Faut il avoir peur de l’évaluation
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Dans le cadre d'une réunion de travail de l'association http://projetpro.com en Juin sur le campus de la Doua à Lyon....

Dans le cadre d'une réunion de travail de l'association http://projetpro.com en Juin sur le campus de la Doua à Lyon.
Charles Hadji a répondu à cette question Faut il avoir peut de l'évaluation.
Il articule son discours autour de 4 idées principales

1 L’évaluation est une nécessité
2 Mais elle ne doit pas devenir obsessionnelle
3 Et encore moins servile
4 C’est pourquoi elle a besoin d’une double légitimité, méthodologique et éthique.

Vidéo Associée :
http://youtu.be/sH2QDWxDr1c

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Faut il avoir peur de l’évaluation Faut il avoir peur de l’évaluation Presentation Transcript

  • Faut-il avoir peur de l’évaluation? Charles HadjiProfesseur émérite de l’Université Grenoble 2
  • 4 idées principales1 L’évaluation est une nécessité 2 Mais elle ne doit pas devenir obsessionnelle 3 Et encore moins servile 4 C’est pourquoi elle a besoin d’une double légitimité, méthodologique et éthique.
  • Point 1: L’évaluation est une nécessité1. L’évaluation est une nécessité pour la conduite de l’action éducative, dans une optique de régulation2. Mais elle est tiraillée entre constat (de fait), et jugement (de valeur)3. Et il est possible d’en faire de « mauvais » usages.
  • 1.1 Une nécessité pour la conduite de l’action, dans une optique de régulation Ilnous faut répondre à deux questions préalables: Question 1: qu’est-ce qu’évaluer? Question 2: dans quel mécanisme général l’évaluation s’insère-t-elle?
  • Un mécanisme de conduite éclairée de l’action Feedback = priseChamp d’informations de en retourl’évalu ation Un sujet Tend vers Un but actifChamp Ajustement = de la adaptationrégulati éclairée de on l’action
  • Ce mécanisme comporte deux « volets » Un volet « surveillance » (ou: monitoring) • -contrôle de la situation par prise d’informations en retour (feedback d’ordre rétroactif)  processus de comparaison (si possible continue) entre un « état-but à atteindre » et un « état donné » (Allal, 1993). Un volet « ajustement » • -adaptation de l’action visant à réduire l’écart au but (objectif, standard ou critère), par reprise ou modification éventuelle de l’action en cours, ou déjà accomplie.
  • Ce qui entraîne 2 conséquences La surveillance est nécessaire pour une conduite éclairée de l’action: c’est dans ce cadre que prend sens l’évaluation Mais elle n’est pas une fin en soi: elle est là pour fournir les bases à un ajustement éclairé de l’action   l’oubli de cette fonction « naturelle » ouvre la porte à toutes les dérives.
  • Question 1: L’évaluation (appréciative) comme production d’un jugement d’acceptabilité… Evaluer, c’est dire dans quelle mesure une réalité donnée peut être jugée acceptable par référence à des attentes.
  • L’évaluation dans le champ éducatif: une appréciation du « SFR » Evaluer,c’est apprécier la qualité d’une action « éducative », dans l’axe d’une question générale: quel est le « service (éducatif, formatif, développemental) rendu »?
  • L’acceptabilité de l’action est alors appréciée par référence au « SFA », i.e. au « service formatif attendu »
  • Ainsi, par exemple: Evaluerun élève, c’est donc dire si son CSM (comportement scolaire manifeste) est « acceptable » par référence au CSA (comportement scolaire attendu). la question à traiter est: le CSM est-il à la hauteur du CSA?
  • 1.2 une première ambiguïté fondamentale Projet 1: estimer l’importance (l’ampleur) d’un phénomène   évaluation estimative, « par défaut de mesure »: centrée sur l’appréciation de la grandeur d’un phénomène, et n’ayant pas pour fin la production d’un jugement de valeur Projet 2: débattre de la valeur d’une réalité   évaluation appréciative: centrée sur l’appréciation de la qualité d’une réalité, et ayant pour fin la production d’un jugement de valeur.
