Psy Mag (Avril 2014)

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Magazine initié par des étudiants de Psychologie de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis.

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Psy Mag (Avril 2014)

  1. 1. Le psychologue en Tunisie : quel rôle joue-t-il ? L’interprétation en psychanalyse « Et Nietzsche a pleuré… » Le terrorisme Magazine de Psychologie Premier numéro Avril 2014 Contact : psymagpsy1@gmail.com
  2. 2. Sommaire Dico psycho : la cryptomnésie 21 Film du mois : Et Nietzsche a pleuré 22 Le terrorisme 24 Le terrorisme Projet jeune chercheur : Test de Niveau de Liberté des catégories sociales complexes 26 Note de lecture : Communication Et innovation : Champs, méthodes, interventions 28 Les métiers de la psychologie : Le psychologue en Tunisie : Quel rôle joue-t-il ? 6 Interview avec le professeur Riadh Ben Rejeb 9 D’un séminaire à l’autre : L’interprétation en psychanalyse 14 Pourquoi les médicaments à eux seuls ne sont jamais suffisants pour traiter entièrement les troubles psychiques ? 17
  3. 3. Présentation du magazine Né en avril 2014, Psy Mag est un ma- gazine initié par des étudiants de Psy- chologie de la Faculté des Sciences Hu- maines et Sociales de Tunis. Son but principal est d’inviter ses lecteurs et ses lectrices à la réflexion autour des thèmes proposés. Il est divisé en de mul- tiples rubriques traitant chacune un sujet différent. Le magazine est aussi un lieu d’expression qui tente de favoriser la créativité des étudiants, en leur of- frant la liberté d’exprimer leurs points de vue, et leur donnant l’opportunité de présenter leurs projets et leurs idées innovantes, afin de créer un lieu d’échange commun. D'une périodicité trimestrielle, le maga- zine permet de mettre ses lecteurs et ses lectrices au courant des sujets issus de l'actualité relative aux dernières décou- vertes en psychologie. Ses lignes sont ouvertes non seulement aux étudiants et enseignants de Psychologie, mais aussi à toute personne ayant un intérêt pour cette discipline Asma El Héni, Rédactrice en chef.
  4. 4. Page | 4 Les rédactrices en Chef Asma El Héni Sarah Souayah Les rédacteurs Mohamed Youssef Hechmi Ahlem Ben Ouezdou Sarah Bouderbela Jihene Khemiri Salma Rafrafi Dora Brahmi Wajdi Borgi Couverture réalisée par Sarra Srairi L’équipe du magazine Contact : psymagpsy1@gmail.com
  5. 5. Page | 5 Les métiers de la psychologie… Le psychologue en Tunisie : Quel rôle joue-t-il ? Dans cette rubrique, il sera question de présenter, chaque fois, le travail du psycho- logue dans un champ d’intervention différent. Ainsi, on va s’intéresser, dans ce pre- mier numéro, au psychologue tunisien de façon générale. ans la pensée commune, le psy- chologue est connu pour être pas seulement un spécialiste des « fous », mais aussi celui qui est censé pouvoir tout comprendre, tout analyser, tout expliquer en un laps de temps très court. Un psychologue incapable de lire dans les pensées, serait, sans doute, très peu, si ce n’est pas du tout, compétent… C’est sur la base de ces critères que le sens commun établit sa propre défini- tion du psychologue. En Tunisie, la fonction du psychologue reste jusqu’à aujourd’hui ambigüe et stéréotypée, dans une société qui le confond souvent avec le psychiatre. D
  6. 6. Page | 6 « […] Art. 2. Les agents appartenant au corps des psycho- logues des administrations publiques sont chargés notam- ment :  D'étudier le comportement humain et les méca- nismes mentaux ;  De procéder à des recherches sur les problèmes psychologiques qui se posent dans les domaines de la santé, l'éducation, le milieu social et profession- nel et recommander des solutions pour résoudre ces problèmes ;  D'utiliser et interpréter des tests standardisés de capacité mentale, d'aptitudes et de personnalité afin de procéder à une évaluation psychologique dans leurs tâches de prévention, d'information d'éduca- tion, de rééducation et d'orientation ;  D'accomplir les tâches scientifiques et techniques relevant de leurs compétences […] ». Si la guérison ne semble pas la mission ultime du psychologue, alors en quoi consiste son rôle ? Le psychologue tunisien dispose d’un statut qui organise son travail. Selon le Décret n°99-203 du 25 janvier 1999 du Journal Officiel de la République Tunisienne, le statut particulier du corps des psychologues des administrations publiques est comme suit : Au- trement dit, le rôle du psycho- logue est d’apporter un accompagnement et un soutien psy- chologique au patient, en lui offrant un espace d’écoute dépourvu de tout jugement, afin de l'aider à verbaliser sa souffrance. Ce qui le spécifie, en fait, c’est sa lec- ture des phénomènes qui se présentent à lui à lumière d’une ou plusieurs références scientifiques, en ayant recours à des outils d’évaluation et de compréhension du fonc- tionnement psychique d’un sujet, tout en gardant une attitude de neutralité bienveillante, c’est-à-dire une attitude ouverte mais avec une certaine distance professionnelle.
