Journal le monde du 1 mars 2012

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صحيفة لومند ليوم 1 مارس 2012

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Journal le monde du 1 mars 2012

  1. 1. Jeudi 1er mars 2012 - 68e année - N˚20874 - 1,50 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr --- Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur: Erik Izraelewicz Algérie 150 DA, Allemagne 2,00 ¤, Antilles-Guyane 2,00 ¤, Autriche 2,40 ¤, Belgique 1,50 ¤, Cameroun 1 600 F CFA, Canada 4,25 $, Côte d’Ivoire 1 600 F CFA, Croatie 18,50 Kn, Danemark 28 KRD, Espagne 2,00 ¤, Finlande 2,80 ¤, Gabon 1 600 F CFA, Grande-Bretagne 1,50 £, Grèce 2,20 ¤, Hongrie 750 HUF, Irlande 2,00 ¤, Italie 2,20 ¤, Luxembourg 1,50 ¤, Malte 2,50 ¤, Maroc 12 DH, Norvège 28 KRN, Pays-Bas 2,20 ¤, Portugal cont. 2,00 ¤, Réunion 2,00 ¤, Sénégal 1 600 F CFA, Slovénie 2,20 ¤, Suède 35 KRS, Suisse 3,20 CHF, TOM Avion 380 XPF, Tunisie 2,00 DT, Turquie 6,50 TL, USA 3,95 $, Afrique CFA autres 1 600 F CFA, L e Conseil constitutionnela pleinementjoué son rôle, mardi 28février: il a jugé «contraire à la Constitution» le texte, adopté le 23janvier par le Parlement,qui sanctionnaitpéna- lementla négation de génocides reconnuspar la loi, en particulier le génocide des Arméniens com- mis par l’Empire ottoman en 1915. La concision mêmede cette décision démontreque le juge constitutionnels’est situé sur le plandes principes fondamen- taux. Avec la volonté manifeste de mettre un terme à une contro- verse qui fait rage depuisdes années.A cet égard, la volonté affi- chée par le chef de l’Etat de remet- tre immédiatementune nouvelle loi en chantier est vouée à l’échec. Les principes? Il en retient deux. D’une part, «la loi a pour vocationd’énoncer des règles et doit,par suite, être revêtue d’une portée normative». Elle ne peut doncpas êtreuniquementdéclara- toireet «mémorielle», commecel- le de 2001 par laquelle«la France reconnaîtpubliquement le génoci- de arménien de 1915». C’est sur la base de ce texteque le Parlement a fondé la loi adoptéeen janvier. D’autrepart, le Conseil invo- quele principe cardinalde la liber- té d’expression, «d’autant plus précieuseque son exercice est une conditionde la démocratie». Cela n’interditau législateurni d’en fixer les règles ni d’en réprimer les abus, mais à conditionque ce soit de façon «nécessaire,adaptée et proportionnée». En l’occurren- ce, il a jugé que ce n’était pas le cas: en réprimantla contestation de l’existencede crimes qu’il a lui- mêmequalifiés comme tels, le législateurporte atteinte à l’exer- cice de la liberté d’expression. En clair, les politiquesn’ont pas à s’érigeren ministèrede la vérité, ni le Parlementen tribunalde l’Histoire.Comme l’avait juste- ment déclaré le présidentJacques Chirac, en 2005, et comme l’avait confirméune mission parlemen- taire sur les «lois mémorielles» en 2008, il ne revientpas au légis- lateur de fixer une vérité histori- que, d’en imposer une lecture offi- cielleet encoremoins de sanction- ner pénalementceux qui la contesteraient.De nombreux his- toriensse sont d’ailleurs insurgés contrecette judiciarisationde leur travail. On l’a déjà dit, ici, la loi censu- rée n’étaitpas de nature à soula- ger la douleurdes Arméniens qui voientleur passétragiqueignoble- ment réécrit, contesté ou nié, notammentpar les autorités tur- ques depuisprès d’un siècle. En outre, elle prenait la cause arménienneen otage de combats électoraux: NicolasSarkozy avait pesé de tout son poids pour que son camp approuve ce geste à l’égardde la communautéarmé- nienne en France, et François Hol- landeavait voté ce texte, pour des raisonssimilaires. Enfin,elle avait enveniméles relationsavec la Tur- quie, dont les autorités ont beau jeu, aujourd’hui,de saluer le camoufletinfligé aux principaux responsablesfrançais. Inutileet inopportune,la loi censuréepeut s’avérer dangereu- se.En conduisantle Conseilconsti- tutionnelà tranchersur la base du principe de la liberté d’expres- sion, elle risque de nourrir, à nou- veau, toutes les velléitéset les offensivesnégationnistes.p Page5 Hausse de la valeur de l’entreprise Apple en dix ans + 4 700 % CAMPAGNE L’heureestàlasurenchère. Leprésident sortantveutpayeretfairetravaillerdavantagelesprofs, alorsquelecandidat PSveutsurtaxerlesriches. P.5-6 ENQUÊTE Son putsch raté pour porter Jean-Louis Borloo à la tête de Veolia a fâché le patron d’EDF avec la gauche et la droite. Portrait d’un patron trop politique. P.17 REPORTAGE Après plusieurs jours d’émeutes, le préfet a annoncé la baisse du prix de 60produits de grande consommation. Les Réunionnais sont dubitatifs. P.11 L eroyaumedeSaTrèsGracieu- se Majesté s’est fait une spé- cialité de brasser du vent. La plusvastefermeéoliennedumon- de produit ses 367 mégawatts, au large de la région de Cumbria, et le gouvernementbritanniqueaplani- fié une croissance exponentielle de cette énergie. Oui, mais la crise est passée par là et le financement de ce plan éolien est menacé. Par unecentaine de députésconserva- teurs,entreautres,quiviennentde réclamer«unebaissespectaculaire des subventions», que les parle- mentairesassimilentàungaspilla- geenpleinecured’austérité.p Lire page10 Editorial L’austérité inquiètel’Europe etpèsesurla présidentielle Impôts,école:le«toujours plus»deHollandeetSarkozy HenriProglio,sesamitiés politiquesetsesmauvaiscalculs ALaRéunion,lagalère desfamillescontrelaviechère Cemonstredubusiness qu’estdevenuApple L’ŒIL DU MONDE Lamarque àlapommesort,débutmars, sonnouveliPad;dequoi décuplersesprofits,suivant unerecetteéprouvée.Zoom surleprodigedumarketing, devenuendixansl’entreprise detouslessuperlatifs, quifascineautantqu’elle inquiète.Pages 18-19 WallStreet Homs:lafuite desFrançais tourne aufiasco tTreize insurgés auraient trouvé la mort lors de l’exfiltration ratée Ventscontraires surl’industrie éolienne britannique Il y a 150 ans paraissaient Les Misérables HORS-SÉRIE UNE VIE, UNE ŒUVRE Victor Hugo L’élu du peuple 150 ans après Les Misérables, l’hommage des politiques 124 PAGES - 7,90  - EN VENTE CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX Portrait de Victor Hugo par Jean-François Kahn : de quelle manière l’écrivain s’est métamorphosé au point de devenir une figure révolutionnaire du XIXe siècle. Une sélection de textes de l’auteur qui n’oublie ni le poète, ni l’homme de théâtre, ni le romancier, en particulier celui des « Misérables ». Un entretien avec Jean-Marc Hovasse, auteur de la biographie de référence consacrée à Victor Hugo et qui assure la direction éditoriale de ce numéro. Les textes des candidats à l’élection présidentielle et des responsables politiques montrent à quel point les thèmes abordés par Victor Hugo sont en résonance avec l’actualité. EN PARTENARIAT AVEC V endredi 2mars, 25 chefs d’Etat et de gouvernement européens seront à Bruxellespoursignerlenouveautrai- té de discipline budgétaire européen, mis aupointparNicolasSarkozyetAngelaMer- kel.Mais desvoix s’élèventcontreleschoix du tandem franco-allemand qui feraient la part trop belle à l’austérité. Douze pays, emmenés par le président du conseil ita- lien,MarioMonti,demandentuneréorien- tationenfaveurdela croissance.EnFrance, François Hollande et trois autres candidats affirment vouloir renégocier les traités.p Lire pages 2 à 4 UKprice£1,50 M ercredi 29février au matin, la journaliste française Edith Bou- vieretsoncompatriotephotogra- phe William Daniels étaient toujours pié- gésàHoms,danslequartierdeBabaAmro. Après avoir refusé à deux reprises d’être évacués par le Croissant-Rouge syrien, auquel les insurgés ne font pas confiance malgrélesgarantiesduCICR,lesdeuxFran- çais ont tenté, dans la nuit de lundi à mar- di, une sortie en convoi avec l’Armée syrienne libre. Le groupe a été bombardé enrouteettreizeinsurgésauraienttrouvé lamort.CettefuiteratéeversleLibanasus- cité une annonce prématurée de Nicolas Sarkozyqui,aprèss’êtreréjouidel’évacua- tion, a dû démentir et s’excuser.p P.7 La Bourse américaine retrouve son niveau d’avant la crise Page 13 LeParlementn’estpasuntribunaldel’Histoire tLacontestationmonteenEspagneetdans11autrespays tRéférendum en Irlandesur lepactebudgétaire tComment Bruxelles voitlescandidats français Edith Bouvier, blessée à Homs. Capture d’écran d’une vidéo filmée par un téléphone.REUTERS LeregarddePlantu
  2. 2. Les indégivrables Xavier Gorce Société éditrice du «Monde» SA Président du directoire, directeur de la publication Louis Dreyfus Directeur du «Monde», membre du directoire, directeur des rédactions Erik Izraelewicz Secrétaire générale du groupe Catherine Sueur Directeurs adjoints des rédactions Serge Michel, Didier Pourquery Directeurs éditoriaux Gérard Courtois, Alain Frachon, Sylvie Kauffmann Rédacteurs en chef Eric Béziat, Sandrine Blanchard, Luc Bronner, Alexis Delcambre, Jean-Baptiste Jacquin, Jérôme Fenoglio, Marie-Pierre Lannelongue («M Le magazine du Monde») Chef d’édition Françoise Tovo Directeur artistique Aris Papathéodorou Médiateur Pascal Galinier Secrétaire générale de la rédaction Christine Laget Directeur du développement éditorial Franck Nouchi Conseil de surveillance Pierre Bergé, président. Gilles van Kote, vice-président 0123est éditéparla Société éditricedu «Monde»SA Duréede lasociété:99ansàcompterdu 15décembre 2000.Capitalsocial:94.610.348,70¤.Actionnaire principal:Le MondeLibre (SCS). Rédaction 80,boulevardAuguste-Blanqui,75707Paris Cedex13Tél.: 01-57-28-20-00 Abonnements partéléphone:deFrance 32-89 (0,34¤ TTC/min); del’étranger:(33)1-76-26-32-89 oupar Internet:www.lemonde.fr/abojournal Valence (Espagne) Envoyée spéciale L esmobilisationscontrelescou- pes budgétaires se multiplient dans la région de Valence, en Espagne. En un mois, les syndi- cats y ont convoqué quatre grandesmanifestations.Lader- nière, dimanche 26février, a rassemblé, selon leurs estimations, plus de 350000participants. Ces mobilisations dépassent largement le spectre syndical. Elles sont quotidien- nes, spontanées, se déroulent devant les collèges,lerectorat,leshôpitaux.Mercredi 29février, une grève des étudiants et une grandemanifestationétaient prévues. Valence, pourtant, n’est pas réputée poursonactivisme.Elle fait figure de ville docile.Maisdepuisle20février,elleesten ébullition. La brutale répression d’une manifestation de quelques dizaines de lycéens a mis le feu aux poudres. Les cou- pes budgétaires, le chômage à 25,4%, les affairesdecorruption,lesdépensessomp- tuaires de la région dans des bâtiments pharaoniquesoudesévénementssportifs ont fait le reste. Depuis plusieurs semaines, la presse se faisaitl’échodelasituationdecertainséta- blissementsscolaires,dumanquedechauf- fage dans des classes, des parents contraintsdefaireleménagedansuncollè- ge, du manque d’argent pour les photoco- pies… Pourpayercesfrais defonctionnement, les collèges reçoivent normalement tous les quatre mois des fonds du gouverne- mentrégional.Maiscelui-ciestétouffépar unedettequireprésente20%duPIBrégio- nal, la plus élevée d’Espagne, et 3milliards d’euros de retards de paiement aux four- nisseurs.