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Science sante derniere_version

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    • Épidémie à Stimulation Réforme de laLe magazine de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale Escherichia coli cérébrale pharmacovigilance Une question de résistance Succès confirmés ! Entretien avec Xavier Bertrand Cerveau Les secrets de l’apprentissage
    • Gardez le lien avec l’InsermL’Inserm lance son application iPhone
    •  médicale Épidémie à Escherichia Stimulation© ETIENNE BEGOUEN/INSERM coli Une question de cérébrale Réforme de de la recherche résistance Succès confirm pharmacovi la és ! Entretien avec gilance Xavier Bertrand de la santé et Ce mois-ci, Science & Santé À LA UNE de l’Institut national  consacre son « Grand Angle » Le magazine 4 Épidémie aux sciences cognitives et Les bactéries font de la résistance Cerveau Les secrets de Alexis Brice montre que nos capacités l’apprentissage cérébrales nous permettent  DÉCOUVERTES    6 Récepteur IRR  d’acquérir et de sélectionner Le détecteur de pH des informations, de les 9 Imagerie biphotonique stocker puis de les utiliser© YVES DERIS/INSERM Dans l’intimité de nos neurones pour prendre des décisions, 10 Cancer guider nos pensées et Pourquoi les cellules ont la bougeotte Bernard Bioulac nos actions. Comprendre 11 Assistance médicale à la procréation Où en est la France ? les bases cérébrales des 13 Cancer particularités de la cognition humaine Un traitement en temps et en heure est un enjeu de recherche fondamentale mais également un enjeu éthique et de  TÊTES CHERCHEUSES santé publique. En effet, depuis quelques 14 Atip-Avenir années, on voit émerger des phénomènes Des jeunes qui ont le vent en poupe tels que les méthodes « d’amplification cognitive», qu’il s’agisse de produits  REGARDS SUR LE MONDE pharmaceutiques, d’aliments ou des 17 États-Unis Un pas contre la paralysie programmes d’entraînement cérébral plus ou moins rigoureux. La communauté  CLINIQUEMENT VÔTRE 18 Stimulation cérébrale profonde neuroscientifique a bien évidemment Succès confirmés ! une responsabilité importante dans ce 20 Biotechnologie domaine. Nous découvrons également à Des globules rouges made in France travers ce dossier que les compétences cognitives (attention et vigilance, capacités  GRAND ANGLE d’apprentissage et de mémorisation) varient selon le cycle circadien, pouvant 22 Cerveau parfois expliquer des dysfonctionnements Les secrets de l’apprentisage cognitifs. Un enjeu majeur est l’éducation, processus qui modifie le fonctionnement  MÉDECINE GÉNÉRALE cérébral, avec le développement de la 38 Télémédecine neuro-éducation. Les neurosciences Une pratique médicale à part entière de l’apprentissage, qui s’intéressent à 40 Stress professionnel Le généraliste en première ligne l’ontogenèse des systèmes de connaissance (matière scolaire fondamentale mais aussi  ENTREPRENDRE base du développement social et affectif 42 MicroARNs Des régulateurs pleins d’avenir de l’enfant) et à leurs bases cérébrales, sont appelées à jouer un rôle fondamental  STRATÉGIES dans la conception de nouvelles méthodes 44 Politique du médicament d’enseignement et dans le traitement de Xavier Bertrand : « Rebâtir un nouveau système troubles cognitifs développementaux. de sécurité sanitaire » 45 Publications La qualité avant la quantité Alexis Brice et Bernard Bioulac, co-directeurs de l’Itmo Neurosciences,  46 BLOC-NOTES sciences cognitives, neurologie, psychiatrie SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   3
    •  À LA UNE • DÉCOUVERTES • TÊTES CHERCHEUSES • REGARDS SUR LE MONDE • CLINIQUEMENT VÔTRE • GRAND ANGLE • MÉDECINE GÉNÉRALE • ENTREPRENDRE • OPINIONS • STRATÉGIES • BLOC-NOTES •• •• •• ••  Les bactéries font de la résistance Les bactéries semblent toujours plus nombreuses à émerger, responsables d’épidémies qui s’étendent désormais à plusieurs pays. Pour les spécialistes, ce n’est pas le rythme de leur émergence qui est en cause, mais leur résistance toujours plus large aux traitements disponibles. M ardi 26 juillet 2011. variabilité génétique chez E. coli est très grande, note© EYE OF SCIENCE/PHANIE L’épidémie, cau- le chercheur. On sait que le pangénome, c’est-à-dire sée par la bactérie l’ensemble des gènes différents connus pour une espèce Escherichia coli entéro- donnée, approche les 20 000 gènes chez E. coli. Le génome hémorragique (ECEH) propre à chaque spécimen ne contient pourtant que 4 200 et qui se répandait en à 5 500 gènes. Parmi ceux-ci, seuls 2 000 sont communs à Europe depuis fin mai, est toutes les souches de l’espèce, c’est le " core-genome ". Le E. Coli, bacille terminée. Le micro-organisme a causé la mort de 126 per- génome de cette bactérie est donc très mobile ! » qui colonise sonnes. Les cas de personnes infectées, eux, s’élèvent à près Dans des travaux publiés en mai 2006 dans Molecular naturellement de 8 000. L’espèce bactérienne impliquée n’est pourtant pas Microbiology et en janvier 2009 dans PloS Genetics, le l’appareil digestif humain. une inconnue: dans les selles humaines, on en trouve natu- scientifique et ses collègues avaient mis en lumière les rellement de 100 millions à un milliard par gramme! E. coli mécanismes-clés de cette plasticité. « Certaines de ces est une bactérie commensale, inoffensive lorsqu’elle reste bactéries sont dites mutatrices, c’est-à-dire qu’elles ont dans le tube digestif. Mais certaines versions modifiées de un taux de mutation Bactéries d’E. Coli celle-ci apparaissent, appelées « souches », et peuvent se très élevé, auquel il faut (en vert) dans l’intestin révéler pathogènes pour l’homme. C’est ce qui s’est passé ajouter leur capacité de d’un enfant avec la récente vague de contamination européenne : la souche O104:H4, dont l’origine reste à déterminer, a été transmise à l’homme via l’ingestion d’aliments infectés. À la clé, une intoxication causée par les toxines qu’elle pro- duit, dites de Shiga. Elle entraîne des diarrhées sanglantes voire, dans les configurations les plus graves, la destruc- tion des globules rouges et une insuffisance rénale. Souche O104:H4 en Europe, souche O145 découverte début juillet à Bordeaux, nouvelle bactérie encore non identifiée tou- chant l’hôpital de Rotterdam, aux Pays-Bas... Le rythme d’apparition de nouvelles bactéries s’accélérerait-il ? « Ces émergences ont toujours existé. Et ce de manière incessante au cours de l’histoire évolutive du genre Escherichia, qui a divergé des salmonelles il y a environ © STEPHANIE SCHULLER/SPL/PHANIE 120 millions d’années », explique Erick Denamur Y Z, spécialiste de l’écologie et de l’évolution des micro- organismes à l’université Paris-Diderot.  Erick Denamur : unité 722 Inserm/ Paris 7, Ecologie et évolution des micro- organismes Plasticité et variabilité d’E. Coli  Patrice Nordmann : unité 914 Inserm, Derrière ces émergences, une plasticité génomique Résistances émergentes aux antibiotiques, Service de Bactériologie-Virologie- remarquable, qui permet aux gènes d’entrer et sortir Parasitologie de l’hôpital de Bicêtre constamment du génome de ces bactéries. « Ainsi, la 4 N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    • À LA UNE recombinaison. Une bactérie peut ainsi recevoir des gènes qu’elles possèdent déjà, mais dans une version différente, ce qui lui confère un polymorphisme (). Des gènes, qui n’existent pas chez une bactérie, peuvent aussi lui être transférés et lui apporter ainsi une nouvelle propriété. Et à l’inverse, des gènes peuvent aussi être perdus », rappelle Erick Denamur. Les antibiotiques coupables L’émergence de nouvelles souches n’est donc pas nouvelle. Comment expliquer dès lors que l’apparition de ces bactéries nous semblent de plus en plus fréquente ? Pour le spécialiste, il faut regarder du côté du phéno- mène de résistance. « À la base du processus d’évolu- tion, il y a certes la variabilité génétique, mais modifiée par l’intermédiaire des antibiotiques. En effet, au fur et à mesure de leur utilisation, on sélectionne les variants © CNRI/SPL/PHANIE génétiques résistants et ce sont ceux-là qui nous semblent “ émerger ” », analyse-t-il. Pour son collègue Patrice Nordmann Y Z, chef de service de bactériologie-virologie-parasitologie, une catégorie de bactéries, à laquelle appartient E. coli, est tout particulièrement au cœur de l’affaire. « Les entéro- plus cantonnées à l’hôpital, elles se développent en milieu Klebsiella bactéries () présentent des multirésistances, contre les- urbain. Et là, leur contrôle est amplement plus compli- pneumoniae, quelles nous disposons de peu d’antibiotiques, constate qué », pointe Patrice Nordmann. Les spécialistes sur- qu’on trouve dans l’appareil le chercheur. Au cours des décennies passées, l’industrie veillent de près trois réservoirs majeurs, le Pakistan, le respiratoire, digestif pharmaceutique s’est focalisée sur le développement de Maroc et la Turquie, ainsi que l’Italie et la Grèce dans ou urinaire. traitements contre les bactéries de type " Gram +". Elles une moindre mesure. « Les conditions locales expliquent ne possèdent qu’une paroi cellulaire et sont donc plus la présence de ces réservoirs, notamment en termes d’hygiène. faciles à attaquer que les " Gram -", qui en possèdent deux. Dans ces pays, les antibiotiques sont employés sans Travailler sur celles-ci semblait aussi moins rentable. » contrôle, les plus aisés n’hésitant pas à utiliser largement Résultat : ces entérobactéries continuent d’émerger, tout tous les traitements disponibles, sans cibler la bactérie. La comme leurs résistances, et les antibiotiques disponibles surpopulation est aussi un facteur essentiel de la plus ne sont pas assez nombreux pour en venir à bout. rapide dissémination bactérienne », poursuit-il. En France, le nombre d’épidémies reste faible. Mais le Polymorphisme Une situation risque de voir se déverser dans l’Hexagone des bactéries Le fait qu’une espèce présente des individus sous haute surveillance multirésistantes, issues de ces réservoirs, existe bien. aux caractéristiques Parmi ces entérobactéries : les représentants du genre « Il devient urgent de dépister tous les patients transférés différentes au sein d’une Escherichia donc, mais aussi les Klebsiella, avec K. pneu- depuis un hôpital étranger. Sinon, des scénarios à la maro- même population. moniae, un bacille responsable de pneumonies noso- caine, où une large proportion de la population se trouve comiales. « Le problème est que ces bactéries ne restent être porteuse de bactéries multirésistantes, est tout à fait plausible », s’alarme-t-il. En ligne de mire : des Entérobactéries Bactérie connue et reconnue difficultés à venir pour Hôtes habituels de l’intestin de l’homme La bactérie ECEH responsable de l’épidémie traiter les maladies liées et des animaux allemande de mai 2011 a été rapidement à ces bactéries multi- identifiée : en un week-end, les méthodes résistantes, mais aussi de de séquençage à haut débit ont permis sérieux problèmes dans de reconnaître le génome de la « bactérie le domaine préventif. tueuse ». Celle-ci était en fait déjà « Le jour où le médecin partiellement connue : dans les années n’aura plus d’antibio- 1990, une souche partageant 93 % de ses tiques efficaces à admi- séquences avec elle avait été identifiée. © PHOTOTAKE/BAUMAN/BSIP nistrer à un patient en « Financer la recherche fondamentale est essentielle. Séquencer la diversité bactérienne attente de greffe, c’est devient plus qu’utile lors d’épidémies : si E. Coli, un pan de la médecine on connaît déjà une souche, il est plus facile souche moderne qui s’effon- de l’appréhender », assure Erick Denamur. O157:H7 drera », augure-t-il. I Alice Bomboy SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   5
    • • À LA UNE  DÉCOUVERTES • TÊTES CHERCHEUSES • REGARDS SUR LE MONDE • CLINIQUEMENT VÔTRE • GRAND ANGLE • MÉDECINE GÉNÉRALE • ENTREPRENDRE • OPINIONS • STRATÉGIES • BLOC-NOTES •• ••Le détecteur de pHLa collaboration exceptionnelle d’une équipepede l’Inserm avec des chercheurs russes a permis ermisde révéler la fonction dans la régulation du pHd’un récepteur jusqu’alors orphelin : l’IRR. L ’Insulin-receptor Related ed Receptor (IRR) a été découvert rt voici une vingtaine d’années. . Comme son nom l’indique, l’IRR RR est de la même famille que le récep-cep- teur à l’insuline (IR) ou que le récepteur epteur aux IGFs (Insuline Growth Factor, IGF-R). or, Présent dans certaines cellules de l’orga- nisme (rein, pancréas ou testicules), on ne s), savait pas, jusqu’à présent, à quoi il pouvait “ IRR, servir exactement. un récepteur au rôle L’histoire commence par un heureux enfin connu „ hasard de laboratoire, en 2005. Une équipe de chercheurs russes, dirigée par Alexander Petrenko, à action. En supprimant l’Institut de chimie du vivant Shemyakin-Ovchinnikov à chez des souris le gène myakin-Ovchinnikov Moscou, réalise des expériences sur l’IRR en utilisant, par codant pour ce récepteur, r souci d’économie, un lot périmé de milieu de culture qui les chercheurs ont montré s’est révélé être alcalin. Les chercheurs ont alors observé que leur organisme deve- heurs que l’IRR était activé dans ce milieu basique. Ils en ont nait incapable de s’adapter à ieu déduit que l’anion hydroxyl (OH-), responsable de l’alca- une charge alcaline, apportée par linité du milieu, était capable de déclencher un change- exemple par les aliments. Les rongeurs finissaient par © TEK IMAGE/SPL/PHANIE ment de conformation du récepteur. Dans l’organisme, développer une alcalose métabolique, provoquant une cette nouvelle forme d’IRR entraînerait la sécrétion de hausse toxique du pH interne. Normalement, une telle bicarbonate par les cellules rénales, jouant ainsi un rôle surcharge les aurait conduits à excréter aussitôt du bicar- essentiel dans la régulation du pH du milieu intérieur, bonate de sodium par voie urinaire, ce qui aurait évité Dominique Eladari : l’ensemble des liquides dans lequel baignent nos cellules. toute perturbation du milieu intérieur. « Ces observations unité 872 Inserm/Paris 6, Forts de cette découverte et en collaboration avec donnent à penser que l’IRR participe à un mécanisme qui Centre de recherche des Cordeliers I.E. Deyev et al. Cell Metab, juin 2011 les chercheurs moscovites, l’équipe de Dominique permet de détecter les variations de pH de l’organisme afin 8;13(6):679-89 Eladari Y Z a alors voulu préciser les mécanismes en de pouvoir adapter le transport rénal de bicarbonate et de corriger les anomalies », explique Dominique Eladari. Si une partie du voile est levée, des questions sub- sistent. Entre autres, quel est le rôle exact du récepteur IRR dans l’estomac ? « Lorsque l’on mange, l’estomac Un pH contrôlé pour des cellules secrète des acides, ce qui s’accompagne d’une absorption en pleine santé de bicarbonate par les cellules. Ainsi, il est possible que ces ions alcalins en activant le récepteur IRR informent Le pH est un facteur important de la régulation des l’organisme… qu’il en train de manger ! », précise le mécanismes cellulaires. On sait en effet que les protéines sont sensibles aux variations de pH, leur comportement et scientifique. Ces recherches devraient servir également leurs fonctions peuvent s’en trouver modifiés. Afin de lutter à mieux comprendre les signaux à l’origine de la sensation contre le développement d’un milieu intérieur trop acide de satiété et donc l’obésité… Mais aussi à mieux cerner (induit par exemple par la consommation alimentaire de l’hypertension artérielle. En effet, les cellules rénales, qui protéines animales…) ou trop alcalin (régime végétarien…), sécrètent du bicarbonate et possèdent le récepteur IRR, le rein est capable d’éliminer soit des protons (acides), soit absorbent également le chlorure de sodium dont l’excès des anions bicarbonates (alcalins). favorise l’hypertension. La fructueuse et rare collabora- tion franco-russe a donc de l’avenir ! I Clara Delpas6 N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  DÉCOUVERTES Troubles bipolaires Cancer L’influence des rythmes circadiens Simulation en 3D Des chercheurs Psychologique, physiologique, environnementale ou génétique ? L’origine lillois Y Z ont mis des troubles bipolaires reste encore mystérieuse, ce qui rend leur approche au point un outil si difficile. Un marqueur essentiel a cependant récemment été mis en de simulation évidence : une altération des fonctions circadiennes, autrement dit des numérique en 3D pour rythmes veille-sommeil, se manifeste au cours des phases de manie et estimer les risques de dépression par des changements d’humeur, d’appétit, de sommeil de la thermothérapie ou d’énergie. Plus surprenant, ces anomalies apparaissent également interstitielle © GARO/CRH/PHANIE laser. Encore en lorsque le malade est serein. Des chercheurs, emmenés par Franck développement, Bellivier Y Z, du Pôle de génomique médicale à Créteil, viennent de cette méthode, montrer que cette rythmicité troublée pourrait être liée à des varia- peu invasive, tions au niveau des gènes circadiens, ce qui influencerait l’expression utilise un laser de des troubles, mais aussi la réponse aux traitements prodigués. A. B. faible puissance L’imagerie en 3D Franck Bellivier : unité 955 Inserm/Paris 12 Créteil, Institut Mondor de recherche biomédicale (IMRB) afin d’induire la permet de cibler les  V. Milhiet et al. J Physiol, 13 juillet 2011 coagulation de la contours de la tumeur. zone nécrosée, dont le volume peut être contrôlé, ce qui réduit les risques de dommage sur les structures saines environnantes. Les résultats des simulations, visant à mesurer l’augmentation de température générée par le laser Image et le volume de dommages thermiques produits, sont de synthèse conformes à ceux obtenus lors des tests précliniques d’un virus réalisés sur des rats. Ce qui laisse augurer de (en violet) possibles simulations sur le modèle humain. A. B. et d’anticorps  Unité 703 Inserm/Lille 2, Thérapies interventionnelles assistées par l’image et la simulation (Thiais) (en vert)  M. Marqa et al. BioMedical Engineering, 2011; 10:45 doi:10.1186/1475-925X-10-45 © SPACE IMAGING EUROPE/SPL/PHANIE QUESACO ? comme Biocide Les biocides sont des substances chimiques destinées à détruire des organismes jugés nuisibles par l’homme, en particulier des micro-organismes pathogènes et les insectes ravageurs des cultures. Pesticides et antibiotiques en sont les représentants les plus connus. Mais leurs effets potentiels sur la reproduction Immunologie sont une préoccupation pour les pouvoirs publics. L’expertise collective de l’Inserm, Reproduction et environnement, fait Les immunoglobulines le point sur leur action de perturbateurs endocriniens. J. C. sous influence Des chercheurs de l’Institut de génétique et de biologie  w ww.inserm.fr moléculaire et cellulaire Y Z viennent d’éclairer les mécanismes à l’origine de la diversification des anticorps, pilier de l’efficacité du système immunitaire. G GÉNÉTIQUE : ÉPISSAGE À GÉOMÉTRIE VARIABLE Dans le Journal of Experimental Medicine du 11 juillet, Comment un gène code-t-il pour plusieurs protéines ? Pour répondre, ils expliquent que l’enzyme AID (cytidine désaminase Cameron Mackereth (Institut européen de chimie et biologie) et des collègues induite par activation) s’associe avec d’autres allemands et espagnols se sont intéressés au fonctionnement de la protéine protéines pour agir sans risques sur les gènes des U2AF65. Ce facteur d’épissage permet de couper certains segments de l’ARN avant qu’il ne soit transcrit : selon les excisions effectuées, un gène immunoglobulines et contribuer à leur adaptation. peut ainsi coder pour plusieurs protéines. Les chercheurs, dont les résultats Ce mécanisme pourrait être imité artificiellement pour sont publiés dans Nature, ont montré que les variations d’épissage étaient développer des vaccins plus efficaces et de nouvelles liées à une oscillation de la conformation de U2AF65 : fermée, elle est thérapies anti-cancéreuses. A. B. inactive, alors qu’elle passe en forme ouverte quand elle est en contact  Unité 964/Université de Strasbourg, Institut de génétique et de biologie moléculaire avec les segments à exciser. Des mutations affectant cette protéine sont et cellulaire (IGBMC) susceptibles de modifier la synthèse protéique. A. B.  B. P. Jeevan Raj, et al. J Exp Med, 11 juillet 2011; en ligne : jem.20110118.  C. D. Mackereth et al. Nature, 21 juillet 2011; 475 : 408–411, SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   7
