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« Il ne suffit pas d’informer pour communiquer. Au bout des réseaux et des systèmes d’information se révèle la complexité...
 Vision   irénique des réseaux  sociaux (amitié, amour, partage)  ou… ..les dangers omniprésents de la  vie connectée (i...
 Derrière  les deux visions, la même  notion      :   internet      comme  « frontière » Lieu de liberté = lieu de dévia...
 Echos de  l’Ecole de Chicago Gangs, migrants, désorganisation  des communautés… Conditions      réunies pour la  créat...
 Exemple    des trolls, usagers qui    bombardent sites et forums de    commentaires désobligeants et    outrageux  « Pe...
Typologie du troll
 Troll« pur » : celui qui pourrit de  commentaires désobligeants et  mal      adaptés     au    contexte  d’interaction ...
 Troll « hybride » : combine son  activité de troll avec des  « habiletés » d’autre type  (hacking, faking, manipulation,...
 Troll     «       réciproque         ou  involontaire » : plusieurs individus  sont réciproquement convaincus  que « les...
  Le troll « revendicatif » : un  usager mécontent d’un produit ou  d’un service, qui manifeste sa  frustration en bombar...
Motivation du trolling
 Archétypes culturels  ? La figure du trickster (« fripon »)  dans       certaines      traditions  religieuses         ...
 L’argument   anthropologique : un  manque de « civilisation » ?«    Faire en sorte que les  consommateurs, les créateur...
Structures sociales et       trolling
 L’explication    structurale : se  positionner dans un contexte social  ? Troller provoque des changements  dans le pos...
 Réponse     normative au trolling  différenciée selon le capital social  et la réputation des individus Individus moins...
 La question des   liens faibles Loyautés,                     valeurs  communes,                   proximité  émotionne...
 Troll : une            catégorie relationnelle « Pour tout individu X, il existe au  moins un autre individu Y tels que...
L’hypothèse du« trollétariat »
 Le conflit épistémique autour de la  page « Precarity » en 2009    Facteur déontologie (suivre les      procédures)   ...
    Aller-retour incessant entre une    opinion exposée par un locuteur et    une       contre-opinion  souvent    complè...
  Qui sont les vandales ? Base de données 2010 des pages  les plus “reversées” (où les  changements ont été révoqués). ...
  Qui sont les vandales ? Portrait-robot : nés à partir de  1992, bien solides références  culturelles américaines, asse...
  Les vandales selon Klossowski :  déviants anti-hégémonique ? Pas anti-hégémoniques au sens  gramscien (hégémonie cultu...
 Précarisation de  la « classe  créative » (Florida), de la « virtual  class » (Kroker), des « sublimes »  (Aguiton & Car...
Florilège de titres de blogs (2012) “Facebook  is Not a Factory (But  Still        Exploits          its  Users) (Cyborgo...
 Sur            les        résaux  socionumériques, activités qui  peuvent s’assimiler au travail  parce que productrices...
«     Cultures trolls » comme  dispositif      politique     pour  critiquer/contourner l’exploitation  du digital labor ...
 Trollsne s’inscrivent pas dans les  logiques démocratiques Au contraire ils menacent de  court-circuiter leur forme idé...
Merci !Email:casilli@telecom-paristech.frBlog:http://www.bodyspacesociety.euTwitter:@bodyspacesoc
Références•Nicolas Auray, Martine Hurault-Plantet & Céline Poudat (2009) La négociation des points de vue : une cartograph...
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Slides de l'intervention d'Antonio A. CASILLI (Telecom ParisTech/EHESS) au séminaire EPIN - COSTECH, UTC - Université de Technologie de Compiègne, 18 avril 2013. Pour citer cette présentation v. l'adresse : http://www.bodyspacesociety.eu/2013/04/19/slide-biblio-trolling-et-conflictualite-sociale-a-lheure-du-digital-labor/

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TROLL! (What is it good for?)

