsque dernièreardoise et la dernièrefaîtière étaient posées. la Lafigure montre de cesgrandes 2 une lucarnes combles de lambrissés.En A, nous en donnons la section horizontale faite au niveau abdelà face B. La corniche du bâtiment, avec son chéneau, est en E;
  • 192. LUCARNE ] - 188 - G-..". ila face de la lucarne est épaulée latéralement par des contre-forts F,
  • 193. - 189- [ LUCARNE]et postérieurement les pilastresG, contre lesquels par viennentsap-puyer les jouées de charpente. De petits caniveaux H recueillent leseauxdu comble qui coulent le long de cesjouées,pour les verser dansles chéneaux (voyez la face latérale D). Sur les sablières I poséessur les jouées (voyez la face postérieure G), venaient sembrever lesmadriers formant chevrons et recevant les lambris intérieurs, de ma-nière à dégager le jour dormant K, les châssis rectangulaires étantseuls ouvrants. Des lucarnes de ce genre existaient au Palaisà Paris,sur les bâtiments du commencement du xive siècle, aux châteaux deMontargis, de Sully, de Goucy et de Pierrefonds (commencement duxve siècle), et de beaucoup dautres palais ou châteaux. Celles du milieuet de la fin du xve siècle sont très-communes. Danscertainesprovinces de France, comme la Bretagne, la Picardieet la Normandie, on avait pour habitude, pendant les xive et xve siècles,de donner à certains bâtiments des campagnes,à des logis de châ-teaux, une assez faible hauteur, et de les couronner par des comblesénormes car, bien que cesbâtiments ; fussentsimplesen épaisseur, ilsportaient quelquefois jusquà 10 et 11 mètresdans Suvre en largeur;or, les comblesétant tracés daprès un triangle équilatéral, on com-prendque lesfaîtages devaientsélever beaucoupau-dessus la cor- deniche. Ces bâtiments, en coupe, étaient alors disposés de cette ma-nière(fig. 3): 1°un étagedecaves ; 2° un rez-de-chaussée un A B ; 3°premierétage à demimansardé; un étageà mi-comble et le G, 4* D
  • 194. l Ll-CAESE 1 - l-O-grenier lors fenêtres premier Gparticipaient de : dès les du étage déjà 4 -~ " "" L-J- ^ . Z-Z5SAla lucarne et ne faisaient quun tout avec elle. Nouspossédonsun fort
  • 195. 191 [ LUCARNE ]bel exemple de ce genre de construction dans le château de Josselin,en Bretagne (figure 4), dont lédification date des dernières annéesdu xc siècle. Là, le faîtage des lucarnes est au niveau du faîtage ducomble ; leur face est décorée de sculptures, de chiffres, devisesetarmoiries; les baies sont larges, munies de meneaux,les gables hautset flanqués de pinacles. La balustrade est posée sur le bord dun ché-neau jetant ses eaux par une gargouille entre chacune des lucarnes.Dans létage mansardésupérieur, les lucarnes formaient comme descabinets bien éclairés, dans lesquels on pouvait se tenir pour travaillerou jouir de la vue de la campagne.Laspect pittoresque que donnaientces grandeslucarnes aux façadesdes logis engageales constructeursà leur accorderde plus en plus dimportance ; elles devinrent quelque-fois la partie principale de la décoration, vers la fin du xve siècle et lecommencementdu xyi", ainsi quon peut le voir encore au palais dejustice de Rouen, où il semble que les façadesne sont faites que pourles lucarnes, puisque leur composition part du sol de la cour. Dansdesproportions plus modestes on voit encore de belles lucarnes ducommencement du xvie siècle à lhôtel de Cluny à Paris, à lhôtel deville de Compiègne; sur des maisons de Tours, de Bourges, dOrléansetdeCaen; sur lhôtel de ville de Saumur, etc.Les lucarnes du châteaude Josselin,comme cellesdu palais de justice de Rouen, sont de véri-tablespignons masquant des combles pénétrant à angle droit le toitprincipal. Dansce cas elles servent même à maintenir la pousséedes char-pentes, lorsque celles-ci sont dépourvues dentraits à leur base, ou dumoins elles rompent cette poussée, sur les murs goutterots.de distanceen distance, et donnent à ces murs, par leur poids, une grande stabilité. Les lucarnes de charpente, petites et modestes pendant les xnie etxive siècles, prennent de même beaucoup dimportance pendant lexe siècle; comme les lucarnes à face de pierre, elles napparaissent,danslarchitecture du moyen âge, quau moment où les combles ces-sent dêtre plats et sont tracés au moins daprès une pente de 45°.Alors elles sont posées,non sur les bahuts de cescombles, mais surleurs chevrons,pcmr éclairer des galetas.Toujours ellessontbien com-binéescomme charpente et dune forme gracieuse,contrairement à cequi sepratique aujourdhui. Les plus anciennes lucarnes de bois que nous connaissions ne sont,à proprement parler, que de grands chiens assis,faits pour donner delair et de la lumière dans les greniers, mais qui ne pouvaient pointrecevoirde châssisvitrés ; elles sont taillées dans de grossespiècesdecharpenteet couvertesavecde la tuile, de lardoise ou du plomb, lienexistait sur le comble incendié de la cathédrale de Chartres, qui dataitdu xmesiècle. Voici (fig. 5) quelle était leur structure. Deuxlinçoirs Aformaient un jour rectangulaire, comprenant deux intervalles de chr-vrons. Sur les chevrons B sassemblaient deux potences D recevant ladevanture E à leur extrémité, et de petits entraits avec chevrons F. De
  • 196. [ LUCARNK ] - 102 -fortes planches de chêne étaient clouées sur ces chevrons elles reliaientavec la devanture; sur ces planches étail posé le plomb, qui formaitbourrelet sur le devant et sur les côtés, ainsi que lindique le détail G.Dautres feuilles de plomb revêtaient la devanture et lesjouées, com-pris leur épaisseur.Les bois étaient forts, de Om,15 Om.25 à déquarris-sage, et neltement coupés. On voit apparaître cependant, au xrve siècle, des lucarnes de char-pente dune assez grande dimension, quelquefois divisées en deuxbair- par un meneau. Les combles de la cathédrale dAutun en ontconservé quelques-unes qui datent de la fin du xive siècle et sont duneassezbelle forme (fit:. 61: le bois décès lucarnes est toujours resté ap-parent et est abrité par un comble de tuile Ires-saillant. Ces lucarnesélaient faites pour être fermées,au-dessousdu linteau, par des voletsavecvitrages souvrant en dedans; le gable restait ouvert. Léglise Notre Dame de Chàlons-sur-Marne a conservé, sur lacroupe de labside, une jolie lucarne recouverte de plomb, avec épi etgirouette (fig. 7). On voit encore, sur les grands comblesde la cathé-drale de Reims, des lucarnes qui datenl du xvesiècle, mais qui sontaujourdhui défiguréespar de nombreusesrestaurations.Ceslucarnes
  • 197. - 193- (" LUCARNE ]sont,demême cellede Notre-Dame Châlons, que de couronnées pardesépis.Quelquesmaisonsen pansde bois, du xvesiècle, dont lesfaçades sont point despignons,maisdesmursgoutterots, ne sont sur-montéesde lucarnesassez belles.Danslouvragede MM. Verdier etCattois, Y sur Architecture etdomestique, en signalerons civile nous quel-ques-unes, notamment celles de lHôtel-Dieu de Beaune et celle dunemaisonà Lisieux. Lesarchitectes du xvesiècle ont quelquefois adopté,pour la construction des lucarnes de charpente, la disposition deslucarnesde pierre, citéesplus haut, du châteaude Josselin,cest-à-direquils ont posé les lucarnes empiétant sur la hauteur du mur de faceetéclairant un étage sous comble, un grenier. Nousdonnons (fig. 8) une lucarne établie daprès ce systèmeet quiprovient dune maison de Gallardon (Eure-et-Loir). En A, nous la pré-sentons de face, et en B, en coupe. Ici les bois sont apparents sousla ventrière G, qui est couverte dardoises.Le plomb ne recouvrequelépiet le faîte.Lesrampantselles jouéessontaussigarnisdardoises.Des châssis vitrés fermaient les baies. Si lon consulte les anciennes vues peintes et gravéesfaites daprès vr. - 25
  • 198. [ LUCARNE ] 194 -deschâteaux palaisdu moyenâge,on voit queleslucarnesremplis- etsaientun rôle important dans ces habitations,puisque les comblescontenaient beaucoupde logements.(Juelquefois,comme au châteaude Pierrefonds, les lucarnes de pierre ou de bois se combinaient avec 7les crénelagesdes cheminsde ronde,et étaient alors destinéesà éclai-rer lessallesplacées derrièrecespassages extérieurs. Leur faceportaitalors sur le mur du cheminde ronde, et le jour, pénétrant leur couver-ture, arrivait dansla salle par une baie percéedansle gros mur. Il est certain que les architectes du moyen âge, contrairement à cequi se pratique aujourdhui généralement,apportaient un soin minu-tieux dans létude de toutes les parties des combles, soit au point de
  • 199. - 195- LUCARNE ]rue de la solidité, de la bonne exécution, soit au point de vue de lart.