  • Exemples 1: évaluation estimative: -évaluer les dégâts occasionnés par le tremblement de terre -évaluer la menace de paludisme -évaluer la dette du pays -évaluer le prix d’un appartement -évaluer les inégalités socio-économiques -évaluer le chômage, la pauvreté, la fraude fiscale…. 2: évaluation appréciative: -évaluer la « performance » des dirigeants d’entreprise -évaluer la « performance » d’un service -évaluer la politique de lutte contre la pauvreté -évaluer la qualité de l’enseignement universitaire -évaluer un ministre
  • Les 2 pôles de l’activité évaluative Évaluation Évaluation estimative appréciativecaractéristiques Constat (de fait) Jugement (de valeur) Quantitatif Qualitatif Continuité des Discontinuité des chiffres seuilsExigences Précision Pertinencespécifiques Fiabilité Justesse JusticeRisques Valorisation Insuffisante prise subreptice en compte du réel
  • 2 projets dont aucun ne peut ignorer totalement l’autre Estimation de Appréciation l’ampleur de la valeur d’un phénomène d’une réalité EVALUATION
  • SI BIEN QUE:1. Il y a toujours une part d’estimation, voire de mesure, dans l’évaluation appréciative: le jugement se fonde sur un constat qu’il intègre2. L’estimation court toujours le risque de la valorisation subreptice et indue : présence de valeurs sous-jacentes à la mise en place d’un indicateur (ex: nombre d’actes, taux de mortalité pour un hôpital); choix orienté des seuils et des limites de catégories (ex: le seuil de pauvreté).3. De par son étymologie, le terme d’évaluation devrait être réservé à l’évaluation appréciative
  • 1.3 Evaluer, c’est tenter de se rendre utile Utile à quoi? Cela soulève la question des fonctions de l’évaluation Utile à qui? Cela soulève la question des publics ou des destinataires prioritaires
  •  La question des usages de l’évaluation A certaines fins Des attentes Évaluer par confrontation Un jugement c’est entre D’acceptabilité produire Pour remplir Une réalité certaines fonctions Espace méthodologique de la Espace des usages construction du jugement sociaux de l’évaluation
  • Il faudra donc s’interroger:Sur les finalités de l’évaluation (en vue de quoi évalue-t- on?). Ex: mieux connaître une réalité? Agir sur un public? Modeler des individus (normalisation)? Servir une autorité?Sur ses fonctions (pour faire quoi de concret évalue-t- on?). Ex: classer? Contrôler (des compétences)? Attester ou valider? Faire un diagnostic?Sur le public qui en sera bénéficiaire (pour le bénéfice de qui évalue-t-on?). Ex: le public des commanditaires de l’évaluation? Le public directement concerné par le processus évaluatif? Le public constitué par un groupe privilégié d’acteurs sociaux?
  • Les 6 fonctions de l’évaluation scolaire1. Faciliter les apprentissages = évaluation formative2. Etayer les décisions éducatives à l’intérieur d’une école = évaluation diagnostique d’étape3. Préparer des décisions d’orientation = évaluation diagnostique de synthèse4. Éclairer/informer les acteurs du jeu social sur les acquis et compétences = évaluation sommative/certificative5. Donner des repères collectifs de niveau = évaluation normative de groupe6. Informer les citoyens sur l’état du système scolaire = évaluation externe
  • Les 2 grands usages sociaux de l’évaluation (selon Michel Vial, 2001). A quoi ça sert? Au service de qui? Fonction bilan Voir pour D’un rendre des responsable, comptes qui va juger Fonction Etre à l’écoute Du public accompagnem pour concerné, qui ent promouvoir sera éclairé
  • Du mauvais usage de l’évaluation On fait un « mauvais » usage de l’évaluation quand:1. On ne respecte pas les règles d’une « saine » méthodologie » (ex: non explicitation des attentes prioritaires)2. On ne respecte pas les exigences éthiques minimales (ex: quand on évalue pour humilier)3. On fait de l’évaluation un moyen au service de fins contestables (ex: éliminer; opérer un conditionnement idéologique, en faveur par ex. de l’idée de la positivité naturelle de la concurrence)
  • Point 2: Mais l’évaluation ne doit pas devenir obsessionnelle1. Or elle est trop souvent aujourd’hui devenue obsessionnelle2. Cette obsession ayant des effets dévastateurs (un climat de stress, qui peut rendre fou)3. … et se déployant dans un climat idéologique préoccupant
  • 2.1 L’ère de l’évaluation obsessionnelle? une « fièvre de l’évaluation » qui 2.1.1 gagne l’Ecole: • -omniprésence des interrogations et des contrôles • -évaluation des élèves de maternelle • -débauche de classements • -folie des notes 2.1.2… comme elle gagne toute la société • -un univers où tout est classé, donc classant (Max Dorra).
