Conomie creative solidare_versus_economie_creative_l_ethique_de_la_rentabilite_versus_l_ethique_de_la_dignite
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  • 1. 1/ 14 THEMAA : États généraux 2 Les saisons de la marionnette Amiens 28, 29 mai 2010 Chantier de léconomie créative solidaire---------------------------------------------------------------------------- Intervention de Jean Michel Lucas et du Doc Kasimir Bisou version amendée au 15 juin 2010 -------------------Je ne voudrais pas ouvrir le chantier de léconomie créative solidaire avec lidéepragmatique (ou plutôt « intéressée ») que nos travaux aboutiront à résoudreimmédiatement une partie significative des problèmes de financement public évoquésdans votre manifeste en huit http://www.saisonsdelamarionnette.fr/2010/06/08/appel-a-signature-pour-le-renforcement-d’un-soutien-aux-arts-de-la-marionnette-en-france/points. 1Je ferai preuve de plus de prudence en vous proposant dopérer une sérieuserupture par rapport aux évidences que jai cru entendre hier et qui laissent croire que lacréation, la diffusion, la médiation ou la formation artistiques devraient naturellementêtre soutenues par lautorité publique.Je suis persuadé quil faut renoncer à cette posture naïve. Pour cela, je voudrais faireobserver, dans un premier temps, que les soutiens publics sont de plus en plus liés auxapports des activités artistiques à léconomie. Je partirai ainsi de la situation proposéeaux créateurs dadhérer au dynamisme généralisé de « léconomie créative », une placeforte aux valeurs puissantes de liberté et de compétitivité marchandes. Jinterrogerai lesjustifications qui propagent cette tendance et jen déduirai la nécessité de faire un grandvirage en défendant dautres valeurs de liberté dans les négociations sur les politiquesculturelles mises en oeuvre. Jessaierai alors de plaider pour une politique « déconomiecréative solidaire » porteuse dune éthique vraiment attentive à la dignité culturelle despersonnes.LÉCONOMIE CRÉATIVE COMME DISPOSITIF POLITIQUE DE LÉTHIQUEDE LA RENTABILITÉ1 Voir #http://www.saisonsdelamarionnette.fr/2010/06/08/appel-a-signature-pour-le-renforcement-d %E2%80%99un-soutien-aux-arts-de-la-marionnette-en-france/
  • 2. 2/ 14Pour les créateurs, léconomie créative est une perspective intéressante que les territoires,les villes en particulier, mettent en œuvre avec un enthousiasme croissant. Grâce àléconomie créative, les professionnels de la culture ne sont plus considérés comme desdilettantes dévolus aux temps de loisir de nos laborieux concitoyens ou comme desintellectuels pourvoyeurs délitisme. Ils sont maintenant les moteurs de la société de laconnaissance et deviennent la source du développement économique et de lharmoniesociale. La culture construisant un futur meilleur, beaucoup dentre vous lont rêvé ;léconomie créative le fait !Reste à préciser de quoi ce mot est fait : je reprends dabord la définition dun professeurqui détient la chaire déconomie créative dans une grande école de commerce : «léconomie créative regroupe les secteurs dans lesquels le produit final est un objet decréation ».2 Je suis certain que vous vous sentez concernés par ce terme si flatteur de « création » mais lusage des mots étant gratuit - celui de « création » plus que dautres -la vigilance simpose car il faut entendre que « le terme générique déconomie créativeconcerne donc aussi bien les services créatifs (design, architecture, publicité, etc..) queles technologies de linformation et de la communication ( jeux vidéo, services Web,multimédia) ou les industries culturelles (audiovisuelles, musique, édition). » 3Nousvoilà ainsi au cœur de notre sujet avec léconomie créative, la « création » consiste endéfinitif à faire preuve de « créativité » pour produire des « services innovants » quiseront « vendus » dans les meilleures conditions possibles. A priori, tant mieux, car, dansces temps difficiles, aucun acteur culturel ne peut se plaindre que ses activités se vendentà des acheteurs qui lui apportent de précieuses ressources pour poursuivre sa« création » !Toutefois, en terme de politique publique, il est légitime de sinterroger sur lidéal quonnous prépare ainsi.Si jen crois mes amis de la ville de Nantes, la finalité de léconomie créative est claire.Prenons le projet ECCE dans lequel la ville de Nantes est lancée avec six autres villeseuropéennes : il consiste à construire un « quartier de la création » (encore la« création ») dont on nous dit quil est « un cluster culturel en émergence et vise à réunirsur un même site les acteurs de lindustrie créative mais aussi luniversité et la recherchepour créer des collaborations inédites et fécondes ». 4 Cest donc bien un projet publicrépondant aux besoins de nombreux acteurs culturels et dont lambition est de « stimulerla croissance économique et la création demplois dans le secteur culturel en créant un2 Extraits de la plaquette de présentation de la « Pépinière écocréative » à Bordeaux. Voir www.emploi- bordeaux.fr3 ibidem4 Voir entre autres larticle « le quartier de la création : un cluster en émergence » dans la revue de lObservatoire des politiques culturelles », N° 36 Hiver 2009 page 63. contacts : www.observatoire- culture.net. Voir aussi le N° 35 de la même revue : larticle de JM Lucas « Pour la reconnaissance de léconomie créative solidaire ».
