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  • 1. Revue électronique de Psychologie Sociale, 2010-2011, No. 5.Note méthodologique Les 10 commandements pour aider les étudiants à distinguer la science de la pseudoscience en psychologie Scott O. Lilienfeld Emory University – Atlanta, USA « Professeur Schlockenmeister, je sais que nous avons beaucoup à apprendre sur la perception visuelledans votre cours, mais ne va-t-on pas apprendre quelque chose sur les perceptions extrasensorielles ? Unde mes professeurs de Lycée nous disait qu’il existait bon nombre de preuves scientifiques. » « Dr. Glopelstein, vous nous avez appris beaucoup de choses sur lintelligence dans votre cours. Maisquand allez-vous discuter des recherches montrant que la musique de Mozart augmente le QI desnourrissons ? » « M. Fleikenzugle, vous ne cessez de parler des écoles de psychothérapie, comme la psychanalyse, lesthérapies comportementales, et la thérapie centrée sur le patient. Mais comment se fait-il que vous navezjamais dit un mot sur les thérapies à intégration sensorielle ? Ma mère, qui est thérapeute, me dit que cestun remède miracle pour les troubles de lattention. » Après tout, n’y a-t-il pas déjà suffisamment dePseudoscience et psychologie populaire choses à aborder en psychologie, alors pourquoi aborder des choses dont la valeur scientifique est Si vous êtes enseignant en psychologie, ces douteuse ? De plus, certains enseignantsquestions doivent sans doute vous sembler craignent qu’en accordant de l’attention auxfamilières. Il y a une bonne raison à cela : en théories discutables, ils finissent par donner auxpsychologie, la plus grande partie du « bagage de élèves un message involontairement biaisé quiconnaissances » que nos élèves amènent en donnerait une crédibilité scientifique à cesclasse se résume généralement à de la allégations.pseudoscience. En outre, nos étudiants sontsouvent fascinés par les prétenduesconnaissances scientifiques en marge des Les avantages d’enseigner aux élèves àchamps académiques : la perception distinguer la science de la pseudoscienceextrasensorielle, la psychokinésie, le channelling, Pourquoi devrions-nous apprendre auxles expériences extracorporelles, la persuasion étudiants en psychologie à distinguer la sciencesubliminale, lastrologie, le biorythme, le « sérum de la pseudoscience ? George Kelly (1955),de vérité », leffet de la lune sur les théoricien de la personnalité, écrivait qu’unecomportements, la régression sous hypnose, les assimilation efficace dun concept implique unetroubles de personnalité multiple, les rapports compréhension de l’ensemble de ses pôles. Pourd’enlèvements extraterrestres, l’analyse exemple, nous ne pouvons pas saisir pleinementgraphologique, les thérapies de rebirthing (dites le concept de "froid" sans avoir expérimenté laaussi « respiration conscience »), ou encore les chaleur. De la même manière, les étudiants netraitements de la dépression à base de peuvent pas saisir pleinement le concept de laphytothérapie pour nen nommer que quelques- pensée scientifique sans une compréhension desuns. Bien entendu, dans la mesure où certains de croyances pseudo-scientifiques, à savoir cellesces exemples peuvent éventuellement contenir qui semblent, à première vue scientifiques, maisune once de vérité, nous ne devrions pas les qui ne le sont pas.rejeter en bloc. Néanmoins, une chose troublanteconcernant ces revendications est le décalage De plus, en abordant ces sujets, et enflagrant entre les nombreuses personnes remettant en question les idées reçues des élèvesadhérant à ces croyances et la maigreur des relevant de la psychologie populaire, lespreuves scientifiques les appuyant. enseignants peuvent saisir l’opportunité de renforcer lesprit critique de leurs étudiants, en les Pourtant, de nombreux enseignants en amenant à distinguer causalité et corrélation, etpsychologie n’accordent dans leurs cours qu’une ainsi montrer l’importance de la présence deattention minimale aux sujets potentiellement groupes contrôles. Bien que bon nombrepseudo-scientifiques, cela sans doute parce qu’ils d’étudiants trouvent ces connaissances sanspensent que ces sujets sont d’un intérêt au mieux intérêt, voire d’un ennui mortel, lorsquelles sontmarginal pour les sciences psychologiques. En abordées en cours de manière abstraite, ils lesoutre, bon nombre d’ouvrages d’introduction à la apprécient généralement lorsqu’elles sontpsychologie n’abordent qu’à peine ces sujets. 23
