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  • juin 2004 n°217 12/07/04 10:33 Page 1 LA PRESSE NOUVELLE N° 217 - JUIN 2004 - 23e A N NÉE MENSUEL EDITE PAR L’U.J.R.E. Magazine Progressiste Juif L e N° 5€/ 3 2 F Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide 45 19 IL Y A SOIXANTE-CINQ ANS, LE PACTE GERMANO-SOVIÉTIQUE DÉSAPPROUVÉ PAR LES JUIFS COMMUNISTES DE FRANCE. LA GUERRE 39 19 ER SI OS D L’Angleterre et la France ont hier déclaré la guerre à l’Allemagne Hitler rejette l’ultimatum et poursuit l’agression contre la Pologne. Résistance héroïque de l’armée polonaise 1500 victimes de bombardements criminels en 2 jours Lire en p. 8 l’éditorial de la Naïe Presse du lundi 4 septembre 1939. L’ANTISEMITISME QUI N’EN FINIT PAS C onférence européenne consacrée à l’antisémitisme à Berlin. Grande manifestation parisienne le 16 mai. Manifestation réunissant de nombreuses grandes organisations, pas toujours d’accord entre elles, certes, mais l’essentiel était la présence des parisiennes et des parisiens, par dizaines de milliers. Certains se rappellent des manifestations plus anciennes, plus fournies aussi. Pour notre part, nous relevons précisément le fait même qu’il est nécessaire de renouveler les manifestations. C’est que le besoin s’en fait sentir ! Car, de leur côté, les antisémites, ouverts ou masqués, sont toujours là. Se renouvellent-ils ? oui, si on considère que les « vieux antisémites » meurent, comme tout le monde si l’on peut dire. Nous ne pleurons pas sur la tombe de François Genoud, par exemple. On peut même rencontrer – rarement ! – des antisémites repentis. Nous avons mentionné ici-même le cas de l’homme politique roumain Corneliu Vadim Tudor. On a tendance à distinguer parfois les antisémites « classiques … en quelque sorte les « européens » et les « nouveaux antisémites », originaires du Maghreb à la première ou à la seconde génération. Parlons crûment : les premiers détestent les Juifs parce qu’ils sont juifs et donc détestables. Les « nouveaux », en particulier les maghrébins, se considèrent des champions de l’Intifada en France (et en Europe d’ailleurs). Mais l’Intifada a aussi des champions purement européens. Ils peuvent être français, anglais, scandinaves, allemands – et même juifs relevant de ces diverses nationalités. Parlons encore plus crûment : Lucien Steinberg les uns, comme les autres, sont détestables au même titre ! On ne comprendrait pas pourquoi on trouverait de « bons antisémites » parce qu’ils se réclament de groupements autoproclamés « de gauche ». Au fait, nos lecteurs savent-ils seulement que « de gauche » n’est pas une appellation contrôlée d’origine ? N’importe qui peut se dire « de gauche ». N’importe qui, aussi, peut qualifier son adversaire politique de « gauchiste ». Des qualificatifs tels que « rougesbruns » sont tout aussi incontrôlables. Mais l’épidémie de profanations des sépultures juives ou des cimetières juifs n’a rien de spontané. Depuis 1945 (!), des cimetières juifs étaient profanés en Allemagne et en Autriche d’abord. On pouvait se tranquilliser en disant qu’il y avait des survivants nazis… Serait-ce le cas des incidents de Herrlisheim ou de Douaumont, attribués à des « nostalgiques » d’outre-Rhin ? Je ne le sais pas. Par contre, je sais que la police française est très efficace, surtout quand elle veut l’être. Comment se fait-il qu’aucune arrestation n’ait encore eu lieu ? Ou alors, y aurait-il eu des arrestations qu’on aurait choisi de ne pas rendre publiques ? On ne peut tirer qu’une conclusion : la vigilance s’impose, plus que jamais. Un autre élément indispensable : ne confondons surtout pas les véritables ennemis, les véritables antisémites, avec les gens avec lesquels on n’est pas d’accord sur tous les points. Il y a déjà trop d’antisémites authentiques, n‘en créons pas des imaginaires ! BILLET • p.6 Le billet de L.Steinberg DOSSIER MOYEN-ORIENT • p.4 L’Appel de RPJ-UJRE-UAVJ • p.5 Modjahedines d’Iran CULTURE • p.7 Le film qui fait scandale
  • juin 2004 n°217 12/07/04 10:33 Page 2 P.N.M. JUIN 2004 2 TOUR DE GUET C U LTU R E Fête annuelle de la Maison de la Culture Yiddish (MCY), le 19 juin N otre propriétaire (AREMCAR) veut nous expulser du 14 rue de Paradis. Nous nous sommes rendus au Commissariat Central du X° arrondissement le 12 mai, nous sommes intervenus auprès du Préfet de Police le 21 mai… Nous préparons une large initiative de réhabilitation du 14 rue de Paradis, pour l’élargir en un espace spécifiquement consacré au rôle de l’immigration (MOI) dans la Résistance française. Nous comptons sur votre large soutien pour toute initiative allant dans ce sens. MEMOIRE Comité Français pour Yad Vashem Retrouver l’identité de chacune des victimes de la Shoah est, depuis la création du mémorial de Yad Vashem en 1953, l’une des principales missions de l’Institut de Jérusalem. En juin 2004, les noms des victimes de la Shoah déjà transmis à Yad Vashem seront consultables sur Internet. L ’Institut nous communique : « si nous n’avez pas encore accompli ce devoir, demandez-nous des feuilles de témoignage à remplir, une par victime, pour celles et ceux, proches ou moins proches, dont vous connaissez les identités. » « Si, par ailleurs, une personne non juive a pris des risques pour vous ou votre famille pendant la guerre, il est encore temps de lui rendre hommage en constituant un dossier afin de lui faire attribuer par Yad Vashem le titre de Juste des Nations, même à titre posthume. » Cérémonie pour le souvenir des Fusillés (1939-1945) L ’Association pour le Souvenir des Fusillés du Mont-Valérien et de l’Ile-de-France organise le samedi 5 juin 2004 à 15 heures, sous le Haut patronage de Madame Michèle AlliotMarie, Ministre de la Défense, une cérémonie du souvenir et de la fidélité devant le Mémorial de la France Combattante – dans la Clairière – au Monument aux Morts. Précédée à 14 heures d’une évocation historique à la mémoire des Fusillés (poèmes, chants, lecture de lettres), cette cérémonie sera suivie à 18 heures d’une cérémonie à l’Arc de Triomphe, à Paris. Hommage aux combattants juifs morts pour la France (1939-1945) L’Union des Engagés Volontaires Anciens Combattants Juifs 39-45, leurs enfants et amis (UEVACJ) se réunissent le dimanche 13 juin 2004 à 10h.30 au cimetière parisien de Bagneux, devant le monument où reposent 70 héros ramenés de tous les champs de bataille. Avis de recherche L ’association « Mémoires du Convoi 6 », 37 rue de Turenne, Paris 3°, recherche toutes personnes concernées par le CONVOI 6, parti de Pithiviers le 17 juillet 1942. Pour plus d’informations, Théâtre de l’Epée de Bois – Cartoucherie du Bois de Vincennes – Route du Champ de Manœuvres, Paris 12°. PAF : adhérents, gratuit, non-adhérents : 5€ (sauf théâtre) 13h à 20h cafétéria (spécialités juives d’Europe de l’Est) 14h15 chorale TSHIRIBIM dirigée par Jacinta 15h15 remise des diplômes de la 1ère promotion de l’Institut d’études Yiddish 15h30 atelier de musique Klezmer 12 mai 2004 : délégation au Commissariat ... contacter Marcel SZTEJNBERG au 06 80 31 94 69 ou 01 42 77 44 99 ou marcel.sztejnberg@tiscali.fr Vel d’Hiv … Notre courrier des lecteurs reçoit des timbres les plus variés, merci à l’un d’entre eux d’entretenir la mémoire de la rafle du 16 juillet 1942 … S’ils ne l’ont déjà, nos lecteurs pourront se procurer auprès de l’Hôtel de Ville de Paris (à l’accueil), la brochure de notre ami, Adam Rayski, « Il y a soixante ans, La rafle du Vélodrome d’Hiver, Le peuple de Paris solidaire des Juifs ». Plaques – AMEJD Dans le but de