Le magazine du monde du 3-3-2012
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  • 1. M Le magazine du Monde. Supplément au Monde n° 20876 du samedi 3 mars 2012.Ne peut être vendu séparément. Disponible en France métropolitaine, Belgique et Luxembourg. 3 mars 2012 Spécial MODE Enquête sur les communicants du luxe Les tout-puissants Guinevere Van Seenus
  • 2. RALPH LAUREN Collection Découvrez le monde emblématique de Ralph Lauren sur notre boutique en ligne disponible en France, en Belgique, aux Pays -Bas, au Luxembourg et à Monaco R A LPHL AU R EN.COM17 3 B O U L E VA R D S A I N T G E R M A I N 2 P L AC E D E L A M A D E L E I N E 5 2 AV E N U E M O N TA I G N E 6 1 B O U L E VA R D D E L A C R O I S E T T E PA R I S PA R I S PA R I S CANNE S
  • 3. www.chanel.com La ligne de CHANEL - Tél. : 0 800 255 005 (appel gratuit depuis un poste fixe).
  • 4. Carte blanche à Juuso Westerlund. Helsinki (Finlande), le 21 février 2012. « Cette photographie fait partie du projet “Crise de la quaran- taine de Westerlund”, dans lequel je suis l’existence d’un groupe d’amis de Laajasalo, la banlieue d’Helsinki où j’ai grandi. Ils ont tous autour de 40 ans et, pour la plupart d’entre eux, la vie ne s’est pas vraiment déroulée comme ils l’avaient imaginée (l’est-elle jamais ?). Cette fine équipe s’est baptisée Roskasakki (« Trash gang »). Sur cette image, un mécanicien s’apprête à se baigner dans la mer gelée, en face de la plage d’Helsinki. Tout n’est peut-être pas idéal, mais il y va, quoi qu’il en soit. » Juuso Westerlund, né à Helsinki en 1975, est un photographe documentariste free-lance. Ses photographies sont publiées par les grands magazines et journaux de son pays. La plupart concernent ses concitoyens, comme par exemple leur relation particulière, voire étrange, avec les chevaux ou le karaoké. Il a d’ailleurs publié un livre, en 2007, sur le karaoké en Finlande. Actuellement, il travaille à deux projets photographiques documentaires, en grand format, qui seront terminés en 2013-2014.3 mars 2012 – Photo Juuso Westerlund pour M Le magazine du Monde - 11
  • 5. www.dior.com / 01 40 73 73 73 MONTRE CÉRAMIQUE HAUTE TECHNOLOGIE CADRAN SERTI DE DIAMANTS BRACELET CÉRAMIQUE POINTES DE DIAMANT MOUVEMENT AUTOMATIQUE RÉSERVE DE MARCHE 40 HEURES
  • 6. Au programme.Les chiffons et les programmes.Et si trop de com’ tuait la com’? A mesure que la campagne électorale s’avance,la question monte, lancinante. Car le spectacle de cette bataille présidentielleparaît réglé au millimètre jusque dans sa tension et dans ses dérapages. Dansce cru 2012, les gestes, les mots, les corps même, semblent plus que jamais misen scène par des spin doctors. Un terme américain employé à dessein tant lesconseillers en communication louchent vers les méthodes forcément nou-velles, modernes, performantes de leurs collègues d’outre-Atlantique.Aujourd’hui, ces professionnels de la politique ont trouvé des rivaux à leurmesure : les professionnels de la mode, dont M Le magazine du Monde décryptele pouvoir, l’influence et les habitudes pour ce numéro spécial. Les enjeux nesont pas les mêmes ? Certes. Il n’y a rien de comparable entre les chiffons etles programmes.A la lecture de notre enquête, pourtant, le même phénomènesemble à l’œuvre. Car le secteur du luxe, avec son poids économique et sesbatailles stratégiques, est finalement devenu extrêmement politique. Il y estquestion du pouvoir financier des grands groupes et des marques et de la placede ses acteurs (magazines, créateurs, gestionnaires) sur l’échiquier. Et dans cecirque-là, ce sont les gourous de la com’, ces attachés de presse multitâches, quitirent les ficelles.La question de savoir si les couleurs pastel passeront l’été ou si le short peuts’imposer cet hiver est finalement secondaire… C’est la manière de le raconterqui est la plus importante. Moins de création, moins d’idées mais toujours plusde communication. Ça ne vous rappelle rien? Marie-Pierre Lannelongue3 mars 2012 - 13
  • 7. BOUTIQUES CHLOÉ 44, AVENUE MONTAIGNE PARIS 8ÈME GALERIES LAFAYETTE 40, BD HAUSSMANN PARIS 9ÈME LE PRINTEMPS 64, BD HAUSSMANN PARIS 9ÈME WWW.CHLOE.COM© 2012 chloé. all rights reserved.
  • 8. 78 3 mars 2012 LA SEMAINE 82 M sur p. 25 La photo. iPAD ET p. 26 poLitique. La bande-son de l’élection présidentielle. sur lE p. 28 Le buzz du Net. Obama lance WEB. l’opération « Narval ». M Le magazine du Monde se décline p. 30 eN couLisses. Charles Biétry, sur tous les le meilleur ennemi de Canal+. supports. l’application pour p. 31 face à face. Scrutin majoritaire iPad vous propose contre proportionnelle. une expérience de p. 32 iLs foNt ça coMMe ça ! lecture et de Les DRH américains ont de drôles p. 62 Les jourNaListes poLitiques visionnage de méthodes. passeNt à tabLe. nouvelle. M vous est Organisés en « groupes de déj », certains ainsi accessible à p. 34 décodage. Rupert Murdoch, le retour? tout moment et journalistes ont pris l’habitude d’inviter dans toutes les p. 36 j’y étais… au Salon de l’agriculture les politiques au restaurant. En ressor- situations. sur le avec Jacques Cheminade. tent des confidences off souvent utiles. site (lemonde.fr/m), p. 38 sport. Un mouchard p. 66 soNatiNe voit cLair vous retrouverez dans le manche. daNs Le Noir. aussi une approche Cette petite maison d’édition regorge différente de p. 39 Le roMaN-photo de la bombe l’actualité et les de pépites du polar dénichées par un iranienne. dernières tendances duo qui ne manque pas de flair. dans un espace qui p. 40 jeux vidéo. PlayStation joue p. 70 M. tout-Le-MoNde N’est pas près fera toute sa place l’innovation face aux tablettes. de rouLer propre. aux images. p. 42 qui est vraiMeNt Uggie ? Les modèles de voitures électriques se multiplient. Mais ces véhicules, chers et p. 43 MarketiNg. L’appât à tartiner. peu autonomes, séduisent surtout les p. 44 Les questioNs subsidiaires. entreprises en quête d’image. p. 46 La chroNique p. 72 L’autre MoNdiaL du qatar. de Christian Salmon. Ils accueillent la Coupe du Monde de foot en 2022. Mais la première passion Guinevere van SeenuS des Qataris, la fauconnerie, a elle aussi a été photoGraphiée LE MAGAZINE droit à son Mondial. En plein désert. par cédric Buchet pour m le magazine du monde. elle porte une veSte et une cravate en Soie , p. 49 des hérauts très discrets. p. 78 aLber eLbaz, Le siNguLier ralph lauren collection. Leur notoriété ne dépasse pas le petit de La Mode. cercle de la mode mais leur influence Portrait du directeur artistiquePhilippe Leroux/Sipa. David Dawson y est immense. Enquête sur les seigneurs de la maison Lanvin. de la communication. p. 56 garde aLterNée LE portfoLIo à hauteur d’hoMMes. p. 82 daNs L’ateLier de LuciaN freud. Il y a dix ans une loi mettait en place la Les images de l’assistant du célèbre possibilité de partager la garde de ses peintre, exposées à Londres, témoignent enfants. Aujourd’hui certains voudraient du lien intime qui unissait l’artiste que l’alternance devienne la norme. et ses modèles. 3 mars 2012 - 15
  • 9. 118 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00/25-61 Courriel de la rédaction : Mlemagazine@lemonde.fr Courriel des lecteurs : courrier-Mlemagazine@lemonde.fr Président du directoire, directeur de la publication : Louis Dreyfus Directeur du Monde, membre du directoire, directeur des rédactions : Erik Izraelewicz Secrétaire générale du groupe : Catherine Sueur Directeurs adjoints des rédactions : Serge Michel, Didier Pourquery Secrétaire générale3 mars 2012 de la rédaction : Christine Laget M LE MAGAZINE DU MONDE Rédactrice en chef : Marie-Pierre Lannelongue Directeur de création : Eric Pillault Rédaction en chef adjointe : LE STYLE Béline Dolat, Jean-Michel Normand, Yann Plougastel Assistante : Christine Doreau Rédaction : Samuel Blumenfeld,p. 93 24 HEURES Bastien Bonnefous, Vicky Chahine, Annick Cojean, Louise Couvelaire, DANS LA VIE D’UNE FEMME. Emilie Grangeray Responsable mode : Série réalisée par Aleksandra Aleksandra Woroniecka Style: Fiona Khalifa Woroniecka, photos Cédric Buchet. Chroniqueurs : Marc Beaugé, Christophe Donner, JP Géné, Frédéric Joignot, Christian Salmonp. 116 MODE. Quand la mode pianote Rédactrice en chef technique : Sophie Demange et réseaute. Directrice artistique : Cécile Coutureau-Merino Graphisme : Audrey Ravelli (chefp. 118 L’ICÔNE. Louise Brooks, de studio), Jean-Baptiste Talbourdet, Marielle Vandamme, avec Aude femme au carré. Blanchard-Dignac et Camille Roy Photo : Lucy Conticello (directrice de la photo), Cathy Remy (adjointe),p. 119 FÉTICHE. A fleur de peau. Laurence Lagrange, Federica Rossi, avec Raphaëlle Brui-Boccacio et Alessandro Zuffip. 120 TENDANCE. Bille en tête. Assistante : Françoise Dutech Edition : Camille Seeuws (chef d’édition), Agnès Gautheron (adjointe),p. 121 D’OÙ ÇA SORT? La vague futuriste. Béatrice Boisserie, Xavier Delecroix, Valérie Gannon-Leclair, Catarina Mercuri, Maud Obelsp. 122 CECI N’EST PAS… un crapaud. Correction : Michèle Barillot, Ninon Rosell, Claire Labati Documentation : Muriel Godeaup. 123 EST-CE BIEN RAISONNABLE… Photogravure : Fadi Fayed, d’abuser du mot « dandy » ? Philippe Laure, avec Didier Vinet Infographie : Le Monde Chef de la fabrication :p. 124 EN VITRINE. La maille déctricotée Jean-Marc Moreau Fabrication : Alex Monnet par Pièce d’anarchive. Coordinatrice numérique (Internet et iPad) : Sylvie Chayette Directeur développementp. 126 LA VILLE EST BELLE. produits Le Monde Interactif : Edouard Andrieu Par Vahram Muratyan Réalisation iPad : Roland Donzelle, Catherine Mézenge, Christophe Quin- zoni/Agence Square (www.square.fr)p. 127 SOUS INFLUENCE. Un air de Broadway.p. 128 TÊTE CHERCHEUSE. LA CULTURE DIFFUSION ET PROMOTION Directeur délégué marketing et commercial : Michel Sfeir Directeur des ventes Marisol joue aux petits cheveux. p. 142 LES 10 CHOIX DE LA RÉDACTION. France : Hervé Bonnaud Directrice des abonnements : Expositions, polar, cinéma, CD, danse, Pascale Latourp. 130 MA VIE EN IMAGES. Nicola Formichetti. Directrice des ventes à l’internatio- photo, théâtre, BD. nal : Marie-Dominique Renaud Abonnements : de France, 32-89p. 132 AUTO. Une coréenne bien élevée. (0,34 € TTC/min) ; de l’étranger p. 151 LA CHRONIQUE de Christophe Donner. (33) 1-76-26-32-89 Promotion et communication :p. 134 L’ESPRIT... Ibiza bohème. Brigitte Billiard, Marianne Bredard, p. 152 LES JEUX. Marlène Godet, Anne Hartenstein Directeur des produitsp. 136 VOYAGE. Le Vérone de Tim Parks. dérivés : Hervé Lavergne p. 154 LE TOTEM. Le passeport Responsable de la logistique : Philippe Basmaisonp. 138 SPIRITUEUX. Les toqués du shaker. de Maria Luisa Poumaillou. Modification de service, réassorts pour marchands de journaux : Paris 0805-050-147, dépositairesp. 140 LA CHRONIQUE de JP Géné. banlieue-province : 0805-050-146 M PUBLICITÉp. 141 LE RESTO. 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00/38-91 Directrice générale : Corinne Mrejen Directrices déléguées : Michaëlle ALLER AU FOND Goffaux, Tél. : 01-57-28-38-98 (michaëlle.goffaux @mpublicite.fr) 124 et Valérie Lafont, Tél. : 01-57-28-39-21 (valerie.lafont@mpublicite.fr) DES SUJETS. Directeur délégué digital : David Licoys, Tél. : 01-53-38-90-88 (david.licoys@mpublicite.fr) M Le magazine du Monde est édité par la Société éditrice du Monde Rue des Archives/BCA. J&W LES MATINS S’INFORMER AUTREMENT (SA). Imprimé en France : Maury impri- meur SA, 45330 Malesherbes. Marc Voinchet sur France Culture Dépôt légal à parution. ISSN 0395-2037 Commission paritaire 0712C81975. avec la rédaction et les chroniqueurs Distribution Presstalis. Routage France routage. 6 h 30 – 9 h 00, du lundi au vendredi Dans ce numéro, un encart Chaque vendredi à 8 h 50 retrouvez broché entre les pages 50 et 51, abonnement Le Monde la chronique de M Le magazine du Monde (France, Belgique, Luxem- bourg), et un encart Galeries Lafayette (Ile-de-France).16 - 3 mars 2012
  • 10. contributeursIls ont participé Benjamin Barthe, journaliste au Monde, a étéà ce numéro. correspondant à Ramallah (Cisjordanie) pendant neuf ans. Il a rejoint cet été le desk Proche-Orient. Il raconte dans ce numéro l’« autre Mondial » du Qatar : celui de la fauconnerie (p. 72).nicolas guiraud est photographe. Après une « Quand on débarqueprépa HEC, des études d’économie et de philoso- au Qatar, on est happé parphie, il débute dans la photographie en collaborant deux choses : l’opulence deavec l’agence Magnum Photos, dont il devient direc- la population autochtone etteur de création de 2003 à 2007. Dans son travail la servilité de la main-d’œuvrephotographique et vidéo, il s’intéresse à la transition immigrée, raconte-t-il. J’avaisentre fiction et réalité, c’est donc tout naturellement envie de dépasser ce binôme,qu’il est allé à la rencontre des éditeurs de Sonatine de raconter la société qatarie(p. 66). Il collabore avec différents journaux et maga- autrement que par l’angle dezines : Stiletto, L’Express, Le Monde, Elle… et a exposé l’argent et de la puissance.chez Colette, au festival de la photo à Arles, au Palais Ce festival de fauconneriede Tokyo ou à la galerie GZ à Paris. Il travaille actuel- était l’occasion parfaite.lement sur une vaste série de portraits intitulée « Off D’autant qu’ il me donnaitFiction », consacrée aux figurants de cinéma. l’occasion de sortir de Doha et de découvrir le désert. » Cecil Mathieu. Jean-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde. Cecilia Garroni Parisi pour M Le magazine du Monde. Olivier Zahmstéphane feugère est photographe.Après des études à l’Ecole nationale supé-rieure des arts décoratifs, à Paris, il décidede s’orienter vers la photographie demode et collabore notamment au maga-zine W. Sa rencontre avec Carine Roitfeldl’amène ensuite à devenir, à partir de2003, « l’œil » de Vogue France. Il se défi-nit comme un chroniqueur photo : « J’aitoujours été fasciné par les clichés degrands photographes montrant leurs amis Bastien Bonnefous est aujourd’huicélèbres en vacances ou en soirée. De journaliste pour M Le magazine du Monde etHelmut Newton à Jean Pigozzi, je trouve chroniqueur de polars pour « Le Monde desleurs images très fortes, car moins forma- livres », après avoir collaboré à Slate.fr, GQ,tées et plus dans le réel… » Dans les cou- 20 Minutes, France Soir et Libération. Pour celisses des derniers défilés à Milan, il saisit les numéro, il nous présente Sonatine (p. 66), unepros de la com’ en plein « travail » (p. 49). jeune maison d’édition de livres noirs. « C’est un véritable phénomène dans l’édition fran- çaise de ces dernières années, raconte-t-il, au point que les lecteurs connaissent souvent mieux la marque Sonatine que le propre nom des auteurs publiés. »18 - 3 mars 2012
  • 11. M A x M A r A .c o MPour tout renseignement: Max Mara S.A.S. (Agence Max Mara) - Paris – Tél. 01 49 52 16 14
  • 12. Making of.48 h dans la vie d’une femmeà Brooklyn (New York).Dans un loft, sur un parking, dans un studio… Pendant deux joursà New York fin janvier, Guinevere van SeenuS a joué lesfemmes fatales pour M Le magazine du Monde, interprétant tourà tour des scènes de la vie quotidienne ou des moments plusposés et fantasmés. Américaine, d’origine néerlandaise, cetteblonde aux yeux bleus exerce le mannequinat depuis l’âge de20 ans. Elle en a aujourd’hui 34. Dans cette série mode, elle estphotographiée par cédric Buchet. D’origine franco-danoise,celui-ci a joué du noir et blanc et de la couleur pour raconter destemporalités différentes. Et organisé un casting de chiens pourcompléter la panoplie de la femme réelle… DR x 720 - 3 mars 2012
  • 13. BOSS Black HUGO BOSS FRANCE SAS Téléphone + 33 1 44 17 16 70Boutique en ligne sur hugoBoss.com
  • 14. Le courrier.Partial. « Je Photo-n’ai pas aimé GraPhes ?votre page déco- si vous aussi,dage “Sale temps vous avez photographiésur la Sarkozie” un « M. »,(numéro du adressez-nous18 février), vrai- vos images (sans oublierment trop parti- de télécharger Le M de la semaine.sane. Aucune des l’autorisationpersonnalités de publication sur www.citées n’a jusqu’à lemonde.fr/m)présent été « Au moment de déguster une clémentine, à « Photosjugée. Chaque des lecteurs »,camp a ses sup- surprise! J’ai vu que la pelure formait un M… » M. Le maga- Géraldine Morat zine du Monde,posés délin- 80, boulevardquants, pourquoi auguste- Blanqui, 75707toujours pointer Paris Cedex 13ceux de la droite ou par e-mail : courrier-pour « plomber mlemagazine@Sarkozy » alors Goût. « Je suis d’accord avec Camille Labro Engagement. « Angelina lemonde.frque Hollande quand elle affirme que la qualité du pain est Jolie est une excellente actrice etserait vierge de d’abord liée à la qualité du pétrissage, à celle de une femme remarquable. Elle mettoute proximité la fermentation et enfin à celle de la cuisson sa notoriété, son énergie et sesavec les siens ? (“Le pain reprend des couleurs”, numéro du convictions au service de la paixC’est idiot dans 18 février). Par contre, je m’élève contre l’affir- dans le monde On applaudit, bienun sens comme mation selon laquelle il n’y aurait de bon pain sûr. Mais on s’interroge aussi. A liredans l’autre. C’est qu’au levain. On trouve d’excellents pains à ses propos (numéro du 25 février)l’individu qui est base de levure de boulangerie (qui est un pro- on se dit que la paix qu’elle défendresponsable de duit naturel au même titre que le levain). De n’est autre que la Pax americana.ses turpitudes, et plus, certains ont horreur du goût apporté à la Elle devrait relire Macbeth. Elle ynon le proche, mie par le levain. C’est beaucoup plus « in » de verrait que celui qui fait triompherjusqu’à preuve du dire qu’on aime le pain au levain, et c’est bien le droit par la force, s’il n’y prendcontraire. » dommage car il s’agit d’abord, selon moi, d’une garde, se condamne à devenir l’alliéH. Acquet simple affaire de mode. » Michel Doucement de la force contre le droit. C’est la situation actuelle et tragique des Etats-Unis, ils ne sont pas les alliés du droit, mais les alliés de la force. Citoyenne américaine, approuvant Précision. Dans l’article « thomas les actions de son pays, Angelina Langmann, le nouveau nabab » (numéro du Jolie est elle aussi, malgré qu’elle 25 février), à la fin du premier paragraphe, il en ait, du côté de la force et cela fallait lire : « C’est parmi ses fantômes (et non diminue singulièrement la portée ses fantasmes) qu’il joue des coudes. » de son action en faveur de la paix dans le monde. » Denis Monod-Broca Géraldine Morat Pour nous écrire : M. Le magazine du Monde, courrier des lecteurs, 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13, ou par mail : courrier-mlemagazine@lemonde.fr22 - 3 mars 2012
  • 15. P R Ê T À P O R T E R E T A C C E S S O I R E S L O N G C H A M P - 0 1 5 5 9 0 5 9 6 9 - L O N G C H A M P. C O M
  • 16. ABONNEZ-VOUS À LA NOUVELLE FORMULE W EEK-END DU MONDE ! W EEK-END Adaptée au temps de lecture de fin de semaine, la Formule Week-end vous propose un autre regard sur l’actualité. Découvrez M le magazine du Monde : décalé, surprenant, original. Avec les 3 suppléments du samedi, informez-vous sur les technologies, le sport, la mode, les voyages… Et avec le daté dimanche-lundi, le cahier Géo & Politique est consacré à la semaine à venir,et le magazineTélévisions à l’actualité TV, radio et Web. [13 ] par mois par prélèvement € LES QUOTIDIENS DU WEEK-END + 5 SUPPLÉMENTS THÉMATIQUES + M LE MAGAZINE DU MONDE automatique INCLUS DANS VOTRE ABONNEMENT, L’ÉDITION ABONNÉS DU MONDE.FR BULLETIN D’ABONNEMENT A compléter et à renvoyer avec votre règlement sous enveloppe affranchie à : Le Monde – Service abonnements OFFRE RÉSERVÉE À UN PREMIER ABONNEMENT A 1100 – 62 066 Arras Cedex 9 □ OUI, je m’abonne au Monde pour 13 € par mois. 121EMWMA1 Je recevrai : les quotidiens du week-end + 5 suppléments LE PORTAGE VOUS EST OFFERT*. MERCI DE NOUS COMMUNIQUER + M le magazine du Monde + l’Edition abonnés sur Web, iPhone LES INFORMATIONS NÉCESSAIRES À VOTRE LIVRAISON. et iPad et EN CADEAU le Bilan du monde 2012. 1. Pour faciliter le dépôt de votre journal, merci de compléter ces informations : Nom et prénom ................................................................................................. o Maison individuelle Interphone : o Oui o Non Adresse ................................................................................................................................. o Immeuble o Dépôt chez le gardien / accueil CP Ville................................................................................................... * A Paris et certaines grandes villes. o Code daccès : .............. o Boîte aux lettres Je choisis de régler : o Bât. N° .......... o Dépôt spécifique le week-end o 13€ par mois pendant 1 an par prélèvement automatique sur ma carte bancaire. o Escalier N°.......... ........................................................................................... o 156€ en1seule fois pour 1an. par o Chèque bancaire à l’ordre de la Société éditrice du Monde 2. Pour faciliter nos échanges et rester informé(e) de vos prochaines publications, je vous indique mon adresse e-mail et mes numéros de téléphone : o Carte bancaire : o Visa o Mastercard o American Express N° E-mail : Date et signature Date de validité Tél. fixe : 0..... / ..... / ..... / ..... / ..... Tél. portable : 06 / ..... / ..... / ..... / ..... Cryptogramme* Offre valable en France métropolitaine jusqu’au 30/06/2012. En application des articles 38, 39 et 40 de loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et de radiation des informations vous concernant en vous adres-! * Veuillez noter ici les 3 derniers chiffres sant à notre siège. Par notre intermédiaire, ces données pourraient êtres communiquées à des tiers, sauf si vous cochez la case figurant au dos de votre carte bancaire. ci-contre o Dans la limite des stocks disponibles. Expédition sous 3 semaines à réception de votre règlement.