  • 2. Revue électronique de Psychologie Sociale, 2010-2011, No. 5.abordées dans le cadre de débats animés et distinction entre la science et la pseudoscience encontroversés qui viennent stimuler leurs intérêts psychologie) et dans mon séminaire « Science etpersonnels (comme par exemple, la perception pseudoscience en psychologie », jai moi-mêmeextrasensorielle. Cest en puisant des exemples appris bon nombre de leçons précieuses (endans la vie quotidienne tels que les articles de réalisant dans un premier temps personnellementmagazines, les sites Internet et les programmes toutes les erreurs que je vais vous inviter à éviter).de télévision que les étudiants se forgent une Dans la section suivante, je résume cesconnaissance de ces thématiques issues de la conseils denseignement, que je désigne sous lepsychologie populaire. terme de "10 commandements" pour aider les En effet, pour de nombreux élèves débutants, étudiants de psychologie à distinguer la sciencela « psychologie » est pratiquement synonyme de de la pseudoscience. Afin d’éviter d’être accusépsychologie populaire. Toutefois, dans la mesure de ne pas séparer lÉglise et lÉtat, jai rédigéoù une grande partie de la psychologie populaire lensemble de ces injonctions dans un sens positifest composé de mythes et de légendes urbaines, plutôt que négatif pour les distinguer des 10parmi lesquels l’idée que la plupart des gens commandements bibliques (tout juste mieuxn’utilisent que dix-pour-cent de leur cerveau, connus). Jinvite les lecteurs de cet article àqu’exprimer sa colère est généralement meilleur inscrire ces commandements sur de lourdesque la contenir, que les opposés sattirent dans tablettes en pierre afin de les exposer à lextérieurles relations interpersonnelles, qu’une haute de tous les départements de psychologie.estime de soi est nécessaire pour une bonnesanté psychologique, ou encore que les Premier Commandementpersonnes atteintes de schizophrénie ontplusieurs personnalités, beaucoup détudiants Tu délimiteras les caractéristiques quiquittent les cours de psychologie avec les mêmes distinguent la science de la pseudoscience.idées fausses que celles avec lesquelles ilsétaient entrés. Par conséquent, ils sortent souvent Il est important d’informer les étudiants que lesde licence en étant incapables de distinguer le différences entre la science et la pseudoscience,grain de livraie dans la psychologie populaire. bien que non absolues ni clairement définies, ne sont ni arbitraires ni subjectives. Pour pallier cela, Ainsi, apprendre aux élèves à distinguer la les philosophes des sciences (par exemple,science de la pseudoscience peut savérer très Bunge, 1984) ont identifié une multitudegratifiant. Au premier rang de ces bénéfices est la déléments ou de signes avant-coureurs quiproduction de consommateurs avertis concernant caractérisent la plupart des disciplines pseudo-la littérature en psychologie populaire. En effet, scientifiques. Parmi ces signes dalerte on trouve :plusieurs études présentent l’intérêt d’enseigner lapsychologie en abordant la pseudoscience et le ƒ Une tendance à invoquer des hypothèses adparanormal. Pour exemple, Morier et Keeports hoc, qui peuvent être considérées comme des(1994) ont rapporté que des étudiants de premier « issues de secours » ou gouffres, ou commecycle ayant suivi un séminaire "Science et un moyen d’éviter les arguments d’oppositionpseudoscience" réduisent significativement leurs permettant la falsification.croyances dans le paranormal en comparaison à ƒ Une absence dautocorrection accompagnéeun groupe quasi-contrôle qui a suivi une formation d’une stagnation intellectuelle.sur la psychologie et la législation sur la mêmepériode (voir aussi Dougherty, 2004). Ils ont ƒ Un accent mis sur la confirmation plutôt quereproduit cet effet sur un intervalle de 2 ans avec sur la réfutation.deux périodes de cours. Wesp et Montgomery ƒ Une tendance à placer le fardeau de la(1998) ont constaté quun cours sur lexamen preuve sur les sceptiques, non partisans desobjectif des phénomènes paranormaux entraîne phénomènes défendus.une amélioration statistiquement significative danslévaluation des biais de raisonnement à repérer ƒ Un appui excessif sur les anecdotes et lesdans des articles scientifiques. Plus précisément, témoignages pour justifier les revendications.les étudiants suivant ce cours ont