La Presse Nouvelle Magazine 263 fevrier mars 2009
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La Presse Nouvelle Magazine n°263 - Janvier Février 2009 - 27e année

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    La Presse Nouvelle Magazine 263 fevrier mars 2009 La Presse Nouvelle Magazine 263 fevrier mars 2009 Document Transcript

    • LA PRESSE NOUVELLE Magazine Progressiste Juif PNM aborde de manière critique les problèmes politiques et culturels, nationaux et internationaux. Elle se refuse à toute diabolisation et combat résolument toutes les manifestations d’antisémitisme et de racisme, ouvertes ou sournoises. PNM se prononce pour une paix juste au Moyen-Orient, sur la base du droit de l’Etat d’Israël à la sécurité, et sur la reconnaissance du droit à un Etat du peuple palestinien. Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide N° 263 - Fév./Mars 2009 - 27e ANNÉE MENSUEL EDITE PAR L’U.J.R.E. Le N° 5,50 € Agenda de la Mémoire ! 21 février 1944 Marcel Rajman et ses camarades de combat d e l ’ A f f i c h e R o u g e é t a i e n t f u s i l l é s a u M o n t Va l é r i e n L’affiche rouge dénonçait « l’armée du crime contre la France » : les étrangers, les chômeurs, les criminels professionnels, les juifs ... Photo présentée dans le cadre de l'exposition sur La Libération de Paris au Musée de la Préfecture de Police © Fonds Serge Klarsfeld Patrick KAMENKA isiblement inquiet de la montée du mécontentement suite aux manifestations du 29 janvier dans le pays et alors que les sondages sont en chute libre pour le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy a organisé en urgence un show télévisé le 5 février pour répondre aux inquiétudes de quelques 2 millions de manifestants et grévistes. Mais la réponse est loin des attentes des salariés et du désarroi des rmistes, des fins de droits, des retraités, des jeunes CDD, des chercheurs, des familles monoparentales, des ouvriers de Renault ou de PSA en chômage partiel etc.… La suppression de la taxe professionnelle, seule annonce concrète, constitue un nouveau cadeau de 8 milliards d’euros au MEDEF, une mesure totalement démagogique qui ne fera que puiser dans les budgets des collectivités locales. Cette proposition, qui viserait à empêcher la délocalisation de l’industrie automobile, avait été réclamée par le PDG de Renault. Pour le reste, rien pour le SMIC, rien pour mettre fin aux suppressions de poste dans le service public, rien pour les retraites, rien sur la santé, pas un seul mot sur la Guadeloupe. Si le chef de l’Etat reconnaît que la crise est d’ «une brutalité totale » et «la plus grave depuis un siècle», il ne remet pas en cause sa politique. Au contraire, il veut continuer à réformer le pays, sans toutefois relancer la consommation, sans mettre comme son homologue américain Barack Obama un frein aux salaires des plus nantis en limitant à 500.000 dollars les rémunérations des dirigeants des entreprises recevant des fonds publics. V Au moment où ... Brice Hortefeux se satisfait de la hausse des reconduites d'étrangers irréguliers à la frontière, Eric Besson souhaite faire réexaminer par le gouvernement le décret concernant les tests ADN, Au moment où ... sévit dans notre pays une politique exécrable à l’égard des immigrés, PROCHE-ORIENT Des elections sous influence Non à l’amalgame Retour de Gaza Un judaïsme apoCrif J. Dimet CBL, RW P.Kamenka H. Levart p. 4 p.5 p. 5 p. 4 SOCIÉTÉ Juifs et Sarcellois Regard sur l’exclusion (entretien avec N..Haddad) A. Peronnet p. 3 S. Goldstein p. 3 MÉMOIRE Communiqué Enjeux de mémoire UJRE p.5 M. Cling p. 6 ITINÉRAIRE Ils ont résisté ! N.Kehayan p. 8 CULTURE «Z32» d’Avi Mograbi Romain Rolland et l’antisémitisme «Les juifs américains» d’A. Kaspi L.Laufer p. 6 F. Mathieu p. 7 O.Gebuhrer p. 7 Nous commémorons les héros de l’affiche rouge tombés pour notre honneur ! Aujourd’hui, ils auraient été expulsés avant même de combattre … Plus belle la vie ? Il faut dire à la décharge de Nicolas Sarkozy qu’à la veille de son intervention télévisée, la « patronne des patrons » Laurence Parisot avait clairement dit son rejet de cette mesure. Devant un quarteron de journalistes peu empressés à le relancer, le locataire de l’Elysée s’est borné, pour tenter d’éteindre l’incendie social, à appeler les syndicats à se réunir le 18 février en lançant une multitude de propositions (sur les jeunes et le chômage, sur les CDD en fin de droits, la suppression de la première tranche d’imposition, l’augmentation des allocations familiales pour les classes moyennes, etc.). Quant au « sentiment d’injustice » que les Français éprouvent face aux profits et dividendes des actionnaires, Nicolas Sarkozy a décidé de ne rien décider en prônant un vague partage du profit dans l’entreprise sans aucune mesure concrète…. Demain on rase gratis ! En revanche, il a manié la langue de bois sur l’affaire du préfet de Saint-Lô limogé pour crime de lèsemajesté après une manifestation hostile au chef de l’Etat. Sans oublier le passage surréaliste sur la nomination du président de France Télévision qui ne serait pas de son fait… mais relèverait du seul gouvernement. Comprenne qui voudra ! Même si certains commentateurs en mal d’imagination voient un frémissement de dialogue social dans les propos du chef de l’Etat, le compte n’y est pas. La colère des salariés ne sera certainement pas calmée par cette intervention. Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a d’ores et déjà fait comprendre que la mobilisation n’allait pas retomber en attendant la réunion du 18 février, car dans le discours du chef de l’Etat « il n’y a rien pour les salariés ». Les autres syndicats dénoncent aussi le manque de propositions concrètes. L’opposition n’est pas non plus convaincue par cette interview, c’est le moins que l’on puisse dire. L’UMP seule y trouve du grain à moudre… La tactique des conseillers sociaux de N. Sarkozy de se féliciter des 15 millions de téléspectateurs et de tenter de retarder sinon de briser la contestation a visiblement fait long feu. Les grèves se poursuivent ici ou là. Le mécontentement des chercheurs s’étend. En Martinique, la grève gagne du terrain après celle de la Guadeloupe. Selon un sondage publié par Le Parisien le lendemain de l'allocution du chef de l'Etat, plus d’un Français sur deux n’est pas convaincu. En effet 52 % ont jugé le président de la République «pas convaincant», 31% ne lui font pas confiance pour résoudre la crise. En clair, la profondeur de la crise économique et sociale appelait d’autres réponses. La gesticulation et les réponses à l’emporte pièce sont à l’opposé d’un projet politique pour mettre en place des solutions visant à une véritable relance. Et ce, d’autant que la majorité des salariés de ce pays n’a pas le sentiment d’avoir de responsabilité dans cette crise qu’elle va payer. Les organisations syndicales ont d'ailleurs donné la réponse qui s'impose en appelant à une nouvelle journée d'action nationale le 19 mars. [7 février 2009]
    • P.N.M. FÉV./MARS 2009 2 Carnet Décès Nous étions très nombreux à Bagneux, vendredi 20 février 2009, pour témoigner notre affection et notre respect à David DOUVETTE disparu ce 17 février. David SZEJNBAUM naît le 9 mai 1944 près de Tachkent où sa famille juive polonaise se réfugie à l’invasion de l’armée nazie, puis rejoint la France. Alors qu’il se faisait appeler «Darry» à Tarnos, en 1956, c’est son nom de plume que chacun garde en mémoire, David DOUVETTE, son nom d’historien. L’hommage rendu par sa famille et ses amis a été à la mesure de cet homme, hors du commun. Que rappeler en quelques lignes ? Le fils aimant, le frère toujours présent, le mari attentionné, le père qui transmettait ses valeurs à ses filles, les faisant participer dès leur petite enfance à tous ses combats pour la fraternité et la justice, le militant pour un judaïsme laïque progressiste qui collabora longtemps à notre magazine Presse Nouvelle, l’historien ennemi de toutes les compromissions qui se battit sans relâche contre le négationnisme et le révisionnisme, pour la mémoire du génocide et de la Résistance. Il fut tout cela et bien plus, cet ami qui fit toujours preuve d’un humour ravageur contre l’adversité, l’injustice, la bêtise humaine, la maladie. C’est avec le chant du ghetto de Vilno que nous l’avons quitté : « Ne dis jamais que tu vas ton dernier chemin... notre pas résonnera, nous sommes là!» Nous transmettons nos plus sincères condoléances à son épouse Danièle, à ses filles, Emmanuelle et Myriam, à son frère Henri et à toute sa famille, dans cette douloureuse épreuve qu’elle traverse. UJRE et PNM * Mon ami Bernard Korolitski alias Jacques Thélot dans la clandestinité, est décédé en ce début d'année. C'était un ami. Il était souffrant depuis longtemps mais sa perte est dure pour nous, pour moi. Il était un des anciens résistants de l’UJJ et de ses Groupes de Combat à Lyon. Né le 31 juillet 1923 à Paris, il refusa de répondre à l'appel du STO. Il participa activement aux diverses actions décidées par l'UJJ dans la région lyonnaise, en particulier à l'insurrection de Villeurbanne. Il était titulaire de la Carte du Combattant et de la Carte du Combattant Volontaire de la Résistance. Il