  • 200. [ MACHICOULIS ] -196 -Pour eux, bien couronner un édificeétait laffaire importante, et ils nepensaient pas que le rôle de larchitecte cessâtà la hauteur des cor-niches. La composition des lucarnesavait dû nécessairement fixer leurattention, puisque cesparties importantes des combles se détachaientsur le ciel et contribuaient ainsi à laspect monumental desédifices. Nousdevons observer, dailleurs, que cette tradition sest maintenue pendantles XVIeet xvne siècles: car beaucoup de châteaux de la renaissance, dutemps de Henri IV et de Louis XIII, ont conservé des lucarnes compo-séesavec soin, souvent fort richement décorées de sculptures et de sta-tues, et prenant, dans la disposition des façades, la plus grande place. LUNETTES, f. Ril s. circulaire ménagé au centre dune voûte darête,en guise de grande clef, pour le passagedes cloches. MACHICOULIS, m. Trous carrés ou larges rainures pratiqués hori- s.zontalement le long du chemin de ronde dune tour ou dune courtine,et permettant den défendrele pied en laissanttomber des pierres, despièces de bois ou desmatières brûlantes. Les mâchicoulis existaient dansles hourds de bois que lon élevait sur les remparts dans les premierstemps du moyen âge et jusquau xin siècle(voyez HOURD). Mais leshourds étant souvent incendiés par les assiégeants, les remplaça, onvers la fin du xine siècle, par des cheminsde ronde de pierre bâtis enencorbellementau sommetdes murs et tours, et percés de trous rap-prochés, par lesquels on laissait tomber sur lassaillant des matériauxde toute nature, de leau bouillante, dela poix chauffée,etc. Nousavonsvu. à larticle HOURD, comment au châteaude Coucy déjà, cest-à-direau commencement du xnr siècle, on avait remplacé les solives en bas-cule des hourdagesde bois par des consoles de pierre. Cependant,dès cette époque, on avait établi de véritables mâchicoulis de pierreau sommetde quelquesédifices,notamment sur lune des dépendainv*de la cathédrale de Puy en Velay, dépendancedont la constructionremonte au xir siècle. Cettebelle bâtisse,connue dansle pays sous lenom de Bâtimentdesmâchicoulis, mériteunementiontoute particu-lière, car cest une des plus remarquablesconstructions militaires quenous possédions France,une défense en importanteet solideplacéeau-dessus dune grandesallevoûtéeen berceautiers-point, défensequi peut contenir deux cents hommeset couvrir de projectiles toutle flanc sud de la cathédrale, entre celle-ci et le rocher de Corneille.Cétait comme un ouvrage avancépour le château qui couronnait cerocher,arrêtantlesassaillants le seul point où il était abordable, suret masquant absolument cloîtreet ses le dépendances. lorigine, Dans
  • 201. - 197 - f MACHICOULIS ]cest-à-dire au xne siècle, la grande salle qui servit longtemps de salledes états provinciaux, était couverte immédiatement sur la voûte enberceau par une doublepente de tuiles posées à bain de mortier. Au PE6ARC>xin» siècle,on surmonta cette sallede la défensedont nous donnons icile plan (fig. 1). On narrivait à cettedéfense par un passage que étroit,communiquant à la forte A. Devantdes contre-forts B, souvrent des
  • 202. [ MACHICOULIS] _ 108 -mâchicoulis C; dautres mâchicoulis D défendent le nu des murs entrecescontre-forts. pilesE posées lescuntre-fortsen arriére des Des sur
  • 203. - 199 - [ MACUIOJILIS jmâchicoulis, et dautres piles F élevées sur le mur donnant vers lecloître, portent des filières sur lesquellesreposent les fermesqui sou-tiennent la couverture abritant toute la surface du bâtiment. Aux deuxextrémités sont des pignons. La coupetransversalefaite sur ab (fi g -2)indique en A la grandesalledesÉtats;en B, les contre-forts. voit comment On sont disposés lesmâchicoulis, dont le crénelage G est porté sur des arcs reposant surdes encorbellements. Un parapet D garantissait les défenseurs contreles traits lancés du dehors. Les meurtrières sont percéesdans les ven-trières descréneaux et non dans les nierions, ainsi que lindiquent le planet la coupe.Par suite de la dispositiondespiles, la défenseétait com-plètement indépendante la charpente. faceextérieure créne- de La dulage donnela figure3. Lesmâchicoulis sont solidement construitsaumoyen darcsbandés desassises encorbellement. observera sur en Onla construction intéressante des grands mâchicoulis entre les contre-forts, dont les arcsjumeauxsont surmontés dun arc de décharge quisoulage lencorbellement milieu.Au droit dechaque du contre-fort, leschevrons lacharpente saillie dabriter petitsmâchicoulis. de font afin les
  • 204. [ MACHICOULIS ] - -00 - Toute cette construction est faite de belles pierres dappareil de lave, et il semblequelle date dhier. Son effet extérieur est saisissant. mâ- Ces chicoulis, en façon de larges rainures, appartiennent particulièrement aux provinces méridionales et ont précédé de près dun siècle les mâchicoulis du Nord qui consistent en une suite de trous carrés mé- nagésentre des consoles. Nous verrons tout à lheure des mâchicoulis en forme de rainures dans les défenses xivesiècle,appartenant à la du cathédrale de Béziers. Les mâchicoulisde la grande salle du Puy ne sont pas dailleurs les seuls de ce genre que lon trouve en Auvergne.Léglise de Royat, près de Clermont, est couronnée par des mâchicoulis dont le style et la con struction méritent dêtre étudiés.Alors les architecteschargésde diri- ger des travaux militaires ne croyaient pas que la laideur ou la vulga- rité desformes fût une des conditions du programme imposé, sous le prétexte de sacrifier à lutile. Parce que lart entrait pour quelquechose flans leur composition, ces défensesne perdaient rien de leur force; -"iiple, prêt à satisfaire à tous les besoins et même à les indiquer, lar- tiste savait plaire aux yeux par létude attentive et vraie des moindres détails. Certes,dans des travaux destinésà la défensedune place ou dun poste,quand lart, commechezlesChinois, intervient pour sculpter ou peindre, sur les créneaux, des monstres hideux, destinés à épou- vanter les assaillants, on peut rire de ses inspirations; mais quand, au contraire, loin de samuser à ces puérilités, lart, se soumettant à toutes les exigences de la défense, sait donner aux moindres détails une forme belle, indiquant clairement leur destination; quand il ne chercheautre choseque la structure la mieux raisonnée,la plus solide, on peut ad- mettre quil est bon de lui laisserprendre sa place. Or, il est donné à lart seul dexprimer par desformes convenables tous les besoins, mêmelesplus vulgaires,et nousne verrionsnul inconvénientà ceque, dansnos défriisrs nindcriics, laspect extérieur fût daccord avec la réalité1. Cou- ronner aujourdhui une porte, une caserne,un ouvrage défendu,pardesmâchicoulis, cela serait ridicule; mais il lest tout autant, au moins,de donnerà cesouvrages militaires laspect dun hôtel, de les entourerdepilastresromains,deles terminer par des cornichesprofilées suivant lesrèglesde Yignole, et de borderlesbaiesdechambranlesempruntéesauxtraités darchitecturequi remplissentles étalagesdes marchandsde gra-vures.Touslesexemples diversesparties de larchitecture du moyen desâgeque nous donnons dans cet ouvrage font assez voir que chacunedeces parties remplit exactementune fonction, et quon ne saurait con-fondre un détail dun édifice militaire avec un détail dun édifice civil ou 1 Combien est-il de noscasernescasematées ont lapparence maisons carlon? qui de deTelles quellessont, nous admettonsquelles résisteraient parfaitementaux effets desbombes; mais à voir, à lexlérieur, leur maigre structure, personnene leur prête lesqualités robustes quelles possèdent.
  • 205. - 201 - [ MACHICOULIS]religieux. Chaque monument conserve une physionomie qui lui estpropre, chaque détail saccorde avec la partie du programme qui lacommandé,et plus le programme tend à imposer une certaine formenécessitéepar un besoin défini, impérieux, plus larchitecture donneà cette forme un caractère accentué.Nous en aurons la preuve unefois de plus ici, si lon veut bien nous suivre dans notre étude sur lesmâchicoulis. Voici (fig. -i) quelle est la disposition des mâchicoulis couronnantléglise de Royal. En A, on voit le mâchicoulisen coupe; il est présentéde face en B. Cette construction appartient à la première moitié duxmc siècle; elle se composedune suite darcades portées sur des con- B -- _^ --^soles. Entre chaque contre-fort de lédifice, on compte quatre arcades.Larchitecte, ayant compris que les angles,plus encore que les faces,avaient besoin dêtre protégéspar des mâchicoulis, a adopté une dis-positiondencorbellementsGqui permettent aux nierions de suivre leursplans, et qui laissent à chacun de ces anglesun large mâchicoulis enéquerre.Le détail des consolesest tracé dans la figure 5, de profil en Bet de face en G. On voit ici percer le goût de lartiste, car ces consolessont galbéesde la manière la plus heureuse.Mais si nous nous rappro-chons des provinces du Nord, les mâchicoulis ne se présentent guèrequà la fin du xme siècle. La facilité de seprocurer du bois et aussilegrandrelief des fortifications de cescontréespermettaient de conserverle systèmedeshourds plus longtemps. Les défensesde Carcassonne,par exemple, qui ont été élevéespar Philippe le Hardi vers 1285,ne vi. - 26
  • 206. [ MACUICOfLIS ] - -202 -présentent part detraces mâchicoulis, quil y en eûtdéjà nulle de biendans les provinces du Centre et du Midi, et que ces défensesfussentétablies avec un grand luxe de précautions défensives;mais Carcas-sonneétait alors entouréede vastesforêts, et sesremparts avaient étéélevés par des architectes du Nord. Vers la même époque, en Bourgogne, où la pierre calcaire est abon-dante, belle et solide, nous voyons poindre les machicoulis.il en existedéjà au sommet de la tour du châteaude Montbard; mais ces mâchi-coulis ne sont point continus, ils ne forment que des sortes déchau-guettessaillantessur chacunedes faces de cette tour, dont le plan estun carré terminé par trois pans coupés. Ces mâchicoulis défendentdonc les faceset non les angles.Nous en présentonsen A (fig. 6) le plan ;en B, la face intérieure ; en C, la tare extérieure; en D, la coupe sur ab;en E, la lare latérale sur cd, et en F, la section sur mn. Ces mâchi-coulis sont couverts et présentent, à lextérieur, laspect dun merlonsaillant porté sur des corbeaux, percé dune meurtrière en forme dequatrefeuille. Les jouées et la face de cette logette saillante sontconstruites au moyen de trois dalles de On,20 dépaisseur; le chaperonest fait de deux pierres. Le trou du mâchicoulis est presque à la hau-teur des ventrières des créneaux, de sorte quil fallait nécessairementsoulever les projectiles que lon voulait laisser tomber sur lassail-lant. Quant aux merlons posés entre ces mâchicoulis, ils sont cou-ronnés de pinacles, percés meurtrièresdansles faceslongues et dearmésde crochets de fer. ainsi que lesjouées des mâchicoulis,destinésà suspendredes volets de bois. Une figure perspective(fig. 7) fera saisirlensemble de ce système de défense. Cette construction est faite debeaux matériaux que le temps na pas altérés. Les pinacles seuls ontétéjetés bas; nous ne les avons restaurerquau,uiuyen de frag- pu
  • 207. - 203 - MACHICOULISments. Il est clair que les assaillantsplacés en 0, à la base de la tour
  • 208. - 204 -(voyez plan,fig.6), ne pouvaient le guèreêtreatteintspar lesprojec-
  • 209. - 205 - [ MACHICOULIS ] tiles tombant de ces mâchicoulis; mais il faut dire que cette tour est élevéesur un escarpementde rochers et que lassiégécomptait sur les ricochets.On ne tarda pascependantà chercher un systèmede mâchi- coulis continuspouvant battre toute létendue des remparts, et ceux-ci furent, à leur base, disposés en prévision des effets produits par la chute des projectiles, ainsique cela avait été tenté déjàpour les hourds (voy. ce mot). On voulut aussi que les mâchicoulis pussent battre les anglessaillants. Mais cesperfectionnementsne furent introduits dans lart de la fortification des places et châteaux que vers le milieu du xive siècle. On voit des mâchicoulis de cette époque fort bien établis au sommet de la tour du château de Beaucaire. Le plan de cette tour, ou plutôt de ce donjon, donne la figure ci-contre (fig. 8), présentantvers lextérieur de la forteresse le bec saillant A. Bien que ce bec domine un escarpement de rocher considérable et quil soit plein, cependantil est couronné par la rangée de mâchicoulisqui pourtourne louvrage. En plan (fig. 9), les consolesde ces mâchi-coulis biaisent pour arriver à former deux lignes parallèles à laxe.ainsi que lindique le tracé A. Le bec est donc dominé par un créneauperpendiculaireà son axe et par deux trous de mâchicoulis triangu-laires; il est défendu. Nous en présentons en B la vue perspective.Leprofil C est pris sur laxe dune arcature de mâchicoulis. On remarquerala saillie D, ménagéeen contre-bas des consoles,et qui était destinéeà empêcher projectilesE tombantpar lestrous de ricocherle long lesdes aspéritésdes parements,ce qui les eût fait dévier de leur ligne ver-ticale de chute. Or, la ligne verticale de chute était calculée avecgrandsoin par les constructeurs militaires ; elle venait toujours rencon-trer un talus qui faisait décrire à ces projectiles une certaine para-bole en raison de leur poids et de la hauteur de la muraille. Si lassail-lant venait se loger au pied même du rempart, il pouvait facilement segarantir desprojectiles tombant verticalement, au moyen dun pavoisbardé de fer et rembourré détoupes,mais il lui était bien plus difficilede parer des coupsarrivant obliquement ; dailleurs ces coups empê-chaientles approches.Afin dêtre assurésde leffet desprojectiles tom-bant à traversles mâchicoulis,les assiégés avaientle soin de les faire
  • 210. [ MAU11UK j Lis - -00 -titiller. Dansdessièges longset lorsque approvisionnements les venaientà manquer, on jetait par les mâchicoulistout ce qui se trouvait sousla main, morceaux de bois, tuiles, cailloux, moellons. Mais si la placeétait bien munie, le* projectilespropresàla défenseparles mâchicoulisétaient faits de pierres lourdes, sphériqueset dun diamètre régulier;alors seulement on pouvait être assuré de leur effet1. Donc si lon veut("tudier desmâchicoulis, il faut en même temps observerlinclinaisondes talus inférieurs des murailles, car cestalus sont commandéspar lahauteur de cette muraille, par la saillie des mâchicoulis et par la né-cessitéde battre tel point du fossé,ou de lescarpe, ou du terre-plein. 1 II ny a pas à douter que les projectiles destinés aux mâchicoulis ne fussent taillésdavanceet sphériques.Nousavons trouvé une énorme quantité de ces balles de pierre dansdes constructions antérieurement à lemploi de lartillerie à feu, et ce qui est plus probant,on en voit souvent sont restés engagés qui dans des trous de mâchicoulistrop étroitspour les laisser passer.