perpétuer la mémoire des enfants juifs déportés de 1942 à 1944, et qui ont fréquenté les écoles parisiennes, l’Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés organise des cérémonies de pose de plaques commémoratives. Dans le 18°, plus de 700 enfants ont péri dans les camps d’extermination. Contre l’oubli venez nombreux : • samedi 5 juin 2004 à 10:00 aux écoles élémentaires 65 rue Damrémont, Paris 18° (11 enfants déportés) et 67 rue Damrémont, Paris 18 (15 enfants déportés) • vendredi 18 juin 2004 à 16 heures, aux écoles : - maternelle 3 rue Saint Luc, Paris 18° (54 enfants déportés dont 22 anciens élèves aux écoles élémentaires) - élémentaire 9 rue Richomme, Paris 18° (28 enfants dont 2 anciens élèves) - élémentaire 11 rue Cavé, Paris 18° (21 enfants dont 4 anciens élèves) VACANCES … Communiqué : pas encore trouvé où aller ? envie de soleil ? pourquoi pas chez notre amie Donna LEVY, qui propose une location saisonnière, au centre du village de LA GARDE FREINET, dans le VAR, à 13 Km des plages, 20 Km de St Tropez et de Ramatuelle (Appartement 1 séjour, 1 chambre, 2 à 4 personnes, tout confort). Renseignements : 06 18 99 34 90 / 04 94 43 66 06. Le site web de l’UJRE Ça y est ! l’UJRE entre dans l’ère des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), elle se dote : • d’une adresse mèl (ujre@wanadoo.fr), elle fera décoller, nous l’espérons, le « Courrier des Lecteurs » de la PNM ! • et d’un site Internet, modeste « 8 pages » de débutant (http://ujre.monsite.wanadoo.fr qui deviendra peut-être un peu plus « pro » en septembre, (http://perso.wanadoo.fr/ujre), enfin … vous nous direz ! THÉÂTRE ◆ 17h DI YOYNES UN DER VALFISH (H.Slovès) adaptée par Charlotte Messer version yiddish, surtitrages français, billets en vente à la MCY, 20€ adhérents, 25€ nonadhérents Que vive la chanson yiddish ! Samedi 5 juin à 15 heures, rencontre de 4 chorales : A BISELE GLIK (Montpellier), DIASPORIM ZINGER (Grenoble), MIT A TAM (Paris), TSHIRIBIM (Paris), Salle des fêtes de la mairie du 4°, Place Baudoyer, M° Hôtel de Ville PAF 7€ Réservations UEVACJ 01 42 77 73 32 GEFILTE SWING à l’Osmoz Café, 36 rue de Sambre et Meuse, Paris 10°, mercredi 9 juin à 20h45 Vendredi 18 juin à 20h30, au Temple protestant (30120 Le Vigan), l’association « Mazel Tov ! Cévennes » accueille pour un récital de chansons hassidiques, yiddish et judéo-espagnoles KAROLINE ZAIDLINE, MARIANNE ENTANT et JOSE PONZONE. Renseignements : 04 67 82 43 09 SOUSCRIPTIONS - Liste n° 13 - arrêtée au 4 mai 2004 (*) NOM A.-G. D. B. J. B. Z. E. J-M F-L L. K. E. K. P. L. Y L. S. M. J-B M M. M. R. M. G et N S. M S. J. W. M. Z. M. TOTAL Don PNM 50 Don UJRE 100 26,22 50 100 60 100 180 50 50 50 50 30 30 50 250 100 80 856,22 (*) sauf mention explicite (carte, réabonnement ou don), les règlements reçus sont imputés en priorité en renouvellement d’abonnement, puis en don. Pour rappel, l’adhésion à l’UJRE et les dons (UJRE, PNM) sont déductibles des revenus déclarables. Nous prions les abonnés à PNM de bien vouloir renouveler spontanément leur abonnement, pour nous épargner des frais de relance. Votre PNM vous en remercie d’avance
  • juin 2004 n°217 12/07/04 10:33 Page 3 P.N.M. JUIN 2004 3 SOCIETE Manifestation à Paris contre l’antisémitisme Répondant à l’invitation de SOS Racisme et de la Licra, la manifestation du 16 mai dernier, réunissait quelques 10 000 personnes. Ce n’était donc pas comparable avec la légendaire manifestation faisant suite à la profanation des tombes de Carpentras. En 1990, la France entière était dans la rue, Président en tête, pour dénoncer le Front National et un fascisme « classique ». Depuis un nouveau fascisme vert a pointé son nez. Signalons qu’un mois après, la justice n’a pas encore mis la main sur les profanateurs des 120 tombes de Herrlisheim. On serait pourtant tenté de croire que ce ne doit pas être si difficile pour la maréchaussée de mettre la main sur quelques nazillons ruraux. D’autant que ces gens ne sont que rarement discrets, et par leurs signes extérieurs, et par la nature de leurs activités. Sur l’extrême islamisme, la toujours juste et admirable Fadela Amara, présidente de Ni putes, ni soumise déclarait : …« il faut faire rempart contre l’hydre de l’antisémitisme, que partout soit menée la lutte contre l’extrême islamisme, en particulier dans les facs où il est en train de faire des ravages. » Il est déplorable que lorsque la porte-parole du PC s’est approchée du micro, elle ait été accueillie par des huées. Il a fallu l’intervention de Patrick Klugman pour que celle-ci puisse s’exprimer, non sans stoïcisme. « Et c’est au nom de tous les communistes juifs, ou juifs communistes déportés, que je vous demande de ne pas huer le parti communiste ». L e monde politique ne s’était que faiblement mobilisé, préférant déléguer des porteparole. Un des rares présidents de formation politique, François Bayrou, déclarait. « Si nous n’avions pas été là, des milliers et des milliers de personnes, il y aurait ce soir des millions de français qui auraient pensé qu’il n’y a pas de problème d’antisémitisme en France ». Des propos repris en partie par Georges Sarre à l’intention de ceux qui disent que la résurgence de l’antisémitisme est une vue de l’esprit, malgré la multiplicité des agressions : « Comment ne pas croire, sauf à se mentir à soimême, qu’il y a une montée de l’antisémitisme ? Le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, annonçait des chiffres triomphaux. Dans les faits, la manifestation n’aurait pas réuni plus de dix milles personnes. Nous avons été 30 000 personnes à manifester et avec cela la France adresse un message fort à ceux qui voulaient voir si la République est poreuse à l’antisémitisme. Faisant allusion à la polémique avec la MRAP - cette dernière organisation voulait une manifestation « contre tous les racismes » - un mot d’ordre ne mentionnant pas spécifiquement l’antisémitisme en pleine affaire Herrlisheim, Dominique Sopo Le témoignage le plus poignant serait sans doute celui du Rabbin Serfaty, lui-même victime dans sa chair de l’antisémitisme. « Je dis à mon agresseur qu’il est mon frère, que je lui pardonne. Et je dis que s’il m’a agressé, c’est que nous n’avions pas parlé. La semaine dernière, j’ai accompagné un groupe de lycéens à Auschwitz, 40% des jeunes étaient d’origine maghrébine, nous sommes devenus amis parce que nous avons parlé. » Tout n’est pour autant pas si angélique semblait dire Roger Cukierman, président du CRIF. Parce qu’il est juif, un vieillard, un enfant peut subir des menaces. Cet antisémitisme resurgit des égouts de l’histoire. Cet antisémitisme est l’antithèse des idéaux de lumière LA PRESSE NOUVELLE Magazine Progressiste Juif édité par l’U.J.R.E. N° paritaire 64825 C.C.P. Paris 5 701 33 R Directeur de la Publication : (Intérim Lucien STEINBERG) déclarait : Nous sommes de ceux qui pensent que lorsqu’il y a de la confusion, il ne faut pas ajouter de la confusion. Lorsque des beurs, des étrangers étaient tués, des juifs étaient dans la rue en 59, sans qu’ils soient directement concernés. Aujourd’hui, nous sommes là pour dénoncer l’antisémitisme. Le MRAP aura défilé finalement dans un cortège distinct. Le président de la Licra, Patrick Gaubert était le premier à mettre des mots sur les forces motrices de l’antisémitisme, …enfin le peuple de France est là pour dire ça suffit. L’extrême gauche, l’extrême droite, l’extrême islamisme continuent le travail de la bête immonde. Rédaction - Administration : 14, rue de Paradis - 75010 PARIS Tél. : 01 47 70 62 16 E-mail : ujre@wanadoo.fr Site : http://urje.monsite.wanadoo.fr Tarif d’abonnement : France et Union européenne: 6 mois 25 euros 164 F 1 an 50 euros 328F Etranger, hors U.E : 63 euros 413 F IMPRIMERIE DE CHABROL PARIS
