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FRÉDÉRIC MACLERLÉgliseArméniennePARISLIBRAIRIE E. NOURRY62, HUE DES tiCOLES, 621920
DU MISE AUTEURPublications relatives à l A rménie moderne.La musique en Arménie. -Paris, E. Nourry, i•12, 4o pages.Autour ...
LÉGLISE ARMÉNIENNE_ SOMMAIRE. — Arménie et zoroastrisme. — Arméniens etByzantins. — Arméniens et Arabes. — Armé-niens et L...
2Si le, destin, par un caprice inattendu, per-mettait à liagop de quitter le royaume des om-•bres, nul doute que cet Armén...
le combat de la foi chrétienne contre les viséesdominatrices des mages. Cétait un duel à vie ouà mort. Il sagissait pour V...
4plus opportun de faire acte de lionne volontéet de donner des preuves non équivoques de sesintentions pacifiques.Sous lad...
—ment distinct des peuples qui lenvironnaient:Une parenthèse dordre dogmatique me paraîtici nécessaire. Elle vous explique...
6nople, Eutychès, enseigne lunité de la natureen Christ ; il établit le monophysisme. On con-voque un concile à Ephèse, 4....
— 7 —arménienne provoquèrent le radieux épanouis-sement des lettres arménienneS. Grégoire lIllu-minateur, Vartanès, Nersès...
r.- 8ne remonte pas très haut dans le moyen-llge,explique comment les catholicos présidèrent auxdestinées du Peuple arméni...
— 9 —consacrés au nouveau culte du Christ ; ils avaientlavantage dêtre Arméniens. Cétait à la foisaffirmer et affermir le ...
10 —petit peuple, décidé à vivre quand même. LE-glise arménienne, foncièrement démoci•atique,a sauvé son peuple.***Les siè...
ri-r— 41. —Sébêos et son successeur Léwont ont racontéavec les détails souhaitables ce que fut ce nou-veau fléau, qui vena...
— 12 —Aussi la politique arabe à légard des Armé-niens diffère-t-elle totalement de celle des Sas-sanides. Tandis que les ...
— 13 —le déclin du ne siècle, le prince des princes,Achot Bagratouni, avait si sagement administréses domaines, il avait r...
U — •nu, dès le vif siècle, un foyer intense dinstruc-tion. Les plus célèbres calligraphes, les miniatu-ristes les plus ha...
— 15 —(satrapes) que leurs luttes intestines causaientle plus grand préjudice à la patrie elle-même.Lostikan Youssouf en p...
— 16 —les Croisés ; Constantin les secourut, leur fitconnaître les routes, leur procura des provisionset des munitions pen...
— 17 —Pour ne pas rester en retard, le basileus AlexislAnge envoya, lui aussi, une couronne à Léon,confirmant de la sorte ...
— 48 —tentèrent de rapprocher tellement les églises ar-ménienne et romaine, quil en résulterait natu-rellement une fusion ...
— 19 —putation de défenseurs de léglise et du peuplee,Arménie contre les avances de léglise latine.***Placée au carrefour ...
— 20 —adressée au roi Héthoum I" ; ce prince et le al-tholieos éonfièrent à Vartan, nomme au plus doctede leurs théologien...
— 21 —différent de celui sous lequel -nous le montrentdautres écrivains, organes des nationalités op-primées. La conversat...
— 22 —çait aucun attrait sur leurs esprits. rudimentaires,et en face de lislam, dont les félicités paradi-siaques, beaucou...
— 23 —cruauté des déportations, si lEglise arméniennenavait veillé, avec un soin jaloux, sur les des-tinées de son Peuple....
— 24 —trionale de la mer Caspienne. Le départ de Pier-re le Grand ne change rien à léconomie de lex-pédition, et les Busse...
— 25 —Gèrent, toujours en vue du même objectif. Ca-therine 11 elle-même intervient et manifeste savolonté très ferme de do...
que, un an auparavant, David avait été oint dansléglise métropole dEtchmiadzin.ile la sorte, il y eut deux titulaires pour...
— 27 —à la nation arménienne. 11 prit une part impor-tante à linstitution du , synode dEtehmiadzin.fonda à Tiflis, en 1824...
— 28 —Nersès dAchtarak avait peut-être fait fausseroute en faisant appel au tsar, pour préparer etréaliser "laffranchissem...
teurs de Varak, où était allé percher laigle, etdoù il lançait ses cris aigus vers les horizonsbruineux du pays arménien, ...
— 30 --Cétait un maître, de naissance, original,singulier, ne possédant pas une instrudtion nor-male et complète, mais sur...
— 31 --Haire faculté dobservation et de compréhension,grâce surtout à ses longues et lointaines pérégri-nations en Turquie...
— 32 ---levant Klohnian avait pressenti déjà son rayon-nement libérateur. Aussi, ne - se contente-t-ilplus, dans l « Ardzi...
- 33Ces patriotes convaincus constataient person-nellement, sur place, en pleine Arménie turque,les horreurs du régime ott...
- 34 —velte Arménie, sur le sol trempé de larmes et desang de lancienne...***Avec de tels hommes, la destinée du peuplearm...
35premier point était acquis. On apprenait enmai 1914, que deux inspecteurs générauxavaient été désignés pour surveiller l...
— 36 J.rivé à dire, parlant de lEgypte et de la Syrie,que sil eût enlevé Saint Jean - dAcre, ce quileût dû faire, il opéra...
Couvent armétuén au-&rci di re .47c.I MPRTMERIE N. GA,I,LTEER ET A, lHÉBERT, ANGERS
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  1. 1. FRÉDÉRIC MACLERLÉgliseArméniennePARISLIBRAIRIE E. NOURRY62, HUE DES tiCOLES, 621920
  2. 2. DU MISE AUTEURPublications relatives à l A rménie moderne.La musique en Arménie. -Paris, E. Nourry, i•12, 4o pages.Autour de lArménie, Paris, E. Nourry, til +326 p.La France et lArménie à travers lart et lhistoire. Paris,H. Turabian, 59 p. et illustrations.Léternelle victime, dans Le Rappel, no du 13 novembre 1918.France et Arménie, dans La Voix de lArménie, ne du15 novembre 1918.A propos des Arméniens, dans Par le monde, n° du 15 dé-cembre 1918.Les Arméniens en Syrie et en Palestine. Communication auCongrès français de la Syrie. Mar`seille, 1919.Erzeroum, ou Topographie de la haute Arménie..., dans leJournal asiatique, no de mars-avril 1919,Note sur quelques inscriptions funéraires arméniennes deMalacca..., dans le Journal asiatique, n° de mai-juin 1919.LEglise arménienne, dans Foi et Vie, cahier B, n°20 juillet 1919.Lassassinat dun poète arménien, dans La Vie, n. du 15 oc-tobre 1919.Comment a vécu lArménie, dans,La Vie, no du 1• janvier1920.Impôt turc et peuple arménien, dans La Vie, no du 15 jan-vier 1920.Un gouverneur turc en Asie-Mineure, dans La Vie, no du.lsr.février 1920.
  3. 3. LÉGLISE ARMÉNIENNE_ SOMMAIRE. — Arménie et zoroastrisme. — Arméniens etByzantins. — Arméniens et Arabes. — Armé-niens et Latins (Cilicie). — Arméniens, Mongols,Turcs et Persans. — X1Xe siècle. — Arménie etRussie. — Laube du IX• siècle.Mesdames, Messieurs,Un Arménien, enlevé à la fleur de lâge, senétait allé mourir tristement à Malacca, dans lelointain Orient. Une inscription, gravée sur sapierre tombale, portait les mots suivants :Salut! 6 toi qui lis lépitaphe de la tombe où je dors.Die-moi les nouvelles, dis-moi la liberté des hommes de mon[pays, pour qui jai tant pleuré;Die-moi sil sest levé parmi nous un bon gardien qui les[dirige et les protège.Car jai vainement attendu toute ma vie quun bon berger[vienne veiller au troupeau dispersé.Moi, Hagop, petit-fils de Chamir, Arménien dune noble[famille dont je tiens le nom,Né en Perse, dans une ville étrangère, à Nor Djou4ha, où[tues parents reposent à jamais,Le Destin ma conduit dans cette lointaine Malacca, qui[gardera mes restes mortels (2).(r) Causerie faite è Léglise des Billettes, le 8 février 192o -(2} Cf. Robert Norman ISLAND, Historical tombstones orMalacca, mostly of portuguese origin... (London, 1905),in.4°, p. 6, — et Journal asiatique, tgig, I, p. 56o-563.
