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  • 1. IP S E LES CAHIERS DE L’IPSE Institut Prospective et Sécurité de l’Europe LES ELECTIONS PROVINCIALES IRAKIENNES LA REINTEGRATION DE LA FRANCE DANS L’OTAN ENJEUX GEOPOLITIQUES MONDIAUX : PERSPECTIVES 2009 LES CLEFS D’UNE ANALYSE GEOPOLITIQUE DU SAHEL L’UNION POUR LA MEDITERRANNEE BLOQUEE PAR LA GUERRE CONTRE GAZA SUR LA RECHERCHE, LA SCIENCE ET L’EDUCATION EN ALGERIE : CONTEXTE POLITIQUE ET SOCIO-ECONOMIQUE ORGANIZATION IN DISGUISE: THE ROLE OF THE SHANGHAI COOPERATION ORGANIZATION IN CHINA’S GRAND STRATEGY NUMERO 93 – PRINTEMPS 2009
  • 2. COLLOQUE « L’UNION POUR LA MEDITERRANEE A UN AN ! » Mercredi 17 juin 18h-20h, Amphithéâtre Louis, Ecole Militaire (1 place Joffre, 75007 Paris). Organisateur : Centre d’Etudes et de Recherche de l’Ecole Militaire. Inscription obligatoire : oriane.ginies@defense.gouv.fr COLLOQUE « LE DEVELOPPEMENT POLITIQUE, SOCIAL ET ECONOMIQUE DU MAROC : REALISATIONS (1999-2009) ET PERSPECTIVES » Le 29 juin 2009 au Palais du Luxembourg (15 ter rue de Vaugirard, 75006 Paris). Organisateurs : Centre de droit international, européen et comparé (CEDIEC) de la Faculté de droit Paris Descartes et Observatoire d’études géopolitiques (OEG). Inscription obligatoire : etudesgeo.colloques@gmail.com Revue trimestrielle éditée par l’Institut Prospective et Sécurité de l’Europe24, rue Jules Guesde75014 Paris - FranceTél : 33 (0)1 42 79 88 45E-Mail : ipse2004@hotmail.comwww.ipse-eu.orgDirecteur de la publication :Laurent AMELOTRédacteur en chef :Georges-Henri BRICET DES VALLONSRédacteur en chef adjoint :Mathieu ARMETComité de rédaction :Mathieu Armet, Georges-Henri Bricet des Vallons, Emmanuel Dupuy, Julie Parriot, LucPicotOnt collaboré à ce numéro :Mathieu Armet, Gérard Begni, Georges-Henri Bricet des Vallons, Khalifa Chater,Emmanuel Dupuy, Mirko Palmesi, Jérôme Pellistrandi, Stéphane Taillat, Medhi Taje,Les opinions exprimées dans la revue n’engagent que leurs auteurs.Tous droits de reproduction, même partielle par quelque procédé que ce soit, réservés pour touspays.ISSN : 1955/0065
  • 3. Et voilà l’homme… Obama « Dans la terminologie abrupte des empires du passé, les trois grands impératifs géostratégiques se résumeraient ainsi : éviter les collusions entre vassaux et les maintenir dans l’état de dépendance que justifie leur sécurité ; cultiver la docilité des sujets protégés ; empêcher lesbarbares de former des alliances offensives. » Zbigniew Brzezinski Monsieur Obama est un admirable produit de « diplomatiepublique ». Après des mois d’ « obamania » aux Etats-Unis et dans « lereste du monde », son investiture a eu lieu : on savoure « sa » victoiretout autour du globe… Antithèse de Bush, Obama, le métis auquel,divers peuples peuvent s’identifier, est une promesse de changementet rassure quant aux valeurs (la tolérance en tête) et à la raison desAméricains (après la déception de 2004). Si l’on croit au Progrès,l’élection de B. Obama est indubitablement… un progrès ! Il injecterasans doute une dose (salutaire) de multilatéralisme dans la politiqueétrangère américaine. Il cherchera à obtenir l’appui des alliéstraditionnels notamment européens (en tenant compte de leursintérêts) et à améliorer lensemble des relations diplomatiques de sonpays. L’objectif de cette élection et de la politique qui suivra est(évidemment !) de tout changer pour que rien ne change : « Faut biensauver l’empire mon p’tit monsieur ! » Un lifting géopolitique bien faitpour conforter les Européens dans le « choix » de « leur » président(Guantanamo…). Naturellement des voix se sont élevées pour nous expliquer que lanouvelle administration opterait (sans doute) pour un profil bas, uncertain retrait des affaires du monde en vue de se concentrer sur lagestion de problèmes intérieurs préoccupants – crise économiqueoblige. On se croirait revenu plusieurs années en arrière lors del’investiture du président précédent, le si isolationniste George «
  • 4. Magog » BUSH, fort contrarié par le « Pearl Harbor spatial » du 11septembre 2001. Un « retrait » des Etats-Unis ? Le voudrait-il, Obamane le pourrait pas ! Du fait, d’une part, d’une forte opposition « néo-conservatrice » intérieure : celle-ci est particulièrement perceptiblesur le dossier irakien. Elle cherche à faire mentir le candidat OBAMAen contournant ses promesses/décisions de désengagement. D’autrepart, pour maintenir la primauté américaine, l’impératifgéostratégique est de dominer l’Eurasie via le refoulement de laRussie et l’endiguement de la Chine (et l’assujettissement de l’Europe!)…et dans ce domaine, il ne s’agit pas de se reposer ! Qu’en est-il des autres dossiers ? Passons vite sur le Proche-Orient(Gaza !) puisqu’il est - comme d’habitude - urgent de n’y rien faire(vivre et laisser mourir). Dans « sa » guerre au terrorisme, M. Obamasouhaite intensifier l’engagement de son pays en Afghanistan etpotentiellement au Pakistan. En ce sens 20 000 à 30 000 soldatsaméricains devraient être envoyés en renfort d’ici l’été prochain (soitun doublement des effectifs)… une décision prise unilatéralement enviolation de la mission initiale internationale définie en 2001 etlégitimée par une résolution du Conseil des Nations unies (çacommence bien…). Cette intensification de la guerre a lieu au momentoù la principale route d’approvisionnement des forces alliées via lePakistan est devenue très précaire. La crise guette. Toutes les autres routes viables passent par l’ancienne Unionsoviétique (l’Iran a “naturellement” été écartée), elles traversent laCaspienne (Caucase et Asie centrale) ou transitent par le territoirerusse. Dans les deux cas, l’influence de Moscou est telle que lacoopération de la Russie est absolument nécessaire. Mais cettecoopération a un prix. Pour le dire crument, les Russes réclament riende moins qu’une reconnaissance d’une sphère d’influence dans leur «étranger proche »… ce qui n’est pas sans poser problème quant àl’extension de l’OTAN, les bases américaines et le projet de défenseanti-missiles. Le disciple de BRZEZINSKI n’est naturellement pas prêt àaccepter de telles conditions. Il doit pourtant agir vite. Aussi,l’Afghanistan est à la fois un dilemme et un schibboleth pour lenouveau président. Résumons-nous : quel que soit son méritepersonnel et nonobstant les aspects hautement bénéfiques de sa
  • 5. future politique, Monsieur Barak OBAMA, le métis souriant, est uncheval de Troie… une vieille histoire européenne.Une autre question est autrement plus pressante : cet hommeprovidentiel le sera-t-il assez pour répondre aux défis du XXIe siècle…à la convergence des catastrophes ? Mathieu Armet
  • 6. ARTICLESLes élections provinciales irakiennes : premier bilanStéphane TaillatLa réintégration de la France dans l’OTANYves-Marie LaulanEnjeux géopolitiques mondiaux : perspectives 2009Jérôme PellistrandiLes clefs d’une analyse géopolitique du Sahel africainMedhi TajeL’Union pour la Méditerrannée bloquée par la guerre contre GazaKhalifa ChaterSur la recherche, la science et l’éducation en Algérie : contextepolitique et socio-économiqueGérard BegniOrganization in Disguise: The role of the Shanghai CooperationOrganization in China’s grand strategyMirko PalmesiNOTES DE LECTURE* LA GUERRE DU POLE-NORD A COMMENCE par Richard Labévière etFrançois Thual*LA DEGENERESCENCE DU LIBAN OU LA REFORME ORPHELINE par AhmadBeydoun* IRAK : LES ARMEES DU CHAOS par Michel Goya* CYBERGUERRE : LA GUERRE NUMERIQUE A COMMENCE par NicolasArpagian* CONFLUENCES MEDITERRANEE N°68 « ITALIE, LE GRAND BOND ENARRIERE ? »
  • 7. LES ELECTIONS PROVINCIALES IRAKIENNES :PREMIER BILANStéphane Taillat * Au soir du 31 janvier 2009, près de 51% des Irakiens s’étaientexprimés pour désigner les législatures de 14 gouvernorats (sur les 18provinces que compte le pays). Au-delà des considérations techniqueshabituelles dans les démocraties occidentales au lendemain de telsscrutins, la tenue de ces élections sanctionne pour partie les évolutionsintervenues dans le temps de l’occupation américaine (22 mai 2003-31décembre 2008). Il importe donc de considérer les enjeux de cesélections, la signification de leurs résultats et leur portée pour l’actionaméricaine en Irak en les envisageant dans une analyse multiscalairegéographique et chronologique. Des enjeux électoraux parfois anciens et masqués par laprégnance de la « contre-insurrection » : La tenue de ce scrutin –le premier depuis 2005- a permis ques’expriment les rivalités et les enjeux politiques dont beaucoup ont leursracines dans l’irruption américaine de 2003. Par ailleurs, les questionslocales que sont censées résoudre les élections s’ancrent dans un cadrecommunautaire et national. Il en est ainsi des rivalités locales. Celles-cis’expliquent à la fois par les délégations du pouvoir central octroyées dansla constitution de 2005 et par la culture politique irakienne marquée parle patronage. Il faut donc comprendre le scrutin de 2009 comme unaffrontement présenté comme inégal entre les tenants du pouvoir et leursjeunes compétiteurs. Cette asymétrie des moyens est le corollaire del’action des militaires américains qui ont appuyé l’ascension de nombreuxdétenteurs locaux du pouvoir. Le cas le plus exemplaire est celui de laprovince occidentale d’Anbar. Dans cette dernière, l’abstention prônéepar les insurgés en 2005 a conduit à la mainmise quasi-exclusive du PartiIslamique Irakien sur les rênes du pouvoir provincial. Le phénomène du« réveil » tribal a contribué à transférer l’essentiel des prérogatives desécurité locale aux mains des cheiks, au détriment des islamistes. Parailleurs, les cheiks ont pu représenter une source alternative de patronage
  • 8. dès lors que leurs milices (ou que les forces de sécurité provincialesrecrutées sur une base tribale) étaient payées par les militairesaméricains, à raison de 300$ par personne et par mois. Néanmoins, l’essentiel des compétitions locales doit secomprendre dans le contexte de la représentativité des communautésethnoconfessionnelles, notamment pour des enjeux territoriaux. C’est lecas notamment aux bordures du monde arabe et du monde kurde (soientles provinces de Diyala, Saladin et Ninive). Les élections de 2005 ontabouti à surreprésenter les Kurdes tant à Ninive (75% des sièges pour 25%de la population environ) qu’à Diyala. Dans les trois provinces frontalières,les revendications sunnites ont très largement contribué au maintien del’insurrection, au-delà même des succès du « sursaut » à Bagdad et ses« ceintures ». Dans le cas de Mossoul (Ninive) et Khanaqin (Diyala), lesheurts armés entre les deux communautés –voire entre l’armée irakienneet les peshmergas kurdes- s’expliquent essentiellement par la pousséekurde entamée en 2003 dans des régions riches en pétrole. Dans le cas deKirkouk, les fortes tensions ont du résoudre le Parlement irakien à trouverun compromis en juillet 2008 par la tenue d’un référendum surl’appartenance de la province au Kurdistan Régional Autonome après lesélections provinciales. Quoiqu’il en soit, d’autres minorités apparaissentcomme marginalisées dans les processus pré-électoraux, notamment lesChrétiens, les Yazides ou les Turkmènes de Ninive. L’ensemble des luttes électorales au niveau local s’inscrit dans lecadre plus large des évolutions politiques en Irak. Chronologiquement, lacentralité de l’enjeu tribal dans l’ensemble des provinces doit secomprendre sur la longue durée. Tant chez les Sunnites que chez lesChiites (et à l’exception de la capitale), les tribus ont été courtisées par lesprincipaux adversaires. Il s’agit là d’une constante des relations de pouvoiren Irak depuis la présence ottomane : les tribus sont-elles un relai dupouvoir central ou bien représentent-elles un ancrage spatial du pouvoirau niveau local ? Dans cette optique, le double ou triple jeu des cheikssunnites dans les années 2003-2007 exprime leur volonté de devenir unacteur central du jeu politique, alors que leurs prérogatives –fortementdiminuées à l’issue de la révolution de 1958- avaient été renforcées parSaddam Hussein après la première guerre du Golfe, il est vrai dans lecadre d’une loyauté totale envers le dictateur. Plus récemment, lescompétitions internes aux communautés forment un deuxième ensemble
  • 9. de facteurs politiques à l’œuvre. Masquées partiellement par lafocalisation médiatique sur l’insurrection nationaliste ou jihadiste et lesréponses que lui ont apportées les militaires américains, ces rivalités depouvoir ont pourtant été la source principale de la fragmentationpolitique de la société irakienne et de l’augmentation concomitante de laviolence. Exercée à l’encontre de la base sociale et communautaire toutautant que contre les confessions « ennemies », cette dernière a surtoutrévélé plusieurs dynamiques. La première est celle de la compétitioninterne aux Chiites entre les religieux quiétistes et pro-iraniens, les cheikset les populistes (ces derniers incarnés dans le mouvement sadristenationaliste dont l’action remonte aux années 1990). La seconde est celledes luttes entre les cheiks sunnites, les Oulémas et les jihadistes. Les deuxacteurs violents principaux ayant été neutralisés en 2007 (Al Qaïda en Iraket l’Armée du Mahdi), ces processus s’exercent désormais à travers despratiques politiques qui, si elles n’excluent pas les éliminations physiqueset l’instrumentalisation des forces de sécurité, conduisent toutefois à unerecomposition favorable à la sécurité. Une troisième évolution politique transparaissant dans cesélections concerne l’avenir politique du pays. Ayant instrumentalisé lesAméricains contre ses rivaux, le premier ministre Nouri Al-Maliki apparaîtdésormais comme « l’homme fort » du pays. Il s’est affirmé commenationaliste et centraliste face au Conseil Suprême Islamique et auxfédéralistes bassoriens, comme séculier face aux Sadristes et commetechnocrate face aux tribus. Par ailleurs, il a su utiliser les forces arméesformées par les Américains pour défaire les milices de ses rivaux etémerger comme un facteur d’ordre. Enfin, il n’a pas hésité à débaucherles tribus par le biais de Conseils de Soutien Tribaux (Tribal SupportCouncils) tant dans les provinces majoritairement chiites du sud, que dansles provinces mixtes (Diyala) ou bien sunnites (Anbar). Son ascensioncorrespond également à l’enjeu de la répartition des pouvoirs entre legouvernement central et les gouvernements provinciaux, notammentpour ce qui concerne les forces de sécurité. Au cours de l’été et del’automne 2008, il n’a pas hésité à intervenir directement dans lesopérations militaires à Ninive, Diyala et Maysan. De nombreux différendsl’ont opposé aux Conseils provinciaux de Bassorah ou encore de Diyalaconcernant la nomination des chefs de la Police. La constitution de 2005ne définissant pas les pouvoirs provinciaux de manière exhaustive,certains ont pu craindre ou espérer que le premier ministre ne se serve de
  • 10. cette imprécision pour prendre le contrôle effectif de la sécurité locale.Cependant, cette mainmise directe est intervenue de manière ponctuelle,et essentiellement pour diminuer les partis rivaux en prévision desélections provinciales.Les résultats : les dynamiques en cours au sein de la société irakienne Les résultats marquent des ruptures et des continuitésmanifestes. Au registre des premières, il faut inscrire la persistance duvote ethnoconfessionnel, notamment chez les Chiites. Certains partismixtes ont pu émerger, tel celui de l’ancien premier ministre dugouvernement provisoire Ayad Allawi (juin 2004-avril 2005), mais forceest de constater que le critère communautaire reste prégnant,notamment dans les zones de contact entre les ethnies kurdes et arabes(le parti sunnite Habda rassemblant 48% des voix dans la province deNinive). De la même manière, et en dépit de leur sévère défaite danscertaines provinces, les partis islamiques gardent une influence certaine.C’est le cas du Conseil Suprême Islamique qui arrive en seconde positiondans l’ensemble des provinces méridionales. Il faut comprendre cettepermanence dans le cadre de l’influence traditionnelle du clergé chez lesChiites, même si ce dernier sort relativement marginalisée du scrutin(payant sans doute son quiétisme face à l’activisme de Sadr ou du premierministre). En revanche, le Parti Islamique Irakien sunnite est laminé àAnbar et à Ninive, mais pas à Diyala où il garde près de 21% des voix. Làencore, on peut supposer que le vote islamique est surtout un votecommunautaire dans des régions mixtes ou disputées. Le cas de Ninivemontre surtout le maintien du vote nationaliste et séculier chez lesSunnites, un héritage de l’époque baassiste. Enfin, il faut prendre encompte le cas de Bagdad : dans la capitale, les partis communautaires etislamistes sont en tête. C’est notamment vrai pour la coalition « Etat deDroit » du premier ministre qui y recueille 38% des voix. Il faut en effetsouligner que le premier ministre, en dépit de son discours « séculier »,reste membre d’un parti fondé par un ayatollah chiite au début desannées 1980 ! Les bons résultats des candidats indépendants se réclamant dumouvement sadriste démontrent que le choix de l’abandon de la luttearmée, masquée par les scissions croissantes au sein du mouvement auprofit des « groupes spéciaux » formés et financés par les Services
  • 11. Spéciaux de la Garde Révolutionnaire Iranienne, a permis de limiter lesdégâts. La marginalisation politique de Moqtada Sadr se confirmenéanmoins. On peut d’ailleurs légitimement penser que la frangemodérée et nationaliste du mouvement a voté pour le premier ministre. Au registre des ruptures, les bons résultats de ce dernier semblentmontrer un rejet généralisé des « sortants » dans les provinces chiites ouà forte présence chiite. Au fond, les élections de 2005 ont surtout faitémerger un pouvoir milicien et un accaparement partisan du servicepublic. Les lenteurs de la reconstruction et la prégnance du souci de lasécurité ont ainsi ouvert une fenêtre d’opportunité pour Nouri Al-Maliki.Celui-ci, menacé au sein de l’Assemblée Nationale, a accru sa position demanière significative. Mais la rupture essentielle concerne l’irruption des pratiquesdémocratiques au cœur des rivalités et compétitions politiques. L’exempled’Anbar, où les leaders tribaux se sont réconciliés contre la victoirepossible du Parti Islamique Irakien (déclaration qui s’est avérée infondée)montre comment le jeu électoral n’a pas véritablement pris la place desregistres habituels de ces jeux de pouvoir. La menace d’insurrection ou desécession, la corruption ou les menaces verbales demeurent des élémentscentraux. Toutefois, les pratiques démocratiques ont été intégrées au seinde ces derniers par le biais des alliances. On peut craindre la persistanced’une privatisation de la sécurité, même si cela sera sans doute partiel, etinclus au sein du jeu démocratique. Quoiqu’il en soit, le résultat finals’écarte du modèle démocratique libéral que promeuvent encore lesnéoconservateurs.Un succès pour les Américains ? Les questions essentielles pour les militaires et les politiquesaméricains ont tourné autour de la sécurité et de la participationprincipalement, de l’acceptation des résultats par les vaincus ensuite. Surle premier point, le bilan est positif, en ce sens où le jour des élections n’apas été marqué par des évènements significatifs. La participation restesatisfaisante pour les Américains car elle se rapproche des niveauxobservés lors des élections locales aux Etats-Unis. En revanche, lesproblèmes posés par de nombreux irakiens qui n’ont pu voter faute d’êtreinscrit sur les listes électorales ont causé quelques inquiétudes. Toutefois,
  • 12. il semble qu’il faille surtout incriminer le fait que près de 2 millionsd’Irakiens (principalement dans la capitale) sont des déplacés : de ce fait,les listes n’ont pu les prendre en compte. Peu de réclamations fondéesont été formulées auprès de la Haute Commission Electoraleindépendante. De ce fait, selon les standards occidentaux, ces électionssont considérées comme valides. Ce qui ne signifie évidemment pas larésolution magique de tous les problèmes. L’évènement a donc été interprété favorablement parl’administration américaine pour un retrait accéléré et « responsable »des troupes de combat. Dans le cadre de luttes internes complexes àWashington entre, d’une part, le nouveau Président et les Chefs d’Etat-major et, d’autre part, les promesses électorales du Président Obama etles recommandations des généraux Petraeus et Odierno, les électionsirakiennes servent ainsi le jeu complexe de la nouvelle équipe. Or, si dansle cadre de l’Accord sur le Statut des Forces (SOFA) signé en novembre2008 les forces américaines doivent avoir quitté les villes irakiennes au 1erjuillet 2009 et l’ensemble du pays au 31 décembre 2011, les modalitésconcrètes sont plus complexes. Autrement dit, le nouveau Présidentpourrait tomber dans le même défaut que son prédécesseur, à savoirexagérer le « tournant positif » des élections provinciales (comme en2005).* Agrégé d’Histoire et titulaire dun Master 2 en Relations et SécuritéInternationales de l’IEP de Toulouse, Stéphane Taillat poursuitactuellement un doctorat de science politique sur la contre-insurrectionen Irak.
  • 13. LA REINTEGRATION DE LA FRANCE DANS L’OTANYves-Marie Laulan ** Quelques considérations : en tant qu’ « ancien » de cetteorganisation, du temps de la Guerre froide, la décision françaiseimminente devrait plutôt me satisfaire1. Mais cette démarche suscitenéanmoins quelques sérieuses réserves et voici pourquoi. 1) Dans le discours justificatif présidentiel (Le Monde du 11 mars2009), il faut au passage relever quelques contradictions. Si la France étaitdéjà de facto dans l’Organisation atlantique, le fait de la rejoindre de jurene changerait pas grand-chose. Et si cela devait être le cas, compte tenudes inconvénients significatifs que cette décision implique, cela en vaut-ilvraiment la peine ? Par ailleurs, est-il possible sérieusement de se convaincre qu’unefois cette réintégration effectuée, la France pourra vraiment peser de toutson poids sur la prise de décision au sein de l’Alliance, comme il estprétendu. Et cela alors que notre pays, avec un effort de défense réduit àsa plus simple expression depuis des années avec 1,8% du PNB, ne disposedésormais que de capacités de défense extrêmement réduites etd’ailleurs tendues à l’extrême2 ? Et cela d’autant plus qu’en cas de désaccord majeur, il ne seraplus question de s’en aller derechef, sauf en se couvrant de ridicule enjouant les effets de manège. Mais peu importe. Car bien d’autresconsidérations beaucoup plus lourdes de conséquences sont associées àla démarche proposée.1 L’auteur de cette note a été, dans les années 1970, directeur des Affaires économiques etprésident du Comité économique de l’OTAN. Il occupait, à ce titre, le poste le plus élevéconservé par la France dans la partie administrative de l’Organisation atlantique.2 L’évaluation de l’effort de défense était une de mes tâches à l’OTAN. Plus tard,conférencier à l’Ecole supérieure de guerre, je n’ai cessé de soutenir pendant des annéesla nécessité de maintenir l’effort de défense au moins à 3% du PNB pour disposer d’uninstrument de défense digne de ce nom. En vain.
  • 14. 2) La France est déjà significativement engagée en Afghanistan,pour répondre à la demande américaine. Or cette guerre, de l’avis debeaucoup, a peu de chances de pouvoir être gagnée pour toutes sortes deraisons bien connues. Il y a, en premier lieu, l’incapacité d’un régimefaible et corrompu (qui rappelle tout à fait le régime de Saïgon sur sesfins) d’apporter une contribution significative à la conduite de la guerre.Mais il y a surtout le voisinage du Pakistan voisin qui dispose d’un régimepolitique, et même d’une société, en voie de décomposition rapide, maisaussi, et bien fâcheusement, de l’arme nucléaire et de redoutablescapacités de frappe à longue distance. Un conflit direct de l’OTAN avec lePakistan nucléaire aurait sans nul doute des effets régionauxcataclysmiques que l’on n’ose à peine évoquer3. Or la France est d’ores etdéjà présente en Afghanistan et peut-être un jour au Pakistan. On n’envoudra pour preuve que la nomination d’un personnage quelque peusingulier et fort connu, le député de Paris Pierre Lellouche, au passé unpeu lourd, à un poste de « chargé de mission » pour ces deux pays au Quaid’Orsay4. Le retour programmé de la France dans l’OTAN ne peut quenous placer plus proches encore du centre d’un conflit potentiellementdévastateur. De toute façon, même sans aller jusque-là, une défaite peuglorieuse de l’OTAN, la première de son histoire, sonnerait fortprobablement le glas d’une organisation qui aurait perdu toute crédibilitéaux yeux de ses adversaires. On ne voit guère l’avantage pour notre pays àréintégrer in extremis l’OTAN dans de telles conditions. 3) A nos portes, ou quasiment, l’éventualité d’un conflit entreIsraël et l’Iran est désormais probable avec l’acquisition, déjà effective ouproche, de l’arme nucléaire par ce dernier pays. Avec la formation d’ungouvernement israélien « radical », avec ou sans Netanyahu5 commepremier ministre, la tentation, déjà envisagée dans les derniers mois del’administration Bush, d’une frappe préventive contre les installationsnucléaires de l’Iran deviendra de plus en plus forte6. Le président Obama,3 Peut-on une seconde imaginer que l’Inde resterait non impliquée et la Chine indifférentedevant un conflit qui aurait des chances de devenir nucléaire à leurs portes ?4 Où il a promptement marqué son territoire en faisant occuper par ses hommes unebonne partie du 2e étage du Quai.5 Qui dispose, est-il besoin de le rappeler, de la double nationalité israélienne etaméricaine comme le directeur de cabinet du président Obama, Emmanuel Rahm.6 Elle avait déjà été envisagée par l’ancien premier ministre Olmert pendant les derniersmois de l’administration Bush. Ce dernier, avec une tardive sagesse, avait refusé de donnerson aval à une telle opération.