était d'une famille de jeunes juifs résistants dans l'UJJ à Lyon : sa soeur Madeleine Dimet alias Josée, son frère Ivan, et son autre soeur Clara Clain alias Eve. Nous pensons à sa famille et, tout particulièrement à son épouse Jeannette qui l'a assisté et soutenu durant ces années. Max Weinstein Mémoire Carnet La famille STEINBERG demande à tous ceux qui ont connu LUCIEN STEINBERG d’avoir une pensée pour lui, au premier anniversaire de sa mort, le 3 mars 2008 Tauba-Raymonde Staroswiecki a la joie de vous annoncer la naissance d’ Agathe Michelle Tauba SAY Un an déjà que tu nous quittais, Lucien. Ton humour, ta gentillesse, ton esprit d’à-propos, ta présence nous ont manqués tout au long de cette année. Nous pensons à tes proches, à ton épouse, tes enfants, tes petits-enfants et leur témoignons toute notre affection. UJRE et PNM Plurilogue Bousculés par le rassemblement contre la croix gammée «bombée» au «14», par nos communiqués suite à l’offensive d’Israël sur Gaza, nous nous excusons de n’avoir pu répondre à tous nos lecteurs. Merci d’avoir réagi ... pour nous soutenir, s’excuser de ne pouvoir manifester ou nous accuser d’être manipulés par un fanatisme qui se réclame de l’Islam. La guerre est simplificatrice : d’un côté, les bons, de l’autre les affreux. L’instauration de la Paix est complexe ce qui se reflète dans vos courriers. Comme nous, vous souhaitez un monde en Paix. Via la publication de ces extraits, la parole est à nos lecteurs qui dialoguent ainsi entre eux, et avec nous. PNM Quand le 4 janvier, l’UJRE critique les "chant fut chanté les fusils dans les mains" ... propos du Crif (cf PNM n° 262), certains D’autres enfin se sentent impuissants : d’entre vous nous soutiennent sans réserve, Georges et Isabelle Israël est coincé totalece que Charles Dobzynski résume en ces terment, on ne peut rien contre des fanatiques mes : La politique brutale du gouvernement religieux ... le Hamas est un parti avec lequel d'Israël est non seulement indéfendable on ne transige pas alors qu'on peut le faire humainement mais politiquement sans aveavec un parti laïque et responsable comme nir. Maxime (Somme) ajoute : J'apprécie le Fatah / C'est vrai, la manifestation de solivotre position claire et fondée. Nous remerdarité avec les Palestiniens n'était pas une cient aussi Henriette et Fanny (Paris) manifestation de soutien au Hamas. Le pour un envoi qui vous honore / pour ce « mur de la honte » était une mesure de communiqué qui propose la seule alternatidéfense passive, violemment critiquée. Alors ve respectueuse, courageuse et exigeante. ne simplifiez pas la situation. La majorité des Israéliens, comme des Palestiniens veuD’autres ont clairement dénoncé le silence lent la paix, et même la Syrie, après l'Égypte complice de l’UE et la mollesse de l’ONU si et la Jordanie. Alors ne faites pas le jeu du prompte à intervenir en Irak. Citons Serge : Hamas ! l'encre n'était pas encore sèche de la résolution contre l'Irak pénétrant au Koweït que la Quand le 8 janvier, l’UJRE publie sa "coalition" américano-européenne envoyait « Déclaration solennelle » (cf PNM n° 262), ses armées et bombardait le pays : on peut nous sommes à nouveau encouragés : Belle comprendre le sentiment de deux poids deux et bonne déclaration. Bravo et merci nous mesures qui alimente le ressentiment des dit Jean-Pierre Kahane, un autre lecteur Palestiniens… Il dénonce aussi l’origine développe : « Cette déclaration vous fait colonialiste du conflit et cite Hertzl : honneur et vous inscrit dans la grande Israël ... le rempart de l'Occident contre les continuité des principes fondateurs de arabes sauvages, ces immigrés qu'il s'agit de l'UJRE. C'est avec grand plaisir, en mémoire refouler de nos sociétés. Henri s’interroge : de mes grands parents internationalistes Le prophète dit : les fils des persécutés doirésistants et assassinés pour cela, de mes vent …être les gardiens de la justice. Ces fils oncle et tantes FTP MOI, de l'histoire terrible ont-ils perdu la mémoire ? Liliane de cette gamine d'alors qui est ma mère (Normandie) demande aussi : Que faire de jamais guérie de ce traumatisme, que je plus ... pour aider le camp de la paix ? retrouve sur ces valeurs-là une organisation qui se distingue par des choix clairs, qui cerInformer, et s’informer sans relâche ! tes vont la mettre ici ou là à l'index. Mais peu Aujourd’hui, on ne peut gagner une guerre importe. La rigueur de la pensée ne peut se sans d’abord gagner l’opinion. Bush n’a-t-il satisfaire du silence honteux. Cette déclarapas dû mentir pour faire avaler la guerre tion de l'UJRE est juste et courageuse, elle d’Irak au peuple américain ? me plaît. J'en reste là en vous féliciDes reproches, aussi, concernant notre attitutant. Geneviève (Paris) est émue aux larmes de vis-à-vis du Hamas : Julien (Paris) : votre de cette déclaration courageuse, quand on communiqué aurait eu tellement plus de connaît la difficulté qu’il y a à vaincre les force si vous aviez écrit " l'UJRE qui condamréticences juives, compréhensibles eu égard ne évidemment les tirs de roquettes du aux parents installés en Israël. Et Elie Hamas sur les civils israéliens, n'a aucune(Montpellier) est de tout coeur avec nous. : ment manifesté un quelconque soutien à Vous faites partie de ceux qui, à mon avis, cette organisation " sauvent l'honneur et l'âme de ce peuple juif Serge (Chaniers) et Roger (Paris) qui semble avoir oublié, comble de l'histoire, s’interrogent : Pourquoi diable restons-nous ce qu'est l'humanité. au Crif ? / Je me demande si l'UJRE ne Denis Lathuillière, au nom de l’Association devrait pas quitter le Crif... En tout cas, il des Amis de Janus Korczak dont il est le faudrait faire sauter le le " r " de Crif ! Président : Je suis personnellement très heuQuestion qui ne peut évidement être tranreux de votre prise de position claire et couchée que par uneAssemblée Générale et qui rageuse et vous en félicite. Je suis convaincu mérite et réflexion et débat. que les amis de Korczak, ceux qui ont comCertains d’entre vous ont des avis contraires, pris son combat pour le respect de l’enfant Georges Je ne comprends pas... vous défilez et la sauvegarde de l’humanité des humains, avec la LDH et son islamophilie - Doucha partageront aussi votre analyse. Manifester au plus près possible de la banMohamed El Ghali (Cgt Dhl Desc) : La préderole de tête ... et de la LDH ! - Gisèle ... se sence de l'UJRE ... [le] 10 janvier Place de la joindre à d'autres organisations humanistes, République renforce l'espoir qu'une paix dénonçant les crimes contre l'humanité juste, durable et fraternelle est possible entre commis avec la complicité de l'UE, de la deux peuples pour peu que les ambitions France et des USA… Le terrorisme exercé politiciennes dans cette région ne par Israël ... rappelle d'autres temps où les l'emportent pas sur les aspirations pacifiques victimes étaient juives, enfermées dans un des citoyens des deux côtés ! » .../... quartier bouclé et surpeuplé, privées de tout, jusqu'au jour où n'ayant plus rien à perdre, NDLR Nous poursuivrons ce « plurilogue » pas même la vie, elles se sont dressées et leur dans les prochains numéros de la PNM le 9 février 2009 Chère Agathe, tu fais la joie de tes parents Anne D’ASTE BLANC et Julien SAY et celle de toute ta famille. Bienvenue Agathe et Mazel tov aux heureux parents ! AVIS DE R ECHERCHE A l’UJRE, on les appelait « les JAKU ». Elle, Dora JAKUBOWICZ, née au début du XXe siècle, lui, Jacques, dénoncé pendant la guerre, parti ... Ils se retrouvent par hasard dans le métro. Puis ils habitent dans le 19e au 18 rue du Rhin, à Paris. Jacqueline Morell, qui rencontra Dora en mai 1987, aimerait transmettre l’entretien qu’elle réalisa alors aux trois petits-enfants nés du fils de Dora, trois garçons. Qui pourrait l’aider à les retrouver ? Vous ? Merci d’avance d’écrire au journal. * Alain Simonnet recherche des renseignements sur la « Gestapo française » qui sévissait rue Bassano Paris 16e ainsi que sur les 50 fusillés du 2 octobre 1943 près du camp de Romainville. Merci d’avance d’écrire au journal. LA PRESSE NOUVELLE Magazine Progressiste Juif édité par l’U.J.R.E. Comité de rédaction : Claudie Bassi-Lederman, Jacques Dimet, Bernard Frédérick, Jeannette Galili-Lafon, Sylvain Goldstein, Patrick Kamenka, Nicole Mokobodzki, T.R. Staroswiecki, Roland Wlos N° paritaire 64825 (en cours de renouvellement) C.C.P. Paris 5 701 33 R Directeur de la Publication : Jacques LEWKOWICZ Rédaction - Administration : 14, rue de Paradis 75010 PARIS Tel. : 01 47 70 62 16 Fax: 01 45 23 00 96 Mèl : ujre@wanadoo.fr Site : http://ujre.monsite.wanadoo.fr (bulletin d’abonnement téléchargeable) Tarif d’abonnement : France et Union européenne: 6 mois 28 euros 1 an 55 euros Etranger, hors U.E : 70 euros IMPRIMERIE DE CHABROL PARIS Je souhaite m’abonner à votre journal “pas comme les autres”, magazine progressiste juif. Je vous adresse ci-joint mes nom, adresse postale, date de naissance, mèl et téléphone BULLETIN D’ABONNEMENT PA R R A I N A G E (10 € pour 3 mois) J’ O F F R E U N A B O N N E M E N T À : Nom et prénom .............. Adresse ....................... Téléphone ..................... Courriel ......................