été plus à ƒ L’évitement de l’évaluation scientifique par lesmême didentifier des erreurs de logique dans des pairs (peer-review).articles et de fournir des explications alternativespour les résultats de recherche. ƒ L’absence de « connectivité » (Stanovich, 1997), cest-à-dire l’incapacité à sappuyer sur des connaissances scientifiques existantes.Les 10 commandements ƒ L’utilisation dun jargon qui semble de prime Néanmoins, apprendre aux élèves à distinguer abord très impressionnant et dont le butla science de la pseudoscience présente principal est de prétendre une respectabilitéégalement une part de défis et de pièges scientifique.potentiels. Dans mon cours d’introduction à lapsychologie (dans lequel je souligne fortement la ƒ Labsence de conditions limites (Hines, 2003), 24
  • 3. Revue électronique de Psychologie Sociale, 2010-2011, No. 5. cest-à-dire une incapacité à spécifier les atteindre en science, certaines des allégations paramètres dans lesquels les phénomènes ne scientifiques, telle que la théorie darwinienne de fonctionnent plus. la sélection naturelle, sont extrêmement bien corroborées, tandis que dautres, telle que la Les enseignants doivent expliquer aux élèves théorie à la base des horoscopes astrologiques,qu’aucun de ces signes davertissement n’est en ont été réfutées de manière convaincante.soi suffisant pour indiquer qu’une discipline est Dautres encore, comme la théorie de lapseudo-scientifique. Néanmoins, plus une dissonance cognitive, sont scientifiquementdiscipline présente un nombre important de ces discutées Par conséquent, il existe un continuumsignes avant-coureurs, plus elle devrait être de confiance concernant les affirmationssuspecte de le devenir. scientifiques. Certaines ont acquis le statut de fait quasi-avéré tandis que dautres ont été clairementDeuxième Commandement falsifiées. Le fait que le scepticisme méthodologique napporte pas de réponses Tu distingueras scepticisme de cynisme. définitives aux questions scientifiques, et que ces Un des risques lorsqu’on enseigne la réponses pourraient en principe être remises endistinction entre science et pseudoscience est de question par un nouveau fait, nimplique pas querendre par mégarde des étudiants réflexivement la connaissance est impossible, mais seulementdédaigneux à tout phénomène qui semble peu que cette connaissance est provisoire. Il ne fautplausible. Le scepticisme, qui est le propre du pas non plus en conclure que les réponsesscientifique, implique deux attitudes apparemment produites par la recherche scientifique ne valentcontradictoires (Sagan, 1995) : une ouverture guère mieux que dautres types de réponses,d’esprit aux propositions, combinée à une volonté telles que celles générées par lintuition (voirde soumettre ces propositions à l’épreuve des Myers, 2002).faits. James Oberg, ingénieur spatial (voir Sagan,1995), nous rappelait de garder lesprit ouvert Quatrième Commandementmais pas au point de mettre de côté notrecerveau. En revanche, le cynisme implique une Tu distingueras les propositions pseudo-fermeture desprit. Je me souviens avoir été scientifiques des propositions qui sont toutréprimé par un sceptique éminent parce que bonnement fausses.j’encourageais les chercheurs à garder un esprit Il arrive à tous les scientifiques, même lesouvert quant à lefficacité dune nouvelle meilleurs, de faire des erreurs. Sir Isaac Newton,psychothérapie dont la rationalité lui semblait par exemple, a flirté avec des hypothèsesfarfelue. Toutefois, si on exclut la possibilité que alchimiques farfelues durant une grande partie denos croyances préexistantes puissent être sa prestigieuse carrière scientifique (Gleick,erronées, nous n’agissons plus en scientifique. Le 2003). Les élèves doivent comprendre que lascepticisme implique une volonté d’envisager les principale différence entre la science et lanouvelles propositions ; le cynisme ne le permet pseudoscience ne réside pas dans le contenupas. (i.e., que les propositions soient en réalité correctes ou incorrectes) mais dans l’approche deTroisième Commandement la preuve. La science, du moins quand elle est appliquée correctement, cherche les informations Tu distingueras scepticisme méthodologique contradictoires et – supposant que ces preuvesde scepticisme philosophique. sont réplicables et de haute qualité – intègre Lorsqu’il s’agit d’encourager les élèves à éventuellement ces informations dans son