  • 211. - 207 - f MACHICOULIS ]Dansles fortifications du xive siècle et du commencementdu xv%lesmâchicoulis et les talus sont combinés simultanément pour produireun certain effet imposépar les besoinsde la défense.Soit (fig. 10)en Ala coupe du rempart avec mâchicoulis ; le rempart étant peu élevéau-dessusdu fond du fosséG, il sagit dès lors dempêcherlassaillant desapprocherassezpour pouvoir poserdes échelles: le talus formera un 10angle accusé avecle nu du mur vertical ; alors les projectiles serontrenvoyésloin du point H (pied du talus) et rouleront en ressautantaufond du fossé. Plus le projectile sera lourd, plus la parabole IK serapprocherade la ligne verticale et séloignera du point H. Si lennemiarrive au point H, des projectiles dun poids médiocre pourront lat-teindre. Sil comble partie du fosséet quil arrive au niveau L, il reçoitle projectile obliquement et dans toute sa force. En supposant que les remparts B sont assez élevés pour ne pascraindreles échelades,le talus formera av<?c verticale un angle plus laobtus,et le projectile viendratomber obliquementprès du pied du
  • 212. ] - 208 -talus. En supposantencoreque le rempart est peu élevéau-dessusdela contrescarpe du fossé, mais que celui-ci est profond (G), le talus seradisposé de telle façon que le projectile le rasera dans toute la hauteurà une faible distance. Si le rempart est construit sur un escarpementde rocher (D), le talus sera tracé de manière que le projectile viendratomber au pied de ce rocher afin den écarter les mineurs. Ceci faitcomprendre combien il était important davoir des projectiles sphéri-ques et dun poids connu pour défendre le pied des remparts au moyendes mâchicoulis, suivant la nature de lattaque, et comment la sectiondes talus devait être tracée en raison de la nature des lieux. Or, si noussavons aujourdhui que les officiers du génie calculent avec précisionles angles des bastions et la coupe des remparts pour obtenir certainseffets, nous pouvons être assurés quau xive siècle les architectes mi-litaires napportaient pas moins de soin et de calcul dans le tracé deleurs constructions, ce qui ne les empêchait pas de donner aux cor-beaux de leurs mâchicoulis, aux chaperons de leurs créneaux et à tousles détails de ces constructions, des proportions heureuses et des pro-fils dun beau caractère. Cependant nous avonsvu, à larticle HOURD, les chemins de ronde quede charpente avec mâchicoulis étaient couverts. 11 fallait, en effet,abriter les défenseurs placés sur ces chemins de ronde, derrière lescrénelages, contre les projectiles lancés à toute volée par les assail-lants: on se mit donc à couvrir aussi les mâchicoulis de pierre, commeon avait couvert les hourds, par des combles de charpente, mais à de-meure cette fois. Les mâchicoulis de ce genre les plus remarquablesqui existent m France sont certainement ceux du château de Pierre-fonds; ils datent de 1400. Nous y reviendrons tout à lheure. Il est mVfssaire, avant de nous occuper de ces sortes de mâchicoulis.de parler de ceux des remparts dAvignon, élevés vers le milieu duXIVe siècle, et qui présentent certaines particularités dignes dattention,comme, par exemple, les retours déquerre sur les tours, les consolesdangle, les mâchicoulis ressautanls, etc., les mâchicoulis des rempartsdAvignon nayant jamais été destinés à être couverts et étant surmon-tés dun simple crénelage. Afin déviter la bascule,les constructeursontdonné aux encorbellements un assez grand nombre dassises, de ma-nière à charger la queue de chaque corbeau.Ainsi (fig. 11), soit en Alangle dune tour, il y aura des corbeaux diagonaux en B, lesquels,suivant la coupecd, donneront le profil D possédantsix assises cor- debeaux;les deux encorbellements seront légèrementbiais pour obtenir Cdes arcs BC égaux aux arcs CF, les encorbellements C et F naurontque cinq assises(voyez le profil E fait sur ef). En élévation, cet angleprésenterale tracé G,qui expliquepourquoi lencorbellementdangle B,étant plus long que les autres, prend une assise de plus en contre-bas.Les arcs des mâchicoulis voisins de langle pénètrent cet encorbel-lement diagonal. En g, e;-t figurée,en perspective,lassiseg; en h, Vas-
  • 213. - 209 - [ MACHICOULISsiseA; en i, lassiseï en /, lassise/. Cespierres,étant chargéesàla queuo vr. - 27
  • 214. [ MACHICOULIS J - 210 -par le massif0 (voyezles coupesDE), ne peuventbasculersous lepoids du crénelage. Les échauguettesflanquantes et les tours étantplus élevée- ({in- les courtines, le chemin de ronde devient un emmar-chement et les mâchicoulis ressautent ainsi que lindique la figure L ;chaque marche m est percéede son mâchicoulis (voyezle profil P faitsur la litîiie rli). On voit au palais des Papes,à Avignon, des mâchi-coulis obtenusau moyen de grands arcs qui reposent sur des contre-forts. Ces mâchicoulis donnaient de longues rainures par lesquelleson pouvait jeter non-seulement des pierres, mais des pièces de boisen travers(voy. ARCUITECTURE MILITAIRE, 40); ils avaient linconvé- fig.nient de ne pas battre le devant de ces contre-forts, et de laisser ainsides points accessiblesaux assaillants.Ce système na guèreété em-ployé par les architectes militaires des provinces du Nord; ceux-ciont admis de préférence le -} sterne des mâchicoulis continus. Cesl,en effet, dans les Suvres des architectes septentrionaux quil faul tou-jours aller chercher les défenses plus sérieuses beaucoupde forti- les ;fications du midi de la France et de lItalie semblent faites plutôt pourfrapper les yeux que pour opposer un obstacle formidable aux assail-lants, et dans ces contrées souvent les mâchicoulis sont une décora-tion, un couronnement, non point une défense efficace. .Nous lavons dit tout à lheure, les mâchicoulis ne se défendent bienque sils sont couverts comme létaient les hourds. Examinons doncles mâchicoulis du château de Pierrefonds. Ceux-ci formaient une cein-ture non interrompue au sommet des tours et courtines ; ils étaientnon-seulement couverts, mais encore surmontés dun crénelagequicommandait les approches au loin. Voici (fig. 12) comment étaientdisposés ces mâchicoulis. En A, nous donnons le plan dune sectionde chemin de ronde des tours prise au niveau a. Les trous des mâchi-coulis sont tracés en b. En B, est figurée la coupe de toute la défense, eten C sa face extérieure développée. Les chemins de ronde D, avec leursmâchicoulis, sont couverts par les combles en appentis G. De distanceen distance, des lucarnes E, posées sur le mur du chemin de ronde,en face des fenêtresF. éclairent les sallesI. En K, est le crénelagesu-périeur.Les queuesdes assises corbeauxL, profondémentengagées desdansla maçonnerie,sont chargéespar le gros mur, afin de maintenirla bascule. Les linteaux M sont appareillés en clausoirs entre chaquecorbeau, ainsi que lindique le tracé extérieur; les sommiers 0 sontdonc taillés conformément au tracé perspectif 0 : ainsi, aucune chancede rupture dans la construction. Un démaigrissement du paremententre chaque corbeau laisse en P une arête saillante qui empêche lestraits lancés du bas de remonter en ricochant dans le chemin de rondepar les trous des mâchicoulis.A la basedes tours et courtines, un talusprononcéfait ricocher les projectiles jetés par les trous, ainsi que lin-dique la figure 10. Cétait là une défensesérieuseet combinée dunemanière tout à fait remarquable,lorsque les arméesne possédaient pas
  • 215. 211 [ MACHICOULIS ]encore dartillerie à feu, et lorsque les chemins de ronde étaient assez
  • 216. [ MACHICOULIS ] - 212 -fl(-i-sau-dessus sol pour que leurs murs et leurs couverturesneus- dusentrien à craindre des machinesde jet, telles que les mangonneaux,les piriTiers et trébuchels. Sans modifier en rien ce système,vers lemilieu du xv siècle, on voulut donner aux mâchicoulis, à lextérieur, un ;n»in- sévère: quelquefois on les décora. Tels sont, par exemple,les mâchicoulis posés au-dessus de la porte du beau château du roiRené,à Tarascon (fig. 13). A la fin du xvesiècle,les progrèsde lartil-lerie à feu firent renoncer à ce moyen de défense ; cependant on figuraencore, par tradition du moins, des mâchicoulis au sommetdestours i in établit quelquefois des mâchicoulis sur le couronnement des égliseslorsquon jugeait que celles-ci pouvaient être investies: cest ainsi quesur labside de la cathédrale de Béziers, entre les contre-forts, et pourdéfendre les fenêtres contre une escalade, on a construit, vers le com-mencement du xive siècle, des mâchicoulis terminés par un parapet aveccrénelages jour en forme de balustrade. Ce monument, placé sur le àpoint culminant de la ville et se reliant aux fortifications, était consi-déré commeune citadelle, et de tout temps il avait été garni de créne-lages(voy. CRÉNEAU). de la reconstruction de son abside,aprèsles Lorsguerresdes Albigeois, on ne fit donc que se conformer à une tradition,Voici (fig. 14)une vue extérieure de lun de cesmâchicoulis du chevet :ru A, est tracée la coupe de la défense. Ajoutons que les fenêtres sontgarniesde grillagestrès-serréset qui présentaientun obstaclesuffisantpour arrêter les assaillants à laplomb des rainures des mâchicoulis,
  • 217. 213 - [ MAINCOULAXTE ]"Noscorniches à grandes consoles, nos balcons en saillie portos sur descorbeaux,sont encoreune dernière tracede cesmâchicoulissi fréquentsdans les habitations seigneuriales des xive et XV siècles. Pour terminer,disons que les trous des mâchicoulis des fortifications du nord de laFrance ont des dimensionsévidemmentréglementaires: ils forment uncarré qui varie de Om,33 pied) à Om,40(15 (un pouces).Aussi les projec-tiles destinésà couler dans cestrous pouvaient-ils être indifféremmentportés danstelle ou telle place forte ; ce qui était un point important. MAÇONNERIE,f. Toute construction dans laquelle il entre de la s.pierre ou du moellon, de la brique, du mortier ou du plâtre. (Voy. CON-STRUCTION.) MAINCOULANTE, f. Couronnement dune rampe descalier. (Voyez s.ESCALIER).
  • 218. [ MAISON ] - -14 - MAISON, f. (meson, s. hoslel;petite maison : borde,bordel,abitade}.faut distinguerles maisonsdes villes des maisonsdes champs, maisces dernières ne sauraient être confondues avec les manoirs. La véri-table maison des champsest celle du colon, du paysan, de la familleattachée à la terre seigneuriale.Huant aux maisons des villes, cellesdesseigneurs un caractère ont particulier.Nousles rangeons danslespalais ou les hôtels.II est vrai que, jusquau xne siècle,la noblessenhabitait guère les villes, et les mSurs des conquérants du sol desGaulesseconservèrentlongtemps chez leurs descendants. Les habitations des Gallo-Romainsne purent être modifiées immé-diatement après les invasions des ve et vie siècles.Les nouveaux posses-seurs du territoire ne songèrentpas, vraisemblablement, à faire bâtirdes maisons sur une forme nouvelle, ils occupèrent les villS romaines;car, vivant aux champs plus volontiers que dans les cités, sils y fai-saient construire des habitations pour leurs colons ou leurs serfs, cesmaisons devaient nécessairement conserver la forme consacrée par unelongue habitude. Dans lart de larchitecture, la maison est certainement ce qui carac-térise le mieux les mSurs, les goûts et les usagesdune population;son ordonnance, comme sa distribution, ne se modifie quà la longue,et si puissantsque soient des conquérants, leur tyrannie ne va jamaisjusquà tenter de changer la forme deshabitations du peuple conquis.Il arrive au contraire que lenvahisseur se plie, en ce qui concerne leshabitations, aux usages du vaincu, surtout si celui-ci est plus civilisé.Cependant le nouveau venu introduit peu à peu dans ces usages desmodifications qui tiennent à son caractère et à ses traditions; il séta-blit un compromis entre les deux principes en présence, et, un siècleou deux écoulés, lhabitation laissée par le premier possesseur du solsest peu à peu transformée. Toutefois il ne faudrait pas croire que cestransformations soient telles quelles ne laissent subsister des tracestrès-apparentes des habitudes, et par conséquent de la structure pri-mitive. Dès les premiers siècles du moyen âge, cest-à-dire pendantlépoque carlovingienne. la demeure des champs du Français prend uncaractère de défense. Quant à la maison des villes, occupant un espaceplus étroit par suite de la nécessité où lon se trouvait denceindre cesvilles de murailles, elle dut nécessairement abandonner dans bien descirconstances dispositionsétenduesà rez-de-chaussée, les pour super-poser des étagesafin de trouver en hauteur lespacequi lui manquaiten surface. Si les Romains nemployaient pas le bois à profusion lors-quils construisaient des maisonspour eux, il est certain que les popu-lations des Gaules ne cessèrent jamais de se servir de cette matière :peut-être donnèrent-elles, pendant la domination romaine, une im-portance plus grande aux constructions de maçonnerie; mais, sous 1 Voyez, pour les hôtels, la fin de larticle sur les maisons des villes.