    •  DÉCOUVERTES Vision Cognition Sous les feux des LED Le frein de l’anxiété Pour comprendre les bases neurales des interactions entre l’anxiété et le contrôle cognitif, © NATIONAL PHYSICAL LABORATORY/SPL/PHANIE des chercheurs de l’université Pierre-et-Marie- Curie Y Z ont comparé sous IRM fonctionnelle les réponses cérébrales de participants en bonne santé et de patients présentant des troubles de l’anxiété. Le but ? Déterminer l’impact du stress sur le réseau cérébral impliqué dans le contrôle cognitif. Les scientifiques ont ainsi remarqué que, face à une tâche stressante, le premier groupe, Laboratoire sain, se caractérisait par une activation accrue de recherche dans une région impliquée dans le contrôle cognitif sur les LED (le cortex gauche préfrontal dorsolatéral), ainsi que par une diminution de l’activation dans uneLes diodes électro-luminescentes sont en passe de devenir la principale zone liée à l’anxiété (le cortex droit préfrontalsource d’éclairage domestique. Des chercheurs de l’Inserm Y Z ont été ventrolatéral). Chez les patients anxieux, cettemissionnés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, modulation différenciée entre cortex n’apparaît pas,de l’environnement et du travail (Anses) pour estimer les risques que leur ce qui expliquerait les difficultés éprouvées par cesutilisation comporte pour la rétine. Conclusions : les données manquent sur personnes à s’adapter à des tâches cognitives. A. B.leur toxicité et des évaluations doivent être rapidement menées, notamment  Unité 975 Inserm/Paris 6, Centre de recherches en neurosciences de la Pitié-Salpétrièreafin d’étudier les conséquences d’une exposition à vie à cette nouvelle  L. Koric et al., Hum Brain Mapp, 18 juillet 2011; doi: 10.1002/hbm.21340lumière sur les photorécepteurs rétiniens. A. B. Unité 872 Inserm/Paris 6 , Physiopathologie des maladies oculaires, Centre de recherche des Cordeliers F. Behar-Cohen, et al. Progress in Retinal and Eye Research, juillet 2011; 30(4) : 239-257 1,1 an C’est le temps travaillé en moins par G CANCER : LES TUMEURS PRÉCOCESNeurosciences les personnes diabétiques au cours DÉBUSQUÉES Ces tumeurs restent de leur vie professionnelle. RetraiteUn cerveau modèle anticipée plus fréquente et mise en souvent indétectables par l’imagerie médicale, mais invalidité accrue seraient responsables des recherches menéesCréer un modèle du cerveau humain et de son activité sur les petits animauxen 2023, c’est l’objectif que se sont fixé les chercheurs de cette diminution du temps de pourraient changer laeuropéens du Human Brain Project (HBP), sous la carrière. Des résultats tirés de l’étude donne. Des appareilsdirection du neurobiologiste Henry Markram Y Z. menée par une équipe Inserm Y Z miniatures, fondés sur laÀ partir de cette simulation informatique, les spécia- sur la cohorte de salariés d’EDF-GDF, stimulation par une source Gazel, entre 1989 et 2007. J. C. infrarouge de colorantslistes espèrent mieux comprendre le cerveau humain fluorescents préalablementet en tirer de nouvelles pistes thérapeutiques, contre  Unité 1018 Inserm/Paris 11, Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations injectés, ont été mis aule vieillissement par exemple. Cela permettrait égale-  E. Herquelot et al, Diabetes care, juin 2011; 34(6) : 1344-1349 point pour étudier ratsment l’élaboration de nouvelles méthodes d’appren- et souris. Adaptés à l’homme, ils pourraienttissage. Dirigé par l’École polytechnique fédérale de révéler des mini-structuresLausanne, le projet rassemble déjà treize universités dans les tissus, commeou institutions de recherche, dont l’unité de la formation de petitsneuroimagerie cognitive CEA-Inserm de vaisseaux sanguinsNeuroSpin à Gif-sur-Yvette Y Z. Le HBP a (angiogenèse) autour de tumeurs de moins d’unété présélectionné parmi cinq autres projets millimètre, espèrent Alainpar l’Union européenne. S’il est retenu, il bé- Le Pape, chercheur, et sesnéficiera d’un budget de 100 millions d’euros collègues tourangeaux Y Z.annuels pendant dix ans. Alors que les États- Dans le cas du cancer du sein, par exemple, lesUnis se lancent dans un projet similaire, la mammographies peinentconquête du cerveau humain se révèle à différencier ce marqueurdésormais le nouveau défi à relever. M.L. L. d’un simple kyste ou d’une Henry Markram : directeur de HBP à l’École polytechnique fédérale calcification. A. B. © BLUE BRAIN/HBP de Lausanne (EPFL)  Unité 618 Inserm/UniversitéUnité 992 Inserm-CEA/Paris 11, Neuroimagerie cognitive de Tours-François-Rabelais, Protéases Modélisation et vectorisation pulmonaires d’un neurone  S. Pesnel et al. Eur J Nucl Med Mol www.humanbrainproject.eu Imaging; DOI 10.1007/s00259-011-1857-28 N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  DÉCOUVERTES  Dans l’intimité de nos neurones Plonger au cœur de notre cerveau et voir in vivo son fonctionnement, c’est désormais possible grâce à l’imagerie biphotonique. Une technique qui va permettre de © INSERM, S. CHARPAK mieux connaître notre encéphale. C omprendre le fonctionnement du cerveau est leCapillaires Graal de la physiologie moderne. Or, pour mieux déchiffrer cet organe vital, il faut pouvoir l’obser- Ce sont les vaisseaux sanguins les plus petits ver in vivo par des moyens non invasifs. Un véritable défi et les plus fins. Déployés que des chercheurs Inserm Y Z viennent de relever. Dans Cartographie en arborescence, ils de la pression partielle relient les veinules et les la revue Nature Medicine de juin, ils détaillent comment en oxygène dans les vaisseaux du cerveau. artérioles, et ferment ils sont parvenus à mesurer, de manière non invasive, le Les couleurs indiquent des taux en oxygène ainsi la boucle du flux sanguin et la pression d’oxygène dans le bulbe olfac- différents dans les vaisseaux. réseau de la circulation tif d’un rat, cette région du cerveau où sont traitées les sanguine. Les capillaires fournissent aux cellules informations liées au sens de l’odorat. Pour cela, ils ont les nutriments et le eu recours à une technologie de microscopie en plein le flux sanguin dans les capillaires () du cerveau, ainsi dioxygène. développement : l’imagerie biphotonique qui permet de que la pression d’oxygène à une profondeur de 300 à pallier les problèmes de la microscopie traditionnelle, 400 micromètres. Le tout avec une précision spatiale de monophotonique, inefficace au cœur des tissus. En effet, l’ordre du micron et une résolution temporelle inférieure au delà d’une centaine de microns de profondeur, les à une seconde. La mesure simultanée de ces deux para- tissus biologiques diffractent fortement la lumière et les mètres a permis de montrer que la concentration de l’oxy- images obtenues sont floues. gène, tant dans les vaisseaux que dans le tissu cérébral, Combinée à l’emploi de marqueurs moléculaires fluctuait au cours d’une activation sensorielle. Quant à la fluorescents, l’imagerie biphotonique permet, elle, de mesure de la pression en oxygène, elle s’effectuait, aupara-  Unité 603 Inserm/Paris 5, Neurophysiologie et nouvelles microscopies plonger jusqu’à 1 mm à l’intérieur des organes sans les vant, via des électrodes de Clark. Ce système très invasif,  J. Lecoq et al. Nature Medicine, juin 2011 ; endommager. «Au lieu d’exciter les marqueurs fluorescents puisque les électrodes devaient 17 (7) : 893-898 avec un seul photon de forte énergie, nous utilisons deux pho- “ Une plongée être plantées dans le cerveau, tons d’énergie moitié moindre mais sans dommage permettait uniquement de appliqués simultanément, précise dans les organes „ mesurer l’oxygène dans le tissu Serge Charpak, directeur du labo- cérébral. L’étude a également Comment ratoire. Cela présente un double avantage, d’une part, nous pouvons apporté la preuve de ce que des modèles théoriques laissaient supposer: dans les capillaires du cerveau, le sang ça marche ? travailler avec des longueurs d’onde n’est pas oxygéné de manière homogène, les régions Les techniques d’imagerie de 800 à 1 000 nm qui pénètrent entourant les globules rouges sont plus oxygénées que le biphotonique consistent à envoyer plus profondément les tissus et, reste du plasma sanguin. Et grâce à l’imagerie biphoto- deux photons sur les tissus d’autre part, l’excitation du mar- nique, ce phénomène peut être observé directement. observés au moyen de lasers à queur fluorescent et son émission Par ailleurs, l’imagerie biphotonique devrait permettre impulsions ultracourtes. Lorsque lumineuse se font sur un point à terme d’explorer plus facilement les affections neuro- la molécule ciblée absorbe simultanément deux photons focal extrêmement précis, environ logiques qui se traduisent par une modification des infrarouges, elle passe de son état 1 micromètre cube. » Résultat, la apports en oxygène des tissus cérébraux, tels que les de repos à un état excité. Lors phototoxicité et les interférences accidents vasculaires cérébraux ou encore les maladies de son retour à l’état de repos, lumineuses qui parasitaient neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. I la molécule émet un signal de l’image en microscopie de fluores- Erwan Lecomte fluorescence, soit un seul photon cence traditionnelle sont réduites. d’une longueur d’onde visible. Grâce à ce procédé, l’équipe a réussi à mesurer simultanément  Nouvelle technique d’exploration fine du cerveau www.inserm.fr/Actualités Recherche SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   9
    • ➜ DÉCOUVERTES CANCER Pourquoi les cellules ont la bougeotte © INSERM/CEA/DANIELLE GULINO-DEBRAC L’équipe Inserm de Jacques Camonis, à l’Institut Curie, vient de faire un pas en avant dans la compréhension des mécanismes de la migration des cellules. Impliquée dans les cancers, c’est une cible thérapeutique prometteuse. Cellules endothéliales humaines mises en culture. En N os cellules bougent, que ce soit lors du déve- vert, la VE-cadhérine, qui souligne les jonctions entre les cellules, en bleu, les noyaux des cellules, en rouge, les loppement de l’embryon, ou de la réponse filaments d’actine qui maintiennent la forme des cellules. immunitaire. Mais aussi dans d’autres situations plus inquiétantes comme les cancers, lorsque c’est-à-dire se désolidarisent les unes des autres et sont des cellules malignes parviennent à migrer et à former des résume métastases. Cette aptitude à se déplacer, ou motilité, repose Maria-Carla Parrini dans la revue Molecular Cell. sur la formation d’un réseau de laments d’actine, une pro- La motilité est contrôlée par de nombreuses voies de  Front de migration téine indispensable à l’architecture et aux mouvements des cellules, au niveau du front de migration(). Comment cette en cascade qui permettent aux éléments d’une cellule Partie avant de la de détecter les signaux externes et d’y répondre. L’une membranaire cellulaire lorsque la cellule se recherche. Car, si toutes les cellules de notre corps peuvent déplace. produire de l’actine, toutes ne sont pas mobiles en temps la littérature médicale depuis 20 ans, on sait qu’elle déclenche la formation des laments d’actine. la peau, des intestins et des seins. Et pourtant, ces tissus sont L’équipe de Jacques Camonis a simulé une blessure ☛ Maria-Carla Parrini, le siège des cancers les plus répan- dans une monocouche de cellules Jacques Camonis : unité 830 Inserm/ Paris 5, Génétique et biologie des cancers dus. � M.-C. Parrini et al. Molecular Cell 42, dans le corps parce que ces cellules les cellules se désolidarisent et y plantant une pipette. Les cher- 650–661, June 10, 2011 deviennent mésenchymateuses, cheurs ont ensuite observé que les cellules du voisinage commençaient à migrer pour assurer la cicatrisation de la blessure. Ils ont ainsi montré qu’une protéine, SH3BP1, était essentielle à SH3BP1, une molécule essentielle la migration des cellules réparatrices. En e et, les cellules Légendes chez qui les chercheurs avaient bloqué l’expression du gène infographieIque codant pour cette protéine migraient moins bien. En temps nonseruptio normal, SH3BP1 inactive Rac, la protéine clé de la voie quamenimi, sim imilit ullo ea pe accum, d’un réseau d’actine mal organisé, et par conséquent d’avoir quia voluptaquis du mal à avancer dans la bonne direction. moluptae dis Par ailleurs, il existe un lien entre la voie Rac et une autre voie, moluptaquiam dont on connaît depuis une dizaine d’années le rôle dans le rectem quia tra c de vésicules de sécrétion vers la membrane cellulaire illab ipiendam, sitatur, assinul complexe protéique de cette voie, l’exocyste, interagit direc- liquaeprovid ea tement avec SH3BP1. que con cullab transporte SH3BP1 jusqu’au front de migration, schématise id mincturepro coressinti omnis Maria-Carla Parrini. Là, SH3BP1 agit sur la voie Rac et la es simporeseque formation du réseau d’actine, permettant ainsi une migration© SYLVIE DESSERT laborru ptasimint e cace. » Ces découvertes sont précieuses. En e et, cette eatur mo voloris connexion entre ces deux voies que sont Ral et Rac permet aut laboris no d’ores et déjà d’envisager de nouvelles stratégies pour inhiber la migration des cellules cancéreuses. Clara Delpas 10 ● ● N° 4 ● SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  DÉCOUVERTES •• •• •• •• •• ••Où en est la France ?Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire vient de publier un numérosur l’assistance médicale à la procréation. Premier constat : en 2009,les techniques d’AMP ont permis la naissance de 21 759 enfants,soit 2,6 % des naissances en France. Un chiffre 19 dons dembryonsassez stable depuis 2005. Quelles en sont les raisons ? ons 190 dons dovocytes  Et quelles perspectives pour ces techniques ? 1110 dons de spermatozoïdes 2416 TEC (transfert d’embryonsL congelés) e 7 juillet dernier, la loi de bioéthique a été publiée au Journal Officiel. Le cadre médical de l’assistance médicale à la procréation (AMP) y a été réaffirmé : FIV 5400 La fécondation inséminations intraconjugaleselle reste limitée aux couples en âge de procréer et qui in vitro Répartition des actessouffrent d’infertilité. « Cette stricte réglementation peut repose d’assistance médicale FIV sur deux 8160 à la procréation en 2009expliquer que le nombre de tentatives d’AMP reste stable techniques : FIV avec ICSIen France, mais aussi que des personnes recherchent dans la FIVd’autres pays des solutions à leur attente », explique Pierre classique (les Dans 95 %Jouannet Y Z qui a coordonné le numéro du Bulletin spermatozoïdes des cas,épidémiologique hebdomadaire du 14 juin dédié à l’AMP. rencontrent les les enfants ovocytes dans un 4464 sont issusCouples homosexuels, femmes seules ou ménopausées milieu de culture) et FIV classique des gamètesn’y ont pas accès en France, contrairement à d’autres pays l’ICSI. Cette technique du couple.comme la Belgique, l’Espagne ou la Grèce. Et les patientes consiste en l’injection © CAROLE FUMATfrançaises qui s’y rendent ont surtout recours aux dons de intra-cytoplasmique SOURCE : AGENCE DE LA BIOMÉDECINE BI  d’un spermatozoïdesperme ou d’ovocyte, ou encore à la gestation pour autrui. dans l’ovocyte. Mais certaines pourraient scientifique de l’ABM, souligne cependant les efforts dans en toute légitimité bénéfi- ce sens : « En 2004, nous étions en moyenne à une réim-70 %c’est le pourcentage des cier d’une AMP dans notre pays, notamment pour les plantation de 2,15 embryons, aujourd’hui nous sommes à 1,8. D’ailleurs, le taux moyen d’accouchements gémel-couples qui deviennent dons d’ovocyte. Alors pour- laires en FIV en 2009 est de 18 %. » Pour améliorer encoreparents en commençant quoi traverser les frontières? ces chiffres, Pierre Jouannet prône, chez les femmes lesun parcours de FIV :  Pierre Jouannet : Centre de recherche41 % lors d’une des Parce que les délais d’attente Sens, éthique, société (CNRS/Université plus jeunes et les plus fertiles, le transfert sélectif d’un Paris -Descartes), ancien président de la4 tentatives de FIV, 11 % vont parfois jusqu’à 5 ans… fédération des Cecos embryon, celui doté des meilleures chances de s’implanter.par adoption, 11 % par Dans son rapport d’activité  BEH, 4 juin 2011; 23-24 « Les recherches actuellement menées sur les premiers stadesconception naturelle et de 2010, l’Agence de la bio-  Revue adsp, juin 2011; 75 de développement devraient nous permettre de définir des7 % grâce à de nouveaux médecine (ABM) le recon- critères rigoureux de sélection et privilégiertraitements. naît : « La situation du don le transfert d’un seul embryon », confirme d’ovocytes en France est pré- Françoise Merlet.occupante. » En 2009, seules 328 femmes ont fait des dons, Autre perspective de l’AMP : la cryoconser- © AFP PHOTO/JEFF PACHOUDce qui a permis 933 FIV () et 190 naissances. « Ce nombre vation des gamètes et des tissus germinauxest très largement insuffisant car, à raison de deux couples rece- (ovaires et testicules), notamment pourveurs pouvant bénéficier des ovocytes issus d’une donneuse, il contrer les effets destructeurs d’une chimio-aurait fallu 800 donneuses supplémentaires. » Résultat : plus thérapie sur les organes reproducteurs.de 1 600 couples étaient en attente d’un don fin 2009. « Avec l’Institut national du cancer et les pro-Pour Pierre Jouannet, l’AMP dans notre pays est aussi fessionnels, nous travaillons sur les possibilitésconfrontée à une « épidémie de grossesses multiples », Ysaline, de préserver la fertilité, notamment lorsque leconséquence du transfert de plusieurs embryons au une première traitement anticancéreux intervient avant la puberté», assurecours des FIV. « En 2006, le taux de naissances multiples en France ! Françoise Merlet. Pour les femmes, le tissu ovarien seraiten France était de 20,6 % contre 5,8 % en Suède. Or ces prélevé, conservé, puis regreffé après le traitement. Unegrossesses multiples comportent des risques non négligeables possibilité qui a déjà fait ses preuves : en 2009, Ysaline est lede complications pour les femmes et les enfants. » FrançoiseMerlet, médecin référent AMP à la Direction médicale et  www.agence- biomedecine.fr premier bébé français né suite à une autogreffe ovarienne. Une naissance naturelle. I Gaëlle Lahoreau SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   11
    •  DÉCOUVERTES G SONDAGE : LA SCIENCE EN TOUTE CONFIANCE Génétique Les Français font globalement confiance à la science et à la communauté qui l’entoure tan- Des microARNs régulent le génome dis que le discours des hommes politiques sur les thèmes scientifiques provoquent plus de mitochondrial méfiance. C’est le résultat du sondage Ipsos Les mitochondries jouent un rôle essentiel dans la production d’énergie des réalisé du 17 au 23 mai 2011 pour La Recherche et Le Monde. En effet, les Français accordent cellules et dans le déclenchement de l’apoptose, la mort cellulaire programmée. volontiers leur confiance aux scientifiques Des chercheurs du laboratoire de Biologie intégrative des adaptations à l’exercice, mais restent néanmoins pragmatiques et à Évry Y Z, et de l’équipe Biopuces et génomique fonctionnelle du CEA, réservés selon les domaines. L’opinion se à Grenoble, se sont intéressés au fonctionnement de ces organites cellulaires qui forge ainsi par rapport au ressenti personnel. Précisément, par leur irruption directe dans la communiquent avec le noyau pour synchroniser ces deux importantes fonctions. vie quotidienne, les innovations technologiques Ils ont découvert qu’elles pouvaient sont très bien acceptées. Quant aux actua- être soumises à une régulation de lités scientifiques, les Français s’y intéressent leur génome par des microARNs, d’autant plus qu’ils estiment que la science ces petits ARN non codants peut résoudre des problèmes majeurs : 91 % du panel pensent ainsi qu’on pourra un capables de dégrader les ARN jour guérir du cancer. D’ailleurs, la population messagers ou de supprimer estime avoir une meilleure connaissance de leur traduction en protéines. la science qu’il y a 10 ans, ce qui lui permet Les scientifiques, dont les résultats de mieux appréhender les risques. Pour- tant, elle pense ne pas être suffisamment ont été publiés dans PloS One en informée sur le nucléaire, les OGM ou le mai 2011, ont identifié ces réchauffement climatique, et met en doute microARNs dans des cellules © PATERLINI-BRÉCHOT, PATRIZIA /INSERM la crédibilité des résultats. Pour nos compa- musculo-squelettiques humaines. triotes, la science est donc utile. Reste à leur Reste à déterminer s’ils ont été démontrer qu’en plus elle est fiable. M.L. L. importés depuis le cytosol, phase  http://extranet.inserm.fr/ actualites liquide où baignent les organites, ou s’ils sont en partie synthétisés dans la mitochondrie. A. B. Unité 902 Inserm/Évry  E. Barrey, et al. PLoS One; 6(5): e20220. doi:10.1371/journal. pone.0020220 VIH responsable Réseaux interconnectés du réticulum du sida (image endoplasmique (en vert), où sont fabriquées de synthèse) les protéines, et de mitochondries (en rouge) productrices d’énergie 76 % Biologie synthétique C’est la baisse du risque d’infection par Échafaudage d’ARN© SPL/PHANIE le VIH chez les La boîte à outils de la biologie synthétique s’enrichit ! Les chercheurs hommes circoncis. de l’équipe « Génétique moléculaire évolutive et médicale » Y Z, en Coordonnée par Bertran adaptant les principes des nanotechnologies à l’expérimentation in Auvert Y Z, cette étude de vivo, ont pu mettre au point une technique qui permet de contrôler l’Agence nationale de recherches sur le sida l’emplacement des enzymes au sein des bactéries. Une innovation et les hépatites virales (ANRS), menée dans un bidonville de la banlieue de Johannesburg d’importance car les voies métaboliques sont naturellement organisées (Afrique du Sud), a permis de confirmer dans spatialement au sein de micro-compartiments cellulaires. Comment le monde « réel » des résultats obtenus lors y sont-ils parvenus ? En faisant produire par des bactéries des ARN d’essais cliniques antérieurs. Toutefois, si la non codants dont la séquence des nucléotides a été conçue pour qu’ils circoncision semble maintenant une méthode s’auto-assemblent et forment ainsi de larges structures au sein des de prévention reconnue, elle ne doit pas faire cellules. Elles servent alors de support pour organiser dans l’espace des oublier l’usage du préservatif dont l’efficacité enzymes responsables d’une voie de synthèse d’hydrogène. Selon leur est depuis longtemps prouvée. J. C. géométrie, les chercheurs ont pu observer des variations du rendement  Bertran Auvert : unité 1018 Inserm/Paris 11, Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations de cette voie métabolique. Le système est totalement modulaire et peut être appliqué à d’autres enzymes grâce à des protéines au rôle  w ww.anrs.fr d’« adaptateurs » qui relient les enzymes aux échafaudages d’ARN. J. C. Unité 1001 Inserm/Paris 5  C.J. Delebecque et al. Science, 22 juillet 2011; 333(6041) : 470-474 12  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    • DÉCOUVERTES    Un traitement en temps et en heure Entre 1990 et 2010, près de 2 600 patients atteints de cancer digestif de l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif ont bénéficié d’un traitement, la chronothérapie, dont le principe est de suivre les cycles d’activité des cellules. Avec un but : atténuer les effets secondaires des médicaments. •• ••Détoxification À l’automne 2011 s’achèvera Optiliv, un essai Élimination des clinique européen sur le traitement du can- substances toxiques cer colorectal. Son objectif ? Atténuer la et autres déchets taille et le nombre de métastases développées de la cellule secondairement dans le foie, afin d’en faciliter l’ablation chirurgicale et donc améliorer les Horloges moléculaires chances de survie des patients. Son originalité ? La moitié des patients recevront leurs traitements Processus moléculaires dont les rouages en suivant un rythme chronobiologique. impliquent une quinzaine Chronobiologie, chrono- de gènes et de protéines organisés en boucles d’autorégulation, et 1997 thérapie... Il ne s’agit pas de médecine parallèle, mais tout Découverte simplement de caler un traite- génèrent une oscillation du premier ment sur le rythme d’activité © SYLVIE DESSERT du métabolisme cellulaire gène de d’environ 24 heures. l’horloge de nos cellules afin d’en amé- moléculaire liorer l’efficacité et/ou d’en chez la souris atténuer les effets non désirés. Détoxification (), transports membranaires, réparation de l’ADN, ne sont pas “ 10 % de nos gènes sont moindres, la chrono- des processus actifs sur 24 heures : il y a des pics sont actifs selon un cycle thérapie permet aussi de d’activité, en lien avec les pics de production des d’environ 24 heures „ mieux contrôler la proliféra- protéines impliquées ! tion des cellules cancéreuses, Chez la souris, l’équipe de Francis LéviY Z, qui coordonne dont les horloges sont déréglées, et d’être ainsi plus efficace,  Francis Lévi : unité 776 Inserm/Paris 11, cet essai, a répertorié 40 agents anticancéreux dont la souligne Francis Lévi. Grâce à cette méthode, des patients sont Rythmes biologiques et cancers et unité de chronothérapie des cancers de l’hôpital toxicité varie en fonction de l’heure d’administration. Chez aujourd’hui guéris depuis plus de dix ans, alors qu’à l’époque Paul-Brousse de Villejuif, membre l’homme, leurs recherches ont porté notamment sur le ils présentaient un cancer colorectal métastatique considéré fondateur de l’Académie des Technologies 5-fluorouracile (5-FU), une chimiothérapie classique des comme au-delà de toute ressource thérapeutique. »  F. Lévi et al. Annual Review of Pharmacology and Toxicology, 2010 ; cancers colorectaux. « Le 5-FU est apparu jusqu’à cinq fois Mais, ces avancées cliniques sont aujourd’hui peu 50: 377-421 moins toxique lorsqu’il était perfusé avec un pic à 4 heures appliquées dans les hôpitaux. « La plupart des médecins du matin plutôt qu’à ne connaissent pas l’existence d’horloges biologiques et ne 16 heures ou à débit peuvent appréhender leurs implications. La chronobiologie Sexe et gènes aussi constant », explique n’est pas évoquée au cours des études médicales», constate le Le projet européen, Tempo, coordonné le chercheur. Les chercheur. Par ailleurs, les moyens techniques espérés ne par Francis Lévi, a montré que l’heure enzymes de détoxi- sont pas encore au rendez-vous. Les pompes électroniques d’administration était aussi influencée par le sexe fication, capables de programmées pour la chronothérapie se font attendre. et le fonds génétique. Du moins chez la souris ! neutraliser le 5-FU, Pourtant ses applications ne se limitent pas aux cancers. Les études menées ont porté sur deux molécules, sont en effet plus Les horloges moléculaires (), ou leurs dérèglements, l’irinotecan, un médicament indiqué pour le actives la nuit, alors interviennent aussi dans des maladies cardiovasculaires, traitement du cancer colorectal, et le seliclib, une que les cibles molé- neurologiques, mais aussi parasitaires comme le palu- molécule anticancéreuse en développement. « Une méta-analyse récente de 3 essais cliniques culaires inhibées par disme. Les rouages de cette mécanique ne sont donc pas randomisés confirme le rôle du sexe dans la le 5-FU sont, elles, prêts de s’arrêter. I Gaëlle Lahoreau tolérance et l’efficacité de la chronothérapie du plus abondantes le  www.chrono-tempo.org cancer colo-rectal », indique le chercheur. jour. « Comme les Journées Recherche et santé, « Rythmes effets secondaires biologiques et cancer » http://extranet.inserm.fr SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   13