  • 17. / Je ne pense qu’à ça! / J’y étais / L’objet / Le buzz du Net / La phrase / Ils font ça comme ça / Décodage / Le chiffre / Les questions subsidiaires / La photo. 27 février, Dakar (Sénégal). Devant la presse, le président sortant du Sénégal, Abdoulaye Wade, reconnaît qu’il devra participer à un second tour lors de l’élection présidentielle, face à son rival Macky Sall. Un échec pour celui qui se prédisait une large victoire dès le premier tour. La veille, seuls 60 % des 5,1 millions d’électeurs inscrits se seraient déplacés. Si elle est confirmée par la Commision électorale natio- nale autonome, la participation serait plus faible qu’en 2007. Sans doute en raison des tensions préélectorales… Photo Joe Penney/Reuters3 mars 2012 - 25
  • 18. la semaine. Yannick Noah donne sa voix à François Hol- lande ; Nicolas Sarkozy entonne La Marseillaise. moderne mais franco-française, hormis la petite place accordée à l’Anglaise Adele. Cette nouveauté dans les us et coutumes préélectoraux ne saurait toutefois se substituer au sacro-saint exercice de l’hymne de campagne. A cet égard, la cuvée 2012 appa- raît très moyenne, considère Michaël Boumendil, président de Sixième Son. Selon ce spécialiste de l’identité sonore et du design musical, il y aurait dans les meetings dePolitique Nicolas Sarkozy une bande-son « typiquement de droite ».La bande-son Solennel, le thème musical qui accompagne l’entrée en scène du candidat « marque la force, l’ordre, l’autorité, le statut. Elle dit : “le chef arrive”, et il ne cherche pas à fairede la présidentielle. l’unanimité », estime-t-il. Composée par laurent Ferlet, auteur de génériques télévisés (« une femme d’honneur ») cet hymne baptisé La France forte apparaît moins kitschEntre playlist de candidats et hymne de cam- que l’hymne Ensemble tout devient possible, signé olivierpagne, la musique est de plus en plus utilisée Dassault il y a cinq ans. Pourtant, il ne trouve pas grâce aux yeux de Michaël Boumendil. « Trop riche, c’est unepour suggérer des valeurs, une identité… I musique désincarnée dont les multiples ruptures de rythme en font une musique à écouter plutôt qu’à vivre. » Résultat : « On ne peut pas taper des mains en cadence alors que ce nutile d’aller chercher bien loin celui qui les a inspirés. devrait être sa fonction. » C’est dans le sillage de Barack obama que François la bande-son « qui tourne en boucle » dans le camp de Fran- Hollande et Nicolas Sarkozy ont publié le 22 février çois Hollande ne convainc pas davantage notre spécialiste. leur playlist de campagne. le premier sur le blog Conçu par une agence de publicité, ce thème musical Skeuds, l’autre sur le site d’écoute en ligne Deezer. dépourvu de refrain (des chœurs d’enfants répètent « le Ces deux bandes-son ne vont rien bouleverser. Alors que changement, c’est maintenant » vingt fois pendant quatre le président américain cultive ses valeurs sûres (Bruce minutes…) « fait appel au sens du collectif et à l’empathie » Springsteen, Aretha Franklin, u2) mais instille aussi des mais souffre « de son extrême pauvreté », soupire Michaël imprévus (Arcade Fire, Florence and the Machine), la Boumendil. Selon le président de Sixième Son, « les poli- sélection des deux rivaux ne surprend guère. Parmi les tiques n’ont pas encore vraiment compris que la musique est choix de musiques qui « l’accompagnent là où il va », le pré- aussi un moyen de faire comprendre leur projet ». il faut sident sortant choisit Didier Barbelivien, Johnny Hallyday pourtant admettre que sont révolus les temps de l’inénar- et – surprise ! – Carla Bruni. Suivent Julien Clerc, Calogero, rable Votez Jacques Chirac de 1981 ou des apparitions Georges Brassens et, comme unique artiste étranger, elvis d’edouard Balladur au son de The Final Countdown du Presley. Dans le camp Hollande, aucune surprise non plus : groupe europe. A moins que les prochains clips de la cam- Gonzalo Fuentes/Reuters. Eric Feferberg/AFP. Lucy Nicholson/Reuters Yannick Noah, léo Ferré, Jean-louis Aubert, Nolwenn pagne officielle ne nous réservent quelques pépites… leroy, Benjamin Biolay… une sélection un peu plus Jean-Michel Normand oSCARS Les Frenchies de “The Artist” agacent Hollywood Mauvais perdants, les américains ? le triomphe de The Artist aux oscars n’a pas été du goût de certains commentateurs locaux, qui ont critiqué le comportement des Français durant la cérémonie, jugés trop exubérants et prétentieux. le site deadline, qui couvrait en direct l’événement, s’est fait l’écho d’un certain agacement de la profession outre-atlantique. sur twitter, Kaui hart hemmings, auteur du livre The Descen- dants – adapté à l’écran avec George clooney, battu aux oscars par Jean dujardin –, a par exemple raillé l’équipe française : « Les gens de the artist étaient devant moi [sur le tapis rouge, ndlr] et maintenant je sens la cigarette et l’arrogance », a lâché la romancière. Plus tard, lorsque le film muet a reçu son deuxième oscar (pour la meilleure musique), nikki Finke, journaliste de deadline, a, elle, balancé : « J’en ai déjà assez des grenouilles et de l’accent français »… B. Bo.26 - 3 mars 2012
  • 19. La semaine. Le buzz du Net Obama lancetraficA Rome, le Café de Paris l’opérationne brasse plus d’argent sale. “Narval”.Longtemps entre les mains de lamafia, l’établissement, emblème dela « dolce vita », vient de renaître.A U CAFé DE PArIs, VIA VEnETO à rOmE, un haut lieu de la « dolce vita » autrefois fré-quenté par federico fellini etfranck Sinatra, le présent dépassela fiction. cet établissement vient de vertes par des prête-noms… dont l’« honorable » Damiano. Les autori- tés finirent par découvrir son jeu et mirent sous séquestre le 22 juillet 2009 le café de Paris. L’événement fit jaser : c’était une relique de la « dolce vita » qu’on osait mettre à mal. Le 22 juillet 2011, il fallut procé- Erenaître après des années passées der à un second séquestre. Entre-sous le joug de la ‘Ndrangheta, le temps, les investigations des n 2008, les équipes de Barackcrime organisé calabrais. Désor- enquêteurs du fisc avaient fait de Obama avaient mobilisé aux Etats-mais, il propose, dans son somp- grands progrès. Dans la foulée, Unis un nombre important detueux décor, les produits de Libera d’autres riches établissements de volontaires et su utiliser Internetterra, une association antimafia. bouche romains – en réalité pour organiser les soutiens, recruter desDon Luigi ciotti, un homme de belle propriété du crime organisé – sont bénévoles, cibler les électeurs à convaincreprestance, fondateur de ce mouve- simultanément tombés dans leurs et engranger de nombreux dons.ment, savoure sa victoire : « Oui, filets. Danielle Rouard En 2012, la principale innovation de larevenez, ici, le local est entre de campagne du président américain pour sabonnes mains ! » Depuis réélection sera la fusion de toutes cesdécembre 2011, on y trouve l’huile bases différentes : la liste des donateurs,d’olive calabraise, le vin centopassi, celle des volontaires et VoteBuilder, quide corleone en Sicile, la mozzarella recense le comportement électoral de mil-de bufala napolitaine… toutes ces lions d’électeurs. Pour ce projet, l’équipedenrées proviennent de coopéra- d’Obama a adopté le nom d’un animal à latives qui gèrent les terrains agri- corne légendaire : le narval, cétacé decoles confisqués par l’Etat aux l’Arctique. De la même manière que samafieux de diverses obédiences. dent transperce sa lèvre supérieure, leurLe café de Paris, aujourd’hui en outil n’hésitera pas à percer n’importesituation d’administration judiciaire, quelle base à la recherche de l’informationmais ouvert et toujours couru, la plus précise possible sur chaque élec-revient de loin. En 2005, un barbier teur pour l’encourager à voter.calabrais de réputation modeste, Le tout doit permettre de mieux gérer lesDamiano Villari, l’avait acquis pour contacts grâce aux données engrangées250 000 euros, alors que sa valeur (sexe, tranche d’âge, niveau d’engage- Tony Gentile/Reuters. Paul Nicklen/National Geographic Stockétait estimée à environ deux cents ment...) et d’éviter par exemple de deman-fois plus. ce n’était pas la seule der de l’argent à un donateur ayant atteintbonne affaire qu’il avait faite, non le plafond de don, lui proposant plutôt depas tant grâce à ses talents de s’engager physiquement dans la cam-négociateur qu’à la mainmise sur pagne. Pour en savoir toujours plus sur lesl’établissement d’un chef de clan de électeurs putatifs, la base de données vala ‘Ndrangheta, Vincenzo alvaro, aussi récupérer des informations grâce auxembauché alors comme… « aide- comptes Facebook des sympathisants. Carcuisinier ». En fait, le boss de la ces derniers pourront se connecter à la« cosca alvaro » recyclait ainsi l’ar- plate-forme de soutien de Barack Obamagent sale de son trafic d’armes et de uniquement depuis Facebook. Toutes cescocaïne. Un cerveau, plutôt qu’un données offriront une foule d’informationsartiste des casseroles, qui avait sur le comportement des électeurs. Pour,organisé ses affaires sous forme peut-être, voter un jour à leur place ?d’un holding de douze sociétés cou- Alexandre Léchenet28 - 3 mars 2012
  • 20. ROBIN WRIGHT PAR PETER LINDBERGH GERARDDAREL.COM
  • 21. la semaine.En coulissesLe meilleur ennemide Canal+.En devenant directeur des chaînes sportivesd’Al-Jazira, Charles Biétry compte bien prendresa revanche sur son ancien employeur.L a vengeance est un plat qui se mange froid et Charles Biétry a décidé de passer à table. Le nouveau directeur des deux chaînes sportives qu’Al-Jaziracompte lancer en France avant l’été tientenfin sa revanche. A 68 ans, ce Breton sur-nommé « le Menhir » pour sa tête dure, estrevenu avec fracas au centre du jeu média- terrains. Au point d’être choisi en 1998 par la chaîne cryptée, alors propriétaire du PSG, pour diriger le club de la capitale. Mais la greffe ne prendra pas et Biétry ne restera que quelques mois à la tête de l’équipe parisienne. Un cuisant échec que ce rancunier – il est resté fâché pendant plusieurs années avec son alter ego de Canal+, Michel Denisot – a mis longtemps àtico-sportif français. Coup sur coup, les digérer, estimant n’avoir pas été assez sou- « mercato » ne fait que commencer. Auchaînes qataries et leur directeur Nasser tenu à l’époque par la chaîne payante. Le point que Canal+ crie à « l’impérialisme ».Al-Khelaifi, par ailleurs patron du PSG, ont coup est rude et après un passage peu « On subit une attaque d’une agressivité etraflé les droits de retransmission de la concluant sur France Télévisions, ce fils d’une violence absolument inouïes », a réagiLigue des champions, du Championnat de d’instituteur, engagé à gauche – il a adhéré Cyril Linette, patron des sports de Canal+,France de Ligue 1 et de la Ligue Europa. au PS en 2008 –, entame une traversée du qui a pour l’instant réussi à conserver lesJoli triplé. Avec, à chaque fois, un grand désert, au point d’envisager un temps la stars de la chaîne Pierre Ménès et Chris-perdant dans l’affaire : Canal+, qui doit se retraite entre golf et tennis à Carnac, avant tophe Dugarry. « J’ai passé dix-huit ans àcontenter des restes. de rebondir en 2009 sur L’Equipe TV. Canal+, c’est un peu mon bébé. CertainesEntre Canal+ et Charles Biétry, c’est une de retour au premier plan, le champion d’Al- personnes ont éprouvé du mépris pour nous,vieille et tumultueuse histoire d’amour Jazira Sports a déclaré la guerre à Canal+. maintenant elles savent qu’on existe », avache. L’ancien journaliste de l’AFP a été un Outre les droits sportifs, le groupe qatari commenté, bravache, Charles Biétry. L’an-des piliers de la chaîne cryptée de sa créa- – qui, assure Biétry, ne « pratique pas la cien gardien de but vient par ailleurs detion en 1984 jusqu’en 1998. Avec le réalisa- politique du carnet de chèques », même si trouver les futurs locaux de ses chaînes :teur Jean-Paul Jaud, il a révolutionné le la Ligue des champions a été acquise en l’immeuble La Factory à Boulogne-Billan-traitement du sport à la télévision. Les doublant le prix, pour 61 millions d’euros – court (Hauts-de-Seine). A quelques cen-matchs filmés à plusieurs caméras, les mul- débauche à tout-va dans les équipes de la taines de mètres du siège de Canal+.tiplex ou les fameuses « statistiques », c’est chaîne cryptée. Bastien Bonnefousnotamment lui qui les a inventés. Pendant Les journalistes Christophe Josse et Darrenses années Canal, Charles Biétry a régné sur Tulett, les dirigeants Sophie Jordan oule foot français, à l’antenne comme sur les Thierry Schluck ont été recrutés. Et le L’objet. Le ticket de métro Gwendoline Le Goff / PanoramiC. DR c’est le piège classique d’une campagne électorale dans lequel est tombée Nkm. interrogée le 24 février par un auditeur d’europe 1 sur le prix du ticket de métro à Paris, la porte-parole de Nicolas Sarkozy a répondu “4 euros et quelques” au lieu de 1,70 euro. “Quand on est ministre, on prend peu le métro…”, s’est-elle excusée.30 - 3 mars 2012
  • 22. Face à face Scrutin majoritaire contre proportionnel. La chasse aux électeurs des petits partis est ouverte. Parmi les appâts lancés à la fois par François Hollande et par Nicolas Sarkozy, l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives. Une promesse qui n’a rien de nouveau. Deux tours Un tour Actuellement, le scrutin uninominal majoritaire à deux tours La représentation proportionnelle est un mode de scrutin est en vigueur dans les 577 circonscriptions législatives. de liste généralement à un seul tour. Les électeurs votent S’il n’y a pas de majorité absolue au premier tour, en faveur d’une des listes de candidats en présence. Les le candidat arrivé en tête au second tour est élu. sièges sont attribués en proportion des résultats obtenus. La loi du plus fort Une représentation Le scrutin majoritaire amplifie le succès des grands partis et facilite plus fidèle La proportionnelle traduit plus la constitution d’une majorité forte fidèlement le rapport de forces au détriment des partis faibles ou issu des urnes. Pour éviter un isolés. D’où l’idée d’instiller éparpillement excessif, on fixe un « à la marge » une « dose » de seuil (5 %, par exemple) minimum proportionnelle en élisant certains pour obtenir des sièges. députés au scrutin de liste. Le choix des Un geste attendu grands partis par les petits partis Les fondateurs de la Ve Répu- Chacun a de bonnes raisons de blique ont imposé le scrutin vouloir plus (ou moins) de propor- majoritaire. Il a fallu attendre tionnelle. Soucieux de ménager ses les législatives de 1986 pour que alliés, le PS prévoit d’en instaurer la gauche instaure la proportion- une (légère) dose. Nicolas Sarkozy, nelle, mais la droite, victorieuse, quant à lui, cherche à s’attirer les l’a aussitôt supprimée. Entre bonnes grâces des électeurs du FN les deux tours de la présiden- et du centre. Victimes du « vote tielle de 2007, c’est, cette fois, utile », les Verts comme le Front de Nicolas Sarkozy qui plaide pour gauche la réclament afin de ne pas l’introduction « d’un peu de être dépendants du soutien du PS. proportionnelle ». Une promesse Le MoDem de François Bayrou y est qu’il ne tiendra pas. favorable. Enfin, pour le FN, c’est lePierre Rousseau/CIT’images. Ludovic/REA seul moyen d’avoir des députés. Jean-Michel Normand 31
  • 23. la semaine. Le chiffre. 54,6 C’est, en centimètres, la taille du nouvel homme le plus petit du monde, selon le Guiness Book des records. Agé de 72 ans, Chandra Bahadur Dangi est népalais. « Cette reconnaissance compense desIls font ça comme ça ! années de souf-Les DRH américains france », a réagi cet orphelin, exposéont de drôles comme phénomène de foire par sa famillede méthodes. d’accueil durantQuestionnaires absurdes, soirées dans des bars, son enfance.courses de tweets… Pour départager les candi-dats à l’embauche, les recruteurs américainsutilisent des techniques peu conventionnelles.A utrefois, il suffisait d’un solide CV, d’une lettre de motivation bien sentie et d’une sérieuse préparation à l’entretien d’em- bauche pour décrocher un emploi. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, les entre-prises optent pour des méthodes de recrutement dites« extrêmes » qui relèvent plus de l’expérience psycholo-gique que de l’entretien d’embauche. Elles s’inspirent desémissions de télé-réalité, des jeux télévisés ou encore des de Californie fait figure de pionnière. Ses questionnaires, que certains qualifient d’absurdes et de tordus, sont désor- mais aussi célèbres que redoutés. Exemples : « Un homme a poussé sa voiture jusqu’à l’hôtel et perdu toute sa fortune. Que s’est-il passé ? », « Concevez un plan d’évacuation pour la ville de San Francisco », « Combien feriez-vous payer pour le nettoyage de l’ensemble des vitres de la ville de Seattle ? » ou encore « Combien de balles de ping-pong peut contenir la mer Méditerranée ? »… « Les études montrent que lestechniques d’auditions d’acteurs afin de trouver la perle entretiens traditionnels n’en révèlent pas assez, affirme aurare et mesurer son « QI social ». Les candidats-concur- Time William Poundstone, auteur de Are You Smart Enoughrents peuvent être invités à dîner ou à boire un verre dans to Work at Google ? (« Etes-vous assez intelligent pour tra-un bar, histoire de voir comment ils se dévorent entre eux vailler chez Google ? », éd. Little, Brown and Company,– ou pas – et identifier les différents profils. Sympathique, 2012, non traduit). Ils balancent ce genre de questionsparano, solidaire, carnivore, sans pitié… L’employeur peut excentriques pour savoir ce dont sont capables les candi-également se contenter de donner carte blanche au postu- dats, s’ils sont créatifs, ouverts et flexibles. » Ces entretienslant : « Divertissez-moi pendant cinq minutes, je ne dirai pas ne sont plus exclusivement réservés aux geeks de la Siliconun mot. » D’autres encore exigent des candidats stagiaires Valley. Ils se sont répandus comme une traînée de poudrequ’ils se « vendent » en treize tweets ou encore qu’ils dans tous les secteurs d’activité : la banque, le conseil,passent un entretien groupé sur le site de microblogging. l’agroalimentaire, la distribution… Les précurseurs du genreLa place revenant au plus réactif. sont en réalité les Britanniques. Depuis plus de cent ans, les Marta Nascimento/REAAvec 12,8 millions d’Américains au chômage, les étudiants aspirant à intégrer l’élite des universités d’Oxfordemployeurs croulent sous les demandes et affirment qu’un et de Cambridge doivent se soumettre au fameux testentretien traditionnel n’y suffit plus pour départager les Oxbridge, dont l’une des questions phare est devenue lacandidats. Google, par exemple, reçoit plus d’un million de marque de fabrique : « Préféreriez-vous être une pomme ouCV par an ! En matière de stratégie d’embauche, l’entreprise une banane ? » Louise Couvelaire32 - 3 mars 2012
  • 24. La semaine. Décodage Rupert Murdoch, le retour ? Le magnat australo-américain a connu une descente aux enfers en 2011. Investissements hasardeux, scandales, procès, son groupe est malmené. Mais l’énergique octogénaire n’a pas dit son dernier mot. Par Louise Couvelaire 2010. Citizen Murdoch au sommet Le groupe de Rupert Murdoch, News Corp, présent dans la presse écrite (il possède le Wall Street Journal et le New York Post aux Etats-Unis, le Times et le Sun au Royaume-Uni), le cinéma (avec les studios de la 20th Century Fox), l’édition (HarperCollins), Internet (MySpace) et la télévision (Fox News aux USA, BskyB au Royaume-Uni), réalise un chiffre d’affaires de 32,8 milliards de dollars et engrange 2,5 milliards de dollars de bénéfices (1,7 milliard d’euros). Février 2011 Un pari risqué News Corp débourse 30 millions de dollars (22 millions d’euros) pour lancer The Daily, un journal exclusivement numérique pour Février 2012 tablettes. Huit mois plus tard, avec 80 000 lecteurs payants, il est loin La contre-attaque Alors qu’une nouvelle des 500 000 abonnés nécessaires Juin 2011 Un gouffre à son équilibre. enquête sur des pra- Il vend le réseau social MySpace tiques de corruption de pour un montant de 35 millions de policiers a donné lieu à dollars (24,5 millions d’euros). l’arrestation de dix En 2005, il l’avait acquis pour… Juillet 2011 Le scandale fatal journalistes du Sun, le A la suite du scandale des écoutes téléphoniques 580 millions de dollars. tabloïd le plus vendu illégales, Rupert Murdoch ferme News of the du Royaume-Uni World. Le dernier numéro, vendu à 5 millions (2,6 millions d’exem- d’exemplaires, paraît le dimanche 10 juillet. plaires), et entraîné des S’ensuivent des démissions en cascade, rumeurs de fermeture, dont celle du chef de Scotland Yard. En le magnat lance une fermant le journal, Murdoch espérait édition dominicale du obtenir l’autorisation de racheter la Sun pour remplacer le Octobre 2011 Des pratiques douteuses totalité du bouquet satellite bri- feu News of the World. Le quotidien économique américain Wall Street Jour- tannique payant BskyB, dont il Le premier numéro du nal est à son tour dans la tourmente. Le journal, avec détient déjà 39 %. Mauvais Sun on Sunday est paru l’aide d’un cabinet de consultants néerlandais, aurait pari. Il est contraint de le dimanche 26. Jugé gonflé la distribution de son édition européenne. renoncer. décevant et tiède, il a malgré tout été vendu à 3,2 mil- lions d’exem- plaires. Janvier 2012 De coûteuses transactions News Corp a indemnisé 37 victimes d’écoutes télépho- Danny Moloshok/Reuters niques, dont Jude Law, pour un montant de 150 000 euros. La famille de Milly Dowler, une collégienne de 13 ans retrouvée assassinée, a reçu 2,3 millions d’euros (auxquels s’ajoute un don d’un million de livres à des associations). Pendant l’enquête sur sa dispari- tion, News of the World avait écouté la boîte vocale de la jeune fille.2010 2011 2012 34 - 3 mars 2012
  • 25. la semaine. A l’écart des vaches et des moutons du salon de l’agriculture, à Paris, Jacques Chemi- nade discute avec Xavier Beulin, le prési- dent de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles). L’événement voit défiler tous les candidats à la présiden- tielle, alors pourquoi pas lui ? Celui qui peut sans doute pré- tendre au titre de postulant le moins médiatique assure avoir rassemblé les 500 parrainages nécessaires. Alors que, tation de vin rouge ni de charcuterie pour le candidat de Solidarité et Progrès. Il est là pour se faire connaître auprès des grands acteurs du secteur agro-industriel. Et, forcé- ment, il a du pain sur la planche. C’est-à-dire des mains à serrer, celles des représentants professionnels – qu’il ren- contre avec son dossier « Agriculture » sous le bras –, sous le regard des cinq jeunes gens qui composent sa garde rapprochée. A 70 ans, Jacques Cheminade en est à sa deu- xième campagne présidentielle. En 1995, celui qui se définit ce dimanche 26 février, François Bayrou vient tout juste comme « gaulliste de gauche », mais que l’on peine à classer d’effectuer son parcours imposé au Parc des expositions, sur l’échiquier politique, avait réuni 0,28 % des voix. L’ENA, porte de Versailles, Jacques Cheminade n’est pas du genre HEC, l’administration publique : son parcours ressemble à à prendre la pose pour caresser les vaches. Pas de dégus- celui des autres candidats, mais son programme pas vrai- ment. Il préconise, par exemple, l’industriali- sation de la Lune et mise notamment sur leJ’y étais… au Salon développement de la « créativité humaine ». Influencé par l’homme politique extrémiste américain Lyndon LaRouche, Cheminadede l’agriculture avec n’a pas hésité à relayer ses saillies virulentes comparant la politique de santé d’Obama àJacques Cheminade. la politique médicale des nazis… suivi par un groupe de journalistes réduit à sa plus simple expression – une équipe de M6, pour l’essentiel –, le porte-drapeau de Soli- darité et Progrès hâte le pas vers le stand de l’Office national des forêts sans chercher à nouer le contact avec les anonymes qu’il croise. Jacques Cheminade n’aborde per- sonne et ne parle qu’à ses conseillers. Arrivé en lisière d’une forêt miniaturisée, il s’entre- tient à voix basse avec un représentant de l’ONF avant de filer vers le plateau de la chaîne de la TNT Terre d’infos. Il y évoque l’idée d’une chaîne de télévision qui expli- querait aux Français « comment on produit ». « Il n’est pas très précis », peste un spectateur dans le public. « Justement, c’est aux élec- teurs de chercher pour mieux comprendre », répond avec assurance Bertrand Buisson, membre du mouvement Solidarité et Pro- grès. Happé par Guy Vasseur, président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, Jacques Cheminade accepte finalement un petit verre de rouge et une tartine de chèvre. « Je ne connaissais pas le candidat, avoue Guy Vasseur. Mais il a bien exprimé sa politique de la ruralité. » Ça valait le coup de se déplacer. Une personne au moins l’aura compris. mathilde Carton Le mot. Nomophobe C’est peut-être le futur mal du siècle. est nomophobe celui qui a peur d’être sans son téléphone portable. Selon une étude anglaise, la nomophobie (no-mobile phobie) est une maladie en pleine croissance: 66% des britanniques Julien Lemaitre affirment en effet souffrir d’une dépendance psychologique au portable.36 - 3 mars 2012
  • 26. La semaine. JE NE PENSE QU’À ÇA ! Frédéric Joignot L e 23 février, ses talons aiguilles n’ont pas claqué que sur le pavé de LilleSPORT quand Rachida Dati estUn mouchard venue soutenir Nicolas Sarkozy. On a vu ses bottes rouge vif surdans le manche. cent sites Internet. On la croyait sur la touche, écartée pour s’être mis à dos la corporation desUne raquette de tennis qui renseigne magistrats puis opposée brutale- nées statistiques, ils pourront ment à François Fillon. Mais non,le joueur sur la qualité de ses coups: étudier leur propre progres- Rachida Dati n’est pas dans sesc’est la promesse d’une PME lyonnaise.A sion et comparer leur per- petits souliers. Une paire de formance à celle d’autres bottes et la voilà relancée dans joueurs », ajoute-t-il. Dans les médias, tant une belle femme PRÈS LE SMARTPHONE, bientôt l’air du temps, la dimension communautaire, batailleuse et le fétichisme de la la « smartracket ». Babo- avec une plate-forme, n’a pas été oubliée. chaussure ne laissent personne lat, une entreprise fami- Mieux comprendre son jeu pour progresser : indifférent. Qu’a déclaré liale à qui l’on doit voilà l’objectif affiché par Babolat, qui Mme Dati, juchée sur ses bottes de l’invention du cordage planche depuis cinq ans sur cette technolo- luxe ? Que la gauche parlait « aupour raquettes de tennis en 1875, déve- gie de pointe, en partenariat avec des nom des quartiers populairesloppe la première raquette à puce. Munie industriels, des laboratoires et des universi- sans les connaître ». Que Nicolasde capteurs intégrés dans le manche, qui tés qu’elle tient à garder anonymes, secret Sarkozy était le « candidat duenregistreront un certain nombre de para- de fabrication oblige. « Ce sont les meilleurs peuple ». Le député UMP de lamètres, la raquette Play & Connect permet- dans leur domaine », glisse Eric Babolat. Somme Jérôme Bignon a surtouttra aux joueurs de tennis d’obtenir une Pour lui, « l’innovation ne vaut que si elle fait vu « la people », il a tweeté qu’ilmultitude d’informations sur leur jeu. Les- progresser le tennis et profite au plus grand n’était pas venu à Lille « pourquelles ? Motus et bouche cousue du côté nombre ». écouter les vedettes américainesde la PME lyonnaise, où le produit est en Fabriquée en Chine, Play & Connect s’adres- de Paris-7e ». Mais Mme Dati neplein développement. « Tout est possible et sera tant aux joueurs professionnels qu’aux porte pas que des bottes bling-rien n’est encore arrêté », affirme le PDG amateurs du dimanche. Un prototype de la bling dans cette campagne. LeurEric Babolat, arrière-arrière-petit-fils du raquette nouvelle génération sera présenté, cliquetis rythmé doit faire reten-fondateur de l’entreprise, Pierre Babolat. en mai, lors du tournoi de Roland-Garros, tir un autre air, délaissé par Babolat Play&Connect. Cecilia Garroni Parisi pour M Le magazine du MondeA priori, on peut tout de même deviner que devant un public restreint. Qui montera au M. Sarkozy depuis quatre ans.ces capteurs seront capables d’enregistrer filet ? Rafael Nadal ou Jo-Wilfried Tsonga, Celui de la diversité. Où sonttout ce qui se passe pendant le jeu, lorsque partenaires de la marque ? Là encore, passés les engagements del’on frappe la balle. En plus de son score et silence. La mise sur le marché n’est pas 2008 sur la discrimination posi-de son classement, le joueur pourrait prévue avant 2013. Une phase de tests tive, la création d’un commissa-connaître le nombre de revers et de coups démarrera en septembre auprès d’une riat à la diversité et à l’égalitédroits, la puissance de ses coups et savoir, centaine de joueurs, y compris de niveau des chances ? Depuis, le prési-par exemple, s’il a bien centré ses balles moyen. Après tout, il n’y a pas que les stars dent-candidat chasse sur lesdans le tamis. qui peuvent faire progresser le tennis. terres du FN, parle identité« EN DEHORS DES COURTS CENTRAUX, les matchs Laurène Champalle nationale, loi sur le voile, crimi-sont rarement filmés et l’on ne dispose pas nalité des étrangers et laissetoujours de radars dans les clubs. Les l’austère Guéant appeler à lajoueurs disposent de peu d’informations guerre des civilisations. Il faudraau-delà de leurs sensations. Ils manquent que Mme Dati, hier symboled’éléments pour analyser leur jeu et évaluer d’un gouvernement d’ouverture,leur performance », explique Eric Babolat. claque fort ses talons rouges« Play & Connect leur apportera une dimen- pour faire oublier ces revire-sion nouvelle : en leur fournissant des don- ments.38 - 3 mars 2012
  • 27. 1957. Les Etats-Unis initient l’Iran à l’atome Le chah d’Iran signe avec Washington un programme de coopération nucléaire civile. Onze ans plus tard, 1. Téhéran signe le traité de non-prolifération. Mais derrière le volet civil pointe déjà l’ambition militaire de posséder, à terme, la bombe atomique. 2. 1975. La France fournit l’uranium Paris et Téhéran deviennent partenaires au sein du consortium européen Eurodif. L’Iran prête alors 1 milliard de dollars à la France pour la construction de l’usine d’enrichissement d’uranium de Pierrelatte dans la Drôme, inaugurée en 1979, et acquiert en échange 10 % de la future production annuelle du site. Le roman-photo de la bombe iranienne. La mise au ban de Téhéran n’est 3. que le dernier épisode d’une série de crises au sujet du programme nucléaire iranien, démarré au 1979. Khomeyni renverse les alliances temps du chah. Le chah est renversé. L’ayatollah Khomeyni dénonce les accords passés avec les Occidentaux; Paris suspend les livraisons d’uranium enrichi. S’ensuit un long conflit marqué par une série d’attentats en France 2012. IsraëlMichel Setboun/Sipa. Pierre Gleizes/REA.Reuters. Reza Madadi/UPI/Gamma. Xinhua/Gamma et la crise des otages au Liban, dont la menace de frapper. libération passera par un compromis sur Confronté à la pré- Eurodif. Paris rembourse le prêt iranien et sence d’une déléga- Téhéran se rapproche de l’URSS. tion de l’Agence internationale de l’énergie atomique depuis le 20 février 5. pour enquêter sur son 4. programme, Téhéran refuse de négocier à propos de ses « activi- tés nucléaires ». Israël 2005. Ahmadinejad joue la provocation menace l’Iran de Cinq jours après l’élection de Mahmoud Ahmadinejad, frappes aériennes l’Iran, accusé par George W. Bush d’être dans l’« axe du pour détruire ses ins- Mal », reprend la conversion d’uranium dans une usine tallations. A Washing- d’Ispahan. Un an plus tard, le président iranien annonce ton, le président que « l’Iran a rejoint le groupe des pays qui ont la tech- Obama, en pleine nologie nucléaire ». campagne pour sa réélection, temporise. Bastien Bonnefous 39
  • 28. La semaine.jeux vidéo rivales. depuis 2010, les tablettes numériques et les smart-PlayStation joue phones prennent des parts de marché de plus en plus significatives du jeu mobile. Avec son iPad 3, qu’Apple pourrait dévoiler en mars, le groupe américain pourra rivali-l’innovation ser avec la vita sur le plan technique. et les fabricants de tablettes présentent de nouveaux modèles dans des délaisface aux tablettes. beaucoup plus courts que le cycle de vie d’une console. Le secteur des smartphones et des tablettes représente enfin des centaines de millions d’appareils, quand les acquéreursAvec la console Vita, Sony n’affronte pas de consoles portables se comptent en dizaines de millions dans le monde.seulement son éternelle rivale Nintendo. Les pLates-formes de téLéchargement de type App Store ouTablettes et smartphones sont en embuscade. Android Market modifient également le modèle économique de cette industrie, en offrant toujours plus d’applicationsS ludiques, aux mécaniques certes plus rudimentaires, mais à bien moindre coût que des jeux vendus entre 30 et 40 euros. Mais, si Apple peut proposer ce snack gaming ony va avoir fort à faire. Sa console vita, (« jeu sur le pouce »), c’est parce que l’entreprise ne se rému- lancée le 22 février sur les marchés améri- nère pas sur les services ou les contenus, mais sur les ventes cain et européen, doit trouver sa place non de ses terminaux. Pour rompre cette « quadrature du pad » seulement sur un secteur très disputé, du jeu mobile, Sony devra évoluer vers la distribution imma- notamment du fait des positions acquises térielle de contenus (téléchargement en ligne…) et proposerpar son rival traditionnel Nintendo, mais aussi en raison de des jeux à très forte valeur ajoutée. Laurent Checolala concurrence nouvelle sur le secteur des smartphones etautres iPad. La vita peut, en tout état de cause, s’appuyersur une offre de lancement très riche. Les jeux d’aventuresuncharted, Golden Abyss ou le futuriste Wipe out, sortisen même temps, laissent deviner ses capacités techniques.d’importants éditeurs, tels electronic Arts, Sega ouCapcom, ont aussi répondu présents pour fournir des ver-sions adaptées de leur titre à succès. Sony promet mêmedu matériel de jeu innovant, avec des titres comme escapePlan, jeu de puzzle original, à l’esthétique en noir et blanc.Ce pari du jeu pour le jeu de la PlayStation vita peut-il réus-sir, et faire mieux que la PSP de Sony, qui s’est vendue àplus de 73 millions d’exemplaires dans le monde depuis2007 ? Le prix de la console peut constituer un premierfrein. elle est vendue 250 euros pour la version Wi-Fi et300 euros pour la 3G, mais l’utilisateur doit aussi acheterune carte mémoire (35 euros environ pour 8 giga). Pourl’heure, Sony a vendu 600 000 consoles vita au japon,selon le site spécialisé vG Chartz. Après un démarrage dif-ficile, la grande concurrente directe de la vita, la Nintendo3dS, proposée aux alentours de 150 euros, semble sereprendre. Plus de 15 millions de consoles ont été écoulées,dont 5 millions au japon, près d’un an après sa sortie. Maisla concurrence ne vient plus seulement des consoles réFéreNduM Chuck Norris fait le pont. Un nouveau pont, prochainement bâti en slovaquie, devrait prendre le nom de… chuck norris, la star de la série télévisée américaine « texas ranger » Sony. Cliff Lipson/The Kobal Collection et idole des fans d’arts martiaux depuis son coup de pied circulaire utilisé face à Bruce Lee dans La Fureur du dragon (1972). consultés par vote électronique, les slovaques ont plébiscité à 74 % l’acteur contre un misé- rable 8 % accordé à marie-thérèse, l’ancienne impératrice austro-hongroise. comme quoi le référendum n’est pas toujours une bonne solution… L’édi- fice, réservé aux piétons et aux cyclistes, enjambera la rivière morava, près de la ville de Bratislava. La décision est désormais du ressort de l’assemblée régionale slovaque, mais le gouverneur régional a déjà fait savoir qu’il sui- vrait la vox populi. a quand un obélisque Jean-claude van damme ? B. Bo.40 - 3 mars 2012
  • 29. La semaine. Qui est vraiment Uggie ? C’est l’autre partenaire de Jean Dujardin dans “The Artist”. Et comme son maître à l’écran, ce jack russell cumule les lauriers. Œil vif. The Artist est le dernier film d’Uggie. L’œil toujours vif, il va prendre saMuseau virtuel. retraite à Hollywood,Après douze films où il est né. Selon lapour le cinéma et légende, son dres-nombre de publici- seur, Omar Vontés, le héros canin Muller, l’auraitde The Artist va recueilli tout petitdevenir le nouveau alors qu’il était sur« museau » de le point d’être aban-Nintendogs+Cats, donné.un jeu vidéo quiconsiste à dresser Fine gueule.et habiller des Ce jack russell peutanimaux virtuels. faire le mort, détaler sur un skateboard, ronfler en dormant ou danser en rythme sur ses pattes arrière. Sur le pla- teau, les dresseurs de cette fine gueule ont toujours des morceauxBête de concours. de saucisse pleinAprès avoir posé les poches pouravec un Golden le récompenser.Globe, il a reçu, le13 février à Los Coup de griffe.Angeles, un « Collier Martin Scorsesed’Or » couvert de regrette le choix ducristaux Swarovski, jury du Collier d’or.avec un pendentif Lui préfère les anti-en forme d’os, pour héros. « Tandissa prestation dans qu’Uggie interprèteThe Artist et De l’Eau une petite mas-pour les éléphants. cotte », Blackie, leEn 2011, il a décro- doberman de sonché la Palm Dog du film Hugo Cabret,Festival de Cannes. « livre une perfor- mance sans conces- sions dans le rôle d’un féroce chien de SteveGranitz/WireImage garde qui terrorise les enfants ». Jean-Michel Normand42 - 3 mars 2012
  • 30. Marketing L’appât à tartiner. Avec sa pâte Philadelphia au goût du Milka, le groupe Kraft va tenter de concurrencer l’indétrônable Nutella. L a guerre de la tartine au chocolat est déclarée. en commercialisant sa « crème légère Phila- delphia au goût du Milka » mi-mars, kraft Foods tente de contester l’hégémonie de Ferrero qui, avec nutella, domine le marché de la pâte à tartiner au chocolat. Philadelphia et Milka sont des marques phares du groupe américain (LU, Oreo, Milka, trident…) qui ne seront pas trop de deux pour tenter de déstabiliser Ferrero qui, depuis quarante ans, impose sa goût mais aussi sur un autre atout, qui saura capter l’atten- tion des parents : la diététique. en effet, kraft s’en tient à 305 calories pour 100 grammes là où nutella crève le plafond à 530 calories. en effet, la fameuse pâte noisette- chocolat italienne plébiscitée par les enfants et les adoles- cents – et que certains aficionados adultes rêvent d’acheter en pot de 5 kg, comme les professionnels – est devenue sujet à controverse malgré (ou, peut-être, à cause) de son indiscutable succès planétaire. nutella est loi. revendiquant 84 % de parts de marché, le groupe régulièrement accusé de contribuer au développement de italien règne en maître sur ce segment dans l’Hexagone, l’obésité infantile par les nutritionnistes, dont Pierre Dukan, premier consommateur mondial de nutella. Celle qui fut l’auteur du régime protéiné qui porte son nom. d’abord appelée « la tartinoise » est fabriquée selon une cette pâte contient entre 20 et 30 % d’huile de palme, un recette tenue secrète par la famille Ferrero, à base de ingrédient riche en acides gras saturés favorisant les chocolat, de noisettes, de lait, d’huile et d’émulsifiants. risques de maladies cardio-vasculaires. « Environ 14 % des Un mélange auquel les Français sont complètement enfants sont obèses ou en surpoids : Ferrero constitue un accro : trois quarts des foyers en consomment et, en acteur majeur et féroce qui va à l’encontre d’une bonne décembre, un livre de recettes à base de nutella s’est hissé nutrition », s’emportait, en août 2011 dans Le Point, Olivier tout en haut du classement des livres les plus offerts andrault, responsable de l’alimentation au sein de l’asso- pendant les fêtes de noël. ciation UFC-Que choisir. Chez Ferrero, on se défend de ces kraft espère-t-il détrôner ce grand classique des petits accusations en affirmant que les obèses ou les personnes déjeuners et des goûters ? « Non, Philadelphia avec Milka, en surpoids ne sont pas particulièrement amateurs de ce n’est pas du tout le même produit », objecte Laura non- nutella. « Philadelphia avec Milka », dont le lancement est nenmacher, chargée de la communication du groupe en prévu le 15 mars, prévoit de séduire 3 millions de foyers France. Certes, le nouveau venu est, lui, un « produit frais », français au cours des deux prochaines années. Un objectif comme elle le fait valoir. Mais il s’agit bien d’une pâte à tar- qui paraît ambitieux mais qui reste en fait modeste au tiner au chocolat. et, donc, directement concurrente de regard des 105 millions de pots de nutella écoulés chaque nutella. en réalité, le challenger compte sur l’argument du année en France. Mathilde Carton La phrase. « Si je vous traite de sale con, ça va vous plaire ? » Henri Guaino, la « plume » de Nicolas Sarkozy, s’est légèrement emportéPlainpicture/Photothek lorsque son interlocuteur, Jérôme Guedj, le président socialiste du conseil général de l’Essonne, a qualifié d’« indigne » et de « délétère » le débat sur l’identité natio- nale à l’émission « La voix est libre », le 25 février sur France 3 Ile-de-France. 43
  • 31. La semaine.Les questionssubsidiairesLa télépeut-elleluttercontre le Combien coûteracisme ?Au Royaume-Uni, la chaîne Channel 4 un village fantôme ? 330000 euros pour dix-neuf bâtiments, des ins-tente une expérience qui suscite la controverse.A mi-chemin entre le documentaire, la télé-réalité tallations sportives (terrain de tennis, piscine, boxet l’expérience de laboratoire, « Make Bradford pour chevaux…), mais pas un seul habitant. LeBritish », une émission en deux parties (premièrepartie diffusée le 1er mars), met en scène huit hameau de Courbefy, à Bussière-Galant (Haute-personnages de nationalité britannique d’origines Vienne), situé à une quarantaine de kilomètresethniques et religieuses différentes. Ils ont étéchoisis parmi une centaine de candidats et ont en de Limoges, est à vendre. Habité jusque danscommun d’avoir échoué au test de citoyenneté. les années 1970, ce village s’est progressivementIls ont vécu sous le même toit pendant quatrejours avant d’être divisés en paires et d’être vidé de sa population sous l’effet de l’exodeenvoyés passer du temps dans la famille de leur rural. Totalement abandonné depuis 2008, il estbinôme. Bradford, dans le Yorkshire, est perçuecomme l’une des villes où les tensions ethniques envahi par la végétation. Le maire déléguéet raciales sont les plus préoccupantes. Les ne trouvait aucun acheteur jusqu’à ce queproducteurs expliquent qu’ils cherchaient à savoirsi ces personnes si différentes pouvaient vivre Le Parisien lui consacre un article, le 21 février.ensemble… Louise Couvelaire Depuis, l’élu serait harcelé de propositions venues de France et du monde entier. Plusieurs médias anglo-saxons ont en effet relayé l’infor- Stephane Lefevre/Maxppp/Populaire du Centre mation – les chaînes de télévision CNN et Sky News sont même venues faire un reportage – et le village intéresserait désormais des Anglais, des Américains, des Suisses et même un acheteur des Emirats arabes unis. Bastien Bonnefous44 - 3 mars 2012
  • 32. Comment Pourquoi les auto– apaiser les rités Le poids tensions chinoises réussit-il aux germano- jouent- joueurs elles les de rugby ? Oui, répond la grecques ? Pour tenter de freiner la surenchère marieuses? Avec sa politique de science. Selon une étude fran- des insultes par médias interposés, l’enfant unique, l’empire du Milieu souffre d’un déséquilibre entre çaise, publiée le le Conseil national de la télévision et le nombre de garçons et le nombre de 21 février dans le British Journal of de la radio grec vient de condamner filles (120 garçons pour 100 filles). Le commissariat de Chengdu, dans la pro- Sports Medicine, un journaliste de radio à 25 000 euros vince du Sichuan, a trouvé la parade et les joueurs des équipes les plus d’amende pour avoir traité Angela décidé de prendre en main la vie amou- reuse de ses policiers en créant un site performantes Merkel de « sale pute de Berlin ». Cela de rencontres qui leur est exclusive- pèsent en moyenne 2 kg de fait des mois que les tensions s’accen- ment destiné, baptisé Sauvez un poli- cier célibataire. Pour l’instant, cinq plus que leurs tuent. Les Allemands reprochent aux hommes, âgés de 25 à 30 ans, se sont adversaires des équipes moins Grecs d’avoir plongé l’Europe dans la prêtés au jeu. En deux semaines, ils avaient près de 40 000 abonnés, et efficaces et crise et les dépeignent en tricheurs certaines groupies se sont même direc- mesurent environ 2 cm de plus. A fainéants, tandis que les Grecs accu- tement rendues au commissariat afin de rencontrer les agents, nouvelles l’image du deu- sent les Allemands de les étrangler en stars du Web. Affublés de surnoms xième-ligne du leur imposant des plans d’austérité « virils » tels que « Ice » ou « Snake », ilsAristidis Vafeiadakis/ZUMA/REA. Xinhua/ZUMA/REA XV de France ont également un compte Weibo Pascal Papé drastiques et caricaturent la chance- (microblog chinois) afin de pouvoir – 115 kg pour 1,96 m – les lière en uniforme SS. Le coup d’envoi échanger avec leurs admiratrices. « Nous ne contrôlons pas leur vie, a pré- joueurs de rugby avait été lancé en 2010 par la « une » cisé le directeur adjoint de la police du ont gagné plus de 6,6 kg et entre du magazine Focus représentant la district. Nous demandons juste à ce qu’ils nous tiennent au courant s’ils ont 0,61 cm et 1,1 cm Vénus de Milo faisant un doigt d’hon- trouvé une petite amie. » L. Ce ces vingt der- nières années. neur. Le lendemain, le quotidien grec Mathilde Carton de gauche I Nikis avait répondu par un drapeau nazi flottant sur Berlin. L. Ce 45
  • 33. La semaine. “WAR ROOM”, LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE VUE PAR Christian Salmon Loué soit Mélenchon !Q uelques jours plus modernes, il s’agit moins de débattre grande dispute citoyenne qui fonde la ceux de 1848 et les communards, le martyr tôt, elle chantait en- que de capter l’attention. On fait cam- démocratie. C’est le grand mérite de la des résistants pour vaincre les nazis, la core « Paroles, pa- pagne en cercle restreint, avec campagne de M. Mélenchon que de lutte pour la décolonisation. Tout, nous roles », de Dalida. quelques arguments, une cellule ri- renouer avec ces sources de la démo- prenons tout. [...] Jean Jaurès et l’in- Et là, soudaine- poste, un agenda médiatique. Et c’est cratie. Elle opère un triple déplace- domptable Louise Michel. » Le revoilà, ment, elle s’est mu- à peu près tout. Pourquoi s’encombrer ment du débat public. De la scène du le citoyen qui avait disparu des cam-rée dans une protestation muette. de citoyens, quand il s’agit de confier souverain et de ses rivaux vers la scène pagnes électorales soumises à la bêtiseMarine Le Pen a refusé de répondre le pouvoir à des experts pilotés par des du forum, de la place publique. Elle narrative, celle qui nous fait choisir unaux questions de Jean-Luc Mélen- spin doctors? Ainsi la vie démocratique milite pour un changement social mais candidat comme une marque, dans unchon sur France 2, jeudi 23 février. régresse vers toujours plus de gestion aussi pour un changement de percep- mouvement de sympathie dévoyée.Celui-ci eut beau la questionner sur autoritaire et de spectacle. Le Front tion. Elle rend contagieux un certain Le revoilà le peuple absent, le « peupletous les tons. Peine perdue. Elle s’en- national n’en est pas exempt : à l’abri état d’esprit. Le renversement iro- qui manque », disait Gilles Deleuze, unferma dans un mutisme obstiné. Le de sa non-participation aux gouverne- nique du haut et du bas. L’esprit du peuple qui s’était détourné de lanez plongé dans son journal, elle inau- ments de droite, il inspire depuis carnavalesque qui préside aux périodes gauche… Car comme le rappelait legura devant les caméras une nouvelle trente ans une entreprise de retourne- de grand bouleversement. philosophe allemand Peter Sloterdijk,forme de protestation politique : le ment de l’idéal républicain: en crimi- Loin des « éléments de langage » qui « c’est leur colère synchrone contre l’arro-buzz du mutisme. Une situation iné- nalisant l’immigration, en bâtissant sclérosent la parole politique, M. Mé- gance sans bornes des puissants qui a ap-dite à la télévision. Un débatteur qui des murs aux frontières, en encadrant lenchon emploie une langue qui se pris aux petites gens qu’ils voulaient dé-ne débat pas. Du jamais-vu. On en- la liberté d’expression, en surcodant souvient de Rabelais, de Villon, mais sormais être des citoyens ».tend déjà les protestations des produc- l’identité et la citoyenneté par lateurs du spectacle politique. Caprice religion.de star! Certains vont invoquer la dé-fense des usagers pris en otage,d’autres exigeront un service mini- L’AFFRONTEMENT ENTRE MARINE LE PEN et Jean-Luc Mélenchon a donc valeur Jean-Luc Mélenchon fait de lamum dans les débats publics. L’inci- de symbole. Car M. Mélenchon, lui, à politique à l’ancienne, celle qui, depuis lesdent ne mériterait pas qu’on s’y at- la différence de Mme Le Pen, madonetarde s’il ne rendait visible une vérité médiatique, fruit d’un croisement Grecs, fait naître la “res publica” de l’espritqui n’est pas toujours aussi accessible. hasardeux entre Jeanne d’Arc et de révolte, celle qui renaît justement enDans les campagnes performatives Sarah Palin, fait de la politique à l’ancienne, celle qui, depuis les 2012, à Athènes et se propage de Tunis au Grecs, fait naître la « res publica » de Caire, de Madrid à Wall Street. Cecila Garroni Parisi pour M Le magazine du Monde l’esprit de révolte et qui renaît en cette année 2012 sur les places publiques d’Athènes et se propage de Tunis aussi de Brassens. Aux « ébahis de la au Caire, de Madrid à Wall Street. La com’ » qui ne savent qu’imiter les politique considérée non pas comme campagnes à l’américaine, M. Mélen- une série télévisée, mais comme un chon oppose l’histoire de France de moment d’intense discussion. Car, on l’émancipation : « De La Boettiez aux l’avait oublié, il n’y pas d’autre forme à philosophes des Lumières, des “Maillo- la démocratie que l’attroupement tins” de Paris, courant plus vite que les spontané d’une foule en colère. C’est bourgeois, aux sans-culottes, Robespierre, elle qui donne naissance au premier fondateur de notre liberté, Olympe de forum. C’est elle qui inaugure la Gouges, notre remords, Gracchus Babeuf,46 - 3 mars 2012
  • 34. Découvrez M Le magazine du Monde sur iPad. Actualité, style, portfolio, high-tech, mode, design, voyage, culture... Téléchargez gratuitement l’application sur l’App Store.Photo : Andrew B. Myers Des contenus exclusifs et enrichis : vidéos, images, sons...