«Jamaisnousn’avionsconnuune situationderetardsaussiimportantsetsys- tématiques,expliqueleprésidentdel’asso- ciation des directeurs de collège, Vicent BaggettoiTorres.Certainscollègesontreçu desavis decoupuresd’électricité.» Dans ce contexte, une photo de lycéens enveloppésdans des couverturespendant les cours a été un détonateur. En signe de protestation,lesélèvesdulycéeLuisVives, dans le centre de Valence, décident de blo- quer tous les jours pendant dix minutes l’une des principales artères de la ville. «Nousvoulionsseulementprotestercontre les coupes, raconte Nerea Lopez, 17ans. Nous sommes presque 40 par classe, beau- coupde professeurs sont absents.Mais plu- tôt que de garantir un service minimum dansl’éducationetlasanté,larégionpréfè- reinvestirdansun circuitde formule1.» Au cinquième jour, lundi 20février, la police charge, distribuant des coups de matraques à des lycéens en pleurs. Bilan: 25arrestations et 13blessés. Des journalis- testémoignentde laviolencede la répres- sion. Les images circulent sur Internet où l’événement est vite baptisé «printemps valencien». Le lendemain, des milliers de parents d’élèves sortent dans la rue. Et les jours suivants, les mobilisations se pour- suivent. Une semaine plus tard, l’épisode conti- nue d’agiter Valence. «La crispation socia- leesttrèsélevée,soulignelesecrétairegéné- ral de l’Union générale des travailleurs (UGT), Conrado Hernandez. Les coupes sont perçues comme une agression contre le modèle de l’Etat-providence et nos enfantsen ont été les premièresvictimes.» En janvier, le gouvernement régional a annoncé un nouveau plan d’austérité pour économiser un milliard d’euros. Les fonctionnaires ont perdu la moitié des compléments de salaires versés normale- mentparlarégion.«Lessalairesdesméde- cins ont baissé de près de 600euros, ceux des infirmiers et des enseignants jusqu’à 300euros», résume le syndicaliste. A cela s’ajoute l’augmentation des impôts sur le revenu annoncée par Madrid.Sans parlerdes baisses de salaires quiavaientétéimposéesparl’anciengou- vernement socialiste. «Nous avions déjà perdu 8% de salaire en moyenne en 2010, rappelleM.Baggetto.Toutlepoidsdelacri- se repose sur les fonctionnaires.» Danslescollèges,l’ambiances’estenco- re tendue: pour la rentrée prochaine, les enseignants s’attendent à une augmenta- tion du nombre d’heures de cours, qui aboutira de fait à de nouvelles réductions du nombre de postes d’intérimaires, déjà réduit de 3000 en 2010. «Nousdemandonsunsacrificeauxfonc- tionnaires»,reconnaîtlevice-présidentde la région, José Ciscar, qui laisse entendre que le gros des mesures d’austérité n’est pas encore venu. Le gouvernement régio- nal entend économiser 430millions d’eu- ros en «rationalisant le secteur de la san- té» et devra dévoiler un nouveau plan «d’encore un milliard d’euros» pour res- pecter l’objectif de déficit de 1,3% du PIB que les régions ont largement dépassé en 2011.Auniveaunational,ledéficitadérapé en 2011 pour atteindre 8,5% du PIB au lieu des 6% prévus, suscitant de nouvelles misesen gardede Bruxelles,mardi. Aux mesures régionales s’ajoutent cel- les du gouvernement central. La réforme du marché du travail, annoncée fin jan- vier, inquiète particulièrement les syndi- cats car elle ouvre la voie à des licencie- ments plus faciles et moins chers et à des baissesgénéraliséesdessalaires.«Lasocié- té valencienne n’est pas disposée à négo- cier l’Etat-providence», avertit le secrétai- re général de l’UGT, qui n’écarte pas l’ap- pel très prochain à une grève générale à Valenceet dans toute l’Espagne. Lesjeunes,eux,continuentlesmobilisa- tions,avec,enarrière-plan,unmalaisepro- fond. «Nous voulons simplement de bon- nes conditions d’apprentissage. Même si on ne sait pas quoi étudier puisqu’il n’y a pas de travail, explique Nerea, avant de conclure,désenchantée:nousn’avonspas de futur ici.»p Sandrine Morel La reproduction de tout article est interdite sans l’accord de l’administration. Commission paritaire des publications et agences de presse n° 0712 C 81975 ISSN0395-2037 PRINTED IN FRANCE Imprimerie du Monde 12,rue Maurice-Gunsbourg, 94852 Ivry cedex 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 PARIS CEDEX 13 Tél : 01-57-28-39-00 Fax : 01-57-28-39-26 Président : Louis Dreyfus Directrice générale : Corinne Mrejen «Labrutalerépression d’unemanifestation delycéensamislefeu auxpoudres» Des centaines de milliers de personnes ont manifesté à plusieurs reprises à Valence contre les coupes budgétaires dans les services publics. Ici, le 25février. HEINO KALIS/ REUTERS s REPORTAGE LarégiondeValencevitaurythmedescoupesbudgétaires etdesmanifestations.Lasituationdansl’éducationéchauffelesesprits EnEspagne,le«printemps valencien»s’annoncechaud I l n’y aura pas eu de long dis- cours ni d’effusions, à peine quelquesapplaudissements d’adieupour cellesqui ne vont pas rempiler chez le repreneur, Les Ateliers du Meygal. Mardi 28février, les «filles» de Lejaby à Yssingeaux(Haute-Loire)se sont réuniespour leurdernièreassem- blée générale en tant que sala- riéesdu fabricantde sous-vête- mentset pour un dernier«repas de famille». Après moult passa- ges dansles journauxtélévisés et plusieursvisitesd’hommespoliti- ques, le site a été sauvé. Officielle- ment licenciéesle 28février, la plupartd’entre elles vont com- mencer une formationchez un sous-traitantde LVMH dès jeudi 1er mars, après une seule journée symboliquede chômage. «Une victoire» à n’en pas dou- terpour RaymondVacheron,délé- gué départementalCGT. Et aussi une belle histoirede sauvetage commeseules les campagnes pré- sidentiellespeuvent en offrir. Maisles ouvrières, elles, ne savent pas encore si elles doivent se réjouir tout de suite de garder un emploi ou s’inquiéter des conditionsdans lesquelles cela se déroulera.«Là, ça va trop vite, on n’a pas le temps de comprendre ce qui nous arrive», glisse Chantal, 48ans «et 32 ans de boîte», en écoutantleur déléguéesyndicale évoquer les points posant problè- me dans les contrats de travail qu’ellesont reçus. Lorsqu’ellesévoquent le mois de lutte qui les a réunies et qui a rassemblétellementde gens autourd’elles, toutes ont les yeux qui brillent. Mais elles ont beau avoir été reçues une par une par leurnouveau patron, aucune ne sait réellement en quoi consiste- ra son futur travailni quand il va réellementdébuter.L’usine, enco- re vide alors qu’elles doiventy revenirdès jeudi, leurreste fer- mée.Tout ce qu’elles savent, c’est qu’ellesdébuteront par cinq à neufmois de formation, «peut- être à coudre des doublures de sacs ou des poignées», imaginent certaines sans aucune certitude. De son côté, VincentRabérin –le repreneurqui se dit persuadé de l’avenirdu site – assure avoir un plan de charge,et doncdu tra- vail pour les ouvrières, pendant aumoins trois ans. Deux millions d’eurosd’aides lui ont été offerts pourla réindustrialisationdu site et des fonds paritaires paye- ront la formationdes ouvrières. Retour à la pointeuse A table, les discussionsvont bontrain sur cette fameuse date du 1er mars. «Jeudi, on fait quoi? On va travaillerou quoi?» Après l’intensitéde la lutte, le retourà la banalité de la pointeusesem- blefairepeur et l’euphoriede l’an- nonce de la reprise a laissé la pla- ce à un léger doute.Certaines des «filles» ne savent pas encore si elles veulent reprendre ou pas. Parmielles, il y a celles pour qui le licenciementapparaît comme une occasion de se lancer «dans autrechose». Mais dans la région, les emploisaccessiblesaux fem- mes restent peu nombreux. L’uned’elles lève son verre «à ceux qui veulent nous baiser». Dany, qui a débuté à l’âge de 17ans chez Lejaby,s’interroge: «Pourquoi les politiquesnous ont sauvées,nous, et pas les autres? Ne faudrait-ilpas faire des élec- tions tous les ans? Comme ça, tout le mondeaurait du tra- vail.»p Antonin Sabot (Yssingeaux, envoyé spécial) Ledernierrepasdefamille des«filles»deLejaby présidentielle 2012 AilleursenEurope,lessyndicatspeinentàmobiliser «TROP, C’EST TROP.» La Confédération européennedes syndicats (CES) organise une journée de mobilisation européenne contrel’austérité, mercredi29février, à la veille de la signaturedu nouveau traité de discipline budgétaire.Pour la Confédé- ration,le cas de la Grèce est exemplaire: la cure d’austéritéimposéeau pays est insoutenableet bafoue le droit du travail. Reste que la mobilisationrisque de pas- ser inaperçue dans la plupart des pays. Laconcentrationsyndicaleprévueà Bruxellessevoulaitplussymboliqueque massive.FrançoisChérèque,leleaderdela CFDT,devaityparticiper.AParis,illaissela placelibreàBernardThibault,leleaderde laCGT,quiorganiseunbrefdéfiléBastille- NationavecSolidaires,l’UNSAetlaFSU, maissanslaCFDT,inquièted’une«mobili- sationàcaractèrepolitiquesurlesenjeux nationaux».L’approchedel’électionprési- dentielleetlesvacancesscolairescompro- mettentclairementlamobilisation. EnItalie,lesleadersdestroisplusimpor- tantesorganisations(CGIL,CISLetUIL)ont conviéleursadhérentsàserassemblersur lapetiteplaceduPanthéondanslecentre historiquedeRome…Pourexpliquercet insuccèsannoncé,laCGILmeten avantle manquedeculturesyndicaleunitaire. PourtantlesItalienssontconfrontésàune cured’austéritésansprécédent.Maisle soutieninconditionnelduprésidentdela République,l’anciencommunisteGiorgio Napolitano,àMarioMontiempêchepour l’heurelessyndicatsetlagaucheitalienne deproposeruneréponseunitaireàla rigueur. Versements records en Allemagne Lessyndicatsgrecsontappeléàun arrêtdetravaildetroisheures,suivid’une manifestationplaceSyntagmaàAthènes. Lajournéed’actionintervientaprèsun votemardiauParlementquiintroduitde nouvellescoupesdanslessalaireset les retraites.Maisl’affluenceestplusimpor- tantelorsquelesrassemblementssont aussiappeléspard’autresforces,enplus dessyndicats.Ces dernierspâtissentd’une mauvaiseimagedansl’opinionenraison deleursliensaveclespartispolitiques. EnAllemagne,le DGB,laconfédération syndicaleallemande,devait être partie prenantedefaçontrèsmodérée.Deux ras- semblementsseulementsont prévus. Le débutd’année est traditionnellementla périodeoù se renégocientles conventions collectiveset les accordssalariaux,et les trèsbonsrésultatsde certainesentrepri- sesindustriellesvont entraînerdesverse- mentsrecord au titrede la participation, laissantleurssalariés peusensiblesaux discourssur l’austérité. Au Royaume-Uni,aucunemobilisa- tion n’est prévue du côté des syndicats. Le TUC, la principale confédérationsyndi- cale, va juste affréter un mini-buspour rendre visite aux ambassadesde France, d’Allemagneet de Grèce à Londres. L’ab- sence d’action vient en partie du fait que ce pays n’est pas signatairedu nouveau traitéet qu’il est donc difficileaux syndi- cats de s’y opposer.p Service international 2 0123 Jeudi 1er mars 2012