  • 219. - 215 - [ MAISUS]linfluence des invasions du Nord, elles reprirent certainement les con-structions de bois sans difficultés. En effet, lart de la charpenterie,lemploi exclusif du bois dans la construction, nappartient quaux niée-indo-germaniques.Le bois enrichi de peintures joue un rôle importantdans la construction de lépoque mérovingienne, et les incendies fré-quents qui détruisent des villes tout entières pendant les premierssiècles du moyen âge témoignent assez de lemploi presque exelusifde la charpente dans les constructions privées. De ceshabitations antérieures au xi" siècle, il ne reste rien aujour-dhui ; on ne peut donc sen faire une idée quen recueillant les rensei-gnementslaconiques donnés par les rei-ivains, les vignettes des ma-nuscrits, fort imparfaites, et quelques bas-reliefs.Mais, si vaguesquesoient ces documents, ils nen sont pas moins conelu;uiU Mir un pointimportant, à savoir, que les maisonsdes premiers tempsdu moyenâgeétaient faites de bois, que cesconstructions de bois étaient un mélangede charpenterieet dempilagesde pièces assemblées angles; et ce auxpoint mérite toute notre attention. Expliquons-nous. 11y a deux ma-nières de construire en employant exclusivement le bois : ou lon peutempiler les uns sur les autrc^ îles Imnes darbres équarris en les em-bervant aux retours déquerre; ou lon peut, par des combinaisonsplus ou moins ingénieuses, en se servant du bois tantôt comme supportrigide, tantôt comme chaîne, tantôt comme décharge, tantôt commesimple remplissage, obtenir des pans de bois dune extrême solidité,très-légerset permettant délever les constructions à de très-grandeshauteurs. La première de ces méthodes nexige pas de la part des con-structeurs de grands efforts dintelligence: nous la voyons suivie encorechez les peuples slaves, tandis que la seconde nappartient quauxraces blanches pures; nous la voyons pratiquer à lorigine elle/, tousles peuplesdescendus des plateaux septentrionauxde lInde, chez lesScandinaves, chez les Francs, chez les Normands. Les renseignementsque lon peut réunir sur les habitations des époques mérovingienneetcarlovingienne nous laissent voir quelques traces de la méthodedesconstructionsde bois par empilage,une connaissance assezdéveloppéede la construction de bois de charpente assemblés et des traditionsgallo-romaines. A lépoque où nous pouvons commencer à recueillir des fragmentsdhabitations françaises, cest-à-dire à la fin du xie siècle, nous consta-tens encore la présence de ces influences diverses, tenant dune partà la civilisation latine, de lautre aux traditions indo-germaniques plusou moins pures. Il se produit même, dans lart de la construction desmaisons en France, au moyen âge, des oscillations singulières quidépendentde la prédominance du caractère gaulois ou germain surles restes de la civilisation latine, ou de celle-ci sur les traditions localeset sur les goûts des envahisseurstransrhénans. Ainsi, au xue siècle, pendant le plus grand développementde lin-
  • 220. [ MAISON ] - 216 -stitut monastique clunisien et cistercien, dans les villes où dominelinfluence de nos abbayes,la maison est construite en maçonnerie, latradition romaine résiste à linfluence du ^ord ; tandis que dans les villesplus indépendantesou immédiatement placéessous le pouvoir royal,la maison de bois tend chaquejour à remplacer la maison de pierre.Le plus ou moins dabondance de lune de ces deux matières, à proxi-mité des centres de population, bois ou pierre, navait pas une influencedécisivesur le systèmede construction adopté. Pour ne pas sortir des limites de cet ouvrage,nous devonsnousborner à signaler ce fait, dont nous essayerons ailleurs de donner lex-plication. MAISON DESVILLES. --La rareté du terrain, dans les villes ou bour-gades fermées, obligeait les constructeurs à élever plusieurs étagesau-dessusdu rez-de-chaussée. Si à Rome, dans lantiquité, les maisons possédaient un grand nombre détages super- posés, il ne parait pas que cette méthode fût sui- vie dans les villes provinciales. A Pompéi, les maisons nont quun rez-de-chaussée à très-peu dexceptions près; les peintures antiques indi- quent rarement des habitations composées de plusieurs étages. Au contraire, dès lépoque mé- rovingienne, les maisons urbaines possèdent un ou plusieurs étagesau-dessusdu rez-de-chaussée; les auteurs mentionnent souvent leurs étages, et les représentations sculptées ou peintes nous les montrent plutôt sous la forme de tours ou de pavillons élevésque comme des logis juxtaposés. de Tours signale des maisons à plu- sieurs étages. « Priscus, dit-il, avait ordonné, au « commencement de son épiscopat, que lon » exhaussât les bâtiments de la maison épisco- « pale1..." -- « Le duc Beppolen étant à table « dans une maison à trois étages, tout à coup « le plancher sécroula2 » Les maisonsmérovingiennes,dont il reste des traces nombreuses dans le nord de la France, se composent habituellement dune cave de maçon- nerie non voûtée, surmontée de constructions de bois; leur périmètre est petit et les logements devaient nécessairement être superposés. Cestdaprès ce programme que paraissentavoir été construitesles maisonsdont nous donnonsici (flg. 1 et 2) les copies. La figure 1 indique évi- Hist. Franc., lib. IV, cap. xxxvi. * Ibid., lib. VIII. cap. «"""
  • 221. L MAISON Jdemmentune construction bois; mais il faut dire quelle setrouve desur un chapiteaude léglise primitive de Vézelay,antérieureà léta-blissement la commune;tandisque, danscette même localité, on devoit encore de nombreux fragments de maisonsde pierre du commen-cementdu xne siècle1. effet,Aug. Thierry, dans sesLettressur Enlhistoire de France-, en racontant les phases de létablissement de la f. "communede Vézelay, signale cette tendance des citoyens émancipésà sentourer dessignesextérieurs de leur affranchissement.« Ils élevè-« rent autour de leurs maisons, chacun selon sa richesse, des murailles< crénelées...Lun des plus considérablesparmi eux, nommé Timon,"<jeta les fondements dune grossetour carrée.... » La figure 2 pré-sente une particularité quil ne faut pas omettre : cest un escalier 1 La figure 1 reproduit une maisonsculptéesur un chapiteaude léglise de Vézelay,antérieur à la reconstruction du commencementdu XIIe siècle. - La figure 2 donne unemaisoncopiéesur un chapiteau cloître de Moissac du (xnesiècle). Lettre XXII. YJ. - 28
  • 222. [ MAISON | - 218 -extérieur. Nous verrons en effet que ces escaliersextérieurs,ou grandsperrons, jouent un rôle important dans les habitations des xie et xnfsiècles.La tapisseriede Baveux nous montre Harold et ses compa-gnons banquetant dans une maison au moment de leur passageenNurmandie. La salle du banquet est située au premier étage, sur unrez-ilf-haussée formé darcades; un perron descend de cette sallesupérieure au bord de la mer. Ce rez-de-chausséeest évidemmentri instruit en maçonnerie, tandis que le premier étage paraît être ununrai:e de i-harpenterie. On retrouve celte disposition des escaliers extérieurs dans des ma-nuscrits grecs du vine siècle(voy. PERRON), nous la voyons se per- etpétuer jusquau xvi*. Signalonsce fait important : cest quen France,pendant la première période du moyen âge et jusquau xnc siècle,il semble que dans les habitations privées on ait maintenu les tra-ditions de lantiquité gallo-romaine pour le rez-de-chaiissiV, et quelon ait adopté les habitudes introduites par les peuples venus du Nordpour les étages supérieurs. Il se pourrait bien, en effet, quaprès lin-"a-jun, les nouveaux conquérants aient conservé bon nombre de ces-habitations de ville ou de campagne gallo-romaines, et que, sur lesrez-de-chaussée qui les composaient, ils aient fait élever en charpen-terie des salles et des services dont ils avaient besoin. On aurait ainsiadopté depuis lors un système de constructions résultant des deuxméthodes entées lune sur lautre par les habitudes de deux civilisa-tions ou plutôt de deux races différentes. Dans les maçonneries, lin-fluence gallo-romaine se fait sentir très-tard, tandis que les ouvragesde lu >isont, dès lorigine, un caractère qui appartient évidemment auxiaees du Nord et «lui ne rappelle point lart de la charpcnterie desHumains, dette superposition de deux systèmes de constructions, issusde deux civilisations opposées, ne parvient quà grandpeine à formerun ensemble complet, et, jusquà la fin du .ne siècle, on reconnaît quele mélange nest point effectué. Lécole laïque du xme siècle parvient à opérer ce mélange, parcequelle abandonne entièrement les traditions romaines; et cest seule-ment à cette époqueque les constructions privées prennent un carac-tère véritablement français, homogène,adoptent des méthodes logi-ques, en raison des matériaux mis en Suvre. Il suffit de jeter les yeuxsur les manuscrits occidentaux des ix% xe et xie siècles, sur quel-ques sculpturesdivoire de cette époque et, même sur la tapisserie deBaveux, pour constaterlinfluence destraditions de constructionsgallo-romaines dans les maçonneries du rez-de-chaussée des habitations, etcelle des constructions de bois indo-germaniquespour les couronne-ments des palais et maisons,tandisque les églises affectenttoujours laforme de la basilique latine ou celle de lédifice religieux byzantin. Évidemment, les seigneurset les citadins laissaient moines si lesarranger larchitecture de leurs monastères à leur guise (et ceux-ci
  • 223. 219 - f MAISON Jétaient latins par tradition), ils exerçaient une influence sur les con-structeurs chargés délever leurs habitations, et, malgré lantipathiequi existait entre les castesdes conquérants venus doutre-Rhin et lesvieux Gaulois devenuslatins, il semblerait quau contact de cesracesplus pures, le Gallo-Romainse rappelât son origine, reprît peu à peules goûts natifs, réagissant contre linfluence si longtemps subie desarts romains et que, dans ses habitations, il se plût à composer unart qui fût à lui. Aussi, au xnc siècle déjà, les maisonsdes citadins n&ressemblent nullement aux bâtiments dhabitation des monastères :cest un autre art, ce sont dautres méthodes de construire. Larchi-tecture civile se forme avec létablissement des communes; elle prendune allure indépendante comme le château féodal, qui, de son côté,séloigne de plus en plus de la villa romaine, aux traditions de laquelleles abbayes seules restent fidèles. 11est toujours intéressant de voircomment, chez les populations livrées à leurs instincts, les arts, et lar-chitecture en particulier, reflètent les tendances des esprits. Au xne siècle, larchitecture monastique, arrivée à son apogée, neprogresseplus. Saint Bernard essaye de lui rendre la significationquelle perd chaque jour, en lui imposant la simplicité comme pre-mière condition; mais, après lui, cet art puritain, quil a prétendudonner comme type des établissements religieux, est entraîné dansle torrent commun. Larchitecture militaire féodale et larchitecturedomestiqueau contraire se développent avec une prodigieuseactivité;les vieux restes des arts romains sont décidément mis de côté, et lesbourgeois,comme les seigneurs, veulent avoir un art Hexiblequi seprête à toutes les exigencesdes habitudes changeantesdune société.Dès que le pouvoir des établissements religieux saffaiblit, lesprit mu-nicipal et politique se révèle, et le siècle nest pas encore achevé,quetous les tra.vaux dart et dindustrie sont entre les mains de ces gens deville qui, cinquante ans plus tôt, devaient tous demander aux couventsdepuis le plan du palais jusquaux serrures des portes. Il serait du plus haut intérôtdeposséderencoreaujourdhui quelques-unes de ces maisons du xie siècle, cest-à-dire de lépoque où les tradi-tions gallo-romaines,encore assezentières, et gauloisesprimitives, semélangeaientsi étrangement avecles formes darchitecture importéespar les peuples du nord de la Germanie et par les Normands. Nousnavonssur ces temps que les documents très-imparfaits donnés parles manuscrits; ils nous permettent toutefois de constater la présencede ces ouvragesde bois qui nont guèredanalogiequavec quelquesanciennescharpenteriesdu Danemark, du Tyrol et de la Suisse. Laspect de la maison de ville française de la fin du xie siècle et du II faut dire toutefois lélément que slavea modifiéprofondément constructions cesdans Tyrol;cependant y reconnaît le on encore trace ces la de charpentes indo-germa-niques caractérisées dans les monuments manuscrits.
