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Les sports d'aventure : vecteurs de la démarche interculturelle

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Les sports d'aventure : vecteurs de la démarche interculturelle. …

Les sports d'aventure : vecteurs de la démarche interculturelle.
Valentin Cadiot : Mémoire de 1ère année de Magistère de Communication Interculturelle de l'Inalco (Institut National des Langues et Civilisations Orientales)

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  • 1. Magistère C2I : Communication Interculturelle de l’Inalco Filière Communication et Formation Interculturelles Institut National des Langues et Civilisations Orientales Les sports d’aventure : Vecteurs de la démarche interculturelle Mémoire de fin de première année soutenu par Valentin CADIOTDirecteur de recherche : Peter Stockinger Promotion 2011-2012 Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 1 INALCO, 2012
  • 2. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 2 INALCO, 2012
  • 3. Cadiot, Valentin : « Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle. »Rapport pour l’obtention du Diplôme du Magistère de niveau M1 en CommunicationInterculturelle de l’INALCO (Mag-C2I). Paris, Institut National des Langues et Civilisations Orientales(INALCO) – Filière de Communication et Formation Interculturelle (CFI), 2012 Jury d’examen 1 – Peter Stockinger 2 – Michel Fournié Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 3 INALCO, 2012
  • 4. A François, sans qui je n’aurais jamais découvert la montagne.Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 4 INALCO, 2012
  • 5. Résumé « Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle ». Leproblème posé dans ce travail consiste à essayer de comprendre dans quellesmesures la pratique d’une activité sportive dite « d’aventure » engendre un dialoguedes cultures, et d’analyser en quoi le tourisme d’aventure favorise-t-il la découverteet le respect des autres cultures. L’objectif est donc double. Il est à la fois dedémontrer que la pratique de ces sports participe au développement de la démarcheinterculturelle, et de montrer que le tourisme d’aventure offre une alternative autourisme de masse, en terme de respect de la diversité culturelle. L’étude de ce sujet a été faite en se fondant sur trois sports d’aventuresreprésentatifs : l’escalade, l’alpinisme et le trekking, en étudiant en particulier ledéveloppement du trekking et de l’alpinisme au Népal, et ses conséquences sur lespopulations, ainsi qu’en s’appuyant sur des points de vue de professionnels dessports d’aventures : des guides de haute montagne et des formateurs à l’ENSA(Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme). La pratique des sports d’aventure permet donc d’engendrer des rencontresinterculturelles, mais celles-ci ne sont pas sans conséquences, et il convient de lesidentifier et de les comprendre. Abstract « Adventure sports: vectors of the intercultural approach ». The problem in thiswork is to understand to what extent the practice of an “adventure sport” creates adialogue between cultures, and to analyze how adventure tourism does promote thediscovery and respect of other cultures. There are two main goals in this work. It isboth to demonstrate that these sports helps develop the intercultural approach, andto show that adventure tourism offers an alternative to mass tourism, in terms ofrespect for cultural diversity. This study was based on three representative adventure sports: rock-climbing,mountaineering and trekking, exploring in particular the development of trekking andmountaineering in Nepal, and its consequences on local populations, as well asasking the point of view of professionals about adventure sports : mountain guidesand instructors at the ENSA (National School of Ski and Mountaineering) located inChamonix, France. The practice of adventure sports can therefore lead to intercultural encounters,but these are not without consequences, and should be identified and understood. レジュメ 「冒険のスポーツ:アプローチの異文化間のベクトル」。この論文の課題は「冒険」と呼ばれるスポーツの行うことは異文化間の対話を生成します。どの程度まで理解しようとすると、冒険旅行が推進方法を分析することであることか他の文化のための発見と尊敬しますか?目的は 2 つあります。それは両方がこれらのスポーツが異文化アプローチを開発し、冒険旅行は、文化的多様性の尊敬の観点から、 Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 5 INALCO, 2012
  • 6. マスツーリズムに代わるものを提供することを示すに役立つことを実証することである。 この主題の研究は 3 つの代表的な冒険のスポーツに基づいて行われます:ロッククライミング、登山、とトレッキング。特にネパールでトレッキングや登山の発展、と国民にその結果を分析します。ついに、冒険のスポーツのプロの視点で描きます:そのプロは ENSA(スキーと登山の国立学校)での山岳ガイドやインストラクター。冒険のスポーツの行うことは、したがって、異文化間の出会いにつながることができますが、これらは影響がないわけではありません。それらを識別し、理解する必要があります。 Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 6 INALCO, 2012
  • 7. SommaireRESUME………………………………………………………………………………………………………….5ABSTRACT……………………………………………………………………………………………………....5レジュメ...............................................................................................................................................5AVANT-PROPOS………………………………………………………………………………………………..8CHAPITRE 1 INTRODUCTION : SPORTS D’AVENTURE ET INTERCUTUREL……………………….9 1.1 LES SPORTS D’AVENTURE...........................................................................................................9 1.2 L’INTERCULTUREL……………………………………………………………………………………………….10 1.3 LIEN ENTRE SPORTS D’AVENTURE ET DEMARCHE INTERCULTURELLE…………………..…….10 1.3.1 Le tourisme d’aventure…………………………………………………………………………10 1.3.2 Problématique…………………………………………………………………………………..11CHAPITRE 2 DEMARCHE DE MA RECHERCHE…………………………………………………………12 2.1 LES OBJECTIFS DE MON ETUDE…………………………………………………………...…………12 2.2 LES DIFFERENTS AXES DE RECHERCHES……………………………………………………..……12 2.2.1 Trois sports définis……………………………………………………………………………..12 2.2.2 « Porteurs de l’Himalaya » : Un ouvrage spécifique………………………………………..13 2.2.3 Le point de vue d’un guide de haute montagne……………………………………………..13 2.2.4 L’offre de voyage des agences de tourisme d’aventure……………………………………14CHAPITRE 3 L’ESCALADE…………………………………………………………………………………..15 3.1 PRESENTATION DU SPORT…………………………………………………………………………...15 3.2 LA « CULTURE DU ROCHER »……………………………………………………………………...….17 3.3 L’ESCALADE ET LA DEMARCHE INTERCULTURELLE………………………………………...……..18CHAPITRE 4 LE TREKKING ET L’ALPINISME……………………………………………………………20 4.1 LE TREKKING, UN NOUVEAU MODE DE TOURISME……………………………………………..….20 4.2 L’ALPINISME, UNE SOURCE DE RICHESSE INTERCULTURELLE…………………………………..20 4.3 DES PERCEPTIONS DIFFERENTES DE LA MONTAGNE……………………………………………..22 4.3.1 Montagne et spiritualité………………………………………………………………………...22 4.3.2 La vision occidentale de la montagne………………………………………………………..24 4.3.3 Etude de cas : La vision de la montagne au Népal…………………………………………24CHAPITRE 5 SPORTS DE MONTAGNE ET DIVERSITE CULTURELLE………………………………27 5.1 LA CONQUETE DES ALPES ET DE L’HIMALAYA…………………………………………………...…27 5.1.1 Les Alpes, un affrontement des Nations……………………………………………………..27 5.1.2 L’Himalaya, un nouveau terrain de jeux……………………………………………………..29. 5.2 L’ATTRAIT POUR LES VACANCES SPORTIVES PROCHES DE LA NATURE, UN PHENOMENECULTUREL ? ..........................................................................................................................................30 5.2.1 La clientèle du trekking………………………………………………………………………...30 5.2.2 Le développement du trekking dans le tourisme……………………………………………32 5.2.3 Les raisons qui poussent l’Homme à faire de l’alpinisme………………………………….33. 5.3 LES ARGUMENTS DE VENTE DES AGENCES DE VOYAGES D’AVENTURE………………………..34CHAPITRE 6 ETUDE DE CAS : LE TREKKING ET L’ALPINISME AU NEPAL……………………….36 6.1 LA DIVERSITE ETHNIQUE DU NEPAL ET LE MYTHE DU SHERPA………………………………….36 6.2 LE RAPPORT OCCIDENTAUX/GUIDES ET PORTEURS NEPALAIS………………………………….37 6.2.1 Les conséquences de la rencontre Occident/Népal par le tourisme d’aventure………...37 6.2.2 L’acculturation : Un des risques de la rencontre interculturelle ? ...................................38CONCLUSION …………………………………………………………………………………………………40ANNEXE…………………………………………………………………………………………………………43BIBLIOGRAPHIE……………………………………………………………………………………………….44FILMOGRAPHIE………………………………………………………………………………………………..44RESSOURCES INTERNET…………………………………………………………………………………...44 Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 7 INALCO, 2012
  • 8. Avant-propos Le choix de ce sujet de travail de recherche découle de ma passion pour lessports d’aventure, et en particulier des sports de montagne, comme l’escalade etl’alpinisme. De mon expérience personnelle, et avec le temps, j’ai peu à peu réaliséque c’est la pratique de ces sports qui m’a encouragé à voyager et qui m’a permis dem’ouvrir sur le monde, sur ses différentes cultures, et ses langues multiples. Pour le mémoire de fin de première année, à rédiger dans le cadre dumagistère en communication interculturelle de l’Inalco, j’ai donc immédiatementpensé à trouver un sujet de recherche combinant à la fois ma passion pour les sportsd’aventure, mon goût pour les voyages, et mon intérêt pour la communicationinterculturelle dans tout ce qu’elle implique. Je suis donc très heureux d’avoir pu réaliser ce travail, qui vise à démontrerque la pratique des sports d’aventure engendre un processus de démarcheinterculturelle. Ces sujets d’études me passionnent, je vous laisse les découvrir. Valentin Cadiot Paris - 03/06/2012 Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 8 INALCO, 2012
  • 9. Chapitre 1 I n t r o d u c t i o n : Sp o r ts d ’ a v e n t u r e e t interculturel 1.1 Les sports d’aventure Le terme de « sport d’aventure » est assez large, est renvoie à des activitéssportives qui se pratiquent majoritairement en milieux naturels, que ce soit enmontagne, en mer, dans des déserts, des forêts, sur des rivières, etc… Nous pouvons essayer de faire une liste des sports d’aventures : Sports demontagne (ski, alpinisme, escalade, randonnée,…), les sports d’eau (surf, kayak,voilier, rafting, canyoning,…), les sports aériens (parapente, kite surfing, …) ouencore le cheval, le VTT, la spéléologie, etc… Mais il est difficile de réaliser une listeexhaustive de ces sports. En effet, la limite de ce qu’est un sport d’aventure n’estpas clairement définie. D’un point de vue général, le sport d’aventure implique ungoût pour l’effort physique, un goût pour l’aventure, mais également un désir dedécouverte, que ce soit la découverte d’une région du globe ou d’un milieu naturelbien précis. Ainsi les sports d’aventure se pratiquent souvent en fonction del’environnement naturel du pays où l’on est, de son climat, et de sa géographie.Selon le pays où l’on se trouve, les conditions environnementales qu’il offre nepermettent que la pratique de tel ou tel sport d’aventure. Certains pays sont doncconnus particulièrement parce que leur milieu naturel et les conditionsgéographiques permettent la pratique d’un sport d’aventure précis. Par exemple, lefroid et la neige du grand nord canadien permettent de faire du chien de traîneaux,les vagues de Hawaii favorisent la pratique du surf, ou encore les dunes de sablesdu désert du Sahara encouragent la pratique du trekking et de la randonnée. Nous pouvons donc dire que la pratique d’un sport d’aventure bien particulierimplique à la base un intérêt ou au moins une curiosité pour la « cultureenvironnementale et climatique » du pays d’origine de la pratique de ce sport. C’est pourquoi les sports d’aventures favorisent les « voyages d’aventures » Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 9 INALCO, 2012