    • TÊTES CHERCHEUSES • REGARDS SUR LE MONDE • CLINIQUEMENT VÔTRE • GRAND ANGLE • MÉDECINE GÉNÉRALE • ENTREPRENDRE • OPINIONS • STRATÉGIES • BLOC-NOTES • À LA UNE • DÉCOUVERTES  CHRIS JOPLING  Un Anglais Des jeunes qui ont qui a du cœur E ntre 16 et 22 ans, Chris Jopling le vent en poupe travaillait sur des plates-formes pétrolières. À 40 ans, il est lauréat du programme Atip-Avenir. Un prix © DR dont il est très fier, étant donné « la qualité des recherches de tous les candidats ». Retour Les noms des nouveaux lauréats du programme sur une trajectoire atypique. « Si j’ai quitté l’école Atip-Avenir sont annoncés. Depuis 2009, le CNRS et tôt, c’est parce que je n’avais aucune idée de ce que je l’Inserm unissent leurs efforts pour encourager les jeunes voulais faire. Mais finalement, j’ai réalisé que je ne pourrais rien faire de motivant sans qualification. J’ai chercheurs méritants. Les meilleurs bénéficient ainsi d’une donc décidé de suivre des cours du soir pour pouvoir structure d’accueil qui va leur permettre de développer retourner à l’université. » Une période de deux ans leur propre équipe de recherche et d’une dotation de que le futur chercheur qualifie de difficile, mais 270 000 euros sur trois ans. Alors que 406 chercheurs enthousiasmante car elle lui a apporté une grande stimulation intellectuelle. Pourquoi avoir choisi de ont déjà intégré ce programme, les 27 lauréats 2011 s’orienter vers la biologie ? « Depuis toujours, je me vont les rejoindre. Parmi eux, 4 parcours à découvrir... demande d’où vient la vie. Et je n’étais pas d’accordTransfert GIANNI LITI horizontal de gènes L’homme des levuresProcessus par lequel Tun organisme reçoit du out petit déjà, Gianni telles le cancer ou le diabète, sont régulées par plusieursmatériel génétique d’un Liti voulait être cher- zones d’un chromosome, les loci (), et malgré toutes © SIMONA MAGGIAIOLIautre organisme, sans cheur. Le lauréat les études d’associations, on ne peut expliquer que par-qu’il en soit le descendant. italien du programme tiellement leur héritabilité : en cause, entre autres, lesLocus Atip-Avenir se souvient : nombreuses interactions entre les gènes, ainsi qu’entre « Mes parents devaient le gène et environnement. Quel rapport avec la levure ? EtEmplacement défini savoir car ils m’avaient bien, justement, les multiples souches de S. cerevisiaesur un chromosome offert une boîte de jeux pour jouer au petit chimiste ! » offrent une grande variabilité génétique naturelle. Et la De plus, Gianni est un homme fidèle. Depuis le début, combinaison de ces variations donne lieu à une grandePhénotype la levure Saccharomyces cerevisiae l’accompagne dans ses recherches. Dès sa thèse à l’université de “ La boîte diversité de phénotypes (). Le projet de Gianni, commencéEnsemble des caractèresobservables d’un Pérouse, en Italie, dont il est originaire, il s’inté- du petit chimiste à l’université de Nottingham,organisme resse au transfert horizontal de gènes () chez les pour commencer „ est de modéliser ces carac- levures. « L’université possède plus de 6 000 lignées tères complexes à partir d’unEucaryote cellulaires ! » Puis c’est le départ pour Leicester, où il système génétique eucaryote () simple. À terme, il s’applique d’abord à comparer les génomes des diffé- espère ainsi décrypter les mécanismes génétiques impli-Organisme dont la cellulepossède un « vrai » noyau, rentes levures du genre Saccharomyces. Il faut dire que qués dans les maladies humaines. Un projet de grandeentouré d’une membrane. ce micro-organisme présente un énorme intérêt pour envergure qui le passionne et qu’il développera au labo- le projet de Gianni. En effet, de nombreuses maladies, ratoire de biologie et pathologie des génomes, à Nice !  G LE PRIX LAMONICA DE de l’institut thématique dans une cohorte de 120 familles G SÉVERINE BOILLÉE, NEUROLOGIE DE L’ACADÉMIE « Neurosciences, sciences avec consanguinité et début précoce chercheuse Inserm au Centre DES SCIENCES cognitives, neurologie de la maladie de Parkinson. de recherche en neurosciences à la est attribué cette année et psychiatrie » d’Aviesan. Alexis Brice : unité 975 Inserm/Paris 6 Pitié-Salpétrière Y Z, a reçu le prix  à Alexis Brice Y Z, PU-PH Le prix servira à financer un projet scientifique de la fondation NRJ pour au sein du CHU de la Pitié- Salpêtrière et co-directeur d’analyse du spectre et de la fréquence des mutations pathogènes  w ww.aviesan.fr ses travaux sur la sclérose latérale amyotrophique. Elle a notamment 14  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  TÊTES CHERCHEUSESavec les points de vue religieux ! » Après une licence CHLOÉ JAMESen biochimie, puis un DEA et une thèse en neuro-sciences, le jeune chercheur trouve enfin sa voielors de son post-doc : l’étude de la régénération La recherche dans le sang © DR Mdu cœur chez le poisson-zèbre. « Cette capacité est édecin hématologue et chercheuse dans l’unité « Adaptationtout à fait surprenante ! Grâce à la prolifération des cardiovasculaire à l’ischémie », à l’université de Bordeaux, Chloé James a découvertcellules du muscle cardiaque différenciées, ce poisson son attrait pour l’hématologie, située à l’interface de la médecine clinique, de la biologiepeut ainsi régénérer jusqu’à 20 % de son cœur. Mes et de la recherche, pendant ses études de médecine. Désormais, elle s’attaque à un problèmerecherches ont donc pour but d’identifier les gènes de santé publique majeur : les thromboses. La survenue de ces caillots sanguins intempestifsimpliqués dans ce mécanisme.» Mais Chris vise plus demeure en effet mystérieuse. Pour élucider leur formation, Chloé prend comme modèle de loin : « Dans le monde travail les syndromes myéloprolifératifs (SMP), maladies au cours“ Je me demande occidental, les maladies desquelles des cellules sanguines normales sont produites en trop “ Percer le secretd’où vient cardiaques sont une grande quantité, et où l’on observe fréquemment des thromboses des thrombosesla vie ? „ des premières causes inexpliquées. « La plupart des patients souffrant de SMP portent une inexpliquées „ de décès et d’invalidité. anomalie sur le gène JAK2, codant pour une protéine à activité tyrosineÀ terme, l’idée est d’identifier les gènes homologues kinase (), dans leurs cellules sanguines. Il s’agit de la mutation JAK2V617F. Mon hypothèse estchez les mammifères et parvenir un jour à induire une que la présence de cette mutation modifie l’interaction entre les cellules endothéliales, qui formentrégénération du cœur chez l’homme. » L’installation les vaisseaux sanguins, et les plaquettes, ces éléments du sang qui interviennent en premier pouren France, à l’Institut de génomique fonctionnelle, stopper les saignements en cas de blessure. » La jeune chercheuse se propose donc d’utiliser desà Montpellier, inquiète-t-elle le chercheur ? Pas du souris porteuses de cette mutation afin d’identifier les acteurs de ces thromboses inexpliquées.tout. «Le rayonnement de ce labo est international et Sont-elles dues à des plaquettes anormales ? À des cellules endothélialesvivre en France est très agréable. » D’autant plus quesa compagne est française !  Tyrosine kinase modifiées? Ou aux deux? Passionnée par ses recherches, Chloé apprécie tout autant le contact avec les patients lors des consultations qu’elle donne Enzyme qui catalyse le transfert d’un à l’hôpital Haut-Lévêque (CHU de Bordeaux) dans le service d’hémato- groupe phosphate logie biologique. Entre ses activités professionnelles et ses deux enfants, sur une protéine. aura-t-elle le temps d’apprendre à piloter un avion, son rêve pas si secret? DAMIEN COUDREUSE dévolu sur un laboratoire à New York et se passionne pour la biologie synthétique, un domaine dans le vent dont le but est de Le goût du risque créer des systèmes biologiques artificiels. Ce qui lui plaît surtout? L’aspect conceptuel de ces recherches, destinées à approfondir les en toute simplicité connaissances fondamentales. Pour ses études, il choisit la levure © COUDREUSE Schizosaccharomyces pombe. «Pour réguler tout cycle cellulaire, de C e jeune biologiste prend la science à contre- nombreuses protéines interagissent. J’ai décidé de simplifier tout cela, pied. Alors que la plupart des recherches en fusionnant par exemple les gènes codant pour deux sous-unités menées en biologie cellulaire ont pour but “ Simplifier les d’un même complexe protéique. Le gène et la protéine obtenus ne d’identifier le plus grand nombre de molécules systèmes cellulaires „ font alors plus l’objet que d’un nombre réduit de contrôles. Et à intervenant dans un processus biologique donné, notre grande surprise, bien que son système de régulation ait été quitte à entrer de plus en plus dans sa complexité, ce chercheur essaie au drastiquement simplifié, la cellule fonctionne très bien ! » contraire de simplifier les cellules. Après Les défis qu’il s’est lancés avec sa future équipe ? « Identifier dans quelles son parcours à l’École normale supé- conditions ce système cellulaire simplifié sera en difficulté et observer comment La voie de  rieure puis aux Pays-Bas pour sa thèse, il va s’adapter. » Le jeune chercheur a conscience que son sujet « est risqué, signalisation Wnt où il travaille sur la voie Wnt (), Damien mais j’ai envie de me faire plaisir et ces recherches me passionnent. » Pour son est impliquée dans s’accorde une pause pendant laquelle il retour en Europe, Damien a choisi l’Institut de génétique et développement de nombreux processus : embryogenèse, cancer, traverse l’Afrique d’est en ouest. Une fois de Rennes. Un retour dans sa Bretagne natale qui lui permettra de s’adonner mise en place des axes rentré de son périple, il se décide, non sans à son activité sportive favorite : la planche à voile. I de polarité... hésitation, à faire un post-doc. Il jette son Rubrique réalisée par Julie Coquartdémontré la participation des G LE GRAND PRIX intégratives au Centre conduisant à la transformationcellules de la microglie dans la CANCÉROLOGIE DE LA de recherche des Cordeliers tumorale.dégénérescence des motoneurones. FONDATION SIMONE ET à Paris, pour ses Unité 872 Inserm/Paris 6Séverine Boillée : unité 975 Inserm/Paris 6 CINO DEL DUCA 2011, découvertes ayant permis est décerné à Jérôme Galon Y Z, une avancée significative www.institut-de-france.fr/ grands-prix-2011 directeur du Laboratoire d’immunologie et de cancérologie dans la connaissance des mécanismes cellulaires  www.academie-sciences.fr/ activite/prix SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   15
    • • À LA UNE • DÉCOUVERTES • TÊTES CHERCHEUSES  REGARDS SUR LE MONDE • CLINIQUEMENT VÔTRE • GRAND ANGLE • MÉDECINE GÉNÉRALE • ENTREPRENDRE • OPINIONS • STRATÉGIES • BLOC-NOTES ••   Tabagisme Génétique Des SMS La faute au père ? pour arrêter En 1947, JBS Haldane avait émis l’hypothèse qu’en raison d’une plus grande production de gamètes, le père était davantage susceptible de Recevoir des messages textos personna- transmettre des mutations à sa descendance. La récente publication lisés et motivants sur son mobile aiderait à dans Nature Genetics amène cependant à nuancer ce propos. arrêter de fumer. C’est le résultat d’une étude Bien que ce soit majoritairement le cas, les chercheurs ont noté, intitulée Txt2stop, basée sur un essai en sans pour autant l’expliquer, que dans certaines familles, les simple aveugle, mené par la London School of mutations étaient essentiellement transmises par la mère. Autre Hygiene and Tropical Medicine. Un total de point important, seulement une trentaine de mutations seraient 5 800 personnes a été affecté au programme. transmises par génération. La fréquence du taux de mutation Au terme des six mois d’enquête, alors que seu- de l’ADN, et donc la rapidité d’évolution de l’espèce humaine, lement 4,9 % des personnes destinataires de semble finalement plus faible que ce qui était jusqu’alors envisagé. SMS d’ordre général étaient parvenus à mainte- De quoi réviser le temps qui nous sépare des grands singes… nir leur sevrage, 10,7 % de ceux qui recevaient  D. F. Conrad et al. Nature Genetics, 2011; 43, 712–714 des messages ciblés et encourageants avaient atteint ce même résultat. Le SMS, un ami qui vous veut du bien ? •  C. Free et al. Lancet, juillet 2011 ; 378 : 49-55  Gastro-entérologie © KYODOWC071137.JPG K/NEWSCOM/SIPA  L’aventure intérieure Immunologie • Ce qui ressemblait fortement à de la Papillomavirus : science-fiction il y a seulement quelques années est devenu une réalité. Développée vacciné jeune ou par des équipes japonaises de l’Université jamais ! Ryukoku et du Collège de médecine d’Osaka, une capsule endoscopique autopropulsée est parvenue à recueillir des images L’enquête du côlon et de l’estomac de plusieurs patients. D’une dimension de 1 cm © PHOTO RESEARCHERS/PHANIE épidémiologique de diamètre pour 4,5 de longueur, cet endoscope autonome, appelé “Sirène”, qui vient d’être est piloté à distance par un médecin à l’aide d’une sorte de joystick. Nouveauté, publiée dans The il est muni d’une nageoire qui lui permet de se déplacer indépendamment Lancet aboutit de la motilité digestive. Reste à miniaturiser les voyageurs… à des résultats contrastés •• •• quant au vaccin contre le papillomavirus (HPV). Elle •  concerne l’état de Victoria, en Australie, qui a bénéficié de 2007 à 2009 d’un vaste Cancer programme de vaccination incluant les femmes âgées de 12 à 26 ans. Elle a per- Une trachée de remplacement mis de dresser un « avant » et « après » Lorsque les thérapies habituelles ne sont plus d’aucun secours, campagne. Si, chez les femmes vaccinées il ne reste que l’ablation de l’organe atteint... mais encore faut-il qu’on avant 18 ans le vaccin permet bien une puisse le remplacer. A priori, rien ne permettait donc à ce Suédois de baisse significative des cancers, le résul- 36 ans d’espérer une heureuse issue à son cancer de la trachée. Contre tat apparaît en revanche plus mitigé pour toute attente, c’est un tour de force qu’a réussi l’équipe du Pr Paolo les autres tranches d’âge et, de manière Macchiarini, de l’hôpital Karolinska dans la banlieue de Stockholm, plus générale, pour les lésions bénignes avec l’aide du Pr Alexander Seifalian, de l’University College de Londres. telles que verrues ou kystes. Ce dernier, après avoir conçu une trachée artificielle, était parvenu  J. ML Brotherton et al. The Lancet, 18 juin 2011; 377(9783) : 2085 - 2092 à la recouvrir de cellules souches issues du patient. Ainsi, la greffe a pu prendre. Adieu donc cancer et traitements immuno-suppresseurs... Rubrique réalisée par Gaël Estève 16  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  REGARDS SUR LE MONDE •• •••  Un pas contre ne tient pas debout sans être en permanence la paralysie lourdement appareillé. Il faudrait probable- ment en plus une stimulation par greffe, ou À la suite d’un accident, Rob Summers, encore par thérapie génique ou injection de© AFP PHOTO/COURTESY OF ROB SUMMERS un jeune homme de 23 ans, s’est cellules souches. retrouvé atteint d’une lésion haute de la moelle épinière. Il ne pouvait ni S&S : Justement, n’est-ce pas une contracter ni bouger les muscles des de vos pistes de recherche ? membres inférieurs et du tronc, mais L. B. : Nous avions effectivement débuté des conservait en revanche quelques sen- travaux dans ce domaine. Mais, la réinjection sations au toucher ou à la piqûre. Des de cellules souches pluripotentes neuronales chercheurs américains, dirigés par n’a pas porté ses fruits. Les cellules ne survi- Susan Harkema de l’Université de vaient pas longtemps et ne se différenciaient Louisville (Kentucky), ont réussi une pas seulement en neurones. Il faut donc en- Électrostimulation première mondiale : grâce à l’électro- stimulation () associée à une ré- core affiner les lignées cellulaires employées. Alain Privat, ancien directeur d’unité à Stimulation de la moelle épinière par des électrodes implantées lors éducation intensive, le patient peut d’une intervention chirurgicale désormais se lever et marcher à l’aide  S.Harkema et al, The Lancet, juin 2011; 377 (9781) : 1938-1947 d’un dispositif médical. avec Luc Bauchet Neurochirurgien au CHU de Montpellier, chercheur dans l’unité 1051 Inserm/ Montpellier 1, Pathologies sensorielles, neuroplasticité et thérapies, attaché au centre de rééducation Propara (Centre mutualiste neurologique) Science&Santé : Que pensez-vous elle a été grandement améliorée mais on de ce résultat ? peut, à mon avis, aller encore plus loin... © FRANÇOIS GUÉNET/INSERM Luc Bauchet : C’est une grande avancée Finalement, on continue à employer et une confirmation scientifique plus qu’un un gros canon pour toucher des cibles réel progrès pratique. Ces travaux prouvent extrêmement fines. Ces fameux circuits bien l’existence, dans la moelle épinière, d’un de la moelle épinière ne font en effet que réseau neuronal spécifique qui est capable de quelques millimètres et ils devraient être produire son propre mouvement locomo- les seuls à être stimulés. Si on identifie les teur. La moelle est donc elle-même très pro- fibres qu’il faut toucher, nous gagnerons “ Le réveil l’Inserm, avec qui bablement douée de la capacité de marche. Le en efficacité. nous travaillons, a cerveau se contente de moduler et com- de fibres utilisé la thérapie mander ces réseaux neuronaux en donnant S&S : Alors, quel espoir pour les jusque-là génique. Un gène l’ordre d’effectuer l’action, de la ralentir... patients ? silencieuses „ stimulant la différen- En stimulant la moelle épinière du patient, L. B. : Bien que ce soit spectaculaire, cette ciation neuronale a ces chercheurs sont cependant parvenus technique n’est pas applicable en l’état. Il faut permis une réorganisation des voies séroto- à réveiller des fibres tout d’abord que des fibres ninergiques (). Les résultats ont été promet- jusqu’alors silencieuses, aient pu subsister malgré la teurs et, en 2003, nous avons assisté, chez le et cela, c’est un exploit. Voies  sérotoninergiques lésion. C’est le plus souvent le cas mais pas toujours. rat, à une récupération partielle de la motri- cité des membres inférieurs ! Toutefois, il faut Voies de transmission S&S : Et selon vous, de l’influx nerveux Ensuite, je ne suis pas per- continuer à explorer les différentes voies de la cette technique peut- impliquant la sérotonine, suadé de la fonctionnalité régénération cellulaire. Aujourd’hui, l’électro- elle être améliorée ? un neurotransmetteur de ce système. Le patient, stimulation, une ancienne méthode, vient de L. B. : L’électrostimula- qui agit notamment même s’il récupère cer- déboucher sur des résultats spectaculaires et sur la contraction des tion était utilisée jusqu’ici muscles lisses (artères, taines capacités muscu- j’espère que, demain, ces autres techniques pour amoindrir la dou- voies digestives, voies laires, ne retrouve pas le aboutiront, elles aussi. I leur. Dans ce cas précis, respiratoires). sens de l’équilibre... Et, il Propos recueillis par Gaël Estève SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   17
    • • À LA UNE • DÉCOUVERTES • TÊTES CHERCHEUSES • REGARDS SUR LE MONDE  CLINIQUEMENT VÔTRE • GRAND ANGLE • MÉDECINE GÉNÉRALE • ENTREPRENDRE • OPINIONS • STRATÉGIES • BLOC-NOTES •• •• •• ••Succès confirmés !Utilisée avec succès dans le traitement de certainesformes graves de la maladie de Parkinson et de troublesobsessionnels compulsifs, la stimulation cérébraleprofonde, qui est encore perfectible, devraitbientôt s’appliquer à d’autres pathologies. I nventée par des équipes Inserm en 1987, cette technique consiste à implanter des électrodes dans une zone particulière du cerveau et à les relier à un stimulateur électrique externe. Elle est aujourd’hui pratiquée en routine pour les patients atteints de maladie de Parkinson réfractaires aux traite- ments classiques. Ses applications à d’autres pathologies Noyaux caudés avec commencent à être reconnues, notamment pour les chercheur à Rennes. Le deux électrodes troubles obsessionnels compulsifs (TOC). noyau sous-thalamique implantées dans présente en outre un fonc- les noyaux sous- Une intervention de haute précision tionnement extrêmement thalamiques C’est dans un Institut du cerveau et de la moelle épinière complexe, tel un autre petit (traitement des TOC) © LUC MALLET/JÉRÔME YELNIK/ERIC flambant neuf, au cœur de l’hôpital de la Pitié-Salpê- cerveau à l’intérieur du BARDINET (INSERM, CNRS-INRIA) trière à Paris, que Luc Mallet, psychiatre Y Z, confie à cerveau, avec ses propres des neurochirurgiens des patients atteints de TOC si aires associatives ! » Ainsi, l’enregistrement électrophy- sévères que toute vie normale en société devient impos- siologique permet de confirmer que l’on est bien dansStéréotaxie sible. L’intervention consiste à introduire des électrodes par stéréotaxie (), sans ouvrir totalement la boîte le noyau sous-thalamique et non plus dans la matière blanche, composée des fibres nerveuses ou axones.Technique utilisée crânienne, pour atteindre le noyau sous-thalamique, Lorsque l’endroit a été précisément repéré et la trajectoirepour atteindre, grâce une région impliquée dans la motricité. Les électrodes retenue, l’électrode définitive, de 1,27 mm de diamètre,à un système decoordonnées dans sont positionnées au millimètre près grâce àl’espace, des zones l’imagerie par résonnance magnétique (IRM),du cerveau de manière puis guidées jusqu’au cœur du cerveau par desprécise pour procéder microélectrodes qui effectuent un enregistre-à un traitement, ment électrophysiologique des zones traversées.un prélèvement, etc. « Il faut implanter une électrode fine comme un spaghetti dans le premier tiers du noyau sous- thalamique, une zone de 6x4x4 mm, à peine grosse comme une amande : c’est un exercice de précision impossible, à moins d’être guidé par l’ordinateur et de nombreuses sources d’informa- tions dont l’imagerie, précise Pierre Jannin Y Z, © U746 - INSERM - RENNES Luc Mallet : unité 975 Inserm/Paris 6, Centre de recherche en neurosciences de Structures cérébrales profondes la Pitié-Salptrière, Centre d’investigation clinique neurosciences Pitié-Salpétrière en 3D des hémisphères droit Pierre Jannin : unité 746 Inserm/ et gauche du cerveau. Rennes 1, Visages : vision, action et En vert et en rouge, les deux gestion d’informations en santé noyaux sous-thalamiques.18  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  CLINIQUEMENT VÔTRE peut être introduite. À son extrémité, 4 plots permettent de distribuer les impulsions électriques. Celles-ci sont conduites par un câble relié à un stimulateur et qui passe sous la peau du crâne et derrière les oreilles. Cette sorte de « pile » génère des impulsions électroniques de fréquence et voltage modulables par télémétrie (pilotable depuis l’extérieur). Elle peut être implantée dans un second temps, dans l’abdomen par exemple. Un bilan coût/efficacité positif Nul besoin d’anesthésie pour cette intervention: le cerveau n’est en effet pas sensible à la douleur. Le fait que les patients restent éveillés est utile au chirurgien qui peut ainsi vérifier immédiatement que les électrodes sont implantées préci- sément où elles doivent l’être ! L’équipe peut aussi, à des fins de recherche, faire accomplir aux patients des tâches expérimentales. « Par exemple, nous cherchons actuelle- © U746 - INSERM - RENNES ment à reproduire en laboratoire le fait qu’un patient atteint de TOC peut éprouver un doute sur une décision, illustre Luc Mallet. Dans les TOC, l’obsession à vouloir vérifier qu’on a fermé sa porte à clef vient que l’on doute de l’avoir fait : d’où vient ce doute ? L’idée est d’étudier les mécanismes cérébraux à l’œuvre dans la maladie, ainsi que l’intérêt thérapeutique éventuel d’aller modifier l’activité de certains neurones pour corriger ces mécanismes pathologiques… » traiter la maladie de Parkinson peut être aujourd’hui réalisée Cette image montre La technique est efficace. Dans le traitement de la maladie de en 4 heures… alors qu’il fallait trois fois plus de temps à ses les points des Parkinson, le coût du stimulateur (17 000 euros) est même débuts, il y a 16 ans », rappelle Luc Mallet. Tous les patients électrodes stimulés pour les patients entièrement remboursé par la Sécurité sociale puisque opérés restent une quinzaine de jours en neurochirurgie, parkinsoniens les études ont toutes souligné l’avantage économique de le temps de la cicatrisation du cerveau. Ils garderont le dis- dans le noyau l’intervention sur le coût de la prise en charge des malades positif toute leur vie. Au besoin, seule la pile sera changée. sous-thalamique. non traités. Dans les TOC, le recul, à 5 ans, montre aussi La couleur indique d’excellents résultats : des patients pour lesquels toute vie Une technique de dernier recours la qualité de sociale était impossible ont pu, grâce à l’intervention et à Par ailleurs, la technique n’est pas sans risque : des patients l’amélioration de la maladie calculée un accompagnement psychologique, s’intégrer et trou- parkinsoniens implantés peuvent présenter des troubles avec les scores ver du travail. Comme toute de l’humeur, avec de la tristesse et de l’apathie… UPDRS3 L’électrode est introduite technique, cette stimulation dans le noyau sous- Parmi les effets secondaires bien connus de la Groupe rouge : cérébrale s’améliore avec les thalamique –. Les stimulation cérébrale profonde, on peut noter meilleure années. « L’implantation dans impulsions électriques sont un risque de perte de la capacité à reconnaître les amélioration le noyau sous-thalamique pour conduites par un câble — émotions sur le visage (prosodie émotionnelle) Groupe vert : relié à un stimulateur ˜. ou des difficultés à citer le maximum de mots amélioration moyenne commençant par une même lettre (troubles de la Groupe bleu : moins fluence lexicale). « Dans les années qui viennent, bonne amélioration Noyau caudé les progrès prévisibles seront d’avoir des dispositifs  beaucoup plus subtils, et le développement de tech- Thalamus niques comme les ultrasons focalisés qui permet- Noyau tront de ne plus avoir à ouvrir la boîte crânienne », sous-thalamique pronostique Luc Mallet. D’autres protocoles de stimulation sont en Substance noire cours, comme dans le syndrome de Gilles de  la Tourette. Des perspectives de traitement par électrostimulation d’addictions sévères à l’alcool ou à la cocaïne sont à l’étude en Allemagne. De même pour les dépressions sévères. Mais comme le conclut Luc Mallet : « Il faut rester sur© CAROLE FUMAT des principes éthiques très fermes, le traitement  par stimulation cérébrale profonde ne peut être envisagé que si l’on a épuisé auparavant toutes les autres situations… » I Clara Delpas SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   19