  4. 4. 2Si le, destin, par un caprice inattendu, per-mettait à liagop de quitter le royaume des om-•bres, nul doute que cet Arménien ne saluât avecjoie les moments que nous vivons. Il discernerata sans peine laube du jour nouveau qui com-mence à poindre pour son peuple. Il verrait danscet état naissant de lArménie le résultat de fac-•teurs nombreux et divers qui, tous, contribuè-rent, chacun pour sa part, à lheure de ladélivrance et à assurer laffranchi,sinient (lunpeuple éperdûment épris de libellé, de vie so-ciale, morale et intellectuelle, désireux avanttout de vivre sa vie après les tribulations sécu-laires qui lont fait la victime de ses puissantsvoisins.Parmi ces facteurs essentiels du renouveauarménien, la place doit être faite très grande àlÉglise nationale arménienne. Cest ce quenpeu de mots, je voudrais vous rappeler danslentretien de ce soir.***Le 2,6 mai et, le général arménien Vardan,• à la tète de ses troupes, fortes denviron 6o.000hommes, accepta le combat contre un ennemiplusieurs fois supérieur en nombre. Larméeperse avait déjà traversé iAderbeidjan et sache-minait vers les districts de lier et de Zarévand.Le but des Persans était double : vaincre et do-miner définitivement lArménie, privée de roidepuis lan tia8 ; étouffer le christianisme armé-nien et faire de ses adeptes des adeptes du zo-roastrisme.Les Arméniens, de leur côté, luttaient pourlindépendance de leur patrie ; ils soutenaient
  5. 5. le combat de la foi chrétienne contre les viséesdominatrices des mages. Cétait un duel à vie ouà mort. Il sagissait pour Vardan et ses soldatsdassurer le triomphe du nom arménien chré-tien ; il sagissait pour les Vardaniens de défen-dre le sol de la patrie déjà souillé par lenva-hissement de lennemi.Le combat sengagea dans la plaine dAvaraïr.Non seulement les prêtres exhortaient les soldatsarméniens à repousser toute frayeur, non seule-ment ils enflai -Limaient les combattants en évo-quant les souvenirs bibliques dAbraham sacri-fiant son propre fils Isaac, de Phinée immolantles Hébreux violateurs de la loi, du petit Davidluttant contre le géant Goliath, mais ils prê-chaient eux4mèmes dexemple. Les évêques, lesprêtres, les diacres, toutes les classes du clergéarménien, lépée à la main, veulent, eux aussi,contribuer à repousser lennemi du nom chré-tien.Malgré tant de courage et dhéroïsme, malgrétant dabnégation et desprit de sacrifice, les Ar-méniens succombèrent sous le nombre. Vardanet io36 de ses compagnons trouvèrent la mortdues cette lutte inégale. Les survivants de lar-mée arménienne se sauvèrent par petits groupesdans des endroits inaccessibles, queux seuls con-naissaient, dan.s des châteaux forts où ils pour-raient se reformer et continuer la lutte, une luttede guerilla, contre les troupes perses, durementéprouvées, elles aussi, par le combat qui venaitdavoir lieu.La résistance arménienne aurait pu durerlongtemps, les • incursions que Vasak dirigeaitcontre les Persans leur auraient causé à la lon-gue de grands dommages. Le roi de Perse jugea
  6. 6. 4plus opportun de faire acte de lionne volontéet de donner des preuves non équivoques de sesintentions pacifiques.Sous ladministration un peu plus humaine-du nouveau. marzpan (i52-.(164), les Arméniensmirent bas les armes pour quelques années.Lédit du roi proclamant libre lexercice publicdu christianisme fut partout promulgué. Lesévêques rentrèrent dans leurs diocèses ; les moi.nes reprirent possession de leurs monastères etde leurs domaines. Les anciens propriétaires spo-liés recouvrèrent leurs biens. Pendant quelquetemps, le pays fut exempt de tribut ; le contin-gent de cavalerie que devait fournir lArméniefut diminué. Enfin, ceux que la violence avaitfait apostasier curent la faculté de rentrer dansle giron de lEglise. (c Les dieux, disait le roidans son édit de tolérance, sont irrités contreceux qui ne vénèrent pas spontanément la reli-gion du mazdéisme... Aussi, je laisse à chacunla liberté de suivre le culte quil préfère, car toussont nies sujets... uEt, de fait, au ve siècle de notre ère, une par-tie de lArménie était devenue tributaire de laPerse. Mais cest précisément lépoque où, pri-vée de chef temporel, elle affirme le plus sa per-sonnalité. Le caractère arménien sest - formé dé-finitivement dans ces siècles qui vont du Ve à lafin du ne et où, successivement tributaire desPersans, des Byzantins et des Arabes, la natio.-nalité arménienne se développa, sépanouit, secristallisa enfin, de sorte que, dans le procheOrient, cc petit peuple constitua un bloc nette-(Ir) Cf. Fa. Totnemarze, Histoire politique et religieusede lArménie... (Parie [1910]), 1, p. 533-534).
  7. 7. —ment distinct des peuples qui lenvironnaient:Une parenthèse dordre dogmatique me paraîtici nécessaire. Elle vous expliquera, sous une for-me peut-être ardue, comment le christianismearménien ne se confond pas avec les autres bran-ches du christianisme.On distingue, dans la formation et lévolutiondu dogme chrétien, un certain nombre de pério-des où les préceptes et les articles de foi sajou-tant les uns aux autres, finirent par constituercette masse imposante que lon dénomme la dog-matique chrétienne.Dans ces multiples périodes, une des plus im-portantes est le ive siècle, où les docteurs delEglise se livrèrent ces fameux combats que lonnomme les luttes christologiques. 11 sagissaitde démêler lélément humain et lélément divinen Jésus-Christ. La question controversée était lasuivante la nature du Christ est-elle identiqueà celle de Dieu, ou lui est-elle seulement analo-gue ? Les uns soutenaient que le Christ est Dieu ;dautres, quil est simplement une créature. Aces controverses, que je me. garderai de vous ex-poser, prirent part les plus célèbres pères de lÉ-glise, Athanase, Basile , Grégoire •de Nazianze,Grégoire de Nysse. La première phase se terminapar le concile de Nicée, 325, Tri condamnait ladoctrine dArius. Les Arméniens adoptèrent lesdécisions de ce premier concile (erliménique.La deuxième phase des luttes ch•istologiquesest marquée par les noms de Cyrille de Jérusalem,de Cyrille dAlexandrie, de Nestorius. Celui-cisoutenait que le Christ avait conservé chacunede ses deux natures distinctes ; il enseignait-/a juxtaposition des deux natures dans le Christ.Par contre, un archimandrite de Constanti-
  8. 8. 6nople, Eutychès, enseigne lunité de la natureen Christ ; il établit le monophysisme. On con-voque un concile à Ephèse, 4.49, où Dioscure,aidé de soldats, fait triompher la doctrine mo-nophysite. Mais les décisions en furent annu-lées par le concile oecuménique de Chalcédoine,où lon écarta les théories extrêmes, et où lonétablit la dualité de la nature et lunité de lapersonne. Cétait en 451, et les Arméniens, ab-sorbés par leur lutte défensive contre les Per-ses, ne purent y envoyer de délégués. Ils igno-rèrent longtemps les déCisions du concile deChalcédoine, et, plus tard, lorsquils songèrentà éclairer leur religion, ils adoptèrent le mo-nophysisme, tout en anathématisant Eutychès.La chose est mise hors de doute par le xxe cha-pitre du 3e livre de lHistoire universelle dE-tienne Asolik. de Tarôn.***La séparation ne fut pas moins radicale entreByzance et lArménie, quentre lArménie etta Perse.La turpitude des derniers Arsacides dArmé-nie précipita la chute de cette dynastie et, dèslannée 396, lArménie était, de fait sinon dedroit, partagée entre la cour de Byzance et leroyaume de Perse. Un seul parmi les derniersArsacides essaya de réagir contre la décadencequi menaçait son royaume. Le roi Vram-Clia-pouh encouragea dinstruction et favorisa la nais-sance de la littérature arménienne chrétienne.Mais, mieux que les rois, mieux que les,prin-ces, les catholicos ou chefs suprêmes de léglise
