Divisio Operis et Paratexte dans la tradition manuscrite du roman médiévale

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Le paratexte des manuscrits médiévaux offre au lecteur des points de repère démarquent des limites textuels en lui rendent accessible les contenus divers. En ce sens là, ces indications paratextuels sont l'ancêtre du mot-dièse (#) et de l’arobase (@). Le paratexte qui constelle les romans en vers du moyen âge est typiquement articulé en systèmes qui différent d’un manuscrit à l’autre. Miniatures, rubriques, tituli, lettres et lettrines champies, feuillées, ou filigranées de module variable sont les éléments principaux, utilisées en combinaisons variables par copistes et éditeurs qui avaient certainement bien clair le plan de leur livre, la sériation et l’articulation des œuvres à copier. On pourra observer que le placement des tituli et des lettrines peut impliquer un certain degré de plasticité textuelle, en corroborant l’idée que le paretexte soit la mise en texte d’une divisio operis opérant au niveau conceptuel, c’est a dire la division de l’histoire en segments dues d’une consistance épisodique.
En plus, on remarque que dans certaines manuscrits l’organisation du paratexte varie d’une oeuvre a l’autre, en dénotant de choix différents qui remontent éventuellement aux manuscrits-source desquels les compilateurs tirent les romans à publier dans leur livres.

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Divisio Operis et Paratexte dans la tradition manuscrite du roman médiévale

  1. 1. Divisio operis etparatexte dans latraditionmanuscrite duroman médiévalAnatole Pierre FuksasUniversità di CassinoUniversité Catholique de LouvainCentre d’Études sur leMoyen Age et la Renaissance
  2. 2. Le paratexte desmanuscrits médiévauxoffre au lecteur despoints de repère quimarquent des limitestextuels en lui rendantaccessibles lesdifférents contenus.En ce sens, cesindicationsparatextuelles sontlancêtre du mot-dièse(#) et de l’arobase (@)Texte et Paratexte
  3. 3. Repère textuel: tituli et lettrinesMontpellier, Bibliothèque Interuniversitaire,Section médecine, H 252, f. 3 col. aLe paratexte des romans en vers dumoyen âge est articulé en systèmesqui différent d’un manuscrit à l’autre.Miniatures, rubriques, tituli, lettreset lettrines champies ou filigranéesde module variable sont les élémentsprincipaux, utilisés en combinaisonsvariables par copistes et éditeurs quiavaient bien clair le plan de leur livre,la sériation et l’articulation desœuvres à copier.Dans le Chevalier au Lion deMontpellier, on remarque unecombinaison de tituli et lettresfiligranées de module variable.
  4. 4. Indexation de la matièreCfr. K. Busby, Absence de limage dans le ms. Montpellier, BIU, Sect. Méd. H252, in Mouvances etjointures. Du manuscrit au texte médiéval, éd. Par M. Mikhaïlova, (Actes du colloque internationalorganisé par le CeReS, Université de Limoges, 21-23 novembre 2002), Orléans, Paradigme (Medievalia,55), 2005, pp. 19-27, p. 28.Le titulus indexe les contenus dela section introduite par la grandlettrine (qui est erronément une“D”, tandis qu’elle devraitnormalement être une “L”: Dadamoisele par la main )«Conment la damoysele quiavoit gardé monseignor / Yvainde mort le mena devant la damequi / Le haoit a mort pro sonseignor que il avoit / Ocis mestantost comment elle le / Vit ellefut si esprise de samore qu el/Le ne poroit durer pour luy».