    • • À LA UNE • DÉCOUVERTES • TÊTES CHERCHEUSES • REGARDS SUR LE MONDE  CLINIQUEMENT VÔTRE • GRAND ANGLE • MÉDECINE GÉNÉRALE • ENTREPRENDRE • OPINIONS • STRATÉGIES • BLOC-NOTES  Des globules rouges made in France Produire de façon automatisée des globules rouges de « culture »© DUNG VO TRUNG / LOOKATSCIENCES à partir de cellules souches humaines ? La France veut relever le défi. Mais d’ici là, les dons sont toujours nécessaires ! M i-juillet, face à des stocks de sang qui n’avaient jamais été aussi bas depuis cinq ans, la Suisse lance un appel au don. La France n’est pas non plus © DUNG VO TRUNG / LOOKATSCIENCES à l’abri d’une pénurie, surtout en période Cellules souches estivale en raison de la baisse des dons. « Avec l’augmen- en culture, à droite tation de l’espérance de vie, les besoins vont croissant, alors 10 jours après : que le nombre de personnes en âge de donner diminue », plusieurs millions souligne Luc Douay Y Z. Il n’est donc pas étonnant que de globules rouges de nombreux pays caressent aujourd’hui l’idée de produire des globules rouges de manière industrielle. Les potentia- lités de marché vers les pays du Sud, où les circuits de dons sont peu développés, sont en outre gigantesques. misent sur les CSH issues Procédure Cellule souche L’équipe de Luc Douay est pionnière dans ces recherches. En 2004, elle réussit à générer in vitro des globules du cordon ombilical. « Cette approche est intéressante de fabrication « industrielle » de globules rouges Cellule indifférenciée qui peut devenir une cellule rouges fonctionnels à partir de cellules souches () mais elle implique la collecte de n’importe quel type de hématopoïétiques (CSH) () prélevées dans le sang des cordons et impose une production par lots. Pour appro- tissu ou d’organe. de cordon ombilical humain. Publiée dans Nature visionner les patients polytransfusés () ou ceux au groupe Biotechnology, la preuve du concept est faite. Mars 2011, sanguin rare, il faudrait au moins recueillir 5 % de tous les hématopoïétique Cellule souche l’équipe lance le projet StemRed en collaboration avec les entreprises Cellectis et Bertin Technologies, l’université cordons ombilicaux des États-Unis sur une année », selon Luc Douay. Côté anglais, on se concentre sur les cellules Cellule mère des cellules Pierre-et-Marie-Curie, l’Établissement français du sang souches embryonnaires issues d’embryons nés de fécon- sanguines présentes dans la moelle osseuse et le et le Centre d’étude des cellules souches. Son objectif : dation in vitro. Mais des questions d’ordre éthique se sang du cordon ombilical relever le défi d’une production automatisée. « Un obs- posent. «Il n’est pas non plus possible de choisir son donneur», tacle technologique va-t-il apparaître ? D’ici trois ans, nous ajoute le chercheur. polytransfusés Patients devrions le savoir », affirme le chercheur. Les États-Unis et la Grande-Bretagne se sont aussi lancés La France a pris un virage plus novateur avec les cellules souches pluripotentes induites (iPS). Issues de n’importe Patients dont les maladies dans la course. Chacun suivant une approche différente, quelle cellule différenciée, elles sont reprogrammées nécessitent de pratiquer focalisant leurs efforts sur des cellules souches « précur- en cellules souches. En 2010, l’équipe a montré qu’il régulièrement des seurs » des globules rouges distinctes. Les États-Unis était possible d’induire la différenciation d’iPS vers des transfusions. Certains d’entre eux s’immunisent globules rouges matures. Mais les quantités obtenues progressivement contre sont faibles : 1 500 globules rouges à partir d’une iPS, les antigènes présents à la surface des globules rouges. La preuve du concept contre 4 500 à partir d’une cellule souche embryonnaire et plusieurs millions à partir d’une CSH ! chez l’homme Pourquoi s’engager alors sur une telle piste ? « Avec L’équipe de Luc Douay avait déjà montré que seulement trois lignées d’iPS, nous pourrions transfuser 99%  Luc Douay : unité 938 Inserm/Paris 6, les globules rouges de « culture », fabriqués à des personnes polytransfusées ou ayant un groupe sanguin Prolifération et différenciation des cellules partir de cellules souches hématopoïétiques, rare. Nous avons là la source de globules rouges “universels’’!» souches : application à la thérapie se comportaient comme des globules rouges cellulaire hématopoïétique, chef du service Les inconvénients ? En plus de la faible prolifération d’hématologie et d’immunologie biologiques natifs, ou transférés, chez les souris. Il en est de de l’hôpital Saint-Antoine, professeur à même chez l’homme ! Ces résultats, fondés sur actuelle des iPS, leur capacité de maturation terminale l’université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC) le premier essai clinique, sont à paraître dans est encore limitée. C’est tout l’objectif du projet StemRed et directeur scientifique de l’Établissement que d’améliorer ces deux aspects. En attendant les usines français du sang (EFS) d’Île-de-France Blood. Reste maintenant à savoir à partir de  C. Mazurier, L. Douay, H. Lapillonne. Curr quelles cellules souches on va les fabriquer ! à globules rouges, peut-être d’ici une dizaine d’années, Opin Hematol, juillet 2011;18(4) : 249-53 les dons de sang restent vitaux. I Gaëlle Lahoreau 20  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    • CLINIQUEMENT VÔTRE  Greffe la plus vraisemblable est que le foie transplanté hébergeait des lymphocytes L’allergie surprise « anti-cacahuète », l’allergie du jeune homme étant connue. Huit mois C’est l’histoire d’une femme de 62 ans à après la greffe, les tests cutanés, les qui on a greffé le foie d’un jeune homme concentrations d’anticorps et les tests décédé dans un accident de voiture. réels (ingestion de « Curly » et de vraies Trois semaines plus tard, elle croque une cacahuètes) étant négatifs, la patiente a cacahuète et développe, pour la première été autorisée, de nouveau, à consommer fois de sa vie, une réaction allergique des arachides. Certes passagère, cette exacerbée. Heureusement, elle est admise allergie aurait néanmoins pu être fatale ! © RAJAU/PHANIE aux urgences en moins de 15 minutes.  Pascale Dewachter : unité 970 Inserm/Paris 5, Service d’anesthésie- réanimation, Samu de Paris et hôpital Necker-Enfants malades Que s’est-il passé ? Pour l’équipe de  P. Dewachter et al. American Journal of Transplantation, 2011; Pascale Dewachter Y Z, l’explication 11 : 1531–1534 G REFLUX GASTRO-ŒSOPHAGIEN : MÉDICAMENT OU CHIRURGIE? Hépatite C Les remontées acides vers la gorge ne sont jamais très agréables, surtout après un bon repas ! Fréquentes et L’entrée dans l’ère prolongées, elles peuvent entraîner des inflammations et des lésions de l’œsophage. Deux options sont des trithérapies possibles pour soigner ce reflux gastro-œsophagien Une chance sur deux. Aujourd’hui, un patient pathologique : la chirurgie ou les médicaments. Laquelle choisir ? Une étude menée par le professeur infecté par le virus de l’hépatite C de génotype 1, Galmiche Y Z a suivi 372 patients européens ayant le plus répandu en France, a 50 % de chance de © SPL/PHANIE accepté de laisser le hasard décider pour eux. Pour guérir avec la bithérapie classique (peg-interféron un succès comparable ! Après cinq ans, la maladie et ribavirine). Vu autrement, un patient sur deux était toujours sous contrôle pour 92 % des personnes risque de voir sa cirrhose empirer. L’arrivée de traitées avec l’ésoméprazole, une molécule diminuant les sécrétions gastriques, contre 85 % pour les patients deux nouvelles molécules sur le marché d’ici à la Virus de qui avaient opté pour une chirurgie cœlioscopique, fin 2011 pourrait chambouler la donne : télaprévir et bocéprévir l’hépatite C, une technique mini-invasive permettant d’accéder à la s’attaquent directement à des protéines virales intervenant en orange : les cavité abdominale par le nombril. « La chirurgie semble dans la multiplication du virus. Associées au traitement glycoprotéines meilleure pour soulager les régurgitations, souligne qui lui le chercheur, mais au prix d’un peu plus de risque de standard, elles permettraient de guérir 20 à 30 % de patients supplémentaires. Ainsi, on pourrait voir affluer entre permettent dysphagie (sensation de gêne lors de la déglutition), de de se fixer à la flatulences et de ballonnements. » Reste donc à assumer 15 000 et 19 400 nouveaux malades dans les hôpitaux en 2012, cellule cible. les effets secondaires… soit trois à quatre fois le nombre de patients soignés en 2010.  J.-P. Galmiche : unité 913 Inserm/université de Nantes, Neuropathies Mais la durée du traitement pourrait être deux fois moins du système nerveux entérique et pathologies digestives, et Centre d’investigation clinique-biothérapie de Nantes longue : 24 semaines au lieu de 48 actuellement.  J.-P. Galmiche et al. JAMA, 2011; 305(19) : 1969-1977  M. Corouge, S. Pol. Med Mal Infect, 15 juillet 2011  S. Deuffic-Burban et al. Communication à l’European Association for the Study of the Liver, Berlin (30 mars-3 avril 2011) Alzheimer Le lama, nouvel allié des chercheurs ? Le lama connu pour traverser la barrière serait alors suffisante ses crachats, pourrait hémato-encéphalique pour les visualiser. l’être bientôt pour ses qui protège le Actuellement, aucune anticorps ! Ces derniers cerveau. L’idée est technique ne permet de sont au cœur d’un projet de les utiliser pour détecter la maladie avant lancé le 21 juillet 2011 illuminer les amas de l’apparition des premiers par l’Institut du cerveau protéines Tau et de signes de démence. Or, et de la moelle épinière, protéines ß-amyloïdes, elle pourrait toucher le CEA, l’Institut Roche, responsables des lésions deux millions de© CAMPBELL LAURIE/NHPA le CNRS et l’Institut cérébrales de la maladie personnes d’ici à 2040. Pasteur. Contrairement d’Alzheimer. Une simple aux autres mammifères, les lamas possèdent des anticorps si petits IRM (imagerie par résonance magnétique)  web icm- institute.org qu’ils sont capables de Rubrique réalisée par Gaëlle Lahoreau SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   21
    • GRAND ANGLE • MÉDECINE GÉNÉRALE • ENTREPRENDRE • OPINIONS • STRATÉGIES • BLOC-NOTES• À LA UNE • DÉCOUVERTES • TÊTES CHERCHEUSES • REGARDS SUR LE MONDE • CLINIQUEMENT VÔTRE  Dossier élaboré avec la collaboration de l’institut thématique multiorganisme (Itmo) Neurosciences  Les secrets de l’apprentissage22  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    • GRAND ANGLE • Les arcanes de la mémoire 24 • Comment notre cerveau apprend ? 26 • Apprendre à apprendre 28 • Lire et écrire : rien que du plaisir ? 31 • Mathématiques : de l’intuition à la manipulation 34 C’est la rentrée. Chaque jour, pendant 10 mois, les élèves vont apprendre. Des théorèmes de géométrie, des règles de grammaire, et pour lesplus jeunes, l’écriture et la lecture.Comment font-ils ? Quels mécanismespermettent d’engranger tant d’informationset surtout de pouvoir y accéder lorsqu’on © MICHEL LE MOINE/FEDEPHOTOen a besoin ? La mémoire joue ici un rôleessentiel. Mais d’autres fonctions cognitivesentrent également en jeu. Quelles sont-elles ?Peut-on les améliorer et apprendreplus facilement ? SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   23
    •  GRAND ANGLELes arcanes de la mémoireTout au long de notre vie, nous apprenons.Lors de la scolarité, l’apprentissage estencore plus présent. Or, pour apprendre,il faut mémoriser. Comment cette mémoirefonctionne-t-elle ? «C ’est la mémoire qui fait toute la profondeur de l’Homme », disait Charles Péguy. Mais © MARK HARMEL comment est organisée cette fonction qui nous permet de faire revenir à l’es- prit un savoir, une expérience acquise antérieurement ? La mémoire n’est pas une entité unique. « On parle plutôt de systèmes de mémoires, définies en fonc- tion de leur rôle », fait remarquer Francis Eustache Y Z, is E ch Y Z le langage, elle regroupe deux autres systèmes. D’ab d l de èm D’abord neuropsychologue au Laboratoire de Neuropsychologie la mémoire épisodique qui renferme les souvenirs cognitive et neuroanatomie fonctionnelle de la mémoire personnellement vécus : « Ma première leçon de piano, humaine, à Caen. Ainsi, la mémoire de travail, autre- j’avais 10 ans et aucune envie d’y aller, mais j’y ai fait la fois appelée « à court terme », permet de mémoriser connaissance d’une autre élève, devenue ma meilleure un numéro de téléphone le temps de le composer. En amie. » C’est cette mémoire qui est sollicitée quand on parallèle, quatre autres systèmes interviennent dans le revit des expériences du passé… ou que l’on se projette stockage des informations à long terme. La mémoire dans le futur. Ensuite, la mémoire sémantique, qui compile procédurale, elle, consigne tous nos savoir-faire: conduire les connaissances générales sur le monde : la France Francis Eustache : unité 923 Inserm/ une voiture, passer la tondeuse, faire du vélo… Quant à est en Europe, les roses ont des épines, l’eau mouille… EPHE/Université Caen Basse-Normandie la mémoire déclarative, celle qu’on peut exprimer par « On se souvient rarement du contexte d’apprentissage MNESIS Dans ce modèle de la mémoire MNESIS, Francis Eustache et Béatrice Desgranges  mettent en avant son    organisation   en plusieurs systèmes,   mais aussi son   aspect constructif        et dynamique.  Au centre, le buffer  (tampon en anglais)    se rapproche    de la notion de © INFOGRAPHIE : CAROLE FUMAT conscience de soi,  puisqu’il est en   prise directe avec les différents systèmes.24  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    • ➜ Grand anGle © purestock/bsip Test  mémoire La est un processus actif Faites passer ce test à votre entourage : recopiez la liste de mots suivante et présentez-la Ges avec pour consigne hwost/Getty ima de les retenir. Caramel, loukoum, dragée, ganache, réglisse, sucette, © wiLFried krecic chewing-gum, calisson, nougat, bergamote, praline, guimauve, truffe, orangette, marrons glacés Quelques instants plus tard, citezsit / picturetaNk certains de ces mots La mémoire fourmille en leur demandant d’informations, s’ils appartiennent de savoir-faire, à la liste. parmi de souvenirs… ceux-là, glissez le © bastieN deFives / traN Comment s’organise-t-elle ? mot « sucreries ». La plupart des gens répondront qu’il fait effectivement partie des mots à retenir. ce qui est faux. mais qui prouve bien que de ce type d’informations », souligne Francis Eustache. Imaginons que vous venez d’assister à une réunion. Immé- le cerveau n’a pas En parallèle, la mémoire perceptive permet, par diatement après, vous vous souvenez que le dernier orateur enregistré les mots exemple, de reconnaître une forme plus rapidement si n’avait pas de cravate, mais vous avez déjà oublié son nom. sans traitement: il les a analysés et on l’a déjà vue auparavant. De plus, bien que vous n’ayez pas trouvé un intérêt parti- les a répertoriés culier à son discours, et que vous soyez incapable d’en citer comme étant tous Encoder, stocker… et récupérer une phrase, celui-ci vous a changé. Vous avez appris des des sucreries. Trois étapes permettent de mémoriser des informations informations sans en avoir vraiment conscience. C’est alors c’est la mémoire et surtout, de s’en rappeler : l’encodage, le stockage et la qu’intervient la phase de stockage, celle qui vous permet de sémantique qui est ici récupération. « Surtout, la mémoire se construit, insiste consolider les souvenirs. Allez-vous enregistrer de façon à l’œuvre. Francis Eustache. Et pour que la construction s’opère, pour permanente toutes les informations entendues ? Non. que la mémoire soit fluide, il faut que l’on oublie beaucoup. » « Plus ou moins volontairement, chacun va agréger d’une façon ou d’une autre ce qu’il a appris en fonction de ce qu’il connaît. Processus L’imagerie d’oubli, d’une part, et de sémantisation, cérébrale d’autre part, sont alors à l’œuvre : nous permet gardons en mémoire les éléments-clés, d’étudier le ceux qui renforcent nos croyances ou fonctionnement au contraire ceux qui les remettent en de la mémoire. cause », précise Francis Eustache. Mais ces systèmes de mémoire ne sont pas étanches et © uNité iNserm 923, caeN la mémoire est loin d’être figée. Ainsi, des souvenirs très précis d’une ville, enregistrés suite à une visite, vont devenir au fil du temps des connaissances générales sur cette même ville, indépendamment du contexte qui a permis de les apprendre. n Julie Coquart septembre - octobre 2011 ● N° 4 ● ● 25
    •  GRAND ANGLEComment notre cerveauapprend ? Sillon intra-pariétal Aire de Wernicke lobe lobeRenfermant Cortex lobe lobe frontal frontal onta pariétal pariétal riét Hippocampeune centaine préfrontal L’hippocampe, le chef d’orchestrede milliards Aire de nos souvenirs de Brocade neurones, C’est une petite Cortex structure limbiquenotre cerveau auditif lobe lobe occipita occipital cipital enfouie au fondest le centre de lobe lobe de notre cerveaucontrôle de notre temporal temporal mpor ressemblant au poisson du mêmeorganisme et le nom. Durant lesiège de toutes sommeil, des cervelet cervelet rvel interactions répétéesles fonctions entre l’hippocampe etcognitives. des régions spécifiques du néocortex - la coucheIl permet, entre externe des hémisphèresautres, d’acquérir cérébraux - ont lieu, permettant la consolidation mnésique.de nouvellesconnaissances et Substance Substancede les réutiliser. blanche griseMais commentfait-il ? N otre cerveau est constitué de la substance blanche, ué de substance blanche, sub blanche Mais lo Mais, lorsque la stimulation est forte ou répétée et que Mais, stimulation e lati composée d’une multitude de fibres nerveuses, les multitude tude nerveuses, nerveuses, le la concentration de glutamate libéré est importante, concentration de glutamate ration glut ate axones, reliant les différentes régions cérébrales, et différentes éren d’autres récepteurs du glutamate entrent en action, les te de la substance grise, composée des corps cellulaires des composée des corps cellulaires des sée corps cellulaires récepteurs NMDA. L’activation récepteurs NMDA. L’activation de ces derniers déclenche récepteurs NMDA. L’activatio neurones qui communiquent grâce aux synapses. Toutes l’entrée d’ions calcium dans le neurone post-synaptique. deux présentent une certaine plasticité : les circuits céré- S’en suit une cascade de réactions chimiques aboutissant braux sont donc capables de se remodeler sous l’effet de à l’expression de certains gènes qui permettent la synthèse l’expérience. Plus on apprend, plus il y a de connexions de protéines nécessaires à la modification des connexions synaptiques qui s’établissent entre les neurones et plus ces entre les cellules nerveuses. Serge Laroche Y Z et son synapses se renforcent. Les signaux sont ainsi transmis équipe du Centre de neurosciences Paris-Sud à Orsay encore plus rapidement et plus efficacement. La subs- ont identifié certains de ces gènes, dont zif268. En inac- Serge Laroche : UMR 8195 CNRS/Université Paris-Sud 11 tance grise se développe quant à elle avec la création de tivant celui-ci chez des souris, ils ont constaté que les Stéphane Oliet : Unité 862 Inserm nouvelles synapses et même de nouveaux neurones dans petits rongeurs ne pouvaient pas retenir les informations « Physiopathologie de la plasticité neuronale » certaines régions du cerveau comme l’hippocampe. Ces apprises plus de quelques heures. En réalité, zif268 Édith Lesburguères synapses utilisent comme neurotransmetteur le gluta- permettrait de stabiliser les modifications synaptiques et et Bruno Bontempi : UMR 5293 CNRS/Université mate, qui se fixe sur des récepteurs spécifiques au niveau serait essentiel à la consolidation mnésique, c’est-à-dire Bordeaux 2-Victor Segalen du neurone post-synaptique, les récepteurs AMPA. à la mémorisation à long terme.26  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    • GRAND ANGLELes astrocytes, des stars enfin reconnuesLes cellules gliales - auxquelles appartiennent les astrocytes -représentent près de la moitié du volume cérébral.Ces cellules ont longtemps été cantonnées à un rôlede soutien auprès des cellules nerveuses, Le neurone,assurant leur maintien et leur protection. l’agent de liaisonAujourd’hui, on pense qu’ellesjouent un rôle important Les cellules nerveusesdans la plasticité ou neurones sont les unités Astrocyte de traitement de l’information.cérébrale. Les neurones communiquent grâce aux axones qui établissent des liaisons entre eux. Mis bout à bout, ils représentent 15 fois la circonférence de la Terre. Les informations perçues par nos sens déclenchent l’activation de neurones qui vont véhiculer des impulsions électriques - l’influx nerveux - le long de leurs axones et jusqu’à la synapse. Neurone Synapse Axone Glutamate Axone Myéline Corps RécepteurLa myéline, le turbo des neurones NMDA cellulaireC’est elle qui donne sa couleur à la substance blanche. RécepteurElle sert à isoler et à protéger les fibres nerveuses. La myéline permet AMPA © INFOGRAPHIE : SYLVIE DESSERTd’augmenter la vitesse de propagation de l’influx nerveux, assurant Neurone post-synaptiqueainsi une communication rapide entre les neurones. Les synapses,Récemment, de nombreux travaux se sont accumulés différentes zones du néocortex. Édith Lesburguères et chemins de laen faveur d’un rôle actif d’un autre acteur de la plasticité Bruno Bontempi Y Z, à l’Institut de maladies neurodégé- mémoirecérébrale : les cellules gliales, et notamment des astro- nératives à Bordeaux, ont précisé comment s’instaurait Une synapse estcytes, en forme d’étoiles. ce « dialogue ». Selon eux, l’hippocampe relèverait les l’espace qui sépare « adresses » des réseaux de neurones impliqués dans la deux neurones etDes modifications durables formation d’un souvenir. Il les utiliserait ensuite pour au niveau duquel ilsStéphane OlietY Z et son équipe du Neurocentre Magendie Z réactiver de façon répétée ces réseaux, permettant ainsi communiquent. L’arrivée de l’influx nerveuxà Bordeaux ont découvert qu’un acide aminé libéré par le renforcement des connexions neuronales et la forma- entraîne la libérationles astrocytes, la d-sérine, était nécessaire à l’activation tion d’un souvenir durable et stable. des neurotransmetteursdes récepteurs NMDA, eux-mêmes indispensables au Cette « plasticité synaptique » est donc essentielle à à l’extrémité de l’axonephénomène de plasticité synaptique et au maintien l’apprentissage car elle permet de conserver, dans un du premier neurone.à long terme de ces modifications. À un niveau plus réseau de neurones, la trace d’un chemin spécifique à un Des récepteurs à lastructurel, l’hippocampe jouerait lui aussi un rôle dans souvenir ou à une information apprise. Ainsi, apprendre surface de la membrane du second captent cescette « consolidation mnésique » qui se déroule au cours modifie la structure de notre cerveau, et ces modifica- composés chimiques,de phases de repos ou de sommeil. L’hippocampe trie tions conduisent à l’amélioration de nos performances. déclenchant ainsi lales informations pertinentes, pour les mémoriser. Un phénomène qui s’opère tout au long de notre vie. I transmission d’un nouvelEnsuite, celles-ci sont stockées de façon durable dans Yann Cornillier influx nerveux. SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   27
