Rapport industrie pharmaceutique

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Le traitement des crises informationnelles dans l'industrie pharmaceutique
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Rapport industrie pharmaceutique

  1. 1. Le Traitement descrisesinformationnellesdans l’industriepharmaceutiqueIntelligence économique – MS MM ESSEC Célia CROGUENNOC Armelle GUYENOT Sami HIMEUR Priscille JACQUES 6 janvier 2012
  2. 2. Avant-proposAfin de pouvoir discerner les enjeux liés et les mécanismes de gestion des crisesinformationnelles dans l’industrie pharmaceutique, ce rapport s’est appuyé sur 5 interviewsréalisées entre le 25 novembre et 28 décembre 2011.  Interview du Professeur Gérard de Pouvourville, Directeur de la Chaire Santé à l’ESSEC Business School et conseiller scientifique au Ministère de la Santé depuis 1982Gérard de Pouvourville est diplômé de l’Ecole polytechnique et Docteur en Economie et Administrationdes Entreprises. Il a débuté sa carrière en 1973, au sein du Centre de Recherche en Gestion de l’Ecolepolytechnique puis au CNRS avant de prendre en 1993 la direction scientifique du Groupe InformationMédicale et Aide à la Gestion des Etablissements, { l’Ecole Nationale de la Santé Publique. Gérard dePouvourville a également été consultant auprès d’établissements hospitaliers publics et de nombreuxlaboratoires pharmaceutiques.En 2000, Gérard de Pouvourville a été nommé Directeur du Centre de Recherche en Economie et GestionAppliquée à la Santé.Travaux réalisés : l’analyse comparative des systèmes de santé, l’évaluation des politiques publiques desanté, le financement des services de santé, le développement des systèmes d’information en santé,l’évaluation économique des actions de santé.  Interview du Professeur André Aurengo, ancien Président du Conseil supérieur d’hygiène publique de France et médecin nucléaire françaisDiplômé de l’École polytechnique, docteur en physique, docteur en médecine, docteur d’État ès sciences, leProfesseur André Aurengo est le chef du service de médecine nucléaire du groupe hospitalier de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Il a été élu le 22 février 2005 { l’Académie nationale de médecine.  Interview d’un médecin Rhumatologue, exerçant en province, et disposant d’un poste à responsabilité au sein de la Fédération Française de Rhumatologie.La personne interrogée a exprimé le souhait de garder l’anonymat au cours de cette interview.  Interview du Docteur Jean-Yves Guyénot, Secrétaire général { l’Ordre des médecins de Bourgogne et docteur en médecine  Interview du Docteur Catherine Guyénot, Médecin au centre de transfusion sanguine à AuxerreDes membre de l’AFSSAPS, du laboratoire Servier, du Ministère de la santé ainsi qu’unjournaliste expert en lobbying pharmaceutique ont été contactés à plusieurs reprises mais n’ontpas donné suite. 2
  3. 3. Synthèse Cette recherche documentaire a pour objectif de répondre à la problématique du« traitement des crises informationnelles dans l’industrie pharmaceutique ». Nous proposons iciune tentative de mise en exergue des différents acteurs impactant ce traitement de la crise. Unepremière partie propose une liste non exhaustive, mais toutefois représentative des grandsévènements de l’histoire des crises et scandales sanitaires, ainsi qu’un essai de définition du faitscientifique et de sa légitimité. La seconde partie a pour objectif de fixer les grands éléments dereprise du fait scientifique par les médias, et donc de décrire l’intervention de ceux-ci dans lacrise. Dans un troisième temps, nous nous intéressons aux stratégies mises en place par lesentreprises dans une tentative de contrôle et de gestion des crises qu’elles ont pu déclencher.Enfin, une étude approfondie des différentes parties prenantes du système de santé Français, etdonc de leurs rôles respectifs en cas de crise sanitaire sera réalisée. Ce rapport a pour vocation de tenter de mettre en relief certains éléments discriminantset pertinents de la gestion des crises informationnelles. Dans un secteur en perpétuelleévolution, et un contexte politico-économique et social en mouvance constante, quels levierspeuvent être actionnés pour permettre une meilleure gestion de ces situations difficiles ? Ilconvient de rappeler que l’industrie pharmaceutique, très florissante, est un bel exemple deperformance industrielle, notamment en France ; et qu’il est urgent d’en revaloriser l’image,parfois très entachée par des crises à répétition, souvent mal gérées par le passé. Certaines réponses, du moins des outils de compréhension, et d’amélioration seront doncproposés en ce sens. Bien que des perspectives positives soient envisageables, il est indéniablequ’une remise en question profonde du système de santé en France, et notamment desinterrelations entre protagonistes est nécessaire. Nous mettons de plus en exergue l’importanced’une communication choisie, raisonnée, transparente et donc plus efficace en contexte de crise. 3
  4. 4. Abstract The main goal of this documentary research is to answer the problematic « Theinformational crisis management in the pharmaceutical industry ». What we suggest here, is tohighlight the main actors who are particularly involved in the management of those crises. This work will start with a description of the main crises which lead to health scandalsalong with a definition of what we call the “scientific fact and its legitimacy”. In a second part, wewill have an attentive look at the media and try to answer the question: how the media pass onthe scientific fact and what are their exact role and impact ?The third part will tackle the strategies deployed by pharmaceutical companies in order tocontrol and manage the crisis. And we will conclude on an overview of parties involved in theFrench health system. The purpose of this report aims at putting forward differential and relevant elements inthe informational crisis management. In a fast moving sector marked by a difficult political,economical and social situation, what are the best answer to manage those crises ?Pharmaceutical companies are flourishing and are a good example of industrial performance,especially in France. Some answers, understanding and improving tools will be suggested at the end of thisreport. Despite the fact that positive outlooks are foreseen, it is though important to take a deepnew look at the French health system. We also insist on the development of a specific, reasoned,transparent communication to best solve those crises. 4
  5. 5. SOMMAIREIntroduction ....................................................................................................................................................... 6I- Le fait scientifique et sa légitimité .................................................................................................................. 7 Fait scientifique et crise sanitaire .................................................................................................................. 7 Historique des scandales sanitaires liés à l’industrie pharmaceutique .......................................................... 7 Légitimité scientifique du scandale ................................................................................................................ 9II- Les médias et les crises pharmaceutiques .................................................................................................... 10 L’industrie pharmaceutique et les médias ................................................................................................... 10 Place des médias dans les crises, , ................................................................................................................ 10 Causes possibles des dérives du traitement des crises par les médias , , ...................................................... 11 Réponses possibles au problème (experts) .................................................................................................. 12III- Industries pharmaceutiques et gestion de crises ........................................................................................ 13L’importance de la communication .................................................................................................................. 13Crise du Médiator et communication à double sens ........................................................................................ 14IV- Les parties prenantes .................................................................................................................................. 15 L’Etat garant de la santé publique................................................................................................................ 16 Le paradoxe étatique ................................................................................................................................... 20 L’ AFSSaPS .................................................................................................................................................... 21 Les professionnels de santé et les patients .................................................................................................. 22Conclusion ........................................................................................................................................................ 25Annexes ............................................................................................................................................................ 27Retranscriptions Interviews ............................................................................................................................. 28 Interview de G. de Pouvourville .................................................................................................................... 29 Interview du Docteur André Aurengo ........................................................................................................... 32 Interview d’un Médecin spécialiste ............................................................................................................... 35 Interview du Docteur Catherine Guyénot ..................................................................................................... 39 Interview du Docteur Jean-yves Guyénot ...................................................................................................... 41 5