  • 10. 1.2 L’interculturel D’un point de vue très général, le terme « interculturel » désigne une situationd’interaction entre des individus de cultures différentes. Il existe de très nombreusesdéfinitions de la culture, voici l’une d’entre elles : « L’ensemble des traits distinctifs,spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou ungroupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droitsfondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et lescroyances.1 » Il est important de prendre conscience de l’ampleur de la diversité culturelleprésente sur le globe. En effet de nombreuses « aires culturelles », elles mêmesdivisées en « sous cultures » couvrent l’ensemble du monde, où chacune a sesparticularités et des codes culturels différents. En connaissance de cette réalité, il estdevient alors intéressant d’observer et de comprendre ce qu’il se passe lorsque deuxindividus ou deux groupes d’individus aux codes culturels différents entrent eninteraction les uns avec les autres. Les notions de communication interculturelle et de démarche interculturelleprennent alors tout leur sens, et témoignent d’une volonté d’un groupe culturel auxcodes culturels bien spécifiques à entrer en interaction avec un autre, à générer unprocessus de communication et de découverte de l’autre. La démarche interculturellesignifie que l’on prend part à un processus de communication interculturelle, et celasuppose de : se décentrer (cest-à-dire objectiver son propre système de références,à s’en distancier, et donc de s’ouvrir à l’existence d’autres systèmes), se mettre à laplace des autres (cest-à-dire développer des capacités d’empathie, et ne pasgénéraliser), coopérer (dépasser les préjugés, faire la démarche d’essayer decomprendre l’autre, comment il perçoit la réalité et comment il me perçoit). 1.3 Lien entre sports d’aventure et démarche interculturelle 1.3.1 Le tourisme d’aventure1 Définition de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture) Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 10 INALCO, 2012
  • 11. Pour comprendre le lien qui relie les sports d’aventure et la démarcheinterculturelle, il convient de revenir au fait que la pratique des sports d’aventureimplique majoritairement le désir de la découverte d’un nouveau milieu naturel, etd’un nouvel environnement, souvent d’un nouveau pays. Pratiquer un sportd’aventure encourage donc à voyager et à pratiquer ce que l’on appelle le « voyaged’aventure », donc de pratiquer le tourisme d’aventure, cest-à-dire voyager dans uneoptique de découverte d’un nouveau lieu et ce au moyen d’une activité sportive. « Letourisme d’aventure désigne par là des voyages de découverte d’un pays lointain,dans des régions peu touchées par le tourisme de masse, selon une thématique à lafois sportive et culturelle.2 » Le rôle du tourisme d’aventure est donc très important car c’est bien lui quipermet de mettre en route le processus de démarche interculturelle, en envoyant lespratiquants de sports d’aventures découvrir de nouvelles régions du monde et lescultures qui leur sont rattachées. 1.3.2 Problématique Ainsi, c’est en m’intéressant à la pratique des sports d’aventure et auxvoyages que celle-ci peut entraîner, que je me suis posé deux questions, auxquellesje vais tenter de répondre tout le long de ce travail : - Dans quelles mesures la pratique d’une activité sportive dite « d’aventure » engendre-t-elle un dialogue des cultures? - En quoi le tourisme d’aventure favorise-t-il la découverte et le respect des autres cultures?2 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997, p14. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 11 INALCO, 2012
  • 12. Chapitre 2 Démarche de ma recherche 2.1 Les objectifs de mon étude Mes recherches traitent deux sujets bien distincts : les sports d’aventures et ladémarche interculturelle, et visent à comprendre le lien qui les unis. Ainsi monobjectif pour ces études est double. Dans un premier temps, je souhaiterais démontrer que la pratique d’un ou dessport(s) d’aventure, participe au développement de la démarche interculturelle, etceci pour plusieurs raisons que nous allons étudier tout au long de ce travail. Dans un second temps, et après avoir défini le lien qui unissait les sportsd’aventure, la démarche interculturelle, et le tourisme d’aventure, je chercherais àmontrer en quoi le tourisme d’aventure pourrait offrir une alternative au tourisme demasse, en terme de respect de la diversité culturelle. 2.2 Les différents axes de recherches Mon travail sur les sports d’aventure et la démarche interculturelle se fonderasur quatre axes de recherches et d’analyses, énoncés ci-après : 2.2.1 Trois sports définis Tout d’abord, le terme de sports d’aventure étant relativement large et lié àplusieurs interprétations, il sera difficile de traiter le sujet dans sa globalité, cest-à-dire d’étudier dans le détail une liste exhaustive de tous les sports d’aventureexistant. C’est pourquoi pour traiter mon sujet, je vais me baser sur l’étude de lapratique de trois sports en particulier, qui sont représentatifs des sports d’aventure etillustrent bien ce que je vais chercher à démontrer dans mon travail. Il s’agit : Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 12 INALCO, 2012
  • 13. - De l’escalade : Le but de ce sport est de gravir un rocher ou une falaise detailles variables à l’aide de ses mains et de ses pieds. Pour ce sport, les grimpeursauront également besoin d’un matériel adapté (chaussons d’escalade) pour assurerleur sécurité (baudrier, corde, casque,…) - Du trekking : On parle également de « randonnée » ou de « granderandonnée » pour ce sport. Il consiste à marcher à pied pour une durée d’un àplusieurs jours, le plus souvent dans des régions montagneuses (Himalaya, Haut-Atlas marocain, les Andes,…), mais également dans des zones de hauts plateaux(Tibet oriental et central, altiplano bolivien,…) ou des déserts (désert du Sahara). - De l’alpinisme : Cette pratique sportive consiste à gravir des montagnes enhaute altitude, et ce, à l’aide de ses membres et de matériel de montagne (corde,baudrier, crampons, piolet, casque,…). Le plus souvent, l’alpinisme se pratique pargroupes de deux ou trois alpinistes, encordés les uns aux autres pour réaliserl’ascension d’une montagne. 2.2.2 « Porteurs de l’Himalaya » : Un ouvrage spécifique Après avoir sélectionné trois sports représentatifs de la pratique des sportsd’aventure, j’ai également sélectionné un livre de Isabelle Sacareau, Porteurs del’Himalaya, le trekking au Népal, que je vais étudier en profondeur et sur lequel jevais me baser principalement. En effet ce livre aborde plusieurs thèmes sur ledéveloppement du trekking et le développement du tourisme d’aventure au Népal,avec les conséquences qui en découlent, et nous apporte ainsi des connaissancesprofondes sur le sujet. Il y aura donc dans mon travail une analyse poussée sur lapratique du trekking et de l’alpinisme au Népal, et sur ses conséquences en terme dedialogue interculturel. 2.2.3 Le point de vue d’un guide de haute montagne Au-delà de l’étude de l’ouvrage de Isabelle Sacareau, j’ai souhaité mener unguide d’entretien avec monsieur Julien Laurent, guide de haute montagne. Il étaitintéressant de connaître l’avis d’un professionnel des sports de montagne et de Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 13 INALCO, 2012
  • 14. l’aventure, sur mes questions portant sur ce domaine. Julien Laurent est un jeuneguide originaire des Pyrénées et qui vit maintenant dans les Alpes-maritimes. Il faitde la montagne depuis toujours et pratique l’alpinisme et l’escalade a proprementparlé depuis vingt ans. Il exerce le métier de guide de haute montagne depuis cinqans. Il m’a ainsi semblé pertinent de lui demander son point de vue, en tant queguide de haute montagne, fort d’une riche expérience en matière de sport d’aventure,de voyages et de rencontres interculturelles. D’autres guides de haute montagne, comme Christian Ravier, ont égalementeu la patience de répondre à mes questions. Parmi eux se trouvent Jean Annequinet Rémi Thivel, qui en plus du métier de guide, sont formateurs à l’ENSA (EcoleNationale du Ski et de l’Alpinisme) située à Chamonix. 2.2.4 L’offre de voyage des agences de tourisme d’aventure Enfin, je compte analyser l’offre de voyage des grandes agences de tourismed’aventure. Pour analyser ces offres, je chercherai à savoir si ces agences utilisent lefait de pouvoir découvrir une autre culture comme un argument de vente pour unvoyage sportif. Si c’est le cas, je chercherai à montrer l’importance que peut prendrecet argument dans l’offre de voyage et plus largement au sein de ces tour-opérateurs. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 14 INALCO, 2012
  • 15. Chapitre 3 L’escalade 3.1 Présentation du sport L’escalade est un sport qui consiste à gravir un rocher, ou une falaise detailles variables. Pour se faire, le pratiquant doit se servir de ses mains et des sespieds mais aussi mobiliser l’ensemble des muscles de son corps, tout en jouant surdifférents équilibres et placements du corps. Bien évidemment, puisque le grimpeur prends de la hauteur, il devientdangereux pour lui de pratiquer ce sport. C’est pourquoi il est nécessaire d’avoir unminimum de matériel d’escalade pour assurer sa sécurité. Au sein de cette pratique sportive, nous distinguons trois disciplinesdistinctes : - La couenne : C’est la discipline de l’escalade la plus commune et la pluspratiquée par les grimpeurs dans le monde en général. Elle consiste à gravir unefalaise, ou un mur mais seulement sur une longueur de corde. La hauteur desfalaises gravies va généralement de dix à quarante mètres de haut, mais peut allerau-delà. Dans cette discipline l’effort est continu sur l’ensemble de la longueur devoie d’escalade. - Le bloc : Cette discipline est un peu moins courante que la précédente. Il s’agitde gravir des blocs de rochers d’une hauteur allant de deux à six mètres environ. Laparticularité de l’escalade de bloc est qu’elle se pratique sans corde pour s’assurer.La hauteur des blocs à gravir étant moins importante, seule l’utilisation d’un matelas(que l’on appelle crash-pad), placé correctement en bas du bloc, permet d’assurer lasécurité du grimpeur en cas de chute de ce dernier. De plus, et contrairement à uneidée reçue, l’escalade de bloc bien qu’elle nécessite moins de prise de hauteur, n’estpas plus facile que l’escalade en couenne. En bloc, l’effort est très court (entrequinze secondes et deux minutes d’efforts environ) mais beaucoup plus intense. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 15 INALCO, 2012