  7. 7. Page | 7 Quels sont aujourd'hui, en Tunisie, les différents domaines qui font appel au psychologue ? Contrairement à une idée largement répandue, le psychologue tunisien n’exerce pas uniquement au sein de l’hôpital psychiatrique Al-Razi. Approximativement, 120 psychologues sont recrutés dans le ministère de la san- té, exerçant dans des services variés à savoir la neurologie, la gynécologie, la traumatologie, la pédiatrie, etc. ; d’autres exerçant également au sein du ministère de l’intérieur, de la défense, ainsi que dans des centres d’intégration scolaire, des associations, des banques, etc. Néanmoins, malgré cette variété des champs d’intervention, ces derniers de- meurent jusqu’à aujourd’hui absents non seulement dans les écoles et les ly- cées, mais aussi dans bon nombre de services hospitaliers… Par Ahlem Ben Ouezdou
  8. 8. Page | 8 Interview avec Le professeur Riadh Ben Rejeb Le professeur Mohamed Riadh Ben Re- jeb est Professeur de Psychologie Cli- nique et Psychopathologie. Il est égale- ment directeur de l’Unité de Recherche Psychopathologie Clinique (URPC) à la Facul- té des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, Président de l’UTAIM (Union Tunisienne d’Aide aux Insuffisants Mentaux) section de la ville de Kélibia. Il est Président fondateur de l’Association Tunisienne pour le Développe- ment de la Psychanalyse (ATDP), Centre Allié de l’API (Association Psychanalytique Interna- tionale). Il a obtenu le DEA (Diplôme d’Études Approfondies, ancienne appellation du master de recherche) de Psychopathologie, de Psycho- linguistique et le Doctorat en Psychopatholo- gie à l’Université de Paris V, ainsi que le DEA d’Ethnologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages publiés en Tunisie et en France. Le dernier en date est « la référence » paru en dé- cembre 2013, édité à Tunis par le Centre de Publication Universitaire. Pourquoi vous êtes-vous orienté vers la psychologie ? M. Ben Rejeb : « Je me suis intéressé à la psychologie depuis les années du lycée. J’étais toujours curieux de comprendre l’autre et d’appréhender le comportement humain. Pourquoi ces différences de com- portements, de caractères ? Pourquoi sommes-nous si différents les uns des autres ? Cela m’a permis de plonger dans des ouvrages de façon précoce : quatrième, cinquième année secondaire, je lisais déjà Jung, Reich et Malinowski. Et puis, bien entendu, on se pose des questions du genre : C’est quoi la normalité ? Qu’est-ce que les ‘’normes’’ ? Elles sont établies par rap- port à qui ? Quelle est la place des croyances, des traditions dans la socialisa- tion des individus ? Et cela nous permet de réfléchir, de lire et de questionner. L’année du bac, je lisais Malaise dans la civilisa- tion et Moïse et le monothéisme de Sig- mund Freud. » L
  9. 9. Page | 9 La psychanalyse parait importante pour vous. Pourquoi ? M. Ben Rejeb : « Parce que je pense que la psychanalyse est peut être la seule branche des sciences humaines, la tech- nique, la théorie, qui permet le plus d’accéder à la compréhension du compor- tement humain de l’intérieur et d’aborder l’individu en profondeur. » Combien de temps ça vous a pris pour devenir psychanalyste ? M. Ben Rejeb : « Beaucoup de temps, ça ne se compte pas. D’ailleurs, on ne parle pas de temps en psychanalyse, mais de ‘’Temporalité’’ et de ‘’Temporalité psy- chique’’. En psychanalyse, le temps prend un autre sens, parce que la psychanalyse est un travail permanent qui continue tout le temps sous forme d’auto-analyse. Tout commence par une « psychanalyse person- nelle », voire deux. Ensuite, on passe par la phase des « supervisions » individuelles et collectives. Le tout se fait dans le cadre d’une formation dans des Institutions de psychanalyse étrangères. Quand on ‘’ter- mine’’ sa psychanalyse, cela ne veut pas dire qu’on a été « immunisé » pour tou- jours. En tant qu’être humain, on va être stressé par ce qui se passe dans la vie cou- rante, comme tout le monde. Et puis de par la nature du travail clinique à effectuer auprès des patients, on est appelé à faire un travail sur soi, une « nouvelle tranche d’analyse ». Il faut continuer son « auto analyse » et se pencher sur la signification de ses propres rêves ; « le rêve, c’est la voie royale vers l’inconscient » disait Freud ; c’est l’expression de l’inconscient et de la psyché. C’est pour cette raison qu’il n’y a pas une fin pour la psychana- lyse. D’ailleurs, Freud a écrit un texte im- portant sur ce sujet intitulé ‘’Analyse ter- minée et analyse interminable’’. » Y a-t-il des rapports entre clinique et culture ? M. Ben Rejeb : « Quand on s’intéresse à la psychologie, on s’intéresse à l’histoire des individus, pas uniquement des patients qu’on rencontre, mais l’histoire des indivi- dus en général, à l’histoire d’une façon générale. On s’intéresse aussi à la psycho- logie sociale, parce qu’on fait de la cli- nique dans une société donnée. On s’intéresse à la culture, parce qu’on fait de la clinique dans une culture donnée. La psychologie est par définition contextuelle et elle ne peut exister en dehors de son moule culturel. »