  6. 6. Introduction La notion de traitement de crise informationnelle dans l’industrie pharmaceutique estétroitement corrélée { l’existence d’un risque sanitaire. En effet, c’est la réalité d’un risque quiinduit un processus de gestion de ce risque et de transmission de l’information. La sécurité sanitaire en France est composé de différents niveaux de hiérarchie (voirAnnexe 1), avec à sa tête le Ministère de la Santé (instance étatique), qui intervient via laDirection Générale de la Santé. Cette instance interagit avec des organismes majeurs tels quel’AFSSaPS (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé), la HAS (Haute Autoritéde Santé), l’INPES (Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé), la DGCCRF(Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation, et de la Répression des Fraudes)…Ensuite, différents acteurs1 (InVS, Préfets de zone…) permettent de faire le lien avec les ARS :Agences Régionales de Santé, qui ont été créées dans une démarche de décentralisation dusystème de santé. Au sein même des ARS, ont été fondées des antennes spécifiques, telles que lesCIRE (Cellules de l’InVS en Région), cellules de « veille alerte et gestion sanitaire », quipermettent notamment la réception des signaux provenant des différents centres de santé. Toute la problématique de notre sujet provient du fait que ce système s’avèreparfois peu efficace, et que parfois l’existence du risque devient trop rapidement publique, ens’inscrivant dans un circuit de communication peu contrôlable par les instances publiques,privées et les industries pharmaceutiques.Ainsi, nous nous intéresserons au« Traitement des crises informationnelles dans l’industrie pharmaceutique »Deux questions en découlent : comment peut-on définir les crises informationnelles dansl’industrie pharmaceutique et comment sont-elles traitées par les différents acteurs ?Compte tenu du temps imparti, notre étude se limite à un cadre national et temporel. Ainsi nosrecherches portent sur la France à partir de la deuxième moitié du XXème siècle jusqu’{nos jours. La France faisant partie de l’Union européenne, les institutions européennes basées {Bruxelles peuvent être évoquées.A partir de cette problématique, nous avons dégagé 4 parties : le fait scientifique et sa légitimité,la reprise du fait scientifique par les médias, la gestion de la crise par les entreprises et lesparties prenantes et leurs influences sur le traitement de ces crises.Nous tâcherons, enfin, de tirer des conclusions au regard des recherches et analyses réalisées.Certaines recommandations seront exprimées dans un dernier temps, avec pour objectifd’ébaucher les quelques grandes lignes d’un futur système, plus approprié et performant, detraitement des crises informationnelles dans l’industrie pharmaceutique.1 EHESP – La mission de veille sanitaire au sein des agences régionales de santé – Groupe MIP 23 – 2011 6
  7. 7. I- Le fait scientifique et sa légitimitéAvant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de bien saisir quelques notions ayant trait auxtermes même de santé, fait scientifique, crises sanitaires ou bien encore de scandale sanitaire.Fait scientifique et crise sanitaire La première définition du mot santé est donnée par l’Organisation mondiale de la santé(OMS) et date de 1946. Il s’agit alors d’ «un état complet de bien-être physique, mental et social, etne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité2».Le fait scientifique par rapport à la santé pourrait donc être interprété comme un événementdans la science qui viendrait perturber cet état complet de bien être physique, mental et social. Ilpeut alors se matérialiser sous la forme d’avancées scientifiques comme la mise au point d’unnouveau médicament, d’une nouvelle thérapie mais il peut également apparaître sous les traitsd’une crise sanitaire.Afin de circoncire notre sujet, nous nous intéresserons aux faits scientifiques et à la notion decrise qui peut lui être attachée. Les crises sanitaires sont des évènements pouvant affecter soit réellement soitpotentiellement la santé d’un grand nombre de personnes. Dans la plupart des cas, elles sontdéclarées/officialisées par lEtat. Parmi ces nombreuses crises, on note celles liées àdes médicaments ou à des vaccins contaminés ou pollués (nous les détaillerons plus en aval).Si nous nous attachons maintenant à la notion de scandale, le dictionnaire Larousse le définitcomme étant un « effet fâcheux, une indignation produits dans lopinion publique par un fait, unacte estimé contraire à la morale, aux usages ». Il est d’ailleurs plutôt difficile d’identifier le débutet la fin d’un scandale. De même, son ampleur dépend de la notoriété et du nombre de personnesimpliquées et surtout, de l’importance que lui accordent les médias. N’oublions pas également, etnous le verrons plus loin, que les conséquences économiques engendrées pas ces scandalespeuvent être lourdes de conséquences.Historique des scandales sanitaires liés à l’industrie pharmaceutique Plusieurs affaires de santé publique ont défrayé la chronique et eurent des conséquencesimportantes tant sur le plan économique qu’humain. Nous tâcherons de dresser un panoramaglobal des scandales sanitaires qui ont éclaté depuis 1945 à nos jours.Le Distilbène3 Cette hormone de synthèse fut prescrite à partir de 1948 à des millions de femmes dansle monde afin de prévenir les fausses couches. Elle fut { l’origine de nombreuses malformationschez les enfants des mères traitées (malformation de l’utérus engendrant une stérilité { l’âgeadulte). Dès les premiers cas, les Etats-Unis la retirent du marché. La France la supprimera en1977.Ce médicament fut responsable, entre autres, de plus de 160 000 victimes en France.2 http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs220/fr/3 Le distilbène aurait des effets sur trois générations,Le Monde, 5 avril 2011 7
  8. 8. L’hormone de croissance4 A partir de 1973 et jusqu’en 1988, les enfants qui manifestaient des problèmes decroissance se voyaient injecter une hormone de croissance extraites d’hypophyses provenant decadavres humains (l’hypophyse secrétant des cellules qui stimulent la croissance).Le procédé était le suivant : les glandes hypophysaires étaient sélectionnées par l’associationFrance hypophyse dans les morgues de France, de Bulgarie et de Hongrie pour ensuite êtrerevendues { l’Institut Pasteur qui en extrayait les hormones de croissance. Ces dernières étaientensuite achetées par la Pharmacie centrale des hôpitaux pour traiter les patients. Chaquerevente faisait l’objet d’une spéculation.Pour faire face à la demande croissante, le nombre d’hypophyses prélevées s’est accru et lescontrôles se sont fait plus laxistes de la part de l’association France hypophyse. Beaucoup decadavres à partir desquels les glandes hypophysaires étaient prélevées avaient la maladie deCreutzfeldt Jakob. En France, on estime à 1 698 le nombre d’enfants traités par cette hormoneentre 1973 et 1988, date à laquelle on recense 93 décès des suites d’une injection d’hormonecontaminée.En 1985, le scandale éclate et les Etats-unis mettent au point une hormone de synthèse.Néanmoins, la France continuera à utiliser des hormones de croissance extraites d’hypophysesjusqu’en 1988. La France est l’un des pays qui recense le plus de victimes liées { cette hormonede croissance.La maladie pouvant se manifester 30 ans après, on recense en 2008 111 morts. Suite à cela, unprocès est ouvert en 1991 incriminant des hauts personnels de santé accusés d’avoir reçu despots de vin. Ils ont tous été relaxés.Le scandale de l’Isoméride5 En 1985 l’isomeride est utilisé afin de pallier les problèmes d’obésité. Ce médicament estmis sur le marché par les Laboratoires Servier et sera commercialisé jusqu’en 1997. Il estprescrit à plus de 5 millions de Français et fut { l’origine d’importantes complicationspulmonaires. Après la découverte de cas dhypertension artérielle pulmonaire dès 1995, etdanomalies des valves cardiaques en juillet 1997, lisoméride sera retiré de la vente en France. Ilserait incriminé dans le décès de plus de 40 personnes.Le sang contaminé6 La crise du sang contaminé trouve son origine dans les années 80 avec la mise enévidence du virus du sida. Des années ont été nécessaires afin d’identifier les facteurs detransmission du virus du SIDA ainsi qu’{ l’élaboration des tests de dépistage efficaces.Le virus du SIDA se transmettant entre autres par le sang, des procédures ont dû êtres mises enplace pour que les organismes de transfusion sanguine utilisent des méthodes et des produitssécurisés (comme la technique de chauffage d’extrait de plasma permettant d’«inactiver » levirus qui fut découverte en 1984). Le retard pris entre la connaissance du problème et la mise enplace de mesures adéquates a constitué l’affaire du sang contaminé. L’opinion publique ne sera vraiment sensibilisée qu’en 1985 avec l’annonce par lePremier ministre d’un dépistage obligatoire des donneurs de sang. Néanmoins, les troisfournisseurs de tests de l’époque (Abbott, Pasteur, et Organon-Teknika) n’étaient pas en mesurede fournir l’ensemble des quantités demandées. On estime { 95% le nombre d’hémophilescontaminés à ce moment. Les stocks de produits non chauffés (ne permettant pas d’inactiver levirus) cessent d’être remboursé par la sécurité sociale, mais le gouvernement n’interdit pas leur4 L’Express du 6 février 2008 « Le procés d’un scandale », Le Monde du jeudi 23 mai 2002, Libération 24 avril 20045 http://www.victimes-isomeride.asso.fr/isomeride.html6 Les grands scandales sanitaires dans lhexagone depuis 1945 - France 24, Sang contaminé : Bayer et Baxterindemnisentdes hémophiles - LeMonde 8
  9. 9. utilisation et ne rapatrie pas les suppléments de stocks en circulation. Ces derniers ont donccontinué { être utilisés alors même que l’on connaissait les dangers. De même, aucuneinformation n’était délivrée au patient. On estime ente 30 et 50 contaminations supplémentairesentre juin et décembre 1985.Le scandale éclate en 1986 avec la publication d’un rapport du Centre de transfusion sanguinedéclarant qu’un hémophile sur deux a été contaminé (2 000 personnes).En 1992, une enquête est ouverte et les principaux dignitaires de santé sont mis en examen. En1999, l’ancien Premier Ministre ainsi que deux autres Ministres comparaissent devant la Cour dejustice de la République et se voient relaxés.L’affaire du Médiator7 Le Mediator (Benfluorex) est mis sur le marché en France en 1976 par les laboratoiresServier. Ce médicament destiné aux diabétiques sera également utilisé en tant que coupe-faim.En 2003, des cas de valvulopathies8 sont référencés en Espagne suite à la prise du Mediatorfaisant l’objet d’un retrait sur le territoire national et en Italie en 2005.Après de nombreuses alertes émanant des professionnels de santé, le Mediator est retiré sur lemarché français en 2009 (soit 33 ans après sa commercialisation). A ce moment 300 000personnes sont sous traitement.Le scandale éclate lorsque la pneumologue Irène Frachon, publie son livre Mediator 150 mg.Combien de morts. L’affaire mettra en cause des conflits d’intérêts entre les politiques, lesautorités de santé publique (AFSSaPS, HAS) ainsi que les Laboratoires Servier.Légitimité scientifique du scandale Pour qu’un fait scientifique se transforme en scandale de santé publique, plusieursfacteurs sont en cause : la notoriété des personnes mises en cause en l’occurrence (ici leslaboratoires scientifiques mais également les politiques), le nombre de personnes impliquées, etenfin, les conséquences qui suivent cette crise, qu’elles soient juridiques et/ou économiques.A la question « A partir de quand peut-on dire que le fait scientifique a une véritable légitimité ? »,le Professeur de Pouvourville, Directeur de la Chaire Santé { l’ESSEC indique qu’ : « … avec lestechniques statistiques qui existent, on essaye avec les données qu’on a de regarder si on pourraitétablir un lien de causalité avec une robustesse suffisante et voir si il y a vraiment matière à7 Chronique du scandale Mediator, L’Express, 14 décembre 20118 Le terme valvulopathie désigne divers dysfonctionnements des valves cardiaques (chargées de retenir le reflux du sang d’une cavitécardiaque vers une autre) 9
