ARCHITECTURE FRANÇAISE- VIOLLET LE DUC 4
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ARCHITECTURE FRANÇAISE- VIOLLET LE DUC 4 Document Transcript

  • 1. DICTIONNAIRE RAISONNE DEL ARCHITECTURE FRANÇAISE DU XI* AU XVI* SIÈCLE IV Droits de traduction et de reproduction réservés.
  • 2. DICTIONNAIRE RAISONNÉ DELARCHITECTURE FRANÇAISE DU XIe AU XVIe SIÈCLE PAB E. VIOLLET- LE- DUC ARCHITECTE TOME QUATRIÈME PARIS LIBRAIRIES - IMPRIMERIES RÉUNIES A5CIBNITB MAISOS MOBEL 5, BUE SAINT - BENOIT, 5
  • 3. DICTIONNAIRE RAISONNÉ DE LARCHITECTURE FRANÇAISE DU XIe AU XVIe SIÈCLE CONSTRUCTION, s. f. -APERÇU GÉNÉRAL. La construction -- est unescience; cest aussi un art, cesl-a-dire quil faut au conslruclenr lesavoir, lexpérience et un sentiment naturel, (in nail constructeur; lasciencequon acquiert ne peut que développerles germesdéposésdansle cerveau des hommes destinés à donner un emploi utile, une formedurable à la matière brute. Il en est des peuples comme des individus :les uns sont constructeurs dès leur berceau, dautres ne le deviennentjamais;, les progrèsde la civilisation najoutent que peu de chosea cettefaculté native. Larchitecture et la construction doivent être enseignéesou pratiquées simultanément : la construction est le moyen; larchi-tecture, le résultat; et cependant il est des u-uvres darchitecture quine peuvent être considérées comme des constructions, et il est cer-taines constructions quon ne saurait mettre au nombre des Suvresdarchitecture. Quelques animaux construisent, ceux-ci des cellules,ceux-là des nids, des mottes, des galeries, des sorte-, de huttes, desréseaux de fils : ce sont bien là des constructions, ce nest pas de lar-chitecture. Construire, pour larchitecte, cest employer les matériaux, en raisonde leurs qualités et de leur nature propre, avec lidée préconçuede sali>-faire à un besoin par les moyens les plus simples et les plus solides;de donner à la chose construite lapparence de la durée, des propor-tions convenable-;soumisesa certaines règles imposées par les sens,le raisonnement et linstinct humains. Les méthode-, du constructeurdoivent donc varier en raison de la nature des matériaux, des moyensdont il dispose, des besoins auxquels il doit satisfaire et de la civilisa-tion au milieu de laquelle il nail. Les Grecset les Romains ont été constructeurs ; cependant cesdeuxpeuples sont partis de principes opposés,nont pasemployé les mêmes iv. - i
  • 4. [ CONSTRUCTION ] -2- [ APERÇU ] matériaux, les ont mis »ii iruvre par des moyens différents, et ont sa-tisfait a des besoins qui nétaient point les mêmes. Aussi lapparencedu monument grec d relie du monument romain diffèrent essentiel-lement. Lt>firer nemploie que la plate-bande dans sesconstructions;le Romain emploie larc, et, par suite, la voûte : cela seul indique assezcombien ces principes opposésdoivent produire des constructions fortdissemblable-,,quant aux moyens employés et quant à leur apparence.Nous navons pas à faire connaître ici les origines de ces deux prin-cipes et leurs conséquences;nous prenons larchitecture romaine aupoint où elle est arrivée dans les derniers temps de lempire, car cestla source unique à laquelle le moyen âgeva dabord puiser. Le principe de la construction romaine est celui-ci : établir des pointsdappui présentant, par leur assiette et leur parfaite cohésion, desmassesassezsolides et homogènespour résister au poids et à la pous-séedesvoûtes; répartir ces pesanteurs et pousséessur des piles fixesilont la résistance inerte est suffisante. Ainsi la construction romainenest quune concrétion habilement calculée dont toutes les partiesdépourvuesdélasticité, se maintiennent parles lois de la pesanteur etleur parfaite adhérence. Chez les Grecs, la stabilité est obtenue seule-ment par lobservation judicieuse de lois de la pesanteur; ils ne cher-chent pas ladhérence des matériaux; en un mot, ils ne connaissent ninemploient les mortiers. Les pesanteursnagissant, dans leurs monu-ments, que verticalement, ils nont donc besoin que de résistancesverticales; les voûlt-s leur étant inconnues, ils nont pas à maintenir despressions obliques, ce quon désigne par des poussées.Comment lesRomains procédaient-ils pour obtenir des résistances passiveset uneadhérenceparfaite entre toutes les parties inertes de leurs construc-tions cl les parties actives, cest-à-dire entre les points dappui et lesvoûtes?Ils composaientdes maçonnerieshomogènesau moyen de pe-tits matériaux, de cailloux ou de pierrailles réunis par un mortier excel-lent, et enfermaient ces blocages,élevéspar lits, dans un encaissementde brique, de moellon ou de pierre de taille. Quant aux voûtes, ils lesformaientsur cintresau moyendarcsde brique ou de pierre formantune sorte de réseau, et de béton battu sur couchis de bois. Cette mé-thode présentait de nombreux avantageselle était expéditive; elle :permettaitde construiredanstous lespays des édificessur un mêmeplan; demployerles arméesou les réquisitions pour les élever; elleétait durable, économique; ne demandait quune bonne direction, ennexigeantquun nombre restreint douvriershabiles et intelligents,souslesquelspouvaienttravailler un nombre considérable simples demanSuvres; elle évitait les transports lents et onéreux de gros maté-riaux, les enginspour les élever; elle était enfin la conséquencede létatsocialet politique de la sociétéromaine.LesRomains élevèrent cepen-dant des édifices à linstar des Grecs, comme leurs temples et leursbasiliques; mais ces monuments sont une importation, et doivent êtreplacés en dehors de la véritable construction romaine.
  • 5. 1 - λ - [ CONSTIU-CTION J Leshordes germaniques envahirent provinces qui les romaines nap-portaient avec pas ellesdesartset desméthodes bâtir, ou du moins deleséléments quellesintroduisaient milieude lacivilisation au romaineexpirantene pouvaientavoir quune bien faible influence.Elles trou-vèrent des monuments bâtis, et elles sen servirent. Longtemps aprèslenvahissementdes barbares sur le sol gallo-romain, il existait encoreun grand nombre dédifires antiques ; ce qui indique que ces conqué-rants ne les détruisirent pastous. Ils tentèrent mêmesouventde lesréparer et bientôt de les imiter. Mais après de si longs désastres, les traditions laisséespar les con-structeurs romains devaient être en grande partie perdues; et sous lesMérovingiens les éditices que lon éleva dans les Gaulesne furent queles reproductions barbares des constructions antiques épargnéesparla guerre ou qui avaient pu résister à un long abandon. Le peu de mo-numents qui nous restent, antérieurs à la période carlovingienne, nenous présentent que des bâtisses dans lesquelles on naperçoit plusquun pâle reflet de lart des Romains, de grossières imitations desédifices dont les restes nombreux couvraient encore le sol. (> nestque sous le règne de Charlemagnequon voit les constructeurs fairequelques tentatives pour sortir de lignorance dans laquelle les sièclesprécédents étaient plongés. Les relations suivies de ce prince aeclOrient, ses rapports avec les Lombards, chez lesquels les dernièrestraditions de lart antique semblent sêtre réfugiées, lui fournirent lesmoyens dattirer près de lui et dans les pays soumis a sa dominationdes constructeurs quil sut utiliser avec un zèle et une persévéranceremarquables. Son but était certainement de faire renaître les arts ro-mains; mais les sourcesauxquelles il lui fallut aller puiser pour arriverà ce résultat sétaient profondément modifiées dans leurs principes.Charlemagne ne pouvait envoyer des architectes étudier les monu-ments de la vieille Rome, puisquil nen avait pas; il ne pouvait de-mander des artistes, des géomètres, des ouvriers habiles quà lOrient,à lEspagne ou à la Lombardie, contrées qui seules en possédaient.Ceux-ciapportaient aveceux des méthodesqui déjà sétaient éloignéesde celles de lantiquité. La renaissancecarlovingienne produisit doncdesrésultats fort différents de ce que son auteur en attendait probable-ment. Après tout, le but était atteint, puisque les nouveaux élémentsimportés en Occident produisirent bientôt des efforts considérables,et quà partir de cette époque les arts progressèrent rapidement. Cestlhistoire de cette progression, au point de vue de la constructionseulement, que nous allons essayerde faire, en renvoyant nos lecteursau mot ARCHITECTURE tout ce qui tient aux développements de cet pourart, du xe au xvie siècle. Pendantla durée de lempire romain, soit à Rome, soitàByzance, il estfacile de reconnaître que les voûtes avaientété la préoccupation domi-nante des constructeurs. De la voûte en berceau ils étaient prompte-ment arrivés à la voûte darête, et de la coupole portée sur un mur cir-
  • 6. [ CONSTRUCTION J -4- [ APERÇU Juilain> ou lambour, ils étaient arrivés, dans la construction de légliseSaiiile-Sopilie,à la voûte hémisphérique portée sur pendentifs : pasimmense,qui établit une ligne de démarcationtranchéeentreles con-structions romaines de lantiquité et celles du moyen âge. Ni Rome,ni lIlalie, ni les Gaules, ne laissent voir un seul édifice romain danslequel la voùle hémisphérique portée sur pendentifs. soit LégliseSainte-Sophie la première qui nous fournisseun exemplede ce estgenrede construction,et, commechacunsait, cest la plus vastecou-pole qui existe. Commentles architectesromains établis à Byzanceelaienl-ils arrivés à concevoir et à exécuter une construction de cegenre?Cestcequenousne chercherons à démêler.Nousprenons pasI " lail là où, pour la première fois, il se manifesteavec une grandeur,cl une IVanrliisr incontestées. Couvrir une enceinte circulaire par une,>ùlehémisphérique, cétait une idée fort naturelleet qui fut adoptéede, uni1haute antiquité; faire pénétrer des cylindres, des voûtes enberceau dans le tambour circulaire, cétait une conséquence immé-diate de ce premier pas. Maiséleverune coupole hémisphériquesurun plan carré, cest-à-dire sur quatre piles isolées et poséesaux anglesdun carré, ce nétait plus une déduction du premier principe, cétaitune iinioairoiï des plus hardies. Cependantles constructeurs que Charlemagnefit venir de Lombardieet dOrient en Occidentnapportèrent pas aveceux ce mode de construc-tion; ils secontentèrent délever, comme à Aix-la-Chapelle, desvoûtesà base octogonale ou circulaire sur des tambours montant de fond. Cene lui (pie plus lard que les dérivés de la construction byzantine eurentune influence directe en Occident. Quant aux méthodes de bâtir desconstructeurs carlovingiens, elles se rapprochaient des méthodes ro-maines, cest-à-dire quelles consistaient en des massifs de blocagesenfermés dans des parements de brique, de moellon ou de pierre, ouencore de moellon alternant avec,des assisesde brique, le tout main-tenu par des joints épais de mortier, ainsi que le fait voir la figure 1. Nous indiquons en A les assisesde briques triangulaires présentantleur grand côté sur le parement, et en B les assisesde moellons à peuprès réguliers el présentant leurs faces, le plus souvent carrées, surles parements. En G, est figurée une brique dont lépaisseur varie deOm,0ià 0",0o, et en D un moellon de parement. Ce nétait quune con-struction romaine grossièrement exécutée. Mais les Romains nem-ployaient guère cette méthode que lorsquils voulaient revêtir les pa-i "mentsdeplacages marbreou de stuc; sils faisaientdesparements dede pierres de taille, ils posaient celles-ci à joints vifs, sans mortier,MU- leurs lits de carrière, et leur laissaient large assiette,pour que uneces parements devinssent réellement un renfort capable de résisterà une pression que les massifs seuls neussent pu porter. Dès les premiers temps de lépoque carlovingienne, les construc-teursvoulurentaussiéleverdesconstructions parementées pierre de entaille, à 1instar de certaines constructions romaines; mais ils ne dis-
  • 7. [ APERÇU ] -5- [ r.f,NsTnrmus ]posaientpasdes moyenspuissantsemployés les Romains: ils ne parpouvaientni transporter, ni surtout éleverà.une certainehauteurde.-.blocsde pierre dun fort volume. Ils secontentèrentdonc de lappa-rence, cest-à-dire quils dressèrent des parements formés de placagesde pierre posés délit le plus souvent dunefaibleépaisseur, en et évilanlavec soin les évidements et remplissant les vides laissésentre ces pa-vements par des blocages noyés dans le mortier. Ils allèrent quelque-fois jusquà vouloir imiter la construction romaine dappareil, en po-sant cesplacagesde pierre à joints vifs sans mortier. Il nest pas besoinde dire combien cette construction est vicieuse,dautant que leurs mmtiers étaient médiocres, leur chaux mal cuite ou mal éteinte, leur sableterreux et les blocages extrêmement irréguliers. Uuelquefois aussiils prirent un moyen terme, cest-à-direquils éleveivn! des paremenlsen petites pierres de taille réunies par des lits épais de mortier. Ces essais, ces tâtonnements ne constituaient pas un art. Si, dansles détails de la construction, les architectes faisaient preuve dun très-médiocre savoir, sils ne pouvaient quimiter fort mal les procédés desRomains, à plus forte raison, dans lensemble de leurs bâtisses, .setrouvaient-ils sans cesse acculés à des difficultés quils étaient horsdétat de résoudre : manquant de savoir, ne possédant que des tradi-tions presque effacées, nayant ni ouvriers habiles, ni engins puissants,marchant à tâtons, ils durent faire et ils firent en effet des effort s inuuïjpour élever des édifices dune petite dimension, pour les rendre so-lides et surtout pour les voûter. Cest là quon reconnaît toujours, dansles monuments carlovingiens, linsuffisance des constructeurs, quunpeut constater leur embarras, leurs incertitudes, et souvent même <edécouragement, produit de limpuissance. De cette ignorance mêmedes procédés antiques, et surtout des efforts constants des construc-teurs du ixc au xie siècle, il sortit un art de bâtir nouveau : résultat dex-périences malheureusesdabord, mais qui, répétéesavec persévéranceet une suite non interrompue de perfectionnements, tracèrent une voie
  • 8. [ CONSTRUCTION ] -6 - f APERÇU Jnon encore frayée. Il ne fallut pas moins de trois siècles pour instruireces barbares; ils purent cependant, après des efforts si lents, se flatterdavoir ouvert aux constructeurs futurs une ère nouvelle qui navaitpris que peu de chose aux arts de lantiquité. Les nécessitésimpé-rieuses avec lesquelles ces premiers constructeurs se trouvèrent auxprises les (.Misèrent à chercher des ressources dans leurs propres ob-sei-Nations plutôt que danslétude des monuments de lantiquité, quilsne connaissaient que très-imparfaitement, et qui, dans la plupart desproinces des Gaules, nexistaient plus quà létat de ruines. Prêts,dailleurs, à semparer des produits étrangers, ils les soumettaientà leurs procédés imparfaits, et, les transformant ainsi, ils les faisaientconcourir vers un art unique dans lequel le raisonnement entrait plusque la tradition. Cette école était dure : ne sappuyant quavec incerti-tude sur le passé,se trouvant en face des besoins dune civilisation oùtout était à créer, ne possédant que les éléments des sciencesexactes,elle navait dautre guide que la méthode expérimentale; mais cetteméthode, si elle nest pas la plus prompte, a du moins cet avantagedélever des praticiens observateurs, soigneux de réunir tous les per-fectionnements qui les peuvent aider. Déjà, dans les édifices du xi« siècle, on voit la construction faire desprogrès sensibles qui ne sont que la conséquence de fautes évitéesavec plus ou moins dadresse; car lerreur et seseffets instruisent plusles hommes que les Suvres parfaites. Ne disposant plus des moyensactifs employés par les Romains dans leurs constructions; manquantde bras, dargent, de transports, de relations, de routes, doutils, den-gins; confines dans des provinces séparées par le régime féodal, lesconstructeurs ne pouvaient compter que sur de bien faibles ressources,et cependant, à cette époque déjà (au xi* siècle), on leur demandaitdélever de vastes monastères, des palais, des églises, des remparts.Il fallait que leur industrie suppléât à tout ce que le génie romain avaitsu organiser, a tout ce que notre état de civilisation moderne nousfournit à profusion. Il fallait obtenir de grands résultats à peu de frais(car alors lOccident était pauvre), satisfaire à des besoins nombreux etpressants sur un sol ravagé par la barbarie. Il fallait que le construc-teur recherchât les matériaux, soccupât des moyens de les trans-porter, combattit lignorance douvriers maladroits, fit lui-même sesobservations les qualités de la chaux,du sable, de la pierre, fit surapprovisionner les bois; il devait être non-seulement larchitecte, maisle carrier, le traceur, lappareilleur, le conducteur, le charpentier, lechaufournier,le maçon,et ne pouvait saiderquede son intelligenceet de son raisonnement dobservateur. nous est facile, aujourdhui Ilquun notaire ou un négociant se fait bâtir une maison sans le secoursdun architecte,de considérercommegrossierscespremiers essais ;mais la sommede géniequil fallait alors à un constructeur pour éle-ver une salle,une église,était certainementsupérieureà ce que nousdemandons un architectede notre temps,qui peut faire bâtir sans à
  • 9. [ APERÇU ] -7- CONSTRUCTION ]connaître les premiers élémenls de son art, ainsi quil arrive trop sou-vent. Dans ces temps dignorance el de barbarie, les plus intelligents,ceux qui sétaient élevés par leur propre génie au-dessusde louvriervulgaire, étaient seuls capables de diriger une construction; et ladirection des bâtisses, forcément limitée entre un nombre restreintdhommes supérieurs, devait, par cela même, produire des Suvres ori-ginales, dans lexécution desquelles le raisonnement entre pour unegrande part, où le calcul est apparent, et dont la forme est revêtue decette distinction qui est le caractère particulier des constructions rai-sonnéeset sesoumettant aux besoins et aux usagesdun peuple. 11lan!bien reconnaître, dussions-nous être désignés nous-mêmes connuedes barbares, que la beauté dune construction ne réside pas dans lesperfectionnements apportés par une civilisation et une industrie tres-développées,mais dans le judicieux emploi desmatériaux et des moensmis à la disposition du constructeur. Avec nos matériaux si nombreux,les métaux que nous livrent nos usines, avec les ouvriers habiles etinnombrables de nos cités, il nous arrive délever une constructionvicieuse, absurde, ridicule, sans raison ni économie ; tandis quavec dumoellon et du bois, on peut faire une bonne, belle et sageconstruction.Jamais, que nous sachions, la variété ou la perfection de la malièieemployée na été la preuve du mérite de celui qui lemploie; el dex-cellents matériaux sont détestables, sils sont mis en Suvre hors dela place ou de la fonction qui leur convient par un homme dépourvude savoir et de sens. Ce dont il faut senorgueillir, cest du bon et justeemploi des matériaux, et non de la quantité ou de la qualité de cesma-tériaux. Celadit sous forme de parenthèse et pour engager uns lec-teurs à ne pas dédaigner les constructeurs qui navaient a leur dispo-sition que de la pierre mal extraite, du mauvais moellon tire sur lesol, de la chaux mal cuite, des outils imparfaits et de faillies engins :car, avec des éléments aussi grossiers, ces constructeurs peuvent nousenseigner dexcellents principes, applicables dans tous les temps. Etla preuve quils le peuvent, cest quils ont formé une école qui. aupoint de vue de la sciencepratique ou théorique, du judicieux emploides matériaux, est arrivée à un degré de perfection non surpassedansles temps modernes. Permisà ceux qui enseignentlarchitecture sansavoir pratiqué cet art de ne juger les productions architectoniques descivilisations antiques et modernes que sur une apparence, une formesuperticielle qui les séduit ; mais pour nous qui Minimesappelésa con-struire, il nous faut chercher notre enseignement a travers les tenta-tives et les progrès décès architectes ingénieux qui, sortant du néant,avaient tout à faire pour résoudre les problèmes poses par la sociétéde leur temps. Considérer les constructeurs du moyen âge comme desbarbares, parce quils durent renoncer a construire suivant les mé-thodes des Romains, cest ne pas vouloir tenir compte de létat de lasociété nouvelle; cest méconnaître les modifications profondes intro-duites dans les mSurs par le christianisme, appuyé sur le génie des
  • 10. [ CONSTlii ] i-llnN -8- [ APERÇU]peuples occidentaux; effacer cest plusieurssièclesdun travaillent,maispersistant. seproduisait seinde la société travailquiadé- qui au :veloppe éléments plusactifset lesplusvivaces la civilisation les le-, demoderne, personne nadmire plus que nous lantiquité, personne plusquenousnestdisposé reconnaître supériorité bellesépoques à la desde lart des Grecs et des Homains sur les arts modernes; mais noussomme-,nés au xixc siècle, et nous ne pouvons faire quentre lantiquitéet nous il n ait un travail considérable : des idées, des besoins, desnioyiis étrangers ceux de lantiquité. Il ndusfaut bien tenir compte ade-, nouveaux éléments, des tendances dune société nouvelle. Regret-Ion-, lorganisation sociale de lantiquité, étudions-la avec scrupule,recourons à elle; mais noublions pas que nous ne vivons ni sous Pé-riclès ni sous Auguste; q.ie nous navons pas desclaves,que les troisquartsde 1Kmopenesont plus plongésdanslignoranceet la barbarieau grand avantagedu premier quart ; que la société ne se divise plusen deux portions inégales, la plus forte absolument soumise à lautre;que les besoins se sont étendus a linfini ; que les rouages se sont com-pliqués;quelindustrie anahsesanscesse tous lesmoyens à la dis- misposition de lhomme, les transforme; que les traditions et les formulessont remplacéespar le raisonnement, et quenfin lart, pour subsister,doit connaître le milieu dans lequel il sedéveloppe.Or, la constructiondes édifices, au moyen âge, est entrée dans cette voie toute nouvelle.Nous en gémirons, si lon veut ; mais le lail nen existera pas moins, etnous ne pouvons faire quhier ne soit la veille daujourdhui. Ce quil ya de mieux alors, il nous semble, cest de rechercher dans le travail dela veille ce quil y a dutile pour nous aujourdhui, et de reconnaître sice travail na pas préparé le labeur du jour. Cela est plus raisonnableque de le mépriser. On a prétendu souvent que le moyen âgeest une époque exception-nelle, ne tenant ni à ce qui la précède ni à ce qui la suit, étrangère augénie de notre pays et a la civilisation moderne. Cela peut être soute-nable au point de vue de la politique, quoiquun pareil fait soit fortétrange dans lhistoire du monde, ou tout senchaîne; mais lesprit departi sen mêlant, il nestpas de paradoxequi ne trouve des approba-teurs. En architecture, et surtout en construction, lesprit de parti nesauraitavoir de prise,et nousne voyonspascommentlesprincipesdela liberté civile, commentles lois modernes sousle régimedesquellesnousavonsle bonheur dêtre nés,se trouveraientattaqués,quandonaurait démontré que les constructeurs du xne siècle savaient bien bâ-tir, que ceux du xme siècle étaient fort ingénieux et libres dans lem-ploi desmoyens; quils cherchaient remplir les programmes à quonleur imposaitpar les procédés plus simples les moinsdispen- les etdieux,quils raisonnaient et connaissaient lois de la statique juste lesetde léquilibredesforces. coutume Une peutêtreodieuse oppres- etsive: les abbéset les seigneurs féodaux ont été, si lon veut, desdis-sipateurs, ont exeroi un d°sniïti<ine insupportable, et les monastères
  • 11. t APERÇU ] - 9- | roNSTlirr.TKiN ]ou leschâteauxquils habitaientpeuvent être cependantconstruitsavecsagesse, économieet unegrande liberté dans lemploi des moyens, l neconstructionnest pasfanatique,o/yy/r.s.s/re, tyi-nnnùjtir;ces épithètesnont pas encore été appliquéesà lassemblagedes pierres, du bois oudu fer. Une construction est bonne ou mauvaise,judicieuse ou dépour-vue de raison. Si nous navons rien à prendre dans le code féodal, cenest pas dire que nous nayons rien à prendre dans les constructionsde ce temps. Un parlement condamnede malheureux Juifs ou sorciersà être brûlés vifs; mais la salle dans laquelle siège ce parlement peutêtre une construction fort bonne et mieux bâtie que celle où nos magis-trats appliquent des lois sages,avec un esprit éclairé, ln homme delettres, un historien dit, en parlant dun chàleau féodal : " Ge repaire« du brigandage, cette demeure des petits despotes tyrannisant leurs« vassaux, en guerre avec leurs voisins.... » Aussitôt chacun de crierharosur le châtelain et sur le château. En quoi les édifices sont-ils lescomplices de ceux qui les ont fait bâtir, surtout si ces éditices ont étéélevés par ceux-là mêmes qui étaient victimes des abus de pouvoirde leurs habitants?Les Grecsnont-ils pas montré, en maintes circon-stances, lintolérance la plus odieuse?Gela nous empêche-t-il dad-mirer le Parthénon ou le temple de Thésée? Il est bien temps, nousle croyons, de neplus nouslaisser éblouir, nousarchitectes, parles discours deceuxqui, étrangersàla pratique de notreart, jugent des Suvres quils ne peuvent comprendre, dont ils ne con-naissent ni la structure, ni le sensvrai et utile, et qui, mus par leurspassions ou leurs goûts personnels, par des études exclusives et unesprit de parti étroit, jettent lanathème surdes artistes dont les efforts,la science et lexpérience pratique nous sont, aujourdhui encore, dungrand secours. Peu nous importe que les seigneurs féodaux fussentdes tyrans, que le clergé du moyen âge ait été corrompu, ambitieux oufanatique, si les hommes qui ont bâti leurs demeuresétaient ingénieux,sils ont aimé leur art et lont pratiqué avecsavoir et soin. Peu nous im-porte quun cachot ait renfermé des vivants pendant des années, si lespierres de ce cachot sont assezhabilement appareillées pour offrir unobstacleinfranchissable; peu nous importe quune grille ait fermé unechambre de torture, si la grille est bien combinée et le fer bien forgé. Laconfusion entre les institutions et les produits des arts ne doit pointexister pour nous, qui cherchonsnotre bien partout où nous pensons letrouver. Ne soyonspasdupes à nos dépens de doctrines exclusives; blâ-mons les mSurs des temps passés, si elles nous semblent mauvaises,mais nen proscrivons pas les arts avant de savoir si nous navons aucunavantage à tirer de leur étude. Laissons aux amateurs éclairés le soin dediscuter la prééminence de larchitecture grecque sur larchitectureromaine, de celle-ci sur larchitecture du moyen âge; laissons-les traitercesquestions insolubles ; écoutons-les, si nous navonsrien de mieux àfaire, discourir sur notre art sanssavoir comment se trace un panneau,setaille et sepose une pierre: il nest point permis de professer la méde- iv. - 2
  • 12. ( CONSTRUCTION ] III - [ APERÇU Jcinéri mêmela pharmaciesans être médecin apothicaire;niaislar- ouchitecture! cest une nuire affaire. Pour nousrendrecomptedespremierseffortsdes constructeurs dumoyen il fautdabord âge, connaître éléments les dont ils disposaientetlesmoyens pratiques u>a-e en alors. Romains, Les maîtres monde, duaxant su établir un gouvernement régulier, uniforme, au milieu de tantdepeuples unconquis, alliés avaient lesmains ressources entre des quimanquaient absolument provincesdes Cailles diviséesen petits auxKlais.en fractionsinnombrables,par suitederétablissement régime duleodal. Les Romains,lorsquils voulaient couvrir une contrée de monu-mentsdutilité publique, pouvaient jeter sur ce point, à un momentdonné, non-seulementune année de soldatshabitués aux travaux, maisrequérir leshabitants car le système réquisitionsétait pratiquésur desune vaste échelle par les Romains , et obtenir, par le concours de cellemultitude de brus,des résultats prodigieux. Usavaientadopte,pourcon-struire promptemenlet bien,desméthodes saccordaient qui parfaite-ment avec cet état social. Os méthodes, les constructeurs du mo en à^eeussent-ilsvoulu les employer, où auraient-ils trouvé cesannées de tra-vailleurs? Comment faire arriver, dans une contrée dénuée de pierrepar exemple, les matériaux nécessairesà la construction, alors que lesanciennes voies romaines étaient défoncées, que largent manquaitpour acheter ces matériaux, pour obtenir des bêtes de somme: alors(pie cesprovinces eiaient presque toujours en guerre les unes avec lesautres, que chaque abbaye, chaque seigneur se regardait comme unsouverainabsolu dautant plus jaloux de son pouvoir, que les contrée-.sur lesquelles il sétendait étaient exiguës! Comment organiser desréquisitions régulières dhommes là où plusieurs pouvoirs se dispu-taient la prédominance, où les bras étaient à peine en nombre suffisantpour cultiver le sol, on la guerre était létat normal? Comment faireces énormes amas dapprovisionnements nécessairesà la construc-tion romaine la moins étendue? Comment nourrir ces ouvriers sur unmême point? Les ordres religieux, les premiers, purent seuls entre-prendredesconstructionsimportantes 1°parcequils réunissaient : surun seul point un nombre de travailleurs assezconsidérable, unis parune même pensée, soumis à une discipline, exonérés du serice mili-taire, possesseurs territoires sur lesquels vivaient; 2°parcequils de ilsamassèrentdes biens qui saccrurent promptement sous une adminis-tration régulière; quils nouèrent des relations suivies avec les établis-sements voisins, quils défrichèrent, assainirent les terres incultes,tracèrent des routes, sefirent donner ou acquirent les plus riches car-rières,les meilleursbois, élevèrentdesusines,offrirent aux paysansdes garanties relativement sûres, et peuplèrent ainsi rapidement leursterres au détriment de celles des seigneurslaïques; :<parce quilspurent, grâce à leurs privilèges et à la stabilité comparative de leursinstitutions, former, dans le sein de leurs monastères, des écoles dar-tisans soumisà un apprentissage régulier, vêtus,nourris, enlrclenus,
  • 13. [ PltlNUPES ] - 11 [ CONSTRUCTION ]travaillant sousune même direction, conservantles traditions, enregis-trant lesperfectionnements; parcequeux .seuls 4° alorsétendirentauloin leur influence en fondant des établissements relevant de I al>baemère,quils durent ainsi profiter de tous les effortspartielsqui sefai-saient dans des contrées fort différentes par le climat, les mSurs et leshabitudes. Cest à lactivité des ordre-, religieux que lart de la con-struction dut de sortir, au XIesiècle, de la liai liai ie. Lordre de Gluny,comme le plus considérable (voy. ARCHITECTURE MONASTIOUKI, le pluspuissant et le plus éclairé, fut le premier qui eut une école de construc-teurs dont les principes nouveauxdevaient produire, au xnc siècle, desmonuments affranchis des dernières traditions romaines. Oiiels MUI!cesprincipes? comment sedéveloppèrent-ils? Cest ce que nous devonsexaminer. PRINCIPES.-Pour des principes nouveauxsedéveloppent,en toute quechose,il faut quun état et des besoins nouveauxse manifestent.Quandlordre de Saint-Benoit se réforma auxisiècle, les tendances des réfor-mateurs ne visaient à rien moins quà changer toute une Miciélé <|iii, apeine née, tombait déjà en décomposition. Ces réformateur^., en -en>habiles, commencèrentdonc par abandonner les traditions vermouluesde la sociétéantique : ils partirent de rien, ne voulurent plus des habi-tations à la fois somptueuseset barbares, qui jusqualors avaient servide refuge aux moines corrompus des siècles précédents.Ils se bâtirenteux-mêmesdes cabanesde bois, vécurent au milieu deschamps, pre-nant la vie comme le pourraient faire des hommes abandonnés à leurseule industrie dans un désert. Cespremiers pas eurent une influencepersistante, lorsque même la richesse croissante des monastères, leurimportance au milieu de la société, les portèrent bientôt à changerleurs cahutes contre des demeures durables et bâties avec luxe. Satis-faire rigoureusement au besoin est toujours la première loi observée,non-seulement dans lensemble des bâtiments, mais dans les détails dela construction; ne jamais sacrifier la solidité à une vaine apparencede richesseest la seconde.Cependantla pierre et le bois sont toujoursde la pierre et du bois, et si lon peut employer ces matières dans uneconstruction en plus ou moins grande quantité, leur fonction est lamême chez tous les peuples et dans tous les temps. Quelque riches etpuissants que fussent les moines, ils ne pouvaient espéréeconstruirecomme lavaient fait les Romains. Ils sefforcèrent donc délever desconstructions solides et durables (car ils comptaient bien bâtir pourlavenir) avec économie. Employer la méthode romaine la plus ordi-naire, cest-à-dire en composant leurs constructions de massifs deblocages assis entre des parements de brique ou de moellon, cétaitmettre à lSuvre plus de bras quils nen avaient à leur disposition.Construire au moyen de blocs énormes de pierre de taille, soigneu-sement taillés et posés, cela exigeait des transports impossibles fautede routes solides, un nombre considérable douvriers habiles, de bêtes
  • 14. [ CONSTRUCTION ] - 12- [ PRINCIPES ]de somme,desenginsdispendieux dun établissement ou difficile. Ilsprirent doncun moyen terme.Ils élevèrent pointsdappuiprinci- lespaux en employantpourlesp;u-eiiients la pierredetaille,comme deun revêtement, e| garnirent le, intérieurs de blocage. Pour les mursen remplissage, adoptèrent petit appareilde moellonsmillé ils unpourlesparements de carreaux pierre,enfermant même ou de de unblocagede cailloux et de mortier. Notrefigure-1donneune niéede cegenre construction. de de Afinrelier lesdiverses partie-,desbâtisses, chaînerlesmursdansleur lon- degueur, ils noyrenl dans les massifs,à différenteshauteurs,sous lesappuis desfenêtres, au-dessous corniches, des piècesde bois longi- destudinales, ainsi que nous lavons figuré en A (voy. CHAINAGE). ces Dansconstructions, la pierre est économiséeautant que faire sepeut; aucunmorceau ne présente dévidements; tous sont posés en besace: cenest quun revêtement exécuté dailleurs avecle plus grand soin; non-seulement les parements sont lavés, mais aussi les lits et les joints, etcespierressontposées cru sansmortier, commelappareilromain. à Ce genredebâtisseest apparent dans les grandes constructions mo-nastiques de Cluny, de Vézelay, de la Charité-sur-Loire (xieet xn" siè-cles . Les matériauxemployéspar les moines sont ceux quils pou-vaient se procurer dans le voisinage, dansdes carrières dont ils étaientpropriétaires.Et il faut reconnaîtrequils les employèrent en raisonde leurs qualitéset de leurs défauts.Si cesmatériauxprésentaientdesvices,si la pierre était gélive,ne pouvantsen procurer dautresquaumoyende frais considérables, avaientle soin de la placer dansles ils
  • 15. [ PRINCIPES J - 13 - [ CONSTRUCTION ]conditionsles moins désavantageuses, afin de préserverces maté- et,riaux des atteintesde lhumidité et deseffets de la gelée,ils cherchaientà les soustraireaux agents atmosphériques les couvrant par des encombles saillants, en les éloignant du sol, à lextérieur, par des assisesde pierres quils allaient acheter dans des carrières plus éloignées. Il y a toujours, dans les Suvres des hommes qui ne comptent quesur leurs propres ressourceset leurs propres forcespour agir, une cer-taine somme dintelligence et dénergie dune grande valeur aux yeux de ceux qui savent voir, ces Suvres fussent-elles imparfaites et gros- sières dailleurs, quon ne trouve pas dans les Suvres produites pardes hommes très-civilisés, mais auxquels lindustrie fournit de nom-breux éléments et qui nont aucun effort à faire pour satisfaire à tousleurs besoins. Ces chercheurs primitifs deviennent souvent alors desmaîtres et leurs efforts un enseignement précieux, car il faut évi-demment plus dintelligence pour faire quelque chose lorsque toutesles ressourcesmanquent que lorsquelles sont à la portée des espritsles plus médiocres. Les constructions romaines,par suite de la stabilité absolue de leurspoints dappui et la concrétion parfaite de toutes les parties supérieures(résultat obtenu, comme nous lavons déjà dit, au moyen de ressourcesimmenses), présentaient des masses immobiles, passives,comme lepourraient être des monuments taillés dans un seul bloc de tuf. Lesconstructeurs romans, nepouvantdisposer de moyens aussi puissants,reconnurent bientôt que leurs bâtissesnoffraient pasun ensemblecon-cret, lié, une agglomérationparfaitement stable; que les piliers, formésde placagesde pierre enfermant un blocagecomposésauvent de médio-cre mortier, que les murs, déliaisonnésdans toute leur hauteur, subis-saient des effets,des tassementsinégaux qui causaient des déchiruresdans les constructions, et, par suite, des accidentsgraves.11fallut doncchercher les moyens propres à rendre ces effets nuls. Les constructeursromans,dèsle xie siècle, voulurent, par des motifs développés ailleurs,(voy. ARCHITECTURE), laplupart de leurs grands édifices. Ils avaient voûterhérité des voûtes romaines, mais ils étaient hors détat de les main-tenir parles moyens puissants que les Romains avaient pu adopter. Ilfallut donc encore que leur intelligence suppléât à ce défaut de puis-sance.La voûte romaine ne sepeut maintenir qua la condition davoirdes points dappui absolument stables; car cette voûte, soit en berceau,soit d-aréte,soit en demi-sphère, forme, lorsquelle est achevée,uneenuite homogènesansélasticité, qui sebrise en morceaux sil survientquelques tassements.Voulant faire des voûtes à linstar des Romains,et ne pouvant leur donner des points dappui absolument stables, ilfallait que les constructeurs romans trouvassent, pour les maintenir,une méthode nouvelle en rapport avec linstabilité des points dappuidestinés à les porter et à les conlre-buter. La tâche nétait pas aisée aremplir: aussi les expériences, les tâtonnements, les essais furent-ilsnombreux; mais cependant, dès lorigine de ces essais, on voit naître
  • 16. [ CONSTRUCTION ] " 14- [ PRINCIPES ]un système construction de neuf,et cesysfème basé le principe est surdélasticité,remplaçant!""principe de stabilité absolueadoptépar lesRomains.La voûte romaine, sauf de rares exceptions, est faite de blo-cageelleestrenfnirer [>ardes de brique, ; arcs maiscesarcssontnoyésdanslépaisseur même blocage font corpsavec (voy.VOUTE). du et luiLes constructeurs romans, au lieu de maçonner la voûte en blocage,la construisirent en moellons lirais noyés dans le mortier, mais poséscomme desclaveaux,ou en moellonstaillés et formant une maçonneriede pelil appareil. Déjàces voûtes, un mouvement si venait à se dé-clarer danslespoints dappui,présentaient une certaine élasticitéparMule de la i"""union des claveaux, ne se brisaient pas comme une croûteliomo-eiie. et suivaient le moinemenl des piles. Mais cette premièremodification ne rassurait pas entièrement les constructeurs romans;ils établirent sous ces voûtes, de distance en distance, au droit despointsdappui les [dus résistants,des arcs-doubleaux pierresappa- enreillées, cintrés sous lintrados des voûtes. Ces arcs-doubleaux, sortesde cintres permanents élastiques, commetout arccomposé dunecer-taine quantité de claveaux, suivaient les mouvements despiles, seprê-taient à leur tassement, à leur écartement, et maintenaient ainsi, commelaurait fait un cintre de bois, les concavités en maçonnerie bâtiesau-dessus deux. Les constructeurs romans avaientpris aux Romains la vtmte darêtesur plan carre et engendrée parla pénétration de deux demi-cylindresde diamètreségaux. Mais lorsquils voulurent élever des voûtes sur despiles poséesaux angles de parallélogrammes, la voûte darête romainene pouvait être appliquée; ils adoptèrent, dans ce cas, le berceau oudemi-cylindre continu sanspénétration, et au droit despiles ils renfor-cèrent cesberceaux pai des arcs-doubleauxen pierres appareillées, surlesquelsils comptaient pour éviter les fâcheux etiets dunerupture lon-gitudinale dans ces berceaux par suite dun mouvement despiles. En-core une lois, et nous insistons MMce point, c était un cintrage perma-nent. Cependantlesobstacles,les difficultés semblaient naître à mesureque les constructeurs avaientcru trouver la solution du problème. Leseffets des pousséesdes voûtes si parfaitement connus des Romainsétaientà peuprèsignorésdes -instructeurs romans.Le premier, parmieux, qui eut lidée de bander un berceau plein cintre sur deux mursparallèles,crut certainement avoir évité à tout jamais les inconvénientsattachésaux charpentes apparentes,et combine une construction à lafoissolid^fdurable, dunaspect et monumental. illusionnedut Sonjias être de longue durée, car, les cintres et couchis enlevés, les mursse déversèrent en dehors, et la voûte tomba entre eux. Il fallut donc.trouver des moyenspropres à prévenir de pareils sinistres. On renforçadabord murspardes les contre-forts extérieurs, des par pilessaillantesà linférieur; [mis,au droitde cescontre-forts decespiles,on banda etdes arcs-don Idéaux les sous berce Noyant pièces boislongitu- uix. des dedinalesdanslépaisseur ni" ""< des dunepile àlautre,à la naissance des
  • 17. [ PRIXCHKS ] 15 - [ CO.NSTHLCTION ]berceaux,on crut ainsi arrêter leur p<»us.->ée ces piles. (le nétait entrelà toutefois quun palliatif: si quelques édifices ain^i inile»,re>islerentà la poussée des berceaux, un grand nombre sécroulèrent quelquetemps après leur construction. Mais il est nécessaireque nos lecteurs prennent une idée exactede cegenrede construction. Nousen donnons(ny.3)lensembleet les détails.EnAsont les piles intérieures portant lesarcs-doubleauxE; enB, lesnm-tre-forts extérieurs destinésàmaintenir leur poussée: en C, les,longrinesde bois relenaiil le berceauDà sanaissance-. Afin de reporter la pousséedes arcs-doubleauxaussi basque possible, les constructeurs donnaientune forte saillie aux chapiteaux 0. Si des voûtes ainsi conçuesétaientbandéessur fies piles assezsolidement construites en matériaux bienlies mi très-lourds; si les murs étaient épais et pleins du bas en haut;si les contre-forts avaient une saillie suffisante, et si les arcs-doubleaux,
  • 18. [ CONSTHUCTION ] - Ifi - [et par conséquent piles, nélaienl pastrop espacés, lien-eaux, les cesrenforcésde sous-arcs, pouvaientcire maintenus.Mais si, commeilarrivait dans les m1!-,bordées de collatéraux, les mUrs portaient surilt>*archivolle, et df> piles isolées; si ces piles isolées, que lonessayai! toujoursde faireaussi épaisses possible peu que pour ne pasgêner la circulation et la vue, ne présentaientpasune assiettesuffi-santepour recevoirdes contre-fortsextérieurssaillants au-dessusde, voûtes des lias côtes; alors le berceau supérieur, malgré ses arcs-douhleaux ou avec ses arcs-doubleaux, déversait peu à peu les mursetle, pilesen dehors, toutela construction et sécroulait. ia fin du Versi siècle déjà,beaucoupdéglises de salles et ainsivoûtées,bâtiesde-puis un demi-siècle,tombaienten ruine, et il fallait les reconstruire.Os accidents étaientun enseignement les constructeurs:ils leur pourdonnaientloccasion dobservercertains phénomènes statique dont deils navaientpasla moindre idée; ils leur faisaientreconnaîtreque leslongrinesdeboisnoyées dans maçonneries, les dépourvues dair, étaientpi-omplement pourries, et que le vide quelleslaissaientne faisaitquehâter la destruction des édifices; que les murs ayant commencé à sedéverser,la pousséedesvoûtes croissait en raison directe de leurécar-lemeiit : quenfin, si les voûtes en berceau étaient posées sur des nefsavec collatéraux, les désordres occasionnéspar la poussée des voûteshautes étaient tels, quil nétait pas possible de maintenir les piles etles murs dans un plan vertical. Cependantle moment nétait pas encore venu où les constructeursallaient résoudre exactementle problème de la stabilité des voûtes po-séessur des murs parallèles ; ils devaient encore faire des tentativespour éviter les effetsde la pousséesur les murs latéraux. Les construc-teurs romanssavaient que les voûtes darête présentaient cet avantagede nexercer des pressions et des pousséesque sur quatrepoint s dappuirecevant leurs sommiers. Reconnaissantque les berceaux exerçaientune poussée continue sur les tètes des murs, ils cherchèrent à les sup-primer et à les remplacer, même dans les nefs composéesde travéessur plan barlong, par des voûtes darête, afin de reporter toute leurchargeet leur pousséesur les piles quils espéraientrendre stables. Mais,ainsi que nous lavons dit plus haut, la voûte darête romaine ne peutse bâtir que sur un plan carré : il fallait donc trouver une nouvellecom-binaison de voûtes darête se prêtant aux plans parallélogrammes.Géométriquement, cesvoûtes ne pouvaient se tracer, et ce nétait quepar des tâtonnements quon arrivait à les construire. Déjà,pendant le xiesiècle,les constructeurs avaient composédes voû-tesqui tiennent à la fois de la coupole et de la voûte darête, en ceque ces voûtes, lieu dêtreengendrées deuxdemi-cylindres pénétrantà au par seangle droit, sont formées par quatre arcs plein cintre réunissant les qua-tre piles et deux arcsdiagonaux,qui sont eux-mêmesdespleins cintres,et par conséquent présentent un rayon plus grand que ceux des qua-tre premiers. Quandon connaît les moyens employés pour construire
  • 19. [ PRINCIPES ] 17 [ CONSTHUCTION ]une voûte darête, on comprend facilement quel avait été le motif decrllr modification a la voûte darête romaine, pour faire une voûte, ilfaut des cintres de bois sur lesquels ou pose des conclus. Or, pour faireune voûte darête romaine, il faut tailler quatre cintres sur un demi-cercle cl deux cinlrr-, diagonaux donl la courbe e^l donnée par la ren-contre desdemi-cylindres la courbede ers cintres diagonauxne>l :point un demi-cercle, maisuneellipsequon obtientau moyendordon-née^ ainsiquelindique la ligure4. SoientAB le diamètredescylindre-,"I HC la trace horizontale du plan surlequel se rencontrent les deux cylin-dres AB, AG. Opérant sur un quart, etdivisant le demi-cercle rabattu en uncertain nombre de parties égales DE,EF, FG,GB,on abaissedes perpendicu-laires de cespoints diviseursD, E, F, il.sur le diamètre AB, en les prolongeant 3,jusquà leur rencontre avec la diago-nale BC. On obtient ainsi sur cette dia- Agonale des points diviseurs (/, e, /, </:de ces points, élevant des perpendicu-laires sur la diagonale BC et prenanlsur cesperpendiculaires des longueursdd égales à DD, ee égales à EE, etc.,on pose des points c/, e, /, y, par les-quels devra passer la courbe de rencontre des deux demi-cylindre vCette courbe, ayant une flèche dd égale au rayon DD, et un diamètreBCplus grand que le diamelre AH, ne peut être un demi-cercle. I!imque fort simple, ce tracé géométrique parul trop compliqué aux con-structeurs romans. Ayant donc tracé un demi-cercle sur le diamètre ABpour faire tailler les cintres de charpente des quatre arcs générateursde la voûte, ils tracèrent un second demi-cercle sur le diamelre BCpour laire tailler les deux cintres diagonaux. Ainsi les clefs //de ren-contre de cesdeux cintres diagonaux setrouvèrent placéesà un niveauplus élevé que les clefs D des arcs générateurs, et la voûte, au lieudêtre le résultat de la rencontre des deux demi-cylindres, fut un com-posé de surfacescourbes sansnom, mais se rapprochant de la coupole.Cette démonstration élémentaire est nécessaire, car elle est la clef detout le systèmedes voûtes au moyen âge. Ce premier résultat, dû bienplutôt à lignorance quau calcul, fut cependant un des principes lesplus féconds dans lhistoire de la construction. Dailleurs il indiqueautre chose que lignorance grossière, il dénote une certaine liberlerélléchie dans lemploi des moyens de bàlir, dont limportance c>| r,,M-siderable : cl, en ellèl, une fois affranchis des traditions romaines, lesconstructeurs du moyen à^e furent de plus en plus conséquents avecleurs principes ; ils en comprirent bienlôl loute létendue, el sy aban-donnèrent franchement. Cependant suivons-les pas à pas. Il sagissait iv. - 3
  • 20. [ C<XSTJin;TJON ] 18 - f PRINCIPICS ]donc, une lois le prinri[>ede la voûte darête romaineainsi modifié,d;i|>|ilii|iirr ces oules a des plans barlongs, car les constructeursjeconn;i]--aienl Je danger des larges voûtes en berceau. Soii dune lig. :>:ABCDle parallélogramme, dune travéede nef enplan,quil sagit couvrirparunevoûte de darête. Soient AEBlextrados demi - circulaire des arcs-dou- bleaux rabattus, et AFC lextrados demi - circulaire des formerets également rabattus. Il est clair que le rayon MF sera plus court que le rayon GE; partant, la clef E plus élevéeque la clef F. Si nous traçons un demi-cercle sur la dia- gonale AD comme étant la courbe sur laquelle devront se rencon- trer les voûtes engendrées par les demi-cercles AEB, AFG, il en résultera que les arêtes AI, BI, DI, CI, au lieu dêtre saillantes dans tout leur développement,seront creuses, au contraire, à peu près dans les deux tiers de leurlongueur, et principalement en se rapprochant de la clef I. Kn etlel, soit lig. 6) la coupe transversale de la voûte suivant HO.Soient HF la coupe du formeret, HTO la projection verticale delà diagonale AD ou BC. La ligne 6 droite tirée de la clef F à la clef P laisse un segment de cerle KLI au-dessus de cette ligne; doù il résulterait que cette portion de voûte devrait être convexe à lin- trados au lieu dêtre concave, et que, par conséquent, elle ne serait pas constructible. Posant donc des formerets et arcs-dou-bleaux sur les arcs diagonaux,des couchisde planches pour fermerles triangles desvoûtes de maçonnerie,les constructeursgarnirentcescouchisdun massif épaisde terre suivantune courbedonnée parles trois points F, I, F, cest-à-dire donnée par les sommets des arcsdiagonaux et des arcs formerets : ainsi les arêtes diagonales redeve-naientsaillantes;sur cemassif,on posales rangsde moellonsparallè-lement à la section FT pour fermer la voûte. Le résultat de ces tâtonnements fut que les voûtes darête nétaientplus des pénétrations de cylindres ou de cônes, mais dellipsoïdes. Lapremière difficulté elant franchie, des perfectionnements rapides nedevaient tarder à se développer.Maisdabordcomment,par quels pasprocédés mécaniques ces voûtes étaient-elles construites? La voûte
  • 21. | lKINCIPES ] - 19 - [ CUNSTHICTKIX ]darêteromaine,construit»1 travées, par navaitpoint darcs-doubleaux :elle portait sur des piles ou des colonnes saillantes, ainsi qut- le repré-sente la figure "7,cest-à-dire oex. la projection homunlale A dun»1de cesvoûtes) les diagonales DE,produites la pénétration que BC, parde deux demi-cylindres de diamètres égauxet formant arêtes saillantes,portaient sur les angles saillants des piles Mais les architectes romansayantdabord renforcélesgrandes voûtes berceau des arcs- en pardoubleaux, ainsiquele faitvoir notre figure3, et venant remplacer àces voûtesdemi-cylindriquespar desvoûtesdarête barlongues, con-servèrent arcs-doubleaux ne pouvaient les ; ils faire autrement, puis-quelesdiagonales cesvoûtes de étaient demi-cercles, queleur des etsommet sélevait au-dessus du sommet des arcs dont le diamètre étaitdonnépar Técartement piles. des 8 Afin de nous fairecomprendre, (fig. 8) la coupelongitudinale soitdunevoûtedarêteromaine composée travées; ligneABestho- de larizontale cestla coupe demi-cylindre : du longitudinal. (fig. Sois) Soitlacoupelongitudinale voûte dune darêteromane planbarlong; surla ligne ABest unesuite de courbes,ou tout au moinsde lignesbriséesréunissantles points G, D, sommetsdes arcs transversaux, avecles
  • 22. [ CONSTRUCTION J - 20 - [ PRINCIPES ]pointsde rencontreEdesdemi-cercles diagonaux.Il fallait nécessaire-inrni conserver sous les points G, D, des arcs saillants, des ares-dou-Idcaiix,i|ui nétaient,comiin nouslavonsdit plushaut, quedescintres . lies lors les an-lesdiagonalesdevaient prendre leur point 8blsde départ en retraite de la saillie des piles OUcolonnes, celles-ci étantiiiiii|iiciiieiil destinées a porter les arcs-doubleaux; cest-à-dire(fig. 9)«pieles arêtes (lurent partir des points F au lieu de partir des points G, t «pie sommiers arcs-doubleaux reposèrent lesassiettes les des se sur l-orsipi il sagissait doncde fermer lesvoûtes,les constructeursposaient concluspmtant les massifs formesen terre sur lextra- les oudosdi r, arcs-doubleaux les deux et sur cintres diagonaux char- depente.
  • 23. [ PIIINCIIKS ] -21 | ONSTHI | CT10N Dans 1rs consirucl ii ni s élevées riiiv, tous les peuples t onstrUCteurs,li-s déductions logiques se suivent arr une rigueur fatale, lu pas lailenavantnepeut jamaisêtre h-dernier : il lan!toujoursmarcher: du mo-ment quun principe est le résultat du raisonnemeni, il en de ienl bien-tôt lesclave.Tel est lesprit des peuples occidentaux: il perce des quela société du moeu à^e commence a se sentir et a sorganiser: il nesaurait sarrêter, car le premier qui établit un principe sur un raisonne-ment ne peut dire a la raison : » Tu niras pas plus loin. - Les coiislriic-leurs, a lombre des cloîtres, reconnaissentce principe des le xi siècle.Cent ans après ils nen étaient pins les maîtres. Kvêques,moines, sei-gneurs, bourgeois, leussent-ils voulu, nauraient pu enipèclier larchi-lecture romane de produire larchitecture dite ijotliit/iii.-celle-ci nel.nlque la conséquence fatale de la première, (.euxqui eiilenl voir danslarchitecture gothique (toute laïquei autre chose que lémancipationdun peuple dartistes et dartisans auxquels on a appris a raisonner.qui raisonnent mieux que leurs maîtres et les entraînent malgré euxbien loin du but que tout dabord ils voulaient atteindre aec le-,loi-cesquon a mises entre leurs mains; ceux qui croient que larchileclni-egothique est une exception, une bizarrerie de lesprit humain, n en ontcertes pas étudié le principe, qui nest antre que lapplication rigou-reusement suivie du système inauguré par les constructeurs romans11 nous sera aisé de le démontrer. Poursuivons. Nous voyons déjà, à la fin du XIesiècle, le principe de la voûte darêteromaine mis de côté. Les ârcs-doubleaux sont admis <letimliemenlcomme une force vive, élastique, libre, une ossature sur laquelle reposela voûte proprement dite. Si les constructeurs admettaient que cescin-tres permanents fussent utiles transversalement, ils deaient admettrede même leur utilité lougitudinalement. Ne considérant plus les voûtescomme une croûte homogène, concrète, mais connue une suite depanneaux surfaces courbes, libres, reposant sur des arcs Ilexibles, la àrigidité des murs latéraux contrastait avec le nouveau système; il fal-lait que cespanneauxfussent libres dans tous les sens, autrement le>brisures, les déchirements eussent été dautant plus dangereux, queces voûtes eussent été portées sur des arcs flexibles dans un sens etsur des murs rigides dans lautre. Ils bandèrent des forinerels dunepile à lautre, sur les murs, dans le senslongitudinal, (.esforinerels nesont que des demi-arcs-doubleaux noes en partie dans le mur, maisne dépendant pas de sa construction. Par ce moyen, les voûtes reposaient uniquement sur les piles, et les murs ne devenaient que de,clôtures, quà la rigueur on pouvait bâtir après coup ou supprimer IIfallait une assiette à ces formerets, un point dappui particulier: lesconstructeurs romans ajoutèrent donc, a cet effet,nu nouveau meniluv 1 Cest dans la nef de léglise dp Vézelay quil l.nit constater l.ih.-inilon du sy>li-m<romain Là les voûtes hautes, ilanHi, sur plan li.trloiijj;, ^mi <|rj,i ilr~ pénétrations dellip-soïdes, avec arcs-doubleaux saillants et formerets.
  • 24. [ CONSTRUCTION] - 22 - [ PRINCIPES ]à leurspiles,et la voûtedarêteprit naissance langlerentrant dansforint par If >onimie de larc-doubleau celui du formeret,ainsi que r etlindiquela ligurelu. A estlarc-doubleau, le formeret, larêtede B G la A-oûte; le plan de la pile est JO en D, Mais si la pile était isolée, si une nef était accompagnéede bas côtés, elle prenait en plan la ligure 10 bis. A est larc-doubleau de la grande voûte, B sont les archivoltes portant le mur. Au- dessus de ces archivoltes, ce mur se retraite en F de manière à permettre aux pilastres G de porter les formerets supérieurs. G est larc-doubleau du collaté- ral, D les arêtes des voûtes de ce collatéral, et H celles des voûtes hautes Les voûtes des collaté- raux sont bandées sur les arcs- doubleaux G, sur les extrados des archivoltes B, et sur un for- meret noyé en partie dans le mur du bas côté et portant comme les formerets supérieurs de la fig. 10. Ainsi donc déjà les mem-bres des voùlf.s donnent la section horizontale des piles, leur formedérive de ces membres Cependantces voûtes étaient contre-butées dune manière insuffisante, des mouvements se faisaient sentir dans les piles ; par suite, les nerfs principaux des voûtes, les arcs-dou- bleaux se déformaient. Ne sachant comment mainte- nir les poussées, les con- structeurs se préoccupèrent dabord de rendre leur effet moins funeste. Ils avaient observé que plus les cla- veaux dun arc présentent une grande section, plus, de lintrados à lextrados, les mouvements qui se produi- sent dans cet arc occasion-nentde désordre. nétaientpaslespremiersqui eussent Ils reconnucetteloi. LesRomains, avant eux,lorsquilsavaient degrandsarcs eu
  • 25. [ PRINCIPES ] - 23 - [ CONSTRUCTION ]à bander, avaient eu le soin de |,-s former de plusieurs rangs de cla-veauxconcentriques, mais indépendant les uns des autres, ainsi quelindique la figure 11, en A Les arcs construits de celle manièreforment comme autant de cerceaux agissant séparémentet conservantune élasticité beaucoupplus grande, et, par Mille, plus de résistancequun arc de même section construit daprès la méthode indiquée en B(voy. VOUTE). Les constructeurs romans composèrent, daprès ce principe, leursarcs-doubleaux de deux rangs de claveaux concentriques : lun, celuidintrados,prenant unesectionou portion de rayon plus longue quecelui de lextrados; et comme les arcs-doubleaux nétaient que des cin- 12très permanents destinés a recevoir les bouts des couchis sur lesquelson maçonnait la voûte, ils donnèrent à ce second rang de claveauxune saillie sur le premier, propre à porter ces bouts de couchis.La figure 12 explique cette méthode. En A, est le rang des claveauxde lintrados; en B, celui des claveaux de lextrados, avec les deuxsaillies G destinées à recevoir les bouts des couchis D sur lesquelson maçonnait les voûtes Les formerets, ayant un moins granddiamètre et nétant pas sujets aux effets des poussées,sont com-posés dun seul rang de claveaux portant, ainsi que le démontrela figure 12 bis, la saillie nécessaire à la pose des couchis On vit
  • 26. [ CONSTHUCTION ] - 2t - | lI.I.M ] iri.sdéjà «|ne le. constructeurs romans laissaient en évidence leurslumens malerieU de cini >lnid ii in : que. loin de cherchera les dis- simuler, ils composaient leur architecture de ces moyens même.. Veiil-iiii danlic. preiue. de ce lail ? Les Humains lerminaieiil le soin- mel de leurs colonne, par des chapiteaux; mais la saillie du tailloir de ces chapileaii ne portait rien : ce nétait quun ornement. Ainsi, lors- que les Humains posaient une oiite darête sur des colonnes, comme il arrivait irêqirinment, dans les salles de thermes, par exemple, le 13sommiei île la voûte était a laploinh du nu de la colonne tiir. . . Etalors, chose singulière et donl on ne peut donner la raison, iioii-seule-menl le fût de la colonneromaineportait sonchapiteau, maislenlahle-mentcomplet Ididre; desorte de que,par le fait, toutela partiecomprise cuire A et li ne .cnail a rien, et que le. foile-, saillie. I;M" ii"iit pu êtreulili-eesqu " pourposer cintresde charpenle les des-LII.Î; a tenn -r e , vont " , II f.mt avouer cétait heauconp luxe que dep iurunoli|-l accessoirLOI-M[U constructeurs -. " le.s roman,posent unarc<ur colonne une isolé ou il .. L.T.lechapiteau quunencor- neslI " ii "" I d"" iné à recevoirIn ommierde larc, une saillie servantde1 "!- i ii " i. 1-- . tle la colonne lassieile et cariéedu
  • 27. [ lHI.XUlLS ] -2:, [ CONSTRUCTION ]Sommier li.ii. I ( Alor.s le cliapileail n c-,1pas seulement un ornement,cest un membre utile de la eon-Ji-m-lion <» (.IIAITILAI . Les constructeur-* romans avaient-ils une corniche de couronnemenlàplacer àla tête dun mura lextérieur- a ai-e-, lemp-,et de matériaux, deils se gardaient liieu dévider a -ramU Irais les divers memltre> de e, I te /4corniche dans une seulepierre, ils posaient, par exemple, des rm beauxsaillants entre la dernière rangée de moellons, cl sur ces eorlieaux. ilsplaçaientune tablettede pierre servantdY-oiil a lu couverture voy.IJIHNICHE).est inutile dinsister davantage MICces delaiK (|iii vien- Ildront se présenter à leur place dans le cours de cet ouvrai:! La construction des voûtes était donc la grande préoccupation de>architectes du moyen âge. Ils étaient arnc>. ain.sique non-, enou-,de le faire voir, à des combinaisons in^énieiiM-s en elli^-nn-mes, ([uilsnavaientpas encoretrouvé lesmoyenspropres àmaintenir sûrement cesvoûteset quils en étaient réduitsauxexpédients. Ainsi, parexemple, ilsmaçonnaient les remplissagesde cesouïes en lui. en maleriaux légers,alin de diminuer les effetsdespoussées; les réduisaientdépaisseur ils iv. - 4
  • 28. [ CONSTRUCTION J - 26 - f PRINCIPES]autant quepossihle ils hloquaic-nl maçonneries : des sousles comhlesdes collatéraux au droit de ces poussées,dans lespnir dempêcher ledéversemenl des pile-, : ils posaient de:, chaînages de hois transversauxà la ha.se ces contre-forts masquéspar la pente des comhles, pour derendreles pilessolidairesdes mursextérieurs.Cesexpédientsétaientsuffisantsdansde petites constructions ; ils ne faisaient, dans les gran-des, ([ne ralentir leffet despoussées sansles détruire complètement. Il faut se rendre compte de ceseffetspour concevoir la suite deraisonnements dessais par lesquelsles constructeurspassèrent etde lignorance à la science. 15 Soit (fig. lo)la coupe transversale dune église romane de la fin duxie siècle, construite, comme celle de Vézelav, avec vofites darête surles collatéraux et sur la nef centrale. En A, la construction est figuréetelle que larchitecte lavait conçue ; en B, telle que leffet des voûteshautes lavait déformée. DU avait eu le soin de laisser des tirants de ferCDàla naissance arcs-d des oubleauxmaiscestirants,mal forgés ; proba-hlement, sétaient brisés. Un siècle et demi après la construction de lanef,leseffetsproduitsavaient déjàcausé chutedeplusieursvoûtes,et lalon avait àla hâteconstruit lesarcs-boutants extérieursE ponctués surnotre dessin.Ceseffetsoccasionnaient: le déversement piles et 1° desmurs qui les relient de F en G; par suite, laffaissement des arcs-dou-bleaux en H à la clef, lécrasement des lits des clav eaux des reins de cesarcs en I, à lintrados; 2° la dislocation des arcs-doubleaux K des colla-
  • 29. [ PRINCIPES ] - 27- [ CONSTRUCTION ]lénmx, commenotrefigure lindique; parsuite encore,le déversementdes murs extérieurs L des bas côtés. Ces effets se produisaient partoutde la même manière. En les étudiant, les constructeurs crurent, nonsansraison, puisquele fait est constant,que tout le mal était produitpar la poussée des arcs plein cintre et des voûtes quils supportent enpartie ; quela concavitétrop plate de cesvoûtesavait une action obli-que, une pousséetrop considérable que la poussée ; dun arc pleincintre augmenteen raison directede son action; que la déformationsubie par cesarcs indique leurs points faibles, savoir: la clef et lesreins ; que toutes les fois quun arc plein cintre nest pas parfaitementcontre-buté et que les piles qui le supportent sécartent, ces arcs sedéforment, ainsi que lindique la tigure 16. Soit une voûte dont le diamètre des arcs-doubleauxait7m et lépais-seur des claveaux de ces arcs Om,60 les murs viennent à sécarter à la :naissance des arcs de Oni,20 chacun ; dès lors le diamètre du demi-cercledont le centre est en B, de 7matteint 7m,40,et les points a des naissan-ces de larc-doubleau sont reculés en «. Le segment ab, qui est un peumoins que le quart du demi-cercle, seporte en a1 car, en supposantque U;la pile serompe et pivote sur un point placé à 3men contre-bas de lanaissance,cette naissanced descendraau-dessousdu niveau du point aet le centre B remontera en b1. conséquencesde ce premier mouve- Lesment seront : 1° labaissementde la clef D en d et lattaissement du seg-mentée en bc. Cet effet secontinuerajusquau moment où la courbe dia-gonalebe,tracée de lintrados àlextrados du segmentbc,sera plus courteque la distanceentre b et e. Il faut remarquer, en passant,que les voûtesromanes, que lon supposeavoir été construites enansede panier, nont
  • 30. [ CONSTItUCTION ] 2S- [ PRINCIPES ]acquiscellecourbe par siiile de lïcailemenf piles. Quarante que descenMnici décart res émeuteutre cespiles,eudehorsde la verticale,don-nent i)". iOdaffaissementausommelde la-c ; la différenceentre le demi-diamètre dun arc, danscecas,et la flèche de la courbe est donc deU",SO.Les conslriicleurs dinenl observer ces etléls et chercher les moyensde les preenir. Le premier inoenquils paraissent avoir employée-,1celui-ci: ayanlune i,el ilonl lesarcs-doubleaux 7"de diamètre onla lintrados cl ((".(il)dépaisseur de claveaux,et ayant remarqué ti-. Hitque le -e-menl lîr . en sallaissaiiI, pressait le serment inlérieur <ih alinlradosenôel la clelàlextrados en e, ils en ont conclu que le trianglecurviligne ///"/"était inutile et que la diagonaleéeseule otlVailune résis-tance.Donc,parlantde ceprincipe, ils ont tracé(Hg.l7j lesdeuxdemi-cercle>il inlrado^ et d extrados(, 11 |inis, suv le diamètre (}. ils ICI:ont cherchele centre( t dun arcde cercleréunissanl le point A de lin-tradosan point K de 1extradosdu plein cintre. Tlacanlun joint en K(ïet non une clef, afin déviter leffet déquilibre visible dans la tiiiiire Hï.ils ont coupe les claveaux de ce nouvel arc AICsimunl de-- li^ne.-,nor-males la courbeAE. cest-à-diretendant centre(I. Sil se pro- à auduisaitencoredesbrisure-, dan-, arcs-doubleaux composés ces ainsidesdeux diagonale-, courbe^AK. les constructeursprocédaientaeccet arcï commeavecle plein cintre, cest-à-direquils reculaientsurle diamètre le centre II en <»,de manière a obtenir un arc réunissantle point A au point (i. </e-,| que,dan- uiïle> xii"-iecle, ainsi le-, du non-, voyons à peu peuhi arcs-doubleaux séloigner pleincintre du pour rajqirocher larc se deenlier-,-point meilleure La preuve nous que puissions àlappui donner
  • 31. [ PHIM.IIKS ] J.l - [ GONSTIll ] l.TIONde notre hypothèse,cest le relevé exact dun grand nombre de ces an -brises primiLls qui donnent exactementuneflèche plus longue que ledemi-diamètre, de lépaisseur des sommiers, une fois, deux fois, troisfois .Maiscelle preuve nest évidente que pour ceux qui ont été a mêmede mesurer exactement un grand nombre darcs-doubleaux de celteépoque. Voici donc une observation générale qui peut être faite partout le monde, sans recourir à des mesures difficiles à prendre. Il est des contrées, comme lIle-de-France, par exemple, oii les arcs-douldeaux romans plein cintre nont quune épaisseur de claveauxfaible. <>rici, dansles premières voûtespossédantdépare-,brisés, lacuitéde ces arcs est a peine sensible, tandis que dans les provinces on lesarcs-doubleauxromans plein cinlre avaient une forte épaisseur, commeen Bourgogne, lacuité de ces arcs-doubleaux îles premières voûtesabandonnant le plein cintre est beaucoup plus marquée. Ladoptiondelarc briséétait si bien le résultatdesobservations queles constructeurs avaientfaites sur la déformation des arcs plein cintre.savoir, le relèvement des reins et 18laffaissement de la clef, quil existeun grand nombre darcs-doubleauxdu ue siècle tracés comme lindi-que la figure 18, cest-à-dire ayantquatre centres : deux centres Apour les portions darc BC, DE, etdeux centres G pour les portionsdarc CD comprenant les reins ;cela pour présenter de G en D uneplus grande résistance à leffet derelèvement qui se fait sentir entreles points G etD ; car plus la ligneGD se rapproche dune droite,moins elle est sujette à se briser du dedans au dehors : par ce trace,les constructeurs évitaient de donner aux arcs-doubleaux une acuitéqui, pour eux, encore habitués au plein c;nt , ne pouvait manquerde les choquer. Du moment que larc-doubleau composéde deux arcs de cercle venaitremplacer le plein cintre, il découlait de celle innovation une foule deconséquencesqui devaient entraîner les constructeurs bien au delà dubut auquel ils prétendaient arriver. Larc brisé, larc i-ittn-v-/><>>nf puis-que cest la son vrai nom , employé comme moyen de construction,nécessitépar la structure généraledes grands aisseaux ouïes, obtenupar lobservâtion des elleI s résultant de la pousséedes arcs plein cintre,est une véritable révolution dans lhistoire de lart de bâtir. (.In a dit :" Les constructeurs du moyen âge, en adoptant larc en tiers-point nontrien inventé; il y a des arcs brises dans les monuments les plus anciensde Grèce et dEtrurie. La seclion du Ire soi dAIree a My ce nés donne un
  • 32. ] - 30 - [arc entiers-point,etc.- Cela vrai ; toutefois ometun point assez est onimportant: que pierres cest les composant arcs posées encor- ces sont enhellenieiil queleurslits nesontpasnormaux la courbe, ; à quils sontliun/.(>nlan. Cela estmoins que rien pour ceux qui ne sepréoccupentqin-dela forme extérieuremaispour nous, ; praticiens, détaila ceci-pendant importance.dailleurs, son Et quand lesGrecs les ou Romainsauraient tait des voûtas engendréespar des arcs brisés, quest-ce que."""la prouverait, le principegénéral la construction dérivepas si de nede la combinaison de eescourbes et de lobservation de leurs effets obli-qne>.Il est évidentque, du jour où lhommea inventéle compaset lenioveii de tracer des cercles, il atrouvé larc brisé : que nous importe silnétablitpasun système complet surlobservation propriétésde ces desarcs? On avoulu voir encore, dans lemploi de Tareen tiers-point pourla construction des voûtes, une idée symbolique ou mystique; on aprétendu déinoiitrerquecesarcsavaientun sensplusreligieuxquelarcplein cintre. .Mais était tout aussi religieux au commencement on duxii .sièclequà la fin, sinon plus, et larc en tiers-point apparaît précisé-ment au moment ou lesprit danalyse, où létude des sciences exacteset de la philosophie commencent à germer au milieu dune sociétéjusqualors à peu près théocratique. Larc en tiers-point et ses consé-quencesétendues dans la construction apparaissent,dans nos monu-ments, quand lart de larchitecture est pratiqué par les laïques et sortde lenceinte des cloîtres, où jusqualors il était exclusivement cultivé. Les derniers constructeurs romans, ceux qui aprèstant dessais eniennent à repousser le plein cintre, ne sont pas des paveurs: ils neraisonnent point sur le sens mystique dune courbe ; ils ne savent passi larc en tiers-point est plus religieux que larc plein cintre; ils bâtis-sent, cequi est plus difficile que de songercreux. Cesconstructeurs ontà soutenir des voûtes largeset hautessur des piles isolées: ils tremblentà chaquetravéedécintrée; ils apportentchaque jour un palliatif au malapparent : ils observent avec inquiétude le moindre écartement, lemoindre effet produit, et celte observation est un enseignementinces-sant, fertile ; ils nont quedes traditions vagues,incomplètes, lobscu-rité autour deux; lesmonuments quils construisentsont leur uniquemodèle,cest sur euxquils foni desexpériences ils nont recoursquà ;eux-mêmes, sen rapportentquà leurs propres observations. ne Lorsquon étudie scrupuleusementles constructions élevéesau com-mencement xiiesiècle, du quonparvient les classer à chronologique-ment, quon suit les progrès des principales écolesqui bâtissentenFrance,en Bourgogne, Normandie,en Champagne, est encore en onsaisi aujourdhui par cette sortede fièvre qui possédait construc- cesteurs; on partageleurs angoisses, hâtedarriver à un résultatsûr; leuron reconnaît dun monumenta lautre leurs efforts;on applaudità leurpersévérance, la justessede leur raison, au développement leur à desavoirsi bornedabord, profondbientôt.Certes pareilleétude si une
  • 33. [ PRINCIPES ] - 31 - [ CONSTRUCTION ]est utile pour nous, constructeurs du xixe siècle, qui sommes disposésà prendre lapparence pour la réalité, et qui mettons souventla vulga-rité à la place du bon sens. Déjà, au commencementdu xir siècle, larc en tiers-point était adoptépour les grandes voûtes en berceau dans une partie de la Bourgogne,dans lIle-de-France et en Champagne, cest-à-diredansles provinces lesplus avancées, plus aelives, sinon les plus riches. Leshautes nefsdes leséglises de Beaune,de Saulieu, de la Gharité-sur-Loire, de la cathédraledAutun, sont couvertes par des voûtes en berceau lui niées de deux airsde cercle se coupant, bien que, dans cesmonuments mêmes,les archi-voltes dés portes et des fenêtres demeurent plein cinlre. Cest unenécessitéde construction qui impose larc brisé danscesédifices, et nonun goût particulier; car, fait remarquable, tous les détails de larchitec- ture de cesmonuments reproduisentcertainesformes antiques emprun- téesaux édifices gailu-nu nains de la province. Grâceà celle innovationde larc brisé appliqué aux berceaux, ces églises sont restées deboutjusquà nos jours, non sans avoir cependant subi des désordres assezgraves pour nécessiter, deux siècles plus lard, lemploi de moyensnouveaux propres à [(revenir leur ruine. Mais lédifice dans lequel on saisit la transition entre le systèmede construction roman et celui dit yotbique le porche de léglise de estVézelay. Ce porche est à lui seul tout un monument composédune nefà trois travéesaveccollatéraux et galerie voûtée au-dessus.Le plan deceporche, bàli vers 1liiO, est kml roman et ne diffère pasde celui de lanef, élevée trente ans auparavant; mais sa coupe présente avec cellede la nef des différences notables. Déjà, vers la tin du xie siècle, lesconstructeurs de la nef de léglise de Yé/.elayavaient fait un grand pasen remplaçant les voûtes bâtîtes, en berceaujusqualors, par des voûtesdare le ; mais cesvoûtes, établies sur plan barlong, engendréespar desarcs-doubleaux et des arcs formerets plein cintre, font voir les tâtonne-ments,lesincertitudes, linexpérience constructeurs des (voy.ARCHITEC-TURE lRLiGiiasi-;, 211 Dansle porche, tous les arcs sont en tiers-point, tig.les voûtes soiil darête, sans arcs diagonaux saillants, et construitesen moellons bruts enduits ; les voûtes hautes sont très-adroitementcontre-butées par celles des galeries de premier étage. Cet ensembleprésente une stabilité parfaite. Nous donnons tig. l.li la coupe transversale du porche de Vézelay.Les voùles des galeriessont engendréespar les formerets Ades grandesvoûtes, qui sont de véritables archivoltes, et par les formeretsB, dont la i II faut dire ici qnr r.in-liilrrlinv liourguignonnc était en retard de vingt-cinq ans au MU cille du lIle-de-France ; mais les monuments de transition nous manquent dan< e-dr-lY.iiirr. l,Yi,rls| di- Saint-Denis, élevée de 11 à Ilii, I-M drj.i ^ciilm|ni- roniine iO de riiii-.tnirliori, cl lei édilire> iiiterinédi,lires entre celui-ci et ceux franchement »Yislunl |iUis ou oui été presqueentièrementmodifiésau xui° siècle.