  • 3. 3/ 14nouvel axe de développement au carrefour de la culture, des technologies et deléconomie. » 5Tout est bien dit. Léconomie créative est tout bénéfice : les acteurs culturels trouvent desemplois grâce aux coups de main que leur apporte la ville (couveuses dentreprise,pépinières dentreprises, formations, information.. ) Dès quils auront grandi, ils naurontplus besoin de la béquille du soutien public car ils vendront leurs services créatifs etdeviendront auto-suffisants ! La ville créative pourra donc mener une politique culturelletrès active en direction des nouveaux créateurs innovants sans avoir à remplir sans fin letonneau des Danaïdes des subventions culturelles ! Le contribuable ne peut que senféliciter !Ajoutons que ce dynamisme à lavantage de garantir lattractivité du territoire : « il y aune véritable conscience du rôle économique du secteur créatif et quune métropole doitsengager dans une politique qui permettre de se positionner parmi les villes créativesdans le cadre dune société de la connaissance de plus en plus internationale. »6Traduction : la « ville créative » devient si attractive quelle attire à elle de nouvellestêtes de plus en plus créatives ! Le cercle vertueux de la « création », en somme.En plus de tout cela, les réseaux anglo-saxons militant pour léconomie créative nousassurent que la présence des artistes dans la cité va nécessairement améliorer lharmoniesociale. Parmi les 125 arguments énoncés sur le site canadien, jai trouvé cet argumentqui mérite peut-être votre attention : « les arts soutiennent la création de communautéssaines, capables dagir ».7 Cest très beau des artistes qui apportent la vie « saine » à lasociété ! Ailleurs, on insiste encore pour nous convaincre que léconomie créative vafavoriser « limplication citoyenne ».Vous avez compris quavec cette économie créative nous bénéficions dun triple miracle :« croissance des emplois » pour les cultureux, « attractivité du territoire » devenuinnovant et même « harmonie » dans la société des citoyens libres ! »Pourquoi alors prendre une attitude critique un peu moqueuse pour évoquer ce modèledavenir culturel ? Non pour des raisons de « faits » - il est sans doute mieux davoir unemploi, dattirer les touristes, de favoriser le lien social, dinnover grâce aux œuvres desartistes et aux pensées des savants et philosophes du réenchantement du bas-monde -mais plutôt pour des raisons de valeurs. Quelles sont donc les valeurs de la « vie bonne »qui nous sont promises ? Au delà des parfaites finalités de cette économie créative -« croissance des emplois », « attractivité », « harmonie » – qui est vraiment le maîtredes valeurs ?Figurez vous que cette question est incongrue car la réponse est aussi évidente5 Ibidem,.page 636 Ibidem, page 657 Voir le site http://creativecity.ca/english/creative-city-news-mainmenu-326/e-newsletter-mainmenu- 272?task=view
  • 4. 4/ 14quimmédiate : la valeur dune activité créative sera, bien sûr, donnée par le systèmedéchange marchand concurrentiel. Car léconomie créative na de sens que si, grâceaux interventions publiques, le créateur « vole de ses propres ailes ». Il deviendraalors, ce que lon appelle un « véritable professionnel » ! Cela signifie que sacréativité devra intéresser des acheteurs, privés ou publics ; il doit devenir bientôt« auto-suffisant » avec des services créatifs qui se vendent suffisamment bien pourgarantir la rentabilité de son projet. Léconomie créative atteint ainsi son idéal : uncréateur « utile », puisquil répond à des besoins, un créateur « rentable », puisquil estreconnu par de bons clients ! Léthique de léconomie créative est tout simplementléthique de la rentabilité concurrentielle, comme valeur de référence de la « viebonne ».Disons-le à lenvers, si notre acteur culturel crée des marionnettes sans acheteur ou de lamusique inventive invendable, ces activités nont pas de « valeurs » collectives. Ellesont une valeur pour lui et pour ses amis, donc dans la sphère des valeurs privées, maispour le bien-être de la société, dans son ensemble, elles ne valent rien car elles nepromettent pas de devenir un jour des services achetés et vendus avec profit sur desmarchés libérés de toute entrave. Un service créatif qui nest pas auto-suffisant naaucune « bonne » raison dexister pour le collectif.Sans doute pensez vous que je décris ici les intentions des « méchants » capitalistes quine songent quà exploiter à leur profit le talent des honnêtes créateurs ou que jévoque lesélus des collectivités qui sont prêts à acheter très chers sur le marché international lesservices dartistes dont la renommée apportera la gloire à leur territoire ? Ce serait unegrave erreur de compréhension des enjeux car léthique de la rentabilité ne repose passur de telles « mauvaises » intentions. Bien au contraire, elle revendique dêtre lasource de la « vie bonne »8 dans nos sociétés de liberté. Elle doit être comprisecomme une valeur politique fondatrice sur laquelle repose lorganisation de notredémocratie, notamment au niveau européen. Ainsi, pour prendre un texte de référenceparmi tant dautres, lUnion Européenne en 2006 a déclaré, au nom de cette société de laconnaissance évoquée plus haut quil était impératif de libéraliser le marché desservices, cest à dire de renforcer au nom du progrès la concurrence dans ce secteur. Cestla fameuse directive « services » 9 qui affirme clairement comme norme de la vie« bonne », le développement de la compétition marchande des services. Or, quelles quepuissent être les envies et opinons des acteurs culturels, leurs activités entrent dans lechamp de la directive : elles relèvent de « léconomie créative ». Sera donc « bon »,pour construire lavenir de lEurope, le service culturel qui se vend bien en régime8 On peut rappeler que dans une tradition ancienne, fortement réactualisée par la philosophie politique anglo-saxonne « le concept de « vie bonne » correspond à lidée que chaque individu cherche à réaliser dans sa vie un but ou projet qui est pour lui un bien et qui lui permet de donner du sens à sa vie ( selon Martin Provencher , dans « petit cours déthique et politique) . Pour donner une référence parmi beaucoup dautres aux enjeux politique de la « vie bonne » dans une société de liberté, on peut citer Charles Taylor dans un ouvrage aisé daccès « le malaise de la modernité », éditions du cerf, 2008 :9 Voir Directive 2006/123 Ce du Parlement européen et du conseil du 12 décembre 2006 relative aux services dans le marché intérieur.