  • 2.2 Une obsession aux effets dévastateurs 2.2.1: un climat de stress: l’enjeu de la compétition scolaire devient écrasant pour les élèves • -une école devenant anxiogène   contre la notation facteur d’angoisse, et la souffrance à l’Ecole • -des devoirs scolaires devenant un châtiment familial   contre la sous-traitance pédagogique et l’externalisation du traitement de la difficulté scolaire 2.2.2 … qui peut rendre fou
  • 2.3 Une obsession exprimant une vision réductrice de la valeur 2.3.1 réduction de la réalité humaine à sa dimension quantitative (je possède, donc je suis); substitution du désir de posséder au désir de comprendre. 2.3.2 Réduction de la régulation au contrôle social 2.3.3 Réduction du travail scolaire à la compétition concurrentielle, et de la réussite à la performance.
  • 3. Le risque pour l’évaluation est alors de devenir servile 3.1 En se soumettant à l’idéologie néo- libérale 3.2 En se soumettant à la dictature de l’immédiat et du superficiel 3.3 En se soumettant aux pouvoirs, et à l’argent
  • 3.1 En se soumettant à l’idéologie dominante Car: 1. L’extension du domaine de l’évaluation s’est effectuée dans un contexte idéologique marqué, celui de l’idéologie néo-libérale actuellement dominante, où est méconnue, voire bafouée, l’exigence du respect de la dignité de la personne humaine, volontiers réduite à sa dimension de marchandise.
  • Les promesses de L’envers du tableaul’idéologie (une réalité(un modèle idyllique) calamiteuse)Efficacité et résultats Politique du chiffreSaine concurrence Élimination des faiblesCompétitivité Enrichissement des plus cupidesPerformances Excès et dérivesRentabilité Inégalités et précarisationsMérite Bénédiction du faitExcellence DévalorisationMarché autorégulateur Crises et krachs
  • …Car: 2. dans ce contexte, l’évaluation a tendance à devenir servile1. Asservissement à des croyances: une évaluation soumise aux dogmes néo-libéraux, et aux prétendues lois de l’économie (sacralisation des notions d’excellence et de concurrence)2. Asservissement au court terme: une évaluation soumise à la dictature de l’immédiat (tournée vers ce qui est le plus facile à estimer, et/car le plus visible à court terme)3. Asservissement au pouvoir: une évaluation soumise aux politiques (tentation de la bienveillance à l’égard des puissants)4. Asservissement à l’argent : une évaluation soumise à la finance (prégnance des logiques comptables).
  • L’exemple de l’évaluation des écoles Une première expérience positive: le « dispositif d’évaluation pédagogique » (1979  1986) Une deuxième expérience positive: les « évaluations diagnostiques de masse » CE2/6ième (1989  2003) Une expérience controversée: l’évaluation CM2 2009
  • Une première expérience positive: le « dispositif d’évaluation pédagogique »  Ce dispositif, mis en place par la DEP de 1979 (CP) à 1986 (lycée) présente 3 grandes caractéristiques: 1. Des intentions clairement affichées (mesurer les connaissances des élèves) 2. Un public de destination clairement désigné (le constat macroscopique est destiné à l’ensemble des citoyens) 3. Un refus d’individualisation des données. Celle-ci « n’a aucun sens et est même contraire à la rigueur et à l’objectivité » (Les dossiers Education et Formation, 1, avril 89)
  • Une deuxième expérience positive: les « évaluations diagnostiques de masse » CE2/6ième (1989 2003) 5 grandes caractéristiques:1. Touchent tous les élèves en début d’année2. 2 finalités, mais claires: faire le point sur l’état des savoirs et savoir-faire sur certaines compétences; éclairer l’action des enseignants (choix des stratégies, remédiations)3. 2 publics de destination clairement désignés (le grand public; les enseignants)4. Des épreuves construites en respectant 3 principes: démarche participative; expérimentation; évolution et adaptation5. Un triple refus: refus d’en faire un bilan d’un niveau de scolarisation refus des comparaisons dans le temps refus d’une fonction normative, et de tout classement
  • Une expérience controversée: l’évaluation CM2 2009 Un objectif officiel recevable: donner une image objective et fiable des connaissances et compétences des élèves de CM2 Mais 4 sujets de préoccupation: Pourquoi en milieu d’année? Pourquoi un dispositif construit en milieu fermé (ministère)? Suspicion d’existence d’un but caché: mise en concurrence des écoles Un triple défaut de légitimité (Nathalie Mons): Défaut de légitimité scientifique (car absence de distance critique) • Défaut de légitimité professionnelle (car pas de démarche participative) • Défaut de légitimité politique (car pas de consensus sur les fins)
  • Faut-il donc avoir peur de l’évaluation des écoles? OUI, SI:1. Elle s’opère sur des bases aussi sauvages (résultats bruts à des tests ou examens) que réductrices (seulement des résultats scolaires)2. Elle ne se donne pas les moyens d’une évaluation intelligente (mise en perspective des résultats d’élèves)3. La volonté de classer est prépondérante (fin discutable)4. Elle détourne du problème d’action prioritaire: aider les élèves de l’école à progresser.