  10. 10. s’inquiéter. Quelque fois c’est extrêmement difficile de conclure. Dans le cas de l’hépatite Bfinalement il y a eu accumulation d’études qui ont convergé pour dire que non. Dans le cas duMediator on n’est pas capable de démontrer quoi que ce soit, on savait par exemple qu’il y avait { labase des raisons pharmacologiques objectives de penser qu’il pouvait y avoir des effets secondaires,sauf qu’on ne connaissait pas trop la fréquence de ces effets secondaires… ».Finalement le fait scientifique gagne en légitimité scientifique avec la crédibilité des recherchesmenées à son sujet, la robustesse de l’expertise et la qualité des experts responsables de larédiger.II- Les médias et les crisespharmaceutiquesL’industrie pharmaceutique et les médias 9 Aujourd’hui, les médicaments occupent une place privilégiée dans les médias au traversdes découvertes, des avancés médicales, des crises… Le développement de cette relation, de plusen plus importante, entre l’industrie pharmaceutiques et les médias a plusieurs causes. Dans un premier temps, le développement du mass média a conduit à une populationde plus en plus informée en forte demande d’informations. Or le médicament occupe une placeessentielle dans la vie de l’individu. On observe donc une demande très forte d’articles relatifs {ce sujet. Le sujet est donc très vendeur pour les médias qui désormais lui accordent beaucoupd’importance. Ensuite, l’intensification de l’offre pharmaceutique explique également la présence deplus en plus importante des médicaments dans les médias. Cette présence est avant tout vouluepar les entreprises qui communiquent toujours plus et souhaitent mettre en avant leursproduits, entretenant de fortes relations avec la presse. Enfin, les scandales pharmaceutiques de plus en plus fréquents conduisent à unereprise intensive de ces faits par les médias. Ils ont d’ailleurs un rôle de plus en plus importantdans ces crises et deviennent une partie prenante très difficile à gérer pour les entreprises.Place des médias dans les crises 10, 11, 12 Le rôle des médias lors de ces crises est dans un premier temps l’information de lapopulation. Il leur revient de relayer les informations données par les différentes partiesprenantes de manière objective. Il est aussi de leur devoir de mettre en avant les enjeux quiapparaissent lors de ces crises comme le principe de précaution et d’informer la population surles conduites à tenir.9 Médias, médicaments et espace public, Christine Thoër, PUQ, 200910 La “bactérie tueuse”, laboratoire du journalisme de communication (http://culturevisuelle.org/icones/1781), consulté le 09 novembre201111 Interview du Professeur Gérard de Pouvourville, Directeur de la chaire Essec Santé12 Conférence « Le discours scientifique dans sa dimension politique » du Dr Olivier Mariott, le 24 octobre 2011 10
  11. 11. Deuxièmement, le médicament est un objet technique faisant l’objet de controversesscientifiques mais une ressource à gérer par les systèmes de santé publique qui communiquentprincipalement dans les médias. Ceux-ci deviennent alors le théâtre des affrontements entre lesdifférents acteurs de la chaine du médicament. Lors de ces crises, les médias sont utilisés commeespace de confrontation et souvent pris { parti, ce qui peut conduire { une perte d’objectivité. Ainsi, parfois, les médias outrepassent leur rôle informationnel objectif et on assiste àune dérive du traitement de ces crises par les médias. Plusieurs dérives peuvent être observées :  Mauvais traitement des informations et informations partielles  Prise de parti conduisant à favoriser le message de certaines de parties prenantes  Reprise de fausses informations et manque de vérification des sources Une fois les informations publiées, on observe parfois alors un emballement médiatique.Tous les médias reprennent l’information puis l’écho médiatique est amplifié par lescommentaires des lecteurs sur les sites internet et les blogs. Cette effervescence médiatique estincontrôlable et une fois lancée, il est impossible de faire marche arrière. La place de plus enplus importante d’internet génère la prolifération de commentaires des internautes.Ceux-ci se placent souvent en tant qu’expert, relayant des rumeurs et des informations peuvérifiables et peu fiables, mais sont autant écoutés que les vrais experts. On peut alors tomberdans l’irrationnel ou dans l’application du principe de précaution { l‘extrême sur la based’informations fausses ou partielles. Une fois le processus enclenché, on assiste alors à la création de crises survendues parles médias, ce qui est facilité par l’expansion ultra-rapide de l’information. Dans ce contexte, lefait scientifique et la parole des chercheurs arrivent généralement trop tard. Une fois lesinformations sorties dans la presse, qu’elles soient justes ou fausses, le principe de précautionprend le pas sur la parole scientifique qui n’a plus alors que peu de valeur. On observe donc deux types de comportement des médias comme l’analyse le ProfesseurGérard de Pouvourville, directeur de la chaire Essec Santé:  « Les journaux qui ont des journalistes spécialisés dans ce genre de questions, qui vont essayer de creuser pour comprendre, de discuter avec des experts et d’essayer de rendre compte le plus objectivement possible de la nature du débat »  « Les medias qui vont tout de suite rentrer, non pas dans la nature scientifique du débat, mais qui vont monter le cas et l’histoire. Le fait scientifique et le débat scientifique vont être noyés. On assiste à une recherche systématique des coupables, donc on va construire une histoire, les media aime ça mais c’est le publique qui demande ça en fait. »Causes possibles des dérives du traitement des crises par les médias 13, 14, 15 En essayant d’analyser les causes de ces dérives, on peut distinguer plusieurs facteursconduisant les médias à un mauvais traitement des crises pharmaceutiques.13 Interview du Docteur Aurengo, Responsable du service de médecine nucléaire à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière14 Interview d’un médecin spécialiste, rhumatologue15 La sociologie et l’actualité médiatique : Contribution à une sociologie des transformations du champ journalistique dans les années 80 et90. A propos “ d’événements sida ” et du “ scandale du sang contaminé ”, Dominique MARCHETTI (Docteur en Sociologie, CSEC-Universitéde Paris II-IFP) 11
  12. 12. On observe d’abord de fortes inégalités dans l’accès { l’information suivant les médias.Ainsi les grands journaux, qui emploient des journalistes spécialisés, rapportent les informationsde façon beaucoup plus rigoureuse car ils ont beaucoup plus de contacts et ont une formationmédicale leur permettant de croiser les informations. Cependant, dans les petites rédactions, lemanque de formation des pigistes, leur manque de relais et de carnet d’adresse pour pouvoirvérifier les informations, conduit à la reprise des informations brutes sans vérification dans lamesure de leurs possibilités. Il s’agit donc avant tout d’un problème de conditions de travailet d’accès { l’information. On peut donc en déduire un manque d’informationsscientifiques rigoureuses disponibles pour les médias. Dans un deuxième temps apparait le problème de la validité des informationsdisponibles. De nombreuses études mal menées sont présentées aux médias comme desinformations scientifiques solides qui les reprennent en toute bonne fois. Seulement, lorsque laréaction de la communauté scientifique intervient pour remettre en question ces études, il estdéjà trop tard et le principe de précaution conduit à la prise en compte de ces études dans ledéveloppement de lois et de normes. On arrive alors au problème de la légitimité de la prise de parole. Les propos de tout unchacun sont parfois repris par les médias sans que soit vérifiée la légitimé de la présence de lapersonne sur la scène médiatique. On laisse alors la porte ouverte à toutes les allégations. Lesdifférents acteurs de la crise ont ainsi un rôle très important dans l’évolution de la crise. Pourdes raisons d’urgence, ils reprennent parfois des informations non-homologuées par lesinstitutions consacrées de la science. Enfin, tous les acteurs n’ont pas forcément le même accèsaux médias ce qui conduit { un déséquilibre de l’information. Enfin, il y a aussi un problème d’offre et de demande. La forte attente des lecteurs pourdes nouvelles médicales conduisent certains médias à utiliser des faits parfois injustifiés pourvendre plus. De plus en plus, les médias sont soumis à des logiques commerciales et de profits.La course au scoop et le bouleversement du traitement de l’information conduit {l’apparition de dérives difficilement contrôlables.Réponses possibles au problème (experts) Selon les experts interrogés, il y a peu de solutions à cette dérive. Ce sont les effetsnécessaires de la liberté de la presse. Il n’y a pas de possibilité de contrôler les informationspubliées dans les journaux. Ce serait assimilable à de la censure et la censure ne doit jamais êtreappliquée. Se pose, de plus, le problème de la temporalité d’internet. Aujourd’hui, commel’explique le Professeur de Pourvourville, « la masse d’informations n’y est pas contrôlable, et lepatient, de manière générale avide de sources d’informations, va de plus en plus sur les forums, serenseigner par lui-même…. Or l’information sur Internet n’est jamais très fiable, car peu vérifiable,et les rumeurs et informations erronées vont très, très vite… ». Cependant, quelques pistes sontproposées :  Meilleure mise { disposition de l’information et création d’outils d’informations homologuées par la communauté scientifique. Le Dr Aurengo donne l’exemple du site CanalAcademy qu’il construit actuellement avec d’autres experts et qui propose des interviews d’académiciens. « Lors de crise, il proposera des analyses scientifiques par des gens incontestables et qui seront consultables par les journalistes. » 12