corpuspenser de façon critique, il faut distinguer deux de connaissances. En revanche, lesformes de scepticisme: (1) une approche qui pseudosciences tendent à éviter les informationssoumet toutes les demandes à lexamen des contradictoires (ou trouvent un moyen deconnaissances dans le but de démêler les réinterpréter ces informations comme étantpropositions vraies des fausses, à savoir un compatibles avec leurs prétentions) et échappescepticisme méthodologique (scientifique), et (2) ainsi à lautocorrection essentielle au progrèsune approche qui nie la possibilité de la scientifique. Pour exemple, lastrologie aconnaissance, à savoir le scepticisme remarquablement peu changé au cours de cesphilosophique. En expliquant aux élèves que la 2500 dernières années, et cela en dépit desconnaissance scientifique est intrinsèquement preuves massives la réfutant (Hines, 2003).provisoire et ouverte à révision, certains étudiantspeuvent conclure à tort que la véritable Cinquième Commandementconnaissance est impossible. Ce point de vue,populaire dans certains milieux postmodernes, Tu distingueras la science des scientifiques.manque à distinguer les propositions théoriques Bien que la méthode scientifique soit unprobables de celles qui le sont moins. Bien que la moyen d’éviter le biais de confirmation (Lilienfeld,certitude absolue soit probablement impossible à 2002), elle n’implique pas que les scientifiques 25
  • 4. Revue électronique de Psychologie Sociale, 2010-2011, No. 5.soient à l’épreuve des préjugés. Pas plus que cela des questions existentielles profondes, telles quene signifie que les scientifiques sont ouverts à la « y a-t- il une âme ? » ou « y a-t-il une vie après lamise à l’épreuve de leurs croyances les plus mort ? » Le psychologue Barry Beyerstein (1999)chères. Les scientifiques peuvent être tout aussi nous rappelle qu’à « chaque minute nait untêtus et dogmatiques dans leurs croyances que gogo » (p. 60 ; en référence à la fameusetoute autre personne. Tout au plus, les bons plaisanterie de P.T. Barnum). Par conséquent, enscientifiques sefforcent de tenir compte de leurs présentant aux étudiants des preuvespréjugés et de les neutraliser autant que possible scientifiques mettant à mal leurs croyancespar la mise en œuvre de procédures imposées paranormales, il n’est pas surprenant que bonpar la méthode scientifique et permettant d’éviter nombre d’entre eux soit sur la défensive. Cetteles biais (par exemple, la présence de groupes position défensive peut engendrer un refus decontrôle en double aveugle). Les élèves doivent prendre en compte les preuves contraires auxcomprendre que la méthode scientifique est une croyances.boîte à outils que les scientifiques ont mis au point Lun des deux meilleurs moyens de réduirepour se prémunir de la confirmation de leurs cette position défensive (le second moyen est lepropres préjugés. huitième commandement présenté ci-dessous) consiste à remettre en doute avec douceur lesSixième Commandement croyances des élèves, tout en utilisant sympathie et compassion, et en sachant que les étudiants Tu expliqueras les fondements cognitifs des qui sont émotionnellement impliqués dans cescroyances pseudo-scientifiques. croyances paranormales vont éprouver des Les enseignants devraient souligner que nous difficultés à les remettre en question, et encoresommes tous enclins aux illusions cognitives plus à y renoncer. Ridiculiser ces croyances peut(Piatelli-Palmarini, 1994), et que de telles illusions produire un effet de réactance (Brehm, 1966) etpeuvent sembler convaincantes et difficiles à ainsi renforcer les stéréotypes des élèveséviter. Par exemple, les démonstrations en classe considérant les enseignants en sciences commemettant en évidence le phénomène de faux des personnes fermées d’esprit et dédaigneuses.souvenir (e.g., Roediger & McDermott, 1995) dont Dans certains cas, les enseignants qui ont unenous sommes tous potentiellement victimes, peut très bonne relation avec leur classe peuvent faireaider les élèves à constater que les processus bouger les choses en utilisant un humourpsychologiques qui conduisent à des croyances bienveillant pour remettre en cause les croyanceserronées sont omniprésents. En outre, il est des étudiants (i.e., « Je voudrais demander à tousimportant de faire remarquer aux élèves que les les élèves qui pensent que la télékinésie existe deheuristiques (raccourcis dans le traitement de bien