  9. 9. — 7 —arménienne provoquèrent le radieux épanouis-sement des lettres arménienneS. Grégoire lIllu-minateur, Vartanès, Nersès le Grand, Sahak leParthe, Mesrob le vartabcd posèrent les bases detoute la vie intellectuelle et morale du peuple ar-ménien par les traductions queux et leurs élè-ves firent de la Bible, des ouvrages de philoso-phie, de théologie, dhistoire des auteurs grecs,romains et syriaques. On considère le vB sièclecomme dor de la littérature arménienne.Cest le point de départ incontestable de la vienationale et indépendante du peuple arménien.Cette indépendance se manifeste par les nom-breuses écoles que ces • savants purent fonderdans lArménie persane.11 nen allait pas de même dans lArménie by-zantine, où il fut interdit détablir des écolesarméniennes, de prêcher le peuple en arménien,de Finsiruire dans sa langue maternelle. Peut-être faut-il voir dans cet exclusivisme grec àlégard des Arméniens une des raisons majeurespour lesquelles ceux-ci montrèrent si peu dem-pressement à accepter le concile de Chalcédoine.Une autre raison réside vraisemblablementdans le fait suivant. Sur le point dêtre battuspar les Perses et de voir le zoroastrisme supplan-ter leur christianisme, les Arméniens implorè-rent le secours de lempereur chrétien Marcien,qui le leur refusa.Linimitié ne lit que saccroître entre Armé-niens et Byzantins, et les premiers rejetèrentdélibérément un concile qui avait été tenu parles iseconds. Pour des raisons dordre politiqueautant que dogmatique, lArménie et Byzancene pouvaient pas suivre la même destinée.Une tradition qui, selon toute vraisemblance,e
  10. 10. r.- 8ne remonte pas très haut dans le moyen-llge,explique comment les catholicos présidèrent auxdestinées du Peuple arménien et de son églisenationale et autonome : bien quélevé à Césaréede Cappadoce, en plein centre grec, Grégoirel,Illuminateur déclare que son eglise,arménienne, na été fondée ni par lui-indue.ni par les apôtres,, mais par le Christ, le chef detoutes les églises.Le Christ descendit du ciel et ordonna à sonserviteur de lui construire une église dans laville de Valarchapat, ancienne résidence royale.Léglise reçut le nom de « Etchnnadzin », motcertainement forgé pour-les besoins de la causeet qui signifie « est descendu le lils uniqueQuoi quil en soit de cette tradition, et quelque soit le degré de confiance quon puisse luireconnaître, elle établit un fait : celui de mar-quer de la façon la plus nette et la plus catégo-rique que Léglise arménienne ne procède dau-cune autre, quelle a été établie à lendroit dési-gné par le Christ lui-même, quen un mot elleest autocéphale. •Dantre part, daprès une tradition non moinsaccréditée riiez les Arméniens que la précédente,Grégoire lIlluminateur et ses successeursmédiats auraient procédé. de la façon suivantepour assurer le recrutement du primitif clergédArménie : Pour éviter lingérence étrangère,pour ne pas faire appel, en particulier, à desmembres du clergé byzantin, on aurait choisiparmi les prêtres • arméniens païens die sujetsintelligents que lon aurait envoyés faire leursétudes dans des centres de chrétienté syrienne,spécialement à Edesse et à Medzpin. Leurs étu-des achevées; ces anciens prêtres païens étaient
  11. 11. — 9 —consacrés au nouveau culte du Christ ; ils avaientlavantage dêtre Arméniens. Cétait à la foisaffirmer et affermir le caractère essentiellementnational de lEglise arménienne.Enfin, il fallait au nouveau culte une liturgie.Grégoire lIlluminateur, alève de Césarée de- Cappadoc,e, aurait pu iulDpkr le rituel grec. 11redoutait les visées dominatrices de lEglise by-zantine. 11 fait traduire la liturgie syriaque.Linimitié byzantine ne fit .quaugmenter àlendroit de lArménie. Elle se manifeste non seu-lement dans le domaine de la dogmatique, maisaussi dans celui de la politique. Les catholicos,constatant lincapacité des derniers A•sacides àla lin du ive et au début du ve siècle, veillenteux-mêmes sur Je trône royal ; les rois ne si-gnent aucun- traité avec leurs voisins ou avecleurs ennemis sans avoir consulté le catholicos.Celui-ci, daccord avec leS patriotes arméniens,princes et seigneurs, dévide déduquer le peu-ple, de linstruire, de lui apprendre à vivre savie bien que soumis au joug étranger. Ce sontles catholicos qui, à travers les siècles, depuisle ive jusquà laube du xxe, conduisent le peuplearménien dans la voie du progrès et de la civi-lisation, le protègent dans les moments diffi-ciles de son existence, le dirigent, dun pas lent,mais assuré, jusquà ce degré de maturité oisif pourra, aujourdhui ou demain, reconstituerun Etat indépendant, vivre sa vie, renouer en-fin la tradition, si souvent interrompue, de sonoeuvre de nation civilisatrice au milieu des peu-ples qui le voulaient asservir, qui le martyrisè-rent durement et fréquennnent, et qui, en der-nière analyse, voient leurs plans destructeursmisérablement échouer devant la ténacité dun
  12. 12. 10 —petit peuple, décidé à vivre quand même. LE-glise arménienne, foncièrement démoci•atique,a sauvé son peuple.***Les siècles passent. Le monde ressent les se-cousses dun cataclysme nouveau.Parti des sables brûlants de son désert, le - con-quérant musulman promène, au galop de soncheval, une nouvelle religion.La conquête arabe embrasse dabord lArabieelle-même. Le flot pousse vers le nord et sescinde en deux courants. Lun dirige linvasionvers louest, gagne lEgypte, se répand sur tou-te lAfrique septentrionale, franchit le djebelTarik r domine lEspagne et pousse une pointehardie dans le sud de la France.Lautre armée envillit la Syrie, pénètre enPerse, doù le dernier roi sassanide senfuit enBactriane, emportant avec lui le feu sacré et sespyrées.La conquête de. la Perse achevée, restait àdompter lArménie, ce dernier fleuron de la cou-ronne persane. Pendant cinquante ans, la luttefut atroce, et les plus grandes cruautés furentcommises. Les catholicos, qui résidaient alorsà Dwin, adressent leur appel désespéré à lem-pire chrétien de Byzance. Les ba,sileis, qui en-tendaient prélever en Arménie un fort tribut,qui prétendaient exiger la soumission absoluede ce pays, sans prendre en retour dengagementà son égard, sans lui accorder aucune protec-tion efficace, en retirèrent peu à peu leurs trou-pes, et, à la lin du vue siècle, la conquMe arabede lArménie était un fait accompli. Lévêque
  13. 13. ri-r— 41. —Sébêos et son successeur Léwont ont racontéavec les détails souhaitables ce que fut ce nou-veau fléau, qui venait de sabattre sur le terri-toire arménien.Malgré les horreurs du carnage, malgré lestueries .sans nombre, qui sont le lot inevitablede toute guerre, de toute conquête et de toutedomination, lislamisme arabe apportait un élé-ment nouveau dans les relations de peuple àpeuple. Il mettait fin ,*ix querelles religieuses.Le temps nétait plus aux discussions théologi-ques ni aux conversions forcées, imposées parles supplices les plus raffinés. En face de cetennemi nouveau, il fallait se battre ou se sou-mettre, il fallait se révolter ou accepter la nou-velle domination. La Perse, avec son zoroastris,me, seffondra devant la conquête arabe. LAr-ménie, avec son christianisme et son église, res-ta aeule en face de lislamisme, sut lui imposerle respect de ses traditions et de sa religion, etfinit par vivre en bonne intelligence avec sesnouveaux maîtres.Transportés dans des pays de civilisation su-périeure, les Arabes, sentant leur infériorité cul-turelle, adoptent et sapproprient sans scrupuleles civilisations quils rencontrent. lls ne cher-chent pas à en imposer une quils ne possèdentpas ; ils ne détruisent pas, par simple méthodebarbare, pour le plaisir de détruire. Leur cime-terre nhésite pas à répandre des flots de sang,jusquà cc quils aient obtenu la soumissionvoulue ; mais, ce but une fois atteint, le con-quérant arabe respecte le monument dart quilrencontre sur sa route ; il sent la supérioritédune architecture dont il pourra faire son pro-fit; il laisse subsister ce dont il espère tirer parti.