  • juin 2004 n°217 12/07/04 10:33 Page 4 P.N.M. JUIN 2004 4 UNION EUROPEENNE ELECTIONS POUR UNE AUTRE EUROPE Robert Joseph Les élus du 13 juin au Parlement européen ne disposeront pas de plus de pouvoirs que leurs prédécesseurs. Peut-être même moins. On ne le saura pas avant le 18 juin si les « vingt-cinq » arrivent à un accord sur l’organisation de l’Union Européenne. Cependant, l’assemblée de Strasbourg constitue un poste de choix pour faire entendre la voix des citoyens décidés à bousculer l’ »européennement correct » de « la loi du marché et de la libre concurrence », et en freiner les conséquences… Le Parlement a un certain pouvoir de contrôle. Il en a usé en 1998 en contraignant la commission présidée par Jacques Santer à démissionner. Pour l’essentiel, il peut proposer, débttre, contester, voter des résolutions, mais son rôle reste particulièrement limité. Il convient donc d’obtenir l’élargissement de ses compétences. Les promoteurs et les leaders de l’Union Européenne affichent leur volonté de rapprocher les centres de décision des populations, et leur profond sens de la démocratie, aussi ont-ils privé les élus des citoyens des principales prérogatives pour les concentrer entre les mains des chefs d’Etat et de gouvernement, et de quelques technocrates supranationaux à la Commission de Bruxelles, qui multiplie directives et interdits, comme à la Banque Centrale Européenne de Francfort, qui n’a de comptes à rendre à personne. Ils marient aisément libéralisme, humanisme et droits de l’homme. Ainsi, chacun a pu mesurer le soin et la rigueur que la commission a accordés à la protection des oiseaux migrateurs. Bien davanta- ge qu’à la protection des victimes des entreprises migratrices ou du chômage. Bruxelles peut limiter les droits des chasseurs mais, au nom de la sacro-sainte loi de la concurrence, pas ceux des liquidateurs d’entreprises. Sinon, le « jeu » serait faussé… Comme lorsque le gouvernement souhaite investir dans Alstom, ce que la commission lui interdit préférant le démantèlement. Ce qui a été conçu et réalisé jusque-là, œuvre commune du Parti socialiste, des centristes et de l’UMP (ou de ses prédecesseurs), APPEL Convention de Genève et Moyen Orient Un climat malsain s'installe dans la société autour du conflit du Proche-Orient. La France, notre pays, voit ses valeurs républicaines et solidaires, nées du combat et de la victoire sur le fascisme, remises en cause. L a politique ultra-libérale imposée par le pouvoir fait exploser toutes les inégalités et fertilise le terreau sur lequel s'enracine le racisme, l'antisémitisme, la xénophobie. Ce qui permet aux discours des prédicateurs de toutes obédiences et semeurs de haine prêchant le communautarisme de rencontrer un écho plus favorable. Au lien social qui se délite ils entendent substituer le lien communautaire. La dégradation de la situation internationale alimente fortement toutes ces dérives. Elle sert d'alibi aux violences et invectives racistes et antisémites. Les violences racistes, et en particulier les paroles et les actes antisémites se multiplient. Ces dérives sont inadmissibles et doivent être combattues sans la moindre complaisance. L'attachement des juifs à Israël est compréhensible. Juifs ou non juifs, on ne peut qu'être révolté par les attentats qui frappent aveuglément hommes, femmes et enfants. Les attentats terroristes en Israël sont absolument indéfendables. Ils vont à l'encontre de la cause qu'ils pré- tendent défendre. Sharon et son gouvernement spéculent sur la peur et la souffrance qu'ils engendrent pour perpétuer sur le terrain une politique de force brutale et d'occupation coloniale. Tout montre qu'aucune solution fondée sur la force -militaire ou autre- n'est possible. La sécurité et la paix ne peuvent reposer que sur le dialogue et la justice. Or, cela implique une solution politique négociée. Cette solution doit reconnaître le droit des peuples israélien et palestinien à un Etat dans des frontières sûres et reconnues. L'oppression, l'humiliation, dues à l'occupation et à l'érection du mur ne peuvent qu'engendrer toujours plus de violence. Comme l'a souligné Avraham Burg, ancien Président de la Knesset: "Un peuple d'occupants (…) finit toujours par être changé et défiguré par les tares de l'occupation". Récemment, le Pacte de Genève trace le chemin d'une paix juste et équitable à partir de réponses à tous les problèmes: retrait des territoires, frontières, évacuation des colonies, réfugiés… Cet accord non officiel, ainsi que d'autres initiatives, montrent qu'il existe des interlocuteurs et redonne vie enfin à l'espoir. En nous appuyant sur les avancées qu'il porte en lui, nous entendons coordonner nos activités et agir pour la justice et la paix au ProcheOrient. A cet égard, la France et l'Europe pourraient faire beaucoup plus. Agir aussi de concert avec toutes celles et tous ceux qui, dans notre pays, combattent le racisme, l'antisémitisme, la xénophobie et pour la justice sociale, condition majeure pour couper l'herbe sous le pied à tous ceux qui s'appuient sur la mal vie pour désigner un bouc émissaire. Ainsi, nous pourrons prolonger et enrichir l'apport des juifs à la France, pleinement insérés dans les combats progressistes de notre temps. Rencontre Progressive Juive Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide Manifeste pour « Une autre voix juive » subit de vives critiques de toutes parts. Les travailleurs en sont les plus lésés. Les nombreuses manifestations organisées autour des forums sociaux, les rassemblements intersyndicaux, métallurgistes ou agricoles, et bien d’autres expressions, mettent en évidence les mécontentements que suscite la politique de Bruxelles, traduite par les divers gouvernements. Dans le même temps, « les profits des banques ignorent superbement la crise » (Le Figaro 13/02/2004), en France, en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas… Déjà peu accommodantes avec les particuliers, « tout crédit a un coût », elles s’enrichissent des difficultés des entreprises et de sdélocalisation. Il paraît que dans le projet européen, un « volet social » fait défaut. Mais il a toujours manqué, le constat est depuis longtemps dressé. La constitution en discussion ne s’en préoccupe toujours pas, parce que la conception maastrichienne ne conçoit le progrès social qu’en fonction de ce que le marché financier veut bien lui accorder, conception mise en pratique par le MEDEF chez nous, pour les retraites, les chômeurs, les intermittents du spectacle. L’arrivée des députés des pays de l’Est peut contribuer à modifier le cours des choses. Pas habitués aux messes qu’imposent les deux grands groupes parlementaires – le Parti Populaire Européen (PPE) e le Parti Socialiste Européen (PSE) – peut-être feront-ils résonner davantage les immenses besoins des populations. Les nouveaux élus au Parlement Européen devraient donc être actifs pour affronter le climat dominant, pour préparer des changements comme par exempe en finir avec le stérilisant pacte de stabilité, ou desserrer le carcan de la Banque Centrale Européenne, afin que les Etats retrouvent une certaine souplesse onétaire. Il leur reviendra encore d’ébaucher un vaste programme pour donner corps à une autre idée de l’Europe, dans la démocratie, la solidarité et le progrès partagés.