    •  GRAND ANGLEApprendreà apprendreComment perfectionner notre capacité à améliorernos connaissances ? En s’appuyant sur les trois piliersde l’apprentissage, répondent les chercheurs :attention, inhibition, motivation. Démonstration. D e quelle façon peut-on ancrer de nouvelles infor- mations dans sa mémoire ? Premier élément de réponse : on se souvient d’autant plus d’une infor- mation que l’on retrouve au moment où on en a besoin des indices similaires aux conditions dans laquelle on l’a apprise. « Savoir de quelle manière on va être interrogé peut conditionner la façon dont on apprend une leçon », détaille Francis Eustache. Ainsi, dans le cadre des examens par exemple, si un étudiant sait qu’il va être interrogé sous forme de questionnaire à choix multiples, il aura tout intérêt à ordonner ses cours sous la même forme. « Mais un traitement profond, c’est-à-dire sémantique, permet d’ancrer l’info de façon plus pérenne », précise le chercheur. En effet, la vitesse à laquelle les informa- tions sont oubliées est fonction de la façon dont elles ont été encodées. Premiers à disparaître, les souvenirs sensoriels, comme les odeurs. Pour s’en convaincre, il suffit de penser à une halte dans une parfumerie, où l’on veut tester plusieurs parfums. Généralement,il faut © FLORENCE DURAND/SIPA Le cerveau n’est pas un muscle, mais peut-on quand même l’entraîner ? Surfant sur la peur que provoque la maladie d’Alzheimer, de nombreux programmes proposent d’entraîner son cerveau, voire de faire rajeunir son âge cérébral. Info ou intox ? humer plusieurs fois une Être attentif, Pour Alain Lieury, il s’agit de supercherie. En effet, une expérience essence pour pouvoir la l’une des conditions menée avec des enfants d’âge scolaire n’a pas montré d’amélioration comparer aux autres. Il de l’apprentissage dans les matières scolaires chez les jeunes ayant suivi ce type est donc très difficile de d’entraînement par rapport à ceux qui s’étaient adonnés aux jeux retenir une nouvelle odeur. « À l’inverse, nuance Béatrice du style Journal de Mickey. Si l’on constate une amélioration des Desgranges, neuropsychologue dans le même labora- scores à ce type de jeux sur console, elle serait uniquement due à un toire que Francis Eustache, les odeurs que l’on connaît effet d’habituation. Francis Eustache n’est pas aussi catégorique. très bien ont un fort pouvoir évocateur. » Marcel Proust, « Les mots fléchés, également mis en avant pour entretenir son cerveau existaient avant l’arrivée de ces programmes. » Sa critique porte plus avec ses madeleines, ne dira pas le contraire. Viennent sur le marketing à outrance qui peut aller jusqu’à la tromperie. ensuite les souvenirs passés par le filtre du codage lexical. « Il ne faut pas y jouer trois heures par jour, en espérant améliorer Dans une expérience où des participants doivent apprendre sa mémoire ou sa capacité de raisonnement au détriment un texte, on vérifie leur mémoire en leur faisant comparer des relations sociales. Ces dernières, par leur complexité, et la nécessité des phrases exactes du texte à des phrases transformées, qu’elles impliquent de se mettre à la place de l’autre, sont tout autant dans lesquelles certains termes ont été remplacés par importantes dans le maintien des fonctions cognitives. » leurs synonymes, comme « bateau » par « voilier ». « Au-delà d’une semaine, la mémoire lexicale, celle des28  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  GRAND ANGLE mots, n’est plus fiable, rapporte Alain Lieury, Dormir pour mieux apprendre ancien directeur du labo- Mémoriser, c’est sélectionner des informations à enregistrer et ratoire de psychologie en oublier d’autres. Les travaux menés par Géraldine Rauchs Y Z expérimentale de Rennes. et Pierre Maquet de l’université de Liège (Belgique) ont montré Mais les idées ont cependant l’importance du sommeil dans ce processus de sélection. Les été retenues. » Les images participants de l’expérience devaient retenir ou, au contraire, oublier mettent plus de temps à certains mots qui leur étaient présentés. La moitié du groupe était être oubliées. Quant aux ensuite privée de sommeil la première nuit après l’apprentissage. informations sémantiques, Trois jours plus tard, des tests montraient que les sujets n’ayant pas porteuses du sens donc, elles pu dormir avaient retenu autant de mots à mémoriser que les sujets ayant dormi, mais avaient aussi mémorisé plus de mots qu’ils avaient résistent plus longtemps pour consigne d’oublier. Sans sommeil, le tri entre les informations aux charmes de Léthé, la pertinentes et celles qui ne le sont pas ne s’est pas fait correctement. déesse grecque de l’oubli. © ALTOPRESS/PHOTOALTO/BSIP Cette expérience confirme l’importance du sommeil dans la De plus, si l’on est amené consolidation des souvenirs. De plus, l’IRMf a montré que l’activation à retenir une grande de l’hippocampe lors de l’apprentissage différencie les mots qui quantité d’informations, seront retenus de ceux qui seront oubliés au cours du sommeil. il est essentiel d’étaler les Un résultat qui concorde avec ceux d’Edith Lesburgères (voir p. 27). périodes de mémorisation Géraldine Rauchs : unité 923 Inserm/Université Caen Basse-Normandie dans le temps. Ménager des temps de repos entre les phases d’apprentissage permet aux informations énoncée par les mots verts. En général, aucun problème. Dormir permet de mieux nouvelles d’être consolidées. Les séances de bachotage Mais lorsqu’il s’agissait de raconter celle décrite par les mots apprendre… intensif jusqu’à des heures tardives ne sont donc pas rouges, ils en étaient incapables. L’expérience montre ainsi mais pas efficaces sur le long terme. à quel point l’attention ne peut être focalisée que sur un seul pendant objet, et qu’elle inhibe ainsi la prise en compte de tout autre les cours ! Attention stimulus. «L’attention est un bien rare et précieux, elle ne peut Pour Jean-Philippe Lachaux Y Z, neurobiologiste au Centre être partout à la fois », explique le chercheur. C’est d’ailleurs de recherche en neurosciences de Lyon, la condition princi- bien ainsi que Jean-Philippe Lachaux la définit : par la mise pale d’un bon apprentissage reste l’attention. Mais comment de côté des autres objectifs qui pourraient parasiter la tâche faire attention à son attention ? Il est en effet bien difficile de du moment. Un exercice difficile à mettre en œuvre, car cela la définir, sauf par exclusion : tout le monde sait ce que cela demande «de se faire confiance, de passer une sorte de contrat signifie de ne pas faire attention ! Le chercheur invite ainsi avec soi-même ». On accepte de focaliser son attention sur chacun à mener sa propre introspection et à identifier les un seul but, à l’exclusion de tout autre, comme penser à une facteurs distrayants, ceux qui justement détournent notre liste de courses, aux mails en attente, à ce bourdonnement attention. Dans son livre, Le cerveau attentif, Jean-Philippe de mouche dans la pièce. Mais cet état attentif ne peut durer Lachaux raconte ainsi une expérience menée dans son très longtemps. Un conseil ? Relever la tête de la tâche laboratoire. Des volontaires avaient pour mission de retenir du moment, sortir de sa bulle, comme pour respirer et les mots qui s’inscrivaient sur un écran d’ordinateur, mais vérifier que rien d’autre ne mérite notre attention, puis… seulement s’ils étaient en vert. Dans l’expérience, des mots s’y replonger. rouges s’intercalaient entre les mots verts, apparaissant suffisamment longtemps pour que les participants puissent Inhibition les lire. Ces derniers devaient ensuite raconter l’histoire Quant à Olivier Houdé, professeur de psychologie à l’Université Paris-Descartes et titulaire de la chaire de Sciences des apprentissages à l’Institut universitaire de France, il va encore plus loin. Au-delà de la simple focalisation de l’attention, l’inhibition doit aussi être mise en œuvre lors d’apprentissage. S’inspirant des travaux de Piaget, le psychologue, ancien instituteur, a développé une nouvelle théorie sur le développement cognitif des enfants. Contrairement à Piaget qui énon- çait que ce développement passait par différents stades, Olivier Houdé considère Lus sans attention que les enfants possèdent, à© J.-P. LACHAUX (à droite), les mots n’activent pas chaque âge, différentes stra- l’aire du langage tégies cognitives. Et selon  Jean-Philippe Lachaux : unité 1028 (aire de Broca). leur âge, ils en utilisent  Inserm/Université Lyon 1 SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   29
    • GRAND ANGLE   une préférentiellement. Ce qui peut les conduire Test à donner des réponses erronées. Il s’agit alors de leur Savez-vous inhiber ?  apprendre à inhiber la stratégie inadéquate pour utiliser À l’aide des symboles celle qui est la plus propice à la situation. Grâce à ses présentésci-contre, recherches, Olivier Houdé a réussi à mettre en évidence indiquez où placer deux ce qui se passe dans le cerveau lorsqu’une stratégie est d’entre eux pour réfuter inhibée. L’expérience consistait, par exemple, à présen- la règle suivante « S’il ter deux rangées d’objets placés en correspondance un à n’y a pas de carré rouge un, en nombre identique et à demander à des enfants s’il à gauche, alors il y a unNeurite y en avait le même nombre. À cette étape de l’expérience, la plupart des enfants répondent correctement oui. cercle jaune à droite ». Il y a de fortes chances pour que vous placiezProlongement du corpscellulaire d’un neurone Ensuite, les objets de la rangée du dessous sont espacés, un carré rouge à gauche d’un cercle jaune…(axone ou dendrite) mais sans que leur nombre soit changé. Lorsqu’on ce qui est une erreur. Vous avez été victime demande à nouveau aux enfants d’indiquer s’il y a ou du biais d’appariement perceptif, piégés par la perception des figures citéesSynaptogenèse non le même nombre d’objets, ceux de moins de 7 ans répondent généralement « non ». Ils se fondent, pour dans le texte. Pour répondre correctement, il vous faut inhiber cette stratégieFormation des synapses répondre, sur la stratégie « longueur égale nombre ». perceptive erronée et mettre en place Les plus âgés, eux, parviennent à inhiber cette réponse la stratégie logique : pour réfuter cette automatique, et à choisir l’algorithme de quantification règle conditionnelle, il suffit de choisir une exacte. Grâce à l’IRMf, Olivier Houdé a mis en évidence la situation où l’antécédent de la règle « s’il n’y reconfiguration cérébrale qui s’opère chez les enfants selon a pas de carré rouge à gauche » est vrai la situation : « Lorsqu’ils inhibent la stratégie " longueur et le conséquent « alors il y a un cercle jaune égale nombre ", on observe l’émergence d’un nouveau réseau à droite » est faux. Un losange vert à gauche pariétal et préfrontal, siège des fonctions exécutives. » et un carré bleu à droite conviennent très bien par exemple. Motivation Et si le plus important pour mieux apprendre, ce n’était pas tout simplement la motivation ? Dans ces derniers travaux, Mathias Pessiglione : unité 975 Inserm/ Mathias Pessiglione Y Z, neuropsychologue au Centre ainsi montré le rôle des récompenses financières dans Université Pierre et Marie Curie de recherche en neurosciences de la Pitié-Salpêtrière, a l’apprentissage moteur. Dans l’expérience mise en œuvre, les participants devaient appuyer sur trois des cinq touches à leur disposition de façon simultanée. Le choix des trois touches était indiqué par une image Psychostimulants : sur un écran d’ordinateur. Pour chaque combinaison de touches, une motivation financière de 10 euros ou peut-on doper son intelligence ? 10 centimes, était associée. Et le résultat est sans appel : Avec la réputation d’améliorer les performances intellectuelles, plus la récompense associée était élevée, plus les parti- certaines substances psychoactives circulent de plus en plus sur les cipants apprenaient rapidement à exécuter la tâche. Le campus ainsi que dans le monde du travail. Mais ces médicaments plus surprenant dans cette expérience ? Les volontaires rendent-il véritablement plus intelligent ? « C’est là où réside toute n’étaient pas conscients de la somme associée à chaque l’ambiguïté de ces produits, souligne Hervé Chneiweiss Y Z tâche : ils voyaient juste leur cagnotte augmenter pro- du Centre de psychiatrie et neurosciences à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. Si on prend l’exemple du modafinil et du méthylphénidate, gressivement. Comment transposer ces constatations ils augmentent uniquement la durée d’éveil et la vigilance, en aucun à l’apprentissage scolaire ? « Les bons points, les félici- cas les capacités intellectuelles. Vous travaillerez plus longtemps tations ou les encouragements obtenus après un effort mais le résultat de votre labeur n’en sera pas pour autant de meilleure pourraient faciliter l’apprentissage à l’école, comme dans qualité. » De plus, ces substances peuvent avoir de graves effets notre expérience », suggère Mathias Pessiglione. secondaires. Si le modafinil, un médicament prescrit dans le Et le sport alors ? Ne recommande-t-on pas de prati- traitement de la narcolepsie et l’hypersomnie, permet de sauter une quer une activité sportive régulière pour améliorer ses ou deux nuits, le manque de sommeil qu’il entraîne peut déclencher performances ? Et c’est avec raison. En effet, au cours certains troubles psychiatriques (anxiété, paranoïa, trouble d’une activité physique, la sécrétion d’une molécule, la schizoïde…). Pour les dérivés des amphétamines (méthylphénidate), brain-derived neutrophic factor (BDNF), augmente. Or, dont le représentant le plus connu est la Ritaline®, un médicament employé dans le traitement de l’hyperactivité, ils peuvent avoir elle joue un rôle dans la plasticité synaptique, dans la de graves conséquences cardiovasculaires. Mieux vaut donc bien croissance neuritique () et la synaptogenèse (), dans réfléchir avant de se lancer dans le dopage intellectuel. la maturation et la survie des nouveaux neurones, en par- Peut-être que la meilleure solution, et sans doute la plus efficace, ticulier dans l’hippocampe. « Bien que ces résultats aient reste encore d’étudier régulièrement et sérieusement. été observés chez l’animal, la communauté scientifique a Hervé Chneiweiss : Unité 894 Inserm/Paris 5, équipe Plasticité gliale et tumeurs au cerveau tendance à les considérer comme applicables à l’homme », confirme Serge Laroche. I Julie Coquart30  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  GRAND ANGLELire et écrireRien que duplaisir ?Lire et écrirenous semblentdes activitésautomatiques.Pourtant, lesprincipes et lesmécanismes quiles sous-tendentsont loin d’êtresimples. Comment © FRANCK COURTES/AGENCE VUles enfantsparviennent-ilsà les maîtriser ?Et peut-on leursimplifier la tâche ? Avant de s’automatiser,V ous ne vous en rendez pas compte, mais à l’instant à rejeter un pseudo-mot produisant le même son qu’un la lecture même, vous faites quelque chose d’extraordinaire. mot réel, comme « balaine », qu’un pseudo-mot comme nécessite un Si, si. Vous lisez. Or, cette opération n’a rien de « baloine ». Ce délai indique que la forme phonologique apprentissage,simple. Elle implique en effet de faire correspondre des de « baleine » a été repérée, mais qu’il faut ensuite réa- plus ou moins difficile.symboles écrits avec du sens. Mais pour cela, il faut liser que l’orthographe n’est pas la bonne. La présencepasser par le « son », car les lettres représentent les sons de cette petite voix qui résonne lors de la lecture rejointde la parole. C’est en effet le principe des systèmes d’écri- les résultats des recherches de Stanislas Dehaene Y Z,ture alphabétique, comme le français. Apprendre à lire qui dirige l’unité de Neuroimagerie cognitive du centresignifie que l’on comprend cette règle. Neurospin à Gif-sur-Yvette. Le chercheur s’intéresse enUne première étape se caractérise donc par une procé- effet aux bases neurologiques de la lecture dont l’appa-dure de lecture phonologique : autrement dit, traduire la rition est très récente au regard de l’âge de l’humanité.séquence de lettres d’un mot lu en une séquence de sons Sur quels réseaux de neurones s’appuie cette capacité ?correspondants. Pour Johannes ZieglerY Z, du laboratoirede Psychologie cognitive d’Aix-Marseille, « ce décodage Recyclage cérébralphonologique est le mécanisme essentiel de l’apprentissage Stanislas Dehaene et Laurent Cohen Y Z, neuropsy-de la lecture, permettant de récupérer en mémoire la forme chologue au Centre de recherche en neurosciences desonore des mots dont l’enfant connaît déjà la signification. » la Pitié-Salpêtrière à l’Institut du cerveau et de la moelleEt point besoin de lire à haute voix : même lors de la épinière (ICM), ont regardé directement dans notrelecture silencieuse, cette « musique des mots » est acti- cerveau. Ou presque. Grâce à l’imagerie par résonancevée. La preuve ? Lors d’une expérience, des pseudo- magnétique fonctionnelle (IRMf) qui permet de visua-  Johannes Ziegler : unité 6146 CNRS/mots - une suite de caractères ressemblant à un mot réel liser, quasiment en temps réel, quelles zones du cerveau Université Aix-Marseillemais n’ayant pas de signification - sont présentés sur un sont activées, les chercheurs ont montré que celui-ci  Stanislas Dehaene : unité 992 Inserm/ Paris 11écran aux enfants. Ils doivent alors préciser si le mot est un adepte du recyclage. Hé oui, dans la zone occipi-  Laurent Cohen : unité 975 Inserm/existe en français ou pas. Or, ils mettent plus de temps tale gauche, les réseaux de neurones spécialement  Université Pierre-et-Marie-Curie SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   31
    •  GRAND ANGLETest Savez-vous ne pas lire ?                Énoncez à haute voix la couleurdes suites de lettres ci-dessus.Si vos réponses vous semblentplus lentes quand les lettres formentdes mots, c’est normal. C’est un coup © MOSALINI/SIPAde « la petite musique des mots »qui résonne dans votre tête : vousne pouvez vous empêcher de lire,alors que c’est totalement inutile…et que cela prend du temps ! dédiés à la reconnaissance des  d’apprentissage dépend ainsi L’apprentissage visages et des objets se convertissent de l’efficacité et de l’automa- de la lecture à la reconnaissance des mots ! Le tisation de ce couplage. Pour nécessite une bonne coordination cortex visuel se réorganise donc, par le chercheur, « la conscience motrice. compétition entre une nouvelle activité - la lecture - et les phonologique est le meilleur activités plus anciennes de reconnaissance des visages et prédicteur de la facilité à apprendre à lire ». Or, chez les des objets. Cette zone spécialisée du traitement des lettres enfants dyslexiques, c’est justement ce qui pose souvent projette ensuite vers les zones dédiées au langage parlé… problème. Julie Chobert Y Z, doctorante dans l’équipeMusapDys Encore du recyclage ! Le nouveau lien entre lecture et parole devient si fort que l’apprentissage de la lecture Langage, musique et motricité de l’Institut de neuro- sciences cognitives de Méditerrannée, a fait l’hypothèseInfluence de modifiera même le traitement de la parole dans le cor- que l’apprentissage de la musique pourrait remédier auxl’apprentissage de lamusique sur le traitement tex auditif (hémisphère gauche). La lecture agit comme difficultés rencontrées par les dyslexiques, en développantdes aspects temporels un virus : une fois attrapé, le langage n’est plus le même ! leurs capacités à traiter les sons. Ainsi, 70 élèves de CE2 ontdu langage et sur la participé au programme MusapDys (). Au bout de deuxremédiation de la dyslexie Apprendre à lire autrement ans, les résultats sont là : les enfants dyslexiques ayant béné- L’apprentissage de la lecture repose donc sur la mise en rela- ficié d’un apprentissage musical ont amélioré leur capacité tion de la graphie et de la phonie: ceci passe par un couplage à traiter les sons. Tout comme les normo-lecteurs ! entre des unités visuelles et leurs correspondants phonolo- Et si l’apprentissage de l’écriture se faisait à l’aide d’un clavier? giques. «Que ce soit de façon explicite ou implicite, l’enfant doit Quelles seraient les conséquences sur la lecture? Une ques- apprendre que les groupes de lettres correspondent aux sons tion d’actualité puisque l’usage des nouvelles technologies de la langue parlée », explique Johannes Ziegler. La vitesse se répand et se démocratise. Jean-Luc Velay Y Z, chercheur Les nouvelles technologies modifient-elles la lecture ? De plus en plus, les nouvelles sur écran est de pouvoir faire défiler technologies permettent de lire sur le texte grâce à la barre de défilement. d’autres supports que le papier. La lecture Or, au cours de la lecture classique, un sur écran, et notamment sur Internet, codage spatial intervient, qui permet de modifie-t-elle notre façon de lire ? mémoriser où se trouve un terme : cela « Assurément », d’après Thierry Baccino, permet de le retrouver et d’y revenir si professeur de psychologie cognitive et besoin. Or, avec le défilement du texte, ergonomique et directeur scientifique du cette tâche devient plus difficile. De plus, laboratoire des usages en technologies la profusion des liens hypertextes et la d’information numérique. Le chercheur multiplicité des médias peuvent conduire © BL/BSIP va même jusqu’à comparer la révolution le lecteur à une situation de désorientation actuelle à celle qui s’est produite lorsqu’au cognitive. En cliquant à chaque fois sur VIIIe siècle, ont été introduits les espaces La lecture sur écran, un nouveau lien, le lecteur s’égare dans dans l’écriture jusqu’alors continue. de plus en plus présente dans l’architecture globale du document jusqu’à L’une des caractéristiques de la lecture nos sociétés industrielles perdre l’objectif de sa lecture !32  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  GRAND ANGLE Dyslexie : quand la lecture ne se laisse pas apprivoiser La dyslexie se caractérise par des « p », des difficultés de compréhension… gauche, la plus fréquente. Et difficultés spécifiques d’apprentissage Alors que plusieurs formes cliniques d’autre part, un dysfonctionnement de la lecture : son diagnostic ne peut être sont