  • 35. / Portrait / Analyse / Reportage / Enquête / Portfolio / Mode Des hérauts très discrets. Leur notoriété ne dépasse pas le petit monde de la mode mais leur influence y est immense. L’Allemande Karla Otto, l’Améri- cain Ed Filipowski et le Français Pierre Rougier assurent la communication des marques les plus prestigieuses de la planète. A Milan, fin février Enquête sur un trio tout-puissant. à l’entrée du défilé automne-hiver 2012- Par Samuel Loutaty/ 2013 d’Ermanno Scervino. Photos Stéphane Feugère3 mars 2012 - 49
  • 36. 2 1 3 4 5 6 Karla Otto, fondatrice du bureau de presse qui porte son nom, avec Robert Rabensteiner de L’Uomo Vogue (1), Jefferson Hack d’Another Magazine (2), Edward Enninful de W Magazine (3) ou l’extrava- gante Anna della Russo de Vogue Japon (5). 4. Le RP indépendant Angelo Sensini prône la communication sur mesure. 6. Ed Filipowski, président de l’agence KCD Worldwide. 7. A l’entrée d’un défilé. 8. Pierre Rougier et son alter ego, Sylvie 7 Piquet Damesme, 8 de PR Consulting.50
  • 37. le magazine. Le nom (voire le simple prénom) de ces seigneurs de la com’ suffit à provoquer a « trahison » d’isabel Marant, le mot n’est pas trop fort, a fait stupeur grand bruit en 2009 dans les rédactions de mode pari- et tremble- ments siennes, souvent peuplées de tragédiennes ou… d’his- trionnes. Cette créatrice, connue pour son style « hippie chic » (dont la quintessence est sans doute le t-shirt lâche qui, bien que neuf, a l’air chez les rédactrices d’avoir été déjà souvent porté), était couvée, avec les attentions d’une mère, par Catherine Miran, son attachée de presse depuis dix-huit ans. Seulement voilà, quand la chouchoute des rédactrices de mode a voulu ouvrir ses propres de mode à l’heure boutiques à New York, conseillée par la très pointue Emmanuelle Alt (devenue rédactrice en chef de Vogue France), elle a rejoint KCD, gargantuesque bureau de presse américain, plus apte à lui assurer un développement à l’interna- tional. « Isabel Marant, c’était un peu l’histoire des défilés… d’Astérix contre les Romains, raconte une ré- dactrice de mode. La petite Française qui perce à New York avec les moyens du bord… Et puis, un jour, elle passe à l’ennemi, la “firme” KCD, dirigée par un “bouledogue”, Ed Filipowski, qui hurle sur les rédactrices de mode. Forcément, ça a fait du bruit… » Si l’on osait une comparaison, le passage d’Isa- bel Marant chez KCD, ce serait un peu comme si, en son temps, pris d’une lubie, feu Julien Gracq avait quitté les éditions Corti pour re- joindre l’ogre Gallimard. Ou comme si Sté- phane Hessel décidait de publier le tome 2 d’Indignez-vous aux éditions Fixot en lieu et place d’Indigènes Editions, qui a assuré son pre- mier succès. Pour anecdotique qu’il soit, ce transfert est symptomatique du pouvoir d’at- traction-répulsion qu’exercent sur le milieu •••3 mars 2012 - Photos Stéphane Feugère pour M Le magazine du Monde - 51
  • 38. le magazine.••• de la mode ces seigneurs de la communica- Fair. Ou celui de refuser l’accès à un défilé à Il existetion: Ed Filipowski, Karla Otto mais aussi Pierre une journaliste par exemple, comme ce fut leRougier, qui se partagent à eux trois la majeure cas, en 2010 chez Balenciaga, pour Carine Roit-partie du gâteau des relations presse, laissant feld (alors rédactrice en chef de Vogue) et sonaux autres bureaux une portion importante maispas forcément la plus prestigieuse… Si leurs très peu équipe. Ed Filipowski soupire devant ce genre d’enfantillage : « L’obsession du paraître au dé- de portraitsnoms (voire leurs simples prénoms) suffisent à filé est “démodée” [il insiste en utilisant le motprovoquer stupeur et tremblements chez les français, ndlr]. Avec la globalisation grandissanterédactrices de mode à l’heure des défilés, le de la mode, tout ce cirque n’a plus autant d’im-grand public ne les connaît pas.A l’instar de Sté-phane Fouks, de Michel Calzaroni et d’Anne d’eux dans portance qu’il y a une dizaine d’années. » Soit. la presse. EtMéaux, qui conseillent à peu près tous les pa- Courtisés et assaillis de demandes de tous ordres,trons du CAC 40 et les hommes politiques, ils surtout en période de défilés, Karla Otto, Edfont pourtant office de gourous. Rarement sym- Filipowski et Pierre Rougier aiment à cultiverpathiques. Souvent inquiétants. Et toujoursmystérieux. Pour avoir une idée de leur poids la plupart une certaine distance chacun à leur façon. Il existe très peu de portraits d’eux dans la presse. des acteursdans la mode, le lecteur dont la bible ne serait Et la plupart des acteurs du milieu préfèrent sepas Vogue ou Numéro doit imaginer mises bout retrancher dans l’anonymat pour les évoquer…à bout les luxueuses avenues Montaigne à Paris, Bizarrement, un peu comme les créateurs dontBond Street à Londres et Rodeo Drive à LosAngeles. Ces artères chics suffiraient à peine à du milieu ils s’occupent et qu’ils protègent des médias, lorsque le contact est établi, par-delà les bar- préfèrentcontenir l’incroyable portefeuille de maisons rages inhérents à leurs agendas surbookés gérésavec lesquelles ils collaborent. Jil Sander, Nina par des assistants personnels, ils se révèlent àRicci, Proenza Schouler, Versace ou Vera Wang tout le moins normaux voire, au risque de frois-pour Pierre Rougier Consulting, Balmain, Gi-venchy, Gucci,Vuitton, Marc Jacobs, Isabel Ma- se retran- ser leur légende, aimables. Née à Bonn, Karla Otto est une beauté froide… cher dansrant chez KCD et Marni, Pucci, Diane von Furs- et brune. Cet ancien mannequin a ouvert satenberg, Viktor & Rolf du côté de chez Karla propre agence à Milan, en 1982, et doit son suc-Otto… Avec, à la clé, les millions de dollars ou cès à Jean Paul Gaultier qui, le premier, lui ad’euros que représentent les budgets de com-munication de ces maisons parfois fastueuses. l’anonymat confié ses relations presse en Italie. Jil Sander, Miuccia Prada, Marni et Pucci suivront. Entre pour lesImpossible de savoir à combien émargent ces autres. Celle qui est capable de changer de te-patrons de bureaux de presse. « Tout au plus nue six ou sept fois par jour pendant les défiléspeut-on évaluer un budget de relations presse – elle a gardé sa taille mannequin, cela aide –pour une moyenne marque de prêt-à-porter ins-tallée en France à environ 7 000 euros par mois.Pour une maison de luxe aux visées internatio- évoquer. snobe soigneusement les importuns. Ce qui lui réussit plutôt: elle est aujourd’hui à la tête d’une entreprise internationale qui compte près denales, ces sommes s’envolent et peuvent être mul- secteur se développait à l’abri des groupes 180 personnes et des bureaux à New York, Lostipliées par dix, voire beaucoup plus », nous comme PPR ou LVMH, la communication a Angeles, Paris, Londres et Hongkong. Sonconfie un consultant dans le domaine du luxe. été prise en charge en interne. Prada, Vuitton, mantra ressemble à celui d’une multinationale:Surtout que, depuis l’irruption de géants Gucci et les autres n’ont plus recours à ces « Think positive ! »comme Gap ou H&M sur le marché de la agences qu’exceptionnellement. Ou, comme Aussi rond que Karla Otto est mince, aussi amé-mode, la donne a changé. Des passerelles sont c’est le cas pour KCD, pour assurer la logistique ricain qu’elle est allemande, Ed Filipowski n’ennées entre luxe ou création et très grande dis- des défilés. reste pas moins redoutable. Son succès depuistribution. De même que Karl Lagerfeld peut La puissance des marques qu’ils représentent vingt-cinq ans, l’actuel coprésident de KCD lediriger Chanel et dessiner une collection pour nourrit la puissance de leur emprise sur les ma- doit à deux qualités essentielles. « Un flair sansH&M, avec la « branchisation » des marques gazines. Selon notre consultant dans le secteur pareil », explique un proche. Qu’il met en scènetrès grand public, Karla Otto peut récupérer, du luxe, « quand Karla Otto s’adresse à un ma- en racontant cette anecdote : « J’ai commencésans crainte de galvauder son image « cou- gazine de mode, sa rédactrice en chef sait qu’elle dans les relations presse en envoyant des fleurs àture », des marques comme Levis ou Cos, et gère beaucoup de marques. Son influence est là. Kezia Keeble, la fondatrice de KCD. J’ai touchéEd Filipowski, Gap. Grâce à la grande machine Difficile de refuser un sujet sur une marque s’il est juste, c’était ses fleurs préférées. Le lendemain, elleà laver de la com’, ces basiques grand public proposé par un gros bureau de presse… ». La m’a embauché. » Seconde qualité, un entregentdeviennent ainsi « casual chic » dans les maga- mode est un univers très personnalisé, observe tout aussi infaillible. Aidé en cela par son com-zines féminins peu avares d’anglicismes. Et Frédéric Godart, sociologue et auteur de Penser pagnon de longue date, Mark Lee, qui a été, deenrichissent leurs bureaux de presse, qui asso- la mode (IFM-éditions du Regard), « qui doit 2004 à 2008, PDG de Gucci. « Evidemment, à cecient ainsi des marques très rémunératrices s’incarner dans des marques, des tendances… Et niveau de responsabilités, si Ed n’avait pas de ta-(même avec un chiffre d’affaires en baisse, Gap tous les autres segments de la mode sont concernés lent, il n’aurait pas organisé les défilés Gucci aussic’est près de 3 000 magasins dans le monde et par cette personnalisation. Son journalisme a ses longtemps, mais quel coup de pouce ! », constateun chiffre d’affaires qui tutoie les 10 milliards figures – comme Suzy Menkes [la journaliste non sans aigreur un concurrent. L’homme garded’euros) à des marques plus branchées qui mode du Herald Tribune, ndlr] –, sa communi- pourtant les pieds sur terre et son sens de l’hu-continuent d’attirer les créateurs à fort poten- cation, les siennes… ». Le milieu de la mode mour. « Je vous en prie, on ne parle que de vête-tiel d’image. L’arrivée de ces marques grand prête donc à ce triumvirat des relations presse ments, après tout… », rappelle-t-il parfois.public dans les écuries de ces agences de com- (et, c’est bien connu, on ne prête qu’aux riches) Face à ce duo, Pierre Rougier fait figure d’out-munication compense aussi la « perte » des tous les pouvoirs. Celui de décrocher à un créa- sider. D’abord, par la taille de son bureau degrands noms du luxe. En effet, à mesure que le teur qu’ils chérissent quatre pages dans Vanity presse. Ce Français, installé à New York de- •••52 - Photos Stéphane Feugère pour M Le magazine du Monde - 3 mars 2012
  • 39. En haut, Karla Otto à Milan, au dernier défilé Raf Simons pour Jil Sander.En bas, Pierre Rougier et Donatella Versace. 53
  • 40. 2 3 1 4 7 5 6 91. Carine Roitfeld,ex-rédactrice en chef deVogue, et Txampi Diz, attachéde presse chez KCD.2. 3. 10. Pendant les défilésà Milan, fin février.4. Pierre-Yves Roussel (PDG dela division mode de LVMH) etKarla Otto.5. Ed Filipowski avec VirginiaSmith (Vogue US).6. Le consultant AngeloSensini.7. Karla Otto au premier rangdu défilé Jil Sander.8. Suzy Menkes, critique demode à l’InternationalHerald Tribune.9. Pierre Rougier et Donatella 8 10Versace.54
  • 41. Le magazine.••• puis plus de quinze ans, préfère se concen- tagne avec Helmut Lang, n’ont pas su ou voulutrer sur ses activités aux Etats-Unis plutôt que prendre ce virage et ont peu à peu perdu ded’essaimer dans le monde entier (même s’il a leur superbe.ouvert, il y a peu, une antenne à Paris). Avec L’importance du coaching, voire du babysittingSylvie Picquet Damesme, son associée, ils sont des créateurs, elle, reste intacte. Soumis à unetrès complémentaires. « Pierre est plus souvent pression intolérable à cause de la multiplicationdevant la scène que moi. Les jours de défilé, je des collections – une dizaine par an en moyennepréfère lui laisser gérer les people et les invités… », pour une maison de haute couture – et fragilisésexplique-t-elle. D’où, sans doute, son surnom (qu’on pense au suicide d’Alexander McQueende « Mr No » dans la presse américaine. ou à la dérive de John Galliano), ils sont enPierre Rougier élude : « Je ne tire aucun titre de constante demande d’attentions. Dans Le Jourgloire de ce genre de choses. Quand je dis non à d’avant, le documentaire de Loïc Prigent consa-quelqu’un, ça n’est jamais gratuit mais c’est pour cré à Donatella Versace (éditions Arte), on voitprotéger mon client. » L’homme invoque la ainsi Pierre Rougier annoncer à la créatrice –chance qui a croisé son chemin à ses débuts : pourtant peu commode – après une répétition« J’ai ouvert mon bureau avec la première collec- qu’il aime bien le défilé mais que celui-ci perdtion très attendue de Narciso Rodriguez parce de sa force en plein milieu. Quelques heuresqu’il venait de dessiner la robe de mariée deCarolyn Bessette [la future femme de John John avant l’événement, l’intéressée bouscule donc sans sourciller ni lever la voix l’ordre de passage De simpleL interfaceKennedy, ndlr]. » des mannequins... Et affirme de sa voix de fu- meuse: « Pierre, je ne te demanderai plus jamais ton avis! » dans un éclat de rire qui dément im- e p o i n t co m m u n qui relie médiatement son propos. Cette confiance se l’austère Allemande au géant gagne au jour le jour, reconnaît Ed Filipowski, entre la presse et français et à l’Américain « par des conversations régulières, des visites bouillonnant est d’avoir backstage avant les défilés ou des réunions plus for- anticipé la professionnalisa- melles ». Karla Otto ne dit pas autre chose quand tion du métier de communi- elle parle d’« apprendre l’ADN d’une marque »cant. « Pendant longtemps réservé aux filles de pour mieux la défendre. Où trouvent-ils le créateur, l’attachébonne famille qui voulaient travailler, caricature (encore) le temps de le faire? La mode mondia-à peine un observateur, ce job consistait à lisée implique de passer sa vie dans les avionschouchouter quelques journalistes en leur donnant pour passer d’une capitale à une autre.du “ma chérie” pour obtenir des parutions Karla Otto avoue ainsi jusqu’à trente voyages enélogieuses pour ses clients… Ou à jouer les deux mois! de presse est devenuphysio : “Toi, je te prête des vêtements pour que tu Certains attachés de presse, tel Angelo Sensini,en fasses des photos parce que ton magazine un Italien installé depuis près de vingt ans à Pa-est assez chic pour la marque que je représente ; ris, arrivent à créer une brèche dans la toute-mais toi non…” » Or, la force de nos trois ri- puissance de ce triumvirat en proposant duvaux, analyse finement un ancien collaborateur « sur mesure ». Lui qui déteste le mot agence conseiller, négociateur,de Karla Otto, est d’« avoir très vite mélangé préfère demeurer « cosy », avec ses huit em-une partie RP traditionnelle à une partie business. ployés et sa quinzaine de clients qu’il chou-C’était visionnaire ». Petit à petit, en choute. Comme le créateur Rabih Kayrouz,effet, de simple interface entre la presse et le dont il a fait « le plus français des couturiers li-créateur, l’attaché de presse est devenu banais ». Un travail d’orfèvre qui paye puisque voire initiateur deconseiller, parfois négociateur, voire initiateur Angelo Sensini peut s’enorgueillir de compterde nouvelles collaborations via les collections parmi ses clients des labels aussi différents que« capsules » (des séries limitées souvent si- Bulgari, M Missoni, Valentino ou encore Indiagnées d’un créateur extérieur à la marque). Syl- Mahdavi.vie Picquet Damesme s’amuse ainsi des pre- La concurrence? L’évoquer devant eux est une nouvelles collabora-miers balbutiements de PR Consulting dans la faute de goût. « Karla », « Pierre » et « Ed » sesalle à manger new-yorkaise de Rougier, quand connaissent. Evidemment. Et se saluent quandle géant américain Procter & Gamble leur a ils se croisent. Mais le patron de KCD affirme,confié le sauvetage de la marque Vidal Sassoon: avec ce sens de l’économie qui le caractérise :« On devait d’un coup assurer des présentations « Je ne pense jamais à eux. Jamais. » Pourtant, lade stratégie de com’ à Cincinnati. Pour moi, qui possibilité de voir un gros client s’échapper et tions.avais été journaliste free lance et n’avais jamais préférer un autre bureau de presse rôde, lanci- ou Paul &Joe. Parce que leur succès était très lié àbossé dans un bureau, c’était une aventure nante. Dixit un proche, « quand Karla Otto a la copie de modèles de créateurs originaux… queincroyable ! » Son alter ego confirme : « Ça nous perdu Prada après des années de collaboration, KCD ou Karla Otto représentent », s’amuse una obligés à structurer notre pensée. On ne pouvait c’est comme si soudain tout ce qui avait fait l’es- attaché de presse parisien. Et sans doute, unpas se contenter de dire, comme avec les créatifs sence de Karla Otto – et une grosse partie de son peu, par snobisme. Mais Maje et Sandro ontavec lesquels j’avais travaillé jusqu’ici, “on va chiffre d’affaires – disparaissait. Tout son talent commencé leur mue en cédant 51 % de leurfaire ça ou ça parce que je le sens bien”, il fallait a été de surmonter ce départ ». Longtemps aussi, capital au groupe de luxe LVMH. Maje, déjà,se justifier, expliquer, rationaliser… » D’autres le trio infernal « a regardé de haut, comme beau- est entré dans le portefeuille de PR Consultingattachées de presse qui ont parfois aussi écrit coup d’autres gens dans la mode, les nouvelles pour ses relations presse aux Etats-Unis. Lesl’histoire de la mode, comme Michèle Mon- marques issues du Sentier comme Maje, Sandro ogres de la com’ ont encore faim.3 mars 2012 - Photos Stéphane Feugère pour M Le magazine du Monde - 55
  • 42. Garde alternéeA hauteurd’hommes.Il y a dix ans, la loi offrait aux parents séparés la possibilitéde partager la garde de leurs enfants. Une victoire pourles pères… sur le papier. Dans la réalité, les enfants résidentencore plus souvent chez leur mère. Pour établir une vraieparité, des hommes demandent que l’alternance deviennela norme. Une fausse bonne idée?Par Célia Roger56
  • 43. Le magazine.Achim Lippoth/Trunk Archive 3 mars 2012 - 57
  • 44. La loi sur la résidence alternée a été très mollement soutenue par les féministes, qui y ont vu un retour de l’emprise de l’homme sur le couple.58
  • 45. le magazine. il s’investit dans un domaine encore souvent considéré comme dévolu à la mère. L’air du temps est à la recon- naissance du partage. La loi sur la parité en politique et celle sur le congé de paternité viennent tout juste d’être votées par les parlementaires. Ces deux textes ont été défendus et portés haut par les mouvements féministes. Ce ne sera pas le cas de la loi sur la rési- dence alternée, très mollement soutenue, et même combattue par certaines, qui voient là un retour de L l’emprise de l’homme sur le couple. Un danger pour les femmes victimes de violences conjugales. Ou en- core une rupture de la spécificité du lien mère-enfant. La résidence alternée est donc devenue un sujet a décision du juge aux affaires d’hommes. Et un combat de pères. Au point d’être familiales est tombée pendant totalement préempté par les très virulentes associa- l’été, quelques mois après leur tions de pères séparés. Notamment par la plus impor- divorce : « résidence alternée ». tante d’entre elles, SOS papa, pour qui la bataille pour Frédéric (1) se souvient d’un la reconnaissance de l’égalité père-mère a pris des al- « immense soulagement ». lures de « masculanisme », pendant masculin du fémi- Anne-Sophie d’un « coup de nisme radical. Outrances sexistes comprises. Ces pères massue ». Frédéric, 40 ans, et se battent pour que la garde alternée devienne la Anne-Sophie, 38 ans, se sont séparés au printemps norme juridique par défaut et non plus une simple 2011, après quinze ans de mariage. Ils ont eu ensemble possibilité laissée aux magistrats. Un groupe de dépu- trois garçons, aujourd’hui âgés de 14, 10 et 8 ans. Elle tés vient d’ailleurs de déposer une proposition de loi avait « demandé la garde ». Parce qu’il lui semblait allant dans ce sens. Détail significatif, elle est portée « naturel » que les enfants restent avec leur mère ; par deux hommes appartenant à la Droite populaire, qu’elle n’imaginait pas être éloignée plusieurs jours de la droite parlementaire la plus traditionaliste, au nom ses enfants. Il avait demandé la résidence alternée. « de la nécessité pour les enfants d’être élevés par leurs Parce que ce droit lui semblait « légitime » et « fonda- deux parents ». Richard Mallié, député des Bouches- mental pour les enfants ». Le juge les a renvoyés vers du-Rhône et l’un des deux co-auteurs du texte, n’est un service de médiation familiale pour qu’ils se met- pas un franc militant de l’égalité hommes-femmes, tent d’accord sur les modalités de cette garde. Huit mais il pense qu’il faut désormais « inverser la charge mois plus tard, Anne-Sophie trouve toujours « diffi- de la preuve », et « supprimer le quasi-droit de veto cile » de ne pas voir ses enfants une semaine sur deux. accordé aux mères » pour la garde des enfants. Pendant leur vie de couple, elle s’était consacrée à Danièle Ganancia, juge aux affaires familiales et vice- eux, délaissant sa carrière. Frédéric, sportif profession- présidente du TGI de Paris, est « très partagée » : « Il nel, était « un père très attentionné mais souvent en faut comprendre le combat des associations de pères, qui déplacement ». Un nouvel équilibre parental homme- ont souvent vécu des situations injustes et violentes. femme s’est redessiné autour de ce mode de garde. Néanmoins, en réclamant l’égalité stricte, ils commettent Anne-Sophie a relancé sa carrière. Frédéric a mis la une erreur, analyse-t-elle. Car la résidence alternée, c’est sienne entre parenthèses. Il a appris, notamment, « à avant tout un esprit. Ce n’est pas de compter les jours, faire du repassage ». de dire “j’ai droit à”, c’est de reconnaître que l’enfant a Il y a dix ans, le 4 mars 2002, la ministre déléguée à la aussi besoin de l’autre parent. Et d’organiser la garde famille,à l’enfance et aux personnes handicapées,Ségo- en fonction de ce besoin, pas forcément de façon égali- lène Royal, faisait voter une loi qui permettait aux ma- taire d’ailleurs. » Selon la journaliste Marta de Tena, gistrats, en cas de séparation d’un couple, marié ou non, qui vient de publier La Garde alternée, du sur-mesure de pouvoir fixer la résidence alternée des enfants chez pour nos enfants (Ed. Jean-Claude Lattès, 211 pages, chacun des deux parents. Jusqu’alors, il n’existait qu’un 14,50 euros), il n’y a pas un modèle unique de garde mode de garde légal: l’un des deux parents (la mère, alternée mais des solutions « sur mesure », « customi- presque toujours) obtenait « la résidence habituelle » de sées » en fonction de l’âge des enfants, de leurs envies, l’enfant, l’autre (le père) « un droit de visite et d’héber- de celles des parents, de leurs métiers… Des solutions gement »,généralement fixé à un week-end sur deux et qui ne sont « surtout pas figées dans le temps ». Une à la moitié des vacances.Trente ans après la suppression, nouvelle loi pourrait cependant, selon Danièle Ganan- en 1970, de la notion de « puissance paternelle », qui cia, « lever les dernières réticences ». donnait au seul père l’autorité sur les enfants, et sa subs- titution par celle « d’autorité parentale », qui reconnais- car la loi de 2002 n’a pas réellement changé la donne sait l’égalité des droits entre les deux parents, la loi de dans le rendu des décisions de justice. Selon lesAchim Lippoth/Trunk Archive mars 2002 sur la résidence alternée visait à instaurer une chiffres du ministère de la justice, en 2003, les déci- forme effective de parité parentale. sions fixant une résidence alternée représentaient L’ambition égalitaire sonne juste en ce début des an- 10 % des enfants impliqués dans un divorce. En nées 2000. La France connaît alors un phénomène de 2009, cette proportion passait tout juste à 14 %. La baby-boom, dont la figure du « nouveau père » est le résidence alternée est accordée à presque tous les héros. Ce nouveau père est changeur de couches, don- couples qui la demandent conjointement. Mais elle neur de biberons et délégué de parents d’élèves. Bref, est, en revanche, refusée dans les trois quarts des ••• 3 mars 2012 - 59
  • 46. “Les pères se mettent une grosse ••• cas lorsqu’un des parents, la mère généralement, pression s’y oppose. « C’est certainement très inégal selon les tribunaux », tempère cependant la magistrate Da- pour nièle Ganancia. « Nous n’avons pas de statistiques mais, à Paris, j’ai vu les mentalités évoluer de façon très nette ces dernières années. Chez les parents et chez montrer les magistrats. Pour moi, le désaccord des parents n’est plus un obstacle à une décision de résidence alternée. A qu’ils sont condition d’accompagner cette décision d’une médiation familiale, ce qui est encore insuffisamment pratiqué», constate-t-elle. Ces chiffres masquent par ailleurs le aptes à nombre de gardes alternées mises en place en de- hors des décisions de justice, chez les couples non s’occuper mariés en particulier. La méfiance à l’encontre d’une justice encore trop frileuse sur le sujet n’y est pas étrangère. de leurs Pour obtenir la garde alternée de sa fille Léa (2), 5 ans, Stéphane, 39 ans, a jugé « plus sûr » de ne pas passer enfants.” par un tribunal. « Sa mère y était opposée et j’avais trop peur qu’un juge lui accorde la garde. Quand on est un père, on n’est pas en position de force », regrette-t-il. Jérôme Prévot, Stéphane a négocié « pas à pas », avec l’impression Achim Lippoth/Trunk Archive. AFP de marcher sur des œufs. Après la séparation, il a de- médiateur familial. mandé, en plus des deux week-ends mensuels, la possibilité de prendre leur fille le mercredi. Au bout de deux ans, il a réussi à convaincre son ex-épouse de garder Léa entre deux et quatre jours par semaine. Sans jamais prononcer l’expression « garde alter- née ». « Elle a vu que ça se passait bien. Que Léa y trouvait son équilibre », explique-t-il. Stéphane a eu60