  • juin 2004 n°217 12/07/04 10:33 Page 5 P.N.M. JUIN 2004 5 MODJAHEDINES D’IRAN JANISSAIRES ET RESISTANTS TOUT A LA FOIS Teresita Dussart confins, financés par la CIA avec l’aide de l’Arabie Saoudite. Ce dernier pays, grand ennemi de l’Iran luimême, apportait sa caution wahhabite à son colistier « infidèle » américain. L’histoire depuis est connue. Les Soviétiques entrent dans cette guerre qui sera pour eux la guerre de trop, etc. Côté américain, l’Afghanistan apparaît comme un coup double. Jusqu’à ce que certains de leurs Ninjas islamiques se retournent contre leur argentier. S’il y a vingt ans, les chiites étaient assimilés à l’extrême islamisme, depuis le 11 septembre 2001, la version sunnite de cet extrémisme se retrouve, à juste titre, dans le collimateur américain. Conséquence, l’Iran et ses mollahs redeviennent en quelque sorte « casher » pour les Etats-Unis, et même s’il apparaît peu probable que ces combattants seraient livrés à Téhéran, le risque n’est pas négligeable. Ce ne serait pas la première erreur. Circonstance aggravante, les Modjahedines ont été portés sur la liste des organisations terroristes. Il s’agit pourtant d’une des rares formations militaires non gouvernementales à mener une guerre frontale contre une autre armée et non pas contre des civils. A un bémol près, ils se sont rendus coupables d’un certain nombre d’ « assassinats ciblés. » Jusqu’il y a peu, le CNRI recueillait la faveur du gouvernement français. A partir de la chute de Saddam, les autorités républicaines auraient eu peur qu’ayant perdu l’Irak, les modjahedines n’utilisent l’Hexagone pour lancer leurs opérations. Une peur motivée peut-être aussi un peu par le fait que les contrats avec l’Iran dans le domaine gazier et des infrastructures équipementières y afférentes se portent bien. Les Modjahedines du Peuple iranien sont désormais à la fois prisonniers Mobilisation internationale de des Américains et tributaires d’eux pour leur sécurité. juristes Le 10 mars dernier, plus de 80 les vannes à l’Iran et laisser celui-ci C’est une vilaine partie que l’histoire juristes et figures de la vie politique prendre le contrôle de l’Irak. a joué aux Modjahedines du Peuple. internationale se sont mobilisés pour Mais cette requête est dans l’air. Et Un mauvais coup du sort qui pourrait débattre du statut des Modjahedines les Iraniens ne manquent pas de bisse traduire par la perte de 4 000 peren Irak. Maître Henri Leclerc, présicuits face au pourrissement de la sonnes selon Hélène Fathpour, la dent d’honneur de la Ligue internasituation. Il a vingt ans, il aurait paru porte-parole de la vitrine politique du tionale des droits de l’homme déclapeu probable que les Américains mouvement, le Conseil National de la rait : Le président Khatami a demancèdent à une telle demande. Les Résistance Iranienne (CNRI). dé à plusieurs reprises leur extradiIraniens d’après la Révolution Jusqu’à l’année dernière, les tion. Ces 4000 personnes sont vouées Islamique constituaient l’incarnation Modjahedines ou l’Armée de pour un grand nombre à la torture et du mal de l’époque. En perdant l’Iran Libération Nationale d’Iran (ALNI) à la mort si elles vont en Iran (…) Il en 1979, les Etats-Unis allaient pouvait disposer d’une partie du terriest évident que les défenseurs des sciemment ou non, engager une toire irakien, à la frontière avec droits de l’homme ne peuvent pas logique de dominos qui finirait à l’Iran, pour lancer leurs offensives ignorer une telle réalité. Depuis, rien terme par changer la face du monde. contre le régime des mollahs. Après n’est venu dissiper l’incertitude Il leur fallait remplacer l’Iran par une l’intervention américaine, ils se sont pesant sur ces combattants dont il nouvelle zone de profondeur stratétrouvés coincés sous les fourches faut rappeler que l’ennemi qu’ils gique en Asie Centrale, à la fois pour caudines de l’ennemi de leur jusque combattent, lapide, pend et torture des raisons militaires et énergétiques, là ami, Saddam Hussein, et d’une jour après jour. Et ce, même s’il préce serait l’Afghanistan. Dès 1981, fraction du monde chiite d’Irak de sente un visage plus démocratique, des milliers de feux follets bourrés de plus en plus radicalisé. De plus en que celui de la plupart des pays du propagande extrême-islamique parplus radicalisé, car le régime iranien Golfe. taient porter la bonne parole dans ces aurait envoyé en Irak, 2 000 mollahs de Quom (la ‘’Rome’’ des chiites) et 10 000 gardiens de la Révolution. La frontière vient juste de se fermer, mais le poison est déjà instillé. Les manifestations actuelles ne seraient Valérie Féron donc pas le fruit d’un hasard. Le paradoxe est qu’aujourd’hui cette A la faveur du scandale des révélations sur les tortures américaines, certains journaux israéliens évoquent le compartie non belligérante est amenée à portement de l’armée en Palestine et dénoncent «les atrocités commises, la folie ». souhaiter que les Etats-Unis restent en Irak, quoique cela suppose la proTsahal comme une armée «morale sions physiques, son caractère a presse israélienne s’est fait longation de leur maintien dans un ayant une éthique ». Le commentaobtus et vindicatif ». Plusieurs l’écho, ces derniers jours, du état de quasi-détention. Pour les teur du Yédiot Aharonot, Nahum associations internationales ont scandale des tortures infliAméricains, les modjahedines ne Barnea, relève qu’en Israël profité de l’émotion suscitée pour gées aux prisonniers irakiens par constituent pas un mouvement luttant «l’échelle de la honte est différente rappeler dans la presse israélienne des soldats américains et britanpar les armes contre l’obscurantisme », en rappelant l’affaire de l’agent les exactions dont sont accusés les niques, en n’hésitant pas à compades Ayatollah, ce qu’ils sont pourtant, des services de sécurité intérieure soldats israéliens. Le quotidien rer l’occupation en Irak et celle mais plutôt les Janissaires de Saddam Ehud Yatom, reconnu coupable Haaretz précisait que 730 enquêtes Hussein. Pour les Iraniens, en guerre dans les territoires palestiniens. avec l’Irak pendant dix ans, un d’avoir battu à mort deux ont été ouvertes l’an dernier contre Lundi, le quotidien à grand tirage conflit qui a fait des millions de Palestiniens en 1984, et qui siège à des soldats accusés d’agressions et Maariv, dans un article titré «Les morts, les modjahedines sont des la Knesset dans les rangs du d’humiliations de Palestiniens, atrocités, la folie et les leçons », traîtres. Et ils réclament des EtatsLikoud du premier ministre, Ariel notamment aux check-points. Le donnait la parole à l’ancien chef Unis que ceux-ci leur livrent ces Sharon. Un fait que semble regretcas des quelque 370 mineurs palesdes renseignements militaires, 4 000 combattants dont un tiers serait ter l’ancien chef des renseignetiniens incarcérés généralement Shlomo Gazit, qui a souligné l’inconstitué de femmes. Une requête ments militaires Shlomo Gzit qui pour jets de pierres a été également térêt porté en Israël à ce sujet : appuyée par « Akim », le chef de la se dit impressionné par «la réaction soulevé : «Les enfants sont physi«Cela fait trente-sept ans que nous milice de Badr, le mollah dissident rapide du commandement amériquement et mentalement torturés, occupons et dirigeons les qui se partage avec Ayatollah Sistani cain ». Il s’est félicité en outre que ils sont privés de représentation Palestiniens dans les territoires. Un l’influence sur la majorité chiite les médias américains «n’aient pas légale pendant les interrogatoires, certain nombre d’histoires de d’Irak. Selon Hélène Fathpour, l’Iran