  • 224. [ MAISON ] - 2-20-commencement du xne ne rappelle pas la maisonromaine. Les vuesne sontplusprises, ainsique dansla maisonantique, descours surintérieures,maissur la voie publique,et la cour, sil en existe,nestréservée quauxservices domestiques. la rue on entredirectement Dedans la salle principale,presquetoujours relevéeau-dessus sol dude plusieurs marches. Si lhabitation a quelqueimportance, cette pre-mière salle, dans laquelle on reçoit, dans laquelle on mange, est dou-blée dune arrière-salle qui sert alors de cuisine, ou, les jours ordi-naires,de salleà manger;leschambres situéesau premierétage. sont.Mais plan tracé nous dispensera trop longuesexplications. Voici un dedonc (fig. 3) le plan dune de ces maisonsdu commencement du xnesiècle . De la rue on monte à la salle A par un escalier détourné - pré-sentant un premier palier avec banc, puis un second palier fermédevant la porte dentrée dont les vantaux sont pleins. Ce second palier est ou porté en encorbellement, ou posé à langleexterne sur une colonnette; le dessous du palier ainsi suspendu sertdabri à la descente des caves. Celles-ci sont généralement spacieuses,bien bâties, bien voûtées, avec colonnes centrales et arcs-doubleaux.Quelquefois même il y a deux étages de caves, particulièrement dansles pays vignobles. A côté de la porte dentrée, qui est pleine et ferréelourdement, est une petite ouverture pour reconnaître les personnesqui frappent à lhuis. De cette première salle, qui nest habituellementéclairée que par une fenêtre donnant sur le dehors et par la portelorsquil fait beau3, on entre dans un dégagements aboutissant à les-calier en limaçon qui monte au premier éiage, et sous lequel on passedans la petite cour D intérieure, commune quelquefois à plusieurs habi-tations et possédant un puits. Cest sur cette <:"< que séclaire larrière- iursalle C servant de cuisine. Au premier, la distribution est la même; lapièce du devant sert de chambre à coucher pour les maîtres, la sallepostérieure est réservéeaux domestiques.Mais ce premier étage est 1 Daprès des plans recueillis particulièrement en Bourgogne, dans le Nivernais et lahaute Champagne. 1 Celtedispositionestfréquentedansles contréesoù la pierre est belle et abondante,comme Bourgogne la hauteChampagne; était adoptée, en et elle bienentendu,lorsquelesmaisons appartenaient à des particuliers nayant pas besoin de boutiques sur la rue. Onvoitdesrestes cesmaisons escalier palierferméà Vézelay, Montréal de avec et à (Yonne).Nousavonségalement reconnaître dispositions pu ces dans des habitations Montbard, dede Semur, de Chàtillon-sur-Seine, dArc en Barrois, de Chàteau-Villain, de Joinville. 11existe encore des rez-de-chaussée ce genre parfaitement conservés dans certaines devillesdItalie, particulièrementViterbe. et à (Voyez lArchitecture civile et domestique deMM. Verdicr et Cattois.) 1 Lusagede laisserles portesdes rez-de-chaussée ouvertes dansles tempstranquilles,et lorsquela températurenétait pas trop rude, est un usageantiquequi sest perpétuétrès-tard.Cesportesétaientalors simplement masquées un rideau. Les vignettesdes parmanuscrits lesvitraux indiquenttoujoursce genrede fermeture. et
  • 225. - 2-21- [ MAISON j G-... jtrès-souventconstruit <n bois . Son fenètragelarge occupeplus de la 1 Ayant trouvé quantité de ces rez-de-chaussée maisonsdu xuesiècle surmontés de
  • 226. [ MAISON ] - 222 -moitié de lespace et le tout est couvert par un toit saillant, car le bâ-timent, double à cette époque, ne présenteque rarement son pignon sur la rue. Le pan de bois de face du premier étage, fait de grosses pièces, porté sur de très- fortes solives qui dautre part reposent sur le mur de refend, est hourdé de mortier entre les bois; sur lenduit sont tracés des dessins ; la pointe. Le dessous de la saillie des toits et le pan de bois lui-même sont peints de cou- leurs tranchantes, jaune et noir, blanc et brun ou rouge, rouge et noir1. Nous donnons, au- dessous du plan, la vue de la façade de celte maison romane. Les distributions intérieures de la maison romane sétaient sensiblement éloignées de relies des maisons gallo-romaines et méro- vingiennes ; en effet, on constate encore dans ces dernières la séparation de lappartement des femmes, tandis que la vie en commun est indiquée dans la maison du xi siècle. Gré- goire de Tours mentionne encore des gyné*- cées : « On envoya, dit-il, Septimine dans le « domaine de Marlheim tourner la meule pour <"préparer chaque jour les farines nécessaires « à la nourriture des femmes reunies dans le « gynécée2.» Dans la maison romane du xne siècle, la famille se réunit autour du même foyer. A rez-de-chaussée, la grande pièce est la boutique, si le propriétaire est un mar- chand; alors la salle est au premier étage. Cette salle sert de chambre à coucher, de lieu de réunion ; elle est vaste et contient le lit du pi-re, de la mère et des enfants en bas âge.Les apprentis ou domestiques couchent dans les galetas élevés au-dessus du premier. Presque toujours alors la cuisine est séparéedu logisprincipal par une petite cour; une galerie permet dy arriver à cou-détagesmodernes maçonnerie, en nousavonsété induit à penserque les premiersétages-étaient construits légèrement dans lorigine. Cestalors que, examinant les tètes des mursdn refend,qui seules restaientanciennes dans cesconstructions, nous avonspu constaterla trace des pans de bois de face portés en encorbellement et effleurant la saillie de cessortes de contre-forts élevéssur le prolongement des murs mitoyens. Nous avons trouvé des traces de cespeintures sur des bois déposés reposésdans des etconstructions desxiv"et xvesiècles,particulièrement surdes chevrons de comble retaillés. 1 Hist. Franc., lib. IX, cap. xxxvm.
  • 227. [ MAISON ]vert; une allée contenant un degré droit flanque la boutique et donneentrée directementdansla salledu premier étage.De cette salleon com-munique égalementà létage au-dessusde la cuisine par une galerie.Cestdaprèsce systèmeque sont élevées maisonsde la ville de Cluny lesqui datent du xnc siècle. Nous donnons(fig. 4) le plan de lune delles. Le rez-de-chausséeA fait voir lallée avecle degré droit en G, laboutique en D, la galerieou portique àjour en E, la cour en F, lacuisineen H, avec sa grande cheminéeI. Un puib est en G. Le premier étage,tracé en B, montre larrivée du degré en K, la salle en L, la galerieà jour ou vitrée en N, avec un petit degrépour monter aux galetas,etune chambre en 0. La coupe générale sur ab de cette maison esttracée dans la figure 5 en A, et lélévation de la façade sur la rue en B.Cettefaçadeest encoreaujourdhui conservée jusquau niveauG,létagedu galetasayant seul été détruit; quant aux bâtiments postérieurs, ilen reste à peine quelques traces. Les maisons du xne siècle de la villede Cluny sont mitoyennes, cest-à-dire séparées par des murs com-muns a deux propriétés, et bien que cette coutume soit ordinaire dansla plupart des villes françaises, il est certaines localités, particulière-ment en Bourgogne, où les maisons des xne et xme siècles sont sépa-rées par une ruelle étroite, et possèdent par conséquent chacune desmurs latéraux indépendants. On peut reconnaître que cette coutumeexistait également dans la plupart des bastides, petites villes fer- oumées, élevées dun seul jet à la fin du xine siècle, sous la dominationdEdouard dansla Guyenne. Ier, Maislesrèglements vigueurconcer- ennant la plantation des maisons dans les villes de France au moyen âge,leurs saillies sur la voie publique, la manière de prendre les jours, lesécoulements des eaux, variaient à linfini, chaque seigneur ayant établiune coutume particulière sur le territoire soumisà sa juridiction. Ilarrivait que deux maisons étaient accoléesavecun mur mitoyen inter-médiaire, comble unique à deux égoutssur deux ruelles latérales. On voit encore, dans la petite ville de Montréal (Yonne), quelquesmaisons construites daprès ce système, et une, entre autres, prochede la porte du côté dAvallon, qui est assezbien conservée.La figure 6en reproduit le plan. Cette maison double paraît remonter aux pre-mières années du xme siècle. En A, sont les entrées avec perrons et bancs de pierre; en B, les des-centesde cavesdonnant, suivant lhabitude bourguignonne, sur la voiepublique; enCC, les salles du rez-de-chaussée. EnD, sont deux petitescours entouréesdappentis de bois ne sélevant que dun rez-de-chaus-sée.La cage de lescalier est commune, bien que ses rampes soientséparées. la salle G, on monte au premier en prenant le palier E, Deet de la salle G en prenant le palier F : ainsi, à létage supérieur, la 1 Voyez lArchitecture domestique Mil. Yerdier Gallois. Verdier relevé de et M. a quel-ques-unes cesjolies maisons. de
  • 228. [ MAISON ]porte lescalier la maison estenG,et celle la maison est de de G de Cen H.EnI, estun puitscommun. la rue, cettemaison Sur double pré- 5 Asente la façade figure 7. Les contre-forts antérieurs avec leurs encor-bellementsportent un balcon au premier étage et la saillie du toit àoevixégoutsavec pignon commun ; de sorte que les deux perrons, les
  • 229. [ MAISON jdeux descentes de caves et les deux balcons sont abrités. Derrière ceshabitations sont plantés de petits jardins auxquels on arrive par lesruelles. Nous ne saurions dire si cesjardins étaient communs à plu-sieurs maisons, ou sils appartenaient seulement à quelques-unesdelles, car les clôtures de ces terrains ont été depuis longtemps bou-leversées; arrivaienten bordurele long de lancienrempart. ils I Les ruelles disolement entre les maisons,quelles fussent simplesoujumelles,avaientnécessairement amenéles architectes à éleverlesmursgoutterots sur les ruelles et les pignons sur la rue. Cesruelles, quenlangagegasconon appelle endronnes, existaient même parfois lorsqueles maisonsformaient portique continu ou allée couverte sur la rue,dispositionassezfréquente dans les bastidesfrançaiseset anglaisesbâties aux xnr et xiv siècles sur les bords de la Garonne, de la Dor-dogne, Lot et dansles provinces du méridionales On conçoitparfai- . 1Nous citerons, parmicesbastides bâties dun seuljet de 1260 1330, à celles dAigues-Mortes, de Carcassonne(ville basse), de Libourne, de Villeneuve dAgen, de Villefranchede Rouergne, Monflanquin, Valence, Castillonnès, Sauveterre, Puyguillifin, de de de de dede la Sauvetat,de Villeréal en Agenais,de Villefranchede Belvès,de Lalinde, de Beau-mont, de Domme, de Sainte-Foy. (Gironde), de Villefranche de Longchapt, de Molières etde Monpazierdans le bas Périgord; de Monségur, Belin,de Cadillac,de Saint-Osbert, dedeCréon, dans les environsde Bordeaux(voy. les articles sur VArchitect.chilf lu moyenâgepar MM.Félix de Verneilhet Victor Petit,dans lesAnnalesarchéologiques, VI, X, XI t.et XII). Dansle nord de la France,nous citerons encoreles villes de Villeneuvc-le-Roi,dp Villeneuve-lArchevéque.Toutes ces bastides présentent der plans réguliers tirés au cor- VI. - 29
  • 230. MAISON ] 7tement pourquoi, sil fallait laisser des ruelles entre les propriétés, ondeau, avec place: marchés, églises, fontaines et remparts, maisons avec ou sans allées
  • 231. - "2-27 - [ MAISON ]réunissait deux lots pour profiter du terrain dune ruelle. De deuxmaisons,deux propriétairesnen faisaient réellementquune, avr<mur de séparation dans laxe du pignon. Toutefois cette méthode estrarement employée. Lesruellesentre les maisonsnont quelquefoisquela largeurduncaniveau,ainsi quon peut le constater encore dans la ville de Mon-pazier, dont le plan général est dune si parfaite régularité et ordon-nance (voy. ALIGNEMENT, 1) ; mais alors ces maisons possèdent fig.deuxfaçades, Tunesur unerue de 10 mètresde largeur,lautre posté-rieure, sur une ruelle de 3 mètres environ . Nous reviendrons toutà lheure sur ces habitations de la fin du xme siècle. Nousavonsdonné une maisonde la ville de Cluny qui date dvixiiesiècle dans ; notrearticleCONSTRUCTION, 1îii, 117et 11X. fig. 11".,on voit les élévations,plans et coupesdune façade de maison de cettemêmeville, construite vers la moitié du xme siècle.Déjà les jours sontplus larges, les étagesplus élevés,la construction de pierre plus im-portante et dune apparence plus svelte. Dans quelques villes fermée^on élevait, au xme siècle, des habitations à plusieurs étages dont lesfaçadesétaient entièrement construites en pierre. Sur la place de lucouvertes, mais bâties daprès un lotissiuniit égal. Nous«avons CPS que faits dérangentquelque peu les théories sur lirrégularité et le désordre systématiquesque lon pnti- auxconstructions civiles du moyen âge; mais nous ne pouvons quengager loi :irrlii-ii!i>-.i)r^à visiter ces localités,sils veulentprrrxhv uni- idée-de ce quétait une petite ville duxin5 siècle, élevée, sur un plan arrêté, dans vin espacede temps très-court. Comme le ditsi bien M. de Verneilli : « Dans la seconde moitié du xm" siècle et dans une région tirb-« limitée df la France, en Guyenne et en Languedoc, cinquante villes peut-être se sont« fondéessans que nos historiens aient donné la moindre attention à cette grande Suvre« de civilisation et de progrès. Au moins vingt de ces bastides, les plus récentesd 1*^« plus parfaites, sont dues à la domination anglaise, et lhistoire des Sismondi et des « Guizot ne parle pas de ce bienfait toujours actuel, quoiquil date de six siècles. Si, ,tu« lieu de fonder tant de villes, Edouard I" en avait violemment ilrtmil uni- seuli-, t"ii-« nos livres retentiraient encore de ce fait darmes. Mais lhistoire du moyen âge est ainsi« faite..... »Ajoutons que ces renseignementsprécieux, recueillis par un de nos plus savantsarchéologuesfrançais, ne paraissent pas avoir été consultés par M. Champollion-Figeac,qui, sétendant longuement sur les constructions urbaines du moyen âge dans son Irait1des Droit* et munies, et entamant la question darchitecture sans avoir eu le loisir dallervisiter quelques-unes ces constructions de civiles, nousdemandeoù nous avonspris 1rsplans dAigues-Mortcs, de Villeneuve-le-Roi, de Sainte-Fui et de Monpazier! et si ivr-cutionrépondit projets! qui nousdemanda aux encore lui démontrer de lancienneté desmaisons la ville de Cluny...Mais ne pourrions-nous, de avec bien plus de raison, luidemander nous démontrer lauthenticitédes textesquil prend la peine de transcrire. deOs villes sont debout, habitées, et en quelquesjours chacun peut les voir avecleursvieillesrues alignées, restesde leurs remparts,leursplaceset leurs églises.Quantaux lesprojetsde leur plantation,il serait intéressant les retrouversansdoute,bien que cette dedécouverte putrien ajouter limportance fait de lexistence cesvilles,qui,depuis ne à du desix siècles, nont pas cessédêtre habitées. 1 On observera cet usaeesest conservé Londres. que à