  3. 3. présidentielle2012 01 42 08 71 00 7j/7 *Voirconditionssurwww.mobeco.com 50 av. d’Italie 75013 PARIS 148 av. Malakoff 75116 PARIS 247 rue de Belleville 75019 PARIS www.mobeco.com leader de la vente en ligne Réglez en 10 fois sans frais * Livraison gratuite sur toute la France Détaillant-grossiste vend aux particuliers les grandes marques au meilleur prix” ” DIVA - CASANOVA - BUROV - DESIGNERS GUILD NEOLOGY - NICOLETTI - LELEU - MARIES CORNER - ETC... TRECA - TEMPUR - SIMMONS - PIRELLI DUNLOPILLO - BULTEX - EPEDA - ETC... MATELAS - SOMMIERS CANAPÉS - SALONS - CLIC-CLAC CONVERTIBLES POUR COUCHAGE QUOTIDIEN Enda Kenny, le premier ministre irlandais, et Mario Monti, le président du conseil italien, à Rome, le 24février. ALESSANDRO DI MEO/EPA/MAXPPP Douzepayscontestentl’austéritéenEurope EmmenésparleprésidentduconseilitalienMarioMonti,cesgouvernementss’inquiètentdelarécessionquimenace Bruxelles Bureau européen N icolas Sarkozy l’a porté à bout de bras, en soutien d’Angela Merkel. François Hollande promet de le renégocier s’il est élu président de la Républi- que. Le pacte budgétaire est sou- mis à la signature de 25 chefs d’Etat et de gouvernement euro- péens, vendredi 2mars, à Bruxel- les – seuls le Royaume-Uni et la République tchèque devraient s’abstenir –, mais le débat à son sujet n’est pas clos pour autant. Cette signature ouvre la voie à une procédure de ratification qui s’annonce délicate, à l’heure où la crise des dettes souveraines connaît un répit relatif en marge du sauvetage de la Grèce. Mardi 28février,lepremierministreirlan- daisdecentregauche,EndaKenny, a annoncé, contre toute attente, son intention d’organiser un réfé- rendumpourratifierlepacte. EnFrance,M.Sarkozys’estréso- luànepasprécipiterlaratification parlementaire avant les élections présidentielle et législatives, mais il entend y procéder au plus vite s’ilestréélu.Aucontraire,siM.Hol- landel’emporte,denombreuxres- ponsables de gauche ne veulent pas entendre parler d’une ratifica- tion du texte en l’état. Dès le som- met européen de juin, ils espèrent musclerle volet croissance et gou- vernance économique d’un traité avant tout conçu pour inscrire danslemarbreladisciplinebudgé- taire chère à Mme Merkel. La«renégociation»quelecandi- dat socialiste appelle de ses vœux reçoit un accueil glacial dans les milieux européens. « S’il veut ouvrir ce chantier, je lui souhaite bonne chance: ce sera impossible trois mois après la signature», lâche un dirigeant européen. Her- man Van Rompuy, le président du Conseil européen, que les chefs d’Etatetdegouvernementdoivent confirmer pour deux ans et demi dans ses fonctions, veut éviter la mise en cause de l’autre traité, sur le Mécanisme européen de stabili- té(MES), en coursde ratification. Sous pression pour augmenter la force de frappe de ce fonds de secourspermanent,l’Allemagnea insistépourlierpolitiquementles deux textes. D’où l’abstention des socialistesfrançaislorsdelaratifi- cationduMESàl’Assembléenatio- nale, le 21février, puis au Sénat, mardi. Sur le fond, l’opposition entre M. Sarkozy et M.Hollande sur le nouveau traité reflète le débat du moment entre les Vingt-Sept. Après avoir donné la priorité à l’austérité, sous la pression des marchés, ils doivent discuter de la meilleure façon de soutenir leurs économies sans creuser davanta- ge les déficits. Les plans d’austéri- té, en vigueur un peu partout sur le continent, sont de plus en plus contestés par les syndicats et par les opinions publiques, sur fond de montée du chômage dans les pays les plus fragiles. Ils risquent de surcroît, de l’avis de nombreux dirigeants, d’aggraver la récession qui menace. «En ce moment, on insiste trop sur les pénalités finan- cières et les paquets d’austérité», a jugé le socialiste Martin Schulz, présidentduParlementeuropéen, lors d’une visite à Athènes, mardi. Les mises en garde en ce sens se sont multipliées. Douze pays, dont l’Italie, l’Espagne, les Pays- Bas,le Royaume-Uniet la Pologne, demandent de réorienter la politi- que économique défendue par le tandem Merkel-Sarkozy. «La crise àlaquellenousfaisonsfaceestaus- si une crise de croissance», ont-ils fait valoir dans un courrier rédigé àl’initiativedeMarioMonti,prési- dentduconseilitalien.Lessocialis- tes français y voient la preuve que leurs demandes procèdent d’un souci qui s’impose à tous. Mais, dans l’esprit des douze signataires de cette lettre, le remède passe par davantagedelibéralisations,parla réforme du marché du travail dans chacun des Etats et par une plusgrandeouverturecommercia- leducontinent.Cenesontpasvrai- ment les solutions préconisées par la gauche française! La récession qui menace les Vingt-Sept inquiète de surcroît leurs partenaires internationaux. Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du com- merce, devait appeler lui aussi, mercredi, à la mise en place d’un «plan de croissance commun» en Europe. «Le nouveau traité lui- même, avec ses règles strictes pour les politiquesbudgétairesnationa- les, va susciter une demande en faveur d’un budget européenéten- du», devait-il expliquer à Bruxel- les. Pour M.Lamy, membre du PS français, ce plan devrait compor- ter trois axes: investir dans des infrastructures communes, pro- mouvoir la recherche ou l’éduca- tion, aider les Etats européens à adapter leurs outils productifs, leurs systèmes de sécurité sociale et leurs marchésdu travail. A plus court terme, l’enjeu est aussi–etpeut-êtresurtout–depré- ciser les modalités d’application dupacte de stabilitéet de croissan- ce,telquerenforcédepuisl’autom- ne.L’Espagnedemandeàrevoiràla baisse les objectifs qui lui sont fixés, demande repoussée d’un revers de main par la Commission etlaBanquecentraleeuropéennes. Avecunsouciquirisquedecom- pliquerledébutdemandatdupro- chain président français: protéger la crédibilité du dispositif de sur- veillancecollectivequiémergepeu àpeu dela crisedela zoneeuro.p Philippe Ricard LesIrlandaisserontconsultésparréférendumsurletraité L’oppositionentre M.Sarkozy etM.Hollandesurle nouveautraitéreflète ledébatdumoment entrelesVingt-Sept Le Parlement a définitivement adopté, mardi 28février, les deux projets de loi autorisant la création du Mécanisme euro- péen de stabilité (MES). Le Sénat a approuvé la ratification du traité instituant le MES par 169voix contre 35. L’UMP et l’Union centriste et républicaine ont voté pour. Le groupe commu- niste républicain et citoyen et la majorité du groupe écologiste ont voté contre. Le groupe socia- liste et le Rassemblement démo- cratique et social européen (RDSE) se sont abstenus. Quel- ques voix se sont cependant dis- persées. Trois sénateurs socia- listes (Jean-Pierre Godefroy, Marie-Noëlle Lienemann et Daniel Percheron) et trois RDSE, dont Jean-Pierre Chevènement, ont voté contre, tandis que deux écologistes ont voté pour. A Paris, le Parlement ratifie le Mécanisme de stabilité Londres Correspondance EndaKennyaurapristoutle mon- deparsurprise.Lepremierminis- treirlandaisaannoncé,mardi 28février,au Parlement,qu’ilorga- niseraunréférendumpourrati- fierletraitéquelesdirigeantseuro- péensdoiventsignervendredi2 mars.Cette consultationaurait lieuenmaiou enjuin,etsonrésul- tatparaîtactuellementtrèsincer- tain.Unsondageréaliséenjanvier indiquait40%de«oui»,36%de «non»et 24%d’indécis. Le nouveaupacte budgétaire peut certesentrer en vigueurdès lors que 12 des 17 Etats de la zone euro l’auront ratifié. Toutefois,la possibilitéd’un vote négatifrepré- sente une menace pour l’Union monétaire,car un tel vote risque de priver l’Irlande, sous assistance depuisnovembre2010, de l’éven- tuel soutien du Mécanisme euro- péen de stabilité (MES). L’Allema- gne a en effet conditionnétoute nouvelleaide à la ratification du pacte budgétaire. Les 4,5millions d’Irlandaistien- nent ainsi, une fois de plus, le sort de l’Europe entre leurs mains. La Constitutiondu pays obligeant les changements de traitéeuro- péen à être soumis au vote, les Irlandaisont été consultés sur le traitéde Nice en 2001 et sur celui de Lisbonne en 2008. A chaque fois, ils ont voté «non». Il aura fal- lu ensuite des renégociations– et des clauses d’exception – pour qu’ils approuventfinalement le texte, sans enthousiasme. Cette fois-ci, il avait sembléini- tialementque le même scénario pouvaitêtre évité. Technique- ment,le texte qui sera signé ven- dredi n’est pas un traitéeuro- péen, puisque deux pays en sont déjà exclus: le Royaume-Uniet la Républiquetchèque.Les négocia- tionsse font hors du cadre juridi- que européen. Pourtant,après avoir demandé conseilà son gar- de des sceaux, M.Kenny a jugé que la Constitution ne lui laissait pasle choix. «Les Irlandaisseront invités à autoriser, par référen- dum, le traité européen de stabili- té», a-t-il expliqué. Sept budgets de rigueur Le premier ministre appelle bien entendu à voter «oui». «Je croisfortement que c’est dans l’in- térêt nationalde l’Irlande.» Il sou- ligne que le pays a réussi à stabili- ser son économie depuis le plan de sauvetage de la fin 2010, la croissance,très légère, étant au rendez-vous,en 2011, pour la pre- mière fois en quatre ans. Selon lui, rejeter ce texte mettrait cette améliorationen danger. Deplus,mêmesiM.Kennyne leditpas, l’Irlande,paradoxale- ment,appliquedéjàlenouveau traité,quimet lesbudgetsnatio- nauxsous surveillancedesautres Etats.Al’automne,leprojetdebud- getdupaysavaitfuitédanslapres- seenAllemagneoù unecommis- siondu Bundestagl’examinait. Ces argumentséconomiques pourraientcependant ne pas peserlourd face à la colère gran- dissantedes Irlandaiscontre l’aus- térité.Le pays a connusept bud- gets de rigueur en troisans, et de plus en plus d’habitantsestiment que l’Europe ne fait qu’aggraver les choses, en imposant des mesu- res encore plus duresque celles voulues par le Fondsmonétaire international(FMI). «Cela va être un référendum sur l’austérité», estime Elaine Byr- ne,politologueà l’universitéTrini- ty College.Or, le soutien au Sinn Fein, le parti le plus opposé à la rigueur, atteint actuellement 25%, un sommethistorique.p Eric Albert 30123 Jeudi 1er mars 2012