été dissuadés de montrer ces de leurs familles, et d’éducation, aurait fait des pieds et des mains pour sévices et d’humiliations de que les Américains bombardent la choses par la perspective que cela ils sont incarcérés dans des cellules Palestiniens par notre peuple sont zone occupée par l’ALNI. Cette embarrasserait les Etats-Unis », surpeuplées et sans hygiène », a apparues dans toutes ces années, zone, la zone d’Ashraf, (notre regrettant de ne jamais voir en déclaré un responsable de Save the du fait de soldats, de membres de ‘’Londres’’ dit Hélène Fathpour) est Israël «une réaction similaire »à Children (Sauvez les enfants) dans la police et de colons. »Toujours d’une superficie équivalente à celle celle des responsables américains les colonnes du Haaretz. Des prolundi, l’éditorialiste de l’autre de Gaza. Si les Américains ne se sont de la part des commandants, des pos aussitôt rejetés par l’armée grand quotidien, Yediot Aharonot, pas encore prêtés au bombardement, médias et des dirigeants politiques. dont un porte-parole a réfuté Nahum Barnea, reconnaissait lui ce serait parce qu’il existe une diver«toute allégation de torture ». aussi que l’occupation israélienne gence entre la Maison Blanche et le Propos habituels des forces d’ocdes territoires palestiniens n’était Pentagone sur la marche à suivre; ce (article paru dans l’Humanité du cupation israéliennes, les hauts pas «propre ». «Elle pêche par des dernier ne voulant surtout pas ouvrir 13 mai 2004) gradés décrivant régulièrement sévices », précisait-il, «des pres- La torture vue par la presse israélienne L
  • juin 2004 n°217 12/07/04 10:33 Page 6 P.N.M. JUIN 2004 6 LE BILLET DE LUCIEN STEINBERG Parlez-vous européen? L'Union Européenne (UE) décide de réduire à zéro ou presque le financement des ONG travaillant dans le Tiers-Monde. Pour ce faire, elle convoque une Assemblée Plénière des ONG visées. Celles-ci protestent et l'UE délègue un haut fonctionnaire, plus un autre de moindre envergure plus un auditeur. On débat, chacun avançant ses pions. Conclusion: le haut fonctionnaire décide de convoquer, pour un brain storming les membres du bureau desdites ONG. Ce bureau se réunira le, disons 11 juillet, pour préparer la réunion convoquée par le haut fonctionnaire, quatre jours plus tard. Le brain storming n'est pas entièrement négatif, pas entièrement positif non plus. Il a débuté à 10 heures du matin, la pause-café a lieu vers 11.30 heures, reprise des pourparlers, déjeuner (sandwiches, eau minérale, parfois un peu de bière). En fin de journée, le Haut Fonctionnaire estime qu'on a bien travaillé et qu'il faut se revoir. Quand ? il ne peut pas le dire, puisqu'il quitte son poste de Bruxelles pour assumer des hautes fonctions - à Brasilia, bien entendu. On lui demande qui sera son successeur - "je ne sais pas, mais il vous convoquera le moment venu". Dans l'immédiat, il lâche quelques peanuts. Suite, peut-être, dans un prochain billet… Ce récit est - presque - imaginaire. Presque. OPINION L’outrage à la justice d’Outreau Tersita Dussart Le scandale de cette catastrophe judiciaire doit être l’occasion de repenser le rôle des experts-marabouts de tout poil sur lesquels la justice délègue une partie de l’instruction, et révèle la nécessité de responsabiliser pénalement les magistrats. sur « la validité de la parole de l’enfant ». ’est un petit sifflement. On ne Ce doute s’évanouit dès lors que l’enpourrait même pas qualifier fant accuse. Progressivement l’enfant cela de sanglot. C’est une plainbalance. Il balance ce qu’il connaît. te presque animale, qui vient de loin. C’est à dire tout ce qui fait la ville C’est une musique que les gens qui ont d’Outreau, les interlocuteurs de ses beaucoup souffert connaissent bien. parents, les personnes en vue de la Odile Marécaux fait face aux caméras petite ville. Les parents, trop heureux après la confession catharsis de sa de voir leur culpabilité diluée dans un principale accusatrice, Myriam Delay. océan de culpabilité collective, ajouElle est innocentée après avoir passé tent des noms. On imagine sans peine sept mois en prison, s’être vu retirer ce que cette parole accusatrice, entérises enfants et avoir perdu tous les née sans arbitrage, sans distance crirepères qui fondent la vie de l’honnête tique, sans confrontation, a pu susciter homme ou femme. Et pour cause ! comme ivresse de pouvoir. Elle était accusée d’avoir violé et comAu final, la liste est tellement longue mis diverses agressions sexuelles sur qu’Outreau devient dans la représentadeux des enfants Delay. Sa vie est brition collective la Mecque de la pédosée, ce constat est de toutes les manphilie. Cette surenchère d’horreurs où chettes, sur toutes les ondes. En des boulangères violent des enfants, revanche ce qu’il n’est pas permis de pas un enfant, mais treize à la douzaicapter sur ces mêmes ondes, c’est le ne - tout est à l’avenant - aurait dû soupir serein de cette institution qui alerter un esprit bien fait sur l’évidenn’a de justice que le nom et dont rien te supercherie nauséeuse. ne semble pouvoir interrompre le Mais voilà, dans l’esprit du juge cours de sa bonne conscience. Burgaud, toutes ces personnes incriComme Odile Marécaux, treize perminées ont un peu la gueule de sonnes ont perdu la garde de leurs l’emploi. Il y a d’un côté les éternels enfants, leur travail, leur honneur et « sales pauvres », donc indigents, parfois la vie. Pour arriver au bout de donc bestiaux. Exemple au hasard, ce voyage en Absurdie, avec, dans le Franck Lavier. Si Franck Lavier est rôle ubuesque du monarque absolu, un un très chic type, pendant trois ans, magistrat instructeur plein de convicpersonne n’en saura rien. Dans la prestions, il n’a fallu qu’une dénonciation se, ce qui ressort, c’est son pédigree, comme passeport. Au départ il y a un tel que brossé par les experts psypetit garçon placé chez une assistante chiatres : 26 ans, sans-emploi, fils maternelle. Le petit garçon se plaint de d’un père alcoolique. On pourrait dire « manières ». Immédiatement, il accuaussi sans casier judiciaire. Mais ça, se ses parents, le couple Delay. c’était avant 2001, parce qu’après, il Curieusement, et selon le procès-verest condamné pour viols accompagnés bal de cette même assistante materneld’actes de barbarie, et les victimes le, elle lui aurait « demandé une cinsont des enfants. Il a fait trois ans de quantaine de fois, s’il disait la vérité ». prison, constamment menacé de mort On peut imaginer la pression que cela par ses codétenus, cela s’impose. Il a dû représenter pour l’enfant, sommé vient d’être innocenté. de se comporter en procureur et de A côté des « sales pauvres », il y a les dresser des listes de têtes à couper. Au « notables », donc pervers engagés passage, on constate qu’il y un doute C dans une quête inassouvissable de chair de plus en plus fraîche. Le juge d’instruction écrit à l’usage du fantasme d’une poignée de fonctionnaires de la justice, d’experts et de journalistes, une dramaturgie à la Zola et personne ne bronche, sauf les avocats de la défense. La blouse blanche par-dessous la robe noire et l’entonnoir sous la perruque. Dans l’inquiétant esprit des experts psychiatres, il ne fait pas de doute que tous ces témoignages sont « crédibles. ». C’est ici que se croisent les procès de la justice et de la psychiatrie. Dans un système pénal comme le système français, où la preuve, ou tout du moins la recherche de l’établissement de la réalité d’un fait, est déléguée en grande partie à des experts psychiatres (psychologues d’obédiences indéterminées), voire à des assistantes sociales, la