  • 232. [ MAISON 1 - 228 -petiteville de Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne),possède si qui unebellemaisonmunicipale xn siècle du (voy.HÔTEL VILLE), voit DE onencore assez un grandnombre maisons xmesiècleduneappa- de durence monumentale1.Cesmaisons sont spacieuses, profondes, possé-dant desfaçadesassez étendues, remarquablement construites. rez- Lede-chaussée occupépar des magasins boutiques le premier est ou ;et le second étage occupés la rue par une grande sont sur sallesurledevant, avecun escalier petitesalleannexe et donnantsur uneruelle,commeà Monpazier.Vr.i.-i (fig. 8) la façadedune de ces maisonsdonnant sur la place de la ville. Les arcades du rez-de-chaussée servaient de lieu de vente les joursde marché, ainsi que cela se pratique encore dans beaucoup de lnea-lités. Alors des rideaux étaient tendus sous les arcs pour abriter ven-deurs et acheteurs.Les grandessallesdu premier et du second étagevint éelaireeslargement par des arcaturescontinues, qui à lintérieurï<nment quatre fenêtres séparées des trumeaux étroits. Au sommet parde la maison, sous le comble, est le galetasoù habitaient les gens, oùlun mettait les provisions. On observera que les pieds-droits des fenê-tiv* du premier et du second étage sont garnis, à la hauteur des nai*-sanrr>. danneaux de fer avec crochets. Ces anneaux étaient destinésà recevoir des perches auxquelles étaient fixées des bannes. Cet usageï-est perpétué dans le midi de la France, en Italie et en Espagne. Laligure 9 reproduit la disposition de ces banne*. En A. e>t un des anneaux-crochets scellés dans la maçonnerie. Lesbanne* riaient divisées par travées,ainsi que les perches,qui sem-manehaientlune danslautre (voyez le détail B). Desperches étais Csoulevaient les extrémités des toiles, dont le mouvement et le déverse-ment étaient maintenus par des cordellespassantdessous, croix de enSaint-André, et venant sefixer par des anneaux aux crochets D. Unelar^e pente froncée tombait sur le devant, autant pour arrêter lesrayniis du soleil que pour donner du poids à la partie inférieure de labanne et obliger ainsi les perches-étais C à rester inclinées. La petite ville de Cordes, entre Saint-Antonin et Gaillac, a conservépresque toutes sesmaisonsqui datent des xmeet xive siècleset serap-prochent, par leur style darchitectureet leurs dispositionsintérieures,de celle que nous venons de décrire. Mais ces villes des bords de laGaronne,du Tarn, du Lot et de lAveyron, étaient profondément péné-trées de le>piit communal, ou plutôt navaient jamais abandonnéles traditions municipales de lépoque gallo-romaine; la plupart ontconservédes restesdhabitations privées qui indiquent une adminis-tration locale très-développée,une grande prospérité intérieure, des Saint Louis acheta du comte de Toulousela ville de Saint-Antonin, moyennant1500liviv< tournois.La maisonque nous donnons un peu postérieure lépoque de est àcette acquisition.
  • 233. - 229 - ] MAISON ].habitudesde bien-être et même du luxe, qui ont disparu depuis les 8guerresde religion du xvie siècle. Notre époque se laisse aller volon-
  • 234. L MAISON ] - 230 -tiers au courant de certains préjugésqui flattent lamour-propreetdispensent détudierbien desquestionsardues,en ce quellesdeman-dent du tempset desrecherches. Combiende fois na-t-on pasdit ouécrit, parexemple, les maisons villesdu moyen ne sont que des âgeque depaimvsi,j,-nques, tristes, petites, obscures,inhabitables enfln1?Certes. inlle- maisons ^umt-Antunin, Cordes, Saint-Yrieix, les de de dede Mnnpa/ier,de Toulouse,de Péri-unix. dAlby, de Montfcrrand,de Cluny.du Pmvins,de Bourges, Laon,de Beauvais, Reims,de de deSoissons,de Dol, de Caen,de Chartres, de Dreux. dAngers, etc., nesent que de petjjs édifices, si on les compare à nos hôtels modernesdeParis,de Lyonou deRouenmaisUnefautpasoublier la plu- : quepart de cesmaisons anciennes, deboutencore,nexistentque dansdesvilles singulièrement déchues,que dans des villes du deuxième outroisième ordre,abandonnées aujourdhui, alorsricheset prospèn-.quoiquellesfussentpeu importantessi on les enmpareaux grandscentres population la mêmeépoquequecesvieillesmlisons, de de ; 1 VMVCZ louvrage M. Champollion-Figeac, et usages, cité. Si un homme de Droits déjàduneéruditionprofonde partage préjugés, ne doit passétonner les voir ces on derjpardus dans le vulgaire.
  • 235. - 231- [ MAISON ]si on lesmeten parallèle aveccellesque lon bâtit aujourdhui danscesmêmes localités,sont incomparablement mieuxconstruites, mieuxentendues dun aspectmoins pauvre quelles indiquentun état et ;socialplusavancé, établiplussolidement, prospérité une moinsfugi-tive, desinstitutions municipales plus robustes. est évident({Lit-, Il éta-blissantun parallèle entre une des maisonsde la petite ville de Cordeset lhôtel de M , àParis, on donnerale champlibre à la raillerie ; maiscomparons une maison ancienne de Saint-Antonin avec une de cellesquon bâtit aujourdhui dansla mêmelocalité; comparons lhôtel <]<"M avec lhôtel de Sensou lhôtel de Trémoille, ou lhôtel Saint-Pol,ou lhôtel de Cluny, ou mêmela maisonfie Jacques CSur, à Bourges,qui existe encoreà peu près entière : de quel côté seront les rieurs ? Nous ne voulons point faire ici de la critique sociale, ni même" ladepolitique ; nous parlons art. Or, cest une étrange illusion de confondre,quand il sagit dart, létat civilisé avec le développementintellectuel.Decequunesociétéest parfaitement policée,de cequelle a répandudes habitudes de confort dans les dernières classes de la société, celane dit point du tout quelledéveloppe intelligence;celane lait pas sonsurtout que la vie se répande dans tous les rameaux du corps social.Si au xue siècle,si pendant les xmeet xrvesiècleson bâtissaitde grandsédifices,et si les artistes abondaientà Paris, à Houen,à Lyon, à Heim-..à Chartres, à Bourges, à Tours, à Toulouse; dans la dernière petiteville, dans le dernier village de France, on trouvait un art relativementaussi élevé: en est-il ainsi aujourdhui? Nousbâtissonsde magnifiquespalais à Paris, à Lyon ou à Marseille ; mais que fait-on dans les chefs-lieux de canton, dans les villages? De pauvres constructions.branlantes,mal conçues, hideuses daspect, bien quelles affectent une certaineapparence de luxe ; des maisons incommodes à peine abritées, cachantlignorance du constructeur ou la mesquinerie du propriétaire son-des enduits que chaque hiver fait tomber. Dans ces faibles hàijs-e-.,non-seulement lart nentre plus, mais le bon sens, la raison, semblenten être exclus. Un lambeau de vanité puérile apparaît seulement surla façade symétrique ou dans des intérieurs pauvrement luxueux.Nous sommes émerveillés de voir dans une petite ville antique connuePompéi, de méchantes maisons bâties de briques revêtues denduitsprésenter cependantdes exemplesdun art délicat; mai- nous pos-e-dions, au moyen âge, ce même privilège de mettre de lart dans tout.Les maisons de Pompéi ne seraient guère confortables pour nous, p-n-du xixe siècle; celles du xme siècle en France ne le sont guère plus :quest-ce que cela fait à la question dart? Les maisons de Pompéinous charment parce quelles sont bien les demeuresdes habitants dela Campanie celles de Cluny ou de Cordes ont les mêmes quaîil/-v :Mais que seront les nôtres pour les populations qui les verront danssix siècles, sil en reste quelquune? Le cunf,,rt est aujourdhui lemaître, nous ladmettons; alors soyons conséquents.
  • 236. [ MAISON J - Est-il confortable délever à Marseille des maisons sur le modèle de relies de Paris, ou même de construire des façades exposées au nord pareilles à celles qui sont ouvertes vers le midi? Est-il confortable dé- I.ùrer des pièces, petites et grandes,au moyen de fenêtres dégales liinension*, davoir des trumeaux étroits pour de grandes salles, et lar^e* pour des cabinets? Des portiques sur la rue, qui laissent pénétrer le soleil ou la pluie sur toute la largeur de leur pavé, sont-il* mnfor- tables? Est-ce une chose confortable que cette division multipliée des pièces sur une surface peu étendue, qui fait que la vie intérieure sepasse à ouvrir et a fermer de* portes, et quon ne sait où placer lesmeubles les plus indispensables. Et ces étage* de moins de 3 mètres dehauteur sous plafond, *uni-ils sains et confortables? Ces mur* minces,ces toits de zinc qui soumettent les intérieurs à toutes les variations dela température, cette absence de saillies devant les façades qui laisseles baies exposées tout le jour au *nleil. sont-ce là de»,choses ""< <i»r-tables? Allons aux champs, cest bien pis! La petite maison blanche,aux murs minVs comme du carton, aux toits couverts de feuillesde /ine, aux fenêtre* fermant mal, aux rez-de-chaussée humides, auxplancher* qui crient, aux escaliers qui crient, aux cuisines répandantune odeur nauséabonde dans lintérieur, mais qui, à lextérieur, pa-rait un beau petit pavillon carré, brillant au soleil; cette habitatione*i-rlle confortable? Le château moderne avec ses tourelles, ses toitsornés, des placages de briques et de pierres qui prétendent imiter lavieille ron*trui-tii>n... ce château est-il confortable? Non point. Ton)cela e*t apparence : les tourelles sont accrochées avec du fer; les toitscompliqués, couverts avec des moyens économique*, mai* garni* decrête- à jour de zinc, laissent filtrer les eaux dan* le* intérieur*: lesmurs trop mince* craquent; le* planchers,trop faibles jn-ur leur* por-tée*, .llechi**ent. Le* écoulements deau sont in*ufli*mt* : le* cheminéesfument parce que les àtres sont larges comme il convient dan* un châ-teau, et que les tuyaux sont étroits, puisquils passent dan* de* mursminces. Partout les porte-à-faux produisent des lézardes, parce quona demandé de grandes pièces à re/ de chaussée, et que les étages *upé-rienr* *<>nliiivi*é* à linfini par des cloisons. Des cheminées portent surle milieu des planchers. Nous nen finirions pas si nous voulions énu-mérer toutes les misères plus ou moins secrètes du châteaumoderne ; mi-sères serévèlentdetempsà autrepar quelqueprocèsintenté à larchi- quitecte complaisant, qui na fait, au total, que ce quon lui a demandé.Sur son refus dailleurs, ne sen serait-il pas trouvé dix autres? Les maisons du moyen âge étaient faites pour les habitudes de ceuxqui les élevaient; de plus, elles sont toujours sagementet simplementconstruites.Chaque besoinest indiqué par une disposition particulière,La porte nest pas faite pour plaire aux regardsdu passant,mais pourcelui qui entre dansla maison. La fenêtre nest pas disposéeavec unart symétrique, mais elle éclaire la piècequelle est destinéeà éclairer,
  • 237. - 233 - L f" MAISON ]J et elle prend la dimension qui convient à cette pièce. Lescalier nest point caché, mais apparent. La façade est abritée si cela est nécessaire. La sculpture est rare, mais les plancherssont bons et solides,les murs dune épaisseursuffisante. Dans les provinces méridionales, les fenê- tres sont petites; danscellesdu Nord,ellessontnombreuses larges. et Dailleurs,pour la maisondu bourgeois, programmediffère, le peu. Toujoursla salleà chaqueétage,avecescalier intérieur, ou plus sou- vent sur le derrière,avecpetite cour. Celanest pasconfortable pour nous, cest accordé; mais cette disposition convenait aux habitudes du temps où, même dans le château, la famille, cest-à-direles procheset les serviteurs se réunissaient dans la même pièce autour du maître. Le programme étant donné,les architectes y ont satisfait pleinement, ce qui nous permet de supposerquils eussent satisfait également à tout autre programme, voire à ceux daiijnurdhui. Si, dans une ville du Nord, commerçante et populeuse,nous cher- chons des maisons construites sur un programme semblable à celui qui faisait élever celles de Saint-Antonin, de Cordes, de Sarlat, datant de 1230à 1300, nous en trouvons quelques-unes à Beauvais, àSoissons, à Amiens, très-mutilées, il est vrai, mais qui laissent encore voir leur systèmede structure. Cesttoujours la grande salle à chaque étagesur la rue; mais dans les villes du Nord, larchitecture civile est plus lar-r, plus monumentale. Les maisons se ressentent de lesprit des com- munesayant reconquis leurs privilèges. Examinons,par exemple,cette maison dont on voit encore de beaux fragments dans la rue Saint- Martin, à Amiens, et qui rappelle par son style les maisons de Beau- vais et de Soissonsde la même époque(lig. 9 bis): elle date de 1230à 1240, comme celle de Saint-Antonin. Mais il y a un certain air magis- tral, dans cette architecture, qui lui donne une supériorité marquer sur celle des villes du Midi. Nous avons rétabli le iiiuunvi et le rez-de- chaussée daprès dautres fragments du même temps et do nuMiies contrées,ces parties ayant été détruites ou modifiées dans la maisonde la rue Saint-Martin dAmiens . Cette différence marquée de style est plus frappante encore lorsquon établit le parallèle entre les habitations bâties de pierre dansle Nord,et cellesen grandepartie élevées briques dans certaines en villesduMidi. Yoici (fig. 10) une maison de Caussade(Tarn-et-Garonne) elle ;est contemporainede celle de Saint-Antonin et de celle dAmiens, etdate du milieu du xme siècle. Les bases des piles du rez-de-chaussée,les colonnettes des fenêtres, les bandeaux et les sommiers sont seulsde pierre dure de Caylus;le reste de la constructionest de brique-. 1 II existe encore sous cette maison deux étages de caves fort, belles. 1 Cette maison appartient M. de Maleville, a bienvoulu à qui nouspromettre nepoint dela vendreni la détruire. Lesboutiques bas ont été bouchées les fenêtresdu premier du etétage modifiéesxvc au siècle, onretrouve mais parfaitement et la forme fenêtres leplan desprimitives. Celles des df>ux étages supérieurs sont conservées. vi. - 30
  • 238. - 23 i - "l fimEn plan, cette maisondonne au premier el au secondétageune grande.