  1. 1. TROLL!(What is it good for?) Antonio A. Casilli UTC - Université de Technologie de Compiègne Séminaire EPIN - COSTECH 18 avril 2013
  2. 2. « Il ne suffit pas d’informer pour communiquer. Au bout des réseaux et des systèmes d’information se révèle la complexité des hommes et des cultures. La découverte de l’incommunication à grande échelle, avec ses malentendus et ses échecs surprend, là où il ne devait y avoir que fluidité et circulation. » Dominique Wolton (2007) Racines oubliées des sciences de la communication, Hermès n° 48.
  3. 3.  Vision irénique des réseaux sociaux (amitié, amour, partage) ou… ..les dangers omniprésents de la vie connectée (invasions de la vie privée, info overload, cyberharcèlement, stalking, phishing, etc.) Le fantasme de la communication harmonieuse vs. le spectre de la conflictualité au niveau micro et macro
  4. 4.  Derrière les deux visions, la même notion : internet comme « frontière » Lieu de liberté = lieu de déviance ? Une structure socio-technique qui encourage les comportements hors-norme ? Rhétorique héroïques dès origines sur « cowboys du claviers », « hackers », « pirates », etc. Miroir des délits et des infractions connus dans le monde hors ligne ?
  5. 5.  Echos de l’Ecole de Chicago Gangs, migrants, désorganisation des communautés… Conditions réunies pour la création d’un contexte criminogène :  Rencontre de population diverses, et « anonymes »  Tolérance à l’égard des infraction aux lois  Haute fréquence d’actes déviants + difficulté de leur traçabilité
  6. 6.  Exemple des trolls, usagers qui bombardent sites et forums de commentaires désobligeants et outrageux « Perversion », « narcissisme », « désinhibition » : notions issues de la psychologie clinique, dissimulent les facteurs sociaux sous-jacents Le trolling en tant que processus social : comportement itératif, disruptif et contextuel
  7. 7. Typologie du troll
  8. 8.  Troll« pur » : celui qui pourrit de commentaires désobligeants et mal adaptés au contexte d’interaction Nature est éminemment contextuelle Mauvaise évaluation du contexte : risque de déviance individuelle Engage une réaction directe de la part des autres membres de la communauté qui se retrouvent investis de la fonction d’applicateurs de la norme sociale
  9. 9.  Troll « hybride » : combine son activité de troll avec des « habiletés » d’autre type (hacking, faking, manipulation, coll ecte information…) Ex. Mr. Bundle (A Rape in Cyberspace, 1993) Joan, « la thérapeute en fauteuil roulant » (The Strange Case of the Electronic Lover, 1985).
  10. 10.  Troll « réciproque ou involontaire » : plusieurs individus sont réciproquement convaincus que « les trolls c’est les autres ». Echo de la théorie du labeling Personne ne trolle à proprement parler – et pourtant « ça trolle » Propriété émergente du système social
  11. 11.  Le troll « revendicatif » : un usager mécontent d’un produit ou d’un service, qui manifeste sa frustration en bombardant de messages décalées ou agressifs le site Web, la page Facebook d’une entreprise. Les trolls des marques, des célébrités, des hommes politiques… Le côté obscur du Cluetrain Manifesto (si « les marchés sont devenus des conversations », le troll pourrit le marché…)
  12. 12. Motivation du trolling
  13. 13.  Archétypes culturels ? La figure du trickster (« fripon ») dans certaines traditions religieuses : Hermès, Exu, Coyote, Loki… Être semi-divin qui joue des tours aux hommes et change la donne socio-culturelle Réaffirme la possibilité du malentendu dans la communication Mise à l’épreuve du lien social
  14. 14.  L’argument anthropologique : un manque de « civilisation » ?« Faire en sorte que les consommateurs, les créateurs et les centaines de milliers de salariés des industries culturelles puissent tirer parti des fabuleuses opportunités, culturelles aussi bien quéconomiques, dun Internet plus civilisé’ » De Sarkozy à Norbert Elias…
  15. 15. Structures sociales et trolling
  16. 16.  L’explication structurale : se positionner dans un contexte social ? Troller provoque des changements dans le positionnements des individus dans les réseaux sociaux Troller pour contrer des hierarchies, ou au contraire pour monter dans la hierarchie Troller pour renforcer l’homophilie ou bien pour exploser les « chambres d’écho » en créant du capital social de type bridging ?