    • P.N.M. FÉV./MARS 2009 Société 3 Regard sur l’exclusion Juifs et Sarcellois entretien avec Norbert Haddad Norbert Haddad est éducateur spécialisé, directeur de la maison de retraite EHPAD Amaraggi, ancien chef du service social familial de la Fondation CASIP-COJASOR, ancien secrétaire général adjoint du MRAP. Le Comité d'aide et de secours aux israélites de Paris a été créé par le Consistoire en 1909. Sa mission est de venir en aide aux israélites nécessiteux de Paris et de Seine et Oise. Très vite, il distribuera à des juifs originaires d'Europe de l'Est des bons de pain, de viande, de charbon et, déjà, des certificats de moralité exigés pour renouveler les autorisations de séjour. Propos recueillis par Sylvain Goldstein Sylvain Goldstein : Comment voyez vous l'évolution des personnes avec qui vous êtes professionnellement en contact ? Norbert Haddad : La pauvreté, la misère, l’exclusion, le mal-vivre continuent leur progression. Cette année, cela fut plus rapide, touchant chaque jour plus douloureusement la population. Un véritable cancer ronge la société. Notre époque est devenue celle des «sans» : «sans travail», «sans logement», «sans soins», «sans accès à la culture», «sans loisirs», «sans vacances» et, aussi quelquefois «sans papiers», bref «sans avenir». Vous nous parlez des « sans ... ». Qui sont-ils ? La communauté juive donne souvent l'image d'une communauté solidaire ? N.H. : Nous ne pouvons pas savoir qui est quelqu’un, à partir de ce qui lui manque. Quelle est votre action pour les sortir de leur situation ? N.H. : Quelle alternative proposer sans isoler et enfermer les individus dans leur manque ? Pour comprendre, pour épauler, pour aider les personnes en difficulté, le principal «outil» des travailleurs sociaux reste la relation humaine. La pression sociale «normalisatrice» est de plus en plus forte. Afin de les aider à s'en sortir, il nous faut porter notre attention sur les potentialités plutôt que sur les déficiences. Vous qui en tant que travailleur social avez vécu au jour le jour au contact des déshérités de la communauté juive, qu'en pensez-vous ? N.H. : Je trouve cela inacceptable, cette pauvreté visible qui frappe les familles n'est pas supportable. Mais il y a pire. Les personnes les plus en difficulté, les victimes les moins visibles, recroquevillées, renonçant aux dépenses les plus élémentaires, ne se soignant qu’à toute extrêmité, avec la peur du lendemain qui les tenaille en permanence : ceux, en bref, que nous n’arrivons plus à toucher, ceux-là sont de plus en plus nombreux et leur situation est tragique. En 2008 quelles évolutions avez vous pu observer ? N.H. : Les situations sociales et économiques sont plus préoccupantes encore que les années précédentes. La récession économique et les disparitions d’emploi multiplient les personnes en situation de précarité, de pauvreté. Elles aggravent la dépendance des plus fragiles. Les membres de la communauté venant des pays méditerranéens, communément appelés séfarades ne semblent-ils pas plus touchés ? N.H. : Si, car l’intégration à la société d’accueil ne s’est pas complètement réalisée, parce que la nostalgie de «làbas» est trop forte. Les adultes se sont enfermés dans un non-dialogue, y compris avec leurs enfants qui souffrent d’un manque de communication. Les transformations socio-économiques ont bouleversé les liens sociaux et multiplié les divorces. En l’absence du père, les mères sont absorbées par des difficultés financières et de gestion des problèmes quotidiens. Livrés à eux-mêmes, évoluant dans une grande solitude, les enfants ont de plus en plus de comportements socialement déviants et de troubles que la collectivité ne parvient pas toujours à gérer. Le type d’accompagnement social qui est requis des professionnels est de plus en plus lourd. À court terme, une fracture sociétale n’est-elle pas à craindre ? N.H. : Les minima sociaux sont à l’heure actuelle, d’un niveau scandaleux ! Les mesures drastiques concernant l’indemnisation du chômage, le logement, la santé excluent alors qu'elles devraient aider à revenir au sein de la société. Sur le logement, on observe une baisse des crédits budgétaires pour la construction sociale, malgré une carence aiguë en habitations de type HLM. Parallèlement, le pourcentage de personnes qui seront soumises au surloyer a augmenté, cela risque tout à la fois de faire disparaître la mixité sociale dans les quartiers et aussi de mettre en grande difficulté des personnes déjà fragilisées. Parmi nos bénéficiaires, nombreux sont ceux qui en banlieue et grande banlieue risquent d'être obligés de quitter leur logement social, devenu trop cher pour eux, et de s’éloigner de Paris. Ils se retrouveront isolés, devenus invisibles des structures sociales, à commencer de la nôtre. Sur la santé, la baisse du remboursement de certains médicaments, voire le déremboursement pur et simple, mettent en danger les personnes les plus fragiles, les personnes âgées, celles qui ne bénéficient pas d’une mutuelle. Sans compter l’augmentation du forfait hospitalier et les honoraires de médecins spécialistes. Tout concourt à ce que les personnes se referment sur elles-mêmes, se laissent mourir. Y a-t-il dans la misère, une fracture entre ceux qui mangent du gefilte fisch et ceux qui mangent du couscous, en bref les ashkénazes et séfarades ont-ils face à la misère des réactions différentes ? N.H. : …Un individu en difficulté reste un individu, quelle que soit la consonance de son nom ! ... Il nous faut faire référence à l’histoire de l’immigration en France. Les ashkénazes sont arrivés en France bien avant les séfarades (au moins en région parisienne), ils sont intégrés depuis plus longtemps dans la société d’accueil…C’est le principe des différentes strates d’immigration… Les plus anciens vont céder la place à ceux qui sont arrivés plus récemment (c’est toute l’histoire sociétale du quartier de Belleville). Et puis faire appel à un service social communautaire relève d’une démarche par Annie Peronnet a communauté juive de Sarcelles est arrivée massivement d’Afrique du Nord après la décolonisation. Majoritairement sépharades donc, les juifs de Sarcelles ont tout laissé derrière eux. Bénéficiant de l’aide aux rapatriés en 1961, les juifs d’Oran, Rabat ou Tunis se sont retrouvés dans les mêmes immeubles à loyer modéré ; cela en dit long sur les moyens financiers dont ils disposaient... Aujourd’hui, certains habitent dans des copropriétés, d’autres sont devenus chefs d’entreprise... Pour les juifs, comme pour beaucoup d’autres venus des quatre coins de la terre, Sarcelles c’est la fin d’un exil, la ville où l’on peut enfin poser ses bagages et recommencer tout à zéro... C’est dans ce melting pot de déracinés que la communauté juive a pris, à Sarcelles, un essor sans précédent. Des années 50 où il fallait chercher des produits casher à aujourd’hui, où l’on ne compte plus les magasins et restaurants arborant la cacherout, la communauté juive de Sarcelles a grandi avec la ville. Trois synagogues ont été construites, et le tissu des écoles s’agrandit. Mais, L déjà enracinée dans le pays d’origine, c’est le principe ancestral de la Tsédaka* et de Guémilouth hassadim* à l’égard des plus démunis, une forme de communisme primitif, bien antérieur à Marx et codifié par Maimonide. Un mot de conclusion ? N.H. : Les militants d’associations caritatives et les travailleurs sociaux tirent la sonnette d’alarme quant à la précarité. Les laissés-pour-compte de notre société sont toujours plus nombreux. A laisser les gens sombrer, quand la rupture avec le monde réel est trop forte, l’effort pour se réinsérer devient quasi insurmontable. Le principal pour le travailleur social, ce n’est pas d’espérer un résultat visible et efficace, mais de rétablir le lien social. Telle est la population que nous accueillons, avec des vies qui sont a minima, des avenirs qui n’existent pas, des existences qui sont niées, des identités qui sont brouillées. Nous sommes bien sûr conscients que la précarité ne touche pas exclusivement les membres de la communauté juive, mais quand nous intervenons auprès d'eux, nous sommes mieux à même de faire jouer les spécificités culturelles et historiques. * Dans le judaïsme, le terme Tsédaka (hébr.) désigne la Justice ainsi que le principe religieux de l’aumône, celui de Guémilouth hassadim (hébr.) représente l’attribut de bonté, « troisième pilier sur lequel repose le monde » selon la Mishnah, ouvrage de littérature rabbinique. n’oublions pas que la communauté juive de Sarcelles est la plus pauvre de France, dans une des villes les plus pauvres de France aussi ! Pour autant, faut-il voir dans cette dynamique communautaire un repli ? Certainement pas. La communauté juive de Sarcelles entretient des rapports étroits avec les institutions républicaines. Pour commencer, ses membres sont présents dans le tissu sportif, social et associatif de la ville. D’autres ont fait le choix de s’investir directement en politique. A Sarcelles, le vote de la communauté juive n’est pas uniforme ; comme ailleurs en France, il se partage entre la droite et la gauche. En local, c’est peut-être un peu différent... La communauté juive avait présenté en 2001 sa propre liste pour les élections municipales (liste bleue). En 2008, ses membres ont décidé de rejoindre, avant le premier tour, la liste municipale d’union de la gauche, conduite par François Pupponi, actuel maire de Sarcelles. Cette liste est composée de socialistes, communistes, radicaux de gauche. Le score obtenu a été sans appel : presque 70 % des voix ! Ainsi, trois des membres de la liste bleue siègent au conseil municipal. Des délégations importantes leur ont été confiées, notamment l’action sociale et le logement. Et les Sarcellois ne peuvent que s’en féliciter. Depuis l’élection de mars 2008, Gérard Uzan, élu aux questions sociales, a fait de la lutte contre les expulsions locatives une priorité. Quant à Fabienne Sroussi, élue au logement, elle mène une véritable offensive auprès des bailleurs sociaux ou privés afin d’élargir l’offre locative faite aux Sarcellois ; rappelons qu’à Sarcelles, plus de 6.000 familles, souvent à faibles revenus, sont en attente d’un logement. C’est un travail commun qui se construit chaque jour, dans l’intérêt de toute la population sarcelloise. C’est aussi un enrichissement pour tous les élus de la majorité municipale. Nous apprenons de l’expérience, du savoir-faire des uns et des autres. Nous l’avons souligné à l’occasion de la cérémonie des vœux, pendant que le conflit israélo-palestinien se durcit et oppose parfois les communautés, à Sarcelles, aucun incident n’a été observé. C’est ce qu’on appelle préserver le vivre ensemble et c’est le fruit d’une politique municipale faite de respect, de concertation [5 février 2009] et de dialogue... NDLR Annie Peronnet est adjointe au Maire de Sarcelles.