vouloir me lever la main »). Toutefois, il estl’information) qui peuvent générer ces fausses essentiel que les enseignants veillent à ce que cetcroyances, telles que le biais de représentativité, humour ne soit pas perçu comme humiliant oule biais de disponibilité, ou l’ancrage (Tversky et condescendant.Kahneman, 1974), sont essentiellement desphénomènes adaptatifs qui nous aident à donner Huitième Commandementdu sens à un monde complexe et confus. Parconséquent, la plupart des croyances pseudo- Tu présenteras aux étudiants des exemplesscientifiques ne sont pas véritablement différentes issus de la vraie science, autant que desdes croyances vérifiables. En insistant sur ces exemples issus de pseudosciences.points, les enseignants peuvent réduire le risque Dans nos cours, il est essentiel non seulementque les étudiants qui ont adopté des croyances de remettre en question les affirmations fausses,pseudo-scientifiques se sentent ridicules lorsquils mais également de présenter aux étudiants dessont confrontés à des preuves qui contredisent affirmations exactes. Nous devons être attentifsleurs croyances. non seulement à mettre à l’écart les croyances douteuses des élèves, mais également à leurSeptième Commandement donner des connaissances légitimes en retour. Ce faisant, nous pouvons plus facilement faire Tu expliqueras que les croyances pseudo- accepter aux étudiants l’amère pilule relative àscientifiques satisfont dimportantes motivations. l’abandon de leurs croyances paranormales les Plusieurs affirmations paranormales, telles que plus chères. Les élèves doivent comprendre quecelles concernant la perception extrasensorielle, bon nombre de véritables conclusionsles expériences désincarnées, ou encore scientifiques sont à tout le moins aussilastrologie, font appel chez ceux qui y croient à passionnantes que les affirmations paranormalesun profond besoin despoir et démerveillement, douteuses. Dans mes propres cours, jai jugé utilecomme la nécessité d’avoir un contrôle sur des d’apporter en plus des informations pseudo-évènements souvent incontrôlables liés à la vie et scientifiques, des informations scientifiques toutla mort. La plupart de ceux qui croient au aussi surprenantes, mais vraies, comme le rêveparanormal sont à la recherche de réponses à lucide, la mémoire eidétique, la perception 26
  • 5. Revue électronique de Psychologie Sociale, 2010-2011, No. 5.subliminale (par opposition à la persuasion la plausibilité d’un fait est un bien mauvaissubliminale, qui est scientifiquement bien plus compagnon lorsqu’il s’agit d’évaluer la véracitécontestée), les exploits extraordinaires de la d’un évènement que nous devons rester ouvertsmémoire humaine (Neisser & Hyman, 2000), et aux preuves qui remettent en question nosles applications cliniques de lhypnose (par intuitions préétablies, et ainsi encourager nosopposition à lhypnose comme technique de étudiants à faire de même.récupération des souvenirs qui n’a pas d’appuiscientifique, voir Lynn, Lock, Myers, & Payne, Dixième Commandement1997). De plus, nous devrions garder à lesprit les Tu distingueras les revendications pseudo-paroles du paléontologue Stephen Jay Gould scientifiques des revendications religieuses(1996) qui considère que dénoncer un mensonge purement métaphysiques.expose inexorablement une vérité. Parconséquent, il est essentiel non seulement de Ce dernier commandement est le plussignaler les informations erronées aux étudiants, susceptible de faire l’objet de controverses, enmais également de les orienter vers des particulier pour les sceptiques qui soutiennent queinformations valides. Par exemple, lorsqu’il s’agit pseudosciences et croyances religieuses sontd’expliquer pourquoi les revendications toutes deux irrationnelles. Pour distinguer cesconcernant les biorythmes sont sans fondement deux ensembles de croyances, il faut différencier(voir Hines, 2003), il est utile de présenter aux les pseudosciences et la métaphysique.