  17. 17.  Réponse normative au trolling différenciée selon le capital social et la réputation des individus Individus moins centraux : une sanction plus forte Membres qui ont un capital social mieux aménagé : moins répressifs Les « vieux », gardiens des valeurs de la communauté ? Lien social pas déchiré, mais liens sociaux s’effilochent Qui a moins de liens, mis en danger par l’acte déviant
  18. 18.  La question des liens faibles Loyautés, valeurs communes, proximité émotionnelle pas toujours essentielles pour permettre la « force des liens faibles » L’une de ses facettes de la sociabilité d’Internet est justement le fait d’être confronté à des contenus, postures ou réactions inhabituels. Les « parfaits inconnus » du Web sont souvent loin d’être parfaits…
  19. 19.  Troll : une catégorie relationnelle « Pour tout individu X, il existe au moins un autre individu Y tels que X soit en position de trollage par rapport à Y en ce qui concerne un domaine ou une question spécifique ». Les controverses sur Wikipédia
  20. 20. L’hypothèse du« trollétariat »
  21. 21.  Le conflit épistémique autour de la page « Precarity » en 2009  Facteur déontologie (suivre les procédures)  Facteur capital social (qui peut mobiliser davantage d’éditeurs)  Facteur consensus (comment l’atteindre) Le trolling est une manière de pallier à un manque possible de ces trois facteurs
  22. 22.  Aller-retour incessant entre une opinion exposée par un locuteur et une contre-opinion souvent complètement décalée, portée par celle ou celui qui occupe la place du troll (ou de vandale) « Alors que les crispations ou escalades dans la polémique ne parviennent que difficilement à se “reverser” dans une confrontation raisonnée d’arguments, il semble que le mécanisme adopté par Wikipédia soit de tenter d’imputer à une “faute” personnelle, commise par un fauteur de trouble ou un persécuteur, la responsabilité du Nicolas Auray, Martine Hurault-Plantet & Céline Poudat (2009) dérapage. » La négociation des points de vue : une cartographie sociale des controverses dans Wikipédia francophone. Réseaux, 27 (1) : 15- 50.
  23. 23.  Qui sont les vandales ? Base de données 2010 des pages les plus “reversées” (où les changements ont été révoqués). Ratio de réversion est un indicateur fiable du taux de vandalisme 1986-1992 années les plus “reversées” Indication de l’âge des vandales
  24. 24.  Qui sont les vandales ? Portrait-robot : nés à partir de 1992, bien solides références culturelles américaines, assez geek sur les bords, ils fréquentent les sections de l’encyclopédie dédiées aux sciences et aux mathématiques plutôt que celles des sciences humaines, ils bataillent sur des listes de sujets tels les dessins animés, les jeux vidéo, les nombres premiers…
  25. 25.  Les vandales selon Klossowski : déviants anti-hégémonique ? Pas anti-hégémoniques au sens gramscien (hégémonie culturelle et commerciale pas menacée) Mais exposent les limites de la participation en ligne Sur le Web certains sont plus autorisés à parler que d’autres L’expert de médias sociaux vs. le « trollétariat » sans voix
  26. 26.  Précarisation de la « classe créative » (Florida), de la « virtual class » (Kroker), des « sublimes » (Aguiton & Cardon) Production d’une cognitive surplus de masse : voilà ce qui est mis à profit dans le capitalisme cognitif « Cognitariat » (Toffler, 1983) « Pronetariat » (De Rosnay, 2006)
  27. 27. Florilège de titres de blogs (2012) “Facebook is Not a Factory (But Still Exploits its Users) (Cyborgology) “Is Facebook “Using” Its Members?” (Blog ASA) “Is Facebook Exploiting Workers?” (Unionbook blog)
  28. 28.  Sur les résaux socionumériques, activités qui peuvent s’assimiler au travail parce que productrices de valeur La locution “travail numérique” ne restitue pas le sens du labor en tant que rapport social et champ de conflictualités Quel travail ? Quelle valeur ? Quels conflits ?