  • 15. englué dans une catastrophique et inextricable crise économique, fera-t-ilpreuve de la même fermeté que son prédécesseur pour s’opposer auxdemandes israéliennes ? Et si le besoin s’en faisait sentir, Israël ne sera-t-ilpas tenté de lui forcer la main en déclenchant préventivement leshostilités ? Auquel cas la France, redevenue le nouveau membre de l’OTAN,ne sera-t-elle pas aussi directement impliquée dans le nouveau conflitouvert à ses portes ? Pourra-t-elle rester neutre ? Pourra-t-elle refusersous la pression américaine, comme elle l’avait fait pour l’Iran, deconsentir une participation à une nouvelle guerre au potentiel nucléairemanifeste, si les Etats-Unis devaient s’y engager ? D’autant plus que lesdéclarations d’amitié éternelle, de bonnes intentions, de solidarité à touteépreuve entre la France et Israël n’ont guère manqué depuis deux ans.Au surplus la France a cru devoir ouvrir une base militaire, symboliquecertes mais bien réelle (mais rien n’est symbolique dans ce domaine), auMoyen-Orient pour bien marquer le grand retour de la France « auxaffaires de la région ». L’ensemble de ces facteurs risque fort de nousentraîner, peut-être malgré nous, dans un conflit majeur qui, il faut bien lesouligner, ne nous concerne pas. Ceci est l’occasion de revenir rapidement sur les conséquencesd’une telle conflagration. Elles sont terrifiantes et les enjeux colossaux :Tous les experts sérieux reconnaissent qu’une destruction complète etdurable des capacités nucléaires de l’Iran est impossible. Dans le meilleurdes cas celles-ci seraient plus ou moins rapidement reconstituées avec,vraisemblablement, le concours empressé de la Russie redevenue «l’ennemi héréditaire ». Mais l’épisode suivant autoriserait forcément lerecours de l’un et de l’autre des protagonistes à la bombe.Le prix du pétrole, malgré la crise, aurait toutes les chances de sauter auplafond. Avec l’impact que l’on peut aisément imaginer sur les tentativesde relance en cours qui seraient cassées net. Sans compter sur unenouvelle flambée de haine dans les pays arabes contre Israël et ses alliés,dont la France. Dans le meilleur des cas les communautés juive et musulmaneprésentes sur le territoire national seraient fortement incitées à se livrer àdes manifestations d’une rare violence sans doute accompagnées d’uneflambée de terrorisme.
  • 16. Toutes ces interrogations pointent malheureusement dans unemême direction, à savoir les graves incertitudes et les grands risquesattachés à la réintégration de la France au sein de l’OTAN.* Article reproduit avec l’aimable autorisation de la Fondation Polémia.* Ancien chef du service des affaires économiques de l’OTAN, fondateurde l’Institut géopolitique des populations
  • 17. ENJEUX GEOPOLITIQUES MONDIAUX :PERSPECTIVES 2009Jérôme Pellistrandi * À l’automne de cette nouvelle année, l’Europe fêtera le vingtièmeanniversaire de la chute du Mur de Berlin qui mit fin à la division du« vieux continent » mais qui ne mit pas fin à l’Histoire. Bien au contraire,l’Histoire s’est accélérée avec le retour de la guerre et des nationalismes,y compris sur le continent européen. Certes, les progrès ont étéconsidérables et la construction d’une Europe unie, prospère et en paix enest un exemple qu’il convient de mettre en valeur et de rappeler auxjeunes générations, malgré la crise des Balkans, dont les cicatrices restentencore béantes en 2009, notamment au Kosovo. Mais l’Histoire est unéternel recommencement où les ambitions et les espoirs peuvent sebriser sur des crises aux conséquences inconnues et durables. L’année 2008 n’a pas échappé à cette règle avec l’émergenced’une crise financière puis économique sans précédent depuis desdécennies. La question qui se pose, est de savoir si cette dépressionéconomique aura des impacts stratégiques mettant en cause la sécurité etla stabilité des relations internationales. Dans tous les cas, sesrépercussions seront profondes et durables au risque de remettre encause certains principes de l’économie de marché. Une inconnue majeure a cependant été levée avec l’élection dunouveau président américain Barak Obama. Son arrivée à la Maison-Blanche, à partir du 20 janvier, ouvre une nouvelle ère tant pour les Etats-Unis, que pour le reste du Monde. Certes, il ne faudra pas s’attendre àune rupture profonde. Mais plus que le fond, le changement de forme,après huit ans d’administration républicaine, pourrait contribuer à rétablirune image plus positive de l’hyper puissance aujourd’hui marquée par deséchecs multiples tant sur la scène internationale que sur le plan intérieuravec une économie en pleine incertitude et en pleine tourmente. Lacomposition de la future équipe gouvernementale américaine traduit unevolonté de compétence et d’expérience, mais aussi réaffirme le principe
  • 18. d’« America first ». De toute façon, une nouvelle page s’ouvre, page quis’annonce passionnante mais exigeante.Foyers de crise Il y a une constante géopolitique bien établie depuis la chute duMur: l’incertitude stratégique. Chaque année apporte ses nouvellesinstabilités. En 2008, aux crises ouvertes, il a fallu rajouter la guerre entrela Georgie et la Russie, dont les conséquences seront encore perceptiblescette année. L’OTAN a d’ailleurs fait preuve de sagesse en ne cédant pasaux sirènes de l’élargissement pourtant demandé par Washington auprofit de la Georgie et de l’Ukraine. La question russe restera encored’actualité avec le besoin d’une clarification des relations entre l’OTAN,l’Union européenne, les Etats-Unis et Moscou. Quelle est l’ambition de laRussie ? Moscou pourrait être ainsi tenté par un rapprochementd’opportunité avec Pékin. La région du Caucase restera une zoneconflictuelle car elle correspond à la vision russe de son « pré carré ». Letournant résolument pro-américain du président géorgien a failli tournerau désastre cet été et les luttes d’influence au sein même dugouvernement de Georgie risquent de se poursuivre. Il y a un an environ, les organisations maritimes se réjouissaientde la baisse de la piraterie, notamment au large du détroit de Malacca. Or,c’est désormais une réalité majeure dans l’Océan indien et le Golfed’Aden, mais aussi dans le Golfe de Guinée, autour des plateformespétrolières off-shore. Les pirates somaliens s’attaquent désormais sanscomplexe à des navires de taille importante, naviguant sur les routesmaritimes essentielles à l’économie mondialisée. Le dispositif naval mis enplace récemment par l’Union européenne, va permettre certes de réduireles risques, mais ne résorbera pas totalement la menace, ne serait-cequ’en l’absence d’une autorité légitime et stable capable de contrôler lescôtes de Somalie. L’opération européenne nécessitera de déployer desfrégates dans la durée et sans effet médiatique susceptible d’intéresserl’opinion publique européenne. Il y a une réelle ingratitude à mener detelles missions. Pour le moment, cette piraterie semble ressortir d’unschéma classique de banditisme et de prises de rançons, ce qui d’ailleurs atoujours été une activité traditionnelle dans la région de la Corne del’Afrique avec la contrebande. Il est à craindre cependant une évolution
  • 19. vers une revendication politique islamiste qui, dès lors, sera plusdangereuse et difficile à maîtriser. La notion de zone grise réservée jusqu’à présent à ces espacesterrestres désormais hors du contrôle d’une autorité étatique reconnue,s’étend désormais en mer, posant d’ailleurs un problème essentiel dedroit maritime puisque la liberté de navigation est reconnue en pleinocéan. Sur quelle base juridique, les navires occidentaux pourraient-ilsintercepter une vedette « go fast » avec des pirates mais en l’absence depreuve d’une attaque ? Au XVIII° siècle, les marines britanniques etfrançaises réglaient ce problème de façon plus expéditive et les pirates –blancs ou barbaresques- savaient à quoi s’en tenir en cas de capture. L’Afrique ne connaît guère de répit avec le Darfour dont le retourà la normale reste très fragile. L’opération Eufor Tchad, conduite parl’Union européenne est censée s’achever au printemps, mais le besoin desécurité demeurera et il n’est pas sûr que le transfert à l’ONU ou àl’Organisation de l’Unité Africaine soit la solution. Là encore, l’Unioneuropéenne doit inscrire son action dans la durée, tout en évitant unenlisement et une passivité face aux luttes de pouvoir entre les factionstchadiennes. Il en est de même pour l’Est de la République démocratiquedu Congo où les forces de l’ONU ne semblent guère capables d’enrayer ladéstabilisation permanente de cette région centrale de l’Afrique. L’envoiévoqué cet automne d’un « battle group » européen s’est avéréimpossible car l’Union européenne n’est pas parvenu à se mettre d’accordsur ce sujet. Cela ne peut que rendre perplexe sur l’utilité de la structuredu «battle group ». La ceinture sahélienne constitue également un foyer depréoccupation avec le développement de groupes islamistes se réclamantd’Al Qaeda et mettant en cause la sécurité des zones occupées par destribus touaregs. La question de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire restetoujours posée avec toutefois des progrès constatés dans la normalisationde la situation. L’Afghanistan est désormais le foyer majeur d’instabilité oùl’OTAN joue son avenir mais aussi son existence. L’échec n’est plus à
  • 20. exclure. Certes, l’hiver actuel va calmer temporairement les ardeurs destalibans, mais le printemps leur permettra de relancer leurs attaquescontre les troupes de la coalition, dont les pertes en 2008 ont étémalheureusement très supérieures aux pertes des années précédentes.Tous les experts militaires insistent sur le fait que la solution n’est pasmilitaire, mais l’engrenage infernal est en marche. Alors, commentconstruire un état fiable dans un environnement aussi insécuritaire ?Comment réformer une société encore médiévale qui reste régie par laforce et la soumission aux « seigneurs de la guerre » ? Commentéradiquer une corruption endémique et profondément ancrée dans unpays sans Etat ? Comment construire une société de droit et d’égalitéentre l’Homme et la Femme ? Ces questions risquent encore de restersans réponse. Le Pakistan, pris en tenaille entre les fondamentalistes islamistes,les pressions de Washington et les menaces de représailles de l’Inde,constitue l’autre foyer de crise. Son instabilité chronique et l’ambiguïté durôle de son armée ne peuvent qu’inquiéter non seulement New Delhimais toute la communauté internationale. En effet, les attaques islamistesà Bombay en novembre, ont atteint une dimension nouvelleparticulièrement inquiétante et qui risquent de se renouveler. Or, ledéchaînement de violences reste récurrent dans le sous-continent indien.Islamabad a intérêt à la prudence d’autant plus que l’emploi de l’armenucléaire n’est pas à exclure. À l’inverse, la situation en Irak semble se normaliser peu à peu,même si la violence perdure avec des attentats suicides et une forme departition communautariste de ce pays. Le retrait annoncé d’une partie destroupes américaines devrait faire baisser la tension mais le retour à lanormalité va réclamer encore de gros efforts. La nouvelle administrationObama devra par ailleurs clarifier les liens établis entre les entreprisesaméricaines et le secteur pétrolier pour donner plus de crédibilité augouvernement irakien. 2009 pourrait être le début d’une sortie de crisepour Bagdad.Nouvelles incertitudes stratégiques La crise financière, puis économique ne peut que déstabiliser leséquilibres fragiles entre les grands espaces économiques. Ainsi,
  • 21. l’effondrement du cours du pétrole, s’il peut paraître une aubainetemporaire pour l’automobiliste occidental, va fragiliser toute l’économiemondiale. Certains pays producteurs comme le Venezuela ou l’Algérie ontimpérativement besoin des ressources du pétrole pour éviter des troublesinternes déstabilisants. De plus, l’effondrement des cours des boursesmondiales affaiblira les capacités financières des pays du Golfe, grosclients des industries occidentales, dont l’aéronautique et le secteur duluxe. Il en est de même pour la Chine, dont la stabilité nécessite laprospérité économique. Or, le ralentissement de son économie adésormais un impact majeur pour l’ensemble de la planète avec un effet« domino » imprévisible. L’effet « jeux olympiques » s’est vite dissipé et leraidissement de Pékin autour du Dalaï Lama et du Tibet montre que lesenjeux de pouvoir subsistent entre les réalistes et les « faucons ». Lanature du projet chinois reste inconnue. S’agit-il d’un projet de type « softpower » ou plutôt d’une volonté de créer un espace « impérial » ? Il serasignificatif de suivre de près les évolutions de la politique étrangère duJapon pour comprendre les enjeux en cours en Asie. Il en sera de mêmepour l’Australie qui s’inquiète des ambitions navales chinoises et quidevrait publier son Livre blanc mettant l’accent sur le besoin de crédibilitéde la défense australienne aujourd’hui sous-dimensionnée. Les élections présidentielles en Iran, en juin, constituentégalement une source d’inquiétude avec le risque de surenchèrespolitiques internes aux implications extérieures. Les provocations à l’égardde l’Occident mais aussi envers Israël ne sont pas à exclure, de la part d’unrégime confronté à une contestation interne croissante. Là encore, labaisse brutale du cours du pétrole n’est pas synonyme de calme et desécurité. Bien au contraire, il ne faut pas se réjouir d’un baril trop faible,vecteur de déstabilisation. Les crises sanitaires seront encore malheureusement une réalitécette année. L’épidémie de choléra au Zimbabwe n’est qu’un malheursupplémentaire pour ce pays à la dérive avec un président autocrate quine constitue pas une exception sur le continent africain. L’urbanisationsauvage dans des mégapoles au développement incontrôlé risqueégalement de mener à de nouvelles violences. Là encore, ces mégapoles
  • 22. se concentrent dans les régions les plus pauvres de la planète, en Afriqueet en Asie, principalement. Indirectement, la crise est également une menace majeure dans lalutte contre le réchauffement climatique. Pourquoi prendre des mesurescontraignantes et impopulaires pour essayer de traiter un problème dontles conséquences ne seront pas immédiatement visibles ? L’égoïsme desnations va prendre le pas sur la sagesse exigée par un tel enjeu. La prioritédes gouvernements n’est pas dans le long terme mais dans le très courtterme. Une des conséquences du réchauffement sera le transfert depopulation vers les zones urbaines et vers les zones de prospérité.L’Europe, plus que jamais, sera un eldorado convoité par des immigrés enquête d’une vie meilleure. Or, seul le co-développement des pays africainsest en mesure de répondre aux besoins des populations plutôt qu’uneimmigration non contrôlée et non maîtrisée vers le Nord plus prospère.Cet enjeu nécessite d’ailleurs une réponse européenne. La sécurité alimentaire est également un enjeu essentiel nonseulement pour les pays en voie de développement, dont pudiquementon oublie combien cette question est essentielle pour la simple survie deleur population, mais aussi pour les pays développés. La hausse desmatières premières comme le blé au cours du premier semestre 2008avait entraîné des tensions sociales, y compris en Europe. La crise dupouvoir d’achat, et maintenant l’augmentation du chômage dans les paysde la zone euro créent des conditions d’instabilité sociale devenant dèslors des priorités absolues pour les gouvernements. La pauvreté est parnature un facteur de crise stratégique. Les succès de politique étrangèredeviennent alors secondaires pour les opinions publiques alors même quele retour à la prospérité et à la croissance passe par la stabilitéinternationale.Les progrès à venir L’Union européenne prend cependant conscience peu à peu deses responsabilités internationales. Certes, les progrès de l’Europe de ladéfense restent encore limités, malgré les efforts de la présidencefrançaise, tandis que l’OTAN s’apprête à fêter son soixantièmeanniversaire lors du sommet qui se tiendra en avril entre Strasbourg, Kehlet Baden-Baden. Cette année sera décisive pour Paris avec l’expression de
  • 23. son souhait de réintégrer la structure militaire de l’Alliance. Pour cela, ilfaudra en déterminer les conditions et accorder à la France desresponsabilités à la hauteur de sa puissance militaire. Les négociations neseront pas aisées car elles imposent également de revoir l’ensemble del’architecture de l’OTAN et la répartition des commandements. En effet, même si nos armées sont engagées dans un processusmajeur de restructuration, la feuille de route est désormais connue etcette année va permettre la mise en œuvre des décisions élaborées en2008 autour du Livre Blanc publié en juin et de la Loi de programmationmilitaire 2009-2014 présentée cet automne. Désormais, les objectifs sontétablis et la volonté de réussir est forte. Certes, il y aura des difficultés dèscet été avec les premières dissolutions de certaines unités et lesdéplacements d’autres entités. La dimension « accompagnement dupersonnel » sera d’ailleurs essentielle et dimensionnante pour la réussitefinale. Des frustrations dans ce domaine auraient un impact très négatif etdurable sur le moral des armées déjà fragile. Pour l’armée de terre, la plus concernée des trois armées, 2009verra le déploiement opérationnel de ses nouveaux matériels,concrétisant ainsi des années d’effort et d’attente. Ainsi est évoquél’envoi au printemps, sur le théâtre afghan, de trois hélicoptères decombat Tigre. Cette perspective ne concerne pas que l’ALAT mais bientoute l’armée de terre. L’emploi en opération du Tigre permettra demontrer la pertinence de ce programme lancé, il y a plus de vingt ans. Dela même façon, l’envoi de canons d’artillerie Caesar –déjà déployés auLiban et dont 8 exemplaires ont déjà été livrés - apportera une puissancede feu indispensable à nos troupes. En métropole, l’engin blindé à rouesVBCI va devenir, après les premières livraisons en 2008, une réalité dansles régiments d’infanterie en remplaçant les vénérables AMX 10P enservice depuis plus de trente ans. Après plus de15 mois d’indisponibilité suite à son chantier demodernisation, le porte-avions Charles De Gaulle, va redonner unecapacité indispensable à la politique étrangère française dans ce contextetrouble. La question du deuxième porte-avions ne sera pas tranchée cetteannée, mais les débats vont se poursuivre tant sur le plan technique quepolitique pour une décision en 2011-2012. Par contre, la mise en servicedes frégates de défense anti-aérienne du type Horizon, retardée pour des
  • 24. raisons techniques, va offrir de nouvelles capacités à la marine nationaleet améliorer la sûreté du groupe aéronaval. La montée en puissance de la base récemment implantée auxEmirats arabes unis devrait se poursuivre et contribuer à la stabilité duGolfe persique. Le lancement du deuxième satellite Hélios 2B confortera notredéfense en renforçant l’outil spatial d’acquisition du renseignement,indispensable dans la prévention et la gestion des crises. Le renforcementde l’espace militaire devrait ainsi permettre à Paris d’accroître sacrédibilité dans un domaine aussi stratégique. La dissuasion nucléaire devrait franchir une nouvelle étape avec lamise en route du laser méga-joule implanté près de Bordeaux. Cet outil desimulation est indispensable pour garantir la crédibilité et la sûreté de nostêtes nucléaires. Ce chantier majeur a été lancé depuis plus d’unedécennie. Le maintien de nos compétences scientifiques ettechnologiques dans ce domaine stratégique a d’ailleurs été réaffirmédans la Loi de programmation militaire. Dans ce domaine, cette annéeverra le premier tir de synthèse du nouveau missile M 51 destiné àéquiper le SNLE Terrible dont l’admission au service actif est toujoursprévue en 2010. 2009 pourrait voir enfin un premier succès à l’exportation del’avion Rafale, dont l’engagement opérationnel est une réalité depuisdeux ans. Le Rafale a été engagé en Afghanistan où il a régulièrementeffectué des attaques au sol. La Suisse a mené une campagne d’essais àl’automne 2008 entre différents avions concurrents afin de sélectionnerson futur avion de combat. Le Rafale fait partie des trois candidats et lerésultat est attendu cet été. Sur le plan industriel, le constructeur aéronautique EADS devraitêtre enfin en mesure d’effectuer les premiers vols de l’avion de transportstratégique A 400M, prévus initialement en mars 2008. 2008 a été à cetégard, une année de déceptions et de difficultés majeures pour ceprogramme emblématique pour l’Europe. Les soucis industriels ne sontpas sans rappeler ceux que connaît le gros-porteur A 380. Le premier voln’est pas attendu avant la mi-2009. EADS a montré ici une certaine
  • 25. incapacité à résoudre ses problèmes liés à sa structure multinationale. Parailleurs, le retard accumulé ne sera pas sans poser des problèmesnotamment pour notre armée de l’air qui doit poursuivre le retrait duservice, à raison de 4 appareils par an, des avions Transall atteints par leurobsolescence. Des solutions palliatives devront être trouvées très viteavant le premier semestre 2011 avec la livraison des premiers A 400M.Initialement, EADS, en 2000, avait prévu la mise en service de l’avion en2007. Il y aura cependant quelques satisfactions en 2009 avec lapoursuite du développement de la capacité spatiale européenne. En effet,Arianespace devrait mettre en œuvre, outre sa fusée « best seller » ArianeV, deux nouveaux lanceurs à partir de la base de Kourou en Guyane. Il yaura le petit lanceur Vega et la fusée de conception russe Soyouz.Indéniablement, cet effort, constant depuis des décennies, garantit àl’Europe son indépendance dans ce secteur hautement stratégique, maisla vigilance doit rester de mise à travers le maintien des investissementsde recherche et de développement. Les ambitions chinoises et indiennessont en effet ambitieuses et crédibles car s’appuyant sur de beauxrésultats obtenus en 2008 comme le troisième vol habité chinois et lasonde lunaire indienne. Le dialogue interreligieux peut constituer également une dessatisfactions de cette année. Ainsi, le roi d’Arabie saoudite a, en 2008, faitpreuve d’une volonté d’ouverture sans précédent envers les autresreligions du Livre. De même, les relations entre le Vatican et l’Egliseorthodoxe ont commencé à s’améliorer, augurant de lendemains moinstendus et donc porteurs d’espoir pour les années à venir, car récusant lathéorie du choc des civilisations. De la même façon, l’amélioration progressive des rapports entreCuba et Washington semble bien engagée et devrait s’accélérer avec lafuture administration Obama. Une transition en douceur reste préférablepour éviter une crise régionale aux conséquences dramatiques pour lapopulation de l’île. La crise économique profonde qui touche l’ensemble de laplanète, constitue en cette année 2009, une source majeure d’instabilitéalors même que les tensions ne cessent de croître dans l’arc de crise
  • 26. défini dans le Livre blanc. Après un semestre de présidence française trèsdense et porteuse de projets concrets, l’Union européenne risque deretomber dans ses travers habituels avec une présidence tchèque à venirqui suscite des interrogations en raison de l’euroscepticisme en cours àPrague et la non-résolution de la crise ouverte avec le non irlandais autraité de Lisbonne. Or, la poursuite de la construction européenne estindispensable en cette période de grande incertitude économique etstratégique. Il faut souhaiter également que la campagne électorale qui vadémarrer en Allemagne pour les élections de septembre ne paralyse pasl’Europe. Pour la France, 2009 sera une année décisive pour la mise enœuvre des décisions stratégiques prises en 2008. La difficulté sera accruepar le contexte économique difficile, mais il sera indispensable que laDéfense conserve sa cohérence non seulement sur le plan de sonorganisation mais surtout dans sa dimension humaine. A condition ausside se sentir soutenue tant par les autorités politiques que par l’opinionpublique française. L’Afghanistan restera le principal foyer de crise pour lequel lesperspectives restent sombres. Rester ou partir, dans les deux cas, laviolence sera au rendez-vous. Et la France sera en première ligne. 2009 s’ouvre avec l’espoir de la nouvelle présidence américaine. Ilreste à souhaiter que celle-ci connaisse le succès tant attendu et espéré.* Ancien chef de corps du 28° RT (2005-2007), le colonel JérômePellistrandi commande la Brigade Multinationale dappui aucommandement du Corps Européen à Strasbourg.
  • 27. LES CLEFS D’UNE ANALYSE GEOPOLITIQUE DU SAHELMedhi Taje * Avec 8,5 millions de km2, le Sahara est le plus grand désert aumonde. En effet, il s’étend sur 6000 km de l’Atlantique à la mer Rouge etsur 2000 km des côtes méditerranéennes aux steppes arides du sahelafricain. Vu d’Europe, le Sahara fut longtemps considéré comme unefrontière ultime, un espace vide, isolé et générateur de mythes : aumoyen-âge, « on le croit peuplé d’animaux fantastiques », de créaturesmi-humaines, mi-animales. Aujourd’hui, dans l’imaginaire collectif, nous lecroyons vide, sec, simplement parcouru par des nomades touaregs, leshommes bleus du désert. La réalité est bien plus complexe ! Le Sahara,espace vivant et en profonde mutation sur les plans économiques,politiques, démographiques, etc. est parcouru par de nombreuses routescommerciales et par des oasis, espaces de vie et véritables carrefourspermettant le commerce et les échanges. Le Sahara, « pays aux teintes fauves »7, est souvent appréhendéen tant que zone de séparation, espace « tampon », entre deux champsgéopolitiques distincts, l’Afrique du Nord ou Afrique « Blanche » etl’Afrique Noire. Dans les textes arabes médiévaux, le sahel désignel’espace compris entre le Maghreb et le « bilad as sudan », pays des noirs.Espace de jonction entre deux plaques tectoniques aux particularitésaffirmées et ancrées dans le temps long, ce théâtre se situe à la croisée demultiples facteurs antagonistes. Barrière entre Méditerranée et Afriquesubsaharienne, le sahel est une voie de commerce traditionnel mais aussiune zone grise qui échappe au contrôle régulier des Etats riverains et unevoie de passage des flux migratoires entre l’Afrique et l’Europe. Pourquoi s’intéresser, en tant que géopoliticien maghrébin, à cetespace qui nous semble si lointain et dans une certaine mesure siétranger ? Cet espace, flanc sud des pays du Maghreb, concentre unelarge part d’opportunités mais également de menaces susceptibles7 DORBEC Prosper, Eugène Fromentin: biographie critique, Paris : H. Laurens, 1926, 127 p.,p.94.