  • 16. Cette discipline nécessite souvent de mettre en œuvre des mouvements trèstechniques et beaucoup plus dynamiques. Ainsi, beaucoup de grimpeurs aiment fairedu bloc pour améliorer leur technique et leur gestuelle pour ensuite reprendre lacouenne. - La grande voie : C’est cette discipline qui peut sembler la plus impressionnanteet la plus dangereuse en escalade. En effet, elle consiste à gravir des falaises detaille beaucoup plus impressionnante, qui nécessite plusieurs longueurs de corde.Les falaises de grande voie font généralement entre cent et quatre cent mètres dehauteurs, mais peuvent aller au-delà des mille mètres de haut. C’est ainsi que lesnotions de verticalité et de vertige prennent tout leur sens et ont enivré plus d’ungrimpeur, le motivant à vaincre ses peurs, repousser ses limites, et trouver l’aventureau plus profond de soi. La grande voie permet ainsi de développer un effort long etparfois intense, et requiert beaucoup d’endurance, car l’ascension d’une grande voieet sa redescente prennent beaucoup de temps. Cela peut prendre trois heures pourles grandes voies les plus courtes, ou encore trois jours pour les falaises les plusgrandes (comme par exemple la voie du Nose au parc national du Yosemite, enCalifornie, Etats-Unis), où il devient alors nécessaire de passer la nuit au milieu de laparoi. Dans cette discipline d’escalade, la sécurité est extrêmement importante car lamoindre erreur peu très vite devenir très grave. La grande voie nécessite ainsibeaucoup de matériel de sécurité, beaucoup de rigueur, et d’engagement personnel. Ainsi, l’escalade est un sport permettant de pratiquer différentes disciplinestrès différentes et complémentaires les unes des autres, où chacun peut y trouverson compte, ses sensations différentes. Il est par ailleurs intéressant de noterqu’après tout ce que nous allons étudier sur le trekking, l’escalade ne s’inscrit pasvraiment dans le tourisme d’aventure, cest-à-dire que les agences de voyagesd’aventure ne proposent pas ou peu de pratiquer l’escalade dans leurs offres devoyages. Voyager pour faire de l’escalade relève davantage d’une démarchepersonnelle sans le besoin de passer par une agence. Ainsi, même en dehors dutourisme d’aventure, d’autres disciplines sportives dites « d’aventure » favorisent ladémarche interculturelle. Ces sports dépassent donc le cadre du tourisme quifavorise la rencontre des cultures, et l’escalade en fait partie. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 16 INALCO, 2012
  • 17. 3.2 La « culture du rocher » Pour comprendre en quoi l’escalade favorise le dialogue des cultures, il estintéressant de noter qu’au sein de la discipline sportive même, une grande diversitéexiste, que ce soit dans les disciplines (couenne, bloc, ou grande voie), dans lespratiques (encordé avec un partenaire, ou en solo intégral, cest-à-dire sans aucuneassurance,…), ou encore dans le rocher (calcaire, granit, grès,…). Ainsi, en fonctiondes pays, les pratiques de l’escalade peuvent réellement différer, et tout l’intérêt pourun grimpeur sera de pouvoir découvrir cette diversité en voyageant et en partageantsa passion avec des grimpeurs d’autres pays. Il existe par exemple ce que l’on pourrait appeler « une culture du rocher ». Eneffet, selon le pays ou la région où l’on se trouve, la nature du rocher peut êtredifférente, formant des falaises et donc des voies d’escalade qui n’ont rien à voirdans le style. Les Etats-Unis par exemple sont très connues pour avoir un rocher trèscompact et des voies « en fissures », là où la France est davantage connue pour sesvoies en calcaires, sans jamais aucune fissure. Ainsi, un grimpeur américaindéveloppera davantage sa musculature au niveau des épaules là où un Françaisdéveloppera plutôt ses avant-bras. Par ailleurs, un très bon grimpeur français peut seretrouver totalement démuni face à une voie en fissure aux Etats-Unis, nécessitantune technique particulière à laquelle il ne sera pas familiarisé. D’autre part, et pour illustrer à nouveau mes propos, les Espagnols sontreconnues pour exceller dans l’escalade en dévers (cest-à-dire une escaladesurplombante sur l’ensemble de la voie), qui nécessite beaucoup plus de forcephysique et de dynamisme, contrairement à une escalade en dalle (c’est-à-dire surune voie à peine verticale) qui demande davantage de jeux d’équilibre, depositionnement, et de techniques. Enfin, les grimpeurs japonais sont connus pour préférer l’escalade de bloc à lacouenne ou à la grande voie. En effet, leur corpulence leur permet d’exceller dans lebloc, qui nécessite des efforts courts mais extrêmement intenses et parfois violents,sur des prises très petites et difficiles à tenir. Culturellement aussi, les grimpeursjaponais préfèrent l’escalade de bloc parce que cette discipline nécessite peu dematériel, et peut se pratiquer sans partenaire d’escalade. Ainsi, le bloc permet uneplus grande liberté individuelle, qui convient bien aux grimpeurs japonais. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 17 INALCO, 2012
  • 18. 3.3 L’escalade et la démarche interculturelle Pour comprendre en quoi la pratique de l’escalade favorise la démarcheinterculturelle, il convient de l’illustrer par un évènement bien particulier. Il s’agit d’unévènement organisé par Petzl, une des marques de matériels d’escalade les plusconnues. Cette entreprise organise chaque année le Petzl Roc Trip. Il s’agit de fairepartir toute une équipe de grimpeurs, parmi les meilleurs du monde et sponsoriséspar Petzl, chaque année dans un coin du monde différent, pour y découvrir desfalaises d’escalade. La dernière édition de l’évènement s’est déroulée en 2O11, leRoc Trip avait lieu en Chine, au parc national de la rivière Getu, l’année d’avantl’évènement se déroulait dans le Sud du Mexique, et en 2009 les grimpeurs se sontretrouvés en France aux alentours de la ville de Millau. Au retour de chacun de cesvoyages, des comptes-rendus vidéo sont diffusés en masse sur internet pour lacommunauté des grimpeurs, et les encouragent à découvrir des lieux d’escaladepartout dans le monde. Dans le film du dernier Petzl Roc Trip, les meilleursgrimpeurs du monde, venant de Suède, des Etats-Unis, d’Espagne, de Grande-Bretagne, de France, du Japon… découvrent une région reculée de Chine sur unefalaise de plusieurs centaines de mètres de haut le long d’une rivière. Nous lesobservons découvrir ce nouvel environnement, les paysans chinois qui travaillent aupied de la falaise, et faisant connaissance avec la communauté de grimpeurs chinois.Autant de pays, de langues, et de cultures réunis autour de ce même sport. Unegrimpeuse japonaise affirme d’ailleurs : « Nous parlons tous la même langue :l’escalade ». Cet évènement illustre donc bien l’idée générale que la pratique de l’escaladepermet de créer une certaine curiosité pour la diversité culturelle, et doncd’engendrer une démarche de dialogue interculturel, entre les grimpeurs dedifférents pays. Pratiquer l’escalade donne envie de voyager, car cela permet dedécouvrir dans un premier temps d’autres natures de la roche, d’autres paysages,d’autres climats, d’autres personnes partageant la même passion ou non, et au finalde se créer toute une atmosphère de découverte, d’échange, et d’effort collectif. L’escalade donnant envie de voyager, une thématique de voyage a ainsi faitson apparition. Il s’agit du « tour du monde de bloc ». En effet, certains grimpeurs quien ont les moyens, s’organisent des tours du monde, avec pour objectif principal dedécouvrir les meilleurs endroits pour pratiquer l’escalade de bloc partout dans le Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 18 INALCO, 2012
  • 19. monde, et donc de s’imprégner de toute la diversité des environnements et despopulations accompagnants ces lieux, que ce soit en Afrique, en Amérique du Sud,en Europe, en Asie, ou partout ailleurs. Nous retiendrons donc en conclusion de ce chapitre que la pratique del’escalade permet de mettre en place des rencontres interculturelles, entre desgrimpeurs désireux de découvertes et les populations relativement proches des lieuxde pratique d’escalade, ainsi qu’entre les grimpeurs des différents pays. Toutes cesrencontres se font dans une optique d’échange et de partage, car la passion du sportaccorde tous les acteurs de la rencontre ensemble, et les mettent sur un même piedd’égalité. Ainsi le guide de haute montagne Rémi Thivel estime que la pratique del’escalade a été pour lui un moyen de découvrir d’autres cultures : « Car l’escalade atoujours été un prétexte aux voyages »3.3 Propos du guide de haute montagne et formateur à l’ENSA (Ecole Nationale du Ski et de l’Alpinisme) RémiThivel, recueillis lors d’un entretien. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 19 INALCO, 2012
  • 20. Chapitre 4 Le trekking et l’alpinisme 4.1 Le trekking, un nouveau mode de tourisme Le trekking est une pratique sportive qui consiste à marcher en milieuxnaturels sur des périodes allant de une à plusieurs journées pour découvrir desrégions isolées et souvent inaccessibles autrement qu’à pied. Généralement il s’agitde grandes randonnées dans des régions montagneuses, à moyenne altitude, maiségalement des zones désertiques. Ainsi le trekking peut se pratiquer sur tous lescontinents, pour découvrir des régions peu connues du grand public, loin dessentiers battus. S’ajoute à cela une notion d’autonomie. En effet, le trekkeurtransporte souvent avec lui sa tente, sa nourriture, pour disposer d’une plus grandeliberté de voyage. Mais il arrive également que l’hébergement du trekkeur se fassedans des refuges ou des gîtes qui se trouvent sur son chemin, voire mêmedirectement chez l’habitant. Il est intéressant de noter que le trekking est devenu un mode de voyage quise développe de plus en plus, dans le tourisme d’aventure, ou le « tourismeéquitable », par opposition au tourisme de masse. En effet, le fait de marcher à piedtout le long de son voyage permet de se donner un rythme plus lent et de favoriserles rencontres durant son séjour, en particulier si le parcours que l’on choisit fait quel’on peut dormir chez l’habitant. De plus, marcher à pied a également un faible impactd’un point de vue davantage écologique, et cela répond à une demande croissantede voyageurs soucieux de l’environnement et du développement durable. En somme, le trekking offre une alternative de mode de voyage qui répond àdifférentes demandes des clients : voyager et relever un défi physique, maiségalement découvrir des paysages grandioses, de rencontrer des populations etleurs coutumes dans des régions isolées et loin de la foule, pour au final découvrir uncoin du monde, et se découvrir soi même. 4.2 L’alpinisme, une source de richesse interculturelle Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 20 INALCO, 2012