élèves les arguments concernant les rythmes Contrairement aux allégations pseudo-circadiens qui, bien souvent confondus avec les scientifiques, les revendications métaphysiquesbiorythmes, sont quant à eux soutenus par des (Popper, 1959) ne peuvent être testées de façonrecherches scientifiques rigoureuses. empirique, et par conséquent, elles se situent en dehors des limites de la science. Dans le domaine de la religion, cela inclus les croyances relatives àNeuvième commandement l’existence de Dieu, de lâme, ou de lau-delà, Tu adopteras une seule et même exigence dans la mesure où aucune d’entre elles ne peutintellectuelle. être réfutée par un ensemble concevable de preuves scientifiques. Néanmoins, certaines Une erreur que jai parfois observée chez les croyances religieuses ou quasi-religieuses, tellessceptiques, y compris chez ceux qui enseignent la que celles faisant référence à une théorie duméthodologie en psychologie, est dadopter deux « dessein intelligent » – en quelques sortes uneniveaux d’exigence : une pour les propositions nouvelle incarnation du créationnisme (voir Miller,quils considèrent plausibles et une seconde pour 2000) –, le Saint Suaire de Turin, ou encore lesles autres. Le psychologue contemporain Paul statues pleurantes de la Vierge Marie, sontMeehl (1973) a souligné que cette incohérence vérifiables dans les faits et donc adaptées àéquivaut à « changer les normes d’évaluation de lanalyse critique au même titre que dautresla preuve selon l’objet que l’on doit évaluer » croyances naturalistes douteuses. Toutefois, en(p. 264). Par exemple, je connais un professeur faisant l’amalgame entre les croyances pseudo-qui s’est fortement investi dans lélaboration de scientifiques et les croyances religieuseslistes de thérapies empiriquement validées, cest- strictement métaphysiques, les enseignantsà-dire les traitements en psychologie qui ont risquent (a) de se mettre à dos inutilement unedémontrés leur efficacité par des études proportion non négligeable de leurs élèves, dontscientifiques. Pour ce faire, il s’appuie beaucoup peuvent être religieusement croyants,prudemment sur la littérature scientifique pour et (b) (paradoxalement) d’affaiblir la pensées’assurer que certaines psychothérapies sont critique des élèves, qui exigent uneefficaces et que d’autres ne le sont pas. compréhension claire de la distinction entre lesNéanmoins, il fait peu état des résultats propositions vérifiables et invérifiables.scientifiques sur lefficacité de la thérapie parélectrochocs (ECT) sur la dépression, même siles preuves découlent ici d’études contrôlées qui Conclusionsont tout aussi rigoureuses que celles utilisées Le respect de ces dix commandements peutdans le cadre des autres psychothérapies faciliter le travail des enseignants en psychologieauxquels il adhère. Quand je lui ai fait remarquer dans le but essentiel d’amener les étudiants àcette contradiction, il a refusé d’admettre faire distinguer la science de la pseudoscience. Utilisésdeux poids deux mesures. Il m’est finalement paru avec précaution, sensibilité, et avec uneévident quil rejetait les preuves de lefficacité de compréhension claire des différences entrel’ECT simplement parce que ce traitement lui scepticisme et cynisme, entre scepticismeparaissait manifestement invraisemblable. Il s’est méthodologique et philosophique, entre lasans doute demandé pour quelles raisons serait-il méthode scientifique et les scientifiques quinécessaire d’induire une crise d’épilepsie en lutilisent, entre la pseudoscience et laadministrant un choc électrique au cerveau pour métaphysique, et en intégrant aux cours desoulager la dépression ? C’est toutefois parce que psychologie la pseudoscience et les approches 27
  • 6. Revue électronique de Psychologie Sociale, 2010-2011, No. 5.scientifiques marginales, le résultat peut être psychologique à un rythme croissant, lespritfortement bénéfique tant pour les enseignants et critique nécessaire pour distinguer la science deque pour les étudiants. Dans un monde où les la pseudoscience devrait faire partie des coursmédias, l’industrie du développement personnel, obligatoires pour tout étudiant de psychologie.et lInternet diffusent à tout va une pseudoscience Adaptation française par David VaidisPour aller plus loinƒ Lilienfeld, S.O., Lynn, S.J., Ruscio, J., & Beyerstein, B.J. (2010). 