  • 28. d’affecter les pays de l’Union Européenne. Nul doute qu’il pèserasignificativement sur l’avenir de notre région ! Les dangers potentiels peuvent se matérialiser sous plusieursformes, isolées ou combinées :* Explosion conflictuelle engendrant une réaction en chaîne déstabilisantl’ensemble de l’arc sahélien, notre heartland (ceinture de sécurité du sud);* Constituer un terreau et un sanctuaire pour le terrorisme international :une pépinière où un groupe terroriste pourrait trouver refuge ou desfacilités d’entraînement et de recrutement (attentats, enlèvements,piraterie, camps d’entraînement etc.) ;* Constituer une zone grise propice à la multiplication des trafics illégaux :armes, stupéfiants, véhicules, matières premières, enfouissement dedéchets nucléaires, etc. ;* Constitution d’un réseau de diffusion et d’infiltration d’un islamismeradical ;* La source d’une émigration de masse utilisant l’Afrique du Nord commetremplin (lieu de transit) vers les rivages européens : l’écart économiquegrandissant et la poussée démographique risquent de provoquer uncourant de migration difficilement maîtrisable ;* Le blanchiment d’argent ;* Détournement des ressources stratégiques (pétrole, gaz, uranium…etc.),objets d’une vive concurrence internationale. USA, France, Chine etc.convoitent les ressources pétrolières de la zone : la récente tentative dedéstabilisation du régime tchadien, via le Soudan, transcende de touteévidence les capacités soudanaises et rejoint la stratégie plus imposante àdominante asiatique et vraisemblablement chinoise (jeu de basculeautour de l’enjeu pétrolier). Les pays de l’Union européenne et du Maghreb ne peuvent sous-estimer ces dangers qui se sont déjà matérialisés de façon disparate dans
  • 29. diverses situations. Ne pas sous-estimer, c’est analyser, c’est anticiper lesmutations pouvant affecter et recomposer la géopolitique de ce théâtreaux particularismes si prononcés. Ne pas sous-estimer dicte de clarifier etd’identifier les variables motrices endogènes et exogènes, les dynamiquespolitiques, économiques, ethniques, culturelles et historiques quicaractérisent cet espace et conditionnent son évolution. Il s’agit, enappliquant la méthode géopolitique, de mettre en relief la personnalitéstratégique de cet espace peu exploré afin d’accroître sa lisibilité, dedégager ses modalités et sa logique de fonctionnement et d’évolution. Dans ce contexte, je vous livre quelques pistes de réflexionidentifiant deux catégories d’éléments qui me semblent indispensables àl’analyse géopolitique de cet espace : les facteurs constitutifs du champsahélien, c’est-à-dire les facteurs participant à sa définition et les grandeslignes de fracture qui nourrissent la conflictualité sahélienne.LES FACTEURS CONSTITUTIFSUn champ caractérisé par la géopolitique du désertDes frontières poreuses et fragiles L’espace saharo-sahélien favorise une remise en question desfrontières établies par les Etats, l’étatisation postcoloniale de l’espaceayant bouleversé les frontières ethniques et les modes de vietraditionnels, notamment la libre mobilité des hommes et des biens(caravanes, commerce, transhumance et nomadisme). En effet, lesrégions arides sahéliennes sont historiquement parcourues par des tribusnomades rivalisant pour le contrôle des oasis et des routes caravanières.Pour ces tribus, dont la mobilité est une tradition et une question desurvie, les contraintes liées aux frontières et aux procédures entre Etats(passeports, visas, etc.) n’ont aucune signification. Logiquement, les Etatssahéliens ont œuvré depuis les indépendances au renforcement de leursappareils administratifs et militaires afin de matérialiser leur contrôle surleur territoire. Dans ce cadre, les tentatives de sédentarisation desnomades ou des pasteurs sont devenues peu à peu une priorité en termesde modernisation, de souveraineté et sécurité nationale ainsi que demaîtrise de la contrebande ou de mouvements subversifs. Cettedynamique de sédentarisation plus ou moins forcée s’est traduite par une
  • 30. radicalisation des tribus nomades qui y ont perdu leurs troupeaux,souvent seul moyen de subsistance. C’est dans le cadre de ce télescopage entre l’autorité étatique etl’autorité traditionnelle des populations nomades que doivent êtreanalysés de nombreux conflits sahéliens. En effet, les populationsnomades sont des acteurs majeurs de ces conflits, souvent frontaliers.C’est dans cette optique que s’inscrivent les mouvements touaregs auMali et au Niger ou les mouvements Toubous dans le nord du Tchad.Comme le souligne Yves Lacoste dans son dictionnaire de géopolitique :« menacés de la ruine matérielle par la perte de leurs troupeaux et deleurs montures, comme par la perte de prestige que représente lasédentarisation, les nomades trouvent dans leur participation à desopérations financées par des intérêts occultes, parfois fort lointains,l’occasion de prouesses guerrières et de revenus pour euxconsidérables »8.Un champ vecteur de menaces diffuses Le désert, « vide topologique » difficilement contrôlable etdifficilement défendable, devient susceptible d’attirer de multiplesfonctions : trafics illicites (personnes, armes légères, armes prohibées,dépôt de déchets nucléaires, etc.) propices à une diversification et à uneprolifération des facteurs de tension ; abri pour des commandosdormants ; zone grise offrant des angles de pénétration pour desterroristes ; zone discrète favorable pour des tests sensibles (armeschimiques, armes balistiques, entraînements aériens, etc.). Pour diversesraisons, les Etats risquent de se laisser entraîner dans de telles activitéslicites ou illicites ou s’en faire directement complices. En fait, le Sahara,zone de transit, zone refuge et zone d’activités secrètes, s’avère vecteurde menaces sérieuses.Une démographie singulière Le désert favorise des dynamiques de transfert de populations. Lanature ayant horreur du vide, de nombreux espaces désertiques « sont8 LACOSTE Yves, Dictionnaire de géopolitique, Paris : Flammarion, 1993, 1679 p.
  • 31. sujets au déversement de trop-pleins démographiques »9. Lesurpeuplement de l’Egypte nilotique, côtoyant un Est libyen sous-peuplé,est enclin à favoriser une migration des populations égyptiennes vers cesespaces vides. Ainsi, « historiquement clos par le désert libyque, leterritoire égyptien tend à déborder peu à peu vers celui-ci, poussé par sadémographie »10. Par ailleurs, le sahel constitue un espace de transit pour lesmigrants d’Afrique sub-saharienne se rendant vers les pays de l’Unioneuropéenne. En renforçant le contrôle des flux migratoires, l’espaceSchengen a déplacé la problématique migratoire en amont, c’est-à-dire lelong du littoral du Maghreb et au sein des villes du Sahara. Dans ce cadre,les routes transsahariennes sont devenues les nouvelles routes del’immigration d’Afrique sub-saharienne vers l’Europe. En reportant ainsi lapression migratoire en amont, l’UE contribue à l’augmentationsignificative du nombre de migrants au sein du Sahara, à l’émergence devilles de plus en plus peuplées, souvent caractérisées par une économiede transit fragilisant le tissu social (villes, véritables plaques tournantes del’immigration : Tamanrasset, Agadez, etc.) et à l’exposition des pays duMaghreb à de multiples pressions migratoires déstabilisatrices à longterme.Des Etats enclavés Le désert est propice à l’enclavement des Etats. Un Etat enclavéest un Etat qui ne dispose pas de façade maritime et donc d’un accèsdirect à la mer. Les communications et les échanges économiquesdépendent étroitement de sa relation avec ses voisins. Cette dépendanceest la source d’un profond handicap, souvent vécu comme un « complexed’infériorité géopolitique » conduisant les Etats à développer de multiplesstratégies de désenclavement. Comme le souligne Aymeric Chauprade,« si un Etat est enclavé, alors l’enclavement est sa donnée géopolitiquemajeure, supérieure à toute les autres. L’ambition première d’un tel Etatest de sortir de l’enclavement »11. Cette nécessité est qualifiée9 CHAUPRADE Aymeric, Introduction à l’analyse géopolitique, Paris : Ellipses, 1999, 320 p.,p. 94 ; voir aussi, DUSSOUY Gérard, Quelle géopolitique au XXIe siècle?, cf. l’espace démopolitique mondiale, Paris : Editions Complexe, 2001, 500 p., pp. 129-137.10 Ibid., p.94.11 Op.cit., CHAUPRADE Aymeric, Introduction à l’analyse géopolitique, p.63.
  • 32. d’ « invariant géopolitique »12 : accéder à l’élément liquide, vecteur derichesse et de puissance, devient une véritable obsession. Au sein de l’arcsahélien, le Tchad, le Niger et le Mali souffrent d’une situationd’enclavement qui handicape leur développement économique etconditionne, voire fragilise, leur posture géopolitique.L’importance des oasis Comme l’évoque Yves Lacoste dans son dictionnaire degéopolitique : « des camions et automobiles desservent aujourd’hui cesoasis créées au Moyen-âge et qui sont devenues des lieux très limités ensuperficie mais où le peuplement est de plus en plus dense en raison de lacroissance démographique des dernières années »13. La valeur stratégiquedes oasis s’en trouve accrue en raison du fort contraste entre ces pointsde concentration de peuplement et des immensités où les hommes sontde plus en plus rares. En quelque sorte, ces oasis acquièrent une fonctiongéopolitique semblable à l’insularité : qui les tient contrôle en fait unpoint d’appui et par voie de conséquence une partie du Sahara.Un champ aux multiples richesses L’arc sahélien est riche en ressources : pétrole et gaz, fer,phosphate, cuivre, étain et uranium sont autant de richesses nourrissantles convoitises de puissances désirant s’en assurer le contrôle. Dans cecontexte, des stratégies de positionnement, de prise de contrôle,d’encerclement et de contre-encerclement participent à la définition desenjeux géopolitiques et géoéconomiques structurant le théâtre sahélien.Par ailleurs, l’exploitation de ces ressources a fortement modifié lepaysage sahélien, transformant le Sahara d’un espace d’oasis faiblementpeuplées en un espace de villes dépassant souvent les 100.000 habitants.Un espace à dominante islamique La fulgurante poussée de l’islam au cours des siècles passés asignificativement contribué à dessiner les contours de la géopolitiquecontemporaine des pays sahéliens. Pourtant, ce facteur religieux est12 Ibid, p.62.13 Op.cit., LACOSTE Yves, Dictionnaire de géopolitique, 1679 p.
  • 33. rarement à la base de la conflictualité sahélienne : la religion intervientmais en quelque sorte mobilisée par les dynamiques ethniques. Néanmoins, le théâtre sahélien fait l’objet d’une nouvelle pousséede l’islam politique, voire intégriste, risquant de fragiliser les équilibresprécaires et d’offrir des angles de pénétration au terrorisme islamiste. Eneffet, au sein du monde sunnite, une poussée réformiste de tendancesunnite hanbalite, souvent néo-wahhabite, stigmatise le sunnismemalékite des confréries de l’islam noir traditionnel. Dans ce cadre, toutesles grandes sources de l’islam radical se positionnent peu à peu au seindes pays sahéliens. Par ailleurs, ces nouvelles forces, de naturetransétatique, tout en étant pilotées par les Etats moteurs de l’islamismeradical (Arabie Saoudite, Pakistan, Iran et Soudan), interagissent avec lesforces islamiques autochtones, les confréries, et ceci de manière propre àchaque pays. Ces forces, en apparence nouvelles, ne sont que latraduction contemporaine du combat que se livrent depuis des siècles lespuissances occidentales et « les aires civilisationnelles arabe, perse etindienne »14. De nos jours, l’Iran, le Pakistan, l’Arabie Saoudite, la Libye,etc. « tentent d’évincer ce qui demeure de l’Occident en Afrique noirepour y reconquérir le terrain économique et politique qu’ils occupaientavant le début de la colonisation européenne »15.Un espace répondant globalement aux tensions centre-périphérie La géopolitique interne des Etats sahéliens est dans une grandemesure régie par le raisonnement géopolitique centre-périphérie. Leconcept de centre est fondamental afin de comprendre la géopolitiqueinterne et externe d’un Etat. « François Thual développe le concept decolonisation interne, pour illustrer l’idée selon laquelle une régionl’emporte sur les autres dans le processus d’édification d’une nation »16. La notion de centre est définie comme étant « la zonegéographique à partir de laquelle l’Etat exerce sa puissance sur l’ensembledu territoire et en direction des voisins. Le centre politique estgénéralement la capitale de l’Etat, tandis que le centre économique est14 CHAUPRADE Aymeric, Géopolitique : constantes et changements dans l’histoire, Paris : èmeEllipses, 3 éd, 2007, 1050 p., p.321.15 Ibid., p.321.16 Op.cit., CHAUPRADE Aymeric, Introduction à l’analyse géopolitique, p.59.
  • 34. souvent une région. La périphérie est définie, par opposition au centre,comme la zone extérieure au centre, qui reçoit ou subit l’effort depuissance exercé par le centre »17. Clausewitz a défini le centre de gravitécomme étant « un centre de puissance et de mouvement dont toutdépend ». Tout le long de l’arc sahélien, la géopolitique interne des Etatssemble obéir à ce raisonnement opposant un centre contrôlant le pouvoirpolitique ainsi que les richesses du pays et des périphéries marginaliséesaspirant à rompre le statu quo découlant souvent des effets de lacolonisation ayant inversé les rapports de force traditionnels. A titre illustratif, le conflit du Darfour est étroitement lié à desconsidérations économiques et politiques. Survenant alors que le Nord etle Sud s’accordent sur un partage du pouvoir et des ressources, il n’estqu’un moyen destiné à légitimer les revendications des populations duDarfour marginalisées et aspirant à un partage plus équitable desressources et à une participation au pouvoir. La périphérie se rebellecontre le centre. Ce raisonnement est transposable à la conflictualitétchadienne et touareg.LES LIGNES DE FRACTURELa ligne de contact entre « Blancs et Noirs » d’une part et Nord et Sudd’autre partDepuis longtemps, une partie du Sahara et des marges sahéliennes lebordant ont constitué une ligne de contact et d’opposition entre « Blancset Noirs ». S’agit-il, à l’instar des « indiens » d’Amérique, de deux entitésdistinctes ou d’une même communauté aux apparences simplementdifférentes ? Les implications philosophiques de la question sont lourdesde conséquences. De fait, les Blancs ont longuement exercé unedomination matérialisée d’abord par les « razzias » de biens et la « traitedes noirs ». Ce facteur, souvent négligé dans l’analyse de conflitsravageant le sahel, est pourtant d’une importance majeure. En effet,l’esclavagisme, par son atrocité, par ses modes d’organisation, ses réseauxde soutien, etc. constitue un facteur déstructurant à forte charge17 Ibid., p.59.
  • 35. émotionnelle inscrit dans la mémoire collective des peuples et transmisde génération en génération. Ainsi, de nombreux conflits sahéliens trouvent leur origine danscette fracture Afrique Blanche-Afrique Noire matérialisée par la traited’abord islamo arabe puis européo coloniale, souvent renforcée parl’instrumentalisation, voire la complicité, de populations noires (ethniesdifférentes et rivales). Lors de la décolonisation, de nombreux Etatsregroupant administrativement des populations caractérisées par delourds contentieux historiques, notamment les ethnies victimes de latraite, doivent assurer la cohabitation de tribus ayant participé activementau sein de l’ancien appareil négrier : « ce sont en effet des royaumesguerriers africains qui allaient capturer des esclaves chez d’autres peuplespour les vendre à des commerçants arabes ou à des négriers européens,mais aussi à d’autres africains »18. Il convient de garder à l’esprit quel’esclavage a été aboli tardivement en Mauritanie (5 juillet 1980)19. Entreles peuples victimes de la traite et ceux qui la pratiquaient ou en étaientcomplices, se sont dressés de véritables murs d’incompréhension, voirede haine, paralysant toute initiative de construction d’un véritablesentiment national, indispensable à l’émergence d’un Etat nation. Second aspect de cette ligne de contact, la plupart des Etats situésentre les latitudes 10° Nord et 20° Nord sont caractérisés, dans leurarchitecture interne, par une fracture Nord-Sud qui traduit in fine, uneopposition avant tout ethnique entre populations blanches, souventarabisées, et populations noires. Ainsi, au Mali, l’opposition fondamentaleest celle des Blancs, Maures et Touaregs et des ethnies africaines noires.La rébellion est nordiste et touareg. En Mauritanie, les populationsblanches arabo-berbères, en partie métissées de Noirs, sont confrontéesaux populations négro-africaines, ethnies Toucouleurs, Sarakolés, Wolofset Peuls. Cette fracture raciale Nord-Sud, ancrée dans l’histoire, est à labase d’une profonde conscience ethnico-tribale structurant les sociétés18 Op.cit., CHAUPRADE Aymeric, Géopolitique : constantes et changements dans l’histoire,p.239.19 L’esclavage a été aboli une première fois par l’administration coloniale au début dusiècle, puis par l’Etat mauritanien indépendant en 1960 (affirmation de l’égalité desMauritaniens devant la Constitution), et par un communiqué du Comité Militaire de SalutNational (CMSN), le 5 juillet 1980 (confirmé par l’ordonnance n° 81-234 du 9 novembre1981).
  • 36. du sahel africain et brouillant la pertinence du concept occidental d’EtatNation.L’opposition sédentaires/nomades A l’opposition populations blanches/populations noires s’ajoutel’opposition Sédentaires/Nomades, les pasteurs nomades (Toubou,Touareg ou Maures) se considérant comme des blancs, en dépit de lacouleur de leur peau moins foncée, par opposition aux Noirs, habitantsdes oasis, descendants d’anciens esclaves et paysans des régionsméridionales. L’opposition sédentaires-nomades est une constante dansl’ensemble de l’arc sahélien : elle est à la base de nombreuxantagonismes, sources d’une conflictualité croissante. Du Sénégal auSoudan, des altercations surviennent régulièrement entre pasteursnomades en quête d’eau et de pâturage pour leurs troupeaux, etcultivateurs sédentaires cherchant à protéger leurs cultures et leurschamps. La prolifération des armes, l’explosion démographique, ladésertification (poussant les nomades à rechercher des terres plus au sud)et les sécheresses de plus en plus fréquentes rendent la compétition pourl’eau et les terres de plus en plus vive. Cette dynamique risque d’êtreamplifiée à l’avenir par les conséquences de plus en plus prévisibles duréchauffement climatique.La fracture religieuse La prépondérance du facteur ethnique ayant été soulignée, ilconvient, à ce stade, de mentionner la part de la fracture religieuse quisacralise les antagonismes ethniques. En effet, la religion à son tour futinstrumentalisée à des fins identitaires, intervenant souvent en tant quefacteur de division aggravant les oppositions ethniques. Dans denombreux Etats du sahel africain, la polarisation Nord-Sud est amplifiéelorsque la fracture religieuse épouse la fracture raciale. Le Tchad et leSoudan sont des exemples significatifs d’Etats confrontés à cette doublefracture à la base d’une conflictualité chronique hypothéquant la stabilitéde ces sociétés. En effet, le Soudan est confronté depuis sonindépendance à une incessante guerre civile opposant le nord arabo-musulman au sud peuplé d’ethnies bantoues, chrétiennes et animistes.
  • 37. L’impact du colonialisme L’Homme Blanc a soumis par la force l’Homme Noir, lui imposant,au nom d’une action à vocation civilisatrice, ses modèles, ses catégoriespolitiques, ses institutions et ses propres concepts. Se superposant àl’opposition raciale Blancs-Noirs, le colonialisme est entré enconfrontation directe avec la dynamique esclavagiste en désorganisant lessystèmes négriers suite à l’abolition de l’esclavage décidée lors de laConférence de Bruxelles (18 novembre 1889 - 2 juillet 1890) : « danscertains cas, le colonisateur s’est appuyé sur les appareils existants, dansd’autres, ce sont les groupes victimes qui s’y sont alliés pour se libérer despremiers »20. En effet, confronté à un véritable choc des races et à unepuissante poussée de l’islam (venant essentiellement du Nord), lecolonialisme sut jouer habilement des rivalités des différents acteurs ens’opposant à cette poussée musulmane dominatrice et esclavagiste par unsoutien tactique aux populations noires les plus vulnérables.Parallèlement, l’évangélisation chrétienne véhiculée par les colonisateursjoua le rôle de « contrepoids significatif aux forces d’attraction quis’exerçaient à partir du Maghreb musulman sur les pays d’AfriqueNoire »21. Cette seconde pénétration religieuse s’avéra une arme efficacede colonisation et aboutit, en se heurtant aux populations musulmanes, àla « définition d’une ligne de contact » qui deviendra, par la suite, unevéritable fracture d’ordre religieux. « Pour s’imposer, le colonisateur choisit soit de confirmer unesuprématie politique lorsqu’il constatait un avantage clair en matière dedéveloppement politique d’une ethnie sur les autres, soit de renverser lerapport de force ou de l’annuler en fonction des propres alliancesethniques qu’il avait contractées »22. Dans ce cadre, « La colonisationeuropéenne fut un frein apporté à l’excès de puissance des populationsnordistes et à leurs trafics d’esclaves noirs. Au Haut Sénégal et au Nigerpar exemple, la France se heurta à des chefs esclavagistes Maures,20 Op.cit., CHAUPRADE Aymeric, Géopolitique : constantes et changements dans l’histoire,p.240.21 Ibid., p.238.22 Ibid., p.238.
  • 38. Touaregs, Peuls, Arabes tels Samory et Mahmadou-Lamine qui, sous leprétexte de guerre sainte, cherchaient à préserver leurs trafics »23. Par une présence militaire combinée à une habile diplomatie, lecolonialisme, en se posant en arbitre, a contribué à stabiliser les tensionsraciales et ethniques. En ce sens la colonisation fut en quelque sorte uneère de glaciation des rivalités : « la pénétration des Européens éteignit lefeu des conflits esclavagistes, lutta contre le cannibalisme et accorda saprotection à nombre de populations dominées ; en cela, elle contribua àinstaurer une paix durable sur le continent africain et au sahel. Arbitre, lecolonisateur avait intérêt au calme des zones administrées ; il savait cecalme précaire et les divisions latentes toujours promptes àréapparaître »24. En fait, la colonisation n’a fait qu’instrumentaliser les rivalitésentre les différentes ethnies et les peurs des plus vulnérables quicherchaient à échapper à la pratique de la traite musulmane, afin d’ancreret de consolider son emprise. C’est ainsi que lors de la décolonisation, les antagonismes, lesrivalités et les haines « en sommeil » émergèrent à nouveau plongeant lethéâtre sahélien dans le chaos des guerres civiles ou des conflits ditsinternes. La fracture raciale et ethnique Nord-Sud réapparaissait,déstructurant, déstabilisant et fragilisant la géopolitique interne desnouveaux Etats de l’arc sahélien en redonnant toute leur virulence à desantagonismes passés difficilement maîtrisables.La projection des stratégies extérieures Le Sahara, zone de transit et zone refuge, est au croisement demultiples initiatives mises en place par les grandes puissances. Aulendemain du 11 Septembre 2001, il s’inscrit dans la démarche globale delutte contre le terrorisme dans la logique de responsabilisation des Etats,en les dotant au besoin des moyens technologiques et de l’encadrementmilitaire susceptibles d’amplifier leur contrôle sur leur territoire. Il s’agiten définitive de lutter contre la formation de zones grises offrant des23 Op.cit., CHAUPRADE Aymeric, Géopolitique : constantes et changements dans l’histoire,p.238.24 Ibid., p.239.
  • 39. angles de pénétration au terrorisme islamiste. En outre, ce théâtreabritant de nombreuses richesses pétrolières et minières, attise lesconvoitises et risque de se retrouver confronté à une puissante lutted’influence entre les anciennes puissances coloniales et de nouveauxacteurs mus par des ambitions et des dispositifs géopolitiques concurrentsdont les USA, la Chine, la Russie et dans une moindre mesure l’Inde, Israël,l’Iran, etc. Dans ce cadre, les lignes de fracture évoquées précédemmentsont instrumentalisées, voire amplifiées, par les tensions et les rivalitésinhérentes à la lutte opposant les puissances extérieures quant à lasécurisation de leurs sources d’approvisionnement en pétrole et enmatières premières (bauxite et uranium). A titre illustratif, par sesréserves, dévoilées et potentielles (1,5 Milliard de barils et possibilité pour3 à 4 Milliards), le Soudan et la région du Darfour (partie méridionale ausud de Nyala), constituent un point névralgique matérialisant la lutteentre les Etats-Unis et la Chine pour le contrôle du pétrole africain. En effet, un véritable « grand jeu » se profile en opposant lesEtats-Unis à la fulgurante poussée chinoise sur le continent africain. Avecla Chine progressant d’est en ouest et les Etats-Unis très implantés dans leGolfe de Guinée, la lutte d’influence des deux géants se joue d’ores etdéjà dans les pays centraux, à l’image du Tchad. A long terme, l’objectifdes stratèges chinois semble viser à établir une connexion par oléoducsentre les champs pétroliers du Tchad, du Niger, du Nigéria et du Soudanafin d’évacuer le pétrole par Port-Soudan sur la mer Rouge. Ce projetgéopolitique s’oppose frontalement aux intérêts stratégiques américains.Conclusion Dans ce contexte global, le Sahel, inscrit dans la dynamiquecomplexe et incertaine d’un monde non stabilisé, tendu par la recherchede nouveaux paradigmes, cristallise un faisceau de facteurspotentiellement crisogènes pouvant, par combinaison, déboucher sur desconflits fortement déstabilisateurs, à l’image du conflit du Darfour auSoudan.Parallèlement, le risque de contagion ou d’effet tache d’huile est amplifiépar la porosité des frontières, inhérente aux caractéristiques propres à cetespace.
  • 40. Cet arc développe une conflictualité singulière s’enracinant dansle temps long de l’histoire. Espace tampon mais surtout espace dejonction et d’échanges, difficilement contrôlable, l’arc sahélien développeune conflictualité endémique sur laquelle les différents acteurs ont peu deprise. Le champ sahélien n’obéit pas à un système de forces homogène. Ilreste incapable de s’auto réguler, de parvenir à une certaine stabilitéautour d’un point d’équilibre : l’exacerbation des antagonismes menace lacarte politique régionale. Compte tenu du fort degré d’imbrication, il est possible d’évoquerune conflictualité en réseau ou « en chaîne » car toute action s’exerçantsur un maillon de la chaîne se traduit par des répercussions surl’ensemble. La trêve entre le Nord et le Sud du Soudan, soutenue par lespuissances extérieures, s’est répercutée sur le Darfour débouchant sur unconflit meurtrier menaçant directement les équilibres précaires du champsoudano tchadien. Par ailleurs, cette conflictualité, rebelle à toute formede régulation, rend aléatoire toute tentative d’ingérence qui, en éteignantun foyer, risque d’en allumer un autre. Dans ce cadre, l’ordre international présent ne peut demeurerindifférent face à ce champ, véritable polygone de crises, générateur deconflits « ulcéreux » pouvant se déclarer à tout instant. Dans un monde eninterconnexion et à la recherche d’un nouvel équilibre, aucune zone nepeut plus être ignorée ni marginalisée. Le sahel ne devrait pas demaindevenir un deuxième Afghanistan.* Professeur de Géopolitique, Medhi Taje est consultant en prospectiveet stratégie d’entreprise.