  5. 5. Hierarchie des indications paratextuellesAu même temps on peut apprecierdeux niveaux du paratexte, l’un bienevidencié par la grand lettre (“L” sur 6lignes) sur la colonne de gauche(précédé par le titulus comme on l’avu), l’autre par la petite sur la colonnede droite (“Y” sur 2 lignes).Les grandes lettres indiquent le débutdes sections textuelles et sontprécédées par des tituli qui indexentleur contenu. Les lettrines de moduleinférieur segmentent les sections enmorceaux plus petits, en articulant leurdéroulement.Montpellier, Bibliothèque Interuniversitaire,Section médecine, H 252, f. 5 verso
  6. 6. 2616 Ne le doit prester ne baillier2617 Mes par chierte le vous bail gie2618 Atant prent lors Yvains congie2618a Et pleure forment de pitie.Paratexte et tradition textuelleOn remarquera que la distribution des indications paratextuelles affecte le textemême. En fait, le vers qui précede la lettrine sur la colomne de droite n’est pasattesté par le reste de la tradition du roman (le Chevalier au Lion de Chrétien deTroyes). La lectio singularis est fautive, puisqu’elle porte trois verses à la mêmerime (vv. 2617-2618)K. Meyer, Transcription synoptique des manuscrits et fragments du Chevalier au Lion par Chrétien de Troyes,Université d’Ottawa, Faculté des Arts, Laboratoire de français ancien(http://www.uottawa.ca/academic/arts/lfa/activites/textes/kmeyer/kpres.html)
  7. 7. Texte et paratexte 1Le vers suivant (2619) placé audebut du fol. 6 recto («Trop fortpleure au congie prendre») est bienévidemment introduit par uneautre lettrine (« T » sur deuxlignes).Le vers 2618a est clairementinterpolé de manière à définir unecapfinidat entre la fin de la sectionprécédente et le début de lasuivante, basée sur la récurrence duverbe «pleurer».Montpellier, Bibliothèque Interuniversitaire,Section médecine, H 252, f. 6 recto
  8. 8. Texte et paratexte 2Montpellier, Bibliothèque Interuniversitaire,Section médecine, H 252, f. 7 versoLe vers 2891 est suivi part trois autres quine figurent que dans M:2891 Qui li dura molt longuement2891a Et tant qu il fut en cel torment2891b Touz jours son repere si fut2891c Vers l’ermite qui bons hons fut.Puis on lit le titulus (encre rouge):«Conment monseignor Yvain s endormien .i. bois tres / Tout nu et estoit fole etconment une damoy / Selle l oinst d unoignement dont il fut / Trestout sain gari.Et conment la damoy / Selle ly baillarobes et cheval et chauces»(Busby, Absence de limage, cit., p. 28)
  9. 9. Texte et paratexte 2Montpellier, Bibliothèque Interuniversitaire,Section médecine, H 252, f. 7 versoFait intéressant, le vers quiintroduit la nouvelle section estégalement une lectio singularis dumanuscrit M, qui interpole le récitavec une apostrophe au public:2891d Que vous iroie je contant
  10. 10. Texte et paratexte 2Montpellier, Bibliothèque Interuniversitaire, Sectionmédecine, H 252, f. 7 versoEn plus, le verse 2892 «Une fois fut trouve dormant»est diffèrent par rapport aux autres versionsmanuscrites. Essentiellement, M présente la situationen mode passif, la description se concentrant surYvain vu comme le protagoniste, tandis que dans lesautres versions les personnages actifs sont les deusdemoiseles et la Dame de Noroison. Par example:Paris, BNF, fr. 794 (H) Princeton, University LibraryGarrett 125 (R):Qu il li dona tant longuemant Qui li dura tant longementC’un jor le troverent dormant C’un jor le troverent dormant
  11. 11. Texte et paratexte 3Montpellier, BibliothèqueInteruniversitaire, Section médecine, H 252, f. 9rectoLe vers 3157 diffère par le reste de latradition textuelle, qui a «fiert el tas»au lieu de «isneletpas». Le segment estconclu par 5 vers suivants quin’apparaissent que dans M (3157b-f):3156 Messire Yvains isneletpas3156a Si a demande son destrier3156b D armes se fet appareillier3156c Et monte et s en va en l estour3156d Et lesse la dame en la tour3156e Qui prie Dieu qu il le ramaingne3156f Et sain et vive et ce aviengne».