  • 21. L’alpinisme est une pratique sportive se déroulant dans un environnement dehaute montagne, parfois à très haute altitude. Le but de ce sport est de réaliser desascensions de montagnes et de gravir des sommets plus ou moins difficiles ettechniques, ainsi que de parcourir des glaciers. L’alpinisme peut se pratiquer danstoutes les régions montagneuses du monde, et sa pratique est réputée en particulierdans les Alpes (Europe) , l’Himalaya (Asie) , la cordillère des Andes (Amérique duSud) ou encore les rocheuses (Amérique du Nord). Dans tous ces lieux, des nomsde montagnes et de sommets mythiques existent. Ainsi, l’envie de gravir ces montagnes pousse l’alpiniste à voyager, et parconséquent, le pousse à aller vers d’autres cultures. Plus précisément, la pratique del’alpinisme fait que l’on a très vite de l’intérêt pour les grands massifs montagneux dumonde, et une envie de les découvrir, avec le pays qui leurs correspondent. En effet,l’histoire de l’alpinisme fait que les pionniers dans la matière partaient totalement à ladécouverte de ces massifs montagneux et à la découverte des populations qui s’yrattachaient, si bien que dans les récits de leur aventure qu’ils ramenaient, la placeaccordée à la découverte d’une culture différente n’était pas négligeable, par rapportau récit des ascensions de montagnes elles-mêmes.4 C’est en partie par ces récitsque tout un mythe s’est crée autour de la montagne et des expéditions lointaines enrégions isolées. Ainsi, lorsqu’un alpiniste rêve de gravir une montagne, en réalité ilest également transporté par l’idée d’aventure liée à l’ascension et la découverte detout ce qui l’entoure, cest-à-dire les populations alentours, ainsi que leur culture. En conclusion, découvrons le témoignage du guide de haute montagne JulienLaurent, qui se demande si la pratique des sports de montagnes est un moyen dedécouvrir d’autre cultures : « Je suis absolument convaincu que la pratique dessports de montagne a été un moyen de découvrir d’autres cultures. Dans le cadre deces sports, j’ai fait cinq voyages en Amérique du nord, deux en Amérique du sud,trois en Afrique, un au moyen orient, deux en Asie, ainsi que de nombreusesincursions de différents pays d’Europe. J’ai toujours de nouveaux projets à la clé.J’aimerai ajouter que même au niveau national la richesse culturelle se manifeste parde nombreuses différences entre par exemple les Pyrénées, la massif central ainsi4 On trouve une illustration de cela dans l’ouvrage « Annapurna premier 8000 », qui retrace le récit de l’alpinisteMauricec Herzog et de son équipe française, qui furent les premiers à réussir à gravir un sommet de plus de 8000mètres le 3 juin 1950 : l’Annapurna au Népal. Dans ce récit d’aventure, nous découvrons avec eux la culturenépalaise et surtout la population Sherpa qui les aidera énormément dans la réussite de leur entreprise. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 21 INALCO, 2012
  • 22. que les Alpes du sud et du nord. Ces différences correspondent aux différents us etcoutumes, aux dialectes, aux accents, à l’architecture, à la gastronomie et plusgénéralement aux modes de vie. La pratique des sports de montagne estindéniablement une source de richesse interculturelle qui favorise l’écoute d’autrui etle respect de la différence.5 » 4.3 Des perceptions différentes de la montagne Il y a autant de représentations différentes de la montagne que de cultures.Les regards portés sur la montagne sont ainsi différents selon la culture, et mettentdonc en scène une divergence des représentations selon le pays ou la zonegéographique où l’on se trouve. Voici un aperçu de ses différentes perceptions de lamontagne. 4.3.1 Montagne et spiritualité Dans la plupart des civilisations traditionnelles, beaucoup de visions de lamontagne sont fortement chargées spirituellement, voire religieusement. Lamontagne à très haute altitude est hostile, elle semble inaccessible, ce qui luiconfère une part de mystère, qui lui donne un caractère divin. La montagne relie leciel et la terre par sa verticalité, la terre au divin, si bien que le fait de la gravir peutrelever d’un rite religieux, d’un voyage initiatique pour aller puiser dans le domainedes dieux une purification du corps et de l’esprit. La montagne symbolise alors denombreuses notions antinomiques : la vie et la mort, le haut et le bas, l’action et lacontemplation, etc…6 Ainsi, de très nombreuses populations ont leur montagne sacrée. Chez lesAfricains par exemple, les montagnes jouent le rôle d’êtres fabuleux, hantés par desforces cachées. C’est un lieu où réside le sacré, on ne peut y pénétrer sans un guideInitiateur sous peine de danger de mort. Pour illustrer cela, nous pouvons parler dusommet de la main de Fatima au Mali, situé sur la route de Ga, une ville à 1220kilomètres de Bamako. Selon la légende, une princesse du nom de Fatima se serait5 Propos du guide de haute montagne Julien Laurent, recueillis lors d’un entretien.6 Lire à ce propos : SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde,Belin, 1997, 273p. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 22 INALCO, 2012
  • 23. transformée en cette montagne le jour de son mariage, lui conférant un caractèresacré. De même au Japon, la montagne représente un lieu potentiellementdangereux car habité de Kami, des esprits, qui pourraient être impitoyable si l’onpénétrait leur territoire sans prendre de précaution. Le mont Fuji en particulier a eu eta toujours une nature sacrée très importante dans la culture nippone, du fait de saparfaite symétrie et de sa taille imposante. Parfois, la montagne est vue comme un domaine où vivent les dieux, maisd’autres fois, c’est la montagne elle-même qui est la divinité. La montagne est alorspersonnifiée. J’ai moi-même pu faire l’expérience d’une telle vision de la montagnelors d’un voyage au Ladakh, dans la chaîne de l’Himalaya en Inde du Nord,lorsqu’une nuit, lors d’un orage très violent au camp de base du mont Kang Yatse à5000 mètres d’altitude, je découvris nos guides indiens apeurés, prier la montagnede la sorte : « Kang Yatse, holy mountain ! Holy mountain ! 7». Par ailleurs, une autreillustration de la divinisation de la montagne peut se faire en donnant le nom tibétaindu mont Everest, la plus haute montagne du globe (8848 mètres d’altitude) :Chomolungma, ce qui signifie littéralement « La déesse mère des vents », ce qui luiconfère son caractère sacré. Enfin, il convient de préciser que cette vision spirituelle de la montagne peutaller en contradiction avec la pratique sportive de l’alpinisme, car l’alpinistepénétrerait alors des domaines sacrés qu’il ne faudrait normalement pas approchersans prendre des précautions. Ainsi, certains sommets sont interdits d’accès pour lesalpinistes. C’est le cas par exemple du mont Kailash en Chine, car la montagne estsacrée pour trois grandes religions : Les Hindous, les Bouddhistes, et les fidèles deBön (la religion prédominante au Tibet avant lavènement du bouddhisme). 8 Demême, le mont Machapuchare au Népal est interdit à tout ascension, car il seraitselon l’hindouisme la demeure du dieu Shiva, et est donc considéré comme trèssacré par la population locale.97 « Kang Yatse, montagne sacrée ! Montagne sacrée !»8 A ce propos, le gouvernement tibétain en exil déclara ainsi le 8 mai 2001 : « Traiter la montagne la plus sacréeau monde comme un vulgaire terrain de sport constituerait la preuve dune insensibilité flagrante vis-à-vis dessentiments religieux du peuple tibétain. »9 Voici d’ailleurs une anecdote intéressante sur le mont Machapuchare : Alors que toute ascension était interditepour des raisons religieuses, une équipe d’alpinistes britanniques le gravit toutefois en 1957, mais en décidant des’arrêter à 50 mètres du sommet, par respect pour les croyances locales. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 23 INALCO, 2012
  • 24. 4.3.2 La vision occidentale de la montagne La vision occidentale de la montagne est très différente de ce que nous avonsvu précédemment. En effet, cette perception de la montagne a davantage tendanceà désacraliser la montagne, à ne pas reconnaître totalement son côté divin etreligieux. Dans les représentations occidentales de la montagne, celle-ci estdavantage humanisée, dans un esprit de contemplation de la nature, des forêts, deslacs, des cascades, etc… Etant humanisée, elle retransmet également le mythe dumontagnard, et toutes les valeurs qui lui sont associés, cest-à-dire le courage, ledépassement de soi, la persévérance, l’endurance,… mais aussi la sérénité etl’harmonie liée au phénomène de la contemplation de la nature dans sa dimensionesthétique. Ainsi, la vision occidentale de la montagne est davantage liée à la dimensionsportive, à l’exploit sportif pur de l’alpiniste, indépendante de toute autre motivation,qu’elle soit religieuse, scientifique, militaire, etc… Les montagnes renversenttotalement leurs valeurs, et ne sont plus effrayantes ni mystiques, mais deviennentdes terrains de jeux pour des alpinistes en quête d’exploit sportif, de dépassementde soi, de découverte et de conquête. C’est cet esprit de découverte et de conquête qui découlera d’ailleurs sur laréalisation d’ascensions de tous les sommets des Alpes, puis très rapidement au-delà, pour gravir des sommets toujours plus hauts, dans les Andes d’Amérique duSud, ou encore dans le chaîne de l’Himalaya en Asie, pour finalement parvenir ausommet du point culminant du globe, l’Everest, et ses 8848 mètres d’altitude. A detelles hauteurs, nous pouvons bel et bien parler d’exploit sportif, tant l’oxygène y estrare et les dangers liés à l’environnement montagneux sont nombreux. 4.3.3 Etude de cas : La vision de la montagne au Népal Si la vision de la montagne des Occidentaux a plutôt tendance à ladésacraliser, pour la représenter davantage comme un terrain de jeux pour l’homme,où celui-ci doit pouvoir se surpasser lui-même, mais aussi se confronter auxéléments naturels et ainsi réaliser des exploits sportifs, il convient de préciser quecertains alpinistes et trekkeurs aspirent à chercher dans la montagne une autre Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 24 INALCO, 2012