  • 41. SUR LA RECHERCHE, LA SCIENCE ET L’EDUCATION ENALGERIE : CONTEXTE POLITIQUE ET SOCIO-ECONOMIQUEGérard Begni * Au moment de lindépendance, lAlgérie nouvelle n’a guèred’autre modèle d’organisation et de gestion que celui du systèmefrançais. Comment celui-ci fonctionne-t-il alors ?Le contexte politique après l’indépendance La France vit alors la période dite des trente glorieuses.L’indépendance de l’Algérie mettra fin à une guerre interminable etimpopulaire (aux plans national et international), la dégageant de lacharge militaire, morale, politique et financière associée. La Franceredéployera ses moyens financiers et humains vers une croissanceindustrielle sans précédent et une indépendance militaire obtenue par lavolonté inflexible du Général de Gaulle à travers la modernisationtechnologique de son armée, qui culminera avec la ‘force de frappe.Politiquement, elle permettra à la France de parachever sonindépendance militaire en quittant la structure militaire intégrée del’OTAN en 1966. Cette modernisation contribuera significativement àl’essor de l’industrie et de la recherche, ainsi qu’à l’apprentissage denouvelles relations entre l’une et l’autre, comme en témoigne parexemple l’essor du CEA (créé dès octobre 1945 par le Général de Gaullealors au pouvoir), de l’ONERA (créé dès mai 1946) et de la rechercheprivée, partiellement sous subvention publique, comme entre autresexemples l’avionique chez Marcel Dassault. Les liens entre recherchefondamentale (physique nucléaire), recherche appliquée et ingénierie depointe ont certainement existé en ce domaine, mais n’ont évidemmentpas été étalés sur la place publique. Dans un domaine civil tel quel’agriculture par exemple, encore essentiel à cette époque, le modèlefrançais est celui d’un grand corps de l’Etat, lIGREF, déployant sur leterrain une administration efficace, le Génie Rural, fonctionnant sur lemode ‘administrateur vers administrés’ adossé a une école de formationappliquée, l’ENGREF, et à quelques laboratoires en étroite dépendance.Les anciennes structures de recherche qui épousaient sur le plan
  • 42. scientifique la logique du pouvoir colonial tel que l’ORSTOM (Créé en 1943sous le sigle ORSC), auront à s’adapter à la nouvelle donne créée par ladécolonisation. Cet organisme gardera sa dénomination désormaissurannée jusqu’à l’orée du nouveau millénaire avant de devenir l’IRD.Avec d’autres, il permettra une continuité certaine des relationsscientifiques entre la France et ses anciennes colonies. A côté de cesstructures étatiques, les Universités dont l’excellence n’est pascontestable joueront leur rôle de manière découplée de ce mondeadministratif et industriel. Généralement sensibles à diverses écoles depensée d’inspiration néo-marxiste, massivement engagés aux côtés despartisans de l’indépendance algérienne, les universitaires positionnerontsouvent cette autonomie de pensée sur un terrain idéologique, refusantgénéralement tout ce qui peut servir de près ou de loin le capitalisme etl impérialisme et sattirant en retour la méfiance du mondeinstitutionnel, industriel et militaire – voire politique, y compris l’écolemarxiste traditionnelle. Mais ce que la France, grande puissance millénaire, peut faire, lejeune Etat indépendant ne le peut pas. Le monde arabe a étéintellectuellement très brillant, mais les siècles sont passés par là, et lacolonisation a changé le paysage éducatif et scientifique traditionnel.L’Algérie nouvelle dispose d’élites intellectuelles, formées le plus souventpar la France ou sous son influence directe. Elles reflètent donc en grandepartie son mode de pensée - ou ses modes de pensées, ses traditionsadministratives. Les clivages décrits plus haut se répercuteront chez ellesselon que ces élites ont été formées dans le moule universitaire ou danscelui du système de la gestion publique. Ils seront à l’origine de bien desdivergences de vision au sein des élites dirigeantes du jeune Etat. Ben Bella fut élu président de la République algériennedémocratique et populaire. Sa présidence sera une période deconstruction enthousiaste et foisonnante, marquée par des décisionsstructurantes, parfois hésitante et subissant des évolutions en apparencepeu lisibles. Ainsi, en octobre 1963, il suspendit la Constitution du pays etlIslam fut décrété religion dÉtat., Celui-ci étant légitimant dans lessociétés musulmanes, le pouvoir politique algérien se devait donc dereconnaître une place de choix à l’Islam et à la langue arabe. Point majeur,le chapitre suivant traite du mode algérien d’arabisation et de sesconséquences éducatives et scientifiques.
  • 43. Les élites scientifiques permettront de mettre sur pied un systèmeéducatif de valeur (mais que l’arabisation forcée contribuera à dégrader,voir paragraphe suivant) et des universités dont les meilleures serontréellement de haut niveau. Mais la priorité sera de structurer le nouvelEtat sous l’impulsion du FLN. Celui-ci, formé essentiellement decombattants clandestins aguerris, a acquis une valeur militaireincontestable mais a une compétence médiocre en termes destructuration et gestion proactive d’une société civile en temps de paix. Laformation de cadres durant l’époque coloniale a certes formé despersonnalités parfaitement capables de mettre sur pied un certainnombre de structures administratives dans l’esprit de l’anciencolonisateur, mais peinant davantage à assurer une solide cohérence auplus haut niveau du jeune Etat. Cette difficulté de la jeune nation à s’organiser sera de plusfreinée par divers handicaps. Le FLN entend asseoir avant tout sonautorité politique. Sa priorité de fait sera de faire du système naissant uninstrument de contrôle plutôt que de déployer tous ses efforts pourassurer son efficacité administrative et sociétale. Dans un tel contexte, lesenjeux de pouvoir sont très forts, et font que les personnalités au pouvoirou les idéologies qu’ils véhiculent marquent plus que de raison lessystèmes d’administration et de gestion mis en place, lesquellesdeviennent à leur tour des instruments de pouvoir. Quant aux Universités,elles resteront de fait à l’écart de la construction de la nouvelle sociétépour au moins deux raisons. D’une part, la naissance hésitante etpolitiquement contrôlée des structures d’Etat ne permet guère uneréflexion entre science et structures publiques émergentes. D’autre part,comme en France mais dans un contexte très différent, la structureétatique civile et militaire et l’amorce de société industrielle qui seconstitue autour d’elle tend à se méfier de l’indépendance de penséeintrinsèque au système universitaire. Le consensus né de l’indépendancepourrait se décliner en multiples ramifications idéologiques de nature àsaper l’autorité du FLN, chose évidemment hors de question. Lesdifférents courants de pensée qui traversent le mouvement au pouvoir nepeuvent coexister que si celui-ci détient les clés de leur équilibre et nepourraient résister face à des mouvements de pensée alternatifs etincontrôlés qui pourraient traverser la société civile. Or, le rêve del’indépendance, longuement caressé, chèrement conquis, semble laisser
  • 44. grande ouverte la porte a toutes les utopies. La fraternité des armes dansla clandestinité pousse la société vers un mode de pensée ‘collectiviste’.Encore faut-il interpréter ceci comme une solidarité de fond dans lacréation du jeune Etat, et probablement aussi à travers le mode depensée de l’Islam (reconnu religion d’Etat) qui attache une grande valeurà la solidarité familiale, avec les personnes âgées et les pauvres ainsi qu’àtravers des traditions de solidarité à l’échelle de petits groupes plutôt quepar analogie avec l’idéologie social-démocrate ou marxisante de la gaucheoccidentale. Lennemi juré israélien (‘sioniste’) n’a-t-il pas suivi un cheminquelque peu similaire mais infiniment plus ‘occidentalisé’ (car construitpar des émigrants) ? Le triomphe du sionisme nest-il pas a ce momentcelui des Kibboutz et l’élite politique israélienne n’est-elle pas influentedans l’Internationale Socialiste? Des mouvements idéologiques radicauxne traversent-ils pas les universités françaises et une large partie del’intelligentsia qui a défendu l’idée de l’Algérie indépendante? Cet étatd’esprit collectiviste, qu’il serait erroné de confondre avec une visionmarxisante ou même social-démocrate à l’occidentale sinon par quelquesinfluences superficielles, n’est donc pas fait pour déplaire aux dirigeantsdu jeune Etat, mais il nécessite d’être étroitement contrôlé pour ne pas ledéborder. Les responsables les plus conscients des contraintes dedéveloppement du jeune Etat favoriseront plutôt ce que l’on appelle lesSciences de lIngénieur plutôt que la naissance d’une recherchescientifique indépendante, multidisciplinaire, et qui peut se montrerdérangeante25. Il est à noter que l Algérie ne dispose toujours pas à cejour d’une Académie des Sciences. Il faut ajouter qu’au niveau sous-régional au sein du Maghreb, leséchanges tant scientifiques qu’économiques sont notoirementinsuffisants. Ceci est principalement lié à des raisons politiques, telles quela tension entre l’Algérie et le Maroc, lié à l’absence d’accord sur le tracéfrontalier de certaines régions ainsi que plus tard à la question sahraouie.La frontière terrestre entre Algérie et Maroc est fermée. La Tunisie, qui asoutenu à fond le FLN lors de la guerre d’indépendance, trace trèssoigneusement ses frontières avec l’Algérie et installe des avant-postesmilitaires à cette frontière.25 On notera par exemple que Medhi Ben Barka a été formé en partie a l’Université d’Algeret que sa condamnation à mort par le régime marocain sera due à son refus de prendrepositon dans le conflit frontalier algéro-marocain issu de subtilités de l’administrationcoloniale française.
  • 45. De part et d’autre de la Méditerranée, les blessures issues de laguerre d’indépendance rendent très difficile une coopération étroiteentre l’ancienne puissance coloniale et le jeune Etat. De plus – et cecidéborde les limites de la France pour s’étendre à l’Europe, y compris plustard sous la forme politique de l’ ‘Union Européenne’- la coopérationeuro-méditerranéenne dans le sens nord-sud a été marquée par uneapproche non égalitaire, l’Europe obligeant souvent les pays du Sud àpasser par les fourches caudines de son programme et son administration,souvent pour des raisons de politique intérieure voire administratives.Incontestablement, ceci a contribué à créer un état d’esprit pernicieux d’‘assistanat’, et peut, dans la perspective idéologique de la décolonisation,être interprété comme ‘néo-colonialiste’ – double handicap qui resteencore partiellement à surmonter sur les deux rives de la Méditerranée.L’échec quasi-total de l’esprit de fond du Processus de Barcelone - etdonc la nécessité de le repenser - a été souligné par le présidentBouteflika en 2005 et implicitement reconnu par un homme d’Etat tel queTony Blair. Il est significatif de voir que l’Algérie était favorable àl’initiative ‘Union pour la Méditerranée’ telle qu’initialement formulée parle Président Sarkozy, puis plus que réticente face à l’entrée (en force) del’Union européenne dans le Processus. Il a fallu déployer des trésors dediplomatie pour que l’Algérie soit présente au Sommet des Chefs d’Etat etde Gouvernement du 13 juillet 2008.L’arabısatıon et ses conséquences Pour être reconnu comme légitime, le pouvoir politique algériense devait de reconnaître à l’islam et à la langue arabe une place de choix.Ben Bella avait affirmé à Tunis le 14 avril 1962 ‘LAlgérie est un pays arabeet musulman. On ne le dissociera pas du reste du monde arab.’ en accordavec le colonel Houari Boumediene dont l’armée était le soutien essentieldu régime. L’article 3 de la Constitution de 1962 déclarait: ‘Larabe est lalangue nationale et officielle. Il sagit là de larabe classique issu du Coran.Comme mentionné plus haut, Ben Bella suspendit la Constitution du paysen octobre 1963 et lislam fut décrété religion dÉtat. Le nouveau régimerefusa tout statut à larabe algérien et au berbère, langues jugées‘impures’. Il commença aussitôt une longue répression contre le berbère.Le Président Boumediene confisquera en 1976 le fichier berbère quicontenait un ensemble de publications sur des recherches écrites en
  • 46. alphabet latin Au début des années quatre-vingt, des Algériens furentemprisonnés pour avoir organisé des cours denseignement du berbère àlUniversité dAlger ou parce quon aurait trouvé en leur possession unalphabet berbère. Lors de la rentrée scolaire de 1963 l’enseignement de l’arabe futimposé dans toutes les écoles primaires, puis en 1964 ce fut l’arabisationtotale de la première année du primaire. Plus tard, en 1967, ce futlarabisation de la deuxième année du primaire, suivie de limplantationd’une section arabe à la Faculté de droit en 1968 et d’une licenced’histoire en arabe. L’ordonnance du 26 avril 1968 obligea lesfonctionnaires à connaître larabe classique. Face au manque dinstituteurs darabe classique, les autoritésfirent venir plus de 1000 instituteurs égyptiens - en fait, des ‘maîtres dereligion’ plus que des ‘professeurs de langue’.LÉgypte était trop heureusede se débarrasser des ces religieux encombrants du fait de leurappartenance au mouvement des Frères musulmans. Mais larabeégyptien des ‘maîtres de religion’ savéra problématique, rendant lacommunication difficile avec les élèves algériens, surtout chez lesBerbères. Les Frères musulmans sèmeront les germes dufondamentalisme musulman chez des milliers de jeunes Algériens. PuislInstitut islamique fut créé à l’Université d’Alger, alors que l’anciennelicence d’arabe était transformée en licence unilingue sur le modèleoriental. Houari Boumediene, qui prit le pouvoir le 19 juin 1965, avait reçuson instruction presque exclusivement en arabe classique dans des écolescoraniques et des universités théologiques, hauts lieux dufondamentalisme musulman. Il octroya des portefeuilles ministériels auxconservateurs religieux et mit au point une politique linguistiquedarabisation destinée à éradiquer le français et promouvoir la languecoranique, c’est-à-dire larabe classique que pourtant aucun Algérien (nipersonne dans le monde arabe) nutilisait comme langue maternelle. Ainsi furent semées certaines des graines qui aboutiront à lamoisson terroriste des années 90. Les barrières artificielles dressées parcette politique auront freiné l’expansion de l’éducation, au moment oùelle était le plus cruciale. Elle aura enlevé aux scientifiques et chercheurs
  • 47. les dernières opportunités, pourtant bien minces, de participer aumouvement scientifique mondial et de publier dans des revuesinternationales. Le Président Boumediene avait été très clair à ce sujet :‘Lenseignement, même sil est dun haut niveau, ne peut être réel quelorsquil est national, la formation fût-elle supérieure, demeureincomplète, si elle nest pas acquise dans la langue du pays. Il peut mêmeconstituer un danger pour léquilibre de la nation et lépanouissement desa personnalité. Il peut également engendrer des déviations qui risquentdentraver une saine et valable orientation’. De son côté, Abdelhamid Ben Badis, fondateur de lAssociationdes oulémas musulmans algériens et figure fort connue dans le pays, avaitaffirmé: ‘Le langage utilisé par les langues au marché, sur les chemins ettous autres lieux populaires fréquentés par la masse ne peut pas êtreconfondu avec le langage des plumes et du papier, des cahiers et desétudes, bref dune élite’. Le Colonel Boumediene avait permis à la couche arabisante de lapopulation de tirer parti de l’arabisation afin de prendre le contrôle deleviers importants en Algérie, tels que léducation et une partie del’administration. En 1979, le colonel Chadli Bendjedid, qui ne parlait pasfrançais, lui succéda et durcit encore le mouvement d’arabisation. Ilinterdit aux élèves algériens de fréquenter les établissements de laMission culturelle française, privant ainsi l’élite algérienne de la seulepossibilité qu’il lui restait de contourner l’arabisation. Cest à cette époquequapparut lislamisme radical. En 1986, le Parlement algérien créalAcadémie algérienne de langue arabe, qui devait veiller àl’enrichissement, la promotion et le développement de la langue arabepour assurer son rayonnement. Cependant, la plupart des personnalités etdes hauts cadres de lÉtat faisaient instruire leurs enfants en français dansles écoles privées. Ce traumatisme linguistique et éducatif marque encoreaujourd’hui les esprits des chercheurs et scientifiques, consciemment ounon. Les émeutes d’octobre 1988 en Kabylie, bien que sévèrementréprimées, conduisirent à une libéralisation du régime. Le président Chadlifit adopter par référendum une nouvelle constitution en février 1989, quiouvrit lAlgérie au multipartisme. Le français en sortit grand vainqueur.
  • 48. En juin 1990, le Front islamique du salut (FIS) remporta lesélections municipales. Ces résultats provoquèrent un putsch militaire le11 janvier 1992. Le président Chadli fit adopter par le Parlement la loid’arabisation du 16 janvier 1991, plusieurs fois reportée, jamais abrogée. Resté six mois au pouvoir avant son assassinat le 29 juin 1992, lePrésident Boudiaf s’exprimait en arabe algérien voire en français et mitsur pied une commission afin de geler la loi portant généralisation delutilisation de la langue arabe. Le décret 92/02 du 4 juillet 1992 suspenditladite loi ‘jusquà réunion des conditions nécessaires’. Son successeur legénéral Liamine Zéroual, après avoir promis de suivre cette voie, repritcelle de l’arabisation ‘classique’, s’efforçant également d’introduire lapratique de l’anglais. En juillet 1998, il décida de remettre en vigueur la loid’arabisation de 1991 pour satisfaire ses alliés conservateurs et islamistes.Mais il fut contraint à la démission et remplacé en avril 1999 par M.Abdelaziz Bouteflika. Sur la question linguistique, le président Bouteflika a inauguré ungrand tournant. Bien que l’arabe reste pour lui la seule langue officielle, ils’est souvent exprimé en français dans ses déclarations publiques, autanten Algérie quà l’étranger. Il déclara: ‘Il est impensable [...] d’étudier dessciences exactes pendant dix ans en arabe, alors qu’elles peuvent l’être enun an en anglais.’ Il résume ainsi ces interminables conflitslinguistiques: ‘Il n’y a jamais eu de problème linguistique en Algérie, justeune rivalité et des luttes pour prendre la place des cadres formés enfrançais’. Le Parlement algérien adopta en avril 2002, à l’unanimité, unemodification la Constitution instituant le berbère comme ‘languenationale’. Mais le tournant majeur concerne la francophonie, rejetéevigoureusement jusque là comme ‘néo-colonialiste’ . Lors du IXe Sommet de la Francophonie de 2002, le présidentAbdelaziz Bouteflika quinvité personnel de son homologue libanais, ÉmileLahoud fit un virage à 180 degrés. Les modifications apportées à la chartede lOrganisation internationale de la Francophonie au sommet deBamako, en novembre 2000, qui prône une conception respectueuse de lasouveraineté, des cultures et des langues des États membres, ont plaidépour une adhésion de l’Algérie à lOIF. Par ailleurs, les autoritésalgériennes veulent souligner lintérêt pour leur pays dintégrer uneorganisation devenue ‘un cadre de concertation’ et ‘un forum pour
  • 49. défendre nos positions, échanger des informations, tisser des relations decoopération et bénéficier daides en matière de formation et de moyensculturels et déducation’. Le Président Bouteflika a lors affirmé‘Aujourdhui, nous devons savoir nous départir de la nostalgiechatouilleuse, qui sexprime en repli sur soi, et nous ouvrir sans complexeà la culture de lautre, afin de mieux affronter le défi de la modernité etdu développement, par nous-mêmes et dans nous-mêmes [...]. Lusage dela langue française est un lien qui assure notre unité’, en insistant sur sa‘double allégeance au monde arabe et au continent africain’ et ‘lespréoccupations de l’Algérie en tant que pays arabe … et en tant que paysméditerranéen’. La politique linguistique continue dalimenter les conflits enAlgérie. Elle reste lœuvre dune petite oligarchie politique aux pouvoirsimmenses. Elle est fondée sur une culture qui sest définie par oppositionà la France coloniale et par mimétisme à légard du Proche-Orient. Lapolitique linguistique a été fondée sur larabo-islamisme à lexclusion detout nationalisme Elle sest nécessairement faite contre le peuple algérienqui sest vu imposer une langue morte, ce qui a favorisé lintégrismemusulman. Larabisation algérienne fut motivée par la préoccupationpurement politique de la conservation du pouvoir par la langue. Le succèsdemeure bien relatif, contrairement par exemple à la Turquie de MustafaKemal Atatürk, dont la politique linguistique constitue, même danslhistoire de lhumanité, un véritable exploit. La clé de la réussite turqueréside dans le fait que la politique linguistique reposait sur unnationalisme territorial moderne fondé sur la langue du peuple turc, sanségard à la croyance religieuse. Aujourd’hui, la Turque est membrepleinement associé des programmes de recherche de la Commissioneuropéenne depuis de nombreuses années et frappe à la porte de l’Unioneuropéenne. A lopposé de la Turquie, lAlgérie – qui n’a rien à lui envieren termes de ressources - na guère favorisé un rapprochement entreloral et lécrit et, par voie de conséquence, na pas pleinement contribuéà lélimination de lanalphabétisme avec toutes les conséquences que celaentraîne au niveau scientifique. De nombreux Algériens en sontmalheureusement venus à voir en larabe classique le symbole delautoritarisme et de linjustice sociale.Le contexte socio-économique
  • 50. Economiquement, les pays sud méditerranéens bénéficient d’unefaible attractivité et ne déclenchent pas de forts investissementseuropéens. Il y a pourtant là une ‘nouvelle frontière’ latente et spécifiquepour l’Europe. Le PIB des 5 pays du Maghreb26 est de 144 milliards de $. Celui descinq pays du Nord27 qui leur font face est de l’ordre de 3400 milliards de $.Ramené en dollars de parité de pouvoir d’achat , le revenu par habitanten 2001 était de 6090 $ en Algérie (contre 3600 au Maroc, 7570 en Libye).Le taux de croissance est de l’ordre de 2% , signal certes positif, mais bienéloigné de la fourchette de 6 à 8% des pays en développement les plusdynamiques. Néanmoins, depuis huit ans, l’écart de taux de croissanceentre pays du Nord et du Sud méditerranéen a tendance à s’égaliser voireà s’inverser au profit de ces derniers. L’indicateur de développementhumain du PNUD augmente également, avec de fortes disparités entreEtats (le Maroc étant quelque peu à la traîne). Le recul du taux d’inflationen Algérie a été particulièrement significatif, traduisant un progressif maisvigoureux assainissement de la situation économique (politiquemonétaire rigoureuse, ancrage nominal des taux de change, déficitsmaîtrisés, compétitivité des prix à l’export). Néanmoins, en dépit desespoirs soulevés par le Processus de Barcelone, les écarts entre le Nord etle Sud paraissent s’être creusés. La prise de conscience d’une nécessairesolidarité a été peu perçue par la population des deux rives. Aveccertaines initiatives telles que la Politique Européenne de Voisinage lesrelations bilatérales de l’UE avec certains pays du Sud sont revenues enforce. Or, il est illusoire que l’Algérie puisse développer son potentieltechnologique et scientifique si l’ensemble de la région n’est pas tiré versle haut – ce qui suppose également de réduire radicalement les obstaclesà la coopération Sud-Sud.Les échanges extérieurs constituent une source décisive potentielle decroissance. Le total des exportations et importations représente environ60% du PIB des pays du Sud. L’UE est un partenaire privilégié, avecquelque 65% de croissance des échanges sur la période 1985-2002 et lasignature d’un accord d’association avec l’Algérie en avril 2002. L’Algérie, comme tous les pays du Maghreb (et d’Afrique) connaîtune forte poussée démographique, en voie de ralentissement très26 Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye.27 France, Italie, Espagne, Portugal, Malte
  • 51. progressif. Dans cette région, la croissance est de 2,2% l’an entre 1990 et2000 (2,8% entre 1980 et 2000). La croissance sur la rive nordméditerranéenne a été de l’ordre de 0,3% pendant cette période. EnAlgérie proprement dite, le taux actuel est de 2,3% (contre 1,9% enTunisie, 1,2% en Mauritanie). Selon la banque Mondiale, le taux decroissance du Maghreb devrait atteindre celui des pays européens àl’horizon 2060-2070. A cette période, la population européenne devraitconnaître un minimum. La population des cinq pays de la rive nord estactuellement le double de la rive sud (quatre fois supérieure en 1960). Lesdeux populations devraient s’égaliser à cet horizon. Il en résulte une forte proportion de jeunes citoyens à former puisà absorber sur un marché du travail qui n’est pas en mesure de le faire. EnAlgérie , 75% des chômeurs ont moins de 30 ans, et le chômage frapped’abord les jeunes diplômés. La situation est donc caractérisée par undéficit démographique extrêmement grave au Nord et trop de jeunesdiplômés au chômage au Sud. Cette situation ira s’aggravant jusqu’en2070. Dans ces conditions, il est évident qu’une stratégie économiqueentre les rives Sud et Nord (et l’UE en général) s’impose afin de favoriserle développement et la mise en valeur du potentiel scientifique de paysdu Sud. Quelle est-elle, selon les experts28 ? Les perspectives d’investissement Nord-Sud vers le Maghreb engénéral et l’Algérie en particulier, riche de ressources naturelles etintellectuelles, semblent relever d’une logique d’intégration verticale.Plutôt que de porter sur un transfert de la totalité de la chaîne de valeur,les IDE29 portent sur certains segments précis de la chaîne, pour lequel les28 Ce paragraphe est largement inspiré du livre ‘5+5 = 32, Feuille de route pour une Unionméditerranéenne’, par Hubert Védrine et le Cercle des Economistes.29 L’Investissement Direct à lEtranger. L’OCDE le définit ainsi : « L’IDE est une activité parlaquelle un investisseur résidant dans un pays obtient un intérêt durable et une influencesignificative dans la gestion d’une entité résidant dans un autre pays. Cette opération peutconsister à créer une entreprise entièrement nouvelle (investissement de création) ou,plus généralement, à modifier le statut de propriété des entreprises existantes (par le biaisde fusions et d’acquisitions). Sont également définis comme des investissements directsétrangers d’autres types de transactions financières entre des entreprises apparentées,notamment le réinvestissement des bénéfices de l’entreprise ayant obtenu l’IDE, ou
  • 52. économies offrent un avantage absolu de localisation. Ceci suppose (a)l’identification de pôles de compétences, que l’Algérie se doit donc deforger et de valoriser (le secteur de l’énergie semble particulièrementpropice), (b) une stratégie globale conjuguant le ciblage des marchés encroissance, une minimisation des charges fixes par externalisation et larecherche des coûts les plus favorables par délocalisation, et (c) dans lecadre d’une stratégie de compétitivité mondiale, la définition de sescomposantes dans divers territoires et pour différents segments de lachaîne de la valeur. Les firmes européennes peuvent voir là un tremplinpour pénétrer certain marchés, en tout premier lieu celui de l’Europeélargie. Ceci donne toute son importance aux accords de libre échange. Ilconvient donc que l’Algérie, de concert avec la France et l’Unioneuropéenne, identifie et développe ces segments d’investissementsprioritaires et que les firmes nationales et européennes ne se laissent pasdoubler par les firmes américaines ou d’autres pays développés. Ceci ades conséquences évidentes sur la politique d’investissement scientifiqueet technologique.Certains faits et chiffres sont en effet éloquents. Les IDE de la zone sud-méditerranéenne s’élèvent à quelque 5milliards de dollars par an, soit approximativement 1% du PIB régional et4% du flux d’IDE vers les pays en développement. Ces flux sont plusimportants vers le Maroc et la Tunisie que vers l’Algérie. L’investissementpublic reste très élevé. Le ratio entre investissement public et IDE est undes plus élevés du monde – de l’ordre de 10% au milieu des années 90,soit environ le double de la moyenne des pays en développement. Ce quimanque économiquement sont les IDE privés permettant l’élargissementet l’enracinement des PME locales. Or, il est bien connu que celles-cipeuvent jouer un rôle aussi déterminant sinon davantage dans certainscréneaux de marché que les grandes entreprises dans le transfert detechnologie de la recherche vers des produits et/ou services à la pointe dumarché. Il convient donc d’assurer un équilibre harmonieux et und’autres transferts en capital ». Ces derniers incluent notamment les prêts accordés parune maison-mère à sa filiale implantée à létranger. Contrairement aux investissements deportefeuille, les IDE impliquent une prise de contrôle de la part de la firme étrangère. Leseuil à partir duquel sexerce le contrôle est relativement arbitraire ; le FMI utilise unevaleur de 10 %.