  12. 12. Texte et paratexte 4Montpellier, Bibliothèque Interuniversitaire,Section médecine, H 252, f. 11 versoAprès le verset 3493 «Desouz le pinenmi le val», le manuscrit deMontpellier présente une autreinterpolation de 4 vers, afin desouligner la référence récurrente aumême endroit où Yvain avait vaincuKeu (vv. 2222-2224 et suivants deMeyer, Transcription synoptique) peuaprès son mariage avec Laudine el’arrivée du Roi Artu avec seschevaliers auprès de son château:3493a La ou abati du cheval3493b Messire Keu vousist ou non3493c Present le roy et si baron
  13. 13. Texte et paratexte 4On remarquera que l’interpolationprécède une fois de plus le début d’unenouvelle section textuelle, bien marquepar le titulus: «Conment MonseignorYvain trouva .i. ser / Pent en une landequi se combatoit / A un lyon. Etconment monseignor Yvain / Tua leserpent. Et conment le lyon / Le suivypar tout la ou il aloit» (Busby, Absencede limage, cit., p. 29).Montpellier, Bibliothèque Interuniversitaire,Section médecine, H 252, f. 11 verso
  14. 14. Texte et paratexte 4H 3492 Tant qu’aventure a la fontainneP 3492 Tant c’aventure a le fontaineV 3492 Tant q’aventure a la fontaineF 3492 Tant qu’il vinrent a la fontaineG 3492 Tant qu’il vindrent a la fonteineA 3492 Tant qu’il vindrent a la fontainneS 3492 Tant qu’il vinrent a la fontaineR 3492 Tant k’il vinrent a la fontaineM 3492 Tant qu’il vindrent a la fontainneH = Paris, BNF, fr. 794; P = Paris, BNF, fr. 1433; V = Rome, Vatican, Regina 1725; F =Paris, BNF, fr. 1450; G = Paris, BNF, fr. 12560; A = Chantilly, Musée Condé 472; S = Paris,BNF, fr. 12603; R = Princeton, UL Garrett 125; M = Montpellier, BI Sec. méd., H 252(Meyer, Transcription synoptique, cit.).L’initiale filigranéeintroduit le verset3493d «Desouz le pinsi s’aresta», quidiffère du reste de latradition en portant leverbe «arester» aulieu de «amener» ou«mener». Le texte duverset 3493 répondau changementsyntactique du à laprésence (abusive?)d’un sujet pluriel auverset 3492 (Yvain etle lion au lieu del’aventure). Lepassage présente unediffraction aux effetscurieux.H 3493 Desoz le pin les amenaP 3493 Deseur le pin les amenaV 3493 Desoz le pin les amenaF 3493 Desos le pin les amenaG 3493 Et desouz le pin les menaA 3493 Desous le pin la les menaS 3493 Desous le pin les amenaR 3493 Sos le pin quant il vinrent laM 3493 Desouz le pin enmi le valM 3493a La ou abati du chevalM 3493b Messire Keu vousist ou nonM 3493c Present le roy et si baronM 3493d Desouz le pin si s’arestaH 3494 Las par po ne reforsenaP 3494 La par poi ne se forsenaV 3494 La por .i. poi ne forsenaF 3494 La voie par pou n’esragaG 3494 La voie par poi n’enrajaA 3494 La voie por poi n’esragaS 3494 Pour poi de duel ne forsonnaR 3494 Por .i. poi que ne forsenaM 3494 Lors par pou ne se forsenaS 3494a La voie pour poi qu’il n’enragaS 3494b Molt est dolens en son courageH 3495 Messire Yvains cele foieeP 3495 Mesire Yvains autre feieV 3495 Missire Yvains autre feieF 3495 Messire Yvains altre foieG 3495 Mesire Yveins autre foieA 3495 Mesire Yvains autre faieeS 3495 Mesire Ywains tout pour s’amieR 3495 Mesire Yvains a cele fieM 3495 Messire Yvains et son cuer mue
  15. 15. La divisio operis mise-en-texteDonc, on pourra observerque la distribution des tituliet des lettrines peutimpliquer un certain degréde plasticité textuelle, encorroborant l’idée que leparetexte soit la mise entexte d’une divisio operisopérant au niveauconceptuel, c’est a dire ladivision de l’histoire ensegments dues d’uneconsistance épisodique.Montpellier, Bibliothèque Interuniversitaire,Section médecine, H 252, f. 10 verso
  16. 16. Indexation IconiquePareillement, la mise-en-texte duniveau supérieur (sections) de ladivisio operis peut se réaliser parmila distribution des initiales champiesqui accompagnent les miniatures,comme il se passe dans le cas dumanuscrit de Princeton.Le niveau inferieur (segments) estencore individué par la distributiondes lettrines filigranées.Princeton, University Library,Garrett 125, f. 56 versoCfr. A. P. Fuksas, Hierarchical Segmentationof Chretiens Chevalier au Lion in ms.Princeton, University Library, Garrett 125,in «Segno e Testo» 10 (2012), pp. 389-409.
  17. 17. Transitions narrativesPrinceton, University Library,Garrett 125, f. 55 rectoLes deux genres d’indications paratextuellescoïncident avec des transitions narrativespertinents, qui concernent souvent le tempset/ou lespace et/ou l’action qui introduisent unenouvelle situation narrative.Souvent elles visent à reformuler et/ou résumerles derniers événements de la section précédenteavant que les transitions narratives aient lieu,parfois en soulignant des éléments de capfinidatbasés sur litération lexicale.Parfois, ces indications paratextuels soulignentladoption dune perspective narrative différentebasée sur un nouveau angle de perception oud’interlocution, lespace-temps et laction desnouvelles sections ou segments quellesintroduisent en restant cohérents avec ceuxsuggérés par les événements décrits dans lapartie finale des précédentes.