  • 47. le magazine.le sentiment d’avoir dû faire ses preuves. Il a réor- Ségolène Royal charge de la preuve. Ce quiganisé son emploi du temps professionnel pour être La loi sur la garde veut dire que celui qui s’opposeplus disponible pendant les périodes où il a sa fille. alternée, c’est elle à la garde alternée va devoirArchitecte installé en libéral à Lyon, il a trouvé que qui l’a fait voter se justifier. Je crains que cec’était « finalement assez facile ». alors qu’elle était soient les femmes qui en soientP ministre de la les victimes. Car, souvent, ce famille. Dix ans sont les hommes qui partent, our d’autres, la mise en place pratique plus tard, elle en pour une autre femme qui plus de la garde alternée est parfois plus dresse le bilan. est. La femme quittée est meur- trie dans son rôle d’épouse, elle compliquée. Patrice et son ancienne Dix ans après la loi sur la rési- ne veut pas l’être dans son rôle femme, parents d’une fille de 5 ans et dence alternée, les chiffres du de mère. Cette proposition sent d’un garçon de 9 ans, se sont mis d’ac- ministère de la justice montrent le règlement de comptes enverscord deux ans après leur séparation. « Elle voulait at- qu’il n’y a pas eu de hausse les mères. Ce n’est pas parcetendre que la plus petite ait 5 ans. Je trouvais ça bien. J’ai significative du nombre de rési- qu’il existe des cas de mèresattendu », dit-il. Six mois avant la rentrée scolaire 2011, dences alternées décidées par qui se conduisent mal auPatrice, chef de produit dans une société d’agroalimen- les juges aux affaires familiales. moment des divorces qu’il fauttaire, a demandé à travailler à 80 % du temps, pour pou- Comment l’expliquez-vous ? généraliser.voir prendre ses mercredis. « A la DRH, c’est bien passé. Les divorces sont souvent La résidence alternée avait pourOn a des accords internes qui valorisent l’égalité parentale, conflictuels. Il est difficile pour objectif de favoriser la paritéils étaient presque contents d’avoir trouvé le seul homme à les parents, au moment de la parentale. Lorsque vous avezvouloir en profiter. Mais, remarque-t-il, dans mon équipe, séparation, de surmonter leurs défendu votre projet de loi,ce choix est très, très mal perçu, particulièrement chez les griefs respectifs. Très souvent, vous avez été peu soutenue parhommes. » Le fait qu’il lâche un peu de son temps de l’enfant est l’enjeu d’un chantage les mouvements féministes…travail était une condition imposée par la mère de ses ou d’une consolation. Or, pour Elles ont considéré que l’onenfants, enseignante: « Elle me met la pression, parce que mettre en place une résidence reprenait un droit aux mères.cette garde est pour elle une concession. » Patrice avoue alternée, il faut qu’elle soit accro- C’est compliqué de demanderqu’il lui ment « un peu » sur l’heure à laquelle il rentre chée à un accord commun entre cette parité. Car même si lesrelayer la baby-sitter et le nombre de fois où sa mère le père et la mère. Ce sont des choses évoluent, elle n’existevient lui donner un coup de main à la maison. Dans leur situations complexes qu’un juge pas dans le partage des tâchesex-couple, malgré la garde alternée, il reconnaît que le peut difficilement trancher sans à la maison, ni dans le mondepartage des tâches demeure « encore un peu déséquili- l’entente des parents. Il était professionnel. Pour autant, jebré ». Les rendez-vous chez le médecin, le coiffeur ou prévu une large intervention de pense que la société a évoluél’achat de vêtements restent du domaine exclusif de la la médiation familiale. Mais, dans sur ces questions. Les famillesmère. « Elle ne me laisse pas vraiment faire », se défend les faits, on manque cruellement recomposées sont très répandues.Patrice. Une étude menée par la Caisse d’allocations de médiateurs. C’est un frein à la Beaucoup de mères ont psycho-familiales, en 2008, sur les familles pratiquant la rési- résidence alternée. logiquement du mal à accepterdence alternée, souligne cette persistance d’inégalités La polémique autour de la sup- le principe de la résidenceentre les hommes et les femmes. « La répartition par posée nocivité de ce mode de alternée…postes de dépenses montre que le modèle de la femme mater- garde a-t-elle, selon vous, nui à La loi ne peut pas grand-chose ànante et pourvoyeuse de soins reste ancré dans les esprits et son développement ? cela. Les femmes se sentent des-inscrit dans les pratiques », note le rapport. Un peu, oui. L’idée pernicieuse saisies dans leur rôle de mère.Jérôme Prévot, médiateur familial à Nancy (Meurthe- qui s’est installée est que les C’est elles qui ont porté l’enfant,et-Moselle) et représentant de la Fédération nationale parents faisaient ainsi passer qui l’ont mis au monde. Elles,de la médiation et des espaces familiaux voit, chaque leur propre intérêt avant celui de souvent aussi, qui ont assuméannée, des dizaines de couples envoyés par le juge aux l’enfant. Effectivement, la rési- l’essentiel de l’éducation, qui ontaffaires familiales, ou, parfois, venus d’eux-mêmes, pour dence alternée fait des enfants fait le sacrifice de leur vie profes-organiser leurs résidences alternées. La réticence des itinérants. C’est à eux que l’on sionnelle. Elles ont le sentimentmères est, selon lui, très prégnante. Presque une demande de cavaler, de s’adap- d’être dépossédées par l’idée deconstante. Même lorsqu’elles se montrent favorables ter alors qu’ils subissent la sépa- partager la garde. Et si une nou-au principe de la résidence alternée, « elles en souf- ration de leurs parents. Cela peut velle compagne arrive auprès dufrent », « se montrent très exigeantes à l’égard du père », être déstabilisant. Idéalement, il père, c’est encore plus compli-observe-t-il. « Les pères, de leur côté, se mettent une énorme faudrait que ce soit aux parents qué pour elles.pression pour montrer leur détermination et démontrer de s’adapter, de déménager, en Vous avez été personnellementqu’ils sont aptes à s’occuper de leurs enfants. » De plus en laissant l’enfant au domicile. Mais confrontée à une séparationplus, remarque ce médiateur, les pères amènent avec c’est irréalisable. Il faut donc familiale, avez-vous profité de laeux des attestations de leurs employeurs expliquant trouver des solutions, les plus loi que vous avez mise en place?qu’ils vont pouvoir aménager leur temps de travail. « Il équilibrantes pour l’enfant. Non, car mes enfants étaientarrive même parfois qu’on s’aperçoive, en discutant, que ce Que pensez-vous de la proposi- déjà grands. Ils sont restés avecn’est pas vraiment ce qu’ils désirent. Mais qu’ils ont peur tion de loi des députés Mallié et moi. Mais j’ai eu le souci de main-de passer pour un mauvais père en ne se battant pas pour Decool qui vise à imposer ce tenir le lien entre mes enfants etcette garde », conclut-il. mode de garde par défaut ? leur père. C’est souvent aux(1) Les patronymes des parents interrogés n’ont pas été précisés à leurdemande. Je ne la trouve pas bonne. Le mères de maintenir ce lien...(2) Le prénom a été changé. texte propose d’inverser la Propos recueillis par Cé. R.3 mars 2012 - 61
  • 48. Le magazine.62 - 3 mars 2012
  • 49. Lesjournalistespolitiquespassenta table.C’est une tradition très française, qui alimente l’idée déjà bienancrée de deux mondes connivents : pour faire parler lespolitiques de manière informelle, des journalistes réunis en« groupes de déj’ » ont pris l’habitude de les inviter au restaurant.A table, presque tout ce qui se dit est off. Mais ces déjeuneursprofessionnels tirent profit de ces confidences bien autrement…Par Guillemette Faure / Photos Frédéric Lebain I l y a des gens qui disaient que jamais Mitterrand ne pourrait gagner : c’est Giscard qui apparaissait comme charismatique. Puis on disait : “Jamais Chirac ne sera élu.” Idem pour Sarko- zy, jugé trop petit, trop nerveux… Raffarin, par exemple, n’y croyait pas. Pour le charisme, il faut attendre. » C’était en décembre dernier. François Hollande déjeunait avec sept journalistes qui pouvaient noter sur leur carnet : « Le charisme apparaît quand les électeurs vous ont choisi. » Entrez glisser un œil dans la salle à manger de chez Tante Marguerite, dans le 7e arrondissement de Paris, ou Chez Françoise, aux Invalides, et vous les verrez. Une dizaine de personnes autour d’une table, des blocs- notes à la place des ronds de serviette. Un invité politique qui parle quand la table griffonne. C’est la pleine saison des « groupes de déj’ » (pour groupes de déjeuner), ces petites bandes de journalistes politiques de médias différents qui se donnent rendez-vous régulièrement pour inviter des politiques à leur table. « Quand je suis arrivée en politique, je trouvais ça délirant, c’était tout ce que je n’aimais pas », se souvient Hélène Jouan, de France Inter, qui y a en- suite figuré régulièrement. Le groupe de déj’, auquel les journalistes ••• 63
  • 50. Le magazine.••• disent souvent se contraindre mais dont bien peu se passeraient, est qui n’était pas encore la compagne de François Hollande, faisait partieun exercice paradoxal. On travaille en mangeant, mais il faut que ce soit d’un groupe baptisé « les bébés en politique » parce qu’il ne comptaitsympa. C’est off – confidentiel – mais ça peut, ça doit, être recyclé. Sinon, que des jeunes journalistes. « On arrivait à avoir des gens parce qu’elleil ne fallait pas venir parler devant des journalistes. est jolie », se souvient un membre de son groupe, qui comptait entre autres Thomas Legrand, Emmanuel Faux et Frédéric Gerschel.Le groupe s’impose d’abord par sa force de frappe. Si quatre ou cinq médias Reste à inviter le bon interlocuteur… « Je préfère déjeuner avec unse déplacent, le politique prendra le temps de leur parler. Et pour encore conseiller, explique un journaliste. Ce n’est pas Hollande qui va me parlerplus d’efficacité, autant prendre la même bande à chaque fois. Côté des brouilles internes au PS. » Manuel Valls, Pierre Moscovici, Michelcasting, l’idéal est de rassembler des gens avec qui on aurait plaisir à Sapin, Benoît Hamon le feront plus facilement. Les cotes varient. Celledéjeuner de toute façon – en ces temps de campagne, certains groupes des ex-proches de Martine Aubry a fondu. Le strauss-kahnien Jean-peuvent se retrouver plusieurs fois par semaine. On peut même, ex- Jacques Urvoas « n’est pas une pièce maîtresse, mais c’est un bon observa-plique la journaliste d’Europe 1 Anissa El Jabri, faire partie de plusieurs teur et bon commentateur avec un paquet de bonnes infos ».groupes à la fois : « J’en ai un pour la gauche constitué depuis longtemps, et Dans les rangs de la majorité, les groupes de déj’ aiment ceux qui sontun autre pour la droite. » « Quand je suis devenu journaliste politique, on « proches du réacteur mais n’en font plus partie », tels Jean-François Copém’a tout de suite conseillé de me trouver un groupe de déj’ pour rencontrer ou Jean-Pierre Raffarin. Ils savent comment la machine fonctionne.rapidement des politiques », raconte Sylvain Courage, du Nouvel Obser- « Rachida Dati, évidemment, parce qu’elle a du mal à se mettre une bar-vateur dont le groupe stakhanoviste peut en aligner quatre par semaine. rière… », s’amuse un déjeuneur. Sa cote a progressé depuis qu’elle n’est« Il faut trouver un groupe qui veuille bien t’accepter. Ceux qui avaient plus plus au gouvernement. Avant, « elle ne donnait rien ». Le politique quide bouteille ne voulaient pas de nous », se souvient Alexandra Ackoun, de passe par une « frustration momentanée » est toujours très recherché. IlFrance Inter. Pas la peine d’insister pour rejoindre Michèle Cotta ou est davantage susceptible de s’épancher. Guillaume Peltier, chargé desArlette Chabot dans le groupe de Catherine Nay, qui tranche : « On études d’opinion et des sondages à l’UMP, est également apprécié « pourtrouve que sept, c’est un bon chiffre. » voir les éléments de langage que Sarkozy veut faire monter. Comme il neUne radio, un quotidien, un hebdomadaire, une télé… On mélange les maîtrise pas encore l’exercice, il y a encore un élément de fraîcheur ». Peutypes de médias pour éviter de se concurrencer. Certains tournent depuis connu du grand public, Jean-Christophe Lagarde, du Nouveau Centre,plus de dix ans. D’où les difficultés du petit nouveau, qui préférera parfois est un artiste du déjeuner et grand pourvoyeur de formules assassines.créer le sien. Qu’il se rassure, les tables des barons sont composées des Le pic des groupes de déj’ se produit les mardis et mercredis, jours dejuniors d’hier.Au début des années 1990, la journaliste Valérie Trierweiler, séances de questions à l’Assemblée. La table est choisie dans un triangle64 - 3 mars 2012 – Photos Frédéric Lebain pour M Le magazine du Monde
  • 51. d’or autour de l’Assemblée, entre la rue de l’Université (pour qui suit le quel journaliste le faire passer. Ils ne vont pas attendre un groupe de déj’. »PS), le boulevard Saint-Germain et les Invalides. Le Bourbon ou le Sol- Alors, qu’est-ce que les journalistes tirent de ces déjeuners ? Pour Ericférino (surtout prisés pour les petits-déjeuners) ont des noms qui vous Mandonnet, c’est un moment où on pourra prendre le temps : « On estévitent de demander où ils se trouvent. Au Père Claude (apprécié de là pour deux heures, il y a moins de coups de fil, on a les moyens de ne pasJacques Chirac pour sa tête de veau), au Bistrot de Paris, rue de l’Univer- aller droit au but… » Et des réponses anodines en disent parfois long.sité, Chez Françoise aux Invalides, l’entrée d’un visage politique ne pro- C’est à un groupe de déj’ que Brice Hortefeux, interrogé sur ce qui em-voquera pas de torticolis chez les convives. Sous prétexte de vouloir être pêche une alliance avec Marine Le Pen, répond : « L’euro. Elle veut en« un peu au calme », on s’installe à une table à l’écart. Chez Tante Mar- sortir… » – sans un mot sur l’immigration. Les journalistes déjeunentguerite, où Ségolène Royal déjeunait avec la presse à l’étage, le groupe donc pour comprendre les manœuvres, l’état d’esprit d’un état-majorde Catherine Nay s’installe dans la petite salle à manger. Du bar-tabac de politique. Face à un groupe de déj’, François Hollande détaille commentl’Assemblée au Café de l’Alma, on briefe et complote dans les étages. il veut incarner l’espoir quand Nicolas Sarkozy va jouer sur la peur. On écoute les gens d’un même camp parler les uns des autres. « Tu sens lesQuand arrive le menu, les journalistes de radio qui se sont levés à 4 heures gens qui ne s’aiment pas, les points de crispation. » « C’est lors d’un déj’du matin et en sont à leur troisième repas n’ont pas encore faim. « On que j’ai compris comment Hollande avait reculé sur le quotient familial »,fait entrée-plat ou plat-dessert ? » Penser pratique. Personne ne prend les résume un journaliste. C’est à table que l’on découvre des personnalités,langoustines, ça ne laisse pas de place pour le stylo. Les invités sont qu’on s’aperçoit que Nathalie Kosciusko-Morizet, malgré son image deraisonnables, en général. On rigole encore du politique qui s’était com- harpiste botticellienne, jure comme un charretier.mandé un plateau de fruits de mer. « Il était venu bouffer sur le compte de Parfois, la conversation dévie. Un groupe attablé avec Benoît Hamonnos rédactions… » Quant à celui qui a commandé une bouteille à 90 eu- s’embarque dans une grande discussion sur le sommeil des enfants. Onros, qu’il sache que, des années après, Alba Ventura, de RTL, ne l’a pas n’en tire rien, sinon des liens. Mélange des genres. « La chose est mal vueoublié. Aujourd’hui, on commande plus souvent des bouteilles d’eau par une partie de ma profession qui pense que, pour bien connaître la classe– « une plate et une gazeuse ». L’amour de la bonne chère façon IVe Ré- politique, il vaut mieux ne pas la fréquenter », raille Franz-Olivier Giesbertpublique est un peu passé. « S’ils prennent un verre de vin, on les accom- dans son livre M. Le Président (Flammarion, avril 2011, 285 p., 19 €), avantpagne. Ça ne nuit pas au fait qu’ils se lâchent un peu… », confie tout de de détailler la taille de la truffe qu’il va servir à Nicolas Sarkozy.même un journaliste.« Alors, comment vous sentez les choses ? » C’est souvent l’invité qui pose déjeuner n’est pas dîner, répète-t-on face aux soupçons de connivence. Onles premières questions. Il flatte un peu les journalistes, glisse quelques est là sur son temps de travail, pas dans l’abandon d’une soirée. « Enremarques pour montrer qu’il est au fait de la vie des rédactions. « Mélen- groupe et sous l’œil des confrères, ça apporte le minimum de convivialité enchon n’a pas arrêté de nous passer la brosse à reluire… Il nous a dit que protégeant de la complicité », assure Thomas Legrand, éditorialiste poli-journaliste était un métier formidable, qu’il nous enviait ! », se souvient tique à France Inter. On trace une dernière ligne blanche avec les cartesAlexandra Ackoun. On en arrive ainsi à l’actualité. Les carnets sont de bleues quand arrive le rituel de l’addition, que l’invité peut proposer desortie, ils font moins peur que les micros, bannis. C’est clair, on est quand partager, sachant qu’il ne paiera pas.même là pour ça. Mais il y a des élus, moins habitués, qu’il ne faudrait pas A Odéon, devant le resto Les Editeurs, un groupe piétine après un dé-effrayer. « L’un plonge délicatement sa main dans la poche de son costume jeuner avec Pierre Moscovici. Un débriefing s’improvise sur le trottoir.pour récupérer son carnet, l’autre tente d’étouffer le bruit du bouchon de son « Qu’est-ce que tu en as pensé ? » Petit vertige de l’après-off. Si une infor-feutre pour commencer à noter. Ne pas effrayer l’orateur, ne pas le couper mation nouvelle a sauté aux yeux de tous, on se met d’accord. On ouvrealors qu’il se révèle », écrit sur son blog Caroline Roux, de Canal+. les cahiers pour comparer ses notes. « On ne se fait aucun mauvais coup« Quand la discussion devient intéressante, explique-t-elle, l’invité dira entre nous, l’ancienneté permet la confiance », note Eric Mandonnet, de“Bien entendu, tout ça c’est entre nous”. Les journalistes politiques répon- L’Express, dont le groupe de déj’ a déjà plus d’une dizaine d’années.dront en chœur “Bien entendu”, et expliqueront que les carnets sont là parce « De toute façon, il est rare qu’une info mérite qu’on se déchire. » La conclu-qu’ils n’ont pas de mémoire. » Bien entendu, tout cela sera utilisé. « Ce sion est tirée par un journaliste d’un hebdomadaire : « Plus tu avances,que signifie “entre nous”, c’est : vous pouvez l’utiliser, mais ne dites pas que plus tu sais qu’il n’y a rien à en tirer, mais plus tu es obligé d’en faire. »c’est moi. Quand ils ne veulent vraiment pas être identifiés, ils insistent :“Ça, c’est triple off!” » Ou, à l’inverse, ils revendiquent une petite phrase.Tel Brice Hortefeux, invité à déjeuner à l’étage du bar-tabac de l’Assem-blée, qui accuse le candidat socialiste de volte-face: « Le truc de Hollande,c’est la pirouette, lance-t-il. Et pirouette-cacahuète, cela ne marche pas. »Avant d’ajouter, fièrement: « Celle-là, vous pouvez la citer. »Tout est dans la frontière subtile entre le on et le off, les propos assumésou non, un flou entretenu que personne ne gagnerait à éclaircir. Certainsse croient obligés d’appeler après le rendez-vous pour savoir ce qu’ilspeuvent utiliser. « Je n’ai pas le souvenir d’un truc que j’ai voulu «En groupe“dé-offer” et qu’on m’ait dit non », assure Julien Martin, de l’Obs. Oui,dans ce monde-là, « dé-offer » est devenu un verbe et « dé-offable » un et sous l’œiladjectif. Il arrive que quelqu’un brise le tabou du off, mais cela se produitplus souvent dans les déjeuners de groupe (comme début janvier, quandFrançois Hollande a parlé de « sale mec » à propos de Nicolas Sarkozy) des confrères,que dans les groupes de déj’, qui ont l’habitude de travailler ensemble.Mais quelle est la valeur de ce qui s’est dit ? « Les politiques te confient ça protège de la complicité »rarement des trucs qu’ils ne veulent pas dire », résume Hélène Jouan.Imaginer qu’ils vont se laisser aller? « Il faudrait que l’invité ait des pro-blèmes de mémoire pour oublier qu’il est face à quatre journalistes »,résume Eric Mandonnet, de L’Express. Personne n’attend de se voir Thomas Legrand (France Inter)confier un gros scoop au dessert. « S’ils en ont un, ils savent par 65
  • 52. François Verdoux et Arnaud Hofmarcher, les fondateurs de Sonatine.66
  • 53. le magazine.Sonatine voitclair dans le noir.Pas de Mary Higgins Clark ni d’Harlan Cobendans le catalogue de cette petite maisond’édition, mais des pépites du polar dénichéespar un duo au flair digne des plus grandsenquêteurs de la littérature noire. Créée il y a àpeine quatre ans, Sonatine multiplie les succès,tant publics que critiques. Par BastienBonnefous/Photos Nicolas GuiraudIen somme. nutile de chercher leur plaque dans saint-germain-des-prés. Ils ont choisi de s’exiler du côté de la porte Maillot, dans un hôtel particulier appartenant à une société de conseil financier coincé entre le Palais des Sports et le périphé- rique. Pour le Paris intello et les fantômes tutélaires des lettres françaises, on repassera… C’est ici, dans deux pièces toutes blanches envahies de livres et de manuscrits, que s’opère depuis cinq ans le miracle Sonatine. Un mi- racle qui combine tirages de best-sellers et romans noirs de qualité. L’anti-Mary Higgins Clark ou Harlan Coben,En à peine une soixantaine de titres, la maison au nom tiré du chef-d’œuvre de Takeshi Kitano est devenue incontournable dans le mondedu polar: R. J. Ellory, Shane Stevens, Jesse Kellerman, S. J. Watson… onne compte plus les pépites dénichées par Sonatine et leurs dizaines demilliers de livres vendus. Sans auteur locomotive au départ et alors queles tables des libraires dégueulent de collections noires, Sonatine a réussià créer une marque de fabrique, avec ses couvertures ultravisuelles à rabatet ses romans à nuits blanches garanties. Désormais, les lecteurs, fidèles, cancre – «un bac merveilleusement raté » – n’apprécie guère. Il se souvient encore d’un « déjeuner surréaliste » avec le gratin des éditeurs pendant lequel il n’a « pas entendu une seule fois prononcé le mot “livre” ou “lecteur”, ça ne causait que marketing ou droits numériques, c’était fascinant de niaise- rie ». De quoi se faire encore des amis… à l’origine, rien ne prédisposait ces deux-là à faire fortune dans le thriller. Au début des années 2000, François Verdoux croise Arnaud Hofmarcher aux Editions du Cherche-Midi. Le premier est alors chargé des droits audiovisuels de l’éditeur; le second, après avoir développé la collection d’humour grand public des « Pensées » (de Coluche, de Philippe Bou- vard ou de Michel Galabru notamment), vient d’y lancer, avec l’éditeur Claro, « Lot 49 », laboratoire de littérature étrangère pointue qui publiera, entre autres, Richard Powers et William Vollmann. Coup de foudre ami- cal. A l’époque, François Verdoux s’ennuie. L’ancien prof de tennis pour comités d’entreprise – « un boulot de jeunesse sans aucun intérêt », rigole- t-il – travaille depuis une quinzaine d’années dans le cinéma grâce à un coup de main du producteur Alain Sarde, un « copain de raquette ». As- sistant de production sur plusieurs films, il lui est même arrivé de faires’enquièrent du « dernier Sonatine » paru et, sur les foires du livre de l’acteur pour rendre service – « le type qui joue au tennis pendant troisFrancfort ou de Londres, les autres éditeurs français réclament aux agents secondes avec Bernard Blier dans Pétrole! Pétrole! [de Christian Gion],des romans « à la Sonatine ». Ce succès critique et public fulgurant fait c’est moi ! ». Mais le septième art et son « financement pathétique par desdésormais pousser des ailes à la maison, qui lance en ce début d’année chaînes de télévision incultes » ne l’excitent plus.une collection « blanche » (lire page suivante). Une réussite qui ne En 2008, « sans business plan » et avec l’aide d’un mécène, le bibliophilemanque pas également de nourrir les jalousies chez la concurrence, Guy Martinolle – « citez-le, sans lui, on ne serait pas là », nous ordonneraillant, sous couvert d’anonymat, un « éditeur commercial » dont la pro- Verdoux –, qui leur avance 300 000 euros, et de quelques noms amis duduction commencerait à « s’essouffler ». cinéma comme l’agent Dominique Besnehard, le duo décide de créerIl faut dire que François Verdoux et Arnaud Hofmarcher, les deux fonda- Sonatine « pour voir si on en était capables ». A Verdoux, la gestion duteurs, ne font rien comme les autres. « On n’a qu’une seule ligne de conduite: business depuis Paris. A Hofmarcher, lecteur insatiable, surnommépublier ce que l’on aime », expliquent-ils d’une même voix, l’un finissant « Guerlain » par son acolyte pour son flair exceptionnel, la ruée vers lesd’ailleurs souvent la phrase commencée par l’autre. « On ne se dit jamais manuscrits depuis… Saumur, Maine-et-Loire, où vit l’ancien étudiantqu’on doit prendre tel ou tel livre parce qu’il est dans l’air du temps. On aime, en philosophie. Hofmarcher passe d’ailleurs si peu de temps à Parison prend, point, qu’importe si le livre est sorti il y a vingt ans. Et si ça marche, qu’une légende commence rapidement à naître : l’éditeur n’existeraitce n’est que du bonus », décrypte, presque timide, Hofmarcher, quadra au pas et derrière ce pseudo se cacherait un poids lourd du secteur. Lesphysique d’éternel adolescent tendance nounours. « On ne fait partie d’au- deux complices en rient toujours… « Guerlain » a sa méthode. Il traque,cune chapelle, on ne choisit pas un auteur parce qu’il est le beau-frère de la sur les sites Internet américains et dans les librairies à l’étranger, lescousine de la femme de ménage de bidule qui est tout-puissant dans l’édition », romans inconnus non encore traduits ou tombés dans l’oubli. « Ellory,précise Verdoux, grande et belle gueule de quinqua tout droit sorti d’un je l’ai découvert par hasard à Londres, se souvient Arnaud Hofmarcher.film de Sautet. Un coup de patte au petit milieu littéraire que cet ancien Son quatrième roman venait de paraître en Angleterre. Je l’ai lu, adoré •••3 mars 2012 - 67
  • 54. le magazine. Le goût de la « blanche». c’est l’histoire d’un malen- tendu. celui d’une maison d’édition à ce point étiquetée thriller et polar que tout le reste de son catalogue en passe quasiment inaperçu. « De la lit- térature “blanche”, on en fait depuis le départ, mais personne ne s’en rend compte », sourit françois verdoux. en cinq ans, sonatine a publié des livres Parmi ces sur le cinéma (martin scorsese, manuscrits qui s’entassent dans David lynch, Tim burton) ou les bureaux de la musique (phil spector, Keith la porte Maillot richards), des enquêtes (Le occupés par Sonatine, com- Casse du siècle, sur la finance bien bénéficie- américaine, par le journaliste ront du « label » michael lewis) et de formi- Sonatine ? dables romans tout court comme La Religion, de Tim••• et on a tout de suite acheté les droits de ses quatre premiers livres. » De- Willocks. mais qui le saitpuis, l’auteur de Seul le silence (350 000 ventes), dont le nouveau roman, vraiment ? pour déjouer laLes Anges de New York, sort ce mois-ci, est devenu la star de Sonatine et malédiction, l’éditeur a décidépart en vacances avec ses pygmalions français… de « marquer le coup » en lan- çant une collection « blanche »Très viTe, le bouche-à-oreille foncTionne à plein régime, amplifié par l’ac- qui comptera quatre romanscueil enthousiaste des libraires et des critiques dithyrambiques. Au-delà par an. pas vraiment de révolu-du mal, le coup de poing littéraire très noir écrit dans les années 1970 par tion à prévoir : format et charteun certain Shane Stevens, auteur mystère disparu depuis mais vénéré par graphique restent pratiquementJames Ellroy et Thomas Harris, fait un carton (150 000 ventes). Dans la inchangés, comme la ligne.foulée, Sonatine publie Tout est sous contrôle, roman écrit en 1996 par un « On garde le même esprit quedénommé Hugh Laurie. Le livre paraît alors que l’auteur, devenu entre- dans le noir », rassure Arnaudtemps le célèbre « Dr House », est le nouveau roi des séries télé. Jackpot : hofmarcher. D’un côté, desplus de 500 000 exemplaires vendus, le record à ce jour de la maison pour livres jamais traduits, ou alorsun de ses titres les moins littéraires… Verdoux et Hofmarcher rembour- il y a très longtemps, que sona-sent au centime près leurs créanciers et peuvent voir venir. « Aujourd’hui, tine veut faire (re)découvrir. ceon est très très très rentables. D’autant qu’on a peu de frais, à part la location sera le cas avec Homeboy, dedes bureaux et un abonnement taxi pour les auteurs », plaisante François seth morgan, dernier petit amiVerdoux. Des auteurs qui vantent souvent une maison « à taille humaine ». de Janis Joplin et auteur de ce«Ce sont les meilleurs, tout simplement », assène Jacques Expert, qui a signé seul roman sur la contre-culturechez eux en octobre son quatrième roman, Adieu, après trois premiers américaine paru en 1990livres remarqués chez Anne Carrière. « Ils sont la romanée-conti du polar: aux etats-unis, quelques joursune maison avec de petites cuvées mais toujours de grands millésimes », file après sa mort accidentelle.l’amateur de vin et premier auteur français publié par Sonatine. De l’autre, des romans contem-Car malgré le succès, le duo Verdoux-Hofmarcher n’a qu’une obsession: porains « qui se démarquent,ne pas changer une formule qui marche. Pas plus de vingt livres par an, par leur style et leur travail sur« sinon on ne pourrait pas avoir la même exigence éditoriale », explique la langue », précise verdoux.Hofmarcher, quatre salariés en tout et pour tout, eux deux compris, et Dans cette veine, vient de sortirhors de question de « débaucher » des auteurs d’autres maisons – « on ne en février US !, premier romanfait pas à notre prochain ce que, etc. », psalmodie Verdoux. Le couple a de chris bachelder : un road-toujours en travers de la bibliothèque le départ d’un de ses poulains, book déjanté racontant la che-l’Américain Jesse Kellerman, découvert en 2009 avec le formidable Les vauchée d’activistes américainsVisages (400 000 ventes) et passé depuis à la concurrence. « Il voulait qui ont ressuscité le romancier“élargir son public”, va comprendre!, s’en étrangle encore son ancien upton sinclair, mort en 1968éditeur. On n’a même pas pu faire de contre-proposition, alors on a chialé et considéré comme le « Zolapendant deux heures et on s’est vite reconcentrés sur l’avenir. » Et pour eux, américain ». egalement aul’avenir s’appelle Robert Pobi, un inconnu (encore un !), auteur d’un pre- programme, deux romans demier roman, L’Invisible, à paraître en mai, et qu’ils présentent déjà comme chuck palahniuk, l’auteurleur « nouvelle révélation ». « C’est une histoire de serial killer qui revisite du génial Fight Club : un surde manière géniale tous les clichés du genre, explique, gourmand, Arnaud l’industrie du porno (Snuff),Hofmarcher. Un peu comme une purée de pommes de terre, mais qui serait l’autre sur l’enfer (Damnés)…préparée par Robuchon ! » On en salive d’avance. B. Bo.68 - Photos Nicolas Guiraud pour M Le magazine du Monde - 3 mars 2012
  • 55. Design ★ Bronx (Paris). DR. Photo © Bettmann/Corbis.