  • 53. couplage intelligent entre investissements publics et privés, donc defavoriser les conditions de confiance que cette dynamique sous-tend(confiance économique et politique, sécurité des biens et des personnes,respect des engagements, qualité de la gouvernance, intégrationrégionale). Le secteur privé mobilise moins de 20% des crédits bancaires.Environ 30% des investissements de la BEI30 vers le secteur privé est dirigévers la Méditerranée. Ces investissements vont plutôt vers les grandesentreprises que vers les PME. Cette analyse met en avant l’importance àattacher au développement des PME innovantes – et donc la nécessité demettre un place un système bancaire plus favorable à la naissance des‘start-up’ et au développement des entreprises et un impératif de mise àniveau des institutions pour faire face à la nouvelle donne de manièreadaptée et réactive. Le plus important potentiel de croissance était le plusdélaissé par les circuits de financements actuels. Une évolution s’imposaitdonc. M.H. Zidouni (ONS31) a publié le tableau suivant sur la part devaleur ajoutée par taille d’entreprises en Algérie. Les chiffres parlentd’eux-mêmes et traduisent une tendance lourde qu’il convientd’accompagner, notamment par le transfert de technologie etdéveloppement des capacités de recherche et développement au sein desPME.Catégorie Entreprises Entreprises Entreprisesd’entreprises publiques privées de 10 privées de salariés et plus moins de 10 salariés1985 52,7 3,3 441992 37 2 611997 27 2 712001 22,1 1,8 75,4 Il est bien certain qu’en dehors de ce dynamisme des PME, àencourager et développer en toute priorité, tant par en aval par des30 Banque Européenne d’Investissement.31 Office national des Statistiques
  • 54. réformes économiques qu’en amont par la formation de personnelscientifique qualifié et performant. La grande industrie joue néanmoins un rôle majeur en Algérie. Lepays dispose d’un atout majeur à travers ses réserves de pétrole et de gaz, qui a conduit à la création en 1963 de la puissante SONATRACH32 et sesinnombrables ramifications. Ses activités diversifiées touchent l’ensemblede la chaîne de production : exploration, exploitation, transport, raffinage.Elle sest diversifiée dans la pétrochimie et le dessalement deau de mer.SONATRACH est la première entreprise dAlgérie et d’Afrique, 12èmeparmi les compagnies pétrolières mondiales, 2ème exportateur de GNL etde GPL et 3ème exportateur de gaz naturel. Le secteur des hydrocarburesreprésente environ 40% de son PIB. Lentreprise, qui emploie quelque 50000 salariés (120 000 avec ses filiales), produit à elle seule 30 % du PNB delAlgérie. Elle produit annuellement (2005) 232.3 millions de TEP, dont11,7 % (24 millions de TEP) pour le marché intérieur. Son chiffre daffairessélève à 61,2 milliards de dollars. Première entreprise dAfrique par sonchiffre daffaires, elle a doublé celui-ci en 3 ans grâce à lenvolée du coursdu brut. Elle se déclare ‘entreprise citoyenne, œuvrant à resserrer les lienssociaux,…, promouvoir la recherche et les activités scientifiques’ et ‘nepas concevoir de développement économique sans un développementdurable’. La Société SONATRACH affirme haut et fort son optionstratégique de partenariat comme levier de développement et sa volontéde renforcer sensiblement ses positions en international sur tous lessegments de la chaîne des hydrocarbures et de l’énergie. Cette positionde la SONATRACH est du reste légitimée par les efforts mondiaux pour laréduction des émissions à effet de serre, le cadre des négociations ‘post-Kyoto’ et les évolutions énergétiques qui s’avèrent incontournables. Il y adonc là matière à un investissement à moyen et long terme nécessitant àla fois coopération internationale et appropriation nationale (dans undomaine où la France et l’Union européenne se sont posés en fers delance internationaux) et qui est donc porteur de fortes capacités dedéveloppement et d’emploi pour les scientifiques et techniciensnationaux de haut niveau. La maison mère est entourée d’un grand nombre de filiales etsous-traitants qui double son nombre d’employés. Politique de32 Société Nationale pour la Recherche, la Production, le Transport, la Transformation, et laCommercialisation des Hydrocarbures s.p.a)
  • 55. développement de la maison mère face aux enjeux du futur et politiqued’encouragement au développement de PME ‘high tech’ performantessont donc deux volets parfaitement complémentaires sur la voie dudéveloppement économique et de la génération de débouchés pour leschercheurs, scientifiques et techniciens de pointe nationaux. Il faut enfin signaler que la France et l’Union européenne ne sontpas seules en course. Avec l’Egypte, l’Algérie est la pays d’Afrique du Nordle plus ouvert aux investissements américains. La Chine est égalementintéressée. Enfin, des partenariats forts sont envisageables avec lesEmirats Arabes Unis, comme par exemple dans les technologies dedessalement de l’eau de mer.Le contexte climatique et environnemental Ce contexte est un point où se concentrent effets physiques etinteractions socio-économiques, politique nationale d’atténuation etd’adaptation, impacts économiques globaux et négociations mondialesdans lesquelles l’Algérie se doit de jouer pleinement le rôle auquel ellepeut prétendre. Il y a là à l’évidence un sujet moteur pour la science et latechnologie en synergie avec le monde institutionnel, politique et lasociété civile. Il convient d’abord de dresser le panorama offert à l’Algérie parl’évolution du contexte international. La prise de conscience des effetsnocifs de l’accumulation des gaz à effet de serre devrait progressivementralentir la consommation des hydrocarbures qui constituent une grandepart des exportations algériennes et favoriser le développementd’énergies nouvelles ou de technologies innovantes dans l’usage dessources énergétiques traditionnelles. Tant au niveau institutionnelqu’industriel (voir ci-dessus le paragraphe relatif à la SONATRACH) cetenjeu est compris et fait l’objet d’investissements à long terme. L’Algériepeut également aborder à l’échelle industrielle de nouvelles énergies, ;telles que l’énergie solaire. S’l faut bien reconnaître que dans les paysd’Europe, au-delà de l’économie des consommateurs individuels, l’énergiesolaire ne peut qu’occuper un rôle marginal dans de bilan énergétiquenational, la question se pose dans de tout autres termes en Algérie avecses vastes espaces désertiques recueillant des flux solaires importants. De
  • 56. telles recherches peuvent répondre tant à un besoin national qu’à desmarchés à l’export. Politiquement, dans ce domaine, en tant que producteur enhydrocarbures et pays en développement industrialisé, l’Algérie peutprétendre à jouer un rôle significatif dans les ‘négociations post-Kyoto’ouvertes récemment à la Conférence de Bali puis à Poznan aux côtés degrands ténors comme la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique. Les impacts mondiaux du changement climatique (et de sacontribution au changement global) ne se posent pas qu’en termesd’évolution du marché des hydrocarbures et des technologiesénergétiques. Il convient de souligner que les zones arides tendent demanière générale à une plus grande aridité, alors que la populationmondiale est en croissance régulière (augmentée de manière saisonnière,en termes de demande, par le développement de l’activité touristique :Tunisie, Maroc, Egypte…) et que la demande par habitant ne cesse decroître. Il y a donc une forte pression, permanente et/ou saisonnière, surles ressources en eau. Comme signalé plus haut, l’Algérie s’est située à lapointe des recherches sur les technologies de dessalement de l’eau demer, pouvant donner lieu à des accords stratégiques par exemple avec lesEmirats Arabes Unis. Couplé par exemple avec l’exploitation de l’énergiesolaire, ceci peut contribuer à répondre partiellement à ce problème dansdes pays côtiers au fort ensoleillement. Naturellement, les phénomènes de changements climatiquesaffectent l’Algérie elle-même qui doit prévoir une politique decompréhension de ses impacts et d’adaptation de son propre territoire. Latendance lourde est à l’augmentation des températures et la diminutiondes ressources en eau, conjuguées avec une plus grande occurrence desévénements extrêmes (grandes sécheresses, orages violents) ce qui posed’énormes problèmes tant au niveau de villes telles qu’Alger, desressources agricoles et des espaces semi-arides de parcours où secôtoient pastoralisme itinérant et agriculture sédentarisée. Les feux deforêt ne sont pas rares. La pression agricole et pastorale en milieu aride,les conditions naturelles plus sévères engendrent une dégradation dessols et des phénomènes de désertification qui ne peuvent qu’engendrerune spirale négative. Des événements catastrophiques telles que lesinondations d’Alger s’expliquent à la fois par une urbanisation et une
  • 57. densification sauvages (mieux maîtrisées aujourd’hui), une difficulté àdimensionner correctement les infrastructures urbaines, la multiplicationet l’intensification des événements extrêmes, un plan d’aménagementdes bassins versants (ou l’absence de plan, ou des pratique illicites)favorisant l’érosion et le ruissellement. La réponse à ces questions réside dans l’instauration d’unescience spécialisée multidisciplinaire et interdisciplinaire, en liaison enamont avec les vraies questions qui se posent aux décideurs et en avalvers la société civile. Cela suppose le développement et l’organisation dela science, mais aussi celui de structures de démultiplication (parmilesquelles les PME, voir plus haut) et d’une démocratie décentralisée etparticipative. Au niveau scientifique, il est remarquable de noter lacréation dès 1993 de l’ARCE – Association de Recherche pour le Climat etl’Environnement, largement sur initiative des chercheurs eux-mêmes. Onpeinerait à trouver en France ou en Allemagne une telle structurefédératrice. Un cadre international pour aborder ces questions nationales enbénéficiant de synergies essentielles est de les inscrire dans la perspectivedes Conventions Multilatérales sur l’Environnement de l’ONU, impulséesen 1992 par la Conférence de Rio. L’Algérie a su s’inscrire dans cemouvement. C’est ainsi que dans le cadre de la ‘Convention Climat’(UNFCCC en anglo-saxon) la ‘communication nationale initiale’ de l’Algérie(‘Elaboration de la stratégie et du plan d’action national des changementsclimatiques’) date de 2001, tandis que dans le cadre de la ‘ConventionDésertification’ (UNCCD), un rapport national a été publié en 2002, et le‘Plan d’Action National’ (PAN), outil majeur de la Convention au niveaunational, a été validé le 14 décembre 2003.Les priorités gouvernementales Un tournant essentiel dans la politique d’appropriation de lascience par la société civile aura été l’adoption en 1989 d’une nouvelleconstitution consacrant la participation des citoyens à la vie politique,sociale et culturelle du pays, consolidé par la loi sur les Associations du 4décembre 1990 . Les pouvoirs publics mirent progressivement en placedes processus d’association et d’implication des divers acteurs dans la
  • 58. définition et la mise en œuvre des diverses politiques publiques pouvantconduire à un développement durable. Dans les années 90, le Gouvernement entreprit en particulier lesefforts pour structurer le secteur de la recherche et favoriser sondéveloppement, couronnés par la promulgation de la loi 98-11, portant loidorientation et de programme à projection quinquennale sur laRecherche scientifique et le développement technologique (1998-2002).Cette loi traduit la volonté de lEtat de promouvoir la science et latechnologie comme facteurs incontournables du développement socio-économique et culturel du pays. Mais la progression ne pouvait être quelente, vu les handicaps accumulés lors des décennies précédentes. Selon un rapport indépendant publié en 2005, il n’existait pas àproprement parler de politique nationale de la recherche en Algérie. Leministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifiqueainsi que certains ministères techniques (Industrie, Agriculture, Santé,Habitat, Environnement, Energie et Education) mènent des opérationslimitées, dans le cadre de la loi quinquennale d’orientation et deprogramme sur la recherche scientifique et le développementtechnologique. Les structures de recherche scientifique en Algérierestaient assez bureaucratiques et le lien entre la science et l’industrieétait ténu, car il n’y avait pas véritablement de place pour les associationsde chercheurs ou d’ingénieurs. L’Algérie disposait d’environ 400chercheurs par million d’habitants et n’accordait pas plus que 0,3% deson PNB à la recherche. Dans une première étape, les résultats de cette loiont donc été assez superficiels et chaotiques. Néanmoins, la prise de conscience de l’importance de la scienceet de la technologie, ainsi que des freins qu’elle rencontre, est progressivemais réelle pour une part de la classe politique et des décideurs. LePrésident Bouteflika a émis de grandes lignes directrices lors du conseildes ministres du 14 mai 2007, qui sont actuellement en phase dedéclinaison. Des bilans et perspectives encourageantes – certes àdévelopper et à consolider - peuvent être dressés.Un effort organisationnel et institutionnel incontestable a été entrepris. Ila permis au secteur de la recherche scientifique de s’engager dans la miseen œuvre de programmes nationaux de recherche par la mise en place decomités de programme, le lancement de plusieurs appels à proposition de
  • 59. projets qui ont abouti à la sélection, au financement et à lexécution dungrand nombre de projets de recherche. La mise en œuvre des dispositionsde la loi programme de 1998 a également permis lélaboration et la miseen œuvre de vingt-sept programmes nationaux de recherche, lagrémentet le financement de 5244 projets de recherche et lexécution de 217projets de recherche dans le cadre de conventions et accordsinternationaux, la mise en place de vingt et un comités sectoriels,lagrément de six cent quatre vingt laboratoires de recherche etlaccession de dix-neuf centres et instituts de recherche au statut dEPST. En termes de ressources humaines, il y a lieu de mentionner lamobilisation de plus de quinze mille enseignants chercheurs, 2000chercheurs permanents, en plus de limplication de la communautéscientifique algérienne établie à létranger, dans les activités de rechercheet dans les conseils scientifiques des centres de recherche. Un résultatparticulièrement remarqué dans le domaine spatial a été le lancement etlexploitation du satellite ALSAT 1, bientôt suivi de ALSAT 2, dans le cadred’une coopération africaine avec la République d’Afrique du Sud et leNigeria. Cette loi a également permis de réaliser 145 espaces de rechercheau sein des établissements universitaires, un centre de recherche enbiotechnologie à Constantine, un centre de recherche sur les zones aridesà Biskra et une Unité de développement des équipements solaires àBousmaïl. Dautres infrastructures de recherche sont actuellement en coursde réalisation et concernent 520 espaces de recherche, un centre régionalde transfert technologique à Sétif, un centre de recherche enanthropologie sociale et culturelle à Oran, un centre de recherche enéconomie appliquée au développement à Tipaza, un centre de rechercheen analyse physico-chimique à Tipaza, une Unité de recherche entechnologie industrielle à Annaba, une Unité de recherche en énergiesrenouvelables en milieu saharien à Adrar, enfin, une centraletechnologique en microélectronique au centre de développement destechnologies avancées à Alger. II a été également enregistré plus de 5.877 publicationsscientifiques, 14.510 communications nationales et internationales, la
  • 60. soutenance de 23.353 mémoires de mastère, 4.111 thèses de doctorat,ainsi que le dépôt de 15 brevets auprès de lINAPI. En outre, louverturede la recherche scientifique sur son environnement socio-économique afait lobjet dun intérêt soutenu, concrétisé par lorganisation dun forumrecherche-développement, tenu en 2005 et associant des universités, desministères, des entreprises et organismes de recherche concernés.Limpact de ce forum, en matière dinnovation et de valorisation, a permisla sélection de 469 produits et services de recherche parmi les 890 projetsexposés et 75 projets valorisables susceptibles dêtre transformés enbrevets dinvention dont 6 devant être protégés au niveau international. Cette politique a également permis la mise en place de réseauxthématiques de recherche couvrant divers domaines dintérêts nationaux,à savoir les sciences sociales et humaines avec des projets consacrés auxmanuscrits historiques et à la langue arabe, le développementéconomique avec des études consacrées aux traitements des phosphates,des énergies renouvelables et du palmier, la lutte contre lensablement, etenfin la santé avec des projets dans le domaine de limmunologie et de lapharmacie. Tous ces résultats ont été réalisés grâce aux investissementspublics dans la recherche scientifique et du développementtechnologique, qui ont atteint pour la période (1998-2007) plus de 34milliards de DA. L’esprit de cet effort est la synergie dans la conception desprogrammes de recherche, la souplesse et la stabilité dans leur mode degestion, louverture sur les compétences nationales établies en Algérie ouà létranger, ainsi que louverture sur lenvironnement national etinternational. Les directives présidentielles du 14 mai 2007 ont été égalementprises en charge dans le cadre de la nouvelle loi dorientation etprogramme à projection quinquennale pour la période 2008-2012. Plus decent actions y sont définies, elles visent à renforcer les bases dune sociétéde la connaissance, moteur du développement économique et social. Deux priorités sont assignées à cette loi : la contribution de lacommunauté scientifique à la prise en charge des problèmes dedéveloppement économique social et culturel du pays et la formation parla recherche dun nombre substantiel denseignants chercheurs (28.000)
  • 61. et de chercheurs permanents (5.000) afin datteindre les normesinternationales en termes de masse critique dans lensemble desdomaines de la recherche. Cette loi programme dicte la création dunorgane national directeur permanent dénommé Direction générale de larecherche, la création dAgences thématiques de recherche, la mise enplace dun Comité national dévaluation, la mise en place de pôlesdexcellence, la création de services communs et enfin lacquisition degrands équipements scientifiques. Ceci augure bien de la volonté d’unepart d’investir dans la formation des jeunes générations, d’autre partd’ancrer les résultats de la recherche dans la vie civile. Dans ce cadre, le Gouvernement a projeté pour les cinq années àvenir, un programme de travail devant, notamment, permettre derecentrer les programmes nationaux de recherche autour despréoccupations nationales prioritaires et de programmes transversaux, etde poursuivre à travers les "réseaux thématiques", la mise en synergie descompétences et des moyens de la recherche scientifique relevant desuniversités, des centres de recherche, des agences et des entrepriseséconomiques. Les principales infrastructures de recherche qui devront êtreréalisées durant le quinquennat sont:Réalisation de 1000 espaces de recherche au sein des établissementsuniversitaires ;Réalisation et équipement du Centre de recherche scientifique ettechnique pour le développement de la langue arabe ;Réalisation et équipement de 2 centres régionaux de transferttechnologique (centre et ouest) ;Réalisation et équipement de 3 centres régionaux danalyse physico-chimiques (est, ouest et sud) ;Réalisation et équipement de 3 centres de maintenance technologique(est, ouest, centre) ;
  • 62. Réalisation et équipement de trois centres régionaux de fabrication dedispositifs et de composants technologiques (ouest, centre et sud) ;Réalisation et équipement du centre national de chimie verte à Oran ;Réalisation et équipement dun centre de modélisation et de simulation àAlger ;Réalisation et équipement des centres régionaux de documentation ;Réalisation et équipement dun centre de recherche, de formation etdapplications sur les énergies renouvelables avec linstallation dunecentrale thermo-énergétique solaire de 1,5 M Watts à Sidi Abdallah ;Lancement en concertation avec le ministère de lAménagement duTerritoire, de lEnvironnement et du Tourisme, des études pour laréalisation de technopoles. A lissue du débat consacré à ce dossier, le Président Bouteflika arelevé que toutes les activités déjà entreprises ont surtout permislémergence dun système national de recherche. Il a en outre insisté pourque la recherche scientifique soit consacrée comme priorité nationale (etnon seulement étatique) en vue de prendre en charge les préoccupationséconomiques, sociales et culturelles de la nation : "Les efforts consentisjusque-là sont à encourager, mais il nen demeure pas moins quelexploitation optimale des potentialités de la recherche scientifique resteen deçà des attentes du pays et des besoins nationaux dans tous lesdomaines ..La recherche scientifique ne doit pas être du ressort exclusifde lEtat qui doit certes, la soutenir et la promouvoir, elle doit aussi êtreune préoccupation de lentreprise dont dépendent le succès, et parfoismême la survie ..Lélan déjà pris dans ce domaine de la recherchescientifique doit donc être accéléré". Le Président Bouteflika a émis des directives précises auGouvernement pour une dynamisation de la recherche scientifique et ledéveloppement technologique. En premier lieu, le Gouvernement esttenu de mettre en place les différents mécanismes instaurés par la loi,telle que révisée cette année, pour encadrer, suivre et dynamiser larecherche scientifique. En second lieu, la recherche scientifique
  • 63. bénéficiera durant les cinq prochaines années, dune dotation budgétaireglobale dun minimum de 100 milliards DA."Ce montant qui correspond,notamment, à la mise en œuvre de 34 programmes nationaux derecherche représente près de trois fois les sommes dépensées durant cescinq dernières années. Cest un gage de la volonté de lEtat de consacrer larecherche comme priorité nationale. La dépense publique dans cedomaine sera augmentée sans aucune hésitation, pour autant que lescrédits alloués soient consommés efficacement". En troisième lieu, leGouvernement est chargé de proposer, dès la prochaine loi de finances,des mesures incitatives pour encourager les entreprises à investir dans larecherche. "La recherche doit désormais être considérée comme un deséléments essentiels de la politique dinvestissement dans tous lessecteurs. Elle doit constituer une dimension importante dans la mise àniveau des entreprises". En quatrième lieu, "la recherche, notammenthors de lentreprise, doit être orientée vers les centres dintérêts majeursde la nation, dans tous les domaines", a conclu le Chef de lEtat.Les perspectives Selon les critères économiques considérés, l’Algérie et laRépublique d’Afrique du Sud se disputent la place de première puissanceéconomique africaine. En tirer parti nécessite un investissement fort etefficace dans l’éducation et la formation supérieure, la recherche et latechnologie. Ceci ne saurait se faire en vase clos mais nécessite une fortecoopération internationale avec internalisation des connaissances etrésultats obtenus. Or, comme nous l’avons vu, la politique généralealgérienne a été d’une part très fluctuante et essentiellement axéejusqu’à une période récente dans un contexte arabo-islamiste paropposition à la France, ancienne puissance coloniale et par mimétisme àlégard du Proche-Orient. La déclinaison de cette politique sur lacoopération internationale et la question linguistique ont eu desconséquences désastreuses, dont la prise de conscience a étérelativement récente. Le pays fait un effort méritoire pour redresser lasituation. Un tournant a été progressivement pris et s’amplifie. Il estheureux de voir que la société civile, tant à travers une grande Sociétételle que la SONATRACH, première entreprise africaine, que par le rôlecroissant des PME ou la formation de structures scientifiquesinterdisciplinaires sur initiative ‘de la base’ conserve et reconquiert undynamisme certain et de très bon augure. Mais l’ héritage du passé pèse
  • 64. encore lourd, surtout dans un contexte de forte croissancedémographique. En 1992, à la veille de l’assassinat du Président Boudiaf, leministre de lÉducation avait dénoncé la baisse spectaculaire du taux deréussite à lexamen du baccalauréat: seulement 2 %. En 1970, cétait 7 %,puis autour de 10 % en 1989. Mais les chiffres officiels gonflèrent le tauxde réussite autour de 20 % et la note de passage était de 5 sur 20. Quantau taux danalphabétisme, il était officiellement de 50 %, bien que laréalité soit plus grave. Dans les zones rurales, le pourcentagedanalphabétisme chez les femmes atteignait presque 100 %. Un des rares domaines où l’Algérie semblait alors enregistrer desrésultats positifs concernait l’augmentation de l’offre technologique grâceà l’octroi de licences de téléphonie mobile qui a donné lieu à uneexplosion de la demande à partir de 2002. L’autre objet de satisfactionétait l’augmentation du nombre de fournisseurs d’accès Internet et ledéveloppement très rapide du parc informatique estimé à 500.000ordinateurs au début des années 2000. Par ailleurs, l’un des domaines oùl’Algérie est active est la protection des brevets (en grande partie dans ledomaine pétrolier). L’INAPI (Institut national algérien de la propriétéindustrielle) cherche à développer la protection et l’utilisation des brevetsnationaux (souvent déposés par des non résidents). La faiblesse du développement des banques d’affaires et dessociétés de capital-risque était (et reste) considérée comme obstacle audéveloppement de l’innovation et de la création d’entreprises. Lesautorités ont pris conscience de la nécessité de promouvoir lamultiplication des sociétés de capital-risque et l’accélération dudéveloppement de la bourse des valeurs. Il en résulte aujourd’hui une situation dont les scientifiquesalgériens et de nombreux décideurs ont pris pleine conscience :fractionnement de la recherche scientifique, grande difficulté àrenouveler le potentiel scientifique malgré l’arrivée sur le marché de trèsnombreux jeunes diplômés, et isolement international des chercheursayant grand mal à publier, faire connaître les résultats de leurs recherches– souvent de très bon niveau international – et donc les valoriser et lesrendre attractifs dans un contexte de coopération internationale
  • 65. équitable. Il est toutefois possible de conclure ce point sur une notepositive en constatant que la situation évolue dans un sens favorable,sûrement mais malheureusement trop lentement, avec une forte prise deconscience des gouvernants, de la société civile et du monde de lascience, dans lequel les sciences sociales prennent petit à petit toute leurplace. Ce n’est probablement pas faire preuve d’un excès d’optimisme depenser que l’Algérie a su globalement prendre conscience de seshésitations et échecs, reconnaître ses atouts et imaginer de bonnespratiques pour les valoriser, rendre progressivement à la science le rôlequi est le sien dans une optique de service sociétal et dans un contexte decoopération international repensé. Certes, les handicaps du passé sontlourds, de nouvelles erreurs seront probablement commises commepartout, mais la dynamique qui a démarré dans les années 2000 sembleirréversible et devrait globalement tirer le pays vers l’avant, tant sur leplan interne que dans l’arène internationale. Les scientifiques ont un rôleunique à jouer, selon des modalités spécifiques, et cette prise deconscience est également en marche rapide.* Gérard Begni est expert senior « environnement et développementdurable » au Centre National d’Etudes Spatiales.