  • Faut-il donc avoir peur de l’évaluation des écoles? NON, SI:1. Il n’y a pas d’ambiguïté sur ses fins2. Elle ne se contente pas d’un seul indicateur (résultats bruts)3. Elle rapporte les résultats à leurs conditions de production (environnement socio-économique de l’établissement; structuration du public d’élèves)
  • Finalement, les résultats des élèvespeuvent-ils servir à l’évaluation des établissements? OUI? SI:1. On s’intéresse à toutes les dimensions de l’activité des établissements (dont la seule mission n’est pas de faire réussir à des examens)  ne pas se contenter de résultas d’examen ou de tests2. On prend en compte la particularité des conditions de production des résultats pour les mettre en perspective  sinon la volonté de classement, contre laquelle on aura du mal à résister,débouchera, non sur un palmarès, mais sur un simple tableau des inégalités d’éducation!
  • Opération Réalité Indicateur Ce qui esteffectuée considérée « mesuré »Constat de Résultat brut I.1Taux de Le succès par candidaturestype 1 ponctuel Réussite au =succès à l’examen Des élèves de bac terminale présentésConstat de Parcours I.2 Taux d’accès au Effort bactype 2 effectués a)depuis la seconde d’accompagn b)depuis la première ement (par de individus ou Persévéranc I.3 proportion des des bacheliers parmi les e cohortes) sortants du lycée pédagogiqueMise en Résultats I.4 Valeur Différenceperspective dans leurs ajoutée Entre réalisé contextes et attendu
  • …Mais (3): si l’évaluation: Est devenue quasiment obsessionnelle En étant marquée par une obsession de la compétition Ce qui en fait un outil de normalisation Etant ainsi touchée par la maladie de la « valeur vénale » (Max Dorra), dans un monde d’ « humains-marchandises » où tout s’achète et se vend…
  •  …elle n’est pas par nature idéologique, et peut même participer à la résistance contre:  La réduction de l’homme à sa valeur d’échange (à un statut de marchandise)  La réduction de la Valeur à la valeur argent  Les évaluateurs ne sont pas condamnés à n’être que les chronométreurs officiels des grands jeux olympiques de la finance mondiale.  C’est l’oubli du questionnement sur la Valeur qui est ravageur.
  • 4. Comment redonner alors à l’évaluation sa légitimité (méthodologique et éthique)? 4.1En lui faisant retrouver le sens du questionnement pertinent  ex: non pas : « qui est le meilleur? »; mais: « chacun a-t-il bien appris ce qu’il devait apprendre? » 4.2 en la mettant au service du plus grand nombre
  • 4.1 La démarche d’évaluation en condensé: 3 temps forts, autour de 3 questions Question 1: qu’est-on essentiellement en droit d’attendre de l’ « objet » évalué? Quel est le service attendu (SA)?  assigner des attentes prioritaires Question 2: que faudra-t-il alors aller voir (observer)?  identifier des espaces d’observations, i.e. des « lignes de lecture » de l’objet Question 3: et à quoi verra-t-on que l’attente est satisfaite ou non?  définir des indicateurs de réussite, i.e. des signes d’appréciation du service rendu (SR) par la réalité évaluée
  • 4.2 Se mettre au service du plus grand nombre En se délivrant d’une triple obsession:- l’obsession de la sélection  contre la « constante macabre » - l’obsession de la compétition  contre la débauche de classements - l’obsession de la notation  contre la « folie » des notes
  • En conclusion: retrouver le sens de l’accompagnement, et de la promotion… La première façon d’être utile (en évaluation, comme ailleurs) est de ne pas nuire!  les 2 règles d’une éthique « minimale »:  - 1 Neminem laede = ne fais de mal à personne  -2 Imo omnes, quantum potes, juva = mais bien plutôt vient en aide à tous, autant que tu peux…