  14. 14. — 12 —Aussi la politique arabe à légard des Armé-niens diffère-t-elle totalement de celle des Sas-sanides. Tandis que les Persans navaient songéquà convertir de force les Arméniens et à se lesassimiler par nimporte quel moyen, tout lef-fort des Arabes consiste a maintenir lArméniedans une -soumission absolue ci a en tirer le plusde profit possible.ln monument arménien, malheureusementruiné, montre à lévidence la liberté dont joui-rent lis catholicos arméniens du vile siècle pourélever des temples et bfitir des églises. Jai nom-mé Zwarthnots. Cette église constituait, avecEtchmiadzin, Ripsimê, Gayiani3 et Cholakalh, undes plus importants sanctuaires arméniens cons-truits dans la plaine hraratienne.En édifiant le couvent et, léglise de Zwarth-note, 645-66o, catholicos Nersès Ill navaitdantre but que de ramener dans la région deValarchapat le siège pontifical qui résidait àDwin depuis le milieu du ve siècle. 11 séloignaitainsi de Dwin, complètement au pouvoir desostikans ou gouverneurs arabes ; il sécartait- da-vantage des empereurs de Byzance, dont la per-fidie et la cruauté avaient été si dures au peu-peuple arménien. •A velte date, on se trouve .en. face de deux faitspositifs : le monophysisme définitivement adop-té par léglise nationale arménienne comme étantlexpression adéquate , de sa pensée religieuse ;— lérection du temple de Zwarthnots, qui con-sacre la séparation totale davec Byzance.Et les Arabes, reconnaissant la valeùr et lesmérites des Arméniens, sachant quil valait .mieux les traiter en amis quen ennemis, déci-dèrent de restaurer la royauté arménienne. Sur
  15. 15. — 13 —le déclin du ne siècle, le prince des princes,Achot Bagratouni, avait si sagement administréses domaines, il avait rendu de si grands servi-ces à la cour de Bagdad, que le khalife lui en-voya, par lentremise de Yisa, une couronne etdes habits royaux. Le - en nohms Gêorg oignità Ani le nouveau roi dArménie. Ainsi le •peu-ple arménien, dont lexistence, depuis le v° siè-cle, avait été en grande partie sauvegardée parses cathelicos et son église, i, ∎-ait refleurir sonindépendance. Cétait un lurrizon nouveau quisouvrait devant lui.***De grandes familles princières • présidèrentaux destinées de lArménie médiévale : les Ard-zroumiq, les Sitmiq, les Bagratouniq, les Ma-ni ikonianq.Ces derniers; ne possédant pas de vastes ter-ritoires, bornèrent leur ambition à servir la na-tion avec fidélité et dévouement. Pluiieurs fré-r •néraux, issus de cette famille, ajoutèrent unlustre nouveau aux armées arméniennes.La principauté des Siuniq laissa un nom di-gne de mémoire dans les annales de lArménie.On conserve le souvenir de plusieurs princessesqui, fidèles aux instructions de leurs évêques,acquirent une réputation toute particulière de -bonté et de charité. La princesse Bouregh, dontla beauté égalait la piété, alla au devant dHéra-clius, avec des chevaux et de magnifiques ca-deaux, lorsque cet empereur se dirigeait vers laPerse. Une autre princesse, Chahandoukht, fitédifier de superbes constructions quelle offritau monastère de Tathew, Ce couvent était deve-
  16. 16. U — •nu, dès le vif siècle, un foyer intense dinstruc-tion. Les plus célèbres calligraphes, les miniatu-ristes les plus habiles sy étaient, formés ou syétaient donné rendez-vous. La quantité de rui-nes de châteaux, déglises, de couvents, quelon relève en Sionnie, montre à lévidence queldegré la civilisation. y avait atteint, lorsque lesBagratides régnaient à Ani et les Ardzrouniq àVan.Les Bagratouniq on Bagratides reçurent deIliegdad unc couronne royale, et le premier roi,Achat, couronné à Ani, sut faire respecter leslimites quil avait tracées à son royaume. Luni-té quil avait réalisée ne tarda pas à• disparaîtreà sa mort. LArménie fut divisée par lambitionmême de ses princes. Smhai, fils et successeurdAchot, avait à peine pris les rênes du gouver-nement, que son oncle Abas voulut lui arracherla royauté. Les efforts du cm holicos Gêorg pourles réconcilier restèrent vains. • Plus tard, laroyauté bagratide, ne tarda pas à être scindée ;on compta un royaume à Ani, un autre à Kars.Les. Ardzrouniq, de leur côté, avaient fondéun état indépendant dans le Vaspourakan, avecVan pour capitale. Cétait une nouvelle causedaffaiblissement pour le peuple arménien. Aus-si leffort des catholicos consista-t-il avant toutà maintenir lunité morale du peuple, alors quelunité politique lui faisait de plus en plus dé-faut.Un exemple, choisi entre plusieurs, fera com-prendre le rôle capital quavait à jouer le ca-tholicat arménien pour préserver son peuple dela ruine et de lanarchie.Malgré son énergie, le roi Achot Erkath neparvint pas à faire comprendre aux nakharar
  17. 17. — 15 —(satrapes) que leurs luttes intestines causaientle plus grand préjudice à la patrie elle-même.Lostikan Youssouf en profitait. pour établirsa résidence à Dwin et diriger en personne les(11 s a...tal jolis commises par ses soldats arabes.Go nouveau malheur de lArménie trouva enfinun écho à Byzance. Le catholicos obtint de lem-pereur. que des secours fussent envoyés au roidArMénie. Youssouf fut surpris dapprendre lachose, et il couronna roi un certain Achot, cou-sin du mi Achot lui-même. La guerre civile sen-suivit luit naturellernent. Elle ne prit lin quesur lintervention du catholieus, qui réussit àréconcilier les deux princes. La paix fut conclueà Dwin. Ce rôle bienfaisant du catholicat sepoursuit pendant toute la durée de la dynastiebagratide. Il serait oiseux dinsister davantage.** *Les différentes royautés de la Grande Armé-nie avaient peu à peu succombé sous les coupsréitérés dos Byzantins et des Turcs Seldjoukides.Le royaume dAni lui-même nexistait plus, etles Arméniens qui lavaient pu avaient émigrévers des sites plus hospitaliers. Une bonne par-tie sétait dirigée vers la Cilicie où, dès les tempsles plus reculés, les Arméniens étaient venus.trafiquer. se fortifièrent sur les hauteurs duTaurus et là, absolument chez eux, ils purentbraver lennemi. A la fin du xe siècle, la migra-tion saccentue et, au xne, les Arméniens com-mencent à entrer en relation avec les nations oc-cidentales qui venaient en Orient délivrer leslieux saints des mains des Egyptiens. Un de cesprinces arméniens fit une alliance damitié avec
  18. 18. — 16 —les Croisés ; Constantin les secourut, leur fitconnaître les routes, leur procura des provisionset des munitions pendant le siège .dAntioche.Pour lui témoigner leur reconnaissance, les prin-ces croisés lui décernèrent le titre de marquis.Le xIIe siècle touchait à son déclin, et Sala-heddin, ce Kurde, né dans lArménie méridio-nale, sempara de Jérusalem (1187). Les nationsoccidentales forment rie nouvelle croisade et,sous la conduite de Frédéric Barberousse, netardent pas à pénétrer en Asie. Arrivé à iconium,lempereur envoie une ambassade au princedArménie, Léon, lui demandant aide et protec-tion pour la grande oeuvre chrétienne quil vient.accomplir en Orient. Léon répond favorablementà lempereur et envoie dabondantes provisionsaux Croisés. Il espère, en retour, recevoir unecouronne royale de la main même de lempe-reur.Lorsque larmée impériale eut pénétré enIsaurie, le prince Léon, le .catin d iras Grigor, lecélèbre Nersès Lampronatsi, archevêque de Tar-se, vont au devant de lempereur. La rencontrene put avoir lieu, car Frédéric sétait nové ense baignant dans le Calicadnus. -Le couronnement de Léon fut, différé de cechef pendant quelques années. Il fallut attendrequHenri VI, fils et sueeesseur de Barberousse,se fût mis daccord avec le pape Célestin III pourenvoyer à Léon une couronne royale et un éten-dard à son chiffre. Enfin, le jour de la Noël iLéon fut solennellement sacré roi dArménie parle catholicos Grégoire VI, dans la cathédrale deTarse. Tous les dignitaires du nouveau royaume.assistèrent à cette solennité, ainsi que le cardi-nal Conrad, délégué du pape et de. lempereur.•