  18. 18. Paratexte et consistance épisodiquePrinceton, University Library,Garrett 125, f. 55 rectoLa différence entre les initiales champies quisuivent les miniatures et les lettrinesfiligranées ne concerne pas la nature desévénements décrits aux vers mises enévidence par ces différents indicationsparatextuelles. Elle implique plutôt unedifférente pertinence à légard de laplanification générale du roman. Dans le casa gauche est bien évident que le mariageentre Yvain et Lunete, mis en évidence par laminiature et l’initiale champie, introduitune nouvelle section du roman. Par contre,les transitions narratives mises soulignéesdans la colonne a (tous les deux du discoursdirect au indirect) segmentent la partiefinale de la section précédente (Yvaincelibataire à la recherche d’aventure, vv. 1-2061)
  19. 19. Cohérence systématique du paratexte 1Princeton, UniversityLibrary, Garrett 125, f. 32 rectoLes manuscrits les plus cohérentesadoptent le même système paratextuelpour segmenter tous les romansrecueillies dans la collection. Comme onle vit sur la gauche, c’est le cas du ms. dePrinceton, University Library, Garrett125: l’initiale champie qui suive laminiature et la lettrine filigranéeapparaissent sur un folio contenant laChevalerie de Judas Maccabée deGautier de Belleperche, qui est conservédans le manuscrit ensemble auChevalier au lion et au Chevalier de laCharrette de Chrétien de Troyes, et lachanson de Garin de Monglaine.
  20. 20. Cohérence systématique du paratexte 2Princeton, UniversityLibrary, Garrett 125, f. 34 rectoEncore, l’initiale champie qui suive (sur lacolonne suivante) la miniature et la lettrinefiligranée apparaissent sur un folio contenantle début du Chevalier de la Charrette.Dans la miniature: Meleagant arrive aCarlion pendent le déjeuner. Par contre lalettrine est placé entre la fin du prologue et ledébut du récit proprement dit (vv. 31-34):A un jor d’une Ascensionfu venus devers CarlionLi rois Artus et tenu otCort mult riche a CamaalotCfr. A. P. Fuksas, Ordine del testo e ordine del raccontonella tradizione manoscritta del Chevalier de la charrette(vv. 1-398), in «Segno e Testo», III (2005), pp. 343-389.
  21. 21. Cohérence systématique du paratexte 3Princeton, University Library,Garrett 125, f. 20 rectoIl semblerait que la chanson de Garinde Monglaine soit seulement segmentépar des lettrines filigranées quiintroduisent chaque tirade, mais l’étatfragmentaire du manuscrit ne permetde tirer des conclusions définitivesconcernant la différence du paratextepar rapport au type textuel auquel lesdifférents récits se rapportent.
  22. 22. Cohérence du paratexte: le cas de GuiotParis, BNF, fr. 794Le manuscrit de Guiot présente unsystème de paratexte qui varie enrelation aux contenus, indiqués dansla célèbre table (cfr. A. Micha, Latradition manuscrite des romans deChrétien de Troyes, Genève, Droz,1966, p. 34)
  23. 23. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 1Paris, BNF, fr. 794, c. 5 rectoErec et Enide de Chrétien de Troyes, lepremier roman collectionné dans lemanuscrit, est introduit par une initialechampie. Deux autres pareillesapparaissent aux fol. 5 recto col. c et fol. 22verso col. c. Ces indications qui tombentsur la première lettre des vers 1171 («Ydersatant antre un La Porte») et 5827 («atant lirois Evrains le Leisse»), pourraient refléterune structure tripartite du roman, enidentifiant deux sections de la mêmelongueur (un peu entre 1100-1200 vers) audébut et à la fin et une plus large (quelques4700 vers) au milieu. On voit bien que lesystème du paratexte contemple deslettrines filigranées de module variable àdémarquer des partitions de niveauinférieur (segments).
  24. 24. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 2Paris, BNF, fr. 794, c. 27 rectoAu contraire le Chevalier de lacharrette de Chrétien de Troyes estintroduit par une initiale historiée«contenant une femme assise,probablement Marie deChampagne»(T. Nixon, Catalogue of Manuscripts, in LesManuscripts de Chrétien de Troyes, ed. by K.Busby – T. Nixon – A. Stones – L. Walters,Amsterdam, Rodopi, 1993, II, pp. 1-85, p. 30).