  10. 10. Page | 10 Il y a plusieurs questions qui se posent autour de la psychanalyse. Qu'auriez- vous à dire sur tous les débats actuels autour de cette discipline? M. Ben Rejeb : « On peut se pencher sur ces débats, les lire et avoir sa propre posi- tion. C’est un débat, oui, qui existe, et après ? Ça va mettre fin à la psychanalyse, comme le souhaite Michel Onfray avec son livre Le Crépuscule d'une idole ? Cela m’étonnerait. La psychanalyse existera tant qu’il y aura une demande d’analyse. D’un autre côté, on ne peut pas imposer la psy- chanalyse à des personnes qui ne la de- mandent pas. Il faut toujours respecter la demande des individus. Ce qui est grave, c’est qu’il y a malheureusement des psy- chanalystes, parce qu’ils ne disposent que de la technique psychanalytique, qui obli- gent tout le monde à s’allonger sur un di- van, et là, on peut faire des dégâts. La psy- chanalyse a des indications, mais égale- ment des contre-indications comme n’importe quelle méthode thérapeutique. Ce n’est pas un moyen magique, une pana- cée qui guérit tout. » Dans un de vos articles intitulé « La psychanalyse en Tunisie : Approche historique et état des lieux », publié dans la revue ‘’Topique’’ en 2010, vous avez parlé de clivage entre psy- chiatres et psychologues. Quel est son origine et comment le dépasser ? M. Ben Rejeb : « Le clivage entre psy- chiatrie et psychologie a toujours existé, malheureusement. Il a existé dans certains contextes sociaux, dans certains pays ; il a été alimenté et amplifié. Personnellement, je me suis toujours situé au-delà de ce cli- vage qui n’a pas à avoir lieu. On travaille à pied d’égalité. Quand j’ai fait mes études de psychologie en Tunisie, on avait la chance d’avoir deux psychiatres parmi nos enseignants : le professeur Sleïm Ammar et le professeur Mohamed Ghorbal. En France, le corps enseignant était également composé de professeurs qui sont des psy- chologues, comme Roger Perron, mais aussi des psychiatres, comme Colette Chi- land, Serge Lebovici et Bernard Brusset. Quand on se réfère à la psychopathologie et à la psychanalyse, quand on adopte le même schéma théorique, il n’y a plus de différences. Certes, il y a des patients qui méritent d’être médicalisés et hospitalisés ; et là, il faut un traitement chimiothérapique et on fait appel à des psychiatres. D’autres fois, après l’hospitalisation ou en même temps, il faut faire appel à un psychologue pour accompagner la prise en charge médi- camenteuse. Il y a donc deux prises en charge : psychothérapie et chimiothérapie, qui peuvent être conjointes. » Et qu’en est-il du clivage entre psychologues cliniciens et psychologues cogni- tivistes ? M. Ben Rejeb : « Il n’a pas lieu d’être ; il est fabriqué de toute pièce. Il existe entre des personnes, en fait, et non pas entre les disciplines. On parle de plus en plus de complémentarité entre psychanalyse et neurosciences. Les travaux de Daniel Widlöcher ou de Didier Houzel le confir- ment. »
  11. 11. Page | 11 Peut-on aimer la psychanalyse sans pour autant aimer Freud ? M. Ben Rejeb : « On ne peut pas nous intéresser à la psychanalyse sans nous inté- resser à Freud. On ne peut pas travailler avec la psychanalyse sans faire référence à Freud, même si on peut se démarquer de lui ensuite. On peut pratiquer la psychana- lyse en faisant référence à d’autres, comme Jung ou Lacan. Mais évidemment, Freud reste le fondateur. Jung a complété certains aspects de la théorie freudienne. Chacun ajoute sa propre touche, et c’est ce qui nous pousse tous à avancer. Toutes les théories ne sont pas parfaites, l’objet par- fait n’existe pas, et c’est ce qui fait qu’elles évoluent dans le temps. Puisque les théo- ries évoluent, nous sommes appelés à nous adapter. On ne doit pas rester figé par rap- port à des notions qui peuvent sembler sclérosées. Sinon, on risque d’être dans la pensée qualifiée ‘’d’hermétique‘’, renfer- mée sur elle-même, la pensée ‘’monoli- thique‘’. D’ailleurs, si Freud était parmi nous aujourd’hui, sa réaction aurait pu être différente : il aurait pu être étonné et dire que ce n’est pas cette psychanalyse là que j’ai inventée, comme il peut être fier de voir les différentes orientations et les pro- longements de la psychanalyse. » Quelle est votre meilleure expérience en tant que psychologue ? M. Ben Rejeb : « Les rencontres cliniques sont extraordinaires. Ce sont ces ren- contres-là qui constituent pour nous le meilleur outil d’apprentissage, le meilleur réservoir de savoir. On apprend la clinique et on découvre ce qui distingue cette hysté- rique d’une autre. On découvre que chaque personne a son histoire personnelle, sa tra- jectoire personnelle, sa propre préhistoire. On découvre que chaque cas clinique a sa propre sémiologie, et que cette sémiologie peut véhiculer un sens particulier. Cela nous pousse à la réflexion et nous permet de nous poser des questions, et de conti- nuer à apprendre. Et je rejoins la fameuse phrase de Winnicott quand il a dédié un de ses livres à ses malades : ‘’Je dédie ce livre à mes patients qui ont payé pour m'ap- prendre‘’. Quand on est clinicien, on ne peut pas avancer sans ces rencontres cli- niques, mais aussi sans les colloques et séminaires. » Peut-on enseigner la psychanalyse à l’université ? Pourquoi ne pas intégrer la psychanalyse dans l’enseignement universitaire ? M. Ben Rejeb : « Elle était enseignée dans le cadre de l’ancienne Maîtrise par Ma- dame Khadija Besbes, ensuite par Neila Shabou. Le plus qu’ajoute un tel ensei- gnement est, en fait, la sensibilisation. C’est juste pour introduire les notions de base. Il n’est pas question de former les étudiants en psychanalyse. La psychanlyse, à mon avis, ne s’enseigne pas comme une branche séparée, mais dans le cadre de la psychopathologie. Lorsqu’on parle d’organisations névrotiques, d’organisations psychotiques, d’organisations traumatiques, on parle for- cément de psychanalyse. Le but d’un tel enseignement vise à la sensibilisation à la