    • P.N.M. FÉV./MARS 2009 4 France Un judaïsme apoCrif Israël Henri Levart pocryphe : terme désignant un écrit, une cause douteuses. Sous le label du judaïsme sont commis les actes les plus odieux. Et durant les événements de Gaza, le Crif, s’octroyant indûment la représentation du judaïsme français, a soutenu mordicus la terreur imposée par Israël à la population. Au lendemain de cette horrible agression, son président s’offre deux pages dans La Croix sous un titre stupéfiant : Richard Prasquier, un combat pour la perpétuation du judaïsme. Voilà le judaïsme embarqué dans une déviance s’écartant de ses valeurs originelles. Isaïe, Rachi, Marx, Freud, Einstein, Politzer, Epstein, où êtes-vous ? Jaurès avait dit : Nous perdrions beaucoup s’il n’était pas prolongé dans la conscience française le sérieux de ces grands juifs qui ne concevaient pas seulement la justice comme une harmonie de beauté, mais qui la réclamaient passionnément de toute la ferveur de leur conscience, qui en appelaient au Dieu juste contre les puissances de brutalité, qui évoquaient l’âge où tous les hommes seraient réconciliés dans la justice et où le Dieu qu’ils appelaient suivant l’admirable mot du psalmiste ou du prophète effacerait, essuierait les larmes de tous les visages. Jean-Christophe Attias, directeur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, le dit avec solennité : Le judaïsme, patrimoine culturel et spirituel plurimillénaire, prodigieusement riche, complexe et contradictoire, vaut infiniment plus que les errements d’un Etat de fraîche date qui, pour juif qu’il se dise, et pour légitime que soit son existence, n’est rien de plus qu’un Etat. C’est le judaïsme qui est un humanisme, et comme tel, c’est au meilleur qu’il aspire… et je n’ai pu croire un seul instant que le judaïsme ne m’oblige pas à voir comme un scandale l’oppression dont un peuple est l’objet, la privation totale de liberté qui est son lot quotidien, les souffrances qui lui sont infligées, le déni de son irréductible humanité. M. Prasquier s’en est violemment pris aux communistes pour leur soutien au peuple palestinien, les accusant de prêter le flanc à l’antisémitisme. Nous ignorions que Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations Unies était communiste. Il doit y avoir une enquête approfondie, une explication complète… les responsables devront rendre des comptes devant les instances judiciaires, a-t-il déclaré, qualifiant les bombardements d’attaques scandaleuses et totalement inacceptables. Nous ignorions que la Congrégation des Pères blancs était communiste : Nous voudrions ajouter nos voix à toutes celles qui ont eu le courage de s’élever afin que cesse cette hécatombe, ont-ils dénoncé. Nous ignorions que Rony Brauman, ancien président de Médecins Sans Frontières était communiste : C’est une offensive menée avec un niveau de violence effroyable. Le rapport est de un à cent entre les pertes israéliennes et palestiniennes. Le niveau de mortalité atteint les plus élevés que l’on connaisse aujourd’hui à travers le monde a-t-il commenté. A Nous ignorions que l’écrivain et historien israélien Shlomo Sand était communiste, s’insurgeant ainsi : Nous avions le devoir de privilégier la diplomatie, de ne pas commettre ce massacre de civils. Nous ignorions que Stéphane Hessel, ambassadeur de France, co-auteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, était communiste. Halte au feu ! En se rendant coupables d’un crime de guerre, les dirigeants israéliens risquent de creuser la tombe de leur propre Etat, a-t-il proclamé. Nous ignorions que les ministres des affaires étrangères de l’Union africaine, que la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, que l’Organisation Human Rights Watch étaient communistes, qualifiant également le massacre des Palestiniens de crime de guerre. Nous ignorions que les vingt-quatre associations de femmes israéliennes étaient communistes : La danse de mort et de destruction doit finir ont-elles affirmé. Nous ignorions que John Jing, directeur des opérations de l’UNRWA à Gaza, était communiste, démentant la présence de militants palestiniens dans son entrepôt d’aide humanitaire parti en fumée suite à des bombardements. Nous ignorions que l’ONG norvégienne Norwac était communiste, stigmatisant les nouveaux types d’armes utilisés par l’armée israélienne. Alors, Monsieur Prasquier, entendezvous ces paroles d’indignation ? Aurezvous la sagesse de les prendre en considération ? L’auteur de cette chronique, communiste juif dont la famille a été anéantie, dont le père est mort pour la France, le dit aussi avec force : Pas ça, pas au nom du judaïsme ! En ces jours sombres où un pape, dont M. Prasquier avait fait un vibrant éloge lors de son voyage en France, est initiateur de la béatification de Pie XII, j’ai retenu des paroles horribles mais significatives de l’évêque négationniste réhabilité par ce même pape:Je ne suis pas seulement l’ennemi des juifs, mais aussi celui des communistes. Monsieur Prasquier, ne vous trompez pas d’adversaire. Ecoutez ces vers d’Aragon, poète communiste, écrits en pleine clandestinité (en 1943) : Auschwitz... Auschwitz ! Auschwitz ! Ô syllabes sanglantes ; Ici l’on vit, ici, l’on meurt à petit feu. On appelle cela l’exécution lente. Une part de nos coeurs y périt peu à peu Des élections sous influence e résultat des élections israéliennes a été indubitablement marqué par la «guerre» que le gouvernement israélien a menée durant trois semaines à Gaza, affrontements les plus violents dans la bande depuis 1967. Les élections ont été centrées sur les questions de la sécurité d’Israël, avec une rhétorique nationaliste, faisant passer au deuxième plan les questions sociales. Bref, la «guerre» a renversé la tendance qui se dessinait et a permis au parti Kadima de sauver la face et d’arriver premier (28 députés contre 27 au Likoud), même si c’est au leader de la formation de droite, Benyamin Netanyaou, que le président de l’Etat, Shimon Peres, a demandé de conduire le futur gouvernement. L’ancien Premier ministre (il avait quitté le L pouvoir il y a dix ans, contraint à la démission par le «lâchage» des partis nationalistes religieux qui lui reprochaient des négociations avec les Palestiniens) a quatre semaines pour former son gouvernement, sachant déjà que le «bloc de droite» possède une courte majorité à la Knesset (65 députés sur 120). Netanyaou voudrait élargir sa majorité pour ne pas être «prisonnier» de l’extrême droite, d’où sa volonté de former un cabinet d’union nationale, incluant le parti travailliste et Kadima. Le Parti travailliste a, pour sa part, subi la plus lourde défaite de son histoire (13 députés, soit six de moins qu’aux élections précédentes) et refuse, pour le moment en tout cas, de participer au gouvernement tout comme Tzipi Livni. La dirigeante de Kadima se voit en leader de l’opposition et se pose en recours possible. Sans entrer dans le détail des résultats électoraux, il est à noter que, dans le sillage de la défaite du parti travailliste, la gauche israélienne a perdu des plumes. Le nouveau Meretz (qui se situe à la gauche du parti travailliste) a perdu deux députés. Il paie auprès de son électorat pacifiste juif le fait d’avoir soutenu l’offensive contre Gaza, du moins à ses débuts. Par contre, le Hadash (Front démocratique pour la paix et l’égalité, animé par le parti communiste d’Israël, le Maki) progresse. S’il doit l’essentiel de ses suffrages à l’électorat arabe israélien, il progresse aussi chez les jeunes intellectuels juifs (il a notamment mené une campagne remarquée contre le raciste Lieberman). Il gagne un siège (quatre contre trois) et obtient près de 4% des suf- frages, mais avec des disparités. Selon un sondage sorti des urnes du quotidien de centre gauche Haaretz, il obtient 52% des suffrages dans les villes arabes de plus de 50000 habitants, obtenant le même score à Nazareth et même 55 % à Ouhm el Fahoum, pourtant fief du mouvement islamique israélien. Il réalise 4% des voix à Haïfa et 2% à Tel-Aviv (lors des municipales la liste conduite par le député Dov Khenin, également membre du bureau politique du PCI, avait obtenu 32% des suffrages). Limites de la faim, limites de la force : Ni le Christ n’a connu ce terrible chemin Ni cet interminable et déchirant divorce De l’âme humaine avec l’univers inhumain En tout, les partis arabes et non sionistes obtiennent onze députés. Il est à noter que le petit parti religieux de gauche Meimad, pour qui la paix est plus importante qu’Eretz Israel, ne perce pas (il Ce sont ici des Olympiques de souffrance Où l’épouvante bat la mort à tous les coups était associé au parti travailliste lors des dernières élections), même s’il dépasse les 2% Contrairement aux mensonges répandus, les communistes français ont été parmi les premiers à dénoncer l’extermination des juifs de France. chez les kibboutzniks et obtient son score le plus important à Jérusalem. C’est la poussée de l’extrême droite représentée par le parti Israel beitanou qui inquiète. Cette formation non religieuse par J. Dimet ouvertement raciste et fasciste obtient 12% des suffrages et 15 sièges. C’est sa progression (plus quatre sièges) qui fait pencher dangereusement à droite la société israélienne. Pour les communistes israéliens il ne fait guère de doute que la Knesset actuelle n’ira pas à son terme et que des élections générales auront de nouveau lieu d’ici deux ans. Pour Dov Khenin, il est «impératif que les citoyens arabes palestiniens [d’Israël] et les militants de gauche s’unissent et présentent une alternative aux forces fascistes grandissantes dans la société israélienne». «Une nouvelle génération de jeunes est entrée en politique, at-il également déclaré, ils sont ouverts et critiques et ils ont trouvé dans le Hadash et le parti communiste une réelle alternative aux vieilles politiques sionistes.» L’élection a un peu fait oublier Gaza et ses destructions. On se rend compte aujourd’hui, avec plus de force encore, que les objectifs et justifications de la «guerre» n’étaient pas réels. Les roquettes n’ont cessé de tomber sur le territoire israélien depuis l’instauration d’un cessez-le-feu unilatéral le 18 janvier dernier, deux jours avant l’investiture de Barack Obama, le Hamas n’a pas été éradiqué. Le choix de la date de l’offensive montre le cynisme des dirigeants israéliens qui ont profité du changement d’administration aux Etats-Unis pour pouvoir mener leur sanglante campagne sans trop risquer de réactions américaines en retour. On rappellera que le premier coup de téléphone du nouveau président Barack Obama a été adressé à Mahmoud Abbas, le Président de l’Autorité palestinienne ce qui montre plus qu’un infléchissement de la politique américaine dans la région. Les mots ont un sens politique. S’est-il agi durant ces trois semaines à Gaza d’une guerre ? Une guerre opposerait deux armées, deux Etats – y compris lors d’une guerre civile, deux camps, parfois plus, s’opposent. Il faut donc dire et répéter qu’il n’y a pas d’Etat palestinien, pas d’armée palestinienne, pas d’industrie de défense. En d’autres termes, ce n’est pas une armée qui s’est opposée à une autre armée mais tout simplement (et cela a coûté 1300 morts côté palestinien) une armée d’occupation qui est venue châtier une population enserrée dans un territoire enclavé et fermé. La résistance palestinienne (il y a eu par moments des combats acharnés) a été le fait des organisations armées des différentes factions palestiniennes, dépendantes du Hamas ou du Djihad islamique pour les organisations n’appartenant pas à l’OLP, ou dépendantes du Fatah ou des organisations de la gauche laïque palestinienne, comme les branches armées des Fronts (FPLP et FDLP) ou des communistes palestiniens, regroupés dans le parti du peuple (le PPP). Il est à noter d’ailleurs que fin décembre 2008 le parti communiste d’Israël a eu une rencontre à Ramallah (Cisjordanie) avec le FPLP, le FDLP et le PPP. C’est le refus d’Israël, comme des EtatsUnis de George Bush et de l’Union européenne de reconnaître la réalité issue des élections palestiniennes, le blocus de Gaza, qui ont conduit à cette situation. Il est donc nécessaire aujourd’hui d’obtenir la levée du blocus et de s’engager véritablement, sans faux fuyant, vers la création d’un Etat palestinien viable, disposant de tous les moyensrégaliensd’unEtat. [23 février 2009]