  19. 19. — 17 —Pour ne pas rester en retard, le basileus AlexislAnge envoya, lui aussi, une couronne à Léon,confirmant de la sorte les droits et prérogativesdes Arméniens sur la Cilicie.Le peuple arménien prit ainsi. contact avecune nouvelle branche de la chrétienté, la courde Rome. Léon ne perdit pas de temps pour or-ganiser son royaume. 1I transféra le trône deTarse à Sis, qui devipt la capitale politique etreligieuse de lArméno-Cilicie. Il fonda des tri-bunaux, fixa la quotité des impôts et imita, dansune ]arge mesure, lorganisation des principau-lés latines de Svrie. Il dota richement les cou-vents et donna des immeubIe.s aux ordres deschevaliers. Il entra en relations suivies avec losnations européennes et se sépara complètementde Byzance, contre qui il pourrait dortnavantlutter avec. succès, grâce à ses nouveau v alliés.Les papes tirèrent également profit, des rela-tions qui venaient de sétablir entre lOccidentet lArménie. A partir tin règne de Léon II, unecorrespondance active et suivie sétablit entreles papes de. Renie- et dAvignon, les rois et lescatholicos dArménie, dans le but dunifier leséglises romaine et arménienne. Plusieurs rois delArméno-Cilicie, fondant de grandes espéran-ces sur leurs relations avec -lOccident, étaientenclins à faire de grandes concessions théologi-ques et religieuses. Mais la nation arméniennedéfendit énergiquement lindépendance et lau-tonomie de son église, et les tentatives dunionfaites par Borne neurent pas phis de succès au-près du peuple dArménie que celles qui avaientété faites jadis par hi toute puissante Byzance.Dans cet ordre didées, une mention spécialedoit Mre faite des Unitaires qui, une fois encore
  20. 20. — 48 —tentèrent de rapprocher tellement les églises ar-ménienne et romaine, quil en résulterait natu-rellement une fusion si intime et si étroite queces églises finiraient par nen faire plus quuneseule.Leur chef, Jean de Qrni, neveu du princeGrigor, seigneur de Qrni, était élève du domi-nicain Barthélemy de Bologne. Leffort des On-nitor consistait à établir une union complèteentre léglise arménienne et léglise latine, nonseulement en ce qui concerne la foi, niais en cequi regarde le rite. Ils voulaient, ramener le ritearménien au rite latin.Ces intentions po)voquèrent le mécontente-ment du peuple arménien, qui se refusait abso-lument à échanger la liturgie de Grégoire lIllu-minateur confie celle de Bome.Parmi les Unitaires, Nersès Balients, origi-naire de Cilicie, évêque dOurmia, se fit particu-lièrement remarquer. Il se rendit en France,sous le pontificat do Clément VI, séjourna à Avi-gnon et se perfectionna dans la connaissance dulatin. De même, le patriarche dArménie, Ha-gop H, vint en France, en 3”, alla à Avignonauprès du pape Innocent VI, et sentretint aveclui des affair-.5:, dArm•nie. Il écrivit diverses let-tres pastorales, dans le but dencourager len-reprise des Unitaires.Malgré ces différentes tentatives, venues delOccident, le clergé national arménien veillait.Le couvent de Tathew, en Siounie, devint, krempart de lorthodoxie arménienne. Jean dO-rotn, Grégoire de Tathew et leurs élèves acqui-rent par leur science, par leurs publications, parleur orthodoxie farouche mais justiliée, la ré-
  21. 21. — 19 —putation de défenseurs de léglise et du peuplee,Arménie contre les avances de léglise latine.***Placée au carrefour des peuples, lArménieétt•it condamnée, par sa position géographique,à subir Le choc. de toutes les hordes barbares qui,parties de lAsie centrale, déferlaient vers louest,en rasant tout sur leur passage. Après les inva-sions seldjoukkles à la fin du xie et ;tu Nu siècle,ce •fut, au xme siècle, le tour dus Mongols. EtlArménie eut toujours, au sein de son clergé,des hommes de valeur qui surent parer au dan-ger le plus immédiat, sans le pouvoir évitercomplètement,Yanan le Grand, qui ne connut pas les hon-neurs ecclésiastiques, qui se borna, sa vie durant,à rester un simple moine, joua un rôle considé-rable parmi ses contemporains et exerça une in-fluence très grande sur iPs événements politi-ques qui se déroulaient de son temp.s (i). Lecatholicos Constantin I" le chargea de missionsimportantes et délicates auprès des évêques, dessupérieurs de communautés et des princes de laGrande Arménie (2)-.En outre, « le pape Innocent IV, qui, commetous les souverains pontifes à cette époque, dé-ploya tous ses efforts pour ramener léglise ar-ménienne à lunité catholique et lui faire accep-ter la suprématie du Saint-Siège, envoya enOrient un légat nommé... Dimanche, forme vril-gaire.... du nom de Dominique, avec une lettre(T) CF. DULA MUER, Recueil dei historiens des croisades...,Documents arméniens... {Paris, 1869), 1, p, 431-433,f) Cf. pui.AuRiatt, op, Cit., p. 412.
  22. 22. — 20 —adressée au roi Héthoum I" ; ce prince et le al-tholieos éonfièrent à Vartan, nomme au plus doctede leurs théologiens, lé soin dy répondre et de laréfuter. Cette réponse, qui renferme, en gui-gnes pages, la discussion des points de dogmecontroversés alors entre lEglise arménienne etlatine, prouve que Vartan était au cou-rant des questions théologiques et philosophi-ques agitées de son temps dans les école delOccident. » (1)Mais la circonstance de sa vie oit Vardan .ma,nifesta le phis son habileté diplomatique e at-tira .cle ce chef le plus grand honneur sur lEgli-se arménienne fut kt suivante : de nomadesquils étaient, les Mongols tendaient peu à peu,à devenir sédentaires. Le khan Iloulagou, quiignorait probablement le nombre de ses fun-mes, ne connaissait pas davantage celui de sesfils. Il sagissait rependant de savoir guet sentitson héritier sur le trône royal. On fit appel auclergé arménien, comme étant alors lélémentde civilisation le plus avancé et le plus capablede résoudre un- tel problème. Et, dans ce clergé,le choix tomba sur Vardan.La caravane arménienne se met en marche etarrive « à la cour de Houlagou, alors dans toutléclat de sa puissance. La relation de lentrevuede lhumble moine arménien avec le monarquemongol nous laisse apercevoir la ligne de con-duite que Houlagou sattachait à suivre pourfaire oublier aux vaincus les violences de la con-quite, et. les rallier à son autorité ; elle nous le.peint avec des instincts de bienveillance, dedouceur et dhumanité, et sous un aspect tout(r) CF. Dut.mntrit, op. cit , p. 432-433.
  23. 23. — 21 —différent de celui sous lequel -nous le montrentdautres écrivains, organes des nationalités op-primées. La conversation intime queut notrehistorien avec Houlagon, la déférence que Luitémoignait la principale femme de ce prince,Dôkhouz Khathnun, et dont elle donna unepreuve éclatante, en le consultant sur une desquestions les plus graves et les plus délicates,lordre de succession au treille, après la mort deson mari, attestent combien arta n était appré-cié à. la cour de Tauri•. Saris croire. quil déci-da à lui seul cette question, en se prononçanténergiquement pour Abaka, et pour le maintiendes dernières volontés de lioulagou, mandes-léiS en faveur-de son fils aîné, il nest pas dou-teux fine sa voix nait eu quelque poids dans labalance, et nait conquis au nouveau souverainles sympathies et le concours dun parti puis-sant et - nombreux; celui des populations chré-tiennes de lOrient. » (i)***Ces relations de bonne intelligence entre lesArméniens et les Mongols étaient de bon augurepour le peuple dArménie, et les choses seraient•esiées en cet, état, si les Mongols, dont la reli-gion était plus que primitive (2), ne sétaientavisés den changer. Ils se trouvaient en face duchristianisme, dont la doctrine nétait pas pourleur déplaire, mais dont la morale austère nexer-(r) Cf. DULAUSIER. Recueil e s historions des croisades.-Documents arméniens.., 1, p . 433 .(2) Cf. KIRAKOS DE GANDZ., K, apud M. BROSSET. Deux his-toriens arméniens.,, (Saut-Pétersbourg, 1870), 13.0 134et suivantes.