  • 25. signification davantage spirituelle, qu’ils vont chercher notamment en Himalaya, et enparticulier au Népal. En effet, la représentation de la montagne par les habitants du Népal est trèsdifférente de celle des Occidentaux, car ces habitants ont davantage une visionsacrée des montagnes de l’Himalaya, liée à la religion bouddhiste et hindouisteprésente dans le pays. Ainsi, comme nous l’avons vu plus tôt, certains sommets sontinterdits d’accès pour toute ascension pour des raisons religieuses, comme le montMachapuchare, haut de 6993 mètres, considéré comme la demeure du dieu hindouShiva, ou encore le mont Khumbilha (5761 mètres d’altitude), la montagne sacréedes Sherpa du Khumbu, l’une des régions du Népal. « Les hautes montagnes sontconsidérées dans l’ensemble de l’aire culturelle hindoue et bouddhiste comme leséjour des dieux, le refuge des ermite et des saints. Les grandes divinitésprotectrices, créatrices de l’humanité, résident sur les sommets de l’Himalaya,associées au monde céleste et abstrait »10. Pour illustrer à nouveau ce processus dedivinisation des montagnes, nous pouvons également nous référer au nom sanskritde l’Everest, « Sagarmatha », qui renvoie à Sangar, l’un des noms donnés à Shiva.Pour les Népalais donc, la montagne est un lieu sacré, un domaine des dieux, où laprésence de l’homme n’est pas recommandée. « Pour le Népalais, s’aventurer dansle sanctuaire d’une montagne divinisée c’est commettre un sacrilège, transgresser uninterdit dont le châtiment risque d’être la mort. Le caractère sacrée de ces sommetsfait que leur ascension constitue une violation susceptible d’attirer les foudres desdivinités »11. Mais face à l’ouverture du pays au tourisme et plus spécifiquement autourisme d’aventure dans les années 1950-1960, et avec l’arrivée en masse detouristes occidentaux (pour la plupart des alpinistes désireux de conquérir les plushauts sommets du pays), la vision de la montagne a évolué pour de nombreuxNépalais, avec l’arrivée de ce nouveau marché économique grandissant. En effet,sur les quatorze sommets les plus hauts de la planète (les sommets de plus de 8000mètres d’altitude), huit sont situés au Népal, dont le plus haut l’Everest (8848 mètres),et la majeure partie du pays est constituée de montagnes. C’est pourquoi de trèsnombreux trekkeurs et alpinistes occidentaux se sont précipités dans ce pays pour ydécouvrir les régions les plus hautes du monde. C’est face au développement de ce10 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997 p239.11 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997 p241. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 25 INALCO, 2012
  • 26. nouveau marché du tourisme d’aventure que la représentation de la montagne pourcertains Népalais a évolué. La montagne est alors devenue un espace davantagefonctionnel, un espace « produit», synonyme d’argent pour les porteurs Népalais.C’est ainsi que pour ces derniers, la montagne est davantage perçue comme unterritoire professionnelle. Mais les guides sherpa sont tiraillés entre la nécessité d’exercer leur métierpour les touristes venus faire du trekking et de l’alpinisme, et leurs convictionsreligieuses. Ainsi, ils réalisent rarement l’ascension d’une montagne sans avoir aupréalable consulté un lama astrologue, célébré un rituel au dieu de la montagne afinde s’accorder son autorisation (le rituel s’effectue par exemple avec des autels ornésde drapeaux à prières, des offrandes de riz et d’alcool,…). Ces divergences dans les représentations symboliques que l’on peut se fairede la montagne selon des codes culturels différents ne sont pas sans conséquences,et notamment dans des situations d’interculturalité liées à la pratique sportive dutrekking et de l’alpinisme, dans le cadre du tourisme d’aventure. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 26 INALCO, 2012
  • 27. Chapitre 5 Sports de montagne et diversité culturelle 5.1 La conquête des Alpes et de l’Himalaya La pratique sportive de l’alpinisme et des sports de montagnes en général,s’est principalement développée en Europe, dans la chaîne montagneuse des Alpes.Puis relativement rapidement, l’alpinisme s’est développé davantage à l’international,en particulier dans la chaîne de l’Himalaya, puis dans la cordillère des Andes enAmérique du Sud. Comment la conquête de ses grands massifs montagneux s’estelle opérée ? 5.1.1 Les Alpes, un affrontement des Nations Les Alpes sont une chaîne montagneuse qui s’étend en Europe et forme unebarrière de 1200 km, entre la Méditerranée et le Danube, en traversant de nombreuxpays. Le point culminant de ce massif est le Mont Blanc, à 4807 mètres d’altitude, etl’ensemble de la chaîne montagneuse comporte quatre-vingt-deux sommets de plusde 4000 mètres d’altitude. L’histoire des tous débuts de l’alpinisme remonte à unepériode relativement lointaine et prend sa source dans les Alpes au 14ème siècle12.Mais le véritable alpinisme fut réellement inventé en 1786, par Horace-Bénédict deSaussure (un naturaliste et géologue suisse), lorsque ce dernier proposa d’offrir uneprime au premier alpiniste qui arriverait au sommet du Mont Blanc. En effet, bien quecette montagne soit la plus haute des Alpes, elle n’en est pas la plus difficile et a étéconquise par Jacques Balmat et Michel Paccard dès les débuts de histoire del’alpinisme, le 8 août 1786. Puis l’alpinisme se développa progressivement mais prit un véritable essor auXIXème siècle, lorsque les Britanniques s’attaquèrent aux montagnes les plusdifficiles des Alpes. S’ensuivit alors une compétition, une course à la montre desconquêtes alpines, où de nombreuses Nations d’Europe s’affrontèrent et seconfrontèrent les unes aux autres, pour assurer leur prestige. Les plus grands12 ARDITO Stefano, Glorieux sommets, images et récits des grands alpinistes, Gründ, 1993, 144p. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 27 INALCO, 2012
  • 28. sommets des Alpes tombèrent les uns après les autres, sous les pas décidés desBritanniques, des Suisses, des Français, des Italiens, etc… Si bien qu’à la fin du19ème siècle, les deux derniers sommets encore vierge des Alpes furent vaincus (leCervin en 1865, et la Meije en 1877). Mais l’affrontement des Nations ne s’arrêta pas là. Le nouveau défi de ce ème20 siècle consista alors à réaliser les voies les plus difficiles de chacun de cessommets en s’attaquant à tous leurs versants. Cette étape constitua le début del’alpinisme moderne. A nouveau, les sommets tombèrent progressivement sous lespas des alpinistes toujours plus conquérants et désireux d’apporter du prestige à leurNation, au travers de ces ascensions. Pour illustrer ce phénomène, nous pouvonsétudier le cas de la conquête de la face nord de l’Eiger en Suisse. Ce versant nordde la montagne, fort d’un dénivelé de 1600 mètres, est réputé pour sa difficulté et sadangerosité, et constitua l’un des derniers grands problèmes des Alpes pour lesalpinistes dans les années 1930 13 . En cette période d’entre deux guerres, lacompétition internationale était à son comble et les membres du parti nazi allemandaccordaient alors beaucoup d’importance à leur propagande, pour promouvoir laforce de leur Nation. Ainsi, bon nombre d’Allemands, d’Autrichiens, mais aussi deFrançais, d’Italiens, etc, s’aventurèrent sur la face nord de l’Eiger pour y tenterl’ascension. Ils furent nombreux à finalement abandonner et rebrousser chemin, etaussi nombreux à périr sur ce versant 14 . Finalement, c’est un groupe de deuxcordées, l’une autrichienne et l’autre allemande, qui réussirent l’exploit de gravir laface nord le 24 juillet 1938, à la grande joie du parti national-socialiste allemand quiexploita l’évènement pour sa propagande. Le groupe d’alpinistes fut même reçu etfélicité pour leur bravoure par Hitler lui-même. C’est ainsi qu’à la fin des années 1930, tous les sommets des Alpes étaientvaincus, et que l’affrontement des Nations continua, au-delà des frontières del’Europe, au contrefort de l’Himalaya, et à l’assaut des sommets de plus de 8000mètres d’altitude.13 RETTNER Rainer, Triomphe et tragédies à l’Eiger, à la conquête de la face nord, 1932-1938, coll. Hommeset montagnes, Glénat, 2009, 320p.14 A ce sujet, voir le film « North face, duel au sommet » de Philipp stölzl, sorti en 2008, qui retrace l’histoired’une tentative de la première ascension de la face nord de l’Eiger par deux cordées, l’une autrichienne et l’autreallemande, qui perdirent la vie dans des conditions atroces. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 28 INALCO, 2012
  • 29. 5.1.2 L’Himalaya, un nouveau terrain de jeux Très rapidement, l’Himalaya attira l’attention des alpinistes occidentaux enquête d’aventure et de nouveaux exploits sportifs. La densité et la démesure desmontagnes qui constituent cette chaîne de montagne ne pouvaient que laisser rêveurtous ces grimpeurs qui faisaient tomber un à un les sommets les plus difficiles et lesplus hauts des Alpes. Tout l’enjeu dans la conquête de l’Himalaya, et ce qui attirait leplus, était la découverte des hautes altitudes. Les alpinistes occidentaux neconnaissaient les effets de la haute altitude qu’au sommet du Mont Blanc aumaximum (4807 mètres). Le fait de savoir que l’Himalaya abritait d’innombrablesmontagnes de plus de 5000, 6000, et 7000 mètres, ainsi que quatorze sommets deplus de 8000 mètres enflamma les passions de nombreux grimpeurs. Il s’agissait làd’un nouveau terrain de jeux, à l’aspect infini et inépuisable pour nombre d’entre eux. L’affrontement des Nations qui s’opérait dans les Alpes pour la conquête dessommets européens fut ainsi transféré dans ces hautes montagnes d’Asie. Le but futtrès rapidement d’être la première Nation à atteindre le sommet d’une montagne deplus de 8000 mètres. Ce désir commença dès la fin du 19ème siècle, notamment en1895, pour la première tentative d’ascension du Nanga Parbat (8126 mètres), parune expédition britannique, puis par d’autres expéditions allemandes et autrichiennes.Mais ces premières tentatives furent des échecs. Beaucoup des expéditions enpartance pour l’Himalaya étaient Britanniques, du fait que bon nombre desmontagnes de l’Himalaya appartenaient à leur Empire des Indes. Parmi cesalpinistes britanniques chevronnés, Georges Mallory et son compagnon AndrewIrvine se distinguèrent lors de leur tentative d’ascension de l’Everest en 1924, donton ne les vu jamais revenir. On ne sut jamais s’ils avaient réussi à atteindre lesommet ou non, si tôt dans l’histoire de l’alpinisme, soit trente ans avant lespremières ascensions réussies des autres 8000 de l’Himalaya15. Finalement, c’est une expédition française et plus particulièrement la cordéecomposée de Maurice Herzog et Louis Lachenal qui réussirent les premiersl’ascension d’une montagne de plus de 8000 mètres et qui devinrent des héros15 Lire le livre suivant, au sujet de l’histoire de cette tentative d’ascension de l’Everest : ANKER Conrad,ROBERTS David, À la recherche des fantômes de lEverest. Glénat, Grenoble, 2000, 260p. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 29 INALCO, 2012