  13. 13.  Mise en place d’un organe interne { la presse, qui aurait pour rôle de créer une chartre de bonne conduite et de contrôler les dérives.  Meilleure gestion des informations en aval afin que seules des informations validés et homologuées soit disponibles pour les médias.  Obtenir une communication plus transparente, plus rapide et mieux maitrisée de la part des entreprises pharmaceutiques. Ainsi, la balle est peut-être plus dans le camp des entreprises pharmaceutiques quidoivent travailler leurs communications et la mise { dispositions d’informations valables pourles médias.III- Industries pharmaceutiques et gestion de crise Les Industries pharmaceutiques ont un modèle basé sur du B to B, cest-à-dire qu’ellesn’ont pas de liens directs avec le patient, ni avec le médecin qui prescrit le médicament.Néanmoins, sa communication est nécessaire pour attirer la confiance des investisseurs.En communication, trois réponses peuvent-être envisagées lorsqu’une cellule de crise estouverte : - Ne rien dire (et prendre le risque de manquer de transparence) - Communiquer en démentant et rejeter la faute sur une autre organisation/personne - Communiquer en endossant les tordsDans le cas des crises que nous avons abordées ci-dessus, les enjeux et les publics vont orienterla communication d’un groupe vers une de ces 3 réponses.L’importance de la communication Face à des possibles crises informationnelles, les laboratoires prévoient généralementdes scénarios de crises leur permettant de réagir. Le directeur des affaires institutionnelles dulaboratoire Roche propose un scénario de réaction en prenant comme exemple l’affaire duRohypnol.16 Suite { la publication d’une pétition présentant le médicament comme un problèmede santé publique, le laboratoire est amené à réagir et Olivier Hurstel explicite la réaction dulaboratoire. En s’appuyant sur ce document, il est possible de dégager plusieurs clés ducomportement du laboratoire.Dans un premier temps, il est important de réagir en établissant un plan d’actions concrètespour traiter le problème posé. Par la mise en place d’actions telles que l’information desmédecins, la surveillance des unités de production ou des études scientifiques, lelaboratoire réagit et prouve ainsi son engagement et son intérêt pour la santé du patient.16 La gestion de crise dans un laboratoire pharmaceutique, Olivier Hurstel, Directeur des Affaires Institutionnelles, Roche, Septembre 2007 13
  14. 14. Dans un deuxième temps, le laboratoire doit absolument prendre sa place sur la scènemédiatique. Le laboratoire doit montrer son intérêt pour le problème et communiquer surplusieurs points :  La réalité scientifique du problème posé : le laboratoire doit être en mesure de répondre aux accusations par des données scientifiques précises.  L’historique du médicament : le laboratoire doit pouvoir prouver qu’il suit son médicament et effectue de la pharmacovigilance.  Les actions qu’il met en place pour répondre au problème poséSuite { la médiatisation de l’affaire, le laboratoire doit alors prouver la mise en place des actionset être toujours présent sur le plan médiatique, assurant la transmission de son message.La communication est donc essentielle pour le laboratoire. Une absence de communicationévoque généralement dans l’esprit du public soit un désintérêt du laboratoire soit unereconnaissance des faits soit un manque de transparence. L’entreprise a un devoir depréparation de ce type de crise et doit être prête à réagir afin de défendre son image et sesintérêts. Elle a également un devoir d’information et d’honnêteté puisque la santé du public esten jeu.17 Cependant, sa communication doit être assurée et maîtrisée, car une mauvaisecommunication peut conduire à des résultats désastreux comme le montre l’exemple de l’affaireServier.Crise du Médiator et communication à double sens Lorsque l’affaire du Médiator a éclaté, la communication du laboratoire Servier a toutd’abord été de garder le silence18. Ce n’est que le 16 novembre 2010, après les chiffres diffuséspar l’AFSSaPS annonçant entre 500 et 3 500 hospitalisations que le groupe publiera uncommuniqué démentant ces résultats. Un deuxième communiqué diffusé dans la foulée dira« comprendre l’inquiétude des patients et des médecins ».Cette communication à double-sens a favorisé un climat d’incompréhension et jeté le discréditsur un groupe pharmaceutique incapable d’assumer ses responsabilités.L’interview du fondateur du groupe accordée au journal Le Monde le 20 novembre dernierrenforcera ce sentiment d’incompréhension ; le Président qualifiant l’affaire de « bruitmédiatique disproportionné » ou de « complot ».Un porte-parole du laboratoire ira même jusqu’{ minimiser les chiffres « rapporté au nombre depatients ayant pris le Mediator, le risque est de 0,005% ».La communication du laboratoire Servier s’est traduite par une succession de maladresses et acontribué { attiser les foudres des médias et de l’opinion publique.Malgré des éléments de réflexion, il n’existe pas de formule idéale pour communiquer en cas decrise, comme l’indique Frédéric Fougerat, vice-président communication du groupe Ethypharm.Chaque crise et son contexte, engendré particulièrement par les parties prenantes, estspécifique.17 La communication de l’industrie pharmaceutique, plus scientifique et collaborative, Interview Frédéric FOUGERAT, Vice-PrésidentCommunications Groupe ETHYPHARM, (http://lemag.inouit.fr/billets/avril-2011/la-communication-de-lindustrie-pharmaceutique-plus-scientifique-et-collaborative.html), réalisé en avril 201218 http://gestiondecrise.com/spip.php?article78 14
  15. 15. IV- Les parties prenantes Pour comprendre l’ampleur des crises pharmaceutiques et leurs répercussions à la foisdans le domaine privé et public, nous allons tâcher de définir quelles sont les parties prenanteset leur rôle dans la gestion de ses crises informationnelles.Nous pouvons décomposer les parties prenantes en deux catégories :  Les organes publics, responsables de la santé publique (Secrétariat chargée de la Santé…), les associations de patients, les syndicats…etc.  Les organes privés (AFSSaPS19, HAS20, Haut Conseil de la santé publique (HCSP), …etc), les clients, les professionnels de santé (médecins, pharmaciens…etc). Les parties prenantes dans le secteur de l’industrie pharmaceutique2119 AFSSaPS : Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé20 HAS : Haute Autorité de Santé21 http://www.gimra.info/userimages/rse.pdf 15
  16. 16. L’Etat garant de la santé publique En France, un organe s’occupe de la mise en place et du contrôle de la politique de santénationale. Il s’agit du secrétariat dÉtat à la Santé22 rattachée au Ministère du Travail, del’Emploi et de la santé créé 2010. Il exerce un rôle de prévention, de formation desprofessionnels de santé mais aussi mène la politique de santé publique.En matière de crise ou de risque de pandémie, une cellule de crise est ouverte sous la houlettedu premier ministre et se décompose d’actions { la fois au niveau national, régional puisdépartemental : Organisation de la gestion de crise de Santé23 Cellule d’aide à la décision composée :  Du haut fonctionnaire de défense du ministère de la santé  Un représentant des principales agences sanitaires : InVS, AFSSAPS, AFSSA, Établissement français du sang  Des représentants des centres nationaux de référence (CNR), du Conseil supérieur d’hygiène publique de France, du Comité technique des vaccinations, d’un hôpital de référence….22 http://www.sante.gouv.fr/la-secretaire-d-etat-chargee-de-la-sante.html23 http://www.tarn.gouv.fr/Fiche-A-6-Organisation-de-la 16
  17. 17. Lorsqu’interviennent des crises liées au secteur pharmaceutique, l’Etat agit en tantque « gestionnaire de la crise » pour réguler les informations tombées dans le domainepublic et réformer. Néanmoins, les mécanismes déclenchés par l’Etat sont propres { chaquecrise. Il faut, de plus, tenir compte du principe de précaution inscrit dans la Constitution. Unmédecin interviewé nous explique : « Je trouve que de manière générale, depuis qu’on a inscritle principe de précaution dans la Constitution, on est confronté à des problèmes de ce genre.Tout le reste n’est que la résultante de ca. Parce que certaines crises plus anciennes ont été trèsmal gérées, par exemple l’affaire du sang contaminé, on a maintenant une volonté d’ultrasécuriser la crise avant même qu’elle n’arrive... ». En sus, le secteur pharmaceutique connaîtun système de lobbying assez important, qui a un réel impact, comme nous le dit le médecin :« De manière générale toutes les grandes entreprises ont des capacités d’influence sur leprocessus législatif par le biais du lobbying, au niveau français comme européen, et cela paraîtêtre aussi le cas de l’industrie pharmaceutique… avec des enjeux financiers parfois de taille.Mais ce n’est pas forcément négatif, cela peut aussi apporter une idée concrète du métier…. » En connaissance de ces quelques éléments, nous tenterons { travers l’observation de 3 crises(l’affaire du Médiator, la crise H1N1, la crise du sang contaminé) de décrypter le rôle et lesmoyens déployés par l’Etat.L’affaire du Médiator Le Mediator a été commercialisé en 1976. Dès 1998, des alertes émanant des médecins etde rapports sont envoyés conjointement { l’AFSSaPS et à la HAS (Haute Autorité de Santé dontles membres sont nommés par décret du Président de la République) pour alerter sur les effetsnéfastes de ce médicament prescrit en dehors de l’AMM comme coupe-faim. Un rapport de1998 des médecins de l’assurance-maladie de Bourgogne24 destiné à l’ AFSSaPS s’interrogeaitdéj{ sur l’efficacité de ce médicament. Seule une note de l’AFSSaPS avertissant les médecins dene pas prescrire le Mediator en dehors des AMM circulera. Entre temps, le Médiator est retiréprogressivement des marchés espagnol (2003) et italien (2004)25.Ce n’est qu’en 2008, après les alertes d’Irène Frachon et le scandale médiatique que l’on sait quele Mediator est interdit { la commercialisation et que des démarches sont entreprises par l’Etatconjointement avec l’AFSSaPS pour gérer la crise et ordonner le débat public.Les mesures prises : Dans un premier temps le Ministre de la Santé, Xavier Bertrand, en cœur avec l’AFSSaPSa encouragé les personnes se trouvant sous traitement médicamenteux du Mediator depuis plusde 3 mois de consulter un médecin. Suite à cela, une inspection générale des affaires sociales(IGAS)26, sous l’égide du gouvernement, est ouverte pour identifier les causes et les choixportant sur ce médicament afin de comprendre et d’identifier les failles du systèmes Un voletsocial est également ouvert pour que la sécurité sociale prenne en charge les victimes duMédiator.Suite au scandale de l’affaire médiator, l’Etat a engagé une réforme visant { renforcer laconfiance des investisseurs et de l’opinion publique dans la chaîne du médicament. L’AFSSaPSest rebaptisée en ANSM (agence nationale pour la sécurité du médicament). Même si les24 http://www.liberation.fr/societe/01012310194-un-rapport-de-1998-alertait-deja-sur-le-mediatorhttp://www.lemonde.fr/societe/article/2010/12/27/mediator-des-1998-un-rapport-denoncait-le-cout-et-l-efficacite_1457951_3224.html25 http://www.patricklamarque.biz/article-crise-du-mediator-comment-on-passe-de-l-affaire-au-scandale-65026827.html26 Rapport IGAS sur le Mediator, http://www.patricklamarque.biz/article-crise-du-mediator-comment-on-passe-de-l-affaire-au-scandale-65026827.html 17