décelées, mettant en cause au niveau du cervelet, cette petite posé que si on constate un retard de soit la conscience phonologique, zone du cerveau impliquée dans 18 mois entre l’âge réel et l’âge de soit le mécanisme visuo-attentionnel, le contrôle des mouvements. Aux lecture. Touchant 10 % de la population, cette capacité à appréhender troubles d’apprentissage de la lecture la dyslexie aurait des bases génétiques : les lettres qui entourent celle s’ajoutent en effet parfois des troubles un enfant aura plus de risques de sur laquelle le regard est posé, de coordination motrice. Très active, souffrir de dyslexie si des membres de la communauté scientifique a mis la recherche sur la dyslexie explore sa famille en sont déjà atteints. Elle se en évidence deux types d’anomalies différentes pistes, avec comme objectif traduit par une lecture lente, hésitante, cérébrales. D’une part, une atteinte d’améliorer les techniques des inversions de lettres comme « b » et des aires du langage de l’hémisphère de remédiation qui existent déjà.dans le même institut à Marseille, a donc comparé l’appren- (graphème) qu’ils apprennent, afin de bien identifiertissage traditionnel de la lecture/écriture et celui avec un sa forme et le son (phonème) correspondant. Tandisclavier. Le chercheur et son équipe ont fait apprendre à des qu’un autre groupe suit un apprentissage classiqueenfants, âgés de 33 à 57mois, 12lettres écrites en majuscules associant seulement la vision d’une lettre et le sondont l’image en miroir est différente de la lettre elle-même. qui lui correspond. Au bout de plusieurs semaines, lesUn premier groupe se voyait présenter les lettres sur une enfants ayant suivi l’entraînement visuo-haptique (quifeuille de papier et devait les reproduire à la main. Pour le concerne à la fois la vision et le toucher) lisent deux foissecond, les lettres apparaissaient sur un écran et ils devaient plus de pseudo-mots que ceux ayant suivi l’entraînement  Julie Chobert et Jean-Luc Velay :les reproduire à l’aide des touches d’un clavier. Après trois classique. « Les enfants ne peuvent les lire que s’ils ont UMR 6193, CNRS/Université de la Méditerranéesemaines d’apprentissage, les enfants devaient reconnaître compris le principe de la représentation des sons par  Édouard Gentaz : UMR 5105 CNRS/ces mêmes lettres parmi des distracteurs (autres lettres, les lettres », explique Édouard Gentaz. Le toucher agirait Université Pierre Mendès France  Michel Fayol : UMR 6024 CNRS/Universitéimage miroir des lettres). Et le résultat est sans appel : ceux ainsi comme un ciment pour renforcer l’association audition Blaise-Pascal Clermont-Ferrand 2, équipequi avaient suivi l’enseignement manuscrit étaient meilleurs. (son de lettre)-vision (forme de la lettre). I Julie Coquart Langage et autres systèmes symboliques»Ils se trompaient moins dans la distinction entre une lettreet son image en miroir. L’écriture manuscrite semble donccontribuer à une meilleure mémorisation des caractères.Mais le chercheur ne rejette pas pour autant l’usage du De la difficulté de maîtriserclavier : « Si l’écriture manuscrite enrichit la représentationdes caractères et facilite leur reconnaissance chez la majorité « l’aurtografe » en françaisdes enfants, elle pourrait produire l’effet inverse chez ceux Apprendre l’orthographe, pour les écoliers français, n’est pas unequi, pour des raisons diverses, ont des difficultés à effectuer mince affaire. À peine ont-ils compris le système de correspondanceles mouvements fins et précis imposés par l’écriture. Dans ce entre une lettre et un son, qu’ils réalisent que le français est une langue inconsistante : certains phonèmes peuvent se traduire par plusieurscas, l’usage du clavier, beaucoup plus simple au plan moteur, graphèmes et vice versa. Le son / o / peut ainsi s’orthographier « eau »,associé à l’ordinateur pour lequel les enfants manifestent « o » ou « au ». Comment choisir le bon graphème ? L’enfant a deuxun engouement prononcé, pourrait constituer une étape pour stratégies complémentaires : il peut mémoriser dans son lexiquepréparer le passage à l’écriture manuscrite. » orthographique les mots connus au fur et à mesure de l’apprentissage ; il peut aussi déduire l’orthographe correcte grâce à la régularitéLire, écouter… toucher statistique. Le graphème « eau » ne se trouve en effet jamais enCes résultats rejoignent les recherches menées par début de mot et beaucoup plus fréquemment en position finale. CetÉdouard Gentaz Y Z, au Laboratoire de psychologie apprentissage implicite permet souvent à l’élève de faire le bon choix.et neurocognition de Grenoble. Le chercheur explore Mais, nouvel écueil dans l’apprentissage : les lettres muettes. Ellesen effet l’avantage d’un apprentissage faisant intervenir sont souvent l’apanage des marques du pluriel : « chat » et « chats » se prononcent de la même façon, tout comme «mange » et « mangent ».plusieurs modalités sensorielles, permettant d’associer « C’est d’abord en appliquant les règles de grammaire que l’enfant sauraplus facilement la forme d’une lettre au son correspon- comment accorder le verbe ou le nom. Ensuite, ces règles vont devenirdant. Une des difficultés de l’apprentissage de la lecture procédures, et s’automatiser. » Pour les accords, Michel Fayol Y Z,réside en effet dans le travail d’élaboration des connexions professeur en psychologie cognitive, au Laboratoire de psychologie socialeentre les représentations orthographiques des lettres et et cognitive de Clermont-Ferrand, fait l’hypothèse que les noms et lesles représentations phonologiques. Le lien entre la lettre verbes (et sans doute les adjectifs) les plus fréquents sont appris partraitée visuellement et le son traité auditivement serait cœur, mémorisés : au lieu de raisonner, ceux qui rédigent font appel à ladifficile à établir. Lors de l’apprentissage multimodal, mémoire pour les transcrire, ce qui est moins coûteux et généralementles élèves de grande section de maternelle sont invi- permet de fournir la bonne réponse. Encore faut-il les avoir acquis !tés à suivre des doigts le contour d’une lettre en relief SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   33
    •  GRAND ANGLE Mathématiques De l’intuition à la manipulation Bonne nouvelle pour les enfants qui souffrent lors du calcul mental et des tables de multiplication : nous avons tous à la naissance la « bosse des maths ». Percevoir les nombres et les quantités est en effet inné et universel. Toutefois, cette perception reste approximative. Pour résoudre des opérations exactes, l’apprentissage scolaire est nécessaire, avec comme outil de réussite : la manipulation. C © GUDTOIMAGES/SPL/PHANIE ontrairement à ce précédemment énoncées, elle a également pu consta- que l’on pourrait ter que les nouveau-nés fixaient beaucoup plus long- penser, il n’est pas temps les images lorsque les quantités correspondaient. nécessaire d’aller à l’école Il semble donc que l’on soit capable dès la naissance ni même d’être en âge d’apparier et de différencier des quantités, même pré- de parler pour faire des sentées par des stimuli différents. « Le nouveau-né vit mathématiques. En réa- dans l’abstraction, d’autant plus que son acuité visuelle Un mélange lité, nous possédons dès la naissance la faculté innée et auditive est limitée, explique Véronique Izard. Ainsi, d’intuition et de percevoir le sens des nombres et d’avoir une impres- il arriverait seulement à saisir des principes très géné- de manipulation sion immédiate des quantités. raux sur le monde. Le sens du nombre serait l’un d’entre est le secret d’un Selon Stanislas Dehaene, cette faculté reposerait sur eux. » apprentissage des mathématiques des bases cognitives « issues d’intuitions fondamen- réussi. tales de l’espace, du temps et du nombre, et que nous Des intuitions innées et universelles avons héritées d’un lointain passé où elles jouaient un Ces intuitions numériques sont de plus universelles, rôle essentiel à notre survie ». Dans notre cerveau, il puisqu’on les retrouve dans les sociétés humaines où existerait même des « neurones des nombres », des il n’existe aucun ensei- circuits cérébraux spécifiques aux mathématiques, gnement des mathé- qui répondent chacun en fonction du nombre d’objets matiques, ainsi que présentés, et que l’on retrouve également chez d’autres chez de nombreuses primates. Stanislas Dehaene les situe dans le cortex espèces animales préfrontal et le sillon intrapariétal. (pigeons, rats, lions, Ce caractère inné a été confirmé par les travaux de singes, dauphins…). Véronique Izard Y Z, du laboratoire Psychologie de la Véronique Izard et perception, à Paris. « En présentant, à des bébés de Pierre Pica Y Z, de moins de 3 mois, une succession d’images représentant l’unité Structures une certaine quantité d’objets, comme 4 canards puis formelles du langage 8 canards, nous avons enregistré une modification de à Saint-Denis, ont leur activité cérébrale, ce qui montre qu’ils perçoivent étudié les Indiens intuitivement les différences de quantités », raconte la Mundurucus, une jeune chercheuse. En faisant entendre à des bébés à peuplade d’Amazonie Véronique Izard : UMR 8158 CNRS/ peine nés (de 0 à 3 jours) une répétition de syllabes, vierge de toute ins- Université Paris-Descartes, Sorbonne Paris Cité puis en leur montrant des images illustrant une quantité truction aux mathé- Pierre Pica : UMR 7023 CNRS/Paris 8 d’objets correspondant ou non au nombre de syllabes matiques. D’abord, en34  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  GRAND ANGLEleur faisant voir des images sur lesquelles figurait unecertaine quantité de points, les chercheurs ont été sur-pris de constater que les indigènes étaient capables de Dyscalculie :juger si une quantité de points était plus importante Le sens perdu des nombresqu’une autre. Ensuite, avec des images représentant Les enfants atteints de par exemple), troubles dedes points qui tombent dans une boîte ou bien que dyscalculie ont une mauvaise l’attention… Environ 5 %l’on retire de cette même boîte, ils ont montré que les perception des nombres et de la population françaiseMundurucus pouvaient estimer approximativement des quantités, qui explique souffrirait de ce troubleles quantités obtenues (plus ou moins qu’avant). Ils les difficultés inhabituelles encore méconnu et négligé, enn’avaient donc aucune difficulté à résoudre menta- qu’ils rencontrent lors comparaison de la dyslexie.lement des additions ou des soustractions, même si de l’apprentissage des Les causes exactes de laleurs réponses restaient approximatives. mathématiques. Certains dyscalculie restent encore à définir. d’entre eux ne parviennent L’hypothèse avancée est que, sousToutefois, même s’ils avaient la capacité de réaliser pas à résoudre des calculs l’influence de facteurs génétiquescertaines tâches arithmétiques simples, les Indiens aussi simples que « 7 - 3 » et environnementaux, il existeraitMundurucus présentaient donc une conception du par exemple, d’autres ne une anomalie du développementnombre différente de la nôtre, fondée sur des quantités comprennent pas qu’un nombre des réseaux neuronaux impliquésapproximatives et non des quantités exactes. Les cher- peut être plus grand qu’un dans la perception des nombres,cheurs leur ont demandé de positionner sur une ligne autre et n’arrivent pas à faire la en particulier une désorganisationdes images représentant une certaine quantité de points différence entre des quantités anatomique au niveau du lobe(de 1 à 9 points), avec, à une extrémité, l’image d’un même très petites. pariétal (sillon intrapariétal).point et, à l’autre, l’image de 10 points. Résultat : plutôt Comme la dyslexie, il s’agit Ce trouble peut être traité grâceque de les disperser à équidistance les uns des autres d’un trouble de l’apprentissage à une rééducation personnalisée, qui survient chez des enfants notamment en développantcomme nous le ferions instinctivement, les indigènes d’une intelligence normale, le sens élémentaire des quantitésont placé de façon éparpillée les petites quantités à l’extré- vivant dans un environnement numériques chez les enfantsmité basse, et tassé les grandes quantités à l’extrémité social et familial tout aussi qui en souffrent. Les jeuxhaute, à la façon d’une échelle logarithmique, comme normal. Elle est souvent et les manipulations d’objetscelle des décibels. « C’est ce qu’on observe chez des enfants associée par ailleurs à d’autres permettent alors de travaillerde moins de 5 ans, précise Véronique Izard. Cette repré- troubles cognitifs : déficits directement sur les nombressentation logarithmique serait donc innée, tandis que spatio-temporels (problèmes et les quantités sans passerl’échelle graduée que nous connaissons bien serait issue de d’orientation dans l’espace par le langage.notre culture et viendrait avec l’apprentissage. C’est cettereprésentation graduée qui nous permettrait de réaliserdes calculs de quantités exactes. » très grande majorité des indigènes à répondu « oui ».Concernant la géométrie, les Mundurucus se sont « Est-ce qu’à ces deux chemins, on peut ajouter unmontrés tout aussi habiles à résoudre des problèmes troisième qui croisera l’un d’eux mais pas l’autre ? » :élémentaires. Les chercheurs leur ont décrit un monde la très grande majorité a répondu « non ». Ce qui sug-imaginaire, où les chemins permettaient d’illustrer la gère qu’ils peuvent envisager le parallélisme et aussinotion de droite, et les villages celle de point. Ils leur ont l’infinité d’une droite. Ainsi, nous aurions tous uneensuite posé quelques questions très simples. « Est-ce connaissance implicite des concepts géométriquesque deux chemins peuvent ne jamais se croiser ? » : une élémentaires, indépendamment de notre culture ou de notre niveau d’éducation. Toutefois, en proposant ces tests à des jeunes enfants nord-américains de 5-6 ans, n’ayant pas encore appris la géométrie à l’école, Véronique Izard et Pierre Pica ont obtenu des résultats plus mitigés, en particulier sur les questions de parallélisme. Ce qui signifierait que la géométrie  À gauche, un homme Mundurucus réalisant la mesure d’un angle. À droite, une femme compare des quantités de points. © PIERRE PICA/CNRS PHOTOTHÈQUE SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   35
    •  GRAND ANGLE sur les expériences communes à tous les Stimuler êtres humains », suggère la chercheuse. À leur entrée à l’école primaire, les enfants ces intuitions semblent donc naturellement armés mathématiques pour entamer le programme de mathé- Il existe des petits matiques. En général, la plupart d’entre exercices illustrés eux savent déjà compter oralement. Mais qui permettent d’étudier cette capacité est trompeuse. En effet, leur et de stimuler la perception des nombres et des quantités perception intuitive reste approximative. La première étape des nombres et de l’apprentissage scolaire va donc être de des quantités chez faire correspondre des quantités précises © PHILIPPE MOUCHE (D’APRÈS GILMORE ET AL. COGNITION, 2010 ; 115 : 394–406) des enfants, avant leur entrée à l’école à des codes symboliques représentant les primaire. En voici deux nombres : les mots de la langue française exemples. (un, deux, trois, quatre, cinq…), les sym- a b boles arabes (1, 2, 3, 4, 5…), ou encore les Racontez l’histoire chiffres romains (I, II, III, IV, V…). illustrée à votre enfant vignette après vignette, Manipuler puis demandez-lui de pour bien calculer répondre à la question Mike et Kim sont en train de jouer Mike gagne plein de billes « C’est grâce à la manipulation de petites avec des billes. quil met dans sa boîte. finale. Ses réponses quantités que les enfants vont connaître ce seront approximatives c d mais correctes. Il sera que sont véritablement les nombres, à quelle tout à fait capable de grandeur chacun correspond, que 2 c’est juger où il y a le plus 1+1, que 3 c’est 2+1, que 4 c’est 1+1+1+1 ou de billes ou de points. 2+2 ou encore 3+1, explique Michel Fayol Mike obtient encore beaucoup Mais Kim aussi a gagné de billes quil met aussi dans sa boîte. plein de billes. du Laboratoire de psychologie sociale et Maintenant, toutes les billes de Mike sont dans sa boîte. Alors, qui en a le plus ? cognitive (Lapsco). Les exercices avec des billes par exemple permettent de voir et de sentir ces quantités. » Cet apprentissage est  ne s’appréhende qu’à partir de 6-7 ans. « Soit ces difficile et va durer jusqu’à la fin du cours prépara- intuitions géométriques sont innées mais n’émergent toire, mais il est essentiel pour la suite et notamment que vers l’âge de 6-7 ans. Soit elles sont acquises entre pour résoudre des opérations. « L’enfant doit apprendre la naissance et cet âge, grâce à un apprentissage fondé qu’en réalisant une addition ou une soustraction sur des Les nombres 18 à 23 dans l’espace des nombres, comme si les nombres étaient liées à l’arithmétique dans le cerveau. Ils montrent aussi venus de l’espace représentés sur une ligne virtuelle. que, chez des enfants en difficulté, En démontrant l’interconnexion entre l’utilisation de jeux qui insistent Au sein de l’unité de Neuroimagerie le sens des nombres et celui de sur la correspondance entre les cognitive dirigé par Stanislas Dehaene, l’espace, ces travaux nous éclairent sur nombres et l’espace, tels que le jeu André Knops Y Z a mis en évidence l’organisation de fonctions cognitives des petits chevaux, peut améliorer pour la première fois que le calcul les compétences arithmétiques. Sur mental s’apparentait à un déplacement ce principe, l’équipe de Stanislas spatial au niveau cérébral. En effet, Dehaene a développé un logiciel grâce à l’imagerie par résonnance ludo-pédagogique en libre accès, « La magnétique, il a montré, chez des course aux nombres », destiné aux volontaires qui effectuaient soit des enfants de 4 à 8 ans dyscalculiques additions et des soustractions dans ou qui présentent des difficultés leur tête, soit des mouvements d’apprentissage des mathématiques. oculaires vers la gauche ou vers la Téléchargeable facilement sur le web, droite, que le calcul mental activait le jeu se présente sous la forme d’une des aires cérébrales impliquées dans course entre deux personnages, dont l’attention spatiale. Par exemple, l’un est incarné par l’enfant. Pour lorsqu’une personne, qui a appris devancer son adversaire, ce dernier à lire de gauche à droite, réalise « La course aux nombres », doit résoudre des calculs simples et dans sa tête l’addition « 18 + 5 », son le logiciel pour apprendre reconnaître des nombres. attention se déplace vers la droite de à mieux calculer André Knops : unité 992 Inserm/Paris 1136  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  GRAND ANGLE  Les chemins de la mémoire Francis Eustache et Béatrice Desgranges Éditions Le Pommier/ Inserm, 2010, 514 p., 29 € Le cerveau attentif© ALTOPRESS/PHOTOALTO/BSIP Jean-Philippe Lachaux Éditions Odile Jacob, mars 2011, 368 p., 23,90 € symboles, on obtiendrait la même chose La manipulation revanche, 23 ne correspond à aucun en opérant sur de vraies quantités dans le permet de résultat dans les tables. » monde réel », précise le chercheur. comprendre le Un autre exemple montre que la Là encore, les nombreux exercices où il sens des nombres. mémorisation est essentielle à la La bosse faut manipuler des objets sont essentiels résolution d’opération, que ce soit des maths : pour comprendre. Par exemple, prendre deux billes, pour une addition ou une multiplication. Vers la quinze ans après en ajouter trois, puis dénombrer l’ensemble. Ensuite, fin du CE1 et le début du CE2, les erreurs du type Stanislas Dehaene l’enfant pourra remplacer les billes par ces doigts, puis 3+4=12 se produisent fréquemment. Or, c’est à ce Éditions Odile Jacob, 2010, 380 p., 24,90 € enfin compter mentalement. Progressivement, il ne sera moment que les enfants apprennent la multiplica- plus obligé de compter pour trouver le résultat d’une tion. Associé aux chiffres 3 et 4, le chiffre 12, résultat opération, il ira directement chercher dans sa mémoire de la multiplication, est enregistré. Comme l’indique les résultats acquis par expérience. Cette dernière stra- Michel Fayol : « Quand l’enfant répond 3x8=32 ou tégie sera à la fois plus rapide et moins coûteuse en 3+4=12, il n’a pas tout faux, il a simplement mal sélec- attention que les précédentes. tionné la réponse. Mais allez dire ça au professeur ! » Concernant la division, les choses se compliquent, Mémoriser puisqu’elle ne peut pas être automatisée comme une Les neurones pour calculer facile addition ou une multiplication. Pour résoudre ce de la lecture Puis, vient le tour de l’apprentissage de la multi- type d’opération, la plupart des individus utilisent en Stanislas Dehaene Éditions Odile Jacob, plication. Pour l’enfant, il s’agit d’abord d’intégrer mémoire la réciproque des tables de multiplication : si 2007, 478 p., 29 € un nouveau symbole d’opération, le « X », et de nous devons diviser 20 par 5, on sait que dans la table savoir dans quelles situations l’utiliser. L’objectif de 5, 5x4=20, donc on en déduit que 20:5=4. de l’enseignement est alors de l’amener à mémo- À la fin de l’école primaire, l’enfant connaît l’addition et riser les tables de multiplication, la meilleure des la soustraction d’un côté, la multiplication et la division stratégies pour résoudre cette opération rapide- de l’autre, ainsi que la relation d’inversion de chacun ment et efficacement. Et il s’agit de celle utilisée de ces couples. « Encore une fois, c’est la manipulation automatiquement par les enfants. « Si on regarde les qui va permettre à l’enfant de comprendre le sens des Apprendre mauvaises réponses données à la question " combien nombres, pour qu’à terme il puisse réaliser facilement et transmettre font 3x8 ", on constate que 32 est bien plus souvent des opérations sur des symboles, tout en respectant les Nicolas Balacheff et Michel Fayol avancé que 23, remarque Michel Fayol. En effet, règles qui y sont liées », souligne Michel Fayol. Ajoutez Le Mook, éditions 32 est enregistré dans la mémoire de l’enfant comme à cela une bonne mémorisation et vous aurez un crack Autrement à paraître étant une solution à une multiplication " 4x8 ". En en calcul mental ! I Yann Cornillier SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   37