  • 56. 70
  • 57. le magazine. R enault a RepRis pied suR l’île se- guin. Vingt ans après avoir fermé Combien, cette année ? », fait-il valoir. Prudem- ment, il n’a pour l’heure passé commande que l’usine qui fut son berceau, le d’une seule camionnette, confiée à un chef constructeur a réinvesti les lieux d’équipe qui habite un pavillon. Ce dernier pour y aménager une piste d’es- pourra donc recharger la voiture chaque nuit sais, destinée à ceux qui souhaitent découvrir sa dans son garage. L’autonomie du Kangoo ZE est gamme de véhicules électriques. En ce froid ma- suffisante pour l’usage qui en sera fait et sa tin de février s’organise un ballet de voitures, conduite ne pose pas de difficulté particulière. dont le déplacement ne produit qu’un léger sif- « J’ai quand même prévenu qu’au volant d’une que « le facteur économique n’est pas entré en compte » dans ses motivations d’achat. La Leaf, en effet, est proposée 30 990 euros, prime gou- vernementale de 5 000 euros comprise. Hors de prix, même pour une berline tout confort propo- sant quatre vraies places. Son autonomie, appré- ciable (150 kilomètres mais après une demi-dou- zaine d’heures de recharge), ne suffit pas à faire de la Leaf une voiture à tout faire. « Pour partir flement. Une fois quelques boucles effectuées voiture aussi silencieuse, il faut se méfier des piétons, en vacances, nous avons une seconde auto », précise sur le circuit, la clientèle est accueillie de l’autre notamment des enfants », insiste Jean Nijdam. Yoann Nussbaumer… côté de la Seine, dans le salon « ZE », com- RouleR en électRique est aussi un enjeu d’image. N’en déplaise au souci de rationalité affiché par prendre: « zéro émission ». Bois clair et sofas, le En général, on orne la modeste camionnette les uns et à l’enthousiasme des autres, l’avenir de tout baignant dans un décor bleu, la couleur d’adhésifs et de slogans écolo un peu nouilles, la voiture électrique inspire une certaine per- écolo en langage automobile (le vert est trop pour bien mettre en valeur le « geste pour l’en- plexité. Ce que les chiffres viennent confirmer. chargé de symbolique politique). Autour d’un vironnement » que constitue un tel investisse- En France, les immatriculations de véhicules café, des messieurs un peu engoncés par leur cra- ment. Jean-Manuel Marin, fondateur de L’Ile « zéro émission » ont certes plus que décuplé vate devisent par petits groupes. Ambiance très O’ crêpes, une chaîne de restauration rapide qui – passant de 184 à 2 630 entre 2010 et 2011 –, « pro ». Le futur propriétaire d’une Renault élec- se lance dans la livraison à domicile, fera rouler mais elles représentent à peine plus d’un mil- trique ne vient pas en famille. Les pionniers de ses livreurs à bord d’un Twizy, le drôle de petit lième du marché. En six mois, Nissan France a la voiture ultrapropre gèrent des flottes d’entre- quadricycle électrique que Renault commercia- vendu 92 exemplaires de la Leaf. Renault, dont prise. Ce sont des livreurs, représentants ou ins- lisera le mois prochain: « Lorsqu’on le livre chez le le PDG Carlos Ghosn assure que les véhicules pecteurs qui seront derrière le volant, en atten- client à bord d’un engin comme celui-là, le produit électriques pèseront 10% des ventes totales en dant que les cadres acceptent d’en faire leur n’a plus la même image que si l’on débarquait avec 2020, refuse obstinément d’afficher des objectifs véhicule de fonction. Rien de surprenant: rouler une Mobylette ou un scooter. » précis pour la Zoé ou le Twizy. Hormis les mar- propre n’est pas donné. Une camionnette Kan- Parmi les premiers acquéreurs de voitures élec- chés publics (administrations et entreprises natio- goo électrique est facturée quelque 20 000 euros triques, on finit par trouver une poignée de par- nales se sont engagées à commander 15637 Kan- – prime de l’Etat incluse – pour une autonomie ticuliers. « Je suis mal à l’aise avec le pilotage d’un goo ZE sur quatre ans), la visibilité commerciale d’une petite centaine de kilomètres, alors que la deux-roues et en butte à des difficultés pour passer n’est pas des plus nettes. Olivier Paturet, respon- version diesel vaut 14 800 euros et peut parcourir mon permis de conduire, alors j’ai réservé la version sable de la commercialisation de la Leaf chez plus de 600 kilomètres entre deux pleins. Sans accessible sans permis du Twizy », explique Nissan France, ne dit pas le contraire : « Nous compter la location des batteries de la voiture Maxime Hinglais, 20 ans, qui dit avoir « hâte de avons séduit les plus enthousiastes. Pour faire bascu- (100 euros par mois). Pour la Renault Fluence pouvoir l’utiliser ». Yoann Nussbaumer, 28 ans, ler l’opinion, nous allons faire des efforts, mais il ZE, grosse berline « électrifiée », il en coûte tout s’est lui offert une Leaf, la Nissan tout électrique faudra aussi que se multiplient les bornes de re- compris 20 900 euros nets. Dans quelques se- commercialisée depuis septembre. Une acquisi- charge. » Et que soient pérennisées les – impor- tantes – primes à l’achat, ce qui n’est pas forcé- ment dans l’air du temps budgétaire. M. Tout-le-Monde n’est pas quelques indices suggèRent pouRtant que cer- tains obstacles pourraient être aplanis. De quoi près de rouler propre. faciliter le passage à l’acte et faire décoller les ventes de la voiture électrique, qui pourrait finir par retenir l’attention des 80% d’automobilistes Dans la famille voitures électriques, chacun y va de son qui parcourent moins de 80 kilomètres par jour. modèle. La petite dernière sera d’ailleurs présentée au Salon Ainsi, la Zoé pourrait finalement voir son autono- mie portée de 160 à 200 kilomètres et Nissan de Genève dans quelques jours. Encore chers et peu devrait bientôt baisser – modérément, certes – le autonomes, ces véhicules peinent à trouver leur marché, prix de la Leaf. Le catalogue des modèles « zéro émission », aujourd’hui réduit, promet aussi de séduisant surtout des entreprises en quête d’image. s’élargir, ce qui devrait forcément nourrir la de- Par Jean-Michel Normand / mande. Fait encourageant, même les marques les plus attachées aux mécaniques classiques s’y Illustration Jean-Baptiste Talbourdet mettent. Telle BMW, qui commercialisera fin maines, on attend la Zoé, qui sera dévoilée le tion projetée de longue date par ce développeur 2013 la i3, sa première voiture 100% électrique.Jean-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde 8 mars au Salon de l’automobile de Genève. Pro- de sites Internet, qui se dit « passionné par l’au- Depuis juillet, un décret établit un droit à l’ins- duit à Flins, ce modèle, destiné à M. Tout-le- tomobile, les nouvelles technologies et les questions tallation de prises électriques dans les parkings Monde, sera vendu au prix d’une Clio (autour de d’environnement ». « C’est la voiture électrique la des logements et bâtiments neufs. La mise en 18 000 euros), location des batteries en sus. plus aboutie. Avec mon iPhone, je peux même pro- route d’Autolib, malgré ses déboires, va égale- Jean Nijdam, responsable de la flotte de véhi- grammer la climatisation pendant qu’elle est en ment faire découvrir à des milliers de conduc- cules de la société de nettoyage Lustranet, a fait charge. En plus, c’est un vrai plaisir de la conduire, teurs la conduite d’une électrique. A moyen ses comptes. Le Kangoo électrique dont il est et je n’ai besoin de la recharger que tous les deux terme, certains facteurs extérieurs pourraient venu prendre livraison ce matin lui impose un jours. » Le jeune homme,qui traverse Strasbourg aussi faire le lit des véhicules propres. Comme surcoût de 25% à l’achat, mais il estime pouvoir chaque jour pour se rendre à son bureau, raconte la montée en régime des plans d’amélioration amortir cette dépense en deux ans. « L’an der- avoir rencontré bien des difficultés pour obtenir de la qualité de l’air en ville, qui pourrait aboutir nier, la hausse du gazole a représenté un budget l’autorisation de tirer une ligne électrique jusqu’à à écarter des centres urbains une bonne partie supplémentaire de 50 000 euros pour l’entreprise. la place de parking de son immeuble. Et admet des voitures à moteur classique. 3 mars 2012 - 71
  • 58. Le festivals’achève avecle concours debeauté. Lesoiseaux, mas-qués, sont placéssur des perchoirsen marbre, appe-lés « blocs ».72
  • 59. Le magazine. L’autre Mondial du Qatar. Vu de l’Hexagone, on pourrait croire que l’émirat, propriétaire du PSG et organisateur de la Coupe du monde en 2022, ne jure que par le ballon rond. C’est méconnaître la passion ancestrale des Qataris pour la fauconnerie. En plein désert, son festival international attire les foules et les plus beaux spécimens. Par Benjamin Barthe/ Photos Marthe Amanda Vannebo3 mars 2012 - 73
  • 60. D ésert du Qatar, début février. Une tempête de sable gris jaune aplatit l’horizon. Une co- lonne de 4× 4 climatisés dévore l’étendue désolée. Après une demi-heure de bosses et de bourrasques, la silhouette d’un immense chapiteau blanc apparaît. Puis des tentes, des rangées de projecteurs et d’immenses écrans de télévision. C’est le site du 3e Festival in-ternational de fauconnerie du Qatar. Un village de toile ultramodernedans un paysage quasi lunaire. Des centaines de spécialistes de la disci-pline sont présents, appâtés par les Toyota Land Cruiser et les chèques àsix chiffres promis aux vainqueurs. Au programme : chasse au vol, pour-suite sur leurre mécanique, course de lévriers et puis le clou du festival,le concours de beauté pour faucons. « On trouve ici quelques-uns des oi-seaux les plus chers de la planète, prévient Abdelaziz Nasser, un colosse Voilà donc l’autre « Mondial » du Qatar, cet émirat à l’opulence tapa- geuse, qui est accusé de « racheter » les capitales du Vieux Continent et qui a décroché à la stupéfaction générale l’organisation de la Coupe du monde de football de 2022. Un « Mondial » sans carton rouge, sans mascotte et sans canettes de bière, mais nimbé de la même mystique que celle qui entoure le ballon rond. Car, si la fauconnerie est un sport de niche dans les pays occidentaux, exercé par une poignée de gentle- men-farmers un peu excentriques, dans le golfe Arabo-Persique cette pratique ancestrale est comme une seconde religion. Vénéré pour sa majesté, son regard perçant et ses piqués foudroyants, le faucon confère à son maître une étoffe aristocratique, prisée tant par l’élite des pétro- monarchies du Golfe que par les classes moyennes, en quête de distinc- tion sociale. « Je traite mon faucon comme mon enfant, dit Hmaidi Al- Enazi, un sergent à la retraite de la garde nationale saoudienne. C’est un signe de noblesse. »barbu, qui a plusieurs bêtes en compétition. Les prix peuvent monter La chasse au vol s’est répandue dans la péninsule Arabique, il y a plu-jusqu’à 500 000 riyals (100 000 euros). Ce festival, c’est comme le cham- sieurs milliers d’années, par l’entremise de tribus bédouines venuespionnat du monde de fauconnerie. » d’Iran. Moyen de subsistance essentiel dans les zones arides, cette pra-74
  • 61. Vénéré pour Le magazine. sa majesté, son regard perçant et ses piqués foudroyants, le faucon confère à Des propriétaires attendent d’enre- son maître gistrer leurs vola- tiles grâce à une puce placée sous le plumage. une étoffe aristocra- tique. Les faucons participant au festival peuvent valoir jusqu’à 100 000 euros. tique s’est perpétuée en dépit de la sédentarisation des populations. nagée sous une tente bédouine. Figés dans leur dishdasha, la tunique « Pendant l’hiver, nos grands-parents allaient vivre dans le désert, raconte blanche des Arabes de la péninsule, le collier de barbe finement taillé, Hamed Al-Jameela, un Qatari. Le faucon leur permettait d’attraper des ils ont le port altier et le regard fixe, comme par mimétisme avec l’oiseau lapins ou bien des outardes houbara [un échassier qui est la proie préféréecramponné à leur gant. A tour de rôle, ils se lèvent et enregistrent leur des rapaces]. C’est ainsi qu’ils parvenaient à nourrir leur famille. Mais volatile au concours de beauté. Grâce à un stylet électronique, qui dé- pour nous aujourd’hui, qui vivons toute l’année à Doha, la fauconnerie est tecte la puce greffée sous le plumage de l’animal, le jury connaît aussitôt un simple hobby. » son âge et le nom de son maître. Les prédateurs les plus précieux sontPhotos Marthe Amanda Vannebo pour Le Monde aussi équipés d’un transmetteur, qui permet de les suivre jusqu’à trente Les adeptes Les pLus fortunés se fournissent auprès de chasseurs venus kilomètres à la ronde. « Il y a quelques années, j’ai perdu un faucon qui d’Iran, du Kazakhstan ou de Mongolie, des pays de steppes où vivent les n’était pas suffisamment entraîné à revenir, dit Moubarak Al-Boenin, un plus beaux spécimens. Les autres se contentent du marché de Doha ou concurrent saoudien. Après un mois, un pêcheur l’a récupéré sur une petite de ceux d’Arabie saoudite. Signe du mariage des vieilles traditions et de île, au large du Qatar. Il l’a amené à un vétérinaire et grâce à la puce élec- la technologie la plus avancée, la capitale qatarie abrite un hôpital pour tronique, ils ont réussi à me contacter. » faucons et un incubateur à fauconneaux. « A chacun ses lubies, résume Après enregistrement, les faucons sont conduits sous le chapiteau blanc Abdelaziz Nasser, un ancien pilote d’hélicoptère de l’armée qatarie, for- où se déroule le concours. La moquette bleu pétrole est moelleuse mé à Marseille. En Europe, vous vous ruinez pour des peintures. Au Qa- comme un tapis de mousse et les gradins aussi vastes que dans une halle tar, on met des fortunes dans des oiseaux. » des sports. Les faucons sont déposés sur de petits perchoirs en marbre Des fauconniers sont assis l’un à côté de l’autre sur une banquette amé- recouverts d’un tapis de gazon synthétique – un « bloc » dans le ••• 3 mars 2012 - 75
  • 62. Pendant leconcours debeauté, lesfaucons sontsurtout jugéssur leur plu- Dans unmage, qui doitêtre le plusblanc et soyeux pays com-possible(à droite).Le public est posé à 85 %venu en familleassister auxépreuves de d’expatriés,chasse aupigeon(ci-dessous). la promotion du folklore autochtone est une nécessité politique.••• jargon de la fauconnerie. Pour éviter qu’ils ne s’envolent, leur tête « un chaperon orné d’une pierre Swarovski ». Il montre également sesest couverte d’un chaperon, petit masque de cuir. La tribune du jury est« chaperons fantaisie », peints aux couleurs du Qatar et des Emirats, ouaménagée en surplomb, juste en dessous d’un écran géant relié à une bien version « camouflage ». « Ce n’est pas un grand succès », admet-il, avant d’aller faire la queue à la cafétéria de fortune, tenue par des cuisi-batterie d’ordinateurs, où seront affichées les notes obtenues par chaqueconcurrent. « On note sur 320 points », explique le juge Salah Al-Kuwari, nières népalaises.58 ans. « Chaque partie du corps de l’oiseau est prise en considération. Le Dans un préfabriqué voisin, le déjeuner des VIP s’achève. Al-Gannas,plus important, c’est le plumage. Plus il est blanc et soyeux, mieux c’est. Mais l’association de fauconnerie qatarie, a invité le gratin de l’IAF, Associa-on évalue aussi le cou, le bec, le dégradé de la nuque, le regard, et la taille des tion internationale de la fauconnerie et de protection des oiseaux depattes. Et puis aussi le ventre, il faut qu’il soit dodu », ajoute-t-il en dési- proie. Il y a son président, l’Américain Franck Bond, en jean, bottes degnant une photo de faucon de trois mètres de haut, qui tapisse tous les cuir et Stetson ; un Tchèque, habillé d’un costume vert pomme qu’onflancs du chapiteau : « C’est le lauréat de l’année passée. » dirait tout droit sorti d’un conte tyrolien, et un Ouzbek coiffé d’un drôle de tricorne couleur crème. Tous semblent complètement sidérés par laLa grand-messe a sa zone commerciaLe. Une rangée de kiosques en bois, maestria de leur hôte. « Nous n’avons pas toutes ces compétitions en Oc-où l’on vend du matériel de fauconnerie. Un marchand français, Man- cident, reconnaissait la veille Franck Bond, dans une conférence de pressefred Maugasc, a fait le voyage jusqu’à Doha. En veste de lin blanc, les organisée au siège d’Al-Gannas. Cette relation symbiotique entre l’homme,Ray-Ban remontées sur le front, il fait la promo de son produit-phare, le lévrier et le faucon, on ne la trouve que dans cette région. »76
  • 63. le magazine. Le faucon vainqueur de l’épreuve de chasse permet à son maître de repartir avec un Land Cruiser. Les autorités du Qatar veillent sur ce patrimoine avec un soin maniaque. rendu compte que leurs enfants, qui sont élevés par des nounous étrangères C’est d’ailleurs Joaan, l’un des fils de l’émir Hamad Ben Khalifa Al-Thani, qui leur parlent anglais, avaient un mauvais niveau d’arabe, poursuit qui patronne l’événement. Dans un pays dont la population est composée l’expatrié. Ils prennent leurs distances avec le modèle anglo-saxon. » à 85 % d’expatriés –Pakistanais, Philippins ou Indiens qui sont policiers, chauffeurs de taxi ou caissiers de supermarchés– la promotion du folklore Soudain, deS criS de joie retentiSSent danS leS tribuneS. Un faucon vientPhotos Marthe Amanda Vannebo pour Le Monde autochtone et sa mise en scène à grands renforts de campagne de com- d’attraper un pigeon en plein vol. Spectaculaire, la scène réveille un public munication sont une nécessité politique. D’autant que la perspective frigorifié, qui s’escrime depuis deux heures à suivre les évolutions des d’accueillir le Mondial 2022, avec son cortège de supporteurs éméchés, faucons, souvent brouillées par le vent du désert. « Mash’Allah, Mash’Al- inquiète une bonne partie de la population, souvent plus conservatrice lah » (expression religieuse, que l’on peut traduire par « fantastique »), que la famille dirigeante. « Beaucoup de gens ne sont pas rassurés par la s’égosille le speaker.Le propriétaire de l’heureux rapace balance son turban direction que prend leur pays, explique un entrepreneur étranger installé en l’air.Il est sacré vainqueur de l’épreuve et rentrera chez lui au volant d’un à Doha. Ils ont tendance à vouloir se protéger et à se replier sur leurs ra- Land Cruiser. « J’ai entraîné mon oiseau pendant un mois, dit-il. Mais c’est cines. C’est naturel. » Outre les très consensuels festivals de chevaux ou Dieu qui m’a aidé. » La nuit tombe sur la course de lévriers. Les spectateurs de dhows (les boutres du golfe Arabo-Persique), les actions de défense convergent vers le chapiteau, pour l’ultime épreuve, le concours de beauté. de l’identité qatarie comprennent la décision d’arabiser tous les ensei- Les caméras qui retransmettent l’événement en direct sont en place.L ’élec- gnements à l’Université du Qatar à Doha, dès la rentrée 2012. « Ils se sont tion de Mister Faucon peut commencer. 3 mars 2012 - 77
  • 64. Alber Elbaz, le singulier de la mode.Dans cet univers uniformisé et secret,il détonne par son franc-parler et sasilhouette en rondeurs. En dix ans àla tête de Lanvin, il a fait de cette maisoncentenaire l’une des plus importantesdu secteur du luxe. C’est cette histoirede travail, de spectacles et d’amitiésqu’il raconte dans un livre-objet.Par Marie-Pierre LannelongueV ous m’avez énervé tout à l’heure »… ne le laissent imaginer. « Je veux travailler avec des gens que j’aime et faire des choses que C’est ainsi qu’Alber j’adore » : voilà le programme! Les histoires de Elbaz, le directeur mode qu’il raconte ont précisément une allure artistique de la mai- différente de celles des concurrents français ou son Lanvin, conclut italiens qui partagent, avec Lanvin, le trottoir l’entretien qu’il de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris.donne pour parler du livre (ou plutôt de l’objet) Ici, point de sacs rutilants – ces fameux it-bagsimaginé avec l’éditeur Steidl à l’occasion de ses pièges à chiffre d’affaires – que des créaturesdix ans à la tête de la griffe. Un label dont il a fait aux corps photoshopés brandissent dans lesl’un des plus importants du secteur du luxe. images publicitaires. Comme un chiffon rougeLoin derrière les mastodontes Vuitton ou Cha- destiné à attirer les riches clientes.nel, certes, mais suffisamment performant pour Au lieu de cela, des filles et des garçons (man- Un humour revendiqué. Une certaine pudeur dans la façon de montrer le corps. Un vocabu- laire du vêtement où la suggestion remplace les recettes du sexy si souvent appliquées ailleurs. Une poésie dans la mise en scène des défilés dont l’émotion semble être la seule feuille de route. Une succession, année après année, de robes de soie ou de satin qui effleurent plus qu’elles ne révèlent. Et au final, vingt saisons souvent acclamées par une presse extatique, toujours un peu les mêmes mais toujours à part du reste de la meute. Différentes… On tourne autour du mot dans une tentative de lui faireque le nombre de boutiques ait été multiplié, nequins tout de même) qui improvisent une théoriser son altérité à la façon d’un manifeste.que les lignes se développent (homme, femme, chorégraphie hilarante dans un petit film réali- Mais il se dérobe encore. Jusqu’à s’agacer. Et leenfant, mariage, etc.) et que le nom d’Elbaz soit sé, comme la campagne pour l’hiver 2012, par dire. Ce qui est une façon de signifier sa singu-évoqué à propos de la succession de tel ou tel le photographe Steven Meisel. Les sacs, les larité dans ce milieu si policé, où la flagorneriedans une grande maison. chaussures, les bijoux, les robes sont là et Elbaz de surface cache des concours de langue de vi-Mais tout cela l’énerve. Il ne veut pas parler du aussi, qui apparaît au final, jouant une fois de pères. Où peu de choses, finalement, se disent.système de la mode, il n’aime pas se comparer plus de l’autodérision pour mettre en scène sa « Je sais que ce n’est pas bien vu de le dire maisaux autres. « Je dis ce que je veux faire. Je ne suis silhouette ronde et bondissante, si peu fré- j’aime les gens de la mode. Notre milieu n’est paspas un idéologue ou un homme politique que l’on quente dans un monde où il ne s’agit pas sim- moins intéressant que celui de la danse ou du ci-vient chercher sur ses promesses », explique-t-il plement de maigrir, mais de « s’assécher ». Ce néma : il est composé du même lot de gens hysté-avec un léger agacement. Il déteste qu’on le clip a fait un tabac sur YouTube et a amusé la riques et passionnés. Et il n’y a pas tant de rivalité.force à quitter le chemin qu’il a tracé avec plus Toile bien au-delà des gens qui ont les moyens Nous nous comprenons car nous partageons lade détermination que ses manières bonhommes de s’offrir du Lanvin. même vie. Au moment des collections, nous •••78
  • 65. Angelo Pennetta/TrunkArchive3 mars 2012- 79 Le magazine.
  • 66. 2 « Avec ce livre, je ne voulais pas une rétrospective parce qu’on dresse un bilan quand on se retire. Je voulais un reality-show, 1 le show de la réalité de ces modélistes, de ces tailleurs, de ces stylistes qui viennent tous les jours en métro réaliser des robes si chères. » 4 3 5 1, 4, 5. Le 5 octobre 6 2008, Alber Elbaz présente la collection Lanvin durant la Fashion Week de Paris. 2. Le 1er octobre 2010, durant le défilé Lanvin de prêt-à-porter printemps-été 2011. 3. A New York, le 18 novembre 2010, le créateur prépare le défilé Lanvin pour H&M. 6. Le 4 mars 2011, à Paris, les modèles portent la collection automne-hiver 2012.80
  • 67. Le magazine. Mais il y a beaucoup plus d’images que de mots dans le livre de ces dix ans chez Lanvin. Un peu plus en réalité, puisqu’il a signé le 12 sep- tembre 2001, appelé par Mme Shaw-Lan Wang, la propriétaire taïwanaise de la maison. « Je suis arrivé en pensant que c’était la fin du monde. Le premier jour, c’était un dimanche, je me ••• sommes un petit groupe à nous donner des suis enfermé dans les archives pour voir les robes signes de soutien. Karl Lagerfeld envoie des fleurs, de Jeanne Lanvin, certaines datant des années Stella McCartney des ballons, moi, des 1910, l’époque où elle régnait sur la mode. Je me macarons. » suis dit que si j’avais été une femme mince, j’aurais Alber Elbaz, donc, entend qu’on le laisse dérou- aimé porter ça », dit-il. ler son personnage de rondouillard élégant et La couverture de l’ouvrage est recouverte du rêveur, foulard de soie autour du cou et pieds nus gros-grain qui rappelle les « tics » stylistiques de dans des derbys de cuir. Il n’a pas de coach, de la maison (avec les rubans et le zip apparent, re- tatouage et de muscles huilés. Il aime manger. pris partout), dessinant Trop. Dans ses kilos, il y a aussi le poids du doute une couture moderne et de l’anxiété qui ne l’ont jamais quitté. « Sans et confortable. Poé- cela, on ne fait rien », dit-il. Il n’avoue qu’une ja- lousie: « Les gens plus minces. » Il raconte d’une tique pour les innom- brables fans ; chichi- Il s’empare volontiers d’un voix douce et traînante, à la fois cotonneuse et teuse pour les légèrement inquiète. Il faut l’entendre murmu- quelques-uns qu’elle rer « je suis Alber. Alber de chez Lanvin ». Tout laisse froids. Dans le concourt à faire fondre l’interlocuteur. Mais l’œil derrière les lunettes cerclées de noir, version mo- livre, il y a aussi des pages blanches car carnet de dessins mais c’est aussi un derne de celles d’Aristote Onassis, se révèle vite c’est par elles que tout vif et scrutateur. Intelligent. Redoutablement. commence. Et des di- Certains disent qu’il est un faux gentil. Lui, sans zaines de photos qui qu’on lui pose la question, prévient: « Je suis exi- geant avec moi. Donc exigeant avec les autres. » disent le travail, de la collection d’hiver en homme de mots, qu’il délivre dans Pourtant l’équipe qu’il a formée est restée stable l’occurrence: les mainsBenjamin Lowy/Getty Images. Eric Ryan Getty Images. Jamie McCarthy/Getty Images/AFP. Benjamin Lowy/Getty Images x 2. Philippe Leroux/Sipa depuis les débuts, « malgré les chasseurs de tête qui des dames ou des mes- rôdent ». « On ne m’a pas beaucoup quitté », dit sieurs de l’atelier, les celui qui ne cherche qu’à « être aimé ». Il s’empare volontiers d’un carnet pour redessi- ner les robes d’une collection ancienne mais photocopieuses, les poubelles qui débor- dent de capsules de un français parfait. c’est aussi un homme de mots. Qu’il délivre café… « Je ne voulais dans un impeccable français tout en s’excusant pas une rétrospective parce qu’on dresse un bilan avec des airs de coquette de ses – rares – fautes. quand on se retire, dit-il. Je voulais un reality- « Normal »… il est né à Casablanca, a grandi à show, le show de la réalité de ces modélistes, de ces Tel-Aviv, où il a accompli son service militaire tailleurs, de ces stylistes qui viennent tous les jours avant de faire ses armes à New York au côté du en métro réaliser des robes si chères. Leur prix est à couturier Geoffrey Beene, un monument de la la mesure du travail de recherche et de coupe. Nous bonne société américaine. Quand il est arrivé sommes aussi une des dernières maisons, avec Cha- chez Saint Laurent à la fin des années 1990, nel et Hermès, à fabriquer en France. » Même s’il choisi par Pierre Bergé [actionnaire du Monde] avoue ensuite que certaines broderies sont, pour dessiner le prêt-à-porter alors qu’« Yves » comme souvent, réalisées en Inde. se consacrait à la haute couture, il avait déclaré « Quand le travail est fini, la robe me quitte. vouloir faire des « robes pour que les femmes Mais je reste sa mère. » La mère. Et pas le père. puissent reprendre du dessert ». Depuis, il a Il y tient.Ainsi il se souvient d’un voyage à New commis des centaines de saillies, ce qui le place York. « Nous allions présenter une collection. Les dans la catégorie « créateur qui parle », à mi- vêtements étaient emballés dans des boîtes mais les chemin entre le fiévreux Yves Saint Laurent et formulaires n’étaient pas remplis correctement. le cinglant Karl Lagerfeld. Moins tourmenté Nous voilà bloqués à la douane de l’aéroport que le premier et moins méchant que le second. JFK avec nos soixante boîtes. La responsable ne Un éditeur devrait songer à réunir les meilleures tarde pas à arriver et me demande qui je suis un formules d’Alber Elbaz. Comme celle-ci: « Je peu sèchement. Je lui réponds : “Je suis la mère de suis un genre de médecin. Le médecin prescrit aux toutes ces boîtes.” Elle nous a laissés passer. » femmes du Tylenol [un analgésique]. Moi, je leur Une réaction de maman. La maternité reste son donne une robe rouge. » Ou encore: « J’aime les grand sujet. Quand sa mère adorée est morte, il vieilles, les jeunes, les ridées, les rondes. Pas seu- y a quatre ans, il se souvient avoir fait une col- lement celles qui collectionnent les injections de lection autour du ruban. « C’était le fil, le lien, le Botox et dont la poitrine va d’ici [chez Lanvin, cordon. » Alber Elbaz ne compte plus ses an- au 22, rue du Faubourg-Saint-Honoré] à la nées d’analyse. place Vendôme. » Soit 500 mètres, au bas mot. Lanvin, d’Alber Elbaz, Steidldangin, 688 p., 320 € 3 mars 2012 - 81
  • 68. Dansl’atelierde LucianFreud.Pendant vingt ans, David Dawsonfut l’assistant du peintre décédéen juillet dernier. De ces annéesde fidélité, il a tiré des photogra-phies actuellement exposées àLondres, témoignage artistique ethumain du lien intime qui unissaitl’artiste et ses modèles.Par Emmanuelle Lequeux/Photos David Dawson82 - 3 mars 2012
  • 69. Ria, 2006.