  • 34. CON"-Iï:n:ïin.N)naissanceo-l beaucoup plus bas; de là linclinaison AB des clefs des
  • 35. [ PRINCIPES ] - 33 - [ rONSTRrr.TION 1voûtes latérales qui forment une Imlee continue enserrant les grandesvoûtes. Les travées étant barloii^ues el le-, lormerels ayant leur uais-sance-aumème niveau que les arcs-doubleaux G, la clef de cesforme-rets A est à un niveau inférieur aux clefs de ces arcs-doubleaux; lesgrandesvoûtes, par suite de celle disposition, sont très-iele ces, leursarêtes saillantes peu senties. En D, nous avons figuré le détail dessommiers des arcs au niveau D de la pile, el en (1 le plan avecle départdes arcs et arêtes des voûtes. Cette construction de voûtes ne ressem-ble en rien à la construction romaine ; déjà le principe dindépendanceentre les diverses parties de la bâtisse est admis et développé. Cependantles voûtes du porche de Vé/.ela, saufdeux, sont dépour-vues darêtiers ou darcs ogives saillants; elles ne tiennent que parladhérence desmortiers, et forment chacuneune concavitéhomogène,concrète, comme les voûtes romaines. Les deux seules voûtes de ceporche possédantdes arêtiers pourraient sen passer : ceux-ci ne sontquune décoration et ne portent réellement pas les remplissages demoellons. Mais cétait là unetenlative qui eut bientôt des conséquencesimportantes. Les constructeurs avaientobtenu déjà, au moyendesarcs-doubleaux et des lormerets indépendants et résistants pour chaquevoùle. une sorle de châssis élastique sur lequel, sil survenait des lace-ments, ces voûtes pouvaient se mouvoir indépendamment les unes desautres. Ils tentèrent daller plus loin : ils voulurent que les triangles con-cavesde ces voûtes fussent eux-mêmes indépendants les uns des au 1res;el pour ce faire, ils composèrent les voûtes de deux éléments bien dis-tincts: les arcs et les remplissages ; les arcs considérés comme des cin-tres permanents, élastiques, et les remplissagesconnu. des concavitésneutres destinéesà fermer les triangles vides laissesentre ces arcs. Ilscommencèrent par éviter une première dilïieullé qui jusqualors avaittoujours gêné les architectes: ils revinrent a la voùle sur plan carré,comprenant leux travées bar- lulongues, si la nécessité lexi-geait : cest-à-dire quils tracè-rent leurs voûtes en projectionhorizontale, ainsi que lindiquela ligure 20. Soit ABCD un carré parfaitou à peu près, peu importe,comprenant deux travées denef AE BF, EC FD : ce sontles diagonales AD, BC, qui en-gendrent la voûte ; ces deuxdiagonales sont les diamètresde deux demi-cercles parfaitsrabattus sur le plan: ces deux demi-cercles, étant de même diamètre,se rencontrent nécessairement au point G, qui est la maîtresse clef. iv. - 5
  • 36. [ CONSTRUCTION] - .ii - [ PRINCIPES ")Prenant une longueur égale au rayon GA et reportant ce rayon surla perpendiculaire on a tracé larc brisé EIF, de manière que le GI,point I tombe sur le point G : cest larc-doubleaudont la projectionhorizontale est en EF. Prenant une longueur moins grande que lerayon fJA, mais plus grandi- que la moitié de la largeur AB de la nef,et la reportant sur la perpendiculaireIIK, on a tracé larc brisé AKB:ccsl larc-doubleau dont la projection horixunlale est en AB ou en CD.Enfin, prenant une longueur LM moindre que la ligne HK et plusgrandequela moitié de la ligne liF, on a tracélarc brisé BMF: cest lelornierel dont la projection horizontale est en BF, FD, etc. Taillant descintres de buis suivant ces quatre courbes rabattues sur une mêmeligne OP (20 bis], on a bandé des arcs extradossésde pierre sur ces cin-tres, et Ton a obtenu lossature de la voûte représentéepar la figure 21. 21 Ce sont là des voûtes primitives dites en aies dof/ice. remarquera Onque cesoules sont engendréespar un plein cintre que fournissent toutdabord les diagonales: cest le plein cintre qui commandela hauteurdes arcs brisés. Les arcs ogives, soit dit en passant cest ainsi quonnomme les arcsdiagonaux), sont donc des pleins cintres; ce qui indi-que assezque le mot ogivene convient pas à larc brisé. Mais ce nestpas le moment de discuter sur les mois oy. OGIVE), notre remarque etnest faite ici que pour signaler une de ceserreurs, parmi tant dautres,sur lesquelles on se fonde .souventpour juger un art que lon connaîtmal. Larc brisé avait été adopté pur les derniers architectes romans,commenouslavonsvuplus haut,pour diminuer leseffetsdespoussées.
  • 37. [ PRINCIPES ] - 35 - [ CONSTRUCTION ]Maintenantson rôle sétend,il devient un moyen pratiquede fermerdesvoûtes dont le véritable générateur est larc plein cintre. Lorsquunevoûtedarête (fig. 22) est engendrée deux demi- parcylindres pénétrant angle se à droit, lesarcs CD,AC,BD,sontdes AB,pleinscintres,et lespénétrationsAD, BC,desarcs surbaissés,puisquela clef E ne dépassepas le niveau de laclef F, et que les diamètres AD, BC, sontplus longs que les diamètres des demi-cercles AB, CD. Gela na aucun danger,si la voûte AB, CD, est homogène, con-crète, si elle forme une croûte dun seulmorceau, comme les voûtes romaines.Mais si le constructeur veut conserveraux triangles de sesvoûtes une certaineélasticité, sil veut nerver les arêtes dia-gonales AD, BC, sil veut que les trian-gles ABE, CDE,ACE, BDE, reposent surces nervures comme sur des cintres per-manents, et si cette voûte a une grandeportée,on conçoitalors quil y aurait imprudenceà tracer les arcsdia-gonaux AD, BG, qui remplissent une fonction aussi importante, surune courbe qui ne serait pas au moins un demi-cercle. Si ce tracé nestpas absolument contraire à la bonne construction, il présente dumoins, lors de lexécution, des difficultés, soit pour trouver les pointspar lesquels ces courbes surbaisséesdoivent passer, soit lors de lataille des claveaux.Larc plein cintre évite ces embarras et est incom-parablement plus solide. Les premiers constructeurs de voûtes fran-chement gothiques font une chose en apparencebien simple ; au Heude tracer le plein cintre sur le diamètre AB comme les constructeursromans, ils le tracent sur le diamètre AD. Cest là réellement leur seuleinnovation, et ils ne se doutaient guère, en ladoptant, nous le croyons,des conséquences dun fait en apparence si naturel. Mais dans lartdu constructeur, essentiellement logique, basésur le raisonnement, lamoindre déviation à des principes admis amène rapidement des con-séquencesnécessaires, rigoureuses, qui nous entraînent bien loin dupoint de départ. Il faut dire que les premiers constructeursgothi-ques, rebutés, non sans raison, par les tentatives des constructeursromans, qui, la plupart, aboutissaient à des déceptions, ne seffrayè-rent pas des suites de leurs nouvelles méthodes, mais au contrairecherchèrent à profiter, avecune rare sagacité,de toutes les ressourcesquelles allaient leur offrir. Les constructeurs gothiques navaient point trouvé larc brisé ; ilexistait, ainsi que nous lavons vu plus haut, dans des constructionsdontle système était franchement roman.Maislesarchitectes gothiquesappliquèrent larc brisé à un systèmede construction dont ils sont bienles seulset lesvéritablesinventeurs.11 adesarcsbrisés,auxnesiècle, y
  • 38. [ CONSTRUCTION ] - 36 - [ PRINCIPES ]partoute 1Europeoccidentale. ny a de constructiongothique,à cette Ilépoque, quenFrance, sur unepetitepartiede sonterritoireactuel, etn>n déplaiseà <-ru qui nadmettent pas quon ait inventé quelquechose ehe/ nous avant le xvi" siècle. Il en est de larc brisé comme de toutes les inventions de ce monde,qui sontà létat latent bien avantde recevoirleur applicationvraie. Lapoudre a canon était inventéeau xiir siècle; on ne lemploie réelle-ment quau xv%parce que le moment est venu où cet agent de des-truction trouve >on application nécessaire.Il en est de même de lim-primerie: de tout temps on a fabriquédesestampilles;mais lidée deréunir des lettres de bois ou de métal et dimprimer des livres ne vientque lorsque beaucoup de gens savent lire, que les connaissancesetlinstruction se répandent dans toutes les classes et ne sont plus leprivilège de quelquesclercsenfermésdansleur couvent.LéonarddeVinci, et peut-être dautres avant lui, ont prévu que la vapeur devien-drait une force motrice facile à employer ; on na cependant fait desmachines à vapeur que de notre temps, parce que le moment étaitvenu où cet agent, par sa puissance, était seul capable de suffire auxbesoinsde notre industrie et à notre activité. Il est donc puéril de nousdire que larc brisé étant de tous les temps, les constructeurs duxnesiècle nont pas à revendiquer son invention. Certes ils ne lontpas inventé, mais ils sen sont servis en raison de ses qualités, desressources quil présente dans la construction ; et, nous le répétons,cest seulement en France, cest-à-dire dans le domaine royal et quel-ques provinces environnantes, quils ont su lappliquera lart de bâtir,non comme une forme que lon choisit par caprice, mais comme unmoyen de faire prévaloir un principe dont nous allons chercher à faireconnaître les conséquences sérieuses et utiles. Si, en adoptant larc plein fin triepour les diagonales des voûtes,lesconstructeurs de la tin du xn siècleeussent voulu lappliquer auxarcs-doubleaux et aux formerets, ils auraient dabord fait un pas en arrière,puisqueleursdevanciersavaientadopté larc brisé, à la suite de fâcheu-sesexpériences, commepoussant moinsque larc plein cintre; puis ilssefussent trouvés fort embarrassésde fermer leurs voûtes. En effet, lesclefs des arcs-doubleaux et des arcs formerets tracés sur un demi-cerclese seraient trouvées tellement au-dessous du niveau des clefs des arcsogives,quil eût étédifficile de fermerles remplissages moellons,et deque, leseût-onfermés,laspectde ces voûteseût été très-désagréable,leur poussée considérable, puisquelleaurait étécomposée daborddesarcs-doubleaux plein cintre etde la charge énormequelesremplissagesde moellons eussentajoutée. contraire,lavantage larc en tiers- y Au depoint adopté pourlesarcs-doubleaux, lesvoûtesen arcsdogive,est dansnon-seulement poussertrès-peu lui-même, mais encoredesup- de parprimer unegrandepartie de la charge remplissages moellons,ou des deplutôt derendre cettecharge presqueverticale.Eneffet, soit (fig. 23l leplan dunevoûteen arcsdogive;si les arcsAD,CB, sont despleins cin-
  • 39. L PRINCIPES 1 - 37- [ CONSTRUCTION ] très, que arcs-doubleaux soient mais les AB,CD, aussi pleins des cintres, le rabattement cesarcs donnera,pour les arcs ogives, demi- de le cercleEFG, pour lesarcs-doubleaux demi-cercle Dans ras, le EHI. ce le remplissage moellons triangle en du COD chargera decercle larc KHL, cest-à-dire trois cinquièmes demi-cercle les du environ.M;u> "23si lesarcs-doubleaux tracéssuivantlarc briséEHI, le remplissage sontde moellons du. triangle CODne chargera que la portion de cet arccompriseentre PMR,les points P et R étantdonnéspar une tangenteST parallèle à la tangente VX, et les portions de remplissages com-prisesentreER, IP, agiront verticalement.Si les arcs-doubleaux sontdes demi-cercles, la charge oblique de chaque triangle de moellon seraON, QQ, N ; tandis que, sils sont tracés en tiers-point, comme lindi-que notre figure, cette charge ne sera que ONY, YN. La méthode expérimentale suffit pour donner ces résultats, et, à lafin du xne siècle, les constructeurs nen avaient point dautre. Cest ànous de démontrer lexactitude de cette méthode. Nous venons de dire que le point K où commencela charge des rem-plissagesdonne un arc IK, qui est le cinquième environ du demi-cercle.
  • 40. [ CONSTRUCTION 1 - 38 - [ PRINCIPES ]Dr, soient(fig. 21)AB un quart de cercle,OCuneligne tirée à 45 degrésdivisantce quart de cercleen deux parties égales les claveaux ; placésde G en B, sils ne sont maintenus par la pression des autres claveaux îfr Aposésde B en D, basculeront par les lois de la pesanteuret pousserontpar conséquent les claveaux posés de A en G. Donc cest en G que larupture de larc devrait avoir lieu; mais il faut tenir compte du frotte-ment des surfaces des lits des claveaux et de ladhérence des mortiers.Ce frottement et cette adhérencesuffisent encore pour maintenir dansson plan le claveau F et le rendre solidaire du claveau inférieur G.Mais le claveau F, participant à la charge des claveaux posés de F enB, entraîne le claveau G, et quelquefois un ou deux au-dessous,jus-qu au point où les coupesdes claveauxdonnent un angle de 35 degrés,lequel est un peu moins du cinquième du demi-cercle. Cest seule-ment au-dessus -cepoint que la rupture sefait, lorsquelledoit avoir delieu (vov. fig. 16),et, par conséquent, la chargeactivecommence. que 25 Soit calcul théorique ou pratique, il est certain que -"A lesconstructeurs xnesiècle du comptèrent moment un réduire assezles pousséesdes voûtes pour se passer de butéeset les maintenir sur des piles dune épaisseur médiocre, pourvu quelles fussent chargées; car ils ne pensèrent pas tout dabord quil fût nécessairedop- poser des arcs-boutants à des pousséesquils croyaient avoir à peu près annulées, soit par lobliquité des arcs ogives, soit par la courbe brisée des arcs-doubleaux. Cependant lexpérience leur démontra bientôt quils sétaient trompés. La résultante des pousséesobliquesdesarcsogives plein cintre, ajoutée la poussée arcs-doubleaux. à desen tiers-point, était assezpuissantepour renverser des piles très-élevées au-dessus solet qui nétaientquunquillagesansassiette. duIls posèrent donc des arcs-boutants, dabord seulement au droit des
  • 41. [ PIUMCIPES ] - 39 - [ CONSTRUCTION ]points de jonction A destrois arcs (fig. 25), et sen passèrent dmil audes points B recevant des arcs-doubleauxfsoles. Mais à qm-1 niveauTaire arriver la tête de ces arcs-boutants? Cétait là une ditliculté dau-tant plus grande,que le calcul théorique ne donnepasexactement cepointet quune longue expérience peutlindiquer. seule Autant quonenpeutjugerparlepetitnombre darcs-boutants primitifsconservés,voici quelle est la méthodesuiviepar les architectes. Soit (fig.26)ABClarc-doubleau séparatifdesgrandes voûtes soit ;dupoint centre larcAB,une D, de ligne tiréesuivant angle DE un de
  • 42. [ CONSTIUT.TION ] - 40- [ PRINCIPES ]:j.j de-re avec lhorizon; soit FO une tangenteau point H; soit AII épaisseur muroudelapile: la tangente i-nconlrera ligne du Ffi la IKextérieureîle la pile au point L. Cestce point qui donne lintrados duélae,m de télé de larc-boii I ant. Cet arc est alors un quart de cercle ouunpeumoins, centre son étant placé leprolongementlaligne sur de Kl,,u mi peuen dedans cetteligne.Lacharge de larc-boutant de MX estprimiliemenl assez arbitraire, faibleau sommet puissante M, au-dessiisde la culéeen N, ce qui donneune inclinaison peu prononcéea la lignedu chaperon liienlôl desetlets manifestèrent ces X.M. se dansconslruchons.par suite des poussées, outes et malgréces arcs- desboiilants. Voici pourquoi. Derrière les reins des arcs cl des voûtesen T, on bloquaitdes massifs maçonnerie de bâtarde,autantpourcharger pilesquepourmaintenir reinsdesarcset de leursrem- les lesplissages. massifs Ces eurent effet en lavantage dempêcher brisure ladesarcsau pointII : maistoutela charge remplissages des agissant deK en n, et celle charge ne laissant pas dêtre considérable, il en résultaun léger relèvement la clef B, larc nétant pascbargéde 0 en B, et a |,;,i- suiteunedéformation indiquée la figure bis.Cette dans 20 défor- mationproduisitunebrisureau point 0, niveausupérieur mas- des sifs,et parconséquent poussée une Ires-oblique V au-dessus la () detète des arrs-boiilaiils. Iles lurs léquilibre était rompu. Aussi fut-il nécessaire de refaire Ions les arcs-boiilants des monuments gothiques priimlifsquelques années aprèsleur constructionet alors,ou Tonse ; contenta déleer la télé de ces arcs-boulants, ou on les doubla dun second arc <>. Ai;i:-r,ni TANT). Nous ne dissimulons |,as, on le voit, les fausses mamnivres de ces constructeurs; mais, comme tous ceux qui entrent dans une voie nou- velle, ils né pouvaient arriver au but quaprès bien des tâtonnements. 11est facile, aujourdhui que nous avons des monuments bâtis avec sa- voir et soin, comme la cathédrale dAmiens ou celle de Reims, de criti- quer les tentatives architectesde la fin du xuesiècle;mais à cette des époque lon ne possédai! où guèrequedesmonuments romanspetits el assezmal construits, ou les sciences exactes étaient à peine entrevues, la tâche nouvelle que les architectes simposaient était hérissée de dif- ficultés sans cesse renaissantes, que lon ne pouvait vaincre que par une suite dobservations faites avec le plus grand soin. Ce sont ces obser- vations qui formèrent lés constructeurs si habiles des xmet xive siè- cles. Il faut dire, a la louange des architectes du Ml" siècle, quayant adopte un principe de construction neuf, sans précédents, ils en pour- suivirent les développements avec une ténacité, une persévérance rares, sansjeter un regard en arrière, malgré les obstacles et les diffi- cultés qui surgissaient a chaque (preuve. Leur ténacité est dautant plus louable, quils ne pouvaient prévoir, en adoptant le principe de construction des voûtes gothiques, les conséquencesqui découlaient naturellement de ce système. Ils agirent comme le font les hommes mus par une forte conviction ; ils ouvrirent pour leurs successeursune
  • 43. [ PRINCIPES] - 41 - r r.ONSTIUT.TinN 1voie large et sûre, dans laquelle lKurope occidentale niai-cha sansobstacle pendant frois siècles. Toute conception humaine esl enta-chée de quelque erreur, et le vrai immuable, en toute chose, est encoreà trouver; chaquedécouverte porte dans son sein, en voyant le jour, lacause de sa ruine ; et lhomme na pas plutôt admis un principe, quilen reconnaît limperfection, le vice: ses efforts tendent à combattreles défauts inhérents à ce principe. Or, de toutes les conceptions de lesprit humain, la construction desédifices est une de celles qui se trouvent en présence des diltieultés lesplus sérieuses,en ce quelles sont de natures opposées,les unes maté-rielles, les autres morales. En effet, non-seulement le constructeurdoit chercher à donner aux matériaux quil emploie la forme la plusconvenable, suivant leur nature propre ; il doit combiner leur assem-blage de manière à résister à des forces diverses, a des agents étran-gers; mais encore il est obligé de se soumettre aux ressourcesd<mt ilpeut disposer, de satisfaire à des besoins moraux, de se conformer auxgoûts et aux habitudes de ceux pour lesquelsil construit. Il y a les dif-ficultés de conception, les efforts de lintelligence de lartiste ; il y aencoreles moyens dexécution dont le constructeur ne saurait saffran-chir. Pendant toute la période romane, les architectes avaient fait devaines tentatives pour concilier deux principes qui semblaient incon-ciliables, savoir: la ténuité des points dappui verticaux, léconomiedelà matière et lemploi de la voûte romaine plus ou moins altérée.Quelques provinces avaient, par suite dinfluences étrangères à lespritoccidental, adopté la construction byzantine pure. A Périgueux, on construisait, dès la tin du Xesiècle, léglise abbatialede Saint-Front ; de cet exemple isoléétait sortie une école. Mais il fautreconnaître que ce genre de bâtisse était étranger à lesprit nouveaudes populations occidentales, et les constructeurs de Saint-Front dePérigueux élevèrent une église comme pourraient le faire des mouleursreproduisant des formes dont ils ne comprennent pas la contexture.Ainsi, par exemple, les pendentifs qui supportent les calottes de Saint-Front sont appareillés au moyen dassises posées en encorbellement,dont les lits ne sont pas normaux à la courbe, mais sont horizontaux; sicespendentifs ne tombent pas en dedans, cest quils sont maintenusparles mortiers et adhèrent aux massifs devant lesquels ils moulentleur concavité. Dans de semblables bâtisses, on ne voit autre chosequune tentative faite pour reproduire des formes dont les construc-teurs ne comprennent pas la raison géométrique. Dailleurs, ignorancecomplète, expédientspitoyables, appliques tant bien que mal au mo-ment où se présente une difficulté ; mais nulle précision. Il est une grande quantité de constructions romanes qui indiquent,delà part des architecte*, un défaut complet de préoyance. Tel monu-ment est commencé avec lidée vague de le terminer dune certainefaçon, qui reste à moitié chemin, le constructeur ne sachant commentrésoudrelesproblèmesquil sest posés; tel autre ne peut être ter- iv. - 6
  • 44. f CONSTRUCTION J - 42 - ! IMtl.NCllliS ]miné que par lemploi de moyensévidemment étrangersà saconcep-tion première.On voit que les constructeursromans primitifs bâtis-saient au jour le jour, sen rapportant à linspiration, au hasard, auxcirconstances, comptant même peut-être sur un miracle pour parfaireleur Suvre. Les légendesattachées à la construction des grands édi-fices (si les monuments nétaient pas là pour nous montrer lembar-ras des architectes) sont pleines de songespendant lesquels ces archi-tectes voient quelque ange ou quelque saint prenant la peine de leurmontrer comment ils doivent maçonner leurs voûtes ou maintenir leurspiliers : ce qui nempêchait pas toujours cesmonuments de sécroulerpeu aprèsleur achèvement,car la foi ne suffit pas pour bâtir. Sans être moins croyants peut-être, les architectes de la fin duxne siècle, laïquespour la plupart, sinon tous, pensèrent quil est pru-dent, en matière de construction, de ne pas attendre linterventiondun ange ou dun saint pour élever un édifice. Aussi (fait curieux etqui mérite dêtre signalé)les chroniques des monastères,les légendes,les histoires, si prodigues de louanges à lendroit des monumentsélevés pendant la période romane, qui sétendent si complaisammentsur la beauté de leur structure, sur leur grandeur et leur décoration,bien que beaucoup de ces monuments ne soient que de méchantesbâtisses de moellon mal conçues et plus mal exécutées, se taisentbrusquement à la fin du xue siècle, lorsque larchitecture passe descloîtres dans les mains des laïques. Par hasard, un mot de lédifice,une phrase sèche,laconique; sur 1>smaîtres de lSuvre, rien. Est-il croyable, par exemple, que, dans le volumineux cartulaire deléglise do Notre-Dame de Paris, qui comprend des pièces dont la dateremonte au xne siècle, il ne soit pas dit un seul mot de la constructionde la cathédrale actuelle ? Laborieux et intelligents artistes, sortis dupeuple, qui, les premiers, avez su vous affranchir de traditions usées;qui êtes entrésfranchement dansla sciencepratique ; qui avezformécette armée douvriers habiles se répandant bientôt sur toute la sur-facedu continentoccidental; qui avez ouvert la voie au progrès,auxinnovations hardies ; qui enfin appartenez, à tant de titres, à la civili-sationmoderne; qui possédez premiers son esprit de recherche, lesson besoin de savoir: si vos contemporainsont laissé oublier vosnoms; si, méconnaissant efforts dont ils profitent, ceux qui pré- destendentdiriger les arts de notre temps essayent dénigrer de vosSuvres,que du moins, parmi tant dinjustices passéeset présentes,notrevoix sélèvepour revendiquer place qui vousappartient la etque otre modestie vous a fait perdre. Si, moins préoccupésde vostravaux, vous eussiez,comme vos confrères dItalie, fait valoir votrescience,vanté votre propre génie, nous ne serionspas aujourdhuiforcés de fouiller dansvos Suvres pour remettre en lumière la pro-fonde expérience vous aviezacquise, moyens que vos pratiquessijudicieusement calculés, surtoutde vousdéfendre et contreceuxquisont incapables comprendreque le géniepeut se développerdans de
  • 45. [ PRINCIPES ] - 43 - [ CONSTRUCTION ;lombre, quil est de son essence même de rechercher le silence etlobscurité ; contre ceux, en si grand nombre, qui jugent sur la foi desarrêts rendus par la passion ou lintérêt, et non daprès leur propreexamen. Il faut le dire cependant, aujourdhui il nest plus permis de tran-cher des questions dhistoire, que ces questions touchent aux arts, àla politique ou aux lettres, par de simples affirmations ou dénégations.Et les esprits rétrogrades sont ceux qui veulent juger ces questions ensappuyantsur les vieilles méthodes ou sur leur passion. Il nest pas unartiste senséqui ose soutenir que nous devions construire nos édificeset nos maisons comme on le faisait au xnc ou au xme siècle ; mais il nest pasun esprit juste qui ne soit en état de comprendre que lexpé-rience acquise par les maîtres de ce temps ne puisse nous être utile,dautant mieux que ces maîtres ont innové. Lobstacle le plus difficileà franchir pour nous, lobstacle réel, lobstacle vivant, cest, il fautlavouer, cest la paressedesprit: chacun veut savoir sans sêtre donnéla peine dapprendre, chacun prétend juger sans connaître les piècesdu procès; et les principes les plus vrais, les mieux écrits, les plus utiles,seront rangés parmi les vieilleries hors dusage, parce quun hommedesprit les aura tournés en dérision, et que la foule qui lécoute esttrop heureusedapplaudir à une critique qui lui épargne la peine dap-prendre. Triste gloire, après tout, que celle qui consiste à prolongerla durée de lobscurité ; elle ne saurait profiter à qui lacquiert dansun siècle qui se vante dapporter la lumière sur toute chose, dont lac-tivité est si grande, que, ne pouvant trouver dans le présent une pâturesuffisante à ses besoins intellectuels, il veut encore dérouler le passédevant lui. Si notre architecture française de la renaissanceest, aux yeux despersonnesqui lont étudiée avecsoin et ont apporté dans cette étudeune critique éclairée, supérieure à larchitecture italienne des xv* etxvie siècles, cela ne vient-il pasde ce que nos écoles gothiques, mal-gré les abus des derniers temps, avaient formé, de longue main, despraticiens haBiles et des exécutants intelligents, sachant soumettre laforme à la raison ; de ce que ces écoles étaient particulièrement pro-pres à délier lesprit des architectes et des ouvriers, à les familiariseravec les nombreuses difficultés qui entourent le constructeur ? Noussavons que ce langagene saurait être compris de ceux qui jugent lesdifférentes formes de notre art daprès leur sentiment ouleurs préjugés;aussi nest-ce pas à ces personnes que nous nous adressons,mais auxarchitectes, à ceux qui se sont longuement familiarisés avec les res-sourceset les difficultés que présente la pratique de notre art. Certes,pour les artistes, létude dun art où tout est prévu, tout est calculé,qui pêche même par un excès de recherches et de moyens pratiques,dans lequel la matière est à la fois maîtresse de la forme et soumiseau principe, ne peut manquer de développer lesprit et de le prépareraux innovations que notre temps réclame.
  • 46. [ CONSTRUCTION] U [ PHIXCllKS) Ceseraitsortir de notresujetdexpliquercomment, la tin du xne à siè-cle, il se forma une puissante école Inique de constructeurs ; commentcette école, protégéepar lépiscopat, qui voulait amoindrir limportancedesordre-,religieux, possédant sympathies peuple les du dont elle sor-tait et dont elle reileiail lesprit de recherche et deprogrès, admiseparla féodalité séculière, qui ne trouvait pas chez les moines tou> les élé-ments dont elle aait besoin pour bâtir sesdemeures ; comment cetteécole, disons-nous, profitai.t de ces circonstances favorables, se con-stitua fortementet acquit, par celamême,une grandeindépendance.Il nous suiïira dindiquer cet état de choses, nouveau dans lhistoiredes arts, pour en taire apprécier le-, conséquences. Nous avons n précédemment <>n constructeurs en étaient arrivés le-,vers HUM : comment ils avaient été amenés a modifier successivementla oule romane, qui nétait quune tradition abâtardie de la voûteromaine, et a inventer la voûte dite en arcsdogive.Ce grand pas fran-chi, il restait cependantbeaucoup à faire encore. Le premier résultatde cette innovation fut dobliger les constructeurs à composer leursédifices en commençant parles voûtes, et, par conséquent, de ne plusrien livier au hasard, ainsi quil nétait arrivé que trop souvent à leursprédécesseurs.Cette méthode, étrange en apparence, et qui consisteà faire dériver les plans par terre de la structure projetée des voûtes,est éminemment rationnelle. Que veut-on lorsque lon construit unédifice voûté? Couvrir une surface. Quel est le but quon se proposedatteindre?Établir desvoûtessur des points dappui.Quelest lobjetprincipal?La voûte. Les points dappui ne sont que des moyens. Lesconstructeurs romains avaient déjà été amenésà faire dériver le plande leurs édifices voûtés de la forme et de létendue de ces voûtesmêmes; mais ce principe nétait quun principe général, et de lexa-men dun plan romain du Bas-Empire on ne saurait toujours conclureque telle partie était voûtée en berceau, en arête ou en portion desphère,chacune cesvoûtespouvantdansbien descas,être indiffé- deremment poséesur cesplans. Il nen est plus ainsiaux xnesiècle: non-seulement plan horizon- letal indique le nombre et la forme des voûtes, mais encore leurs diversmembres, arcs-doubleaux, formerets, arcs ogives ; et ces membrescommandent leur tour la disposition despoints dappui verticaux, àleur hauteur relative, leur diamètre. Doù lon doit conclure que,pour tracer définitivement un plan par terre et procéder à lexécution,il fallait, avant tout, faire lépure des voûtes,de leurs rabattements,de leurs sommiers, connaître exactement la dimension et la forme desclaveaux diversarcs. Les premiersconstructeursgothiquessefami- deliarisèrent si promptement aveccette méthodede prendre toute con-struction par le haut, pour arriver successivementà tracer sesbases,quils ladoptèrentmêmedansdes édifices non voûtés,mais portantplanchers charpentes ils ne sen trouvèrent pasplus mal, ainsique ou :nous le verrons plus loin.
  • 47. [ PRINCIPES ] - 45 - [ CONSTRUCTION La première condition pour établir le plan dun édifice de la fui duxii* siècle étant de savoir sil doit être voûté et comment il doit ôtrevoûté, il faut donc, dès que le nombre et la direction des arcs de cesvoûtes sont connus, obtenir la trace des sommiers sur les chapiteaux,car ce sera la trace de ces sommiers qui donnera la forme et la dimen-sion des tailloirs et chapiteaux, le nombre, la force et la place des sup-ports verticaux. Supposons donc une salle (fig. 27) devant èlre voûtée, ayant, dansSuvre, 12mètres de large et composéede travéesde 6 mètres daxe enaxe. Adoptant le systèmedes voûtes en arcsdogivetraversés un arc-doubleau, par sui- ^vaut la méthode des constructeurs de la findu xnesiècle, il sagit de tracer le lit inférieurdes sommiers des arcs retombant en A et B,et de connaître la force des claveaux. Nous Badmettons que ces claveaux doivent, pourune salle de cette étendue, avoir Um,-4U delargeur et de hauteur ; nous reconnaissonsquà cette époque, presque toujours les di-vers arcs dune voûte sont bandés avec desclaveaux semblables comme dimension et forme. Nous reconnaissonsencoreque les formerets, naissantbeaucoup plus haut que les arcs-doubleaux arcsogives,les colonnettes et leur serventde support et dé-passentsouvent le niveau des sommiers des arcs ogives et doubleaux;quen traçant le lit du sommier des arcs-doubleaux et ogives, nousdevons tenir compte du passagede la colonnette portant formeret,comme nous tiendrions compte duformeret lui-même. Soit (fig. 28) le 28détail de la trace horizontale de lanaissancedes arcs B; sur ce pointil ne naît quun arc-doubleau etdeux formerets. Ce sont ceux-ciqui commandent, car il faut quelarc-doubleau se dégagede ces for-merets dès sa naissance. Soit le nudu mur AB ; le formeret a de saillie,habituellement, la moitié de la lar-geur de larc ogive ou de larc-doubleau lorsque ces deux arcs ontune coupe semblable, la moitié delarc ogive lorsque celui-ci et larc-doubleau donnent une section diffé-rente. Dans le cas présent, le for-meret a donc Om,20de saillie sur le nu du mur. En G, nous tirons uneligne parallèle à AB. Laxe de larc-doubleau étant DE, les points Fet G étant pris à Om,20chacun de cet axe, nous tirons les deux parai-
  • 48. [ CONSTRUCTION ] - 46 - [ PRINCIPES "JlèlesFI, GK, qui nous donnent la largeur de larc-doubleau. De F enI, portant Om, nous avons sahauteur entre lintrados et lextrados; 40,nous pouvons alors, dans le carré FIKG, tracer le profil convenable :cest le lit inférieur du sommier. Ou la colonne portant le formeretsélève au-dessusdu niveau de ce lit, ainsi quil est indiqué en L, ou leformeret, comme il arrive quelquefois, prend naissancesur le cha-piteau portant larc-doubleau ; et alors, de laxe DE portant Om,40 surla ligne AB qui nous donne le point M, nous inscrivons le profil duformeret dans le parallélogramme EONM. Il est entendu que cet arcformeret pénètre dansle mur de quelques centimètres. Le lit inférieurdu sommier étant ainsi trouvé, il sagitde tracer le tailloir du chapiteau,dont le profil doit former saillie autour des retombées darcs. Si leformeret est porté sur une colonnette montant jusquà sa naissance,ainsi quil est marqué en L, le tailloir PRSretourne carrément mourircontre la colonnette L du formeret. Si, au contraire, le profil du for-meret descend jusque sur le chapiteau de larc-doubleau, le tailloirprend sur plan horizontal la figure PTVX. Pour tracer la colonne sousle chapiteau, dans le premier cas, du sommet de langle droit R dutailloir, nous tirons une ligne à 45 degrés; cette ligne vient rencon-trer laxe DE en un point 0, qui est le centre de la colonne, à laquelleon donne un diamètre tel que la saillie du tailloir sur le nu de cettecolonne devra être plus forte que le rayon de la colonne. Il reste alors,entre la colonne et le nu AB du mur, un vide que lon remplit par unpilastre masqué par cette colonne et la colonnette du formeret. Pourtracer la colonne sous le chapiteau, dans le second cas, nous prenonsun centre Y sur laxe DE, de façon que la saillie du tailloir sur le nu dela colonne soit plus forte que son demi-diamètre ; alors le chapiteauforme corbeille ou cul-de-lampe, et se trouve plus évasé sous le for-meret que sous la face de larc-doubleau. Prenons maintenant sur la figure 27 la naissance A de deux forme-rets, de deux arcs ogives et dun arc-doubleau. Soient AB (fig. 28 bis)le nu du mur, CD la directrice de larc-doubleau, DE la directrice delarc ogive ; nous traçons la saillie du formeret comme ci-dessus. Lesarcs ogivescommandent larc-doubleau. De chaquecôté de la ligne DEnous portons Om,20, nous tirons les deux parallèles FG,HI, qui nous etdonnent la largeur de larc ogive.Du point H, rencontre de la ligneHI avec laxe CD, sur cetteligne HI nous prenonsOm,45, cest-à-direun peu plus que la hauteur des claveaux de larc ogive, et nous tironsla perpendiculaireIG, qui nous donnela face de larc ogive. Dansleparallélogramme FGIH, nous traçons le profil convenable.Desdeuxcôtésde laxe CDprenant de mêmeOm,20, nous tirons les deux paral-lèlesKL, MN. Du point H, portant Om,40 laxe CDdeH en G, nous surtirons une perpendiculaire à cet axe, qui nous donne la face de LNlarc-doubleau; inscrivons profil. En P, noussupposons nous son que 1 Église Nesle de (Oise).
  • 49. [ PRINCIPES ] 47- L WXNSTHLCTIOÏ» ]la colonneportantformeretdépasse naissance arcs ogies la deset doubleaux; en R, nous admettons,rumine précédemment, le queprofil du formeret vient tombern lualenient le tailloir du chapi- surteau. Pourtracer ce formeret, dans ce dernier cas, nous prenons surla ligne AB, du point M en Q, Om,40, de cepoint Q élevantune per- etpendiculaire la ligneAB, nousavons parallélogramme sur le inscrivantle profil du formeret ; les tailloirs deschapiteaux, sont tracésparal-lèles aux faces des arcs, ainsi que le démontre notre figure. Des som- 28 Hmets fï et L, tirant deslignes à45 degrés, nousrencontrons laxe DE en0, qui est le centre de la colonnelle portant les arcs ogives, et laxe CDen S, qui est le centre de la colonne de I arc-doiibleaii ; nous traçonscescolonnes conformément a la règle établie précédemment. Derrièreces colonnesisolées,on figure le>,retours de pilastresqui renforcentla pile ; alors le formeret li retombe sur une face de cespilastres por-tant chapiteau comme les colonnes. Souvent formerets ne descendaient sur le tailloir deschapi- les pasteauxdes grandsarcs,et ne possédaient non plusune colonnelte pasportant de fond : ils j reliaient naissance unecolonnetteposéesur surla saillie latérale du tailloir, ainsi que lindique la figure 29 en planet en élévation perspective. Dès lors les tailloirs des colonnettes laté-
  • 50. [ CONSTRUCTION ] - 48 - f PBINCIPES]raiesA étaient coupésde façonque leur face oblique CD,perpendi-culaire à la directrice B desarcs ogives, fût partagéeen deux parties«"gales cette directrice. par Cependant faut reconnaîtreque les constructeursne se décidè- ilrent que peu à peuà accuserla forme,la direction et lesmembres desvoûtes sur le plan de terre. Ils conservèrent pendant quelque tempsles pilesmonocylindriquesà rez-de-chaussée, ne traçant le plan encumulande par les voûtes que sur les tailloirs des chapiteaux de cespile>.C.e préoccupa,dès latin du xnesiècle, ce fut lobservation quiii-oiireuse dun principe qui jusqualors navait pas été impérieuse-ment admis. Ce principe était celui de léquilibre des forces substituéau principe de Habilité inerte, si bien pratiqué par les Romains et queles constructeurs romans sétaient vainement efforcés de conserverdans leurs grands édificesvoûtés composésde plusieurs nefs. Recon-naissant limpossibilité de donner aux piles isolées une assiette suffi-santepour résister à la poussée voûtes, constructeursdu ne des lessiècle prirent un parli franc.: ils allèrent chercher leurs moyens de ré-sistanceailleurs. Ils ne voulurent plus admettre les piliers isolés quecomme points dappui maintenus verticalement, non par leur propreassielte, mais par des lois déquilibre. Il importail alors seulementquils eussentune force suffisante pour résister a une pression verticale.Toutefois, même lorsquun principe est admis, il y a pendant un certaintemps, dans son application, des indécisions, des tâtonnements ; onne saffranchit jamais des traditions du jour au lendemain. En trou- anl les voûtes en arcs dogive sur plan carré traverséespar un arc-ddiibleau. les constructeurs cherchaient encore des points espacesdedeux en deux travées,plus stables au droit des poussées principales.En effet, dans la figure 27, les points A reçoivent la charge et maintien-nent la poupée dun arc-doubleau et de deux air-, ogives, tandis queles points B ne reçoivent que la charge et ne maintiennent que lapoussée dun arc-doubleau. Ce système de construction des voûtes,adopté pendant la secondemoitié du Mie siècle, engageaitles construc-teurs a élever sous les points A des piles plus fortes que sous lespoints B, puis à donneraux claveauxdes arcs-doubleaux principauxtombant en A une largeur et une épaisseur plus grandes que cellesdonnéesaux claveaux des arcs ogives et arcs-doubleaux secondaires;car, dans les voûtes gothiques primitives, il est à remarquer, commenous lavons dit déjà, que les claveaux de tous les arcs présententgénéralement la même section. Larc en tiers-point était si bien commandé parla nécessitéde dimi-nuer les poupées ou de résister aux charges, que nous voyons, dans lesconstructionsgothiquesprimitives, lesarcs brisésuniquementadoptéspour les arcs-doubleaux les archivoltesinférieures,tandis quelarc etplein cinfereest conservé pour les baiesdes fenêtres, pour les arcaturesdesgaleriese1n«>in<- les forniprels, qui u«porN-nlquunefaible pourcharge ne présentent peudouverture. la cathédrale ou que A deNoyon,
  • 51. [ PRINCIPES J " »!) - [ rilNSTHUCTION ] (Inni les voûtes primitives durent être élevéesvers 1160, les formerels, qui sont de celle époque, sont plein cinlre.A la cal lied i-ale de Sens, bal ie vers ce même temps, les formerels claienl plein cintre2, tandis que lesarchivoltes lesarcs-doubleaux en tiers-point.11 est de même et sont endansle choeur léglise abbatialede Vé/.elay,élevéeàla fin du xucsiècle; deles formerets sont plein cintre. Dansces édifices, et a Sensparticulière-ment, les piles, sousles pousséeset chargescombinée.*, arcs o^ies (|rset arcs-doubleaux,présentent une section horizontale très-considérableformée de faisceauxde colonnelles en^a^ees; landis que sous la chargede larc-dpubleau de recoupemenl, les piles secomposentde colonnesmonocylindriques jumelles posées perpendiculairement à laxe de lanef. A Noyon, les arcs-doubleauxde recoupemenl, aanl la reconstruc-tion des voûtes, posaient sur une seule colon ne. Mai s la nef de la cal lied raiede Sens est beaucoup plus large que celle de la cathédrale de Noon,et sa construction est de tout point plus robuste. Cettedisposition devoûtes,comprenant deux travéescl reparlissant les pousséescl char^-sprincipales de deux en deux piles, avait, dans lorigine, permis aux con-structeurs de ne placer des arcs-boutants quau droit de cespiles prin-cipales. Il est probable quà la cathédrale de Sens,ce lui primilivemenlle parti adopté; peut-être en était-il de même a la cathédrale de Xoxon,comme à celle de Paris. Mais ces édificesa anl été plus ou moins rema-niés au xmc siècle, il est impossible de rien affirmer à cet égard. Cedont on peut être certain, cest quà la tin du xir siècle, les construc-teurs navaient adopté larc-boutant quen désespoir de cause, quilscherchaient à léviter aillant que laire se pouvait, quils se défiaient dece moyen dont ils navaient pu encoreapprécier les avantageset la puis-sance; quils ne le considéraient que comme un auxiliaire, une extrêmeressource, employée souvent après coup, et lorsquils avaient reconnuquon ne pouvait sen passer.La meilleure preuveque nous en (missionsdonner, cest que, quelques année;,plus tard, les archileclcs. a ant sou-mis définitivement, dans les édifices à trois nefs, leur systèmede voûtesà une raison déquilibre, opposèrentdes arcs-boutantsaux pousséesdesvoûtes qui nen avaient eu que partiellement ou qui nen possédaientpas, et supprimèrent les arcs-boutants duxn1 siècle, probablement malplacésou insuffisants, pour les remplacer par des butée.-, neu eset biencombinées, sous le rapport de la résistance on de la pression. Il nous faut, avant de passer outre, enlrelenir nos lecteurs des pro-cédés de construction, de la nature cl :les dimensions des matériauxemployés. Nous avons vu, au commencement de cet article, commentles constructeurs romans primitifs élexaienl leurs maçonneries, com-posées de blocages enfermés entre des parements de pierre de taille i Cesvoûtes furent refaites, au XIIIe siècle, Mir la "jjniiule nef, sauf los formerets pri-mitifs laissés en place. 5 Ces formerets furent rehaussésà la fin iln MU siècle, ain-i i|iiVm peut encore lereconnaître dans les travées de labside. (Voy VOUE, li-. 2:J ut 24.) IV. - 7
  • 52. [ CONSTHUCTION ] - 50 - [ PKINCHES ]ou de moellonpiqué.Lesconstructeurs xiiesiècleapportèrentquel- duques modifications à ces premières méthodes. Bâtissant des édificesplus vastescomme étendue et plus élevés que ceux de la périoderomane, cherchant à diminuer lépaisseur des points dappui inférieurset des murs, il leur fallait, dune part, trouver un mode de constructionplushomogène résistant; delautre, éviterdansdesmonuments H dunegrande hauh-ur déjà la dépense de main-dSuvre que le montage dematériaux dun fort volume eût occasionnée. Ils renoncèrent dès lorsà lemploi du grand appareil (saufdansdes cas particuliers ou dansquelques édificesexceptionnels), préférèrentla constructionde petit etappareil, tenant du moellon bien plutôt que de la pierre détaille. Autantque possible, la majeure partie des pierres employées alors, formantparements,claveauxdarchivoltes,darcs-doubleauxet darcs ogives,sont dun assez faible échantillon pour pouvoir être montées à dosdhomme et poséespar un maçon, comme notre moellon ordinaire. Laméthode admise, cepetit appareil est fort bien fait, très-judicieusementcombiné ; cest un terme moyen entre la construction romaine de grandappareil et celle de blocagesrevêtus de brique ou de moellon. En adop-tant le petit appareil dans les grands édifices, les constructeurs duxnesiècle avaient trop de senspour poser cesassisesbasseset peu pro-fondes, à joints vifs, comme certaines constructions romanes ; au con-traire, il séparèrent ces assisespar des lits et joints de mortier épais(deOm,01àOm,02), que ces lits établissent une liaison entre le massif afinintérieur et les parements. Cette méthode était la méthode romaine, etelle est bonne. On comprendra en effet que si (fig. 30) lon pose desassisesà joints vifs devant un massif de blocaille et mortier, le massifvenant àtasser par leffet de la dessiccation des mortiers sousla charge,et les assisesde pierres poséesà cru les unes sur les autres ne pouvantdiminuer de volume, il se déclarera une rupture verticale AB derrièrele parement, qui ne tardera pas à tomber. Mais si (fig. 30 bis) nousavons eu le soin de laisser entre chaque assisede pierre un lit de mor-tier épais, non-seulement ce lit soudé au massif retiendra les assisesde pierres, mais encore il permettra à celles-ci de subir un tassementéquivalent au tassement des blocages intérieurs. Les constructeurs romans primitifs, surtout dansles contrées où lonpeut se procurer de grandes pierres dures, comme dans la Bourgogne,en Franche-Comté et en Alsace, sur la Saône et le Rhône, ont tentédimiter lappareilromain, enposantà joints vifs descarreauxlargesethauts, des dalles, pour ainsi dire, devant les blocages; mais aussi[lavèrent-ils cher ce désir de faire paraître leurs constructions autresquellesne sont. Il sedéclaradans la plupart de ces édificesdes rup-tures entre les parements et les blocages, des lézardes longitudinales,qui occasionnèrent chezpresquetous, des désordressérieuxpour lemoins, la ruine souvent.Ceseffets étaient dautant plus fréquentsetdangereux, que les édifices étaient plus élevés. Mieux avisés, et instruitspar lexpérience, les architectes du xiie siècle, autant par une raison
  • 53. [ PRINCIPES ] - 51 - [ CONSTRUCTION ]déconomiedefacilité et dexécution pouréviter défaut que ce dhomo-généité entre parementslesmassifs, les et adoptèrent construction laparassises très-basses et séparées des épais mortier. lits par lits de Cesnavaient seulement pas lavantage tasser de relier lesparements de et Vaux massifs: faits de mortier de chaux grasse, ils no prenaient de con-sistance que lentement, et, en attendant la solidification parfaite, lesconstructions avaient le temps de sasseoir, de subir même certainesdéformations, sans occasionner des brisures dans la maçonnerie. Les édifices élevés de 11-40 à 1200 dans lIle-de-France, le Beau-voisis, le Soissonnais,la Picardie, la Champagneet la Normandie, sontdune petitesse dappareil qui ne laissepas de surprendre ; car déjà cesédifices sont vastes, dune structure compliquée et cependant fortlégère. Employer le moellon taillé dans de pareilles constructions,commemoyen principal, cétait une grande hardiesse; réussir était le faitde gens fort habiles. Si lon examine avec soin lappareil des portions
  • 54. [ CONSTRIT.TIUN ] - o2 - [ PRINCIPES ]appartenant xn siècledescathédrales Noyon, Senlis, dun au de de etgrandnombredéglises lOise,de la Seine,deSeine-et-Oise, Seine- de deet-Marne,de la Marne, de la Seine-Inférieure, etc., on sétonne que desconstructeurs aient osémonter des monuments dune assezgrande hau-teur et très-légers avec des moyens qui semblent si faibles; et cepen-dant la stabilité de ces édifices est assurée depuis longtemps, et siquelques-unsdentre eux ont subi desaltérationssensibles, tient celapresquetoujoursà des accidentsparticuliers, tels queles incendies,lefléfatft dentretien ou des surcharges postérieures. De tous ces monu-ments, lun desplus parfaits et des mieux conservés la cathédrale estde Nooii, liâtic de 1130à 1190. Sauf les colonnettes, les gros chapi-leaux, les sommiers et quelques morceaux exceptionnels, toute labâtisse nest en réalité composée que de moellon peu résistant. On prendra une idée de ce quest cette construction par notretii.rure ;n, qui donne une partie des travées intérieures jumelles de lanef. Les colonnettes isolées,de la galerie du premier étage, celles duIMht triforium supérieur, celles séparant les fenêtres hautes, sont desmonolithes de pierre dure en délit. Quant aux colonnettes triples A,qui, avant la reconstruction des voûtes au xne siècle, recevaient larc-(liml>leaudintersection des arcs ogiveset les formerets, elles sont com-poséesde grands morceaux en délit retenus de distance en distance pardes crampons à T. Mais,ces colonnettes ont été poséesaprès que laconstruction avait subi son tassement,et par le fait elles ne sont quunedécoration et ne portent rien, lassise de chapiteau et le sommier dontles queues sengagent dans la maçonnerie suffisant pour soutenir lesclaveauxde cet arc-doubleau. Nousavons indiqué en B la naissancedesanciens arcs ogives des grandes voûtes et en G le formeret derrière cesarcs ogives. On remarquera quici, comme dans la plupart des églisesbâtif> a celie époque dans les provinces voisines de lIle-de-France, etnotamment dans le Beauvoisis, les piles qui portent les retombées desarcs ogiveset arcs-doubleauxsont beaucoupplus fortes que celles sup-portant seulement larc-doubleau de recoupement. En dautres termesivoy. le plan , les piles D se composent dun faisceaude colonnes, tan-dis que les piles intermédiaires E ne sont que des colonnes monocylin-diiques à rez-ue-chaussée surmontées du faisceau de colonnettes A.Lextrême légèreté dune pareille construction, la facilité avec laquellelHis Ifs matériaux qui la composent pouvaient être taillés, montés etPOM-S. expliquentcomment,mêmeavecde faiblesressources, pou- onvait songera bâtir des édifices dune grande étendue et fort élevésau-dessus sol. Aujourdhui que nous avonspris lhabitude demployer dudes massesénormes de pierres dun fort volume dans nos édifices lesmoinsconsidérables, mettre en Suvre desforcesdix fois plus résis- detantes quil nest besoin, nous noserions pas entreprendre de bâtirune cathédrale la dimensionde celle de Noyon avec des moyens deen apparence aussi faibles, et nous dépenserions des sommes fabu-leuses pour exécuter ce quau xue siècle on pouvait faire avecdes res-
  • 55. [ PRINCIPES ] - 33 - [ CONSTRUCTION ]sources comparativement minimes. Nous trouvons ces constructionsdispendieuses, quenous voulons employer procédés parce ne pas les
  • 56. [ CONSTRUCTION ] - 54 - [ PRINCIPES ]alors en usage.Cependant cathédralede Noyon est debout depuis lasept siècles, et, pour peu quelle soit entretenue convenablement, ellepeut durer encore cinq cents ans ; or, douze cents ans nous paraissentrire une durée raisonnable pour des édifices, les grandes révolutionssociales auxquelles est soumise lhumanité prenant le soin de lesdétruire sils sont faits pour une plus longue période. Outre les avantagesde léconomie, de la facilité dapprovisionne-ment et dexécution, les constructions en petits matériaux convenaientdailleurs parfaitement au système adopté par les architectes du xnesiècle. Ces bâtisses légères, ne donnant en plan par terre quune sur-face de pleins peu considérable eu égard à celle des vides, soumisesà des pressions obliques et à des lois déquilibre remplaçant les loisromaines de stabilité inerte, exigeaient dans tous les membres qui lescomposaient une certaine élasticité. Là où les constructeurs, moinspénétrésdesnouveaux principesalorsadmis,cherchaient reproduire àles formes que les artistes laïques du xne siècle avaient adoptées, sansen connaître exactement la raison dêtre, en employant des matériauxdune grande dimension, il se produisait dans les constructions desilediii"cmtiits tels, que léquilibre était bientôt rompu. Si les arcsnétaient pas parfaitement indépendants les uns des autres ; si sur unpoint on avait posé des matériaux dune grande hauteur de banc, et si,à côté, la bâtisse nétait faite que de pierres dun petit échantillon, les|i;u-lies rigides ou trop engagéesdans la masse,ou trop lourdes, pré-sentaient une résistance qui navait dautre résultat que de causer desbrisures et des lézardes; les points trop solides de la constructionécrasaient ou entraînaient les points faibles. Observons encore que,dans cesmonuments, les piles, dune faible section horizontale, reçoi-vent toute la charge, et quen raison même du peu de surface de leurassiette, elles doivent tasser beaucoupplus que les murs, par exemple,qui ne portent rien, puisquils sont même déchargés du poids descombles et maçonneries supérieures par les formerets. Si, dans ces^lème, on établit une solidarité complète entre ces points dappuichargés les remplissages, et ceux-ci ne létant pas, il faudranécessai-rement quil y ait rupture. Mais si, au contraire, les constructeurs onteu le soinde faire quetout ce qui porte chargeconserve une fonctionindépendante, puissesemouvoir, tasserlibrement ; si lespartiesacces-soiresne sont que des clôtures indépendantes effets de pression desou de poussée, alors les ruptures ne peuventse faire et les déliaison-nements sont favorables à la durée de la construction au lieu de luiêtre nuisibles. Les Romains,qui nopposaientque des résistances passivesauxpoussées, avaientparfaitementadmisce principe de déliaisonnement,de liberté entrelespartieschargées constructionsvoûtées celles des etqui ne le sont pas. Lesgrandessallesdesthermesantiquessont en cegenredeschefs-dSuvrede combinaison.Tout le systèmeconsisteendespiles portant desvoûtes; lesmurs ne sont que desclôtures faites
  • 57. [ PRINCIPES j - 55 - [ CONSTRUCTION]après coup,quelon peutenleversans nuireenaucunefaçonàla soli-dité de lossaturegénéralede la bâtisse.Cesont là des principestrès-naturelset très-simples pourquoi donc ne pas les mettre toujours ;en pratique?Cesprincipes, les constructeurs gothiquesles ont éten-dus beaucoup plus loin que ne lavaientfait les Romains,parcequilsavaient,ainsi que nous lavonsdit bien desfois, adoptéun système deconstruction où toute force est active, et où il ny a point, comme dansla construction romaine, de résistancesinertes agissantpar leur massecompacte. Les constructeurs du xne siècle, en élevantleurs grands édifices surdes plans dont les pleins couvrent peu de surface, et avec des maté-riaux légers ; en opposant aux poussées obliques des résistancesactives au lieu dobstacles passifs, ne furent pas longtemps à saper-cevoir quil fallait toujours trouver quelque part cette stabilité inerte.Sils élevaientdes arcs-boutants contre les parois des voûtes aux pointsde leur poussée,cesarcs-boutantsdevaient, pour remplir efficacementleur rôle, trouver une assiette immobile : cette assiette, cétaient lescontre-forts extérieurs, sortes de piles élevéesen dehors des édificeset sur lesquelles venaient se résoudre toutes les poussées.Donner àces contre-forts une section horizontale assez large pour conserver limmobilité de leur masse à une grande hauteur, cétait encombrer le dehors des édifices de lourdes maçonneries qui interceptaient lair, la lumière, et qui devenaient fort dispendieuses. Les constructeurs navaient plus la recette de ces mortiers romains, agent principal de leurs grandes constructions ; les piles quils eussent pu élever nau- raient pas eu la cohésion nécessaire. Il fallait donc trouver le moyende suppléer aux résistances inertes des points dappui romains pat-une force aussipuissante, mais dérivée dun autre principe. Ce moyen, ce fut de charger les points dappui destinés à maintenir les pousséesjusquà cequils atteignissent une pesanteur suffisante pour résisterà laction de ces poussées.Il nest pas besoin dêtre constructeur poursavoir quune pile prismatique ou cylindrique, composée dassisessuperposéeset ayant plus de douze fois son diamètre, ne pourra semaintenir debout, si elle nest chargée à sa partie supérieure. Cette loide statique bien connue, les architectes gothiques crurent avoir trouvéle moyen délever des édifices dont les points dappui pouvaient êtregrêles, à la condition de les charger dun poids capable de les rendreassezrigides pour résister à des poussées obliques et contrariées. En effet, supposonsune pile AB (fig. 32) sollicitée par deux pousséesobliques CD, EF, contrariées et agissantà des hauteurs différentes : lapousséela plus forte, celle CD, étant 10, celle EF étant i. Si nous char-geonsla tête B de la pile dun poids équivalant à 12, non-seulement lapousséeCD est annulée, mais, à plus forte raison, celle EF; et la pileconserverason aplomb. Ne pouvantcharger les piles des nefsdun poidsassez considérable pour annuler les pousséesdes grandes voûtes, lesconstructeurs résolurent dopposer à la pousséeCD un arc-boutant G.