  4. 4. N ’écoutezpaslaBanquecentraleeuropéenne,regardezce qu’ellefait,dit-onparfois.L’institutiondeFrancfortestélève desjésuites: inflexiblesurladoctrine,casuistelorsqu’ils’agit d’éviterle pire.C’estcettetâchequ’elleaccomplitdepuisledébutde lacriseen2007: endépitd’undiscoursorthodoxe,ellenecessede sauverl’Europedelafaillite,inondantlesbanquesdeliquidités. Ne négligeons pas la doctrine pour autant. Alors que s’engage un débat sur le bien-fondé de la rigueur en Europe, il convient d’écouter son président. L’Italien Mario Draghi rappelle quelques évidences sur l’Europe: «Les impôts sont élevés, et les dépenses des gouvernements sont concentrées sur des dépenses courantes.» En langage clair, l’Etat dépense trop et mal. Selon Eurostat, le taux de dépenses publiques en France atteignait 56% du PIB en 2010 contre 46% en Allemagne. M.Draghi appelle à distinguer la mauvaise dépense de la bonne. «La mauvaise consolidation[budgétaire]est la plus facile à réaliser, parcequ’on peut afficher de bons chiffres en augmentantles impôts et en réduisant les investissements,ce qui est beaucoupplus facile que de réduire les dépenses courantes», dit-il, avant de trancher: «Cela réduit le potentiel de croissance.» Bref, orthodoxiebudgétaire et croissance vont de pair. Mais pourquoi M.Draghi a-t-il donné sa leçon au Wall Street Journal et pas au «20heures» de TF1? p H uit heures. C’est le temps que devait passer François Hollande à Londres, mer- credi29février.Moinsquelaveille au Salon de l’agriculture de la por- tedeVersailles.Maisassezpourfai- re une conférence au prestigieux King’s College, saluer les Français installés dans la capitale britanni- que, et surtout rencontrer Ed Mili- band, chef du Parti travailliste et à ce titre leader de l’opposition au gouvernement conservateur de David Cameron. Accompagné notamment de deux anciens ministres des affai- res européennes, Pierre Moscovi- ci, son directeur de campagne, et Elisabeth Guigou, chargée des questions institutionnelles euro- péennes dans son équipe, Fran- çois Hollande devrait trouver en Ed Miliband un interlocuteur attentif. S’il s’est quelque peu assagi depuis qu’il a pris la direction du Parti travailliste, en 2010, «Ed le rouge», comme le surnommait naguère la presse britannique, n’a pas hésité à se démarquer du New Labour de Tony Blair. Son «droit d’inventaire» assumé à l’égard de la«troisièmevoie»blairiste,jugée trop centriste et trop oublieuse des catégories populaires, fait échoaupositionnementdeM.Hol- lande,quientendluiaussirenouer les liens entre le PS et les classes laborieuses. Avec M.Miliband, le candidat socialiste à l’élection présidentiel- le ne partage pas que cela. En février2011, lechefde l’opposition travailliste a prononcé l’un de ses discoursles plusimportantssur le thème de la «promesse britanni- que».M.Hollande,quiassurevou- loir faire de la jeunesse la priorité de ses priorités, a des centaines de fois prononcé les mêmes mots que M.Miliband ce jour-là: «C’est pour nous une mission nationale de faire en sorte que la génération suivante vive mieux que la précé- dente.» D’accord sur le diagnostic, d’ac- cord sur la priorité, les deux hom- mes ont néanmoins des divergen- ces. Elles portent notamment sur la régulation de la finance. Fran- çois Hollande est favorable à l’ins- tauration d’une taxe sur les tran- sactions financières à l’échelle européenne. Ed Miliband, lui, est d’accordsur le principe d’unetelle taxe, mais à condition qu’elle soit mondiale.«Lestravaillistesbritan- niques sont travaillistes mais ils sont d’abord britanniques. Tout ce qui peut affaiblir la City par rap- port à Wall Street les inquiète», commente un proche de M.Hol- lande. Selon le quotidien britannique The Guardian, qui cite l’entoura- ge de M. Miliband, celui-ci ne devrait pas non plus approuver l’idée d’élever à 75% le taux d’im- position des très hauts revenus, proposéelundisoirparM.Hollan- de sur TF1. Après Madrid, en octobre2011, puis Rome, Bruxelles et Berlin, en décembre, Londres est la cinquiè- me capitale européenne visitée par M.Hollande depuis sa victoire àlaprimairesocialiste.D’iciaupre- mier tour de l’élection présiden- tielle, le 22avril, le candidat socia- liste se rendra à Varsovie, le 9mars, où il sera notamment reçu par le premier ministre, Donald Tusk. Une semaine après la signa- turedutraitérenforçantladiscipli- ne budgétaire au sein de l’Union européenne, les deux hommes auront tout loisir de ferrailler contrecetraitéauquelilssonttous deuxfortement opposés. M. Hollande, qui a annulé «pour des raisons de calendrier» un déplacement à Copenhague et d’autres déplacements hors d’Eu- rope qu’il préfère déléguer à ses lieutenants, pourrait se rendre à nouveau à Bruxelles d’ici au pre- mier tour. C’est à Paris, le 17mars, probablement au Cirque d’hiver, qu’ildevraitpréciserlecontenude son «pacte européen de responsa- bilité, de croissance et de gouver- nance»dontlesgrandeslignesont été exposées le 5décembre 2011 lors du congrès du SPD à Berlin. Ce discours, annoncé par M. Moscovici comme « un moment particulièrement impor- tantdelacampagne»,concluraun séminaire de deux jours auquel participeront plusieurs figures ou dirigeants sociaux-démocrates européens,commel’ItalienMassi- mo D’Alema ou l’Allemand Sig- mar Gabriel. p Thomas Wieder sLEBILLET par Arnaud Leparmentier MarioDraghi,lejésuite présidentielle 2012 Nicolas Sarkozy avec le premier ministre belge, Elio Di Rupo, qui soutient François Hollande. E. FEFERBERG/AFP LecandidatPS rendvisiteàson alteregobritannique M.HollandeserendraàVarsoviedébutmars etpourraitretourneràBruxellesd’iciau22avril Le17mars,M.Hollande devraitpréciser son«pacteeuropéen deresponsabilité, decroissanceet degouvernance» Bruxelles, Bureau européen L e premier s’est dépensé sans compter pour assurer « le retour de la France en Euro- pe», le second est un nouveau venu, attendu au tournant par les Européens. Le duel entre Nicolas Sarkozy et François Hollande interpellelesdirigeantsdesVingt- Sept, même si rares sont ceux qui, àl’instardelachancelièrealleman- de, Angela Merkel, ont pris claire- ment parti pour le président sor- tant, ou choisi, comme le socialis- te belge Elio Di Rupo, de soutenir son challenger. Nicolas Sarkozy a su surfer sur lescrisesàrépétitionsubiesparles Vingt-Septpourasseoirsonautori- té dès la présidence française de l’Union européenne, au second semestre 2008. Crise financière, médiation entre la Géorgie et la Russie, sa réactivité lui a permis d’imprimer sa marque, avant que le séisme qui ébranle depuis plus de deux ans la zone euro ne mette commejamaisàl’épreuvel’impro- bable tandem qu’il constitue avec la chancelière allemande. Le cou- ple franco-allemand – la Merko- zy– s’est alors imposé comme le véritable pilote de l’Union euro- péenne,endépitdestensionsmul- tiples suscitées entre Paris et Ber- lin par le sauvetage des maillons faibles de l’union budgétaire, et le reformatagede cette dernière. Chef de file des pays du Sud, Nicolas Sarkozy a pu pousser des idéesquiluitenaientà cœur,com- me le gouvernement économi- que, mais c’est Angela Merkel qui en a déterminé la substance, en exportant sa «culture de stabili- té». Dans la foulée, M.Sarkozy a cherché à limiter les transferts de souveraineté, pour placer au cen- tredujeulessommetsdes17chefs d’Etat et de gouvernement de la zoneeuro,tandis que lachanceliè- re prône désormais une véritable «Union politique», de type fédé- ral, pour surmonterla crise. Le style peu diplomatique et les méthodestrès intergouvernemen- tales deNicolas Sarkozyont cepen- dant dérouté une bonne partie de ses homologues européens. «Quand nous nous appelons au téléphone, nous nous racontons d’abordlesméchancetésqueSarko- zy a pu dire dans notre dos », confiait, fin 2011, un habitué du Conseileuropéen. Plus fondamental, M.Sarkozy a,selonsesdétracteurs,beaucoup fait pour transformerle fonction- nement des Vingt-Sept, en don- nant le premier rôle aux Etats, quitte à marginaliser les institu- tions européennes, la Commis- sion comme le Parlement. Il a multiplié les passes d’armes plus ou moins discrètes avec Jean- Claude Trichet, l’ancien président de la Banque centrale européenne, dontlerôledanslacrisedesdettesa pourtantétédéterminant. En cas de passage de relais à l’Elysée,l’attitudedeFrançoisHol- lande, peu connu sur la scène européenne, est jugée moins pré- visible. « Personne ne sait vrai- ment ce qu’il a en tête, même si sa lointaine filiation avec Jacques Delors est plutôt encourageante», dit un haut responsable bruxel- lois. Ce dernier espère que les socialistes français ont bel et bien surmonté les divisions apparues en2005,lorsduréférendumnéga- tif contre la Constitution. Sans être vraiment rassuré à ce stade parleurabstentionlorsdelaratifi- cationduMécanismeeuropéende stabilité, le fonds de secours per- manent mis en place contre la volonté initiale de l’Allemagne poursoutenirlespaysdanslecolli- mateurdes marchés. Les premières prises de posi- tionducandidatsocialistesurl’Eu- ropenelaissentpasnonplusindif- férents. Son intention de renégo- cier le pacte budgétaire pour adjoindre au volet «budgétaire» unvoletplusorientésurlesoutien àlacroissancepasse mal.Selonun dirigeant européen, elle tiendrait même du «vœu pieux», alors que le nouveau traité doit être signé vendredi 2mars, et sera donc en phasede ratification. « Nous ne sommes certaine- ment pas en faveur d’une renégo- ciation», a estimé Jan Kees de Jager, le très orthodoxe ministre néerlandais des finances, un des alliés de l’Allemagne dans la ges- tiondelacrisedesdettessouverai- nes. «En revanche, si M.Hollande veut mener davantage de réfor- mes, alors nous serons à ses côtés, qu’ils’agissedelalibéralisationdes servicesoudesréformesdumarché du travail», a-t-il ajouté. «Le paradoxeest que M.Hollan- de entend donner des gages de son sérieux budgétaire, mais il s’en prend à l’instrument qui est juste- mentcensédonnerducorpsàladis- cipline collective mise en place par lescapitaleseuropéennes»,consta- te pour sa part Yves Bertoncini, le secrétaire général de la fondation Notre Europe, créée par Jacques Delors. p Philippe Ricard LematchSarkozy-Hollandeestsuivi deprèsdanslescapitaleseuropéennes VusparlespartenairesdelaFrancedansl’UE,NicolasSarkozyagace,FrançoisHollandeintrigue François Bayrou MoDem FrançoisBayroune remeten cau- se nile traitéeuropéennile méca- nismeeuropéende stabilité(MES). Enrevanche,le candidatcentriste estimequeces mesuressont timo- réesou troptardives,etne pren- nentpasassez encomptela néces- sitéde croissance.«Imaginerque l’onpuisse renégocierletraité, c’est impossible, jugesa directricede campagne,Mariellede Sarnez, mêmesi ce traité estloind’être l’al- phaet l’omégadela politiqueeuro- péenne.» Au MoDem,on milite pourla création d’obligations européennes(eurobonds)etpour unrôle accru dela Banque centra- leeuropéenne,prêteuren dernier recours.M.Bayrouestimequ’il fautrenforcerla gouvernancede la zoneeuro.Concernantle MES, Mme de Sarnezfaitce constat: «S’il étaitarrivéplustôt, celaaurait été mieux.Toutcelan’est pastrès bien gérédepuisdeuxanset demi.»p Pierre Jaxel-Truer Traitéeuropéen,MES…Cequ’enpensentlesautrescandidats Leduelinterpelleles dirigeantseuropéens, mêmesiraressont ceuxquiontprisparti Jean-Luc Mélenchon Front de gauche Ill’aditetredit:Jean-LucMélen- chonest opposéauMécanisme européendestabilité(MES),tout commeautraitésurlastabilité,la coordinationet lagouvernance dansl’unionéconomiqueetmoné- taire(TSCG).Deuxtextesqui,selon lui,portentatteinteàlasouverai- netédelaFranceetquiconstituent un«coupdeforcecontreladémo- cratie».LecandidatduFrontde gauche,quiveuts’imposerenlea- derdu«non»àl’Europedel’austé- rité,aappelélessocialistesàvoter contrele MESàl’Assembléenatio- nalecommeauSénat.«Aucune politiquedegauchen’estpossible danslecadredecestraités»,a-t-il dénoncédansLibérationle20jan- vier.Celuiquiavaitvoté«non»au référendumsurletraitéconstitu- tionneleuropéenen 2005souhai- tequelesFrançaissoientencore consultéssurleTSCG.Unesolu- tionrejetéeparl’UMPetle PS.p Raphaëlle Besse Desmoulières Eva Joly Europe Ecologie-Les Verts Autantletraitéeuropéen,perçu commeuncorsetbudgétaire menantàlarécession,faitl’objet d’unecondamnationunanime chezlesécologistes,autantleMES suscitedesfractures.Lepartiet sa candidateEvaJolyontprisposi- tioncontrece mécanisme,s’atti- rant,enretour,unetribunetrèscri- tiquedeDanielCohn-Bendit,de l’économisteAlainLipietzetdu députéeuropéenJean-PaulBesset appelant,eux,àle soutenir.Dans une-mailàsesamis,M.Cohn-Ben- dits’estdit«consterné» parEELV, leMESpermettant,àsesyeux, «d’aiderconcrètementdespaysde lazoneeuroquinepeuventplus emprunter».Cettefracturese retrouveauSénat,oùLeilaAïchiet AndréGattolinontsoutenuleMES contreleurprésidentdegroupe Jean-VincentPlacé.Etdansl’entou- ragedeMme Joly,lâchéeparledépu- téeuropéenPascalCanfin.p Anne-Sophie Mercier Marine Le Pen Front national Sans surprise, Marine Le Pen condamnedans un même mouve- ment les deux dispositifs euro- péensqui, estime-t-elle,devraient être soumisà référendum.La can- didate du FN, qui veut prendre la tête de l’oppositionà «l’Europe de Bruxelles», estime que le Mécanis- me européende stabilité (MES) est la «mise en place d’un FMI euro- péen», lequel placerait la zone euro sous «la dictature de la finan- ce». «C’est l’austéritéà vie, c’est la prisondes peuples», ajoute-t-elle. Quant au traité européen, Mme Le Pen juge qu’il «retirera à la Francesa souverainetébudgétaire et condamneranos nations à l’aus- térité permanente». Pour Mm Le Pen, «avec cet accord,l’équilibre des finances publiquesn’est plus un moyen pour la croissance, mais une fin en soi, pour sauver l’euro». «Si je suis élue, je reviendrai sur cet accord», promet-elle. p Abel Mestre 4 0123 Jeudi 1er mars 2012