  • 70. le portfolio.I l se dit, dans le london arty, que cer- tains des modèles de Lucian Freud étaient véritablement accros aux longues séances que leur imposait le peintre. Qu’ils y revenaient, mal- gré les souffrances endurées,comme d’autres vers un paradis artificiel. Da-vid Dawson est-il de cette espèce-là ? Assistantde Freud, il lui a souvent servi de modèle au filde leurs vingt années de dialogue. Il dévoileaujourd’hui, dans des photographies actuelle-ment exposées à Londres, toute l’ambiguïté dela relation du peintre à sa proie. attentif au moindre frémissement de pinceau. Les moments secrets de ce lieu que Dawson, photographe « amateur » au sens de « celui qui aime », décrit comme « très, très privé » sont dévoilés ici. Le studio de Notting Hill, dont la porte était « fermée au monde », s’ouvre soudain à notre regard. A commencer par ce fouillis de chiffons beigeasses, avec lesquels Freud net- toyait son pinceau et qui devinrent une des signatures de ses toiles ; mais aussi ces grandes baies vitrées qui laissent passer la lumière dont il aimait recouvrir les peaux ; et surtout son défilé de modèles, que Freud épuisait modèles se laissent aller sur un divan, ou par terre, reprenant les poses des tableaux. Ils se livrent sans fierté au regard cruel du peintre. De la même manière que les autoportraits de l’artiste saisissent particulièrement le regard, ce sont les photographies représentant Freud qui se révèlent ici les plus troublantes. Comme cette image de 2006 qui le montre se rasant, le regard perdu dans le vague : le monstre devient soudain un vieil homme fragile, guère prêt à affronter la mort qui approche. Surtout, il semble préparer sa propre peau au feu du pin- ceau, lui qui, depuis la fin des années 1950,Décédé en juillet 2011, celui que certains consi- littéralement. s’est plu à montrer tous les épidermes comme David Dawson courtesy Hazliit Holland Hibbert Gallerydèrent comme le dernier monstre de la peinture des volcans prêts à exploser.contemporaine aurait-il apprécié que ces pans on voit dans ces images tous ceux à qui il a fait Une autre image est encore plus frappante.d’intimité lui échappent ainsi? Jamais on ne le rendre âme: son acolyte britannique, le peintre Freud y apparaît la nuit, en démiurge affolé.saura. Mais Dawson n’aurait pas trahi son grand David Hockney, qui a l’air presque désemparé, Les pinceaux sont dressés comme une armée,ami qui, au moment de sa mort, était une saisi par l’objectif à côté de la toile représentant la palette aux abois ; le corps de l’artiste, avecénième fois en train de le peindre en compagnie son visage rougeaud. Ou sa gironde modèle ses rides sèches, apparaît lui-même comme unde son lévrier Eli. Cette pose-là dura quatre ans Ria, que l’on découvre ici en plein processus de pinceau, irradiant dans l’obscurité, attrapé enet malgré l’acharnement de Freud à le finir, le travail. Mais aussi la mannequin Kate Moss, plein mouvement. Alors semble se dévoiler leportrait de David et Eli reste inachevé. Et pour- tendrement alitée aux côtés du grand Lucian, secret de Freud : c’est avec tout son corps qu’iltant, tant fut donné de part et d’autre… qui livra d’elle un portrait en raccourci, éton- peignait.C’est cet engagement que révèlent les clichés namment bien en chair. Seule la reine d’Angle- « David Dawson : Working with Lucian Freud », à la Pallantde Dawson : chaque jour, préparer l’atelier terre, autre célèbre victime de ce serial-painter, House Gallery, 9 North Pallant, Chichester. Jusqu’au 20 mai.avant que n’y surgisse le maître, et demeurer reste sur ses gardes. Sur ces clichés, les autres Tél.: 00441-243-77-45-57. www.pallant.org.uk84 - 3 mars 2012
  • 71. Lucian Shaving, 2006.
  • 72. Le portfolio. Lucian Freud and David Hockney, 2002.86 - 3 mars 2012
  • 73. David Dawson courtesy Hazliit Holland Hibbert Gallery Studio Wall, 2006.87
  • 74. Le portfolio.Painters Gardenwith Eli, 2006.88
  • 75. 90 - Le portfolio. 2005. Working at Night,3 mars 2012 David Dawson courtesy Hazliit Holland Hibbert Gallery
  • 76. Lucian and Katein Bed, 2010.
  • 77. © Carole Peyrot www.am-vintage.com
  • 78. LeStyle / Mode / Beauté / Design / Auto / / High-tech / Voyage / Gastronomie / Culture / La caravane de la mode vient de s’installer à Paris, après avoir fait escale à New York, Londres et Milan : au menu,de prêt-à-porter de l’hiver 2013. les collections Cette saison, le rituel des défilés est quelque peu troublé par les allers-retours à la tête des maisons. Et les mille et une rumeurs qui les accompagnent. Jil Sander réintègre donc le label qui porte son nom, remplaçant Raf Simons, dont on dit qu’il pourrait arriver chez Dior. Mais c’est surtout le départ de Stefano Pilati officialisé une semaine avant sa dernière présentation chez YSL et son remplacement probable par Hedi Slimane qui créent l’évenement. Twitter et les réseaux sociaux ont littéralement court-circuité la communication de la maison… La preuve que la mode, comme le reste, se fait aujourd’hui sur Internet. La série de ce numéro spécial, pour l’été qui s’annonce, est pourtant faite de chair, construite autour de la personnalité étrange du mannequin Guinevere Van Seenus et ses quinze ans de carrière. Une fois de plus nous avons fait le choix de mettre en scène une femme plutôt que d’aligner les tendances sur une fille porte-manteau. La mode, c’est aussi une histoire de parti pris. Héloïse Tristan3 mars 2012 - 93
  • 79. Robe en maillede viscose,AlAïA. collantRésille, FAlKE.chaussuRes enveau velouRs,CélINE.
  • 80. Le chic n’a plus d’horaires. La tenue de soirée s’affiche en pleinejournée et le jean joue les révélateurs de féminité. En toutes cir-constances, la femme du xxie siècle revêt les atours d’une vampenvoûtante. Un modus vivendi à la fois excitant et tyrannique.Photos Cédric Buchet/Stylisme Aleksandra Woroniecka
  • 81. Ci-Contre :Brassièrepaillettes etCulotte enlyCra, DOlcE &GABBANA.Collant enrésille, FAlkE.à droite :Chemise endenim, SANDRO.Jean levi’s 501vintage, ChezkiliwAtch.
  • 82. Visière en cuir etmaille, BALEN-CIAGA pAr NICo-LAs GhEsquIèrE.top natté decoton, ChANEL.
  • 83. ci-contre :maillot de bainen Jersey etcaftan en soie,GUCCI.à droite :Veste et Jeanen denim,LEVI’S. tee-shirt,HILFIGER DENIM.
  • 84. Ci-Contre : vesteet Cravateen soie, RALPHLAURENCOLLECTION.à droite :Chemise en soie,MAJE. Culottetaille haute ensatin stretCh,CADOLLE.Chaussures enveau velours,CéLINE.
  • 85. Top en chiffoneT jupe ensablée, PRADA.ceinTure en cuirperforé, ALAïA.chaussures ensaTin, ROBERTCLERGERIE.
  • 86. à droite :chemise en soied’organza,CHRISTIAN DIOR.culottetaille hautePaillettes,CADOLLE.collant enrésille, FALKE.à gauche : Pullen mousseline,VALENTINO.JuPe en coton,BURBERRY.collant résille,FALKE. Bouclesd’oreilles enmétal doré,MOSCHINO.chaussures enveau velours,CéLINE.
  • 87. ci-contre :haut en popelinede soie, CHLOé.à droite : trenchen vinyle pied-de-poule, WEEKEND BY MAXMARA.Bouclesd’oreilles enmétal doré,MOSCHINO.Gants en soieinterlock impri-mée, HERMèS.comBinaison enrésille, REPETTO.culotte, ERèS.chaussures enveau velours,CéLINE.
  • 88. blouson ensatin, BLK DNM.soutien-gorgeen lycra,ANDRÉS SARDÀ.Pantalon ensoie, EMPORIOARMANI.bracelet enmétal et verresoufflé, CHANEL.
  • 89. ci-contre :top et Jupeen natté decoton, CHANEL.gants en soieinterlock impri-mée, HERMèS.à droite :robe en cuir,organza et soie,LOUIS VUITTON.
  • 90. Chemise enCoton, GéRARDDAREL. top enCuir effet vinyleet Ceinture enCuir, le toutCéLINE. Guêpièreen tulle, FIFICHACHNIL. Bas,FALKE. Chaus-sures en veauvelours, CéLINE.Voir coordonnées p.150mannequin :Guinevere vanseenus.mise en Beauté :romy soleimani@ manaGement +artist.Coiffure : DaviDvon Cannonpour @streetersnew york.Coloriste : mau-riCio BermuDez@ ion stuDio nyC.manuCure : meG@ susan priCe.DéCor : philipphaemmerle.assistante réali-sation : alineDe BeauClaire.proDuCtion :nex9 proDuC-tions. remerCie-ments à rio.
  • 91. Quandla modepianote etréseaute.Défilé en streaming, f-commerce,géolocalisation: pas une marque de modequi ne voie dans les réseaux sociauxet les outils d’Internet un moyen d’accroîtrele lien affectif avec ses fans. I love lacoste », écrivent cette Koweïtienne et cette Mexicaine ; « Lacoste ♥ », répond cette Française sur le mur Facebook de la marque, à quelques heures de la diffusion, en streaming et en direct, du défilé automne-hiver 2012-2013. Dans la salle, à New York, plusieurs centaines d’invités triés sur le volet ; devant leur ordinateur, aux quatre coins du monde, 10 000 internautes. S’il y a encore au stagiaire geek, rares sont celles qui s’interro- gent encore aujourd’hui sur l’intérêt d’investir les réseaux sociaux. « Pour animer les six plates- formes sur lesquelles Lacoste est présent, nous avons une équipe de cinq personnes à Paris, ainsi que des antennes aux Etats-Unis, en Corée, au Japon, en Turquie… », explique Laetitia Laplace, directrice adjointe de la publicité et d’Internet. L’historique crocodile n’a pas raté le coche du quelques années les marques déléguaient volon- nouveau millénaire et balade habilement ses tiers l’animation dilettante de leur page Facebook écailles sur Facebook mais également sur Twitter,116
  • 92. le style.YouTube, Flickr ou encore Google+. Un investisse- des détails de défilés, des accessoires, des looksment humain considérable. « Notre force ? Les que l’on peut « repiner », c’est-à-dire ajouter surnombreuses facettes de Lacoste : le lien affectif, le son mur en un seul clic. Une mine lorsque l’on saitcôté luxe, les valeurs sportives… Ces différentes qu’Internet est devenu la deuxième source deproblématiques nous permettent de segmenter confiance des consommateurs (derrière l’avis denos actions digitales », poursuit-elle. Une applica- ses amis, selon une enquête Nielsen).tion Facebook My Croc pour personnaliserl’humeur de son crocodile, une photo exclusive autre outil en vogue : les plates-formes de géolocali-d’un golfeur sur Twitter, une vidéo des coulisses sation comme Foursquare qui permettent auxdu défilé sur YouTube. La stratégie paie : en inscrits d’informer leurs amis qu’ils viennent d’en-septembre 2010, Lacoste compte 1,6 million de trer, par exemple, dans la nouvelle boutiquefans, en février 2012 plus de 8 millions, soit autant Gucci. « Ces outils permettent de contrôler la stra-de potentiels relais d’information. Elle caracole tégie de communication sans passer par la presse.désormais en tête des marques de mode fran- D’autant que les magazines comptent, au mieux,çaises les plus suivies, selon le site Socialbakers. quelques millions de lecteurs alors que les plates-com. « C’est une croissance organique, naturelle. formes peuvent générer plus de 5 millions de fansChaque fan devient un prescripteur de qualité. qui choisissent volontairement d’établir une rela-Notre mission n’est pas de vendre mais d’entrete- tion directe avec la marque », analyse Véroniquenir la considération pour la marque et la faire évo- Valcu, associée de L2, un think tank new-yorkaisluer », assure-t-elle. spécialisé dans l’innovation digitale. Un vecteur de communication qui permet également de aégalement très présent sur le net, l’italien gucci connaître l’opinion des consommateurs en tempschoisi une stratégie différente, misant sur le réel. Mais le retour sur investissement va plus loin :f-commerce (qui utilise les réseaux sociaux L2 a remarqué qu’il existait même une relationcomme canal de vente). Huit plates-formes au positive entre présence digitale et résultats finan-total, dont un magazine baptisé Gucci Style pour ciers. Des outils incontournables donc,iPhone et iPad (déjà téléchargé plus d’un million à manier tout de même avec précaution pouret demi de fois) qui offre la possibilité d’acquérir, diffuser intelligemment le message, animer saen quelques clics, presque tout ce que l’on voit. communauté, créer des passerelles entre plates-« Le digital nous permet d’atteindre un large public formes sans saturer les fans. Car sur Facebook,avec nos plates-formes, qui possèdent toutes s’il suffit d’une fraction de seconde pour aimerun lien pour acheter en ligne, raconte Robert une page, il n’en faut pas plus pour cliquer surTriefus, directeur de la communication monde. « Je n’aime plus ». Vicky ChahinePour nos plus jeunes fans, nous sommes unesource d’inspiration ; pour un public plus âgé, quiconstitue notre clientèle, une source d’informationdivertissante proposant du contenu exclusif surFrida Giannini, notre directrice artistique, lescoulisses de la maison et les dernières éditionslimitées. » Et le compteur s’affole vite sur le Net.Presque 261 000 followers sur Twitter, quelque30 000 en plus rien que pour le mois de janvier.« Les cibles varient selon la plate-forme, chacune aun contenu et un design spécifiques. On utiliseTwitter en temps réel pendant les événements etles défilés, Facebook comme blog et Gucci Stylesur iPad et iPhone comme un magazine. »Lors de la conférence « Mode & Réseauxsociaux », organisée le 7 décembre 2011 par laFédération française du prêt-à-porter féminin,son président, Jean-Pierre Mocho, affirmait que« la communication virale, en multipliant lessources d’information, a modifié considérablementla relation que les marques entretenaient avec lesconsommatrices ». Et les dernières tendancesdans le domaine des réseaux sociaux ouvrent denouvelles pistes d’exploration. Par exemple, laplate-forme Pinterest permet de créer son moodboard, une page sur laquelle les internautesépinglent virtuellement leurs coups de cœur.Burberry, qui incarne sans conteste l’une des plusbelles réussites digitales (déjà récompensée en2010 par le Digital Innovation Award des BritishFashion Awards), propose sur sa page Pinterest3 mars 2012 – Illustrations La Tigre pour M Le magazine du Monde - 117
  • 93. Le style.L’ICÔNeLouise Brooks, femme au carré.« Il n’y a pas de Garbo, il n’y a pas de Dietrich : il n’y a que Louise Brooks », disait HenriLanglois, figure incontournable du septième art. La star du cinéma muet a marquéson époque avec son – toujours inspirant – carré graphique noir corbeau façoncasque, ses traits délicats, son teint de porcelaine et ses fines lèvres foncées. uneicône Art déco à l’allure moderne, qui savait jouer avec les codes de la féminité. V. Ch. Le B.A.-BA… Les boucLes d’oreiLLes. du plissé soleil. En argent, Alessi Domenico, 472 €. Yoox.com Ce pliage de matière bon genre et rétro fait son grand retour sur des jupes pas toujours austères. Voici tout ce qu’il faut savoir pour ne pas rester dans l’ombre. La manchette. Les versions En métal argenté Modèles années 1950 pastel et cristaux Swa- rovski, Philippe chez Prada (photo), version cuir Audibert, 270 €. (psycho-)rigide chez Céline Philippeaudibert. com ou baba rock en mousseline La robe fleurie et rehauts de cuir verni Asymétrique en soie imprimée, chez Roberto Cavalli. Il s’agit Gucci, 2 000 €. d’entretenir un délicieux malen- Net-a-porter.com tendu sur le degré d’innocence de la fille sous le plissé. L’association BCA/Rue des Archives. Gucci. Alessi Domenico. Philippe Audibert. Prada. Diesel Préférer un simple tee-shirt Boutique aux petits hauts vintage redondants. Des souliers Denim de luxe. originaux et/ou design achève- La griffe italienne de jeans Diesel monte en gamme avec de nouvelles boutiques qui présen- ront d’équilibrer l’esprit de tent les collections classiques ainsi que la ligne la silhouette. plus couture Diesel Black Gold, signée par la créatrice Sophia Kokosalaki. Dernier en date, La condition le magasin parisien inauguré le 2 mars dans Une taille marquée, sauf le Marais avec façade d’époque, vitrines en fer pour celles qui ont envie de forgé et grande verrière (photo). V. Ch. ressembler à l’un de ces petits www.diesel.com parasols pour cocktails fluo, ambiance Miami Vice. D. Pa.118 - 3 mars 2012
  • 94. Fétiche A fleur de peau. De plus en plus de marques font appel à des personnalités extérieures pour imaginer une ou plusieurs pièces de leurs collections. Le tanneur a, lui, choisi de s’adresser à la rédac- trice de mode parisienne Marie Lichtenberg. elle a conçu ce modèle qui reprend la forme historique du sac seau resserré par un lien de cuir. Le chèvre velours très doux, la bandoulière tissée agrémentée de pompons et la couleur ocre le rendent à la fois pratique, moderne et un brin ethnique. V. Ch. sac Marie lichtenberg, le tanneur, 480 €. www.letanneur.coMPhoto Philippe Jarrigeon pour M le magazine du Monde 119
  • 95. tendance Bille en tête. Son apparition a révolutionné notre quotidien, au point de nous faire renoncer aux pleins et déliés carac- téristiques de la plume. Rapide et efficace, la bille a démocratisé l’utilisation du stylo. Véritable emblème du xxe siècle, il sait aussi faire le grand écart entre objet ordinaire et pièce précieuse, façon totem. V. Ch. de haut en bas : stylo bille élysée, modèle laque noire, attributs palladium, st dupont, 250 €. tél. : 01-45-61-08-39. stylo bille ingenuity laqué noir et bagues en métal, parker, 160 €. www.stylo-parker.fr stylo bille diabolo décor lignes de chevrons finition palladiée, cartier, 480 €. tél. : 01-42-18-43-83. stylo bille rnX-316 black, caran d’ache, 282 €. www.carandache.com120 photo philippe Jarrigeon pour m le magazine du monde
  • 96. Le style. Impression lunaire avec cette lampe à ampoules fluocompactes de Mathieu Lehanneur. Donner à sentir les ali- ments avant leur dégusta- tion, c’est le principe du Whaf imaginé par David Edwards et Marc Brétillot. Silhouette graphique semblant venir (Néoprène, caoutchouc) – ou électriques contenues dans d’un autre les deux ensemble, au gré de la base de l’objet. L’idée est monde chez Gareth Pugh. contrecollages –, la recherche de consommer autrement, et développement est au cœur surtout quand on sait que l’effet de ce phénomène. Il suffit, pour de satiété passe beaucoup D’où ça sort? s’en convaincre, de jeter un œil à la démarche de R3iLab (Réseau Innovation immatérielle par l’odorat… Ainsi, on mange moins. » On est bien loin des tendances rétro et nostalgiques. La vague futuriste. pour l’industrie). Cette plate- Spécialiste de ces questions, De la mode au design, l’ambiance est forme de savoir-faire et d’idées l’agence Nelly Rodi avait exposait en janvier, lors du prévu ce revirement dans son à la science-fiction, grâce à des maté- Salon Maison & Objet, ses créa- cahier d’inspirations « Yes riaux high-tech venus de l’industrie. tions « Tech & Design » comme Future », arguant du fait que la lampe aux ampoules fluo- les modes trop longtemps R compactes imaginée par maîtrisées par les commerciauxCatwalking.com. Mathieu Lehanneur. Phase One Photography echerche des Gareth Pugh » ou « l’urban-chic Mathieu Lehanneur avec le pour des raisons de rentabilité matières, virtuosité d’Alexander Wang ». Avec Balen- fabricant de parapluies Le brimaient la créativité, et technique, maîtrise ciaga par Nicolas Ghesquière Véritable Cherbourg. David finissaient même par engendrer des formes, le prin- et Thierry Mugler revisité par Edwards et Marc Brétillot, eux, l’ennui. Côté style, chez les temps 2012 regarde Nicola Formichetti, ces griffes commercialisent le Whaf, un leaders d’opinion comme résolument vers le futur », sont les fers de lance d’un style récipient avant-gardiste destiné chez les consommateurs, déclare Maria Luisa Poumaillou aux frontières du réel et de la à faire inhaler les saveurs d’une le désir est là : une envie folle (voir p. 154) pour présenter science-fiction, avec des lignes recette. « Il suffit d’un fond de de regarder au-delà de la l’opération « Visions Couture », innovantes, des découpes laser sauce, de bouillon ou de toute crise et de cesser d’être qui se déroule jusqu’au 24 mars ultranettes, des effets métal- autre recette rendue liquide, uniquement dans une quête au Printemps Haussmann. liques acérés ou miroitants… explique Marc Brétillot. Versé de réassurance pour se La consultante mode du grand Qu’elles utilisent des matières dans le Whaf, il est transformé jeter dans le rêve d’après, magasin parisien y souligne traditionnelles (coton, soie) en nuage de senteurs grâce le futurisme. « l’insolence graphique de ou d’autres bien plus techniques à un système de petites ailettes Catherine Maliszewski 3 mars 2012 - 121
  • 97. Le style. CeCi n’est pas… un crapaud. Ou plutôt ceci ne l’est plus. Avant de passer entre les mains des taxidermistes et des maroquiniers de la maison Kobja, ce crapaud buffle coassait en Océanie. Autrefois importée d’Amérique du Sud pour détruire les coléoptères, la bestiole a mécham- ment muté. Devenue nocive, elle s’est retrouvée sur la liste des créatures à occire. Les défenseurs de l’équilibre écologique ne sont pas les seuls à vouloir sa peau: la créatrice Monika Jarosz a décidé de le recycler en accessoire. Loin du sac en peau de croco, le porte-monnaie Kobja évoque l’antre d’une sorcière ou autre magicienne maniant la crapau- dine. Au Moyen Age, cette pierre fossile censée pro- venir de la tête d’un crapaud servait à détecter les poisons en changeant de couleur au contact d’une substance toxique. En 2012, la chimie et la méde- cine ont supplanté la superstition, mais le crapaud conserve une aura diabolique assez séduisante. La mode qui tend à transformer le laid en beau ne relève-t-elle pas, au fond, de la sorcellerie? D. Pa. POrtE-MOnnAiE CrAPAuD KObJA, 215 €. www.KObJA.COM Kobja122 - 3 mars 2012
  • 98. Est-cE biEn raisonnablE... d’abuser du mot “dandy”? Par Marc Beaugé, illustration Bob London S ur le même modèle que la loi de Godwin – selon laquelle une discus- sion en ligne finit presque toujours par faire référence au nazisme – il serait judicieux de mettre au point un sys- tème permettant de mesurer la propension des uns et des autres à évoquer le dan- dysme. Car, à entendre les conversations, en ce moment, il semblerait que le dan- dysme soit partout, et les dandys légion. Ainsi, le terme se retrouve-t-il régulière- ment accolé à une tripotée de célébrités mâles. Citons, sans souci d’exhaustivité et en restant à l’intérieur de nos frontières, Frédéric Beigbeder, Nicolas Bedos, Thomas Dutronc, Ali Baddou, Michel Denisot, Benjamin Biolay, Jean Dujardin, Edouard Baer, Ariel Wizman ou Guillaume Canet, tous placés sous l’égide du dandy absolu : entre ici, Serge Gainsbourg. De la même façon, le mot « dandy » fait aujourd’hui l’objet, dans la presse, de mul- vrai, il semble que chaque homme puisse Angleterre ou apparaît-il d’abord, à la fin tiples déclinaisons conceptuelles. Outre désormais prétendre à ce statut, dès lors du xviiie siècle, dans la chanson américaine le très usité « dandy cool », dont la réfé- qu’il ne se trimbale pas en permanence vêtu Yankee Doodle?), on sait, depuis que Barbey rence disco fait certainement le piquant, d’un bas de survêtement gris chiné et d’un d’Aurevilly et Baudelaire se sont penchés citons les « dandy bobo », « dandy marcel taché de sauce samouraï. Car, d’un sur la question, que le dandysme est davan- ultime », « dandy rebelle », « dandy pur point de vue stylistique, c’est bien le tage une manière d’être que de paraître. vintage », « dandy raté » ou « dandy seul mérite commun que l’on puisse recon- Ainsi, contrairement à ses imposteurs céleste ». Avant, peut-être, bientôt, un très naître aux personnalités citées plus haut. du moment, le vrai dandy n’est jamais à malin « dandymanché ». Voire un « dan- Mais, au-delà de la dégradation de l’exi- la mode. Il n’aime pas, ne travaille pas, dyarrhée » qui pourrait parfaitement résu- gence vestimentaire qu’elle sous-tend, la ne se montre pas, ne brûle pas de billet de mer un dossier sur l’art de gérer, avec nouvelle acceptation du terme « dandy » 500 francs à la télévision et joue certaine- élégance, ses allers-retours aux toilettes. trahit surtout son effroyable rétrécissement. ment très mal de la guitare manouche. Transformé en gadget éditorial, le terme Car si le doute demeure sur l’origine du mot Autant dire que le vrai dandy est mort et « dandy » n’a donc plus guère de sens et en lui-même (fait-il référence au dandy prat, qu’il doit aujourd’hui se retourner dans certainement plus la moindre valeur. Au une monnaie utilisée au xviie siècle en sa tombe, le pauvre.Illustration Bob London pour M Le magazine du Monde. Judith Leiber accessoires La poupée qui minaude. Version nocturne du sac, cette boîte compartimentée a été imaginée dans les années 1930 par Van cleef and arpels pour contenir les indispensables féminins (le poudrier, le rouge à lèvres, le fume- cigarette…). a l’origine oblongue et plate pour une prise en main facile, elle se prête désormais à toutes les fantaisies. comme chez Judith Leiber, la marque américaine créée en 1963, qui décline la minaudière sous forme de carrousel, de cupcake ou encore de poupée russe en cristal. V. Ch. www.judithleiber.com. 123
  • 99. 1.Le style. La robe dentelée « Cette robe mélange les textures et les reliefs. Une matière qui rappelle le papier bulle, des lignes ajou- rées pour casser l’opacité et des contours dont leen vitrine… point est inspiré des colliers de dents animales. La taille haute est marquée, le bas reste évasé. »La maille détricotée 1 590 €.par Pièce d’anarchive.P our leur première collection, Le sweat scarifié les trois jeunes femmes qui se « Avec un point issu des cachent derrière la nouvelle brocarts traditionnels, marque Pièce d’anarchive ont ce sweat de luxe en maillesavamment revisité les codes de la nous a été inspiré par les 2.maille en s’inspirant des parures de scarifications des tribus afri-tribus africaines. Le minutieux mélange caines lors des cérémonies.de fils et de points, l’impeccable facture Les épaules désarticuléeset la fabrication made in France en font révèlent un coin de peaudéjà des pièces très remarquées. V. Ch. et le décalage sur le col esthttp://piecedanarchive.com devenu une signature de la maison. » 885 €. Le short damier « Ce short illustre bien notre style, à la fois basé sur les archives mais dans une démarche anarchique ! La maille deux fils avec un effet brillant de Lurex a été travaillée selon un damier irrégulier. Nous préférons des couleurs neutres pour atténuer la richesse de la texture et du métissage des 3. points. » 600 €. mOBiLiER Coup de chaud sur le design scandinave. En quelques années, Karim Rashid a su imposer un univers pop et régressif dans le monde souvent austère du mobilier contemporain. A la demande, plutôt Gilles Commaille x3. J&W surprenante, du très sage fabricant danois BoConcept, le designer d’origine égyptienne a (un peu) abandonné son excentricité pour concocter une gamme qui opère la synthèse entre lignes organiques (la chaise Ottawa en forme de feuille) et style années 1970 (suspension en verre blanc et orange ou suspension chromée). Un mariage osé qui permet à la marque de pimenter son image bon teint. M. Go. Chaise Ottawa à partir de 369 €, suspension Ottawa en verre: 649 €, suspension en chrome Ball: 89 €. www.boconcept.fr124 - 3 mars 2012
  • 100. BLEU N – pr AI SH AcouleGHintemps 2012 s urs ne de Sous le sig pr intemps . thème de ce Les coule urs sont le me le denim bleu BLEU, com bleu Des nuances de porcelai ne chinoise à des fleurs de sées et brodées. cobalt mêlé stes matelas ts si que des ve tionnels haulavande ain siques fonc r avec des ba ne collection À combine n durable. U , d ’un desig tes journée s en couleurs passionnan iée lors de ai … photograph du livre de Shangh au marché s! mon univer Découvrez ondatrice Créatrice/F FAVORIS HAUTS EN COULEURS Choisissez votre coloris en lin, en soie ou en coton. Top à partir de 70 € Alors profitez-en immédiatement É www.gudrunsjoden.com SIMPLICIT Numéro vert 0800 73 00 03 DACHAT v os it – recevez Port gratu sans frais. Stockholm | Est. 1976 ez vous ar ticles ch ctation – v ous Dél ai de rétra yer pour essa e 30 jours disposez d ment. tranquille chez vous s articles rapide – vo Livraison es en quelqu chez vous ment. jours seule Gudrun Sjödén Design, 6 rue de la Montagne, 57600 Forbach | order@gudrunsjoden.fr fr ance suède allemagne pays-bas norvège danemark finlande angleterre irlande états-unis
  • 101. La ville est belle La surface accessible. Par Vahram Muratyan Illustration Vahram Muratyan pour M Le magazine du Monde126
  • 102. Le film a fortement inspiré le défilé prin- Le style. temps-été des deux Sur le tournage couturiers italiens. de Ziegfeld Follies, comédie musicale coréalisée par Vincente Minelli en 1946. sous influence un air de broadway. Jambes nues et costumes scintillants: le défilé Dolce & Gabbana célèbre le glamour des comédies musicales américaines. P eu de chose séparent le culte de la ron- Gene Kelly, Cyd Charisse ou encore Esther deur sensuelle à l’italienne de la culture Williams. On y glorifiait une joie de vivre communi- pin-up américaine. Le show printemps- cative à coup de pas de danse, sautillant en duo été 2012 du duo Dolce & Gabbana avec des filles carrossées comme un dessin de illustre idéalement la filiation. Pour clô- Vargas, en beaucoup moins contondant. C’est cet turer d’une pirouette un défilé de beautés rétro esprit d’innocence qu’invoquent les deux Italiens, mûries sous le soleil de Sicile comme les légumes cette féminité éclatante à chair rose que l’on veut imprimés sur les robes, les créateurs ont puisé regarder. Mais pas toucher. Les courbes rebondies dans la mythologie du sex-appeal hollywoodien. incarnent la plénitude d’une société en pleineMGM/The Kobal Collection. Filippo Monteforte/AFP x2 Leur tableau final, comme une photo de classe renaissance, celle de l’après-guerre, une période mannequin, rassemblait les filles en maillots de d’abondance dont la nostalgie se fait cruellement bain fifties, sourire aux lèvres rubis sur fond de sentir dans un monde économiquement et politi- décor de théâtre. Un glamour plein d’innocence, quement torturé. La mise en scène illustre aussi un qui rend hommage à la comédie musicale Ziegfeld point de vue lucide sur la mode, désormais spec- Follies, coréalisée en 1946 par Vincente Minnelli. tacle collectif global, abondamment diffusé sur Cette succession épique de tableaux dansés et Internet. Dans cette nouvelle société du spectacle chantés célébrait l’œuvre de Florenz Ziegfeld, vestimentaire, les modèles tiennent le rôle de légende de Broadway au début du xxe siècle, dont show-girls, capables de danser et de jouer la les spectacles à succès s’inspiraient des Folies- comédie à la commande. Tout pour donner une Bergères parisiennes. Devant l’objectif défilaient forme plus vivante et convaincante aux fantasmes les plus grands noms de cette discipline cinémato- de designers-réalisateurs. Qui restent seuls au graphique à part : Fred Astraire, Judy Garland, générique. Antoine Marcolli 3 mars 2012 - 127