  12. 12. Page | 12 psychanalyse. Mais, il existe aussi d’autres formes de psychothérapie que la psycho- thérapie analytique, et le psychologue en formation au sein de la faculté doit prendre en compte l’éventail large de toutes ces techniques. » Avez-vous quelque chose à dire aux étudiants ? M. Ben Rejeb : « Il faut aussi avoir l’esprit large, ouvert, mais également l’esprit critique : on critique, mais on ac- cepte les critiques qui nous sont adressées aussi. Apprendre à écouter d’abord, à res- pecter l’autre, et ensuite analyser pour pouvoir décortiquer les discours et déve- lopper son point de vue. L’étudiant peut écouter plusieurs discours de ses ensei- gnants et apprendre d’eux. Il ne doit pas écouter seulement l’avis d’un seul et reje- ter les autres : il y a une part de vérité dans chaque discours. Quand on accepte une chose, on ne l’accepte pas en bloc, et quand on refuse quelque chose, on ne la refuse pas en bloc ; c’est aussi une façon de dépasser les clivages et l’esprit dicho- tomique. Chaque individu a un côté de vérité dans ce qu’il dit, et on apprend de lui ce qui est suffisamment bon pour nous. Ensuite, en fonction de ses lectures, en fonction de sa pratique clinique, des docu- mentaires ou des films visionnés, des sé- minaires et colloques auxquels il participe ou il assiste, il va découvrir par lui-même certaines choses et ensuite essayer de faire une comparaison et une synthèse. C’est ainsi que l’enseignant doit montrer à ses étudiants les différentes voies vers le sa- voir. Ensuite, c’est l’étudiant qui se forme lui-même en suivant la voie qui lui con- vient, ou qui lui semble la plus adéquate. » Réalisée par Asma El Héni
  13. 13. Page | 13 Dans le cadre du programme scientifique de l’Association de Formation à la Psychanalyse et l’Échange Clinique (AFPEC 2013/2014), une conférence dé- bat a été organisée le Samedi 7 décembre à 14h30 à la Biblio- thèque Nationale de Tunis au tour du thème : « Interpréter ». D’un séminaire à l’Autre… L’interprétation en psychanalyse Photo prise par S. B. Tout part, comme c’est souvent le cas, de la question du lan- gage. Le propre du lan- gage humain c’est l’équivoque, la po- lysémie, c'est-à- dire le fait qu’un même mot peut avoir plusieurs sens, des homo- nymes. Le poète use souvent de cette propriété afin d’obtenir des effets poétiques subtils en faisant résonner le cristal de la langue. De même pour le comique (Le français Raymond Devos en est un parfait exemple), ou l’écrivain (Le génie de James Joyce l’a subli- mé dans Finnegans Wake). Le Fiqh s’intéresse beaucoup à cette pro- priété, faisant en- tendre à travers l’analyse des formu- lations des diffé- rentes résonances du texte coranique : c’est le « Tafsyr ». C’est aussi à cette propriété que s’intéresse le psychana- lyste, comme Freud l’a par- faitement fait ressentir dès ses premiers ouvrages :
  14. 14. Page | 14 « L’interprétation des rêves », « Psychopa- thologie de la vie quotidienne » et « Les mots d’esprit dans ses rapports avec l’inconscient ». C’est ce que souligne Jaques Lacan dans l’émission française « Télévision » : « Freud suit pas à pas le signifiant, les jeux de mots, l’équivoque, pour traquer l’inconscient et remonter au sens caché des rêves, des symptômes etc. » La psychana- lyse est en quelque sorte une science de l’interprétation. Lors d’une séance d’analyse, ce qui est dit par l’analysant ne vaut pas seulement par son sens, qui s’articule à partir des mots organisés en phrase. L’analyste prête attention essen- tiellement à la polyphonie du signifiant. Autrement dit, à la séquence acoustique de l’énoncé qui peut se découper, dans l’inconscient, tout à fait autrement. Par exemple, un patient raconte son rêve en disant « j’étais dans une Vallée, regar- dant un champ de riz ». L’interprétation ne concerne pas ici le signifié, mais le signifiant. Car, pour l’analysant, ce rêve a une portée singulière ; il contient un signifiant maître pour lui : « Valérie » le prénom de sa mère (Vallée-riz). La conférence-débat a été animée par :  Nedra Ben Ismail, psychanalyste et présidente de l’Association de Formation à la Psychanalyse et l’Échange Clinique (AFPEC).  Kathy Saada, psychologue clinicienne et psychanalyste.  Youssef Seddik, philosophe et anthropologue.  Essedik Jeddi, psychiatre et psychothérapeute.  Okba Natahi, psychanalyste. Pour Freud, l’interprétation consiste à trouver le sens caché et à le restituer au sujet afin qu’il en prenne conscience. Avec Lacan, les choses se déplaceront : l’interprétation s’adresse directement à l’inconscient, c'est-à-dire à ce que Lacan nomme « la belle derrière les volets ». C’est pourquoi l’analyse n’avance pas à partir d’explications ou de dialogues, même si l’analyste y ait parfois recourt. Le but de l’interprétation n’est en effet pas toujours d’apporter du sens. Au con- traire, l’interprétation vise aussi à vider le sens ou à en offrir un nouveau, ce qui permettra de vider de la jouissance. Nous pouvons reprendre ici un exemple très connu : A une patiente qui rêve de la « Gestapo », Lacan répondra sur le mode interprétatif par un geste (une ca- resse sur son visage). Ce que l’analysante interprètera comme suit : un « geste-à- peau ». On voit ici combien l’interprétation doit laisser ouverts les effets de sens du signifiant. Elle y par- vient en étant principalement énigme ou citation. Pour ce qui est de la dimension de citation que peut revêtir l’interprétation, l’analyste peut, par exemple, rappeler tel souvenir qui fait écho à celui qu’est en train de raconter l’analysant. L’accent sera alors mis non sur la signification d’un terme isolé, mais