    • P.N.M. FÉV./MARS 2009 Israël Retour de Gaza 5 Tribune libre Entretien avec Patrick Kamenka La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a mené avec la Fédération des journalistes arabes (FAJ) et plusieurs responsables de syndicats de journalistes d'Europe et du monde arabe ont terminé une mission de deux jours à Gaza, en faveur d'une action urgente pour améliorer la sécurité des journalistes et de la presse dans la région, pour un journalisme professionnel. PNM interroge notre collaborateur Pierre Kamenka, membre de cette mission.. Peu après la fin de l’offensive israélienne, tu t’es rendu à Gaza avec une mission de la Fédération Internationale des Journalistes. Quelles sont tes impressions ? ès la frontière égyptienne passée à Rafah, c’est un spectacle tragique. Des impacts de tirs de F16, d’obus de l’artillerie ont éventré les immeubles désormais vides de leurs habitants. Le long des routes, il y a d’énormes cratères de bombes. Ici, une usine s’est effondrée comme un château de cartes. Là, des chars ont tiré, les marques noires sur les façades des habitations frappent l’œil. Les bulldozers ont recouvert les gravats des maisons comme près de Zeitoun, dans la banlieue de Gaza, où une famille de paysans a été décimée après avoir été enfermée par les soldats israéliens. Les survivants nient toute présence de combattants. Alentour, les champs sont inutilisables, hachés par les chenilles des blindés. L’impression de tirs à l’aveugle est très nette notamment au centre de Gaza ville. Des quartiers semblent avoir échappé aux aviateurs ou artilleurs de Tsahal, ailleurs en revanche ce sont des rues ravagées où les immeubles ne tiennent que par les structures en fer. La vie reprend néanmoins et les magasins sont ouverts avec des victuailles difficilement accessibles en raison de la hausse vertigineuse des prix. Bon nombre de produits continuent à venir de l’extérieur par les tunnels car le blocus se poursuit. L’aide des ONG étrangères est visible. Mais quel avenir pour ce peuple enfermé dans cette enclave avec l’une des densités les plus importantes au monde après cette nouvelle “guerre” qui a fait des milliers de victimes, dont des civils et en particulier des femmes et des enfants ? D Quelles conséquences sur le plan intérieur après cette agression ? l semble clair que l’attaque israélienne qui était planifiée de longue date était surtout destinée à faire remonter dans les sondages le ministre de la Défense Ehud Barak, candidat des Travaillistes, face au Kadima et au Likoud en vue des législatives. Il fallait aussi faire pression sur Washington avant l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche ; et puis montrer ses forces pour rétablir l’image de Tsahal amoindrie après la guerre du Liban et aussi mettre en garde l’Iran. Militairement, il semble que les bombardements n’aient pas atteint leur but, puisque le Hamas d’après de nombreux témoignages, s’est mis à l’abri et que les tirs des missiles sur le sud d’Israël se poursuivent. Politiquement, le Hamas apparaît désormais comme le seul mouve- I ment à avoir affronté Tsahal sans compromis ; même si là encore des récits indiquent que les dirigeants israéliens ont souvent communiqué avec les chefs du Hamas pour les prévenir d’attaques contre leur QG. Résultat, le Hamas a été remis en selle dans le but de diviser et affaiblir les mouvements palestiniens proches du Fatah ... Quelles sont les conséquences pour le mouvement palestinien ? ur le plan intérieur, les luttes interpalestiniennes ne désarment pas avec des arrestations de militants du Fatah à Gaza, y compris semble-t-il, pendant l’invasion israélienne. Le Hamas accuse le Fatah de pourchasser ses militants en Cisjordanie. Les medias sont aussi un enjeu des luttes d’influence, le Hamas tentant de contrôler les moyens d’information locaux et les journalistes. Visiblement l’opinion publique à Gaza ne semble pas partager totalement les positions les plus dures des leaders de ce mouvement islamiste face à Israël. L’OLP de Mahmoud Abbas risque d’être de plus en plus marginalisée et de ce fait, le dialogue politique pour l’édification d’un Etat palestinien dans le cadre des résolutions de l’ONU à nouveau gelé après les coups portés au processus d’Oslo. S Quelle a été la mission de la F IJ à Gaza? a mission de la FIJ a été non seulement d’apporter une solidarité humanitaire aux journalistes palestiniens mais aussi de mener une enquête sur les atteintes éventuelles de l’armée israélienne aux lois internationales, dont la résolution 1738 du Conseil de Sécurité concernant la protection des journalistes lors de conflits armés et de saisir le secrétaire général de l’ONU. « Nous saluons le courage dont les journalistes locaux ont fait preuve en face des attaques délibérées qui ont, dans plusieurs cas, fait des morts », a déclaré Aidan White, Secrétaire général de la FIJ et chef de la délégation à Gaza. « Nous soutenons la demande du Secrétaire général des Nations Unies pour le respect du droit international lors de conflits armés », a-t-il ajouté, Aidan White condamnant également « le sectarisme et les divisions » dont sont victimes les journalistes palestiniens. Il a appelé ainsi à ce que la FIJ forte de 600.000 journalistes (qui L adhèrent à 120 organisations présentes dans une centaine de pays) contribue à « assurer que les journalistes [à Gaza] soient protégés et qu’il soit mis un terme aux tentatives politiques de contrôle des medias et des [8 février 2009] journalistes ». RFI Non à l’amalgame ! Nos amis Claudie Bassi et Roland Wlos ont publié une Tribune libre dans l’Humanité du 4 février 2009. Nous la publions ici, compte tenu de l’intérêt qu’elle nous paraît présenter pour les lecteurs de la PNM. militaire. Une paix juste et durable passe ous sommes consternés par les par la reconnaissance des droits natiopropos tenus sur RFI par naux des Palestiniens, ce qui implique un M. Prasquier, Président du Etat libre et viable sur la base des résoluCrif, concernant la participation du Parti tions de l’ONU et le droit à la sécurité Communiste Français aux manifestad’Israël. tions condamnant l’acharnement destructeur et inhumain de l’armée israélienLes murs, quels qu’ils soient, n’ont ne, exigeant un cessez-le-feu et exprijamais garanti la sécurité. Ils étouffent mant notre solidarité avec le peuple maraussi ceux qui se croient protégés. tyr palestinien. La sécurité ne peut être assurée que dans Bien loin, comme ose le suggérer M. le cadre d’autres rapports et du respect Prasquier, de "défendre un mouvement mutuel, comme le précise Théo Klein qui est reconnu comme un mouvement « ... le gouvernement d’Israël brise un terroriste", le sens de notre participation, avenir qu’il prétend défendre. On ne en tant que citoyens français, communiscasse pas un peuple arc-bouté à sa terre. tes, juifs, n'a rien à voir avec ce que proIl faut chercher à le comprendre et à le clament les islamistes radicaux. Cela n’a respecter… » Il ajoute « ... seuls la parorien à voir non plus avec un quelconque le, le dialogue, la reconnaissance mutuelsoutien au terrorisme ni avec la moindre le peuvent sauver l’avenir de ces deux mansuétude envers l’intégrisme. peuples… » **. Notre action ne souffre aucune ambiguïIl est indispensable de faire respecter le té. Nous sommes ulcérés de voir autant droit international dans son intégralité, d’enfants, de civils innocents, de cela passe aussi par le jugement des crivieillards tués. La désolation et le champ mes de guerre qui ne doivent pas rester de ruines de Gaza maintenant que les impunis. Il ne peut y avoir de paix sans armes se sont tues nous affligent. Cela ne justice. signifie pas pour autant que nous approuLes négociations doivent reprendre et vions les tirs des Qassam ou que nous aboutir à la sécurité pour les deux peurenvoyions dos à dos l’Etat d’Israël et les ples. [4 février 2009] Palestiniens. On ne peut ignorer que le Claudie Bassi-Lederman, universitaire gouvernement israélien n’a appliqué Roland Wlos, ancien conseiller de Paris aucune des résolutions de l’ONU (plus d’une soixantaine). * Avram Burg, Vaincre Hitler, Ed. Fayard Avram Burg, ancien président de la ** Théo Klein, Petit Traité d’éthique et de Knesset, a écrit «... et il reste encore belle humeur, Ed. Liana Levi beaucoup à dire sur les barrages militaires, les mauvais traitements, les coups, les confiscations de maisons et de biens, le vol des terres, les mesures administratives qui brisent des familles entières, la violence des fanatiques, la capitulation de l’armée face aux bandes de colons et l’aspiration perpétuelle à la force …», «... mépris pour la vie de nos voisins ... » *. Bertolt Brecht disait « ... on parle de la violence du torrent mais on ne dit mot de la violence des rives qui l’enserrent ». Les propos de M. Prasquier peuvent laisser entendre que la condamnation de la politique israélienne s’apparenterait à de l’antisémitisme. Rien dans l’histoire de L’U JRE communique... notre parti n’autorise de tels propos. Notre parti n’a jamais cautionné Réintégration dans l’Eglise d’un négationniste l’antisémitisme, le racisme, en France et partout comme dans l’ex-URSS et dans les L’UJRE a appris avec consternation que pays se réclamant du socialisme. Pour les communistes, l’antisémitisme et le racisl’Eglise catholique s’apprêtait à réintéme ne constituent pas des opinions mais grer un évêque dissident négateur de des délits, ainsi que l’affirme la législal’existence du génocide des juifs pention de notre pays, et l’incitation à la dant la deuxième guerre mondiale. S’il haine raciale constitue une infraction plus prétend attendre des preuves, nos grave encore. En outre, M. Prasquier aînés, eux, dont certains sont encore connaît le rôle de premier plan joué par parmi nous, n’en ont pas besoin pour deux communistes juifs, Adam Rayski et savoir ce qu’ils ont subi. Au surplus ces Charles Lederman, dans la création du Crif pendant les années de feu et de sang «preuves» ont été fournies de nomde la seconde guerre mondiale. breuses fois par les historiens les plus Rappelons ce que disait Jean Kahn, préqualifiés. En fait, cette volonté de réinsident du consistoire israélite de France à tégration constitue pour toutes les vicpropos de l’engagement de juifs dans le times du génocide et leurs familles, Pcf : « ... en réalité, c’est un humanisme ainsi que pour l’humanité toute entière, juif millénaire qui les incitait à lutter une injure sans pareille, totalement contre l’injustice, une servitude dont ils inacceptable. [12 février 2009] avaient l’expérience inoubliable ». C’est dans cette fidélité qu’aujourd’hui nous (voir aussi p. 6 «L’évêque négationniste persiste et affirmons notre message de paix pour signe », et dans la PNM n° 262 - Janv./Fév. 2009 cette région. Il ne peut y avoir de solution en p. 6 : «Faurisson, Ratzinger, même combat ?») N