  • 5. 5/ 14de concurrence. Cest bien léthique de la rentabilité qui est mise en premier plan duVivre ensemble en démocratie.Écoutez bien ce passage qui, en même temps, quil plaide pour cette éthique de larentabilité nous fait, heureusement, comprendre quil serait temps de revendiquerdautres éthiques de la culture pour continuer à croire à lEurope :En page 37 de la Directive « services » :« Le parlement européen et le conseil ont souligné que lélimination des obstaclesjuridiques à létablissement dun véritable marché intérieur représente une prioritépour laccomplissement de lobjectif fixé par le conseil européen de Lisbonne en 2000de renforcer lemploi et la cohésion sociale, et de parvenir à une croissanceéconomique durable afin de faire de lunion européenne léconomie fondée sur laconnaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde dici 2010,accompagnée dune amélioration quantitative et qualitative des emplois ».102010, nous y sommes ! Peut-on dire pour autant que cette éthique de la rentabilité nousa rapproché du miracle de « dynamisme », de « qualité demplois », « de cohésionsociale », promis par cette « société de la connaissance » et de son « économiecréative » si parfaite ? Disons que le miracle est moins évident que sa promesse et,raisonnablement, nous pouvons nous donner le droit dinterrogertion. Peut-on accepter siaisément dans notre démocratie la soumission des enjeux culturels à la seule logique detransformation du sensible en services marchands vendus au mieux offrant ?Pour poser des limites à cette éthique affichée par léconomie créative, je donneraitrois exemples parmi beaucoup dautres :1- Avec léthique de la rentabilité, lidée même de service public de la culture devientobsolète. Il faut seulement parler de « service économique dintérêt général » dont lasignification na pas encore été bien saisie par les milieux culturels. Laffaire est simple :10 Pour confirmer la fascination pour la culture de marché , notez par exemple que les services de la commission européenne viennent même de lancer une large consultation sur le bel avenir de léconomie créative en nous rappelant que « le secteur de la culture et de la création fournit des emplois de qualité à cinq millions de personnes dans l’Union européenne et représente 2,6 % du PIB européen. Les industries culturelles et créatives connaissent également une croissance plus rapide que la plupart des secteurs de l’économie. Les industries culturelles et créatives peuvent aussi avoir des retombées positives sur un large éventail d’autres entreprises et sur la société dans son ensemble. De nouveaux marchés s’ouvrent aux petites entreprises. Toutefois, ces entreprises rencontrent souvent des obstacles qui les empêchent d’exploiter tout leur potentiel. Cette consultation publique encouragera les parties intéressées et d’autres acteurs à se pencher sur certaines questions, telles que : Comment faciliter l’accès au financement pour les petites entreprises et les microentreprises dont le seul atout est la créativité ? Comment l’Union européenne peut-elle aider à assurer une combinaison adaptée de compétences créatives et de compétences managériales dans ce secteur ? Comment stimuler l’innovation et l’expérimentation, et encourager notamment un usage plus large des technologies de l’information et de la communication ? » (présentation faite par Irma actu sur http://www.irma.asso.fr/Consultation-publique-sur-les?xtor=EPR-47.)... Autant dire « business is business », culturel ou pas ! !