  15. 15. Page | 15 sur une corrélation obligée, sur ce qui fait que dans une vie, les mêmes termes, les mêmes choix, le même destin se ré- pètent. Pour illustrer cette idée, Kathy Saada reprendra l’exemple d’une analy- sante rapportant un rêve dans lequel elle a une « plaie sur son ongle ». Dans ses associations, celle-ci fera un lapsus, elle parlera de l’ « oncle » du pied. Elle en- tend bien son lapsus, mais ne voit pas de qui il peut s’agir. L’analyste lui fera re- marquer alors qu’elle oublie le frère de sa mère qui est mort enfant, une mort qui avait été traumatique pour sa grand- mère et sa mère. L’analysante dira alors : « j’ai un oncle incarné » : le lapsus de- vient un mot d’esprit. Dans d’autres cas, l’interprétation sera énigme. L’analyste évite de laisser entendre ses propres interventions comme univoques. S’il veut introduire l’analysant au langage de l’inconscient, il doit faire valoir le carac- tère polysémique de ce qui se dit dans la cure. C’est ce qu’illustre l’exemple du « geste-à-peau » de Lacan. Nous pourrions aussi prendre un autre exemple cité par Kathy Saada : celui d’une analysante anorexique, qui souf- frait d’aménorrhées², et qui racontera à son analyste un rêve où il était question de sang. Son analyste, Lacan, lui rétor- quera « Ah bah vous alors, ah bah vous alors…». L’analysante a alors entendu qu’elle n’y était pour rien dans ce qui lui arrivait. Pour conclure, nous pourrions dire que l’interprétation ne fait d’ailleurs qu’introduire le sujet à des significations nouvelles. Sur les significations que l’analysant développe, l’analyste peut insérer le « sceau » du signifiant. Par exemple, un analysant demande à son analyste, à propos d’un week-end : « Est- ce que vous faites le pont ? ». L’analyste répond : « Quel pont ? », introduisant là une équivoque possible. La séance d’après, l’analysant dira qu’il a pris cons- cience qu’en fait il voulait demander à l’analyste : « Est-ce que vous êtes assez solide pour faire le pont, pour me faire passer d’une rive à l’autre ? » Par Sarah Bouderbela Qui est un savoir et, en particulier, une science du droit religieux de l'islam, qui recouvre tous les aspects de la vie, religieux, politiques ou privés. (Dictionnaire Larousse) ² Absence de règles chez la femme.
  16. 16. Page | 16 Pourquoi les médicaments à eux seuls ne sont jamais suffisants pour traiter entièrement les troubles psychiques ? out notre vécu subjectif et émo- tionnel n’est en fait que le résultat d’une activité électrochimique précise et synergique qui se produit au niveau de notre cerveau en réponse à des stimulations externes et/ou internes. C’est de ce fait que le traitement phar- macologique des troubles psychiques tire toute sa légitimité et sa puissance. Toutefois, et à la lumière des nouvelles connaissances acquises dans le domaine des neurosciences cognitives, on doit se poser les questions suivantes : ce type de traitement, est-il nécessaire ? Si oui, est- il suffisant ? La tâche du psychiatre ne peut pas se résumer à identifier le ou les sous- systèmes cérébraux ‘’défectueux ‘’ (sous ou suractivés) en observant des manifes- tations comportementales, ensuite, pres- T
  17. 17. Page | 17 crire au patient des médicaments qui vont régler l’activité de ces sous- systèmes, comme on le fait d’ailleurs pour des troubles touchant des systèmes biologiques, autres que le système ner- veux. Pour argumenter mes propos, je vais essayer de répondre aux questions suivantes : Pourquoi les patients manifestant les mêmes symptômes ne répon- dent-ils pas de la même manière aux mêmes agents pharmacolo- giques ? On peut observer qu’un patient peut parfois parcourir toute une gamme d’antidépresseurs, d’anxiolytiques, de somnifères, etc., effets notoires garantis bien-sûr, avant que son psy juge qu’il commence à réaliser des progrès, se basant dans son jugement principale- ment sur la satisfaction ou non du patient lui-même à l’égard du traite- ment reçu. Beaucoup de temps et d’argent perdus avant d’atteindre ce stade, et ceci dans le meilleur des cas. Il y a ceux bien sûr qui ne répondent pas aux traitements, au contraire, leur état s’est détérioré lourdement depuis leur première consultation. Comment expliquer tout cela alors ? Des différences interindividuelles, d’ordre génétique, font que des per- sonnes manifestant les mêmes symp- tômes ne répondent pas de la même manière aux mêmes agents pharmacolo- giques. Des différences d’un autre ordre, agissent aussi fortement à ce niveau. La plupart des psychiatres sont conscients que le traitement pharmacologique est inefficace quand le patient ne prend pas les thérapies et les conseils qu’on lui propose au sérieux. Le niveau d’implication des patients est une va- riable qui doit donc être estimée dès la première consultation, et il faut que le psychiatre trouve un moyen pour la ren- forcer. Le principe de l’approche phar- macologique est simple : on agit au ni- veau moléculaire et cellulaire, et on espère que cela va se traduire au niveau comportemental et même cognitif. Or, dans la réalité, ce n’est pas aussi simple que cela, et je vais dans ce qui suit essayer d’expliquer pourquoi.