  5. 5. achetezdanslaboutiqueenlignegucci.com L e Conseil constitutionnel ajugé contraire à la Constitu- tion, mardi 28février, la loi visant à réprimer la contestation des génocides reconnus par la loi, dont, en premier lieu, le génocide arméniende 1915. Ce texte, adopté parleParlementle23janvier,avait été à l’origine de vives tensions entrela Franceet la Turquie. Ilavaitdonnélieu,lorsdesadis- cussion à l’Assemblée nationale, puis au Sénat, à des manifesta- tions rivales d’organisations tur- ques et arméniennes. Deux recours, signés par 77sénateurs et 65députés de toutes sensibilités, avaient été déposés. Dans sa décision, le Conseil considère que la loi du 29janvier 2001 reconnaissant le génocide arménienn’apasdeportéenorma- tive. Il l’assimile en quelque sorte àune résolution. Partant de là, il estime que, « en réprimant la contestation de l’existence et de la qualification juridique de crimes qu’il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur aportéuneatteinteinconstitution- nelle à l’exercice de la liberté d’ex- pressionet de communication». Nicolas Sarkozy, qui avait affir- mé sa volonté de légiférer pour pénaliser la négation du génocide arménienetappuyécetteproposi- tion de loi, «a pris acte de la déci- sionrendueparle Conseilconstitu- tionnel». «Il mesure, indique un communiquédel’Elysée,l’immen- sedéceptionetlaprofondetristesse de ceux qui avaient accueilli avec reconnaissance et espoir l’adop- tion de cette loi.» Le chef de l’Etat aaussitôtchargélegouvernement de préparer un nouveau texte. Celui-ci n’a cependant guère de chancesd’aboutiravantlasuspen- sion des travaux parlementaires, prévue à partir du 7mars. Ankara se réjouit De son côté, François Hollande, qui s’était aussi prononcé en faveur de la pénalisation de la négation du génocide arménien, s’est engagé,s’il est présidentde la République, à «reprendre ce sujet dansl’apaisement,danslaconcilia- tion et, en même temps, dans la volonté d’aboutir». «Je veux dire ici toute ma solidarité aux Armé- niens de France parce que je sais ce qu’ils attendaient, a-t-il déclaré. Je veuxdireaussiauxTurcsdeFrance qui s’étaient mobilisés, qu’ils avaient finalement tort d’imagi- ner que c’étaitcontre eux.» Les autorités turques ont accueilli cette censure comme une victoire couronnant «une lutte menée avec sang-froid et détermi- nation». «Nous félicitons les mem- bres du Conseil constitutionnel. C’est un refus de la politisation de l’histoire», a réagi le ministre des affairesétrangères,AhmetDavuto- glu. «Cette décision évite une très grave crise entre la France et la Tur- quie», acommentéle vice-premier ministre, Bülent Arinç. La presse turque se délectait, mercredi matin,de«lagifleconstitutionnelle àSarkozy».p Patrick Roger (avec Guillaume Perrier à Istanbul) Montpellier Envoyé spécial C emardi28févrierdevaitêtre la journée où Nicolas Sarko- zy allait imposer son thème de la semaine, l’éducation. Et puis, il y a eu ce coup de Jarnac, lundi soir: la proposition de François Hollande de taxer les plus hauts revenusà hauteur de 75%. Dèslepetit-déjeunerdelamajo- rité, mardi, M.Sarkozy dénonce une «improvisation dangereuse» ducandidatsocialiste.Maisc’estla droite, totalement prise de court, quidoitimproviser.CarM.Hollan- fait, à gauche, un coup gagnant similaire à celui joué par M.Sarko- zy en 2007, lorsqu’il avait proposé un ministère de l’immigration et de l’identité nationale et parve- nant ainsi à dominer le débat. AMontpellier,alorsqueleprési- dent-candidatdébutesavisitedans un internatd’excellence,c’est… sur la taxe à 75% qu’il est interrogé. Il glisse trois mots, mais insiste: il veut parler éducation. Il s’éternise dans sa visite, refuse un match de ping-pong proposé par des élèves. Et fait une bourde: il confirme que la journaliste française blessée Edith Bouvier a été exfiltrée de Syrie. L’affirmation est erronée, et M.Sarkozy doit faire marche arriè- re. «Je me suis montré imprécis, je m’en excuse auprès de vous», dit-il auxjournalistes. Puisvientunetroisièmedécon- venue, la censure par le Conseil constitutionnel de la loi pénali- santlesgénocides,adoptéedansla précipitationpours’attirerlesbon- nes grâces de la communauté arménienne.Volontariste,l’Elysée indiquequelechefdel'Etatdeman- de au gouvernement de préparer un nouveautexte. Recyclage Enfin,legranddiscourssurl’édu- cation peut débuter. Le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé a chauffé la salle, qualifiant M.Hollande de «Monsieur 75%». Arrivelecandidat,dansunemerde drapeaux tricolores. Il commence parjouerlesparentscontrelespro- fesseurs. « L’école appartient d’abordàtouteslesfamillesdeFran- cequiluiconfientleurenfant»,assè- ne M.Sarkozy, qui dénonce «ceux qui ne voient l’école qu’à travers le prismeducorporatisme».Ilrecycle ses idées de 2007 sur l’autorité et finitparquelquesannonces. Le candidat propose aux ensei- gnants de travailler plus pour gagner plus. C’est déjà le cas, puis- qu’ils sont de grands consomma- teurs d’heures supplémentaires défiscalisées. Au lieu de donner 18heures de cours par semaine, M.Sarkozy les invite à assurer 26heures de présence au collège, payées 25 % de plus. « Près de 500eurosparmois»,préciselepré- sident.Sur la base duvolontariat. Vientensuitelacritiqueducollè- ge unique, accusé d’avoir aggravé lesinégalités.«Nousdevonspasser de l’école pour tous à l’école pour chacun», estime M.Sarkozy. Pour lesélèvesdesixièmeetdecinquiè- me, il propose d’avoir moins de professeurs, mais polyvalents, et de regrouper l’enseignement des disciplines littéraires d’une part, scientifiques de l’autre. À partir de la quatrième,les élèvespourraient choisir un début d’orientation. Le discours s’achève sur une critique dubaccalauréat. M.Sarkozy n’a pas prononcé le passagedesondiscoursoùilgèlela réductiondespostesenmaternelle et primaire. Mais l’écrit fait foi, et l’Elysée fait savoir que l’engage- mentvaut.Pourconclure,M.Sarko- zy reprendla suppliquedu général de Gaulle lors du putsch d’Alger de 1961: «Françaises, Français, j’ai besoindevous.Aidez-moi!»p Arnaud Leparmentier Desprofsmieuxpayésouplusnombreux? Laloisurlesgénocidesest contraireàlaConstitution Lechefdel’Etatannonceunnouveautexte, lecandidatsocialistepromet«l’apaisement» NicolasSarkozyproposederémunérer laprésencedesenseignantsàl’école Leprésident-candidataconnuunejournéedifficilesouslapressiondesonadversairesocialiste DEVENIR un «flexi-prof» et aug- menter son salaire de 25%, ou res- ter un professeur classique dont le métier est défini par le nombre d’heures de cours à assurer? Le choix sera entre les mains de cha- que enseignant si le candidat Sarkozy reste à l’Elysée après mai2012. Depuis2007, le chef de l’Etat construitpas à pas son école. Le conseillerd’Etat Marcel Pochard avait dès 2008 esquissé ce «flexi- prof» dans un rapport que lui avait commandéXavier Darcos, alors ministre de l’éducation. Mais le sujet n’était pas politique- ment mûr, et le travail est resté dansles tiroirs. L’enseignant«nouveau» assu- rera ses cours, mais devra aussi répondre aux missionsdiverses que son chef d’établissementesti- meraêtre nécessairespour faire réussirlesélèvesqu’il reçoitet ren- dre son collège ou son lycée per- formant.Au total, il sera astreint à 26heures de présence,mais cha- que enseignant pourra se voir confier des taches différentes, en fonctiondes besoinslocaux. Ce modèle va avec une forte autono- mie des établissements– portée par le candidatSarkozy – et un choix des enseignantspar le «patron» du lieu qu’est le provi- seur ou le principal. Nombre d’enseignantsétaient déjà présentsdans les établisse- ments par-delàleur temps de cours.La propositionles réconci- liera-t-elleavec un candidatque seuls 12,5% d’entre eux avaient l’intentionde choisir au premier tour,selon le sondage réalisé par l’IFOP? Préfèrent-ilsêtre 60000 de plus ou être mieux payés?p Maryline Baumard 50123 Jeudi 1er mars 2012
  6. 6. Les militants de la cause [homosexuelle],par cooptation,prolifèrent dans nos rangs» Christian Vanneste, député UMP du Nord, dans une lettre adressée au président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Christian Jacob. Violence AudreyPulvaretArnaudMontebourg agressésàParis La journalistede France Télévisions Audrey Pulvar et son compagnon, le député (PS, Saône-et-Loire)Arnaud Montebourg,ont été pris à partie, mardi 28février, vers 22heures,boulevard Murat,dans le 16e arrondisse- ment de Paris, par une quinzained’individus qui scandaient des mots d’ordreen faveur de Jean-MarieLePen. Des injures racistesont été pro- féréeset deux verres ont été jetés dans leur direction, sans les atteindre. «On sortait du resto, ils étaient devant un bar», a racontéla journaliste, qui fait aussi état de cris, comme«juden, juden,juden» («juifs») ou encore«la France aux Français» et autres «LePen président». «Je n’ai pas été blessée», a indiqué Mme Pulvar. Dans la soirée, la journaliste et ArnaudMontebourg ont déposéplainte au commissariatdu 16e arron- dissementoù ils ont été pris en charge par une équipede la brigade anti- criminalité(BAC) de nuit, avec laquelleils ont effectuéun tour du quar- tier pour tenter de retrouver la bande. En vain. Interrogée sur Europe1, mercredimatin, Marine LePen a condamnécette agressiontout en jetantune suspicionsur «les accusations très graves de Mme Pulvar». «S’il suffit d’aller agresser quelqu’un en criant “Le Pen président”pour que je sois responsable,l’Etat de droit s’est dégradé(…). Vous ne pouvez pas, avant même une enquête de police, dire qu’il s’agit de membres du FN», a déclaré la candidate du Front national.p Yves Bordenave CommentFrançoisHollandeapréparé sasurprisesurl’impositiondesplusriches Leprinciped’unenouvelletrancheaétéactéelorsd’une«réunionstratégique»le25février s LA QUESTION Quelimpactpourunimpôtà75%? présidentielle 2012 I ls y réfléchissaient depuis plu- sieursjours.Depuisquelecabi- net Proxinvest, le 14février, aestiméà34%la haussedesrému- nérations moyennes des patrons du CAC40, François Hollande et sonpremiercercleplanchaientsur une mesure symboliquement for- te, frappant à la fois les plus hauts salaires et les esprits. «On s’est dit qu’onn’allaitpaslaisserpasserça», indiqueStéphaneLeFoll,responsa- ble de l’organisation de la campa- gnedu candidatsocialiste. Le principe politique était acquis, restait le débat technique. Plafonnement des rémunérations ou mesure fiscale particulière sur les très hauts revenus? La premiè- re option ayant été abandonnée, c’est la seconde qui s’est progressi- vement imposée, samedi, lors d’une « réunion stratégique» regroupant autour de M.Hollande lestroishommesfortsdesacampa- gne: Pierre Moscovici, Manuel Valls et Stéphane Le Foll. Puis défi- nitivement, lundi 27février, dans l’après-midi, quelques heures avantlepassageducandidatsocia- listeà l’émissionde TF1. C’est pourquoi beaucoup, dans l’équipe, ont été cueillis par surpri- separl’annoncedeM.Hollande,de la création d’une nouvelle tranche d’impôt pour les rémunérations dépassant le million d’euros annuel. A commencer par Jérôme Cahuzac,leresponsabledupôlefis- calité dans le staff. «Je ne sais trop que vous dire», admettait le prési- dentdelacommissiondesfinances de l’Assemblée, pris au dépourvu quelques instants plus tard sur France2.