  29. 29. « Cultures trolls » comme dispositif politique pour critiquer/contourner l’exploitation du digital labor (Nick Dyer- Witheford, 2010) ? Nouveaux mouvements accompagnés par instances de collectivisation de données Anonymous, Lulzsec, Leaks: presque des formes de syndacalisme en réseau (social network unionism) ?
  30. 30.  Trollsne s’inscrivent pas dans les logiques démocratiques Au contraire ils menacent de court-circuiter leur forme idéale Trolls anonymes, intolérants et aux propos décalés témoigne du fait que l’espace public habermasien (espace gouverné par la force intégratrice du langage contextualisé de la tolérance et de l’apparence crédible) est un concept fantasmatique
  31. 31. Merci !Email:casilli@telecom-paristech.frBlog:http://www.bodyspacesociety.euTwitter:@bodyspacesoc
  32. 32. Références•Nicolas Auray, Martine Hurault-Plantet & Céline Poudat (2009) La négociation des points de vue : une cartographie sociale descontroverses dans Wikipédia francophone. Réseaux, 27 (1) : 15-50.• Franco Berardi (Bifo) (2010) « Cognitarian Subjectivation »e-flux http://www.e-flux.com/journal/cognitarian-subjectivation/•Zachary Birchmeier, Adam N. Joinson, Beth Dietz-Uhler, « Storming and Forming a Normative Response to a Deception RevealedOnline », Social Science Computer Review, vol. 23, n° 3, 2002, p. 108-121.•Antonio A. Casilli (2010) « Que va-t-on faire du troll ? », in Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ?, Paris, Ed. duSeuil.•Antonio A. Casilli (2012) Pour une sociologie du #troll, Bodyspacesociety, 24 mars.•Antonio A. Casilli (2012) Les trolls, ou le mythe de l’espace public, OWNI, 26 juin.•Antonio A. Casilli (2012) Wiki prof de raison, OWNI, 29 oct.•Antonio A. Casilli (2012) Wikipédia (toujours) prof de raison, OWNI, 5 nov.•Antonio A. Casilli (2013) Twitter: sil vous plaît Votre Sainteté, nourrissez le #troll, The Huffingtonpost, 06 février.•Antonio A. Casilli (2013) Habemus trollum: why the new Pope’s Twitter account ‘mirrors’ its detractors, Bodyspacesociety, 14mars•Gabriella Coleman (2012) Phreaks, Hackers, and Trolls and the Politics of Transgression and Spectacle, The Social MediaReader, ed. Michael Mandiberg. New York: NYU Press.•Nick Dyer-Witheford (2010) Digital Labour, Species Being and the Global Worker. Ephemera 10 (3/4): 484-503.•Ronda D. Evans (2001) Examining the Informal Sanctioning of Deviance in a Chat Room Culture, Deviant Behavior: AnInterdisciplinary Journal, vol. 22, n° 3, p. 195-210.•Martin Grandjean (2012) Débattre sur Twitter  7 éléments de comportement, Pegasus Data Project, , 31 mai. :•Lewis Hyde (2008) Trickster Makes This World: Mischief, Myth, and Art, Farrar, Straus and Giroux.•Trebor Scholz (2012) « Digital Labor: Introduction », in Id. Digital Labor: The Internet as Playground and Factory, NewYork, Routledge.•Dominique Wolton (2007) Racines oubliées des sciences de la communication, Hermès n° 48.

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