  18. 18. Page | 18 Il faut garder à l’esprit que toute modifi- cation qui survient aux deux premiers niveaux dans un cerveau dit ‘’normal‘’, vient en réponse à des variations dans l’environnement dans lequel évolue le système tout entier. Ce que ce système essaye de faire, c’est de donner un sens à un input sensoriel particulier, donc de former une perception globale d’un en- vironnement en perpétuel changement, puis de mettre en place une stratégie comportementale capable de faire évo- luer le sujet ou, pourquoi pas, l’environnem ent dans le sens désiré, et enfin, d’exécuter cette stratégie. Cela parait simple, mais en fait, cela ne l’est pas. L’environnement comme système évolu- tif, est composé de plusieurs sous- systèmes (environnement social, envi- ronnement biologique…), et chacun d’entre eux a ses propres lois et prin- cipes de fonctionnement qu’il va falloir respecter pour évoluer convenablement et survivre. Donc, il va falloir tout d’abord, comme je l’ai déjà mentionné, donner un sens à l’état actuel dans le- quel est cet environnement. Maintenant, si on prend en considéra- tion le délai temporel né- cessaire pour que tous les processus neurophysiolo- giques et cognitifs nécessaires à la per- ception s’accomplissent, on remarquera que ce que notre conscience est en train d’expérimenter à ce moment même, n’est en fait que des événements dépas- sés. Cette incroyable machine divine essaye de compenser ce délai en prédisant en quelque sorte l’état sur lequel serait cet environ- nement lorsque le comportement serait exécuté (pour plus de détails, voir le livre de ‘Jeff Hawkins ’On Intelligence‘’). On peut donc avancer l’hypothèse qu’il y a eu planification des stratégies com- portementales ‘’réflexes‘’ qui seront exé- cutées sans faire appel à un traitement conscient.
  19. 19. Page | 19 Donc, si on admet que certains troubles psychiques sont, en fait, à considérer comme des stratégies comportementales élaborées et visant à assurer un rôle adaptatif particulier, il est évident alors qu’agir au niveau moléculaire ne fait que dissimuler les symptômes sans pour au- tant résoudre le problème qui en est la cause. Pour conclure, le traitement réel doit être basé essentiellement sur la rééduca- tion psychologique. Il faut donc trouver un moyen pour faire appréhender au système cognitif tout entier (ses compo- santes conscientes et inconscientes sur- tout) que cette stratégie comportemen- tale ne peut pas faire évoluer le patient et son environnement dans le sens dési- ré. Les thérapies cognitivo- comportementales offrent donc la meil- leure solution à de nombreux troubles psychiques comme les dépressions, les troubles anxieux, etc. Bien-sûr, faire ac- compagner ces thérapies d’un traitement pharmacologique est nécessaire dans les cas les plus sévères, mais pas dans tous les cas. Par Mohamed Youssef Hechmi
  20. 20. Page | 20 Dico psycho… La cryptomnésie arfois, il arrive que l’on s’attribue, sans trop se rendre compte et sans intention malveillante, les idées d’autres personnes. Lorsqu’un musicien, par exemple, compose un morceau de musique, il est probable que les notes qu’il a rédigées soient fortement influen- cées par d’autres morceaux qu’il a écou- tés ; ce qui fait que, lors de leur resurgissement, ce der- nier croit qu’il s’agit bien d'une création nouvelle, alors qu’en réalité, celles-ci ont été produites par quelqu’un d’autre : c’est la cryptomnésie. Ce terme, du grec kruptos (caché) et mnémè (souve- nir), fut inventé par le psycho- logue suisse Théodore Flournoy. Ce phénomène est susceptible de se pro- duire lorsqu’il y a un oubli de la source originale de l’information. Il convient néanmoins de distinguer la cryptomnésie du plagiat qui est le fait de s’approprier, consciemment, une idée produite par quelqu’un d’autre sans mentionner sa source. Un cas de Cryptomnésie : Friedrich Nietzsche P Carl Jung avait remarqué qu’il existait une similitude remarquable entre un passage issu de « Ainsi parlait Zara- thoustra » de Friedrich Nietzsche et un autre passage issu de «Blätter aus Pre- vorstz » de l’écrivain allemand Justinus Kerner. Apres avoir entretenu une correspondance avec la sœur de Nietzsche, Elisabeth Förster- Nietzsche, Jung s’est rendu compte qu’il s’agissait bien d’un cas de cryp- tomnésie. La sœur de Nietzsche avait assuré qu’il ne s’agissait pas d’un pla- giat, mais que ce dernier avait lu cette publication quand il était jeune, d’où la similitude.