  • 58. [ i;nxsï ni iTION] - 56 - [|)r^ lor.s le poids I.n, augmenté de la pression CD, devenant 1T», parexemple,la pousse ICIest annulée.Si larc-boutant G opposeà.lapousse f,u une résistance éiiale ;i cdir pression oblique et la neutra-lise complètement,l,i poussée drviciil action verlicalesur la pile (11)Al;. H il ur^l plus licMiiu (|iic de niainlriiir laclidii oblique de larc-bniilanl MII Ir (-niilic-lorl rxlrrirur. ( >r, si celle action oblique est parelle-même s, elle nr saugmentepas de la totalité de la pousséeCD, 32 l mais seulement dune faible partie fie celte poussée; elle est comme Kl, 1:2peut-être, danscertains cas.Le contre-fort extérieur H opposantdéjà, par sapropre niasse, une résistancede H, il suffira de le chargerdun poids K de o pour maintenir léquilibre général de la bâtisse. Nous nous garderons bien de résoudre ces questions déquilibre pardesformules algébriquesque la pratique modifie sanscesse,en raison dela nalure des matériaux employés,de leur hauteur de banc, de la qualitéde, mortiers, de la n^isL-meedes sols,de laction des agentsextérieurs,duplusou moinsdesoinapporté dansla construction. formulessont Lesbonnes pour faire ressortir la science celui qui lesdonne;elles sont depresque toujours inutiles au praticien : celui-ci selaissediriger par son !. sonexpérience, observations cesentimentinné cheztout ses et
  • 59. ( PRINCIPES J - 57 - [ CONSTRUCTION ]constructeur qui lui indique ce quil faul laire dans chaque cas parti-culier. Nous nespérons pas laire des constructeurs de ceux auxquelsla nature a refusé celte qualité, mais développer les instincts de ceuxqui la possèdent.On nenseignepas le bon sens,la raison, mais on peutapprendre à se servir de lun et à écouter lautre. Létudedesconstructionsgothiquesest utile, parcequelle nadoptepas ces formules absolues, toujours négligées dans lexécution par lepraticien, et dont le moindre danger est de faire accorder, à un calculqui ne peut tenir compte de tout, la confiance que seule doit inspirerlexpérience. Si la construction gothique nest pas soumise à des formules abso-lues, elle est lesclave de certains principes. Tous ses efforts, sesper-fectionnements tendent à convertir ces principes en loi-,, cl ce résil-iât, ellelobtient.Équilibre, forces compression de opposées loices auxdécartement, stabilité obtenue par des charges réduisant les diersesforces obliques en pesanteur verticales ; comme conséquence,réduc-tion des sections horizontales des points dappui : tels sont ces prin-cipes, et ce sont encore ceux de la véritable construction moderne ;nous ne parlons pas de celle qui cherche aveuglément à reproduiredes édifices élevés dans des conditions é-trangéres a notre ciilisalmnet à nos besoins, mais de la construction que réclament nos besoinsmodernes, notre état social. Si les constructeurs gothiques eussenteu à leur disposition la fonte de fer en grandes pièces, ils M- seraientemparés avec empressement de ce moyen sur dobtenir des pointsdappui aussi grêles que possible et rigides, et peut-être lauraient-ilsemployée avec plus dadresseque nous. Tous leurs efforts tendent, eneffet, à équilibrer les forces, à ne plus considérer les points dappuique comme des quilles maintenuesdans la verticale non par leur pro-pre assiette, mais par la neutralisation complète de tontes les actionsobliques qui viennent agir sur elles. Faisons-nousautre chosedans nosconstructions particulières, dans nos grands établissements dutilitépublique, où les besoins sont si impérieux, quils font taire lenseigne-ment de la routine? Et si un fait doit nous surprendre, nest-ce pas devoir aujourdhui, dans la même ville, élever des maisons, des marchés,des gares, des magasins qui portent sur des quilles, couvrent des sur-facesconsidérables, en laissant aux pleins une assiette à peine appré-ciable, et en même temps des édificesoù la pierre accumulée a profu-sion entasse blocs sur blocs pour ne couvrir que des surfaces compa-rativement minimes, et ne porter que des planchers nexerçant aucunepression oblique? Ces faits nindiquent-ils pas que larchitecture esthors de la voie qui lui est tracée par nos besoins cl notre ^énie mo-derne; quelle chercheà protester vainement contre ces besoins et cegénie ; que le temps nest pas loin où le public, ^éné par un art quiprétend se soustraire à sestendances, sous le prétexte de maintenirles traditions classiques,dont il se soucie médiocrement, rangera lar-chitecte parmi les archéologues bons pour enrichir nos muséeset nos iv. - 8
  • 60. L CONSTRUCTION ] - 58 - [ PRINCIPES]bibliothèques de leurs compilations savanteset amuser quelques cote-ries de leurs discussions stériles? Or, nous le répétons, la construc-tion gothique, malgré sesdéfauts, ses erreurs, sesrecherches et peut-être à cause de tout cela, est une étude éminemment utile : elle estlinitiation la plus sûre à cet art moderne qui nexiste pas et cherche savoie, parce quelle pose les véritables principes auxquels nous devonsencore nous soumettre aujourdhui, parce quelle a rompu avecles tra-ditions antiques, quelle est fécondeen applications. Peu importe quunclocheton soit couvert dornements qui ne sont pasdu goût de telle outelle école, si ce clocheton a sa raison dêtre, si sa fonction est néces-saire, sil nous permet de prendre moins de place sur la voie publi-que. Peu importe que larc brisé choque les yeux des partisans exclusifsde lantiquité, si cet arc est plus solide, plusrésislanl que le plein cintre,et nous épargne un cube de pierre considérable. Peu importe quunecolonne ait vingt, trente diamètres, si cette colonne suffit pour porternotre voûte ou notre plancher. Le beau nest pas, dans un art tout deconvention et de raisonnement, rivé éternellement à une seule forme:il peut toujours résider là où la forme nest que lexpression du besoinsatisfait, du judicieux emploi de la matière donnée. De ce que la foulene voit dans larchitecture gothique que sa parure, et que cette parurenest plus de notre temps, est-ce une preuve que la construction deces édifices ne puise trouver son application? Autant vaudrait soutenirquun traité de géométrie ne vaut rien parce quil serait imprimé encaractèresgothiques, et que les étudiants lisant dans ce livre « que lesanglesopposésau sommet sont égauxentre eux », napprennent quunesottise et se fourvoient. Or, si nous pouvons enseigner la géométrieavec des livres imprimés dhier, nous ne pouvons faire de même pourla construction : il faut nécessairementaller chercher ces principes làoù ils sont tracés, dans les monuments ; et ce livre de pierre, si étran-ges que soient sestypes ou son style, en vaut bien un autre quant aufond, quant à la penséequi la dicté. Dans aucune autre architecture nous ne trouvons ces moyens ingé-nieux, pratiques, de résoudre les nombreusesdifficultés qui entourentle constructeur vivant au milieu dune société dont les besoins sontcompliqués à lexcès. La construction gothique nest point, comme laconstruction antique, tout dune pièce, absolue dans sesmoyens ; elleest souple, libre et chercheusecomme lesprit moderne ; ses princi-pes permettent dappliquer tous les matériaux livrés par la nature oulindustrie en raison de leurs qualités propres ; elle nest jamais arrêtéepar une difficulté, elle est ingénieuse : ce mot dit tout. Les construc-teurs gothiques sont subtils, travailleurs ardents et infatigables, rai-sonneurs, pleins de ressources,ne sarrêtant jamais, libres dans leursprocédés, avides de semparer des nouveautés, toutes qualités oudéfauts qui les rangent en tète de la civilisation moderne. Ces con-structeurs ne sont plus des moines assujettis à la règle ou à la tradition :ce sont des laïques qui analysent toute chose, et ne reconnaissent
  • 61. [ PRINCIPES ] - 59 - [ CONSTRUCTION]dautre loi que le raisonnement.Leur faculté de raisonner sarrêleà peinedevantles lois naturelles,et sils sont forcésde les admettre, cest pour les vaincre en les opposant les unes aux autres. Si cest là undéfaut, nous convient-il de le leur reprocher ? On voudra bien nous pardonner cette digression; elle est nécessairepour faire comprendre le sens des constructions dont nous allons pré-senter de nombreux exemples. Connaissant les tendances, lespritindépendant des constructeurs gothiques, leurs travaux patients aumilieu dune société qui commençait à peine à se constituer, noslecteurs apprécieront mieux leurs efforts et le sentiment qui les pro-voque. Peut-être trouveront-ils comme nous, dans ces novateurs har-dis, laudacieuxgénie moderne distrait, mais non étouffé par la routineet les préjugés de lesprit de système,par des doctrines exclusives. Nous avons vu, en commençant cet article, que si la constructionromaine est de tous points excellente, sage, coordonnée, comme laconstitution sociale de cepeuple, une fois trouvée, elle marchait sûre-ment dans la même voie, suivant invariablement les mêmes lois etemployant les mêmes moyensdexécution jusquà latin du Bas-Empire.Cela était bon, cela était admirable, mais cela ne pouvait se transfor-mer. Ce fut laforce principale du peuple romain de conserversaconsti-tution sociale malgré les symptômes de dissolution les plus évidents.Son architecture procède de même : on voit, sous les derniers empe-reurs païens, lexécution sabâtardir, le goût dégénérer ; mais la con-struction reste la même, lédifice romain est toujours romain. Si cenest la voûte sphérique sur pendentifs qui apparaît à Byzancealorsque lempire romain touche à safin, nul progrès, nulle transformation,nul effort. Les Romains construisent comme les abeilles font leurscellules : cela est merveilleux ; mais les ruches daujourdhui se rem-plissent comme les ruches du temps de Noé. Donnons aux architectesdes thermes de Titus, de la fonte, des fers forgés, de la tôle, du bois etdu verre, et demandons-leur de faire une halle, ils nous diront quonne peut rien construire avec cesmatières. Le génie moderne est autre :dites-lui délever une salle de 20 mètres douverture avec du carton, ilne vous dira pas que la chose soit impossible ; il essayera,il inventerades moyens pour donner de la rigidité au carton, et nous pouvons êtreassurés quil élèvera la salle. Le Romain trace le plan de son édifice avec un grand sens ; il établitdes bases larges, il procède avec assurance : nulle inquiétude pen-dant lexécution ; il est certain du résultat, prévu davance; il a pristoutes les précautions nécessaires;il monte saconstruction avec sécu-rité, rien ne peut contrarier ses projets ; il a su écarter toutes leséventualités, il dort tranquille pendant que son édifice sélèvesur sesbases inébranlables. Que lui manque-t-il dailleurs ? La place? il laprend. Les matériaux ?il les trouve partout : si la nature les lui refuse,il les fabrique. Les bras, les transports, largent? il est le maître dumonde. Le Romain est un être surhumain : il a quelque chose de la
  • 62. | i ONSTR1 CT10N| - fil) - [ PRINCIPES]grandeur mesurée que lon prèle à la Divinité ; rien ne peut entraverson pouvoir. Il bâtit commeil veut, où il veut, à la placequil choisit,àlaide des liras qui lui sont aveuglément soumis. Pourquoi irait-il secréer des dilïicnlles a plaisir. Pourquoi inventerait-il des machinespropres;i mouler les eauxdesrivièresa unegrandehauteur,puisquilpeut aller chercherleur sourcedansles montagnes les amenerdans etla ville par une peule nalurelle a travers de vastes plaines? Pourquoilutter contre lordre régulier des choses de ce monde, puisque cenoiide. hommes H choses, est a lui ? L erreur des premiers leuips dû moen à^e, ca été de croire que,dans I elat danarchie où la société était tombée, on pouvait refaire cequavaient lail les Romains. Aussi, tant que celte époque de transitionse traîne sur les traces des tradition*, romaines, quelle impuissance!quelle pauvreté! Mais luenlôl surfil lesprit des sociétés modernes ; àce désir vain de laire revivre nue civilisation morte succèdelantago-nisme en Ire les hommes, la lui le ci m Ire la matière. La société est mor-celée, lindividu esl responsable, Unie autorité est contestée, parceque tous les pouvoirs se neiilralisenl, se combattent, sont victorieuxloura tour. Un disnile, on cherche, on espère. Parmi les débris delantiquité, ce ne son! pas les arts que Ton va exhumer, mais la philoso-phie, la connaissancedes choses. Au xn* siècle déjà, cest chez les phi-losophes iirees que !e> esprits delile Mmt chercher leurs armes. Alorscette société, encore si imparfaite, si misérable, est dans le vrai ; sesinstincts la servent bien ; elle prend aux restes du passéce qui peutléclairer, la laire marcher en avant. Vainement le clergé lutte contreces tendances : malgré tout le pouvoir dont dispose la féodalité clé-ricale, elle-même esl entraînée dans le mouvement ; elle voit naîtrechaque jour autour delle lesprit dexamen, la discussion, la critique.Dailleurs, à celle époque, tout ce qui tend à abaisser une puissanceestsoutenu par une puissance rivale. Le génie national profite habilementdécès rivalités: il se forme, senhardit ; matériellement dominé tou-jours, il se rend moralement indépendant, il suit son chemin à lui, àtravers les luîtes de tous ces pouvoirs trop peu éclairés encore pourexiger, de la foule intelligente qui sélève, autre chose quune soumis-sion matérielle. Bien dautres, avant nous, ont dit, avecplus dautorité,que lhistoire politique, lhistoire des grands pouvoirs, telle quon lataisait autrefois, ne présente quune face étroite de lhistoire desnations: et dillustres auteurs ont en effet, de notre temps, montréquon ne peut connaître la vie des peuples, leurs développements, lescauses de leurs transformations et de leurs progrès, quen fouillantdans leur propre sein. Mais ce quon na point fait encore, cest lhis-toire de ces membres vivaces, actifs, intelligents, étrangers à la poli-tique, aux guerres, au trafic, qui, vers le milieu du moyen âge, ont prisune si grande place dans le pays ; de ces artistes ou artisans, si lonveut, constitués eu corporations, obtenant des privilèges étendus parle besoin quon avait deux et les servicesquils rendaient ; tra aillant
  • 63. [ PRINCIPES J - 61 - [ CONSTRUCTION ]en silence, non plus sous les voûtes des cloîtres, mais dans latelier ;vendant leur labeur matériel, mais conservant leur génie indépendant,novateur; se tenant étroitement unis et marchant tous ensemble versle progrès, au milieu de cette société qui se sert de leur intelligenceet de leurs mains, sans comprendre lesprit libéral qui les anime. Quedautres entreprennent une tache tracée seulement ici par nous :elle est belle et faite pour exciter les sympathies; elle embrasse desquestions de lordre le plus élevé; elle éclairerait peut-être certainsproblèmes posés de nos jours et qui préoccupent, non sans cause,les esprits clairvoyants. Bien connaître le passé est, nous le croyons,le meilleur moyen de préparer lavenir; et de toute* les classes de lasociété, celle dont les idées, les tendances, les goûts varient le moins,est certainement la classelaborieuse, celle qui produit. En France, cetteclassedemande plus ou autre choseque son pain de chaque jour : elledemande des satisfactions damour-propre; elle demande a conserverson individualité; elle veut des difficultés à résoudre, car son intel-ligence est encore plus active que sesbras. Sil faut loccuper maté-riellement, il faut aussi loccuper moralement; elle eul comprendrece quelle fait, pourquoi elle le fait, et quon lui sachegré de ce quellea fait. Tout le monde admet que cet esprit règne parmi nos soldats etassure leur prépondérance : pourquoi donc ne pas reconnaître quilréside chez nos artisans ? Pour ne parler que des bàliments, la main-dSuvre adécliné chez nous aux époquesoù lon a prelendu soumettrele labeur individuel à je ne sais quelles règles classiquesétablies sousun pouvoir absolu. Or, quand la main-dSuvre décline, les crises so-cialesne sefont guèreattendre en France.De toutesles industries, cellesdu hàliment occupent certainement le plus grand nombre de bras, etdemandent de la part de chacun un degré dintelligence assezélevé.Maçons, tailleurs de pierre, chaufourniers, charpentiers, menuisiers,serruriers, couvreurs, peintres, sculpteurs, ébénistes,tapissiers, ellessubdivisions de ces divers états, forment une armée innombrable dou-vriers et dartisans agissantsous une direction unique, très-disposéeà la subir et même à la seconder lorsquelle est éclairée, mais bientôtindisciplinée lorsque cette direction e*l contraire a MINgénie propre.Nos ouvriers, nos artisans, nécoutent et ne suivent que ceux qui peu-vent dire où ils vont et ce quils veulent. Le rornoroi e*l perpétuelle-ment dans leur bouche ou dans leurs regards; et il nest pas besoindêtre resté longtemps au milieu des ouvriers de bâtiment, pour savoiravec quelle indifférence railleuse ils travaillent aux choses dont ils necomprennent pas la raison dêtre, avec quelle préoccupation ils exécu-tent les ouvrages dont ils entrevoient lulilité pratique, ln tailleur depierre ne travaille pas le morceau quil sait devoir être caché dans unmassif avec le soin quil met à tailler la pierre vue, dont il connaît lafonctionutile. Toutes recommandai du maiIre delSuvre ne peu- les ionsvent rien contre ce sentiment. Cestpeut-être un mal, mais cest un faitfacile à.constater dans les chantiers. Le paraître est la faiblesse corn-
  • 64. [ CONSTRUCTION J - 62 - [ VOUTES ]mune en France ; ne pouvant la vaincre, il faut sen servir. On veut quenoussoyons Latins, par la languepeut-être; par les mSurs et lesgoûts,par le caractère le génie,nousne le sommes et nullement,pasplus au-jourdhui quauxn*siècle. coopération lSuvre commune active, La à estdéouée. intelligente en France, lorsquon sait que cette coopération, sifaible quelle soit, seraapparente, par conséquent et appréciée elle est ;molle,pai-e-seuse, négligée, lorsquonla suppose perduedansla niassegénérale. Nousprions nos lecteurs de bien se pénétrer de cet esprit na-tional,Irop longtemps méconnu, pour comprendre sensdesexemples leque nous allons successivementfaire passer sous leurs yeux. Pour se familiariser avec un art dont les ressources et les moyenspratiques ont été oubliés, il faut dabord entrer dans lesprit et les sen-timents intimes de ceux auxquels cet art appartient. Alors tout se dé-duit naturellement, tout se tient, le but apparaît clairement. Nous neprétendons, dailleurs, dissimuler aucun des défauts des systèmespré-sentés; ce nest pas un plaidoyer en faveur de la construction gothiqueque nous faisons, cest un simple exposédes principes et de leurs con-séquences. Si nous sommes bien compris, il nest pas un architectesenséqui, après nous avoir lu avec quelque attention , ne reconnaisselinutilité, pour ne pas dire plus, des imitations de lart gothique, maisqui ne comprenne en même temps le parti que lon peut tirer de létudesérieuse de cet art, les innombrables ressources que présente cetteétude si intimement liée à notre génie. Nous allons poursuivre lexamen des grandes constructions religieu-ses,dabord parce que ce sont les plus importantes, puis parce quellesse développent rapidement à la fin du xne siècle, et que les principesen cilii desquels ces édifices sélèvent sont applicables à toute autrebâtisse. Nous connaissonsmaintenant les phasessuccessivespar les-quelles la construction des édifices voûtés avait dû passer pour arriverdu systèmeromain au systèmegothique ; en dautres termes, du systèmedes résistances passivesau système des résistances actives. De 1150à 1^00,on construisait, dans le domaine royal, dans le Beauvoisiset laChampagne,les grandeséglises de Notre-Dame de Paris, de Mantes,deSenlis, de Noyon, de Saint-Kemi de Reims (chSur), de Sens et deNotre-Dame Châlons-sur-Marne, de toutes daprèsles nouveauxprin-cipes adoptéspar lécole laïque de cette époque, toutes ayant conservéune stabilité parfaite dans leurs Suvres principales. VOUTES. toutechose, -En lexpérience, lapratique,précèdent théo- larie, le fait précède la loi; mais lorsque la loi est connue, elle sert àexpliquerle fait. On observequetous les corpssont pesants quune etforce attireverslecentre globe. nesaitrienencore lapesan- les du On deteur de latmosphère, la force dattraction, de la forme de la terre ; deon sait seulementque tout corps grave,abandonnéà lui-même, estattiré verlicaleiiienl vers le sol. De lobservation du fait, on déduit despréceptes: cespréceptes que soientvraisou faux,cela ne changerien àla nature du fait ni à ses effets reconnus. Les constructeurs du xne siècle
  • 65. [ VOUTES ] - 63 - [ CONSTRUCTION ]navaient point défini les lois auxquelles sont soumis les voussoirs dunarc, savoir : leur poids et les réactions des deux voussoirsvoisins. Noussavonsaujourdhui, par la théorie, que si lon cherche sur chaque lit deces voussoirs le point de passait- de la résultante des pressions qui syexercent, cl que si lon fait passer une ligne par tous cespoints, ondétermine une courbe nommée courbedespressions. Nous découvronsencore, à laide du calcul algébrique, que si lon veut que léquilibre desvoussoirs dun arc suit parfait, il faut que cette courbe des pressions(dont le premier élément àla clef est horizon-tal si larc est plein cintre) ne sorte sur aucunpoint des lignes dintrados et dextrados decet arc. Cette courbe des pressions, prolon-gée en contre-basde larc, lorsquil est portésur des piles, détermine ce quon appelle lapoussée donc, plus larc se rapproche, dans :son développement,de la ligne horizontale,plus cette pousséeséloigne de la verticale;plus larc séloigne de la ligne horizontale,plus la poussée serapproche de la verticale.Les constructeurs gothiques navaient quelinstinct de cette théorie. Peut-être possé-daient-ils quelques-unes de ces formulesmécaniquesquon trouve encore indiquéesdans les auteurs de la renaissance qui onttraité de ces matières, et quils ne donnentpoint comme des découvertesde leur temps,mais au contraire comme des traditionsbonnes à suivre. Relativement aux pousséesdes arcs, par exemple, on se servait encore,au xvie siècle, dune formule géométriquetrès-simple pour apprécier la force à donneraux culées. Voici (fig. 32 bis]cette formule : Soit un arcayantcomme diamètre AB; quelle devraêtre,en raison de la nature de cet arc, lépaisseurdes piles capable de résistera sa poussée?Nousdivisons le demi-cercle ou le tiers-pointen trois parties égales ADCB; du point B,comme centre, nous décrivons une portionde cercle, prenant BGpour rayon. Nous faisonspasserune ligne prolon-géepar les points G et B ; son point de rencontre E avec la portion decercle, dont B est le centre, donnera le parement extérieur de la pile,dont lépaisseursera égaleàGH. Si nous procédons de la même manièresur des arcs en tiers-point, les divisant toujours en trois parties égales,nousobtiendrons desculéesdautant moins épaisses que cesarcs serontplus aigus, ainsi que le fait voir notre figure. Il est entendu que ce pro-
  • 66. [ CONSTRUCTION] - 64 - [ VOUTES ] cédénest applicablequautantquelesarcs sont montéssur despieds- droits dune hauteur égale pour cesarcs différents et qui nont pas plus duni- luis et demie le diamètre ou la basede ces arcs. Il est probable quo les architectesgothiques primitifs sétaientfait des règles très- simplespmir les casordinaires; mais il est certainquils sen nppor- lan-nl a leur M-ul jugement toutes les fois quils avaient quelque diffi- culté n<nielle a résoudre.Comme sils eussent défini les lois des prrs- sions des arcs, ils sarrangèrent pour concentrer sur le parcours de ces ligue-s pression matériaux tr les résistants, et,conduisantainsiles pous- sées du sommet des voiih-s sur le sol. ils arrivèrent successivement à considérer tout cequi était en dehors comme inutile et à le supprimer. .Nousoiiloiis èln- compris de (oui le monde, nous ne nous en tien- drons doncpasauxdéfinitions. Nousprenonsun exemple. Soit (fig. 33) une "mie romaine en berceauplein cintre. Soient AB la courbe de pres- 33 : csion des votissoirs, BCla poussée;si le mur qui supporte ce berceau ala hanleur FI), son épaisseurdevra être CD. Toute la charge oblique dela voûte se portant sur le point C, à quoi sert le triangle de construc-tions EDF/ Supposonsmaintenant que nous ayons une voûte gothique IL. .!i en aies dogive : la résultante des trois pressions obliquesBA, C,A,DA, en plan, se résoudra en une ligne AE ; en coupe, en uneli^ne GH. Le sentiment du constructeur lui indiquant ce principe, ilfera toule sa construction dappareil en décharge; cest-à-dire que,retraitant le point dappui vertical 10, il posera un chapiteau M dontla saillie épousera la direction de la pousséeGH. En 0, il aura encoreun corbeau, et en I un chapiteau en décharge, de manière à rapprocherautant que possiblelaxe P de la colonne inférieure du point H, pointdarrivée de la poussée GH. Mais, étant forcé, dans les édifices à troisnefs, de laisser ce point H en dehors de laxe P de la colonne, il ne con-sidère plus celle-ci que comme un point dappui quil faut maintenirdans la verticale par léquilibre. Il annule donc tout effet latéral en con-struisant larc-boutant K. Mais, objectera-t-on, pourquoi conserverun appareil en décharge,du moment que la pousséede la grandevoûte est neutraliséepar la pressionde larc-boutant?Cest là que
  • 67. [ VOUTES ] - Go - [ CONSThlCTIOIi ]percela subtilité du conslrucleur. Cette pousséeGHest neutralisée,maiselle existe;cestuneforcecombattue,maisnon supprimée.Larc-boutant arrête les effetsde cettepoussée cest sonunique fonction : ;il ne soutire pas cette actionoblique. Noublionspas quil exM<-unevoûte inférieure dontla poussée peutavoirdaction L ne que surla colonne P, et que cette pousséene peut être suppriméeque parla chargeverticale exercéeparla construction de R en S; que cettecharge verticale auradautant plusde puissance quelleseraaugmen-tée de la poussée la grandevoûte, et quela rencontrede cesdeux deforces verticales obliques faisant S,enun seulpointsurle cha- et se enpiteau, viendra elle précisément contre-buter poussée la exercée LS. parDéfinir ces actions par des calculs serait untravail en pure perte,car ces calculs de-vraient varier à linfini,en raison des hauteursou des largeurs desvides, des épaisseursdes pleins, de la qua-lité des matériaux,de leur résistance, deshauteurs dassises, etc.Mais toujours le senti-ment humain, lorsquilest aiguisé, est plussubtil que le calcul ; demême quil nest pasde machine,si parfaitequelle soit, qui attei-gne la délicatesse dela main et la sûretédu coup doeil.Dans cecas, le sentiment despremiers construc-teurs gothiques lesservait bien: car toutesles nefs élevées sur descolonnes monocylindriques, disposéesainsi que lindique notre coupe(fig. 34), se sont rarement déforméesdune manière sensible; tandisque la plupart de celles où les piles, composéesde faisceaux de rolon-nettesengagées,montent de fond, se sont courbées plus ou moins audroit de la pousséedes voûtes inférieures. Mais nous aurons loccasionde revenir plus tard là-dessus. Ce premier point éclairci, venons maintenant aux détails de lexécu-tion ; cela est nécessaire. La construction gothique procède (sil est iv. - 9
  • 68. [ CONSTRUCTION ] - (il) - [ VOUTES Jpermisdeseservirdecettecomparaison) système dun organiquebeau-coup pluscompliquéquecelui de la constructionromaine. «Tantpis,disent les uns, cest une marque dinfériorité. »- « Tant mieux, disentles autres, cest une preuve de progrès. » Progrès ou décadence,cestun fait quil nousfaut reconnaîtreet étudier. Déjànotre figure 34 faitvoir quela combinaisonau moyende laquelleles poussées voûtes dessont maintenues dans la construction gothique primitive nest rienmoinsque simple.Or, toute constructionpartant dun principe com-pliqué entraîneune suite de conséquences ne sauraientêtre sim- quiple. Rien nest impérieusement logique comme une bâtisse élevéepar deshommesraisonnantce quils font ; nousallons le reconnaîtrehuit à lheure. Le chSur de Saint-Rémi de Reims fut rebâti vers 1160,au moment où lon construisait celui de la cathédrale de Paris. Cetteconstruction, très-habilement conçue dans son ensemble, ne montredans les détails quune suite de tâtonnements ; ce qui indique uneécole avancéedéjà théoriquement, mais fort peu expérimentée quantà lexécution. Les principes de pondération et déquilibre que nousavonstracés plus haut y sont appliquésavec rigueur; maisévidem-ment les bras et les chefs de chantier manquaient à ces premiers archi-tectes gothiques ; ils navaient eu ni le temps ni le moyen de formerdes ouvriers habiles ; on ne les comprenait pas. Au surplus, le chSurde Saint-Rémi de Reims dut exciter avec raison ladmiration des con-structeurs de la fin du xue siècle, car les méthodes adoptées là sontsuivies en Champagneà cette époque, et notamment dans la recon-struction du chSur de léglise Notre-Dame de Châlons-sur-Marne. Mais dabord traçons en quelques mots lhistoire de ce charmantédifice. Léglise de Châlons-sur-Marnefut bâtie pendant les premièresannées du xne siècle : elle se composait alors dune nef avec bas côtés.La nef était couverte probablement par une charpente portée surdes arcs-doubleaux, comme beaucoup déglises de cette époque et dela Champagne; les collatéraux étaient voûtés au moyen darcs-dou-bleaux séparant des voûtes darête romaines. Le chSur se composaitdune abside sans bas côtés, avec deux chapelles carrées souvrantdans les transsepts, sous deux clochers, ainsi que la cathédrale de lamême ville. Vers la fin du xne siècle (quoique ce monument fût élevédans dexcellentes conditions et que rien ne fasse supposer quil eûtsouffert), ces dispositions nétaient plus en harmonie avec les idéesdu temps : on voulait alors des nefs voûtées, des collatéraux et deschapellesrayonnantes autour du sanctuaire. On fit donc subir à cetteéglise un remaniement complet ; le mur circulaire de labside futremplacé par des colonnes isolées ; on éleva un bas côté donnantentrée dans trois chapelles ou absidioles circulaires ; on conservales deux clochers qui flanquaient labside, mais on creva le mur dufond des chapellescarrées disposéessous ces tours, et elles servirentde communication avec le bas côté du chevet. La nef fut surélevée etcomplètement voûtée ; à la place des voûtes romaines des bas côtés,
  • 69. [ VOUTES ] - f)l - [ CONSTRUCTION ]onfit desvoûtes arcsdogive. en Quelques chapiteaux provenant desdémolitionsfurent replacés, notamment dansle collatéralde labside.Cet historique sommaire fait voir combien alors on était disposé àprofiter de toutes les ressources que présentait le nouveau systèmedarchite?ture à peine ébauché. La construction de labside de légliseNotre-Dame de Chàlons-sur-Marne est de très-peu postérieure à celledu chSur de Saint-Rémi de Reims, mais déjà elle est plus savante:on y sent encore bien des tâtonnements, et cependant le progrès estsensible. Nousdevonsici reprendre les chosesde plus haut. Nous avonsdécritla voûte darête simple élevée entre des murs parallèles, et nous avonsindiqué les premiers efforts des architectes pour la construire et lamaintenir sur ses piles. Il nous faut revenir sur nos pas et examinerles variétés de ces voûtes. Dès le xie siècle, on avait entouré déjà les sanctuaires des églises de collatéraux avecou sanschapellesrayonnantes fvoy. AHCHITECTUBE RELI-GIEUSE). Cette méthode, étrangère au plan de la basilique primitive, avait causéaux constructeurs plus dun embarras. Lantiquité romaine ne laissait rien de pareil. Certainement les Romains avaient fait des portiques sur plan circulaire ; mais ces portiques (sils étaient voûtés) secomposaientde piles épaisses supportant un berceau dans lequelpénétraient des demi-cylindres formant les voûtes darête, ou une suite de berceaux rayonnants poséssur des arcs ou même des plates-bandesappareillées,ainsi quon le voit encoredansles arènesde Nîmes.Maisles Romainsnavaientpoint eu lidée deposer desvoûtes darête surdes portiques formés de colonnes monocylindriques isolées, car celane pouvait saccorder avec leur systèmede stabilité inerte. Ce que lesRomains navaient point fait, en cela comme en beaucoup dautreschoses,les constructeurs de lépoqueromane le tentèrent. Ils voulurententourer les sanctuaires de leurs églises de portiques ou bas côtésconcentriques à la courbe de labside, et ajourer autant que possiblecesportiques en supportant par des colonnes isolées les voûtes quiles devaient couvrir. Primitivement, comme par exemple dans leséglisesde lAuvergne et du Poitou, ils se contentèrent dun berceau surplancirculaire, pénétrépar lesarcs bandésdune colonne àlautre. Pourcontre-buter la poussée de cesberceaux à lintérieur, ils comptèrentdabord sur la charge qui pesait sur les colonnes, puis sur la forme cir-culaire de labside, qui opposait à ces pousséesune grande résistance.Ainsi sont voûtés les collatéraux des absides des églises de Notre-Dame du Port à Clermont, dIssoire, de Saint-Nectaire, de Saint-Savinprès de Poitiers, etc. La figure 35 explique ce mode sans quil soitnécessaire plus grandsdéveloppements (Voy. VOUTE.) de . Mais lorsque, pendant le xne siècle, les constructeurs eurent intro-duit le systèmede voûtesen arcs dogive, ils voulurent naturellement 1 Bas côté du chSur de Notre-Dame du Port à Clermont.
  • 70. L CONSTRUCTION J - 68 - L VOUTES ]lappliquer partout,et nepensèrent avec pas, raison,quil fût possible 35* Jde conserver dans le même édifice le modedes voûtesdarêteromainesà côtédu nouveau système. Autantil était faciledeposer le tailloir sur
  • 71. [ VOUTES ] - 69 - [ CUNSII.rCTION ]barlong des chapiteaux A le-, sommiers B taillés de façon a receoirunevoûtedarête simple,aillant celadevenait difficile lorsquela vonledarête comportaitdesarcs-doubleaux des arcsogives.Cette diffi- etculté nétait pasla seule Si nousnousreprésentons tranchedu plan unede labsidede léglise Nnlre-DameduPort avecsoncollatéral(fig. 36),nous voyons que les pénétrations des demi-cylindres A et B dans leberceau circulaire CC donnent en projection horizontale les deuxlignes croisées EF, GII. Observons que, le portique étant sur plancirculaire, louverture HFest plus grandeque lou ei-lun-KG; que sinous élevions un plein cintre sur HF et un antre sur KG, ce dernier 1 yaurait sa clef beaucoupplus bas que le premier ; que la pénétrationdu demi-cylindre dont le diamètre est EGdansle berceaucirculaire CCtracerait en projection horizontale la ligne ELG, et que, par consé-quent, il ny aurait pas voûte darête, mais simplement pénétrationdun petit cylindre dans un grand. Pour obtenir une voûte darêteEFGH, les constructeurs ont donc relevé le plein cintre tracé sur EG,ainsi que lindique le rabattement IKM, en prenant une flèche NMégale à la flèche OP. Ainsi, les tailloirs des quatre colonnes accolée-,et isolées R,S,T, V, étant au même niveau, les deux clefs M,P, se trou-vaient sur la même ligne horizontale, laquelle commandait la longueurde la tlèche du berceau CC. Lidée de surélever les pleins cintresbandéssur les colonnes isolées T, V, nétait donc pas un caprice, unefantaisie de barbares, encore moins une imitation orientale, commeon la quelquefois prétendu, mais le résultat dun calcul bien simplede constructeur. Ce premier pas fait, voyons maintenant comment les architectes duxne siècle, inaugurant la voûte en arcs dogive sur plan circulaire,essayèrent daller plus loin. Noublions pas quun des motifs qui avaient
  • 72. L CONSTRUCTION J - 70 - [ VOUTKS |faitadopter voûte arcs la en dogive, cétaitle désir saffranchir de decertainesnécessitéRuantes imposées la voûte darêteantique, le parbesoin dindépendance quéprouvaient constructeurs.Maislindé- lespendance, construction en comme toutechose, sacquiert en ne quàla suite de tentatives avortées. Les architectes du xne siècle sentaientbien queleurs principes étaientfertiles en application,quils les con-duiraient à surmonter sans effort les difficultés de la construction desgrandsédifices: toutefois,commeil arrive toujours, cesprincipes,à lafois si simpleset si souples,les embarrassaientcruellementdanslap-plication immédiate; pour y rester fidèles, ils compliquaient leursconstructions,ils ne pouvaientse débarrasser totalementdesvieillestraditions, et, voulant les concilier avecleurs nouvelles idées, ils tom-baient dans des difficultés infinies. Loin de se décourager cependant,ils sattachaient, aprèschaque tentative,à cesidéesnouvellesaveclar-deur et la persistancede gens convaincus. Nous allons les voir à lSuvredans la cathédrale de Langres, un des monuments de la France le plusfertiles en enseignements,et certainement un des mieux construits. Là,les traditions antiques ont une puissanceconsidérable. Langres est uneville romaine dansun payscouvert, il y a quelquessièclesencore,denombreuxédifices romains à peu près intacts. Arrivons au fait quinous occupe particulièrement, aux voûtes en arcs dogive bandés sur lecollatéral du sanctuaire.La colonne monocylindrique, qui, même dansles édificespurement gothiques, persista si tard, est employée dans lechSur de la cathédrale de Langres. Ces colonnes ont les proportionsde la colonne corinthienne romaine, et leur chapiteauestquasi romain ;mais (fig. 37) leur tailloir est déjà disposé en vue de ce quil doit porter :deux de sescôtés ne sont point parallèles, et forment coin, afin déviterles surfaces gauches à lintrados des archivoltes A quils portent ; ducôtédu collatéral, ce tailloir donne une ligne brisée pour offrir un pointdappui saillant à larc-doubleau B. En X, nous donnons la projectionhorizontale de ces tailloirs. Sentant la nécessité de dégager les arcs-doubleaux, de laisser une place à la naissancedes arcs ogives, et crai-gnant laction de la poussée des voûtes sur les colonnes, malgré laforme circulaire de labside, larchitecte a surmonté ce tailloir dunesaillie en encorbellement G. Ainsi que le fait voir notre figure, les arcsogivesD trouventdifficilement leur naissance cependant ; linstinct delartiste lui a fait orner cette naissanceafin de dissimuler sa maigreur.Il y a trois sommierslun sur lautre : lesdeuxpremiers E, F, ont leurslits horizontaux le troisième,G,portelescoupes ; normalesauxcourbesdesarcs. Alors cesarcs parviennent,non sanspeine, à sedégagerduplan carré, et même larc ogive doit sincruster entre les claveaux desarchivolteset arcs-doubleaux. Mais le constructeurveut déjà doublerson archivolte dun second I qui vient pénétrerlarc ogive,carie A arcmur qui surmontecesarchivoltesest épaiset porte une voûteen cul-de-four. nestdoncquau-dessus lareogive lorsque Ce de et celui-cisedégage sommiers, des quonapu bander second 1.Cenestpas ce arc
  • 73. [ VOUTKS ] - 7l [ CONSTRUCTION ,tout : cesvoûtesétant rayonnantes, larchitectea tracé sesarcs ogivesen projectionhorizontale, ainsiquelindiquela figure38.La surfaceKLMN étant un trapèze, et le constructeur ne supposant pas encorequil fût possible tracerdesarcs ogives de formant, en projectionhori-zontale,deslignes brisées,la clef 0 est plus rapprochée U ligne MX dequede la ligne KL. Larc KL ayantson sommetà un niveauplus élevéquecelui delarc MN(car on na pasosé surélevercelui-ci),la ligne RSest.inclinée de R en S. Notre figure 37 fait assezcomprendre celle dis-position,et lacoupe(fig.39)lexpliquemieuxencore.Dailleursunecon-struction de ce genre, soit quelle eût été préconçue, soit quelle eût étédonnéeparle hasard,présentaitdesavantages elle permettaitde faire :plonger les jours pris sous les formerets des voûtes des collatéraux aumilieu du sanctuaire; elle ne perdait pas inutilement la hauteur durampant du comble A ; linclinaison de ce comble et celle de la voûte
  • 74. [ COWSTRUCTION J - 72 - [ VOUTESJdonnaient placede la galerie ; de plus,elleoffraitunegrande la B ré-sistance, ce quellereportaitunepartieconsidérable charges en des etpoussées ledemi-cylindre sur intérieur formant qui, voûte, risquait nepasde seséparer tranches de sécarter centre.A Notre-Dame pur et dudu Port, les tailloirs des chapiteaux(fig. 36) donnent des parallélo-grammes plan,de manièreà offrir une assiette en assez épaisse aumur du sanctuaire il en résulte que lesarcs surélevés cestailloirs ; sur|.i .-sentent des surfacesgaucheset des cônesplutôt que des demi-exlindres. A la cathédrale de Langres, les tailloirs des chapiteaux sontIrares, ainsique nous lavonsfait observer,en forme de coins, afin deconserver à lintrados des archivoltes des surfaces courbes qui sontexactementdesportions de cylindre. On évitait ainsi une difficulté dap-pareil et des surfacesgauchesdésagréables pour lSil; mais les tailloirsen forme de coins rendaient les chapiteaux disgracieux : vus paral-lèlement aux diagonales,ils donnaient, du côté du collatéral, un angleplus saillant quedu côtédu sanctuaire.Les architectes lécole go- dethique saffranchirent bientôt de ces embarras et surent éviter ces dif-ficultés. Nos lecteurs verront plus loin pourquoi nous nous sommesétendusur le tracé et la manière de construire les voûtes rayonnantesdes colla-téraux desabsides.Encoreun mot avantden venir auxperfectionne-mentsintroduits par lesarchitectesgothiques.Ceux-ci, danslorigine,avaient adopté deux méthodespour neutraliser la pousséedes voûtes :la première méthode était celle qui consistait à contenir les effets de cespoussées parune forceagissant sensinverse la seconde, en ; quon pour-rait appeler la méthode préventive, consistait à détruire ces effets dès leurorigine, cest-à-dire aies empêcher dagir.Ils employaient donclune oulautre decesdeux méthodes raison du besoin: tantôt ils profitaient endeseffets poussées, pourtant permettre détruireléqui- des sans leur de
  • 75. [ VOUTES ] ""{ - (libre général, ainsi que nous laxons u ligure Ui ; tantôt ils les annu-laient et les réduisaient immédiatemenl ni pression verticale. Un tracé très-simple fera comprendre lapplication des deux mé-thodes. Soit (fiy. 40) une voûte dont la résultante des pousséesest laligne AB, nous pouvons établir une construction telle que la donnenotre tracé. En supposantles pierres G, D, dun seul morceau diannic,résistantes et engagées à la queue sous le contre-fort, cette conslmr-tion sera aussi solide que si nous avions élevé une pile de fond EA sousles sommiers de la voûte. Dansce figuré; nous profitons des effets dela poussée AB, nous la soutirons suivant sa direction. Larc-boutantG et son massif ne sont là que pour empêcher la voûte de sécarter sui-vant une ligne horizontale. Remarquons, en passant, que larc-boutantne charge pas la pile X et quil ne fait que contre-presser la voûte aupoint où la courbe des pressions tend à sortir de lextrados des vous-soirs. Cest la méthode contenant les effets de la poussée, mais senservant comme dun élément déquilibre. Soit maintenant (fig. 40 bis)une voûte dont la résultante des pousséesest la ligne AB. Si, au lieudun arc-boutant, nous opposons à la poussée AB une pousséemoinspuissante CD, et que nous placions un poids E en charge sur les som- iv. - 10
  • 76. [ CONSTRUCTION ] - Ti - [ VOUTES Jmiers des deux voûtes, nous réduisons les poussées obliques en unepesanteur verticale, nous en prévenons les effets, elles nagissentpas.Cest ce que nous appelons la méthodepréventive. Il y a donc ceci de très-subtil dansces constructions: i°que larc-boutantest simplementun obstacleopposé,non point aux pressionsobliques, mais à leurs effets, si léquilibre venait à sedéranger; 2° quilpermet au constructeur de profiter de ces pressions obliques dansson système général, sans craindre de voir léconomie de ce systèmedérangée par un commencement daction en dehors de léquilibre.Mais toute lattention des constructeurs,par cela même, se portesur la parfaite stabilité des contre-forts recevant les poussées desarcs-boutants, car léquilibre des forces des diverses parties de lédi-fice dépend de la stabilité des culées extérieures. Cependantles archi-tectesne veulentou ne peuventsouventdonnerà cesculéesuneépais-seur suffisante en raison de leur hauteur; il faut donc les rendre fixespar des moyens factices. Nous avons un exemple de lemploi de cesmoyens dans léglise même de Saint-Rémide Reims, plus franche-ment accuséencoredansle chSur de léglise Notre-Dame Chàlons, deauquel nous revenons. Nous présentons dabord 4l ) le plan (fig. dunetravée cetteabside, deen A à rez-de-chaussée,B à la hauteur la galerie en de voûtée pré- du
  • 77. [" VOUTES ] - 75 - L CONSTRUCTION Jmier étage, en G à la hauteur du triforium, et en D à la hauteur desnaissances voûtes.On voit, sur le plan du rez-de-chaussée, des com-ment larchitecte sest épargné lembarras de construire une voûteen arcs dogive sur un trapèze. Il a posé à lentrée des chapelles descolonnesE qui lui ont permis de tracer une voûteEFGsur un parallé-
  • 78. [ CONSTRUCTION ") - 70- [ VOUTES ]logramnie. Dès lors larc-doubleau EH est semblable, comme hauteuret ouverture, à larc-doubleau FI, et la ligne de clef IH des remplis-sagestriangulaires nest point inclinée, commeà Langrès,de lexté-rieur ii lintérieur. De E en F, un secondarc-doubleau réunit la colonneE à la pile K, H il reste un triangleKEFfacile à voûter,puisquil nestquune portion de remplissageordinaire. La méthodeest la mêmea Saint-Kemi de Hrims, mais beaucoup moins bien appliquée. On voitqueles plans supérieursposentexactementsur le rez-de-chaussée, sice nest quelque porte à faux dont tout à lheure nous reconnaîtronsla nécessité. 11est, dans la construction du clneur de Notre-Dame de Châlons, unfait important, en ce quil indique les efforts tentés parle maître deheuvre pour saffranchirde certainesdifficultés qui embarrassaientfort sesconfrères iilatin du xne siècle. On observera que le plan du sanc-tuaire donne despans coupés&lintérieur et une courbe demi-circulairea lcxléi-ieur. Ainsi les archivoltes inférieures L réunissant les grossescolonnes du rez-de-chaussée sont bandées sur les côtés dun dodéca-gone, tandis que les archivoltes de la galerie du premier étage sontsur plan rectiligne sur le sanctuaire, et sur plan courbe sur la galerie ;le mur extérieur de cette galerie est bâti également sur plan semi-cir-culaire, et le triforium (plan G) est sur plan rectiligne à lintérieur, surplan courbe à lextérieur. Il en est de même des fenêtres supérieures plan D). Larchitecte avait voulu éviter les embarras que donne la con-struction darchivoltes ou darcs-doubleaux sur un plan demi-circulairedun assezfaible rayon. Il craignait les pousséesau vide, et conservantseulement le plan circulaire à lextérieur en lamenant au dodécagonea lintérieur, il réunissait assezhabilement les avantagesdes deux sys-tèmes: cest-à-dire les grandes lignes de murs et bandeaux concen-triques, une disposition simple au dehors et une grande solidité jointeà un etfel satisfaisant dans le sanctuaire ; car les arcs percés dans unmur sur plan circulaire dun petit diamètre produisent toujours à lSildes lignes fort désagréables. Une vue perspective tig. 42) du collatéral aveclentrée dune chapellerendra le plan du rez-de-chaussée facile à comprendre pour tous, et enindique la construction. Les colonnes isolées des chapelles sont desmonolithes de 0",30 de diamètre au plus : le reste de la construction,sauf les colonnettes des arêtiers des chapelles et (elles des fenêtres,est monté par assises. Xousdonnonsmaintenant(fig. la coupede cetteconstructionjus- 43)quauxvoûtessuivantla ligne MX du plan. Cette coupenous fait voiren A, conformément la méthodealors appliquée à danslIle-de-Franceet lesprovincesvoisines,lescolonnesnionocxImdriquesmarquées 0 ensur le plan ; en B, larchivolte et larrachement des voûtes du bas côté.Leséglises importantes cetteépoque de cetteprovince de et possèdenttoutes une galerie de premier étage voûtée oy. ARCHITECTURE RELI-GIEUSE, CATIILURALE, Ici la voûte rampante, ÉGLISE). est comme du celle
  • 79. [ VOUTES ] I1 -baseût»1 la cathédrale Lanyres,H nestpassaii n ot.fs(voy.le il1 <lr <"»"
  • 80. [ CONSTRUCTION ] - 78 - [ VOUTES ]planB, fig. 41).En effet,le formeretG,étantpluslargeà la baseque
  • 81. [ VOUTES ] - 79 - [ CONSTRUCTION ]larchivolte D, monte saclef plus haut, ce qui permet douvrir de grandsjours propresà éclairer le chSur. Le triforium E, occupantun espaceassezconsidérable entre la clef des archivoltes de la galerie de premierétageet lappui des fenêtres supérieures,permet détablir un com-ble F sur cette galerie avec pente suffisante, malgré linclinaison de lavoûte G.Examinons cette coupe avecattention. Nousvoyons que le tail- loir du chapiteau de la pile A reçoit en encorbellement la base de la colonne H qui porte la nervure de la voûte ; cette colonnette et les deuxautres qui la flanquent et portent les formerets ne font pas corps avecla bâtisse (voy. le plan), mais sont composéesde grands morceaux de pierre posésen délit. Il en est de même des colonnettes adossées la degalerie et dela colonne engagée Ainsi la pile à la hauteur de la galerie est I.un parallélipipède composé dassises et entouré de colonnes en délit commede chandelles charpente,afin dobtenir du roidesousles charges deetpousséessupérieures.11 est de même pour cespiles à la hauteur du entriforium E (voy. le plan C) : le noyau est monté en assises,et les colon- nettes qui lentourent sur trois côtés sont poséesen délit. Les grandescolonnettes de tête sont reliées, par des bandeaux formant bagues,aucorps de la construction, par leur baseet le chapiteau K sous les som-miers. Pour maintenir ce quillage, il fallait avoir recours aux arcs-bou-tants. Onvoit, dans le plan du rez-de-chaussée 41), que larchitecte, (fig. voulant ouvrir ses chapelles autant que possible, navait fait en arrière de la pile de tête K quune cloison de pierre fort légère. Il ne pouvait éle-ver sur cette cloison une culée pleine; aussi avait-il contre-buté lesvoûtes de la galerie du premier étagepar un premier arc-boutant L (voy.la coupe), reportant cette pousséesur la culée éloignée du mur de la ga-lerie. Mais lespacelui manquait à lextérieur, et il ne voulait pas que lasaillie des contre-forts dépassâtla ligne circulaire enveloppant les cha-pelles.Cetteculée était donc assezpeu profonde et hors détat derésisterà la pousséedu grand arc-boutant. Au lieu donc de faire naître le grandarc-boutant à laplomb du parement M, le constructeur a avancécettenaissanceen 0. Il obtenait ainsi de 0 en Pune culée puissante, et, silchargeaitles reins de larc-boutant inférieur L, celui-ci était rendu très-résistant dabord par la largeur extraordinaire qui lui estdonnée, ensuitepar la charge supérieure R qui pèse sur la culée. De plus, pour éviterleffet despousséesde la grande voûte entre larrivée du grand arc-bou-tant S et la naissancedes voûtes T, il a posé sur le mur extérieur du tri-forium E une colonne V en délit qui roidit parfaitement cet espace,ainsique pourrait le faire une forte chandellede charpente. De plus, sous cesommier T qui forme linteau dans le triforium et qui déborde quelquepeu à lextérieur, larchitecte a bandé un arc Q qui étaye puissammenttout le systèmesupérieur de la construction et donne même une plus 1 Cesarcs ont été détruits depuis, et remplacés par des maçonneries et du bois lorsquonrefit les couvertures, xv" siècle. Il serait tempsde penser à les replacer. au
  • 82. [ CONSTRUCTION | - 80 - [ VOfTKS ]grande résistance larc L. Comprenant à leffetdespoussées voûtes desdela galerieet de larc-houtantL qui est destinéà lesannuler,craignantlaction de la poussée dune voûte trop large sur les piles intérieuresàla hauteur de la galerie du premier étage, larchitecte a avancéla pile Xen surplombsur la colonneinférieure Y, nayant pasà craindresur cepoint unechargeverticale,maisbien plutôt unechargeoblique sepro-duisant de X en L. Quant au grand arc-boutant, ses claveauxpassent,tendant au centre de larc, au-dessus de la colonne V, comme si ellenexistaitpas; et souslesclaveaux tête, le tailloir du chapiteau de formeun angle avec ces claveaux,ainsi que lindique le détailU; une simplecalede pierre a formecoin entrele tailloir et lesclaveaux. Cestlà quonreconnaît toute la finesse dobservation et la subtilité même de cesconstructeurs gothiques primitifs. Il pouvait, danstoute la hauteur de lapile de Aen E, seproduiredestassements; suite de cestassements, parla tète S du grand arc-boutant devait donnerdu nezet exercer une pres-sion telle sur la colonne V, que celle-ci sécrasât, ou quen résistant,elle occasionnât une rupture en S, funeste à la conservation de cetarc. Posant la colonne ainsi quil est tracé en U, labaissement de lalèle de larc-boutant ne pouvait que faire glisser légèrement le tailloirsous larc et incliner quelque peu la colonne V en fruit. Dans cettesituation, résultat dun tassement du gros contre-fort, cette colonne Vchassait sur larc n et chargeait la pile X obliquement : ce qui navaitnul danger, puisque cette pile X est posée pour agir obliquement;de plus, la colonne V pressait fortement le mur du triforium quila supporte, et par suite la colonne engagéeI, point important ! carcette colonne I, monolithe, indépendante de la pile à laquelle ellesadosse,étant très-chargée et ne pouvant tasser, reporte la pressionprincipale de la pile sur le parement extérieur A de la circonférencede la colonne inférieure, cest-à-dire sur le point où il était néces-saire dobtenir une plus grande rigidité pour prévenir leffet despousséesdes voûtes du collatéral. Il y a là calcul, prévision : car onremarquera que la colonne engagéeI faisant face à celle I, est bâtieen assises commela pile X; il était important, en effet, que cette pileintermédiaire X neût pasla rigidité de la pile intérieure, quelle pûtse prêter aux tassements, pour ne pas occasionner une rupture de 0en L, ce qui ne pouvait manquer davoir lieu, si le gros contre-fortvenait à tasser. Ainsi donc, dans cette construction, les deux systèmesde résistancepréventiveet opposée, expliqués dans nos deux figures 40 et 40 bis, sontsimultanémentemployés. Tout cecipeut être subtil, trop subtil, nouslaccordons;mais pour grossieret barbare,ce ne lest point. Les con-structeursdece temps cherchaient sanscesse,et la routine navaitpasprise sur eux ; en cherchant, ils trouvaient, ils allaient en avant et ne di-saientjamais: « Noussommes arrivés,arrêtons-nous » Cest,il nous là.semble,un assez enseignement suivre. Nousvoulonsaujourdhui bon à
  • 83. [ VOUTES ] - 81 [ CONSTRUCTION ]une architecture de notre temps, une architecture neuve: cest fortbien vouloir. Mais il faut savoir comment on trouve une architectureneuve.Ce nest pas apparemment en interdisant létude de lart le plusfertile en ressources de tout genre, le plus souple et le plus libre danslemploi des moyens matériels. Cependantil se présentait une difficulté assezsérieuse et toute nou-velle, lorsquil sagissait des voûtes des collatéraux doubles entourantdessanctuaires dune grandeétendue.Lesexemples nousvenons quede donner appartiennent tous à des édifices de médiocre dimension,et nous voyonsquà Saint-Rémi de Reims et dans léglise Notre-DamedeChâlons,par exemple, la précinction extérieure comporte un plus grandnombre de points dappui que celle intérieure, afin déviter les ouver-tures darcs démesurées. Dans un chSur comme celui de la cathédraledeParis, entouré de doubles collatéraux, il fallait nécessairementdispo-ser les piles de façon à trouver des ouvertures darcs-doubleaux à peuprès égalespour obtenir des voûtes dont les clefs atteignissent toutesle même niveau. Les deux précinctions extérieures devaient alors com-prendre un plus grand nombre depilesque celles du sanctuaire.A la ca-thédrale de Paris, en effet, nous voyons (fig. 44) que la partie circulaire iv. - 11
  • 84. [ CONSTRUCTION ] - 82 - [ VOUTES ]du sanctuaire,bâtievers1165, reposesur sixpiles,tandisquela secondeprécinction en comporteonze,et la troisième quatorze.Grâceà cettedisposition,lesarchivoltes AB,BG,etc., lesarcs-doubleaux EF,etc., DE,GH,HI, 1P, etc., sont à peu près plantés sur des diamètres égaux, et les( iù 1rsréunissant cesarcsne secomposent,pour porter lesremplissagesde moellons, que darcs diagonaux simples BE, EC, FI, IE, EH, HD, etinm plus darcs croisés. Dansla galerie du premier étage,le même sys-Imip ilr <lûtes est employé et répète le plan de la première précinction.La ti^u iv X donne la forme de ces voûtes élevées sur le plan horizontaltriangulaire. Les gros contre-forts K, L, M seuls maintiennent la stabi-lité de lédifice ; ils reçoivent les arcs-boutants des grandesvoûtes supé-rieures et les petits arcs-boutants de la galerie du premier étage, bandésde G en D, de P en F, etc. Quant aux pousséesdes deux diagonalesBE,CE, des voûtes de cette galerie, elles sont contre-butées par deux petitsarcs-boutantsbandésde I en E et de H en E ; de sorte quainsi les pous-séeset charges principales sont renvoyéessur les grosses piles exté-rieures K, L, M, et les poussées et chargessecondaires sur les pilesintermédiaires extérieures 0, R, S . A lintérieur, des colonnes mono-cylindriques portent seules,à rez-de-chaussée, édifice vaste,élevéet cetpassablementcompliqué danssescombinaisons de coupes.Il nest pasbesoin dêtre fort expert en architecture pour reconnaître, rien quenjdant les yeux sur la figure 44, que lintention évidente du maître delaiivre a été doccuper, avecsespoints dappui, le moins de place pos-sible à.lintérieur, quil a tenu en même temps à couvrir les deuxcollaté-raux par des voûtes dont les sommetsfussent tous au même niveau,afinde pouvoir placer sur cesvoûtes laire dune galerie et des couverturesayant une pt-nU-régulière vers le périmètre extérieur (voy. VOUTE). Peuaprès la construction de cette abside, les constructeurs, cependant,rapproclifi-iiii les piles A, B, G, de manière à obtenir, autour des sanc-tuaires, des travéesplus étroites que celles parallèles à laxe, et ils sur-élevèrentles archivoltesAB, BG; mais nous devonsreconnaîtrequily a, dans la disposition du rond-point de Notre-Damede Paris, une am-pleur, une indépendance de conception qui nous séduisent. Les voûtessont adroitementbandées ces piles, dont le nombre augmente sur àchaqueprécincfion. Gelaest habile sanseffort et sansrecherche. Remar-quonsaussiquelesvoûtesgothiques seulespermettaientlemploi decemode,et queles premiersarchitectes les appliquèrentà leurs con- quit-li actionsdurent immédiatement tirer tout le parti possible. en Danslespacede vingt-cinq ans, les architectes de la fin du XH siècleétaient doncarrivésà obtenirlesrésultats avaient la préoccu- qui étépation de leurs prédécesseurs pendant lépoqueromane, savoir: devoûterdesédificeslarges élevés, ne conservant lintérieurque et en àdespointsdappui grêles. triomphe la construction Le de équilibréepar 1 II est entenduque nous ne parlonsici que de la constructionprimitive du chSur deNotre-Dame Paris,avant construction chapelles de la des rayonnantes
  • 85. [ VOUTES ] - 83 - [ CONSTRUCTION ]lopposition des poussées et par ladjonction de chargessupérieuresréduisant ces pousséesà une action verticale était donc complet ; ilne restait plus quà simplifier et à perfectionner les moyens dexécu-tion. Cest ce que les constructeurs du xmesiècle firent, souvent avectrop daudace et de confiance en leurs principes déquilibre, mais tou-jours avec intelligence. Il est évident que la sagacité était la qualitédominante des apôtres de la nouvelle école. Les efforts tendaient, sans répit, à renchérir sur lSuvre précédente, à pousser les conséquences du principe admis jusquà labus ; si bien que, pendant le xivesiècle, il y eut réaction, et que les constructions où les questions déquilibre sont résolues avec le plus de hardiesse sont celles qui furent élevées pendant la seconde moitié du xin" siècle. Nous aurons loccasion derevenir sur ce fait. Si lon veut constater lextrême limite à laquelle arrivèrent les archi-tectes de la fin du xnesiècle,en fait de légèretédespoints dappuiintérieurs et de stabilitéobtenueaumoyende léquilibre desforcesop-posées,il faut aller voir le sanctuaire deléglise de Saint-Leu dEsserent (Oise).Certaines parties de cette construction,élevée vers 1190, sont faites pour exciternotre étonnement. Ce sanctuaire se com-pose, dans le rond-point, de quatre co-lonnes monostyles, deux grosseset deuxgrêles, ainsi disposées(fig. 45). Les deuxcolonnes A nont que Om,50 diamètn-, decellesB Om,85, environ.Unevue perspective deux travées plan des surcirculaire reposant sur les colonnes A (fig. 43 bis] nous indique asse/,aprèscequenousvenons dire, queles constructeursne comptaient dealors que sur léquilibre des forces agissanteset résistantes pour main-tenir une masse pareille sur un point dappui aussi grêle. On voit lacolonne A, de Om,50 diamètre, couronnée par un chapiteau exlrenie- dement évasé(voy. CHAPITEAU, 21), sur lequel reposent un sommier fig.puissantet les trois colonnettes monolithes portant les retombées desvoûtes supérieures. Le sommier est assezempatté pour recevoir la piledutriforium elle mur qui le clôt. Larc-boutant extérieur poussetoutecette construction du dehors au dedans; mais, étant élevée sur plancirculaire, elle ne peut être chasséeà lintérieur, et plus Larc-boutantappuie sur la tête de la pile, plus la construction prend de lassiette.La charge énorme que reçoit verticalement la colonne A assuresasta-bilité. Léquilibre ne peut être rompu, et, en effet,ce chevetna subiaucun mouvement. Dans lIle-de-France, cependant, les constructeurs surent toujoursgarder une certaine mesure, et ne tombèrent jamais dans les exagéra-tions si fréquentes chez les architectes de la Champagneet de la Bour-gogne. Chezcesderniers, cesexagérationsétaient justifiées jusquà uncertain point par la qualité excellente des matériaux de cette province.