«Maintenant,ilestaucou- rant», aévacué M.Hollande,mardi 28février, en marge de sa visite au Salon de l’agriculture. «Il est nor- mal que je prenne un certain nom- bred’initiatives.Jesuislecandidat.» Faire acte d’autorité L’objectifstratégiquedeM.Hol- lande qui, depuis l’entrée en cam- pagneduchefdel’Etat,sembledis- posé à proposer quelques surpri- sesprogrammatiqueset àinnover par rapport au socle de proposi- tions contenu dans son projet, est bien de faireacte d’autorité. Face aux Français les plus aisés, d’abord: «Je voulais dire qu’il y avait là une façon de faire qui n’est plus acceptable. Un dirigeant ne peutgagneren un an cequ’unsmi- card mettra 100 ans à gagner», explique M.Hollande, qui brandit l’argument de l’intérêt général: «C’est un signal qui est envoyé, un message de cohésion sociale (…) C’est du patriotisme d’accepter de payer un impôt supplémentaire pour redresser le pays.» Face à Nicolas Sarkozy, ensuite. Le président-candidat avait, au moment du dévoilement du pro- jet de M.Hollande, lancé l’offensi- vefiscale,accusantlePartisocialis- te de matraquage des classes moyennes. Puis, lors de son inter- vention télévisée du mercredi 22février, le président-candidat s’en était pris aux abus des patrons,assurant qu’il agirait à cet endroit,si réélu. Au chef de l’Etat qui, depuis Montpellier, a évoqué sur ce point une «impression d’improvisation, de précipitation, pour tout dire d’amateurisme qui est assez consternante» de la part du candi- datsocialiste,M.Hollandea ferme- mentrépliqué:«Moi,jeconnaisun professionneldesfaveursaccordées aux plus favorisés, c’est le candidat sortant,dontlapolitiquesetermine par une baisse de l’impôt sur la for- tuneaprès lebouclierfiscal.» La mesure présente aussi le mérite tactique de réinstaller le débat autour des positions et pro- positions du candidat socialiste, commeentémoigneletirdebarra- ge venu de l’UMP. «Inflation fisca- le» pour la ministre du budget, ValériePécresse,«courseàl’échalo- te» selon le ministre de l’écono- mie, François Baroin, «confisca- tion fiscale», selon le ministre des affairesétrangères,Alain Juppé. Benoît Hamon constate «une levéedeboucliershallucinantedela droite, qui n’a aucun état d’âme pour augmenterla TVA de 1,6 point mais qui maintenant tire le signal d’alarme de l’évasion fiscale », moque le porte-parole du parti. Lequel, reprenant une comparai- sonhistoriqueenvoguedansl’équi- pe,comparelecandidatHollandeà FranklinD.Roosevelt,qui,selonlui, «avaitcrééen1941unetranched’im- pôt de 91% pour les revenus de plus de200000dollars». p David Revault d’Allonnes s L’image ValérieTrierweilersedit«sidérée» parlesattaquesdeNicolasSarkozy ValérieTrierweilerse dit«sidérée» parla chargequ’a menéecontreelle, lundi27 février,surRTL, NicolasSarkozy.«Je suissurprisequ’il aitfait ça lui-même.Ce n’est pasdu niveaud’unprésidentde la République», assu- reau Mondela compagnedeFrançoisHollande.Mme Trierweilerse trou- vaitd’ailleursaveclecandidatsocialistequand elleaentendule chefde l’Etat,quitente d’infléchirsonimagede«présidentdesriches»,s’interro- gersurles ondesface auxjournalistesde RTL: «Est-cemoi quitravaille dansle groupede [Vincent]Bolloré ? (…) Parceque personnen’a une émis- sionde télévisiondans legroupede M.Bolloré ?» Uneallusiondirecteau magazine«Itinéraires», diffusésur la chaînetéléviséedu groupeBol- loréDirect 8et consacréauxtrajectoiresd’artistes.Un magazinedont Mme Trierwieleraenregistréles deux derniersnuméros,vendredi. «Jamaisil ne seraitvenua l’idéede Françoisd’attaquerCarla [Bruni- Sarkozy].Moi nonplus.J’aidu respectpour ce qu’elleest», assureValérie Trierweiler(PHOTO: PATRICK KOVARIK/AFP). p D. R. A. Le candidat socialiste, François Hollande, a visité le Salon de l’agriculture, porte de Versailles à Paris, pendant douze heures, mardi 28février. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/FRENCH POLITICS POUR «LE MONDE» UNE TRANCHEd’imposition à 75% pourles revenusau-delà du milliond’euros. La propositionde François Hollande a surpris jus- qu’à son propre camp. L’UMP a sembléhésiter, dans sa riposte, fustigeant,comme François Baroin,«un message de spolia- tion» pour les plus riches, ou minimisant,comme Valérie Pécresse,«un rendementfiscal epsilon», donc nul. Qu’en est-il en réalité? Comment s’appliquerait la mesu- re? Oncompteactuellementcinq tranchesd’imposition,qui vont de 0% (jusqu’à6088eurosde revenusannuels) à41% (au-delà de 72317euros).Elles ne détermi- nentpas le taux d’impositionglo- bal,mais celui quis’appliquesur lesrevenuscorrespondant,en tenantcomptedu quotient fami- lial: on est imposéà 0% sur les premiers6088 euros, à5,5% sur la tranchesuivante(de 6088 à 12146 euros),à 14% sur la suivante… M.Fillonavaitintégréauplan derigueurdel’été2011unesur- taxede3%et5%àpartirde 250000et500000eurospar mois,quelePSconserverait.Le socialisteproposait,enoutre,dans sonprogramme,decréerunetran- che,à45%, pourlesrevenussupé- rieursà150000euros.Ilévoque désormaisunetranchesupplé- mentaire,quiprélèveraitdonc 75%des revenussitués au-dessus de1milliond’eurosparan. Qui serait concerné, et pour quel montant? Le nombre de contribuables potentiellementtouchés par cette mesuren’est pas certain. Le PS évoque de 7000à 30000 person- nes.Selon Vincent Drezet, secrétai- re national du Syndicat national unifiédes impôts (Snuip), entre 15000et 20000 foyers fiscaux seraient potentiellementconcer- nés. Bercy parle de 3000 foyers à peine. Cette imprécisions’explique sans doute par la multiplication des niches et des mesures permet- tant de réduirel’imposition,qui permet à nombre de contribua- bles fortunés d’échapperà une partie de l’impôt dû, rendant l’im- pôt dégressifpour les «très riches». En 2009, les 0,01% les plus riches, soit 3523 foyers fis- caux gagnant plus de 1,2million d’euros, étaient imposés en moyenneà 17,5%, contre 20% pourles 0,1% les plus riches(plus de 360309 euros). Quel effet aurait la taxe? Le montant final serait comple- xe à établir. M.Drezet évoque «200 à 250millions d’euros» de gainpour l’Etat. Un chiffre faible, pourune taxe à l’impact avant tout symbolique. La réforme aurait surtout valeur de signal politique, même sielle ne constitueraitpas une pre- mière historique.Le taux margi- nal supérieur de l’impôt a déjà été aussihaut, jusqu’à 90% dans les années1920 ou l’après-guerre.Il était encore supérieurà 60% au débutdes années 1980.Les Etats- Unisont gardé des taux sembla- bles jusqu’aux années1960. Il serait en revanche le plus élevé d’Europe.En 2007, le Danemark était le pays avec le plus fort taux marginalsupérieur de l’impôt, à 59%. Quant au risque d’«exil fiscal» dénoncépar l’UMP, alors que le candidatsocialiste compte aussi releverles taux de l’impôt sur la fortune, réduireles plafonds du quotientfamilial et plafonnerles niches, M.Drezet le minimise: «Même si certains s’en vont à l’étranger,la réforme ne concerne pas assez de monde pour mettre l’économieen danger.» Pour lui, cetteréforme aurait le méritede la pédagogie, dans le cadred’un mouvementplus vaste de retour à la progressivité de l’impôt. p Samuel Laurent Opérationséduction deFrançoisBayrouauSénat Lecandidat centristeestallé, mardi28février,à larencontre d’uneving- taine de sénateursissus du groupeUnion centristeet républicaine(qui comprend31élus MoDem, Alliancecentriste, NouveauCentre, radicaux, diversdroite)pour défendresa candidature.Un texte de soutien de ces sénateurs,dontcertainshésitentencoreà rendre publicleur choix,est attenduen milieude semaine prochaine.«J’appartiensau courantdu centre,qui s’est pendant longtempsdivisé, dansdesconditions parfois attristantes,il est en trainde se refonder», se féliciteM.Bayrou.«La ques- tiondes alliancesaprès la présidentiellen’apas été évoquée», raconteun participant.Au mêmemoment, un autresénateur du groupecentriste, Jean-MarieBockel (Gauchemoderne),a lancé un «comitéde soutien», mais cettefoisà Nicolas Sarkozy.M.Bockel,orphelin de lacandidature de Jean-LouisBorloo,qu’il soutenait,veut convaincreles électeurs«qui neveulentpas voter FrançoisHollande mais ne sontpas encoreprêts à franchirle pas vers Nicolas Sarkozy». p Pierre Jaxel-Truer La « loi Petroplus» adoptée par l’Assemblée nationale L’Assembléenationalea adopté,dans la nuit de mardi 28 à mercredi 29février, un texte porté par l’UMP destiné à empêcherle détourne- ment d’actifs d’une entreprisedéfaillante.Inspiré de la situation de la raffineriePetroplus de Petit-Couronne(Seine-Maritime),il a été voté avec le soutiendu PS. En revanche, une série d’amendementsinspirés du cas du site de Florange(Moselle) d’ArcelorMittalont été rejetés. Jean-Pierre Raffarin ouvre la porte à François Bayrou Le référendumsur la moralisationde la politique proposé par François Bayrou,s’il était élu, est «tout à fait acceptable», a déclaré, mardi 28février, sur Radio classiqueet la chaîne Public Sénat l’ex-premier ministreJean-Pierre Raffarin.Il a estimé qu’il n’était «pas impossible» que M. Bayroupuisse devenir le premierministre de Nicolas Sarkozy. 6 0123 Jeudi 1er mars 2012