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  22. 22. Page | 22 Film du mois… t Nietzsche a pleuré (Titre origi- nal : When Nietzsche wept), est un film américain de Pinchas Perry sorti en 2007, et adapté du roman du même titre de de Irvin David Yalom (1991), écrivain américain et professeur émérite en psychiatrie de l’université Stanford. C’est à Vienne, durant la fin du 19ème siècle que l’histoire se situe. Tout commence lorsque Lou Andreas- Salomé, essayiste, nouvelliste et psychanalyste, demande au Docteur Josef Breuer, médecin et physiologiste autrichien, de prendre en charge un cer- tain Friedrich Nietzsche. Celui-ci n’étant toujours pas devenu le grand philosophe que nous connaissons aujourd’hui, tra- versait alors une profonde crise et souf- frait de dépression. Une fois la décision d’accepter d’aider cet homme prise, s'en suivent alors de longs entretiens fictifs entre les deux hommes, tournant autour de l'obsession amoureuse et de la philo- sophie de Nietzsche ; Et Nietzsche a pleuré (2007) des entretiens au cours desquels les choses commencent peu à peu à changer autour du docteur Breuer et surtout à l’intérieur de lui. Bientôt, il finira par passer du statut de théra- peute à celui du patient. Il est à noter qu’une telle rencontre n’a jamais eu lieu ; la psychothérapie n’a donc pas été inventée à la suite de leur rencontre. Néanmoins, les prin- cipaux éléments de ce récit – _ l’angoisse de Breuer, le désespoir de Nietzsche, Anna O., Lou Salomé, la relation de Freud avec Breuer, ain- si que la situation de vie de ses prota- gonistes _ étaient bel et bien véri- diques et tous ayant eu lieu en l’an 1882. E
  23. 23. Page | 23 Le Terrorisme… Comprendre pour mieux agir - Par Salma Rafrafi - uite aux assassinats poli- tiques ciblés et aux assassi- nats visant les forces de l’ordre et l’armée, voilà que la Tunisie au- jourd’hui vit sous la menace pe- sante des attentats Jihadistes. Dé- sormais, le message est plus que clair : imposer par la violence à travers un nouveau système, celui de l’islam radical qui refuse catégo- riquement toute forme de moder- nité. C’est à partir du besoin de comprendre les causes qui pour- raient pousser certains individus ou groupes à agir de la sorte, que cet essai est né. Ainsi, je vais tenter, à travers cet article, de cerner les mécanismes psychologiques nour- rissant l’acte terroriste. Deux approches psychologiques de base peuvent servir à la compréhension de ce phénomène : les terroristes sont considérés soit comme des « aliénés », soit comme des fanatiques ; ils ne perçoivent pas le monde comme le font les membres de la société civile, mais en se limitant à leur propre idéo- logie, que ce soit marxiste, anarchiste, natio- naliste, ou une n’importe quelle autre idéolo- gie. Partant de ce constat, certains cher- cheurs en psychologie s'accordent à dire que les terroristes, en général, ne se considèrent pas comme tel, mais plutôt comme des sol- dats libérateurs, des martyrs, ou encore des combattants légitimes pour des causes sociales nobles. Ces derniers sont S
  24. 24. Page | 24 si dévoués à leur cause qu'ils ne se soucient pas de l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes. Les personnes qui deviennent terroristes sont souvent des personnes socialement aliénées et qui ont des difficultés à s’intégrer dans la société, et ils débutent souvent comme des sympathisants de ce groupe. De plus, certains d’entre eux semblent être mo- tivés principalement par le désir d'exploiter leurs compétences dans la fabrication des bombes. D’un autre coté, les violents affron- tements avec la police ou d'autres forces de sécurité motivent un individu déjà aliéné socialement à se joindre à un groupe terro- riste. Autrement dit, les actes des forces de sécurité ou de la police sont considérés comme des actes provoquant une activité plus violente par ces personnes, ce qui est susceptible de les pousser à appartenir à un groupe violent. Voilà pourquoi l'individu se tourne vers le terrorisme, bien que les cir- constances varient. Comme l’explique le psychologue clinicien Eric Shaw, l'apparte- nance à un groupe terroriste constitue sou- vent une solution pour la satisfaction des besoins en matière d'adaptation. Ainsi, l'identité terroriste offre à l'individu non seulement un sentiment de puissance, mais aussi un statut social et un rôle dans la socié- té, même s’il est considéré comme négatif. Dans le but d'apporter des éclaircissements, Eric D. Shaw propose un dossier solide pour ce qu'il appelle « Le modèle de la voie per- sonnelle » qui suggère que les terroristes sont issus d'une population à risque qui a subi des dégâts au niveau de son estime de soi. Ces derniers semblent n’avoir pas réussi à trouver une place dans la société, et c’est ce qui a contribué à augmenter leur frustration. Partant du point de vue psychanalytique, Florence Achard, psychologue et psychothé- rapeute, affirme que « Les terroristes sont des opposants au père fort et autoritaire » et se com- portent en tant que « fils opprimés en révolte contre un père social tout-puissant et possesseur de richesses ». Par conséquent, ce processus met en place une « régression sadique face à une civilisation qui fait peur à un niveau incons- cient et qui reconnaît aux femmes les mêmes droits que les hommes ». Tout compte fait, les groupes terroristes sont semblables à des sectes religieuses : ils ont besoin de l'enga- gement total des membres ; ils interdisent souvent les relations avec l'extérieur, bien que ce ne soit pas le cas avec des groupes terroristes ou séparatistes ethniques dont les membres sont bien intégrés dans la commu- nauté ; ils imposent la conformité et tentent de faire un lavage de cerveau aux membres avec leur idéologie particulière.
  25. 25. Page | 25 Projet jeune chercheur… Test de Niveau de Liberté des catégories sociales complexes déterminant les dix types de personnalité - Par Anas Laouini - laouinianas@yahoo.fr Dans cet article, nous allons vous présenter un test psychologique conçu par Anas Laouini, psychologue depuis 2007 et qui est actuellement en train de finir son master de psychologie clinique et psychopathologie au sein de la Faculté des Sciences Hu- maines et Sociales de Tunis. Il exerce également au Centre d'Expertise Médicale de l'Aviation Aéronautique depuis 3 ans. es études approfondies sur la perception, l’image mentale, le traitement de l’information et l’émotion, m’ont conduit à déterminer un modèle de traitement de l’information qui associe étroitement la cognition et l’émotion, et stipule que l’une est le résultat de l’autre. Mon étude commence par la différenciation des types d’images mentales qui sont considérées comme des lieux d’identification des différents stimuli externes et internes par leurs classifica- tions dans l’image mentale la plus simi- laire, ce qui m’a conduit à considérer ces images mentales comme des catégo- ries (schèmes). Ces catégories sont les outils de différenciation et de discrimi- nation (l’intelligence). Mon étude, assez objective assez pertinente et assez origi- nale, comprend également une partie explicative des différentes pathologies. L’étude du normal et du pathologique m’a aidé à postuler un test de personna- lité basé sur le traitement de l’information (l’attribution causale). Tout d’abord, j’ai commencé par la dé- termination du mode de perception de chacune des dix personnalités patholo- giques selon mes recherches. A l’aide des croyances de Beck et des études M
  26. 26. Page | 26 descriptives de la personnalité du DSM- 4R, j’ai déterminé les catégories sociales caractéristiques de chaque personnalité. La forme informatique a été préparée par Anas Laouini et réalisée par l'ingénieur informatique Amer Ben Hassan. Par la suite, j’ai construit une échelle de 5 items pour chacune de ces catégories. L’échelle dessine le passage du normal vers le pathologique et postule la place des stimulations externes et de la base catégorielle dans la perception sociale. L’étape suivante a consisté à transformer l’échelle à un questionnaire de 420 items. Finalement, j’ai établi la forme informatisée du test afin de faciliter l’étude de validation scientifique de mon travail. La validation théorique de mon questionnaire revient à une échelle ba- sée sur les 84 croyances issues des études cliniques et descriptives, déjà faites par le Psychiatre américain Aaron Temkin Becket le DSM(Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders). En termes simples, le questionnaire me- sure le degré de l’activation de chacune des images mentales déterminantes des différents modes de perception sociale de l’organisme humain. Mes premiers essais du test montrent une grande cor- rélation avec d’autres tests et avec son observation clinique, ainsi qu’une im- portante capacité de discrimination.