    • MÉDECINE GÉNÉRALE • ENTREPRENDRE • OPINIONS • STRATÉGIES • BLOC-NOTES• À LA UNE • DÉCOUVERTES • TÊTES CHERCHEUSES • REGARDS SUR LE MONDE • CLINIQUEMENT VÔTRE • GRAND ANGLE  •• •• •• •• •• ••Une pratiquemédicaleà part entièreIl y a un an, l’exercice de la médecine à distanceentrait précisément dans le cadre de la loi.Mais comment passer de l’expérimentationà la pratique ? E La n septembre 2001, la télémédecine entrait dans instaurées pour la prise en charge des AVC dans ladomomédecine les annales avec une première mondiale : une patiente hospitalisée à Strasbourg est opérée par le région de Rennes, ou encore pour celle des traumatismes crâniens dans le Nord-Pas-de-Calais en connexion avecest un concept nédes travaux de l’Académie professeur Jacques Marescaux… à New York ! L’inter- les hôpitaux lillois… Avec, à la clé, une solution d’avenirdes Technologies. vention sur la vésicule biliaire est réalisée grâce à un pour assurer en tout point du territoire une équité dansSon objectif : robot, commandé par le chirurgien à 7 000 km de la l’accès aux soins.le développementet l’intégration salle d’opération. La prouesse consacre l’image idéalisée Côté télésuivi, les dispositifs dédiés au diabète ont déjàde nouvelles technologies de la télémédecine. Mais au-delà des équipements de pris leurs marques, en Lorraine notamment, pour aider leet procédures pour le pointe et des expérimentations réussies, ce n’est pas patient à mieux contrôler sa glycémie. Alors que l’Hôpitalsuivi médical et les soins par ce biais spectaculaire que la médecine à distance européen Georges-Pompidou à Paris fait figure d’exemplede patients en autonomieou en maintien à domicile. investit aujourd’hui notre quotidien. En effet, depuis avec son système de contrôle à distance de la pressionElle se définit comme octobre 2010, à côté de la téléassistance (notamment en artérielle : le patient prend sa tension à domicile avec unune médecine de chirurgie), d’autres prestations sont désormais inscrites tensiomètre qui expédie automatiquement les donnéesproximité centrée sur dans la loi : la téléconsultation et la téléexpertise qui à l’ordinateur du service concerné. Ce dernier les analyse,le patient avec des permettent à un praticien d’établir un diagnostic ou rédige des comptes rendus,exigences de qualité Grâce à sa valiseet de progrès médical. de donner une prescription à distance et le télésuivi puis les adresse au médecin des personnes atteintes de maladies chroniques. En responsable, et éventuel- de télémédecine, le Pr Bolly pratique un est exclu le téléconseil via un site web ou un service lement déclenche une électrocardiogramme téléphonique, exception faite du 15. alarme en cas d’anomalie. dont les résultats L’avènement de la télé- seront envoyés Le futur quotidien médecine, c’est aussi la au spécialiste. Dans le cadre de la loi des médecins La loi HPST (hôpital, patients, santé En devenant une profession et territoires), promulguée le 21 juillet réglementée, la médecine 2009, inclut la définition du cadre juridique à distance doit s’inscrire de la télémédecine. Un décret publié dans la pratique quoti- le 19 octobre 2010 donne les modalités dienne des médecins. de sa mise en œuvre pratique. L’acte de Il faut donc mettre en © GABRIELLE VOINOT / LOOKATSCIENCES télémédecine (consultation, assistance, conformité avec la loi les suivi, expertise) doit obligatoirement être diverses initiatives expé- effectué par un médecin et faire l’objet d’un rimentales menées ces programme agréé par le ministère de la Santé ou l’Agence régionale de santé. La dernières années, telles transmission des données s’effectue selon que la « télédialyse », un protocole établi et sécurisé, et l’acte est réalisée entre Lannion et inscrit dans le dossier médical du patient. Saint-Brieuc via visiocon- férence, les téléexpertises38  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    • MÉDECINE GÉNÉRALE  •• ••  Jacques Lucas Vice-Président du Conseil national de l’Ordre des médecins, chargé des Systèmes d’information en santé © CNOM Science & Santé : La loi tend à faire de la télémédecine un exer- cice médical précisément défini, mais comment va-t-il s’inscrire “ Il faut que la dans la pratique? télémédecine se © APHP-HEGP-VOISIN/PHANIE Jacques Lucas : C’est tout ce qu’il développe dans reste à construire ! La télémédecine le concret des dispose aujourd’hui d’un cadre, il est situations „ temps de sortir de l’expérimentation. Nous avons proposé au ministre en charge de la santé, Xavier Bertrand, que des protocoles de pratique de la télémédecine Consultation soient rédigés pour chaque spécialité par les conseils profes-perspective de voir s’étendre et s’améliorer médicale sionnels concernés, comme, par exemple, la cardiologie, lale champ des soins et de l’hospitalisation à entre deux radiologie, la dermatologie, l’urologie...domicile pour un meilleur suivi et confort du établissements. Réseau TéléGéria,malade. «C’est toute l’ambition de la “domo- système développé S&S : Quid de la rémunération et de la prise en chargemédecine” (), dont la finalité est la prise à l’Hôpital européen de ces actes?en charge globale du patient dans son Georges-Pompidou J.L. : Il faut envisager une rémunération du médecin à l’acte,cadre de vie », relève Francis Lévi Y Z, pour une téléexpertise ou une téléconsultation, et une rému-cancérologue, et membre fondateur de l’Académie des nération pouvant être forfaitisée pour les pratiques de télésuiviTechnologies. de pathologies au long cours. De fait, les organisations profes- sionnelles attendent le retour de l’assurance maladie...Maintenir le patientdans son cadre de vie S&S : Se pose aussi la question de la responsabilité...Dans le cadre du projet européen « In Casa », son équipe J.L. : Effectivement, il faut que l’acte médical soit juridique-expérimente le télésuivi d’une trentaine de patients sous ment encadré pour pouvoir être pris en charge par les assu-chimiothérapie à domicile. Ceux-ci seront équipés d’un rances. Nous menons pour cela une réflexion avec les assureurs.bracelet électronique qui livrera les informations rela- Comme il s’agit d’une activité médicale à part entière, elle doittives à leur état de santé en temps réel. « L’enjeu est de être reconnue à l’identique. Toutefois se posent des questionssuivre au quotidien l’effet des traitements et l’évolution de particulières. Prenons le cas d’un médecin dans une maison dela maladie, sans avoir besoin d’hospitaliser le patient ni de santé qui demande la confirmation d’un diagnostic au médecinmobiliser à plein temps une équipe médicale. Et c’est aussi expert du centre référent. Ce dernier indique une prescription.une formidable opportunité pour recueillir des données Le traitement est appliqué en bonne et due forme, et l’état duinédites pour la recherche ! » D’autres pays (Italie, Grèce, patient s’aggrave. Qui est responsable ? Le bon sens indiqueAngleterre, Espagne,...) participent à l’expérience pour que c’est le médecin qui a prescrit le soin, plus que celui qui l’ad’autres pathologies (maladies cardiovasculaires et neuro- exécuté. Il est essentiel de faire évoluer le droit médical pourdégénératives, diabète, rééducation fonctionnelle...) sur clarifier ce point, sans attendre des contentieux. Sinon, lesau total près de 400 patients. Objectif : établir fin 2012, établissements de soins et les praticiens seront forcémentaprès analyse des résultats, de véritables modèles « multi- réticents vis-à-vis de ces pratiques. Il faut que la télémédecinepathologies » de prise en charge des patients à distance. se développe dans le concret des situations !À plus long terme, un projet plus ambitieux encore seradéveloppé en Champagne-Ardenne et en Île-de-France,avec le déploiement d’une plateforme de services dedomomédecine auprès de 10 000 patients.« Les technologies existent, les projets prennent formemais il reste des points cruciaux à dénouer pour leur responsabilité juridique, prise en charge par l’assurance maladie... Il reste encore en effet à déterminer le modèle organisationnel et économique de cette médecine à  www.academie- technologies.frfaisabilité», souligne cependant Francis Lévi. Protocoles et distance pour en faire une médecine à part entière. I  Francis Lévi : unité 776 Inserm/Paris 11,organisation des prestations, formation des praticiens, Betty Mamane Rythmes biologiques et cancers SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   39
    •  MÉDECINE GÉNÉRALELe généraliste en première ligneEn juin dernier,une expertise collectivede l’Inserm pointaitles risques liés au stresschez les travailleursindépendants.Quelques jours plustard, l’Inserm organisaitune conférence surce thème au Congrèsde médecine généralede Nice. L’occasion defaire le point sur laplace toute particulièrequ’occupe le généraliste © B. BOISSONNET/BSIPdans la prise en chargede ce syndrome.  LES MÉDECINS INDÉPENDANTS ET LES AUTRES • En moyenne, ils sont plus âgés de 6 ans,L e stress professionnel est l’un des grands maux de de façonner ses émotions et notre époque et de nos sociétés industrialisées, • Avec 12 % d’arrêts de travail en moins, celles du patient sont autant de et les travailleurs indépendants n’échappent pas à • 1,5 année d’espérance de vie en plus, à 35 ans, facteurs qui peuvent créer desla règle. Au vu des conséquences possibles sur la santé • et 15 heures de travail hebdomadaire de plus. situations à risque », a souli-(maladies cardiovasculaires, anxiété, dépression, burn gné, lors de la conférence In-out, troubles musculosquelettiques…), ce syndrome serm, Valérie Pezet-Langevin Y Z, psychologue socialenécessite une prise en charge adaptée. et experte en assistance conseil sur les risques psycho-Mais, dans la mosaïque des professions libérales, le  Valérie Pezet-Langevin : Institut sociaux. Il existe deux combinaisons particulièrement national de recherche et de sécuritémédecin généraliste tient une place à part. En effet, il(INRS) délétères, communes par ailleurs à toute profession :occupe à la fois le rôle du dépisteur de stress chez ses  Stress au travail et santé - situation de fortes exigences en termes de rentabilité, la margepatients mais peut en être lui-même victime. « Le contact chez les indépendants. Inserm, de manœuvre étant très mince pour les professionnels collection Expertise collective, juin 2011.avec le public, le temps et les contraintes des rythmes de Disponible sur www.inserm.fr de santé, et un manque de reconnaissance au vu destravail, ou encore les exigences émotionnelles et le devoir Diffusion Lavoisier efforts fournis. Ainsi, gérer les facteurs de stress dans son cabinet n’est pas évident, il n’existe pas de recette toute prête. Néanmoins, contrairement à de nombreux travailleurs Prochaines conférences indépendants, les médecins ont la chance de bénéficier L’Inserm organise deux ateliers aux 10e Journées nationales d’une bonne structuration du corps de métier, avec de médecine générale au CNIT à Paris - La Défense, le vendredi l’existence de réseaux d’entraide, qui peuvent soutenir 7 octobre 2011 de 14h15 à 15h45. Le premier tentera de répondre le généraliste dans sa pratique quotidienne. Un atout à la question : quels impacts peuvent avoir les polluants environnementaux sur la santé et la fertilité ? Le second débattra qu’il convient de renforcer et d’étendre aux autres de l’utilisation du très controversé baclofène dans le traitement professions libérales. de l’alcoolodépendance. Enfin, un second point a fait consensus en conclusion  de la conférence Inserm à Nice : la médecine du travail, Renseignements et inscriptions : www.jnmg.org une spécialité de plus en plus désavouée, doit retrouver ses titres de noblesse, la prise en charge du stress pro- fessionnel étant son cœur de métier. I Gaël Esteve40  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  MÉDECINE GÉNÉRALE G SANTÉ PUBLIQUE : PNNS 3, LA SURVEILLANCE S’INTENSIFIE Le troisième programme national Nutrition Santé (PNNS) est lancé ! Dans la lignée des deux premiers, dont Science & Santé s’est déjà fait l’écho*, il a pour quadruple objectif de réduire l’obésité et le surpoids, d’aug- menter l’activité physique et diminuer la sédentarité à tout âge, d’améliorer les pratiques alimen- taires et les apports nutritionnels et de réduire la prévalence des pathologies nutritionnelles. Afin d’amplifier son action, ce troisième PNNS (2011-2015) s’accompagne d’un plan « Obésité » souhaité par le gouvernement. * Science & Santé n° 3, p. 14-15 © GARO/PHANIE  www.sante.gouv.fr Allergies aux Hypertension médicaments Des pratiques trop tolérantes Entre mai et décembre 2009, 2 629 médecins ont répondu au sondage SHARE Que faire après (Supporting Hypertension Awareness and Research Europe-wide) portant sur l’évalua- tion de la tension artérielle qu’ils avaient réalisée sur leurs patients hypertendus. des tests négatifs ? Les résultats révèlent la forte hésitation des praticiens à traiter leurs patients pour réduire leur tension aux niveaux recommandés par la Société européenne Après une réaction cutanée à un médicament, des tests oraux et cutanés, de l’hypertension. La raison ? 90 % considèrent que les seuils préconisés sont voire la réadministration du médicament inférieurs aux seuils d’alerte au-delà desquels les médecins estiment qu’ils à l’hôpital, permettent de savoir si le patient doivent intervenir. Pourtant, dès le dépassement des niveaux conseillés, le risque y est allergique. Une étude sur 10 ans de développer une maladie cardiovasculaire augmenterait… montre pourtant que près des trois quarts  J. Redon et al. J Hypertens, août 2011; 29(8):1633-1640 des patients qui avaient réagi à un médicament, mais dont le test était négatif, ne l’ont pas repris. En cause ? Souvent un manque de compréhension ou un refus G ALCOOL ET CO-INFECTION VIH/VHC : UN AVEU DIFFICILE de leur médecin traitant. Parmi ceux qui Face à un médecin, les patients co-infectés celle avouée lors des entretiens médicaux. l’ont repris, 9 % seulement ont développé par le virus du sida (VIH) et celui de l’hépa- Cet écart concerne surtout ceux qui ne sont des réactions. Une meilleure information tite C (VHC) minimisent leur consommation pas traités pour le VIH, qui ont consommé des généralistes et des patients à ce sujet d’alcool, selon une étude menée sur la des drogues injectables, ou qui sont suivis semble indispensable. cohorte de patients co-infectés ANRS-CO13- par un hépatologue, surtout s’ils savent  J. Waton et al. Allergy, 2011; 66: 941–947 HEPAVIH. C’est en examinant les résultats que le traitement anti-VHC impose de boire des questionnaires auxquels ces patients nettement moins. Pourtant, une consom- doivent répondre pour être inclus dans mation contrôlée d’alcool est indispensable cette cohorte qu’il apparaît que la consom- pour un traitement efficace de ces patients. mation d’alcool est bien plus élevée que  P. Roux, et al. Drug and Alcohol Dependence 116 (2011) 228–232 Recommandations Le malaise de la vitamine D Destinée à prévenir le rachitisme, des pharmaciens, connaissent auraient modifié leurs pratiques. l’administration de vitamine D la lettre de recommandations Des méthodes de sensibilisation aux nourrissons peut provoquer envoyée par l’Agence française plus efficaces que ces lettres gagne- des malaises dus à une « fausse de sécurité sanitaire des produits raient donc à être développées. route » lors de la déglutition. de santé (Afssaps) aux prescrip-  H. Théophile et al. F. Eur J Clin Pharmacol, Les résultats d’un questionnaire teurs. Parmi ceux qui en avaient juillet 2011; 67(7):681-6.© ASTIER/BSIP de l’Inserm montrent que moins pris connaissance, la moitié des de la moitié des pédiatres et des pédiatres et près de 70 % des Rubrique réalisée par généralistes interrogés, et 67 % généralistes et pharmaciens Nicolas Rigaud SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   41
    • • À LA UNE • DÉCOUVERTES • TÊTES CHERCHEUSES • REGARDS SUR LE MONDE • CLINIQUEMENT VÔTRE • GRAND ANGLE • MÉDECINE GÉNÉRALE  ENTREPRENDRE • OPINIONS • STRATÉGIES • BLOC-NOTES  Des régulateurs pleins d’avenir L’équipe d’Alexandra Henrion Caude vient de dévoiler le rôle de régulateurs de gènes que tiennent les microARNs dans les mitochondries. Une découverte au fort potentiel thérapeutique et commercial. C ’est au cours d’une conférence des « Lun- dis de Saint-Antoine» Mitochondrie d’une cellule en 2007, qu’Alexandra de pancréas © KEITH R. PORTER/BSIP Henrion Caude Y Z, co- responsable de l’animation scientifique du site hospi- talo-universitaire, entend parler, pour la première fois, des microARNs, ces petits fragments d’ARN non Destiné à la collecte d’informations sur lesquelles codants, impliqués dans la s’appliquent des algorithmes computationnels qui per- régulation de l’expression mettent de définir les maladies à étudier, le logiciel est voulu des gènes. Ce fut le déclic dès le départ en accès libre sur Internet. Toutefois, les intérêts et le début d’une aventure économiques potentiels, notamment pour des fabricants scientifique aux forts de machines et produits moléculaires, n’échappent pas à accents entrepreneuriaux. l’équipe, ni à Inserm Transfert. Alexandra Henrion Caude Sans partenaire clinicien, dépose le brevet et la filiale privée de l’Inserm se charge alors la chercheuse décide de de la valorisation du programme informatique. Néanmoins, poursuivre une recherche malgré quelques pistes, il n’y a pas de retombée financière.© FRANÇOIS GUÉNET/INSERM académique. Avec une idée Qu’à cela ne tienne, les recherches se poursuivent. en tête : déboucher sur des Et finalement, grâce au logiciel, les hypothèses de la cher- applications thérapeutiques cheuse se confirment. Pour certaines pathologies, comme et donc créer une entreprise. des syndromes polymalformatifs qui affectent le développe- D’ailleurs, confirme-t-elle, ment de l’enfant lors de sa formation squelettique, l’équipe « le projet a été conçu dès le identifie le microARN responsable. Elle découvre également départ comme une start-up que ces petits ARN non codants parviennent à entrer dans “ Un joli rêve, celui où on pourrait afin d’en accélérer la mise en les mitochondries, ces « carrefours du métabolisme et de la soigner les enfants par les microARNs „ œuvre ». Et elle se souvient programmation de la mort de la cellule, impliquées dans de avoir fait alors « un joli rêve, très nombreuses maladies tels les cancers », pour contrôler celui où l’on pourrait soigner les enfants par les microARNs. la bonne régulation des gènes. La démonstration est donc Et éventuellement même, in utero. » faite : en interférant avec les microARNs, il est possible de Première étape capitale pour cette mère de cinq enfants : moduler la fonction mitochondriale. Les débouchés théra- vérifier si ses intuitions sont exactes. En effet, elle soup- peutiques sont immenses, notamment dans les maladies çonne qu’il existe un lien entre les microARNs et les neurodégénératives comme l’ataxie de Friedreich où les maladies génétiques. Tels les informaticiens de génie des microARNs sont impliqués. Immédiatement, un nouveau années 1980 dans leur garage, Alexandra Henrion Caude brevet est déposé et Inserm Transfert décide, dès l’annonce travaille d’arrache-pied pendant six mois en parallèle de de la publication, de valoriser ces découvertes. Quatre ans ses activités à Saint-Antoine. Elle établit le cahier des après s’être lancé un véritable défi scientifique, Alexandra  Alexandra Henrion Caude : unité charges d’un logiciel qui permettrait justement d’étudier Henrion Caude voit enfin se concrétiser ses espoirs de 781 Inserm/Paris 5, Génétique et le rôle des microARNs dans les maladies génétiques. débouchés commerciaux. I Pascal Nguyên épigénétique des maladies métaboliques, Claude Mugnier, bio-informaticien, la rejoint et le pro-  neurosensorielles et du développement  Bandiera S. et al. PLoS One, 13 juin gramme Mirifix, « fix the diseases by the miRs » (soigner www.mirifix.com 2011 ; 6 (6) : e20746 les maladies par les microARNs), voit le jour. www.inserm-transfert.fr 42  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  ENTREPRENDRE Maladie d’Alzheimer  Préparation des Dépister avec une simple G LES SCIENCES DU VIVANT échantillons sanguins prise de sang GAGNANTES Organisée par le ministère La société alsacienne IHD (Innovative Health de la Recherche et Oséo, la Diagnostics) s’est spécialisée dans le dépistage 13ème édition du concours de la maladie d’Alzheimer. Se fondant sur les national d’aide à la création d’entreprises de travaux de Jean de Barry, chercheur Inserm technologies innovantes au sein de l’Institut des neurosciences cellulaires a récompensé, en juin et intégratives (INCI) à Strasbourg et conseiller dernier, 149 lauréats. scientifique d’IHD, l’entreprise effectue ses Les 67 lauréats de la premiers essais cliniques sur un procédé de catégorie « création- dépistage fiable qui utilise de simples prises développement » de sang. Et ce, sans que le patient n’ait déclaré bénéficient d’une les premiers symptômes cliniques de la subvention d’un peu maladie. Si ces tests se révèlent concluants, IHD plus de 214 000 euros en moyenne. Les 82 lauréats commercialisera alors des kits de diagnostic qui « en émergence » permettront un dépistage suffisamment précoce décrochent une aide pour traiter les patients avant que les fonctions d’un montant moyen de cognitives ne commencent à décliner. 31 000 euros. Cette année, www.ihdiag.com la recherche publique aura© IHD été fortement à l’honneur puisque plus de 63 % des projets lauréats sont issus des résultats de recherche institutionnelle. Biotechnologie Le tissu adipeux, support de recherche et développement Sur les six domaines du concours, c’est le secteur Des polymères « Pharmacie, sciences du vivant et biotechnologies » donnent un le plus prisé, avec 36,2 % des projets lauréats. coup de pouce à G IRCAD : ET DE TROIS ! Le 9 juillet dernier, la cicatrisation © ADIPOPHYT l’Institut de recherche Pour son concours annuel de l’entre- contre les cancers de l’appareil digestif (Ircad) prise innovante, la Jeune Chambre a inauguré un site à économique de Rezé et Sud Loire a Barretos dans l’état de distingué Biomedical Tissues, entre- prise dirigée notamment par Pierre Création d’entreprise São Paulo au Brésil. Après Taïwan en 2008, Ircad Brazil est donc le second Layrolle Y Z, chercheur Inserm à Nantes. La firme a mis au point et Deux jeunes pousses centre de recherche et d’enseignement ouvert commercialise un support biodégra- Deux start-up créées par des chercheurs de l’Inserm à l’international, créé dable à base de microfibres de poly- ont récemment vu le jour. La première, Adipophyt, sur le modèle de l’institut mères qui accélère le développement strasbourgeois. Selon se propose, à l’initiative de Karine Clément Y Z, le professeur Marescaux, de cellules de tissus humains et favorise de valoriser les recherches du laboratoire Inserm président de l’Ircad ainsi la cicatrisation tissulaire. Cette « Nutrition et obésité » à Paris. La société a mis en place et de ses antennes à technologie trouve de multiples appli- une offre de service pour tester l’effet d’alicaments, l’étranger, les 17 millions cations en chirurgie dentaire, orthopé- de nutraceutiques, de produits cosmétiques ou d’euros nécessaires à la dique ou viscérale, mais aussi en tant construction de ce nouveau pharmaceutiques sur des cellules graisseuses en culture. site ont été déboursés que substituts cutanés ou prothèses La seconde, Vaiomer, est basée à Toulouse aux portes par un investisseur local. vasculaires. Un procédé qui avait déjà de l’équipe dirigée par Rémy Burcelin Y Z. De quoi confirmer la permis à Biomedical Tissues d’être Elle développera des biomarqueurs, issus de fragments réputation de l’institut lauréat du concours national d’aide à la qui, depuis 2009, mène bactériens et présents dans le sang de l’hôte, afin de une collaboration création d’entreprises de technologies dépister le diabète et ses complications cardiovasculaires. scientifique avec l’Inserm. innovantes en 2009 et 2010. www.ircad.fr Karine Clément : unité 872 Inserm/Paris 6, Centre de recherche des Cordeliers  Pierrre Layrolle : unité 957/Nantes, Physiopathologie de la résorption osseuse et thérapie des tumeurs osseuses primitives  Rémy Burcelin : unité 1048 Inserm/Toulouse 3-Paul Sabatier, Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires   www.biometiss.com  www.adipophyt.com Rubrique réalisée par Pascal Nguyên SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   43