  • 239. - 235 - [ MAISON "]sallepresquecarrée,aveccheminée, escalier un cabinetposté- un et
  • 240. [ MAISON ] - 236-rieurséclairés un jardin. Le troisième sur étageest divisépar unecloison formedeuxpièces. sentencore,danscettehabitation, et Unlinfluencede la petiteforteresse privée;cétait là un restede cestra-ditionsdesmunicipalités méridionales fnrt éprouvées si pendant lesguerres Albigeois Prenons des . encore dans Nordunemaison peu le unplusrécente, 1240 1250 de à environ cherchons desplusgrandes ; une et«1rs plus richesde cetteépoque;allons Reimset examinons maison à ladite des Musiciens, située dans la rue du Tambour. Cette maison, dontli- rez-de-chausséeest fort mutilé, a conservé intact son premier étap-sur la voie publique. Au-des-ii- -élevait le toit, avec des mansardesdont nu ne triiiive plus que des tracessousle comble moderne. La façadede cette maison possèdequatre fenêtreshautes et largesau premier étage, avec cinq nichesdansles trumeaux. Cesnichessontdécoréesde figures de musiciens assis, plus grandesque nature : lepremier musicien, en commençant par la gauche, joue du tambour etdune sorte de clarinette ; le second joue de la cornemuse ; le troisième(i-elui du milieu) tenait un faucon sur le poing; le quatrième joue dela harpe et le cinquième du violon: ce dernier est coiilé dun ehapelde fleurs. Voici (fig. 11) une travée de cette façade. Des boutiques durez-de-chaussée indiquées dans notre figure, il ne reste que les petitsare- et un des pieds-droits. Une large porte cochère souvre vers lex-trémité opposée et donnait dans une cour autrefois entourée de bâti-ments de la même époque, mais dont on ne trouve que des fragments.Le bâtiment sur la rue est simple en épaisseur, et était, paraît-il, di-visé en deux sallesà peu près égales.Lescalier tenait aux bâtimentsde la cour. Cette maison appartenait peut-être à la conlrerie des ménétriers"le Heim-, qui au xnT siècle jouissait dune certaine réputation non- Miileniêiit en Champagne, mais dans tout le Nord. Comme un peut enjuger par lexamen de notre- ligure, la construction est simple, lorne-mentation riche. Les figures sont du meilleur style champenois-. Les provinees avaient pour leurs bâtiments privés des écoles dartdifférentescomme pour leurs églises et leurs établissementspublics;une maison de la Bourgogne,au xnie siècle, ne ressemblait pas à une 1 Vnyez dans louvrage de MM. Verdier et Gallois, lArcliUfflurf ru </<> i/ome.s(iVy»e, ?lquelques maisons des provinces méridionales, notamment celle du Veneur, à Cordes. Onvoit, sur la façade la maisonCaussade de donnéoici, dos anneauxscellésaux jambagesdes fenêtres pour porter les perches el les bannes,préservatives du soleil. 1 Plusieurs fois déjà il a été question de démolir cette belle maison, le plus intéressantdes édifices civils <l- Reims. En attendanl cette démolition, lun des propriétaires (car lafaçade appartient à deux particuliers) a le soin de faire" peindre à lhuile t ms les deux outrois ans sa façade, compris les statues. Si cette maison doit être démolie, il serait bienà souhaiter que la façade pût être replacée à Reims même; certes, le sacrifice minimeque la ville simposerait alors sérail bien largement compensé lintérêt que présente parla conservation de celle Suvre dart.
  • 241. - 237 !_MAISON ]maison lAquitaine,delIle-de-France dela Normandie. de ou Ainsi, par 11 . J ! i I __" i Lexemple, nous ne trouvonsquen Bourgogneces sortesde maisons
  • 242. [ MAISON ] - 238 -dont lescalier à vis est engagé dans le mur de face sur la rue et sertde vestibule à rez-de-chaussée. A A vallon, à Flavigny, dans la petiteville de Semur en Aux<>i-et même à Dijon, on voit encore des restesde maisonsqui présentent en plan la disposition que voici (fig. 12).Au milieu delà façade est planté lescalier A, partie en encorbelle-ment au-dessusde la porte dentrée B; à gauche ou à droite, selon gironne lescalier, est la porte G qui donne entrée dansla premièrepièce D, de laquelle on pénètre dans la seconde E, puis dans la troi-sième F; ain>i à chaque étage. De la pièce E commune, on entre dansune cour ou un petit jardin G. En façade^ur la voie publique, cettemaison présente lélévation figure 13. La porte dentrée B est abritéepar la saillie de lescalier, dont la cage est posée sur labout des mar-ches formant encorbellement devant la façade; une entrée de cave 0est pratiquée sous lallège dune des fenêtres du rez-de-chaussée : lescaves,en Bourgogne,ont toujours été une dépendanceimportante deshabitation*. Cette disposition simple, économique et commode (carrien ne sopposeà ce quau premier et au secondla petite pièceE nedevienneune antichambre donnant dans les deux sallesD et F), sac-cordait bien avec les procédés et matériaux de construction de laBourgogne,qui fournit de la pierre dure excellente,propre à monterces cages descalier dune faible épaisseur, en saillie sur labout desmarches de la première révolution. Du reste, en examinant les habitations de cette époquequi existentencore dans même une province, lon constate certaines si que dispo-sitionsgénérales plansétaientadoptées tousau même des par moment,
  • 243. L MAISON ]comme saccordant avec les besoins, on signale égalementdanslesdétails, dansla manière dont les jours sont percés,une extrême variété.Cestque, pendant cette belle phasedu moyen âge,le sentiment de lin-
  • 244. [ MAISON ] - 240 - dividualité nétait pas éteint ; que chacun pensait plutôt à satisfaire à ses LI iùts in a sesbesoins personnels quà imiter son voisin et à se modeler -ur un type uniforme. Aucune municipalité alors naurait songéà im-oosor à tous If- propriétaires dune même rue une hauteur uniforme debandeaux et un style uniforme darchitecture : et dans ce siècle quonnou> MLiialeromme un temps doppression, lidée ne serait jamais venueà uni.-autorité quelconquede mouler les habitations de mille citoyenssur un même type. Chacun avait trop alors la conscience de son indivi-dualité, de la responsabilité personnelle, pour supposer que deshommespussent être parqués comme des animaux dun jardin zoologique dansdes baraques pareilles pour récréer les yeux des promeneurs oisifs. Onremarquera dans lélévation fig. 13 la disposition des rhéneaux de pierreincline- er- deux gargouilles extrêmes et portés sur des corbeaux sail-lants. Cest encore là une disposition commune en Bourgogne et dansla haute Champagne. Ailleurs, là où les pierres longues et résistantesfont défaut, ces chéneaux sont simplement creusés dans une poutreou faits de planches recouvertes de plomb. Dès le milieu du xnr siècleenellet, en Bourgogne et en Champagne, on évite de laisser égoutter le-eaux des combles devant les façades, et on les conduit par des chéneauxdans des gargouilles saillante- posées à laplomb des jambes-étrières. NOUS avons enei.re vu à Vitteaux (Côte-dOr), il y a quinze ans, plu-sieurs mai>oii- i haï niantes des xme et xive siècles, presque toutesdémolies ou dénaturées aujourdhui. Lune delles, datant de la secondemoitié du xiir >it-cle, présentait en plan la disposition suivante (fig. 14)à rez-de-chaussée. En A. «-nu-la eage de-ralier, connue dans lexemple précédent. e-t,la porte dentrée. La porte de cave donne sur la rue, en B. Ayant fran-chi la porte dentrée, on passe dans un petit vestibule C; de là en laee,dans la cuisine D, et à gauche dans la salle. La même distribution serépète au premier étage et donne deux chambres; puis au second, souscomble, est une grande pièce divisée en deux dans lépaisseur du bâti-ment. Lélévation fig. 15 montre en A la porte dentrée, et en B cellede la cave. La cage de lescalier nest plus portée sur labout des mar-ches, mais sur une plate-bande rampante bien appareillée. Au sommet,la cagede lescalier passede la forme cylindrique au plan hexagonal,afin de faciliter la couverture faite en bardeaux. Une cour intérieure,ou plutôt un petit jardin planté, derrière la maison, donne de lair etde la lumière à la cuisine et à la partie postérieure de la salle. Le bâti-ment du côté de ce jardin est fermé par un pan de bois (voyez le plan).Profitant de la saillie donnée par lescalier en encorbellement, et duneconsoleà laplomb de la jambe étrière de gauche,larchitecte a poséune ferme boiteuse en saillie, abritant toute la façade (voyez léléva-tion). Les eaux coulant dans les chéneaux mitoyens sont rejetéesàgauchesur la rue, par une gargouille de bois, et à droite dans la cour,par une conduite de bois torchant dans un petit réservoir de pierre
  • 245. ~2 - il [ MAISON ]placéà langlede la cuisine.Au rez-de-chaussée au premiersont etdisposées des cheminées sur les murs mitoyens, cheminéesdont lestêtes sont visibles dans lélévation. Ainsi donc sur un terrain de 100 mè-tres environ,sur Iesquels49mètres superficiel?,étaient réservésà la con-struction, larchitecte bourguignon de la petite ville de Yitteaux trou-vait le moyen délever une maison capable de louer convenablementune famille dans des pièce-, saines,bien éclairées,assezspacieu>e>,et pour une somme évidemment très-modique : c;ir on remarqueraque le mur de face et les murs mitoyens sont seuls en maçonnerie;les planchers portent sur cesdeux murs mitoyens et sur le pan de huisdu milieu. Une construction de ce genre, avec le mode adopté, coûte-rait, cavescomprises, province,250 francsle mètre superficiel;la enmaison reviendrait donc à la somme de 1"2 "250francs. Or, nous p-niv»^voir les bâtissesque lon élèvetous les jours dans les petites ville? desdépartements:sur une surface aussi peu étendue, elles coûtent plu*cher, sont moins saineset moins commodes,mais aussi sont-elles re-marquablement laides, bien quelles essayentde ressemblerà la grossemaisonbourgeoise la grandeville la plus voisine.Cenest certaine- dement pas la riches?e de lornementation qui plaît dans cesconstruc-tions civiles,puisquelles sont généralement dépourvues sculptures dejusquau xv siècle; ce nest pas non plus cette symétrie vulgaire tantprisée par nos édilités modernes.Ce qui plaît, ce qui charme danscesmodestesbâtisses, cest lempreinte des besoinset des habitudes de la vi. - ::i
  • 246. [ MAISON ] - 2i2 -famille quelles protègent; cest la sincérité des procédésde construc-tion, limprévu, ladresseet lesprit, disons-le, avec lesquelslartiste a 15suprofiter de tousles accidents programmedonné.En supposant duque nos villes modernes fussent enseveliessous les cendres, commet