  • 6. 6/ 14quand le marché dun service ne dégage pas assez de rentabilité et nintéresse pas lesentreprises lucratives, alors la collectivité publique peut remplir le vide. Elle devient, pardéfaut, « entrepreneur » du service manquant, du moins tant que le marché ne redevientpas profitable. LUnion européenne autorise ainsi la mise en place de « serviceséconomiques dintérêt général » que la collectivité publique organisera en lançant unappel doffres mettant en concurrence - toujours la concurrence - les prestatairespossibles du dit service. Ce qui est essentiel pour notre raisonnement cest que ce« service économique dintérêt général » peut être fourni indifféremment par desentreprises privées lucratives ou par des organismes non lucratifs : léthique dufournisseur de service importe peu à lautorité publique, ce qui compte uniquement cestque la prestation soit obtenue au moindre coût pour le contribuable. Aux prestataires dese débrouiller pour rester viables dans ce cadre. Concurrence et rentabilité, même pourlaction publique !Si jévoque cette éthique de la rentabilité appliquée aux collectivités publiques, cest queles activités culturelles sont considérées comme des services ordinaires qui néchappentpas à la norme générale ! Dailleurs, beaucoup dentre vous sont déjà pris dans cetteseringue des appels doffres concurrentiels et, même si lon vous dit que la méthode eststrictement du ressort des juristes, vous ne pouvez pas avoir la naïveté de croire que votrestatut na pas considérablement changé : avec le « service économique dintérêt général »et ses appels doffre, vous devenez des « prestataires de services » gérants dépiceriesculturelles ! Dans ce cadre politique où sinstalle « léconomie créative », ce que vouscontinuez à appeler « la culture » ou « lart » est à lire comme fournitures de produits, ensituation de rivalité par rapport à tous leurs frères de culture !Cette éthique de la rentabilité même pour gérer les interventions publiques culturelles,avouez que ça fait un choc ! Mais la lecture de la circulaire du premier ministre sur lessubventions aux associations vous le confirmera 11: le vieux système de la subventionpour cause de valeur artistique ou culturelle du projet nest plus quune exceptionarchaïque par rapport à la norme du « service économique dintérêt général », qui, lui-même, je lai rappelé, est déjà une exception à la règle sacrée du marché libre.( le fameuxarticle 107 du traité de lunion). Lappel doffres concurrentiel, voilà la logique publiquede léconomie créative, traduction pratique du sort qui attend les cultureux dans unesociété de liberté vantant les bienfaits de léthique de la rentabilité.2- Un second exemple contraint aussi à interroger la couleuvre de léconomie créative :11 Extrait de la circulaire du 18 janvier relative aux relations entre les pouvoirs publics et les associations ; JORF N° 0016 du 20 janvier 2010 : « Un nombre croissant dactivités exercées par les associations entrent dans le champ dapplication du droit communautaire , notamment parce quelles sont considérées comme étant de nature économique » ou « Une association sans but lucratif exerçant une activité économique dintérêt général et sollicitant un concours financier public sera qualifiée « dentreprise » au sens communautaire... ». « Cette notion dactivité économique recouvre quel que soit le secteur dactivité tout offre de biens et de services sur un marché donné »., ou « le fait que lentité susceptible de bénéficier dun concours public ne poursuive pas de but lucratif ne signifie pas que ses activités ne sont pas nature économique » , et le reste à lavenant !
  • 7. 7/ 14prenons le cas - dont on se demande parfois sil est extrême -- de ces jeunes chinois quiont la « chance » de pouvoir jouer aux jeux vidéos en ligne de 8 heures du matin à 20heures le soir avec une demi heure de pose, un salaire de 90 euros par mois et unlogement sur place, le tout pour vendre un service qui consiste à faire avancer lapuissance des avatars de cadres occidentaux qui nont pas le temps damasser les ors etles armes de leur personnage préféré : léconomie est bien créative, elle est bien rentablemais sa valeur donne le frison : comment lapprécier en terme de dignité des personnesainsi amputées de leur liberté ?3 - Le troisième exemple est éthiquement encore plus douloureux : que peut signifierpour la construction de lHumanité, cette économie créative qui nourrit lattractivité duterritoire ? Beaucoup diront quil sagit là dune nécessité pragmatique dans un mondecruel où les territoires sont en concurrence les uns vis à vis des autres. Mais il faudraitdire cette vérité autrement si lont tient à conserver une spécificité aux enjeux culturels endémocratie : avec léconomie créative, les villes sorganisent activement pour capter chezelles les talents créatifs venus dailleurs. Les meilleurs doivent être ici et non ailleurs. Lescultureux apportent alors leurs « munitions » créatives à la lutte acharnée, au combatpermanent des territoires pour dominer les autres. En obéissant à la seule éthique de larentabilité, le territoire public de léconomie créative ne fait quorganiser « la guerreculturelle de tous contre tous ». Il réduit lenjeu culturel dans la société de liberté à desflux dagression. Bel avenir que lon nous prépare ainsi !Pour léviter à lHumanité, un autre voie doit être explorée.LÉCONOMIE CRÉATIVE SOLIDAIRE COMME DISPOSITIF POLITIQUEDE LÉTHIQUE DE LA DIGNITÉ CULTURELLE.Si lidée dune autre perspective est acceptée, on doit alors prendre au sérieux lidée« déconomie créative solidaire ».Là encore, il sagit moins de « faits » que de « valeurs » car avec léconomie créativesolidaire apparaît la conviction politique que, dans une démocratie, « léconomie » devraitêtre considérée comme un outil au service de finalités supérieures. « Léconomie », ici, nese dissocie pas du « politique », comme le dit excellemment Jean Louis Laville 12. Pas derejet de « léconomie » par la « culture », pas de rejet du « privé » par le « public », parcontre, une affirmation politique que le marché ne peut plus être et rester le maîtreétalon de la valeur culturelle. Avec « léconomie créative solidaire », léthique de larentabilité doit se replier et céder sa place à un autre idéal pour construire le « mieux Vivre ensemble ».Ceci étant souhaité, le terme « solidaire » nest pas très encourageant pour dessiner cetterecomposition des valeurs de la « vie bonne » ; Il fait peur car il laisse croire à uneespèce de charité des riches (en revenu ou en capital culturel) vers les pauvres. Il convient12 Sur la compréhension détaillée de léconomie solidaire, voir la référence indispensable à Jean Louis Laville : « la politique de lassociation » : éditions du Seuil, Paris 2010.