  25. 25. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 2Paris, BNF, fr. 794, c. 44 rectoComme on l’a vu pour Erec et Enide, leparatexte réfléchit une divisio operis duChevalier de la charrette qui contempledeux niveaux de segmentation. En fait, deslettrines filigranées de module variabledécoupent les sections épisodiques enmorceaux plus petits de mesure variable.
  26. 26. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 3Paris, BNF, fr. 794, c. 54 rectoUne initiale feuillée sur champ dorintroduit le roman de Cligès. Donc onregistre trois différents choix deparatexte introductif relativement autrois romans de Chrétien de Troyes.
  27. 27. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 3Paris, BNF, fr. 794, c. 69 rectoLe verset 4015 («Cligès et li dus are monte»)est introduit par une initiale champie en orsur champ bleu et vermillon, en tout pareilleà celles qu’on a déjà signale dans le texte deErec et Enide et du Chevalier de laCharrette, pourrait indiquer une bipartitiondu roman, comme on l’a déjà vu à propos duChevalier de la Charrette.En conséquence, le récit serait divisé en unesection plus large, couvrant lhistoire deAlixandre et Soredamor et celle de Cligès etFenice jusquà la préparation de la lutteindividuelle entre le protagoniste et le ducde Saxe, et une deuxième partie plus mince,qui décrit les événements suivants jusquaumariage conclusif.
  28. 28. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 3Paris, BNF, fr. 794, c. 69 versoComme on l’a vu pour Erec et Enide et leChevalier de la charrette, le paratexteréfléchit la divisio operis de Cligèscontemple deux niveaux de segmentation.En fait, des lettrines filigranées de modulevariable découpent les sections épisodiquesen morceaux plus petits de mesure variable.
  29. 29. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 4Paris, BNF, fr. 794, c. 79 versoUne initiale feuillée sur champ dorintroduit aussi le Chevalier auLion, donc on voit ici répliquée le mêmechoix de paratexte introductif Quicaractérise le roman précèdent, celui deCligès
  30. 30. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 3Paris, BNF, fr. 794, cc. 88 recto, 96 verso, 102 versoDeux initiales champies en or sur champs bleus et vermillon introduisent les vers2329 («Encontre le roi de Bretaingne») et 4541 («Quant messire Yvains Voitblecié»). Une autre était probablement due au verset 6141 («Quant grant pieces’estoit laisse») mais n’a jamais été peinte.
  31. 31. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 4Paris, BNF, fr. 794, c. 102 versoLespace vide correspond au double dune typique Qfiligranée (par example c. 81 col. d) et denviron 3/5 delespace nécessaire à une Q champie (par example c. 96col. e). C’est à dire que l’initiale champie à tracér au fol.102 verso col. b aurait été la même taille des initiales sur4 lignes qui divisent Erec et Enide, (par example fol. 5col. c) a cause da sa position au fond de la colonne.
  32. 32. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 4Les trois indications auraient du diviser le roman en quatre sections morcelles ensous-unités grâce aux lettrines filigranées, comme on l’a vu pour les romans quiprécèdent. En fait, la première et la deuxième section sont de longueur plus oumoins égale (2329 et 2212 vers). La première commence au début du roman ets’arrête âpres larrivée Arthur et ses chevaliers au château de Laudine. La deuxièmeest introduite par la description de lhospitalité que le roi Arthur reçoit au châteaude Laudine et continue jusqu’à la partie finale du combat entre Yvain et les troisopposants contestant lhonneur de Lunete. La troisième partie, un peu plus mince(1600 vers), commence avec Yvain qui défait rapidement ses adversaires et narre lesévénements menant au milieu de la lutte entre le protagoniste et Gauvain. Ladernière section, certainement la plus petite (665 vers), est un épilogue couvrant lesévénements qui mènent de la partie finale du combat entre Gauvain et Yvain à laréconciliation finale du protagoniste avec son épouse. Difficile à dire si le fait que ledernier initiale champie naie pas été peint indique ou pas le choix de “dernièreminute“ d’une divisio operis tripartite, donc un découpage du récit en trois sectionsde longueur égale.