  • 30. nationaux le 3 juin 1950, avec l’Annapurna (8091 mètres)16. Au même moment, lacourse à la conquête de l’Everest continuait, entre les Britanniques, les Allemands,les Suisses et les Français. Et c’est finalement le 29 mai 1953 que le Néo-ZélandaisEdmund Hillary et le Sherpa Népalais Tenzing Norgay foulèrent le sommet du toit dumonde, à 8848 mètres 17 . Il est intéressant de noter que les deux vainqueurs del‘Everest sont de cultures différentes mais qu’ils se sont battus ensemble pour foulerce sommet. Cette ascension permit d’ailleurs de mettre en avant les Sherpas enOccident, peu connus du grand public auparavant. La réussite de l’ascension faitepar un membre citoyen du royaume du Commonwealth fut fortement médiatisée parles Britanniques, qui valorisèrent cet exploit au sein de la communauté internationale.D’autant plus qu’il concordait à trois jours près avec la date du couronnement de lareine Elisabeth II. Ainsi, Edmund Hillary fut proclamé chevalier de l’Ordre de l’Empirebritannique, et Tenzing Norgay reçu la médaille de Georges, en récompense de sonaction héroïque. La conquête des autres 8000 se poursuivit, puis un nouveau défi fit sonapparition, et opposa à nouveau les différentes nations occidentales, mais égalementdes pays d’Asie, comme la Chine, la Corée, le Japon, et d’autres pays du continentaméricain. Ce nouveau défi consistait à être le premier alpiniste à réaliser l’ascensiondes quatorze sommets de plus de 8000 mètres. C’est finalement l’Italien ReinholdMessner qui réussit le premier cet exploit en 1986. A ce jour, en 2012, seulement 30alpinistes, originaires des quatre coins du monde, réussirent à clôturer l’ascensiondes quatorze sommets de plus de 8000 mètres du globe. 5.2 L’attrait pour les vacances sportives proches de la nature, unphénomène culturel ? 5.2.1 La clientèle du trekking En se posant la question de savoir si l’attrait pour les vacances sportivesproches de la nature est un phénomène culturel, il peut être intéressant de se16 Lire le récit de cette expédition : HERZOG Maurice, Annapurna, premier 8000, Flammarion, Paris, 2010,381p.17 Pour découvrir tous les détails de la première ascension réussie de l’Everest, vous pouvez regarder le filmdocumentaire de Georges Lowe, intitulé « La conquête de l’Everest », datant de 1953 (l’année de l’exploit), etnommé au titre de meilleur documentaire aux Oscars de cette même année. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 30 INALCO, 2012
  • 31. demander au préalable qui sont ces alpinistes et ces trekkeurs qui partent à ladécouverte de régions isolées et de hauts sommets sauvages ? Nous avons déjà vuque le trekking et l’alpinisme constituaient des pratiques sportives plutôt originairesd’Occident. Mais qui sont plus précisément ces Occidentaux qui partent faire dutrekking ? En analysant la question, l’on constate que tous les pays occidentaux nesont pas forcément attirés par le tourisme d’aventure. Certains le sont plus qued’autres. Mais à quoi sont dus ces différences ? Si l’on cherche à connaître lanationalité de la majorité des trekkeurs au Népal par exemple, l’on constate que cesont les Européens, suivis des Nord-américains qui en fournissent le plus grandnombre, devant les Australiens et Néo-Zélandais, ainsi que les Asiatiques. Pour cequi est des Européens, nous pouvons dire que globalement, les Anglo-Saxons et lesNordiques sont plutôt intéressés par ce genre de voyage, tandis que les paysdavantage méditerranéens le sont beaucoup moins, car ces derniers ont peu voirepas de tradition alpine, et ne s’étaient déjà pas spécialement distingués durant lapériode de conquête des Alpes. En effet, seulement 8% des touristes espagnols etmoins de 5% des Italiens partent en trekking, contrairement aux Norvégiens parexemple, qui sont plus de 45% à choisir le trekking comme façon de visiter le pays18. Par ailleurs, la clientèle asiatique s’est développée au fur et à mesure de lacroissance économique des pays d’Asie, surtout quand elles se sont accompagnéesd’un allongement de la durée des congés annuels. D’autre part, et pour faire venirune clientèle davantage japonaise, certaines agences de tourisme se sont adaptéesà ces clients qui ont peu de congés, en proposant des circuits d’une ou deuxsemaines. Enfin, nous pouvons observer un attrait prononcé pour certaines montagnesspécifiques, et ce, selon la nationalité des alpinistes et des trekkeurs. Ainsi, lestrekkeurs français sont très sensibles au massif des Annapurna, et la majoritéd’entres eux se ruent dans cette région, car le souvenir de la conquête du premier8000 par les Français Maurice Herzog et Louis Lachenal reste encore frais dans leurmémoire. De même, les Japonais se dirigent vers le Manaslu (8163 mètresd’altitude), où ils se distinguèrent en ouvrant les premières voies d’ascension ; alorsque les Anglo-Saxons au sens plus large se concentrent davantage vers la région duKhumbu, où se situe l’Everest (conquis entre autres par un Néo-Zélandais).18 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997, p128. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 31 INALCO, 2012
  • 32. 5.2.2 Le développement du trekking dans le tourisme Le trekking fait partie de ces nouvelles formes de voyages touristiques quel’on peut regrouper aujourd’hui dans les milieux professionnels du tourisme commeappartenant au tourisme d’aventure, cest-à-dire un voyage de découverte d’un payslointain et de ses régions isolées peu touchées par le tourisme de masse, au moyende randonnées pédestres itinérantes. Cette pratique touristique est à la fois sportiveet culturelle et s’est développée à la fin des années 1970. C’est au Népal que les formes pionnières du tourisme d’aventure prirent forme,lorsque les Occidentaux recherchaient des espaces de loisirs à l’écart de la foule, etaspiraient à découvrir des paysages esthétiques, ainsi que des culturestraditionnelles qui leurs était rattachées. Des agences locales de trekking se sontalors créées progressivement pour répondre à cette demande de mode de voyages.Si bien qu’aujourd’hui, le Népal tient la première place des destinations du tourismed’aventure, juste devant le Maroc, et le Sahara Algérien19. Parallèlement à l’ouverture des agences locales de trekking dans la deuxièmemoitié des années 1970, les premiers guides touristiques « alternatifs »commencèrent à être éditées, prônant une façon de voyager autrement et proposantdes circuits d’aventure vers des destinations lointaines dans des pays du Tiersmonde (la collection du Guide du routard en France, ou de Lonely Planet dans lespays anglo-saxons). Les premiers tours-opérateurs firent également leur apparitionproposant des voyages d’aventure à pied. En France il s’agit par exemple deNouvelles Frontières, Terres d’Aventure, Club Aventure, Nomade, ou encoreAtalante. Au même moment, les guides de haute montagne souhaitant diversifier leursactivités commencèrent à développer une offre de voyages fondée sur les sports demontagne, et la découverte culturelle d’un pays. Dans ce milieu du tourisme d’aventure, le trekking au Népal détient lapremière place, il s’agit de la première destination extra-européenne de ce type devoyage, à peine devant les circuits du Sahara et les randonnées dans l’Atlasmarocain. Loin derrière arrivent la Turquie, et l’Inde, puis encore le Kenya et la19 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997, p68. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 32 INALCO, 2012
  • 33. Tanzanie, et les circuits des Andes (Pérou, Bolivie, Equateur, Colombie, Chili,Argentine). Ainsi, le trekking s’est développé dans le tourisme dans les années 1970,comme une thématique de voyage à part entière loin des sentiers battus, sedistinguant du tourisme de masse, et dans une atmosphère de contestation de lasociété de consommation touchant l’Europe et les Etats-Unis. 5.2.3 Les raisons qui poussent l’Homme à faire de l’alpinisme Mais quelles sont les raisons qui poussent l’homme à pratiquer l’alpinisme20 ?Que recherchent ces touristes, alpinistes et trekkeurs, en partant au quatre coins dumonde ? Ces sportifs pratiquant chez eux ont d’abord le rêve de vivre une aventure àleur échelle, en partant dans les déserts ou en approchant à pied les géants del’Himalaya. Ce désir d’aventure part d’une envie de vivre une vie peu conventionnelle,de se dégager de la vie quotidienne et de la civilisation industrielle pour retournerdavantage à un état de nature. S’ajoute à ces motivations le challenge purementsportif, l’envie de se dépasser en gravissant des montagnes toujours plus hautes,toujours plus difficiles. Enfin, une grande part de la motivation des alpinistes àpratiquer ce sport est de pouvoir découvrir une autre culture. Ce sport dispense uneforme d’entrée thématique et une façon de voyager qui permet l’immersion plusdirecte et plus profonde dans le pays visité, grâce au rythme lent et à la plus grandeliberté dans ce genre de périple. Pour illustrer cela nous pouvons découvrir letémoignage du guide de haute montagne Jean Annequin, également formateur àl’ENSA (Ecole Nationale de ski et d’Alpinisme), qui pense également que ladécouverte d’une autre culture rend la pratique sportive intéressante : « C’est parcequ’il y a çà a la clef, que cela me donne envie de le faire. Grimper pour grimper n’aaucun intérêt et l’on en revient vite. Parcourir le monde pour les émotions partagéesest le fil conducteur.21 » 5.3 Les arguments de vente des agences de voyages d’aventure20 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997, p64.21 Propos du guide de haute montagne et formateur à l’ENSA, Jean Annequin, recueillis lors d’un entretien. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 33 INALCO, 2012