  18. 18. attributions de la nouvelle entité ne changent pas par rapport à son prédécesseur, sonfinancement, lui, est remanié par l’Etat et sera entièrement soutenu par des dotationsgouvernementales pour assurer l’indépendance des organismes vis-à-vis des industriespharmaceutiques. Toutefois, certaines ambigüités sont à souligner dans la gestion de la crise du Médiatorpar l’Etat ainsi que nous l’explique l’un des médecins interrogés. A notre interrogation sur le faitque l’Etat soit ou non toujours impartial, il nous a répondu : « Il devrait l’être mais il ne l’est pas.Concernant le Mediator, il ya eu de nombreuses ambigüités. On a cru { un moment que l’Etat allaitaller dans le sens de Servier, notamment pour sauver 16 000 emplois… Puis quand les politiques sesont rendu compte que le vécu populaire de la crise sanitaire n’allait pas dans le sens de lapréservation de Servier, ils ont modifié leur positionnement. Par exemple, on peut s’étonner de laposition sévère de Xavier Bertrand alors qu’en tant que ministre de tutelle, il est censé êtreresponsable de la sûreté de la santé publique. Le Ministère de la Santé exerce une tutelle sur la HASet l’AFSSaPS, organismes officiels en charge des contrôles… »La crise H1N1 Le caractère pandémique de la crise H1N1 aura déclenché des mécanismes plus étendusque la crise du Mediator mobilisant l’ensemble des ministères comme les ministères destransports ou de l’Education (fermeture d’écoles, distribution de masques dans lestransports…etc…)27.Activation de la crise H1N1 La gestion de la crise a été activée, en premier lieu, { l’échelle mondiale par la mise enapplication du « guide de la préparation à une pandémie grippale » de lOMS avant d’être déclinée{ l’échelle nationale avec le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale.Le pilotage de la crise a été confié au Ministère de l’intérieur et a suivi le schéma explicité dans lapage précédente « gestion d’une crise de santé ». La communication gouvernementale pendant la crise « a été exclusivement confiée auministère de la santé qui a mis laccent sur linformation de la population, pour sensibiliser lescatégories à risques (femmes enceintes, nourrissons, personnes fragiles, professionnels de santé)tout en indiquant que des personnes sans facteurs de risque pouvaient aussi développer une formegrave de la grippe28. »Une campagne télévisée et radio a été lancée pendant 1 mois (du 25 août au 25 septembre) pourrappeler les bons gestes sanitaires à adopter pour éviter la propagation du virus et les risques detransmission (lavage des mains, ports du masques…etc).Une vaste campagne de vaccination a également été entreprise à partir du 12 novembre. Celle-cia été déclinée en milieux scolaires et professionnels.27 http://www.liberation.fr/societe/0101584996-h1n1-l-etat-tente-d-eviter-que-la-machine-se-grippe.28 Rapport dinformation n° 270 (2010-2011) de M. Alain MILON fait au nom de la commission des affaires sociales, déposé le 1er février2011, http://www.senat.fr/rap/r10-270/r10-2701.pdf 18
  19. 19. Organisation de la campagne de vaccination 10 :  L’Etat a donné { charge aux préfets de trouver les lieux pour les vaccinations ainsi que de recruter le personnel pour vacciner.  la Cnam s’est chargée d’envoyer 65 millions de bons de vaccination. Ces coupons ont été envoyés tout d’abord aux personnes prioritaires. Seulement 6 millions de coupons ont été renvoyés pour un coût total estimé { 54 millions d’euros.Au final, seulement 6 millions de personnes ont été vaccinées et seulement 1/10 de lapopulation s’est déplacée dans les centres (contre une prévision de 75% ). Le peu defréquentation des centres a permis d’accueillir des personnes considérées non prioritaires(personnes âgées).Selon le Rapport dinformation n° 270 (2010-2011) de M. Alain MILON, fait au nom de lacommission des affaires sociales, déposé le 1er février 2011 sur la gestion de la crise H1N1 : lacommunication vers la base (les médecins libéraux) a été jugée « satisfaisante ».Propos de Jean-yves Guyénot, Secrétaire régional de l’ordre des médecins de Bourgogne« L’ AFSSaPS nous a envoyé des documents qui allaient tous dans le même sens : attention panique,panique il faut se faire vacciner. Le préfet, lui, cherchait des médecins pour vacciner. L’ordre desmédecins n’a pas été consulté, on a reçu les mêmes fax qui avaient été envoyés en parallèle auxcabinets des médecins généralistes ». « Ca s’est passé totalement { l’envers de ce qui aurait dû être entrepris. L’Etat a commandé94 000 000 de doses de vaccins pour une population de 64 000 000. On a créé des locaux pour lescentres de vaccination, ça a coûté très cher { la municipalité parce que c’était en hiver et qu’ilfallait chauffer. Quand on a trouvé les locaux on a recherché des médecins et on leur proposé lamoitié du tarif horaire. On a fait un grand tapage dans un premier temps. La première vague a étéalarmiste et progouvernemental. Le mot d’ordre était : il faut se vacciner. La deuxième vagueémanait de scientifiques qui ont réagi, et qui on dit que c’était pas inévitable, qu’il n’y avait peutêtre pas de garantie totale à se faire vacciner et que ça servait à rien de paniquer les gens pour ça.La troisième vague a été de donner les vaccins aux médecins généralistes pour qu’ils puissentvacciner dans leurs locaux. Alors pour être sûre que les médecins soient de bons gestionnaires desanté on leur a confié des boîtes de 10 vaccins. Et comme on n’avait pas 10 patients { vacciner dansla journée, la boîte entamée était automatiquement jetée : c’était du gâchis ».L’affaire du sang contaminéParcours d’une Directive du Ministère de la Santé aux centres de transfusion sanguineDirective du Ministère de la santé  Etablissements français du sang  Etablissements desanté (échelon régional)  signature de la directive par le personnel 19
  20. 20. Propos du Dr. Catherine Guyénot, médecin à la transfusion sanguine depuis 1996 surl’affaire du sang contaminé« La crise a été entièrement gérée et canalisée par l’Etat ». Suite à cette affaire, les mesures prisespar le gouvernement ont été « draconiennes ». « Les lieux de collecte ont été supprimés notamment dans les prisons, on a interdit à des catégoriesde population de se faire prélever comme les homosexuels hommes, les personnes ayant déjà subiune transfusion ou s’étant déj{ dogué par voix injectable ». Tout s’est déroulé par la voix duMinistère de la santé qui a donné ses directives { l’établissement français du sang. Celui-ci s’estchargé de les décliner { l’échelon régional pour être enfin signées par le personnel concerné.Ensuite des inspecteurs de l’AFSSaPS se déplacent sur le terrain pour vérifier que les mesuressont bien appliquées.Suite { l’affaire du sang contaminé, l’Etat a opéré un remaniement du système sanitaire. LeMinistère en charge de l’évaluation, du contrôle et de la décision déléguera une partie de sescompétences { un nouvel organe indépendant appelé l’agence du médicament (créée en 1993 etqui, renommée en 1998, deviendra l’ AFSSaPS)29. Une loi d’indemnisation est également adoptéeen 1991.Le paradoxe étatique Entre industries pharmaceutiques et opinion publique, l’Etat a deux responsabilités :l’une de veiller { la prévention et la gestion des risques de santé dans le domaine public, l’autred’assurer la prospérité économique de ses industries.Le poids économique des industries pharmaceutiques Avec un chiffre d’affaires estimé { 40 milliards30 d’euros en 2008 (dont Servierreprésente 1/3), le secteur de l’industrie pharmaceutique français est un secteur de poids pourl’économie française. En effet, en 2005 l’industrie du médicament représentait 1.8% du PIBfrançais. Et concentre aujourd’hui 5 acteurs nationaux : Sanofi-Aventis, Servier, Ipsen, PierreFabre et le LFB. Ces derniers concentrent 45% des emplois du secteur, 60% des investissementsen R&D et plus de la moitié des effectifs de recherche de l’industrie. La France est le premier producteur européen et exportateur depuis 1995 (3 ème mondialaprès les Etats Unis et le Japon). En termes de production elle concentre 35 000 emplois directs.L’industrie pharmaceutique représente donc des enjeux économiques et financiers importantsqui dépassent le cadre purement social dans lequel l’Etat est économiquement imbriqué.D’autant plus que la perte progressive des brevets et la part croissante des pays émergentsnotamment la Chine et le Brésil qui se sont positionnés sur les génériques et lesbiotechnologies 31 rendent le marché mondial de l’industrie pharmaceutique particulièrementlucratif.29 http://www.sante.gouv.fr/remise-du-rapport-de-l-igas-conference-de-presse-sur-le-mediator-intervention-de-xavier-bertrand.html30 http://www.leem.org/les-chiffres-cles-de-lindustrie-pharmaceutique-en-france31 http://www.novethic.fr/novethic/entreprise/impact_local/sante/industrie_pharmaceutique_pays_emergents_attirent_convoitises/130409.jsp 20