  • 86. [ CONSTRUCTION ] - 8-4 - [ VOUTES ]Les architectes bourguignons, sefiant à la résistanceextraordinaire de pierres,produisirent Suvresdune grandeimportance des au
  • 87. [ VOUTES ] - 85 - [ CONSTRUCTION]point de vue de la construction, en ce quelles nous font connailrejusquoù lapplication du principe gothiquepeut aller lorsque la ma-tière lui vient en aide. La voûte étant désormais le générateur de toutes les parties des édi-fices voûtés, commandant la place, la lorme, la disposition des pointsdappui, cest elle dabord que nous devons scrupuleusement éludier.Pour qui connaît bien la structure de la voûte gothique, les ressourcesinfinies que présente sa construction, loules les autres parties de lamaçonnerie sen déduisent naturellement. Nos lecteurs ont pu prendreconnaissancedéjà des éléments de la construction des voulez : reste àen examiner les détails, les variétés et 4esperfectionnements, car nousne pourrions plus nous faire comprendre, si, avant daller plus loin,les divers moyens employés pour fermer les yoùles gothiques nélaientpas complètement développés. Les figures 2", 2X, 2Hbis et 29 indiquent comment sont tracés leslits inférieurs des sommiers des arcs sur les tailloirs des chapiteaux,comment ces lits inférieurs commandent la forme de ces tailloirs et laplacedes colonnettes et points dappui. On reconnaît facilement que,dans les premiers tracés des voûtes gothiques, les constructeurs ontévité autant que possible de faire pénétrer les arcs les uns dans lesautres à leur naissance; ils faisaient tailler chaque claveau sur le chan-tier, suivant la section donnée à chacun de ces arcs, et ils cherchaientà les arranger du mieux quils pouvaient sur le tailloir, en les rognantà la queue pour conformer leur pose aux pénétrations. Ainsi, parexemple, ayant tracé sur le tailloir des chapiteaux destinés à receoirun arc-doubleau, doux arcs ogives et les deux colonnettes portant lesloimerets, le lit de ces divers membres, ils posaient les claveaux dechacun de ces arcs et les bases des colonnettes, ainsi que le démontrela figure -if>,écornant, au besoin, les queues de ces arcs, comme on levoit en A, afin de les placer les uns à côté des autres et de les renfer-mer dans leur lit de pose. Cette méthode naïve nexigeait, de la part delappareilleur, aucuneépure spéciale pour le sommier, demandait uneassiette assezlarge sur les tailloirs pour ne pas trop affamer les queuesdes claveaux, et, par conséquent, des chapiteaux fort évasés;elle avaiten outre linconvénient de ne donner que des sommiers sansrésistance,pouvant sécraser sousla charge, et de prolonger les effets des pous-séestrop basou de rapprocher leur résultante desparementsextérieurs.Ayant trois arcs à poser, lidée la plus naturelle était de leur donnera chacun leur sommier. Mais, dans certains cas, les constructeursgothiques primitifs avaient été forcés cependant de faire pénétrer lesdivers arcs soutenant une voûte sur un chapiteauunique, isole, commeon le voit dans la figure 42, et de leur donner un seul sommier pourtous ; car, sur ces assiettes étroites, il nétait plus possible de songerà arranger les premiers claveaux de ces arcs comme on enchevêtreles piècesdun jeu de patience : ceût été faire de cespremiers claveauxune agglomération de coins nayant aucune force de résistance. Dail-
  • 88. [ CONSTRUCTION ] - 86- [ VOUTES ]leurs,il fallaitsouvent lespremiers que claveaux arcs(silsavaient des Xune pile supérieureà supporter)fissenttas de charge,cest-à-dire pré-sentassent de véritables assises à lits horizontaux, afin de résisterà la pression. Soit, par exemple liy. itj (M»), une pile A ayant une pile B supérieure
  • 89. [ VOUTES ] - 87 - [ CONSTRUCTION ]à supporter au-dessus dune voulu G. Si les arcs de cette voûte sonttous indépendants dès leur naissanceet extradossés,si les joints despremiers claveaux sont normaux aux courbes, il est clair que la pile Bne reposera pas sur lassiette EF, comme cela devrait être, mais sur lefaible remplissageG,et qualors sastabilité ne pourra être assurée; quela pression sur les reins des premiers claveaux causera infailliblementdes désordres,des ruptures et des écrasements.Cefut cependantcettemélhode quemployèrent les derniers arrhilcctes romans, et elle eutsouvent des conséquencesdésastreuses.En pareille rirnmstance, lespremiers constructeurs gothiques procédèrent diJléremment. Soit Hla pile portant une charge supérieure K, ils posèrent autant de som-miers à lits horizontaux quil en fallait pour que les verticales LM trou-vassent une assiette,et ne commencèrent les coupesdes claveauxnor-malesaux courbesque lorsque cescourbes saffranchissaientdes paroisverticales LM. Jusquà une certaine hauteur, les arcs étaient donc com-posés, par le fait, dune suite dassisesen encorbellement a lits hori-zontaux. Ces constructeurs avaient trop de sens pour imaginer lescrossettesI, qui ne peuventjamais être bien poséeset dont les lils nesauraient être exactement remplis de mortier : ils préféraient adopterfranchement les encorbellements. Ceux-ci avaient encore un avan- tage : ils détruisaient en partie leffet des poussées.Nous ne devons pas omettre de dire ici que le devant des claveauxou sommiers est tou-jours posé à laplomb du carré supérieur de la corbeille du chapiteau, ainsi que lindique le tracé B (fig. 46) ; quant au carré de la base de la colonnette de formeret, il est posé à fleur du tailloir, afin que le nu de la colonnette arrive à laplomb du carré de la corbeille du chapiteau (voyezla même figure 46). Dès quil fut admis quon pouvait poser à la naissancedes voûtes une série de sommiers darcs superposésà lits horizontaux, les architectes navaient plus besoin de se préoccuper de trouver une assiette assezlarge sur le tailloir des chapiteaux pour recevoir les claveaux de plu- sieurs arcs juxtaposés, mais seulement de faire en sorte que ces arcsvinssent à sepénétrer sur la plus petite assiette possible. Suivant tou-jours leurs raisonnements avecrigueur, ils reconnurent également quela résistancedes arcs, dans le systèmede voûtes nouvellement adopté.,est en raison de la hauteur des claveaux et non en raison de leur lar-geur, et quà section égale comme surface, un claveau, par exemple(fig. 47), posé ainsi quil est indiqué en A, résistait beaucoup plus à lapression quun claveau posé suivant le tracé B. Or, vers le commen-cement de la seconde moitié du xne siècle, les claveaux des arcs sontgénéralementcompris dans une section carrée G, de huit pouces(0",22)à un pied ou dix-huit pouces de côté (Om,33 Om,50), et suivant la largeurde la voûte ; tandis que, vers la fin de ce siècle, si les claveauxdes arcs-doubleaux conservent encore cette section, ceux des arcs ogives (arcsdont le diamètre est plus grand cependant, mais qui nont pas à ré-sister à la pression des arcs-boutants) perdent une partie de leur lar-
  • 90. f CONSTIlL-CTIilN ] -M- [ OUTES ]tfciirel run-ei enl du champ,ainsi quon le voit on D. Prenant moinsde largeur de I-en V, leur trace sur le tailloir des chapiteaux occupaitniiiin-. de place,exigeaitun évaseiueiit moinsconsidérable, sarcom- etni.idail mieux aux pénétrations ; nayant plus quune arête mousseen Gou un simple boudin,la retombéebiaisesur les tailloirs noffrait plusle, surfaces gauches et gênantesque donnaient les arcs dont la sec- tion était G. Peu à peu les architectes renon- cèrent même à cette section C pour les arcs- doubleaux, et adoptèrent des sections analo- gues à celle H, offrant de même de I en K une grande résistance de champ, et de L en M une résistancesuffisante de plat pour éviter les tor- sions, déjà maintenues par les remplissagesdes voûtes. Cest ainsi que chaque jour, ou plutôt après chaque tentative, les architectes arri- vaient à supprimer, dans la construction des voûtes, tout ce qui nétait pas absolument in- dispensable a leur solidité; quils abandon- naient les dernières traditions romanes afin dobtenir : 1°une plus grande légèreté; 2° des facilités pour asseoir les sommiers, puisque ces sommiers allaient dorénavant commander la construction des piles, et, par suite, de tous les membres inférieurs des édifices. Mais nous sommes obligé, au risque de pa- raître long dans notre exposédu système des voûtes gothiques, de procéder comme les con- structeurs de ce temps, et de suivre, sans la quitter un instant, la marche de leur progrès. Puisque ces constructeurs avaient admis larc- boutant, cest-à-dire une résistance opposée sur certains points aux pousséesdesvoûtes, il fallait bien réunir cespousséeset faire que leur résultante nagît exactementque sur ces points u isolés; donc.il était de la dernièreimportance que les arcs-doubleaux et les arcs ogives sepénétrassent façon: 1°que la résultantede leurs poussées con- de seeilit en une seule pression au point où venait buter la têtede larc-houlant: 2° quaucune portion de poussée ne pût agir en dehorsou à côté de cette résultante; en un mot, de façon que le faisceaudes poussées fût parfaitement dirigé suivant une seule et mêmeligne de pression au moment de rencontrer larc-boutant comme unobstacle.Desvoûtesdont les sommiersétaient posésconformémentà la figure 46 ne pouvaientatteindre ce résultat absolu; leurs pous-sées devaientêtre et sont en effet diffuses,et ne se réunissent pasexactement unerésultantedont la direction et la puissance en puissent
  • 91. l VOUTliS j - 89 - [ CONSTRUCTION ]être exactement appréciées. Mais si, au lieu de ces premiers claveauxposés tant bien que mal à côté les uns des autres sur les tailloirs deschapiteaux, occupant une assiette large, sans solidarité entre eux, noussupposonsun sommier pris dansune seuleassise; si nous combinonsle départ des arcs de façon quils se pénètrent complètement, pour nefaire quun seul sommier au lieu de trois, déjà nous aurons fait un pas,car la résultante des pressions diverses se produira sur un seul mor-ceau de pierre quil faudra seulement rendre immobile. Mais si encore,non contents de <-e premier résultat, avant groupé nosnaissances es daïen un faisceau aussi serré que possible, nous ne considérons les som-miers que comme des assisesen encorbellement, que nous placionsplusieurs de ces assisesou sommiers les uns sur les autres en taillantleurs lits horizontaux jusquà ce que les développementsdes courbesde chacun des arcs nous permettent de dégager leurs claveauxde cettemasse en tas de charge, alors nous serons certains davoir à la base denos voûtes une résultante de pressions agissant suivant une ligne dontnous pourrons exactement apprécier le point de départ, la puis-sanceet la direction ; de plus, nous serons assurés que la tête de larc-boutant viendra sappuyer, non sur une maçonnerie sans liaison etsans force, mais contre une construction rigide présentant une surfacehomogène, comme le serait la pièce de charpente contre laquelle onappuie la tête dun étai. Mais nous avons fait des progrès. Dabordnous avons reconnu que les voûtes en arcs dogive comprenant deuxtravées, cest-à-direfermées sur un plan carré dont les diagonales sontcoupées par un arc-doubleau intermédiaire, nous obligent à donneraux voûtes une forme très-bombée qui nous gêne pour poser les char-pentes ; car les diagonales du carré étant beaucoupplus longues quelun de sescôtés, ces diagonales, servant de diamètre aux arcs ogives,élèvent leur clef au-dessus de la naissance à une hauteur égale à cedemi-diamètre (voy. tig. -20,Subis et 21), hauteur que la clef de nosarcs-doubleaux ne peut atteindre, à moins de donner beaucoup dai-guilé à ces arcs. Vers 1230,on renonce donc à ce mode de voûte sur plan carré, etTon établit les arcs ogives des hautes nefs sur plan barlong, cest-à-dire que chaque travée porte sa voûte complète. Nous pouvons ainsifaire que les clefs des arcs ogives, doubleaux et formerets, atteignentun même niveau ou à peu près. Les constructeurs, voulant avoir dessommiers à lits horizontaux jusquau point où ces arcs cessent de sepénétrer, observent que la méthode la plus simple, pour que ces som-miers ne donnent pas de difficultés de tracé, consiste à donner auxarcs ogives et arcs-doubleaux un même rayon. Soit donc une voûtesur plan barlong (fig. 48), larc ogive AC rabattu est un plein cintreABC; reportant le demi-diamètre AD sur la ligne de base de larc-dou-bleau AE, nous obtenons en F le centre de lune des branches de larc-doubleau, et nous traçons larc AG, qui possède le même rayon quelarc ABC ; reportant la longueur AF de E en F, nous obtenons en F iv. - 12
  • 92. [ CONSTRUCTION ] - 90 - [ OUTES ]le secondcentre de larc-doubleau, et traçons la seconde branche EG.Cestainsi que sont tracésles arcs despremièresvoûtesgothiquessurplan barlong. Doncles courbes arcs ogiveset arcs-doubleaux desétant les mômes, leurs coupes sont pareilles et leurs sommiers neprésentent aucunedifficulté de tracé. Voyonsmaintenantà tracer cessommiers.Soient(fig. 48 bis)AB la directrice de larc-doubleau, AClesdirectrices desarcsogives À estposé sur le nu du mur. De ce poinlA, prenant sur la ligne AB une longueur ADégaleà lépaisseurdu cla-veau de larc-doubleau, et considérant AD comme rayon, nous formonsle demi-cercle DDD". Nous traçons alors la coupe de larc-doubleausur plan horizontal.Noustirons deux parallèles auxdirectrices AC EFdarcs ogives,en laissantentre ces parallèles une distanceégaleà lalargeur desclaveaux darcs ogives. sont lesprojectionshorizontales Cedes arcs ogives.Prenantles points G de rencontre des lignes daxesdes arcs ogives avec la demi-circonférence DDD comme lintradosdes arcs ogives, nous traçons la coupe de ces arcs ogives sur planhorizontal. Nous avons alors le lit inférieur du premier sommier. Dansles vides qui restent entre la demi-circonférence DDD" et les arcs ogi-ves enH, nousfaisons passerles colonnettes qui sont destinéesà porterles formerets. Le contour du lit inférieur du premier sommier obtenu,nous pouvons tracer (seulement alors) le tailloir du chapiteau, soit enretour déquerre, comme lindique 1KL, soit en étoile, comme lindi-que lKL. Sous ces tailloirs, on peut ne mettre quun seul chapiteauet une seule colonne M, puisque notre intention est de réunir autantque possible les arcs en un faisceau étroit. Ce chapiteau, qui est uneconsole, une pierre en encorbellement soulagéepar la colonne isolée,fait sortir trois corbeilles dun astragale unique. 11nous faut rabattre i On remarquera, en effet, que ces premières voûtes sont, comparativement à celles«lu milieu du xin" siècle, assez plates, et que leurs arcs-doubleaux. rapprochentdu seplein cintre Plus tard, ces voûtes parurent trop peu solides ; on donna de laiguité auxan-s ogives, ou bien on suréleva leur naissance, afin de pouvoir élever les clefs des arcs-duubleaux.
  • 93. [ VOUTES ] - 91 - L CONSTRUCTION ]sur la ligne NOlarc-doubleau, surla ligne AClarc ogive.Il est clair etquecesdeuxarcscessent sepénétrerau point P sur plan horizontal. deDu point P, élevantune perpendiculaire sur la ligne NO,basede PPlarc-doubleau, et une seconde perpendiculaire PP" sur la ligne AC,base de larc ogive, cette première perpendiculaire PP viendra ren-contrer lextrados de larc-doubleau rabattu au point (J. Ce point Qindique doncla hauteur où larc-doubleausedégage larc ogive : decest le niveau du lit du dernier s<minier. 11sagit de diviser la hauteur
  • 94. [ CONSTRUCTION ] - 92 - [ VOlTl.s ]PQen un certainnombredassises, suivantla hauteur desbancs.Sup-posons troisassises que suffisentlelit supérieur premier : du sommiersera en H, du strond ni S. ri du troisième en T. En M, larc se déga-ge.-mt, nous pouvonstracer la première coupe QV tendantau centrede larc. A partirdecepoint,lesclaveaux, la coupe tracée dont est enU, sont indépendants. suftira de procéderde la même 11 manièrepourI an-ogive,en traçantles lits HST1 partir de la ligne de baseAC, àdistants entre eux comme le sont les lits RST. Larc ogive étant moinsépais larc-doubleau, resteraderrièreson extrados, Q,jus- que il enquà la rencontre aveclextradosde larc-doubleau, petite surface uned«-lit horizontalqui noussera fort utile pour commencer poser les àmoellonsde remplissage trianglesdesvoûtes.Celafait, nouspou- de-;vons donner à lappareilleur chacun des lits de ces sommiers, en repor-tant surplan horizontal, connue nous lavons trace en X. les coupesquenous donnent sur les arcs rabattus les lits HST, HST. Alors nousobtenons: 1° en a, le lit inférieur du premier sommier, déjà tracécomme souchedes arcs ; 2° en b, le lit supérieur du premier sommierqui fait le lit inférieur du second;3° en c, le lit inférieur du troisièmesommier; 4° en e, le lit supérieur de ce troisième sommier avec sescoupes inclinées marquée^ en il. Il nest pas besoin de dire que cessommiers portent, sinon tous, au moins les deux premiers, queue dansle mur dont le nu est en y:. Voudrions-nous serrer plus encore lesarcs ogives contre larc-doubleau, il suffirait, en commençant lopéra-tion, de rapprocher sur un plan horizontal les lignes daxe des arcsogives du point A. Souvent même ces lignes daxe se rencontrent aupoint A. Pour ne point compliquer inutilement la ligure, nous avonssupposé des arcs simplement epannelcs; sont-ils chargés de mou-lures, quon ne procède pas autrement sur lépure; mais en traçant lesprofils, il est nécessaire de connaître,, sur les divers lits horizontauxdessommiers, coupes les biaisesqui sont faitessur cesprofils, afin dédonner au tailleur de pierre des panneaux tiennent comptede la quidéformationplus ou moins sensibledes mouluresà chaquelit. Pour faire comprendre,mêmeaux personnes ne sont pas fami- quilières avec la géométrie descriptive, lopération que nous venons detracer, noussupposons ffig. W/e/- le-,trois sommiersde la figure pré-cédentevus les uns au-dessus autresen perspective moulurés. des etEu A, on voit le premier sommier, en R le second, en D le troisièmeaec ses coupes normales aux courbes des arcs; en D le- daeaux desarcs-doubleaux, Dceux des arcs ogives affranchisdes sommiers, enet dèslors semblables entre eux jusquà la clef. II arrive cependant que les arcs dune voûte sont de diamètres très-inégauxou que leurs naissances sont à des hauteursdifférentes; celane peut en rien gênerlappareilleur.Du momentquun desarcssedé-gage autres lextrados, porteune coupenormaleà sacourbe des a ilet lesclaveaux posent, se tandis côté lui dautres peuvent qua de arcsrester engagés encorejusquà unecertainehauteuret conserver lits les
  • 95. I. VOUTES J - !J3- CONSTRUCTION jhorizontauxdessommiers. Ainsi, par exemple(fig. 49), supposons que
  • 96. [ CONSTRUCTION ] - J4- L VOUTCS Jnousayons voûter salle à une divisée unerangée piles,et dont par dele plan, lune ses à de extrémités, donne, lapileAetlapile nous entreB,unespace beaucoup large celuirestant plus que entrelapileBet lemur CD Dès lors nous aurons des voûtes en arcs dogive telles que 49lindique notre figure. Nous rabattons larc-doubleau EF, qui nousdonne larc en tiers-point EGF; nous rabattons larc ogive El, qui nousdonne larc légèrement brisé EHI; nous rabattons larc ogive KL, quinous donne le demi-cercle KML; nous rabattons larc-doubleau PN,en traçant cet arc de manière que la clef soit un peu au-dessous duniveau dp la clef de larc ogive KL, et que sa courbe se rapproche duplein cintre pour conduire lSil, sansbrusques changementsde niveau,des grandesvoûtes comprises entre AB aux voûtes plus étroites et plusbassescomprises entre la pile B et le mur CD. Il est utile alors de sur-élever la naissance de cet arc-doubleau PN. Il est rabattu en PON. Cestce besoin déviter les brusques changements de niveau dans ces diffé-rents arcs qui nous a fait légèrement relever la clef de larc ogive Elau-dessus du plein cintre. On voit ainsi que, du grand arc-doubleaucomprisentre la pile A et B jusquaupetit arc-doubleau compris entrela pile B et le mur, les clefs HMOHet G des arcs soit doubleaux, soitogives,sabaissent successivement par une transitionpresque et insen-sible à lSil en exécution. Il sagit maintenant de supposer les sommiers de ces divers arcs surle chapiteau la pile B ; nous présentons 49 bis)lesformesde ces de (fig.sommiers. A, est le sommier larc-doubleau En de marquéEFsur lafigureprécédente B, le second ; en sommier avecles deuxcoupes desarcs ogivesEl ; en G, le troisièmesommierdont le lit supérieur estcomplètement horizontal; D, le quatrième en sommier avec coupes lesdesdeuxarcs-doubleauxPN, deuxarcsogives et de larc-dou- des KLbleau réunissant Aàla pileB.On lapile remarquerarenforts qui les R,sontlaissés danslesassises sommiers, des derrière claveaux les libres,
  • 97. [ VOUTES J - «J.j- [ CONSTRUCTION ]pour recevoir les remplissagesde moellon des voûtes. Il y a donc alors :le premier sommierportant la coupedun arc; le second sommier 49 bisportant les coupes de deux arcs; le troisième sommier, à Ht supérieurhorizontal, sans coupes; le quatrième sommier portant les coupes decinq arcs.
  • 98. L CONSTIUTTION j - .Mi [ OUTES ] Ces méthodesdonnent une grande liberté aux constructeurs,et ilny a pa»dr MIitare,quelqueirrégulièrequellesoit,qui ne sepuissecouvrir sansdifficulté. Bienplus, le système voûtesen arcsdogive despermet de voûter des salles dont les jours, par exemple, sont pris à deshauteurstrès-différentes,et de faire desvoûtes très-rampantes. : Ex.Supposons une salle(49ter) dont le périmètre soit le quadrilatère ABCD.Il sagitde prendre sur la face AB un jour à 10m hauteur,de ne pas deéleverles clefsdes formerets sur lesfacesBCet AD à plus de 6m,et la
  • 99. [ VOUTES ] - 07 - | CONSTRUCTION )clef du formeret sur la surface CD à plus de im. Le côté CD ayant8m long, sur cette faceCDnoustraceronsun formeret plein cintre dedont la naissance sera posée sur le sol même ;sur les autres faces, nous tracerons nos forme-rets à notre guise, soit en tiers-point, soit pleincintre. Divisant les quatre lignes AB, BG,AD, DC,chacune en deux parties égales, nous réunissonsles points milieux GH,IK, par deux lignes, d<mtla rencontre en F nous donne la projection hori-zontale la clef desarcsogivesÉlevant rr- de laticaleFE, nous prenons sur cette ligne la hauteurà laquelle doit arriver la clef L, puis nous tra-çons les portions de cercle AL, BL, CL, DL, quisont les arcs ogivesdont la projection horizon)airest en AF, BF, CF, DF. Sur lossature des forme-rets et arcs ogives, il ny a plus quà faire lesremplissagesde voûtes, dont les rencontres ouclefs sont figurées par les lignes ponctuées AIN,OP,QR, ST, en tenant compte de lépaisseur desclaveaux des arcs formerets et arcs ogives, et la clef centrale étant supposée placée. Mais nous nous occuperons tout à lheure de ces remplis- sageset de la manière de les maçonner. Quelle que soit la figure en plan de la surface à couvrir, le problème à résoudre est toujours celui-ci : 1° Faire en sorte que cette surface soit divisée par les arcs diagonaux, de manière à présenter une suite de triangles, car, avec ce systèmede voûtes, on ne peut couvrir que des triangles. 2" Disposer les arcs diagonaux ou ogives de telle façon que ces arcs se contre-butent réciproquement à leur sommet, et que lun deux ou plusieurs dentre eux réunis ne puissent presser sur les autres demanière à les déformer. Ainsi,pour couvrirunesallepolygonale, cinq, àsix, sept, huit, dix ou douze pans, ou plus encore,il suffit naturellementde réunir les anglesren-trants du polygone par des lignes se rencontrantau centre, ainsi que lindique la figure 50. Ceslignes sont les projections horizontales des arcsogives, et les côtés des polygones sont les projec-tions horizontales des formerets, lesquels peuvent avoir leurs clefs au-dessus au-dessous niveaude la clef centrale,suivantquelindique ou dule besoin.Sil faut couvrir uneportion du polygoneà lextrémité dunparallélogramme, ainsi que cela se rencontre dans les sanctuaires des iv. - 13
  • 100. [ CONSTRUCTION ] - 98 - [ OUTES]églises,par exemple (fig. 51), nous nousarrangerons pour avoir,avantla partie briséeBC, unetravéeAB égaleà lun descôtés du polygoneBC,afin quela clef D soit également distante despoints BGE,etc., etque les trianglesBGD, CED,aient leurs côtés BD, CD,ED égauxentreeux. Dans ce cas,les arcs AD contre-hutent les arcs BD, CD,ED, etc.,et nous navons toujours que des triangles à remplir. Il y a cependantdes exceptions à cette règle, et lon voit des arcs rayonnants dabsidesbuter leurs têtes au sommet dun arc-douhleau (fig. 51 bis), lorsque,par exemple, le rond-point est une moitié de polygone à dix côtés ;mais cette méthode est vicieuse, en ce que les arcs, poussant tous à la f bis-olefD non contre-butée, peuvent faire gauchir larc-doubleauGH. Dansce cas, les constructeurs expérimentés ont bandé deux branches darcogive ID, RD, destinées à contre-buter puissamment la clef D. Maissi ces voûtes peuvent seconstruire au moyen darcs dont les clefs sontà des niveaux différents, elles peuvent aussi se fermer sur des arcsde diamètres très-différents et dont les clefs sont toutes au mêmeniveau. Il est quelquefois nécessairede niveler les clefs, si, par exem-ple, il sagit de voûtes portant une aire au-dessus delles. Ce fait seprésente fréquemment dans les porches surmontés de tribunes ou desalles au premier étage. Le porche de léglise Notre-Dame de Dijon est un des meilleurs
  • 101. [ VOUCES ] - 99 - [ CONSTRUCTION ] exemples nous que puissions choisir.Sonplan(fig.521continue plan le destrois nefs de léglise elle-même mais la voûte centrale, au lieu ; dêtresurélevée comme dans léglise,portesesclefsauniveau voû- des tesdescollatéraux, il sagit,aupremier car étage, recevoir pavage de un à niveau sur toute la surface de ce porche. Voulant donner de lassietteàla façade, constructeur doublélespilessur ce point et a bandé le adesarcs-doubleaux parallèles, séparés un berceau A enB,deE par deenG,deB enG,deG enH, deA enDet deE enF. Puisla parti.-centrale porche fermée une voûte arcsdogive El, du est par en GK,croisée dun arc-doubleau LM. Les collatéraux sont voûtés en arcsdogive plancarré. sur Nous avons, notre sur plan,figuré rabatte- lesments touscesarcs, de dontlesclefs posées un même sont sur planhorizontal. diamètres ces Les de arcsétant longueurs de très-dittemi-tes,il napas possible faire été de naître arcssurdeschapiteaux cesposés même au niveau. Ainsi, leschapiteaux arcsogives El, et des GK,desarcs-doubleaux LM,IK, sontposés bas ceux arcs EG, plus que desGM,MI, EL, LK, et des arcs ogivesdescollatéraux.Si donc nous don-nons perspective la pile M (fig. 53),nous une de voyons Tarc-dou- quebleauAnait beaucoup au-dessousautres et que chapiteau des arcs, sonB seconforme, la place par quil occupe, cettedifférence niveaux. à de
  • 102. [ COHSTRUT.TKIN ] -. 100 - f VOUTES.JLes tambours de la pile portent les deux sommiers CD de larc-dou-bleau ML (du plan i, qui sedégageau-dessousdes chapiteaux des autresarcs. Quant .1ces autres arcs,ils viennent reposer leurs sommiers surun groupe de chapiteaux soulagé par des colonnettes monolithes.Leffet des pousséesinégales et agissantà des hauteurs différentes deces arcs est neutralisé par des chargesverticales que portent les piles,lesquelles chargessont considérables. Versle milieu du xmesiècledéjà, en Angleterre,on était arrivéà des
  • 103. [ VOUTES ] - 101 - [ CONSTRUCTION Jcombinaisons darcsde voûtetrès-savantes perfectionnées. Nor- et Lesmandsdevinrentpromptementdhabilesconstructeurs, dansleurs et,édificesde lépoqueromane,ils avaientfait des effortsremarquablesen ce quils indiquent une grande indépendance une perfection etdexécution exceptionnelle. Déjà, vers la secondemoitié du xne siècle,ils faisaient des voûtes en arcs dogive à arêtes saillantes, alors quenFrance on ne faisait de ces sortes de voûtes que dans lIle-de-France etquelques provinces voisines. Avant cette époque, ils savaient le partiquon peut tirer des sommiers, et ils divisaient leurs chapiteaux, sinonles supportsverticaux, enautant de membres quils avaientdarcs à rece-voir. Ainsi, dans la partie romane de la cathédrale dePeterborough, les voûtesdes bascôtésdu chSur qui souvrent sur les transseptssont, pourlépoque, conçueset exécutéesavecautant de savoir et de précision quecelles du domaine royal de France, de la Champagne,de la Bourgogneet du centre. Cesvoûtes portent alternativement sur des piles cylindri-ques et prismatiques posées les angles sur les axes. Les chapiteauxpassentde la section des piles au lit inférieur des divers arcs au moyendencorbellements adroitement combinés. La figure 54 présente lasection horizontale ABCDEFGH dune pile, le plan 1KLMNOP des tail-loirs du chapiteau, la trace du lit inférieur sur ces tailloirs, de larc-doubleau Q, des archivoltes portant les murs du transsept Q, des arcsogives S, et de la base de la colonne engagée T sélevant jusquà lacharpente supérieure qui couvrait le vaisseau principal. Afin que lesclefs des arcs ogives des voûtes du collatéral, établies plus tard, nedépassentpas le niveau des extrados des archivoltes et arcs-doubleauxqui sont plein cintre, ces arcs ogives sont tracés sur une portion de
  • 104. [ CONSTRUCTION -- 102 ] - [ VOUTES ]cerclemoindre quele demi-cercle. figure 54bis montre en perspec- La
  • 105. [ VOUTKS ] Kl!. L CONSTRUCTION ]tive ce chapiteau et les retombées darcs; en A, on voit une brandu-darc ogive. Le tracé géométral (fig. 54 ter] explique la naissance rlrcette branche darc ogive A établie postérieurement, et le sommierde tous les arcs et les encorbellements du chapiteau. Quand on compare cette construction avec celles qui lui sont con-temporaines dansla Franceproprementdite, on a lieu de sétonnerdusavoir et de lexpériencedesarchitectes normands,qui déjà au xn" siècledistribuaient les chapiteaux en autant de membres quils avaientdarcsà recevoir. Mais avant de suivre les pmgrès rapides de la voûte anglo-normande et de découvrir les conséquences singulières auxquellesarrivèrent les architectes doutre-Manche, vers le milieu du xnr siècle,il nous faut examiner dabord les moyens employés par les construc-teurs français pour fermer les triangles des voûtes gothiques. Le prin-cipe général doit passer avant les variétés et les exceptions. Soit (fig. 55) le plan dune voûte en arcs dogive croiséedun arc-dou-bleau, suivant la méthode des premiers constructeurs gothiques : AU,le demi-diamètre de larc-doubleau principal ; AC, le demi-diamètrede larc ogive; AD, larc formeret; DC,le demi-diamètre de larc-dou-bleau coupant en deux parties égales le triangle AEG. Larc formeretdoit commander dabord. Supposonsque le moellon maniable, quunmaçon peut facilement poser à la main, ait la largeur XX (largeur quivarie de Om,08 àOm,15 dans cessortes de constructions). Nous rabattonsles extradosde tous les arcs sur plan horizontal. Cesrabattements nousdonnent, pour larc formeret, y compris sa naissancerelevée, la courbebrisée AFD; pour larc-doubleau principal, la courbe brisée EG; pourlarc ogive, la courbe quart de cercle exactAI ; pour larc-doubleau din-tersection, la courbe brisée DH. Noublions pas que larc ogive étantplein cintre, larc-doubleau dintersection doit avoir une flèche CH égaleau rayon CI ; que, dans les cas ordinaires, larc-doubleau principal doitavoir une flèche JG moins longue que le rayon CI, et que larc formeret doit avoir, y compris sa naissancerelevée,une flèche RF moins longue que celle de larc-doubleau principal. La largeur des douelles du moel- lon de remplissageétant XX, nous voyons combien lextrados du demi- arc formeret AF, compris sanaissanceverticale, contient de fois XX : soit quatre fois ; nous marquons les points diviseurs LMN. Nous avons quatre rangéesde moellon . Ramenantlarc formeret sur sa projection horizontale AD, le point N pris sur la portion verticale de larc forme- ret tombe en N, le point M en M, le point L en L, le point F de la clef en K. Nousdivisons alors la moitié AI de lextrados de larc ogive en qua- tre parties, et marquons les points 0, P, Q. Ramenant de même cette courbe sur saprojection horizontale AG, nous obtenons sur cet arc les points 0, P, Q, G.Nous procédons de la même manière pour larc-dou- i Pour ne pas compliquer la figure, nous supposons un nombre de divisions de douellestrès-limité. Lopération est la même, quelle que soit la division des douelles.
  • 106. L CONSTRUCTION - 104 J - [ VOUTES ]bleaudintersection dont lextrados DG, rabattuestDH.Nous divisonscetextrados quatreparties, marquons pointsR,S,T.Faisant en et lespiulrr lare sursondemi-diamètre nousobtenons projection DG, enhorizontale les points R,S,T,G. Alors, réunissant le point Nau point0, le point M au point P, le point L au point Q, le point K au point G,etc , par des droites, ces droites nous donnent la,projection horizontale
  • 107. [ VOUTES "I iOr> - [ CONSTRUCTION ]desplansverticauxdans lesquelsdoiventpasser coupesdintrados lesdes douelles de remplissage. Cela obtenu, larc-doubleau principalcommande le nombre de douelles des voùles fermant les triangles ECJ.Létalon XX, diviseur nous donnant sur lextrados de larc-doubleauprincipal rabattu en EGsix divisionsde douelles,nousmarquonslespoints UVZ, etc., et, opérant comme ci-dessus, nous obtenons, sur laligne de projection horizontale EJdecet arc-doubleau,les points UVZ.Divisant de même lextrados de larc ogiveen six parties et projetant cesdivisionssur la ligne de plan EG,nousobtenons points YYY", etc. les Nous réunissonsalors le point Uau point Y, le point Vau point Y, etc., et nous avons la projection horizontale des plans verticaux dans les- quels doivent passerles coupesdintrados des douellesde remplissage. Cette épure ne se fait pas sur le chantier. Après avoir divisé lextrados des arcs formerets et des arcs-doubleaux principaux qui commandent, suivant le nombre de douelles donné par la largeur du moellon, on divise en nombres égaux lextrados des arcs ogives, comme nous ve- nons de le démontrer, et lon procède de suite à la construction des voûtes sans couchis : cest la méthode employée qui donne en pro-jection horizontale les lignes NO, MP, LQ, etc., UY, VY, etc., que nous avonstracées sur notre épure. Voici en quoi consiste cette méthode. Le constructeur dit, par exemple : La ligne CK,réunissant la clef des arcs ogives à la clef des formerets, aura Om,50 flèche. Le maçon. dehabitué à faire ces sortes de voûtes, na pas besoin den savoir davan- 56 Il L Ctage pour construire sans épure tout le triangle de remplissage ACD.Il lui suffit de prendre la longueur CK ou CJ, de la tracer en C K s>urune planche (fig. 56), délever au milieu de celtt- ligne une perpendicu-laire ub ayant 0", 50, et de faire passer un arc par les trois points G6K.Avec cette courbe tracée à côté de lui, il monte au moins un tiersde chacun des côtés de son remplissage comme un mur. Il lui suffit deprendre avec une ficelle la longueur de chaque rang de moellons, deporter cette longueursur larc CéK,et devoir cequecettecordedonnede flèche à la portion darc ainsi coupée : cette flèche est celle quildoit prendre pour le rang de moellons à fermer. Le premier tiers deremplissage rapprochetellement dun plan vertical, que les moel- selons tiennent deux-mêmes sur leurs lits, à mesure que le maçon les IV. - 14
  • 108. [ CONSTRUCTION] - 106- [ VOUTES ]pose,ainsi que le fait voir la figure 57. Maisau delà du premier tiers,ou environ, il faut laide dune ctr.:c,dautant que les rangsde moellons S7 H-sallongent à mesure que lon se rapproche de la clef. Or, parce queces rangs sallongent, il faudrait faire tailler une cerce pour chacundeux, ce qui serait long et dispendieux. 11faut alors avoir deux cerces, SBdisposées ainsi quelindique la figure 58, étantensembleplus longuesque la ligne de clef des remplissages,et lune des deux pas plus longueque le rang de claveaux trop incliné pour pouvoir être bandé sans lesecours dun soutien. Chacunedes cerces, caupéesdans une planchede Om,0-i environdépaisseur, porte au milieu unerainure évidée,con-
  • 109. [ VOUTESj - 107 [ CONSTRUCTION ]centrique à la courbe donnée par larc étalon dont nous avons parléci-dessus(fig. 56). A laide de deux cales G passantpar ces rainures, onrend les deux cercles rigides, et lon peut, à chaque rang de claveaux,les allonger suivant le besoin, en les faisant glisser lune contre lautre.Lescercessont fixéessurlextradosdes arcsau moyendesdeux équerresde fer A, B clouées à lextrémité des cerces; le maçon doit avoir le soin,après avoir placé les becs A, B sur les points marqués sur les arcs, delaisser pendre la face de la cerce verticalement avant de la fixer contreles flancs des arcs, soit par des coins, soit avec une poignée de plâtre.Ainsi louvrier ferme les remplissages df-s voûtes conformément àlépure tracée figure 55; cest-à-dire quen donnant à chaque rang desclaveaux de remplissageune courbe assezprononcée qui les bande etreporte leur charge sur les arcs, il nen est pas moins contraint de fairepasser cette courbe dans un plan vertical, car cest sous chaque ligneséparativedes rangs de moellons quil doit placer la cerce, ainsi que lefait voir la figure 59, et non sousles milieux de cesrangéesde moellons. bfl SOCenest pas sansraison quon doit placer les cerces dans un plan verti-cal, et faire passer par conséquent larête du lit de chaque rangée demoellons dans ceplan vertical. Ces lits (fig. 60) à lintrados traçant descourbes, il en résulte que la section CD se trouve avoir un plus granddéveloppementque la section DBqui commandele nombre des rangéesde moellons, et même que la section DA ; quoique en projection hori-zontale la ligne DA soit plus longue que la ligne DC.Le maçon doit tenircompte, à chaquerangée de moellons, de ce surplus du développement,et donner à chacun de cesrangs une douelle présentant la surface tra-céeen E. Il faut donc que louvrier soit guidé par un moyen mécanique;la cerce, posée toujours verticalement, conformément à A B, établitforcément la forme à donner aux douelles. Si le maçon fermait les rem-plissagespar des rangées de claveauxdont les douelles seraient duneégale largeur dans toute leur étendue, il serait obligé, arrivé à la clef,de tenir compte de tout le surplus du développement que donne lasection CD sur la section DB, et il aurait deux derniers rangs de moel-lons présentant à lextrados une surface analogue àcelle figurée en G,cequi serait dun effet désagréableet obligerait demployer, sur ce point,
  • 110. L COASTRUCTION ] - 108- [ OL1LS ]desmoellonsdun échantillonbeaucoupplus fort quepartout ailleurs,Étant,parlaposition verticale la.cerce,obligé fairepasser de de larêtedintrados du lit de chaque rang de moellons dans un plan vertical, lemaçon arrive, sansle savoir, à répartir sur chacun de ces rangs le sur-plusde développeineui imposé la concavité la voûte.Toutcela par deesl beaucoupplus simple a exécuterquà expliquer, et nous navonsjamaiséprouvé difficulté à faireadoptercette méthodedansla pra- detique. Un maçonadroit, aidédun garçonqui lui apporteson moellondébité et son mortier, ferme un triangle de voûte sans le secoursdaucun engin, sans cintres et sansautres outils que sa hachette et sacerce, Une fois que louvrier a compris la structure de ces voûtes (cequi nest paslong), il poseles rangsde claveaux avecune grandefaci-lité, nayant quà les retoucher légèrement avecsa hachette pour leurôter leur parallélisme. Presque toujours, lorsquil a acquis de la pra-tique, il abandonneles cercesà rainures, et secontente de deux courbesquil maintient avecdeux broches, les allongeant à chaquerang, car leslits de ces moellons étant très-peu inclinés, si ce nest près de la clef,il suffit dun faible soutien pour les empêcher de glisser sur le mortier.Chaquerangée posée formant un arc, la cerce est enlevéesansquil enrésulte le moindre mouvement.Il faut dire que cesmoellons sont géné-ralement peu épais,et que beaucoupde remplissagesde grandes voûtesgothiques, surtout à la tin du xucsiècle, nont pas plus de O10,10 Om,12 àdep;ii^seur . Cette méthodede construire les voûtes nest pas la seule;elle appartient uniquement à lIle-de-France, au Beauvaisis et à laChampagne, pendant la secondemoitié du xne siècle; tandis que, dansles autres provinces, des moyens moins raisonnes sont adoptés. EnBourgogne,grâceà certainesqualités particulières de calcaires sedéli-tant en feuilles minces, rugueuses, adhérentes au mortier, on con-struisit longtemps les voûtes en maçonnerie enduite, bloquée sur cou-chis de bois. Les voûtes du chSur de léglise abbatiale de Vézelay,bâtivers la fin du xnesiècle,présententun singulier mélange méthodes desadoptéespar les constructeurs de lIle-de-France et des traditions bour-guignonnes. voit combienlesappareilleurs On bourguignons, habiles sitraceurs,étaientembarrassés donnerauxclaveaux remplissage pour dedes formesconvenablesne pouvant fairelépure rigoureuse, : en ilstâtonnaient, bandaient reinsen matériaux les tailléstant bienquemal;puis, ne sachantcommentfermer cesremplissages, lesterminaient ilspar du moellon brut enduit Cenétait paslà une méthode,cétait unexpédient. Au milieu cesprownces comprises danslancienne Aquitaine, lha-bitude que les constructeurs des Xeet xie siècles avaient contractée defermerleursédifices des coupoles par sétaitsi bienenracinée, quils 1 Les remplissagesdes grandesvoûtes du chSur de la cathédrale de Paris nont pasplu- de Om,15 dépaisseur.
  • 111. [ VULTES] - 109 - [ CONSTRUCTION J ne comprirent que Ires-tard la,voûte darête gothique, et quils en adoptèrent lapparence, mais non la véritable structure. Chacun sait que les claveaux qui composent une coupole donnent en projection horizontale une succession de cercles concentriques,ainsi que lindique la figure 61 : A étant la coupe et B le quart de la pro-jection horizontale dune coupole hémisphérique. Lorsque le systèmede la construction gothique prévalut dans le domaine royal, et que lesarchitectes reconnurent le parti quon en pouvait tirer, on voulut bien- tôt ladopter dans toutes les provinces occidentalesdu continent. Mais cesprovinces diverses, séduites par la forme, par les allures franches et les facilités que présentait la nouvelle architecture pour vaincre des obstacles jusqualors insurmontables, ne purent cependant laisser brusquement de côté des traditions fortement enracinées parmi lespraticiens; il en résulta une sorte de compromis entre la structure et la forme. Au xncsiècle, on voit élever, sur toute la ligne qui seprolongedu Périgord à la Loire vers Angers et au delà, des voûtes qui, commestructureront de véritables coupoles, mais qui cherchent à se sou-mettre à lapparence des voûtes darête. Ce sont des coupoles sous les-quellesdeux arcs diagonauxont été bandés, plutôt comme une conces-sion au goût du temps que comme un besoin de solidité; car, par lefait, ces arcs ogives, très-faibles généralement, ne portent rien, son!même souvent engagésdans les remplissageset maintenus par eux.Cette observation est dune importance majeure; nous verrons tout àlheure quelles en furent les conséquences.Cependantcesfaiseurs decoupoles quand même ne furent pas longtemps sans reconnaître quela structure de leurs voûtes nétait nullement en harmonie avec leurforme apparente.Le mouvement est imprimé déjà sur presque toute lasurface de la France actuelle vers la fin du xne siècle; il fallait se sou-mettre au mode de construction inventé par les artistes du Nord; ilfallait abandonner les traditions romanes; elles étaient épuisées : lespopulations les repoussaientparce quelles ne suffisaientplus aux
  • 112. [ CONSTRUCTION ] - HO - [ VOUTES ]besoins,et surtout parce quelles étaient lexpressionvivante de cepouvoir monastique contrelequelsélevait lespritnational. écoles Lessoumisesà la "/"/Wf firent une première concession au nouveaumodede construction; ils comprirent que les arcs ogives(diagonaux)étaientfaits, dans la structure gothique, pour porteries remplissages: au lieudoue de jtuser les rangs de moellons de remplissage,comme ils avaientfait dabord, sans tenir compte des arcs ogives, ainsi que lindique lafigure 62, ils prirent lextrados de ces arcs ogives comme point dap-pui, et bandèrent les rangs de moellons, non point des formerets ouarcs-doubleaux sur les arcs ogives, comme les constructeurs de lIle-de-France, mais des arcs ogives aux formerets et arcs-doubleaux, enles entrecroisant à la clef. La figure 63 fera comprendrecette disposition.Cetteconstructionriait moinsrationnellequecellede la voûtedu Nord,mais elle donnaitles mômescoupes: cest-à-direque de A, clef des formeretsou arcs- 1 Voûtes cloître de Fonlfroiile, du prèsde Narbonne; bascotés la cathédrale des dedÉLy, cloître Westminster du de (Angleterre) bascôtés léglise ; des de dEu.
  • 113. [ VOUTES] - 111 [ CONSTRUCTION ]doubleaux,à B, clef des arcsogives,les trianglesde remplissage ABCforment un angle rentrant, une arête creuse de A en B. Mais comme cesrencontres AB des rangs de moellons produisaient un mauvais effet,et quelles offraient une difficulté pour le maçon, qui avait besoin, surcette ligne AB, dune courbede bois pour appuyer chaquerang demoellons à mesure quil les posait, on banda un nerf de pierre BF pourrecevoir les extrémités des rangs de moellons et cacher les sutures A la fin du xii* siècle, lAquitaine était anglo-normande,ainsi que leMaine et lAnjou. Ce système de voûtes prévalut, non-seulement dansces contrées, mais passa le détroit et fut adopté en Angleterre. Peu àpeu, pendant les premières annéesdu xiu° siècle, on labandonna dansles provinces du continent, pour adopter définitivement le mode delIle-de-France; mais, en Angleterre, il persista, il sétendit, se per-fectionna, et entraîna bientôt les constructeurs dans un syslème devoûtes opposé, comme principe, au système français. La manière deposer les rangs de moellons des remplissagesdes voûtes sur les arcs,empruntée dans lIle-de-France aux voûtes darête romaines, en Angle-terre à la coupole, eut des conséquences singulières. En France, lessurfaces des remplissages restèrent toujours concaves, tandis quenAngleterre elles finirent par être convexesà lintrados, ou plutôt parformer des successionsde cônescurvilignes renversés se pénétrant, etengendrer des formes bien opposées par conséquent a leur origine(voy. VOUTE). Mais lorsquon étudie larchitecture gothique, on recon-naît bientôt que le raisonnement, les conséquences logiques dunprincipe admis, sont suivis avec une rigueur inflexible, jusquà pro-duire des résultats en apparence très-étranges, outrés, éloignés dupoint de départ. Pour celui qui ne perd pas la trace destentatives inces-santesdes constructeurs, les transitions sont non-seulement percep-tibles, mais déduites daprès le raisonnement ; la pente est irrésistible :elles paraissent le résultat du caprice, si lon cesse un instant de tenirle fil. Aussi ne doit-on pas accuser de mauvaise foi ceux qui, nétantpas constructeurs, jugent ce quils voient sans en comprendre les ori-gines et le sens; ce quon peut leur reprocher, cest de vouloir imposerleur jugement et de blâmer les artistes de notre temps qui croienttrouver, dans ce long travail du génie humain, des ressources et unenseignement utile. Chacun peut exprimer son sentiment, quand ilsagit dune oeuvredart ; dire : «Ceci me plaît », ou « Celame déplaît »;mais il nest permis à personne de juger le produit de la raison autre-ment que par le raisonnement. Libre à chacun de ne pas admettrequune perpendiculaire abaisséesur une droite forme deux anglesdroits; mais vouloir nous empêcher de le prouver, et surtout de lereconnaître, cest pousserun peu loin lamour de lobscurité. Larchi-tecture gothique peut déplaire dans sa forme; mais, si lon prétendquelle nest que le produit du hasard et de lignorance, nous deman-derons la permission de prouver le contraire, ei, layant prouvé, delétudier et de nous en senir si bon nous semble.
  • 114. [ CONSTRUCTION ] -112 - [ VOUTKS ] Avantdonc de clore ce chapitresur lesvoûtes,voyonscommentlesAnglo-Normands transformèrent la coupole de lOuest en une voûtedune forme très-éloignée en apparencede la voûte hémisphérique.Nous avons dit tout à lheure comment les constructeurs de lAqui- taine, de lAnjou, du Maine et de lAngleterre, avaient élé entraînésà ajouter un nerf de plu> a la voûte en arcs dogive, pour cacher le croi-sement des moellons de remplissagesous la ligne des ctefs; cest-à-dire, comment ils divisèrent une voûte carrée ou barlongue en huittriangles au lieu de quatre. Cepoint de départ a une si grande impor-tance, que nous demandons à nos lecteurs la permission dinsister. SuppoMins une voûte en arcs dogive faite moitié par des Françaisau commencementdu xmesiècle, et moitié par des Anglo-Normands.La voûte française donnera, en projection horizontale (fig. 64), le tracé A; la voûte anglo-normande, le tracé B. Dès lors rien déplus naturel que de réunir la clef du formeret C à la clef des arcs ogives D par un nerf saillant masquant la suture formée par la rencontre des triangles de remplissageen moellons ECD,FCD. Ces triangles de rem- plissagedérivent é idemment de la voûte en coupole, ou plutôt ce sontquatre pendentifs qui se rencontrent en CD.Les voûtes de lAquitaineou anglo-normandes gothiques primitives ont dailleurs les clefs desformerets à un niveau inférieur aux clefs des arcs ogives, et leur ossa-ture présentela figure 65. Cette figure fait bien voir que la voûte anglo-normande nest autre chosequune coupole hémisphérique pénétréepar quatre arcs en tiers-point, car les arcs ogives sont des pleins cin-tres. Sur cette ossature, les rangs des remplissages en moellons sontbandés ainsi quil est marqué en G, tandis quen France, sur deux arcsogiveset quatre formerets de mêmesdimension et figure, les rangs desremplissagesen moellons sont bandésconformément au tracé H. Donc,quoique les nerfs principaux des voûtes en France ou en Angleterrepuissent être identiques comme tracé, en France le remplissagedériveévidemment de la voûte darête romaine, tandis quen Angleterre il dé-rive de la coupole.Jusqualors, bien quelesprincipes de construction
  • 115. l COUTES ] - 113 - [ CONSTRUCTIO ] deces voûtes deux fussent très-différents, apparencelamême, leur est saufladjonction nerfréunissant clefs formerets arcs- du les des oudoubleaux clef arcs à la des ogives, adjonction nest qui point unerègle absolue. iv. - 15
  • 116. [ CONSTRUCTION J - 114- L VOUTES ] Pendant danslIle-de-France les provinces que, ef voisines, la fin àdu xiie siècle,on ne faisaitguèreque desvoûtesen arcs ogivescroisésdarcs-doubleaux, cest-à-direengendrées toujours par un plan carréetferméespar destriangles remplissage de biaisv ainsi quele fait voirnotre figure .j.l, on cherchait,danslOuest,à obtenir la mêmelégèretéréelleet apparente, maistoujoursen conservant quelque chose la deo iupole. 11 existe,prèsde Saumur,unepetite églisequi indiquede la manièrelaplusévidente incertitudes constructeurs lOuest les des de entrelesinnovations architectes domaine des du royalet lestraditions lAqui- detaine : cest léglise de Mouliherne; là les deux systèmessont en pré-sence.La première travéede lédifice à une seulenef, touchant la fa-ç-ide, est voûtée conformément au pian (fig. 66). De A en B, est un grosarc-doubleau en tiers-point. De A en G et de B en D, sont deux arcsogivesbrisés,qui ne sont quedes toresà section demi-circulaire. Unsecond arc-doubleau EF à section pareille croise les deux diagonales.De E en G et de F en G, sont bandés deux autres arcs diagonaux se-condaires rencontrant les arcs ogives principaux en I et en K. Les
  • 117. [ VOUTES "] - 115 - [ CONSTHUCT10N ]quatre triangles compris entre les points E, G, F, sont fermés suivantla méthodedAquitaine ou anglo-normande,cest-à-direconformément,au principe de la coupole; les quatre autres triangles EDI, DG1,GCK,CFK,sont fermés daprès le systèmefrançais, et cependantdes nerfs LI,MI, NK, OK, réunissant les clefs des formerets aux rencontres I et K,saillent au-dessous rangsde clefsdesremplissages. nerfs sont des Cesmême ornés de figures sculptées en relief. Quant aux triangles AER,BFR, ils sont fermés à la française par des remplissages biais. Mais undemi-arc-doubleau existant de G en R, le constructeur a cru devoir lecontinuer comme nerf de clef saillant jusquau sommet du gros arc-doubleau AB. Donc la section faite suivant GS donne le tracé (fig. 67).Si lon veut prendre une idée exacte de laspect de cette voûte, fautrecourir à la vue perspective que nous donnons (fig. 68). Dans le do-maine royal, on se serait contenté de fermer les triangles de remplis-sage (fig. 66) EDR, DGR, GCR,CFR, par des rangs de moellons posésdes formerets ED, DG, etc., aux arcs-doubleaux et arcs ogives ER, GR,DR, absolument comme on la fait pour le triangle AER. Tant que la voûte de lAquitaine et anglo-normande conserva sesarcsogivestrès-surhausséscomme ceux de la voûte gothique primitivefrançaise, les apparencesde ces voûtes furent à peu près les niâmes ;mais, en France, on reconnut, dès la fin du xnesiècle, lavantage quily aurait à élever les clefs des formerets et arcs-doubleaux au niveaudes clefs des arcs ogives: 1° pour pouvoir prendre desjours plu; hauts;21 pour laisser passer les entraits des charpentes au-dessusdes voûtes,sans élever démesurément les murs latéraux. On voulut imiter ce per-fectionnement dans les provinces anglo-normandes.Là il seprésentaitune difficulté : le principe de construction des rangs de moellons de
  • 118. [ CONSTRUCTION ] - 116 - [ VOUTES ]remplissagedérivé de la coupolese prêtait mal à ladoption de cetteinnovation.Nousvenonsde dire quun nerf avait dû être posé souslarencontre des abouts de ces rangs de moellons. Or, soit une voûteanglo-normande dont nous donnons la coupe (fig. 69j, lorsquelle étaitconstruite suivant le tracé A, le nerf réunissant les clefs B, G, pouvaitoffrir par sa courbure une parfaite résistance; mais si elle était con-struite conformément au tracé D, daprès la nouvelle méthode française,le nerf saillant CE navait plus assez de flèche pour présenter une
  • 119. | VOUTES ] - 117 - [ CONSTRUCTION ]résistance suffisante : si la voûte était grande, il y avait à craindre quece nerf ne vînt à fléchir en G, vers le milieu de sa longueur. Pourparer à ce danger,les constructeurs anglo-normandsnabandonnèrentpas pour cela leur méthode de remplissage; ils préférèrent soutenir cepoint faible G par de nouveauxnerfs saillants, tracés en HI sur la projec-tion horizontale K, et alors, au lieu de bander les arcs de remplissageen moellons comme il est tracé en L, ils les posèrent ainsi quil esttracé en K. En examinant le quart de voûte OMPI, on reconnaît que
  • 120. [ nONSTMlT.TIûN ] - US - [ VOUTES ]sa surf.irë iiiltnriin1 riait bien pivs déjà, par suite de la dispositiondes rangs de moellons de remplissage,de donner une portion de cônecurviligne concave, lne fois sur celte voie, les constructeurs anglo-normands ne sniijjirtnt plus à la voûte française : ils développèrentfranchement le principe quils navaient admis peut-être, dans lori-gine, quà leur insu; ils ne virent dans la voûte gothique quun réseaudarcs sentrecroisant, se contre-étayanl réciproquement, et soutenantdes remplissages ne donnant plus chacun que des surfaces à peineconcaves (voy. VOUTE). Au milieu du xme siècle déjà, ils élevaient le chSur de la cathédraledEly,dontlesvoûtes hautes donnent projection la horizontale 70) (fig.et la coupe CD faite suivant CD. Sefiant sur la force de cesarcs croiséset contre-étayés, nhésitèrentpasà éleverlesclefsG, D, desforme- ilsrets EF au-dessus clefsG,afin de prendredes jours très-hauts, descomme lindiquela coupe Maislapparence cesvoûtes, linté- CD. de àrieur,estautre celle voûtes que des françaises. lavue Voici perspective
  • 121. COASTHUCTION Jdune naissance des duchSur lacathédrale (fig. On voûtes de dÉl) 71).
  • 122. f CONSTRUCTION ] - 120 - [ VOUTES ~|voit que cesairs ou arêtes saillantes donnent une gerbe de courbes dontune portion considérable présenteune surface conique curviligne con-cave, et, pour rendre cet effet plus saisissant, le constructeur a eu lesoin de réunir tous cesarcs sur le tailloir des chapiteaux en un faisceaucompacte dont nous indiquons le lit inférieur .tig. 71 bis) en A, et lasection horizontale au niveau B, en G. Mais si cette section horizontaletrace une portion de polygone portant sur les branches de D en E; de Den F, qui est larc formeret, elle rentre brusquement, caria naissancedece formeret étant beaucoupplus élevéeque celle des arcs ogives, arcs-doubleaux et tiercerons, le remplissage de moellons GF doit sélevereiticalement dans un plan passant par GF. Ces voûtes présententdonc, jusquà la naissancedes formerets, un groupe de nervures sedétachant de la construction, une masse compacte, lourde par le fait,avecune certaine prétention à la légèreté. Voulant conserver les clefsdes formerets au niveau des clefs darcs ogives, ainsi que nous lavonsdit plus haut, et étant évidemment gênésdans leurs combinaisons parces surfaces rentrantes et verticales GF, les constructeurs anglo-nor-mandsprirent le parti de relever les naissances arcs-doubleaux,arcs des
  • 123. [ VOUTES ] - 121 - [ CONSTRUCTION ]ogiveset tiercerons, au niveau de celles des formerets. La présencede lasurface FG verticale, àcôté des surfacescourlis DE,nétait paslogiquepour desrafionalistes produisait un mauvaiseffet.Mais,plaçantles nais- ?{sancesde tous les arcs de la voûte au même niveau pour éviter ces sur-facesverticales, les architectesanglais prétendaient cependantposer lesclefs des arcs ogiveset arcs-doubleauxsur une même ligne horizontale ;il fallait alors que ces arcs-doubleaux el ares ogives fussent très-sur-baissés.On arriva donc, en Angleterre, à abandonnerpour les arcs-dou-bleaux la courbe en tiers-point, et pour les arcs ogives la courbe pleincintre, et àadopter descourbescomposéesdéportions dellipses, en con-servant seulement les courbes en tiers-point franchespour les forme-rets, ainsi que lindique la figure 7:2; les clefs A, B, G,sont dans un mêmeplan horizontal. De cesgerbes de nerfs formant comme des pyramidescurvilignes renversées aux voûtes composées de cônes curvilignes sepénétrant, il ny a pas loin ; les constructeurs de la tin du xivesiècle, enAngleterre, arrivèrent bientôt à cetle dernière conséquence,tig. 1-2 bis}.Mais ces voûtes ne sont plus fermées par des remplissagesen maçon-nerie de moellon sur des arcs appareillés; ce sont de.s voûtes entière-ment composéesde grandes pierres dappareil, peu épaisses,exigeantdesépures, un tracé compliqué et certains artifices, tels, par exemple,que des arcs-doubleaux noyésdans les pavillons renversés,ainsi quenouslavons marqué en ABC,sur le tracé figurant lextrados de la voûte1. t Voyez le Mémoire de M. le D illis sur lu mn.tni li-m <lrx routes au moyen âgeet la traduction de M C. Dalv. tome IV de la lient? ilii/,int/i Inn. IV. - 16
  • 124. 1 " 122- [ VOUTES J Cestainsique,par unesuitededéductions, très-logiques dailleurs,lesconstructeursanglo-normands passèrent la coupoleà cesvoûtes deétranges composées pénétrations cônes de de curvilignes, séloignè- etrent entièrement de la construction française. En Normandie, cesvoûtes ne furent jamais adoptées; mais de linfluence anglaise il restaquelque chose. Danscette province, on abandonna souvent, vers la findu xvesiècle, les voûtes composéesde rangs de moellons bandés surdes arcs. On voulut aussi faire de lappareil. Les Normands, les Man-ceaux, les Bretons, firent volontiers des voûtes composées, soit degrandes dalles appareillées, décorées de moulures à lintérieur, sesoutenant par leurs coupes, sans le secoursdes arcs, soit de plafondsde pierreposéssur desarcs.Onvoit dansléglise de laFerté-Bernard,près du Mans,de jolies chapelles xviesiècleainsi voûtées (fig. 73): du ce sont desdalles sculptéesen caissons lintérieur, poséessur des àclaires-voies pierreportées desarcsogives. système con- de par Ce de 1 La construction ceschapelles de date de 1"43et 1544.
  • 125. [ YOUTtS [ CONSTRUCTION ]struction est élégant et ingénieux ; mais on voudrait voir ici des fenêtres
  • 126. [ CONSTRUCTION ] 124- L "UTESJcarrées, lesformerets tiers-pointqui lesfermentnont plusde car enraison dêtre.Le sv-,leme desvoùles gothiquesdevaitenvenir là, cétaitnécessairement dernière expression.Fermer les intervalleslaissés saentrelesarcspardesplafonds, au besoin, et, multiplier lesarcsà cepoint de navoirplus entreeuxquedessurfaces pouvantêtre facilementrempliespar uneou deuxdalles, cétait arriver à )a limite du système,et cest ce qui fut tenté, souventavecsuccès, commencement la au derenaissance,soit dans les monuments religieux, soit dans larchitecturecivile. Il convient même de rendre cette justice aux architectes de larenaissance française,quils surent employeravecune grandelibertéles méthodesgothiquestouchantla constructiondes voûtes,et quensaffranchissant de la routine dans laquelle se tenaient les maîtres duxvesiècle, ils appliquèrent aux formes nouvelles les ressourcesde lartde la construction du moyen âge. Au commencement du xvi" siècle, les architectes employèrent très-frequemmcni le s sifine de voûtes composéesde dalles portées sur desnerfs, ce qui leur permit de décorer ces voûtes de riches sculptures et(I obtenir des effets inconnus jusqualors. Composant des sortes de ré-seauxde pierre, avecclefs pendantesou rosacesaux points de rencontredes nervures, ils posèrent des dalles sculptées entre elles. Ce parti futsouvent adopté, par exemple, pour voûter des galeries ou des rampesdescaliers en berceau surbaissé(fig. 74). Chaqueclaveaudarête trans-versaleA porte, des deux côtés de la petite clef pendante, une coupe Bpour recevoir les claveaux G longitudinaux ; les dalles D viennent sim-plement reposer en feuillures sur ces claveaux, ainsi que lindique ledétail : A est la coupe dun des arcs transversaux, B un des claveauxde plates-bandeslongitudinales, D la coupede la dalle. Cette méthodeest simple, et une pareille construction est bonne, facile à exécuter, lesdalles pouvant être sculptéesavant la pose; elle présente toute lélasti-cité que les constructeurs gothiques avaient obtenue dans lu combinai-son de leurs ouïes. Mai-, le-, artistes de la renaissance oublièrent assezproinplemeiil ces Iraditions excellentes, et, sils conservèrent encorelongtemps ces formes dérivées dun principe raisonné de construction,ils appareillèrent cessortie de voûtes comme des berceaux ordinaires,ne considérant plus les arêtes comme des nerfs indépendants. Pendant les xve et xvie siècles, les Anglais et les Normands étaientarrives, dans la construction des voûtes, à produire des effets surpre-nants par leur combinaison et leur richesse. Les architectes de lIle-de-France, de la Champagne,de la Bourgogne et de la Loire conservè-rent, mêmedans les derniers tempsde la période gothique, plus desobriété; pendant le xvi" siècle,ils cherchèrentbientôt à reproduireles formes, sinon la structure de la voûte romaine. Lorsquele caractèredes populationsest laisséà sesinspirationsetnest pas fausséparmi esprit de systèmeétroit, il se peint avecunefranchise entière dans les Suvres dart, et particulièrement dans celles
  • 127. [ VOUTES ] - 125 - [ CONSTRUCTION ]qui sont en grande partie le résultat dun raisonnement Les Normandsont toujours été plutôt des praticiens hardis que des inventeurs : ils ontsu, de tout temps, sapproprier les découvertes de leurs voisins et entirer parti chez eux, II ne faudrait pas leur demanderces efforts delimagination,cesconceptions appartiennent géniesplus méri- qui auxdionaux, mais bien des applications ingénieuses, réfléchies, une exécu-tion suivie et savante,la persistance et le soin dans lexécution des dé-tails. Ces qualités se retrouvent dans les édifices anglo-normandsbâtis pendant lesxn*et xmesiècles. Il ne faut pas demander aux Anglo-Normands cette liberté dallures, cette variété, cette individualité quenous trouvons dans notre construction française. Chez eux, une mé-thode passe-t-elle pour bonne et pratique, ils la perfectionnent, enétendent les conséquences,en suivent les progrès et sy tiennent, Cheznous, au contraire, on cherche toujours et lon ne perfectionne rien.Les constructions anglo-normandes sont généralement exécutéesavecbeaucoupplus de soin que les nôtres; mais en connaître une, cest lesconnaître toutes : on ny voit point éclater cesinspirai ions neuves,har-dies, qui ont tourmenté nos architectes des premiers temps de lart go-
  • 128. [ CONSTRUCTION ] 126 - [ MATÉRIAUX]thique, véritableépoquedémancipation intellectuelledesclasseslabo-rieuses du nord de la France. MATÉRIAUX. est une observation intéressante à faire et qui peut --Ilavoir une certaine portée. Plus les peuples sont jeunes, plus les monu-ments quils élèventprennent un caractèrede durée; en vieillissant,au contraire, ils se contentent de constructions transitoires, commesils avaient la conscience de leur fin prochaine. Il en est des popula-tions comme des individus isolés : un jeune homme bâtira plus soli-dement quun septuagénaire, car le premier na pas le sentiment desa fin, et il semble croire que tout ce qui lentoure ne saurait durerautant que lui. Or, le moyen âge est un singulier mélange de jeunesseet de décrépitude. La vieille société antique conserveencore un soufflede vie, la nouvelle est au berceau. Les édifices que construit le moyenâge se ressentent de ces deux situations contraires. Au milieu des po-pulations qui sont pénétréesdune sèvejeune et forte, comme les Nor-mands et les Bourguignons, par exemple, les constructions sont éle-vées beaucoupplus solidement et prennent un caractère plus puissantque chez les habitants des bords de la Seine, de la Marne et de la Loire,dont les mSurs seressentent encore, pendant le XH*siècle, des tradi-tions romaines. Le Bourguignon a même, sur le Normand, un avantageconsidérable, en ce quil est doué dune imagination active et que sontempérament est déjà méridional. Pendant la période romane, ses mo-numents ont un caractère de puissance quon ne saurait trouver dansles autres provinces françaises, et lorsque commence à se développerle systèmede la construction gothique, il sen empare et lapplique avecune énergie singulière. Peut-être a-t-il un goût moins sûr que lhabitantdes bords de la Seine ou de lu Marne, son voisin ; mais il a certainementde plus que lui le sentiment de sa force, la conscience de sa durée etles moyensde déployer cesqualités juvéniles. Il sembleque le territoirequil occupe lui vient en aide, car il lui fournit dexcellents matériaux,résistants, de grandes dimensions, se prêtant à toutes les hardiessesque son imagination lui Miggère. Au contraire, dans les bassins de laSeine,de la Marne, de lOise et de la Loire moyenne,dans la vieilleFrance, les matériauxfournis par le sol sont fins, légers,peu résis-tants; ils doivent, parleur nature, éloigner lidée de la témérité et obli-ger le constructeurà suppléerpar descombinaisons ingénieuses ce àquele sol lui refuse.Il faut tenir compte despropriétésde ces maté-riaux divers et de linfluence exercéepar leurs qualités sur les mé-thodesemployées lesconstructeurs mais,indépendamment ces par ; dequalitésparticulièresdes matériauxpropresà bâtir, nous le répétons,le caractèredes habitantsde ces provincesprésentede grandesdiffé-rences qui influent sur les moyens adoptés. La transitionestcomplète de la structureromane ne resteplus : ilrien; le principedéquilibre forces remplacé système stabi- des a le de
  • 129. [ MATÉRIAUX ] -21 [ CONSTRUCTION ]lité inerte. Tout édifice, à la fin du xir siècle, se compose dune ossa-ture rendue solide par la combinaison de résistances obliques ou depesanteurs verticalesopposées poussées, duneenveloppe, aux et dunechemise revêt cetteossature.Tout édifice possède squelette qui son etsesmembrures il nest plus quunecharpente pierre indépendante ; dedu vêtement qui la couvre. Ce squelette est rigide ou flexible, suivantle besoin et la place; il cèdeou résiste ; il semble posséderune vie, caril obéit à des forces contraires, et son immobilité nest obtenue quaumoyen de léquilibre de cesforces, non point passives,mais agissantes.Déjànousavonspu apprécierlespropriétésdece systèmedansla des-cription que nous avonsdonnée des construction.-,du chSur de légliseNotre-Dame de Châlons-sur-Marne itig. 41, 42 et 43); mais combiencette construction paraît grossière et cherchée à la fois, mesquine etcompliquée, si nous la comparons aux belles constructions bourgui-gnonnes de la première moitié du xme siècle. Là tout est clair, franc,facile à comprendre. Et quelle hardiesse savante! hardiessede gens quisont certains de ne point faillir, parcequils ont tout prévu, quils nontrien laissé au hasard, et connaissentles limites que le bon sens interditde franchir. Nous avons atteint la période delà construction au moyen âge pen-dant laquelle la nature des matériaux employés va jouer un rôle impor- tant. Nous ne saurions passer sous silence des observations qui doiventêtre comme lintroduction aux méthodes de bâtir des architectes go-thiques. On avait construit une si grande quantité dédifices publics etprivés pendant le xiie siècle, quon ne peut être surpris de trouver chezles constructeurs une connaissanceapprofondie des matériaux propresà bâtir et des ressourcesque présenteleur emploi. Los hommes qui HPpeuvent acquérir une instruction très-étendue, faute dun enseigne-ment complété par les observations successivesde plusieurs siècles,sont obligés de suppléer à celle pauvretéélémentaire par la sagacitédeleur intelligence ; ne pouvant sappuyer sur des documents qui nexis-tent pas, il leur faut faire eux-mêmes des observations, les recueillir,les classer, en former une doctrine. La pratique seule les dirige; cenest que plus tard que les règles sétablissent, et, il faut bien lavouer,si complète que soit la théorie, si nombreuseset bonnes que soient lesrègles, elles ne parviennent jamais à remplacer les observations baséersur une pratique de chaque jour. A la fin du xne siècle, les construc-teurs avaient remué et taillé une si grande quantité de pierres, quiiétaient arrivés à en connaître exaclement les propriétés, et à employécesmatériaux, en raison de cespropriétés, avec une sagacitéfort rareAlors ce nétait pas, comme aujourdhui, une chose facile que de seprocurerde la pierre de taille; les moyensde transport et dextraction.étaient insuffisants, il fallait sefournir sur le sol ; il nétait pas possiblede se procurer des pierres de provenances éloignées : cétait donc aumoyen des ressourceslocales que larchitecte devait élever son édifice,et souventces ressourcesétaient faibles. On ne tient pas assezcompte
  • 130. [ CONSTIUT.TIMN ] - 128 - [ MATÉRIAUX ] de cesdifticullés lorsquonapprécielarchitecturede cestemps,et lon met souvent sur le compte de larchitecte, on considère comme un dé- sir puéril deleer desconstructions surprenantes leur légèreté, par cequi nestm réalité quune extrême pénurie de moyens.La pierre à bâtir était, aux xir et Mil1 siècles,comparativement à cequ elle est de notre temp-, un» malien- rare, chère par conséquent force était de : la ménager cl de lemployer de façon à nen faire entrer que le plus faible cubage possible dans les constructions. 11nest pas besoin de recourir aux dormnciils écrits pour reconnaître cette vérité, il suffit dexaminer les édificespublics ou privés avec quelque attention; on re- connaît bientôt alors que les constructeurs, non-seulement ne posent pas une pierre de plus quil nest nécessaire,mais encorequils ne niellent jamais en (euvre que les qualités propres à chaqueplace, éco- nomisant avec un grand scrupule les pierres les plus chères, cest-à- dire celles qui sont dune très-grande dureté ou dun fort volume. La main-dSuvre, au contraire, étant comparativement alors peu élevée, les archilecles ne se faisaient pas taule de la prodiguer. Il est assez danslordre des choses,dailleurs, que lorsquune matière est chère par elle-même, on cherche à faire ressortir sa valeur par une façon extraordi- naire. Nous recommandons ces observations aux personnes qui, nonsans raisons, condamnent aujourdhui limitation servile de larchitec-ture gothique. Voici ce quon pourrait dire, mais on ny a point encoresongé: .<Si, au xnesiècle, le mètre cube de pierre valait en moyennelun fr. et la journée dun tailleur de pierre 1 franc, il était raisonnablede nemployer que le moins de pierre possible dansun édifice, et il étaitnaturel de faire ressortir la valeur de cette matière précieuse par une/nniit qui coulait si peu. Mais aujourdhui que la pierre vaut en moyenne loi) francs le mètre cube et que la journée dun tailleur de pierre re-présente6 et 7 francs, il ny a plus les mêmes raisons pourtant épar-gner la pierre aux dépens de la solidité, et donner à cette matièrequi coûte si peu une façon qui coûte si cher1. » Cette argumentation i On se demanderapeut-être commentil peut se faire que la pierre soit chère pen-dant que la main-dSuvre est bon marché,puisque la pierre nacquiert de valeurquepar son extraction A cola nous répondrons que lextraction peut être faite avec plus oumoins dhabileté dabord et au moyen dengins plus ou moins puissants quun état ;industriel très-avancé amène toujours une diminution de prix sur les matières pre-mières,par la facilité dextraction, de transport, et à cause de lemploi de machinesperfectionnées. mètre cube de pierre qui ne coûtera de transport que 5 francs, Unpar exemple, par quarantekilomètres, sur un canal, coûtera 20 francs et plus amenésur des chariots, en supposant mêmedistanceparcourue, si les routessont mauvaises, lala différencesera bien plus considérable. Or, cest ce qui avait lieu pendantle moyenâge, sanscompter les péageset droits dextraction,qui souvent étaient énormes. Lacentralisationest un desmoyensles plus certains dobtenir les matièrespremièresà bonmarché.Autrefoisil ny avait pasun abbé ou un seigneur sur les terres duquelil fallaitpasser ne fit payerun droit de transit, et, ces droits étant arbitraires, il en résultait quiune augmentation considérable les prix dextractionEt la preuvequil en était sur
  • 131. [ MATÉRIAUX 1 - 1-".»- [ CONSTRUCTION ]serait plus concluantecontre les imitateurs delarchitecturegothiqueque ne lest, par exemple, comparaisondune nef déglisegothique laavec la carène renversée dun navire ; car cette comparaison est unéloge plutôt quunecritique, comme seraitlassimilation de la cou- lepoledu Panthéon une ruche dabeilles.Mais laissonslà les compa- àraison*, qui ne sont point raisons,comme dit le proverbe, et poursui-vons. Les constructeurs, au moyen âge, ne connaissaient pas la scieaugrès,cette longuelamede fer battu au moyende laquelle,par un mou-vement horizontal de va-et-vient, un ouvrier peut couper des blocsénormesen tranches aussi minces que le besoin lexige. Il est encoresoixante-dix départements en France dans lesquels cet engin si simplenest pas employé, et ce sont ceux généralement où lon construit lemieux, car on pourrait contester les avantagesde la scie au grès. LaFrance abonde en bancs calcaires très-variés, très-bons et faciles à ex-traire. Ces bancs, comme chacun sait, sont durs ou tendres, minces ouépais, habituellement minceslorsquils sont durs, épaislorsquils sonttendres. Or il y a toujours avantage,dans les constructions, à respec-ter lordre de la nature ; cest ce que les anciens ont observé souvcnl,cest ce quont observé avec plus de scrupule les constructeurs gothi-ques. Ils ont extrait et employé les matériaux tels que les leur don-naient les bancs de carrière, en soumettant même les membres de lar-chitecture à ces hauteurs de bancs. Ne dédoublant jamais une pierre,ainsi que nous le faisons aujourdhui sur nos chantiers, ils les ont po-sées, dans leurs bâtisses, entières, cest-à-dire avec leur cSur consen rdans leur partie moyenne, leurs lits de dessouset de dessus, se con-tentant de les ébousiner1. Cette méthode esl excellente ; elle conserve àla pierre toute saforce naturelle, tous sesmoyens de résistance. Si tesconstructeurs gothiques des premiers temps employaient des pierrestendres pour les points dappui (ce quils étaient souvent forcés de faire,faute den trouver dautres), ils avaient le. soin de leur conserver unegrande hauteur de banc ; car, dans ce cas, la pierre tendre est moinssujette aux écrasements.Quant aux pierres dures, et entre autres lesplus minces, qui sont généralement les plus fortes, ils sen servaientcomme de liaisons, de linteaux continus pour réunir des piles dis-tantes les unes des autres ; ils en composaient les points dappui quidevaientporter une très-lourde charge, soit en les empilant les unes surles autres,si ces points dappui étaient très-épais, soit en les posantainsi, cest que nous voyons,par exemple,les établissements monastiquesaller SOUMTI!chercherla pierre à des distances énormes,parce quelle provenait de carrièresà ruxappartenantet quelle navait quà suivre des routes libres de droits, tandis quils nefaisaient pas venir des matériaux très-voisins, mais qui devaient traverser des territoiresappartenant à des propriétaires non vassaux de labbaye. 1 Êbousiner pierre, enlever ses une cest sur deux les portions calcaire ont lits du quiprécédé complèteformation géologique suivi cette formation; en un mot, cest enle- la ouver lespartiessusceptibles sedécomposerlactionde lair ou de lhumidité. de à i. - 17
  • 132. [ CONSTRUCTION - 130- [ MATÉRIAUX ]debout, en délit, si cespoints dappui étaient grêles. A légardde cespierres posées délit, onreconnaît en toutela finesse dobservationdes constructeurs. nignoraient pasqueles pierresposées délit Ils en sontsujettes sedéliter; aussi choisissaient-ils un soinpar- à les avec ticulier dans les bancs bas, très-homogènes et très-compactes, dans |. cli(|u;irta Paris,dansles pierresduresde Tonnerre, en basse Bour- po-necl t-ii Champagne,dans ces petits bancs de la haute Bourgogne, ilui"->cnminc If grès et sans délits-. Lexpérience leur avait démontré que certainespierres dures, fines de grain, commele cliquart et le [iciil liane dur de Tonnerre, par exemple, composent lamescal- se de caires lies-minces, superposées et réunies par une pâte solide; que ces pierres, par leur contexture même, ont, poséesdebout, à contre-fil pour ainsi dire, uneforce extraordinaire; quellesrésistentà despres- sions énormes, et que, fortement serrées sous une charge puissante, elles sedélitent moins facilement que si elles étaient sur leur lit ; car ce qui fait déliter ces pierres, cest lhumidité quelles renferment entre leurs couches minces et qui gonflent leurs lamelles marneuses: or, poséesà plat, elles sont plus aptes à conserver cette humidité que po- séesde champ. Dans ce dernier cas, leau glisse le long de leurs parois, et ne pénètre pas les couches superposées.Comme preuvede ce que nous avançons,nous pourrions citer nombre de chéneaux,de larmiers, de corniches, de dalles de liais ou cliquart, dans de très-anciens édi- fices, posés sur leur lit, et quon trouve fréquemment délités ; tandis que les mêmesmatériaux, dansles mêmes monuments, posésdebout, en délit, se sont parfaitement conservéset ne se sont fendus que par suite daccidents, tels que loxydation de crampons ou goujons, ou quelque défaut. Nous ne devonspas omettre ici un fait important dansles constructions du moyen âg»j.cest que les lits sont taillés avec la menu- p*M-i(M-tion les parements vus, et que les pierres sont tou- quejours poséesà bain de mortier et non fichées ou coulées, ce qui est pis.Au surplus, et pour terminer cette digression à propos des matériauxpropres à bâtir, nous ajouterons que les constructeurs de la premièrepériode gothique ont soumis leur système de construction aux maté-riaux dont ils disposaient, et par conséquent les formes de leur archi-tecture.Un architecte bourguignon, au xii" siècle,ne bâtissait pasàDijoncomme à Tonnerre; si lon retrouve, dans une même province, lin-fhif iive dune même école, dans lexécution des maçonneries on remar-quedes différences considérablesrésultant de la nature de la pierreemployée. Mais,commedanschaque provinceil estune qualité de ma-tériaux dominante, les architectes adoptent une méthode de bâtir con-forme a la naturede cesmatériaux.La Bourgogne, riche en pierres si i Ces bancs dursde Tonnerre sontplusexploités, bas ne bienqueleursqualités soientexcellentes;on les appelaitpierres des bois. * Pierres la Manse, Dornecy, Ravières, Cuutarnoux dAnslrude, rie de de de dur, deThisy, de Puuuli/n i.