    • P.N.M. FÉV./MARS 2009 6 Mémoire Enjeux de mémoire par Maurice Cling n dépit des contorsions officielles, la réhabilitation de prélats révisionnistes confirme une inquiétante réécriture de l’Histoire. Le contenu qui est souvent donné à la Déportation apparaît profondément réducteur. Il est fréquemment le reflet de la « pensée correcte » actuelle plaquée sur la réalité historique dont nous sommes les garants. « Nous n’avons pas les mêmes valeurs », selon la formule consacrée. Nazis et pétainistes n’éprouvaient nullement « la haine de l’autre », notion empruntée à la psychanalyse, mais plus précisément celle des « rouges », des « métèques », des pauvres, des faibles, etc. Les résistants éprouvaient la haine du fascisme et de la barbarie : le premier numéro du Patriote Résistant associait barbarie nazie et vichyste. Ils ne brandissaient pas les « droits de l’homme » comme un slogan, mais les valeurs concrètes de la République chèrement acquises. Ils ne se référaient pas à des termes bibliques tels que « Shoah », « Holocauste », le « Mal », les « Justes », etc. - aux majuscules significatives - mais, comme on peut le lire dans la presse clandestine, aux « valets », aux « traîtres », aux « bandits hitlériens », aux « barbares », aux « bourreaux ». Notons qu’à Paris, lors de la dernière commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, le régime de Vichy ne fut même pas mentionné... Eux appelaient un chat un chat, et Pétain un criminel. Dans le même ordre d’idées, on constate que seul le racisme semble désormais caractériser le nazisme, voire la Déportation tout entière, ce qui induit une occultation abusive de la complexité de l’événement, des autres cibles de la persécution et de la répression, de l’importance de la Résistance française (combattants juifs compris), dans le cadre de la Résistance européenne. La persécution « raciale » menée par les nazis et leurs « kollabos » français constituait fondamentalement un instrument au service de leur politique générale, de prétendue « révolution nationale » dans le cas du régime de Vichy. Le génocide - le crime le plus grave doit être situé dans ce cadre et occuper sa place essentielle, sans s’opposer, comme certains le suggèrent, à celle de la répression de la Résistance, mais au contraire se révéler complémentaire, puisque les deux politiques étaient dirigées par les mêmes maîtres de Berlin. Qu’on songe à Klaus Barbie qui torturait Jean Moulin et faisait arrêter les enfants d’Izieu au service de la même cause. Les « Premières Rencontres internationales de la mémoire partagée » patronnées par le gouvernement français en 2006 préconisaient le « respect mutuel » des anciens combattants (Wehrmacht et SS compris) « qui se sont investis au service de leur patrie », « sont allés jusqu’au sacrifice suprême pour défendre leur pays, pour défendre leurs idéaux » (sic, Hamlaoui E Mekachera, ancien ministre délégué aux Anciens Combattants). Tel quel. Tandis que la ministre de la Défense de l’époque, Madame Alliot-Marie, déclarait pour sa part : « A la repentance, je préfère la réconciliation sincère », opposant hypocritement la condamnation du fascisme à une « réconciliation » nationaliste, style « paix des braves », balayant d’un trait de plume le verdict de Nuremberg. Le combat politique des résistants y était baptisé « sacrifice », comme dans l’opération Guy Môquet de l’actuel président de la République escamotant l’engagement communiste du jeune homme et la responsabilité écrasante du régime de Vichy qui l’avait désigné et livré à ses complices nazis pour être fusillé. Tout comme le massacre de Maillé relevait dans le discours du président, lors de la commémoration du 25 août dernier [NDLR anniversaire de la Libération de Paris], de la même barbarie que celle des talibans, pour justifier l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan. Quel rapport avec le combat antinazi ? Ajoutons le fait qu’après la contestable exposition française du Musée d’Auschwitz, le Mémorial de Compiègne, pourtant initié par la FMD (Fédération pour la Mémoire de la Déportation), présente une image défor- mée de l’histoire de la Résistance : notamment la quasi absence de référence à l’appel du 18 juin, aux discours du général de Gaulle, tandis qu’on y entend maints discours de Pétain. Dans la foulée des Rencontres, le « manuel franco-allemand » mis alors officiellement sur orbite illustre les orientations nouvelles largement inspirées de celles de la RFA durant la guerre froide: banalisation du nazisme, dévalorisation de la Résistance (notamment des antifascistes allemands), amalgame des souffrances des civils allemands et européens. On se bornera ici à citer la présentation révélatrice du massacre d’Oradour aux élèves français (ce qui est le comble) : « des opérations de sabotage et de harcèlement [de la Résistance] qui provoquent parfois la riposte sanglante de l’occupant contre la population civile » (p. 350 du tome 2). Triple mensonge : - Il n’y avait pas d’actes de résistance à Oradour. - On oublie de mentionner femmes et enfants brûlés vifs dans l’église. - On adopte le point de vue de la SS agressée qui « riposte », ce que confirme la formulation des attentats « perpétrés » (sic) par les résistants. C’est le langage des occupants. Dans ce contexte, la provocation de Dieudonné honorant Faurisson au Zénith (avec la mascarade ignoble du déporté juif) montre à l’évidence l’accentuation de l’entreprise de décervelage du peuple français, frontale ou oblique, au prétexte d’une prétendue « liberté d’expression » d’un côté, par la voix des pouvoirs publics de l’autre, dans le cadre français comme dans le cadre européen. L’évêque négationniste persiste et signe La PNM avait réagi par un communiqué de presse et signalé, dans son dernier numéro, la scandaleuse réhabilitation de l’évêque négationniste qui déclarait à une chaîne publique de la télévision suédoise: « Pas un seul juif n’est mort dans une chambre à gaz ». L’épiscopat italien s’était alors signalé par sa mollesse. Le porte-parole de l’épiscopat allemand, aidant ainsi la chancelière allemande à faire preuve de fermeté à l’égard du pape, avait inversement exigé la rétractation de l’évêque. Il l’attendra longtemps. Tout au plus Williamson a-t-il dit qu’il lui faudrait se pencher à nouveau sur la question à la lumière d’évidences nouvelles ! Né en 1940 et diplômé de Cambridge, il a l’aplomb de plaider l’ignorance ? Depuis lors, l’évêque a précisé que sa détestation des juifs s’étend aussi aux communistes et aux francs-maçons. Franco et Pétain doivent le bénir ! En outre, il est apparu que les quatre évêques réhabilités et leur "Fraternité" sont tous négationnistes. Ce que le Père Alain de la Morandais a posément expliqué lors d’une émission de Michel Drucker. Ils sont contre la Révolution, contre la République, contre les juifs, contre les communistes, contre les francs-maçons, contre le modernisme, contre l'avortement, et bien entendu, contre Vatican II. Ne pas sous -estimer. Ces gens sont dans l’action, pas dans l’opinion. Leur objectif est bien la reconquête. Ainsi vient-on d'apprendre que Williamson vivait depuis trois ans en Argentine où il dirigeait un séminaire. Déclaré le 19 février persona non grata en raison de ses propos négationnistes, Williamson est arrivé le 25 à Londres. Feuille de route inconnue à cette heure. Mais l’on apprend, via l’agence de presse Zenit qu’à peine arrivé, il aurait adressé au Vatican une lettre dans laquelle il demanderait pardon. A qui ? Mais à Dieu ! Et de quoi ? Non de ses propos, mais de leurs conséquences. « Je regrette d’avoir fait ces déclarations et si j’avais su à l’avance tout le mal et les blessures qu’elles allaient susciter spécialement pour l’Eglise, mais également pour les survivants et les proches des victimes d’injustices sous le IIIème Reich. » Ne cherchez pas le mot de génocide : vous ne le trouverez pas ! L’incident n’est pas clos car ce n’est pas un incident. Z 32 d’Avi Mograbi Sorti le 18 février, ce film a également été présenté en ouverture du festival Cinéastes contre la Guerre et l’Occupation. Les documentaires dequide veulent témoigner des crimes guerre choisissent, en général, faire entendre la parole des victimes et rarement la voix du coupable. Avi Mograbi, cinéaste israélien en contact avec un groupe A ce sujet - cerise sur le gâteau - rappelons que la nouvelle loi allemande dite loi Neumann exclut pratiquement la participation des déportés étrangers aux destinées des mémoriaux des camps nazis, alors qu’en 1944, 90% des déportés n’étaient pas allemands. On y trouve aussi un amalgame entre IIIe Reich et RDA, en se référant à l’internement des nazis d’après guerre, prévu cependant par les accords internationaux ; sans parler de l’aspect financier, puisque les crédits prévus par cette loi sont dégagés pour la transmission de la mémoire des « deux dictatures » (sic). La banalisation du nazisme est patente. Aujourd’hui, le danger essentiel, sous prétexte de « réconciliation » francoallemande, vise en fait à remodeler la mémoire collective du combat antifasciste et de la Résistance. NDLR Maurice Cling est membre de la présidence de la Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes. Cet article « Enjeux de mémoire » est extrait du numéro de février 2009 du Patriote Résistant, magazine mensuel de la FNDIRP. Maurice Cling qui fut déporté à seize ans a récemment réédité et complété son témoignage, « Vous qui entrez ici », paru aux Editions de l’Atelier sous le titre « Un enfant à Auschwitz » Cf. La PNM a reçu du n° 259 (oct. 2008) et aussi in PNM n° 247 (septembre 2007) la tribune libre de M. Cling sur la “Mémoire partagée”. d’anciens soldats d’Hébron, a monté l’organisation « Breaking the silence » (Rompre le silence) dans le but de montrer, expliquer, dénoncer les exactions de l’armée israélienne. Il choisit la démarche inverse : faire témoigner un criminel. Le film Z32 s’inscrit dans un projet d’ensemble où le cinéaste souhaite filmer plusieurs de ces anciens soldats pour constituer les archives d’une mémoire criminelle utile pour témoigner de l’Histoire. Dans Z32, il s’agit du récit d’un soldat d’une unité d’élite de l’armée israélienne qui a participé à une expédition punitive au cours de laquelle deux policiers palestiniens furent assassinés. Mais, comment filmer ce témoignage sans cautionner ce crime ? Les dispositifs choisis par le cinéaste, s’ils ne convainquent pas toujours, ont le mérite d’imposer une distance et de poser la question. Avi Mograbi floute, masque ou déforme le visage du témoin qui a exigé l’anonymat ainsi que le visage de la compagne de celui-ci, qui aide par ses questions à faire naître le récit de son ami. En alternance avec ces séquences de témoignage, le cinéaste propose des intermèdes musicaux dans son salon où, accompagné d’un petit orchestre, nous le voyons chanter le récit du soldat et nous livrer ses propres réflexions. Enfin, le fait de faire répéter le récit par l’ancien soldat, à la demande de sa compagne ou du cinéaste, participe d’une théâtralisation de la forme de ce récit. Tout cela contribue à livrer un film déstabilisant qui interroge sur ce qui est raconté par le soldat et au-delà sur la société israélienne. Une société qui paraît schizophrène entre les assassinats et les exactions que l’Etat et l’armée imposent à sa jeunesse de perpétrer et l’apparente banalité de cette même jeunesse. Il y a lieu de s’inquiéter sur les ravages qu’une société tout entière fondée sur le sécuritaire et la militarisation produit. Quelle conscience, quelle morale, quel avenir, pour une jeunesse éduquée à accomplir de tels crimes ? Laura Laufer