catastrophe d’Outreau n’a pas de quoi étonner. Car aujourd’hui, ce qui souffle sur l’appareil judiciaire, Etat dans l’Etat, c’est moins Montesquieu et « L’esprit des lois » que les divagations du docteur Mabuse. La blouse blanche par-dessous la robe noire et l’entonnoir sous la perruque. La société française est plus que tout autre société occidentale traversée de tous les courants « psy » et l’institution judiciaire s’en ressent. Là où le bât blesse c’est que pour dire la justice au sens Bergsonien, c’est à dire, dans cet effort éthique consistant à faire en sorte que la sanction transcende la règle de proportionnalité, il faut mettre en place des processus mentaux complexes. Et cela n’est pas possible si les psy s’en mêlent. Parce que par nature l’expert psychologue ne peut que se placer sur le terrain de la pensée magique, tournant le dos à l’épistémologie. Par exemple, « un fils unique se sent seul ». Dans l’approche psychanalytique, il ne peut y avoir de relation de causalité entre ce qui est du domaine de l’expérience : il est unique, et ce qui est du domaine du sensible : il se sent seul. Pour le « psychisant » toute chapelles confondues, une élucubration parmi d’autres pourrait être : ce garçon se sent seul parce que tout enfant unique a le sentiment d’avoir dévoré son frère jumeau dans le ventre de sa mère. Il n’y a naturellement aucune relation avec la réalité dans ce diagnostic, mais il n’est pas désagréable parce qu’en passant par la mystification, il nous ramène à une ère de mythologie, et cela endort d’autant plus notre raison critique qu’il nous est encore difficile de consommer le divorce d’avec la magie. Ce n’est pas un hasard si le XXème siècle, celui qui devait être celui de la répudiation des religions, et donc de la magie, à aussi été celui de la psychanalyse. Les psychanalystes, aussi bien que ses enfants naturels ou légitimes, sont les marabouts de l’Occident. L’urgence est d’en faire sortir les amulettes de l’esprit de ceux qui président aux destinées des justiciables. La parole de l’enfant Tout chez les psy-choses n’est pour autant pas à jeter. On leur doit, la prise en compte de la parole de l’enfant. C’est une avancée énorme. Hélas, cet acquis est aussitôt détourné de son objectif. Car en l’état actuel des choses, la sacralisation de cette parole d’enfant est une dénaturation de l’expérience qui se cache derrière cette parole. Tout cela est dans le fond très rousseauiste : l’enfant est fondamentalement bon, c’est l’éducation qui le pervertit. Les experts psy en tout genre, n’ont rien inventé. Mais voilà, l’expérience enseigne que l’enfant ment avant que de dire la vérité. Non pas qu’il soit pervers mais parce que la frontière entre réel et imaginaire lui apparaît floue. C’est donc parce que manipulable que l’enfant doit être plus que tout autre protégé du psy-marabout. Parce que de la confrontation de la pensée magique et fragile de l’enfant a la pensée magique et trempée dans l’acier du psy-marabout ne peut jaillir qu’une hydre totalement étrangère aux faits. Pour les magistrats et, singulièrement pour le juge Burgaud, il serait cependant trop facile de se défausser sur un dysfonctionnement conjoncturel, fruit d’une tendance du moment relative à cette parole d’enfant, présumé victime par sa condition de l’adulte, lui-même diabolisé après avoir été désacralisé, Evangile des victimôlatres. Le monarque absolu Ce que révèle l’affaire Outreau est une catastrophe multidimensionnelle. Le magistrat français est une survivance de l’ancien régime, un monarque absolu. Il l’est d’autant plus qu’il évolue dans une société pauvre en contre-pouvoirs démocratiques. Quelle association active dans le domaine du respect des libertés individuelles se serait mobilisée pour défendre la présomption d’innocence des justiciables d’Outreau ? Quelle organisation non gouvernementale publie des rapports, statistiques à l’appui, sur les erreurs judiciaires commises en République? Qui fait peur aux magistrats, en France ? Personne. Oh, si, la presse, un peu. Il est temps que le citoyen en appelle aux politiques pour revenir à la notion pénale de prise à partie de la responsabilité du magistrat, telle qu’elle existait dans les années soixante-dix. La République n’a cessé de descendre marche à marche l’échelle des valeurs démocratiques quant à la vie judiciaire. Dans l’état actuel des choses, en cas de déni de justice, c’est le contribuable qui paie seul la facture pour les réparations et le dommage. Lequel est en tout état de cause irréparable. Le magistrat ne peut être inquiété. Encore une pensée. Cette fois pour Sandrine Lavier, accusée, elle, de rien de moins que onze viols (dont trois sur ses propres enfants) avant que d’être innocentée. Séparée de ses enfants, son incarcération aura duré trois ans. Sandrine Lavier est un être humain. Du point de vue de la justice de Saint-Omer et de ses experts, il semble qu’il s’agisse là d’une réalité inaccessible à leur entendement. C’est qu’il ne semble pas entrer dans leur idée qu’après dix-huit ans, l’age de la majorité légale, le genre humain reste égal à lui-même et que les droits de l’homme s’appliquent même audelà.
  • juin 2004 n°217 12/07/04 10:33 Page 7 P.N.M. JUIN 2004 7 COMMUNIQUÉ CINÉMA Une Palme méritée. LA BALUSTRADE FETE LA LIBERATION DE PARIS Jacques Dimet Michael Moore, ovationné par deux fois à Cannes, nous a offert un grand film, un vrai film. Et tant mieux, s’il fait de la politique et démonte la mécanique Bush. I l aurait pu être la grande vedette de Cannes, si on lui avait remis le prix du meilleur acteur. Le problème est justement qu’il ne joue pas. Il est comme ça. Il s’appelle George W. Bush. Il est président des Etats-Unis d’Amérique. Et il fait peur. Il fait peur. Lorsque le premier avion s’écrase sur le World Trade Center, le président, et nul ne le lui reproche, est en visite dans une école et discute avec les bambins. Un conseiller lui glisse à l’oreille qu’un aéroplane vient de percuter l’une des Tours jumelles. Rien ne se passe. Quelques minutes plus tard, le même conseiller lui dit, toujours à l’oreille, que « le pays est attaqué. » Et il ne se passe rien. Et ce rien dure plusieurs minutes. Et les conseillers regroupés au fond de la classe n’arrivent plus à contrôler leurs nerfs. Cette scène, utilisée par Michael Moore dans son remarquable film Fahrenheit 9/11, donne le ton. Voici un homme parvenu au faîte du pouvoir par une manipulation électorale (Al Gore a obtenu plus de voix que lui sur l’ensemble de l’Union, et la victoire, décisive, en Floride est sujette à caution) et qui est lié cul et chemise, si l’on ose dire, avec les néo-conservateurs américains. Le président n’est pas renommé pour sa finesse politique. Dans la famille Bush c’était d’ailleurs à Jeb, le gouverneur de Floride, qu’était dévolu le rôle du politicien. Mais même dans les meilleures familles on ne fait pas toujours ce que l’on veut. Voici donc George W. (junior pour les intimes) président de la plus grande puissance de la planète. Un peu maître du monde. Un peu docteur Folamour aussi. George W. ne joue pas la comédie. Il est comme ça. Et c’est précisément parce qu’il est comme ça que nous ne sortons pas indemne de Fahrenheit 9/11, Palme d’Or 2004 à Cannes. Par delà l’hommage à Ray Bradbury et à François Truffaut (respectivement auteur du livre et réalisateur du film Fahrenheit 451), l’œuvre du réalisateur de Bowling for Columbine n’est pas de la science fiction ou du fantastique. Nous sommes dans le réel. Dans le réel sinistre. Rassurons ceux qui pourraient croire que le jury du festival n’a pas