  • 133. [ DÉVELOPPEMENTS ] - 131 [ CONSTKtT.TION ] dune qualité supérieure,nous fournit la preuvela plus évident»1 <ie ce fait. DÉVELOPPEMENTS (xmeSIÈCLE). A Dijon, il existe une église de medm - cre dimension, sous le vocable de Notre-Dame ; elle fut Initie vers l^.i : cest un chef-dSuvre de raison, où la science du constructeur se cache sous une simplicité apparente. Nous commencerons par donner une idée de la structure de cet éditice. Le chevet, sans collatéral, souvresur la croisée ; il est flanqué de deux chapelles ou absides orientéescomme le sanctuaire, et donnant sur les transsepts dans le prolonge-ment des bas côtés de la nef. Labside de Notre-Dame de Dijon ne se compose, à lintérieur, quedun soubassementépais, peu élevé, portant despiles isolées reliées entout sens, et nayant pour clôture extérieure quune sorte de cloisonde pierre percée de fenêtres. Naturellement, les piles sont destinéesà porter les voûtes ; quant aux cloisons, elles ne portent rien, elles nesont quune fermeture. A lextérieur, la construction ne consiste quendes contre-forts. La figure 75donne une vue perspective de cri le abside;étant dépourvue de bas côtés, les contre-forts contre-butenl directe-ment la voûte sans arcs-boutants . Ces contre-forts sont épais et soli-des ; en eux seulsréside la stabilité de lédifice. Rien nest plus simpledaspectet de fait que cette construction. Des murs minces percés defenêtres ferment tout lespacelaissé entre les contre-forts. Un pas-sageextérieur en A est laissé pour faciliter les réparations des grandesverrières. Tous les parements sont bien garantis contre la pluie pardes pentes sans ressauts et des corniches ou bandeaux. Ce nest évi-demment là quune enveloppe solide, un abri. Entrons maintenant 1 On voudra bien nous permettre à ce sujet une observation. En appréciant le plus ou moins de mérite des édifices religieux gothiques, quelques critiques (qui ne sont pa> architectes, il est vrai) ont prétendu que, des églises du moyen âge en France, la plusparfaite, celle qui indique de l,i part de larrhiterte une plus grande somme de talent, estla sainte Chapelle de Paris, car cette église conserve une parfaite stabilité sans le secoursdes arcs-boutants; et, partant de là, les mêmes critiques, heureux sans doute davoir faitcette découverte, ont ajouté i « Larc-boulant, étav permanent «Je|u«jnv, accusant Limpuis- * sancedes constructeurs, nest donc quune superfétation barbare, un jeu inutile, puisque,« même pendant le moyen âge, des artistes habiles ont MI sVn p,i-ser. » Largument estfort; mais la sainte Chapellena pasde bas cotés; partant larchitecte nétait pas obligéde franchir cet espace et de reporter les poussées des grandes voûtes à lextérieur endehorsde ces bas côtés Cest ainsi pourtant quon parle presquetoujours dun art quonne connaîtpas; et la foule dapplaudir, car les praticiensne croient pas quil soit néces-saire de réfuter de pareils arguments.Ils ont tort : une erreur répétée cent fois, fût-elledesplus grossière*,m,ii< répétée avec assurance, finit chez nous par être admiseparmiles vérités les moins contestables;et noii> voyons encore imprimer aujourdhui, de lameilleurefoi du monde,sur les ar s et en particulier sur larchitecture gothique,desargu-ments réfutés depuis lo gteni|is par la critique des faits, par lhistoire, par les monumentset par des démonstrations ;ippiyées l.i géométrie. sur Tout ce travail de la vérité qui veutse faire jour passeinapiru au; yeux de certains critiques, qui prétendentprobablementne rien oublier et ne rien apprendre.
  • 134. [ C3SSTIU-CT1UN ] - 132 - [ DÉVELOPPEMENTS 15dans léylise Notre-Dame de Dijon. Autant lextérieur est simple, solide,couvert, abrité, autant lintérieur présente des dispositions légères,
  • 135. ( JÏI-VKLOIITMKXTS ] - | .i.i - [ CONSTf.ri J .TIHNélégantes.Ce monument était cl est encore làli dansun quartier popu-leux, entouré de rues étroites ; larcliilecle a penséquil devait huitsacrifier à leffet intérieur. ( lu reconnaît d ailleurs quil a dû être limitédansseSjdépenses, éviter lesTraisinutiles. Il ne prodiguepasles maté-riaux, il na pas voulu poser une pierre île trop. Labside donc, inté-rieurement lig.Tii . secomposedun soubassementplein A, épais, (-«in-struit en assiseset décoré dune arcalure indépendante, en placage.Dece soubassement parlent déjà 1< colonnelles li, qui iiioiilenl jusquaux snaissances arcsde la grande voûte, (les eolunnel les sont poséesen desdélit de la basea la talilelle C,qui lesrelie par unebagueà laconslrur-tion extérieure. Sur ce soubassementest un passadeou galerie de ser-vice destinée a faciliter lentretien des verrières II et a tendre léglise,sil est besoin, les jours de IV-le. piles K sont isolées; elles secompo- Lessent de quatre colonnes en délit, de la baseaux cliapiteaux, une grosseI0",:n dediametrei et trois grêles .()",1:2 !>",K> diann-lre . Ku A, et denous donnons la section de cespiles. La grossec<doimeet les deux laté-rales sont chacunedune seule piècejusquà lassise F des ebapileaux,tandis que la colonnette montant de fond est dun seul morceau jusquàla tablette G. Cette tablette G forme plafond sur la galerie basseet reliela grande arcatureaveclesparementsextérieurs.Dansla hauteurdela galerie du deuxièmeétage(triforium . même disposition des piles,même section A; seulement une colonnette intermédiaire H portantune arcature composée elle-même de grands morceaux de pierremince, comme des dalles poséesde cliamp. Au-dessus triforium, un dutroisième dallage1 sert de plafond ace triforium et relie larcatme a laconstruction extérieure ; puis naissent les arcs de la grande voûtecontre-butés par les contre-forts extérieurs. Les fenêtres bautes sou-vrent alors au-dessus de larcature du triforium, et ne sont plus en ren-foncementcomme au-dessous, de donner tout le jour possible et de afinlaisserà lextérieur le passage dont nous avonsparlé plus haut. Ainsila poussée arcssereporteobliquement lescontre-fortsexté- des surrieurs, lesquelssont bâtis en assises, les piles intérieures ne sont etquedespoints dappui rigides, incompressibles, puisquils sont com-posés grandespierres en délit, maisqui, par leur faible assiette,ne deprésentent quun quillagepouvantau besoinsincliner dun côté ou delautre, en dehorsou en dedans,sansdanger,sil survient un tasse-ment. Quant aux mursK, ce ne sont, comme nous lavons dit. que descloisonsde ûm,20 plus dépaisseur. au Dépouillons maintenant cetteconstructionde tout cequi nest quaccessoire, prenonssonsquelette,voici cequenoustrouverons(fig.77): A, un contre-fort bâti, niassepas-sive; B, quille grêle, mais rigide, résistantecommede la fonte de fer,grâceà la qualité du calcaireemployé; G, assises droit desarcs, et aupar conséquent tlexibilité au besoin; D, liaison du dedans avec le de-hors: E; seconde quille, maispluscourtequecelledu bas,car le mo-numentsélève lesmouvements seproduiraientauraientplus de et qui
  • 136. f CONSTRUCTION [ DÉVELOPPEMENT ] 76gravité; F, secondeassisede liaison du dedans avec le dehors ; G, soin-
  • 137. f DÉVELOPPEMENTS] - 135- [ CONSTRUCTION]miers; H, simplesfermetures nontrien à porteret ne servent à qui quciore lédifice ; I, butée là seulement où la poussée de larc agit. Rien
  • 138. [ CONSTRUCTION ] - 136- [ DÉVELOPPEMENT ]de trop, maistout ce qui est nécessaire, puisquecette constructionsemaintientdepuisprès de six siècleset quelle ne paraîtpas près desaruine. Il nest pasnécessaire rappeler ici ce que nous avonsdit derelativement à la fonction des colonnettes monostyles qui accompa-gnent les colonnes et E, et que nousavonssupposées B enlevées dansla ti^ure 77 ; elles ne sont que des soutiens accessoiresqui donnentde la fermeté et de lassiette aux colonnes principales, sans être abso-lument indispensables.La chargedes voûtes sappuie bien plus sur les«"outre-forts,par suite de laction de la poussée, que sur les cylindresli, K oy. figure 33). Les groupes intérieurs de colonnettes ne portantquun poidsassez faible,il nétaitpasbesoinde leur donnerunegranderésistance. Mais si nous avons un bas côté, si les contre-forts, au lieudêtre immédiatement opposésà laction des voûtes, en sont éloignésdetoute la largeur de ce collatéral, alors les piles verticales doivent avoirplus dassiette, car elles portent réellement le poids des voûtes. La nef de la même église Notre-Damede Dijon est voûtée suivant laméthode gothique primitive. Les arcs ogivessont sur plan carré et re-coupéspar un arc-doubleau.Lespiles intérieures sont cylindriques, éle--véesen tambours et dediamètreségaux.Dedeux en deux, les chapiteauxdifférent cependant, car ils portent alternativement, ou un arc-dou- hleau et deux arcs ogives, ou unarc-doubleau seulement. Voici (fig. 78) une vue dune travée intérieure de la nef de Notre-Damede Dijon. EnA nous avons tracé la section du sommier A, et en B la section dusommier B, avecla projection horizontale des tailloirs des chapiteaux.<>-, chapiteaux portent une saillie plus forte du côté de la nef, pour recevoir les colonnettes qui montent jusquaux naissances des voûtes, toujours par suite de ce principe qui consisteà reculer les points dap- pui verticaux, de façon à soutirer une partie des poussées(voy. fig. 34). KM(7 nous donnons la section Horizontale des piles G, et en D celledes piles D au niveau du triforium ; en E, la section horizontale des sommiers E, et en F celle des sommiers F au niveau des tailloirsreceanl les grandesvoûtes.Cetaperçu général présenté,examinons maintenant avec soin la structure de cette nef. Nous lavonsdit déjà,larchitectedelégliseNotre-Dame Dijon dis- de posaitdun terrain exigu,resserré entredesrues étroites; il ne pouvait donner aux contre-forts de la nef, étayanttout le système, une forte saillie en dehors du périmètre des bas côtés. Sil eût suivi les méthodes adoptées sontemps, sefût soumis laroutine,ou,pourêtreplus de sil à vrai, aux règles établies déjà par lexpérience, il eût tracé les arcs-bou- tantsde lanef ainsiquelindiquela figure79.La poussée la grande de voûteagissant A enB, il auraitposéle dernier claveau larc en A et de de son chaperon en B, et il aurait avancéle devant du contre-fort en G de manière la ligneobliquedespoussées dépassât le point G. que ne pas Mais nepeutsortirdela limiteI, la largeur il réservée lavoiepublique à ne le lui permetpas; dunautrecôté, ne peut,à lintérieur,dépasser il
  • 139. DEVELOPPEMENTS ]le point K, qui est à laplomb de la pile engagée intérieure L, sous iv. - 18
  • 140. [ CONSTUUCT1US ] - 138- [ DÉVKUJlIKMENTS 1peinedavoir porte faux de briser un à et larc-doubleau dontil esl M,important conserver courbure; siunpoids considérable de la car tropagitsurlesreins cet arcenN, cetarcchassera pile isolée de la inté-rieure siii:inl une direction OP. Donc, larchitecte doit établir la pilede son arc-boutant dans 1espacecompris entre K et I. Mais nous sa-vons que cette pile doit être passive, immobile, car cest elle qui est levéritable point dappui de tout le système; elle ne peut évidemmentacquérir cette immobilité (son assiette étroite étant donnée) que parune combinaison particulière, un supplément de résistance verticale.Voici donc comment le constructeur résout le problème : II élève lapile entre les deux points voulus (fig. 79 bis) il charge fortementla tête de larc-boutant en A ; il incline le chaperon BG de manière à lerendre tangent à lextrados de larc ; puis il amènela facepostérieure dupinacle D jusquau point E en porte à faux sur le parement F, de ma-nière que lespacePFsoit un peu moins du tiers de lespace FG. Ainsila poussée la grandevoûteest fortementcompriméedabordpar la decharge elle est neutralisée cettepression; cenest plus quelarc- A, parboutant qui agit lui-mêmesur la pile K, dautantquil est chargéen A.Si donc cet arc devait se déformer, ce serait suivant le tracé R; il se
  • 141. f UÉVELOirtMKNïS J - 13J - Ù-JNSTBUCHUN ]briserait en S, et la pile K sinclinerait. Maislarchitecte recule son
  • 142. [ CONSTfirCTIOX ] - 140- [ DÉVELOPPEMENT ]pinacle, charge pileendehors sonaplomb la de jusquau pointE, cest-à-dire jusquau point où la rupture de larc-boutant aurait lieu; ilai i «Me donc cetterupture, car sousla charge point Sde larc-boutant lene peutserelever;maisle pinacleD ne fait quecomprimer larc,il nele charge |>.i-,puisque lespaceGO est plus grand que lespaceOP:donc la chargedu pinacle,qui est une construction homogènebienlaile, fii grandespierresde taille, seporte sur OC,le centre de gravitédu pinacle étant entre 0 et G; donc larc démoli, ce pinacle resteraitdflmut; donc il charge la pile K dun poids supérieur à celui quauraitun pinaclenayantque FGde largeur; donc il assureainsi la stabilitéde la pileFG, trop faible par elle-mêmepour résisterà la poussée sanslappoint de cette charge,et en mêmetempsil comprimeles reins delarc-boutant au point où cet arc tendrait à se briser en se relevant.Le fait est encore plus probant que toutes les déductions logiques ; laconstruction de Notre-Damede Dijon, malgré la faiblessede sescontre-forts exlf rieurs, na pas subi la moindre déformation. Ne perdons pasde vue lintérieur; observons que les voûtes ne poussent pas directe-ment sur la tète des arcs-boutants*,et quentre la télé de ces arcs et lesommier de lu voûte il existe, au-dessus du triforium U, un contre-forl intérieur V seulement au droit de cette poussée, et qui neutralisesingulièrementson action. Étudionsles détails: le bloc de pierre T,contre lequel vient buter le dernier claveaude larc-boutant, nest autreque le linteau portant le contre-fort dont nous venons de parler, etdans la hauteur duquel linteau sont pris les dev chapiteaux qui por-tent les formerais de la voûte (voy. fig. 78). Ce linteau est juste poséau niveaude laction de la poussée de la grande voûte. Disséquonscette construction pièce à pièce (fig. 80). Nous voyons :en A, la colonne, quille principale du triforium au droit des piles quiportent les naissancesdun arc-doubleau et de deux arcs ogives, quilletlunquée de ses deux colonnettesB; en G, les grandes colonnettes endélit qui posent sur le tailloir du gros chapiteaudu rez-de-chaussée,et qui passent devant le groupe ABB pour venir sous lassise M deschapiteauxdes arcs de la grande voûte, assise dun seul morceau; enD, le chapiteau du triforium ; en E, le sommier de larcature du trifo-rium, dun seul morceau; en F, les deux morceauxfermant larcature;en G, lassisedu plafond du triforium reliant larcature et lassise deschapiteaux M au contre-fort extérieur sous le comble, contre-fort dontles assises sont tracées H; en G unedesdallesposées la suitede en àcelle G et reliant le reste de larcature à la cloison bâtie sousles fenê-tres supérieures dont I est lappui (cesdallesG portent le filet-solin Krecouvrant le comble du bas côté) ; en L, le premier morceau du con-tre-fort extérieurvu au-dessus comble;en M, lassise chapi- du desteaux desgrandesvoûtes portant les deux basesdes colonnettesendélit desformerets; en N, le sommier desgrandesvoûtesdont te litsupérieur est horizontal, et qui porte les naissances deux arcs desogives de larc-doubleau 0, le second et ; en sommier portantlesdeux
  • 143. [ DÉVELOPPEMENTS J - 141 - OUarcsogives larc-doubleau, lit supérieur celui-ci et le de étantdéjànor-
  • 144. [ CONSTFUT.TION ] - 142- | DÉVELOPPEMEN Jmal à la courbe, tandisque les lits des deux arcs ogivessont encorehorizontaux; P, le troisièmesommierne portantplus larc-dou- enbleau, est lorsindépendant, portant qui dès mais encore deux les arcsogives les lits supérieurs horizontaux; Q,le quatrième dont sont ensommier portant que ne plus lépaulementderrière arcs les ogives pourpd^er premiers les moellons remplissages; R,le linteau des en dontnousparlions àlheure,reliantles sommierslapile dont lesassi- tout àsessont tracéesenS: ce linteau portelesépaulements derrièrelesarcsogives,car il estimportant de bienétayercesarcsogivesindépendantsdéjà et dont lesclaveauxsont figurésen T, tandisquelun desclaveauxde larc-doubleauest figuré en V; en X, lassisedu contre-fort exté-rieur portant amorcede lappui desfenêtres,lesbases colonnettes desextérieures de ces fenêtres, et le filet passant par-dessus le filet-solindu comble,ainsi que lindique le détail perspectifY. Larrivéedescla-veaux des arcs-boutanls vient donc buter le linteau H, ft a partir de celinteau, lintervalle entre la pile Sel la voûte est plein (voy. la vue inté-rieure, tig. 78). Si nous examinons la coupe figure 79 bis, nous voyons que le contre-fort X, le mur du triforium Y, le passage Z et la pile intérieure pré-sentent une épaisseur considérable; car ce passageest assez large :le mur et le contre-fort ont ensemble Om,60 environ, et le groupe decolonnes composant la pile intérieure On,50.Or tout cela doit portersur un seul chapiteau couronnant une colonne cylindrique. Il y auraévidemment un porte à faux, et si le contre-fort X vient à sappuyersurles reins de larc-doubleau du bas côté, la pression quil exercera ferachasser la colonne en dedans, lui fera perdre son aplomb, et, une foisson aplomb perdu, tout léquilibre de la construction est détruit. Leconstructeur a dabord donné (fig. 8l) au chapiteau la forme A ; cest-à-dire quil a ramené laxe de la colonne dans le plan vertical passantpar le milieu de larchivolte B. Sur ce chapiteau il a posé deux som-miers, G, D à lits horizontaux : le premier sommier G portant les basesdes colonnettesen délit, montant jusquàla naissancedes grandesvoûtes; le troisième sommier E porte les coupesnormales aux courbesde larc-doubleau, arcs ogiveset desarchivoltes,car,à partirdece dessommier, les arcs se dégagent les uns des autres. Affranchi des arcsqui dès lors sont poséspar claveaux indépendants, le constructeur amonté une pile formant harpe à droite et à gauche, F, G, H,I,K, en en-corbellement jusquà laplomb du contre-fort L; dans lassiseI, il a eule soin de réserver deux coupes M, pour recevoir des arcs en dé-chargeportantle mur du triforium N. La pile intérieure0, composée,commenouslavons ci-dessus, dit dun faisceau colonnettes délit, de enportesurle parement intérieurde cettepile. Il est entenduque lesassises G,H,I, K, sontdun seulmorceau F, chacune fortes.Le poids etlepluslourdet la résistance présente plusderoide lapile0, qui le estpuisquelle porte verticalementles voûtes contre-butées le contre- :fort L neportepresque carlatêtedelarc-boutant le charge rien, ne
  • 145. [ DÉVELOPPEMENTS ] 143 [ CONSTRUCTION ]pas (voy. fig. 79 bis),il ne fait quéquilibrer la bâtisse. Donc, les pierresK, I, II étant chargéesà la queue enK, I, H, ne peuventbasculer ; donc lecontre-fort est soutenu. Quant à la pousséede larc-doubleau P et desarcsogivesdu collatéral, elleest complètement neutraliséepar la rhargfqui vient peser à laplomb de la pile 0. On comprend maintenant coni-ment il est essentiel que la pile 0 soit composéede grandes pierresdebout et non dassises, car cette pile supporte une double action decompression : celle de haut en bas, par suite de la charge des voûtes.et celle de bas en haut, par leffet de bascule produit par les contre-forts L sur la queue des pierres K, I. Si donc ces piles n étaient bâtie.par assises,il pourrait se faire que les joints de mortier, fortement
  • 146. [ CONSTRUCTION ] - 114 - [ DÉVELOPPEMENTS ]compriméspar cette doubleaction, vinssentà diminuer dépaisseur;or, le moindre tassementdans la hauteur des piles 0 aurait pour effetde déranger tout léquilibre du système.Au contraire, laction de levierproduite par lesassisesI et K sousla pile 0 a pour résultat (cespilesétant parfaitementrigideset incompressibles) soutenirtrès-énergi- dequementla naissance grandes des voûtes. ( in serendra mieux compte de ce systèmede construction en sup-pM-anl, par exemple, quon ait employé, pour lexécuter, de la fontede lrr. de la pierre et du bois (fig. 82). Soient une colonne et son cha-piteau de fonte A poséssur un dé de pierre et portant un sommier Bde pierre. Le constructeur donne, vers lintérieur de la nef, une plusfurie saillie au chapiteau que du côté du collatéral. Sur ce chapiteau,il élève les assises B,G,D,E, F, G, etc., en encorbellement. Il pose troiscolonnes de fonte H le long du parement intérieur, doublées de troisailliez colonnes H (voy. la section H"); ces colonnes H,H sont reliéesau contre-fort I par des colliers et un crampon K, afin de rendre lecontre-fort solidaire de la pile et dempêcher le rondissement de lunou de lautre. Le contre-fort I est construit en assisesde pierre. Surles colonnesH, H, larchitecte pose les sommiers L de la grande voûte ;les deux colonnes* latérales 0,0 continuent seules jusquau linteau Mqui contre-buté les arcs de la grande voûte. A lextérieur, il élève unepile de pierre N afin de pouvoir maintenir le quillage intérieur dans laerlirale au moyen de létayement P contre-buté, pour éviter son re-lèvement, par les moises R. 11ny a aucun inconvénient, au contraire,à ce que le contre-fort I, bâti en assises, vienne à se comprimer ettasser, car plus le point Q sabaissera, plus létai P sera roidi contrela queue du linteau M. Cependantce contre-fort I est nécessairepourretenir cette queue du linteau M dans un plan horizontal, mais surtoutpour donner de la stabilité a la colonne A. En etlet. il nest pas besoindêtre fort verse dans la connaissancedes lois déquilibre pour savoirque si, entre une colonne Y et une colonne S, grêles toutes deux ti^r. S2/y/s , nous posonsplusieurs assises horizontales, il sera impos-sible, si chargée que soit la colonne S, et si bien étrésillonnées quesoient les assisesdans un sens,de maintenir ces deux quilles dans unplan vertical parallèle au plan des étrésillons ; tandis que, posant surune colonne T (fig. 82 ter] des assises horizontales V, étrésillonnéesdansun sens,et sur cesassises deux supports ou chandellesX, X passantdansun plan vertical perpendiculaire au plan des étrésillons, en suppo-sant dailleurs ces deux chandellesX,X chargées,nous pourrons main-tenir les colonnes X, X et T dans des plans parallèles aux étrésillons.l/e^i en celaque consiste tout le systèmede la construction des nefs go-thiques posant sur des colonnes. Là est lexplication des galeries super-poséesde rarchilediire bourguignonne, sorte de contre-fort vide dontle parement intérieur est rigide et le parement extérieur compressible,donnant ainsi une grande puissance de résistance et dassiette auxnaissancesdes voûtes hautes, exilant des culées énormes pour contre-
  • 147. [ DÉVELOPPEMENTS ] - 145- [ CONSTRUCTION ] T PECAP-D. n nbuter les arcs-boulants, et détruisant par son équilibre et sa pressionsur deux points dislants leffet de la pousséedes voûtes des bas côtés. iv. - 19
  • 148. [ CONSTRUCTION ] 146 - [ DÉVELOPPEMENTS J En vérité, tout ceci peut paraître compliqué, subtil, cherché ; maison voudra bien reconnaître avec nous que cest ingénieux, fort habile,savant, <"(que les auteurs de ce systèmenont fait aucune confusionde lail grec avec lart du Nord, de lart romain avec lart oriental ; quilsnont pas mis la iantaisie à la place de la raison, et quil y a dans cesconstructions mieux que lapparence dun système logique. Nous ad-mettoiiN parfaitement quun préfère une construction grecque, romainemi même romane à celle de léglise Notre-Dame de Dijon ; mais onumlra bien nous permettre de croire quil y a plus à prendre ici, pournous architectes du xixe siècle, appelésà élever des édifices très-com-pliqués, àjouer avec la matière, possédantdesmatériaux très-différentspar leur nature, leurs propriétés et la façon de les employer; forcésde combiner nos constructions en vue de besoins nouveaux, de pro-grammes très-variés, très-différents de ceux des anciens ; quil y aplus à prendre, disons-nous, que dans la structure primitive et sisimple du temple de Minerve dAthènes, ou même dans la structure con-crète, immobile, du Panthéon de Rome. Il est fâcheux que nous ne puis-sions toujours bâtir comme les anciens et observer perpétuellement cesrègles si simples et si belles des constructeurs grecs ou romains; maisnous ne pouvons élever raisonnablement une gare de chemin de fer,une halle, une salle pour nos assemblées,un bazar ou une bourse, ensuivant les errements de la construction grecque et même de la con-struction romaine, tandis que les principes souples appliqués déjà parles architectes du moyen âge, en les étudiant avec soin, nous placentsur la voie moderne, celle du progrès incessant. Cette étude nous per-met toute innovation, lemploi de tous les genres de matériaux, sansdéroger aux principes poséspar ces architectes, puisque cesprincipesconsistent précisément à tout soumettre, matériaux, forme, disposi-tions cl ensemble et de détail, au raisonnement ; à atteindre la limitedu po^siMe, a substituer les ressources de lindustrie à la force inerte,la recherche de linconnu à la tradition. Il est certain que si les con-structeurs gothiques eussenteu à leur disposition de grandespièces defonte de fer, ils nauraient pas manqué demployer cette matière dansles bâtiments, et je ne répondrais pas quils ne fussent bientôt arrivésà des résultats plus judicieux, mieux raisonnes que ceux obtenus denotre temps, car ils auraient franchement pris cette matière pour cequelle est, en profitant de tous les avantages quelle présente et sanssepréoccuper de lui donner dautres formes que celles qui lui convien-nent Leur systèmede construction leur eût permis demployer simul-tanément la fonte de fer et la pierre, chose que personne na osé tenterà notre époque, tant la routine a daction sur nos constructeurs, qui necc-sent de parler de progrès, comme ces choristes dopéra qui crient :« Partons ! » pendant un quart dheure, sans bouger de la scène Nousne sachions pas quon ait essayéen France jusquà ce jour, si ce nestdansla constructiondesmaisonsde quelquesgrandes villes, de porterdes massesconsidérables maçonnerie,des voûtes de brique ou de
  • 149. [ DÉVELOPPEMENTS J 147 [ CONSTHVT.TtON ]même de pierre, de bonnes bâtisses bien raisonnées et appareillées,éléganteset solides, sur des points dappui de fonte isolés. Cestqueneffet linstruction classique peut guère permettre ces essaisque les nearchitectes du moyen âge neussentcertainement pas manqué de faire,et probablement avec un plein succès. Quantà sarrêter en chemin, ce nest pas ce quon peut reprocher auxarchitectes gothiques ; nous allons voir avecquelle ardeur ils selancentdans lapplication de plus en plus rigoureuse des principes quilsavaient posés, et comme ils arrivent, en quelques années,à pousser àbout cesprincipes, à employer la matière avecune connaissanceexactede ces qualités, à jouer avec les problèmes les plus compliqués de lagéométrie descriptive. Léglise Notre-Dame de Dijon est un petit édifice, et lon pourraitcroire que les architectes bourguignons de la première moitié duxni siècle nont osé sç permettre des hardiesses pareilles dans desmonuments dune grande étendue comme surface et fort élevés. Cestle contraire qui a lieu; il semble quen opérant sur une vaste échelle,ces constructeurs prennent plus dassurance et développent avec plusde franchise encore leurs moyens dexécution. Le dueiir de la cathé-drale de Saint-Etienne dAuxerre fut rebâti, de 1215 à 1230 environ,sur une crypte romane (voy. CRVPTK, fig. . qui tif adopter certainesdispositions inusitées dans les grandes églises de cette époque. Ainsile sanctuaire est entouré dun simple collatéral avec une seule chapelleabsidale carrée. (Juant à sa construction, elle présente une parfaiteanalogie, dans les a-uvres basses, avec celle de léglise Notre-Damede Dijon. Toutefois, à Auxerre, la bâtisse est plus légère encore, et cer-taines difficultés, résultant des dispositions romanes du plan quon nevoulait paschanger, ont été résolues de la manière la plus ingénieuse. Nous donnons (fig. 83) la moitié du plan de la chapelle absidale pla-cée sous le vocable de la sainte Vierge Ce plan est pris à la hauteur dela galerie du rez-de-chaussée, portant, comme à Notre-Damede Dijon,sur une arcature. En X, nous avons figuré à une plus petite échelle laprojection horizontale de la voûte du collatéral devant cette chapelle.Suivant la méthode bourguignonne, les formerets sont isolés du mur;ils reposent sur des colonneltes en délit AB, CD,EF, GH, etc. Des co-lonnes-noyau, également poséesen délit, supportent leffort des pres-sions, et la voûte se composede deux arcs ogivesIK, LM, dun arc-dou-bleau NO, et de deux arcs intermédiaires PO, lis. C.esdeux arcs inter-médiaires viennent, au droit du collatéral, retomber sur deux colonnesisolées Q, S, en délit, dun seul morceau chacune, ayant Om,24 dia- demètre sur6m,60 de haut de la base au-dessous du chapiteau La dif-ficulté était de neutraliser si exactement les diverses poussées quiagissent sur ces colonnes Q, S, quelles ne pussent sorlir de la verti-cale. Cétait un problème à résoudre semblable à celui que larchitectedeschapelles Notre-Dame Chàlons-sur-Marne de de sétait posé,mais
  • 150. L CONSTRUCTION ] 1|S- [ DÉVELOITKMKMS Jsur une échellebeaucoupplus grande et avecdes points dappui incom-parablement prèles. plus Plaçons-nous instantdansle bascôté,et unrepardons!""MIHIUM-I la colonneS, dont le diamètre,ainsique nous <lt-lavons dit déjà, nest que de Om,:2i. Sur cette colonne est posé un cha-piteau dont le tailloir est octogone assez et largepour recevoirla nais- ar-- --TV Wsance deuxarcsST,SR; plusdeuxcolonnettes des portant lesarcs-dou-bleauxSQ,SY. Un haut sommier,dont le lit inférieur est en A (fig. 84)et le lit supérieur en B, est renforcé dans les angles restant entre lesarcs et les colonnettes desgerbes feuillages.Jusquau par de niveaudutailloir du chapiteauG,larc D du bascôté sélèveet secourbedéjà aumoyende deux autres sommiersà lits horizontaux,tandisque larc E intermédiaire la chapelle dundiamètre grand,séloigne dr . plus plu-tôt delaverticale, secompose, partir du lit B,declaveaux et à indépen-
  • 151. [ ULViaoïlKMENTS ] - 14J - CUNSTUUCTiON Jdanfs.LescolonnettesFdesarcs-doubleaux dentréede la chapellesont
  • 152. ( CONSTRUCTION ] !.")<> - . - [ DKVICLOPiLMENTS ]monolithes etétayent cessommiers, les roidissent et sappuient ferme-ment sur deux facesdu tailloir. La figure 85 donne la section de cettenaissance de voûtes au niveau OH. Cette construction est hardie, on nesaurait le nier; mais elle est parfaitement solide, puisque, depuis sixsiècleset plus, elle na sulii aucune altération. Nousvoyons là une desapplications plus ingénieuses système- la voûte gothique, la les du depreuve non équivoque de la liberté des constructeurs, de leur sûretédexécution et de leur parfaite connaissancede la résistance des maté-riaux. Cescolonnettessont de pierre dure de Tonnerre, ainsi que lessommiers. Quant à leffet que produit cette chapelleet son entrée, il estsurprenant, mais sans inspirer cette inquiétude que causetoute tenta-tive trop hardie. Les arcs se contre-butent si bien en réalité, mais aussien apparence,que lSil est satisfait. Jusquà cette quadruple gerbe defiiiillage qui surmontele chapiteau donnedu corps au sommierin- etférieur, tout concourtà rassurerlobservateur.Maispourquoi, objec-tera-t-onpeut-être,cesdeux colonnesdentrée?pourquoi larchitectene sest-il pas contentéde jeter un arc-doubleau dunepile dangledeitjtte chapelleà lautre? A cela il nest quune réponse. Recouronsà nos
  • 153. [ HKVKLOllEMENTS ] I."» 1 L CONSTRUCTION Jfigures41, 42 et 44 de cet article, et lexplicationest donnée: il sa-il,à causede la disposition rayonnante du bas coté, dobtenir sur la pré-cinction extérieure un plus grand nombre de points dappui que sur laprécinction intérieure, afin davoir (!<">, ai"cs-dnulileaux peu près égaux àcomme base, exactement égauxcomme hauteur sous clef, pour fermerles triangles desvoûtes au même niveau. Si les voûtes de la chapelle de la Vierge et du collatéral de la cathé-drale dAuxerre sont disposéescomme la plupart des voûtes bourgui-gnonnesdu xmesiècle, cest-à-dire si leurs formerais sont éloignés desmurs, et si un dallage portant chéneau réunit ces formerais aux létcsde ces murs, larchitecte du chSur na pas cru probablement que ceprocédé de construction fût assez solide puni- terminer les grandesvoûtesdu vaisseauprincipal. Il a dû craindre le quillage de ce systèmedans un édifice 1res-vaste,et il a pris un moyen terme entre le systèmechampenoiset le systèmebourguignon. Le système champenoisconsiste bien à isoler le formeret du mur,mais à bander entre ce formeret et le mur un berceau sur lextradosdudit formeret. Examinons donc en quoi consiste le système cham-penois. Nous le voyons arrivé à son apogéedans un petit édifice dela Marne, léglise de Rieux, près de Montmirail. Voici dabord (fig. 86) lamoilié du plan de labside de cette jolie église. On voit que ce plan res-semblebeaucoupà celui de labside de Notre-Damede Dijon. Mais noussommes en Champagne,sur un territoire où les matériaux résistantset dune grande dimension sont rares; aussi les pilettes A ne sontplus composéesde colonnes en délit : ce sont des groupes de colon-nettes engagéesprésentant une assezforte section pour pouvoir êtrebâties en assises. De plus, ces pilettes, au lieu dêtre élancées, sontcourtes. Examinons maintenant labside de Rieux à lintérieur (fig. 87) :nous voyons en B des berceauxconcentriques aux formerets, y tenant,circonscrivant les fenêtres et portant la charpente du comble el la cor-niche extérieure. Ainsi, voici deux provinces voisines, la Bourgogneel la Champagne,qui chacune partent du même principe de construc-tion; mais dans la première de ces provinces, les matériaux propresà la maçonnerie sont abondants, fermes, faciles à extraire en grandsmorceaux; la construction se ressent des propriétés particulières aucalcaire bourguignon ; dans la seconde,au contraire, on ne trouve quedes bancsde craie, des pierres marneuses, peu solides,ne pouvantêtre extraites des carrières quen morceaux petits : les architectes sou-mellenl leur mode de construction à la nature des pierres de leur pro-vince. Léglise de Rieux date des premières années du xmesiècle ; lasculpture appartient presque au xn. La Champagneest en avancesur i M Millet a bien voulu relever pour nous ce charmant petit édificefort peu connu,et le meilleur type peut-être de larchitecture champenoise du commencemeHt duXIIIe siècle
  • 154. [ CONSTRUCTION ] - 152- [ DÉVELOITI.MKXT ]laBourgognemême lIl ^-de-France, il sagit développer et sur quand del.>|inriM|H la construction de gothique. lesfenêtres labside Déjà dede Rieuxsont pourvues meneaux délit, tandisque,danslIle- de ende-France, nelesvoit guère on apparaître vingtansplustard,eten queBourgognevers 12GO seulement.La méthodeindiquée dans la figure 87,puiir la ((instructiondesvoûteset des points dappui qui les suppor-tent, est déjà appliquée dans la chapelle absidale de léglise Saint-Rémi de Reims, antérieure de vingt ans au moins à labside de Rieux ;elle est développéedans la cathédrale de Reims, dans les voûtes deschapelles du grand vaisseau et (voyezCATHÉDRALE,14; CHAPELLE, fig.fig. 36). Revenonsmaintenant à la cathédrale dAuxerre; examinons le parti
  • 155. DÉVELOPPEMENTS - J - 153 [ CONSTRUCT ~)que architecte tirerdes méthodes son a su deux bourguignonne et rv. - 20 .
  • 156. [ CONSTRUCTION "| - U - [ DÉVELOPPEMENT |champenoise. (fig.88) vue lintérieur haut Voici une de du chSur nous :avons ^uppns.- de*grandes un»- fenêtres enlevée, laisser com- pour voirment les arcs-boutarîts contre-butent la voûte et comment le contre-fort intérieur est percé à la hauteurdu triforium et de la galerieau-dessus. A, on distingue le berceau bandé entre les formerets et Enlarchivolte des fenêtres; mais, par une concession au systèmebour-guignon,ce berceaune naît pas, commeen Champagne, les cha- surpiteaux il ne commence B; quunpeuplushaut,surun linteauGposé
  • 157. sur les lianes du contre-toit intérieur. Ce berceau est ici posé sur lextrados du formeret, il est indépendant ; tandis que, dans la ((in- struction champenoise, le berceau et le formeret ne font quun, on plutôt le berceau nest quun très-large formeret. Les meneaux de-* fenêtres sont construits en assises,et non composés de colonnes et de châssis délit. Nousdonnons D la sectionhorizontalede la pile en en haute au niveau E; en F, la section de la pile au niveau G du triforium Suivant le principe bourguignon, ces piles sont en délit dans toute la hauteur des passages. corniche La et le chéneau supérieur ne posent donc pas sur un dallage comme dansles bas côtéset la chapellede la Vierge de ce même édifice, mais sur les arcs A. La charpente du comble est assise sur les forme- rets. Le chéneausupérieur rejette seseaux sur les chaperonsde clai- res-voies surmontant, chargeantet consolidant les arcs-boutants.Ces chaperons sont assez résis-tants, assezépais, assezbien sup-portés par la claire-voie, dont lesmontants sont très-serrés, pourformer un véritable étai de pierreopposantla rigidifé à la pousséede la voûte. La figure 89 donne unevue extérieure de lun de ces arcs-boutants, fort bien construits etbien abrités par les saillies du cha-peron. Laissons un instant les provincesde Champagne et de Bourgognepour examiner comment, pendantce même espacede temps, cest-à-dire de 1200 à 1250, les méthodesde la construction gothique avaient progressé dans les provinces fran-çaises, lIle-de-France, la Picardie et le Beauvoisis. Unedesqualitéspropres larchitecfure à gothique cestpeut-être (etla plus saillante); cest quon ne saurait étudier sa forme, son appa-rence, sadécoration, indépendamment de sastructure . On peut men-tir avec larchitecture romaine, parce que sa décoration nest quunvêtement qui nest pas toujours parfaitement adapté à la chose quil 1 Nous avons été souventappeléà défendre des projets de restaurationdes monu-mentsgothiques,à donner la raison de dépensesnécessaires considérables et pour lessauver de h ruine. Dans lespoir bien naturel dcililmir des économies, on nous a
  • 158. ] - 15G- [ DÉVELOPPEMENT Jrecouvre; on ne saurait mentir avec larchitecture gothique, car cettearchitecture est avant tout une construction. Cestprincipalement dansles édifices de lIle-de-France quon peut constater lapplication de ceprincipe. Nousavons quenBourgogne, vu grâceà la qualité excellentedes matériaux et à la possibilité de les extraire en grands morceaux, lesarchitectesont pu se permettre certaines hardiessesqui peuventpasserptvurdes(ours force.Cedéfaut ne saurait être reproché aux archi- ofeIrrtrs de lIle-de-France ou à leur école; ces constructeurs sont sages,-ils saventse maintenir dans les limites que la matière impose, et mêmelorsquelarchitecturegothiquese lancedanslexagérationde sespro-pres principes, ils conservent encore, relativement, la modération, quiest le cachet des hommes de goût. Les bassins de la Seine et de lOise possèdent des bancs calcairesexcellents, mais dont les épaisseurs sont faibles lorsque les matériauxsont durs, fortes lorsquils sont tendres ; cest du moins la loi générale.Les constructions élevées dans ces bassins se soumettent à cette loi. Toute la partie antérieure de la cathédrale de Paris fut élevéedès lespremières annéesdu xiue siècle; comme construction, cest une Suvreirréprochable. Tous les membres de limmense façadeoccidentale, su-périeure comme échelle à tout ce que lon construisit à cette époque,sont exactement soumis à la dimension des matériaux employés. Cesont les hauteurs de bancs qui ont déterminé les hauteurs de toutes lesparties de larchitecture. Jusquà présent, en fait de constructions primitives de lépoque go-thique,nousnavons guèredonnéquedesédifices dunedimensionmé-diocre; or, les procédésqui peuventêtre suffisantslorsquil sagitdeconstruire un petit édifice, ne sont pas applicableslorsquil sagit déle-ver des masses énormes de matériaux à une grande hauteur. Les archi-tectes laïquesdu xmesiècle, praticiens consommés,ont très-bien com-pris cette loi, tombée aujourdhui dans loubli, malgré nos progrèsscientifiques et nos connaissancesthéoriques sur la force et la résis-tancedesmatériauxpropresà bâtir. Les Grecsnont guèreélevé quedesmonuments petitsrelativementà ceuxde lépoqueromaine, ou si,par exception, ils ont voulu dépasserléchelle ordinaire, il faut recon-naître quils nont passubordonné formesà cechangement di- les desmensions ainsi, par exemple, grandebasiliquedAgrigente,connue : lasouvent répété: « Ne f.ut>-s le strict nécessaire, que laissezà destemps meilleurslesoin d.i-h.er, de sculpter,Je ravaler, etc » La réponseétait difficile, car il eût fallur.tiu- suivre un coursdarchitecture Sitliique aux perscmner; nousouvraientces quiavis pour leur faire comprendre dansles édifices que gothiques se tienl, que la toutpierre est posée, ravaléeet sculptée, quon ne peut, à vrai diiv, r,instruire un monu- etmentgothique laissant en quelquechose faire à ceuxqui viendraientaprès à nous.Aupointde vue de lart, est-cedonc là un défaut? nc-t-r.- donc pas,au contraire, Et leplus bel élogequon puissefaire dune architecture, dire, aprèslavoir d.-numtré, dequetout ce qui la constitue si intimement que sa parurefait si bien partiede est lié,sa structure, quon ne peut séparer lune de lautre?
  • 159. [ DliVIiLOllEMKNïS ] " Kj7 [ r.OXSTItrCTJON ]sous le nom de temple Géants, des reproduit, on colossal,des formesadoptées dans destemplesbeaucoup plus petits; leschapiteaux enga-gésde cet édifice sont composés deux blors de pierre juxtaposés. deFaire un chapiteauenrayéen réunissantdeuxpierres lune à côté delautre, de façon quil y ait un joint dans laxe de ce chapiteau, estune énormité en principe. Dans ce même monument, les colosses,quiprobablement étaientadossés despiles et tonnaient le second à ordreintérieur, sont sculp-tés dans des assisesde pierre si faillies, que leurstêtes se composentde trois morceaux.Faire une statue, une caryatidefût-elle colossale, au moyen dassises superposées, est encore une,énormité pour un véritable constructeur. Les joints étaient cachés sousun stuc peint qui dissimulait la pauvreté de lappareil, soif; à noirepoint de vue, en nous mettant à la place du constructeur gothique,lignorance principe nestpasmoins évidente Maisil faut juger les duarts en leur appliquant leurs propres principes, non point en leur appli-quant les principes qui appartiennent à des arts étrangers. Nous nefaisonspas ici un procès à larchitecture grecque ; seulement nous con-statons un fait, et nous demandonsquon juge larchitecture gothiqueen prenant seséléments propres, son code, et non en lui appliquantdes lois qui ne sont pas faites pour elle. Les Romains nont quune seule manière de bàlir applicable à tousleurs édifices, quelle que soit leur dimension; nos lecteurs le sa-vent déjà, les Romains moulait leurs édifices sur une forme ou dansune forme, et les revêtent dune enveloppe purement décorative, quinajoute et ne retranche rien à la solidité. Cela est excellent, cela estraisonnable; mais cela na aucunrapport avecla construction gothique,dont lapparence nest que le résultat de la structure. Revenonsà notre point de départ. Nous disions donc que les archi-tectesgothiques du xmesiècle ont soumis leur mode de constructionà la dimension des édifices quils voulaient élever. Il est une loi biensimpleet que tout le monde peut comprendre, sans avoir les moindresnotions de statique ; cest celle-ci : les pierres à bâtir étant données etayant une hauteur de banc de Ora,40, exemple, si nous élevons une parpile de 3m,20de hauteur avec ces pierres, nous aurons neuf lits ho-rizontaux dans la hauteur de la pile ; mais si, avec les mêmesmatériaux,nous élevons une pile ayant G",40 de hauteur, nous aurons dix-sept lits.Si chaque lit subit une dépression dun millimètre, pour la petile pilele tassementserade Ora,009, pour la grande, de ((",(117. et Encore faut-ilajouler à celle dépression résultant de la quantité des lils le pins grandpoids, qui ajoute une nouvelle causede tassement pour la grande pile.Donc, plus le constructeur accumule de pierres les unes sur les autres, i On nous accuserapeut-êtrede nous répéter dans le coursde cet ouvrage mais les ;préjugés contre lesquels il nous faut combattre ne sunt que le résultat de lerreur ou defausses appréciations répétées avecune persistance rare. En pareil cas,la vérité, pour fairebriller ses droits, na dautre ressource que demployerla mêmetactique
  • 160. [ COXSTKl-CTinS J - 158- [ DtVELUiiEMEMS ]plusil augmente chances tassement, suite déchirements les de par deet dinstabilité dans les divers membres de son édifice, puisque, si sonédifice grandit, les matrnaux sont les mêmes.Ces différences ne sontpassensibles entredesédifices diffèrent parleursdimensions, qui peuoulorsque consent mettre excès lon à un énorme forces de dans con- lessmiflions; mais si lon ne veut mettre en Suvre que la quantité justede matériaux nécessaires,et si, avec les mêmesmatériaux, on veut éle-ver une façade comme celle dune église de village et comme la façadede Noire-Dame Paris, on comprendrala nécessité de dadopterdesdispositionsparticulièresdansle grand édifice,afin de combattreleschancessingulièrement multipliées des tassements,desruptures et, parsuite, de dislocation générale. Nous avons vu déjà comment les con-structeursgothiquesprimitifs avaienttrouvé une ressourcecontre lestassementset les déformations qui en résultent danslemploi despierresdebout, en délit, pour roidir les piles les plus hautes, bâties par assises.Nous avons fait connaître aussi comment, pendant lépoque romane,des constructeurs avaientenveloppéun blocagedansun revêtement depierre conservant lextérieur lapparence à duneconstructionde grandappareil. Les architectes gothiques, ayant pu constater linsuffisance deceprocédé et son peu de cohésion, substituèrent la maçonnerie en petitappareil au blocage, et prétendirent lui donner de la résistance, et sur-tout du roide, en y adjoignant de grands morceauxde pierre isolés, re-liés seulement, de distance en distance, au corps de la bâtisse, par desassisesposéessur leur lit pénétrant profondément dans cette bâtisse.Des pierres en délit ils firent des colonnes, et des assisesde liaison, desbases, des bagues, des chapiteaux, des frises et bandeaux. Cest là lori-gine de ces arcatures de soubassement, de ces ordonnances de colon-nettes plaquées contre des parements, et souvent même de ces revête-ments ajourés qui décorent les têtes des contre-forts extérieurs ou desmurs. La façade de la cathédrale de Paris nous fournit de beaux exem-plesde cette constructionmixte, composée dassises de placages et endélit, dont la fonction est si franchement accusée, qui présentede etsi brillants motifs de décoration.Il faut, il est vrai, avoir été appeléàdisséquer constructions ces pour en reconnaître senspratique.Rien lenestplus simple en apparence, commeconstruction,quelénorme fa-çadede Notre-Dame Paris,et cestune de sesqualités. voyant de Enune pareille masse, ne peut supposer on quil faille employercertainsartifices, combinaisons des très-étudiées, lui donner parfaite pour unestabilité.Il semble quil a suffi dempiler assises pierre de la des debase faite,etquecette au masse énorme semaintenir sonpropre doit parpoids. Mais, nous le répétons, élever une façadede 20 mètres de hautou de 70 mètres,ce sont deuxopérationsdifférentes;et la façade deiO mètres, parfaitement solide, bien combinée, dont les dimensions se-raient triplées en tout sens,ne pourrait être maintenue debout. Ce sontlà deces que pratique lois la seule faire peut connaître. nest be- Il passoindefairedescalculs compliqués comprendre, exemple, pour par
  • 161. [ DÉVELOPPEMENTS ] - 159 - [ CONSTRUCTION ] quune pile dont la sectionhorizontale carréedonne un mètre superficiel, et dont Jahauteur est de 10 mètres, donne 10 mètres cubes reposant sur une surface carrée dun mètre de côté; que si nous doublons celte pile en hauteur, épaisseur et largeur, bien que les rapports entre sa hauteur et sa basesoient pareils à ceux de la première pile, nous obte- nons une surface carrée de 2 mètres de côté, soit i mètres superficiels et un cube de 80 mètres. Dans le premier cas, le rapport de la surface avecle cube est de l à 10; dans le second, de 1 à 20. Les rapports des pesanteurs avec les surfaces augmentent donc dans une proportion croissante à mesure quon augmente léchelle dun édifice1. Cette pre- mière règle élémentaire posée, il se présente, dans la construction de très-grandsédifices, une difficulté qui vient encore augmenter leffet des pesanteurs produites par laccroissement du cube. Si les matériaux ne dépassentpas une certaine hauteur de banc, leurs dimensions en lon- gueur et largeur sont également limitées; il en résulte que si lon peut élever, par exemple, une pile donnant un mètre de surface dans sasec- tion horizontale au moyen dassisesprises chacune dans un seul bloc de pierre, il nen sera pas de meure lorsquune pile donnera -4mètres de surface dans sa section horizontale, car on ne peut guère se procu- rer desassisesde cette dimension. Ainsi, en augmentant léchelle dun édifice, dune part on changeles rapports entre les cubes ou pesanteurs et les surfaces, de lautre on ne peut obtenir une homogénéité aussi complètedansles parties qui le constituent. Nouvellecausede rupture, de dislocation. Pour éviter le danger qui résulte dune charge trop con- sidérablereposant sur une surface peu étendue, naturellement on est amené à augmenter cette surface à la base, quitte à la diminuer à me- sure que la construction sélèveet que les pesanteursdeviennent moin- dres par conséquent. Le type qui se rapproche le plus de ce principe est une pyramide; mais une pyramide est un amas, ce nest pas une con- struction. Supposonsune tour élevée sur quatre murs; en coupe, cette tour présente figure 90. Nousavons la donnéauxmurs, à la base,une épais- seur suffisante pour résister à la pression des parties supérieures, ri, autant pour diminuer cette pression que pour ne pas empiler des ma- tériaux inutiles, nous avons successivement réduit lépaisseur de cesmurs à mesure que notre construction sest élevée. Mais alors toute la i Nous avons quelquefois rencontré des architectes fort surpris de voir ks piles deleurs églises sécraser sous la charge, et dire : « Mais nous avons exactement suivi lesproportionsrelatives de tel édifice et employédes matériaux analoguescomme résis- tance ; la construction gothique ne présente réellement aucune sécurité. » On pourrait répondre/ «Nulle sécurité, il est vrai, si lon veut augmenter ou diminuer les échellesen conservant les proportions relatives. La construction gothique demande quon prennele temps de létudier et den connaître les principes, et les architectes gothiques ont eule tort dinventer un système de construction qui. pour être appliqué, doit être connu etraisonna »
  • 162. [ nÉVELOPPEMENTS ]charge >;i])])iiifMIT surface et si le surcroîtde forceDEF Al> la CD,nest parfaitement nefaitpus pas relié, exactement avec charge corps laAB, du la-, en haul. If lancinent le plus considérable devantsefairede A en B, il se deelarera des déchirures dabord en I, puis en H,puis en G; ce surcroîtde force DEFque nous avonsajouté sera J D Cplus nuisible quutile, et toute la pesanteur venant alors à chargereilertivement sur la surface CD,le parement intérieur de la muraillesécrasera. Si notre tour nest pas fort élevée, il nous sera facilede relier parfaitement, au moyen de longues pierres, les pare-ments extérieurs avec les parements intérieurs, de faire une maçon-neriehomogène, alors ce seraréellementla baseCEqui portera etluute la charge. Mais si notre tour est très-haute, si sa masse est
  • 163. [ DÉVELOPPEMENTS 161 ] L CONSTRUCTION Jcolossale, quelquesprécautions nous que prenions, construction la de-vantsecomposer dunequantitéconsidérable pierres, de jamaisnousnepourrons relierlesdeuxparements exactement résister assez pourà cette différence pressionqui sexerce lintérieur et à lextérieur; de ànotre maçonnerie dédoublera,et leseffets que nousvenonsde si- segnaler produiront. faut doncuserdartifice.11 faireen sorte se 11 fautque parement le extérieur, moins chargé, présente roideur une supé-rieure au parementintérieur, et^quaudroit desretraites il y ait uneliaisontrès-puissante avecle corpsde la bâtisse. dautres En termes,ilfautquele parement extérieur étaye corpsde la maçonnerie pro- le etduiseleffetquerend sensible figure904zs. celanestpasaisélors- la Or,quon possède des ne que pierres ayant toutes peuprèslamême à di-mension.Cependant larchitectede la façade la cathédrale Paris de deest arrivé à ce résultat par la combinaison très-savanteet bien calculéede saconstruction. Il a commencépar établir chaque lotir, non sur desmurspleins, maissur despiles(voy.leplan de la cathédrale Paris, deau mot CATHÉDRALE) il est plus aisé de donner de lhomogénéité à la ; carconstructiondune pile quà celle dun mur. Cespiles extérieuresetintérieures sont bâties en assisesde pierre dure, régulières, bien ara-sées,renfermantun blocageexcellent et composé grossespierres denoyées un baindemortier.Lapileintérieureestcontre-butée dans entoussenspuisquelleest intérieure, et elle supporteun poidsvertical;maisles piles donnantà lextérieur, sur le parvis ou latéralement, ontdû être étayées un puissantempattement. toute la construction par Or,est bien parementée longuespierresà lintérieur et à lextérieur, et, endu soubassement à la souche des tours, les contre-forts sont construitsainsi que lindique la figure 91. Il est résulté de la méthodeemployéeque, bien quil y ait eu une pres-sionbeaucoup forteexercée le parement plus sur intérieur(dontla ligneponctuée indiquela pénétrationà traversla saillie desjambages AB desbaies à différentes hauteurs)que sur le parement extérieur des contre-forts, et que, par suite de cette pression, on puisse remarquer un tasse-ment sensibleà lintérieur, toutes les chargessereportant, parladisposi-tion des blocsde pierre noyésdanslépaisseur du blocageet cramponnésà diverseshauteurs, sur le parement extérieur, et formant, comme lin-dique la figure 91 bis, une superposition dangles en dents de scie, lachargeCDpèsesur la baseEF,la chargeEGpèsesur la baseIK, la chargeIL pèsesur toute la base MN,et ainsi de suite jusquen bas du contre-fort. Mais puisque, par le fait, la dépression doit se taire entre les pointsEG, IL, MO, PR, il en résulte que les saillies GF, LK, ON, RS, viennentappuyer très-fortement leurs angles F, K, N, S, sur le parement exté-rieur V; or, celui-ci subissant une dépression moindre que le parementintérieur, puisqu il est moins chargé, remplit loffice de létayementque nous avons indiqué dans la figure. 90 ///.-". Aujourdhui que nous nélevons plus de ces constructions colossaleset composéesde parties très-diverses, nous ne soupçonnons guère les iv. - 21
  • 164. [ COSSÏHUCT10SJ - 162- [ DÉVELOPPEMENTS ]effetsqui se manifestent dans des circonstances pareilles,et nous 91sommesfort étonnésquand nouslesvoyonsseproduireen causantles
  • 165. L DÉYHLOPftlMECab j - lliii - [ CONSTHUCTKO. |plus sérieuxdésordres. est aiséde raisonnerthéoriquementsur ces Ilénormespesanteursréparties inégalement; mais dansla pratique, fautede précautions détail, et en abandonnant de lexécutiona^ixméthodesde la routine, nous en sommes réduits, le plus souvent, à reconnaîtrenotre impuissance, à accuser lart que nous professons, le sol sur le-quel nous bâtissons, les matériaux, les entrepreneurs, tout et tout lemonde, sauf la parfaite ignorance dans laquelle on veut nous laisser,sous prétexte de conserver les traditions classiques. Nous admettonsvolontiers que larchitecture des Romains soit supérieure à larchitec-ture gothique, cela dautant plus volontiers, que, pour nous, larchitec-ture des Grecs, des Romains et des Occidentaux du moyen âge estbonne,du moment quelle reste tidèle aux principes admis par chacunede ces trois civilisations; nous ne disputerons pas sur une affaire degoût. Mais si nous voulons élever des monuments à linstar de ceux deRome antique, il nous faut les bâtir comme bâtissaient les Romains :ayonsde la place, des esclaves,une volonté puissante; soyonsles maî-tres du monde, allons requérir des hommes et prendre des matériauxoù bon nous semblera... Louis XIVa pris le rôle-dû Romain construc-teur au sérieux,jusquà prétendre parfois bâtir comme un Romain. Il acommencélaqueduc de Maintenon en véritable empereur de lantiquecité; il a commencé sans pouvoir achever. Largent, les bras, et, plusque tout cela, la raison impérieuse, ont manqué. Dans nos grands tra-vaux des voies ferrées, nous nous rapprochons aussi des Romains, etcest ce que nous avonsde mieux à faire; mais pour nos constructionsurbaines, les monuments ou les habitations de nos cités, lorsque nousprétendons les singer, nous ne sommes que ridicules, et nous ferionsplus sagement,il nous semble, de profiter des éléments employés die/.nous avec raison et succèspar des générations dartistes ayant-admisdes principes qui saccordent avec nos besoins, nos moyens, nos maté-.riaux et le génie moderne. Déjànous en avonsdit assezsur la construction du moyen âge pourfaire comprendre en quoi son principe diffère complètement du prin-cipe de la constructionromaine; comment les procédés convien- quinent à lun ne peuvent convenir à lautre, comment les deux méthodessont la conséquencede civilisations, didées et de systèmes opposés.Ayant admis le principe de léquilibre, des forces agissantes et oppo-séesles unes aux autres pour arriver à la stabilité, lesconstructeursdu moyen devaient, suitedu penchant âge par naturelà lhommeverslabusen toute chose,arriver à exagérer, danslapplication successivede cesprincipes,ce quils pouvaientavoir de bon, de raisonnableetdingénieux.Cependant, nous le répétons,labus se fait moins sentirdans provinces domaine les du royal,et particulièrement lIle-de- dansFrance,que danslesautrescontréesoù le système la construction degothique avait pénétré. Cequil est facile de reconnaître,cest que, déjà au milieu du xmasiècle, constructeurs faisaientun jeu de cesquestions les se déqui-
  • 166. L IXKNSTIIIXTION ] 104- [ DÉVELOPPEMEN ]libre M difficile,-,a résoudre dans des édifices dune très-grande dimen-sion et composéssouventde matériauxfaibles. Dans le Nord, ils neconstruisentquen pierre; mais ils emploient simultanément,dansle même édifice, la pierre appareillée par assises,posée sur son lit decarrière, le gros moellon noyé dans le mortier, masse compressibleau lieMtin, cl 1rs blocs en délit, étais rigides, inflexibles, pouvant être,dan-, ccrlains cas, dun grand secours.Lélasticité étant la première detoutes les conditions à remplir dans des monuments élevés sur despoints dappui grêles, il fallait pourtant trouver, à côté de cette élasti-cité, une rigidité et une résistance absolues. Cest faute davoir pu ouvoulu appliquer ce principe dans toute sa rigueur que la cathédrale deBeauvais na pu se maintenir. Là lélasticité est partout. Ce monumentpeut être comparé à une cage dosier... Nous y reviendrons tout àlheure, car ses défauts mêmes sont un excellent enseignement... Nequittons pas sitôt notre cathédrale de Paris. La coupe dun des contre-forts des tours fait assezvoir que les constructeurs du commencementdu xmesiècle nempilaient pas les pierres les unes sur les autres sansprévisionet sans se rendre compte des effets qui se produisent dansdaussi grands édifices,par suite des lois de la pesanteur. Leur maçon-nerie vit, agit, remplit une fonction, nest jamais une masseinerte etpassive.Aujourdhui, nous bâtissonsun peu nos édifices comme un sta- tuaire fait une statue : pourvu que la forme humaine soit passablementobservée,cela surfit ; ce nen est pas moins un bloc inorganisé. Lédi- fice gothique a ses organes,ses lois déquilibre, et chacune de sespar- ties concourt à lensemble par une action ou une résistance. Tout lemonde na pu voir lintérieur des contre-forts des tours de Notre-Damede Paris, et nous prévoyons lobjection qui nous a quelquefois étéadressée,savoir : que notre imagination nous fait prêter à ces artistesdes sièclespassésdes intentions quils nont jamais eues.Prenons doncpour les esprits défiants un exemple quils pourront vérifier avec la plusgiande facilité dans le même monument. Les grandesvoûtes de la nefde la cathédrale Paris sont composées, de commechacunpeut le voir,darcsdiagonauxcomprenant deux travéeset recoupésdun arc-dou-bleau: cestle systèmeprimitif desvoûtesgothiqueslonguement déve-loppédanscet article. Il résulte de cette combinaisonque les piliersde la grandenef sont chargés inégalement, puisque,de deux en deux,ils reçoivent un arc-doubleau seulement ou un arc-doubleau et deux arcsogives, cepcndantces ei piliers de la grandenef sonttous dun diamètreégal.Il y a là quelquechosede choquantpour la raison, dansun très-grand édifice surtout, puisqueces chargesinégalesdoivent produiredestassements inégaux, quesi lespilesqui reçoivent et trois arcssonta-^ez puissantes, celles qui nen reçoiventquun le sonttrop; si, aucontraire, celles qui ne reçoiventquun arc sont dun diamètre con-enable, cellesqui en reçoiventtrois sont trop grêles.Enapparence,il ny a rien à objecterà cette critique, et nous devonsavouerquenous avonsété longtempsà nous expliquer un pareil oubli desprin-
  • 167. [_DÉVELOPl-lîMK.NTS ] 105- [ CONSTRUCTION ]cipes plussimpleschezdesartistesprocédant les toujourspar le raison-nement. Cependant, qui nousprouvequil ne fautjamaissepresser voici deporter un jugementsur un art quà peine nouscommençons déchif- àfrer. Entrons dans les collatéraux de la cathédrale, doubles dans la nefcomme autour du chSur; mais remarquons, en passant, qui- celle nelfut bâtie quinzeou vingt ansaprès le rluriir, et quelesarchileclesducommencement du xmc siècle qui lont élevée profitaient des fautescommises parleurs prédécesseurs. Nousobservons les pilirrs qui queséparentles doubles collatéraux de la nef ne sont passemblablesentreeux ; de deux en deux, nous voyons alternativement une colonne mono-cylindriquecomposée tamboursde pierre, et une colonnecentrale deégalement composée de tambours, mais flanquée de dix colonnettesen délit dun seul morceau chacune (voyez le plan fig. 92). Pourquoicette différence de construction? Est-ce caprice, fantaisie? Maispour peu quon ait étudié cesmonuments, on demeure convaincu quele caprice nentre pour rien dans les combinaisons des constructeursde cette époque, surtout sil sagit dun membre darchitecture aussiimportant que lest un pilier1. La question: « Pourquoi cette diffé-rence? » étant posée, avec quelque attention nous la résoudronsbientôt. Cespiliers intermédiaires A, entourés de colonnettes en délit,sont au droit des colonnes de la grande nef qui reçoivent la chargelaplus forte, cest-à-dire un arc-doubleau et deux arcs ogives. Or, il fautsavoir que, primitivement, les arcs-boutantsde la nef nétaient pas ceuxque nous voyons aujourdhui, qui ne datent que de la secondemoitiédu xmesiècle. Ces arcs-boutantsprimitifs étaient à double volée, cest-à-dire quils venaient dabord se reposer sur un pilier intermédiaireposésur les piles AB du double collatéral, et quils étaient contre-butésà leur tour par des arcs-boutants secondairesfranchissant les espacesAC, BD(voy. au mot CATHÉDRALE, 2 donnant la coupe de la nef de la fig.Notre-Damede Paris).Certainement les arcs-boutantsdestinésà contre-buter larrivée des arcs-doubleaux et arcs ogives des grandesvoûtesétaientplus puissantsque ceux destinésseulement contre-buter un àsimple arc-doubleau à peine chargé. Peut-être même larc-doubleauintermédiaire des grandes voûtes nétait-il pas contre-buté par un arc-boutant,ce qui neût pasempêchéles voûtesde conserverleur cour-hure, puisque, dans les deux bras de la croisée, nous voyons encore desarcs-doubleauxsimples, ainsi abandonnésà eux-mêmes,qui ne se sontpas déformés. Les explications précédentes contenues dans cet articleont fait voir que le pilier vertical portant les voûtes ne joue quun rôlesecondaire, quune grandepartie du poids desvoûtessoutirée par et 1 Lecaprice unedecesexplications est admises biendescas, dans lorsquon parledelar-chitecture gothique; a cetavantagerassurer consciencepersonnes elle de la des quimieuxtrancherdun mot unequestiondifficile quede tenterde létudier
  • 168. [ CONSÏHIVIIU.N J - 166- [ DÉVELOllLMKSTS ]les arcs-boutants vient peser sur la culée de ces arcs-boutants. Donc ilétait raisonnable de donner aux piliers destinés à porter les piles surlesquelles reposaientles arcs-boutants, tout au moins desarcs-bou- outants plus puissantsque les autres,une plus grande,résistance.Maislarchitecteeût-il donnéun diamètreun peuplusfort auxpilesA quauxpilesB (fig.92),quecespiliersA auraient encore comprimés la été par
  • 169. [ DÉVELOPPEMENTS ] 10" - CONSTRUCTION ]charge très-forte quils devaient supporter, et que leur tassement eûtoccasionnédes désordres très-pi ars dans les Suvres hautes, la rup-ture des arcs-boutants,et, par suite, la déformation des grandesvoûtes.Larchitecte ne voulait pas cependant donner à ces piliers A une épais-seur telle quils eussent rendu la contraction des voûtes des collaté-raux diflicile et produit un effet très-disgracieux; il a donc, comme tou-jours, usé dartifice : il a entouré ses pilr>cylindriques, élevéespar assises,de fortescolonnettes en délit ; il a entouré les tam-bours de dix étais résistants, incompres-sibles (fig. 93), certain que ce système deconstruction ne pouvait subir ni tassementni déformation, et que, par conséquent,des arcs-boutants très-puissants, pesantsur ces piles, ne pourraient subir aucunaffaissement.Cettedisposition avait encorelavantage de laisser au-dessus des chapi-teaux, entre les arcs-doubleaux et arcs ogi-ves,une forte assiseE portant directementsurla colonnecentrale A (voy. fig. 92). La méthode consistant à employer lesmatériaux (pierres), soit sur leur lit, soiten délit, se perfectionne rapidement pen-dant la première moitié du xme siècle.Cest quen effet il y avait là une ressourceà laquelle nous, qui prétendons avoir toutinventé, nous recourons chaque jour,puisque nous employons la fonte de ferdans nos constructions avec beaucoupmoins dintelligence, disons-le, que ne lefaisaient les constructeurs gothiques lors-quils cherchaient à obtenir des pointsdappui incompressibles et rigides en em-ployant certaines pierres dune excellentequalité. Voyons dautres applications mieux raisonnées encore de ces prin-cipes.Le chSur de la cathédrale dAmiens, bâti quelques années avantceluide Beauvais, au point de vue de la construction gothique, un est,chef-dSuvre, surtout dans les parties basses. Examinons dabord lespilesdu sanctuaire Notre-Dame de dAmiens. piles donnenten plan Cesune grosse colonne cylindrique ayant 1",20de diamètre, cantonnée de i Voyez, au mot CATHÉDRALE, résumé historique de la construction de Notre-Dame led Amiens. Les partieshautesdu chSur ne purent être terminéesquavecdes ressourcesinsuffisantes.