  21. 21. L’Etat et les industries pharmaceutiques : des regards croisés L’Etat doit veiller { la bonne conduite et assurer le contrôle des organismes qui délivrentles autorisations sur le marché, qui conduisent les rapports et autorisent les essais cliniques. Pour assurer la pérennité du système, ces deux blocs doivent être indépendant l’un del’autre. Tout comme doit l’être l’industrie pharmaceutique de l’AFSSaPS ou d’une autreorganisation de santé. Nous allons voir que ce n’est pas toujours le cas. Lorsque l’industriepharmaceutique finance des parties politiques, des organisations mondiales (OMS, Unicef), il estimportant de se poser la question de l’indépendance de ces organismes vis-à-vis d’une politiquede santé publique saine et cohérente. Prenons par exemple le cas de la grippe H1N1. Six desexperts composant le comité de lutte contre la grippe (créé par Roselyne Bachelot) ont étéfinancés par des industries pharmaceutiques. Roselyne Bachelot a également travaillé pour deslaboratoires pharmaceutiques.L’ AFSSaPS« L’AFSSaPS a été créée par la loi du 1er juillet 1998 instituant un dispositif de veille et de sécuritésanitaire. Elle a pour mission essentielle d’évaluer les bénéfices et les risques liés { l’utilisation desproduits de santé ». L’AFSSaPS est composée de 1 000 salariés et de 2000 experts réguliers ouoccasionnels.Domaine d’intervention de l’AFSSaPS Du développement en laboratoire à la mise sur le marché, un médicament peutnécessiter 10 { 15 de recherche. L’AFSSaPS est un acteur clé puisque c’est elle qui autorise lesessais cliniques. Une fois les tests passés, les industries pharmaceutiques doivent demander uneautorisation de mise sur le marché (AMM) afin de commercialiser un médicament. Les AMM sontdélivrées soit { l’échelon européen par l’EMEA (l’agence européenne d’évaluation desmédicaments ou { l’échelle nationale) soit par l’AFSSaPS sur le plan national. L’AFSSaPS est donc une plaque tournante dans la mise sur le marché d’un médicamentsur le territoire français. La HAS (haute autorité de santé) intervient après l’AFSSaPS et formuledes avis sur la prise en charge ou non du médicament par la sécurité sociale. Vient ensuite l’Etatqui tranche. Après l’AMM et une fois que le médicament est commercialisé il reste soussurveillance. Si un problème survient, le médicament peut faire l’objet d’un retrait sur le marché.L’AFSSaPS et la gestion des crisesL’organisation interne de l’AFSSaPS a été mis à rude épreuve suite au scandale du Médiator tantsur :  Son financement (provenant 80% des taxes, droits et redevances versées par les groupes pharmaceutiques)  Sa composition. En 2010, 99% des experts de l’AFSSaPS ont déclaré des liens avec l’industrie pharmaceutique  Son fonctionnement (le département de pharmacovigilance se trouvait être au sein de la du département qui délivrait les AMM). 21
  22. 22. L’affaire récente du médiator a été un véritable révélateur de certainsdysfonctionnements de cet organisme. Dans un contexte de scandale majeur, avec un grandpublic déjà très choqué par la situation, abreuvé d’informations contradictoires et troublantes autravers des médias ; certaines révélations sont venues jeter encore plus le trouble. Par exemple,on a soudainement entendu parler d’experts de l’AFSSaPS qui seraient les mêmes que ceux quiinterviennent au sein des laboratoires pharmaceutiques, relançant immédiatement le débat surles conflits d’intérêts. Un deuxième point qui a été soulevé concerne les problèmes apparents d’articulation desresponsabilités entre l’AFSSaPS, et une autre instance majeure, la Haute Autorité de Santé. Ilsemble en effet que ceci a eu un impact réel dans l’affaire du médiator, mais de manière plusgénérale aussi. En effet, il semblerait que le partage des responsabilités et des rôles dans le suivides effets indésirables des médicaments et autres produits de santé, et donc à fortiori dans lagestion des crises de ce type ne soit pas parfaitement défini, loin de l{… Il est compréhensibleque les patients soient déstabilisés en apprenant ce type d’informations, qui remettent en doutela sûreté et l’efficacité de leur système de santé, entraînant jusqu’{ des psychoses difficiles elles-aussi { gérer. Il s’agit donc d’un réel cercle vicieux. Enfin, au sortir de cette expérience, des décisions semblaient avoir été prises, maisont rapidement été dénoncées par les médias comme étant plus des gesticulations(politiques) qu’autre chose. On se souvient notamment des réactions soulevées par les« replacements » de personnes ayant été impliquées de près ou de loin dans le scandale dumédiator. Ainsi l’un des médecins interviewé nous explique qu’ « il est tout de même étrangeque nombre d’anciens employés de Servier qui étaient en poste { la HAS ou { l’AFSSaPS aientété plus que bien replacés… Notons encore cette polémique à propos de cette femme encharge de la pharmacovigilance { l’AFSSaPS, à qui on avait promis un poste important dansla prévention des risques médicamenteux au sein d’une Agence Régionale de Santé... Cet étatde fait a fort justement été dénoncé par les médias. »Il semblerait donc que les organismes tels que l’AFSSaPS, mais aussi la HAS aient encore fort àfaire en terme de répartition des responsabilités, gestion des risques, communication sur lesrisques, et gestion des crises de manière plus efficiente, rapide, transparente.Les professionnels de santé et les patients Finalement, dans un système de santé Français assez complexe, quelle est la place desprofessionnels de santé (notamment des médecins), et celle des patients ? Les médecins sont prescripteurs des produits développés par les différents laboratoireset industriels de santé. En ce sens, ils sont étroitement concernés par l’usage au quotidien de cesproduits. De plus, ce sont les interlocuteurs directs des industriels, qui n’entrent pas en contactavec les patients directement, mais s’adressent par de nombreuses voies aux médecins. Lesmédecins sont donc aussi un levier de transmission de l’information aux patients, pour lesentreprises. Celles-ci se doivent donc de communiquer étroitement avec les prescripteurs, et ceaussi en situation de crise. Comment les patients ressentent-ils les messages dispensés par leslaboratoires, au travers de la parole de leur médecin, ou de manière plus directe, via la pressenotamment. L’un des médecins que nous avons interviewé nous a apporté quelques éléments deréponse { ce sujet. Prenons l’exemple de la crise du médiator, comment a-t-elle été ressentie parles médecins ? Comment les Laboratoires Servier a t–il communiqué auprès de ces derniers ? 22
  23. 23. « Ne prescrivant pas de Mediator, je n’ai pas vraiment ressenti le fait que les LaboratoiresServier aient rejeté la faute sur les médecins. A mon avis, ils ont surtout essayé de minimiserles choses, et de communiquer sur l’influence néfaste des médias et des différentsintervenants dans les médias.Mais il est certain qu’{ l’endroit des patients, leur communication a été catastrophique, maispeut-être n’ont-ils pas trouvé de levier de communication… En tout cas, ils sont enpermanence restés sur la défensive. Leurs lignes de défense n’étaient pas tenables sur le longterme. Ils ont successivement nié le problème, puis l’ont minimisé, puis circonscrit { certainscas. Enfin, ils ont cherché { montrer { tout prix des cas de comorbidités… Ils avaient en faittoujours un cran de retard dans leur discours, et finalement oui, ils ont commencé à parlerdes prescripteurs, ce qui était catastrophique dans une vision au long terme des choses. » Mais de manière générale, ce médecin a une opinion plutôt positive de lacommunication effectués par les laboratoires, puisqu’il explique que selon lui, « lorsque lesdonnées scientifiques s’imposent { tous, les laboratoires réagissent de manière trèsprofessionnelle », { savoir qu’ils agissent sans dissimulation aucune auprès des médecins.Selon lui les laboratoires auraient une communication assez transparente. Mais il expliqueaussi que les situations peuvent basculer, quand la crise prend une telle ampleur, et qu’on estobligés de s’adresser { des populations entières, et plus seulement à des professionnels desanté. Alors disparaît le schéma habituel de transmission de l’information de manièredescendante : depuis les laboratoires, en direction des médecins, qui eux-mêmesretranscrivent aux patients dans leur pratique quotidienne…C’est donc bien ici que réside la complexité des choses. Tant que les industriels utilisent undiscours scientifique, adressé à des scientifiques, le message semble se transmettre sans tropde problèmes de manière générale. Mais dans le cas de certaines crises, les médiass’emparent des affaires, et communiquent directement auprès du grand public. Latransmission des informations se fait alors au travers de la presse généralisée. Et c’est alorsque les messages peuvent se brouiller, et que les choses se compliquent parfois.L’expert que nous avons interrogé sur ce sujet a rapidement mis en exergue les effetspervers d’une mauvaise gestion de crise. Selon lui, la colonne verticale de cet effet négatif estle problème de temporalité de la réponse aux interrogations.Il nous explique que « ce qui est certain, c’est que le temps scientifique ne va pas avec letemps médiatique, et c’est pareil pour le discours scientifique, qui n’est pas adapté { lacommunication médiatique grand public ». Manifestement, cet état de fait se traduitquotidiennement dans la pratique de la médecine. Il semble en effet difficile d’expliquer leschoses d’un point de vue purement scientifique aux patients. Le problème est que ceux-ci ontsouvent beaucoup de mal à se détacher de la valorisation extrême qu’ils ont de la parolemédiatique, et de leurs propres expériences. Aujourd’hui les patients recherchent de plus enplus de l’information par leurs propres moyens, au travers des forums internet parexemple. Interrogé sur cet aspect dans le cadre de l’épidémie H1N1, le Dr. Guyénot nousrépond : « La clientèle ne m’a pas demandé d’avis. Elle s’était forgée son propre avis avant devenir me voir, sur la base de ce qui se disait dans les médias et internet ».Aussi, comment est-il possible de gérer cette communication auprès des patients et demaîtriser l’opinion publique ? Quels canaux de communication se doivent d’être utilisés, etde quelle manière ? Le médecin interviewé estime que le plus efficace serait de délivrer un discoursgénéral, avec de grandes données explicatives, sans qu’elles ne soient trop scientifiques. Ilsemble en effet qu’un discours trop complexe, et d’un niveau scientifique quelque peu élevé,ne serait pas réellement audible par les patients, et ne permettrait pas de les sensibiliserefficacement. Cependant, cette communication ne peut se faire que par des médiasgénéralistes, l’Etat, ou alors des médecins totalement insoupçonnables de conflits d’intérêts. 23