  • 34. Comment les agences de voyages d’aventure vendent elles leurs circuits detrekking et d’alpinisme ? Quels sont leurs arguments ? Les principaux arguments que les agences de voyages d’aventure utilisentreprennent tout simplement les raisons pour lesquels un trekkeur et un alpinisteveulent partir à l’aventure. Ils reprennent les notions d’évasions, de retour à un étatde nature, et de défis sportifs, pour se confronter non seulement aux montagnesmais également à soi-même. Un autre élément de vente notamment pour lesvoyages en Himalaya, est de refaire vivre aux futurs clients les premières grandesexpéditions de conquêtes des sommets himalayens par les alpinistes qui ont marquél’histoire de la montagne. Mais aussi, dans la plupart des brochures de voyages, le thème de ladécouverte culturelle est abordé à multiples reprises et est réellement mise en valeurdans l’offre de voyage. L’on parle de rencontre avec « l’autre », et l’on met en valeurles populations locales en évoquant « d’extraordinaire variété ethnique ». Pour lesvoyages au Népal on en arrive également à une mystification des populations locales,les Sherpa : « De rudes montagnards bouddhistes d’origine tibétaine dotées dequalités de générosité, de gaieté, et d’hospitalité malgré leur vie âpre »22. Pour le casdes voyages en Himalaya à nouveau, la thématique religieuse est égalementimportante. En effet le Bouddhisme et l’Hindouisme sont perçus comme des religionstrès exotiques et fascinent l’Occident, tout en renforçant la mystification des lieux. Letourisme d’aventure va chercher le mythe, la représentation de la montagne desNépalais, pour faire rêver les touristes. Ainsi la culture bouddhiste est survaloriséepar le tourisme, qui vend l’Himalaya comme une région cachée et inaccessible, qui asu préserver ses coutumes, pour attirer le trekkeur. Du côté des guides de haute montagne, la valorisation de la découverte d’uneculture peut vraiment être un argument de taille pour donner envie à des clients departir en expédition à l’étranger. C’est le cas du guide Julien Laurent qui nous donneson témoignage : « Je pense que la première motivation de mes clients reste lesactivités montagnes. Cependant la curiosité pour d’autres cultures reste assurémentun argument de taille, et ce prétexte culturel est souvent très valorisé dans ladémarche commerciale des guides. Quel excellent prétexte que les voyages pourfaire par exemple un safari au Kenya après avoir grimpé le Kilimandjaro, ou partir au22 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997, p72. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 34 INALCO, 2012
  • 35. cœur de la forêt amazonienne en Equateur à la rencontre de tribus après avoirgrimpé le Cotopaxi et le Chimborazo. Je pense qu’on ne peut pas demander à tousles guides de haute montagne de prendre le temps de faire découvrir les cultureslocales lors de voyages (car là n’est pas son métier), mais je sais aussi que cettedémarche constitue une excellente plus value pour attirer les clients et surtout réussirun voyage.23 »23 Propos du guide de haute montagne Julien Laurent, recueillis lors d’un entretien. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 35 INALCO, 2012
  • 36. Chapitre 6 Etude de cas : le trekking et l’alpinisme au Népal 6.1 La diversité ethnique du Népal et le mythe du Sherpa S’il est une figure emblématique parmi les différentes populations locales quese représente les Occidentaux dans une région de trekking et d’alpinisme, c’est bienle Sherpa24. La place du Sherpa dans la représentation de l’Himalaya que se font lestrekkeurs est très importante, elle joue un des facteurs clefs dans la valorisation dutourisme d’aventure au Népal. Cette population s’est en effet forgée une réputationtrès forte, suite à leur implication dans les expéditions himalayennes et au rôleessentiel qu’ils ont joué dans la conquête des 8000. Pourtant une utilisation erronéeest faite en ce qui concerne la désignation du Sherpa. En effet, à la base les Sherpaforment une minorité ethnique du Népal spécifique vivant dans la région du Solo-Khumbu. Mais l’utilisation abusive du terme par les Occidentaux a fait qu’unglissement de sens s’est opéré, découlant sur une confusion où l’on ne sait plus trèsbien si en parlant de Sherpa il s’agit d’une minorité ethnique, d’un guide népalais oud’un porteur, voire même de tous les Népalais. Au final le terme est désormais utilisédans un sens professionnel, et non plus ethnique, plus ou moins ambigu, désignantun statut bien précis entre celui du guide et du porteur, au sein de la hiérarchie duportage. Dans l’histoire de la conquête des sommets himalayens, les Sherpa sedistinguèrent très vite. « Ces mercenaires étaient appréciés par les Britannique pourleur robustesse, leur courage, leur discipline, et leur bonne adaptation à la viecollective, ainsi que pour leur absence de tabous alimentaires, qui les firent préféreraux Indiens de castes.25 » La légende se concrétisa particulièrement lorsque TensingNorgay Sherpa fut le premier vainqueur de l’Everest avec Edmund Hillary, en 1953. Mais l’utilisation professionnelle du mot Sherpa ne doit pas être confondu avecson utilisation ethnique. Les Sherpa ont en effet obtenu une place privilégiée dans lahiérarchie du portage, mais cela ne doit pas occulter le fait que la diversité ethnique24 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997, p74.25 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997, p76. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 36 INALCO, 2012
  • 37. du Népal est très riche, et que de nombreuses autres minorités ethniques ne sontpas en reste. Ainsi, « les ethnies tibéto-birmanes des collines, en particulier lesTamang, mais aussi les Magar, les Gurung, et les Raï ainsi qu’un petit nombre deNewat et d’Indo-népalais s’investissent progressivement dans les activités demontagne. 26» 6.2 Le rapport Occidentaux/guides et porteurs népalais 6.2.1 Les conséquences de la rencontre Occident/Népal par le tourismed’aventure Les rencontres qui ont lieux entre les guides et porteurs népalais avec leursclients Occidentaux ne sont pas sans conséquences diverses pour les Népalais. Eneffet, un rapport de promiscuité s’opère avec les clients occidentaux, modifiant leurmentalité et leur comportement, et découlant sur de nouvelles pratiques sportivesainsi que sur une nouvelle perception qu’ils ont de la montagne et d’eux-mêmes. Tout d’abord, dans la rencontre entre les touristes occidentaux et les guidesnépalais, les différences de niveau de vie conditionnent déjà la nature de leur rapportl’un à l’autre. La relation est ambiguë dans la mesure où la relation clients/guides estavant tout professionnelle, et que toutes les marques de sympathie des guides etporteurs envers les touristes font partie du service qu’ils doivent rendre à leurs clients.Ceci est à nuancer car il arrive évidemment que de véritables amitiés émergent entreles touristes et les guides, les difficultés partagées en montagne aidant. Ainsi,certains guides arrivent à se constituer parfois une clientèle fidèle. Par ailleurs, l’on note qu’en interaction avec les Occidentaux, les guides etporteurs népalais ont découvert une nouvelle perception de la montagne. Ainsi, leregard esthétique que portent les trekkeurs sur la montagne et toutes ces notions decontemplation de la nature les ont surpris. D’un coup, les alpinistes les ont emmenéavec eux sur ces terrains de jeux, et les guides et porteurs se sont appropriés cesreprésentations de la montagne. L’investissement important des guides et porteursnépalais dans les métiers de la montagne a contribué à changer leur rapport à lamontagne. Les guides népalais sont alors devenus les principaux médiateurs, entre26 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997, p82-83. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 37 INALCO, 2012
  • 38. le groupe de touristes, le milieu environnemental qu’ils explorent avec eux, et lespopulations locales qu’ils rencontrent sur leur parcours. Il s’est donc bien opéré unetransformation du rapport symbolique des guides et porteurs népalais envers lamontagne, au contact des Occidentaux. D’un autre côté, les Occidentaux sont désireux de découvrir les croyanceslocales et de comprendre quelles sont les représentations que se font les Népalaisde la montagne. Certains alpinistes n’hésitent d’ailleurs pas à s’approprier cescroyances, et à laisser des drapeaux de prières au camp de base de la montagnequ’ils s’apprêtent à gravir par exemple. Les Népalais ont conscience de l’attrait deleur culture (tibétaine et bouddhiste) pour les Occidentaux. Ils échangent ainsivolontiers sur leurs danses, leurs chants, leur conception de la vie et de la religion.Les Népalais, parfois surpris que les touristes viennent chercher l’inconfort, et lesfatigues du trekking au Népal, alors qu’ils bénéficient de conditions de viesconfortables en Occident, concluent parfois à une insatisfaction profonde sur le planspirituel des Occidentaux. Ayant parfois un peu de peine pour ces clients étrangers,ils relativisent alors un peu l’écart qui les sépare. L’échange interculturel s’opèredonc bien entre les clients occidentaux, et les guides et porteurs népalais, même sil’on remarque que l’influence des Occidentaux a des conséquences beaucoup plusimportantes sur les modes de vie des Népalais. En effet des conséquences économiques et sociales sont également à noterdu fait de l’arrivée des touristes occidentaux au Népal. Le développement du trekkinget de l’alpinisme a en effet fait émerger l’industrie du tourisme d’aventure, qui a créede nombreux emplois, et changé les modes de vies des guides et porteurs népalais,toujours en déplacement aujourd’hui, alors qu’ils travaillaient avant commeagriculteurs, auprès de leur famille. 6.2.2 L’acculturation : Un des risques de la rencontre interculturelle ? Parmi toutes les conséquences qui émergent lors des interactions entre lestouristes occidentaux et les guides et porteurs népalais qui travaillent pour eux, il enest une qui n’est pas à négliger, et qui a eu des effets importants sur la sociéténépalaise : l’acculturation. Cette notion décrit un ensemble de phénomènes quirésultent d’un contact continu et direct entre des groupes d’individus de culturesdifférentes et qui entraîne des modifications dans les modèles culturels initiaux de Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 38 INALCO, 2012
  • 39. l’un ou des deux groupes. Il s’agit donc de la perte d’une culture d’origine mais aussi,et peut être surtout, l’appropriation d’une nouvelle culture. En effet, « il s’observe chez les guides népalais toute une série dephénomènes d’imitation des étrangers, en particulier dans leurs tenuesvestimentaires, leurs goûts et habitudes alimentaires, leurs modèles deconsommation et de comportements. Les Occidentaux qui ont une vision mythiquede leur apparent détachement matériel et de la frugalité « saine » de leur mode devie, découvrent avec une surprise quelque peu naïve que beaucoup de Sherpa ontadopté à leur contact des comportements de plus en plus individualistes etmercantiles.27 » Un autre effet encore plus grave dans ce processus d’imitation est égalementapparu dans les années 1970, lorsque que dans ces années hyppies, de jeunesoccidentaux étaient en recherche de drogue bon marché auprès de la jeunessenépalaise. Certains Sherpa se sont alors lancés dans des trafics illégaux à l’échelleinternationale. Mais ce processus d’acculturation est à nuancer car il trouve assez vite seslimites. En effet, malgré ces réalités, les touristes occidentaux qui viennent enHimalaya sont là non seulement pour découvrir des montagnes mythiques, maiségalement pour y rencontrer le Sherpa qu’il imaginais avant son départ au Népal, etauquel il attribue de nombreuses valeurs : courage, dévouement, spiritualité, sens del’effort, sympathie, etc… Le guide népalais a alors intérêt à se rapprocher le pluspossible de cette image pour contenter ses clients qui se le représente ainsi.« L’image valorisante que l’étranger projette sur lui renforce d’une certaine manièreson identité.28 » Ainsi, le regard des touristes occidentaux modifie les relations sociales entreles Népalais, tout comme leur pratique professionnelle les amène à s’approprierprogressivement leurs montagnes, jusque là ignorées ou maintenues à distance carsacrées.27 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997, p252.28 SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997, p253. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 39 INALCO, 2012