  • 8. 8/ 14mal aux préoccupations des créateurs qui, vous le savez, ne veulent ni être pris dans lesrets de la philanthropie, ni passer pour des « assistantes sociales » devant sauver lespopulations incultes, comme on la entendu si souvent. « Solidaire » na pourtant pas cesens étroit. Il faut le comprendre en termes politiques, à travers lidée que dans unesociété de liberté qui croit encore en lHumanité, les êtres humains sontinterdépendants. Le futur de la société nest pensable que si cette interdépendance estrégie par des relations respectant les principes des droits de lhomme etparticulièrement son article premier : « les êtres humains naissent libres et égaux endignité et en droits ».Léconomie créative solidaire reprend à son compte ce premier principe des droitshumains qui fait de lenjeu culturel un enjeu universel. En effet, affirmer la dignitédune personne revient à la reconnaître dans son identité culturelle, dans sa culture.Cette reconnaissance est une condition indispensable pour que sétablissent des« relations dinteractions » permettant les réciprocités entre les personnes ; cest uneexigence de la construction collective du vivre ensemble de libertés hétérogènes. Ondira donc que « léconomie créative solidaire » est un dispositif de politiquepublique qui mise sur la « création », la « créativité », « linnovation » et autresnouveautés du monde de limaginaire mais qui valorise ces activités en fonction dece quelles apportent à la dignité culturelle des personnes dans lélaboration du bienvivre ensemble : « léconomie créative solidaire » place ainsi en rang premier la volontédes acteurs de respecter, dans leurs relations avec les autres, léthique de la dignitéculturelle. Le maître des valeurs nest plus le marché omnipotent mais lexigence éthiquede respecter le mieux possible les droits de lhomme dans toutes leurs dimensions, ceque la Déclaration de Fribourg énonce comme définissant les droits culturels despersonnes. 13Vous pensez certainement que tout cela nous fait une utopie intellectuelle de plus, sanslendemain possible dans une Union européenne qui a résolument choisi léthique de larentabilité ! Mais ce serait pur défaitisme de votre part. Car lUnion dans la mêmedirective « services » que je rappelais tout à lheure a parfaitement compris que« léthique de la dignité » était une référence inévitable pour construire unedémocratie dêtres libres et autonomes. Pour lUnion, pas de liberté, dégalité et defraternité sans volonté collective de respecter les êtres humains dans leur dignité. Cenest donc pas un mot de plus, mais une valeur fondamentale qui permet de bienorganiser la société de liberté. Il suffit de lire la page 39 de la directive poursapercevoir que léthique de la dignité culturelle est bien là, gênante mais présente ,comme une grosse épine dans le pied des principes concurrentiels : si vous ne connaissezpas la directive, vous allez être étonnés car, pour lUnion. On lit ainsi :« La présente directive ne devrait pas couvrir les services sociaux dans les domaines dulogement de laide à lenfance de laide aux familles et aux personnes dans le besoinqui sont assurés par lÉtat, au niveau national, régional ou local, par des prestataires13 Voir #http://www.aidh.org/ONU_GE/Comite_Drtcult/decla-fribourg.htm et par exemple Patrice Meyer Bisch : #http://www.droits-fondamentaux.org/spip.php?article149
  • 9. 9/ 14mandatés par lÉtat ou par des associations caritatives reconnues comme telles parlÉtat avec pour objectif dassister les personnes qui se trouvent de manièrepermanente ou temporaire dans une situation de besoins particuliers en raison delinsuffisance de leurs revenus familiaux ou dun manque total ou partieldindépendance et qui risque dêtre marginalisé.Ces services sont essentiels pour garantir le droit fondamental à la dignité et àlintégrité humaine et sont une manifestation du principe de cohésion sociale desolidarité et ne devrait pas être affecté par la présente qui directive. »Je ne vous ai donc pas menti : léthique de la dignité qui reconnaît la personne danslintégrité de ce quelle est, cest à dire dans lintégrité de sa culture, nest pas une utopie,cest bel et bien une référence explicite pour les décideurs politiques au niveau de lUnion! ! Une référence qui conduit même à chasser léthique de la rentabilité hors de sa vuelorsque le droit fondamental à la dignité humaine est menacé. Exit la directive serviceset son obsession concurrentielle !La seule difficulté est que cette légitimité fondamentale est réservée aux personnes« pauvres », « dans le besoin », « marginalisées » ? Curieux, nest ce pas pour uneorganisation politique qui se réfère aux droits de lhomme ! Pourquoi lenjeu de ladignité ne concernerait-il pas toutes les personnes dès lors que leur identitéculturelle serait mise à mal par le système concurrentiel ? Cest dailleurs ce que nousdisent les accords de lUnesco sur la diversité culturelle et les droits culturels : lareconnaissance des identités culturelles - qui ne contreviennent pas elles-mêmes auxdroits de lhomme - est la condition de la dignité des personnes et par là elle primesur la logique du marché. 