  • 66. L’UNION POUR LA MEDITERRANEEBLOQUEE PAR LA GUERRE CONTRE GAZAKhalifa Chater * La refondation du processus de Barcelone, par l’Union pour laMéditerranée, fut mise à la rude épreuve par l’agression contre Gaza.L’initiative française de créer l’Union de la Méditerranée - fut-elleredimensionnée par l’Union européenne - apparaissait comme unegageure, dans la mesure où elle intégrait, dans un partenariat régionalpour la paix, un Etat occupant des territoires de trois partenaires del’Union envisagée et confortait sa politique coloniale, par une"pacification", usant tous les moyens de dissuasion et tous les ingrédientsdu terrorisme d’Etat. Cette situation d’évidence ne pouvait être occultée.La guerre contre Gaza et les atrocités commises remettaient en cause lediscours de partenariat et de coopération. Un traitement de faveur injustifié : L’analyse des accords del’Union européenne avec ses partenaires du Sud révélait les avantagessupplémentaires accordées à Israël, qu’on semblait considérer comme unprolongement humain et stratégique de l’Europe. Une politique detolérance fermait volontiers les yeux de certains de ses acteurs et de laplupart de ses médias et tentait d’orienter, avec plus ou moins debonheur, ses opinions publiques. Nous remarquerons heureusement, quela conscience humanitaire européenne parvenait souvent à transgresserce "politiquement correct", contraire au patrimoine de l’éthique, desDroits et de la citoyenneté responsable. La remise en question del’indulgence vis-à-vis de l’occupant n’était pas à l’ordre du jour. Qu’on serappelle le statut privilégié que l’Union européenne lui a réservé, à laveille de l’invasion de Gaza. Conforté par ce statut d’exception, se sachantimpuni, il engagea sa guerre, à la veille de la prise du pouvoir par lenouveau président Obama, dont le discours de campagne annonçaitl’application d’un paradigme nouveau, un itinéraire à baliser, pour la paixet la liberté. Gaza et l’après Gaza : Tentant de combler "le vide américain", lePrésident Sarkozy s’est investi, lors de la guerre, comme intermédiaire
  • 67. pour obtenir un cessez le feu. Ses voyages éclairs, sa mobilisation de latroïka européenne, ses concertations avec l’Egypte ont permis d’assurerune présence certes bénéfique sur la scène moyen-orientale, mais qui n’apas pu obtenir l’arrêt de l’agression. D’autre part, l’Union européenne n’apas réussi à redéfinir et à re-actualiser, par une prise en compte de lanouvelle conjoncture, la politique traditionnelle qu’elle appliquait dans letraitement du conflit israélo-palestinien. Son adoption, comme postulat,des "alibis" d’Israël et de sa lecture de l’événement comme "guerre contreHamas", alors qu’il s’agissait bel et bien d’une agression contre lapopulation palestinienne, en vue de consacrer le démembrement de l’Etatà construire, rendaient son approche ambiguë. D’autre part, letraitement de la résistance, pourtant légitimée par l’occupation, comme"fait de terrorisme", ne pouvait que surprendre lorsqu’il provient d’uneaire bel et bien libérée du pouvoir nazi, par la résistance populaire. Uneanalyse lucide devrait néanmoins avertir les observateurs que les "espoirsbrisés" étaient bien propices aux dérives néfastes pour tous. Ce grandrisque n’est pas à dédaigner ! L’offre des pays européens, d’assurer la surveillance maritime dela région au profit d’Israël, "pour arrêter la contrebande des armes versGaza" prenait à son compte les alibis de l’Establishment israélien,empiétait la souveraineté des pays de la région et assurait de fait unegestion asymétrique des zones maritimes, dans la région. Une politiqueégalitaire, à l’instar de celle adoptée par le général de Gaulle, quiarrêterait le ravitaillement en armes de l’Etat belligérant, serait plusappropriée et plus crédible. En dépit de sa volonté de participer activement au traitement dela question palestinienne et de sa mobilisation pour les reconstructionspériodiques des infrastructures démolies constamment par l’occupant,l’Union européenne reste un acteur secondaire au Moyen Orient. Lapoursuite de sa politique traditionnelle, plus favorable à la gestion duconflit qu’à son traitement, n’est pas en mesure de changer la donne.Nous pensons plutôt, en adoptant les conclusions de Michael Emersonque «la crise de Gaza réclame une révision importante de la politique dUEenvers le conflit Israël-Palestine1». La position de l’Union européenne nepeut être en deçà de l’approche du nouveau pouvoir américain, qui1 Michael Emerson, Editorial : "Just Monitoring Crises" in CEPS European NeighbourhoodWatch 45.
  • 68. adopte de nouveaux paradigmes de relations internationales. Cette prisede distance par rapport à la carte géopolitique des alliances doit êtresoutenue et mise en œuvre pour instituer une nouvelle stratégie de sortiede crise et un règlement définitif, assurant la "normalisation" desrelations entre les peuples de la région. Les options militaires, attestéespar la guerre contre Gaza, mettent hors de piste de l’UPM, son auteur( ?). Elles bloquent, hélas, la construction de cette aire euro -méditerranéenne… A moins que l’UPM n’institue, comme priorité, larésolution de ce conflit qui a trop duré et qui conditionne l’établissementdes rapports normaux entre tous les partenaires de son espace.’assainissement de l’environnement doit précéder la réalisation desprogrammes de coopérations à l’échelle de l’UPM. Il ne faut pas attendreun quelconque concours de circonstances. L’affirmation d’une volonté del’Union européenne, conforme à son discours fondateur doit avoircomme objectif de forcer le destin et de reconstruire les nouvellesfondations de l’aire de coopération souhaitée. Peut-on compter sur unemobilisation générale de tous les hommes épris de paix, sans restrictive,dans l’ensemble de notre espace euro-méditerranéen ?.* Professeur dHistoire Contemporaine, Khalifa Chater est vice-Présidentde lAssociation des Etudes Internationales
  • 69. ORGANIZATION IN DISGUISE : THE ROLE OF THESHANGHAI COOPERATION ORGANIZATION IN CHINA’SGRAND STRATEGYMirko Palmesi * Since the end of the Cold War, the Chinese foreign behaviour hasbeen directed towards an increase of its status within the internationalsystem. Various scholars have mentioned that, since the second half ofthe 1990s, China’s attitude towards international organizations andmultilateral security-related partnerships have undergone a significantchange.1 Indeed, Beijing has strengthened his ties with countries in hisperiphery and some adversaries in the past, to improve the dialogue withregional powers in Asia, such as Russia and India, and to promote thebirth of a regional security oriented organization, the ShanghaiCooperation Organization. This section will present the theoretical debate concerning China’scurrent political behaviour. First, the first theoretical starting point willconcern the debate between neo-realism and neoliberalism. Second, thispaper will enumerate the main aspects that compose the notion ofChina’s grand strategy. The neo-neo debate The neo-neo debate represents a useful tool in understanding therole and the utility of regional institutions in international politics.Theoretically, international relations theories questioned on the role ofinternational institutions for decades. While neoliberals provides aninstitutional theory focusing on the role of international institutions increating the helpful environment for interstate cooperation, neorealists/structuralists focus on the relative gains that states aim to in anarchy,that cannot be offered by international institutions. This theoreticaldebate over China’s security in Asia did not start until the end of the ColdWar. Neo-realism has been the dominant theoretical approach of1 Swayne, Michael D. and Tellis, Ashley J., Interpreting China’s Grand Strategy: Past,Present and Future, Santa Monica: Rand Publications, 2000, p. 15.
  • 70. International Relations (IR) in the security and strategic fields. It is basedon the assumption that the distribution of capabilities and powerdetermine war and peace in world politics. Since the international systemis anarchic, states, the principal and unitary actors in the system, try tosurvive through self-help behaviour.1 The absence of a superior authorityimplies that states are never certain about the each other’s intentions.Thus, the nature of the international system is determined by thedistribution of power through balance-of-power. By consequence,cooperation among states is difficult to sustain because states focus onrelative gains rather than absolute gains.2 Did Central Asia offer a useful framework for neo-realism in thepast? A first answer of this question could be that Central Asia didrepresent a ‘clear’ theatre for realpolitik during the Cold War. The historyof the Central Asian Republics has been marked over the centuries by thegrowth and decline of many empires that have followed one another ondeserts and inhabited steppes by a nomadic people, sharing same valuestaken from Turkish, Persian and Muslim culture and living in separatecommunities.3 During the Cold War, the antagonism between the UnitedStates and the Soviet Union shaped the security dynamics in Central Asia.Indeed, Afghanistan was leaned towards the Soviet Union, while UnitedStates balanced its influence on the south with Pakistan. The security ofthe region was also managed by the influence of some regional powers,such as China and India, which got to conflict on 1962 over their bordersnear to the Tibet province. However, the end of the Cold War immediately challengedneorealist assumptions in world politics. Following a balance of powerstrategy, new-born Central Asian republics should ally with other regionalpower to balance against the United States, the sole superpower in thesystem, because “secondary states, if they are free to choose, flock to theweaker side; for it is the stronger side that threatens them”.4 However,some ambiguity emerged within the political behaviour of Central Asian1 Waltz, Kenneth, Theory of International Politics, McGraw-Hill:New York, 1987, p.1262 Baldwin, David A., Neorealism and Neoliberalism: The Contemporary Debate,New York:Columbia University Press,1993, p. 34.3 Edgar, Adrienne L., Identities, Communities and Nations in Central Asia: a HistoricalPerspective, Santa Barbara:University of California Berkley Press,socrates.berkeley.edu/~iseees/ .4 Waltz, Theory of International Politics,p. 127
  • 71. republics. Uzbekistan alternated adherence to Russian-centric multilateralorganisations to a parallel participation in Western structures. DespiteUzbekistan immediately joined the Commonwealth of Independent Statesand had signed the Collective Security Treaty in Tashkent in 1992, therepublic also joined the NATO program Partnership for Peace in 1994. Balance of threat theory argues that states balances against themost powerful adversaries instead of the most powerful ones.1 Thus, afterthe Cold War, Central Asian states should have balance against the mostthreatening state in the region. Due to its aggregate power, geographicproximity, military capabilities China represented the most threateningactor to the former soviet republics. However, both China and CentralAsian states strengthened their bilateral and multilateral partnershipssolving some crucial issues such as the border disputes and providing in1996 to the establishment of a security oriented forum, the Shanghai FiveForum. Moreover, the latter evolved in 2001 into the ShanghaiCooperation Organization (SCO), the first security-oriented partnershiporganization promoted by China. Or, neorealist scholars argue that within an anarchic system,states do not cooperate because they are more concerned about theirsurvival and their own protection from the actions of other states. In thiscontext, a state can never be sure of the intentions of the others and itwill always worry that other states can make more gains than him, whichwould make them potentially more powerful. In the neoliberalperspective, states promote their absolute interests more than theirrelative ones. In addition, the liberal institutionalists believe that theinstitutions are fundamental in influencing and shaping these interests.2 The main difference in this concern is represented by the role thatinstitutions have within the two IR theoretical schools. Indeed, ifneorealists consider institutions as a mere states’ instrument of theirpolicies, neoliberals stress that institutions could “provide information,reduce transaction cost, make commitments more credible, establishfocal points of coordination, and in general facilitate the operation of1 Ibidem.2 Keohane, Robert, After Hegemony: Cooperation and Discord in the World PoliticalEconomy, Princeton: Princeton University Press, 1984, p.26-9.
  • 72. reciprocity”.1 Thus, neoliberal could explain China’s external behaviournowadays through its participation in regional institutions, such as theSCO and ASEAN, in order to promote the economic development of theregions. Thus, in the institutional liberal thought, these regimes, as aresult of negotiations between the various rational states, promotecooperation. These short theoretical frameworks will directly to the firstquestion that this paper aims to answer. Is China’s foreign policy turningtowards a neoliberal approach with its participation in many regionalinstitutions? The author of this paper argues that structural constraintsstill have a prominent role in the Chinese foreign political behaviour.Because the anarchic structure of the system, each states try to guaranteetheir survival by the use of balancing. Thus, in order to better understandwhy China is taking part and using regional organizations, an introductionof the Chinese grand strategy will be enhanced.China’s grand strategy As many scholars have already pointed out, since the end of theCold War, Beijing is pursuing a grand strategy directed to the achievementof global power status within the international system.2 But what a grandstrategy is? Various scholars identified grand strategy as a three stepsprocess: - first, in determining state’s vital security interests; - second, identify the threats to those interests and third, deciding how to employ the state’s political, military and economic resources to protect them.3 - Despite scholars they do not agree when the Chinese grand strategy actually started, one can see that Beijing has effectively changed its behaviour in the international system. Avery Goldstein points out that four factors influenced the establishment of the grand strategy:1 Ibidem.2 Swaine and Tellis, Interpreting China’s Grand Strategy, Goldstein, Avery, Rising to theChallenge: China’s Grand Strategy and International Security, Stanford: Stanford UniversityPress, 2005.3 Goldstein, Rising to the Challenge, p. 17.
  • 73. a) the unipolarity of the international system and the US hegemony;b) China’s military and economic weakness towards the United States;c) a “anxious” international environment towards a possible Chinese riseandd) the tensions over Taiwan in 1995-6.1 Although it has never been officially declared, the main principlewas to adopt a strategy that could facilitate China’s rise by reducing theperception of a threat that its growing capabilities should provoke.Furthermore, since 1996, China embraced policies in order to reassure itsneighbours and to show China as a more “responsible and cooperativeinternational actor”2. The effectiveness of this strategy has been possiblethrough an effort to improve bilateral relations with other regional majorpowers. China’s active commitment to multilateralism includes its centralrole in the construction of the Shanghai Forum in 1996, a forum withother Central countries to pursue the fight against common threats (calledthe three evils) and to enhance the economic development of the region.However, will show how the SCO has assumed recently a physiognomyincreasingly aimed at balancing the US presence in Asia. Thus, if one takes into account the criteria defined by Waltz forstate in achieving the top ranks of the international system,3 it is possibleto see that since the end of the Cold War China has made consistentprogress in fulfilling many of them.4 According to neorealism theory,China would have a lot to lose in engaging itself into international orregional institutions. Grieco argued that states that aimed to pursue aglobal states power have followed the pattern of pursuing relative gainsas well as absolute gains to enhance their power at the expenses ofcooperating with international institutions.5 However, China uses itsstatus as a rising global power to assert greater influence in shaping theinternational order. Moreover, new global issues, such as terrorism andthe global energetic supply, have recently given a new overview on1 Ibid, p. 23.2 Ibidem.3 Waltz, Theory of International Politics, p. 129 -3, p. 13.4 Lanteigne Marc, China and International Institutions: Alternate Paths to Global Power,London: Routledge, p. 35.5 Grieco, Joseph, Anarchy and The Limits of Cooperation” dans Robert J. Art et RobertJervis, ed., International Politics: Enduring Concepts and Contemporary Issues, Boston /Toronto : Longman, 2003, 69.
  • 74. Central Asia due to its strategic placement. Moreover, this hasstrengthened the Chinese position in using effectively regional institutionto purpose its main goal. China’s approach to security institutions such asthe SCO represent a crucial factor in Beijing’s evolving foreign policyorientation.In the next two sections, there will be analyzed the motivations and theinterests that China and Russia in joining SCO. Moreover, Section 4 willfocus on the structure of the organization, highlighting its peculiarcharacteristics that differentiate it from other regional organizations suchas ASEAN+3 and NATO. In this section, it will be showed how the SCO isassuming nowadays the physiognomy of a tool of soft balancing towardsthe United States in Asia. Section 5, will analyze how and if the UnitedStates should react to the emergency of a rising China in Asia.The Members’ motivations.China’s interests and motivations. China’s engagement with international and regional institutionshas been characterized during history by a ‘passive commitment’1.Lampton remembers that China did “not usually beat the gongs tomobilise international organisations to intervene in an international crisisor resolve a global issue”.2 However, some authors argue that the Chinesecommitment on the Shanghai Cooperation Organization (SCO) presenteda new ‘proactive’ Chinese behaviour towards regional organizations. Theparticularity of the organization lies in the role that China covers as aprominent actor for its development. More than using the SCO as a‘supporting tool’ for the purpose of its political goals, China is activelytaking the lead for the development of a regional regime. For the purposeof this paper, there will be identified four main motivations thatconcurred to shape the Chinese commitment towards SCO. At the end of the Cold War, relations between China and Russiaresumed on renovated basis. In 1986, the Secretary General of the CentralCommittee of the Communist Party, Mikhail Gorbacev, pronounced aspeech in Vladivostock in which expresses the desire to remove all1 Lampton, David M., Same Bed, Different Dreams: Managing US-China Relations, 1989-2000, Berkeley, Los Angeles/London: University of California Press, 2001, p. 162.2 Ibidem.
  • 75. obstacles between the two countries.1 After the split of the Soviet Unionin 1991, China promoted negotiations to solve the border disputes withthe Russian Federations and other former Soviet republics in Central Asia,as well as the establishment of measures of mutual trust. MoreoverBeijing proposed to reduce the military forces on their mutual borders.China also viewed Central Asian republics as potential markets for itseconomic development. Indeed, China eased trade restrictions with thesecountries and it strengthened them in 1994, when Premier Li Pengpointed out the possibility to rebuild the old Silk Road in the region.2Beijing played an active role concerning another security issue in region,such as the question of the leftover nuclear stocks in Kazakhstan. Alongwith the United States and Russia, China agreed in 1995 not to usenuclear weapons against Kazakhstan after the removal of the last Kazakhnuclear arms the same year.3 These new relationships between China andCentral Asian countries increased the stability not only at bilateral level,but also for the benefit of the entire region. China recognizes the strategicimportance of Central Asia and its potential impact on global events,including the role that it can play on their economic development, as asupplier of energy sources. Furthermore, Beijing has an interest in theCentral Asian to prevent states to not take a development detrimental tothe Chinese interests, through the establishment of radical governments.Beijing recognizes the importance of a fruitful multilateral approach as atool for the achievement of common interests both economically that inthe security issues. Some Chinese scholars also stress the importance ofCentral Asia as a ‘transcontinental bridge’ between Asia and Europe notonly geographically but also politically and culturally.4 In addition tothese motivations, Central Asia represents a crucial region for energy andeconomic supply. The energy situation in Central Asia is of great interestnot only to China’s foreign policy but also for the entire internationalsystem. China is currently living a critical energy internal situation; since1993 Beijing became a net importer of petroleum and needs a massiveinvolvement in imports of petroleum as a guarantee of its economicdevelopment. In 1997 China imported 35.47 million tons of oil; in 20031 Shanghai Cooperation Organization, www.fmprc.gov.cn/2 Lanteigne, China and the International institutions, p. 133.3 Ibid., p. 1364 Huasheng , Zhao, Kitaj, Tsentral’naija Azija i Shanhajskaja Organizatsija Sotrudnicestva,Moskovskij Zentr Karnegi, Rabocie Materialy, n.5, 2005
  • 76. the import has reached 90 million tonnes and in 2004 exceeded 100.1 Byconsequence Beijing has interest in seeking access to oil reserves throughforeign sources, establishing oil-trade ties with Middle East that providesthe 50% of the Chinese oil imports, and African countries that contributesfor 22%. Indeed, Central Asia represents another region that China candirect its energy needs.The region possesses approximately 150 billionsbarrels in its territory. From an economic point of view, China has fruitfulbilateral relations with the two largest Central Asian States, Kazakhstanand Uzbekistan. The Kazakh embassy in China indicates that in 2006 thevolume of trade was 3.85 billion dollars that is 68.1% more than theprevious two years, with the prospects of growth for 2010 of 5 billions.2Moreover, in 1997 the China National Petroleum Corporation outbidRussian and Western oil companies to launch an exclusive contract todevelop Kazakhstan’s Uzen oilfield. The excellent prospects forexploitation (in 2003 from that oilfield have been extracted 8.400 barrelsper day, with an expected growth of 1.5 billion barrels)3 have encouragednegotiations concerning the construction of a pipeline to transport oilfrom the Caspian region of Kazakhstan to the western regions of China,through Xinjang. After running a feasibility study by KazMunaiGaz, anagreement for the construction of the pipeline was signed in 2005. CNPCalso intends to intensify exploration activities in the territory.4Terrorism Despite China’s motivations towards Central Asia are drivenessentially by the energy and economic benefits, another visible aspectfor a closer cooperation with Central Asian republics concerns to combatnon-state based security threats such as terrorism. The dissolution of theSoviet Union deprived Beijing of its main rival in the geopolitical space,giving the possibility to focus on its “Central Asian dimension” determinedby the extent of its autonomous province of Xinjang-Uyghur, which isintegrally part of the Central Asia. China’s focus on the rise of Islamicfundamentalist movements in Central Asia is the result of a strategic1 Niklas Swanström, Chinese Business Interest in Central Asia: a Quest for Dominance,2003, www.cacianalyst.org .2 Ibidem.3 China Energy Database, Berkeley, CA: Lawrence Berkeley National Laboratory, June 2004,www.china.gov/china_policy-ced.html4 Sheives , Kevin, China and Central Asia’s New Energy Relationship: Keeping Things inPerspective, “CEF Quarterly – The Journal of the China – Eurasia Forum”, February 2005,www.chinaeurasia.org
  • 77. behaviour on the development of the influence of the Muslim populationin the Xinjang province. More than six million Uyghurs reside in Xinjiang,and as a result, Beijing has been always alarmed by the probability of a‘splittism’ in a region that covers a strategic asset, due to its proximity tothe Central Asian trade and energy routes and the mineral reserves.1 After09/11, the Chinese government focuses on the possible insurgence ofIslamic terrorist groups in the region. 2 However, the Uyghur case presentssome peculiar aspects that need to be underlined in this paper. Before09/11, manifestations and organized acts prepared by Uyghur opponentsin the territory were classified as ‘ethnic separatism’. After 09/11,Beijing’s political authorities started to address to the Uyghur’sindependent-based organizations as “Islamic terrorist associations” and,as such, they harshly persecuted them in the wake of the global anti-terrorism campaign promoted by the United States. 3 This instrumentalchoice of assimilating the aspirations of an ethnic group of Islamic religionto international terrorism had the paradoxical effect of encouragingindependence movements of hitherto non-violent towards an armedstruggle organized by radical jihads groups with internationalramifications. In this perspective, Central Asian republics assumed a morestrategic posture for the stability of the Chinese borders. In 2002, a reportreleased by Beijing Review accused the ‘East Turkistan’ extremist groupsof supporting and financing over two hundred separate terrorist incidentsin Xinjiang between 1990 and 2001. The report also underlined that theEast Turkistan terrorists were connected with international terroristgroups such as Al Qaeda. Consequently, the fight against terrorismbecame the third pillar of interest of the Chinese government towards theCentral Asian region. In conclusion, many factors can lead to affirm that China’scommitment towards international and regional institutions is changing.Despite official documents do not reveal the explicit motivation tocounter the US influence in Asia, China’s commitment in Central Asia isincreasingly becoming an efficient tool to balance the United States. As itwill show in the next section, the Chinese commitment in the SCO ischaracterized by an activeness that has been not shown towards other1 Huasheng , Zhao, Kitaj, Tsentral’naija Azija…. Op.cit.2 Ibidem.3 Burles, Marc, Chinese Policy Toward Russia and the Central Asian Republics, p. 67,www.rand.org/publications
  • 78. regional and international organizations, such as ARF or UN. However, thereal change that occurs to the Chinese behaviour does not concern thegoals of its foreign policy. As Goldstein stated, current Chinese foreignattitude follows the same guidelines through history.1 However, theChinese calculations towards Central Asia have been directed to thepossibility to be in a “winning position” to meet its economic andenergetic needs, in a secure environment and to effectively counter theUS influence in this area.Russia’s interests and motivations. The Russian interests towards Central Asian republics have beenmodeled by an ancient and slow process of historical, cultural andideological intermingling. The basis of the Russian interests in the regioncan be understood as a continuing effort to maintain the traditionaleconomic, security, cultural and linguistic relationships with the fivecentral Asian republics. Indeed, loosing the control of its borders couldaffect Russian perceptions of national border security, while maintainingeffective ties with them could contribute stability to the Russian interests.Thus, Moscow interest in SCO represents the natural extension of thestable order with the former soviet republics in Central Asia. Through theSCO Russian benefits of keeping the regional situation almost stable andcontinuing to maintain an invisible “protectorate” of the region, bypursuing four main objectives in short-term: a) the achievement of thestability and an economic development of the borders and the fightagainst Islamic terrorism, b) to establish a platform for closer ties withChina and c) to contain the American presence in the region.Economic and energy interests Recently in Central Asia, Russia has pursued the path ofmultilateralism, through the creation of various regional organizations(Central Asian Union-CAU; Eurasian Economic Commonwealth-EEC;Collective Security Organization Treaty-CSTO). Among these one, the SCOstands out for the participation of China. As previously showed on theChinese case, the SCO also provides economic and energy advantages toRussian situation. This dual interest is represented by the possibility ofbetter conditions for profitable Russian investments into the region, since1 Goldstein, Rising to the Challenge, p. 37.
  • 79. Central Asian republics represent for Russia a source of supply ofagricultural and cotton products as well as a market for its industrialproducts.1 Moreover, Russia is actively participating in the constructionand control of the oil and gas pipeline’s network with origin in the CaspianSea.2 In 2006 Russian president Putin pointed out the desire to transformthe SCO into a sort of energy group within the organization that couldhelp Russian geopolitical ambitions.Interest in establishing closer ties with China Another aspect that it should be considered into the dynamics ofRussian motivations towards the SCO is the possibility to use thisinstitution as a platform for closer relationships with China. The SCOoffers for both countries the possibility ‘to be in’ and to influence astrategic region both economically than energetically and preventing thatone regional actor could develop a greater monopoly.3 Several episodesshowed that Moscow and Beijing share confidence on mutual strategicinterests in Central Asia. Russia still perceives the NATO enlargementeastward as principal security threat and the radical Islamic forces activesin Chechnya. Similarly, as previously showed, China views the U.S.predominance in the post Cold-war system as a possible threat to China’sinternational rise. Furthermore, the two states agree also with similarviewpoints concerning their own geopolitical-security interests. Moscowhas always stated the existence of one China and that the Taiwan issue isChina’s internal affairs. More recently Russian Foreign Minister SergeiLavrov affirmed the complete support to Chinese authorities “to take allnecessary measures to stop illegal actions and provide for the swiftestpossible normalization of the situation in Tibet”. For its side Beijingexpressed an unequivocal support for Russian military actions in Chechnyain 2000. China and Russia also share the same opposition against theNATO-led ‘humanitarian intervention’ in 1999 in Kosovo and the UnitedStates intervention in Iraq in 2003.4 Lastly, both countries stronglyopposed the recognition of the Kosovo independence from Serbia in 2008.1 Piacentini Fiorani, Valeria (a cura di), Asia Centrale: verso un sistema cooperativo disicurezza, Roma: Franco Angeli, 2000, p.34.2 Knudsen, Olav, “What Promise for Regional Collective Security? A comparison of theBaltic Sea and Norhteast Asia”, Pacific Focus: Inha Journal of International Studies, vol. 14,n. 2, Fall 1999, p. 33.3 Piacentini, Asia Centrale, p. 38.4 Piacentini, Asia Centrale, p. 77
  • 80. Moreover, in 2001 both countries signed a treaty on GoodNeighbourliness Friendship and Cooperation and since 2005; they havebeen conducted joint military exercises (Peace Mission 2005, 2006 and2007) that will be repeated in the summer 2008.1 By using SCO both countries are straightening their partnershipnot only in the economic and political sphere but also in the security field.The SCO represents a winning tool for both countries that provides tostrengthen the Sino Russian relations and to preserve stability in theregion. However, there are some observations that suggest some doubtsabout the long duration of this partnership and the convergence of thestrategic viewpoints between Russia and China.2 Russia considers thecenter Asian republics as part of its sphere of influence in a region whereit can exercise its hegemony. Consequently, it is difficult to perceive tillwhen Moscow wishes China to become overly involved in the affairs inthe region. Lo suggested that in the future Russian wealth due to the highoil prices will decrease while the Chinese economic expansion seems to beunstoppable in the medium term. This situation could flip the Sino Russianrelations, with Beijing assuming a even stronger role of senior partner inthe organization.3 The Chinese and Russian economies are notcomplementary and are intended to come into competition in CentralAsia, as it is already happening in Eastern Siberia. 4 However, elite leadersin Beijing know that China possesses the economic capacities to penetratestrongly in the region but does not aim to expand its influence at thedetriment of the relations with Russia. Moscow is not China’s target inCentral Asia, but instead a stronger partner that can provide to excludethe United States from this new ‘great game’ in the region. As mentioned before, Russia shares with China the same strategicmotivation to counter the US influence in Central. Indeed, differently thanChina, Russia did not remove all the former soviet military bases in theregion; maintaining a base in Kyrgyzstan 5and one in Tajikistan1.Moscow1 Calza, Emilio, L’evoluzione della Shanghai Cooperation Organization, Quaderni diRelazioni Internazionali, vol 3., n.1 , 2006, p. 94.2 Ibidem.3 Chung,C.P.The Shanghai Cooperation Organization: China’s Changing Influence in CentralAsia, in «The China Quarterly», 2004, 180, pp. 990-993.4 Ibidem.5 Lo,B “The Long Sunset of Strategic Partnership: Russia’s Evolving China Policy”, inInternational Affairs, vol80, n. 2, 2004, p. 45.