  24. 24. — 22 —çait aucun attrait sur leurs esprits. rudimentaires,et en face de lislam, dont les félicités paradi-siaques, beaucoup plus tangibles, leur apparais-saient avec une attirance plus conforme a leurs•appétits frustes et sauvages. Les Mongols optè-rent pour lislamisme et .ce fut un coup mottetporté aux relations damitié déjà existantes en-tre eux et les Arméniens.Dès lors, et - pendant des siècles, du xve à la findu xvine, lArménie fut le théâtre des dévasta-tions les plus inouïes que lhistoire ait enregis-trées. 11 faut descendre au début du xxe sièclepour voir les barbares de nos jours surpasserceux du moyen -âge.LArménie et son peuple furent une pommede discorde continuelle entre les Turcs et lesPersans ; il ny avait plus de royaume dArmé-nie ; il ny avait plus de princes et de seigneurspuissants, susceptibles de prendre la défense etles intérêts du faible et de lopprimé. • Après latyrannie des Ep..,yptiens, des Perses, des Kurdes,des Tatars, des Turcomans, le sol de lArménieétait définitivement partagé entre la Perse et laTurquie. Et malgré cela, le peuple arménien nedisparaissait pas ; i1 ne sombrait pas dans latourmente qui le menaçait à chaque instant ; ilmaintenait, au contraire, son individualité, sapersonnalité, son caractère ethnique et religieuxnettement déterminés. 11 vivait quand même, etceci, grâce à son église, grâce à son clergé. Pen-dant des siècles, mais plus particulièrement auxve, au xvi°, an xvne, lEglise arménienne a étéla véritable gardienne de lanationalité armé-nienne ; pendant des siècles, la race et la nationarméniennes auraient péri, englouties par le tor-rent des invasions, la folie des •massacres• et la
  25. 25. — 23 —cruauté des déportations, si lEglise arméniennenavait veillé, avec un soin jaloux, sur les des-tinées de son Peuple.Et voici quau xvme siècle, laube dun journouveau semble se lever pour ce peuple affligéde tant de maux. La Russie sachemine lentement vers le sud,vers le Caucase, vers les nations de chrétientéorientale., qui saluent en elle le libérateur atten-du depuis longtemps, qui les délivrera enfin età jamais de la tyrannie musulmane.•A différentes reprises, les chrél iens dOrientavaient fait appel à Pierre le Grand pour les dé-livrer du joug musulman et, en. 1722, le rno-ment semblait propice. La Russie venait de triom-pher de la Suède, et, sur le rappel de promessesquil avait jadis faites, le tsar se décida •à mar-cher vers lOrient. La Perse septentrionale étaitsoc le point déchapper aux Russes, grâce auxintrigues des Afghans et des Ottomans.« Le tsar est informé que les Arméniens delAderbeidjan lui procureront le plus efficacedes concours et il ordonne de constituer une ar-mée de 5o.000 hommes, composée dArménienset de Géorgiens, qui doivent commencer lin-surrection en attendant larrivée des troupes rus-ses. Pierre lui-même commande lexpédition,descend le Volga, et vient jusquà Derbend,dont il sempare. Les Arméniens et les Géor-giens se félicitent de larrivée des-troupes impé-riales, escomptant trop tôt laffranchissementdu joug persan. -Sans quon en connaisse exacte-ment la raison, le tsar change davis, ne des-cend pas au sud de Derbend et rebrousse chemin •peur retourner à Astrakhan et en Russie, sem-.parant, en cours de route, de la région septen-
  26. 26. — 24 —trionale de la mer Caspienne. Le départ de Pier-re le Grand ne change rien à léconomie de lex-pédition, et les Busses continuent leur conquêteen semparant de Bakou et en occupant militai-rement les provinces peuplées dArméniens, quelon nomme le Chirvan, le Karabagh, la régionde Nakhidjévan.s< Mais les Arméniens avaient éprouvé, de cechef, une cruelle déception. Ils ne perdirent pascourage, et, avec une patience digne de tous leséloges, ils attendirent le moment favorable. Ilsembla venu lorsque la tsarine Catherine II et songouvernement ravivèrent par des promesses en-courageantes les espérances arméniennes. Desintelligences habilement entretenues à la courimpériale permirent aux chefs des Arméniens,aux méiiks du Caucase., délaborer un plan decampagne qui affranchirait le pays de la tyran-nie persane. La guerre avait été déridée pour létéi781i. Les forces arméniennes, réunies aux rus-ses, devaient chasser les Persans et supprimerla principauté de Chou.cha. » (1)Lâme. et le promoteur dr cette politique avaitété larchevêque Hovseph Arghoutian. Il devintlobjet des faveurs de Catherine II et du tsarPaul : le titre de prince fut décerné aux mem-bres de sa famille (m).Le programme était bien tracé et remplissaittoutes les conditions du succès. Mais... les Bus-ses ne vinrent pas, et leur jonction avec les Ar-méniens ne put avoir lieu. Quelques annéesplus tard, en 1791, •les pourparlers recommen-(I) CF. F. MArman. LArménie et les tsars, dans Foi et Vie,no du aoilt 1916.(2) Cf. M, ORMANIAN I LEglise arménienne... (Paris, 191o),P. 7w.
  27. 27. — 25 —Gèrent, toujours en vue du même objectif. Ca-therine 11 elle-même intervient et manifeste savolonté très ferme de donner satisfaction auxjustes revendications des Arméniens. Les Bus-i.es, cette fois, arrivent en nombre, et, secondéspar les Arméniens, se rendent maîtres de Der-bend, de Chamakiii, de Gantzag (Elisabethpol),et pénètrent dans le Karabagh. La fortune sem-Hait sourire aux Arméniens, lorsque limpéra-trice mourut ; les troupes russes reçoivent lor-dre de rentrer dans leur pays, et les Arméniensse trouvent à nouveau à la merci de leur enne-mi séculaire. » (1)Le xix° siècle débute sous des auspices peu fa-vorables au peuple et à léglise dArménie. Etsil métait permis demployer un artifice. dex-position, ,cher aux historiens, je vous propose-•rais de reconnaître trois époques dans cette pé-riode allant des dernières années du xviir à lalin du /of..La première serait marquée par les compéti-tions de ]);miel et de. David pour occuper le siègepontifical dlitchmiadzin et par les querelle s quien furent la conséquence naturelle. DanieI etDavid constituèrent chacun mi parti dans le seinmême de léglise métropole. Pour assurer letriomphe de leur cause, les partisans de Daniellhésitèrent pas à rompre avec la tradition et àcommettre iris acte anticammique : leur cheffut oint catholicos dans le couvent de sourb(saint) Yohan ou Ereqkhoran, en ii8o2, alors(i) Cf. P. MACLER, op, cit., p. 31.o.
  28. 28. que, un an auparavant, David avait été oint dansléglise métropole dEtchmiadzin.ile la sorte, il y eut deux titulaires pour le môme siège pontifical. Ces querelles ne nousintéresseraient que médiocreniefit si elles na-vaient eu unie repercnesion immédiate dans lavie politique et morale-du peuple arménien. Lunde ces partis servait la politique du sultan deStamboul, tandis que lautre tavorisait celle dela capitale moscovne. Le parti de Daniel chercha,par le moyen du sultan ottoman, à décider leKhan dErivan à détrôner David. Le khan ré-pondit quil navait pas à soccuper de cette af-faire, vu que les Arméniens ont une loi daprèslaquelle un pontife, une fois oint, doit être main-tenu sur son siège jusquà sa mort.Le parti daniefien se plaça sous le protectoratde la Russie, tandis que les davidiens recouru-rent à linituence, pursune. Les dissensions seprolongeaient, au detriment du prestige du siègedEtchiniadzin, lorsque David finit par arracherà Daniel une lettre de repentir. Malgré ces que-relles, qui ébranlèrent fortement lautorité du -siège catholical, il convient de mentionner, nelfit-ce quen passant,, linstitution du synode dEt-chmiadzin, due à linitiative de Daniel", 1806.Il gouverna fin an et demi, sous le protectoratde la Russie, et fut reconnu comme catholicospar les puissances musulmanes.Un pareil état de choses ne pouvait se prolon-ger et, si lhistoire doit relever le peu de kinque -Daniel et, David prirent des intérêts du peu-ple arménien. on signalera dautant plus volon-tiers laelkité de Nersès Achttarakétsi.Bien tRant dttre élu catholicos (18(13), Ner-sès dAclitarak avait rendu de grands services
  29. 29. — 27 —à la nation arménienne. 11 prit une part impor-tante à linstitution du , synode dEtehmiadzin.fonda à Tiflis, en 1824, le célèbre séminaireNerSessian. Il fut, de 1822 à 1826, pendant desmoments très difficiles, le véritable et parfois leseul soutien du siège pontifical, dont il réussità payer une partie des dettes. qui laccablaient.Enfin, il crut servir les intérêts du peuple arillé-Men, en dégageant le siège dEtcnmiadzin dujoug musulman, et en le plaçant sous Je protec-torat de la liussie (1827).La Russie avait réussi à occuper Erivan etEtchmiadzin, grâce aux volontaires arméniens,cmuniandés par larchevêque Nersès Achtarakétsi(1828). « A cette occasion, lempereur Nicolas 1(1825-1855) se prodigua en promesses, au pointde faire luire à leurs yeux lespoir dune auto-nomie politique. Comme me de ses bonnes in-tentions -, il avait même donné momentanémentle nom dArménie à ces nouvelles provinces.Mais ce ne fut là quune simple manoeuvre ima-ginée dans le but de faciliter ses projets dç do-mination. Une fois le pays soumis, le gouver-nement du czar chercha même à soumettre kspirituel. Cest ainsi que le règlement (pologé-nie) sp&ialement édicté (1836) pour établir lesrapports de ladministration patriarcele, ouvrittoutes grandes les. portes à lintervention de lau-torité politique. Les observations que purentfaire à cet égard les Arméniens de Russie, deTurquie et des Indes restèrent sans résultats, etle pologé nie na cessé dêtre en vigueur dans sonintégrité »(1) cf. M. °MAMAN, LEglise arménienne... (Paris, 19E0),p. 71-72.