14 A ce titre, compte tenu des signatures apposées par notrepays à ces accords internationaux, « léconomie créative solidaire » devrait être laréférence de toute lorganisation des dispositifs de politique culturelle, de lEtatcomme des collectivités. Au contraire de « léconomie créative » qui fait de la rentabilitéson éthique et rejette à ses marges, ses quartiers et ses « populations » dépendantes, lavaleur de dignité, « léconomie créative solidaire » devra mettre la dignité culturelle aurang de valeur principale de laction culturelle et laisser la rentabilité dans son simple rôledoutil de gestion.« Economie créative », « économie créative solidaire » : voilà bien pour chaque élu unequestion de bon choix politique entre valeur de dignité culturelle et valeur de rentabilitédes services créatifs.14 On réfère ici à la déclaration universelle sur la diversité culturelle de 2001 , à la convention sur la sauvegarde du patrimoine culturel universel, à la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Voir sur le site de lUnesco : #http://portal.unesco.org/culture/en/ev.php- URL_ID=34325&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html et #http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php- URL_ID=34321&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html
  • 10. 10/ 14Néanmoins, je sais que cette référence à la dignité culturelle ne vous enchante guère,vous qui êtes persuadés que la création artistique détient, par nature, une légitimitésupérieure à toutes les autres. Sans nul doute, vous préféreriez continuer à raisonner entermes de « création », « doeuvres de lart et de lesprit », de « public cultivé et fidèle» ,avec, de temps à autre, une petite attention pour les « populations défavorisées ».Il me faut donc prendre des exemples pour, au moins, semer le doute dans votre esprit.1 - Le premier exemple est dautant plus pertinent que je ne lai pas choisi : il nous estimposé par lactualité du jour à Amiens où le président du conseil général a refusélouverture dune exposition de dessins à la bibliothèque départementale ! Vousobserverez aisément avec moi quil sagit ici dun conflit de dignités culturelles. Dun coté,la dignité des professionnels de la culture, artistes et organisateur dont la légitimité estsolidement arrimée au principe de la liberté dexpression. Il sagissait, en effet, demontrer des dessins érotiques dillustrateurs aussi renommés quUngerer, Claveloux ouHeitz. La commissaire de lexposition, agrégée et spécialiste de « littérature jeunesse »,ne manquait pas non plus de marques manifestes de respectabilité !Pourtant - pour vous montrer que la référence à léthique de la dignité nest pas unequestion philosophique stratosphérique mais une donnée pratique qui impacte la conduitedes projets artistiques – cette dignité de la liberté artistique sest trouvé confrontée àune autre dignité culturelle plus forte quelle. Le Courrier Picard 15nous indique eneffet que le président du Conseil général a considéré quil devait annuler lexposition pouratteinte à limage de la dignité des femmes : « cest en pleine conscience que jai priscette décision car jai estimé que certains dessins étaient vecteurs dune imagedégradante de la femme et je refuse que la collectivité départementale soutienne unetelle approche de la sexualité qui me semble opposée à nos valeurs démancipation ».Image de la femme versus liberté dexpression artistique, la tension des dignités est bienau coeur de la politique culturelle.Je profite de cet exemple pour essayer dexpliquer que léthique de la dignité a unavantage important pour les acteurs de lart : elle nécessite que le débat dans lespacepublic soit permanent pour apprécier ce qui fait dignité culturelle pour les uns etpas pour les autres. Pleinement ancrée dans lunivers sensible des personnes, la questionde la dignité ne peut jamais être parfaitement résolue avec les outils de la raison. Ellenest jamais réglée davance et aucun dispositif ne pourra définir les conditions parfaitesqui éviteraient les tensions intersubjectives, notamment en matière dappréciation despratiques artistiques. Léthique de la dignité rend donc nécessaire des dispositifs quiorganisent les confrontations, échanges, dialogues autour du sens et des valeurs desmultiples identités culturelles. A Amiens, le président du Conseil général a pris sadécision en jugeant quil était, à lui seul, larbitre des dignités de tous. Sil avait adoptéléthique de la dignité, il aurait mis en place le temps des discussions, le temps de « la15 Voir le Courrier Picard, alerté par lefficace « observatoire de la liberté de la création » : larticle de Daniel Muraz, « Le conseil général accusé de censure » , vendredi 28 mai 2010, page 7.