  • 103. Le style. tête chercheuse Marisol joue aux petits cheveux. Derrière la vitrine, des badauds s’arrêtent, intri- gués par l’atelier de perruques couleur pastel. Il faut dire que le studio Marisol tient plus de la galerie d’art que du bar à brushing. récemment ouvert dans le Marais, l’espace décline le cheveuhorloGerIe sous toutes ses formes : bibis en tresses blondes, rideaux capillaires pour éclipser les regardsEscher hypnotise les cadrans. curieux, couronnes de nattes surdimensionnées,Riche de plus de deux cent cinquante ans d’histoire, Vacheron Constantin n’a objets non identifiés en fibre auburn. Forméejamais perdu de vue la valeur des savoir-faire artisanaux. Depuis 1992, la chez Jean-Marc Maniatis, ex-directrice artistiquemaison leur rend même un hommage appuyé à travers la collection « Métiers de tony and Guy pendant dix ans, la coiffeused’art », initiée avec des montres de poche émaillées. Depuis, elle ne cesse Marisol (photo en haut à droite), égalementd’offrir à ses cadrans de nouveaux visages, puisés dans le champ de l’histoire décoratrice du lieu, a toujours été fascinée par laet de la culture : expéditions des grands explorateurs, masques d’Afrique ou flexibilité du cheveu. une matière qu’elle se met àd’Indonésie, reproductions du plafond de l’Opéra de Paris… Pour sa nouvelle tricoter comme de la laine au hasard d’unsérie, baptisée « Les univers infinis », Vacheron Constantin s’est inspiré du concours de coiffure. « J’ai été repérée grâce à detravail de Maurits Cornelis Escher, graveur et dessinateur hollandais du grandes perruques mousseuses et je ne me suisxxe siècle, connu pour ses œuvres juxtaposant des motifs figuratifs dans plus arrêtée », raconte la jeune femme au blondd’hypnotiques compositions. La technique du pavage périodique utilisée par subtilement patiné. De commandes spéciales l’artiste est ainsi reprise sur pour la presse (Wallpaper, Vogue Italie…) à l’ex- trois modèles : Colombe, Pois- position « crazy hair », organisée en 2010 à l’ini- son et Coquillage, véritable tiative du Musée Vitra et du centre Georges kaléidoscope marin. Des Pompidou, Marisol poursuit son exploration arty décors d’une rare virtuosité, tout en s’occupant de quelques chanceuses dans rendus possibles grâce à l’as- son ancien atelier privé du canal saint-Martin. sociation de plusieurs savoir- car son talent s’exprime aussi dans ses coupes faire : gravure, guillochage, sur cheveux secs. « Une technique qui permet de Katrin Backes. DR. Jean-Marc Breguet émail champlevé ou cloi- respecter les épis et de montrer ce que la coiffure sonné. Autant de métiers sera vraiment sans brushing », dit-elle. Quant au aujourd’hui maîtrisés par la côté morbide du cheveu ? « Pour moi, ça n’a rien manufacture, qui transforme d’angoissant. Au contraire c’est un hommage, la lecture de l’heure en pur comme ces cadres du xviie siècle, dans lesquels on plaisir des yeux. J. D. conservait les mèches des défunts. » L. B.-C. Série « Les univers infinis », Studio Marisol, 33 ter, rue des Tournelles, Paris-3e. dans la collection « Métiers d’art », Tél. : 01-44-61-18-34. De 90 € à 150 € la coupe, de 350 € à 15 000 € Vacheron Constantin. Tél.: 01-58-18-14-40. la perruque. www.studiomarisol.com128 - 3 mars 2012
  • 104. www.minelli.fr
  • 105. Le style. 2 3 4 1- « Séance photo réalisée pour la nouvelle version russe du magazine Interview, en novembre 2011, et inspirée par le Japon, le punk et les pandas. » 2- « Mon petit frère et moi avons grandi entre Rome et Tokyo. Ici, en 1985, avec ma mère, japonaise, sur la place Bocca della Verità, à Rome. » 3- « Dans les coulisses du shooting 1 de la couverture de Vogue Hommes Japon avec TerryMa vie 5 Richardson, en février. »en iMages 4- « Avec la styliste Katy England, mon mentor. C’est elle qui m’aNicola introduit dans le milieu de la mode. »Formichetti. 5- « Avec le mannequin canadien Zombie Boy et Lady Gaga, enCet Italo-Japonais multiplie les casquettes : directeur mars 2011, qui venaient de défilermode de Vogue Hommes Japon et d’Uniqlo, collabo- pour Thierry Mugler. »rateur régulier de V Magazine et de Dazed & Confused Christopher Makos. Nicola Formichetti x5. Dave M. Benett/Getty Images. Nicola Formichetti x2 6- « Je passe mon temps dansmais surtout directeur artistique de Thierry Mugler. les boutiques de vêtements vintage.Depuis septembre 2010, il réveille les collections de Ici à New York dans l’un decette maison française en imaginant une silhouette mes magasins préférés, Searchmoderne et pointue. Un travail presque aussi 6 & Destroy. »remarqué que les tenues extrêmes qu’il crée pourla diva américaine Lady Gaga. V. Ch. 7- « Aux British Fashion Awards en 2010, avec Daphné Guinness et mon trophée Isabella Blow 8 Award for Fashion Creator. » 8- « Je suis obsédé par les pandas, au point que mes amis m’ont surnommé Nicopanda. J’ai fini par imaginer ce personnage, que je décline sur des figurines et des vêtements. » 9- « Avec Lady Gaga. Nous 7 travaillons ensemble depuis trois ans sur beaucoup de projets, c’est une véritable amie. Nous sommes présents l’un pour l’autre et nous 9 nous amusons beaucoup. »130 - 3 mars 2012
  • 106. www.minelli.fr
  • 107. le style. un profil étiré. des finitions soignées. une Allure européenne. des Airs sAuvAges. plus long et plus bas que Afin de soutenir la son capot plongeant, dans le signe distinctif le précédent, ce modèle comparaison avec les prolongement du pare-brise des modèles de la adopte une ceinture de caisse constructeurs européens très incliné, lui donne des airs gamme Kia, la Cee’d abaissée afin de préserver – et surtout allemands – de voiture européenne. les arbore à l’extrémité la surface vitrée. la ligne Kia soigne la précision projecteurs soulignés par des de son capot une de toit, étirée, doit donner d’assemblage des élé- phares diurnes à led rappel- calandre dite de la fluidité au profil. ments de carrosserie. lent ceux des Citroën. « en nez de tigre ». AUTO Une Coréenne bien élevée. Alternative à la Golf, la Kia Cee’d est à l’image de la nouvelle production automobile sud-coréenne: efficace et sans prétention. L e consommateur avant-gardiste prête design, se conforme à un cahier des charges très une oreille à la pop coréenne, disserte carré. Une voiture bien élevée, bien équipée, sur le cinéma ou s’adonne aux jeux bien motorisée , les clients de ce genre de modèle vidéo coréens. Rouler en coréenne, en ne cherchent pas autre chose. revanche, pouvait jusqu’à il y a peu sus- il n’est plus temps de considérer avec condescendance citer quelques réticences. Depuis leur arrivée la production automobile coréenne. Le groupe – timide – au début des années 1990 sur la scène Hyundai-Kia vient de doubler Toyota en Europe européenne, les voitures du pays du Matin-Calme et talonne Honda aux Etats-Unis. En France, ces traînaient une réputation de modèles bas de deux marques ont réalisé en 2011 une croissance à gamme. Silhouette lisse comme une savonnette deux chiffres dans un marché en berne. Leur et qualité de fabrication aléatoire. Les choses ont réussite tient à des modèles sages sans être changé et en bien. Dernier exemple : la nouvelle ennuyeux, pas toujours bon marché mais avec un génération de la Kia Cee’d. Fabriquée en Slo- bon rapport qualité-prix. Et puis, la production vaquie, cette berline moyenne qui sera dévoilée coréenne – la chose est nouvelle – s’autorise aussi le 8 mars au Salon de l’automobile de Genève quelques voitures sortant du lot, voire légèrement se présente sans complexe comme une alterna- foldingues. L’exotique Kia Soul, par exemple, tive à la Golf. Certes, la comparaison est un peu et ses formes anguleuses. Ou le tout récent Hyun- présomptueuse. Mais pas si exagérée. Son allure dai Veloster et sa structure asymétrique (deux très européenne – le patron du design, Peter portes côté passager mais une seule côté conduc- Schreyer, est un ancien d’Audi – ne déborde pas teur). Les esthètes évoqueront aussi le Genesis, d’originalité mais capte le regard. Propre sur un coupé « à l’ancienne » signé Hyundai et doté elle et bénéficiant d’une garantie de sept ans, d’un épatant moteur V6. Des modèles qui sont loin la Cee’d, appellation amphigourique qui associe de faire l’essentiel des ventes mais qui donnent la lettre C, désignant le segment des voitures du caractère, comme un léger goût de ginseng, à moyennes, et les initiales ED pour european l’offre coréenne. Jean-Michel Normand Kia132 - 3 mars 2012
  • 108. 6, 20 en plus de * M le magazine Chaque week-end redécouvrez le chef-d’œuvre d’un grand réalisateurDès le 9 mars, le DVD no 1BABELde Alejandro Gonzàlez Iñàrritu 15 grands films sélectionnés par Le Monde 1 - 2 - 3 - 9 mars 16 mars 23 mars Babel de Alejandro Gonzàlez Iñàrritu Basic Instinct de Paul Verhoeven Billy Elliot de Stephen Daldry 4 - 30 mars Voyage au bout de l’enfer de Michael CiminoChaque week-end, avec Le Monde et M le magazine, 5 - 6 avr. Bob le Flambeur de Jean-Pierre Melvilleretrouvez les plus grands chefs-d’œuvre du cinéma 6 - 13 avr. Serpico de Sidney Lumetmondial. Une nouvelle collection de 15 DVD réalisés 7 - 20 avr. Crossing Guard de Sean Pennpar les auteurs les plus talentueux, tels que 8 - 27 avr. Le Petit Soldat de Jean-Luc GodardStephen Daldry, Marcel Carné, Michael Cimino, 9 - 4 mai Nelly et Mr. Arnaud de Claude SautetLuigi Comencini, Jean-Luc Godard, Sidney Lumet, Coffret 10 - 11 mai Ludwig : Le Crépuscule des Dieux (2 DVD)Nanni Moretti, Sean Penn, Wim Wenders… offert de Luchino ViscontiEn complément, vous découvrirez de nombreux avec le n°1 11 - 18 mai La Chambre du fils de Nanni Morettibonus exclusifs : interviews, documentaires, 12 - 25 mai Hammett de Wim Wendersbandes annonces, un véritable festival à 13 - 1er juin Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneaudomicile ! Avec le n° 1, un élégant coffret vous 14 - 8 juin L’Argent de la vieille de Luigi Comencinisera offert. 15 - 15 juin Le jour se lève de Marcel Carné* Le Monde et M le magazine, et un DVD : 9,40€. Chaque élément de l’offre peut être acheté séparément, Le Monde + M le magazine au prix de 3,20€ et le DVD au prix de 6,20€, à la Boutique du Monde, 80, bd Auguste-Blanqui, 75013 Paris,ou par correspondance sur www.lemonde.fr/boutique ou en téléphonant au 32 89 (0,34 € TTC par minute) Voir conditions. Offre limitée à la France métropolitaine, dans la limite des stocks disponibles. Visuels non contractuels.◆ Babel © 2006 BABEL PRODUCTION INC. ◆ Basic Instinct – Interdit aux moins de 12 ans © 1992 STUDIOCANAL ◆ Billy Elliot © 2000 Tiger Aspect Pictures (Billy Boy) Ltd. ◆ Voyage au bout de l’enfer – Interdit aux moins de 12 ans © 1978 CANAL+ IMAGE UK◆ Bob Le Flambeur © 1955 STUDIOCANAL ◆ Serpico © 1973 STUDIOCANAL ◆ Crossing Guard © 1995 MIRAMAX ◆ Le Petit Soldat © 1962 STUDIOCANAL◆ Nelly et Mr. Arnaud © 1994 STUDIOCANAL - TF1 Films Production - Prokino Filmproduktion GmbH - Cecchi Gori Group Tiger Cinematografica ◆ Ludwig : Le Crépuscule des Dieux © 1973 STUDIOCANAL - Stephan Films - Mega Film Spa - Dieter Geissler Filmproduktion◆ La Chambre du fils © 2001 STUDIOCANAL - Sacher Film Srl ◆ Hammett © 1982 ZOETROPE STUDIOS ◆ Le Sauvage © 1975 STUDIOCANAL – PRODUZIONI ARTISTICHE INTERNAZIONALI SpA. ◆ L’Argent de la vieille © 1972 STUDIOCANAL◆ Le jour se lève © 1939 STUDIOCANAL. Tous droits réservés.
  • 109. Le style. L’esprit… IbIza bohème. Cette île de l’archipel des Baléares est médiatisée pour ses fêtes estivales délirantes qui attirent les clubbers du monde entier et les DJ les plus renommés (David Guetta en tête). Mais Ibiza vaut surtout le détour le reste de l’année lorsque se côtoient les locaux adeptes de son rythme alangui et les touristes venus pour sa beauté sauvage. Elle redevient alors une terre hippie, celle qui a accueilli les artistes réfugiés du franquisme puis les bohèmes des années 1960, parmi lesquels figuraient Bob Dylan et Joni Mitchell. De ces années restent une convivialité et un art de vivre bohème chic toujours aussi séduisants. Par Vicky Chahine / Stylisme Fiona Khalifa 4 2 1 3 5 6 7 André Perlstein/Bureau 233. Caroline Beugnier pour M Le magazine du Monde 1/ Robe longue en voile de coton et dentelle Ba&sh, 300 €. Tél. : 01-45-08-14-15. 2/ Lunettes de soleil en acétate Matthew Williamson by Linda Farrow, 285 €. Lindafarrow.co.uk 3/ Manchette en argent Pascale Monvoisin, 55 €. Pascalemonvoisin.com 4/ Paréo en coton Antik Batik, 124 €. www.antikbatik.fr 5/ Chapeau de paille Stetson, 199 €. Stetson-europe.com 6/ Poudre bronzante Pure Finish Elizabeth Arden, 36 €. Shop.elizabetharden.com 7/ Petit sac entièrement brodé 8 Isabel Marant, 890 €. Tél. : 01-42-78-19-24. 8/ Spray autobronzant Vita Liberata chez Sephora, 26 €. 9 www.sephora.fr 9/ Sandales en cuir tressé Antik Batik, 149 €.134 - 3 mars 2012
  • 110. Hôtel Giri Residence, le spa des déesses Dans une ancienne ferme du centre de l’île, cet hôtel chic abrite l’un des plus jolis spas d’Ibiza. Carnet d’adresses En plus des soins du visage prodigués avec les produits anglais bio Ren, la carte propose un package « Déesse Tanit » avec gommage à base Bar Croissant Show, la pause sucrée-salée de sel de l’île puis bain, enveloppement et mas- Tenu par des Français qui maîtrisent les secrets sage avec l’aloe vera local bio, réputé pour de la viennoiserie, ce salon de thé-bar ouvert ses propriétés régénératrices et hydratantes. sans interruption donne sur le marché du centre- Calle Principal 3-5, San Juan. www.spa.thegiri.com ville d’Ibiza. On y vient aussi bien pour le cafe con leche du matin, le pan con tomate (pain avec tomates) du midi, le hierbas (la liqueur mallorquine à base d’anis, de romarin et de thym) de l’apéritif ou le petit-déjeuner post-fiesta. Plaça De La Constitucion, Ibiza. Marché Las Dalias, le mythe incarné Chaque samedi, de 10 heures à 20 heures, les locaux bohèmes à l’âme commerciale et les tou- ristes en quête du mythe se ren-Frank Tophoven/Laif-Rea. Analui.com. Björn Göettlicher/Andia. Colin Cooke/Stockfood. Can Xuxu dent au marché hippie de Las Maison d’hôtes Can Xuxu, Dalias, à l’entrée de Santa Eula- le refuge raffiné ria Des Riu. Bracelets ethniques, A quelques encablures de la vêtements bariolés et autres ville de San José et à une ving- paréos en batik ne sont pas tou- taine de minutes du centre jours du meilleur goût, mais Comment y aller ? d’Ibiza, cette finca (ferme tra- Resto La Paloma, l’italien bobo l’ambiance dans les bars et les Iberia propose des vols, avec ditionnelle) du xixe siècle est Un restaurant à l’entrée du petit stands de tapas vaut le détour. escale, pour Ibiza à partir de l’ancienne résidence familiale village de San Lorenzo, tenu www.lasdalias.es plusieurs villes de France dont d’Alexandre Narakas. Le Fran- par une famille installée sur l’île Paris, Bordeaux, Lille et Mar- çais l’a transformée en maison depuis une dizaine d’années. seille (aller-retour à partir de d’hôtes cosy et raffinée. Cette ancienne finca est deve- 163 € sur www.iberia.com). Mobilier importé de Bali, petit- nue un établissement de charme, A partir du 2 mai, la compa- déjeuner autour de la piscine à la décoration hippie chic, avec gnie Vueling propose des vols et service bienveillant sous murs bleu ciel décorés de fleurs directs depuis Paris et Tou- l’œil attentif des chiens du et d’oiseaux peints à la main. La louse (aller à partir de 39,99 € propriétaire. chef propose une cuisine inspi- sur www.vueling.com). Chambre double à partir de 150 € (avec le rée de sa Toscane natale avec petit-déjeuner). Tél.: (00-34) 971-80-15-84. des produits de saison, du pain Avant de partir www.canxuxu.com maison et une divine mozzarella Office espagnol du tourisme : faite sur l’île par un Italien. 00-800-10-10-50-50 San Lorenzo. www.palomaibiza.com et www.spain.info/fr 135
  • 111. Le style.ITALIELe Véronede Tim Parks.L’écrivain anglais, auteur d’une douzaine deromans et de sept essais, vit dans la cité italienne.Auteur parmi les plus talentueux et originauxde sa génération, il est aussi traducteur d’italienet enseignant en littérature. Actes Sud a publiéses romans, ainsi que son récit Le Calmeretrouvé, qui vient de paraître.Propos recueillis par Emilie Grangeray Contempler les palazzi au bord de l’Adige « La meilleure distraction que peut offrir Vérone, c’est de faire du bateau sur l’Adige et pagayer à bord d’une petite embarcation parmi les monuments et les palazzi de la vieille ville. Et le lieu qui est à la fois le plus pittoresque et le plus amusant, c’est Ponte Pietra : en aval de ce pont romain, bâti dans un affleurement rocheux, il y a un petit rapide avec des vagues et des remous. C’est aussi un endroit parfait pour faire une petite halte et profiter de la fraîcheur du fleuve. » S’évader dans les minérales arènes « Il est difficile de parler de Vérone sans mentionner cette vaste structure de pierre qui repose en son cœur. Tous les touristes s’y rendent pour écouter un opéra là où, autrefois, les gladiateurs s’affrontaient jusqu’à la mort. Les soirs d’été, la musique s’en échappe et parvient aux oreilles des gens qui boivent un verre sur l’esplanade à côté. Il peut s’agir aussi bien d’une soprano célèbre que d’une rock star comme Bob Dylan ou Joan Baez. Sa large terrasse de pierre est une magnifique oasis où l’on peut se reposer et méditer, en plein cœur de la ville. » Choisir son camp au stade Bentegodi « Vérone est une cité réservée, catholique et calme, et le danger qui la guette est la morosité. Mais ce n’est pas quelque chose Traduit de l’anglais par Julien Millanvoye qui menace le Bentegodi. Deux équipes y jouent : la Chievo Verona, qui a remporté récemment quelques succès et dont les supporteurs sont renommés pour leur bonne conduite, et la Hellas Verona, plus ancienne et réputée pour l’exact contraire. Cette polarité entre les pieux bourgeois et les classes populaires blasphématoires sous-tend toute discussion à Vérone. J’ai tou- jours été un supporteur de la Hellas, et certains des meilleurs moments de ma vie, des plus sauvages aussi, se sont déroulés dans les travées de la courbe sud. »136 - Photos Filippo Massellani pour M Le magazine du Monde - 3 mars 2012
  • 112. Se sentir chez soi sur la place delle Erbe « Les plus belles constructions de Vérone se situent à l’extérieur de la ville, et la plus magnifique d’entre elles est la piazza delle Erbe. Elle a exactement la dimension, la profondeur et la longueur qu’il faut pour procurer la sensation de se trouver chez soi et en plein air à la fois. On s’assiéra à une table pour observer l’activité du marché et admirer les fresques bachiques qui s’estompent lentement sur les hautes façades (photo ci-dessus), ainsi que les nobles statues au sommet de Palazzo Maffei, le lion vénitien sur sa colonne ou encore, en plein centre, une fontaine du xive siècle soutenant une élégante statue romaine. »CARNET PRATIQUE1/ Ponte Pietrawww.verona.com/it/guida-verona/ponte-pietra2/ ArènesPiazza Bra, 13/ Stade BentegodiPiazzale Olimpia, 24/ Piazza delle ErbeRestaurant Maffei ,Piazza delle Erbe, 38Tél. : (00-39) 045/801-00-15.5/ Pilotonwww.associazioneduevalli.it Saluer l’antique Piloton « D’un pas tranquille ou alerte, je suis passé près de cette colonne de pierre blanche bien plus de fois que je ne puis m’en souvenir. Haute de 3 mètres et large d’un, elle date de l’Antiquité romaine, époque à laquelle, semble-t-il, elle était deux fois plus grande. Mais au Moyen Age, on a ajouté à son sommet un crucifix de fer, qui fut un jour frappé par la foudre : de manière tout à fait catholique, cette colonne païenne et phallique s’est alors brisée. Située au pied des collines et près de notre maison, juste à la sortie de Vérone, c’est un endroit magique où s’asseoir et se reposer. » 137
  • 113. Le style. Au Candelaria, tous les cock- tails sont faits maison. A L’Entrée des Artistes, certains cocktails sont vieillis en fûts jusqu’à douze semaines. SPiRiTuEux Les toqués du shaker. C’est le grand retour du cocktail. Et pas seulement dans les bars des palaces. Depuis quelques années, Paris se peuple de lieux où déguster des breuvages raffinés mixant ingrédients de qualité et recettes à l’ancienne. B oire, c’est mauvais pour la santé, alors autant que ce soit bon. » Tel est le mot d’ordre du trio qui a lancé, il y a cinq ans, la mode des bars à cocktails à Paris. Avant que Romée de Goriainoff, Olivier Bon et Pierre-Charles Cros ouvrent l’Expe- rimental Cocktail Club en 2007 (puis le Curio Parlor, le Prescription et bientôt le Beef Club), le cocktail était l’apanage quasi exclusif des bars d’hôtels chic de la capitale. Autrement dit, réservé à une élite. « La tendance est à la démocratisation, se réjouissent Thierry Daniel et Eric Fossard, fon- dateurs de l’agence Liquid Liquid et organisateurs du salon professionnel Cocktails Spirits. Même si nous avons plusieurs années de retard sur les Anglo-Saxons, de plus en plus d’établissements proposent des cocktails de qualité dans une Le Curio Parlor ambiance décontractée, à des prix abordables… » propose des alcools confec- Finie l’ère du mojito aqueux ou du banal vodka- tionnés de façon orange, les cocktails tendance sont désormais artisanale, à des prix abordables. confectionnés de manière artisanale, par des serveurs dont la créativité et la notoriété sont138 - Photos Julie Balagué pour M Le magazine du Monde - 3 mars 2012
  • 114. comparables à celles des chefs de haute volée. « cave à manger » propose des cocktails déto-« Avant, Paris manquait cruellement de barmen nants aux côtés d’un menu bistro et d’une cartequi fassent un vrai travail de recherche culinaire », de vins nature. « Notre idée n’est pas d’associerassure Carina Soto Velasquez, qui a ouvert Can- cocktails et nourriture, explique Fabien Lombardi,delaria l’année dernière avec deux associés. En copropriétaire et bartender. Mais simplement dequelques jours, leur lounge-bar planqué derrière créer un lieu où l’on a envie de rester, parce queune taqueria (tacos et vins) mexicaine, façon l’on peut boire et manger à sa guise. » Pourspeakeasy (bar clandestin) latino, devenait la Thierry Daniel et Eric Fossard, l’offre culinaire estcoqueluche du tout-Paris noctambule. Ici, tous les le nouveau défi du bar à cocktails. « On ne rem-« mixeurs » sont faits maison. « On commence à placera jamais le vin au repas, affirment-ils. Ensortir de l’emprise des spiritueux standard, des revanche, nous croyons beaucoup à l’idée du snac- A L’Hôtel, potionssirops préfabriqués, de tout ce tas de sucre ! », se aussi délicates king, des petites portions qui permettent d’avoir qu’explosives enfélicite Carlos Madriz, barman de L’Hôtel, dans le saveurs (photos une consommation responsable, de boire moinsquartier de Saint-Germain-des-Prés. Comme ci-dessous). mais mieux. » Camille Labrobeaucoup de ses confrères, Madriz refuse qu’onl’appelle mixologiste, « trop intello et préten-tieux ». Il préfère être barman, « celui qui sait vousgarder près du bar ». Originaire du Venezuela,Madriz concocte des potions aussi délicatesqu’explosives en saveurs, basées sur ses propresinfusions, bitters ou liqueurs, comme le CitrusMist (rhum, verveine, yuzu, amande), ou le PiscoHoneymoon (pisco, ananas confit au miel, fruit dela passion, poivre long d’Indonésie). « Je passesouvent mes journées en cuisine », confie cetautodidacte, qui joue également avec l’huiled’olive, le raifort ou le jus de coquillages.Centrée sur la qualité des produits et les reCettesanCiennes, la démarche est on ne peut plus « bis-tronomique ». Même si la technique est très pré-sente, on est loin des cocktails moléculairesgélifiés ou fumants d’azote. « Il y a une très fortetendance vintage revival, analyse Eric Fossard.Les barmen explorent leur héritage, l’histoire deces boissons, qui remonte au xixe siècle, l’âge d’ordu cocktail en Amérique. » Parmi les classiquesrétro, le Martinez (l’ancêtre du martini, vers 1860)et le Manhattan (1870), revisités aux goûtscontemporains. Côté décor, on réinvente lesAnnées folles, celles où les Américains fuyaient laProhibition pour venir s’encanailler à Paris. Pen-dant deux mois, il sera ainsi possible de se glisserdans l’imaginaire des années 1920, selon le créa-teur Alexis Mabille, qui a conçu le salon éphémèreCointreau Privé (inscriptions sur www.cointreau-prive.fr). Le mythique restaurant Lapérouse vientégalement de réhabiliter son bar, tout de veloursrouge et boiseries sculptées, et met l’absinthe,alcool longtemps jeté aux oubliettes, à l’honneur.Sans oublier l’ouverture, en avril, du bar façonspeakeasy Art déco L’Etage, au-dessus d’un res-taurant du même nom.Summum de la tendance vintage : le cocktailvieilli. A Londres, la star des bars, Tony Conigliaro Carnet d’adresses(barman du 69 Colebrooke Row), va jusqu’à l’Hôtel, 13, rue des Beaux-Arts, Paris-6e.embouteiller ses concoctions pendant Candelaria, 52, rue de Saintonge, Paris-3e.six mois à cinq ans. « Le processus apporte une l’entrée des artistes, 8, rue de Crussol, Paris-11e.grande complexité et de nouvelles harmonies », la Conserverie, 37 bis, rue du Sentier, Paris-2e.témoigne Thierry Daniel. A Paris, le vieillissement experimental Cocktail Club, 37, rue Saint-Sauveur, Paris-2e.en fûts est pratiqué par quelques établissements, Curio parlor, 16, rue des Bernardins, Paris-5e.comme l’Entrée des Artistes : le classique Vieux l’etage, 14, rue des Capucines, Paris-1er. Ouverture en avril.Carré (bitters, vermouth, cognac, rye whisky) est prescription Cocktail Club, 23, rue Mazarine, Paris-6e.servi avec six à douze semaines de maturation. l’antiquaire, 20, rue Hyppolyte-Flandrin, Lyon-1er.Inaugurée en septembre dernier, cette petite papadoble, 6, rue du Petit-Scel, Montpellier. 139
  • 115. Le style. JP Géné Désir de quenelles.L a fermeture définitive du res- Morateur, pâtissier de la région, qui sée au tamis. Ne reste plus qu’à mou- accompagnées d’une vraie sauce Nan- taurant Alain Chapel à Mion- décida de mettre de la chair de bro- ler délicatement à la cuillère pour fa- tua au beurre d’écrevisse avec nay (Ain), aux portes de chet dans de la pâte à choux et d’en- çonner les quenelles (8-12 cm de quelques queues du même crustacé Lyon, peut provoquer des fourner. Dans son Dictionnaire uni- longueur pour 80-100 gr), et les po- en garniture.dommages collatéraux: en apprenant versel de cuisine pratique (1890) cher dans l’eau frémissante quinze à Elles restent mes préférées avec lecette bien triste nouvelle, je fus pris Joseph Favre signale une recette com- trente minutes selon leur grosseur. souvenir de celles de Gérard Nan-d’une soudaine envie de quenelles. posée de 500 gr de brochet, 250 gr de Elles sont alors passées brièvement dron, fils de Joannès. Ce chef lyonnaisJ’aurais pu être saisi d’un désir-trans- « graisse et moelle de bœuf », 250 gr de sous l’eau froide, égouttées et servies les préparait jadis sur les quais dufert de poularde en vessie ou de tarte pâte à choux et « un décilitre de coulis nappées de sauce. L’autre façon Rhône sans panade, uniquement avecaux pralines. Non, c’était la quenelle. d’écrevisse ». Elle se distingue des consiste à les retirer de l’eau dès de la chair de brochet finement ha-La lyonnaise, la vraie, au brochet et à autres par la juxtaposition d’éléments qu’elles remontent à la surface et à les chée, montée doucement sur glace àla sauce Nantua. Peut-être parce « maigre » (le brochet) et « gras » (la passer au four avec la sauce choisie la crème fraîche « comme une mayon-qu’elle est née dans la Dombes, voi- graisse de bœuf ou de rognon). une vingtaine de minutes. naise » et servies gratinées « saupou-sine de chez Chapel, dont les étangs Dans son livre (Les Secrets de la mère drées de bon gruyère râpé » avec uneregorgeaient jadis de poissons aux- CETTE SPÉCIFICITÉ RESTERA JUSQU’AU Brazier, Ed. Solar), la mère Brazier re- béchamel « très crémée ». J’en ai encorequels il fallait bien faire un sort. DÉBUT DU XXe SIÈCLE puisque Mathieu marque avec son bon sens habituel l’eau à la bouche. Sinon, vous pouvezDepuis les Romains, quenelle, pa- Varille dans la Cuisine lyonnaise (1928) que « la farce à quenelles est presque ma- en acheter et en manger chez Girau-nade et autre godiveau apparaissent affirme que cette version est la seule tériellement impossible à réaliser dans un det, en activité depuis 1910, dans sesrégulièrement dans l’histoire des cui- « vraie quenelle lyonnaise ». Pourtant, ménage qui ne dispose pas des machines magasins et bars à quenelles aux goûtssines mais la lyonnaise serait née dans dès la fin de la guerre de 1914-1918, nécessaires » et que « le plus simple est de et aux sauces multiples (autour de 2 €les années 1830 des mains de Charles Joseph Moyne, fils de charcutier dans les acheter, truffées ou non, dans une très la quenelle). jpgene.cook@gmail.com la Dombes, imagine une recette plus fine et plus digeste, en remplaçant la graisse de bœuf par du beurre et en cuisant plus longtemps la panade. La quenelle, c’est d’abord une histoire Plus molle, se roulant plus difficile- ment, il doit la mouler à la cuillère et de panade: de l’eau ou du lait, de la Le carnet d’adresses AUX LYONNAIS obtient cette forme pointue aux deux farine ou de la semoule de blé dur et extrémités que nous lui connaissons. 32, rue Saint-Marc, Paris-2e. Il la vend sous le nom de « quenelle de du beurre, salés, poivrés, chauffés et Tél. : 01-42-96-65-04. Fermé samedi midi, dimanche et régime ». C’est à peu de chose près travaillés à la spatule dans une casserole celle d’aujourd’hui. lundi. Menu 30 € déjeuner. Comp- durant cinq à six minutes. Cecilia Garroni Parisi pour M Le magazine du Monde ter 50 € à la carte sans les vins. La quenelle, c’est d’abord une his- toire de panade: de l’eau ou du lait, de BARS À SOUPES ET QUENELLES la farine ou de la semoule de blé dur GIRAUDET, À PARIS et du beurre, salés, poivrés, chauffés et bonne maison spécialisée ». On ne peut 5, rue Princesse, Paris-6e. travaillés à la spatule dans une casse- que lui donner raison, le plus simple Tél. : 01-43-25-44-44. role durant cinq à six minutes. La pré- étant d’aller les déguster au restau- 16, rue Mabillon, Paris-6e. paration doit ensuite refroidir, reposer rant. Aux Lyonnais, un des bistrots Tél. : 01-43-25-53-00. et s’assécher. Le lendemain, le bro- parisiens d’Alain Ducasse, Frédéric 6, rue du Pas-de-la- chet est haché cru, mixé avec la pa- Thévenet en propose d’excellentes à Mule, Paris-3e. Tél. : 01-42-78-71-62. nade et du beurre en morceaux, puis base de sandre (24 €). Deux pièces, www.giraudet.fr les œufs sont ajoutés un à un dans brûlantes dans leur ravier en fonte cette farce travaillée à la main et pas- émaillée, moelleuses, bien gonflées et140 - 3 mars 2012