  30. 30. — 28 —Nersès dAchtarak avait peut-être fait fausseroute en faisant appel au tsar, pour préparer etréaliser "laffranchissement et lindépendance dupeuple arménien par la Russie. Il avait, en touscas, agi en parfaite bonne foi.Toute autre fut la méthode préconisée parKhrimian. Lui aussi voulait la liberté, lindé-pendance, lautonomie de la nation arménienne.Mais au lieu de recourir à létranger, au lieu defaire appel à un allié puissant qui peut devenirtOt ou tard un inaitm et un despote, il exhorteson peuple à ne compter que sur lui-même, àpréparer par ses propres moyens son émancipa-tion et son affranchissement. Il prépare la voieMorale, la seule vraie, alors que ses prédéces-seurs avaient trop compté sur le concours delétranger;Loeuvre de Krimian a été fort bien décrite parun écrivain arménien contemporain.. Je menvoudrais de ne pas vous faire connattrequune de ce2, pages. Mon français ne vaudra passon arménien. Vous saurez être indulgents (i) :Tandis que la presse arménienne de Constan-tinople, morne et atone, se taisait en face des tor-tures inouïes que subissaient les Arméniens desprovinces, une voix résonnait, fière et altière,dans ce silence timide et volontaire; elle réson-nait avec tonte la eonscience de la dignité hu-maine, sans sinsinuer, sans flatter, sans cacherles plaies ensanglantées du « grand muet questle peuple », de lexécrable enfer des souffrancesarméniennes, enfer pavé de sang et. dignominie.Cette voix sélevait du Vaspourakan, des han-(i) Ci. F. MACLER, Autour de lArménie (Paris, 1917),p. 24o et suivantes,
  31. 31. teurs de Varak, où était allé percher laigle, etdoù il lançait ses cris aigus vers les horizonsbruineux du pays arménien, pleurant avec sonpeuple, vivant ses tortures et partageant son mar-tyre, faisant connaître les plaintes désespéréesde ce peuple contre- les forces aveugles de labarbarie.Cétait khrinnan, la noble conscience, lin-terprète des douleurs et des voeux endeuillés dupeuple arménien dalors. « Laigle du Vaspou-rakan » (Ardzive Vasbouragani) apparaissaitcomme, un phénomène extrèmenitent révolu-tionnaire dans lhorizon arménien. Cétait le seulorgane de la patrie, qui, ,tout en pleurant lesruines, adressait à la nouvelle génération desappels de lutte et de révolte. Les pleurs et lesplaintes ne formaient quun même cri de dou-leur, sélevant de lobscure imprimerie de Va-rak, parvenant au loin, à Constantinople, au Cau-case, en Perse , racontant les souffrances dupeuple, apportant partout le parfum des montset des vallons de la patrie, remplissant les coeursde lenthousiasme le plus patriotique, Je pluspur, le plus chaleureux.Kbrimiao était un autre Alic.han, établi sur lesol intque de hi patrie, au sein de sa propre race,en contact immédiat et journalier avec le formi-dable drame qui se déroulait, en communion di-recte avec les plaintes douloureuses qui éma-naient des milliers dâmes environnantes. •Khri-mian était un autre Alichan, peut-être moinspoète que le chantre tlAvaraïr, mais plus ori-ginal et plus profond, doué dune mentalité plusforte et dune. verve phis vigoureuse, un maureà la fois de la plume et de. la parole, en un motun écrivain, un orateur, un condUcteur.
  32. 32. — 30 --Cétait un maître, de naissance, original,singulier, ne possédant pas une instrudtion nor-male et complète, mais surprenant son interlo-cuteur par sa parole instructive et sa sagesse pro-fonde. Cétait un métal brut qui rendait unson merveilleux, le type véritable de lapôtredont le regard sublime reflétait les immensesdouleurs de son peuple, dont le visage simpleet titanique personnifiait les hautes montagnesde lArménie, ses horizons immenses, ainsi queses eaux claires et limpides.khrimian .fut. le premier abbé qui devint pu-bliciste et prononça des harangues. Il fut le pre-mier religieux qui renonça à la vie stérile du cou-vent et sadonna, de toutes les forces de son être,au peuple des travailleurs. La démocratie na,sans aucun doute, pas eu de représentant plus il-lustr• et plus pur, de pionnier plus puissant etplus convaincu•que cet abbé « égaré ». Les li-vres de prières furent exclus de ses préoccup•fions journalières ; les chaires des églises re-tentissaient de ses sermons. patriotiques, cha-leu•eux et encourageants, évoquant les noms vé-nérés et légendaires dAram et de Haïk.De ces mêmes tribunes sacrées, le Docteur,épris de liberté, lançait, en même temps que sesprières, ses foudres contre les usuriers, les ecclé-siastiques prévaricateurs et toutes les classes du,peuple ouvrier. De ces mêmes tribunes, il cin-glait de son verbe mordant la dissimulation, li-gnorance ; faisant, par contre, lapologie de lé-tude, de la civilisation, de lécole populaire, dela science, du progrès sous toutes ses formes.Ce type rare et admirable dautodidacte euttrès vite rempli son arsenal intellectuel. Il fit lesprogrès les plus rapides, grâce à son extraordi-
  33. 33. — 31 --Haire faculté dobservation et de compréhension,grâce surtout à ses longues et lointaines pérégri-nations en Turquie, au Caucase, en Perse. Par-tout et toujours, il observait attentivement etétudiait minutieusement la vie arménienne, et lesantiques ruines de la patrie. Partout il rallumaitle feu patriotique par ses sermons •entraînants,par son langage simple et biblique. il relevaitles courages abattus, les cœurs accablés, invitanttout le monde à laction, à loeuvre inlassable dela reconstitution- de la patrie.Sa plume ne fut pas moins forte que son ver-be. Que de puissance, que de beauté, que deflamme dans ces appels, dans ces pleurs, dansces cris désespérés et suppliants, dans ces en-couragements énergiques, mâles et belliqueuxqui abondent dans les écrits de Khrimian, à da-ter de sa première publication, « Heravirag Ara-ratian », où la lyre du poète commence à chan-ter, jusquaux pages sublimes de l « ArdziveVaspourakani », dans lequel il expose., aux yeuxdu lecteur, limmense Arménie avec ses specta-cles les plus grandioses et les plus touchants,avec ses ruines tristes et glorieuses, avec lombreencore parlante des Mesrop, des Vardan, desSahak...Et le lecteur émerveillé, au milieu de cettegalerie immense mais délaissée, entrevoit, dres-sé sur les ruines, le géant, le patriote, pleurant,exhortant, encourageant sans cesse, appelant lesenfants errants de r rménie : « Vers la patrie 1Vers la patrie 1 Ré‘eillez-vous, fils de Haïk 1 ré-veillez-vous ! Car le soleil de la civiliSation apoint à lhorizon des cieux ; il ny a plus de des-potisme barbare 1 »Quel spectacle ravissant que celui de ce soleil
  34. 34. — 32 ---levant Klohnian avait pressenti déjà son rayon-nement libérateur. Aussi, ne - se contente-t-ilplus, dans l « Ardzive Vaspourakani » de sim-pies mélodies plaintives, de lamentations inuti-les et démoralisantes ! il sait y faire vibrer lac-cent de la révolte ; il sait y prêcher la résistanceen vue de la liberté.Ses hautes qualités morales et intellectuelles,son patriotisme des plus ardents et des plus sin-cères, ses efforts inlassablement tendus vers lalibération de son peuple valurent à Khrimian letitre de premier révolutionnaire des Arméniensde Turquie.« Ardzive Vaspourakani » a sa place dhon-neur dans la presSe. arménienne, comme danslhistoire de la renaissance nationale. Il fait par -tic de lexistence volcanique de Khrimian. Ilconsult ae le superbe monument de son immenseet si féconde activité.l:n groupe délèves de linternat fondé parKhrimian à Varak collaborait à son périodique.Cétaient les aiglons intellectuels quil avait ame-nés des quatre coins de lArménie. 115 vivaientet grandissaient sous le souffle vivificateur dumaître adoré ; ils sinstruisaient, sennoblis-saient dans son atmosphère pure, idéale, en sacompagnie charmante et captivante. CétaientServantzdiantz, Toklimakhian, dautres encore,tous futurs conducteurs du peuple arménien,instituteurs, prédicateurs, écrivains. Et Raffilui-même, léminent romancier national armé-nien, le plus fort inspirateur, le plus grand pro-moteur des récents mouvements arméniens, ap-portait, quoique encore débutant, sa collabora-tion à l « Ardzive Vaspourakani », durant soncourt séjour à Varak.