    • P.N.M. FÉV./MARS 2009 Littérature 7 Romain Rolland et l’antisémitisme LES JUIFS AMÉRICAINS vus par André K ASPI (1/2) par François MATHIEU romanesque en dix volumes qui constitue un appel à l’entente entre les nations, les Juifs sont très présents. uels furent les sentiments de Romain Rolland envers les Romain Rolland ne répugne pas aux Juifs ? demande Antoinette portraits qui, sous une autre plume que Blum dans un article récent publié par la sienne, seraient reçus comme des la revue Europe*, dont il fut en 1923 clichés antisémites. Telle cette desl’un des fondateurs. Selon certains, cription de Franz Mannheim, jeune poursuit-elle, il fut antisémite. Selon Juif admirateur de la musique de Jeand’autres, au contraire, un défenseur Christophe : Il avait les cheveux noirs des Juifs. C’est qu’évoluent, en raison et bouclés, de beaux yeux intelligents, de l’histoire de la première moitié du un nez assez volumineux, qui, arrivé XXe siècle, les dires et l’action d’un près du bout, ne pouvait se décider à des successeurs des empereurs des letaller ni à droite ni à gauche, et plutôt tres et conducteurs d’idées, Voltaire, que d’aller tout droit, Victor Hugo, Anatole allait des deux côtés à la France ; d’un humaniste fois, les lèvres grosses, et qui présente bien des une physionomie spiritraits communs avec les tuelle et mobile. Ou le illustres créateurs, intelportrait de Judith, la lectuels et penseurs dont sœur de Franz : On senil a écrit la biographie : tait en elle une forte Michel Ange, Haendel, race, et, dans le moule Goethe, Tolstoï, Beethoven de cette race, jetés (outre une Vie de confusément, des éléBeethoven, publiée en ments multiples, dispa1903, il rédige, entre rates, de très beaux et de 1928 et 1945, un essai en très vulgaires. […] Il eût sept volumes, Beethoven, fallu être plus habitué les grandes époques que Christophe à ces créatrices), Gandhi, yeux, qui sont ceux d’une Péguy. Portrait de Romain ROLLAND (Paris, 1938) race plus que d’un indipar Masereel, Frans. vidu, pour lire sous leur Son chef d’œuvre, c’est d’abord sa vie. Né à (1889 Blankenberghe - 1971 Avignon) voile humide et ardent l’âme réelle de la femme qui était Clamecy en 1866, devenu universitaire devant lui. C’était l’âme du peuple par l’École Normale Supérieure, d’Israël qu’il découvrait dans ces yeux l’École française d’archéologie de brûlants et mornes. Rome et des études de musicologie – il enseignera l’histoire de l’art à l’ENS, Mais on se rend compte très vite que puis l’histoire de la musique à la ces portraits sont un procédé Sorbonne – ; Prix Nobel en 1916 ; d’écrivain, d’autant que, après eux, il défenseur de la civilisation contre la décrit des comportements et, par le guerre (Au-dessus de la mêlée, 1915) ; biais de son personnage, s’en distanpuis militant révolutionnaire, lançant cie. Le grand-père de Jean-Christophe de Suisse ses messages de justice et de n’aimait pas les Juifs, mais ce profesfraternité ; en relation épistolaire avec seur de musique finissait par embrasles plus grands esprits, Tolstoï, Gorki, ser ses deux meilleurs élèves juifs ; Gandhi, Richard Strauss, Rilke, Hesse, son père avait moins de scrupules à Zweig, Freud, Einstein, Tagore ; miliprendre l’argent des Juifs ; et il troutant contre le fascisme et le nazisme vait même cela très bien ; mais il faiqui menacent la paix dans le monde ; il sait d’eux des gorges chaudes, et il les se retire ultimement à Vézelay en 1937 méprisait. Jean-Christophe, lui n’avait où l’occupant allemand n’ose aucun de ces préjugés. Et Romain l’inquiéter, pour y mourir en 1944 dans Rolland d’accuser les antisémites une sorte de recueillement mystique. français de faire une mauvaise action et une sottise, en décourageant par Dans la première partie de sa vie, leurs soupçons injurieux les senticomme en réaction au milieu de la ments français des Juifs établis en haute bourgeoisie intellectuelle juive France. En dehors des raisons qui font parisienne dans lequel il est entré par que toute famille s’attache nécessaireson mariage avec Clotilde Bréal, fille ment, au bout d’une ou deux générad’un professeur renommé de philolotions, au sol où elle s’est fixée, les gie classique au Collège de France, Juifs ont des raisons spéciales d’aimer fondateur de la sémantique, il veille le peuple qui représente en Occident jalousement sur sa propre indépendanles idées les plus avancées de liberté ce d’esprit. En pleine affaire Dreyfus, intellectuelle. Ils l’aiment d’autant il refuse toute pression de ses amis plus qu’ils ont contribué à le faire dreyfusards. Ma répugnance à ainsi, depuis cent ans, et que cette m’associer [aux Juifs] fit que je liberté est en partie leur œuvre. m’obstinai à rester en dehors de cette Comment donc ne la défendraient-ils bataille impure, écrit-il dans l’un de pas contre les menaces de toute réacses Carnets. Pourtant, quand, dans sa tion féodale ? C’est faire le jeu de pièce Les Loups, où il transpose l’ennemi, que tâcher – comme le voul’affaire à l’époque de la Révolution draient une bande de fous criminels, – française, il prétend conserver son de briser les liens qui attachent à la impartialité, les partisans du capitaine France ces Français d’adoption. .../... applaudissent à la pièce et, à son corps * Antoinette Blum, Romain Roland et la défendant, voient en lui l’un des leurs. question juive, in Romain Roland, Dans son roman-fleuve – expression “EUROPE” n° 942, oct. 2007 dont il est l’inventeur – rédigé entre 1903 et 1912 – Jean-Christophe, cycle (Suite au prochain numéro) Le parcours d’un humaniste vigilant Q par Olivier GEBUHRER LES JUIFS AMÉRICAINS par André KASPI (Plon), critique d’ouvrage e livre dont nous allons parler comporte un double titre ; celui déjà indiqué et, en bandeau : Ont-ils réellement le pouvoir qu’on leur prête ? D’une part une étude socio-historique, d’autre part une réponse à des clichés antisémites. Sur le premier des deux plans, l’auteur, historien réputé des Etats–Unis d’Amérique, livre une mine de données fouillées et de mises en relation toutes intéressantes dont beaucoup sont novatrices. Sur le plan socio-historique, l’ouvrage constitue et restera une référence sur la collectivité humaine qu’il appelle LES JUIFS AMÉRICAINS ; inversion caractéristique : pas les AMÉRICAINS JUIFS ; reprend-il là à son corps défendant une façon de voir qu’il critique par ailleurs ou se plonge-t-il volontairement dans la conception Nord-américaine des « communautés » ? On ne sait. L’autre aspect est infiniment plus problématique et c’est sur ce point que ma critique portera. On ne peut ici être aussi détaillé que nécessaire. L’auteur ne fait pas mystère de sa profonde sympathie pour la civilisation nordaméricaine ; il le fait clairement en tentant de relier son approche à celle d’ Alexis de Tocqueville revenu à la mode dans le débat franco-français ; pour ce dernier, la démocratie n’est pas une création continue, c’est un état diffusant inéluctable ; c’est le point oméga de toute société auquel selon lui, la société Nord–américaine est déjà parvenue en son principe ; Tocqueville ne fait pas qu’ignorer les luttes de tout ordre, il voudrait les reléguer à une sorte de phase barbare de la civilisation humaine ; mais ce qui est concevable en 1835 l’est beaucoup moins en 2009 ; André Kaspi l’ignore superbement ; Capitalisme ? mot quasi ignoré. L’important selon lui est de savoir comment et si la « richesse », l’accès aux biens matériels, l’ascension sociale diffusent ou non. On dira : l’objet n’est pas l’étude du capitalisme américain. Or, on ne peut prétendre étudier la collectivité des « juifs américains » sans parler de la stratégie nord-américaine de leadership dans les affaires mondiales. Seront ainsi exclusivement étudiés les rapports de la collectivité en question avec la politique israélienne ; il n’est pas difficile de démontrer que le cliché de la toute-puissance du « lobby juif », lequel est par ailleurs un mode d’expression politique légal reconnu aux Etats-Unis, est grossièrement faux. La question de savoir si « le lobby juif » est utilisé au gré des objectifs stratégico-politiques de la classe dominante n’est pas vraiment posée. André Kaspi ne peut être passé à côté de la question ; il préfère l’éluder, courant ainsi deux lièvres : tordre le coup aux idées toutes faites empreintes d’antisémitisme et glorifier la société nord-américaine. Quelque part, c’est chose impossible. La chose atteint son apogée sur plusieurs points : lorsque A. Kaspi parle des « étranges » alliés que sont les « chrétiens sionistes » des Etats-Unis qui ont envahi l’administration de Georges Bush, il est à la fois préoccupé et indulgent ; il a bien conscience que ce compagnonnage ultra nourrit l’antisémitisme comme aucun autre carburant, de l’autre il considère avec philosophie l’attitude « pragmatique de L l’AIPAC » qui fait avec « des alliés encombrants ». L’antisémitisme, donnée permanente de la politique nord-américaine jusque dans les années 1960, a reculé nous dit Kaspi ; on s’en félicite ; on se félicite beaucoup moins de savoir que c’est largement dû au glissement à droite (pas nécessairement traduisible en termes de choix partisan) d’une partie non négligeable des « Juifs Américains » ; c’est là semble-t-il, une sorte de condition tacite pour « l’assimilation », qui ne gêne aucunement notre auteur. Les « Juifs Américains », nous dit-il, sont beaucoup moins qu’auparavant des soutiens indéfectibles de la politique israélienne ; il ne s’en félicite nullement ; en cela il est conséquent avec son point de vue politique ; quant à savoir si la tendance inverse serait un aliment de l’antisémitisme, n’est pas la préoccupation d’André Kaspi. De même, les Juifs Américains « s’américanisent » ; voilà pour notre auteur « un danger de dilution d’identité » . C’est que pour Kaspi, il y a une parenté entre le « sionisme militant » et la démocratie nord-américaine ; pour les organisations juives américaines aussi ; tout recul du premier menacerait l’autre ; que le sionisme sous sa forme prosélyte puisse être un aliment d’antisémitisme ne préoccupe ni l’un ni les autres. Que cela prouve que le « lobby juif » ne peut prétendre à la représentation de la collectivité des « Juifs Américains » est pour notre auteur un sujet de préoccupation implicite. On est donc en droit de se poser la question : peut–on aujourd’hui attaquer de façon convaincante l’antisémitisme en pactisant avec les représentations idéologiques qui l’alimentent ? Plus généralement, est-il possible de prétendre lutter contre l’antisémitisme et d’être à ce point indifférent au sort du monde ? Peut-on ne rien voir de la tragédie qui s’accumule au Proche-Orient (à l’époque où le livre fut écrit, on ne parlait pas de Gaza ; on n’en fera pas reproche à l’auteur) et des responsabilités écrasantes des dirigeants nord-américains et israéliens tout en prétendant lutter contre l’antisémitisme ? A ces questions qui doivent hanter tout humaniste, la réponse apportée par l’auteur est OUI. C’est dramatique. S P E C TA C L E A L P H A B É T I Q U E Vendredi 27 & samedi 28 mars à 21h Dimanche 29 mars à 17h30 Dans un castelet évoquant un théâtre portatif, un déroulant d'images sert de fil conducteur à une suite de contes, blagues, chansons et paraboles sur le thème des lettres hébraïques, des mots, de la mémoire, qui s'entrelacent le temps d'une ballade fluviale. Le Marchand de temps - c’est le héros - pose des questions simples mais fondamentales, des contes malicieux mais profonds lui répondent, les lettres de l'Aleph-Beit, de l'Alpha-Bet font la ronde pour s'inscrire au livre de l'oralité. Théâtre de la Vieille Grille - Paris 5° M° Place Monge - Réservation : http:// vieille.grille.free.fr ou tél : 01 47 07 22 11 Anne Quesemand (texte, accordéon) Laurent Berman (dessins, bugle) Yannick Thépault (clarinette) La Fiancée d’Aleph (Ed. Alternatives)