  • 170. L CONSTRUCTION ] - 168 - [ DKVKLOITKMENTS ]quatrecolonnes,dont trois dun diamètredeOm,45 unedun diamètre etde lP,3o. Cesquatrecolonnes sont engagées dun quart dansle ne que 94 -Pcylindrecentral.Les tailloirs deschapiteauxsonttracés pour recevoirexactementles arcsdes voûtes, ainsi quil apparaît dans la fig. 94, et les
  • 171. [ DÉVELOPPEMENTS] Hi.l- [ CONSTRUCTION ]profilsde cesarcssonteux-mêmes taillésen raison leursfonctions. deLes archivoltes A sont composéesdun double rang de claveaux; ellesportentle mur.Lesarcs-doubleaux bascôtés, nesoutiennent B des quiquela voûteet étrésillonnent construction, un protil plusgrêle, la ontet toute leur résistance se présente de champ, comme un nerf, unecôte. Leurs arcs ogives G sont profilés daprès le même principe, maisplusfinsquelesarcs-doubleaux, charge la quilsont à supporter étant 95 r :pluslégère leur fonction et moinsimportante. seulsommier, pre- Un lemier, D, a son lit supérieur horizontal ; au-dessusde ce sommier, cha-quearc se dégage se forme de claveauxindépendants uns des et lesautres.On observeraque les trianglesE des remplissages voûtes desmontent verticalement jusquau point où leur rencontre avec lextradosdu second F, faisantfonction de formeret, leur permetde suivresa arccourbure. Supposonsune section horizontale de cette construction au IV. . -"H)
  • 172. [ CONSTRUCTION ] - 170 - [ DÉVELOPPEMENTS ]niveau P, nous obtenons la figure 95, sur laquelle nous avonstracé, par, deslignes blanches ponctuées,la combinaisonde lappareil alter- etnatif des assises.En S, est un massif solidement bâti, non point enblocage,mais au moyendassises superposées formant tas de chargeet portant la basculedu contre-fort de la galerie supérieure.Si nouspons verticalement la pile suivant son axeMN, nous trouvons cette con-coustruction (fig. 96). A est le niveau des chapiteaux à la naissancedesvoûtes du bas côté; B, le sommier de ces voûtes avec son chaînage pro-visoire R, posé seulement pendant la construction, afin de maintenirle dévers des piles et darrêter la pousséedes arcs latéraux jusquà ceque ces piles soient chargées(voy. CHAINAGE); larc-doubleau qui est G,libre; D, les assisesen encorbellement recevant le contre-fort E de lagalerie du premier étage. Cecontre-fort, composéde grands morceuuxde pierre posésen délit, est relié à la pile maîtresse par un linteau I intermédiaire F. En G est lassise formant couverture de la galerie, pas- sage supérieur au niveau de lappui des fenêtres hautes et liaison. En H, la colonne isolée, composéede grands morceaux de pierre comme le contre-fort, par conséquentrigide, laquelle vient soulager la tête de larc-boutant. Toute la charge est ainsi reportée sur la pile I, dabord parce que cest sur cette pile que naissentles arcsdes voûtes, puis parce que le contre-fort E, ainsi que la colonne H, étant composésde pierres en délit, le tassement et la charge, par conséquent, se produisent sur cette pile I. Cette charge étant beaucoup plus considérable que celle sappuyantsur le contre-fort E, il en résulte que les assises en encor- D bellement détruisent complètement la basculeou le porte à faux du con-tre-foi-t E Larc-doubleau G est libre; il ne peut être déformé par lapression despiles E, puisquelle nagit pas sur sesreins. Cetteconstruc-tion est fort simple, encore fallait-il la trouver; mais voici qui indiquela sagacitéextraordinaire des maîtres de lSuvre de cette partie si re-marquable de la cathédraledAmiens. Les bas côtés et chapellesrayon-nantes du rond-point de cet édifice donnent en plan horizontal, au-dessusdes bases,la figure 97. Les arcs-boutants qui contre-butent lapousséedes voûtes supérieures sont à double volée, cest-à-dire quilschargent sur une première pile poséesur les faisceaux A de colonnes,et sur une secondepile posée sur les culées B. En coupe, suivant CB,ces arcs-boutants présentent le profil fig. 98. Cette coupe fait assezvnir que si la chargeportant sur les piles G est considérable, celle por-tant sur les piles A est plus puissante encore, en ce quelle est active,produite non-seulement par le poids du contre-fort D, mais par la pres-sion de larc-boutant. Toute construction composée dassisestasse, etcetassement dautantplus prononcé,que la chargeest plus forte. estUn tassement produisantsur les piles G nauraaucundangersi les sepiles A tassent moins ; car, en examinant la coupe fig. 98, on verra quelabaissement quelquesmillimètres de la pile G, si la pile A résiste, denaura pour effet que de faire presser davantagelarc-boutant contre lesreinsdesvoûtes hautes debander et toutela bâtisse plusde puis- avec
  • 173. [ DÉVELOPPEMENTS J - 171 - CONSTRUCTION jsanceen la pressantvers lintérieur, qui ne peut sedéformer du dehors
  • 174. * DÉVELOPPEMENTS[ CONSTHlCTIiN,audedans, puisquilestsurun planpolygonal; maisil fautquela pileA
  • 175. [ DÉVELOPPEMENTS ] I T.! [ r.n.NSTIIfCTION ]ne tasse autantque^apile G.Toute la résistance la construction pas deest soumise à cette condition. <>r oici ciunnifnl les constructeurs ontrésolu ce problème.Les piles Gont été montées assises par séparéespar desjoints de mortier épais, suivant la metlu H des maçonsde cette leépoque; les piles A, au contraire, sont composéesde laisceauxde co-lonnes élevéesen grands morceauxde pierre, sortes de chandelles (pournous servir dun terme de charpenterie) qui ne peuvent tasser commele font des assisesnombreuses posées a bain de mortier. Ne voulantpas donner à ces piles A une large assiette,afin de nencombrer pointlentrée des chapelles, il nétait pas de meilleur, moyen pour les rendretrès-rigides sous la charge quelles devaient supporter, que de lescomposer dun faisceau de colonnes presque monolithes, et, en dimi-nuant ainsi le nombre des joints, déviter toute cause de tassement.Observonsque les matériaux dont disposaient les architectes picardspeuvent être impunément posésen délit, et que sils ont élevé ces co-lonnes des piles A en plusieurs morceaux, cest qu ils ne pouvaient seprocurer des monolithes de 10 mètres de hauteur; ils ont pris les plusgrandespierres quils ont pu trouver, variant entre 1 et 2 mètres, tandisque les piles Csont composéesdassisesde Om,50 Om,60 hauteur. à de A Amiens, la théorie et la pratique ont eu raison des difficultés queprésentait lérection dun vaisseauayant 15 mètres de largeur daxe enaxe des piles sur42m,50de hauteur sousclef, tlanqué de collatéraux de7 mètres de largeur dans Suvre sur 19 mètres de hauteur sous clef.Cette vaste construction a conservé son assiette, et les mouvements quiont dû nécessairement produire dans une bâtisse aussi étendue nont sepu en altérer la solidité. Alors les architectes avaient renoncé aux voûtescroiséescomprenant deux travées; voulant répartir les pousséeségale-ment sur les points dappui séparant cestravées,ils avaientadopté, dès1220, les voûtes en airs dogive harlongues, confnnnénient au planfig. 99; cétait plus logique : les piles AM, IH, étaient pareilles, et lescontre-forts B semblablesentre eux, les arcs-boutaots de même puis-sance. Les constructeurs allaient en venir aux formules ; leur sentimentdartiste avait dû être choqué par ces voûtes croisées sur des travéesdoublesparaissant reporter lescharges deuxen deux piles, et dont deles arcs ogivesCD,par leur inclinaison, venaientmasquerles fenêtresouvertesde Cen E sous les formerets. Dailleurs, ainsi que nous lavonsdit déjà, ces arcs ogives, ayant un diamètre CD très-long relativementaux diamètres des arcs-doubleauxGF, les obligeaient à relever beau-coup les clefsG, ce qui gênait la pose des entraits des charpentes, ounécessitait des élévations considérables de bahuts au-dessus des forme-rets CE. En bandant des voûtes en arcs dogive par travées, les arcsogivesAH étant plein cintre, il était facile de faire que les clefs L de cesarcs ogives ne fussent pas au-dessus du niveau des clefs K des arcs-doubleaux MH,qui étaienten tiers-point. Al, Noslecteursen saventassez maintenant,nousle croyons,poir com-prendre, dans son ensemble aussi bien que dans sesdétails, la con-
  • 176. [ CONSTI,1 ] ..1IMS - 17i [structiondunegrande église xiu*siècle,telle, par exemple, la du quecathédrale de Beauvais. Nous allons donc, afin déviter les redites, etpour résumer méthodes les éparses dont nousvenons donner de uneidée, suivrepasàpasunede cesgrandesconstructionsdepuislesfon-dementsjiiMjuà charpente combles. nous la des Si choisissons cathé- ladraledeBeauvais, nestpasquecetédifice parfaitquant lexé- ce soit à B B Bration, maiscestquil estlexpression plusvraieet la plusabsolue lade la théorie du constructeur vers le milieu du xme siècle. Cet édificesesten partie écroulémoinsdun siècleaprèslachèvement chSur; ducependant étaitconçu façonà pouvoir il de demeurer debout pendantdes siècles.La catastrophe en a complètement qui altéré le caractèrefut causée une exécution par médiocre, défaut pointsrigidesou le deleurtropfaiblerésistance, surtout lanature matériaux, et par des quinétaient ni assezgrands, ni assezsolides. Si larchitecte du chSur deBeauvais possédé matériaux la Bourgogne, employés eût les de ceuxà Dijon et à Semur,par exemple, beauxcalcairesde Ghàtillon-sur- les
  • 177. [ DÉVELOPPEMENTS ] - 175- [ CONSTRUCTION ]Seine, ou encorela pierre de Montbard, dAnstrude ou de Dornecy, oumême, ce qui eût été possible, les pierres de Laversine, de Crouy, etcertains bancs durs des bassins de lOise ou de lAisne, le chSur deBeauvaisfùt resté debout. Le maître de lSuvre de Beauvaisfùt un hommede génie, qui voulut arriver aux dernières limites du possible en faitde construction de pierre ; ses calculs étaient justes, sescombinaisonsprofondément savantes,saconception admirable ; il fut mal secondéparles ouvriers, les matériaux mis à sadisposition fiaient insuffisants. SonSuvre nen est pas moins un sujet détudes très-précieux, puisquilnous fournit le moyen de connaître les résultats auxquels le ssleniede construction du xmesiècle pouvait atteindre. Nous avons donné,à larticle CATHÉDRALE, 22, le plan du cliirur de Beauvais.Ce plan, fig.si on le compareà celui de la cathédrale dAmiens, fait voir que les deuxtravées parallèles voisines des piles de la croisée sont plus étroites queles deux suivantes : le constructeur évitait ainsi des poussées trop ac-tives sur les deux piles des transsepts formant entrée du chSur. Quantaux deux travées suivantes, elles ont une largeur inusitée (près de9m,90daxe en axe des piles). Le besoin de donner les espaceslibres est si évident à Beauvais,que les piles du vond-poiul m- simi pas canton- nées de colonnettes latéralement pour recevoir les archivoltes, mais seulementdans le sens des rayons de labside pour recevoir les nerfsdesgrandesvoûtes, les arcs-doubleauxet arcsogivesdu collatéral. Con- formément à la méthode des constructeurs de celle époque, lorsquils ne sont pas détournés de leurs théories par des questions déconomie,la fondation du chSur est admirablement faite. Les chapelles portentsur un massif plein, circulaire, revêtu de pierres de taille, comme à lacathédraledAniiéiis, présentant à lextérieur un puissant empattementégalement revêtu de libages bien dresséset posés à bain de mortier.Cette prçcinction de maçonnerie pleine se relie au mur qui porte lespiles isolées du sanctuaire par des murs rayonnants, sous le sol. A la cathédrale dAmiens, où nous avons pu examiner la fondationjusquau bon sol, nous avons trouvé, en dehors, le protil fig. 100. EnA, est une couche de terre à brique de Om,40 dépaisseur posée surlargile vierge; en B, est un lit de béton de 0",40 dépaisseur; puis,de G en D, quatorze assisesde Om,30 Om,iO à dépaisseur chacune, en libagesprovenant des carrières de Blayelincourt, près dAmiens. Cettepierre est une craie remplie de silice, très-forte, que lon exploiteen grands morceaux. Au-dessus, on trouve une assise K de pierre deCroissy, puis trois assisesF de grès sous le sol extérieur. Au-dessusdu sol extérieur, tout lédifice repose sur six autres assises G degrès bien parementées et dune extrême dureté. Derrière les revê-tements de la fondation est un blocage de gros fragments de silex,de pierre de Blavelincourt et de Croissy, noyés dans un mortiertrès-dur et bien fait. Cest sur ce roc factice que repose limmensecathédrale. A Notre-Dame de Paris, les fondations sont de mêmefaites avec le plus grand soin, revêtues de forts libages dune grand3
  • 178. I CONSTRUCTION ] 1~G- [ DÉVELOPPEMEN ]épaisseur, tout reposant le bonsol,cest-à-dire le sable le sur sur 100inférieur de la Seine,qui est à gros grainset verdâtre.Pour les pilotis
  • 179. [ DÉVELOPPEMENTS ] - 177- [ CONSTRUCTION ]quonprétend existersous maçonnerie la plupartde nosgrandes la decathédrales, nous nen avonsjamais trouvé de traces . Maintenant revenons à Notre-Dame de Beauvais. Nous avons donné,à larticle ARC-BOUTANT, 61, lensemble du système adopté pour la fig.construction des arcs-boutants de labside de la cathédrale de Beau-rais. Il nous faut revenir sur les détails de cette construction ; on verracommelarchitecte de ce chSur tenta de dépasserlSuvre de son con-frère dAmiens. Cependantcesdeux absidessont bâtiesen même temps ;celle de Beauvaisest peut-être plus récente de quelques années.Noussupposons,ainsi que nous venonsde procéder pour un arc-boutant duchSur de Notre-DamedAmiens, une coupe faite sur laxe des piles delabside de Beauvais(fig. 101).Il est intéressant de mettre en parallèlecesdeux coupes; aussi les donnons-nousà la nirnif ""rhelle.A Amiens,les piles du sanctuaire ont 14 mètres de hauteur du pavé du collatéralau tailloir des chapiteaux recevant les arcs des voûtes des bas côtés;à Beauvais,ces mêmes piles ont lonl,90.Mais, à Amiens, les chapellesabsidalesont toute la hauteur du collatéral, tandis quà Beauvaisellessont beaucoupplus basses,et, entre les terrasses qui les couvrent et lesvoûtes de ce collatéral, il existe une galerie, un triforium F. A Amiens,cest la pile intermédiaire qui possède la résistance passive, rigide,grâce à sa masseet au système de construction des piles inférieures,ainsi que nous venons de le démontrer ; la seconde pile nest quunappoint, une sûreté, un surcroît de précaution, nécessaire cependant.A Beauvais,le maître de lSuvre prétendit donner à cette pile inter-médiaire une résistance active, agissante,et, reporter sur la secondepile, celle extérieure, cette résistancepassivequil faut toujours trouverquelque part. Il crut ainsi pouvoir obtenir plus de légèreté dans len-semble de sa construction, plus de hauteur et plus de solidité. Ainsique nousvenonsde le dire, les piles E du sanctuaire ont plus de champ,sont plus épaissesque celles dAmiens, dans le sens des poussées.Lesfaisceauxde colonnettes portant larc ogive et les formerets des voûteshautes sont posés en encorbellement sur le chapiteau inférieur G.Lassiette HI est donc plus grande, et le contve-fort K du grand tri-forium porte daplomb sur la pile inférieure. Sur ce contre-fort dutriforium, ce nest plus une seulecolonne qui sélève, comme àAmiens,pour recevoir la tête de larc-boutant ; cesont deux colonnettes en délitjumelles, comme le fait voir la section horizontale A faite sur AB. Cescolonnettes jumelles soulageaient le linteau L, qui était une assisefor-mant plafond. Deux autres colonnettes étaient posées entre cette1assise-linteauet la tête du premier arc-boutant, laquelle tête sappuie i II en est de ces pilotis de Notre-Dame de Paris, de Notre-Dame dAmiens, commede tant dautres fables que lon répète depuis des siècles sur la construction des édificesgothiques.11ne serait paspossiblede construire une grande cathédralesur pilotis. Cesédifices peuvent ne être fondésque sur de largesempattements; pesanteurs les étanttrès-inégales élévation,la premièrecondition de stabilité était de trouver une masse enparfaitement homogène et résistante au-dessous du sol. iv. - 23
  • 180. î CONSTRUCTION ] - 178 - [ DÉVELOPPEMENTS ]contre un bloc énormede pierre M, chargépar uneassise corniche deet un piédestalN portant une statue colossale. Deux colonnettes
  • 181. f DÉ^ELOPPEMENTS] - 179 - [ CONSTRUCTION ]jumellessont encoreposées devantcettestatue,entre le premier et lesecondarc-boutant. Ces dernières colonnettes ne portent pas la têtede cet arc-boutant, mais un pinacle dont nous indiquerons tout àlheure la forme et la structure. Cet ensemble se rapporte à peu près àce que nous avonsvu à Amiens. Nous observons cependantque tout cesystèmede construction double porte daplomb sur la pile inférieure,la partie intérieure étant construite en assiseset celle extérieure engrands morceaux rigides posésen délit, afin de donner du roide à cetensemble si grêle et si élevé ; nous observons encore que le très-fortlinteau L, le bloc M et sacharge N, tendent évidemment à ajouter unpoids considérable au sommet du quillage inférieur pour le maintenirdans la verticale et faire que sa fonction de chandelle soit bien réelle.Voilà donc la pile intérieure rendue aussirigide que possible; il sagitmaintenant de résister à la poussée de la voûte qui sexerce à une pro-digieuse hauteur. Larchitecte ne crut pas pouvoir se contenter dunseul arc-boutant, comme à Amiens, fût-il surmonté dune claire-voierigide ; il avait raison, car à Amiens, dans les parties parallèles du chSurqui reçoivent trois nerfs de voûte au lieu dun seul, ces arcs-boutantsavec claires-voies se sont relevés par suite de la pression des voûtes,et au xve siècle il fallut bander de nouveaux arcs-boutants sous ceuxdu xme.Mais voici où le maître de lSuvre de Beauvaisfit preuve dunehardiessesans exemple et en même tempsdune sagacitérare. On voitquela pile 0 intermédiaire ne porte pas daplomb sur la pile P, tête dechapelle, comme à la cathédrale dAmiens, mais que son axe est alaplomb du parement intérieur de cette pile P. Disonstout de suite quecette pile 0, dont nous donnons la section horizontale sur CD en G,présenteplus de poids vers son parement G que sur celui D. Son centrede gravité est donc en dedans de la ligne ponctuée R, cest-à-dire surla pile P. Cependantcette pile est ainsi en équilibre, tendant à sincli-ner plutôt vers lintérieur de léglise que vers le gros contre-fort exté-rieur; elle vient donc, par sa position : 1° soutirer la pousséedes deuxarcs-boutants; 2° ajouter à la résistance opposée par ces arcs-bou-tants une tendance dinclinaison vers le chSur. La pile 0 verticaleremplit ainsi la fonction dun étai oblique. Si cette résistance activene suffit pas (et elle ne saurait suffire), la pile 0 est maintenue à sontour, dans sa fonction, par les deux derniers arcs-boutants S, T et legros contre-fort passif. Mais, objectera-t-on peut-être : Pourquoi cettepile intermédiaire? pourquoi les grands arcs-boutants ne viennent-ilspas se reposer simplement sur le gros contre-fort passif extérieur?Cestquele gros contre-fortextérieur ne pourrait contre-buterla pous-séedarcs-boutants dun aussi grand rayon, à moins dêtre augmentédu double, que,grâceaucontre-fort intermédiaire0, il na plusquà etcontre-buter une pression diffuse, presque nulle. i Au xiv" siècle, les colonnettesposéessur le triforium, sétant brisées,furent rem-placéespar une pile pleine (voy. la figure 61, à larticle ARC-BOUTANT) on peut ; maisencoreaujourdhui reconnaître leur position et à peu près leur diamètre.
  • 182. r CONSTRUCTION ] - 180- [ DÉVELOPPEMENT 1 Pour expliquernettementla fonction de la pile 0, supposonsquenous ayons étayerle chSur de Beauvais supposons nousne pos- à ; quesédions, fairecetétayement, pour quelegroscontre-fort. (fig.101 Si bis)nous posons nos étais ainsi quil est indiqué en A, nous renverseronscertainement le contre-fort G ; mais si, entre ce contre-fort G, nous po-sons,suivantle tracéB, un étai DE intermédiaire,légèrement inclinévers le chSur, mais maintenu dans un plan vertical passant par laxedespiles ou le rayon du sanctuaire,et que, de cet étai, nousserrionsdeux batteries F, G contre la voûte, puis deux autres batteries H, I,nous 101naurons plus à craindre leffet despoussées la voûteV sur le gros decontre-fort G,car létai intermédiaireDE soutireraune grande partiede la poussée deuxbatteriesF, G et la reportera sur sa semelleD. desLà est tout le problèmeque sest poséet qua résolu larchitecte duchSur de Notre-Dame de Beauvais.Malheureusement, lexécution estdéfectueuse. estcertaincependant cet énormeédificeaurait con- Il queservéune parfaitestabilité, si larchitecteeût poséles colonnettes ju-mellesau-dessus triforium plus fortes et plusrésistantes, eût pu du sillesfaire de fonte,par exemple. désordres sesontmanifestés Les quidans construction venus de la; cescolonnettes, grêles, la sont tous tropsesontbrisées, ellesnepouvaient cai- résister la charge sereporta à qui
  • 183. [ DÉVELOPPEMENTS ] - 181- [ CONSTRUCTION ]sur elles lorsque les piles intérieuresvinrent à tasserpar suite de ladessiccation des mortiers. Se bri-sant, linteaux cassèrent les L (fig. 101101); les gros blocs M, en bascule,sappuyèrent trop fortement sur latête du premier arc-boutant, celui-ci se déforma, et la voûte suivantle mouvement,la pression sur cesarcs-boutants fut telle, quils sechantournèrent presque tous ; leuraction devint nulle, par suite lesarcs-boutants supérieurs lâchè-rent un peu, puisque la voûte nepressait plus sur eux. Léquilibreétait,rompu : il fallut faire des tra-vaux considérables pour éviterune chute totale de lédifice. La fi-gure 101ter, donnant en perspec-tive le sommet des contre-fortsrecevant la tête des arcs-boutants,nous fait bien voir que lintentiondu maître de lSuvre était dobte-nir, au droit des piles du chSurde la cathédrale de Beauvais etsous les arcs-boutants, des contre-forts évidés, mais parfaitement ri-gides,afin : l°de charger le moinspossibleles piles inférieures ; 2° defaire que les tassements des par-ties intérieures construites en as-sises, roidies par les colonnettesen délit, reportassent naturelle-ment les charges en dedans. Decet exemple et de ceux apparte-nant à la construction gothiqueproprement dite, il découle ceprincipe, savoir : que toute con-struction élevée au moyen das-sisessuperposées grand nom- enbre doit être étayée, roidie parladjonction de monolithes entou-rant, flanquant, épaulant les pilescomposées de pierres superpo-sées. principe està peineappli- Ceque par les Romains, qui navaientpasbesoin recourir; il appartient constructeurs dy aux gothiques. De
  • 184. [ CONSTRUCTION ] - 182- [ DÉVELOPPEMEN ]ce principe, ils font un des motifs les plus ordinaires de la décora-tion des édifices, et, en effet, il se prête aux combinaisons les plusbrillantes et les plus hardies. Certes, y a danslexemplede constructionquenousvenonsdedon- ilner à nos lecteurs de graves défauts, et nous ne les dissimulons pas.Cetéchafaudage extérieur de pierre, qui fait toute la force de la bâtisse,eil soumis aux intempéries de latmosphère : il semble que le con-structeur, au lieu de chercher à protéger les organes essentiels de sonmonument, ait pris plaisir à les exposerà toutes les chancesde destruc-tiini. Sonsystèmedéquilibredépendde la résistanceabsoluede maté-riaux trop souventimparfaits.Il veutévidemment étonner,et il sacrifietout à ce désir. Mais, à côté de ces défauts si graves, quelle connais-sance approfondie lois deléquilibre !quel assujettissement lama- des detiere à lidée! quelle théorie fertile en applications! Nimitons jamaiscesconstructions subtiles, mais profitons hardiment de tant de connais-sancesacquises. Pour en profiter, faut-il au moins les cultiver et lespratiquer? A larticle CHAÎNAGE, nous avons indiqué quels étaient, pendant lemoyen âge, les procédés employés pour chaîner les édifices. Aux lon-grines de bois usitées pendant lépoque romane, les constructeurs duxmcsiècle, sapercevantque celles-ci étaient promptement pourries,substituèrent des crampons de fer reliant les pierres composant lesassises.Toutefois cette méthode ne fut guère employée que dans lIle-de-Franceavecune singulière exagération.Il est tel monument, commela sainte Chapelle du Palais à Paris, où toutes les assises,de la base aufaîte, sont cramponnées.A Notre-Dame de Paris même, on saperçoitque toutes les constructions élevéesou reprises à partir des premièresannéesdu xme siècle sont, à des hauteurs assezrapprochées, reliéespar des crampons coulés en plomb. Certainement ces constructeursn.avaientpas une entière confiance en leurs méthodes si ingénieuses,et leur bon sensnaturel leur faisait sentir déjà quils poussaientla har-diessetrop loin. La façondont sont disposés ceschaînagesfait bien voirdailleurs que ce quils redoutaient le plus, cétait le bouclement ou latorsion des piles et des murs, et, en cela, le systèmede chandelles depierre adopté par les architectes bourguignons avait une supérioritémarquée lemploi dangereux crampons fer scellés pleines sur des de enpierres. Il faut dire aussi que les constructeurs de lIle-de-France seprocuraientdifficilementdespierreslongues,résistantes, pouvantêtreimpunément posées en délit, tandis quelles étaient communes enBourgogne et dune excellente qualité. Il est temps maintenant dentretenir nos lecteurs dun édifice qui,à lui seul, résume, en les exagérant avecune grande adresse,toutes lesthéoriesdesconstructeurs lécolegothique. Nousvoulonsparler de deléglise Saint-Urbain de Troyes. En 1261, JacquesPantaléon, natif deTroyes, fut élu pape sous le nom dUrbain IV, à Viterbe ; il mouruten 1264. Pendant pontificat,il voulut faire éleveràTroyesuneéglise son
  • 185. [ DÉVELOPPEMENTS ] - 183 - [ CONSTRUCTION ]sous le vocable de saint Urbain : ce monument fut commencé, rapide-ment construit ; il resta inachevé cependant, le successeurdUrbainnayantprobablementpasjugé à proposde continuer lSuvre de sonprédécesseur. Telle quelle est, légliseSaint-Urbain Troyesindique dechezle maître de lSuvre qui fut chargé de son érection une hardiessesingulièreet unescience constructeurfaite pour étourdir.Sil a date dede la fondation de léglise Saint-Urbain, et celle de linterruption destravaux, nétait pas un fait historique dune authenticité incontestable,on serait tenté de supposer que cet édifice fut construit vers le com-mencementdu xivesiècle. Nous-même, devant des preuves aussi peudiscutables,nousavonshésitélongtemps avantde croire que le xmesiècleavait vu commencer et achever ce qui existe de ce monument : ayantpour habitude de nous fier tout dabord aux signes archéologiques,nous ne pouvions donner à la construction de Saint-Urbain une dateantérieure au xiv siècle ; niais une étude approfondie de la construc-tion nous a fait voir que la tradition historique était daccord avec lefait. On ne construisait plus ainsi au xrve siècle. Seulement, larchi-tecte de Saint-Urbain était un de cesartistes chez lesquels les principesles plus avancésde la théorie sallient à une expérience profonde, à unepratique qui nest jamais en défaut, à une connaissancesûre de la qua-lité des matériaux, à des ressources infinies dans lexécution et uneoriginalité naturelle; cétait, pour tout dire en un mot, un homme degénie. Son nom nous est inconnu comme ceux de la plupart de cesar-tistes laborieux. Si le pape Urbain IV eût envoyé dItalie un architectepour bâtir son église à Troyes, certes nous le connaîtrions ; mais nousnaurions pas à nous étendre longuement sur son Suvre, car lItalieméridionale, alors, nélevait que des édifices qui ne fournissent guèrede types propres à être étudiés. Le plan de léglise Saint-Urbain de Troyes est champenois. LechSur rappelle celui de la petite église de Rieux que nous venons dedonner. Sur les quatre piliers de la croisée devait sélever une tour pro-bablement fort élevée,si lon examine la section large de cespiliers.Deux autres clochers flanquaient lentrée, accompagnée dun porchesaillant comme celui de léglise Saint-Nicaisede Reims. La tour centralenefut point commencée,la nef et la façaderestèrent inachevées.Onpeuttoutefois, par ce qui reste de cesparties, serendre un compte exact dece que devait être cette église.Le chSur et les transseptssont complets.Jetons les yeux dabord sur le plan de léglise Saint-Urbain (fig. 102),pris au niveau du rez-de-chaussée cet ensemble est nécessaire pour ;apprécier les diverses parties de sa construction. Ceplan présente despoints dappui solides, épais, résistants, une disposition générale très-simple.Plantésentre deuxrues, deux porchesprofonds,bien abrités,donnent entrée dans les deux branches de la croix. Au-dessus du rez-de-chaussée, la hauteur de 3m,30, à toute la constructionne présenteplus quune lanterne vitrée, dune extrême légèreté, maintenue par
  • 186. [ CONSTRUCTION ] - 184- [ DÉVELOPPEMENTS ]lescontre-fortsqui seulsrestentpleinsjusquauxchéneaux supérieurs.Cestdonc la construction de cescontre-forts qui doit nous préoccuperen premierlieu.Voici (fig. 103) descontre-forts labside lun de pré-sentéparallèlement lune desfaceslatérales. soubassement à Le plein,de 3m,30de haut, sarrête en A. En B, est tracée la section horizon- 402 «a.taie du contre-fort au niveau B, et en G la section horizontale auniveau G. D est la claire-voie vitrée extérieurement de la galerie G ;F, la claire-voie libre portant le plafond H servant de passageau niveaude lappui des grandes fenêtres supérieures; E, les meneaux de ces fe-nêtres vitrées. Les archivoltes des fenêtres, dont larrachement est en I,servent de formerets aux grandes voûtes. Le chéneau supérieur K est
  • 187. [ DÉVELOPPEMENTS ] - 1HÔ- [ CONSTRUCTION ] 103porté, intérieurement par le remplissage posé sur les archivoltes I, iv. - 24
  • 188. [ CONSTRUCTION 1 - 186- [ DÉVELOPPEMEN ]extérieurement un arc L et tout un système par dajoursdont nousdon-nerons le détail tout à lheure. Les claires-voiesD et F sont en partieposées feuillure,de sortequecesclaires-voies indépendantes en sontdes contre-forts et sont de véritables châssis de pierre compris entreles contre-forts. Disons un mot des matériaux qui entrent danscette construction, carleur qualité est en partie la cause systèmeadopté.ATroyes même, dumi ne peut se procurerde la pierre de taille : lesenvironsne fournis- sentque de la craie, bonne tout au plus pour faire des remplissagesde voûtes. Larchitecte de Saint-Urbain a dû faire venir de la pierre deTonnerre pour les piècesdappareil, et, atin déconomiserces matériauxtransportés à grandsfrais, il sest servi, autant quil a pu, dune certainepierre dite de Bourgogneque lon trouve à quelques lieues de Troevet qui nest quun calcaire grossier assezferme, mais bas de banc etse taillant mal. Cest avecces derniers matériaux quils élevé la partiemassivedes contre-forts, en revêtant leur faceexterne M de grandespla-quettes de pierre de Tonnerre posées en délit et finement taillées.Cestaussi avecla pierre de Tonnerre quil a fait les piles intérieures, lesclaires-voies,les arcs, les chéneaux et toutes les parties délicates de laconstruction : or, la qualité de Tonnerre employéeici est un banc IH-Uépais,très-résistant, très-ferme, très-compacteet pouvant être posé endélit sans danger. Par le fait, cette construction est une bâtisse en moel-lon smillé, solide mais grossier, habillée dune pierre fine très-belle,employée avecla plus stricte économie,comme on le ferait du marbreaujourdhui. La légèreté des claires-voies,des meneaux,dépasse tout ceque nous connaissonsen ce genre,et cependant lesmatériaux employésont été si bien choisis, lélasticité de cette construction est si complète,que très-peu de morceaux se sont brisés. Dailleurs la structure étantparfaitement solide et bien pondérée, les détériorations survenant auxclaires-voieset fenêtresnont nulle importance, celles-ci pouvantêtre fa-cilement remplacées,comme de véritables châssis,sanstoucher au grosSuvre. Lanatomie de cette construction doit être examinée avecle plusgrand soin. Nous allons essayerden faire toucher du doigt les détails. Prenonsdonc dabord toute la partie du contre-fort compriseentreH et 0, cest-à-dire le plafond de la galerie et son linteau reliant la pileintérieure au contre-fort, lenchâssement des claires-voies et lécoule-ment deseauxsur cepoint. En A (fig. 104;,on voit la coupeprise danslaxe du contre-fort et de la pile. B est la gargouillerejetant à lexté-rieur les eaux recueillies sur le passageG, cest-à-dire non-seulementla pluie tombantverticalementsur ce dallage,ce qui est peude chose,mais celle fouettant contre les vitraux ; G est le caniveau de recouvre-ment faisantparpaing,cest-à-dire prenanttoutelépaisseur contre- dufort ; D, la consolesoulageant linteau E, lequel sert de caniveauet lerelie la pile intérieure H au contre-fort ; F, lassise de recouvrementde la galerieportantchéneau I, les deuxjouesportant parements ;
  • 189. [ DÉVELOPPEMENTS ] - 187 - [ CONSTRUCTION ]extérieurs et maintenant le linteau-caniveauE, ainsi que lindique ledétail perspectif K en I. Dans ce détail, le morceau E est le linteau-caniveau G,le secondcaniveau, B la gargouille.Le grand détailL ; etmontre en place les deux morceaux I en I", le caniveauG en G", etle morceau de recouvrement F en F" avec le linteau E en E". Tout cetappareil est fait avec le plus grand soin, les pierres bien taillées et bienposées; aussi ne voit-on aucune rupture. Observonsque le caniveau-linteau E (détail A) est laissélibre danssaportée de R en S souslesmorceauxI ; cest-à-direque le lit RS est épais,jointoyé, seulement
  • 190. f CONSTRUCTION ] - 188- [ DÉVELOPPEMENT ]après les que tassementsla construction produitleureffet, de ont afindéviter toute chancede rupture. Onvoit en M (détail L) les feuilluresdestinées à recevoir les claires-voies vitrées extérieures de la galerie,et en N celle-, destinées à recevoir la claire-voie intérieure supportantla piècede recouvrement les meneaux fenêtres. et des Comment desclaires-voiesaussi mincespeuvent-elles être maintenues toutesdeuxdansdes plansverticaux?Celleintérieure na que0",21dépaisseur, etcelle extérieure Om,22, compris toutes saillies.Leur rigidité est obte-nueparle moyenle plussimple,en cequelarcaturedechacune delles,compriseentre lesfeuillures dont nousvenons déparier, est dun seulmorceau.Chaqueclaire-voienest donc composée que de trois mor-ceaux : deux pieds-droits et une dalle de champ percée dajours. Il nefautpasoublier cequeiioii^avonsdit plus hautdesmatériauxemployésdans la construction de léglise Saint-Urbain. Larchitecte avait faitsa bâtisse résistante de pierre commune, sorte de moellon piqué, ettout ce qui nétait quaccessoire, décoration, chéneaux, cla-ires-voies,de pierres de Tonnerre bassesde banc, très-fermes, mais de grandesdimensions en longueur et largeur. Ces pierres de Tonnerre ne sontréellement que des dalles dont lépaisseur varie de Om,20à Om,30,dune excellente qualité. Lédifice ne se compose que de contre-fortsentre lesquels sont poséesdes dalles de champ ajourées. Ce singu-lier système de construction est appliqué partout avec cette logiquerigoureuse qui caractérise larchitecture de la fin du xmesiècle . Prenons donc la claire-voie extérieure de la galerie du chSur deSaint-Urbain, et examinons comment elle est taillée, posée,et commentelle se maintient dans son plan vertical. Nous la traçons ici (fig. 105),en plan A, en élévation extérieure B, et en coupe G. La pierre de re-couvrement D, rendant ces deux arcatures solidaires, formant chéneauet appui des fenêtre-,hautes, est faite dune ou de deux pièces venantsejoindre aux morceaux pris sous les piliers intérieurs et tracés en F"dans le détail Lde la figure 104. Pour donner plus de poids et de rigi-dité à la grande dalle ajourée formant larcature extérieure vitrée(fig. 105),et dont la coupe est tracée en E, cette dalle porte une balus-trade G faisant corps avecelle, prise dans le même morceau, de sorteque le chéneauD, formant plafond de la galerie, est porté sur une saillieréservée lintérieur, le long de larcatureextérieure,tandis quele lit àinférieur de ce plafond vient mordre larcature intérieure, égalementcomposée dune grande dalle de champ ajourée et maintenue, à sesextrémitésparles feuilluresN de notre détail L de la figure 104.Il faut » Commentse fait-il que nous qui possédonsaujourdhui la fonte de fer, ou bienencore pouvons qui nousprocurerdespierres de taille dune qualité excellente en ettrès-grandsmorceaux, nousnavons pas songéà mettre en pratiquela méthode siheureusement appliquée la construction léglise à de Saint-Urbaia? Quelles ressourcesnetrouverait-on danslétudeet lemploide ce système vrai, si simple, qui con- pas si etviendrait bienà beaucoup nosédifier-;, lesquels demande grands si de d.m> on de jours,de la légèreté, quil nousfaut élevertrès-rapidement. et
  • 191. [ DÉVELOPPEMENTS] - 189 - [ CONSTRUCTION]dire que, pour produire un effet plus piquant, larchitecte a donnéàlarcature ajourée intérieure un dessinplus délicat, une autre formequà larcatureextérieure.Cesdeux claires-voiesproduisent ainsi laplus brillante découpure,desjeux surprenantsqui se détachentsurun fond de vitraux colorés1. 1 Cettedécoration clôt le sanctuaire Saint-Urbain fut probablement qui de ne pasadmiréede tout le inondeà Troyes car, il y a quelques . années,un curé eut lidée de lamasquerpar une énorme décorationde sii|uu ri ,lc i ,ulnii-|,ierre peinte en blanc. Rien
  • 192. f CONSTRUCTION 1 - 190- [ DÉVELOPPEMEN ] Voyons maintenant partie la supérieure laconstruction chSur de dude Saint-Urbain, car cest là que larchitecte a déployé une sagacitére-marquable. nous Si recourons figure103, observerons les àla nous quefenêtreshautessont posées laplomb du bahut du combleen I, que àleurs archivoltes servent en même temps de formerets et darcs de dé-charge pourporterlacharpente; le chéneauK que posepartiesurunesaillie réservée au-dessus de cette archivolte et sur une claire-voie Létablie iiOm,:i<i «-avironen avant de la fenêtre. Voici (fig.lOGien A la faceextérieure de cette claire-voie ; en B, la coupe faite suivant CDEF.Surcette coupe,on trouve en G la coupede la fenêtre, son archivolte-for-meret en H et la voûte en I. La claire-voie portant le chéneauK secom-posedunarc renforcédungableremplissant fonctions liensde les decharpente.Des cercles L ajourés contribuent à soutenir le chéneaudans la longueur de sa portée de E en M. Ce chéneau,à chaque travée,est seulement fait de deux morceaux de pierre se joignant au pointculminant des pentes en N ; chacun de ces morceaux est taillé ainsiquil est indiqué en 0, la portéesur la claire-voieayantlieu de E enM, et la partie P étant évidée et ne portant plus larmier pour laisserpasserle sommetdu gable.Lappareilde ce gableet des cerclesàjourest fidèlement tracé sur notre figure. Le fleuron, sa souche pénétrantdans la balustrade et la pointe des gablessont pris dansun seul mor-ceaude pierre, afin dajouter un poids nécessaireà lextrémité de lap-pareil. Mais, pour éviter toute chancede déversement de ce gable endehors, les deux morceaux de balustrade R ne sont pas posés suivantune ligne droite, mais forment un angje légèrement obtus, ainsi quelindique le plan S ; T étant la souche du fleuron sommet du gable,et HIV étant les deux morceaux de balustrade taillés chacun dans uneseule dalle: ainsi le sommet T du gable ne peut se déverser en dehors,contre-buté quil est par les deux dalles à jour RR qui sappuient surles sommets des contre-forts percés de gargouilles pour lécoulementdes eaux, ainsi quon le voit en V. Cest plutôt là une combinaison decharpente quune construction de maçonnerie; mais noublions pasquela qualité de la pierre employée à Saint-Urbain se prête à une pareillestructure, et que, grâce à ces artifices, larchitecte est arrivé à éleverun monumentdunelégèretéextraordinaire,qui ne secomposeréelle-ment que dune maçonnerie de moellon et de dalles de champ ajou-nestplus ridiculequecetéchataurtage cartonqui étalesamisèreprétentieuse de devantunedespluscharmantes conceptions lart du xm*siècleà sondéclin.La barbarie de quidévaste est certes plus dangereuse que la barbarie des auteurs du maître autel de Saint-Urbain, mais, cependant, diraient amisdesartsen Europe, voyaient que les sils éleverunefaçade plâtresculpté de devantla façadeoccidentale la cour du Louvre,sous de leprétexte lembellir? deprogrès avons faireencore de Que nous à pourne plusmériterlépithète barbares nousdonnons volontiers destemps certes neseserait de que si à où onjamais permis masquer Suvre de une exécutée intelligence, soinet talent, avec avec der-rière unesuperfétation inutile,grossière la matifr? et le travail,sansforme,sans pargoût, produit de lignorancemêléeà la plus ridicule vanité.
  • 193. I DÉVELOPPEMENTS - lJl - [ CONSTRUCTION j 106rees. arcs-boutants butent grandes Les qui les voûtes cetteéglise de
  • 194. [ CONSTRUCTION ] - 192 - [ DÉVELOPPEMENTS ]au-dessus chapelles des sont construitsconformément ce système à declaires-voies de grandsmorceauxde pierre posésen guisedétais et(voy. ARC-BOUTANT, 66). tig. LaiThitecte de léglise Saint-Urbain (sa donnée acceptée) a ététiilrle à son principe danstoutes les partiesde sa construction.Il acompris que dansun édificeaussiléger, bâti avecdu moellon et desdalles, il fallait laisser a ces claires-voies une grande liberté pour évi-ter des ruptures ; aussina-t-il engagécesdalles que dans desfeuilluresqui permettentà la maçonnerie tassersansbriser les délicatesclô- detures ajouréesqui remplacent les murs. Onvoit, en examinant lafig. 106,que les chéneaux sont libres, réduits presque au rôle de gouttières,et quen supposant même une brisure,les infiltrations ne peuvent cau-ser aucun préjudice à la maçonnerie, puisque ces chéneaux sont sus-pendus sur le vide au dehors, au moyen de ces tympans de gables ajou-rés. Il fallait être hardi pour concevoir une structure de ce genre ; ilfallait être habile et soigneux pour lexécuter, tout calculer, tout pré-voir et ne rien laisser au hasard : aussi cette construction, malgré sonexcessive légèreté, malgré labandon et des réparations inintelligentes,est-elle encore solide après six cents ans de durée. Larchitecte nademandéaux carrières de Tonnerre que des dalles, ou tout au plus desbancs de 00>,30 dépaisseur, dune grande dimension il est vrai, maisdun poids assezfaible : il évitait ainsi la dépense la plus forte à cetteépoque, celle du transport. Quant àla main-dSuvre, elle est considé-rable ; mais ce nétait pas alors ce qui coûtait le plus. Léglise Saint-Urbain se présente souvent dans le cours de cet ouvrage, car elle estcertainement la dernière limite à laquelle la construction de pierrepuisse atteindre, et, comme composition architectonique,cest un chef-dSuvre (oy. ABC-BOVTANT, BALUSTRADE, CROIX,FENÊTRE, GARGOUILLE,PORCHE, PORTE, TRANSSEPT, VITRAIL). Il nous faut revenir quelque peu sur nos pas. Dans lIle-de-France,ainsi que nous lavons déjà fait observer, nous ne saurions signaler leshardiesses des Bourguignons du commencement du xmesiècle et desChampenois la fin de cesiècle,lorsqueceux-ci purent employerde degrandsmatériaux,durs, serrésde grain et résistantscommela pierrede Tonnerre.Lesconstructeurs lIle-de-Francenefont guère de ces declaires-voiesprises dans une seule pierre, de cescloisons ajourées ; ilsmaintiennent la stabilité de leurs édifices moins par des surfaces oudesquilles rigides quepar des poidsaccumulés les pointsqui leur surparaissent ne pas présenterune assiette suffisante. Nous trouvons unepreuve remarquable de ce fait, dès le milieu du xme siècle, dans lesgrandes constructions. Nous avonsvu que les architectes gothiques étaient arrivés, dans lesédifices voûtés,à considérerlesformeretscomme arcsde décharge deset à vider complètement la construction sous ces formerets, à ne con-servepque contre-forts.Ils supprimaient murscomme des les étantuneaccumulation inutilede matériauxentreces contreforts, puisque ceux-ci
  • 195. [ DÉVELOPPEMENTS ] 193 - [ CONSTRUCTION ]devaient recevoir et supporter toutes les charges; mais ces formerets,nétant pas chargésà la clef, pouvaient dévier du plan vertical, par suitede la pression et de la pousséedes rangsde moellons des nufes quilsrecevaient. Remarquons (fig. 107) que le formeret ABC, au sommet deses deux branches darc, à la clef B, là où cet arc en tiers-point pré-sentele plus de flexibilité, reçoit précisémentles derniers rangs demoellonsBDde remplissage, lesquelsont une légère action de pousséede D en B, par suite de leur courbure. Il pouvait se faire que le som-met B sécartât du plan vertical, si lon ne parvenait à le rendre immo-bile. Éleverun mur sur ce formeret ABCne pouvait consolidercet arcque faiblement, puisque ces deux triangles de maçonnerie AEB, CFB,chargeaientbeaucoup plus les reins de cet arc que saclef B. Le moyenle plus sûr était de charger cette clef B. Les constructeurs arrivèrentdonc, vers le milieu du xme siècle, à élever, a lextérieur, sur les forme-rets des voûtes, faisant encadrement de baies, des gables HKi en ma»;<in-nerie, et rendirent ainsi, par ladjonction de cette charge BG, les som-mets des formerets immobiles, ou du moins assezslable> pour résisterà la pousséedes clefs des remplissagesdes voûtes BD.Un des premiersessaisde ce systèmese voit à la sainte Chapelle du Palais, à Paris. Ob-servonsque les architectes champenois, qui avaient adopté des forme-rets dune résistance très-puissante à cause de leur grande épaisseur,puisquils étaient de véritables berceaux en tiers-point, recevant lesremplissages voûtes..., que les architectes bourguignons, qui iso- deslaient leurs formerets des clôtures extérieures, en laissant entre eux etcesclôtures un espaceassezlarge étrésillonné par les assisesde cou-ronnement, navaient pas besoin de recourir à lartifice expliqué par lafigure 107.Aussi nest-ceguère que dans lIle-de-France, le Beauvoisisetla Picardie que nous voyons, vers 1240,adopter ce moyen de donner de iv. - 25
  • 196. [ CONSTRUCTION ] - 194 - [ DÉVELOPPEMENTS ]la stabilité aux lormerets Cest ainsi que des différences dans le carac-tère de larfliilci luif des diverses provinces de France, au xmc siècle,£p trouvent presquetoujours expliquées par une nécessitéde la con-struction Si lon vont serendre comptede lutilité de cesgables,re-gardes généralement comme un motif de décoration, il faut examinerla figure 108. Maislarchitectureest un art impérieux: dèsquevousmodifiezun desesmembre^, quevousajoutezquelquechoseà lordonnance, des vousvovex difficultés détailsaccumuler. premierchangement les de Un du
  • 197. [ DÉVELOPPEMENTS ] - lOo - [ CONSTRUCTION Jsystème, que vous supposez important tout dabord, en exige un peusecond,puis un troisième,puis une foule dautres.Alors, ou il faut ré-trograder,ou devenirlesclave exigences vousavezprovoquées des quepar une première tentativeou une première concessionOn se débatcontre cesdifficultés successives semblent naître à mesure quon les quisurmonte. Dans les temps où la paresse desprit est regardée commeune vertu, on traite ces tentatives périlleuses de tendances perverses,doubli des sainesdoctrines. Mais les architectes du moyen âge, et sur-tout de lépoque dont nous nous occupons en ce moment, nauraientjamais cru quun pas en arrière ou un repentir fût un progrès : ils sen-taient quils étaient entraînés par leurs propres principes, et ils résol-vaient avec courage chacunedes difficultés nouvelles quils soulevaientsans repos Surmonter les formerets de triangles de pierre pour charger leurs clefs, ce nest, au premier abord, quun peu plus de pierre et un peu plus de main-dSuvre. Mais il faut des chéneaux sur les formerets, des balustradessur ces chéneaux; il faut que ces chéneauxposent sur lesformerets et non sur les remplissagesdes voûtes; il faut que les pentesde cesgables rejettent elles-mêmesles eaux quelque part ; il faut ornerces lignes rigides; il faut que ce nouveau membre ajouté à larchitec-ture trouve saplace sansempiéter sur celle des autres membres indis-pensables.Notre figure 108 explique comment les constructeurs dumilieu du xme siècle surent concilier à la fois les exigencespurementmatérielles et celles de lart. Leur formeret A (voy. la coupei, bandé etdoublé souvent dune archivolte B ayant lépaisseur des moellons deremplissagede la voûte, ils posèrent, sur les deux tiers environ de lalargeur de cesarcs, le gable plein G,en ménageantune entaille peu pro-fonde à sabasepour incruster le cbéneau D posé sur le dernier tiersde la largeur des arcs. Le gable dégagé,ce chéneauportait le larmier derecouvrementde la corniche, ainsi quon le voit en E, et recevait la balus-trade, suivant lusage,dans une rainure. Deux pierresF, portant cuvetteset gargouilles, étaient disposéesà la base du gable pour recueillir leseaux tombant sur les tablettes de recouvrement de ces gables. Cestablettes, prises dans de longs morceaux, pour éviter les joints, étaienttaillées suivant le tracé G, au-dessous de la corniche, sincrustaient dansles tympans et étaient munies, derrière les crochets posésen feuillure,dunepetite rigoleI, propre à recueillir les eauxet à les conduiredansles cuvettes des gargouilles. Au-dessus de la corniche, ces tablettesétaient alors taillées conformément au tracé H, rejetant les eaux devantet derrière. Un chapeauK, pris dans un seul morceau de pierre, main-tenait lextrémité des deux tablettes inclinées ainsi que les branchesde crochets. balustrade seposaiten arrière, affleurantle nu pos- La Ltérieur du gable, afin de laisser passerles rangs de crochetsM rap-portés dans des .rainures par injustement. Plus tard on évida entiè-rement ces gables, qui parurent trop lourds comme aspect,au-dessusdes meneaux si légers des fenêtres Cet exemple fait comprendre com-
  • 198. [ CONSTRUCTION | - 196 - [ DÉVELOPPEMENTS "|bien chaquenouveau membreajouté à larchitecture gothiqueentraî-nait une série de détails, détudes et de combinaisons. On nous dirapeut-être quece sont là des effortsbien grands pour les motifs qui lesp invoquent: la critique serajuste, maiselle frappebeaucoup plus haut.Dans lordre naturel, combien ne voyons-nous pas de combinaisonscompliquées, détails,deHorts de longset puissants,pour produire enapparence minces résultats?Ce nest pas nous qui avonscréé le demonde, qui avons présidé à son ordonnance ; et si les choses y sontbien arrangées,il faut reconnaître que cet arrangement nest rien moinsquesimple.Les architectesdu moyenâgeadmettrontune critique quipourrait sadresserau grand ordonnateur de lunivers. Cesarchitectesont eu, comme leurs prédécesseurs, la matière inerte à leur disposi-tion ; ils ont dû se soumettre aux lois de lattraction, de la résistance,tenir compte du vent et de la pluie. En présence de la matière inerteet de laction des forces naturelles, ils ont cru que léquilibre était laloi vraie de la construction : peut-être se sont-ils trompés; mais onavoueradu moins quils se sont trompés en gensde génie, et il y a tou-jours quelque chosede bon à prendre chez les hommes de génie,mêmequand ils se trompent. Dailleurs, il faut bien reconnaître que pluslhomme cherche, plus il combine et complique les choses, plus tôt ilarrive à constater linfirmité de son jugement. Voici des rationalistes(quon me passele mot), des artistes qui suivent un principe vrai, à toutprendre, en se conformant aux règles les plus rigoureuses de la lo-gique ; qui prennent, pour bâtir, de la pierre de taille, cest-à-dire unematière qui est formée de manière à être employée par superposition,par assises,en un mot : par conséquent, les lignes principales de leursconstructions doivent donc être horizontales. Point; après un demi-sièclede recherches,de combinaisons toutes plus ingénieuses les unesque les autres, ils arrivent, au contraire, à faire dominer dans leursédifices la ligne verticale sur la ligne horizontale, et cela sans cesserun seul instant de suivre les conséquencesdu principe vrai quils ontposé. Bien des causes les conduisent à ce résultat. Nous en avons si-gnalé quelques-unes,comme, par exemple, lutilité des pierres poséesdebout pour roidir les constructions, la nécessitéde charger les pointsdappui sollicitésà sortir de la verticale par les poussées obliques.Ilen estunedernièrequi a sonimportance. Danslesvilles du moyenâge,le terrain était rare Toute ville, par suite du système féodal, était for-tifiée, et lon ne pouvait reculer les fortifications dune cité tous les dixans.11fallait donc renfermer les monuments dans des espacesétroits,noccuper que le moinsde surfacepossible. si vous bâtissez Or, daprèsun principe qui fait que toutes les actions de votre construction soientobliques,et si vous ne pouvezvous étendre,il faut bien suppléerpardes pesanteurs verticalesà lespacequi vousmanqueen surface.Uneloi imposée dabord par la nécessité et que lon subit comme telle, de-ient bientôt une habitudeet un besoin,si bien que, lors mêmequonpourrait sen affranchir,on sy soumet; elle plaît, elle est entréedans
  • 199. f riKVKLUIll ILNTS] - IÎIT - [ C.ONSIKM/I ] IU.Nlesnueurs.Dèsque les architectesdu moyenâgeont compris que lastruclure de leurs édifices voûtés les amenait a multiplier.les rhar-e-,verticales pour résistera toute pression oblique, ils ont franchementpris leur parti, et commeil faut nécessairement dansun édifice, que,la ligne horizontale lemporte sur la ligne verticale, mi celle-ci sur laligne hori/oulale, ii inoins de se résoudre à faire de véritables échi-quiers, ils sont arrjvés à supprimer presque complètement la ligne ho-rixontale, ne conseivant plus celle-ci que comme arasement détages,pour indiquer un repos intérieur, un sol. Dailleurs, toujours de plus enplus conséquentsavec leurs principes, les maîtres desSuvres, à la lindu xnr siècle, indiquent clairement, à lextérieur des édifices, lordon-nance intérieure, et en cela nous ferions liien de les imiter. Examinonsun bâtiment gothique à lextérieur, nous dirons sil est voûté en pierreou sil es! couvert par une charpente . Sespinacles nous indiquerontle nombre de sespoints dappui intérieurs; ses bandeaux, les arasesau-dessusdes voûtes; la puissance de ses contre-forts, lénergie despoussées,leur direction ; sesfenêtres, le nombredes formerets et destravées; la forme des combles, le périmètre des dherses salles, etc. A Saint-Urbain de Troyes déjà, les divers membres de la construc-tion sont si délicats, ils possèdent chacun une fonction si nette et in-dépendante,que larchitecte les assemble,mais ne les relie pas; il lespose à côté les uns des autres, les maintient ensemble par des embrè-vements, desincrustements, comme de la menuiserie: mais il évite deles liaisonner, carie liaisonnement produit lhomogénéité de toutes lesparties,et cest ce que le constructeur redoute, dans remploi dun sys-tèmeoù toute partie de la construction agit, résiste,possèdeson actionou sa résistancepropre, action et résistance qui ne peuvent être effi-caces quautant quelles sont indépendantes. Au commencement duxne siècle, ce parti pris de laisser à chaque membre de la constructionfrançaise sa fonction propre, et de réunir ces membres en raison de lafonction particulière à chacun deux, est pousséjusquà lexagérationdu principe. Cela est bien sensible dans un monument fort intéressant,élevéde 1320à 1330: nous voulons parler du chSur de léglise Saint-Nazaire de Carcassonne,lune des rares conceptions originales duneépoque pendant laquelle lart de larchitecture tombait déjà dans lap-plication des formules et laissait décote toute tentaiie nouvelle, touteexpression individuelle. Lexamenattentif, lanalyse de ce monument, nous ont révélé un fai! 1 A ce propos,et pour démontrerjusquà quel point les opinions sur larchitecture sontfaussesaujourdhui,nousciteronsce jugementdun hommefort éclairédailleurs,qui, voyantdescontre-forts extérieurs indiqués dans projet,prétendait fairesupprimer lar- un les parchitecte,en donnantpourraison que lesprogrès de la construction devaientfaire renoncerà ces appendicesappliquésaux édificesdans des tempsbarbares,et qui nindiquentautrechose lignorance, que etc Autantdire quenoussommes rmlisés pourêtrevrais, tropet que le mensonge la marquela plus certaine du progrès. est
  • 200. [ CONSTRUCTION ] " 198- [ DÉVELOPPEMENTS ]intéressantaujourdhuipour nous: cest la méthodesimple suivie parlarchitecte et ses>>iihnrdnmiés pour élever une construction fort com-pliquéeen apparence, qui sembleraitdevoir exiger unequantité etfabuleuse dopérai ionset de tracés.En réalité, lesdifficultésdappareilnexistentpas Cetteconstruction nestquun assemblage plans ver- deticaux dont les rabattements-nexigent quun seul tracé chacun. 11fautadmettre, bien entendu, avant toute chose,que larchitecte sait ce quilveut, quil luit son édifice soustous sesaspectsavant de commencerles fondations; quil sest rendu compte des diverses parties de sa con-struction ; quil a fait, avant la taille de la première pierre, le travailque nous faisonssur un édificeque nous mesurons examinons et danssesderniers détails. Larchitecture gothique est exigeante à cepoint, etcest peut-êtrece qui lui attire le plus dennemis.Il est si consolantdedire, lorsqueseprésenteune difficulté sur le tas : « Nousverronscelaau ravalement.<> est si pénible, lorsque tout nest pas prévu davance, IIdentendre, chaque jour, une longue série de questions présentéesparlappareilleurou le conducteur; questionsauxquellesil faut répondreclairement,simplement, hommequi sait ce quil vadire, commesil eneût prévu ce quon aurait à lui demander!Donc,larchitectedu chSurde Saint-Nazaire de Carcassonnea fait non-seulement le plan de sonédifice, non-seulement des élévations et des coupes; mais il sait da-vance le point exact des naissancesdes divers arcs, de leur rencontre,de leur pénétration: il a tracé leurs profils et sait sur quoi ils doiventporter; il connaît les résultats des poussées,leur direction, leur puis-sance ; il a calculé les charges, il a réduit les forces et les résistances àleurs plus justes limites II sait tout cela davance,il faut quil le sachedès la première assiseau-dessusde terre. Saconception étant ainsi en-tière, fixée sur son papier et dans son cerveau, sessubordonnés mar-chent en aveugles. Il dit à lun : « Voici le dessin de la pile A qui serépète deux fois ; voici le dessin du contre-fort G qui se répète dixfois, etc, ; voici le tracé de la fenêtre A qui se répète six fois, celui de lafeiHtreBqui serépète sept fois; voici une branche darc ogive avecsessommiers, darc-doubleau avec ses sommiers, etc. » Ceci dit, larchi-tecte peut sen aller et laisser tailler toutes les assiseset morceaux dechacun de ces membres. Les tailles finies, survient un maître poseur,qui, sans erreur possible, fait monter et assembler toutes ces diversespièces prenant forcément leur place chacune, comme les pièces dunemachinebien conçue.Cette façonde procéderexplique comment,àcetteépoque(à la fin du xmesiècleet au xive),desarchitectes françaisfaisaientexécuterdes monumentsdans des contréesoù peut-être ilsnavaientjamais mis les pieds; commenton demandaitdEspagne, dumidi de la France,de Hongrie, deBohême, projetsde monuments desà cesarchitectes, commentcesmonuments et pouvaient séleveret rap-pelerexactement, dansquelques sauf détailsde profils et de sculpture,les édifices bâtis entre la Sommeet la Loire. Le chSur de légliseSaint-Nazairede Carcassonnefut probablement érigé ainsi, à laide de
  • 201. [ DÉVELOPPEMENTS | - 199 - [ CONSTRUCTION Jtracésfournis par un architecte du Nord qui peut-être ne séjourna guèredans cette ville; ce qui nous le ferait croire, cest quévidemment lar-chitecte a évité toute difficulté exigeant une décision sur place, cesdif-ficultésquon ne résout pas par un dessin,mais par des explicationsdonnées aux appareilleurs et aux ouvriers même sur le chantier, en sui-vant de lSil leur travail, en prenant au besoin le trousquin,la règle,léquerre, et se couchant sur lépure. Larchitecte, par exemple,a pres-que entièrement,dans les voûtes de cet édifice,renoncé aux sommiers 109 /communsà plusieurs arcs; il a donné la courbe de chacun de ces arcs,leurs profils; on les a taillés chacun sans avoir à soccuper de larc voi-sin, et le maître poseur est venu arranger tout cela comme un jeu depatience, Mais pour faire apprécier la singulière méthode de construc-tion employée dans le chSur de léglise Saint-Nazairede Carcassonne,il est utile de donner dabord la moitié du plan de ce chSur avec sontranssept (fig. 109).Nous voyons dans ce plan lu projection horizontaledes voûtes ; elles ont toutes leurs clefs au même niveau ou peu sen faut,bien que leurs dimensions et leurs formes soient dissemblables; néces-sairement les naissances de ces voûtes se trouvent «les lors à des ni-veauxtrès-différents.Il faut voir encore la coupe générale de cette con-struction sur AB Larchitecte avait pensé fermer les voûtes G (fig. MU)
  • 202. - 200 - [ DÉVELOPPEMENTS ]à un niveau inférieur aux grandes voûtes du sanctuaire et du trans-
  • 203. [ DÉVELOPPEMENTS ] - 201 [ CONSTRUCTION ~|sept ; la construction avait même été élevéeainsi jusquau-dessousdesnaissancesde ces bassesvoûtes, ainsi que le font voir les lignes ponc-tuéesDE; maislarchitectea dû céderau désir deproduireplus deffeten relevant les clefs de toutes les voûtes au même niveau. Peut-êtreune exigencedu clergé fit-elle adopter ce dernier parti ; ce qui est cer-tain, cest que les naissancesbasses,indiquées ponctuées, furent cou-péesau nu despiles, ainsi quil est facile de le reconnaître, et que cesnaissances furent relevées, comme lindique notre tracé, afin davoirsur tout le pourtour de lédifice des fenêtres égales en hauteur. La fi-gure 111 présente la coupe sur la ligne GH du plan. Remarquons toutde suite que, pour empêcher le rondissement des piles si grêles solli-citées par des pousséesinégales, produites par lexhaussement desvoûtes secondaires,larchitecte a posé desétrésillons de fer I de Om,05carrés, visibles dans nos deux coupes; que la pierre employée est ungrès dur très-résistant et qui pmnrllait de poser les voûtes sur despoints dappui grêles. Examinons maintenant avec soin les détails decette construction ; prenons la tête de la pile K (du plan) au point oùcette pile reçoit un grand arc-doubleau intermédiaire du sanctuaire,deux archivoltes, un arc-doubleau de chapelle et deux branches darcsogives. La section horizontale de cette pile (fîg. 112) est tracée en A. DeB en G,nous voyonsquatre assises sommiers qui reçoivent le grand dearc-doubleau.A partir de la coupeG, normale à la courbe de larc-dou-bleau E, les claveaux de cet arc sont indépendants ; la pile sélève der-rière le remplissageF de cet arc sans liaisons avec lui, jusquau chapi-teau de formeret G. La saillie de ce chapiteau forme liaison avec le rem-plissage,puis la pile sélève encore indépendantejusquà sarencontreavec le formeret H. Au-dessus du chapiteau G, le remplissage monteverticalement de I en K. Il est évidé dun trèfle L, qui décore la nuditéde cetriangle recevantles voûtains en moellons taillés. Les deux barresde fer M servent détrésillons entre cette pile et la suivante ; elles main-tiennent la poussée de larc-doubleau E. Prenons la pile suivante L du plan, celle de langle rentrant, qui setrouve prise entre trois meneaux,qui reçoit un gros arc-doubleau, deuxgrandesbranchesdarcs ogivesdes voûtes principales, et une troisièmebranchedarc ogive de chapelle (fig. 113).On voit encoreici que le tracéde chacunede ces parties aété fait indépendammentdes autres, et quelappareil ne présente que le moins de liaisons possible pour éviter lesépurestrop compliquées. Cette indépendance des divers membres desvoûtes venant retomber sur les piles laisse une grande élasticité à laconstruction, élasticité nécessaire dans un monument aussi léger, très-élèveet chargé fort inégalement. On peut constater en effet, dans lechSur de léglise Saint-Nazaire, des torsions, des mouvements con-sidérables, sans que pour cela la bâtisse ait rien perdu de sa solidité.Encoreune fois, cene sont pas là des exemplesà suivre, mais fort utilesà connaître, à cause des moyens simples et pratiques mis en Suvre. rv. - 26
  • 204. [ CONSTRUCTJO^ ] - 202- [ DÉVELOPPEMEN j Voyuns le cùté extérieur de cette même pile (fig. 114).