  24. 24. Il va sans dire que si cette communication était faite directement par les laboratoires, celaserait un échec, puisqu’aujourd’hui leur image est assez mise { mal, et le grand public n’a quepeu confiance en ce type de discours. Enfin, divers autres protagonistes interviennent quotidiennement dans la prise encharge sanitaire des populations. Il convient donc d’en décrire les rôles, même brièvement.Ce groupe d’acteurs comprends notamment les pharmaciens, les associations de patients, lesinfirmiers, les aides { domicile… Ils jouent un rôle déterminant dans le système de santé, etnotamment en cas de crise, puisqu’en plus d’être partie intégrante de ce système, ce sont euxqui détiennent le pouvoir d’être en contact très rapproché avec les patients. Force est deconstater que les laboratoires pharmaceutiques communiquent de plus en plus étroitementavec ces professionnels, principalement les pharmaciens (au travers de formations, visites,brochures…). La preuve en est que le nombre de visiteurs non pas médicaux maispharmaceutiques qui sillonnent la France augmente sensiblement chaque année.Stratégiquement parlant, c’est très intelligent puisqu’il est de notoriété publique qu’unpatient a plus de facilité à exprimer ses doutes et questionnements à son pharmacien, dont ilse sent plus proche, qu’{ son médecin. Peut-être donc que le pharmacien en France auraitfinalement encore un peu de ce rôle de conseil, dont il défend avec orgueil et vivacité laréalité et l’utilité ? Bien entendu, dans un contexte de remise en question globale de la visitemédicale en France, on est en droit de se demander ce qu’il adviendra de la visitepharmaceutique. Mais pour l’instant en tout cas, elle semble s’être ancrée dans les habitudescommerciales des industriels de santé. Ce qui est, il faut bien le dire, très bien accueilli par laprofession, qui se sent ainsi réellement valorisée et considérée comme un maillon majeur dela chaîne de prise en charge du patient. Cela permet en outre un renforcement de leurformation continue, ce qui est indéniablement quelque chose de très positif.Les associations de patients, quand à elles, jouent réellement un rôle de proximité, eninformant les patients d’une part, mais aussi en les défendant, notamment lors de ces crisessanitaires. En qualité de relai d’information et de protection des intérêts des patients, ce sontdes entités à considérer intelligemment, en effet, il serait mal venu de se les mettre à dos.Tous ces acteurs impactent l’opinion publique, en étant considérés comme proches et dignesde confiance, car n’ayant pas de parti pris, ni de conflit d’intérêt en général. Aussi ilsparticipent { leur niveau, tantôt { la maîtrise, tantôt { la propagation d’un scandale sanitaire.Il s’agit de tenir compte de leur force d’action. 24
  25. 25. Conclusion Au vu de cette analyse, il nous semble réellement pertinent et salvateur pour lesentreprises - et cela doit s’appliquer au cas des industries pharmaceutiques - de développer, etde mettre en place un système intégré de gestion des crises. Il apparaît que la crise se doit d’êtregérée au moment même où elle a lieu, mais également, et surtout, en amont et en aval. Cet effetest renforcé dans l’industrie pharmaceutique, dès lors que l’on sait que la parole et le tempsscientifiques ont constamment un retard significatif sur ceux du grand public, au travers desmédias généralistes notamment. Ce phénomène est passablement potentialisé dans un mondeen mouvance constante et de plus en plus prononcée. Toutefois, force est de constater que lamise en place de ce type de systèmes de gestion est laborieuse, et contraignante. D’autant plusque l’industrie pharmaceutique a cela de particulier qu’il est souvent bien difficile de prévoir lesrisques potentiels, comparativement { d’autres secteurs. En effet, bien qu’avec un système rodéde tests pré-cliniques et cliniques au long terme, les médicaments présentent et présenteronttoujours des effets indésirables dont la gravité, et l’occurence potentielles sont bien difficiles àdéfinir. Cependant, il est possible d’imaginer toute une batterie d’outils permettant ce contrôledu risque. Ils seraient par exemple des outils de prévention et d’anticipation du risque (réseauxstructurés, cartographies et recensement des risques, usage de l’intelligence économique…), desuivi du risque (carnets de bords, cellules de crise (intranets, numéros verts…), argumentairesde communication…), ou encore des outils “post-crise”(audit, retour d’expérience…). In fine, il faudrait que les industries prennent réellement conscience de l’importance deconsidérer la gestion de crise comme activité inhérente { l’entreprise. C’est surtout le cas desindustries de santé, dans un environnement anxiogène généré par des crises antérieures,souvent mal gérées justement, et des retentissements médiatiques exacerbés qui ont peu à peuinstallé une réelle psychose au sein de la population. En ce sens, la crise doit absolument êtrevécue au quotidien par toutes les parties prenantes. Cependant, la mise en place de ce type de systèmes de gestion des crisesinformationnelles dans l’industrie pharmaceutique se doit d’être soutenue par tous les acteursdu système de santé. En ce sens, instances publiques et privées doivent être remaniées enprofondeur. Nous avons vu dans ce dossier en quelles proportions et de quelles manièresinterviennent successivement l’Etat, l’AFSSAPS, les médias spécialisés et généralistes, et lesprofessionnels de santé. Il est urgent que cette chaîne de transmission de l’information et demaîtrise des contextes de crise s’organise de manière plus fluide, donc mieux contrôlée. En boutde chaîne, cela doit permettre au grand public, et à fortiori aux patients de mieux comprendrel’articulation des choses, leurs raisons d’être, et l”ensemble des actions de gestion mises enapplication . Aussi, il est indéniable que rien ne pourra se faire sans qu’une communication efficaceadressée au grand public ne soit effectuée. Les gens ont besoin de prendre conscience de laréalité des choses, d’accepter ce rapport bénéfice/ risque unique en son genre, et surtoutd’accepter le manque de visibilité dans ce secteur. Il faut rompre à tout prix avec cette peur dumédicament et des produits de santé en général. Il faut réorganiser un système de santéFrançais, qui bien qu’étant l’un des meilleurs au monde, présente des écueils flagrants, et ne 25
  26. 26. “rassure” plus. Il faut { tout prix que la parole scientifique, et les agissements des industries desanté récupèrent de leur crédibilité.Source: Catherine FAUCHOUX – Thèse : Gestion de crise : Internet contre Internet – MISTE ESIEE 2005 26
  27. 27. AnnexesAnnexe 1Source : INHESJ – LIREC n°25- Juin 2011 27
  28. 28. Retranscriptions Interviews  Interview de Monsieur Gérard de Pouvourville, Directeur de la Chaire Santé { l’ESSEC Business School et conseiller scientifique du Ministère de la Santé, Direction des Hôpitaux depuis 1982  Interview du Professeur André Aurengo, ancien Président du Conseil supérieur d’hygiène publique de France et médecin nucléaire français  Interview d’un médecin Rhumatologue, exerçant en province, et disposant d’un poste { responsabilité au sein de la Fédération Française de Rhumatologie  Interview du Docteur Jean-yves Guyénot, Secrétaire général { l’Ordre des médecins de Bourgogne et docteur en médecine  Interview du Docteur Catherine Guyénot, Médecin au centre de transfusion sanguine à Auxerre 28
  29. 29. Interview de G. de PouvourvilleProfesseur dans le département de management de lasanté et directeur de la chaire ESSEC santéSelon vous, à partir de quel stade pouvons-nous qualifier un fait scientifique ou unévénement scientifique de scandale de santé publique ?En général ce qui déclenche un scandale c’est l’observation ou la découverte fortuite. C’est ladifférence entre la découverte fortuite et la découverte liée au travail normal de lapharmacovigilance.Quelque chose qui apparaît au travers du fonctionnement de la Pharmacovigilance. La diffusion decette information se fait en général normalement parce que ça fait justement partie dufonctionnement de la pharmacovigilance, donc les pouvoir publics réagissent tout de suite, le laboégalement réagit tout de suite, ça ne veut pas dire que derrière il n y aura pas de scandale, ça peutêtre derrière récupéré et devenir un scandale…mais disons qu’il y a une meilleure maîtrise del’annonce. Ce qui est embêtant c’est quand il y a une découverte fortuite qui est faite al’extérieure du système sanitaire, ça c’est beaucoup plus enquiquinant, ça veut dire que lesystème de vigilance sanitaire n’a pas marché, donc du coup les pouvoirs publics sont mal à l’aisecar leur responsabilité est incriminée en tant que manque de vigilance sur la sécurité du produit etéventuellement le laboratoire peut l’être… mais bon après il faut examiner l’ensemble du cas pourvoir effectivement ce qui s’est passé. Un exemple où le laboratoire n’a jamais été mis en cause,c’était il y a quelques année au sujet de la vaccination pour l’hépatite B avec la revendication chezun certain nombre de patients que la vaccination avait causé une sclérose en plaque et lelaboratoire était en seconde ligne par rapport à la responsabilité des pouvoirs publics qui avaientcommandé de faire la vaccination généraliséeDonc c’est plus grave quand c’est fortuit, et quand le tireur de sonnette d’alarme est endehors du système, et c’est aussi une question d’ampleur ; par exemple l’Agence européenne dumédicament fait souvent des alertes en disant « attention, il y a eu sous tel traitement deux morts,on est pas sûr que ce soit dû à ça mais bon c’est peut être lié { ce produit là, on vous demande defaire attention … » mais bon deux morts par rapport a la population traitée.., mais le seuilpsychologique ne veut rien dire, et c’est d’autant plus grave quand ça arrive quand il s’agitd’un traitement d’une maladie pas très grave car on s’attend à ce qu’un médicament qui traitedu rhume ne tue pas les gens, à la limite quand on dit qu’il y a eu deux mort avec un traitement ducancer avancé du poumon à petites cellules, les gens disent « oui, on meurt de ce cancer l{… !! »donc il y a aussi cet aspect là, donc le scandale vient aussi du fait qu’on tue en proposant à des gensune intervention qui n’est pas majeure d’une part, où le problème traité par le médicament n’estpas un problème très grave…c’est l{ ou il y a scandale.Quels sont les scandales sanitaires qui vous ont le plus marqués durant ces 30 dernièresannées ?Je crois que le scandale qui a le plus secoué la France c’est le scandale de la contaminationdu sang, parce que l{ on s’attendait pas du tout { ce que les Autorités publiques ne prennent pasdes précautions pour s’assurer que quand ils font des prélèvements sur des donneurs ces derniers nesoient pas contaminés par le VIH ou autre virus, quand on apprend par la suite qu’effectivement onest aller cherché du sang dans les prisons et qu’on a mélangé du sang etc. ..on se dit mince mais il ya quelque chose qui ne va vraiment pas, et puis avec une ampleur énorme, avec des gens quin’étaient pas malades avant enfin qui étaient hémophiles mais qui n’avait pas le VIH et qui seretrouvent avec le virus dans le sang. Ah ça c’est une catastrophe, c’est vrai que ça été quelquechose qui a beaucoup choqué tout le monde.Mais après les autres c’est discutable…la question de la vaccination pour l’hépatite B chez les jeunesça questionne beaucoup, pour un scientifique c’est vraiment un problème, moi je suis quand même 29