  • 11. 11/ 14palabre », respectueuse des identités et soucieuse daboutir à une solution pour le vivreensemble de libertés heureusement hétérogènes. Il sest contenté de surplomber le mondesensible de la liberté artistique par sa puissance publique, alors quavec léthique de ladignité, il aurait, au contraire, choisi la voie de la délibération publique, source activedinteractions entre les dignités culturelles.Cette conclusion conduit à penser que les acteurs culturels feraient bien de prendre ledossier de léthique de la dignité en main sils ne veulent pas, à dautres occasions, subirle même sort et voir leur liberté réduite au silence.2 - Je considère maintenant un deuxième exemple : laide à la création. Aujourdhui,lartiste qui parvient à vendre correctement ses oeuvres dispose de ressources privées etde commandes publiques qui lui permettent de poursuivre librement son activité decréation ! Si cette activité marchande ne lui pose pas de problèmes de dignité, lemarché est le bienvenu pour la société de liberté et cela convient à léthique de la dignité.La question politique apparait plutôt lorsque la nécessité de vendre pour survivre estconsidérée par le créateur comme un supplice insupportable portant atteinte à son identitéculturelle dartiste génial, donc, à sa dignité de créateur. Aujourdhui, les possibilités sontréduites de donner droit à cette revendication dautonomie artistique vis à vis du marché.On songe évidemment à la légitimité de « lexception culturelle » fondée sur léthique deloeuvre. Dans cette tradition héritée de Malraux, la création artistique doit être soutenuepar des fonds publics parce quelle enrichit les êtres humains ; elle exprime le meilleur dugénie de lhomme et, à ce titre, elle représente une référence universelle pour tous lesêtres soucieux de progrès et dharmonie du genre humain. Lenjeu du soutien public àlart est donc politique au sens où la création artistique est sensée devenir « patrimoinedes oeuvres capitales de lHumanité ».Jai observé par vos demandes au ministère de la culture que cette approche était pourvous un espoir réel de survie. Malheureusement cet espoir ne peut quêtre déçu carléthique de loeuvre nest pas compatible avec les principes démocratiques. Elle nécessiteen effet des dispositifs institutionnels qui hiérarchisent les oeuvres dart dans le secret etlarbitraire, des dispositifs qui, inévitablement, empruntent à la logique du despotismeéclairé : « Tout pour le peuple, rien par le peuple » ; avec bonne foi souvent, mais sansconsidération pour la liberté et la dignité culturelles des personnes composant la société.On ne peut donc sétonner que léthique de loeuvre seffrite et que ses partisans finissent,eux aussi, par sadapter à léthique de rentabilité, en vantant ( en vendant) le nombredabonnés de leurs institutions, de visiteurs de leurs biennales dart contemporain ou despectateurs de leurs spectacles de qualité !Pour les créateurs, la résistance à léthique de la rentabilité devrait plutôt être du coté deléthique de la dignité : en effet, la dignité de lartiste est fondée sur sa libertédexpression artistique qui na de portée que si elle peut être effective. Comme le dirait
  • 12. 12/ 14Amartya Sen 16, il sagit délargir la « liberté de ses capabilités ». Cette liberté de ladignité est première et, par conséquent, si lartiste ne voit pas son avenir dans un segmentde marché de léconomie créative, il doit être soutenu par des ressources publiques autitre du respect de sa dignité dartiste. A condition, on sen doute, quil soit « artiste », etque lexpression de sa liberté soit reconnue par des pairs mandatés par la démocratiepour apprécier son apport aux pratiques disciplinaires déjà connues. Léthique de ladignité justifie le soutien public à la création par lapplication du principe de la libertédexpression et non pour la raison politique que loeuvre choisie devrait imposer savaleur à lensemble des humains.Je ne veux pas dire que dans cette voie du respect de la liberté dexpression la solutionau subventionnement des artistes serait toute trouvée ; je veux simplement souligner queles négociations avec les responsables politiques ne seront pas les mêmes si les valeurspartagées se réfèrent à léthique de la dignité culturelle plutôt quà léthique de loeuvreou à léthique de la rentabilité.3 - Je donne un troisième exemple du changement dappréciation quapporte léthique dela dignité : en choisissant cet idéal, les acteurs culturels professionnels échappent austatut de pourvoyeurs de services créatifs auxquels les destine léthique de la rentabilité.Ils ne se contentent plus de vendre des spectacles, des musiques ou des images à desclients – privés ou publics- qui ont payé pour obtenir ce service ! Ils participent plutôt àune relation sensible avec des personnes qui se trouvent enrichies dans leur liberté dechoix ; ils participent à leur parcours démancipation.Alors, la politique publique ne peut plus considérer lactivité artistique comme relevant de« services économiques dintérêt général ». Le projet artistique nest plus dépendant dunedemande dune clientèle de publics consommateurs. Il est au contraire constitutif dunerelation personnelle dont la légitimité repose sur linterdépendance des dignitésdêtres humains égaux et sur la réciprocité de leurs apports. Dans ce cas, si lonreprend lenjeu de la dignité humaine qui figure dans la directive « services », lactivitéartistique devrait échapper à la concurrence. Le sens du combat politique pour laculture devient daffirmer que la relation culturelle de personnes à personnesétablie par léquipe artistique contribue à « garantir le droit fondamental à ladignité » et doit être considérée comme une service d intérêt général régi par desrègles propres et non par la seule exigence de rentabilité.Pour ceux qui trouveraient ce propos trop abstraits, je prends a contrario le grand loupéde la politique de soutien aux musiques amplifiées : depuis les années 1990, certains deses acteurs ont effectivement bénéficié dun soutien public mais uniquement enapplication de léthique de la rentabilité. Tous les dispositifs daides ont, en effet, étéorganisés autour de la « professionnalisation » des musiciens. Laide publique na euquune seule finalité collective : amener le musicien à vivre du fruit des ventes de samusique, à être rentable pour le dire correctement sur un segment du marché de la16 Voir notamment louvrage « Lidée de Justice » édition Flammarion 2009.