    • P.N.M. FÉV./MARS 2009 8 Itinéraire Ils ont résisté ! par Nina Kehayan lle s’appelait Tauba (et Thérèse Tauba, luttant ensemble contre la paunés jusqu’en Ukraine, il servira en français), c’était une Lerner, vreté et consacrant leur temps libre à d’interprète, en russe, entre ses camanée en Bessarabie, à Calarasi, leur engagement politique et syndical rades prisonniers et les militaires bourgade qui appartenait à la au sein des organisations juives. soviétiques. Roumanie l’année où son père a déclaEn 1936 naît leur fils Daniel. Deux événements m’ont frappée dans ré sa naissance, soit en 1908 (mais son récit sur cette période : à l’été En 1938, Moysze devient secrétaire l’histoire orale familiale affirme 1942, une lettre de sa mère lui est pargénéral de l’Union des Sociétés Juives qu’elle est née en 1905, année du venue, dans une enveloppe portant le de France. grand pogrom de Kichinev). Ses tampon du ghetto de Varsovie, ce qui En septembre 1939, après l’invasion parents étaient des juifs pieux, si pausupposait que plusieurs allemands de la Pologne par l’armée allemande, vres que tous les enfants n’ont pu aller ayant eu cette enveloppe entre les avec des milliers d’autres juifs immià l’école. Et Tauba a appris auprès de mains, avaient fermé les yeux. Ce fut grés, il s’engage comme volontaire ses sœurs et amies plus chanla dernière fois qu’il eut des ceuses à lire et écrire, en yidnouvelles de sa mère, qui, avec dish, et en russe. Une de ses sa fille Berthe et son petit-fils, sœurs, Fania, sa préférée, a fut par la suite déportée au fait de la prison dans la camp d’extermination de Roumanie fasciste des années Treblinka d’où ils ne revinrent vingt, à cause de son engagepas. Moysze racontait aussi ment dans les mouvements qu’au printemps 43, un communistes inspirés de la Polonais du village où il trarévolution bolchévique. vaillait et avec qui il avait tissé Tauba a fui la misère au milieu quelques liens, lui dit après des années vingt pour émigrer avoir bu plus que de raison : en Allemagne, puis en « Vous êtes juif, n’est-ce Belgique, d’où elle a été pas ? » , et Moysze de réponexpulsée au début des années dre : « On voit bien que vous 30 à cause de ses activités avez bu ». On en resta là. militantes au sein de la Kultur Résister, de toutes les manières Liga, organisation qui réunisDe gauche à droite : Moysze, Louis, leur mère Léa de passage à Paris et Tauba possibles... sait essentiellement des émiPendant ce temps, Tauba a laisEntre Moysze et Louis, Daniel, fils de Tauba et Moysze grés juifs d’Europe centrale et © Photo d’archive familiale, 1937 sé Daniel chez les paysans de qui était proche du Parti comla Sarthe. Elle rentre à Paris, et muniste belge. C’est de Belgique s’engage dans la M.O.I., devenant dans l’armée française. Tauba et qu’elle a gagné la France. agent de liaison d’Adam Rayski, sous Daniel ont été évacués à la campagne, Clandestinement. Sans papiers. le nom de Georgette (nom qui chandans la Sarthe. En décembre, Moysze Elle avait connu à Liège un autre gea, je crois, à plusieurs reprises). Des est mobilisé. En juin 1940 il est fait immigré, Moysze Grojnowski (Michel années d’angoisse, de ruse, les filatuprisonnier dans la Somme avec tout en France, Monikowski dans ses actires, les fuites, les errances d’une son régiment ; avec lui, cinq de ses vités à l’UJRE, la CCE et la Naïe presse planque à l’autre. Années de solitude, camarades de Paris (dont Koeniget Presse Nouvelle), qui la courtisait. aussi, malgré les camarades. Résister Gromb et Isy Blum). Envoyé en Moysze est né en 1906, à Radziejow, à l’occupant. À la peur, aussi… Mais Allemagne, il passera le reste de la petite commune polonaise des avant tout le courage – qu’elle nomguerre en Prusse orientale, au service Kujawie, alors proche de la frontière mera inconscience – et le sens de de fermiers allemands. Dans ses souallemande, dans une famille juive l’engagement. Peut-être l’intuition, ou venirs, il raconte leur arrivée dans un modeste, qui respectait la tradition et l’espoir, que la clandestinité la protépremier camp : « Le surlendemain de la religion, mais n’était pas très pieuse. gerait mieux que le port de l’étoile. notre arrivée, on nous dit que nous Il a fait des études jusqu’à l’âge de Lorsqu’une vague d’arrestations devions nous faire enregistrer sur des douze ans, où, en raison du décès de s’abat sur le réseau, Tauba a rendezlistes établies par des Français sous la son père, il a commencé à travailler vous avec Rayski. Elle ignore tout des surveillance des militaires allemands. comme apprenti chez un tailleur. événements, se rend au rendez-vous, Nous décidons entre nous de ne pas En 1919, il assiste à sa première réuet là Rayski, sans s’arrêter, la croise et être parmi les premiers, afin de savoir nion illégale : un petit groupe s’est lui murmure simplement « Fous ce qu’ils demandent. Nous apprenons réuni autour d’un soldat juif rentré de l’camp ! ». Il l’a sauvée. qu’il faut donner ses nom, prénom, Russie et qui leur raconte avec enthouadresse en France, nationalité et reliÀ l’été 45, Tauba et Moysze se sont siasme la Révolution russe. gion. Nous nous consultons et tomretrouvés. Je suis née au printemps 46. Quelques années plus tard, Moysze, bons d’accord pour nous déclarer tous Dans une famille presque totalement qui a déménagé avec sa famille à les cinq de nationalité française, bien disparue dans les camps de la mort, ou Wloclawek, adhère au syndicat de que n’étant pas encore naturalisés. sous les balles des einsatzgruppen. l’habillement. Puis, à l’instar de Louis, Concernant la religion, nous étions Sont restés en vie deux sœurs de ma son frère aîné, il adhère aux Jeunesses partagés. Trois d’entre nous voulaient mère, en Moldavie soviétique, son Communistes, où Louis milite déjà. frère qui avait émigré aux USA avant se déclarer sans religion, les deux auEn 1928, pour échapper aux difficultés la guerre, mon oncle Louis tres de confession juive. Après discuséconomiques croissantes, mais aussi Grojnowski-Brunot, qui avait été un sion, nous avons pris la décision comaux menaces qui planent sur les milides dirigeants de la M.O.I., sa femme mune de ne pas nous déclarer juifs. tants, il décide de quitter la Pologne. Lili Berger, engagée dans la résistance Bien nous en a pris… Quand mon tour C’est ainsi qu’il s’installe en Belgique, au sein du MNCR** et la sœur de celleest venu, j’ai déclaré avec aplomb que à Anvers, puis à Liège, où son frère ci, Jeanne List-Pakine, engagée dans j’étais français et sans religion.. Le Louis le rejoindra peu de temps après, la M.O.I., où elle était en quelque sorte soldat allemand ne comprenait pas le et où ils poursuivront leurs activités intendante, chargée notamment de français, mais le Français qui servait militantes au sein de la Kultur Liga. trouver les planques. Son mari, Léon de scribouillard a sans doute bien Pakine, qui avait participé à la créaÀ partir des années trente, Tauba, compris que je n’étais pas français, de tion du détachement juif des F.T.P. de Moysze et Louis vivent à Paris où ils même que la mention «sans religion» la M.O.I. à Paris, a été fusillé par les militent activement dans des organisaa dû lui paraître suspecte »* Allemands en 1942. tions juives, syndicales ainsi qu’au Résister… parti communiste. Moysze prend une Les récits de résistants ont bercé mon Durant sa captivité, Moysze qui parle part active à la naissance de la Naïe enfance. Mais il a fallu que j’attende bien allemand sert d’interprète pour Presse en janvier 1934. l’âge adulte pour que ma mère, encouses camarades de régiment. Quand ils ragée par Olivier, l’aîné de ses petitsÀ cette époque, il partage sa vie avec seront libérés par l’Armée rouge, ame- E enfants, raconte enfin ce qu’elle avait vécu pendant la guerre. Arrivée en France sans papiers, elle n’a jamais pu produire ceux qui étaient nécessaires à l’obtention d’une carte de résistante. Lorsque j’interrogeais mes parents sur les raisons de leur engagement pendant la guerre, ils semblaient surpris : cet engagement relevait pour eux d’une évidence. Il fallait résister à ceux qui envahissaient la France, leur nouvelle patrie, même si Moysze n’était pas encore français à cette époque (Tauba était devenue française avant la guerre grâce à un mariage blanc). Il fallait résister au fascisme, à l’antisémitisme, et à toute forme de racisme. Je suis née le 19 avril : chacun de mes anniversaires était marqué par la commémoration de l’insurrection du ghetto de Varsovie. Résister… * Autobiographie non publiée, à usage familial ** Mouvement National Contre le Racisme (NDLR cf. PNM n° 262 (01-02/09) de Sylvain Goldstein, Du MNCR au MRAP) NDLR : Nina Kehayan, enseignante, traductrice, auteure, est la fille de Moysze et de Tauba Grojnowski. Lire aussi l’article d’Adam Rayski, En souvenir de Tauba (Georgette) Grojnowski, dans la PNM n° 222 de janvier 2005 La PNM a aimé... Ce CD live, enregistré à l'Espace Jemmapes, reproduit une partie du spectacle donné en 2004 et 2005 par Claude Liberman et intitulé Dona, dona, voyage musical, en français, dans l'imaginaire yiddish ; spectacle qui continue à tourner et a accueilli plus de 1 500 spectateurs au Festival d'Avignon Off 2007. Claude Liberman, ancienne de la CCE, auteure, compositrice, a d’abord découvert par les traductions françaises les oeuvres marquantes de la littérature yiddish puis les chansons du folklore. Puis elle a ressenti la nécessité de traduire ellemême plusieurs chansons du répertoire afin de pouvoir partager ses émotions avec le public le plus large : le monde juif, bien sûr, où le plus souvent, et maintenant à regret, on a laissé s'éteindre la langue avec la disparition du dernier parent qui la parlait, mais également le public de toutes origines et générations confondues, curieux, ouvert, généreux, avide de "s'approprier le monde", qui se délecte et s'enrichit de la diversité des cultures. Nos lecteurs peuvent se procurer ce CD en écrivant au journal (joindre chèque de 18,50 € - 14 euros + 4,50 € de port par courrier suivi - à l'ordre de Mme. Claude Liberman ou via Internet en écrivant à claude.liberman@wanadoo.fr