  30. 30. un scientifique de formation , j’ai travaillé avec des épidémiologistes très sérieux ; que d’une part lajustice a estimé qu’il pouvait y avoir un lien de causalité pour la SEP, à la fois ni d’un point de vueon va dire physiologique au sens de l’analyse du mécanisme cellulaire, ni au niveau statistique, onétait incapable d’établir des relations entre les deux , c’était un phénomène de parfaiteconcomitances entre les séries que de ce point de vue là, on ait retiré une vaccination qui étaitextrêmement importante et qui sauvait des vie..L{ ça m’a choqué personnellement mais dansl’autre sens…Sur un plan strictement scientifique, quels sont les critères qui nous permettent de direque cette crise sanitaire (la crise du sang contaminé) mérite d’avoir plus d’intérêt qu’uneautre ? Et mérite une couverture médiatique plus qu’une autre ?Le problème de la couverture médiatique d’une crise c’est que ça échappe complètement auxscientifiques. Ce qui est choquant c’est quand il y a vraiment soupçon de tromperie délibérée,Quand on découvre qu’il y a eu quelque part une défaillance majeure dans la chaine de sécuritésanitaire, ça été le cas pour les hormones de croissance qui étaient fabriquées dans l’arrièreboutique du charcutier dans des conditions déplorables...c’était moyen quoi..(Sourire) et avec unmec qui s’en ait mis plein les poches qui par ailleurs s’est comporté avec une arrogance absolue.Ce que je dis ce n’est pas d’un point de vue scientifique, mais d’un point de vue de la science. Il y ades techniques statistiques qui existent, on essaye avec les données qu’on a de regarder si onpourrait établir un lien de causalité avec une robustesse suffisante et voir si il y a vraiment matière{...et quelque fois c’est extrêmement difficile de conclure, je veux dire dans le cas de l’hépatite Bfinalement il y a eu accumulation d’études qui ont convergé pour dire que non. On n’est pas capablede démontrer quoi que ce soit, dans le cas du médiator, on savait par exemple qu’il y avait à labase des raisons pharmacologiques objective de penser qui pouvait y avoir des effetssecondaires, sauf que quand on développe un médicament au début on ne sait pas trop lafréquence de ces effets secondaires, car on a pas un grand échantillon etc..C’est pour ça qu’onfait de la pharmacovigilance.Mais dans ce genre de débat ça devient très rapidement passionnel, donc la science on nel’entend plus dans ce genre de débat… il faut beaucoup de sang froid à un décideur publicpour dire il y a doute...il y a doute donc je ne fait rien.Passons maintenant au traitement de ces événements justement. Selon vous, les mediastraitent ils bien ces faits de santé ? Existerait-il des déviances et des partis-pris ?C’est très variable en fait, selon les medias, si vous rapportez dans un journal par exemple « laCNAM a fait une étude qui montre que le Médiator a tué 2000 personnes… » là on donne juste uneinformation, sans commentaire sans rien, que vous soyez un bon journal ou pas, de toute façon c’estpareil, l’info passe et après ce n’est plus contrôlable…mais après il y a toute la partie commentaires,il y a des journaux qui ont des journaliste spécialisés dans ce genre de questions et qui vont essayerde creuser pour comprendre, discuter avec des experts , essayer de rendre compte le plusobjectivement possible de la nature du débat... et puis y a des medias qui vont tout de suite rentrernon pas dans la nature scientifique du débat, mais dans.. « ah wé, Servier légion d’honneur,raquette Sarkozy..Etc. Etc.. » qui vont déj{ monter le cas et l’histoire et le fait scientifique va êtrenoyé, le débat scientifique autrement dit va être noyé, on va vouloir tout de suite chercher descoupables, donc on va construire une histoire, les medias aiment ça mais c’est le public quidemande ça en fait.C’est un effet d’offre et de demande qui est compliqué, c’est la poule et l’œuf comme d’habitude, parexemple les pouvoirs publics disent nous menons une enquête on vous préviendra le temps vouluetc..on se dit on se met en attente, il y a une inspection contrôlée…mais les medias ne vont pasattendre, il vont commencer à gratter de leur coté, ils vont interviewer le professeur « truc » qui abossé avec Servier qui va raconter…il vont aller interviewer des gens qui ont été virés de chezServier..C’est une boîte horrible...ils vont forcement construire une histoire.De mon point de vue c’est extrêmement difficile { contrôler. 30
  31. 31. Globalement, comment percevez-vous la réaction des laboratoires incriminés dans cesaffaires face à ces scandales ?Par exemple, en gros Servier a merdé complètement… (Sourire) parce qu’il a nié les faits en bloc, labonne attitude dans ces cas là c’est de dire : « nous nous mettons à la disposition des pouvoirspublics pour explorer cette question, nous somme surpris nous n’avons pas les mêmes signaux etnous mettons tous nos dossiers à la disposions des pouvoirs publics… »Les laboratoires maintenant ont appris à prendre leur responsabilité mais ça ne leur garantit pasque ça ne leur retombe pas sur la gueule ; mais ils savent que, quelque part, quand il y a une affairecome ça, il y a quand même des gens qui font de la communication de crise, alors, ils ne réussissentpas à tous les coups, mais ils savent très bien aujourd’hui que s’ils ne jouent pas l’ouverturetotale et la transparence, ils sont foutus.Ça ne veut pas dire que s’il joue la transparence, ça ne va pas leur retomber sur la gueule, Vioxxc’est MSD qui a pris l’initiative de le retirer, mais c’est après qu’on ait regardé et qu’on se soit dit «MSD mène des essais clinique bidons.. »Il faut se dire toujours que ça existe et qu’on est prêt { gérer la situation quand ça apparaît.Il faut être le plus Open possible et attendre que la vague médiatique passe pour arriver aujuridique où il y aura une situation plus construite.Et l’Etat et les Autorités de santé type Affsaps dans tout ça ? Trouvez-vous qu’ils fassentvraiment leur travail de contrôle et de sanction ?Je pensais que l’Affsaps faisait un bon boulot, je pense que majoritairement elle pas mal, il s’avèrequ’il y a des choses qui passent au travers des mailles.Le problème de l’Affsaps sur le médiator c’est qu’il y a eu un certain nombre de signaux quisont venus de l’extérieur et qui n’ont jamais été entendus, mais sur le point de vuepharmacologique, il n y avait pas grand-chose sur le dossier du médiator, on l’a retiré dumarché en Espagne 5 ans avant, interdit aux Etats-Unis, c’est vrai qu’on a eu l’impressionqu’il y avait une certaine forme d’aveuglement en ce qui concerne ce produit en France.L’Etat c’est compliqué, il y a les politiques et l’administration, ce n’est pas pareil.Les politiques, quand vous êtes Ministre de la santé, vous n’êtes pas compétent enpharmacologie ni en pharmacovigilance, d’un coté on pourrait se dire que le politique faitconfiance à ses conseillers, donc le fait qu’il signe, sa responsabilité est de fait de droit est engagée,sa culpabilité c’est plus compliquée. Le fait qu’il ait fait une faute, vis-à-vis de sa compétence, maisbon on pourrait se dire que votre responsabilité est de vérifier que vos services fonctionnent bien,mais à ce moment la ça devient obsessionnelle et on ne s’en sort plus. Donc le politique c’est un peucompliquée. 31
  32. 32. Interview du Docteur André AurengoAncien Président du Conseil supérieur d’hygiènepublique de France et médecin nucléaire françaisRemarque : Seuls les passages exploitables ont été retranscritsDans les écrits que vous nous aviez fournis, vous sembliez indiqué que les institutionsde santé avait un discours plutôt prudent ?Lors de l’affaire médiator, l’AFSSaPS a été accusé de ne pas avoir fait son travail. Alors, il estpossible que l’AFSSaPS n’ait pas très bien fait son travail. Il est certain et plus que possible que lapharmacovigilance au niveau européen n’est pas bien organisé et que la structure réglementairedes AMM n’est pas optimal. Il n’est pas normal que le fait qu’il y est une AMM dans un pays faciliteles obtentions d’AMM et que réciproquement, le retrait d’un médicament dans un pays ne fasse passe poser des questions dans les autres pays. On passe donc à côté de vrais problèmes. L’AFSSaPSs’est trouvé emberlificoté dans cette histoire et du coup, ils en ont trop fait, comme le fait de publierune liste de médicaments sous surveillance. Ils n’ont cependant pas expliqué la cause de cette misesous surveillance et le degré de risques. Du coup, ça a affolé des tas de gens sans raisons. C’est uneattitude qui est totalement anti-scientifique et c’est une réponse de nature politique { un problèmeorganisationnel et scientifique.On peut donc parler d’une mauvaise réaction mais peut-on également parler d’un retardde réaction ?L’absence de réaction a surtout été dans la réaction qu’il aurait fallu avoir quand le médicament aété interdit dans d’autres pays. Le problème est celui du bénéfice-risque. Il s’agit d’évaluer quel estl’équilibre entre les deux et de savoir si le bénéfice est suffisant. Cependant, des fois, on a interditdes médicaments sur des fantasmes. Comme pour l’affaire du diantalvic, qui a été interdit parce quedes gens se suicidaient avec. C’est ridicule. Ca ne va pas supprimer les suicides et pourtant, lediantalvic est un médicament très efficace et qui était très utile pour certaines personnes.Il y a deux risques réels { ce sujet. D’abord, que des laboratoires pharmaceutiques découvrant unproduit très efficace ne demandent pas l’AMM en France car ils ont peur d’avoir des emmerdes {perte de vu ou il vont de dire ‘on va nous reprocher de pas avoir prévu quelque chose au nom duprincipe de précaution. Et la deuxième crainte et plus générale. Elle est que si cette attitude devaitse généraliser dans les pays occidentaux, qui font 95 % de la recherche pharmaceutique, qu’il y aitune perte de capitaux, que les investisseurs ne veulent plus placer de l’argent dans la recherche decrainte que les produits soient interdit pour de mauvaises raisons. Et que du coup, la recherchepharmaceutique soit purement et simplement freinée.Que pensez-vous de la gestion de ces crises par les entreprises et par exemple de laréaction de Servier dans l’affaire du Médiator qui n’a pas communiqué au début ?Je ne saurais pas forcément vous répondre mais c’est que la réaction de servier a été assezmaladroite. Je crois qu’il y a beaucoup de structures, de l’état, institutionnel, etc…qui ont du mal {comprendre qu’on est dans un siècle de communication. Quand il y a quelque chose comme se qui sepasse sur le médiator, il faut réagir tout de suite, même quand vous n’avez pas les informations, ilsfaut dire qu’on y travaille. 32

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