    • STRATÉGIES • BLOC-NOTES • À LA UNE • DÉCOUVERTES • TÊTES CHERCHEUSES • REGARDS SUR LE MONDE • CLINIQUEMENT VÔTRE • GRAND ANGLE • MÉDECINE GÉNÉRALE • ENTREPRENDRE • OPINIONS  •• ••  Xavier Bertrand :« Rebâtir un nouveau système de sécurité sanitaire » Début 2011, S&S : Comment s’est déroulée cette concer- tation ? l’affaire du Médiator X.B. : Elle a réuni l’ensemble des acteurs du monde de la éclate à la suite santé : professionnels de santé, associations de patients, du rapport de l’Inspection autorités de régulation, lanceurs d’alerte, experts générale des affaires académiques, industriels de santé… Ainsi, c’est près de 300 personnes, divisées en 6 groupes de travail, qui ont sociales (IGAS) été chargées d’échanger et de formuler des propositions qui pointe certains sur l’évaluation, le suivi, ou encore l’utilisation et la promo- dysfonctionnements tion des produits de santé, pour restaurer la confiance de l’organisation et garantir une sécurité optimale aux patients tout en préservant les capacités d’accès à l’innovation. Les experts de la sécurité sanitaire consultés ont rendu leurs travaux en juin dernier. À partir des produits de santé. de ces contributions, mais aussi de celles du rapport de Xavier Bertrand l’IGAS sur la pharmacovigilance et la gouvernance de la chaîne du médicament en France, des rapports des décide alors de lancer missions parlementaires, ainsi que du rapport des profes- le 17 février dernier seurs Bernard Debré et Philippe Even, nous avons, avec© DR les Assises du Nora Berra, présenté une grande réforme du médicament. médicament, une vaste concertation sur la refonte de S&S : Et quels en sont les points forts ? ce système. Aujourd’hui, le ministre du Travail, de l’Emploi X.B : Elle repose sur 3 piliers. Tout d’abord, elle doit et de la Santé nous explique le pourquoi de ces Assises permettre qu’à l’avenir les décisions soient prises en toute et les grandes lignes de la réforme qu’il propose. transparence, que le doute bénéficie systématiquement au malade, et enfin que les patients et les professionnels de santé soient bien formés et bien informés. Concrètement, cela veut dire prévenir les conflits d’intérêts et assurer la Science & Santé : Quels étaient vos objectifs en transparence des décisions, instaurer des règles plus strictes lançant les Assises de médicament ? pour l’admission au remboursement des médicaments, Xavier Bertrand : Dès la remise du premier rap- ou encore revoir le rôle des visiteurs médicaux pour que la port de l’IGAS le 15 janvier 2011, nous avons affirmé, promotion ne prenne pas le avec Nora Berra, secrétaire d’État chargée de la Santé, pas sur l’information. Nous notre volonté de rebâtir un nouveau système de sécurité “ La santé avons également décidé, sanitaire avec un objectif : qu’il n’y ait pas demain de de chacun est pour plus de lisibilité dans nouveau « Mediator ». Pour cela, nous avons voulu l’affaire de tous „ la mise sur le marché des engager la concertation la plus large possible. C’est dans médicaments, d’identifier cet esprit que nous avons lancé ces Assises pilotées par clairement l’agence en charge de la police du médicament, Édouard Couty, rapporteur général. ainsi, l’Afssaps devient l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et voit son expertise renforcée. Par ailleurs, j’ai souhaité la création d’un comité stratégique de la politique des produits de santé et de la sécurité sanitaire dans lequel toutes les agences  et les directions d’administration centrale concernées seront THIERRY DAMERVAL© LAURENCE PRAT/INSERM DEVIENT DIRECTEUR GÉNÉRAL DÉLÉGUÉ DE L’INSERM. parties prenantes. Notre réforme, présentée en conseil des Actuel directeur général délégué à la stratégie, il exercera, en plus ministres le 1er août, sera soumise au Parlement à l’au- de ses fonctions actuelles, celles d’Hervé Douchin, directeur général tomne. Je le redis, la santé de chacun est l’affaire de tous, délégué aux affaires administratives et financières de l’Inserm qui vient c’est pourquoi j’ai souhaité une réforme en profondeur et d’être nommé Inspecteur général de l’administration de l’éducation qui ait du sens, avec un objectif : l’intérêt du patient. I nationale et de la recherche de 1ère classe. Propos recueillis par Yann Cornillier 44  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  STRATÉGIES Néanmoins, « seule l’évaluation qualitative peut appré- cier l’originalité et l’esprit d’innovation d’un chercheur », rétorque l’Académie des sciences. Aucune machine, donc,La qualité ne pourra remplacer les membres du jury : il est indispen- sable que des spécialistes connaissent bien le domaine etavant la quantité le parcours du candidat, car aucune donnée chiffrée ne permet de mesurer l’intelligence réelle du travail accompli. « Devenus incontournables, les critères bibliométriques répondent à un besoin d’information chiffrée, adapté à l’èreEn janvier, l’Académie des sciences publiait un rapport de la pensée de masse et au numérique, analyse José-Alainsur l’évaluation bibliométrique. L’occasion d’ouvrir le débat Sahel Y Z. Maisindication à gros trait, toujours lacunaire, donnent qu’une c’est la "malmesure" de la science : ils n’enavec José-Alain Sahel, qui commente ce rapport dans sans mise en perspective. D’ailleurs les idées les plus origi-Science Translational Medicine, et Nicole Haeffner-Cavaillon, nales mettent parfois des années avant d’être reconnues ! »responsable de la cellule Bibliométrie de l’Inserm. À l’Inserm, l’évaluation de la recherche s’appuie sur des critères bibliométriques depuis 2004. Mais, « nousQue faut-il savoir sur les critères bibliométriques ne les utilisons pas pour des chercheurs débutants, caret quelle stratégie de publication adopter ? nous avons accès à toutes leurs publications, tempère Nicole Haeffner-Cavaillon. En revanche, ils sont bien utiles aux jurys pluridisciplinaires, pour des chercheurs I l est loin le temps où l’évaluation des équipes de confirmés. » Ces données sont toujours pondérées par le recherche ne dépendait que du jugement des pairs ! parcours et la situation réelle du chercheur. Le nombre Depuis 1955, la qualité d’un travail est de plus en plus d’articles ne suffit pas, et encore faut-il savoir si l’auteur mesurée par des critères quantitatifs : d’abord l’impact des a seulement collaboré ou bien dirigé ces recherches. Les revues où sont publiés les articles, puis le nombre total données sont aussi rapportées aux chiffres moyens de de citations dans les revues scientifiques, leur nombre la discipline. Par exemple, « les articles d’immunologie José-Alain Sahel : moyen par article ou par année, etc. Avec l’émergence sont beaucoup plus cités que ceux de microbiologie. Il Médecin ophtalmologue, membre des bases de données informatiques, on a pu multiplier et faut en tenir compte. » Et lorsque le nombre de citations de l’Académie des sciences, José-Alain Sahel est directeur de l’Institut croiser ces différents indicateurs et établir une évaluation est faible, l’évaluateur est poussé à montrer en quoi le de la Vision, UMR S-968 Inserm / UPMC / chiffrée des individus et des struc- candidat lui semble excellent. CNRS / CHNO Quinze-Vingts tures. Ainsi, son objectivité Et le chercheur, comment doit-il prendre en compte la Henk F. Moed et Martijn S. Visser. Appraisal présente un intérêt particulier bibliométrie ? « Il doit adopter une stratégie de publication, of Citation Data Sources, septembre 2008 dans les commissions pluri- soutient la responsable Bibliométrie. Ce qui compte n’est pas E. Garfield. Science, 122, 108–111; 1955 disciplinaires, où plusieurs tant la quantité des publications que la qualité des revues. Nos Du bon usage de la bibliométrie pour l’évaluation individuelle des membres du jury n’ont pas conseils et formations vont dans ce sens.» Quantitativement, chercheurs. Académie des sciences de forcément une connaissance en effet, un article n’est pas beaucoup plus cité s’il est publié l’Institut de France, janvier 2011 approfondie du domaine du dans une revue généraliste à fort impact comme Nature ou J.A. Sahel. Sci Transl Med 3, 84cm13 (2011), - sur candidat. Science que dans une revue haut de gamme de la spécialité. la base du rapport Donc qualitativement, rien ne sert de l’Académie des de viser un journal que ne lisent pas sciences “ La bibliométrie les chercheurs de la discipline. « La est la " malmesure " leçon est toujours la même : mieux http:// de la science „ extranet. vaut ne pas s’éparpiller ! » I inserm.fr Nicolas Rigaud © FRANÇOIS GUÉNET/INSERM SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   45
    • • À LA UNE • DÉCOUVERTES • TÊTES CHERCHEUSES • REGARDS SUR LE MONDE • CLINIQUEMENT VÔTRE • GRAND ANGLE • MÉDECINE GÉNÉRALE • ENTREPRENDRE • OPINIONS • STRATÉGIES BLOC-NOTES  © INSERM Paris-Montagne L’Inserm et les « Science Ac’ » Fête de la science font un festival Que font les jeunes pendant leurs vacances ? La question semble clas- 20 ans ! sique, la réponse un peu moins : passer une semaine avec une équipe de recherche. En collaboration avec l’Association Paris-Montagne, Pour fêter cet anniversaire, les principaux l’Institut Carmen, au sein d’un laboratoire Inserm de Lyon Y Z, a organismes de recherche proposent pour accueilli, du 2 au 6 mai, dix lycéens lors d’une semaine thématique la première fois « Quartier des sciences » à d’immersion en laboratoire. Inscrit dans le programme « Science Paris, au cœur du campus de la Montagne Sainte-Geneviève. Expositions, conférences, séances de ciné-débat, ateliers, circuits pédestres vers les  laboratoires de recherche, pour tous les goûts, toutes les curiosités, tous Pariscience les âges ! Cette année internationale Ce festival international du film de la chimie est aussi celle du scientifique, créé en 2005 par centenaire du prix Nobel de chimie l’Association Science & Télévision décerné à Marie Curie. (AST), propose d’aborder les sciences À noter que l’Inserm proposera, de façon ludique et attractive à travers entre autres, une exposition et des des films étonnants et des rencontres jeux pour tout dire sur la chimie de passionnantes. Les projections sont l’amour, une animation ambulante, suivies de débats avec des chercheurs, « Boîte de science », qui expliquera des réalisateurs et des producteurs. la conception d’un médicament, Chaque année un hommage est rendu et de multiples rencontres à un grand scientifique pour sa carrière avec les chercheurs. et son rôle de « passeur de science ». La fête se décline partout Pour cette édition 2011, le professeur en France, à découvrir René Frydman, le « père » d’Amandine, près de chez vous… premier bébé-éprouvette français,  12 - 16 octobre 2011 sera à l’honneur.  www.fetedelascience.fr  - 11 octobre 2011, Paris, Muséum 6 national d’histoire naturelle  w ww.pariscience.fr 46  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  BLOC-NOTES Académie » de l’association, le sujet, « Contrôle de la glycémie, de l’assiette aux gènes », a permis aux jeunes « Science Ac’ » de se fami- liariser avec la vie quotidienne du laboratoire en faisant eux-mêmes des expériences. L’objectif : découvrir le parcours d’une recherche, du moléculaire, ici les protéines impliquées dans le fonctionnement de l’insuline, jusqu’aux applications en recherche biomédicale, en les alertant notamment sur les enjeux de santé publique liés à l’obésité, au diabète et aux maladies cardiovasculaires. Pari gagné ! À la fin de la semaine, les lycéens ont tous montré leur désir de poursuivre leur chemin dans les sciences. Certains des « Science Ac’ » encadrés par les organisateurs, étudiants ou chercheurs, sont ensuite venus de toute la France pour organiser le festival de l’association, du 20 au 23 juillet. Au cœur de l’École normale supérieure de Paris, plus de 2 000 enfants et jeunes ont pu ainsi échanger avec les médiateurs et scientifiques sur le sujet surprenant de cette année : « Tout sur le rien ». Du zéro absolu à l’air, en passant par les microbes, tout le rien y est passé ! À travers des ateliers, des spectacles, des animations et des rencontres, le public s’est ainsi initié aux sciences. Tous ont pu décou- vrir notamment un atelier sur l’invisible où l’on observe l’infiniment petit grâce à un microscope et une animation sur les environnements extrêmes où rien ne peut à priori vivre. Finalement, autour du rien, on peut comprendre beaucoup ! Élodie Cheyrou et Patricia Lefort  Unité 1060 Inserm/Lyon 1-Claude-Bernard, Laboratoire de recherche en cardiovasculaire, métabolisme, diabétologie et nutrition  www.paris-montagne.org 12 Campus © UNIVERSITÉ DE STRASBOURG du XXIè siècle © INSERM Perspectives architecturales, maquettes, vidéos, schémas d’aménagement, autant  de supports qui montrent des campus réinventés, Atelier BD-neurosciences des lieux de vie intégrés dans les villes, attractifs pour les étudiants et les chercheurs du monde entier. « Cerveaux en cartoon :  8 juin au 31 décembre 2011, Paris (Sorbonne) ça planche ! » Dessiner la science et exposer ses planches pendant la Fête de la Science ! Le temps de cet atelier, les jeunes participants côtoient un dessinateur professionnel et un jeune chercheur en neurosciences, l’occasion pour eux d’être mis à l’épreuve de la pratique de la BD. Il est prudent de s’inscrire, le nombre de places est limité ! Aude Védrines  28 septembre, 1er et 5 octobre 2011, de 14 heures à 18 heures, Bibliothèque Claude-Lévi-Strauss, Paris 19e Inscriptions : au 01 40 35 96 46 ou par mail © CAMPUS CONDORCET pierre.moutot@paris.fr (objet : atelier bd.)  Exposition inaugurale, labellisée par la « Fête de la science » : 15 octobre 2011 de 13 heures à 18 heures SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   47
    •  BLOC-NOTES « Amphithéâtre », un binôme réussi Universcience et l’Inserm, en coproduction vidéo a révélé une chercheuse troublée avec La compagnie les sens des mots et et enthousiaste lorsqu’elle a découvert Le Centre national du théâtre, ont présenté le texte dans son labo rennais. le 19 juillet, en Avignon, et devant près de Sans dévoiler l’histoire, ce pont entre 150 personnes, la première représentation le monde du théâtre et celui de la du binôme « Amphithéâtre ». recherche a permis à l’émotion de la Le texte, né d’un échange de 50 minutes science de conduire à celle de la vie. entre Scali Delpeyrat, auteur, et L’ « amphithéâtre » de l’université est Karin Tarte Y Z, immunologiste à l’Inserm, devenu une tribune pour venir parler a été mis en lecture par Florian Sitbon d’amour et de rupture. Le rejet et l’attirance et Camille Chamoux. Une vidéo a rendu entre deux êtres se mêlent à la réalité compte des temps forts de la rencontre de la découverte scientifique et du travail entre l’auteur et la scientifique, puis, de recherche en équipe. Un binôme ce fut la lecture remarquable du texte qu’on aura plaisir à retrouver, en novembre, à 3 voix, par Anne Loiret, Sandrine Lanno sur les deux sites d’Universcience et Thibault Rossigneux. L’improvisation (Cité des sciences et de l’industrie et musicale de Pierre Jodlowski et Christophe Palais de la découverte) ! Élodie Cheyrou Ruetsch en a rythmé le cours. Une seconde Karin Tarte : unité 917 Inserm/Rennes 1, Micro-environnement et cancer  La photo scientifique, une vision artistique Le regard du chercheur peut se confronter à celui de l’artiste photographe. Un pari que l’Inserm engage en nouant un par- tenariat avec l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Ainsi, à partir de septembre 2011, un parcours péda- © LUDOVIC FAILLER gogique lié à l’image scientifique sera proposé aux étudiants de 2ème année de l’École. Stage en immersion dans un laboratoire à Marseille-Luminy grâce à « Tous chercheurs* », conférences et réalisation d’un documentaire jalonneront cette année d’une Les Utopiales formation innovante. * « Tous chercheurs », cf S&S n° 1 Depuis sa création en 2000, le festival interna- tional de science-fiction de Nantes est devenu l’événement incontournable du genre en Europe. Près de 43 000 visiteurs à l’édition 2010 ! Il a pour  www.enp-arles.com objectif d’ouvrir au plus grand nombre et faire découvrir le monde de la pros-  pective, des technologies nouvelles et de l’imaginaire. Littérature, cinéma, BD, arts plastiques s’offriront aux curieux. Pour sa Ma vie pour la tienne, part, l’Inserm participera, entre autres, à la remise des prix qui récompenseront les de Nick Cassavetes meilleures nouvelles écrites par lycéens et collégiens ! Projection suivie d’un débat sur les bébés- médicaments, en présence notamment de  -13 novembre 2011, Nantes 9 Valérie Sebag (Inserm/université Paris 13).  www.utopiales.org  n ciné-débat le 4 octobre 2011 U au Grand Action (Paris 5è) 48  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    •  BLOC-NOTES  Les Journées du patrimoine • À cette occasion, on pourra retrouver l’exposition de l’Inserm, Science/Fiction : voyage au cœur du vivant, dans le pavillon C de l’hôpital Sainte-Anne (Paris 14è) les 17-18 septembre 2011 • et voir ou revoir le film en 3D relief, Voyage © INSERM/ETIENNE BEGOUEN au coeur du vivant, dans les Salons vénitiens aux Pavillons de Bercy (Paris 12è). Les Sciences sur la Place © MASCARILLE-EMILE ZEIZIG Dans le cadre de la 33e édition du « Livre sur la Place » de Nancy, le stand multi- partenarial « Les Sciences sur la Place », dans lequel s’inscrit l’Inserm Grand-Est, reconduit sa présence au salon, pendant 3 jours, avec 20 auteurs-chercheurs scien- tifiques en dédicaces et plus de 130 titres proposés. Les « Sciences sur la Place » est un lieu privilégié d’échanges. Cet espace comprend présentations et ventes d’ouvrages à carac- tère scientifique adaptés au grand public, séances de dédicaces, causeries scienti- fiques et animations scolaires. Il propose au grand public de rencontrer les acteurs « En passant de la recherche. Anna Lazar par la chimie 16-18 septembre 2011, Nancy avec ses labos »  © INSERM La Lorraine propose une www.sciencesurlaplace.fr exposition itinérante et de nombreuses rencontres pour découvrir les dernières avancées Communiquer la science de la recherche en chimie, leurs vers les publics scolaires applications dans le quotidien Transmettre aux jeunes le goût et l’envie des sciences, tel est le but de ce colloque et leur impact sur notre société. organisé à l’initiative des organismes de recherche et des collectivités territo- riales, sous l’égide de Communication publique, l’association des responsables de communication des institutions publiques. Communiquer Producteurs de science et communauté la science vers les publics éducative vont partager leurs pratiques, scolaires leurs attentes et leurs recherches de nouvelles pistes de collaboration. Regards croisés entre producteurs de science et communauté éducative 21 septembre 2011, Paris (Institut Pasteur) naugurée en octobre 2011 I La Nuit des chercheurs à Nancy, puis à Metz, On pourra retrouver l’Inserm, en partenariat avec l’université Paris-Descartes l’exposition sillonnera et le CNRS, pour des animations au Réfectoire des Cordeliers. L’occasion aussi la Lorraine, voire plus, en 2012 de visiter, gratuitement, le musée d’Histoire de la médecine.  3 septembre 2011, de 18 heures à minuit, École de médecine (Paris 6è) 2  www.enpassantparla- chimie.com  www.nuitdeschercheurs-france.eu SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011  N° 4   49
    •  BLOC-NOTES Biologie de l’évolution et médecine adsp, actualité et dossier en santé publique Christian Frelin et Bernard Swynghedauw « L’assistance médicale à la procréation », mars 2011, Éditions Lavoisier, 178 p., 39 € dossier coordonné par Françoise Merlet et Bénédicte Vincent Connaître l’histoire de la vie à partir de ses origines La documentation Française, juin 2011, apporte un éclairage essentiel en médecine moderne et n° 75, 72 p., 15 € constitue un élément important de décision pour les pro- Actualité et dossier en santé publique (adsp) est la revue fessionnels de santé. Cet ouvrage a pour vocation d’être le trimestrielle du Haut conseil de la santé publique. Elle apporte des premier à introduire les éléments essentiels de la biologie de l’évolution repères à tous ceux qui doivent connaître l’actualité en santé publique dans l’enseignement de la biologie médicale. Il est écrit par deux auteurs dans son ensemble (épidémiologie, juridique, économique, sociologie, complémentaires qui utilisent depuis longtemps le concept évolutionniste institutionnel). dans leurs recherches biomédicales. Les maladies infectieuses émergentes : Toutes les questions que vous vous posez état de la situation et perspectives sur votre cerveau Haut Conseil de la santé publique F.-Xavier Alario juin 2011, La documentation Française, 208 p., 18 € mai 2011, Odile Jacob, 366 p., 22,90 € Les maladies infectieuses émergentes suscitent aujourd’hui Le cerveau reste l’organe le plus mystérieux du corps humain. de nombreuses inquiétudes sanitaires, économiques et Néanmoins on sait répondre à un certain nombre de ques- socio-politiques, qu’ampli e encore la mondialisation. tions. L’auteur, chercheur au Laboratoire de psycholologie Les auteurs proposent vingt-cinq recommandations cognitive du CNRS, convoque ici neurologues, neurophysiologistes, psy- portant en priorité sur la recherche et l’enseignement, la surveillance chologues, éthologues pour tenter de répondre aux interrogations du public. sanitaire et la gestion raisonnée des crises sanitaires. Sortir de l’eau - De la vie aquatique Controverses à la vie terrestre Université, science et progrès Pierre Corvol et Jean-Luc Elghozi Valérie Pécresse, Axel Kahn mai 2011, Odile Jacob, 240 p., 28,90 € mai 2011, éditions du Nil, 256 p., 19 € Le développement de l’embryon humain dans la poche Un dialogue parfois vif entre deux personnalités que tout amniotique maternelle, la présence de près de 95 % sépare sauf leur passion pour l’université. Ils se rejoignent d’eau dans sa composition aux premiers jours et de sur la nécessité de garantir la bonne santé des universités et 60 % encore à l’âge adulte, tout rappelle à l’homme ses origines marines. « éviter la fuite des cerveaux » mais leurs priorités ne sont pas forcément La composition des liquides extracellulaires n’est pas très éloignée de les mêmes. celle de la mer. Le passage de la vie aquatique à la vie terrestre est le résultat d’un long processus évolutif, fait d’adaptations progressives Au-delà de nos limites biologiques aux conditions d’abord hostiles du nouvel environnement. Biologistes, Les secrets de la longévité physiologistes, médecins et philosophes font le point sur cette aven- Miroslav Radman (avec Daniel Carton) ture étonnante… dont rien ne dit qu’elle soit dé nitivement achevée. mai 2011, éditions Plon, 168 p., 18,90 € Découvreur de la bactérie Deinoccocus radiodurans, De la vie biologique à la vie sociale capable de réparer et réorganiser son matériel génétique, Approches sociologiques et anthropologiques le chercheur suggère que l’on pourrait transférer dans le Sous la direction de Joëlle Vailly, Janina Kehr et génome humain cet étonnant pouvoir de lutte contre l’usure de l’orga- Hörg Niewohner nisme. La voie vers l’immortalité ? juin 2011, La Découverte, coll. Recherches, 336 p., 25 € Le développement des sciences de la vie et de la biomédecine, Comment (et pourquoi) vieillissons-nous ? mais aussi les approches plus classiques de la santé publique Marc Billaud et Florence Solari et l’épidémiologie in uent considérablement sur la dé nition des maladies, juin 2011, éditions Le Pommier, 64 p., 4,90 € les soins et, au-delà, sur notre vie quotidienne. Fruit d’une collaboration Bien des questions se posent sur le processus de vieillisse- franco-allemande, cet ouvrage analyse, en s’appuyant sur de nombreuses ment, et, éventuellement, pourrait-on le modi er ? enquêtes ethnologiques et sociologiques, la vie non plus seulement en tant que concept scienti que et philosophique, mais aussi comme expérience vécue d’êtres humains situés dans des con gurations sociales et politiques. Rubrique réalisée par Maryse Cournut Directeur de la publication Secrétaire de rédaction Mamane, François Guénet, Gaëlle Consultante projet Pr André Syrota Maryse Cournut Lahoreau, Marie-Laurence Lorenzi, Françoise Harrois-Monin N°4 Directeur de la rédaction Journaliste Julie Coquart Erwan Lecomte, Pascal Nguyên, Crédit de couverture SEPTEMBRE-OCTOBRE 2011 Arnaud Benedetti Assistante d’édition Nicolas Rigaud, Aude Védrines Illustration : Directrice adjointe Coralie Baud Conception graphique Jean Manuel Duvivier Pour s’abonner : de la rédaction Ont collaboré à ce numéro et direction artistique Impression Emmanuelle Chollet Alice Bomboy, Élodie Cheyrou, Ghislaine Salmon-Legagneur Groupe Burlat  science-et-sante @ inserm.fr Rédacteur en chef Yann Cornillier Clara Delpas, Gaël Estève, Anna Lazar, Patricia Lefort, Betty Iconographie Alinéa + Communications Dépôt légal : à parution 50  N° 4  SEPTEMBRE - OCTOBRE 2011
    • www.espgg.org Scolaires Public té er San Qua Quarti Entrée gratuite rtie r Le s Cu rie Quartie r Trans ports e t Énerg ies t van u vi ie d ts Quar tier Chim Quartier Forê e Numériqu Quartier Café des sciences Quartier des sciences 12 au 16 octobre 201 1© ideacom - 01 47 53 82 10 - Paris - 09/2011 Paris 5 e 101, rue de Tolbiac 75654 Paris Cedex 13 science-et-sante@inserm.fr