  7. 7. international Haut débit jusqu’à 10 Mbps Appels téléphoniques Abonnez-vous à partir d’un euro par jour. Équipement gratuit* *Selon le type d’abonnement choisi Assez d’avoir internet au ralenti? Choisissez Tooway dès maintenant, où que vous soyez! Fourni par Skylogic, filiale d’Eutelsat Appelez-nous 0811 653 317 ou rendez-vous sur internet-maintenant.fr De jeunes combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), à Sarmin, dans la province d’Idlib (nord-ouest), lundi 27 février. RODRIGO ABD/AP L esortdesjournalistesocciden- taux pris au piège à Homs, assiégéeetbombardéeparl’ar- mée syrienne, a fait l’objet d’infor- mations contradictoires et de démentis, mardi 28février 2012. Seul, finalement, le Britannique Paul Conroy, blessé dans l’attaque quiavaitcoûtélavieàlajournaliste américaineduSundayTimesMarie Colvin et au photographe français Rémy Ochlik le 22février dans le quartierdeBabaAmro,apuquitter la Syrie clandestinement pour le Libanvoisin,oùilaétéprisenchar- gepar l’ambassadebritannique. La Française Edith Bouvier, dontlajambeestfracturée,lepho- tographefrançais William Daniels etlejournalisteespagnold’ElMun- do Javier Espinosa sont toujours à Homs. Aprèsl’échecdeplusieurstenta- tivesd’évacuationvialeCroissant- Rouge syrien et le Comité interna- tionalde la Croix-Rouge(CICR), les insurgésde l’Arméesyrienne libre (ASL)ontmenéunepérilleuseopé- ration d’exfiltrationlundi soir. Selon Abou Raed, directeur du bureau du Comité de secours syrien au Liban, la brigade Al-Farouqdel’ASL(principalgrou- pe armé présent à Baba Amro) a tentéunesortiedanslanuitdelun- di à mardi. « A 3 km d’Homs, le convoi a été l’objet de bombarde- ments de l’armée syrienne. Des combatsontégalementopposédes hommes de la brigade Al-Farouk à l’armée syrienne, raconte Abou Raed au Monde. Javier Espinosa a été légèrement blessé. Le convoi s’est alors scindé en deux. Un grou- pe a poursuivi vers le Liban, avec le photographe britannique Paul Conroy, parvenu à Beyrouth mar- di. L’autre groupe s’est replié vers Baba Amro.» Il s’y trouvait tou- joursmercredi matin. L’organisation Avaaz, proche des insurgés, avance que treize membres de l’ASL auraient perdu laviedanscetteopérationrisquée. Selon Abou Raed, la raison de cetteopérationd’exfiltrationtient dans le fait que l’ASL «n’a aucune confiance dans le Croissant-Rouge syrien, infiltré par des personnes du régime. L’ASL a de l’estime pour le CICR, mais il n’est pas parvenu à faireadopterunetrêve.Cette orga- nisation a des résultats très limités aujourd’hui en Syrie». Il récuse l’idéequel’ASLespéraittirerbéné- ficedecesnégociationspourpren- dre un avantage militaire. Depuis une semaine, l’évacua- tion des journalistes étrangers à Homs bute sur la défiance des insurgés syriens envers le Crois- sant-Rouge,soutenuparleCICR. Selon Saleh Dabbakeh, porte- parole du CICR à Damas, joint par téléphone mardi soir, les équipes du Croissant-Rouge «étaient prê- tesàévacuerlesjournalistes»lundi soir. «Des ambulances étaient à Baba Amro. Elles ne sont reparties qu’avec trois blessés syriens». Mar- di, «la situation était très tendue à Baba Amro», a-t-il ajouté. Le CICR continue d’appeler les autorités syriennesàunetrêvehumanitaire. Selon une source de l’opposi- tion syrienne proche de l’ASL, «les journalistes avaient peur d’être bombardés par le régime à peine sortisduquartieravecleCroissant- Rouge. Ils s’inquiètent aussi que le matérielqu’ilsontaccumulésurles atrocités commises par le régime à Homssoit confisqué.» L’ASL accuse le pouvoir d’avoir arrêté neuf blessés évacués récem- mentparleCroissant-Rougesyrien. LeCroissant-Rougearéfutépoursa part «les allégations répétées met- tant en cause sa neutralité, son impartialité». Pour le moment, les négociations semblent rompues aveclesassiégésdeBabaAmro. Selon un membre de la brigade Al-Farouk, contacté par Le Monde, l’opérationd’évacuationavaitune dimension politique: «C’est un messageaurégimesyrien.Onpeut pénétrer dans les zones où il sévit, onpeutconvoyerdesjournalistesà l’intérieur du pays.» Il reconnaît toutefoisquel’opérationauraiteu plusderetombéessielleavaitcom- plètementabouti. D’aprèslui,lavidéod’EdithBou- vier, mise en ligne la semaine der- nière, «visait à envoyer un messa- ge à la communautéinternationa- lepourattirerl’attentionsurlesort des civils à Baba Amro », dont 5000 seraient encore présents dansle quartier. Pour un dirigeant de l’opposi- tion syrienne en exil, «les oppo- sants d’Homs sont très faibles, ils manquent de tout. Ils savent que quand les journalistes seront par- tis, ils serontlivrés à leur sort.» Desinformationsfaisaientétat, mardi soir, de l’envoi à Homs de troupes supplémentaires de la 4e division de l’armée syrienne, une unité d’élite commandée par Maher Al-Assad, le frère du prési- dent syrien. En France, l’exfiltration ratée d’Edith Bouvier a occasionné un gros ratage de la part de Nicolas Sarkozy, en pleine campagne élec- torale à Montpellier: après s’être réjoui, mardi après-midi, devant lescamérasdeBFM-TV,desonéva- cuation, il a été contraint de démentir et de s’excuser. Une pré- cipitationquicontrasteaveclapru- dence du Figaro, pour qui Edith Bouvierétaiten mission,ainsi que des diplomates à Beyrouth, à Damas et à Paris. En l’absence de preuves directes, le quotidien n’a jamais confirmé l’arrivée d’Edith Bouvier et de ses compagnons au Liban, annoncée par des sources anonymes de l’opposition syrien- ne et un responsable libanais.p Christophe Ayad, Benjamin Barthe et Laure Stephan (à Beyrouth) L’ASL«n’aaucune confiancedans leCroissant-Rouge syrien,[quiserait] infiltrépardes personnesdurégime» Un hélicoptère abattu, selon les insurgés Syrie:troisjournalistesrestentbloquésàHoms LephotographebritanniquePaulConroyapugagnerclandestinementBeyrouth,contrairementàsesconfrères LesOccidentauxs’activentpourprésenter unenouvellerésolutiondevantl’ONU Un hélicoptère militaire syrien aurait été abattu par l’Armée syrienne libre (ALS) dans la région d’Alep, selon une source digne de foi proche de l’opposi- tion syrienne. Aucune précision n’a pu être obtenue sur le lieu, la date et le bilan exacts de cette opération. Si elle était confir- mée, il s’agirait d’une première et la preuve que des armes sophistiquées commencent à arriver aux insurgés syriens. Le Qatar et l’Arabie saoudite n’ont pas caché leur intention d’en fournir à l’opposition syrienne depuis la mise en échec par des veto russe et chinois d’une réso- lution au Conseil de sécurité de l’ONU, début février. Nationsunies (Correspondante) Alorsqueles Nationsunies esti- mentdésormaisà «beaucoupplus de7500morts» lebilande la répressionenSyrie,plusieurspays membresdu Conseildesécurité travaillentàl’élaborationd’une actiondiplomatiquepourrépon- dreàl’urgencehumanitaire.Selon unesourceprochedu dossier,l’ini- tiativevientdesEtats-Unis,et des «travauxexploratoires» sont menésavecla Franceet la Grande- Bretagne,lebutétant deprésenter unprojet derésolutionsuscepti- blede fairel’unanimitéet de«sor- tirleConseilde soninaction». Aprèsavoiressuyédeuxdou- blesvetorusso-chinoisenquatre mois,lesOccidentauxprivilégient l’approchehumanitaire.«Ilestde notredevoird’explorerlapossibili- téd’uneactionduConseil(…)C’est ceà quoinousallonstravailler.Ce serasansdouteunetâchedifficile maisjepensequenousavonsl’obli- gationdenousyatteler»,adéclaré, mardi28février,l’ambassadeur allemandPeterWittig.Unpeuplus tard,les 15paysmembresdu Conseilentendaientlesecrétaire généraladjointdel’ONUpourles affairespolitiques,LynnPascoe.Le hautresponsableamentionnédes «informationscrédiblesselonles- quelleslebilandésormaisexcède souventlescentmortscivilspar jour,dontbeaucoupdefemmeset d’enfants».Enéchouant«danssa missiondemettrefin aucarnage», lacommunautéinternationale «sembleavoirencouragéle régime [syrien]à croireensonimpunité», ainsistéLynnPascoe. Cessez-le-feu quotidien Lesdeuxseulesprioritéssurles- quellesleConseilsembleaujour- d’huiunanimesontl’arrêtdesvio- lenceset l’accèshumanitaireaux villesetzonesassiégées.LaRussie auraitsoulevélaquestiondel’ac- cèshumanitairedevantleConseil desécuritélasemainepassée.Mos- cous’estdepuisprononcéen faveurd’uncessez-le-feuquoti- diendedeuxheures,allantjusqu’à appelerDamasàcoopéreravecle ComitéinternationaldelaCroix- Rouge.«LesRussescherchentà sor- tirdel’isolementdanslequelleurs vetolesontplongés,ilssesontmis lemondearabeà dosetsouhaitent sortirdecetteimpasse»,faitremar- querunesourcediplomatique. Maissielleest prèsdecédersur levolethumanitaire,laRussien’ac- ceptepaspourautantd’yassocier unvoletpolitique.L’absencede touteréférenceauplandesortie decrisedelaLiguearabe–quipré- voitnotammentletransfertdes pouvoirsdeBacharAl-Assadàson vice-président–, équivaudraità laisserlesmainslibresaurégime syrien,soulignentdesdiplomates. Lenouvelémissairedel’ONUet delaLiguearabepourlaSyrie,Kofi Annan,devaitrencontrersonsuc- cesseuràlatêtedesNationsunies, BanKi-moon,mercrediàNew York,ainsique desmembresdu Conseildesécurité.LaSyrieadéjà faitsavoirquel’anciensecrétaire généraldel’ONUétaitpersona nongrata,Damasn’ayantpasété consultépoursanomination.p Alexandra Geneste 70123 Jeudi 1er mars 2012
  8. 8. Le chef de file de l’opposition Macky Sall, interviewé à son domicile, à Dakar, le 27février. Y.BOUDLAL/REUTERS international DOSSIER L’industrie, enjeu électoral MARS 2012 Chez votre marchand de journaux – 4,90 € Lasociétécivilealgériennetoujourssoussurveillance Unrapportdénonce,unanaprèslalevéedel’étatd’urgence,unemesureen«trompel’œil» Portrait Dakar Envoyé spécial L ’élève Macky Sall (50ans) savoure sa revanche sur le maître Abdoulaye Wade (86ans), qu’il pourrait bien terras- ser lors du second tour de la prési- dentielle qui se dessine au Séné- gal, à la fin du mois de mars. Selon les résultats provisoires du pre- mier tour de dimanche 26février, le président sortant et son ancien premierministre, un temps décrit commesondauphin,devraienten effetseretrouverpourleduelélec- toral final. Un duel de générations et de caractères plus que d’idéolo- gie entre ces deux libéraux. Rencontrédanssavastedemeu- re du quartier résidentiel de Fenê- treMermozàDakar,aulendemain du premier tour, Macky Sall se montreavectoutcequiledifféren- cie de son maître: sérénité et sim- plicité, faute de charisme, et res- pect de l’adversaire. Tout juste ose-t-il: «Il est évident qu’on a nos chances de gagner, et ce n’est pas ma faute si je suis jeune, ce n’est pas un handicap.» Là où d’autres candidats ont raillé l’âge avancé du président, Macky Sall évite de blesser. Ilpourraitpourtantavoirlesuc- cès plus démonstratif. Abdoulaye Wade, élu une première fois en 2000,claironnedepuisdes semai- nes qu’il remportera un troisième mandat au premier tour du scru- tin. L’argument s’inscrit dans un discours de campagne. Il reflète aussi le profond dédain de M.Wade envers des adversaires politiques dont il dit qu’aucun ne luiarriveàlacheville.Et sûrement pas Macky Sall, à propos duquel il doit se dire aujourd’hui qu’il aurait mieux fait de ne pas se lais- ser abuser par ses rondeurs et ses silences.Nisous-estimerl’acharne- ment d’un homme dont il avait blessél’orgueil. C’était en 2007. Macky Sall venait de conduire la campagne victorieusedesonmentoràlapré- sidentielle. Interrogé par un jour- naliste sur la personnalité qui pourrait lui succéder, le président réélu lâche: «Je ne vois personne autour de moi.» Macky Sall est assis à ses côtés. Cet ingénieur géologue et géo- physicien, diplômé, entre autres, de l’Institut français du pétrole, avait pourtant gravi tous les éche- lons durant les années 2000 : ministre des mines puis de l’inté- rieur, premier ministre, président de l’Assemblée nationale, numéro deux du Parti démocratique séné- galais (PDS). Le coup de 2007 est rude pour Macky Sall, faute d’être surprenant. Son nom s’ajoute sur lalonguelistededauphinsécartés par le président lorsqu’ils com- mençaientàluifairetropd’ombre. Outre ses ambitions, M.Sall a aussi commis un crime de lèse- majesté: s’attaquer au jeune fils du président, Karim, étoile mon- tante du «wadisme» népotique. Président de l’Assemblée, Macky Sall avait convoqué Karim Wade devant une commission parle- mentaire,sans en informerle chef de l’Etat, pour lui demander des comptes sur sa gestion opaque et dispendieusede l’Agence nationa- lede l’organisationde laconféren- ce islamique. «Je voulais savoir ce qu’il avait fait du milliard de dol- lars consacré à cet événement», nous explique-t-il. Le président se fâche,«m’accused’inquisition»,se rappelle-t-il. Abdoulaye Wade exi- gesadémission.Ilrefuse.Qu’àcela ne tienne, le chef de l’Etat change la Constitution et ramène à un an, contrecinqauparavant,lemandat du président de l’Assemblée. La ruptureest consommée. Macky Sall avait-il calculé son coup? Du jour au lendemain, en attaquant un fils impopulaire et en tenant tête au « Vieux », il gagne ses lettres de noblesse d’op- posant. Dorénavant, il va tracer, seul, son chemin. En 2008, il démissionne du PDS, fonde l’Al- liance pour la République (APR) et sillonne inlassablement le pays à la rencontre des habitants, aux- quels il présente un programme économique et social d’inspira- tion libérale destiné à charmer le mêmeélectorat que M.Wade. Objectif, la présidentielle de 2012. Et pour cette campagne, cet homme qui se décrit lui-même comme «solitaire» montre une nouvellefoisqu’ilestunfauxindé- cis.Quandlelargefrontanti-Wade regroupé au sein du Mouvement du 23juin (M23) appelle à occuper laruepourempêcherlacandidatu- reduprésident,jugéeanticonstitu- tionnelle par le M23, MackySall sait que rien ne fera reculer un chef de l’Etat fier et entêté. Il fait donc cavalier seul et se lance dans unecampagneélectoraledeproxi- mité à l’intérieurdu pays. Sa stratégie est gagnante. Qua- treans,seulement,aprèssaruptu- re avec le président, Macky Sall est à deux doigts de faire tomber le maître. Sans esprit de vengeance. «Entre Wade et moi, dit-il, c’est un problèmedeconceptiondegouver- nancedel’Etat,sinonilafaitdebon- nes choses, dans la construction d’infrastructuresnotamment.» Finconnaisseurdes hommeset dupartiaupouvoir,issudumême moule libéral, il sait qu’en cas de victoire il suffira d’attendre les défections et les ralliements. «Je formerai un gouvernement élargi pourattirertouteslescompétences auservicedudéveloppement.Iln’y aura pas de chasse aux sorcières», précise-t-il. En attendant, Macky Sall doit d’abord remporter le second tour de l’élection. «Ce sera facile», lâche-t-il. «Wade, ancien opposant pro- metteur, a tellement trahi d’an- ciens alliés et déçu la population qu’il ne dispose plus vraiment de réservoir de voix pour le second tour», avance l’avocat Babacar Gueye. Avec une rare pointe d’hu- mour, Macky Sall propose une voie de sortie au président: «Il a dit qu’il était mon maître. Quand votre élève vous met au tapis, le plus sage est parfois d’abandon- ner. Il devrait peut-être appeler à voterpour moi.»p Christophe Châtelot L a levée de l’état d’urgence en Algérie,annoncéeilyaunan, le 24février 2011, est un leur- re. «Un trompe-l’œil», assure le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme (REMDH) qui dresse dans un rapport le bilan de cettemesuredécidéeparlesautori- tés algériennes dans le sillage du «printemps arabe», dix-neuf ans après son instauration. «Le harcèlement des militants par la police, l’interdiction injusti- fiée des manifestations et des réu- nions publiques, de même que le recours à des pratiquesadministra- tivesabusivespourentraverlacréa- tion des associations: ces tactiques continuent d’être communément utiliséespouraffaiblirlasociétécivi- le et entraver son action», accuse le réseau de plus de 60 organisations desdroitsdel’homme,crééen1997. Dans les faits, poursuit-il, «la plupart des dispositions de l’état d’urgence ont en réalité été inté- grées dans la législation ordinai- re». Ainsi, la nouvelle loi sur les associations,promulguéele12jan- vier, «menace d’aggraver encore les difficultés d’exercice du droit d’association». La création d’association est conditionnéeàl’autorisationpréa- labledesautorités,etnonplussou- mise au régime déclaratif, le nom- bre de membresfondateursnéces- saire a été sensiblement augmen- té, et le contrôle du financement renforcé, en particulier pour les associations étrangères.Ces dispo- sitions, dénonce le REMDH, «ne réflètent pas les demandes de la société civile» exprimées lors des consultations menées en juin2011 par le Conseil national économi- que et social. Les restrictions les plussévèresconcernentlesassocia- tions de droits de l’homme. Et les nouvelles demandes déposées par certainesd’entreelles,commeSOS Disparus,sontrestéeslettremorte. Interdiction de manifester La levée de l’état d’urgence n’a rien changé non plus à l’interdic- tion de manifester à Alger, en vigueur depuis 2001, cependant bravée plusieurs fois, ces derniers mois, dans la capitale algérienne, des gardes communaux aux étu- diants.Surleresteduterritoire,qui n’est désormais plus concerné par l’interdiction, il n’est toutefois pas aisé de manifester. Le 16octobre 2011, à Laghouat, des chômeurs, qui ont dû affronter les forces de sécurité,enont faitl’expérience. Instauréle9février1992,dansla fouléedel’annulationdesélections législativesremportéesaupremier tourparleFrontislamiquedusalut (FIS),l’étatd’urgenceenAlgérieaeu un profond impact sur la société civile «systématiquement affai- blie». La lutte antiterroriste pen- dant les années de guerre civile a ainsi permis de réprimer toute voix critique. «Toutefois,préciseleREMDH,la persistance et le renforcement des organisations de la société civile malgré les obstacles auxquels elles fontetcontinuentdefairefacepour- raientconstituerlemoteurdechan- gementsimportants.» En vue des élections législatives prévuesle10mai,Algervientégale- ment d’autoriser près d’une ving- tainedepartis,dontcertainspatien- taientdepuisplusdedixans.p Isabelle Mandraud Moscou Correspondante A quelques jours de la prési- dentielle du 4 mars, le Kremlin a mis fin, mardi 28 février, aux fonctions de SergueïDarkine,49ans, le gouver- neur de la Province maritime (Extrême-Orient), officiellement pour«raisondesanté».Alatêtede la région depuis 2001, le gouver- neur était impopulaire parmi ses administrés, outrés par ses liens avec le monde interlope et son implication dans quelques affai- res de corruption. Sergueï Darkine semblait indé- boulonnable.Depuis2004,lesgou- verneurs ne sont plus élus au suf- frage universel, ils sont nommés par le Kremlin qui les jauge à leur loyauté.Malgré son impopularité, il avait réussi, en 2010, à se faire reconduire à son poste pour cinq ansparleprésidentDmitriMedve- dev. La population de la Province maritimeen avait pris son parti. Le 15décembre 2011, la gestion désastreuse de M.Darkine appa- rut au grand jour devant des mil- lions de téléspectateurs. C’était au moment de la séance annuelle de «questions-réponses» entre les Russes et le premier ministre Vla- dimir Poutine, retransmise par toutes les chaînes de télévision. L’exercice, intervenant onze jours après les législatives du 4décem- breentachéesdefraudes,étaitnet- tement moins guindé qu’à l’ordi- naire. Aumomentoùlaliaisonfutéta- blie avec Vladivostok, la capitale régionale, à 9000km de Moscou, laparoleéchutàunpetitentrepre- neur, Andreï Goldobine: «Vladi- mir Vladimirovitch! Combien de temps encore Sergueï Darkine va resteràsonpostealorsquesesfonc- tionnairesn’arrêtentpasdeserem- plirlespochesavecl’argentdubud- get et celui des entrepreneurs?» Visage crispé, M.Poutine écouta, pritfébrilementquelquesnoteset répondit: «Il n’y a pas que la cor- ruption,ilyaunegrandecriminali- té dans cette région bien plus qu’ailleurs.» Etpuisplusrien.Ilsemblaitévi- dentquelebaronduPacifiques’en étaittiréavecunlégerblâme,com- meen2008,lorsqu’ilaéchappéde justesse à une mise en examen (sonbureauavaitétéperquisition- né) en venant plaider sa cause à Moscou après une alerte cardia- que. Il avait donc été épargné. Ses adjoints n’ont pas pu échapper aux poursuites judiciaires mais le nom de Sergueï Darkine n’a jamais été mentionné au cours desaudiences.Leprincipalbénéfi- ciaire du groupe criminel jugé fut décrit comme «une personne non identifiée». Son brusque limogeage à quel- ques jours de la présidentielle du 4mars a pris de court la plupart des commentateurs. A Moscou comme à Vladivostok, personne ne peut croire que la corruption, véritable pilier du système, est la vraie raison de sa disgrâce. Certes, M.Darkine y est allé un peu fort. Récemment, il a acquis, au nom de sa femme, Larissa Belobrovaïa, la base de pêche de Nakhodka, dirigée par son frère, Oleg Darkine. Pour ne rien arran- ger, il s’est brouillé avec un puis- sant homme d’affaires du cru, Rouslan Kondratov, le fils d’un général de l’ex-KGB, ce qui n’est jamais bon, vu que les «hommes enépaulettes» tirent lesficelles de l’économie. Enréalité, SergueïDarkinea été écarté en raison du mauvais score (33%) réalisé par le parti Russie unie aux législatives du 4décem- bre. A Vladivostok, le grand port russe du Pacifique, le parti de M.Poutine,quiaremportélamajo- rité absolue des sièges à la Cham- brebasseduParlement(Douma),a faitunscorede23%,soitunchiffre nettementinférieur à la moyenne du pays (49,23%). Alarméparlavaguedecontesta- tion, Vladimir Poutine, candidat à untroisièmemandatprésidentiel, mise désormais sur une victoire dès le premier tour. Avec ce limo- geage,leKremlinenvoieunmessa- ge à ses barons régionaux. Ceux qui n’obtiendront pas le score requis le 4mars, soit plus de 50%, ont du souci à se faire. «Ils doivent songer à leur retraite», a prévenuM.Poutine.D’oresetdéjà, les gouverneurs de Vologda, d’Arkhangelsk, de Volgograd et de Tomsk, où les scores de Russie unieétaient particulièrementbas, ont dû rendre leur tablier. Pour «raison de santé» bien sûr.p Marie Jégo «Quandvotreélève vousmetautapis, leplussageestparfois d’abandonner» Macky Sall Le camp du président sénégalais, Abdoulaye Wade, candidat contesté à un troisième mandat, a reconnu, mardi 28février, qu’il serait contraint de disputer un second tour face à son ancien pre- mier ministre Macky Sall. «Tout indique qu’il y aura un second tour: ce sont les chiffres qui le disent», a déclaré, mardi, El Hadj Amadou Sall, un des responsa- bles de la campagne électorale de M.Wade. D’après une estima- tion de l’Agence France-Presse portant sur 39 des 45départe- ments sénégalais, M.Wade arrive en tête avec 32,6% des voix, contre 25,8% à M.Sall, qui devan- ce Moustapha Niasse, un autre ex-premier ministre (14,3%), le chef du Parti socialiste Ousmane Tanor Dieng (11,7%) et un troisiè- me ancien premier ministre, Idris- sa Seck (7,5%). – (AFP.) Le camp Wade admet qu’un second tour aura bien lieu MackySall,l’élèvequirêvedeterrasser lemaîtreàlaprésidentielleduSénégal Leprobableadversaired’AbdoulayeWadeausecondtourdel’électionavaitétésonbrasdroit «Vladimir Vladimirovitch! Combiendetemps encoreSergueï Darkinevarester àsonposte?» Un petit entrepreneur LeKremlinécarte ungouverneur del’estdelaRussie LepartiRussieunien’aobtenuque33%desvoix auxlégislativesdanslaProvincemaritime 8 0123 Jeudi 1er mars 2012

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