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  28. 28. Page | 28 Note de Lecture… Communication et Innovation : Champs, méthodes, interventions - Par Nizar Fares - « Communication et Innovation » est un ouvrage collectif (sous la direction de N. Kridis. L’harmattan, 2008) proposé par le Groupe d’Etudes Systémiques, de l’Université de Tunis (GES), associant des chercheurs en sciences cognitives, psycho- logie sociale et de la communication, psychologie du travail et psychologie du déve- loppement. Dans cette note de lecture, on proposera une présentation linéaire des différentes contributions. ’article qui ouvre ce livre est de Noureddine kridis : « le méta entretien : un nouvel outil en psycho- logie ? ». Celui-ci renouvelle la problé- matique classique de « la valeur des ré- ponses verbales et plus précisément du statut du discours en psychologie » (p.9), en introduisant le concept de méta en- tretien. Le méta-entretien se définit comme « un entretien évolutif, qui tente de produire un savoir, et tend à rendre possible une appropriation de ce savoir, en installant une relation, un échange, une interaction » (p.13). Solidaire de l’entretien, il permet au sujet de «…percevoir son propre discours, à cor- riger les erreurs, à rectifier les affirma- tions et à combler les lacunes… mais aussi à en atténuer l’intensité ou en di- minuer l’importance, ou parfois à se rétracter et à s’en démettre » (p.17). La définition et les caractéristiques du méta- entretien, comme les présente Kridis, frappent par leur analogie avec celles du discours « tout court ». En effet, le dis- cours étant « pris en charge », c'est-à-dire le locuteur peut modifier son degré d’adhésion, attribuer la responsabilité à quelqu’un d’autre, commente sa propre parole, thématiser ; Par conséquent, le méta-entretien permet à l’entretien de se rapprocher le plus possible des condi- tions écologiques de production du dis- cours, en mettant de l’ordre dans ce dernier et en aidant le sujet à s’approprier sa propre parole. L
  29. 29. Page | 29 Ainsi, le méta-entretien vient au secours de l’entretien, par sa composante « feedback », processus de base dans l’ajustement, nécessaire à l’acte de communication. Pour illustrer sa mé- thode, Kridis expose une présentation de cas, en fournissant des séquences de l’entretien initial accompagné du méta- entretien. L’autorégulation a été explo- rée, en termes de distanciation et d’implication, et ce, à un niveau énon- ciatif. Le choix de cette dimension du discours comme indicateur, est justi- fié par le fait que « tout acte de langage est enchâssé dans un point de vu énonciatif du sujet parlant » (p.15). Ainsi, l’augmentation des propositions énon- ciatives témoigne de ce processus de régulation et dénote une relativisation des informations initialement produites lors de l’entretien. En d’autres termes, cette méthode, se veut une méthode d’exploration diachronique, ou disons le, une sorte de méta-réflexion sur le sens de l’entretien, où le locuteur devient in- terlocuteur, et pourrait réviser son « but illocu- toire » en réajustant ses « assertions » et ses « expressions ». L’intérêt de l’application de ce type de démarche est discuté par l’auteur, surtout dans tout ce qui est pro- jet personnel, et application à l’entreprise. Le concept de méta- entretien nous semble très original et très prometteur, d’autant plus qu’il est, en quelque sorte, une redécouverte et une réactualisation du discours et de sa place dans l’entretien. La seconde con- tribution est celle de Slim Masmoudi, « Processus innovateurs au sein des sciences cognitives ». Masmoudi re- trace l’évolution des retrace l’évolution des sciences cognitives à travers des exemples chronologiques, tout en posant une distinction entre in- novation (sciences de la nature), décou- verte (sciences formelles) et invention (sciences techniques). Il définit l’innovation comme « un processus, un ensemble d’étapes qui s’enchaînent pour produire des novations, qui se ca- ractérisent par leur utilités pour l’individu ou le groupe ». Et c’est en ce sens que l’invention est un produit de l’innovation… Vous pouvez lire l'intégralité du texte en consultant le site web suivant : http://osp.revues.or g/2002
  30. 30. Magazine subventionné par la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis Impression réalisée par Zoom informatique ; 22, Av. Alain Savary 1002-Tunis le Belvédère.
  31. 31. FontbyPhilEliott Alma Mater 1 - Par Anton - 1 Expression d'origine latine signifiant mère nourricière. À l'époque moderne, cette expression est utilisée pour désigner l'université dans laquelle une personne a suivi ses études.

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