  35. 35. - 33Ces patriotes convaincus constataient person-nellement, sur place, en pleine Arménie turque,les horreurs du régime ottoman ; ils assistaientau drame le plus effrayant et le plus mons-trueux ; ils voyaient, de leurs yeux, la torturela plus cruelle .et la plus satanique appliquée àce petit peuple de quelques millions dâmes.Les affres de cet enfer sintensifiaient dannée enannée, par lincursion des Circassiens et dau-tres réfugiés musulmans, par le contre-coup desmouvements libérateurs des Balkans, par lépui-sement progressif de la Turquie amenant à sasuite laugmentation effrénée des impôts.En présence des manieurs séculaires et sanscesse croissants de la pairie, lAigle du Vaspoura-kan et ses aiglons frappaient énergiquement àla porte de la déesse Liberté, voulant à tout prix,dun effort héroïque, jeter à bas lhydre du des-potisme. Et cétait la muse de Khilmian qui,éplorée, inconsolable, mais fière et intrépide,était venue se fixer dans la patrie même pourproclamer une idée sublime • sur ces hauteursendeuillées : lidée de linsurrection arménien-ne, qui devait désormais grandir, se développerprogressivement sous la double poussée de les-prit subjectif et de la réalité objective, et quisen intit gagner peu à peu les coeurs, et enllani-mer les esprits.La lutte héroïque, lugubre, singulière, devaitéclater en un temps confus et sous un ciel ora-s ri-, eux. Mais il fallait quelle éclatât, selon lex-pression prophétique de lAigle du Vaspoura-kan, pour régénérer un peuple insulté et fouléaux pieds ; il faillait quelle éclatât, pour essuyerde son front la honte de la servitude et fairepousser à nouveau les nobles rejetons dune Nou-i"
  36. 36. - 34 —velte Arménie, sur le sol trempé de larmes et desang de lancienne...***Avec de tels hommes, la destinée du peuplearménien était en de bonnes mains. Mais ce né-tait pas suffisant. Il fallait passer du rêve à laréalisation. Pendant des siècles, et jusquen cestoutes dernières années, les Arméniens répan-dus dans le monde entier sétaient accoutumésà considérer le siège patriarcal dEtchiniadzincomme le point de ralliement de leur nation.Cétait un stade quil fallait franchir. Il fallaitdésormais faire mieux.Cest ce que comprit très bien le catholicosactuel dEtchmiadzin. Dès le début de lannée1913, S. S. Kévork V nommait une Délégationnationale arménienne, résidant à Paris, avecmission spéciale de présenter les doléances dupeuple arménien aux grandes puissances et dob-tenir enfin un adoucissement aux maux dontsouffraient les Arméniens. Après préparélémancipation du peuple armér;en, il conve-nait de laccomplir. Le président de cette Délé-gation, S. E. Boghos Nubar, se mit à ]oeuvré,sans tarder. Le traité de San Stefano, commecelui de Berlin, était resté lettre morte ; la con-vention de Chypre, comme le projet de réformesprésenté à la Porte en 1895, demeurait sans effet.Par une série de notes (1), la Délégation natio-nale arménienne demandait aux grandes puis-sances de faire enfin exécuter les réformes sti-pulées par larticle fir du Traité de Berlin. Un(,) Cf. F. MACLER, Autour de lArménie (Paris, 1917),p. 287 et suivantes.
  37. 37. 35premier point était acquis. On apprenait enmai 1914, que deux inspecteurs générauxavaient été désignés pour surveiller lexécutiondes réfornres promises. La grande guerre éclata.Les inspecteurs ne partirent pas.Une deuxième émanation de léglise arménien-ne, peut-être moins immédiate que la précé-dente, est la création de la République armé-nienne du Caucase, en mai t918. Avec leurspropres forces, alors quils étaient lâchement;abandonnés par leurs alliés de la veille, les Géor- .giensetlesTatars,et.aussipeusecourusquepossible par los puissances occidentales, les Ar-méniens de Russie furent assez énergiques etassez volontaires, ils eurent assez de foi et des-pérance dans lavenir de leur race, pour procla-mer la république sur la terre de leurs pères, àlendroit même où sétait déroulée la plus belle,la plus brillante, la plus authentique de leurhistoire. Le territoire du nouvel Etat compre-nait Etchmiadzin, dont les cathdlicos, depuislan 14.41, avaient veillé, avec un soin jaloux,.sur les destinées dun peuple privé dès lors detout chef temporel et national.***Après avoir vaincu le monde, al o ès avoir ré-duit à sa merci rois et empereurs, après avoirpromené à travers lEurope son aigle victorieuse,le vainqueur de Lodi, dArcole, des Pyramides,dAusterlitz, dIéna, méditait tristement sur sonrocher solitaire de Sainte-Hélène. Récapitulantun jour les événements passés, — ainsi le. rap-porte le Mémorial de Sainte- Hélène, — « lem-pereur, dans le cours de 1a. conversation, est ar-
  38. 38. — 36 J.rivé à dire, parlant de lEgypte et de la Syrie,que sil eût enlevé Saint Jean - dAcre, ce quileût dû faire, il opérait une révolution dans lo-rient... Saint Jean dAcre enlevé, larmée fran-çaise volait à Damas et à Alep ; elle eût été enun clin doeil sur lEuphrate ; les chrétiens dela Syrie, les Druses, les chrétiens de lArméniese fussent joints à cile ; les populations allaientêtre ébranlées... jaurais atteint Constantinopleet les Indes ; jeusse changé la face du monde.»Napoléon I" natiteignit pas Constantinople,- il ne traversa pas lArménie, il ne• changea pasla face du monde. Les dominateurs sont tôt oùtard dominés. Les peuples, de jour en jour, neveulent plus être dominés. Ils demandent à êtregou%(.qués, à être administrés, aussi sagementque la chose est possible pour les cerveaux hu-mains.Et le rêve, entrevu au début du xixvient enfin, cent ans plus tard, de trouver sa.réalisation. Les légionnaires français et britan-niques, opérant leur jonction avec les légion-naires arméniens, ont dompté le dominateur dela Syrie et de la Cilicie. i1 ne sagit plus de tra-verser lArménie et de foncer sur lInde.; il sa-git daffranchir à jamais des populations qui,trop longtemps, ont gémi sous la férule du Turc;il sagit., cette fois, de changer la lace du mon-de, non plus au sen:s où lentendaient les con-quérants de jadis, mais en permettant à...chaquepeuple, coinine à "chaque individu, de vivre etde respirer librement. Larmée arménienne, deconcert avec ses alliés, réalise en ce . momentcet idéal sublime, entrevu et préparé, pour unetrès grande part, par lEglise nationale armé-nienne.Jai dit.
  39. 39. Couvent armétuén au-&rci di re .47c.I MPRTMERIE N. GA,I,LTEER ET A, lHÉBERT, ANGERS

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