  • 13. 13/ 14musique. Si léthique de la dignité avait servi de matrice idéale à la politique culturelle, lesoutien aurait plutôt été liée à la capacité des acteurs de ces musiques amplifiées ànourrir les interactions culturelles dans la cité et, par là, à participer à la construction deparcours culturels démancipation dautres personnes,(on dit quelquefois sans raison les« jeunes ») , même si le marché du disque nétait pas au rendez–vous ! La « fabrique »de professionnels de la vente musicale que nous prépare léconomie créative ne doit pas,politiquement continuer à nous imposer sa seule loi du sensible rentable. Elle doitpolitiquement sinscrire dans une « économie créative solidaire » pour laquelle lemarché nest quun outil technique qui ne saurait imposer sa loi aux « fabriques » derelations humaines émancipatrices, construites sur linteraction des dignités culturelles depersonnes contribuant, ensemble, dans la confrontation des libertés hétérogènes, à lacréolisation du monde, pour reprendre le crédo dEdouard Glissant.17Je nen dirai pas plus mais avec la valeur de dignité culturelle, on légitime moins lasolution miracle par la rentabilité des acteurs, que la discussion dans lespace public sur lameilleure manière de faire pour améliorer la reconnaissance de lartiste, les droitsculturels des personnes, les dispositifs délaboration collective des normes du Vivreensemble - pour plus dHumanité. Léthique de la dignité culturelle ouvre ainsi surlenjeu dune meilleure justice sociale qui nécessite de prendre soin - le fameux « care »qui, bien tardivement, fait émergence dans le débat politique - des personnes dans leurcapacité à traduire en acte la liberté de leur dignité culturelle.La négociation est donc possible au plan européen, national et locale : elle consiste àdémarginaliser les enjeux de « la dignité et de lintégrité humaine » et cest sans doute auxacteurs culturels de tenter dy parvenir puisque le sens de leur activité reste laconstruction des interdépendances du sensible qui conditionnent lavenir dune humanitéplus respectueuse des identités culturelles. Cest la voie qui me semble avoir été choisienotamment par lUfisc.18Après tout, il suffirait de prolonger la voie ouverte à Quimper où la municipalité et unedizaine dacteurs culturels du projet Max Jacob 19ont signé un protocole daccord éthiquedont les principes et les engagements empruntent aux textes de lUnesco sur la diversité etles droits culturels. On retiendra ainsi deux principes et un engagement qui ouvrent lechemin de « léconomie créative solidaire » : Principe 1 : Favoriser la liberté des choix culturels des personnes et manifester le plusgrand soin au respect de leur dignité, en considérant que nul ne peut invoquer sa propreliberté pour porter atteinte aux droits de l’Homme. »17 Voir linévitable « philosophie de la relation » NRF, ainsi que louvrage dAlain Renaut : « lhumanisme de la diversité » éditons Flammarion 200918 Voir le site de lufisc #http://www.ufisc.org/ où lon peut lire dans lappel du 17 juin 2010 : « les transpositions en droit français des directives européennes renforcent une mécanique destructrice et imperméable à toute éthique du vivre ensemble en privilégiant les seuls principes de la concurrence et de la rationalité comptable. »19 Voir le site de la ville de Quimper :délibération municipale de décembre 2009 projet max jacob : #http://notes9.mairie-quimper.fr/kportal/conseilq.nsf/0/4AB20EB6D4DEFDBDC1257696004D9557? opendocument
  • 14. 14/ 14Principe 3 : Affirmer quil ny a pas de développement de projets culturels sansdynamiques artistiques revendiquées et garantir aux artistes accompagnant chaqueprojet singulier du Pôle Max Jacob, les conditions de leur liberté de création etdexpérimentation artistiquesEngagement 3 : faire connaître aux autres structures du pôle les réactions etinterrogations exprimées par les personnes. Sur cette base, proposer annuellement desinitiatives conduisant à nourrir les échanges et confrontations de sens et de valeursculturels et artistiques ; en particulier, contribuer, au sein du pôle Max Jacob, àconstruire le débat collectif et la vie sociale à partir dune présence forte de la créationartistique, accordant une attention prioritaire à lactualité des différents courantsartistiques et des débats esthétiques.Pour passer ainsi de « léconomie créative » avec toutes ses qualités inventives à« léconomie créative solidaire » qui la replace dans la construction dune Humanité pluscoopérative, plus attentive aux autres et plus déterminée au respect des dignités dechacun et des autres.