  33. 33. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 5Paris, BNF, fr. 794, c. 106 rectoUne initiale feuillée sur champ dorintroduit aussi Athis et Prophilias,comme il arrive dans les deux qui leprécedent (Cligès, Chevalier au lion).Mais le paratexte qui constelle le romanne présente pas d’initiales champies.Plutôt, beaucoup de lettrines filigranéessur 2 ou trois lignes divisent le texte ensegments plus petits de ceux qui résultentpar leur distribution dans le texte desromans de Chrétien.
  34. 34. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 6Paris, BNF, fr. 794, c. 184 rectoUne initiale feuillée sur champ dorintroduit aussi le Roman de Troie.
  35. 35. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 6Paris, BNF, fr. 794, cc. 212 recto, 225 recto, 228 verso, 232 versoLe paratexte qui constelle le Roman de Troie présente 6 initiales filigranées (4-6lignes) qui devraient indiquer les partitions de niveau supérieur (sections) d’unedivisio operis hiérarchique. Les lettrines filigranées (1-3 lignes) morcellent lessections en segments comme d’habitude.
  36. 36. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 6Paris, BNF, fr. 794, cc. 240 recto, 249 recto, 268 recto, 271 rectoMais le paratexte qui constelle le Roman de Troie présente des éléments decomplexite en contemplant aussi des initiales champies et feuillées de différentampleur (4-6 lignes). Puisque la distribution n’est pas mélangée, on dirait que lepeintre passe des initiales filigranées aux initiales champies à mi-chemin dutexte, puis des champies à feuillée quand il se traite de peindre la dernièreindication paratextuelle se référant au niveau supérieure de la divisio operis.
  37. 37. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 7Paris, BNF, fr. 794, c. 285 rectoUne initiale feuillée sur champ dorintroduit aussi le Brut de Wace.Le paratexte qui constelle le récithistorique ne présente pas d’initialeschampies. Beaucoup de lettrinesfiligranées peintes sur 1-3 lignes divisentle texte en segments de longueurvariable, parfois très minces, parfoisextrêmement étendues.
  38. 38. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 8Paris, BNF, fr. 794, c. 343 versoUne initiale feuillée sur champ dorintroduit aussi Les empereurs de Rome.Le paratexte qui constelle le récithistorique ne présente pas d’initialeschampies. Beaucoup de lettrinesfiligranées peintes sur 1-3 lignes divisentle texte en segments de longueurvariable, parfois très minces, parfoisextrêmement étendus.
  39. 39. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 9Paris, BNF, fr. 794, c. 361 rectoUne initiale feuillée sur champ dor (8lignes) introduit aussi le Conte du Graalde Chrétien de Troyes.
  40. 40. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 9Paris, BNF, fr. 794, c. 378 recto, c. 381 recto, 385 verso, 388 versoLe paratexte qui constelle le roman est assez complexe. Il présente 2 initialesfiligranées (4 lignes) suivies par 2 initiales champies qui démarquent des sectionsmorcellées en segments par des lettrines filigranées de module inferieur (1-3 lignes).
  41. 41. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 9Paris, BNF, fr. 794, c. 394 versoUne initiale champie (4 lignes) introduitla première continuation du Conte duGraal.
  42. 42. Cohérence du paratexte: le cas de Guiot 9Paris, BNF, fr. 794, c. 413 verso, 419 rectoUne initiale (“A” sur 4 lignes) était due au verset v. 4901 – 17790, mais n’a jamais été peinte.L’initiale feuillée qui représente la dernière indication paratextuelle indiquant le niveausupérieur de la divisio operis a la même taille, et probablement la même fonction, des initialeschampies sur 6 lignes qui délimitent les sections épisodiques du Chevalier au lion, même si lesinitiales champies qui reflètent la division du Conte du Graal sont sur 4 lignes comme celles quiconstellent le texte de de Erec et Enide.
  43. 43. Cohérence du paratexte: le cas de GuiotConclusionsDonc on constate que les initiales filigranées de module supérieur (4-6 lignes) etfeulliées ont la même fonction des initiales champies (4-6 lignes). Mais surtoutque l’organisation du paratexte varie d’une œuvre à l’autre, en dénotant de choixdifférents qui remontent éventuellement aux manuscrits-source desquels Guiottire les romans à publier dans son livre.Quand même, on peut bien remarquer une certaine cohérence du systèmeparatextuel adopté dans la copie des quatre romans de Chrétien qui ouvrent lacollection, le Conte du Graal en étant sépare aussi pour ce qui concerne les choixde segmentation du texte qui réfléchissent la divisio operis du roman.

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