récompensé un « vrai film ». Il s’agit bien de cinéma et d’un genre particulier à qui l’on doit reconnaître toute sa place : le documentaire. Ce qui a fait dire à la Scam (société civile des auteurs multimédias) dans un communiqué que cette Palme consacrait « la vitalité du documentaire au plan international ». « Le monde a besoin du regard des auteurs sur le réel, pour l’observer, le déchiffrer, l’interpréter, lui donner du sens ». Rendons justice à Michaël Moore. Il ne s’est jamais caché de faire un film à objet politique identifié. Il veut empêcher la réélection de l’hôte de la Maison-Blanche. Il le dit. On ne saurait lui reprocher de faire une oeuvre politique, comme on ne pouvait reprocher à Charles Chaplin d’en faire, dans le cadre de la fiction. Car le film primé à Cannes est bien d’abord une œuvre cinématographique, comme le faisait observer le président du jury, Quentin Tarentino. L’actrice Emmanuelle Béart renchérissait pendant la conférence de presse où le jury s’expliquait : « Fahrenheit 9/11 n’est pas un film antiaméricain, mais un film qui parle de l’Amérique autrement, un vrai bon film. » Fahrenheit 9/11 raconte une histoire, avec une scénographie et une dramaturgie. C’est d’abord l’élection controversée de George Bush face à un Al Gore qui, virtuellement, a remporté les élections, et qui ne se bat plus pour contester la victoire au vainqueur proclamé par Fox. Fox la chaîne de télévision ultra-conservatrice, dont la direction est très proche de la famille Bush. Michaël Moore nous montre là des images peu ou pas du tout vues en France, notamment de la cérémonie d’investiture de Bush junior qui se fait conspuer, et dont le cortège officiel est bloqué par des manifestants en colère. De la même façon, les représentants (députés) afro-américains à la Chambre se trouvent bien seuls pour dénoncer l’éviction de milliers d’électeurs noirs des listes de Floride. Les images que nous offre à ce moment là Michaël Moore valent bien tous les cours d’instruction civique. Le réalisateur démonte la machine et revient sur le scrutin décisif de Floride, celui qui donna la victoire aux Républicains. La présidence de George W. connaît deux moments. Le premier est sobre. Le président passe le plus clair de son temps en villégiature, à jouer au golf ou à se reposer dans son ranch texan. Survient la tragédie du 11 septembre (9/11 selon la graphie anglo-saxonne). Une tragédie dont les images nous sont montrées avec pudeur et qui ont un effet dramatique et émotionnel certain. Le réalisateur insiste sur la présence aux Etats-Unis du clan Ben Laden qui est, depuis des lustres, en affaires avec la famille Bush. Une famille, faut-il le rappeler, qui fit fortune dans le pétrole et pour qui les champs pétrolifères du Moyen Orient ont un intérêt vital. (Tout comme, soit dit en passant, peuvent les intéresser les réserves de gaz au nord de l’Afghanistan et surtout les pipe line qui traversent cette région). Et puis il y a, comme toujours avec Michaël Moore, l’émotion. L’émotion de ces familles de soldats morts en Irak. L’émotion de la guerre qui fait exploser tous les rapports humains. Ray Bradbury avait intitulé son livre Fahrenheit 451 parce que c’est à cette température que les livres brûlent. Fahrenheit 9/11, c’est le moment où l’Amérique s’embrase. LE JEUDI 17 JUIN A PARTIR DE 17 HEURES, LA BALUSTRADE FETE LA LIBERATION DE PARIS A la veille du 60ème anniversaire de ce grand événement, LA BALUSTRADE est fière d’accueillir André CARREL, ancien membre dirigeant du Comité Parisien de Libération, qui signera son livre « Au cœur de la Libération de Paris » illustré de nombreuses photos. Ce témoignage d’un des acteurs de tout premier rang de l’insurrection populaire qui aboutit à la Libération de Paris vient à son heure. Après avoir brossé un large tableau du Paris de la Résistance, André CARREL évoque la ville entrée en insurrection contre l’occupant et se libérant elle-même. Le livre comporte également les souvenirs de plusieurs personnalités, ainsi que de nombreux documents. Vous êtes invités à rencontrer ce Grand Témoin de l’Histoire jeudi 17 juin entre 17 heures et 19 heures 30, à la librairie LA BALUSTRADE, 25 rue d’Alsace, Paris 10° (Tel 01 42 05 66 38 – Fax 01 42 05 66 39 – Mèl labalustrade@aol.com) IL Y A 60 ANS : LA LIBERATION DE PARIS L e mois d’août est le mois des vacances, par excellence. Les lecteurs de PNM ne reçoivent pas leur journal pendant les vacances. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas se souvenir de la Libération de PARIS. Voilà 60 ans que Paris se soulevait. Seule capitale occupée par les Nazis à se soulever et à se libérer elle-même. Il y eut d’autres soulèvements. A Varsovie, 19 mois après l’écrasement de la révolte du ghetto, une insurrection nationale, commandée par le général Bor-Komorowski, fut écrasée après deux mois de combats. Elle avait éclaté à la miaoût 1944, peu avant les débuts du soulèvement de Paris. Pourquoi les deux soulèvements ont-ils connu des sorts différents ? A mon avis, et en tout premier lieu, parce que la Résistance avait su s’unir à Paris. Il y eut, certes, des discussions et des négociations, souvent franches, entre les divers éléments de la Résistance, mais, sur le fond, il y avait accord avec le général de Gaulle pour qu’il n’y ait pas de « gouvernement militaire allié » de la France, prévu par les américains et les britanniques. Et le meilleur moyen de l’éviter passait par le soulèvement de Paris. La stratégie alliée à l’Ouest ne prévoyait pas la Libération de Paris. Au contraire, le commandement interallié (sigle SHAEF) estimait que Paris était un risque, détournant une part considérable des moyens de transport et de ravitaillement. Il fallait bien nourrir les Parisiens ! D’autre part, le général de Gaulle n’était pas en odeur de sainteté à Washington. Le général lui-même, tout en souhaitant ardemment que Paris se libère par elle-même, nourrissait quelque appréhension face au risque (imaginaire, certes) d’une prise de pouvoir communiste. Les diverses instances de la Résistance parisienne, en étroite coopération avec les délégués du général de Gaulle ont réussi à surmonter les obstacles objectifs, pardelà les arrière-pensées des uns et des autres. La meilleure preuve fut fournie par le colonel Rol-Tanguy, commandant FTP à l’origine, et qui assuma le commandement de toutes les forces armées à l’intérieur de Paris – y compris la police. Et Dieu sait si les communistes ont souffert du zèle de la police de Vichy. Elle s’est ralliée sous les ordres de Rol-Tanguy, faisant oublier au passage sa sinistre besogne du 16 juillet 1942. (Dans la lointaine Californie où il s’était réfugié, Berthold Brecht avait relevé le ralliement de la « police fasciste » de Paris). Et puis, ce fut le colonel RolTanguy qui envoya deux courriers dans les lignes alliées (un seul y est arrivé), pour demander que la Deuxième Division Blindée (la fameuse 2° DB) marche sur Paris. Il a fallu convaincre un premier général US, ensuite le célèbre et très incommode général Patton