  • 81. also would like to exclude the United States to get to the oil resources inAzerbaijan and Kazakhstan by the construction of pipelines that deviatefrom US allies’ territory.2Central Asian republics’ motivations and interests. The interests and motivations that drives former soviets republicsinto the SCO is more than a simply bandwagoning effect. Threemotivations are particularly relevant to these countries. First, thesecountries do not want to go back under a complete Russian influence. Asshowed before, Moscow still considers Central Asia as the ‘backyard’ forits economic development and for its border security. Then, the CentralAsian republics perceive the SCO as a useful tool to contain the soleRussian influence in their territory. The principles that guide theorganization also allow the republics to establish more equal and stabledirection with Moscow. China’s economic developments also represent astrong incentive to take part to the SCO. As showed in the Kazakh case,the SCO has permitted to Astana to strengthen its economical ties withBeijing and to receive precious support for its infrastructuremodernization.However, the most important motivation in joining the SCO is representedby the possibility to maximize its security benefits and its domesticstability. Former soviet republics all share the same security concernabout the Islamic extremist forces that pose a menace to their internaland still fragile stability. Turkmenistan, one of the former soviet Central Asian republicsthat are not part of the SCO, also manifested its interest to join theorganization in 2007. During the Annual meeting in the Kyrgyz capital,Bishkek, the newly elected Turkmen president Berdymukhammedov havebeen invited as observer member. Berdymukhammedov decided to breakwith the past and with the ‘neutrality policy’ of the former presidentNyiazov, in engaging his country to establish closer and stronger ties withthe members of the SCO.. Turkmenistan is home of one of the largest1 Kimmage, D., SCO: Shoring up the Post-Soviet Status Quo, Radio Free Europe/RadioLiberty, 8 July 2005,http://www.rferl.org/features/features_Article.aspx?m=07&y=2005&id=9A8D1C5F-B72B-4A40-AEDC-08ED11AAA34F2 Ibidem.
  • 82. deposit of natural gas in the world and joining the organization as anobserver member will allow it to deal new gas deals with both Russia,China and Kazakhstan. Mongolia declared to continue and strengthen thecooperation with the SCO, to improve its neighbourhood policy with Chinain projects concerning tourism, youth policies and space technology.1Recently2, Iran has also asked the admission as a full member in theorganization. After having been admitted as an observer member in 2005,a SCO membership could be a strong support to Iran. This would allowIran to circumvent the attempts to isolate it internationally and it wouldenable to benefit of the various SCO economic and technologicaldevelopment projects. Moreover, the inclusion of Iran will radicallychange the energy equilibrium at regional and international level. Despitethe various attempts to obtain a former partnership, Iran still finds acertain degree of opposition by the consequences of the reactions posedby the United States. These factors will focus more deeply on the USreaction towards the SCO and its strategic implications.The nature of the organization In this section, the nature of the organization will be analyzed indetail. First, it will be introduced an historical overview of the evolution ofthe organization, from the Shanghai Five Forum in 1996 until theestablishment of the Shanghai Cooperation Organization in 2001. Then,the nature of the organization will be discussed trying to determine if it iscan be considered as an alliance, a partnership or a coalition. In order toachieve this objective, the main similarities and differences between theSCO and two other regional organizations such as the ASEAN+3 forum andthe NATO will be analyzed. Finally, with the help of theoretical tools, it willbe shown that the SCO is becoming for Beijing a tool of soft balancingagainst the United States in the region.Historical overview The SCO originated from the negotiations on border disputes thatbetween 1991 and 1994 involved the former Soviet Union and China. In1992, newly independent states, Kazakhstan, Tajikistan and Kyrgyzstan,1 China-Mongolia good Neighborly Relations Enter New Phase: Chinese President,www.scosummit2006.org, 16-06-062 In March 2008 Iran officially asked its last admission as a SCO member.
  • 83. joined the negotiations. Since the collapse of the Soviet Union, Beijing’sefforts were directed towards the increase of his visibility and influence inAsia by improving relations with neighbours and the new Russianfederation. Moreover, the Chinese interest towards Central Asia focusedon three strategic issues: the problem of weak governments at his borderswith the possibility of the penetration of religious and political extremism,the possibility of the exploitation of energy resources in the region andthe establishment of closer ties with the new Russian federation. Thismultilateral mechanism developed by the Chinese government lead onApril 1996 to the signature of the “Agreement on strengthening mutualconfidence-building measures in border areas" (the Shanghai agreement).Since then, the five signatories were identified as Shanghai Five. Theagreement focused on active stable measures based on the drasticreduction of military activities in an area of one hundred kilometres onboth sides of the common border.1 After the first meeting followed otherannually, during which the guidelines of this particular model of regionalcooperation based on a permanent mechanism of consultations tookshape. During the second summit held in Moscow on 1997, the Shanghaifive signed an “agreement of mutual reduction of military forces in borderareas”, aimed to reduce such forces at the only defensive capabilities andto promote transparency, mutual trust and joint border activities.2 In thissummit was also created a Joint Control Group responsible for monitoringthe obligations to the agreement. Built on border agreements, after 1997the Shanghai Five moved to a phase of a more institutionalized annualagreements. Indeed, during the next summit held in Almaty on July 1998,the five discussed about serious security issue originating from the Talibanregime in Afghanistan, from the drug trafficking in the region, theemergence of an aggressive religious extremisms, separatisms andnationalisms and illegal immigration. Thus, they decided that they wouldput efforts together in order to counter such threats. In addition, for thefirst time the five discussed the possibility of developing a closer economicand commercial collaboration in order to ensure the stability of theregion. After the meeting, the Shanghai Five countries issued a jointdeclaration that changed the internal structure of the organization,1 Umarov, Adiljon e Pashkun ,Dmitry, “The Prospects for Chinese Influence in Central Asia”,CEF Quarterly – The Journal of the China – Eurasia Forum, February 2008,www.chinaeurasia.org .2 Blank, Stephen, “Towards Geostrategic Realignment in Central Asia”, in Analyst, CACIBiweekly Briefing, Wednesday, 10 October 2001.
  • 84. passing from a bilateral (China on one side, Russia, Kazakhstan, Kyrgyzstanand Tajikistan on the other) into a multilateral one. During the forthsummit held in Bishkek, a particular emphasis on the need for a jointaction to counter the upsurge of Islamic militant in Central Asian wasgiven. Practical steps in this direction were made by the securitydepartment officials that, in December of that year, opened a forumconcerning the actions to undertake in order to fight internationalterrorism, religious extremism, and national separatism and to contrastarm and drug traffic and illegal immigration. During this meeting theparticipants signed the “Memorandum of Bishkek” that established thecollaboration and the cooperation of the justice and security departmentof each member states, whose leadership formed the “Group of Bishkek”with the establishment of an “anti terrorist center” in the Kyrgyz capital.1During the first half of the year 2000, the defence ministers of themember states met in Astana to discuss the improvements and theeffectiveness of this consultation mechanism. However, a significantmoment of the evolution of this project was reached by the fifth head ofstate’s summit on July 2000 in Dushanbe, Tajikistan where the fivemembers decided to transform the Shanghai Five into a moreinstitutionalized regional multilateral cooperation. This represented anecessary step not only in relation to the sphere of joint activities of themembers, but also in view of a more effective and coordinatescooperation under the agreements already in forces. Following theChinese president Jiang Zemin recommendations, the rationale for aformal regional organization would be based on: a) to improve theShanghai Five meetings in order to improve a comprehensive andcooperative institution at many levels, covering multiple fields; b) tobolster security cooperation and support each other against threats toregional security; c) to promote liberal and multilateral economic andtrade cooperation and d) to enhance cooperation in international affairs.2 This prospect leads to the institutionalization of a new process ofinternational relations based on a same level of cooperation as well asmutual trust and benefit. Indeed the members agreed that they stronglysupported the right of every state to pursue its own political, economic1 Hu, Richard W.X., “China’s Central Asia Policy: Making Sense of the Shangahi CooperationOrganization”, in Rumer, Boris ed. Central Asia at the End of the Transition, M.E. SHARPE:Armonk/London::m 2005, p. 1352 Ibidem, p. 137.
  • 85. and social development in accordance with its own reality; they bannedany interference in internal affairs to another State, even under thepretext of defending human rights or for Humanitarian Actions. They alsodeclared that these choices came from the deep respect to the states intheir own historical particularities, in safeguarding the principles ofinternational law generally recognized. The corollary of this claim isdirected towards the support to China and Russian in their contrast to the“separatist movements”, respectively in Xinjiang and Chechnya. The twostates recognized the role of the United Nations as the sole global forumfor resolving international dispute in pursuing the principles and theobjectives of the UN Charter.1 Basing on the principles of equality and mutual benefit, on thefield of economic and trade cooperation, the members were committedto the establishment of partnership, strengthening issues related toimprove investments and also preparing measures for resolving disputesthat may arise during the cooperation processes. This approach ofrenewed economic and trade relations is based on the common interestto supply from the massive energy reserves following the principle ofmutual benefit and maintaining stability. Lastly, the Shanghai Five becamethe Shanghai Forum and the Uzbekistan was admitted for the first time asan observer member.The meeting held in 2001 represented a turning point for the structure ofthe organization, evolving into an International Organization. On June 15th,2001 with the Declaration on the Establishment of the ShanghaiCooperation, “the Head of State of the Republic of Kazakhstan, theChinese People’s Republic, the Republic of Kirghizia, the RussianFederation, the Republic of Tajikistan accepted as a new member of theShanghai Five forum the Uzbekistan and decided unanimously to supportthis mechanism of consolidated cooperation to transform in a regionalorganization more functional in order to deal more decisively with thesecurity challenges in the region, to establish more effectively therelationships with extra regional actors and to promote cultural valuesamong members”.2 The six states signed the Declaration on theEstablishment of the Shanghai Cooperation Organization. The goals of the1 Ibidem, p. 142.2 Shanghai Cooperation Organization Established, “Monitor”, Volume 7 Issue 120, (April16, 2008), www.jamestown.org.
  • 86. organization are summed in four principles under the same of “Shanghaispirit”: - maintaining the regional stability and opposition to the “three evil forces” (terrorism, separatism and extremism); - promoting the economic cooperation; - strengthening mutual confidence and good-neighbouring relations between the participants; - Helping to build a new democratic, just and rational political and economic international order. Following these guidelines, the SCO promotes the establishmentof a new concept of security, linked to the principle of reciprocity anddisarmament; it also promotes renewed relations between the States onthe basis of partnership and a new model of regional cooperation.The SCO and NATO and ASEAN+3 As mentioned above, the structure of the SCO presented new andpeculiar characteristics than the other regional organizations. This leads toinvestigate to the third question of the research ‘Which are the maindifferences between SCO and the other regional organization?’ For thepurpose of this study it will be analyze the main differences among SCO,ASEAN and NATO. What is the SCO? According to Chung the SCO is a partnership, notan alliance.1 Following the realist tradition, the author argues that analliance is defined in opposition to other actors and threats perceived bystates.2 However, for the author the SCO is an open structure, amechanism which aims to create a climate of mutual trust andcooperation in the region. Through these mechanisms, China opens topotential allies and adversaries recognizing the natural differences inculture, ideology and interests and seeks to build a mechanism to managethe areas of potential conflicts. For these reasons, a comparison betweenthe NATO and the SCO is difficult to achieve. First, NATO is an allianceinitially built to counter the spread of the Warsaw Pact in Europe. NATO’smembers pursued political and security related goals against a commonenemy (the Soviet Union). Moreover, NATO’s members all shared1 Chung, The Shanghai Cooperation Organization, p. 993.2 Ibidem.
  • 87. ideological and political values. However, as stated in its declaration, theSCO is not an organization built in opposition to an external threat.1 Themain objectives of the SCO are to build a peaceful environment througheconomic, scientific-technical, cultural, educational cooperation. Althoughthe SCO members share a common opposition against three threats (thethree evil forces), these ones are not external. Thus, the SCO is more a“formal international organization for regional cooperation”.2 Second, the motivations that drove the SCO members to be partof the organization are different from the NATO nations. After the split ofthe Soviet Union., the former soviet republics in Central Asia foundthemselves with logistical limitations and looked at China and Russia toensure their border security. The military border security agreementbetween China, Russia, Kazakhstan, Kyrgyzstan and Tajikistan wasconceived as an agreement where “military forces of the Parties deployedin the border area, as an integral part of the military forces of the Parties,shall not be used to attack another Party, conduct any military activitythreatening the other Party and upsetting calm and stability in the borderarea”.3 The same non mutual aggression prerogatives were addressedeven to third parties outside the organization. As one can see, this pactdid not stress any mutual defense obligations, and this is dissimilar withthe NATO alliance. In the official SCO declaration there is no reference onthe eventuality that if a member is attacked it can be conceived as anattack to the entire organization. Moreover, it is mandatory for all themembers to respond militarily to defend other members it they getattacked. Another different with NATO, consists in the possibility to openthe organization to other members. Since the split of the Soviet Union,NATO opened the organization to other members previously under theWarsaw Pact. Although, this paper will not discuss on the debate aboutthe new NATO goals in the current system, it is interesting to notice thatthe enlargement process of the SCO does not find the same accuracy.Indeed, in the medium term both China and Russia still have differentstrategic goals within the organization that cannot converge in supportingthe integration as ‘effective members’ of new states such as Iran, India orPakistan.1 Hu, China’s Central Asia Policy, p. 1382 Ibidem, p. 1393 “Planning a Long-term Cooperation among the six nations: an Interview with AssistantForeign Minister Liu Guchang”, Xinhua, 12 march 2001.
  • 88. Thus, the SCO represent more a new model of regionalism that isantithetical to the “old” model of which the European Union is the mostobvious example. Unlike the old regionalism, this new type does notrequire supplies of sovereignty, but rather is based on the principle of therecognition of the sovereignty of the member states. It incorporatesdifferent political system, with different cultural and religious traditionsharing common interest. Over the years, the SCO has been establish itselfas an organization where the parties shared a consonance legislation, thatKimmage defines as a conservationist position, which is geared to themaintain of the status quo.1 Ideological values represent one of the main differences betweenthe SCO and another Asian regional forum, the ASEAN+3. Differently fromthe SCO where China played a crucial role in creating and supporting thisorganization, the ASEAN+3 represents a ‘loose’ forum for the Chinesestrategic interests.2 This is due to the relative weight that the otherprincipal actor of the organization, the Japan .Moreover, China is a new member of this organization that encompassessouth Asian countries. Another difference with the SCO concerns the maingoals that the members aim to pursue. Although SCO members cooperateto fight common security threats as the “three evil forces”, security issueswithin the ARF are not shared with the same intensity by all the members.China continues to refuse to participate in security process that concernsissues as Taiwan or in the south China. Following these guidelines, despiteASEAN+3 represents for China an effective tool to establish a peacefulperiphery; its institutional weakness and the asymmetrical disparity ofpower of the organization does not provide China to promote economicdevelopment in the region.SCO as a soft balancing strategy? Will the SCO goals above mentioned continue to last within theSCO? Until when does China continue to support this organization?Several scholars stressed that China is using the SCO to counter and to put1 Kimmage, The SCo, the Schoring up the post soviet status quo.2 Hu, China’s Central Asia Policy, p. 139.
  • 89. out the US presence in Asia.1 Despite the first steps in building theorganization did not support this hypothesis; several factors are nowadaysstrengthening it. The desire to contain, if not reduce the Americanpresence in the region is a strong strategic tie for all the membercountries. Both Russia and China see the United States presence aroundtheir borders as a threat to guarantee their influence in the region.Goldstein argues that a SCO contains the characteristics to meet theobjectives of the Chinese grand strategy. SCO allows China to find amiddle ground between traditional allies and adversaries and to ‘enableChina to address concerns about US preponderance without resorting tothe more directly confrontation.’2 Is China trying to balance the UnitedStates in Asia through the SCO? According to Paul, one can distinguishbetween two types of balancing strategies: a) hard balancing: when states “states “adopt strategies to build and update their military capabilities, as well as create and maintain formal alliances and counteralliances, to match the capabilities of their key opponents”;3 b) soft balancing: as “tacit balancing short of formal alliances […] Soft balancing is often based on a limited arms build-up, ad hoc cooperative exercises, or collaboration in regional or international institutions”.4 The former strategy does not reflect the current Chinese strategyin Central Asia. Although China is improving its military capabilities, asmentioned before, the SCO is not an alliance against an external threatlike NATO. However, there are several elements that lead to see the SCOas a Chinese efficient soft balancing strategy against the United States.Basing on Paul’s definition of soft balancing next paragraph will show whyChina has interest to balance the United States in Asia for the pursuit ofits “peaceful rise”.As showed before, this “Chinese openness” to multilateral institutions ispart of a process that China started at the end of the 1990s, constituting1 Swaine and Tellis,Interpreting China’s Grand Strategy, Bank, Stephen J., US Interest inCentral Asia and the Challenge to Them, http://www.StrategicStudiesInstitute.army.mil/2 Goldstein, Rising to the Challenge, p. 133-134.3 Paul, T.V., Wirtz, James J and Fortmann Michel eds., Balance of Power: Theory and stPractice in the 21 Century, Stanford: Stanford University Press, 2004, p. 34 Ibidem.
  • 90. the most relevant aspect of the Chinese grand strategy. What are China’svital interests? A closer outlook to recent Chinese Defence White Papershowed that the main security goals for China are a) protecting thecountry from external threats; b) curbing separatism and preventingTaiwan from declaring de jure independence; c) preserving domesticorder and social stability. In order to accomplish these objectives, Chinashould improve its economic and military capabilities. Thus, why theUnited States are a threat for China? How can China counter its presence?Chinese scholars argue in stating that the United States represents asecurity threat for China’s core national interests as sovereignty andborder stability. These assumptions are driven by the perception thatUnited States would like to impose their hegemony in Asia, preventingChina’s rise. Indeed, the US led military operations in Central Asia at theend of the Cold War have been perceived by Beijing as a threat to thestability of its borders. However, as Wang stated, despite China could notcompete militarily with the United States, a military modernization doesnot represent the sole guideline for the Chinese government to pursue itsrise in the international scene. Differently from Soviet Union, the Chineseagenda’s priority focuses on the economic development throughmultilateral cooperation. This approach brings China to a double advantage: a) to reassureneighbourhood countries of its pacific rise and b) to not legitimize a hardbalance reaction from the United States. China also entertains anambivalent relation with Russia, the other major country in the region. Onone hand, they have some competitive relationships concerning thesupply of energy needs. On the other, China knows that a regionalcooperation in Central Asia will not be successful without the participationof Russia. Thus, it is China’s interest to pursue a modernization of itseconomy and military while maintaining closer ties with Russia in pursuinga common strategic priority (to diminish the United States presence inAsia).Why should China balance the US influence in Asia? Basing on the Chinese literature, China perceives the UnitedStates as being either an obstacle for the pursuit of its grand strategy or acompetitor of its strategic energy interests in the region.
  • 91. The war in Afghanistan, the recent NATO’s enlargement to theeast and the US-Uzbekistan strategic partnership in the 1990s have beenperceived as a serious danger by the Chinese elite in order to promote its“peaceful rise” as the prominent actor in the region. Furthermore, wellbefore the war in Afghanistan, in 1999 the United States launches cruisemissiles in Afghanistan as a consequence of the Al Qaeda attacks at theAmerican embassies in Kenya and Tanzania. All these actions have beenperceived by the Chinese government as an attempt to consider CentralAsia into the US sphere of influence. Some documents show that Chinaalso shares with Russia the fear of a US lead war in Iran in order tooverthrowing the current Islamic government. However, China uses the SCO as a tool of soft balancing towardsthe United States and to ensure its development. Indeed, to avoid thatthe US presence in the region will lead to a permanent reality, Chinastressed through the SCO that the United States should fix a date bywhich the NATO’s troops would have withdrawn from Afghanistan. Twostrongly symbolic declarations show how China tried to counter theUnited States in this sense through soft balancing strategies. At the Astanasummit in July 2005, the SCO requested the United States to set atimetable for the withdrawal of its troops from bases in the region. Thisstatement was followed by an Uzbek ultimatum in which the UnitedStates were oblige to leave the Karshi-Khanabad region within 180 days.The second document, a press release of June 2006, is linked to theAstana summit and it highlights the effectiveness of the SCO in dealingwith terrorism in the region. A third example o is represented by therefusal to the United States to assist at the SCO meeting as an observermember. Differently than the ASEAN + 3, where the United States caninfluence the decision-making process through its alliance with Japan, SCOmembers are less persuaded by the US influence. Furthermore, the United States tried to extend their influence inthe area through regional and international organizations. After itsadmission in 1992, the United States opened an OSCE center into CentralAsia promoting democratisation process in the electoral system inKazakhstan and Kyrgyzstan. Consequently, Beijing’s commitment in thecreation of the SCO has been followed by the perception of a higher riskof a US influence in the region. According to Wang, China did not haveneither the economic and military capabilities to face alone the US
  • 92. influence in the area.1 Moreover, another aspect played in China’s favourconcerning its influence on the Central Asian republics. As Goldsteinshows, after several years of soviet domination and influence, the formersoviet republics were reluctant to be the target of another regionalpower.2 Thus, by promoting a cooperative approach basing the commonprinciples of the ‘Shanghai Spirit’, China penetrated in the region inestablishing mutual ties with these republics without being perceived as ahegemonic power. Strategic and geopolitical reasons should be also taken intoaccount to explain why China would like to balance the presence of theUnited States. In the recent past, The United States stressed thepossibility to use Central Asia as a possible alternative oil sources to thePersian Gulf, especially after the second Iraqi war. However, by using theSCO as an institutional mean to develop powerful economic influence inthe region and to ensure its energy stability, China is trying to put asidethe United States in this ‘race’ for alternatives oil resources.. China alsostrengthened its influence on central Asian republics by economic anddiplomatic means. Indeed, in order to maintain a strong influence onKazakhstan (the largest of the former soviet republics) despite thedecision of the designation as the first Central Asian country for the OCSEpresidency, China subsequently stipulated new economic agreementswith Kazakhstan for the exploitation of its oil territory. This hypothesis isalso supported by the strongest ties that China is establishing with otherpotential oil suppliers in Africa and South America, in order to ensure itsenergy stability to the detriment of the other major powers.As one can see, China started to counter the United States influence in theregion by maintaining a stable and peaceful environment. But, how willthe United States respond to China’s rise? Until when China will try tosoft balance the United States in the region? Will the SCO be a useful toolto ensure its grand strategy in the future? In order to answer to thesequestions, next sections will focus on the role of the United States and onthe future of the organization within China’s grand strategy.The United States response1 Wang, Yuan-Kang, China’s Grand Strategy and the U.S. primacy: Is China BalancingAmerican Power?, http://www.brookings.edu/fp/cnaps/papers/wang2006.pdf, p. 342 Goldstein, Rising to the Challenge, p. 144.
  • 93. In light of the precedent analysis on the Chinese and Russianmotivations of the SCO, what should be the American response? Does theUnited States have interests in Central Asia? Despite many scholarsemphasize the role of ‘energy security’ that brings the US interest towardsthis area, Bank affirms that the US interests in Central Asia are essentiallydirected towards the promotion of the democratization, the economicdevelopment and the security in the area.1 The United States can also tryto expand their influence to the region indirectly, with the help of someallies, such as Turkey. RAND scholars affirm that the United States shouldengage themselves strongly in establishing closer ties among Turkey andCentral Asian countries. However, the United States are slowly losing theirinfluence in this area. Uzbekistan, with whom they signed a strategicpartnership in early 2000, is nowadays a member of the SCO and it is oneof the principal opponents to the maintaining of the US lead coalition inAfghanistan. However, the presence of the SCO as an instrument of thegrowing Chinese influence on the area puts the United States in a singularposition. How to react to the growing Chinese influence in the region? It iscommonly believed among the current literature that there exist twodifferent American reactions to China’s grand strategy: engagement andcontainment.The engagement scenario In a hypothetical engagement scenario, the United States shoulduse commerce as a tool of socialization and socio-political internaltransformation and as an instrument in preventing a future Chineseaggressive behaviour. For their part, the United States should focus on astrategy that will bring to the implement of an economic development inChina, hoping that it will lead also to a process of democratization andliberalization.2 Hence, the United States should stress cooperation withChina on several crucial issues in order to pacifically regulate its rise withinthe international system. Following these principles, the United Statesshould use the WTO as a privileged platform in pursuing these goals, andtrying to involve China into other economic oriented cooperation.1 Blank, Towards Geostrategic Realignment,p. 102.2 Mastrolia Nunziante, La nuova politica globale della Cina, CeMiSS OsservatorioStrategico, anno VII, n°10,ottobre 2005, pp. 53-58.
  • 94. American President George W. Bush affirmed that the United States“ha[s] the best chance since the rise of the nation-state in the 17th centuryto build a world where the great powers compete in peace instead ofpreparing the war”.1 This approach highlights how changes in theeconomic relations between the United States and China havedramatically increased since the 1980s. By 2004 the trade movingbetween the two countries grew till a total of $245 billion. However, theUnited States finds difficulties in following this approach towards China inCentral Asia. Recent, negotiations with SCO members for an agreementconcerning the pipelines’ construction passing in Central Asia and in theCaucasus region has been hampered by the refusal of ex allies such asUzbekistan and Tajikistan to give support to US cause. Moreover, this approach in promoting economic liberalism withChina can easily become a dangerous tool for US interests in Asia. Oneexample is represented by the attempt of the CNOOC (the third Chinesemost important oil company) to buy the American oil company UNOCAL in2006. Although UNOCAL represent the ninth American oil company, itholds several important assets in East and Central Asia. Washingtonfeared that China, having already a consistent influence on the control ofsources and energy networks in the region via SCO and ASEAN, couldfurther strengthen its position in the area and to contribute to increase itspolitical weight at the expense of the US one. Indeed, after the Chinesecontrol of the Indonesian natural gas resources that have consequencesover the economies of US allies such as South Korea, Japan and Taiwan,it is clear that United States has been extremely concerned about thepolitical fallout of the passage of Unocal into Chinese hands.2 Finally, thepolitical consequences of this action explain why the United States putpressure for the purchase at lower price of UNICOL should have beenmade by an American company, Chevron.As one can see, engaging China through the intensification of theeconomic ties with the United States could bring a boomerang effect,where the expected gains can be turned into unexpected strategicdisadvantages.1 President Bush speech West Point, New York June 1, 2002,http://www.whitehouse.gov/nsc/nss8.html2 Hunter Duncan, Statement on CNOOC’s attempeted purcgase of Unocal, Press Release,House Armed Services Committee, 13 giungo 2005
  • 95. The containment scenario The containment scenario is based on the neorealist assumptionthat the United States considers China as a rising power that canjeopardize its hegemony. This approach follows the postulate that China’srise is becoming the most significant challenge to the United States.Scholars who support this perspective, share the historical idea thatChina’s emerging role can be compared to the Bismarkian Germany in the20th century implying that a direct confrontation with the United Stateswill be inevitable. The United States should act in both directly thanindirectly. The former represents the most dangerous and remote optionfor the United States because it will produce a direct confrontation of thetwo countries. The latter provides a range of various possibilities for theUnited States to accomplish its purpose. Five cases will be showed in thisperspective: a) the case of Taiwan, b) the Japan-US relations, c) the Indo-US relations, d) the current influence on Afghanistan new government ande) NATO’s enlargement on the Caucasus: a) The United States could increase substantially the arm sales to Taiwan and stressing the international community that Taipei is the sole China’s capital. b) Another tool to contain China is represented by the partnership with Japan. The United States should push Japan to the modification of their number 9 article of the Constitution that it will give the possibility to a nuclear rearm for defensive purposes. c) An analysis published by Jane’s Information Group for the US Secretary of States Donald Rumsfeld in 2004, stressed the possibility to use the Indo-American alliance in order to contain China’s expansionism.1The report noted that both the United States and India share the same views and perceptions of China’s rise and this alliance should emerge as a “vital component of the US interests”.2 d) Furthermore, the United States could contain China’s rise in Central Asia by the maintaining of the NATO military coalition in Afghanistan.1 India, China and USA, Jane’s Securiy News,http://www.janes.com/security/international_security/news/fr/fr030402_1_n.shtml,March 27th 2008.2 Ibidem.