  • 205. [ DÉVELOPPEMENTS ] - 203 - [ CONSTRUCTIO112 Nous sommes dans placés langle lachapelle,point duplan de au V ;
  • 206. [ CONSTRUCTION ] - 2(>t- | DÉVELOPPEMENT ]nous supposons partie supérieuredes meneaux la grandetpm-lre la dede cette chapelle enlevée. On voit en A la barre de fer qui maintient lat*-tedescolonnettesde meneaux qui sert en mêmetempsde chaî- ces etnage à la naissance des arcs (voy. MENEAU); B, la rainure réservée en 1L3pour poser la partie cintrée ajourée des meneaux ; en G, les sommiersdu formeretqui enveloppe châssis pierre découpéeen E, la bran- le de ;che darc ogive de la voûte de la chapelle dont les deux assisesde som-miers seconfondentaveccellesde larc formeret. A partir du lit D, les i Cetteopérationayantété faite sousnos yeux, nous avonspu reconnaîtretrès-exacte-ment et reproduireici cette construction.
  • 207. DÉVELOPPEMENTS - 203- ] [ CONSTRUCTION ]claveauxde cet arc ogive sont indépendants. En G, larchivolte entou-
  • 208. [ CONSTFUT.TIf» 1 - 206 - [ DÊVELOrPKMEN 1rant ladécoupure cintrée ajourée la premièrefenêtredu sanc- et detuaire d ii-nant lit-il du formeret de voûte à lintérieur ; en F, larchi-volte-fornientdesmeneaux non vitrés séparant chapelledu chSur. laIci on observera cet arc F est moulurédansla partie cachée lu que parmaçonnerie langlerentrantderrièrelarc ogiveE : ce qui prouvede dela manièrela plus évidente chaque que membre la constructiona été detrace et taillé séparémentsur le chantier daprès des épures partielles,et que cesdiversesparties ainsi préparéespar lappareilleur ont étémises en place par le poseur,qui seul connaissaitchacunede leursfonctions et leurs rapports danslensemble de la bâtisse. Le maçon estvenu remplir les intervalles restant entre ces membressenchevêtrant,sepénétrant, tout en restantlibres. Nousavonstracé en K la projec-tion horizontale de cet angle rentrant avec la pénétration des deuxarchivoltes-formerets G. Une pareille construction ne se compose que de piles recevant des nerfs élastiques, mais résistants, portant les remplissages des voûtes,ou maintenant des châssisde pierre dans de larges feuillures ; elle nousfait connaître que le maître de lSuvre ne pouvait rien abandonner au hasard,rien ajourner ; quil devait tout prévoir dès la première assise,classer sesépures avec méthode, et quil nétait besoin, la pierre étanttaillée sur cesépureset les morceaux prêts, que de donner sesinstruc-tions à un poseur habile qui venait prendre successivementtoutes lesparties de lédifice et les mettre en place dans leur ordre, comme legâcheur du charpentier prend une à une les pièces dune charpentetaillée à lavance sur laire, pour les mettre au levage. Aujourdhui onprocède autrement : on accumule des blocs de pierre, sans trop savoirsouvent quelle sera la forme définitive quils prendront, et lon taille àmême ces blocs les pénétrations des sommiers, les moulures, commeon pourrait le faire dans une massehomogène, sans trop se soucierdes lits, des joints, qui ne coïncident pas avec les formes données.Est-ce mieux? Est-ce le moyen dobtenir une construction plus solide ?Il est permis den douter. On peut affirmer toutefois que cest moinsraisonnable, moins habile, moins intelligent et plus coûteux. Il nest pasde constructionreligieuse du moyenâgeplus avancéeque celle des églises Saint-Urbain de Troyes et Saint - Nazaire deCarcassonne dans la voie ouverte par les architectes du xmesiècle. Onne pouvait, en effet,aller au delà sans substituer le métal à la pierre.Soitqueles architectes duxiv8siècleaient étéarrêtéspar cette impos-sibilité,soit quede fâcheux essais leur aientdémontré quils dépas-saientdéjà les limites imposées la matière, toujours est-il quune parréaction eut lieuvers 1330,et que les constructeurs abandonnèrent cesméthodes hardiespour revenirà un système trop plus sage; mais cetteréaction eut pour effet de détruire loriginalité : on en vint aux for-mules.A cetteépoque,nousvoyons architectes les laisserdecôté, danslesSuvres vives leurs bâtisses, de lassemblage simultané pierres des
  • 209. [" DÉVELOPPEMENTS ] - 207 - [ CONSTRUCTION ]sur leur lit et en délit qui avait fourni aux constructeurs du xni" sièclede si beaux motifs darchitecture ; ils conservent les formes imposéespar ce système, mais ils nen apprécient pas la raison : perdant quel-que chosede lesprit aventureux de leurs devanciers, ils renoncent auxdélits pour les points dappui, comme moyen de rigidité, et reviennentaux constructions élevéespar assises,en réservant les pierres en délitpour les meneaux,les arcatures en placages,cest-à-dire pour les mem-bres de larchitecture qui ne portent pas chargeet ne sont que deschâs-sis ou desdécorations. Cependant,comme pour suivre, au moins quantà lapparence, les conséquences du système de construction admisau xiii0 siècle, ils multiplient les lignes verticales, ils veulent que non-seulement les membres des voûtes, les arcs, aient chacun leur pointdappui, mais encore les moulures dont cesarcs sont ornés. Il résultedès lors, entre la forme donnée aux piles, par exemple, et la construc-tion de cespiles, la contradiction la plus évidente. Par le fait, les con-structeurs du xiv° siècle reviennent à des formes plus lourdes, bienquils sefforcent de dissimuler cette réaction sous une apparencedelégèreté, en multipliant les membres déliés de larchitecture. Gommepraticiens, ils sont fort habiles, fort prudents, pleins dexpérience etadroits ; mais ils manquent complètement dinvention : ils nont plusde ces hardiesses qui dénotent le génie ; ils sont plus sages que leursprédécesseursdu xme siècle, mais ils ont les défauts qui accompa-gnentsouventla sagesseleurs méthodessûres,leurs formules sont em- :preintes, malgré tous leurs efforts, dune monotonie talitante. Lexemple le plus frappant et lun des plus complets de la construc-tion religieuse du xrv0siècle est la cathédrale de Narbonne, dont lechSur seul fut bâti de 1340 à 1370. Cest lSuvre dun maître consommédans son art, mais dépourvu de cette imagination, de ces ressourcesinattendues qui charment dans les constructions du xmesiècle et quise prêtent aux conceptions les plus variées.Ce qui donne le degré dha-bileté pratique à laquelle les architectes du xive siècle étaient arrives,ce sont cesreprises en sous-Suvre, cesreconstructions partielles faitesdansdes édificesplus anciens.A cette époque, les matériaux employéssont toujours de la première qualité, le trait savant,lappareil excellent,la taille exécutéeavecun soin remarquable. Dailleurs le systèmegéné-ral de la construction se modifie très-peu, il est appliqué avec plus desûreté et avecune parfaite connaissancedes forces passiveset actives,des pesanteurs et des poussées.Les arcs-boutants, par exemple, sontbien tracés, posés exactement où ils doivent lêtre. Nous en avons unepreuvebien évidente à lacathédrale de Paris. Tous les arcs-boutantsdela nef et du chSur furent refaits à cette époque (vers 1330j,et refaits de 1 II faut dire que nous navonspas en France un seul graml nlilirr complet darchi-tecturereligieusedu xivc siècle. Le xin siècle navait pa- l.ii^r i*- ui.nnl--monuments àconstruire ce genre. xiv" sièclene put que terminerd^ édifices en Le déjàcommencés,et neut pas le loisir dachever petit nombrede ceux quil loiida. le
  • 210. [ CONSTRUCTION ] - 208 - [ CIVILE ")façon à franchir les galeries du premier étage et avenir retomber surles groscontre-fortsextérieurs(voy. ARC-BOUTANT, CATHÉDRALE). fig. 59;Ces arcs-boutantsqui ont un rayon très-étendu, et par conséquentunecourbure très-peuprononcée, ont été calculés avecune exacteconnais-sancede la fonction quils avaient à remplir, et lorsquon songequilsont dû tous être refaits dans des conditions nouvelles, appuyant dan-ciennes constructions, on est obligé de reconnaître, chez ces construc-teurs du xive siècle, une grande expérience et une adressepeu com-mune. Nous ne croyons pas quil soit nécessairede nous étendre pluslonguement sur les constructions religieuses du moyen âge, car nousnapprendrions rien de nouveau à nos lecteurs aprèsce que nous avonsdéjà dit. Les articles du />>Vv/<//w/re constatent dailleurs les différencesqui résultent des perfectionnements de détail apportés par les archi-tectes des xive et xvc siècles dans les constructions religieuses. Nousnous occuperons maintenant des constructions civiles et militaires,qui procèdent daprès leurs méthodes particulières, nayant que peude rapports avec les constructions des édifices purement religieux. CONSTRUCTIONS - - Vers les premiers temps du moyen âge, les CIVILES.traditions romaines sétaient perpétuées, sur le sol des Gaules,dans lesconstructions civiles comme dans les constructions militaires; cepen-dant le bois jouait alors un rôle plus important que pendant la périodegallo-romaine. Le systèmede construction gallo-romaine ne diffère pasdu systèmeromain : ce sont les mêmes procédés employés,plus gros-siers quant à lexécution. Pendant la période mérovingienne, on recon-naît remploi très-fréquent du bois, non-seulementpour les couvertures,mais dans les plafonds, les lambris, les portiques, les parois mêmedes habitations. La Germanie et les Gaules produisaient le bois decharpente à profusion, et cette matière étant dun emploi facile, il étaitnécessairede sen servir de préférence à la pierre et à la brique, quiexigent une extraction difficile, des tailles, des transports pénibles ouune cuisson préalable et du temps . Les incendies, qui détruisirent tant de villes et tant de bourgadespendant les ixe, xc et xie siècles, contribuèrent à faire abandonner lebois dansla construction des bâtiments privés comme dans la construc- i Ce nest guère que vers la fin du xnT siècle que les forêts des Gaules commencèrentà perdre en étendue et en qualité, cest-à-dire au moment où lorganisation féodale dé-croit. Pendantle xivesiècle,beaucoup seigneursféodaux de furent obligés daliénerpartiede leurs biens, et les établissements monastiques, les chapitres ou les communes défri-chèrent une notable portion des forêts dont ils étaient devenus possesseurs.Lors desguerres des XIV et xve siècles, les forêts nétant plus soumises, dans beaucoup de loca-lités, au régime conservateur du système féodal, furent cruellement dévastées. Celles quiexistaient sur les montagnes furent ainsi perdues à tout jamais, par suite de lentraîne- ment des terres sur les pentes rapides. Cest ainsi que le midi et tout le centre de la France actuelle se virent dépouillés des futaies qui garnissaient les plateaux, et dont nousconstatons lexistence encore vers la lin du xur siècle.
  • 211. [ crviLE] - 200 - [ r.nxsTrit TIIIN] ition des églises. On nemploya plus ces matériaux «pic pour les plan-chers, les combles et les divisions intérieures des habitations. AuXIIesiècle déjà, nombre de villes présentaient des façadesde maisonsen pierre dappareil ou en moellon, si ce nest cependant sur certainsterritoires dépourvus de carrières, comme en Champagnecl en Picar-die, par exemple. Les établissements monastiques, si riches au xn siècle, donnèrenllexemple des constructions civiles de pierre, cl cel exemple lui suivipar les particuliers II faut dire, a lhonneur des constructeurs de celleépoque, quen adoptant la pierre ou le moellon a la place du buis, ilsprirent très-franchement un mode de construction approprié à cesma-tériaux et ne cherchèrent pas ii reproduire, dans leur emploi, le-s for-mesOUles dispositions qui conviennent au bois de charpente.Toujoursdisposés à conserver à la matière mise en ienre sa fondu n réelleet lapparencequi lui forment, ils nessay èrenl point de dissimuler lanature des matériaux. Les moyens employés étaient dailleurs duneextrême simplicité, et ces artistes qui, dans leurs conslrin-lions reli-gieuses,montraient, des le MI" siècle, une subtilité singulière, une re-cherchede moyens si compliqués, se conlentaienl, pour les bâtimentscivils, des méthodes les plus naturelles et les moins recherchées. |>M-nomes de matériaux, qui coulaient alors, comparativement, plus cherquaujourdhui, leurs habilitions sont, pendant les MI cl xm siècles,réduites au nécessaire, sans prétendre paraître plus ou autre chosequelles ne sont, cesl-a-dire des murs percés de baies, soutenant desplanchers composésde poutres et de solives apparentes, bien ahrihssur la rue et les cours par des toits saillants rejetant les eaux loin desparements. Très-rarement, si ce nest dans quelques ille.sdii Midiet du Centre, les rez-de-chaussée étaient voûtés; par conséquent, nulcontre-fort, nulle saillie a lextérieur Le plus soin,-ni des murs demoellons smillés apparents, avec quelques bandeaux, des jambages eldes linteaux de portes et de fenélres eu pierre de faille ; encore ces lin-teaux et ces jambages ne faisaient-ils pas parpaings, mais seulementtableaux sur le dehors; les bandeaux seuls reliaient les deux parementsintérieurs et extérieurs des murs Pour donner une idée de cesconstructions civiles les plus ordinairesau xii siècle et au commencementdu xm%de la simplicité des moyensemployés,nous choisissons, parmi un assezgrand nombre dexemples,une des maisons de la ville de Cluny, si-riche en habitations du moyenâge.Voici (fig. llo) la face du mur extérieur de cette maison sur la rue.On voit que la construction ne consiste quen un uiocllumiage avecquelquespierres de taille pour les bandeaux, les arcs, les fenêtres etleurs linteaux. Les arcs du bas souvrent dans des boutiques A droite,est la porte de lallée qui conduit à lescalier. Le premier étageprésenteune galerie à jour, composéede pieds-droits et de colonnettes, éclai-rant, la grande salle. Les baies sont carrées pour pouvoir recevoir des iv. - ~21
  • 212. | CONSTRUCTION "| - 210- [ CIVILE ]chAssisouvrants. Dansles linteaux, sous les arcs intérieurs qui portent m ^ i i >"-"*! 11 ! .->j i ! 1 1 1 LxT. 1 [ 1 i 1 11 -- % f=4 L J_ » ,! -,S 1_^ï <j 1, _ g 11| 11 I i 1«"<.!,- j5j 1 I-- rr- i "0 1 i :lemurdu second étage, percés petitsjours dormants. second sont de Le
  • 213. L CIVLL1-:J ^11 [ CONSTRUCTION ]étage est éclairé par une claire-voie moins importante, et un combletrès-saillant rejette les eaux loin des parements En plan, le premierétage donne la figure 116, et la figure 117 reproduit le mur de face vude lintérieur, avec ses arcs de décbarge au-dessus des linteaux du pre-mier étage, les bancs dans les fenêtres et la portée des poutres soute- 116 Mnantie solivage.Cespoutres principales, poséessur le mur de face entreles arcs, reliaient les deux murs parallèles de la maison et servaient dechaînage elles étaient soulagéessous leur portée par des roi-beaux de ;bois, ainsi que le fait voir la coupe(fig. 118)[voy. MAISON].Cest là lex-pression la plus simple de larchitecture privée pendant le moyen âge.Mais les constructions civiles navaient pas toujours un caractère aussinaïf. Dans les grandes habitations, dans les châteaux, les services étantbeaucoupplus compliqués, les habitants très-nombreux, il fallait trou-ver des distributions intérieures, des dégagements.Cependantil étaitcertainesdispositions généralesqui demeuraient les mêmes pour lha-bitation seigneurialecomme pour celle du bourgeois. Il fallait toujoursavoir la salle, le lieu de réunion de la famille chez le bourgeois, de lamaisnée1 chez le seigneur; puis les chambres, avec leurs garde-robeset leurs retraits; des dégagementspour arriver à ces pièces, avec desescaliersparticuliers : cétaient donc, sousle même toit, des piècestrès-grandes et dautres très-petites, des couloirs, de lair et du jour par-tout. On sefigure, bien à tort, que les habitations des seigneurs ruminedes petits bourgeois, au moyen âge, ne pouvaient être que sombres ettristes, mal éclairées, mal aérées; cest encore là un de cesjugementsabsoluscomme on nen doit point porter sur cette époque. A moins quedesdispositions de défensenobligeassent les seigneurs à nouvrir quedes jours très-rares, ils cherchaient au contraire, dans leurs châteaux,la lumière,lair, la vue sur la campagne, orientations différentes lespour avoir partout du soleil ou de la fraîcheur à volonté. Pour peu quonprenne la peine dy songer, on comprendra, en effet, que des hommesqui passaient la plus grande partie de leur existence à courir la cam-pagne ne pouvaient bénévolement se renfermer, quelquefois pendant « La matinée, cest-à-direla maisonnée, comprenant non-seulement famille,mais lales serviteurs,les hommeset femmesà gages,et tout le personnel dun château.
  • 214. [ CONSTIUTTION ] - 212 - [ CIVILE ]des semaines entières, dans des chambres sombres, sans vue, sans air, H7 EÉIL4-1sanslumière.Silesdispositions défensives dunerésidence obligeaientles habitantsà ouvrir le moins de jours possiblesà lextérieur; si les
  • 215. [ CIVILE ] - 213 - [ CONSTHLCTIUN |cours <les châteaux, entourées de bâtiments élevés, étaient trislrs etsombres souvent, les habitants, ce- 118pendant, cherchaient, par toute sortede moyens ingénieux, à se procurerdes vues sur la campagne, de lair etdu soleil. Délaces tourelles flanquan-tes, ceséchauguettes,ces encorbelle-ments,ces retours déquerre qui per-metlait-ut douvrir des jours masquésdu dehors. Des habitudes fort senséesimposaient encore aux architectes,dans les grandes habitations, desdispositions particulières. On nad-mettait pendant le moyen âge, pasplus que pendant lantiquité, quunegrande salle et une petite chambreeussent la même hauteur entre plan-chers ; quun couloir fût aussi élevéque les piècesquil est destiné à des-servir. Il a fallu des siècles de fauxraisonnements en architecture pouroublier des principes si vrais, et pournous obliger à vivre dans de grandessalles bassessous plafond, si létageque nous occupons est bas, ou dansde petits cabinets démesurément éle-vés, si nous possédonsun étageayant4 ou 5 mètres entre planchers. Dansde grandes villes, les étages étantrégies forcément, on comprend en-core la nécessitéimposé que ait desdispositions aussi peu commodes que P"ridicules. Mais là où larchitecte estlibre, dans une maison de plaisarce,dans un château, il est fort peu rai-sonnable de ne pas avoir égard auxdimensions en superficie des piècespour fixer la hauteur qui convient àchacune delles ; déclairer des cabi-nets ou couloirs par des fenêtresayant la même dimension que cellesouvertes sur de grandes pièces; defaire que des corridors latéraux ob-struent tous les jours dune des facesdun bâtiment, que des paliers descalier coupent des baies à moitié
  • 216. l CONSTRUCTION] - 21. [ ClMLli Jde leur hauteur, desentre-sols que soicnlpris auxdépens grandes defenêtres m-pas pour déranger certaine une ordonnance darchitecturequiimporte peu habitants palais; bien assez aux dun ou encore déta-blir, au milieu de bâtiments doubles,des corridors desservant despièces droite à gauche, à et corridors éclairés desjoursdesouf- parfrance, mil aérés, sombres, bruyants comme des couloirs dauberge,perdant placeprécieuse chargeant planchers une et les dansla partie COUPE PfCAM) ça PassaOCla plus faible. Les architectes du moyen âge ne faisaient rien de toutcela,et nepensaient même quecefût possible;ce nestpasnousqui paslesenblâmerons. Leursbâtimentsdhabitationétaientpresque toujourssimplesen profondeur,et pour que les piècesqui lesdivisaienttrans-versalement secommandassent cequi eût été fort incommode ne pas,dansbiendescas,ils établissaient, longde cesbâtiments, gale- le desries fermées,basses, desservaient qui chaque pièce,en permettanten-coredouvrir desjours au-dessus delles.Exemple: fig. 119. Si le bâtimentavait plusieurs étages, cettedispositionpouvait êtreconservée tous sesavantages 120).Onvoit en A le premier avec (fig.étage avec galerie service au-dessus laquellesouvrent sa de G, de des
  • 217. CIVILE ] - 215 - [ CONSTRUCTION ] 120jours éclairantles salles;en B, létagesupérieur, presquetoujours
  • 218. [ coNSTiirr.TiôN ] - 210 - [ CIVILI:| lamhris-é. éclairé par des fenêtres surmontées de lucarnes du côteoppose a la galerie, el par des lucarne»,-euh-nieiit au-dessusde celte n ie. Le couloir de [étage -uperieiir est porté sur des arcs qui per-inelienl, entre leurs pied-droits, louverlure des jours éclairant direc-tement le premier étage. Une disposition de ce -eiire existe encoreau Palais de justice de Paris, dans la partie occidentale; elle date duxiu i in-ne peut méconnaît] e ce quil y a île raisonnable, de vraid,;iis une pareille construction, qui donne a chaque service son impor-tance relalue. qui laisse aux pièces principale-, tout lair et la lumièredon! elles ont besoin, et qui accuse bien franchement, a lextérieur,les services et les distributions intérieure-, du bâtiment. Cela estcertainement plus conforme aux bonnes traditions antiques que nelest une suite de culmines <>u pilastres plaques, un ne sait pour- dequoi, contre un mur. (lest quen elle! larchitecture du moyii ;çje, quisécarta des fuîmes antiques dans les cuiistructions religieuses, en-ut lunjjleinps conserver lesprit dans les édifices civils. Nous allonsen fournir plus dune preuve. Lorsque les habitations >onl vastesel les bàliment s composésde plu-siem -, étages, ce dont les architectes du moyen âge ne se taisaient pasfaute par cette raison simple que deux étages lun surlautre coûtentmoins ,j balir que si lun coincé une superficie c-alc à celle de cesdei - >à rez-de-chaussée,puisque alors il faut doubler les fonda-tions et les combles ; si. disons-nous, les bâtiments contiennent plu-sieur^ ela.ues.iaidiilecle multiplie les escaliers de façon que chaqueappartement ail le sien ("pendant il a toujours un degré principal,un escalier dhonneur qui conduit aux piècesdestinées aux réceptions. Pendant la période romane, les degrés de pierre détaille sont assez 5; on les lai-ail h- plus -oueiit de charpente, cest-à-dire en super- ni des trom ons de poutres équarris, des billes de bois quelque peu engagées dans les murs latéraux. Alors les escaliers se com- posaientde deux rampes droites avecpaliers, et se trouvaient comprisdans une ca-e li.-trlon-ur longitudinalement traversée par un mur derefend voy. KSI:AUI:II Celle méthode fut presque entièrement aban- .donnée par les constructeurs du xin° siècle, qui adoptèrent les esca-liers à vis avec noyau et emmarchements de pierre, comme tenantmoins déplace et il ni plus aisémentles divers étages auxquelsil fallait arriver Si ces escaliers a vis étaient dun très-petit diamètre,cest-à-dire de cinq pieds dans o.-uvre.ils étaient souvent noyés danslépaisseur des murs, formant une saillie peu prononcée à lexté-rieur plutôt qua lintérieur; si, au contraire, ils occupaient une cagecylindrique ou polygonale dun assez grand diamètre dans Suvre(huit à dix pieds . ils formaient complètement saillie a lextérieur et ne ienî pasles distributions intérieures. Quant aux corps d-3logis, ilspossédaientchacunleur comble particulier, et si les bâtiments étaientdoublesen profondeui, il v avait un comble sur chacundeux, avec
  • 219. [ CIVILE ] - 217 " [ CONSTRUCTION ]chéneuuintermédiaire. Les architectes du moyen âgeayanl cru deo;radopterdes comblesdont la pente est au-dessus 45 degrés,et ne deconnaissantpas les toits à brisis, ne pouvaient comprendre un bâti-ment double en profondeur sous un seul toit, car ce toit eût atteintalors des dimensions énormes en hauteur. Chaquecorps de logis, cha-quepavillon,chaqueescalierpossédant combleparticulier, soit en soupyramide,soit en appentis,soit à deux pentesavecpignons ou aveccroupes,il était facile de poser, au besoin,cescomblesa des niveauxdifférents, dobtenir ainsi des pièces élevées entre planchers, lors-quellesétaientgrandes,ou basses, lorsquelles étaientpetites. Celleméthode employait beaucoup de bois, une surface de couverture très-clendue, exigeait des chéneaux de plomb à lintérieur ; mais elle avaitcet avantagesur celle qui consiste à envelopper tous les services dunbâtiment sous un même loi), de fournir aux architectes des ressourcesvariéesquant aux hauteurs ù donner aux pièces,de leur permettredouvrir un très-grand nombre de lucarnes pour éclairer les piècessu-périeures,de dégagerles couronnements escaliersqui servaient desainsi de guettes au-dessusdes combles et procuraient une ventilationpour les étages inférieurs. Comme aspect,ces combles distincts cou-vrant les corps de logis groupés, accusant leur forme et leur destina-tion, étaient très-pittoresques et donnaient aux grandes habitationslapparence dune agglomération de maisons plus ou moins hautes,plus ou moins étendues en raison des services quelles contenaient.Cela, on le conçoit, différait de tous points de nos constructions mo-dernes, et il faut dire que ces traditions se coiisn ci eut jusque versle milieu du xne siècle. Comme principe, sinon comme forme, on re-trouve dans ces dispositions la trace des grandes habitations antiques,des vilhe, qui nétaient, à vrai dire, que des groupes de bâtiments plusou moins bien agencés,mais distincts par leur forme, leur hauteur etleur couverture. Très-peusoumis aux lois de la svmélrie, les architectesdu moyen âge plaçaient dailleurs les différents services des grandeshabitations, daprès lorientation, en raison des besoins des habitantset en seconformantà la configurationdu sol. Cétaitencorelà un pointde ressemblanceavec les villa; antiques, qui, dans leur ensemble, na-vaient rien de symétrique.Dans les cités, presque toutes fortifiées alors,le terrain était rare comme dans toutes les villes fermées. Dans les châ-teaux,dont on cherchait toujours à restreindre le périmètre autant pardes motifs déconomie que pour les pouvoir défendre avec une garni-son moins nombreuse, la place était comptée. Il fallait donc que lesarchitectes cherchassent,à la ville comme à la campagne,à renfermerle plus de services possible dans un espace relativement peu étendu.Sous ce rapport, les constructions civiles du moyen âge diffèrent decelle des anciens. Ceux-ci, dans leurs villS, ne bâtissaient guère quedes rez-de-chaussée occupaient de grandes surfaces. Obligés de se etrenfermer dans des espacesresserrés, les constructeurs du moyen âge rv. - 28
  • 220. [ CONSTRUCTION ] - 218 - [ CIVILE ]se virent contraints de prendre des dispositions intérieures différenteségalement cellesadoptées de chezlesRomains, superposer ser- de lesvices,de trouver îles dégagementsdans lépaisseur des murs ; par suite,de chercher des combinaisons de constructions toutes nouvelles. Nou-blions pascependant point important,savoir: que les traditionsan- cetiquesseperpétuentdanslesconstructions civiles,par cetteraisonbiennaturelle que tout ce qui lient à la vie de chaque jour se transmet degénération en généralion sans interruption ; que les habitudes inté-rieures ne peuini se modifier brusquement, »"(que sil est possibledefaire une révolution radicale dans h- > Remède construction de monu-ments publics, comme les églises,cela devient difficile pour les maisonsou les palais que lon habile, et dans lesquels chacuna pris lhabitudede vivre comme vivait son père. Le systèmede construction appliqué, à la fin du xne siècle, aux édi-fices religieux, na, dans les édifices civils, quune faible influence. Larcen tiers-point, avecsesconséquencessi étendues,comme nous lavonsfait voir, apparaît à peine dans ces derniers édifices. La constructioncivile et militaire conservequelque chose de lart romain, quand déjàles dernières traces de cet art ont été abandonnéesdepuis longtempsdanslarchitecture religieuse.il y avait donc, à dater de la fin duxuesiè-cle, deux modes bien distincts de bâtir : le mode religieux et le modecivil ; et cet état de chosesexiste jusque vers le milieu du xvie siècle.Les monastèresmêmesadoptent lun et lautre de ces modes; les bâti-ments dhabitation nont aucun rapport, comme systèmede construc-tion, avecles églises ou les chapelles. Cependantune des qualités prin-cipales de la construction au moment où elle abandonneles traditionsromanes, la hardiesse, se retrouve aussi bien dans larchitecture civileque dans larchitecture religieuse ; mais, dans larchitecture civile,il est évident que les idées pratiques, les besoins journaliers, leshabitudes transmises, ont une influence plus directe sur les méthodesadoptéespar le constructeur. Ainsi, par exemple, les constructions demoellons et blocagesseretrouvent longtemps danslarchitecture civile,après que toutes les constructions religieuses sélèvent en pierre detaille; les plates-bandesde pierre sappliquent partout aux habitationsdesxne,xme,xiv et ve siècles,quandon nen trouve plus trace dansles églises. Les contre-forts, même lorsquil existe des étagesvoûtés,sont évités autant que possible à lextérieur des palais et maisons,tandis quà eux seuls ils constituent tout le systèmede la constructiondes églises. bois ne cesse Le dêtre employépar les architectescivils,tandis quil nest plus réservé que pour les combles des cathédrales etde tous les monuments religieuxde quelqueimportance. Enfin, lesar-chitectes cherchentà éviterles pleins, à diminuer les points dappui;ils arrivent à supprimertotalementles murs en élevantleurs grandesconstructions religieuses,tandis que,danslarchitecturecivile, ils aug-mentent 1épaisseurdes murs à mesure que les habitudes de bien-être
  • 221. [ CIVILE ] - 219- [ CONSTRUCTION ]pénètrentpartout, et que lon tient à avoirdeshabitationsmieux fer-mées, plussûreset plus saines. Létudede cesdeux modes bâtir dedoit donc être poursuivieséparément;et si noustrouvonsdes pointsde rapports inévitablesentreces deuxsystèmes, cest moins danslesmoyenspratiques que dans cette allure franche et hardie, cesressourcesinfinies qui appartiennent aux architectes laïques du moyen âge. Toutes les personnesqui ont quelque notion darchitecture saventque les Romains, même lorsquils construisaient des édifices voûtés,maintenaient plutôt la pousséedes voûtes par des ronlrc-torts inté-rieurs que par des piles formant saillie à lextérieur. Ils avaient adopté,surtout en élevantdes bâtiments civils, le systèmede construction quenous appellerons cellulaire, cest-à-dire quils composaient ces bâti-ments dune série de salles voûtées en berceau sur des murs de refendse contre-butant réciproquement et nexerçant ainsi aucune actionde pousséeà lextérieur De ce principe, suffisamment expliqué par lafigure 121, découlaient des conséquencesnaturelles. Si, par exemple,on voulait de toutes ces cellules accoléesne faire quune seulesalle, ilsuffisait de faire pénétrer un berceaulongitudinalement à travers tousces berceaux transversaux : on obtenait ainsi une succession de voûtesdarête(fig. 122),bien contre-butées les contre-fortsintérieurs A, parrestes des murs de refend B, indiqués en plan perspectif dans lafigure 121. Cettedisposition permettait délever en G, soit des murspleins, soit desclaires-voiesaussilégèresque possible,puisque rienne les chargeait. Cétait là une construction très-simple, très-durable,facileà élever,et qui servit longtempsde type aux édifices civils delépoque carlovingienne. Pouréviter la dépense, si lon ne tenaitpasabsolument voûtes, et aux
  • 222. [ CONSTRUCTION ] - 22(1- [_CIVILK]on se contentait de poser, pendant la période romane, des plancherssur deux rangées parallèles darcs plein cintre. On pouvait, par cemoyen,éleverplusieurs étagesles uns sur les autres,sans craindrede voir les murs latéraux se déverser, puisquils étaient composés decontre-iortà donnant une suite de piliers à lintérieur et réunis par desarcsqui les étrésillonnaient ; sous cesarcs, on ouvrait des baies autantquele besoinlexigeaitpour donner de lair et de la lumièreauxsalles.Les figures 115, 116, 117,118,qui nous présentent une des maisonséle-vées au xin* siècle dans la ville de Ciuny, conservent encore les restesde cette tradition romaine, car le mur de face de cette maison ne secompose, en réalité, que dune suite darcs en décharge masquésder-rière le parement extérieur. Si cette combinaison se prêtait aux con-structions civiles les plus ordinaires, elle était également favorable auxconstructions militaires, ainsi que nous le verrons bientôt ; elle futappliquée fort tard encore dans la construction de- /// n/idsalles châ- desteaux et des évéchés,puisque la salle de Henri II, a Fontainebleau, nousen montre un desderniers exemples; avant cette époque, on voyait unesalle du xmesiècledans Kenceinledu château de Montargis, et lon voit encore à Angers, près de la cathédrale, une ancienne salle synodale du xne siècle, élevéestoutes deux daprès ce principe (voy. SALLE). Ce quil est fort important de constater dans les constructions civiles du moyen âge, cest lattention aver laquelle les constructeurs pré- voient jusquaux moindresdétails de la bâtisse.Ont-ils un plancher à monter, ils réserveront les trous des poutres bien équarris dans les parements intérieurs desmurs, et ne les percerontpusaprèscoup; ils engagerontdes corbeauxde pierre sousla portée de ces poutres; ils
  • 223. [ CIVILKJ - 221 [ CONSTRUCTION]réserveront rainureshorizontalespour recevoir,le long des murs desde refend, les lambourdesdans lesquellessassembleront soin<s ïesou lestrous régulièrementespacés leurs scellements. de Dansles ébra-sements des baies ifs scelleront les gonds en construisant ; ils ména-geront des im loi Is à lintérieur des meneaux pour recevoir les gâchesdes targettes ou verrous. Leurs cheminées, élevées en même tempsque les murs, auront des lu vaux (aillés avec le plus grand soin à lin-térieur ; les jambagesdes âtres seront reliés aux murs et non accolés.Le passagedes tuyaux à travers les planchers, les supports des foyerssupérieurs, indiquent une extrême prévoyance,des dispositions étu-diées avant la mise à exécution. Toutes ces choses seraient pour nousaujourdhui un excellent enseignement, si nous voulions voir et nousdéfaire de celle manie de croire que nous ne pouvons rien prendre debon dans le passe, lorsque ce passé est en deçà des monts. Dans lesgrandes constructions civiles, comme les sallesdassemblée,les halles,les constructeurs du moyenâgeont presque toujours le soin de prendredesjours inférieurs et supérieurs : les jours inférieurs permettent devoir ce qui se passeau dehors, de donner de lair; lesjours supérieursenvoient la lumière directe du ciel. Ces baies relevées sont prises dansla hauteur du comble et forment lucarnes à lextérieur. Si étendues quefussent les salles comme surface et hauteur, les fenêtres se trouvaienttoujours proportionnées à la dimension humaine, et, ce qui est plusimportant, à la dimension raisonnable quon peut donner à un châssisde menuiserie destiné à être ouvert fréquemment. Quant aux châssisdes lucarnes, ils souvraient en tabatière au moyen de poulies et decordelles (voy. LUCARNE). On est trop porté à croire que, pendant le moyen âge, si ingénieuxque fussent les architectes, ceux-ci ne savaient concevoir ces largesdispositions densemble, ces vastes bâtiments dordre civil réclaméspar nos besoins modernes prenant de jour en jour plus dimportance :cest là encore un préjugé. Il faut dire que la plupart de nos grandes 1 On établissait des lucarnes avec face de pierre sur les bâtiments dès !" xm" siècle,ri répondant, sous Louis XIV, on prétiinli! qui- ce mode douvrir des jours à la base descombles fut inventé par Mansard; et pour conserver le souvenir de cette utile invention,on a donné depuis lors à ces jours le nom de minixnnles, comme si tous les bâtimentscivils, les châteaux et les maisons nétaient pas pourvus de mansardes sous François I",sous Louis XIII et bien avant eux. Mais tel est le faible du xvir siècle, qui prétendit avoirtout trouvé. Or, ce nest quune prétention. Il en est de celle-ci comme (Je br.iucnup dau-tres à cette époque. Il a été écrit et répété bien des fois que la brouette, par exemple,avait été inventer an xvn* siècle, lors des grands travaux île teiT.i^eninii entrepris à Ver-sailles; or, nous avons des copies nombreuses de brouettes figurées sur des manuscrits etdes vitraux du xme siècle II est vrai que la forme de ces petits véhicules, à cette époque,est beaucoup plus commodepour le porteur que celle adoptéedepuis le xvn* siècle,etque ndus reproduisons religieusement dans nos chantiers, comme si cétait là un chef-dSuvre II eh est de même du haquet, inventé, dit-on, par Pascal.
  • 224. L CONSTRUCTION ] - 222 - [ CIVILE ]églises, deboutencoreaujourdhui,font bien voir que, danslarchitec-ture religieuse, constructeurs les savaient entreprendre mener fin et àdesmonumentstrès-vastes mais pour les bâtimentscivils du moyen ;âge,dénatun^ pendantles derniers siècles, condamnés une destruc- àtion systématique depuisla Révolution,méprisés nosédilités-fran- parçaises,qui sedonnent, en petit, le faible de LouisXIV, et veulentquetout dansleur ville rappelleleur passage ; pour nosbâtimentscivilsdune date ancienne, disons-nous,ils sont devenustrès-rares,et il nestpas surprenant que les populationsen aient perdujusquau souvenir.Cependant eût été bien étrangeque deshommescapables conce- il devoir et dexécuter de si vastes édifices religieux se fussent contentés,pour les besoinsordinairesde la vie, de petits bâtimentspeu étendus,peu élevés,étroits, sortes de cabanesde chétive apparence. Il est cer-tainespersonnes voudraientfaire croire, par suite dun esprit de quisystème dont nous navons pas à faire ici la critique, parce quil estcomplètement étranger aux idéesdart, que la sociétédu moyenâgeétait enserrée entre léglise et la forteresse ; quelle était, par suite,hors détat de concevoir et de mettre à exécution de ces grands éta-blissementsdutilité publique réclaméspar nos mSurs modernes ;quenfin elle vivait misérable, étouffée sous une oppression double,souvent rivale, mais toujours unie pour arrêter son développement.Au point de vue politique, le fait peut être discuté, ce nest pas notreaffaire; mais, au point de vue de lart, il nest pas soutenable. Les ar-tistes qui traçaient les plans de nos cathédrales nétaient point embar-rasséslorsquil sagissait de construire de ces grands établissementscivils, tels que des hospices, des collèges, des maisons de ville, desmarchés, des fermes, amplement pourvus de tous leurs services.Comme architectes, il nous importe peu de savoir si ces hôpitaux, cescollèges, ces fermes dépendaient dabbayesou de chapitres, si cesmai-sonsde ville étaient fréquemmentferméespar les suzerains,si cesmarchés payaient un impôt au seigneur du lieu. Ces établissementsexistaient, cest la tout ce que nous tenons à constater; ils étaient biendisposés, bien construits, dune manière durable et sage,cest là cequil faut reconnaître . Prenonsquelquesexemples examinons belles dispositionsdes : lesgrandsalles des abbayes dOurscamps, de Saint-Jean des Vignes de 1 On peut comprendrelesprit de passionqui fit détruire les châteaux et même leséglises; maiscequil estplusdifficile dexpliquer, la manie cest aveugle a fait démolir quien France,depm- soixanteans, quantité dédificescivils fort bons, fort beaux,fort utiles,uniquementparcequilsétaient vieux,quilsrappelaient autreâge,pourles remplacer unpar desconstructions déplorables qui coûtentcher, bienquelles et soientélevéesavecparcimoniequelles et soient souvent très-laides. Beaucoup villes sontprivées de se ainsidétablissement? eussent satisfaireà desbesoinsnouveaux, attiraient lattention qui pu quides voyageurs, et qui, à tout prendre, leur luisaiwu honneur.
  • 225. [ CIVILE J - 223 - [ CONSTRUCTION ]boissons,du Mont-Saint-Michel en mer, des hôpitaux dAngers , deChartres, datentde la fin du xncsiècleet du commencement qui duxme. Où trouverons-nous de meilleures constructions, mieux conçues,plus grandioses,plus saines, sans luxe, et qui donnent une plus hauteidée du savoir et du sens pratique des architectes? Les ensemblesetles détails de quelques-unsde ces vastes bâtiments étant gravés avecun soin minutieux dans louvrage de M. Verdier sur larchitecture ci-vile, nous ne croyons pas nécessairede les reproduire ici ; nous don-nerons à nos lecteurs quelques constructions qui nont point encoreété étudiées et qui ont une importance au moins égale à celles-ci. 11existait, dans labbaye de Sainte-Marie de Breteuil, un vaste bâtimentflanqué de quatre tourelles et crénelé, qui pouvait au besoin se dé-fendre. Son rez-de-chaussée renfermait les cuisines et leurs, dépen-dances. Le premier étage contenait les dortoirs des hôtes du monas-tère ; le deuxième, une grande infirmerie ; le troisième, des magasinsde provisions, et le quatrième, sous le comble, un grenier pour lesgrains. Un escalier latéral, passantà travers les contre-forts et couverten appentis, sélevait jusquau second étage; les tourelles dangle pos-sédaienten outre des escaliersà vis communiquant dun étageà lautre.Cebâtiment nétait voûté quà rez-de-chaussée sous les combles ; il etétait divisé par un rang de piliers dans la longueur. Des contre-fortslatéraux maintenaient la pousséedes voûtes. Voici (fig 123) quel étaitlaspectde ce bâtiment à lextérieur2. Nous voyons le pignon auquel estadossée grande cheminée de la cuisine. Un contre-fort triangulaire, laou éperon, donne de la force à ce mur pignon au droit du tuyau dela cheminée. Pour bien saisir cette construction, il faut recourir auplan (fig. 123bis),pris au niveau du rez-de-chaussée. Tout lespaceAA,cest-à-direla dernière travée de la salle, est occupé par la cheminée,dont le tuyau sélève en B entre deux arcs. En G, sont des ouverturesextérieures communiquant par une trémie à des ventouses D desti-nées à activer vigoureusement le feu posé sur des grilles relevées,et à établir un courant dair suffisant pour entraîner la fumée dansle tuyau central.La coupe,figure 123 faite sur la ligne IK du plan, ter,nous indique en B le tuyau de la cheminée, en G la trémie ponctuée,et en D les ventouses. On observera que la circulation du crénelai^latéral nest point interrompue par les tourelles et les pignons, mais,au contraire, que cette circulation subsiste devant les pignons à unniveau inférieur. La figure 123 qvater indique, en A, la coupe durez-de-chaussée la ligne EF du plan, et en B cette coupe sur surla ligne GH.Dansla coupeA, oh voit en G lesarcs qui forment le man-teaude la cheminée diviséepar la grossepile, en D lesbouches ven- detousesavecla grille relevée.Dansla coupeB, les arcs M qui forment 1 VoyezlArcliilict. civile et domest.de MM. AymarVordier et Cattois. * Voyezla Monoyr dabbayes, biblintli. Sainte-Geneviève.
  • 226. [ CIVILE ]la vous>urp la cheminéesont de brique, et le tuyau est marqué de
  • 227. [ CIVILE] - 22.Ï - [ CONSTHUCTKN ]ponctué 0. Untracé ponctuéindiqueégalement deuxprisesdair en lesP destinées alimenter les ventouses la trémie derrière la lan- à parguette de brique qui forme le contre-cSur de la cheminée. La coupe(fig. 124)faite sur le travers du bâtiment, en regardant le pignon opposéà la cheminée,complètela descriptionde cette belle et simple con-struction. On voit en A lescalier latéral qui monte jusquau secondétage,à travers les contre-forts, augmentésde saillie pour le laisser pas-ser. Les fenêtres B du troisième étageservant de magasinssont percéesdans le pignon, au niveau du sol intérieur, afin de faciliter le montagedesobjetsemmagasinés despoulieset des potences par extérieures. Ilen est de mêmedesportesG,percéesau niveaudu sol du grenier. Lesmurslatéraux,épais,maintenaient lintérieur unetempérature à égale ;laérationdesétages pouvaitsefaire facilement,au moyendesfenêtresouvertessur les quatre facesdu bâtiment, isolé de toutes parts. Les con-tre-forts enserrant les murs évitaient tout chaînagetransversal, et celadautant mieux, que souvent le nu des murs à lintérieur était posé ensurplomb dun étage à lautre, ainsi que lindique la coupe transversale(fig. 124).Cétait là un moyensouvent employépour faire tendre lesmurs à sincliner du dehors au dedans, et cest en effet un excellentprincipe de construction lorsquon peut donner à la basedes murs iv. - 29
  • 228. - 226 - [ C1V1LK J ter 123 1 ... :. ---u ->.r- . "> -assezdépaisseur pour ne pascraindre un bouclement.Il faut remar-
  • 229. [ ClYlLi; | - 227 - [ CONSTRUCTIONquer, dailleurs, quhabituellement les planchers des étages (voy. l;icoupe transversale)ne relient pas les murs goutterots ; car voici com-ment sont disposées les portées de ces planchers sur les piliers inter-médiaires. A chaque étage, les piles sont munies dun chapiteau A(fig. 123),saillant seulement au dmil des |mrhVs des poutres. Il fallaitdonc que les murs goutterots exerçassentune action de pression surcespoutres et non de tirage. On peut ne pas adopter cette méthode dansles constructions, mais elle nest pas sansavoir sesavantages,et, bienavant lépoque dont nous nous occupons, les Grecs de lantiquitélavaientsuivieen élevantleurstemples.Si, dansles grandesconstruc-tions voûtéesportées sur des piles isolées,les architectes du moyen âgeavaientsuivi des lois déquilibre dont nous avonsessayéde faire appré-cier limportance, ils avaienten même temps cherché à obtenir la con-centration, la réunion de toutes les forces agissantesau centre de leursédifices, de façon que toutes les parties eussent une certaine disposi-tion à secontre-buter réciproquement. Dans les constructions civilesoù les voûtes ne jouent quun rôle secondaire, où les planchers offrentdessurfaceshorizontales et rigides à différentes hauteurs, les construc-teurs adoptèrent des méthodes de bâtir qui agissent du dehors endedans contre ces surfaces rigides. Ils arrivaient à ce résultat par des
  • 230. [ CONSThfCTION ] - 228 - [ CIVILE ] FESA5Ddispositions densemble des etpar procédés audétail la con- tenant de
  • 231. [ CIVILE ] 2:»!)- [ CONSTRUCTIONstruction. Ils donnaientaux murs, par exemple,desretraites en saillie lesunes sur les autres à lintérieur, comme nous lavons dit tout à lheure,et ils bâtissaient ces murs au moyen de grandes pierres à lextérieur,et de pierres bassesde banc ou de moellon à lintérieur Supposons coupe dun mur AB destiné à porter des planchers la(fig. 126): le parementextérieur de ce mur sera composéde hautesassises pierre neformant pas parpaing,et chaqueétage,séparé de parun bandeaudepierre, seraen retraite de quelques centimètreslun surlautre ; le parement intérieur, au contraire, sera monté en pierres plusbasseset portera une saillie à chaque étage sur celui du dessous.Ainsi
  • 232. [ CU.NSThlVriON ] [ CIV1LK I û v M rxrr 1X1 - _ t " B1 -Ace mur auraune propension à sincliner du dehors au dedans : 1° parce
  • 233. h; ] 2i{l [ CONSTKUCTION ]que son axe B tombera en H en dedans de laxe inférieur A; 2° parceque le parement extérieur offrira um- surface moins compressiblequele parement intérieur : donc ce mur ainsi construit exercera contreles bouts des poutres G une pression dautant plus puissante, que cesplanchers serontplus élevés au-dessus sol; donc il sera superflude duchaîner les murs, qui, loin de tendre à sécarter, auront au contraireune propension à sincliner vers le centre du bâtiment. On voit, par cet exemple, que, bien que la construction civile dumoyen âge ait son caractère propre, distinct de la construction reli-gieuse, cependant les architectes cherchent, dans lune comme danslautre, à remplacer les massesinertes par des forces agissantes.Dansles constructions civiles, les planchers sont considèrescomme des étre-sillonnements posés entre des murs qui tendent a se rapprocher. Ainsicesplanchers sont roidis par la pression des murs, cl lensemble de labâtisse offre une grande solidité par suite de ces pressions contre unétrésillonnement. Les constructeurs du moyen âge font preuve, dans les combinaisons des voûtes tenant aux édifices civils, dune grande indépendance : le berceau, la voûte darête romaine, la voûte gothique en arcs dogive,plein cintre ou surbaissée,la voûte composéedarcs espacés supportantdes plafonds ou des voùtains, tout leur est bon, suivant loccasion oule besoin. Lorsque, dans larchitecture religieuse, ils ne suivaient plusquun seul mode de voûte, cest-à-dirependant les xmeet xrvesiècles, ilsavaientcependantle bon esprit de nappliquer ce système,dans les con-structions civiles, quautant quil offrait des avantages.Souvent des bâ-timents très-largesnécessitaientlérection dun ou deux rangsde piliersà lintérieur pour porter les planchers des étagessupérieurs, ainsi quenous lavons vu plus haut : alors le rez-de-chaussée était généralementvoûté; mais comme ces quilles superposées,étrésillohnées seulementpar les planchers, navaient pas de stabilité, on faisait en sorte de lesbien asseoir, au moins sur les piles inférieures portant les voûtes,et, dansla crainte décraser les sommiers de cesvoûtes sous la charge,on les rendait indépendants des piles. Ainsi, par exemple (tig. 127): soit une pile A de rez-de-chaussée des-tinée à porter des voûtes, on établissait sur cette pile deux ou trois as-sisesB formant encorbellement sur les quatre faces; on obtenait ainsiun repos G. Aux angles,on posait des sommiers D suivant les diago-nales du carré, pour recevoir les claveaux E des arcs ogivesde la voûte ;au centre, on continuait délever librement la pile G recevant les plan-chers supérieurs, puis on fermait en moellon les remplissages H desvoûtes.Les sommiers de cesvoûtes, non plus que des remplissages, nerecevaient aucune charge, et le massif garnissant les reins ne faisaitquétrésillonner les piles. Craignant laction des pousséesau rez-de-chausséesur des murs qui nétaient pas toujours munis de contre-forts,les constructeurs établissaient souvent de très-puissants encorbeile-
  • 234. [ CONSTRUCTION ] - 232 - ( CIVILE"|ments le Ion- de ces murs, pour diminuer dautant les poussées etreporter leur résultante en plein mur ou même sur le parement inté-rieur de ces mms. Sur cesencorbellements, ils pouvaient alors sepermettre de JMIMT arcs surbaissés,afin de prendre moins de hauteur des 127 Renonçantaux voûtes darête ou en arcs dogive, sur les grands arcs Aperpendiculaires aux murs fig. 128), ils montaient des tympans ver- ticaux B jusquau niveau de lextrados de la clef décès arcs A; puis ilsbandaient sur ces tympansdes berceaux G surbaisséseux-mêmes.Parce moyen, ils an ivaient a voûter de grands espacessansprendre beau-coup de hauteur et sans faire descendre les naissancesdes arcs assezbas pour gêner le passage.En multipliant et en rapprochant cesarcs, ils pouvaient remplacer les voûtains G par des dalles formantplafond, poséessur des pannes de pierre (si les matériaux sy prê-taient), ainsi que le fait voir la figure 129 Cespannesétaient munies defeuillures, de façon à présenter leur surface supérieure au niveau de.laire du dallage, comme lindique la ligne ponctuée EF. Ces méthodesde bâtir seconservèrenttrès-tard sansmodifications sensibles,car nous
  • 235. f CIVILE] - 233 - [ CONSTRUCTION ]voyonsencoredes constructions du " siècle qui reproduisent ces dis-positions sévères,grandioseset simples. Le plus bel exemple que nousconnaissionsde ces constructions civiles dans lesquelles les encorbel-lements jouent un rôle très-important est le châteaude Hoh-KSnigs- bourg, près de Schelestadt. On pourrait prendre les sallesprincipalesde ce château pour des constructions du xmesiècle, tandis quelles nefurent élevéesquau xve siècle. Mais lAlsace avait conservé, surtoutdans larchitecture civile, les anciennes traditions de la bonne époquegothique. Le bâtiment principal du château de Hoh-Koenigsbourg,adosséau rocher (tig. 130), ne se compose que de contre-forts inté-rieurs avec mur extérieur fort mince du côté des cours. Il contientquatre étages.Le rez-de-chaussée, servait de cuisines, est voûté en quiberceau surbaissé reposant sur des arcstrès-plats en moellon*,bandés i Voyezle plan généralde ce eliàlcauau mot CHATEAU, 30 et 31, salle M. fig iv. - 30
  • 236. [ CONSTHUCTIUN ] - Xtt - l CIVILE ]dune à lautre.Lepremierétage plafonné moyen grandes pile est au deplates-bandes appareillées, soulagées depuissants par corbeaux. Entrelesplates-bandes, parallélogrammes les restantvidessont bandés enmoeJlon.Le secondétageest couvert par un plancherde bois dont 129 Eles poutres maîtressesportent sur des corbeaux engagésdansles piles.Le troisième étage est voûté en berceau plein cintre reposant sur desplates-bandeset sur de larges encorbellements disposés comme ceuxdu premier. Cette voûte supérieure portait une plate-forme ou terrassecouverte de dalles. La coupe perspective (fig. 130) donne lensemblede cette singulière construction. Il faut dire que les matériaux du pays(grès rouge) se prêtent à ces hardiesses; on ne pourrait, avec nosmatériaux calcaires des bassins de la Seine, de lOise ou de lAisne,
  • 237. [ CIVILE ] - 235 - [ CONSTRUCTIONse permettre lemploi de linteaux aussi minces et dune aussi grande
  • 238. [ co:vsiHn;TiON ] - 236- [ CIVILE ]portée. .Mais danslarchitecture civile et militaire, plus encorequedans larrhitecture religieuse,la nature des matériaux eut une in-fluencetrès-marquée dans lemploi desmoyensde construction: cetexemple estunepreuve. plates-bandes en Les longitudinales entrelesmiitre-forts et celles transversales dun contre-fort à lautre sontappareillées coupes. nousfaisonsune sectionlongitudinalesur ce en SiItàliment.chaqw travéenousdonnela figure 131-. On ne peut sefaireune idée de la grandeur magistrale de ces bâtiments, si on ne les a vus.Ici rien nest accordé au luxe : cest de la construction pure, et larchi-tecturena dautre forme que celle donnéepar lemploi judicieux desmatériaux;les points dappui principaux et les linteaux sont seulsdepierre de taille; le reste de la bâtisse est en moellon enduit. Nousavouons que cette façon de comprendre larchitecture civile a pournous un attrait particulier. Il faut dire que le châteaude Hoh-KSnigs-bourg est bâti sur le sommet dune haute montagne, huit mois delannée au milieu des neiges et des brouillards, et que, dans unepareille situation, il eût été fort ridicule de cheicher des formes archi-tectoniques qui neussent pu être appréciéesque par les aigles et lesvautours; que laspect sauvagede ces constructions est en parfaiteharmonie avec lâpreté du lieu. A ce propos, nous nous permettrons une observation qui ne manquepas dimportance. Nous croyons être les premiers appréciateurs dece quon appelle le pittoresque,parce que, depuis le xviie siècle, on netrouvait plus de beautésque dans les parcs plantés à la française, dansles bâtiments alignés et symétriques, dans les terrasses revêtues depierres et les cascades doublées de plomb. Sansnier la valeur de cettenature arrangée par lart, il faut reconnaître cependant que la naturelivrée à elle-même est plus variée, plus libre, plus grandiose et par-tant plus réellement belle. Un seigneur de la cour de Louis XIV ou deLouis XV préférait de beaucoup les parcs de Versailles ou de Sceauxaux aspectssauvagesdes gorges des Alpes ou des Pyrénées: le duc deSaint-Simon, qui navait aucun emploi à la cour, aimait mieux demeu-rer dansun appartement sombreet étroit à Versaillesquede vivre danssacharmanterésidence la Ferté. Or, nos seigneursdu moyenâge deétaient au contraire sensiblesà ces beautésnaturelles; ils les aimaientparcequils vivaient au milieu delles. Sansparler de lappréciationtrès-vive de la naiare que Ton trouve dans les nombreux romans dumoyen âge,nousvoyonsque les châteaux, manoirs,les abbayes, lessont toujours situésde manièreà faire jouir leurs habitantsde laspectdes sites qui les entourent. Leur construction sharmonise avec les 1Auxvr siècle, accident un obligea propriétaireschâteau Hoh-KSnigsbmir? les du deà bander arcssous plafond premier les le du étage. 1 M. BSswilwald, a relevé château Hoh-KSnigsbourgle plusgrand qui le de avec soin,a bienvoulumettresesdessins notredisposition. à
  • 239. [ CIVILE ] 237- [ CONSTRUCTION ~ 131localités: sauvage grandiose et dansles lieux abrupts,élégante fine et
  • 240. [ CONSTRfCTION ] - 238 - [ CIVILE Jau pied de riants coteaux, les bords des rivièrestranquilles au mi- surlieu de plaines verdoyantes.Dansceshabitations, les vues sur les pointsles plus pittoresquessont toujours ménagées avec art et de façonàprésenter aspects des imprévus variés.Il fautdonc, lorsquonétudie etles constructions civiles du moyen âge, avoir égard au lieu, à la naturedu climat, au site, car tout cela exerçait une influence sur le construc-teur. Tel bâtiment qui est convenablement disposé et construit enplaine, dans une contrée douce et tranquille daspect, serait ridiculeau sommet dun rocher sauvage,entouré de précipices. Tel autre, parson caractère sévère, brutal même, semble tenir au sol désolé surlequel il sélè;e,mais paraîtrait difforme et grossierentouré de prai-ries et de vergers. Ces nommes barbares, au dire de plusieurs, étaientdonc sensibles aux beautés naturelles, et leurs habitations reflétaient,pour ainsi dire, cesdivers genres de beautés, semettaient en harmonieavec elles. Nous qui sommes civilisés et qui prétendons avoir inventéle pittoresque,nous élevons des pavillons élégants sur quelque siteagreste qui semble destiné à porter une forteresse, et nous bâtissonsdes constructions massives au bord dun ruisseau courant à traversdes prés. Ceci nous ferait croire que ces barbares du moyen âgeaimaient et comprenaient la nature, sans en faire autrement de bruit,et que nous, qui la vantons à tout propos, en prose et en vers, nousla regardons dun Sil distrait, sans nous laisser pénétrer par sesbeautés. Les siècles sont comme les individus, ils veulent toujoursquon les croie doués des qualités qui leur manquent et se soucientmédiocrement de celles quils possèdent.Tout le monde sebattait pourla religion au xvie siècle, et les neuf dixièmes des combattants, dunepart comme de lautre, ne croyaient même pas en Dieu. On se piquaitde chevalerie et de belles manières au xvu* siècle, et les esprits setournaient très-fort, à cette époque déjà, vers les idées positives et lasatisfaction des besoins matériels. On ne parlait, au xvmesiècle, quede vertu, de nature, de doucephilosophie, quand la vertu nétait guèrede mise, quon observait la nature à travers les vitres de son cabinet,et quen fait de douce philosophie, on ne pratiquait que celle appuyéesur un bien-être assuré pour soi et ses amis. Revenonsà nos bâtisses... Le système de construction en encor-bellement était fort en vogue, dès le xue siècle, dans les bâtimentscivils : cest quen effet il est économique, et présente quantité de res-sources, soit pour soutenir .desplanchers, pour éviter de fortes épais-seurs de murs et des fondations considérables,recevoir des charpentes,porter dessaillies, obtenir des surfacesplus étenduesdans lesétagessupérieurs des bâtiments quà rez-de-chaussée,trouver des dégage-ments,desescaliersde communication dun étage à un autre, offrirdesabris, etc. Cétaitencoreune applicationde ce principe des archi-tectesdu moyen âgeconsistantà employer des forces agissantes aulieu de forcespassives; un encorbellement une bascule car est qui
  • 241. f CIVILE ] ^{. [ r.iINSTRUCTION ~jdemandeun contre-poids pour conserver la fonction quon prétendlui donner.Lesencorbellements lavantage ne pasproduiredes ont depoussées,toujoursdifficiles à maintenir dansdesconstructionscom-posées,commetoute habitation,de murs peu épaisse coupant irré-gulièrement,suivant la destinationdespièces.Ils prennent moinsdehauteur que les arcs, ou peuvent neutraliser leur pousséeen avançantles sommiersen dehorsdes parementsdesmurs ; ce quil est facilede démontrer. I C-1 M M IXJ M |v| 1X1 p J1 M PI M PI M T»l M 1-1 M M M M M __ 1- " Soient AB (fig. 132)louverture dune salle dont le plancher sera sup-porté par des arcs, ainsi que le font voir les figures 128et 12U;AC,BD,lépaisseur des murs; CE, la hauteur entre planchers. Si nous bandonsdes arcs GF venant pénétrer dans les murs, en admettant même quenous ayonsune forte chargeen K, il y a lieu de croire que nous exerce-rons une telle pousséede G en H, que le mur bouclera en dehors, car larésistancede frottement du lit GHne sera pas suffisante pour empêcherun glissement, sil ny a pasde glissement, la longueur GH nest pas telle
  • 242. [ CONSTRUCTION ] - 240 - [ CnlLEJque le lit ne puisse souvrir en dehors et sépaufrer en dedans,ainsi quilest figuré en I : effet qui produira le bouclement du mur, et, par suite, lachute des arcs. Mais si nous avons un sommier très-saillant L et deuxassises encorbellementM, N, en supposantune chargeraisonnableK, ennous pourrons résister au glissement sur un lit LO beaucoup plusétendu et par un frottement plus considérable; la courbe des pres-sions exercéespar larc venant pénétrer le lit LO en P trouvera là unerésistance qui serésoudra en une ligne PR plus ou moins inclinée enraison inversedu plus ou moins de poids de la charge K supérieure. Sicette charge est très-puissante, du point R la résultante des pousséespourra devenir verticale et tomber en dedansdu parement intérieur dumur, ou peu sen faudra; cest tout ce que lon doit demander. Le con-structeur a le soin, dans ce cas,de placer au moins une assiseayant sonparement intérieur vertical à laplomb de la rencontre de larc avec 133le sommier en encorbellement, car il augmente ainsi la résistance à lapoussée le frottement de deux lits de pierres; tandis que sil ne parmettait quune seuleassise encorbellement sous le sommier, comme ennous lavonstracéen S, il naurait à opposer* la poussée la résis- à quetancedu lit TV, et le bouclementdu mur pourrait se produire en Ycommeil seproduit en H. Lorsqueles constructeurs peuventdon- nener à leur encorbellement, une causequelconque, hauteurde par latrois ou quatreassises, alorsils seprocurentdespierrestrès-résistantes,et ils lesposent assez saillie(fig. 133), en comme indiquela coupe 1 A,pour que la courbedespressions larc tombe en B, en dedansdu deparement intérieur du mur : alors la pierre A tend à basculer, ils lasoulagent par une faible saillie G. Son mouvement de basculedécriraitune portion de cercle dont D est le centre. Pour résister à ce mouvementde bascule, y a la charge plus le remplissage de maçonnerie.Ne il E, F
  • 243. l C1VILK ] - 241 - (. CONSTKUCTION ]pouvantbasculer,lencorbellementA ne tend plus quà glisser de Ben G. Or, il sagit de rendre le frottement assezpuissant sur ce lit DGau moyen de la charge verticale E pour empêcher ce glissement. Lesencorbellements possèdent donc deux propriétés : le soulagement desportéesau moyendesbascules arrêtéespar les chargesen queue,etlaction de résistance aux poussées obliques par laugmentation dessurfaces de frottement. Onreconnaît donc que, danstous les cas,les constructeurs du moyenâge emploient les résistances actives, cest-à-dire le système déqui-libre, au lieu du principe des résistancespassivesde la constructionromaine. Gomme toujours, dailleurs, ces constructeurs poussent lesconséquencesdun principe admis jusquà ses dernières limites; ilsne semblent pas connaître ces impossibilités que notre art moderneoppose, sousforme devetoacadémique, tentatives aux hardies.La con-struction, pour eux, nest pas cette science qui consiste à dire : « Voiciles règles,voici les exemples; suivez-les,mais ne les franchissezpas. »Au contraire, la science, pour eux, dit : « Voici les principes généraux,ils sont larges, ils nindiquent autre chose que des moyens. Dans lap-plication, étendez-lesautant que la matière et votre expériencevousle permettent;nousne vous demandonsque de rester fidèles à cesprincipes généraux : dailleurs, tout est possible à celui qui les saitappliquer. » Est-celà un art stationnaire, hiératique, étranger à lespritmoderne, comme on a prétendu si longtemps nous le faire croire?Est-ce rétrograder que de létudier, de sen pénétrer? Est-ce la fautede cet art si beaucoup nen traduisent que lapparence extérieure, encompromettent développement despastiches le par maladroits?Impu-tons-nousà lantiquité les mauvaisescopies de ses arts ?Pourquoi doncfaire retombersur les arts du moyenâgeen Franceles fausses appli-cations quon a pu en faire, soit en Italie, avant la renaissance,soit cheznous, de notre temps? Depuis le moment où il a élé admis quil nyavaitdarchitecture quen Italie, que les architectes ont été comme desmoutons marchant sur les pas les uns des autres, étudier leur art danscette contrée, lenseignement académiquena voulu voir le moyen âgeque là. Or, les édifices du moyen âgeen Italie sont, au point de vue deh. structure, des bâtissesmédiocrement entendues. Presque toujoursce ne sont que des constructions dérivéesde lantiquité romaine, revê-tues dune assezméchante enveloppe empruntée aux arts du Nord oude lOrient. A coup sur, ce nest pas là ce quil faut aller étudier audelà des monts. Gommeconstruction, on ny trouve ni principes arrê-tés, ni suite, mais un amas désordonné de traditions confuses, desinfluences qui se combattent, un amour barbare pour le luxe à cotédune impuissanceévidente . Quest-ceque les basiliques de Rome, par 1 Un seul exemplepour prouver que nous iit-xagéronspas. Nous avonsvu, dans cetarticle, à la suite de quels efforts persistants les constructeurs du Nord so.it arrivés à serendre maîtres de la poussée des voûtes, et dans quelles conditions ils voulaient assurer iv. - 31
  • 244. [ CONSTRUCTION ] - 2-42 - [ CIV1LK ]exemple,reconstruitesla plupart au xuicsiècle,si on les compareauxédifices élevéschez nous à cette époque? De mauvaismurs de brique,mal maçonnéssur des tronçons et des chapiteauxarrachésà des monu-ments antiques. Danscesbâtisses barbares, est lart, où est létude? oùSi nou^ les considérons avec respect et curiosité, nest-ce pas parcequelles nous présentent les dépouilles dédifices magnifiques ? Si nousnous émerveillons devant de riches joyaux pillés dans un palais, est-cel<-pillard qui excite notre admiration ? Soyons donc sincères, et met-tons les chosesà leur vraie place. Si les Romains du moyen âge trou-aient un sol couvert de débris antiques; si, au xiii" siècle encore, lesthermes dAntonin Caracallaétaient debout et presque intacts, ainsique le Colisée, le Palatin, et tant dautres édifices, irons-nous admirerles a-uvresdhommes plus barbares que les Vandales et les Huns, quiont détruit froidement ces monuments pour élever de mauvaisesbâ-tisses, dans lesquelles ces débris mêmes sont maladroitement em-ployés, grossièrement mis en Suvre ? Nous ne voyons apparaître là quela vanité dun peuple impuissant ; lintelligence, les idées, lart enfin,font complètement défaut. (Joël autre spectaclechez nous! Cest alorsque les architectes laïques en France poursuivent avec persistanceleur labeur; sans songer à leur gloire personnelle, ils ne cherchent quàdévelopper les principes quils ont su découvrir : ils croyaient que lave-nir était pour eux, et ce nétait pas une illusion, car les premiers ilscommencent, dans lère moderne, la grande lutte de lhomme intéllec-tuel contre la matière brute. Les constructeurs de lantiquité sont lesalliés et souvent les esclaves de la matière, ils subissent ses lois. Lesconstructeurs laïques du moyen âge se déclarent sesantagonistes; ilsprétendent que lesprit doit en avoir raison, quil doit lassujettir, etquelle obéira. Est-cebien à nous, qui perçons les montagnespour voya-ger plus à laise et plus vite, qui ne tenons plus compte desdistancesetdélions les phénomènes naturels, de méconnaître ceux qui, par leuresprit investigateur et subtil, leur foi désintéressée en des principesbasés sur la raison et le calcul (désintéressée,certes, car à peine quel-ques-uns nous ont laissé leurs noms), nous ont devancésde quelquessiècleset nont eu que le tort darriver trop tôt, dêtre trop modestes,et davoir cru quon les comprendrait.On dit que lhistoire est juste :cest à souhaiter; mais sajustice se fait parfois attendrelongtemps.Nous accordons que, du xir au xv siècle, la société politique est dés-onlonnée, le clergé envahissant, les seigneurs féodaux des tyrans, lesrois des ambitieux tantôt souples,tantôt perfides ; les juifs desusuriers,la stabilité de ces voûtes. Or, en Italie, les écartements des arcs des monuments voûtés|iiii<l.intli.1moyenâge et mêmela renaissance sont maintenusau moyende barresde ferposées leur naissanceet restéesvisibles A ce compte,on peut bien se passerdarcs- àliuit-.mK c( (c tout lattirail des contre-forts, de combinaisons déquilibre. On se gardebit-;:,ou de reproduireces barresde fer dans les dessinsquon nous donne,ou den parlerdansles ouvrages la matière. Mais, en vérité, est-ce là un moyende construction? surMest-cepas plutôt un aveu dimpuissance ?