  • 116. Le resto Table lumineuse. Esther et François Morabito ont une idée pré- cise de leur métier de restaurateur. Ils veulent une cuisine saine, naturelle et gourmande, qui rendez-vous respecte les saisons et privilégie la production locale. Plus facile à dire qu’à faire ! Mais recon- Fêtes bacchantes naissons qu’ils y sont parvenus dans ce lieu lumineux beige et orange, au comptoir ouvert en Bordelais. Cet événement a lieu dans et à table d’hôte. Au déjeuner, formules à quelques mois mais est à noter 29 € (entrée, plat, dessert) ou 23 € (2 plats), d’ores et déjà dans les agendas : la le menu de saison étant à 36 € et la carte nouvelle édition de Bordeaux fête courte (4 entrées, 4 plats, 4 desserts). Vapeur le vin se déroulera du jeudi 28 juin d’huîtres creuses aux perles végétales au dimanche 1er juillet. Cette bien- (14,50 €), cordon bleu de féra du lac Léman, nale grand public se déroule au navets jaunes écrasés à la fourchette, can- bord de la Garonne, sur deux kilo- coillotte filante (27 €), citron de Menton mètres, au cœur du patrimoine à la coque, mouillette feuilletée (9 €), avec mondial de l’unesco. des pavillons un riesling Kantzlerberg de Sylvie Spielmann de dégustation permettront de (29,50 € les 50 cl). Une cuisine sagement découvrir 80 appellations de Bor- surprenante et une adresse en plein centre, deaux et d’Aquitaine, de 11 heures le genre de table qui crée des fidélités. JPG à minuit. Lors de l’édition 2010, pas L’Atelier du goût, 17, rue des Tonneliers, Strasbourg (Bas-Rhin). Tél. : 03-88-21-01-01. www.atelier-du-gout.fr moins de 500 000 amateurs s’y étaient donné rendez-vous… L.G. www.bordeaux-fete-le-vin.com banc d’essai Poulsard du Jura. Côtes du Jura Poulsard 2011 de G. et Ch. WiCky uva arbosiana 2011 du domaine de la tournelle Côtes du Jura Grains de Poulsard 2009 de b. badoz Poulsard 2010 du domaine de l’aiGle à deux têtes arbois PuPillin Côte de Feule 2009 d’huGhes béGuet hors des sentiers battus, l’original le franc le respectueux le désaltérant le savant le poulsard, ce cépage du Arômes un vin qu’on une vision un vin d’autre- Il joue la carte Jura qui donne des vins expressifs et apprécie pour jeune et fois : désalté- de la séduc- vermeils, s’adresse à tendres qui sa franchise. moderne du rant ! son tion avec ses ceux dont le palais ne rappellent des ses arômes poulsard, mais originalité tient notes fumées connaît pas d’a priori. notes de gro- profonds sont qui le respecte aussi à sa dues à l’éle- Peu alcoolisés, voici des seille. un vin ceux d’un néanmoins. faible teneur vage. Mais vins fruités, désaltérants net et pur, très monde qui on retrouve en alcool ce vin savant comme autrefois ! a axé sur le côté n’appartient les arômes (10°) : pas de va plus loin découvrir avec une sau- fruité, peu qu’au Jura. La d’épices chaptalisation. que son appa- cisse de morteau, alcoolisé. un texture est douces Étonnantes rence. Il mais aussi avec un foie régal harmo- souple et la (safran) carac- notes devient gras poêlé, ou toute belleEric D’Herouville. Jean-Bernard Nadeau. DR x 5 nieux, hors finale sur des téristiques. d’agrumes et complexe, pièce de viande rouge. des sentiers notes de noix. un vin soigné, d’épices, tout avec des notes Laure Gasparotto battus. Tél.: 03-84-66-25-76. minéral et en harmonie et animales et Tél.: 03- 84-25-10-96. 7, 50 €. droit. finesse. épicées. Beau- 6,50 €. Tél.: 03-84-37-11-85. Tél.: 06-08-09-81-68. coup de plaisir. 6, 70 €. 13,50 €. Tél.: 03-84-66-26-39. 13 €. Pages réalisées par Béline Dolat avec Lily Barbery-Coulon, Marc Beaugé, Vicky Chahine, Julia Dubreuil, Laure Gasparotto, J.-P. Géné, Marie Godfrain, Emilie Grangeray, Fiona Khalifa (stylisme), Camille Labro, Catherine Maliszewski, Antoine Marcolli, Vahram Muratyan, Jean-Michel Normand, Maud Noyon et Delphine Paillard. 141
  • 117. 1. Exposition. BoB Dylan Aux sources de la légendeBob Dylan est une des figures légendaires de la culture populaire, au point que seschansons sont désormais utilisées jusque dans des publicités pour voiture. Entre 1961et 1966, ce garçon à la voix nasillarde a inventé une nouvelle façon de raconter lemonde, à coup de poésie énigmatique, de propos contestataires et de rock lyrique.pas moins de sept albums témoignent de ce foisonnement créatif. En se penchant surcette période, la Cité de la musique à paris explore un des grands mythes de notreépoque. on pourra découvrir dans l’exposition qu’elle lui consacre les photos deDaniel Kramer qui, de 1963 à 1966, a accompagné Dylan dans ses métamorphoses.Et suivre les premiers pas du compositeur de Like A Rolling Stone à paris, aux côtésd’Hugues Auffray, Françoise Hardy ou Johnny Hallyday… Des concerts, des confé- daniel kramerrences et des projections de films complètent cette exposition. Y. P.« BoB dylan, l’explosion rock 61-66 », à la cité de la Musique, 221, avenue Jean-Jaurès, paris-19e. tél. : 01-44-84-44-84. du Mardiau saMedi de 12 heures à 18 heures, nocturne le vendredi Jusqu’à 22 heures, diManche de 10 heures à 18 heures du 6 Mars au15 Juillet. entrée : de 5 à 8 €. prograMMe des concerts sur www.citedelaMusique.fr142 - 3 mars 2012
  • 118. 143
  • 119. la culture. Cinéma. « OSLO, 31 aOût » Oslo en solo Voilà un de ces films rares qui hante longtemps le specta- teur… Oslo, 31 août, deuxième2. long-métrage de Joachim Trier, raconte les dernières vingt-quatre heures d’un tren- tenaire qui, après une cure dePolar. « La beLLe vie » désintoxication, tente deL’enfer du décorinitialement publié en 2002, High Life, traduit en français retrouver du boulot et de renouer avec ses anciens amispar La Belle Vie, de Matthew Stokoe est sans doutele roman le plus cru écrit sur Hollywood. Dans sa dans un Oslo à la fois désertpréface, l’écrivain Dennis Cooper, dont les livres n’ont et lumineux. Libre adaptationpas froid aux yeux non plus, le compare à Fight Clubde Palahniuk et à American Psycho d’ellis. autant dire du roman de Drieuque la violence, la perversion et la noirceur absolue sont La Rochelle Le Feu follet, déjà 3.au rendez-vous de cette plongée terrifiante dans la facecachée du rêve hollywoodien. il faut s’accrocher pour lire porté au cinéma en 1963 parles aventures de Jack, qui rêve de côtoyer les stars, mais Louis Malle, avec Mauricevit dans un studio de troisième zone à venice. Pour s’ensortir, il ne va pas hésiter à passer au-delà des limites, Ronet, ce film bouleversanttutoyant les dingueries les plus ultimes. il y arrivera à décrit avec intelligence etcette belle vie chérie, mais le prix à payer sera élevé.On sort de ce livre sonné et atterré devant une telle subtilité la quête de rédemp-descente aux enfers. Y. P. tion d’un garçon qui n’arriveLa beLLe vie, de Matthew Stokoe, traduit de l’anglaiS (ÉtatS-uniS) par antoineChainaS, SÉrie noire, 449 p., 23,50 €. plus à ressentir les plaisirs de la vie. Admirablement inter- prété par Anders Danielsen Lie, aujourd’hui médecin, on le voit par exemple écouter, seul, dans un restaurant baigné de lumière, les conversations des autres tables où tournoie la banalité du quotidien. Oslo, 31 août est une belle métaphore sur le libre arbitre et la solitude. Y. P. OsLO, 31 aOût, filM norvÉgien de JoaChiM trier. aveC anderS danielSen lie, hanS olav Brenner, ingrid olava (1 h 36). dr x 2144 - 3 mars 2012
  • 120. 4. Exposition. Picasso-Duncan L’artiste et son miroir David Douglas Duncan est un aventurier comme le xxe siècle en a connu quelques-uns. Après avoir participé à la guerre du paci- fique, ce natif de Kansas City (Missouri) revient à l’activité qu’il avait commencé à pratiquer dès son adolescence, la photo. il saisit les visages des célébrités. puis, en 1950 et 1951, témoigne des abominations de la guerre de Corée, ce qui fait de lui l’un des photoreporters les plus connus du moment, juste derrière son ami Robert Capa. Lequel lui conseille un jour d’aller rendre visite à picasso à Cannes. Conseil suivi en 1956 : Duncan arrive à l’improviste, convainc Jacqueline de le laisser entrer et découvre picasso dans sa baignoire. s’en suivent une amitié singulière et cinq années pendant lesquelles Duncan est dans les ateliers de picasso comme chez lui, prenant toutes les images qu’il veut, observant l’artiste au travail, mais aussi jouant avec ses enfants ou recevant Cocteau. La liberté dont il jouit est proportionnelle à la confiance que lui accorde picasso : totale. Ces images ont été publiées dès la fin des années 1950 dans des livres qui ont assuré la célébrité de Duncan et grandement contribué à répandre la figure d’un picasso vieillard blagueur et infatigable. Elles sont aujourd’hui exposées en compagnie d’œuvres du maître, beaucoup de céramiques et de quelques toiles datant de ces années. C’est un moment de grand plaisir. Et une leçon pour les artistes d’aujourd’hui sur la meilleure manière de construire son image publique. Ph. D. « PicASSo à l’œuvre DAnS l’objectiF De DAviD DouGlAS DuncAn », lA PiScine - MuSée D’Art etGerald Friedly/ Succession Picasso, 2012 . Maurice Aeschimann/Succession Picasso, 2012 David Douglas Duncan x 4 D’inDuStrie AnDré-DiliGent, 23, rue De l’eSPérAnce, roubAix (norD). tél. : 03-20-69-23-60. Du MArDi Au jeuDi De 11 heureS à 18 heureS, venDreDi De 11 heureS à 20 heureS, SAMeDi et DiMAnche De 13 heureS à 18 heureS. De 4,50 € à 7 €. juSqu’Au 20 MAi. Picasso a accueilli Duncan (à ses côtés ci-contre) dans sa villa la californie à cannes à la fin des années 1950, alors qu’il travaillait à des œuvres comme Nature morte aux trois poissons ou Les Baigneurs sur la plage de La Garoupe (en haut). le photographe a saisi des moments de grâce de l’artiste en liberté. ci-dessus : Picasso dansant ; ci-contre à droite : Kahnwei- ler, Picasso et Claude déguisés en clown ; en dessous : Auto- portrait en hibou. 145
  • 121. La culture. 5.Exposition. lIvIa vaJdaNocesbarbaresLivia Vajda était d’ori-gine hongroise. Etpeintre. Elle vivait à Parisaprès avoir été déportéeà Auschwitz puis à Birke-nau. Mais de ça, elle neparlait pas. Elle est morteprès du canal de l’Ourcq,le 18 janvier 2011, renver- 6.sée par un camion. Elleallait avoir 90 ans. Sespeintures chatoyantes(ci-contre : Le Bordel)ressemblent à des fêtesgalantes, où de jeunesmariés perdus au milieud’une étrange perspec-tive semblent sourire àdes fantômes. MoniqueGehler, sa fille, anciennejournaliste et également CD. « I thought I was an alIen »peintre, revient dans un Echos de la planète Soko Farouche ou caractérielle ? Indomptée ou capricieuse ? Fragilelivre sur les mystères ou complaisante ? le cœur balance à l’écoute de soko, chanteuse au tempérament d’actrice (et inversement) dont le folk frêle faitd’une femme qui ne l’éloge du vagabondage et de l’instabilité émotive. Révélée, il y avoulait exister que par quatre ans, par les réseaux sociaux, la Bordelaise d’origine polo- naise avait conquis une multitude internationale de fans en fredon-sa peinture. Elle explique nant au ukulélé des comptines trash – I’ll Kill Her, I Think I’mses propres difficultés à Pregnant –, qu’elle a depuis reniées. sans arrêt repoussé pour cause de tournages, d’inspiration pléthorique ou contrariée, songrandir sans jamais vrai- premier album, I Thought I Was an Alien (« Je pensais être unement connaître l’histoire extraterrestre »), expose une stéphanie sokolinski plus à l’aise sur sa planète que dans la vraie vie. son goût du bricolage égocentriquede sa famille. Y. P. peut agacer, mais engendrer aussi une grâce à vif, une délicatesseexpoSition livia vajda, à la mairie du 19e arrondiSSement,plaCe armand-Carrel, pariS-19e, du lundi au vendredi de enfantine, en petite sœur de Cat Power et Jeffrey lewis. S. D.8 h 30 à 17 h 30, noCturne jeudi juSqu’à 19 h 30. juSqu’au14 marS. liviavajda.Com I ThoughT I Was an alIen de Soko, 1 Cd BeCauSe/Warner.un 27 janvIer, de monique gehler, éditionS du mauConduit, Soko en ConCert au Café de la danSe, 5, paSSage louiS-philippe, pariS-11e. tél. : 01-47-00-57-59. dr x 2192 p., 16 €. le 5 marS à 19 h 30. de 16,80 à 19,30 €. à la Coopérative de mai, à Clermont-ferrand, le 6 marS ; au roCk SChool BarBey, à Bordeaux, le 7 ; au Connexion Café, à toulouSe, le 8 ; au marChé gare, à lyon, le 13 ; à l’aéronef, à lille, le 14 ; à la laiterie, à StraSBourg, le 15.146 - 3 mars 2012
  • 122. « BEL HYMNE À LA CRÉATION... » TÉLÉRAMA 7. partenaire en La lumière Danse. « Solaire » Un coup de chaud pour appeler le prin- temps, un coup de pinceau pour illuminer la soirée, le spectacle bien nommé Solaire, chorégraphié par Fabrice Lam- bert, annonce la couleur. Féru de spec- tacles proches d’installations plastiques dans lesquelles la lumière devient matière, au même rang que les corps des danseurs ou la scénographie, Fabrice Lambert s’appuie pour cette pièce sur l’éclairagiste Philippe Gladieux. Ensemble, ils ont mis au point une partition pour cinq danseurs dont le partenaire UN FILM DE WERNER HERZOG commun est la lumière. De quoi relancer le débat du geste et de la danse en lui offrant des enjeux lumineux, graphiques, ÉDITION LIMITÉE immatériels et pourtant rudement BLU-RAY 3 D / 2 D + DVD présents. R. Bu Inclus : Solaire, de Fabrice Lambert, au théâtre des abbesses, 31, rue des abbesses, Paris-18e. téL. : 01-42-74-22-77. du 5 au 10 mars à 20 h 30. entrée : de 14 à 25 €. Un livret inédit de 36 pages Également disponible en ÉDITION DVD et VOD sur Crédits non contractuelsalain Julien x 3
  • 123. 8.La culture.Photo. Berenice ABBottL’ode à New York« La photographie doit marcher seule », assénait l’AméricaineBerenice Abbott (1898-1991), qui voulait débarrasser son art desinfluences de la peinture. Le musée du Jeu de paume à Parisoffre une rétrospective à cette grande classique de la photo-graphie – on sait le rôle majeur qu’elle a eu pour promouvoirEugène Atget, photographe du vieux Paris, qu’elle a immortalisédans un portrait saisissant juste avant sa mort. Mais c’est surtoutson portrait de la ville de New York, Changing New York (1935),qui sera son grand œuvre : la photographe montre le vieux et leneuf qui se télescopent, avec des plans larges qui disent l’im-mensité de la ville avec ses humains minuscules. Dans l’exposi-tion, on découvre que Berenice Abbott a aussi parcouru lesEtats-Unis, qu’elle s’est plongée dans la photo de science, avecl’idée que la photo pouvait conjuguer le document et l’art. Cl. G.« Berenice ABBott (1898-1991), PhotogrAPhies », Au Musée du Jeu de PAuMe, 1, PlAcede lA concorde, PAris-8e. tél. : 01-47-03-12-50. Jusqu’Au 24 Avril. MArdi de 11 heures à 21 heures.du Mercredi Au diMAnche de 11 heures à 19 heures. entrée : 5,50 à 8,50 €. Jusqu’Au 29 Avril. 9. théâtrE. « Les trois sœurs » Tchekhov ? Da ! Da ! A Moscou ! A Moscou ! A Moscou ! Qu’il est déchirant, l’espoir brisé des trois sœurs, olga, Macha et irina, et qu’ils sont chers à nos cœurs, leurs rêves en fuite, leurs vies mort-nées dans un fond de province russe. Heureux ceux qui pourront voir à Lyon la pièce de tchekhov vue par le grand metteur en scène de saint-Pétersbourg Lev Dodine, un maître incontesté qui a déjà présenté en France Platonov et Oncle Vania avec ses acteurs excep- tionnels, qui donnent au mot humanité toute sa profon-la Bourse, le Flat deur, lavée de tous les clichés. La vie et rien d’autre,iron Building, laville de nuit… dans comme elle s’incarne rarement au théâtre. F. Da.les années 1930, Les Trois sœurs, d’Anton tchekhov. Mise en scène : lev dodine. théâtreAbbott a contribué des célestins, 4, rue chArles-dullin, lyon. tél. : 04-72-77-40-00. du 7 Au 10 MArs Berenice Abbott / commerce gra- phics ltd, inc. viktor vassiliev à 20 heures. durée : 3 h 15. de 15 à 34 €. www.celestins-lyon.orgà forger l’image denew york.148 - 3 mars 2012
  • 124. 4 ® NOMINATIONS AUX GOLDEN GLOBES DONT MEILLEUR FILM - MEILLEUR ACTEUR - MEILLEUR RÉALISATEUR «Ryan Gosling crève l’écran !» HHH METRO STUDIO CINELIVE 10. BD. « Une vie dans les marges » Confessions d’un mangaka Que l’on ait vu ou pas le film d’Eric RYAN GOSLING GEORGE CLOONEY Khoo qui en a été tiré (Tatsumi), il SAMUEL HADIDA ET VICTOR HADIDA PRÉSENTENT faut absolument lire Une vie dans les © 2011 IDES FILM HOLDINGS. Tous droits réservés. © Conception graphique et textes 2012 METROPOLITAN FILMEXPORT. marges, le récit autobiographique de Yoshihiro Tatsumi. Né à Osaka en 1935, ce dernier est un des grands maîtres du manga destiné à un public adulte. De l’immédiat après- U N F I L M D E G E O R G E C L O O N E Y guerre jusqu’au début des années 1960, l’auteur décrit la mutation du Japon en retraçant sa carrière de dessinateur dont le tournant reste sa rencontre avec Osamu Tezuka, le « Dieu du manga ». Limpide et touchante, cette somme néoréaliste en deux tomes – Tatsumi travaille actuellement sur le troisième – a reçu le prix Regards sur le monde au dernier Festival d’Angoulême. F. P.2010 Yoshihiro Tatsumi/CORNELIUS Une vie dans les marges, dE YOShIhIRO TaTSUmI. TOmE 1 (453 p.) ET TOmE 2 (432 p.). édITIONS CORNéLIUS, 33 € ChaCUN. Pages réalisées par Yann Plougastel, avec Rosita Boisseau, Philippe Dagen, Fabienne Darge, Stéphane Davet, Claire Guillot et Frédéric Potet. ACTUELLEMENT EN DVD, BLU-RAY ET VOD SUR
  • 125. 0123HORS-SÉRIE 24 heures dans la vie d’une femme. Les coordonnées. CHANEL 01-44-50-66-00 FALKE 01-40-13-80-97 CéLINE 01-56-89-07-91 GUERRE ALAIA D’ALGERIE 01-42-72-30-69 MAJE MEMOIRES 01-42-36-26-36 PARALLELES CADOLLE 01-42-60-94-94 LIU JO 01-58-62-41-02 SANDRO 01-40-39-90-21 KILIwAtCH 01-42-21-17-37 GUCCI 01-56-68-80-80 CHLOé 01-47-23-00-08 wEEK END BY MAX MARA 01-47-20-61-13 MOSCHINO 01-42-68-34-48 HERMèS 01-40-17-47-17 REPEttO www.repetto.fr ERES Cinquante ans après les accords 01-55-90-52-90 VALENtINO d’Evian et le cessez-le-feu, 01-53-43-16-16 BURBERRY la guerre d’Algérie reste une plaie 01-40-07-77-77 ouverte. La réconciliation PRADA 01-53-23-99-40 entre les deux pays paraît encore ROBERt CLERGERIE www.robertclergerie.com lointaine, tant le cloisonnement BLK DNM www.us.blkdnm.com chez colette 01-55-35-33-90 des mémoires et le ressentiment ANDRES SARDA 01-49-26-06-05 restent forts. EMPORIO ARMANI 01-53-63-33-50 BALENCIAGA Le Monde vous invite à découvrir 01-56-52-17-32. RALPH LAUREN COLLECtION la réalité de cette guerre au travers 01-44-77-53-50 DOLCE & GABBANA des travaux des historiens, 01-42-25-68-78 CHRIStIAN DIOR des témoignages des protagonistes 01-40-73-73-73 GéRARD DAREL des deux pays, des portfolios 01-45-48-50-85 et des documents inédits. FIFI CHACHNIL 01-42-61-21-83 HILFIGER DENIM 01-45-61-54-54 LOUIS VUIttON 09-77-40-40-77 LEVIS 01-45-08-40-32 En partenariat avec
  • 126. La culture. Christophe Donner L’envahisseur contemporain. V A lire e n d r e d i 1 0 f é v r i e r, saient fureur dans les années 1980. Quand le car démarre et prend la rue INVASION DE PARIS 2.0/ 14 heures, place de la Alors quoi, qu’est-ce qui l’excite là- Royale, Invader s’est déjà emparé PROLIFÉRATION, d’Invader. Concorde, au pied de dedans ? Je voulais savoir. d’un micro, et tout en nous parlant de Edition bilingue franco- la grande roue, un dra- son travail, de l’impact qu’il a déjà anglaise, Ed. Franck Slama, 25 €. peau corsaire en signe de ralliement, LE CAR EST PLEIN, ON ATTEND, AU CHAUD, sur la foule, ses fans à travers le monde, A paraître en mars. planté devant un autocar affrété par et il arrive enfin, avec son masque et sur le Net surtout, et déjà un peu sur Invader dans lequel une cinquan- son bonnet de ski, car Invader ne peut le marché de l’art, il nous montre, à Produits dérivés taine de journalistes sont invités à pas montrer son visage. A-t-il vrai- droite, à gauche, ses réalisations accro- invader sur www. monter pour une excursion pari- ment peur d’être arrêté par la police? chées ici et là. L’une des toutes space-invaders.com sienne, un « Space Invader Tour », en Sérieusement, non. Il n’y aurait pas premières fut exécutée au-dessus du présence d’Invader en personne. beaucoup d’efforts à faire pour savoir magasin Colette, on sent l’émotion la vocation d’artistes de plus en plus Deux heures de safari urbain à la re- qui se cache derrière ce masque et ces que ça lui procure, douze ans plus tard. jeunes, et dont on a cru pouvoir mesu- cherche de ses œuvres, ses « space installations urbaines. Quand la maré- Un peu plus loin, place Colette (pas la rer le génie à leur capacité de révolte, invaders » (petites mosaïques collées chaussée le surprend, la nuit, en train même), en passant devant l’œuvre à leur aptitude au scandale. aux coins des rues). Intéressant? Je ne de coller ses mosaïques, les gens métropolitaine de Jean-Michel Otho- La transgression s’imposant dans la sais pas. Ma femme en est folle, elle d’armes lui demandent simplement niel, Invader nous rappelle combien grammaire contemporaine, les étu- les guette, se réjouit d’en repérer de de descendre de son échelle, de rem- les nouveautés ont toujours été mal diants sont sortis des universités, les nouvelles à chacune de nos prome- baller son matériel, et très poliment accueillies dans l’histoire de l’art. Sans artistes des galeries, et tous se sont nades dans Paris. Elle n’a pourtant lui disent : « A l a p r o c h a i n e , complexe, il évoque les difficultés des retrouvés dans la rue, à la recherche de jamais joué à ces jeux vidéo qui fai- M. Invader. » impressionnistes, les railleries qu’ont nouveaux champs d’intolérance. Qua- dû subir les cubistes, eh bien, les dé- rante ans après les pionniers de boires du street art s’inscrivent dans Mai 68, Invader réussit son invasion cette lignée victimaire! des villes, il est rentable et produit des Invader est rentable, il produit des alias En effet, que seraient ces grandes alias vendus en galeries et acquis par aventures stylistiques sans les indi- les musées internationaux. Il est en vendus en galerie et acquis par les musées gnations qu’elles ont suscitées ? Des train de conquérir les médias, porte internationaux. Il est en train de conquérir impasses parmi d’autres, au fond des- d’entrée de la conscience collective quelles leur beauté singulière se serait des masses globalisées. De l’art d’en- les médias, porte d’entrée de la conscience endormie. Depuis longtemps, la vin- vahir les cerveaux, et celui de ma collective des masses globalisées. dicte des bourgeois indignés aiguise la femme. L’invasion en tant que style susceptibilité des artistes, encourage propre, un courant du street art qui em- les collectionneurs, les haines éclai- porterait tout et auquel personne neCecilia Garroni Parisi pour M Le magazine du Monde rent, révèlent et désignent les œuvres songe encore à résister. Car Invader n’est pas un vandale ordi- aux historiens, la censure rend un naire, un tagueur de portes cochères, grand service au marché de l’art qui un bombeur de banquettes de métro, trouve là le meilleur outil pour son c’est un artiste et, encore plus chic échelle de valeurs. que ça: un street artist. Depuis plus de Depuis les temps les plus anciens, dix ans qu’il pratique nuitamment cet l’esprit de provocation est actif chez art de coller des mosaïques dans la les peintres et les écrivains, mais il rue, il s’est fait des potes dans la po- s’est considérablement développé au lice, « de véritables fans qui adorent ce que cours du xixe siècle, jusqu’à constituer je fais ». Donc, le masque, c’est pour le au début du siècle dernier une véri- Sur iPad, découvrez folklore, le fun, la presse. table propédeutique de l’art, suscitant une vidéo exclusive. 3 mars 2012 - 151
  • 127. Les jeux.Mots croisés Grille N°24 Sudoku N°24 - difficilePhilippe Dupuis Yan Georget http://yangeorget.blogspot.com/2009/12/sudokus.html 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Compléter toute 1 la grille avec des chiffres allant de 1 à 9. Chacun ne doit 2 être utilisé qu’une seule fois par ligne, 3 par colonne et par carré de neuf cases. 4 5 6 7 Solution de la grille précédente 8 9 10 11 12 13 14 15Horizontalement 1 Leurs coups tournent à la bagarre. Son coup ne peut pas faire de mal.2 La dame du parc. Gagnée d’un trait. 3 Dame rangée. Sympathiques s’ils ne deviennent pascollants. 4 Déposé pour protéger. Romain très familier.Assure la liaison. 5 Sortie du lot. Montésprovisoirement. Enfant d’Harmonie. 6 Dans un suaire. Souverain. Arrivées chez nous. 7 Amis la pâtée à Pélée. Démonstratif. 8 Préparer l’avenir. Rend des comptes à B. Obama. Formede pouvoir. Interjection. 9 Suivis de près. Partenaire social. Mis en bière quand il est faux.Panier plat. 10 S’accroche par le haut. Présentent bien. 11 Firent descendre bien bas. De 5 à7 avec Varda. 12 Tout va plus mal quand elle gagne du terrain. Paresseux. Pour un petit bain.13 Tenues gauloises. Ses fleurs blanches embaument au jardin. 14 En vaut un autre dansl’échange. Risque de tout faire exploser. 15 Sa place est à l’office. Laissés sur place.Verticalement 1 Leurs coups se font entendre. Son coup rend bizarre. 2 Impose la fermeture.Bien construits. 3 Touffue. Ferait perdre un temps précieux. 4 Peuvent faire de beaux bou-quets. Pour les amateurs d’images grand format. 5 Attire l’attention. Frétille en Méditerranée.Ramassée sur le tapis. 6 Participe au maintien de la dune. Aux bouts de l’arsenal. Napoléonset autres marmottes. 7 Sans la moindre bavure. Devenu électronique pour ne pas perdre devue. Quatorzième chez les Grecs. 8 Précepte sanskrit. Conjonction. Pas constant. 9 A présentà l’esprit. Vieille caisse. Enzyme. 10 Assure une bonne gelée. Stocké en barres. Dada de lapremière heure. 11 Dame aux grandes oreilles. Rien ne devrait les déranger. 12 Couche enl’air. Protège le chevalier. Lettres de Toulouse. Paquet de lustres. 13 Donné pour être suivi.Ouverture sur les côtes nippones. En Asie du Sud-Est. 14 Suisse sur Aar. Fait ses coups endouce. 15 Condamnés à Ephèse. Risquent de blesser l’animal. Solution de la grille n° 23 Horizontalement 1 Arrosoir. Sapins. 2 Poupardes. Lucie. 3 Eutocie. Acier. 4 Responsables. Ma. 5 Ce. Ac. Main. Mat. 6 Anhéla. Varon. 7 Anaérobie. Grip. 8 Lynx. Sbires. Bar. 9 Eau. Té. Li. Aalto. 10 Otite. Cistude. 11 Potentat. Etoupe. 12 Alertement. As. 13 Rl. Cari. Oursins. 14 Dame. Robustesse. 15 Shetlands. Trous. Verticalement 1 Aperçu. Léopards. 2 Rouée.Ayatollah. 3 Ruts.Annuité. Me. 4 Opopanax.Tercet. 5 Sacoche. Tenta. 6 Orin. Erse. Terra. 7 Ides. Lob. Camion. 8 Rê. Amabilité. BD. 9 Saba. Iris. Nous. 10 Clivée. Têtus. 11 Aliéna. Saut. RTT.12 Pues. Rg.Adosser.13 Icr (cri). Morbleu. Iso.14 Ni. Maniât. Pansu.15 Sénat. Prouesses.152 - 3 mars 2012
  • 128. Publicité CommercialePassion&Exigence Urbain&ChicBaoBaB coLLEcTIoN cultive la différence avec sa Lignes classiques et authentiques,fabuleuse collection de bougies parfumées, aux noms évocateurs, créées pour nous réconforter, la aux tailles extrêmes, dont les parfums collection Izac Printemps/Eté sont de véritables carnets de voyages 2012 affiche une vraie modernité. traduisant une odyssée olfactive, Urbain et chic, les costumes une rencontre ou une émotion. ont des lignes contemporaines Pour chaque nouvelle création, la et trendy, nous rappelant marque collabore avec de grands des airs de Dolce Vita italienne. parfumeurs de Grasse et de L’homme Izac multi-facettes ne Genève, empruntant à la renie pas non plus ses racines de parfumerie traditionnelle son rebelle en associant un blouson en exigence, son savoir-faire et cuir à un t-shirt sérigraphié aux son souci de qualité. allures rock. Site : www.baobabcollection.com Site : www.izac.fr Design&Elegance Enthousiasme et rigueur, design et savoir-faire artisanal. Pour sa Prestige Edition, Colonia Intensa s’offre des matériaux rares et prestigieux tels que le bois wengé et le métal couleur bronze. Chaque bouchon est ainsi entièrement réalisé à la main et dévoile toute l’habileté des artisans d’acqua DI Parma. Une édition qui contient toutes les références esthétiques et culturelles de cette eau de Cologne et qui s’adresse à ses amateurs les plus fidèles. Prix de vente conseillé : 122€ le flacon de 180 ml Site : www.acquadiparma.it/fr Style Estival Acqua For Life Le programme acqua For LIFE, développé en association La collection Printemps été 2012 KarL avec Green Cross, cherche à faire connaitre les problématiques marc JohN dévoile un mélange de environnementales et de styles aux inspirations vintage. Un développement liées à la juteux mélange d’élégance et de bohème raréfaction et à l’insalubrité de romantique. Imprimés floraux, oiseaux l’eau. Fort de cet engagement, majestueux et couleurs vitaminées, teintes M. Armani a décidé de créer vives et gaies, motifs lumineux trouvent un t-shirt reprenant les dessins leur place pour créer des silhouettes aux des enfants des communautés accents rétro chic. Le style reflète une ghanéennes aidées par Acqua manière de vivre libre et détachée, les For Life. 30% du prix d’achat blouses aériennes, les jupes longues seront reversés à Green Cross ensoleillées vous donneront une allure International au bénéfice douce et affirmée. du programme Smart water Site : www.karlmarcjohn.com for Green School. Prix de vente conseillé : 60 € Site : www.acquaforlifechallenge.org Page réalisée par le service commercial du M Magazine 01 57 28 39 75
  • 129. Le totem. Le passeport de Maria Luisa Poumaillou. Cette dénicheuse de talents arpente les Fashion Venezuela dans l’urgence, suite à l’une de ces Weeks de la planète depuis vingt-cinq ans. Elle révolutions que l’Amérique latine a tant connues. y sélectionne des créateurs qu’elle présente dans J’avais 7 ans et je me souviens d’avoir pris l’avion son espace du Printemps Haussmann, à Paris, un en chemise de nuit. Je laissais derrière moi tous grand magasin pour lequel elle officie aussi en les cadeaux reçus, la veille, pour mon anniver- tant que consultante mode pour les achats de saire. Depuis, j’ai toujours été extrêmement peu prêt-à-porter et d’accessoires. Paradoxal pour attachée aux choses. Le passeport est le seul une femme qui affirme ne jamais s’attacher objet à m’avoir manqué quand je l’ai perdu. C’était aux objets. La seule exception : son passeport. en 2011. Quelques années plus tôt, mariée depuis “ trente ans à un Français et habitant Paris, j’avais Je ne sors jamais sans lunettes, sans décidé de troquer ma carte de résidente véné- maquillage, sans boucles d’oreilles. zuélienne pour la nationalité française. Je suis Je les égare tout le temps et j’en ensuite tombée gravement malade et j’ai laissé rachète. Du coup, je ne porte plus rien de valeur les démarches en plan. Résultat : l’an dernier, et mon mari a renoncé à m’offrir des bijoux. quand j’ai perdu mon passeport vénézuélien, Christophe Meireis/Age Fotostock J’ai même perdu le solitaire de sa mère ! Le seul je me suis retrouvée sans papiers. D’un côté, objet qui me soit vraiment essentiel, c’est mon l’ambassade du Venezuela me considérait comme passeport. Le jour où il y a eu le feu chez moi, je française ; de l’autre, l’administration française me suis demandé dans la précipitation : qu’est-ce avait un dossier incomplet. J’ai dû attendre ” que j’emporte ? Et c’est mon passeport que j’ai des mois pour obtenir un passeport français. mis dans ma poche avant de partir. Sans doute Et je n’ai pas pu assister aux Fashion parce que je suis une exilée dans l’âme. Mon Weeks de Londres ni de New York. » père était un homme politique et j’ai quitté le Propos recueillis par Catherine Maliszewski154 - 3 mars 2012
  • 130. *Conçu pour tous / Jean skinny fit 98% Coton, 2% ÉlasthanneVIVEZ EN COULEURS Plus de coloris, plus de vie.Jean Skinny Fit Coloré 29,90€Uniqlo Paris Opéra / Uniqlo La Défense / www.uniqlo.com
  • 131. Un seul voyage peut changer le cours d’une vie.Cambodge, mai 2011.Retrouvez Angelina Jolie sur louisvuitton.com