  • 96. e) Lastly, a possible inclusion of Georgia as NATO members should provide a strategic tool in the energy field to counter Beijing expansionism. However, are these strategies applicable nowadays? Whichpositive result will bring to the United States? The most delicate topic isindubitably the Taiwan issue. Firstly, most of the countries in theinternational system have recognized that the Taiwan Strait is part ofChina, leaving the United States isolated in supporting Taiwan case.Moreover, the recent victory of the Kuomintang in Taiwan’s last electionsturned to an optimistic change of the Chinese perceptions towards Taipei.Chinese officials highlight how the presence of Taiwan’s newly vicepresident elected, Vicent Siew, at the economic forum in Hainan Islandrepresents a significant step of new relationships between the twocountries. Indeed, during the eight years’ mandate of the DemocraticProgressive Party (DPP), neither the out-going president Chen Shui Biannor his vice president, Annette Lu, came closer to meet a Chinese official. The strengthening of the economic relations between China andJapan is producing some doubts about the possibility of the possibility forWashington to use its alliance with Tokyo to counter China’s rise. Japan-China trade relations in 2006 became closer through a massive Japaneseinvestment in China. Despite some obstacles, the economic ties betweenthe two countries are increasingly in the last years and China stillrepresents the top investment country for Japan. Concerning India, duringthe last years, Beijing has started to re-establish new mutual trust withNew Delhi. In December 2007, the two countries enhanced a joint anti-terrorism military training in order to establish new mutual trust andunderstanding. Moreover, foreign ministry spokesman Qin Gang statedthat cooperation and consensus between the two countries will beestablished and the border issue between the two countries will be solvedat an earlier date. China also tried to soft balance the United States’influence in Afghanistan with the launch of the SCO-Afghanistan ContactGroup in 2007. This rapprochement has been guided by the convergenceof interests concerning the fight of the “three devils”, ‘separatism,extremism and terrorism’. Finally, a hypothetical Georgia admission inNATO in order to strategically counter China’s rise by the control of thegas pipeline in Caucasus would not drastically change the energy issue inCentral Asia. China trough SCO has already provided to build different
  • 97. pipelines from Central Asia to Caspian Sea and it strengthen its relationswith other neighbour countries in the Caucasus. As one can see, China seems to beat the United States on thedraw in its balancing tools. The two scenarios above mentioned showedthe opportunity and the risks for United States towards China’s rise.However, there is a factor that it can really play an important role in thesesituations; the time. As Wang stressed, despite all the risks, the UnitedStates are a kind of hegemonic country that it never existed in history.Their advantageous position in the international system still provides thepossibility to use a mixed ‘wait and see’ strategy towards China’s rise. Thebest option could be to promote dialogue and cooperation when China’sbehaviour is less threatening, and to promptly intervene with the supportof the international community when the risk of a hegemonic China ismaterializing it.The future of SCO As showed above, China’s behaviour towards an activeparticipation into regional regimes is part of the “peaceful rise” processwithin its grand strategy. However, China’s role in the creation of the SCOhas been one of the most relevant foreign policy initiatives of the countryin the recent history. Undoubtedly, Beijing is assuming the position of thestrongest player both politically than economically. Furthermore, SCO isevolving into a an instrument of soft balancing the US presence in Asia.Beijing is not directly using military tools to delay and undermine the USinfluence in Asia. This behaviour could produce two negative effects toChina’s strategy:a) to provoke an active reaction from the United States;b) to create a hostile environment among states in its periphery. Through the SCO, China is trying to pacifically balance the UnitedStates in Asia and providing to its economic and political development inthe region. However, will China maintain the current composition of theSCO? The inclusion of India and Pakistan should provoke problems for theorganization, and it could cause a radical change of the use of the SCO astool to (soft)balance the American presence in Asia. First, the inclusion ofthe two countries will bring new security issues into the organization, suchas the ongoing violence in Kashmir. Second, the Indian and Pakistani
  • 98. membership in the SCO will bring two sizeable regional powers in theregion that can affect China’s pivotal role into the organization. Third, thesupport of the Pakistani government to the Taliban government inAfghanistan will cause serious doubts on the Islamabad’s intention topursue the fight against the “three evil forces”. Lastly, an inclusion of Indiainto the SCO will bring the American influence within the organization.Although China and India are organizing joint military trainings in order toestablish a mutual confidence between the two countries, New Delhiremains a faithful ally to Washington. The best winning solution for Beijingwill be to establish stronger relations with New Delhi outside the SCO,focusing on the resolution of common problems (such as the bordersecurity or the Tibet issue). Another potential member of SCO is Iran. China has severalinterests to include Iran to be part of the organization. Firstly, China isalready involved into Iranian energy resources. State-owned companyZhulai Zherong Corporation signed a twenty-five year deal in 2004 toimport 110 millions tons of liquefied natural gas from Iran. Russia alsoclaims great economic interests in the region. Due to its geographicposition, Iran should provide the possibility to extend SCO energy traffictill the Caspian Sea. Second, an alliance with Iran will undermine evenmore the American influence in Asia and it could guarantee the SCO tospread their influence until the Middle East. However, China is taking timebefore accepting a full Iran membership. In order to show to theinternational community the intention of its “peaceful rise” China’s desirefor the SCO is to continue to be viewed as an international anti-terrorismorganization. Indeed, Iran with its radical Islam traditions poses severaldoubt of the success of this initiative. Finally, one last suggestion will be launched. As Section 4 showed,the current debate among American scholars and military concerns whichapproach to use to face China’s rise in Asia. Concerning the case of theSCO, little academic literature is addressing on how long China willsupport an active engagement into a regional organization such as theSCO. Will Beijing continue to use the SCO after the achievement of ahegemonic status in Asia? The author of this paper argues that theanswer should be found into the internal and external evolution thatChina will face in the future. If Beijing is able to shape new political elitethat will follow the same political guidelines of their predecessors and
  • 99. other regional power such as Russia or India will emerge consistently,China will probably use its pivotal role within SCO to counter them. Ifthese conditions are not attained, a new era within the internationalsystem will probably appear.* Doctorant en science politique à l’université de Montréal.
  • 100. LA GUERRE DU POLE-NORD A COMMENCE PAR RICHARD LABEVIERE, FRANÇOIS THUAL Ed. Perrin, septembre 2008. Connaissez-vous l’Arctique ? Le livre de Richard Labévière et François Thual va vous y aider. Longtemps délaissé, « tache blanche de l’histoire humaine », l’Arctique n’a cessé de voir son importance géostratégique et économique croitredepuis la deuxième partie du 19è siècle. Si bien qu’il est désormais enpasse de devenir « l’un des lieux les plus chauds de la planète politique ».Cette montée en puissance est due à trois facteurs principaux : lamaritimisation de l’océan Arctique : l’ouverture de la route du Nord-Est,projet d’ouverture d’une route du Nord-Ouest ; sa militarisation dès laPremière Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale, guerre froide ; laperspective de mise en valeur des énormes ressources en pétrole et engaz. A la différence de l’Antarctique, l’Arctique n’appartient pas au« patrimoine commun de l’humanité » mais à des Etats« possessionnés » qui doivent argumenter (juridiquement etscientifiquement) leurs prétentions territoriales : la Russie, le Danemark,les Etats-Unis, le Canada et la Norvège. Ces Etats rivaux « sont d’accordsur un point : ne pas élargir le club ».Chacun à ses objectifs économiques et stratégiques. On retiendrasurtout le vif intérêt des Etats-Unis vis-à-vis du Groenland (danois). Ils yont implanté une base stratégique à Thulé et d’autres infrastructuresmilitaires. En fait, les Etats-Unis recherchent une « cogestion » duGroenland avec sa métropole danoise. A l’instar des Etats de laMicronésie qui lui ont permis de transformer le Pacifique nord en lacaméricain, Washington souhaite s’appuyer sur un Groenland« autonome » voire « indépendant » pour faire du bassin Arctique « unautre lac très américanisé ».La Russie, touchée par une certaine « démaritimisation » depuisl’effondrement de l’URSS (mer Baltique, mer Noire, mer Caspienne), afait de l’accès à l’océan Arctique une de ses priorités pour des raisonséconomique et de défense. Le dépôt d’un drapeau russe métallique à
  • 101.   ¡ ¡ ¡ ¢ £ ¤ ¥ ¦ § ¨ ¦ ©   ¨ §   ¥ ¨ ¦     ¤   §     ¦ § ! ¦ "    ¤ " ¡ ¡ # ¦ § ¤   symbole éclatant de cette politique. Outre, les Etats « possessionnés », la Chine et le Japon, relativement éloignés de la zone, sont très intéressés par ses hydrocarbures, ses réserves halieutiques et ses futures voies de communication. Avec les richesses énergétiques, la maritimisation est à l’origine de l’importance économique et géostratégique du Grand Nord : « L’Arctique est ainsi en passe de devenir le grand échangeur de ce que les économistes appellent « la triade », c’est-à-dire les trois grands blocs de pays capitalistes : l’ensemble nord-asiatique, l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest. Cet échangeur s’articule, naturellement, sur le monde russe et sur la Chine méridionale voisine. Le moindre des constats est de souligner que les conséquences environnementales du réchauffement climatique ne sont pas analysées de la même par les uns et les autres. Tous sont inquiets ou font mine de l’être, certains le sont moins que d’autres. » Zone militarisée et point de passage des missiles nucléaires durant la guerre froide, l’Arctique demeure un espace central dans l’affrontement Etats-Unis/Russie. Washington a développé une « hyper-marine », afin de maintenir leur « leadership » sur toutes les mers. Par ailleurs, le Grand Nord est une « Pièce maîtresse » son bouclier antimissile. Enfin, cet espace sert de zone de test pour les SNA et des SNLE de nouvelle génération russes et américains. Les auteurs ont déterminé trois scénarios probables quant à l’évolution géopolitique du Grand Nord : Scénario 1 : Une nouvelle guerre froide. Retour de la Russie, lutte contre son encerclement stratégique ; Scénario 2 : Un espace communautaire intégré inspiré de l’UE impliquant un règlement pacifique des différends ; scénario 3 : Un océan américain. C’est le scénario le plus vraisemblable en cours de réalisation, à travers les assauts protéiformes du néocolonialisme américain. Et la France et l’UE dans tout ça ? Selon les géopolitologues, elles sont « à la dérive ». (chapitre 18). L’UE semble « interdite de séjour » malgré les facteurs politiques, géographiques et culturels qui la rapprochent de cet espace. La France ne tient pas son rang dans la zone, alors qu’elle pourrait s’investir (plus) dans la recherche scientifique, l’éducation (langue française)… et la sécurité maritime ! Pourtant, « le pari polaire – celui d’un espace de coopération – se devrait d’être un pari européen parce que, contrairement à l’hyperpuissance américaine et à d’autres
  • 102.  ¥ $   % §  ¤ %   § ¥ & $ %    ! ¦ § ! ¦ % ¦   (   ¤ %  ¦  ¤  ¦   § ¤  ! ¦   §    ¥ %   %  ¦ de puissance. C’est, sans conteste, son principal apport à la mondialisation. » Un peu irénique…sans doute ! Le livre de Richard Labévière et de François Thual est un outil très utile et pédagogique. Il vient combler un vide certain quant à la recherche française sur la géopolitique du Grand Nord… un espace dont l’importance économique et géostratégique ne cessera de croitre durant le 21ème siècle. Le chapitre 18 sur la place de l’UE et de la France est sans doute à méditer. En espérant qu’une telle réflexion débouche sur plus de volontarisme politique ! Mathieu Armet LA DEGENERESCENCE DU LIBAN OU LA REFORME ORPHELINE AHMAD BEYDOUN Sindbad, Actes Sud, 172 pages, 18 euros. Quand l’un des intellectuels les plus respecté du Liban parle des tourments que son pays a eu à subir par le passé, cela donne un ouvrage d’une grande intensité, reflétant la crise que traverse le pays, entre confrontations violentes et trêves précaires. Cet ouvrage reprend en substance une contribution donnée par l’auteur au Rapport national sur le développement humain du Liban, en préparation sous l’égide du PNUD et du Conseil du Développement et de la Reconstruction libanais (CDR). Il met aussi en relief les quatre « leçons » sur la citoyenneté et l’Etat que l’historien et sociologue de l’Université libanaise de Beyrouth donna au Collège de France en mai 2008. Le constat alarmiste de la réalité libanaise, dont l’histoire contemporaine, prise en otage par son environnement régional et international, a confirmé que la réforme, initié lors du Printemps des Cèdres en 2005 est, selon l’auteur, toujours dans l’impasse. Il démontre ainsi pourquoi et comment le communautarisme constitutionnel est un frein à la stabilité institutionnelle du Liban, qu’il convient de dépasser. Pour cela, la prise de conscience d’une indispensable déconfessionnalisation du système politique est devenue
  • 103.   ¦  &  ¦ § § % ¤ & )  ¦  ¦    ¥ ¤    §   ! ¦    ¦ ! ! ¦ ¨ ¦ § ¦ § 0 1   §   § complaisance et sans plus attendre. Emmanuel Dupuy IRAK, LES ARMEES DU CHAOS PAR MICHEL GOYA Editions Economica, 260 pages, 33 euros. Si le quotidien des attentats et des attaques intra- communautaires entre chiites et insurgés sunnites continue d’alimenter les journaux télévisés du monde entier, force est de constater la relative pauvreté éditoriale concernant les six dernières années, durant lesquelles la guerre éclair à l’américaine a cédé la place à une intensification des opérations de guérilla et de contre-guérilla. Peu de choses ont en effet été écrites sur ce qui restera un tournant dans ce qu’il est convenu d’appeler l’Art de la guerre. Même si les Américains se sont fortement inspirés d’ouvrages français, hélas quelque peu oubliés, en matière de contre-insurrection. L’expérience du Lieutenant-colonel Michel Goya, issu des troupes de marine, docteur en histoire qui a longtemps servi en unité de combat et participé à plusieurs opérations extérieures, notamment en Afrique et dans les Balkans vient ainsi étayer une solide étude qu’il convient de mettre entre toutes les mains. C’est d’autant plus d’actualité, que les annonces de re-déploiements à l’horizon 2010 ont été faites par le nouveau président américain. Ce le sera aussi quand il s’agira de savoir quelles sont les leçons à tirer de ce conflit qui, malgré la « relative » stabilisation actuellement en cours à Bagdad, a rendu possible la tenue du récent processus électoral, mais n’en remet néanmoins pas en cause le sévère échec de la puissance militaire occidentale. C’est précisément une nouvelle génération d’auteurs, vecteurs du renouveau de la pensée militaire et stratégique française que la collection « Stratégies & Doctrines » des éditions Economica cherche à mettre en exergue. Celui qui en fut le révélateur, le général Vincent Desportes, Directeur du CID, qui co-dirige cette collection, justifie cette ambition en préfaçant l’ouvrage du Lieutenant-colonel Goya, et
  • 104.    © % ¥ ¢   ¤  %  § %  ¦ ¨    ¢ % § ¢ ¦     ¦  ¤  ¦ ! §  ¥  ¤ &  0 ¦   ¦       %  ¤ & ¥ 2 ¤ outre-atlantique. Les éditions Economica ont ainsi récemment publié une série d’ouvrages tout à fait remarquables qui confirment la redécouverte des stratèges français quelque peu oubliés parmi lesquels, le lieutenant-colonel David Galula, auteur d’un « Contre-insurrection, théorie et pratique », tiré des méthodes de contre-insurrection qu’il avait mis en application en Kabylie et qui semble avoir largement inspiré la stratégie américaine en Irak. Parmi les autres « oubliés » de la pensée stratégique française, notons également les colonels Trinquier, auteur de « La guerre moderne » et « Guerre, subversion, révolution », et Carrias, auteur de « La pensée militaire française (1960), tout comme les généraux Poirier, Beauffre, Gallois et Ailleret, et bien évidemment l’amiral Castex, qui en fondant le Collège des hautes études de défense nationale, qui allait devenir l’IHEDN, il y a de cela 70 ans, confirme l’excellence des outils dont dispose la France pour faire rayonner sa pensée. Dans le cadre de cette redécouverte des penseurs militaires français, les débats actuels sur la légitimité et la légalité de l’action armée, dans le cadre la croissance de l’engagement français en OPEX, tendent aussi à confirmer l’importance majeure des travaux de Raymond Aron. Tous ces travaux, dans lesquels ceux du Colonel Goya prennent leur juste place, tendent aussi à confirmer l’importance de la perception des nouvelles formes que prennent la guerre et semblent s’inscrire dans un mouvement plus ample qui fait renaître de ses cendres une doctrine militaire française qui a largement inspiré l’engagement militaire américain, en Irak comme en Afghanistan et qui pourrait, demain, servir de base conceptuelle à une présence plus significative des Américains sur le continent africain.. L’existence même de cette collection et de cet ouvrage tendrait ainsi à prouver qu’une collection tournée autour des questions de stratégie, de doctrine et d’emploi des forces a toute sa raison d’être et intéresse, bien au-delà de la seule sphère militaire. Depuis une dizaine dannées, certains officiers commencent donc à écrire et à sexprimer plus ouvertement sur les questions militaires, diplomatiques et politiques. Le mouvement s’est accéléré avec les questions que notre engagement en Afghanistan soulèvent : pérennité de la solidarité transatlantique et de
  • 105. ; relation!  ¥ ¦ §    §   % ! % ¤ &   ¥ ¤  $ & ¦ ¦  ¢  ¤ % £ ¥ ¦ ¨ ¦ § &   ¥ % ¤ &   ! ! ¦  ¤ % 0 ¦ entre la responsabilité politique et l’action militaire ; prise en compte de l’évolution technologique dans le combat moderne ; éthique du commandement et cohérence entre la pensée et laction… Reste à savoir si, à l’instar de Foch ou du général de Gaulle, qui ont chacun écrit des ouvrages de références qui allaient devenir des succès de librairie, la mise en exergue de cette nouvelle pensée stratégique « éditoriale » sera structurante pour l’emploi des forces armées ou, si comme ses prestigieux prédécesseurs, elle n’aura été que prophétique et pas entendue à temps… Emmanuel Dupuy LA CYBERGUERRE. LA GUERRE NUMERIQUE A COMMENCE NICOLAS ARPAGIAN Editions Vuibert, 250 pages, 26 euros. Concept issu de la science fiction venue d’Outre- Atlantique, la « cyberguerre » est désormais à la mode. La globalisation d’Internet - qui fête déjà ses 40 bougies -, l’avènement de l’économie de la connaissance, l’émergence exponentielle des technologies de la communication et de l’information sont devenus une réalité « stratégique ». La guerre du numérique a bel et bien commencé et pourrait dégénérer en ce que le FBI a qualifié récemment de Cybergeddon, en référence à l’Armageddon mentionnée dans la Bible. Depuis le Livre Blanc 2008 sur la Sécurité et la Défense Nationale en France mais depuis bien plus longtemps aux Etats-Unis, en Russie, l’amateurisme de quelques « hackers » isolés à cédé la place à une cyber-criminalité de mieux en mieux organisée, transnationale et mondialisée. Nous sommes déjà bien loin du film War Games. La sécurité nationale des Etats est désormais en jeu. De nombreux états, comme la Chine, ou encore l’OTAN se sont ainsi dotés de centre opérationnels et de réelles doctrines concernant l’utilisation du cyberespace. C’est cette réalité très actuelle que nous décrit avec moults détails, Nicolas Arpagian. Spécialiste des questions de stratégies d’influence et de lobbying, l’auteur nous alerte sur cette nouvelle forme de guerre
  • 106. &     ¢ % )  ¦   ! % ¤ % )  ¦ ¦ ¤ ¢ % ! % ¤  % ¥ ¦ ¦ ¤  ¦ ¥ ¢ ¦ ¤ §  ¥ ¤   ¤ 3 ¤   ¤         ¨ ¦ comprendre les principaux enjeux de ces cyberguerres qui se déroulent actuellement sous nos yeux... Emmanuel Dupuy ITALIE, LE GRAND BOND EN ARRIERE ? DIR. SEBASTIEN ABIS Confluences Méditerranée, éditions L’Harmattan, n°68, hiver 2008-2009, 241 pages, 21 euros L’Italie est t’elle à la dérive ? réalité économique et politique que l’actuelle crise économique ne fait qu’exacerber ? C’est à cette lancinante question que cette nouvelle livraison de la revue Confluences Méditerranée tente de répondre… Rassemblant les meilleurs spécialistes français et italiens de la péninsule, cet ouvrage coordonné par le jeune et talentueux Sébastien Abis, vise à dresser un diagnostic pluriel sur les dynamiques de développement en Italie, en cherchant à explorer tout particulièrement les évolutions socio-démographiques et politiques des dernières années, sans oublier d’examiner les variables clefs que sont l’économie et la politique étrangère. En Italie, les centres de gravité traditionnels sont bousculés à tel point que l’Italie paraît dépourvue de boussole. « Grand bond » en arrière donc ou chantier à entreprendre ? L’Italie se situe encore et toujours à la croisée des chemins. Pire, c’est bien le déclinisme ambiant qui semble gagner toutes les couches sociales. Pourtant, la perspective d’une vision méditerranéenne pour l’Europe, l’attachement profond à la construction européenne, la protection acquise par le truchement de l’OTAN, offrent à l’Italie des perspectives optimistes… Lors du processus d’unification italienne, Massimo D’Azeglio, l’un des acteurs du Risorgimento, déclara « l’Italie est faite, il reste à faire les Italiens ». En ce début de XXIème siècle, on pourrait s’interroger sur le devenir de l’Italie en renversant la formule : « Les Italiens sont faits, reste à (re)faire l’Italie ? ». Emmanuel Dupuy
  • 107. ésion à l’IPSENOM……………………………………………………………………..Prénom ..........................................................................................Profession ......................................................................................Adresse professionnelle .........................................................................................................................................................................Téléphone ................................... Portable ....................................Fax ..............................................E-mail .............................................................................................Adresse personnelle ..............................................................................................................................................................................Téléphone ................................... Portable ....................................Fax ..............................................E-mail .............................................................................................° Je demande à être inscrit(e) à l’Institut Prospective et Sécurité del’Europe (I.P.S.E.) en tant que (1)..................................................Et je joins ma cotisation pour l’année 2007 (2). Date et signature.(1) à remplir- Bienfaiteur : 3 fois la cotisation de la catégorie.- Sociétaire membre (Personne morale, association, société,ambassade) : 65 euros.- Membre actif : 45 euros.- Etudiant : 20 euros(2) Les chèques sont à libeller à l’ordre de l’IPSE et à retourner à :IPSE - 24, rue Jules Guesde 75014 PARIS.Tél. : 01 42 79 88 45Email : ipse2004@hotmail.comwww.ipse-eu.org
  • 108. l’IPSEPrésident :Emmanuel DUPUYVice-présidents :Pierre GILLESMaurice GAUTIERSecrétaire Général :Luc PicotSecrétaire Général adjoint :Eric LEGERJulie PARRIOTTrésorier :Marie-Christine JAMELINDirecteur de la publication :Laurent AmelotRédacteur en chef :Georges-Henri Bricet des VallonsRédacteur en chef adjoint :Mathieu ArmetMembres du bureau :Jean Thyrard
  • 109. nstitut Prospective & Securité en Europe 4 5 6Un monde plus complexe L’Europe en ce début de XXIe siècle connaît un contexte géostratégique etgéopolitique mouvant. A la menace clairement définie, massive et de natureterritoriale à laquelle elle a été confrontée durant le siècle dernier, succèdentune multitude de risques, dont notamment le terrorisme. Si la guerre entendueau sens classique n’a pas totalement déserté certaines franges de l’Europe, ellene la menace plus directement et globalement. La distinction entre ordreinterne et ordre international, entre violence publique et violence privée sembledésormais plus difficile à établir qu’autrefois. Des risques sans cesse plusnombreux préoccupent aujourd’hui les citoyens : ils sont liés aux questionsd’environnement, d’alimentation, de santé, de la violence quotidienne, del’incivilité, etc...L’idée d’Europe, un modèle L’Europe, bien qu’elle soit un symbole de paix et de stabilité depuis 50 ans,reste en construction lorsqu’il s’agit de formuler un projet de destin communpour des Etats plusieurs fois millénaires et souverains, forts de leurs richessesculturelle et sociale. Les intérêts communs doivent l’emporter finalement surceux particuliers en donnant la priorité au dialogue et à l’échange, contribuantainsi à prévenir les situations conflictuelles.Rôle de l’I.P.S.E. : préparer l’avenir Si le bilan européen est largement positif, il n’en existe pas moins un déficit decommunication qui n’a pas permis de valoriser les réalisations aux yeux desconcitoyens. Dans ce cadre, depuis 1988, l’I.P.S.E. s’est fixé pour rôle de sensibiliser etrassembler les Français qui souhaitent participer à la préservation de la paix enEurope. Il veut également rapprocher autant que faire se peut les citoyenseuropéens afin de trouver les réponses collectives aux nouveaux défis. Il essaieenfin de mobiliser les énergies en vue de réaffirmer les valeurs européennes etsusciter la réflexion sur des thèmes de dimension communautaire et desécurité internationale. L’I.P.S.E. organise des conférences en collaboration avec des associationseuropéennes ayant des objectifs communs et complémentaires, publie desarticle dans des revues spécialisées et la presse à grande diffusion, édite unelettre d’information (Cahiers) destinée au monde politique, diplomatique,économique, universitaire...
  • 110. 7 8 9 @ A B C 8 D 9 E 8 F G H I P Q NUMERO 93 – PRINTEMPS 2009