  • 247. [ MAISON J Pompéi, il serait bien difficile aux archéologuesqui les découvriraient dans deux mille ans de se faire une idée de^ f,roùts, des mSurs et des habitudes de la génération qui les a élevées; mais si lon pénètre au- jourdhui dans une maison du moyen âge passablementconservée, tout, dans ces habitations, nous reporte aux façons de vivre de leurs habitants. Là on sent un peuple qui a son caractère à lui, ses goûts distincts, ses traditions et ses tendances. Dailleurs, lhôtel du seigneur et même la maison du bourgeois de- venu un personnage important dans la cité se distinguent de lhabita- tion du citadin modeste, du commerçant ou du fabricant, dune manière tranchée. Si le citadin pose sa façade sur la rue, tient ,i vivre sur la rue, lhomme noble, au contraire, élèveson logis en arrière, entre cour et jardin; sur la voie publique, il place un mur de clôture ou des com- muns.Autant la maison du simple bourgeoisressembleà une lanterne,autant celle du seigneur ou de lhomme devenu un gn.is personnageest fermée aux regards du passant. Nous avons lu quelque part quela marquise de Rambouillet fut la première à Paris qui eut lidée de sefaire bâtir un hôtel entre cour et jardin; cest là une de ces erreurscomme tant dautres propagées avec insistance pour faire croire quele xviie siècle a tout fait, et quavant cette époque il ny avait que- té-nèbres et barbarie. Dabord Tallemant des Beaux, qui, seul parmi lescontemporains de la marquise, parle des soins quelle prit de la con-struction de son hôtel, ne dit pas un mot de cela, et leùt-il dit, que leshôtels existant bien antérieurement à cette époque lui donneraientle plus complet démenti. En effet, les hôtels de Saint-Pol, des Tour-nelles, de Bourbon, de la Trémoille, de Sens, de Guise, de Gluny, à Paris,étaient et sont encore entre cour et jardin. 11 était donc facile, dansune ville, de reconnaître les habitations des personnagesconsidérablesentre cellesdes bourgeois. Mais les maisonsdesbourgeoiselles-mêmesavaient un cachet particulier en raison de létat ou de la position deceux qui les habitaient. Les maisons de villes manufacturières et mar-chandes comme Beauvais, Amiens, Reims, Troyes, ne ressemblaient pasà celles dune ville habitée par des propriétaires de terres et vivant deleurs revenusou dun commercede grains, de vins, ou autres produits.Si la maison du Rémois ou du bourgeois de Troyss est ouverte à rez-de-chaussée ou" élevée sur un portique qui permet aux marchands deparler de leurs affaires, celle de Provins, par exemple, ou de Laon, est soi-gneusement murée sur la rue jusquà la hauteur du premier étage.Laligure 16 reproduit la façade dune de ces maisons de Provins, donnantsur la rue de Paris, et datant de la seconde moitié du xnr siècle. Ici, lhabitant se renferme ; le dehors na pas à soccuper de ce quisepassechez lui. La salle est au premier étage,ainsi que les chambres,Le rez-de-chaussée réservéaux communs, aux provisions et à la cui- estsine.Les étagessont hauts entre planchers; on sent que dans ceshabi-tations la vie est simple et large. Dailleurs, on observera avec quel
  • 248. [ MAI ] SUN - 244 - !"--. Isoin la constructionest faite, commeles videsdesfenêtressont bien
  • 249. - 245 - [ MAISON|soulagéspar des arcs de décharge de pierre; comme cette façade,composée de si peu déléments, prend un caractère monumental. Sa-voir mettre de lart dans un mur de moellon percé de baies, sans déco-ration aucune,sansprocédésde construction dispendieux,en sebornantau strict nécessaire, nest-ce pas la marque dun état social très-avancé,au point de vue de lart, et pouvons-nous en dire autant de notresiècle?Nous nignorons pas que, pour un grand nombre de personnesaujourdhui, lart nest quune desexpressionsdu luxe, une superfluité,el quen fait darchitecture, une façadequi nest pas plaquéede colon-nes ou de pilastres, de moulures et dornements ramassés peu par- untout suivant la mode, nest point une Suvre dart. Le moyen âge, quia laissépeu de livres ou de discours sur lart, mais qui était artiste,savait mettre de lart sur la façade la plus riche et sur le mur de lhum-ble habitation du citadin dune petite ville; il savait aimer et respectercet art dans ses modestes expressions comme dans ses conceptionssplendides.Un siècle qui ne croit plus pouvoir manifester son goûtpour lart quen accumulant les ornements, quen dépendant des som-mes énormes, mais qui dans les Suvres de chaque jour oublie ces prin-cipes élémentaires, passe dun type à un autre, na plus doriginalité,ce siècle penche vers le déclin des arts. Quand une époque est des-cendue à ce niveau inférieur dans lhistoire des arts, peu à peu lexécu-tion sappauvrit; ne trouvant plus à sattacher quà des Suvres privilé-giées,elle se retire des extrémités pour concentrer sesderniers effortssur quelques points : chaque jour la barbarie gagne du terrain. On bâtit encore des palais, des monuments où toutes les richessessont amoncelées sans ordre ni raison; mais les habitations, les édificesde la petite cité, ne sont plus que des Suvres grossières, ridicules,uniformément vulgaires, et dont les vices de construction ferontpromptement justice. Cest la seule consolation qui reste, au milieu deces misères, aux esprits assez préoccupés des choses dart pour croireencore que la postérité juge un peu les civilisations daprès leurs monu-ments. Quand lart nest plus quune affaire de luxe, le jour de sa pro-scription est proche.Au moyen âge,la puissancevitale de lart semani-feste partout; son expression est un besoin pour tous, grands et petits.Les vieilles maisons qui couvraient encore nos anciennes villes fran-çaisesil y a quelques années,et que des besoinsnouveauxfont dispa-raître rapidement, en étaient la preuve vivante. Nous ne prétendonspasque lon doive, aux dépens de la salubrité publique, en présencedesdéveloppementsde la prospérité des classes moyennes, conserverquand même des masures pourries ; mais nous aimerions retrouveraujourdhui dans nos constructions privées ces instincts dune popu-lation aimant les arts et sachant en répandre partout les véritablesexpressions.Mais non, ce vieux et riche sang gaulois, qui, après unelongue compression, avait pu, vers le xin" siècle, circuler librement,porter la vie dans toutes les provinces,couvrir le sol dédificesde toute
  • 250. [ MAISON]nature, originaux, logiques,francs,sans alliages,véritableenveloppedune nation pleine de qualités brillantes; ce sanglimpide et pur sestcoaguléde nouveausousune secondeinvasionétrangère.Il a fallu rede-venir Humains, et encore sousquels Romains! La symétrie a dû remplacerla logique; une imitation pâle dun art mort sestsubstituée à lorigina-lité native de notre pays. Des doctrines faussées, enseignées avec per- ,mce,ont peu à peu pris racine dans tous les esprits,et lengouementpour un art fastueux que personne ne comprend et que personne nex-plique, parce quil ne saurait être expliqué devant des esprits naturelle-ment clairs et logiques, a remplacé ce goût inné pour cet art vrai faitpour notre taille et au milieu duquel nous nous sentionscheznous. La maison du moyen âge, en France, est lhabitation de lhomme nésur le sol. La maison de nos jours est lhabitation banale, uniformémentconfortable; comme si la vie du négociant, ses mSurs et ses besoinsressemblaient à la vie, aux mSurs et aux besoins du soldat; commesi le logement qui convient à un notaire convenait à une femme à lamode. Cette uniformité, incommode pour tous, à tout prendre, esttelle que lhomme aujourdhui voué à une carrière est obligé de se fairebâtir une maison pour lui, sil ne veut pas chaque jour avoir à luttercontre les ennuis et les difficultés que lui cause le logis banal. Chacunest mal à laise dans la boîte quil loue, mais les passants ne voient quedes façadesà peu près identiques et qui nous auraient déjà fait mourirdu spleen, si dans notre pays nous pouvions tomber sous lempire decette maladie . Mais (et cest là un motif de ne pas désespérer de lavenir) <"»" nestpas de notre temps quon a tenté pour la première fois de mouler,dirons-nous, les habitants dune cité dans descompartimentsréguliers,alignés, identiques. Les seigneurs, au moyen âge, ne comprenaientpas beaucoup mieux que nos édilités modernes les questions dart, cequi na pas empêchéla nation de posséderson art. Les Anglais notam-ment ne paraissent pas à cette époqueavoir pénétré le génie français;et en leur qualité détrangers, nous ne saurions leur en vouloir.« Dansla secondemoitié du xinc siècle, temps de paix et de prospé-« rite, dit M. Félix de Verneilh2, un petit coin de lune des provincesc se couvrit rapidement de ces villes neuves appelées bastides dans« lancienne langue du Midi. Voici par quellescirconstances. Alphonse« de Poitiers, frère de saint Louis, était devenu,par son mariage avec« lhéritière des comtes de Toulouse, le seigneurnominal dune partie II faut être vrai, lexcès,en France,amènebientôt la réaction,et tout porte à croireque les orgiesde sym-trieauxquelles sestlivré depuisle commencement siècle, et on duparticulièrement depuis quelques années, conduiront à un soulèvement universel contrecette façon barbare de comprendre lart de larchitecture. : Voyezles Annalesarchéologiques, VI, p. 71. Peu darchéologues fait, de notre t. onttemps,desétudesaussi complètes riches de faits que M. Félix de Verneilh,en ce qui etregarde les villes lu moyen âge particulièrement.
  • 251. - 247 - [ MAISON ]« de la Guienne. » Comme tel, et bien que cette souveraineté se ré-duisît souvent à un titre, il prétendit assurer son autorité directe enfaisant bâtir une capitale, Villefranche de Rouergue. « DanslAgénois, « il fonda Villeneuve dAgenet plusieursbourgs moins considérables.« Dans le Périgord, où il avait quelquespossessions, fonda aussi des il« bastides. » Ces villes, ou bastides, étaient construites sur des ter-rains accordés gratuitement, suivant lindication des ingénieurs,etjouissaient de franchises étendues. Cétait un moyen dattirer sous la dépendancedirecte du suzerain des populations entières; le moyenréussit, malgré les protestations des seigneurs féodaux et les excom-munications des évêques. » De son côté, continue M. F. de Verneilh,« Edouard dabordcomme I", duc et bientôtcommeroi, multiplia« singulièrementles fondations de ce genre; et cest un des meilleurs« tilres de ce grand prince au souvenir reconnaissant de lancien« duché de Guienne. Libourne, entre autres, lui doit son existence« (1286) » Beaumont fut ainsi construit pour le compte du roidAngleterre en 1272; le maréchal Jean de la Linde commençasurson propre domaine la bastide de la Linde. On bâtit la ville de Mon-pazier vers 1284.Or, ce plan de Monpazier tracé en 1284na pas étéaltéré deouis. Comme tous les plans de villes de cette époque, tracés«n Guyenne en Périgord, ville deMonpazier non-seulement et la est ali-gnéeavecunerégularitéparfaite(voy.larticle ALIGNEMENT, mais fig 1),encore toutesles maisonssont dégales dimensions distribuées la et demômemanière. Un îlot desmaisonsde la ville de Monpazier(flg. 17)faitvoir avecquelleuniformité cellulaireceshabitationssont construites.Certes, régularitéobservée la dansles villes modernes, commeNapo-léon-Vendée,comme certaines villes dAlgérie, nest que désordre, en"comparaison cette symétrie absolue.Il faut admettre(cequi était devraialors) touslesgens que venant sétablirdans bastides ces privilé-giées, sortede refuges offertspar un suzerain, étaienttoussurle piedde