  • 40. Conclusion Après avoir étudié les cas spécifiques de trois sports d’aventure particuliers,l’escalade, le trekking, et l’alpinisme, nous avons pu observé et comprendre en quoichacun de ces sports offrait des prétextes pour voyager. En effet, la pratique del’escalade, du trekking, de l’alpinisme, ou quel que soit le sport d’aventure, permet dedécouvrir de nouvelles régions du monde car le principe même du sport d’aventureest fondée sur la découverte, et le désir d’aller chercher des environnements peuaccessibles en tant normal. Le témoignage du guide de haute montagne Christian Ravier illustre bien cespropos : « Ces activités sont prétextes au voyage, à la rencontre. Nous sommesamenés à aller loin de grands centres touristiques, dans des endroits, des villages demontagne où l’échange, parfois au delà du rempart de la langue, peut être trèsfort.29 » Ces différents voyages passent en grande partie par le développement dusecteur du tourisme dit « d’aventure », qui se distingue du tourisme demasse .Toutefois, peut on réellement parler de démarche interculturelle et dedialogue interculturel lorsque que l’on voyage dans le cadre de ce mode detourisme ? En somme, quels sont les acteurs de la rencontre interculturelle qui a lieulors de ces voyages ? Quelle est la nature de ces rencontres ? Et enfin, quelles sontles conséquences de ces rencontres interculturelles ? Pour ce qui est des protagonistes des rencontres interculturelles lors desvoyages d’aventures, ils sont de trois sortes. Il y a d’abord le touriste, le sportif quipart à l’aventure découvrir de nouvelles régions et de nouvelles cultures au moyende sa passion. Il y a ensuite les populations locales de ces régions du mondesouvent isolées, qui assistent à l’arrivée de ces touristes dans leurs pays, parfoisperplexes face à la vision de la vie de ces derniers. Et enfin, il y a les employés desagences locales qui réceptionnent et s’occupent des touristes. Dans le cas du Népalque nous avons étudié en profondeur, il s’agit des Sherpa et des porteurs népalais,29 Propos du guide de haute montagne Christian Ravier recueillis lors d’un entretien. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 40 INALCO, 2012
  • 41. qui jouent le rôle important du médiateur entre les touristes, les populationsautochtones, et l’environnement du pays visité. La nature de ces rencontres interculturelles est belle est bien de l’ordre de ladécouverte, mais peut on réellement parler de dialogue interculturel ? Ce n’est pas siévident, et c’est cela qu’explique Julien Laurent dans son témoignage : « A mon sens,les activités montagnes favorisent les rencontres interculturelles à l’échelle nationale,européenne et internationale. La pratique de la montagne nécessite une mobilitégéographique. Les nombreux lieux de passage pour rejoindre les sites de pratiquesalpines sont inédits, originaux et variés. Il est à mon sens très juste de parler dedécouverte culturelle (architecture, gastronomie, lieux de culte, organisation dessociétés, mode de vie…). En revanche, il est, je crois plus délicat de parler derencontre et surtout de dialogue avec d’autres cultures. Plusieurs raisons à cela. Lesmoments de découvertes restent souvent éphémères (quelques jours à quelquessemaines), la barrière de la langue est une constante (communication à despersonnes restreintes), les visiteurs de passages restent toujours des étrangers etles portes ne leurs sont pas toujours grandes ouvertes, les lieux régulièrementfréquentés par les alpinistes deviennent des lieux de tourisme dont les impactséconomiques locaux ont des effets sur les structures sociales et culturelles en place.Je crois donc que la montagne favorise grandement les échanges interculturels maisque certaines portes méritent d’être entrouvertes au prix de quelques efforts(rudiments linguistiques, durées des voyages, curiosité naturelle, lieux inédits,respect des traditions…) 30 ». De plus, un autre guide de haute montagne, RémiThivel, précise que « les pratiques sportives favorisent des échanges, à conditionseulement qu’elles ne se fassent pas dans la démesure : par exemple lesexpéditions commerciales sur les grands sommets de 8000 mètres d’altitude, oul’héliski en Turquie. Les échanges interculturels seront sûrement plus faciles pour unpetit groupe de backpakers que pour une collective d’agence31 ». Enfin, l’impact des voyages et des rencontres interculturelles entre lespratiquants de sports d’aventures, et les populations des régions isolées, n’est passans conséquences, et ce, pour les deux parties de cette rencontre.30 Propos du guide de haute montagne Julien Laurent, recueillis lors d’un entretien.31 Propos du guide de haute montagne Rémi Thivel, également formateur à l’ENSA (Ecole Nationale de Ski etd’Alpinisme), recueillis lors d’un entretien. Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 41 INALCO, 2012
  • 42. En effet, il se produit d’abord un phénomène de choc culturel. Lareprésentation de la nature, du sport que pratique le touriste, la vision de la vie, lareligion, les valeurs,… tous ces points peuvent réellement différées voire êtretotalement contradictoire entre les touristes et les populations locales. Cela peut êtresource d’incompréhension, d’étonnement, voire même de conflits. Un deuxième effet qui peut se produire pendant la rencontre interculturelle, etque nous avons analysé dans le cas du Népal, et l’enclenchement d’un processusd’acculturation, qui touche davantage les populations locales au contact des touristes« d’aventures », que les touristes eux-mêmes. Toutefois, ce phénomène est ànuancer car il a ses limites, et ne présente pas un si grand risque pour lespopulations locales. Au final, il convient de se souvenir que la pratique des sports d’aventuresengendre donc un processus de démarche interculturelle, mais que celle-ci n’est passans conséquences pour aucun des acteurs de la rencontre interculturelle. Cetterencontre a des effets complexes, et agit sur la dynamique des sociétés et du milieulocal. Ne peut on donc pas s’interroger sur l’impact que ses effets ont eu sur lespopulations, aussi bien dans leur représentation du monde que dans la constructionde leur identité, et ainsi essayer de comprendre comment le tourisme d’aventuredevrait se développer, pour continuer au mieux à respecter la diversité culturelle ? Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 42 INALCO, 2012
  • 43. Annexe Questions à Julien Laurent, et autres guides de haute montagnehttp://www.julienlaurent.com/Des_glaciers_aux_coraux/acceuil.htmlDans le cadre de mon mémoire de fin de première année de master encommunication interculturelle, je réalise un travail sur le sujet suivant : « Les sportsd’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle »En me focalisant en particulier sur la pratique de l’escalade, du trekking, et del’alpinisme, je cherche à démontrer que la pratique de ces sports participe audéveloppement de la démarche interculturelle, et engendre un dialogue des cultures.Pour m’aider dans mes recherches, pourriez-vous répondre aux quelques questionsci-dessous ? 1) D’une manière générale, pensez vous que la pratique de l’escalade, du trekking, ou de l’alpinisme favorise la rencontre et le dialogue vers d’autres cultures ? Pourquoi ? 2) Dans votre métier, la part des voyages à l’étranger (expéditions, trekkings, etc…) avec des clients est-elle importante ? 3) En France, avez-vous une clientèle étrangère ? Si oui, de quels pays viennent ces étrangers principalement ? 4) Vous avez été formé à l’ENSA (Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme) à Chamonix. Dans la formation des guides de haute montagne, y a-t-il un enseignement ou une sensibilisation dédiée à l’interculturel, ou destinée à vous préparer à gérer des clients ou un environnement aux codes culturels différents ? Si non, cela vous semblerait-il utile ? 5) Dans votre métier, avez-vous déjà été confronté à des problèmes liés à des différences culturelles ? Etait-ce entre vous et vos clients ? Ou entre votre groupe et le pays ou vous voyagiez ? Comment avez-vous géré ces conflits ? 6) Pensez vous qu’au delà de la pratique sportive, une des motivations de vos clients et de découvrir d’autres cultures ? Insistez vous sur cet aspect de votre métier pour trouver des clients ? 7) Enfin, et au-delà de votre métier, pensez-vous que la pratique des sports de montagne a été pour vous un moyen de découvrir d’autres cultures ? Pourquoi ? 8) Depuis combien de temps faites vous de la montagne ? Depuis combien d’années exercez-vous le métier de guide de haute montagne ?Merci beaucoup pour vos réponses ! Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 43 INALCO, 2012
  • 44. Bibliographie - ANKER Conrad, ROBERTS David, À la recherche des fantômes de lEverest. Glénat, Grenoble, 2000, 260p. - ARDITO Stefano, Glorieux sommets, images et récits des grands alpinistes, Gründ, 1993, 144p. - HERZOG Maurice, Annapurna, premier 8000, Flammarion, Paris, 2010, 381p. - RETTNER Rainer, Triomphe et tragédies à l’Eiger, à la conquête de la face nord, 1932-1938, coll. Hommes et montagnes, Glénat, 2009, 320p. - SACAREAU Isabelle, Porteurs de l’Himalaya, le trekking au Népal, coll. Mappemonde, Belin, 1997, 273p. Filmographie - LOWE Georges, La conquête de l’Everest, Grande-Bretagne, 1953. (DVD 78min : couleur SECAM) - STOLZL Philipp, North face, duel au sommet, Allemagne, 2008. (DVD, 121min : couleur SECAM). Ressources internetAgence de tourisme d’aventure :- http://www.terdav.com/- http://www.allibert-trekking.com/- http://www.terresoubliees.com/- http://www.clubaventure.fr/- http://www.atalante.fr/- http://www.tamera.fr/- http://www.expeditionsmonde.com/- http://www.akaoka.com/Divers :- http://www.ffme.fr/- http://www.kairn.com/ Cadiot, Valentin : Les sports d’aventure : vecteurs de la démarche interculturelle, Paris, 44 INALCO, 2012

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