  • 245. [ CIVILE ] - 243 - [ CONSTRUCTION]et les paysans misérables de brutes; que cette sociétéest mue par deridicules superstitions et se souciepeu de la morale. Mais nous voyonsà travers ce chaos naître sans bruit une classe dhommes qui ne sontni religieux,ni nobles,ni paysans, semparant lart le plus abstrait, decelui qui se prête aux calculs, aux développements logiques; de lartauquelchacundoit recourir, car il faut se loger, se garder, se défen-dre, faire des temples, des maisonset desforteresses.Nousvoyons cetteclasseattirer autour delle tous les artisans, les soumettre à sa disci-pline. En moins dun demi-siècle, cette association de travailleurs in-fatigables a découvert des principes entièrement nouveaux, et qui peu-vent sétendre à linfini ; elle afait pénétrer dans tous les arts lanalyse,le raisonnement, la recherche, à la place de la routine et des traditionsdécrépites; elle fonde des écoles; elle marche sans sarrêter un jour,isolée, mais ordonnée, tenace, subtile, au milieu de lanarchie et delindécision générale; elle franchit les premiers échelonsde lindustriemoderne dont nous sommes fiers avec raison. Et parce que cette asso-ciation passeson temps au travail au lieu de tracer des mémoires à salouange; parce que sesmembres, plus soucieuxde faire triompher leursprincipes que dobtenir une gloire personnelle, inscrivent à peine leursnoms sur quelquespierres ; quà force de recherches ils arrivent à labusmême de ces principes; parce quenfin cette association est écraséesous les trois derniers siècles dont la vanité égale au moins léclat,nous serions assezingrats aujourdhui pour ne pas reconnaître ce quenous lui devons,assezfous pour ne pas profiter de son labeur ?Et pour-quoicette ingratitude et cette folie?Parceque quelquesesprits paresseuxont leur siège fait et prétendent conserver les principes dun art mort,quils se gardent de mettre en pratique, quils nénoncent même pasclairement?Qui sont les esprits rétrogrades ?Sont-ce ceux qui nous con-damneraient à reproduire éternellement les tentatives incomplètesou mal comprises faites par les trois derniers siècles pour régénérerlarchitecture des Romains, ou ceux qui cherchent à remettre en hon-neur les ressourcesdun art raisonné et audacieux à la fois, seprêtant àtoutes les combinaisons et à tous les développements que nécessitentles besoins variables de la civilisation moderne ? La balance de lhis-toire des arts serait juste si lon voulait la tenir dune main impartiale,si lon ne mettait pastoujours danssesplateauxdes noms au lieu dyplacer des faits, des individualités au lieu de monuments. Quavons-nous, en effet, à opposer à des noms comme ceux de Dioti Salvi, dAr-nolfo di Lapo, de Brunelleschi, de Michelozzo, de Baltazar Peruzzi, deBramante, de San-Micheli, deSansovino, de Pirro Ligorio, de Vignola,dAmmanati, de Palladio, de Serlio, de Jean Bullant, de Pierre Lescot,dePhilibert de lOrme, de Ducerceau,etc... ? Deuxou trois noms à peineconnus. Mais si nos monuments français du moyen âge pouvaient par-ler ; sils pouvaient nous donner les noms modestes de leurs auteurs ;si surtout, en face des Suvres des hommes que nous venons de citer,ils pouvaient nous montrer tous les mystères de leur construction, eer-
  • 246. [ CONSTRUCTION ] - 244- [ CIVILE tainement, alors,lhistoire leur rendrait justice, et nous cesserionsdêtrelesdupes, notredétriment, à dunemystification duredepuis quiplus de trois siècles. LEuropeoccidentale peut senorgueillirà bondroit davoirprovoquéle grand mouvement intellectuel de la renaissance, nousne sommes etpasde ceuxqui regrettent ce retour vers les arts et les connaissancesde lantiquité païenne.Notre siècle vient aprèscelui de Montesquieuet de Voltaire ; nous ne renions pas ces grands esprits, nous profitonsde leurs clartés, de leur amour pour la vérité, la raison et la justice ; ilsont ouvert la voie à la critique, ils ont étendu le domaine de lintelli-gence.Mais que nous enseignent-ils? Serait-ce,par hasardde nousastreindre à reproduire éternellement leurs idées, de nous conformersans examen à leur goût personnel, de partager leurs erreurs et leurspréjugés, car ils nen sont pas plus exemptsque dautres? Ce serait bienmal lescomprendre. nousdisent-ils chaque Que à page? Éclairez-vous,ne vous arrêtez pas ; laissez de côté les opinions toutes faites, ce sontpresque toujours des préjugés : lesprit a été donné à lhomme pourexaminer, comparer, rassembler, choisir, mais non pour conclure, carla conclusion est une fin, et bien fou est celui qui prétend dire : « Jaiclos le livre humain ! » Est-ce donc le goût particulier à tel philosophequil faut prendre pour modèle, ou sa façon de raisonner, sa méthode?Voltaire naime pas le gothique, parce que lart gothique appartient au moyen âge dont il sape les derniers étais : cela prouve seulement quilne sait rien de cet art et quil obéit à un préjugé; cest un malheur pourlui, ce nest pasune règle de conduite pour les artistes. Essayonsde rai- sonnercomme lui, apportons dans létude de notre art son esprit dana-lyse et de critique, son bon sens, sapassion ardente pour ce quil croitjuste, si nous pouvons, et nous arriverons à trouver que larchitecture du moyenâge sappuie sur des principes nouveauxet féconds, différentsde ceux des Romains; que ces principes peuvent nous être plus utiles aujourdhui que ne le sont les traditions romaines. Les esprits rares qui ont acquisen leur temps une grande influence sont comme cesflam- beaux qui néclairent que le Heu où on les place ; ils ne peuvent faire apprécier nettement que ce qui les entoure. Est-ceà dire quil ny ait au monde que les objets sur lesquels ils ont jeté leurs clartés? Placez-lesdans un autre milieu, ils jetteront sur dautres objets la même lumière. Mais nous sommes ainsi faits en France : nous regardons les objets éclairés sans nous soucier du flambeau, sansle transporter jamais ail- leurs pour nous aider de salumière afin de tout examiner. Nous préfé- rons nousen tenir aux jugements prononcéspar des intelligences délite plutôt que de nous servir de leur façon dexaminer les faits, pour juger nous-mêmes. Cela est plus commode, en vérité. Nous admirons leurhardiesse, létendue de leurs vues; mais nous noserions être hardiscomme eux, chercher à voir plus loin queux ou autre choseque cequilsont voulu ou pu voir. Maisnous voici bien loin de nos maîtresdesSuvres du moyenâge.
  • 247. [ CIVILE ] - 245 - L CONSTRUCTION JRetournons eux, dautantquils ne sedoutaientguère,probablement, àquil fallût un jour noircir faut de papier, dans leur propre pays, pouressayerde faire apprécier leurs efforts et leurs progrès. En avance surleur siècle, par létendue de leurs connaissances,et plus encore parleur indépendance comme artistes; dédaignéspar les siècles pluséclairés, qui nont pas voulu se donner la peine de les comprendre, envérité leur destinée est fâcheuse. Le jour de la justice ne viendra-t-iljamais pour eux? Les besoins de la construction civile sont beaucoup plus variés queceuxde la construction religieuse ; aussilarchitecture civile fournit-elleaux architectes du moyen âge loccasion de manifester les ressourcesnombreuses que lon peut trouver dans les principes auxquels ilssétaient soumis. 11est nécessairede bien définir ces principes, car ilsont une grande importance. Larchitecture des Romains (non celle desGrecs, entendons-nousbien ) est une structure revêtuedune décora-tion qui devient ainsi, par le fait, larchitecture, larchitecture visible.Si lon relève un monument romain, il faut faire deux opérations : lapremière consiste à serendre compte des moyensemployés pour éleverla carcasse, la construction, lédifice véritable; la seconde, à savoircomment cette construction a pris une formevisible plus oumoinsbelle,ou plus ou moins bien adaptéeà ce corps. Nous avons rendu compteailleurs de cette méthode2. Ce système possède ses avantages,maisil nest souvent quun habile mensonge.On peut étudier la construc-tion romaine indépendamment de larchitecture romaine, et ce qui leprouve, cest que les artistes de la renaissanceont étudié cette formeextérieure sans se rendre compte du corps quelle recouvrait. Larchi-tecture et la construction du moyen âge ne peuvent se séparer,car cettearchitecture nest autre chosequune forme commandéepar cette con-struction même. 11nest pas un membre, si infime quil soit, de larchi-tecture gothique, à lépoque où elle passe aux mains des laïques, quine soit imposé par une nécessitéde la construction; et si la structuregothique est très-variée, cest que les besoins auxquels il lui faut sesoumettre sont nombreux et variés eux-mêmes. Nous nespérons pasfaire passersousles yeux de nos lecteurs toutes les applications du sys-tème de la construction civile chez les gens du moyen âge; nous nepouvons prétendre non plus tracer à grands traits les voies principales i Pourlesarchitectes ont quelquepr-uétudiélesarts de lantiquité,la différence quientre larchitecturedes Grecset celle des Romainsest parfaitement tranchée: ces deuxarts suivent, ainsi que nous lavons dit bien des fois, des voies opposées mais pour le ;vulgaire,il nen est pas ainsi, et lon confond ces deux arts, commesi lun nétait quundérivéde lautre. Combien fois na-t-on pas dit et écrit, par exemple,que le portail dede Saint-Gervais, à Paris, est un portail darchitecture grecque ? Il nest guère plus grecque romain. Cest cependant desjugements sur aussi aveugles que la critique des arts delarchitecture se base chez nous depuis longtemps, et cela parce que nous, architectes, parinsouciancepeut-être, nous sommes les seuls en France qui nécrivons pas sur notre art. 1 Voyez nos Entretiens sur larchitecture.
  • 248. [ CONSTRUCTION ] - 246 - [ CIVILE ]suivies par ce système:car lun des caractères plus frappantsde leslart comme des mSurs du moyen âge, cest dêtre individuel. Si Tonveut généraliser, on tombe dans les plus étrangeserreurs, en ce sensquelesexceptionslemportentsur la règle; si lon veut rendre comptede quelques-unes cesexceptions,on ne sait trop quelleschoisir, et delon rétrécit le tableau. On peut, nous le croyons, faire ressortir les prin-cipes, qui sont simples, rigoureux, et chercher parmi les applicationscelles qui expriment le mieux et le plus clairement ces principes. Les quelques exemples que nous avons donnés mettent en lumière,nous en avons lespoir, les conséquencesdu principe admis parles ar-chilcctes laïques du moyen âge : apparencedes moyens employés dans1;>structure des édifices, et apparenceproduisant réellement larchitec-ture, cest-à-dire la forme visible ; solution des problèmes donnés parles lois naturelles de la statique, de léquilibre des forces, et par lem-ploi des matériaux en raison de leurs propriétés; acceptation de tousles programmes, quelle que soit leur variété, et assujettissement de laconstruction à ces programmes, par suite de larchitecture elle-même,puisque cette architecture nest que lapparence franchement admisede cette construction. Avecces principes médités, avecquelques exem-ples choisis parmi les applications de ces principes, il nest pas unarchitecte qui ne puisse construire comme les maîtres du moyen âge,procéder comme eux et varier les formes en raison des besoins nou-veaux qui naissent perpétuellement au milieu dune société comme lanôtre, puisque chaque besoin nouveau doit provoquer une nouvelleapplication du principe. Si lon nous accuse de vouloir faire rétrogra-der notre art, il est bon que lon sachedu moins comment nous enten-dons le ramener en arrière; la conclusion de tout ce que nous venonsde dire étant : « Soyez vrais. » Si la vérité est un signe de barbarie,dignorance, nous serons heureux dêtre relégué parmi les barbares etles ignorants, et fier davoir entraîné quelques-uns de nos confrèresavec nous. Les encorbellementsjouent un rôle important dans les constructionsciviles, nous en avonsdonné plus haut la raison; il nous reste à suivreles applications variées de cette méthode. Il existe dans la partie dela Champagne qui touche à la Bourgogne, et vice versa,des maisons,très-simples dailleurs, construites pendant les xnie et xivesiècles, quiportent pignon sur rue, et se composent, à lextérieur, dune sorte deporche avec balcon au-dessus,abrité par un comble très-saillant. Toutle système ne se compose que dencorbellements adroitement com-binés.Ainsi (fig. 134),les murs goutterotsportent un premier encor-bellementen retour déquerre,destinéà soutenir un poitrail recevantles bouts dessolivesdu plancherdu premier étage,portant aussi surle mur en retraite. Cepoitrail est surmontédun garde-corps. se- Uncond encorbellementA donneaux murs goutterots une "saillie quiprotègele balcon et reçoit une ferme de pignon disposée façonà deporter le plancherdu grenier et à permettre lintroduction desprovi-
  • 249. - 24~- [ CONSTRUCTION j[ CTVILE ]sions ce La en àlaplomb de dansgrenier. clôture retraite, du nv.- murde-chaussée de bourde. quesecond nest panbois observons quun le encorbellement laisse, de dernièreH, A(fig. bis) au-dessus assise 134 sa une de par masse cbarger delepan portion vertical maçonnerie. est muruneHI, de les afin queuespierres enencorbellement de Enarrière de G, clôtpremierPour à masse boisqui le étage.éviter en la encorbel- lement chance les toute de bascule, sablièresportent doubles Nqui lecomble, couronnentgoutterots leur etqui les murs sur toute Ion-
  • 250. CONSTRUCTION ] - 248- [ CHILI;gueur,sont armées leur extrémitéde fortes clefs0 qui maintiennent a
  • 251. [ CIVILE ] - 2lO - [ CONSTRUCTION ]la tête des encorbellements.Cette disposition si simple seretrouve dansbeaucoupde maisons de paysans(voy. MAISON). Maisvoyonsmaintenant comment, dans des bâtissesplus riches, pluscompliquées, plus importantes, les constructeurs arrivent à se servirdes encorbellementsavec adresse,en se soumettant à des dispositionscommandées un besoin particulier. Il sagit de percer une porte dans parlangle rentrant formé par deux bâtiments qui se coupent à angle droit,disposition assezcommode, dailleurs, et qui était souvent commandée 135 Aparleshabitantsdun manoir ou dune maison.Il convient défaire quecette porte donne entrée dans les sallesdu rez-de-chaussée droite et à àgauche puis,au premier étage, supprimerle pan coupédanslequel ; desouvre la porte, de retrouver langle droit formé par la rencontre desmurs de face, dont lun des deux, au moins, fera mur de refend en seprolongeant, détablir alors, au-dessus cette porteet danslangle et derentrant, un escalier de service communiquant du premier étage auxétagessupérieurs. A force de ferrailles recouvertesde plâtre, on arrive-rait facilement aujourdhui à satisfaire à ce programme. Miassil ne fautpoint mentir àla construction, la chosedevient moins aisée.Soient donc(fig. 135jle plan A du rez-de-chaussée cette constructionet le plan de iv. - 32
  • 252. [ CONSTRUCTION - 230 ] - [ CIV1LE J B dupremier On enC,la porte souvre le pan étage. voit, qui dans oupe; D, lespilesintérieures; E, laprojection en en horizontale des 136encorbellements supportant rentrant, Flapro- intérieurs langle eten on horizontale des encorbellements portant saillant;G, langle G,
  • 253. [ CIVILE ] - 231 [ CONSTRUCTION Jsont les arcs contre-butantlanglerentrant et portant les murs de re-fend du premier étage.Nousprésentons (fig.l3G la vue extérieure de laporte, avec les encorbellements qui lui servent dauvent et qui portentlangle saillant de lescalier de service tracé sur le plan B du premierétage.Au besoin même, cesencorbellementspeuvent masquer un inâ- 137chicoulis destiné à défendre la porte. La figure 137 donne la vue inté-rieure de la porte avecles encorbellements portant langle rentrant <enG, sont les deux arcs contre-butant ces encorbellements et supportantles murs de refend supérieurs. Le noyau de lescalier sélève sur le mi-lieu H du pan coupé, et les encorbellements intérieurs et extérieurssont maintenus en équilibre par les pesanteurs opposées des deux
  • 254. CCONSTRUCTION ] - 2o:> [ CIVILE ]angles saillants la cage cetescalier. a,depuis, de de On vouluoblenirdesif-ullats analogues moyende trompes; mais les trompeschargent aules maçonneries inférieures beaucoupplus que ce systèmedencor-bellements, exigentdes matériauxplus rïombreuxet plus grands,descoupes pierres difficiles à traceret plus difficiles encoreà tailler.Ce denest (louepoint là un progrès,à moins que lon ne considèrecommeun pi u-i>".-, plaisir donnéà un appareilleurde montrer sonsavoirau ledétriment de la bourse de celui qui fait bâtir. Si, pendant les xne et xvesiècles, les constructions religieuses ne mo-ilitièrent quepeu les méthodesappliquées lart de bâtir par lesarchi- àtectesdu xmesiècle, il nen est pas de même dans les constructions ci-viles. Celles-ciprennent une allure plus franche ; les procédés employéssont plus étendus, les méthodesplus variées; les architectesfont preuvede cette indépendance qui leur manque dans les monuments religieux.Cest que déjà, en effet, la vie se retirait de larchitecture religieuse etportait toute son énergie vers les constructions civiles. Sous les règnesde CharlesV et de CharlesVI, le développementde larchitecture appli-quée aux édifices publics, aux châteaux et aux maisons, est très-ra-pide. Aucune difficulté narrête le constructeur, et il arrive, en étendantles principes admis par sesdevanciers, à exécuter les constructionsles plus hardies et les mieux entenduessous le double point de vue de lasolidité et de lart. A cette époque, quelquesseigneurssurent donneruneimpulsion extraordinaire aux constructions; ils les aimaient commeil faut les aimer, en laissant à lartiste toute liberté quant aux moyensdexécution et au caractèrequi convenait à chaque bâtiment . Les ducsde Bourgogne et Louis dOrléans, frère de Charles VI, tirent élever desrésidences,moitié forteresses,moitié palais de plaisance,qui indiquentchez les artistes auxquelsfurent confiés ces travaux une expérience,unsavoir rares, en même temps quun goût parfait ; chez les seigneursquicommandèrent ces ouvrages,une libéralité sageet bien entendue, quinest guère, depuis lors, la qualité propre aux personnagesassezriches 1 Rien ne nous semble plus funeste et ridicule que de vouloir, comme cela narrive quetrop souvent aujourdhui, imposer aux architectes autre chose que des programmes; rienne donne une plus triste idée de létat des arts et de ceux qui les professent, que de voirles artistesaccepter toutesles extravagances imposées des personnes par étrangères la àpratique, sous le prétexte quelles payent. Les tailleurs ont, à ce compte, plus de valeurmorale que beaucoup darchitectes; car un bon tailleur, si on lui commande un habit ridi-cule, dira : « Je ne puis vous faire un vêtement qui déshonorerait ma maison et qui feraitrire de vous. » Ce mal date dassez loin déjà, car notre bon Philibert de lOrme écrivaitvers 1575: « ... Je vousadvertirayque depuis trente-cinq ans en ça, et plus, jay observéi en divers lieux que la meilleure partie de ceux qui ont faiet ou voulu faire bastimens,« les ont aussi soubdainement commencez que légèrement en avoient délibéré : dont sen« est ensuivyle plus souventrepentance dérision, qui toujours accompagnent mal et les« advisez : de sorte que tels pensansbien entendre ce quils vouloient faire, ont veu le" contrairede ce qui se pouvoit cl devoit bien faire. Et si par fortune ils demaniloient à«quelques ladvis de leur délibération et entreprisse, uns cestoit à un maislre maçon,ou
  • 255. [ CIVILE ] - 253- [ CONSTRUCTION 1et puissantspour entreprendrede grandesconstructions.Si LouisdOrléansfut un grand dissipateur des deniers publics et sil abusa delétat de démencedans lequel le roi son frère était tombé, il faut recon-naîtreque, commegrand seigneur pourvu dimmenses richesses,il fitbâtir en homme de goût. Ce fut lui qui reconstruisit presque entière-ment le châteaude Coucy, qui éleva les résidencesde Pierrefonds, dela Ferté-Milon, et augmenta celles de Crépy et de Béthisy. Toutes lesconstructions entreprises sous les ordres de ce prince sont dune exé-cution et dune beautérares. On y trouve, ce quil est si difficile de réu-nir dansun même édifice, la parfaite solidité, la force, la puissanceaveclélégance,et cette richesse de bon aloi qui nabandonne rien aux ca-prices. A ce point de vue, les bâtiments de Goucy,élevésvers 1400,onttoute la majesté grave des constructions romaines, toute la grâce desplus délicates conceptions la renaissance. de Laissantde côté le stylede lépoque, on est obligé de reconnaître chez les architectes de cetemps supérioritétrès-marquée ceuxdu xviesiècle,comme une sur con-structeurs : leurs conceptions sont plus larges et leurs moyens dexé-cution plus sûrs et plus savants; ils savent mieux subordonner les détails à lensemble et bâtissent plus solidement. La grandsalle du châteaude Coucy, dite snlle d^sPreux, était une Suvre parfaite (voy. CUATEAU); nen montrerons ici que certaines parties tenant plus nousparticulièrement à lobjet de cet article. Cette salle sélevait au premierétagesur un rez-de-chausséedont les voûtes reposaient sur une épinede colonneset sur les murs latéraux. Elle na pas moinsde 16 mètresde largeur sur une longueur de 60 mètres; cest dire quelle pouvaitcontenir facilement deux mille personnes. Dun côlé, elle prenait sesjours sur la campagne, à travers les épaisses courtines du château;de lautre, sur la cour intérieure (voy. CHATEAU, 16 et 17). Deux fig.énormes cheminées doubles la chauffaient, et les baies latérales étaientau nombre de six, trois sur le dehors et trois sur la cour, sans comp-ter un immensevitrage percé au midi sous le lambris de la voûte debois. Les baieslatérales étaient surmontéesde lucarnes pénétrant dans« à un maistre charpentier, comme Ton a accoutumé de faire, ou bien à quelque peintre,« quelque notaire, et autres qui se disent fort habiles, et le plus souvent nont gueres«meilleur jugement et conseil que ceux qui le leur demandent.... Souventesfois aussinjay veu de grands personnagesqui se sont trompez deux-mêmes, pour autant que la plu-«part de ceux qui sont auprès deux jamais ne leur veulent contredire, ains comme desi-« rant de leur complaire, ou bien à faulte quils ne lentendent, respondent incontinent tels(i mots : Cest bien dict, monsieur ; cest une belle invention, cela est fort bien trouvé, et« montrez bienque vousavez très bon entendement jamais ne nera reu une telle Suvre ;« au monde.Mais les fascheuxpensent tout le contraire, et en discourent par derrière« peult-ètre, ou autrement. Voilà comment plusieurs seigneurs se trompent et sont con-« tentez des leurs. » Nous pourrions citer les six premiers chapitres tout entiers du (r.iitéde Philibert de lOrme ; nous y renvoyons nos lecteurs, comme à un chef-dSuvre de bonsens, de raison, de sagesseet dhonnêteté.
  • 256. [ CONSTKLCTIÛX 25-i - CIVILE j . : :le comble,Nousdonnons(fig. 138) coupede cettesalleprise sur une la
  • 257. [ CONSTRUCTION ] CIVILE des fenêtres avec lucarne au-dessus, 139) latérales la ouverte et(fig.
  • 258. [ CONSTRUCTION ] - 236 - [ CIVILE jla vue perspectiveintérieure de cette fenêtre, qui na pas moins de4 mètres débrasement. La plate-bande qui la couvre esl appareillée dedix claveauxposés avec grand soin, lesquels, serrés par les courtines,qui ont près de 4 mètresdépaisseur, sont maintenushorizontaux sesansle secoursdaucune armature de fer. Dansla vue perspective, nousavons supposé le comble enlevé en A, afin de faire voir la constructionde la lucarne du côté de lintérieur. Ces lucarnes (voy. la coupe) don-naient sur le large chemin de ronde crénelé extérieur, de sorte quaubesoin les gens postés sur ce chemin de ronde pouvaient parler auxpersonnes placéesdansla salle. Les défenseurs étaientà couvert sousun petit combleposé sur le crénelageet sur despiles isoléesA. Lalumière du jour pénétrait donc sans obstacledans la salle par leslucarnes, et cette construction est à une si grande échelle, que, de lasalle en B, on ne pouvait voir le sommet du comble du chemin deronde, ainsi que le démontre la ligne ponctuée BC. De la charpente, ilne reste plus trace, et lon ne trouve sur place, aujourdhui, de cettebelle construction, que les fenêtres et la partie inférieure des lucarnes;ce qui suffit, du reste,pour donner une idée de la grandeurdesdis-positions adoptées.Dansla salle des Preuses,dépendantdu mêmechâteau, nous voyons encore des fenêtres dont les ébrasements sontvoûtés, ainsi que lindique la figure 140, afin de porter une charge con-sidérable de maçonnerie. Les sommiers des arcs doubles en déchargesavancentjusquà la rencontre de lébrasement avec les pieds-droits A(voy.le plan) de la fenêtre,afin déviter descoupesbiaisesdanslescla-veaux, dont les intrados sont ainsi parallèles entre eux. Larc supé-rieur seul reparaît à lextérieur et décharge complètement le linteau. Mais il va sans dire que les constructeurs nemployaient cettepuissancede moyens que dans des bâtiments très-considérables,et qui devaient résister moins à lcHuit du temps quà la destructioncombinée des hommes. Il semble même que, dans les intérieursdes châteaux, là où lon ne pouvait craindre lattaque, les architectesvoulussent distraire les veux, des habitants par des constructionstrès-élégantes et légères. On sait que Charles V avait fait faire dansle Louvre, à Paris, un escalier et des galeries qui passaient pour deschefs-dSuvre de lart de bâtir, et qui fixèrent ladmiration de tousles connaisseurs jusquau moment où ces précieux bâtimentsfurent détruits. Les escaliers particulièrement, qui présentent desdifficultés sans nombre aux constructeurs, excitèrent lémulationdes architectes du moyen âge.Il nétait pas de seigneur qui ne voulûtavoir un degréplus élégant et mieux entendu que celui de son voisin,et, en effet, le peu qui nous reste de ces accessoires indispensables 1 Ces grandes salles étaient habituellement dallées ; on les lavait chaque jour, et desgargouilles étaient réservées pour lécoulement de leau. « Le sang des victimes sécoulaitn de toutes parts et ruisselait par les ouvertures(rigel-stein)pratiquéesversle seuil des« portes. » (Les Xiebetungen, 35° aventure.)
  • 259. [ CIVILIÎ J - 237 - [ CONSTRUCTION ]des châteaux indique toujours une certaine recherche autant qu unegrandehabiletédanslart du tracé. (Voy.ESCALIER.) Pour les habitations plus modestes, celles des bourgeois des villes,leur construction devint aussi, pendant les xrvcet xvesiècles, plus lé- 240 PUiugère, plus recherchée. Cest alors que lon commence à vouloir ouvrirdes jours très-larges sur la voie publique, ce qui était dautant plus né-cessaire,que les rues étaient étroites; quon mêle avec adressele boisà la pierre ou à la brique; quon cherche à gagner de la place dans lesintérieurs en diminuant les points dappui, en empiétant sur la voiepublique par des saillies donnéesaux étagessupérieurs; que, par suite,les constructeurs sont portés à revenir aux pans de bois en façade. Nous ne voulons pas étendre cet article (déjà bien long) outre me-sure, et donner ici des exemplesqui trouvent leur placedans les autresparties du Dictionnaire, nous avonsessayéseulement de faire saisir lesdifférencesprofondes qui séparentla construction civile de la construc- iv. - 33
  • 260. [ CONSTRUCTION ] - 258 - [ MILITAIRE ]tion religieuse au moyen âge. Nos lecteurs voudront bien recourir,pour de plus amples détails, aux mots BOUTIQUE, CHARPENTE, CIIEMINÉE,GnÉNEAU, ÉGOUT, ESCALIER, FENÊTRE, FONTAINE, GALERIE, MAISON, PALAIS,PAN DEBOIS, PLANCUER, PONT,PORTE, SALLE,etc. CONSTRUCTIONS MILITAIRES. - Entre les constructions militaires despremiers temps du moyen âge et les constructions romaines, on nepnil constater quune perfection moins grande apportée dans lemploidrs matériaux et lexécution : les procédés sont les mêmes; les cour- lints et les tours ne se composent que de massifs de blocagesrevêtusdun parement de moellon menu ou dun très-petit appareil. Il sembleque les Normands, les premiers, aient apporté, dans lexécution des »u ragesmilitaires, certains perfectionnements inconnus jusquà eux,""I qui donnèrent, dès le xi° siècle, une supériorité marquée à ces con-structions sur celles qui existaient sur le sol de lEurope occidentale.Un de ces perfectionnements les plus notables, cest la rapidité aveclaquelle ils élevaient leurs forteresses. Guillaume le Conquérant cou-vrit en peu dannées lAngleterre et une partie de la Normandie de châ-IIMUXforts de maçonnerie, exécutésavecune parfaite solidité, puisquenous en trouvons un grand nombre encore debout aujourdhui. Il està croire que les Normands établis sur le sol occidental employèrentles procédés usités par les Romains, cest-à-dire les réquisitions, pourbâtir leurs forteresses, et cest, dans un pays entièrement soumis, lemoyen le plus propre à élever de vastes constructions qui ne deman-dent que des amas très-considérables de matériaux et beaucoup debras. On ne trouve, dailleurs, dans les constructions militaires primi-tives des Normands, aucune trace dart : tout est sacrifié au besoin ma-tériel de la défense.Cessortes de bâtisses nont rien qui puisse fournirmatière à lanalyse; elles nont dintérêt pour nous quau point de vuede la défense, et, sous ce rapport, leurs dispositions se trouvent dé-crites dans les articles ARCHITECTURE MILITAIRE, CHATEAU, DONJON, TOUR. Ce nest guère quà la fin du xne siècle quon voit employer des pro-cédés de construction particuliers aux ouvrages défensifs, composantun art à part. Aux blocagesmassifs opposant une résistance égale etcontinue, on substitue des points dappui réunis par des arcs de dé-charge, et formant ainsi, dans les courtines comme dans les tours, desparties plus résistantesque dautres, indépendantesles unes des; titres,de façon à éviter la chute de larges parties de maçonnerie, si lon venaità les saper. Cest alors aussi quon attache une grande importance àlassiette des ouvragesmilitaires, que les constructeurs choisissent dessolsrocheuxdifficiles à entamerpar la sape,et quils taillent souventle rocher même pour obtenir des escarpementsindestructibles : cestquen effet, pendant les grands siègesentrepris à cette époque, notam-ment par Philippe-Auguste, la sape et la mine étaient les moyens lesplus ordinaires employés pour renverser les murailles (voy. SIÈGE!
  • 261. [ MILITAIRE] - 259 - [ CONSTRUCTION | Un des bas-reliefs qui décorent la façadeoccidentalede Notir-Pamcla Grande,àPoitiers, et qui datent du commencementdu xn° siècle,nousreprésente déjàdes murs de ville composésdarcs de déchargepor(;misur des contre-forts extérieurs peu saillants (tig. 141). Mais il ne fautpastrop sarrêterà cesreprésentations monuments, ne sont pas de quitoujours conformesà la réalité Les arcsde décharge,lorsquils existent,sont habituellement apparents à lintérieur des murailles, pour porterle chéïriin de ronde, et masqués le parementextérieur. Le simple parbon sensindiquait, en effet, quelesarcs de décharge à lextérieur vusmarquaientaux assiégeants points où il fallait attacher la sape,et lesquela saillie descontre-fortscachaitlespionniers. On doit donc pren-
  • 262. [ CONSTRUCTION ] - 2lilt L MILITAIRE }drelexemple ci-dessus comme ligureretournée la muraillepour la deles besoins de la décoration sculpturale. Lintelligencequenous voyonsdéployerpar les constructeurs fran-çais,vers la fin du xuesiècle,dans les édificesreligieux et civils, seretrouve dans les édifices militaires : ils songent à remplacer les forcespassives la construction de romaine desforcesactives; par mais,danslarchitecture militaire, il ne sagit passeulement de résister aux agentsextérieurs, aux lois naturelles de la pesanteur,il faut opposer une résis-tanceà la main destructive deshommes.La logique des artistesqui déve-loppent lart de larchitecture au moyen âgeet le font sortir de lornièreromani"- est rigoureuse : nous avons eu loccasion de le démontrer à noslecteursdanslesdeuxpremièrespartiesde cet article; on comprendraque cet esprit logique et vrai trouvait une belle occasion de sexercerdans la construction des édifices militaires, où tout doit être sacrifiéan besoinde se défendre.La sapeet Ici mine pratiquées moyendes auétançonnements auxquels mettait feuétantle principedattaque on leIf plus ordinaireau xu"sièclft,il fallait opposer ceprincipeun sys- àIfiue capable de rendre inutiles les travaux des assaillants. Si donc 1-4:2] construisons tour conformément plan A, et que nous une au
  • 263. [ MILITAIRE ] :!"""! - L CONSTRUCTION ]lesmineurs viennent sattacher deuxpointsrapprochés la paroi sur deextérieureet pratiquent les deux trous B, G,en les étançonnant aci-dèspotelets, lorsquilsmettrontle feu aces potelets, toute la partieEFde la tour tomberaen dehui"">, louvrageseradétruit. Maissi, en etemployant mêmecubede matériauxet en occupant mêmesuiiaiv le lade pleins,nousavonsle soin délever,aulieu dun mur plein, une suitede nichescomprises entredescontre-fortsintérieurs,comme lindiquele plan G, il y a chanceégalepour que le mineur tombeau-dessousdun vide au lieu de tomber sous un plein, et alors son travail détan-çonnementsincendiésne produit pasde résultat s. Maissil sattachesousun plein, celui-ci offrant uneépaisseur plusgrandequedansle plan A,son travail devient plus long et plus difficile; les rciiïoiircniciil-, H per-mettent dailleurs de contre-miner, sil travaille au-dessous de cesniches. De plus, les niches H peuvent être étanconnéeselles-mêmes àlintérieur, de façon à rendre la chute dune portion de la tour impos-sible, en admettant même que les trous de mine aient été faits en Iet en K, sousles pieds-droits. Ainsi, déjà vers la tin du xnesiècle,avecun cube de matériaux égal à celui employé précédemment, et mêmemoindre, les constructeurs militaires étaient arrivés à donner une as-siette beaucoupplus forte à leurs ouvrages.De plus, les constructeursnoyaient dans lépaisseur des maçonneries de fortes pièces de boischevillées entre elles par des chevilles de fer, afin de cercler leurstours à différentes hauteurs. Le principe était excellent, mais le moyeutrès-mauvais; car cespièces de bois, complètement dépourvues dair,séchauffaientrapidement et pourrissaient. Plus tard on saperçut de ludestruction très-prompte de ces bois, et lon y suppléa par des chai-nages composés de crampons de fer scellés entre deux lits dassises(voy. CHAINAGE). Il est une remarque que chacun peut faire et qui ne laisse pas dêtreintéressante.Les mortiers employés généralement, pendant le xnesiè-cle et le commencementdu xme,dans les églises et la plupart des con-structions religieuses, sont mauvais, manquent de corps, sont inéga-lement mélangés; souvent même le sable fait défaut, et parait avoir étéremplacé par de la poussière de pierre ; tandis que les mortiers em-ployés dans les constructions militaires à cette époque, comme avantet après, sont excellents et valent souvent les mortiers romains. Il enest de mêmedesmatériaux.Les pierres employées dansles fortifica-tions sont dune qualité supérieure, bien choisieset exploitées en grand ;ellesaccusent contraire une grandenégligence une triste écono- au oumie dansla plupart des constructions religieuses. Évidemment lesseigneurs laïques, lorsquils faisaient bâtir des forteresses, avaientconservéla méthoderomaine de réquisitions et dapprovisionnements,que les abbés ou les évêquesne voulaient ou ne pouvaient pas main-tenir. Il semblerait que les seigneurs normands eussent été les pre-miers à réorganiser le systèmede travail de bâtiments employé par les
  • 264. [ CONSTRUCTION ] - 262 - f MILITAIRE ]Romains1, leur exempleavait été suividans touteslesprovinces et duNord et de lOuest.Lenthousiasme produit de grandeschoses, maisilest de peude durée.Cétaitun sentiment de réaction contre la bar-barie qui avait fait éleverleséglisesabbatiales les vastes et bâtimentsqui les entouraient cétait un désir de liberté et un mouvement foi ; dequi avaient fait élever les cathédrales(voy. CATHÉDRALE) ces mo- : mais,ments deffez-vescence passés, les abbés comme les évêques ne trou-vaient plus quun dévouement refroidi; par suite, des négligencesoudestromperiesdans lexécutiondes travaux.Avecla noblesselaïque,il nen pouvaitpasêtre ainsi; on ne demandait auxpaysans dé- pas duvouement, on exigeait deux des corvéesrégulièrement faites, sousunesurveillance inflexible. Ce mode dexécution était certainement le plusefficace lorsquil sagissait dexécuter avec méthode des travaux consi-dérables. Aussi ne devons-nous pas être surpris de cette haine trans-mise de génération en génération chez nous contre les forteressesféodales, et de laffection que les populations ont conservée à traversles siècles pour leurs cathédrales.A la fin du dernier siècle, on a certesdétruit beaucoup déglises, surtout déglises conventuelles, parcequelles tenaient à des établissementsféodaux, mais on a peu détruitde cathédrales; tandis que tous les châteaux, sans exception, ont étédévastés; beaucoup même avaient été ruinés sous Louis XIII etLouis XIV. Pour nous constructeurs, qui navons ici quà constater desfaits dont chacun peut tirer des conséquences, suivant sa manièrede voir les choses, nous sommesobligés de reconnaître quau point devue du travail matériel, on trouve, dans les forteresses du moyen âge,une égalité et une sûreté dexécution, une marche régulière et uneattention qui manquent dans beaucoupde nos édifices religieux. Dansla construction des églises, on remarque des interruptions, destâtonnements, des modifications fréquentes aux projets primitifs; cequi sexplique par le manque dargent, le zèle plus ou moins vif desévêques, des chapitres ou des abbés, les idées nouvelles qui surgis-saient dans lesprit de ceux qui ordonnaient et payaient louvrage.Tout cela est mis bénévolement sur le compte de lignorance des maî-tres des Suvres, de la faiblesse de leurs moyens dexécution-. Maisquand un seigneur puissant voulait faire construire une forteresse,il nétait pas réduit à solliciter les dons de sesvassaux, à réchauffer lezèle des tièdes et à se fier au temps et à ses successeurs pour terminerce quil entreprenait. Cétait de son vivant quil voulait son château, i,En Normandie, existait, pendantle moyenâge,une classede paysans il désignés sousle nom généralde bonliers. Les bordiersétaient assujettis aux tr.iv.mx les plus pénibles,et entre autres aux ouvrages de bâtiments, tels que transports de matériaux, terrasse-ments, : en un mot, ils aidaientlesmaçons. etc. (Voy Etudes la contlit. de la classe sur agric.enNormandie moyen au âge,par Léop Delisle,1851, 15,20,71), et les notesp. 709.) p. 83, On ne manquejamais, par exemple, de dire quon a mis deux siècles à bâtir telle cathé-drale,sanssonger que, surcesdeux centsans,on y a travaillé dix à vingt ansseulement.
  • 265. [ MILITAIRE ] - 263 - [ CONSTRUCTION "J cétait en vue dun besoin pressant, immédiat. Rien ne coûte à Richard CSur-de-Lion quand il veut élever la forteresse des Andelys, le château Gaillard, ni les usurpations, ni les sacrifices, ni les violences, ni lar- gent; il commence lédification de la place, malgré larchevêque de Rouen, bien que la ville dAndely lui appartint. La Normandie est dé- clarée en interdit, à linstigation du roi de France. Laftaire est portée aux pieds du pape, qui conclut à une indemnité en faveur du prélat et lève linterdit. Mais pendant cesprotestations, cesmenaces,cesdiscus- sions, Richard ne perd pas une journée ; il est là, surveillant et activant les ouvriers; sa forteresse sélève, et en un an elle est construite, et bien construite, hi montagne et les fosséstaillés, la place en état com- plet de défenseet lune des plus fortes du nord de la France. Quand Enguerrand III fit élever le châteaude Goucy, cVlail dans la prévision dune lutte prochaine et terrible avec son suzerain, ln mois de retard pouvait faire échouer sesprojets ambitieux ; aussi peut-on voir encore aujourdhui que les énormes travaux exécutés sous ses ordres furent faits avec une rapidité surprenante, rapidité qui ne laisse passer au- cune négligence. De la base au faîte, ce sont les mêmes matériaux, lemême mortier; bien mieux, les mêmes marques de tâcherons : nousen avons compté, sur les parements encore visibles, près dune cen-taine. Or, chaque marque de tâcheron appartient à un tailleur depierre, comme encore aujourdhui en Bourgogne, en Auvergm-, dansle Lyonnais, etc. . Cent tailleurs de pierre, de nos jours, donnent les proportions sui-vantesdans les autres corps douvriers, en supposant une constructionsemblableà celle dEnguerrand III : Tailleurs de pierre 100 Traceurs, appareilleurs, souffleurs. . 20 Bardeurs, pinceurs, poseurs. . ... 100 Terrassiers, manSuvres, corroyeurs. . . . 200 Maçons et aides 200 Pour approvisionner les chantiers : Carriers et chaufourniers 100 Tireurs de sable , 25 Charretiers et aides. 50 Total. ... 795 Soit, en nombre rond : 800 Huit cents ouvriers occupés à la maçonnerie seulement supposentun nombre à peu près égal de charpentiers, serruriers, plombiers, i Les marques gravées sur les parements vus, par les tailleurs de pierre, étaient faites pour permettreau chef datelier de constaterle travail de chacun: ces marquesprouvent.que le travail était payéà la pièce,à la tache,et non à la journée; de plus, elles donnent le nombredesouvriers employés, puisquechacunavait la sienne.
  • 266. [ CONSTRUCTION ] - 204 - [ MILITAIRE Jcouvreurs paveurs, menuisierset peintres (car tous les intérieurs duchâteau de Coucy étaient peints sur enduit frais). On peut donc ad-mettrequeseizecentsouvriersau moinsont travailléà la constructionde cette forteresse. Et si nous examinons lédifice : légalité de la poseet de la taille, la parfaite unité de la conception dans son ensemble etdans sesdétails, luniformité des profils, indiquent une promptitudedexécution qui rivalise avec ce que nous voyons faire de nos jours.Unepareilleactivité aboutissant des résultatsaussi parfaits sousle àrapport de lexécution ne se trouve quexceptionnellement danslesconstructions religieuses, comme, par exemple, à la façade de Notre-Dame de Paris, dans les soubassementsde la cathédrale de Reims,dans la nef de la cathédrale dAmiens. Mais ce sont des cas particuliers;tandis que dans les forteresses du moyen âge, du xii au xvesiècle, onretrouve toujours la trace de cette hâte en même temps quune exécu-tion excellente, des plans bien conçus, des détails étudiés, nul tâton-nement, nulle indécision. .Z43 Prenons,parexemple, une destours dangle du châteaude Coucy,quiont chacune mètresde diamètrehors dSuvre, non compris les talus 15inférieurs. Chacune cestours renferme cinq étages, de plus létagedecombles. Létageinférieur, dont le solest un peu au-dessus solexté- durieur, estvoûté en calotteentre desmurs duneépaisseur 3m,50 de en-viron, plusle talus. Au-dessus cet étage, nestquunecavedesti- de quinéeaux provisions,sélèveun étage voûtéen arcsdogive, à six pansintérieurement.Lesautresétages sont ferméspar desplanchers. Voici(fig.143) plans les superposés etâges des au-dessus lacave. pilesde de Les
  • 267. [ MLLITAUR j 2<M- [ CONSTRUCTION ]lhexagonesonl allernativemenl poséespleins sur vides, de sorte quencoupeperspectivenous voyonsque les pieds-droits sélèventsur lesclefs des arcs en tiers-point formant niches dune pile à lautre, ainsique lindique la figure 144. Cetteconstruction évite le déliaisonnementqui peut se produire et se produit ordinairement dans un cylindrerenfermant des niches percéesles unes au-dessus autres; elle per- desmet aussi douvrir des meurtrières se chevauchant et découvrant tousles points de lhorizon. Nous supposons détruite la voûte de létageinférieur au-dessus de la cave, afin de laisser voir lensemble de laconstruction. On ne peut descendredanscette cave que par lSil percéau sommet de la voûte. On comprend comment une pareille construc-tion, reposant sur un massif plein et sur un étage inférieur dont lesmurs cylindriques sont très-épais et renforcés par un talus extérieur,sépaulantà chaque étage par le moyen des piles chevauchées,devaitdéfier tous les efforts de la sape; car, pour faire tomber une tour ainsibâtie, il eût fallu saper la moitié de son diamètre, ce qui nétait pasfacile à exécuter au sommet dun escarpement et en présence dunegarnison possédant des issues souterraines sur les dehors. Examinons maintenant la construction du donjon de Goucy,bâti parEnguerrand III, vers 1225. Cest un cylindre de plus de 30 mètres dediamètre hors doeuvre, sur une hauteur de 60 mètres. II comprendtrois étagesvoûtés de 13 mètres de hauteur chacun et une plate-formecrénelée. Le sol du rez-de-chaussée est à 5 mètres au-dessus du fonddu fossé,et depuis ce sol intérieur jusquau dallagedu fossé,le cylindresempatte en cône. La maçonnerie, pleine dans la hauteur des deuxétages inférieurs, a 5m,50 dépaisseur, et est encore consolidée pardes piles intérieures formant douze contre-forts portant les retombéesdes voûtes (voy. DONJON). La figure 145 donne la coupe perspective de cette énorme tour. Lesniches inférieures sont étrésillonnées à moitié de leur hauteur par desarcs A formant des réduits relevés au-dessusdu sol, propres au clas-sement des armes et engins. Au premier étage, des niches entre lescontre-forts sélèventjusquà la voûte, et leurs arcs en sont les forme-rets. Au second étage, la construction pouvait être plus légère ; aussile cylindre se retraite à lintérieur pour former une galerie relevée Bpermettant à un très-grand nombre de personnes de se réunir dansla salle supérieure. Mais il faut expliquer la construction remarquablede cette galerie. En plan , le quart de cet étage du donjon présente lafigure 146.Sur les douze piles A, B, portent les arcs-doubleauxde têteCtenant lieu de formerets à la grande voûte centrale D. Cespiles A, B,ont leurs deux parements latéraux parallèles. Des points b sont bandésdautres arcs-doubleaux G parallèles aux arcs C, mais plus ouverts, etdont les naissancesviennent pénétrer les surfaces biaises des piles.Sur les arcs-doubleaux G et G sont bandés des berceaux en tiers-pointEF. Dautres berceaux IK, parallèles aux côtés L du polygone à vingt- iv. - 34
  • 268. CONSTRUCTION ] MILITAIRE ]quatre côtés, viennent reposer sur les pieds-droits e, sur les facesM et
  • 269. MJUTAIHE ] | CONSTRUCTION ,| lt,Ssur les cornes en encorbellement 0. La coupe perspective, vue du
  • 270. j CONSTHUCT1UX ] - ^liS - [ MILITA1HE ]point P, donnela ligure 1466w,qui expliquelespénétrationsdesarcset berceaux dans ces surfaces verticales biaises. Le plan 146et la coupe perspective146 bis font assezvoir quaucommencement du xme siècle, les architectes sétaient familiarisésavecles combinaisons plus compliquées voûtes, et quils sa- les desvaientparfaitementen varier les dispositionsen raison des besoins.Cene sont plus là les constructionsreligieuses.Cescontre-forts, quisévasentpour se relier puissamment au cylindre extérieur et lépaulerau moyen des berceaux IK du plan 146, indiquent une observationtrès-savante des effets qui peuvent se produire dans daussi vastesconstructions; et, en effet, bien que lingénieur Metezeau ait chargéun fourneau de mine au centre du donjon pour le faire sauter, il neput parvenir quà lancer les voûtes en lair et à lézarder la tour sur troispointsde sondiamètre,sansla renverser.Lénormecylindre produisitleffet dun tube chargéde poudre et lançantles voûtescommede lamitraille. Cettegalerie supérieureporte un large chemin de ronde D(voy. la figure 145) à ciel ouvert, et la voûte centrale était couverte deplomb. En E (mêmefigure),sont deschaînages bois deO^SO de déquarris-sage,formantun doubledodécagone chaque à étage,et sereliant à deschaînagesrayonnantsK, égalementde bois, qui se réunissaientaucentre de la voûte au moyen dune enrayure. Les trois voûtes centrales
  • 271. [ MILITAIRE ] - 269 - [ CONSTRUCTION Jse composentchacune de douzearêtiers plein cintre, avec des forme-rets dont les clefs sont poséesau niveau de la clef centrale ; les trianglesentre les douze arêtiers sont construits suivant la méthode ordinaire.Ainsi, chacune des douze travées étant très-étroite relativement audiamètre de la voûte, il en résulte que les arêtiers ne portent que desmurs rayonnants jusquaux deux tiers de la voûte environ, et que cetteconstruction centrale, étant très-légère, produit cependant un étré-sillonnement puissant au centre du cylindre. 11nest pas de systèmede
  • 272. [ CONSTRUCTION ] - 270- [ MILITA1RK ]voûtes,cri dehorsdu systèmegothique,qui pût offrir desdispositionsaussi favorables, il faut bien le reconnaître. Louvrage est, du haut enbas, construit en pierres dappareilde Om,40 Om,45 hauteur,dont à deles parements taillésau taillantdroit, librement,mais parfaite- sontment dressés. mesureque lart de lattaquedes placesdevientplus Améthodique,les constructionsmilitaires se perfectionnent,les maté-riaux employéssont plus grandset mieux choisis,les murs plusépais. mieux maçonnés,les massifs remplis avecplus de soin et le mortierplus égalcl plus ferme. Pendantle xmesiècle,les constructionsmili-taires sont exécutéesavecle plus grand soin, les moyens de résistanceopposés attaques aux singulièrementétendus.Onrenoncele plus sou-vent aux parementsde petit appareilou de moellons usités pendantles xieet xn siècles; ils sont faits de pierres dappareil dures, possédantdesqueuesassez longuespour ne pasêtre facilementarrachées la parpince ou le pic hoyaudespionniers. Dans les massifs,on rencontresouventdeschaînes pierre et desarcs de décharge de noyésen pleine J47maçonnerie. Les parapets sont composés de parpaings, les surfacesextérieures admirablement dressées.Jusquevers 1240il arrive souventque les assises sont poséessur des lits de mortier très-épais (Om,04 àOm,0.">, garnisdéclatsde pierre dure (fig. 14~); mais ce procédé,quidonnait aux lits desassisesunegrandeadhérence causede la quan- àtité de mortier qui sy trouvait employé1,avait linconvénient defaciliter aux pionniers lintroduction de la pince entre les lits pourdescellerles pierres. Au contraire, à dater de cette époque,les lits desassises formantles parements fortifications sont minces(Ora,01 des en-viron, quelquefois moins> les arêtesdespierres sont vives,sansépau- ; II faut remarquer que le mortier a dautant ici plus de force de cohésion, se quiltrouve en plus grande masse ; un lit de mortier très-mince est brûlé /comme disent lesmaçons) la pierre,et nV*t plusquunelamepoudreuse, par gercée, adhérence, sans parcequen posant les pierres,celles-ci boiventrapidement leau contenuedans le mortier, etquecelui-ci,se desséchant vite, perdsa qualité. trop
  • 273. [ MILITAIRE ] - 271 - [ CONSTRUCTION ]frures, et leurs facesrugueuses forment même souvent des bossagessaillants, afin de cacher la ciselure des lits et joints (fig. 148). Il étaitdifficile, en effet, dentamer les assisesde pierres ainsi paremenfées,soit au moyen de la sape,soit par le mouton, le bélier et tous les en-gins propres à battre les murailles. SousPhilippe le Hardi et Philippe le Bel, les constructions militairesfirent un retour vers les traditions antiques. Nous avons vu commeles constructeurs du châteaudEnguei rand III, a Coucy, avaient adoptépourlestours uneenveloppe cylindriqueépaisse extérieure,et comme,intérieurement, ils avaient admis des dispositions assez légères pourporterlesvoûtesou lesplanchers, piles mincesformant entre elles desdes cellules voûtées en tiers-point ; ils semblaient ainsi vouloir con-cilier les besoins de la défense avec les nouvelles méthodes de bâtirdes architecteslaïquesdu commencement xmesiècle.Si, dansles duconstructions religieuses et civiles, cesprincipes nouveaux, développésdans le commencement de cet article, ne cessèrent de progresser etde sétendrejusquà labus et la recherche,il nen fut pas de mêmedans les constructions militaires; les architectes revinrent à des dis-positions simples, un système construction homogène. plus a de plus
  • 274. [ CONSTRUCTION J - 272 L MILITAIREJA chaque p;is, nous sommesobligés ainsi de nous arrêtei dans létudede lart de bâtir desartistesdu moyenâgeet dereprendreunenouvellevoie; car cet art logique seprête à toutesles exigences,à tous les besoinsqui se développent, sans tenter jamais dimposer une routine. Au mo-ment où nous voyons les édificesreligieux exclure le plein cintre et lartde la construction sabandonner à une recherche excessive dans leséglises, les architectes reviennent, dans les constructions militaires,aux formes les plus sévères,au systèmede bâtisse concret, passif, auxprincipes enfin si bien développéspar les Romains.Nous avonsdanslesfortifications de la cité de Carcassonne, bâties à la fin du xme siècle etau commencement du xive, un exemple frappant de cette révolution. Comme nous avons loccasion de présenter dans le Dictionnaireunegrande partie des ouvrages principaux et des détails de ces fortifica-tions1, nous nous bornerons ici à donner, dans son ensemble et ses U9détails, une des défensesles plus importantes de cette enceinte, afinde faire voira nos lecteurs ce quétait devenu lart de la constructionmilitaire sous Philippe le Hardi. Nous choisissons la tour principalede cette enceinte, la tour dite du Trésau,qui ne le cède en rien auxplus belles constructions antiques que nous connaissions. Cette tourdéfend un des saillants de lenceinte intérieure. Elle est construitesuivant le système expliqué dans notre figure 142 (G), cest-à-direque ses deux étagesau-dessus du sol extérieur se composent, du côtéde lattaque, de niches comprises entre des contre-forts intérieurs,niches au fond desquelles sont percées des meurtrières qui battentles dehors. Dun étage à lautre, ces niches se chevauchent commecelles de la tour du château de Coucy. Le sol de la ville est à 7 mè-tres au-dessus du sol extérieur. La figure 14J donne le plan de la tour 1 Voyezaussiles Archirps i/c inoiiinn. Inxlnr., publiées, sousles auspices M. le mi-. denistre dÉtat, par la Commission monuments des historiques(Gide,édil j.
  • 275. [ M1L1TA11R ] -2~>.> - [ CONSTRUCTION ]du Trésau au niveau du rez-de-chaussée(cavepour la ville), de plaiu-pied avec le sol extérieur. Sous cet étage existe une cave taillée dansle roc, revêtue de maçonnerie et voûtée, à laquelle on descend parlescalier à vis placé dans langle de droite de la tour. Le premier étage 150(fig. 150)est élevéde quelques marches au-dessusdu sol de la ville. Cerez-de-chaussée cepremier étage (rez-de-chaussée et pour la ville) sontvoûtésau moyen darcs-do.ubleaux,df formerets et darcs ogives, sui-vant la méthode gothique. Le premier étage (fig. 150)possèdeune che- 151minée G, une porte donnant sur le terre-plein de la cité, un réduit Epour le chef du poste, et les latrines F en encorbellement sur le dehors.Le second étage (premier pour la ville) (fig. loi) possède des murspleins vers le dehors, afin de charger et de relier puissamment la con- iv. - 35
  • 276. [ CONSTRUCTION ] - 274 - [ MILITAIRE ]struction inférieure, dont le mur circulaire est percé de niches che-vauchéeset de meurtrières ; cet étage est couvert par un plancher. Letroisième étage (fig. 152) présente un chemin de ronde A à ciel ouvert,et au centre une salle sous comble, éclairée par deux fenêtres per-cées dans le mur-pignon D. Outre lescalier B qui monte de fond,se trouve cependant, à partir du chemin de ronde, un second escalierB ; tous les deux montent jusquau sommet des deux guettes qui flan- D quent le pignon D. En se plaçant, le dos au pignon, sur le pavédu rez-de-chaussée (plan fig. 149), et regardant du côté de la défense,nous voyons (fig. 153) quelle est la construction intérieure de cette tour.Nous supposonsla voûte séparant le rez-de-chaussée premier étage dudémolie, afin de faire comprendre la disposition des niches intérieuresformant meurtrières, chevauchéeset portant les pleins sur les vides,pour découvrir tous les points de la circonférence à lextérieur, et aussipour rouper les piles et éviter les ruptures verticales, conformémentau systèmeadopté pour les tours de Coucy,expliqué plus haut. La sim-plicité de cette construction, sa solidité, le soin avec lequel les pare-ments sont appareillés en belles pierres de taille à lintérieur et à lex-térieur, indiquent assez lattention que les architectes de la fin duxuie siècle donnaif nt à lexécution de ces bâtisses, comment ils sacri-fiaient tout au besoin de la défense, comme ils savaient soumettreleurs méthodes aux divers genres de constructions. En parcourant les fortifications élevéesautour de la cité de Carcas-sonne sousPhilippe le Hardi, on ne supposeraitguère que, peu dannéesplus tard, on élevait dansla mêmeville le chSur de léglise de Saint-Nazaire,dont nous avonsprésentéquelquesparties à nos lecteurs. La tour du Trésau est couverte par un comble aigu formant croupepunique du côté de la campagne,et qui vient, du côté de la ville, sap-j>iier sur un pignon percéde fenêtreséclairant les divers étages.Sinousfaisonsune coupetransversale la tour en regardantle pignon, sur
  • 277. MILITAIRIÎ ] - 273 - [ CONSTRUCTION J 153nous obtenons la figure 154. En examinant le plan, on voit que ce mur-
  • 278. CONSTRUCTION J - 276 - MILITAIKE j pignon relativement hauteur, épais. dececôté, est, à sa peu Mais, il
  • 279. f MIUTAHU; J - 277 - [ CONSTRUCTION ]sagissaitseulement de se clore à la gorge de la tour, et ce mur estdailleurs solidement maintenu dans son plan vertical par les deuxguettesF, F, qui, par leur assietteet leur poids, présentent deux pointsdappui dune grande solidité. La jonction de la couverture avec lepignonest bien abritéepar cesdegrésqui lurinentsolins sur le pare-ment intérieur, ci qui facilitent la surveillance des parties supérieuresde la tour. La toiture (dont la pente est indiquée par la ligne ponctuéeIK) reposesur les deux grands.bahuts K séparant absolument le che-min de ronde E de la salle centrale. Au niveau du rempart, le cheminde ronde G pourtourne la construction du côté de la ville, dont le solest en CD, comme celui du dehors est en AB. Dailleurs, le soin apporté dans les conceptions densemble de cesédiiices militaires se manifeste jusque dans les moindres .IrlailN. Onretrouve partout la marque dune observation réfléchie et dune expé-rience consommée.Ainsi, sans nous étendre trop sur ces détails, quitrouvent leur place dans les articles du Dictionnaire,nous nous borne-rons à signaler une de ces dispositions intérieures de la structure desfortifications de Garcassonne à la fin du xiue siècle. Quelques-unesdes tours les plus exposéesaux efforts de lassaillant sont munies, àleur partie antérieure, de becs saillants destinés à éloigner les pion-nierset à offrir une résistancepuissante coupsdu mouton (bélier) aux[voy. ARCHITECTURE MILITAIRE,TOUR]. voici, dans ce cas particulier, Orcomment est disposé lappareil des assises (fig. 155). Les joints despierres,dansla partie antérieurede la tour, ne sont point tracés nor-
  • 280. [ CONSTRUCTION 1 - 278 - [ MILITAIRE ]mauxH la courbe, mais à 45 degréspar rapport à laxe AB ; de sorteque lactiondu mouton sur le becsaillant (point le mieuxdéfilé,et parconséquent plus attaquable) neutraliséepar la direction de ces le estjoints, qui reportent la percussionaux points de jonction de la tour avecles courtinesvoisines.Si lassiégeantemploiela sape, aprèsavoircreusé sous le bec et même au delà, il trouve des joints de pierre quine le conduisent pas au centre de la tour, mais qui lobligent à un tra-vail long et pénible, car il lui faut entamer au poinçon chaque bloc quise présente obliquement, et il ne peut les desceller aussi facilementque sils étaient taillés en forme de coins. Dans notre figure, nousavons tracé lappareil de deux assises par des lignes pleines et deslignes ponctuées. Lorsque larchitecture religieuse et civile se charge dornementssuperflus, que la construction devient de plus en plus recherchée,pen-dant les xie et xve siècles, la construction militaire, au contraire, em-ploie chaque jour des méthodes plus sûres,