50 great myths of popular psychology: Shattering widespread misconceptions about human behavior. New York: Wiley-Blackwell.Références bibliographiquesBeyerstein, B. L. (1999). Pseudoscience and the brain: Meehl, P.E. (1973). Psychodiagnosis: Selected papers. Tuners and tonics for aspiring superhumans. In S. Minneapolis, MN: University of Minnesota Press. D. Sala (Ed.), Mind myths: Exploring popular assumptions about the mind and brain (pp. 59-82). Miller, K. (2000). Finding Darwins God: A scientists search for common ground between God and Chichester, England: John Wiley. evolution. New York: Cliff Street Books.Brehm, J. (1966). A theory of psychological reactance. New York: Academic Press. Morier, D., & Keeports, D. (1994). Normal science and the paranormal: The effect of a scientific methodBunge, M. (1984, Fall). What is pseudoscience? course on students beliefs in the paranormal. Skeptical Inquirer, 9, 36-46. Research in Higher Education, 35, 443-453.Dougherty, M. J. (2004). Educating believers: Research Myers, D.G. (2002). Intuition: Its powers and perils. demonstrates that courses in skepticism can New Haven: Yale University Press. effectively decrease belief in the paranormal. Skeptic, 10(4), 31-35. Neisser, U. & Hyman, I.E. (2000). Memory observed: Remembering in natural contexts. New York: WorthGilovich, T. (1991). How we know what isnt so: The Publishers. fallibility of human reason in everyday life. New York: Free Press. Piatelli-Palmarini, M. (1994). Inevitable illusions: How mistakes of reason rule our minds. New York: JohnGleick, J. (2003). Isaac Newton. New York: Pantheon Wiley & Sons. Books. Popper, K. R. (1959). The logic of scientific discovery.Gould, S. J. (1996, May). Keynote address, "Science in New York: Basic Books. the age of (mis)information)." Talk presented at the Convention of the Committee for the Scientific Roediger, H. L., & McDermott, K. B. (1995). Creating Investigation of Claims of the Paranormal, Buffalo, false memories: Remembering words not presented New York. in lists. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 21, 803-814.Hines, T. (2003). Pseudoscience and the paranormal: A Ruscio, J. (2002). Clear thinking with psychology: critical examination of the evidence. Buffalo, NY: Prometheus. Separating sense from nonsense. Pacific Grove, CA: Wadsworth.Kelly, G. A. (1955). The psychology of personal constructs, Vols. 1 and 2. New York:Norton. Sagan, C. (1995). The demon-haunted world: Science as a candle in the dark. New York: Random House.Lilienfeld, S. O. (2002). When worlds collide: Social science, politics, and the Rind et al. child sexual Shermer, M. (2002). Why people believe weird things: abuse meta-analysis. American Psychologist, 57, Pseudoscience, superstition, and other confusions 176-188. of our time. New York: Owl Books. Stanovich, K. (1997). How to think straight aboutLilienfeld, S. O., Lohr, M., & Morier, D. (2001). The teaching of courses in the science and psychology (4th ed.). New York: HarperCollins. pseudoscience of psychology. Teaching of Tversky, A., & Kahneman, D. (1974). Judgment under Psychology, 28, 182-191. uncertainty: Heuristics and biases. Science, 185,Lilienfeld, S. O., Lynn, S. J., & Lohr, J. M. (2003). 1124-1131. Science and pseudoscience in clinical psychology. Wesp, R., & Montgomery, K. (1998). Developing critical New York: Guilford. thinking through the study of paranormalLynn, S. J., Lock, T. G., Myers, B., & Payne, D. G. phenomena. Teaching of Psychology, 25, 275-278. (1997). Recalling the unrecallable: Should hypnosis be used to recover memories in psychotherapy? Current Directions in Psychological Science, 6, 79- 83. 28
  • 7. Revue électronique de Psychologie Sociale, 2010-2011, No. 5.Présentation de l’auteur Scott Lilienfeld est Professeur de Psychologie à l’Université Emori à Atlanta (USA). Il est directeur publication de la Scientific Review of Mental Health Practice. Il s’intéresse notamment aux pseudosciences et enseigne depuis plusieurs années comment distinguer science et pseudoscience en milieu académique. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont 50 Great Myths of Popular Psychology (2010, avec S. Lynn, L. Namy, et N. Wolf) ou encore Science and pseudoscience in clinical psychology (2004, avec S. Lynn et J. Lohr). En 2005, il a publié dans The APS Observer un article dans lequel il propose 10 commandements à destination des enseignants pour aider les étudiants à distinguer science et pseudoscience, et dont le présent article est une adaptation française. Il nous a fait l’honneur d’accepter d’être publié pour la RePS.Pour citer cet articleLilienfeld, S. O. (2011). Les 10 commandements pour aider les étudiants à distinguer la science de la pseudoscience en psychologie. Revue électronique de Psychologie Sociale, 5, 23-29. Disponible à l’adresse suivante : <http://RePS.psychologie-sociale.org/>. 29

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