  • juin 2004 n°217 12/07/04 10:33 Page 8 P.N.M. JUIN 2004 8 pour que la 2e DB puisse marcher sur Paris. Faut-il dire que les juifs ont participé activement à la bataille de et pour Paris ? Car il restait des juifs à Paris, qui ont pris toute leur place. Boris Holban (Olivier) qui avait repris le commandement des restes de la MOI, décimée fin 1943-début 1944, était là. Dans les principales instances de la Résistance à Paris, on trouvait Pierre Villon, Maurice KriegelValrimont, André Carrel, Léo Hamon. Rappelons aussi les cas particuliers de plusieurs militants de la MOI, qui avaient été arrêtés dans la rue et qui ont réussi à persuader la police et des magistrats compréhensifs qu’ils étaient de simples trafiquants de marché noir. Mis en liberté aux premiers jours du soulèvement de Paris, ils ont pris, ou plutôt repris, leur place au combat. A dam Rayski a mis à la disposition de PNM un document de la plus haute importance historique, l'éditorial qu'il avait publié dans le numéro du 4 septembre 1939 de la NAIE PRESSE. Nous présentons un dossier, comprenant la photocopie de la première page du journal (voir facsimilé à la une). En manchette de ce numéro, le mot KRIEG (GUERRE). La Wehrmacht avait envahi la Pologne dès le 1er septembre 1939. L'Angleterre et la France ont déclaré la guerre à l'Allemagne le 3 septembre. L'éditorial de Adam Rayski figure dans le coin droit de la page. Nous ajoutons ci-dessous la traduction française de l'éditorial. Ce journal est conservé à la Bibliothèque Nationale sous la cote JO 210 25. Naie Presse n'a été interdite que le 18 septembre 1939. L'édito est un véritable appel à la guerre contre l'Allemagne nazie. L'éditorialiste est persuadé que l'Allemagne nazie sera écrasée, de 39 19 ER SI S DO - Militaires Allemands prisonniers des FFI devant l’Hôtel de Ville - même que Hitler, "le plus grand ennemi que l'humanité ait jamais connu". Les plus hautes instances de l’organisation « Les amis de la Presse Nouvelle » (Fraynd fun Naïe Presse) avaient auparavant longuement débattu au sujet du « pacte ». M. Kenig, un des dirigeants de ce groupe et de la Naïe Presse, avait donné un signal fort en s’engageant dans l’armée française dès le 2 septembre 1939. 45 19 Lucien Steinberg et la rédaction PNM 4 SEPTEMBRE 1939 L’EDITORIAL D’ADAM RAYSKI (*) Adam Rayski « Maudit soit à jamais le nom : Adolphe Hitler ! Maudite soit à jamais l’idée : le national-socialisme ! Maudit soit à jamais le régime : le fascisme ! Personne ne voulait la guerre sauf Hitler et sa clique. L’hitlérisme qui a commencé son existence et a cherché sa justification dans la persécution et l’assassinat des juifs, cherche actuellement son salut dans un meurtre de masse, à l’échelle mondiale. Dans la mer de sang qu’il fera couler, il se noiera. Sous les ruines de ses destructions, il trouvera sa propre mort. Nous juifs, qui avons un compte à régler avec Hitler, nous non plus n’avions pas voulu cette guerre. Mais l’heure a sonné, le moment est venu, une guerre sans pitié commence. Nous entrons dans la guerre aux côtés du peuple de France. Depuis quelques jours, des milliers de juifs parisiens s’engagent volontairement. Ils forment déjà une armée qui ne cessera de grandir et de croître car pas un seul homme apte à se battre ne restera à la maison. Comme tous les français, nous entrons dans la guerre avec la certitude de la victoire. Hitler est isolé devant la haine qui se déchaîne contre lui. La guerre, quelle que soit sa durée, finira pour Hitler le plus grand ennemi que l’humanité ait jamais connu – par une défaite foudroyante et alors nous pourrons, ensemble avec le monde entier, pour la première fois, respirer librement. Vive la France ! Pour la France et pour notre peuple ! » (*) Bibliothéque Nationale, Cote JO 210 25 A SAVOIR David H. Weinberg, professeur d’Histoire au Cohn-Haddow Center for Judaic Studies, Detroit, Etats-Unis, cite la ’’Presse Nouvelle’’ et ses éditoriaux spéciaux (25 août, 28 août 1939), dans son ouvrage ’’Les Juifs à Paris de 1933 à 1939’’, paru chez Calmann-Lévy, en 1974, et en particulier, la décision prise par les communistes juifs de défendre la France, et la proclamation du Farband (Union des Sociétés Juives) appelant les juifs d’Europe à s’engager. Il ne semble pas qu’à l’époque le public ait saisi la signification de ce document. 6 JUIN 1944 - LE DEBARQUEMENT DE NORMANDIE L.S. Pourquoi faut-il un chiffre rond, pour se souvenir d'un événement immense ? car le Débarquement du 6 juin 1944 - que les allemands et les anglo-saxons appellent l'invasion, a été un immense événement, premier pas vers la Libération. De la France d'abord, du reste de l'Europe par la suite. D énommé en code OVERLORD, le débarquement a été l'œuvre de la Première Armée US, de la 2ème Armée britannique (avec des effectifs canadiens) plus de nombreuses forces navales et aériennes. Des lancements de parachutistes ont pu être effectués avec succès, aux deux extrémités du front de débarquement. Il y eut aussi un corps franc français. Du côté allemand, 49 divisions en tout, éparpillées de la Hollande aux Pyrénées et à la Méditerranée. Un haut commandement divisé, entre le maréchal Gerd von Rundstedt, commandant en chef à l'Ouest, et le maréchal Erwin Rommel, commandant du Groupe d'Armées B, chargé de la défense proprement dite. Les Alliés ont remporté tout d'abord la victoire sur le front de l'information, plutôt de la désinformation de l'ennemi. L'Etat-Major allemand avait reçu des dizaines de "dates exactes" de "l'invasion" - y compris d'ailleurs la date exacte. Il n'a pas su choisir la bonne. Une chance supplémentaire pour les Alliés : Rommel, passant outre la suppression de toutes les permissions qu'il avait lui-même édictée, avait choisi la soirée du 5 juin pour rendre visite à sa femme, dont c'était l'anniversaire. Il comptait ensuite se rendre auprès de Hitler lui-même. Résultat: il n'était pas sur place lors du Débarquement. Pis : deux de ses généraux qui commandaient dans le Cotentin, objectif privilégié des alliés, furent tués dans des bombardements aériens. Nous ne ferons pas le récit de la bataille de Normandie; des bibliothèques entières lui sont consacrées. Faut-il rappeler des épisodes marquants - tel le cas du parachutiste US suspendu au clocher de l'église de Sainte-Mère-l’Eglise, le "Pegasus Bridge", fameux pont sur l'Orne conquis par la 6° division parachutée britannique qui avait Pégase pour totem, les terribles bombardements de Caen ou de Saint-Lô. Omaha Beach, la plage sanglante et Falaise-Chambois, dernière phase de la bataille de Normandie et de la défaite allemande, précédant la Libération de Paris et, moins d'un an plus tard, la fin de la deuxième guerre mondiale. Bien entendu, le débarquement et sa réussite avaient été rendus possibles par les victoires de l'Armée Rouge. Face à bien plus de divisions allemandes qu'à l'Ouest, l'armée soviétique a écrasé à cette même époque le groupe d'armée allemand Mitte. Entre les morts et les prisonniers, Hitler perdit plus d'un million d'hommes dans les combats de l'été 1944. Personnellement, je me fais un devoir, chaque fois que je suis en Normandie, de visiter l'un ou l'autre des champs de bataille, entre Avranches, Cherbourg, Caen, Chambois, et au moins le grand cimetière US du Omaha Beach - avec ses milliers de croix et des innombrables Magen David. Faut-il rappeler que la bataille de Normandie, suivie de la bataille de la France, a permis aux Juifs qui avaient réussi à se soustraire aux déportations, de reprendre une existence à peu près normale. A peu près, parce qu'on attendait des nouvelles de ceux qui étaient partis. On ne savait pas qu'il y aurait si peu de survivants... Pensons à eux, à ceux qui se sont battus et sont morts pour la Libération de la France, à des milliers de kilomètres de leurs maisons et de leurs familles. S'il est juste de critiquer la politique de l'administration Bush et celle de Blair, cela ne doit en aucune manière ternir la gloire des combattants G.I.s et des Tommies de 1944. Je n'oublie pas non plus le rôle considérable de la Résistance française, en Normandie et en Bretagne, ni surtout les mérites de la 2° DB de Leclerc.